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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1975-03, Collections de BAnQ.

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[" MONTRÉAL VOL.3$ NO 402 MARS 19751 PRIX:75C Il est connu LE DIEU \u2022 < \\ .*¦ ' ; : *\t: '\tff un horizon ouvert l\u2019inédit l\u2019imprévisible l\u2019indicible /\u2019Autre le Diffèrent l\u2019Absolu !§g- .'.7.\t'}, ¦ crise culturelle le soupçon la critique la rupture le grain de blé inconnaissable NUMÉRO SPÉCIAL sens libération nouvelle enfance Un coeur nouveau gratuité percée créatrice \\ \u201crelations- revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Pierre Lucier, Marcel Marcotte, André Myre, jésuites, et Yves Vaillancourt.ADMINISTRATION: Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal \u2014 H2P 2L9 v tél.: 387-2541.PUBLICITÉ Liliane Saddik, 1700, rue Allard, Ville Brossard.Téléphone: 678-1209.numéro 402 mars 1975 SOMMAIRE IL EST CONNU, LE DIEU INCONNAISSABLE numéro spécial Le Dieu de l'Ancien Testament, le pari de l\u2019inédit.Roland Proulx 67 Le Dieu de Jésus.André Myre 70 Les dieux de nos morales.Guy Bourgeault 73 Attitudes huitaines et expérience religieuse.1.Julien Naud 75 Théométrie.René Champagne 77 La fin d\u2019un monde et la foi en Dieu Pierre Lussier 78 L\u2019éveil de la foi chez l\u2019enfant Françoise Darcy-Bérubé 84 Par-delà le Besoin et le Savoir .Michel Dussault 86 CHRONIQUES Cinéma: GINA de Denis Arcand.Yves Lever 89 Théâtre: Quelques livres de théâtre G.-H.d\u2019Auteuil 91 Le trajet de la vie.G.-H.d\u2019Auteuil 92 Littérature: Laure Conan.René Dionne 93 Livres.René Dionne 94 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75C Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de T Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.Nouveautés BALLADES EN FAVEUR DE LA FANTAISIE Paul Fort Introduction par Bernard-Paul Robert 15 x 22 cm, 120 pages.Prix: $4.50 LE COMBAT POUR LE SOL Victor Segalen présentation de Eugène Roberto 15 x 22 cm, 168 pages.Prix: $4.50 WAKEN, LORDS AND LADIES GAY: SELECTED STORIES OF DESMOND PACEY Edited and with an Introduction by Frank M.Tierney 15 x 23 cm, 118 pages.Prix: $4.80 NAPOLEON BOURASSA, L\u2019HOMME ET L\u2019ARTISTE par Roger LeMoine 15 x 23 cm, 256 pages.Prix: $6.75 En vente chez votre libraire et aux Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, ave Hastey Ottawa, Ontario, Canada, K1N6N5 Numéro spécial de \u201cRelations\u201d\tJanvier 1975 FAMILLE et SOCIÉTÉ \u201cUn grand merci pour le numéro 400 de Relations.Dans l\u2019intérêt irrimense que semble vouloir soulever \u201cChantier \u201875\u201d, la voix de Relations vient prendre sa place parmi d\u2019autres et apporter sa contribution qui n\u2019est pas petite.\u201d $0.75 le numéro Prix spéciaux pour quantités RELATIONS 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal Tél.: 387-2541 66 RELATIONS LE DIEU DE L\u2019ANCIEN TESTAMENT LE PARI DE L\u2019INÉDIT par Roland Proulx* L\u2019histoire passée comporte toujours une part d\u2019irréversible.Les multiples passés qui la tissent, bien qu\u2019ils aient été jadis des présents, sont en soi irrévocablement passés.Vouloir les rendre présents équivaudrait à s\u2019insérer dans une conception, du présent et du futur, répétitive et cyclique.En ce sens, l\u2019histoire passée est un non-lieu et ne saurait vraiment devenir un présent.Pourtant tous ces passés ont en commun cette prétention de traduire, dans le temps, et selon un contexte, un réseau d\u2019intuitions fondamentales et de faire éclore en événements ce que les racines de l\u2019histoire portent en elles.Aussi tous ces passés constituent-ils, \u2014 en traduisant, de façon diverse et multiple, une même dynamique et un courant de fond, - un espace de possibilités d\u2019être, toujours offertes au présent et au futur.Plus radicalement encore, précisément parce qu\u2019ils traduisent une dynamique, ils ont cette capacité d\u2019interpeller et d\u2019interpréter le présent et le futur comme mouvement et comme horizon; comme horizon, ouvert cette fois comme espace inédit et percée créatrice.Ainsi le paradoxe d\u2019une histoire passée consistera donc toujours à présenter ^ la fois un aspect à jamais révolu et un aspect à jamais contemporain.L\u2019évocation du Dieu de l\u2019Ancien Testaient participe à cette ambiguïté.D\u2019une part, le Dieu de l\u2019Ancien Testament a quelque chose d\u2019irréversiblement passé.D\u2019abord parce qu\u2019il appartient à une histoire passée.Plus fondamentalement, parce que Jésus l\u2019a dit de façon plénière et définitive.D\u2019autre part, ce Dieu de l\u2019Ancien Testament dévoile, néanmoins, pour nous, comme,au lendemain d\u2019une abondante pluie qui a lavé, les surplus d\u2019humus, les racines qui nous tiennent et solidifient nos existences présentes.Aussi, non seulement offre-t-il à nos existences un espace de possibilités d\u2019être qu\u2019élargissent toutes ses interventions dans le temps des hommes, mais, plus radicalement, le Dieu de l\u2019Ancien Testament dévoile une dynamique telle, qu\u2019ayant incorporé tous les passés, elle puisse à nouveau incorporer mon présent et le situer dans l\u2019axe et l\u2019horizon qu\u2019elle a ouvert.Notre existence chrétienne s\u2019inscrit donc dans un espace et une dynamique que nous ne pouvons pleinement reconnaître et saisir qu\u2019en retournant à sa rampe de lancement et à son champ focal.Même si Jésus surgit dans l\u2019histoire comme une Parole plénière, en même temps du Dieu de l\u2019Ancien Testament et sur ce même Dieu, nous ne pouvons déployer la richesse et la plénitude de cette Parole qu\u2019en retrouvant ses racines et, son mouvement: cette Parole est l\u2019expression de ces racines et de ce mouvement qui, eux, ont ouvert un horizon inédit.LE DIEU DE L A PROMESSE * Bibliste, à la Faculté de Théologie de l\u2019Université de Montréal.\\ Les \u201crécits de promesse\u201d et plus largement les \u201cparoles de promesse\u201d occupent une place dominante dans la tradition biblique de l\u2019Ancien Testament.On a même affirmé qu\u2019elles constituent la perspective et la clé de lecture fondamentales de l\u2019histoire biblique.L\u2019importance qu\u2019on leur attribue mérite ici une attention particulière.On notera d\u2019abord les aspects dialectique et dynamique qui caractéri- sent les paroles divines de promesses et leurs réalisations.L\u2019histoire biblique en est une d\u2019abord de tension constante entre promesse et accomplissement.Les commencements réels de l\u2019histoire biblique de l\u2019Ancien Testament - le cycle d\u2019A-braham - débutent avec une promesse de Dieu: promesse d\u2019un fils, d\u2019une descendance, d\u2019un pays (Gn 12, 1-8; 15, 1-21).A cette promesse, qui inaugure une lancée par en avant de l\u2019histoire, correspond une réalisation.Réalisation qui s\u2019inscrit résolument dans la dynamique de la promesse, mais qui demeure toujours en deçà de celle-ci: les récits nous racontent en effet l\u2019accomplissement de la promesse d\u2019un fils, Y amorce en Ismaël et Isaac d\u2019une postérité et une réalisation partielle du don d\u2019un pays par la prise de possession de quelques lopins de terre en Canaan.Si la facette réalisation de la promesse devient ici essentielle, puisqu\u2019elle rend tangible et empirique la promesse elle-même, l\u2019en-deça et le non-épuisement de la réalisation nous ramènent cependant à la promesse elle-même qui est ainsi relancée, à même l\u2019événement, vers l\u2019avenir promis.A l\u2019aspect dialectique qui caractérise une histoire marquée par la promesse correspond donc également - on l\u2019aura intuitionné - un aspect dynamique.Précisément parce que la promesse est divine, surabondante et englobante, sa réalisation dans le temps ne peut jamais l\u2019épuiser et l\u2019enfermer; cette réalisation ne peut au contraire que laisser la promesse en suspens et en attente d\u2019une nouvelle réalisation.En contrepartie, précisément parce que toute situation empirique est contingente et limitée, elle ne peut épuiser la promesse; davantage même, elle ne peut que toujours à nouveau s\u2019ouvrir à la promesse.C\u2019est en arcboutant ces deux radicalités, MARS 67 celle de la surabondance de la promesse et celle de la pauvreté de l\u2019accomplissement, que l\u2019histoire peut et doit être constamment relancée, avec tout l\u2019élan de son départ, vers un avenir jamais atteint et toujours promis.On pourrait multiplier les exemples et articuler toute l\u2019histoire biblique comme rapport dialectique et tension dynamique entre promesse et accomplissement.Nous avons privilégié les débuts de l\u2019histoire d\u2019Israël - et de la tradition judéo-chrétienne - parce qu\u2019ils jouissent de l\u2019intensité symbolique et typique que l\u2019on confère spontanément aux commencements.A cet égard, l\u2019exemple d\u2019Abraham aura exprimé plus qu\u2019un moment premier d\u2019histoire; il aura surtout permis de lire et de dégager un niveau d\u2019être et un horizon fondamentaux et fondateurs.Cette conception de l\u2019histoire marquée par le Dieu de la promesse est également remarquable en ce qu\u2019elle détermine une forme d\u2019historicité particulière.C\u2019est à cet égard que ce niveau d\u2019êtré et cet horizon, qu\u2019Israël a décelés dans ses événements et son existence, laissent percevoir leur plus grande originalité.Cette conception de l\u2019histoire a d\u2019abord conféré à Israël cette étonnante capacité d\u2019incorporer, toujours à nouveau, ses expériences historiques, comme autant de traductions et d\u2019amplifications inédites d\u2019une promesse toujours intarissable.C\u2019est pourquoi voyons-nous constamment et progressivement le \u201ccredo\u201d et les récits historiques s\u2019amplifier de façon à intégrer l\u2019expérience patriarcale, la libération d\u2019Egypte, la marche dans le désert, le don de la terre, l\u2019histoire de David, la construction du temple, la création du monde, le regroupement d\u2019une communauté cultuelle autour de la loi, les attentes militantes et mystiques du Royaume des Cieux! Cette possibilité de traductions et d\u2019amplifications multiples et diverses de la conscience historique d\u2019Israël nous oblige ici à préciser ce phénomène et à souligner un autre aspect de sa conception de l\u2019histoire: le sens qu\u2019Israël a conféré à l\u2019événement passé.Traduction dans le temps de la promesse, l\u2019événement a quelque chose d\u2019irrévocablement passé.Israël a partagé en cela avec les autres nations - et donc quel que soit l\u2019horizon historique dans lequel toutes se sont situées - la dimension contingence, individualité, 68 relativité de tout événement passé.Situé cependant dans l\u2019horizon d\u2019une histoire marquée par: la promesse, l\u2019événement est mêmé radicalement inachevé et provisoire.Par ailleurs, il acquiert radicalement un caractère épiphanique: il dévoile la dynamique d\u2019une promesse d\u2019un monde à venir et inédit.Dès lors, si Israël rappelle son passé ou mieux ses passés, c\u2019est moins pour leur texture empirique que pour l\u2019avenir qui y affleure et y transparaît.Les passés sont fondamentalement pour lui, au nom même du Dieu de la promesse, un héritage dynamisant un projet.S\u2019il se souvient dans son credo de tous ses passés, c\u2019est afin qu\u2019ils réfractent, avec la plus grande luminosité possible, la richesse dynamique de la promesse.G\u2019est pourquoi son souvenir n\u2019alourdit jamais son présent et son futur, il l\u2019ouvre au contraire à l\u2019élan et à la tension de la promesse.Ces dimensions de l\u2019événement -contingent, provisoire et épiphanique.- font que, en tradition biblique, l\u2019histoire ne puisse et ne doive être répétitive des passés.Le présent et l\u2019avenir ne sauraient être ni répétition du passé, ni épiphanie d\u2019un immuable et éternel présent.Ce serait enfermer le mouvement en-avant, intarissable et inédit, de la promesse.Si les événements passés sont moins des paradigmes que des \u201cespérances d\u2019histoire\u201d, selon une belle expression de M.Buber, cela indique que1 le présent et le futur ne se développeront pas forcément selon les possibilités inscrites dans ces-passés.Cela pourra même être quelque chose qui paraît impossible et même contradictoire par rapport à la réalité empirique.La comparaison des récits bibliques avec les récits historiques d\u2019autres peuples et d\u2019autres religions fait ici nettement ressortir cette originalité de la narration historique et même mythologique ?d\u2019Israël! Par ailleurs, tant le présent que le futur ne sauraient être coupés du passé.Epiphanie partielle, provisoire et inachevée de la promesse, le passé a besoin du présent et du futur pour rendre compte du creux et du pas-encore qui le caractérisent.Davantage même, le passé ne dévoile son sens et sa vérité que par rapport à l\u2019avenir inédit de Dieu vers lequel il est tendu.En contrepartie, le présent et le futur ont besoin du passé.Celui-ci conservera toujours pour eux son caractère d\u2019indicateur et de guide, qui leur est nécessaire pour se situer correctement dans, le fais- ceau lumineux qu\u2019il trace et articuler une même communion et upe même espérance en un avenir promis où enfin le temps et la promesse coïncideront! LE DIEU DE LA LIBERATION Parce que la promesse est mouvement générateur d\u2019histoire et percée créatrice et inédite dans le temps des hommes, elle porte en elle un refus radical d\u2019aliénation -quelles que soient ses formes.Promesse d\u2019un avenir inédit toujours en suspens, toujours excédentaire par rapport à l\u2019événement, elle récuse toute forme d\u2019identification et d\u2019emprisonnement/ Aussi n\u2019est-il pas étonnant que les \u201cparoles de promesse\u201d aient privilégié la catégorie de liberation et de liberté.Libération de toute forme de contrainte suscitée par les événements eux-mêmes.Les récits de l\u2019Exode constitueront toujours à cet égard le témoignage exceptionnel d\u2019un souvenir inoubliable.La critique la mieux établie a, depuis plusieurs années, , réussi à faire le partage entre les faits, l\u2019expérience religieuse et la narration.Les deux derniers niveaux sont sans proportion par rapport au premier.Si les faits évoqués en Exode 1 furent simples et même coutumiers, - travail de mercenaire et corvées, - l\u2019horizon de foi dans lequel ceux-ci furent vécus y a décelé une atteinte radicale et un obstacle fondamental à l\u2019avenir de la promesse.Aussi faut-il relire ce premier chapitre de VExode, qui a su rendre de façon si admirable cette dramatique de la promesse et de l\u2019anti-promesse: de la promesse, qu\u2019était le don d\u2019un pays et d\u2019une liberté, et de d\u2019anti-promesse, qu\u2019ont été le séjour en Egypte et les corvées du Pharaon.Un peuple perçoit, dans certains événements, a autant plus d\u2019aliénation qu\u2019il vit à la racine de sa conscience, £ant individuelle que collective, une parole divine de promesse et un rêve à la grandeur d\u2019une promesse sans frontières.Le quotidien ne peut alors que prendre un arrière-goût de tristesse, de déception et de frustration, et que creuser un appel et une attente (Ex 3).\t' Nous retrouvons le même phénomène dans les chapitres qui décrivent la sortie d\u2019Egypte.Ce qui fut une expulsion et tout simplement une fuite n\u2019a pu être vécu et raconté, RELATIONS r v perçu dans l\u2019horizon d\u2019une histoire marquée par la promesse, que comme une percée dynamique et une nouvelle réalisation de la promesse.Il n\u2019est pas surprenant que seul le langage de l\u2019épopée (Ex 14) et du chant (Ex 15) ait pu traduire la pleine réalité, qui dépassait et débordait ici la seule factualité.Parce que les événements de l\u2019Exode ont été vécus comme explicitation et amplification nouvelles et originales, ils ont contribué, non seulement à radicaliser la promesse et à lui conférer une nouvelle dimension, mais à façonner en même temps en Israël une conscience ra-dicalisée et renouvelée.Aussi ce sera désormais sous le signe d\u2019une promesse de libération qu\u2019Israël lira et vivra les événements de son histoire.Plus radicalement, c\u2019est à la jointure même de l\u2019être que la transformation la plus profonde s\u2019opérera: non seulement la promesse sera-t-elle libération de toutes contraintes extérieures, mais elle sera surtout libération de la liberté elle-même.C\u2019est donc de l\u2019intérieur cette fois, et au niveau de l\u2019être, que la promesse devra faire éclater l\u2019avenir promis.Marqué tout au long de son histoire par autant d\u2019expériences concrètes de la promesse (cf.son \u201ccredo\u201d), Israël sera constamment tenté, en vertu de la plénitude même que donne toute expérience de la promesse, de l\u2019identifier à ces réalisations.Tentation de la réduire au contexte socio-géographique (la terre), socio-politique (la monarchie), socio-religieux (les institutions cultuelles sous le temple).Tentation de l\u2019identifier à un langage et à un discours marqué par la culture ambiante (cananéenne, assyrienne, babylonienne, etc.).C\u2019est à cette volonté d\u2019emprisonnement de la promesse que les prophètes réagiront le plus, fidèles en cela à la grande tradition du Dieu sans attaches, itinérant, et promettant un avenir qu\u2019aucune réalisation ne saurait pleinement accomplir.Le refus radical de Dieu de donner son nom, de se laisser représenter en image, est ici transposé sur le plan des aménagements et des structures.Ce qui est dénoncé, c\u2019est la même mentalité magique, aliénante, possessive.En suscitant ainsi une relecture radicale des événements par rapport au Dieu de la promesse et de la libération, l\u2019intervention prophétique constitue en fait un appel à libérer la liberté, afin qu\u2019à nouveau celle- ci s\u2019ouvre aux possibilités inédites et insoupçonnées de la promesse.C\u2019est un \u201ccoeur nouveau\u201d que la promesse doit façonner.LE DIEU DE L\u2019INÉDIT Cet appel à la \u201cconversion du coeur\u201d ne trouve sa résonance qu\u2019au cours de l\u2019exil et préparera la voie à un éclatement de la promesse.Le contexte historique jouera un rôle de cristallisateur de la plus grande importance.Les dernières années avant l\u2019exil illustrent, d\u2019une part, les tentatives les plus systématiques d\u2019Israël d\u2019aliéner le Dieu de la promesse.Elles marquent en fait le point le plus extrême du courant que nous avons décrit précédemment et contre lequel les prophètes se sont violemment opposés.Jamais l\u2019histoire de la promesse n\u2019aura été aussi dégradée et aussi compromise.Tout se passe comme si elle ne pouvait secouer le joug qui l\u2019opprimait qu\u2019en cassant le cours des événements.Aussi l\u2019exil cassa de fait le cours des événements: Israël perd la terre, perd le roi et perd le temple, trois réalités socio-religieuses qui avaient servi à repérer, identifier' et emprisonner en même temps la promesse.L\u2019exil coïncidera donc, d\u2019autre part, avec une situation d\u2019extrême pauvreté et de violent dépaysement.Ayant perdu ses identifications de Dieu coutumières et familières, Israël s\u2019est retrouvé au plus creux de son existence historique.Or c\u2019est précisément cette situation de libération radicale de la promesse et de profond abîme de désespérance qui a permis la relance de la dynamique fondamentale de la promesse.Seule une situation aussi extrême de chaos et de pauvreté pouvait permettre de redécouvrir la transparence, la limpidité et la clarté de la promesse, et d\u2019in-tuitionner dans une parole de promesse une parole de création.Les récits historiques et prophétiques du 6e siècle n\u2019auront jamais tant souligné que la promesse est radicalement génératrice d\u2019inédit, d\u2019insoupçonné, de tout nouveau.Jamais, dans toute la tradition d\u2019Israël, on n\u2019aura tant confondu ou associé \u201chistoire\u201d et \u201ccréation\u201d, promesse et espérance, conférant ainsi à l\u2019histoire de la promesse sa dynamique initiale et originale d\u2019ê- tre éclatement gratuit et inédit d\u2019un monde nouveau.Il n\u2019est pas surprenant que les théologiens de l\u2019époque aient conçu les commencements absolus de l\u2019histoire en référence à leur propre situation, c\u2019est-à-dire en termes de création à partir du chaos (Gn 1,1-2,4a).Pas plus qu\u2019il ne fai^t s\u2019étonner qu\u2019un prophète du 6e siècle ait pu discerner, dans la nuit de son présent, l\u2019aube d\u2019une création nouvelle: \u201cNe vous souvenez plus d\u2019autrefois, ne songez plus aux choses passées.Voici que je (Yahveh) vais faire du nouveau qui déjà paraît.\u201d (Is 43, 18-19).Il y a là une transformation de la foi en espérance qui est unique.A même sa pauvreté et à cause de sa pauvreté, Israël n\u2019a pas eu d\u2019autre alternative que d\u2019espérer en une intervention, souverainement libre, imprévisible, de Dieu.Redécouvrant ainsi le \u201cfond\u201d de la promesse, il n\u2019a pu concevoir son histoire que comme \u201cmiracle\u201d, c\u2019est-à-dire comme émerveillement indicible, devant l\u2019inédit désormais libre d\u2019éclater.Vue du côté de la promesse, c\u2019était comme si celle-ci, trop longtemps comprimée et asservie, retrouvait sa liberté suprême, celle de faire jaillir en un éclatement inépuisable de vie l\u2019avenir indicible de Dieu.Désormais tous les lendemains et tous les rêves étaient devenus possibles, puisqu\u2019ils'étaient à la grandeur de l\u2019Avenir et étaient portés par la force et la dynamique d\u2019une histoire lancée par Dieu au coeur du temps et de la liberté des hommes.L\u2019espérance d\u2019Israël n\u2019a donc été finalement possible que dans le dévoilement du \u201cfond d\u2019inédit\u201d contenu dans toute parole de promesse.L\u2019histoire démontre qu\u2019Israël n\u2019a pu toujours à nouveau espérer qu\u2019en croyant à l\u2019inédit de la promesse.En fait, seul ce fond d\u2019inédit a py rendre possible le mystère de Jésus de Nazareth.En contrepartie, en exprimant de façon plénière le Dieu de la promesse, Jésus ressuscité n\u2019a pas seulement traduit le terme d\u2019une dynamique historique, il a dit, confirmé, et ouvert cette promesse et sôn fond radical d\u2019inédit, d\u2019insoupçonné, de tout nouveau.Paul Ricoeur a pu justement écrire: \u201cLa résurrection de Jésus n\u2019est pas un événement qui clôt, en remplissant la prophétie, mais qui ouvre, parce qu\u2019il renforce la promesse en la confirmant.\u201d MARS 69 LE DIEU DE JÉSUS Le Dieu de l\u2019Ancien Testament, auquel nous renvoie Jésus, nous rappelle que nous sommes situés dans une dynamique historique marquée par un avenir toujours promis et jamais pleinement réalisé.Les réalisations historiques ne peuvent prétendre épuiser l\u2019avenir inédit de Dieu.Celles-ci ne sauraient être que les étapes d\u2019un itinéraire, les jalons d\u2019une trajectoire, les moments provisoires d\u2019une dynamique.Aussi toute identification ou réduction de la promesse représentera toujours, en même temps qu\u2019une appropriation dictatoriale inacceptable, un arrêt, une inertie, une aliénation et un contre-sens historique.On ne saurait trop insister sur les exigences de radicalité du Dieu de la promesse.Il y va d\u2019un certain \u201ccourage d\u2019être\u201d qui consente constamment à sé désinstaller et à s\u2019ouvrir à l\u2019imprévisible et à l\u2019inimaginable.Non pas au nom d\u2019un futur en général, mais au nom d\u2019un futur promis et donné gracieusement par Dieu.Un futur qui cependant peut être en contradiction avec la situation empirique présente et passée.Un futur marqué par le paradoxe de la continuité et de la rupture.Le Dieu de l\u2019Ancien Testament dévoile en cela une dramatique fondamentale de l\u2019homme, - l\u2019homme habité par le rêve, toujours excédentaire par rapport à la réalité quotidienne, mais qui la transforme toujours un peu de l\u2019intérieur, en l\u2019ouvrant vers un en-avant.Rêve, réalité, projet.Trois dimensions que le Dieu de la promesse a pleinement assumées, mais qu\u2019il a en même temps libérées en les insérant dans une dynamique divine d\u2019avenir, de libération et d\u2019inédit.Croire aujourd\u2019hui au Dieu de l\u2019Ancien Testament, c\u2019est consentir à miser sans doute sur un avenir que Dieu seul peut donner, mais surtout sur une dynamique créatrice.Se laisser interpeller aujourd\u2019hui par le Dieu de l\u2019Ancien Testament, c\u2019est retrouver les certitudes extatiques de l\u2019artiste en attente de jaillissements neufs et inédits.Aux hommes d\u2019ici et d\u2019aujourd\u2019hui, à qui on a appris surtout à se \u201csouvenir\u201d d\u2019un certain passé et chez qui on a souvent tué l\u2019imagination, lé Dieu de l\u2019Ancien Testament rappelle un monde enfoui ou censuré en attente d\u2019éclatement et d\u2019inédit.Jésus de Nazareth avait un Dieu.Voilà qui va de soi pour un Juif d\u2019il y a deux mille ans.Mais voilà qui semble aller moins de soi pour le chrétien d'aujourd\u2019hui, lequel sent instinctivement le besoin d\u2019ajouter un \u201coui mais .\" à l\u2019affirmation du début.Comme si c\u2019était trahir Jésus que de faire mention de son Dieu.Comme si c\u2019était porter atteinte à la foi que de simplement s\u2019intéresser à cet homme.Or, de fait, parler du Dieu de Jésus, ce n\u2019est que rejoindre le langage de l\u2019évangile.Jésus y parle à pleines pages de son Dieu: c\u2019est le Règne de Dieu qu\u2019il prêche, c\u2019est son Père qu\u2019il prie, c\u2019est par le doigt de Dieu qu\u2019il expulse les démons (Le 11:20); seul son Père con-nàlt l\u2019heure de la fin, lui-même l\u2019ignore (Mc 13:32); il ira même jusqu\u2019à dire: \"Pourquoi m\u2019appelles-tu bon?Nul n\u2019est bon que Dieu seul (Mc 10:18).\u201d Qu'en est-il alors de cette réticence chrétienne spontanée face à toute expression qui n\u2019a pour horizon immédiat que l\u2019homme de Nazareth?i De l\u2019homme qui cache Dieu .Tout chrétien croit que Jésus est la révélation plénière de Dieu, ou, en d\u2019autres mots, que, sans Jésus, Dieu ne serait pas vraiment connu.Il y aurait bien l\u2019Ancien Testament, qui présente l\u2019histoire des démêlés d\u2019un peuple avec son Dieu et qui décrit corn- i par André Myre ment, à l\u2019occasion des événements, des générations successives se sont posé le problème de la pertinence présente du passé, vécu et lu avec Dieu, et celui du sens de l'avenir.Mais il ne s\u2019agirait au fond que de la tradition d'un peuple sur Dieu, tradition parallèle à bien d\u2019autres.Pour le chrétien, il est capital que Jésus de Nazareth concentre en une vie d\u2019homme la réalité de Dieu et permette ainsi de relire l\u2019histoire du peuple de l\u2019Ancien Testament en servant de principe qui donne cohérence à l\u2019ensemble et fait discerner les lignes de forces, les pointes de la révélation, les moments de fidélité particulièrement intense au dynamisme de fond.C\u2019est Jésus qui donne un visage définitif au Dieu de l\u2019AT, un visage qui précise des contours jusque-là sujets à ambiguités.Or il est paradoxal de voir combien celui dont la grandeur a justement été de donner un visage humain au mystère de Dieu est aujourd\u2019hui laissé pour compte dans la conscience chrétienne.On voit tellement facilement en lui le révélateur de Dieu, qu\u2019on oublie de s\u2019intéresser au révélateur (ou qu\u2019on soupçonne celui qui s'y intéresse).On passe directement à Dieu, à l\u2019oeuvre en lui et, de façon plus ou moins consciente, on a un peu tendance à considérer cet homme comme une sorte d'obstacle à la révélation.On aborde Jésus comme s\u2019il fallait éliminer l\u2019homme en lui pour retrouver, Dieu à l\u2019état pur.On n'a d\u2019oeil que pour le surhumain au point de l\u2019inventer au besoin: il faut que Jésus ait tout su 70 RELATIONS d'avance, tout connu, tout prévu.Et si par malheur une parole d\u2019évangile attribue quelque ignorance au Fils de Dieu, il suffit d\u2019un tour de passe-passe sur la partie-Dieu-qui-sait et la partie-homme-qui-ignore pour régler le problème.Pourtant, d\u2019où vient notre connaissance de Dieu, sinon des hommes qui ont parlé de lui et de Jésus en particulier?Mais alors, si tout ce que nous savons d\u2019authentique sur Dieu (authentique au sens où Dieu lui-même s\u2019est prononcé sur la justesse de la révélation) vient en dernier ressort de .Jésus de Nazareth et de la tradition qu'il résume en lui, comment est-il possible de chercher à \u201cséparer\u2019\u2019 en lui ce qui.est de Dieu et ce qui est de l\u2019homme?Une telle recherche ne suppose-t-elle pas que Dieu soit connu par ailleurs?Et quel est le sens de Jésus si Dieu est connu par ailleurs?Il doit donc exister une autre façon d\u2019aborder Jésus de Nazareth, une façon qui fasse davantage justice à l\u2019homme que ce dernier a été et au rôle qu\u2019il a joué.Or cette façon existe, et justement là où on est en droit de s\u2019y attendre, c'est-à-dire dans les évangiles.Le chrétien d\u2019aujourd'hui doit cependant réapprendre à lire les évangiles, qui ont d'abord été écrits pour nourrir la foi des chrétiens d\u2019il y a deux mille ans et qui ont été rédigés plusieurs décennies après la mort de Jésus, puand un évangéliste compose, il le fait à la lumière de la résurrection du Christ et il parle autant sinon davantage de celui qui est maintenant vivant auprès de Dieu que de celui qui a vécu il y a quarante ou cipquante ans.Les premiers chrétiens ont vu dans le fait que Dieu avait ressuscité Jésus, une sorte de sceau d'authentification divine apposé sur la vie de ce dernier.En ressuscitant Jésus et en révélant cette réalité, Dieu lève l\u2019ambiguité qui marque toute vie humaine et déclare que ce Jésus avait bien parlé et agi en son nom.Seul Dieu peut authentifier Dieu.Mais on notera qu'en vertu de la résurrection, c\u2019est une vie humaine qui est officiellement déclarée révélation authentique de Dieu.On a beau scruter les évangiles, on n\u2019y trouve pas de définition de Dieu, de révélation intellectuelle de Dieu, de discours théorique sur Dieu.C\u2019est une vie d\u2019homme qui sous-tend les matériaux évangéliques et c\u2019est à elle que la résurrection renvoie comme à une véritable traduction en vie humaine de la vie de Dieu.C\u2019est donc en vertu même d\u2019une fidélité au dynamisme profond du Nouveau Testament que le chrétien ne peut faire l\u2019économie de l\u2019homme de Nazareth s\u2019il veut véritablement découvrir ce que Dieu dit de lui-même.à celui qui révèle Dieu Le dynamisme de fond Les documents évangéliques ne nous permettent pas de rejoindre directement l\u2019expérience religieuse profonde .de Jésus; le Jésus des évangiles parle peu de lui, de ce qui le motive, de ce qui l\u2019anime.Ce n\u2019est que par inférence que nous pouvons atteindre une partie de son monde intérieur, par exemple en projetant en lui les motivations qu\u2019il cherche à inculquer aux autres.Significatif en ce sens est ce vieux texte reconstruit à partir d\u2019une comparaison faite entre Mt 5:44-45,48 et Le 6:27-28,36: Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous calomnient, afin que vous deveniez fils de votre Père, car il fait lever son soleil sur méchapts et bons et il fait pleuvoir sur justes et injustes.Devenez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.Le chrétien doit se conduire comme Dieu afin de devenir fils de Dieu; la filiation vient de l\u2019identité du comportement.On voit donc la ligne que suit le raisonnement: un appel à agir comme Dieu, sur un fond de scène conceptuel suivant lequel l\u2019agip révèle l\u2019être.Ce texte a été véhiculé dans une Eglise judéo-chrétienne très proche des origines, aussi bien dans le temps que par la mentalité.Les membres de cette Eglise ont connu Jésus et ils ont reconnu en lui la bonté de Dieu: ils savent maintenant comment se conduire en fils de Dieu puisqu\u2019ils ont reconnu ce dernier en Jésus-Christ.Mais même dans leur façon de concevoir leur tâche ils dépendent de Jésus, car ce dynamisme de révélation est trop fondamental pour qu\u2019ils ne l\u2019aient pas appris à son exemple; c\u2019est d\u2019ailleurs lui qui peut expliquer une parole telle que: \u201cQui vous accueille m'accueille, et qui m'accueille accueille celui qui m\u2019a envoyé (Mt 10:40 et parai.).\u201d Dans la mesure où le disciple reprend à son compte la mission de révéler Dieu assumée par Jésus, dans cette même mesure l\u2019accueil qu'on lui fait atteint la personne de* Dieu; Luc, d\u2019ailleurs, n\u2019hésitera pas à formuler la négative: \u201cqui vous rejette me rejette et qui me rejette rejette celui qui m\u2019a envoyé (10:16).\u201d Mais ici l\u2019évangile fait jouer un autre dynamisme de révélation, ter- rible celui-là et souvent totalement inconscient.Il consiste en ceci: quand un homme est fidèle à révéler Dieu, ce dernier fait de ceux qui prennent parti pour ou contre son serviteur, des révélateurs de l\u2019attitude qu\u2019il aura à leur égard lors du Jugement.Quiconque me reconnaîtra devant les hommes, le Fils de l\u2019Homme le reconnaîtra devant les anges de Dieu.Mais celui qui me renierait devant les hommes, et le Fils de l\u2019homme le reniera devant les anges de Dieu.(Mt 10: 32-33 et parai.) Ce texte s\u2019applique aussi bien au contexte de Jésus qu\u2019à celui de l\u2019Eglise primitive; de l\u2019attitude qu\u2019ont pris les hommes au sujet de Jésus face aux autorités, ou au sujet du Ôhrist ressuscité face aux tribunaux, dépend l\u2019attitude du Fils de l\u2019homme (expression mystérieuse pouvant désigner ici Dieu en tant que Juge) lors du jugement de la fin.Tout se passe comme si de toute façon l\u2019homme était destiné à dire quelque chose de Dieu, à se révéler norme du comportement de Dieu.De là les avertissements à être bien conscients de la révélation qu\u2019on porte: Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés (par Dieu), car du jugement dont vous jugez vous serez jug'ës, et de la mesure dont vous mesurez, il vous sera mesuré.(Mt 7:1 ) ou encore: Si vous -pardonnez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si -vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos manquements.(Mt 6:14-15) L\u2019évangile, qui a sa source en Jésus de Nazareth, témoigne d'un jeu extrêmement sérieux: il s\u2019agit de l\u2019image que l\u2019homme donne de Dieu et du prix que Dieu attache à sa \u201cjuste image\u201d.Dans le monde de l\u2019évangile, Dieu est plus qu\u2019un vain mot, plus qu\u2019un peuU être dont il faudra vérifier la consistance dans un au-delà hypothétique.Dans le monde de l\u2019évangile, et donc celui de Jésus,'il y a un Dieu que chaque homme révèle chaque jour, de façon juste ou de façon fausse, avec les conséquences eschatologiques de l\u2019une ou de l\u2019autre.Coupé de ce monde, Jésus ne se comprend plus.Coupée de ce monde, sa révélation ne se comprend plus.Il ne s\u2019agit pas ici de lois ni de commandements à promulguer, mais MARS 71 d\u2019une expérience de Dieu à rendre en gestes aussi bien qu\u2019en paroles; ici, il n\u2019y a plus de loi qui tienne.Quelques traits du Dieu de Jésus Plus que de faire un portrait juste et cohérent du Dieu de Jésus (ce que le cadre restreint de cet article ne ren-l drait d\u2019ailleurs pas possible), ce qui importe maintenant c'ést d\u2019essayer de montrer comment Jésus de Nazareth permet d\u2019obtenir de Dieu une sorte d\u2019image par projection.A qui veut retrouver l'essentiel de ce que Jésus voulait révéler de Dieu, il est nécessaire (au moins dans un premier temps) d\u2019oublier ce qu'il sait de Dieu par ailleurs, et de regarder vivre cet homme en se disant qu\u2019il a sous les yeux comme une transposition humaine de Dieu.A celui-là, il importe de prendre conscience que la parole de Jésus n\u2019est pas simple formulation d\u2019une volonté de Dieu, mais mise en mots humains d\u2019une attitude profonde de Dieu; et que le geste de Jésus n\u2019est pas simple acte éclatant mais expression des tendances de l'agir de Dieu.La personnalité de Dieu ne peut s'esquisser qu\u2019à partir des traits de Jésus de Nazareth.Il n\u2019est pas besoin de fréquenter ,longuement les évangiles pour se rendre compte qu\u2019une des caractéristiques de Jésus est d\u2019avoir été un homme hors cadre.Ainsi, il exerce le gros de son activité en Galilée, territoire déconsidéré, à population à demi païenne, au lieu de le faire à Jérusalem, centre du, judaïsme, centre du pouvoir tant civil que religieux.Pourquoi n\u2019a-t-il pas d\u2019abord et avant tout cherché des appuis auprès de ceux qui avaient dé l\u2019influence en Israël?Il s\u2019entoure de disciples d\u2019humble origine, il se fait suivre de femmes qui y perdent leur réputation, au lieu de s\u2019entourer de compétences prestigieuses.Il se promène en vagabond, sans domicile fixe, sans avoir où reposer la tête, à la merci de la générosité de pauvres paysans ou pêcheurs, sans égards pour le mépris qu\u2019il s\u2019attire.Il fréquente les publi-cains qui ne sont pas des gens recommandables (Mc 2:15-17); il érige même en principe, pour qui décide de faire une fête, de ne pas inviter la parenté, les amis ou riches connaissances, mais, au contraire, de faire venir pauvres, estropiés, boiteux et aveugles: c\u2019est à vous enlever le goût de fêter (Le 14:12-14); il s\u2019occupe du pécheur en difficultés, plutôt que des gens ordinaires qui font leur possible (Le 15:4-7), de celui qui s\u2019est enfoncé dans le mal plutôt que de celui qui cherche honnêtement à être fidèle à son Dieu (Le 18:9-14), en allant même jusqu\u2019à condamner le juste qui s\u2019étonne qu'on n'ait pas plus de marques de considération pour sa fidélité (Le 15:29-30) ou le bon travailleur qui ne comprend pas qu\u2019on accorde autant à celui qui a travaillé quelques minutes qu\u2019à celui qui a trimé tout le jour (Mt 20:11-12).Si au moins on avait pu le considérer comme un authentique homme de Dieu.Mais il se refuse à jeûner (comme font les gens pieux) et donne prise au reproche d'être un glouton et un ivrogne (Mc 2:18-22; Mt 11:19).Il n\u2019obéit pas à la loi du sabbat, laquelle est voulue de Dieu, sous prétexte qu\u2019il a du bien à faire (Mc 3:4); il semble même faire exprès pour guérir ce jour-là, comme s\u2019il n\u2019avait pas six autres journées à sa disposition (Le 13:14).Il ose s\u2019attaquer à la demeure même de Dieu, ce qui frôle le sacrilège, au lieu de passer par la fi|ière normale des autorités légitimes s\u2019il a quelque grief à formuler.Il se prétend envoyé de Dieu et refuse de faire un signe qui l\u2019accréditerait vraiment aux yeux des autorités (Mc 8:11-12).Il soutient parler au nom de Dieu, mais il déclare lui-même être cause de discorde (Mt 10:34; Le 12:51-53) et, de fait, il meurt radicalement seul, abandonné de sa parenté, de ses amis, de ses disciples.Il y a certes d\u2019autres aspects importants chez Jésus sur lesquels il faudrait insister pour que la description soit un peu complète, par exemple, la tension vers le futur, la lutte contre le mal, etc.Mais, on l\u2019a déjà dit, il ne s\u2019agit pas tellement ici de faire complet que d\u2019indiquer par quelques traits comment la vie de Jésus permet une projection dans la vie même de Dieu.En ce sens, une reprise de la description de Jésus présentée dans les lignes qui précèdent peut offrir une image assez saisissante de Dieu.Ainsi, Dieu est Autre, Différent.Il n\u2019a pas nos jugements de valeur.Il ne mesure pas la grandeur des hommes en se servant des mêmes mesures que nous.Une de ses tendances profondes s\u2019exprime dans un amour de prédilection pour celui ou ceux que nous sommes portés à mépriser, à laisser pour compte, à fuir.C\u2019est là ce que dit Jésus en oeuvrant en Galilée plutôt qu\u2019à Jérusalem, en choisissant des disciples sans prestige, en fréquentant le pauvre monde, en refusant de s\u2019installer, en s'opposant aux pouvoirs de la religion, de la société, de l\u2019argent, en se préoccupant d\u2019abord et avant tout du désespéré et du rejeté.Le Dieu de Jésu$ préfère somme toute le prélart au tapis, le denim.au tweed, le métro à la grosse auto, lè parc public à la grande pelouse, le drogué à l\u2019homme d\u2019affaires.Le Dieu de Jé$us s\u2019étonne de voir le bon monde offusqué de se voir préférer le mauvais monde.Le Dieu de Jésus voit d\u2019un oeil fort s'eeptique la religion officielle:\til a même beaucoup de peine à se reconnaître dans ce qu'elle dit de lui.Le Dieu de Jésus a horreur du légalisme; il refuse carrément qu\u2019on lui force la main; il préfère la justice à l'entente à tout prix; il se veut le seul absolu face auquel tout le reste sombre dans le relatif.Le Dieu de Jésus est sacrilège aux yeux du dieu des hommes.Le Dieu de Jésus ne ^e déduit pas, ne s\u2019invente pas.Il se rencontre dans un face à face qui fait mal.Le Dieu de Jésus bouleverse le' monde de l\u2019homme qui s\u2019est laissé rencontrer.Le Dieu de Jésus est tellement menaçant pour l\u2019homme que ce dernier a eu tôt fait d'éliminer la seule vie qui ait été fidèle traduction de la vie de ce Dieu.Ce sera toujours la gloire de Jésus d\u2019avoir fait connaître ce Dieu tel qu\u2019il est.L\u2019aujourd\u2019hui de Dieu A chaque génération d\u2019hommes qui passe sur cette terre, le Dieu de Jésus parcourt les coeurs à la recherche de ceux qui voudraient bien accepter de lui donner un visage, une voix, des mains.A chaque génération d\u2019hommes, le Dieu de Jésus cherche à briser le silence auquel le condamne son mystère de Dieu.Il s\u2019est déjà trouvé un serviteur, un fils, il y a de cela fort longtemps; il en a déjà trouvé un en-qui il se soit pleinement reconnu, un homme en qui il a reconnu ce qu\u2019il était et vivait comme Dieu.Un homme, dont ce fut la grandeur d\u2019accepter de traduire son Dieu dans tout ce qu\u2019il fut, dit et rêva.Et depuis, tout se passe comme si Dieu rêvait d\u2019en rencontrer un autre semblable, ou une autre .Un autre ou une autre ou d\u2019autres qui accepteraient de lui donner un sens aujourd\u2019hui.De lui refaire une image.De rebriser son silence.De redonner espoir à ceux qu\u2019il aime et pour lesquels il ne peut rien si personne n\u2019accepte de leur parler en son nom.A chaque génération d\u2019hommes la quête de Dieu se poursuit.Et sur chaque génération d\u2019hommes pèse la lourde responsabilité de garder silencieux ou de faire reparler le Dieu de Jésus.72 RELATIONS LES DIEUX DE NOS MORALES Les propos qui suivent tiennent à quelques intuitions qui appelleraient des analyses plus poussées.Mais peut-être, après tout, une des fonctions de l'écrivain est-elle, lorsque tout n\u2019est pas pensé, de donner à penser.Un regard \u201cà l\u2019envers\u201d Si Dieu a fait l\u2019homme à son image, a-t-on fait observer avec finesse, l\u2019homme lé lui a bien rendu.Les idoles qui jalonnent l\u2019histoire des hommes, comme en une galerie de sombres portraits qui eurent autrefois plus d\u2019éclat, le montrent avec la plus grande netteté.De même, nous sommes habitués à cette vision \u201cdescendante\u2019\u2019 de Moise recevant de Dieu, sur la montagne sain-, te, les tables d\u2019une loi qu\u2019il faut ensuite mettre en pratique dans le plat désert.Mais, si c\u2019était la marche à travers le désert qui avait cohduit à la montagne de Dieu et rendu possible sa rencontre.L'oeil humain, dit-on, perçoit l\u2019univers \u201cà l\u2019envers\u201d; c\u2019est le cerveau qui remet la perception \u201cà l\u2019endroit\u201d! Le changement de perspective ici suggéré est d\u2019importance.Il amène,-d\u2019un même mouvement, à voir les choses \u201cà l\u2019envers\" et, simultanément, à voir soudain l\u2019envers des choses.Un \u201cenvers\u201d peut-être plus réel et plus vrai que ce que suggèrent les apparences de l\u2019\"en6roit\".Faut-il, par exemple, connaître d'abord la vérité pour pouvoir ensuite la mettre en pratique?ou faire d\u2019abord la vérité pour ayoir chance d\u2019y accéder peu à peu?La référence évangélique est ici intentionnelle.Il m\u2019apparaît, en effet, qu\u2019il est une façon de voir et de présenter les rapports entre Dieu et la morale qui n\u2019est pas du tout évangélique, pas du tout chrétienne.Or c\u2019est à cette façon de voir et de présenter les choses que, depuis des siècles, nous sommes habitués.La conversion proposée n\u2019est donc pas facile.Nul ne la fait, je crois, spontanément, ni sans quelque^\u2019crainte et tremblement\u201d! - \u2019 ) Si l\u2019on consent à l'inversion proposée - qui est peut-être une conversion -, un premier constat se mue tout aussitôt en de radicales questions.Des façons de sentir et de vivre profondément différentes ont été légitimées, au cours des âges, dans des morales étonnamment diverses et même divergentes.Ces morales, en quête à leur tour de légitimation, ont créé une pluralité de dieux.Apollon et Dionysos, pour prendre un exemple clair,' peuvent difficilement être adorés en même temps par les mêmes hommes; ils renvoient à deux façons de sentir et de vivre la vie humaine, ils coiffent des morales différentes.Sommes-nous condamnés au polythéisme?Dieu ne peut-il être pour les hommes que la création et le reflet de leurs passions, de leurs désirs, de leurs rêves.et de leurs cpntradictions?.Demeurant à l\u2019intérieur de la tradition chrétienne - ce que je veux faire dans le présent article -, le constat d\u2019une morale qui, au cours des siècles, a profondément évolué et a parfois radicalement changé à la fois ses perspectives fondamentales et ses accents plus particuliers contient ces graves questions: avons-nous, au fil des siècles, \u201cchangé\u201d de Dieu?avons-nous, d\u2019âge en âge, mis notre foi dans une série d\u2019idoles façonnées à notre changeante image, selon nos besoins?Je ne peux pas remonter ici dans la nuit des temps.Je me contenterai, pour illustrer mon propos, de deux exemples d\u2019une histoire récente, ne remontant qu\u2019à guère plus de trente ans.Le dieu de Tordre La morale dite chrétienne, telle que nous l\u2019avons connue et telle qu\u2019elle nous a été enseignée, s\u2019accommodait fort bien d\u2019un ordre social relativement stable, dont les coordonnées fondamentales semblaient à ce point assurées qu\u2019elles permettaient de connaître avec une suffisante certitude, du moins le MARS ; par Guy Bourgeault croyait-on, Ip nature des choses et, par voie de conséquence, les exigences morales d\u2019un ordre naturel.Cette morale fut une morale de la loi naturelle.Largemènt tributaire d\u2019un ordre social contingent et néanmoins absolutisé dans toute la mesure où il était perçu, respecté et même vécu comme \u201cnaturel\u201d, cette morale fut-elle plus que le reflet de cet ordre?Elle avait besoin, cependant, pour assurer le maintien de cet \u201cordre\u201d et le respect de ses lois et exigences, de se donner un plus solide fondement.Ultimement, ce fondement devait être trouvé en Dieu même.Dieu apparaît, dans cette systématisation, comme la clé de voûte de la cathédrale.C\u2019est lui qui assume la cohésion de l\u2019ensemble.S\u2019il , fait défaut, l\u2019édifice s\u2019écroule.(Ce n\u2019est pas sans vérité que l\u2019on a parlé, il,y a quelques années, lorsque l\u2019ordre social a été bouleversé et que de nouvelles idéolo-giés ont commencé à légitimer de nouveaux comportements, de \u201cla chute du ciel québécois\u201d.) Mais il s'agit alors moins du Dieu de Jésus-Christ que de 1\u201cEtre suprême\u201d et du \u201cpremier moteur immobile\u201d régissant et cautionnant l\u2019ordre du monde.Les efforts faits pour réconcilier \u201cle \u2019dieu des philosophes et des savants\u201d avec le Dieu évangélique de Jésus-Christ m'ont toujours paru, quant à moi, biaisés.Leurs résultats, en outre, ne sont guère convaincants et satisfaisants pour qui ne se sent pas à son aise dans cet ordre du monde qu\u2019un certain dieu vient coiffer de son autorité censée absolue.Je crois, comme mes pères dans la foi, en Dieu créateur du ciel et de la terre, en Dieu maître de l\u2019histoire.Mais le dieu de \u201cl\u2019ordre\" du monde me paraît néanmoins une idole faite de main d'homme et dont l\u2019adoration fut imposée, comme celle de César dans tout l\u2019empire romain, par ceux qui tiraient avantage et profit de l\u2019ordre social existant et abusivement identifié 73 0 à un ordre naturel établi par le Dieu créateur et maître de l'histoire.Peu de gens ont le goût du martyre.On préfère le plus souvent sacrifier à César et à tous les faux dieux.Nous avons, chrétiens, offert les encens requis, pour goûter un peu de paix, au \u201cdieu de l\u2019ordre\u201d; nous n\u2019^vons pas ouvert la bouche pour dénoncer ses injustices; nous avons obéi, nous soumettant à un implacable dieu qui ne tolère nulle rouspétance.Car il est là -l\u2019homme l\u2019a créé pour ça - pour garder \u201cl\u2019ordre\u201d du monde à tout prix.Tour à tour Dieu-Providence comblant les \u201ctrous\u201d de nos erreurs, ou Dieu-Juge punissant les récalcitrants et les rebelles pour les faire \u201crentrer dans' l\u2019odre\u201d (et non pas, comme le Dieu juste de la Bible, pour justifier le pécheur), il est le despote fasciste du law and order.Le dieu du libéralisme L\u2019ordre social et culturel dont il a été question plus haut a été soudain radicalement contesté.Plus soudainement chez nous que dans d\u2019autres pays.L\u2019homme, a-t-on cru, s\u2019arrachait au joug d\u2019une servile soumission.On a parlé de révolution! Quand on regarde les choses plus attentivement, toutefois, on se rend compte qu\u2019un certain \u201cordre du monde\u201d a commencé d\u2019être ébranlé lorsque ceux dont cet ordre servait les intérêts ont entrevu que leurs intérêts étaient désormais ailleurs, dans un autre \u201cordre\u201d.Un nouvel ordre économique a peu à peu façonné un nouvel ordre social en lui imposant ses lois.Il fallait donner ses lettres de créance à cet ordre nouveau.Qu\u2019à cela ne tienne! c\u2019est au nom de la liberté de l\u2019homme, dont il faut avoir le plus grand respect, qu\u2019on a inscrit dans les mentalités tout autant que dans les structures sociales la loi du \u201cchacun pour soi\u201d qui permet au fort de se soumettre le faible.L\u2019appétit du gain a donné naissance au libéralisme économique et à ses \"lois\u201d.L\u2019appétit, dit l\u2019adage, vient en mangeant: l\u2019argent ne suffisant pas, la recherche du prestige et l\u2019affirmation de la puissance ont donné naissance au libéralisme social et politique qui, dans un pluralisme qui n\u2019a de pluralistes que les apparences, permet la ségrégation, l\u2019exploitation, la domination.Partout, la loi fondamentale est la raison du plus fort.La liberté, certes, est invoquée, mais pour permettre la compétition et la domination; l\u2019initiative est favorisée, mais pour servir l\u2019exploitation; etc.Où trouver le Dieu qui oserait légitimer cette morale?Sans doute le libé- ralisme a-t-il ses idoles: argent, prestige, puissance.Et ces faux dieux s\u2019entendent comme larrons en foire: ils se rendent les uns aux autres les services les plus assidus et fidèles, l\u2019argent donnant droit au prestige et conduisant au pouvoir, le pouvoir assurant l\u2019honneur et les justes, rémunérations! Mais il est par trop clair qu\u2019il s'agit là d\u2019idoles; on ne saurait les proposer ouvertement à l\u2019adoration.Mieux vaut compter avec un dieu discret, lointain, étranger.Un dieu que l\u2019on entourera d'honneurs, mais que l\u2019on prendra bien soin d\u2019enfermer dans son temple.Un dieu absent des grands enjeux du monde et n\u2019osant se faire entendre - et encore en tenant des discours adaptés aux situations particulières - que dans l\u2019intimité des consciences individuelles! .On nous invite à adorer ce faux dieu si étonnamment différent de Celui qui s\u2019est un jour ému de la détresse de son peuple et qui est intervenu, \u201cà main forte et à bras étendu\u201d, pour le délivrer de l\u2019oppresseur.Etonnamment différent aussi de Celui qui a envoyé son Ffils partager la vie de l'homme jusque dans sa mort pour annoncer à tous ceux qui ont faim et soif de justice la \"béatitude\u201d d'une viè libre et surabondai te.Deus intimior intimo meo, Dieu qui m\u2019est plus intime à moi que moi-même, a-t-on dit du Dieu de Jésus-Christ.Soit.Mais aussi Dieu qui intervient dans l\u2019histoire des hommes, qui chasse les vendeurs du temple dans lequel on cherche à l\u2019enfermer pour aller proclamer sur.la place publique un évangile délibération! Tout autre, le dieu du libéralisme, paradoxalement, n\u2019est pas libre, mais enchaîné.Il a été inventé pour consoler les prisonniers sans toutefois les délivrer, pour réconforter les esclaves sans les libérer.Si ce dieu emprunte quelques traits au Dieu de Jésus-Christ, le portrait defneure caricature.Il console peut-être les petits, mais il laisse agir les puissants à leur guise et cautionne même à l\u2019avance tous leurs agissements.Avec lui, le pauvre a tort et le riche a raison.Il élève les puissants et il écrase les humbles! Le Dieu de l\u2019évangile Nul ne peut voir Dieu sans mourir, confessait le croyant d\u2019Israël.Le vrai Dieu n\u2019a pas de visage pour l'homme.On peut sentir sa présence, entendre sa voix.Il échappe cependant à l\u2019emprise du regard et on ne saurait mettre la main sur lui.Un tel Dieu n'est guère rassurant.On ne sait jamais à quoi s\u2019attendrè de sa part.On ne peut que lui accorder sa foi, dans l\u2019assurance qu\u2019il ne manquera pas à sa parole donnée.Faut-il dès lors s\u2019étonner que l'histoire d\u2019Israël soit tout entière une succession de tentations d\u2019idolâtrie?En Jésus, ce Dieu a pris visage d\u2019homme.Cela n'est certes pas plus rassurant: on le rencontre désormais partout, on se trouve constamment sollicité par ses interpellations inlassablement nouvelles.Il n\u2019est plus de repos possible.C'est un Dieu trop proche que celui qui se révèle dans le prochain! te Dieu de Jésus-Christ, qui est le Dieu d\u2019Abraham, d\u2019Isaac et de Jacob, est le Dieu d'un évangile et non pas le dieu d\u2019une \"morale\u201d.Cela fait toute la différence.C\u2019est lui qui a l'initiative, et les systématisations- ne peuvent enfermer ses sollicitations imprévisibles.Il révèle, il promet, il crée et il recrée, il donne et il pardonne.Il n\u2019y a alors plus de loi qui tienne.C\u2019est cela qui est profondément troublant.Il ouvre des horizons; il accompagne discrètement et incognito sur les routes les plus banales; il appelle en même temps d\u2019en avant, tout au loin.Ce Dieu-là ne peut avoir été'fabriqué par l\u2019homme: il est pas trop \u201cmalcommode\u201d et \u201cdérangeant\u201d.Il remet en question tous les ordres en faisant apparaître leurs désordres.Il n\u2019accepte d\u2019obéissance que celle de la liberté.Il ne veut rien cautionner de ce qui est établi et reconnu.Il vomit les tièdes et exige l\u2019impossible avec intransigeance tout en accordant sa tendresse aux déviants.Allez donc vous entendre avec ce Dieu-là! On ne saurait s\u2019y fier pour assurer les bonnes moeurs et les convenances, comme Jésus l\u2019a bien montré en partageant scandaleusement la table des publicains et des prostituées.Comment pourrait-on alors compter sur lui pour cautionner quelque morale que ce soit! Les dieux de nos morales sont tous de faux dieux.Seul le Dieu de l\u2019évangile \u2014 de la bonne nouvelle \u2014 peut être adoré par l\u2019homme libre.Il est certes des exigences éthiques qui découlent de l\u2019évangile de Jésus-Christ: il faut faire la vérité \"pour y accéder et pour avoir part avec Dieu en son Royaume.Mais il n\u2019y a pas une telle chose qu\u2019une \u201cmorale\u201d chrétienne.Car qui met sa foi dans le Dieu de Jésus-Christ est libéré \u2014 tel est l\u2019évangile ou telle est la bonne nouvelle \u2014 de la loi, du péché et de la mort.La lettre tue, dit Saint-Paul; l\u2019Esprit vivifie.Rome, 31 janvier 1975.74 RELATIONS par Julien Naud* Attitudes humaines et expérience religieuse La façon dont les êtres humains se situent face à Dieu ou contre lui me semble en grande partie solidaire d\u2019attitudes globales, individuelles ou collectives, qui ne sont pas souvent thé-matisées en elles-mêmes.Je voudrais ici dégager quelques présupposés, vécus mais non identifiés, à l\u2019oeuvre dans certaines attitudes, qui favorisent ou bloquent l\u2019expérience religieuse.i La fascination Considérons la fascination d\u2019abord au niveau le plus proche de notre expérience.Quand nous,regardons une personne avec le regard de l\u2019amour, elle nous apparaît transformée, transfigurée; nous sommes frappés par un sortilège, comme possédés par quelque chose qui émane d\u2019elle.Nous sommes fascinés.Ainsi donc, l\u2019amour que nous avons pour une personne peut, du moins à certains moments, être vécu de telle sorte qu elle nous retient avec des \u2018\u2018liens\", qu elle nous \u2018\u2018captive\u201d.C\u2019est une expérience de passivité que nous vivons eh ce moment, une expérience d\u2019être arrachés à nous-mêmes, ou plutôt d\u2019être envahis par une puissance à la fois étrangère et séduisante.Dans cette expérience, nous ne valorisons pas seulement la personne aimée; nous sommes aussi valorisés par elle, en ce sens que ces liens, en même temps qu\u2019ils nous retiennent, nous introduisent dans un monde plus vaste et merveilleux.L\u2019expérience religieuse est vécue, ou imaginée, par certains comme une expérience de fascination.Ce qui domine alors, c\u2019est le sentiment global d'être envahis par une puissance aimante qui * Professeur de philosophie, au Département de Philosophie de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.nous enveloppe, qui prend soin de nous.Le lien religieux est immédiat et il n\u2019admet pas sa remise en question: toute interrogation apparaît comme un sacrilège.On y décèle le désir de se perdre ou de se fondre dans la \u201cdivinité\u201d, que celle-ci soit la nature maternelle, le tout cosmique, l\u2019amour uhi-versel ou le Père bienveillant.Cette attitude est faite d\u2019une confiance et d\u2019une soumission sans réserve à la positivité de la vie, et son ressort est un amour illimité qui refuse dès le départ toute remise en question de la valeur de sa croyance.La faiblesse évidente de cette attitude est d\u2019abord sa précarité.Il arrive que le charme soit rompu.Le lien brisé, nous nous retrouvons dans un état aussi incompréhensible que le précédent: nous ne sommes plus entraînés dans une sphère supérieure d\u2019existence; nous sommes redevenus de simples humains isolés dans notre humanité; nous sommes désenchantés.Une autre faiblesse réside dans le caractère naïf ou non critique de l\u2019adhésion, qui la rend suspecte à l\u2019homme habitué à chercher à la racine du comportement apparemment le plus noble des motivations cachées et ambiguës, à démasquer l\u2019illusion qui continue de bercer des espoirs infantiles.Le désenchantement Quand cesse l\u2019emprise de la séduction, l\u2019homme se retrouve lui-même; il peut, pense-t-il, porter un regard \u201cobjectif\" sur les personnes aimées.Il reconnaît l\u2019irréalité du charme, il dénonce l'illusion du masque et il identifie l\u2019objet de sa croyance à une création de son regard.Il est devenu critique et ne peut plus désormais se laisser prendre.L\u2019homme d'aujourd\u2019hui ne peut plus éviter de passer par cette étape critique: de tous côtés, on l\u2019ap- pelle à \u201cinterpréter\u201d sa croyance première en termes d\u2019illusion, d\u2019infantilisme ou d\u2019aliénation; on le convie à la lucidité.Cependant, dans cette critique, nous percevons facilement la nuance affective de la méfiance, qui simule parfois si bien la lucidité.Le méfiant refuse son accueil à tout ce qui lui est étranger.C\u2019est la méfiance qui pousse à décider que les choses de son monde quotidien sont plus réelles que celles de l\u2019expérience religieuse, que l\u2019état de désenchantement rend plus lucide et plus objectif que l'état d\u2019enthousiasme.Mais peut-on s\u2019empêcher'de surprendre souvent dans le mouvement de la critique l\u2019équivalent d\u2019un amour blessé ou déçu?Au-delà de l\u2019évidence que le milieu culturel incite l\u2019homme à prendre cette attitude de distance méfiante envers la religion, il nous faut rejoindre des présuppositions plus cachées et plus significatives.L\u2019homme critique paraît avoir raison.Ne faut-il pas se libérer dee liens de sa croyance naïve à un monde fantastique, pour se retrouver soi-même?Cette affirmation de soi porte ordinairement la marque de la revendication et de l\u2019opposition.Tout se passe comme si l\u2019éveil de la liberté consistait à découvrir que ce qui nous est le plus personnel et le plus précieux se trouvait accaparé par quelque puissance étrangère; à l\u2019aurore de sa liberté, l\u2019homme s\u2019expérimente comme déjà aliéné, comme le, jouet de forces qui détiennent les ressorts de son existence.Le premier mouvement de la conquête de soi apparaît donc comme une tentative de reprendre pour soi ce qui a été accaparé par un autre; dans cette lutte, l\u2019autre prendra nécessairement une figure hostile.L\u2019homme résiste à une agression contre la propre origine de sa liberté.La relation à son origine est alors vécue sous le MARS 75 mode de l'extériorité et du défi, de sorte que Dieu prend la figure d\u2019un être immense et hostile avec lequel je suis confronté.La relation d\u2019extériorité, vécue sous le mode du défi, m'incite à conquérir pour moi la grandeur et la valeur attachées jusque-là à l\u2019Autre.La connaissance du monde est alors un mouvement progressif de possession et de maîtrise des objets du monde; mais ce mouvement est en même temps animé par un désir de déposséder dé ses privilèges la puissance extérieure qui me liait.Une satisfaction accompagne sans doute ce processus, l\u2019impression de mener une vie riche et authentique, de créer des objets qui n\u2019auraient ni existence ni réalité.Mais cette satisfaction s\u2019affadit quand la recherche incessante se change en frénésie: incapable de demeurer auprès de soi, l\u2019homme éprouve l\u2019exigence de courir d\u2019un objet à un autre, de se disperser en des possibilités toujours nouvelles.Si ce mouvement va jusqu\u2019au bout, il aboutit à l\u2019inverse de ce qu\u2019il visait: au lieu de se trouver lui-même comme origine, l\u2019homme dispersé se rend étranger à lui-même, incapable de s\u2019occuper de soi.L\u2019agressivité caractéristique de cette attitude se manifeste de plusieurs façons.Les relations entre individus et groupes sociaux se figent dans l\u2019opposition du* maître et de l\u2019esclave, du dominant et du dominé.Comme le regard, la connaissance devient un instrument du pouvoir tyrannique.Le Dieu-Père est imaginé sous la figure infantile du père de la horde primitive, telle qu\u2019elle est présentée par Freud.On refuse le passé, sans së douter que par le passé rejeté se transforme en une série d\u2019attitudes stéréotypées; bien des personnes ne peuvent regarder l\u2019avenir avec une confiance religieuse, parce que des souvenirs chargés émotivement bouchent leur horizon.Toute institution, religieuse ou non, apparaît un obstacle au progrès de l\u2019attitude personnelle et autonome.Au-delà de la critique: une nouvelle enfance L\u2019attitude que nous venons d\u2019évoquer est sans doute une étape souvent nécessaire, grâce à laquelle l\u2019homme brûle ses idoles et découvre sa solitude.Peut-être alors sera-t-il en mesure de méditer sur le sens de sa liberté.Sa décision de prendre sur lui son initiative et ses choix ne part pas de lui-même; elle a elle-même une origine qui ne dépend pas de sa liberté, mais qui se tient au fond de sa liberté.Il lui est radicalement donné d\u2019être libre et de pouvoir entreprendre la tâche de sa libération.Du même coup, l\u2019Autre que j\u2019avais cru éliminer en l\u2019extériorisant et en le projetant loin de moi, voici que je le retrouve au coeur même de mon initiative, comme une nécessité qui me lie.Je suis libre mais, en même temps, \u201con me donne\" d\u2019être libre; si profondément que je veuille me ressaisir, je rencontre cet Autre qui me donne de le pouvoir.Par là même la signification de la recherche d'indépendance est modifiée: elle n\u2019est plus seulement désir de possession, mais aussi d'accueil du don par lequel je ^suis constitué.De nouveau, la situation est renversée:\tl\u2019acceptation de l\u2019Autre tient en échec l'agressivité à son égard et réside peut-être au sein même de cette agressivité.Dans cette attitude plus complexe, l\u2019homme brise le mouvement de la critique destructive, en retrouvant à sa râcine une critique qui restaure la confiance, c\u2019est-à-dire qui consent aux liens dans lesquels l\u2019homme est toujours déjà enfermé.A travers le chemin purificateur de la critique et de la lutte, l\u2019homme peut encore être ouvert à l\u2019interpellation de Dieu.Cette attitude situe la rencontre avec Dieu au coeur même de la liberté, là où l\u2019homme s\u2019intéresse à lui-même comme à un centre riche de possibilités infinies, en deçà de son rapport au monde et de sa dimension historique et pratique.La religion ne vise pas d\u2019abord le développement historique, le progrès et le travail, parce que l\u2019homme n\u2019est pas exclusivement une réalité historique.Quand des apologètes veulent montrer l\u2019efficacité de la religion, ils espèrent ainsi la sauver en cherchant à l\u2019insérer dans des solidarités historiques.Cet accent s\u2019intensifie surtout dans les moments où la religion sent que son langage, étranger à l\u2019homme, n'èst plus enraciné dans une expérience de renouvellement; la même insistance revient lorsque la culture tout entière, devenue pratique, incite par le fait même la religion à justifier son utilité et son efficacité.L\u2019espérance chrétienne se fonde sur la certitude que la liberté infinie libère l'homme de la servitude de l\u2019histoire.C\u2019est ce qui a permis à s.Paul de briser radicalemegt avec la religion pratique du pharisaTsme; il a compris que sa libération lui est venue par un acte de pure bienveillance.Le Christianisme conteste une vision du monde dans laquelle l\u2019homme serait exclusi- vement une réalité historique, fait pour le travail, la lutte et la souffrance; il veut être l'expression de la liberté et de la gratuité.C\u2019est un non-sens de demander à la religion de justifier son existence par.un engagement historique bien délimité; elle a précisément pour rôle premier de manifester que, si l\u2019homme s'engage totalement dans l\u2019histoire, il se perd comme être libre.Elle doit jeter l\u2019ironie sur toutes les réalisations qui se disent x sérieuses, pour dévoiler l\u2019espace de jeu qui les rend possibles et en même temps les condamne.Par sa fonction d\u2019ironie, la religion est une instance critique.En mettant la célébration de la fête au centre de sa vie cultuelle, elle relativise les efforts de l\u2019homme et les subordonne à la joie comme valeur absolue; en prônant la paix, elle démasque la vanité de la violence pour assurer la concorde dans l\u2019univers humain; en révélant le profond mystère d\u2019iniquité qui étend son réseau sur tous les individus et toutes les civilisations, et les unit dans une culpabilité indistincte, elle proclame que la paix et la réconciliation constituent une tâche dont le sens final est eschatologique.Poussée à la limite, l\u2019ironie religieuse arrive au paradoxe, en renversant les valeurs pratiques et historiques et en les remplaçant par des valeurs apparemment fantaisistes: la richesse par la pauvreté, la gloire par l\u2019humiliation, la vie par la mort; mais le paradoxe consiste à inverser le sens de ces valeurs: la pauvreté est la vraie richesse, l\u2019hu-miliation la vraie gloire, la mort la vraie vie.Dans cette ironie apparaissent les images de l\u2019enfant et du jeu, bien distinguées de leur contrepartie infantile, comme dans ce texte de Kierkegaard: \u201cQue c\u2019est étrange! De même que la vie montre une régression quand l\u2019homme retourne à l\u2019enfance, de même aussi le langage offre une récurrence où les choses les plus différentes se rejoignent, semble-t-il, pour signifier une seule et même chose alors pourtant que leur différence est la plus grande.Nul ne diffère plus d\u2019un enfant qu\u2019un homme chargé de jours et redevenu enfant;.et nul ne diffère plus de celui qui désire, aime, convoite et veut tout gagner,.que l\u2019homme qui a renoncé à tout gagner - sans parler de cela que, chose curieuse, il parle de tout gagner; nul ne diffère plus de celui qui convoite de tout gagner que celui qui dit préci-sément.la même chose\u201d.76 RELATIONS .\tJ THÉOMETRIE par René CHAMPAGNE * 1.\tIl est mort: 1.1 II est mort.Lentement.Une question d\u2019âge.Rien ne dure.Tout finit.Ça ne pouvait pas toujours durer.Il fut.Il a fait de grandes choses: cet univers lancé dans l\u2019espace et le temps, le genre humain.Son oeuvre accomplie, il s\u2019est éteint.Il mérite notre gratitude éternelle.1.2.Il est mort: on n'en parle plus.1.2.1.\tSauf les gens d\u2019un certain âge ou payés pour le faire.Cela fait démodé, insolite de mentionner son nom dans les milieux évolués.Autrefois, c\u2019était le contraire.On parlait très souvent de lui.Sans mesure.On peut regretter cette époque.Car il donnait des ailes à la pensée, de la profondeur à l\u2019esprit, des normes pour la morale.Il en faisait vivre plusieurs.1.2.2.\tOn n\u2019en parle plus.C\u2019est de sa faute.Il ne s\u2019affirme pas assez.Il manque d\u2019audace.Il est beaucoup trop discret.On dirait qu\u2019il a peur de s\u2019affirmer, de donner son avis.C\u2019en est choquant! Comment le reconnaître à travers les autres! S\u2019il brisait son silence, sont intolérable silence, son mutisme glacial! S\u2019il éclatait enfin! Jour et nuit, durant des années, nous l\u2019avons cherché.Personne ne l\u2019a jamais cherché autant que nous.Partout nous l\u2019avons cherché.Comme des enragés.Nous l\u2019avons supplié de nous signaler sa présence sans équivoque et * Professeur de philosophie, Université de Sudbury.d\u2019arracher de nos coeurs le moindre doute.Vainement.Une nuit, sur une plage déserte près de l\u2019océan, nous avions allumé des bûchers en triangle.Et nous l\u2019avons attendu.Toute la nuit.Il n\u2019est pas venu.Au lever du soleil, fatigués, déçus, nous sommes allés dormir.C\u2019est de sa faute.S\u2019il voulait seulement assurer du pain à tous les hommes.Un peu de pain chaque jour, assuré.Pour tous.Ce n\u2019est pas grand-chose.Mais s\u2019il le faisait, tous parleraient de lui.C\u2019est une question de pain, de pain assuré pour tous.C\u2019est simple.Qu\u2019il donne du pain et on parlera de lui.1.2.3., On n\u2019en parle plus.Mais ce n\u2019est pas de sa faute.Il y en a plusieurs qui autrefois le fréquentaient et parlaient de lui.Ils le tutoyaient même.Us ont commencé à le lâcher.Un peu par jalousie, un peu par paresse.Plusieurs ont pris panique.Ils se demandaient où il les menait.2.\tIl n\u2019est pas mort: ¦ ?il n\u2019a jamais existé: On commence à s\u2019en apercevoir.Une invention, une grande invention.Il a bien fallu se donner des raisons de vivre.Le coeur de l\u2019homme pauvre, le coeur de l\u2019homme malade.Qn a rarement vu une aussi grande invention.Comme une mer immense dans laquelle le coeur des pauvres humains se laissait couler pour noyer son chagrin.Les sciences, les changements sociaux ont rendu désuète cette invention.Bientôt, elle ne servira presque plus.Si on veut y mettre le prix.3.\tIl est vivant: Il est vivant.Certains l\u2019ont vu, l\u2019ont entrevu.Ils le voient passer.Ils sont sûrs que c\u2019est lui et qu\u2019il est vivant.Ils ont du mal à le décrire.Il vient, passe et s\u2019en va.Comme un vent très doux, disent-ils.Parfois, ils se réunissent pour l\u2019attendre, pour attendre son passage.Des jeunes, des vieux; des hommes, des femmes.Us en pleurent de joie.4.\tIl meurt, il vit: U n\u2019en finit plus de mourir, il n\u2019en finit plus de renaître.De combien de morts, de combien de naissances son histoire est remplie! x II s\u2019enfuit des mains qui voudraient le mesurer.Il n\u2019est pas cette parole, ni cette idée.Nulle image ne peut le décrire.U est sa propre mesure.U passe, mais il n\u2019est point son passage.U est plus que son passage.Il se tait, mais son silence est aussi sa parole.Aux hommes il peut donner le pain, mais il est pluç que donneur de pain.De l\u2019univers l\u2019origine, il est plus que cette origine.Voici que son histoire aujourd\u2019hui recommence, car jamais il ne fut.Voici que recommencent le silence et la parole, car rien n\u2019était lui de ce qui fut dit sur lui.Voici encore la nuit, le jour, une plage déserte, des hommes qui ont faim.Et sur notre terre brûlée des vents qui recommencent, iné-puisés.J MARS 77 LA FIN D\u2019UN MONDE ET LA FOI EN DIEU * \\ ' - \u2022 ' Chaque époque a sa manière de croire en Dieu.Et chaque période de l\u2019histoire chrétienne est confrontée à des questionnements inédits qui l\u2019obligent à re-définir son Dieu et sa foi en Dieu.C\u2019est ainsi que les croyants ont tour à tour rencontré les défis du déisme, du rationalisme, de l\u2019irrationalisme, du marxisme, de l\u2019existentialisme, du scientisme, etc.Tantôt contestée comme hypothèse explicative, tantôt rejetée au nom de l\u2019avènement de l\u2019homme nouveau; l\u2019affirmation de Dieu a modifié ses fôrmulatîons, purifié ses audaces; elle s\u2019est aussi parfois repliée sur elle-même, en condamnant ceux qui la mettaient en procès.Tous ces combats et toutes ces militances semblent s\u2019être récemment amenuisés et estompés.Croyants et incroyants se sont rapprochés, peut-être à cause d\u2019impératifs concrets communément perçus; peut-être surtout à cause de mutations culturelles qui ébranlent les uns et les autrps jusqu\u2019à l\u2019intérieur de leur forteresse respective.Alors qu\u2019on pouvait, naguère encore, discuter du bien-fondé de telle ou de telle clef de voûte du monde et de l\u2019homme, c\u2019est la possibilité même d\u2019une clef de voûte qui semble'maintenant mise en cause.Alors que les uns et les autres s'entendaient pour voir dans l\u2019affirmation de Dieu une affirmation destinée à soutenir l\u2019édifice de l\u2019univers culturel, voici que c\u2019est cet édifice même qui est à se défaire \u2014 bien plus: que les uns et les autres s\u2019emploient à dé-faire.En effet, les récentes sciences de l\u2019homme et les entreprises philosophiques qui ont marqué la formation de la pensée contemporaine (Feuerbach, Marx, Nietzsche, Freud, Wittgenstein, Sartre, etc.) nous ont progressivement montré la voie de la dé-construction des écritures.Nous avons appris à dé-monter les thèses, en percevant qu\u2019elles sont toujours tributaires de cohérences cul- turelles que nous savons de mieux en mieux traquer jusque dans leurs présupposés et leur \u201cpositivité\u201d \u2014 et donc dans leur relativité et leur contingence.Au plan de l\u2019intelligence des discours, le Soupçon s\u2019est installé; le méta-discours, ce discours qui analyse le discours, lui donne même un lieu d\u2019existence et d\u2019exercice.Nous pratiquons avec de plus en plus de succès ce que Foucault a appelé l\u2019\u201carchéolo-gie\u201d du savoir et du discours humains.Une distance critique a pris place dans la psyché collective et lui interdit des naïvetés naguère encore porteuses d\u2019enthousiasme.C\u2019est dans cet univers culturel \u2014 plus menacé par la désillusion ou le cynisme que par le militantisme aveugle \u2014 que les grands problèmes se posent souvent maintenant.Les questions se sont déplacées.L\u2019homme n\u2019est plus ce sujet triomphant qui défie l\u2019objet ou qui se proclame la \u201cmesure de toutes choses\u201d.-L\u2019homme est lui-même devenu un objet dé-montable, partie prenante d\u2019un univers d\u2019écritures dans la création desquelles la nécessité l\u2019encercle de toutes parts.On se demande même si l\u2019\u201cHomme\u201d n'est pas une idée née d\u2019une cohérence culturelle particulière.La question de Dieu semble aujourd'hui liée à ces entreprises de dé-construction.Le Dieu chrétien, dont la présence \u2014 comme clef de voûte \u2014 dans notre discours culturel est un fait incontestable, s\u2019\u201cexplique\u201d-t-il par le dé-montage de ce discours culturel?L\u2019idée de Dieu se ^dé-fait-elle avec la dé-composition de la culture dont elle est1 le fondement dernier?Telle semble être, au plan d\u2019une certaine intelligence actuelle, la question fondamentale concernant l'affirmation chrétienne de Dieu.Plus subtiles que les attaques militantes de l\u2019athéisme des cent dernières années, ces perspectives \u201cfroi- par Pierre Lucier des\u201d) surgissent du sein même de l\u2019intelligence contemporaine.Ce ne sont plus des \u201cthèses\u201d qui s\u2019opposent à des \u201cthèses\u201d; c\u2019est une question qui surgit de la critique \u2014 de l\u2019\u201carchéologie\" \u2014 des thèses elles-mêmes.C\u2019est cet univers de questionnement que je veux déployer brièvement ici.Le Dieu chrétien subsiste-t-il au démontage de la cohérence culturelle dont il surgit?Peut-il exister et se redire dans une culture qui consiste justement à dé-construire les mondes culturels?Comment peut être vécue la foi chrétienne en Dieu dans cet univers qui semble s\u2019édifier autour de la chute même de la culture traditionnelle?Le Dieu des chrétiens est-il voué à la mort \u2014\tune vraie mort culturelle, cette fois \u2014\tou peut-il, à l\u2019intérieur même de la rupture d\u2019un monde, entraîner l\u2019homme vers son.Mystère?Deux approches successives formeront notre développement.D\u2019abord, un exposé de quelques facettes de l\u2019univers culturel évoqué ci-haut.Puis, un essai pour délimiter des avenues possibles de la foi chrétienne en Dieu dans cet univers.Ce sont là des propos qui, on le voit, relèvent tout autant de la réflexion critique que de la recherche spirituelle: la foi et l\u2019intelligence de la foi passent aujourd\u2019hui par ces difficiles sentiers de l\u2019intelligence critique.I- QUELQUES ASPECTS DE L\u2019EXPÉRIENCE ACTUELLE La distanciation' critique et l\u2019aptitude au dé-montage des signes de l\u2019homme et de la culture ont progressivement envahi la conscience actuelle, 78 RELATIONS avons-nous dit.Cela est bien massivement exprimé et mérite une analyse plus circonstanciée.C\u2019est ce qui est proposé ici, autour de quatre pôles majeurs de réflexion.1.L\u2019entreprise de dé-construction \u201cDé-construire\u201d est un néologisme, gauche comme tous les néologismes, qui désigne une activité critique relativement neuve.Il s\u2019agit d\u2019une analyse qui décèle les éléments et leurs rapports, les mécanismes de composition et de structuration, les forces obscures du non-dit; et il s\u2019agit aussi d\u2019une entreprise qui, par le biais de cette analyse, dé-fait l'objet étudié et opère à son égard le trajet inverse de sa construction.Contrairement à la destruction qui, le mot le dit, démolit son objet, le raye de la carte, la dé,-construction est une entreprise minutieuse qui met au jour, en en dé-montant les pièces et les dynamismes de fonctionnement, les rouages internes et secrets de son objet.Dé-construire, c\u2019est faire la lumière sur la nature et le mode de surgissement d\u2019une réalité; non pas pour en contester l\u2019existence, mais pour en \u201cexpliquer\" l\u2019existence.Le monde actuel est un monde qui a ainsi appris à dé-construire les produits de l'activité humaine.Par-delà les apparences si aisément mystificatrices, on s\u2019applique de plus en plus à mettre au jour des mécanismes sous-jacents qui nous en disent plus long sur la teneur d\u2019un geste ou d\u2019un discours que ce geste ou ce discours explicites eux-mêmes.Et cela n\u2019est plus le privilège exclusif des cercles de spécialistes.Les mass-media pratiquent couramment cet exercice: les décisions et les agissements des gouvernements, des entreprises, des groupes et des individus y sont constamment dé-montés; les scandales cachés sont démasqués et mis au grand jour; les paroles sont comparées avec le non-dit des gestes concrets ou des structures qui délimitent effectivement ces gestes concrets.Il ne se passe guère plus de jour où ne soient analysés et dé-construits de multiples signes de l\u2019homme.Derrière les formes les plus obvies du discours, d\u2019autres discours sont détectés en filigrane, plus compromettants que les discours explicites eux-mêmes.Ainsi, de proche en proche, la voie est ouverte à des interrogations fondamentales sur les mécanismes mêmes de la production des gestes et des discours.C\u2019est cela, le règne du Soupçon de la conscience.Et ce qui est nouveau, c\u2019est que ce soupçon n\u2019est plus réservé à des entreprises sectorielles et délimitées comme la psychanalyse freudienne, l\u2019analyse marxiste ou la critique sociale.La conscience collective elle-même est dorénavant le lieu de cet âge nouveau de l\u2019esprit.Dans toutes les couches sociales, les naïvetés sont à se briser, et \u201cles choses qui vont de soi\u201d sont devenues bien rares.L\u2019arrivée massive et multiforme de l\u2019information introduit une radicale relativité dans les diverses créations de nos cultures particulières.Les \u201cmises en perspective\u201d s\u2019y multiplient, comme s\u2019y accroît aussi la dénonciation des multiples \u201ctours\u201d que l'homme se joue à lui-même.L\u2019activité de dé-construction insinue ainsi la question dans tout ce qui, hier encore, faisait partie des évidences premières: en dépit de tous les efforts pour ré-injecter l\u2019enthousiasme, on ne réussit guère à masquer les Watergates et le système qui les fait surgir, à prêcher la guerre juste, à galvaniser les collectivités autour de projets à forte teneur magique (la Baie James, les Jeux Olympiques, l\u2019Année Sainte, etc.).Habitué à déchiffrer le non-dit, l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui ne se laisse plus aisément emballer.Maladie ou vieillissement?Qui saurait le dire?En tout cas, le fait est là et il est souvent vécu comme une épreuve culturelle fondamentale.Epreuve qui n'a d'ailleurs pas que des aspects pénibles.Car, si c\u2019est par le feu que l\u2019or doit passer, c\u2019est par cette brûlure même que l\u2019or est révélé.Ce que nous perdons d'aptitude à l\u2019enthousiasme et à l\u2019émerveillement, peut-être le gagnons-nous en libération.Libération de l\u2019intelligence qui comprend, au-delà des masques et même des mensonges; libération d\u2019une conscience qui, par-delà les .esquives de toutes sortes, redécouvre le poids et la joie de ses responsabilités.L\u2019adhésion confiante aux produits culturels est ainsi passée au creuset du \u201ctroisième oeil\u201d, celui du regard critique.On ne saurait exagérer l\u2019importance de ce trait culturel actuel pour tout ce qui concerne la foi en Dieu et son affirmation.Car, de façon moins sectorielle que ne l\u2019avaient fait Marx et Freud, l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui est amené à déconstruire l\u2019affirmation de Dieu, voire son Dieu même.Il découvre, souvent avec ëffarement, que le contenu de son affirmation croyante est indissolublement lié à sa cohérence culturelle, dont il assure justement tantôt la légitimité, tantôt l\u2019introjection morale, tantôt le fondement de son découpage, tantôt l\u2019\u201capex\u201d de son langage.Tant et si bien que, avec la dé-construction de son univers culturel, le croyant peut parfois I se demander si son-affirmation croyante ne basculera pas avec ce non-dit, lequel a souvent peu ou rien à voir avec la foi en Dieu.2.La rupture et l\u2019invasion de l\u2019autre Un tel dé-montage des produits de l\u2019homme fait apparaître de toutes parts une altérité que ne peut guère soupçonner un monde qui se meut sous le signe du même.Dé-construire, c'est faire apparaître, derrière le spectacle familier du connu, la présence mystérieusement agissante d\u2019un \u201cautre\u201d ignoré, mais souvent plus déterminant que ce qui tombe sous un premier regard; c\u2019est introduire la rupture là où régnait le continuum de l\u2019habituel et du familier; c\u2019est rendre présent un absent que l\u2019enthousiasme pré-critique empêchait de voir.L'expérience culturelle présente est profondément marquée par l\u2019irruption de l\u2019altérité.Altérité des cultures diverses et immédiatement accessibles par le truchement des mass-media et des moyens de transport; altérité des mécanismes qui échappent à l'emprise des sujets et qui semblent pourtant en commander les activités; altérité du passé que la mise en perspective rend de plus en plus étranger et étrange; altérité du prochain qui, par des voies de plus en plus imprévues, semble s\u2019éloigner de ce qui hier encore nous rassemblait autour de quelques accords fondamentaux indiscutés; altérité d\u2019un avenir dont les futurologues eux-mêmes sous-estiment le plus souvent le caractère inédit; altérité qui se glisse de plus en plus dans les itinéraires personnels eux-mêmes et fait que la trajectoire des destinées ressemble de moins en moins à des évolutions rectilignes.Et qui dit altérité, dit aussi rupture.Dé-construire, c\u2019est rompre les ponts accoutumés qui nous lient au monde, c\u2019est lever l'ancre et prendre la mer; c\u2019est se saisir dans sa différence et dans sa distance irréductible par rapport à l\u2019autre; c\u2019est accepter le dépaysement d\u2019une rupture de soi par rapport à soi.En raffinant la conscience des multiples clivages qui marquent la vie des hommes, en brisant l\u2019adhésion spontanée au monde des signes, la culture actuelle introduit la distance là où il y avait proximité, la divergence là où il y avait unanimité, l\u2019écart là où régnait l\u2019identité.Pour des cohérences culturelles habituées au partage et à la transmission MARS 79 du même, et marquées au sceau de l'unanimité,, cela constitue un heurt de première importance.La femme surgit dans un monde masculin, les unions de tout genre ébranlent l\u2019ordre de la famille, les fidélités se disent aussi en ré-orientations radicales, les engagements professionnels se déploient en carrières multiples, les cultures se démultiplient en sous-cultures et sécrètent la contre-culture, les oécunhé-nismes envahissent la quotidienneté et rendent inutiles les oécuménistes, les révolutions contestent les réformes, etc.De tout côté, les ruptures se creusent et, par elles, l\u2019autre se profile.Du coup, des croyants s\u2019inquiètent, qui avaient vu dans leur Dieu le fondement de la stabilité et de l\u2019uniqn, et qui tenaient même de la tradition l\u2019image même de leur Dieu.Car voilà que se lézarde l\u2019édifice dont leur Dieu assurait la consistance et auquel, il faut le dire, il empruntait certain de ses traits: Dieu immuable, toujours identique à lui-même, transcendant victorieusement toutes les péripéties de l\u2019histoire, intimement lié à tout ce qui, dans un monde changeant, représente quelque permanence (naturè humaine, valeurs morales, lois de l\u2019univers, philosophia pe'rennis, etc.).3.La mort du sujet L\u2019enjeu dernier de cette dé-cons-truction et de cette irruption dé- l'altérité, c\u2019est finalement le sujet lui-même.Le démasquage des dires de l'homme et la révélation des forces obscures dont l\u2019homme n\u2019est pas le maître conduisent à s'interroger sur la consistance et sur T\u2019absolue originalité\u201d du sujet humain, voire à en éprouver cruellement la terrible précarité.Derrière la \u201cmort du sujet\u201d dont on a tant parlé ces dernières années, il y a cette expérience, devenue courante, d'être plus ou moins le jouet de j données structurelles qui nous modèlent bien plus que nous ne les modelons.Dès lors, c\u2019est tout le produit humain apparemment le plus original qui se montre ainsi grevé des déterminismes les plus lourds.L\u2019art, l\u2019amour, l\u2019espoir, la foi, la décision, etc.: tout ce qui est associé à l\u2019invention et à la créativité devient maintenant suspect de complicité inconsciente avec cet \u201cautre\u201d qui n\u2019a rien du sujet.La conscience romantique est ainsi assaillie jusque dans ses retranchements les plus intimes.L'entreprise de dé-construction nous entraîne ainsi à découvrir que le sujet est bien souvent l'objet impuissant de forces anonymes.Lt^rs même qu\u2019il semble se livrer à des créations de signes, l\u2019homme serait^il alors __ tout au plus capable d\u2019un \u201cbricolage\u201d restreint, à même des signes et des règles d'emploi qui laissent peu de place à la fantaisie?Le sens - dont l\u2019jn-vention a été traditionnellement revendiquée par les philosophes comme étant l\u2019apanage exclusif de l\u2019homme \u2014 serait-il ainsi assimilable aux structures mêmes qui le véhiculent?Sa \u201ctranscendance\u201d se ramènerait-elle finalement aux lois qui règlent l\u2019emploi valide des signes?Et s\u2019il est vrai que les cohérences culturelles sont comme des organismes structurés qui obéissent à des règles rigides d'équilibre et de fonctionnement s\u2019il est vrai que ces cohérences de signes modèlent l\u2019homme jusque dans son intimité et le \u201cprécèdent\u201d dans tout ce que nous appelons encore des \u201cprojets\u201d, alors il faut bien reconnaître la mort du sujet, du moins de ce sujet triomphant et sûr de lui-même qui avait appris à défier f\u2019univers.Dé-construire les signes de l\u2019homme, c\u2019est ainsi frôler l'abime de là fin de l\u2019homme.Dans des perspectives religieuses et culturelles qui ont magnifié le développement et l\u2019importance de la personnalité et quj ont même établi sur la personnalité leur contestation des systèmes totalisants, l\u2019entrfeprise de dé-construction apparaît comme une menace des plus graves.Le culte de la personne, voire de l\u2019individu, est radicalement miè en échec.Et l\u2019on découvre avec effarement què ce culte du sujet, dans lequel on avait vu un des fruits les plus purs de la liberté, est lui-même produit à même le jeu anonyme des forces d\u2019un système culturel particulier; en dé-monter les mécanismes d\u2019apparition, c\u2019est interdire tout cri de victoire.Ce n\u2019est pas sans raison que l\u2019on frémit encore quand on lit sous la plume de Michel Foucault: \u201cL\u2019homme est une invention dont f\u2019àrchéologie de notre pensée montre aisément la date r.écente.Et peut-être la fin prochaine\u201d (Les mots et les choses, Gallimard, 1966, p.398).4.La résorption de l\u2019histoire Enfin, par-delà le sujet, c\u2019est l\u2019histoire elle-même qui est démystifiée par l\u2019entreprise actuelle de dé-cons-truction.Les gestes glorieux sont remis en cause, les vertus sont examinées sous des angles inédits, les grandes productions culturelles sont mises en lien avec la domination de classes numériquement restreintes; Madeleine de Verchères change de camp, les guerres justes montrent leurs mains ensanglantées, de saints empereurs sont détrônés, etc.Le Soupçon a atteint la grande aventure historique de l\u2019hot^me £t, par là, ébranle la galerie des modèles et des héros et désacralise le legs d\u2019un passé ainsi dé-cons-truit.En- fait, bien plus que la seule démystification des hauts faits ou des valeurs sacro-saintes de la \u201ccivilisation\u201d, c\u2019est l'historicité elle-même qui est mise eq.perspective.L\u2019histoire se ramènerait-elle finalement à un système de règles et d'équilibres qui en délimite les conditions de production?Lors même que nous croyons vivre les aventures les plus révolutionnaires et les plus inédites, serions-nous les acteurs d\u2019un drame qui nous échappe à nous-mêmes et qui a son fondement dans le jeu synchronique de composantes qui se disposent les unes par rapport aux autres, à la façon d\u2019un système intégré?Ne serions-nous pas finalement immergés dans une intemporalité dont l'histoire ne représenterait que des facettes successives, selon les éléments que le jeu systémique aurait à intégrer?Chaque semaine, nous voyons se publier des études qui entreprennent de réévaluer des séquences historiques et d\u2019en montrer les mécanismes secrets.Derrière les discours officiels, et même derrière les évidentes bonnes intentions des acteurs, apparaissent alors des dynamiques obscures qui font des acteurs les éléments inconscients de lois de fonctionnement et d\u2019équilibre.On ne saurait exagérer l\u2019importance pour la psyché collective de telles approches de l\u2019histoire humaine.Dans des cultures comme les nôtres qui ont érigé la tradition en critère de discernement et en fondement de la vérité et de la légitimité, et qui ont puisé dans l\u2019héritage culturel les éléments de leurs cohérences idéologiques, de telles vues \u201cfroides\u201d ont l\u2019effet d'un éclatement des fondements.La référence historique ne fait plus émerger des exemplaires dont il faudrait imiter le courage, l'ingéniosité ou la clairvoyance, mais bien plutôt des partenaires tout aussi impuissants et inconscients, manipulés qu'ils sont, eux aussi, par des règles qu\u2019ils ne commandent pas.A la proclamation des grandes initiatives a succédé l\u2019affleurement d'un implacable jeu d\u2019équations.Tout cela pourra sembler à certains abstrait et sophistiqué.Mais qu\u2019ils 80 RELATIONS consentent à lire les journaux quotidiens, et ils verront que le drame culturel actuel se joue largement à ce niveau de réalité.Ils verront aussi combien sont nombreuses les tentatives pour ré-introduire l\u2019une ou l\u2019autre forme de naïveté et de certitude directe: bien des éthiques hédonistes, des militances socio-politiques, des engouements spirituels plus ou moins ésotériques, des enthousiasmes communautaristes offrent actuellement des moyens d\u2019échapper, ne serait-ce que temporairement, aux tenailles du questionnement que nous venons d'évoquer.Les croyants eux-mêmes, au nom même de leur foi \u2014 dont ils ne voient pas toujours jusqu\u2019à quel point elle a fait corps avec la culture en dé-construction \u2014 , se rebutent devant une telle atteinte à leur vision religieuse et recourent volontiers à la négation ou à la ! sous-évaluation pour conjurer la menace.Pour ma part, je persiste à penser que les chrétiens ont mieux à faire et que leur foi chrétienne est capable d\u2019assumer par le dedans ce défi radical de notre expérience culturelle.Le Christianisme n'a pas à refuser cette expérience pour pouvoir continuer à affirmer le Dieu de Jésus-Christ.Non seulement son affirmation de Dieu est-elle toujours pensable dans un monde en dé-construction, mais encore est-elle susceptible de nourrir la recherche spirituelle la plus authentique et la plus enivrante.Ainsi, dans un paradoxal mouvement de retour, la foi chrétienne peut-elle féconder cela même qui, au regard superficiel, pouvait sembler la détruire ou la refouler dans l\u2019anonymat du système.C\u2019est cette perspective spirituelle de l\u2019affirmation chrétienne de Dieu aujourd\u2019hui qu\u2019il nous reste à évoquer ici.II-L\u2019AFFIRMATION CHRETIENNE DE DIEU La thèse \u2014 et la conviction, faudrait-il ajouter \u2014 qui sous-tend le présent développement pourrait se résumer comme suit: la foi chrétienne contient les ressources nécessaires à une assomption pleine et sans nostalgie de l\u2019expérience culturelle qu\u2019on vient de décrire.Elle entretient même avec cette expérience d\u2019étonnantes parentés structurales, qui placent les chrétiens dans une position privilégiée pour intégrer et mener en profondeur un itinéraire spirituel susceptible de contribuer, de l\u2019intérieur, à la recherche de l\u2019homme aujourd\u2019hui.1.Le grain de blé .Dans son coeur même, la foi chrétienne semble comporter des exigences de dé-construction.La rencontre de Dieu et le don du salut ne s\u2019y réalisent qu\u2019à travers la mort consentie du grain de blé; le Fils meurt pour révéler le Père; le Fils ressuscité doit partir pour envoyer l\u2019Esprit; Jean-Baptiste avait déjà fait place à plus grand que lui.La, foi chrétienne privilégie ainsi un radical effacement, seul capable de permettre l\u2019irruption de Dieu dans l\u2019aventure humaine.Clef du mystère pascal, c'est l'avènement de la vie par le passage désappropriant dans la mort: Pâques est l\u2019au-delà du Vendredi-Saint et Christ ressuscité porte les stigmates glorieux de sa kénose.A sa manière, et bien plus essentiellement que ne le fait une mutation culturelle,' la foi chrétienne dé-construit les productions de l\u2019homme; elle épure, dépouille, invite à la dépossession et à la reddition.Nu devant Dieu, comme au jour de sa naissance, et de sa mort, l\u2019homme est plongé dans l\u2019eau destructrice et regénératrice de la fontaine baptismale; mystère de mort et de vie, d\u2019abandon du vieil homme et d\u2019éclosion de l\u2019homme nouveau, proclame depuis toujours la liturgie du baptême.Le bain de vie est un tombeau, avànt d\u2019être le bassin enjolivé d\u2019une architecture religieuse détachée de son sens.Il a aussi l\u2019âpreté et la violence du désert, ce transit purificateur où Dieu conduit ceux qu\u2019il convie à l\u2019exode.Ce n\u2019est toujours qu\u2019après la brisure du miroir que Dieu se donne à voir dans le face à face de la communion parfaite.Les premières communautés chrétiennes avaient bien perçu le scandale et la folie de la lecture chrétienne du monde.Celle-ci ne vient-elle pas déconstruire et dé-faire les ordres de valeurs et les visions du monde?Ne fait-elle pas affleurer, au coeur de l\u2019aventure humaine, une dramatique de salut dont le coeur de l\u2019homme et la communauté humaine elle-même constituent les arènes et les enjeux?Par rapport aux constructions humaines, les valeurs du Royaume sont essentiellement subversives; elles délogent et exigent une renaissance, et donc une mort.En Christianisme, la vérité n\u2019est ainsi \u201cfaite\u201d, que par la libre acceptation de \u201cperdre sa vie\u201d.Le Dieu que Christ donne est le Dieu des pauvres et des coeurs purs, un Dieu qui ne se livre qu\u2019à l\u2019aveu de nudité et de dépossession.C\u2019est un Dieu qui désin-talle, qui demande de quitter Ur en Chaldée et de vendre ses biens.C\u2019est un Dieu qui brise les idoles, exige qu\u2019on enlève ses sandales et qu\u2019on consente à la purification par les charbons ardents.En fait, l\u2019expérience culturelle actuelle peut être un lieu extraordinairement fécond de cette libération que le Christianisme ne craint pas d\u2019associer à la mort, à une mort qui laisse place au Dieu vivant.Rien de défaitiste ou de morbide là-dedans.Mais bien l\u2019as-somption totale d\u2019une mort qui, de toutes manières, écraserait l\u2019homme.La foi chrétienne en prend seulement radicalement acte et y décèle la voie de la vie, à la suite de la geste mystérieuse de Jésus-Christ.Par là, les chrétiens se découvrent capables de vivre dans la joie le dé-montage que l\u2019accès planétaire à la conscience critique impose aux productions culturelles de l\u2019humanité.Mais il s\u2019agit là d\u2019une joie qui n\u2019a rien du \u201chappy face\"; qui n\u2019a rien non plus du \u201crire jaune\u201d du dépit ou du ressentiment.A 2.Le Diey tout autre A travers la dé-construction inhérente à la foi chrétienne, c\u2019est essentiellement la découverte de l\u2019Autre qui est vécue.En Christianisme, la rencontre de Dieu se déploie sous le signe d\u2019une inéluctable altérité.L\u2019\u201cautre\u201d y est valorisé au point d\u2019être il\u2019Absolu, l\u2019Autre.qui interpelle tout homme, par-delà la distance infinie qui les sépare et consacre irréductiblement la rupture qui les distingue.A cet égard, il est significatif que la foi chrétienne se soit édifiée sur l\u2019amour, cette expérience dans laquelle la communion suppose toujours le consentement à l\u2019altérité et le respect de la rupture.En effet, à moins de se dégrader en absorption, l\u2019amour n\u2019est possible que dans la conscience d\u2019une différence qu\u2019aucune étreinte ne saurait réduire.C\u2019est pour cela que l\u2019amour contient une part essentielle de déchirement et de souffrance: la rencontre n\u2019est possible que par le truchement d\u2019une altérité consentie.D\u2019avoir inextricablement lié les deuk commandements de l\u2019amour \u2014 l\u2019amour de Dieu et du prochain \u2014, d\u2019avoir fait de l\u2019amour de l\u2019homme et de la femme le sacrement de la rencontre de Dieu, constituent pour le Christianisme une valorisation sans précédent de l\u2019altérité et de la différence.Dieu est cet Autre mystérieux dont même un corps-à-corps nocturne ne livre pas le Nom; il est l\u2019Absent qui se révèle dans la présence de cet autre auquel je ne réussis pas à m\u2019identifier et qui me renvoie sans cesse à mon identité et à ma solitude.MARS 81 En fait, toute la foi chrétienne s\u2019est édifiée sur la reconnaissance de l\u2019autre et de la rupture qui la rend possible.Jésus mort et ressuscité, à la fois le même et le complètement transformé, clef de l\u2019ancienne Alliance parce qu\u2019inaugurant la nouvelle, demeure la figure et le lieu par excellence du salut qui passe par la rupture.Et l\u2019espérance chrétienne ne fait que reprendre cette attente audacieuse d\u2019un monde transfiguré et autre.Distendue entre le \u201cdéjà là\u201d et le \u201cpas encore\u201d, la communauté croyante anticipe 'ici et maintenant l\u2019altérité du monde à venir; elle tire même sa signification d\u2019être \u201centre\u201d deux états du Royaume, celui des prémices et celui de l\u2019achèvement.D\u2019ailleurs, dès l\u2019origine, le départ de Jésus - ta rupture opérée par sa disparition \u2014 a laissé place à une pluralité dé témoignages fondateurs.Entre les diverses traditions évangéliques, une fondamentale altérité assure le renvoi, à l\u2019Evé-nement-Jésus, dorénavant présent.par des références autres les unes par rapport aux autres.Ainsi, la spécificité de l\u2019expérience chrétienne tiendra désormais à cette référence à un événement initial à tout jamais absent.La rupture qui sépare les multiples moments présents d\u2019avec l\u2019Evénerrient-Jésus devient la condition même de la présence de cet Evénement.De quelque côté qu'on le considère, le Christianisme semble donc jaillir de la rupturq et consacrer l\u2019altérité.De ce fait, l\u2019actuel éclatement du même devrait trouver les chrétiens particulièrement aptes à l\u2019intelligence et à l\u2019as-somption plénière des mutations culturelles en cours.Pour eux, en effet, le Mystère même de Dieu intègre cons-titutivement l\u2019altérité: le Dieü chrétien est un Dieu trine.Pour eux, Dieu est'\" aussi le tout Autre par excellence, celui que seule la rupture chrétienne permet de rejoindre, celui dont, l\u2019invitation à l\u2019amour conduit sur les apres voies du combat avec l\u2019Autre.3.La décentration du sujet Par rapport à la mort du sujet, dont il a été question dans la première partie, il peut d\u2019abord sembler que le Christianisme constitue une farouche instance de résistance et d\u2019opposition.Le Christianisme ne propose-t-il pas une anthropologie qui reconnaît au sujet une dignité et une originalité sans précédent?Chaque homme n\u2019y est-il pas vu comme un destinataire toujours nouveau de l\u2019interpellation divine, un fils aimé du Père commun, un frère de l\u2019Unique ressuscité?Chaque person- ne n\u2019y est-elle pas expressément voulue par l\u2019amour créateur de Dieu et n\u2019y est-elle pas responsable de sa destinée, sans qu\u2019on puisse lui imputer les fautes de ses pères?De fait, la foi chrétienne reconnaît bien au sujet une inaliénable singularité et ce n\u2019est pas sans raison que l\u2019homme est une idée qui a pris corps et s\u2019est déployée vigoureusement en Occident chrétien.Il y avait dans l\u2019anthropologie chrétienne des insistances qui devaient fort bien s\u2019accommoder de systèmes culturels où la reconnaissance des libertés individuelles et des droits de l\u2019Homme pouvait s\u2019inscrire: il semble même qu\u2019elle ait inspiré de telles reconnaissances.Mais il est aussi vrai que cette consécration du sujet a connu des inflations libérales, bourgeoises ou romantiques qui sont peut-êtrè moins chrétiennes qu\u2019on semble le prôner bien souvent.Inflations d\u2019ailleurs paradoxales, puisqu\u2019elles ont aisément accompagné de brutales répressions des personnes et de leurs droits.Quoi qu\u2019il en soit, il faudra bien qu\u2019on apprenne à distinguer ce qui appartient à l\u2019inspiration chrétienne- et ce qui relève de ces proliférations parasitaires.1\t, Le sujet que promeut la foi chrétienne n\u2019est pas ce moi triomphant ou narcissique auquel on a été tenté de le ramener, ni ce moi \u201cchouchouté\u201d et jaloux de ses prérogatives individuelles.En Christianisme, le sujet est un sujet décentré de lui-même, dépouillé de ses suffisances et de ses repliements.C\u2019est un sujet dont la liberté n\u2019a rien qui défie l\u2019univers, mais revêt plutôt toute la coloration dramatique et besogneuse d\u2019une longue conquête.C\u2019est un sujet purifié et arraché à une subjectivité trop étroite.En conviant à la communauté de salut, la foi chrétienne ouvre le sujet aux attentes d\u2019autrui et à un partage qui déloge.On est loin de l\u2019exaltation égoïste du moi et de la consécration de l\u2019individualisme.Le Dieu des chrétiens est un Dieu qui, tout en respectant l\u2019altérité de ses partenaires, invite ceux-ci à sortir d'eux-mêmes et à trouver leur fondement ailleurs, c\u2019est-à-dire en Lui.Les mystiques l\u2019avaient - bien vu, qui ne craignent pas de parler,de l\u2019Océan divin, de l\u2019Abîme insondable, du Dieu englobant.Sans rallier l\u2019une ou l\u2019autre forme de monisme, on peut dire que la foi chrétienne propose au sujet de se \"perdre\u201d et d\u2019accepter la dé-construction, à la suite de l'anéantissement volontaire du Fils.C'est pour cela que le spectre de la mort du sujet n'a pas de quoi ébranler autre chose que les excroissances ou- trancièrement personnalistes de l\u2019anthropologie chrétienne.Se découvrir essentiellement réglé par une structure cosmique qu\u2019il ne commande pas, prendre conscience d'être un grain de sable perdu dans l\u2019Univers, devraient être des expériences familières pour le chrétien.Loin de saper les bases de la foi chrétienne, l\u2019affaissement actuel du sujet nous ramène plutôt à une pauvreté et à une humilité essentielles.Là-dessus, les chrétiens ont même un éclairage spécial à offrir sur la situation de l'homme et, par là, sur leur rencontre de Dieu.v 4.Le silence de la praxis historique C\u2019est de plein'fouet que l'actuelle mise en question de l\u2019histoire atteint l\u2019affirmation chrétienne de Dieu.En effet, le Christianisme a radicalement sanctifié l\u2019histoire, puisque son Dieu est un Dieu vivant et agissant qui intervient dans l\u2019histôire humaine.Le Dieu chrétien est un Dieu dont les gestes de salut sont l\u2019objet même de l\u2019appel à la foi et le point de référence de la conversion: le kérygme apostolique ne proclame rien d\u2019autre que le point tournant de cette intervention de salut, l\u2019Evénement-Jésus.En décelant ainsi la suite dynamique des gestes de salut, faits toujours inédits et non-répétables, le Christianisme redonne à l'agir historique toute sa densité et, pour ainsi dire, toute sa transcendance par rapport aux lois systémiques du développement historique.£n lisant l'histoire comme le lieu où les libertés \u2014 et, au premier chef, celle de Dieu \u2014\tconstituent l\u2019origine déterminante de l\u2019infléchissement des événements, la foi chrétienne se refuse à l'analyse froide et dé-dramatisée des seules lois qui régissent les états successifs de la conjoncture culturelle.Le silence de l'analyse synchronique semble bien incompatible avec l\u2019entrecroisement dramatique des appels et des réponses, des interventions \u2014 toujours créatrices \u2014 et des répliques.L\u2019expérience actuelle de la dé-construction conduit ici à une mise en cause dont la conscience collective elle-même a déjà pressenti les enjeux.Les chrétiens n\u2019y échappent pas, qui voient ainsi leur vision de l\u2019histoire \u2014\tet donc de Dieu - contestée par le décryptage des règles synchroniques des situations historiques.Il n'est pas jusqu\u2019à la nouveauté elle-même qui ne soit intégrée dans la cohérence réglée des situations historiques et parfois même suscitée par cette cohérence \\ 82 RELATIONS même.Serait-ce donc que l\u2019agir chrétien n'est qu'une des possibilités concrètes des lois des situations historiques?Et que la vision chrétienne de l\u2019inédit historique n\u2019est qu\u2019une justification possible correspondant à un certain état de la conjoncture historique?Ici encore, il y a une revendication de l\u2019inédit et de la liberté qui est peut-être à nuancer.Bien sûr, le Christianisme s\u2019oppose fondamentalement à la résorption de l\u2019aventure historique dans le déterminisme des lois synchroniques ou diachroniques.Pour lui, le moindre acte véritable \u2014 de la décision de foi au verre d'eau gratuitement^ donné \u2014 sera toujours absolument supérieur .à toute équation explicative; le moindre cri d\u2019amour ou de souffrance sera toujours irréductiblement \"existant\u201d.Mais cette affirmation n\u2019a rien de fanfaron.L\u2019option chrétienne pour la liberté ét pour l'inédit historique n\u2019a jamais prétendu nier les forces inconnues à travers lesquelles se vivent la rencontre de Dieu et l\u2019histoire du salut.Son option pour l'histoire est bien plutôt une humble revendication, dont la portée est davantage de \u201créaliser\u201d une conversion et un salut effectifs que d\u2019assumer une absolue indépendance par rapport à un système de forces, d\u2019ailleurs créé par le même Dieu.En affirmant ainsi le primat de la \u201créalité\u201d historique sur les conditions de cette réalité, le Christianisme ne prétend pas naïvement s\u2019affranchir de la dure nécessité de certaines lois anonymes de l\u2019histoire.Fidèle à la logique même de la Révélation et de l\u2019Incarnation, la foi chrétienne accepte plutôt lucidement la dureté de ce logos et entreprend d\u2019y créer un espace de liberté et de salut.Et elle le fait en tablant sur la consistance d\u2019une Promesse.Ainsi, dans une affirmâtion qui relève d\u2019une \u201cseconde naïveté\u201d, le Christianisme refuse de s\u2019enfermer dans un silence qui serait une reddition ou une lâcheté en face du déterminisme.Seulement, sa parole confiante \u2014 et lucide \u2014 a quelque chose dü silence: elle en a le respect et le dépouillement.Mais il ne s\u2019agit plus du silence commandé par la découverte d\u2019un logos froid et anonyme; il s\u2019agit plutôt du silence qui accompagne la praxis de l'espérance et de la confiance.Créer un espace d\u2019accueil à Dieu, faire exister un sens à travers d\u2019humbles pratiques historiques, c\u2019est la manière proprement chrétienne de prendre acte d\u2019une certaine disqualification de l\u2019action naïve ou du discours ampoulé.Car l\u2019agir constitue une sorte de non-dit qui, faisant corps avec les structures déterminantes de l\u2019histoire, pro- clame, à sa manière, l'irréductibilité de la praxis de salut.La dé-construction de l\u2019histoire trouve ainsi chez les chrétiens un écho qui les renvoie à leur rencontre de Dieu, ce Dieu qui rejoint l\u2019homme à même la logique de l\u2019histoire et qui l\u2019invite à s\u2019y insérer par le non-dit de l'agir effectif, par-delà le \u201cSeigneur! Seigneur!\u201d.Mais enfin,, dira-t-on peut-être, ne sommes-nous pas en train de \u201creconstruire\u201d un discours sur Dieu et de refaire une autre clef de voûte \u2014 un Dieu \u201cdé-structurant\u201d, cette fois! \u2014, alors même que nous avons proclamé, dans la première partie,, une dé-cons-truction culturelle universelle?Serions-nous donc engagés dans une entreprise contradictoire et même impossible?Ce n'est pas le lieu ici d\u2019aller au bout de cette interrogation.Pour le moment, je me contenterai de conclure par deux remarques.D\u2019abord, il est vrai que cette deuxième partie repose elle-même sur la positivité d\u2019une foi, la foi chrétienne: un croyant essaie de comprendre la dynamique de sa foi et, par elle, de comprendre son univers.En ce serià, c\u2019est une entreprise qui pourrait, elle aussi, être traquée jusque dans ses derniers retranchements.Mais \u2014 et c\u2019est ma deuxième remarque \u2014\tcet effort de compréhension ne vise pas la production d'une nouvelle synthèse explicative.Elle veut seulement délimiter une voie d\u2019expérience praticable.En dépit de son explicitation verbale, elle n\u2019est pas d'abord de l'ordre du discours.Elle est bien plutôt une voie silencieuse offerte à un itinéraire vécu.Car, même dans un univers déconstruit, on ne vit pas sans un OUI à l\u2019existence.J\u2019ai seulement voulu montrer que le Christianisme offre unê possibilité existentiellement féconde de dire ce OUI, dans un univers culturel dé-construit.Entre le retour \u2014\tde toute manière, impossible \u2014 à une naïveté pré-critique et le silence de la mort, il y a place pour une \u201cnaïveté seconde \", pour un silence \u201cqui fait des choses\u201d, pour une certaine manière d\u2019être-au-monde \u2014 de se tenir de-\" bout, même sur les ruines.Le Christianisme indique une telle voie.Ces perspectives sembleront peut-être encore mal assurées.J\u2019espère seulement qu\u2019elles rejoindront l\u2019itinéraire de ceux qui, tout en vivant par le dedans l\u2019actuelle dé-construction de la culture, continuent de trouver dans la foi chrétienne en Dieu la source de leur propre praxis d\u2019espérance.Ce n\u2019aura été que l'amorce d\u2019un partage et d\u2019une recherche.\\ faculté de théologie université de montréal 1975-1976 SCIENCES DE LA RELIGION programmes de premier cycle refondus, un ou deux ans | ÉTUDES BIBLIQUES Programmes de premier cycle choix de cours, un ou deux ans programmes des cycles supérieurs \u2022\tstudio de recherche et séminaires d\u2019appoint la liberté chrétienne \u2022\tséminaire d'herméneutique \u2022\tstage en Israël ÉTUDES THÉOLOGIQUES programmes de premier cycle large choix, un deux ou trois ans programmes des cycles supérieurs \u2022\tséminaires Foi: opium ou ferment?anthropologie chrétienne le conflit des ecclésiologies formation de la conscience: la responsabilité foi chrétienne et enjeux politiques au Québec morale, foi et loi ÉTUDES PASTORALES année de réflexion en études pastorales (AREP) \u2022\tconnaissance de l\u2019homme refigieux et approfondissement du projet évangélique \u2022\tobservation et interprétation du champ pastoral \u2022\tprospective d\u2019intervention pastorale \u2022\tateliers d'intégration et supervision individuelle programmes des cycles supérieurs \u2022\tobservation de l\u2019action chrétienne et ecclésiale \u2022\tinterprétation critique du champ pastoral \u2022\télaboration de la pratique pastorale \u2022\tstage de formation appliquée \u2022\tdossier \u201crecherche-action\u201d \u2022\tnouvelle concentration en pastorale scolaire C.P.6128 Montréal tél.: (514) 343-7080 83 / i______________________________ï MARS L\u2019EVEIL DE LA FOI CHEZ L'ENFANT Dès que l\u2019homrhe existe il est en présence de Dieu; on ne peut jamais parler de Dieu comme d\u2019un absent.En un sens, on ne va pas vers Dieu, on découvre un jour qu'il était là dès le commencement.Alors, le temps, cette étoffe de notre vie, s\u2019ouvre en quelque sorte, il devient chemin, histoire.Le passé devient Origine, l\u2019avenir devient Promesse, l\u2019aujourd\u2019hui devient Appel.Alors la liberté devient, plus encore, responsabilité.Alors commence la quête de Dieu: \u201cJe cherche ton Visage.\u201d Parce qu'on l\u2019a pressenti, ervtre-vu, parce qu\u2019il s\u2019est révélé, on le cherche.Est-il possible de découvrir le Visage de Dieu dès les chemins de l\u2019enfance?D\u2019aucuns disent que non.Ils pensent que le dieu de l\u2019enfance n\u2019est qu\u2019une idole, projection fantastique d\u2019une image de rêve, née d\u2019un monde ma-gico-sacré où s\u2019agitent les peurs et les désirs infantiles.Mais la recherche de Dieu n\u2019est-elle pas, tout au long de notre vie, délivrance de nos idoles et purification de notre foi?Si l\u2019émergence du mouvement religieux, comme du mouvement vers les autres, est liée aux besoins affectifs de la petite enfance, c\u2019est au coeur de cette ambiguïté de notre condition humaine que la Parole de Dieu nous rejoint et nous invite à nous mettre en route.Comment cette Parole de Dieu peut-elle rejoindre le jeune enfant?Quels \u2018Professeur à la Faculté de Théologie de l\u2019Université de Montréal; auteur, avec sop mari, du récent ouvrage intitulé Le sacrement de la Paix (Montréal, Ed.de l\u2019ABC, 1974), que RELATIONS a présenté à ses lecteurs le mois dernier (n.de février 1975, p.55).Elle a travaillé à la rédaction et à la révision des manuels de catéchèse (de l\u2019Office de Catédhèse du Québec) pour les trois premières années de l\u2019élémentaire; elle fait beaucoup de conférences aux Etats-Unis et au Canada, particulièrement auprès de groupes de parents.sont les pièges sur la route?Quelles sont les attitudes éducatives qui peuvent favoriser1 chez lui l\u2019éclosion de la foi, de la relation à Dieu?Questions immenses et infiniment complexes, encore très peu étudiées de façon systématique.Dans le cadre de ce bref article nous pourrons à peine les effleurer, espérant cependant y projeter quelque lumière pour encourager les parents qui, avec leurs enfants, ont Conscience d\u2019être toujours à la découverte de Dieu.L\u2019expérience de l\u2019existence comme lieu d\u2019éveil de la foi L\u2019expérience humaine fondamentale est l\u2019expérience .d\u2019exister.Pourtant c\u2019est peut-être celle à laquelle nous sommes le plus inattentifs dans sa pureté, dans son intensité, dans son étrangeté.On le comprend, c\u2019est une expérience vertigineuse qui nous fait toucher le néant et la mort comme alternatives possibles, au coeur même de la vie.Cette expérience ouvre en nous un \u201cespace d\u2019interrogation\u201d comme disait un jour Ricoeur, à l\u2019intérieur duquel peuvent alors naître la foi ou l\u2019athéisme.En deçà de ce seuil d\u2019attention à l\u2019être, il peut y avoir endoctrinement, idéologie; il ne nous semble pas qu\u2019il puisse y avoir de foi.(1 ) Cependant ce genre de contact à mains nues avec l\u2019être est très ambigu et il éveille en l\u2019homme une ambivalence foncière.Il peut conduire à \u201cl\u2019extase\u201d négative de la \u201cnausée\u201d et de l\u2019absurdité, il peut inviter à se noyer dans l\u2019expérience \u201cocéanique\" de fusion avec l\u2019univers où l'on se protège 1.Bien entendu il y a une infinité de façons de vivre cette expérience, et on le fait avec un degré de conscience réflexive extrêmement varié, selon l\u2019âge, le tempérament, la culture etc.Mais nous pensons que pour qu\u2019il y ait réellement éveil de la foi il faut qu\u2019il y ait eu au moins une fois l\u2019expérience de cet \u201cétonnement\u201d d\u2019exister.C\u2019est, au niveau de l\u2019expérience courante, le \u201csaisissement\u201d dont Platon fait le point de départ de la démarche philosophique.par Françoise Darcy-Bérubé* contre toute révélation ultérieure de l'Absolu, ou bien if peut amener à accepter le risque de s\u2019ouvrir à cette révélation.Risque?Oui, car le sacré est à la fois terrifiant et fascinant.C\u2019est dans l\u2019espace intérieur créé par cette expérience ouverte du Sacré que pourra retentir la Parole.La foi chrétienne, en effet, ne peut naître dans un coeur d\u2019homme qu'au point de rencontre de deux paroles: la Parole intérieure ou témoignage de l\u2019Esprit et la parole objective, interprétante de la Tradition chrétienne portant jusqu\u2019à nous le témoignage historique de ceux qui ont \u201cvu et touché le Verbe de vie\u201d (1Jn 1,1).Car Dieu seul peut se rendre témoignage à lui-même.Lui seul peut éveiller au coeur de l\u2019homme qui s'y ouvre librement la certitude intérieure de la foi qui est re-connaissânce de notre origine: \u201cL\u2019Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes fils de Dieu\u201d (Rm 8,16).Oui, accueillir Dieu c\u2019est re-connaî-tre notre Origine, notre source dans un amour qui nous précède.Mais pour que cette source soit reconnue, pour qu\u2019elle soit autre chose qu\u2019une Energie cosmique impersonnelle, pour qu\u2019elle prenne un nom et un visage, le témoignage intérieur de l\u2019Esprit doit être explicité, interprété par la Parole de foi de l\u2019Eglise.Si l\u2019homme répond à cette révélation qui est aussi interpellation, il prononce alors la parole de foi qui est consentement à une relation.L\u2019assentiment donné à la Parole, à la personne de Dieu est proprement la foi dans laquelle l\u2019expérience du sacré est transcendée, délivrée de son ambiguïté foncière et peu à peu purifiée.Mais pou/quoi tous ces détours, dira-t-on, pour parler de l\u2019éveil de la foi chez l\u2019enfant?Simplement parce qu'il n\u2019y a pas deux sortes de foi.Pour l\u2019enfant aussi la rencontre de Dieu ne peut s\u2019accomplir qu\u2019au coeur de l\u2019expérience de 1\u2019existence.La question qui se pose alors à nous est la suivante: 84 RELATIONS comment favoriser chez l\u2019enfant la rencontre avec Dieu au cour de son expérience de l\u2019existence?De l\u2019expérience du sacré à l\u2019éveil de la foi: le rôle des parents Nous ne pouvons ici que présenter quelques suggestions sans avoir le temps de les justifier ni de les expliciter pleinement.L\u2019enfant comme le primitif semble avoir une prédisposition naturelle à percevoir le Sacré.Cette perception est probablement enracinée dans quelques expériences fondamentales qui structurent en profondeur la vie psychique.Notons-en quelques-unes: celle de la vie foetale comme fusion totale, repos absolu, nirvana, apparaissant comme paradis perdu après le traumatisme de la naissance; celle d\u2019une providence visible, présence protectrice, source de tout bien, de toute sécurité: les parents; celle d\u2019un univers étonnant plein de présences mystérieuses, terrifiantes et fascinantes à la fois; celle d\u2019un dynamisme vital jaillissant qui le remplit d'ivresse et de rêve.! Mais comment la foi chrétienne pourra-t-elle émerger de cette expérience diffuse et narcissique du Sacré, de cette religiosité archaïque?Elle le pourra grâce à la parole révélante et structurante des parents faisant écho au témoignage intérieur de l\u2019Esprit.Pour être efficace et significative, la parole de foi des parents devra éveiller et non endoctriner.Elle devra se poser, tel un rais de lumière, sur une expérience réelle dont elle révélera la dia-phanie.Cette parole, en un sens, n\u2019ajoute rien d'étranger à l\u2019expérience; elle en révèle une dimension cachée, une profondeur inconnue.Elle fait percevoir, au coeur de l\u2019expérience, et peu à peu plus fondamentalement, au coeur de l\u2019existence, une Présence qui en est la Source: Qieu.Autrement dit, pour favoriser l\u2019éveil de la foi chez l\u2019enfant, deux choses sont nécessaires.La première c\u2019est d\u2019être proche de lui, c\u2019est-à-dire capable de vibrer avec lui, de redécouvrir le monde avec lui, de vivre avec lui de ces moments où l\u2019on touche, où l\u2019on goûte, au sens fort, la vie dans son jaillissement:\tmoments d\u2019émerveille- ment, de tendresse, de création, d\u2019harmonie de l\u2019esprit et du corps.Ce sont de tels moments qui sont susceptibles de devenir des moments d\u2019expérience ouverte du Sacré, des moments dans lesquels s\u2019ouvre cet \"espace d'interrogation\u201d, ce seuil de silence intérieur où pourra retentir la Parole (2).Mo- ments fugitifs, mais infiniment précieux, que souvent nous ne remarquons même pas et qu\u2019il faudrait pourtant saisir.La deuxième condition nécessaire pour favoriser l'éveil de la foi/chez l\u2019enfant, c\u2019est que nous soyons capables de partager avec lui, au cours de l\u2019un de ces moments, de temps à autre, notre conscience de la présence de Dieu.Cela doit être fait en mots très simples, qui ne sortent pas l\u2019enfant de son expérience, mais lui en font pressentir une autre dimension.Ce nom de Dieu prononcé devant lui (rarement) avec respect, avec amour, avec joie, ce nom deviendra peu à peu pour lui une présence mystérieuse.Celle-ci se dégagera progressivement du monde féé-rique, à cause de la qualité particulière de l\u2019attitude parentale vis à vis d\u2019elle.L\u2019enfant cherchera alors à donner un visage à cette présence et ce visage sera d\u2019abord celui de ses parents.Il est en effet une expérience fondamentale pour la formation de la première image de Dieu: c'est celle dp l\u2019amour des parents.L\u2019amour qu\u2019ils ont l\u2019un pour l\u2019autre et pour l\u2019enfant est, pour celui-ci, le premier sacrement; c\u2019est le signe dans lequel devra s'incarner le mot Dieu pour qu\u2019il prenne un sens vraiment chrétien, pour que l\u2019image de Dieu se dégage peu à peu de l\u2019expérience archaïque du sacré, du fond de religiosité spontanée.Certes, la foi de l\u2019enfant est une foi participée au sens fort; il entre dans le monde de l\u2019expérience religieuse par identification avec ses parents, par une communion affective avec leur foi et c\u2019est peu à peu, très lentement, que va s\u2019éveiller en lui une relation personnelle avec Dieu, sous l\u2019influence convergente de l\u2019Esprit Saint, de la croissance psychologique et de l\u2019action éducative.0 Éveil de la foi et mystère trinitaire Nous voudrions conclure ces quelques réflexions par une remarque importante.Il nous paraît essentiel de présenter d'abord au jeune enfant Dieu, notre Père, et non Jésus.La raison en est simple; c\u2019est parce que la foi chrétienne, enracinée dans l\u2019expérience de l\u2019existence, est radicalement et 2.La capacité spirituelle des jeunes enfants de vivre de tels moments a été mise en évidence par plusieurs grandes éducatrices.Citons seulement les plus connues: Maria Montessori, Hélène Lubienska de Lenval et Marie Fargues.Mais bien entendu, cette capacité, comme toutes les autres, peut être encouragée à se développer ou au contraire étouffée.structurellement acceptation d\u2019une filiation, accueil d\u2019une paternité.Et c\u2019est dans cet accueil que s\u2019ouvre pour l\u2019enfant une première interprétation de son existence comme don.C\u2019est aussi dans cet accueil que s\u2019accomplit une première structuration de son univers intérieur dans une attitude fondamentale de confiance religieuse.Nous soupçonnons que cette attitude, pour s\u2019éveiller dans les meilleures conditions, devrait pouvoir se fonder sur celle qui est décrite par Erickson comme le fruit des toutes premières expériences affectives de l\u2019enfant dans sa relation avec la mère et il serait fort intéressant d\u2019étudier ce problème de plus près.Dieu le Père ayant été découvert comme Source aimante de notre vie, un jour Jésus pourra être introduit comme celui en qui Dieu veut se faire connaître \"de plus près\u201d, si l\u2019on peut dire.Cette \"révélation\u201d semble souvent répondre en quelque sorte à une attente implicite chez l\u2019enfant en qui s\u2019est éveillé un sens de Dieu: \u201cDieu doit être si merveilleux.est-ce qu\u2019il ne pourrait pas venir sur la terre pour qu\u2019on le voie.?\u201d, demandait à sa mère un petit garçon.Au cours de sa petite enfance, le plus souvent entre 4 et 6 ans, l\u2019énfant se heurte un jour1 ou l\u2019autre au fait de la mort, problème troublant, qui se répercute profondément en lui et apparaît dans ses jeux, ses rêves et ses questions.C\u2019est alors le temps de l\u2019aider délicatement à faire face à cette réalité, à surmonter sa tentation de la nier, et aussi de l\u2019inviter à entrer dans l\u2019espérance chrétienne.Là encore, la parole de foi des parents devra se poser sur cette expérience pour l\u2019éclairer de l\u2019intérieur, pour aider l\u2019enfant à lui donner un sens.Jésus deviendra alors celui en qui nous découvrons que l\u2019amour du Père est plus fort que la mort.La Parole de Dieu ouvrira l\u2019Avenir pour l\u2019enfant: de menace il deviendra Promesse.Mais non pas promesse d\u2019une récompense, car la Promesse n\u2019est pas autre chose que la relation d\u2019amour elle-même en tant qu\u2019elle est plus forte que le mal, plus forte que la mort.Comme le disait une petite fille de six ans: \u201cL\u2019amour du Père c\u2019est pour toujours.\u201d Pour compléter ce dessin à peine esquissé de l\u2019éveil de la foi de l\u2019enfant, il faudrait encore parler de la révélation de l\u2019Esprit, de la découverte de l\u2019Appel de Dieu dans l'Aujourd\u2019hui, de l\u2019apprentissage de la liberté, de l\u2019évolution de l\u2019expérience de culpabilité et de bien d'autres choses encore.La place nous manque évidemment, mais qu\u2019il nous MARS 85 PAR-DELA le Besoin et le Savoir ; / , \u2022 .\u2022 par Michel Dussault \u201cS\u2019il est vrai, comme il l\u2019est en réalité, que l\u2019âme doit arriver peu à peu à connaître Dieu plutôt par ce qu\u2019il n\u2019est pas que par ce qu\u2019il est, il s\u2019ensuit nécessairement que, pour aller à lui, elle doit procéder par le renoncement, le détachement complet ét absolu de toutes ses connaissances naturelles et surnaturelles.\u201d Jean de la Croix, La Montée du Carmel, Livre III, chap.1 soit permis de conclure avec deux remarques.Il ne faut pas s\u2019y tromper: l\u2019éveil religieux n\u2019est pas un développement linéaire et simple, qui va de soi; c\u2019est une aventure semée d\u2019embûches.En effet, comme nous l\u2019avons dit, l\u2019émergence du mouvement religieux est liée aux besoins affectifs de la petite enfance et bien des \u201cfaux-dieux\u201d risquent de séduire l\u2019enfant.Par exemple, le dieu-magicien qui convient parfaitement à son besoin de protection et à son désir de puissance, le dieu du surmoi qui s\u2019ajuste exactement à sa culpabilité oedipienne.Alors, pour peu que l\u2019image divine que nous présentons à l\u2019enfant soit encore un peu tributaire dé ces \u201cfaux-dieux\u201d, nous maintenons celui-ci dans une attitude religieuse infantile et régressive au lieu d\u2019encourager sa maturation.Loin d\u2019être la projection des désirs infantiles de l\u2019homme, la foi chrétienne est accueil du Projet de Dieu qui est antérieur et.au-delà du désir de l'homme.Elle commence avec la Parole de Dieu qui déclare son amour à.l\u2019homme et accomplit ce qu\u2019elle dit: \u201cTu es mon fils, moi, aujourd\u2019hui, je t\u2019ai engendré!\u201d (Luc 3, 22; N.T., trad.T.O.B.) Elle s'accomplit dans la parole de foi de l'homme qui, sous l\u2019action de l\u2019Esprit, accueille cette filiation et exprime à (Dieu sa foi en lui disant: \u201cAbba, Père!\u201d (Rom 8, 15.) Quel privilège pour des parents chrétiens d\u2019être ceux en qui doit prendre chair cette Parole d'amour de Dieu, pour se révéler à l\u2019enfant! LE SOUPÇON Le soupçon des sciences humaines atteint le chrétien plus que d\u2019autres, mais ne le trouve pas désarmé.chaque discipline scientifique ne pourra saisir, dans sa particularité, qu\u2019un aspect partiel mais vrai de l\u2019homme; la totalité et le sens lui échappent.ces sciences sont un langage de plus en plus complexe, mais qui élargit, plus qu\u2019il ne comble, le mystère du coeur de l\u2019homme et n\u2019apporte pas la réponse complète et définitive au désir qui monte du plus profond de son être.PAUL VI, Lettre au cardinal Maurice Roy, 1971,m.40.Un discours sur Dieu peut-il être aujourd\u2019hui autre chose qu'un discours é-claté, qu\u2019une parole de pauvre et d\u2019errant?Le terrain sur lequel se sont édifiés nos plus chères certitudes et nos plus majestueux édifices de \u201ccivilisation\u201d ne cesse de trembler et de se fracturer: des continents entiers de pensée qu\u2019on croyait éternellement stables se sont mis à dériver.Des évidences considérées comme premières et universelles se sont effondrées et sur leurs ruines s'est levé le soleil blafard du soupçon généralisé.Cassure et errance: telle est la condition de l\u2019intelligence d'aujourd\u2019hui.Comment tous nos discours n\u2019en porteraient-ils pas la marque?Devant cette* situation, on peut regretter le \u201cbon vieux temps\u201d des principes indiscutables et des évidences communes.On peut même professer que la cause de cette situation d\u2019éclatement et d\u2019errance est précisément la mort de Dieu, du Dieu de la \u201cmétaphysique\u201d et de la morale, en particulier.Nietzsche, avec une toute autre humeur, certes, que nos prédicateurs nostalgiques, n\u2019avait-il pas lui-même annoncé, au siècle dernier, les conséquences vertigineuses de cette mort?\u201cNous devons désormais nous attendre, écrivait-il dans Le Gai Savoir, à une longue suite, à une longue abondance de démolitions, de destructions, de ruines et de bouleversements: qui pourrait en deviner assez dès aujourd\u2019hui pour enseigner cette énorme logique, devenir le prophète de ces immenses terreurs, de ces ténèbres, de cette éclipse de soleil que la terre n\u2019a sans doute encore -jamais connues?.\u201d (Aphorisme 343) Face à cette condition \u201ctragique\u201d de l\u2019homme contemporain, on peut souhaiter un retour en arrière, une \u201crestauration\u201d comme solution aux maux de notre temps.Mais ce retour est impossible: entre le passé de notre conscience et nous existe un infranchissable qu'aucune naïveté ne saurait surmonter: le Dieu \u201cretrouvé\u201d ne serait que l'ombre du Dieu passé.Mais serait-il possible, ce retour ne serait pas souhaitable car il faut que meurent les idoles pour qu\u2019advienne l\u2019Autre.Tel est l\u2019objet de la réflexion que le présent texte voudrait quelque peu élaborer.I.Le Même et le Nécessaire Notre culture religieuse nous a appris à voir Dieu comme le correspondant nécessaire d'un triple besoin de l'homme: besoin de comprendre, d\u2019aimer (et d\u2019être aimé) et d\u2019agir.Dieu est l\u2019ultime explication, la suprême consolation et la norme praxéologique absolue.Or, je voudrais essayer d\u2019indiquer brièvement ce qu'il peut y avoir d\u2019inacceptable - et, en langage religieux, d\u2019idolâtre - pour l\u2019intelligence contemporaine dans ce Dieu du besoin que j\u2019appellerai le Dieu nécessaire.86\tRELATIONS '\tu '\t.( < \u2019 Le Dieu de la Raison On a voulu nous présenter Dieu comme une exigence impérieuse de la raison, exigence telle que celui qui n'admet pas Dieu ne peut être qu\u2019un insensé, un esprit sans maturité ou encore un individu dont les moeurs douteuses obscurcissent l'esprit.Je n'insisterai pas sur le caractère de ces allégations, me contentant de remarquer qu elles ont de quoi éveiller notre soupçon: que vaut T'argument rationnel\" pour devoir être sauvé au prix de telles insinuations?Pour faire' bref, je le résume ainsi: Dieu est nécessaire à l\u2019exigence d\u2019intelligibilité de l\u2019homme.On dira par exemple que Dieu est nécessaire à l\u2019explication de la réalité.Mais cela est-il vrai?Peut-on me dire clairement en quoi le recours à un Dieu qu'on n'explique pas est-il plus éclairant -sur le strict plan de l'explication - que son non-recours?Ne fait-on pas simplement que déplacer les frontières du \u201cmystère\u201d de l\u2019existence?Ne cherche-t-on pas illusoirement à transgresser les frontières de toute explication (1)?Et puis, ce Dieu pris au piège de la raison nécessaire, cette Pièce indispensable dans notre système d\u2019intelligibilité, peut-on encore le nommer Dieu?Ce Dieu \u201cdémontré\u201d n\u2019atteste-t-il pas beaucoup plus le pouvoir de notre raison (ou de notre déraison) que son Existence?Ne nous ressemble-t-il pas trop, ainsi récupéré, pour qu\u2019on ose encore dire avec Grégoire de Nazianze: \u201cO Toi l\u2019au-delà de tout, comment t\u2019appeler d'un autre nom?Quel hymne peut te chanter?aucun mot ne t\u2019exprime.Quel esprit te saisir?nulle intelligence ne te conçoit.Seul, tu es ineffable (.).Seul, tu es inconnaissable (.)\u2019\u2019 _v_____________\t4 1.Tout en m\u2019accordant ce point, on pourrait me signaler que je laisse dans l\u2019ombre une exigence qui est aussi fondamentale que l\u2019est celle de l\u2019explication: l\u2019exigence de signification.Dieu, me dira-t-on, n\u2019explique rien mais il donne un sens à ce qui, sans lui, n\u2019en aurait pas.Mais en parlant de Dieu comme \u201cdonateur\u201d de sens, ne nous engageons-nous pas sur un chemin où le \"sens\u201d, dans son \u201corigine\" et son \u201ccontenu\u201d*, renvoie à une gratuité radicale (l\u2019Amour, dira-t-on) et où le besoin de sens doit être dépassé dans un accueil tout aussi gratuit.Le sens ' que peut faire Dieu et que l\u2019homme peut y trouver ne relève-t-il pas d\u2019un autre ordre que celui de la nécessité?Ne relève-t-il pas de la gratuité et de la liberté?La voie du sens ne passe-t-elle pas par la folie, la déraison et le \u201cnon-sens\u201d de l\u2019\u201camour\u201d?MARS (Hymne à Dieu).A vouloir être trop convaincant et trop éloquent à propos de Dieu, on risque d\u2019être consolé par un pâle fantôme dans lequel, tôt ou tard, la raison découvre ce qui n\u2019est qu\u2019une ombre d\u2019elle-même.Le Dieu du coeur On a enseigné que Dieu était indispensable au coeur de l\u2019homme, que celui-ci ne pouvait se passer de Dieu sans être malheureux.Mais cela est-il vrai?Des hommes avouent n\u2019éprouver aucun besoin de Dieu: s\u2019en portent-ils plus mal pour autant?Qui oserait dire qu\u2019il y a plus de bonheur à croire qu\u2019à ne pas croire?La notion de bonheur n'est-elle pas extrêmement relative?L'honnêteté, que Nietzsche reprochait aux chrétiens de ne pas avoir,-ne devrait-elle pas, à cet égard, nous rendre beaucoup plus circonspects?Voilà un aspect de la question.Mais je veux en soulever un autre qui a trait, cette fois,' au Dieu ainsi atteint dans le besoin.Tant qu'on en reste à.une économie du besoin de Dieu, il faut, je crois, donner fondamentalement raison à un Freud: l\u2019objet ainsi atteint est illusoire.Le besoin, laissé à sa seule logique, est incapable dé reconnaître l\u2019autre dans son altérité et son autonomie: il lui faut le posséder et se L\u2019assimiler en détruisant la différence.Ce qu\u2019on retient dans les rêts du besoin, c\u2019est ce qui nous ressemble.Le besoin de Dieu obéirait-il à une logique différente?Et dès lors, le renoncement suprême ne serait-il pas le renoncement au besoin de Dieu, renoncement nécessaire pour que l\u2019Autre soit?Ne faut-il pas apprendre sans cesse à se passer de Dieu pour qu\u2019il vive et que l\u2019homme vive (2)?Cela, seuls peut-être'les mystiques, ces enfants terribles et suspects, le comprennent et le balbutient dans leur impossible discours.Eux seuls, peut-être, savent jusqu\u2019à quelle profondeur abyssale la rencontre de 2.Cette manière de parler pourra apparaître étrange au lecteur: elle mérite peut-être quelques éclaircissements complémentaires.Le renoncement au besoin n\u2019implique pas de soi la disparition de tout besoin religieux.Ce qu\u2019il implique, en revanche, c\u2019est que le besoin de l\u2019autre soit en mouvement de dépassement vers le désir de l\u2019Autre et vers sa-propre mort.L\u2019autre de mon besoin, c\u2019est l\u2019autre en tant qu\u2019il peut m\u2019être utile, qu\u2019il m\u2019apporte satisfaction, qu\u2019il me gratifie: c\u2019est le prolongement de moi-même dont je ne peux me passer pour vivre, pour être heureux.L\u2019Autre de mon désir, c\u2019est l\u2019Autre, loin de combler un besoin, creuse le désir.Et s\u2019il existe une telle chose que la solitude des sans-dieux, les mystiques seuls, peut-être, savent combien il peut faire froid auprès du \u201cbrasier ardent\".Le Dieu de l\u2019agir On a beaucoup parlé et écrit sur.le Dieu législateur, qui commande et interdit.On a peut-être pensé \"pouvoir le sauver,' ces derniers temps, en fondant ses commandements et ses interdits sur l\u2019\u201camour\u201d et en enseignant que la réponse de l\u2019homme à ces commandements ne devait pas être dictée par la peur, par un principe de soumission servile, mais par L\"amour\".Mais l\u2019homme contemporain n\u2019apprécie guère qu\u2019en amour un seul des partenaires fixe les règles du jeu: il peut même soupçonner - et à bon droit -que la pire des aliénations est celle qui s\u2019accomplit sous le signe de l\u2019amour.D\u2019autre part, sa conscience historique ne peut pas ne pas lui fair$ voir ce qu\u2019il y a d\u2019\u201chypothétique\u201d dans le catégorique des impératifs moraux: l\u2019\u201chypothétique\u201d d\u2019une culture et d\u2019un ordre sociopolitique.On essaiera peut-être de le persuader qu\u2019il y a tout de même les lois universelles de la nature, expression de l\u2019éternelle volonté de Dieu, auquel il doit se soumettre, quelle que soit sa \"culture\u201d.Mais l\u2019idée de nature n\u2019est-elle pas, à y regarder de plus près, l\u2019idée d\u2019une culture?Et puis, pourquoi faudrait-il nous soumettre à la nature alors que tous les jours nous cherchons, tout au contraire, à nous la soumettre?Ce qui apparaît, en fin de compte, brisé, c\u2019est le lien \u201cnaturel\u201d entre des \u2018ordres\u2019 (e.g.un ordre social, un ordre éthique) et ce1 qu\u2019on pourrait appeler la \u201cvolonté de Dieu\u201d: il n\u2019est plus évident qu\u2019il y ait forcément coincidence entre les deux.Mais il faut aller l\u2019Autre en tant que je le souhaite pour lui-même jusqu'à donner ma vie pour lui, jusqu'à me perdre (et à le \u201cperdre de vue\u201d) pour qu\u2019il vive.L\u2019Autre de mon désir, c\u2019est finalement celui dont non seulement le besoin peut se passer mais celui qui, parcç qu\u2019Autre, annonce ma propre mort: il est insupportable à mon besoin et celui-ci ne peut vouloir que sa disparition.On comprend peut- , être mieux maintenant comment le \u201cbesoin\u201d peut être hostile à l\u2019Autre (malgré les apparences).On comprend peut-être mieux aussi la vérité profonde du \u201cnul ne peut voir Dieu sans mourir\u201d.87 il beaucoup plus' loin.Y a-t-il encore un sens acceptable au concept même de volonté de Dieu?Pour ma part, je n\u2019en vois qu\u2019un: la volonté de Dieu, c\u2019est que l\u2019homme soit.Or, plus l\u2019homme est, justement, selon son intelligence et sa liberté, moins il recourt à des \u201carrière-mondes\u201d qui lui dicteraient sa conduite.et plus, peut-être, à travers le tragique de son existence, il est acculé, au bord de cette béance sans fond de lui-même, aux options les plus radicales et les plus désespérées.II.Le chemin du non-savoir et de l\u2019inutile Ce qui meurt et doit sans cesse mourir, c\u2019est le Dieu utile à l\u2019homme, ce Dieu dont on a \u201cbesoin\u201d pour expliquer le monde, pour échapper à une vie trop lourde, pour justifier ses actes.Ce qui meurt et doit sans cesse mourir, c\u2019est ce Dieu qui nous ressemble trop pour être Dieu et qui ne nous ressemble pas assez pour être homme.Les circonstances historiques dans lesquelles nous sommes placés bon gré mal gré me semblent propices à la suprême dépossession de notre \u201cavoir\u201d le plus précieux mais qui, comme \u201cavoir\u201d, n\u2019est qu'une- idole chimérique.Dépossession qu\u2019il faut avoir le courage d\u2019entreprendre même si on ne sait pas (car avec l\u2019Autre on ne \u201csait\u201d jamais) où cela nouS'Conduira, même si on en vient à perdre le nom même de ce qui se tait (y a-t-il plus grande pauvreté que de ne même plus pouvoir nommer?).Le témoin de l\u2019Autre, témoin laconique ou même silencieux, aura beaucoup fait s\u2019il réussit à faire de sa vie une oeuvre d\u2019incessante démystification des idoles, et si, plutôt que de colmater la brèche vitale de l\u2019homme (brèche du désir qu\u2019aucun objet ne saurait combler), il ne cesse de la rouvrir et de l\u2019élargir envers et contre tout: à celui qui a faim, il donnera encore plus faim et à celui qui a doit, encore plus soif.Inutile de dire que pareil apatride et iconoclaste n\u2019aura pas que des amis: il passera pour un fou ou un impie.Cette voie de dépossession en est une de dépaysement et d'étrangeté.Habitué à un Dieu connu, il faudra refaire le chemin du non-savoir.Habitué à un Dieu utile, il faudra faire l'aveu de sa radicale inutilité.Sur cette voie, on pourra retrouver ensemble des hommes que les systèmes, religieux et philosophiques condamnaient à ne pouvoir se rencontrer.A ces hommes, le \u201csoupçon\u201d ne fera pas peur: au contraire, ils le radicaliseront et le généraliseront encore davantage.Ils nieront beaucoup 88 plus qu\u2019ils n\u2019affirmeront, conscients qu'il n\u2019y a pas de parole d'homme pour dire ce qui est à la jointure du désir et du langage.Je soupçonne combien ces réflexions peuvent paraître difficilement supportables.Elles commandent ni plus ni moins un renversement de perspectives.Les uns y verront une voie plus ou moins subtile vers l\u2019athéisme.A d\u2019autres, au contraire, elles apparaîtront comme une récupération de l\u2019athéisme par un croyant.Pour ma part, je crois que ces réflexions mettent finalement en cause (quoique dans un autre discours!) tous les discours.Elles veulent contribuer à garder ouvert un 'espace de Silence et de Gratuité, à dessiner les contours d\u2019un abîme autour duquel chacun, à la fois solidaire et seul, est appelé à jouer sa vie.Elles renvoient à ce non-lieu qui rend précaires tous les lieux familiers de nos \u201cinvestissements\u201d, à commencer par nos \u201cinvestissements\u201d religieux.Si elles refusent tous les alibis de l\u2019existence, elles ne débouchent*1 pas sur un esthétisme de désespoir ou sur une apologie de l'absurde.Elles commandent au contraire une tâche historique d\u2019incessant déblocage du désir et de perpétuelle démystification des idoles, dans la certitude (même si c\u2019est une certitude \u201cnocturne\u201d) que le contraire de l\u2019absurde, ce n\u2019est pas la Raison, la Nécessité, -mais la Gratuité.Gratuité pour laquelle, au seuil du silence, sans objet et sans besoin, l\u2019homme n\u2019a peut-être qu\u2019un dernier mot: amour.\t¦-v\t\\ ./Xv ¦¦¦¦¦' -\\ ; CONVERSION \u201cMais c\u2019est un fait qu\u2019une preuve ne devient rigoureuse qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019un horizon systématiquement formulé, que la formulation d\u2019horizons varie avec la présence ou l\u2019absence d\u2019une conversion intellectuelle, morale et religieuse, ét que la conversion n\u2019est jamais la conséquence logique de la po-1 sition antérieure que l\u2019on tient, mais est, au contraire, une révision radicale de cette position.\u2019\u2019 Bernard J.F.LONERGAN, S.J., Method in Theology, 1972, p.338.Brève bibliographie sur DIEU BERGER, Peter.La rumeur de Dieu: Signes actuels du surnaturel, Le Centurion, 1972, 154 p.CHABANIS.Christian.Dieu existe-t-il?Non, répondent., Fayard, 1973, 410 p.CROZON.Pierre, Interrogation sur l\u2019existence humaine: dialogue de l\u2019athéisme et de la foi, Ed.Ouvrières.1973, 206 p.; MASSET, Pierre, Comment croire?La foi et la philosophie moderne, Le Centurion, 1973, 319 p.RAGUIN, Yves.La profondeur de Dieu, Desclée.1973, 182-p.SEGUNDO, J.-L., Catéchisme pour aujourd'hui, tome I: Chercher Dieu, Ed.du Cerf.1972, 246 p.BARREAU, J.-C.Qui est Dieu?, Seuil, 1971, 128 p.BRO,, Bernard, Dieu seul est humain, Ed.du Cerf, 1973, 275 p.CLEMENT, Olivier, Questions sur l\u2019homme, Stock, 1972, 275 p.En collaboration.Qui est notre Dieu?Casterman, 1967, 200 p.RAGUIN, Yves, Les chemins de la contemplation, Desclée, 1969, 164 p.BARREAU, J.-C., La foi d\u2019un pâien, Seuil, 1967, 150 p.MASLOW.A.H., Vers une psychologie de l\u2019être, (traduction de Toward a Psychology of Being, D.Van Nostrand Co., 1968), Fayard, 1972, 269 p.VERGOTE, Antoine, Psychologie religieuse, Charles Dessart, Bruxelles.1971.de CERTEAU.Michel, et J.-M.DO-MEMACH, Le christianisme éclaté, Seuil, 1974, 124 p.CASTELLI, E.edit., l\u2019analyse du langage théologique.Le nom de Dieu, Actes du Colloque de Rome (5-11 janvier, 1969), Aubier, 1969, 528 p.MANARANCHE.André, Dieu vivant et vrai, Seuil, 1972, 188 p.La revue CONCILIUM, n.76, 1972.Aspects de la question de Dieu.LONERGAN, Bernard J.F., Philosophy of God, and Theology, Londres, Darton.Longman & Todd, 1973, 74 p.RELATIONS é -r.INPMA\t- \u2014\t.¦ GINA de Denis Arcand par Yves LEVER Comme beaucoup d'autres cinéastes québécois, c'est dans le cinéma direct que Denis Arcand s\u2019est d'abord signalé.Dans cette école de la prise directe du vécu dans sa réalité sociale concrète, il apprenait comment aller parmi le monde pour se perméabiliser aux problèmes réels et à leur compréhension en même temps qu\u2019il prenait douloureusement conscience de la situation des cinéastes engagés dans la collectivité.C'est de lui, rappelons-le, qu est le film On est au coton, interdit par la haute direction de l\u2019O.N.F.et jamais diffusé officiellement; c\u2019est de lui également, le film Québec: Duplessis et après, qui ne fut distribué qu\u2019après plusieurs modifications imposées, à commencer par le titre.La censure, lui, il connaît ça! Après ces aventures, Arcand s\u2019est lancé dans la fiction mais il n\u2019a pas oublié l'esprit du direct.Il va raconter des histoires inventées de toutes pièces ou reconstituer en les stylisant plusieurs petits faits qui prendront une dimension nouvelle lorsque mis ensemble, mais toujours, ses \u201chistoires\u201d diront une réalité québécoise importante qu\u2019on retrouvera en dégageant la signification des symboles utilisés (Réjean-ne Padovani et l\u2019organisation des gouvernements municipal et provincial); ou bien elles fpurniront une structure dramatique à l\u2019exposition de réalités à peine stylisées (La maudite galette, Gina), un peu à la manière des néoréalistes.Jamais encore, il n\u2019a raconté pour la simple évasion ou le suspense, pour simplement divertir (faire une diversion) de la réalité.(Ce qui d\u2019ailleurs n\u2019enlève pas à ses films, et encore moins à Gina, leur aspect d\u2019agréables divertissements.) Avec Gina, Arcand rafconte une histoire des plus passionnante.Passionnante par la structure dramatique à travers laquelle il organise ses matériaux et déclenche les rebondissements de l\u2019action (ceci incluant une des meilleures directions de comédiens qu\u2019on ait vues au Québec; et par conséquent, une des plus justes interprétations).Passionnante surtout par les faits eux-mêmes qu\u2019il transpose en réalité filmique (il aurait pu écrire au générique, à l\u2019inverse de la formule habituelle: \"toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est voulue et recherchée.\u201d) et qui font de ce film un véritable constat social.' Ce constat, Arcand le porte à deux niveaux.Tout d\u2019abord, une série d\u2019images font état, avec simplicité et humour,' de diverses situations vécues par des hommes et des femmes du Québec (pas seulement de Louiseville où se situe l\u2019intrigue).Ceci comprend les séquences sur l\u2019industrie du textile, celles sur le club de motoneigistes et celles reliées à la strip-teasease Gina.A un second niveau, avec la mésaventure survenant à une équipe de cinéastes réalisant un film sur le textile, Gina rend compte de la volonté des dirigeants économiques et politiques d\u2019occulter la quotidienneté des travailleurs et, par là, de la difficulté de fàire un cinéma qui publiciserait cette quotidienneté.Par la même occasion, il fournit des éléments pertinents à la réflexion sur le cinéma.d\u2019ici.Quelques réalités brutes En 1968-69, Arcand tourna pour l\u2019O.N.F.On est au coton et montra simplement ce qui en était dans l\u2019industrie du textile.Il privilégiait le point de vue des travailleurs, mais recueillait aussi celui des boss.Comme ces images furent interdites, nous en retrouvons du même genre dans Gina, cueillies cette - fois-ci à Louiseville (et non plus à Coaticook).Nous y entendons aussi quelques paroles exactes d On est au cotori, mais dites ici par des comédiennes (à la manière de Les ordres ou de Vivre en prison).Paroles fort révélatrices de l\u2019univers de cès travailleuses à faible revenu.De plus, nous avons un aperçu de ce^ dramatique problème des travailleurs 'colombiens, main-d\u2019oeuvre spécialisée dans ce genre de travail et pas trop exigeante, que les compagnies de textile promènent d\u2019une place à l\u2019autre, et même d\u2019un pays à l\u2019autre (un an après le tournage du film, nous les retrouvons dans l\u2019actualité et peut-être en entendrons-nous autant parler que des Haïtiens).Arcand n\u2019insère pas ces réalités brutes dans son film pour s'apitoyer sur le sort de ces travailleurs et travailleuses, ni pour provoquer la pitié des speçtateurs.Avec ces anecdotes, il illustre simplement le mode de fonctionnement de cette industrie du textile et sa façon d\u2019exploiter les travailleurs: bas salaires, conditions épouvantables de travail (bruit, chaleur), absence de sécurité d\u2019emploi, engagement généralisé de main-d\u2019oeuvre fraîchement immigrée et sans autre possibilité d'emploi, , répression du syndicalisme, licenciements massifs et soudains avec désintéressement complet par la compagnie de ce qu\u2019il advient à ces travailleurs.Des détails peuvent changer d\u2019un lieu à un autre ou s\u2019être améliorés depuis le premier Arcand (quoique de récentes analyses du Bulletin Populaire et une série d\u2019articles de La Presse il y a quelques semaines n\u2019incitent pas tellement à le croire), mais ce fonctionnement de l\u2019industrie reste le même.Autres réalités brutes: l'ennui, le désoeuvrement et le climat latent de violence existant dans ces régions à fort taux de chômage.Un club de moto-.neigistes illustre cet aspect (le film se passant en été, on aurait eu un groupe de motards).Considérée généralement comme marginale et coupée de la réalité, cette espèce d\u2019association de \u201cdrop-outs\u201d n\u2019est en fait qu\u2019un symp-tômé de l\u2019exploitation d\u2019une, classe sociale vivant un écoeurement -progressif de la situation générale: Ecoeurement qui trouve ses exécutoires momentanés dans la consommation excessive de bière ou dans ses exercices de violence (le plus souvent des chicanes de taverne) comme le viol de la strip-teaseuse.Le club fournit l\u2019occasion d\u2019évoquer un autre fait donnant à réfléchir.Avec son président, ami du député et politiquement du bon bord, il obtient une subvention des Projets Initiatives Locales.Façon simplement un peu plus subtile de 'déguiser les allocations de chômage tout en donnant aux récipiendaires (pas toujours rvaîfs) l\u2019illusion de faire oeuvre utile à la collectivité! Ça MARS 89 doit tranquilliser pour un temps des forces qui pourraient devenir révolutionnaires ou trop anarchiquement semeuses de violence.Dans ce décor, Gina la strip-teaseu-se et l\u2019organisation de petite pègre qui organise ses tournées et assure sa protection ne sont que des révélateurs du système global.Gina vient se déshabiller pour distraire les gens et les empêcher de penser; ses défenseurs viennent \u201cfaire mal\u201d à ceux qui ne respectent pas les règles du jeu et viennent la violer dans son motel.Comme les patrons, mais avec plus de lucidité et sans l\u2019illusion de \u201cfaire le bien\u201d, les truands exploitent les travailleurs et s\u2019enrichissent sur leur dos.Leur violence, quand la \u201cclientèle\u201d va trop loin et exige trop, n'est que le parallèle de celle des forces policières matraquant des grévistes.Arcand l\u2019explicite très bien par son montage.Comment le cinéma peut-il dire ces réalités?Une petite équipe de l\u2019\u201cOffice National du Cinéma\u201d (référence directe à l'Office National du Film, évidemment) loge au même motel où se déroule l\u2019aventure de Gina.Ces cinéastes font du direct sur là grande entreprise de la place.Avec a'stuce, Ils obtiennent de pénétrer dans l\u2019usine et s\u2019organisent pour enregistrer librement les propos de travailleuses.Leur film pourra raconter réellement ce qui en est et la prise de parole sera celle des premières concernées.On devine tout de suite que, comme dans l\u2019histoire vraie d\u2019On est au coton, ce film ne se terminera pas.La dernière séquence nous fera voir la même équipe, mais de beaucoup enrichie, en train de tourner un film romantique (\u201cJe l\u2019ai tué parce que je l\u2019aimais.\u201d) et très commercial avec quelques grands noms du star système (Denise Filiatrault, Donald Pilon, Marcel Sabourin).Arcand règle par là un vieux compte avec l\u2019O.N.F., mais il faut aussi voir plus loin.Pour ce qui en est de l\u2019O.N.F., Arcand y consacre peu de temps.Il se contente d\u2019en souligner deux aspects,ÿ d\u2019ailleurs bien connus, mais qu\u2019il faut redire de temps en temps.D\u2019abord, le phénomène de la censure de la part des hautes autorités.Le mandat de l\u2019O.N.F., rappelons-le, est de \u201cfaire connaître et comprendre le Canada aux Canadiens et aux autres nations\u201d.C\u2019est très noble, mais dès que certains cinéastes essaient trop de bien faire comprendre certaines réalités que les autorités es- timent devoir rester cachées, la censure frappe brutalement.Ensuite, l\u2019attitude générale de l\u2019ensemble des cinéastes de l\u2019Office.Quand, dans Gina, l\u2019équipe apprend l\u2019interdiction de poursuivre le film et la saisie du négatif, l\u2019un d\u2019eux dit à peu près ceci: \u201cmais on est syndiqués, les copains vont nous défendre\u201d.C\u2019est justement ce qui ne se passe-jamais.Aucun fait de censure n\u2019a \u2022encore soulevé une action concertée et soutenue de la part des syndiqués de cètte maison.Ils laissent faire, tout simplement.Je laisse à d\u2019autres l\u2019interprétation.(En passant, dans l\u2019in-tervievy du cahier que le Conseil Québécois pour la Diffusion du Cinéma lui a consacré, Arcand fait une excellente analyse de la situation du cinéaste à l\u2019O.N.F.; ses propos sont confirmés par ceux de plusieurs autres collègues.) \u2022 Au-delà de cette partie anecdotique, il faut surtout voir avec Gina pris dans sa globalité, quelques affirmations intéressantes sur le cinéma d\u2019ici.Tout d\u2019abord, une réaffirmation de la pertinence historique du cinéma direct québécois.Non pas tellement à travers ces extraits \u201cà la manière\u201d du direct qu\u2019Arcand démarque explicitement par un cadrage différent.Mais à cause de la façon d\u2019appréhender le réel et de communiquer qvec le public que les cinéastes de ce genre ont développée et popularisée.Arcand avec ce film, comme Brault avec Les Ordres, Labrec-que avec Les Smattes et Carrière avec O.K.Laliberté (ces deux derniers films auraient mérité un meilleur sort), donnent non seulement la preuve d\u2019une évolution du regard dans le milieu cinématographique, mais démontrent aussi que le regard des spectateurs peut se transformer.A cause de difficultés de divers ordres, la plupart de nos cinéastes du direct font maintenant de la fiction.Ceux qui ont conservé l\u2019esprit du direct réussissent non seulement à témoigner du vécu de la collectivité, mais à y ajouter cette partie analytique qui dégage les modèles culturels sous-jacents aux comportements.A l\u2019appréhension juste de réalités prégnantes, ils ajoutent par la fiction \u2014 organisation des éléments en une suite dramatique mettant à jour leur dimension problématique de façon claire \u2014 un effet de distanciation favorisant l\u2019analyse et la réflexion sur le monde réel.Bien sûr, demeure le danger que la \u201csuite dramatique\u201d annule complètement l\u2019effet de distanciation en tombant dans le mélodrame ou en jouant trop sur les nerfs des spectateurs (ce qui se passe avec les films de Jean-Claude Lord).Mais ceux qui l\u2019évitent, et à mon avis, Brault, Jacques Leduc et Arcand y réussissent, commencent à créer un cinéma original et tout aussi authentiquement québécois que les meilleurs du direct.S\u2019il y a aujourd\u2019hui en salles commerciales des .films comme Les Ordres ou Gina pour redorer quelque peu le blason du cinéma québécois, et aussi un public pour aller voir ces films fort différents de la production américaine ou de la comédie bâtarde de chez nous, c\u2019est que le travail entrepris depuis plusieurs années commence à porter des fruits.C\u2019est dire aus^si que le public n\u2019est pas aussi niaisêux que Denis Héroux l\u2019affirme à la télévision.Des films québécois valables projetés à la Place Ville-Marie ou dans les grandes salles de la rue Ste-Catherine, c\u2019est aussi un signe que l\u2019emprise des \u201cmajors\u201d américains sur notre industrie peut être combattue.Il reste à espérer que les Lefebvre, Forcier (dont il est temps d\u2019aller voir Bar Salon au Outremont), Bouchard, Leduc, etc.pourront aussi se faire une place dans ces circuits d\u2019exploitation.LE LANGAGE DES CHIFFRES\t 45,000\tTITRES EN STOCK PERMANENT 13,000\tPIEDS CARRES D'ÉTALAGES 1\t5\tLIBRAIRIES EN UNE \tH Sciences humaines J Jeunesse L Lettres, arts, loisirs M Médecine et sciences de la santé S Sciences et techniques 4\tSERVICES INTÉGRÉS y\tles commandes spéciales les commandes d'office les livres reliés et catalogués le service universel d'abonnements Total\t 1\tQUALITÉ : LA MEILLEURE LIBRAIRIE DUSSAULT\t la grande librairie du 8955 SAINT-LAURENT - MONTREAL \"N\t Tél.: 384-8760\tAutobus\tMétro: 53, 55, 98, 100\tCrémazie 90 RELATIONS Quelques livres de THÉÂTRE , La Maison Léméac, avec une constance admirable, édite, depuis quelque temps, les oeuvres de nos dramaturges.On le comprendra, les chefs-d'oeuvre sont rares.Avec le bon grain, il y a beaucoup de paille.Mais l'initiative est louable parce qu elle permet aux auteurs de se faire connaître et apprécier, et au public de se rendre compte de la valeur littéraire et dramatique des pièces qu'on joue dans la Province.Les Editions Léméac comprennent plusieurs Collections et les textes sont souvent préfacés ou présentés parfois de façon remarquable.Cela donne aux ouvrages une dimension pédagogique importante et utile.COLLECTION Répertoire québécois: Elle, de Serge Mercier - Préface de Pierre Bonenfant.Long monologue très insolite qui permet à une ancienne comédienne de vider son sac passablement hétéroclite.Jeu verbal d\u2019une utilité douteuse.Aujourd\u2019hui peut-être de Serge Sirois -Présentation de Martial Dassylva.Pièce qui a eu les honneurs du \u201cQuatre Sous\" et des \"Beaux Dimanches\", à la Télé.Sujet à la mode: les lamentations et rêveries d\u2019une vieille femme noyée dans la bière.Trop de répétitions et de longueurs.Seconde partie mal intégrée à la première, sauf la finale.Trois pièces d'André Simard avec une présentation de Normand Cfiouinard: La Soirée du hockey, satire des moeurs mercantiles du sport, spécialement du hockey.Langue farcie de jurons vulgaires.Le Temps d\u2019une pêche, traite des syndicats.Thèse anti-patronale.Le Vieil homme et la Mort; Monologue assez rudimentaire sur la mort.Le Tricycle - Bud cole blues, de Gilles Archambault.Deux textes radiophoniques, ce qui permet de jouer avec le temps et l\u2019espace.Premier:\tcocasserie invraisemblable.Aussi confus qu\u2019un rêve.Deuxième: Peinture de moeurs pitoyables et assez détestables de boite de nuit.Essai psychologique sur un musicien raté, brûlé par l'alcool et le vice.Maxine par Ernest Pallacio-Morin.Pièce policière corsée d\u2019une action amoureuse.Dialogue vif.Personnages bien campés, spécialement Maxime.Oeuvre intéressante et bien écrite.Sept courtes pièces de Robert Gurik.Préface de Pierre Filion.De l\u2019imaginaire enté sur l\u2019actualité, parfois é*peine démarquée.De l'insolite trop recherché et souvent facile.Le signe du Cancer, construit pour la Radio, intéressant.Allô.Police!, de Robert Gurik et Jean-Pierre Morin.Un pamphlet contre la Police, chez nous.Enorme charge inspirée sans doute de certains incidents récents.Sorte de revanche verbale d\u2019intellectuels et journalistes contre les forces policières jugées tyranniques.La Complainte des Hivers rouges, de Roland Lepage.Présentation de l\u2019auteur.Pièce politique indépendantiste.Genre jeu scénique à la mode de Chancerel.Langue populaire parlée lassante à la tongue.Collection Théâtre canadien: La discrétion - La neige - Le trajet - Les protagonistes, de Nairn Kattan.Analyse de Laurent Mailhot.Les trois premières pièces, courtes et plus adaptées à la radiodiffusion qu\u2019à la scène.Jeu subtile de langage sur des sentiments ambigüs.Les Protagonistes, étude intéressante du milieu des comédiens et de leur vrai visage.Belle langue.Sens du dialogue.Réédition de quatre pièces de Louis Fréchette: Félix Poutré.Introduction de Pierre Filion.Pièce de jeunesse de l\u2019auteur, d\u2019après des Souvenirs de Poutré lui-même.Epoque des Troubles de 37.Pièce fort discutée.Jouée longtemps avec succès par la Province, jusqu\u2019à ce qu\u2019on connaisse la vraie identité et le vrai rôle de Poutré.Dialogue vivant et personnages colorés.Papineau.Introduction de Rémi Tourangeau.Pièce patriotique jugée sévèrement au plan de l\u2019art et aussi quant à la valeur du personnage en titre, presque anecdotique d\u2019ailleurs.Le vrai sujet est plutôt le drame d'amour de la Canadienne française Rose Laqrier et de l\u2019officier anglais Hastings.Le Retour de l\u2019Exilé.Introduction d\u2019Alain Pontaut.Pièce tirée du roman d\u2019un auteur français inconnu.Gros mélodrame plein d\u2019imprévus et de rebondissements, comme les classiques du genre.Le personnage principal bien campé et vivant.Langue alerte avec, ici où là, des fusées d\u2019éloquence.Véronica.Présentation d\u2019Etienne-F.Duval.Sombre drame en vers, très romantique dans le sujet et dans la forme.Action dramatique bien conduite.Effets de contrastes chers à Victor Hugo.Personnages peu nuancés.Souplesse du vers qui montre le talent poétique de l'auteur.Dans son oeuvre dramatique, on a accusé Fréchette, non sans raison, d\u2019avoir pigé avec allégresse dans des oeuvres peu connues!\t(- Si les Canadiennes voulaient \u2022 Aux jours de Maisonneuve, de Laure Conan (Réédition).Préface et analyses des oeuvres par Rémi Tourangeau, Etienne-F.Duval et Raymond Pagé.f Pièces éditées à (\u2019occasion du Cinquantenaire de la mort de l\u2019Auteur.1ère pièce: piscussion sur les moeurs douteuses des hommes politiques et de leur patriotisme.2ème: Pièce historique tirée du roman l\u2019Ou-blié de Laure Conan en l\u2019honneur de Lambert Closse.Cérémonial funèbre sur le corps de Jean-Olivier Chénier, par Jean-Robert Rémil-fard.Episode de la rébellion de 1837.Rappel du rôle de Chénier.Théâtre engagé.Dans sa forme, fait penser aux jeux scéniques de Chancerel.Scéniquement: présentation difficile à cause d'un continuel retour du passé au présent.Bonne languè.Virginie, de Marcel Dubé.Texte tiré de la continuité \u201c9 à 5\u201d à la Télé; déjà édité dans \u201cles Ecrits d,u Canada français\u201d.\u2014 Introduction de François Ricard.Par son ton intimiste, bien adapté à la T.V.Encore ici, constat d\u2019échec contre lequel réagit Virginie sainemènt, pour surmonter le sort dans la sérénité.COLLECTION Documents: La Tragédie est un acte de Foi, de Marcel Dubé.Volume de textes divers et assez disparates: essais, allocutions, récits, critiques.Retour fréquent sur l'influence - peu favorable - chez nous, des politiciéns et du clergé.COLLECTION Francophonie vivante: Général Baron-la-Crbix par Frank Fouché, auteur hâitien.Charge à fond de train contre le régime politique en Hàiti.Utilisation des cérémonies du Vaudou.Du fantastique uni à beaucoup de violence.Du théâtre engagé animé d\u2019un grand souffle.Mise en scène difficile à réaliser.COLLECTION Théâtre traduction et adap-tàtion:\t>( Les Cloches d\u2019Enfer, de Mordecai Richler - Traduction de Gilles Rochette.Oeuvre créée à la télévision canadienne de langue anglaise.A cause dp cela, pièce à voir plus qu\u2019à lire.Peinture de moeurs de gens obsédés par le sexe.Charbonneau et le Chef, de John Thomas McDonough - Traduction et adaptation de Paul Hébert et Pierre Morency.Pièce jouée avec grand succès à Québec et à Montréal, surtout à cause de son caractère politico-religieux très actuel.Même inégale, valeur dramatique réelle.COLLECTION Théâtre pour Enfants: Frizelis et gros Guillaume - L\u2019Ile au Sorcier par André Cailloux.Pièces créées au Rideau Vert.Fantaisies pour enfants et ceux qui veulent rester jeunes.Un amusement mais aussi un enseignement.Ton bien adapté aux jeunes et d\u2019un intérêt soutenu.Georges-Henri d\u2019Auteuil.MARS 91 :THEATRE: Le trajet de la vie par Georges-Henri d\u2019Auteuil VIRAGE DANGEREUX Le proverbe nous l'enseigne: Toute vérité n\u2019est pas bonne à dire.Toujours.Toute la vérité.Robert, personnage de Virage dangereux de J.B.Priestley, l\u2019a appris à ses dépens.On lui avait dit, pourtant: Ne réveillez pas le chat qui dort.Il a vpulu, contre tout le monde, en réveiller un qui l\u2019a joliment griffé, et beaucoup d\u2019autres avec lui.En singeant un peu Pirandello, à cette pièce du célèbre auteur anglais, on pourrait donner le titre: Six personnages en quête de destruction.Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit: la destruction de l\u2019honneur, de la réputation, du fragile bonheur des six personnages de la pièce.Pas un n\u2019y échappe et encore moins celui qui voulait tant savoir la cause de la mort accidentelle de son frère Donald.Il l\u2019a su et ce fut un beau déballage de vilenies, d\u2019infidélités, de turpitudes.Un vrai massacre.Un jeu à la tragédie en smoking et robes longues, dans un salon anglais feutré et distingué où se révéleront progressivement, sous l\u2019effet d\u2019une sorte d'inquisition policière, des passions ravageuses qui disloqueront à jamais un groupe d\u2019amis apparemment très unis et heureux, tel est Virage dangereux que Danièle Suissa a été chargée, de réaliser sur la scène du Rideau Vert.Fonction délicate de mettre en scène une action dramatique faite de questions et d'aveux, coupés ici et là d\u2019affirmations surprises qui suscitent d\u2019autres questions et d\u2019autres aveux, jusqu\u2019au total dépouillement des consciences, enfin'nues devant la vérité recherchée.Aussi les nombreux déplacements des comédiens dans le décor sont plutôt factices et sans réelles nécessités.Heureusement, le déroulement de l\u2019intrigue et cette poursuite étrange, presque hystérique, de la vérité retiennent notre attention.Nous voulons savoir, nous aussi, comment ils vont s\u2019en Jirer.En fait personne ne s\u2019en tire.Et c\u2019est un spectacle assez triste, tous ces écorchés que la haine, maintenant, dresse les uns contre les autres, jusqu\u2019à ce fatal coup de feu qui répond, pour Robert, à sa hantise de vérité.Bien rarement réussis, au reste, ces pétards en coulisse, les deux ex machina modernes qui veulent nous annoncer que la pièce est finie.Cela fait sursauter quelques spectateurs nerveux ou déclenche, chez-d\u2019autres trop tendus, une sorte de fou rire.Et puis, pour nouà prouver son désarroi, est-il nécessaire que Robert se tue dans un grand cri déchirant de celle qui l\u2019aime?En fait, l\u2019intérêt de Virage dangereux réside dans la plongée au milieu des eaux troubles du coeur humain, qui nous permet de vérifier, une fois de plus, le mot de l\u2019Ecclésiaste: Il n\u2019y a rien de nouveau sous le soleil, que les insensés pullulent sur la terre et que ce qu\u2019on appelle pompeusement libération signifie trop souvent abject asservissement.Le djre et le redire, le montrer sans cesse, ne semble pas très efficace.Chacun prétend faire lui-même sa propre expérience.On ne sait jamais! Et la roue continue à tourner.Avec le même résultat.Pitoyable.Des fauves dans la cage qui cherchent à s\u2019entre-dévorer, le plus agressif est certainement Robert qui, sous les traits de Claude Préfontaine, poursuit tout le monde de sa hargne.Les autres essayent de s'y opposer, tantôt avec désinvolture et cynisme comme le Stanton d\u2019Hubert Noël, ou les accès de violence folle du Gordon de Vincent Davy, tantôt par les hésitantes esquives de Françoise Faucher qui en sait trop, l\u2019impadence gavroche de Louise Turcot qu'on prenait pour une oie blanche (est-ce pour cela que François Barbeau l\u2019a habillée de blanc, elle seule?), ou la froideur brutale de la mal aimée Freda, incarnée par Yvette Brind\u2019Amour.Chacun y a mis du sien, avec bonne volonté, pour donner à ces personnages de Priestley une vraie vérité humaine.LA BARRIÈRE La Barrière, création de lOlarc-F.Gélinas, que vient de nous offrir le Théâtre du Nouveau Monde, nous ramène, une fois de plus, au théâtre de réclamation tapageuse chère aux écrivains de cette génération, au Québec.A bas les barrières! semble devenu le mot d\u2019ordre, hautement proclamé par nos chefs de ffie.Ce qui adviendra ensuite paraît moins clair.Monterons-nous le cheval du rêve de Daniel Ta-barly ou son prosaïque vieux truck?En resterons-nous toujours à la cueillette des bleuets ou à la coupe de la pitoune?Serons-nous toujours de beaux parleux et de petits faiseux?Telles sont les questions qui assaillent notre esprit quand nous assistons aux tonitruants propos des personnages de Gélinas suivis de si futiles et même déplorables résultats.Avec cette conclusion qu\u2019il est temps que nos écrivains dépassent la fameuse révolution tranquille de 1960, qu'ils apprennent et admettent que nous avons toujours été un peuple de colons au service et pour la gloire, d\u2019abord du Roi de France et des Compagnies chargées d\u2019exploiter le pays de Nouvelle-France, puis du Roi d\u2019Angleterre et des hommes d'affaires britanniques qui se sont installés à la banque, dans le commerce et l\u2019industrie, pendant que nos notables s\u2019esquintaient en luttes politiques âpres et souvent décevantes et le bon peuple se réfugiait sur les trente arpents de nos fermes où il se sentait vraiment - et là seul -chez lui, libre, indépendant.Des colons, voilà ce que nous sommes depuis toujours et nous avons toutes les peines du monde à en sortir.Et ce n\u2019est pas la malheureuse aventure des Tabarly qui y réussira./En effet, Daniel Tabarly, le héros de La Barrière, m'est qu\u2019un rêveur - sa femme le lui a dit vingt fois - et non un chef.Fort en gueule mais inefficace dans l'action.Une soudaine échauffou-rée, où il y aura mort d\u2019homme et dont il sera- jugé responsable, en est la preuve.Rêveur sympathique toutefois, plein de bonnes intentions, dévoué au bien de ses compagnons de travail et d\u2019infortune, qui - comme il convient -l\u2019abandonnent à son sort au temps de l'épreuve.Personnage unique, à vrai dire, sur qui l\u2019action est spécialement centrée, les autres, marginaux, se contentant du rôle de comparses.Et qu\u2019a défendu avec une vigueur et un enthousiasme rares Pierre Dufresne, /sachant passer de la violence à la tendresse, de l'abattement à l\u2019exaltation: 92 RELATIONS le type idéaliste qui échoue souvent mais que rien ne rebute.Ayant peu à dire et à faire, les autres comédiens sont plus pâles.Le rôle de la seule femme de la pièce, épouse de Daniel, Laura, a été confié à Louise Cuerrier.Comme son personnage elle semblait plutôt déprimée, lasse, peu intéressée.Robert Rivard au nom expressif de Watchtou et Jean-Louis Millette, surnommé Lecoune, ont réussi à donner un certain ressort à leur rôle épisodique.Mais il faut souligner la première mise en scène au théâtre de Claude Jutra, déjà célèbre au cinéma, dont il a utilisé, avec succès, certaines techniques, en particulier un jeu savant et expressif des éclairages, surtout, au deuxième acte, pendant le procès de Daniel Tabarly, sans cesse coupé de scènes en flash back.Cette méthode, chère aux cinéastes et à beaucoup d'auteurs influencés par le cinéma, devient assez facilement agaçante et artificielle sur scène; celle-ci manque de la souplesse dans l\u2019agencement et le montage des séquences filmées du septième art.Chaque art possède ses modes d\u2019expression qu\u2019il est dangereux de travestir.\u2014\t*.L\u2019ÉCOLE DES FEMMES En dépit des alarmantes vicissitudes qu\u2019affronte actuellement la Nouvelle Compagnie Théâtrale, la vie continue à la salle du Gesù, où l\u2019on montre l'Ecole des Femmes.Molière est toujours bienvenu sur nos scènes parce qu\u2019il nous offre toujours un divertissement de qualité.Et comiquej ce que les spectateurs demandent de plus en plus devant la morosité de la vie de tous les jours.Molière en effet est essentiellement un auteur comique qui ne cherche qu\u2019à plaire, la grande loi du théâtre pour lui.Certains, cependant, découvrent parfois, sous l\u2019accoutrement comique de ses personnages, des vestiges d\u2019amertume, de douleur, de désespoir même, qui frisent la tragédie.Et l\u2019on cite Alceste, Harpagon et Arnolphe lui-même de l'Ecole des Femmes.Ce n\u2019est pas sans fondement.Car il y a un ridicule amusant et un ridicule pitoyable.L\u2019un fera rire, l\u2019autre nous gêne un peu.Sûrement, Arnolphe, barbon de 42 ans (au XVIIème siècle, à 40 ans on était un vieillard!), est ridicule de vouloir épouser une pucelle de 17 ans, qu\u2019il a formée idiote et bête, par crainte de devenir cocu, et on s\u2019en moque.Mais quand, au cinquième acte de la pièce, il crie, avec une sincérité évidente, son amour à Agnès, si ridicule qu\u2019il soit encore, on ne rit plus parce qu\u2019il souffre: il fait pitié.Mais cela ne dure qu\u2019un moment, et, vite, le rire reprend ses droits que, d\u2019ailleurs, Gilles Marsolais, par sa\\ mise en scène, a défendus hardiment.Il a voulu que son Arnolphe soit drôle et que toute l\u2019action dramatique, par son rythme vif, le jeu des comédiens, une agréable utilisation' des lieux scéniques, manifeste vraiment que nous assistions à un divertissement amusant.Dans le rôle écrasant d\u2019Arnolphe, Edgar Fruitier a fait vivre puissamment son personnage.Par sa mimique expressive, sa gesticulation variée, la rondeur de sa voix et certains éclats emphatiques (parfois même trop retentissants), il a su traduire, avec bonheur, l\u2019intelligence du texte et nous en faire goûter la saveur comique.Un Arnolphe exubérant, sûr de lui et fier de le montrer, jusqu\u2019à la fuite éperdue devant le désastre de ses projets, l\u2019effondrement de ses rêves.L\u2019ingénue, Agnès et le \u201cblondin\u201d Horace, les deux jeunes amoureux qui réussissent à contrer précisément ces projets d\u2019Arnolphe, sont très importants pour corser l\u2019intrigue, mais aussi difficiles parce que leur rôle consiste simplement à raconter les événements qui -se sont passés hors scène.La nài-veté toute simple d\u2019Agnès a été rendue avec naturel par Jo-Ann Querel, tandis qu\u2019Hubert Gagnon, en quatre récits, a révélé, avec une spontanéité désarmante, ses aventures amoureuses au pire adversaire de ces mêmes a-mours, Arnolphe, comme confident sympathique et sûr, et qui, au contraire, profitera de ces renseignements pour lui nuire.Le jeu de Jean-Pierre Char-trand et de Micheline Gérin, en domestiques d\u2019Arnolphe, a été amusant, ainsi que la fugitive intervention de Gilles Marsolais, comme Notaire.S'appuyant sur sa qualité de voisin et d\u2019ami, Gilles Pelletier s\u2019est bien efforcé, mais en vain, de raisonner Arnolphe sur l\u2019incongruité de ses idées de mariage.L\u2019entêtement du bonhomme l\u2019a emporté sur ses arguments.Il faut dire que c\u2019est là ordinairement le sort des raisonneurs, dans l\u2019oeuvre de Molière.De beaux discours mais inutiles.En somme, une très honnête interprétation de l\u2019Ecole des Femmes, respectueuse de l'esprit de Molière et sans cette futile recherche d\u2019innovation à tout prix, sous prétexte, comme on dit, de dépoussiérer les classiques! LITTÉRATURE Laure CONAN: Oeuvres romanesques, I: Un amour vrai.Angéline de Mont-brun.Edition préparée par Roger Le Moine.Coll, du \u201cNénuphar\u201d.- Montréal, Fides, 1974, 243 pp., 21.5 cm.En 1962, Suzanne Blais (Sr Jean de l\u2019immaculée, s.g.c.) découvrait un grand amour dans la vie de Laure Conan: celui que Félicité Angers éprouva pour Pierre-Alexis Tremblay, et elle en tirait des conséquences pour l\u2019interprétation d'Angéline de Montbrun.Quatre ans plus tard, dans la Revue de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Roger Le Moine poussait plus avant la découverte de Suzanne Blais: l\u2019échec des relations entre Félicité et Pierre-Alexis serait dû ni à la différence d\u2019âge de ces derniers ni simplement à une faute que l\u2019amoureux n\u2019aurait pas pardonnée à la belle, mais à un voeu de chasteté émis par Tremblay.Aujourd\u2019hui, dans les introductions qu\u2019il donne aux Oeuvres romanesques de Laure Conan, Le Moine ose encore davantage; il affirme, étayant son hypothèse à l\u2019aide d\u2019Un amour vrai, que le voeu de Tremblay, tout en tirant \"peut-être son origine d\u2019un penchant vers l\u2019ascétisme\u201d, \u201cpouvait également dissimuler une infirmité ou un complexe\u201d (pp.18-19).En 1966, Roger Le Moine n\u2019acceptait pas de voir, à la suite de Jean Le Moyne, lecteur d\u2019Angéline de Montbrun, un complexe d\u2019Electre chez Laure Conan; maintenant, il avoue que \u201cparler d\u2019un complexe d\u2019Electre dans le cas de Félicité ne serait nullement exagéré\u201d (14).En 1966, Le Moine prétendait que Félicité Angers était devenue écrivain pour gagner son pain; en 1974, une telle affirmation lui paraît réductrice (21).Il croit plutôt que la jeune femme s\u2019est orientée vers la littérature \u201cafin de MARS 93 k revivre ses amours avec Pierre-Alexis Tremblay, mais tout en les transformant de telle façon que le lecteur ne puisse établir de parallèle entre la réalité et la fiction\u201d (31).Agissant ainsi, Laure Conan n\u2019aurait fait que marcher dans des sentiers battus par maints auteurs, et des plus grands.Le Moine lui en fait grief, cependant: pour avoir \u2018\u2018essayé de se livrer (.) sans se trahir\u201d, l\u2019auteur d'Un amour vrai aboutit à des \u201cpassages mal structurés, obscurs, que seule une bonne connaissance de la vie de J\u2019auteur et de l\u2019oeuvre permet d\u2019expliquer\u201d (31); pour la même raison, il se trouve aussi que \u201ctout l\u2019échafaudage d'Angéline de Montbrun n\u2019a d\u2019autre fonction que de tromper le lecteur\u201d (18), entre autres par la confection d\u2019une idylle-entre Maurice et Angéline -qui \u201cn\u2019est qu\u2019un trompe-f\u2019oei!\u201d (80).Il s\u2019ensuit que \u201ctout comme Un amour vrai, Angéline de Montbrun repose sur une imposture\u201d (93).Devant cette conclusion, une question se pose: à force de resserrer les liens qui encerclent Félicité Angers et Laure Conan, Le Moine n\u2019en serait-il pas venu à fondre indûment roman et biographie?Depuis quand et de quel droit faudrait-il refuser à un romancier le droit de transformer et transposer, voire d\u2019altérer, les données de sa propre vie pour en faire la matière d\u2019oeuvres qui l\u2019expriment, lui, sans \u201cl\u2019auto-biographier\u201d?L\u2019erreur du _ critique, -car, pour nous, c\u2019en est une,- n\u2019aurait-elle pas consisté à considérer le roman psychologique de la même façon que le roman historique?Le Moine écrit, en effet, que \u201ccertaines fictions ne seraient pas acceptables si leur fondement dans les faits n\u2019était connu.L\u2019art a des limites plus restreintes que la réalité.D\u2019ailleurs, réduits à leur plus simple apparence, les personnages d\u2019Angéline de Montbrun ne présenteraient pas plus d\u2019intérêt, sur le plan psychologique, que ceux d\u2019un Aubert de Gaspé, d\u2019un Bou-rassa, d\u2019un Gérin-Lajoie ou d\u2019un Mar-mette.De sorte qu\u2019on ne saurait les apprécier à leur juste valeur sans les étudier en fonction de leur origine, c\u2019est-à-dire des modèles qui ont servi.\u201d (82.) Nous ne pouvons admettre cette dernière assertion et nous croyons qu'Angéline de Montbrun, et tout aussi bien Un amour vrai, peuvent vraiment être étudiés et appréciés sans référence aucune aux modèles utilisés par Laure Conan.En savoir davantage sur Félicité Angers peut permettre une lec- ture plus riche de ses oeuvres, mais cette lecture, pour ne pas être fausse, devra, la plupart du temps, sinon toujours, se garder de partir de la biographie; celle-ci ne doit être qu\u2019un éclairage nouveau pour l\u2019oeuvre, dont elle peut, par exemple, ainsi que Le Moine l'a bien vu, aider à expliquer les structures, lesquelles sont toujours plus ou moins conditionnées par les intentions, la personnalité et l\u2019expérience de vie de l\u2019auteur.Le temps est venu, malgré les obscurités qui subsistent encore sur la vie amoureuse de Laure Conan (le voeu de Tremblay ne nous semble pas expliqué suffisamment; les fréquentations de Pierre-Alexis et.de Félicité pas assez éclairées; etc.), d\u2019étudier son oeuvre pour elle-même et en elle-même.Peut-être évitera-t-on ainsi une erreur de lecture comme celle qui nous paraît exister à la page 32, où Le Moine affirme que Thérèse de Ray-nôf a fait la \u201cprorhesse\u201d, voire le \u201cvoeu\u201d, de ne jamais marier Frâncis Douglas à moins qu\u2019il ne se convertisse; nous avons beau lire et relire le texte d'Un amour vrai, nous ne pouvons déceler ni ce voeu ni cette promesse, et pourtant c'est un élément structurel important de l\u2019interprétation de Le Moine.Dans l'ensemble, mises à part certaines affirmations que nous avons contestées, le présentateur des Oeuvres romanesques de Laure Conan nous offre d\u2019excellentes considérations sur cet autour et son oeuvre; celle-ci, par exemple: \u201cLorsqu\u2019ils ont commis une faute, les personnages de Laure Conan ne sont pas chassés du paradis terrestre; c\u2019est celui-ci qui se transforme.A l\u2019instar des romantiques, l\u2019auteur accorde les paysages à leurs états d\u2019âme.\u201d (84).Les données de Le Moine sur Félicité Angers devraient forcer la critique à mieux s\u2019orienter en face de l\u2019oeuvre de Laure Conan.Après les révélations des dernières années, dont les principales sont dues à Jean Le Moyne, Suzanne Blais et Roger Le Moine, deux voies' s\u2019ouvrent à la recherche: l\u2019une, proprement biographique, qui nous vaudrait une \u201cvie\u201d de Laure Conan et une édition critique de sa correspondance (nul mieux que Roger Le Moine n\u2019est préparé pour une telle besogne); l\u2019autre, plus purement littéraire, qui mènerait d\u2019abord, sinon uniquement, au texte, pour le considérer d\u2019un point de vue esthétique et linguistique.René DIONNE Département de lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.Les livres Marc GAGNÉ: Propos de Gilles Vi- gneault.Coll.\u201cItinéraires\u201d, 1.Montréal, Nouvelles Editions de l'ARC, 1974, 127 pp.19.5 cm.Lisant l'introduction de ce livre, on tique sur le propos de Marc Gagné qui prétend interroger Gilles Vigneault en mettant bout à bout, sous forme de questions et réponses, des extraits d'interviews données par le poète-compositeur durant une période de quinze ans, soit de 1959 à 1973 inclusivement.Puis, l\u2019on se rassure: Gilles Vigneault a lui-même accordé son placet au volume de Gagné, après en avoir annoté le texte.Et l\u2019on lit: c\u2019est bien le chansonnier que nous connaissons qui répond aux questions, ou les élude élégamment.Ses réponses, on a beau Jes avoir lues déjà, ici et là, il reste agréable de , les retrouver ainsi rassemblées, organisées, avec une cohérence qui leur donne une nouvelle dimension: celle de l\u2019homme que, petit à petit, l'on en est venu à fabriquer et qui se confond avec le mythe de notre chansonnier national.Marc Gagné a regroupé les dires de Vigneault en huit chapitres.Le premier, intitulé \u201cLe Poète\u201d (pp.11-22), et le deuxième:\t\u201cL\u2019Auteur-composi- teur-interprète\u201d (25-55), sont les plus denses et les plus valables de tous; bien des professeurs du secondaire ou du collégial pourront en tirer la matière d'un excellent cours d\u2019initiation à la, poésie.Du troisième: \u201cLe Monteur de mots et le montreur de mondes\u201d (57-65), l\u2019on retiendra surtout le passage sur le \u201cjouai\u201d (63-64), \u201cphénomène de ville, non de campagne\"; ce \u201cn\u2019est pas.une langue\u201d, mais \u201cune mauvaise expérience que le français a vécue au Québec\u201d.Les cinq autres chapitres ont pour titres: \u201cDe quelques thèmes\u201d (67-75), \"De quelques oeuvres\u201d (77-83), \"Son engagement\u201d (85-96), \u201cSes voyageries\u201d (97-101), \u201cInstantanées\u201d (103-117); s\u2019ils n\u2019ont pas la richesse des premiers, - ils n\u2019en renferment pas moins quelques renseignements intéressants sur ce que l\u2019on peut appeler le \u201cphénomène\u201d Vigneault.Le livre de Gagné aura donc l\u2019heur de plaire aux amateurs de Vigneault, en plus de rendre service à maints étudiants et professeurs; mais si l\u2019on veut connaître Vigneault en profondeur, c\u2019est à ses chansons qu\u2019il faudra retourner: elles disent mieux que ses propos ce qu\u2019il est et vit.94 RELATIONS Gilles VIGNEAULT: Je vous entends rêver.\u2014 Montréal, Nouvelles Editions de l'ARC, 1974, 89-pp., 13 cm.Admirablement conçu du point de *vue graphique par Claude Fleury, ce tout petit livre nous donne à savourer, au fil quotidien d'une \u201ccomptine pour endormir l\u2019enfant'\u2019, quelques textes de Gilles Vigneault.Ce sont des mots: les siens, les miens, les nôtres, les vôtres, dont le poète-compositeur dit s'être emparé pour la musique de ses voyages; il nous les remet aujourd\u2019hui, munis de ses rimes, lestés de ses gigues, pour le coffre de nos rêves.Et nous nous prenons à chantonner au fond de notre tête, au creux de notre coeur, \u201cTa chanson\", \u201cBeau Voyageur\", \"L'Eté\", \u201cQuand nous partirons pour la Louisiane\u201d, \u201cQuatre Pays\u201d, \u201cJe te cherche\u201d, \u201cLa Tendresse\u201d, \u201cLes Droits d\u2019un homme\u201d (pp.29-34), révélés par le Paulu-Gazette des \u201centretiens sédentaires\u201d, nous laissent plus froids; il leur manque la diction de Vigneault qui, à la scène, donne à cette pièce son charme particulier.Il en va de même pour la \u201cComplainte d'un étudiant\u201d (43-55): au spectacle, entre deux chansons poétiques, elle joue le rôle d\u2019un agréable temps faible; dans le livre, ses mots manquent de poids, d'intériorité, et ses lignes s'effritent comme baie à brise légère.Benoit LACROIX:\tLes Cloches.- Saint-Lambert, Editions du Noroît, 1974, 70 pp., 28 cm.Les Cloches, c\u2019est le chant d\u2019amour de Benoit Lacroix, humain humaniste, pour son cher village: Saint-Michel de Bellechasse, ' \u201cqui n\u2019a pas son pareil au monde\": \u201cCiel bleu ou ciel gris, beau temps mauvais temps, tu es tout à la fois: l\u2019arbre, la racine et les fleurs.\" (P.13.) De leur superbe point perspectif, les vieilles cloches du village écoutent, voient et sentent vivre toute une population dont l\u2019histoire, qu'elles rythment de leurs trois notes, se confond avec la leur.Elles ont, ces cloches, une voix à ravir: celle de chez nous, de nos \u201cbonnes gens\u201d, une voix française comme il n\u2019y en a plus guère.Leur vocabulaire, c\u2019est une fine brochette des plus'beaux mots de nos habitants de la Côte-Sud, aussi appelée Bas-de-Québec ou Bas-du-Fleuve; leur style, celui du langage paysan: savoureux, pittoresque, poétique; leur rythme, celui de nos conteurs populaires.Le portrait de Maria-Hortensia-Joséphine Bolduc, \u201ccélibataire de l\u2019au- tre sexe\", constitue certes l\u2019un des beaux morceaux de notre littérature (35-38): il est vivant, naturel, typique, fin, soyeux.Pit Leblanc, grand-papa (42-43), raconte comme les vieux qui savaient parler et qui font le récit de l\u2019incendie du clocher (68-70).Benoit Lacroix, avec les Cloches, démontre une fois de plus, et non sans besoin, que le vieux parler de nos gens de la campagne, n\u2019en déplaise au \u201cjouai\u201d de nos villes, n\u2019a pas son pareil lorsqu'il s\u2019agit de créer une oeuvre poétique.Germaine DURAND: Une saison à Cuba (1951), \u2014 Trois-Rivières, Editions du Bien public, 1973, 47 pp., 15.5 cm.Si l\u2019on a la nostalgie du Cuba d\u2019avant la Révolution, ou simplement la curiosité de savoir comment un touriste canadien pouvait découvrir la Havane et s\u2019en ^amouracher à cette époque déjà lointaine, on aimera ce petit récit de voyage d\u2019une Canadienne à Cuba durant l\u2019hiver de 1951.C\u2019est un livre présenté avec goût et simplicité dans une langue sobre et bonne.,\tRené DIONNE Département de lettres françaises, Université d'Ottawa.Vient de paraître LES POSITIONS - ETHNIQUES, LINGUISTIQUES ET RELIGIEUSES -DES CANADIENS-FRANÇAIS A LA SUITE DU RECENSEMENT DE 1971 par Richard Arès, S.J.\t/ % Un ouvrage important qui stimule la réflexion et l\u2019action 53/4\" x 83/4\".212 pages.$5.00 S\u2019adresser à son libraire ou aux Editions Bellariî^in\t^ 8100, boulevard Saint-Laurent Montreal H2P2L9 Tél.: 387-2541 AUJOURD\u2019HUI credo \u2014\tdes \u201ccahiers\u201d sur des sujets majeurs: l\u2019argent, la foi, l\u2019avortement, etc.\u2014\tdes rencontres avec des personnalités marquantes \u2014\tdes articles sur la vie sociale, économique, politique et culturelle \u2014\tdes nouvelles des chrétiens du monde entier Mensuel oecuménique publié par l\u2019Eglise Unie du Canada (église réformée), 3480 Décarie, Montréal, Qué., H4A 3J5, tél.: 488-9213.Abonnements: 1 an (10 numéros) $4.00 pour le Canada, $5.00 pour l\u2019étranger.MARS 95 Nouveautés TRAVAUX ET COMMUNICATIONS 2 ¦\tde l\u2019Académie des Sciences Morales et Politiques du Québec Un ensemble varié et imposant par un groupe de chercheurs qui ont souci de se réunir pour partager, d'abord entre eux, puis avec le public, les résultats de leurs recherches.Collaborateurs\" François-Albert Angers, Richard Arès, Hermas Bastien, Jean-Charles Bonenfant, Pierre Dage-nais, Léon Dion, Henri, Dorion, Albert Faucher, Philippe Ferland, Philippe Garigue, Maurice Lebel, Edouard Parent, Roland Parenteau, Marc-Adélard Tremblay.6 1/8\u201d x 9 1/8\u201d, 244 pages.$7.50 MESSAGES DES ÉVÊQUES CANADIENS A L\u2019OCCASION DE LA FETE DU TRAVAIL 1956-1974 Présentation de Richard Arès.L\u2019objectif de ces Messages est bien exprimé par l\u2019appel lancé aux chrétiens d\u2019être \u2018\u2018aux premières lignes de ce front de libération qui ambitionne de bâtir une société authentiquement humaine\".6 1/6\u201d x 8 3/8\u201d.193 pages.$5.00\t' LES CENT-ASSOCIÉS ET LE PEUPLEMENT DE LA NOUVELLE-FRANCE 1633-1663 L\u2019auteur, Lucien Campeau, écrit dans la présentation: \u201cL\u2019étude partielle que noùs livrons aujourd\u2019hui au public ne tiendra pas lieu d\u2019histoire des Cent-Associés.Elle ne prétend, à partir d\u2019un aspect seulement, qu\u2019évoquer certaines dimensions insoupçonnées et suggérer quelques perspectives nouvelles où situer l\u2019ensemble de ce problème historique.\u201d 5 1/8\u201d x 7 3/4\u201d.175 pages.$4.50 EUCHARISTIES André Myre cherche, dans ce livre, à traduire en prières simples la vie chrétienne de l\u2019homme ordinaire.Ces prières ont ceci de particulier qu\u2019un bibliste est leur auteur, un homme, dont le métier est de le mettre quotidiennement en contact avec le Dieu que la Bible révèle.5 1/2\u201d x 8\u201d.164 pages.$4.50 FOI ET DÉVELOPPEMENT DES PEUPLES par Marcel Messier Préface de Mgr Herder Camara Marcel Messier a vécu près de dix ans dans des pays en voie de développement de l\u2019Amérique latine, de l\u2019Asie et de l\u2019Afrique.Mgr Camara écrit, dans la préface, que ce livre \u201ccourt le risque d\u2019être méprisé ou mieux contesté, Rejeté, condamné.Lu, approfondi avec courage et humilité, il force à penser et à agir.\" 5 1/4\u201d x 8 3/8\u201d.161 pages.$4.75 PAUL RAGUENEAU ET SES LETTRES SPIRITUELLES par Jude St-Antoiné Dans son étude, l\u2019auteur trace d\u2019abord le portrait de Paul Ragueneau, disciple du grand spirituel, Louis Lalle-mant, et maître de celui que l\u2019histoire appellera le Grand Condé.Puis il situe l\u2019activité du missionnaire et du directeur d\u2019âmes qui arrive,à Québec près de trente ans après Champlain.Et il tente de dégager, à partir de lettres spirituelles adressées à des religieuses, les lignes de force de la spiritualité de Paul Ragueneau.5 1/4\u201d x 8 3/8\u201d.327 pages.$8.75.' \\ ! >' ¦ ¦ ' ' 1; / S\u2019adresser à son libraire ou aux Editions Bellarmin 8100 boulevard Saint-Laurent, Montréal, TêL: 387-2541 96 RELATIONS "]
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