Relations, 1 février 1972, Février
[" MONTRÉAL NUMÉRO 368 FÉVRIER 1972 LE COMBAT DE CLAUDE CASTONGUAY \u2014 Richard Arès LES COUPLES \u201cIRRÉGULIERS\u201d DANS L\u2019ÉGLISE \u2014 Marcel Marcotte LE DÉBAT VALLIÈRES - GAGNON \u2014 Michel Dussault L\u2019ULSTER À FEU ET À SANG \u2014 Albert Beaudry ACCORD ANGLICANS/CATHOLIQUES SUR L\u2019EUCHARISTIE \u2014 Gilles Langevin \u2014relations________________________________________ revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, Albert Beaudry, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vail-lancourt.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 \u2014 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ : Jean Laurin et associés, représentants pour la publicité nationale et locale: 1411, rue Crescent, suite 406.Tél.: 845-6243.numéro 368 février 1972 L\u2019Eglise du Québec ne peut, aujourd\u2019hui, rester indifférente devant ce qui engage l\u2019existence d\u2019un peuple.Si les chrétiens d\u2019ici ne sont pas de véritables agents de changement, l\u2019épanouissement de l\u2019homme québécois sera assuré par d\u2019autres qu\u2019eux.SOMMAIRE Chantier 72: Éditorial Chantier 72: Donner le goût de la liberté ! Julien Harvey 35 Articles Le combat de Claude Castonguay pour une politique sociale intégrée.Richard Arès 36 L\u2019Ulster à feu et à sang.Albert Beaudry 40 Le débat Vallières-Gagnon: tensions à la gauche Michel Dussault 44 Les couples irréguliers dans l\u2019Église .\t.Marcel Marcotte 46 Relations et ses lecteurs Débat autour du synode.50 Notes Unité chrétienne et eucharistie: un accord entre anglicans et catholiques romains .Gilles Langevin 51 Vingt ans de travail pour l\u2019unité chrétienne Irénée Beaubien 54 Le chercheur et sa passion: l\u2019aventure de Pierre Teilhard de Chardin.Raymond Bourgault 54 Le climat joyeux de ma course.Paul Fortin 56 Chroniques Littérature : Sur les voies de notre poésie \u2014 II René Dionne 56 Cinéma : « On est loin du soleil » (J.Leduc) .Yves Lever 60 Théâtre : Fantaisie, tragique et politique Georges-Henri d\u2019Auteuil 61 Les livres : La foi chrétienne après Freud (M.Dansereau) Julien Harvey 62 Ouvrages reçus.62 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 75çl.Relations publiques: Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de l'Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.\u2014 éditorial Chantier 72 veut aider à retrouver, à l\u2019intérieur de l\u2019expérience de la foi chrétienne, l\u2019Evangile de Jésus-Christ, source de libération .il y a un homme non bin de chez vous, lesérantde succursale BCN, dont la seule ambition est de participer à la réalisationdelavôtre/ et, un jour, d applaudir à votre succès, à votre victoire.Banque Canadienne Nationale la force de largent au service de votre avenir ¦Hl 34 RELATIONS Le Rapport Dumont recommande à l\u2019Eglise québécoise les projets à courte échéance et la stratégie du provisoire.Il faut accorder à l\u2019Office de catéchèse du Québec qu\u2019il ne s\u2019est pas fait attendre pour mettre en marche un premier projet de ce genre.Et il est d\u2019envergure: en six semaines d\u2019action concertée, durant le prochain carême, du 19 février au 2 avril, le thème « Libération » est proposé comme réflexion catéchétique pour tous les adultes, et spécialement les jeunes adultes, les « 18-35 ».Depuis le 2 novembre, une dizaine de documents préliminaires ont été distribués aux animateurs locaux, un livret de participant sera bientôt publié, tout cela préparant une caté- chèse du carême à travers la télévision, la radio, les journaux et les groupes de travail.Le projet est approuvé et subventionné par l\u2019épiscopat du Québec, avec un appoint financier des Chevaliers de Colomb.Ne pas faire peur au monde Le projet est vaste et il vise à la racine des problèmes.On nous dit (document B-2): « Il ne s\u2019agit pas de faire du bruit, ni de faire peur au monde.Il s\u2019agit de donner à chacun le goût d\u2019une liberté à faire et à inventer chaque jour.> Et on précise les sous-thèmes: libérer la parole; se libérer des injustices sociales; se libérer de l\u2019argent; qui sont les nouveaux pouvoirs ?se libérer des illusions ou des faux paradis; être l\u2019avenir ou la révolution.Puis on indique le point de référence: « Chantier 72 s\u2019adresse à tous ceux qui veulent fouiller la question de la libération.Il en parle à l\u2019intérieur de la foi chrétienne.Il y invite tous ceux pour qui l\u2019Evangile est source de libération et qui croient que, dans l\u2019Eglise, une réflexion et une action sont encore possibles pour le plus grand bien de tous.» \u2014 Il est bien possible malgré tout que l\u2019entreprise « fasse peur au monde », car elle constitue un effort de conscientisation qui peut devenir considérable.Tout dépend de la franchise avec laquelle on l\u2019abordera et de l\u2019énergie qu\u2019on pourra mobiliser.C\u2019est un premier pas qui permettra de voir si nos évêques parlent dans le vide depuis trois Fêtes du Travail, si l\u2019Eglise du Québec peut devenir le « sacrement du monde » comme le propose Gaudium et Spes, si le chris- tianisme est chez nous un instrument hebdomadaire de sécurisation ou s\u2019il est cette grosse racine encore vivante qui nous fixe humainement pour grandir dans le sol d\u2019ici.Agents du changement et nouveaux maîtres Chantier 72 ouvre délibérément la porte à toute recherche sur la libération.On parlera ici et là d\u2019ambiguïté, mais sans doute à tort.Si la libération chrétienne dont parle saint Paul est essentiellement la libération du mal et du péché, cette libération ne peut se limiter au domaine personnel et doit rejoindre le mal socio-politique.Et sur ce terrain l\u2019effort spécifiquement chrétien rejoint la solidarité humaine dans ce qu\u2019elle a de plus sain.Un des documents (B-4,2) exprime clairement cette solidarité: « L\u2019Eglise du Québec ne peut, aujourd\u2019hui, rester indifférente devant un problème qui engage l\u2019existence particulière d\u2019un peuple.Si elle ne peut pas se réclamer d\u2019une idéologie particulière, elle doit cependant engager ses chrétiens à une action lucide, constructive.Elle doit faire passer la majorité silencieuse à l\u2019explicitation pour combattre l\u2019inflation verbale et démagogique des uns et des autres, pour ramener le problème à ses justes proportions.Elle doit constituer une plateforme de lancement pour tous les chrétiens afin que, libérés de leurs complexes d\u2019infériorité ou leurs attitudes de colonisés, ils soient prêts à s\u2019engager dans une aventure calculée qui assurerait l\u2019épanouissement de l\u2019homme québécois et lui permettrait de dépasser les surconditionnements d\u2019une histoire imposée par une puissance étrangère.Si les chrétiens d\u2019ici ne sont pas les véritables agents du changement, d\u2019autres qu\u2019eux se chargeront d\u2019apporter les transformations radicales et deviendront les nouveaux maîtres.» \u2014 Certains parleront ici d\u2019opportunisme et d\u2019habile reprise d\u2019un contact indispensable, en allant rejoindre les « 18-35 » là où ils se trouvent.Mais il reste que la foi en Jésus-Christ a assez longtemps charrié les Québécois à travers leur histoire pour qu\u2019elle rende légitime et croyable cette volonté de réveiller la majorité silencieuse pour l\u2019amener à dire clairement quelles sont ses véritables solidarités.À plusieurs conditions, toutefois Maintenant qu\u2019il est lancé, ce projet de catéchèse du carême ne doit pas échouer.S\u2019il avortait, il marquerait un recul de la foi vécue ici et il causerait un dommage national.S\u2019il devait, par exemple, désamorcer le mot « Libération » lui-même, le rendre aussi inoffensif que le mot « dialogue » ou le mot « authenticité », il nous priverait d\u2019un symbole qui jusqu\u2019ici signifie quelque chose.Je crois que les conditions indispensables au succès du projet sont les suivantes: 1° Beaucoup miser sur la préparation et la recherche au niveau local.En effet, la préparation de cette catéchèse a été rapide et les documents publiés jusqu\u2019ici ne permettent pas d\u2019aller très loin; je pense en particulier à trois documents, qui appellent des compléments considérables : « Le Québec en situation de changement radical » (B-4,2); «Théologie de la libération » (B-4,4); « Filmographie de la libération » (B-6).2° Eviter de prendre, spécialement au niveau des mass-media, la voie d\u2019un nationalisme instinctif ou celle d\u2019une propagande pour un parti politique.Une action d\u2019Eglise doit conscientiser, mais sans marginaliser des chrétiens sincères, qu\u2019ils soient réformistes ou d\u2019extrême gauche.3° Savoir rejoindre et interpeller ceux qui sont concernés: je pense en particulier aux ouvriers, surtout aux ouvriers « 18-35 ».Je pense aussi aux chrétiens de la classe moyenne, qui sont à la fois ceux qui savent le plus sur les données concrètes de cette libération à tous les niveaux et qui, s\u2019ils sortent une bonne fois de leur silence majoritaire, peuvent la promouvoir de façon efficace.4° Ne pas se terminer le 2 avril, mais savoir susciter des projets concrets de prolongement.A ces conditions, le projet Chantier 72 peut faire que nous ne soyons plus tout à fait les mêmes à Pâques et que nous soyons un peu plus capables de croire à la résurrection du Seigneur et à la nôtre.Julien Harvey.18.1.72.Donner le goût de la liberté FÉVRIER 1972 35 Le combat de Claude Castonguay pour une politique sociale intégrée C\u2019est une véritable tragi-comédie qui se joue depuis quelque temps entre Québec et Ottawa au sujet des allocations familiales.La question de fond : le fédéralisme, tel que conçu et pratiqué présentement par le gouvernement central, permet-il au Québec de se développer normalement comme société distincte et de mettre en œuvre une politique sociale cohérente et efficace ?par - Richard Arès- Cest une véritable tragi-comédie qui se joue depuis quelque temps entre Québec et Ottawa au sujet des allocations familiales.Tellement que, lors de sa conférence de presse du 4 janvier dernier, le ministre des Affaires sociales du Québec, M.Claude Castonguay, a laissé entendre qu\u2019il commençait à en avoir assez et à se poser des questions sur l\u2019utilité tant du présent régime fédératif que de sa propre participation, comme ministre, au gouvernement du Québec.Président d\u2019une commission d\u2019enquête qui a longuement étudié tous les problèmes de la santé et du bien-être social, M.Castonguay s\u2019est fermement convaincu d\u2019une chose : pour éviter l\u2019in- cohérence, la dispersion et le gaspillage, il faut que la conception de la politique sociale relève d\u2019un seul gouvernement, non pas de deux qui se font concurrence en légiférant chacun de son côté, et, à cause du rapport étroit qui existe entre le social et le culturel, cette conception au Québec ne peut avoir d\u2019autre auteur que le gouvernement québécois.Devenu ministre des Affaires sociales, M.Castonguay entreprit aussitôt de mettre de l\u2019ordre dans le champ de la sécurité sociale, mais il se heurta vite aux mesures déjà en place d\u2019un autre gouvernement qui, lui aussi, prétendait légiférer à sa manière en ce domaine.Le combat s\u2019engagea et se poursuivit tout le long de l\u2019année 1971, pour ainsi dire, en trois étapes.De la conférence constitutionnelle d\u2019Ottawa (février 1971).Au début de février 1971, devait se tenir une conférence fédérale-provin-ciale sur la révision de la constitution canadienne.M.Castonguay y vit une occasion d\u2019y faire accepter ses idées sur la politique sociale.Voulant préparer le terrain, il prononça, devant les membres du Club Richelieu de Québec, le 18 janvier, une première conférence dans laquelle il reprocha au gouvernement fédéral de prendre des initiatives qui trop souvent placent le Québec sur la défensive et ne respectent pas son caractère particulier.Tant et aussi longtemps, déclara-t-il, que l\u2019on voudra faire du Québec une province comme les autres et qu\u2019on ignorera la réalité sociologique, la révision constitutionnelle, même si elle est menée à terme rapidement, ne répondra pas vraiment aux aspirations du Québec.Une nouvelle constitution canadienne qui ne reconnaîtrait pas clairement et de façon concrète le fait que les Québécois constituent un groupe différent et forment une société distincte qui désire ardemment maintenir son identité sociale et culturelle, serait inacceptable.(Le Devoir, 21 janvier 1971.) Le révision constitutionnelle, en conséquence, ne devra pas se borner à des questions de forme, elle devra aborder les questions de fond, telle, par exemple, la politique sociale, et déterminer clairement qui en porte la première responsabilité.Le Québec, pour sa part, réclame que les provinces jouissent de la prépondérence dans la formulation des programmes touchant à la sécurité du revenu.Dix jours plus tard, le 28 janvier, s\u2019ouvre à Ottawa la conférence fédé-rale-provinciale des ministres du bien-être social.M.Castonguay y participe et y expose les vues du Québec en la matière: Conscient de la réalité sociologique et culturelle particulière que présente le Québec et de la nécessité de la formulation et de la mise en œuvre d\u2019une politique sociale globale et intégrée qui en tienne compte, le gouvernement du Québec croit que la politique sociale pré-sente un caractère d\u2019unicité qui s\u2019accommode mal d\u2019un chevauchement de juridictions risquant d\u2019engendrer la poursuite d\u2019objectifs différents et même contradictoires.Les éléments de la politique sociale, continue l\u2019orateur, sont fortement interreliés les uns aux autres et celle-ci ne peut plus être constituée de mesures distinctes adoptées face à diverses résistances et mise en œuvre à la suite de laborieux conflits de juridiction: elle « doit être globale et intégrée ».Au Québec, c\u2019est le gouvernement québécois qui doit exercer la responsabilité prioritaire dans la conception de cette politique, en particulier de la politique de sécurité du revenu et, précise le ministre, « par responsabilité prioritaire, j\u2019entends la primauté et, dans certains cas, l\u2019exclusivité du pouvoir de légiférer » (le Devoir, 29 janvier 1971).La semaine suivante, commence la conférence constitutionnelle d\u2019Ottawa, dont l\u2019objet principal est la recherche d\u2019une formule permettant la modification au Canada de la constitution canadienne.Avant de souscrire à une pareille formule, le Québec veut des changements dans « la substance » même de la constitution, en particulier que soit reconnue la primauté provinciale en matière de sécurité sociale.Après de longues discussions, la conférence émet un communiqué final dans lequel elle résume les positions particulières du Québec, exprime même sa sympathie à leur égard mais ne cède rien sur l\u2019essentiel.En voici un extrait: Le Québec met l\u2019accent sur une conception large de la politique sociale et sur l\u2019importance d\u2019incorporer les mesures relatives à la sécurité du revenu à une politique globale intégrée visant à résoudre efficacement le problème de la pauvreté.La conférence se déclare en accord (en sympathie, selon le texte officiel anglais) avec cet objectif social fondamental.Le Québec souligne le fait que le partage actuel des compétences législatives ne saurait être maintenu s\u2019il fait obstacle à la réalisation de cet objectif.Aussi, le Québec estime-t-il que la question de la politique sociale constitue un élément fondamental de l\u2019ensemble de la révision constitutionnelle.(Le Devoir, 10 février 1971.) 36 RELATIONS Avec cette conference, une première étape se termine dans la lutte entreprise par Claude Castonguay pour le contrôle de la politique sociale.Le Québec n\u2019a pas réussi à faire admettre son point de vue, mais il ne s\u2019est plus contenté de revendications vagues, il a présenté un plan précis et documenté, qui a causé une favorable impression.à celle de Victoria (juin 1971).En s\u2019ajournant, la conférence confirme que sa prochaine réunion aura lieu, dans quatre mois, les 14, 15 et 16 juin, à Victoria, à l\u2019occasion du centenaire de l\u2019entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération canadienne.Le 29 avril, à l\u2019Assemblée nationale du Québec, Claude Castonguay prononce un discours sur la politique sociale.Il y déplore, encore une fois, l\u2019absence d\u2019une conception unifiée de la politique de sécurité du revenu; par suite de cette absence, dit-il, les deux ordres de, gouvernement dépensent des sommes considérables, qui ne donnent pas les résultats escomptés.Si, en janvier 1971, le Québec a réclamé certains pouvoirs, ce n\u2019est pas pour le seul plaisir de les exercer, mais parce qu\u2019ils lui apparaissent essentiels pour assumer ses responabilités et utiliser de façon aussi efficace et rationnelle que possible les ressources énormes consacrées dans ce secteur.Depuis lors, des négociations ont été amorcées avec le gouvernement fédéral, mais elles n\u2019ont, à ce jour, donné aucun résultat concret, malgré l\u2019urgence de la question.Ottawa dit qu\u2019une certaine cohérence de pouvoirs lui est nécessaire pour gouverner le Canada, mais il en va de même pour le Québec en ce qui a trait à certains aspects fondamentaux de la politique sociale et, ajoute le ministre, « je ne crois pas que la cohérence nécessaire pour gouverner le Québec soit telle qu\u2019elle empêche l\u2019existence de la cohérence nécessaire pour gouverner le Canada » ( Journal des Débats, 29 avril 1971, 1235-1238).A l\u2019objection que plus tard on lui fait que, si sa conception d\u2019une politique de sécurité du revenu était adoptée, le gouvernement québécois pourrait défaire des programmes fédéraux, le ministre des Affaires sociales répond: « Le domaine de la politique de sécurité de revenu fait partie d\u2019un ensemble que nous avons appelé politique sociale, et cet ensemble de programmes ou de politiques touchent de tellement près au mode de vie, à l\u2019organisation de vie des Québécois que le Québec doit en avoir la responsabilité pre- mière.» Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement fédéral ne pourrait pas participer à son financement et à son administration, car « c\u2019est l\u2019une des fonctions essentielles du fédéralisme de redistribuer la richesse parmi les membres d\u2019une fédération » (la Presse, 11 mai 1971).Déjà la rencontre de Victoria approche.Le Québec s\u2019y est minutieusement préparé; ce qui l\u2019intéresse, c\u2019est moins l\u2019élaboration d\u2019une formule d\u2019amendement à la constitution que la reconnaissance de son droit à la primauté en matière sociale.Il pense l\u2019obtenir en présentant une modification dans ce sens à l\u2019article 94-A de la constitution.Le document qui appuie et explique cette demande de modification reprend les arguments déjà maintes fois développés par Claude Castonguay.Il faut mettre de l\u2019ordre dans l\u2019ensemble du système de la politique sociale.A l\u2019heure actuelle, chaque secteur de gouvernement est en mesure de mettre l\u2019autre devant les faits accomplis.Le Québec a des raisons particulières de réclamer une clarification des responsabilités gouvernementales en ce domaine, car il forme une société distincte et, à ce titre, il se doit de conserver la maîtrise de sa politique sociale.En effet, la politique sociale \u2014 et la sécurité du revenu en constitue une des composantes essentielles \u2014 est une des expressions de la façon d\u2019être d\u2019un peuple.Dans cette perspective, la politique de sécurité du revenu est loin d\u2019être seulement un outil de redistribution des richesses ou un instrument d\u2019action économique conjoncturelle: elle touche à la fibre même d\u2019une culture et peut en constituer l\u2019émanation.Les formes qu\u2019elle prend découlent de la culture d\u2019un peuple et cette culture en détermine à son tour l\u2019évolution et les tendances.(Le Devoir, 19 juin 1971.) On connaît les résultats de la conférence constitutionnelle de Victoria.Le Québec n\u2019obtint pas ce qu\u2019il demandait.Aussi, sommé de donner son accord à un texte qui ne lui garantissait pas la primauté qu\u2019il réclamait dans le domaine de la politique sociale, se vit-il dans l\u2019obligation de répondre par la négative.et tout fut à recommencer.relations REVUE D\u2019INTÉRÊT GÉNÉRAL, RELATIONS présente, chaque mois, études et dossiers sur divers problèmes : \u2022\tÉducation \u2022\tPolitique nationale et internationale \u2022\tQuestions religieuses et vie de l\u2019Église \u2022\tAffaires sociales et problèmes économiques \u2022\tArts et littérature \u2022\tEtc.À l\u2019occasion de la publication du rapport de la Commission d\u2019étude sur les laïcs et l\u2019Église (Commission Dumont) : L\u2019Église du Québec : un héritage, un projet, RELATIONS a fait paraître, en janvier 1972, un numéro spécial sur L\u2019ÉGLISE DU QUÉBEC selon LE RAPPORT DUMONT conçu comme un instrument de travail pour aider les chrétiens d\u2019ici, individuellement ou en groupes, à aller plus loin.\u2022\tDiagnostic et orientations : Une Église à rapatrier.\u2022\tUne Église engagée : Les chrétiens et l\u2019engagement socio-politique.\u2014 Les mouvements d\u2019Action catholique spécialisés.\u2022\tUne Église nouvelle : Foi, mission et culture.\u2014 Le renouveau communautaire.\u2014 Après tant de délestages.\u2022\tUne Église du Québec : La position « québécoise » dans le Rapport Dumont.Abonnement: $7 par année (11 numéros) \u2014 le numéro : 750.Prix spéciaux pour plusieurs exemplaires.Formule d\u2019abonnement au verso pour vous-même ou pour quelqu\u2019un de vos amis.FÉVRIER 1972 37 .au conflit sur les allocations familiales (automne 1971).La révision constitutionnelle n\u2019avait rien donné.En conséquence, le Québec décida de procéder autrement, par entente particulière avec Ottawa sur chacun des points en litige.En septembre 1971, alors que la session parlementaire allait reprendre à Ottawa comme à Québec et que chaque gouvernement avait l\u2019intention de présenter un projet de loi sur les allocations familiales, le premier ministre du Québec, M.Robert Bourassa, écrivit au premier ministre du Canada pour lui proposer une entente sur ce point.Il faut, disait-il, trouver un moyen d\u2019éviter un conflit dans ce domaine particulier des allocations familiales.Ce moyen, ce serait « d\u2019inclure dans votre projet de loi des dispositions prévoyant que les allocations familiales distribuées par le gouvernement du Canada dans une province doivent l\u2019être conformément aux normes et modalités prescrites, le cas échéant, par la loi des allocations familiales de cette province ».Si votre projet de loi, continuait M.Bourassa, comportait de telles dispositions, il respecterait les priorités provinciales et les objectifs sociaux en cause et, par la même occasion, « il y aurait tout avantage à aborder dans le même esprit la double question des centres de main-d\u2019œuvre et de la formation professionnelle des adultes » (Lettre du 2 septembre, texte dans le Devoir du 16 septembre 1971).Dans sa réponse, que M.Castonguay qualifia de « diplomatique et peu précise », M.Trudeau reconnaissait que la proposition du Québec permettrait « de trouver une solution législative et administrative aux difficultés auxquelles nous nous sommes butés sur le plan constitutionnel ».Puis, il ajoutait: J\u2019ai aussi noté avec intérêt votre allusion aux centres de main-d\u2019œuvre et à la formation professionnelle des adultes.Lors de nos discussions antérieures, vous avez étroitement relié ces dernières questions à l\u2019ensemble de la politique sociale et nous sommes d\u2019avis qu\u2019il y aurait avantage à les aborder en même temps que la question des allocations familiales.(Lettre du 17 septembre, texte dans le Devoir du 24 septembre 1971.) La lettre, cependant, n\u2019apportait aucune réponse précise à la demande faite par le premier ministre du Québec pour que le projet fédéral comporte une disposition soumettant la distribution des allocations familiales dans une province aux normes et modalités prescrites par la loi des allocations familiales de cette province.Dans l\u2019intervalle, le ministre fédéral de la Santé, M.John Munroe, a déposé son nouveau projet de loi sur les allocations fédérales (bill C-264, 13 septembre 1971), projet qui s\u2019inspire en partie du plan Castonguay, mais ne comporte pas la disposition réclamée par le premier ministre du Québec.Des pourparlers s\u2019engagent, mais aboutissent à une impasse.Le Québec tient à garder le contrôle sur la détermination des bénéficiaires et le montant des prestations, et cela à partir de la déclaration du revenu faite par chaque famille, déclaration qu\u2019il entend réserver à l\u2019examen de son propre ministère du revenu.Ottawa refuse de céder sur ce point et soutient que ce rôle lui revient.Là-dessus, le ministre Castonguay intervient pour déclarer: C\u2019est vraiment là qu\u2019est la clé, l\u2019entrée dans le système.C\u2019est là que se dégagent aussi les statistiques pour permettre d\u2019évaluer le fonctionnement du système.C\u2019est un point capital si on parle de primauté d\u2019initiative.En ce sens, nous disons que cette responsabilité devrait appartenir au ministre du revenu québécois.Le gouvernement du Canada nous dit, par la voix de ses fonctionnaires, que ça devrait appartenir au ministre du revenu fédéral.(Le Devoir, 13 octobre 1971.) Comme l\u2019entente ne paraît pas devoir se faire, le ministre des Affaires sociales du Québec réexpose de nouveau son point de vue et, cette fois, à Toronto, devant un groupe d\u2019actuaires canadiens et américains.Le gouvernement du Québec, dit-il, ne peut se contenter d\u2019être un simple appareil administratif régional, alors qu\u2019il est l\u2019instrument principal au service de notre collectivité.C\u2019est lui qui peut le mieux comprendre et définir les besoins de la population québécoise, en particulier lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019éducation, de culture, d\u2019aménagement du territoire et de politique sociale.Aussi est-il essentiel que l\u2019action de ce gouvernement soit cohérente et qu\u2019elle colle le plus possible à la réalité québécoise.Pour cela, il faut qu\u2019il puisse exercer pleinement ses responsabilités et ne pas être entravé dans son action par l\u2019intervention d\u2019un autre gouvernement dans les domaines de sa propre compétence.Son efficacité et son dynamisme en dépendent: Tant que cette répartition des compétences législatives, comme c\u2019est le cas, demeurera imprécise, tant qu\u2019abondent les zones grises, tant que nous perdons du temps à déterminer quel gouvernement doit faire quoi, tant que le gouvernement fédéral conserve intact un pouvoir de dépenser dans à peu près n\u2019importe quel 38 RELATIONS .à la mise en question du fédéralisme secteur, selon son gré et son interprétation de l\u2019intérêt national, l\u2019efficacité et aussi le dynamisme du gouvernement québécois sont en cause.Cela, nous ne pouvons plus nous le permettre.Un exemple de ce partage nuisible des compétences, continue-t-il, est celui qui a trait à la politique sociale.Si en ce domaine le Québec a réclamé la primauté législative, ce n\u2019est pas pour le plaisir d\u2019accroître ses pouvoirs, c\u2019est à cause de raisons fondamentales qui concernent le mieux-être de la population et la façon de vivre d\u2019un peuple.Pour être efficace et conforme aux véritables besoins de la population à laquelle elle cherche à venir en aide, en effet, « la politique sociale exige une unité de conception et la certitude qu\u2019un autre gouvernement ne viendra pas, par diverses décisions, modifier une structure de services ou de programmes déjà élaborés par nous » (le Devoir, 10 novembre 1971).En décembre, même si aucune entente n\u2019est encore conclue, le ministre québécois dépose son projet de loi sur les allocations familiales (bill 286, le 13 décembre 1971).Les deux projets \u2014 le fédéral et le provincial \u2014 se ressemblent quant au fond et doivent tous les deux entrer en vigueur le 1er mai 1972; mais sans accord préalable sur la primauté législative ainsi que sur l\u2019administration et le financement du régime, le projet québécois demeurera à l\u2019état de projet: Ottawa peut procéder seul, mais non Québec, qui ne possède pas les ressources financières requises à la mise en vigueur de son projet.Dernier recours de M.Castonguay: l\u2019opinion publique par le moyen d\u2019une conférence de presse.Elle a lieu le 4 janvier.Les négociations dans le domaine des allocations familiales n\u2019ont pas progressé, dira-t-il, et nous en sommes rendus à nous poser des questions sur le maintien du système actuel.Non seulement une clarification des compétences s\u2019impose au niveau de la constitution, mais encore il m\u2019apparaît que certains aspects du partage des ressources fiscales et aussi des dispositions permettant au gouvernement du Canada d\u2019intervenir dans à peu près tous les secteurs par son pouvoir de dépenser sont une des causes des frictions et des tensions que l\u2019on connaît au Québec et qu\u2019en ce sens, le régime fédéral tel qu\u2019on le connaît n\u2019apparaît pas être un régime satisfaisant (le Devoir, 6 janvier 1972).Et M.Castonguay de laisser entendre qu\u2019un échec dans le domaine de la sécurité du revenu signifierait pour lui l\u2019impossibilité de poursuivre, en tant que ministre, son travail.Voilà où en est rendu un homme qui pourtant, le 29 avril 1970, a été élu sous la bannière du « fédéralisme rentable ».Depuis ce jour, depuis qu\u2019en tant que ministre il a entrepris de rénover la politique sociale et s\u2019est mis dans la tête d\u2019assurer au gouvernement québécois la primauté en ce domaine, il n\u2019a cessé de se heurter à des atermoiements et à des rebuffades de la part d\u2019Ottawa.Il a eu beau mettre une sourdine aux arguments nationalistes utilisés par ses prédécesseurs et se placer d\u2019abord et surtout sur le plan de la cohérence et de l\u2019efficacité administrative, il n\u2019a pas réussi à faire admettre son point de vue.Après la conférence de Victoria, où s\u2019est heurtée à un mur sa demande d\u2019une modification constitutionnelle qui aurait reconnu la primauté du Québec dans le domaine de la politique sociale, il a eu beau modifier sa tactique, prendre un par un les points en litige et borner ses demandes à une entente intergouvemementale, par exemple, à propos des allocations familiales, rien n\u2019y a fait: Ottawa ou ne répond pas ou donne des réponses qui ne font pas sérieux.Chose surprenante, du moins à première vue: alors qu\u2019un éditorialiste d\u2019un quotidien francophone de Québec cherche à discréditer le travail et la personne de M.Castonguay (le Soleil, 7 janvier 1972), les journaux anglophones de Montréal, comme la Gazette et le Star, ainsi que le Star de Toronto, n\u2019hésitent pas à accorder leur appui au ministre dans sa lutte pour la maîtrise de la politique des allocations familiales.D\u2019après la Gazette (6 janvier 1972), derrière cette dispute, il y aurait le désir du gouvernement Trudeau de ne laisser au gouvernement québécois que le moins d\u2019autorité et de responsabilité possible.Rien de ce que ce dernier propose à Ottawa n\u2019est jugé selon son mérite; le seul critère est celui-ci: le projet correspond-il à la manière de voir de M.Trudeau et de ses collègues ?De peur qu\u2019un geste soit interprété comme une victoire pour le nationalisme québécois, on s\u2019abstient de le poser, même si une bonne partie de la population doit en souffrir dans son bien-être.On en est rendu à croire que c\u2019est faire une erreur que de dire oui au Québec, même si le point de vue de celui-ci s\u2019appuie sur de solides arguments juridiques et administratifs, comme dans le cas des allocations fa-milales.Bien que moins sévère, le Star de Montréal (6 janvier 1972) avertit quand même Ottawa qu\u2019il ne sert pas la cause du fédéralisme en s\u2019attachant ainsi au pouvoir pour l\u2019amour du pouvoir.Si la fédération canadienne doit survivre, écrit-il, ce ne sera pas parce que le gouvernement central aura démontré sa capacité de conserver pour lui ses pouvoirs; ce sera parce qu\u2019il aura été capable de fournir le cadre dans lequel les gouvernements seront en mesure de rendre à leur population respective les services les plus utiles et les plus efficaces.Quant au Star de Toronto (version française dans le Devoir du 12 janvier), tout en exprimant quelques réserves, il se dit en sympathie avec les objectifs généraux de M.Castonguay et reconnaît que celui-ci travaille à édifier au Québec une société imbue de préoccupations humaines.A ses interlocuteurs fédéraux il adresse les questions suivantes : Est-il sage, dans le contexte d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019opposer un refus catégorique à toutes et chacune des aspirations spéciales du Québec en matière de réforme sociale ?L\u2019intérêt plus large du fédéralisme serait-il mieux servi si M.Castonguay, à force de frustrations, se voyait obligé de démissionner ?N\u2019y a-t-il pas danger qu\u2019Ottawa, en gagnant la prédominance dans toutes les mesures sociales importantes, en vienne à en perdre la Confédération ?Pour que des journaux anglophones se déclarent aussi ouvertement solidaires d\u2019un homme et d\u2019une cause, l\u2019un et l\u2019autre typiquement québécois, il faut vraiment que cet homme leur inspire confiance et que cette cause se tienne elle-même par ses propres mérites et s\u2019appuie sur des arguments qui les touchent et les convainquent.Mais, pour Ottawa, semble-t-il, cet homme est un rival, et cette cause une menace à l\u2019unité nationale.Aussi faut-il poser la question de fond: le fédéralisme, tel que conçu et pratiqué présentement par le gouvernement central, permet-il au Québec de se développer normalement en tant que société distincte et de mettre en œuvre une politique sociale cohérente et efficace ?Tout comme M.Castonguay, lors de sa conférence de presse du 4 janvier dernier, il faut malheureusement répondre: non.15.1.72.FÉVRIER 1972 39 Une guerre de religion ?Un conflit socio-économique et politique ?La « guerre civile » irlandaise, dont les journaux et la TV nous livrent quotidiennement les récits déchirants et les images parfois atroces depuis l\u2019automne de 1968, a commencé le 17 octobre 1171 et dure donc depuis huit siècles! C\u2019est assez dire le poids de l\u2019histoire dans ce conflit.Le terrorisme issu d\u2019une situation socio-politique injuste cédera-t-il bientôt la place à de véritables négociations en vue de la réunification de l\u2019Irlande et de l\u2019établissement d\u2019une paix durable ?L Ulster à feu et à sang par Albert Beaudry Si je rencontrais un anthropologue ou un sociologue à la recherche d\u2019une société bizarre à étudier, je lui suggérerais de venir en Ulster.C\u2019est l\u2019un des pays les plus étranges d\u2019Europe.En plein milieu du vingtième siècle, alors que la technologie transforme la vie de chacun, on trouve là une mentalité médiévale que quelques individus avancés essaient péniblement d\u2019adapter au dix-huitième siècle.Quiconque appartient au vingtième siècle, politiquement ou autrement d\u2019ailleurs, est considéré comme un révolutionnaire.1 Cette calme ironie, glaciale et sans réplique, c\u2019est l\u2019arme favorite de Bernadette Devlin, 24 ans, député irlandais à Londres, catholique, socialiste et mère célibataire, héraut de l\u2019opposition au régime le mieux établi qu\u2019ait engendré le parlementarisme britannique: le gouvernement de l\u2019Irlande du Nord, possédé depuis plus de cinquante ans par le Parti Unioniste anglo-protestant.Pour le correspondant du Figaro2 3, l\u2019Irlande du Nord rappelle l\u2019Algérie de 1960, mais une Algérie où les pieds-noirs seraient les plus nombreux.Le rédacteur de Time Magazine3 y retrouve, lui, le climat social du sud américain, le Mississipi et 1\u2019Alabama: une minorité exploitée par une majorité d\u2019autant plus intransigeante qu\u2019elle sent plus menacés son prestige et ses privilèges.Etrange pays, où des slogans venus tout droit du dix-septième siècle continuent de scander d\u2019inquiétantes liturgies, où les protestants les plus irréductibles paraissent réinventer l\u2019esprit des vieux ordres militaires, où les politiciens débordés n\u2019ont pu trouver d\u2019autre remède au malaise national que le Special Powers Act, l\u2019équivalent des lettres de cachet.ou de la Loi des Mesures de Guerre.A Belfast, le dimanche soir, tous les pubs sont fermés et l\u2019attraction numéro un reste le service de la Free 1.\tB.Devlin, Mon âme n\u2019est pas à vendre.Paris, 1969, p.47.2.\tPierre Bois, « Une semaine de vie et de mort à Belfast ».Le Figaro (sélection hebdomadaire) 24 novembre 1971, p.4.3.\tTime Magazine, « In the Shadow of the Gunmen ».January 10, 1972, p.33.Presbyterian Church avec le prêche du Révérend Ian Paisley, M.P.: mélange de revival et de meeting politique, on y implore du Seigneur des Armées la destitution du premier ministre Faulkner et le rétablissement de la milice protestante, les B-Specials.Tandis que dans Bogside, le ghetto de Londonderry, et à Falls Road, le quartier catholique de Belfast, de nombreux prêtres appuient ouvertement les militants de l\u2019Armée Républicaine Irlandaise (IRA), et rompent ainsi avec la prudence du cardinal Conway, primat de toute l\u2019Irlande.« Trop de religion et pas assez de christianisme », assurent les observateurs, indignés de voir éclater pareil conflit en plein vingtième siècle.Et l\u2019on se hâte d\u2019ajouter qu\u2019il ne s\u2019agit pas vraiment d\u2019une guerre de religion, que la liberté religieuse des uns et des autres n\u2019est pas vraiment menacée, mais que l\u2019étiquette religieuse fait plutôt ressortir un conflit social issu des luttes séculaires qui ont marqué l\u2019histoire de l\u2019Irlande.Le Québécois n\u2019est-il pas particulièrement bien placé pour comprendre cet affrontement passionné, où les catholiques ne réclament pas seulement l\u2019égalité des droits civiques, mais l\u2019amélioration de leur statut économique au sein d\u2019un welfare state et la reconnaissance de leur identité nationale: ils se savent 500,000 Irlandais, entourés par un million d\u2019Anglo-protestants, et leur combat, non moins folklorique que révolutionnaire, poursuit une tradition vieille de huit siècles.Le poids de l\u2019histoire Les Irlandais \u2014 qui ont bonne mémoire \u2014 vous diront que tout a commencé le 17 octobre 1171, quand le roi d\u2019Angleterre Henri II débarqua sur l\u2019île avec une escorte de dix mille hommes, presque le nombre exact de soldats que Londres maintient aujourd\u2019hui en Ulster, pour tenter de prévenir la guerre civile.L\u2019Irlande de cette époque n\u2019était déjà plus le haut-lieu de la culture chrétienne d\u2019occident: ravagé par les incursions Scandinaves et les conflits internes, le pays était devenu une proie facile.En exploitant les ambitions d\u2019un chef de clan de la côte, Henri II, qui cherchait à se faire pardonner le meurtre de Thomas Beckett, vint imposer militairement quelques réformes souhaitées par le pape Adrien IV, et en profita pour annexer l\u2019île à son royaume.En dépit d\u2019un effort considérable pour coloniser et assimiler la nouvelle province, les rois anglais ne sont jamais parvenus à imposer leur autorité sur l\u2019ensemble du territoire irlandais.En fait, la plupart des colons anglo-normands se mêlèrent à la population autochtone \u2014 au mépris de la politique officielle de ségrégation \u2014 et en vinrent à adopter les sentiments des vaincus à l\u2019égard de la couronne britannique, au point de passer pour « plus irlandais que les Irlandais eux-mêmes ».C\u2019est le cas par exemple des Joyce, des Fitzgerald, des Burke, toutes familles d\u2019ascendance anglo-normande, mais dont les noms sont liés désormais à l\u2019histoire, à la culture, à la cause de l\u2019Irlande.La haine de l\u2019envahisseur de même que la forte tradition religieuse des Irlandais devaient engendrer une guerre fanatique au moment du schisme d\u2019Henry VIII (1553).Il faudra plus de cinquante ans à Elizabeth et à son 40 RELATIONS successeur James I pour pacifier le pays et venir à bout des catholiques.C\u2019est la province du nord, l\u2019Ulster, qui opposa la plus forte résistance, c\u2019est donc là que la répression devait être la plus sévère.En 1608, James fit distribuer quatre millions d\u2019âcres de terres (les quatre cinquièmes du territoire de l\u2019Ulster) à des colons anglais et écossais pour récompenser leur loyauté.Quant aux Irlandais, ils furent repoussés vers les collines et la forêt.Cette fois, la différence de religion, l\u2019âpreté des combats et la frustration des paysans dépossédés rendaient impossible toute fraternisation entre la population irlandaise et les nouveaux arrivants.La guerre devait d\u2019ailleurs reprendre à la fin du XVIIe siècle quand les Irlandais donnèrent leur appui au catholique James II dans sa lutte contre le Prince d\u2019Orange, William III.James et ses partisans furent défaits à la bataille de la Boyne, le 12 juillet 1690.Cette défaite devait signifier l\u2019écrasement définitif de la résistance catholique en Irlande et, chaque année, les protestants de l\u2019Ulster en célèbrent bruyamment le souvenir.(Depuis 1968, les défilés du 12 juillet ont été régulièrement l\u2019occasion d\u2019affrontements sanglants entre catholiques et protestants.) L\u2019opposition des catholiques à la maison d\u2019Orange devait leur attirer de dures représailles, les Penal Laws, qui confirmaient le pouvoir de l\u2019establishment protestant en limitant les droits civiques des « papistes ».Ces lois \u2014 « l\u2019instrument le mieux conçu pour l\u2019oppression, l\u2019appauvrissement et la dégradation d\u2019un peuple.qui soit jamais sorti du génie perverti d\u2019un homme d\u2019état » (E.Burke) \u2014 interdisaient aux catholiques les professions libérales, la fonction publique et toute éducation supérieure; l\u2019école élémentaire catholique était supprimée; un catholique n\u2019avait pas le droit de posséder une monture estimée à plus de cinq livres; si un enfant catholique se convertissait au protestantisme, il pouvait hériter des biens de toute sa famille; et bien sûr, aucun Irlandais n\u2019était admis à siéger au parlement de Dublin.En 1800, William Pitt, premier ministre de George III, promulguait l\u2019acte d\u2019union de l\u2019Irlande au Royaume-Uni.Désormais l\u2019île dépendrait directement de Westminster, et son économie devrait supporter la concurrence directe de l\u2019industrie britannique alors en pleine expansion.En plus de com- FÉVRIER 1972 promettre l\u2019industrialisation de l\u2019Irlande, l\u2019intransigeance du libéralisme britannique devait faire de la famine de 1846 la pire catastrophe de l\u2019histoire du pays: les paysans n\u2019avaient plus rien à manger et les grands propriétaires continuaient d\u2019exporter vers l\u2019Angleterre, le dogme du laissez-faire excluait toute intervention de l\u2019Etat.Bilan: un million de morts, et plus d\u2019un million d\u2019émigrés (on sait dans quel état les Irlandais sont arrivés au Canada en 1847-48).Sur le plan politique, on peut dire que le trait marquant du dix-neuvième siècle irlandais a été l\u2019échec des grands parlementaires, Daniel O\u2019Connell et Charles ParneÛ, à faire révoquer l\u2019acte d\u2019union: la lutte pour le Home Rule devait aboutir au soulèvement de Pâques 1916 (on se rappellera le film « La fille de Ryan ») et à la guerre civile.C\u2019est donc le recours à la violence armée \u2014 à la suite de la faillite du parlementarisme \u2014 qui a amené l\u2019indépendance de la majeure partie du territoire irlandais et la proclamation de l\u2019Etat Libre d\u2019Irlande.Après trois ans de guerre civile, le gouvernement britannique était disposé à accorder l\u2019indépendance à toute l\u2019île: c\u2019est alors que la majorité protestante des six comtés du nord-est refusa de s\u2019allier aux Irlandais du sud et poussa l\u2019attachement à la couronne jusqu\u2019à prendre les armes contre les soldats de Sa Majesté George V.Finalement, l\u2019Acte du Gouvernement de l\u2019Irlande, signé à Westminster en 1920, divisait l\u2019île en deux: au sud, une nation indépendante qui devait devenir l\u2019actuelle République d\u2019Irlande; au nord les six comtés de l\u2019Ulster, rattachés directement au parlement britannique, avec une sorte de parlement provincial à Stormont (en banlieue de Belfast).C\u2019est à cette époque que sont nées les deux forces qui s\u2019affrontent aujourd\u2019hui en Irlande du Nord: l\u2019Armée Républicaine Irlandaise (IRA), et le Parti Unioniste.L\u2019IRA est une organisation militaire, « la plus vieille armée révolutionnaire du monde » puisqu\u2019elle remonte à la guerre civile: elle s\u2019est fixée pour but de chasser les Anglais de l\u2019île et n\u2019a jamais accepté la partition de l\u2019Irlande.A peine l\u2019acte de Westminster était-il signé qu\u2019elle s\u2019insurgeait contre le nouveau gouvernement irlandais qui avait « trahi » en acceptant la formation de l\u2019Ulster.Déclarée illégale au sud comme au nord, elle passa dans la clandestinité et continua la lutte, même lorsque son ancien chef, Eamon DeValera devint premier ministre de l\u2019Eire.De 1956 à 1961, elle déclenche une vague de terrorisme en Ulster, mais doit mettre un terme à ses activités devant le refus de coopérer de la République, qui ne pouvait tolérer de servir de base à une invasion du territoire britannique.Affaiblie, discréditée dans l\u2019opinion publique irlandaise, elle n\u2019était pratiquement plus rien en 1968, quand débuta la campagne pour les droits civiques.En 1972, les loyalistes anglo-protestants ne sont pas moins vigilants qu\u2019en 1920.Le Parti Unioniste défend le rattachement, « l\u2019union » de l\u2019Ulster à la Grande-Bretagne.Il détient le pouvoir au parlement de Belfast depuis cinquante ans, c\u2019est-à-dire depuis les premières élections tenues dans la province.Farouchement protestant et pratiquement sous la coupe des loges orangistes, le parti se maintient grâce au découpage injuste des districts électoraux (gerrymandering) et au mythe du péril catholique savamment cultivé dans les milieux protestants défavorisés: cette mentalité discriminatoire a été clairement dénoncée par le Rapport Cameron, publié en septembre 1969 sous la pression de Londres.C\u2019est pour protester contre les pratiques de ce gouvernement ultra-conservateur que s\u2019est constituée à l\u2019été de 1968 l\u2019Association pour les droits civiques (Civil Rights Association).41 De l\u2019animation sociale au terrorisme À un certain moment de l\u2019histoire d\u2019un pays, il se trouve assez de gens pour ressentir la même chose au même moment, pour constituer une force et changer le cours des choses.C\u2019est ce qui arriva en Irlande du Nord à l\u2019automne de 1968.4 (B.Devlin) 1968: c\u2019était l\u2019époque des grandes espérances.Les étudiants français venaient d\u2019arracher au Général le mot magique de participation.Aux Etats-Unis, l\u2019opposition extra-parlementaire à la guerre du Viêt-Nam achevait de compromettre la candidature du Président Johnson.U Association pour les droits civiques et Démocratie pour le peuple (People\u2019s Democracy), qui devait bientôt la flanquer, ne sont pas des organisations confessionnelles et n\u2019ont rien à voir avec l\u2019IRA.Nées dans les milieux étudiants, elles s\u2019inspirent du mouvement américain pour les droits civiques et regroupent des protestants et des « neutres » aussi bien que des catholiques.Leurs revendications, résumées ici d\u2019après le manifeste de la People\u2019s Democracy, ne mettent pas en cause le statut politique de l\u2019Ulster, mais invoquent simplement le droit des gens.1° Chacun son vote : pour les élections municipales, un système archaïque accordait aux employeurs un privilège spécial en fonction de l\u2019importance de leur entreprise.Un patron pouvait ainsi accumuler jusqu\u2019à 20 voix, tandis qu\u2019un simple ouvrier n\u2019en avait qu\u2019une, et encore à certaines conditions.Au printemps \u201969, le gouvernement O\u2019Neill promettait une réforme du droit électoral, mais devait faire face à la vive opposition des milieux protestants.2° Réforme de la carte électorale : le découpage arbitraire des circonscriptions permet de limiter l\u2019influence des concentrations catholiques.Ainsi Londonderry, ville à 60% catholique, compte 12 conseillers municipaux protestants contre seulement 8 catholiques.Même situation dans les municipalités d\u2019Armagh et d\u2019Omagh.3° Du travail selon la compétence.Pour contraindre les catholiques à émigrer et pour protéger ainsi leur supériorité numérique (la natalité est plus forte chez les catholiques), les employeurs protestants refusent systématiquement d\u2019embaucher des catholiques.Cette pratique prévaut même 4.Mon âme n'est pas à vendre, p.87.42 dans la fonction publique: sur les 319 officiers du service civil de l\u2019Ulster, il n\u2019y a que 23 catholiques.Le comté de Fermanagh (à 55% catholique) compte 10 employés civils catholiques sur 166.Les hôpitaux de l\u2019état n\u2019admettent que 8% de médecins spécialistes catholiques.Quant à l\u2019implantation d\u2019industries nouvelles, elle se limite à la banlieue de Belfast, négligeant tout l\u2019ouest catholique.Résultat: le taux de chômage parmi les catholiques atteint 17%, le double du taux moyen en Ulster.4° Des logements selon les besoins.L\u2019Association pour les droits civiques a pu prouver que l\u2019attribution des nouveaux logements à loyer modique obéissait à une stratégie politique, visant à protéger la majorité protestante dans une région donnée.Si bien qu\u2019une famille nombreuse ne se trouvait plus favorisée, contrairement à ce qui se fait en Angleterre, où un système de points permet d\u2019établir une liste de préséances correspondant aux besoins des familles.5° Suppression de la Loi des Pouvoirs Spéciaux (Special Powers Acts).Cette loi, qui date de 1922, permet à la police de perquisitionner et d\u2019arrêter sans mandat, d\u2019emprisonner sans procès, et d\u2019interdire la tenue d\u2019une enquête à la suite de la mort d\u2019un détenu.En 1963, le ministre de la justice de l\u2019Afrique du Sud n\u2019hésitait pas à affirmer qu\u2019il échangerait volontiers son Coercion Bill contre le Special Powers Act de l\u2019Ulster.Pour formuler publiquement ces demandes, les mouvements organisèrent des marches légales et pacifiques.L\u2019hostilité des extrémistes protestants, qui attaquèrent sauvagement les cortèges, la complicité de la police officielle, qui se gardait d\u2019intervenir pour protéger les manifestants, l\u2019arrogance des ministres de Belfast et la lenteur du gouvernement eurent vite fait d\u2019envenimer la situation.Londres dut dépêcher un premier contingent pour protéger les quartiers catholiques, envahis par des bandes de voyous et de provocateurs.Mais ces premières explosions de violence avaient déjà favorisé la renaissance de l\u2019IRA.De premiers attentats eurent heu.Et les soldats britanniques, qui avaient été accueillis comme des protecteurs par la population catholique, furent affectés régulièrement à des opérations de police à Falls Road et dans le Bogside.Du coup, l\u2019IRA avait atteint son premier but: les catholiques reconnurent bientôt dans les tommies qui patrouillaient leurs quartiers et perquisitionnaient dans leurs demeures, l\u2019ennemi héréditaire, l\u2019envahisseur anglais.Forte de l\u2019appui croissant de la population catholique, l\u2019IRA pouvait maintenant substituer aux revendications de la CRA ses propres objectifs: le retrait des troupes britanniques et surtout LA REUNIFICATION DE L\u2019IRLANDE.Désormais le statut de l\u2019Ulster était mis en question, et le problème en devenait un de niveau international, impliquant à la fois le Royaume-Uni et la République d\u2019Irlande.Depuis le début des troubles en Irlande du Nord, le premier souci des gouvernements de Belfast et de Westminster a été de rétablir l\u2019ordre.Londres a d\u2019abord exigé qu\u2019on fasse quelques concessions aux « catholiques » : suppression des B-Specials (le corps de police a bien été dispersé, mais les armes n\u2019ont pas été remises), réforme du droit de vote municipal, revision de la poütique du logement.Mais c\u2019était trop peu, trop tard.Pendant cinquante ans, toute une partie de la population a été tenue en tutelle par un régime soi-disant démocratique: on comprend qu\u2019elle exige d\u2019autres garanties et revendique de participer à l\u2019administration du pays.Sur ce point, Stormont et le ministère de l\u2019intérieur demeurent inflexibles: pas de discussion tant que l\u2019IRA n\u2019aura pas mis un terme à ses attentats.A la fin de l\u2019été, le premier ministre Faulkner décidait de frapper un grand coup.Il appliqua la Loi des Pouvoirs Spéciaux: dès les premiers jours quatre cents personnes furent arrêtées \u2014 toutes de religion catholique.Le geste du gouvernement a provoqué une recrudescence de l\u2019activité de TIRA, si bien que les quatre derniers mois sont sûrement les plus meurtriers que l\u2019Irlande du Nord ait connus depuis la guerre civile (1920).Attentats à la bombe, échanges de coups de feu et exécutions sommaires ne cessent de faire des victimes et d\u2019approfondir le RELATIONS fossé qui sépare les deux communautés de l\u2019Ulster.Depuis le 9 août, deux mille suspects ont été arrêtés, et plus de sept cents sont toujours détenus sans procès.Le gouvernement vient d\u2019annoncer l\u2019ouverture d\u2019un nouveau camp de détention à Long Kesh, près de Belfast.L\u2019escalade continue.solution politique.Pour le premier ministre de l\u2019Eire, la négociation doit commencer le plus tôt possible, et commencer par la suspension du Special Powers Act.L\u2019inévitable négociation Il serait odieux de prétendre maintenant partager les torts: nous avons vu quel rôle jouait dans l\u2019affrontement actuel le souvenir des luttes passées, le poids de l\u2019histoire.On comprend qu\u2019un tel héritage de haines et de méfiances pèse comme une fatalité sur les individus.Mais il faut bien aussi constater l\u2019échec des institutions dont c\u2019était le devoir de chercher à apaiser les rancunes et à rapprocher les partis.En Ulster, cette responsabilité revenait d\u2019abord au gouvernement, au parti socialiste et aux églises.L\u2019Ulster aime rappeler son développement industriel et son niveau de vie supérieur à celui de la République 5.N\u2019aurait-il pas été possible de faire participer les catholiques à cette prospérité, au lieu d\u2019entretenir un folklore méprisant et de favoriser la formation de ghettos ?Une vie plus aisée n\u2019aurait pas été un faible argument en faveur de l\u2019union.Les combats de rue et les émeutes qui ont marqué le premier stade de l\u2019escalade de la violence en Irlande du Nord ont opposé les plus défavorisés des deux camps.Les mouvements ouvriers et le parti travailliste n\u2019ont pas réussi à faire comprendre aux travailleurs catholiques comme aux travailleurs protestants qu\u2019ils avaient beaucoup plus en commun, qu\u2019ils étaient beaucoup plus près les uns des autres, qu\u2019une certaine idéologie ne le leur faisait croire.Autre échec, hélas trop évident, celui des églises: car même si la question religieuse n\u2019est pas le fond du problème de l\u2019Ulster, c\u2019est déjà trop que l\u2019allégeance à l\u2019une ou l\u2019autre église chrétienne serve à identifier l\u2019ennemi.Or, dans la mesure où elles ont négligé (par faiblesse?par fanatisme?) de poser des gestes publics en faveur du rapprochement œcuménique, les églises portent une lourde responsabilité.Sait-on qu\u2019en 1972 tout membre d\u2019une loge 5.De cette fierté on trouvera un écho passionné dans la lettre d\u2019un lecteur du quotidien montréalais The Gazette (14 jan.\u201972, p.6), publiée sous le titre « Factual» Facts about Ulster.orangiste risque l\u2019exclusion s\u2019il donne la main à un catholique en public ?Peter Hebblethwaite {The Month, nov.\u201971) rappelle qu\u2019en 1968 (l\u2019année internationale des droits de l\u2019homme) un service œcuménique avait été organisé à Belfast précisément sur le thème des droits de l\u2019homme: à cette célébration n\u2019ont participé ni le cardinal Conway, ni le primat anglican, ni le modérateur de l\u2019église presbytérienne, ni le président de la conférence méthodiste.En fait, ce n\u2019est pas des églises qu\u2019on peut espérer un apaisement pour rUlster.Le problème est fondamentalement d\u2019ordre politique, et il faudra bien que les opposants acceptent un jour de s\u2019asseoir à la table des négociations pour discuter des garanties politiques à offrir aux catholiques.Mais comme les positions se sont durcies, ce n\u2019est ni le premier ministre Faulkner, ni le ministre anglais de l\u2019intérieur, M.Maudling, qui peuvent engager cette négociation.A l\u2019heure actuelle les deux hommes politiques les plus susceptibles d\u2019agir comme médiateurs semblent être MM.Lynch et Wilson.Jack Lynch, premier ministre de la République d\u2019Irlande, est un modéré.Ce n\u2019est pas qu\u2019il ne soit soumis aux pressions des radicaux de son propre parti, le Fianna Fail, qui n\u2019hésiteraient pas à soutenir officiellement l\u2019IRA.Mais M.Lynch voit plus loin: il a même su dépasser les rebuffades du gouvernement britannique, qui taxait ses premières déclarations d\u2019ingérences dans les affaires du royaume.Depuis septembre, Londres a révisé ses positions et a même organisé un petit sommet à trois, réunissant MM.Heath, Lynch et Faulkner.Cette rencontre n\u2019a peut-être pas donné de résultats spectaculaires, mais elle a entraîné un accord de principe sur l\u2019urgence d\u2019une Pour ce qui est de la position du leader travailliste à Westminster, elle représente aujourd\u2019hui le seul espoir d\u2019une solution à la crise de l\u2019Ulster.M.Harold Wilson a sagement évité d\u2019exploiter le problème auprès de l\u2019électorat anglais, agacé par ces querelles d\u2019Irlandais et de plus en plus favorable au retrait des troupes britanniques.Le chef de l\u2019opposition a offert l\u2019appui de son parti au gouvernement de M.Heath, puis il a présenté un plan en quinze points, qui prévoit la réunification progressive de l\u2019Irlande échelonnée sur une période de quinze ans.Cette réunification ne doit pas se faire, bien sûr, sans l\u2019accord de la majorité protestante de l\u2019Ulster, à qui un système fédéral assurerait une certaine marge d\u2019autonomie.Ce plan est loin d\u2019avoir emporté l\u2019assentiment des parties en cause, mais il représente au moins une base de négociation et il a le mérite de lancer à Londres le mot de « réunification », jusqu\u2019alors tabou.Quelles que doivent être les réticences des Unionistes à l\u2019égard de ce projet, il doit être pris au sérieux, car il indique la voie d\u2019une réforme constitutionnelle, étape indispensable à la normalisation des rapports humains entre catholiques et protestants de l\u2019Ulster, mais aussi entre Irlandais du Nord et du Sud 6.6.L\u2019auteur tient à remercier M.Bernard F.McGuckian, de Dublin, qui lui a permis de consulter et d\u2019utiliser un texte encore inédit, intitulé The Trouble in Ireland.FÉVRIER 1972 43 Le débat Vallières \u2014 Gagnon \u2014 tensions à la gauche Pierre Vallières, dans un discours clair et obscur, vient d\u2019engager les militants et sym-patisants felquistes à joindre les rangs du PQ.Charles Gagnon, dans une réponse cinglante, mais discutable, dénonce cet appui inconditionné accordé au PQ.La gauche québécoise peut-elle se permettre de telles tensions ?Quel sera l\u2019avenir de ce débat ?par Michel Dussault\t_________________________________________________________ Il y a quelques semaines, Pierre Vallières, symbole québécois de la lutte violente contre les pouvoirs établis, annonçait dans un long texte publié dans le Devoir une réorientation radicale de sa politique: il rompait avec le FLQ et engageait les sympathisants et les militants de ce mouvement à le « saborder » et à joindre les rangs du Parti québécois.Quelque temps après, Charles Gagnon, dans le même quotidien montréalais, tout en se disant d\u2019accord avec le rejet de la forme violente d\u2019action préconisé par son ancien collaborateur, dénonçait l\u2019appui donné par celui-ci au PQ.Devant ces deux événements, il est facile et tentant de se laisser entraîner dans une rhétorique «psychologis ante » ou moralisante.On dira ou écrira, par exemple, à propos de Vallières, qu\u2019il est fatigué de la clandestinité, qu\u2019il prépare ainsi sa « remontée sociale », qu\u2019il veut se donner une image publique respectable, etc.De même, on pensera que la prise de position de Charles Gagnon est la résultante d\u2019un conflit de personnalité entre les deux hommes, qu\u2019il ne veut plus être considéré comme l\u2019ombre ou le prolongement de son illustre associé d\u2019hier: on ne peut pas dire, d\u2019ailleurs, que le premier, par ses nombreux « ad hominem », ait rendu moins tentante pareille interprétation.Par ailleurs, ceux qui ont le discours moral facilement aux lèvres applaudiront d\u2019abord et avant tout au retour de Vallières aux manières « civilisées » et à son rejet des formes violentes d\u2019action.En tout cas, dans le cadre de cet article, ces faits récents ne seront pas lus en termes psychologiques ou moraux.Non pas que ces dernières perspectives soient à exclure: elles peuvent sans doute, à leur place, apporter un complément d\u2019intelligence à la compréhension et à l\u2019évaluation de ces événements.Cependant, Vallières et Gagnon nous livrent deux discours dont l\u2019intention est, de toute évidence, socio- politique; et c\u2019est dans cette perspective, me semble-t-il, qu\u2019ils doivent d\u2019abord être lus, interprétés et critiqués.On pourrait faire une longue analyse détaillée du contenu de ces deux textes et s\u2019attarder sur chacune des questions On peut être étonné que, dans un texte aussi long que celui qu\u2019il a fait parvenir au Devoir, Vallières n\u2019ait pas réussi à clarifier davantage sa position à l\u2019égard du Parti québécois.Une fois nettement exposées l\u2019inopportunité « objective » de poursuivre l\u2019action terroriste, l\u2019urgence prioritaire de l\u2019indépendance et l\u2019importance de canaliser toutes les énergies de libération disponibles vers la mise en action la plus efficace possible de cet instrument politique, on n\u2019a pas encore dit comment on se situait stratégiquement devant cet instrument.Sur ce point, le texte de Vallières est donc obscur.Il est obscur, d\u2019abord, sur ce que représente pour lui actuellement le PQ.Vallières croit trouver dans ce dernier les mêmes éléments « progressistes » que ceux qu\u2019on rencontre dans « le \u2018front commun\u2019 des centrales syndicales, des comités de citoyens et des intellectuels progressistes » 1.Concédons qu\u2019il en est peut-être ainsi.Mais que fait-il des « autres » et, en particulier, de ceux pour qui le PQ peut apparaître comme l\u2019instrument rêvé d\u2019une nouvelle et profitable domination économique ?Ne prêtons pas à Vallières la naïveté d\u2019en ignorer l\u2019existence .Mais pourquoi n\u2019en parle-t-il pas ?Pourquoi ne tente-t-il pas d\u2019en mesurer l\u2019importance ?En ce qui concerne la politique du Parti, Vallières écrit que « le \u2018contenu\u2019 de l\u2019indépendance se définit à la base qu\u2019ils posent.Quant à moi, je préfère me limiter ici à quelques rapides observations qui gravitent autour de la question centrale du présent débat: quelle attitude doivent prendre, à l\u2019heure actuelle et pour les années à venir, les forces de gauche à l\u2019égard du PQ ?(syndicats, comités de citoyens, organisations locales du PQ, front de libération des femmes québécoises, etc.) » 2.Mais quelles sont ses attentes personnelles à l\u2019égard de ce contenu, à court, moyen et long terme ?Il est malaisé de le savoir.Chose évidente, \u2014 pour moi, du moins, \u2014 l\u2019auteur semble soucieux d\u2019éviter le plus possible les ruptures, les dissidences et les querelles « phraséologiques » qui risqueraient de briser irrémédiablement le Parti et de rendre finalement irréalisable le projet souverainiste.Mais cela suppose des compromis .Jusqu\u2019où serait-on prêt à aller ?Jusqu\u2019où pourra-t-on se permettre d\u2019aller ?Si le texte de Vallières me semble manquer de clarté dans sa position à l\u2019égard du PQ, c\u2019est que, finalement, on ne voit pas très bien quel rôle historique précis il jouera dans l\u2019avènement du socialisme.Il ne s\u2019agit pas d\u2019exiger de l\u2019auteur des dons spéciaux de visionnaire; mais ne peut-on souhaiter des prévisions plus nettes de la part d\u2019un homme qui engage à l\u2019action.d\u2019autant plus qu\u2019il juge sans issue certaines voies qui peuvent tenter d\u2019autres Québécois.Peut-être la suite du prochain livre de l\u2019auteur de Nègres-Blancs apportera-t-elle quelque éclaircissement là-dessus.1 .Le Devoir, 13 décembre 1971, p.6.2.Ibid.Un discours clair et obscur 44 RELATIONS Une réponse cinglante, mais discutable Alors que quelques membres du FLQ donnaient un appui substantiel à la position de Vallières, un important ex-collaborateur de celui-ci, Charles Gagnon, exprimait, dans le Devoir, les 5 et 6 janvier 1972, une nette désapprobation de cette nouvelle politique à l\u2019endroit du PQ.Il reprochait spécialement à Vallières de faire le jeu de la petite bourgeoisie, en mettant en veilleuse la lutte des classes et en rejetant, au nom de l\u2019unité nationale de libération, l\u2019idée d\u2019un parti de travailleurs autonome et révolutionnaire.Disons d\u2019abord que, en ce qui concerne l\u2019opportunité de la création d\u2019un autre parti, on ne jugera pas ici qui a tort et qui a raison.Le débat sur cette question a, d\u2019ailleurs, bien des chances de se poursuivre pendant un certain temps.Je me demande, cependant, si le débat, de la manière dont il a été engagé par Gagnon, est heureux.En premier lieu, \u2014 et même s\u2019il ne s\u2019agit pas de faire ici de la psychologie ! \u2014 on aurait pu souhaiter que l\u2019auteur de cette réponse évite de « personnaliser » la discussion: les procès d\u2019intention contribuent difficilement à l\u2019élucidation d\u2019une situation qu\u2019on veut voir évoluer vers la satisfaction du plus grand nombre.Et, de plus, les « ad hominem » de notre auteur peuvent rendre tentantes des interprétations réductrices qui feraient oublier l\u2019intérêt proprement politique de ses considérations.En second lieu, on peut se demander si Charles Gagnon n\u2019en fait pas trop dire à Pierre Vallières.Pour Gagnon, la position de son ex-collaborateur est claire: pour moi, elle est obscure.Par exemple, quand le premier écrit que « la lutte des classes est en cours, au Québec comme dans toutes les sociétés capitalistes, quoi qu\u2019en pensent Vallières et Trudeau », et qu\u2019il prête à Vallières l\u2019idée que cette lutte des classes, « il faudrait la remettre à plus tard » 3, sur quelle prise de position précise de son interlocuteur se base-t-il pour parler ainsi ?Pourquoi une interprétation aussi exclusive et catégorique, alors que, pour Vallières, le contenu de l\u2019indépendance doit tout de même être défini à la base \u2014 et à la gauche \u2014 de la société ?Chose certaine, Gagnon semble bien opter pour la création d\u2019un parti révolutionnaire des masses, tout en reconnaissant cependant que « les problèmes posés par la mise-sur-pied du parti révolutionnaire des masses paraissent aujourd\u2019hui encore sans solution » 4.On peut bien dire, comme l\u2019auteur, que cet ensemble de difficultés « ne justifie d\u2019aucune façon ce genre de démission mélodramatique dont on vient d\u2019êtrq témoin » 5.Mais a-t-on répondu ainsi à la préoccupation de Vallières, qui en est une, selon moi, de « tactique d\u2019urgence » ?Une fois qu\u2019on a parlé d\u2019opportunisme, on a dit trop peu .surtout quand on ne semble pas soi-même fournir une solution de rechange qui tienne suffisamment compte du court terme.On aurait aimé voir Gagnon expliciter les difficultés actuelles que rencontre la création de ce « parti des masses » et montrer lui-même plus clairement comment, en attendant l\u2019avènement de ce parti et une fois en présence de cet instrument, il voudrait voir se situer, tactiquement et stratégiquement, les forces de gauche à l\u2019égard du PQ.L\u2019avenir de ce débat Le débat qui vient de s\u2019amorcer, s\u2019il veut vraiment servir à l\u2019élucidation et à l\u2019évaluation de ce qui se vit et devrait se vivre au Québec, \u2014 et je crois qu\u2019il le peut, \u2014 devra se clarifier, pour éviter d\u2019inutiles querelles, et se confronter sans cesse au milieu socio-culturel dont les deux protagonistes veulent 3.\tld., 5 janvier 1972, p.5.4.\tId., 6 janvier 1972, p.6.5.\tIbid.FÉVRIER 1972 l\u2019autonomie la plus entière.Il ne s\u2019agit pas de vouloir une politique de pur pragmatisme qui se prétend être, avec le plus strict minimum de théorie, au service des faits, comme si les faits n\u2019étaient pas déjà eux-mêmes des interprétations.Mais, en même temps, la politique ne se fait pas uniquement avec des idées, mais avec des forces, et pas seulement des « forces sur papier ».Oublier cela, ce serait se confiner à des débats de salon dont le « peuple » n\u2019a ni envie, ni besoin.D\u2019autre part, les auteurs de la présente discussion ne peuvent pas ne pas être conscients de l\u2019exploitation qui peut être faite de leurs divergences.Non pas que ce débat soit sans importance.Mais on ne peut oublier que, pendant qu\u2019on s\u2019interroge sur l\u2019opportunité d\u2019appuyer le PQ ou de former un « parti révolutionnaire des masses », il se trouve dans notre société d\u2019autres éléments qui, eux, savent ce qu\u2019ils veulent et qui ne pourraient que se réjouir de voir une gauche divisée et paralysée dans ses disputes d\u2019école.Ceux qui sont ouverts et sympathiques à des avenues nouvelles et originales pour le Québec de demain \u2014 et l\u2019auteur du présent texte se considère de ce groupe \u2014 regretteraient que soit rendue stérile, désarticulée et irréalisable une parole politique qu\u2019on commence à peine à entendre ici.17.1.72.COOPÉRANT A L\u2019ÉTRANGER?\u2022\tÊtes-vous préoccupé(e) par le Tiers-Monde?\u2022\tDésirez-vous mieux connaître sa situation ?ses espoirs ?ses besoins ?ses problèmes ?\u2022\tVoulez-vous même coopérer à l\u2019étranger?Alors, adressez-vous au : Centre d\u2019étude et de coopération internationale 4824, chemin Côte des Neiges Montréal 247 - Tél.: 735-4561 45 Les couples irréguliers dans l\u2019Église L\u2019Eglise compte un nombre croissant de couples « irréguliers », c\u2019est-à-dire vivant à l\u2019encontre des règles qui, aux termes du droit ecclésiastique, fixent les conditions et les normes du mariage.Ces couples sont-ils exclus de la vie sacramentaire dans l\u2019Eglise ?En dépit d\u2019une pratique séculière qui va dans le sens d\u2019une grande intransigeance, peut-on vraiment espérer \u2014 et, si oui, sur quelles bases?\u2014 qu\u2019il leur soit permis de vivre, dans les limites de leur condition ambiguë, une vie humaine et chrétienne épanouie ?Le présent article reprend, pour les expliciter et les compléter, certaines pers-pectiyes ouvertes dans le numéro spécial de RELATIONS (décembre 1970) sur mariage Par\tet divorce, à la fin du texte de Guy Bourgeault et Julien Harvey._ Marcel Marcotte______________________________________ La porte qui doit s\u2019ouvrir Parmi ses fidèles, l\u2019Eglise compte un nombre croissant de couples irréguliers, c\u2019est-à-dire de couples vivant à l\u2019encontre des règles qui, aux termes du droit ecclésiastique, fixent les conditions de validité du mariage catholique.Irréguliers, certains le sont par libre choix, ayant, pour toute espèce de raisons, opté d\u2019emblée pour l\u2019union libre ou pour le mariage civil, de préférence au mariage religieux, qui leur était et qui leur reste, à condition qu\u2019ils y tiennent, aisément accessible.Mes présents propos ne les concernent pas.Mais, irréguliers, d\u2019autres couples le sont par force et à leur corps défendant, pour la simple et unique raison que, dans l\u2019état présent de la doctrine, des lois et des mœurs de l\u2019Eglise en matière conjugale, le mariage de fait dans lequel ils sont engagés, à défaut de reconnaissance officielle, n\u2019a pas et, dans la majorité des cas, ne pourra jamais avoir de statut légal dans la communauté catholique.Telle est la condition des couples (qui seuls nous intéressent ici) où l\u2019un au moins des partenaires, séparé ou divorcé d\u2019avec un conjoint encore vivant, n\u2019est \u2014 ou n\u2019était pas \u2014 apte, au regard de l\u2019Eglise, à contracter va-lidement un nouveau mariage.Remariés ou non devant un officier civil ou un ministre d\u2019une autre confession religieuse, ces couples, en théorie, tombent automatiquement sous le coup des condamnations portées par le droit canonique contre le concubinage ou la bigamie; sous le coup, par conséquent, des peines sévères et des interdits infamants qui pèsent sur les « pécheurs publics » non repentis: excommunication, éloignement de la communauté, non-participation aux sacrements de pénitence et d\u2019eucharistie, refus des funérailles et de la sépulture chrétiennes, etc.En pratique, ces dispositions légales ne sont plus appliquées nulle part dans toute leur rigueur.N\u2019empêche que, longtemps en force, elles ont laissé dans la conscience catholique des traces profondes, et que, non encore rapportées, elles continuent d\u2019influencer, à des degrés divers, les jugements privés, les attitudes collectives et les conduites pastorales.Avec le résultat que les couples irréguliers, à tort ou à raison, ont le sentiment d\u2019être exclus par l\u2019Eglise et mis au ban de la communauté chrétienne.Chez un grand nombre, cette situation de hors-la-loi provoque une réaction de découragement ou même de révolte.Désespérant d\u2019être compris et acceptés pour ce qu\u2019ils sont, et convaincus d\u2019être déjà « en dehors de l\u2019Eglise », ils prennent les devants, pour ainsi dire: ils entrent en dissidence, s\u2019isolent et se retranchent de la communauté bien plus qu\u2019ils n\u2019en sont retranchés.Le prêtre, en tournée pastorale, trouvera leur porte fermée.Comme leur cœur.La foi, à ce régime, se perd très vite.Celle du couple, d\u2019abord, puis celle des enfants qui, parfois, ne sont pas même baptisés.Voilà comment, chez « les souris canadiennes-françaises catholiques », il arrive que des familles entières basculent dans l\u2019incroyance, irrémédiablement.Pour d\u2019autres, par bonheur, la réaction est moins brutale.Point d\u2019amertume ni de révolte; point de rupture ni d\u2019abandon; aucune baisse de la foi.Le sentiment, chez eux, qui l\u2019emporte sur tous les autres, c\u2019est celui d\u2019une souffrance, faite de nostalgie et d\u2019impuissance, qui, étrangement, creuse leur faim de Dieu et, tels des pauvres écartés de la fête des riches, les fait rôder à l\u2019entour de l\u2019Eglise close, avec l\u2019espoir têtu que, devant eux, une porte, un jour, finisse par s\u2019ouvrir.A la limite, ce que pareil espoir remet en cause, c\u2019est, au plan doctrinal, la loi même de l\u2019indissolubilité du mariage chrétien, qui pourrait et qui devrait, selon certains, être assouplie pour tenir compte, à tout le moins, de certains cas d\u2019espèce.De façon moins radicale, c\u2019est, au plan juridique, la valeur des règles et la durée des procédures utilisées par les tribunaux ecclésiastiques pour accorder ou pour refuser l\u2019annulation des mariages douteux.Aussi bien, une fois reconnue la dissolution ou déclarée la nullité du premier mariage, rien ne s\u2019oppose plus à la normalisation du second, et les « irréguliers » sont réadmis de plein droit dans la communauté chrétienne.Pour l\u2019instant, néanmoins, j\u2019entends faire complètement abstraction des attentes que, sur ce plan, l\u2019évolution actuelle ou possible de la théologie et du droit canonique a fait naître; abstraction même des recours que l\u2019Eglise, à l\u2019intérieur de sa présente discipline, offre aux couples irréguliers qui lui demandent \u2014 ou qui pourraient lui demander \u2014 d\u2019être officiellement déliés des obligations d\u2019un premier mariage.Ce qui m\u2019intéresse ici, exclusivement, c\u2019est de savoir ce qu\u2019il est possible de faire pour venir en aide à ces couples qui, installés à demeure \u2014 quoi qu\u2019il arrive \u2014 dans l\u2019irrégularité, souffrent de leur éloignement de l\u2019Eglise et rêvent de s\u2019en rapprocher.46 RELATIONS Une tradition morale et pastorale à dépasser Ce vœu, pour l\u2019essentiel, se porte vers la participation normale aux sacrements de pénitence et d\u2019eucharistie.Il témoigne en cela, chez les « irréguliers », d\u2019un besoin de justification, de réconciliation avec Dieu, avec l\u2019Eglise, qui, au plan profane, a sa contrepartie dans le désir intense que la plupart expriment de réintégrer la famille, le cercle amical; d\u2019y être reconnus, à l\u2019intérieur de leur situation particulière, comme des membres à part entière.Pour qui a libre accès aux sacrements, ce privilège \u2014 comme celui de fêter Noël en famille ou d\u2019entrer, la tête haute, dans le salon des bien-pensants \u2014 compte parfois pour peu.Mais, aux yeux des couples irréguliers, il prend valeur de symbole \u2014 symbole d\u2019accueil ou de rejet \u2014 et se situe, comme tel, au centre du débat.Or, il existe, à ce propos, une « tradition » morale et pastorale difficile à ignorer.Issue d\u2019une interprétation littérale et rigoureuse de la doctrine et de la loi chrétiennes du mariage, elle s\u2019impose, de prime abord, par sa clarté, sa précision, sa cohérence.En s\u2019engageant, au vu et au su de la communauté, dans des liens conjugaux ou semi- conjugaux illégitimes, les couples irréguliers se sont installés \u2014 objectivement \u2014 dans un état de péché, de rupture avec Dieu, avec l\u2019Eglise, dont ils ne peuvent sortir qu\u2019à condition de briser les liens illicites, de désavouer l\u2019amour coupable.A défaut de quoi ils restent coupés de toute vie sacramen-taire.Point de confession ni d\u2019absolution, puisque l\u2019attachement au péché demeure; point d\u2019eucharistie, puisque la communion avec le Christ, avec l\u2019Eglise, n\u2019a pas été rétablie.Dans cette optique, la séparation des partenaires est le premier \u2014 et le seul \u2014 objectif pastoral.Séparation complète et immédiate, quand elle n\u2019apparaît pas trop inhumaine; séparation partielle ou promesse de vivre « comme frère et sœur », si la séparation effective est impossible; séparation in extremis, à tout le moins, pour ceux qui, incapables de consentir à la première, ni de remplir les conditions de la seconde, profiteront \u2014 « si Dieu leur en fait la grâce » \u2014 de la dernière maladie pour consommer \u2014 et de quel cœur ! \u2014 une rupture que la proximité de la mort \u2014 heureusement \u2014 aura rendue inéluctable.En quête d\u2019un équilibre entre les exigences de la loi et celles de la vie A cette logique austère, on s\u2019est mis, ces dernières années, à apporter des correctifs ou des adoucissements qui, sans en modifier substantiellement la teneur ni la visée, réussissent à rétablir, tant bien que mal, l\u2019équilibre entre les requêtes de la loi et celles de la vie.Au lieu, par exemple, de faire de la séparation effective et, autant que possible, immédiate des partenaires, une condition indispensable à la réconciliation avec l\u2019Eglise, certains ont proposé que, sans perdre de vue l\u2019objectif final, on renonce à l\u2019atteindre, forcément, du premier coup; à imposer d\u2019emblée une rupture à laquelle le couple, dans bien des cas, ne pourra \u2014 s\u2019il le peut jamais \u2014 accéder que par degrés, après un long cheminement.D\u2019autres ont pris soin de préciser que, dans le cas d\u2019un engagement à vivre ensemble « comme frère et sœur », il suffit \u2014 conformément à l\u2019enseignement classique sur les occasions nécessaires de péché \u2014 que la volonté d\u2019abstention reste ferme, même si, par la force des circonstances, les « faiblesses » charnelles se multi- FÉVRIER 1972 plient.Surtout, de grands efforts ont été déployés pour rassurer les âmes inquiètes sur leur situation véritable devant Dieu et pour leur offrir des ersatz des sacrements manquants.A tout péché miséricorde.Que les « irréguliers » se repentent de leur faute; qu\u2019ils se proposent de la soumettre, le jour venu, au tribunal de la pénitence, et le pardon divin, par le « vœu » même du sacrement, la couvrira \u2014 en même temps que tous leurs autres péchés \u2014, dût l\u2019absolution d\u2019un prêtre ne leur être jamais accordée ou ne descendre sur eux qu\u2019à l\u2019heure de la mort.De même, la participation à l\u2019eucharistie n\u2019a pas besoin d\u2019être extérieure et sensible pour être porteuse de grâce.On peut communier par la bouche des autres, intérieurement, dans l\u2019invisible, en se joignant, de corps et d\u2019esprit, à la communauté rassemblée pour la célébration du sacrifice.Au demeurant, les sacrements, sur l\u2019échiquier de la vie chrétienne, ne sont que des pièces \u2014 importantes \u2014 parmi bien d\u2019autres; des œuvres dont, par un reliquat de pensée magique, certains attendent, à tort, l\u2019assurance d\u2019un salut qui, en réalité, dépend avant tout de la foi.En deçà des sacrements, et pour en compenser l\u2019absence, reste aux « irréguliers » tout l\u2019éventail des autres « bonnes œuvres », à commencer par le développement de l\u2019amour mutuel, l\u2019éducation chrétienne des enfants, l\u2019exercice quotidien des vertus familiales et sociales; reste surtout le témoignage d\u2019humilité et de patience qu\u2019ils ont, de par leur condition officielle de pécheurs, vocation de rendre à l\u2019intérieur d\u2019une Eglise où, dans le secret de son cœur, chacun doit s\u2019éprouver, pareillement, coupable èt indigne de vivre dans la familiarité de Dieu.Un nouveau pas en avant Ces propos apaisants ont beau rendre la position traditionnelle plus souple et plus humaine, ils n\u2019en maintiennent pas moins, sur le point fondamental du débat, le caractère d\u2019intransigeance: pour les « irréguliers », tout compte fait, l\u2019accès aux sacrements reste bloqué.Seulement, bloqué, on ne dit plus qu\u2019il l\u2019est, d\u2019abord, parce que leur situation extérieure et légale de pécheurs coïncide, presque nécessairement, avec un état intérieur de péché, mais parce que, dans l\u2019ordre sacramentel, qui est un ordre de signes, leur condition est un contre-signe; qu\u2019elle entre ouvertement en conflit avec la signification sociale des sacrements, notamment de l\u2019eucharistie qui, dans l\u2019Eglise, est signe par excellence d\u2019unité et de sainteté.Non, les « irréguliers » ne sont pas forcément coupés de l\u2019amour de Dieu; devant leur conscience, ils ont le droit de se sentir et de se dire innocents.Mais comment admettre, sans contradiction ni scandale, au festin des noces, des convives qui, ostensiblement, ne sont pas revêtus de la robe nuptiale ?En marquant avec autant de force la distinction entre le « for interne » et le « for interne », entre la situation extérieure et le comportement social des « irréguliers », d\u2019une part, et leur situation devant Dieu, l\u2019état intérieur de leur conscience, d\u2019autre part, les moralistes, déjà, ouvraient à la pastorale des voies nouvelles.Mais ces voies, somme toute, ils n\u2019osaient pas encore les suivre jusqu\u2019au bout.Par prudence, par respect de la loi, pour prévenir 47 abus et illusions.Aujourd\u2019hui, bon nombre l\u2019osent, à propos de cas précis et à certaines conditions.Par souci de charité et de justice; par respect des personnes et des consciences.A ces « irréguliers » que, pour de bonnes raisons, on avait commencé de rassurer Que la « compassion », dont Thomas d\u2019Aquin disait qu\u2019elle est « une sorte de plénitude de justice », ait joué un rôle dans la mise au point de cette approche morale et pastorale inédite, c\u2019est certain.Elle n\u2019en repose pas moins sur des principes.Ces principes, d\u2019un moraliste à l\u2019autre, varient dans leur formulation, mais ce que tous, en fin de compte, mettent en relief, c\u2019est la distinction classique entre la moralité objective et la moralité subjective, avec les droits premiers de la conscience personnelle et les prividèges de la bonne foi qui en découlent.Il existe, de fait, un ordre moral dont la loi, justement \u2014 en matière d\u2019indissolubilité du mariage, par exemple \u2014 exprime et impose les exigences permanentes.Mais cet ordre moral est à réaliser par des personnes, à partir des situations concrètes dans lesquelles, à un moment donné, la vie les place ou les trouve.C\u2019est dire que le sort de la moralité ne se joue pas tout entier, ni même principalement, au niveau des exigences morales objectives, mais à celui de l\u2019évaluation subjective qui en est faite, à hauteur d\u2019homme, par chacun de ceux qui sont appelés à s\u2019y conformer.La morale chrétienne l\u2019a toujours su: c\u2019est à la conscience, en dernier ressort, qu\u2019il appartient de rendre, en conformité ou non avec la loi, l\u2019ultime jugement pratique sur la bonté ou la malice des décisions humaines.La conscience, par ailleurs, n\u2019opère pas dans un vacuum.Bon gré, mal gré, elle est influencée, du dehors, par Conditionnement par le milieu social et conditionnement par l\u2019expérience vécue, cela reste bien subjectif et ne pèse pas lourd dans la balance de qui est habitué à privilégier, en toutes circonstances, le bien commun, l\u2019ordre et en leur disant qu\u2019ils pouvaient être justifiés, même sans participation actuelle aux sacrements, plusieurs ne craignent pas, sur la même lancée, de dire, à présent, qu\u2019ils peuvent participer aux sacrements puisqu\u2019ils sont, qu\u2019ils doivent être, déjà, intérieurement justifiés.les mentalités collectives, par les opinions, les préjugés, les mœurs qui ont cours dans le milieu environnant.En matière de divorce et de remariage, par exemple, quand, dans l\u2019estime d\u2019un grand nombre, le droit à l\u2019amour acquiert tant d\u2019importance qu\u2019il en arrive, presque, à supprimer l\u2019institution.Avec le résultat que, dans bien des cas, telle situation irrégulière, telle conduite, objectivement immorale, dont la conscience chrétienne, sous la pression du milieu, eût aisément perçu, naguère, l\u2019indignité, peut, à présent, être jugée, de bonne foi, avec bien plus d\u2019indulgence par les chrétiens socialement, culturellement et historiquement « conditionnés » qui s\u2019y abandonnent Mais, plus encore que du dehors, le jeu de la conscience, pour chacun, peut être affecté, du dedans, par ses expériences personnelles:\tcelles du passé dont la mémoire, à distance, l\u2019accuse ou bien l\u2019excuse; celles surtout du présent, qui l\u2019identifient comme « être-en-situation » et, à ce titre, sont intimement liées à ses perceptions, ses jugements, ses décisions.Ainsi, bien des irréguliers sont sincèrement convaincus que leur seconde union, censément illégitime, n\u2019en est pas moins, dans sa réalité existentielle et vécue, tout à fait valable.Bien plus valable, en tout cas, que le mariage rompu dont, rétrospectivement, ils arrivent parfois à se persuader qu\u2019il n\u2019a jamais réellement existé, tant ils en gardent un souvenir cuisant.Comment comprendraient-ils les exigences et les sévérités de l\u2019Eglise à leur égard ?la loi.Mais, au moraliste, au pasteur, préoccupés, avant tout, du respect des consciences et du bien des personnes, cela peut suggérer, à mi-chemin entre le rigorisme et le laxisme, les conclusions suivantes.1 ° Si la doctrine et la discipline de l\u2019indissolubilité du mariage chrétien ont un sens, la constitution même du couple irrégulier, par remariage public ou par consentement mutuel privé, est à considérer, de soi, comme une faute très grave, encore qu\u2019il faille, pour en mesurer la malice réelle, tenir compte des circonstances.Circonstances aggravantes, parfois, quand on laisse derrière soi un conjoint innocent, des enfants en bas âge.Circonstances atténuantes, aussi, tel le sentiment de solitude et d\u2019insécurité qui accable l\u2019époux abandonné au lendemain de la rupture.De cette faute, il faut se repentir et faire, concrètement, pénitence, en réparant les torts causés, en contribuant, le cas échéant, au support du conjoint et des enfants délaissés.2° L\u2019acte de contracter l\u2019union irrégulière a beau constituer une faute, une fois cet acte posé et le couple formé, naît une situation humaine nouvelle, qui doit être évaluée, moralement, à son mérite, en tenant compte, tout ensemble, des valeurs objectives qui s\u2019y incarnent et de la perception subjective que le couple en a.3° Il peut arriver que l\u2019union irrégulière n\u2019ait pas plus de valeur que le mariage rompu, ou même qu\u2019elle en ait moins, tant en réalité qu\u2019aux yeux du couple lui-même.Qu\u2019elle soit conçue et vécue, en somme, plutôt comme une liaison prolongée que comme un mariage véritable.La bonne foi cessant, pour lors, de tenir en échec les exigences de la loi, celle-ci reprend sa force et la séparation des partenaires s\u2019impose.Encore faut-il que la morale, en pareil cas, ne serve pas d\u2019alibi à la fuite coupable des responsabilités.4° Les « irréguliers » peuvent être loyalement convaincus que leur premier mariage, pour une raison ou pour une autre, n\u2019a pas été un vrai mariage, et donc que leur union irrégulière est en réalité, de droit naturel et divin, la première et la seule valide, bien que, dans l\u2019état actuel de la loi canonique, leurs prétentions n\u2019aient pas été, ou ne puissent pas être, entérinées par les tribunaux ecclésiastiques.Pourquoi le privilège de la bonne foi ne jouerait-il pas en leur faveur ?La conscience conditionnée et les privilèges de la bonne foi Entre l'excès de rigueur et l\u2019excès de complaisance 48 RELATIONS Évaluation d\u2019un cas limite 5 0 Reste le cas, plus difficile et plus fréquent, où les « irréguliers », sans contester la validité de leurs précédents liens, en arrivent quand même à sincèrement penser que leur présente union, dans sa réalité vécue, est un vrai mariage, que Dieu lui-même ne peut manquer de reconnaître et de bénir.Ils s\u2019aiment, ils sont fidèles l\u2019un à l\u2019autre, ils éduquent leurs enfants avec soin, ils réagissent et se comportent, en tout, comme des époux et des parents chrétiens.Qui plus est, cela dure depuis longtemps et, dans leur intention, doit se perpétuer, à travers le meilleur et le pire, jusqu\u2019à ce que la mort les sépare.A telle enseigne que, du couple qu\u2019ils forment aux couples chrétiens de l\u2019entourage, il n\u2019y a de différence que d\u2019ordre légal et sacramentel.L\u2019obstacle légal n\u2019est pas insurmontable, car, si nulle qu\u2019elle soit, juridiquement parlant, l\u2019union irrégulière, ici, crée des devoirs impérieux devant lesquels la loi s\u2019efface.Quand, par exemple, des enfants sont nés, ils ont beau n\u2019être pas « légitimes », ils respirent, ils tètent, ils parlent, ils rient, ils vivent.En les mettant au monde, 6° Dans tous les cas où la bonne foi est patente, l\u2019accès à la pénitence et à l\u2019absolution sacramentelle ne devrait pas, normalement, faire difficulté.Le sacrement, somme toute, ne fait alors que confirmer, que consacrer, par une parole et par un geste efficaces, cette réconciliation avec Dieu dont les moralistes, aujourd\u2019hui, sont d\u2019accord pour dire qu\u2019eÜe n\u2019est pas toujours liée, pour les « irréguliers », à la séparation effective du couple.Dans ces conditions, l\u2019octroi de l\u2019absolution ne devrait pas, non plus, être subordonné à la promesse \u2014 impossible et dangereuse à tenir pour tout couple normal \u2014 de « vivre comme frère et sœur ».Les mêmes raisons qui légitiment ou excusent la poursuite de la vie commune valent également, semble-t-il, pour que cette vie commune soit vécue pleinement.leurs père et mère ont contracté à leur égard des obligations qu\u2019ils ne peuvent remplir qu\u2019en continuant, légalement ou non, à vivre ensemble.Pareillement, une longue vie de fidélité et de dévouement mutuels, l\u2019absence de griefs sérieux, la gravité des conséquences matérielles et spirituelles qu\u2019aurait un abandon, créent à chacun des partenaires des devoirs de charité et de justice qu\u2019il serait immoral d\u2019éluder, fût-ce pour obéir à la lettre de la loi.L\u2019absence de lien sacramentel est moins facile à compenser.Pourtant, si le mariage est le sacrement de l\u2019amour parce que, précisément, l\u2019amour de l\u2019homme et de la femme y symbolise l\u2019union du Christ et de l\u2019Eglise, n\u2019est-il pas permis de penser \u2014 oh, très prudemment ! \u2014 que, au moment où un nouvel amour supplante l\u2019amour ancien, il lui emprunte un peu de sa valeur signifiante et devient à son tour, dans une certaine mesure, sacramentel ?Pareilles considérations ne prouvent pas que le couple irrégulier est un couple au sens plein, mais elles aident à comprendre que les « irréguliers » soient convaincus d\u2019en être un.7° L\u2019accès des « irréguliers » à l\u2019eucharistie, qui est, essentiellement, un sacrement « public », pose un problème difficile, à cause de l\u2019étonnement scandalisé qu\u2019il risque, actuellement, de susciter chez les fidèles.Dans certains cas, le danger de scandale est inexistant, pour la bonne raison que, là où les « irréguliers » participent \u2014 ou choisiraient de participer \u2014 à l\u2019eucharistie, leur situation conjugale \u2014 avec sa valeur de contre-signe \u2014 n\u2019est pas connue de la communauté, ou n\u2019a pour elle rien de vraiment choquant.Dans d\u2019autres cas, le danger de scandale est réel, et il serait imprudent d\u2019en faire abstraction à l\u2019heure où le mariage et la famille, chez-nous, passent par une crise très grave.N\u2019empêche que, si la communauté doit bien apprendre à s\u2019ouvrir aux couples dont la situation est régularisée par une déclaration de nullité, on voit mal pourquoi elle n\u2019apprendrait pas également à accueillir, de confiance, ces autres couples, de fait irréguliers, dont personne \u2014 sauf les pasteurs \u2014 n\u2019a vraiment besoin de connaître, de source officielle, la condition juridique dans l\u2019Eglise.8° Là où la bonne foi, spontanément, ne joue pas, où les « irréguliers » sont intimement convaincus qu\u2019ils vi- Nous savons par expérience que la véritable sollicitude pastorale requiert une charité et une compréhension très grandes, qui inclut toujours une fermeté dosée selon les capacités réelles de chaque personne.Nous passons, depuis plusieurs années, par une crise difficile, et c\u2019est dans un moment semblable que notre compréhension doit être la plus large.C\u2019est par milliers que l\u2019on compte chez nous les éprouvés de la vie matrimoniale : personnes séparées par des circonstances imprévues, personnes divorcées par suite d\u2019échecs de toutes sortes, personnes abandonnées par un conjoint infidèle.La cause en est souvent le manque de préparation ou de réflexion avant le mariage.Elle est parfois l\u2019absence, au moment du mariage, de ce qui est normalement requis dans la personnalité pour assurer la permanence du don de soi.En raison des conditions actuelles, combien de jeunes s\u2019engagent dans un mariage déjà marqué d\u2019avance par l\u2019échec.Nous comprenons ces personnes éprouvées qui ont gardé souvent au fond de leur cœur un vrai désir de fidélité au Christ, malgré certaines apparences de découragement; nous considérons ces catholiques malheureux comme des frères membres de la famille ecclésiale.Nous accueillerons ces chrétiens avec une charité attentive.Nous essaierons de découvrir une solution à leur cas et de leur assurer une aide spirituelle adaptée à leurs besoins.Le salut apporté par le Christ leur deviendra ainsi plus facilement accessible.Réflexions pastorales des évêques du Québec face au divorce et aux problèmes du mariage et de la famille (17 septembre 1970) \u2014 Extraits.vent dans une situation de péché dont ils devraient sortir, effectivement, pour rentrer en grâce avec Dieu, il y aurait témérité à passer outre à leurs « scrupules » en les amenant, presque malgré eux, à poser des gestes sacramentels dont, après coup, ils continueraient peut-être de se juger indignes.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y ait rien à faire pour rassurer ces âmes inquiètes et pour leur permettre de vivre, dans les limites de leur condition ambiguë, une vie humaine et chrétienne épanouie.Pour une participation conditionnelle aux sacrements FÉVRIER 1972 49 ralatiniK et ses lecteurs Débat autour du synode Dans les dernières parutions de 1971, Jacques Chênevert a publié sur le synode romain deux textes qui ont suscité des réactions assez vives de la part de certains lecteurs de RELATIONS.Dans le but de poursuivre le dialogue amorcé, la revue publie quelques extraits de cette abondante correspondance.Si l'on ne peut plus se fier au pape.Monsieur le directeur, Si je ne puis plus me fier à l\u2019infaillibilité ou même à la haute sagesse du pape, premier représentant de Dieu après des hommes, pour orienter ma vie, pourquoi me fierais-je à celle de ses ministres, en l\u2019occurrence les évêques et.les rédacteurs de votre revue ?Mieux vaudrait demander au Seigneur, dans l\u2019humilité, les lumières nécessaires et les moyens de sortir de la tour de Babel de notre temps, que de répéter, dans des discussions interminables et vaines, le « non serviam » luciférien.Je vous estime trop et je suis trop redevable aux religieux et au clergé de mon pays pour penser même à leur jeter la pierre; mais il m\u2019est impossible de continuer à vous encourager dans une voie qui me paraît sans issue.Votre tout dévoué, L.G., maraîcher, Cté Châteauguay.Les anciens défenseurs du pape ! Monsieur, Je vous prie d\u2019avoir l\u2019obligeance de rayer mon nom de la liste de vos abonnés.\u2014 Dire que saint Ignace avait fondé la Compagnie de Jésus pour défendre, « disait-on », le Pape et la sainte Eglise ! \u2014 Merci ! C.F., Chicoutimi.Monsieur, Non ! non ! pas de réabonnement: je n\u2019encourage pas les diffamateurs de la sainte Eglise et ceux du Souverain Pontife.En lisant votre article, je songe que l\u2019abomination et la désolation pénètrent dans le lieu saint.Vous faites, par vos écrits, des révoltés.X (signature illisible), Québec.Mon cher Père, J\u2019aime mieux connaître la pensée du Pape et essayer d\u2019en vivre, puis de la faire connaître à la portion du peuple de Dieu que mon évêque m\u2019a confiée, que de risquer de me fourvoyer avec quelques-uns de vos grands théologiens ou sociologues !.Je voudrais que les membres de votre équipe s\u2019interrogent sur leur foi dans le Christ, dans l\u2019Eglise et dans le Vicaire de Jésus-Christ.Je ne perçois pas, chez plusieurs de vos collaborateurs, cet amour authentique du Christ, de son Eglise et de notre monde que je trouve dans d\u2019autres revues jésuites (européennes).En toute amitié, L.P., ptre Saint-Jean, Qué.Un néo-dogmatisme ?Monsieur le directeur, Deux articles de votre édition de novembre me laissent perplexe: ceux des Pères Jacques Chênevert et Gilles Cusson sur le synode.De deux choses l\u2019une: ou bien on admet que tout est critiquable, ce qui comporte à l\u2019inverse que tout peut être bon; ou bien on admet des règles de jeu, des normes en fonction desquelles on estime justifier un certain dogmatisme qui permet ensuite de porter des jugements de valeur catégoriques sur le bien et le mal, le bon et le mauvais.Le ton de vos deux collaborateurs relève évidemment de l\u2019existence d\u2019un certain dogme possible qui permette de condamner, de ridiculiser, de considérer, par exemple, qu\u2019après avoir parlé d\u2019une certaine façon du sacerdoce, l\u2019assemblée synodale « a perdu le droit moral d\u2019aborder son deuxième thème » .Tout est de même farine dans les deux articles.Alors, je voudrais bien savoir en fonction de quel dogme sont établis ces jugements, qui les a établis et à partir de quelle autorité.Si, au contraire, c\u2019est en fonction du dogme de l\u2019anti-dogmatisme que l\u2019on se permet des critiques, en fonction du « tout est discutable », et donc, finalement, du « tout peut être bon », on ne voit pas bien comment il peut être possible de parler sans montrer autant de respect pour les opinions des autres que pour les siennes.Si on est contre le dogmatisme, il ne faut pas être dogmatique soi-même et traiter les autres de la hauteur de son propre dogme.A.F., Montréal.Un article qui dit clairement ce que, sans doute, beaucoup pensent tout bas.Cher ami, Je me permets de vous exprimer la satisfaction que j\u2019ai éprouvée en lisant votre article: « Le SYNODE.et après ?» dans Relations de novembre.\u2014 La paille et la poutre, c\u2019est-à-dire demander aux autres ce qu\u2019on ne pratique pas soi-même.Précisément ce que notre Seigneur reprochait, entre autres, aux pharisiens.De filandreux discours; des actes, point ou posés mal à propos.\u2014 Langage du synode, un langage qui a peu de rapport avec celui de notre temps, le seul que les hommes de notre temps comprendraient; un langage qui ferait appel à la foi dans ce qui est de la foi, à la raison et à l\u2019expérience dans les domaines où \u2014 le champ est immense \u2014 raison et expérience sont chez elles.Moins d\u2019appels au dogmatisme et absence de recours à l\u2019infantilisme.\u2014 Des mises en garde, antre obscure où se pressent les esprits timorés.\u2014 Il est heureux que les évêques canadiens, bien que perdus dans une masse gélatineuse, aient fait bonne figure.\u2014 Oui, désormais, des guides spirituels, des gourous: le poids d\u2019une personne tenant moins à sa fonction qu\u2019à sa valeur personnelle.Un bon point pour notre temps.Merci donc pour cet article qui dit clairement ce que, sans doute, beaucoup pensent \u2014 du moins, on veut le croire \u2014; article qui est un tout complet en sa brièveté relative, deux qualités bien rarement réunies.Cordialement, H.R., Saint-Benoît-du-Lac, Qué.Unité et pluralisme A qui de droit, On se demande quels seront les résultats du synode.Tout dépendra de l\u2019esprit selon lequel ses décisions seront reçues.Si tous et chacun, évêques, prêtres, religieux et laïcs, nous acceptons ses décisions, comme toutes les autres décisions émanant du Magistère, dans un esprit de collaboration sincère et si nous nous efforçons tous d\u2019en vivre, chacun dans son milieu particulier, alors le synode portera des fruits.Si, au contraire, ces décisions sont accueillies avec un esprit de contestation et de critique, voire de rejet et de refus, ne nous attendons pas à un résultat valable.Car, alors, chacun étant trop attaché à ses petites idées personnelles, c\u2019est l\u2019orgueilleux « non ser- 50 RELATIONS viam » qui sera prononcé ouvertement ou sournoisement.Toute soumission exige l\u2019humilité \u2014 ce que plusieurs n\u2019ont pas, en commençant par certains évêques et certains théologiens qui cherchent à faire école et s\u2019adonnent au « paternalisme » idéologique.Si l\u2019on déplore le peu d\u2019unité, aujourd\u2019hui, dans l\u2019Eglise, il faut se demander à qui la faute.L\u2019unité de l\u2019Eglise ne vaut-elle pas qu\u2019on renonce, en bien des cas, à ses petits points de vue ! « Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles », encore aujourd\u2019hui et même dans notre monde pluraliste.Avec mes respects, S.P.-M., Ville LaSalle, Qué.Quelle est la place et le rôle de la critique (ou, pour reprendre les termes de Pie XII, de l\u2019opinion publique) dans l\u2019Eglise ?Que signifie aujourd\u2019hui, dans une Eglise en crise, la fidélité du croyant dans son adhésion de foi ?Paul a tenu tête à Pierre, jadis; et il était convaincu d\u2019agir selon l\u2019Esprit du Christ.L\u2019Unité de l\u2019Eglise \u2014 unité de foi et de charité \u2014 n\u2019est sans doute donnée qu'en espérance; pour l\u2019heure, c\u2019est-à-dire dans ce temps précisément de l\u2019Eglise qui appartient encore à l\u2019ordre transitoire, peut-elle être vécue sans tensions, sans conflits, sans affrontements loyaux ?Plusieurs questions théologiques très concrètes et d\u2019importance capitale sont posées par les observations diverses citées ci-dessus.Du moins peut-on les lire, sous-jacentes à des propos d\u2019allure bien affirmative, comme questions, en vue de la poursuite du dialogue.RELATIONS, pour sa part, compte réexaminer dans un proche avenir quelques-uns des problèmes fondamentaux ainsi touchés.G.B.FÉVRIER 1972 Unité chrétienne et eucharistie Au cours de l\u2019histoire de l\u2019Eglise, il s\u2019est formé plusieurs traditions dans lesquelles les chrétiens ont exprimé l\u2019intelligence qu\u2019ils avaient de l\u2019eucharistie.Nous avons eu pour intention de chercher une intelligence plus profonde de la réalité de l\u2019eucharistie, intelligence qui fût en harmonie avec l\u2019héritage de la Bible et avec la tradition de notre commun héritage.C\u2019est une étape importante dans la marche vers l\u2019unité organique qu\u2019un accord substantiel soit intervenu sur le but et la signification de l\u2019eucharistie.Avancer ensemble par delà les désaccords du passé : c\u2019est ainsi que nous avons conçu notre tâche.Et nous avons l\u2019espoir que l\u2019accord réalisé en ce qui concerne la foi eucharistique fera disparaître un obstacle à l\u2019unité que nous recherchons.(Commission internationale entre anglicans et catholiques romains : Déclaration commune sur la doctrine eucharistique, nos 1 et 12.\u2014 Windsor, 7 septembre 1971.) un accord entre anglicans et catholiques romains par Gilles Langevin * Les relations de l\u2019Eglise catholique romaine avec la Communion anglicane, sérieusement compromises à la fin du siècle dernier par la déclaration romaine de nullité des Ordres anglicans (1896); renouées timidement lors des Conversations de Malines (1921-25), que Pie XI ne voulut pas voir reprendre après la mort du cardinal Mercier; ces relations se sont resserrées depuis une douzaine d\u2019années avec une rapidité croissante.En 1960, en effet, l\u2019archevêque de Cantorbery, le Dr Geoffrey Fisher, rendait visite à Jean XXIII, et un représentant permanent de l\u2019archevêque s\u2019établissait à Rome; puis, la communion anglicane était la première à accepter l\u2019invitation de déléguer des observateurs au concile, pas moins de dix-sept anglicans participant à titre officiel à la vie et aux travaux de l\u2019assemblée; au lendemain du concile (1966), le Dr Michael Ramsey, venant à titre de primat de toute l\u2019Angleterre et de président de la Conférence de Lambeth rencontrer Paul VI à Rome, faisait entrer ces rapports dans une phase décisive.On formait, en effet, dès cette année-là, une commission conjointe qui devait explorer le domaine des discussions futures entre les deux Eglises; cette commission préparatoire se réunissait trois fois en 1967 et recommandait, le 4 janvier 1968, la création d\u2019une commission permanente.Chaque Eglise désigna une douzaine de représentants, évêques et théologiens, pro- * Professeur à la Faculté de théologie de l\u2019Université Laval (Québec).venant de diverses parties du monde où les deux traditions sont en contact (deux membres de la commission viennent du Canada, le P.J.-M.Tillard, d\u2019Ottawa, et le Dr Eugen Fairweather, de Toronto).Dès sa première rencontre, en Angleterre, à Windsor (janvier 1970), l\u2019organisme se divisait en trois groupes chargés de s\u2019occuper respectivement des thèmes suivants: Eglise et autorité, Eglise et Eucharistie, Eglise et ministère.Lors d\u2019une seconde réunion, à Venise (septembre 1970), on approfondissait les ébauches de déclarations communes préparées à Windsor, et l\u2019on prenait la décision de rendre ces documents tout de suite publics, si les autorités des deux Eglises l\u2019acceptaient (on pourra voir ces textes notamment dans Catholic Mind, avril 1971 ).\u2014 On se réunissait de nouveau à Windsor, en septembre dernier, pour scruter des questions soulevées par le document sur l\u2019Eucharistie: la notion de sacrifice dans l\u2019Eucharistie, la présence réelle, les règles de discipline en matière eucharistique.C\u2019est au terme de cette rencontre que la commission présentait aux chefs des deux Eglises une déclaration conjointe qui devait être rendue publique à la fin de décembre et qui a trouvé tout de suite un écho considérable dans la presse et dans l\u2019opinion mondiale.Il s\u2019agit là, déclarait un prélat anglican, de « la plus importante déclaration doctrinale faite par des représentants officiels des deux Eglises depuis la Réforme ».Nous voulons dégager ici le sens et la portée d\u2019un tel accord, nous empressant de noter qu\u2019on a voulu 51 mais un accord où chaque groupe puisse retrouver ses convictions profondes; que, malgré l\u2019autorisation donnée par les chefs d\u2019Eglises de publier ce texte, la déclaration reste pour le moment le Comme il est arrivé souvent dans un monde chrétien divisé, les points en litige ont fait oublier les vastes domaines où l\u2019on était d\u2019accord.En matière eucharistique, catholiques romains et anglicans se sont toujours entendus sur les fins assignés par le Christ au sacrement: les baptisés, quand ils participent à l\u2019Eucharistie, recueillent les fruits de la Pâque du Seigneur, de la victoire remportée par le Christ Seigneur sur le péché et sur la mort, c\u2019est-à-dire que l\u2019identité, la cohésion et le dynamisme du Corps mystique du Christ sont renforcés de ce que l\u2019on se nourrit du corps eucharistique.De même, la célébration de la Cène du Seigneur est toujours apparue aux fidèles des deux Eglises comme l'action de grâces par excellence et le sacrifice de louange de la communauté des rachetés.Enfin, l\u2019Eucharistie est pour les deux Eglises le sacrement de l\u2019attente eschatologique, avivant l\u2019espérance du Royaume, amorçant la transformation du monde en « des cieux nouveaux et une terre nouvelle ».Là où l\u2019expression de notre foi a achoppé, avec beaucoup de vicissitudes d\u2019ailleurs, dans l\u2019exposé théologique et dans la pratique liturgique, ce fut sur les deux points suivants: le caractère « sacrificiel » de l\u2019Eucharistie et le mode de présence du Christ dans l\u2019Eucharistie, les catholiques romains estimant que les anglicans vidaient le sacrement de toute réalité objective pour se réfugier dans une communion toute spirituelle par la foi; les anglicans subodorant dans la pensée catholique quelque grossier cannibalisme et la prétention d\u2019ajouter par « les sacrifices des messes » à l\u2019œuvre parfaite de Jésus-Christ.En effet, c\u2019est faire injure au caractère infini et définitif du sacrifice du Christ sur la croix, estimaient les ré- Or, après des siècles d\u2019opposition et d\u2019éloignement, des représentants officiels des deux Eglises, particulièrement au fait des traditions des deux fait d\u2019une commission; que l\u2019on ne se prononce pas, enfin, sur des questions connexes, fort importantes d\u2019un point de vue pastoral, celles du ministère et de l\u2019intercommunion, notamment.dacteurs de l\u2019article XXXI des 39 Articles anglicans, que de présenter les messes comme des sacrifices où le Christ est offert par les prêtres pour la rémission des péchés.« L\u2019oblation du Christ faite une fois pour toutes est la parfaite rédemption, propitiation et satisfaction pour tous les péchés, originel et actuels, du monde entier, et il n\u2019y a pas d\u2019autre satisfaction que celle-là seule pour le péché.Dès lors, les sacrifices des messes, où il était dit communément que les prêtres offraient le Christ pour les vivants et pour les morts afin d\u2019obtenir la rémission de la peine ou de la faute, étaient des fables blasphématoires et de dangereuses supercheries » (art.XXXI).Quant aux oppositions suscitées par la doctrine de la présence réelle du corps et du sang du Christ dans l\u2019Eucharistie, on peut dire qu\u2019elles se sont cristallisées autour de l\u2019enseignement catholique sur la transsubstantiation.D\u2019autre part, le concile de Trente affirmait que, « après la consécration du pain et du vin, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est présent vraiment, réellement et substantiellement sous l\u2019apparence de ces réalités sensibles », distinguant pourtant entre « un monde d\u2019existence qui lui est naturel » et le fait qu\u2019« il nous soit en d\u2019autres lieux sacramentellement présent en sa substance ».La pensée anglicane, d\u2019autre part, devait se dresser, notamment dans la « black rubric », d\u2019abord contre toute « présence réelle et essentielle de la chair et du sang naturels du Christ », puis, à partir de 1662, contre la « présence \u2018corporelle\u2019 de la chair et du sang naturels du Christ ».On devine tout ce que ce luxe d\u2019épithètes et d\u2019adverbes peut entraîner de durcissement dans les positions et de fermeture à la pensée des autres, quand le climat est à la bataille plutôt qu\u2019au dialogue.communautés et des problèmes en cause, estiment pouvoir proposer un « accord sur l\u2019essentiel » (substantial consensus) au sujet de la doctrine eu- charistique; « s\u2019il reste des points de désaccord, pense-t-on, ils peuvent être résolus à partir des principes qu\u2019on a posés » ensemble.Plutôt que de résumer le texte, particulièrement dense, de cet accord (les trois sections du document s\u2019intitulent: le mystère de l\u2019Eucharistie, le rapport entre l\u2019Eucharistie et le sacrifice du Christ, la présence du Christ), nous voulons attirer l\u2019attention sur l\u2019attitude qui a permis cette évolution doctrinale et, en même temps, sur les thèmes qui dirigent la pensée.Au principe de cette déclaration, il y a manifestement un effort de compréhension mutuelle: quelles sont les intentions profondes qui animent la profession de foi de ces autres chrétiens qui nous font face ?Si les Anglicans ont insisté avec une telle force sur « la manière céleste et spirituelle » dont « le Corps du Christ est donné, pris et mangé à la Cène» (art.XXVIII), s\u2019ils ont présenté la foi seule comme « le moyen selon lequel ce Corps est reçu et mangé » (ibid.), n\u2019est-ce pas parce qu\u2019ils étaient particulièrement attentifs au but de l\u2019Eucharistie, c\u2019est-à-dire « l\u2019activité rédemptrice par laquelle le Christ se donne lui-même aux siens et leur procure en lui-même réconciliation, paix et vie ?» N\u2019est-ce pas encore parce que c\u2019est le Seigneur glorifié qui nous rejoint à la Cène, par la puissance de l\u2019Esprit saint, et que, d\u2019autre part, la présence du Christ n\u2019est vivifiante que si elle est accueillie dans la foi (« présence non plus seulement pour le croyant, mais aussi présence avec lui » ) ?\u2014 Quant au réalisme de la présence eucharistique, si fortement mis en valeur par l\u2019Eglise de Rome, il atteste la vérité du don de Dieu (« La communion avec le Christ dans l\u2019Eucharistie présuppose une présence vraie de sa part, présence signifiée effectivement par le pain et le vin qui, dans ce mystère, deviennent le corps et le sang du Christ ») ; ce réalisme, il montre encore l\u2019antériorité de la démarche divine par rapport à l\u2019accueil de la foi (la présence du Christ « ne dépend pas de la foi individuelle pour être le don réel du Seigneur lui-même à son Eglise » ).En second lieu, la réflexion, jusque-là braquée sans succès sur les notions de sacrifice et de présence, est partie sur de nouveaux frais.D\u2019un point de vue formel, d\u2019abord, on a adopté une perspective dynamique, cherchant « le but et la signification », plutôt que la nature ou les propriétés; on est ainsi parvenu à relier des éléments qu\u2019on était habitué à séparer ou à opposer.Du point de vue des thèmes surtout, I \u2014 Les positions respectives des deux Églises depuis la Réforme Il \u2014 La déclaration de la Commission internationale 52 RELATIONS on a décidé de s\u2019appuyer sur deux notions, vraiment fondamentales, dont le renouveau biblique et patristique a renouvelé l\u2019intelligence dans les deux Eglises: le « mémorial » et l\u2019être sacramentel.Le mémorial liturgique, c\u2019est un acte cultuel où le Peuple de Dieu rappelait un événement du passé pour en éprouver ici et maintenant l\u2019efficacité dans la bénédiction et la louange.« La notion de mémorial, comme elle était comprise dans la célébration de la pâque au temps du Christ.a disposé à saisir avec plus de clarté la relation entre le sacrifice du Christ et l\u2019Eucharistie.Le mémorial eucharistique n\u2019est pas un simple rappel d\u2019un événement du passé ou de sa signification, mais la proclamation efficace par l\u2019Eglise des hauts-faits de Dieu.Le Christ a institué l\u2019Eucharistie comme un mémorial de la totalité de l\u2019action réconciliatrice de Dieu en lui.» Le sacrifice du Christ demeure donc présent à l\u2019Eglise, y exerçant de façon permanente son efficacité propre: « Dans la prière eucharistique, l\u2019Eglise continue de faire un mémorial perpétuel de la mort du Christ, et ses membres, unis à Dieu et entre eux, rendent grâces pour toutes ses miséricordes, sollicitent les bienfaits de sa passion en faveur de toute l\u2019Eglise, ont part à ces bienfaits et entrent dans le mouvement d\u2019offrande que le Christ fait de lui-même.» On n\u2019a pas employé le mot « sacrifice de la messe », mais on se demande comment on décrirait autrement une Cène sacrificielle.Le renouveau des études bibliques et théologiques devait souligner également ce qu\u2019a d\u2019absolument spécifique l\u2019être sacramentel, mode d\u2019être bien réel, mais distinct de l\u2019être naturel des personnes et des choses.C\u2019est le signe qui est ici premier, se chargeant de la réalité qu\u2019il montre sans pourtant laisser sa condition foncière de signe.Par l\u2019action de l\u2019Esprit saint, qui pousse l\u2019œuvre de Dieu à sa perfection, le donné de notre expérience signifie à la foi une réalité nouvelle: « le pain et le vin terrestres deviennent la manne céleste et le vin nouveau, le banquet eschatolo-gique destiné à l\u2019homme nouveau; les éléments de la première création deviennent les arrhes et les premiers fruits des cieux nouveaux et de la terre nouvelle ».Vue sous cette lumière, la notion de présence réelle apparaît protégée à la fois contre tout sensualisme grossier et contre tout effort d\u2019évacuation de la réalité même du corps et du sang du Christ.Enfin, \u2014 il s\u2019agit de la troisième composante de l\u2019attitude qui nous paraît à l\u2019œuvre ici, \u2014 on discerne avec plus de lucidité la réalité de la foi d\u2019avec « les manières dont nous avons exprimé et pratiqué traditionnellement notre foi eucharistique ».L\u2019Eglise ancienne nous montre qu\u2019il y a bien des différences compatibles avec l\u2019unité de la foi, ainsi que le rappelait Paul VI dans son allocution au Patriarche Athé-nagoras en 1967.Discernement aussi entre le donné de la foi et les catégories où il s\u2019est présenté à tel ou tel moment de l\u2019histoire.Ainsi, à propos du mot « transsubstantiation », on écrit en note: ce mot « sert communément dans l\u2019Eglise catholique romaine pour indiquer que Dieu, agissant dans l\u2019Eucharistie, effectue un changement dans la réalité intime des éléments.Le terme doit être entendu comme affirmant le fait de la présence du Christ et du changement mystérieux et radical qui se produit.Dans la théologie catholique romaine contemporaine, il n\u2019est pas compris comme expliquant comment /e changement se produit ».A ce sujet, dans un texte qui préparait la déclaration, le P.Tillard écrivait: « La vérité que la tradition catholique romaine veut préserver, défendre et éclairer est celle de la conversio mirabilis, et non pas directement celle du mode de cette conversion.Si l\u2019on insiste ainsi sur la conversio, c\u2019est dans le seul but de rendre compte du réalisme de la présence.La conversion est seconde par rapport à cette dernière.Si donc la tradition catholique romaine parle d\u2019une conversion de substance, son intention est alors de pleinement expliciter l\u2019affirmation primordiale de la présence per modum substantiœ.» Si l\u2019on essaie de faire le bilan de cette entreprise œcuménique, il nous semble qu\u2019un pas de géant vient d\u2019être accompli sur la route qui mène à « l\u2019unité organique » des deux communautés: que l\u2019on songe au caractère primordial du sujet et à l\u2019âpreté des conflits auxquels ü a donné lieu depuis le XVIe siècle.Du coup, chaque grou- pe, loin de trahir sa tradition propre, la retrouve, au terme de cette confrontation sereine et fraternelle, comme approfondie, mieux équilibrée et mieux prémunie contre les dangers qui la guettent.\u2014 Nul doute aussi que la discussion d\u2019autres thèmes, notamment celle du ministère, sera grandement favorisée par cet accord, comme elle a été influencée naguère par le jugement qu\u2019on portait sur la doctrine eucharistique de l\u2019autre tradition.\u2014 D\u2019un point de vue méthodologique, il y a beaucoup à réfléchir sur la manière dont on est parvenu à cette entente : adoption d\u2019une vue dynamique des choses, approfondissement de notions capitales à la lumière de l\u2019exégèse ainsi que de l\u2019histoire doctrinale et de la pratique liturgique; beaucoup à réfléchir aussi sur le souci qu\u2019on a eu de faire connaître et discuter les résultats des travaux avant qu\u2019ils apparaissent définitifs.Il faut pourtant encore que, non seulement les chefs des Eglises ratifient cette déclaration de leurs représentants, mais que le peuple des deux communautés reconnaisse dans ce document les données profondes de la foi: on a déjà eu l\u2019exemple, notamment au lendemain des conciles de Lyon et de Florence, de grandes réconciliations chez les évêques et les théologiens restées sans écho dans l\u2019ensemble de l\u2019Eglise.\u2014 Il faut noter enfin qu\u2019il subsiste, entre anglicans et catholiques romains, de graves questions à débattre, en particulier à propos de l\u2019autorité dans l\u2019Eglise, de l\u2019infaillibilité de l\u2019Eglise et du Pape, des positions en matière de morale.Qui ne verrait pourtant que l\u2019Esprit s\u2019applique de toutes manières, durant ces décennies, à « rassembler dans l\u2019unité les enfants de Dieu dispersés » ?21.1.72 IMPRIMEURS LITHOGRAPHES ¦ STUDIO D'ART L'atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction 8125, BOUL SAINT-LAURENT MONTRÉAL.(35V).QUÉBEC 388 5781 FÉVRIER 1972 53 Le chercheur et sa passion \u2014 l\u2019aventure de Pierre Teilhard de Chardin Le 14 janvier 1952 fut pour moi un jour d\u2019angoisse ! Tout au long de ma formation jésuitique j\u2019avais répété: pourquoi ne partageons-nous pas nos valeurs spirituelles avec nos concitoyens non-catholiques ?Or ce jour-là je devais inaugurer, à 20 heures, au Collège Ste-Marie, une série de vingt-quatre cours destinés aux montréalais qui voudraient se renseigner sur le catholicisme.Qu\u2019on se rappelle le climat du temps ! Je me demandais : Y aura-t-il des auditeurs ?Qui seront-ils ?Quelles seront les réactions ?Saurai-je répondre aux attentes?.Une soixantaine de personnes se présentèrent.La soirée se déroula sereinement.Et ce fut le début officiel de l\u2019Inquiry Forum ou Forum catholique.Cette première série de cours en appela d\u2019autres.On prit de nouvelles initiatives.Le personnel régulier et bénévole augmenta.Les activités s\u2019étendirent en dehors de Montréal.Conférences, cours, bibliothèques, consultations privées, etc., tous ces services étaient et devaient rester gratuits.Peu à peu le Forum élargissait son cercle de contacts en milieux non-catholiques.Avec grande discrétion, en 1958, un dialogue mensuel s\u2019engagea entre un groupe de prêtres et de pasteurs protestants.Cette nouvelle expérience fut déterminante.Laissant à une équipe compétente le soin de continuer l\u2019ceuvre de l\u2019Inquiry Forum, je m\u2019engageai à fond en œcuménisme.Je souhaitais que les chrétiens de diverses confessions arrivent à se mieux connaître les uns les autres et à progresser ensemble dans la recherche de l\u2019unité voulue par le Christ.Il s\u2019agissait d\u2019entreprendre un long travail d\u2019éducation et de dialogue œcuméniques.En 1962, ce fut la création de la Commission diocésaine d\u2019œcuménisme; en 1963, l\u2019ouverture du Centre d\u2019Œcuménis-me et la venue à Montréal de la Quatrième Conférence mondiale de la Commission Foi et Constitution; suivit la patiente préparation du Pavillon chrétien en vue de l\u2019Expo \u201967.Dans la ligne de Vatican II, les évêques du Canada instituèrent l\u2019Office national d\u2019Œcumé-nisme grâce auquel des relations avec d\u2019autres Eglises et organismes chrétiens prirent une forme plus officielle.Un Groupe Mixte de Travail fut institué au plan national comme instrument d\u2019échanges et d\u2019initiatives communes.Quant ce Groupe interconfessionnel tiendra à Montréal sa prochaine rencontre, le 14 janvier 1972, ceci coïncidera avec le 20e anniversaire de la fondation du Forum catholique.Quelle évolution au cours de ces vingt ans ! L\u2019avenir ?Il réside pour tous les chrétiens dans un sérieux ressourcement commun à la personne de Jésus-Christ et à son Evangile.Accomplir ce ressourcement ensemble tout en discernant les signes des temps actuels, voilà un défi de taille.Le relever effectivement ce sera collaborer à l\u2019unité des chrétiens, à la création d\u2019une société nouvelle, libératrice, respectueuse de la justice, de la vérité et de la charité.N\u2019est-ce pas ce genre de témoignage et de projet œcuménique que le Christ attend de nous ?Irénée Beaubien.par Raymond Bourgault * René d\u2019Ouince, qui a été longtemps le supérieur immédiat du Père Teilhard de Chardin, a écrit récemment un beau livre sur le grand chercheur et le grand passionné que fut ce jésuite paléontologue x.Les deux tomes de cet ouvrage méritent d\u2019être lus par tous ceux qu\u2019intéresse le proche avenir non seulement de l\u2019Eglise mais de l\u2019humanité.Ils les aideront à comprendre comment les hommes les mieux intentionnés sont Il y a des chercheurs de profession, des hommes attachés à un centre dé recherche et dont on attend qu\u2019ils trouvent quelque chose qui, faisant avancer la science ou la technique, accroisse notre maîtrise sur la nature préhumaine et humaine.Pour ceux-là la recherche est une passion en vérité, et une participation à la volonté de puissance, mais de cette passion dévorante il convient de dire que, le plus souvent, elle prolonge la nature.Il faut aussi rappeler que la très grande majorité de ceux qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui chercheurs appliquent à des domaines qui ne sont que relativement nouveaux, des procédures éprouvées; et que la plupart de ceux qui ont obtenu des prix Nobel ont utilisé des méthodes connues, mais avec une ingéniosité, une virtuosité et une persévérance exceptionnelles, dignes des plus hautes récompenses internationales.Néanmoins, il faut observer que, s\u2019ils ont découvert quelque chose et apporté des réponses à des interrogations, ils n\u2019ont pas d\u2019ordinaire ouvert de nouveaux champs de questionnement.Autant qu\u2019on en puisse juger, la recherche demeure périphérique à leur être profond, et ils la pratiquent comme d\u2019autres pratiquent la médecine, le droit ou le génie.Ils ne mettent pas le monde en question, ils ne sont pas des êtres pour qui il est dans leur être question * Professeur au Département des sciences religieuses de l\u2019Université du Québec à Montréal.facilement prisonniers d\u2019un univers clos où la vérité est retenue captive dans l\u2019injustice, comment une vision du monde peut rapidement cesser d\u2019être croyable pour le grand nombre, et comment une autre manière d\u2019approcher le réel, traversant un chercheur passionné et souffrant sa passion, peut finir par s\u2019imposer.Cet article ne sera pas une recension de ce magnifique ouvrage, mais une réflexion libre sur le chercheur et sa passion.de leur être même, ou, si c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit pour eux sous les espèces d\u2019un objet particulier, cette quête de l\u2019existence authentique n\u2019apparaît le plus souvent pas dans ce qui est connu de leur démarche, et ce n\u2019est pas par là qu\u2019ils pèsent sur le destin des hommes.De ces chercheurs scientifiques modernes, nous nous laissons naïvement dire depuis une vingtaine d\u2019années qu\u2019ils comptent pour quatre-vingt-dix pour cent de tous les hommes qui ont vraiment cherché dans l\u2019histoire.Pourtant, leurs recherches portent sur les structures et non sur les fondements, et on peut penser que les chercheurs par vocation, qui s\u2019adonnent à la recherche fondamentale, ont une plus grande importance historique, et qu\u2019il n\u2019y a peut-être aucune époque de l\u2019histoire qui n\u2019ait eu les siens, dont beaucoup sont insurpassés.Pour ceux-ci, la recherche fait partie de leur être même et aussi, sans doute, de cette part de non-être réel ou de néant positif qu\u2019il y a en eux.Comme l\u2019oiseau chante et que nage le poisson, eux se meuvent dans l\u2019élément du langage et dans la quinte essence.Ils n\u2019ont pas décidé de chercher, ils ont été convoqués à la recherche et, s\u2019ils cherchent, c\u2019est qu\u2019ils ont perdu quelque chose de vital: leur naïveté d\u2019antan quand, avec tous les autres, ils acceptaient comme allant de soi les façons de voir, de penser, de juger et de faire du milieu La recherche: une quête de l\u2019existence 54 RELATIONS et du temps.Ils ont cessé d\u2019être simples, ils sont doubles et compliqués, presque schizophrènes aux yeux de ceux qui se croient simples.Pourtant, eux-mêmes, quand ils deviennent lucides sur leur propre condition, sont enclins à juger que c\u2019est en se décompliquant qu\u2019ils contribueront à simplifier les comportements communs.Ils n\u2019en ont jamais fini de scruter le fondement et le principe de ce qui, pour les autres, est principe et fondement.Ils vivent au cœur d\u2019une contradiction et d\u2019une possible identité, ils sont négation et abnégation, impuissance existentielle à rien affirmer.Ils ne parlent pas, et on ne peut même pas dire que ça parle en eux: il n\u2019y a justement qu\u2019un pur vouloir-dire et une impuissance à dire.Mais quand ils ont enfin atteint le principe vraiment premier et le fondement vraiment fondateur, alors jaillit en eux un flot de paro- les incoercible et ils n\u2019en finissent plus de dire et de redire le sens qu\u2019ils ont trouvé sous le non-sens et d\u2019inventer des discours et des agirs qui permettent aux autres d\u2019accéder à l\u2019origine et à l\u2019exemplarité.Sages ou philosophes, poètes ou artistes, artisans ou gouvernants, ce sont des faiseurs de sens, et c\u2019est toujours à partir d\u2019hommes comme ceux-là que les sociétés, comme après un bain de jouvence, se remettent à œuvrer pour un avenir meilleur.La rhétorique est le fruit de leur poétique, la haute politique un effet de leur rhétorique, et la politique, la condition de possibilité de la coexistence des travailleurs.Ainsi du moins pensait Platon, qui est un chercheur fondamental sans doute encore insurpassé.Le chercheur: un mystique et un prophète Mais, outre la recherche scientifique et la recherche fondamentale, il y a la recherche fondative ou fondationnelle, non d\u2019un fondement qui existe, mais d\u2019une fondation à faire exister.L\u2019homme est ici moins cherchant que cherché et moins trouvant que trouvé, et ce qui est cherché par lui ou plutôt qui en lui se cherche, c\u2019est non tant une identité personnelle ou culturelle que l\u2019identité même de l\u2019être.Le chercheur est désormais un mystique-prophète, un esprit qui a le sentiment d\u2019être perdu sans recours, jeté là, abandonné au corps, au temps et à l\u2019espace.Ce sentiment est une angoisse, un serrement de cœur, la crainte d\u2019être dépouillé et de tout caractère propre et de son nom même, et d\u2019avoir à admettre que les mots n\u2019aient pas de sens et ne fassent rien connaître de ce qui existe en vérité.Il faut ici évoquer les plus hauts modèles.On peut imaginer que c\u2019est un sentiment de cette sorte qu\u2019éprouva Jésus quand, autour de sa douzième année, il put apprendre de compagnons de jeux ce que répétait la rumeur publique: ton père n\u2019est pas ton père ! C\u2019est à ce moment que, selon l\u2019Evangile de Luc, il fit cette fugue d\u2019adolescent à jamais célèbre pour chercher son père véritable.Un croyant ne doit-il pas penser que, si la paternité absolue a vraiment été dévoilée en lui, ce doit être qu\u2019elle a d\u2019abord déchiré violemment et combien douloureusement le voile de la connaissance qu\u2019il avait, dans son nom de fils de Joseph, de la périphérie de son être ?En lui, l\u2019angoisse s\u2019est FÉVRIER 1972 faite agonie, et cette agonie doit durer jusqu\u2019à la fin du monde comme le lieu où, pour toujours, s\u2019entend la parole du Père.Et si ce fils d\u2019homme est aussi lui-même la parole totalement signifiante, ce doit être qu\u2019il a été conçu au creux d\u2019une totale impuissance à parler et à dire le sens qui advenait, en même temps que d\u2019une entière disponibilité à accueillir le verbe omnicompréhensif: quelle expérience ne faut-il pas supposer pour que Marie puisse être véritablement dite Mère de Dieu ?Et si les disciples ont, à leur tour, enfanté Jésus par la parole en d\u2019autres croyants, n\u2019est-ce pas parce qu\u2019ils l\u2019avaient perdu et qu\u2019il a été à nouveau engendré en eux par le Père de toute Parole comme en une Assemblée-Mère où, dans l\u2019unique Esprit, se prononce le Verbe créateur et sauveur ?S\u2019il en est ainsi, il faut conclure que, pour que, demain, l\u2019Eglise soit à nouveau capable de faire entendre le langage de Dieu, il est aujourd\u2019hui nécessaire que ceux à qui il est donné de vouloir lui être créativement fidèles, consentent à perdre la façon qu\u2019ils avaient de le comprendre et de l\u2019exprimer.Ce doit être toujours ainsi que la fondation se remet à fonder l\u2019existence filiale: sur le sol mouvant des abîmes du non-sens et comme une parole qui, \u2014 tel l\u2019oiseau cosmogonique planant sur les eaux primordiales, \u2014 dépose sur la mer originelle les raisons séminales qui font germer et fructifier l\u2019arbre de vie.Cherchez et vous trouverez, dit l\u2019Evangile: il faut s\u2019étonner de ces verbes sans complément et comprendre qu\u2019ensemble ils composent une phrase pour les temps de détresse, quand beaucoup ne peuvent plus épeler le nom de Dieu et ne savent pas nommer ce qu\u2019ils cherchent et qu\u2019ils doivent cependant trouver.Un jour viendra où ils chercheront le royaume et sa justice, et alors ils se consacreront avec une ardeur nouvelle à des recherches scientifiques et fondamentales vraiment fon-datives.Le Père Teilhard a été un chercheur de profession, un chercheur par vocation et sans doute aussi un chercheur mystique.Crucifié avec le Christ, il est ressuscité avec lui et, dans la mesure où sa parole, malgré ses imperfections, continue la Parole divine, on peut penser que c\u2019est parce qu\u2019elle lui a d\u2019abord transpercé le cœur, qu\u2019elle en sort comme du sang et de l\u2019eau, qu\u2019elle est non point chair mais esprit et vie.Cet itinéraire est exemplaire.L\u2019Eglise entière est en état de recherche, autant cherchée que chercheuse, traquée même, réduite au silence, acculée à l\u2019imploration et à cette mystique, \u2014 passive, contemplative ou active selon les personnes et les communautés, \u2014 où le verbe peut être reçu.Mais reçu il l\u2019est déjà, puisque nous ne le chercherions pas si nous ne l\u2019avions trouvé et si, nous cherchant, il ne nous avait trouvés le premier.Queereus me sedisti lassus: me cherchant, fatigué de la route, il s\u2019est assis à la margelle du puits de Jacob et il m\u2019a offert l\u2019eau vive qui jaillit jusqu\u2019à la vie éternelle.Ainsi, il peut être aujourd\u2019hui réconfortant de penser que la passion de la recherche qui anime nos contemporains est fondée sur la passion douloureuse des chercheurs fondamentaux, et celle-ci sur la Passion du Christ et de ses imitateurs.Le chrétien est aujourd\u2019hui celui en qui est vive l\u2019espérance que c\u2019est une nouvelle extension de son royaume et de sa justice que le Père prépare en donnant à certains de commémorer encore, malgré son apparente facticité et contingence, la Passion de son Fils.l.René d\u2019Ouince: Un prophète en procès: Teilhard de Chardin, t.I: dans l\u2019Eglise de son temps, t.II: et l\u2019avenir de la pensée chrétienne.Collection « Intelligence de la foi ».\u2014 Paris, Aubier, 1970.55 LE CLIMAT JOYEUX ¦¦¦¦¦¦¦¦ DE MA COURSE En longeant les rues, tous l\u2019ont remarqué, la période merveilleuse, hier encore si active au dehors, tout doucement par les yeux est rentrée dans la mémoire.Les décorations ont disparu, les lumières se sont éteintes, il y a moins de sourires tout autour et la musique s\u2019est tue.La joie aussi serait-elle partie de la maison avec le sapin, dégarnie de la sienne ?L\u2019accueil chaleureux des jours récents y était-il donc pendu ?Et la préoccupation des autres, et le goût de faire plaisir ?Il est pourtant agréable de revenir aux siens et de s\u2019aimer enfin, simplement, sans avoir besoin de témoins ! L\u2019attention portée à chacun des membres d\u2019une même famille ne fait-il pas le charme de ces foyers où, semble-t-il, « on n\u2019a pas besoin de bonheur pour être heureux ».Le temps des Fêtes est fini ! Vous l\u2019avez remarqué à l\u2019église, la crèche et ses trois principaux personnages fut remisée; et les anges, et les Mages, le bœuf, l\u2019âne, l\u2019étoile aussi, mais pas la réalité permanente du mystère évoqué ! Est-il donc impossible d\u2019en ranimer le souvenir, et par la contemplation, de faire durer la Fête ?Dieu parmi nous, non pas métaphoriquement, mais réellement, non pas autrefois en un pays déterminé, mais aujourd\u2019hui tout proche en moi, et plus que moi-même en moi-même.Dieu parmi nous, non seulement pour me racheter, mais pour me révéler son amour, provoquer le mien en me renseignant sur la manière de le vivre.Si j\u2019ai la foi, n\u2019est-ce pas exaltant de me savoir aimé de Dieu ?En mon espérance, la Fête, commencée avec l\u2019Incarnation du Verbe, ne finira jamais.J\u2019étais enfant de colère, je le sais je ne le suis plus.Jésus rend possible mon accès au bonheur éternel, et par « l\u2019assomption » de ma nature humaine en sa nature divine il me rend apte à participer à cette vie qu\u2019il possède, lui, par nature.Par lui et en lui, déjà même en ma condition de créature je deviens le fils du Créateur, frère et cohéritier du Christ, constitué en état de grâce, voire même de complaisance de la part du Père.De plus, si la liturgie me fait suivre, jusqu\u2019à son dernier jour, le chemin parcouru par le Sauveur, c\u2019est pour me le faire regarder et me faire apprendre de lui comment on vit sur terre quand on est un enfant de Dieu.Voilà l\u2019effort fourni par l\u2019Homme-Dieu pour réconcilier l\u2019homme et Dieu.Vivre maintenant pour jouir de son amitié, c\u2019est contenter son désir de faire de moi son familier et davantage encore, le participant de sa vie divine.Tel est le contenu de la Révélation.Le moyen concret pour le réaliser: mon bon vouloir, soutenu par ma foi, les sacrements et la prière.Ce n\u2019est pas moi pourtant qui me diviniserai, je ne le mériterai même jamais, mais Dieu me l\u2019accordera, gratuitement, par pur amour de moi.Savoir tout cela et n\u2019y pas penser, c\u2019est malgré ma soif passer au bord des sources sans m\u2019y arrêter; le savoir, y penser en cours de route, c\u2019est puiser à la source, rafraîchir mon amour de lui et favoriser le climat joyeux de ma course.Paul Fortin.;LITTÉRATUR E\t\u2014.-¦ ¦ ¦¦ .\u2014- Sur les voies de notre poésie - II* par René Dionne Georges Dor Tout comme Claude Rousseau, mais avec plus de volubilité que lui, Georges Dor n\u2019est venu à l\u2019Hexagone que sur le tard, c\u2019est-à-dire en 1968, avec Poèmes et chansons 1 49 ; il avait auparavant publié, par lui-même ou ailleurs, Eternelles Saisons50, La Mémoire innocente51, Portes closes52, Chante-pleure53.Aucun de ces recueils n\u2019avait réussi à consacrer poète Georges Dor; à ce dernier, cependant, il était arrivé de s\u2019imposer finalement comme un grand chansonnier de chez nous, à la suite de Leclerc et à côté de Vigneault, Léveillée, Ferland, etc., en attendant Charlebois .Aussi ses Poèmes et chansons 1 connurent-ils, en dépit de leurs faiblesses poétiques 54, un si beau succès de librairie que Leméac et l\u2019Hexagone les rééditèrent conjointement deux ans plus tard 55.Entre-temps, comme on ne passe pas en vain par l\u2019Hexagone, Georges Dor avait cru bon de s\u2019essayer à la poésie du pays dans Je chante-pleure encore 56.Par malheur, au lieu de pays, il ne trouvait que lui-même: « je me suis / dans un pays qui ne m\u2019est pas57 », et la vie: « quand on naît c\u2019est pour la vie / quand on naît Québécois / c\u2019est pourquoi58 ?» Et Dor résolvait, « avec l\u2019entêtement des vivants » et « l\u2019acharnement de la vie69 » en lui, de s\u2019avancer dans sa « propre continuité60 » comme en la « continuité des choses 61 », proclamant heureux « ceux qui ne rêvent pas d\u2019un pays / mais de tous les pays 62 ».Notre poète et chansonnier s\u2019avance de même en ses Poèmes et chansons 2 °3: « Ce n\u2019est pas d\u2019un pays / Dont je rêve / Mais d\u2019une libre appartenance / A la terre //Ce n\u2019est pas d\u2019un pays / Dont je rêve / Mais de vivre et de survivre 64 ».La vie apparaît, en effet, « comme un grand cercle / qui se referme sur la vie / et Dieu / le Dieu qui nous reste 65 » ; à l\u2019intérieur de ce domaine, « on ne vit que de ses amours66 » et de la liberté que l\u2019on prend, puis que l\u2019on dompte 67.De ce sentiment d\u2019instinctive énergie sourd le très beau poème « Levez-vous ! », aussi éloquent, aussi émouvant pour nous, en sa majesté simple, que pour les Français le poème « Liberté » d\u2019Eluard ou « la Rose et le réséda » d\u2019Aragon, et bien de chez nous par les images de son ironique, ou cynique, conclusion: Debout les pauvres les misérables Les malheureux les exploités Venez goûter au sirop d\u2019érable Avant que les érables n\u2019aient été coupés68 ! La vie passe comme défilent « les Vieux 69 » de la famille, et c\u2019est pour ne jamais revenir; alors, < Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire avec sa vie / Quand on est rendu au samedi / De la dernière fin de semaine 70 » ?Non, « Le bout du monde est pas ben loin / Quand on est au bout de sa vie 71.» * Voir Relations, décembre 1971, pp.340-341.En définitive, Dor, chansonnier ou poète, ne fait qu\u2019amplifier, à sa façon, « la longue plainte des humains72 », tout en cherchant avec son cœur de tous les hommes « le cœur des choses73 ».Ce qu\u2019il trouve, c\u2019est, liberté d\u2019ici, « la joie comme une gigue / Aux quatre coins du temps 74 », et, « partout possible » et « partout difficile », mais « jamais si loin qu\u2019on pense », visage de femme aimée ou pauvre à sa porte, l\u2019amour: « Il naît dans le cœur de l\u2019homme / Et survit dans l\u2019éternité75 ».Raymond Lévesque L\u2019attachant dans cette poésie sans apprêts autres que ceux des bons sentiments, c\u2019est que, grâce à l\u2019amour qu\u2019elle chante, elle «nous égalise76», faisant battre nos cœurs à l\u2019unisson, qu\u2019ils soient de riches ou de pauvres, d\u2019heureux ou malheureux, de faibles ou de forts.Ainsi elle nous paraît autrement plus populaire que celle d\u2019Au fond du chaos77, faite, elle aussi, de poèmes et de chansons.Là où, en nos plates-bandes de misères, Raymond Lévesque ne fait qu\u2019indiquer avec force cris revendicateurs, accusateurs, voire vulgaires, la terre stérile et les ronces voraces, Georges Dor sème l\u2019espoir et fait fleurir l\u2019espérance.L\u2019un et l\u2019autre poète réclame une grande patrie, qui soit commune à tous les hommes; à l\u2019encontre de Georges Dor, cependant, Raymond Lévesque ne semble la croire possible que par le renoncement à la nôtre, « la petite » : « La bêtise / c\u2019est le malheur./ Partout où il y a un drapeau / qui divise les hommes, / Une patrie / qui rapetisse leur vision, / Des mots / qui les font marcher / au-delà de leur force, / Pour tuer et mourir, / Il y a là une forme de la bêtise / qu\u2019il faut combattre, / Car elle porte la mort / et la fin de l\u2019homme 78.» Et il y a tellement de ces bêtises-malheurs et de ces hommes méchants dans le monde de Raymond Lévesque qu\u2019on en vient à croire avec lui que « Perpétuer la vie / C\u2019est perpétuer le malheur79 », et à ne plus bien voir comment ni pourquoi il faille « Ne jamais fermer son cœur / Car le bonheur en est tout près 80 ».Subsiste seul, au-delà du désespoir, le stoïque devoir d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019hier et de toujours: « Il faut prendre le monde / sur ses épaules / Comme si nous en étions / personnellement responsables./ (.) / Et chercher la justice./ Tous ensemble.81 » Mais pour combien de temps et avec quel courage et quelle force, si l\u2019espoir ne luit que gisant dans « la Voix des ancêtres 82 » et si la Beauté n\u2019existe nulle part ?Gaston Gouin La nuit vient alors, comme elle est venue à Gaston Gouin dans son J\u2019Il de noir83.Edité conjointement par les Editions Cosmos, L\u2019Hexagone^ et Parti pris, ce livre est une très belle réalisation technique des Editions Cosmos, mais il ne grandit guère son auteur.56 RELATIONS J\u2019U de noir n\u2019est qu\u2019une suite de poèmes sans unité profonde, où la poésie vole en éclats à la façon même dont déflagre l\u2019homme intérieur.Depuis Temps obus 84, le poète a mûri, \u2014 et cela paraît, entre autres, dans des poèmes comme « J\u2019Il de noir », « Un oiseau » et « Signes des temps obus », \u2014 il lui reste encore beaucoup, toutefois, de la tendresse jeunette de sa première œuvre {v.g.« Bluff », « La Nuit des bêtes », « Conte d\u2019hiver », « La Ballade de triste Jil », etc.); le souffle a gagné en ampleur et le rythme du vers se transforme: des versets surgissent en bien des poèmes et le conte poétique fait son apparition (v.g.«Temps 13»); un peu partout, la tendresse d\u2019hier laisse place au dégoût, au désespoir, à l\u2019agressivité, et c\u2019est la peu ragoûtante fondue de ITlElle: « y a comme qui dirait deux immenses lunes sur un ciel unique qui jouent à jouer avec le sang coagulé, tous ces mauvais crachats couchés 85 ».Gaston Gouin s\u2019est voulu « cruel Icare des profondeurs qu\u2019on croit éteintes », alors qu\u2019il n\u2019avait «d\u2019ailes que papillon88»; il s\u2019est senti « bête désemparée lâchée nue devant l\u2019orage qui monte », bête à hurler, mais ses « paroles sont des feuilles de thé au fond de la coupe pleine à déborder comme la mer est grande, vulve béante, essentiellement vulve qui broie jusqu\u2019au désir de dire », et « son écho perd tout désir de signifier 87 », le tendre ravalant, ou ayant rebu, le violent, « ballade de triste Jil 88 », et drame de « J\u2019Il de noir .89 ».Poètes de Cosmos Temps obus de Gaston Gouin avait marqué, en 1969, le début des futures Editions Cosmos.Depuis, sous la dynamique direction de M.Antoine Naaman, aidé d\u2019une équipe sherbrookoise nombreuse, ces éditions ont publié une vingtaine de volumes de toutes sortes 90.Nerfs et danse 91, recueil poétique de Jacques Fortier, nous offre une profusion d\u2019images brutales, violentes, plus puissantes que belles; leur auteur aurait gagné à les organiser davantage en réseaux bien structurés, à moins hésiter aussi entre la rage et la tendresse qui constituent les deux pôles possibles de sa poésie 92.Son recueil nous semble, cependant, pour le temps d\u2019aujourd\u2019hui, le meilleur qu\u2019ait publié Cosmos; pour le temps d\u2019autrefois, la palme reviendrait à Guipure et courtepointes de Marcel Portai 93.Cet auteur, qui n\u2019est plus jeune, a beaucoup lu, semble-t-il, en ses primes années, et il a assimilé comme pas un les poètes qu\u2019il a fréquentés: Baudelaire, Rimbaud, Nelligan, etc., tous maîtres d\u2019une autre époque que nous retrouvons dans son livre avec leurs rythmes et leurs images.C\u2019est à la foi agréable et gênant: on trouve les poèmes beaux, mais on a l\u2019impression de les avoir déjà lus.Notons, au crédit de Marcel Portai, qu\u2019il a un sens rare de la musicalité du vers.Jean-A.Turcotte, lui, est un jeune qui tient à rester jeune.Et c\u2019est malheureux: il y avait beaucoup de candeur artificielle dans son premier volume 94, même si la plupart des poèmes {v.g.« L\u2019Aventure d\u2019Alexandre », etc.) laissaient s\u2019échapper en « volutes » de vraies bouffées de fraîcheur; dans Cloclophile 95, la préciosité remplace la naïveté simple, et l\u2019inspiration se perd dans le ruisseau des mots, où se dissout à l\u2019infini la figure que l\u2019art à son meilleur précise ou évoque.Ne retourne pas à son enfance qui veut, ou qui la regrette seulement, mais l\u2019adulte fort de ses mains et maître de son regard au point de faire verbe le satin de sa chair et la lumière de son âme.Aux sept chants de Cloclophile, qui n\u2019est qu\u2019un long racontar, nous aurions préféré un seul poème qui chantât juste, bien et ferme, l\u2019enfance en allée et retrouvée.Mireille Maurice, pour sa part, n\u2019a jamais quitté cette enfance; son Longue-Haleine98 bavarde, en vers (?), la matière d\u2019un court conte pour jeunes adolescents.Du côté de Sherbrooke, c\u2019est dans l\u2019Aube d\u2019acier de Roch Carrier 97 qu\u2019il faut chercher la vraie simplicité; ce « poème de 1960 » ne grandit pas le Carrier d\u2019aujourd\u2019hui, mais il témoigne de son bien-faire et de son bon goût.Poètes des Forges A Sherbrooke, c\u2019est en quelque sorte des flancs du Département des Etudes françaises que sont nées les Editions Cosmos et leurs collections diverses; de même, à Trois-Rivières, à l\u2019instigation d\u2019un poète et professeur de lettres françaises, Gatien Lapointe, et avec la collaboration de l\u2019Université du Québec à cet endroit, viennent de voir le jour les Editions des Forges.Leurs trois premières publications sont superbes sans prétention aucune, belles sans ornements autres que la riche simplicité de leur conception graphique et la joliesse de leurs illustrations.Tout, ici, est à l\u2019enseigne de la qualité et de la beauté, fruits d\u2019un choix éclairé et sûr.Le premier volume des « rouges-gorges », collection qui chante pour nos yeux, en est aussi le meilleur.Gaston Bellemare98 n\u2019a que 21 ans et il est encore étudiant.Déjà, cependant, il maîtrise sa voix: du début à la fin du recueil, elle se tient au niveau de la « parole », jamais n\u2019éructant ni piaillant, jamais n\u2019offensant la correction de la langue.Bleu-source de terre dit: ma vie est un drapeau rouge d\u2019amour que je brandis d\u2019une saison éternelle au sein tendu de ma terre pour qu\u2019enfin germe cette étoile bleue-humaine d\u2019après-matin 99 *** je t\u2019offre ce lainage de terre tressé à même les racines de mes bouleaux pour que s\u2019éveille ici ce feuillage d\u2019avant glaise-blessée 100 * * * Par la bouche de notre terre retrouvée nous gonflons d\u2019été tes poumons de bouleaux gris O pays de pleins labours tes arbres disent la verdure de nos corps tes seins goûtent l\u2019érable de notre lit le feu de nos salives nouées ronronne dans le sillage de tes veines par le germe de ta seule présence des blés odeur-d\u2019homme naissent de tes forêts humiliées et s\u2019allonge du Long-Sault jusqu\u2019aux rives des Outardes cette semaille de feuilles blondes pour l\u2019éveil de tes enfants 101.Nous retrouvons la même pureté de diction dans l\u2019Oeil de sang, poèmes en prose d\u2019Yvon Bonenfant102.L\u2019expérience est ici plus vaste et la vision plus ample, mais l\u2019écriture se fait plus appliquée, l\u2019image plus intellectuelle, l\u2019inspiration suicidaire: Une fatigue longue et lourde, comme celle qui vous tisse du rouge dans les yeux.Le sang glisse sous les paupières, s\u2019infiltre en la prunelle morne et s\u2019installe sous les tempes.Elles s\u2019agitent aussitôt comme des tambours crevés.(.) Seul, au centre de la pièce, mon œil blanc; cercle devenu blanc par la magie de la mutation.Focus inhabituel de l\u2019œil apeuré et sanglant.Je me regarde rouge sur rouge, confondu, anéanti.Et la lassitude colorée accélère sa conquête mortelle.Le ciel rouge par-dessus les maisons rouges et le soleil, grand disque explosé dans mes yeux éteints.L\u2019univers baigne tout entier dans le cri de mon sang 103.La poésie d\u2019André Dionne n\u2019a pas les mêmes airs de jeunesse que celle de ses deux confrères de « Rouges-gorges ».Dyke104 s\u2019éloigne de l\u2019expérience immédiate; la logique intervient dans la fabrication des images et le poète recourt, avec trop d\u2019évidence, aux procédés rythmiques: nourri de béton armé calculé de logarithmes ébréchés aimé d\u2019amour électronique possédé de sens électriques l\u2019automate mastique la machine mécanique 105.Puissent nos éditeurs montrer toujours autant de goût que les Editions des Forges, à la fois dans la sélection et la présentation de nos jeunes poètes ! Yrénée Bélanger Yrénée Bélanger, un jeune qui voyage entre Ottawa et Montréal, a voulu soigner lui-même la présentation de ses poèmes.De ses Editions de l\u2019Oeuf il a tiré, imprimé noir sur noir, Dans les plaies 108, livre dédicacé « à (lui)-même / l\u2019espace d\u2019un regard glauque ».Le procédé d\u2019impression est ingénieux ou astucieux: il nous oblige à tenir le volume incliné à un certain angle qui met en lumière les caractères typographiques; et ainsi, c\u2019est nous, lecteurs, qui accouchons à notre tour, par nous-mêmes, le fœtus de la poésie l« bélangérienne ».C\u2019aurait pu être de fine matoiserie, si le travail de mise en lecture ne nous coûtait une peine telle qu\u2019elle nous empêche de goûter la sure {sic) saveur du texte.D\u2019ailleurs, pourquoi ne pas avoir plutôt imprimé en vert-bleu sur bleu-vert, ou inversement, ce qui s\u2019avère vertement glauque expérience fœtale ?Sous le regard d\u2019un Autre sartrien, projection du moi-pensant, s\u2019accomplit avec crainte et tremblement, voire dans la panique et l\u2019angoisse, l\u2019œuvre de chair à rebours: « A jamais s\u2019enlisent dans ma chair purulente mes eaux mes plaies mon sang l\u2019étrange malaise de ma seconde naissance ».« En ce cloître de la chair », où l\u2019ennui suinte, s\u2019en-ténèbre la parole, salive: « Je parle en des mots sourds et gluants ».La seconde naissance dont il s\u2019agit ici, c\u2019est, après la venue de l\u2019être au jour et à la lumière, celle qui advient à l\u2019esprit qui se découvre un corps: hymne du sang noir et de l\u2019oiseau mort, plaie de plaies, lèpre vis-à-vis de laquelle le poète ne réussit jamais à prendre complètement ses distances, ramené qu\u2019il y est par son regard obsédé.La même hantise lépreuse se retrouve dans deux poèmes plus récents: « Lettre à ma femme 107 » et « A bout de crachats 108 » ; elle donne à l\u2019œuvre entière d\u2019Yrénée Bélanger une unité certaine109, mais à se trop centrer sur le purulent, l\u2019inspiration du poète permettra-t-elle jamais à ce dernier de franchir le cap de la beauté ambiguë ?FÉVRIER 1972\t57 Rodrigue Gignac Tout à l\u2019opposé de celle d\u2019Yrénée Bélanger se situe l\u2019inspiration de Rodrigue Gignac: point de visqueux dans Opale n0, pas de ténèbres non plus; rien que la claire lumière du jour et la beauté scintillante des étoiles, fleurs ou jeunes filles.La poésie y trouve-t-elle son compte ?Sûrement pas.Dans les plaies, en donnant quelque forme et sens au glaireux, conférait du charme à la laideur; Bélanger créait.Gignac, lui, pille les splendeurs de la nature; il n\u2019arrive pourtant qu\u2019à confettiser la beauté: Parmi ces eaux ces fleurs ces palmes Celles qui rêvent entre parenthèses Dans leurs robes blanches azurées Ailées de roses et de pensées Voluptueusement voilées Viennent sur les lèvres faire leurs adieux Et sur le champ bordé d\u2019espoir Des fleurs que l\u2019amour a nouées S\u2019enlacent le matin entre guillemets A genoux près des immortelles Au pied des grands chênes d\u2019Amérique Dans le murmure du vent d\u2019été Chaudes comme les artères des jeunes filles Aux seins gonflés de sève des bois m.Incontestablement, Opale marque un recul par rapport à Suite ., qui n\u2019était valable qu\u2019à peine, en vers choisis ou images détachées 112.Georgette Lacroix Comme Rodrigue Gignac, Georgette Lacroix nous vient de Québec; et aussi, osons le dire, du dix-neuvième siècle à la fois agonique et mélancoliquement heureux de Né-rée Beauchemin et Pamphile LeMay, deux poètes qui, la plupart du temps, ne firent qu\u2019essuyer aux coins de leurs yeux des « gouttelettes » que le gueuloir de Fréchette savait lancer, lui, en postillons ou lave de rhéteur, à la face de l\u2019Amérique.C\u2019est à la suite de ce dernier et, comme lui, en mal de terres propres, que, en nos temps de levée québécoise, les poètes de l\u2019Hexagone, inspirés cependant du pays à faire au lieu que du pays en allé, ont ouvert les yeux sur notre condition de colonisés, inventorié le possible de notre espace et de ses ressources humaines et naturelles, et dressé contre le ciel le cri de leur requête.Leur poésie est de grande erre et de grand vent.Celle de Georgette Lacroix se plaît, par contre, à l\u2019évocation douce et tendre d\u2019une vie qui trouve son bonheur à se vouloir satisfaite du présent; certains la diraient bourgeoise, nous lui trouvons simplement la voix frileuse et la beauté caressante plus que lumineuse.Entré nous.ce pays113 ne ressemble à rien de ce qu\u2019ont fait les poètes de l\u2019Hexagone, pas même à l\u2019œuvre de Dor, ni à celle de Vigneault, encore que, s\u2019agissant de même thème, on y aperçoive, de celui-ci ou de celui-là, quelques images et certains pas de rythme.Ici et là surgissent des poèmes que l\u2019on aimerait voir mis en musique («Les Traversiers », «Epave», etc.); d\u2019autres, nombreux, qui seraient beaux de leurs sentiments chauds, s\u2019ils n\u2019étaient construits à coups d\u2019images faciles, de clichés (v.g.«Le Cœur hanté»); et puis plusieurs qui, telle la strophe suivante: « Un enfant dans les bras de sa mère / est le plus beau petit Jésus / de l\u2019univers 114 ».ne sont que prose impure.Comment souffrir, par exemple, après tant d\u2019odes à la liberté depuis des siècles, que l\u2019on nous offre à lire la pièce suivante sous le même titre: On prétend que Vinci le merveilleux poète des fresques d\u2019Italie ne pouvait regarder un oiseau dans sa cage et fut-elle (sic) dorée il n\u2019avait qu\u2019un souci acheter cet oiseau et le faire s\u2019envoler Liberté Egalité Fraternité Un oiseau est ton frère disait le saint d\u2019Assise permets donc à ton frère de vivre sa vie en pleine liberté 115 ?Et pourtant (pourtant!), Entre nous.ce pays a valu à Georgette Lacroix de recevoir, en 1971, le Prix France-Québec.Connaissant bien les critiques d\u2019ici et un peu ceux de là-bas, comment ne pas soupçonner fort quelques Français de nous avoir passé là un autre québec ?Camille Laverdière Davantage qu'Entre nous.ce pays, Québec nord/américain 116 de Camille Laverdière se situe dans la tradition de la bonne poésie du pays.Cet auteur, qui n\u2019est pas jeune peut-être, mais qui en est à son premier recueil de poèmes, n\u2019a pas encore trouvé sa voix juste; il dit, crie, martèle et célèbre avec quelque gaucherie le pays fait femme et la femme-pays.Cette poésie, qui reste à parfaire, offre, entassé, à peine structuré, un matériau riche de toutes nos ressources naturelles, fruste de l\u2019entièreté vive de nos amours de découvreurs et de pionniers des forêts nordiques.Son originalité tient en grande partie aux connaissances géographiques de son auteur 117 et à la sagesse de son propos: s\u2019approprier, par l\u2019usage abondant et juste d\u2019un riche vocabulaire scientifique, la primitivité de notre terre et aimer celle-ci d\u2019un amour intrépide et franc, sans honte ni mièvrerie, sans brutalité non plus.Voici la « Fille ojiboise » : Toi ma fille des bois d\u2019épinettes noires au goût de résine et d\u2019ail sauvage pourquoi ce mal accore qui m\u2019enpoigne ces inutiles regrets laissés dans tes ravages toi ma tourbière à sphaignes de faux-bleuets et de thé velouté je veux mordre à tes flancs enflammés avant de m\u2019enliser dans tes mares de lis blancs toi ma rupture de pente ma halte de nuit mon portage semé d\u2019épervières orangées pourquoi répandre ce fluide lent au désir de sang cette eau de quartz qui roule sur ta peau avant que tu ne glisses et ne disparaisses sous le couvert insensible de la sombre forêt118, et cet amour de « sable de plage » : mon amour des brûlés sous le soleil rougeoyant mon odeur pénétrante aux chaleurs de l\u2019été ma tige aérienne aux vents du nord offerte je m\u2019obstine à la hantise de tes flancs je m\u2019abreuve de vie à ton eau de feu toi mon partage mon continuel goût de toi mon amour aux pins gris parmi les verges d\u2019or les comptonies et tous les lichens de ton lit tu es mon étendue sablonneuse sous la poudrerie tu portes dans tes replis mon sol morainique toi mon érablière du profond refuge 119; cette terre aussi, Abitibi, « au pays des hommes abandonnés » : Abitibi boréale porte jamesienne au-delà des Laurentides morainiques quartz feldspath biotite de son granité gneissique pays de ma désolation de mon refuge de ma terre hors d\u2019atteinte pays des hommes abandonnés je veux forcer ton ventre au roc igné lentilles d\u2019or veines et filons crans cuprifères argent et zinc de mon entêtement120.Maint autre poème serait à citer, qui témoignerait de « l\u2019unité avidement recherchée sans cesse à refaire 121 » entre la femme et l\u2019homme, le pays et ses habitants 122.Juan Garcia Jean Garcia123, lui, n\u2019a que faire d\u2019un pays aussi concret.Son monde de visionnaire provient d\u2019une étrange « alchimie du corps » : à force de parler à l\u2019autre ou aux autres de soi-même, il s\u2019opère au gré des mots une sorte de « transmutation » des êtres et des choses, et c\u2019est un monde nouveau qui est donné à voir.Corps de gloire124 sourd ainsi tout entier d\u2019un cerveau confiné aux quatre murs de soi; plus d\u2019échappée possible alors, sinon vers le haut ou par le bas.Juan Garcia a choisi la fuite vers le haut, mais pas d\u2019emblée.Il s\u2019est d\u2019abord heurté, dans Alchimie du corps125, aux limites de ce dernier: O Dieu je ne sais plus s\u2019il faut vider mon corps et y plonger entier jusqu\u2019au pardon de l\u2019aube afin de protéger ce qui bat en silence la faim depuis longtemps me distance du jour et prolonge mon mal dans le manque de sang je cherche sans arrêt à me trancher du temps je subis chaque fois les montées de mon cœur et quand la nuit ne livre le secret de sa source j\u2019ai tant de solitude à dégager du monde et tant de paysages à jeter en pâture que partout dans mes yeux l\u2019horizon fait défaut126 ; mais il a vite compris que, s\u2019il consentait à l\u2019errance créatrice du verbe, il pourrait toucher le terme du corps 127 et se glisser tout entier, par les « versants » de celui-ci, à travers l\u2019ouverture d\u2019infini que lui offraient, surgissant par milliers, « les archipels de mots 128 » : Comme je marchais, les épaules imitant les montagnes, et l\u2019œil au revers de la tête pour mieux complaire au paysage dont la lèpre de l\u2019hiver s\u2019était emparée (sic), la première aube, qui jusque-là n\u2019avait été que le produit de nuits sans 58 RELATIONS mesure ni fin, m\u2019apparut si soudaine que mon corps, auquel je dois toujours soustraire quelque début d\u2019éclair, augmenta au niveau de la terre.A l\u2019avènement de l\u2019âme, je me réveillais dans une couleur, que ma mémoire dont je tiens maintenant les indices, ne put déceler, sinon qu\u2019elle avait pris le contour des choses, et que rien de ce monde où j\u2019étais en coulisses ne tenait de limite au soleil qu\u2019il faisait.Enfin, l\u2019oiseau, ne fut-ce que l\u2019espace de son aile, me toucha d\u2019un écho; c\u2019est ainsi que me fut rendu (sic) l\u2019étoile dont j\u2019étais le sujet depuis tant de distance 129.L\u2019aventure de Garcia, c\u2019est celle de l\u2019homme à la recherche d\u2019un corps pour la Lumière dont il est la proie; ne s\u2019attardant à aucune révolte stérile, négligeant toute révolution qui ne serait que bouleversement social, elle vise à la révolution totale, transmutation s\u2019accomplissant par la Parole au cœur même de l\u2019Etre dans un incessant corps-à-âme de vies successivement risquées, perdues, retrouvées, entraînées toutes en une circonvolution suprême vers « le Château qui fut bref », haut lieu d\u2019amour, de silence et de paix130.Entreprise spirituelle singulière et originale en nos lettres, l\u2019ceuvre de Juan Garcia méritait bien de recevoir, en 1971, les honneurs du Prix de la revue Etudes françaises 131.(à suivre) Département des Lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.49.\tMontréal, l\u2019Hexagone, 1968, 71 pp.50.\tTrois-Rivières, chez l\u2019Auteur, 1955.51.\tQuébec, Editions de l\u2019Aube, 1957, 60 pp.52.\tMontréal, Editions de l\u2019Aube, 1959, 40 pp.53.\tMontréal, Editions Atys, 1961, 51 pp.54.\tVoir Relations, 30 ( 1970) : 222.55.\tMontréal, Leméac/L\u2019Hexagone, 1970.56.\tMontréal, les Editions Emmanuel, 1969, 63 pp.57.\tJe chante-pleure encore, 10.58.\tIbid., 38.59.\tIbid., 36.\t61.Ibid., 33.60.\tIbid., 38.\tSI.Ibid., 11.63.\tMontréal, Leméac/L\u2019Hexagone, 1971.71 pp.64.\tIbid., 9.65.\tIbid., 14.66.\tIbid., 20.67.\tIbid., 33.68.\tIbid., 27.69.\tIbid., 34-35.70.\tIbid., 39.77.Raymond Lévesque, Au fond du chaos.Poèmes.11.Ibid., 40.72.\tIbid., 46.73.\tIbid., 55.74.\tIbid., 59.15.Ibid., 61.76.Ibid., 55.Lévesque, Au fond Coll.« Paroles », 19.Montréal, les Editions Parti pris, 1971, 50 pp.18.Au fond du chaos, 32-33.79.\tIbid., 30.\t81.Ibid., 35.80.\tIbid., 37.\t82.Ibid., 10-11.83.\tIllustrations par le poète.Préface de Gaëtan Dostie.\u2014 Sherbrooke, les Editions Cosmos, et Montréal, L\u2019Hexagone et Parti pris, 1971, 55 pp.84.\tVoir Relations, 31 (1971) : 56.85.\t/\u2019Il de noir, 21.\t87.Ibid.,21.86.\tIbid., 49.\t88.Ibid., 40-45.89.\tIbid., 11.On remarquera aussi la tragique naïveté que révèlent les illustrations des pages 12 et 16, entre autres.90.\tOn y trouve, en effet, outre des recueils de poèmes, des romans, des nouvelles, des essais, des textes commentés, des guides bibliographiques, etc.\u2014 Il vaut la peine de signaler que les Editions Cosmos ont l\u2019avantage de posséder en Claude Lafleur l\u2019un des meilleurs maquettistes du Québec.91.\tColl.«Amorces», 6.\u2014 Sherbrooke, 1970, 80 pp.\tv , 92.\tIl est regrettable que l\u2019éditeur, a defaut de l\u2019auteur, ne soigne pas davantage la correction de la langue ou des épreuves (voir Nerfs et danse, pp.15, 18, 24, 25, 28, 30, 33, 38, 42, 44, 45, 64, 78.) 93.\tColl.« Relances », 2.\u2014 Sherbrooke, 1970, 176 pp.94.\tVolutes.Coll.« Amorces », 3.\u2014 Sherbrooke, Librairie de la Cité universitaire, 1969,118 pp.95.\tFantaisie en sept chants.Coll.« Relances », 1.\u2014 Sherbrooke, 1971, 143 pp.96.\tColl.« Amorces », 7.\u2014 Sherbrooke, 1970,\t106 pp.97.\tColl.« Les Carnets des Auteurs réunis », 9.\u2014 Sherbrooke, les Auteurs réunis, 1971,\ts.p.Ces Carnets sont nés en 1969 sous la direction de M.Antoine Naaman; aucun d\u2019eux n\u2019est remarquable.98.\tBleu-source de terre.Illustrations de Guymont.Coll.« Les Rouges-gorges », 1.\u2014 Trois-Rivières, Editions des Forges, 1971, 50 pp.99.\tIbid., 17.100.\tIbid., 25.\t101.Ibid., 35-36.102.\tColl.«Les Rouges-gorges», 2.\u2014 Trois-Rivières, Editions des Forges, 1971, 41 pp.103.\tIbid., 35-37.104.\tIllustrations de Francine Chaîné.Coll.« Les Rouges-gorges », 3.\u2014 Trois-Rivières, Editions des Forges, 1971, 64 pp.105.\tIbid., 15.106.\tOttawa, 1971, s.p.107.\tDans Co-incidences, vol.1, numéro 1 (mars 1971): 42-51.108.\tIbid., numéro 3 (novembre 1971): 64-70.109.\tOn pourra lire, à propos du recueil Dans les plaies, Jean-Luc Maltais, « Du visqueux au vécu», dans le Droit, 3.4.71:7, et Nathalie Verdier, « Dans les plaies », ibid., 1.5.71:7.110.\tQuébec, les Editions de l\u2019Hôte, 1971, 87 pp.111 .Ibid., 52-53.112.\tVoir Relations, 30 (1970) : 55.113.\tQuébec, Editions Garneau, 1970, 103 pp.114.\tEntre nous.ce pays, 94.115.\tIbid., 93.116.\tMontréal, les Editions du Nouveau-Québec, 1971, 83 pp.117.\tCamille Laverdière est professeur de géographie physique à l\u2019Université de Montréal et directeur de la Revue de Géographie de Montréal.118.\tQuébec nord/américain, 18.119.\tIbid., 19.120.\tIbid., 62.\t121.Ibid., 25.122.\tOn pourra lire, entre autres, le long poème descriptif de « Boréale » (pp.28-50), « 1837 » (73-77), « Hymne à la conquête » (78-80).Notons aussi que de nombreuses fautes de grammaire déparent le texte (pp.14, 21, 30, 42, 44, 53, 55, 58, 66, 79, etc.) 123.\tNé à Casablanca, en 1945, de parents espagnols, Juan Garcia a fait ses études en français d\u2019abord, puis, à partir de 1957, en anglais dans un collège de Montréal, ses parents ayant immigré, cette année-là, en notre pays, à la suite de la révolution marocaine.Il a collaboré aux revues Liberté, L\u2019Action nationale, Passe-partout, Quoi, La Barre du jour.En 1968, il quittait Montréal pour la France, puis passait en Espagne.124.\tColl, du «Prix de la revue Etudes françaises ».\u2014 Montréal, les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1971, 98 pp.Ce volume comprend une étude de Jacques Brault: « Juan Garcia, voyageur de nuit » (pp.81-93), et une note bibliographique (95-96).125.\tColl.« les Matinaux », 15.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1967, 29 pp.126.\tCorps de gloire, 8.121.\tIbid., 11.\t129.Ibid., 67.128.Ibid., 21.\t130.Ibid., 73.131.Ce prix couronne un écrivain francophone dont l\u2019œuvre, partiellement publiée, mais peu diffusée, n\u2019a encore fait l\u2019objet d\u2019aucune distinction littéraire.On peut dire que, jusqu\u2019à présent, le jury de ce prix a eu le choix particulièrement heureux.En 1970, par exemple, il avait su reconnaître le juste mérite de Gaston Miron et publié son Homme rapaillé.Viennent de paraître ANACRÉON, LE JEUNE par Jean-Luc Mercié 15 x 22 cm, 196 pages, 60 Illustrations \u2014 Prix: $5,75 TRAVAUX DU 8° COLLOQUE INTERNATIONAL DE DROIT COMPARÉ tenu à Ottawa du 27 au 29 août 1970 15 x 22 cm, 322 pages \u2014 Prix: $5,00 QUANTITATIVE AND QUALITATIVE GEOGRAPHY LA NÉCESSITÉ D'UN DIALOGUE (Travaux du colloque de géographie) 15 x 23 cm, x-216 pages \u2014 Prix: $4,00 En vente chez votre libraire et aux : Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa Ottawa, Canada K1N6N5 FEVRIER 1972 59 :CINÉM A- .- ¦¦ ¦ - .-\u2014 ¦ ¦¦¦¦ ¦¦¦.Oil est loin du soleil \u2014 un film de Jacques Leduc par Yves Lever J\u2019aime et je n\u2019aime pas le film de Leduc.Avant même de le voir, un concert presque unanime d\u2019éloges1 m\u2019avait plus que favorablement disposé envers cette œuvre qui, disait-on, est difficile, mais représente un des plus beaux succès du cinéma québécois.Il est bien vrai que le visionnement constitue une expérience cinématographique de choix pour le cinéphile, mais en même temps j\u2019étais déçu par un « quelque chose », difficile à définir, qui a été mal montré ou pas montré du tout.Film-miroir d'un certain Québec On est loin du soleil s\u2019inscrit dans une série de portraits de héros légendaires québécois.Il s\u2019agit ici du Frère André.Evidemment, pas question d\u2019aborder le sujet à la manière des « vies de saints » moralisantes ou tout simplement « objectives ».Si un personnage comme le Frère André présente un certain intérêt, c\u2019est moins par sa personnalité ou ses actions (même spectaculaires comme ses « miracles » ou .l\u2019Oratoire Saint-Joseph) que par l\u2019influence qu\u2019il a pu avoir sur un milieu social donné, ou bien parce qu\u2019il est représentatif du milieu qui l\u2019a porté et l\u2019a « légendarisé ».La référence explicite au Frère André sera donc très brève: en quelques minutes, avant que n\u2019apparaisse la première image, une voix froide et objective esquisse à gros traits la biographie d\u2019Alfred Bessette (1845-1937) devenu, par son rôle et sa renommée, le Frère André.A la fin de la récitation, la première image nous montrera la photographie bien connue du personnage, et il n\u2019en sera plus directement question par après.Si le mode de vie et la renommée d\u2019une personne peuvent servir de « référentiels » pour comprendre une société, l\u2019inverse est vrai aussi: en décrivant une société, on peut cerner une partie des traits caractéristiques d\u2019un personnage, à moins, bien sûr, que celui-ci ne se soit particulièrement marginalisé.Pour parler d\u2019Alfred Bessette (et non du Frère André, comme on verra plus loin), Leduc a choisi la deuxième voie: aller directement à la description d\u2019un certain milieu pour rapailler les principaux traits du Québécois-type.Avec le générique commence donc le « vrai » film de Leduc.Une série de personnages sont alors présentés dans leur réalité quotidienne la plus ordinaire possible, sans aucune dramatisation des différentes situations (travail ennuyant, chômage, attente d\u2019une mort prochaine, enterrement, etc.).Peu à peu, on remarque chez chacun un même type d\u2019occupation subalterne, un univers culturel semblable, une l.Je signale surtout les deux excellentes analyses engagées de Jean-Pierre Lefebvre et de André Leroux dans les numéros 3 et 5 de la revue Cinéma Québec.même origine sociale (classe moyenne de Rosemont), une même mentalité de soumission à des situations objectivement inacceptables.Finalement, on découvre qu\u2019ils font tous partie de la même famille dont le nom propre Bessette n\u2019est plus qu\u2019un dénominateur commun, synonyme de Québécois.Par là, le film de Leduc est avant tout le portrait d\u2019un type de Québécois passif, résigné à sa condition de concierge ou de serviteur des autres, « pogné » par sa situation socio-économique, qui ne demande rien pour lui et qui n\u2019espère plus rien.Il est prêt à accepter tout ce qu\u2019on lui propose (si on lui propose quelque chose) en faisant abstraction de ses goûts personnels.Il aime mieux être commandé que de commander (le jeune chômeur).Il se résigne à mourir sans que ni sa vie ni sa mort n\u2019aient pris un sens.C\u2019est vraiment à lui que s\u2019adresse le célèbre cri de Péloquin: «Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves, c\u2019est assez I » Il n\u2019est évidemment pas question de nier la vérité de ce portrait-type.Chacun de nous pourrait y coller des noms de son entourage (et peut-être d\u2019abord le sien).En ce sens, Leduc a raison de faire vivre sa famille en 1970.Mais, par ailleurs, je ne suis pas prêt à l\u2019identifier à tout le peuple québécois d\u2019aujourd\u2019hui, comme d\u2019autres l\u2019ont fait; toutes les familles de Rosemont ou autres quartiers populaires ne sont pas aussi « loin du soleil » que celle du film .En prenant On est loin du soleil pour ce qu\u2019il est réellement, c\u2019est-à-dire la description de cette partie des Québécois qui n\u2019ont pas encore réussi à sortir de la mentalité de résignation qu\u2019on leur a insufflée, il faut dire que Leduc a réussi à faire un document remarquable par sa simplicité, quasi insupportable par sa vérité, et esthétiquement exemplaire.Le Frère André et le soleil Par ailleurs, la référence explicite au Frère André, au début du film, « chicotte » pas mal le croyant que je suis.Disons tout de suite que je suis loin d\u2019être un admirateur du Frère André et que ma foi chrétienne se nourrit à des sources bien différentes de l\u2019Oratoire Saint-Joseph.Mais je n\u2019aime pas beaucoup les raccourcis par trop simplificateurs.On est loin du soleil est admirable dans sa facture esthétique et par son analyse sociologique, je le répète avec conviction.Mais, en reliant cette analyse sociologique avec la vie du Frère André, il fait surgir une ambiguïté un peu détestable.Pour commencer, on peut se poser la question: s\u2019il n\u2019y avait pas eu le rappel biographique dti Frère André avant le générique, quelqu\u2019un aurait-il pu penser à établir une relation entre le film et lui ?Personnellement, j\u2019en doute.Même si c\u2019est une question irrecevable (puisqu\u2019on a vu un film réel où cette relation était établie, et non un film hypothétique), plusieurs l\u2019on quand même posée, révélant par là que le caractère référentiel du Frère André, dans la relation, est loin d\u2019être évident pour tous.Pour être honnête avec le film, il faut donc tenir compte de cette relation posée (combien je préférerais, pour ma part, qu\u2019elle n\u2019y soit pas !).Mais c\u2019est là que nous entrons dans le point le plus discutable du film.Il me semble, en effet, que le réalisateur et le scénariste ont négligé totalement la dimension qui fut au cœur de l\u2019engagement du Frère André: sa motivation d\u2019ordre spirituel (ce qui n\u2019enlève pas les conditionnements psycho-sociologiques qui l\u2019ont portée).Dans le film, le père et un des fils Bessette sont gardien de nuit et portier, deux occupations qui remplirent' aussi la plus grande partie de la vie du Frère André.Pour eux, ces occupations sont vides de sens, acceptées dans un esprit de résignation absurde et les situent « loin du soleil »; pour lui, elles prenaient un sens profond parce qu\u2019accomplies par obéissance et, par là, elles le rapprochaient de son « soleil ».Dans l\u2019histoire de la spiritualité, on retrouve toute une mystique élaborée autour de ce service de la porte.A l\u2019intérieur de cette mystique, le portier devient le symbole de l\u2019accueil sympathique des autres.Tout visiteur doit être accueilli comme si c\u2019était le Christ en personne qui se présentait.Accueillir ainsi l\u2019autre, c\u2019est s\u2019obliger à lui témoigner un respect absolu qui le replace dans sa dignité d\u2019homme et le revalorise à ses propres yeux.Telle fut la motivation profonde de l\u2019agir de l\u2019humble frère André; pour lui, le service de la porte ou la garde du petit sanctuaire devenaient rencontre quotidienne du Christ, « soleil » de sâ vie.Chacun est libre d\u2019être d\u2019accord ou non avec cette définition du soleil, mais jamais personne ne pourra prouver qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019aberration ou aliénation.Les auteurs du film ont, consciemment ou non, refusé d\u2019entrer dans la dynamique interne de ce système culturel religieux qui relève autant de l\u2019histoire de la spiritualité que de la sociologie.Ils en sont restés à l\u2019extérieur et ont adopté uniquement le ton froid d\u2019une certaine méthode d\u2019analyse sociologique.C\u2019était leur droit.Mais, selon moi, ils ont considérablement appauvri leur sujet.En tous cas, ils ont négligé trop de facettes de ce phénomène complexe que fut le Frère André pour qu\u2019on puisse prétendre voir son portrait dans le film.Pourquoi ne pas enlever la biographie du début et annoncer simplement un film-enquête sur la société québécoise d\u2019aujourd\u2019hui ?60 RELATIONS THÉÂTRE Fantaisie, tragique et politique.par Georges-Henri d\u2019Auteuii Au T.N.M.: Les Archanges Heureusement, les Dario Fo se suivent et ne se ressemblent pas.Le Théâtre du Nouveau Monde vient d\u2019en faire l\u2019expérience.L\u2019an dernier, il Faut jeter la Vieille n\u2019avait pas obtenu l\u2019adhésion du public; au contraire, cette année, les Archanges ont beaucoup plu.Pourtant, dans les deux cas, la fantaisie domine, et les clowneries et l\u2019esprit du cirque, mais avec cette différence capitale que les Archanges, c\u2019est vraiment drôle et ça nous offre plusieurs bons moments de divertissement.Je pense, par exemple, à la satire des fonctionnaires, à l\u2019hilarante scène du train et de l\u2019échange des pantalons, \u2014 du plus pur Feydeau \u2014 ou à la distribution mimée des décorations.Dario Fo est un homme de théâtre dans la veine de Goldoni et de la Commedia dell\u2019arte, où le rythme et le mouvement jouent un rôle prépondérant.Fort peu doués de profondeur psychologique, les personnages vivent surtout au service d\u2019une action.A vrai dire, dans les Archanges, deux personnages seulement ont une certaine identité: Angela et surtout Le Grand \u2014 ou Le Temps \u2014 objet d\u2019amusement, consentant d\u2019ailleurs, de ses camarades qui l\u2019embarquent dans toutes sortes d\u2019aventures plus ou moins cocasses.C\u2019est le personnage clé de la pièce, les autres changeront de masque au gré des circonstances, et partant de personnalité.La représentation d\u2019un rêve dans une pièce de théâtre est un moyen dramatique très ancien.Parfois les effets en sont heureux.Cela permet à l\u2019imagination de jouer avec l\u2019insolite et aussi la plus haute fantaisie, comme Dario Fo le fait avec habileté dans les Archanges, où le truc du rêve représente une part importante de l\u2019intrigue.Mais cette pièce, sans aucun message, selon l\u2019ordinaire désir des intellectuels, qui se veut d\u2019abord divertissante, pourrait ne pas l\u2019être du tout sans une interprétation adaptée, une mise en scène alerte, le jeu de comédiens dégourdis.A ce point de vue, Olivier Reichenbach a été fort bien secondé, spécialement par Marc Favreau, un mime d\u2019une qualité supérieure, Jean-Louis Millette, dont le jeu est toujours marqué d\u2019une touche personnelle qui plaît, Jean Besré, tout en virevoltes comiques.Au milieu de trois ou quatre figurantes, Angèle Coutu affirme de plus en plus une belle présence scénique.Le bruiteur Michel Hinton fait synthétiquement du bruit qu\u2019on appelle musique.À la N.T.C.: En attendant Godot Complaisance dans le vide, complaisance dans la dérision, voilà En attendant Godot de Samuel Beckett.Pendant deux longues heures, le clochard Estragon demande à tout propos: « Qu\u2019est-ce qu\u2019on attend ?» et inlassablement le clochard Vladimir lui répond: « Godo ».Inutilement.Personne ne vient sauf Pozzo, maître brutal, potentat infatué et ridicule, et Lucky, esclave abruti, qui comblent quelques moments le vide de l\u2019attente.On a beau s\u2019esquinter, depuis vingt ans, à définir cette attente, à essayer de deviner qui est Godot, à découvrir, sous les loques sordides et l\u2019insignifiance des propos des personnages, une humanité touchante et sympathique, ce qui d\u2019abord nous éclate à la figure, comme l\u2019explosion d\u2019un acide corrosif, c\u2019est une image avilissante de l\u2019homme.Pitoyable ?Peut-être, mais pas de cette pitié que l\u2019on ressent au spectacle des héros de la tragédie antique, d\u2019un Prométhée terrassé dans un combat inégal avec les dieux courroucés.Ici, notre pitié s\u2019attarde sur le sort de pauvres larves humaines qui ne savent même pas pourquoi elles existent.Triomphe du misérabilisme ! Seul subsiste le langage.Je parle, donc je suis.Et on bavarde.Sans répit.Sur tout et sur rien, peu importe.Cela détruit le temps et l\u2019ennui.Cela donne l\u2019illusion de la vie.Bavardage qui envahit le théâtre moderne et qui le tue.Naguère Gaston Baty fustigeait: « Sire, le Mot.» Aujourd\u2019hui, le théâtre, qui est action, est devenu la tribune d\u2019éternels et assommants palabres.S\u2019il y a une crise du théâtre, elle est là.Pourtant, à cause de l\u2019importance qu\u2019on attribue à Beckett dans le théâtre moderne et panæ qu\u2019il est utile de mettre les jeunes des collèges en contact avec les différentes formes d\u2019art, la Direction de la Nouvelle Compagnie Théâtrale est justifiée d\u2019avoir entrepris de jouer En attendant Godot.Comme d\u2019habitude elle l\u2019a fait avec sérieux.La mise en scène d\u2019André Brassard s\u2019est efforcée de varier le plus possible les mouvements et attitudes des comédiens et a tiré un heureux profit de la scène tournante du Gesù.Quant aux décors, on sait qu\u2019il n\u2019y en a pas, sauf un pauvre arbuste aussi misérable et dépouillé que les personnages de la pièce.Germain l\u2019a conçu.La tâche des interprètes est très ardue: faire surgir de l\u2019intérêt d\u2019un lassant ennui, de la banalité la plus plate, d\u2019un comique grinçant et amer.Une gageure.Gageure tenue, et magnifiquement.En effet, c\u2019est parfois une consolation, devant des spectacles pas tellement emballant, de pouvoir admirer, au moins, le jeu des comédiens.Ceux de la NCT nous ont intéressés et aidés à supporter la grisaille du texte, même dans la seconde partie qui ressemble, presque comme une sœur jumelle, à la première.Un bon point donc pour l\u2019Estragon de Gérard Poirier, le Vladimir de Jacques Godin, le truculent Pozzo de Lionel Villeneuve et le Lucky de Claude Gay à la mémoire fantastique, même s\u2019il n\u2019a qu\u2019un monologue à réciter, mais quel monologue ! Au Rideau Vert: Deux Feydeau Pour la période des Fêtes, le Théâtre du Rideau Vert s\u2019est mis en frais: deux spectacles concurrents.Sur la scène régulière de la rue Saint-Denis, deux Feydeau en un acte; au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, la célèbre fantaisie, chère au cœur de tout Anglais, Alice au Pays des Merveilles.Feydeau jouit un peu de la cote d\u2019amour auprès de la Direction du Rideau Vert et aussi de son public.C\u2019est comme Molière pour le TNM.Mais tous les Feydeau ne sont pas d\u2019un comique également hilarant.Ainsi, malgré Jean Duceppe et Andrée Lachapelle, Feu la Mère de Madame nous amuse moins qu\u2019on l\u2019espère.Avec la même André Lachapelle et le brillant producteur d\u2019incassables pots de chambre, Jean-Marie Lemieux, On purge Bébé est beaucoup mieux, une fois admise la trivialité du sujet.Aussi peut-on s\u2019appeler Monsieur et Madame Follavoine sans se permettre quelques folies épisodiques; ce qui nous permet, en plus, de constater jusqu\u2019où Feydeau peut ne pas aller trop loin.Au déroulement des péripéties dans On purge Bébé, devant l\u2019entêtement buté de Toto à refuser son purgatif, je me prenais à penser quels conseils des psychologues dûment brevetés, ceux qui écrivent des livres sur les meilleurs moyens d\u2019élever les enfants et font banqueroute avec les leurs, donneraient aux impuissants Follavoine, me disant, à part moi, que certains papas \u2014 bien sûr des papas arriérés, imbéciles et brutaux, passibles d\u2019une universelle condamnation \u2014 régleraient vite le conflit par une bonne fessée, méritée et efficace, mais monstrueusement antipédagogique.Mais Feydeau n\u2019aurait pu écrire sa pièce, faute de matière.Et on dira que le théâtre de boulevard ne pose pas de vrais problèmes à nos savantes intelligences ! Au Théâtre Maisonneuve: Alice au Pays des Merveilles Comme l\u2019Oiseau Bleu de Maeterlinck et dans la même veine de la fantaisie, du rêve, de la poésie, Alice aux Pays des Merveilles est ce qu\u2019on appelle une grosse machine.Une centaine de personnages dans des costumes variés, parfois étranges, toujours somptueux, qui évoluent sous des éclairages et dans des décors ingénieux et chatoyants ou qui dansent avec grâce ou humour aux accords d\u2019une musique spéciale et accompagnés de marionnettes grandeur nature, voilà pour nous en mettre plein les yeux.Et les enfants, à qui ce beau conte est destiné, avec leur sens inné de l\u2019image, regardent, éblouis, et admirent sans se préoccuper des mots qu\u2019ils ne comprennent pas toujours.Chanceux enfants si bellement initiés aux éclatantes splendeurs de la beauté ! FÉVRIER 1972 61 Madame Brind\u2019Amour a fait ici un beau travail, avec ses collaborateurs et tous ses comédiens.Travail considérable, assurément, de longue haleine, chargé de minutieux détails tous importants, comme éléments de la perfection d\u2019ensemble du spectacle, et dont la réussite est, sans doute, la plus douce récompense.À l\u2019E.N.T.: Le Tartuffe Les grandes œuvres du répertoire, il y a toujours intérêt à les revoir.On peut mieux, ainsi, les approfondir selon les conceptions et interprétations nouvelles souvent que les metteurs en scène et les comédiens leur apportent.Le Tartuffe de Molière est une de ces pièces.Nous en avons vu plusieurs, depuis celui du TNM, il y a déjà plus qu\u2019une décennie, sous les traits de Norbert, dans une mise en scène de Gascon.Nous venons de le revoir, sensiblement différent, par les bons offices de l\u2019Ecole nationale de Théâtre, au Monument National, dans la mise en scène de Daniel Leveugle.Comme il convient à la jeunesse, Michel Ouimet, dans ses deux scènes capitales avec Elmire, s\u2019est manifesté d\u2019une passion fougueuse et agressive plutôt que contenue et papelarde, au point qu\u2019Elmire et le texte, très nuancé, en sortent un peu bousculés.En effet, d\u2019une subtilité savamment dosée et pleins de finesse, les vers de Molière dévoilent avec une prudente lenteur et une certaine réticence au début, puis, progressivement, avec plus de chaleur, les sentiments de Tartuffe et d\u2019Elmire, jusqu\u2019à l\u2019explosion finale, enfin convaincante pour Damis, dans la première scène, et pour Orgon, ensuite, caché sous la table.La précipitation du débit et l\u2019agitation du jeu de Michel Ouimet nous ont empêché de jouir totalement de ces scènes admirables.Au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui: Papineau rides again Quatre jeunes gens sympathiques et pleins d\u2019allant.Ils s\u2019amènent en chantant.Us proclament une nouvelle étrange: « la tête à Papineau » est disparue.Ils la cherchent.Ils courent, s\u2019agitent, s\u2019énervent.Ils sortent, reviennent transformés.Le torse bombé ou l\u2019air miteux, joviaux ou sarcastiques, placides ou pompeux, virulents ou désinvoltes, ils jouent Papineau rides again de Marc-F.Gélinas.Ils miment, imitent, parodient Pierre, Robert, Ti-Jean, Claude aussi, celui qui « fait ce que doit », tous personnages assez bien connus de notre actualité politique.Et la police encore, bien sûr.Le ton est satirique comme il convient à ce genre de théâtre-revue, mais plutôt amusant et bon enfant que féroce.Formule, au reste ancienne, peu renouvelée et où le sel (ou le poivre) n\u2019est pas très abondant.Papineau rides again a peu de chance de révolutionner le théâtre canadien.Mais une jeune femme, assise au premier rang d\u2019une estrade brinquebalante, a manifestement trouvé la pièce de son goût.Ses fusées d\u2019enthousiasme spontanées étaient bien réjouissantes et ne pouvaient que flatter et encourager les vaillants comédiens du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui (rue Papineau: cela s\u2019imposait ! ).- LES LIVRES.\u2014\t- Michel Dansereau: Freud et l\u2019athéisme.\u2014 Paris-Tournai, Desclée et Cie, 1971.« Vous ne savez donc pas que je suis le diable ?Ma vie durant, j\u2019ai dû jouer le rôle du diable pour que d\u2019autres construisent des cathédrales avec les matériaux que j\u2019ai apportés.» Cette boutade de Freud, qui nous a été conservée par René Laforgue, disciple de Freud et maître du psychanalyste canadien Michel Dansereau, résume assez bien le projet sous-jacent à ce livre.Dansereau est un de ces hommes qui ont su devenir, à travers même leur métier de psychanalyste, des chrétiens très sincèrement et lucidement engagés.Le livre qu\u2019il nous offre mérite qu\u2019on s\u2019y attarde, dans ce pays du Québec où l\u2019expérience psychanalytique est trop souvent perçue comme une liquidation heureuse d\u2019un vieux complexe national.Les valeurs et les limites de l\u2019expérience personnelle de Freud sont d\u2019abord clairement exposées: influence maternelle ambiguë, accidents de la vie familiale, arrière-fond judaïque rejeté mais demeuré actif.On y voit se développer une sorte de prédisposition naturelle à l\u2019athéisme, une prédisposition que Freud lui-même défendra bravement dans sa correspondance avec le pasteur Pfister.Mais au-delà de cette structure personnelle, Dansereau montre comment l\u2019expérience et la pratique de la psychanalyse appellent une foi, après l\u2019avoir sévèrement purifiée.Rencontrant Jésus comme « patient » (homme de douleurs), il doit conclure que « les diverses structures psychologiques, loin d\u2019expliquer Jésus, reçoivent plutôt leur sens \u2014 O U V R A G E S REÇUS.\t= Archambault, Gilles: La Flenr aux dents.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1971, 238 pp.Audet, Louis-Philippe: Histoire de l\u2019enseignement an Québec.2 vol.\u2014 Montréal/Toronto, Holt, Rinehart et Winston Ltée, 1971, 432 et 496 pp.Bertrand, Léo: Alexandre Penchât.Roman.\u2014 Montreal, le Cercle du Livre de France, 1971, 133 pp.Bord, André: Mémoire et espérance chez Jean de La Croix.« Bibliothèque de spiritualité », 8.\u2014 Paris, Beauchesne, 1971, 326 pp.Bossus, Francis: La Forteresse.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1971, 95 pp.Breton, Stanislas: Du Principe.L\u2019organisation contemporaine du pensable.« Bibliothèque de Sciences religieuses ».\u2014 Paris, Aubier-Montaigne, 1971, 339 pp.Brévart, Gilbert: Le Mal de terre.Récit.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1971, 179 pp.Corbeil, Wilfrid: Le Mnsée d\u2019art de Joliette.\u2014 s.é., 1971, 291 pp.Couneson, Séverin-Georges: Les Saints, nos frères.4: Calendrier octobre-décembre.\u2014 Paris, Beauchesne, 1971, 215 pp.Fargues, Marie: L\u2019Homme et la terre en péril.\u2014 Paris, Beauchesne, 1971, 276 pp.Hiltner, S.: Le Conseiller en consultation.«Bibliothèque d\u2019études psycho-religieuses ».\u2014 Bruges, DDB, 1971, 179 pp.Kergoat, Yves: Le Jonmal d\u2019un prêtre.2: Au soir.\u2014 Paris, Beauchesne, 1971, 151 pp.La jeunesse, Marcel: L\u2019Education an Qnébec « 19e \u2014 20e siècles ».« Etudes d\u2019histoire du Québec », 2.\u2014 Montréal, les éditions du Boréal Express, 1971, 147 pp.Le Saux, Henri: Eveil à soi, éveil à Dien.Essai sur la prière.\u2014 Paris, le Centurion, 1971, 170 pp.Marenis, Jacqueline: Le Voyageur ébloui.Roman.\u2014 Tournai, Casterman, 1971, 253 pp.Musulmans (Les).7 musulmans interrogés par Y.Moubarac.Col.« Verse et controverse », 5.\u2014 Paris, Beauchesne, 1971, 140 pp.à partir de lui» (p.145).Certains seront sans doute un peu étonnés de voir le psychanalyste croyant décrire Jésus résistant à une emprise maternelle dont il doit se libérer pour devenir adulte, conservant comme tout homme réel des traces d\u2019une phase orale, anale, œdipienne, expérimentant à sa mort la névrose d\u2019abandon.Mais je crois qu\u2019il y a là une bonne santé et un sens vif de l\u2019incarnation dont notre foi moderne a besoin.Au passage, Dansereau aborde une question difficile, et très débattue entre psychanalystes, celle du psychanalyste croyant comme confesseur et donc comme médiateur du pardon et de la rédemption; cette réflexion intéressera les moralistes et les théologiens de la pénitence, sans doute plus que les confessions des chevaliers au temps des croisades ! Ce qui m\u2019apparaît cependant le plus significatif après la lecture du dernier livre de Dansereau, c\u2019est cette image d\u2019un Dieu en avant, d\u2019un Dieu qui ne vient pas garantir une régression ni un besoin névrotique de sécurité, mais qui est au bout de la maturité humaine.Un Dieu qui dirige la croissance, ne se laisse pas réduire à un bien de consommation spirituel, ni à un mécanisme d\u2019agression, ni à un substitut du sexuel, mais qui ouvre, au-delà de ces stades mais sans en faire l\u2019économie, à une oblativité, à une réalisation de la personne dans le don qu\u2019elle fait d\u2019elle-même.A ce titre, ce n\u2019est pas seulement un livre rassurant pour celui qui croit encore après Freud, c\u2019est un livre tonifiant pour l\u2019homme du Québec qui se cherche une identité et une véritable libération.Julien Harvey.Nature (La) : problème politique.Sommes-nous des apprentis-sorciers ?Col.« Recherches et débats » (Centre catholique des intellectuels français), 72.\u2014 Paris, DDB, 1971, 211 pp.Ostiguy, Jean-René: Un siècle de peinture canadienne, 1870-1970.\u2014 Québec, PUL, 1971, 206 pp.Parole et dogmatique.Hommage à Jean Bosc.Col.« Foi et vie ».\u2014 Paris, le Centurion et Labor et Fides, 1971, 235 pp.Pascal.Biaise: Oeuvres complètes, n.Texte établi, présenté et annoté par Jean Mesnard.Col.« Bibliothèque européenne ».\u2014 Bruges.DDB, 1971, 1345 pp.Portier, Lucienne: Dante.Col.«Les écrivains devant Dieu».\u2014 Bruges, DDB, 1971, 159 pp.Renard, Cardinal A.C.: Seule compte la fol.Notes spirituelles et apostoliques.\u2014 Bruges, DDB, 1971, 174 pp.Schlette, Heinz Robert: Pour une «Théologie des religions ».Col.« Quaestiones disputatae ».\u2014 Bruges, DDB, 1971, 170 pp.Somcynsky, Jean F.: Encore faim.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1971, 260 pp.Steinert, Marlis-G.: Les derniers jours dn Hle Reich.Le gouvernement Dônitz.\u2014 Tournai, Casterman, 1971, 283 pp.Thibodeau, Jean-Claude: Implantation manufacturière dans la région de Montréal, 1962-1967.Avec la collaboration de Yvon Martineau.« Les cahiers du CRUR (Centre de recherches urbaines et régionales)», 1.\u2014 Québec, PUQ, 1971, 94 pp.- et 8 cartes.Thomas, Joseph: La foi égarée.\u2014 Bruges, DDB, 1971, 190 pp.Toupin, Paul: Le cœur a ses raisons.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1971, 119 pp.Torrell, Jean-Pierre: Inutile sainteté T L\u2019homme dans le miroir de Dieu.\u2014 Paris, le Centurion, 1971, 208 pp.Wbi Tsing-Sing, Louis: Le Saint-Siège et la Chine de Pie XI & nos jours.\u2014 Ed.A.Allais (42 ter, rue Armand-Barbès, 76-Sotteville-lès-Rouen), 1971, 470 pp.62 RELATIONS les étranges rapports entre F homme et son plus proche parent w Ramena et Deencnd Maris las étranges rapporte entre rhcmme et son plus proche parect marabout université hommes et singes un volume * * * * de 256 pages illustré de photos et dessins Les singes ont été vénérés, honnis, chassés, mangés, exploités, ridiculisés, persécutés, protégés, aimés \u2014 et ceci de bien des façons !.Mais, jusqu\u2019à ce que les zoologues aillent l\u2019étudier dans son milieu naturel, la vie du singe demeurait fort mal connue, et la plupart des découvertes réellement importantes sont si proches de nous que seuls quelques journaux spécialisés les ont mentionnées.Aussi, grâce à l\u2019auteur du fameux « Singe nu », nous commençons à pouvoir nous faire une idée plus claire de la véritable nature des primates.Du singe sacré au singe hypersexualisé, en passant par celui qu\u2019utilise la science comme substitut de l\u2019homme dans la recherche médicale et dans l\u2019exploration spatiale, tel qu\u2019il se dégage des plus récentes observations.Voici aussi un livre qui nous fait pénétrer dans un domaine non moins merveilleux, non moins extraordinaire que celui des récits d\u2019autrefois.déjà parus dans marabout université rn.on.dc - du mondw «mmaî >-\tV, « V mmumj*.Ill x M .11 iip'çi ¦ ¦ ¦ SH « K gratuitement * sur simple demande à l\u2019adresse ci-dessous, vous recevrezrégulièrementleMagazine-cataloguegénéral illustré en couleurs.Distributeur général pour les Amériques : KASAN Ltée-226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.T marabout EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES ¦398 iii PIP ¦ Él§?& «« llPPil p|^S|jpgj ééPp :'VP''.^ V® PP:P,;:\u2019 a\u2019iii \u2022T ¦'>'«¦.HHH .\t\u2022 Lv W >* V PVy - '\th i X-™ \u2022 mwm*.\t, '.\u2022 vt*!^p^p Ife g# * )V\t; \u2018 - : : : .y;,'\u2022\u2022.'USÉ &ai $£$$&« :%&?+¦ §1&3& %ʧSèêÊ mm& iàmm : mm Ls»?%«¥&$& ?&j*i Radio-Canada, plus que jamais au carrefour du Canada français La Maison de Radio-Canada ouvrira toutes grandes ses portes aux visiteurs, à l'été de 1972 "]
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