Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1972-12, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" relations MONTRÉAL WmÊÊÊlÊmm DÉCEMBRE 1972\tNUMÉRO 377 ¦HHHIBBÜ MORALE et CHANGEMENT numéro spécial sur L\u2019ÉVOLUTION DE LA CONSCIENCE MORALE AU QUÉBEC ________relations__________________________________________ revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus .COMITÉ DE RÉDACTION : lrénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, Albert Beaudry, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vail-lancourt.ADMINISTRATION : Albert Plante RÉDACTION, ADMINISTRATION «t ABONNEMENTS s 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 \u2014 tél.: 387-2541, PUBLICITÉ et RELATIONS PUBLIQUES : Pauline HOULE, C.P.565, Station « H », Montréal 107.Tél.: 387-2541.numéro 377 décembre 1972 MORALE ET CHANGEMENT Numéro spécial sur révolution de la conscience morale au Québec Liminaire L\u2019évolution de la conscience morale au Québec.323 Études Le personnalisme.et au delà.\u2014 certitudes et incertitudes de la conscience contemporaine .\t.Guy Bourgeault 324 Morale nouvelle, morale biblique ?.Julien Harvey 328 La religion de l\u2019ordre.et après ?\u2014 aperçus sur la morale québécoise de 1900 .Gabriel Dussault 330 Une journée dans l\u2019histoire de la conscience \u2014 ou le Québec à l\u2019heure de la Conscience III ?.René Champagne 335 Deux morales USA.Julien Harvey 337 Morale et Église en changement .Jacques Chênevert 338 La conscience incertaine d\u2019un « pays incertain » \u2014 le roman québécois en 1972 .Gabrielle Poulin 341 La morale des autres.et la nôtre \u2014 du Production Code au Manifeste de l'Association professionnelle des cinéastes du Québec.Yves Lever 344 Théâtre : miroir des nos moeurs ?.Georges-H.d\u2019Auteuil 346 Relations et ses lecteurs L\u2019Église et la pratique.Jacques Saint-Aubin 347 Ouvrages reçus.348 Tables de l'année 1972 .349 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de VAudit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 014J.Viennent de paraître DIMITRI KITSIKIS Le Rôle des Experts à la Conférence de la Paix de 1919 (Cahiers d\u2019Histoire, n° 4) 15 x 21 cm., 229 pages.\u2014 Prix: $4.50 ARTHUR GODBOUT L\u2019origine des écoles françaises dans l\u2019Ontario 15 x 23 cm., 183 pages, 16 illustrations.Prix: $5.75 O.J.FIRESTONE, ed.Economie Growth Reassessed 15 x 23 cm., XX, 250 pages.Prix: $6.75 En vente chez votre libraire et aux : Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa Université d\u2019Ottawa Ottawa, Ontario, K1N 6N5 un peu plus par-ci.Çü donne un peu plus par-là.\tbeilUCOUp plus avec laBCN LESE Banque Canadienne Nationale 322 Dans plusieurs débats récents \u2014 concernant la contraception et le contrôle ou la planification des naissances, la pastorale des « marginaux » et le sens de la pratique religieuse cultuelle, la foi chrétienne et l\u2019engagement politique, la justice sociale et les grands enjeux économiques et éthiques de la lutte contre la pauvreté et contre toutes les formes de discrimination, etc.\u2014, la conscience chrétienne québécoise s\u2019est sentie comme désemparée.Ses pôles de référence habituels se sont peu à peu estompés; elle ne voit plus où jeter ses amarres.Pour certains, c\u2019est la dérive.Du constat.Il nous faut d\u2019abord prendre acte de certains faits relativement nouveaux.Par exemple, celui de l\u2019écart croissant, dans l\u2019église d\u2019ici comme en celles de bien d\u2019autres ré- .à l\u2019analyse L\u2019inadéquation de la conduite ou du comportement aux normes officielles et à une sorte d\u2019idéal reconnu comme tel et sanctionné par l\u2019enseignement officiel ne constitue certes pas un phénomène nouveau : l\u2019histoire de l\u2019Eglise en porte la marque dès l\u2019origine.Mais il s\u2019agit aujourd\u2019hui d\u2019autre chose.La crise éthique de notre temps n\u2019est pas une « crise morale »; elle est une « crise de la morale », une crise de la conscience morale.En d\u2019autres termes, nous ne sommes plus aujourd\u2019hui en face du clivage habituel entre « progressistes » et « conservateurs », entre 2.Texte capital entre tous pour qui veut pénétrer la culture religieuse commune et la morale courante de cette période, car, pour émaner des autorités ecclésiastiques, il n\u2019en était pas moins enseigné partout et en un temps où « le bon élève, c\u2019est l\u2019élève obéissant, \u2018humble Il suffit de procéder à une analyse partielle du contenu de ce document, en recensant les termes qui y reviennent le plus souvent, spécialement ceux qui se présentent comme des pôles d\u2019opposition, en les regroupant à l\u2019occasion par champs sémantiques et en notant leurs fréquences 4 5, pour y constater la représentation non pas d\u2019un objet, ou d\u2019un état, ou d\u2019un acte, mais d\u2019une forme envahissant et enveloppant tout le reste.Cette « forme », omniprésente ici, mais qui passe d\u2019abord inaperçue précisément parce qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une forme épousant mille contenus divers, c\u2019est celle de l'obligation, du devoir, de la nécessaire soumission à un ordre donné.Les formules qui expriment cette catégorie éclipsent toutes les autres par leur fréquence et reviennent 389 fois ainsi réparties : « on doit », « nous devons », « devoir », « dû », « dûment » (129 fois); « commandement », « commande », « précepte » (85 fois); « obliger », « obligés », « obligation », « tenus de » (34 fois) ; « il faut », « il est nécessaire de » (48 fois); «défendre», «défendu», « défense », « prohibé », « pas permis », « on ne peut pas », « empêcher», c empêchement » (35 fois); « ordonner » (27 fois); « nécessaire », « nécessité » (10fois); « loi » (9 fois); « exiger », « requis » (7 fois); « imposer » (5 fois).Ces chiffres parlent encore plus si l\u2019on tient compte du fait et modeste\u2019, qui connaît par cœur les réponses de son catéchisme » 3.C\u2019est sûrement le seul texte d\u2019alors qui, non seulement ait été connu de tous les Québécois, mais dont les formules mêmes aient été apprises par cœur par tous et répétées des millions de fois! Ce texte peut nous servir de grille de lecture pour les autres documents religieux contemporains puisque, dans les conditions que je viens de dire, il n\u2019est pas téméraire de penser qu\u2019il ait lui-même servi de grille de lecture à nos pères pour toutes les autres formes d\u2019expression religieuse.que le mot « libre » (et on chercherait en vain le mot « liberté » ) n\u2019apparaît qu\u2019une seule fois! De plus, 130 questions sur les 508 que compte le catéchisme, soit plus de 25%, portent explicitement et formellement sur « une » obligation.C\u2019est dans le champ de l\u2019obligation que gravitent également les 27 questions sur le péché, les 55 questions sur la « réparation » du péché, sans parler des 126 questions sur les « commandements »: soit 208 questions sur 508 (41% du total).Ce n\u2019est pas par hasard, en pareil contexte, que l\u2019auteur d\u2019un Commentaire du catéchisme de Québec, dont la première édition est de 1898, a intitulé son livre: Le Code catholique 6, et que des éditions ultérieures du catéchisme catholique en usage au Québec, celles des années 50 par exemple, bien que complètement remaniées, portèrent en page frontispice les mots: « Ce que nous devons croire, ce que nous devons faire, ce que nous devons avoir pour aller au ciel » : le premier auteur avait parfaitement compris l\u2019esprit du catéchisme de son temps, et la triple invocation du devoir, ouvrant les catéchismes plus récents, se situait dans la même tradition.La catégorie du devoir est la catégorie centrale du catéchisme; la forme pure de l\u2019obligation (c\u2019est-à-dire abstraction faite de tout contenu parti- culier) structure non seulement l\u2019éthique mais toute la culture religieuse qu\u2019il véhicule.Ce fait massif, dominant, nous permet en retour de comprendre d\u2019abord l\u2019importance \u2014 souvent évoquée, plus rarement expliquée et, de fait à première vue incompréhensible \u2014 de cette préoccupation du péché, si évidemment absorbante dans le catéchisme.On dénombre en effet 216 emplois des termes « pécher », «péché», «pécheurs », « faute».Si l\u2019on songe que « Jésus »,\t« Jésus- Christ », « le Christ », « Notre-Sei-gneur », « le Fils », le « Verbe incarné », n\u2019est mentionné que 166 fois, et « Dieu », « divin », « divinité », 280 fois: ce chiffre a déjà de quoi impressionner.H impressionnera encore plus si l\u2019on ajoute que l\u2019opposition traditionnelle en christianisme péché/grâce se retrouve ici aussi, mais débalancée d\u2019une manière hautement significative: le terme « grâce » ne revenant que 80 fois.Ce même fait explique encore que le « ciel » et 1\u2019 « enfer », dans les premiers textes du catéchisme qui en parlent formellement (# 487,8,9) soient exclusivement représentées comme des sanctions, positive et négative, comme « récompense » et « punition » 6.Cette 1.\tJ\u2019ai utilisé la « nouvelle édition », parue chez A.O.Pruneau, Québec, 1908, mais dont le texte est identique à celui de 1888 et donc au texte en usage en 1900.2.\tLe catéchisme ., p.2.3.\tColette Moreux faisant état de recherches sur l\u2019histoire de la pédagogie au Québec dans: Fin d\u2019une religion ?Monographie d\u2019une paroisse canadienne-jrançaise, Montréal, PUM, 1969; p.41.4.\tUne telle méthode de dénombrement de mots livre peut-être des résultats douteux lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte ordinaire, mais comment négliger l\u2019impact, sur une culture, de mots répétés des millions de fois et selon des fréquences variables ?Il est bien évident par ailleurs qu\u2019aucune analyse de contenu ne peut être exhaustive.5.\tD.Gosselin: Le Code catholique ou Commentaire du catéchisme de Québec, Québec, 5ème éd.: 1906; 1ère éd.: 1898.6.\tIl en est de même pour la Résurrection (no 492), qui n\u2019occupe du reste qu\u2019une place marginale.La religion de l\u2019ordre 330 RELATIONS propriété d\u2019être représentés comme les sanctions ultimes, dans un univers centré en fait sur le devoir et l\u2019obligation, permet tout aussi bien de comprendre pourquoi le « ciel » et 1\u2019 « enfer », dont on a fait si grand état dans plusieurs analyses du passé religieux québécois, apparaissent rétrospectivement à nos contemporains comme omniprésents : ils peuvent bien ne pas l\u2019être quantitativement (de fait, leur évocation est rare dans le catéchisme), ils le sont en quelque manière qualitativement, se trouvent partout impliqués.Il nous reste maintenant à prospecter davantage ce monde de l\u2019obligation et à tenter de mieux voir comment se définissait cet ordre auquel on devait se soumettre.Nous essaierons de le faire en lisant, armés des données déjà acquises qui nous fournissent un cadre général d\u2019interprétation, les Semaines religieuses de Montréal et de Québec de 1900 7.Ici encore l\u2019évocation des « devoirs » est constante 8.Dans la « correspondance romaine » de la Semaine religieuse de Montréal, le chroniqueur, rapportant une audience donnée par le Pape à une « députation d\u2019ouvriers », se plaît à souligner qu\u2019il « rappela aux ouvriers présents tout ce qu\u2019il avait fait pour améliorer leur condition, répétant que la solution de la question sociale ne se trouve que dans la religion chrétienne qui enseigne à chacun ses droits et surtout ses devoirs » 9.Encore ici, comme c\u2019était le cas pour ce commentateur de catéchisme que 7.\tLa Semaine Religieuse de Montréal, vol.XXXV et XXXVI (1900) et XXXVII (1910): on y référera par les signes M35, M36, M37; La Semaine Religieuse de Québec, vol.XII (1899-1900) et XIII (1900-1901): désormais Q12 et Q13.8.\tM35: 54, 347, 388, 426; M36: 7, 213, 225, 232, 254, 404; M37: 3, 18, 40, 41, 44, 46, 51, 83s, 87s, 111, 158.; Q12: 536, 571; Q13: 39, 41s, 43, 366.Ce relevé n\u2019est pas exhaustif ! 9.\tM35: 54.10.\tQ12: 352.Cf.Q12: 794.11.\tQ12: 737s.12.\tQ12: 735.13.\tM36: 231.14.\tQ13: 291.15.\tQ12: 332.16.\tM37: 298.17.\tQ12: 314.18.\tQ12: 735.19.\tMandements, Lettres pastorales et autres documents publiés dans le diocèse de Montréal depuis son érection, vol.12, p.137.nous avons déjà rencontré, l\u2019image du « code » revient; « Le Décalogue est vraiment le code du chrétien.Il renferme même indirectement les lois ecclésiastiques et civiles » 10.Dans cette perspective, l\u2019ordre et la religion ont partie liée.Comme le dit le Recteur de l\u2019Université Laval dans une allocution du 18 juin 1900; Si la féconditié d\u2019un esprit s\u2019apprécie à la discipline et à l\u2019ordre qu\u2019il engendre, la « soumission » devient une vertu centrale, aux côtés de la « foi », de la « pureté » et de 1\u2019 « amour du travail », et la formation à la soumission, un des objectifs majeurs de la formation universitaire elle-même: l\u2019Université « emploiera toute son énergie, toutes ses forces à former des élèves en qui brilleront la foi, la soumission, la pureté, l\u2019amour du travail, toutes ces vertus qui répandent une grâce exquise sur les rapports habituels de ceux qui commandent et de ceux qui obéissent, de ceux qui enseignent et de ceux qui étudient; toutes ces vertus qui assurent le bonheur au jeune homme et donnent à l\u2019Eglise et à l\u2019Etat les plus belles espérances pour l\u2019avenir.» 12 Tous ces textes (et on pourrait en allonger la liste) prennent un relief encore plus saisissant si l\u2019on considère qu\u2019ici, comme dans le catéchisme, le thème de la liberté est pratiquement absent.Le mot lui-même est rare.Et, quand on le retrouve, c\u2019est solidement enchâssé dans des expressions tour- D\u2019après nos sources, « dans son acceptation la plus commune, ce mot (loi) désigne une règle générale de conduite imposée par ceux qui détiennent l\u2019auotrité.L\u2019autorité appartient en propre à Dieu; mais il en délègue une partie à certains hommes pour gouverner les autres » 16.Aussi ne saurait-il y avoir « pour l\u2019homme d\u2019obligation sans une autorité supérieure à l\u2019homme » 16.Quant à Dieu, s\u2019il a « imposé une loi », c\u2019est « dans le but d\u2019éprouver l\u2019homme et de lui faire mériter le ciel » 17.Ainsi donc l\u2019ordre est défini extrinsèquement d\u2019autorité.La loi, la matière de l\u2019obhgation, est la « règle » qu\u2019elle « impose ».Soit.\u2014 Mais de quel type d\u2019autorité s\u2019agit-il?« L\u2019expérience démontre que la discipline et l\u2019ordre dans une maison d\u2019éducation dépendent, pour une large part, de l\u2019esprit religieux qui y règne.Aussi, cet esprit si fécond, nous l\u2019exigerons de tous nos élèves.Platon avait cru devoir écrire, au frontispice de son école: \u2018Nul n\u2019entre ici s\u2019il ne sait la géométrie.\u2019 Ce titre ne nous convient pas du tout.Nous aimons mieux mettre, nous: \u2018Nul n\u2019entre ici, s\u2019il ne veut vivre en vrai chrétien\u2019.» * 11 mentées qui le neutralisent.Ainsi, exaltant les « vertus du Frère » (des Ecoles chrétiennes), on dit; « La mortification saisit l\u2019âme sous diverses formes, et la maintient dans la dignité morale et la ferveur religieuse (.) Par l\u2019obéissance, elle tient la volonté librement captive de l\u2019autorité .).» i* Et la seule définition que ces sources nous fournissent de la liberté se retrouve dans une citation qu\u2019elles font d\u2019un discours de Ferdinand Brune-tière: « Dans sa notion chrétienne, la liberté, c\u2019est^ le droit que nous avons de n\u2019être empêchés dans aucun des actes extérieurs qui nous sont commandés par la loi du devoir.» 14 Mais à compter du moment où la liberté elle-même est définie en fonction de la « loi du devoir », quelle réalité au monde pourrait bien encore s\u2019inscrire en dehors de cet horizon du devoir et de l\u2019obligation?Reste à savoir quelle idée on se fait de cette loi, comment elle est elle-même définie.Le monde, l\u2019Eglise tout comme la société civile, se partage en deux.Il y a, d\u2019un côté, « ceux qui commandent » ; de l\u2019autre « ceux qui obéissent » 18.Une lettre pastorale « sur la presse » des pères du premier concile provincial de Montréal, en date du 9 octobre 1895, ne laissa subsister aucun doute sur l\u2019ecclésiologie en vigueur à l\u2019époque; citant une lettre de Léon XIII à « Mgr l\u2019archevêque de Tours », elle porte; « Il est constant et manifeste qu\u2019il y a dans l\u2019Eglise deux ordres bien distinct par leur nature: les pasteurs et le troupeau, c\u2019est-à-dire les chefs et le peuple.Le premier ordre a pour fonction d\u2019enseigner, de gouverner, de diriger les hommes dans la vie, d\u2019imposer des règles; l\u2019autre a pour devoir d\u2019être soumis au premier, de lui obéir, d\u2019exécuter ses ordres et de lui rendre honneur.» 19 La « loi du devoir » D\u2019une conception extrinséciste de la loi à une représentation autoritaire et paternaliste de l\u2019ordre DÉCEMBRE 1972 L\u2019autorité a raison de tout, elle occupe une place centrale, elle est omniprésente: on se réfère constamment à elle pour connaître le « devoir indiqué d\u2019autorité »! La Semaine religieuse de Montréal publie une « correspondance romaine » hebdomadaire de 3 à 4 pages sur les 16 qu\u2019elle compte.Pour la Semaine religieuse de Québec aussi, « Rome a parlé » constitue l\u2019argument final20.L\u2019autorité ecclésiastique, de son côté, intervient sans cesse, multiplie les sanctions ou les menaces de sanction.Et on propose à la famille un modèle semblable: « L\u2019Eglise du Christ qui est mère, elle aussi, a établi l'Inquisition et l'Index pour protéger ses enfants contre les funestes doctrines.Les parents doivent imiter cette tendre sollicitude de l\u2019Eglise, et établir dans leur maison une inquisition et un index.» 21 Par ailleurs, le peu que nos sources expriment de philosophie ou de théologie morale proprement politique, reflète les mêmes conceptions autoritaires et paternalistes.Ainsi, on publie, sans commentaires, sous le titre: « Léon XIII et la Russie », les propos d\u2019un certain colonel Koslow qui résumait une conversation avec Léon XIII, dans « le journal militaire YInvalide russe », dans les termes suivants: « Il (Léon xni) a fait un parallèle entre la Russie si puissante en raison du principe autocratique de son gouvernement, et les Etats de l\u2019Occident, où les doctrines socialistes ont sapé la notion du pouvoir, et ébranlent chaque jour davantage les bases de tout gouvernement.» 22 On prend encore la peine d\u2019aller chercher « une page de M.de Saint-Bonnet » qui, pour marquer le passage de 1\u2019 « autocratie » du texte précédent à 1\u2019 « aristocratie », n\u2019est pas brûlante (c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire !) de sentiments démocratiques; la citation intégrale de ce texte, que la Semaine religieuse de Québec publie avec complaisance, en dit bien plus long que n\u2019importe quel commentaire: « Le peuple, dit M.de Saint Bonnet, c\u2019est l\u2019homme social qui n\u2019a pas encore pris, ou qui n\u2019a pas su prendre son développement.Il est enfant, et il en a la crédulité.Allez vers lui et dites: Tous les hommes sont égaux: il le croit ! Tous doivent être également heureux: il le croit ! Si les hommes ne sont pas heureux, c\u2019est la société qui en est la cause, il le croit ! Cette société, il faut la démolir pour la reconstituer sur d\u2019autres bases : il le croit ! A toi de le faire, tu es souverain: il le croit ! Tu es législateur, toi maçon, coutelier, cordonnier, soit notre représentant, fais nos lois: il croit que c\u2019est à lui de les faire, qu\u2019il a tout ce qu\u2019il faut pour cela ! Il part, il pose le pied sur la mer, comme le lui a dit son prophète .C\u2019est lorsqu\u2019il se voie qu\u2019il ne voudrait plus croire, si l\u2019orgueil ne l\u2019a déjà réduit à l\u2019état d\u2019insensé.» « C\u2019est un principe de l\u2019histoire et un principe de raison, dit-il, un peuple, quel qu\u2019il soit, est aussi incapable de se sauver ou de se relever par lui-même, qu\u2019une race sauvage de passer par elle-même à la civilisation.Il ne peut pas se sauver par cela même qu\u2019il est le peuple, c\u2019est-à-dire cette portion de la société qui n\u2019est pas faite, mais qui progressivement se fait par cette autre portion qui lui apporte les grands sentiments, les lumières et le capital.De là, quand l\u2019aristocratie est perdue, tout est perdu.Tout peuple abandonné à lui-même retourne à l\u2019état sauvage ou à la conquête.» 23 Un élément manque toutefois encore au tableau.Non seulement, en effet, la matière de l\u2019obhgation est l\u2019ordre défini extrinsèquement par l\u2019autorité, et une autorité dont nous venons tout juste de voir qu\u2019elle se structurait de haut en bas et constituait par conséquent un ordre « autoritaire », mais le modèle social de cette autorité est l\u2019autorité des parents (du père surtout) sur les enfants.(Ce qui n\u2019aura évidemment pas pour rôle, notons-le tout de suite, de réduire le caractère extrinséciste de la loi et l\u2019aspect « enfantin » ou « infantile » de l\u2019obéissance commandée.) Déjà l\u2019analyse du catéchisme aurait pu nous suggérer une hypothèse en ce sens: les seules propositions d\u2019ordre directement politique (au sens large du terme) n\u2019y étaient-elles pas incluses dans l\u2019explication du 4ème commandement de Dieu: « Père et mère du honoreras, afin de vivre longuement », et sous la forme suivante: « 420.Q.Nos père et mère sont-ils les seuls auxquels nous devons honneur et obéissance R.Non, car nous devons honneur et obéissance à tous ceux qui ont autorité sur nous, comme nos évêques, nos pasteurs, nos magistrats, nos maîtres et autres supérieurs légitimes » et la question 422: « Quels sont les devoirs des supérieurs à l\u2019égard de leurs inférieurs ?» ne suivait-elle pas immédiatement la question: « Quels sont les devoirs des pères et mères envers leurs enfants ?» Il aurait pu s\u2019agir là cependant d\u2019une simple disposition commode d\u2019une matière difficile à situer ailleurs, ou plus facile à présenter ainsi aux enfants auxquels s\u2019adresse d\u2019abord le catéchisme: il n\u2019en est pas de même d\u2019autres textes de la même époque qui témoignent des mêmes perspectives et qui, ceux-là, ne s\u2019adressent pas à des enfants.Ainsi, on explique que si, c en faisant l\u2019homme membre de trois sociétés qui s\u2019appellent la famille, la patrie et l\u2019Eglise, Dieu l\u2019a par là même soumis aux chefs de ces sociétés » ; si « les lois de ceux-ci sont vraiment la volonté de Dieu » : c\u2019est qu\u2019« il les a faites siennes par le quatrième commandement (.) » 24.De même, dans ses sujets de sermons sur les commandements de Dieu pour l\u2019année 1901, c\u2019est dans le cadre du 4ème commandament que Mgr Bruchési demande à son clergé de traiter « des devoirs des maîtres envers leurs serviteurs » (où figure même la question du salaire) et des « devoirs des serviteurs envers leurs maîtres » 25.Enfin, un long commentaire sur le quatrième commandement, paru en deux tranches dans la Semaine religieuse de Québec, laisse difficilement planer encore des doutes sur cette question.Dans le premier article, après avoir traité des devoirs des enfants envers leurs parents, l\u2019auteur poursuit en ces termes : « Quelques mots suffiront maintenant pour exposer les devoirs qui nous lient envers nos supérieurs.Ge sont exactement les mêmes.Seulement, ils n\u2019obligent pas toujours au même degré, ni aux mêmes œuvres.1.\tComme chrétiens, nous sommes soumis aux supérieurs ecclésiastiques.Le Baptême a fait de nous les enfants de l\u2019Eglise.Nous avons donc, envers les chefs de l\u2019Eglise, et spécialement envers nos pasteurs, les mêmes obligations qu\u2019envers nos parents.(.) » 2.\tComme citoyens, nous devons honorer les dépositaires de l\u2019autorité civile.(.) 3.\tUne autre supériorité est celle des instituteurs sur leurs élèves.Les instituteurs tiennent auprès de leurs élèves la place des parents.Ils ont donc le droit de partager l\u2019honneur dû aux parents.4.\tLes domestiques à l\u2019égard de leurs maîtres, les ouvriers à l\u2019égard de leurs patrons, ont aussi des obligations analogues à celles des enfants envers leurs parents.Seulement, ces devoirs se restreignent aux services stipulés dans leur contrat.(.) » 26 Et dans le second article, après avoir traité des devoirs des parents envers leurs enfants, l\u2019auteur écrit: « Les devoirs des parents étant exposés, quelques mots nous suffiront pour définir ceux des autres supérieurs.D\u2019une manière générale, ce sont les mêmes.Seu- 20.\tCf.Q12: 410.21.\tQ13: 40.22.\tQ12: 638.23.\tQ13: 295.24.\tQ12: 352.25.\tMandements de Mgr Bruchési, s.d., s.l., n° 23, p.273.26.\tQ13: 4s.332 RELATIONS lement, ils s\u2019étendent ou se restreignent, suivant que les supérieurs participent plus ou moins à l\u2019autorité dont les pères sont investis.Les pasteurs sont les pères des âmes.Ce sont eux qui leur ont donné la vie divine.(.) Les supérieurs civils doivent être aussi, dans une certaine mesure, des pères pour leurs inférieurs.Aux rois qui avaient fait le bonheur de leurs sujets, l\u2019histoire a plus d\u2019une fois décerné le titre de père du peuple.Tous ceux qui, dans une nation, détiennent le pouvoir, doivent s\u2019efforcer de mériter ce titre.(.) Les instituteurs (.) Les maîtres sont aussi, dans une certaine mesure, les pères de leurs serviteurs et de leurs ouvriers.Un maître ou un patron chrétien ne croira donc pas avoir fait tout son devoir quand il aura payé le travail de ceux qui le servent.Mais il veillera paternellement sur la santé de leur âme et sur celle de leur corps.Outre les supérieurs que nous venons d\u2019énumérer, il y a plusieurs personnes dont la profession est d\u2019exercer envers ceux qui en ont besoin, quelques-uns des devoirs de la paternité.Tels sont: les médecins (.); les juges (.); les gardes (.), etc.Un mot suffira pour rappeler à chacun de ces hommes de quelle manière il doit s\u2019acquitter de sa charge.Qu\u2019il le fasse en bon père de famille ! Tels sont les devoirs des parents et des supérieurs.» 27 Les deux textes sont rigoureusement parallèles et mettent en œuvre la même analogie.Dans les deux cas, il s\u2019agit tellement des « mêmes » « devoirs », la distance apparaît si peu considérable entre l\u2019analogué premier: le modèle de rapport d\u2019autorité parents/enfants, et les autres rapports d\u2019autorité, que l\u2019auteur estime que « quelques mots suffiront » pour expliciter ces derniers rapports.Ordre défini extrinsèquement par voie d\u2019autorité, et d\u2019une autorité qui est « au-dessus » de ses «inférieurs » et se pense sur le modèle de l\u2019autorité parentale, cet ordre ne pouvait se maintenir que par la sanction, et une sanction elle-même de caractère extrinsé-ciste, non sans analogie avec celle qu\u2019on 27.\tQ13: 41-43.28.\tU n\u2019est pas impossible que la rigueur de l'orthodoxie monolithique dont nous avons étudié l\u2019anatomie, soit née d\u2019une ferveur quasi messianique antécédente: ferveur de libération collective par voie religieuse devant l\u2019échec des tentatives de libération par la voie politique autour de 1937-1838.29.\tLéon Gérin: Le Type Economique et Social des Canadiens.Milieux agricoles de tradition française, Montréal, Ed.de l\u2019A.C.-F., 223 p.; p.54.30.\tIbid., p.181.\"il.Ibid., p.53.32.\tIbid., p.149.33.\tIbid., pp.178-179.34.\tCf.Préface à Colette Moreux: op.cit., p.XIII.35.\tLa foule solitaire.Anatomie de la société moderne, Paris, B.Arthaud, 1964; p.121.utilise à l\u2019égard des enfants, c\u2019est-à-dire rien d\u2019autre que la « récompense » et la « punition», dont le « ciel » et l\u2019« enfer » sont les formes ultimes, constituant par là la clef de voûte de tout ce système éthico-religieux.Je n\u2019aurais pas la naïveté de croire que ce modèle officiel rencontrait l\u2019assentiment de tous, même parmi les clercs.Comme à n\u2019importe quelle époque et dans n\u2019importe quelle société, des dissidences devaient s\u2019affirmer, au moins dans le secret de quelques cœurs, en face des modèles imposés.Quant aux comportements effectifs, ils étaient probablement loin de toujours s\u2019accorder avec ces principes.Malgré ces réserves, d\u2019aucuns seront peut-être tentés d\u2019estimer a priori partial le tableau que je viens de dessiner.La partialité consisterait pourtant à nier qu\u2019on ait pu penser autrefois autrement que nous et avec d\u2019autres canons de sens que les nôtres, afin d\u2019oblitérer la réalité toujours un peu angoissante du changement.La partialité consisterait par exemple à « oublier » ou à exclure d\u2019entrée de jeu, comme exagérées ou insensées, des propositions qu\u2019on jugeait si pleines de sens, tellement \u2018dans la note\u2019 comme on disait alors, qu\u2019on se donnait parfois la peine d\u2019aller les sélectionner dans la littérature étrangère, qu\u2019on les répétait à l\u2019envi, qu\u2019on les imprimait, les diffusait.Il ne dépend pas de moi que ce que nous considérons comme aliénation aujourd\u2019hui ait pu passer jadis pour le comble du bon sens et le sommet de la moralité.Respecter notre passé et ceux qui l\u2019ont fait, c\u2019est d\u2019abord, je ne dis pas approuver ou justifier, mais reconnaître ce fait, si troublant qu\u2019il puisse être pour les convictions auxquelles à notre tour nous attachons une valeur absolue aujourd\u2019hui.Mais si le système que j\u2019ai tenté ici d\u2019exhumer et de comprendre dans sa cohérence interne a effectivement marqué, d\u2019une manière prépondérante, notre passé collectif, quelques conséquences importantes s\u2019ensuivent.De quelques conséquences 1.Comprendre ce système, c\u2019est comprendre du même coup ce qui a fait sa force, ce qui devait en provoquer la crise et en entraîner l\u2019effondrement.Il était le reflet fidèle, le produit attendu d\u2019une société telle que la chrétienté québécoise: d\u2019une église monarchique, pyramidale, autoritaire et paternaliste, coextensive à une société globale d\u2019ici de type largement traditionnel {folk), dont l\u2019unité fondamentale était la famille quasi patriarcale, où la tradition, par la voix de ses interprètes autorisés, pouvait tenir lieu de conscience à l\u2019individu comme elle lui tenait lieu de science et de sagesse pour ses opérations techniques et ses comportements sociaux, et où, par surcroît, l\u2019attachement à la tradition religieuse de l\u2019ethnie s\u2019était probablement durci en face d\u2019une société parallèle économiquement, socialement et politiquement dominante 28.Mais cette « adaptation » du système à la société de l\u2019époque, qui assurait son emprise, devait constituer aussi sa faiblesse centrale.Déjà au tournant du siècle, un observateur sagace comme le sociologue Léon Gérin, qui se faisait le promoteur de ce qu\u2019il appelait l\u2019« initiative particulariste » 29, prônant le « développement plus général et plus intense de l\u2019initiative individuelle, de la personnalité humaine, dans l\u2019ordre matériel, intellectuel, moral et reli- gieux »30, signalait comment à ses yeux la « tradition communautaire » entravait « l\u2019action religieuse en diminuant la valeur personnelle du sujet » 31, et comment de leur côté les institutions religieuses continuaient de « se conformer à l\u2019idéal de la masse des familles encore dominées par la tradition, au lieu de s\u2019adapter aux exigences des types encore exceptionnels, précurseurs d\u2019un état social futur » 32.Dans la condition de l\u2019« émigrant déraciné » aux « Etats », il lisait bien la fragilité du système et les signes annonciateurs des futurs craquements: « Dans les milieux ouvriers canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre, un peu comme dans les campagnes canadiennes, l\u2019action du clergé s\u2019étend (.) à beaucoup d\u2019objets qui ne relèvent pas strictement de son ministère.Et pourtant on ne saurait prétendre que, même dans le domaine religieux, cette action est profonde, dans la mesure du ^ zèle et de l\u2019énergie déployés par les prêtres.Pour un grand nombre de fidèles, l\u2019enseignement de l\u2019Eglise paraît lettre morte.Il peut leur imposer certains actes extérieurs de religion; il ne pénètre pas au fond de l\u2019âme, il n\u2019inspire pas la conduite.Il s\u2019en trouve fort peu qui aient une conception élevée, intelligente des vérités religieuses; il s\u2019y mêle des croyances puériles, superstitieuses, et souvent beaucoup d\u2019apathie.C\u2019est que l\u2019éducation donnée par la famille et tout le milieu social communautaire n\u2019a pas développé suffisamment la DÉCEMBRE 1972 333 personnalité humaine, l\u2019initiative individuelle, surtout dans l\u2019ordre intellectuel, moral et religieux.Ce vice de formation, assez peu senti tant que se sont maintenues les conditions relativement simples de la vie rurale au Canada, aboutit à des résultats désastreux parfois, dans le milieu compliqué des centres industriels: défections, défaillances morales de toutes sortes.» 33 C\u2019est que son « émigrant » n\u2019était pas muni de ce que David Riesman appelle un « gyroscope psychologique » qui lui eût permis de ne pas « perdre le nord » dans les situations inédites et les multiples choix imposés par une société technologique et urbaine où les règles de la tradition devenaient inopérantes, caduques par leur inefficacité technique et sociale.Au fur et à mesure qu\u2019ici même ces transformations s\u2019accentuaient, et touchaient de plus en plus d\u2019individus, elles ne pouvaient manquer d\u2019ébranler, avec les autres, les prescriptions éthiques traditionnelles elles-mêmes, ou du moins de faire peser sur elles un identique soupçon de caducité.Nous en portons encore les conséquences.2.\tDans la mesure où l\u2019éthique traditionnelle a façonné ici un être pour lequel il ne semble y avoir d\u2019autre alternative que celle de l\u2019obéissance ou de la désobéissance, on voit comment il est vain de le renvoyer purement et simplement soudain à sa propre « conscience personnelle ».C\u2019est lui demander de se servir d\u2019un organe atrophié \u2014 pour ne pas dire inexistant \u2014, et donc le renvoyer à ce qui en tenait lieu jusqu\u2019ici (les normes extérieures préétablies), ou encore (si ces normes extérieures ne tiennent plus guère à ses yeux) le plonger dans cette nuit éthique qu\u2019est l\u2019anomie.3.\tA quels saint ou à quels damnés peuvent bien se vouer aussi des quêteurs de normes aux abois, afin d\u2019apaiser l\u2019insécurité intérieure engendrée par la disparition de la religion de l\u2019ordre ?Emettant l\u2019hypothèse que « si (.) le Québec pré-moderne a été théocratique et priest-ridden, ce fut peut-être moins par suite d\u2019une confiance positive au clergé que par le souci de ne pas troubler un ordre inéluctable », Guy Rocher se demandait il y a quelques années « à quelles autres forces pourrait encore s\u2019abandonner sans plus de résistance un Québec qui n\u2019aurait plus la foi religieuse » 34.La question n\u2019a pas perdu de son actualité ni de sa pertinence dans les débats idéologiques qui agitent aujourd\u2019hui le Québec.Et je ne songe pas seulement ici à nos tenants du « law and order ».Certains discours sur la libération mettent parfois en œuvre une « mécanique » intellectuelle et une rhétorique de propagande qui rappellent étrangement notre antique catéchèse: comme si le destin fatal de la révolution des dogmes était l\u2019instauration des dogmes de la révolution ! Pense-t-on opérer vraiment ainsi une révolution qui vaille qu\u2019on s\u2019y dévoue ?4.\tOn voit aussi comment le théologien moraliste d\u2019ici qui réinterprète aujourd\u2019hui l\u2019Evangile dans la ligne de la libération de l\u2019homme, voire même d\u2019un appel à révolutionner les divers ordres établis, ne peut escamoter la confrontation avec ce passé récent que j\u2019ai décrit plus haut, et qui nous a faits dans une large mesure ce que nous sommes.S\u2019il ne veut pas être accusé d\u2019opportunisme doctrinal, il me semble devoir franchement reconnaître d\u2019abord comment les nouvelles perspectives qu\u2019il propose dessinent souvent une configuration éthique non seulement différente, mais contraire par rapport à la précédente, et rendre compte ensuite comme il lé pourra de cette mutation par rapport à l\u2019enseignement commun antérieur.Les «bons comptes font les bons amis » : on peut penser que bien des comptes ne sont réglés qu\u2019en apparence au Québec.5.\tMon analyse me force à aller encore plus loin.L\u2019étude du passé, avec sa culture religieuse et son éthique particulières, n\u2019est pas faite seulement pour ressasser de vieilles histoires, pour collectionner des faits devenus exotiques, encore moins pour meubler un musée d\u2019horreur: le réveil de son souvenir à demi évanoui nous renvoie à notre propre condition présente, à nos absolus du jour, à notre éthos.Si l\u2019éthique d\u2019autrefois reflétait fidèlement le type de groupe qui la portait et qu\u2019elle gouvernait, nos récents modèles, dont nous faisons parfois si grand cas (du moins en certains cercles), et qui se structurent à partir du « consensus ecclésial », du « discernement communautaire », de la « collégialité », et autres denrées du genre, ne seraient-ils à leur tour en définitive qu\u2019une manifestation particulière et régionale d\u2019un phénomène beaucoup plus vaste et fondamental mais encore contingent ?Ne feraient-ils que traduire, au sein même de l\u2019Eglise, cette montée de la démocratie et de la toute-puissante opinion publique, déjà annoncée par Tocqueville il y a plus d\u2019un siècle et renforcie aujourd\u2019hui par les « mass media » et une culture de consommation ?N\u2019exprimeraient-ils que l\u2019importance inédite attachée aujourd\u2019hui à ce que Riesman appelle le « peer group », « qui devient la mesure de tout » 35, dont on exige que l\u2019individu s\u2019y « soumette » et s\u2019y « subordonne », dont l\u2019approbation est si avidement recherchée ?Dans ce cas, on serait bien mal Les exigences actuelles du développement contrastent avec la persistance d\u2019une éthique individualiste chez bien des pasteurs et des chrétiens.Là est peut-être le plus grand obstacle pour la mission et la communauté dans leurs modalités proprement évangéliques.Celles-ci appellent un déplacement de nos pôles de sensibilité morale.Certaines campagnes anti-pornographiques ne détournent-elles pas quelque peu les regards des péchés les plus graves que Yahvé et Jésus par leurs témoins ont dénoncés à temps et à contre-temps ?La « sexploitation » s\u2019alimente à des sources de domination autrement plus profondes que celles des stratèges du voyeurisme.N\u2019est-ce pas tout le système social, et dans ses principales orientations, qui pollue l\u2019ensemble des rapports sociaux et des activités économiques, culturelles et politiques ?Une sensibilité morale polarisée exclusivement par un code d\u2019éthique sexuelle et de censure extérieure ne rejoindrait pas la critique sociale des prophètes de notre tradition judéo-chrétienne.Nous doutons de la portée des mobilisations pour la pudeur, si la majorité des chrétiens restent insensibles aux graves injustices sociales, aux pouvoirs qui les entretiennent, aux responsabilités collectives de partage et même de combat pour vaincre les dominations de l\u2019orgueil et de l\u2019égoïsme.Nous doutons aussi de nos conversions purement intérieures qui ne s\u2019expriment pas par le courage d\u2019engagement public compromettant pour nos goussets, nos sécurités professionnelles, notre tranquillité privée, notre petit prestige et notre peur des embêtements.Les chrétiens de chez nous ne sont pas assez interpellés quant à leur solidarité évangélique avec les causes de libération et de promotion des plus démunis.Il y en a trop parmi nous qui avalent des chameaux et filtrent des mouches.(L\u2019Eglise du Québec: un héritage, un projet, p.141 et pp.ss.) avisé de voir dans ces nouveaux systèmes un gage assuré de liberté accrue.L\u2019autonomie véritable reste une conquête difficile : ce qui est peut-être plus neuf et constitue le plus grand défi pour l\u2019éthique, c\u2019est que la partie se joue maintenant sur l\u2019arrière-plan de civilisations dont nous savons de mieux en mieux qu\u2019elles sont mortelles.10.11.72.\tW^êêêKêêêM 334 RELATIONS Une journée dans l\u2019histoire de la conscience ou le Québec à l\u2019heure de la Conscience III ?\u2014 à propos d\u2019un livre de Charles Reich - par René Champagne Cette journée, elle est décrite dans un livre qui a pour titre The Greening of America \u2014 en français, Le Regain américain * \u2014, dont le succès de vente, à sa parution en 1970, fut considérable.Il l\u2019est encore.Non que tous les lecteurs de ce livre passionné soient nécessairement gagnés à ses thèses.C\u2019est plutôt que le livre provoque.H touche des points sensibles de la conscience américaine, mais aussi de la nôtre, car il n\u2019est personne qui ne puisse se retrouver quelque part dans ce défilé des Consciences auquel nous fait assister Charles Reich.Charles Reich, qu\u2019il ne faut pas confondre avec l\u2019autre, Wilhelm, le promoteur de la libération sexuelle, est un professeur de droit à l\u2019Université Yale.Avant Le Regain, il n\u2019avait publié que des articles hautement spécialisés dans des revues juridiques.Le livre qui l\u2019a rendu célèbre est à la fois une critique radicale de la société américaine et un chant d\u2019espoir en l\u2019avenir.Cet espoir, pour Reich, il loge dans ce qu\u2019il appelle la Conscience III.A travers et par-cette Conscience, c\u2019est une révolution sans parallèle dans toute l\u2019histoire qui s\u2019accomplit; à côté d\u2019elle, la Révolution française et la Révolution russe ne font pas le poids.Cette révolution, partie de l\u2019individu, modifiera en dernier ressort les structures politiques.Elle n\u2019utilisera pas la violence; la violence ne pourra pas la freiner.Son terme, grandiose et utopique: l\u2019humanisation de la communauté et la libération de l\u2019individu, la rénovation des rapports de l\u2019homme avec lui-même, les autres et la nature.Bref, un regain, un printemps ! * Trad.Paulette Vielhomme et Bernard Callais, chez Laffont, 1971, dans la collection Libertés 2000.Les trois Consciences Si la Conscience à travers laquelle passe cette révolution s\u2019appelle Conscience III, c\u2019est que d\u2019autres Consciences l\u2019ont précédée.Au sens reichien, la Conscience désigne « la configuration globale qui, chez un individu donné, représente l\u2019ensemble de sa perception de la réalité, de sa vision du monde» (24).On peut voir que ce sens déborde celui de conscience morale, mais ne l\u2019exclut pas nécessairement.Or, différents types de Conscience ont fait leur apparition, ou mieux se sont succédé, dans l\u2019histoire des Etats-Unis.La Conscience I: celle de l\u2019Amérique du XIXe siècle, individualiste et provinciale.Elle correspond à la mentalité du fermier, du petit commerçant et de l\u2019ouvrier qui essaie de « faire son chemin ».La Conscience II, apparue vers 1920, correspond à la société née des transformations dans la technologie et la productivité.Ce que Reich appelle « l\u2019Etat-entreprise » et Galbraith, « l\u2019Etat industriel » détruit l\u2019individualisme américain traditionnel.Voici l\u2019ère du système, de l\u2019organisation économique et politique.Prédominent les valeurs économiques et l\u2019obsession du standing.La Conscience III naît vers 1960 des contradictions de l\u2019Etat-entreprise, de ses échecs, dont la guerre du Vietnam.Elle naît aussi des promesses de liberté et de vie qu\u2019ont fait surgir l\u2019abondance et la technologie.A notre avis, les pages les plus originales de Reich sont celles qu\u2019il consacre à l\u2019analyse de cette dernière Conscience.Il présente dans leur cohérence les traits multiples d\u2019un moment de la nouvelle culture américaine, cette journée dans l\u2019histoire de la conscience .Comment on accède à Conscience III D\u2019abord un mouvement de libération.Un mouvement qui jailüt de l\u2019individu et qui s\u2019attaque aux objectifs et aux fins de la société.On se convertit en prenant ses distances à l\u2019égard de la mentalité régnante et en devenant présent à soi-même.On commence à édifier sa propre philosophie, ses propres valeurs, son propre style de vie sur des bases nouvelles.Ainsi le firent certains rejetons sensibles et intelligents de la bourgeoise aisée qui, sur les campus universitaires américains, se mirent à ruer dans les brancards, des brancards pourtant dorés.Au lieu d\u2019être polarisée par l\u2019intérêt public, comme la Conscience II, la Conscience III refuse d\u2019être l\u2019instrument de l\u2019organisation, de l\u2019institution.Ce qui lui importe, c\u2019est la fidélité à soi, l\u2019authenticité et l\u2019intégrité à l\u2019égard de soi-même, dans un refus radical des prémisses artificielles et des fausses valeurs qui régentent l\u2019Etat-entreprise.L'individu et les autres Cette fidélité à soi, centrale chez la Conscience III, n\u2019implique pas, et bien loin de là ! l\u2019individualisme.Encore ici, un rejet radical de la compétition et de la concurrence qui marquent si fortement la Conscience IL Le refus de considérer le monde comme une jungle où chacun se débrouille comme il le veut ou comme une méritocratie qui engendre une vaste organisation hiérarchique et secrète un protocole « ascensionnel ».Tous les hommes sont frères, tous ont leurs propres richesses et la terre est assez grande pour tous.Que les hommes dans leurs relations reviennent à la transparence et à la franchise ! La Conscience III répudie dans les relations des hommes entre eux les rapports d\u2019autorité et de subordination, les rapports fondés sur les rôles et les fonctions.Elle estime que nul contrat, nulle promesse, nul devoir ne lient entre elles des personnes, une fois les sentiments disparus.DÉCEMBRE 1972 335 Beaucoup d\u2019indices permettent de voir la profondeur du sentiment de participation collective dans la nouvelle culture.L\u2019« être-ensemble > (le « together » ) est une catégorie, un concept fondamental de la Conscience III.L\u2019« être-ensemble >, on le vivra durant une marche pour la paix, durant un festival de musique ou, tout simplement, en regardant un coucher de soleil.Ou encore, dans le « voyage » partagé.On le vivra d\u2019une façon plus permanente dans des communautés stables, groupant des couples, auxquels se joignent des célibataires.Ceci nous amène à parler d\u2019un aspect de la Conscience III qui déconcerte les partisans de l\u2019Etat-entreprise: le mépris qu\u2019elle affiche pour tout ce qui a trait à la carrière.Les titres et les diplômes d\u2019un professeur, par exemple, le rang d\u2019une personne dans la hiérarchie sociale ne l\u2019émeuvent guère.Elle n\u2019est pas du tout intéressée à gravir des échelons.A ses yeux, la plupart des activités proposées par la société n\u2019offrent pas d\u2019attrait; elles ne méritent vraiment pas qu\u2019on leur consacre ses énergies.Raison: elles n\u2019ont aucun rapport réel avec le progrès intérieur et le bonheur.Elles brouillent la qualité de la vie, elles empêchent l\u2019homme de mener une existence dans laquelle le vrai potentiel humain de la personne puisse se développer.Certains crieront à la paresse et au parasitisme.Pour la Conscience III, il s\u2019agit d\u2019un jugement réaliste et lucide sur l\u2019insignifiance \u2014 au sens original du mot \u2014 du travail, des modes de travail dans la société moderne.La qualité de la vie, un thème capital de la nouvelle culture.Elle implique la fidélité à soi, la fidélité aux autres.Cette fidélité à soi, et, par ricochet, la fidélité aux autres, on ne peut l\u2019atteindre qu\u2019en développant sa conscience, entendue maintenant comme « la conscience des phénomènes qui nous entourent » (266).C\u2019est là le bien le plus précieux de l\u2019homme.L\u2019Etat-entreprise corrompt la conscience humaine; il la fausse, l\u2019insensibilise, l\u2019atrophie.Il faut se libérer de la fausse conscience que les mass-media et la publicité visent à créer.Les moyens sont nombreux: journaux de l\u2019underground, groupes d\u2019études, lectures intensives, participation personnelle aux événements au risque de sa peau.Et surtout, peut-être, il faut cultiver le Un point à préciser: toute critique qu\u2019elle soit des valeurs de la société, la Conscience III ne devient pas nécessairement insulaire à l\u2019égard de la société.Certes y a-t-il un marginalisme total comme celui qui s\u2019exprime chez le drop out.Mais il y a, le plus souvent, une attitude complexe où le rejet de la société s\u2019accompagne de démarches positives pour la transformer, comme l\u2019engagement dans des activités de bienfaisance en faveur des pauvres, la participation aux décisions, ou l\u2019effort pour y participer, dans les collèges et universités.sentiment, la conscience d\u2019être extérieur au système en s\u2019identifiant aux Noirs, aux pauvres, aux perdants de ce monde, aux jeunes.Modifier ses rapports d\u2019appartenance, en somme.Rapatrier aussi les forces de la technologie en les utilisant pour développer la qualité de la vie.Un autre point dans cette purification de la conscience: la subordination de la pensée rationnelle à l\u2019expérience.La logique, la rationalité, l\u2019analyse sont des éléments de la fausse conscience distillée par la société actuelle.Eléments qui négligent des valeurs fondamentales de la vie humaine.Une pensée « non-linéaire >, non discursive, spontanée doit être cultivée.La conscience, il faut la tirer de son engourdissement en la soumettant à des stimuli auxquels elle ne réagit plus.Les bâtons d\u2019encens réveilleront les facultés olfactives; les groupes dits de « sensibilité » arracheront les plages de l\u2019épiderme à leur torpeur; les « cures > de nature, les balades en moto produiront des effets similaires.La méditation, l\u2019art, la littérature, le théâtre seront l\u2019objet d\u2019attentions spéciales, car, grâce à eux, la conscience se développe.L\u2019usage des drogues psychédéliques doit être situé, lui aussi, dans le désir de rendre à la conscience toute sa richesse, de la conduire à son épanouissement.Reich souligne les dangers d\u2019un usage excessif de certaines drogues en tant qu\u2019elles peuvent émousser la conscience au lieu de la développer.Mais il est un effet positif de l\u2019usage ordonné des drogues qui est d\u2019amorcer une nouvelle manière de penser, un nouveau savoir qui procure une étonnante lucidité sur la « vérité > du monde socio-politique moderne, sur les laideurs et les esclavages du style de vie moderne.La majorité des interventions de l\u2019Eglise qui ont retenu l\u2019attention de l\u2019opinion publique après le Concile portaient sur des questions reliées plus ou moins directement à la sexualité: régulation des naissances, divorce, avortement, célibat, etc.Est-ce à cause d\u2019un moralisme persistant dans l\u2019Eglise ?Est-ce à cause d\u2019une profonde perplexité au sein des conduites humaines, des anciens et nouveaux styles d\u2019existence ?A première vue, le clivage des perceptions semble se réduire au pour et au contre.Les uns accusent l\u2019autorité religieuse de faire fi de leur jugement de conscience, de les violenter dans ce qu\u2019ils ont de plus personnel, de les dépouiller de leur responsabilité profane et chrétienne.Il y a là, pour eux, une intrusion injustifiable et, pis encore, une humiliation de l\u2019intelligence.Le vocabulaire ecclésiastique relatif au « subjectivisme » et à la « morale de situation », par exemple, leur semble comporter un refus de valeurs qu\u2019ils relient tout autant à leur conscience chrétienne qu\u2019aux progrès récents de l\u2019homme dans sa connaissance de lui-même et du monde.A tout le moins, dit-on, les critères traditionnels ne sauraient éclairer suffisamment des situations et des responsabilités inédites: le fait qu\u2019on puisse maintenant contrôler certains effets de la sexualité n\u2019est pas sans retentissement sur les modalités de la responsabilité; de même en est-il de l\u2019impact de l\u2019explosion démographique.Ces chrétiens ont la conviction que les découvertes scientifiques viennent en contradiction avec beaucoup de postulats traditionnels de l\u2019Eglise en matière de sexualité.Ils remettent donc en cause le code moral au plan théorique comme au plan pratique.D\u2019autres catholiques maintiennent des attentes qui rencontrent cette première forme d\u2019intervention de l\u2019Eglise.Pour eux, l\u2019Eglise institutionnelle est la première et la dernière définitrice d\u2019une morale conçue comme un système de règles stables et cohérentes.Ils s\u2019en prennent à l\u2019« anarchie » et au « décidément » actuels et, en même temps, à la désobéissance des chrétiens dissidents.Dans un monde « troublé et désaxé » comme ils disent, seule l\u2019Eglise leur apparaît comme un roc de sécurité, une forteresse inexpugnable, une voie divine assurée, une lumière qui éclaire tous les problèmes, un pilier de stabilité, un agent privilégié de continuité.Devant tant de démissions, proclament-ils, l\u2019autorité religieuse devrait rester inébranlable; c\u2019est la foi, l\u2019unique Evangile du Christ et même l\u2019avenir de l\u2019Eglise qu\u2019ils accrochent à cette fidélité.Nous ne saurions trop insister sur ce débat public puisqu\u2019il a mis en cause, de part et d\u2019autre, la crédibilité de l\u2019Eglise elle-même, de son rôle dans la société actuelle, de sa place dans la vie des chrétiens.(L\u2019Eglise du Québec: un héritage, un projet, pp.33-34.) Ombres et lumière 336 RELATIONS L\u2019avenir de la Conscience III Les vêtements que porte la jeune génération nous renseignent, selon Charles Reich, sur la philosophie de la Conscience III.A son avis, les couleurs des jeans, le brun, le vert et le bleu, expriment une affinité avec la nature.Ces vêtements proclament la liberté: ils se prêtent à toutes les activités qui scandent une journée.Avec eux, on peut tout aussi bien travailler, jouer, courir, s\u2019asseoir par terre, alors que les vêtements de la Conscience II apportent d\u2019infinies contraintes.Ils expriment aussi l\u2019intégrité de l\u2019individu et empêchent tout cloisonnement de la personnalité, comme il arrive dans la société moderne où chaque lieu \u2014 tel restaurant chic, par exemple \u2014, chaque fonction réclament un habillement approprié.Au surplus, les vêtements de la nouvelle génération se moulent sur la forme du corps.Ils donnent conscience du corps, alors que les vêtements de la Conscience II oblitèrent cette conscience.Pour l\u2019auteur du Regain, les pantalons à pattes d\u2019éléphants, en laissant aux chevilles une grandes liberté d\u2019allure, invitent à danser au milieu de la rue et contribuent ainsi à dissiper l\u2019étouffant sérieux de la vie urbaine moderne.On ne peut pas se prendre au sérieux avec de tels pantalons .Si l\u2019on veut résumer, les nouveaux vêtements, à leur façon, disent des valeurs profondément démocratiques.Richesse, pouvoir, fonction, tout cela leur est étranger.Ils permettent aux gens d\u2019être transparents les uns à l\u2019égard des autres et de communiquer en tant qu\u2019êtres humains.La musique, elle aussi, un moyen d\u2019expression.Une musique protéiforme, d\u2019une diversité d\u2019expression quasi illimitée; capable, par l\u2019utilisation des amplificateurs électroniques, de créer un volume sonore fantastique.D\u2019où, une participation totale de l\u2019auditoire.Une musique, moins intellectuelle que la musique classique, plus substantielle en même temps que les chansons populaires d\u2019autrefois, qui parle à tout l\u2019homme, en profondeur.Il faudrait s\u2019arrêter plus longuement, à la suite de Reich, à l\u2019étude de ce médium à travers lequel la Conscience III exprime sa critique de la société et ce qui lui tient au cœur.L\u2019âme de la nouvelle génération, c\u2019est là qu\u2019on la trouve le mieux présentée, beaucoup mieux que dans les écrits des sociologues ou des journalistes .En lisant les pages de Reich sur la Conscience III, c\u2019est à Jean-Jacques Rousseau que l\u2019on pense, au Rousseau des Discours de YEmile.Parenté qui, en fait, n\u2019est pas propre à l\u2019auteur du Regain américain, car le néo-rous-seauisme se présente comme une dominante thématique de la nouvelle culture.Un vent de printemps circule dans les pages que Reich consacre à la Conscience III.Une journée de printemps nous y est décrite, une journée qu\u2019on voudrait éternelle.Reich, pour sa part, ne manque pas d\u2019optimisme, puisqu\u2019il estime que le Conscience III, née chez les jeunes, va gagner toute la société des USA.On voudrait bien la voir déborder aussi les frontières américaines, si ce n\u2019est déjà fait.On ne peut, en effet, rester indifférent aux valeurs d\u2019une indéniable richesse qui font vibrer cette Conscience, comme son respect de la subjectivité, son sens de la fraternité humaine et le désir d\u2019un travail signifiant.On ne peut rester indifférent à la qualité de la vie qu\u2019elle vise de toutes ses forces.Beaucoup d\u2019hommes et de femmes, dans toutes les sociétés du monde fortement industrialisées, retrouveront dans les plis de cette Conscience III l\u2019objet de leurs vœux les plus intimes.Certains lecteurs de Charles Reich trouveront qu\u2019il est quelque naïveté à s\u2019abandonner aux souffles printaniers de la Conscience III.Ils trouveront excessifs les espoirs de palingénésie que l\u2019auteur du Regain fonde dans cette Conscience.Pourra-t-elle vraiment, de par ses seules énergies, transformer les structures économiques et politiques contre lesquelles on la voit se dresser ?Jean-Jacques Rousseau, quant à lui, avait vu les limites du rousseauisme: dans le Contrat social, il s\u2019était interrogé explicitement sur le modèle politique qu\u2019il fallait aménager.La question est bien de savoir quelle organisation économique et politique doit être instaurée pour que la Conscience m ne connaisse pas l\u2019hiver; quelle organisation elle doit elle-même accepter si elle ne veut pas être un sentiment fugace.Cette question ne se pose pas seulement aux adeptes de la Conscience III.Elle se pose aussi à tous ceux qui s\u2019abandonnent en toute sécurité aux structures actuelles, comme si elles étaient parfaites.Il leur serait bon de s\u2019abandonner aussi aux souffles de la Conscience III.Car, comme chante Bob Dylan, « the answer is blowing in the wind ».DÉCEMBRE 1972 Au moins quatre ouvrages théologiques ont été publiés, aux USA, sur les dernières élections: The Nixon Theology (Charles Henderson), Religion and the New Majority : Billy Graham, Middle America and the Politics of the '70\u2019s (L.D.Strei-ker et G.S.Strober), So Help Me God: Religion and the Presidency, Wilson to Nixon (R.S.Alley) et enfin White House Sermons (B.Hibbs, ed.).Et il vaut la peine de les lire, davantage sous l\u2019angle de l\u2019évolution de la perception morale que sous l\u2019angle directement théologique.En effet, les deux candidats étant protestants, Nixon (Quaker) et McGovern (Méthodiste), les deux étant de tradition fondamentaliste et piétiste, le clivage se fait beaucoup plus au niveau de la morale que du dogme.Les deux sont des protestants pieux, McGovern a même été momentanément ministre et les deux parlent fréquemment religion et morale, même si McGovern déclarait récemment que « moins un président parle de ses convictions religieuses, mieux c\u2019est ! ».Deux morales USA C\u2019est au niveau de la morale qu\u2019ils se séparent.Nixon est d\u2019abord un homme de la morale traditionnelle, que Billy Graham appuie.Ses interventions parlent surtout de morale individuelle; quand il parle de péché, il parle de sexualité, de tolérance des parents, de drogue et de pornographie.McGovern est d\u2019abord un homme de la nouvelle morale, et soucieux de morale sociale; quand il parle de péché, il parle de la guerre, de la pauvreté, du racisme.Et surtout ils se divisent quand ils parlent de la moralité du travail.Quand Nixon, dans son discours de la fête du travail, a opposé la « moralité du travail » à la « moralité du bien-être social », il a nettement divisé la nation et les échos s\u2019en font encore sentir.Une phrase a été indéfiniment citée: « The work ethic tells us that there is really no such thing as something for nothing and that everything valuable in life requires some striving and some sacrifice.The work ethic holds that it is wrong to expect instant gratification of all our desires and it is right to expect hard work to earn a just reward.» Et la citation a attiré l\u2019admiration des uns, la colère des autres, surtout en un pays où, malgré la mise en pratique de cette éthique individualiste, le nombre des chômeurs a augmenté de six millions en quatre ans.McGovern a perdu aux élections; il a sans doute perdu en partie parce qu\u2019il offre à la fois l\u2019image de l\u2019idéalisme, d\u2019une morale de la responsabilité sociale, mais aussi de la naïveté.Et Nixon a gagné la campagne de l\u2019individualisme moral et de la qualité morale individuelle mais peu généreuse.Il demeurera à l\u2019avenir de dire si plus tard on reviendra à plus de confiance à la « troisième conscience » de Charles Reich, une intuition sur la perception morale nouvelle dont George McGovern disait récemment qu\u2019elle était la plus vive lumière qu\u2019il ait récemment rencontrée sur l\u2019avenir de la vie morale des hommes.9.11.72.Julien Harvey.337 Morale et Eglise en changement par Jacques Chênevert Les articles précédents ont relevé les principales manifestations de l\u2019évolution de la conscience morale, chez les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui, notamment chez ceux du Québec.On assiste d\u2019abord au rejet massif d\u2019une morale de la loi, du code, de la pure obéissance, de la peur.La liberté de la personne, de l\u2019homme créé à l\u2019image de Dieu, du chrétien gratifié de l\u2019Esprit et ainsi délivré du joug de la Loi, cette liberté redevient une valeur centrale.De ce fait, le primat de la conscience reprend sa place dans la décision morale.La sincérité, l\u2019authenticité, avec soi-même et dans ses relations avec les autres, constitue un pôle majeur de la sensibilité morale.Dans le domaine des valeurs communautaires, le chrétien développe une attention plus aiguë aux responsabilités et aux culpabilités collectives qu\u2019il porte, à l\u2019égard de toutes les formes d\u2019injustice et de destruction du milieu humain, véhiculées par les systèmes socio-politiques avec lesquels il a partie liée.En conséquence, le sens de la charité et le sens du péché, tout particulièrement, se trouvent maintenant situés dans un champ moral nouveau.Corrélativement, le recours au sacrement de la pénitence chrétienne tend à se faire selon une approche dans laquelle la solidarité communautaire veut être signifiée et vécue.L\u2019église elle-même, de son côté, connaît elle aussi, aujourd\u2019hui et ici, une évolution considérable.On est donc amené à se demander s\u2019il existe un rapport entre l\u2019évolution de la conscience morale et celle que l\u2019on observe dans l\u2019église.Question à laquelle, je crois, on peut répondre affirmativement: un lien existe, au niveau de facteurs culturels communs, tout d\u2019abord, mais également et comme en retour, au sein de la vie ecclésiale elle-même.L\u2019évolution de la conscience morale dépend, en très large partie, de la transformation qui s\u2019est effectuée, au plan culturel, dans notre conception de l\u2019homme et dans notre conception de la société.Or, la manière propre que l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui a de se voir lui-même, de se comprendre, de se projeter dans l\u2019avenir, cette manière aussi qu\u2019a la société contemporaine de concevoir son organisation et les divers rapports entre ses membres, au plan politique, économique et culturel, tout cela influence tout autant la façon dont La révélation pose les éléments fondamentaux de la constitution ou de l\u2019institution de l\u2019église : le Christ ressuscité, tout d\u2019abord (si tant est qu\u2019on puisse l\u2019appeler un « élément » ! ), l\u2019union fraternelle avec et en lui, par l\u2019unité de foi et de charité, le témoignage des apôtres et l\u2019action sacramentelle, comme agents vivants de cette unité1 2 3, l\u2019Esprit du Christ, enfin, qui pénètre tout, active tout, qui réalise l\u2019éghse, qui l\u2019empêche, elle et ses éléments constitutifs, de se réduire à des choses, à des systèmes ou à des mécanismes, qui en fait une vie, un mystère, le mystère du Dieu vivant ouvert aux hommes et partagé avec eux en Jésus-Christ.Ces éléments fondamentaux, dont la réunion organique dans l\u2019Esprit constitue l\u2019église de Dieu, n\u2019ont cependant jamais existé à l\u2019état pur.Comme le Fils de Dieu, qui ne s\u2019est pas incarné seulement dans un homme, mais dans un juif de Galilée au temps des premiers empereurs romains, dans un individu unique et bien identifié, du nom de Jésus, ainsi les éléments ecclésiaux dont il est question se sont toujours réalisés dans un régime ecclésiastique concret.Ce régime ecclésiastique n\u2019est pas déterminé par la révélation; l\u2019aménagement que lui donnent les hommes est, au contraire, fortement conditionné par l\u2019expérience socio-politique, par le type culturel et par les événements historiques qui constituent le milieu particulier dans lequel les croyants d\u2019une époque précise et d\u2019un pays bien circonscrit cherchent à vivre leur foi les chrétiens se représentent l\u2019église, leur mode d\u2019appartenance à celle-ci et l\u2019aménagement des relations entre ses membres et entre ses fonctions.Tout en voulant respecter les éléments constitutifs de l\u2019église, c\u2019est-à-dire ceux sans lesquels il n\u2019y a plus d\u2019église, on conçoit la possibilité de les réaliser aujourd\u2019hui sous un régime ecclésiastique différent de celui que les siècles précédents ont mis en place.commune en l\u2019évangile.Quant à la forme donnée à l\u2019exercice de l\u2019autorité ecclésiastique, ce régime est tout particulièrement tributaire des modèles politiques ambiants, notamment du style d\u2019exercice que s\u2019y donne l\u2019autorité civile et du type de rapports qu\u2019elle établit entre elle et ses gouvernés.A ce jeu de conformisme, pourtant inévitable, l\u2019église court un grave danger de contamination et de déviation; l\u2019autorité, pour sa part, risque d\u2019en venir à se modeler sur « les chefs des nations » qui commandent en maîtres et qui font sentir leur pouvoir (cf.Mc 10: 41-45).C\u2019est pourquoi l\u2019église entière doit demeurer vigilante et, docile aux rappels de l\u2019Esprit, se maintenir en état perpétuel de conversion, de rénovation, de réforme, en tenant constamment et fermement l\u2019évangile pour norme de son auto-critique et de sa liberté.1.\tCe qui inclut le ministère apostolique des siècles postérieurs, avec le rôle propre de Pierre qui en fait partie.2.\tVoir la réponse des évêques allemands et de Pie IX à la circulaire du chancelier Bismarck, au lendemain de Vatican I, dans Dz-Sch., nn.3112-3117.3.\tGiuseppe ALBERIGO, « Election-consensus-réception dans l\u2019expérience chrétienne », pp.7-17; Yves-Marie CONGAR, « La « réception » comme réalité ecclésiologique », pp.51-72.Église et régime ecclésiastique 338 RELATIONS Un régime monarchique Le régime ecclésiastique qui s\u2019est développé dans l\u2019église latine, surtout depuis sa séparation d\u2019avec l\u2019Orient, a été fortement .marqué, d\u2019une part, par les tâches d\u2019ordre civil qu\u2019elle a assumées, souvent sous la force des circonstances, et par les méthodes administratives qui se rattachent à celles-ci; de façon plus générale, d\u2019autre part, mais cette fois à un degré plus profond et jusque dans son gouvernement d\u2019ordre proprement pastoral, l\u2019église a été marquée par le modèle politique, alors presque seul en cours, que lui présentait le système de la monarchie absolue.Ainsi, la direction de l\u2019église s\u2019est de plus en plus centralisée dans la curie romaine et l\u2019autorité apostolique est devenue le monopole de l\u2019évêque de Rome qui, avec le titre de Pontifex Maximus, s\u2019est trouvé à cumuler la souveraineté religieuse de l\u2019empereur romain et le type de pouvoir théocrati-que qu\u2019avait détenu le grand-prêtre, dans le judaïsme d\u2019une certaine époque.Sous ce régime, les églises locales devinrent, en pratique, des sortes de provinces ou de comtés, c\u2019est-à-dire des subdivisions administratives d\u2019une église perçue, avant tout, dans sa dimension universelle, et les évêques locaux apparurent comme des représentants du pape, même si la théologie et le pape lui-même sentirent bien qu\u2019on ne pouvait les définir de la sorte et officialiser ainsi une situation de fait 2.Dans un régime de cette nature, toutes les phases de l\u2019activité législative tendent à se concentrer progressivement dans la seule autorité suprême, tandis que la loi, une fois promulguée, s\u2019impose sans discussion.Dans cette forme d\u2019organisation ecclésiastique, l\u2019attitude spirituelle que l\u2019on privilégie, chez des fidèles assimilés, en réalité et comme pour le roi, à des sujets, c\u2019est naturellement l\u2019obéissance.Celle-ci devient, par le fait même, la principale garantie de la cohésion et de l\u2019unité de l\u2019église catholique.Au cours des derniers siècles, les catholiques ont vécu leur vie morale dans les conditions créées par ce régime et ont reçu de cette manière les normes, les lois et les sanctions de leur agir.On ne peut dire qu\u2019ils en aient été profondément malheureux ni qu\u2019ils s\u2019y soient sentis désespérément contraints.La civilisation qui les enveloppait allait dans le même sens.Le régime politique sous lequel se déroulait la vie civile était sensiblement de même type.Les valeurs véhiculées par l\u2019ordre culturel ambiant s\u2019accordaient en substance avec celles de la morale catholique.Vers un autre régime ecclésiastique Cependant, tel est de moins en moins le cas.La situation a profondément changé.L\u2019expérience socio-politique des chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui se fait à l\u2019intérieur d\u2019un régime démocratique, même si l\u2019idéal sous-jacent à ce dernier est encore loin d\u2019être réalisé.Dans cette expérience, personne ne se perçoit plus comme le sujet d\u2019un autre, comme la propriété d\u2019un maître; chacun est un citoyen, muni de droits égaux, capable et désireux de participer à l\u2019élaboration des mesures d\u2019ordre public qui le concernent.Comme on l\u2019a dit, la conception de l\u2019homme et de la société s\u2019est transformée en profondeur, les valeurs ont pris un autre visage, l\u2019homme se découvre des solidarités collectives plus profondes qu\u2019il ne le ressentait autrefois et il projette son avenir sur un horizon nouveau.Le chrétien, le catholique romain d\u2019Occi-dent, en particulier, participe à la même expérience, à la même transformation culturelle, et il en partage substantiellement les vues.DÉCEMBRE 1972 Cette situation ne peut pas ne pas le conduire à une critique et à une révision du régime ecclésiastique encore en vigueur dans son église.De là vient, fondamentalement, le mouvement de réforme ecclésiologique que l\u2019on observe aujourd\u2019hui, au plan de la théologie sans doute, mais aussi sur le terrain vécu du comportement ecclésial: regroupements à la base, réanimation de la communauté locale, contrepoids de plus en plus lourd opposé à la domination et à l\u2019arbitraire de certaines instances cléricales supérieures, consolidation des églises nationales, résistance sérieuse de certaines aux immixtions abusives de l\u2019absolutisme romain dans leurs propres affaires (v.g.l\u2019église de Hollande), enfin prise de parole de plus en plus étendue, pour tenter de redécouvrir le sens personnel et communautaire de la foi, de l\u2019engagement évangélique et pour tenter de se le redire ensemble dans un langage signifiant, pour soi et pour les autres en ce temps-ci.La livraison de septembre de la revue Concilium (no 77) publie, à cet égard, deux articles qui éclairent en profondeur le retournement auquel on assiste en ecclésiologie3.Tous deux montrent comment l\u2019unité de l\u2019église ancienne venait principalement, non de la puissance juridique d\u2019une autorité centrale et unique qui dicte seule ce qu\u2019il faut croire et faire, mais d\u2019une action de l\u2019Esprit qui passe par l\u2019expérience de la communion.Communion qui se vit d\u2019abord au niveau local, puis qui va s\u2019élargissant, en s\u2019étendant à une communion des églises locales entre elles, qui vivent d\u2019une même foi, d\u2019une même charité et d\u2019une même espérance, communion dont le sceau d\u2019authenticité réside dans l\u2019inclusion en son sein de l\u2019église de Rome.Communion et « réception » Dans les nombreux cas historiques où il s\u2019est agi de rétablir l\u2019accord sur un point controversé de la foi ou de la pratique pastorale (v.g.discipline péni-tentielle, disputes christologiques, etc.), l\u2019action d\u2019une église sur une autre, entreprise en vue de reconstituer ce type d\u2019unité ecclésiale par communion, ne s\u2019exerçait pas simplement en vertu d\u2019un pouvoir juridique et au nom de l\u2019obéissance.Elle supposait dans l\u2019autre communauté une capacité spirituelle de discernement, de jugement et de consentement, par rapport au contenu de l\u2019action entreprise, de l\u2019objet en litige, de la solution proposée.Elle supposait cette capacité spirituelle et elle y faisait appel, de telle sorte qu\u2019une action ainsi menée par une église sur une autre n\u2019était estimée avoir produit son effet qu\u2019à partir du moment où l\u2019autre église, après avoir exercé sa propre capacité spirituelle, recevait ce que l\u2019église-sœur avait cherché à lui communiquer4.Ainsi, les décisions 4.« Par « réception », nous entendons ici le processus par lequel un corps ecclésial fait sienne en vérité une détermination qu\u2019il ne s\u2019est pas donnée à lui-même, en reconnaissant, dans la mesure promulguée, une règle qui convient à la vie.Il y a, dans la réception, bien autre chose que ce que les scolastiques entendent par obéissance.Pour ces derniers elle est l\u2019acte par lequel un subordonné règle sa volonté et sa conduite sur le précepte légitime d\u2019un supérieur, par respect pour l\u2019autorité de ce dernier.La réception n\u2019est pas la pure et simple réalisation du rapport « secundum sub et supra » : elle comporte un apport propre de consentement, éventuellement de jugement, où s\u2019exprime la vie d\u2019un corps qui exerce des ressources spirituelles originales », Y.-M.CONGAR, « La réception.», p.52.\u2014 L\u2019histoire de l\u2019église manifeste donc qu\u2019il a existé « deux 339 dogmatiques du concile de Nicée, portées en 325 contre Arius, n\u2019ont été reçues que 56 ans plus tard, de sorte que ce concile n\u2019est réellement devenu œcuménique qu\u2019à partir de 381 5.On entrevoit aisément ce que ces notions d\u2019unité par communion et de réception-consentement, replacées au cœur de l\u2019ecclésiologie, peuvent changer dans la vie de l\u2019église et dans son régime ecclésiastique.Ces notions ont été retrouvées par la voie savante de En ce qui concerne la détermination de la morale chrétienne, tout particulièrement, on entrevoit également que, dans le climat créé par l\u2019ecclésiologie nouvelle qui se dessine à l\u2019horizon, le processus ne sera pas le même que dans le régime ecclésiastique actuel.La déclaration du bien et du mal, non plus que la convergence et l\u2019unanimité ne peuvent venir directement et seulement d\u2019en haut.La conformation de son agir à l\u2019évangile ne se produira pas avant tout par obéissance, mais par la voie du discernement et du consentement, sous la direction de l\u2019Esprit, au double plan de la conscience personnelle et de la conscience collective.Dans la mesure où cette ecclésiolo-gie, plus qu\u2019un projet, est effectivement en voie de restauration, on peut même dire qu\u2019elle se trouve déjà sous-jacente à l\u2019évolution de la morale de l\u2019église, que c\u2019est elle, en réalité, qui la rend possible, qui la favorise, et qu\u2019elle l\u2019influence.Ainsi, elle contribue sûrement à développer et à expliciter la valeur communautaire.De même, l\u2019engagement social et politique du chrétien, qui apparaît de plus en plus comme une valeur évangélique capitale, trouve dans cette théologie renouvelée de l\u2019église locale et de la communion, un contexte d\u2019insertion plus immédiat, plus concret, dans lequel cet engagement a chance de pousser des racines plus vigoureuses.En un autre sens, on peut également voir cette ecclésiologie à l\u2019œuvre, dans le domaine moral, si l\u2019on considère cette fois le fait de non-réception auquel s\u2019est heurtée en gran- voies d\u2019accession à l\u2019unanimité: l\u2019obéissance, la réception ou le consentement.On insiste sur la première quand on voit l\u2019Eglise comme une société soumise à une autorité monarchique; sur la seconde quand on voit l\u2019Eglise universelle comme une communion d\u2019Eglises », ibid., 66.5.Ibid.p.53; cf.pp.57-58 sur la position Slavophile.l\u2019histoire de l\u2019église et de la réflexion théologique.Mais les facteurs culturels dont on a parlé, qui ont transformé notre vision de l\u2019homme et de la société, qui ont également amené les catholiques d\u2019aujourd\u2019hui à éprouver un malaise grandissant à vivre leur foi sous le régime de type monarchique qui caractérise l\u2019église romaine, ces facteurs culturels, avec d\u2019autres sans doute, n\u2019ont-ils pas poussé à chercher et à explorer cette voie savante de libération ?de partie, du moins jusqu\u2019à présent, l\u2019encyclique Humanæ vitae sur la contraception.Alberigo et Congar signalent tous deux ce fait (p.8 et p.62).Congar ajoute un autre cas du même genre, mais touchant à peine au domaine moral, celui de Veterum sapien-tia, où Jean XXIII, en 1960, prescrivit de maintenir l\u2019usage du latin dans l\u2019enseignement aux futurs prêtres .Dans une ecclésiologie de type monarchiste, on appelle cela des désobéissances, on en accuse vertement les responsables et on estime avoir classé l\u2019affaire.Mais d\u2019autres perspectives ecclésiologiques, cautionnées par une tradition elle aussi millénaire et plus proche des origines apostoliquès de l\u2019église, permettent d\u2019apprécier autrement les mêmes faits.Sans doute, le maniement de notions comme celles de communion, d\u2019action de l\u2019Esprit, de réception, qui ne sont pas des catégories à caractère juridique, est-il délicat et difficile.On ne doit pas s\u2019en servir pour bénir tout ce qui se dit et tout ce qui se fait ni pour enchaîner tout simplement la vie de l\u2019église à la remorque d\u2019une majorité, tapageuse ou silencieuse.Ces notions ne doivent pas servir à éliminer, en somme, tout discernement, puisqu\u2019elles désignent précisément un processus proprement ecclésiologique pour y parvenir.Du point de vue particulier de l\u2019évolution en morale qui nous occupe ici, ces notions veulent d\u2019abord dire que, pour juger de l\u2019accomplissement de l\u2019évangile, il y a, dans l\u2019église, une autre voie que celle, en définitive un peu trop mécanique, de la loi et de l\u2019obéissance.Plus positivement, ces notions redonnent confiance et aident à comprendre un peu mieux ce que signifie l\u2019évolution de la morale présentement en cours dans l\u2019église et comment elle peut s\u2019inscrire dans la naissance, par moments pénible, d\u2019une nouvelle communion en un même évangile.14 novembre 1972.Nouveautés Les longs chemins de l\u2019homme Poèmes: Gilles Cusson Photos: Paul Hamel Une quarantaine de poèmes, accompagnés d\u2019autant de photos.Sans vouloir faire œuvre strictement littéraire, les deux responsables de cet ouvrage essaient de présenter un message de libération intérieure et de paix pour faciliter la marche sur « les longs chemins de l\u2019homme ».$3.00 L\u2019Université entre l\u2019engagement et la liberté par Hervé Carrier Une production des Presses de l\u2019Université Grégorienne de Rome.L\u2019auteur, recteur de l\u2019Université Grégorienne, présente sept essais sur l\u2019Université moderne, ses évolutions récentes et ses responsabilités nouvelles.$7.00 LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal 351 - Tél.: 387-2541 Conservez RELATIONS\t \u2022 CARTABLE en similicuir\trouge avec titres or\t \u2014 au comptoir :\t$3.00 \u2014 par la poste :\t$3.25 \u2022 RELIURE de votre collection 1972\t \u2014 le lecteur fournissant sa\tcollée- tion :\t$4.00 \u2014 si nous fournissons la\tcollée- tion :\t$11.00 Ajouter $0.35 pour frais d\u2019expédition\t RELATIONS 8100, boul.Saint-Laurent Montréal 351 \u2014 387-2541\t Conséquences pour la morale 340 RELATIONS La conscience incertaine d\u2019un \u201cpays incertain\u201d \u2014 le roman québécois en 1972 par Gabrieile Poulin Il arrive que l\u2019historien, le sociologue ou le moraliste, non sans de multiples précautions, semblables dans leur ordre à celles que prend le voyageur interplanétaire, osent s\u2019approcher de l\u2019univers du romancier pour y chercher des témoignages ou des exemples, pour le peser, l\u2019évaluer, voire le condamner.En général, ils ne s\u2019y attardent pas: le passé, tel qu\u2019on le trouve conservé dans les archives et la vie humaine, vécue autour d\u2019eux, leur paraissent un matériau plus simple et moins distordu.En quoi sans doute ils ont raison.Comment songer à établir et définir des certitudes à partir de réalités elles-mêmes incertaines ?\u2014 J\u2019écris et je refais la réalité de mon pays à mon gré \u2014 ce n\u2019est pas un privilège: tout le monde apprend à écrire.Le faire, c\u2019est user d\u2019une liberté d\u2019expression comme celle de parler.Peu en usent parce qu\u2019il est plus facile de parler.On écrit seul comme un roi.(.) \u2014 Je suis roi d\u2019un pays incertain1.Pour aborder au « pays incertain » de la littérature, les précautions qu\u2019imposent les sciences du réel sont aussi nuisibles que des préjugés.Dans ce pays, les frontières sont mouvantes; les êtres se font et se défont comme des ombres; le passé chevauche le présent; les rêves ont autant de densité que la réalité.Dès lors, comme poser aux personnages de romans, autour desquels l\u2019univers s\u2019invente chaque jour un nouveau visage, les questions précises que posent à l\u2019homme ou à la société les spécialistes des sciences humaines ?Peut-on, par exemple, sans compromettre gravement l\u2019intégrité et la spécificité de chaque univers romanesque, tenter de faire du roman le lieu d\u2019une enquête sur l\u2019évolution de la conscience morale ?Il faudrait pour cela pouvoir isoler, comme on le fait en science, l\u2019objet de son étude, le soumettre à des questionnaires précis et préalablement établis.Mais le personnage romanesque, en qui on aurait fait ainsi la part du vécu et du rêvé, qu\u2019on aurait dévêtu de ce qu\u2019on croit être le manteau d\u2019apparat du symbole, serait-il encore un personnage vivant, capable de répondre aux questions du moraliste ?Ne serait-il pas plutôt devenu un pantin dont la conscience, qu\u2019on voulait cerner, se serait évanouie avec l\u2019univers dont on l\u2019aurait séparée ?D\u2019un autre côté, le romancier, roi d\u2019un pays incertain, délègue volontiers ses pouvoirs au plus humble de ses lecteurs, si toutefois celui-ci accepte la même solitude: on lit « seul comme un roi », et la même incertitude.Interroger le roman québécois de 1972, dans cet esprit, consistera, ni plus ni moins, à relire dans la solitude d\u2019une conscience incertaine le langage réinventé par d\u2019autres consciences aux prises avec un univers incertain et infini comme le désir.Parmi les livres parus au cours de cette année, trois romans se détachent tant à cause de leur contenu qu\u2019à cause de l\u2019importance de l\u2019univers romanesque de leur auteur auquel ils ajoutent un élément nécessaire et organique.Trois romans qui sont un moment de notre littérature et comme un point fuyant d\u2019arrivée ou de départ dans ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019évolution de la conscience morale du roman québécois.Il s\u2019agit d\u2019Un rêve québécois 2, D\u2019amour, P.Q.3 et du Saint-Elias 4 5.Chacun à leur manière, Victor-Lévy Beaulieu, Jacques Godbout et Jacques Ferron recréent un pays qui a nom Québec, un pays-obsession, un pays-langage, un pays-mythe.A ce Québec, impossible comme un désir fou, le romancier affronte une conscience, la sienne peut-être, inséparable de cet objet qu\u2019elle occupe et fabrique et auquel elle donne sa propre forme.Un pays-obsession Dans Un rêve québécois, cette forme tourmentée et obsédante s\u2019appelle Jeanne-D\u2019Arc, comme la pucelle qui fut brûlée par les Anglais à Rouen.Mais la Jeanne-D\u2019Arc québécoise, par un curieux retournement des choses, a trahi son peuple comme son mari en se laissant posséder par un autre, et cela sous les yeux mêmes de Joseph-David-Barthélémy Dupuis.Quand celui-ci revient d\u2019un long internement à Doré-mi (Domrémy-la-Pucelle ?), où il a été enfermé après le faux témoignage de la Jeanne-D\u2019Arc, elle a depuis longtemps quitté la maison de la rue Monselet, au-dessus de laquelle tournoient des hélicoptères remplis de soldats.Dès lors commence dans la maison déserte et la conscience aliénée de ce frère de Malcomm et, par-delà les âges, du prophète Osée, le procès et le supplice de la femme stérile et adultère, de la nation qui s\u2019est prostituée pour des dieux étrangers.Il ne faut pas croire cependant que ce roman, même s\u2019il ressemble à une allégorie, a la sécheresse et la roideur du genre.Au contraire, Joseph-David-Barthélémy Dupuis, complètement arraché à lui-même, violenté par les policiers, trahi par ses amis, méprisé par sa femme, malade dans son corps et dans son esprit, aliéné au sens le plus total du mot, impose sa présence d\u2019une façon obsédante.Il est allé plus loin encore dans la dépossession qu\u2019Abel Beauchemin, le héros de Race de monde !, que Malcomm Hudd, « défait comme un cadavre par l\u2019alcool », que Jos Connaissant troquant son identité pour un masque.Il est vraiment cette « Conscience mise à vif » qui refuse de se cicatriser, qui entretient sa souffrance comme le seul moyen de rester vivant.Paradoxe délirant que ce récit où la lucidité et la démence se conjuguent dans un éclatement désespéré de violence ! Aussi, quand le meurtre aura été consommé dans son esprit, le vagabond québécois, débarrassé des maléfices de la femme impossible, se mettra-t-il à douter de son propre rôle et de l\u2019opportunité de son geste: .Il se disait qu\u2019il avait atteint le fond mais il ne savait pas de quel fond il s\u2019agissait: tuer la Jeanne-D\u2019Arc ne suffisait peut-être pas, la mutiler et l\u2019outrager ne constituaient sûrement pas une fin ni une délivrance souhaitable.Tout était plus subtil, moins facilement identifiable, tout ne relevait sans doute pas de la Jeanne-D\u2019Arc ni de lui-même d\u2019ailleurs ni de la grosse main de Baptiste posée comme un défi dans le califourchon secret.Il pensa qu\u2019il avait toujours été joué: peut-être le monde lui avait-il imposé ce show pour mieux lui faire ravaler sa durée ?Pour mieux le briser dans sa fierté ?Pour mieux le culpabiliser de gestes qui, jadis, eussent été collectifs, donc assumés par une multitude chantant autour d\u2019un feu au-dessus duquel la Jeanne-D\u2019Arc honnie, enfilée sur une broche, rôtissait lentement6 ?Aussi longtemps qu\u2019avaient duré le procès et le supplice de la Jeanne-D\u2019Arc, le héros de Beaulieu avait gardé sa conscience en éveil, comme son désir, car il suffisait d\u2019imaginer la femme, ses étreintes, comme un spectacle sans cesse réinventé, d\u2019interchanger, s\u2019il le fallait, les rôles et les sexes, pour que le néant ne s\u2019installe pas à demeure, ne lais- 1.\tJacques Ferron, Le Saint-Elias, coll.« Les Romanciers du Jour », R-85.\u2014 Montréal, les Editions du jour, 1972, pp.185-186.2.\tVictor-Lévy Beaulieu, Un rêve québécois, coll.« Les Romanciers du Jour », R-83.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1972, 173 pp., 20 cm.(Voir, pour les romans de Beaulieu, Relations, 32 (1972): 249-251; 312-314.) 3.\tJacques Godbout, D\u2019Amour, P.Q.Hur-tubise HMH/Editions du Seuil, 1972, 157 pp., 18.5 cm.4.\tJacques Ferron, Le Saint-Elias, coll.« Les Romanciers du Jour », R-85.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1972, 186 pp., 20 cm.5.\tUn rêve québécois, 170.DÉCEMBRE 1972 341 sant de réalité qu\u2019aux forces aliénantes et destructrices dont les hélicoptères et les matraques étaient le signe avant-coureur et irréfutable.Vidé de toute violence, Joseph-David-Barthélémy Dupuis doit affronter la nuit comme une conscience obscure: « La nuit se suffisait à elle-même.» On est bien loin maintenant du beau passé rassurant des certitudes.Les héros de Beau-lieu sont des êtres seuls pour lesquels la société ne peut plus rien parce qu\u2019elle les a rejetés, continuant de s\u2019appuyer sur la force aveugle pour sauvegarder son prestige.Il s\u2019ensuit que chaque roman ne peut être autre chose que le long monologue d\u2019une conscience habitée par le fantasme, tournant à vide autour de soi, elle-même fantôme de ce qu\u2019elle fut et de l\u2019être qu\u2019elle hante encore pour un moment avant d\u2019être anéantie.Si Joseph-David-Barthélémy Dupuis est de la même race que Ti-Jean, le Cassé 7 de Jacques Renaud, que Philibert de la Guerre, Y es Sir 8 ! et d'il est par là le soleil 9 de Roch Carrier, que Roch Barré, le fils aîné de feu Norbert-Onésime Barré du Cycle 10 de Gérard Bessette et surtout de cette incroyable Sagouine11 d\u2019Antonine Maillet, il s\u2019est enfoncé plus profondément qu\u2019aucun d\u2019eux et que tous les autres héros de Beaulieu dans la solitude et l\u2019écœurement.Et c\u2019est peut-être pourquoi Un rêve québécois est un livre presque insupportable, au-delà de la conscience et au-delà du désespoir, là où la vie et la mort sont interdites .là où le rêve devient cauchemar et la patrie tourment.Un pays-langue Ces hommes et ces femmes de ce qu\u2019on pourrait appeler les romans noirs de la littérature québécoise sont écrasés par un destin trop lourd qui les a poussés jusqu\u2019aux derniers retranchements, comme des bêtes traquées pour qui vivre est un piège.Mais, et voilà peut-être qui est nouveau aujourd\u2019hui chez nous, la résignation leur est inconnue.Au fond de leur être ont germé, alimentées par la résignation de tout un peuple, l\u2019amertume et la révolte irrépressible qui leur tiennent lieu de conscience et qui leur arrachent les cris que les romanciers tentent d\u2019informer au moyen d\u2019une langue elle-même informe, la langue qui a servi aux chefs politiques, aux curés et à leurs fidèles, langue de la résignation et de la prière qui n\u2019a pas besoin d\u2019être beaucoup violentée pour devenir celle de la violence et du blasphème.Car la langue elle-même participe du destin de l\u2019homme et du pays dont elle exprime l\u2019aliénation et le désespoir, dont elle est au fond la conscience incertaine.C\u2019est de quoi veut témoigner le dernier roman de Jacques Godbout dans le titre duquel on retrouve encore, comme un signal, le nom d\u2019un pays réduit à sa plus simple expression: ces deux initiales que Monique Leyrac, elle, a accolées indissolublement au petit village de Sainte-Adèle, qu\u2019il faut inscrire sur chacune de nos lettres, qu\u2019elles soient d\u2019affaires ou d\u2019amour: P.Q.Mais faire du roman le lieu d\u2019une étude des problèmes de langue, même si l\u2019on a soin de les incarner dans des personnages qui sont des dédoublements d\u2019une même conscience, c\u2019est presque faire de la casuistique littéraire.D\u2019amour, P.Q.n\u2019échappe pas à ce danger et ressemble plus à une grammaire du roman qu\u2019à un roman.Une grammaire moderne, soit ! où les exemples sont plus importants que les règles, mais dont l\u2019artificialité et la sécheresse ne sont pas absentes 12.6.\tIbid., 171.7.\tJacques Renaud, Le Cassé, Montréal, Editions Parti pris, 1964, 126 pp.8.\tVoir Relations, 28 (1968): 279-281.9.\tVoir Relations, 31 (1971): 86-89.10.\tVoir Relations, 32 (1972): 90-92.11.\tAntonine Maillet, La Sagouine, Montréal, Editions Leméac, 1971, 106 pp.Thomas D\u2019Amour est un fabricant de romans à qui sont révélés dans la personne de Mireille, une dactylo qui lui tape ses manuscrits, l\u2019audace, le sans-gêne, la couleur locale et la verdeur de langage qui lui manquent pour faire un roman moderne qui soit un reflet du Québec-d\u2019après-la-révolution-tranquille.Il ne s\u2019agira pas d\u2019effacer toute trace de culture gréco-latine, encore moins de culture américaine, mais d\u2019essayer de fondre aussi harmonieusement q.ue possible, dans le creuset de la langue dite « québécoise », les éléments hétéroclites des civilisations anciennes et modernes.Le roman de Jacques Godbout, lui, englobe et recouvre les différents récits dont il se compose; il raconte, au fond, la conquête difficile de l\u2019intellectuel par la fille-peuple qui, par tous les moyens, décide de le faire descendre de son piédestal: .Mon cher Thomas D\u2019Amour, la première chose que tu vas te mettre dans le ciboulot avant d\u2019entreprendre un autre livre, c\u2019est que les mots ne t\u2019appartiennent pas: le langage est une richesse naturelle nationale, comme l\u2019eau; quand tu viens me dire que c\u2019est TOI, L\u2019ECRIVAIN, tu me fais mal aux seins, toi mon garçon, tu es l\u2019aiguille du gramophone, t\u2019es pas le disque, tu n\u2019as pas la propriété des mots, si tu leur touches, c\u2019est parce que la commune veut bien que tu nous fasses de la musique, mais faut pas nous faire chier.Toutes les secrétaires du monde ont droit d\u2019intervention dans les lettres que leur dictent les patrons, tu comprends ?c\u2019est pas chinois 13 ! Thomas, à la fin du roman, n\u2019a pas l\u2019air très convaincu.L\u2019union, sans doute, sera très éphémère et la fécondité du couple douteuse.Le roman, lui, a le mérite de poser en noir sur blanc l\u2019un des multiples problèmes auxquels doit faire face le romancier québécois qui voudrait être un écrivain engagé et qui s\u2019aperçoit qu\u2019il est avant tout une conscience incertaine dans un pays irréel.Cerner ce pays dans sa réalité linguistique, est-ce le faire exister ?Le roman désarticulé de Thomas D\u2019Amour invite romanciers et lecteurs à se défier des simplifications.Un pays-langage, ce n\u2019est pas un pays et les êtres qui l\u2019habitent ont aussi peu de réalité que la conscience qui se dédouble pour se surprendre existante.Un pays-mythe « Je viens d\u2019un pays d\u2019illusion et la grâce de Dieu est grande qui m\u2019en aura tiré 14.» Après Victor-Lévy Beaulieu et Jacques Godbout, Jacques Ferron, lui aussi, en cette année 72, refait à nouveau la réalité de son pays à son gré.Cependant s\u2019agit-il encore dans le Saint-Elias, du Québec qui a servi de substrat au Rêve québécois de Beaulieu et de matière au D\u2019Amour, P.Q.de Godbout ?Peut-être.Mais, alors, le Québec serait cet être protéiforme et inquiétant que personne ne peut se vanter de connaître vraiment et dont chaque écrivain n\u2019aperçoit jamais qu\u2019un aspect, celui que son regard est habilité à saisir et sa main à fixer.Presque tous les romanciers « québécois » ont saisi d\u2019instinct cette analogie féconde entre leur conscience créatrice et leur pays multiple et changeant comme le désir.Il n\u2019est que de jeter un rapide coup d\u2019œil sur la production romanesque des cinq dernières années pour entrevoir quelques-unes des formes sous lesquelles ce Protée moderne s\u2019est montré: il y a eu la forêt mythique de Jos Carbone 15; l\u2019enfance et l\u2019adolescence de Pauline-Archange qui fixa en ses Manuscrits 16 l\u2019image d\u2019un certain Québec; le petit village de la Guerre, Yes Sir! et la calèche frénétique de Floralie, où es-tu ?17; le Nombril18 et les Corridors 19 de Gilbert Larocque; le port de Montréal où le Québec 12.\tL\u2019idée, diront les uns, est ingénieuse, de ce dédoublement du romancier qui laisse sa secrétaire taper, corriger, voire refaire son manuscrit initial.Il me souvient cependant d\u2019avoir vu, sur l\u2019écran de Radio-Canada, un film qui date déjà de quelques années dont le scénario aurait pu servir de modèle à Jacques Godbout.Dans ce film, un scrip-teur doit remettre le scénario d\u2019un film à un producteur dans un très court laps de temps.Il fait appel à une dactylo et invente en même temps qu\u2019il le dicte le scénario promis.Or l\u2019héroïne du scénario sans cesse repris et corrigé a toujours les traits et le nom de la dactylo consentante qui, si elle n\u2019a pas l\u2019initiative prise par la Mireille de Thomas D\u2019Amour, inspire quand même par sa personnalité les différents brouillons du scénario.Il arrive même un moment où, exactement comme dans D\u2019Amour, P.Q., la machine à écrire se retrouve sur le lit.L\u2019idylle du scripteur et de sa secrétaire progresse donc au même rythme que le scénario du film.Quand s\u2019achève le film-cadre, le film-contenu, qui a passé par différentes mues correspondant à des influences culturelles venues de tel ou tel pays (même des U.S.A.), l\u2019a rejoint; la boucle est bouclée: le couple inventé s\u2019identifie au couple réel et.tout est bien qui finit bien.13.\tD\u2019Amour, P.Q., 156.15.\tVoir Relations, 29 (1969): 208-209.16.\tVoir Relations, 31 (1971): 153.17.\tVoir Relations, 29 (1969): 242-244.18.\tVoir Relations, 31 (1971): 151-153.19.\tGilbert Larocque, Les Corridors, coll.« Les Romanciers du Jour », 76.\u2014 Montréal, Editions du Jour 1971, 214 pp., 20 cm.20.\tJean-Jules Richard, Faites-leur boire le fleuve, Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1970, 320 pp.342 RELATIONS a paru se concentrer un moment avec Faites-leur boire le fleuve 20 et le Carré St-Louis 21 où il s\u2019est laissé circonscrire; il y a eu la route tracée entre Sorel et Kamouraska, comme une artère battante, par l\u2019auteur22 des Chambres de bois et même le salon funéraire du Cycle dans lequel Gérard Bessette a enseveli un Québec moribond pieusement veillé par une famille « exemplaire », prête à lui assurer en son âme et conscience la renaissance et la continuité.Dans le Saint-Elias, le Québec, grâce au talent de conteur de Jacques Ferron, prend les couleurs d\u2019un pays de légende.La petite histoire d\u2019une région et de ses habitants s\u2019est cristallisée autour de la carrière glorieuse d\u2019un trois-mâts qui, dans l\u2019esprit de ses armateurs devait briser « l\u2019écrou de notre pays » : Il était bon de rester enfermés aussi longtemps que nous n\u2019étions pas un peuple.Mais ce peuple, nous le sommes enfin devenus: que soit brisé l\u2019écrou du Golfe ! que cessent les empêchements de l\u2019enfance ! Nous avons bâti le Saint-Elias pour aller au-delà de Terreneuve, dans le grand océan, vers les Bermudes et les Antilles, au besoin vers les vieux pays (.) 23.Mais le célèbre trois-mâts, qui avait à sa proue un ange aux ailes déployées, ramenées vers les bordages et dont la mission avait été ainsi présentée par Messire Elias Tourigny, curé inamovible de Batiscan, c\u2019est plus qu\u2019un navire, c\u2019est un pays, c\u2019est un mythe qu\u2019on a bâti avec ses rêves et ses désirs, et sur lequel chacun délaissant, qui ses fidèles, qui ses malades, qui ses poissons, qui ses champs, s\u2019embarque à la recherche d\u2019un ailleurs et d\u2019un futur: Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l\u2019or massif: Ses mâts touchaient l\u2019azur, sur des mers inconnues; La Cyprine d\u2019amour, cheveux épars, chairs nues, S\u2019étalait à sa proue, au soleil excessif 24.Au curé Tourigny, la barque de Pierre, en effet, ne suffit plus qui ne saurait ramener les Batiscanais que vers la Ville étemelle, via le diocèse de Trois-Rivières.Il lui faut le Saint-Elias comme un nouveau pays sans frontière, affranchi du passé et de l\u2019Eglise traditionnelle, libre d\u2019aller où bon lui semble.Ce trois-mâts rapporte de chacun de ses voyages un souffle d\u2019indépendance qui se répand sur Batiscan et qui permet aux esprits libres de se rencontrer et de fraterniser: le docteur Fauteux, nouveau Faust qui n\u2019hésite pas à faire un pacte avec le curé Tourigny, Philippe Cossette, surnommé Mithridate, Marguerite, son épouse et le 21.\tJean-Jules Richard, Carré St-Louis, Montréal, les Editions de l\u2019Actuelle Inc., 1971, 252.pp.22.\tAnne Hébert, Kamouraska, Paris, Editions du Seuil, 1970, 250 pp.23.\tLe Saint-Elias, 19.24.\tEmile Nelligan, Poésies complètes, coll.du c Nénuphar », Montréal, Fidès, 1952, 44.25.\tLe Saint-Elias, 124-125.26.\tIbid., 181.27.\tEmile Nelligan, Poésies complètes, 44.28.\tLe Saint-Elias, 179.29.\tD\u2019Amour, P.Q., 157.vicaire Armour Lupien dont la courte carrière devait correspondre à celle du Saint-Elias.Pour comprendre toute l\u2019étendue des transformations survenues dans Batiscan, il faut lire le récit des funérailles du docteur Fauteux, qui est le sommet de ce roman.Pour être fidèle à la promesse qu\u2019il avait faite à son ami suicidé, le curé Tourigny se voit dans la nécessité de faire sortir Dieu lui-même de l\u2019église et de l\u2019obliger à venir sur le parvis à la rencontre de celui que l\u2019Eglise refuse de recevoir: .De par mon autorité de curé inamovible de Batiscan, j\u2019ai décidé que Dieu prendrait l\u2019air, même si la journée laisse à désirer avec son temps couvert, ses nuées qui s\u2019effilochent dans les vergues de notre trois-mâts et nos goélettes, à l\u2019ancre dans l\u2019embouchure de la rivière.J\u2019ai pris cette décision pour qu\u2019il rende avec nous les derniers hommages à un médecin qui peut-être a pu passer pour un mécréant, que je n\u2019ai pas aperçu souvent dans son banc de la grande allée, qui s\u2019est opposé à l\u2019autorité de Sa Grandeur Mgr Laflèche, mais qui était peut-être plus chrétien qu\u2019on ne saurait le croire.Lorsque le Christ, qui n\u2019avait guère le sens de la hiérarchie, qui ne choisissait pas ses amis, les prenant comme ils venaient, qui vraisemblablement serait allé loger à l\u2019hôtel plutôt qu\u2019au presbytère s\u2019il était jamais passé par Batiscan, lorsqu\u2019il a pris sur lui les péchés des hommes, il ne choisissait pas le meilleur moyen d\u2019avoir une bonne réputation et ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il est mort crucifié entre deux gibiers de potence 25.Sur la tombe du docteur Fauteux, dans le champ du Potier, se dressera une grande idole peule que le Saint-Elias avait rapportée un jour d\u2019un de ses voyages.L\u2019ange du Saint-Elias et cette idole barbare forment le couple étrange qui préside aux destinées d\u2019un petit coin de pays dont Marguerite, la dame de six nations, vit intensément les rêves et les désillusions.Marguerite, à la fois idole et ange, reste seule dans un pays « qui avait été et serait devenu mythique 26 ».Mais le Saint-Elias ne vogue plus depuis longtemps: il est échoué dans une anse.Seule Marguerite connaît l\u2019existence du trois-mâts.Pour ceux qui l\u2019écoutent toutefois, il est clair qu\u2019elle n\u2019est plus de ce monde.Comme le vaisseau abandonné, elle pourrait redire les célèbres vers de Nelligan: Qu\u2019est devenu, mon coeur, navire déserté ?Hélas ! Il a sombré dans l\u2019abîme du rêve 27 ! Un pays-roman Le pays de Messire Elias Tourigny, celui de Thomas D\u2019Amour et de Joseph-David-Barthélémy Dupuis, ce pays qu\u2019aucun ne peut se vanter de posséder vraiment, qu\u2019on invente et refait à chaque minute, comme une demeure mouvante, prend dans chaque roman les .traits d\u2019une femme à la fois attirante et inaccessible, ange et idole, que la conscience troublée appelle et repousse.Le romancier québécois, à l\u2019exemple de Ferron, n\u2019a pas d\u2019autre choix, s\u2019il veut vivre ici, que celui de refaire « la réalité de son pays à son gré ».Mais quand son livre s\u2019achève, le pays-obsession, le pays-langage, le pays-mythe s\u2019évanouissent: .Maintenant elle s\u2019étonnait que ce fût à ce point intolérable, de ne pas comprendre, de ne pas être foudroyée, de ne pas avoir les ailes et les seins coupés, idole barbare, ange du Saint-Elias 28.Ferron laisse vivre Marguerite, mais seulement comme le témoin fragile d\u2019un passé ambigu; Victor-Lévy Beaulieu abandonne aux coups d\u2019un obsédé la Jeanne d\u2019Arc prostituée, tandis que Jacques Godbout permet à Mireille de triompher temporairement de Thomas D\u2019Amour:\t« A un moment donné:\tfaut se brancher.Tu viens, D\u2019Amour ?29 » Une seule réalité demeure au terme de ces romans: la forme dont chacun des romanciers a revêtu le couple étrange et mal accordé de sa conscience tourmentée et d\u2019un pays obsédant et impossible.Ainsi, à leur façon, nos écrivains québécois bâtissent la conscience et le pays qui manquent aux québécois.Leur entreprise, il est vrai, cherchant sa forme dans l\u2019imaginaire, présente tous les traits du mirage.Mais le pays ainsi créé et sans cesse recommencé témoigne du désert et de la soif, un peu à la manière d\u2019une terre promise vers laquelle tout un peuple est en marche.Le pays-roman existe au Québec.Le Québec, un jour, se mettra peut-être à lui ressembler.Ottawa, le 10 novembre 1972.WÊÊÊÊÊÊÊI^^ IMPRIMEURS GRAVEURS LITHOGRAPHES J.EMILE ROY & FILS 3 265 ouest, rue Vitré, Montréal\tq I I I\tTél.&61-1888 DÉCEMBRE 1972 343 La morale des autres.et la nôtre \u2014 du Production Code au Manifeste de l\u2019Association professionnelle des cinéastes du Québec par Yves Lever Le Production Code américain et son influence au Québec Quatre notes préliminaires 1.\tToute création artistique doit être reliée à un groupe social (peu ou très étendu), et non à un individu isolé.Cette théorie de Lucien Goldmann(Pour une sociologie du roman) paraît particulièrement valable pour le cinéma à cause de son aspect industriel (importance des fonds engagés) et de la relation entre l\u2019économique, le politique et le culturel dans les sociétés industrielles (et post-industrielles).2.\tA moins de situations très particulières (et des œuvres très particulières s\u2019ensuivront), aucun créateur de film ne prétend apporter de message moral, ni faire de la propagande, ni définir la vérité.Pas question, donc, de faire des procès d\u2019intention aux cinéastes, ni de leur demander leur « credo » moral.Un film est ce qu\u2019il est, non une intention dans la tête de son auteur.Il n\u2019en reste pas moins que tout film est propagande pour quelque chose, que tout choix d\u2019images et de sons implique un jugement de valeur.« Les images montrent, le montage démontre », disait André Bazin.3.\tEn liant la première et la deuxième notes, nous pouvons dire que tout film est une « propagande » pour le système de comportements et de valeurs du groupe social créateur et de celui qui l\u2019utilise ou en permet l\u2019utilisation.Consciemment ou non, ces groupes voudraient voir propager leur vécu ou leur idéologie.4.\tOn a souvent, dans le passé, parlé de l\u2019« esthétique de la forme » et de l\u2019« éthique du contenu ».Cette distinction est complètement inopérante.Un film doit être perçu comme une totalité intégrant (pas toujours très bien) fond et forme, contenu et contenant, signifiants et signifiés.Cet article veut présenter quelques jalons de réflexion pour aider à comprendre la situation actuelle du cinéma au Québec en relation avec la morale.Plutôt que de faire l\u2019analyse de certains films considérés comme cas-types, ce qui me semble nettement insuffisant pour le présent propos (on verra pourquoi), j\u2019analyserai deux documents importants qui impliquent déjà toute une réflexion morale sur le cinéma.Pas plus qu\u2019on ne peut laisser de côté l\u2019emprise américaine actuelle sur les réseaux de distribution et d\u2019exploitation si l\u2019on veut comprendre quelque chose au cinéma québécois actuel, pas plus ne peut-on se permettre d\u2019ignorer l\u2019histoire du cinéma américain si l\u2019on veut comprendre la relation cinéma \u2014 morale en situation québécoise.Cette histoire est en très grande partie la nôtre.Parler de morale au cinéma américain, c\u2019est évoquer immédiatement le Production Code de 19301.A la suite d\u2019un certain chantage et du boycottage de nombreux films par la Legion of Decency des toutes puissantes églises américaines, l\u2019industrie du cinéma elle-même adopta une règlementation très stricte délimitant le « montrable » et le « non-montrable » dans les films.Il serait trop long même de résumer cette règlementation; en voici tout de même les principales orientations, celles qui se dégagent à l\u2019analyse du texte et aussi de ses connotations et sous-entendus.1° Un objectif faussé.\u2014 Dans le préambule du Code on parle bien de « responsabilité envers le public » en vue d\u2019un « progrès spirituel et moral, de types de vie sociale plus élevés, de justes façons de penser ».Mais des aspects économiques seulement ont forcé l\u2019adoption et l\u2019application du code.2° Pauvreté extrême des principes et des justifications, mais minutie dans le détail des prescriptions (on va même jusqu\u2019à donner une liste de mots à ne jamais employer¦ !).Emploi de termes vagues et jamais définis comme « obscénité, vulgarité, profanation, bon goût », etc.(note pr.4).3° Les prescriptions sont toujours négatives: « forbidden, shall not be shown, used, presented, exposed, » etc., sont les expressions qui reviennent le plus souvent; on rencontre aussi des formulations plus subtilement négatives comme: « respectfully handled, governed by good taste and delicacy, fairly represented ».Cette morale du « ne pas » multiplie les feux rouges, mais n\u2019indique aucun feu vert.Les prescriptions négatives réfèrent sans doute à une série d\u2019affirmations positives (note pr.2), mais celles-ci ne sont jamais explicitées.4° Morale individuelle.\u2014 Les prescriptions contre la représentation de crimes, de la sexualité, les sujets « repoussants » (repellent subjects), les attaques contre la religion s\u2019inscrivent toutes dans une morale des comportements individuels et jamais collectifs.La seule référence à la collectivité concerne les « sentiments na- tionaux » (respect du drapeau, de l\u2019histoire, des institutions) et la religion.Quand on sait ce que veulent dire ces formes de « respect » pour les financiers américains.(note pr.3).5° Honnêteté et unanimité.\u2014 Les justifications s\u2019appuient sur la « loi naturelle » ( « écrite dans le coeur de toute l\u2019humanité » ), sur les lois « humaines » (celles des « nations civilisées »), sur les « justes normes de la vie » (« correct standards of life » ), sur ce qui a été « honnêtement reconnu par tous les légistes et moralistes ».On comprendra que cette unanimité à laquelle on se réfère n\u2019est en fait que celle de la « sainte alliance » des églises et de l\u2019industrie cinématographique américaine (note pr.1), que l\u2019on voudrait voir généralisée (note pr.3).Une telle référence à l\u2019unanimité constitue d\u2019ailleurs le mécanisme principal de tout discours de propagande.6° Affaires vs morale.\u2014 On ne touche qu\u2019aux contenus des films (note pr.4); on mesure les cadrages au millimètre, on exclut les sujets « repoussants ».Mais on laisse de côté tout ce qui concerne la production (le capital) et la distribution.Dans l\u2019idéologie capitaliste américaine, les affaires ne sont pas une question de morale.7° Fait assez surprenant, le Code ne touche pas à la « vie privée » des vedettes.Déjà à cette époque, les feuilles à scandales regorgeaient de potins sur la vie « privée » des artistes qui pouvaient se permettre en dehors des films un style de vie et des moeurs tout à fait contradictoires au Code.Le non-montrable dans les films s\u2019étalait dans toutes les rues .Mais là, c\u2019est une autre industrie qui était concernée.On coupait le cinéma de la vie ordinaire pour en faire un univers onirique plus convaincant.Au Québec, on retrouve l\u2019influence du Code à deux niveaux surtout.1° D\u2019abord, à celui des contenus généraux des films.Comme on a vu ici (et on voit encore) surtout des films américains et que, jusque dans les années soixante, ces films obéissaient fidèlement au Code, on nous a appris à obéir docilement à l\u2019oncle Sam, aussi bien culturellement (^\u2019économiquement et politiquement.Glorification du 1.Texte publié dans Mass Communications, Ed.by Wilbur Schramm, University of Illinois Press, 1959, pp.626-635.344 RELATIONS drapeau américain et du courage épique des « marines » sauvant la civilisation sur toutes les plages du monde, « normalité » du génocide des Amérindiens et autres groupes ethniques « sous-developpés », horreur de la nudité et des activités sexuelles, docilité devant les pouvoirs et les lois, absence de moralité dans les affaires, individualisme, religion de l\u2019obéissance, sainteté de tous les personnages religieux, exploitation et répression des minorités, beauté de la langue américaine, etc., tout cela a trouvé chez nous une diffusion privilégiée à travers le cinéma.(Ils la trouvent encore souvent.) A cause du Code, nos salles de cinéma nous ont proposé le système de valeurs et la morale des financiers (et évêques) américains.2° De plus, ce code a plus ou moins explicitement servi de modèle pour toutes les censures cinématographiques, y compris la nôtre.On le voit louangé et proposé comme modèle dans des documents ecclésiastiques romains (encyclique Vigilanti Cura) qui ont eu une grande influence chez nous.Dans tous les textes justifiant les censures ou les « surveillances » (y compris notre dernière loi sur le cinéma), on retrouve à peu près toujours la même terminologie (public moyen, ordre public et bonnes moeurs, consensus, normalité, etc.).Surtout, et c\u2019est plus grave, on y obéit encore aux mêmes schèmes de pensée: il s\u2019agit encore de couper ou de surveiller la diffusion de ce qui est mauvais ou peut nuire, et cela, Le Manifeste des cinéastes2 Publié à la suite de la campagne de presse menée, au printemps 1971, par Mgr Lavoie et le Père Desmarais, contre les films Pile ou face et Après Ski, le Manifeste des cinéastes révèle une conscience nouvelle dans la façon d\u2019aborder le cinéma et fournit quelques pistes intéressantes pour une nouvelle morale du cinéma.Non pas qu\u2019on y parle beaucoup de morale; au contraire, le mot semble avoir tellement de connotations péjoratives pour les auteurs qu\u2019ils l\u2019évitent autant que faire se peut.Mais ce plaidoyer comporte une série de jugements de valeur et une éthique professionnelle qu\u2019il est intéressant de dégager.1° D\u2019abord, le groupe social à l\u2019origine du manifeste (note pr.1) est ici clairement identifié.Bien entendu, même si l\u2019on sent à quelques reprises une prétention des cinéastes à parler au nom du peuple québécois, il est évident que le manifeste représente les intérêts du groupe des cinéastes avant tout (avec tout ce que cela implique).Mais il est clair que les intérêts de ce groupe particulier correspondent plus à ceux du peuple que les intérêts des Chambres de commerce, des politiciens et des censeurs.2° Le cinéma projeté dans les salles québécoises est ici clairement reconnu comme un instrument de propagande aliénante possédé par des pouvoirs économiques étrangers et servant de paravent culturel à des pouvoirs économiques dominateurs.On y décrit très bien la place occupée par le cinéma dans le rapport de forces qui se 2.Texte publié par Champ libre, Cahiers québécois de cinéma, n° 1, Montréal, Hurtu-bise HMH, 1971, p.77-87.uniquement au niveau des contenus de films, des images surtout.Par exemple, l\u2019article le plus important de notre loi sur le cinéma a trait aux visas par catégorie d\u2019âge, mesure (restrictive) qui se contente de signaler que tel film ne peut nuire à un spectateur de tel âge.Mais rien n\u2019est fait pour promouvoir le bon cinéma et l\u2019on attend toujours la loi-cadre qui ferait disparaître l\u2019immoralité de la distribution et de l\u2019exploitation.rappeler l\u2019orientation fondamentale de la lutte de groupes de femmes québécoises contre la publicité pour enfants: on ne se prononce pas contre les contenus de cette publicité, mais contre le fait même qu\u2019on veut inculquer à de jeunes esprits sans défense une mentalité de consommateurs.Pour une morale globale Aujourd\u2019hui, comme on ne peut plus décemment dresser de listes de choses défendues ou pernicieuses, \u2014 les églises elles-mêmes n\u2019ont plus le pouvoir d\u2019imposer les leurs et la mode est à la tolérance \u2014 on verse dans l\u2019idéologie du pluralisme et de l\u2019amoralisme.Au Bureau de Surveillance, le gouvernement nomme des hommes à l\u2019esprit ouvert, qui vont laisser passer à peu près tout ce qui leur est proposé pour respecter ce pluralisme (et il est heureux qu\u2019il en soit ainsi: personne ne voudrait voir revenir les ciseaux d\u2019antan).Mais ce n\u2019est en fait qu\u2019un supposé pluralisme, car, au niveau de ce qui leur est proposé (ce qui passe en salle donc), on retrouve encore presqu\u2019unique-ment la « morale » des financiers américains (parfois canadiens, ou québécois, ou français, ou Scandinaves, c\u2019est la même chose).L\u2019association avec le clergé est rompue, les formes concrètes et les images ont changé, mais la lame de fond de l\u2019abrutissement et de l\u2019aliénation demeure.Comment s\u2019en sortir ?noue au-dessus du peuple.En demandant la nationalisation (québécoise) des entreprises étrangères, le manifeste affirme la nécessité de l\u2019autodétermination nationale, seule capable de donner sa dignité à notre peuple.En se faisant responsable socialement, le cinéma doit déborder ses propres cadres et s\u2019insérer dans des luttes globales.3° Les attaques contre les « sexploiteurs », le clergé, les gouvernements québécois et fédéral, et « la profession » cinématographique elle-même indiquent un refus radical de laisser définir la morale par un groupe particulier, quel qu\u2019il soit.Plutôt, en tant que phénomène collectif, le cinéma doit voir sa « moralité » et ses règles du jeu définies par la collectivité.C\u2019est alors qu\u2019il servira la collectivité en lui donnant \u201cun reflet d\u2019elle-même qui soit juste, dynamique et stimulant ».Il n\u2019y a donc plus un appel à une morale de type personnel, mais une « exhortation » à une conscience collective engagée.4° Le manifeste invite à considérer le cinéma dans sa globalité plutôt que d\u2019en détacher des parties (contenus de film) sur lesquelles on appliquerait des jugements de moralité ou d\u2019immoralité, alors qu\u2019on laisserait les autres parties (production, publicité, exploitation des salles) au jeu commercial.Pour les auteurs du manifeste, l\u2019immoralité de films comme Pile ou face n\u2019est pas dans les images, ni dans la thèse soutenue, mais dans le fait que les pouvoirs financiers à l\u2019origine du film exploitent le peuple et que les pouvoirs politiques soi-disant responsables de la culture ne réagissent pas.Pareille attitude n\u2019est pas sans On le devine immédiatement, le système de valeurs charriées par le cinéma de ces cinéastes auteurs du manifeste ne sera pas le même que celui développé par le Production Code.C\u2019est même une opposition radicale au cinéma américain traditionnel qui marque la première étape de la bataille.Critique de tous les pouvoirs, ouverture de la chambre à coucher, pornographie, anticléricalisme, volonté de scandale crient très fort cette opposition, ce « refus global ».Et le succès de certains films montre que la population avait besoin de ce cri.Mais la position « anti- » demeure dans le même système de pensée et révèle une même structuration de la conscience.On passe très facilement d\u2019un dogmatisme à un autre, comme on s\u2019en est rendu compte dans plusieurs films.Déjà, cependant, on peut noter les débuts de la construction d\u2019un nouveau système qui articule à la fois l\u2019héritage, le besoin de rupture et l\u2019élaboration de nouveaux projets.De façon plus marquée, cette construction touche les contenus des films (revendication sociale, « opération dignité », participation et solidarité de groupe, responsabilité sociale, intégration de la personnalité, questionnement sur les « vraies natures », libération sexuelle, chaleur humaine, etc.).Mais elle rejoint aussi la présentation même de ces contenus (symbolisme original québécois, recherche formelle) et leur accession au public (circuit parallèle de distribution, respect du consommateur avec des salles comme le Verdi et l\u2019Outremont, avec le Kino Club du Vieux Montréal, etc.).Conscience sociale, responsabilité dynamique, engagement sous toutes ses formes: telle est actuellement la « morale » du cinéma québécois.Il reste à ses spectateurs d\u2019en faire autant.L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de dislinction (tuai HMitn IMPRIMEURS LITHOGRAPHES - STUDIO D'ART 8125, BOUL.SAINT-LAURE'NT MONTRÉAL (351*), QUÉBEC 388-5781 DÉCEMBRE 1972 345 Théâtre: miroir de nos moeurs?par Georges-Henri d\u2019Auteuil Au T.N.M.: le Procès de Jean-Baptiste M.Elle a vraiment bon dos, la Société, comme on dit.Aussi, on cogne dessus avec un évident plaisir.D\u2019autant mieux qu\u2019on sait moins ce que c\u2019est.Est-ce une abstraction pure, une vague idée de l\u2019esprit ?Une puissance ténébreuse et redoutable, un organisme caché de domination et d\u2019exploitation ?Quoi encore ?Peu importe, on sait, du moins on affirme, qu\u2019elle est la cause de de tous nos malheurs.C\u2019est la grande coupable qu\u2019il faut abattre, détruire.Et c\u2019est son procès que justement entreprend Robert Gurik, sous le biais de la pièce que le Théâtre du Nouveau Monde vient de créer: le Procès de Jean-Baptiste M.Symbole du type malchanceux auquel s\u2019accroche la guigne et aussi un dossier judiciaire, ce qui ne l\u2019aide pas, Jean-Baptiste M., bousculé, repoussé, bafoué par des corps sociaux respectables: l\u2019école, la famille, l\u2019armée, la justice, le business, petit et grand, décide de prouver la réalité de son existence à cette Société où il lui semble impossible de s\u2019intégrer malgré son plus ardent désir, et il tue.A la question que nous pose alors l\u2019auteur: qui est coupable, Jean-Baptiste ou la Société ?nous sommes conditionnés par toute la pièce à porter un verdict favorable à Jean-Baptiste M.et à condamner la Société qui a tellement contribué à en faire un déséquilibré mental.Et le tour est joué.Que la Société, une fois de plus, fasse son mea culpa.Mais sur quelles potrines ?Car la Société, c\u2019est tous les hommes qui la composent, vous et moi, et tous ceux qui, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, sont entrés dans la vie de Jean-Baptiste M., ont influencé sa personnalité jusqu\u2019à la gauchir à jamais.Serions-nous donc alors tous acculés, plus ou moins, à la terrible condamnation que proclamait un auteur récent: nous sommes tous des assassins ?On voit assez, par là, combien nos jugements sur la Société doivent être nuancés, sans généralisations hâtives, absolues, irréalistes.Trop de nos appréciations, en ce domaine, tournent facilement à la logomachie ou dévoilent chez nous un esprit anarchique ou fumeux.Et il est vraiment trop facile de faire porter au compte de la Société abstraite nos très concrètes erreurs, vilenies, lâchetés, cruautés et démissions, comme le firent tous les compagnons de route dans la vie de Jean-Baptiste M., tous accusés, comme lui, à des degrés divers, à son procès.Pour défendre la nouvelle pièce de Robert Gurik, Roland Laroche, le metteur en scène, a fait appel à une douzaine de comédiens plutôt jeunes, qui me sont peu connus pour la plupart, sauf Jean-Louis Millette, à la réputation déjà bien assise et qui a campé, surtout dans la seconde partie, un impressionnant Jean-Baptiste M.Dans ce qu\u2019on a appelé drôlement (par antiphrase ?) décor et qui était affreux, le jeu des acteurs a surtout été remarquable par la précision des mouvements et la vivacité de l\u2019interprétation.TJ ne action menée rondement et sans bavure.Du beau travail.Au Théâtre de Quafsous : le Locataire On a parlé d\u2019ambiguïté.Non, c\u2019est très clair.Dans le Locataire, les personnages nagent en pleine perversion.Et l\u2019austère reine Victoria a sans doute secoué ses vieux os dans sa tombe.En effet, Joe Orton, l\u2019auteur de cette pièce, est anglais, et quand un anglais s\u2019émancipe.Des quatre personnages, un seul, le Père, n\u2019est pas foncièrement dépravé.Il sera la victime impuissante des autres.De Sloane, le locataire, jeune gouape, fourbe, voleur, meurtrier; de la logeuse, Catherine, vieille chatte sensuelle; de Eddy, son frère, homosexuel farci de grands principes moraux hypocrites.Il engagera, avec sa sœur, une lutte sauvage pour la conquête et l\u2019exclusive possession du locataire, Sloane.Ce chassé-croisé de violentes passions se termine par un ignoble marché, d\u2019un cynisme à peine soutenable.Une œuvre d\u2019une cruauté morbide, signe évident de notre époque désaxée.Œuvre agressive et impudente qui dévoile les turpitudes honteuses des hommes.Etait-elle bien nécessaire ?Encore une fois, André Brassard a mis en scène cette pièce, sur le plateau du Théâtre de Quat\u2019sous, avec la collaboration d\u2019Hubert Gagnon dans le locataire, ce jeune fauve féroce et lâche à la fois que tâchent d\u2019apprivoiser, chacun à sa manière, Béatrice Picard et Aubert Pallascio.Dans le genre, tous les trois ont fait de « la belle ouvrage ».Contre eux, dans le rôle du Père, Roger Garand a essayé de revendiquer les droits bafoués de la simple honnêteté.Partie perdue d\u2019avance.Au Théâtre d\u2019AujourcPhui : le Roi des Mises à bas prix La boîte la plus cafardeuse de la ville, c\u2019est probablement le Théâtre d\u2019Au'Ourd\u2019hui, rue Papineau, sorte de trou d\u2019ombre qui évoque beaucoup plus les louches manifestations de l\u2019Underground que la Fête colorée, joyeuse ou émouvante, tant vantée de nos jours comme étant la mission même du théâtre.C\u2019est pourtant là que Jean-Claude Germain loge les ébats enthousiastes des Ptis Enfants Laliberté et produit ses œuvres dramatiques.C\u2019est donc là qu\u2019on nous a invités à voir la nouvelle version du Roi des Mises à bas prix, pièce où il n\u2019y a d\u2019ailleurs ni roi, ni vente à prix bas ou haut.Il s\u2019agit de la très banale histoire d\u2019un rejeton de la famille Sansouci qui dialogue, dans une pre- mière partie, avec ses verres de bière à la taverne, puis, chez lui, avec sa télévision, incarnée par une demoiselle en chair et en os.Il ne faut pas exiger trop de cohésion et de suite dans les idées et les propos du personnage de la pièce, interprété par Maurice Gibeau, installé devant sa tablée de verres de bière.Quelques rares gags et grosses farces assaisonnés des vulgaires et classique jurons, chers à nos auteurs qui veulent faire peuple, ne réussissent guère à étoffer un texte assez miteux.\u2014 Quand, sous les traits de Michelle Rossignol, s\u2019introduit dans le jeu Madame Télévision, le langage ne se raffine pas pour autant, mais un semblant de sujet s\u2019élabore, se déroule à peu près normalement et se termine vaille que vaille.\u2014 En dehors de la belle performance des comédiens, on peut noter, sans restriction, la réalisation plastique et technique de l\u2019œuvre, en tout point réussie.C\u2019est du travail fini qui nous porte à penser que la vocation réelle de Germain serait peut-être la mise en scène, où il pourrait exceller.Au Port-Royal: À toi pour toujours, ta Marie Lou Edward Albee a composé une pièce célèbre: Qui a peur de Virginia Woolf?Celle de Michel Tremblay: A toi pour toujours, ta Marie Lou, s\u2019y apparente beaucoup.En plus vulgaire, sans doute, et les thèmes traités sont bien différents, mais, ici aussi, il s\u2019agit d\u2019engueulades pommées d\u2019un mari et de son épouse qui vident avec une sorte de joie sadique leur sac de rancœurs, de dépits, de reproches, d\u2019accusations, d\u2019insultes, en présence de leurs jeunes enfants, qui évoquent, aujourd\u2019hui, après dix ans, ces pénibles scènes.La féroce expression de ces triviales querelles de ménage compensait, chez Léopold et Marie-Louise, pour leur totale impuissance à changer leur misérable vie.Impuissance qui écrase à nouveau leur fille Manon que, pour cela, sa sœur Carmen, qui s\u2019en est libérée, accable, à son tour, de reproches amers.Oeuvre étrangement noire, en dépit du très faible ravon d\u2019espoir que la dernière réplique de Léopold fait sourdre de l\u2019abîme où on nous a plongés.Oeuvre abusive aussi, si on veut présenter le couple odieux de Léopold et Marie-Louise comme vraiment typique et représentatif de nos foyers.Incontestablement des couples de ce genre existent, dont on peut représenter sur scène \u2014 assez facilement d\u2019ailleurs \u2014 le drame poignant.Mais, jusqu\u2019à preuve du contraire, je nie qu\u2019ils soient la norme ordinaire et fatale des couples de chez nous, même dans les milieux dits populaires.En voulant tuer le soi-disant mythe de l\u2019admirable et heureuse famille canadienne, on lui a tout simplement substitué un autre mythe aussi faux, celui de la famille malheureuse.Où est le progrès ?346 RELATIONS N\u2019empêche que cette pièce déprimante de Tremblay a fait ses beaux soirs, sous l\u2019égide de Buissonneau, pendant plusieurs semaines, au Théâtre Port-Royal.Pour de bonnes gens sans problèmes et relativement en paix dans leur ménage, il pouvait être d\u2019un certain intérêt psychologique de voir Lionel Villeneuve, attablé à la taverne, hurler et « sacrer » à tour de bras pour avoir son « beurre de peanut », d\u2019écouter Hélène Loiselle lui répondre avec la même virulence et âpreté, d\u2019entendre les deux sœurs, Luce Guilbault et Rita Lafontaine, se rappeler les mauvais jours de leur enfance.Aucune action.Le triomphe du cri dans le plus pur « jouai », la future langue du travail au Québec libre ! Au Rideau Vert: Knock Même à notre époque des ordinateurs et des voyages réussis à la lune, il y a encore des charlatans et des naïfs indécrottables.On conteste avec aplomb le pape et son enseignement, mais on se laisse enjôler par le premier bonimenteur venu qui lit l\u2019avenir dans la main ou dans le ciel.Voilà pourquoi Knock, la pièce de Jules Romains, créée il y a déjà cinquante ans, est toujours d\u2019actualité.Elle fustige des travers éternels.Cette comédie, qui chante « le triomphe de la médecine », est à l\u2019affiche du deuxième spectacle du Rideau Vert, cette saison, comédie qui a véritablement lancé Jouvet dans le monde du théâtre.Pièce construite sur un personnage unique, le Docteur Knock, entouré d\u2019une constellation pittoresque de types humains divers, proie facile livrée à l\u2019ensorcelleuse médecine.Remplaçant un honnête médecin fort ancien régime, le Docteur Knock, professant que « le bien portant est un malade qui s\u2019ignore », a transformé, en trois mois, le bourg de Saint-Maurice et la région avoisinante en un vaste hôpital de deux cent cinquante lits, distribués en autant de maisons du hameau et sur lesquels gisaient autant de malades obligés de reconnaître et confesser la puissance de la médecine.Situation, on peut le croire, favorable à ur> rendement économique intéressant pour le Docteur Knock et aussi pour le pharmacien Mousquet, dont les affaires périclitaient auparavant.Nouvelle confirmation de la vérité des Saints Livres qui affirment « qu\u2019il n\u2019y a rien de nouveau sous le soleil ! » Cette satire acide et amusante à la fois a été bien défendue sur la scène du Rideau Vert, même si quelques-uns ont paru manquer de relief et de piquant, par une douzaine de comédiens, envoûtés par le Knock de Gérard Poirier, très en forme, d\u2019une parfaite aisance et d\u2019une autorité indiscutable.Comme toujours, Pierre Boucher a été un Docteur Parpalaid juste, simple et naturel, en contraste obligé avec la suffisance, la vantardise, la morgue de son successeur.Le joli décor de Guy Neveu et les costumes à la coupe légèrement vieillotte de François Barbeau contribuaient à donner une ambiance bien appropriée au spectacle.J\u2019ai déjà dit le bien que je pense des spectacles pour enfants, au Rideau Vert.Cette année encore le Chat botté représenté en marionnettes et la fantaisie scénique d\u2019André Cailloux, Frizelis et la Fée Doduche, méritent sûrement les mêmes éloges.Heureux enfants que l\u2019on comble ainsi ! DÉCEMBRE 1972 relations et ses lecteurs L\u2019Eglise et la Québec, 12 octobre 1972.P.Irénée Desrochers, RELATIONS.Cher Père, J\u2019ai lu le dossier de RELATIONS intitulé « Christ sans Eglise ?» (septembre 1972) et je me permets d\u2019exprimer mes premières réactions.Les articles de ce dossier, je les ai aimés: ils expriment ce que, personnellement, je crois être vrai; j\u2019étais de plus heureux de voir des confrères que je connais bien, réaffirmer leur foi en Jésus et en l\u2019Eglise.Que ceci soit clair: je partage leur point de vue.Mais il faut pousser l\u2019analyse beaucoup plus loin.Ces articles font trop appel à l\u2019intelligence justificatrice et pas suffisamment à l\u2019expérience.Ils peuvent même se révéler un instrument dangereux dans la main de prêtres qui ne demandent pas mieux que d\u2019être rassurés.Ces articles n\u2019abordent pas le problème de la non-pratique actuelle; ils ne font que déblayer le terrain.Je m\u2019explique.Je rencontre souvent des non pratiquants, surtout à l\u2019occasion de leur mariage, et je leur sers ce genre de raisonnements.On m\u2019écoute avec beaucoup de sympathie.Les convictions trop faciles sont vite ébranlées.On tombe en partie d\u2019accord avec moi et, pourtant, on ne pratique pas davantage par après, on reste en dehors de toute Eglise visible.C\u2019est ce qui me fait dire que ma logique ne rejoint pas suffisamment leur expérience.Il y a plus.Un pratiquant, à qui j\u2019exposais cette théorie et qui m\u2019écoutait avec beaucoup d\u2019attention, a fini par m\u2019avouer: « Si j\u2019étais conséquent avec ce que tu dis et avec ce que moi-même je crois, je devrais cesser de pratiquer.» L\u2019Eglise que ie lui décrivais aurait dû le forcer à quitter l\u2019Eglise dans laquelle il vivait, pour lui faire chercher ou créer une autre Eglise.Qu\u2019il faille pousser l\u2019analyse beaucoup plus loin me semble évident.Les orientations que je propose me paraissent cependant beaucoup plus contestables.Jésus-Christ Il y a Jésus-Christ; il y a la communauté (Eglise) de Jésus-Christ.« Je suppose ici, bien sûr, que nous parlons de part et d\u2019autre du même fils de Dieu fait homme, sauveur de l\u2019univers, et non d\u2019un simple Jésus-grand-prophète, voire le plus grand de tous les prophètes » (Jacques Chênevert).Eh bien ! non, nous ne parlons pas du même Jésus, fils de Dieu fait homme, sauveur de l\u2019univers (l\u2019univers a-t-il seulement besoin d\u2019être sauvé ?) ! Un prophète, oui ! mais pas nécessairement le plus grand.Un prophète au même titre que Bouddha, Gandhi, Che Guevara.Si on se rattache à Jésus, c\u2019est qu\u2019on est né dans un milieu chrétien.Né ailleurs, on suivrait Mahomet.Questionnez-les sur pratique la résurrection du Christ et ils tombent des nues.C\u2019est un vieux problème, autrefois connu, mais depuis longtemps oublié.Il faut leur rappeler de l\u2019extérieur que la mort-résurrection du Christ est au cœur du mystère chrétien.Au mieux croient-ils en une survie naturelle qui n\u2019exige aucune intervention spéciale de Dieu.Aussi, quand on parle d\u2019Eglise, on ne se comprend plus.L\u2019Eglise est un parti comme un autre, et ne peut-on pas être marxiste sans adhérer au parti communiste ?Dans cette optique, comment l\u2019eucharistie pourrait-elle être autre chose qu\u2019une réunion fraternelle ?Aussi la première attaque pastorale ne consiste-t-elle pas à parler de l\u2019Eglise (elle est en dehors de la course) ou de la pratique culturelle ou de l\u2019oecuménisme (problème, à leurs yeux, inexistant), mais à parler de Jésus-Christ.Il y a deux voies.La première: annoncer Jésus, son message, sa personne.La seconde me semble tout aussi nécessaire: partir de la connaissance que le non-pratiquant possède déjà de Jésus et le forcer à l\u2019approfondir.Très tôt, me semble-t-il, il réalisera que Jésus a des exigences humainement inacceptables et il sera amené à faire le choix de la foi inconditionnée ou du rejet.Tel a été le choix du peuple juif et des apôtres; tel sera le leur.L\u2019Église L\u2019Eglise, les articles du dossier la décrivent comme la communauté de ceux qui vivent ensemble leur foi en Jésus.Ceux qui voient en Jésus plus qu\u2019un homme en arrivent assez facilement à croire à la nécessité d\u2019une Eglise, et les articles de RELATIONS peuvent les aider à approfondir leur foi.Mais la difficulté, pour les non-pratiquants, est la suivante: ils ne trouvent nulle part cette communauté où ils se sentent en communion.Je sais bien qu\u2019on peut les réfuter, mais tout cela est inutile tant qu\u2019ils n\u2019auront pas fait l\u2019expérience d\u2019une communauté où ils recontrent Jésus-Christ.Ou les non-pratiquants retrouveront au sein de l\u2019Eglise-institution ces communautés qu\u2019ils cherchent, ou ils resteront en dehors, soit pour vivre leur foi en solitaires \u2014 et pour combien de temps ?\u2014, soit pour créer à côté de PEglise-institution de vraies communautés, avec tout le danger que comporte la multiplication des sectes.L\u2019enjeu est à ce point sérieux.Que faire ?Je suggère quelques voies; il y en a d\u2019autres.1° D\u2019abord, si nous aimons l\u2019Eglise-institu-tion, il faut lui résister ouvertement dans tout ce .qu\u2019elle a de non évangélique et, par le fait même, d\u2019à juste titre rebutant pour les non-pratiquants.On peut aimer quelqu\u2019un en dénonçant ses erreurs.Il faut distinguer ce qu\u2019il y a de cu'turel de ce qu\u2019il y a d\u2019évangélique dans l\u2019Eglise, et refuser 347 à l\u2019Eglise d\u2019imposer une culture au nom de l\u2019évangile.Ici, les points à mettre en lumière seraient trop nombreux; j\u2019en signale simplement deux.Peut-on accepter que la délégation apostolique à Ottawa possède un des châteaux de la ville ?Peut-on accepter que le cardinal Roy s\u2019occupe de « Justice et Paix » à Rome et refuse de se compromettre au sujet de la réunion des chrétiens solidaires des peuples vietnamien, laotien et cambodgien ?N\u2019est-ce pas de justice et de paix qu\u2019il est ici question ?Et cela, non pas à Rome, mais dans son propre diocèse.L\u2019Eglise-institution, ce n\u2019est pas la hiérarchie, c\u2019est aussi la foule des pratiquants.Le peuple de Dieu a l\u2019autorité qu\u2019il mérite.Bien sûr, l\u2019Eglise est une Eglise de pécheurs, mais encore faut-il, à certains jours, dénoncer son péché ! Je connais des pratiquants qui sont dans leurs petits souliers de se voir confondus avec une certaine Eglise, de se voir assimilés à certains autres pratiquants.Peut-on les en blâmer ?Ils pratiquent, mais pour combien de temps encore ?Si nous aimons l\u2019Eglise, il faut parler.Certains d\u2019entre nous croient tellement en l\u2019Eglise de Jésus qu\u2019ils y demeurent malgré l\u2019institution; ils auraient envie de crier leur adhésion presque désespérée avec les mots de saint Pierre: « Où irions-nous ?tu as les paroles de la vie éternelle ! » Sur ce point, il faut agir, et vite.Enlevons l\u2019obstacle.Mais là n\u2019est pas l\u2019essentiel et, une fois l\u2019obstacle enlevé, il n\u2019est pas sûr que les non-pratiquants se trouveront chez eux dans notre Eglise.2° Le second point me semble être de tenter des expériences d\u2019Eglise les plus diversifiées possible, et de prendre le risque de possibles erreurs.Ici, pas de théorie.Il faut vivre, et réfléchir sur le vécu.On juge l\u2019arbre à ses fruits.Enlevons la parole aux théologiens pour la donner à ceux qui ont eu le courage de tenter des expériences \u2014 et tant mieux s\u2019ils sont aussi des théologiens ! Un congrès de théologie sociale vient d\u2019avoir lieu, à Québec.Le climat général y fut à l\u2019ennui.Les seuls hommes qui ont réussi à réveiller l\u2019intérêt furent les hommes qui ont parlé d\u2019expérience \u2014 e.g.Mgr Lavoie, Mgr Bélanger.Les autres énonçaient de belles (?) théories, mais qui ne rejoignaient pas les vrais problèmes.De ce congrès, les jeunes étaient absents, Dieu merci ! car ils se seraient dégoûtés encore davantage de l\u2019Eglise.Bref, il ne s\u2019agit pas tellement de parler de l\u2019essence de la communauté ou de l\u2019Eglise, mais de tenter des expériences d\u2019Eglise et de s\u2019en servir.3° Le troisième point semblera dur, sans nuance: il faut demander aux prêtres de se taire, car ils n\u2019ont pas d\u2019expérience de communauté, ils n\u2019ont que des théories.Qu\u2019ils commencent par faire des expériences; ensuite, ils nous en parleront.Autrement, la nouvelle Eglise naîtra sans eux.C\u2019est sans nuance, mais c\u2019est ma conviction profonde.Je m\u2019explique.« Un chrétien, pas de chrétien », disait Augustin.Et Julien Harvey d\u2019ajouter: « Sans rencontre de Jésus-Christ dans la célébration communautaire, les autres dimensions essentielles de la vie chrétienne se dessèchent.» Soyons honnêtes.C\u2019est tout le contraire que vivent de nombreux prêtres, eux qui avouent rencontrer davantage Jésus-Christ quand ils célèbrent seuls la^ messe ! Est-ce à dire que la communauté physiquement présente ne réussit pas à les empêcher de rencontrer Jésus-Christ ?Nous voulons bien être le prêtre d\u2019une communauté, mais avons-nous besoin, comme simples chrétiens, d\u2019une communauté ?Que font les prêtres retirés quand ils ne trouvent pas un groupe de sœurs pour dire leur messe ?Recherchent-ils une communauté pour prier ?Durant nos vacances, sentons-nous le besoin de « rencontrer Jésus-Christ dans la célébration communautaire » ?Et le prêtre qui ressent ce besoin trouve-t-il un lieu qui réponde à ses aspirations ?Jacques Chênevert affirme que la foi est toujours transmise par une Eglise.Tout le monde est d\u2019accord.Là n\u2019est pas le problème.Est-ce qu\u2019actuellement cette foi, reçue de l\u2019Eglise, j\u2019ai besoin de la vivre en Eglise ?Chacun reçoit la vie de ses parents; est-ce une raison pour ne pas couper le cordon ombilical ?J\u2019aimerais que chacun des théologiens qui ont préparé le dossier me dise si, actuellement, il a besoin d\u2019une communauté rassemblée pour vivre sa foi au Christ et, si oui, de quel genre de communauté il s\u2019agit, quel y est le rythme des rencontres (hebdomadaires?), etc.Pour le dire clairement, le problème de la foi et de la pratique, chez nous, est d\u2019abord un problème du clergé.Vivons des valeurs et nous pourrons en parler pertinemment.Le prêtre est un adulte qui n\u2019a pas besoin de communauté pour lui, même s\u2019il veut bien en animer une.Pourquoi refuse-t-il à d\u2019autres le même privilège ?Tout cela manque de nuances.RELATIONS a abordé le problème de l\u2019Eglise et de la pratique.C\u2019est une première étape, et pas trop compromettante pour RELATIONS, mais qui peut l\u2019être pour l\u2019Eglise, car elle peut pacifier à peu de frais.Il y a une deuxième étape à entreprendre, dangereuse celle-là pour ceux qui se mouillent.RELATIONS aura-t-elle le courage du risque ?Aimera-t-elle assez l\u2019Eglise pour perdre sa vie ?Qui perd sa vie la trouvera.Sans rancune.Jacques Saint-Aubin, S.J.Université Laval, Québec.OUVRAGES REÇUS Pour les jeunes.- Bernard Clavel: La Maison du Canard bleu.\u2014 COLLECTION «FARAN- DOLE»: Mon premier alphabet.- Martine, petit rat de l\u2019opéra.- Le loup qui mangeait de la salade.\u2014 Liliane et Fred Funken: L\u2019uniforme et les armes des soldats de la guerre 1939-1945.\u2014 Sandra Jayat: Kourako.\u2014 Alain Grée et collaborateurs: Acti-pile.- L\u2019Espace.- Le Livre-jeux des voiliers (12 jeux éducatifs d\u2019observation, d\u2019association et de parcours).- 1000 questions, 1000 réponses.- Petit Torn et les animaux familiers.\u2014 Jacqueline Ost: Comment fait-on le café ?- Comment fait-on le pain ?- Comment fait-on le sucre ?- Comment fait-on le vin ?\u2014 Charles Perrault: La Belle au bois dormant.\u2014 Paul Simon: Oiseaux du monde.- Tous albums illustrés.\u2014 Tournai, Casterman, 1972.OUVRAGES REÇUS Archambault, Gilles: Enfances lointaines.Nouvelles.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1972, 121 pp.Assiniwi, Bernard: A l\u2019indiene.\u2014 Montréal, Le-méac/Ici Radio-Canada, 1972, 207 pp.Baumhauer, Otto: Le préjugé de la conscience.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1972, 191 pp.Barriault, Yvette: Mythes et rites chez les Indiens montagnais.\u2014 Québec, la Société historique de la Côte Nord, 1972, 165 pp.Centre canadien de droit comparé: Travaux du neuvième colloque international de droit comparé (Ottawa, 7-9 septembre 1971).\u2014 Ottawa, Ed.de l\u2019Un.d\u2019Ottawa, 1972, 304 pp.Clever, Gleen: Selected Stories of Duncan Campbell Scott.\u2014 Ottawa, Un.of Ottawa Press, 1972, 135 pp.Clifford, Francis: Un soir à Evensham.Roman.\u2014 Tournai, Casterman, 1972, 256 pp.David, Placide: Sur les rives du passé.Choses de Saint-Domingue.\u2014 Montréal, Leméac, 1972 199 pp.de Bellefeuille, Pierre, Pontaut, Alain et collaborateurs: La Bataille du livre au Qnébec.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 139 pp.de Vienne, Lucie: La Dyslexie.Physiothérapie audio-laryngée.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 204 pp.Dossiers du Cinéma.Films 2.\u2014 Tournai, Casterman, 1972.En collaboration : Conflits familiaux, consultation familiale.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1972, 99 pp.En collaboration : La capacité politique de la jeunesse.\u2014 Lyon, Ed.du Chalet, 1972, 111 pp.Ferguson, Jean: Tout sur les soucoupes volantes.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 259 pp.Firestone, O.J.: Economie Growth Reassessed.\u2014 Ottawa, Ed.de l\u2019Un.d\u2019Ottawa, 1972, 248 pp.Flamand, Jacques: Le sexe et la personne.Approche personnaliste.\u2014 Toulouse, Ed.Privât, 1972, 111 pp.Godbout, Arthur: L\u2019Origine des écoles françaises dans l\u2019Ontario.\u2014 Ottawa, Ed.de l\u2019Un.d\u2019Ottawa, 1972, 183 pp.Gurik, Robert: Le Procès de Jean-Baptiste M.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 93 pp.Keith, Dr.V.: Design and Analysis in Experimentation.\u2014 Ottawa, Un.of Ottawa Press, 1972, 300 pp.rence de la Paix de 1919.Gestation d\u2019une technocratie en politique internationale.\u2014 Ottawa, Ed de l\u2019Un.d\u2019Ottawa, 1972, 227 pp.Kouznetsov, Boris: La science de l\u2019an 2000.Col « Marabout-Université », 227.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1972, 245 pp.Lamarche, Gustave: Oeuvres poétiques.I: Poèmes du Nombre et de la Vie, Impropères.II: Odes et Poèmes, Enumération des étoiles, Palinods.\u2014 Oeuvres théâtrales.I: Théâtre varié.II: Théâtre biblique.Col.« Vie des Lettres canadiennes » œuvres, 6-7, 1-2.\u2014 Québec, PUL, 1972 et 1971, 315, 412, 572 et 538 pp.Langevin, André: L\u2019Elan d\u2019Amérique.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1972.239 pp.Leclercq, Jacques: Documents autobiographiques présentés par Jean Ladrière et Eugène Collard.\u2014 Tournai, Casterman, 1972, 175 pp.Maugey, Axel: Poésie et Société au Québec (1937-1970).Col.« Vie des Lettres canadiennes », 9.\u2014 Québec, PUL, 1972, 290 pp.Morrissette, Hugues: Les conditions du développement agricole au Québec.\u2014 Québec, PUL, 1972, 173 pp.Neuvel, Jean: Les chemins de la parole.2: Voix et sonorités.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 222 pp.Pilon, Jean-Guy: Silences pour une souveraine.\u2014 Ottawa, Ed.de l\u2019Un.d\u2019Ottawa, 1972, 51 pp.Ragon, Michel: Histoire mondiale de l\u2019architecture et de l\u2019urbanisme modernes.2: Pratiques et méthodes, 1911-1971.\u2014 Tournai, Casterman, 469 pp.Reid, Malcolm:\tThe Shouting Signpainters.A Literary and Political Account of Quebec Revolutionary Nationalism.\u2014 Toronto, McClelland and Stewart Ltd., 1972, 315 pp.Sauvy, Alfred: De Paul Reynaud à Charles de Gaulle.Un économiste face aux hommes politiques, 1934-1967.\u2014 Tournai, Casterman, 1972, 216 pp.Séguin, Robert-Lionel: Les ustensiles en Nouvelle-France.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 143 pp.Territoires de l\u2019inquiétude.Histoires singulières.19 récits inédits.\u2014 Tournai, Casterman, 1972, 337 pp.348 RELATIONS relations-TABLES DE L\u2019ANNÉE 1972 - 32e année, numéros 367-377 I.AUTEURS ARCHAMBAULT, J.-M.\u2014 Une nouvelle figure du prêtre: 240.ARES, R.\u2014 Le combat de Claude Castonguay: 36.\u2014\tCanada-Québec \u2014 Options politiques et constitutionnelles: 67.\u2014\tLe Québec et le Canada: 114.\u2014\tFrancophones et anglophones au Canada: 170.\u2014\tLe Quebec et son « visage français »: 203.\u2014\tComposition linguistique des 24 comtés fédéraux de la zone de Montréal: 232.\u2014\tLa montée des « autres »: 149%: 282.BA1LLARGEON, G.\u2014 CTVO: la Coopérative de télévision de l\u2019Outaouais: 280.BEAUBIEN, I.\u2014 Vingt ans de travail pour l\u2019unité chrétienne: 54.BEAUDRY, A.\u2014 L\u2019Ulster à feu et à sang : 40.\u2014\tLe pouvoir étudiant aux enfers: 118.BELEC, P.\u2014 Le loisir au Québec: 212.BOURGAULT, R.\u2014 Le chercheur et sa passion: 54.BOURGEAULT, G.\u2014 Le Rapport Dumont: Pour aider à aller plus loin: 3.\u2014\tLe Rapport Dumont: quelques questions posées à nos paroisses: 82.\u2014\tUn réseau qui se bâtit.: 142.\u2014\tLe dimanche: fête de la liberté ou précepte de la servitude ?: 184.\u2014\tFidélité conjugale et divorce (bibliographie) : 189.\u2014\tEglise d\u2019ici \u2014 Nouveaux modes d\u2019action pastorale: 206.\u2014\tParoles dures à entendre, mais .: 268.\u2014\tL\u2019Eglise: réalité politique ?: 296.\u2014\tL\u2019évolution de la conscience morale au Québec (liminaire): 323.\u2014\tLe personnalisme .et après .\u2014 certitudes et incertitudes de la conscience contemporaine: 324.CAMPEAU, L.\u2014 Histoire de l\u2019Eglise au Québec (1608-1970): 112.\u2014\tL\u2019Eglise: communion ou administration ?: 146.CARDIN, J.-R.\u2014 CSN-FTQ-CEQ: un front commun face au gouvernement du Québec (interv.): 99.\u2014\tLes syndicats et l\u2019action politique (interv.): 291.CARRIER, H.\u2014 L\u2019école et la liberté: 306.CHAMPAGNE, R.\u2014 Lettre à Jacques Normand: 121.\u2014\tMarx et/ou Jésus (II) : 139.\u2014\tDe la confiance aux ancêtres et de la futurologie: 253.\u2014\tLa ciguë pour Socrate ?le ministère de l\u2019Education et l\u2019enseignement de la philosophie: 308.\u2014\tUne journée dans l\u2019histoire de la conscience \u2014 ou le Québec à l\u2019heure de la Conscience III ?: 335.CHENEVERT, J.\u2014 Une église à rapatrier: 6.\u2014\tLe deuxième temps du Rapport Dumont: 110.\u2014\tEspérance et conflit dans l\u2019Eglise: Le manifeste des 33 théologiens: 168.\u2014\tChrist sans Eglise ?: 234.\u2014\tMorale et Eglise en changement: 338.CORBEIL, M.\u2014 Les loisirs familiaux: une expérience d\u2019éducation sociale et culturelle: 174.CUSSON, G.\u2014 Après tant de délestages .: 28.d\u2019AUTEUIL, G.-H.\u2014 Théâtre: 61, 93, 117, 156, 186, 222, 314, 346.DESROCHERS, I.\u2014 Les Mouvements d\u2019Action catholique spécialisés par milieux sociaux: 14.\u2014\tLa position « québécoise » dans le Rapport Dumont: 25.\u2014\tLe droit du Québec à l\u2019autodétermination: 163.\u2014\tLa CSN, l\u2019action politique et l\u2019unité (Edit.) : 195.\u2014\tLa juste répartition des revenus croissants: 227.DIONNE, R.\u2014 Littérature: 56, 122, 157, 218, 252, 285.DUMONT, F.\u2014 Est-ce la fin de notre question nationale ?: 172.ACTION CATHOLIQUE.\u2014 Les Mouvements d\u2019\u2014 spécialisés par milieux sociaux, I.D.: 14.\u2014\tHistoire de 1\u2019\u2014, J.-P.L.: 111.ACTION POLITIQUE.\u2014 V.Chili, Politique sociale, Syndicalisme.AUTODETERMINATION.\u2014 Le droit du Québec à l\u2019\u2014, I.D.: 163.AVORTEMENT.\u2014 L\u2019\u2014 sur demande: des chiffres et des faits, M.M.: 242.\u2014\tCet enfant que sa mère refuse ., M.M.: 276.\u2014\t« Nos ventres sont à nous », M.M.: 299.BERRIGAN.\u2014 Les \u2014 ou la violence des symboles, J .H.: 80.BILL 10.\u2014 Justice pour tous ?le \u2014 et les cliniques juridiques, M.D.: 131.DUSSAULT, G.\u2014 La dernière chance: 75.\u2014\tLa religion de l\u2019ordre .et après ?\u2014 aperçus sur la morale québécoise de 1900: 330.DUSSAULT, M.\u2014 Le débat Vallières-Gagnon: 44.\u2014\tJustice pour tous ?le bill 10 et les cliniques juridiques: 131.FAVREAU, L.\u2014 La participation des travailleurs dans l\u2019entreprise: l\u2019exemple de Montero: 199.\u2014\tL\u2019organisation politique des travailleurs: l\u2019expérience du MAPU : 200.FORTIN, P.\u2014 Méditation: 13, 56, 84, 156, 186, 247, 279, 303.HARVEY, J.\u2014 Le Rapport Dumont: Mode d\u2019emploi à l\u2019usage des paroisses et des groupes chrétiens: 16.\u2014\tChantier 72:\tDonner le goût de la liberté (Edit.): 34.\u2014\tLes Berrigan ou la violence des symboles: 80.\u2014\tL\u2019évolution de l\u2019autorité dans l\u2019Eglise: 104.\u2014\tNotre crise de la pratique chrétienne: 236.\u2014\tLe Partage .et les élections: 259.\u2014\tLa réforme des ministères et la femme dans l\u2019Eglise: 304.\u2014\tMorale nouvelle, morale biblique ?: 328.\u2014\tDeux morales USA: 337.LABELLE, J.-P.\u2014 Histoire de l\u2019Action catholique: 111.LAGRENADE, P.\u2014 L\u2019organisation dans les quartiers populaires: 201.LAMARCHE, P.\u2014 Le conflit à l\u2019Institut Albert-Prévost \u2014 L\u2019historique du conflit: 209.LANGEVIN, G.\u2014 Unité chrétienne et eucharistie: 51.\u2014\tOecuménisme 1972: Un diagnostic: 88.LeBLANC, C.Y.\u2014 Les intellectuels de la Chine nouvelle: 77.LEVER, Y.\u2014 Cinéma: 60, 86, 125, 153, 188, 216, 284, 316, 344.LUCIER, P.\u2014 Foi, mission et culture: 19.MARCOTTE, M.\u2014 Les couples irréguliers dans l\u2019Eglise: 46.\u2014\tL\u2019Eglise et l\u2019échec matrimonial: 69.\u2014\tL\u2019Eglise et le mariage civil: 148.\u2014\tAmour, attente et sacrifice: 181.\u2014\tL\u2019avortement sur demande: des chiffres et des faits: 242.\u2014\tCet enfant que sa nière refuse .: 276.\u2014\t« Nos ventres sont à nous » : 299.MARCOTTE, R.\u2014 Au CEGEP: un goût de vivre ?: 310.PAIEMENT, G.\u2014 Le renouveau communautaire: 22.PELLAND, G.\u2014 La pratique religieuse dans l\u2019Eglise ancienne: 238.PELLETIER, M.\u2014 Le contrôle des universités québécoises: 106.\u2014\tLe conflit à l\u2019Institut Albert-Prévost \u2014 Asile-prison vs hôpital: 208.POULIN, G.\u2014 Littérature: 90, 154, 249, 312, 341.POULIN, P.\u2014 L\u2019Acadien à la recherche d\u2019une Acadie: 135.ROBACK, L.\u2014 Les syndicats et l\u2019action politique (interv.): 291.ROBERGE, G.\u2014 Eglise indienne: 266.ROBITAILLE, G.\u2014 Un contestataire pas comme les autres: Claude Brunet: 218.SAINT-AUBIN, J.\u2014 L\u2019Eglise et la pratique (lettre) : 347.TINH, Tran tam \u2014 L\u2019Eglise du Vietnam face à la guerre de libération: 270.VAILLANCOURT, Y.\u2014 Les chrétiens et l\u2019engagement socio-politique: 10.\u2014\tLes politisés chrétiens et la libération: 141.\u2014\tLe Congrès de Santiago: 176.\u2014\tPourquoi s\u2019intéresser au Chili ?: 198.\u2014\tLe Chili .deux ans après: 261.WALD, G.\u2014 Les catholiques au Vietnam: 274.BILINGUISME.\u2014 Le Québec et le Canada, R.A.: 114.\u2014\tFrancophones et anglophones au Canada, R.A.: 170.CANADA.\u2014 Canada-Québec \u2014 Options politiques et constitutionnelles, R.A.: 67.\u2014\tLe Québec et le \u2014, R.A.: 114.\u2014\tV.Acadie, Bilinguisme, Recensement 1971.CASTONGUAY.\u2014 Le combat de Claude \u2014, R.A.: 36.CHANTIER 72.\u2014 \u2014: Donner le goût de la liberté (Edit.), J.H.: 34.CHILI.\u2014 Le Congrès de Santiago, Y.V.: 176.\u2014\tPourquoi s\u2019intéresser au \u2014?, Y.V.: 198.\u2014\tLa participation des travailleurs dans l\u2019entreprise: l\u2019exemple de Montero, L.F.: 199.\u2014\tL\u2019organisation politique des travailleurs: l\u2019expérience du MAPU, L.F.: 200.\u2014\tL\u2019organisation dans les quartiers populaires, P.Lagrenade: 201.\u2014\tLe \u2014.deux ans après, Y.V.: 261.CHINE.\u2014 Les intellectuels de la \u2014 nouvelle, C.Y.LeB.: 77.CINEMA.\u2014 « On est loin du soleil » (Jacques Leduc), Y.L.: 60.\u2014\t«Tranquillement, pas vite» (Guy Côté), Y.L.: 86.\u2014\tIntéressant ou kétaine, le cinéma québécois est bien vivant, Y.L.: 125.\u2014\tFlics et salauds \u2014 les policiers au cinéma, Y.L.: 153.\u2014\t«Les Smattes » (Jean-Paul Labrecque), Y.L.: 188.\u2014\tS\u2019inventer de nouveaux regards, Y.L.: 216.\u2014\tMourir pour rien ., Y.L.: 284.\u2014\tCinéma de campagne ., Y.L.: 316.\u2014\tLa morale des autres.et la nôtre: 344.CONSTITUTION CANADIENNE.\u2014 V.Canada, Nationalisme.CSN.\u2014 V.Syndicalisme.CTVO.\u2014 \u2014: la Coopérative de télévision de l\u2019Outaouais, G.Baillargeon: 280.CULTURE.\u2014 Foi, mission et \u2014, P.Lucier: 19.DEMOGRAPHIE.\u2014 V.Recensement 1971.DIMANCHE.\u2014 Le \u2014: fête de la liberté ou précepte de la servitude ?, G.B.: 184.DIVORCE.\u2014 Fidélité conjugale et \u2014 (bibliographie), G.B.: 189.\u2014\tV.Mariage.EDUCATION.\u2014 Les loisirs familiaux: une expérience d\u2019\u2014 sociale et culturelle, M.C.: 174.\u2014\tAmour, attente et sacrifice, M.M.: 181.\u2014\tL\u2019école et la liberté, H.C.: 306.\u2014\tLa ciguë pour Socrate ?le ministère de 1\u2019\u2014 et l\u2019enseignement de la philosophie, R.C.: 308.\u2014\tV.Etudiants, Universités.EGLISE.\u2014 L\u2019évolution de l\u2019autorité dans 1\u2019\u2014, J.H.: 104.\u2014\tL\u2019\u2014:\tcommunion ou administration?, L.C.: 146.\u2014\tEspérance et conflit dans 1\u2019\u2014: le manifeste des 33 théologiens, J.C.: 168.-d\u2019ici \u2014 Nouveaux modes d\u2019action pastorale, G.B.: 206.\u2014\tChrist sans \u2014 ?, J.C.: 234.\u2014\tNotre crise de la pratique chrétienne, J.H.: 236.\u2014\tLa pratique religieuse dans 1\u2019\u2014 ancienne, G.Pelland: 238.\u2014\tUne nouvelle figure du prêtre, J.-M.A.: 240.\u2014\tParoles dures à entendre, mais ., G.B.: 268.\u2014\tL\u2019\u2014: réalité politique ?, G.B.: 296.\u2014\tLa réforme des ministères et la femme dans 15\u2014, J.H.: 304.\u2014\tMorale et \u2014 en changement, J.C.: 338.\u2014\tL\u2019\u2014 et la pratique, J.S.-A.: 347.\u2014\tV.Foi chrétienne, Inde, Mariage, Rapport Dumont, Vietnam.ELECTIONS FEDERALES.\u2014 Le Partage .et les élections, J.H.: 259.ETUDIANTS.\u2014 Le pouvoir étudiant aux enfers, A.B.: 118.\u2014\tAu CEGEP: un goût de vivre ?, R.M.: 310.FAMILLE.\u2014\u2022 Les loisirs familiaux: une expérience d\u2019éducation sociale et culturelle, M.C.: 174.FOI CHRETIENNE.\u2014 Foi, mission et culture, P.Lucier: 19.\u2014\tChantier 72:\tDonner le goût de la liberté (Edit.), J.H.: 34.\u2014\tLes Berrigan ou la violence des symboles, J.H.: 80.\u2014\tLes politisés chrétiens et la libération, Y.V.: 141.\u2014\tUn réseau qui se bâtit., G.B.: 142.\u2014\tUn contestataire pas comme les autres: Claude Brunet, G.Robitaille: 218.\u2014\tChrist sans Eglise ?, J.C.: 234.\u2014\tNotre crise de la pratique chrétienne, J.H.: 236.\u2014\tLa pratique religieuse dans l\u2019Eglise ancienne, G.Pelland: 238.\u2014\tV.Eglise, Morale, Socialisme.FUTUROLÔGIE.\u2014 De la confiance aux ancêtres et de la \u2014, R.C.: 253.INDE.\u2014 Eglise indienne, G.Roberge : 266.IRLANDE.\u2014 L\u2019Ulster à feu et à sang, A.B.: 40.INSTITUT ALBERT-PREVOST.\u2014 Le conflit à 1\u2019\u2014 \u2014 Asile-prison vs hôpital, M.P.: 208.\u2014\tL\u2019historique du conflit, P.Lamarche: 209.JACQUES NORMAND.\u2014 Lettre à \u2014, R.C.: 121.JUSTICE.\u2014 \u2014 pour tous ?le bill 10 et les cliniques juridiques, M.D.: 131.\u2014\tV.Politique sociale.LANGUES.\u2014 V.Recensement 1971.LIBERATION.\u2014 V.Foi chrétienne, Morale, Politique sociale.LITTERATURE.\u2014 Sur les voies de notre poésie, II, III, IV, R.D.: 56, 122, 157.\u2014\tLa Famille au rouet, G.Poulin: 90.\u2014\tUn roman piégé, G.Poulin: 154.\u2014\tDe la castration à l\u2019incontinence, les premiers romans de Victor-Lévy Beaulieu, G.Poulin: 249.II.MATIÈRES ACADIE.\u2014 L\u2019Acadien à la recherche d\u2019une \u2014, P.P.: 135.DECEMBRE 1972 349 \u2014\tEtudes de littérature québécoise, 1, 2, 3, R.D.: 21e, 252, 285.\u2014\tFoiie ou myticisme ?, G.Poulin: 312.\u2014\tLa conscience incertaine d\u2019un «pays incertain», G.P.: 341.LOIS!R.\u2014 Le \u2014 au Québec, P.B.: 212.\u2014\tV.Famille.MA RI AG b.\u2014 Les couples irréguliers dans l\u2019Eglise, M.M.: 46.\u2014\tL\u2019tgiise et l\u2019échec matrimonial, M.M.: 69.\u2014\tL\u2019tgùse et le \u2014 civil, M.M.: 148.\u2014\tFidelité conjugale et divorce (bibliographie), MARXISME\u2019.\u2014 Marx et/ou Jésus (II), R.C.: 139.MEDITATION.\u2014 La période merveilleuse, P.F.: 13.\u2014\tLe climat joyeux de ma course, P.F.: 56.\u2014\tLes enfants de lumière, P.F.: 84.\u2014\tNotie-uame ue Lumicie, P.F.: 156.\u2014\tC est écrit ., P.F.: 1bb.\u2014\tSource de joie, P.F.: 247.\u2014\tMaintenant et toujours, P.F.: 279.\u2014\tL\u2019age d\u2019or des saisons, P.F.: 303.MON! REAL.\u2014 Composition linguistique des 24 comtes fédéraux ae la zone de \u2014, R.A.: 232.\u2014\tLa montée des «autres»: 149%, R.A.: 282.MOKALt, tT CHANGEMENT (No spécial: L\u2019évolution de la conscience moraie au Québec).\u2014\tDévolution de la conscience mora.e au Québec (nminane), G.B.: 323.\u2014\tLe peisonnansme.et au delà.\u2014 certitudes et incertitudes de la conscience contemporaine, G.B.: 324.\u2014\tMoraie nouvelle, morale biblique ?: 328.\u2014\tLa reùgion de l\u2019ordre .et après .\u2014 aperçus sur la morale québécoise de 1900, G.D.: 330.\u2014\tUne journée dans l\u2019histoire de la conscience \u2014 ou le Québec à l\u2019heure de la Conscience III ?: R.C.: 335.\u2014\tDeux morales USA, J.H.: 337.\u2014\tMorale et Eglise en changement, J.C.: 338.\u2014\tLa conscience incertaine u\u2019un « pays incertain * \u2014 le roman québécois en 1972, G.P.: 341.\u2014\tLa moraie des autres.et la nôtre \u2014 du Froduction Code au Manifeste de l'Association professionnelle des cinéastes du Québec, Y.L.: 344.\u2014\tThéâtre: miroir de nos mœurs ?G.-H.d\u2019A.: 346.MORALE.\u2014 V.Avortement, Education, Foi chrétienne, Mariage.NATIONALISME.\u2014 Canada-Québec \u2014 Options politiques et constitutionnelles, R.A.: 67.\u2014\tEst-ce la fin de notre quesion naionale ?, F.D.: 172.OECUMENISME.\u2014 Unié chrétienne et eucharistie, G.L.: 51.\u2014\tVingt ans de travail pour l\u2019unité chrétienne, l.B, : 54.- 1972: Un diagnostic, G.L.: 88.POLITIQUE INTERNATIONALE.\u2014 V.Chili, Chine, Inde, Ir.anUe, Vietnam.POLITIQUE QUEBECOISE.\u2014 Le débat Vallières-Gagnon, M.D.: 44.\u2014\tV.Québec, Politique sociale.POLITiQUE SOCIALE.\u2014 Les chrétiens et l\u2019engagement socio-po.itique, Y.V.: 10.\u2014\tLe combat de Claude Castongguay, R.A.: 36.\u2014\tLa juste répartition des revenus croissants, I.D.: 227.\u2014\tV.Elections fédérales, Foi chrétienne, Institut Albert-Prévost, Québec.PRATIQUE RELIGIEUSE.\u2014 V.Foi chrétienne.PRETRE.\u2014 Une nouvelle figure du \u2014, J.-M.A.: 240.QUEBEC.\u2014 Canada-Québec \u2014 Options politiques et constitutionnelles, R.A.: 67.\u2014\tLe \u2014 et le Canada, R.A.: 114.\u2014\tLes évêques canadiens et la vie politique au \u2014: 162.\u2014\tLe \u2014 et son «visage français», R.A.: 203.\u2014\tLe loisir au \u2014, P.B.: 212.\u2014\tV.Autodétermination, Rapport Dumont, Syndicalisme, Universités.RAPPORT DUMONT (No spécial: L\u2019Eglise du Québec se:on le Rapport Dumont).\u2014\tPour aider à aller plus loin, G.B.: 3.\u2014\tUne église à rapatrier, J.C.: 6.\u2014\tLes chrétiens et l\u2019engagement socio-politique, Y.V.: 10.\u2014\tLes Mouvements d\u2019action catholique spécialisés par milieux sociaux, L.D.: 14.\u2014\tMode d\u2019emploi à l\u2019usage des paroisses et des groupes chrétiens, J.H.: 16.\u2014\tFoi, mission et culture, P.Lucier: 19.\u2014\tLe renouveau communautaire, G.Paiement: 22.\u2014\tLa position «québécoise» dans le Rapport DuMont, I.D.: 25.\u2014\tAprès tant de délestages ., G.C.: 28.RAPPORT DUMONT.\u2014 Le \u2014: quelques questions posées à nos paroisses, G.B.: 82.\u2014\tLe deuxième temps du \u2014, J.C.: 110.\u2014\tHistoire de l\u2019Action catholique, J.-P.L.: 111.\u2014\tHistoire de l\u2019Eglise au Québec (1608-1970), L.C.: 112.\u2014\tL\u2019Eglise: communion ou administration?, L.C.: 146.\u2014\tV.Dimanche.RAPPORT MOLGAT-MacGUIGAN.\u2014 Le Québec et le Canada, R.A.: 114.RECENSEMENT 1971.\u2014 Francophones et anglophones au Canada, R.A.: 170.\u2014\tLe Québec et son «visage français», R.A.: 203.\u2014\tComposition linguistique des 24 comtés fédéraux de la zone de Montréal, R.A.: 232.\u2014\tLa montée des « autres »: 149%, R.A.: 282.RELATIONS.\u2014 Relations et ses lecteurs: 50, 221, 230, 347.REVENU (Sécurité du).\u2014 La juste répartition des revenus croissants, I.D.: 227.SOCIALISME.\u2014 Le Congrès de Santiago, Y.V.: 176.\u2014\tV.Syndicalisme.SYNDICALISME.\u2014 CSN-FTQ-CEQ: un front commun face au gouvernement du Québec (in-terv.), J.-R.C.: 99.\u2014\tLa CSN, l\u2019action politique et l\u2019unité (Edit.), LD.: 195.\u2014\tLes syndicats et l\u2019action politique (interv.), J.-R.C.et L.R.: 291.\u2014\tV.Institut Albert-Prévost.\ts TEILHARD DE CHARDIN.\u2014 Le chercheur et sa passion, R.B.: 54.TRAVAILLEURS (Organisation des).\u2014 V.Chili, CSN, Syndicalisme.UNITE CHRETIENNE.\u2014 V.Oecuménisme.UNIVERSITES.\u2014 Le contrôle des \u2014 québécoises, M.P.: 106.VIE^RELIGIEUSE.\u2014 La dernière chance, G.D.: VIETNAM \u2014 L\u2019Eglise du \u2014 face à la guerre de libération, Tram tam Tinh: 270 \u2014\tLes catholiques au \u2014, G.W.: 274.III.LES LIVRES A.\u2014 ANONYMES ET EN COLLABORATION Dictionnaire biographique du Canada.Vol.X: de 1871 à 1880 ( R.A.) : 254.Prière du Temps présent: Le nouvel Office divin (J.-P.L.) : 254.COMMISSION D\u2019ETUDE SUR LES LAICS ET L\u2019EGLISE.\u2014 Rapport, Annexe II: Histoire de l\u2019Action catholique au Canada français, par Gabriel Clément (J.-P.L.): 111.EN COLLABORATION.\u2014 Parole et avènement de Dieu (G.B.) : 318.\u2014\tParote et dogmatique (G.B.) : 318.\u2014\tRévélation de Dieu et langage des hommes (G.B.) : 318.SOCIETE CANADIENNE DE THEOLOGIE.\u2014 L\u2019èspérance chrétienne dans un monde sécularisé (G.G.) : 318.B.\u2014 AUTEURS IDENTIFIÉS AUBERT, J.-M.\u2014 Pour une théologie de l\u2019âge industriel (G.B.): 318.BEAUCHtMiN, N.\u2014 Recherches sur l\u2019accent d\u2019après des poèmes d\u2019Alain Grandbois (R.D.): 218.BEAULIEU, V.-L.\u2014 Jos Connaissant (G.P.): 313.\u2014\tMémoires d\u2019outre-tonneau (G.P.): 249.\u2014\tLa Nuitte de Ma.comm Hudd (G.P.): 312.\u2014\tRace de monde ! (G.P.) : 250.\u2014\tUn rêve québécois (G.P.): 341.BERGER, P.\u2014 La rumeur de Dieu.Signes actuels du surnaturel (G.B.): 318.BESSETTE, G.\u2014 Le Cycle (G.P.): 90.BOISSDT, L.\u2014 La société moderne, épreuve de lu foi (G.B.) : 318.BRUNET, C.\u2014 Ma Contestation (G.R.): 218.BURNS, R.M.(éd.) \u2014 One Country or Two?(R.A.) : 116.COLIN, M.\u2014 Une approche de la poésie québécoise de notre temps (R.D.): 220.CRESPY, G.\u2014 Croire aujourd\u2019hui (G.B.): 254.DANSEREAU, M.\u2014 Freud et l\u2019athéisme (J.H.): 62.de LUBAC, H.\u2014 Les Eglises particulières et l\u2019Eglise universelle (J.C.): 220.d\u2019OINCE, R.\u2014 Un prophète en procès: Teilhard de Chardin (R.B.): 54.DULONG, R.\u2014 Une Eglise cassée (J.C.): 220.DUMAS, A.\u2014 Croire et clouter (G.B.) : 254.du ROY, O.\u2014 La Réciprocité (G.B.): 318.FERRON, J.\u2014 Le Saint-Elias (G.P.): 342.FREGAULT, G.\u2014 Le XV 111e siècle canadien (R.A.) : 286.GIBSON, E.\u2014 Femmes et ministères dans l\u2019Eglise (J.C.) : 220.GIGNAC, A \u2014 Quand l\u2019espoir se fait parole ( Y.L.) : 85.GODBOUT, J.\u2014 D\u2019Amour P.Q.(G.P.): 342.GODIN, J.-C.(coll.).\u2014 Le Théâtre québécois (R.D.): 219.HARE, J.\u2014 Contes et nouvelles du Canada français, 1778-1859 (R.D.) : 285.\u2014\tLes Patriotes, 1830-1839 (R.D.): 252.KARP1NSK1, A.(coll.).\u2014 L\u2019Interdisciplinarité (J.C.) : 254.KUNG, H.\u2014 Prêtre, pour quoi faire?(J.C.): 220.\u2014\tQu est-ce que l'Eglise ?(J.C.) : 254.I.AMODE, P.(coil.).\t\u2014 L\u2019Interdisciplinarité (J.C.) : 254.LANCTOT, G.\u2014 L\u2019Administration de la Nouvelle-France (G.-E.Giguère): 126.LAURENTIN, R.\u2014 Nouvelles dimensions de l\u2019espérance (G.B.): 318.LEVER, Y.\u2014 Cinéma et société québécoise (A.B.) : 126.MA1LHOT, L.(coll.).\u2014 Le Théâtre québécois (R.D.) : 219.MANARANCHE, A.\u2014 Dieu vivant et vrai (G.B.): 318.MARCOTTE, G.\u2014 Les Bonnes Rencontres (R.D.j : 219.MENARD, J.\u2014 La Vie littéraire au Canada français (R.D.) : 252.MOORE.S.\u2014 L'Impasse (G.B.): 318.NAAMAN.A.(coll.).\u2014 Le Roman contemporain d'expression française (R.D.): 252.NEUHAUSLER.E.\u2014 Exigence de Dieu et morale chrétienne (G.B.): 318.O\u2019CONNELL, H.J.: \u2014 L\u2019équilibre chez le croyant (G.B.) : 254.PA1NCHAUD, L.(coll.).\u2014 Le Roman contemporain d expression française (R.D.) : 252.PELLETIER, M.(coll.).\u2014 Du chômage à la libération (Y.L.): 212.POULIN, J.\u2014 Le Cœur de la baleine bleue (G.P.) : 154.QUAERE, F.\u2014 Dénuement de l\u2019espérance (G.B.): RATZINGER, J.\u2014 Le Nouveau peuple de Dieu (J.C.) : 126.REICH, C.\u2014 Le regain américain (R.C.): 335.RETlF, L.\u2014 Les incroyants ont bousculé ma foi (G.B.): 318.ROBERT, G.\u2014 Albert Dumouchel, ou la poétique de la main (R.D.): 252.SAMSON, M.(coll.).\u2014 L\u2019Interdisciplinarité (J.C.): 254.SCHENCK, E.\u2014 Silhouettes de journalistes ( R.D.) : 94.SOLLE, D.\u2014 Imagination et obéissance (G.B.): 254.TERRY, R.M.\u2014 Contemporary French Interrogative Structures (R.D.): 286.THOMAS, J.\u2014 La Foi égarée (G.B.): 318.VAILLANCOURT, Y.(coll.).\u2014 Du chômage à la libération (Y.L.): 212.WYCZYNSK1, P.\u2014 Nelligan et la musique (R D.) : 285.\u2014\tLe Roman canadien-français (R.D.): 220.ZAHRNT, H.\u2014 Dans l\u2019attente de Dieu (G.B.): ne a\t'\t' IV.THÉÂTRE ET CINÉMA PIÈCES COMMANTÉES (G.-H.d\u2019AUTEUIL) Alice au Pays des Merveilles: 61.Amante anglaise (L\u2019): 222.Arbalètes et vieilles Rapières: 157.Archanges (Les): 61.Atelier 72: 186.A toi pour toujours, ta Marie Lou: 346.Ben-Ur: 316.Bobby Boom: 222.Canard à l\u2019orange: 186.Célestine (La): 315.En attendant Godot: 61.Feu la Mère de Madame: 61.Huit Femmes: 117.Jules César: 187.Knock: 347.Libres sont les Papillons: 93.Locataire (Le): 346.Mariage de Figaro (Le): 117.Moi, je n\u2019étais qu'Espoir: 156.Moscheta (La): 314.Mouette (La): 157.Note de Service (La): 156.On purge Bébé: 61.Oranges sont vertes (Les): 93.Papineau rides again: 62.Pays du Dragon (Le): 93.Procès de Jean-Baptiste M.(Le): 346.Sagouine (La): 315.Septième commandement ou tu voleras un peu moins .(Le): 315.Sleuth: 315.Roi des Mises à bas prix (Le): 346.Tartuffe: 62.Timide au Palais (Le): 117.Toi et tes Nuages: 156.FILMS ANALYSÉS (Y.LEVER) Apparition (L\u2019): 125.Colombes (Les): 284.Diable est parmi nous (Le): 125.Exil: 125.1XE-13: 125.Mon oncle Antoine: 125.On est loin du soleil: 60.Smattcs (Les): 188.Tranquillement, pas vite: 86.350 RELATIONS seule la vérité libère W\" 'H ' & « >*- liWllIM liwrflVh^irti^>.îln'»»W~: Mm - f =3H®ic^ MMOHlIflHIlHK\"*** connaissance île la y un Canadien à l'avant-garde d'une lutte mondiale Le docteur André Boudreau, directeur général de l\u2019Office de la Prévention et du Traitement de l\u2019Alcoolisme et des autres Toxicomanies (OPTAT), a conçu son livre comme une véritable encyclopédie où chacun peut puiser les notions de base indispensables.Au-delà des toxicomanes invétérés, au-delà de cette part de la jeunesse qui se livre aux stupéfiants, il y a les utilisateurs des drogues socialement admises alcool, tabac, médicaments.Il y a surtout les états jadis considérés comme maladifs et qui sont aujourd\u2019hui sources d\u2019un certain orgueil : la fatigue, la dépression.Ce livre s\u2019adresse à ceux qui veulent rester conscients.marabout EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES a DECOUPER ET A RENVOYER A : KASAN Ltée-226 Est, Ch.Colomb, QUEBEC 2 (P.Q.)* ° SI VOUS NE TROUVEZ PAS EN LIBRAIRIE certains livres, commandez-les par chèque ou mandat-poste, en joignant ce bon soigneusement complété : O Accoucher sans douleur (Comment), Dr F.W.GOODRICH $ 2.35 O Cycle menstruel (mieux comprendre votre), Dr K.DALTON $ 1.95 O Dépression (Victoire sur la), Dr L.CAMMER .$ 2.75 O Diététique (Le guide de la), Dr E.G.PEETERS .$ 2.90 O Médecine (Le dictionnaire Marabout de la) .*.$ 2.75 O Pilule (Les effets psychologiques de la), Dr R.BAUD $ 2.35 O Sept âges de la femme (Les), Dr E.PARKER .$ 2.75 O Soigner et éduquer son enfant (Comment), Dr B.SPOCK $ 2.90 NOM ADRESSE VILLE OlflOD linnumm fin ijuimmu ir \u2018'¦«nmTTT mtiiin, mxM RADIO-CANADA PLUS QUE JAMAIS AU CARREFOUR DU CANADA FRANÇAIS / "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.