Relations, 1 février 1974, Février
[" relations wmmÊÊÊÊÊm Montréal\tfévrier 1974 ¦¦bbhbi vol.34 - no 390 ¦¦¦¦¦¦¦¦ prix 750 la consom- mation NUMÉRO SPÉCIAL sur les défis de la société de consommation \u2022\tconsommation, crédit et endettement \u2022\tconsommation et publicité \u2022\tconsommation et institutions sociales québécoises \u2022\tconsommation, épargne et investissement \u2014relations_____________________________________________ revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Pierre Lucier, Marcel Marcotte, André Myre, Yves Vaillancourt.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal \u2014 H2P 2L9 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ: Liliane Saddik, 3110, rue Malo, Ville Brossard.Téléphone: 678-1209.numéro 390 février 1974 numéro spécial sur LA CONSOMMATION Editorial La consommation et l\u2019homme d\u2019ici.35 1.\tConsommation et publicité La publicité: intégration économique de l\u2019homme Gérald Larose 38 La foire de Noël.Florent Bourgeault 41 2.\tConsommation, crédit et endettement Consommation, endettement et pauvreté Jean-Pierre Beaudry et René Marceau 42 Achetez-vous pas de maison ! \u2014 L\u2019endettement-maison Nicole TRACHY 46 3.\tConsommation et institutions sociales québécoises Protection du consommateur .ou protection de la consommation ?.Gilles Sicotte 47 4.\tConsommation, épargne et investissement Épargne et investissement: nos responsabilités Irénée Desrochers 54 Chroniques Billet-spiritualité: En attente de ma réponse .Paul Fortin 61 Littérature: Romans québécois de 1973 (I) Gabrielle Poulin 61 Ouvrages reçus.62 Théâtre: Le fantaisiste et le bouffon .Georges-H.d\u2019Auteuil 62 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 751.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.NOUVEAUTÉS : Les Amours de Pistion et de Fortunie par Antoine Du Perrier Edition critique présentée et annotée par Roméo Arbour (Le premier roman français ayant pour cadre le Canada) 15 x 22 cm., 138 pages.Prix: $3,75 Acoubar ou la Loyauté trahie Tragédie tirée des Amours de Pistion et Fortunie par Jacques Du Hamel Edition critique avec Introduction et Notes par Roméo Arbour (La première tragédie française ayant pour cadre le Canada) D15 x 22 cm., 84 pages.Prix: $4,80 Le terrier du Saint-Laurent en 1663 par Marcel Trudel (Ouvrage précieux pour les généalogistes et les historiens) 15 x 23 cm., xiv, 620 pages, 52 cartes géographiques.Prix: $21,00 En vente chez votre libraire et aux : ÉDITIONS DE L\u2019UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA 65, avenue Hastey, Ottawa, Ont.K1N 6N5 Vient de paraître REGARD SUR LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION par ROGER LAPOINTE *\tUn livre qui rendra service à tous ceux qui s\u2019interrogent sur la signification humaine et chrétienne de la société de consommation.*\tLe dossier de base pour l\u2019opération Chantier 74.*\tUne production de l\u2019Office de catéchèse du Québec.40 pages.Abondamment illustré - $2.00 245 est, boul.Dorchester, Montréal -\t* 861-9621 34 RELATIONS LA CONSOMMATION ET L\u2019HOMME D'ICI éditorial L\u2019AVENIR DU QUÉBEC III Il y a quelques mois, nous avons rêvé tout haut, avec bien d\u2019autres citoyens d\u2019ici, d\u2019une société nouvelle qui ouvrirait l\u2019avenir du Québec {Relations 386 et 388, octobre et décembre 1973).En dépit des obstacles quotidiens et malgré les contradictions les plus flagrantes, le rêve persiste; il nous habite toujours.Le goût de la liberté, au cœur même des asservissements les plus divers, garde ses profondes racines qui le font retiger là où le roc est friable.Du rêve à la réalité Si une collectivité a besoin de rêves et de mythes, elle ne saurait se construire que dans les durs labeurs que, précisément, lui indiquent ses rêves et ses aspirations.Les chemins de la liberté sont longs et difficiles; ils ne sont jamais sans détours.C\u2019est dans le cadre d\u2019une sorte de programme très large de conscientisation et d\u2019action que le présent dossier sur la consommation a été préparé, grâce à la collaboration de Québécois qui, œuvrant dans des domaines relativement divers, ont tous à cœur l\u2019avenir du Québec et sa liberté réelle.Il faut prendre conscience des servitudes qui entravent chez nous la liberté, afin de pouvoir ensuite lutter de façon efficace contre elles.D\u2019où l\u2019importance, croyons-nous, de l\u2019information assez abondante que le lecteur trouvera dans les pages qui suivent.La problématique première et apparente du dossier ici présenté est fort simple.Simpliste même, dira-t-on peut-être.Consommation et publicité, consommation et endettement, consommation et exploitation du consommateur, consommation et aliénation de ses ressources et de soi-même.: dans un monde où le gros mange le petit, le Québec tout entier est rangé du côté des petits, des « pognés ».Du côté de ceux dont l\u2019avenir, comme le présent, est défini par d\u2019autres.Derrière cette problématique qui sous-tend les diverses analyses du présent dossier, surgissent pourtant des enjeux majeurs pour l\u2019avenir de la collectivité québécoise, pour l\u2019avenir de l\u2019homme québécois.Longtemps soumis aux dures servitudes d\u2019un travail pénible, voici que l\u2019homme du Québec, comme celui de tous les pays fortement industrialisés, en est aujourd\u2019hui partiellement affranchi grâce à sa capacité .technique et aux possibilités créatrices multiples que celle-ci a ouvertes.Devenu citoyen d\u2019une nouvelle société de consommation de masse, il risque toutefois de retourner, s\u2019il ne prend pas garde, aux anciens esclavages superficiellement redorés.L\u2019injuste distribution des biens de consommation juge d\u2019ailleurs elle-même notre production et notre surproduction.En outre, la soumission aux dictats d\u2019une publicité qui ne vise qu\u2019à l\u2019écoulement d\u2019une surproduction irrationnelle \u2014 surproduction reposant sur une exploitation elle-même irrationnelle des forces humaines et des ressources de la terre \u2014 n\u2019est certes pas plus anoblissante pour l\u2019homme que l\u2019ancien esclavage des travaux qui ne lui laissaient guère le temps d\u2019en goûter les fruits.La consommation passive ne favorise pas davantage que la production forcenée l\u2019apprivoisement des choses, la créativité responsable, le partage en vue d\u2019un monde plus fraternel.La liberté n\u2019y a, en réalité, pas davantage son compte.Chacun, sans doute, peut s\u2019en tirer.Ou du moins tenter de le faire.Surtout si ses revenus à lui croissent au même rythme que les prix et le FÉVRIER 1974 35 nombre des produits à consommer.Mais, si chacun peut s\u2019en tirer avec l\u2019illusion de la jouissance et de la vie dans un monde où le désir est étouffé par la sur-satisfaction des besoins, la collectivité, elle, voit son avenir bloqué par la progressive mise en tutelle des libertés.La permanence du chômage et de la pauvreté, chez nous, même si ce sont « les autres » qui sont touchés, vient crever les illusions et rappeler à ceux qui savent s\u2019en tirer la gravité d\u2019une maladie sociale qui fait mourir lentement.Apres moi, le déluge ! N\u2019y pensons pas : il serait trop troublant de prendre conscience que notre façon de vivre et de consommer nous aliène de plus en plus comme collectivité.Et qu\u2019elle tue l\u2019homme d\u2019ici.L\u2019homme et ses gadgets Il y a plusieurs années déjà, les philosophes personnalistes nous rappelaient que, si l\u2019homme a besoin d\u2019avoir pour être, il se détruit lui-même lorsqu\u2019il « s\u2019investit » tout entier dans ce qu\u2019il possède.Lorsqu\u2019il s\u2019identifie en pratique, dirions-nous aujourd\u2019hui, aux gadgets qu\u2019il acquiert et qu\u2019il accumule.Il semble parfois, à regarder vivre les gens et à sentir l\u2019ennui qui suinte de certains bungalows cossus, que la qualité de la vie baisse en proportion de la quantité croissante des biens de consommation qu\u2019on avale.La valeur d\u2019un homme est aujourd\u2019hui mesurée par la hauteur des portes du bureau (jusqu\u2019au plafond pour monsieur le ministre !), l\u2019épaisseur des tapis et le confort du fauteuil.On est « quelqu\u2019un » lorsqu\u2019on s\u2019installe en première classe dans l\u2019avion.Et un ministre ou un chef syndical se déprécierait à ses propres yeux s\u2019il se contentait d\u2019un repas à $1.49 \u2014 récemment encore à $1.24 \u2014 ou même à $3.00.Il semble qu\u2019un conformisme social et un mimétisme anonymisant doivent donner à chacun son rang, son appartenance à telle ou telle classe.Et enfermer dans les masques et les rôles qui empêchent les rapports humains.Ayant « réglé » l\u2019avenir et ses imprévus avec de bonnes assurances, l\u2019homme de la société de consommation peut dès lors s\u2019atteler à acquérir aujourd\u2019hui tout le « kit » de la société « nouvelle » qu\u2019il payera demain : TV couleurs, motoneige, etc.Et, en plus, les 14 soleils ! Mais à quel prix ?Rien ne coûte autant que les substituts de la réalité et il faut multiplier les cadeaux de papa Noël à l\u2019enfant mal aimé.La quantité doit ici donner l\u2019illusion de la richesse et masquer la pauvreté d\u2019une vie qui n\u2019a plus qualité humaine.Sur le plan collectif, les gadgets sont plus gros.Leur pouvoir de fascination en est plus grand, de même que leur force de déshumanisation.Combien de projets collectifs, chez nous, visent davantage le prestige \u2014 et au prix fort \u2014 que le mieux-être des citoyens ! Les autoroutes coupent la vie des quartiers pour engorger le centre-ville d\u2019autos dont on déplore déjà qu\u2019elles y soient trop nombreuses.Nos HLM sont souvent mal construits, sans goût et avec des matériaux de médiocre qualité, destinés à remplacer bientôt les taudis qu\u2019on avait pourtant prétendu supprimer pour faire place à des habitations plus humaines.Etc.Heureusement que, après avoir abattu les arbres pour' faire place au béton, on a fini par inventer la machine-à-planter-les-arbres.Le monde prend couleur de carte postale.On y respire partout l\u2019odeur des fleurs de papier ! Dans l\u2019Eglise aussi suinte parfois le même ennui.Le désir, ouverture radicale de l\u2019être de tension qu\u2019est l\u2019homme, là comme ailleurs, tend à être évacué.Ravalé au niveau des besoins qu\u2019il est possible de satisfaire avec une bonne organisation et des gadgets.Les nonciatures ont les mêmes mœurs que les ambassades; les évêchés, les mêmes visées, semble-t-il, que les ministères de nos gouvernements, dont ils copient les plans et les programmes sur papier.La religion est elle aussi devenue objet de consommation : le bon fidèle est un bon consommateur, qui ne rouspète pas trop et n\u2019empêche pas la chaîne de tourner.On semble avoir perdu dans l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui et d\u2019ici ce goût, cette passion de la liberté \u2014 face à l\u2019argent, au prestige, au pouvoir \u2014 qui caractérisait, selon le livre des Actes, les premières communautés chrétiennes.L\u2019organisation est là, qui fournit et « distribue » biens spirituels et services au consommateur.Manque seulement la foi.Et l\u2019espérance.Et, donc, la possibilité d\u2019aimer; à la fois le goût et la capacité d\u2019aimer ou simplement de vivre pour vrai.De tout cela, il faudra que les communautés chrétiennes d\u2019ici tiennent compte lors du prochain chantier 74 : celui-ci ne doit pas nous tourner vers un monde de consommation qu\u2019il serait aisé de critiquer et de condamner comme du dehors, comme si nous n\u2019en étions pas.L\u2019Eglise est elle-même entrée dans la société de consommation de masse.Elle en a trop souvent emprunté les modèles et épousé les visées.Les personnes et les structures Pour faire face aux défis posés ici, il ne suffit pas de faire appel à la bonne volonté de chacun.Car cette bonne volonté est captive, liée, prisonnière d\u2019une idéologie diffuse et de structures solidement établies qui visent à accélérer le rythme d\u2019une consommation « profitable à tous » (!) sans se soucier de l\u2019homme, de sa liberté, de son droit de choisir son mode de vie et de façonner lui-même son avenir.36 RELATIONS La nouveauté des défis actuels tient largement à leur dimension structurelle \u2014 et, partant, politique.Sans doute faut-il ici faire appel à la personne : à sa conscience, à sa liberté, à sa responsabilité.Sans doute faut-il inciter l\u2019homme contemporain à une consommation plus rationnelle, plus éclairée, plus humaine.Mais il faut tenir compte du fait que l\u2019homme isolé, consommateur solitaire, est voué d\u2019avance à l\u2019échec dans toutes ses entreprises d\u2019ascèse et d\u2019humanisation de la consommation si les structures elles-mêmes, qui rendent l\u2019homme esclave d\u2019une idéologie et d\u2019un ordre social axés sur l\u2019augmentation constante de la consommation selon ses modalités actuelles, ne sont pas touchées \\ Les enjeux éthiques sont ici en même temps proprement politiques.C\u2019est, en effet, toute la société qui est structurée de telle sorte que la consommation doit être constamment \u2014 et irrationnellement \u2014 encouragée pour favoriser, avec une production accrue, ce que l\u2019on persiste à appeler la croissance économique.On ne cesse de nous répéter que l\u2019économie du Québec, comme celle du Canada, est « saine » malgré l\u2019inflation et le chômage.Et sans doute a-t-on raison de l\u2019affirmer, lorsqu\u2019on reste inconsciemment ou délibérément à l\u2019intérieur d\u2019un système socio-économique global qui trouve ses défenseurs, ses théoriciens et ses garants dans les spécialistes des disciplines dites scientifiques de la psychologie, de la sociologie et, il va sans dire, de l\u2019économique.Mais la « santé » économique d\u2019une collectivité est-elle le seul critère de la qualité de vie qui y est possible et de la santé sociale globale ?Il est en tout cas évident que la « santé économique » du Québec rend bien des Québécois malades ! L\u2019économie de la nation a besoin, pour sa « santé », d\u2019une consommation toujours plus grande; pour assurer la santé de cette économie, la publicité crée, pour écouler une production qui doit croître sans cesse et en fonction de cette production, les besoins du consommateur.Ainsi « pogné » en dehors et au dedans de lui-même, de quelle liberté \u2014 qui ne soit pas qu\u2019un mot \u2014 l\u2019homme-consommateur peut-il rêver d\u2019user ?De là l\u2019impoortance des associations de consommateurs pour aider à une commune conscientisation et pour donner quelque chance d\u2019efficacité aux entreprises diverses et aux luttes visant à transformer les règles d\u2019un jeu qui tourne toujours contre les plus faibles.De là aussi l\u2019urgence de mesures législatives efficaces \u2014 attendues depuis longtemps et souvent réclamées, en certains cas, \u2014 qui viendraient rendre plus humaine la dialectique de la production et de la consommation.De là, enfin, plus profondément, la nécessité d\u2019une révolution sociale qui changerait radicalement les rapports actuels entre l\u2019économique et le politique.Une question de vie ou de mort A plus ou moins longue échéance, d\u2019ailleurs, il y va de l\u2019avenir de l\u2019homme et de sa vie même.De ses chances d\u2019avenir.Le régime actuel de la production et de la consommation, dans notre société néo-capitaliste, enrichit les riches et appauvrit les pauvres.La loi du plus fort semble régir le monde animal.auquel les humanistes rêveurs, tout au long des âges, ont cru que l\u2019homme pouvait et devait échapper.Périodiquement, le Conseil économique du Canada nous rappelle, à l\u2019aide de statistiques nouvelles et qui reproduisent un dessin toujours plus alarmant, l\u2019écart croissant, chez nous, entre les riches et les pauvres.A l\u2019échelle de la planète, on nous redit également, en recourant aux statistiques et aux images TV les plus cruelles, l\u2019écart croissant entre le niveau de vie des pays industrialisés (ou « développés ») et celui des pays de ce Tiers monde (qui compte pourtant les deux tiers de l\u2019humanité) « en voie de sous-développement ».Or cet écart n\u2019est pas fortuité providentielle; il est l\u2019œuvre de l\u2019homme, l\u2019œuvre du fort qui exploite le faible.C\u2019est là ce que permet et favorise le système économique et politique actuel.Concrètement, c\u2019est le gaspillage des uns qui fait la famine des autres.L\u2019Amérique du Nord \u2014 nous y sommes ! \u2014 ne peut maintenir son « standard » ou niveau de vie élevé, fruit de sa forte industrialisation, qu\u2019en exploitant irrationnellement et à son profit les ressources et richesses des pays du Tiers monde.La crise actuelle du pétrole, même s\u2019il devait s\u2019avérer qu\u2019elle a été provoquée par les grandes entreprises multinationales (américaines) en vue de faire monter les prix à la consommation, nous en fait prendre conscience dans un domaine particulier.Epuisement des ressources de la planète, détérioration de l\u2019environnement et des conditions de vie par une exploitation irrationnelle des richesses de la planète, etc.: ces horizons d\u2019horreur, qui risquent de provoquer chez l\u2019homme contemporain des sursauts de conscience, sont peu à peu intégrés au « système » et digérés.On finance aujourd\u2019hui des études sur ces problèmes et les entreprises qui s\u2019ensuivent.Ces études et entreprises sont souvent réalisées par ceux-là même qui ont engendré les fléaux contre lesquels il faut lutter.Et Imperial Oil fait sa publicité avec la lutte contre la pollution ! Est-il encore possible de croire que « l\u2019homme ne vit pas seulement de pain », mais aussi de fraternité ?Qu\u2019il ne vit vraiment que du pain partagé ?Et qu\u2019il l\u2019apprendra ?RELATIONS.26.1.74.1 Cf.Julien Harvey, « L\u2019Homme de la consommation », dans Relations 389 (janvier 1974) : 16-18.FÉVRIER 1974 37 1 CONSOM- MATION et PUBLICITÉ \u2022\tune analyse par Gérald Larose \u2022\tune illustration par Florent Bourgeault LA PUBLICITÉ: intégration économique de l'homme par Gérald Larose * Les Américains consomment plus de $20 milliards de publicité par année.Au Canada, la moyenne annuelle du coût de la publicité est de $240 dollars par famille, soit plus de l\u2019équivalent du salaire moyen de deux semaines de travail.Aux Etats-Unis, l\u2019industrie sollicite l\u2019attention du public par la publicité pour écouler 100 nouveaux types de produits toutes les semaines.Le citoyen moyen reçoit 1,500 messages publicitaires par jour.Les enfants de 3 à 5 ans sont encouragés à manger des céréales à un rythme de 3,000 messages publicitaires par année.L\u2019industrie du jouet et du vêtement n\u2019en fait pas moins.La compagnie Mattel, à elle seule, dépensait $1,600,000 pour la publicité de ses jouets en 1968; un concurrent, Irwin Toy, investissait au même chapitre $1,225,000.Et on compte 8 gros fabricants de jouets qui investissent proportionnellement tous autant dans la publicité.Mais il n\u2019y a pas que les céréales, les jouets et les vêtements ! Tout y passe: la bière, les téléviseurs, les automobiles, les « peanuts », le lait, le tabac, les meubles, les immeubles, les bijoux, la soupe, les moto-neiges, les fromages, les téléscripteurs, les films, les chaussures, le téléphone, les sous-vêtements, l\u2019essence, la viande, les médicaments, les rasoirs, le papier hygiénique et la finance.Des journaux, des stations de radio et de télévision vivent essentiellement de « commerciaux ».La pubücité secrète ses spécialistes: psychiatres, psychologues, sociologues, relationistes, designers, artistes, etc.Elle s\u2019affiche partout: façades des commerces, bancs publics, bordures des routes, banderoles, macarons, etc.Elle est là, nous précédant et nous suivant.Elle est un « donné » de notre société capitaliste de production et de consommation.D\u2019où vient-elle?Que fait-elle?Où va-t-elle ?Voyons de plus près.I - PUBLICITÉ ET SOCIÉTÉ Notons tout de suite que le phénomène de la publicité n\u2019est pas le fruit d\u2019une génération spontanée, pas plus que l\u2019invention d\u2019un génie sans nom.Si elle est apparue massivement après et non avant la dernière guerre mondiale, vers les années 1950 et non en 1960, c\u2019est qu\u2019elle s\u2019inscrit dans une logique sociétale bien précise, dont les conditions de réalisation ne se distribuent jamais au hasard.La publicité est un mécanisme (une condition) d\u2019une nouvelle société.Elle y joue un rôle précis.En saisissant la globalité de cette nouvelle société, nous pourrons comprendre la nécessité (objective pour cette société) de la publicité, sa fonction et ses ambitions.* Détenteur d\u2019une maîtrise en Service social de l\u2019Université de Montréal, PA., prêtre CSSR, poursuit présentement à Paris, sous la direction de J.Girardi, ses travaux de théologie sur les rapports entre christianisme et marxisme.1.Ancienne société capitaliste de production De la révolution industrielle à la dernière guerre mondiale, la société se caractérisait par l\u2019autonomie et la quasi-exclusivité du champ économique, polarisée qu\u2019elle était par son effort d\u2019accumulation et de prélèvement de profits à même le travail productif, à savoir celui de tous les travailleurs.Ce faisant, cette société capitaliste avait développé une capacité de production à peu près rythmée à sa capacité de consommation.Durant la dernière guerre mondiale, le développement technologique a connu un bond en avant qui a décuplé la capacité de production.Cet accroissement de la capacité de production s\u2019est trouvé à largement dépasser la capacité de consommation, qui n\u2019avait 38 RELATIONS guère connu de changement.Cette surproduction, à son tour, provoqua l\u2019engorgement du marché de la consommation et l\u2019accumulation inquiétante de ses produits.C\u2019est ainsi que, vers les années 1955-56, par exemple, les fermiers américains se retrouvaient avec 3 milliards de boisseaux de céréales invendues et invendables à cause de la satisfaction des besoins de leurs consommateurs.Et il leur en coûtait $1 milliard par année pour les entreposer.Tous les secteurs de la production connaissaient le même sort.En fait, la plupart des besoins courants de consommation étaient satisfaits: réfrigérateurs, automobiles, etc.2.Nouvelle société capitaliste de consommation Cette société capitaliste qui, depuis la révolution industrielle, était polarisée par la production, allait déboucher sur un cul-de-sac (surproduction) si elle ne parvenait pas à faire rattraper à la consommation le rythme de la production.Nous pouvons identifier trois ordres de mécanismes qui, depuis la dernière guerre mondiale, ont été mis en place pour faciliter l\u2019écoulement de la surproduction: la publicité, le crédit et la qualité \u2014 c\u2019est-à-dire la non-qualité, pour être plus précis \u2014 des produits.C\u2019est ici que, pour garantir sa propre survie, la société capitaliste déborda le strict champ économique de la production pour s\u2019intéresser à tout le champ sociétal.Elle se devait d\u2019inté- grer dans le processus de production tous les systèmes de relations sociales (familiales, éducationnelles, organisationnelles, professionnelles, politiques, etc.) pour pouvoir diffuser des attitudes concordantes ou favorables à l\u2019adéquation du rythme de sa consommation à celui de sa production.Et, pour ce faire, elle devait mettre à contribution les sciences humaines et techniques.En intervenant massivement dans tous les recoins du champ sociétal (politique, social, culturel, etc.), elle établissait les conditions favorables à l\u2019écoulement de sa surproduction.Ainsi sommes-nous passés d\u2019une société capitaliste polarisée par la production à une société capitaliste polarisée par la consommation et dans laquelle tout le système des relations sociales répond ou est soumis aux exigences économiques de la production.3.Un même capital tentaculaire Ce transfert (de la production à la consommation) n\u2019a pas entraîné de changement quant aux gérants sociaux.Les capitalistes de l\u2019ancienne société capitaliste de production gèrent aujourd\u2019hui la nouvelle société capitaliste de consommation.Leur emprise s\u2019est tout simplement étendue et « structurali-sée ».Alors qu\u2019ils géraient autrefois le capital et son accumulation, ils gèrent aussi, maintenant, en plus et sans rien y perdre, les processus politiques, sociaux et culturels qui conditionnent l\u2019exercice de leur capital.C\u2019est le même capital qui se « tentacularise », qui s\u2019impérialise.Il - PRODUCTION - PUBLICITÉ - CONSOMMATION Nous ne voulons pas, dans le cadre de cet article, débattre tous les comment (mécanismes) de la gérance des processus politiques, sociaux et culturels de cette nouvelle société.Cependant, à partir d\u2019un de ses mécanismes, la publicité, nous illustrerons la nécessité, la capacité et le poids du nouvel exercice de cette nouvelle société capitaliste de consommation qui doit, pour se déployer, séduire, manipuler et intégrer dans son processus de production tous les champs de l\u2019activité sociétale.La publicité est née de la nécessité objective, pour la société capitaliste de production, d\u2019ajuster le rythme de sa consommation à celui de sa production.Elle est rapidement devenue un mécanisme économique et impérialiste de manipulation et d\u2019intégration sociale pour, finalement, devenir un mécanisme-moteur de notre nouvelle société capitaliste.1.Un mécanisme économique D\u2019abord un mécanisme économique « second » destiné à écouler la surproduction, la publicité est devenue, au service de la croissance économique, un mécanisme « premier » et moteur de l\u2019économie capitaliste.\u2022 Pour écouler la surproduction.\u2014 La publicité est née de la nécessité d\u2019écouler une surproduction qui, par le développement technologique, était devenue frénétique, désordonnée et anarchique.Elle s\u2019est alors avérée être un mécanisme de survie, un outil second d\u2019une (sur-)production première.Les capitalistes puisaient encore prioritairement leur profit dans le processus de production, sur le dos des ouvriers.\u2022\tAu service de la croissance économique.\u2014 Les capitalistes se sont vite rendu compte que le seul roulement plus rapide du dollar, par sa réintégration dans le processus « production-consommation », accélérait la capitalisation du profit.La publicité s\u2019est alors transformée en mécanisme de croissance économique en arrachant et en réintégrant les surplus de dollars demeurés dans les poches des consommateurs après qu\u2019ils ont satisfait leurs besoins normaux d\u2019alimentation, d\u2019habitation et de loisir.En garantissant l\u2019adéquation du rythme de la consommation à celui de la production, les capitalistes tiraient leur profit des deux secteurs: prélèvement sur le dos des travailleurs (production) et prélèvement sur le dos des consommateurs (consommation).\u2022\tMoteur de l\u2019économie capitaliste.\u2014 Notre décennie ne vit plus la publicité comme l\u2019outil second d\u2019une (surproduction première, mais comme un mécanisme moteur de la production.Ainsi, depuis 10 ans, on commence par faire des études de marché, par « tester » la possibilité de vendre un produit encore inexistant (n\u2019importe quoi, pourvu qu\u2019il se vende ! ), pour ensuite, si effectivement il est possible de le marketer, le produire.La publicité devient ainsi un mécanisme premier de l\u2019économie capitaliste: c\u2019est le marketing.La consommation précède la production.Les capitalistes y tirent prioritairement leur profit.2.Un mécanisme impérialiste Si la publicité (alliée au crédit et à la non-qualité des produits: deux autres mécanismes que nous n\u2019analyserons pas ici) peut maintenant être considérée comme un moteur de notre économie capitaliste, c\u2019est qu\u2019elle a maintenant atteint, dans notre système de relations sociales, un statut impérialiste.Ce statut apparaît à divers indices: \u2022 Totalité « environnementale ».\u2014 La publicité tire d\u2019abord son caractère impérialiste de sa « totalité environnementale ».Elle a envahi les principaux, sinon tous les canaux véhiculant massivement les relations sociales: la télévision, la radio, les journaux, les revues, les routes, les endroits publics (métro: stations et tunnels, autobus: intérieur et extérieur, salles d\u2019expositions, arenas, etc.).Elle s\u2019affiche, s\u2019éta- FÉVRIER 1974 39 le et réclame partout.Elle jouit d\u2019une occupation publique « totalisante ».\u2022\tTotalité sociétale.\u2014 La publicité tient aussi son caractère impérialiste du fait qu\u2019elle occupe tous les champs de l\u2019activité sociétale, en particulier le champ économique, qui est le champ-base de la société capitaliste.La publicité sert ainsi, d\u2019abord et massivement, la consommation des produits.Elle sert également l\u2019organisation (campa-ges électorales, messages gouvernementaux, patronaux, etc., messages dits d\u2019intérêt public).Elle se prête aussi à l\u2019activité culturelle (spectacles, publications, expositions, etc.) et à l\u2019activité sociale (forums, organisations, dépannage, etc.).En comptabilisant la durée ou l\u2019espace, la fréquence et le type de « commerciaux » (économique, politique, social, culturel, etc.) de notre environnement, nous pourrions établir la configuration des champs de l\u2019activité sociétale.La publicité de type économique devance, par son volume, tout autre type de publicité, confirmant ainsi le poids déterminant et régulateur du champ économique par rapport aux autres champs d\u2019activité dans notre société capitaliste de consommation.\u2022\tTotalité existentielle.\u2014 La publicité tire enfin son caractère impérialiste de la mise à contribution qu\u2019elle implique de toutes les ressources du savoir humain pour manipuler, intégrer et soumettre le comportement conscient et inconscient des consommateurs aux exigences économiques de la société capitaliste.La seule présence de sociologues, de psychologues, de psychiatres, de designers, d\u2019artistes, de sportifs, etc.dans le monde de la publicité rend compte d\u2019une partie de cette réalité.3.Un mécanisme d\u2019intégration sociale Mécanisme impérialiste, la publicité devient instrument de manipulation et d\u2019intégration sociale.\u2022 Excitation des besoins conscients et inconscients.\u2014 A ses débuts, lorsque la production était satisfaisante ou à peu près, la publicité, peu utilisée d\u2019ailleurs, visait V information.Elle s\u2019adressait à la raison et aux besoins conscients des consommateurs.Au cœur de la surproduction, alors que les besoins normaux de la population étaient satisfaits et que quantité de produits ne trouvaient plus de consommateurs, la publicité s\u2019est accrue et développée.Ne pouvant plus alors s\u2019adresser à la raison (les besoins étaient satisfaits), les publicitaires (un nouveau métier) se sont mis à exploiter les besoins non-conscients échappant à la raison des consommateurs.Des spécialistes américains tels Dichter, Weiss, Ogilvy, Cheskin, Martineau, dans la décennie 1950, ont beaucoup exploré le subconscient des consommateurs pour découvrir leurs besoins inconscients (savoir, pouvoir, aimer, produire, etc.), la résistance qu\u2019ils manifestent à satisfaire ces besoins (culpabilité, anxiété, crainte, etc.) et les possibilités d\u2019influencer l\u2019homme à ce niveau (couleurs, formes, évocation des mots, symboles sexuels et autres, etc.) pour le stimuler à consommer.Tous conseillers de grandes et de moyennes entreprises, ils ont mis au point leurs méthodes et les ont appliquées pour l\u2019écoulement de quantité de produits.Les résultats obtenus sont incroyables.Depuis lors, la publicité est devenue une « science » et une « profession ».Grâce à quoi elle peut exploiter toutes les ressources de l\u2019âme humaine.Non seulement table-t-elle sur l\u2019existence de besoins conscients et inconscients à exciter, et sur la non-résistance possible à les satisfaire tous, mais elle peut maintenant créer de nouveaux besoins manipulant les désirs individuels les plus profonds tout autant que l\u2019encadrement social collectif.C\u2019est par l\u2019impérialisme de ces possibilités qu\u2019elle devient aujourd\u2019hui un mécanisme moteur de notre économie capitaliste.\u2022\tManipulation des désirs profonds.\u2014 La publicité ne propose donc plus la seule satisfaction des besoins, mais aussi la réalisation des désirs.Ainsi, grâce au savon X, elle ne propose plus à madame d\u2019être « propre », mais d\u2019être « belle »; par la carte de crédit Y, elle ne propose plus à monsieur la « commodité » de paiement, mais la possibilité « d\u2019être quelqu\u2019un »; etc.La publicité ne vend plus des produits, mais des promesses.Elle ne propose plus des réalités concrètes, mais des rêves.Elle n\u2019est plus matérialiste, mais idéaliste, faisant constamment appel à l\u2019amour, au bonheur, à la joie, à la fraternité, à la liberté, etc.! \u2022\tEncadrement social.\u2014 Cette manipulation des désirs profonds s\u2019effectue dans un encadrement social que la publicité fait varier au rythme de la croissance économique et de la capacité de la masse des consommateurs d\u2019absorber psychologiquement, mais surtout financièrement (jusqu\u2019à la limite de la faillite), ce changement.Nous connaissons ainsi la non-qualité croissante des biens de consommation (profit tiré du secteur de la production), qui force le consommateur à renouveler ses biens à moyen et surtout à court terme.Pour stimuler et accélérer ce renouvellement la publicité établit et fait varier la mode, qui est elle-même un mécanisme social d\u2019encadrement collectif.En faisant varier cette dernière (les couleurs, les formes, etc.), elle crée le vieillissement psychologique qui dévalorise aux yeux du consommateur les biens qu\u2019il possède et le presse de les renouveler pour retrouver sa place dans l\u2019encadrement social.Aussi, la publicité « classifie » les produits (leur donne une personnalité de classe) en reproduisant et reflétant la structure de classe de notre société, qui est un autre encadrement social collectif.Ce faisant, la publicité presse (par illusion) les gens de la classe inférieure d\u2019acheter leur promotion sociale et de monter dans la classe immédiatement supérieure, alors que, par le même jeu, cette dernière l\u2019a déjà quittée pour celle qui lui est immédiatement supérieure .La publicité reproduit ainsi \u2014 re-produit \u2014 la société telle qu\u2019elle est.La publicité est donc au service du rapport sociétal existant, régi par la loi du plus fort.Guidés par le profit, les détenteurs du capital ne sont capables que d\u2019une seule logique: mettre leur savoir (ordre social/culturel) et celui des autres au service de leur pouvoir (ordre politique) pour accroître leur avoir (ordre économique).Le reste n\u2019est que stratégie et tactique.Exciter les besoins conscients et inconscients, manipuler les désirs profonds, créer l\u2019encadrement social: autant de façons de faire \u2014 sans rien brusquer, avec intelligence et « normalité », \u2014 gérées dans le but précis de capitaliser pour réinvestir et recapitaliser pour réinvestir et re-recapitaliser pour.Notre société n\u2019a qu\u2019une rationalité, celle de la croissance économique ! Pour qui ?Pour quoi ?On ne sait pas.Pourvu que ça swing ! Et les Chiliens ?Et les Ethiopiens ?Dommage ! 40 RELATIONS LA FOIRE DE NOËL par Florent Bourgeault * C\u2019est bien à une foire que nous convient nos grands centres commerciaux et nos magasins, chaque année, à l\u2019approche du « temps des fêtes » ! A une foire où les spectacles que l\u2019on présente aux enfants obligent les parents à parcourir plusieurs fois, en toute sa longueur, la galerie des boutiques: un se donne à une extrémité du centre à tel moment, l\u2019autre, à l\u2019autre bout, débute une heure plus tard.Il ne faut décidément pas faire coïncider les spectacles ! Entre temps, il y a la visite au Père Noël, dont on pourra d\u2019ailleurs garder un mémorial touchant: le photographe est à la portée de la bourse.Il y a beaucoup à observer si on se se refuse à l\u2019ivresse de la fête.Mais gare au téméraire qui ira à la foire avec son appareil photographique pour en rapporter quelques souvenirs, pour y préparer un montage audio-visuel pour conscientiser ceux qui veulent bien encore se conscientiser à un phénomène qui, lentement, est en train de nous engourdir.Le monsieur qui m\u2019a vendu un film « ultra-rapide » m\u2019a assuré qu\u2019il n\u2019y avait aucune restriction à la photographie dans le centre commercial: « Vous pouvez tout photographier.» Des confrères plus avertis m\u2019avaient recommandé de me servir plutôt de films rapides, car la lampe éclair électronique pourrait indisposer les gens, les distraire.Il ne faut quand même pas être trouble-fête ! Ses magasins spécialisés font qu\u2019il y en a pour tout le monde: « pour elle », « pour monsieur », sans parler du « coin des enfants », et du « monde des jouets ».La famille peut donc se disperser, et tout le monde entre dans le jeu.L\u2019une des règles de ce grand manège semble être de réduire partout au minimum le nombre de spectateurs.Tout le monde peut ainsi acheter en même temps.Cela comporte d\u2019immenses avantages: on y sauve du temps.et on ne réalise qu\u2019après les dépenses folles que l\u2019on a faites.Si Madame s\u2019attarde au magasin « pour elle », Monsieur peut se reposer sur les banquet- * Religieux F.I.C., l\u2019A., qui a travaillé durant quelques années comme missionnaire dans des contrées moins « consommantes * que la nôtre, poursuit présentement ses études (2e cycle) à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal.tes stratégiquement disposées ici et là.Lorsque l\u2019attente devient trop longue, Monsieur peut aller chez le barbier, s\u2019arrêter à la coquette « mini-loto » et pour y retirer quelques billets.et profiter de ce que le kiosque « mini-loto » et « loto-perfecta » est tout près pour y investir quelques dollars.C\u2019est à la « Ville des Jouets » que la famille se réunit, afin que les minuscules adultes puissent y exercer leur droit de parole, y faire leur choix judicieux et, aussi, leurs puissantes petites colères.Si le petit monsieur a très peu de chose à dire à la pharmacie ou chez le libraire, il devient ici tyranniquement puissant.C\u2019est tout de même sa ville 1 Les vitrines ont un langage bien particulier, d\u2019une épaisseur sémantique extraordinaire.Les magasins chics mettent en montre très peu d\u2019objets.Articles bien éclairés, décoration discrète.Les prix, s\u2019ils y apparaissent, sont inscrits en si petits caractères qu\u2019Us passent inaperçus.Les vitrines qui interpellent une autre classe sociale, par contre, exhibent une multitude d\u2019objets souvent hétéroclites.Dans une kaléidoscopie de couleurs de mauvais goût.Eclairage diffus, filtré par un mica coloré qui fait baigner le tout dans la médiocrité.Tout le monde s\u2019y arrête: c\u2019est « la vente d\u2019avant Noël ».avant celle « d\u2019après Noël »! On y annonce le « plan budgétaire », le « plan mise de côté », les « rabais de 20% ».Chaque objet est étiqueté; le prix original a été rayé une ou plusieurs fois pour signifier qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une aubaine qu\u2019on ne verra pas de sitôt.On parle même de «prix de manufacture ».et, si l\u2019on discute un tant soit peu, on peut avoir encore un « escompte additionnel » ! Ici, « Prix brûlants par temps froids ».Là, « le dollar vaut plus que partout ailleurs ».Dans une pharmacie gigantesque \u2014\telles sont immenses, ces pharmacies ! \u2014\tle motif décoratif du plafond, éclairé par les mille néons du magasin de la santé, répète, à la profondeur du magasin, la sentence publicitaire magique: « Economisez \u2014 Save ! » Ailleurs, c\u2019est Mr Econo qui proclame ce qu\u2019il est convenu maintenant de ne pas séparer: bas prix et économie! Et, sur Mont-Royal, un marchand se fait pathétique: « Coûte que coûte, le tous doit sortir.! » Depuis, ses prix sont devenus «les plus bas que vous ayez jamais vues ».Peu importe les petites erreurs: le français devient ainsi commercial.et exportable.Une maison de prêts exorcise vos cauchemars financiers : « Vivez que diable ! Un rêve à la portée de tous ! » La langue, c\u2019est quelque chose de vivant, qui évolue.Acheter ne se dit plus; il faut dire économiser.Qualité est devenu un mot composé: qualité-économie.Par ailleurs, le mot vente signifie exactement ce qu\u2019il devrait signifier, et non, comme on l\u2019a longtemps cru, vente à rabais.Et puis.et c\u2019est une brave femme qui me l\u2019a dit: pendant que la vente de Noël battait son plein.la vente d\u2019après Noël dormait derrière les étalages.Que faut-il conclure du fait qu\u2019avant Noël, une chemise se vend $22.et, après Noël, $9.00 ?Que la foire, sans doute, bat son plein l\u2019année durant ! Mais, attention ! A la foire, il ne faut surtout pas être un trouble-fête.J\u2019étais rendu à l\u2019un de ces énormes super-marchés qui nous font bien manger.et j\u2019y ai appris qu\u2019ils ne nous font pas aussi bien photographier ! J\u2019étais appuyé assez confortablement sur une colonne pour faire le point sur une pancarte publicitaire qui faisait partie d\u2019un motif décoratif assez élaboré: «-VOUS FAIT économiser », lorsqu\u2019un jeune homme parlant français, un jeune homme très poli d\u2019ailleurs, et tout de blanc habillé, un jeune homme qui semblait avoir une fonction bien précise dans ce marché, me posa une question qui me coupa le souffle: « Est-ce que vous avez une passe pour photographier ici ?» Je compris soudain que, dans cette liturgie, j\u2019étais un élément anti-fête.FÉVRIER 1974 41 2 CONSOMMATION et ENDETTEMENT \u2022 une enquête par Jean-P.Beaudry et René Marceau \u2022\tune illustration par Nicole Trachy \u2022\tdes chiffres fournis par les ACEF L\u2019idéologie dominante qui a cours dans notre système économique capitaliste tente sans cesse de nous prouver que nous vivons dans une société d\u2019abondance et de consommation dans laquelle il y aurait de moins en moins de pauvres.Or des études et recherches récentes démontrent que la pauvreté, de même qu\u2019une de ses manifestations particulières, l\u2019endettement, existent au Canada l.La pauvreté, dans notre contexte, signifie qu\u2019une cellule économique (CE)2 ne peut s\u2019assurer de combler, à même les revenus qu\u2019elle gagne ou reçoit, ses besoins strictement essentiels.Ceci veut donc dire qu\u2019elle ne peut consommer autant que l\u2019idéologie dominante veut nous le laisser croire.Consommation, endettement et pauvreté une enquête du CPMO à Longueuil par Jean-Pierre Beaudry et René Marceau * Notre propos, dans les lignes qui suivent, sera de déterminer, à l\u2019aide de quelques données d\u2019une recherche effectuée en décembre 1972 sur les conditions économiques de 196 familles salariées de Longueuil3, dans quelle mesure ces familles réussissent à se procurer les objets de consommation qui répondent à leurs besoins essentiels et à quel prix elles le font.I - PAUVRETÉ ET SUR-TRAVAIL Les études et recherches qui tentent d\u2019approcher le phénomène de la pauvreté s\u2019appuient constamment, pour définir les besoins essentiels, sur les biens suivants : nourriture, vêtement et logement.A notre avis, ces critères de définition sont pour le moins rigides.En effet, la notion de « besoins essentiels » est historique et élastique.Elle est historique dans la mesure où elle doit tenir compte de l\u2019état de développement des conditions socio-économiques d\u2019une société donnée, à un moment donné de son évolution, et elle est élastique dans la mesure où un besoin créé par la civilisation, comme la télévision, le téléphone, l\u2019alcool, etc., devient un besoin biologique, donc nécessaire, s\u2019il est satisfait (ou promu comme devant être satisfait par la publicité) pendant un certain temps.Ainsi des revenus qui ne permettraient pas de satisfaire les besoins essentiels \u2014 tels que nourriture, vêtement et logement \u2014 et les besoins créés par la société dans laquelle nous vivons équivaudraient à des revenus inférieurs au minimum physiologique.* Jean-Pierre Beaudry, du Centre coopératif de recherche en politique sociale, et René Marceau, du Bureau de Consultation-Jeunesse, ont tous deux participé à une enquête du CPMO (Centre de pastorale en milieu ouvrier) sur l\u2019endettement des familles, à Longueuil.1.\tIl est beaucoup d\u2019autres manifestations de la pauvreté telles l\u2019analphabétisme, la sous-alimentation, la mortalité infantile, etc.que nous n\u2019entendons pas traiter ici.2.\tNous appellerons cellule économique (CE) toute personne vivant seule et/ou tout groupe de personnes vivant ou non dans un même logis et qui sont dépendantes les unes des autres économiquement.3.\tCette recherche fut réalisée dans le cadre du stage d\u2019une douzaine de personnes au CPMO (Centre de pastorale en milieu ouvrier).42 RELATIONS Aussi, nous considérons que les échelles de mesure de la pauvreté proposées par les recherches antécédentes sous-estiment largement la réalité de la pauvreté.Pour le démontrer, nous conserverons, dans un premier temps, l\u2019échelle de seuil de pauvreté proposée par la Commission sénatoriale d\u2019enquête sur la pauvreté, dont les conclusions ont paru dans le Rapport Croll, en 1969.Cependant, nous indexerons cette échelle à l\u2019indice de croissance du coût de la vie pour le Montréal Métropolitain.L\u2019autre variable utilisée dans le type d\u2019étude dont nous parlions précédemment est le revenu global net (RGN) 4 de la CE.Nous rejetons le RGN comme base de mesure de la pauvreté et nous lui préférons le revenu principal net (RPN)5.Ceci, pour trois raisons : 1° parce que le RPN référé plus adéquatement que le RGN à l\u2019image sociale qui veut que le pilier économique (le chef de la famille) pourvoit aux besoins de sa CE, 2° parce que le RPN devrait pouvoir au moins assurer la reproduction simple de la force de travail des éléments de la CE, 3° parce que l\u2019utilisation de la notion de RGN pour mesurer la pauvreté cache son taux réel.Appliquons maintenant l\u2019échelle du seuil de pauvreté du Rapport Croll, indexé à l\u2019augmentation du coût de la vie, au RPN de chaque CE.Sur les 196 CE que nous avons interrogées, 77 sont au-dessous du seuil de pauvreté soit 39.3% et 119 sont au-dessus, soit 60.7%.Ce qui signifie que deux CE sur cinq vivraient en-deçà du minimum vital si elles n\u2019avaient que le RPN comme revenu.Les 77 CE qui se retrouvent ainsi sous le seuil de pauvreté se doivent de combler ce manque à gagner.C\u2019est alors qu\u2019interviennent ce que nous appellerons les pratiques de sur-travail.Si nous énumérons ces pratiques, nous retrouvons le travail supplémentaire sur le travail principal du pilier économique, l\u2019emploi secondaire (y compris les heures supplémentaires sur ce travail) du pilier, le travail principal du conjoint du pilier, son emploi secondaire, ses heures supplémentaires pour les deux travaux et, enfin, le travail des dépendants économiques (enfants ou toute autre personne dépendante de la CE).Sur 164 répondants, 72 piliers économiques (43.5%) déclarent faire du temps supplémentaire; 39 (23.5%) déclarent avoir un deuxième emploi.En outre, 67 conjoints des piliers économiques affirment travailler, dont 45 à temps plein.10 de ces conjoints font du temps supplémentaire et 5 ont un second emploi.22 CE reçoivent des revenus des enfants à charge, sur 34 CE qui ont un ou plusieurs enfants qui travaillent.Enfin, 10 CE reçoivent des revenus provenant d\u2019autres personnes à charge.4.\tLe RGN comprend les revenus monétaires (dégrevés d\u2019impôts) et les revenus de transfert (privés ou gouvernementaux), c\u2019est-à-dire: le revenu du pilier économique pour son emploi principal, ses heures supplémentaires, son ou ses emplois secondaires; le revenu du conjoint du pilier économique pour son emploi principal, ses heures supplémentaires, son ou ses emplois secondaires; les revenus hors-travail (allocation de grève, assurance-chômage, etc.); les revenus des dépendants de la CE; les revenus d\u2019investissements; les revenus de transfert privés ou gouvernementaux.5.\tLe RPN comprend le revenu, dégrevé d\u2019impôts, du pilier économique pour son emploi principal et les revenus de transfert gouvernementaux.FÉVRIER 1974 Si nous totalisons tous ces revenus, en y incluant les revenus de transfert privés et gouvernementaux et les revenus des investissements, nous obtenons le RGN.En appliquant l\u2019échelle de pauvreté au RGN de chaque CE, nous nous apercevons que 44 CE, soit 22.4%, sont encore en-dessous du seuil de pauvreté, et 152, soit 77.6%, au dessus.Ainsi, 33 CE ont réussi, grâce à leurs pratiques de sur-travail et aux revenus de transfert à combler le manque à gagner.Donc une CE sur six demeure dans un état de pauvreté.Le RGN moyen des CE est de $8,247, comparativement au RPN moyen qui était de $5,879 : une augmentation moyenne de $2,368.Toutefois cette augmentation ne bénéficie pas à tous également.En effet, l\u2019augmentation moyenne (RGN-RPN) des CE au-dessus du seuil de pauvreté est de $1,743, alors que celle des CE en-dessous du seuil n\u2019est que de $350.Ces remarques nous permettent d\u2019affirmer que les revenus de sur-travail profitent davantage aux CE aisées et restreintes qu\u2019aux CE pauvres et nombreuses.Ainsi la loi du développement des contradictions internes à notre système (de moins en moins de riches deviennent plus riches et de plus en plus de pauvres deviennent plus pauvres) se confirme.Elle se vérifie également d\u2019une façon fort éclatante lorsque nous comparons l\u2019écart de $4,903 entre la moyenne du RPN des CE aisées et celle des CE pauvres, et l\u2019écart de $6,585 entre la moyenne du RGN des CE aisées et celle des CE pauvres.Les raisons qui poussent les CE pauvres à recourir aux pratiques de sur-travail diffèrent de celles des CE aisées.Les premières recourent à ces pratiques par nécessité.Quant aux secondes, il s\u2019agit pour elles de dépasser le seuil de pauvreté pour « se payer un peu de luxe >, sollicitées qu\u2019elles sont par la publicité envahissante.Les CE pauvres qui, même avec leur RGN, ne parviennent pas à dépasser le seuil de pauvreté doivent soit réduire leur consommation en-dessous des besoins essentiels ou recourir au crédit, ce qu\u2019elles peuvent difficilement faire puisque les institutions financières les considèrent comme n\u2019étant pas solvables.Il - CONSOMMATION ET ENDETTEMENT Cette analyse, jusqu\u2019à date, ne tient compte que d\u2019une facette de la réalité.En effet, nous ne nous sommes attachés qu\u2019à l\u2019étude des sources de revenus des travailleurs pour la reproduction simple de leur CE.Pour saisir l\u2019autre facette, il convient de nous attarder à l\u2019analyse des pratiques de consommation auxquelles s\u2019adonnent les travailleurs-consommateurs.Pour ce faire, nous ne retiendrons que le coût annuel moyen que consacrent les CE de notre enquête pour chacun des items de consommation.La somme de tous ces coûts nous donnera le total des coûts annuels moyens pour les dépenses de consommation de l\u2019ensemble de notre échantillon.Comparons le pourcentage qu\u2019alloue le seuil de pauvreté du Rapport Croll pour chacun des items de consommation au rapport entre les dépenses effectives des CE pour chaque item et le revenu moyen ($6,047) 43 minimal pour atteindre le seuil de pauvreté.Nous obtiendrons ainsi le tableau « portrait économique d\u2019ensemble > du tableau 1.Tableau 1: CONSOMMATION ET ENDETTEMENT (Portrait économique d\u2019ensemble \u2014 Longueuil, 1972) Item de consommation\tCoût annuel moyen ($)\t% du SP selon le Conseil économique du Canada(A)\t% du SP réellement obtenu (B)\t% de la suret sous-con-sommation (C = B \u2014 A) Nourriture\t2,206\t27%\t36.5%\t+ 9.5% Logement\t1,962\t27%\t36.0%\t+ 9.0% Ameublement *\t368\t5%\t5.0%\t\u2014 Transport\t1,563\t12%\t25.9%\t+ 13.9% Vêtement *\t770\t11%\t11.0%\t\u2014 Loisir\t1,197\t5%\t20.0%\t+ 15.0% Santé\t116\t7%\t2.0%\t\u2014 5.0% Autres\t430\t6%\t6.0%\t\u2014 TOTAL\t8,587\t100% ($6,047)\t142.4%\t+ 42.4% RPN moyen\t$5,879 = manque à gagner: $2,708\t\t\t RGN moyen\t$8,247 = manque à gagner: $ 340\t\t\t Dettes moyennes (à part les hypothèques):\t$1,692 * Pour les items Ameublement et Vêtements, les chiffres ont été tirés de « Family Expenditure in Canada » (BFS) et indexés à l\u2019augmentation du coût de la vie.Il ressort de ce portrait d\u2019ensemble que les CE de Longueuil ont dépensé en moyenne $8,587, en 1972, pour satisfaire leurs différents besoins de consommation, alors que le revenu moyen jugé minimal par le Rapport Croll est de $6,047.En outre, ces dépenses moyennes totales de $8,587 représentent une moyenne minimale, puisqu\u2019elles n\u2019incluent qu\u2019en partie les dépenses d\u2019alcool et de tabac.Les dépenses pour le vêtement et l\u2019ameublement sont des approximations conservatrices faites à partir des pourcentages alloués par le Conseil Economique du Canada pour chacun de ces items.Sur cette base, nous pouvons formuler deux hypothèses : 1° ou bien l\u2019ensemble des CE étudiées consomme plus, dans une proportion moyenne de 42.4%, que ce que nécessite le strict minimum; 2° ou bien le seuil de consommation qui sert à l\u2019établissement du seuil de pauvreté du Rapport Croll sous-estime les revenus nécessaires pour couvrir les besoins strictement essentiels.Pour notre part, nous pensons que la deuxième hypothèse est la meilleure.Pour deux raisons: a)\tD\u2019une part, le Conseil économique du Canada (CEV) déclare que, si une CE dépense plus de 70% de son revenu pour les dépenses en nourriture, vêtement et logement, elle se situe dans un état de pauvreté.Or, à partir des données de notre enquête, nous constatons que ces biens essentiels constituent en fait 88.5% du budget moyen des CE.Ainsi le Conseil économique du Canada sous-estimerait de 18% la partie du budget qui doit répondre aux besoins essentiels.En plus, le Conseil économique du Canada n\u2019accorde que 17% du budget pour les dépenses de transport et de loisirs.Or les CE étudiées allouent pour ces dépenses en moyenne 50% du revenu moyen jugé minimal par le Rapport Croll, soit $6,047.b)\tD\u2019autre part, le RPN moyen de notre échantillon est de $5,879.Il est donc inférieur au revenu moyen jugé minimal, qui est de $6,047.C\u2019est dire que les CE accuseraient un déficit net moyen de $168 par rapport au revenu moyen jugé minimal, et un manque à gagner de $2,708 par rapport aux dépenses moyennes totales.En ajoutant ce montant déficitaire à la dette moyenne (sans les hypothèques) qu\u2019avaient ces mêmes CE en 1972, soit $1,962, on totaliserait un endettement minimum moyen d\u2019environ $4,400 par CE.Cependant, comme nous le savons, les pratiques de sur-travail réussissent à réduire ce déficit.Pour nos CE, le RGN moyen se situe à $8,247, ce qui est bien au-dessus du revenu moyen jugé minimal ($6,047.) Ainsi, les auteurs du Rapport Croll considéreraient que les CE de Longueuil vivent dans un état de prospérité généralisé, puisqu\u2019elles ont un surplus moyen de $2,200, toujours par rapport au revenu moyen jugé minimal.Pour eux, ce surplus devrait combler, dans une large proportion, la très grande consommation des CE et faire en sorte que, dans l\u2019ensemble, notre société puisse être perçue comme en bonne santé.Mais nous pensons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une apparence de santé qui origine de deux faiblesses d\u2019analyse.D\u2019une part, le Rapport Croll sous-estime l\u2019état réel des conditions de consommation dans lesquelles sont baignés l\u2019ensemble des travailleurs-consommateurs.D\u2019autre part il feint d\u2019ignorer les conditions d\u2019exploitation faites aux travailleurs en cachant les pratiques de sur-travail rendues nécessaires à certains d\u2019entre eux pour joindre les deux bouts.Nous considérons quant à nous que, pour nous approcher de l\u2019état réel de la santé de notre économie de consommation, il faut élaborer une nouvelle échelle du seuil de pauvreté en indexant de 40% l\u2019échelle du Rapport Croll que nous avions préalablement redressée face à l\u2019augmentation du coût de la vie depuis 1969.Pourquoi indexer de 40% cette échelle?Rappelons que, dans le tableau précédent, nous avons constaté que l\u2019échelle du Rapport Croll sous-estimait d\u2019au moins 42.4% la consommation réelle des CE.De plus, nous avons souligné plusieurs fois que nous-mêmes nous sous-estimions le 44 RELATIONS \u2014 coût réel de la consommation des CE de Longueuil.Nous avons donc cru décent et pas du tout téméraire d\u2019indexer de 40% l\u2019échelle du Rapport Croll.Nous obtenons alors les résultats suivants (voir les tableaux 2 et 3): 1° 70.4% des CE, soit 138 d'entre elles, se situent en-dessous du seuil de pauvreté avec un RPN moyen de $4,557.Seulement 29.6% des CE, soit 58 d\u2019entre elles, disposent d\u2019un RPN suffisant pour répondre à leurs besoins réels de consommation.Leur RPN moyen est de $9,028.Nous remarquons que les CE les plus touchées par la pauvreté sont les CE les plus nombreuses (5 personnes et plus), bien que, dans l\u2019ensemble, les CE restreintes pauvres soient largement représentées.Le manque à gagner moyen des 138 CE en état de difficulté financière selon le RPN serait de $4,030, alors que le surplus moyen des 58 CE aisées serait à peine de $450 par rapport au seuil de pauvreté moyen de l\u2019ensemble de la population de Longueuil, soit $8,587.2° 44.3% ou 87 CE se situent encore en-dessous du seuil de pauvreté, malgré leurs pratiques de sur-travail, et ce avec un RGN moyen de $5,238.Ainsi 51 CE se seraient hissées au-dessus du seuil de pauvreté par ces pratiques et, au total, 109 CE (soit 55.7% d\u2019entre elles) sont maintenant au-dessus du seuil de pauvreté avec un RGN moyen de $10,640.Le manque à gagner moyen des 87 CE en deçà du seuil de pauvreté, quoique rétréci, demeure quand même fort élevé, puisqu\u2019il est maintenant de $3,350 par rapport au seuil de pauvreté moyen de l\u2019ensemble de la population.Quant aux 109 CE aisées, leur surplus économique s\u2019est accrû sensiblement, puisqu\u2019il est passé à $2,075 en moyenne.Les pratiques de sur-travail ont donc accentué l'écart entre les CE pauvres et les CE aisées, cet écart étant de $4,470 par rapport au RPN et de $5,400 par rapport au RGN.Somme toute, qu\u2019on prenne pour base d\u2019analyse le RPN (base qui, pour nous, demeure la seule valable) ou le RGN (base qu\u2019utilise le Rapport Croll, de même que toutes les recherches traditionnelles), l\u2019incidence de la pauvreté à Longueuil, en 1972, est pour le moins alarmante.Au pire, 70.4% des CE seraient dans la pauvreté, selon leur RPN; au mieux, 44.3% d\u2019entre elles seraient dans la pauvreté, selon leur RGN.Quant à nous cette analyse est simplement réaliste quant aux conditions réelles de consommation et de revenus des CE étudiées.Ainsi, contrairement à ce que veut nous laisser croire l\u2019idéologie qui a cours dans notre société, la pauvreté continue d\u2019exister et de progresser et rappelons que c\u2019est cette société dite de consommation qui engendre cette pauvreté.Tableau 2: CONSOMMATION ET ENDETTEMENT.(RPN/Nouvelle échelle de pauvreté) Nombre de personnes\t1\t2\t3\t4\t5\t6\t7\t8\t9\t10 Nombre de cellules\t4\t48\t40\t42\t33\t10\t12\t5\t1\t1 58 CE\t1\t18\t15\t11\t11\t0\t2\t0\t0\t0 29.6% ($9,028) +\t4,191\t7,538\t8,951\t8,915\t11,614\t0\t11,851\t0\t0\t0 $8,587: seuil de pauvreté\t3,300\t5,500\t6,600\t7,700\t8,800\t9,900\t11,000\t12,100\t13,200\t14,300 138 CE\t3\t30\t25\t31\t22\t10\t10\t5\t1\t1 70.4% ($4,557)\t900\t3,045\t3,178\t5,530\t5,258\t6,520\t6,226\t4,458\t12,863\t5,572 Moyenne générale\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t $5,879\t1,723\t4,729\t5,343\t6,417\t7,377\t6,520\t7,164\t4,458\t12,863\t5,572 .Tableau 3: CONSOMMATION ET ENDETTEMENT.(RGN/Nouvelle échelle de pauvreté) Nombre de personnes\t1\t2\t3\t4\t5\t&\t7\t8\t9\t10 Nombre de cellules\t4\t48\t40\t42\t33\t10\t12\t5\t1\t1 109 CE 55.7% ($10,640)\t2\t34\t24\t22\t18\t4\t4\t0\t1\t0 +\t5,413\t10,123\t10,574\t9,941\t12,005\t13,148\t12,505\t0\t14,663\t0 $8,587: seuil de pauvreté\t3,300\t5,500\t6,600\t7,700\t8,800\t9,900\t11,000\t12,100\t13,200\t14,300 87 CE 44.3%\t2\t14\t16\t20\t15\t6\t8\t5\t0\t1 ($5,238)\t902\t3,316\t3,391\t6,076\t5,705\t7,321\t8,084\t6,388\t0\t5,572 Moyenne générale $8,247\t3,157\t8,138\t7,700\t8,100\t9,142\t9,652\t9,558\t6,388\t14,663\t5,572 FÉVRIER 1974 45 ACHETEZ-VOUS PAS DE MAISON! par Nicole Trachy * ILLUSTRATION : l\u2019endettement-maison C\u2019est un fait bien connu: le gouvernement fédéral veut le bien de tous les Canadiens.Il a été élu pour ça, il veut rester en place pour ça.Il veut même aider chaque citoyen à réaliser le rêve de sa vie, c\u2019est-à-dire devenir l\u2019heureux propriétaire d\u2019une belle petite maison.C\u2019est pourquoi il a instauré de nouveaux programmes d\u2019accessibilité à la propriété pour les gens à revenu modique.Cela a commencé par une grande campagne publicitaire dans les journaux, à la radio et à la télévision pour annoncer les amendements apportés à la Loi nationale sur l\u2019Habitation.Les Américains ont le mythe de la Maison Blanche; nous sommes plus modestes et nous nous contentons d\u2019une maison pour chaque Canadien.Après la stratégie de la Bonne Nouvelle, ce fut celle de la hausse des prix.On nous offrait la chance inespérée d\u2019acheter une maison avant que les prix montent de $1,000.00 ou plus.Une telle aubaine se refuse difficilement.Mais ce que le gouvernement a oublié de nous dire, c\u2019est que, depuis l\u2019établissement de ses premiers programmes en 1970, nous avons droit à une nouvelle classe sociale au pays: la catégorie des petits propriétaires < pognés ».En effet, si nous regardons ce qui s\u2019est passé depuis 1970, nous voyons que les projets d\u2019habitation à prix modique ont poussé comme des champignons.Certains d\u2019entre eux ont poussé tellement vite qu\u2019on a pas eu le temps de bâtir comme il faut.Pour n\u2019en citer que deux, qu\u2019on se rappelle le Projet Abeilles, à Laval, et le Projet P.Talbot Inc., à Lon-gueuil.Le nouveau petit propriétaire, à qui on avait promis le bonheur, se retrouve donc souvent avec une maison mal construite .et bien peu de recours possibles.Il y a bien la farce de la garantie de cinq (5) ans sur les vices cachés; mais, notre code civil provincial étant un chef- * L\u2019A.était, jusqu\u2019à tout récemment, responsable du secteur « habitation * à l\u2019ACEF de Montréal.d\u2019œuvre d\u2019ambiguïté, il est très difficile de se servir de la loi à cet égard.De toute façon, quel petit propriétaire a les moyens de payer un avocat pour le défendre, et les moyens d\u2019engager un architecte et un ingénieur pour faire des expertises ?C\u2019est donc dire que cette garantie de cinq ans n\u2019est qu\u2019illusoire.Il y a bien le recours de dénoncer publiquement la situation, mais, si le public s\u2019émeut facilement, il oublie aussi rapidement.La récente Loi de la protection du consommateur, elle, ne couvre pas l\u2019achat d\u2019une maison.Il nous faut donc admettre que le propriétaire éventuel d\u2019une maison n\u2019est aucunement protégé lors de son achat.Certains diront qu\u2019on peut compter sur la Société centrale d\u2019Hypothèques et de Logements (SCHL) pour protéger le propriétaire, mais c\u2019est inexact.De l\u2019aveu même de ses porte-paroles officiels, la SCHL n\u2019est pas là pour protéger le public, mais pour prêter de l\u2019argent sous forme de prêts hypothécaires.Il serait grand temps que la SCHL redéfinisse son rôle pour, \u2014 tout en continuant de prêter de l\u2019argent pour l\u2019achat d\u2019une maison, \u2014 protéger aussi le consommateur contre certains constructeurs pour le moins incompétents, sinon malhonnêtes.En outre, il y a une autre facette de la situation de « l\u2019heureux propriétaire », qu\u2019on oublie trop souvent: les conséquences de l\u2019achat d\u2019une maison sur le budget familial.Nous pouvons affirmer sans crainte que c\u2019est souvent une cause d\u2019endettement tragique pour les familles.Lors de l\u2019achat d\u2019une maison, il y a de nombreux coûts cachés auxquels on ne pense pas, et ce n\u2019est certainement pas le charmant vendeur souriant qui va les dire.Il y a le terrassement qui n\u2019est pas toujours compris dans le contrat d\u2019achat, c\u2019est-à-dire le gazon, le trottoir de la maison à la rue, et l\u2019entrée d\u2019asphalte pour l\u2019auto.Même si c\u2019est dispendieux, on fait toujours faire ces travaux: peu de propriétaires aiment avoir un champ de boue devant leur maison.Or le gazon appelle la tondeuse, le rateau, le boyau d\u2019arrosage.Puis, tant qu\u2019à faire, les petits arbustes chinois et la rocaille: c\u2019est tellement joli !.De plus, les nouvelles maisons sont situées en banlieue de Montréal.Il devient nécessaire d\u2019acheter une auto: le merveilleux système d\u2019autobus promis par le vendeur ne fonctionnera que dans trois ans.Le nouveau propriétaire avait calculé ses mensualités hypothécaires (capital, intérêts et taxes) dans son budget.Mais avait-il prévu que les taxes augmentent d\u2019année en année ?Avait-il prévu les frais de notaire qui sont à la charge de l\u2019acheteur, même si c\u2019est toujours le notaire du vendeur ?Et les assurances ?Etc.Et que dire du phénomène de la « concurrence » et du standing ?Bien sûr, les vieux meubles, les vieux rideaux et les vieux tapis ne vont pas du tout dans la maison neuve; alors on change tout.Mais quand le voisin a posé de la tapisserie de vinyle dans sa salle de bain, comment peut-on subir l\u2019outrage de ne pas en avoir une semblable chez soi ?Cette concurrence, souvent inconsciente, se traduit dans l\u2019ameublement, la voiture, le vêtement.On cherche à se distinguer en ayant mieux que les autres .Avec les réparations, même normales, à effectuer, les divers coûts auxquels on n\u2019avait pas pensé et la concurrence à soutenir, il arrive que le budget change de couleur: il tourne au rouge.On se tourne alors vers son gérant de banque ou, dans le cas de certains budgets trop rouges, vers la compagnie de finance.Et c\u2019est le commencement de la fin.Le gouvernement veut votre bien; il veut vous aider à réaliser le rêve de votre vie.Mais il oublie de vous donner l\u2019information complète.Il veut, par l\u2019intermédiaire de la SCHL, vous financer l\u2019achat d\u2019une maison à un taux d\u2019intérêt raisonnable, mais il ne veut pas vous la garantir.Il veut beaucoup de choses pour vous, Et vous, voulez-vous vous acheter une maison ?17.1.74.46 RELATIONS 3 - CONSOMMATION ET INSTITUTIONS SOCIALES QUÉBÉCOISES Protection du consommateur OU Protection de la consommation?une collaboration spéciale de Gilles Sicotte * L\u2019ENDETTEMENT DES QUÉBÉCOIS : $4,5 MILLIARDS \u2022\tVolume des dettes des Québécois: $4.5 milliards, soit une moyenne de $750/tête ou de $3,750 par unité familiale.Le volume des dettes des Québécois (créances actives) est passé de $3 milliards en 1968 à $4.5 milliards en 1973.Soit l\u2019équivalent du budget du gouvernement québécois.\u2022\tDe 1951 à 1970, les revenus des Québécois ont augmenté de 78%, tandis que la charge du crédit à la consommation augmentait, pour sa part, de 84%.C\u2019est dire que l\u2019endettement augmente chez nous plus rapidement que le revenu.\u2022\tAu cours des 10 dernières années, les conseillers budgétaires des ACEF ont aidé 10,000 familles québécoises aux prises avec des problèmes aigus d\u2019endettement.Le montant de la dette croît avec le niveau de revenu, mais le fardeau de la dette décroît avec le niveau de revenu, pour la dette de la consommation.L\u2019endettement des familles dont le revenu annuel se situe entre $4 et 5,000 équivaut souvent à une année de salaire.Les causes majeures de l\u2019endettement, dans cette catégorie de familles québécoises, sont: à) le chômage, b) l\u2019insuffisance du revenu, c) le logement et la nourriture.L\u2019endettement causé par l\u2019achat du superflu est surtout le fait des familles dont le revenu se chiffre à $12,000 et plus: le Québec détient, face aux autres provinces canadiennes, le championnat du nombre de piscines privées par rapport à la population ! \u2022 En 1963, 40,5% des ménages québécois avaient un revenu annuel variant entre $3,000 et $7,000.Pour bon nombre de ces ménages, la dette à la consommation s\u2019élevait à plus de 20% du revenu.En 1956, 33,2% des ménages et 42,9% des familles dont le chef était salarié avaient un bilan (revenu-dépenses/ dettes) négatif.Ces quelques chiffres, qui font voir l\u2019ampleur du problème de l\u2019endettement des Québécois, ont été fournis par le service d\u2019information des ACEF.Cf.Les Assoiffés du crédit, Montréal, les Editions du Jour, 1973.L\u2019endettement lié au crédit à la consommation, au Québec, est considérable: quelques chiffres précédemment donnés en manifestent l\u2019ampleur.La société québécoise, comme les autres sociétés de l\u2019Occident libéral, est devenue une société de consommation de masse.Comme le faisait observer, il y a quelques années, M.Pierre Marois, directeur de la Fédération des ACEF du Québec: Dans une société où s\u2019installait la production de masse, les travailleurs ont dû lutter longtemps avant que soit reconnu dans toute son extension leur droit d\u2019association et qu\u2019un code du travail fasse sa place de plein droit au syndicalisme.Nous sommes aujourd\u2019hui à l\u2019autre bout de la chaîne et nous devons faire face aux problèmes de la consommation de masse.(Relations, n.356, janvier 1971, p.4.) Pour faire face à ces problèmes, de nouvelles associations doivent peu à peu être créées et avoir chance de s\u2019établir solidement, et un code de la consommation doit être mis au point \u2014 et appliqué \u2014 pour assurer le respect des droits des consommateurs et la protection efficace de leurs intérêts.Mais qu\u2019en est-il au juste ?Quelles sont les institutions sociales et juridiques qui peuvent régulariser efficacement le crédit à la consommation et, pour reprendre une expression de M.Pierre Marois, « juguler une société sauvage dans laquelle règne véritablement la seule loi de la jungle » ?Ou pour contrer l\u2019insatiabilité des véritables assoiffés du crédit qui sont les détenteurs des pouvoirs économiques chez nous bien plus que les consommateurs eux-mêmes 1.* M.Gilles Sicotte est responsable de l\u2019information à l\u2019ACEF de Montréal.C\u2019est à la suite d\u2019une rencontre avec lui que le présent texte a été rédigé par le secrétaire de la rédaction de RELATIONS.l.La Fédération des ACEF du Québec: Les Assoiffés du crédit \u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1973, 158 pages.$2.75.FÉVRIER 1974 47 I - LES ASSOCIATIONS DE CONSOMMATEURS Face aux grandes institutions financières qui font leur profit du crédit à la consommation en exploitant souvent le consommateur, celui-ci se trouve faible et isolé, tout petit.D\u2019où l\u2019importance des trop rares associations de consommateurs qui cherchent à regrouper, au Québec, les nouveaux citoyens de notre société de consommation de masse.Ces associations, du moins celles dont la taille a quelque importance et dont l\u2019influence n\u2019est pas simplement négligeable dans la pratique, sont chez nous peu nombreuses.L\u2019énumération en est facile et rapide: 1.\tL\u2019Association canadienne des consommateurs (ACC) commence à percer, depuis quelques années, dans le Québec francophone.Comptant chez nous quelque 5,000 membres (cotisation: $4/année), l\u2019Association publie la revue Le Consommateur canadien, qui constitue son principal outil de pression et d\u2019éducation et/ou d\u2019incitation à une meilleure consommation.Sans remettre aucunement en cause le système économique qui a créé la société de consommation de masse dans laquelle nous vivons, l\u2019Association, dans une optique que l\u2019on pourrait qualifier de libérale, cherche à « conscientiser > le producteur par le consommateur, en amenant ce dernier à réclamer des produits de qualité.A cette fin, l\u2019Association a déjà mené diverses enquêtes sur l\u2019étiquetage et sur la publicité, par exemple, pour favoriser une consommation plus avertie et plus critique, et inciter par là les producteurs à améliorer la qualité de leurs produits.Le travail de l\u2019Association est presque totalement assuré par des bénévoles.L\u2019Association ne peut plus maintenir au Québec la « permanence » qu\u2019avait provisoirement rendue possible une subvention du gouvernement fédéral dans le cadre de ses programmes PIL (projets d\u2019initiative locale).2.\tL\u2019Association pour la protection des automobilistes (APA) œuvre, comme le nom même de l\u2019association l\u2019indique, dans un domaine ou secteur bien précis de la consommation: celui de l\u2019automobile.L\u2019Association, créée et dirigée par Philip Edmundston, le Ralph Nader québécois, travaille moins à l\u2019éducation ou à la « conscientisation > des consommateurs qu\u2019à leur éventuelle protection par diverses luttes et campagnes d\u2019opinion menées contre le « re-datage » des automobiles, leur mauvaise qualité, etc.Le bureau de l\u2019Association reçoit les plaintes des consommateurs et cherche à entreprendre par la suite les actions qui s\u2019imposent.L\u2019Association fournit en outre à ses membres (cotisation annuelle de $10) une documentation utile concernant l\u2019achat et la réparation des automobiles, notamment des listes de garagistes compétents et consciencieux qui peuvent effectuer les réparations nécessaires ou les vérifier.Ne visant que bien indirectement l\u2019éducation des consommateurs et leur prise en charge responsable de leurs propres intérêts, l\u2019Association ne réunit pas ses membres; elle ne s\u2019attaque aucunement à ce que l\u2019on pourrait appeler les vices structurels d\u2019une situation qui favorise l\u2019exploitation constante du consommateur.3.\tL\u2019Institut de promotion des intérêts dn consommateur (IPIC), un organisme jeune encore puisqu\u2019il est né avec la présente décennie, est financé par la Fédération des Magasins Co-op, ses coopératives affiliées et les membres des Cooprix.Membre de l\u2019American Council on Consumer Interests, l\u2019Institut offre des services d\u2019éducation \u2014 dans le domaine de la consommation alimentaire surtout \u2014 qui complètent les services de vente des Magasins Co-op et de ses coopératives affiliées.L\u2019organisme définit ainsi son rôle: a) éduquer et sensibiliser le consommateur en l\u2019informant constamment de tous les nouveaux développements dans le domaine de la consommation; b ) protéger le consommateur en le renseignant sur les nouvelles lois adoptées et en le conseillant sur les nouveaux produits du marché par rapport à la publicité, la qualité, les prix, les étiquettes et les emballages; c)\tdéfendre le consommateur contre toutes les contraintes apportées par la société de consommation en lui permettant de faire un libre choix judicieux, grâce à une information juste et adéquate sur tous les biens de consommation; d)\tdialoguer avec le consommateur afin de recevoir ses plaintes, ses protestations et ses suggestions, pour pouvoir le représenter auprès des gouvernements et de l\u2019industrie.L\u2019instrument majeur dont dispose l\u2019Institut pour remplir son rôle est Le Réveil du consommateur, organe officiel de l\u2019IPIC.Les autres modalités d\u2019action de l\u2019IPIC varient selon les régions (Montréal, Laval, Québec, Chicoutimi-Jonquière, Rimouski, Thetford Mines).L\u2019Institut a déjà effectué diverses recherches, spécialement sur les produits alimentaires offerts au consommateur.Les résultats de ses recherches sont rendus publics.L\u2019Institut ne craint de dénoncer, en les nommant, les producteurs et distributeurs qui exploitent les consommateurs; ni de s\u2019attaquer, en les analysant, aux vices structurels d\u2019un système économique qui tourne à l\u2019exploitation du consommateur.L\u2019IPIC doit cependant œuvrer avec des effectifs peu nombreux: un personnel permanent de 7 ou 8 personnes.4.\tLes Magasins COOPRIX, fédération regroupant plus de 100 magasins/coopératives au Québec, n\u2019œuvrent pas directement dans le champ de l\u2019éducation du consommateur.La Fédération se définit cependant comme ayant un rôle dans ce domaine, rôle qu\u2019elle assume principalement par le financement de l\u2019IPIC.Liée au Mouvement Desjardins, la Fédération n\u2019a osé que récemment s\u2019implanter dans les grands centres urbains.L\u2019expansion du mouvement semble présentement arrêtée.L\u2019influence de la Fédération s\u2019est surtout fait sentir au niveau de la production et de la distribution des biens de consommation: la chaîne PRO VIGO a été créée, pour une part, en réaction à l\u2019expansion des Magasins COOPRIX avec leur percée dans les grandes villes du Québec.(Des Magasins COOPRIX abritent les bureaux régionaux del\u2019IPIC.) 5.\tLes Associations coopératives d\u2019Economie familiale (ACEF), regroupées en une Fédération québécoise, constituent neuf associations régionales d\u2019organismes d\u2019éducation populaire œuvrant dans des secteurs divers et selon des idéologies et des priorités diverses selon les régions.L\u2019ensemble de ces organismes associés se reconnaissent dans une charte qui explicite les buts et moyens d\u2019action communs aux divers organismes impliqués: protection et éducation des consommateurs (en référence au cadre de vie familial), apprentissage et exercice des droits par des services d\u2019information et d\u2019éducation ainsi que par diverses études et enquêtes et par la participation à diverses entreprises coopératives ou à certaines luttes de groupes de pression.Certaines Associations font surtout porter leurs 48 RELATIONS le plus savant des petits dictionnaires est un \u201clivre vigoureux, gai, intelligent, exaltant\u201d (MICHEL COURNOT, LE NOUVEL OBSERVATEUR) UN SUCCES SANS PRECEDENT Il y a intérêt à l\u2019avoir tout de suite.C\u2019est prendre trop de risques que de vivre sans lui.M.Cournot, Le Nouvel Observateur 5 avril 1967 Le Petit Robert, dictionnaire désormais indispensable.Cl.Mauriac, Figaro 24 avril 1967 Vive le Petit Robert! J.F.Revel, Express leT niai 1967 Ce \u201cPetit Robert\u201d que l\u2019on attendait depuis près d\u2019un siècle.F.Blanc, Paris-Presse 2 avril 1967 Un ouvrage qui nous manquait mais auquel rien ne manque.Carrefour, 29 mars 1967 Il serait surprenant que ce \u201cPetit Robert\u201d ne fasse pas une grande carrière.P.Neuvéglise, France-Soir 15 avril 1967 DÛ Â SES SEULES QUALITÉS Le Petit Robert est un dictionnaire pratique, maniable, sûr, moderne précis, riche, informé de tout ce qui touche à la linguistique et à ses progrès, à la science contemporaine, à l\u2019incessante évolution et à la vie du langage.Il rendra aux professeurs, aux étudiants, à tous ceux qui aiment la bonne langue française, de très précieux services.M.Grevisse, La Libre Belgique 7 avril 1967 Je n\u2019hésite pas à déclarer que le Petit Robert est le meilleur abrégé de langue dont nous disposions à l\u2019heure actuelle.R.Le Bidois, Le Monde 1er avril 1967 Le \u201cPetit Robert\u201d, où se trouve condensé tout ce qui concourt à la connaissance de notre langue, est un chef-d\u2019œuvre d\u2019élégance et de clarté.R.Clair, de VAcadémie française, 18 mars 1967 QUI EN FONT L\u2019INSTRUMENT DE TRAVAIL LE PLUS SÛR Le Petit Robert, en préservant les caractéristiques et les qualités du \u201cGrand\u201d se présente comme le plus récent et le meilleur dictionnaire d\u2019usage dont le grand public puisse disposer.R.Desné, Agrégé de l'Université Le Petit Robert en un volume répondra, avec ses quelque 2 000 pages et 50000 mots, aux besoins du grand public, et du plus exigeant.C\u2019est un monument de science et d\u2019intelligence.L.Salleron, Vie Française 28 avril 1967 Nul doute qu\u2019il ne devienne le vade-mecum de tous ceux qui veulent se servir d\u2019un français absolument pur.Dépêche de l'Agence France-Presse POUR LA PREMIÈRE FOIS 54000 MOTS EN 1 SEUL VOLUME ET 8 DICTIONNAIRES EN UN ¦\tDICTIONNAIRE DE LANGUE ¦\tDICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE ¦\tDICTIONNAIRE DE PRONONCIATION ¦\tDICTIONNAIRE ANALOGIQUE ¦\tDICTIONNAIRE DES ANTONYMES ¦\tDICTIONNAIRE DES SYNONYMES ¦\tDICTIONNAIRE DE CITATIONS ¦\tDICTIONNAIRE DES DIFFICULTÉS GRAMMATICALES les________REQUÊTER [naketel.v.tr.(1570; de requête « nouvelle Drononciations Quête de la bête »).Chasse.Quêter de nouveau (la bête).v\tREQUIEM [Rekqijcm].n.m.invar.(1223, premier mot lat.de la prière « Requiem œternam dona eis », « donnez-leur le repos éternel »).?1° Prière, chant pour les morts, dans la liturgie catholique.Messe de Requiem, pour le repos de l\u2019âme d\u2019un mort.?2° Par ext.Partie de la messe des morts mise en musique.Le Requiem de Mozart, de Verdi.des_________ définitions précises des sens les______ marques de style synonymes REQUIN [n(a)k£].n.m.(1539; requien, 1578; requiem^ xvii'; o.i.; p.-ê.de requiem, par allus.à la mort rapide qu\u2019il provoque; ou p.-ê.de quien, forme norm, de chien (de mer).1° Poisson sélacien (sous-ordre des squales) à corps allongé, de grande taille et très puissant, à nageoire caudale hétérocerque, à bouche largement fendue en arc à la face inférieure de la tête, qui offre la particularité d\u2019être vivipare et placentaire.Requin commun ou requin bleu.Le requin habite les mers chaudes ou tempérées; sa voracité en fait l'ennemi redouté des marins.« Notre ponton était littéralement assiégé de tous côtés par les requins » (Baudel.).O Par ext.Nom courant des squales de grande taille.V.Aiguillât, griset, lamie, rochier.Cuir de requin.V.Galuchat.Requin^_ jnarteau*.?2° Fig.(xixe).Personne cupide et impitoyable en affaires.V.Rapace.Les -équins de la finance.Ils « avaient l\u2019un et l'autre ces vastes magasins.Le requin de ta librairie et le brochet de la papeterie vivaient en très bonne intelligence » (Balz.).REQUINQUER [n(a)k£ke].v.tr.(1578, p.p.; 1611, v.pron.; pour reclinquer « redonner du clinquant », rad.onomat.klink-, aussi reclinquer « réparer une barque », 1382, du holl.klink).?1° Vx.Rajuster dans sa toilette,^, redonner une belle apparence à (qqn).Se requinquer, .^\u2019habiller de neuf.?2° Mod.(Fam.).Pronom.Se requinquer : reprendre des forces, retrouver sa forme, sa bonne humeur.Il s\u2019est bien requinqué.La voilà toute requinquée.O (En parlant des choses qui redonnent des forces, de l\u2019entrain) Absolt.Un verre de vin, ça requinque (V.Ragaillardir, remonter).« Ça, ça me requinque un peu, cette taee qu elle (la morte) se desséchera petit à petit, qu\u2019elle finira par de la poudre » (Queneau).REQUIS.ISE [aaki, iz].adj.(1534; V.Requérir).+ 1° Demandé, exigé comme nécessaire.V.Nécessaire, obligatoire,-.prescrit.« Les chefs n\u2019ont pas été capables de la fermeté requise en telle occasion » (Richelieu).Satisfaire aux conditions requises.Un Musée « où j'avais juste l\u2019âge requis pour pénétrer » (Mauriac).?2° Se dit d\u2019un civil mobilisé pour un travail, par réquisition.Travailleur requis.\u2014 Subst.m.« Viennent de mourir.75 000 décédés comme prisonniers de guerre ou comme requis du travail » (De Gaulle).Les reauis.\t~~\tk _________les étymologies complètes .les .distinction des sens vieux et modernes \u2018richesse et variété des citations un volume format 15,5 x 24,5 2000 pages I papier vélin blanc, reliure pleine toile il vous faut un dictionnaire mais pas n\u2019importe equel.ayez le ROBERT le seul ouvrage en un volume qui apprenne tout sur les mots, leur origine, leur histoire, leur prononciation, leur sens. efforts, dans une optique peut-être plus traditionnelle, sur les services d\u2019information et d\u2019aide: tel est le cas, généralement, des ACEF du Saguenay-Lac-Saint-Jean (Arvida), du Nord-Ouest québécois - Abitibi, de la Côte Nord (Haute-Rive), de la région de Thet-ford, de la région de Québec également (présentement en voie de réorientation et de réorganisation).D\u2019autres ACEF \u2014 celles de l\u2019Estrie (Sherbrooke), de Montréal, de l\u2019Outaouais (Hull), de Shawinigan \u2014, sans abandonner les services traditionnels, s\u2019orientent plus résolument vers l'animation du milieu, par la participation à diverses initiatives locales ou régionales dans le domaine du logement, ou dans celui des coopératives alimentaires ou autres, et vers l'éducation des citoyens-consommateurs eux-mêmes.Ces ACEF travaillent le plus souvent en collaboration avec d\u2019autres organismes populaires, leur apportant, le cas échéant, le support de services d\u2019animation, d\u2019éducation, d\u2019aide juridique, etc.L\u2019idéologie de ces ACEF, notamment de celle de Montréal, est plus contestataire: à partir des besoins ressentis par les citoyens dans une situation donnée, on tente, dans un effort de « conscientisation », de faire apparaître les liens de causalité et les responsabilités impliquées dans la situation concrète dans laquelle sont vécus les problèmes.Tenant à garder le contact avec les organismes populaires avec lesquels elle collabore, l\u2019ACEF de Montréal (la région économique de Montréal regroupe 65% de la population du Québec), avec un personnel réduit de 8 permanents, a dû renoncer à ses services de dépannage pour investir ses énergies dans les 6 bureaux locaux qui ont chacun, compte tenu de leur insertion propre au plan local, leurs priorités et leurs moyens d\u2019action propres.L\u2019autonomie de ces bureaux est très grande, l\u2019organisation centrale devenant une sorte de table de rencontre et offrant des services d\u2019encadrement et d\u2019entr\u2019aide.Les réalisations auxquelles ont aidé les bureaux de Hochelaga-Maisonneuve, de la Rive-Sud et de Sainte-Thérèse, avec la participation d\u2019organismes très divers (Sociétés Saint-Vincent-de-Paul, Caisses populaires, comités de citoyens, syndicats, groupes populaires divers) sont parmi les plus heureuses et les plus significatives.6.Comptoirs, coopératives, associations diverses se multiplient, au Québec, selon les divers besoins des citoyens-consommateurs.Les 38 comptoirs alimentaires du Québec se sont donné récemment un secrétariat per- FÉVRIER 1974 manent.Sauf dans quelques cas, cependant, ces comptoirs ne dépassent guère les préoccupations de l\u2019entreprise coopérative et se soucient peu de l\u2019éducation du consommateur.Certains, il est vrai, constituent à cet égard d\u2019heureuses exceptions: le comptoir alimentaire y est vécu et pratiqué comme mouvement tout autant que comme entreprise.Mais la chose est rare.Il faut noter ici que les subventions fédérales des projets d\u2019initiative locale (PIL), si elles ont aidé certains comptoirs ou autres organismes semblables à naître et à se développer, ont malheureusement démobilisé le bénévolat.Or ce bénévolat est indispensable à la vie des coopératives.Dans le secteur de l'habitation, il faudrait mentionner ici certaines associations de locataires, de même que certaines luttes de propriétaires comme celle menée à Longueuil récemment (les Habitations J.P.Talbot).Et certaines coopératives dans le domaine du meuble, de la réparation des automobiles, etc.Mais il s\u2019agit là, le plus souvent, d\u2019initiatives d\u2019envergure restreinte et non coordonnées entre elles.Surtout, il faut signaler que bien des secteurs importants de la consommation \u2014 les vêtements, les produits pharmaceutiques, etc.\u2014 ne sont pas encore touchés par les associations coopératives.L\u2019énumération faite ci-dessus risque d\u2019impressionner le lecteur.Pourtant, il faut noter \u2014\tque les plus anciennes associations de consommateurs ne datent que de 10 ans à peine, \u2014\tqu\u2019elles ne regroupent encore que peu de citoyens consommateurs (même si les ACEF du Québec comptent quelque 500 organismes), \u2014\tqu\u2019elles sont insuffisamment coordonnées les unes aux autres et que, partant, leurs efforts sont encore mal concertés, \u2014\tqu\u2019elles n\u2019impliquent véritablement, dans l\u2019ensemble, qu\u2019une faible participation des consommateurs eux-mêmes.¦> relations REVUE D\u2019INTÉRÊT GÉNÉRAL, RELATIONS présente, chaque mois, études et dossiers sur divers problèmes : \u2022\tÉducation \u2022\tPolitique nationale et internationale \u2022\tQuestions religieuses et vie de l\u2019Église \u2022\tAffaires sociales et problèmes économiques \u2022\tArts et littérature \u2022\tEtc.Au cours des deux dernières années : \u2022\tL\u2019Église du Québec selon le Rapport Dumont (numéro spécial \u2014 janvier 1972) \u2022\tCSN \u2014 FTQ \u2014 CEQ et le gouvernement du Québec (avril 1972) \u2022\tChrist sans Église ?(dossier sur la crise de la pratique religieuse \u2014 septembre 1972) \u2022\tLes syndicats québécois et l\u2019action politique (novembre 1972) \u2022\tMorale et changement (numéro spécial sur l\u2019évolution de la conscience morale au Québec \u2014 décembre 1972) \u2022\tPluralisme et utopie (janvier 1973) \u2022\tLes chrétiens et le socialisme (février 1973) \u2022\tLa guerre des catéchismes (numéro spécial \u2014 septembre 1973) \u2022\tL\u2019avenir du Québec (octobre et décembre 1973) \u2022\tLes nouveaux groupes chrétiens au Québec (dossier \u2014 janvier 1974) Abonnement: $8 par année (11 numéros) \u2014 le numéro : 750.Prix spéciaux pour plusieurs exemplaires.Formule d\u2019abonnement au verso pour vous-même ou pour quelqu\u2019un de vos amis.49 Il - LES INSTITUTIONS DE CRÉDIT ET L'EXPLOITATION DES CONSOMMATEURS 2> > > cr cr Cl o O «CD CD C CD .CD X o> Les lacunes que l\u2019on vient de signaler sur les divers plans de la participation, de la coordination et de la concertation, du côté des consommateurs, sont d\u2019autant plus graves que les consommateurs doivent faire face à des institutions économiques et financières solidement établies et pratiquant de fait, par delà toutes les concurrences, la collaboration et la concertation.Les associations de manufacturiers, par exemple, existent chez nous depuis longtemps.Dans le domaine de l\u2019habitation, la coordination et la concertation sont solidement implantées et fermement pratiquées par les deux grandes associations de constructeurs de maisons au Québec, qui détiennent la très grande part du marché en ce domaine.Et l\u2019on pourrait multiplier les exemples.Il y a plus.Ces diverses associations de « producteurs ^jouissent de la connivence assurée, parce que basée sur une communauté d\u2019intérêts, des institutions financières du Québec: banques, compagnies d\u2019assurances et compagnies dites « de finance » ou de prêts.Ces institutions financières encouragent le crédit à la consommation (par les prêts, les cartes de crédit, le financement des achats, etc.).Ce qui favorise la consommation et invite les industries à se développer, les magasins à multiplier leurs succursales, etc.Pour ce faire, les institutions financières leur consentiront les crédits requis sous forme de prêts à l\u2019investissement.Ainsi tourne la roue.Ou la chaîne.Aux deux bouts, le citoyen ordinaire, le travailleur, qui est à la fois l\u2019épargnant et le consommateur, en fait les frais \u2014 pour le profit des grandes entreprises de production, des grandes chaînes de distribution .et des banques et autres institutions financières.Car l\u2019argent de l\u2019épargnant \u2014 de celui qui détient une police d\u2019assurance, par exemple, puisque l\u2019assurance est une sorte d\u2019épargne \u2014 est confié aux institutions financières.Cet argent est prêté aux producteurs et distributeurs.Ceux-ci écoulent leur sur-production \u2014 grâce à la mauvaise qualité des produits vendus et avec l\u2019aide de la publicité 2 \u2014 sur le dos du consommateur qui doit payer, au bout du compte, outre l\u2019article dont il a besoin, les intérêts payés par les producteurs et distributeurs aux institutions financières .et les coûts de la publicité ! S\u2019il n\u2019a pas l\u2019argent nécessaire pour acheter ce dont il a besoin \u2014 réellement ou à cause de la publicité \u2014, on lui offrira généreusement « de quoi s\u2019offrir ce qu\u2019on lui offre ».A condition, bien entendu, qu\u2019il emprunte, puis qu\u2019il rembourse capital et intérêts, en vue de nouveaux prêts à l\u2019investissement qui rendont possible une production plus abondante encore, qu\u2019il lui faudra acheter en se liant par de nouveaux emprunts .Ainsi tourne la roue.D\u2019où l\u2019importance, dans notre société de consommation de masse, du crédit, dont les plus « assoiffés » ne sont vraisemblablement pas les consommateurs.Les institutions qui assurent le crédit, au Québec, sont nombreuses et de types relativement divers.Les prêts à la consommation sont consentis \u2014\tpar les compagnies d\u2019assurances (on peut « emprunter sur son assurance ») et, dans certains cas, les trusts et les compagnies de fiducie; \u2014\tpar les banques, les caisses populaires et les caisses d\u2019épargne; \u2014\tpar les compagnies de petits prêts et les prêteurs d\u2019argent.Nous ne ferons ici état que des agissements de quelques-unes de ces institutions.1.Les compagnies de petits prêts \u2014\tou compagnies « de finance » \u2014 ont fait leur apparition aux USA entre les deux « grandes guerres »; elles y ont connu leur âge d\u2019or, avec le développement qui suivit la deuxième de ces guerres, dans la décennie qui va de 1945 à 1955.Importées au Canada, elles ont connu chez nous, au Québec notamment, leur période de grande prospérité entre 1950 et 1960.On en dénombrait une trentaine encore il y a cinq ans.On en compte aujourd\u2019hui une dizaine seulement: les banques ont pris la relève.Il suffit d\u2019avoir suivi un peu attentivement l\u2019évolution de la publicité 2.Au sujet des rapports entre la publicité et la société néocapitaliste de consommation de masse, voir l\u2019article de Gérald Larose dans le présent numéro.50 RELATIONS des banques, chez nous, depuis 1965, pour voir l\u2019intérêt que ces dernières portent maintenant au prêt à la consommation .et l\u2019intérêt qu\u2019elles portent également à la croissance de la consommation elle-même.Face à la concurrence des banques, les compagnies de prêts ont dû se regrouper pour survivre.Notons, parmi les plus importantes et aussi les plus connues: HFC (Household Finance Corporation \u2014 USA, 1928; \u2014 of Canada, 1939), Beneficial Finance Company (1956, reliée à la Discount and Loan Corporation \u2014 USA, 1930), Canadian Acceptance Company (USA, 1947), AVCO (USA), Niagara (IAC \u2014 Toronto), Laurentide Finance Company (Vancouver, 1960 \u2014 compagnie dont Power Corporation détient 48% des intérêts).Ces compagnies de petits prêts, dont la plupart son américaines, dominent, avec quelques autres (Pacific, Associates Finance, etc.), le marché québécois.Certaines de ces compagnies, comme la Beneficial, continuent d\u2019emprunter les chemins habitués, tandis que d\u2019autres, comme AVCO, par exemple, ont entrepris de diversifier leurs services.Compagnies « dans l\u2019vent », ces dernières soignent leur publicité, à la TV notamment: elles font « confiance » au consommateur et « leur offre de quoi s\u2019offrir tout ce qu\u2019on leur offre », de la TV couleurs aux 14 soleils en passant par l\u2019automobile et la remorque .Les prêts consentis par ces compagnies sont régis par la Loi des petits prêts.Cette loi fédérale (Ministère des Finances), de 1952, n\u2019a jamais été amendée essentiellement.L\u2019article 1 de cette loi en explicite le but: régulariser les prêts par l\u2019exigence de permis et par l\u2019établissement des taux d\u2019intérêts.Ces taux fixés précisent le maximum autorisé, selon une échelle « complexe », pour les petits prêts, c\u2019est-à-dire pour les prêts n\u2019excédant pas $1,500.Le maximum est de 24% par année pour la tranche de prêt initiale de $300; de 12% pour la tranche allant de $300 à $1,000; de 6% entre $1,000 et $1,500 \u2014 le tout pour une période de temps n\u2019excédant pas 30 mois.En pratique, ce taux était très avantageux pour les compagnies de prêts jusque vers 1960: en 1952, lorsque la loi fut votée, le taux d\u2019intérêt officiel au Canada était de 4%.Il n\u2019en va plus ainsi aujourd\u2019hui.D\u2019autant que certains organismes de protection des consommateurs surveillent les opérations de ces compagnies de plus près depuis quelques années.Mais il est facile de contourner la loi \u2014\ten consentant des prêts qui, avec les intérêts, les frais d\u2019assurances spéciales, etc., excéderont presque toujours les $1,500 prévus par la législation \u2014 montant au delà duquel les dispositions de la loi ne s\u2019appliquent pas; \u2014\ten procédant à des entreprises de consolidation et de refinancement perpétuelles qui font sortir des cadres de la légalité.En 1970, environ 1 million de petits prêts ont été fait au Canada.Il s\u2019agissait, dans 66% des cas, de prêts « refinancés » \u2014 de façon illégale dans bon nombre de cas (puisque le « nouvel emprunt » devrait être ajouté à l\u2019emprunt initial et non le supplanter, selon la loi).Les sommes illégalement perçues ainsi chaque année, au Canada, selon une estimation de l\u2019ACEF de Montréal, s\u2019élèvent à plus de $50 millions ! La plupart de ces compagnies, pour faire face à la concurrence des banques et aux rigueurs relatives de la loi, orientent maintenant leurs efforts du côté du financement des biens à l\u2019achat: ententes avec les marchands, publicité, contrats souvent peu corrects et illégaux, étalement des échéances, etc.Il devient souvent fort difficile de démêler les responsabilités quand on veut comprendre comment il se fait qu\u2019un appareil TV-couleurs, « en vente » à $689 seulement, peut coûter près de $2,000 après 60 mois .si toutefois l\u2019appareil résiste à l\u2019usure du temps et si le consommateur n\u2019est pas victime d\u2019une saisie avant l\u2019échéance finale.Ce phénomène relativement nouveau du financement des biens à l\u2019achat est en très rapide progression.Les banques sont entrées depuis peu dans la ronde.2.Les banques à charte consentent depuis longtemps déjà ce que l\u2019on peut appeler des prêts à la consommation (par opposition, par exemple, à des prêts hypothécaires).La Banque d\u2019économie de Québec et la Banque d\u2019épargne de la cité et du district de Montréal, oui n\u2019étaient pas des « banques à charte », ont longtemps eu une pratique divergente.La première n\u2019est plus; la seconde a élargi peu à peu ses politiques concernant les prêts personnels: elle annonce maintenant ses « prêts règle-tout ».De sorte que toutes les banques, outre qu\u2019elles consentent des prêts à la consommation, y incitent depuis quelques années par une publicité bien or- chestrée et maintenant par la distribution (parfois sans sollicitation de la part du client ! ) de cartes du type Master-charge ou Carte maîtresse ! En outre, les banques peuvent maintenant financer les biens à l\u2019achat.La Banque canadienne impériale de commerce a récemment « financé » ainsi des achats de terrains et de cours d\u2019anglais: l\u2019illégalité de certains contrats lui a fait encourir des pertes de l\u2019ordre de $1 million.3.\tLes caisses populaires ont voulu favorier davantage l\u2019épargne, en même temps que l\u2019information et l\u2019éducation des membres quant à l\u2019élaboration d\u2019un budget familial, quant à l\u2019investissement, etc.1,335 caisses populaires sont aujourd\u2019hui regroupées dans les 10 unions régionales de la Fédération de Lévis (Mouvement Desjardins), tandis que, ayant accédé à l\u2019autonomie en 1946, la Fédération de Montréal compte 33 caisses populaires .généralement plus grosses (l\u2019actif de la Caisse populaire Saint-Alphonse dépasse les $30 millions).En grossissant, les Caisses ont eu tendance à imiter les agissements des banques et à s\u2019aligner peu à peu sur leurs pratiques.Certaines initiatives récentes de la Fédération de Montréal cherchent toutefois à ramener à la surface les intentions originelles en favorisant la participation du personnel et des membres au mouvement des Caisses populaires et en dépassant les perspectives étroites de l\u2019épargne et du prêt pour assurer des services d\u2019information et d\u2019éducation et faire participer les membres à des ateliers ou à des sessions d\u2019études sur divers problèmes d\u2019économie familiale ou coopérative.Mais ces initiatives demeurent encore peu nombreuses.4.\tLes Caisses d\u2019économie, de fondation plus récente, ont été créées pour réagir contre la tendance des Caisses populaires à copier les banques.La Fédération des Caisses d\u2019économie du Québec compte maintenant quelque 200 organismes membres.Ce qui les caractérise, c\u2019est surtout le fait qu\u2019elles sont des « caisses fermées », i.e.réservées aux membres d\u2019un syndicat ou d\u2019un groupe de citoyens.(La Caisse d\u2019économie des Pompiers de Montréal, une des plus importantes, a un actif de l\u2019ordre de $15 millions.) Orientées résolument, au départ, vers l\u2019épargne et les petits prêts, ces Caisses ont peu à peu évolué, au fil des ans et au rythme de leur grossissement, dans la même direction que les Caisses populaires.FÉVRIER 1974 51 D\u2019où la récente mise sur pied, sur initiative du mouvement syndical (CSN), d\u2019un nouveau régime de Caisses d\u2019économie des travailleurs réunis, sur une base régionale (Joliette, Montréal, LES CAISSES D\u2019ÉCONOMIE DES TRAVAILLEURS RÉUNIS Une idée d\u2019André Lorrain, de la CSN, en voie d\u2019implantation depuis quelques années à peine et qui germe déjà.Ces nouvelles caisses, à certains égards semblables aux anciennes, s\u2019en distinguent à bien d\u2019autres.Brisant les règles établis du « jeu », elles veulent encourager l\u2019EPARGNE comme instrument de service social: l\u2019épargne déposé à la caisse des travailleurs ne rapporte pas d\u2019intérêts, mais elle permet de financer sans intérêt des entreprises qui répondent aux besoins réels du travailleur-épargnant: logement, alimentation, travail, loisirs, etc.S\u2019il faut encore parler d\u2019intérêt, il s\u2019agira alors d\u2019un intérêt social.Concrètement, la caisse ne verse aucun intérêt sur l\u2019épargne (du moins jusqu\u2019à $1,000).Ce qui lui permet \u2014\tde consentir des prêts personnels à ses membres à un taux de 1% par mois sur la balance impayée; \u2014\td\u2019offrir gratuitement des services de consultation budgétaire et de consultation juridique à ses membres; \u2014\tde négocier des assurances collectives à des taux avantageux pour ses membres; \u2014\tde constituer un pouvoir d\u2019achat collectif obtenant aux membres de la caisse des rabais relativement importants (déjà négociés pour ce qui a trait aux automobiles, à la peinture, à l\u2019huile à chauffage); \u2014\tde financer sans intérêt des entreprises répondant aux besoins des travailleurs: à Québec, un village vacances-famille ayant accommodé 250 familles en 1972 et près de 550 familles en 1973, deux garages coopératifs.La constitution d\u2019une Fondation de développement coopératif et social, incorporée en février 1973, complète le système et entend favoriser l\u2019obtention de ses objectifs majeurs.Les membres des syndicats participants sont invités à y verser 1% de leur salaire annuel.pour permettre à la Fondation de soutenir les caisses et leurs projets par des prêts sans intérêt.L\u2019essentiel : l\u2019AUTOGESTION, dont l\u2019apprentissage se fait petit à petit.Les caisses d\u2019économie des travailleurs sont déjà implantées à Joliette, à Montréal, à Québec et à Saint-Jérôme; les diverses expériences de participation/autogestion y sont prometteuses.Québec, Saint-Jérôme), visant, par delà l\u2019épargne, à permettre l\u2019accès des travailleurs à des services gratuits de consultation budgétaire et de consultation juridique, l\u2019utilisation d\u2019un pou- voir d\u2019achat collectif, le financement sans intérêt de certains projets et, surtout, l\u2019autogestion.(Voir la description plus détaillée de cette initiative récente dans la colonne voisine.) Face aux grandes entreprises de production et de distribution recourant massivement à une publicité sans cesse plus envahissante, ayant souvent à lutter contre des institutions financières qui cherchent à l\u2019exploiter plus qu\u2019à l\u2019aider, que peut faire le consommateur, sinon s\u2019endetter ?Il ne suffit pas ici de faire appel au sens des responsabilités des uns et des autres.Les rouages du système sont à ce point complexes que le libre exercice d\u2019un choix éclairé et responsable n\u2019est guère possible si le législateur ne vient pas déterminer les règles du jeu pour protéger les intérêts du consommateur.Qu\u2019en est-il, au juste, à ce chapitre ?Il existe deux lois ayant quelque importance : \u2014\tla Loi des petits prêts (Ottawa), 1952; \u2014\tla Loi de protection du consommateur (Québec), 1972.Il a été question de la première de ces lois à propos des compagnies de petits prêts; nous n\u2019y reviendrons donc pas ici.Au sujet de la seconde, on peut faire rapidement les observations suivantes : 1.\tLa loi a une portée fort restreinte.Elle réglemente certains secteurs de la consommation où les abus étaient particulièrement criants: activités des vendeurs itinérants, des vendeurs d\u2019autos usagées; et elle interdit les ventes pyramidales.Mais les nouvelles réglementations n\u2019ont guère changé la réalité .et tout continue à peu près comme avant.Il est significatif de constater que, en dépit d\u2019une lutte menée par l\u2019Office de protection du consommateur, avec le concours d\u2019avocats qualifiés, contre les compagnies recourant au système de vente pyramidales, les plus anciennes et les plus connues de ces compagnies existent encore et continuent leurs activités ! 2.\tLa loi comporte en outre des « trous » de grande importance: elle rend les contrats obligatoires entre vendeurs et acheteurs sans instituer de mécanismes de contrôle; elle ne réglemente pas la vente au comptant, ni la vente Tel est donc, trop rapidement esquissé, l\u2019éventail des institutions qui prêtent au consommateur et, en bien des cas, l\u2019exploitent, en lui prêtant, plus qu\u2019elles ne le servent.dans les « salons » de la femme ou de l\u2019auto, ni les procédures de collection, ni la publicité .Et son article 113 exonère le vendeur de ses éventuelles erreurs ou omissions « de bonne foi » ! Etc.3.\tEn outre, l\u2019Office de protection du consommateur \u2014 381-8555 \u2014 n\u2019a pas réussi à entrer vraiment en contact L\u2019OFFICE DE PROTECTION DU CONSOMMATEUR: 381-8555?On y reçoit, dit-on, 85,000 appels par année.Avec environ 250 jours ouvrables par année, cela fait 350 appels par jour.L\u2019IPIC dit avoir tenté 300 fois de communiquer avec l\u2019Office de protection du consommateur, en composant 381-8555, durant septembre, octobre, novembre et décembre 1973.sans pouvoir obtenir jamais la communication.L\u2019ACEF de Montréal s\u2019est essayée au même jeu, sans plus de succès.Si vous avez quelque grief à faire entendre, soyez patients.et re-re-re-recom-posez 381-8555, en essayant également, si vous voulez, 8556, 8557, 8558.Bon succès ! Ou, de guerre lasse, composez 873-6712 ou 873-5449 ! avec la population qu\u2019il doit informer et dont il doit faire respecter les droits et promouvoir les intérêts.La loi s\u2019avère donc nettement insuffisante si l\u2019on veut vraiment assurer la protection du consommateur .et non pas la seule protection de la consommation.Est-il possible de donner au consommateur des instruments juridiques valables ?Sans aucun doute, si l\u2019on est prêt à y mettre le prix (électoral) et l\u2019inventivité créatrice nécessaires.Un instrument efficace parmi d\u2019autres serait celui de la reconnaissance du principe III - LE CONSOMMATEUR ET LA LOI 52\tRELATIONS de l\u2019action collective (class action).Ce principe, dans le droit américain, reconnaît au consommateur qui s\u2019estime lésé le droit et la possibilité d\u2019intenter des poursuites au nom d\u2019un seul consommateur ou au nom d\u2019un groupe de consommateurs éventuellement victimes d\u2019une fraude identique.La cour a juridiction pour décider de la vraisemblance d\u2019un droit lésé ou d\u2019un tort causé concernant un groupe de citoyens consommateurs.Après quoi la cause peut être entendue au nom de tous les consommateurs lésés dans leurs droits et victimes de fraude.Depuis 1966 et surtout depuis 1969, on compte par milliers les causes de cette nature qui ont été entendues aux USA.Si telle compagnie de production ou de distribution ou de services est jugée coupable, elle doit rembourser toutes les personnes victimes de la fraude reconnue ou, si la chose s\u2019avère impossible, compenser pour la perte encourue par le groupe en cause par une « subvention » \u2014 de même ordre en termes de $ que si elle remboursait tous et chacun \u2014 à un service quelconque d\u2019aide sociale, dans un domaine connexe à celui dans lequel la fraude a été commise.C\u2019est ainsi, par exemple, qu\u2019une compagnie de produits pharmaceutiques, reconnue coupable de fraude à l\u2019égard d\u2019un groupe de consommateurs, pourra être condamnée à verser des sommes substantielles dans un fonds d\u2019aide aux victimes de la thalidomide, ou dans un fonds de recherche sur le cancer, etc.On comprend aisément l\u2019importance de semblable disposition juridique.Quel intérêt le consommateur peut-il avoir à intenter les poursuites judiciaires appropriées \u2014 ou même à faire simplement les démarches requises pour une plainte à l\u2019Office de protection du consommateur ! \u2014 après avoir noté qu\u2019il manque à peu près régulièrement un once de jus de pomme ou de savon pour la lessive dans les contenants de ces produits qu\u2019il vient d\u2019acheter?Va-t-il encourir des frais énormes pour tenter d\u2019obtenir une compensation ridicule ?La possibilité qu\u2019une action collective soit intentée pourrait sans doute éviter bien des fraudes, les fraudeurs pouvant prévoir qu\u2019il leur en coûtera éventuellement fort cher.Le ministre des Institutions financières du Gouvernement du Québec s\u2019était engagé, en 1972, à faire reconnaître le principe de l\u2019action collective dans une législation à cet effet.Les ACEF viennent récemment de lui rappeler sa promesse d\u2019il y a 15 mois 3: une législation visant à la protection du consommateur ne saurait avoir de « dents > sans une semblable reconnaissance.Sans doute faut-il compter avant tout sur l\u2019éducation pour éveiller la conscience critique du consommateur.Mais les instances juridiques et institutionnelles demeurent importantes, indispensables même: les enjeux collectifs sont ici trop graves pour que l\u2019Etat législateur puisse se défiler.3.Cf.Le Réveil du consommateur, 2/8 (1973), p.33.LE COMPORTEMENT DU CONSOMMATEUR UNE APPROCHE MULTIDI8CIPLINAIRE par Georges M.Hénault Le comportement du consommateur à l\u2019achat et les implications de son comportement sur le marché canadien En vente dans toutes les bonnes librairies et chez l\u2019éditeur Kl Jri ies presses de l\u2019université du québec 3465, rue Durocher, Montréal, Qué., H2X 2C6 Tél.: (514) 876-8054 mi- » POLLUTION, ÉPUISEMENT DES RESSOURCES, EXPLOITATION DU TIERS-MONDE: LES DÉCHETS DE LA CONSOMMATION Les déchets et les sous-produits ne créent pas de difficulté spéciale aussi longtemps qu\u2019on trouve le moyen de les utiliser, c\u2019est-à-dire de les réintroduire dans le cycle de la production et de la consommation.Là où les déchets de la consommation deviennent encombrants, c\u2019est au moment où ils s\u2019avèrent inutilisables et constituent même une menace pour l\u2019existence humaine.Ils causent alors que qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la pollution.Passé un certain seuil, celui justement que le développement industriel a permis à l\u2019humanité de franchir, le volume et la nature des déchets qui s\u2019accumulent font peser une menace extrêmement grave sur l\u2019équilibre écologique de la planète et, par voie de conséquence, sur la vie humaine elle-même.En marge de la pollution, il ne sera pas hors de propos de mentionner l\u2019épuisement progressif des réserves \u2014 épuisement au plan de la planète Terre \u2014 auquel notre civilisation est acculée à plus ou moins brève échéance.Cet épuisement découle lui aussi en droite ligne de la société de consommation.C\u2019est en effet le rythme ultra-rapide de la consommation qui est ici en cause.Il est clair que les ressources terrestres ne sont pas infinies.Il faut également inscrire au chapitre des déchets et des retombées les immenses ravages que cause notre civilisation dans le domaine culturel.J\u2019entends ici culture de manière large pour viser tout à la fois l\u2019exploitation éhontée à laquelle les pays riches soumettent les pays du tiers monde, ainsi que l\u2019appauvrissement spirituel dont toutes les sociétés sont victimes, sans excepter la nôtre.Ces déchets que sont la pollution et l\u2019asphyxie spirituelle condamnent la société de consommation.Les valeurs de justice et de paix ne sont aucunement garanties par la société de consommation; elles procèdent de la solidarité humaine qui, en termes religieux et bibliques, se fonde sur une commune filiation divine.Roger Lapointe, Regard sur la société de consommation, Montréal, OCO/ Fides, 1973, pp.19-20.53 4 CONSOMMATION ÉPARGNE et INVESTISSEMENT Une analyse économique par Irénée Desrochers Pas de consommation sans revenu.Pas de revenu sans production.Pas de production sans investissements.Au Canada et au Québec, pas d\u2019investissements suffisants sans investissements étrangers.Pas d\u2019investissements étrangers sans une dette internationale; et, malgré tous les avantages de cet apport, les investissements étrangers ne vont pas sans de sérieux inconvénients.De toute façon, pas d\u2019investissements suffisants sans suffisamment d\u2019épargne.L\u2019épargne n\u2019étant pas autre chose que cette partie du revenu qui n\u2019est pas consommé, posons la question: consommateurs, que décidons-nous ?ÉPARGNE ET INVESTISSEMENT: NOS RESPONSABILITÉS \u2014 lettre aux consommateurs par Irénée Desrochers I-CONSOMMATION ET INVESTISSEMENT Il ne suffit pas de se poser quelques questions touchant directement ses dépenses personnelles en biens et services, sa propre consommation.Ce serait avoir bien courte vue, mettre peut-être en danger le palier futur de son niveau de vie et de sa consommation.Car ce revenu que l\u2019on dépense si généreusement, ou si péniblement, selon le cas, il faut bien le gagner.Quels sont les facteurs économiques qui l\u2019assurent ?Faut-il faire l\u2019autruche ou se poser quelques bonnes questions ?C\u2019est alors qu\u2019on est forcé d\u2019élargir ses horizons et de nécessairement prendre en considération les interrelations entre la consommation et bien d\u2019autres réalités économiques.La première prise de conscience de ces interdépendances sérieuses, c\u2019est que son problème personnel de revenu et de consommation est au fond un problème collectif.On débouche alors, la plupart du temps sans trop le savoir, dans ce qui s\u2019appelle les « comptes nationaux », instrument extrêmement précieux pour une réflexion un peu plus sérieuse sur nos problèmes apparemment personnels.\t$ Dans ces comptes nationaux, on voit mieux le rapport entre la dépense globale de consommation et la production nationale qui assure les diverses formes de revenus et leur niveau.Le niveau de la production nationale est en rapport avec celui de votre revenu.L\u2019écart entre le potentiel de l\u2019économie, ce qu\u2019elle pourrait produire en situation de plein emploi, et le niveau actuel, observé, de la production nationale, peut expliquer, outre un manque à gagner, une capacité diminuée de négocier des augmentations de salaire, des grèves, du chômage, etc.L\u2019individu ne s\u2019en rend peut-être pas toujours compte, mais c\u2019est au niveau de la collectivité une question de milliards de dollars dont vous avez votre part à perdre ou à gagner, à faire perdre ou à faire gagner.Quelques chiffres, en partant, permettent un peu de se « placer » et de voir les ordres de grandeur.Du côté de la production et du revenu, disons que le produit national brut (PNB) du Canada, au troisième trimestre de 1973, roulait à une allure de 119 milliards de dollars par année, avec un revenu national net (au coût des facteurs de production) de 91 milliards.Du côté de la dépense nationale brute, signalons une dépense personnelle en biens et services de consommation de 70 milliards (sans parler des dépenses publiques courantes en biens et services de 23 milliards) et un investissement fixe total (la dépense pour la formation brute de capital fixe) de près de 27 milliards.Ce choix de chiffres, tirés de tableaux différents, ne permet pas évidemment, par une simple addition quelconque, de tirer n\u2019importe laquelle conclusion.Norme et objectifs pratiques Le Conseil économique du Canada (CEC) propose aux Canadiens des objectifs de croissance de l\u2019économie.54 RELATIONS Pour 1974 et 1975, il propose une croissance du PNB en termes réels, c\u2019est-à-dire en dollars (1961) de valeur constante, de 6 pour cent par année, chaque fois par rapport à l\u2019année précédente.Ceci permettrait une augmentation des dépenses personnelles de consommation (toujours en dollars constants) de 5,9 pour cent chaque année 1.Le potentiel, ce que l\u2019économie pourrait produire avec un plein emploi, est défini en fonction d\u2019une certaine norme pratique: c\u2019est un taux de chômage moyen pour tout le Canada de 3,8\tpour cent par année.Ce taux de chômage est considéré comme approprié, dans une économie dont le « modèle » a été élégamment baptisé Candide.Tel écart, entre le PNB potentiel et le PNB observé dans les faits, implique, d\u2019après Candide, qu\u2019on peut conclure à telle perte de dollars dans le revenu, en particulier le revenu disponible pour la consommation.ou pour l\u2019épargne.Puisque le potentiel est ainsi défini en fonction d\u2019un taux de chômage, le taux de chômage est donc une clef exceptionnellement importante, en rapport avec le niveau du revenu possible, même des non chômeurs.De tous les indicateurs économiques pouvant influer sur le niveau possible du revenu, l\u2019un des plus déterminants et des plus sensibles est l\u2019investissement total.La somme et le taux d\u2019augmentation de cet investissement global soutiennent le niveau de la production nationale, source du revenu.C\u2019est un multiplicateur.Le CEC, avec Candide, propose comme objectif à moyen terme, pour 1974 et 1975, une moyenne d\u2019augmentation de l\u2019investissement fixe total, sur l\u2019année précédente, de 9 pour cent chaque année, en dollars constants de 1961.Le CEC vous donne un petit dessin, un graphique2, où vous êtes censés visualiser, d\u2019après l\u2019écart entre une ligne continue et une ligne en pointillé, ce que représente en milliards de dollars de 1961 la perte due aux écarts entre la production potentielle et la production actuelle.Le Conseil semble vouloir être bien discret en ne nous donnant pas le « Tableau » statistique correspondant à ce graphique.Ce tableau indiquerait des montants de dollars chiffrés qui parlent davantage à une bonne partie du public.Les milliards de dollars perdus, chaque année, et la somme de ces milliards perdus cumulativement pendant une période donnée, depuis, disons, 1956, ou même depuis 1966 seulement, feraient ouvrir un peu plus les yeux.Ce n\u2019est pas que le peuple ne comprendrait pas; c\u2019est plutôt qu\u2019il pourrait être trop scandalisé en comprenant mieux.Le graphique pourrait peut-être paraître une façon paradoxale de dissimuler la vérité, puisque, \u2014 une image valant mille mots, dit-on, \u2014 le graphique en dit pourtant beaucoup moins que n\u2019en révélerait le tableau des chiffres qui y correspondent.1972 : une perte de $4.3 milliards Essayons d\u2019illustrer comment le CEC pourrait encore mieux nous faire comprendre l\u2019importance de ce potentiel et de l\u2019écart historique entre ces potentiels successifs et les PNB actuellement réalisés.Prenons comme exemple l\u2019année 1972, la dernière pour laquelle nous ayons en ce moment les chiffres les plus précis.Le CEC nous dit que l\u2019écart calculé entre le niveau actuellement observé et le niveau potentiel du PNB était alors d\u2019environ 3,9 pour cent du PNB réel en dollars constants de 1961.Sauf erreur, l\u2019écart de 3,9 pour cent (entre le PNB potentiel de 1972 selon Candide et un PNB actuel qui s\u2019élevait à 71,7 milliards de dollars (1961) constants) veut dire une perte sèche approximative, en cette seule année 1972, de 3 milliards de dollars 1961 et une perte d\u2019environ 4,3 milliards en dollars courants de 1972.Si ces calculs sont suffisamment exacts, il me semble que c\u2019est ce genre de conclusions chiffrées (même si c\u2019est une approximation à l\u2019intérieur d\u2019une « zone » plutôt qu\u2019une démarcation précise 3) qu\u2019il faudrait présenter aux citoyens que le CEC représente auprès du gouvernement.Que de choses on pourrait faire, pour le progrès social et des investissements prioritaires bien à nous, avec 4,3 milliards de dollars de plus dans une seule année ! Comme le taux de la consommation personnelle était à peu près de 60 pour cent du PNB en 1972, il faut dire aux citoyens que, A ce problème du niveau insuffisant d\u2019investissement pour la croissance normale de notre économie, se rattachent d\u2019autres problèmes très sérieux.Ceux, par exemple, soulevés par la propriété et le « contrôle » de ces investissements par des étrangers, étrangers qu\u2019on appelle techniquement les « non résidents ».L\u2019un de ces pro- cédé année-là, ils ont tout simplement perdu, en tant que consommateurs, dans leurs dépenses personnelles de consommation, 2,5 milliards de dollars courants de 1972.Mais n\u2019oublions pas la norme indicatrice de 3,8 pour cent de chômage: en 1972, le taux de chômage moyen pour tout le Canada fut de 6,3 pour cent.La perte totale de $4,3 milliards n\u2019est donc pas si étonnante.Il reste que même la norme de 3,8 pour cent de chômage par année est en soi discutable.Il faut se rappeler que, à ses débuts, le CEC lui-même s\u2019était fixé comme objectif 3 pour cent seulement de chômage.Il trouve peut-être aujourd\u2019hui qu\u2019il a été un peu ambitieux et qu\u2019il faudrait reformuler certains objectifs.En 1973, a-t-il vraiment accepté comme objectif à long terme la norme du modèle Candide: 3,8\tpour cent de chômage ?Au plan de Véquité, doit-on se contenter d\u2019être « réaliste » en acceptant une norme de 3,8\tet un objectif concret à moyen terme de 4,5 pour cent de chômage par année pour 1974 et 1975 ?L\u2019augmentation de Y investissement fixe total, en 1972, n\u2019a été que de 3,6 pour cent en terme réels (dollars 1961 constants), alors que l\u2019objectif était de 9 pour cent en termes réels.Les 22,313 milliards investis en formation brute de capital fixe représentaient 21,5 pour cent du PNB de cette année-là.Le taux de chômage de 1972 étant de 6,3 pour cent, il devient clair que le taux d\u2019investissement en pourcentage du PNB aurait dû monter jusqu\u2019à peut-être un peu plus de 25 pour cent.En un mot, nos investissements, en comptant les nôtres et tous ceux que font les étrangers ici, sont nettement insuffisants.Consommateurs, comment pouvons-nous obtenir encore plus d\u2019investissements ?Choisirons-nous d\u2019investir et d\u2019épargner nous-mêmes davantage ?Ou faudrait-il nous contenter d\u2019aller chercher ou « quêter » encore plus de capitaux à l\u2019étranger ?blêmes est un problème national.Il n\u2019y a pas que des avantages à « accueillir » les capitaux étrangers.1.\tCEC, Dixième exposé annuel, Ottawa, 1973, p.62.Il y est question de CANDIDE, mot « français » qui est une abréviation de Canadian Disaggregated /nterdepartmental Econometric Project.2.\tIbid., p.80.3.\tIbid., p.61, note 6.Il-LES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS ET LES NÔTRES FÉVRIER 1974 55 30 années de crédit à la consommation au Canada Comparaison des créances actives détenues par une sélection de créanciers en 1942 et en 1972 \u2014 en millions de dollars.\u2022\tFinancement des ventes à tempérament (compagnies de finance) $ 17 -^ $ 1,025 millions \u2022\tPrêts consentis par les compagnies de prêts $ 17 -> $ 1,621 millions \u2022\tPrêts personnels consentis par les banques $ 69 -?$ 7,174 millions \u2022\tPrêts sur polices d\u2019assurance-vie $189 ->\t$\t800\tmillions \u2022\tPrêts consentis par les « Credit Unions » et les Caisses populaires \u2014\t->\t$\t2,000\tmillions \u2022\tMagasins (crédit) $170 ->\t$\t1,763\tmillions \u2022\tAutres émetteurs de cartes de crédit \u2014\t->\t$\t233\tmillions \u2022\tServices d\u2019utilité publique Total $462 -> $14,848 millions Le total du crédit à la consommation est donc passé, en trente et un ans, de moins de 0,5 milliard de dollars à près de 15 milliards.Chiffres fournis par Statistique Canada: Crédit à la consommation, Ottawa, novembre 1973.Note: « On ne dispose d\u2019aucune statistique sur les autres formes de crédit à la consommation, comme les prêts entre particuliers, les honoraires médicaux, les mémoires de dentistes ou d'autres membres des professions libérales impayés, ou les dettes envers les clubs, hôpitaux ou autres établissements dispensant des services personnels.\u2014 Une enquête de Statistique Canada indique que le crédit à la consommation intervient pour environ 24% de la dette personnelle, les hypothèques sur résidence pour 68%, et d\u2019autres dettes diverses pour 8%.» (Ibid., p.3.) Voyons d\u2019abord quelques chiffres qui donnent une petite idée de la situation concrète.Le tableau de bord actuel Le solde de la dette internationale nette accumulée du Canada, la dette privée et publique totale, et le poids à porter qu\u2019elle représente découlent de la relation entre deux grandes données: d\u2019un côté, le total des engagements canadiens bruts (le passif) à l\u2019égard de l\u2019étranger, en très grande partie à long terme; de l\u2019autre côté, le total des actifs bruts des canadiens à l\u2019étranger.Le passif brut.\u2014 Au passif brut, nous avions, en 1969, des engagements bruts à l\u2019égard de l\u2019étranger s\u2019élevant à 46,9 milliards de dollars: ce montant était constitué par 41,6 milliards d\u2019investissements étrangers à long terme au Canada, par 2,2 milliards représentant la part nette des étrangers dans les avoirs canadiens qui sont en dehors du Canada, et, pour le reste, par 3,2 milliards en engagements canadiens à l\u2019égard de l\u2019étranger, mais à court terme 4.Pour donner une idée du degré de propriété étrangère des investissements au Canada, disons, d\u2019après les plus récentes statistiques sur ce point5, que, à la fin de 1969, dans la valeur comptable des capitaux à long terme utilisés dans certaines activités au Canada totalisant 85 milliards de dollars, les Canadiens étaient propriétaires (il s\u2019agit bien ici de la vraie propriété, et non encore de « contrôle » des capitaux, concept plus large) de 65 pour cent et les étrangers de 35 pour cent de ces capitaux.Ceci est une grande moyenne pour un vaste ensemble.Dans certains secteurs particuliers, en effet, le pourcentage de la propriété étrangère est très élevé.En voici seulement quelques exemples: les non-résidents possèdent 66% des capitaux dans l\u2019industrie du caoutchouc, 87 % dans celle de l\u2019automobile et des pièces, 75% dans l\u2019aluminium, 67% dans les produits chimiques, 63% dans le pétrole et le gaz naturel.Actifs bruts des Canadiens à l\u2019étranger.\u2014 Pour conclure à la dette internationale nette du Canada, il faut tenir compte de l\u2019actif des Canadiens, de leurs avoirs bruts à l\u2019étranger.A la fin de 1969, ces avoirs bruts se chiffrent à 18,8 milliards, dont à peu près 10,4 à long terme et jusqu\u2019à 8,3 milliards à court terme.La dette nette des Canadiens, à la fin de 1969, était donc de 28,2 mil- liards; et à la fin de 1972, elle était probablement rendue à environ 29,9 milliards.Conséquences de cette situation Il n\u2019est pas question de nier les grands avantages économiques de ces investissements étrangers au Canada.Ils exercent en général une influence sur notre croissance économique, contribuent à l\u2019augmentation de notre emploi et à la hausse de notre niveau de vie.Mais les désavantages qui existent de fait doivent néanmoins nous amener à nous poser la question suivante: sans renoncer aux capitaux étrangers que nous utilisons et dont nous avons besoin, ne pourrions-nous pas songer à en alléger graduellement le poids en augmentant un peu notre part de l\u2019investissement total qui se fait au Canada ?Nous devons compléter les investissements étrangers; ne pouvons-nous pas graduellement les diminuer, sinon en chiffres absolus, du moins en part relative?Le service de cette dette internationale devrait, en effet, paraître aux consommateurs canadiens un poids assez important à porter.Selon les comptes nationaux, les revenus de placements versés aux non-résidents sont actuellement au rythme d\u2019environ 2,5 milliards par année, dont $1,6 milliard qui leur sont payés sous forme d\u2019intérêts et de dividendes.Sources de financement De plus, pour essayer de mieux percevoir la puissance des investissements étrangers au Canada, il faut analyser la structure des sources globales de financement que ces étrangers utilisent, au moment même où ils se servent de nos ressources naturelles, de notre main-d\u2019œuvre et même de nos capitaux, pour en tirer leur profit.Le stock des capitaux étrangers utilisés au Canada sous forme de ce que l\u2019on appelle l\u2019investissement direct est celui qui, par définition, permet aux non-résidents de « contrôler » l\u2019entreprise.Si l\u2019investissement des étrangers n\u2019est pas suffisant pour leur permettre le « contrôle », on dit alors que c\u2019est un investissement ou un placement de portefeuille.En gros, pour Statistique Canada, il y a investissement direct quand il y a un « contrôle » par l\u2019intermédiaire des actions ordinaires votantes 4.\tStatistique Canada, Canada\u2019s International Investment position 1926 to 1967, p.19; Annuaire du Canada, 1972, p.1311.5.\tLe Quotidien de Statistique Canada, 16 oct.1973, pp.2-5.56 RELATIONS détenues par des non-résidents en nombre suffisant pour leur donner en fait le contrôle 6.Ainsi, dans l\u2019industrie du caoutchouc, les étrangers contrôlent 99% des capitaux utilisés au Canada, bien qu\u2019ils n\u2019en possèdent que 66 pour cent; dans l\u2019industrie de l\u2019aluminium, ils en contrôlent 100% tout en n\u2019étant propriétaire que de 75 pour cent7.La valeur comptable des capitaux que les étrangers contrôlent au Canada inclut donc non seulement le stock des nouveaux investissements qu\u2019ils ont eux-mêmes injectés ou investis, d\u2019année en année, de l\u2019extérieur, mais un ensemble plus vaste encore que constituent d\u2019autres capitaux, générés cette fois à l\u2019intérieur même du Canada.Le Rapport Gray, sur la maîtrise économique de notre milieu national8, a donné des chiffres, pour la période de 1946 à 1967, décrivant le financement assez révélateur qui a permis l\u2019expansion du secteur de notre économie contrôlée par l\u2019étranger.Pendant cette période de 21 ans, dans une valeur comptable brute de 43,9 milliards de dollars accumulés sous le contrôle étranger, il n\u2019y a que 9,7 milliards d\u2019accumulés qui soient des entrées nouvelles au Canada en provenance de l\u2019étranger, c\u2019est-à-dire seulement 22 pour cent.Cette dernière proportion a eu tendance à diminuer depuis 1960: elle ne fut que de 19% de 1960 à 1967.Le reste des capitaux contrôlés par l\u2019étranger se répartit comme suit au cours de la même période de 21 ans: les profits non-distribués, générés au Canada et réinvestis ici pour l\u2019expansion, se chiffrent à 8,3 milliards; les capitaux canadiens obtenus par l\u2019étranger sur le marché canadien des capitaux s\u2019élèvent à 5 milliards; 1,5 milliards proviennent d\u2019autres sources.Aux 24,5 milliards déjà énumérés (9,7 + 8,3 + 5,0 + 1,5), s\u2019ajoutent 17,6 milliards pour les provisions d'amortissement du capital, et 1,8 milliards pour les allocations d'épuisement, le tout donnant le grand total de nos 43,9 milliards sous « contrôle » étranger.On voit donc que ce sont les Canadiens qui financent en bonne proportion les investissements qui sont contrôlés par l\u2019étranger.Les étrangers pratiquent donc chez nous un type d\u2019autofinancement qui doit être pris dans un sens plutôt large.Les non-résidents ne sont pas généreux que pour nous.Ces dernières considérations sont d\u2019autant plus importantes que ceux qui exercent un tel contrôle \u2014 ces sociétés ou puissances multinationales \u2014 reçoivent parfois de nos gouvernements fédéral et provinciaux diverses formes d\u2019aide financière: subventions, primes à l\u2019investissement, avantages fiscaux ou exemptions d\u2019impôts, amortissements accélérés souvent considérés bien en excès du coût réel de la dépréciation, allocations d\u2019épuisement souvent considérées comme excessives, prêts à faible intérêt, exemptions de remboursement d\u2019une partie des emprunts, et d\u2019autres services payés par les contribuables canadiens.Tout cela, parce que ces firmes multinationales « n\u2019ont pas pu obtenir ailleurs l\u2019aide financière requise à des termes et conditions raisonnables \u2022» ! Ces sociétés-mères étrangères, par l\u2019intermédiaire de leurs filiales incorporées et de leurs succursales non incorporées, font trop souvent partie du club que, dans un système de « bien-être social » pour ces « pauvres » compagnies, on a surnommé, pas trop méchamment parce que l\u2019expression contient assez de vérité, nos « welfare bums ».Nos propres coopératives reçoivent-elles une aide comparable et proportionnée ?Dépendance économique La dépendance économique du Canada causée par ce vaste contrôle s'accompagne d\u2019un package9, qui inclut des dépendances sérieuses dans toutes sortes de domaines: la recherche, la technologie, la capacité de prendre des risques, le know-how du management, les économies d\u2019échelle, l\u2019accès à des marchés, etc.Tout cela comporte des effets sur la concurrence avec les entreprises que les Canadiens eux-mêmes contrôlent.Le pouvoir de ces compagnies pluri-nationales représente, encore une fois, de grands avantages pour nous, mais il a besoin d\u2019être à son tour suffisamment « contrôlé » face aux sérieux inconvénients qu\u2019il présente.Comment maximiser ces avantages et minimiser les désavantages ?Voilà le problème concret à résoudre.Parmi les désavantages de la dépendance économique, il y a (au delà d\u2019une bonne part du coût de la pollution et des dommages à l\u2019environnement) l\u2019effet sur l\u2019évolution de la structure industrielle et même de la structure d\u2019ensemble de notre économie, nos structures économiques restant en grande partie captives dans les mains des non-résidents.Est-il étonnant, quand les centres importants de décision sont ailleurs qu\u2019au Canada, que nos intérêts particuliers soient au besoin sacrifiés à des intérêts que la société-mère étrangère, qui lorgne ailleurs qu\u2019au Canada, considère comme plus importants pour elle-même ?Pour le coup, malgré un désir général d\u2019expansion à long terme au Canada, des fermetures totales ou partielles d\u2019entreprises ici, ou leur non expansion, contribueront de façon sérieuse à empêcher notre économie d\u2019atteindre son potentiel de production et de réaliser le plein emploi.C\u2019est tout de même un fait, et il faut finalement se rendre à l\u2019évidence, notre taux de chômage a été habituellement excessif depuis une vingtaine d\u2019années, alors même que nous connaissions une invasion de capitaux étrangers apparemment bien grande.La vérité cuisante et paradoxale, c\u2019est que, en réalité, l\u2019entrée nette de nouveaux capitaux d\u2019investissement et de placements à long terme venant de l\u2019étranger n\u2019a pas été suffisante pour assurer le plein emploi et la réalisation de notre potentiel de production nationale.C\u2019est du moins l\u2019une des hypothèses à envisager, celle de ceux qui favorisent, comme le grand remède par excellence, l\u2019entrée des capitaux étrangers telle qu\u2019elle a eu lieu.Elle nous a laissés globalement et habituellement avec des écarts trop grands entre la production nationale effective et la production potentielle, écarts qui représentent des pertes économiques énormes.De 1952 à 1972 inclusivement, en 21 ans, le taux de chômage au Canada a été, en moyenne, de 5% par année (6,7% au Québec), c\u2019est-à-dire régulièrement de 2% de trop, si on choisit la première norme du CEC: 3% de chômage, et de 1,2% de trop, si on choisit la norme présente de Candide: 3.8 pour cent.Pendant cette même période, le total de l\u2019investissement étranger à long terme au Canada a augmenté de 40 milliards de dollars (les entrées de nouveaux capitaux pour l\u2019investissement direct ont totalisé 11,9 milliards).et les taux de chômage excessif signalés plus hauts permettraient à Candide de calculer, dans le temps de le dire, la somme accumulée hautement intéressante, pour ne pas dire fantastique, que le Canada a perdue pendant ces 21 ans.Inflation, chômage et stagflation Ce taux de chômage, indicateur si significatif, est relié au problème de 6.\tIbid., 16 oct.1973, p.3.7.\tIbid., 16 oct.1973, p.5.8.\tLe Rapport Gray sur la maîtrise économique du milieu national, Montréal, Le-méac/Le Devoir, 1971, p.39.9.\tStatistique Canada, Canada\u2019s International Investment Position 1926 to 1967, p.26.FÉVRIER 1974 57 l\u2019inflation.En commentant le fait que, pendant la décennie 1960-1970, le taux moyen de chômage a été de 5,2% et le taux moyen de la hausse des prix, de 3,2%, le Conseil économique du Canada, tout en nous avertissant que les liens entre le taux de chômage et les variations des prix sont à son avis complexes et indirects, n\u2019en affirme pas moins: « Lorsque nous nous rapprochions de l\u2019objectif quant au chômage, nous nous en éloignions quant aux prix.Lorsque les prix évoluaient de façon satisfaisante, le taux de chômage tendait à se détériorer considérablement »10.Mais nous en sommes maintenant rendus à connaître simultanément une certaine stagnation relative de l\u2019économie et une mesure d\u2019inflation franchement trop forte.C\u2019est ce que l\u2019on a surnommé la « stagflation ».Ces dernières années, ce phénomène intrigant semble se prononcer chez nous.L\u2019année 1973 vient de nous offrir un spectacle curieux.Considérée comme une année excellente pour la croissance du PNB (une croissance réelle d\u2019environ 7% au Canada), 1973 nous a pourtant laissés en même temps avec un taux moyen de chômage de 5,6% pour le Canada, ce qui reste un chômage encore excessif (même s\u2019il est plus bas que le 6,3 de 1972), et une augmentation moyenne des prix à la consommation de 7,6% (une augmentation totale des prix à la consommation, pendant l\u2019année 1973, de 9,1%).Investissements au Québec Tout cela est dit pour le Canada dans son ensemble.C\u2019est de loin la première préoccupation de Candide.Mais qu\u2019en est-il du Québec en particulier ?Faut-il fermer les yeux sur les problèmes plus aigus des Québécois, sous prétexte qu\u2019une moyenne nationale à travers tout le Canada a été quasiment atteinte, \u2014 quand elle l\u2019est, \u2014 à cause de l\u2019Ontario et de la Colombie britannique qui se pourléchent sur leur perchoir au-dessus de cette fameuse moyenne ?Et si la norme nationale n\u2019est à peu près jamais atteinte au Canada, qu\u2019en sera-t-il de la détresse du Québec ?Quand, pour le Canada dans son ensemble, le taux d'investissement, malgré l\u2019augmentation de tous les capitaux étrangers utilisés et de tous les capitaux canadiens utilisés par des non-résidents au Canada, est nettement insuffisant, que faudra-t-il dire et faire du taux des investissements au Québec, quand le taux du chômage y est assez supérieur au chômage moyen du Canada ?Le Québec a-t-il droit lui aussi au respect d\u2019une norme ?Et laquelle ?Ou doit-il se consoler \u2014 « poor sonl » \u2014 du fait que la moyenne du Canada s\u2019est peut-être, mais pas souvent, rapprochée de la norme ?Le public québécois en est réduit trop souvent, faute d\u2019information, à réfléchir et à calculer sur bon nombre de ses problèmes, en partant du fait que le PNB du Québec est assez proche de 25% du PNB du Canada.Si le PNB du Québec est le quart de celui du Canada, le problème du Québec, pense-t-on, serait le quart de celui du Canada.Mais tel n\u2019est pas toujours le cas, loin de là.Ce genre de calcul est souvent trop « primitif » pour servir à établir une véritable politique économique pour le Québec.Comment appliquez-vous au Québec les objectifs chiffrés et la norme du CEC pour l\u2019ensemble du Canada ?Et quels sont les objectifs chiffrés et quelle est la norme, publiés par le Québec ?Mystère ! A riddle wrapped up in an enigma, dirait Winston Churchill.Pour le Québec, qu\u2019en est-il de 1973, la meilleure année, a-t-on dit, de l\u2019histoire du Québec depuis 25 ans ?Les chiffres, même préliminaires, mais peut-être un peu plus récents que ceux qu\u2019a pu offrir au public M.Guy Saint-Pierre, ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, au moment de sa conférence de presse du 16 décembre dernier, indiquent que le PNB du Québec pendant 1973 a augmenté d\u2019environ 14 pour cent en dollars courants et d\u2019environ 7,5% en termes réels.C\u2019est très beau.Les immobilisations totales au Québec en 1973 ont dû augmenter à peu près de 14,8 pour cent en dollars courants, et probablement d\u2019à peu près 8,3% en termes réels.Cela paraît encore très bien.Mais le taux moyen de chômage au Québec, pendant cette année des plus glorieuses.fut (d\u2019après les derniers chiffres) de 7,5 pour cent.« Something is rotten in Denmark », disait Shakespeare.Encore une fois, quels sont les objectifs chiffrés et la norme du Québec pour le Québec ?Ce taux de chômage indique que le Québec, même en cette année «spectaculaire» de 1973, est assez loin de son potentiel, et que cet écart implique la perte pour le Québec de plusieurs centaines de millions de dollars, en cette seule année, la meilleure depuis 25 ans.En attendant d\u2019avoir leur propre Candide, les experts du Québec pourront peut-être calculer cette perte en consultant ceux du CEC.Même avec les experts du fédéral, ils ne pourront pas faire les calculs sans se prononcer sur les objectifs chiffrés et la norme pour le Québec.Une conclusion simple et certaine, c\u2019est que les investissements bruts globaux au Québec sont habituellement et hautement insuffisants, qu\u2019ils viennent de n\u2019importe où, du Québec même, du reste du Canada, ou d\u2019ailleurs dans le monde.S\u2019il faut plus d\u2019investissements, il faut plus d\u2019épargne, que cette épargne soit nationale ou étrangère et importée.Consommateurs du Québec, que choisirons-nous ?Il est vrai que le Québec exporte lui-même des capitaux: un peu plus de $10 milliards en 25 ans.Ce phénomène doit s\u2019expliquer par plusieurs facteurs, en distinguant, entre autres choses, les investissements et placements à long terme de ceux qui sont à court terme; les capitaux de risque, des placements offrant plus de sécurité; et en n\u2019omettant pas le fait que des francophones confient des épargnes à des compagnies contrôlées par des anglophones ou des non-résidents dont l\u2019horizon est différent du leur, etc.Le fait brutal est quand même là: le Québec a un besoin criant d\u2019investissements et il exporte présentement des capitaux au rythme annuel de quelque 700 ou 800 millions de dollars, quand ce n\u2019est pas plus.Que veulent donc les consommateurs du Québec ?Un problème national pour les francophones C\u2019est un problème national pour tous les Canadiens, anglophones ou francophones.Des rapports comme le Rapport Watkins et le Rapport Gray l\u2019ont bien mis en lumière, de même que les discussions à la Chambre des communes avant l\u2019adoption de la loi C-132, le 26 novembre dernier, «Loi sur l\u2019examen de l\u2019investissement étranger ».C\u2019est un problème national pour tous les Québécois, qu\u2019ils soient anglophones ou francophones, néo-canadiens ou non.Car le Québec, comme collectivité (il ne s\u2019agit pas seulement de dettes publiques), a sa propre dette « extérieure » ou « internationale » 10.CEC, Neuvième exposé annuel, 1972, p.95.58 RÉLATlONS nette, privée et publique, de plusieurs milliards.Cette dette découle de sa propre balance des paiements avec l\u2019extérieur, des investissements et placements étrangers dans le Québec de la part de tous ceux, même canadiens, qui ne sont pas des « résidents » du Québec.Cette dette existe avec tout son poids, même si les experts du gouvernement du Québec n\u2019en publient pas le chiffre.Ce n\u2019est probablement pas que ce chiffre soit caché dans un tiroir secret d\u2019un service de recherche ou d\u2019une direction d\u2019analyse et de prévision économiques à Québec; c\u2019est que, plus probablement, nos experts n\u2019ont pas reçu du service fédéral qui s\u2019appelle Statistique Canada les données de base qui permettraient de faire le calcul, ou bien qu\u2019ils n\u2019ont pas encore été en mesure, en partant de ces mêmes données du fédéral, de faire ces calculs.Il ne leur est pas encore possible de le faire par une autre voie.C\u2019est aussi un problème national pour les francophones du Québec.Etant la majorité au Québec, ils possèdent et contrôlent très peu de l\u2019économie du Québec aux secteurs secondaire et tertiaire.Parlant des établissements canadiens francophones au Québec, le Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme conclut qu\u2019ils « occupent toujours le dernier rang, quelle que soit l\u2019échelle de référence », quand on les compare aux établissements étrangers et aux établissements canadiens anglophones au Québec u.Les consommateurs francophones du Québec veulent-ils investir davantage dans leur propre pays, dans le type d\u2019investissement qui corresponde aux besoins réels du Québec et aux priorités qu\u2019ils favorisent?Et pour cela, veulent-ils épargner davantage?L\u2019économiste Bernard Bonin, professeur aux Hautes Etudes Commerciales de Montréal, auteur d\u2019une étude sur L'investissement étranger à long terme au Canada, avait déjà posé aux Canadiens les mêmes questions vitales qu\u2019on doit poser aujourd\u2019hui aux Québécois : Le capital étranger est donc largement responsable du développement de l\u2019économie canadienne et de sa structure actuelle.Sans doute, les Canadiens ont démontré, bien que surtout dans des conditions de nécessité urgente, qu\u2019ils pouvaient se charger de développer leur économie.Comment expliquer alors qu\u2019ils ne le fassent pas davantage ?Faut-il voir là l\u2019effet du désir des Canadiens de jouir d\u2019un niveau de vie élevé, peu importe que les étrangers en soient res- FÉVRIER 1974 ponsables, et de se soucier très peu de « reprendre en mains leur économie » ?Est-ce que l\u2019effet de démonstration, dont a parlé Duesenberry, n\u2019a pas incité les Canadiens à calquer, avec des revenus moindres, leur niveau de vie sur celui de leurs voisins, les amenant à préférer la consommation à l\u2019investissement ?Pourtant, si l\u2019on tient compte de l\u2019importance des capitaux étrangers investis au Canada, les occasions de profit ne doivent pas manquer.12 Problème social de l\u2019avenir Le problème, avons-nous dit, est un problème national, dans plusieurs sens.Cela ne diminue pas l\u2019importance du problème directement social qui découle de la puissance de nombre d\u2019entreprises.En pratique, les problèmes sont souvent noués ensemble: d\u2019un côté, les capitaux que manient des anglophones canadiens ou des étrangers et, de l\u2019autre, des travailleurs, en grande partie francophones.Mais strictement, que le capital ou le travail soient francophones, anglophones, canadiens ou étrangers, le problème se repose au plan social d\u2019une tension entre les travailleurs et la puissance du grand capital.Cette dernière puissance est de plus en plus représentée dans la grande entreprise et surtout dans les sociétés multinationales dont on dit souvent qu\u2019elles n\u2019ont aucune patrie.Les études sur les relations entre les syndicats des travailleurs et les sociétés multinationales sont devenues la mode du jour.Au dernier congrès de la Fédération des Travailleurs du Québec, en décembre dernier, l\u2019un des invités de marque fut l\u2019auteur de plusieurs études importantes sur les multinationales, Charles Levinson.Il y a peu de questions concrètes qui soient plus importantes et plus actuelles, pour les travailleurs du Québec et leurs syndicats ou unions ouvrières, que celles que leur posent les sociétés multinationales: négociations, grèves, niveau des salaires, conditions de travail, influence de ces puissances sur le taux de l\u2019inflation, mobilité des capitaux qui, après avoir créé des emplois, provoquent parfois subitement du chômage.C\u2019est pour nos travailleurs un problème grandissant.On prévoit que d\u2019ici dix ans 300 entreprises multinationales contrôleront plus de 80% du capital productif mondial.La situation actuelle soulève déjà le problème du genre de participation des travailleurs à la vie de ces entreprises et aux graves décisions qui s\u2019y prennent affectant vitalement la source de leur revenu.Avec qui, en toute réalité, négocient-ils?Le problème social, inséparable, pour les francophones, de leur problème national, s\u2019adresse aussi à toutes les autres couches sociales du Québec.Quelle prise de conscience ont nos classes moyennes, celles qui ont une certaine capacité d\u2019épargne, de leur responsabilité devant le problème capital de la collectivité dont ils font partie et qui a un tel besoin d\u2019investissements ?Le « quart monde » du Québec, tous ceux qui vivent en-dessous du seuil de la pauvreté, et les millions d\u2019hommes du tiers monde qui sont affectés par la forte proportion de nos exportations et de nos importations dans notre activité économique d\u2019ensemble, ont le droit de nous jeter à la face les questions suivantes: Que fais-tu de ton revenu ?Quelle part est consacrée à l\u2019épargne et aux investissements ?Quelles sont tes prévisions, par la voie de ces investissements, de ta capacité future plus grande de nous soutenir dans l\u2019équité et de nous augmenter ton « aide » ?C\u2019est simple.Candide l\u2019a dit, dans le Neuvième Exposé annuel (voir l\u2019exergue) du Conseil économique du Canada: « Il n\u2019y a pas d\u2019effet sans cause.» Nous sommes forcés de le répéter: un des indicateurs économiques les plus importants qui guident Candide, c\u2019est le taux de chômage.C\u2019est ainsi que, à l\u2019occasion d\u2019un reportage consacré à une conférence toute récente du Président actuel du CEC, M.André Raynauld, un journaliste 13 a cru judicieux de rappeler certaines déclarations fort courageuses que fit M.Raynauld, en 1972, dans l\u2019un de ses premiers discours comme Président, alors qu\u2019il insista sur le fait que le chômage n'est pas inévitable: Jusqu\u2019ici la multitude de ceux qu\u2019on peut appeler les « inemployables » ont surtout existé dans les prophéties; le chômage dit structurel ne l\u2019a jamais été suffisamment pour résister avec succès à une amélioration soutenue de la conjoncture économique.Le chômage n\u2019est pas inévitable, et, comme je l\u2019ai souligné, le refus d\u2019accorder la toute première priorité à la croissance de l\u2019emploi nous forcerait, à long terme, à sacrifier quelques-uns des objectifs les plus importants de notre société, dont le mojndre serait la faculté de choisir nous-mêmes notre avenir.14 11.\tRapport de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Livre III, Le monde du Travail, Ottawa, 1969, p.60.12.\tBernard Bonin, L\u2019investissement étranger à long terme au Canada, Montréal, Presses de l\u2019Ecole HEC, 1967, p.110.13.\tThe Gazette (Montréal), 31 janvier 1974, p.7.59 Le petit frère de Candide Il est évident qu\u2019un Conseil économique du Canada n\u2019a pas, \u2014 et ne peut pas avoir, semble-t-il, \u2014 la considération pour le Québec, en particulier, qu\u2019un Conseil économique du Québec pourrait manifester.Ce n\u2019est pas la faute du CEC si le Québec a l\u2019honneur de n\u2019avoir aucun Conseil économique comparable, qu\u2019on pourrait appeler avec un peu de dignité le Conseil économique du Québec; ce n\u2019est pas sa faute non plus, si le Québec n\u2019a absolument aucun exposé économique annuel comparable à ceux du CEC.Les « Comptes nationaux » du Canada sont une mine très précieuse d\u2019information.Cependant, dans la publication trimestrielle qui porte ce nom, vous ne trouverez aucun renseignement sur le Québec en particulier.Dans une publication de Statistique Canada aussi importante que Canada\u2019s International Investment Position 1926 to 1967 (série 67-202), \u2014 cette publication n\u2019existe pas en français, \u2014 il n\u2019y a pas un seul tableau statistique, sur les 39 qui y sont contenus, qui ait trait à une province.Les provinces n\u2019y sont pas mentionnées; le Québec, donc, n\u2019est jamais nommé.C\u2019est dire toute l\u2019urgence de développer des « comptes nationaux » du Québec, instrument de base absolument indispensable.Après avoir été depuis si longtemps inexistants ou à peine une coquille d\u2019œuf pratiquement vide, ces « comptes nationaux » du Québec semblent avoir accédé à un commencement de vie fœtale.Le Canada publie ses « comptes nationaux » à tous les trimestres, depuis longtemps; le Québec nous a servi, depuis 1966, deux documents de ce genre.Le dernier 15 n\u2019est-il pas, d\u2019ailleurs, assez incomplet ?Nous attendons impatiemment la véritable naissance du bébé et sa croissance.La publication du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec, intitulée La situation économique au Québec, 1972, \u2014 un bond en avant, sans doute, \u2014 n\u2019inclut pas le type d\u2019analyse avancée, ni surtout la proposition raisonnée d'objectifs chiffrés et une prise de position par rapport à une norme chiffrée pour définir le potentiel du Québec, \u2014 tous ces outils- évidemment rendus publics, \u2014 comme on en trouve dans les exposés annuels du CEC.Ce simple fait implique que le ministère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec ne peut pas avoir, pour ce type de déclarations publiques, la mesure d\u2019autonomie de bon aloi, à l\u2019égard du gouvernement du Québec, qu\u2019un organisme comme le Conseil économique du Canada possède par rapport au gouvernement fédéral.Le ministère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec ne pouvant jouer ce rôle, il nous faut, et c\u2019est urgent, un Conseil économique du Québec.A quand, alors, la naissance du petit frère québécois de Candide ?Pour ne pas l\u2019appeler « Quandide », quel nom faudra-t-il lui donner ?Développement et progrès La croissance économique, réduite à une augmentation du PNB, même la plus forte concrètement possible, ne suffit pas.Il nous faut, dans son sens le plus plein, comportant un équilibre et une orientation en fonction d\u2019objectifs conscients, le développement de l\u2019économie du Québec.Ce développement permettra un meilleur développement social.Au fond, nous nous demandons ce que veut dire le vrai progrès humain.Une brochure sur l\u2019éducation à la consommation, publiée par les Caisses populaires Desjardins 16, parle de rationalité et de dose de volonté devant le problème de la consommation.C\u2019est cette fibre morale qu\u2019il faut retrouver quand on bâtit, avec de la personnalité, le budget familial.et le budget du Québec.Quelqu\u2019un a parlé de l\u2019embourgeoisement émasculé auquel nous sommes exposés.La société de consommation actuelle drogue, en effet, son monde.Elle nous lance un défi: qui contrôlera ?qui sera contrôlé ?Dans l\u2019esquisse d\u2019une stratégie du développement que présenta le Rapport Gray, il est énormément question du rôle de l\u2019Etat.Le premier ministre du Québec vient de publier un article dans la série « How the Provinces will fare » (Comment les provinces se porteront, en 1974), dans la revue Canadian Business.H y est beaucoup question d\u2019investissement.M.Bourassa adresse pourtant aux hommes d\u2019affaires cet avertissement: .il y a [au Québec] des problèmes non résolus qui, à moins qu\u2019on ne s\u2019en occupe bien soigneusement, pourraient faire renaître des incertitudes au sujet de la direction que pourrait prendre la province dans l\u2019avenir.La façon dont le gouvernement [du Québec] participe et le degré de cette participation, dans le développement futur des ressources et de l\u2019industrie, pourraient être l\u2019un de ces problèmes.17 Voilà ce que dit le premier ministre du Québec aux businessmen.Entre les lignes, il se trouve en même temps à dire aux consommateurs du Québec toute l\u2019importance du rôle de l\u2019Etat.Le problème des interdépendances entre votre consommation, votre revenu, l\u2019investissement, l\u2019épargne.et le chômage, on s\u2019en doutait un peu, est donc un formidable problème politique.Nous ne devons pas, cependant, trouver là prétexte pour négliger le rôle de certaines de nos institutions importantes.Il y a des expériences comme celle de Tembec; et celles de tout le mouvement coopératif.Il faut penser à ce que l\u2019éducation vigoureusement poursuivie des membres du grand Mouvement des caisses populaires Desjardins (MCPD) permettra à leurs administrateurs d\u2019entreprendre.Le MCPD, dont certains ont dit: voilà « un géant endormi », dont le congrès de mai 1973 a étudié le développement socio-économique du Québec, a un actif d\u2019environ 4,3 milliards.Ce qu\u2019il fera dans le domaine de l'investissement, par la voie de sa nouvelle « Société d\u2019investissement Desjardins » (SID), dépend beaucoup de la mentalité de ses membres et de l\u2019appui du public.A ce dernier congrès, M.Roland Parenteau, directeur de l\u2019Ecole nationale d\u2019administration publique, indiquait, en parlant d\u2019une participation plus active au développement du Québec, que le moment semble venu pour le MCPD de considérer le membre du Mouvement non plus seulement comme un consommateur de services financiers mais comme un producteur de richesses .Une telle orientation .exige par-dessus tout un c virage » psychologique qui est grandement nécessaire à cette période de l\u2019évolution du Canada français.1» Non seulement les sociétaires du MCPD, mais tous les consommateurs du Québec, ont besoin de ce « virage » psychologique.14.\tAndré Raynauld, Discours prononcé à Ottawa, le 9 fév.1972, devant l\u2019Institut d\u2019administration publique, Ottawa, CEC, 1972.(La citation est traduite du texte anglais.) 15.\tMinistère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec, Tableaux types des comptes économiques du Québec, revenus et dépenses 1946-1970, juillet 1972, 51 pp.16.\tMa caisse populaire, 1970, n.4, pp.4-6.17.\tRobert Bourassa, « How the Provinces will fare, \u2014Quebec », Canadian Business, janvier 1974, pp.48-50.18.\tRoland Parenteau, * Vers une participation plus active du MCPD au développement économique », La Revue Desjardins, 1973, n.2, p.38.60 RELATIONS EN ATTENTE DE MA REPONSE J\u2019ai reçu les vœux de l\u2019Eglise pour l\u2019Année sainte: vœux de renouvellement intérieur personnel et de réconciliation, afin de « voir s\u2019élargir les espaces de charité ! » Or l\u2019idée m\u2019est venue de lui présenter les miens aussi.Mais voilà, je ne sais comment le faire sans paraître intéressé, sans paraître me les adresser à nouveau ! Si je lui souhaite, en effet, la bonne santé, je souhaite du même coup l\u2019amélioration de la mienne et de la vôtre, car l\u2019Eglise c\u2019est vous, c\u2019est moi; et sa bonne santé, c\u2019est la nôtre.Si je lui souhaite la réalisation de ses désirs les plus chers, je souhaite en même temps que chacun de nous se mette à l\u2019œuvre pour refaire la toilette de ses traits au plus beau de la ressemblance divine ! Ces vœux, je les formule tout de même pour répondre aux désirs du Seigneur, en souscrivant à ceux de l\u2019Eglise.Je les fais miens malgré, et même à cause de mon peu de goût naturel à les réaliser; malgré, et même à cause de mes hésitations à les incarner avec elle et lui.Mais je me pose des questions embarrassantes ! Si je suis sincère, pourquoi l\u2019examen proposé de ma conscience en vue d\u2019un renouvellement intérieur, me répugne-t-il tellement ?Pourquoi l\u2019invitation à la recherche des obstacles à mon épanouissement spirituel me retrouve-t-elle boudeur ?Pourquoi l\u2019enfant de Dieu rencontre-t-il en moi tant de répugnance à corriger les traits de mon cœur qui défigurent la ressemblance divine ?Je préfère ne pas répondre à ces questions.Mais je veux bien consentir à faire au moins le tour de mes faiblesses, en dilettante je dirais, en attendant de les présenter avec mes vœux à qui pourrait me raffermir; comme je fais à l\u2019occasion d\u2019un malaise subit et sournois, avant de le dévoiler à qui pourrait me guérir.Et si le bilan de mes pauvretés égale celui de mes misères, je saurai peut-être le déplorer ! Si le mal en plus s\u2019est joué de moi, si, tel un usurier, il m\u2019a fait payer cher des satisfactions décevantes, je commencerai peut-être à le détester ! Pour ce qui est de mon âme, je demanderai de ne pas attendre, pour m\u2019en occuper, le matin de sa sortie de nuit, quand elle apparaîtra nue, en pleine lumière, avec ses traits de peu de ressemblance divine ! Je préfère ne pas répondre: «J\u2019ai peur d\u2019une aventure d\u2019amour avec Dieu ! » Or cet aveu démasque déjà ma méfiance de la Providence et m\u2019indique par où doit commencer mon effort de renouvellement: par la confiance accrue en notre Père ! En sa sollicitude qui mesure le vent à la toison, et ses grâces aux urgences du besoin ! En ma foi à ses promesses de vigilance; en sa présence sans cesse active, cherchant ma main quand je la détache de la sienne.J\u2019ai peur de celui qui pense uniquement à extraire de mon être le plus beau de moi ?De celui qui, à l\u2019heure de mes ruptures, reste en moi et m\u2019appelle à sa manière: plainte au-delà de mes sens, douce chaleur en mon âme, voix suppliante qui m\u2019offre encore l\u2019amitié ! Est-il toujours en attente de ma réponse ?Paul Fortin.FÉVRIER 1974 :LITTÉRATUR E\t\"\t\u2014.7 Romans québécois de 1973* par Gabrielle Poulin Antonine MAILLET: Mariaagélas.Coll.« Roman acadien », 3.\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 236 pp.Avec ce roman, Antonine Maillet ajoute une figure inoubliable à la fresque par laquelle elle a entrepris, patiemment, de révéler l\u2019histoire et les mœurs des petites gens de son pays.Après la Sagouine, dont l\u2019image ramasse tous les traits d\u2019une Acadie pauvre et désespérée, voici celle de Mariaagélas, avide et tenace, véritable éminence grise d\u2019un petit peuple acharné à vivre et à tirer parti de tout ce qui lui appartient encore.L\u2019histoire, ou plutôt la petite histoire racontée ici, est simple et peut se résumer en quelques lignes.Pendant la période la Prohibition, la contrebande s\u2019organise dans ce pays qui s\u2019ouvre sur la mer.Mariaagélas, décidée d\u2019échapper au destin misérable des femmes de sa famille, réussit à se rendre indispensable aux organisateurs de la contrebande.Le roman raconte ses astuces, les obstacles rencontrés, les rivalités et les connivences qui s\u2019établissent et, enfin, le drame qui éclate au milieu de ce petit peuple, drame inattendu, trop grand, démesuré .Mariaagélas trouve dans une autre femme de son village, « la Veuve à Calixte », la rivale qui lui permet de donner sa vraie mesure.Dressées l\u2019une en face de l\u2019autre, comme le sud et le nord, ces deux femmes expriment, dans toute leur aigreur et leur violence, sous deux formes différentes et par des moyens diamétralement opposés, le même désir de domination, la même ambition qui en font les vrais « puissants » d\u2019un village asservi à un double instinct: le désir de vivre et l\u2019angoisse de mourir.Marriaagélas représente la vie dans toute sa véhémence et sa voracité; la Veuve à Calixte, brandissant tous les insignes d\u2019une religion superstitieuse, s\u2019acharne contre la vie et contre tous ceux qui font fi de la mort.Antonine Maillet continue de raconter, avec une verve intarissable, les grands et les petits moments de ce peuple qu\u2019elle aime.Son art de romancière s\u2019affermit; son style prend de plus en plus de mordant, même s\u2019il faut déplorer parfois une certaine complaisance dans l\u2019écriture qui entraîne des longueurs et des répétitions.Sa voix était plus dépouillée quand elle se confondait avec celle de la Saguoine.Mais peut-être faut-il qu\u2019elle présente toutes les ressources dont elle est capable pour rendre la complexité des êtres qu\u2019elle veut faire connaître et entendre.Anthony PHELPS: Et moi je suis une île.Coll.« Francophonie vivante ».\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 95 pp.Quatre nouvelles qui parlent de désir d\u2019évasion et de goût pour l\u2019aventure composent ce petit volume écrit pour les jeunes.« Moly le petit poisson rouge » et « La Roue vagabonde », à cause de leur courage et de leur esprit indépendant et frondeur, plairont sans doute davantage aux garçonnets; tandis que « La Poupée à la chevelure de soleil » et « Et moi je suis une île » contiennent assez d\u2019éléments poétiques et oniriques pour enchanter les fillettes sensibles et rêveuses.Aux uns et aux autres, ce livre bien écrit procurera quelques heures de détente et de beauté.Huguette LEGARE: La Conversation entre hommes.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1973, 201 pp.Comme le titre l\u2019indique, ce livre, qu\u2019on hésite à appeler un roman, retransmet fidèlement, aussi fidèlement qu\u2019une bande magnétique, une longue conversation qui se poursuit, soirée après soirée, saison après saison, entre les bûcherons-pêcheurs d\u2019un petit village coincé entre la forêt et la mer.C\u2019est Lise-Mai, l\u2019épouse timide, aimante et silencieuse d\u2019Alphonse, qui entregistre les propos interminables des hommes qui causent entre eux sans lui prêter la moindre attention.L\u2019action dramatique est réduite à sa plus simple expression: elle est faite de l\u2019attention de cette femme aux histoires, aux contes, aux légendes d\u2019hommes rudes, de son ennui, de son monologue intérieur qui, chaque fois que la femme est seule, remplace la conversation devenue inaudible.Le seul désir de Lise-Mai, c\u2019est de pouvoir faire oublier qu\u2019elle est une femme et de réussir ainsi à placer, de temps à autre, son mot dans la conversation.Quand le roman commence, Lise-Mai s\u2019écrie en regardant par la fenêtre: « \u2014 La mer est belle.Les hommes ne lui répondirent pas.Ils étaient en train de parler entre hommes.» (P.7.) Lise-Mai ne s\u2019adressera plus aux hommes.Mais à tant écouter et à tant monologuer, elle apprendra ce qu\u2019il faut dire et comment il faut le dire pour être admise dans le cercle verbal.Et le livre s\u2019achèvera sur une conversation dans laquelle la femme a réussi à raconter, tout comme les hommes, une histoire d\u2019hommes que les hommes ont écoutée et commentée, sans remarquer qu\u2019elle avait été dite par une femme.La Conversation entre hommes, qui a mérité le Prix du Cercle du Livre de France pour 1973, n\u2019est en réalité qu\u2019une longue litanie poétique au rythme toujours égal, au ton uniforme.Çà et là, de belles images retiennent l\u2019attention un moment, mais l\u2019ensemble ne suffit pas à susciter l\u2019intérêt ni à émouvoir l\u2019auditeur-lecteur qui, comme Lise-Mai, s\u2019ennuie et s\u2019endort.Au lieu de chercher à s\u2019identifier aux personnages, celui-ci a envie de fuir l\u2019atmosphère enfumée à travers laquelle il aperçoit des ombres dont les voix lui parviennent complètement dissoutes et uniformisées par l\u2019oreille et la voix d\u2019une femme.* Première partie d'une chronique qui présentera dans les prochains numéros d'autres œuvres de romanciers québécois : Louise Maheux-Forcier, Victor-Lévy Beaulieu, Jacques Benoît.61 \u2014ouvRAoet ft e e u.\t.Agouridis, S., Gaillard, A., Girault, R.: Annoncer Jésus-Christ aujourd'hui.\u2014 Paris, Marne, 1973, 192 pp.Bergeron, Marie Ina: Lettres h Yéou Wen.\u2014 Paris, Marne, 1973, 207 pp.Chaput-Rolland, Solange: Watergate.Regards 1973.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1973, 161 pp.Comhaire-Sylvain, Suzanne: Le Roman de Bouqui.\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 216 pp.Critère, 9: Normalité et maturité.\u2014 Montréal, Collège Ahuntsic, juin 1973, 257 pp.Dubé, Marcel: La Tragédie est un acte de foi.\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 120 pp.Edmund, Dr E.: Le Sexe, l\u2019amour et la vie.\u2014 Montréal, Editions paulines, 1973, 203 pp.En collaboration: Le Laïc dans l\u2019Eglise cana-dienue-francaise de 1830 à nos jours.\u2014 Montréal, Fides, 1973, 223 pp.Faber, H., van der Schoot, E.: La Pratique du dialogue pastoral.Eléments de psychologie pour le ministère.\u2014 Paris, le Centurion, 1973, 238 pp.Faucher, François: Acculturer l\u2019Evangile: mission prophétique de l\u2019Eglise.Col.« Héritage et projet », 8.\u2014 Montréal, Fides, 1973, 162 pp.Fermet, A., Marlé, R.: Théologies d\u2019aujourd\u2019hui.\u2014 Paris, le Centurion, 1973, 272 pp.Fouchard, Jean: La Meringue.Danse nationale d\u2019Haïti.\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 199 pp.Fournier, Guy-Marc: Ma Nuit.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1973, 200 pp.Garigue, Philippe:\tFamille et Humanisme.\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 333 pp.Géminard, Lucien: L\u2019Enseignement éclaté.\u2014 Tournai, Casterman, 1973, 286 pp.Grand\u2019Maison, Jacques: La seconde évangélisation.Tome 2, 2 vol.: 1.Outils majeurs; 2.Outils d\u2019appoint.Col.« Héritage et projet », 2.\u2014 Montréal, Fides, 1973, 331 et 325 pp.Gray, Daniel: Le jour que je n\u2019ai pas vécu.Roman.\u2014 Tournai, Casterman, 1973, 231 pp.Godbout, Jacques, Turgeon, Pierre: L\u2019Interview.Texte radiophonique.Col.« Répertoire québécois ».\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 59 pp.Iuno, Nicolas: La Résurrection du Christ mise en question.\u2014 Paris, Marne, 1973, 163 pp.Légaré, Romain, Destrempe, Gabriel: Le Père Frédéric et Notre-Dame du Cap.\u2014 Trois-Rivières, 1973, 55 pp.Mailhot, Laurent: Albert Camus ou l\u2019imagination du désert.\u2014 Montréal, PUM, 1973, 465 pp.Marteau, Robert: Pentecôte.Roman.\u2014 Paris, NRF/Gallimard, 1973, 236 pp.Martelet, Gustave: 2,000 ans d\u2019accueil à la vie.\u2014 Paris, le Centurion, 1973, 86 pp.Pasqudbz, J.-C.\u2014 Ann et Gwen: Néant aller-retour.Roman.\u2014 Tournai, Casterman, 1973, 240 PP.Pezeril, Daniel: Aujourd\u2019hui Jésus.\u2014 Paris, Ed.du Seuil, 1973, 77 pp.Phelps, Anthony: et mol je suis une île.\u2014 Montréal, Leméac, 1973, 95 pp.Poinsenet, M.-D.: Un certain Jésus qui est mort \u2014 Paul affirme qu\u2019il est vivant.\u2014 Paris, Marne, 1973, 191 pp.Renard, Pierre: Oser croire au Royaume des deux.\u2014 Gembloux, J.Duculot, 1973, 156 pp.Russ, Jacqueline: Pour connaître la pensée des précurseurs de Marx.\u2014 Paris-Bruxelles-Montréal, Bordas, 1973, 366 pp.Sarano, Jacques: Le défi de l\u2019espérance.\u2014 Paris, le Centurion, 1973, 192 pp.Schwartz, Bertrand: L\u2019éducation demain.\u2014 Paris, Aubier/Montaigne, 1973, 333 pp.Soucy, Charles: Heureux ceux qui possèdent.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1973, 136 pp.Latelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS \u2022 1ITHOGRAPHES ¦ STUDIO D\u2019ART -81.2b, BOHL.SAINT-LAURENT MONTREAL (351*).QUEBEC 388 5781 THÉÂTRE :\t.- ¦\t\u2022\t-.Le fantaisiste et le bouffon par Georges-Henri d\u2019Auteuil Un époustouflant SAUT DU LIT Epoustouflante.Ce mot me paraît le plus juste pour quafilier /e Saut du Ut, la pièce hilarante que la Compagnie Jean Duceppe nous a présentée, au Théâtre Maisonneuve, pendant les fêtes.Ils s\u2019y sont mis à deux, deux Anglais, Ray Cooney et John Chapman, pour construire ce vaudeville digne des meilleurs Feydeau.Ajoutez-y un grain de sel à la française de Marcel Mithois, confiez-en la mise en scène à Guy Hoffmann et vous pouvez être assurés d\u2019un spectacle plein de mouvement qui vous emporte irrésistiblement.Surtout, ne vous attendez pas à quelque message profond et sérieux, sociologique, libertaire ou politique.Pas de Chili, pas d\u2019Arabes, pas de Watergate.Non, on vous convoque tout simplement à une bonne soirée de détente, de rire dilatant, d\u2019oubli des soucis de la vie.Cela vaut bien des remèdes et c\u2019est baucoup moins cher qu\u2019un séjour à Miami.Il semble que ce fut l\u2019avis des spectateurs qui se sont amusés sans contrainte.Et ils avaient parfaitement raison en constatant les déboires des deux associés éditeurs de littérature enfantine.Philippe Sébastien et Henri Bottin en quête d\u2019un contrat d\u2019édition prometteur.Ils l\u2019ont obtenu, mais à quel prix ! Leurs épouses pourront vous le dire, et aussi un certain décorateur fantasque, folichon, farfelu, imbattable pour embrouiller les choses déjà bien compliquées, en plus d\u2019une femme-auteur au nom impossible et au caractère de la plus haute fantaisie et qui adore les chiens.C\u2019est de la plus invraisemblable cocasserie où s\u2019accumulent les quiproquos, les méprises, les rencontres incongrues, enfin tout le tralala d\u2019un bon vaudeville fait sur mesure.Rien d\u2019autre à faire que de rigoler tout son soûl.Donc, cafardeux, hypocondriaques, candidats au suicide, s\u2019abstenir absolument ! Catherine Bégin est une jeune actrice maintenant bien en selle, à qui on peut sans crainte confier des rôles de meneur de jeu comme dans ce Saut du Lit: elle peut tenir le coup auprès d\u2019un as du mime et de la fantaisie qu\u2019est certainement Guy Hoffmann.Ainsi, c\u2019était fort plaisant de voir ces deux magnifiques artistes diriger avec une virtuosité incomparable l\u2019action caram-bolesque de cette folle comédie: grâce, souplesse et présence d\u2019esprit chez Catherine Bégin, grimaces, cabrioles, virevoltes chez Hoffmann.Une fois de plus, Jean Duceppe nous a révélé une autre facette de son grand talent, en mari soupçonneux et éditeur dupé, tandis que son associé, Jacques Lorain, a toujours le don merveilleux de se dégager avec aisance des situations les plus mêlées.Et Françoise Faucher, défigurée par un attirail des plus tarabiscotés, s\u2019est composé un personnage de célèbre auteur féminin d\u2019un ridicule achevé.Son arrivée inopinée, dans la deuxième partie de la pièce, a été l\u2019occasion d\u2019un tel imbroglio qu\u2019un des personnages a cru nécessaire de lancer un « Récapitulons !» qui a été acclamé par les spectateurs en joie.Ne vous avais-je pas dit que nous nous étions bien amusés ! Un MISTERO plus BUFFO que sérieux Assurément, le Théâtre du Nouveau Monde a le béguin pour l\u2019italien Dario Fo et son théâtre burlesque et Insolite.Sauf erreur, Mistero Buffo, qu\u2019on vient de présenter à l\u2019ancienne Comédie canadienne, est la troisième pièce de Dario Fo jouée par cette Compagnie.Dans tous les arts, aujourd\u2019hui, spécialement la musique, la peinture et la sculpture, l\u2019insolite est en très grande vogue.Le théâtre moderne qui le pratique joue donc la carte gagnante.Toutefois, l\u2019insolite \u2014 comme toutes les modes excentriques \u2014 s\u2019use vite.Il doit changer souvent d\u2019accoutrement, évoluer sans cesse à la recherche de formules neuves, de plus en plus percutantes, originales.On en arrive même à revenir à un lointain passé depuis longtemps oublié, qui donne l\u2019impression à nos esprits blasés d\u2019un sympathique rajeunissement.En effet, en plein 20e siècle finissant, Mistero Buffo, nous reporte au Moyen Age et à son théâtre religieux, évoquant, pour le peuple fidèle d\u2019alors, la Vie de Jésus et spécialement sa Passion douloureuse.Ces « mystères », comme on les appelait, d\u2019abord interprétés à l\u2019intérieur même des églises, s\u2019installèrent par la suite sous le porche des cathédrales.Mais des abus de toutes sortes forcèrent les autorités religieuses à condamner ces spectacles et à les éloigner des temples.Le profane \u2014 et le profane souvent le plus vulgaire \u2014 envahit alors ces mystères où des bateleurs peu scrupuleux s\u2019en donnaient à cœur joie.Ce fut la fin du théâtre religieux populaire.C\u2019est le dernier avatar du genre que Dario Fo utilise pour véhiculer une satire féroce de notre monde actuel et le condamner selon son idéologie.En effet, la transposition du fait religieux sur la scène est toujours délicate.Cela dépend de l\u2019esprit qui anime l\u2019auteur, de sa vie spirituelle propre, de son sens de Dieu, de Jésus-Christ, de son Evangile.Le pauvre Evangile du Christ, il est souvent joliment galvaudé, parce qu\u2019on le connaît mal, de l\u2019extérieur et à travers ses préjugés, ses intérêts, ses passions même.Ainsi, pour son appréciation de la personne de Jésus, de son enseignement et, spécialement, de la « folie de la Croix », Dario Fo ne mériterait pas facilement un prix d\u2019exégèse orthodoxe.D\u2019ailleurs, on nous avertit que, justement, sa Passion n\u2019est pas « orthodoxe ».Mais, bien plus \u2014 et cela est grave pour un Italien \u2014 il n\u2019a rien compris 62 RELATIONS au rôle de la Vierge Marie en face de la Croix qui est devenue, par ses soins, .une « belle sœur » mal engueulée de Michel Tremblay.Donc, ce Mistero à la moderne est plus Buffo que sérieux et, sur le plan de la construction dramatique, il est plutôt bâti de matériaux divers, ajustés les uns aux autres avec plus ou moins de bonheur et d\u2019ordre.D\u2019où un édifice de style baroque et insolite qui ne donne pas l\u2019impression de « belle ouvrage ».Plusieurs épisodes importants de la pièce, au contraire de ce qui se faisait dans les mystères du Moyen Age, nous sont présentés sous forme de récits et donc de performances d\u2019acteurs, comme les Noces de Cana que l\u2019Ecuyer nous a dépeint avec enthousiasme, la très vivante reconstitution de la Résurrection de Lazare par Louisette Dussault, la Naissance (très longue) du Jongleur de Gilles Vignault, ou l\u2019interpellation du Crucifié par le sympathique Jocker Jean-Louis Millette, malgré son langage.Et il y a eu aussi le boniment de Boniface VIII par Claude Gai.Une vacherie, surtout quand on sait que ce pape mérite notre admiration pour avoir tenu tête à Philippe le Bel et ses voyous.Quelques tableaux d\u2019ensemble complétaient l\u2019hétéroclite construction.Ce Mistero Buffo \u2014 assez drôlement placé, au reste, en plein pendant les fêtes de Noël et du Jour de l\u2019An \u2014 ne réussira pas, ce me semble, à réconcilier certains spectateurs avec Dario Fo qu\u2019ils avaient déjà \u2014 comme on dit \u2014 dans le nez ! Les paysans de LA MOSCHETA Il y a à peu près un an, sous un titre plus descriptif, le Théâtre Populaire du Québec avait présenté la Moscheta, maintenant à l\u2019affiche de la Nouvelle Compagnie Théâtrale, au Gesù.Avec cette œuvre d\u2019Angelo Beolco, connu sous le nom de Ruzante, nous rencontrons un compatriote de Dario Fo, mais cette fois du 16e siècle, donc de la Renaissance.Plusieurs ressemblances entre eux, bien qu\u2019ils traitent de sujets différents: théâtre populaire, réaliste, langue verte et crue, une certaine vulgarité de ton et de manière.Ce sont les paysans (caractères et mœurs) de Padoue, sa patrie, que Ruzante dépeint sans voile, mais pourtant avec sympathie.De pauvres gens, traînant une vie misérable, bien peu comparable à celle des « habitants » de chez nous et d\u2019une autre moralité.Aussi, les tribulations des personnages de la Moscheta suscitent en nous un intérêt psychologique et humain certain, mais surtout historique.Grâce à Ruzante, nous connaissons un peu la vie, la misère, la mentalité des paysans de l\u2019Italie du Nord, au début d\u2019une époque que les livres d\u2019histoire nous représentent fastueuse, artistique, fortement intellectuelle.Le contraste est saisissant.Cependant, au contraire des écrivains « engagés » modernes \u2014 et Dario Fo est de ceux-là \u2014, Ruzante s\u2019amuse des défauts et ridicules de ces paysans qu\u2019il connaît bien.Aussi, faire de lui une sorte d\u2019ancêtre des contestataires et révolutionnaires futurs me semble une fiction de l\u2019esprit, une de nos manies freudiennes actuelles.Un tableau social vivant, pittoresque, très bien.Une chicane dérisoire et loufoque dans un quartier poisseux, une sorte de bidonville, bien propre à intéresser les riches protecteurs de Ruzante.Rien de plus.Mais juste assez pour permettre à quelque historien moderne d\u2019écrire un ouvrage éclairant sur « la vie quotidienne des paysans de Padoue en 1530 ».La Moscheta de la NCT est une adaptation de Guy Dufresne, qui a cru rendre avec vérité le langage dialectal padouan de Ruzante en utilisant la vieille parlure de chez nous, encore en usage en plusieurs parties de la province.Cela donne une saveur étrangement canadienne à cette aventure italienne, mais on s\u2019en accomode vite.Sauf, parfois, de la crudité de la langue, peut-être admissible dans un fond de cour, mais beaucoup moins sur une scène et devant des adolescents.La décence garde toujours ses droits.Quatre personnages, une femme et trois hommes: telle est la distribution de la Moscheta.Une femme amoureuse, assez légère, poursuivie par trois hommes: le mari, naïf et soupçonneux; un ami de toujours, paysan rusé; un soldat, trousseur de jupons comme tous les soldats de la terre.Tous d\u2019un niveau social très bas, et italiens.On peut alors prévoir un peu leurs aventures cocasses et triviales.Ruzante ne manque pas de nous satisfaire amplement, avec l\u2019aide, bien sûr, des comédiens de la NCT, dont je dégage, tout de suite, un Luc Durand de grande classe, dans le rôle du mari.Une interprétation en tout point remarquable par la mimique et par la variété du jeu.Avec la rondeur et le panache du matamore, Edgar Fruitier a interprété le couard et salace soldat Tonio, pendant que Jean-Pierre Cartier a donné de la couleur au rusé et passionné Menato.Betia, l\u2019épouse délurée et frivole de Ruzante (le mari, cette fois I) a été confiée à Hélène Loiselle, désinvolte, hypocrite, astucieuse, coquette à souhait.Assez pour faire enrager les trois matous qui la convoitent sans jamais la tenir tout à fait.Le tout scandé par une musique hallucinante de Ginette Bellavance.faculté de théologie université de montréal 1974-1975 ÉTUDES BIBLIQUES INTENSIVES groupe de douze professeurs spécialisés programmes de premier cycle choix de cours, un ou deux ans programmes des cycles supérieurs \u2022\tstudio de recherche et séminaires d\u2019appoint la liberté chrétienne \u2022\tatelier de lecture biblique pour la liturgie dominicale \u2022\tstage en Israël Etudes théologiques programmes de premier cycle large choix, un, deux ou trois ans programmes des cyles supérieurs \u2022\tdossier foi chrétienne: opium ou ferment ?\u2022\tséminaires communautés de base et service d\u2019autorité dynamique de l\u2019expérience chrétienne foi chrétienne et enjeux politiques au Québec formation de la conscience: la responsabilité \u2022\trecherche interdisciplinaire le sport et l\u2019éducation physique ÉTUDES PASTORALES année de réflexion en études pastorales (AREP) \u2022\tconnaissance de l\u2019homme religieux et approfondissement du projet évangélique \u2022\tobservation et interprétation du champ pastoral \u2022\tprospective d\u2019intervention pastorale \u2022\tateliers d\u2019intégration et supervision individuelle programmes des cycles supérieurs \u2022\tobservation de l\u2019action chrétienne et ecclésiale \u2022\tinterprétation critique du champ pastoral \u2022\télaboration de la pratique pastorale \u2022\tstage de formation appliquée \u2022\tdossier « recherche-action » \u2022\tnouvelle concentration en pastorale scolaire SCIENCES DE LA RELIGION programmes de premier cycle refondus, un ou deux ans C.P.6128 Montréal 101 tél.: (514) 343-7080 FEVRIER 1974 63 Le studio 42 de la nouvelle maison de Radio-Canada 'fBT&ty.'êmf TpifWlROj "]
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