Relations, 1 avril 1972, Avril
[" NUMÉRO 370 MONTRÉAL CSN-FTQ-CEQ et le gouvernement du Québec UNIVERSITÉ et CEGEP \u2014\tle contrôle des universités québécoises \u2014\tun nouveau pouvoir étudiant ?CANADA-QUÉBEC \u2014\tle rapport Molgat \u2014 MacGuigan \u2014\tOne Country or Two ?ÉGLISE et CHANGEMENT \u2014\tl\u2019évolution de l\u2019autorité et de l\u2019obéissance \u2014\tle deuxième temps du Rapport Dumont \u2014relations_________________________________________________, revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, Albert Beaudry, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vail-lancourt.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION «t ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 \u2014 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ : Jean Laurin et associés, représentants pour la publicité nationale et locale: 1411, rue Crescent, suite 406.Tél.: 845-6243.numéro 370 avril 1972 SOMMAIRE Relations du Travail CSN - FTQ - CEQ: un front commun face au gouvernement Québec \u2014 interview.Jean-Réal Cardin\t99 Église/monde L\u2019évolution de l\u2019autorité dans l\u2019Église .\t.Julien Harvey 104 Université et société québécoise Le contrôle des universités québécoises: objectifs, stratégies, escarmouches.Michel Pelletier 106 Église/Québec : le Rapport Dumont Le deuxième temps du Rapport Dumont Jacques Chênevert 110 Histoire de l\u2019Action catholique.Jean-Paul Labelle 111 Histoire de l\u2019Église au Québec.Lucien Campeau 112 Québec/Canada Le Rapport Molgat-MacGuigan sur la constitution canadienne Richard Arès 114 Des anglophones qui, honnêtement, s\u2019interrogent Richard Arès 116 CEGEP/front commun étudiant Le pouvoir étudiant aux enfers .Albert Beaudry 118 Billet/humour Lettre à Jacques Normand .René Champagne 121 Chroniques Théâtre : Comédies et comédiens Georges-Henri d\u2019Auteuil 117 Littérature : Sur les voies de notre poésie \u2014 III René Dionne 122 Cinéma : Intéressant ou kétaine.Yves Lever 125 Les livres.126 Ouvrages reçus.126 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.Relations publiques : Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.Vient de paraître Nos grandes options politiques et constitutionnelles par Richard Arès, S.J.Dossier sur les options : Canada Canada bilingue Canada français Québec Prix : $5.00 S\u2019adresser à son libraire ou aux ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal 351.Tél.: 387-2541 il y a un homme non loin de chez vous, le gérant de succursale BCN, dont la seule ambition est de participer à la réalisation de la vôtre/ et, un jour, d applaudir à votre succès, à votre victoire.Banque Canadienne Nationale la force de largent au service de votre avenir '.v \\ r mêm HHHH 98 RELATIONS CSN-FTQ-CEQ: un front commun face au gouvernement du Québec Récemment, l\u2019équipe de rédaction de RELATIONS rencontrait M.Jean-Réal Cardin, directeur du Département des relations industrielles de l\u2019Université de Montréal, pour tenter d\u2019élucider avec lui les implications majeures du conflit opposant Interview avec\t^es travailleurs des services publics et para-publics au Gouvernement du Québec.Les négociations à la « table centrale » étaient alors à peine amorcées, /\u2019« avis de grève » Jean-Réal Cardin\tvenait tout juste d\u2019être signifié : comment prévoir l\u2019évolution des négociations et, sans jouer les devins, juger de l\u2019impact d\u2019un éventuel éclatement du conflit ?Il fallait donc aborder l\u2019étude du conflit entre le Front commun CSN \u2014 FTQ \u2014 CEQ et le Gouvernement du Québec par un biais moins événementiel que structurel et, pour que l\u2019étude soit plus profitable, dans une optique résolument prospective.Ce que nous avond\\ tenté de faire dans la rencontre du 17 mars, dont RELATIONS présente ici à ses lecteurs un succinct compte rendu.\u2014 Une première nord-américaine !.et une opinion .inquiète RELATIONS : On a parlé du présent conflit comme d\u2019une « première » nord-américaine.Est-ce là rhétorique abusive ou expression adéquate ?J.-R.Cardin : L\u2019expression me paraît justifiée à plusieurs titres.C\u2019est la première fois, au Canada et aux USA, que les syndicats des travailleurs dans le secteur des services publics et para-publics se réunissent en un front commun face à l\u2019Etat-employeur.Nous étions habitués aux négociations que je qualifierais de locales ou parcellaires, voire, occasionnellement, sectorielles : commissions scolaires et enseignants, ministère de la Fonction publique ou organismes para-publics et divers groupes de fonctionnaires, etc.Or voilà que la concomitance de diverses négociations de conventions collectives dans les services publics et para-publics rend possible pour la première fois une négociation globale pour tout le « secteur > public et para-public.Ceci se réalise pour la première fois en Amérique du Nord.Par ailleurs, pour nous, la nouveauté (ou le caractère de « première >) du conflit tient également a) au grand nombre des travailleurs impliqués dans cette négociation globale, b) à la concertation des diverses unités et centrales syndicales réunies en un front commun, c) à la nécessaire concertation parallèle ou corrélative de divers ministères et organismes gouvernementaux ou para-gouvernementaux.RELATIONS : L\u2019incidence politique majeure du présent conflit en constituerait-elle aussi un caractère nouveau ?J.-R.Cardin : Le présent conflit a certes une incidence politique importante et « nouvelle >, de fait:\tles pouvoirs publics y sont impliqués directement ou par l\u2019intermédiaire d\u2019organismes para-gouvernementaux, et l\u2019issue du conflit ne sera pas sans répercussion sur l\u2019équilibre budgétaire du gouvernement, sur ses politiques, etc.Faut-il aller plus loin et, comme certains l\u2019affirment, croire que la constitution du front commun est ordonnée, via la grève générale dans les services publics et para-publics, à une remise en cause du système socio-politique existant ?ou même, plus brutalement, à une contestation du présent gouvernement du Parti libéral qu\u2019on voudrait forcer à démissionner ?La question peut être posée.Mais il serait certainement abusif de prétendre que le présent conflit n\u2019a pas de caractère « professionnel » et ne vise qu\u2019à « renverser le pouvoir » : la constitution du front commun est l\u2019aboutissement d\u2019un processus qui a déjà fait déborder les négociations du plan local au plan sectoriel et qui tend maintenant à les faire passer au plan provincial en englobant tous les services publics et para-publics, mais toujours en fonction d\u2019abord d\u2019objectifs « professionnels » traditionnels (salaires, sécurité d\u2019emploi, plans de carrière, etc.) et non à des fins prioritairement et proprement politiques (refonte de la législation, mise en question du pouvoir politique actuel, etc.).Mais l\u2019incidence politique du conflit, dans les faits, est importante, comme je l\u2019ai indiqué précédemment.RELATIONS : Face à l\u2019éventualité d\u2019un affrontement majeur entre le gouvernement et le front commun, qui pourrait se traduire par une grève d\u2019une particulière importance, l\u2019opinion publique québécoise semble inquiète, voire affolée.L\u2019Angleterre a supporté avec plus grand flegme les fort graves inconvénients entraînés par la grève des mineurs, il y a quelque temps : l\u2019opinion publique y est restée assez fortement favorable aux grévistes et à leurs revendications.A quoi tient, selon vous, le sentiment qui semble s\u2019emparer chez nous de la population et qui s\u2019exprime dans une opinion publique alarmée ?J.-R.Cardin : Le diagnostic que vous me demandez de porter n\u2019est pas facile à établir.Notons d\u2019abord que la réaction alarmiste que vous venez d\u2019évoquer n\u2019est pas propre à la population du Québec: dans toutes les crises importantes dans les relations de travail, en Amérique du Nord, la population a assez globalement endossé les positions et options conservatrices et anti-syndicales.C\u2019est sans doute que nous sommes fortement conditionnés par le système de valeurs régnant dans notre milieu nord-américain.Face au présent conflit, les « hot lines > et diverses expressions d\u2019opinion manifestent certainement un grand conservatisme, un grand attachement à ce système de valeurs prévalent.Mais on peut évoquer aussi certains facteurs plus « indigènes » : 1° L\u2019opinion publique, au Québec, a été généralement conservatrice: notre histoire le manifeste abondamment.Après les bouleversements de la révolution tranquille, nous en connaissons maintenant le ressac: je situerais la « brisure » entre les années \u201865 et \u201867.2° Le besoin de quiétude de l\u2019esprit conservateur, récemment ressurgi après les soubresauts de la révolution tran- AVRIL 1972\t99 5291 quille, est aiguisé chez nous par ce que l\u2019on peut appeler les forces de droite: milieux patronaux, notamment, et certains éditorialistes de certains journaux que vous connaissez.3° L\u2019opinion publique n\u2019analyse guère.Le Québec connaît un dur taux de chômage, une hausse des prix qui continue inlassablement, etc.Ignorant les causes de la situation sociale globale, l\u2019opinion publique s\u2019affole devant une nouvelle ombre dangereuse aux contours imprécis et qui prend tantôt la forme de soins médicaux qu\u2019il deviendrait impossible d\u2019obtenir, tantôt celle d\u2019écoles fermées .RELATIONS : Dans des milieux pourtant fort divers, cette anxiété que vous évoquez devient opposition très nette aux chefs syndicaux : les salariés ne veulent pas « se battre » et faire la grève, dit-on; ils sont manipulés par les chefs syndicaux.Cette réflexion, on l\u2019entend dans des milieux fort divers et, parfois, formulée par des hommes qui ont un certain esprit critique .J.-R.Cardin : C\u2019est le mythe des colonels syndicaux qui fonde bien peu solidement cette « explication » _ qui m\u2019apparaît plus que facile.Mais je ferai à ce sujet quelques observations.1° Le mythe tient, en Amérique du Nord, au souvenir des grands Labor Boss à la John L.Lewis: ils « menaient » véritablement leurs hommes.Sans doute cette image du passé demeure-t-elle partiellement valable aujourd\u2019hui, mais c\u2019est simplifier fort abusivement que de généraliser l\u2019image d\u2019une dissociation entre les leaders et la base dans les mouvements syndicaux et de ramener tous les conflits ouvriers à de la pure manipulation des masses ! 2° Le mythe ressurgit dans le présent débat, comme dans tous les grands conflits en Amérique du Nord, entretenu et comme moussé par certains groupes plus conservateurs (monde patronal), par certains éditorialistes.Semblable utilisation d\u2019images aussi globales sert l\u2019opposition à tout mouvement de grève: les leaders sont assoiffés de puissance ou de pouvoir et n\u2019expriment plus les griefs réels de la base, dit-on pour désamorcer le conflit qui risque d\u2019exploser.Mais le poids de la preuve revient à ceux qui font de telles affirmations.3° Or il me semble que la preuve est plus facile à faire pour établir le caractère démocratique de l\u2019institution syndicale.En dépit de certaines limites juridiques requises pour la stabilité syndicale, cette institution demeure fondée, à la base, sur une liberté encore réelle d\u2019adhésion et sur une volonté de représentation de la part des travailleurs syndiqués.4° Chez nous, en outre, contrairement à ce que laisse entendre l\u2019évocation du mythe des colonels syndicaux, les dirigeants syndicaux n\u2019ont jamais eu autant souci que depuis quelques années de « rejoindre » la base, de « se fonder » sur elle.Une base plus éveillée ne tolère plus que l\u2019on parle pour elle sans mandat tant soit peu précis.Le conflit à la Commission de Transport de Montréal, en 1967, l\u2019a clairement montré: c\u2019est la base qui a décidé de la grève contre l\u2019avis des leaders.5° Dans le présent conflit, il ne faut pas oublier que la CEQ, par exemple, a fait étudier et discuter à la base divers documents préparatoires à la négociation, afin de connaître les opinions et désirs de ses membres.Et le fait même que les membres de l\u2019Alliance des professeurs de Montréal, contre l\u2019avis de leurs dirigeants, se sont désolidarisés du front commun montre bien que les chefs syndicaux ne sont pas omnipotents.H \u2014 Négociation ou affrontement?RELATIONS : Dans la recherche d\u2019une solution à quelque différend que ce soit dans le domaine des relations de travail, la loi prévoit diverses étapes et divers mécanismes : négociation, conciliation, arbitrage, grève, commission d\u2019enquête, etc.La négociation directe entre les parties en cause est certes une étape particulièrement importante dans tout processus de règlement démocratique des conflits dans le monde du travail.Comment pourrait-on valoriser cette étape importante ?Comment pourrait-on faire en sorte que les négociations entre les parties en cause soient « sérieuses » ?et ce, dès le départ .J.-R.Cardin : Il en est, dans le conflit qui oppose le front commun au Gouvernement du Québec, comme dans tous les conflits: on se renvoie la balle de part et d\u2019autre, on s\u2019accuse mutuellement de mauvaise foi, de refus de négocier sérieusement.Dans le présent conflit, certains facteurs particuliers doivent toutefois être pris en considération: 10 II n\u2019y avait pas concordance parfaite entre les vues syndicales concernant la table centrale de négociation et celles de l\u2019autre partie.Du côté de l\u2019employeur (gouvernement et organismes para-publics), on n\u2019était pas prêt psychologiquement à entreprendre une négociation globale.C\u2019est dire que, de part et d\u2019autre, mais du côté patronal surtout, les réflexes demeuraient « locaux » ou « sectoriels », et que l\u2019on était loin d\u2019avoir la même appréhension des problèmes posés et des modes éventuels d\u2019action ou des procédures d\u2019étude et de négociation.2° Les problèmes soulevés par une négociation globale à une table centrale sont particulièrement complexes et difficiles.Comme je l\u2019ai déjà signalé, ils concernent un nombre considérable de travailleurs appartenant à des unités syndicales diverses et rattachés à des ministères ou organismes para-publics divers.De sorte qu\u2019une concertation difficile et inhabituelle était exigée de part et d\u2019autre, et qu\u2019il n\u2019y a pas à trop s\u2019étonner de ce que les pourparlers aient été lents à démarrer.Ceci dit, il demeure que la lenteur des négociations n\u2019est pas le fait du seul conflit que nous considérons présentement, ni le fait des seuls conflits dans les secteurs publics et para-publics, où le gouvernement se trouve plus directement impliqué.On retrouve les mêmes lenteurs dans le secteur « privé », et c\u2019est le refus pratique, dans bon nombre de cas, d\u2019entamer des négociations sérieuses qui justifie le recours à la grève comme moyen de pression et comme mécanisme d\u2019accélération des négociations.Que pourrait-on faire pour améliorer les choses et éviter d\u2019inutiles durcissements ?1° Il faudrait d\u2019abord, à mon sens, \u2014 et particulièrement dans les secteurs public et para-public, \u2014 assurer une meilleure qualité des instruments de négociation: statistiques exactes, échelles comparatives des traitements bien à point, etc.La législation fédérale, au Canada, prévoit qu\u2019une Commission des traitements maintiendra à jour semblables données qui, si elles sont recueillies et compilées avec rigueur et peuvent dès lors être considérées comme valables par les deux parties en litige, constituent un instrument de première valeur dans des négociations.2° Il faudrait également, pour éviter de se retrouver une autre fois dans la situation inarticulée de l\u2019heure présente, assurer une cohésion interministé- 100 RELATIONS rielle plus ferme, établir des canaux de communication efficaces entre les divers ministères et les divers organismes para-publics; et affermir les structures provisoires du front commun, du côté syndical, afin que la cohésion soit assurée de part et d\u2019autre lorsque s\u2019amorcent les négociations.3° Il faudrait envisager de poursuivre les négociations de façon continue, sans attendre les échéances des conventions collectives, de façon à pouvoir ajuster les choses au fur et à mesure qu\u2019évoluent le coût de la vie, le taux des salaires, etc.4° Il faudrait reviser la politique du secret des négociations.Dans le secteur privé, c\u2019est un credo absolu: les négociations se font dans le secret de quatre murs, avec bière ou café.On ne veut pas que soient révélés les secrets comptables; on veut, de part et d\u2019autre, pouvoir garder du lest pour d\u2019éventuels marchandages où chacun pourra « sauver la face ».Je pense que cela ne vaut pas dans le secteur public et qu\u2019on y a indûment transposé les dogmes de la négociation dans le secteur privé.L\u2019opinion publique éclairée doit, en démocratie, pouvoir exercer une pression continuelle sur ses mandataires, ce qui suppose que les négociations \u2014 qui devraient être continues ou presque \u2014 se fassent beaucoup plus à ciel ouvert et non entre quatre murs.5° Au Québec, malgré certaines dérogations prévues dans la Loi de la Fonction publique, un même Code du Travail régit les négociations dans les services publics ou para-publics et dans le secteur privé.Or la partie patronale, dans le présent conflit, n\u2019a pas voulu recourir à la conciliation, comme prévu; et il semble que la partie syndicale, de gré ou de force, ait accepté qu\u2019on ne passe pas par certaines étapes ou certains mécanismes comme la conciliation ou l\u2019arbitrage volontaire.Je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas jouer les mécanismes prévus par la loi dans les négociations avec le gouvernement comme dans les autres négociations.Le gouvernement québécois, par l\u2019intermédiaire du ministre des Finances, a rejeté le recours à l\u2019arbitrage.Les gouvernements américains, pour la plupart, tiennent une position semblable.Cela, semble-t-il, à cause de la souveraineté de l\u2019Etat ! Mais il importe de distinguer ici l\u2019Etat-employeur et l\u2019Etat-gouvernement.Il n\u2019y a pas si longtemps, un ministère ne pouvait être « amené » devant les tribunaux: la reine ne pouvait poursuivre la reine ! Par ailleurs, du côté syndical, on se trouve là-dessus en secrète connivence avec le gouvernement québécois, mais pour de tout autres raisons : le souvenir est encore cruellement vif de certaines décisions d\u2019arbitrage obligatoire (avant 1964) peut-être peu impartiales et trop serviles, trop courtisanes.Mais tout cela ne justifie pas qu\u2019on s\u2019écarte de la loi et qu\u2019on omette de recourir à des mécanismes de règlement de conflits qu\u2019elle a peut-être sagement prévus.RELATIONS : La réclamation syndicale d\u2019une table centrale pour les négociations semble avoir été un obstacle, du point de vue de l\u2019Etat-employeur, à la bonne marche des négociations; et une raison peut-être de leur retard ou de leur impasse provisoire.Cette réclamation vous semble-t-elle normale ou outrée et inopportune, « inefficace », comme on a dit ?J.-R.Cardin : A mon sens, la réclamation syndicale était parfaitement justifiée.Les ministères, les organismes para-publics, les commissions scolaires, les hôpitaux, etc.ne sont plus autonomes: il y a, du côté de l\u2019Etat-em-ployeur, une interdépendance de fait et une dépendance globale vis-à-vis de l\u2019Etat (budgets, etc.) qui imposent, pour que des négociations puissent être menées sérieusement, concertation et cohésion.Et il en va de même pour la partie syndicale, où la cohésion du front commun, même provisoire, est un fait pour plus de 200,000 salariés.Il est dans la logique des choses qu\u2019une table centrale soit constituée, où les grands ajustements sur les questions capitales pourront être discutés en tenant compte des secteurs divers et, éventuellement, des régions diverses (différentiels de salaires, primes d\u2019attraction, etc.).Seule une table centrale peut permettre l\u2019élaboration d\u2019une politique salariale cohérente, par exemple, compte tenu des secteurs et des régions : si l\u2019on ne met pas sur la table \u2014 et sur une même table, sur une table centrale \u2014 les différences existantes, on ouvre la porte à la surenchère dans des revendications non concertées, on rend nécessaires d\u2019inutiles dédoublements .et c\u2019est « la pagaille » ! RELATIONS : Face à l\u2019éventualité d\u2019une grève importante dans les services publics et para-publics jugés importants pour l\u2019ensemble de la société, plusieurs demandent que le droit de grève soit retiré à ceux qui travaillent dans ces services.Comment réagissez-vous à cette demande ?J.-R.Cardin : Il s\u2019agit là d\u2019un débat déjà assez ancien.Jusqu\u2019en 1964, le droit de grève n\u2019était pas reconnu aux travailleurs employés dans les services publics, conformément à une tradition encore dominante aux USA.Mais on a constaté que la législation est impuissante à empêcher l\u2019éclatement des conflits et les grèves.Par ailleurs, la recherche universitaire des 20/25 dernières années montre bien qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un phénomène socio-psychologique et économique d\u2019abord, et que la législation ne peut venir qu\u2019ensuite pour déterminer les règles d\u2019un jeu de forces.Chez nous, en 1964, on n\u2019a pas voulu défranchiser un nombre considérable de salariés d\u2019un droit qui était reconnu à l\u2019ensemble des travailleurs salariés; on a opté pour considérer l\u2019Etat-employeur comme soumis aux mêmes devoirs, responsabilités et risques que les autres employeurs.1964, c\u2019était encore l\u2019époque de la révolution tranquille: toutes les digues sont tombées.L\u2019évolution de la vie et de la recherche a laissé sa marque très nette dans le Code du Travail tel qu\u2019il a été réformé en 1964.Par ailleurs, l\u2019article 99 du Code du Travail prévoit que, dans les services publics, un avis de grève doit être signifié à l\u2019employeur huit jours avant que la grève soit déclenchée.Le même article prévoit en outre que, si cette grève constitue une menace \u2014 de fait ou appréhendée \u2014 pour la santé ou la sécurité publique (et, depuis 1965, pour le droit à l\u2019éducation d\u2019un groupe d\u2019élèves), on peut obtenir une injonction de retour au travail.Une « commission d\u2019enquête » est constituée pour « seulement constater les faits » et faire ensuite rapport au gouvernement, ce qui impose un moratoire de quelque 80 jours, après quoi le droit de grève pourrait éventuellement être exercé de nouveau.On prévoit également, dans la Loi de la Fonction publique, qu\u2019il faut s\u2019entendre, préalablement à la grève, sur les « services essentiels » à assurer durant la période de cessation du travail.Dans le secteur privé, la loi ne prévoit rien de semblable, mais la pratique est généralisée qui veut qu\u2019on assure les services essentiels.Pour ce qui est des services publics, en cas de non-entente entre les parties sur les services essentiels à assurer, il est prévu que le Tribunal du travail doit trancher le débat.Il me semble important qu\u2019un organisme compétent, autant que possible impartial, puisse décréter au besoin quels seront les services « essentiels » à assurer durant la période de grève.Mais semblable détermination n\u2019est pas facile: il faut tenir compte de l\u2019urgence immédiate, de la nature du service en cause, de la durée éventuelle de l\u2019arrêt de travail, etc.AVRIL 1972 101 J\u2019ajouterai ici que, de plus en plus, on ne saurait distinguer adéquatement à cet égard les services « publics » et « privés » : dans une économie aussi étroitement interdépendante que celle de nos sociétés modernes, le secteur privé assure souvent des « services » aussi « essentiels » à la santé économique de la nation que le secteur public.De sorte qu\u2019il m\u2019apparaît urgent de réfléchir sérieusement sur cette notion de « services essentiels », et de trouver des modalités de détermination de ces services en cas de conflit, sans que nos esprits demeurent prisonniers des catégories « public »-« privé ».RELATIONS : D\u2019autres voudraient que l\u2019Etat se montre beaucoup plus rigoureux dans l\u2019application de la loi en ce qui a trait aux pénalités prévues en cas de grève illégale ou de poursuite illégale d\u2019une grève.J.-R.Cardin : Les exemples d\u2019application rigoureuse de la loi à cet égard sont chez nous assez rares: on pourrait évoquer le cas du SPEQ, en 1966 ou 1967, ou celui plus récent mettant en cause les pompiers de Montréal \u2014 lesquels, parce qu\u2019ils n\u2019avaient pas la même force de marchandage, n\u2019ont pas eu droit à la « bénignité » qu\u2019on avait eue à l\u2019égard des policiers.Sans doute la loi, selon l\u2019adage, doit-elle avoir des dents.Mais elle doit surtout prévoir, selon moi, des modalités de conciliation et d\u2019arbitrage librement accepté qui pourraient, dans bien des cas, empêcher l\u2019éclatement trop violent des conflits.Dans le présent cas, celui d\u2019une éventuelle grève globale dans les services publics et para-publics, il ne faut pas oublier qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019une grève légale.Je le répète, je crois qu\u2019il faudrait s\u2019ingénier à inventer des modalités de négociation plus efficace, recourir à la conciliation, à la médiation spéciale (faisant appel à quelqu\u2019un « de l\u2019extérieur », jouissant de compétence et de prestige, et qui pourrait faire des recommandations très fermes et publiques), à l\u2019arbitrage.Les mesures de force ne me semblent pas les plus appropriées : on ne met pas facilement 10,000 hommes en prison ! Je crois davantage à l\u2019efficacité des efforts de conciliation et de médiation, éventuellement d\u2019arbitrage, menés par des hommes compétents et respectés, qui, contrairement à ce que permet l\u2019enquête sur les faits, pourraient faire des recommandations publiques précises \u2014 de sorte que l\u2019opinion publique en serait saisie et pourrait exercer une pression éclairée et légitime: le fardeau de la preuve de non-valeur des recommanda- tions incomberait à la partie qui, éventuellement, ne les accepterait pas.Le droit de grève ne serait pas retiré pour autant; c\u2019est son exercice qui serait ainsi davantage « contrôlé » par une opinion publique mieux éclairée.RELATIONS : En somme, quelles seraient vos suggestions principales pour améliorer les procédures de négociation et de règlement des conflits dans les services publics \u2014 et éventuellement, dans une perspective plus large, dans les conflits majeurs qui, même dans le secteur privé, ont une incidence importante sur la vie socio-économique de la nation ?J.-R.Cardin : 1 ° Assurer une information technique plus adéquate, un « outillage » de meilleure qualité que présentement, pour que les négociations puissent être menées sur une base mieux acceptée par les deux parties en litige.2° Accepter de se faire conseiller davantage, même au niveau du gouvernement, par des experts, aux diverses étapes de la négociation.3° Accélérer les procédures et établir un pro- RELATIONS : Un conflit comme celui que nous connaissons présentement révèle-t-il, selon vous, une crise de notre démocratie libérale de type néo-capitaliste ?et est-il de nature à nous orienter vers une société de caractère socialiste ?J.-R.Cardin : Je ne veux pas jouer les prophètes.Il y a certes une évolution inévitable et irréversible dans nos sociétés modernes et qui va vers une interdépendance sans cesse croissante.Tout est lié, dans cette évolution, aux systèmes idéologiques, aux systèmes de valeurs, aux systèmes de pouvoir: y compris les négociations de conventions collectives.De plus, il est certain que les syndicats québécois ont désormais une intelligentsia plus active.Les déclarations officielles et les documents de travail récents de la CSN et de la FTQ, par exemple, manifestent que certains militants veulent passer d\u2019un syndicalisme de revendication « professionnelle » à un syndicalisme de contestation beaucoup plus globale et visant à l\u2019établissement d\u2019une auto-gestion ouvrière.Pareille tendance, il va sans dire, bat en brèche les postulats de l\u2019économie néo-classique.Jusqu\u2019à quel point ces conceptions globales d\u2019une société nouvelle atteignent-elles la base ?Il est difficile de le déterminer, mais il semble certain que le travail, à ce niveau, n\u2019est guère avancé: à la base, on réclame cessus de négociation continue.4° Faire appel à des conciliateurs, à des médiateurs qui feraient un rapport public de leurs recommandations.5° Accepter, même dans les négociations avec l\u2019Etat-employeur, le recours possible à l\u2019arbitrage volontaire (mais, bien entendu, obligatoire dans l\u2019application des décisions) \u2014 PEtat-gouvernement gardant toujours la possibilité, au niveau de l\u2019Assemblée nationale, d\u2019agir comme gouvernement responsable du bien commun de la nation.Il n\u2019y a rien de bien neuf dans tout cela.Mais les mentalités ne sont pas encore « converties » à semblable vision démocratique.C\u2019est la situation surtout qui est nouvelle et il faudra sans doute la patience de quelques années encore pour que soient établis les réseaux de communication dont j\u2019ai parlé précédemment, et qui sont indispensables à la cohésion devenue nécessaire \u2014 tant du côté du gouvernement que du côté des syndicats, qui n\u2019ont encore qu\u2019un front commun provisoire.d\u2019abord et surtout, sinon uniquement, de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail, de plus fermes garanties de sécurité d\u2019emploi, etc.RELATIONS : Le gouvernement se déclare dans l\u2019incapacité de satisfaire à certaines demandes syndicales sans alourdir le fardeau des taxes qui pèse déjà lourdement sur les épaules des moins fortunés.Il fonde ainsi ses réticences sur les exigences de la justice sociale.Cela vous paraît-il vraiment juste ?Ou est-ce une sorte d\u2019échappatoire qui permet d\u2019éviter des réformes radicales au niveau du régime fiscal, de la planification des salaires et des prix, de la détermination des honoraires professionnels, etc.?J.-R.Cardin : Je suis un ardent défenseur de la planification; mais je déplore que le concept et la réalité en aient été galvaudés depuis 1961 .Nous vivons encore comme si le marché, selon que le déclarait l\u2019économie classique ou néo-classique, était régulateur de l\u2019économie nationale.Mais, avec la concentration des décisions économiques dans quelques grandes sociétés multi-nationales et monopolistiques, tel n\u2019est plus le cas: prix et salaires sont désormais administrés, et non plus soumis à la loi de l\u2019offre et de la demande.Nous vivons, peut-être plus cruellement au Québec qu\u2019ailleurs, ce paradoxe d\u2019un taux de chômage élevé qui n\u2019entame pas la cadence d\u2019une hausse continuelle des prix ! Je ne vois III \u2014 Une remise en cause du système ?102 RELATIONS pas d\u2019autre moyen de sortir de l\u2019impasse que de recourir à une planification démocratique.Si salaires et prix doivent être « administrés » ou déterminés désormais comme d\u2019autorité, mieux vaut qu\u2019ils le soient par les pouvoirs publics que par la GM ou l\u2019Alcan.Une planification s\u2019impose aussi au niveau des allocations budgétaires au sein du gouvernement: l\u2019inertie de la bureaucratie gouvernementale coûte quelque chose aux contribuables, de même que certaines mauvaises distributions du travail et du personnel dans divers services, etc.RELATIONS : Et on peut se demander, symboliquement, comment un même gouvernement peut se déclarer incapable de payer un salaire minimum de $100/semaine et en même temps verser des honoraires de $60,000/année à des médecins ?J.-R.Cardin : Ou se demander si les négociations au sujet de contrats « à coup de millions » concernant le projet de la Baie de James ou d\u2019autres projets sont menées avec autant de rigueur et de souci d\u2019économie que les négociations de conventions collectives dans les services publics et para-publics .RELATIONS : Mais ce sont les non-syndiqués qui, dans le monde ouvrier, paient souvent le plus cher pour les incuries et les injustices que l\u2019on vient d\u2019évoquer.Aussi reproche-t-on souvent aux syndicats de « se battre » pour les gens déjà honnêtement à l\u2019aise sans avoir grand souci des moins favorisés .J.-R.Cardin : Oui.Et les ouvriers non-syndiqués constituent quand même 60% environ des salariés québécois.Mais il importe de noter que les syndicats ne sont pas les seuls responsables de cette situation anormale, et que le Code du Travail impose certaines limitations à l\u2019action syndicale à cet égard.Par rapport à la législation américaine, par exemple, notre législation est très déficiente pour protéger les ouvriers contre les syndicats de boutique.Il y a là un problème dont les syndicalistes sont conscients: qu\u2019on se rappelle les propos d\u2019un Louis Laberge, en 1967.RELATIONS : Comment se fait-il que la concertation actuellement à l\u2019œuvre dans le monde syndical ne réussisse pas à déboucher sur une action politique ferme et cohérente ?Puisque c\u2019est par ce biais, finalement, qu\u2019il serait possible de faire quelque chose en faveur des laissés pour compte.J.-R.Cardin : L\u2019effort d\u2019alliance FTQ-NPD, par exemple, n\u2019a pas donné grand résultat.\u2014 Il faudrait écrire tout un livre pour répondre à semblable question de façon quelque peu valable: c\u2019est tout le problème du syndicalisme et de l\u2019action politique que vous soulevez là.\u2014 Une chose m\u2019apparaît toutefois bien claire: nous n\u2019avons pas développé, en Amérique du Nord, de conscience de classe.Nous sommes des consommateurs conditionnés par l\u2019idéologie du néo-capitalisme, ballottés entre des options politiques traditionnelles alimentées à la même idéologie.De sorte que les efforts des leaders syndicaux pour éveiller et mobiliser les syndiqués au plan politique sont voués, sinon à l\u2019échec, du moins à des victoires fort difficiles.Depuis notre accès à l\u2019ère industrielle, nous vivons d\u2019un système de valeurs importé, et auquel se ralliait jusqu\u2019à tout récemment tant le monde syndical que les milieux patronaux.La remise en question de ce système est bien neuve .RELATIONS : Pour terminer, comment voyez-vous le rôle exercé au plan socio- politique et, plus précisément, au plan des relations de travail par les universitaires \u2014 dont vous êtes ?Si l\u2019on veut que la formation de l\u2019opinion publique ne soit pas laissée aux seuls éditorialistes.J.-R.Cardin : Il est certainement anormal que les universitaires, chez nous, parlent si peu.Mais ils se demandent sans doute parfois si leur parole a seulement chance d\u2019être entendue dans les milieux syndicaux, dans les milieux patronaux, au gouvernement.On a fait appel à eux aux débuts de la révolution tranquille; depuis lors, depuis surtout la brisure de \u201965-\u201967 dont je parlais tantôt, on cherche à se passer d\u2019eux.Mais il demeure que nous devrions dire ce que nous croyons devoir dire.RELATIONS : Nous sommes heureux de vous en avoir donné l\u2019occasion aujourd\u2019hui, pour le bénéfice de nos lecteurs.Et nous vous savons gré de l\u2019avoir fait avec simplicité, franchise, liberté.WÊÊÊÊ^ÊÊM le6eHYPOTH0OUe EPARGNE BANQUE MONTRÉAL LA CITÉ DISTRICT DE ET DU CHARTE FÉDÉRALE-MEMBRE: SOCIÉTÉ DASSURANCE-DÉPÔTS DU CANADA AVRIL 1972\t103 Des points de repère évangéliques L\u2019évolution de l\u2019autorité dans l\u2019Église par \u2014 Julien Harvey- Le changement rapide dans la perception de l\u2019autorité, de son mode d\u2019exercice, de ses valeurs et de ses limites, est un des aspects les plus frappants de la révolution culturelle.Même dans un pays comme le nôtre, où la tradition démocratique est déjà ancienne, un remue-ménage profond s\u2019est produit depuis quelques années, qui se manifeste autant dans les lettres des évêques (appui à la démocratie de participation, intérêt pour les nouveaux pouvoirs) que dans les débats gouvernementaux (création de l\u2019ombudsman, nouveau pouvoir syndical, action des groupes de citoyens).On peut parler de crise, de manie de la contestation, d\u2019anarchie; on peut se demander si la pédagogie du Docteur Spock n\u2019est pas en voie de ruiner la famille.Mais il est peut-être plus fécond de considérer le fait lui-même, plutôt que les excès trop visibles qu\u2019il entraîne, et de parler par conséquent d'évolution de l\u2019autorité.Ce changement affecte évidemment l\u2019Eglise; affirmation de la collégialité au concile, formation de nouveaux pouvoirs parmi les laïcs et les prêtres, contestations dans la presse.A première vue, on peut penser que l\u2019Eglise se comporte comme toute autre institution, qu\u2019elle est entraînée par le courant de l\u2019histoire actuelle (démocratisation, fragmentation, concession devant la pression des groupes).Mais en est-il bien ainsi ?N\u2019est-elle pas plutôt à continuer son développement homogène, sous la direction de l\u2019Esprit, mais stimulée par l\u2019évolution du monde?Si nous voulons voir plus clair, il nous faut ici retourner à l\u2019Evangile.Car s\u2019il est un point où l\u2019Eglise est à la fois sainte et faite de pécheurs, c\u2019est bien dans l\u2019exercice de l\u2019autorité; si bien que le discernement de l\u2019ivraie et du bon grain serait à peu près impossible si nous n\u2019avions pas cette norme qu\u2019est la pensée de Jésus et de la première génération chrétienne.Rappe-lons-en quelques points plus essentiels: 1° Il n\u2019y a pas de hiérarchie de personnes dans l\u2019Eglise.H n\u2019y a que des hiérarchies de fonctions, que Paul nous a plusieurs fois rappelées.« Tous vous êtes des frères » (Mt 23, 8) est un texte qui n\u2019admet aucune correction.Le Pape actuel nous le rappelle lui-même, dans une importante audience sur la question qui nous intéresse (12 nov.1969, cf Osserv.Rom.13 nov.1969; trad.fr.dans Docum.cath.7 déc.1969, pp.1053-1055).Il n\u2019y a par conséquent de vraie fraternité chrétienne que si toutes les personnes sont infiniment respectées, indépendamment de leur fonction; et si les fonctions sont respectées et protégées pour le service qu\u2019elles rendent.2° L\u2019autorité dans l\u2019Eglise est service et non pas seulement: doit être exercée dans un esprit de service.« Que celui qui gouverne soit comme celui qui sert > (Le 22, 26).Ceci fait mieux comprendre l\u2019originalité de l\u2019au- torité dans l\u2019Eglise et nous indique en même temps ce qui la distingue du pouvoir ordinaire et plus encore de la répression.Il est significatif de remarquer ici que, s\u2019il y a 79 textes du Nouveau-Testament qui parlent de l\u2019autorité dans l\u2019Eglise, il y a également 58 textes qui mettent en garde contre les dangers et les déviations dans la conception et l\u2019exercice de cette autorité.3° « Dans l\u2019exercice de l\u2019autorité, l\u2019Eglise, pour employer un terme courant, est démocratique.Mais elle l\u2019est dans sa fin, dans sa raison d\u2019être, non dans son origine.Son pouvoir ne vient pas de ce qu\u2019on appelle « la base », mais du Christ, de Dieu, et c\u2019est devant lui seul qu\u2019elle est responsable.» (Paul VI, audience du 12 nov.1969.) 4° La correction fraternelle est un mode essentiel de communication, entre les personnes et entre les fonctions, auquel personne ne doit se soustraire (Mt 18, 15-17).Le mode de cette intervention est formulé avec précision: d\u2019abord de personne à personne, ensuite en groupes, enfin publiquement.5° Il y a priorité absolue de la conscience devant toute autorité, qu\u2019elle soit civile ou ecclésiale.« Il faut obéir à Dieu plutôt qu\u2019aux hommes » (Ac 5, 29) est ici le dernier mot.Tout ce qu\u2019on pourrait ajouter, pour court-circuiter la conscience, est aliénation non-chrétienne.L\u2019évolution de l\u2019exercice de l\u2019autorité J\u2019ai fait remarquer en commençant qu\u2019une évolution parallèle se révèle dans l\u2019Eglise et dans les sociétés où elle s\u2019incarne.Et il n\u2019y a rien d\u2019éton-nant à cela; de très bons experts l\u2019ont souvent souligné (par ex.Y.Congar, « L\u2019Ecclésiologie, de la révolution française au concile du Vatican, sous le signe d\u2019une affirmation de l\u2019autorité », dans Rev.des Sc.Relig.34 (1960): 77-114).En cela, beaucoup d\u2019humain se manifeste: luttes de forces entre le centre et les instances locales, reprises sur un autre terrain de ce qui est perdu sur un point donné, ruptures des canaux de communication.Mais, en même temps, c\u2019est dans cette incarnation que se développent les virtualités de l\u2019autorité propre à l\u2019Eglise.En ce qui concerne l\u2019évolution actuelle, je suis particulièrement frappé par un raccourci qu\u2019utilise fréquemment un jésuite philosophe connu et de très longue expérience, le P.André Hayen (L\u2019obéissance dans l\u2019Eglise aujourd\u2019hui, Bruges, 1969).Il propose que, depuis le Concile surtout, nous sommes à passer, et légitimement, d\u2019une conception « pyramidale » à une conception « sphérique » de l\u2019autorité.Dans la perspective pyramidale, qui doit être purifiée et qui se purifie peu à peu dans l\u2019histoire, « la volonté de Dieu nous parvient par une cascade d\u2019intermédiaires et se présente à nous comme une tâche à accomplir » (p.102).Dans la perspective sphérique, l\u2019autorité est catalyseur, « c\u2019est-à-dire qu\u2019elle exerce une médiation, non 104 RELATIONS pas entre Dieu et la communauté (py-ramidalement), mais (sphériquement) à l\u2019intérieur de la communauté, entre les membres dispersés de la communauté, qui se nouera moyennant l\u2019exercice de son ministère > (p.138).Je crois, avec Hayen, que nous trouvons ici à la fois la réaction chrétienne à l\u2019évolution de la société et la possibilité moderne concrète d\u2019exercice des indications évangéliques que nous avons vues plus haut.Le risque est ainsi écarté \u2014 risque déjà noté par saint Thomas (Somme théol.lla llae, 99, 104-105) \u2014 de faire de l\u2019obéissance la première vertu, et éventuellement la seule.L\u2019autorité chrétienne peut plus facilement être service, sans Dans un changement comme celui que nous vivons, un des processus les plus passionnants à observer, mais en même temps les plus difficiles à vivre, est le sauvetage des valeurs, que des hommes retirent de l\u2019ancien édifice en ruines pour les transporter, aussi intactes que possibles, dans l\u2019édifice en construction.Cela ne se fait jamais sans heurts: certains habitent encore l\u2019ancienne pyramide, et font même des efforts considérables pour la rénover, d\u2019autres s\u2019habituent déjà à la sphère, d\u2019autres enfin \u2014 et ils sont peut-être les plus nombreux \u2014 se cherchent un chemin entre les deux.La seule réalité qui les rassemble tous ne peut être qu\u2019un grand amour de Jésus-Christ, «l\u2019obéissance de la foi » par laquelle l\u2019Eglise continue l\u2019obéissance de Jésus au Père, et une grande volonté de service.Saint Thomas, malgré sa préférence habituelle pour la pyramide, reconnaît quelque part que « la multitude peut établir une loi par la coutume » (Somme théol.Ia-IIae, q.97, 3, 3), surtout si l\u2019autorité se tait devant l\u2019innovation.Actuellement, c\u2019est là un phénomène que nous voyons se multiplier dans l\u2019Eglise.Certains le qualifieront de désobéissance anarchique, d\u2019autres le diront fidélité inventive et créatrice.Et c\u2019est devant la multiplication de ces changements que le passage de la pyramide à la sphère se révèle si difficile.Si les canaux de communication manquent, ou sont obstrués par la routine ou même la résistance d\u2019une partie des autorités en place, ou encore ne sont pas utilisés par la base ou par risquer de devenir pouvoir contraignant n\u2019ayant plus qu\u2019une « surface » de service.La correction fraternelle est en outre plus facilement récupérée.Les canaux de communication deviennent dès lors indispensables, dans cette interaction de projets et d\u2019initiatives, d\u2019une part, et d\u2019évaluation par l\u2019autorité, d\u2019autre part (cf.Vatican II, La vie et le ministère des prêtres, n.15, qui s\u2019applique à tous les chrétiens).Surtout, la présence et l\u2019action de l\u2019Esprit dans la base est reconnue, ce qui distingue l\u2019Eglise de toute autre société.\u2014 Par ailleurs, il faut reconnaître qu\u2019un certain type d\u2019efficacité et d\u2019ordre est perdu, mais est-ce vraiment au détriment de l\u2019action évangélique de l\u2019Eglise ?l\u2019autorité, l\u2019innovation se fait de façon plus explosive, avec moins de respect pour les fonctions et pour les personnes, que celles-ci appartiennent à la base ou à l\u2019autorité.Les interventions de correction fraternelle s\u2019exerceront dans la presse ou à la TV, parfois de part et d\u2019autre, sans passer auparavant par la communication directe.D\u2019où l\u2019urgence actuelle d\u2019assurer des communications vraies et rapides.Actuellement, toute bureaucratie agressive ou paresseuse est un poison pour l\u2019Eglise; également nocif est le refus de l\u2019effort de communication, malgré les soupçons et les expériences pénibles qu\u2019on a pu avoir.Une autre difficulté majeure, dans une période comme la nôtre, est la tension entre des solidarités.On ne passe pas d\u2019une structure dans une autre sans que ces nouvelles structures exigent et fondent de nouvelles solidarités, qui ne s\u2019ajustent pas immédiatement et facilement aux anciennes.Ainsi, le renouvellement de la collégialité, à Vatican II, a redonné à l\u2019Eglise nationale une cohésion et une responsabilité plus grandes que dans une Eglise préconciliaire plus centralisée.Il est fatal que, si elle est prise au sérieux, la réalité collégiale entre en tension avec l\u2019autorité pontificale ou avec les commissions qui l\u2019entourent; l\u2019Eghse locale devra prendre des initiatives (conformément au texte déjà cité de P.O.n.15, qui s\u2019applique également ici), elle devra adopter des attitudes pastorales précises pendant l\u2019évolution de la vie des autres Eglises nationales.Ceci vaut, analogiquement, au niveau de la paroisse et de la com- munauté de base.Agir autrement, ce serait démolir la réalité collégiale et renoncer implicitement à une partie des principes évangéliques exposés plus haut.Une lettre du Général des Jésuites Récemment, le R.P.Pierre Arrupe, Général des Jésuites, communiquait à tout l\u2019ordre une lettre sur la fidélité au Saint-Père.La presse y a fait largement écho, risquant parfois de compromettre la crédibilité pastorale des jésuites, comme s\u2019ils devaient s\u2019abstenir de toute intervention pendant l\u2019évolution présente de l\u2019autorité dans l\u2019Eglise.C\u2019est, je crois, dans le contexte évangélique tout entier qu\u2019elle doit être lue.Quand elle insiste sur le respect absolu de la personne du Pape Paul VI, elle rappelle un principe chrétien fondamental, qui vaut de toute personne humaine.Nous nous sommes trop habitués à manquer de respect envers les hommes publics et il est bon que l\u2019Evangile nous le rappelle.La même lettre insiste sur l\u2019usage des canaux de communication autres que les mass media pour l\u2019exercice de la correction fraternelle.Ici encore, il y a un rappel évangélique; il faut toutefois ajouter que nous rencontrons ici un problème plus difficile dans le monde actuel: nous sommes habitués à répondre publiquement à une parole publique.Mais enfin, l\u2019Evangile nous invite à commencer par l\u2019intervention inter-personnelle et l\u2019invention de la TV ne doit pas avoir aboli cette recommandation très humaine.Il faut toutefois ajouter que l\u2019observation vaut dans les deux sens.Enfin, la lettre insiste sur la fidélité à l\u2019autorité pontificale.Dans la sphère comme dans la pyramide, elle demeure un élément important de la vitalité de l\u2019Eglise, elle rappelle le don du salut venu du Père, elle « empêche l\u2019Eglise de digérer le Christ », comme disait un théologien.Cette fidélité doit également demeurer, même si la mise en place de la collégialité, qui est la forme concrète de ce don du Père qu\u2019est l\u2019autorité unifiante dans le monde et l\u2019Eglise, la rend parfois plus complexe.Mais ce ne serait pas servir cette fidélité que de vouloir renverser le courant de l\u2019histoire, et de l\u2019histoire de l\u2019Eglise, en luttant pour une nouvelle centralisation.Penser ainsi serait mal lire, je crois, le souci pastoral du Général des Jésuites, et mal lire aussi la pensée du Pape actuel.20.3.72.L\u2019obéissance en période de crise AVRIL 1972 105 Le contrôle des universités québécoises \u2014 OBJECTIFS, STRATÉGIES, ESCARMOUCHES A l\u2019occasion d\u2019un colloque organisé par l\u2019Association des diplômés de l\u2019Université de Montréal, à la mi-mars, le sous-ministre de l\u2019Education, M.Yves Martin, affirmait la nette intention du ministère d\u2019accentuer son rôle de « contrôle » ou de coordination ded politiques dansj\u2019enseignement universitaire québécois (c/.la Presse, 16 mars 1972, p.B-l).\u2014 De leur côté, les recteurs et principaux des universités québécoises, vers la même date, déclaraient que les universités doivent échapper au contrôle même indirect des organismes professionnels (cf.la Presse, 16 mars 1972, p.F-13).\u2014 Qui assure le contrôle par\tdes universités québécoises ?à quelles fins ?comment ?Michel Pelletier *________________________________________________________ Depuis plusieurs années déjà, la politique du gouvernement québécois en matière d\u2019enseignement supérieur se caractérise par son ambiguïté.Cette ambiguïté se manifesta d\u2019abord en décembre 1968, lorsque l\u2019Etat québécois institua simultanément l\u2019Université du Québec et le Conseil des universités, deux organismes qui étaient appelés à se faire inévitablement concurrence, à plus ou moins longue échéance.Chacun de ces organismes, de par sa nature propre et chacun à sa façon, a pour mission de contribuer à la mise sur pied d\u2019un réseau intégré d\u2019institutions universitaires au Québec.Si cette politique du gouvernement n\u2019est pas mieux définie en mars 1972 qu\u2019en décembre 1968, c\u2019est que derrière les débats autour de la prédominance de telles institutions plutôt que telles autres (Conseil des universités versus Siège Social de l\u2019Université du Québec, ou encore, universités « pri- * Michel Pelletier est professeur agrégé à l\u2019Ecole de service social de l\u2019Université McGill et coordonnateur du Centre de recherche en politique sociale, un organisme de recherche autonome qui vise à rendre accessibles aux syndicats et autres groupes populaires, de même qu\u2019à tous ceux qui subissent les problèmes sociaux ou les politiques qui sont censées les résoudre, les immenses ressources pour la recherche qui se trouvent dans les universités québécoises.Auparavant, Michel Pelletier a travaillé comme secrétaire exécutif de la Commission Hurtubise-Rowat « sur les relations entre les universités et les gouvernements », dont le rapport a été publié en 1970 \\L\u2019université, la société et le gouvernement, Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1970, 270 pp.].Au cours de l\u2019année 1971, Michel Pelletier a présenté à titre personnel un document de près de 30 pages intitulé « Le contrôle des universités québécoises: Objectifs, stratégie, escarmouches » dans le cadre de la consultation du Conseil des Universités sur les grandes orientations d\u2019une politique québécoise de l\u2019enseignement supérieur.Le document a retenu l\u2019attention du Conseil, puisqu\u2019il fut distribué aux participants à un colloque sur « Le réseau ou le système universitaire québécois » organisé par le Conseil l\u2019automne dernier.Nous avons demandé à l\u2019auteur de nous en présenter un condensé.vées » versus constituantes de l\u2019Université du Québec « publiques », etc.) comme instruments de développement d\u2019un système québécois d\u2019enseignement supérieur et de recherche, se déroulent de véritables luttes entre des intérêts économiques et politiques opposés.L\u2019enjeu politique qui se cache derrière les options fondamentales auxquelles Dans les questions qui nous occupent, à savoir le contrôle des universités sur la scène québécoise, nous pourrions admettre schématiquement que les forces sociales qui s\u2019affrontent présentement ne sont pas deux classes sociales distinctes, mais plutôt deux catégories d\u2019intérêts appartenant à une même classe: la classe capitaliste.D\u2019un côté, on trouve le grand capital, dont les assises principales se situent aux Etats-Unis, et qui fait sentir son poids au Québec surtout par l\u2019intermédiaire de l\u2019axe Toronto-Ottawa; en face, une section de la petite bourgeoisie capitaliste ou libérale du Québec, à savoir les petits entrepreneurs et commerçants québécois, les médecins, avocats, notaires etc., ceux-là même qui tout récemment encore occupaient une position dominante et incontestée dans la société québécoise, en étroite association avec le clergé.La paysannerie québécoise n\u2019est pas totalement absente de la scène, mais on peut se demander si la dernière défaite de l\u2019Union nationale et la montée concurrente du Parti québécois, nouveau parti de la bourgeoisie nationale québécoise dont l\u2019implantation dans les milieux ruraux est bien faible, ne signifie pas sa mise à l\u2019écart définitive, conformément à son importance socioéconomique de plus en plus marginale.On notera par contre une absence de taille: celle de la classe ouvrière.le Québec procédera de gré ou de force en matière d\u2019enseignement supérieur est le suivant: quels intérêts, et à l\u2019aide de quels instruments institutionnels, s\u2019assureront finalement le contrôle des universités québécoises.Le gouvernement fédéral, entre autres, est particulièrement présent à cet affrontement politique majeur1.L\u2019Université est une institution sociale à ce point importante que, de tout temps et dans toutes les sociétés, chaque fois qu\u2019une nouvelle classe sociale dominante a surgi, l\u2019Université fut entièrement remodelée à l\u2019image de cette classe ou de ses institutions spécifiques, de façon à satisfaire aux besoins nouveaux de cette nouvelle classe dominante.Cela s\u2019est produit au Moyen Age, alors que les rois qui cherchaient à asseoir leur pouvoir sur les seigneurs féodaux, instituèrent les universités selon le modèle des corporations municipales ou de métiers, les structures d\u2019émancipation de l\u2019époque.Cela s\u2019est reproduit à la suite de la révolution industrielle, lorsque les capitalistes créèrent leurs universités selon le modèle de leurs entreprises, avec un président, un conseil d\u2019administration composé de chefs d\u2019entreprises et de notables; en Angleterre, les « red brick universities » allaient jusqu\u2019à reproduire l\u2019architecture des manufactures.De nos jours, les universités sont en voie de se modeler sur la nouvelle structure prédominante des sociétés capitalistes avancées, les conglomérats d\u2019entreprises, qui supplantent progressivement les entreprises capitalistes traditionnelles.Parallèlement, on commence désormais à parler de « multi-versités\u201d 2.Les intérêts en présence \u2014 Importance stratégique de l\u2019Université 106 RELATIONS Le Conseil des universités: une mesure de diversion Au Québec, en 1968, lorsque fut créée l\u2019Université du Québec, la situation était à peu près la suivante: l\u2019Etat québécois était dirigé par un gouvernement d\u2019Union nationale, dont la base politique résultait d\u2019une alliance plus ou moins explicite de la petite bourgeoisie, nationaliste et conservatrice puisqu\u2019elle occupait encore une position dominante, avec une partie importante de la paysannerie québécoise.Sur le plan de l\u2019enseignement supérieur, la conjoncture exigeait par ailleurs et de toute urgence, la création de nouvelles institutions universitaires au Québec, en prévision de la vague exceptionnellement grande de jeunes qui devaient accéder au niveau universitaire en 1969.C\u2019était l\u2019année où la dernière génération des bacheliers arrivait au niveau universitaire en même temps que la première promotion de cégépiens.Parallèlement, on sentait depuis quelques temps déjà, au moins confusément, que les principales universités québécoises \u2014 des universités « privées » \u2014 échappaient de plus en plus à un contrôle « québécois », même si elles étaient majoritairement financées à même des fonds publics « québécois »; ces universités « privées » se permettaient même à l\u2019occasion d\u2019être arrogantes à l\u2019égard du gouvernement québécois.Dans ces circonstances, quoi de plus naturel pour ce gouvernement d\u2019Union nationale, représentant de la petite bourgeoisie nationaliste du Québec, d\u2019aspirer à réussir d\u2019une pierre deux coups: créer les nouvelles institutions universitaires dont on avait matériellement besoin, mais en même temps, jeter les fondements d\u2019un réseau public d\u2019institutions universitaires, qu\u2019on pourrait ultérieurement utiliser pour reprendre peu à peu le contrôle des universités « privées ».Ce double objectif se traduisit concrètement par la création de l\u2019Université du Québec.C\u2019est au siège social de l\u2019Université du Québec qu\u2019il appartiendrait de développer le réseau, en fonction des besoins de l\u2019ensemble de la société québécoise.Les premières constituantes de l\u2019Université du Québec formaient l\u2019embryon du réseau, tout en fournissant le nombre de places additionnelles rendues nécessaires par l\u2019accroissement de la population étudiante.Et même si on n\u2019insista pas outre mesure sur ce détail, l\u2019intégration future des universités « privées » au réseau de l\u2019Université du Québec était déjà explicitement prévue dans la Loi de l\u2019Université du Québec.Dans le cadre de cette stratégie globale, la création simultanée du Conseil des universités ne pouvait être qu\u2019une mesure de diversion.Pendant que les universités « privées » se tirailleraient autour du Conseil des universités, l\u2019Université du Québec aurait tout le loisir de se consolider, de façon à mieux absorber ultérieurement ces institutions « privées » .Et c\u2019est bien ce que révèle un examen attentif du statut et des pouvoirs du Conseil des universités.Si on se reporte à l\u2019organigramme reproduit ci-contre, on constate que le Conseil se situe en marge des rapports formels qui doivent exister entre les divers paliers de prise de décision et les institutions en présence.En fait, le Conseil est presque exclusivement dépendant du bon vouloir du Ministre de l\u2019Education; par opposition, le Siège Social de l\u2019Université du Québec constitue une entité véritablement autonome, qui s\u2019interpose entre chacune des constituantes de son réseau et le ministère de l\u2019Education.Les universités « privées » ne furent pas entièrement dupes de cette stratégie du gouvernement.Elles tentèrent néanmoins d\u2019utiliser au mieux le Conseil des universités, aussi faible et dépendant fût-il.Cette contre-stratégie des universités \u201cprivées\u201d se manifesta à l\u2019occasion de quelques « escarmou- ches »; lors de la création de l\u2019Institut national de la recherche scientifique (I.N.R.S.) par exemple, en incitant le Conseil des universités à formuler un blâme formel à l\u2019endroit de M.Jean-Guy Cardinal, le ministre de l\u2019éducation de l\u2019époque 3; ou encore, à l\u2019occasion d\u2019une campagne de presse monstre menée tambour battant par l\u2019Université McGill, à propos d\u2019une formule de répartition des subventions gouvernementales qui était à l\u2019étude au Conseil des universités et qui était censée mettre en péril l\u2019existence même de l\u2019Université McGill.On connaît bien maintenant les liens étroits de l\u2019Université McGill avec la haute finance anglo-canadienne.On n\u2019a qu\u2019à se rappeler à cet égard l\u2019intervention directe en faveur de McGill du syndicat financier auquel le gouvernement québécois est forcé de recourir pour effectuer ses emprunts publics: ce syndicat obligea, en 1966, le gouvernement québécois à augmenter ses subventions à l\u2019Université McGill, s\u2019il voulait avoir accès au marché nord-américain des capitaux 4.On sait aussi que les institutions universitaires anglophones du Québec sont sur-développées par rapport au bassin de population qu\u2019elles sont censées desservir.D\u2019après des statistiques fournies par l\u2019Association des universités et collèges du Canada (Annuaire 1971), les institutions universitaires Gouvernement du Québec Ministre de l\u2019Éducation Direction générale de l'enseignement supérieur Université du Québec Constituantes de lUniversité\tUniversités québécoise» du Québec\t« privées « Le Ministre est tenu de transmettre au Conseil des universités les budgets des institutions universitaires, que celles-ci doivent lui soumettre annuellement.Il est également tenu de consulter le Conseil sur un certain nombre de questions importantes, notamment la répartition des fonds publics entre les différentes institutions.La communication directe entre le Conseil des universités et les institutions universitaires n\u2019est pas prévue explicitement dans la Loi du Conseil des universités (Bill 57, chap.64, 1968), mais il a le droit de consulter qui il veut, donc les universités, et inversement quiconque peut à loisir s\u2019adresser au Conseil directement, sans passer par le ministère, y compris les universités.Dans les faits, il y a donc de nombreuses communications directes entre le Conseil et les universités québécoises.AVRIL 1972\t107 Une contre-attaque imprévue anglophones accueillaient 36% de tous les étudiants du Québec, en 1969-70.Si on inclut parmi ces institutions anglophones le Collège Loyola, c\u2019est 41% des places disponibles au niveau universitaire qui sont destinées à des étudiants anglophones.Or, selon le recensement de 1961, seulement 10.7% des citoyens québécois étaient d\u2019origine anglaise.On comprend dans ces conditions que les institutions anglophones du Québec doivent importer de l\u2019extérieur du Québec et même du Canada, une proportion importante de leurs étudiants et de leurs professeurs 5 pour demeurer anglophones.A titre d\u2019indice seulement de ce sur-développement, rappelons par exemple qu\u2019en 1969-70, les deux tiers (65.7%) des étudiants étrangers au Québec (il s\u2019agit bien d\u2019étudiants étrangers, et non pas d\u2019étudiants qui viendraient d\u2019une autre province que le Québec) étaient inscrits dans l\u2019une ou l\u2019autre des institutions universitaires anglophones du Québec.Le quart (24.4%) de ces étudiants étrangers étaient des Américains, de sorte qu\u2019une bonne partie de nos subventions à l\u2019étranger, en matière universitaire, allaient aux ressortissants de nos riches voisins, tandis que l\u2019accès de Québécois francophones à ces mêmes institutions était contingenté (pour maintenir leur caractère anglophone unilingue) et qu\u2019ils devaient se trouver de peine et de misère une place dans les universités francophones du Québec, moins riches en moyenne6.Si on ajoute à ceci que les universités anglophones du Québec sont traditionnellement favorisées par les subventions à la recherche du gouvernement du Canada 7 et que McGill à elle seule se ménage toujours la part du lion, on comprend que McGill se sente particulièrement visée chaque fois qu\u2019elle peut simplement soupçonner une velléité du gouvernement québécois de porter atteinte à ces privilèges exorbitants.On comprend aussi que de toutes les universités québécoises, McGill soit celle dont les yeux et les liens sont le plus systématiquement tournés vers l\u2019extérieur du Québec, vers le reste du Canada et vers les Etats-Unis.Or, au moment de cette « nouvelle affaire des subventions », cette même université McGill, si proche de la haute-finance et réciproquement si précieuse aux yeux de celle-ci, se trouvait en présence du gouvernement Bertrand, un gouvernement de la petite bourgeoisie nationaliste du Québec avec lequel ses communications étaient pratiquement nulles.Ces « escarmouches » autour du Conseil des Universités avaient sans doute été prévues dans la stratégie du gouvernement québécois, en 1968.Malheureusement, cette stratégie savamment élaborée de la petite bourgeoisie québécoise en vue de reprendre le contrôle de « ses » universités avait une faille majeure, fondamentale.On avait négligé le fait qu\u2019au besoin, le grand capital pouvait déloger la petite bourgeoisie du gouvernement québécois lui-même.C\u2019est ce qui se produisit au Québec le 29 avril 1970, lorsque M.Robert Bourassa, ce \u201cyoung executive\u201d construit de toutes pièces à l\u2019image de son homologue Elliot-Trudeau, prit le contrôle du gouvernement québécois.Au préalable, Bourassa, qui proclamait pouvoir traiter directement avec la haute finance des Rockefeller et consorts, avait dû vaincre dans la course au leadership du Parti libéral son collègue Pierre Laporte, qui se présentait comme le candidat des petits entrepreneurs québécois.Le grand capital avait trouvé en Bourassa et ses associés les alliés de l\u2019intérieur qui ne répugneraient pas, après avoir supplanté les représentants de la petite bourgeoisie québécoise au sein du Parti libéral québécois, à devenir les « rois nègres » de ce peuple que Pierre Vallières a rangé parmi les « nègres blancs d\u2019Amérique ».Il n\u2019est pas facile de formuler des conclusions et recommandations au terme de cette analyse.C\u2019est à titre indicatif qu\u2019elles sont proposées.Il ne fait pas de doute que c\u2019est l\u2019Université du Québec qui doive servir de cadre d\u2019intégration aux institutions universitaires québécoises; le Conseil des Universités pourra être maintenu, comme organisme consultatif auprès du ministre, mais son importance devrait diminuer progressivement, à mesure que l\u2019importance relative des universités privées diminuera par rapport au réseau des constituantes publiques.Progressivement, les fonds publics consacrés à l\u2019enseignement supérieur et à la recherche devront être canalisés de plus en plus dans le réseau public.Aux yeux de l\u2019Etat, les institu- Dans ce contexte, on comprend mieux la présence active du gouvernement du Canada dans cet affrontement politique majeur qui se déroule présentement au Québec.De même que les entreprises géantes du XXe siècle ont besoin d\u2019institutions universitaires à leur mesure, les « multiversités », de même n\u2019hésitent-elles pas à susciter l\u2019apparition de structures politiques correspondantes.A l\u2019ère des grandes entreprises multinationales, correspond l\u2019ère des grandes entités supra-nationales: Communauté Economique européenne, Association européenne de libre échange .et Etat fédéral canadien.Si, au niveau d\u2019un Etat local, le Québec par exemple, un gouvernement s\u2019avère trop casse-pied, ces intérêts interviendront de concert pour mettre en place leurs serviteurs dévoués.D\u2019où l\u2019alliance dont nous avons été témoins au début de 1970 entre le gouvernement fédéral libéral, la haute-finance et leurs représentants attitrés au Québec, la minorité anglophone qui a voté à 94% pour le parti de M.Bourassa.Depuis avril 1970, les positions des forces en présence ont donc été profondément modifiées 8.En ce qui concerne la politique québécoise, on a pu noter un changement d\u2019attitude de la part du gouvernement à l\u2019égard du Conseil des universités et de l\u2019Université du Québec.Mais les jeux ne sont pas encore faits.Ou ils ne sont pas encore complètement joués .tions privées qui subsisteront éventuellement ne pourront avoir qu\u2019une valeur complémentaire ou résiduaire; par exemple, dans les cas où le réseau public ne pourra satisfaire certains besoins qu\u2019une institution privée est déjà en mesure de remplir, il serait acceptable que l\u2019Etat québécois reconnaisse cette institution privée, pour cette fin spécifique, comme étant d\u2019intérêt public.Par conséquent, les universités privées québécoises doivent se poser dès maintenant la question de leur intégration à plus ou moins long terme au réseau de l\u2019Université du Québec.Si elles ne le font pas, leur réveil à la réalité québécoise risque d\u2019être bien brutal et coûteux dans quelques années.Par ailleurs, toute université québécoise privée qui en ferait la demande, Conclusions : pour une politique québécoise de l\u2019enseignement supérieur 108 RELATIONS ne devra pas être automatiquement intégrée au réseau public.Ce réseau doit être adapté aux besoins de la population québécoise.Or, à l\u2019heure actuelle, les 10% de citoyens d\u2019origine britannique du Québec bénéficient de près de 40% des équipements universitaires existants.Toutes ne pourront donc être intégrées au réseau public, à moins de se transformer en institutions francophones, de façon à modeler l\u2019utilisation des ressources disponibles sur les besoins réels de la société québécoise.Selon le même souci d\u2019égalité sociale, entre temps, l\u2019Etat québécois doit cesser de financer les institutions privées anglophones en fonction de leur population étudiante actuelle.Comme nous l\u2019avons vu, elles sont surdéveloppées par rapport au bassin de population qu\u2019elles sont censées desservir, de sorte qu\u2019elles sont forcées d\u2019importer des professeurs et étudiants étrangers pour maintenir un taux d\u2019utilisation acceptable de leurs équipements; au même moment, les besoins de citoyens québécois en matière d\u2019enseignement supérieur ne sont même pas satisfaits.Par conséquent, la répartition des fonds publics, et des équipements, consacrés à l\u2019enseignement supérieur devrait se faire en fonction de la population globale, (10% d\u2019origine anglaise et 80% d\u2019origine française) de la société québécoise.Bien entendu, la diminution des subventions gouvernementales à ces institutions privées sur-développées, si jamais elles refusaient de se reconvertir, devra être progressive; l\u2019Etat québécois doit tout de même leur faire clairement connaître son attitude à cet égard, de façon à ce que ces institutions privées ajustent leurs plans et programmes de développement en conséquence.Ce sont là quelques-unes des conclusions qu\u2019on peut extraire de l\u2019étude de la situation en matière d\u2019enseignement supérieur au Québec.Chacun pourrait y ajouter les siennes propres.On constate toutefois que le moment est de plus en plus crucial en ce qui concerne les universités, comme il le fut à d\u2019autres niveaux au moment où la Commission Parent siégea.Tous les citoyens québécois doivent être vigi- lants, s\u2019ils ne veulent pas perdre le contrôle de leurs universités.Mais bien sûr, ils ne peuvent espérer y réussir s\u2019ils ne contrôlent même pas leur Etat, l\u2019Etat québécois.On voit comment, à travers les universités, c\u2019est tout l\u2019avenir de la société québécoise qui est posé.2U.72.\tmÊÊÊÊÊ^m 1.\tPour s\u2019en convaincre, on n\u2019a qu\u2019à se rappeler les nombreux rapports de « comités » ou de « commissions » qui ont vu le jour sur la scène fédérale ces dernières années: le Rapport Macdonald [Conseil des Sciences du Canada: Le gouvernement fédéral et l\u2019aide à la recherche dans les universités canadiennes, Etude spéciale No 7.\u2014 Ottawa, 1969], le cinquième rapport du Conseil des Sciences qui en est issu [Conseil des Sciences du Canada: Le soutien de la recherche universitaire par le gouvernement fédéral, Rapport No 5.\u2014 Ottawa, 1969], les délibérations du Comité spécial de la politique scientifique du Sénat du Canada, mieux connu sous le nom de Comité Lamontagne [Imprimeur de la Reine], le rapport qui en résulte [Information Canada: Une politique scientifique canadienne, Rapport du Comité sénatorial de la politique scientifique.\u2014 Ottawa, 1971].Comme on peut s\u2019y attendre, la nécessité pour le fédéral de jouer un rôle plus actif dans ce domaine constitue un élément-clé de tous ces documents.Le rôle réservé aux Etats provinciaux paraît bien congru, si seulement on tient compte de leur existence.Le rapport Hurtu-bise-Rowat, qui préconise le transfert aux provinces de toutes les ressources financières nécessaires au plein exercice de leur juridiction exclusive, constitue la seule voix discordante dans ce concert unanime.On en a bien peu parlé, espérant peut-être qu\u2019il tombât rapidement dans l\u2019oubli.2.\tL\u2019expression est de Clark Kerr, qui fut président de Berkeley, un excellent exemple de ce nouveau type d\u2019université [The Uses of the University, New York, Harper and Row, 1966.Et Métamorphose de l\u2019Université, Paris, 1967].Le conglomérat repose avant tout sur un pouvoir financier qui regroupe sous son autorité des entreprises œuvrant dans les domaines les plus variés; chacune conserve une bonne part d\u2019autonomie, et les entreprises d\u2019un même conglomérat peuvent à l\u2019occasion se concurrencer les unes les autres.Dans les multiversités, certaines facultés atteignent à elles seules les dimensions et l\u2019importance d\u2019une université traditionnelle, et aspirent souvent à jouir de la même indépendance: « L\u2019université actuelle n\u2019est pas un organisme intégré.C\u2019est une organisation pluraliste constituée de nombreux éléments, chacun d\u2019eux étant capable de grandeur et de précision dans son objectif, d\u2019unité d\u2019esprit et d\u2019intention, chacun d\u2019eux possédant l\u2019énergie et les fonds nécessaires pour accomplir sa tâche spécifique.» (C.Kerr, dans son Introduction au livre d\u2019Abraham Flexner: Universities : American, English, German, New York, 1968, p.XIV-XV.) 3.\tContrairement aux stipulations de la loi instituant le Conseil des Universités, le Ministre avait omis de consulter le Conseil à propos de la création projetée de l\u2019I.N.R.S.Mais créer un institut national au sein de l\u2019Université du Québec, c\u2019était conférer à celle-ci un statut privilégié par rapport aux universités « privées ».La Conférence des recteurs des universités du Québec réagit avec une promptitude exceptionnelle, pressant le Conseil des universités de réagir à son tour.C\u2019était là la moindre des choses, car comment le Conseil aurait-il pu prétendre constituer un interlocuteur valable pour les universités, si le Ministre avait pu impunément l\u2019ignorer à son gré.L\u2019erreur du Ministre avait été à ce point grossière qu\u2019il dut faire amende honorable.Ce fut là une première escarmouche, par personne interposée, où les universités « privées » marquèrent un point; elles ne réussirent pas pour autant à empêcher que l\u2019I.N.R.S.ne demeure, malgré qu\u2019il eût été institué illégalement par le gouvernement de M.J.-J.Bertrand.4.\tD\u2019après Jacques Parizeau: « Les dessous de l\u2019histoire (1963-1970): De certaines manœuvres d\u2019un syndicat financier en vue de conserver son empire au Québec », dans le Devoir, 2.II.70.5.\tSelon des statistiques fournies par la Conférence des recteurs des universités du Québec en 1970, seulement 50.8% (29.8% du Québec) des professeurs des universités anglophones du Québec avaient obtenu leur 1er diplôme au Québec, contre 72.7% pour les universités francophones.En utilisant le lieu d\u2019obtention du premier diplôme comme un indice de la citoyenneté, on prend conscience de l\u2019importance des professeurs étrangers dans les universités québécoises anglophones.Peut-on s\u2019étonner dans ces conditions que les étudiants qui en sortent aient une si piètre connaissance du Québec ?6.\tSelon les statistiques fournies par l\u2019A.U.C.C., McGill a une proportion de 17.3% d\u2019étudiants étrangers.Les seules universités au Canada à avoir une proportion aussi importante d\u2019étudiants étrangers étaient toutes, en 1969-70, des universités du second ordre ou encore marginales: McMaster (18.5%), Notre-Dame of Nelson C.B.(18.9%), Saint-Paul d\u2019Ottawa (32.4%) et Lakehead (34.6%).Des universités canadiennes comparables à la réputation internationale dont McGill se réclame, ou encore des universités dont la situation particulière favoriserait la venue d\u2019étudiants étrangers, ont toutes beaucoup moins d\u2019étrangers: Dalhousie, N.E.(6.3%), Université d\u2019Ottawa (14.3%), Queen\u2019s (7.3%), Université de Toronto (10%), Université de Colombie Britannique (6%), Université du Manitoba (10.1%).7.\tSelon un tableau intitulé « Répartition régionale de soutien fédéral de la recherche universitaire, 1967-68 » publié dans le Rapport No 5 du Conseil des Sciences du Canada, les institutions québécoises anglophones ont reçu plus ($9,582,000.) que les institutions francophones ($9,280,000.).Une fois de plus il n\u2019est pas inutile de comparer ces données à la proportion de citoyens québécois d\u2019origine anglaise, soit 10.7% contre 80.6% d\u2019origine française.8.\tMcGill, en particulier, a désormais un porte-parole attitré au sein du cabinet lui-même, en la personne du ministre Tetley, et peut par conséquent passer outre au Conseil des Universités, le cas échéant.AVRIL 1972 109 Phénomène à observer Le deuxième temps du RAPPORT DUMONT par \u2014 Jacques Chênevert- Bien que la presse écrite y fasse peu écho, l\u2019étude du Rapport Dumont se poursuit intensément, à travers tout le Québec catholique.Le secrétariat de la Commission, au dire d\u2019un de ses membres, est débordé de demandes, émanées de groupes multiples qui réclament la présence d\u2019un commissaire ou d\u2019un autre homme-ressource, ainsi que des informations sur les instruments de travail disponibles.Le phénomène est réconfortant.Pendant un certain temps, après la parution du Rapport, on pouvait craindre que celui-ci ne soit vite tombé dans l\u2019oubli, qu\u2019il n\u2019ait rencontré beaucoup d\u2019indifférence ou, encore, qu\u2019il n\u2019en ait rebuté un trop grand nombre par la difficulté que présente la lecture de ses premières sections.On pouvait craindre également l\u2019effet négatif de certaines critiques publiques, formulées très tôt contre le Rapport: plusieurs se seraient autorisés hâtivement de ces critiques pour l\u2019écarter en bloc d\u2019un revers de la main et pour se dispenser, cette fois encore, d\u2019un effort d\u2019analyse personnelle.Ailleurs, où circulait l\u2019étrange rumeur que le Rapport Dumont jetait tout par terre dans l\u2019église du Québec, on aurait longtemps hésité, paraît-il, à ouvrir ce livre explosif ! Les catholiques québécois ont investi beaucoup, pendant trois ans, dans les travaux de la Commission Dumont.Il eût été démoralisant pour eux de constater, au moment de l\u2019allumage, que la fusée longuement montée restait collée au sol, que rien n\u2019émergeait de cet imposant nuage de fumée et de feu.Maintenant que le phénomène est positivement amorcé, il serait important que quelqu\u2019un s\u2019occupe de l\u2019observer, de l\u2019analyser, de l\u2019évaluer, voire de le stimuler.Qu\u2019arrive-t-il maintenant du Rapport Dumont-en-cours-de-pénétration, en-cours-de-communica-tion ?Par exemple un relevé socio-religieux des groupes qui étudient le Rapport serait à faire: qui sont-ils, quel est le point d\u2019insertion ecclésiale et sociale de chacun de ces groupes, quel est son degré d\u2019impact et de leadership, quel éventail présente l\u2019ensemble de ces groupes (v.g.des secteurs importants du peuple chrétien demeurent-ils intouchés) ?Il serait important, en outre, de chercher à mesurer la qualité des études que l\u2019on en fait, l\u2019orientation et la profondeur des suites que ces études engendrent.Sinon, aucune prospective ne sera possible, aucun correctif ne pourra être apporté à temps aux lacunes éventuelles du processus en cours.On laissera s\u2019exténuer le feed-back et, le cas échéant, on se ressaisira trop tard.Il reviendrait normalement à ceux qui ont pris l\u2019initiative et la responsabilité de commander l\u2019enquête de la Commission Dumont et son Rapport, c\u2019est-à-dire aux évêques, de s\u2019assurer que soit faite cette observation du phénomène qu\u2019ils ont déclenché, de l\u2019expérience vivante qu\u2019ils ont voulu faire naître dans l\u2019église du Québec, en rendant ce rapport public dès son achèvement.Dans une expérience, il y a des réactions, des tests qu\u2019il faut savoir provoquer.Animation, réconciliation et renouveau A mon avis, l\u2019ouvrage mérite qu\u2019on lui porte autant d\u2019attention, mais bien cette attention directe au Rapport Dumont lui-même, que cette autre attention réflexive au Rapport-en-voie-de-réception dont je viens de parler.En effet, sans lui conférer pour autant la perfection et l\u2019autorité d\u2019un évangile, le Rapport Dumont me semble constituer un instrument d\u2019animation unique.Combien d\u2019église nationales ne souhaiteraient-elles pas pouvoir se donner un tel instrument ?L\u2019église du Québec, elle, possède présentement cet instrument d\u2019animation: cela marque pour elle un moment important de son destin.La présence du Rapport Dumont signifie que l\u2019église du Québec, dans son ensemble et simultanément, peut faire les mêmes prises de conscience sur les causes et les éléments de la crise qui la secoue, qu\u2019elle peut retrouver en commun, dans le réexamen conjoint de son héritage, les traits authentiques d\u2019une identité collective, qu\u2019elle peut réviser son équipement pastoral, ses structures et leur coordination selon des normes homogènes, qu\u2019elle peut s\u2019orienter de concert, à travers la diversité des situations locales, vers la réalisation d\u2019un projet dont toutes les communautés chrétiennes se sentent solidaires.Il y a là une possibilité exceptionnelle de consolidation ecclésiale.Dans l\u2019inventaire des opinions qu\u2019il a recueillies et dans le diagnostic qu\u2019il porte sur la situation de l\u2019église québécoise, le Rapport Dumont constate à quel point les chrétiens d\u2019ici sont divisés et intolérants les uns envers les autres, combien peu existent les conditions d\u2019un vrai dialogue.Tant d\u2019opposition annule bien des efforts et paralyse bien des énergies.A cet égard, l\u2019étude du Rapport par l\u2019ensemble de l\u2019église du Québec peut préparer à ce dialogue qui n\u2019a pas encore eu lieu; elle peut en amener un plus grand nombre à comprendre le changement socio-culturel qui s\u2019est produit chez nous, à comprendre du même coup et à accepter plus sereinement les effets inévitables de ce changement dans l\u2019église.De ce fait, cette étude collective peut étendre l\u2019accord des esprits sur les orientations nouvelles qu\u2019exigent, de la part de l\u2019église, les conditions dans lesquelles la foi doit se vivre et la mission évangélique s\u2019exercer aujourd\u2019hui.Le Rapport Dumont peut donc remplir une fonction bénéfique de réconciliation entre chrétiens de diverses tendances et de divers âges.Grâce à cette animation et à cette part de réconciliation qu\u2019il me semble capable de réaliser dans notre église, le Rapport Dumont devrait donc de- 110 RELATIONS venir un instrument capital d\u2019invention pastorale, de créativité apostolique, de renouveau chrétien en profondeur.Car le Rapport Dumont force à prendre conscience des exigences radicales de la foi chrétienne, par la confrontation qu\u2019il nous impose d\u2019instituer entre l\u2019évangile du Christ et la situa- Depuis la fin de février, de nouveaux instruments de travail sont à notre disposition pour étudier le Rapport Dumont.Il s\u2019agit d\u2019abord du Rapport-synthèse (118 pp.) et de documents-annexes intitulés: Histoire de l\u2019Eglise catholique au Québec (87 pp.), Histoire de l\u2019Action catholique au Canada français (316 pp.) et Recherches sur les attitudes et les modes d\u2019appartenance (134 pp.).Le Rapport-synthèse résume très clairement le Rapport paru en décembre.Il peut guider dans la lecture des parties les plus difficiles du Rapnort, il peut également servir, au terme d\u2019une étude complète de ce dernier, à tirer rapidement ses lignes de force.Il constitue, en particulier, un excellent instrument de travail pour programmer l\u2019étude du Rapport par un groupe.Le Rapport-synthèse ne devrait cependant pas écarter du grand Rapport, mais y conduire.Sinon, on ne retiendra des analyses les plus riches et des orientations les plus ouvertes de ce dernier que des vues schématiques, sèches et durcies.U Histoire de l\u2019Eglise est passionnante à lire.Elle ne manque pas, toutefois, de laisser une certaine tristesse, à la vue du rétrécissement progressif de l\u2019univers dans lequel on y montre que l\u2019église s\u2019est enfermée peu à peu, jusqu\u2019aux années \u201960.Ce livre est un complément essentiel à la deuxième partie du Rapport Dumont.U Histoire de l\u2019Action catholique fait connaître l\u2019arrière-plan des événements qui ont conduit à la création de la Commission Dumont elle-même.L\u2019ouvrage se limite à la JOC, à la JEC et à la LOC-MTC.Cette rétrospective constitue un instrument indispensable à qui veut réfléchir sur ces mouvements, sur leur influence dans notre milieu, sur leur ré-orientation future.La lecture de cette histoire nous fait en outre assister à la naissance des prises de conscience majeures qui se sont faites chez les laïcs de chez nous, tion de sous-développement socio-politique dans laquelle se trouve réduite la majorité de nos frères, dans le monde contemporain.Il nous somme de déclarer nos propres connivences avec les systèmes d\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, à l\u2019œuvre non seulement dans les pays lointains, mais aussi dans cette terre de chez nous sur laquelle nous marchons.notamment au sein de la JEC, prises de conscience qui anticipaient sur la situation de crise que nous connaissons aujourd\u2019hui.Il y a là des éléments prophétiques des plus intéressants.Les Recherches groupent deux études.La première présente les conclusions d\u2019interviews menées auprès d\u2019individus et de petits groupes, dans le but de dégager le type d\u2019expérience religieuse que les chrétiens d\u2019ici ont pu faire, l\u2019itinéraire spirituel qu\u2019ils ont parcouru, la place que la relig'on occupe dans leur vie.La seconde étude est issue des recherches conduites auprès des membres de certains mouvements chrétiens, afin d\u2019analyser comment ces structures de regroupement ont contribué à leur expérience de l\u2019appartenance à l\u2019église et de la participation à sa vie.Là encore, une foule de données sont fournies, qui permettent d\u2019étayer et de compléter nos propres intuitions, mais aussi de connaître les bases sur lesquelles reposent bien des pages du Rapport Dumont.L\u2019ensemble de ces nouveaux documents devrait être utilisé abondamment et sérieusement par ceux qui ont la responsabilité de diriger le travail des groupes qui se constituent, un peu partout, pour étudier le Rapport Dumont et pour le mettre en opération.Les annexes nous donnent une faible idée de l\u2019immense dossier sur l\u2019église du Québec, accumulé dans les archives de la Commission Dumont.Il y a là une masse de richesses documentaires de première main, qui ne devrait pas demeurer ignorée.Il faudrait songer à la rendre utilisable par les chercheurs, et il faudrait que les chercheurs eux-mêmes songent à l\u2019utiliser .16.3.72.Commission d\u2019étude sur les laïcs et l\u2019Eglise (Rapport, Annexe II): Histoire de l\u2019Action catholique au Canada français, par Gabriel Clément.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1972, 334 pp.Cette histoire de l\u2019Action catholique au Canada français est singulièrement éclairante pour nous faire comprendre, d\u2019une part, les termes de la crise de 1966 et, d\u2019autre part, les orientations actuelles du Rapport Dumont.L\u2019A., dans son introduction, indique les limites de son étude (il n\u2019est question que la J.O.C., de la L.O.C.et de la J.E.C.) et en motive la raison (manque de temps).Il déclare que ces mouvements forment le cœur de l\u2019Action catholique et suffisent, par conséquent, pour l\u2019analyse de la nature et de l\u2019évolution de l\u2019A.C.Il reste que nous aurions aimé voir dans le paysage la JRC, la JIC, et aussi l\u2019action catholique générale (Chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui et Femmes chrétiennes) qui apporte un élément nouveau et contesté dans la problématique de l\u2019Action catholique.Ce qui frappe dans cette histoire, c\u2019est que, après un départ en feu d\u2019artifice, très vite les difficultés et les divergences de vue ont été sensibles.L\u2019A.C.apportait ceci de neuf qu\u2019elle confiait aux laïcs la conduite de leurs mouvements, mais elle laissait dans l\u2019ambiguïté la coordination des couples hié-rarchie-laïcat et sacerdoce-laïcat.A plusieurs reprises, des tensions apparurent à cause de ce manque d\u2019intégration.La perte de vitesse s\u2019éclaire aussi, en ce qui concerne la J.O.C., par le dur coup que la guerre de 1939 a porté à son recrutement et dont elle a toujours eu peine à se relever.Quant à la J.E.C., son influence trop directive des débuts lui a suscité le dur problème de se faire accepter par les étudiants.Une autre cause de tensions fut la présence de deux courants, l\u2019un, spiritualiste, l\u2019autre, temporel ou politique.La J.E.C., en particulier, a subi de dures crises à ce sujet, par exemple en 1954.Distorsion qui eut aussi ses répercussions dans l\u2019accent mis sur le programme religieux et le programme social.On peut diviser en deux grandes étapes l\u2019histoire de l\u2019A.C.: une première, qui va de 1935 à 1950 et qui est la mise en place des mouvements, l\u2019instauration de la méthode d\u2019enquête et l\u2019organisation de services qui ont joué un rôle bienfaisant dans l\u2019Eglise canadienne; une deuxième, qui couvre la période 1950-1966, où les tensions se font nettement sentir et provoquent une distanciation progressive du laïcat vis-à-vis de la hiérarchie et une orientation vers des tâches plus politiques.Il ne faudrait pas croire, en présence de ces conflits et difficultés, que l\u2019A.C.n\u2019a rien apporté à l\u2019Eglise du Québec.Elle a certainement amené les chrétiens à prendre une conscience plus aiguë de la situation et de l\u2019évoluton en cours de la société et de la place que l\u2019Eglise y occupe.L\u2019A.a su exposer avec objectivité une histoire ambiguë et complexe.Il nous aide à mieux comprendre dans quel sens l\u2019A.C.peut retrouver une nouvelle vitalité.Dans cette perspective, son étude constitue un excellent préambule au Rapport Dumont.Jean-Paul Labelle.Nouveaux instruments AVRIL 1972 111 Histoire de l\u2019Église au Québec (1608-1970) \u2014 Le Rapport Dumont, Annexe 1_________________ par Lucien Campeau Les réflexions qui vont suivre ont été suscitées par la lecture du petit livre portant le titre de cet article et publié en annexe au rapport Dumont.Les auteurs ont été MM.Nil Voisine, André Beaulieu et Jean Hamelin.N\u2019hésitons pas à dire que ce petit travail est un raccourci remarquable de notre histoire religieuse.La tâche imposée aux auteurs était gigantesque.Ils s\u2019en sont acquittés brillamment.Nos remarques ne veulent pas être une critique; elles essaieront seulement de mettre au point certains aspects généralement mal éclairés par notre historiographie.Quelques vétilles.Ce n\u2019est pas que le travail ne contienne quelques inexactitudes.Ainsi, la France n\u2019est pas «une des premières, au XVIe siècle, à se réformer intérieurement » (p.10), mais elle a été la dernière monarchie catholique à le faire, et au XVIIe siècle.Les Récollets n\u2019ont pas appelé les Jésuites, quoi qu\u2019ils en aient dit (ibid.).Mgr de Laval n\u2019a pas passé en France 12 années sur 30 de son épiscopat, mais bien 9 sur 29; il a fait trois absences, dont chacune ne pouvait être moindre que d\u2019une année, à cause de l\u2019éloignement (p.12).Les chanoines de Québec n\u2019étaient pas tous originaires de la métropole (p.13).Non plus les Messieurs du Séminaire de Québec (p.14), bien que les Canadiens deviennent plus rares parmi eux à la fin du régime français.Parler d\u2019un droit de regard du gouvernement métropolitain sur les assemblées des chanoines (p.15), c\u2019est trop dire: déplorer l\u2019absentéisme n\u2019est pas intervenir dans le fonctionnement d\u2019un organisme.Inutile, cependant, d\u2019insister sur ces vétilles.Elles ne déforment pas le tableau d\u2019ensemble, brossé avec beaucoup d\u2019assurance et d\u2019à-propos.Plus importantes me paraissent les observations suivantes.Commerce, colonisation, mission Il faudrait d\u2019abord bien marquer la différence entre le régime des Cent-Associés (1632-1663) et l\u2019administration royale (1663-1760).Au début, le Roi refuse de faire les frais d\u2019un établissement colonial en Nouvelle-France.La tâche est abandonnée aux initiatives privées.Les compagnies de commerce sont jugées inefficaces et, en 1627, est fondée la Compagnie des Cent-Associés.Elle est suscitée et inspirée par les agents les plus actifs de la contre-réforme catholique.Elle n\u2019est pas une société de commerce, mais une société de colonisation, qui se donne pour premier but d\u2019établir outre-Atlantique une chrétienté française, formée d\u2019émigrants de la métropole, sans doute, mais aussi d\u2019autochtones convertis à la foi.Que cette entreprise privée ait été fortement influencée par l\u2019Eglise, cela va de soi.C\u2019est en tout cas elle qui a fait que, en 1663, il existe une société française sur le Saint-Laurent.On ne voit pas comment les compagnies de commerce auraient pu produire un résultat semblable, l\u2019autorité royale se désintéressant toujours.En 1663, celle-ci se ravise et prend en main la colonie déjà fondée.Il va de soi, encore une fois, que le nouveau régime transporte ici l\u2019esprit des institutions publiques françaises, qui n\u2019a pas joué chez nous aussi longtemps que la colonie était une entreprise privée où le motif religieux prévalait.D\u2019où agressivité des officiers royaux, résistances des chefs ecclésiastiques, des notables et du peuple, dérèglements des nouveaux arrivants, conflits des périodes d\u2019ajustement: cela va durer jusqu\u2019à la fin de la deuxième administration de Frontenac, qui attise allègrement les querelles.Il n\u2019y a pas évolution continue de 1632 à 1760, mais bien changement de régime en 1663, du moins en ce qui concerne l\u2019Eglise.Elle a eu le premier rôle avant 1663; elle prend après cette date, non sans regrets, la place qui lui revient dans la société métropolitaine.Gallicanisme et anticléricalisme L\u2019usage qu\u2019on fait du mot gallican prête à confusion.Le gallicanisme (qui vient de Gallia) s\u2019oppose au romanisme, ou ultramontanisme, sur le plan religieux.Les deux vocables désignent deux camps: laïcs et clercs français, d\u2019une part, curialistes romains et leurs partisans, d\u2019autre part.Le mot gallican a acquis une connotation odieuse depuis le triomphe de l\u2019ultramontanis-me.Mais il n\u2019avait pas ce sens péjoratif au 17e siècle.Un catholique gallican pouvait être excellent catholique romain.L\u2019opposition surgissait lorsque Rome semblait empiéter sur les prérogatives traditionnelles de la royauté ou de l\u2019épiscopat français.L\u2019effort de centralisation romaine en matière ecclésiastique, réaction de Rome à une perte de prestige politique en Europe après le traité de Westphalie, va provoquer une levée de gallicans, clercs comme laïcs.D\u2019autre part, il y a l\u2019opposition de la puissance laïque à la puissance cléricale: anticléricalisme (ou laïcisme) et cléricalisme.Quand les clercs empiètent sur les attributions reconnues des magistrats laïques, c\u2019est du cléricalisme.Quand les officiers laïques empiètent sur le domaine reconnu des ecclésiastiques, ce n\u2019est pas du gallicanisme, mais bien de l\u2019anticléricalisme (ou laïcisme).Remarquons que ces phénomènes, gallicanisme et anticléricalisme, ne sont pas propres à la France.Ils sont le fait de toutes les monarchies catholiques d\u2019alors, à des degrés divers.Les catholiques de Nouvelle-France n\u2019ont eu que peu d\u2019occasions de montrer leur gallicanisme, bien qu\u2019on en trouve des traces.L\u2019anticléricalisme (ou laïcisme) s\u2019est manifesté bien plus souvent et a bien plus d\u2019importance, au moins sous le régime français.La paroisse naissante Notre petit livre affirme que le système des paroisses « apparaît assez tard en Nouvelle-France » et « qu\u2019il ne sitî développe vraiment qu\u2019après 11725 ».Cette affirmation découle, je qrois, d\u2019une autre confusion.Dans une paroisse, il y a d\u2019abord la communauté des fidèles, puis la fabrique, puis la cure; le territoire n\u2019est qu\u2019une considération accessoire, bien qu\u2019habituelle.Les communautés se multiplient à mesure que se fait la dispersion démographique.Elles sont d\u2019abord à Québec, puis à Trois-Rivières, puis à Montréal, puis à la côte de Beaupré, à celle de Lauzon, à Sillery, etc.: c\u2019est l\u2019élément essentiel de la paroisse.Aussitôt qu\u2019il est question d\u2019ériger des édifices pour le culte, la communauté se mue en fabrique: corps formé des propriétaires sous la surveillance des chefs eccléisastiques.Elle n\u2019est constituée par aucun décret, ni civil ni ecclésiastique; c\u2019est une association qui naît des besoins.Il y en a une à Québec en 1645 ou 1646.Il s\u2019en forme chaque fois qu\u2019on veut organiser la vie cultuelle commune.C\u2019est à ce niveau qu\u2019apparaît le groupement social qui s\u2019appelle la paroisse.L\u2019action du prêtre s\u2019y fait sentir, intermittente d\u2019abord, si le missionnaire ne fait que passer; permanente, s\u2019il réside au milieu de la communauté.Il y a eu des prêtres résidants bien avant qu\u2019on érigeât les cures.iEt déjà joue l\u2019influence sociale du prêtre, avec les attributs qu\u2019il a emportés de France.Quant à l\u2019érection canonique, elle porte sur la cure, un bénéfice ecclésiastique, et elle relève exclusivement de l\u2019évêque, nullement du pouvoir civil.La première cure fut celle de Québec, en 1664.Il y en aura plusieurs autres en 1678.En 1721, le roi trace les limites des paroisses pour le passé et pour l\u2019avenir.Il n\u2019en érige aucune.L\u2019intendant ne permet ni ne refuse (p.20) la création des cures: c\u2019est tout à fait hors de sa compétence.Tout au plus, les officiers royaux presseront les évêques de les multiplier et ils étudieront avec eux les moyens - de le faire.Tolérance ou intolérance?« Des règlements sévères avaient éliminé les Huguenots de la Nouvelle-France » (p.24).On n\u2019a jamais cité ces règlements.La Nouvelle-France fut d\u2019abord sous le régime de l\u2019édit de Nantes (1598); après 1685, elle fut sous le régime de la Révocation.L\u2019édit de Nantes rétablit la religion catholique en tout lieu du royaume et il permit aux huguenots d\u2019y vivre sans être inquiétés pour leur religion.Leur furent concédés des privilèges judiciaires, mais le culte public leur fut interdit en dehors de quelques lieux précisément déterminés par l\u2019édit.Comme l\u2019écrivait un juriste, « la religion prétendue réformée a son exercice renfermé en certains lieux pour ce qu\u2019elle est tolérée; ce que n\u2019est la religion catholique, laquelle ne doit ny ne peut estre bornée ».Le culte public huguenot n\u2019est permis en aucun lieu de la Nouvelle-France.La colonie française ne peut être que catholique.Mais la charte des Cent-Associés n\u2019interdit aucunement la Nouvelle-France - aux huguenots; elle ne pouvait le faire sans contredire une loi du royaume.Il est venu bon nombre de huguenots au Canada.Mais ils étaient principalement intéressés au commerce, et le commerce était réservé à une compagnie catholique.Certains sont restés, mais se sont convertis au catholicisme.Après 1685, le séjour des huguenots en Nouvellee-Fran-ce ne sera pas moins illégal qu\u2019en France.On verra cependant au dix-huitième siècle quelques manifestations de tolérance.Rappelons enfin que les catholiques anglais ne jouirent pas avant le 19e siècle d\u2019avantages semblables à ceux des huguenots français.Nous n\u2019avons encore traité que de problèmes relatifs au régime français.Et l\u2019espace destiné à cet article est épuisé.Nous pourrons revenir sur la situation de l\u2019Eglise catholique en régime anglais.La radicale transformation du monde dans la Pâque du Christ.La puissance de l\u2019Esprit qui a ressuscité le Christ d\u2019entre les morts est toujours à l\u2019œuvre dans ce monde.Le Peuple de Dieu est présent, souvent par les meilleurs fils de l\u2019Église, au milieu des pauvres, des opprimés, des persécutés, vivant dans leur chair et leur cœur la Passion du Christ et témoignant de sa Résurrection.La création toute entière gémit en effet dans les douleurs de l\u2019enfantement, aspirant à la manifestation de la glorieuse liberté des enfants de Dieu (cf.Rom., 8, 22).Les chrétiens doivent être aussi convaincus que les fruits de leur propre nature et de leur effort, ils les trouveront plus tard purifiés de toute souillure dans la nouvelle terre que Dieu leur prépare et où sera le Règne de la justice et de l\u2019amour : quand le Seigneur reviendra, le Royaume atteindra son plein accomplissement.L\u2019Espérance du Royaume futur vient habiter le cœur des hommes.La radicale transformation du monde dans la Pâque du Christ donne la plénitude de leur sens aux efforts des hommes, et principalement des jeunes, pour faire reculer l\u2019injustice, la violence et la haine, et pour progresser ensemble dans la justice, la liberté, la fraternité et l\u2019amour.En annonçant la Bonne Nouvelle du Seigneur Rédempteur et Sauveur, l\u2019Église appelle tous les hommes, spécialement les pauvres, les opprimés, les affligés, à être les collaborateurs de Dieu pour libérer le monde du péché et construire un monde qui ne parviendra à la plénitude de la création qu\u2019en étant l\u2019œuvre de l\u2019homme pour l\u2019homme.Synode 1971 : La Justice dans le monde, conclusion.112 RELATIONS AVRIL 1972 113 Le Québec et le Canada \u2014 un rapport, un livre 1.Le Rapport Molgat-MacGuigan par\tsur la constitution canadienne Richard Arès-\u2014\u2014- Après deux ans de travail, de consultation et d\u2019enquête à travers tous le Canada, le Comité spécial mixte du Sénat et de la Chambre des communes, sous la présidence conjointe du séna- teur Gildas L.Molgat et du député Mark MacGuigan, a, le 16 mars dernier, remis son rapport final.D\u2019une première et rapide lecture, voici quelques impressions qui se dégagent.Un rapport sérieux et bien présenté, d\u2019option canadienne et fédéraliste.Ce qui frappe tout d\u2019abord, c\u2019est le sérieux avec lequel les membres du Comité se sont acquittés de leur tâche et l\u2019excellente présentation qu\u2019ils ont faite de leur pensée dans le rapport qu\u2019ils viennent de publier.On n\u2019y trouve pas de bavardages inutiles, d\u2019excursions en dehors du sujet.La méthode employée est à la fois simple et pratique.Au début de chaque chapitre se trouvent la ou les recommandations que le Comité entend faire sur un point précis.Suit un développement de deux ou trois pages, justifiant, à la lumière du passé, du présent et de l\u2019avenir, le pourquoi et le sens de ces recommandations.Bien qu\u2019ils traitent de questions souvent techniques, avec lesquelles seuls des spécialistes peuvent se dire familiers, les gens qui ont rédigé ce rapport connaissent non seulement leur métier mais l\u2019art de s\u2019exprimer clairement et sobrement: ils font penser à des professeurs d\u2019université qui donnent un cours sur le droit constitutionnel canadien à partir des principaux problèmes qui se posent aujourd\u2019hui en ce domaine.En deux endroits au moins, cependant, cette clarté s\u2019estompe et le sens des positions prises s\u2019obscurcit.Tout d\u2019abord, au chapitre 7 qui traite de « l\u2019autodétermination ».Les trois recommandations que le rapport formule sur ce point sont loin d\u2019être ce qu\u2019il y a de plus clair et de plus satisfaisant, surtout quand on sait le nombre de controverses auxquelles cette question a donné naissance en ces derniers temps.L\u2019autre endroit où notre besoin de clarté demeure inassouvi est celui \u2014 ou ceux \u2014 où le rapport traite du partage des pouvoirs entre les différents ordres de gouvernement.C\u2019est une chose de recommander « une dé- 114 centralisation accrue des pouvoirs gouvernementaux dans les secteurs concernant les politiques culturelles et sociales et, d\u2019autre part, une plus grande centralisation des pouvoirs ayant une incidence économique importante sur le plan national » (p.1); c\u2019en est une autre de déterminer précisément ce que cela veut dire en pratique en ce qui concerne, non seulement le partage des pouvoirs, mais aussi la vitalité et l\u2019efficacité des gouvernements.Comment des gouvernements provinciaux dénués ou presque de pouvoirs économiques importants pourront-ils entreprendre et poursuivre des politiques culturelles et sociales bien à eux, vivantes et efficaces ?Que l\u2019option de base de ce rapport puisse à juste titre être qualifiée de canadienne et de fédéraliste n\u2019a rien de surprenant, étant donné la composition du comité qui l\u2019a rédigé.Ses membres étaient tous des parlementaires fédéraux, préoccupés avant tout de l\u2019unité et de la prospérité du Canada dans son ensemble et convaincus d\u2019avance que seul un régime fédératif \u2014 renouvelé, mais fédératif quand même \u2014 peut le mieux répondre aux besoins du pays.Nulle part, ni dans le rapport principal, ni dans les rapports minoritaires, on ne retrouve trace d\u2019une autre conviction.Le Comité se prononce énergiquement en faveur d\u2019une nouvelle constitution pour le Canada.Mais ce Canada, il le conçoit comme « un pays bilingue et pluriculturel », voire comme « une mosaïque pluraliste » (p.12).Il rejette la théorie « selon laquelle le Canada ne se compose que de deux cultures » (p.2) et affirme qu\u2019une nouvelle constitution devrait reconnaître que « le Canada est un Etat pluriculturel et non biculturel ou unicultu-rel », car « il n\u2019y a pas et il ne doit pas y avoir de culture officielle au Canada» (p.25).Positions qui ne font que reprendre celles qu\u2019exprimait, le 8 octobre 1971, le premier ministre Trudeau à la Chambre des communes d\u2019Ottawa.S\u2019il n\u2019est pas et ne peut être un pays biculturel, le Canada n\u2019en doit pas moins viser à devenir de plus en plus un pays bilingue.Sur ce point le Comité est très explicite: il va, dans ses recommandations, aussi loin, sinon plus loin, que la Commission Lauren-deau-Dunton elle-même et il estime que la Charte de Victoria s\u2019est montrée trop timide, et qu\u2019il faut revenir à la proposition faite à la conférence constitutionnelle de février 1971, à savoir que « toute personne a le droit d\u2019être éduquée en anglais ou en français dans les écoles publiques ».Aussi, reprend-il cette proposition à son compte et recommande-t-il explicitement que la constitution devrait reconnaître le droit des parents d\u2019obtenir que l\u2019anglais ou le français soit la langue d\u2019enseignement de leurs enfants dans les écoles publiques des régions où cette langue est choisie par un nombre suffisant de personnes pour justifier l\u2019établissement des institutions nécessaires, (p.22).Le régime fédératif que le Comité envisage pour le Canada ressemble, dans ses grandes lignes, à celui qu\u2019avait déjà proposé la Charte de Victoria.Il affirme que, « mis à part le problème de la politique sociale, la Charte de Victoria exprime le consentement général de tous les gouvernements dans de nombreux domaines » et il adopte RELATIONS entièrement la formule de modification de la constitution élaborée à Victoria (4e recommandation, p.9).Sa principale originalité, en conséquence, consistera à recommander, d\u2019une part, une décentralisation plus poussée des pouvoirs dans le domaine de la sécurité sociale, « afin de donner la priorité aux provinces » (p.71) et, d\u2019autre part, une plus grande centralisation des pouvoirs ayant une incidence économique importante sur le plan national (pp.1 et 81).Comment, en pratique, ces deux mouvements vont se concilier, s\u2019aider au lieu de se nuire l\u2019un à l\u2019autre, le rapport ne le dit pas.Ses auteurs n\u2019en demeurent pas moins confiants et optimistes; ils croient que « tous les peuples du Canada peuvent réaliser leurs aspirations de façon plus efficace grâce à un régime fédéral » et qu\u2019en conséquence « les Canadiens devraient chercher à maintenir ce régime » (P- 13).qui laisse intact le problème de fond Québec-Canada Aux aspirations du Québec le Comité fédéral se dit synpathique.Il reconnaît que « le problème le plus critique est centré sur le rôle permanent du Québec au sein de la Confédération » et que « la révision constitutionnelle a été amorcée à l\u2019origine par l\u2019insatisfaction ressentie au Québec à l\u2019égard du statu quo * (p.1).Il proclame sa conviction que « la culture française ne peut survivre nulle part au Canada si elle n\u2019est florissante au Québec », que « la vitalité du Québec français est le principal garant de la vitalité du Canada français » et qu\u2019en conséquence un impératif culturel s\u2019impose au Québec: « Avoir suffisamment la maîtrise de sa vie collective pour assurer la préservation et l\u2019essor de la culture et de la langue françaises », impératif qui appelle, dans la constitution, des garanties pour préserver « la personnalité collective du Québec français » (p.2).Diagnostic juste et belles paroles, mais qui apportent peu de nouveau à ce que l\u2019on retrouve déjà dans le rapport de la Commission Laurendeau-Dunton et dans les messages qu\u2019adresse annuellement le premier ministre Trudeau aux Canadiens français à l\u2019occasion de leur fête nationale du 24 juin.Ce qui compte, toutefois, ce n\u2019est pas tant la justesse du diagnostic que l\u2019efficacité des remèdes suggérés pour guérir le mal, pas tant la beauté des paroles que la valeur des recommandations qui les accompagnent.En d\u2019autres termes, la question qu\u2019il faut poser est celle-ci: y a-t-il correspondance entre le diagnostic, les paroles et les recommandations qui suivent?Le Comité le pense et se montre optimiste: « Par suite de l\u2019élargissement des pouvoirs provinciaux que nous proposons, déclare-t-il, le Québec obtiendrait de nouveaux pouvoirs qui l\u2019aideraient à atteindre ces objectifs » (p.2).AVRIL 1972 C\u2019est croire un peu naïvement que les objectifs du Québec ne diffèrent guère de ceux des autres provinces et qu\u2019il suffit, pour contenter les Québécois et résoudre la crise, de proposer une décentralisation culturelle et sociale applicable à toutes les provinces, tout en recommandant, du même souffle, la centralisation économique, la prépondérance du Parlement fédéral dans toutes les questions dites d\u2019intérêt ou de « caractère national » (recommandations nos 50 et 52) et tout en amassant difficultés sur difficultés contre la reconnaissance d\u2019un « statut spécial » au Québec (p.45).La trajectoire suivie par le Comité Molgat-MacGuigan ressemble étrangement à celle qui fut le lot de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme.Celle-ci, à ses débuts, n\u2019a pas hésité à proclamer que la crise canadienne avait sa source au Québec, que deux sociétés distinctes existaient au Canada, que la société québécoise voulait être reconnue comme telle.Ignorer ces faits et ces aspirations, ajoutait-elle, « serait non seulement une erreur », mais « risquer de n\u2019être pas entendu au Québec et renoncer à faire prendre conscience au Canada anglophone d\u2019un élément particulièrement sérieux de la situation actuelle » (Vol.1, introduction générale, no 84).Ayant dit tout cela, cette même Commission s\u2019est contentée, par la suite, de recommander la création d\u2019un Canada bilingue, dans lequel le Québec serait traité comme toutes les autres provinces.Le Comité sur la Constitution l\u2019a imitée: les belles paroles du début n\u2019ont pas été suivies de recommandations correspondantes.Voilà pourquoi l\u2019œuvre de ce Comité doit être complétée par le rapport minoritaire des députés Pierre De Bané et Martial Asselin.Là seulement apparaissent deux choses: qu\u2019à Ottawa on a pensé explicitement à faire des recommandations qui tiennent directement compte du Québec, et qu\u2019on peut être à la fois d\u2019authentiques fédéralistes et de vrais Québécois.Les trois recommandations que ces deux députés formulent ne règlent pas tout le problème Québec-Canada, mais au moins elles ne l\u2019évitent pas, indiquent un commencement de solution et dénotent une certaine volonté de comprendre et de satisfaire les principales aspirations du Québec, ce qu\u2019on aurait aimé retrouver dans quelques-unes des 105 recommandations du rapport majoritaire.MM.DeBané et Asselin demandent ceci: 1° que le préambule de la constitution reconnaisse explicitement l\u2019existence et les aspirations de la société québécoise; 2° que la constitution reconnaisse au Québec un droit fondamental à l\u2019autodétermination; 3° que, dans la répartition des compétences, les pouvoirs résiduaires soient attribués aux provinces.Est-ce si énorme et si antifédéraliste ?Que ces demandes soient satisfaites, et toute la controverse actuelle changerait de ton et d\u2019objectifs; le Canada n\u2019en mourrait pas et l\u2019on pourrait vraiment parler d\u2019un déblocage, d\u2019un fédéralisme souple et rentable pour le Québec.De ce fédéralisme la majorité du Comité n\u2019a pas voulu, et c\u2019est dommage.Aussi, ne doit-elle pas s\u2019attendre à ce que son rapport, en dépit de qualités manifestes, suscite beaucoup d\u2019applaudissements et d\u2019adhésions au Québec.115 2.Des anglophones qui, honnêtement, s\u2019interrogent: One Country or two?Entre anglophones et francophones au Canada le dialogue n\u2019est pas toujours facile.Surtout quand il porte sur la place et le rôle du Québec dans la Confédération.Encore plus quand il aborde la question de l\u2019indépendance de ce même Québec.En ce dernier cas, trop souvent il dégénère en monologues accusateurs, quand ce n\u2019est pas en refus globaux.Heureusement, des exceptions se font jour de temps à autre, comme en témoigne l\u2019ouvrage que vient de publier une équipe d\u2019intellectuels provenant surtout de l\u2019université Queen\u2019s, en Ontario 1.Ces intellectuels, tous anglophones, inquiets de la tournure des événements au Québec, ont entrepris de s\u2019interroger sur les faiblesses et les lacunes de notre régime fédératif actuel ainsi que sur les chances d\u2019avenir de la « nation » canadienne.Ils l\u2019ont fait avec lucidité et honnêteté, sans cacher leur option de base \u2014 ils sont tous nationalistes canadiens et fédéralistes \u2014, mais aussi sans injurier ni accuser de trahison les Canadiens français qui ne pensent pas comme eux, défendent une autre option et vont jusqu\u2019à préconiser la sécession du Québec.On peut dire que, dans l\u2019ensemble, ils se montrent favorables aux revendications linguistiques des Canadiens français, mais plutôt réticents face aux demandes ayant pour but d\u2019accorder au Québec soit un « statut particulier », soit une redistribution de pouvoirs qui, à leur yeux, nuirait à l\u2019efficacité politique et administrative du gouvernement fédéral.Ce qui ne les empêche pas de se pencher avec intérêt et, encore une fois, sans acrimonie, sur le problème particulier que poserait au Canada la sécession du Québec.C\u2019est un événement qu\u2019ils considèrent comme possible et dont ils étudient les conditions et les conséquences.Que deviendrait alors le Canada?Quelle serait l\u2019attitude des autres régions, comme l\u2019Ontario, l\u2019Ouest canadien, les Maritimes ?Le Canada anglais recourrait-il 1.One Country or Two ?Edited by R.M.Burns, with an introduction by John J.Deutsch.\u2014 McGill \u2014 Queen\u2019s University Press, Montreal and London, 1971.Sur les onze collaborateurs, huit appartiennent à l\u2019université Queen\u2019s.Dans Le Devoir des 28 et 29 février 1972, Claude Ryan a donné un bon résumé des positions prises par chacun de ces collaborateurs.116 à la force armée pour garder le Québec dans la Confédération ?Et si la séparation se produisait quand même, quelles seraient les chances d\u2019une nouvelle union ?Voilà autant de questions que se posent les auteurs de l\u2019ouvrage One Country or Two ?et auxquelles ils essaient de répondre en tant que Canadiens avant tout intéressés à préserver l\u2019unité et à promouvoir la prospérité du pays.Dans l\u2019introduction qu\u2019il a rédigée pour cet ouvrage, John J.Deutsch, principal de l\u2019université Queen\u2019s et ancien directeur du Conseil économique du Canada, donne le ton et indique la tendance générale.Tout régime fédératif, écrit-il, repose sur un compromis, le régime canadien comme les autres.Mais le compromis de 1867 a beaucoup perdu de sa valeur aujourd\u2019hui, surtout pour les Canadiens français.Trois événements ou ensembles d\u2019événements l\u2019ont en quelque sorte vidé de sa signification primitive: l\u2019emprise de la révolution industrielle sur tous les domaines de la vie, le rôle prépondérant que jouent maintenant les gouvernements dans les sociétés modernes et la perte d\u2019influence de l\u2019Eglise sur les hommes et les institutions.Tous les groupes ethniques au Canada ont subi les conséquences de ces événements, mais les Canadiens français plus que les autres encore.Les changements opérés par la révolution industrielle et technologique ont mis fin à leur isolement.Les voici maintenant entièrement exposés au rayonnement intensif de la civilisation américaine, à l\u2019influence et aux exigences de la technologie moderne, que domine la culture anglophone; exposés aussi à l\u2019emprise des corporations multinationales, par lesquelles se propage cette technologie, ainsi qu\u2019aux développements révolutionnaires dans les communications, dont le principal résultat est d\u2019internationaliser la culture, en particulier la culture de masse en provenance des Etats-Unis.Dans le même temps, le rôle des gouvernements ne cessait de s\u2019accroître.Mais le Québec, lui, se découvrait chaque jour davantage incapable d\u2019exercer ses responsabilités dans les domaines de l\u2019éducation, des affaires sociales et du développement local, domaines pourtant vitaux pour la préservation de sa langue, de sa culture et de son intégrité politique durant une période d\u2019aussi vastes changements et d\u2019aussi graves menaces à son identité culturelle.Les démarches entreprises par le gouvernement québécois pour obtenir une nouvelle répartition des pouvoirs n\u2019ont pas donné les résultats escomptés.Sur ce point on n\u2019a pas réussi à s\u2019entendre et la tâche est à reprendre.Et pour encore aggraver la situation, continue l\u2019auteur de l\u2019introduction, voici que ces bouleversements sociaux, économiques et politiques se sont produits au Québec au moment même où le rôle vital et historique de l\u2019Eglise connaissait un rapide déclin.L\u2019inspiration et l\u2019aide à la fois émotives, spirituelles et morales accordées jusque-là à la survivance d\u2019une langue et d\u2019une culture distinctes disparaissaient en un temps où se révélait particulièrement grand le besoin d\u2019influences aussi élevées.Le vide créé par cette absence ne tarda pas à être comblé par la nouvelle élite intellectuelle, laquelle fit appel à une force d\u2019une rare puissance émotive: le nationalisme séculier.Force fondée, non sur l\u2019autorité morale et spirituelle, mais sur l\u2019autorité séculière de l\u2019Etat.Pour ce dernier le nouveau nationalisme réclama des pouvoirs toujours plus grands et il en est rendu maintenant à revendiquer tous les pouvoirs, c\u2019est-à-dire, en pratique, à demander un Etat pleinement souverain séparé du reste du Canada 2.Cette manière de poser le problème à la fois de la condition québécoise et de l\u2019unité canadienne a au moins le mérite d\u2019être franche et de faire appel à des données objectives.Il est vrai que, de toutes les provinces canadiennes, c\u2019est le Québec qui a été le plus touché par les bouleversements sociaux et religieux des dix dernières années; il est vrai aussi que ce que certains auteurs à la mode \u2014 y compris les auteurs de la première annexe au rapport Dumont \u2014 ont qualifié, non sans un certain dédain, d\u2019« idéologie clériconationaliste » a été remplacé par une nouvelle idéologie à laquelle, pour parler le même langage, conviendrait le qualificatif de « sécularo-nationaliste » ou de « stato-nationaliste ».Le peuple 2.Cf.pp.8 à 12.RELATIONS québécois y a-t-il gagné au change ?John J.Deutsch ne semble pas le croire; bien plus, il déplore le vide laissé par cette grande force morale et spirituelle émanant de l\u2019Eglise et s\u2019exerçant même en faveur de la survivance de la langue et de la culture française au Canada3.L\u2019ouvrage publié par l\u2019équipe de l\u2019université Queen\u2019s mérite d\u2019être lu avec attention et sympathie.Il exprime les sentiments et les convictions d\u2019un certain nombre d\u2019anglophones qui se disent prêts à dialoguer avec les Canadiens français sur tous les sujets, y THÉÂTRE Comédies et par Georges-Henri d\u2019Auteuil Au T.N.M.: Le Mariage de Figaro Tout importé de France, mais avec des ingrédients canadiens, le Théâtre du Nouveau Monde vient de représenter le Mariage de Figaro, au Port-Royal.Il est de mode, depuis toujours, d\u2019affirmer l\u2019importante influence de la pièce de Beaumarchais sur les origines de la Révolution française.C\u2019est faire beaucoup d\u2019honneur et à Beaumarchais et au Théâtre.Mais, comme il arrive d\u2019ordinaire aux idées toutes faites, celle-ci est plutôt surfaite.Le représentant officiel de la noblesse dans la pièce, le comte Almaviva, se comporte beaucoup plus comme un banal trous-seur de jupons, et sans trop s\u2019inquiéter desquels, qu\u2019en odieux exploiteur du peuple.Que le serviteur Figaro veuille soustraire sa fiancée, Suzanne, aux manigances du comte, est très légitime et louable, mais il y arrivera non pas par son habileté, pourtant remarquable, mais grâce au stratagème prévu par la comtesse Almaviva elle-même.Car nous sommes, il ne faut pas l\u2019oublier, dans une comédie où s'ont à l\u2019honneur les intrigues, les ruses, les travestis et qui porte aussi le nom de Folle journée.Tous, à qui mieux mieux, se jouent les uns des autres, dans une suite très amusante de péripéties ingénieuses, jusqu\u2019à ce que quelqu\u2019un invente la tromperie la plus forte que personne ne puisse dévoiler.Mais il y a le fameux monologue du dernier acte ! Bien sûr: le monologue du dépit amoureux devant la soi-disant perfidie féminine, qui réveille chez le malheureux Figaro toutes les rancœurs que la vie lui a apportées et qui, même après toutes les révolutions qu\u2019on voudra, continuent à assaillir notre pauvre humanité.Alors, s\u2019il fallait mettre à feu et à sang un pays chaque compris celui de l\u2019indépendance du Québec.Le fait est rare; il s\u2019imposait de le souligner ici.3.« The great upheavals in society and in the federal system, wrought by modern industrialism and the accelerating growth in the responsibilities of government, impinged most strongly on Quebec at a time when the vital and historic role of the Church was undergoing a rapid decline.The emotional, spiritual, and moral inspiration and support for the survival of a distinctive language and culture were disappearing at a time when the need for such transcendent influence was particularly great.This large vacuum was not left to exist for long.A new and rising intellectual élite was quick to sponsor another emotional and inspirational force of powerful appeal, namely secular nationalism.This great emotional force, which was to be raised to a dominant role, was based not on moral and spiritual authority but on the secular authority of the State.» (p.12).comédiens fois qu\u2019un Figaro essuierait quelque mécompte, vexation ou injustice, le monde entier serait toujours en révolution.Ce serait la révolution permanente chère à Lénine, mais non, pour autant, le bonheur des Figaros.Aussi, autant prendre son parti, avec Jean-Louis Barrault, d\u2019applaudir les désinvoltes et joyeuses machinations de Figaro, les espiègleries de Suzanne, la naïveté charmante de Chérubin, les pieux mensonges de la comtesse, les bégaiements de Brid\u2019oison, plutôt que de vouloir guillotiner le volage et jaloux Almaviva.En effet la direction du T.N.M.avait confié la mise en scène de ce Mariage de Figaro à l\u2019ex-directeur de l\u2019Odéon, dans le même esprit de la représentation qu\u2019il nous a offerte il y a quelques années, mais, cette fois, avec des comédiens de chez nous.Ils ne nous ont pas déçus.Jean-Louis Roux, que l\u2019on voit moins souvent ces temps-ci, a été un bon et naturel Almaviva, Albert Miliaire, un gambadant Figaro, Ghilaine Paradis, une exubérante Suzanne, Han Masson, une fine et digne comtesse, Hubert Gagnon, un sympathique et frissonnant amoureux dans le rôle qu\u2019on abandonne ordinairement à une jeune fille, Chérubin, François Rozet, un hilarant Brid\u2019oison, et tous les autres.De son monologue final, Miliaire a fait un morceau de bravoure: faste, emphase, brio.Ce qu\u2019il n\u2019est pas, à mon sens, mais le dérisoire et déchirant récit d\u2019une vie manquée, chargée d\u2019échecs, d\u2019humiliations, de douloureux déboires auxquels vient s\u2019ajouter, comme la goutte qui fait déborder la coupe, l\u2019éclatement de l\u2019espoir de sa première réussite, son mariage.Ce n\u2019est pas une invective politique, mais le sanglot rageur d\u2019un pauvre bougre malchanceux.Moins cocardier, mais plus vrai.Au Conservatoire : Huit Femmes Florent Forget est professeur au Conservatoire d\u2019Art dramatique de Montréal.En cette qualité, il nous a présenté quelques-uns des talents de ses élèves dans la pièce à tournure policière de Robert Thomas, Huit Femmes, que nous avions pu voir, il y a un bon temps, au T.N.M.A l\u2019occasion d\u2019un meurtre supposé, fabriqué, nous assistons à un déballage de haines, de jalousies, de mesquineries, de turpitudes, à demi cachées hier, aujourd\u2019hui bien à nu, de sept femmes \u2014 la huitième, la plus jeune, ayant machiné le scénario tragique \u2014, sangsues malfaisantes collées à la peau d\u2019un homme, leur victime, qui, écœuré, pensera se libérer effectivement par le suicide.Pièce sombre et tendue qu\u2019allègent heureusement, ici et là, des moments comiques.Pièce, aussi, difficile pour de jeunes comédiennes encore peu rompues aux trucs du métier.Celles que Forget a choisies pour faire un sort à ce jeu de massacre ont du talent, spéciallement Jo-Ann Querel, très douée, et Christiane Raymond, l\u2019interprète du rôle en or d\u2019Augustine, vieille fille fantasque et aigrie d\u2019avoir été laissée pour compte par les hommes, pourvu qu\u2019elle s\u2019éloigne des excès de la charge, facile et dangereuse.À la N.C.T.: le Timide au Palais Malgré sa très féconde production et sa valeur reconnue, le théâtre classique espagnol est bien peu souvent offert à notre appréciation.La rareté des bonnes traductions françaises y est pour quelque chose et aussi le coût presque prohibitif de la production des pièces qui requièrent ordinairement une abondante distribution, de nombreux décors et de riches costumes d\u2019époque.Aussi devons-nous saluer l\u2019audace de la Nouvelle Compagnie Théâtrale qui a présenté à ses jeunes auditeurs le Timide au Palais, de Tirso de Molina.Comme Shakespeare, dont il était le contemporain, notre bon moine, de Molina, sait jouer de l\u2019imbroglio avec une rare habileté, faire alterner une délicate poésie avec une cocasse bouffonnerie ou de tendres sentiments d\u2019amour avec la recherche de sordides intérêts.A moins de la récrire, on ne résume pas cette comédie de mœurs.Il faut voir le Timide au Palais, le suivre dans les démarches qu\u2019il entreprend, affronter les difficultés qu\u2019il rencontre, le presser de dire enfin les mots d\u2019amour que sa timidité lui fait cacher au fond du cœur, se réjouir finalement avec lui de sa complète réussite, bien méritée.Et l\u2019on part content d\u2019avoir écouté un beau texte, bien joué, avec entrain.Pour entourer le « timide » François Tassé, l\u2019aider ou, plutôt, lui nuire dans son entreprise, Jacques Letourneau avait réuni toute une ribambelle de bons acteurs dont se détachent au hasard un fantoche Fruitier, les deux valets Dufour et Marleau, impayables, une aguichante Françoise Graton, une très fine Sophie Clément et étourdissante Ginette Morin, les filles d\u2019un très digne et bienveillant Gilles Pelletier.Et nous avons salué avec faveur le retour à la scène d\u2019une Monique Lepage, en excellente forme.AVRIL 1972 117 Le pouvoir étudiant aux enfers Du 24 au 26 mars se tenait à Rimouski le congrès de fondation du Front Commun des Etudiants du Québec.Cet événement marque peut-être la renaissance d\u2019un mouvement étudiant québécois, dont on a pu croire qu\u2019il s\u2019était consumé dans le feu de joie d\u2019octobre 68.Cet article jette un coup d\u2019œil sur les misères (actuelles) et les grandeurs (prochaines ?) du monde des cegeps et du jeune regroupement.par Albert Beaudry\u2014- I \u2014 Octobre '68 Pensez donc, il y a des gens pour qui octobre 68, c\u2019est déjà le bon vieux temps ! Vous n\u2019avez tout de même pas oublié; c\u2019était la fête: les collèges occupés, les journées d\u2019études qui duraient des semaines, 7,000 manifestants dans la rue pour saluer l\u2019avènement d\u2019une nouvelle force sociale, le pouvoir étudiant.On se serrait les coudes en hurlant: « Cardinal fait le tour des problèmes, les problèmes font le tour de Cardinal ! » On frémissait aux paroles du vice-président de l\u2019UGEQ: « Il n\u2019y a plus rien de normal; le normal, c\u2019est ce que nous allons créer maintenant ! » Puis on retournait sérieusement au travail en se soumettant aux mystérieures exigences du seul manuel encore tolérable, le Code Morin.Vous vous rappelez.Il y avait à peine un an que les premiers cegeps avaient ouvert leurs portes, et à l\u2019enthousiasme général devant la démocratisation de l\u2019enseignement l\u2019inquiétude avait brusquement succédé: le colloque annuel de la faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université Laval avait donné l\u2019alarme: sommes-nous en train de former des chômeurs instruits ?Et les étudiants qui s\u2019étaient engagés dans le nouveau cours collégial « sans bacc », inquiets des conditions d\u2019admi-sion annoncées par les vieilles universités surpeuplées, réclamaient la création immédiate de l\u2019Université du Québec.Le 8, les étudiants de Lionel-Groulx pouvaient annoncer que leur collège était occupé ! Une semaine plus tard, quinze cegeps et six écoles normales avaient débrayé: occupation ou journées d\u2019études.A Montréal, les étudiants des Beaux-Arts, de sciences sociales et de théologie avaient emboîté 3e pas.A Québec: journées d\u2019études £>our toute l\u2019université et occupation des bureaux du recteur.De nombreux groupes de professeurs appuyaient ouvertement les revendications des étudiants, qui avaient reçu les encouragements du chef du RIN et du conseil central de Montréal de la CSN.Mais la contestation ne se limitait pas aux seules questions scolaires, car \u2014 comme l\u2019écrivait Réal Valiquette depuis Lionel-Groulx \u2014 le système d\u2019éducation ne peut s\u2019isoler du reste de l\u2019organisation d\u2019une société.Les politiques économiques, le marché du travail et le chômage, la socialisation des professions, la pauvreté et la décentralisation des pouvoirs de décisions par la formation de gouvernements régionaux demeurent les grands problèmes de notre société québécoise qui influent sur le système d\u2019éducation.(Le Devoir, 16 octobre 1968: p.5).Au même moment (12 et 13 octobre), de la fusion du Mouvement Souveraineté-Association et du Rassemblement National naissait le Parti Québécois, qui entendait faire de la participation la pierre de touche de son action politique, ainsi qu\u2019en témoignait éloquemment le congrès de fondation du parti.On allait peut-être assister à la conjonction du mouvement étudiant et des forces séparatistes.?Mais les leaders étudiants, fascinés peut-être par le mois de mai français et la critique marcusienne du système, quittaient facilement le terrain de la politique pour imposer l\u2019utopie.Valiquette annonçait que « la contestation de la société en général peut difficilement se réaliser sans une certaine violence », et Claude Charron affirmait carrément que l\u2019heure du réformisme et du dialogue était passée: La question n\u2019est donc plus celle du contenu des réformes, ni même de leur élaboration dans une libre discussion où le crédit minimum indispensable est épuisé.Le problème est celui du pouvoir.(Le Devoir, 23 octobre 1968: p.8.) C\u2019était, semblait-il, un grand départ.Et l\u2019esprit révolutionnaire qui était descendu sur les étudiants québécois allait inspirer deux années de combat politique: la lutte contre le bill 63, la campagne électorale du printemps 70 et les premiers jours de la crise d\u2019octobre.Mais depuis ?Aujourd\u2019hui, si je veux discuter avec des étudiants de cegep du mouvement étudiant et des aspirations de la jeunesse québécoise, on me demande: Pourquoi \u201968 ?Et de quelle jeunesse voulez-vous parler: de la vôtre ou de la nôtre ?Il ne leur semble pas que le vieux temps d\u2019octobre 68 ait été tellement bon.COOPERANT A L\u2019ETRANGER?\u2022\tÊtes-vous préoccupé(e) par le Tiers-Monde?\u2022\tDésirez-vous mieux connaître sa situation ?ses espoirs ?ses besoins ?ses problèmes ?\u2022\tVoulez-vous même coopérer à l\u2019étranger?Alors, adressez-vous au : Centre d\u2019étude et de coopération internationale 4824, chemin Côte des Neiges Montréal 247 - Tél.: 735-4561 118 RELATIONS Il \u2014 Les retombées Pas besoin d\u2019être un sociologue patenté pour vérifier ce qui saute aux yeux: depuis un peu plus d\u2019un an, le mouvement de contestation chez les étudiants s\u2019est résorbé, et si cette année l\u2019un ou l\u2019autre cegep a connu des difficultés de fonctionnement, ce fut le plus souvent à la suite du mécontentement des enseignants (Ahuntsic, Gas-pé, Rouyn.) Du côté étudiant tout est calme, trop calme aux yeux de ceux qui \u2014 comme moi \u2014 croyaient naïvement à une inévitable montée du pouvoir étudiant, à l\u2019impossibilité pour les nouvelles générations de « revenir en arrière », comme si le « Sens de l\u2019Histoire » s\u2019était porté garant de l\u2019avènement d\u2019un nouveau type d\u2019étudiant, critique, frondeur, politisé.Cette évolution tranquille n\u2019est d\u2019ailleurs pas le fait des seuls cegeps: il y a quelques semaines, le recteur de l\u2019Université de Montréal pouvait énumérer les signes de « la baisse du radicalisme en milieu universitaire » (La Presse, 3 mars 1972: p.A-ll).Octobre 72 a d\u2019ailleurs vu ce phénomène étonnant: la population étudiante des deux universités francophones de Montréal mise en disponibilité par suite de la grève des employés de soutien de l\u2019U de M et de celle des professeurs de l\u2019UQAM, sans qu\u2019éclate le moindre incident sur le front étudiant.Il semble clair que cette année l\u2019opposition extra-parlementaire est redevenue l\u2019affaire du monde du travail: centrales syndicales, comités d\u2019action politique, groupes d\u2019action-chômage.Mais comment expliquer le nouvel état d\u2019esprit de la population cégépien-ne ?1.\tUne réaction internationale L\u2019éclat de l\u2019automne 68 et la contestation des étudiants québécois portaient avant tout sur des problèmes d\u2019ici: inquiétude quant à l\u2019avenir académique et professionnel des nouvelles masses étudiantes, malaise au sein des structures encore mal rodées du cegep, remise en question du mandarinat dans les vieilles universités et besoin de décloisonnement entre facultés et départements.Mais ce serait oublier dans quel monde nous vivons que de négliger le facteur d\u2019entraînement que pouvait représenter l\u2019actualité internationale.1968 fut l\u2019année de « l\u2019internationale étudiante »; plus ou moins inspirés par la révolution culturelle chinoise, l\u2019APO allemande1 réunie contre la grande coalition de 1967, le SDS américain et la lutte contre la guerre au Viêt-Nam, le mois de mai français anti-gaulliste et marcusien donnaient le ton.Mais les retombées n\u2019ont pas été moins universelles que l\u2019explosion.On sait ce qu\u2019a été en France le retour à l\u2019ordre; au niveau étudiant, la mise en place des mécanismes de « participation » s\u2019est faite dans l\u2019indifférence générale: dans la région parisienne, le taux de participation aux élections de décembre 69 (pour choisir les représentants étudiants aux conseils universitaires) n\u2019a pas atteint 25% 2.Depuis, quelques petites grèves, locales, amorphes et inefficaces 3 compromettent le travail de regroupement entrepris par l\u2019UNEF-Renouveau 4.Même phénomène en Allemagne, où le débat sur l\u2019ouverture à l\u2019est et la montée de l\u2019inflation ont volé la vedette aux disciples de Rudy Dutschke; à l\u2019Université Libre de Berlin, l\u2019un des principaux foyers de la contestation étudiante, la faculté « rouge » (sciences sociales et administration) devait encaisser récemment une rebuffade significative: le ministère de l\u2019intérieur et le Sénat de Berlin-Ouest viennent de refuser son visa d\u2019entrée au trotskiste belge Ernest Mandel, que la faculté avait invité à la chaire de théorie socio-politique (Der Spiegel, 6 mars 72:41).On n\u2019imagine pas une intervention semblable il y a trois ans! Mais c\u2019est peut-être aux Etats-Unis que le revirement est le plus manifeste.Comment réagissent aujourd\u2019hui les jeunes qui avaient 14 ou 15 ans au moment de la campagne du sénateur McCarthy (qui avait mobilisé les étudiants au printemps 68 comme le PQ ici deux 1.\tAPO: sigle de l\u2019opposition extra-parlementaire suscitée à la fois par le malaise des milieux universitaires et la coalition des deux grands partis (chrétien-démocrate et socialiste) au Bundestag, qui rendait insignifiante l\u2019opposition parlementaire officielle (libérale).2.\tCf.D.Julia et M.de Certeau « Le silence des étudiants » in Etudes, mars 1971: 395-405.3.\tQue ce soit sur les langues vivantes (février 70), sur la sélection en médecine (décembre 71) ou sur les centres de formation de professeurs (février 72), «les étudiants ont repris le travail sans avoir rien obtenu ».Frédéric Gaussen, « Une protestation symbolique», in Le Monde, 11 mars 1972.4.\tCentrale syndicale étudiante d\u2019inspiration communiste établie en 1969.ans plus tard), de la convention de Chicago, des grands rassemblements de Washington et du massacre de Kent State ?Pour répondre à cette question, la journaliste Sara Davidson a rencontré les finissants d\u2019une quinzaine de High Schools de New York et de San Francisco, les points chauds de la révolte étudiante aux USA.Bilan: Finie l\u2019utopie ! (No Use for Illusions ! cf.Life, 4 février 1972: 47-52) ce que désire la jeune génération, qui en a soupé de la contestation et des expériences (drogues, sexe, communes.), c\u2019est la sécurité, la stabilité .et le confort matériel.Réaction d\u2019adolescents ?Bien sûr ! Sans rapport aucun avec notre milieu ?c\u2019est à voir .2.\tLes structures éclatées La contestation, qui s\u2019était acharnée à dénoncer toute structure hiérarchique, s\u2019est éteinte faute de structure pour la supporter: la dissolution de l\u2019UGEQ, lourdement endettée, idéologiquement divisée, et l\u2019éclatement des associations générales (AGE) n\u2019ont pas manqué d\u2019atomiser le corps étudiant.Privés d\u2019organes de regroupement qui soient les leurs propres, les étudiants ne pouvaient plus être mobilisés que de l\u2019extérieur, par le parti québécois par exemple ou le manifeste felquiste.Dans de telles circonstances, l\u2019échec (élections d\u2019avril, répression d\u2019octobre) ne pardonne pas.En décembre dernier, Gérald Larose dressait en ces termes le bilan du spontanéisme étudiant: En faisant disparaître les associations, nous voulions restaurer dans chacun la faculté d\u2019œuvrer comme il l\u2019entendait.C\u2019était un pari sur la dynamique spontanée des groupes.Force nous est de constater que cette dynamique s\u2019est vite essoufflée dans l\u2019ensemble.(Le Devoir, 23 décembre 1971: p.7).Résultant pour une large part du centralisme exagéré des « permanents », la disparition de l\u2019UGEQ n\u2019a pas seulement créé un vide: elle a entraîné une perte de terrain pour le syndicalisme étudiant, que la pénible gestation du Front Commun Etudiant nous permet aujourd\u2019hui de mesurer.3.\tUne insatisfaction mitigée Autre facteur d\u2019apaisement: le climat d\u2019une classe de cegep.Sur le plan académique, la situation du cégépien est sans doute beaucoup moins insécurisante qu\u2019elle ne pouvait l\u2019être il y a trois ans.Il y a l\u2019Université du Québec, et le fait qu\u2019administrateurs et AVRIL 1972 119 enseignants ont appris à se retrouver dans les structures et les programmes du nouveau cours collégial.Mais il y a peut-être surtout la relation professeur-étudiants qui est loin d\u2019être aussi difficile qu\u2019on serait porté à le croire.A ce sujet les résultats du test PERPE (Perspectives Etudiantes de la Relation Professeur-Etudiants) permettent d\u2019évaluer le climat des classes du cegep.Par l\u2019analyse d\u2019une soixantaine de « dimensions » de la situation d\u2019enseignement (depuis le contenu et la progression du cours jusqu\u2019au débit du prof et à son sens de l\u2019humour), ce test, qui a déjà rejoint plus de 13,000 étudiants, cherche à mesurer le degré de « satisfaction » des élèves face à leur professeur.Il en ressort que les étudiants apprécient généralement les qualités personnelles de leur professeur et qu\u2019ils reconnaissent sa compétence de spécialiste dans la matière qu\u2019il enseigne.A leur avis, le professeur-type « réussit assez bien à structurer administrativement son cours et à créer à l\u2019intérieur de la classe un climat socio-émotif favorable à l\u2019apprentissage » 5.Comme nous le verrons plus loin, c\u2019est surtout l\u2019aspect proprement pédagogique qui semble polariser l\u2019insatisfaction des étudiants.Rarement emballante et trop peu stimulante au plan intellectuel, la classe reste pourtant viable et académiquement sûre.Pour peu que l\u2019étudiant se sente « pogné » par la préparation de son diplôme (DEC) 6, il supportera la vie du cegep .4.Irrationalisme et engagement La nouvelle culture, la culture de la jeune génération, c\u2019est évidemment tout autre chose que ce complexe d\u2019érudition, de « bon goût » et d\u2019information historique qu\u2019on appelait la formation classique.C\u2019est même l\u2019opposé de l\u2019élégant rationalisme qui inspirait la grammaire latine, la psychologie de Molière, les « petites sciences » et la philosophie classique.Pas étonnant que tant d\u2019étudiants de cegep mordent avidement à Nietzsche:\tZarathoustra n\u2019est-il pas le grand critique de l\u2019optimisme théorique, l\u2019ennemi personnel de Socrate, le destructeur de l\u2019idole Raison ?Bouleversement culturel, chambardement des valeurs: non plus la raison mais le « cœur ».De Love Story 5.\tFrançoys Gagné « Perspectives étudiantes de l\u2019enseignement collégial » in: Défi et dilemmes: rapports de recherche publiés cette année par le Gouvernement du Québec.p.168.6.\tDiplôme d\u2019études collégiales.120 à Jesus Christ Super Star ( « I don\u2019t know how to love him »), des rêves pseudo-scientifiques de Robert Char-roux aux raffinements du bouddhisme zen, de la réincarnation au voyage astral: tout est possible \u2014 et le possible est plus important que le vérifiable, le fantastique aussi utilisable que le ressenti.Nous n\u2019allons pas faire ici le procès de ce néo-romantisme, de l\u2019irrationa-lisme des jeunes et de l\u2019attrait que les religions orientales exercent sur eux; il n\u2019est pas indifférent à notre propos, cependant, que ces formes de croyance offrent un salut individuel et anhistori- que.D\u2019un point de vue social et politique, elles sont un facteur de désengagement et de fuite .mais le parallèle avec la drogue a déjà été fait.Pour ma part, je suis bien tenté de voir dans ce besoin d\u2019une expérience transcendantale, sensible et immédiate, une autre manifestation du désempa-rement et du fatalisme qui s\u2019emparent de plusieurs d\u2019entre eux lorsqu\u2019ils considèrent le monde qui les entoure: « Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire ?» Et c\u2019est pourquoi j\u2019attache une importance particulière aux efforts de ceux qui tentent maintenant de ressusciter le syndicalisme étudiant.Ill \u2014 Le Front Commun des Étudiants du Québec Le 30 janvier dernier, au terme d\u2019une rencontre tenue au cegep de Trois-Rivières, les délégués étudiants d\u2019une quarantaine d\u2019institutions d\u2019enseignement supérieur (cegeps, collèges privés, universités) ont donné leur accord au projet d\u2019un « Front Commun des Etudiants du Québec ».Depuis lors, six congrès régionaux devaient avoir lieu dans les différentes parties de la province, destinés à mettre en place les structures régionales du nouveau regroupement et à préparer le congrès national de fondation, convoqué à Rimouski pour la fin de mars.Mais il ne suffit pas de voter la naissance d\u2019un front commun pour s\u2019entendre sur une stratégie ni même pour venir à bout de l\u2019inertie de la population étudiante.Dans plusieurs cegeps de la région montréalaise, les journées d\u2019étude sur le Front commun ont tout simplement avorté, faute d\u2019auditeurs intéressés.Si le congrès de la région de Québec (Cegep de Ste-Foy, 25-27 février) a rassemblé les délégués de huit institutions sur treize, le congrès montréalais (3-5 mars) n\u2019a rejoint que quinze collèges sur trente-quatre: alors qu\u2019on avait invité plus de deux cents délégués, une trentaine à peine se sont retrouvés au Cegep du Vieux-Montréal.Un groupe marginal ?Mais qui pourrait devenir le porte-parole indispensable des étudiants au moment où, dans le milieu scolaire, le secteur administratif et le secteur enseignant se sont fortement organisés.Face au ministère de l\u2019éducation, à la DIGEC7 et aux centrales syndicales, on ne trouve personne aujourd\u2019hui pour faire valoir 7.\tDirection générale de l\u2019enseignement collégial.le point de vue des principaux intéressés.Au plan de la stratégie à suivre, les assises de Trois-Rivières ont vu s\u2019affronter les tenants d\u2019un engagement politique, soucieux d\u2019exercer leur influence au plan national et donc favorables à la centralisation de l\u2019organisme, et les partisans d\u2019une approche « syndicale » ou « corporatiste », préoccupés davantage de satisfaire les besoins immédiats des étudiants \u2014 au moins dans un premier temps \u2014 et promoteurs de la régionalisation.C\u2019est ce dernier point de vue qui a finalement triomphé, déterminant ainsi les objectifs prioritaires du futur Front commun: 1 ° la prise en charge des services étudiants.Les services étudiants (distributrices, caisse pop., ciné-club, etc.) représenteraient pour les AGE locales ou leurs équivalents non seulement une source de financement indispensable, mais une structure permanente (alors que la population des cegeps se renouvelle rapidement) et visible (ces services rejoignent bien plus d\u2019étudiants que les assemblées délibérantes).2° la participation.Reprenant l\u2019un des thèmes d\u2019octobre 68, les délégués veulent obtenir une représentation étudiante paritaire au sein des mécanismes d\u2019administration et de gestion du cegep.Revendication spectaculaire, mais sans doute encore peu rentable.Pour tout de suite les représentants étudiants ont mieux et plus urgent à faire que discuter des budgets.30 la réforme pédagogique.Cette protestation, la plus significative à mon avis, formulée par les dirigeants provisoires du Front commun, rejoint à RELATIONS la fois le diagnostic du test PERPE et les recommandations du Conseil Supérieur de l\u2019Education.Le professeur-type du réseau collégial s\u2019il maîtrise assez bien les mécanismes techniques de transmission du message oral, semble généralement peu préoccupé (pas assez en tout cas aux yeux de l\u2019étudiant !) par la façon dont le message est reçu et compris par l\u2019étudiant.Il réussit trop rarement à créer à l\u2019intérieur du groupe qu\u2019il anime le dynamisme intellectuel nécessaire à des apprentissages fructueux.Cela s\u2019explique en grande partie, croyons-nous, par le fait qu\u2019il se centre beaucoup trop sur son rôle d\u2019informateur ou de professeur que sur ses fonctions de pédagogue ou d\u2019animateur.(P.168.) D\u2019autre part, dans son rapport annuel pour l\u2019année 1969-70, intitulé L\u2019activité éducative, le Conseil Supérieur oppose à la conception traditionnelle, « mécaniste », de l\u2019activité éducative, assimilée à un transvasement de savoir et fondée sur la répétition et la mémorisation, la conception « organique » 8 qui « met l\u2019accent sur le dynamisme et les ressources intérieures de la personne, sur l\u2019initiative et les responsabilités de l\u2019étudiant» (p.37).Cette pédagogie nouvelle se fonde sur une conception résolument optimiste de l\u2019étudiant: le centre de la nature humaine, les régions les plus intérieures, le dynamisme vital de la personnalité sont quelque chose de positif, ce dynamisme tend naturellement à la croissance et au développement de tout l\u2019être; il est rationnel, réaliste et dirigé vers le progrès de la personne.(P.38.) Devant des perspectives aussi neuves et aussi enthousiasmantes, les étudiants du Cegep de Limoilou (cf.leur publication Le Cegep, y vivre ou le quitter !) et à leur suite leurs confrères de la région de Québec n\u2019ont pu qu\u2019endosser les objectifs du Conseil Supérieur de l\u2019Education et exiger leur application: qu\u2019on réévalue par exemple les activités dites para-scolaires qui font largement appel à la créativité et à l\u2019initiative des étudiants, en les créditant: ) Sur cette question, qui déborde amplement le niveau des techniques et des trucs pédagogiques, pour mettre en cause le sens et la vie même de l\u2019école, le Front Commun renoue avec la portée la plus profonde de la Fête de 68.Ceux qui ont vu le film de Fernand Danse-rault Faut aller parmi l\u2019monde pour 8.\tVoir l\u2019article de Pierre Angers « La révolution culturelle et l\u2019éducation », dans Relations, 351 (juillet-août 1971): 195-200.9.\tPrécisément parce que le petit nombre rendait possible un milieu viable.AVRIL 1972 le savoir se rappelleront le « drop out » de l\u2019auberge de Ste-Agathe: « Dans le fond, le Cegep, on l\u2019avait occupé pour vivre ensemble ».Vivre.On a toujours considéré l\u2019école comme un temps de préparation à la vie.Ce délai, imposé à l\u2019étudiant contre la promesse d\u2019avantages sociaux et financiers (une carrière), se tolérait encore tant que la scolarisation avancée (12e année ou baccalauréat) restait le privilège du petit nombre9.Mais on voit trop bien ce qu\u2019il y aurait de malsain pour la personne, de futile pour le projet pédagogique lui-même, à déplacer aujourd\u2019hui des milliers de jeunes vers des structures d\u2019enseignement, fonctionnelles sans doute, mais parallèles à leur monde.Si le cegep ne devait être qu\u2019un temps de préparation à un métier, au lieu d\u2019offrir à l\u2019étudiant un milieu épanouissant qui lui permette d\u2019intégrer ses ressources, son tempérament, sa sociabilité, le cegep serait tout simplement aliénant.Dans le monde de demain, l\u2019apprentissage d\u2019un métier devra être recommencé tous les cinq ou dix ans.Mais la formation de la personnalité.La révolution pédagogique qui s\u2019amorce, en mettant l\u2019accent sur la liberté, l\u2019initiative et la créativité de l\u2019étudiant en même temps que sur le sens communautaire, ne vise à rien d\u2019autre qu\u2019à faire de l\u2019école un milieu où l\u2019on VIVE.Mais, au niveau du cegep, cette révolution est condamnée si, demeurant l\u2019affaire de planificateurs et de professeurs bien intentionnés, elle ne se greffe pas sur les attentes et les revendications des étudiants.Et dans ce contexte, la tâche du Front Commun Etudiant est claire: intéresser les étudiants à leur propre éducation, empêcher que le cegep évolue sans eux, occuper vraiment les collèges ! LETTRE À JACQUES NORMAND Cher Jacques Normand, J\u2019ai parcouru en tous sens la Belle Province et n\u2019y ai trouvé partout que des gens sérieux.Sérieux, nos politiciens (les vrais !), sérieux, nos hommes d\u2019Eglise.Très sérieux, nos dirigeants syndicaux, et encore plus sérieux, nos policiers.Il n\u2019y a plus que des gens sérieux.Le Québec a chaussé ses souliers de plomb, il ne sait plus danser.La sinis-trose règne partout.Morte, la fête au village ! Cher Jacques Normand, des profondeurs de ma désolation, de ma désolante province qui suinte le sérieux de tous ses pores (sic), je lève les yeux vers toi.Salut à toi ! sublime saltimbanque, génial fou du roi.Tu viens dégonfler le sérieux royal de ce peuple qui pourtant, dans le passé, savait toujours allier la danse, la fête et la légèreté du verbe aux rudes tâches de son histoire.J\u2019ai appris de toi qu\u2019il n\u2019était pas de vraie santé humaine à tous ceux, peuples et individus, qui se laissent prendre aux filets du sérieux.A travers les saules pleureurs, je te salue, Jacques Normand ! Me sera-t-il permis d\u2019émettre ici un vœu, de formuler un souhait.Je voudrais que sous l\u2019égide du poste CKVL, où je te retrouve souvent, il soit institué dans toute la province une journée du rire québécois.En ce jour, le Québec déposerait ses souliers de plomb, les deux, et se mettrait à rire et à danser.En ce jour, il ne serait permis à personne, même pas aux professeurs du sérieux de la vie, d\u2019émettre une parole, d\u2019esquisser un geste, d\u2019écrire une phrase ou une partie de phrase, contenant une idée sérieuse, ou susceptibles de suggérer le sérieux, de près ou de loin, directement ou indirectement.En ce jour béni, le plus sérieux de notre histoire, les cascades bénéfiques du rire déferleraient sur toute la Province, de Percé à Rouyn (Réal pourrait y voir, ici!); elles rejoindraient même, et non sans raison, nos sérieux voisins de l\u2019Ontario.Au soir de cette historique journée du rire, le Québec se sentirait libéré.Il déposerait près de la rue, à l\u2019attention des vidangeurs, ses souliers de plomb et jamais plus ne voudrait les revoir.Jacques Normand, garde à jamais tes sandales ! Salut à toi ! René Champagne.121 Sur les voies de notre poésie - III* par René Dionne Rina Lasnier Rina Lasnier, elle, vient de recevoir le Prix Molson 132, l\u2019année même de la réédition de son premier recueil de poèmes: Images et proses, paru il y a trente ans 133.Le poète d\u2019aujourd\u2019hui, auteur d\u2019une dizaine d\u2019autres recueils poétiques et du tout récent La Salle des rêves 134, n\u2019a pas à rougir de ses origines, candides et naïves peut-être, mais tout entières inscrites sous^ le double signe de l\u2019amour et de la beauté.Déjà, en 1941, Rina Lasnier savait, par la méditation, percer de son regard de contemplative le paraître des êtres et des choses, puis, atteint leur cœur secret, en dévoiler le sens profond.Ainsi, très simplement, sans tarabiscotage aucun, sans mièvrerie non plus, le premier poème dImages et proses: « J\u2019ai aimé», prêté à un vieux paysan de chez nous, inaugurait, douce et jolie, une œuvre qui n\u2019a pas cessé d\u2019être fidèle à ses premières coulées, catholiques et québécoises: J\u2019ai aimé ma vie, Seigneur, plus que l\u2019oiseau n\u2019aime son essor, et le renard, sa tanière, j\u2019ai aimé l\u2019herbe toujours redressée sous nos écrasements, et la neige plus blanche que la laine et les mains des femmes, j\u2019ai aimé les roses espacées sur le rosier comme les menues joies au long de l\u2019existence, et la rosée silencieusement venue la nuit, comme les larmes, j\u2019ai aimé l\u2019air spirituel du matin, la senteur opulente des midis mûrissant le verger, j\u2019ai aimé la boue épaisse où s\u2019enlise l\u2019effort, j\u2019ai aimé les sueurs promises à la fécondité, j\u2019ai aimé l\u2019ombre tranquille de l\u2019arbre dressée entre la chaleur et l\u2019homme comme l\u2019Ange entre l\u2019éblouissement et l\u2019âme, j\u2019ai aimé la souffrance brusque comme la sauterelle et la joie douce comme la rondeur du fruit, j\u2019ai aimé mes pas de tous les jours, les approfondissant encore afin que montent plus sûrement ceux qui me suivront, j\u2019ai aimé cette bénédiction sur mes fils, ce bonheur d\u2019être dépassé par ceux que j\u2019aimais, j\u2019ai aimé toute ma vie orientée vers vous, Seigneur, comme un sillon pointant droit au cœur du soleil135.* Voir Relations, déc.1971, 340-341; fév.1972, 56-59.A cette sérénité donnée a fait place, au fur et à mesure que l\u2019œuvre se taillait à même l\u2019expérience quotidienne une douillette de sagesse, la paix de la femme mûre, prise au piège du regard amoureux, abandonnée entre les bras de l\u2019Epoux: Paix à ton épaule lustrée de jeune loutre paix à ma main simultanée te couvrant d\u2019oiseaux et tes cheveux sont l\u2019eau heurtée de mousse.Paix à la soif sèche des lèvres par l\u2019irruption de l\u2019esprit à travers l\u2019aise et l\u2019amour éveillant un dieu naissant; paix à nos ombres longues de leur seule fraîcheur comme l\u2019obscurité tendre née de la neige.Tu es en moi le puits creusé jour à jour, dors, remontée en moi comme les anneaux de l\u2019eau 136 .Davantage que du merveilleux recueil qu\u2019elle a jadis coiffé de ce titre137, Rina Lasnier réussit à faire de la totalité de sa démarche poétique un « chant de la montée » ; celui-là vibrait de ferveur novice, celle-ci va plus vitalement d\u2019escales en escales, apparentes retombées que le poète sait chaque fois transformer en relais nourriciers d\u2019essors toujours plus féconds, d\u2019envols toujours plus sûrs.Les fruits, aujourd\u2019hui, passent « la promesse des fleurs » ; mais, il reste que de celles-ci, dont Images et proses, quand on a appris une fois pour toutes à reconnaître et aimer la voix de Rina Lasnier, le charme ne se peut oublier: je pose ma lanterne sourde auprès d\u2019un enfant mort et j\u2019ai contre moi l\u2019enfance inachevée de mon amour 138 .Monique Bosco C\u2019est d\u2019amour aussi que nous parle Monique Bosco dans Jéricho139, mais d\u2019un amour rompu, usé, en ce monde où tout « s\u2019effiloche140 » en fils de « jours ordinaires141».A la nudité «sans pardon» de la « vieille femme maigre142 » ne restent, pour tout manteau, que les transparentes dépouilles ou les hardes trouées du passé: « cargaisons de souvenirs mal arrimés 143 » et « tas de ferraille: Ankylosé.Bras et jambes rouillés.Mains enflées, déformées.Cou, crissant, ne portant plus la tête, bille vide au duvet fou.Triste grelot du cœur trahi144.» Sous le mépris fielleux du « gentil seigneur 145 », qui a « brisé jusqu\u2019au halo magique de la parole 146 », s\u2019est « désintégrée », « réduite à néant », la perle du « bonheur lentement édifié dans la nacre diaprée de l\u2019amour 147 » : Bien proprement, chasseur habile plumant méthodiquement son butin, tu as dépouillé mon âme.Il ne reste qu\u2019un dérisoire tas de plumes, quelques sanglants déchets de ce qui fut mon cœur 148.Pour « Agar, rejetée au désert149 », plus d\u2019espoir désormais que celui puisé en soi.Et ce sont d\u2019abord, en guise de « rempart protecteur » contre « les grandes marées du désespoir », ces « sages digues de Hollande », qu\u2019il faut édifier « avec des brassées de mots fous, éclatants et fragiles, anémones aux couleurs violentes, pourtant dolentes, ficelées de vert par petits paquets économes, avec des mots simples, un à un, colliers de verroterie choisis pour émouvoir de naïfs sauvages150»; et puis, suprême recours, cette décision irrévocable: Je n\u2019irai jamais à Jéricho.Je renonce à l\u2019héritage.J\u2019accepte qu\u2019au bruit de ma voix, nul écho ne réponde.Que les autres entonnent leurs trompettes, faisant crouler 132.\tCe prix récompense « un citoyen canadien qui a consacré au moins dix ans à un secteur précis et y est reconnu comme une autorité.Le récipiendaire doit être un auteur ou le créateur d\u2019une œuvre, ou avoir servi le Canada dans le domaine des arts, des humanités ou des sciences sociales de façon à enrichir le patrimoine culturel et intellectuel de la nation ou à favoriser l\u2019entente entre Canadiens français et Canadiens anglais.» (Antoine Naaman, Guide bibliographique des thèses littéraires canadiennes de 1921 à 1969.Préface de Jean Houpert.\u2014 Sherbrooke, Editions Cosmos, 1970, p.52.) 133.\tIllustré de 24 photographies.\u2014 Saint-Jean, les Editions du Richelieu, 1970, 120 pp.La première édition avait paru au même endroit en 1941.A cet éditeur revient également le mérite d\u2019avoir publié, en 1939, la première œuvre de Rina Lasnier: Féerie indienne (théâtre) .134.\tPoèmes.Coll.« Sur parole ».\u2014 Montréal, HMH, 1971, 113 pp.135.\tPP.11-12.136.\tLa Salle des rêves, 105.137.\tLe Chant de la montée.\u2014 Montréal, Beauchemin, 1947, 122 pp.138.\tLa Salle des rêves, 100.139.\tPoèmes.Coll.« Sur parole ».\u2014 Montréal, HMH, 1971, 63 pp.A aussi paru, au même endroit et dans la même collection, un recueil de poèmes de Pierre Nepveu, Voies rapides, 1971, 112 pp.\\ A0.Jéricho, 15.141.\tIbid., 17.142.\tIbid., 16.143.\tIbid., 21.144.\tIbid., 32.145.\tIbid., 22.146.\tIbid., 18.147.\tIbid., 23.148.\tIbid., 50.149.\tIbid., 36.150.\tIbid., 41.122 RELATIONS les murs humains.Je reste sagement à l\u2019abri d\u2019un pauvre présent.Le passé est mort.Et je récuse, d\u2019avance, l\u2019absurde futur incohérent151.Viennent donc la mort et son « effarant silence » : « Il est temps de saluer avec reconnaissance l\u2019avènement de l\u2019absence 152.» Paraît plutôt, cependant, après « d\u2019interminables retraites » à la Bérésina des amours 153 et le patient apprivoisement de quelques joies d\u2019enfants (« Brasero.Marrons chauds.Gaufres des carrefours154.»), «comme un mirage » : Rêves d\u2019aurore.Heureux présages.La peur s\u2019estompe.Tel un mirage miroite le lac tranquille d\u2019une oasis de calme.A l\u2019horizon, un ciel sans nuage.Ce matin, il faisait gris et noir.Le grand soleil de midi a effacé les traces du malheur 155.Point là d\u2019oasis; rien que « la paix des braves » : Un bonheur en visite.Hôte imprévu.Violente saison de pluie interrompue par un soleil sans pareil.Mirage du calme.La mer est verte, striée de blanc et bleu.Les vagues sont sages.Les oiseaux guettent une improbable proie.Dans la trêve de la guerre à l\u2019amour, je sais enfin que j\u2019ai gagné la paix des braves n\u2019attendant plus ni victoire ni défaite 156.Ainsi se termine, dans une paix qui ressemble fort à l\u2019au-delà du désespoir sartrien de naguère, la démarche d\u2019une femme abusée et désabusée d\u2019amour.Jéricho, c\u2019est un cruel sentier de galets visqueux transformés en une sèche rocaille de durs petits poèmes.Reine Malouin A un monde bien différent appartiennent les poèmes en prose de Reine Malouin 151 : 151 .Ibid., 45.152.\tIbid., 53.153.\tIbid., 43.154.\tIbid., 42.155.\tIbid., 61.156.\tIbid., 63.157.\tSphère armiliaire.Poèmes en prose.Coll.« Relances », 6.\u2014 Sherbrooke, Editions Cosmos, 1971, 82 pp.158.\tIbid., 27.159.\tIbid., 54.160.\tDéfinition donnée par le Nouveau Petit Larousse (éd.1968).161.\tSphère armillaire, 54.162.\tIbid., 11.163.\tColl.«Les Rivières», 1.\u2014 Trois-Rivières, Editions des Forges, 1971, 71 pp.La collection « Les Rivières », consacrée aux proses poétiques, est tout aussi jolie que sa soeur jumelle: « Les Rouges-gorges », et de même visage et apparat (voir Relations, février 1972, 57).164.\tlom, 31.Au-delà de l\u2019armille coule l\u2019éclat mesuré d\u2019une puissance qui m\u2019entraîne dans le sens giratoire, étourdissant, de l\u2019exaltation du cœur qui s\u2019élève vers la courbe infinie du large où meurt l\u2019horizon.Pygargue naissant, les neuves ramiges de mes bras touchent l\u2019air, j\u2019ascensionne la lumière pour vivre en hauteur, ivre d\u2019espace, dans des brûlures de silence, des dépaysements d\u2019étoiles, doux comme des baisers d\u2019amour.Je possède le don de rêver l\u2019apogée, de me sentir une fumerolle inextinguible contemplant de très haut la grandiose, l\u2019incroyable beauté du monde.Mais la terre possède mes prunelles, l\u2019odeur de l\u2019homme m\u2019appelle, cause originelle de mon être, fleur d\u2019inquiétude de mon âme.A cause de lui, je reprends ma peau de souffrance, mes mains de braise, mon corps de larmes.Mon cœur muet ensevelit son rêve sous un tertre chaud sur lequel germeront des orchidées silencieuses que personne ne cueillera 158.En cet « univers troposphérique 159 », que définit bien, d\u2019ailleurs, le titre du recueil: Sphère armillaire (« assemblage de cercles représentant le ciel et le mouvement des astres, et au centre desquels un globe figure la Terre160»), se perd «l\u2019astre bleu (du) désespoir 161 » : Je suis tout élan dans le cercle de la vie, ma faiblesse est debout, mon souffle n\u2019est que puissance d\u2019oiseau et j\u2019attends de mourir à cette cursive escale terrestre pour trouver l\u2019orbite éternelle où les ailes sont de feu.Je vis devant le cristal de l\u2019espace apical où se loge l\u2019impénétrabilité perpétuelle du vide incapable de soulever la hanche du mystère et les chairs en ascension, afin de pénétrer les rivages bleus et les paysages corallins de l\u2019immensité.L\u2019expiration de chaque jour allège mon âme et peu à peu la phase de l\u2019écoute du cœur devient libération.L\u2019avenir de l\u2019univers dépasse la présence des hommes.L\u2019avenir est siècles ultérieurs, ciels invisibles, éternité de Dieu 162.Il faut reconnaître que, malgré ses faiblesses, héritage d\u2019un passé poétique désuet, Sphère armillaire marque un progrès très net sur les œuvres antérieures de Reine Malouin: le style, ici libéré de la contrainte du vers classique, abonde moins en clichés et formules vides, et la petite teinte métaphysique qu\u2019il revêt, encore que, moralisante, elle agace parfois, n\u2019en fait pas moins oublier ou excuser son décalage d\u2019une expérience que l\u2019on ne saurait, par ailleurs, mettre en doute.Guy Godin Là où Reine Malouin achoppe, Guy Godin triomphe: il réussit à faire coïncider expérience et style.Iom 163 est un petit chef-d\u2019œuvre d\u2019écriture gracieuse et vraie.IOM, « c\u2019est MOI à l\u2019envers 164 ».Depuis le temps qu\u2019il appartenait à la tribu des Ladouceur du Cap-de-la-Madeleine et qu\u2019il se nommait Aspic, il en avait assez de son visage laid, purulent, et de sa vie d\u2019épagneul: Nous, les épagneuls, on marche, on prie, on s\u2019agenouille, on suit, on se tient serrés les uns contre les autres pour économiser de la chaleur.On a toujours froid.On a toujours quelque chose à demander.On vit de mercis et de s\u2019il vous plaît comme si on n\u2019avait droit à rien.On a peur du Châtiment éternel, on a peur de la Justice divine, on a peur d\u2019offenser le Bon Dieu, on a peur de ne plus croire en Dieu.On a plus peur du Bon Dieu que du Diable.Je ne suis pas un Canadien-français (sic), je suis un Genou-usé.Je suis un rejeton de la race des Genoux-usés.Au ciel, au ciel, au ciel, j\u2019irai la voir un jour.Au ciel, au ciel165 .Viennent de paraître ANACRÉON, LE JEUNE par Jean-Luc Mercié 15 x 22 cm, 196 pages, 60 Illustrations \u2014 Prix: $5,75 TRAVAUX DU 8* COLLOQUE INTERNATIONAL DE DROIT COMPARÉ tenu à Ottawa du 27 au 29 août 1970 15 x 22 cm, 322 pages \u2014 Prix: $5,00 QUANTITATIVE AND QUALITATIVE GEOGRAPHY LA NÉCESSITÉ D\u2019UN DIALOGUE (Travaux du colloque de géographie) 15 x 23 cm, x-216 pages \u2014 Prix: $4,00 En vente chez votre libraire et aux : Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa Ottawa, Canada K1N 6N5 AVRIL 1972 123 Alors, à « dix-sept ans, dix-huit peut-être166», son père mort, sa mère détestée, les curés reniés, abandonnés, cet « enfant vieux 167 » a rencontré Robe d\u2019un Soir et il a décidé de faire peau neuve: Aujourd\u2019hui, je me recrée.Je me jette dans le Saint-Laurent et je me rebaptise.L\u2019eau sale du fleuve se purifie pour couler sur mon corps.C\u2019est un baptême par immersion totale.J\u2019en bois aussi pour me rebaptiser l\u2019intérieur.Je m\u2019administre tout seul.Je me baptise IOM, en mon nom, au nom du Père; en mon nom, au nom du Fils et en mon nom, au nom du Saint-Esprit.Ainsi soit-il.Je suis moi-même la matière de mon être.Je m\u2019appelle IOM 16«.Quand, insatisfait de soi, on s\u2019est fait Iom, on ne peut se contenter du monde qui est là, tout autour de soi: il est trop laid, trop mauvais (ses hommes sont brutes, ses femmes juments, ses curés manquent d\u2019humour, etc.).Et Iom d\u2019entreprendre l\u2019iomisation du monde: En ce premier instant, ce premier moment, cette première heure de la création, j\u2019iomise mon soleil, ma lune, mes étoiles, nos astres, notre univers.Je fais de la voie lactée un chemin habitable pour toutes les âmes humaines, pour toutes les âmes humaines qui n\u2019ont pas encore réussi à se trouver un abri dans notre firmament immense.J\u2019agrandis le ciel.(.) Je désintègre les Parlements.J\u2019inaugure le règne de l\u2019amour.(.) L\u2019homme a cessé d\u2019être une créature.Il est libre.(.) L\u2019air est bon.L\u2019eau est fraîche et claire.Le soleil est chaud.(.) C\u2019est la fête du monde 169.Mais Iom est toujours Seul.Le plus difficile reste à faire: se purifier intérieurement, purifier la femme («La femme spécule sur toutes sortes de notions: fidélité, amour, sécurité, cœur, et tout ça au nom de ses fesses170.»), trouver la parole qu\u2019il faut.Iom et Robe partent donc en retraite fermée au bout de la terre du grand-père dont Robe a le privilège d\u2019être issue « hors-sexe ».Là, Iom et Robe se purifient dans l\u2019eau du ruisseau, s\u2019aiment à ne plus faire qu\u2019une seule tête, jouent au soleil et à la terre, créent enfin un nouveau langage.Ils sont maintenant prêts pour leur grande mission: Le Destin avait figure de lumière.Il nous appelait.(.) Soudés l\u2019un à l\u2019autre, nous avons foncé dans l\u2019eau, poitrine au fleuve, la tête vers le phare.(.) L\u2019eau atteignait à peine nos hanches lorsque nous avons touché l\u2019île du Phare.(.) Nous sommes le phare.Le phare, c\u2019est nous.Désormais nous serons le feu directeur de l\u2019homme.Nous serons sa lumière.Il faut que l\u2019homme relève la tête.Il faut que l\u2019homme soit heureux.Nous aurons livré à l\u2019homme le secret de la mort.Notre mort rendra la vie à l\u2019homme.Robe, il faut sauter .Robe, il le faut171.De cette fable, la morale est claire: l\u2019amour pur au cœur de la nature vierge, tel est le paradis où il faut plonger à la mort pour que l\u2019homme vive.A la suite de Réjean Ducharme, en ce monde haineux de nos pères et mères avilis et souillés par le sexe ( « Le sexe, c\u2019est le contraire de la liberté .La sexualité est une maladie 172.» ), Guy Godin sort le paradis de sa tête: Iom, tel un rayon de lumière.(N\u2019est-ce pas ainsi que jadis, du chef de ce bon vieux païen de Zeus, s\u2019échappa la déesse de la pensée et des arts, Athéna ?) Mais on n\u2019échappe pas ainsi à la terre lorsqu\u2019on est québécois et, par surcroît, proche concitoyen de Ringuet, lequel, bien avant Bessette et son Cycle 173, et de façon plus radicale encore, c\u2019est-à-dire métaphysique, non pas simplement psychologique, avait mis « la famille au rouet174 » : cycle de la Terre, cycle des générations, cycle de la pensée, cycle.Euchariste Moisan, exilé aux Etats, avait laissé sur sa « terre » son fils Etienne, qui y laissa, à son tour, Hormidas, qui y laissa.peut-être.le grand-père de Robe, prédicateur sûr comme pas un de l\u2019immuabilité de la Vérité qu\u2019il prêche, l\u2019éternelle sagesse paysanne: Mes p\u2019tits enfants, ne partez pas pour la ville.Si vous allez à la ville, vous serez déçus.Là-bas, personne ne regarde le soleil se coucher, personne ne le voit se lever.Pour les gens de la ville, (.) le soleil est un cadran.Pour nous, le soleil, c\u2019est la vie: la vie des arbres, la vie de l\u2019eau, la vie de toute la terre.(.) A la campagne, tout se découpe dans la clarté sombre d\u2019un ciel lumineux.A la ville, tout est noir, triste et informe.(.) A la ville, les gens survivent dans des cercueils de verre ou de béton.Lorsque la mort les saisit, ils sont affolés, ils ne l\u2019ont pas vue venir.Ils ne sont pas prêts.Ici, la mort, on la connaît, c\u2019est notre amie.Elle est le principe de toute vie.Nos plantes grandissent et meurent afin de permettre la vie à d\u2019autres plantes.La graine vit, meurt et redonne la vie.Au bout de la vie, il faut qu\u2019il y ait la mort pour qu\u2019il y ait vie à nouveau.Nous sommes habitués au cycle.Les gens de la ville ne comprennent rien.(.) Ne partez pas pour la ville, mes p\u2019tits, restez à la vie, restez en vie 175.En définitive, il s\u2019avère que Godin, plus que Ducharme, insiste sur le contenu des mots de sa « boîte à jouets176 », sur leur message, et il le sait: C\u2019est drôle les mots, on peut jouer avec eux.On grandit, et.au lieu de jouer dans le sable, on joue dans les mots.On construit des châteaux avec les mots.On fait une montagne, on fait une chaîne, on fait une chaîne de montagnes.Les mots, c\u2019est drôle.Moi, les mots, je les aime comme un fou.Je n\u2019épouserai pas une femme, mais un mot.Un mot comique, bizarre, plein de couleurs.Un mot qui aura une belle forme, le plus beau mot que je pourrai trouver.Ou simplement un mot que j\u2019aimerai sans trop savoir pourquoi.Ce sera un mot espagnol: profondo peut-être, ou amigo, ou corazon.Ou encore un mot français: rose, cristal, révolution, automne ou liberté.Est-ce les mots que j\u2019aime ou leur contenu ?Les deux je crois.Comme on peut aimer et la peau d\u2019une femme et son intelligence 177.Ainsi il s\u2019explique que Iom tourne à l\u2019allégorie.L\u2019iomisation n\u2019est pas que gratuit jeu de mots; elle est aussi histoire, critique et caricature d\u2019une certaine réalité québécoise.C\u2019est avec une histoire vraie, pas drôle, pas rose, que Guy Godin s\u2019amuse et nous intéresse.N\u2019écrit-il pas, d\u2019ailleurs, en une sorte d\u2019avertissement qu\u2019on peut lire au premier rabat de la couverture de son livre, ces mots: « Avec mon sang pour seule encre.» Tout, dans Iom, a été pesé au carat, mesuré au micron; sérieux, le jeu relève, ici, d\u2019une esthétique que Guy Godin a voulue la plus signifiante possible.De là aussi, malgré le parti pris de jeu, cette admirable économie de mots, que l\u2019on ne saurait trop louer: Godin ne risque pas, comme Ducharme, de s\u2019ensevelir sous sa propre avalanche de mots, mais, par contre, ayant bouclé sa propre boucle dans Iom, sa gracile inspiration ne trouvera peut-être pas très facilement un nouveau point de jaillissement.165.\tIbid., 15-16.166.\tIbid., 30.167.\tIbid., 18.168.\tIbid., 30-31.169.\tIbid., 43-44.170.\tIbid., 41.m.Ibid., 67-69.112.Ibid., 62.173.\tGérard Bessette, Le Cycle.Roman.Coll.« Les Romanciers du Jour », 73.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1971, 213 pp.174.\tVoir Relations, mars 1972, 90-93.175.\tIom, 64-66.176.\tSaint-Denys Garneau : œuvres, texte établi, annoté et présenté par Jacques Brault et Benoît Lacroix, Montréal, les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1971, 10.177.\tIom, 21.(A suivre) Département des lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.\t \t \t \t \t \t \t \t 124 RELATIONS ===== CINÉMA\t.r.-; .Intéressant ou kétaine, le cinéma québécois est bien vivant par Yves Lever Claude Jutras : Mon oncle Antoine Presque tout le monde a vu et goûté Mon oncle Antoine.On y a admiré la qualité de l\u2019image, la finesse de la mise en scène et le jeu du jeune Gagnon découvrant tout simplement, sans mélodrame, l\u2019amitié, les seins de sa petite amie, la femme, la solitude, la mort, l\u2019hypocrisie et le manque de « pureté » du monde adulte.Claude Jutras a su condenser ces expériences en une seule jourpée (ou presque) et rester dans les limites du vraisemblable.D\u2019où la grande séduction de son film.Cette expérience personnelle constitue l\u2019armature principale du film.Elle se déroule cependant dans un contexte spatio-temporel bien déterminé.Il est important, je pense, de revoir ou de relire le film en regardant ce contexte.Voici quelques jalons.Avec Mon oncle Antoine, nous sommes dans le Québec rural de 1950 (environ) en voie d\u2019industrialisation; on y a encore le choix, comme moyen de subsistance, entre la petite ferme, l\u2019été, et les chantiers, l\u2019hiver, ou bien le travail à la mine.Ceci commandait des institutions et des modes d\u2019organisation sociale bien déterminés.Jutras et le scénariste Clément Perron ont fort bien réussi cette « mise en situation ».Pensons simplement à ces deux pôles d\u2019attraction que constituaient l\u2019église pour la religion et le miroir de la mort, et le magasin général pour les « prises de parole » gaillardes; à la difficulté des communications (train, traîneau, téléphone), à la tristesse de la petite ferme et aux conversations dans le camp du chantier ( « si tu savais comme on s\u2019ennuie à la Manie .»); au snobisme « sacralisé » de la femme du médecin, au foreman anglophone et au « bon boss » distribuant ses cadeaux de Noël de pacotille.« Pognés », les gens de cette époque l\u2019étaient certes, mais comme disent Marie Tremblay et Alfred Desrochers dans Un pays sans bon sens, c\u2019était quand même une belle misère, car on pouvait encore y rester humain.Jacques Godbout: IXE-13 Les personnages adultes de Mon oncle Antoine lisaient sans doute les aventures d'IXE-13, très populaires à l\u2019époque de leur enfance.Il faisait bon, de temps en temps, de s\u2019évader dans un monde imaginaire où l\u2019on pouvait prendre des initiatives et vaincre, par procuration, tous les « ennemis » auxquels on faisait quotidiennement face (patron, travail, température, commérages du village, etc.).Les lecteurs d'IXE-13 n\u2019ont sûrement jamais imaginé (au sens fort de « mettre en images » ) les personnages et lieux d\u2019action avec des images ressemblant de près ou de loin à celles du film de Godbout.Quelles qu\u2019aient été les intentions de celui-ci et malgré toutes les théories sur la transposition et la distanciation, je ne crois pas que l\u2019on puisse voir dans son film une petite synthèse de notre culture de masse de 1950.Il faut plutôt parler de l\u2019imaginaire des spectateurs des James Bond ou de celui des intellectuels des années \u201960.Dans cette optique, le film de Godbout (et d\u2019une équipe formidable) m\u2019apparaît fort réussi.Musique, décors de carton aux couleurs pop flamboyantes, intrigues abracadabrantes, délire iconoclaste, écrans de fumée orientale à l\u2019odeur de marijuana, caricatures réussies d\u2019un certain cinéma, les Cyniques qui restent les Cyniques sous leurs différents maquillages en personnalités d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui: tout cela constitue un délice visuel et sonore, un « voyage » bien conduit.Si l\u2019on rit \u2014 et moi je l\u2019ai beaucoup fait \u2014 ce n\u2019est pas de nos grands frères de 1950, mais de nous-mêmes et de nos voisins (surtout!!) d\u2019aujourd\u2019hui, car le portrait est trop fidèle.Thomas Vamos: L'Exil Quelques mois avant les événements d\u2019octobre \u201970, Thomas Vamos s\u2019était formulé des intuitions que beaucoup de Québécois partageaient déjà et qui se verraient confirmées par octobre: vaste étendue de l\u2019infiltration policière, tables d\u2019écoute, possibilité de la répression par l\u2019armée, contrôle des mass media par la censure extérieure et l\u2019autocensure, etc.La première partie de l\u2019Exil relate cette prise de conscience à travers le personnage de Jean, un journaliste lucide et pas trop « pogné ».Jusque là, le rythme est alerte, le ton, juste, et le personnage reste sympathique, même si Jean fait un peu trop « journaliste de cinéma » qui sait si bien mettre à jour les dessous des affaires louches.Mais ce ne sera pas l\u2019objet principal du film.Vamos va plutôt essayer de nous montrer comment une personnalité individuelle va tenter de survivre à travers une crise politique grave.Et, fait surprenant, voilà notre journaliste parti en forêt à la recherche d\u2019un sage mythique résidant sur une montagne, près d\u2019un lac introuvable.L\u2019amie qui l\u2019accompagne, trop bourgeoisement réaliste, ne réussit pas à « embarquer » dans cette recherche.C\u2019est à peu près le même scénario que le départ idyllique de certains étudiants dans la drogue ou vers la ferme, à la campagne, après l\u2019échec de la contestation de 1968.Loin de l\u2019action, incapable de rejoindre sa compagne, n\u2019ayant plus aucune prise sur un réel historique, Jean voit toutes les routes de la forêt se bloquer devant lui et il ne peut plus en sortir.Non seulement ne s\u2019est-il pas trouvé lui-même, ce qui n\u2019est pas très surprenant, mais il découvre finalement que le véritable combat politique s\u2019est fait en son absence.Il a tout perdu.Peut-on se trouver soi-même et communiquer avec d\u2019autres en dehors de l\u2019àction ?J.Beaudin : Le Diable est parmi nous Si vraiment le diable est parmi nous, ce qui est fort probable malgré tout, ce n\u2019est sûrement pas en allant voir le film de Beaudin qu\u2019on va apprendre à le reconnaître ! Chaque année, un certain nombre de meurtres restent inexpliqués.A la fin du film, on nous en dresse une petite liste pour quelques grandes villes du monde.L\u2019explication ?Le diable est parmi nous et il agit efficacement à travers de puissantes sectes (en milieux bourgeois et esthètes, évidemment) où l\u2019on fait usage de toute la panoplie des masques, maquillages, encens, orgies, messes noires, etc.C\u2019est déjà simpliste comme explication.Quand, en plus, ça se retrouve dans un film mal construit, avec des longueurs épouvantables et une foule de détails inutiles, avec plusieurs séquences mal copiées d\u2019autres films célèbres et une interprétation trop souvent défaillante (Danielle Ouimet nous fait douter du minimum de talent qu\u2019on lui avait accordé), cela devient de l\u2019insignifiance.Surtout, et c\u2019est encore plus grave, ce film passe complètement à côté de tout le mystère des sous-bassements psychologiques symbolisés par le personnage mythique de Satan.Pourquoi, en effet, des récits sataniques ou des films d\u2019horreur, si ce n\u2019est pour donner des images et symboliser les puissances occultes négatives qui se retrouvent dans l\u2019inconscient de tout homme ?Polanski, lui, a très finement introduit à ce mystère avec Rosemary\u2019s Baby.En un sens, même les plus mauvais films d\u2019horreur le font mieux que le Diable est parmi nous.Roger Cardinal : L'Apparition Malgré énormément de détails inutiles, l\u2019absence de rythme, la platitude de certains gags ou la sophistication de certains autres, l\u2019Apparition fait quand même rire beaucoup de monde et apporte quelques éléments qui méritent d\u2019être soulignés.Personnellement, j\u2019aime beaucoup les personnages de Rosaire Latendresse (Pierre Labelle, celui des Baronnets qui joue au niaiseux) et de Marie-Claire.Au milieu de tous les autres personnages qui « sonnent » faux (et qui sont faux, on s\u2019en rend compte plus que jamais) parce qu\u2019ils correspondent trop à l\u2019imagerie-cliché qu\u2019on s\u2019en fait habituellement (le reporter de la télé et son assistante/maîtresse, Ti-Mé le paysan, le couple de millionnaires, etc.), Rosaire et Marie-Claire deviennent très attachants, l\u2019un, par son langage bien spécial, l\u2019autre, par son silence.Timide et très niaiseux (apparemment), Rosaire n\u2019ouvre la bouche que pour des monologues (très drôles) à travers lesquels il opère une véritable désarticulation du langage logique et, par approximations successives, se trouve des paroles authentiques et atteint à une sorte de lucidité.Avec sa tendresse et sa naïveté, c\u2019est lui qui touchera finalement le cceur de la très belle et un peu mystique Marie-Claire.Un Chariot parlant aurait sans doute été mieux réussi que Rosaire, mais il aurait été construit sur le même modèle.AVRIL 1972 125 ¦¦ LES LIVRES Gustave Lanctôt: L\u2019Administration de la Nouvelle-France.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1971.L\u2019Auteur avait 46 ans quand il publia sa thèse de doctorat d\u2019université en Sorbonne en 1929.En reprise typographique, on vient de rapatrier son ouvrage aux Editions du Jour, avec une telle fidélité qu\u2019on y retrouve jusqu\u2019à la dédicace: « A la mémoire de ma mère et de mon père », et des notes toujours numérotées 54a (p.40), 83a Yves Lever, Cinéma et société québécoise.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1972, 201 pp., $3.50.Les lecteurs de Relations sont maintenant familiers de la chronique de cinéma de notre confrère Yves Lever.Ils ont pu apprécier l\u2019attention sympathique mais sans condescendance qu\u2019il accorde aux cinéastes québécois, et le souci qui l\u2019anime de replacer l\u2019événement cinématographique dans le contexte plus large de l\u2019évolution de notre société.Concises et mordantes, ses critiques, prises à la suite, sont un peu l\u2019histoire des complexes, des inquiétudes, des aspirations et des revendications du Québec au cours des trois dernières années, et de l\u2019image que nous en offre notre cinéma, depuis Valérie jusqu\u2019à L\u2019Acadie, l\u2019Acadie.D\u2019où l\u2019intérêt de regrouper ces textes comme il l\u2019a fait dans Cinéma et société québécoise que lançaient les Editions du Jour le 8 mars dernier.A une quinzaine de critiques de films québécois (auxquels il faut ajouter quelques œuvres étrangères particulièrement significatives, telles Ma Nuit chez Maud ou L\u2019heure des brasiers), FA.a joint trois inédits: une analyse structuraliste des différents systèmes de publicité de cinéma dans un grand quotidien montréalais, qui met en lumière la force de persuasion de l\u2019annonce-image; une étude sur la rubrique « Appréciation morale des films », qui fait ressortir le code moral des censeurs catholiques; et un texte remarquable, intitulé « Pierre Perrault et la construction du Québec libre » qui passe en revue les cinq films du cinéaste pour dégager le message, « la structure significative » de chacun avant de dessiner l\u2019image du Québec libre et « le système de valeurs de la communauté/Québec » que Perreault propose à son public.Les pages que l\u2019A.consacre à l\u2019œuvre de Perrault ont le mérite de présenter une synthèse originale et très éclairante de l\u2019une des manifestations les plus importantes de la jeune culture québécoise.Un petit livre qui aide le spectateur québécois à mieux voir: à s» reconnaître.A.Beaudry.et 83b (46), 104a (50).Mais à part le sous-titre ( « administration générale » ), on a omis l\u2019index et la table des matières, tout en laissant 14 pages en blanc pour qui voudrait les transcrire si besoin était.L\u2019ouvrage de Lanctôt avait une certaine valeur et sa rareté en rendait la consultation plus difficile.Un format plus commode et une typographie rajeunie ont redonné à cet instrument de travail, à cet ouvrage de consultation, son utilité première, cette fois sous copyright.Une subvention du Conseil des Arts du Canada a aidé cette réédition.Ce travail était d\u2019un genre historique très particulier.Historique, parce que reposant sur des textes, surtout officiels et, très particulier, vu qu\u2019il constituait principalement une étude théorique et statique du rôle des administrateurs.Disons, pour emprunter l\u2019expression à André Vachon, que l\u2019auteur a donné une description « des institutions administratives dans leur état de perfection » (cf.« L\u2019administration de la Nouvelle-France » in Dictionnaire biographique du Canada, vol.2, p.xv).C\u2019est que, à côté de ce minutieux examen fait par Lanctôt, il restait place pour vérifier ce que fut, dans la pratique, l\u2019usage concret qui a été fait des fonctions et des pouvoirs, aux mains de différentes personnalités qui en étaient revêtues.Depuis ce temps-là, quelques biographies ont rempli cette tâche., Georges-Emile Giguère.Joseph Ratzinger: Le Nouveau peuple de Dieu.Col.« Intelligence de la foi ».\u2014 Paris, Aubier Montaigne, 1971, 191 pp., 20 x 13 cm.On a réuni ici quelques articles, plus ou moins profondément remaniés, que l\u2019auteur avait précédemment fait paraître dans divers périodiques.Ce recueil constitue un excellent petit ouvrage sur certains problèmes importants d\u2019ecclésiologie.L\u2019A.aborde successivement les questions suivantes: l\u2019origine et l\u2019essence de l\u2019église; le ministère ecclésiastique et l\u2019unité de l\u2019église; primauté et épiscopat; la théologie du concile; les implications pastorales de la doctrine de la collégialité des évêques; les nouveaux païens et l\u2019église; le fameux adage « hors de l\u2019église, pas de salut »; le problème du caractère absolu de la voie chrétienne du salut.Au sujet des trois dernières questions, le problème de la mission, de sa nécessité et de sa signification, se trouve considéré.Dans le bref chapitre sur l\u2019origine et l\u2019essence de l\u2019église, on trouvera des vues synthétiques intéressantes sur l\u2019église dans le nouveau testament.Le cœur de l\u2019ouvrage porte sur la théologie du ministère et, en particulier, sur la collégialité épiscopale, sur ses relations avec la primauté du pape et sur les conséquences pastorales que la fidélité à l\u2019esprit de la collégialité épiscopale entraîne dans l\u2019ensemble de la vie de l\u2019église.Ces chapitres ne sont pas de lecture particulièrement facile pour qui fréquente peu les ouvrages de théologie, mais ils apportent des vues substantielles et équilibrées sur une difficulté cruciale de la rénovation actuelle de l\u2019église.Plusieurs y trouveront des éclaircissements capables d\u2019apaiser bien des inquiétudes et de faire comprendre le sens positif de certaines tendances, apparemment troublantes, qui s\u2019expriment aujourd\u2019hui dans l\u2019église occidentale.Au moment où l\u2019église du Québec est invitée par le Rapport Dumont à une révision en profondeur, il est essentiel que le plus grand nombre possible de ses membres ait, sur des points ecclésiologiques comme ceux-là, des positions doctrinales éclairées et solides.Le livre de Joseph Ratzinger peut aider à y parvenir.Jacques Chênevert.= OUVRAGES REÇUS-¦ Acta criminologica.Etudes sur la conduite antisociale.Vol.5.\u2014 Montréal, PUM, janvier 1972, 200 pp.Azard, Pierre, avec le concours de Bisson, Alain-François:\tDroit civil québécois.Tome 1: Notions fondamentales.Famille.Incapacités.\u2014 Ottawa, Ed.de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1971, 335 pp.Bea, Augustin: Ma vie pour mes frères.Notes spirituelles.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1971, 414 pp.Boros, Ladislaus: Rencontrer Dieu dans l\u2019homme.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1971, 172 pp.Boutin, L.-N.: Charles-Joseph-Eugène de Mazenod, un magnanime au service de l\u2019Eglise.\u2014 Montréal (2585 Letoumeux), Rayonnement, 1971, 143 pp.Brabant, Hyacinthe: Erasme, humaniste dolent.\u2014 Québec, PUL, 1971, 112 pp.Butterwoerh, Robert: La Création.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1971, 91 pp.Cantwell, Laurent: La Trinité.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1970, 93 pp.Charpentier, Alfred: Cinquante ans d\u2019action ouvrière.Les mémoires d\u2019Alfred Charpentier présentés par Gérard Dion.\u2014 Québec, PUL, 1971, 540 pp.' Comité national d\u2019art sacré: L\u2019Eglise, maison du peuple de Dieu.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1971, 93 pp.Coventry, Jean: La Foi.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1970, 109pp.Deschamps, Marcel, Tremblay, Deny: Dossier en Théâtre québécois.Vol.1: Bibliographie.¦\u2014 Jonquière, CEGEP, 1972, 230 pp.polyc.Dion, Léon, Sheffield, Edward F., Ricœur, Paul: L\u2019enseignement supérieur: bilans et prospective.\u2014 Montréal, PUM, 1971, 79 pp.Drôscher, Vitus B.: Le langage secret des animaux.Col.« Marabout Université », 224.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 244 pp.Dulong, Renaud: Une Eglise cassée.Essai socio-logique sur la crise de l\u2019Eglise catholique.\u2014 Paris, Ed.Economie et Humanisme et Ed.Ouvrières, 1971, 176 pp.Erasme: Les Colloques d\u2019Erasme choisis, traduits et présentés par Léon-E.Halkin.\u2014 Québec, PUL, 1971, 127 pp., Erasme: La correspondance d\u2019Erasme.Vol.IV.Trad, et ann.par Marcel A.Nauwelaerts.\u2014 Québec, PUL, 1970, 742 pp.French, Harry: Guide d\u2019économie familiale.\u2014 Montréal, Publ.Les Affaires Inc., 1972, 143 pp.Gavoty, Bernard: L\u2019arme à gauche.\u2014 Paris, Beau-chesne, 1971, 143 pp.Gibson, Elsie: Femmes et ministères dans l\u2019Eglise.\u2014 Tournai, Casterman, 1971, 254 pp.Hutin, Serge: Histoire de l\u2019alchimie.Col.« Marabout Université », 223.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 286 pp.Idéologies au Canada français, 1850-1900.Sous la direction de Fernand Dumont, Jean-Paul Mont-miny, Jean Hamelin.\u2014 Québec, PUL, 1971, 327 pp.Israel, Gérard: JID.Les Juifs en URSS.\u2014 Paris, Ed.spéciale, 1971, 351 pp.Lamirande, Emilien: La Situation ecclésiologique des Donatistes d\u2019après saint Augustin.Contribution à l\u2019histoire doctrinale de l\u2019œcuménisme.\u2014 Ottawa, Ed.de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1972, 193 pp.Lewry, Osmund: Théologie de l\u2019histoire.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1971, 95 pp.MacDonald, Charles: Les Parachutistes.Une arme d\u2019élite.«Histoire illustrée de la seconde guerre mondial» (Marabout), 23.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1971, 188 pp.Maillet, Antonine: Rabelais et les traditions populaires en Acadie.« Les Archives de folklore », 13.\u2014 Québec, PUL, 1971, 201 pp.Marcotte, Paul J.:\tPriapus Unbound.Shake- speare\u2019s Concept of Love.\u2014 Ottawa, University of Ottawa Press, 1971, 213 pp.Marr, Dr Jean: La bonne drogue et la mauvaise drogue.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1971, 48 pp.Masriya, Yahudiya: Les Juifs en Egypte.\u2014 Genève, Ed.de l\u2019avenir, 1971, 74 pp.Mascolo, Antonio: La fraternité chrétienne chez les religieux et les religieuses.\u2014 Ottawa, Conférence religieuse canadienne, 1971, 130 pp.O\u2019Collins, Gérald: La Révélation.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1970, 95 pp.Sociologie et sociétés, 3/2.\u2014 Montréal, PUM, novembre 1971.Synode des évêques 1971: Le sacerdoce 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