Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1972-06, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" MONTRÉAL NUMÉRO 372 RECENSEMENT CANADIEN quarante ans de recul pour les francophones ?\u2014 R.Arès AUTODÉTERMI NATION le Québec et les évêques canadiens \u2014 I.Desrochers LE CONGRÈS DE SANTIAGO les chrétiens et le socialisme \u2014 Y.Vaillancourt LE CONFLIT DANS L\u2019ÉGLISE le manifeste des 30 théologiens \u2014 J.Chênevert ________relations________________________________________ revue du mois publiée par\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, Albert Beaudry, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vail- LANCOURT.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION «t ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 \u2014 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ : Jean Laurin et associés, représentants pour la publicité nationale et locale: 1411, rue Crescent, suite 406.Tél.: 845-6243.numéro 372 juin 1972 SOMMAIRE Église et société Les évêques canadiens et la vie politique au Québec .\t162 Le droit du Québec à l\u2019autodétermination : les évêques se sont-ils prononcés ?.Irénée Desrochers 163 Espérance et conflit dans l\u2019Église : le manifeste des 30 théologiens.Jacques Chênevert 168 Canada/Québec Francophones et anglophones au Canada : le recensement de 1971.et l\u2019évolution des 40 dernières années Richard Arès 170 Est-ce la fin de « Notre Question nationale » ?Fernand Dumont 172 Éducation sociale Les loisirs familiaux : une expérience d\u2019éducation sociale et culturelle.Michel Corbeil 174 Le congrès de Santiago Le congrès de Santiago : première rencontre latino-américaine des chrétiens pour le socialisme Yves Vaillancourt 176 Le congrès de Santiago : document final.177 Éducation et morale chrétienne Amour, attente et sacrifice : pour une éducation chrétienne des jeunes à l\u2019amour.Marcel Marcotte 181 Le dimanche : fête de la liberté ou précepte de la servitude ?Guy Bourgeault 184 C\u2019est écrit.Paul Fortin 186 Chroniques Théâtre : Derniers plats .\t.\t.Georges-Henri d\u2019AuTEUiL 186 Cinéma : « Les Smattes », de Jean-Claude Labrecque Yves Lever 188 Les livres : Fidélité conjugale et divorce \u2014 quelques suggestions bibliographiques .\t.Guy Bourgeault 189 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.Relations publiques : Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième claise \u2014 Enregistrement no 0143.LES ÉVÊQUES CANADIENS ET LA VIE POLITIQUE AU QUÉBEC Au terme de notre assemblée régulière du printemps, nous aimerions vous faire part de certaines décisions que nous avons prises pour faire suite aux enseignements du Synode des évêques, à Rome, en 1971, sur la «Justice dans le monde ».La question posée concernait l\u2019accomplissement de la justice dans l\u2019Eglise et dans le pays.Ainsi, nous avons considéré la justice dans les réalités économiques, dans la vie interne de l\u2019Eglise, etc.Nous nous sommes également interrogés sur un problème qui concerne directement le Québec, mais qui ne peut manquer d\u2019avoir des incidences dans tout le pays.Nous savons pertinemment que les évêques du Québec se voient demander par les chrétiens et, notamment, par les jeunes : sommes-nous libres comme chrétiens et comme communautés chrétiennes dans nos choix politiques ?Y a-t-il quelque option qui soit exclue, ou quelque option qui soit à prendre ?A une question posée sous l\u2019angle pastoral, nous voulons donner une réponse pastorale.Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au pian individuel que collectif.C\u2019est la doctrine récente la plus claire de l\u2019Eglise.« Il revient aux communautés chrétiennes d\u2019analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l\u2019éclairer par la lumière des paroles inaltérables de l\u2019Evangile, de puiser des principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d\u2019action sociale dans l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise .A ces communautés chrétiennes de discerner, avec l\u2019aide de l'Esprit-Saint, en communion avec les évêques responsables, en dialogue avec les autres frères chrétiens et tous les hommes de bonne volonté, les options et les engagements qu\u2019il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques qui s\u2019avèrent nécessaires avec urgence en bien des cas.Dans cette recherche des changements à promouvoir, les chrétiens devront d\u2019abord renouveler leur confiance dans la force et l\u2019originalité des exigences évangéliques ».(Lettre « Octogesima Adveniens » au Cardinal Maurice Roy, 1971, no 4).Et de plus, du récent Synode des évêques en 1971 : « Pour réaliser le droit au développement : a)\tQue les peuples ne soient pas empêchés de se développer selon leurs propres caractéristiques culturelles; b)\tQue dans la collaboration mutuelle chaque peuple puisse être lui-même le propre artisan de son progrès économique et social; c)\tQue chaque peuple puisse prendre part à la réalisation du bien commun universel comme membre actif et responsable de la société humaine à un plan d\u2019égalité avec les autres peuples ».(La Justice dans le monde, no 8.) Mais, il nous faut également indiquer deux choses aux chrétiens.La première : dans la recherche et la poursuite des options politiques différentes ou contraires, il y a des valeurs humaines et chétiennes à respecter et à vivre.Il en va de même pour ceux qui préfèrent demeurer en dehors du débat ou de telle recherche.Chez tous, par exemple, outre l\u2019amour, la paix, la justice, la solidarité et la fraternité, on doit trouver le respect et l\u2019acceptation d\u2019autrui même quand celui-ci a des options différentes de celles qu\u2019on a soi-même, le respect et l\u2019acceptation des choix des collectivités accomplis dans les divers moments de leur histoire.La seconde : « Les options politiques de par leur nature sont contingentes et n\u2019interprètent jamais l\u2019Evangile de façon absolument adéquate et durable ».(Synode, Le Sacerdoce Ministériel, Deuxième partie, activités profanes et politiques, 1971.) A nous donc, chrétiens, laïcs, prêtres, religieux, religieuses, évêques, Peuple de Dieu tout entier, est demandé de nous rappeler que l\u2019Eglise entend jouer à travers le changement, la recherche, la discussion, le rôle d\u2019une instance supérieure de rencontre, de justice, de dialogue, de communion.Quant à nous, évêques, nous entendons servir le Peuple de Dieu là où ii est et dans les options politiques, économiques, sociales et culturelles qu\u2019il aura choisies.(Assemblée Plénière, Conférence catholique canadienne, 21 avril 1972.Texte intégral de la déclaration.) 162 RELATIONS Le droit du Québec à [\u2019autodétermination Les évêques se sont-ils prononcés ?par -Irénée Desrochers- A l\u2019issue de leur récente réunion semi-annuelle à Ottawa, le 21 avril, les évêques catholiques du Canada ont fait la déclaration suivante: Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif.Les journaux ont expliqué que, pour en arriver là, les évêques avaient dû modifier leur ordre du jour.Il avait été prévu au départ que la « délicate » question ne devait être abordée brièvement qu\u2019aux ateliers de travail.Elle a fini par pénétrer à l\u2019assemblée plénière pour une réunion « spéciale » et par y Si les journalistes avaient eu l\u2019impression, à cause du langage qu\u2019auraient utilisé les évêques, que ces derniers s\u2019étaient vraiment et clairement prononcés sur le droit à l\u2019autodétermination, on aurait vu tout autre chose dans les journaux, ça paraît bien évident.Le Devoir a titré, le 22 avril: « Le droit à l\u2019autodétermination: les évêques ne se prononcent pas.» Et c\u2019est là l\u2019impression qui restera sans doute chez une très grande partie du public.Dans la plupart des cas, les journaux ont reproduit des extraits du texte lui-même ou le bref communiqué préparé par la CCC, abandonnant au lecteur le soin d\u2019essayer de conclure.L\u2019un des grands journaux qui ont reproduit le texte intégral de la déclaration a même donné comme raison pour cela, celle de dissiper « une certaine confusion » créée par la prise de position de l\u2019épiscopat.L\u2019un des seuls commentateurs jusqu\u2019ici affirme que les évêques ont habilement escamoté le problème.Dimanche le 21 mai, au programme de télévision 5-D, un prêtre, en présence d\u2019un évêque, a donné comme exemple du silence des évêques, « le cas sur le droit à l\u2019autodétermination ».Un journaliste de bonne volonté a tout au plus laissé entendre qu\u2019il y occuper pas mal de place.Il avait été prévu de plus que l\u2019étude en ateliers n\u2019entraînerait aucune déclaration de la part de la CCC.De fait, un comité spécial de quatre évêques a dû être constitué par la plénière, pour travailler de nuit, afin de préparer un projet de déclaration.Celui-ci fut approuvé par l\u2019assemblée à peu près tel quel.Son affirmation de base est citée plus haut.Que veut dire exactement cette déclaration intitulée « La vie politique au Québec » ?Que peut surtout y comprendre le grand public guidé rapidement par les manchettes et les réactions de la presse ?avait quelque chose d\u2019assez intéressant dans le texte des évêques, « si on lit entre les lignes ».Y a-t-il vraiment quelque chose d\u2019important entre les lignes ?A mon avis, les évêques du Canada se sont prononcés, le 21 avril dernier, en faveur du droit du Québec à l\u2019autodétermination.Reste à l\u2019expliquer aux lecteurs assez patients pour retourner aux sources.Pour s\u2019éclairer, il est important de replacer cette déclaration, \u2014 tous sont d\u2019accord pour dire qu\u2019elle est « extrêmement générale », \u2014 dans un assez vaste contexte: celui des circonstances, sans doute, mais surtout celui de l\u2019enseignement antérieur de l\u2019Eglise sur cette même question.Il faut donc replacer l\u2019affirmation de la CCC dans le contexte de ce que le document du dernier Synode à Rome sur La Justice dans le monde appelle « un ensemble organique de doctrine », qui se retrouve dans plusieurs documents de l\u2019Eglise, échelonnés sur une période de temps assez longue.Pendant ce laps de temps, le contexte historique a varié: guerres mondiales, décolonisations, problèmes des pays en voie de développement.En fait, on ne comprend bien les textes que si à travers les problèmes de colonialisme et de décolonisation, ou d\u2019indépendance et de néo-colonialisme, on saisit qu\u2019il s\u2019agit toujours au fond des mêmes droits fondamentaux, des mêmes principes moraux.Ce type de lecture est évidemment facilité, si l\u2019on s\u2019efforce consciemment, \u2014\tcar il faut se défier de ses réactions personnelles spontanées, souvent dues à un manque de réflexion ou même à des préjugés assez bien camouflés, \u2014\tde bien faire certaines distinctions.L\u2019une des plus importantes qu\u2019il ne faut cesser de répéter (des discussions vous le prouveront), c\u2019est celle qui distingue le droit moral fondamental lui-même, de l'exercice concret et responsable de ce droit moral.Un droit fondamental, toujours le même, trouve historiquement à s\u2019exercer, à s\u2019appliquer, selon différentes circonstances, dans différentes options politiques: par exemple, soit le fédéralisme, soit l\u2019indépendance, soit dans un Etat dit multinational, soit dans un Etat uni-national.Il s\u2019agit de saisir l\u2019unité de l\u2019enseignement moral au niveau des principes de base.La preuve que ce n\u2019est pas toujours facile, c\u2019est que nombre de gens, sans même s\u2019en apercevoir, glissent instinctivement d\u2019un plan à l\u2019autre, et ne font pas de distinction entre le droit à l\u2019autodétermination et ce qu\u2019ils appellent tout court « l\u2019autodétermination » elle-même, expression qui pour eux veut alors dire, et nécessairement, l\u2019indépendance politique effective, la séparation de fait, le séparatisme comme option proprement politique et particulière.Cette dernière façon de s\u2019exprimer ne permet pas de se placer au niveau où se situe l\u2019enseignement de l\u2019Eglise x.1.La distinction entre un droit moral, dont il s\u2019agit ici, et un droit positif, existant ou à naître, qui cherche à traduire juridiquement le principe moral, ne devrait pas être difficile à retenir, qu\u2019il s\u2019agisse du droit international (songeons aux résolutions d\u2019un organisme comme les Nations Unies) ou d\u2019un droit juridique canadien (pensons aux propositions discutées dans le Rapport final du Comité spécial mixte sur la Constitution du Canada, de mars 1972).Oui ou non?JUIN 1972 163 Le droit de la personne au libre choix des options politiques Tout ce que l\u2019on pourra dire plus loin, dans le cas des groupes, des collectivités, des peuples, touchant le droit à la liberté politique, se rattache directement aux droits fondamentaux de la personne individuelle.Paul VI, dans Populorum Progressif) (1967), a présenté une vision du « développement des peuples » qui part justement de la notion du « développement intégral de tout l\u2019homme » (n.42).Chaque homme est appelé à se développer.Doué de liberté, il est responsable de son épanouissement et demeure, quelles que soient les influences qui s\u2019exercent sur lui, « l\u2019artisan principal » de sa croissance en humanité (n.15).Au Parlement de Kampala, capitale de l\u2019Ouganda, le 1er août 1969, Paul VI, s\u2019adressant aux « populations » et aux « peuples » de toute l\u2019Afrique2, reprenait l\u2019idée de la dignité de la personne et rappelait les exigences de « cette valeur très haute » de la liberté personnelle, alors qu\u2019il parlait de « structures politiques », de « l\u2019indépendance », de « la question toujours brûlante » du colonialisme et du néo-colonialisme, de « l\u2019accès à une vraie souveraineté », de la préparation d\u2019hommes et d\u2019institutions capables d\u2019un « vrai et solide autogouvernement », et, en toutes lettres, de « l\u2019autodétermination politique ».C\u2019est que la fin de toute vie sociale est le développement des valeurs personnelles de l\u2019homme.En conclusion, dire, comme le font les moralistes et les documents de l\u2019Eglise, que la liberté de la personne humaine de « contrôler son destin » et de réaliser sa propre indépendance inclut, comme bien essentiel pour sa Paul VI enseigne toujours que ce droit de tous les hommes revêt un aspect communautaire et s\u2019applique à « chaque groupement d\u2019hommes » (Populorum Progressio, n.14).Il n\u2019est pas nécessaire de tomber dans le piège de la définition technique et précise de mots difficiles, tels que « nations » ou « nationalités » 4 5.Mais il importe de noter la variété des expressions utilisées.Certains moralistes 6 parlent de « groupe social », de « communauté politique », et évidemment du droit des « peuples », puisque c\u2019est là personnalisation, la liberté dans le domaine politique, c\u2019est dire en d\u2019autres mots (des mots dont on se sert le plus souvent pour parler de groupements) que l\u2019individu, tout homme, quelles que soient les modalités multiples de l\u2019exercice de ce droit, a le droit fondamental à l\u2019autodétermination politique, et que le droit de n\u2019importe quel groupe, collectivité, peuple, nation, pays ou état, à l\u2019autodétermination politique s\u2019enracine dans ce droit premier de chaque homme à cette même autodétermination 3.A partir du moment où le droit des autres est respecté, c\u2019est l\u2019individu qui doit faire son propre choix, et non les autres pour lui.Il doit être réellement libre, et pas seulement selon certaines apparences ou selon certaines dispositions d\u2019un droit positif trop déficient ou trop peu respecté.Ce droit personnel est un droit strict en justice, que l\u2019individu ne peut jamais perdre.Les évêques canadiens, le 21 avril, ont rappelé cet enseignement en disant brièvement que « toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres.au plan individuel».Au niveau du droit positif, on remarquera que le Comité sur la Constitution du Canada, dans son récent Rapport final, recommande que « le préambule de la constitution reconnaisse que la fédération canadienne est fondée sur la liberté de la personne et la protection des droits fondamentaux de l\u2019homme qui sont l\u2019objet fondamental et essentiel de l\u2019Etat ».Il conviendrait, dit le rapport, « de reconnaître l\u2019autodétermination comme un droit des citoyens ».l\u2019une des applications les plus évidentes, car « les peuples ne sont en définitive que des groupements d\u2019individus » (Benoît XV, Pacem, 1920).D\u2019autres moralistes6 parleront de « groupes humains », de « groupes qui ne sont pas encore des Etats », de « réunions d\u2019hommes », même de « minorités économiques », en écartant volontairement l\u2019emploi du mot « nation », parce qu\u2019ils le trouvent ambigu, chargé de significations multiples.Les Papes et les évêques parlent en tenant compte du contexte historique du moment.Le même principe du droit au libre choix des options politiques moralement légitimes revient donc dans des contextes où une série de mots différents pourront être employés.C\u2019est l\u2019ensemble du texte qui en explique le sens.Lors des deux guerres mondiales, les Papes parlaient des « nations » petites et grandes de l\u2019Europe.Puis suivit la période des années 1950 et 1960, pendant laquelle il fut question de la décolonisation des « peuples » aspirant à l\u2019indépendance.Pie XII (Fidei donum, avril 1957) parle d\u2019une Eglise particulièrement attentive à l\u2019accession « de nouveaux peuples » aux responsabilités de la liberté politique.Paul VI (Noël 1963) parlera des « jeunes nations », des « nouvelles nations » qui accèdent à la dignité d\u2019Etats indépendants et à l\u2019exercice de leur souveraineté.Puis vint rapidement la période où il est beaucoup question des « peuples » en voie de développement: ceux-ci incluent soit des pays moins jeunes, soit de nouveaux pays, soit des colonies qui n\u2019ont pas encore obtenu leur statut d\u2019indépendance et dont certaines y aspirent.Dans toutes ces situations diverses, le même principe de base est à respecter, et le mot qui revient le plus souvent est celui de « peuples ».Tous ces « peuples », qu\u2019ils soient constitués ou non en Etat indépendant, ont droit à la véritable liberté politique.C\u2019est ainsi qu\u2019à Kampala, Paul VI, dans son « Message aux peuples de l\u2019Afrique », utilise des expressions comme « populations intéressées », « peuples », « communauté nationale ou ethnique », ou simplement « collectivité », et leur parle du « vrai et solide autogouvernement » et de leur « autodétermination politique », car n\u2019est admissible « ni colonialisme ni néo- 2.\tLa Documentation catholique, 7 sept.1969, 767-770.3.\tIl n\u2019est pas sans intérêt de remarquer le langage qu\u2019utilisent certains syndicats.Ils perçoivent une relation pratique entre l\u2019exercice du droit personnel et l\u2019aspect collectif plus large de ce problème, quand ils affirment, au sujet de la démocratie politique, que « l\u2019autodétermination des travailleurs » présuppose l\u2019autodétermination du Québec.Voir Le Travail (CSN), mai 1972, p.3.4.\tAndré Rétif, « L\u2019Eglise et \u2018le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes\u2019 », Doc.cath., 31 mars 1957, 417-418; L.-J.Lebret, « La vocation des peuples au développement », in La Semaine sociale de France 1959 {La montée des peuples dans la communauté humaine), p.147.5.\tRené Coste, Morale internationale, Paris, Desclée, 1964.6.\tJ.-Y.Calvez, « Indépendance politique », Revue de l\u2019Action Populaire, juillet-août 1959, 769-776.Le droit des collectivités au libre choix des option^ .164 RELATIONS 2944 colonialisme ».Seules sont acceptables « les structures politiques » leur permettant d\u2019exprimer leur « liberté », leur droit à l\u2019autodétermination.Dans les cas où des peuples « ont assumé eux aussi la responsabilité de leurs propres destins », dit-il, « l\u2019Eglise salue avec satisfaction un tel événement ».Il n\u2019y a rien d\u2019étonnant à ce que Paul VI utilise un mot comme « autodétermination ».Un moraliste comme René Coste parle du « droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, qu\u2019on peut appeler le droit de libre disposition ou de self-détermination » ; et il ajoute: « sur le plan international, ce droit de libre disposition se résume en un droit de libre détermination » 7.Quand cet auteur dit libre détermination, ^//-détermination, il dit évidemment la même chose que autodétermination.J.-Y.Calvez 8 se sert de l\u2019expression même « droit d\u2019autodétermination », qu\u2019il appelle un droit « radical » et dont l\u2019exercice, dit-il, peut conduire à différents choix possibles, dont l\u2019un est celui de l\u2019indépendance 9.Le Synode et l\u2019autodétermination Le document final du dernier Synode, La Justice dans le monde, affirme, dès son introduction, que dans « des groupes » ou « des peuples » une prise de conscience s\u2019éveille qui les entraîne « à la prise en charge de leur destin ».On voit plus clairement, dans le long passage consacré au « droit au développement », que cette prise de conscience correspond à un droit.« En assumant leur destin dans une volonté de promotion », dit le Synode, les peuples manifestent authentiquement leur propre personnalisation; « un nationalisme responsable leur donne l\u2019élan nécessaire pour accéder à leur identité ».Ce droit, qui vaut pour le domaine politique, comme pour l\u2019économique et le social, le Synode lui aussi l\u2019appelle une « autodétermination fondamentale ».Les peuples en voie de développement, pour rendre viable leur plein développement et assurer une planification accrue pour construire l\u2019avenir, pourront même, parce que cette autodétermination fondamentale existe, créer « de nouveaux ensembles politiques ».Une conception dynamique de la justice, dont les évêques ont parlé au Synode, envisage que la carte politique du monde soit modifiable.La question pratique a toujours été celle d\u2019un sage exercice de ce « droit radical d\u2019autodétermination » 10.Ce qu\u2019il faut bien comprendre, c\u2019est que si le Synode affirme le principe de l\u2019autodétermination pour les peuples en voie de développement, c\u2019est parce que c\u2019est vrai de tous les peuples, qu\u2019ils soient « développés » ou non, puisque en dernière analyse ce droit est celui de tout homme, de tous les hommes, dans quelque pays qu\u2019ils soient.Aussi, Mgr Thiandoum, archevêque de Dakar, a-t-il tenu, au Synode, le 23 octobre, à rappeler que Paul VI, à Kampala, « a solennellement réaffirmé le droit de tous les peuples à l\u2019autodétermination politique » n.L\u2019impression qu\u2019ont nombre de Canadiens, \u2014 parce que le Canada est un pays « avancé », avec l\u2019un des standards de vie les plus élevés au monde, \u2014 que l\u2019enseignement de Paul VI et du Synode vaut pour les autres, les peuples « en voie de développement », les peuples « colonisés » ou « néo-colonisés », mais pas pour nous, est donc tout à fait sans fondement.On pourrait même dire que c\u2019est exactement le contraire.En effet, dans la mesure où la « maturité » suffisante d\u2019un peuple, envisagée comme l\u2019une des conditions morales de l\u2019exercice de ce droit12, est considérée comme plus avancée, il peut y avoir d\u2019autant plus de raison, en un sens, d\u2019affirmer le droit à l\u2019autodétermination politique.Voilà sans doute pourquoi Paul VI parle de « l\u2019aspiration fondamentale » des peuples.Car les moralistes insistent aussi, au-delà du « pouvoir-vivre collectif », sur le critère psychologique qu\u2019est le « vouloir-vivre collectif ».Le Comité sur la Constitution du Canada en fait autant quand il parle du « libre consentement » et de la « volonté commune de vivre ensemble ».La pensée des évêques canadiens On comprendra mieux comment le problème a pu se poser aux évêques, lors de leur réunion plénière à Edmonton, en septembre 1971, celle qui devait JUIN 1972 préparer leur participation au Synode13, si on garde à l\u2019esprit le fait que, dans le contexte canadien et québécois, depuis environ dix ans, on a commencé à parler de plus en plus souvent du « droit du Québec à l\u2019autodétermination »14.Aucune surprise, donc, de voir proposés aux évêques, en septembre dernier, des projets de résolutions affirmant bien clairement et spécifiquement « que le peuple du Québec \u2014 compte tenu des droits des autres Canadiens 7.\tCoste, op.cit., p.174.8.\tCalvez, Ibid., p.775.9.\tLes Nations Unies, pour qui il s\u2019agit d\u2019un droit positif international à créer, utilisent couramment, depuis des années, l\u2019expression « droit à l\u2019autodétermination » qui veut alors dire, pour les « peuples coloniaux » placés dans le contexte de la liquidation du colonialisme, « le droit de peuples à disposer d\u2019eux-mêmes », en incluant « le droit à l\u2019indépendance ».On peut voir, par exemple, la résolution 2621 (XXV), adoptée le 12 octobre 1970 par l\u2019Assemblée générale des Nations Unies, à 86 voix contre 5, avec 15 abstentions (dont le Canada !), in Chronique mensuelle de l\u2019ONU, nov.1970, 105-107.10.\tCalvez, Ibid., 774-175.11 .Doc.cath., 21 nov.1971, p.1026.12.\tCoste, op.cit., p.512.13.\tIrénée Desrochers, « Le principe du droit à l\u2019autodétermination du Québec », Relations, déc.1971, 334-337.14.\tVoir Richard Arès, S.J., « La question du droit à l\u2019autodétermination », Nos grandes options politiques et constitutionnelles, Montréal, Les Ed.Bellarmin, 1972, 171-191.La déclaration des évêques, le 21 avril dernier, se place aussi dans le contexte de leurs propres déclarations antérieures.Dans leur Lettre collective à l\u2019occasion du centenaire de la confédération, en 1967, ils ont fait ressortir « l\u2019importance que prennent les droits des groupes si l\u2019on veut que les aspirations des personnes elles-mêmes soient satisfaites» (p.4).Ils déclaraient explicitement au sujet du Québec.Certes, il est impossible de contester le droit de la communauté canadienne-française du Québec à l\u2019existence, à l\u2019épanouissement dans tous les ordres de réalités, à des institutions civiles et politiques adaptées à son génie et à ses besoins propres, à cette autonomie sans laquelle son existence, sa prospérité, son essor économique et culturel ne seraient pas bien assurés (p.5).On voit plus clairement et explicitement, depuis la déclaration de Kampala et celle du Synode, que ce droit au développement intégral inclut celui de l\u2019autodétermination.D\u2019ailleurs, les évêques canadiens ont déjà utilisé le mot et l\u2019ont même défini, quand le 24 septembre 1968, dans une lettre, signée par leur président, Mgr A.Carter, au secrétaire d\u2019Etat aux Affaires extérieures, M.Mitchell Sharp, ils affirmaient que les Canadiens, sensibilisés au désir des peuples de déterminer eux-mêmes leur propre destinée, veulent que soit mieux garanti « aux peuples le droit à l\u2019autodétermination selon leurs aspirations propres ».Il s\u2019agissait du Vietnam, de la Tchécoslovaquie et du Nigéria-Biafra.165 \u2014 a, en principe, le droit à l\u2019autodétermination ».Considérant qu\u2019il s\u2019agissait alors de s\u2019en tenir à des questions d\u2019ordre universel, en préparation immédiate du Synode à Rome, les évêques ont approuvé plutôt la proposition suivante : Que le Synode reconnaisse que le droit de chaque peuple de prendre en main sa propre destinée fait partie du droit au développement intégral.On a naturellement évité de mentionner le Québec, mais on a aussi enlevé le mot autodétermination.Il suffit maintenant de se rappeler que l\u2019expression « le droit de chaque peuple de prendre en main sa propre destinée » est une des façons les plus classiques de définir détermination ?Quelles sont ces « collectivités » dont ils parlent ?Il s\u2019agit certainement, très clairement et spécifiquement, parmi ces collectivités, du Québec.Le titre même de la déclaration le dit: « Les évêques canadiens et la vie politique au Québec » ; ce que certains n\u2019ont pas encore remarqué, et ce qu\u2019un grand journal par distraction a transcrit comme « La vie politique au Canada ».Surtout, le texte qui introduit cette déclaration générale de principe dit que les évêques se sont interrogés sur un problème qui, ne pouvant manquer d\u2019avoir des incidences dans tout le pays, « concerne directement le Québec ».D\u2019ailleurs, disent-ils, « les évêques du Québec » se voient demander, notamment par les jeunes, si les choix politiques sont libres.S\u2019agit-il bien d\u2019autodétermination ?On sait d\u2019abord que les évêques ont fait leur déclaration générale après avoir étudié en ateliers de travail des questions comme celles-ci: Quelles exigences de justice voyons-nous impliquées dans la question du droit des peuples à l\u2019autodétermination \u2014 au plan international ?\u2014 au plan national ?Quelle est la différence de perception entre francophones et anglophones sur la question du droit du Québec à l\u2019autodétermination ?Y a-t-il opportunité pour les évêques canadiens de se prononcer sur le droit du Québec à l\u2019autodétermination ?Le fait de poser ces questions ne prouve rien au sujet de la déclaration subséquente.La vraie réponse est dans le texte même de la déclaration.L\u2019af- ce droit que le Synode a appelé , carrément l\u2019autodétermination fondamentale.A l\u2019issue de leur réunion à Edmonton, les évêques avaient déclaré au public canadien qu\u2019ils s\u2019étaient entendus « pour mettre en application, au Canada » les recommandations que leurs délégués feraient à Rome.Le Synode s\u2019étant prononcé comme on sait, les évêques pouvaient difficilement, à leur récente réunion à Ottawa, esquiver la question.Ils y ont affirmé, dans une déclaration cette fois si générale que plusieurs se demandent encore ce qu\u2019elle veut dire, que « toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif ».firmation que « toutes les options politiques sont libres », replacée dans le contexte général de l\u2019enseignement de l\u2019Eglise, particulièrement de Paul VI et du Synode, dans le contexte historique qui est celui du Canada depuis plusieurs années et dont les évêques ne peuvent faire abstraction quand ils parlent ici, de même que dans les circonstances immédiates de leur réunion à Ottawa, ne peut avoir de sens, cela ne fait absolument aucun doute, que si elle exprime en d\u2019autres mots, ou du moins présuppose, l\u2019affirmation que les évêques ont déjà faite à Edmonton et endossée par le texte du Synode, à savoir que « le droit de chaque peuple de prendre en main sa propre destinée », c\u2019est-à-dire le droit à l\u2019autodétermination, « fait partie du droit au développement intégral ».A Ottawa, les évêques ont donc certainement affirmé le droit à l\u2019autodétermination, au moins implicitement.La vraie consolation, c\u2019est que, dans cet « ensemble organique » qu\u2019est l\u2019enseignement de l\u2019Eglise, l\u2019implication soit très claire ! Les évêques répondent donc: aucune option, quelle qu\u2019elle soit, pourvu qu\u2019elle soit respectueuse de la personne et de la communauté humaine, ne s\u2019impose, n\u2019est « à prendre », comme ils disent; en toutes lettres, cela veut dire: le droit à l\u2019autodétermination du Québec n\u2019impose nécessairement, ni l\u2019option fédéraliste, ni l\u2019option indépendantiste.De plus, disent-ils, aucune option, \u2014 si elle remplit la condition énoncée, \u2014 n\u2019est « exclue »; cela veut dire en blanc et noir: le droit du Québec à l\u2019autodétermination n\u2019exclut nécessairement, ni l\u2019option fédéraliste, ni l\u2019option indépendantiste.Toutes les options sont libres.Il est tout de même amusant, après tant d\u2019explications pour rebâtir un contexte doctrinal, de lire cette petite phrase des évêques, une perle: « C\u2019est la doctrine récente la plus claire de l\u2019Eglise.» f Un peu plus loin dans leur déclaration, les évêques, évitant de citer un extrait du long passage du Synode sur le droit au développement, celui où se trouve précisément le mot « autodétermination », citeront un passage beaucoup plus bref à la fin du document synodal.Il y est dit (n.8) que chaque peuple doit « être lui-même le principal artisan » de son progrès « à un plan d\u2019égalité avec les autres peuples ».Il est censé être très facile de raisonner en disant que chaque peuple, qui ne jouit pas de l\u2019indépendance politique effective, est à un plan d'égalité avec les autres peuples, c\u2019est-à-dire ceux qui jouissent effectivement d\u2019une pleine indépendance politique, précisément parce que, à travers les diverses modalités dans les « ensembles politiques », tous les peuples ont un même droit moral à l\u2019autodétermination.Le Québec donc.(Pourquoi les évêques prendraient-ils la peine de citer ce texte, s\u2019il ne s\u2019applique pas au peuple canadien-français du Québec, à la « collectivité » qu\u2019est le Québec ?) Le Québec autant que le reste du Canada.Egalement.Car, en fin de compte, tout le monde le sait, la raison pratique pour laquelle les évêques ont fait cette déclaration, ce n\u2019était pas pour affirmer que l\u2019option du fédéralisme est, en principe, moralement libre ! Il ne manque pas de gens pour l\u2019avoir toujours cru ! C\u2019est donc plutôt pour affirmer que l\u2019option politique de l\u2019indépendance du Québec est en principe aussi légitime que l\u2019autre, .avec toutes les conséquences pratiques que cela peut entraîner.Car de très graves problèmes de justice seront en jeu si certains Canadiens n\u2019admettent pas le principe en cause et ses exigences.C\u2019est la raison pour laquelle certains esprits sont très lents à admettre l\u2019idée, quand ils n\u2019y sont pas spontanément fermés, que le droit du Québec à l\u2019autodétermination ne peut pas exclure le droit à l\u2019indépendance elle-même.Car si l\u2019indépendance est seulement l\u2019une des options légitimes possibles, il reste qu\u2019elle en est une.La condition morale insérée, à savoir que les options politiques s.oient « respectueuses de la personne et de la Plus précisément.S\u2019agit-il du Québec ?S\u2019agit-il à\u2019auto- 166 RELATIONS communauté humaine », est classique chez les moralistes.Elle a pour but d\u2019affecter l\u2019exercice concret du droit fondamental, dans le sens d\u2019un ordre moral obtenu par la justice, la paix et la fraternité.Elle n\u2019a pas pour objet de donner prétexte à un refus.Car les moralistes protestent contre ceux qui soutiendraient que le droit à l\u2019autodétermination ne peut s\u2019exercer, dans l\u2019option particulière de l\u2019indépendance, pour la seule raison que le reste de l\u2019unité actuelle intégrante (dans notre cas, le reste du Canada par rapport au Québec) voudrait tout simplement refuser cette option15.Les exigences de la justice étant respectées, un moraliste comme de Soras dira plutôt que le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes « est alors la simple affirmation que, normalement et le plus ordinairement, un peuple, qui se trouve en situation de minorité politique intégrée, doit être mis à même de gérer par lui-même et de façon souveraine ses propres affaires » 16.C\u2019est à lui de choisir.Les évêques ont intentionnellement parlé de « collectivités », en évitant cette fois d\u2019utiliser, dans leur propre énoncé de principe, des mots comme « nations », « communauté nationale », ou même « peuple » (en dehors de leur citation du Synode).Dans le but évident d\u2019éviter bien des difficultés inutiles et bien des objections sans fondement.Puisqu\u2019il s\u2019agit du Québec, on voit .que « collectivité » peut vouloir dire tout simplement province.Cela permet de n\u2019avoir pas à s\u2019engager dans une discussion au sujet du peuple canadien-français et de sa définition précise: s\u2019agirait-il du peuple canadien-français dans tout le Canada, ou seulement de la majorité canadienne-française du Québec ?Ne voulant pas entrer dans une discussion de ce genre, les évêques veulent parler vraiment, au minimum, de la collectivité qu\u2019est le Québec.Ils se trouvent ainsi à rejoindre en partie le Comité sur la Constitution du Canada, car ils évitent de s\u2019engager directement dans une discussion sur la recommandation n.8 du Comité, au sujet de « tous les peuples du Canada », mais rencontrent la recommandation n.7 où il est dit: « si, à un moment donné, les citoyens d\u2019une partie du Canada se déclaraient démocratiquement en faveur d\u2019une formule politique qui serait opposée au maintien du régime politique actuel », expression que le Comité explique plus loin dans le texte, en parlant d\u2019une « nette majorité de l\u2019ensemble du corps électoral d\u2019une province qui est en faveur de l\u2019indépendance ».Réflexions complémentaires Deux remarques tiennent à cœur aux évêques.La première: Chez tous, par exemple, outre l\u2019amour, la paix, la justice, la solidarité et la fraternité, on doit trouver le respect et l\u2019acceptation d\u2019autrui même quand celui-ci a des options différentes de celles qu\u2019on a soi-même, le respect et l\u2019acceptation des choix des collectivités accomplis dans les divers moments de leur histoire.Au Québec, pour sûr, les fédéralistes et les indépendantistes doivent respecter et accepter le choix des individus et le libre choix de la collectivité du Québec.Mais, plus encore, constatant que les indépendantistes du Québec acceptent facilement que les autres provinces prennent pour elles-mêmes une option fédéraliste, si elles le désirent, on verra que la première remarque des évêques veut aussi affirmer que ceux qui, dans les autres provinces, choisissent pour eux-mêmes une formule fédéraliste, doivent, dans la paix, la fraternité et la justice, respecter et 15.\tCalvez, Ibid., p.774.16.\tAlfred de Soras, SJ., Morale internationale, Paris, Fayard (Coll.Je sais-je crois, n.58), 1961, p.64.accepter le choix de la collectivité qui s\u2019appelle le Québec, si « à un moment de son histoire » ce choix était celui de l\u2019indépendance.Car, et c\u2019est la deuxième remarque, « les options politiques de par leur nature sont contingentes ».Si, parmi plusieurs options possibles, l\u2019indépendance pour le Québec n\u2019est pas un absolu, il faut ajouter que la formule fédéraliste pour le Québec, donc pour le Canada dans son ensemble actuel, n\u2019est pas non plus un absolu.S\u2019il n\u2019en tient qu\u2019aux droits fondamentaux des individus et des collectivités, la formule présente peut changer.C\u2019est une question libre.Le Comité sur la Constitution a mis quelques points sur les i.Si le gouvernement fédéral se trouvait, à un moment donné, en présence d\u2019une nette majorité de l\u2019ensemble du corps électoral d\u2019une province qui est en faveur de l\u2019indépendance, « c\u2019est par la négociation politique et non par le recours à la force militaire ou à d\u2019autres forces coercitives qu\u2019il faudrait régler le différend », car « nous ne pouvons imagi- ner qu\u2019un gouvernement fédéral puisse avoir recours à la force pour empêcher la sécession ».Les évêques ne mentionnent pas la négociation politique dans ces termes, mais ils demandent à tous les chrétiens la recherche et le dialogue.Dans la mesure où ils demandent la liberté, ils se trouvent à rejeter ce que le Comité sur la Constitution appelle « le recours à la force militaire ».Dans la mesure où ils demandent la justice, ils rejettent aussi ce que le Comité appelle « d\u2019autres forces coercitives ».Enfin, par anticipation, les évêques se compromettent personnellement: « Quant à nous, évêques, nous entendons servir le Peuple de Dieu là où il est et dans les options politiques, économiques, sociales et culturelles qu\u2019il aura choisies.» La déclaration des évêques est donc strictement « pastorale » ; la hiérarchie ne fait pas de politique, mais présente un enseignement de l\u2019Eglise.Répercussions ?Quelle a été, quelle sera la répercussion de cette dernière déclaration des évêques canadiens ?Au Canada français, elle a suscité peu d\u2019intérêt.A cause de son caractère abstrait et général, le contact avec les média ne semble pas avoir été suffisamment ouvert et au point; il en est même résulté une confusion certaine.Un problème non moins grave est celui du Canada anglophone.Eveillé surtout à certains aspects économiques du problème de l\u2019indépendance du Canada face aux Etats-Unis, est-il suffisamment sensibilisé, dans la ligne de pensée du Synode et des implications de la déclaration des évêques, au problème des aspirations politiques du Québec, jusqu\u2019à admettre sans ambages le droit du Québec à l\u2019autodétermination, jusqu\u2019à respecter et accepter son option politique libre, fût-elle celle de l\u2019indépendance, avec les conséquences pratiques qui en découlent au niveau des exigences de la justice ?Bonne chance à qui voudrait dépouiller la grande presse anglophone du Canada sur la façon dont elle a donné écho à cette déclaration des évêques.Si on en juge par le reportage dans The Gazette de Montréal, il ne trouvera pas grand-chose: si je ne m\u2019abuse, la Gazette n\u2019a absolument rien donné.JUIN 1972 167 Si l\u2019on voulait dépouiller la presse anglophone catholique, que trouverait-on ?The Catholic Register de Toronto, tardivement (ce ne fut que dans sa livraison du 6 mai), donna, sans présenter la citation du Synode, quelques extraits de la déclaration de la CCC, en les coiffant d\u2019un titre assez vague ( « Humanity stressed by bishops on politics »), ©t en faisant une seule remarque: « Neither inside nor outside the meetings, did the bishops specify exactly what they meant by \u2018political options\u2019.» Une semaine plus tard, cependant, en réponse à l\u2019éditorialiste du Western Catholic Reporter d\u2019Edmonton qui avait manifesté sa déception devant la récente déclaration des évêques, parce qu\u2019elle lui semblait abandonner l\u2019idée « d\u2019unifier le Canada », l\u2019éditorialiste du Catholic Register affirme que, à son avis, les évêques déclarent, dans la ligne de pensée du Synode, que si le Québec veut choisir de quitter la Confédération, c\u2019est son droit, et que, de plus, le reste du Canada n\u2019a pas le droit de s\u2019y opposer.L\u2019un des grands problèmes, évidemment, est de faire passer ce message auprès du grand public.Au sujet du langage utilisé par les évêques, l\u2019éditorialiste du Catholic Register avoue à son confrère d\u2019Edmonton qu\u2019il y a de quoi placer dans une situation très difficile des journalistes harcelés par des échéances: « This is the type of language which can send deadline-harried editors up a wall.Anyway, with Catholic bishops, meddle not \u2014 they\u2019re very experienced and knowing hands at the word game.» Dans ces conditions, nous pouvons tout de même poser la question: « Well, brother, what next ?Where do we go from here ?» \t \t \t \t \t Espérance et conflit dans l\u2019Église par -Jacques Chênevert- LE MANIFESTE DES 30 THÉOLOGIENS Dans sa livraison du 16 avril, la Documentation catholique (No 1607, pp.384-386) reproduit le texte intégral du manifeste, signé par trente-trois théologiens de sept pays et intitulé « Contre la résignation dans l\u2019église ».Les média locaux d\u2019information nous ont appris la publication du manifeste et la réaction du cardinal Garrone.Le journal La Presse, pour sa part, a fait connaître des extraits de l\u2019article du cardinal Garrone (29 mars), puis le texte complet du manifeste (8 avril, p.A-6).Le Corriere della sera, journal de Milan, a dit de ce manifeste qu\u2019il représentait « la plus dure critique du système ecclésiastique jamais faite à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise » (La Croix, 28 mars 1972, p.7).Personnellement, j\u2019en doute: tant de paroles ont retenti dans l\u2019église depuis 2000 ans ! Luther, à lui seul, ne mâchait pas ses mots, alors même qu\u2019il était encore bon moine catholique.Plus gravement, le cardinal Garrone déclare que le contenu de ce document « n\u2019est pas dans l\u2019esprit de la foi ni dans la tradition de l\u2019Eglise » (D.C., 1607: 387).Le jugement est péremptoire, presque un anathème.Quant au cardinal Koenig, il reproche au manifeste une part d\u2019exagération mais, surtout, un certain manque d\u2019espérance.Cette observation va plus profond, je pense, que toute forme de blâme.Une espérance tronquée Sans doute, le manifeste fait profession explicite d\u2019espérance (v.le dernier paragraphe, D.C., 1607: 386); cependant, ne reflète-t-il pas davantage, en son ensemble, la tentation contre l\u2019espérance, telle que l\u2019éprouvent un grand nombre de catholiques, aujourd\u2019hui comme en toute autre période historique de crise, quand ils considèrent la manière dont vont ou ne vont pas les choses dans l\u2019église de Jésus-Christ ?Le manifeste veut secouer les croyants découragés, ceux qui n\u2019attendent plus rien des autorités ecclésiastiques, qui renoncent à l\u2019effort, trop souvent déçu, pour se faire entendre et pour contribuer au renouveau de l\u2019église, qui ont décidé de mener seuls leur petite affaire, dans une tranquille indifférence à toute l\u2019institution ecclésiale, à toute la patente, comme on dit parfois.Le manifeste leur propose des lignes d\u2019action, à la mesure de la base, visant à établir des solutions intermédiaires qui, par pression, en viendront à faire bouger les niveaux supérieurs du gouvernement ecclésiastique1.Sans le dire, le manifeste fonde son appel sur la conviction que l\u2019Esprit saint est à l\u2019œuvre dans la base, mais il semble par ailleurs éliminer la possibilité que ce même Esprit travaille aussi à travers le charisme institutionnel de la succession apostolique: « Il serait vraiment déraisonnable (tôricht \u2014 fou, insensé), y lit-on par exemple, de s\u2019attendre à un changement à partir du sommet » (D.C., 1607: 385).C\u2019est là bloquer une voie importante de l\u2019espérance chrétienne.Historiquement et sociologiquement, l\u2019affirmation est juste, car de ce double point de vue, l\u2019église établie montre bien, tant dans ses gouvernants que dans la majorité de ses fidèles et de ses communautés particulières, qu\u2019elle se comporte la plupart du temps comme les institutions, les systèmes, les idéologies terrestres.Mais précisément, à la suite de ce déraisonnable, de ce fou d\u2019Abraham, le chrétien espère contre toute espérance (cf.Rm 4: 18; 1 Co 1: 17 ss.), parce qu\u2019il vit d\u2019une promesse confirmée au matin de Pâques et de la Pentecôte.L\u2019Esprit passe aussi par le sommet; sans cesse il peut 1.Rappelons ces lignes d\u2019action: 1) ne pas se taire, i.e.exprimer ouvertement son désaccord, le cas échéant, qu\u2019on soit évêque, prêtre, laïc, homme ou femme; 2) agir par soi-même, i.e.ne pas rejeter tout le blâme sur les autres ni attendre que les autres agissent; 3) progresser ensemble ou « l\u2019union fait la force »; 4) aspirer à des solutions intermédiaires, i.e.poser des faits qui, sans régler définitivement certaines questions urgentes et importantes, forceront les autorités concernées à apporter des solutions constructives; 5) ne pas abandonner, i.e.ne pas lâcher par désespoir ou résignation, ne pas perdre haleine.168 RELATIONS y intervenir et vivifier ce qui semble à jamais sclérosé; là haut comme ailleurs, il peut ouvrir les yeux et les oreilles, il peut faire se relever le paralytique et bondir le boiteux.Personne dans l\u2019église n\u2019a la mainmise sur l\u2019Esprit, ni la tête ni les pieds, ni la droite ni la gauche (cf.1 Co 12: 4 ss.).L\u2019action de l\u2019Esprit est communion: elle se révèle dans la rencontre des pasteurs et du peuple croyant, dans l\u2019unanimité de la foi et de la charité.C\u2019est là, à mon sens, la principale réticence à faire au sujet de ce manifeste.Cette réduction systématique de l\u2019espérance affecte le ton général du document, dans lequel on perçoit, à quelque degré du moins, l\u2019accent partisan d\u2019une faction, d\u2019une sorte de club fermé, un peu surchauffé.A plusieurs, surtout parmi ceux que le manifeste aura choqués, voire scandalisés, ce reproche paraîtra mineur, bénin.On estimera plus important de passer au peigne fin d\u2019une certaine orthodoxie chaque ligne du texte.Cet exercice ne me paraît pas pertinent, parce qu\u2019il ne rejoint pas Y intention du document, qu\u2019il ne l\u2019aborde pas sur le terrain où il engage le combat.Assurément, le manifeste suppose et véhicule une théologie, mais ce n\u2019est pas un écrit doctrinal.Il se veut une intervention dans l\u2019ordre de la vie et de l\u2019action de l\u2019église.Il faut l\u2019apprécier dans cette perspective.Or, sous cet angle, une espérance tronquée constitue une lacune d\u2019importance.La stratégie du manifeste Quant au reste, je crois qu\u2019un grand nombre de catholiques québécois sont d\u2019accord avec ce manifeste.Plusieurs ont déjà exprimé des critiques et des revendications équivalentes devant la Commission Dumont, au sujet notamment de l\u2019autocratisme clérical, du retard culturel de l\u2019église, de la timidité de notre engagement évangélique dans la cause de la justice sociale, de la libération politique, de la promotion 2.Ainsi, je n\u2019aime pas le ton catégorique de la condamnation prononcée par le cardinal Garrone et citée au début de cet article.Par contre, je suis d\u2019accord avec lui pour trouver assez présomptueux d\u2019en appeler au principe suivant: « Quand une mesure prise par les autorités ecclésiastiques responsables n\u2019est manifestement pas en accord avec l\u2019Evangile, la résistance est légitime et même obligatoire» (D.C., 1607: 385, 387).Ce n\u2019est là, il est vrai, que la transposition d\u2019un principe traditionnel sur la liberté de conscience, que l\u2019on retrouve dans les manuels les plus classiques de théologie morale.Toutefois, il ne me semble pas si facile de constater qu\u2019une « mesure .n\u2019est manifestement pas en accord avec l\u2019Evangile » ! humaine.Plusieurs signeraient avec empressement la liste de griefs dressée dans la première partie du manifeste (D.C., 1607: 384).Bien plus, bon nombre de croyants, aussi sérieux et réfléchis que sincères (responsables /) estimeront légitime la stratégie tracée par les cinq lignes d\u2019action que proposent les trente-trois théologiens.Nous sommes peu préparés, il est vrai, à user de cette stratégie et nous risquons d\u2019y recourir par passion, sous le coup de la colère et de l\u2019impatience.Au terme, nous ne trouverions que la division.Mais si l\u2019on domine ce mouvement impulsif, on peut agir positivement et ecclésialement selon cette stratégie.Car elle s\u2019inspire, en somme, du fait que l\u2019église, tout en étant d\u2019origine divine comme notre salut lui-même, se réalise néanmoins tout entière dans des personnes charnelles et des institutions contingentes qui obéissent, en général, aux mêmes lois historiques, psychologiques, sociologiques et politiques que les autres réalités humaines qui leur sont analogues.Ainsi, comme toutes les grandes et fortes institutions publiques, l\u2019église retarde souvent sur l\u2019évolution des civilisations et des sociétés, elle a tendance à centraliser et à concentrer son pouvoir, elle est portée à durcir les positions acquises, à les idéo-logiser, elle favorise spontanément le conservatisme.Certains s\u2019en révoltent.Leur révolte rappelle utilement à tous un idéal qui doit sans cesse stimuler à la conversion évangélique et servir ainsi de régulateur à l\u2019institution.Mais une révolte qui croit pouvoir supprimer, dans la société ou dans l\u2019église, toute institution de ce type renonce, en fait, à la condition humaine.Elle renonce également aux valeurs réelles que seule peut garantir pareille institution, malgré les indéniables défauts qui sont la rançon de son service.Il n\u2019y a pas de situation historique absolument pure: l\u2019ivraie pousse avec le bon grain.Vouloir arracher complètement le premier serait déraciner, du même coup, le second.L\u2019homme, comme tout ce qu\u2019il touche, est ambigu.Le conflit dans l'église L\u2019église et, en son sein, les chrétiens se trouvent donc concrètement dans une situation dialectique, où l\u2019initiative du progrès ne saurait émaner continuellement de la même cellule, du même cerveau.Ce n\u2019est pas sacrilège, c\u2019est au contraire historiquement vrai, même au plan de l\u2019histoire du salut, de penser qu\u2019il se produit et qu\u2019il doit se produire, dans le peuple de Dieu, un certain jeu de forces et de pressions entre la base et le sommet.Sans doute, ce jeu cherchera à se maintenir à l\u2019intérieur des coordonnées de la révélation.Mais il n\u2019est pas toujours aisé de discerner ces coordonnées et, d\u2019un côté comme de l\u2019autre, on peut invoquer abusivement et prématurément l\u2019autorité infaillible d\u2019un Esprit dont l\u2019action, pourtant, ne se laisse pas constamment distinguer avec autant de netteté et de certitude qu\u2019on le prétend parfois.2 Dans un tel jeu de forces et de pressions entrent nécessairement les divers courants de l\u2019opinion publique, les initiatives plus ou moins irrégulières d\u2019individus, de groupes, de communautés ou d\u2019églises particulières, les gestes de contestation, etc.Bref, un tel jeu introduit le conflit dans l\u2019église.L\u2019image paradisiaque que l\u2019on s\u2019est faite de l\u2019ordre et de l\u2019unité dans l\u2019église s\u2019accommode mal d\u2019une présence quasi endémique du conflit parmi ses membres.Il serait par ailleurs maladif d\u2019aimer et de désirer le conflit pour lui-même.Mais une vue réaliste et courageuse de l\u2019église, de son développement ici-bas, peut-elle éliminer cette présence importune ?Accepter le conflit dans l\u2019église, comme un facteur historiquement nécessaire de son progrès, ce n\u2019est pas accepter du même coup la haine, la violence, l\u2019esprit de vengeance et les ruses qui accompagnent ordinairement les conflits sociaux et politiques.On doit au contraire chercher à développer une éthique évangélique du conflit, quand vient l\u2019heure de s\u2019y engager dans l\u2019église.L\u2019entreprise est ardue et le risque est grand d\u2019y agir en publicain et en païen, comme dirait le sermon sur la montagne (Mt 5: 46-47; cf.18: 15-17).Mais c\u2019est un risque auquel on ne peut se soustraire, s\u2019il est vrai, comme je le crois, que la vie terrestre de l\u2019église ne peut croître sans de tels conflits.Dans cette perspective et moyennant une espérance qui n\u2019exclut personne, la stratégie en cinq points que propose le manifeste des trente-trois théologiens me paraît justifiable.Elle l\u2019est en vertu, non peut-être d\u2019une ecclésiologie théorique, mais de celle qui se dégage de l\u2019histoire de l\u2019église, prolongement homogène de l\u2019histoire biblique du peuple de Dieu.Le Christ n\u2019a-t-il pas suscité plus d\u2019un conflit en Israël ?10.5,72.JUIN 1972 169 Francophones et anglophones au Canada Le recensement de 1971.et l\u2019évolution des 40 dernières années.par -Richard Arès Tous les journaux ont donné la vedette à la nouvelle suivante, provenant des premières données du recensement de 1971: la proportion des Canadiens de langue maternelle française a, en dix ans, baissé dans toutes les provinces, y compris au Québec, sauf à Terre-Neuve, où elle est demeurée stationnaire, et en Colombie britannique, où elle a augmenté d\u2019un maigre 0.1%.Et ces mêmes journaux, en contrepartie, soulignaient que la proportion des Canadiens de langue maternelle anglaise avait, dans le même temps, augmenté dans toutes les provinces, sauf en Ontario et au Québec.Ces faits sont déjà instructifs.Mais représentent-ils une exception ou une tendance constante dans la suite des recensements ?Pour le savoir, il est bon de remonter un peu en arrière, disons jusqu\u2019en 1931, et de considérer 1\u2019évolution de la situation de ces deux groupes linguistiques dans la population du Canada.Tableau 1 Évolution de la situation des francophones et des anglophones de 1931 à 1971 Année\tFrancophones\t\tAnglophones\t 1931\t2,832,298\t27.3%\t5,914,402\t57.0% 1941\t3,354,753\t29.2\t6,488,190\t56.4 1951\t4,068,850\t29.0\t8,280,809\t58.1 1961\t5,123,151\t28.1\t10,660,534\t59.5 1971\t5,793,650\t26.9\t12,973,809\t60.2 Durant cette période de 40 ans, chacune des deux communautés linguistiques a doublé son chiffre de population, mais l\u2019évolution dans le pourcentage de chacune n\u2019a pas été la même.Après une hausse notable de près de 2% de 1931 à 1941, la proportion des francophones diminue constamment depuis cette dernière date: de 29.2% qu\u2019elle était alors, elle tombe à 26.9% en 1971.De son côté, après avoir quelque peu diminué de 1931 à 1941, la proportion de la communauté anglophone connaît une hausse constante: elle passe de 56.4% en 1941 à 60.2% en 1971.Taux de croissance et part de chaque communauté plus haut taux de croissance.Durant la décennie suivante, par contre, celle de 1961-1971, le taux de croissance de chacune a atteint son niveau le plus bas.Le phénomène est frappant surtout chez les francophones: alors que, de 1951 à 1961, ils avaient augmenté leurs effectifs de plus d\u2019un million, ils n\u2019obtiennent, pour la décennie suivante, qu\u2019une augmentation de 670,000, encore plus faible que celle qu\u2019ils avaient obtenue pour la période de 1941-1951, soit plus de 714,000.La population canadienne, depuis le recensement de 1961, a augmenté de plus de 3 millions.Quelle a été la part de chaque communauté linguistique dans cette augmentation ?Le tableau suivant répond à cette question.Tableau 3 Part de chaque communauté linguistique dans l\u2019augmentation de la population canadienne, de 1961 à 1971 Nombre\tPourcentage Anglophones\t2,313,275\t69.5% Francophones\t670,499\t20.1 Autres\t346,290\t10.4 Augmentation totale\t3,330,064\t100.0 De ce tableau deux conclusions se dégagent.La première: ni la communauté francophone ni l\u2019ensemble des « autres » n\u2019ont contribué, pour leur part réelle, à l\u2019augmentation de la population canadienne.En 1961, les francophones formaient 28% et les «autres», 13.5% de cette population; or, à la croissance de celle-ci, ils n\u2019ont contribué, les premiers que pour 20.1 %, les seconds, que pour 10.4%.La deuxième conclusion saute aux yeux: les anglophones qui, en 1961, ne formaient que 58.5% de la population canadienne, ont fourni 69.5% de la croissance de celle-ci, de 1961 à 1971.Répartition des francophones par province Si maintenant on ne considère que les seuls francophones, voici comment ils se répartissent dans les diverses provinces canadiennes.Reprenons sous une autre forme ces mêmes données pour indiquer comment s\u2019est faite la croissance dans chaque communauté, de dix ans en dix ans, depuis 1931.Tableau 2 Chiffre et pourcentage de croissance de chaque communauté, de dix ans en dix ans, depuis 1931 Période\tFrancophones\tAnglophones 1931-1941 1941-1951 1951-1961 1961-1971 522,455\t18.4% 714,097\t21.4 1,054,301\t25.9 670,409\t13.1 1,573,788\t26.6% 1,792,619\t27.2 2,379,725\t28.7 2,313,275\t21.7 C\u2019est durant la décennie 1951-1961 que les deux communautés ont connu à la fois leur plus haut chiffre et leur Tableau 4 Répartition des francophones par province, par ordre décroissant \t1961\t\t1971\t Québec\t4,269,689\t83.34%\t4,867,250\t84.01% Ontario\t425,302\t8.30\t482,042\t8.31 N ouveau-Brunswick\t210,530\t4.11\t215,727\t3.72 Manitoba\t60,899\t1.19\t60,547\t1.05 Alberta\t42,276\t0.82\t46,498\t0.80 Nouvelle-Ecosse\t39,568\t0.77\t39,333\t0.68 Colombie britannique\t26,179\t0.51\t38,034\t0.66 Saskatchewan\t36,163\t0.71\t31,605\t0.55 Ue-du-Prince-Edouard\t7,958\t0.15\t7,363\t0.13 Terre-Neuve\t3,150\t0.06\t3.639\t0.06 Terr, et Yukon\t1,437\t0.03\t1,612\t0.03 Total:\t5,123,151\t100.00\t5,793,650\t100.00 170 RELATIONS Il y aurait long à dire à partir de ce tableau, mais il faut ici se borner à l\u2019essentiel.Trois provinces ont augmenté leur pourcentage depuis 1961: le Québec, l\u2019Ontario et la Colombie britannique; une a conservé le même: Terre-Neuve (même situation dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon); six autres ont connu une baisse plus au moins importante: le Nouveau-Brunswick, le Manitoba, l\u2019Alberta, la Nouvelle-Ecosse, la Saskatchewan et nie-du-Prince-Edouard.La situation peut se résumer en quelques mots: c\u2019est au Québec que se concentrent de plus en plus les francophones.Le tableau suivant en est la preuve.Tableau 5 Évolution de la répartition des francophones entre le Québec et les autres provinces, de 1931 à 1971 Dans les autres Dans le Québec\tprovinces 1931\t2,292,193\t80.9%\t540,105\t19.1% 1941\t2,717,287\t81.0\t637,466\t19.0 1951\t3,347,030\t82.3\t721,820\t17.7 1961\t4,269,689\t83.3\t853,462\t16.7 1971\t4,867,250\t84.0\t926,400\t16.0 La tendance est constante, de dix ans en dix ans: à la hausse pour le Québec et à la baisse pour les autres provinces.En d\u2019autres termes, chaque recensement démontre que d\u2019une part, augmente le pourcentage des francophones canadiens qui habitent le Québec et que, d\u2019autre part, diminue celui de ces mêmes francophones résidant dans les autres provinces.Cela veut dire que, en dépit de tous les efforts pour favoriser le bilinguisme, la province de Québec devient de plus en plus le lieu où se concentrent les francophones du Canada et où ils augmentent le plus rapidement.De 1961 à 1971, par exemple, leur nombre au Québec s\u2019est accru de 597,561, soit de 14%, alors que, dans les autres provinces, il ne s\u2019accroissait que de 72,938, soit de 8.5% seulement.Aujourd\u2019hui la situation est la suivante: sur les 5,793,650 francophones au Canada, 4,867,250 habitent le Québec, soit 84%, et 926,400 résident dans les autres provinces, soit 16%.Pour mieux faire saisir le caractère dramatique de cette situation, supposons que le Québec se soit séparé du reste du Canada et que les francophones des autres provinces aient été laissés à eux-mêmes dans ce nouveau pays.Voici les positions qu\u2019ils détiendraient, et cela à partir de 1941.Tableau 6 Situation des francophones dans un Canada sans le Québec 1941\tPopulation canadienne sans le Québec 8,174,773\tPopulation francophone hors du Québec 637,466\t7.9%\t 1951\t9,953,748\t721,820\t7.3 1961\t12,979,036\t853,462\t6.6 1971\t15,540,547\t926,400\t5.8 Dans un Canada qui ne comprendrait pas le Québec, les francophones auraient compté pour 7.9% en 1941, mais ne compteraient plus que pour 5.8% en 1971, leur proportion allant déclinant à tous les dix ans.Fait qui démontre l\u2019importance capitale du Québec pour le maintien de la francophonie au Canada.La situation linguistique dans les diverses provinces Il est encore trop tôt pour analyser en détail la situation linguistique dans chacune des provinces canadiennes, mais on peut quand même en présenter déjà quelques tableaux qui en donnent un aperçu général.Tableau 7 Évolution de la situation linguistique dans les provinces de l\u2019Atlantique, de 1941 à 1971 Terre-Neuve\t1941\t1951\t1961\t1971 \u2014 anglophones\t\u2014\t98.9%\t98.6%\t98.5% \u2014 francophones\t\u2014\t0.6\t0.7\t0.7 \u2014 autres Ile-du-Prince-Edouard\t\t0.6\t0.7\t0.8 \u2014 anglophones\t87.6%\t90.7%\t91.3%\t92.4% \u2014 francophones\t11.2\t8.6\t7.6\t6.6 \u2014 autres Nouvelle-Ecosse\t1.2\t0.7\t1.1\t1.1 \u2014 anglophones\t88.9%\t91.6%\t92.3%\t93.0% \u2014 francophones\t7.2\t6.1\t5.4\t5.0 \u2014 autres Nouveau-Brunswick\t3.9\t2.3\t2.3\t2.0 \u2014 anglophones\t64.1%\t63.1%\t63.3%\t64.7% \u2014 francophones\t34.5\t35.9\t35.2\t34.0 \u2014 autres\t1.4\t1.0\t1.5\t1.3 Sauf à Terre-Neuve, les anglophones ont augmenté leur pourcentage dans les provinces de l\u2019Atlantique, même au Nouveau-Brunswick.En trente ans, ce pourcentage est passé de 87.6 à 92.4 dans lTle-du-Prince-Edouard, de 88.9 à 93 en Nouvelle-Ecosse et de 64.1 à 64.7 au Nouveau-Brunswick.Les francophones, par contre, dans le même espace de temps, n\u2019ont pu maintenir le leur, sauf dans Terre-Neuve.De 1941 à 1971, ce pourcentage est passé de 11.2 à 6.6 dans lTle-du-Prince-Edouard, de 7.2 à 5 en Nouvelle-Ecosse et de 34.5 à 34 au Nouveau-Brunswick.En cette dernière province, les francophones, après avoir détenu un pourcentage de 35.9 en 1951, ne forment plus que 34% de la population en 1971.Tableau 8 Évolution de la situation linguistique dans les provinces du Canada central, de 1941 à 1971 \t1941\t1951\t1961\t1971 Québec \u2014\tanglophones \u2014\tfrancophones \u2014\tautres\t14.1% 81.6 4.3\t13.8% 82.5 3.7\t13.3% 81.2 5.6\t13.1% 80.7 6.2 Ontario \u2014\tanglophones \u2014\tfrancophones \u2014\tautres\t81.1% 7.6 11.3\t81.7% 7.4 10.9\t77.5% 6.8 15.7\t77.5% 6.3 16.2 Dans le Québec et l\u2019Ontario, le pourcentage, tant des anglophones que des francophones, a diminué depuis 1941, alors que celui des « autres » a augmenté.Chez les anglophones, la diminution a été de 1.0% au Québec et de 3.6% en Ontario; chez les francophones, elle a été de 0.9% au Québec et de 1.4% en Ontario.Chez les « autres », c\u2019est-à-dire chez ceux dont la langue maternelle n\u2019est ni le français ni l\u2019anglais, Y augmentation a été de 1.9% au Québec et de 4.9% en Ontario.Ce dernier phénomène est sans doute dû au fait que l\u2019Ontario accueille presque la moitié des immigrants qui arrivent au Canada; la langue anglaise, cependant, n\u2019y perd rien, au contraire, puisque, selon d\u2019autres statistiques, elle attire à elle en Ontario plus de 96% de ces nouveaux arrivés.Pour ce qui est de la situation au Québec, nous en reparlerons dans un prochain article.JUIN 1972 171 Tableau 9 Évolution de la situation linguistique dans les provinces de l\u2019Ouest, de 1941 à 1971 Manitoba\t1941\t1951\t1961\t1971 \u2014 anglophones\t56.0%\t60.3%\t63.4%\t67.1 % \u2014 francophones\t7.1\t7.0\t6.6\t6.1 \u2014 autres Saskatchewan\t36.9\t32.7\t30.0\t26.8 \u2014 anglophones\t55.8%\t62.0%\t69.0%\t74.1% \u2014 francophones\t4.9\t4.4\t3.9\t3.4 \u2014 autres Alberta\t39.3 ,\t33.6\t27.1\t22.5 \u2014 anglophones\t62.9%\t69.0%\t72.2%\t77.6% \u2014 francophones\t4.0\t3.6\t3.2\t2.9 \u2014 autres Colombie brit.\t33.1\t27.4\t24.6\t19.5 \u2014 anglophones\t78.4%\t82.7%\t80.9%\t82.7% \u2014 francophones\t1.4\t1.7\t1.6\t1.7 \u2014 autres\t20.2\t15.6\t17.5\t15.5 Dans les autres provinces de l\u2019Ouest canadien, deux tendances sautent aux yeux: la montée spectaculaire de l\u2019anglais comme langue maternelle et la baisse constante des positions détenues par les autres langues, à la seule exception du français en Colombie britannique.En trente ans, au Manitoba, l\u2019anglais a fait un gain de 11.1%, alors que le français subissait une perte de 1.0% et les autres langues, de 10.1%; en Saskatchewan, le gain de l\u2019anglais a été de 18.3%, la baisse du français a été de 1.5% et celle des autres langues, de 16.8%; en Alberta, l\u2019anglais a réalisé un gain de 14.7%, le français a subi une perte de 1.1% et les autres langues, de 13.6%; en Colombie britannique, les résultats sont moins spectaculaires, mais les gains de l\u2019anglais s\u2019élèvent quand même à 4.3% et les pertes des autres langues à 4.7 %, alors que le français déclare un très modeste gain de 0.3%.Évolution de la situation linguistique Résumons en un dernier tableau l\u2019évolution de la situation linguistique au Canada depuis 40 ans.Tableau 10 Répartition proportionnelle des anglophones, francophones et autres, par mille habitants au Canada, de 1931 à 1971 Année\tTotal\tAnglo- phones\tFranco- phones\tAutres 1931\t1,000\t570\t273\t157 1941\t1,000\t564\t292\t144 1951\t1,000\t581\t290\t129 1961\t1,000\t585\t281\t135 1971\t1,000\t602\t269\t130 Dans la première décennie, c\u2019est-à-dire de 1931 à 1941, il y a baisse dans tous les secteurs, mais, à partir de 1941, la montée du secteur anglophone se révèle constante, alors que la baisse dans le secteur francophone est régulière à tous les dix ans.Le secteur « autres », lui, connaît des hauts et des bas, selon la plus ou moins grande quantité d\u2019immigrants à s\u2019installer au pays.En bref, en 1971, sur chaque millier d\u2019habitants au Canada, on trouvait 602 anglophones, 269 francophones et 130 parlant une autre langue.Voilà la situation pour le Canada en général.Reste à voir plus en détail celle qui prévaut dans la province de Québec du point de vue linguistique: ce sera l\u2019objet d\u2019un prochain article.Est-ce la fin de NOTRE QUESTION NATIONALE?par Fernand Dumont- Ceux de mon âge se souviennent de ce qu\u2019a inséré dans leur réflexion adolescente le premier tome de Notre question nationale du Père Richard Arès.C\u2019était en 1943.A quinze ans, nous y trouvions l\u2019inventaire méthodique des grands problèmes de notre pays.Je viens de tirer le livre de ma bibliothèque.L\u2019état pitoyable de la reliure, les soulignés et les annotations témoignent de ma ferveur d\u2019écolier.Mais, avec la vingtaine, par un brusque renversement, ce livre est devenu un symbole de ce que beaucoup d\u2019hommes de ma génération ont récusé: le nationalisme des anciens.Le premier volume de Notre question nationale était un bilan.L\u2019auteur ne le cachait point.Il se faisait même trop modeste.Je relis ces lignes de l\u2019introduction: « Sur tous (nos) pro- blèmes, heureusement, il existe un ensemble d\u2019opinions, d\u2019avis et de jugements constituant en quelque sorte une tradition authentiquement canadienne-française.C\u2019est de cette tradition que nous avons voulu nous inspirer.C\u2019est d\u2019elle que nous espérons être l\u2019écho dans ces pages.Notre intention n\u2019est donc pas tant de dire du neuf que d\u2019ordonner, que de synthétiser des ma- Depuis le temps, j\u2019en suis venu, comme bien d\u2019autres, à des sentiments et à des pensées plus complexes.Non pas à la tradition formelle de Groulx ou de Minville, mais à une tradition quand même qui, pour ne pas respecter la lettre, se veut selon l\u2019esprit des vieux mainteneurs.Aussi, c\u2019est avec un extrême intérêt que j\u2019ai ouvert le qua- tériaux déjà existants » (p.12).Nous ouvrant aux problèmes de notre société, comment n\u2019aurions-nous pas trouvé dans ce livre de quoi concentrer des objections et des colères de jeunes turcs ?Nous n\u2019y avons pas manqué.Je dois avouer m\u2019être naguère fait un peu les griffes sur cette tradition que le Père Arès avait codifiée dans son livre.trième tome de Notre question nationale que vient de nous donner le Père Arès: Nos grandes options politiques et constitutionnelles (Montréal, Editions Bellarmin, 1972).Le précédent, le troisième, datait de 1947.Apparemment, l\u2019auteur a achevé le périple qu\u2019il avait envisagé au départ.Un cycle de quatre ouvrages, une sorte de Une tradition \u2014 un dossier 172 RELATIONS système.Mais on n\u2019oubliera pas que ce ne sont là que des jalons d\u2019une réflexion et d\u2019une action parsemées de bien d\u2019autres publications toutes marquées, comme celle-ci, d\u2019une profonde honnêteté intellectuelle et d\u2019une fervente fidélité au pays.Le cycle est-il vraiment accompli ?A un homme dont l\u2019éclatante santé paysanne fait honte à ma fragilité d\u2019enfant du trottoir, je dois dire que je n\u2019en suis pas du tout certain.Il ne s\u2019en tirera pas sans se mettre dès maintenant à un cinquième volume.Mais que trouve-t-on dans celui-ci ?Un dossier encore.Remarquablement composé, il faut y insister.Le Père Arès a réparti selon quatre options fondamentales les incertitudes des Québécois: l\u2019option Canada ou le projet du nationalisme anglophone; l\u2019option Canada bilingue ou le projet du nationalisme canadien; l\u2019option Canada français ou le projet du nationalisme canadien-français; l\u2019option Québec ou le projet du nationalisme québécois .Menu fort varié pour un petit peuple comme le nôtre, et c\u2019est probablement avec quelque humour caché que le Père Arès nous le présente.Et ce ne sont là que les grands en-têtes de nos choix: des chapitres plus circonscrits sont consacrés à la thèse des deux nations, aux Etats associés, au droit à l\u2019auto-détermination et à bien d\u2019autres nuances proposées au paysan de Saint-Tite-des-Caps et à l\u2019homme cultivé de la Grande-Allée.Attendant toujours les 100,000 emplois, nous atteindrons bientôt les 100,000 options.Mgr Paquet nous avait promis, faute des triomphes de l\u2019industrie, les subtilités de l\u2019esprit.La « distraction » des Grands Jeux de la Constitution Le Père Arès n\u2019est évidemment pas responsable de ces grands Jeux de la Constitution qui occupent ou distraient notre collectivité.Je dirai même que son livre peut contribuer à les tempérer quelque peu.D\u2019abord parce qu\u2019il dégage nettement le scénario.Je suis persuadé que n\u2019importe quel homme normal ayant parcouru ce copieux dossier ne pourra s\u2019empêcher de se dire que les Québécois pourraient bien investir ailleurs l\u2019énergie mentale que supposent tant de paris constitutionnels.Alors il choisira, j\u2019imagine, la pre- IMPRIMEURS GRAVEURS LITHOGRAPHES J.EMILE ROY & FILS 265 ouest, rue Vitré, Montréal I I I\tTél.861-1888 mière ou la dernière option.Ne serait-ce que pour échapper à la prolifération de toutes ces discussions.Mais, ce faisant, son impatience ne cédera pas à l\u2019arbitraire.L\u2019étonnante objectivité du Père Arès l\u2019aura obligé à entendre tous les protagonistes du grand jeu.Car l\u2019auteur de ce dossier ne conclut ni pour l\u2019une ni pour l\u2019autre de ces options.Qui ne le connaîtrait pas autrement le croirait descendu, pour ce qui est de la Constitution en tout cas, tout droit de Sirius.Je ne le lui reproche pas.Nous avions besoin d\u2019un aussi minutieux inventaire poursuivi jusqu\u2019aux limites de l\u2019objectivité.J\u2019éprouve même quelque orgueil de nationaliste à constater qu\u2019il fallait un autre nationaliste pour mener jusqu\u2019au bout un pareil pari.H n\u2019en reste pas moins qu\u2019une société ne peut ainsi tenir longtemps école de débats constitutionnels.A la fin de son livre, le Père Arès constate que notre peuple n\u2019a pas encore choisi parmi toutes ces pièces du dossier.Par quelle révélation miraculeuse pourrait donc lui advenir cette faculté ?Un peuple ferait-il mieux que le Père Arès lui-même ?A propos de l\u2019option indépendantiste, \u201cproposition exaltante s\u2019il en est une\u201d, l\u2019auteur évoque fort justement \u201cces petites gens dits raisonnables ou tranquilles qui, habituellement, se contentent de peu, se montrent plutôt indifférents à qui les emploie et à qui les gouverne, pourvu qu\u2019ils aient de quoi vivre et qu\u2019on leur laisse la paix\u201d (p.220).Si j\u2019ai bien compris, l\u2019auteur voit là un des obstacles décisifs à l\u2019indépendance.J\u2019avoue que je ne comprends pas : ces gens raisonnables et tranquilles remplissent les pays d\u2019Oc-cident et s\u2019il faut, pour trancher dans \u201cnos options constitutionnelles\u201d, les rendre tous et chacun angoissés du matin jusqu\u2019au soir à propos de ce problème, renonçons-y tout de suite.Voilà justement ce qui m\u2019ennuyait dans le nationalisme que les années 30 avaient légué à notre jeunesse : cette mystique du destin national qui devait mobiliser à chaque instant tout canadien français.On ne fait pas un pays de cette manière.En tout cas, je n\u2019en connais aucun qui se soit fait ainsi.À quand le prochain tome ?Ce livre comporte pourtant des conclusions.Mais elles ne relèvent pas des options constitutionnelles.\u201cParmi les facteurs déterminants de (notre) destin, écrit l\u2019auteur, le principal demeure encore la volonté du peuple québécois d\u2019assumer courageusement sa responsabilité de vivre\u201d (p.224).Le Père Arès rappelle la baisse tragique de la natalité au Québec et il a raison de croire que là se trouve le signe irrécusable de la manière dont un peuple envisage son avenir.Il écrit encore, et toujours avec la même justesse : \u201cUn Québec fort \u2014 qu\u2019il demeure canadien ou qu\u2019il devienne indépendant \u2014 ne naîtra jamais d\u2019une société faible, d\u2019une société où fourmillent chômeurs, assistés sociaux, rêveurs, sectaires et agitateurs professionnels\u201d (p.221).Voilà qui dit l\u2019essentiel.Et qui devrait inciter le Père Arès à ajouter, comme je le proposais plus avant, un autre tome au cycle de Notre question nationale.Ce ne serait pas tout à fait un dernier volume, mais plutôt une refonte du premier.Il nous faut revenir aux problèmes de fond de ce milieu-ci.Nous ne pouvons défendre notre droit à être reconnu comme une société distincte sans consentir à la question radicale : de quelle société s\u2019agit-il, quelle pourrait être l\u2019originalité et la fécondité de son avenir ?La conclusion de ce livre n\u2019en est donc pas une.Il y faudra un autre dossier encore.De nul autre on ne pourrait plus impérativement l\u2019exiger que de cet auteur dont la probité est exemplaire.Non, ce n\u2019est pas encore \u2014 ni dans les travaux du Père Arès ni dans la pénible histoire de ce pays \u2014 la fin de \u201cnotre question nationale\u201d.JUIN 1972 173 Les loisirs familiaux: une expérience d\u2019éducation sociale et culturelle par -Michel Corbeil *- Depuis septembre 1970, le directeur du Camp Bleu et Blanc (cf.Relations, 364, octobre 1971, pp.270-271) étudie, en collaboration avec cinq travailleurs sociaux, les possibilités d\u2019élaborer de nouvelles méthodes d\u2019intervention auprès des familles d\u2019assistés sociaux ou d\u2019ouvriers à revenu modique.A.\tL\u2019expérience du travail dans quatre agences familiales de la région de Montréal, permet déjà de dégager un certain nombre d'orientations générales en vue d\u2019un travail auprès de familles qui ne sont pas parmi les privilégiées du système économique actuel: 1.\tLes familles défavorisées sont souvent écrasées par leurs problèmes et peuvent difficilement y faire face par leurs propres moyens.2.\tLes familles défavorisées ont tendance à s\u2019isoler et ne sont connues des organismes de service social, de bien-être, de santé, etc., qu\u2019en période de crise aiguë.3.\tLes services sociaux étant souvent débordés, ils ne peuvent que difficilement assurer une continuité de la relation d\u2019aide avec leurs clients.4.\tL\u2019isolement provoque une désorganisation à l\u2019intérieur même de la cellule familiale, à cause de l\u2019insécurité croissante qui caractérise le fait de se replier sur soi.5.\tCette désorganisation engendre un cercle vicieux rendant difficile l\u2019équilibre psychologique des personnes, leur fonctionnement dans des groupes imposés tels que l\u2019école, l\u2019usine, etc.Le bon fonctionnement social et économique de la famille en est donc compromis.6.\tAu sein des familles désorganisées, à cause du stress qu\u2019elles imposent à leurs membres, il est fréquent de constater de graves problèmes de santé physique et psychologique, la délinquance, l\u2019interruption précoce de la scolarité, le chômage, etc.7.\tNotre société urbaine de consommation, telle qu\u2019elle fonctionne actuellement, provoque jusqu\u2019à un certain point ces situations de désorganisation.Une approche réaliste ne doit pas tenir compte des seuls facteurs individuels, mais s\u2019attacher aussi à améliorer les conditions de vie sociale et économique de la collectivité.8.\tIl revient à l\u2019Etat de prévoir à long terme des solutions réalistes aux problèmes collectifs de notre société.Par ail- * Animateur au Camp Bleu et Blanc.leurs, chaque famille à laquelle on offre une contexte favorable à son épanouissement possède les ressources nécessaires pour solutionner la plupart de ses problèmes.9.\tPar un effort concerté de l\u2019Etat et des individus en situation difficile, il est possible de créer des milieux d\u2019épanouissement pour un nombre important de familles.10.\tLe loisir et le plein air offrent naturellement les conditions matérielles, psy- chologiques et sociales favorables à une diminution du stress et à une facilitation de la communication (« dé-isolement »); il paraît donc souhaitable d\u2019en inventorier les possibilités en termes de thérapie et d\u2019éducation familiale.11.\tUn travail constructif auprès des familles constitue une approche à la fois thérapeutique et préventive.Cette dernière approche a toujours été des plus difficiles dans le contexte des services sociaux (en général) traditionnels.Du rêve à la réalité B.\tA la lumière de ces quelques jalons et compte tenu des ressources disponibles dans le cadre du Camp Bleu et Blanc, nous avons tenté d\u2019élaborer un mode de fonctionnement qui pourrait respecter à la fois la situation psycho-sociale des familles au moment où elles s\u2019engagent et la nécessaire croissance qu\u2019un service comme celui que nous envisageons se devait de favoriser.1.\tNous avons choisi de centrer nos interventions autour de périodes de loisir d\u2019été et d\u2019hiver dont chaque famille pourrait bénéficier.2.\tIl nous a paru important, aussi, de favoriser la création d\u2019un milieu auquel chacune des familles pourrait s\u2019identifier et dans lequel elle se sentirait à l\u2019aise.Ceci, en vue de favoriser graduellement la réactualisation d\u2019un certaine vie sociale.3.\tDe plus, nous avons cru nécessaire de prévoir des modalités de fonctionnement à l\u2019intérieur desquelles il serait possible d\u2019agir en groupe, de construire ensemble.Nous avons donc proposé aux familles d\u2019assumer elles-mêmes, graduellement, la responsabilité de Y organisation et de la gestion du camp.4.\tNous avons cru nécessaire de nous situer nettement dans un contexte de collaboration où la participation de chacun est importante.Ceci, dans le but que soit maintenue, à long terme, l\u2019orientation démocratique du projet.5.\tNous avons finalement choisi de proposer aux familles que soient ajoutées aux activités directement reliées au camp de nouvelles initiatives à caractère éducatif et social.Puisque chaque famille participe à Bleu et Blanc pendant un maximum de trois années, il nous paraissait souhaitable de les inviter à prévoir d\u2019autres orientations au sein desquelles elles pourraient exercer une action constructive.C.\tPour permettre un cheminement à la fois positif et critique de l\u2019expérience (nos hypothèses de départ ayant à être vérifiées en cours de route), nous avons pu offrir, grâce à la collaboration des agences, les services d\u2019aides techniques en animation de groupe.Il revenait aux familles d\u2019élaborer, à partir de quelques données initiales, une structure souple, à l\u2019intérieur de laquelle chacun pourrait être à la fois à l\u2019aise et utile au groupe.Puisque quatre agences familiales étaient impliquées dans le projet, nous avons cru bon de former quatre groupes distincts, mais reliés entre eux au niveau des décisions administratives concernant l\u2019ensemble du camp.Trois familles pilotes, dans chaque secteur, choisies par les animateurs à l\u2019aide de quelques critères généraux: intérêt au projet, nombre suffisant d\u2019enfants, situation économique difficile, avaient pour mission d\u2019établir des critères plus précis et de choisir treize autres familles en utilisant ces critères, lesquels varièrent d\u2019un secteur à l\u2019autre.Les seize familles de chaque secteur procédèrent à des élections en vue de constituer l\u2019exécutif global qui devait être composé de trois personnes élues dans chaque secteur.C\u2019est à ce groupe de douze membres, avec le directeur du camp, qu\u2019incomberait la responsabilité d\u2019administrer le camp et de susciter la participation des autres familles à l\u2019organisation d\u2019activités diverses.174 RELATIONS Du bilan au projet plus global BLEU ET BLANC: PROJET FAMILIAL ET COMMUNAUTAIRE Centré sur la participation maximale de chacun des individus, le projet Bleu et Blanc se veut un instrument d\u2019épanouissement personnel et collectif répondant aux besoins et aux aspirations réels de la population desservie, besoins et aspirations qui varient d\u2019un secteur à l\u2019autre, mais qui sont tous axés sur le désir de créer des liens inter-familiaux, d\u2019approfondir la qualité des relations intra-familiales et de jouer un rôle positif dans le milieu auquel chacun appartient.Partant des loisirs et surtout de leur organisation par le moyen des groupes de tâches, Bleu et Blanc débouche sur une prise de conscience des solidarités qui unissent des citoyens partageant à peu près la même culture et les mêmes inquiétudes face à notre société souvent ignorante des problèmes des moins favorisés.Instrument privilégié au service de la participation, de la solidarité et de l\u2019éducation à l\u2019autonomie, le camp (dans sa gestion globale et grâce à son organisation générale) offre un terrain d\u2019expérimentation et d\u2019apprentissage à la vie d\u2019un groupe (tâches communes, interactions, etc.), aux techniques de co-gestion (élaboration et administration d\u2019un budget, engagement du personnel, etc.), à la programmation d\u2019activités communes tant dans la ligne des tâches que dans celle du loisir.Moins soucieux de l\u2019efficacité à court terme que de fournir un contexte favorable à un véritable apprentissage du travail en groupe, les animateurs insistent pour que chaque étape d\u2019une démarche respecte le rythme des personnes impliquées, leurs intérêts, et tienne compte du contexte interpersonnel (conflits, anxiétés, rejets, blocages, etc.) du moment.Une équipe de recherche se charge de l\u2019évaluation périodique du travail des animateurs et de la participation des citoyens.Elle incite aussi à des remises en question de nos objectifs, de nos moyens, pour faire en sorte que Bleu et Blanc s\u2019adapte constamment aux besoins et aux aspirations réels des familles.Cette équipe poursuit aussi des recherches plus générales sur des thèmes tels que: la démocratisation du loisir, la famille et les loisirs, etc.Pour que Bleu et Blanc soit un service réel à toute la population du Québec, nous comptons sur tous ceux dont la conscience de notre solidarité dépasse les frontières de classes pour nous appuyer dans la réalisation de cette tâche.M.C.D.Après une année de fonctionnement et de travail pour réaliser les aménagements nécessaires par rapport à la formule théorique de départ, le Camp familial Bleu et Blanc regroupe soixante-dix familles qui « interagissent » et qui, de plus en plus, prennent conscience de leur solidarité et de leurs multiples ressources comme groupe.Une recherche effectuée au cours de l\u2019été dernier par trois étudiantes (maîtrise) en intervention sociale collective nous a permis de discerner les facteurs positifs du projet ainsi que les améliorations qu\u2019il faudra y apporter au fur et à mesure de son développement.Nous avons recueilli de nombreux témoignages de la part de parents pour qui le camp a contribué grandement à modifier pour le mieux la dynamique interne de leur vie familiale.Le fait d\u2019appartenir à un groupe qui les accepte, et dans lequel ils ont un rôle à jouer, leur a rendu possible une ouverture à beaucoup d\u2019intérêts, d\u2019éléments de culture, qu\u2019ils ne soupçonnaient pas auparavant.Ils se sentent moins dépendants des structures bureaucratiques de bien-être, de santé, etc., et plus conscients de leurs droits de citoyens.Des problèmes nouveaux pour eux retiennent leur attention et ils s\u2019attachent à les considérer selon une approche plus globale, moins personnalisée, avec davantage de sérénité et d\u2019esprit critique.Beaucoup d\u2019adolescents et d\u2019adolescentes du camp ont découvert le groupe comme une réalité à l\u2019intérieur de laquelle il est possible de réaliser des activités saines, constructives et créatrices.Ils ont d\u2019ailleurs utilisé au maximum les fins de semaines d\u2019hiver, pendant lesquelles des sports de plein air étaient accessibles, en plus de la musique « pop » qui meublait « bruyamment » les soirées passées auprès du feu.Personne ne peut s\u2019attaquer seul aux graves problèmes qui confrontent notre société: chômage, faible revenu, grèves, logements insalubres, coût de la vie, etc.Mais, en groupe, il devient possible d\u2019envisager ces problèmes sans panique et sans se dévaloriser.Il devient possible de poser des gestes selon la mesure de ses moyens pour améliorer des situations sur lesquelles on a un certain contrôle: avocats populaires, coopératives d\u2019alimentation, centres communautaires, cliniques de consommateurs .E.Bleu et Blanc, c\u2019est en définitive bien autre chose qu\u2019un « camp c\u2019est plutôt un projet d\u2019éducation sociale et culturelle rejoignant la personne au cœur même de sa vie et tenant compte des rythmes de croissance particuliers à chaque individu.Loin d\u2019être limité dans l\u2019espace par l\u2019appartenance exclusive à un cadre matériel donné, le projet constitue un esprit que nous souhaitons voir partagé par plusieurs.La responsabilité d\u2019inventorier plus à fond les ressources virtuelles d\u2019une telle formule revient à la fois aux initiateurs du projet (travailleurs sociaux engagés, familles participantes) et à l\u2019Etat.Une recherche permanente devrait être entreprise par un groupe qualifié, de manière à ce que soient saisies toutes les implications personnelles, familiales, culturelles et sociales d\u2019une telle formule.De plus, le personnel d\u2019animation devrait pouvoir assurer une plus grande disponibilité de temps aux tâches multiples que suppose une action située à la fois au niveau de la personne et au niveau du groupe.Ce personnel devrait être en mesure d\u2019entreprendre des initiatives similaires avec d\u2019autres groupes, de manière à constituer un « réseau humain » qui rejoindrait des familles de toutes les régions du Québec.L\u2019Etat dispose de ressources inaccessibles aux simples citoyens et porte des responsabilités que nous l\u2019aimerions voir assumer pleinement, aussi bien au niveau des faits que des principes.De plus, les citoyens plus favorisés, les corporations, les grandes entreprises, qui prennent graduellement conscience des solidarités qui unissent chaque individu et chaque « strate » de notre société, doivent assumer leur part de collaboration dans la recherche de modes de vie plus humains et mieux adaptés aux aspirations réelles d\u2019une population donnée.15.5.72.JUIN 1972 175 Le Congrès de Santiago PREMIÈRE RENCONTRE LATINO-AMÉRICAINE DES CHRÉTIENS POUR LE SOCIALISME 23-30 avril 1972, Santiago du Chili par Yves Vaillancourt Du 23 au 30 avril dernier, fai eu la chance de participer, à Santiago du Chili, à la « première rencontre latino-américaine des chrétiens pour le socialisme ».Les participants Plus de 400 participants étaient présents à la conférence.Tous les pays latino-américains étaient représentés.Les délégations les plus importantes venaient du Chili (200), de l\u2019Argentine (50), du Mexique (15) et de Cuba (13).La délégation québécoise, formée de 4 membres, était la seule à participer de plain-pied à la conférence sans appartenir au continent latino-américain.Les participants avaient été invités sur la base de leur option pour le socialisme, d\u2019une option concrétisée dans des luttes libératrices menées en solidarité avec les mouvements ouvrier, paysan et étudiant.La présence d\u2019un évêque charismatique comme Sergio Mendez Arceo du Mexique et de théologiens sérieux comme Gustavo Gutierrez, Hugo Assmann, Pablo Richard et Julio Girardi contribuait à rehausser la qualité de toute la conférence et, en particulier, du Document Final.Le déroulement de la conférence L\u2019organisation des 8 jours de travail était de nature à favoriser le plus grand rendement: \u2014 Au cours des deux premiers jours, les délégations nationales, celle du Québec incluse, eurent l\u2019occasion, en assemblée plénière, de faire le point sur la conjoncture politique locale et, sur ce fond de scène social unique et global, de situer la place et le rôle du christianisme, soit comme frein, soit comme moteur, en rapport avec la tâche de construire le socialisme.\u2014 Pendant les 5 jours suivants, les participants se répartirent en 10 commissions de 40 et abordèrent les thèmes suivants:\t1) Sous-développement, dépen- dance et transition vers le socialisme; position des Eglises.2) Mobilisation populaire pour le socialisme et engagement des chrétiens.3) Conditions d\u2019une alliance stratégique entre chrétiens et marxistes.4) Idéologie et religion, révolution culturelle et foi chrétienne.5) Lutte des classes: positions et blocages éthiques et affectifs des chrétiens.6) Institutions et idéologies chrétiennes: évaluation critique.7) Action politique et foi: la théologie de la libération.8) Partis, syndicats populaires et pratiques chrétiennes.9) Mouvements paysans et action des Eglises.10) Couches intermédiaires, participation de la femme dans la révolution et l\u2019aspect chrétien.\u2014 Le dernier jour fut consacré à l\u2019élaboration et à l\u2019approbation, en assemblée plénière, d\u2019une prise de position commune capable d\u2019intégrer le meilleur du travail effectué dans les 10 commissions.C\u2019est le Document Final reproduit plus loin.Au cours de la conférence, les participants effectuèrent deux visites officielles.La première, à l\u2019archevêque de Santiago, le cardinal Raoul Silva, dura 15 minutes.La seconde, au président de la République, le Dr Salvador Allende, dura 90 minutes.La présence québécoise L\u2019intervention de la délégation québécoise a eu un impact considérable.Tenant compte du fait que la majorité des participants ne connaissaient pas le caractère distinct de la société québécoise à l\u2019intérieur du contexte canadien \u2014 si ce n\u2019est à partir d\u2019une connaissance superficielle de deux événements: le cri du Général de Gaulle en 1967 et les enlèvements d\u2019octobre 1970 \u2014, nous nous sommes fixés comme objectif de transmettre des éléments d\u2019information de base sur notre histoire de dépendance, sur la place du Québec dans le système fédéral canadien, sur la dépendance économique des travailleurs québécois vis-à-vis de l\u2019impérialisme américain et du capitalisme anglo-saxon et québécois, sur le développement du mouvement ouvrier et du syndicalisme, sur le mouvement de libération nationale polarisé à la fois par la question de l\u2019indépendance et celle du socialisme, sur le poids de l\u2019Eglise avant la « révolution tranquille », etc.Comme Québécois socialistes, nous avons affirmé que, en dépit de la distance géographique et linguistique, nous nous sentions plus loin, culturellement et politiquement, du Canada anglais et des Etats-Unis, que des pays latino-américains, en raison du développement chez nous d\u2019une conscience politique assoiffée de libération et greffée sur un vécu collectif séculaire marqué au coin par la dépendance, l\u2019exploitation et l\u2019humiliation.En évoquant l\u2019isolement et l\u2019étouffement auxquels nous sommes acculés en contexte nord-américain, nous avons lancé un vibrant appel à la solidarité Québec-Amérique latine.Nous avons dit à nos frères latino-américains qu\u2019ils n\u2019avaient pas le droit d\u2019oublier qu\u2019au nord du Mexique, il y a les Puerto-ricains, les Chicanos, les Noirs américains et les Québécois.C\u2019est sur ce tableau socio-politique global que nous avons situé la place des « politisés chrétiens » dans la lutte de libération au Québec et souligné l\u2019importance de favoriser une solidarité entre « chrétiens pour le socialisme » à la dimension des deux Amériques.Le document final Il est à prévoir que la « première conférence latino-américaine des chrétiens pour le socialisme » constituera un moment historique dans le développement du christianisme latino-américain et même mondial.D\u2019où l\u2019intérêt spécial du Document Final produit et appuyé par plus de 400 personnes.Ce document attire l\u2019attention sur le fait qu\u2019un nombre croissant de chrétiens, soucieux d\u2019être fidèles à l\u2019Evangile autant qu\u2019à la réalité sociale analysée scientifiquement, voient dans la construction du socialisme la seule voie libératrice, affirment que le processus de libération est unique et global et prennent une distance d\u2019avec le christianisme social traditionnel qui, en dépit de son progressisme, demeure imprégné de part en part par l\u2019idéologie bourgeoise et, de ce fait, constitue un blocage éthico-affectif chez de nombreux chrétiens pour rompre avec le capitalisme et opter pour le socialisme.En affirmant la nécessité et en posant les conditions d\u2019une alliance stratégique entre chrétiens socialistes et marxistes, le document nous invite en outre à être vigilants vis-à-vis des manœuvres capitalistes, conscientes ou inconscientes, qui instrumentalisent le christianisme sociologique, spécialement au chapitre de l\u2019antagonisme entre la foi chrétienne et le marxisme, pour désamorcer la radicalisation des chrétiens et orienter ces derniers dans des voies réformistes.D\u2019où ce souhait qui est le mien: puissent plusieurs lecteurs de Relations lire attentivement et discuter franchement, en prenant en considération leur enracinement dans le socio-économique, le document que nous reproduisons intégralement ! 22.5.72.176 RELATIONS LE CONGRÈS DE SANTIAGO \u2014 DOCUMENT FINAL Traduction faite par Laetitia Bélanger Introduction Nous sommes plus de quatre cents chrétiens de tous les pays d\u2019Amérique latine (laïcs, pasteurs, prêtres et religieuses), avec quelques observateurs des Etats-Unis, du Québec et d\u2019Europe, à nous être réunis ici à Santiago.Nous avons voulu réfléchir, à la lumière de notre foi commune et compte tenu de l\u2019injustice inhérente aux structures socio-économiques de notre continent, sur ce que nous devons et pouvons faire dans le moment historique que nous vivons et dans les circonstances concrètes qui prévalent.Nous voulons nous identifier clairement comme des chrétiens qui repensons notre foi et révisons notre attitude d\u2019amour envers les opprimés à partir du processus de libération que vivent nos peuples latino-américains et à partir de notre engagement pratique et réel dans la construction d\u2019une société socialiste.La plupart d\u2019entre nous travaillons avec des ouvriers, des paysans, des chômeurs qui vivent dans la douleur leur vie de misère, de frustration continue, de marginalité économique, sociale, culturelle et politique.Nous avons beaucoup à faire, et c\u2019est avec eux et en nous pressant que nous devons nous mettre à la tâche.Nous nous sommes réunis à Santiago en même temps que s\u2019y tient la troisième rencontre mondiale de l\u2019UNCTAD, où le débat porte sur un problème qui de jour en jour devient plus alarmant.Une partie relativement réduite de l\u2019humanité progresse et s\u2019enrichit de plus en plus au prix de l\u2019oppression des deux tiers de la population du globe.Et ce qui blesse le plus la conscience des peuples exploités, c\u2019est de constater que leur précarité économique n\u2019est que la conséquence de la richesse et du bien-être croissants des grandes puissances.Notre pauvreté n\u2019est que l\u2019envers de l\u2019enrichissement des grandes classes Internationales d\u2019exploiteurs.Comment faire face à cette indéniable injustice ?Au moins une chose est claire : les peuples dominés par le capitalisme impérialiste doivent s\u2019unir pour rompre avec la situation d\u2019oppression et de misère à laquelle ils sont soumis.Mais cette union dont la nécessité semble évidente n\u2019est pas facile à réaliser, parce que la dépendance externe favorise la désunion, désunion d\u2019ailleurs encouragée clairement ou subtilement par l\u2019impérialisme.C\u2019est pourquoi en nous réunissant ici, chrétiens de tous les pays d\u2019Amérique latine, nous voulons, en présence de la réunion mondiale de l\u2019UNCTAD, lancer un appel aux classes sociales exploitées et aux pays dominés afin qu\u2019ils s\u2019unissent dans le but non pas de mendier une aide, mais de défendre leurs droits.Les structures économiques et sociales de nos pays sont cimentées dans l\u2019oppression et l\u2019injustice qui découlent d\u2019une situation de capitalisme dépendant des grands centres de pouvoir.A l\u2019intérieur de chacun de nos pays, de petites minorités se font les complices et les vassales du capitalisme international.Elles travaillent, par tous les moyens possibles, au maintien d\u2019une situation créée pour servir leurs propres intérêts.Cette injustice structurelle est, en fait, de la violence, qu\u2019elle soit ouverte ou diffuse.Ceux qui depuis des siècles exploitent et veulent continuer d\u2019exploiter les plus faibles exercent de fait une violence contre eux.Cette violence se dissimule souvent sous un semblant d\u2019ordre et de légalité, mais elle n\u2019en demeure pas moins violence et injustice.Ceci n\u2019est pas humain et pour autant ne peut pas être chrétien.Mais il ne suffit pas d\u2019établir un diagnostic sur ces faits.Le Christ, par son exemple, nous a appris à vivre ce qu\u2019il annonçait.Le Christ a prêché la fraternité humaine et l\u2019amour qui doit pénétrer toutes les structures sociales, mais par-dessus tout, il a vécu son message de libération jusque dans ses ultimes conséquences.Il a été condamné à mort.Les puissants de son peuple ont compris que son message de libération et l\u2019amour effectif dont il a fait preuve menaçaient sérieusement leurs intérêts économiques, sociaux, religieux et politiques.L\u2019Esprit du Christ ressuscité est aujourd\u2019hui aussi actif que toujours; il dynamise l\u2019Histoire et se traduit dans la solidarité et le don désintéressé de ceux qui luttent pour la liberté, avec un amour authentique de leurs frères opprimés.Les structures de notre société doivent être transformées à partir de leurs fondements.Aujourd\u2019hui plus que jamais, il est urgent d\u2019effectuer cette transformation parce que les bénéficiaires de l\u2019ordre Injuste dans lequel nous vivons défendent avec agressivité leurs intérêts de classe et ont recours à tous les moyens possibles \u2014 propagande, domination subtile de la conscience populaire, défense d\u2019une légalité discriminatoire, dictature au besoin, répression souvent \u2014 pour empêcher que ne s\u2019opère une transformation révolutionnaire.La classe aujourd\u2019hui exploitée ne pourra construire une société d\u2019une qualité différente, une société socialiste, sans oppresseurs ni opprimés, où tous auraient droit aux mêmes possibilités d\u2019épanouissement humain, que si elle accède au pouvoir économique et politique.Le processus révolutionnaire est en plein déploiement en Amérique latine.Les chrétiens sont nombreux à s\u2019y être engagés, mais encore plus nombreux sont ceux qui, prisonniers de leur inertie mentale et de catégories imprégnées par l\u2019idéologie bourgeoise, sont pris de peur devant le phénomène et veulent à tout prix s\u2019engager sur d\u2019impraticables voies réformistes ou développementistes.Le processus révolutionnaire latino-américain est un processus unique et global.Nous, chrétiens, n\u2019avons pas ni ne désirons avoir de voie politique particulière à proposer.La reconnaissance du caractère unique et global du processus latino-américain rend solidaires les uns des autres et rassemble pour une tâche commune tous ceux qui s\u2019engagent dans la lutte révolutionnaire.Grâce à notre engagement révolutionnaire, nous avons pu redécouvrir le sens de l\u2019action libératrice du Christ.C\u2019est elle qui donne à l\u2019Histoire son unité profonde et nous permet de saisir le sens de la libération politique en la situant dans un contexte plus large et plus radical.La libération du Christ s\u2019opère nécessairement à travers des événements historiques libérateurs, mais ne se réduit pas à ces événements; elle en signale les limites mais par-dessus tout les conduit à leur accomplissement plénier.Ceux qui réduisent l\u2019action du Christ sont plutôt ceux qui veulent la retirer du lieu où elle dynamise l\u2019Histoire, et où des hommes et des classes sociales luttent pour se libérer de l\u2019oppression à laquelle les soumettent d\u2019autres hommes et d\u2019autres classes sociales; ce sont ceux qui refusent de reconnaître que la libération du Christ est une libération radicale de toute exploitation, de toute misère, de toute aliénation.Si nous nous engageons dans la construction du socialisme, nous le faisons parce qu\u2019en nous appuyant objectivement sur l\u2019expérience historique et en essayant d\u2019analyser rigoureusement et scientifiquement les faits, nous en arrivons à la conclusion que c\u2019est la seule façon efficace de lutter contre l\u2019impérialisme et d\u2019établir une rupture avec notre situation de dépendance.La construction du socialisme ne se fait pas à coup de vagues dénonciations ou d\u2019appels à la bonne volonté, mais suppose une analyse qui mette en lumière les mécanismes réels à l\u2019œuvre dans la société, une analyse qui mette en évidence l\u2019oppression, qui puisse démasquer et appeler par leur nom ceux qui oppriment ouvertement ou subtilement la classe des travailleurs.Cette analyse requiert d\u2019abord une participation à la lutte qui oopose la classe exploitée à celle des exploiteurs.La vraie charité ne peut pas taire cette lutte que déclenchent ceux qui exploitent le peuple dans le but de défendre ou d\u2019accroître leurs privilèges.Si nous rendons publique notre réflexion, c\u2019est que nous croyons qu\u2019elle peut contribuer à ce que d\u2019autres chrétiens et hommes de bonne volonté réfléchissent aussi avec nous et prennent la décision de chercher la voie d\u2019une transformation radicale des structures en Amérique latine.JUIN 1972\t177 1.La réalité latino-américaine: un défi pour les chrétiens 1.1.\tLa situation socio-économique, politique et culturelle des peuples latino-américains est un défi lancé à notre conscience chrétienne.Le chômage, la sous-alimentation, l\u2019alcoolisme, la mortalité infantile, l\u2019analphabétisme, la prostitution, l\u2019inégalité croissante entre riches et pauvres, la discrimination raciale et culturelle, l\u2019exploitation, etc., sont autant d\u2019aspects d\u2019une situation de violence institutionnalisée.1.2.\tEn premier lieu, nous constatons que cette réalité n\u2019est pas la conséquence inévitable d\u2019une carence de la nature et encore moins d\u2019un destin inexorable ou d\u2019un « dieu » implacable étranger au drame humain.Au contraire, c\u2019est le fruit d\u2019un processus déterminé par la volonté des hommes.1.3.\tCette « volonté » est celle d\u2019une minorité de privilégiés qui ont rendu possibles la construction et le maintien d\u2019une société injuste, la société capitaliste, fondée sur l\u2019exploitation, le profit et la concurrence.1.4.\tCette société injuste trouve son fondement objectif dans les rapports capitalistes de production qui engendrent nécessairement une société de classes.1.5.\tEn tant que structure économique, le capitalisme colonialiste ou néo-colonialiste configure la réalité des pays latino-américains.Dans sa phase supérieure, cette configuration capitaliste conduit à l\u2019impérialisme et au sous-impérialisme qui opèrent à travers des mécanismes multiples, agressions militaires et économiques, alliances entre gouvernements répressifs, entreprises multi-nationales, domination culturelle, présence de la CIA, du State Department, etc.1.6.\tA l\u2019intérieur de chaque pays, l\u2019impérialisme opère avec la complicité des couches dominantes dépendantes ou bourgeoisie nationale.Couches dominantes qui semblent en alliance avec l\u2019Eglise institutionnelle.1.7.\tParmi les derniers recours de l\u2019impérialisme, on note les dictatures et régimes de type fasciste, qui engendrent la répression, la torture, la persécution, les crimes politiques, etc.1.8.\tLa lutte désespérée de l\u2019impérialisme produit des blocus économiques à l\u2019endroit des pays qui ont opté pour le socialisme.C\u2019est le cas de Cuba et du Chili.1.9.\tL\u2019impérialisme cherche à diviser le peuple en opposant chrétiens et marxistes dans le but de paralyser le processus révolutionnaire en Amérique latine.1.10.\tDe faux modèles de croissance économique réalisés au détriment de la classe des travailleurs, ouvriers et paysans, veulent distraire le peuple des vrais objectifs globaux de la révolution (par exemple, la promotion du modèle de développement du Brésil et du Mexique).1.11.\tLes forces impérialistes et les classes dominantes nationales imposent à travers tous les moyens de communication et d\u2019éducation un type de culture dépendante.Cette culture justifie et cache la situation de domination.Elle forme, en outre, un type d\u2019homme résigné à son aliénation.Elle encourage par le fait même les opprimés à devenir patrons et exploiteurs des autres.1.12.\tLe processus historique de la société de classes et la domination débouchent fatalement sur un nécessaire affrontement de classes.Les oppresseurs nient cet affrontement, bien qu\u2019il devienne tous les jours plus évident.De leur côté, les masses exploitées le découvrent et acquièrent progressivement une nouvelle conscience révolutionnaire.1.13.\tIl devient évident, devant l\u2019acuité croissante de la lutte des classes, qu\u2019il n\u2019existe aujourd\u2019hui en Amérique latine qu\u2019une alternative possible: ou le capitalisme dépendant et le sous-développement, ou le socialisme.D\u2019autre part, à l\u2019intérieur même des différents pays on peut vérifier l\u2019échec historique et l\u2019impossibilité de positions intermédiaires entre le capitalisme et le socialisme, comme de tout type de réformisme.1.14.\tCertains mouvements nationalistes de gauche ont un impact révolutionnaire, mais s\u2019avèrent insuffisants s\u2019ils ne conduisent pas au socialisme dans le cadre actuel du processus de libération en Amérique latine.1.15.\tLa situation actuelle de tous les hommes du continent, et par le fait même des chrétiens, qu\u2019ils en soient conscients ou pas, est déterminée par la dynamique historique de la lutte des classes à l\u2019intérieur du processus de libération.1.16.\tLes chrétiens engagés dans le processus révolutionnaire reconnaissent l\u2019échec final de la troisième voie sociale chrétienne et essaient de s\u2019insérer dans l\u2019histoire unique de la libération du continent.1.17.\tL\u2019intensification croissante de la lutte des classes signifie qu\u2019on a atteint une nouvelle étape de la lutte idéologique politique et exclut toute forme de prétendue neutralité ou d\u2019apoiitisme.Cette intensification de la lutte donne au processus révolutionnaire de l\u2019Amérique latine sa véritable dimension.1.18.\tLes vrais éléments de la situation surgissent nécessairement de l\u2019analyse scientifique et de l\u2019engagement révolutionnaire dans la lutte des exploités : rapports de production, appropriation capitaliste de la plus-value, lutte des classes, lutte idéologique, etc.1.19.\tDans ce sens, la révolution cubaine et la marche vers le socialisme au Chili posent la question du retour aux sources du marxisme et de la critique du dogmatisme marxiste traditionnel.1.20.\tLe peuple, grâce à tous les outils efficaces d\u2019analyse fournis surtout par le marxisme, est en train de prendre conscience de la nécessité de s\u2019acheminer vers la vraie prise du pouvoir par la classe des travailleurs.C\u2019est à cette seule condition qu\u2019on pourra construire un socialisme authentique, moyen unique jusqu\u2019à maintenant d\u2019atteindre une libération totale.2.Efforts de libération en Amérique latine 2.1.\tIl y a en Amérique latine un processus commun de libération en gestation et qui s\u2019inscrit dans la lignée des Bolivar, San Martin, O\u2019Higgins, Hidalgo, José Marti, Sandino, Camilio Torres, Che Guevara, Nestor Paz et d\u2019autres.Ce processus constitue une deuxième lutte pour l\u2019indépendance, lieu de rassemblement des forces révolutionnaires d\u2019un continent qui a en commun un passé de colonisation et un présent d\u2019exploitation et de misère.2.2.\tLe capitalisme dépendant qui règne en Amérique latine engendre nécessairement les classes laborieuses, ouvrières et paysannes.Ces classes constituent, en tant que telles, la base sociale objectivement révolutionnaire, mais elles requièrent d\u2019autre part une tâche urgente de politisation qui leur permette d\u2019acquérir le pouvoir de détruire le système capitaliste et de lui substituer une société plus juste et fraternelle.2.3.\tDe nombreux efforts de libération ont été faits, plus particulièrement depuis la révolution cubaine, qui comportent tous des formes similaires quant à la rupture avec la dépendance et quant à la lutte anti-impérialiste.Ils prennent des formes variées selon la diversité des nations.2.4.\tLes multiples efforts de libération qui surgissent en différents pays tendent à s\u2019unifier au-delà des différences tactiques.On constate l\u2019aspiration à une nouvelle stratégie qui unirait les forces révolutionnaires dans un effort commun de libération.2.5.\tLe processus révolutionnaire exige un dépassement rapide des divisions stériles entre divers groupes de la gauche latino-américaine, divisions que favorise et dont profite l\u2019impérialisme.2.6.\tLes chrétiens, poussés par l\u2019Esprit de l\u2019Evangile, se joignent peu à peu, sans plus de droits ni de devoirs que les autres révolutionnaires, aux groupes et partis prolétariens.Les chrétiens engagés dans le socialisme reconnaissent le prolétariat national et continental comme l\u2019avant-garde du processus de libération en Amérique latine.2.7.\tLa mobilisation croissante du peuple fait surgir de nouvelles exigences, telles que le dépassement du sectarisme, du bureaucratisme, de l\u2019embourgeoisement, de la corruption des leaders, etc.178 RELATIONS 3.Les chrétiens dans le processus de libération en Amérique latine 3.1.\tCertains chrétiens sont en train de prendre conscience que la réalité chrétienne (institution, théologies, conscience) ne se situe pas en marge de l\u2019affrontement entre exploiteurs et exploités.Au contraire, elle est marquée par le colonialisme et dans plusieurs cas objectivement alliée du capitalisme dépendant.3.2.\tOn ressent avec une intensité croissante l\u2019impact produit dans tout le continent par le fait que des groupes de chrétiens conséquents avec leur foi s\u2019engagent de plus en plus résolument dans une lutte révolutionnaire en solidarité avec le peuple.3.3.\tPar ailleurs, on constate l\u2019intérêt croissant de groupes de chrétiens et de non-chrétiens pour l\u2019analyse et la prise en considération de l\u2019impact sociologique négatif et positif du christianisme sur la configuration sociale du continent latino-américain.3.4.\tDes groupes de plus en plus nombreux de chrétiens découvrent la vigueur historique de leur foi à partir de leur action politique pour la construction du socialisme et la libération des opprimés du continent.Ainsi la foi chrétienne retrouve-t-elle une nouvelle actualité libératrice et critique.3.5.\tL\u2019expérience de la praxis aux côtés du prolétariat détruit chez les chrétiens les blocages ethico-affectifs et leur ouvre le chemin de l\u2019engagement dans la lutte des classes.Ces blocages constituent de par leur poids historique un élément spécialement important de la révolution culturelle.3.6.\tDes prêtres et des pasteurs, engagés de plus en plus fermement du côté des pauvres, des opprimés et de la classe laborieuse, éclairés par un nouveau type de réflexion théologique, découvrent de nouvelles dimensions à leur mission spécifique.Leur engagement lui-même les conduit à assumer une responsabilité politique qui est nécessaire si l\u2019on veut rendre effectif l\u2019amour des opprimés exigé par l\u2019Evangile, et les resitue dans la lignée prophétique qui traverse le processus de la Révélation.Souvent regroupés dans des mouvements et organisations qui leur sont propres, ils constituent un apport positif au processus latino-américain de libération.3.7.\tLa conscience de l\u2019alliance stratégique entre les chrétiens révolutionnaires et les marxistes dans le processus de libération du continent s\u2019accroît.Alliance stratégique qui dépasse les alliances tactiques ou opportunistes à court terme.Alliance stratégique qui signifie une démarche commune dans une action politique commune en vue d'un projet historique de libération.Une telle identification historiqne ne suppose pas pour les chrétiens l\u2019abandon de leur foi.Au contraire, elle dynamise leur espérance dans le futur du Christ.1.Quelques aspects de notre engagement révolutionnaire 1.1.\tL\u2019engagement révolutionnaire implique un projet historique global de transformation de la société.La générosité ni la bonne volonté ne suffisent.L\u2019action politique suppose une analyse scientifique de la réalité, et une interaction constante de l\u2019action et de l\u2019analyse.Cette analyse implique une rationalité scientifique propre, qualitativement distincte de la rationalité des sciences sociales bourgeoises.1.2.\tLa structure sociale de nos pays repose sur des rapports de production ( en prédominance capitalistes et dépendants du capitalisme mondial) fondés sur l\u2019exploitation des travailleurs.La reconnaissance de la lutte des classes comme fait fondamental nous permet d\u2019arriver à une interprétation globale des structures de l\u2019Amérioue latine.La pratique révolutionnaire révèle que toute interprétation objective et scientifique doit recourir à l\u2019analyse de classes comme clef d\u2019interprétation.1.3.\tLe socialisme se présente comme le seul moyen acceptable pour dépasser la société classiste.Les classes ne sont en effet que le reflet des structures économiques qui, dans la société capitaliste, font des détenteurs du capital et des salariés des antagonistes.Ces derniers doivent travailler pour les premiers et sont ainsi objet d\u2019exploitation.C\u2019est seulement en substituant à la propriété privée la propriété collective des moyens de production qu\u2019on peut créer les conditions objectives de la suppression de l\u2019antagonisme de classes.1.4.\tLa prise du pouvoir qui conduit à la construction du socialisme suppose le recours à une théorie critique de la société capitaliste.En mettant en évidence les contradictions de la société latino-américaine, cette théorie découvre le potentiel révolutionnaire objectif des classes laborieuses.Celles-ci, tout en étant exploitées par le système, ont la capacité de le transformer.1.5.\tPour arriver au socialisme, il faut non seulement une théorie critique, mais aussi une pratique révolutionnaire du prolétariat.Ce qui implique une transformation de la conscience, c\u2019est-à-dire le dépassement du fossé actuel entre la réalité sociale et la conscience des travailleurs.Pour réaliser cette transformation, il faut dénoncer et démasquer les mystifications idéologiques de la bourgeoisie.Ainsi le peuple peut-il identifier les causes structurelles de sa misère et concevoir la possibilité de les supprimer.Mais la transformation de la conscience suppose en même temps des partis et organismes populaires et une stratégie qui conduise à la conquête du pouvoir.1.6.\tLa construction du socialisme est un processus créateur étranger à tout schématisme dogmatique et à toute position « acritique ».Le socialisme n\u2019est pas un ensemble de dogmes « ahistoriques » mais une théorie critique toujours en développement des conditions d\u2019exploitation; il est une praxis révolutionnaire qui à travers la conquête du pouvoir politique par les masses exploitées conduit à l\u2019appropriation sociale des moyens de production et de financement et à une planification économique globale et rationnelle.1.7.\tLa reconnaissance inadéquate de la rationalité propre à la lutte des classes a conduit beaucoup de chrétiens à une insertion politique défectueuse.Dans leur ignorance des mécanismes structurels de la société et des apports nécessaires d\u2019une théorie scientifique, ils veulent déduire le politique d\u2019une certaine conception humaniste (« dignité de la personne humaine », « liberté » etc.), avec tout ce que cette position entraîne de naïveté politique, d\u2019activisme et de volontarisme.2.Christianisme et lutte idéologique 2.1.\tLa lutte des classes ne se limite pas au niveau socio-économique mais s\u2019étend au domaine idéologique.La classe dominante fabrique une série de justifications idéologiques qui empêchent la reconnaissance de cette lutte.L\u2019idéologie des classes dominantes popularisée par les moyens de communication et d\u2019éducation produit chez la classe dominée une fausse conscience qui freine l\u2019action révolutionnaire.2.2.\tC\u2019est pourquoi l\u2019action révolutionnaire considère la lutte idéologique comme l\u2019un de ses éléments essentiels.Elément dont le but est la libération de la conscience des opprimés.2.3.\tL\u2019idéologie dominante fait siens certains éléments chrétiens qui contribuent à la renforcer et à la diffuser dans de vastes secteurs de la population latino-américaine.Par ailleurs, l\u2019idéologie dominante pénètre dans une certaine mesure l\u2019expression de la foi chrétienne, en particulier la doctrine sociale chrétienne, la théologie, les organisations de l\u2019Eglise.La lutte idéologique a comme objectif entre autres tâches centrales d\u2019identifier et de démasquer les justifications idéologiques prétendument chrétiennes.2.4.\tLa profondeur de la foi que nous professons comme don gratuit du Christ nous demande d\u2019être critiques à l\u2019endroit de l\u2019usage idéologique parfois subtil et inconscient qu\u2019on fait d\u2019elle.Le fait de démasquer l\u2019utilisation intéressée et appauvrissante de la foi chrétienne est une exigence évangélique.Il suppose toutefois un outillage scientifique adéquat et un engagement avec les pauvres, les opprimés et la classe laborieuse.Il ne s\u2019agit pas d\u2019instrumentaliser la foi pour d\u2019autres fins politiques, mais au contraire de lui rendre sa dimension évangélique originelle.Tâche urgente dans notre continent latino-américain, car l\u2019usage idéologique qu\u2019on fait de la foi paralyse sa force évangélique libératrice, décisive pour le moment présent.2.5.\tLa culture dominante impose une image de l\u2019homme comme appelé à accep- JUIN 1972 179 ter un système bien établi, qu\u2019on lui présente comme l\u2019ordre objectif qui se fonderait sur la nature humaine et s\u2019exprimerait par des lois et des droits naturels.Les inégalités et les dépendances, la division du travail, la séparation entre le peuple et le pouvoir sont présentées comme des nécessités naturelles de la société.C\u2019est ainsi qu\u2019on occulte le fait que ces rapports trouvent leur fondement dans le système capitaliste lui-même et qu\u2019on sape la perspective d\u2019un changement global et radical.2.6.\tLa culture dominante impose une conception individualiste de l\u2019homme, un homme porteur de capacités, de tâches et de destins exclusivement individuels.Cette culture, sous ses diverses formes de libéralisme, d\u2019humanisme et de personnalisme, se présente comme la protectrice de la liberté de la personne, de la liberté individuelle, de la propriété privée, de la libre concurrence, de l\u2019amour réduit à ses dimensions interpersonnelles, etc.C\u2019est sa façon de cacher les aspects structurels des rapports sociaux et des contradictions engendrées par le système.2.7.\tLa culture du système impose une idée « spiritualiste » de l\u2019homme en expliquant son comportement et son histoire comme s\u2019ils trouvaient leur fondement principal dans les idées et les attitudes morales, comme si les maux du monde étaient dus seulement à des déviations idéologiques ou morales de nature purement individuelle.Sans nier la créativité et la valeur morale de la personne, nous estimons que la culture dominante du système détourne l\u2019attention d\u2019une étude scientifique des mécanismes économiques et sociaux qui déterminent fondamentalement le cours de l\u2019histoire.Elle masque le rôle fondamental des structures dans l\u2019oppression des hommes et des peuples; elle masque l\u2019impact fondamental de l\u2019économique, en particulier dans les rapports de classe, sur la vie politique, culturelle et religieuse.Elle élimine ainsi l\u2019idée de rechercher un changement qui passe par la transformation du système économique.2.8.\tLa culture dominante, en faisant de l\u2019Evangile une utilisation partielle et déformée, impose une conception pacifiste de la société en mettant les différences, les dépendances, la division du travail, les privilèges au compte du pluralisme et de la complémentarité nécessaires à l\u2019ordre et au bien commun.Elle se range donc du côté de la « collaboration » et du « dialogue » entre les classes et les peuples.Alors se trouve dissimulé le caractère conflictuel des rapports entre les classes et les peuples et de tout véritable processus de libération; la violence institutionnalisée du système est déguisée et on réserve le vocable de violence à la lutte contre la classe dominante et à la lutte révolutionnaire.En définitive, c\u2019est ainsi qu\u2019on retarde une authentique communion entre les hommes.2.9.\tLe fondement des blocages de la majorité des hommes vis-à-vis la lutte des classes est la lutte des classes elle-même.Cette lutte est d\u2019autant plus rentable pour les oppresseurs qu\u2019elle se poursuit sans que les opprimés notent ses mécanismes et son influence.2.10.\tL\u2019alliance du christianisme et des classes dominantes explique en grande partie les formes historiques prises par la conscience chrétienne.Il est donc nécessaire qu\u2019une ferme prise de position des chrétiens du côté des exploités vienne rompre cette alliance et, en passant par la vérification de la praxis, permette de redécouvrir un christianisme rénové qui saurait intégrer de façon créatrice, dans un effort de fidélité évangélique, le caractère conflictuel et révolutionnaire de son inspiration originelle.3.La foi dans rengagement révolutionnaire 3.1.\tUne des plus importantes découvertes de beaucoup de chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui porte sur la convergence entre la radicalité de leur foi et la radicalité de leur engagement politique.Le caractère radical de l\u2019amour chrétien et son exigence d\u2019efficacité engagent à reconnaître la rationalité propre du politique et à accepter en toute cohérence les exigences réciproques de l\u2019action révolutionnaire et de l\u2019analyse scientifique de la réalité historique.3.2.\tCette présence vivante de la foi au cœur même de la praxis révolutionnaire donne lieu à une interaction féconde.La foi chrétienne devient ferment révolutionnaire critique et dynamique.La foi renforce l\u2019exigence d\u2019orienter la lutte des classes vers la libération de tous les hommes, spécialement de ceux qui subissent les formes les plus aiguës d\u2019oppression; elle accentue l\u2019orientation vers une transformation globale de la société, et non pas seulement des structures économiques.La foi, à travers les chrétiens engagés et en eux, contribue donc à la construction d\u2019une société qualitativement différente et à l\u2019avènement de l\u2019homme nouveau.On ne doit pas concevoir la spécificité de l\u2019apport chrétien comme un élément antérieur à la praxis révolutionnaire, que le chrétien révolutionnaire apporterait tout fait à la révolution.En réalité c\u2019est qu\u2019au cours de son expérience révolutionnaire, la foi s\u2019avère créatrice de nouveaux apports que ni lui ni un autre n\u2019aurait pu prévoir en dehors du processus.3.3.\tMais l\u2019engagement révolutionnaire a de son côté une fonction critique et dynamisante vis-à-vis la foi chrétienne.Critique des complicités historiques ouvertes ou subtiles de la foi avec la culture dominante.Dynamisante en autant qu\u2019elle oblige la foi chrétienne à trouver des chemins inédits et inespérés.Les chrétiens engagés dans le processus de libération font en effet l\u2019expérience vive du fait que les exigences de la praxis révolutionnaire, les changements de mentalité et la discipline que la praxis implique leur font redécouvrir les thèmes centraux du message évangélique libérés de leur masque idéologique.3.4.\tLe contexte réel de l\u2019expérience de la foi devient aujourd\u2019hui l\u2019histoire de l\u2019oppression et de la lutte pour s\u2019en libérer.Mais pour se situer dans ce contexte vital, il est nécessaire de participer effectivement au processus de libération par l\u2019incorporation dans des organisations et des partis qui sont des instruments authentiques pour la lutte de la classe laborieuse.3.5.\tLe chrétien engagé dans la praxis révolutionnaire découvre la force libératrice de l\u2019amour de Dieu, de la mort et de la résurrection du Christ.Il découvre que sa foi n\u2019est pas l\u2019acceptation d\u2019un monde déjà fait, mais plutôt source créatrice d\u2019un monde nouveau et solidaire et initiative historique fécondée par l\u2019espérance chrétienne.3.6.\tA travers l\u2019engagement révolutionnaire le chrétien apprend à vivre et à penser en termes conflictuels et historiques.Il découvre que l\u2019amour transformateur se vit dans l\u2019antagonisme et l\u2019affrontement, et que le définitif est accueilli et construit dans l\u2019histoire.Le chrétien commence à comprendre ainsi que dans le combat pour une société distincte il n\u2019y a pas de neutralité possible et que l\u2019unité de l\u2019humanité de demain se construit dans les luttes d\u2019aujourd\u2019hui.Il découvre enfin que l\u2019unité de l\u2019Eglise passe par l\u2019unité de l\u2019humanité et que conséquemment, la lutte révolutionnaire qui dévoile l\u2019unité apparente de l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui prépare l\u2019unité véritable de l\u2019Eglise de demain.3.7.\tLa réflexion sur la foi cesse d\u2019être une spéculation étrangère à l\u2019engagement dans l\u2019histoire.On reconnaît la praxis révolutionnaire comme cadre générateur d\u2019une nouvelle créativité théologique.Ainsi la pensée théologique se transforme-t-elle en une réflexion critique dans et sur la praxis libératrice, en confrontation permanente avec les exigences évangéliques.La réflexion théologique assume comme préalable indispensable à la poursuite de sa tâche l\u2019ensemble instrumental socio-analytique adéquat pour capter de façon critique le caractère conflictuel de la réalité historique.3.8.\tCeci conduit, dans un esprit de foi authentique, à une nouvelle lecture de la Bible et de la tradition chrétienne qui remet en question les concepts et symboles fondamentaux du christianisme de façon à ne pas soustraire les chrétiens à leur engagement dans le processus révolutionnaire, mais au contraire à les aider à l\u2019assumer dans la créativité.Conclusion En nous quittant à la fin de cette rencontre, nous retournons à nos tâches avec un esprit d\u2019engagement renouvelé et faisons nôtres les paroles connues de Che Guevara que nous avons mises en pratique d\u2019une certaine façon en ces jours : « Les chrétiens doivent opter définitivement pour la révolution, plus spécialement dans notre continent où la foi chrétienne est si importante dans la masse populaire; mais les chrétiens ne peuvent prétendre, dans la lutte révolutionnaire, ni imposer leurs propres dogmes ni faire du prosélytisme pour leurs églises; ils doivent venir sans avoir la prétention d\u2019évangéliser les marxistes ni la faiblesse de cacher leur foi pour s\u2019assimiler à eux.» « Quand les chrétiens oseront donner un témoignage révolutionnaire intégral, la révolution latino-américaine sera invincible, même si jusqu\u2019à présent les chrétiens ont permis que leur doctrine soit instrumentalisée par les réactionnaires.» 180 RELATIONS Amour, attente et sacrifice \u2014 pour une éducation chrétienne des jeunes à l\u2019amour par ____Marcel Marcotte- Toutes les enquêtes, aux Etats-Unis, en France, au Québec, le montrent à l\u2019évidence: le très vieux problème du comportement amoureux des jeunes va s\u2019aggravant de jour en jour.L\u2019allongement forcé de la période prénuptiale en raison de la durée des études et de l\u2019apprentissage au travail, l\u2019indulgence \u2014 la « permissivité » \u2014 croissante du milieu à l\u2019égard d\u2019un érotisme exacerbé et omniprésent, \u2014 ces deux facteurs se combinent pour rendre toujours plus difficile aux jeunes des deux sexes la quête sereine et lucide d\u2019un équilibre entre leurs impulsions amoureuses et les valeurs \u2014 humaines, morales, religieuses \u2014 que ces impulsions mettent en cause.Il est de bon ton, par les temps qui courent, de penser et de dire que les « péchés de la chair » ne sont pas les pires ni les plus dangereux de tous; que les carences ou les absences de l\u2019amour ont plus de gravité que les excès qu\u2019il engendre.En théorie, c\u2019est probablement vrai.N\u2019empêche que, en pratique, dans l\u2019évolution d\u2019une vie d\u2019homme ou de femme, l\u2019accueil et le sort faits à l\u2019amour, dès la jeunesse, sont d\u2019extrême conséquence.Non seulement parce qu\u2019ils influent, de près ou de loin, sur la qualité et le bonheur des mariages, mais parce que, au niveau des options les plus décisives, des orientations de vie les plus fondamentales, le développement ultérieur de la personnalité, pour le meilleur ou pour le pire, en dépend étroitement.« Mon amour, c\u2019est mon poids », disait saint Augustin.Et toutes les découvertes de la psychologie moderne des profondeurs n\u2019ont fait que corroborer et illustrer cette intuition capitale: généreux ou égoïste, bienveillant ou agressif, idéaliste ou terre-à-terre, l\u2019homme vaut ce que vaut son amour; plus précisément, il se mesure, en bien ou en mal, à sa capacité radicale de réellement donner et recevoir de l\u2019amour.Cette capacité, à l\u2019heure où l\u2019adolescence éclate, est affectée pour chacun de coefficients variables, suivant que l\u2019éducation antérieure a été plus ou moins réussie.En règle générale, l\u2019enfant qui a grandi dans un foyer aimant a plus de chances de jouir, plus tard, d\u2019un bon équilibre affectif que celui qui a poussé dans un climat de querelles; plus de chances, surtout, que celui qui, à tort ou à raison, s\u2019est perçu lui-même comme un mal-aimé.De ce point de vue, il y a, dans le champ de l\u2019affectivité profonde, des blessures inguérissables, des lacunes ou des retards presque impossibles à compenser, des situations pathologiques qui relèvent d\u2019une « médecine de l\u2019âme » plutôt que d\u2019une pédagogie de l\u2019amour proprement dite.Exceptionnels ou non, ces cas n\u2019intéressent pas l\u2019éducateur comme tel.Ou ils ne l\u2019intéressent qu\u2019au plan du diagnostic, dans la mesure où il doit être capable de les dépister et de les référer, au besoin, à des spécialistes, mieux outillés que lui pour les traiter de manière efficace.Partons donc plutôt (une fois n\u2019est pas coutume) de l\u2019individu normal, du garçon et de la fille du modèle courant, ni héros ni crétins sur le plan affectif, et, par définition, éducables, c\u2019est-à-dire susceptibles d\u2019être tirés vers le haut ou vers le bas, au gré des influences, bonnes ou mauvaises, que leurs éducateurs en titre \u2014 parents, maîtres, confesseurs ou pasteurs \u2014 auront exercées sur eux à l\u2019heure, indécise entre toutes, où leur vie amoureuse cherche sa forme et prend son élan.A écouter les jeunes eux-mêmes, à écouter surtout quelques éducateurs d\u2019avant-garde, on a souvent le sentiment que, à leurs yeux, les expressions précoces de la sexualité, même poussées très loin, n\u2019ont rien que de tout à fait naturel, normal, légitime, nécessaire.Qu\u2019elles sont à considérer, tout au plus, comme des accidents de parcours sans gravité durant le passage de l\u2019adolescence à la vie adulte.Qu\u2019il serait même dangereux de leur opposer, conformément à la morale traditionnelle, une fin de non-recevoir systématique et sans appel.Aussi bien, compte tenu de la puissance de l\u2019appétit sexuel chez les jeunes, de l\u2019importance du rôle que la sexualité remplit dans la formation des liens interpersonnels et dans l\u2019adaptation à la vie en société, la continence, à cet âge, est contre-nature et psychologiquement dommageable.A preuve les comportements personnels aberrants, les attitudes antisociales, les sentiments d\u2019anxiété ou de culpabilité, les fixations, les régressions, les déviations névrotiques, dont la psychopathologie n\u2019a pas de peine à démontrer, en clinique, qu\u2019ils remontent, régulièrement, à des conflits sexuels mal liquidés, à des « refoulements » engendrés par la rigueur des « censures » familiales et sociales qui frappent, d\u2019entrée de jeu, les manifestations spontanées de la sexualité chez l\u2019enfant.D\u2019où la nécessité, pour prévenir ou pour réparer les dégâts, de rompre en visière avec un code éducatif braqué sur la répression et, moyennant quelques précautions indispensables, d\u2019abandonner aux jeunes, en fin de compte, le soin de choisir librement, par delà tant d\u2019interdits et de tabous surannés, les voies de leur épanouissement amoureux et sexuel.Pour étayer ces prétentions, on invoque couramment l\u2019autorité de Freud, sans paraître soupçonner le moins du monde \u2014 tant le freudisme vulgaire a trahi et corrompu, auprès des foules, la pensée dont il feint de s\u2019inspirer \u2014 que, ces prétentions, Freud lui-même les a, maintes fois, expressément rejetées.Quand il parle de frustrations et de refoulements sexuels malfaisants, Freud se situe au niveau des conflits inconscients qui, chez des êtres psychiquement fragiles, et particulièrement dans l\u2019enfance, se nouent, pour ainsi dire, par accident, en marge ou en deçà de toute éducation sexuelle proprement dite.Non pas, d\u2019abord, parce que, du dehors, les impulsions sexuelles sont expressément et délibérément réprimées, m^is parce que, du fond obscur de l\u2019instinct, des forces masquées se lèvent pour les refouler.A l\u2019inverse, quand le terrain psychologique est favorable, les mêmes conflits inconscients sont surmontés et heureusement résolus par la sublimation, c\u2019est-à-dire par la transfiguration en amour, sous toutes ses formes, y compris les plus hautes, des impulsions sexuelles primitives.L\u2019aptitude à échanger la visée sexuelle originelle pour une autre qui, sans être sexuelle, lui est psychiquement reliée, s\u2019appelle la capacité de sublimation.Sigmund Freud, Sexualité et Psychologie de l\u2019amour.JUIN 1972 181 Cette aptitude diffère d\u2019un individu à l\u2019autre suivant la constitution psychique et l\u2019évolution personnelle de chacun.Les sains, les forts sont capables, d\u2019ordinaire, de trouver dans l\u2019existence des satisfactions élevées qui compensent, au besoin, pour les frustrations sexuelles et affectives que la vie leur impose, ou pour les privations que, dans cet ordre, ils choisissent de s\u2019imposer à eux-mêmes.Les névrosés, les débiles en sont moins capables: ils tendent à préférer le plaisir à la joie.Mais une chose est certaine: pour les uns comme pour les autres, la capacité de sublimation que chacun possède au départ peut être développée par une éducation appropriée.Et là, Freud est parfaitement d\u2019accord avec la visée profonde et le contenu objectif de la morale chrétienne: impossible d\u2019accéder à la maturité humaine et de s\u2019y maintenir sans contrainte ni privation.A chaque étape de son développement, l\u2019individu est appelé à faire le sacrifice d\u2019une satisfaction d\u2019ordre inférieur pour l\u2019intégrer à une satisfaction d\u2019ordre supérieur, la différence de l\u2019une à l\u2019autre se traduisant, à tout coup, par une défaite de l\u2019égoïsme natif au profit d\u2019une plus grande ouverture à autrui ou, si l\u2019on veut, par le passage d\u2019une forme plus captative à une forme plus oblative de l\u2019amour.Maturité humaine et sacrifice Quand ce passage n\u2019est pas réussi, que l\u2019individu reste fixé au stade de l\u2019amour qui prend au lieu de s\u2019élever au stade de l\u2019amour qui donne, son développement personnel d\u2019homme (et de chrétien) est bloqué.Pis encore, il régresse.Car, tandis que le train des années s\u2019éloigne, la distance ne cesse d\u2019augmenter entre ce qu\u2019il est et ce qu\u2019il devrait être à une étape donnée de son existence.On parle alors d\u2019infantilisme.Agir, aimer, penser en enfant, pour un enfant, c\u2019est normal.Pour un adulte, c\u2019est une régression.« Dieu hait l\u2019enfant de cent ans », dit la Bible.Or l\u2019infantilisme ou, si l\u2019on préfère, l\u2019immaturité psychologique, est toujours liée chez un individu à l\u2019impatience des désirs et au refus du sacrifice.Entre le nourrisson qui pleure de rage parce que sa mère tarde à lui apporter son biberon et le pseudo-adulte qui, sous couleur d\u2019amour, cherche à briser, de force ou de ruse, les résistances de « l\u2019être cher » pour assouvir, de but en blanc, un vulgaire appétit de jouissance, il n\u2019y a pas beaucoup de différence.« La maturité d\u2019un être humain, dit Freud, se mesure à sa capacité d\u2019imposer des délais à la satisfaction.» Dans son langage propre, la morale sexuelle chrétienne ne dit pas autre chose aux jeunes en mal d\u2019amour: « Oeuvre de chair ne désireras qu\u2019en mariage stulement.» Il ne s\u2019agit pas là d\u2019un interdit arbitraire, dont la fonction se réduirait à protéger le corps social contre les risques de l\u2019anarchie sexuelle, mais d\u2019une loi naturelle et divine qui correspond aux vrais besoins de l\u2019être humain en formation.Pour croître dans l\u2019amour et par l\u2019amour au point d\u2019être capables, le jour venu, de se jurer fidélité jusqu\u2019à la mort, ou de se donner, le cas échéant, à d\u2019autres tâches, profanes ou sacrées, encore plus hautes, garçons et filles doivent apprendre, de bonne heure, à soumettre leurs impulsions sexuelles \u2014 leur libido \u2014 à une forte discipline.Car le sacrifice lucide, l\u2019ajournement délibéré des satisfactions amoureuses immédiates sont pour eux la condition nécessaire et le moyen par excellence pour accéder, par voie de sublimation, à cette maturité humaine dont dépend, en tous ordres, la réussite de leur vie.« Si le grain ne meurt pas, dit l\u2019Evangile, il reste seul; s\u2019il meurt, il porte beaucoup de fruit.» Quand les expériences sexuelles sont dissociées de l\u2019amour Dans cette optique, toute éducation chrétienne à l\u2019amour bien conduite devrait mettre l\u2019accent sur les points suivants.1) La sexualité, chez l\u2019être humain, n\u2019est pas une pièce détachée qui s\u2019encastre, à sa place, dans une sorte d\u2019édifice dont tous les éléments, juxtaposés les uns aux autres, constitueraient, ensemble, la personne.La sexualité imprègne l\u2019être tout entier et lui donne, pour le meilleur ou pour le pire, sa forme.L\u2019homme, masculin ou féminin, n\u2019a pas un sexe, il est son sexe, en ce sens que l\u2019orientation profonde de sa vie d\u2019amour, soit vers lui-même, dans la poursuite de buts égoïstes, soit vers les autres, par l\u2019approfondissement du don de soi, fixe la mesure de son être authentique et le sens de son destin.« Au soir de cette vie, dit saint Jean de la Croix, nous serons jugés sur l\u2019amour.» Or, toute expérience sexuelle dissociée de l\u2019amour vrai, toute exploitation érotique d\u2019un autre être humain, même consentant, en vue d\u2019une satisfaction propre ou, tout au plus, d\u2019un échange épidermique de jouissance, ne fait qu\u2019ancrer davantage l\u2019individu dans son égoïsme natif et l\u2019enfermer dans son infantilisme.Les jeunes eux-mêmes le savent ou le sentent si bien qu\u2019ils tâchent presque toujours, dans les commencements, de donner à ces rencontres furtives et sans lendemain une coloration de tendresse superficielle qui, au moment même, leur procure le réconfort d\u2019un alibi facile et illusoire.« Je t\u2019aime », disent-ils volontiers à un être humain dont, le jour ou l\u2019heure d\u2019avant, ils ne soupçonnaient même pas l\u2019existence; dont le mystère personnel, en tout cas, ne leur fait pas souci le moins du monde.(C\u2019est ainsi, dit Thomas d\u2019Aquin, qu\u2019on aime le vin pour le boire, ou le cheval parce qu\u2019il porte le cavalier.) Au lieu de dire: « Je t\u2019aime », ils devraient dire: « Je te désire, je veux te posséder, t\u2019asservir, te digérer, pour m\u2019enrichir de ta substance.» Mais les mots, ici, n\u2019ont pas tellement d\u2019importance: ils ne coûtent pas cher et n\u2019engagent pas à grand-chose.Seuls comptent vraiment, au delà des paroles, les attitudes et les sentiments intimes dont, différemment pour chacun, les mêmes gestes s\u2019inspirent.Car nos actes ne font pas que nous exprimer, que nous révéler à nous-mêmes et aux autres: ils nous éduquent, ils nous forment, ils nous engagent.C\u2019est pourquoi, à force de poser sans amour les gestes de l\u2019amour, les jeunes risquent de détruire en germe, de tuer dans l\u2019œuf leur capacité radicale d\u2019aimer; ils risquent à tout le moins de l\u2019entamer, de l\u2019offusquer, de la gauchir jusqu\u2019au point où leur vie d\u2019amour et, par contrecoup, l\u2019ensemble de leurs rapports avec autrui seront placés sous le signe de l\u2019égoïsme plutôt que sous celui du don de soi, de la « charité », hors de laquelle, en définitive, l\u2019homme et le chrétien ne sont rien.Quand les expériences sexuelles sont associées à l\u2019amour 2) Les jeunes n\u2019ont pas tort de mar- travers lesquels se manifeste un amour quer beaucoup plus d\u2019indulgence vis-à- préexistant que vis-à-vis des mêmes dévis des désirs et des gestes érotiques à sirs et des mêmes gestes dissociés de 182 RELATIONS tout amour authentique.La morale, là-dessus, est pleinement d\u2019accord avec eux.Pour prendre un cas-limite, comment mettre raisonnablement sur le même pied les rapports sexuels de tel jeune homme avec une fille de joie et ceux de tel autre avec sa fiancée ?Quand saint Paul, par exemple, condamne la fornication avec tant de vigueur, c\u2019est à ce type de commerce charnel, avant tout, qu\u2019il paraît réserver ses sévérités: « Prendrez-vous les membres du Christ pour en faire ceux d\u2019une courtisane ?» Néanmoins, admettre des degrés^ dans la gravité de la faute, ce n\u2019est point la nier.Et quand Thomas d\u2019Aquin nous dit que la fornication simple est « le moindre des péchés complets contre la chasteté », parce que le moins éloigné de l\u2019ordre naturel, il n\u2019en fait pas, pour autant, une action anodine.Seulement, les raisons principales (fondées sur le risque d\u2019une grossesse imprévue) qu\u2019il invoque pour étayer son jugement n\u2019ont plus, à l\u2019âge de la contraception scientifique, le même pouvoir de dissuasion.Puisque c\u2019est sur le terrain de l\u2019amour que les jeunes ont pris l\u2019habitude de porter le débat, c\u2019est au nom de l\u2019amour que, pareillement, la morale chrétienne et l\u2019éducation qui en fait état doivent justifier leurs positions.L\u2019insistance, à ce propos, devrait porter sur deux points.Le premier concerne la qualité, la profondeur, la durabilité de l\u2019amour juvénile, sur lesquelles garçons et filles sont exposés à se faire beaucoup d\u2019illusions: comment savoir avec certitude si l\u2019attrait sexuel ressenti par les partenaires l\u2019un pour l\u2019autre n\u2019est que l'expression de l\u2019amour qu\u2019ils se portent ?s\u2019il n\u2019en est pas plutôt \u2014 tant la force des désirs est trompeuse \u2014 toute la substance ?Le second point concerne l\u2019influence des expériences précoces de l\u2019amour physique sur la croissance de l\u2019amour interpersonnel: loin de favoriser la communion des esprits, des cœurs, des volontés qui, conformément à l\u2019ordre humain, donne au commerce charnel son sens, ces expériences obsédantes et capiteuses, comme tant de faits le démontrent, n\u2019ont-elles pas plutôt pour résultat de briser ou de ralentir la cadence des échanges, du dialogue en profondeur dont l\u2019amour se nourrit ?1 conjugal, au sens précis du terme, c\u2019est-à-dire l\u2019amour institué dans le mariage, offre à l\u2019homme et à la femme les conditions optimales de sécurité, de respectabilité à l\u2019intérieur desquelles les mécanismes physiques et psychologiques extrêmement délicats que la sexualité met en branle jouent pleinement leur rôle.Cependant, la vraie question n\u2019est pas de savoir si les fiancés sortiront de ces expériences déçus ou comblés, mais de savoir quelles conclusions, en tout état de cause, ils en peuvent tirer quant à l\u2019avenir de leur projet conjugal.La réussite d\u2019un mariage se fonde sur une communion totale de vie dont l\u2019harmonie charnelle \u2014 si important que soit son rôle, surtout dans les commencements \u2014 n\u2019est qu\u2019un élément entre bien d\u2019autres, aussi irremplaçables qu\u2019elle.Que l\u2019accord physique soit réalisé à leur satisfaction, les fiancés en concluront-ils qu\u2019ils sont faits l\u2019un pour l\u2019autre, alors que tant d\u2019autres facteurs, peut-être, les séparent ?Qu\u2019il ne le soit pas, envisageront-ils automatiquement la rupture, quand, sur les autres plans, tout les rapproche?On parle d\u2019expériences utiles ou même nécessaires.Mais que valent, tout bien pesé, des expériences dont il est impossible de tirer la leçon sans tomber dans l\u2019absurde ?Quand les expériences sexuelles se veulent pré-conjugales 3 ) La morale chrétienne réserve aux époux le droit de poser, dans le domaine de l\u2019amour physique, le geste décisif qui, aux termes du droit canonique et d\u2019une antique tradition humaine, « consomme » le don total qu\u2019ils se font l\u2019un à l\u2019autre dans le mariage.Elle leur réserve aussi, par voie de conséquence, les baisers, les caresses, les étreintes qui, de soi ou dans l\u2019intention des partenaires, constituent le prélude à l\u2019intimité charnelle proprement dite.Le bien-fondé de ces interdictions est contesté aujourd\u2019hui par plusieurs.Pour être vraiment pré-conjugal, l\u2019amour des fiancés (au sens large du terme) a besoin, prétend-on, d\u2019utiliser les mêmes moyens de communication et d\u2019exploration réciproques que l\u2019amour des époux.Il en a besoin, plus précisément, pour s\u2019ajuster d\u2019avance aux exigences concrètes de la vie à deux dans le domaine important de l\u2019amour physique.Est-ce bien vrai ?1.J\u2019ai déjà développé longuement ce thème dans deux articles précédents de Relations: «Les expériences prémaritales face à l\u2019amour» (juillet-août 1968) et «Fiançailles et intimités charnelles » (mars 1969).Que les intimités charnelles, au cours des fiançailles ou des « fréqentations » assidues qui en tiennent lieu, puissent, occasionnellement, contribuer au succès du mariage futur, en permettant aux fiancés de s\u2019apprivoiser l\u2019un à l\u2019autre jusque dans le domaine de l\u2019amour physique; en prévenant, par exemple, chez la jeune épousée, le choc d\u2019une révélation trop brutale, ou, chez son compagnon, les classiques et périlleuses maladresses de la « lune de miel », je n\u2019en disconviens pas.En règle générale, néanmoins, les risques inhérents à ces initiations prématurées dépassent de loin les avantages qu\u2019on en peut escompter.Aussi bien, l\u2019expérience prouve que, dans la majorité des cas, la réussite technique de l\u2019amour ne s\u2019obtient pas d\u2019emblée, sans à-coup, mais au terme d\u2019un patient cheminement le long duquel, normalement, les notes de l\u2019esprit et du cœur sonnent plus haut et plus clair que les notes de la chair.Pour être \u2014 et pour demeurer \u2014 véritablement rassasiante, l\u2019union des corps ne doit pas chercher sa signification en elle-même, mais dans l\u2019amour même qu\u2019elle est faite pour exprimer et couronner.Et seul l\u2019amour Un gage de fidélité Ces règles \u2014 avec la notion de sacrifice qui les sous-tend \u2014 sont terriblement vieux-jeu, je le sais.Vieux-jeu comme la sexualité et l\u2019amour qu\u2019elles visent à discipliner dans la jeunesse en vue des réussites, plus importantes, de l\u2019âge adulte.Une chose, en tout cas, paraît certaine: si deux êtres humains ont ou croient avoir, du seul fait de l\u2019amour qu\u2019ils se portent, de bonnes raisons de défier, avant le mariage, le code social, moral et religieux en vigueur dans leur milieu, ils en auront de tout aussi bonnes de le défier après.Le premier fondement d\u2019un mariage heureux, c\u2019est la confiance mutuelle.Cette confiance ne naît pas toute seule, par la magie des rites nuptiaux et de l\u2019institution qu\u2019ils inaugurent.Elle se prépare et se mérite de bonne heure, par la répétition des attitudes et des gestes à travers lesquels s\u2019affirme dans le couple cette maîtrise des impulsions instinctives, cette capacité de renoncement qui, avant le mariage comme après, sont, pour tous les amoureux du monde, le gage des longues fidélités.¦¦¦HBi JUIN 1972 183 Le dimanche: fête de la liberté ou précepte de la servitude?par -Guy Bourgeault- Le 21 avril 1972, les évêques canadiens, réunis en assemblée plénière, réaffirmaient l\u2019obligation de la célébration eucharistique dominicale.Faut-il voir dans cette récente déclaration une réponse à la requête formulée dans le Rapport Dumont (L\u2019Eglise du Québec: un héritage, un projet, pp.166-168), à l\u2019effet que « l\u2019autorité hiérarchique », après « une étude attentive et urgente », fasse connaître « une décision claire » concernant « l\u2019obligation sous peine de péché à participer à l\u2019assemblée dominicale » ?La problématique du Rapport Dumont.Dans une section de son rapport intitulée « Une liturgie qui célèbre la vie » (IV/2), la Commission Dumont a pris acte de certaines critiques entendues concernant l\u2019obligation dominicale.Ces critiques, de même les vœux qui souvent les accompagnent, portent vraiment sur l\u2019obligation et sur les modalités du rassemblement eucharistique, et non pas sur sa nécessité ni même, généralement, sur sa signification.La complexité de la question est nettement reconnue et explicitée par les rédacteurs du rapport: a) s\u2019il est souhaitable que le dimanche demeure le jour privilégié du rassemblement « collectif » des chrétiens, il est également souhaitable que des moments appropriés puissent être choisis librement pour les réunions de communautés plus «humaines»; b) le commandement concernant le dimanche constitue pratiquement l\u2019un des très rares « lieux obligés et très concrets qui demeurent, après la suppression de nombreuses mesures disciplinaires dans l\u2019Eglise des 184 dernières années », de sorte que son abolition risquerait de compromettre les rapports existant encore entre l\u2019institution et les fidèles plus ou moins éloignés; c) par contre, « une trop forte insistance sur l\u2019aspect obligatoire [de la célébration dominicale] risque d\u2019accentuer le départage trop simpliste et même souvent factice entre pratiquants et non-pratiquants au détriment d\u2019une plus juste compréhension des divers cheminements spirituels » (L\u2019Eglise du Québec : un héritage, un projet, pp.166-168).C\u2019est en tenant compte de cette problématique complexe que les auteurs du Rapport Dumont ont formulé la recommandation nuancée qui suit: A cause de raisons sérieuses qui nous incitent à douter du caractère opportun du maintien d\u2019une telle discipline pastorale [concernant l\u2019obligation dominicale], nous recommandons à l\u2019autorité hiérarchique une étude attentive et urgente, suivie d\u2019une décision claire, s.ur cette question.Par ailleurs, si on supprime cette obligation, nous souhaitons qu\u2019on procède au préalable à un profond travail d\u2019évangélisation avec toutes les ressources pédagogiques nécessaires.Trop de changements, dans le passé, ont suscité d\u2019inutiles scandales parce que les démarches de sensibilisation spirituelle n\u2019ont pas été assez patiemment poursuivies.(L\u2019Eglise du Québec:\tun héritage, un projet, p.168.) .et celle de la CCC Face à la problématique assez nettement articulée du Rapport Dumont sur la question, il faut reconnaître que celle du document émanant de l\u2019Assemblée plénière de la Conférence catholique canadienne sur le dimanche ne fait pas le poids.On se contente d\u2019y rappeler que « le dimanche est le jour du Seigneur » pour affirmer aussitôt ensuite, mais sans fonder l\u2019affirmation avancée, que, « aujourd\u2019hui comme hier, et jusqu\u2019à la fin des temps (c\u2019est moi qui souligne, et non les évêques), les fidèles doivent se réunir, le dimanche, et ils se réunissent pour honorer Dieu et célébrer la Résurrection du Seigneur » en écoutant la Parole de Dieu, lumière et vie, et en participant à l\u2019Eucharistie.La problématique est alors quelque peu élargie: le document explicite brièvement « le sens du rassemblement dominical » dans un contexte de collaboration à l\u2019œuvre divine du rassemblement des hommes et de la transformation du monde en une « terre nouvelle » sous des « cieux nouveaux ».Même formulés en termes trop généraux et abstraits, ces rapides développements sont sans doute les plus pertinents du document épiscopal.Cest sur la base de cette problématique, somme toute assez étroite et fort théorique, voire éthérée, que les évêques ont conclu: Ainsi donc, la célébration du dimanche ne peut se soustraire aux exigences de la loi évangélique qui est loi d\u2019amour ! C\u2019est une obligation que la maturité des chrétiens estime comme une responsabilité personnelle et primordiale.Précepte de l\u2019Eglise, la loi de la participation à l\u2019Eucharistie dominicale est maintenue et réaffirmée à cause de sa noblesse native.Le texte épiscopal ne semble guère tenir compte de la complexe problématique existentielle évoquée par le Rapport Dumont.De plus, il n\u2019apparaît pas, à sa lecture, qu\u2019il soit le fruit de Yétude attentive qui était demandée.Enfin, on pourrait certes souhaiter que les affirmations qu\u2019il contient soient plus solidement fondées et que soient plus nettement manifestées et explicitées les raisons qui motivent le maintien de la loi ecclésiastique concernant la participation à l\u2019eucharistie dominicale.La déclaration épiscopale constitue-t-elle une réponse à la requête formulée dans le Rapport Dumont ?Oui, dans la mesure où elle rend, sur la question du maintien de l\u2019obligation, « une décision claire ».Non, dans la mesure où elle aurait dû tenir explicitement compte des « raisons sérieuses » qui avaient motivé la requête d\u2019« une étude attentive ».Obligation et gratuité La revue Prêtre et Pasteur (4450, rue Saint-Hubert, Montréal) doit publier, en juin, un numéro spécial sur le sens et la portée du précepte dominical.Je ne veux pas reprendre ici l\u2019argumentation que j\u2019y développe pour fonder ce que j\u2019appelle « l\u2019obligation de la gratuité » et pour en manifester la signification chrétienne en fonction de la célébration chrétienne du dimanche.Je me contenterai de rappeler quelques points qui m\u2019apparaissent plus importants: 1° On n\u2019impose pas la liberté que veulent fêter le repos dominical et l\u2019eucharistie communautaire: le repos forcé et l\u2019action de grâces faite sous la contrainte constituent des contradictions existentielles en même temps que logiques.Cependant, celui qui s\u2019engage vis-à-vis d\u2019un autre s\u2019oblige à son endroit, et s\u2019oblige librement et gratuitement.RELATIONS 2° Il est par trop simpliste de considérer simplement l\u2019obligation et la loi comme étant nécessairement entrave à la liberté; la loi, si elle n\u2019est pas imposée d\u2019en haut ou du dehors, mais posée par la liberté humaine solidaire, peut être médiation de l\u2019exercice responsable de cette liberté dans et avec une communauté.Il y aurait lieu de réfléchir ici sur l\u2019expérience d\u2019Israël recevant, après la libération d\u2019Egypte, le don de la loi.3° « C\u2019est le sabbat qui est fait pour l\u2019homme, et non l\u2019homme pour le sabbat.» Cette parole est de celui-là même dont l\u2019œuvre libératrice est célébrée par le dimanche des chrétiens.Nous ne nous sommes certes pas « gardés du levain des pharisiens » lorsque nous avons multiplié règles et prescriptions minutieuses concernant l\u2019observance dominicale et quand nous avons tenté de mesurer avec précision les exigences de la fête ! 4° Il importe de redécouvrir Vessentiel évangélique à célébrer: notre libération définitive dans le Christ Jésus.Puis, de dégager les exigences éthiques qui en découlent et qui sont fondamentalement exigences de la reconnaissance effective (festive et active, ou cultuelle et morale) du sens nouveau donné à la vie humaine \u2014 à la vie de tous les hommes rassemblés dans le Christ \u2014 par la passion-résurrection du Christ.Enfin, de déterminer selon quels aménagements juridiques nous entendons, comme communauté (s), vivre effectivement cette reconnaissance.A ce dernier niveau \u2014 au niveau des aménagements juridiques toujours inadéquats et à reviser constamment avec lucidité et loyauté compte tenu des situations nouvelles \u2014, il n\u2019est pas du tout évident que les modalités de reconnaissance et de célébration du sens évangélique de la vie doivent être les mêmes « aujourd\u2019hui comme hier, et jusqu\u2019à la fin des temps ».Il peut arriver, ici comme en tous autres domaines, que des aménagements juridiques destinés à faire vivre l\u2019évangile en détournent: l\u2019évangile doit alors passer avant la loi, l\u2019évangile juge alors la loi, la liberté condamne alors la loi.L'évangile du précepte dominical Le précepte dominical, avant d\u2019être une loi et pour pouvoir être et demeurer une loi chrétienne, doit être et demeurer un évangile, c\u2019est-à-dire une proclamation (vécue et célébrée) de cette « bonne nouvelle » d\u2019une terre promise à une transfiguration par la collaboration des hommes à l\u2019activité créatrice incessante du Père (cf.Jn 6: 19 ss.; 10: 25 ss.), d\u2019une liberté humaine fraternelle attendue dans l\u2019espérance active d\u2019hommes engagés dans une entreprise jamais achevée de libération collective.Ceci, qui demanderait d\u2019être davantage explicite, est profondément en accord avec les interprétations théologiques de la célébration du sabbat déjà données en Ex 20: 11 et Dt 5: 15 (cf.E.Hamel, Les dix Paroles, Montréal, Ed.Bellarmin, 1970, ad loc.).C\u2019est alors seulement que le dimanche chrétien pourra redevenir ce.qu\u2019il fut sans doute à l\u2019origine, lorsqu\u2019on entreprit chez les chrétiens de célébrer « le sabbat du huitième jour » : la fête \u2014\tcélébrée dans la liberté et la gratuité \u2014\tde la libération de l\u2019homme et de la transfiguration du monde à laquelle aura contribué le labeur, apparemment asservissant parfois, des « jours de semaine ».Si le dimanche devient ainsi signifiant, sa célébration \u2014 célébration du sens de la vie \u2014 peut alors devenir « obligatoire », c\u2019est-à-dire chose à laquelle s\u2019oblige librement et comme spontanément l\u2019homme qui a besoin de sens.S\u2019ensuit-il pour autant que l\u2019« obligation » doive devenir « précepte » et lier « sous peine de péché », et même « sous peine de péché mortel »?Le document épiscopal dont il a été question plus haut semble avoir évité délibérément d\u2019employer un tel vocabulaire.Il reste que c\u2019est souvent en référence aux catégories morales ici évoquées que la question se pose à la conscience chrétienne chez nous.Je me contenterai, ici encore, de poser quelques jalons d\u2019une réflexion qu\u2019il faudrait poursuivre: 1° On ne saurait accepter que l\u2019observance de normes juridiques humaines, fussent-elles ecclésiastiques, vienne faire obstacle \u2014 au point, parfois, de les compromettre gravement \u2014 à l\u2019accueil de l\u2019évangile et à l\u2019engagement éthique qui l\u2019accompagne dans l\u2019expérience du croyant.Si telle forme de célébration dominicale, pour une personne donnée (compte tenu de ses solidarités et responsabilités communautaires) ou pour une communauté donnée, devient asservissante, elle « compromet » l\u2019évangile et n\u2019est dès lors plus chrétienne.Le dimanche, JUIN 1972 comme le sabbat, est fait pour l\u2019homme \u2014 et pour l\u2019homme qui, dans le Christ, a accédé à la liberté des enfants de Dieu.2° Les moralistes et les catéchètes ont trop souvent et trop facilement fait de la perception d\u2019un devoir comme grave une obligation liant « sous peine de péché mortel ».Si l\u2019Eglise latine, selon une tradition constante, a considéré la célébration dominicale comme un devoir chrétien sérieux, il n\u2019est pas du tout assuré que le magistère ait jamais pu et voulu lier le salut de l\u2019homme, par le précepte dominical, à une forme précise de célébration.Elle a certes voulu, par contre, rappeler avec fermeté certaines exigences évangéliques fondamentales de confrontation de la vie à l\u2019évangile et de participation à l\u2019eucharistie.C\u2019est pour aider la communauté chrétienne à vivre concrètement ces exigences évangéliques qu\u2019elle a déterminé certaines modalités de célébration jugées utiles et généralement valables.3° D\u2019autres Eglises chrétiennes, dont les Eglises des diverses traditions orientales, ont incarné dans des normes ou coutumes différentes de celles de l\u2019Eglise latine les mêmes exigences évangéliques reconnues et acceptées dans la foi: il peut y avoir là invitation à réévaluer, dans l\u2019Eglise latine, nos propres normes et coutumes.4° Le code de droit canonique considère l\u2019enfant de sept ans comme soumis aux préceptes de l\u2019Eglise \u2014 et donc à celui concernant la célébration du dimanche.Mais il faut reconnaître que l\u2019apprentissage de la vie adulte, dans l\u2019Eglise comme hors d\u2019elle, se fait par étapes progressives.Il n\u2019apparaît guère opportun d\u2019apprendre aux enfants qu\u2019il faut aller à la messe sous peine de péché, ni de leur imposer une participation à l\u2019eucharistie communautaire trop fréquente, qui convertirait pour eux en ennui une fête de la liberté.On a déjà suffisamment alimenté ainsi, dans le passé, la révolte des adolescents et de bien des adultes.Ce ne sont là que quelques jalons d\u2019une réflexion certes insuffisamment articulée.Leur présentation voudrait simplement rappeler l\u2019opportunité d\u2019« une étude attentive et urgente » demandée, par l\u2019intermédiaire des membres de la Commission Dumont, aux évêques .et peut-être aussi aux théologiens.17.5.72 185 C\u2019EST ÉCRIT.sur la terre Pour sauver les fleurs et leur permettre de s\u2019épanouir, il faut les libérer de l\u2019embarras des chardons: ils sont, en effet, dans le petit monde des plantes, l\u2019écho de l\u2019égoïsme du monde des grands.Accapareurs de l\u2019entourage immédiat d\u2019abord, ils deviennent par la suite, même au loin, l\u2019obstacle principal à l\u2019escalade heureuse de plusieurs pousses vers la lumière.Ne pas s\u2019en préoccuper avant la floraison, c\u2019est s\u2019exposer à n\u2019avoir pas de parterre devant sa maison; c\u2019est rendre plus pénible la tâche du voisin pour l\u2019entretien du sien; c\u2019est, enfin, gâter plus ou moins l\u2019agrément de vivre dans les alentours.Précisément parce qu\u2019il est de la nature des chardons d\u2019être nuisibles et de rendre la vie difficile ou même impossible.Pour survivre et s\u2019épanouir, les fleurs ont besoin du cœur à l\u2019ouvrage de toutes les bonnes volontés.Les hommes aussi ! dans le ciel Les hommes aussi ! Ce dernier renseignement nous vient d\u2019un certain Cœur, d\u2019ailleurs toujours ouvert pour nous le rappeler.Pourquoi Jésus aurait-il voulu attendre, non seulement d\u2019être affiché entre deux mondes au sommet d\u2019une croix, mais d\u2019avoir rendu le dernier souffle de sa souffrance, avant de permettre qu\u2019on découvrît son Cœur ?Ne serait-ce pas pour montrer après coup la source dans laquelle il a trempé sa volonté et son courage d\u2019aimer jusqu\u2019au bout ?Son Cœur, mû par l\u2019amour du Père pour la conquête de celui des hommes ! Invitation dévoilée, me pressant de puiser au même puits sans fond des inspirations concrètes pour des façons véritables d\u2019aimer; invitation permanente à refaire mon cœur d\u2019enfant de Dieu en le mirant dans le sien, simplement pour apprendre la manière chrétienne d\u2019aimer, à partir de l\u2019amour de Dieu pour l\u2019épanouissement des autres.dans le cœur Pour sauver les fleurs, il faut les libérer de l\u2019embarras des chardons; pour sauver l\u2019épanouissement de tous, il faut que chacun place son cœur en veille devant celui de Dieu et celui de ses voisins.Il ne faut pas dire, j\u2019aimerai, ou, quelqu\u2019un y verra, mais j\u2019aime et j\u2019y vois.Il ne faut pas dire, je hais les chardons, mais j\u2019aime les fleurs et le prouve en payant de mon front mouillé, de mes mains écorchées, et de toute la fatigue de mon corps penché, le prix du jardin.Il ne faut pas dire, j\u2019aimerai, mais le prouver en faisant sans délai une large brèche à mon égoïsme, par où passera mon cœur avec sa présence disponible pour le service de l\u2019entourage.Il ne faut pas dire, je hais arracher de moi mes aises, mais j\u2019aime voir lever une fleur de plus dans le cœur des autres.Qui l\u2019a dit ?C\u2019est écrit sur la terre, dans le ciel, et dans son Cœur.Paul Fortin.Derniers plats par Georges-Henri d\u2019Auteuil À la NCT; Atelier 72 Sommes-nous dans la plus entière confusion ?« C\u2019est la mise en scène qui est le théâtre beaucoup plus que la pièce écrite ou parlée », proclame Antonin Artaud.Maurice Béjart lui réplique: « L\u2019essentiel du théâtre c\u2019est l\u2019acteur », appuyé en ce point par Etienne Decroux déclarant: « Le théâtre, c\u2019est l\u2019art d\u2019acteur.» Et le texte ?Quelle place occupent les auteurs dramatiques ?Hier encore, le théâtre, expression importante et remarquable de l\u2019art littéraire, c\u2019était quelques grands noms comme Sophocle, Plaute, Corneille, Racine, Molière, Calderon, Shakespeare, Musset, Ibsen, Tchékhov, Claudel, Montherlant et tant d\u2019autres.Les œuvres de ces beaux esprits, ça ne compte plus, ce n\u2019est pas le théâtre.Le texte n\u2019est rien ou, au mieux, n\u2019est qu\u2019un vulgaire canevas que n\u2019importe qui peut tripatouiller à son gré comme on fait d\u2019une glaise banale et informe.Mais le geste, éphémère, évanescent, souvent faux ou inutile, voilà le mode d\u2019expression par excellence du théâtre, et non pas le langage, cette plus grande conquête de l\u2019homme.C\u2019est le jugement sans appel du danseur Béjart, du mime Decroux, du metteur en scène discuté Artaud.Théories à la mode qui prétendent renouveler, rajeunir le théâtre.René Benjamin a déjà écrit une pièce intitulée: Il faut que chacun soit à sa place, qu\u2019il conviendrait de faire lire et méditer par tous ces inventeurs saugrenus de réformes prétentieuses qui se targuent de tout mettre sens dessus dessous pour revaloriser et rendre vivant, comme ils disent, le théâtre.Il est trop facile d\u2019établir des absolus et de prononcer des exclusives que contredisent les faits.Le verbe est l\u2019élément majeur, primordial, de l\u2019expression de l\u2019homme, mais heureusement complété et enrichi par le geste, l\u2019attitude, le mouvement.Toutefois, le verbe seul est permanent, durable, éternel.L\u2019acteur, lui, n\u2019est jamais le même.Il doit sans cesse retrouver le geste, l\u2019attitude, le mouvement qui conviennent, sans jamais réussir, pourtant, de façon identique à chaque fois, à moins que la caméra ne fixe son jeu une fois pour toutes.Alors, ce n\u2019est plus du théâtre, mais du cinéma.Ces réflexions nous sont suggérées par une sorte d\u2019exercice de « Théâtre expérimental » que la Nouvelle Compagnie Théâtrale nous a offert, en fin de saison, sous le titre d'Atelier 72.Animés par Yvan Canuel et Gilles Marsolais, sept personnages, quatre hommes, trois femmes, ont mimé devant nous la graduelle transformation du singe en l\u2019homme.Sans un mot.Gestes, cris, sons inarticulés.Courses, bousculades, jeu.De l\u2019art primitif.Du moins il est permis de l\u2019imaginer ainsi.Une performance remarquable des comédiens dans la mise en scène (ici, de première importance) d\u2019Yvan Canuel et un dispositif scénique ultra moderne: lumière, projections, musique, pour créer une ambiance (mais combien artificielle, on n\u2019en sort pas !) de commencement du monde.Bel effort de reconstitution de la découverte, admirative mais aussi troublante, par nos ancêtres simiesques des réalités primaires de leur habitat, la terre.Mais, faute de mots, le jeu devait suffire à tout, donc très simple et pourtant expressif, sans subtilité ni raffinement.Conséquence: l\u2019intérêt, comme le plaisir, est vite satisfait et ne peut se soutenir longtemps.Heureusement, le spectacle Atelier 72, court, vivant et proprement réalisé, a su éviter le danger du genre.Expérience enrichissante surtout pour les interprètes, obligés à une expression corporelle difficile, mais dont on constate facilement les limites.Au Rideau Vert : le Canard à l'orange Cuisson à l\u2019anglaise, sauce à la française, ingrédients divers à la canadienne: voilà le Canard à l\u2019orange que le Rideau Vert nous a offert comme dernier plat de sa saison.William Douglas Home (l\u2019Anglais), Marc-Gilbert Sauvajon (le Français) et Guy Hoffmann (le Canadien) nous l\u2019ont préparé, semble-t-il, avec amour, avec le désir de nous faire plaisir.A part les critiques au bec fin qui n\u2019aiment pas le canard ou sont au régime, la clientèle familière du Rideau Vert a paru très satisfaite du menu.Menu pourtant épicé.En effet, on voit bien par cette pièce \u2014 et par beaucoup d\u2019autres encore \u2014 que toutes les femmes ne sont pas de fidèles Pénélope, ni les hommes de persévérants Ulysse.On vante sans doute avec force le mariage et ses obligations, tout en quittant facilement le lit nuptial pour aller se prélasser dans des couchettes illégitimes.Aussi faudra-t-il un jour un gros volume, savant, qui montrera l\u2019influence délétère du théâtre, du cinéma et des autres mass media sur la décadence des mœurs.Mais qui le lira ?D\u2019autant que, à l\u2019encontre des drames, les comédies dites de boulevard finissent bien et que, même après y avoir perdu quelques plumes, la morale en sort à peu près sauve, ce qui donne à tout le monde bonne conscience.Et puis c\u2019était tellement drôle ! .Drôle par la grâce de l\u2019humour bien anglais de l\u2019auteur, de son style aussi: pétillant, alerte, souvent d\u2019une fine ironie qui touche à tout coup.Drôle, encore, à cause du mari, personnage impayable qui mène le jeu tambour battant et toujours à son avantage.Drôle, toujours, par la mise en scène vive, colorée, sautillante, signée Hoff- 186 RELATIONS mann et qui a permis à un Jean-Marie Lemieux de faire valoir des qualités de grand comique, éclaboussant presque ses partenaires du scintillement de son jeu.Si maintenant les Anglais, même ceux de la haute bourgeoisie, se permettent de devenir légers, gais, un tantinet égrillards, où cela peut-il nous conduire ?.Au TNM : Jules César L\u2019assassinat politique a toujours existé.Ce n\u2019est pas une nouvelle, seulement une constatation trop souvent répétée au cours de l\u2019histoire de l\u2019homme.Mais certains meurtres ont eu plus de retentissement que d\u2019autres, soit par la personnalité éminente des victimes, soit par leur influence marquée sur les événements d\u2019une époque.L\u2019assassinat de Jules César a été de ceux-là.Un des plus grands chefs d\u2019armée de l\u2019histoire, César, après avoir conquis les Gaules, renversé le pouvoir de Pompée, dominait dans Rome, et on parlait de le créer empereur.Sa puissance, toutefois, empêchait de dormir certains Romains qui complotèrent sa mort et réalisèrent effectivement leur projet lors d\u2019une séance du Sénat, en plein Capitole.Résultat?Tout autre que prévu: guerre civile d\u2019abord, défaite des conjurés, puis implantation définitive du pouvoir autoritaire et absolu dans tout l\u2019Empire.On comprend, dès lors, qu\u2019un tel sujet, si dramatique et d\u2019une portée universelle, ait pu tenter le génie de Shakespeare.Il a composé sa tragédie Jules César que le Théâtre du Nouveau Monde a mise à l\u2019affiche pour son dernier spectacle au Port-Royal, avant d\u2019emménager à la Comédie Canadienne, en septembre prochain.Pour étoffer sa pièce des événements historiques nécessaires et en décrire les principaux protagonistes \u2014 César, Marc-Antoine, Brutus, Cassius \u2014, Shakespeare a puisé abondamment dans les célèbres Vies illustres de Plutarque, en y ajoutant quelques épisodes de son cru, mais qui ne faussent pas le caractère historique de l\u2019œuvre.Ce drame est instructif au premier chef par ce qu\u2019il nous apprend ou nous rappelle des mœurs politiques et des passions pas toujours avouables des humains.Et, d\u2019abord, que « l\u2019ambitieux ne dit jamais: c\u2019est assez », selon le mot de l\u2019Ecriture.L\u2019ambition, réelle ou présumée, de César est la seule défense que présentent les conjurés pour justifier leur meurtre.Mais l\u2019ambition de l\u2019un nuit à l\u2019ambition de l\u2019autre, comme celle de Cassius, par exemple, qu\u2019un commentateur traite de « vieille fille jalouse et querelleuse » et qui a été le plus acharné à la destruction de son rival.L\u2019on peut noter aussi la légèreté avec laquelle les ennemis de César accomplissent leur crime sans en prévoir les conséquences, comme, entre autres, la versatilité reconnue des foules que les sentiments peuvent manœuvrer à volonté, ainsi que Marc-Antoine l\u2019a démontré de façon péremptoire.Ou encore la bonne foi et la modération, comme celles de l\u2019intègre Brutus, sont vite dépassées dans les faits, le mécanisme de la violence une fois déclenché.Naïveté devient alors crime de l\u2019intelligence.Enfin, ne peut-on reconnaître que le bonheur d\u2019un peuple et la stabilité sociale et politique d\u2019une nation sont choses trop importantes pour être le lot de mesquines rivalités personnelles ou d\u2019intérêts privés même apparemment justifiés?Il est donc clair que, par les problèmes qu\u2019elle pose et les réflexions qu\u2019elle suggère, Jules César est une pièce d\u2019une brûlante actualité.Comme pour toutes celles de Shakespeare, la mise en œuvre de cette pièce présentait maintes difficultés.En premier lieu, pour les décors, tellement les changements de scènes sont fréquents et variés.La solution de Vilar: quelques meubles ou praticables faciles à planter, est peut-être la meilleure en l\u2019occurrence.Celle de Negin: deux pyramides de hauteur différente, fixes et lourdes; est discutable.Utile pour certaines scènes, \u2014 celles, par exemple, de la mort de César ou des discours de Brutus et Antoine, \u2014 elle est embarrassante pour d\u2019autres, spécialement pour la période des combats militaires.Et, de ce fait, toute la mise en scène a subi de fortes contraintes.Un plateau tournant eût été bien avantageux, en donnant plus de souplesse aux évolutions et au jeu des acteurs.Autre difficulté: les mouvements de foule, des citoyens dans la première partie, des soldats dans la deuxième.Des foules et des armées plutôt symboliques.Et cela se comprend.Sur un plateau de théâtre, on ne peut réaliser les grands déploiements du cinéma.De plus, le coût d\u2019une figuration abondante et adéquate est prohibitif.On doit donc se contenter de l\u2019essentiel, déjà imposant, et laisser le reste au travail de l\u2019imagination.Mais, outre de nombreux comparses qui donnent une épaisseur humaine à l\u2019action, Jules César comprend une bonne brochette de rôles importants, surtout masculins.Deux seuls personnages féminins jettent une note de grâce, de chaleur et d\u2019intimité sur ce sombre drame où l\u2019on tue beaucoup: Cal-pournia et Portia, les épouses de César et de Brutus.Du côté des hommes, en plus de César, bien sûr, mais dans quelques scènes seulement, émergent Marc-Antoine, Brutus et Cassius.Entre ces trois personnages, il est difficile d\u2019établir une priorité, tels que les présente Shakespeare.Cassius est vraiment l\u2019âme du complot contre César, mais Brutus lui offre le prestige de sa haute personnalité d\u2019honnête homme et de patriote sincère et aussi son serein courage dans l\u2019épreuve.Le seul des conjurés vraiment désintéressé.Pourtant, sur le plan de l\u2019action, le rôle de Marc-Antoine est primordial.Le troisième acte, plaque tournante de la pièce, c\u2019est son acte.Ses interventions d\u2019une habileté consommée bousculent les plans des conjurés et renversent complètement l\u2019orientation des événements en sa faveur.Dans cette vaste fresque humaine nommée Jules César, Marc-Antoine occupe certainement la première place.Précisément, le Marc-Antoine de Gilles Pelletier, dans l\u2019imposante distribution de la pièce, occupe aussi la première place.Tout à fait à la hauteur de son complexe personnage.Le Brutus d\u2019Yves Létoumeau manquait un peu de chaleur, tandis que le Cassius de Jean-Louis Roux (aussi traducteur de la pièce) en montrait trop par moments.Avec toujours ses mêmes intonations, Jacques Galipeau a été un bon César, à la fois désinvolte et hautain.Touchantes toutes les deux, Sophie Clément, en Portia, et Andrée Saint-Laurent, en Calpournia.Un bon point pour la parfaite diction de tous.Viennent de paraître OCTAVE CRÉMAZIE Oeuvres \u2014 l-Poésies Texte établi, annoté et présenté par ODETTE CONDEMINE (Collection Présence, N° 2) 15 x 22 cm, 613 pages.Prix: $18.00 L\u2019AMÉRIQUE ET LES POÈTES FRANÇAIS DE LA RENAISSANCE Textes présentés et annotés par ROGER LE MOINE (Collection « Les Iles fortunées » N° 1) 15 x 22 cm, 352 pages.Prix: $9.00 RÉPERTOIRE DE DÉCISIONS EN APPLICATION DU CODE DU TRAVAIL Tome I \u2014 Accréditation et Questions connexes par GASTON DESCÔTEAUX 17 x 26 cm, 660 pages.Prix: $21.00 En vente chez votre libraire et aux : Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa Ottawa, Ontario, Canada K1N 6N5 JUIN 1972 187 CINÉMA \u201cLes Smattes\u201d de Jean-Claude Labrecque par Yves Lever * Smatte: gentil, sympathique, habile; signifie aussi: ratoureux, adroit pour rouler les autres avec le sourire.Dans Les Smattes, il est question de la fermeture d\u2019un village gaspésien non viable économiquement et de la transplantation de tous ses habitants dans des centres plus importants.Cette simple anecdote, répétée une quinzaine de fois dans les dernières années (entre autres pour un village au nom ironique de Saint-Octave-de-l\u2019Avenir) et encore en train de se faire, relève plus du documentaire que du long métrage dramatique A quelques détails près, Labrecque a donc fort bien soigné le côté documentaire de l\u2019affaire; le Gaspésien que je suis et plusieurs autres retrouvent une grande connivence avec les personnes et les objets du film.H a aussi chargé cette anecdote d\u2019une fiction dramatique très intelligemment construite.Loin d\u2019en atténuer l\u2019impact ou de divertir (au sens fort) de son sens profond, la fiction l\u2019accentue plutôt et permet de mieux préciser le rapport des forces en présence.Là où on se fait passer un québec Saint-Paulin Dalibaire doit « fermer » parce qu\u2019il n\u2019y pousse que du bois et que, dans le passé, on a anarchiquement exploité cette richesse naturelle.« Quand on coupe un arbre, on doit en planter un autre », disait un bon vieux Gaspésien.Cela, on ne l\u2019a évidemment pas fait.Non seulement à Saint-Paulin, mais aussi dans toute la Gaspé-sie et probablement dans tout le Québec.Voilà déjà un point où un village éloigné peut représenter tout le pays.Au moment de la fermeture du village, un banal accident fournit aux gens l\u2019occasion d\u2019une prise de conscience de leur véritable situation: leur domination par « les gens d\u2019en haut » et leur trop grande docilité: « On nous a dit de cultiver et on a cultivé; on nous dit aujourd\u2019hui « excusez-nous, on s\u2019est trompé, maintenant déménagez, et on déménage ! » Ils se rendent compte que, depuis toujours et encore plus dans les dernières années, ils se sont « fait passer un québec » par les « gens d\u2019en haut » et que leur soumission a fait d\u2019eux des victimes décidément trop dociles.Déménager, pour eux, c\u2019est en effet non seulement perdre une terre qui a recueilli toutes leurs sueurs d\u2019hommes, mais aussi mourir à leur liberté et à toutes les solidarités qui les ont façonnés.Assassinée bêtement par un policier, la jeune Ginette symbolisera cette mort de tous les gens du village et, plus largement, celle de tous les Québécois qui se laissent dominer par les pouvoirs « d\u2019en haut ».Les « gens d\u2019en haut », comme c\u2019est leur habitude, ne sont jamais présents directement à l\u2019action.On ne voit tout au plus que leurs hommes de main.Il y a l\u2019agent du gouvernement en charge du déménagement, bonhomme gentil, sympathique, jovial et distributeur de billets de banque (un vrai p\u2019tit créditiste !) pour mieux faire « passer » les décisions prises ailleurs.Un jeune et beau sociologue (aux cheveux courts, s\u2019il vous plaît ! ) doit théoriquement solutionner tous les problèmes psy-cho-socio-affectifs du déménagement.Pour ceux qui manqueraient de docilité, il y a la Police Provinciale, avec un caporal partisan des grands moyens et fort chatouilleux dans son autorité: « Vous allez voir qui c\u2019est qui mène ici depuis octobre .» Ses subordonnés policiers, parfaits automates, n\u2019auront même pas besoin de parler.Au début du film, le curé du village fait aussi un peu partie de ces gens d\u2019en haut: c\u2019est chez lui que se fait le premier interrogatoire policier; il ne faut pas oublier que les curés québécois partagent une grande part de responsabilité dans cette erreur que fut la colonisation de terres non viables.Ainsi, Saint-Paulin Dalibaire devient, au moment de sa disparition, représentatif de tout un pan du Québec, celui qui se fait continuellement « passer un québec » par les smattes du gouvernement.Révolte et répression A côté de cette majorité silencieuse qui déménage sans rechigner, ou si peu, il y a un jeune de vingt ans, Réjean, qui décide, lui, de ne pas partir, car il tient à sa terre et à sa liberté avant tout.Il vaut mieux être chômeur à Saint-Paulin que chômeur en ville, dit-il, et puis, il sait comment vivre de la forêt.Même si sa décision semble ferme, on sent qu\u2019il ne pourra la tenir longtemps, surtout quand sa « blonde » Ginette sera partie.Il faudra l\u2019accident de la balle perdue, qui blesse légèrement le sociologue, pour radicaliser sa révolte.Non pas du fait de l\u2019accident lui-même, mais par la répression totalement démesurée qu\u2019il entraîne de la part de la police (poursuite au révol ver, sac de son logement et, finalement, mort de Ginette).Nous retrouvons un scénario classique: il suffit d\u2019un incident banal pour que les forces du pouvoir sortent tout ce qu\u2019elles avaient sur le cœur depuis longtemps et pour que disparaisse tout à coup la tolérance qu\u2019elles concédaient à un minimum de résistance.Alors, Réjean et son copain Pierre, frère de Ginette, n\u2019ont pas d\u2019autre solution que d\u2019entrer carrément dans la résistance.Ils disparaissent dans la forêt, lieu familier, rééditant ainsi l\u2019aventure de ces nombreux Gas-pésiens évanouis dans la forêt pour éviter la conscription lors de la dernière guerre.A ce jeu-là, ils sont imbattables et, malgré leur hélicoptère, les policiers devront abandonner la poursuite.Mais, lorsque la répression perd toute mesure et qu\u2019elle fait une victime, elle entraîne et généralisé une prise de conscience.Car la victime devient alors un martyr qui polarise en lui toutes les petites morts subies par les autres, les explicite à la conscience et devient alors un symbole extrêmement vivant.Il suffit que quelqu\u2019un fasse émerger ce symbole et l\u2019utilise pour qu\u2019il devienne efficace.Dans le film, c\u2019est le curé du village qui dégage ainsi toutes les résonances de la mort de Ginette et la signification de la résistance de Réjean.Lui aussi, il a été radi-calisé par cette mort et si, au début, il semblait plutôt un collaborateur de la police, il est maintenant rangé complètement du côté de la base.Son sermon (magistralement dit par Marcel Sabourin) demeurera sans doute l\u2019une des plus belles séquences du cinéma québécois.Inspiré sans doute par l\u2019esprit du manifeste des curés gaspésiens d\u2019octobre 1970, \u2014 manifeste qui, rappelons-le, se disait d\u2019accord avec les objectifs du manifeste du F.L.Q., \u2014 ce sermon se fait mémoire d\u2019un passé d\u2019exploitation où une population a été trop docile, explicitation d\u2019un présent de misère tout autant que des révoltes individuelles à cette misère, projection d\u2019un avenir où « on aura autre chose à faire qu\u2019obéir ».Dans la bouche du curé, Ginette morte devient le symbole de la terre perdue, mais comme elle sera enterrée dans cette terre et que sur elle pousseront de nouveaux arbres, elle devient aussi le symbole d\u2019une résurrection.On pourra s\u2019appuyer sur elle pour l\u2019« autre chose à faire ».Mais, pour ça, « faut pas lâcher » ! La dernière image du film nous montrera donc Réjean et Pierre, deux qui ne lâchent pas, toujours libres, le fusil à la main, en route vers cet « autre chose à faire ».Il n\u2019y aura pas de mot « fin » sur cette image, mais plutôt un « à suivre », car la véritable action de résistance ne fait que commencer.La suite, c\u2019est chaque spectateur qui verra comment, avec ses moyens propres, il peut la réaliser dans son milieu.* Les membres du comité de rédaction de Relations offrent leurs vœux les meilleurs à leur confrère Yves Lever, collaborateur régulier de la revue, à l\u2019occasion de sa récente ordination sacerdotale.188 RELATIONS Fidélité conjugale et divorce \u2014 quelques suggestions bibliographiques RELATIONS a publié un numéro spécial, en décembre 1970, sur le mariage et le divorce.Cette publication venait peu après la présentation d\u2019un document de l\u2019Assemblée des évêques du Québec (septembre 1970) : Réflexions pastorales face au divorce et aux problèmes du mariage et de la famille.Cette aniiée, dans trois numéros récents de RELATIONS, le P.Marcel Marcotte reprenait ces réflexions enrichies par les recherches théologiques des deux dernières années: Les « couples irréguliers » dans l\u2019Eglise (février 1972), L\u2019Eglise et l\u2019échec matrimonial (mars 1972), L\u2019Eglise et le mariage civil \u2014 pour une revalorisation chrétienne du mariage civil (mai 1972).Les préoccupations théologiques et pastorales concernant le mariage et le divorce débordent largement les frontières du Québec.En témoignent de nombreuses publications \u2014 livres ou articles de revues \u2014 ainsi que la tenue de plusieurs congrès ou colloques sur l\u2019indissolubilité conjugale, sur le lien matrimonial, sur le divorce, etc.Notons, entre autres, le colloque du CERDIC (Centre de recherche et de documentation des institutions chrétiennes), sur le lien matrimonial (Strasbourg, mai 1970), et celui du CCIF (Centre catholique des intellectuels français), Le Mariage, engagement pour la vie ?(Recherches et Débats, 74, octobre 1970, \u2014 Paris, DDB, 1971).Signalons également, pour revenir en contexte canadien et québécois, qu\u2019un séminaire de deuxième cycle a réuni quatre professeurs et douze étudiants de la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal, au cours de l\u2019année académique 1971-1972: quelque 120 heures de discussions ont été consacrées à l\u2019analyse et à l\u2019évaluation critique du dossier théologique (Bible, tradition, histoire, réflexion théologique) concernant l\u2019indissolubilité conjugale et le divorce.Les suggestions bibliographiques faites ici sont pour une grande part le fruit de ce travail.Notons finalement que le prochain congrès des théologiens canadiens, en août 1972, portera sur le divorce.Plusieurs lecteurs de RELATIONS ont exprimé le désir de poursuivre la réflexion amorcée par Marcel Marcotte dans la revue.C\u2019est à leur intention que sont données ici quelques indications ou suggestions bibliographiques.1.La difficile fidélité L\u2019indissolubilité du mariage n\u2019est pas d\u2019abord le fait d\u2019une loi, fût-elle divine; elle est une exigence interne de l\u2019amour conjugal, de l\u2019amour qui devient conjugal et instaure le mariage parce qu\u2019il porte en lui-même un vœu de fidélité, c\u2019est-à-dire de durée, mais de durée qui est croissance créatrice et non pas stagnation, un vœu d\u2019épanouissement et d\u2019éternité.Ce vœu \u2014 la multiplication des divorces le manifeste abon- damment \u2014 semble parfois tenir du rêve plus que de la vie réelle: les projets d\u2019amour de l\u2019homme connaissent souvent l\u2019échec.Et c\u2019est ici qu\u2019intervient l\u2019espérance chrétienne:\tla fidélité divine portant la fragile fidélité de l\u2019homme, ce qui semblait impossible devient possible.Conditionnements de l\u2019existence humaine et difficultés de la fidélité, radicalité du vœu de fidélité inhérent à l\u2019amour qui cherche à croître, animation chrétienne de l\u2019espérance: on trouvera analyses et pistes de recherche dans \u2014\tCCIC: Le Mariage, engagement pour la vie ?« Recherches et Débats », 14, Paris, DDB, 1971.\u2014 Points de vue historique et sociologique (Philippe Ariès et Jean Carbonnier), points de vue psychologique et philosophique (Jean Lemaire, « Lien conjugal et épanouissement des personnes »; Yvonne Pellé-Douël, « Notes sur la fidélité » ).\u2014\tC.Duquoc: «Promesse et fidélité».\u2014 P.Grelot: « Amour et fidélité \u2014 le témoignage de l\u2019Ecriture ».\u2014 J.-Y.Jolif: « Le temps d\u2019aimer ».\u2014 dans Lumière et vie, 11/60 (1962), numéro spécial sur l\u2019amour et le temps.\u2014\tC.Duquoc:\t«Amour\tet institution», dans Lumière et vie, 82 (1967) : 33-63.\u2014 L\u2019institution doit-elle détruire la vie ?Le mariage doit-il tuer l\u2019amour ou le faire s\u2019étioler ?Ou l\u2019institution du mariage peut-elle, au contraire, servir l\u2019amour et l\u2019aider à croître ?\u2014\tG.Durand: «La fidélité», dans Couple et famille, 3/3-4 (1971).\u2014 La fidélité comme valeur humaine et comme valeur chrétienne.\u2014\tM.Marcotte: «Fidélité en crise», dans Relations, 31 (1971), pp.264-268.2.L\u2019exigence évangélique Réalité terrestre, le mariage devient, dans l\u2019histoire d\u2019Alliance entre Yahvé et Israël, mystère de salut à la fois révélé et accompli dans l\u2019union indéfectible du Christ et de son Eglise (cf.Eph 5).Au niveau de l\u2019Ancien Testament, le mariage apparaît comme le signe révélateur de l\u2019amour fidèle de Yahvé envers Israël dans l\u2019alliance; en retour, cette fidélité divine devient appel éthique pour la fidélité humaine conjugale, bien qu\u2019il ne puisse y avoir commune mesure entre la solidité de l\u2019amour de Yahvé et la fragilité de l\u2019amour humain toujours infidèle.Au niveau du Nouveau Testament, la même symbolique perdure et s\u2019achève; et une semblable exigence éthique en découle pour l\u2019amour humain, mais désormais radicalisée parce que son accomplissement est rendu possible par le don de l\u2019Esprit.Dans le Christ, l\u2019impossible est devenu possible; aussi est-il exigé, et ce qui était toléré ne l\u2019est plus \u2014 c\u2019est le sens de la parole de Jésus sur l\u2019indissolubilité du mariage: « Ce que Dieu a uni, l\u2019homme ne doit pas le séparer» (Mt 19).Mais le péché marque toujours l\u2019existence chrétienne.Si l\u2019évangile de Jésus-Christ, pourrait-on dire, abolit la tolérance, il instaure en même temps l\u2019ère du pardon qui rend inlassablement possibles les recommencements: « Va et ne pèche plus », dit Jésus à la femme adultère .Symbolique religieuse de l\u2019amour conjugal, exigences radicales de l\u2019évangile concernant la fidélité de l\u2019amour et l\u2019indissolubilité du mariage, place du péché dans l\u2019existence chrétienne: analyses et orientations de recherche dans \u2014\tG.Bourgeault: « Fidélité conjugale et divorce \u2014 essai de théologie biblique », dans Science et Esprit, 24/2 (mai 1972).\u2014 Essai de synthèse dont les grandes orientations sont données dans les paragraphes ci-dessus.\u2014\tP.Grelot: «Amour et fidélité \u2014 le té- moignage de l\u2019Ecriture », dans Lumière et vie, 11/60 (1962) : 3-20.\u2014 Le Couple humain dans l\u2019Ecriture (Lectio divina, 31), Paris, Ed.du Cerf, 1962, réédité plus récemment.\u2014 « L\u2019évolution du mariage comme institution dans l\u2019Ancien Testament», dans Concilium, 55 (1970): 39-47.\u2014 Bonnes synthèses de théologie biblique au sujet, surtout, de la symbolique religieuse de l\u2019amour et du mariage dans la tradition d\u2019Israël.A compléter, au besoin, par: A.Feuillet: Le Cantique des cantiques \u2014 Etude de théologie biblique (Lectio divina, 10), Paris, Ed.du Cerf, 1953; surtout ce qui a trait à l\u2019allégorie du mariage dans la théologie des prophètes, pp.140-192.\t\u2014 A.Isaksson: Marriage and Ministry in the New Temple, Lund, Gleerup, 1965; exégèse des textes vétéro-testamentaires plus importants (Gn 1: 27 et 2: 24; Dt 24: 1-4; Ml 2: 10-16), pp.17-37, puis de la parole de Jésus concernant l\u2019indissolubilité du mariage, pp.66-152.\u2014\tAu sujet de la parole de Jésus sur l\u2019indissolubilité du mariage (Mt 5; 31-32; 19: 3-9 et par.; 1 Co 7: 10) : J.Bonsirven: Le Divorce dans le Nouveau Testament, Paris, Desclée et Cie, 1949.\u2014 J.Dupont: Mariage et divorce dans l\u2019Evangile, Bruges, DDB, 1959.\u2014 Deux ouvrages désormais classiques.Recension utile par J.-L.D\u2019Aragon dans Sciences ecclésiastiques, 12 (1960): 271-276.\u2014 P.Hoffman: « Paroles de Jésus à propos du divorce \u2014 avec l\u2019interprétation qui en a été donnée dans la tradition néo-testamentaire », dans Concilium, 55 (1970): 49-62.\u2014 L\u2019enseignement de Jésus concernant l\u2019indissolubilité du mariage pose le problème de l\u2019interprétation de Mt 5-7 (sermon sur la montagne) et, plus large- JUIN 1972 189 ment, celui de la portée des normes éthiques du Nouveau Testament, qu\u2019il ne faut jamais comprendre dans les perspectives de l\u2019ancienne loi.Sur le sermon sur la montagne:\tC.H.Dodd:\tMorale de l\u2019Evangile, Paris, Plon, 1958.\u2014 J.Jere-mias: Paroles de Jésus, Paris, Ed.du Cerf, 1963.\u2014 A compléter par quelques études de théologie morale fondamentale: J.Blank: « Réflexions concernant le problème: Normes éthiques et Nouveau Testament», dans Concilium, 25 (1967): 15-28.\u2014 F.Bôckle: « La morale fondamentale », dans Recherches de science religieuse, 59 (1971): 331-364.\u2014 M.Corbin: « Nature et signification de la loi évangélique », dans Recherches de science religieuse, 57 (1969): 6-48.\u2014 Voir aussi: P.Liégé: « L\u2019indissolubilité, un défi proprement évangélique ?» dans Le mariage, engagement pour la vie ?(CCIF, Recherches et Débats, 74), Paris, DDB, 1971, pp.113-124.3.\tHistoire et théologie Au cours des premiers siècles, l\u2019Eglise a su maintenir la nécessaire tension entre l\u2019exigence évangélique concernant l\u2019amour et le mariage et l\u2019« économie » ou la tolérance pratique au sein d\u2019une communauté rassemblant des hommes encore pécheurs.\u2014 En dépit de ce que peuvent faire croire des analyses trop superficielles comme celle de V.J.Pospishil: Divorce et remariage \u2014 pour un renouvellement de la doctrine catholique, Tournai, Casterman, (1967) 1969 (ouvrage d\u2019inspiration généreuse et dont l\u2019intuition fondamentale est peut-être pastoralement assez juste, mais dont les fondements scripturaires et historiques trop fragiles rendent les^ conclusions théologiques bien peu sûres), la tradition chrétienne proclame unani-ment, tout au long des cinq premiers siècles, l\u2019exigence évangélique de fidélité/indissolubilité.Quelques textes témoignent cependant d\u2019une tolérance pratique (parfois blâmée et contestée) du divorce et du remariage; quelques autres manifestent bien que l\u2019Eglise a su faire place en ses rangs aux pécheurs.Voir: J.Moingt: « Le divorce pour motif d\u2019impudicité », dans Recherches de science religieuse, 56 (1968): 337-381 (thèse séduisante, mais trop bien « prouvée »), et surtout H.Crouzel: L\u2019Eglise primitive face au divorce (Théologie historique, 13), Paris, Beauchesne, 1971 (thèse scrupuleusement fondée sur les textes cités et situés dans leur contexte avant d\u2019être commentés).La tradition orientale a conservé jusqu\u2019à aujourd\u2019hui cette « économie » de tolérance pratique pour les hommes pécheurs, témoignant ainsi de la miséricorde évangélique, mais au prix peut-être d\u2019un certain obscurcissement de l\u2019idéal de l\u2019Evangile et d\u2019un certain affadissement de ses exigences.L\u2019Eglise latine, pour sa part, a maintenu avec grande fermeté l\u2019exigence évangélique; elle l\u2019a même, malheureusement, « codifiée » dans ses lois, au point de sembler parfois oublier que le chrétien demeure un homme pécheur.C\u2019est, pour une part, la systématisation de la théologie sacramentaire qui a amené l\u2019Eglise latine à durcir ses positions concernant l\u2019indissolubilité pratique du mariage sacramentel consommé.Mais le contexte socio-culturel nouveau dans lequel se vit aujourd\u2019hui le mariage, « réalité terrestre » évoluant au rythme de l\u2019histoire, appelle une révision de la théologie sacramentaire concernant le mariage, de façon qu\u2019elle puisse faire place et droit au caractère dynamique de l\u2019existence humaine et, notamment, du projet d\u2019amour instaurant le mariage.\u2014\tAu sujet de Yévolution historique et des perspectives actuelles des Eglises concernant le mariage indissoluble, on pourra se référer aux deux dernières parties des actes du colloque du CERDIC: Le lien matrimonial, Strasbourg, 1970.\u2014 J.Gaudemet: « Le lien matrimonial: les incertitudes du haut moyen-âge ».\u2014 G.Fransen: « La formation du lien matrimonial au moyen-âge ».\u2014 P.Huizing: « La dissolution du mariage depuis le concile de Trente ».\u2014 R.Voeltzel: « Le lien matrimonial en climat protestant ».\u2014 E.Melia: « Le lien matrimonial à la lumière de la théologie sacramentaire et de la théologie morale de l\u2019Eglise orthodoxe ».\u2014 J.G.Gerhartz: « L\u2019indissolubilité du mariage et la dissolution du mariage dans la problématique actuelle ».\u2014\tConcernant la théologie sacramentaire du mariage: P.De Locht et alii: Mariage et sacrement de mariage, Paris, le Centurion, 1970.\u2014 G.Durand: « Mariage humain \u2014 mariage chrétien », dans Cou-couple et famille, 3/4 (sept.1971).\u2014 R.Grimm: « Indissolubilité et sacramenta-lité du mariage chrétien », dans la Revue de théologie et de philosophie, 1967, pp.404-418.\u2014 Et un ouvrage maintenant classique, dont on peut déplorer que la partie systématique\\ ou proprement théologique n\u2019ait pas été publiée, celui de E.Schillebeeckx: Le Mariage, réalité terrestre et mystère de salut, Paris, Ed.du Cerf, 1966.4.\tUne tâche pour les canonistes Le code de Droit canonique est présentement en révision.Pouvons-nous espérer que le nouveau code, compte tenu des recherches actuelles concernant l\u2019indissolubilité du mariage et le divorce, reflétera mieux que l\u2019ancien le sens des exigences évangéliques et les orientations théologiques actuelles ?Le travail des canonistes est reflété dans de nombreuses publications récentes; je me contente de signaler ici quelques-unes de ces publications, celles qui me paraissent aller davantage dans le sens des orientations théologiques esquissées plus haut: \u2014\tJ.Bernhard: « Où en est la dissolubilité du mariage chrétien dans l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui ?\u2014 état de la question », dans Y Année canonique, 15 (1971): 59-82.\u2014\tJ.Bernhard: « Réinterprétation (existentielle dans la foi) de la législation canonique concernant l\u2019indissolubilité du mariage chrétien », dans la Revue de droit canonique, 21 (1971): 242-277.\u2014\tJ.G.Gerhatz: « L\u2019indissolubilité du mariage et sa dissolution par l\u2019Eglise dans la problématique actuelle », dans Le lien matrimonial, Strasbourg, Cerdic, 1970, pp.198-234.\u2014\tJ.Delanglade : « L\u2019indissolubilité du mariage (point de vue d\u2019un canoniste) », dans Etudes, 333 (1970), pp.264-277.\u2014\tLes recherches récentes des canonistes sont clairement présentées et critiquées par M.Marcotte: « L\u2019Eglise et l\u2019échec matrimonial \u2014 vers une réforme du droit canonique concernant l\u2019indissobubilité du mariage », dans Relations, mars 1972.5.\tAttitudes pastorales Les attitudes pastorales doivent être en accord avec les exigences évangéliques portées tout au long de l\u2019histoire par l\u2019Eglise, et aussi avec la miséricorde évangélique portée elle aussi par la tradition chrétienne.C\u2019est sur la base des recherches évoquées plus haut que certaines orientations pastorales ont été suggérées, notamment, par \u2014\tP.De Locht: L\u2019Eglise et l\u2019échec de l\u2019amour humain, Paris, le Centurion, 1971.\u2014\tB.Hâring: « Pastorale pour les divorcés et les époux illégitimes », dans Concilium, 55 (1970): 113-120.\u2014\tM.Marcotte: «Les couples irréguliers dans l\u2019Eglise », dans Relations, février 1972.\u2014 Motifs et modalités d\u2019une réintégration des divorcés remariés dans la vie sacramentelle de l\u2019Eglise.Guy BOURGEAULT.15.5.72.N.D.L.R.Il ne nous a pas été possible de publier, ce mois-ci, la chronique littéraire de René Dionne.Nous nous en excusons auprès de nos lecteurs.190 RELATIONS ~>x\t, IfKfxs, Ar-.V .- -, \" \" , ' CTCTCTiM \u201c\t; :r^3P ' llllfl §§ iMW \u2014ss&s IlllSlllte 11 a SEliS3e LES DICTIONNAIRES MARABOUT UNIVERSITE POUR LA PREMIERE FOIS EN \u2018POCHE\u201d TOUT LE SAVOIR MODERNE \u2022 Un outil efficace : La conception des dictionnaires Marabout Université en fait un merveilleux instrument de culture pour tous et une aide précieuse pour l\u2019étudiant.Chaque titre comporte des centaines de définitions très complètes, des notes bibliographiques, des illustrations et des graphiques, ainsi qu\u2019une dizaine d\u2019articles essentiels, véritables études exhaustives placées dans l\u2019ordre alphabétique.\u2022\tUne documentation à jour : L\u2019ensemble de la série couvrira tous les aspects actuels de la science et de la pensée.\u2022\tUne équipe de poids : Chaque étude est réalisée par des savants, des chercheurs et des spécialistes de renom international.¥ marabout EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES \u2022 19 titres de la philosophie la sociologie la biologie 1 la biologie 2 la littérature la physique 3 volumes chacun (sous étui) : la communication l\u2019histoire 1 l\u2019histoire 2 l\u2019anthropologie les mathématiques les religions la pédagogie la géographie l\u2019esthétique le langage l\u2019astronomie la technologie gratuit ! Sur simple demande à l\u2019adresse cl-dessous vous recevrez régulièrement le Magazine-catalogue général illustré en couleurs.KASAN Ltée-226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q. mmmm Ü&BÈ ¦ ¦ vi ÿtte |4| pff; y-; yj/y m m d|Éjg §\\9< J «a iiü $ WÊMÈMmÈmmM HSilPi ëéééÜê >w';; H : s*j» i' j V.i\u2019ï-C iMiîÇ siSiliül :kà-k ¦ ;»ÿ£ «s iémèi SflIflÉl SI?IISïlSS§ H|S5 gSÉègssm M: ^'KpgpS S^^*i&pagga^«®sîfSSy - »''.\\V ' ' iz^rat.-s.page iÉÉil sagsa 3ï«ïga ¦ -.¦¦/- -.¦ * \u2022'\u2022 WBiêïïm mmmm Radio-Canada, plus que jamais au carrefour du Canada français La Maison de Radio-Canada ouvrira toutes grandes ses portes aux visiteurs, à l'été de 1972 "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.