Relations, 1 mai 1975, Mai
[" matins MONTRÉAL\tMAI 1975 ¦¦¦¦¦¦iVOL.\t404 LA FAMILLE et la loi par Lucie Leboeuf UNE SOCIÉTÉ EN PROCÈS par Jacques Grand\u2019Maison LE COLLOQUE DE HARFORD par Julien Harvey INTERIORITE et ALTERITE par Marcel Marcotte \u2014relations- revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Pierre Lucier, Marcel Marcotte, André Myre, jésuites, et Yves Vaillancourt.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal \u2014 H2P 2L9 tél.: 387-2541, PUBLICITÉ: Liliane Saddik, 1700, rue Allard, Ville Brossard.Téléphone: 678-1209.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.numéro 404 mai 1975 SOMMAIRE Famille et société québécoise La famille et la loi au Québec.Lucie Leboeuf 131 Une société en procès: les six tribunaux de notre démocratie.Jacques Grand\u2019Maison 134 Amérique latine Les faux miracles de l\u2019Amérique Latine.Mgr Fragoso 138 Vie de l\u2019Eglise et pensée chrétienne Le Colloque de Harford et la pensée chrétienne d\u2019ici \u2014\tdocument.-\trefus global ou accueil critique?Julien Harvey 146 Intimité, communion, participation : de l\u2019Autre aux autres.Marcel Marcotte 149 Chroniques Théâtre: Irrespirable, héroique .et loufoque Georges-Henri d\u2019Auteuil 154 Cinéma: Cinéma québécois - situation 1975 Yves Lever 156 Littérature: Lettres québécoises .René Dionne 158 Ouvrages reçus:.159 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75Ç Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association ca nadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Coi\u2019-rier de la'deuxieme classe - Enregistrement no 0143.Nouveautés BIBLIOGRAPHY ON THE SEMANTICS OF HUMAN LANGUAGE par Thomas R.Hofmann 15 x 23 cm, 120 pages.Prix: $4.50 COLLOQUES DE COOPERATION INTERNATIONALE no 1 : Les forces vives du développement 15 x 23 cm, 72 pages.Prix: $2.25 no 2: L\u2019expert international son rôle, sa sélection, sa formation 15 x 23 cm, 92 pages.Prix: $3.00 no 3: L\u2019action dialectique de la recherche sur les études en développement international 15 x 23 cm, 104 pages.Prix $3.75 En vente chez votre libraire et aux Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey, Ottawa, Ontario, Canada, K1N 6N5 AUJOURD\u2019HUI credo \u2014\tdes \u201ccahiers\u201d sur des sujets majeurs: l\u2019argent, la foi, l\u2019avortement, etc.\u2014\tdes rencontres avec des personnalités marquantes \u2014\tdes articles sur la vie sociale, économique, politique et culturelle \u2014\tdes nouvelles des chrétiens du monde entier Mensuel oecuménique publié par l\u2019Eglise Unie du Canada (église réformée), 3480 Décarie, Montréal, Qué., H4A 3J5, tél.: 486-9213.Abonnements: 1 an (10 numéros) $4.00 pour le Canada, $5.00 pour l\u2019étranger.130 RELATIONS LA FAMILLE par Lucie Leboeuf Le comité du droit des personnes et de la famille de l\u2019Office de ré\\ i-sion du code civil rendait publique, il y a quelques mois, la première partie de son rapport concernant les droits de la famille, pour le soumettre à \u201cla libre critique des personnes et organismes qui s\u2019intéressent à l\u2019évolution du droit familial\u201d.La deuxième tranche de ce rapport, portant plus directement sur le tribunal de la famille, a été publiée tout récemment.Les notes ici proposées à l\u2019attention du lecteur ne concernent que la première partie du rapport; elles se limitent en outre à quelques points de ce rapport qui ont plus particulièrement retenu mon attention.Ayant travaillé au sein du comité de la Ligue des droits de l\u2019homme qui a soumis un rapport à l\u2019Office de révision du code civil, il va sans dire que mes réflexions sont souvent inspirées par ce rapport.Le présent texte n\u2019engage toutefois que la responsabilité de son auteur.f- 1.L\u2019INTÉRÊT DE L\u2019ENFANT V___________ ________________J Après une introduction qui cherche à définir très clairement, à l\u2019intention des non-initiés au jargon juridique, la perspective générale du rapport, un article liminaire (l\u2019article X) traite de \u201cl\u2019intérêt de l\u2019en- et LA LOI r quelques notes critiques sur un récent rapport de l\u2019Office de révision du code civil concernant la famille fant (qui) doit être la considération déterminante dans toute décision qui le concerne\u2019\u2019.D\u2019où le devoir du juge de consulter l\u2019enfant de 10 ans ou plus, et la possibilité donnée au tribunal de désigner un avocat pour l\u2019enfant mineur.Cet article peut surprendre certaines personnes, surtout par sa disposition qui prévoit la désignation d\u2019un avocat pour l\u2019enfant mineur.Toutefois, il m\u2019apparaît de première importance.L\u2019enfant n\u2019est pas qu\u2019un mineur sur qui les parents ont tous les droits.Il est une personne autonome, sujet de droits, qui ne doit en aucune façon être simple objet de contestation entre ses parents.Au mois de septembre 1974, le juge Deschênes soulevait le problème: souvent, dans des causes de divorce ou de séparation, les enfants sont \u201cutilisés\u201d par les parents pour obtenir gain de cause.Le Devoir rapporte ainsi ses propos: \u201cIl est grand temps, a déclaré M.Deschênes, qu\u2019on autorise la participation autonome des enfants à ces débats et, si nécessaire, qu\u2019on fournisse aux enfants un défenseur attitré afin qu\u2019ils puissent faire valoir devant un tribunal un point de vue indépendant de celui des parties en litige\u201d (Le Devoir, le 5 septembre 1974).Il est à souhaiter que la législation sur le Tribunal de la famille apporte une réponse satisfaisante au désir de nombreux parents qui, ayant à vivre h drame de la séparation ou du divorce devant les tribunaux, veulent que les enfants soient consultés à huis-clos et hors cour.-\\ 2.LE MARIAGE: UN CONSENTEMENT LIBRE ET ÉCLAIRÉ Au chapitre II de la section traitant du mariage, il est question des conditions requises pour contracter mariage.Gardant en mémoire le fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte de loi et non d\u2019une thèse de philosophie sur le mariage, je formulerai les quelques remarques suivantes: 1° \u201cLe mariage requiert le consentement libre et éclairé des futurs époux.Le consentement consiste dans la volonté qu\u2019expriment les époux de se prendre pour mari et femme.Le mariage simulé n\u2019est point valable\u201d (art.6).Compte tenu de cette exigence, les auteurs des mémoire jugent nécessaire de hausser à 18 ans pour les deux conjoints l\u2019âge requis pour contracter mariage (art.9), alors qu\u2019il est présentement de 12 ans pour la fille, et 14 ans pour le garçon.Le projet de révision prévoit toutefois que, dans certaines exceptionnels, on pourra se marier à 16 ans.Cette dernière disposition ne me semble pas valable: 18 ans constitue vraiment un minimum.Surtout que, selon le projet, il suffit aux conjoints de prouver leur capacité juridique à MAI 1975 131 se marier: \u201cQue les papiers soient en ordre\u201d (art.19).Bien que ces papiers et l\u2019âge aient une valeur indicative, il y a disproportion entre la réalité du projet conjugal et les conditions qu\u2019on propose comme suffisantes pour s\u2019y engager.2e De plus, la personne autorisée à célébrer le mariage n\u2019est pas tenue, par la loi, à faire connaître aux futurs époux les services existants qui favorisent une réflexion sur la qualité de leur lien amoureux et une identification des motifs réels qui les conduisent à s\u2019engager dans la vie conjugale.Alors qu\u2019au moment d\u2019une séparation ou d\u2019un divorce, on veut mettre une armée de spécialistes à la disposition des couples en difficultés, au moment de se marier, il suffirait d\u2019avoir des papiers en règle! Peut-être serait-il gênant pour nos législateurs de faire des propositions fermes en ce sens, étant donné l\u2019absence quasi totale, actuellement, de services de support (services \u201cpréventifs\u201d) aux couples et aux familles.Il y a des pionniers dans ce champ de la préparation au mariage, soit à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise, soit à l\u2019intérieur d\u2019organismes non confessionnels où le mouvement s\u2019amorce.Ces gens et ces services devraient recevoir un support réel de l\u2019Etat.Et ici, je ne parle pas seulement de finances, mais d\u2019une reconnaissance du bien-fondé et de la nécessité de ces services pour favoriser la qualité de vie des couples québécois.3° Je tiens enfin à mentionner la nécessité de multiplier et de régionaliser les services d\u2019accompagnement pour les couples et les familles.Parce que la famille a aujourd\u2019hui une structure dite nucléaire, les supports communautaires sont d\u2019autant plus nécessaires pour rendre réellement possible l\u2019exercice de cette volonté commune de bâtir ensemble: organisation du travail qui respecte la vie familiale, garderies, services de consultation conjugale, espaces verts, programmes scolaires d\u2019éducation à la vie familiale, possibilité pour les per- sonnes âgées de vieillir avec les leurs, etc.Tout cela, dira-t-on, ne relève pas d\u2019une législation sur le mariage.Mais la législation proposée ne crée-t-elle pas l\u2019obligation morale pour l\u2019Etat de mettre en oeuvre ces services, quantitativement et qualitativement accessibles à tous?3.L\u2019ÉGALITÉ JURIDIQUE DES ÉPOUX ______________________________J Un des principes directeurs de la réforme est la reconnaissance de l\u2019égalité juridique des époux (art.39).C\u2019est conjointement que les époux exerceront les responsabilités conjugales et familiales.C\u2019est en raison de ce principe qu\u2019il paraît nécessaire de faire intervenir le juge comme arbitre en cas de conflit.Ne sommes-nous pas en face d\u2019une égalité juridique tronquée par un certain relent paternaliste qui ne pourrait que maintenir des attitudes infantiles chez les couples?Plus que d\u2019un juge, en cas de différend grave, c\u2019est d\u2019un apprentissage à la négociation qu\u2019ont besoin les couples en difficultés, besoin qui relève du social et non du judiciaire.Qu\u2019en est-il du lien conjugal quand il faut un juge pour fixer la résidence, le style d\u2019éducation à donner aux enfants, etc.?Si son intervention peut régler un problème à court terme, la difficulté majeure reste pour ce couple: l\u2019incapacité à communiquer et négocier.L\u2019important, c\u2019est de garantir l\u2019exercice réel de cette égalité juridique, non par un système d\u2019arbitrage, mais par des services de consultation adéquats où des personnes compétentes cherchent à stimuler chez les couples leur aptitude à communiquer et à négocier.Garder, même si ce n\u2019est qu\u2019en dernier recours, la possibilité d\u2019intervention du juge ne pourrait que maintenir des attitudes infantiles et minimiser la valeur du principe de l\u2019égalité juridique.Le papa-juge décidera à la place d\u2019époux - enfants incapables de s\u2019entendre.-\\ 4.LA DISSOLUTION DU MARIAGE V._____________________________J Par rapport à la dissolution du lien matrimonial, le projet de loi du comité de l\u2019ORCC a franchi une étape importante: il est passé de la théorie du divorce \u201ccherchez le coupable\u201d, selon laquelle il faut mettre l\u2019autre conjoint en faute (ce qui équivaut trop souvent à des destructions psychologiques et morales), à la théorie du divorce \u201cremède\u201d, selon laquelle \u201cle divorce ou la séparation sont des remèdes à l\u2019échec du mariage\u201d.Dans cet esprit, le projet accorde une certaine importance à la conciliation entre les époux.Malheureusement il ne la rend pas obligatoire.Il faudra analyser la seconde partie du rapport, sur le Tribunal de la famille, pour voir de quelle façon le législateur entend mettre en pratique les principes ici reconnus.De toute façon, il faudra éviter d\u2019attribuer au seul tribunal la responsabilité de décider de la rupture ou de la non-rupture du lien conjugal.Cette décision revient aux époux.Est-ce à dire qu\u2019il faut favoriser le divorce sur demande?Non.Mais le problème demeure de concilier la double dimension du mariage: sa dimension d\u2019acte social, engageant l\u2019ensemble d\u2019une société qui cherche à se bâtir, et sa dimension de relation interpersonnelle privilégiant la volonté commune des époux (et de leurs enfants).Ne faut-il pas, ici encore, distinguer clairement ce qui relève de l\u2019intervention sociale et ce qui relève du processus judiciaire: laisser aux époux, avec l\u2019assistance du social, la décision de la rupture ou de la non rupture du lien matrimonial; et confier au judiciaire la reconnaissance de la décision éventuelle de la rupture et l\u2019aménagement des mesures provisoires et accessoires que nécessite cette décision?C\u2019est ce que la Ligue des droits de l\u2019homme recommande explicitement: C\u2019est le droit de chaque conjoint de pouvoir décider de l\u2019opportunité d\u2019une 132 RELATIONS rupture du lien conjugal, totale ou partielle, par séparation de corps ou divorce, et d\u2019obtenir en conséquence du tribunal, à partir d\u2019une attestation officielle de tentative de conciliation, les services requis par la procédure en séparation ou en divorce, sans que le tribunal n\u2019ait à mettre en cause les motifs invoqués par un conjoint, même si l\u2019autre conjoint s\u2019oppose à telle procédure.En conséquence, le tribunal doit prescrire aux deux conjoints une séparation de corps d\u2019au moins un an et statuer sur les mesures provisoires et accessoires qui en découlent.(Recommandation no 8 du Rapport du comité d\u2019étude de la Ligue des Droits de l\u2019Homme sur le document de l\u2019Office de Révision du Code civil traitant des droits de la personne et de la famille.) Dans cette dernière optique, la conciliation relève de l\u2019intervention psycho-sociale.Et elle serait obligatoire.Ce n\u2019est que sur présentation d\u2019une attestation de conciliation qu\u2019une requête en séparation ou en divorce pourrait être déposée devant le tribunal.De plus, lors de la conciliation, il n\u2019est pas question que le conseiller conjugal se substitue au juge: son rôle consiste à aider les conjoints à évaluer leur lien conjugal, ses chances de viabilité ou de non-viabilité, l\u2019impact réel d\u2019une éventuelle réconciliation ou d\u2019une rupture.La décision revient aux conjoints.Pour sa part, le rôle de l\u2019instance judiciaire consiste à assurer que \u201cles conséquences de la décision de rupture soient prévues en toute justice\u201d, tout particulièrement en ce qui regarde les enfants.L\u2019expérience de séparation ou de divorce est par elle-même assez souffrante pour ne pas avoir à être soumise à une intervention judiciaire qui accentue son caractère douloureux.Toute intervention doit viser à encourager et supporter un nouveau départ.Ce souci est présent dans le projet de réforme.Mais les moyens proposés sont-ils suffisants et cohérents?-\"N 5.L\u2019UNION DE FAIT __________________________J Je tiens à souligner, dans le projet de réforme, la reconnaissance de l\u2019union de fait (art.102).Elle MAI 1975 s\u2019inscrit en continuité avec la législation sociale qui reconnaît ces unions, comme l\u2019indiquent les notes du projet de loi à la page 286.Elle entraîne aussi la suppression du terme concubinage qui charrie un poids accusateur dans le langage commun.Bien que les personnes vivant \u201cen union de fait\u201d soient parfois motivées par un refus de l\u2019institution, il faut assurer à ces unions un minimum de garanties institutionnelles, car il s\u2019agit de la vie, de la sécurité et de l\u2019avenir de personnes, surtout dans le cas des enfants.Je citerai, encore ici, les recommandations du comité de la Ligue des Droits de l\u2019Homme, recommandations qui accentuent ce que propose le projet de l\u2019ORCC: d)propositions du comité pour compléter le rapport de l\u2019Office sur l\u2019union de fait.i\tQuand ils ont des enfants, les conjoints vivant en union de fait sont soumis aux mêmes conditions face aux enfants que les époux vivant dans le mariage; ii\tle conjoint masculin dans l\u2019union de fait est présumé père des enfants qui naissent de cette union et assume les responsabilités qui en découlent avec l\u2019autre conjoint; iii\tquant à la répartition des biens lors d\u2019une rupture de l\u2019union de fait, les conjoints peuvent s\u2019adresser au tribunal pour disposer de la situation selon une règle d\u2019équité: iv\ten cas de décès de l\u2019un des conjoints et quant aux possibilités d\u2019héritage peur les enfants nés de l\u2019union de fait ou pris en charge, l\u2019union de fait est assimilée au mariage; v\tl\u2019union de fait existe aux yeux de la loi à compter de trois ans de vie commune entre les conjoints, à l\u2019exception des responsabilités contractées à l\u2019endroit des enfants qui existent pour les conjoints dès qu\u2019un enfant naît de l\u2019union.\\ 6.FILIATION ET ADOPTION _______________________________J Au chapitre de la filiation, il faut citer l\u2019article 130: \u201cTous les enfants ont, dans la mesure où leur filiation est établie, les mêmes droits et les mêmes obligations à l\u2019égard de leurs parents et de la famille de ces derniers\u201d.Dans une société qui se veut plus humaine, c\u2019est un pas important que la suppression de discriminations de toutes sortes à l\u2019égard de personnes particulièrement fragiles:\tles en- fants.Au chapitre de l\u2019adoption, l\u2019article 137 reconnaît aux parents le droit de consentir à l\u2019adoption de leur enfant par d\u2019autres parents.C\u2019est une disposition très heureuse, qui ouvre la porte à la possibilité de développer de nouvelles responsabilités communautaires.C\u2019est une alternative possible à un geste de désespoir (l\u2019avortement) pour un couple qui ne se sent pas capable d\u2019assumer la naissance de l\u2019enfant qu\u2019il porte.Actuellement, il n\u2019y a que la voie de l\u2019abandon pour l\u2019adoption de son enfant.A l\u2019avenir, on pourra poser un geste de responsabilité, un geste qui fait appel à la solidarité.Il reste une question pourtant.Pourquoi donner à l\u2019un des parents le pouvoir de reprendre l\u2019enfant dans les trente jours, sur simple demande, alors que l\u2019accord des deux est exigé pour le consentement à l\u2019adoption?-ï CONCLUSION _________________________J Je termine ici ces quelques réflexions en rappelant qu\u2019il s\u2019agit de notes sur des points majeurs du projet, mais non d\u2019une critique de l\u2019ensemble du projet.Je suis bien consciente de laisser le lecteur insatisfait.L\u2019analyse du tome sur le Tribunal de la famille permettra d\u2019aller plus loin dans le débat sur la nécessité des supports sociaux pour qu\u2019un tel projet de loi soit promoteur de la réalité familiale québécoise de 1975.133 UNE SOCIETE EN PROCES: les six tribunaux de notre démocratie N On doit présumer de l\u2019innocence de quelqu\u2019un aussi longtemps que le tribunal n\u2019a pas prouvé sa culpabilité.C\u2019est une des grandes règles juridiques qui a marqué l\u2019histoire de la civilisation.N\u2019est-on pas en train de la perdre de vue dans une société en procès?J par Jacques Grand\u2019Maison Les procès publics ont évolué récemment un peu comme les guerres.On est passé du champ de bataille bien circonscrit à la guerre totale.Civils et militaires n\u2019ont plus les identités d\u2019hier.Le combat occupe toute la place et les règles du jeu deviennent moins précises.N\u2019est-ce pas le cas des scénarios actuels de la justice?Par delà un certain progrès démocratique, notre société est devenue une immense cour où s\u2019expriment dans le tohu-bohu mille et un plaidoyers.La magistrature n\u2019est plus le lieu quasi-exclusif du procès au sens large du terme.En A-mérique du Nord particulièrement, l\u2019enfilade de nombreux scandales publics a provoqué un climat de mise en accusation dans la plupart des secteurs de la société.Il y a plus ici que des questions de pouvoirs ou de structures ou d\u2019idéologie ou même d\u2019éthique.Nous arrivons peut-être à un tournant historique important.La société ouverte, au nom de la démocratie, a favorisé la multiplication des lieux collectifs d\u2019expression, d\u2019action, de confrontation.Multiplication débridée, qui suscite toute une gamme d\u2019attitudes, de l\u2019anarchisme à l\u2019autoritarisme, en passant par toutes les nuances intermédiaires.La majorité des citoyens n\u2019arrivent plus à se situer dans cette société tiraillée en tous sens.L\u2019esprit de procès prend presque toute la place.C\u2019est par ce biais que je propose ici une certaine clarification.Je retiens six tribunaux, au sens large du terme, où l\u2019on peut débattre en même temps la même question litigieuse.Que se passe-t-il au juste quand des individus, des groupes ou des institutions sont incriminés pour des déh\u2019ts d\u2019intérêt public?On verra alors intervenir les media, l\u2019opinion publique, la commission d\u2019experts enquêteurs, la magistrature, le parlement et enfin le tribunal entre pairs.Je voudrais aborder ce problème complexe à partir d\u2019une règle juridique fondamentale dans les droits de l\u2019homme, à savoir la présomption d\u2019innocence.On doit présumer de l\u2019innocence de quelqu\u2019un aussi longtemps que le tribunal juridique n\u2019a pas prouvé sa culpabilité.Voilà peut-être une des plus grandes règles de jugement qui a marqué l\u2019histoire de la civilisation.N\u2019est-on pas en train de la perdre de vue?Dans quelle mesure les citoyens en tiennent compte dans leurs comportements quotidiens?Et les media d\u2019information?Et les commissions d\u2019enquêtes?Qu\u2019en est-il du comportement des autres instances démocratiques?\\ Le tribunal des média V________________________________) Voyons le scénario commun de certains événements récents.Les professionnels de l\u2019information obtiennent des renseignements sur des défits jugés d\u2019intérêt public.Souvent, le premier travail d\u2019enquête a été fait par la police, qui a poussé son investigation jusque dans la vie privée des gens soupçonnés ou incriminés.Certains rapports ou dossiers, à cette étape, ne distinguent pas les éléments d\u2019intérêt public et les questions de vie privée et de réputation.Il y a déjà ici un ou plusieurs problèmes moraux et légaux reliés aux méthodes de travail de la police.Mais la difficulté grandit quand ces dossiers sont livrés au grand public.Il faut alors bien évaluer et confronter les droits collectifs de l\u2019intérêt public et les droits individuels des personnes.Tout journaliste consciencieux en connaît le poids dans l\u2019exercice quotidien de sa profession.On a déjà qualifié les media de quatrième pouvoir.Ils sont aussi une certaine forme de tribunal.L\u2019affaire Watergate en témoigne.C\u2019est d\u2019abord dans les journaux qu\u2019a commencé une certaine mise en accusation.Les journalistes se sont donné un code d\u2019éthique aussi exigeant que réaliste.Mais on sait que les pratiques dans les choses humaines sont plus complexes que les meilleurs systèmes.Un monde aussi bousculé et bousculant impose aux agents des média un rythme très accéléré de production.Par ailleurs, est-il une voix plus forte, plus continue, plus diversifiée que celle des média?Une erreur sur la personne, une information biaisée, un jugement erroné sont reproduits parfois à des millions d\u2019exemplaires.134 RELATIONS Ne regrettons pas ce risque de la liberté d\u2019expression.Mais son ampleur et son impact dans les media appellent de très graves responsabilités.Il n\u2019y a pas proportion de force entre le pouvoir du médium et celui du citoyen qui se croit lésé par une nouvelle ou un commentaire.Il faut le rappeler surtout à ceux qui ont le micro, l\u2019écran ou le journal à leur disposition tous les jours.Les victimes de certaines injustices en ce domaine savent le poids terrible d'accusations qu\u2019ils ont subies sans pouvoir vraiment s\u2019expliquer ou se défendre, si ce n\u2019est que par une lettre au journal ou encore par un recours aux tribunaux.Même dans le cas d\u2019une innocence prouvée devant un juge, on récupérera difficilement une réputation ternie par des moyens aussi puissants et parfois écrasants.Je ne veux d\u2019aucune façon chercher ici des boucs émissaires.Les journalistes en ont assez souffert.Il appartient aux uns et aux autres d\u2019assurer un climat de confiance et de vérité pour éviter des courtisaneries, des marchandages, des peurs de représailles dans les rapports du citoyen ou de l\u2019homme public avec le monde journalistique.-> Le tribunal de l\u2019opinion publique _______________________________J Nous sommes renvoyés ici à un autre tribunal, celui de l\u2019opinion publique.L\u2019évolution démocratique a poussé de plus en plus loin le droit à l\u2019information et la libre expression du jugement des citoyens.Du coup, l\u2019intérêt public prenait une importance inédite.Mais il a fallu parfois de longues luttes pour pénétrer certains secteurs réservés, telle l\u2019activité économique en régime capitaliste.La démocratie n\u2019a donc pas évolué au même rythme dans les grandes institutions.Mais son esprit s\u2019est de plus en plus diffusé dans la conscience collective.On exige désormais une informa- MAI 1975 lion totale.A la limite, la société ouverte se constitue en maison de verre.Certains craignent ici un retour au village où il n\u2019y a pas de place pour une vraie privauté.Par ailleurs, ne doit-on pas admettre que l\u2019opinion publique donne un certain caractère humain à la cité anonyme, à un monde d\u2019organisation et de programmation?Raison de plus pour faire de l\u2019opinion publique un lieu démocratique de qualité.Je ne sache pas que nous ayons péché par excès en ce domaine.Les lieux d\u2019expression collective se sont multipliés avec les organisations et les média.Mais en même temps, on n\u2019a pas développé une auto-discipline personnelle et collective en matière d\u2019opinion.Chacun y va à la bonne franquette, un peu comme dans les lignes ouvertes.Il ne faut pas bouder ces brèches d\u2019expression, qui favorisent les échanges et les confrontations de points de vue.La libre circulation démocratique des \u201cjugements\u201d ne signifie pas, cependant, qu\u2019on puisse dire n\u2019importe quoi, de n\u2019importe qui, n\u2019importe où, à n\u2019importe quel moment.Place ouverte, l\u2019opinion publique ne saurait dériver vers une sorte de force d\u2019empoigne sauvage, guidée par des humeurs de foule.Dans un tel contexte, chacun se voudra en position critique, mais très peu accepteront une position de responsabilité publique.Après la vague récente de scandales, cette dérive pourrait bien s\u2019accentuer.Il y aura de moins en moins présomption d\u2019innocence.Tout homme \u201cengagé\u201d devra subir un soupçon collectif d\u2019intérêt mesquin ou même de culpabilité.Il n\u2019est pas besoin d\u2019ètre sociologue pour savoir l\u2019énorme impact de ce tribunal sur l\u2019ensemble de la société et de ses membres.Par ailleurs, il faut aussi reconnaître et démasquer les conditionnements et les manipulations plus ou moins visibles de l\u2019opinion publique.On ne saurait se préoccuper de ce problème gigantesque uniquement au moment des sondages qui rythment les campagnes électorales.On a parfois l\u2019impression d\u2019être devant un magma énorme et informe que seuls des techniques et des pouvoirs puissants peuvent orienter.Il n\u2019y a vraiment pas d\u2019auto-régulation saisissable à ce niveau aussi fondamental de la démocratie.D\u2019où la cruauté aveugle que peut développer un tel tribunal devant des accusés.\\ Le tribunal des experts enquêteurs _________________________________J Les débats de l\u2019opinion publique dégagent un climat particulier plus ou moins identifiable.Parfois, ils débouchent sur des polarisations de tendances.Mais ils ne concluent pas.A cause de la complexité croissante des structures et de la vie modernes, on recourt de plus en plus au tribunal des experts.C\u2019est la commission d\u2019enquête.Dans les cas de litiges, voilà une médiation concrète entre l\u2019opinion publque et la magistrature.Ce mécanisme marque un progrès de la démarche démocratique.Mais, chez les gouvernants comme chez les citoyens, on s\u2019en remet parfois trop passivement et naïvement à ce processus d\u2019expertise.Là aussi, il y a des dangers de manipulation par toutes sortes de lobbying.On prête assez facilement à l\u2019expert une attitude de neutralité, alors qu\u2019on cultivera le sentiment inverse devant l\u2019homme politique.La \u201cpartisane-rie\u201d ne se limite pas à la sphère des partis.Rien n\u2019est plus dangereux que les partis pris inconscients ou camouflés, ou inavoués.Ce tribunal a donc ses limites quand il prononce certains jugements.Son mandat est souvent plus large que celui de la magistrature, surtout au plan de l\u2019investigation.Il arrive que des commissions d\u2019enquête forcent certaines portes, scrutent les alentours d\u2019un cas litigieux.Elles ont un rôle plus ou moins défini de contrôle démocratique et même de pédagogie collective.On l\u2019a vu récemment chez la Commission 135 Cliche, qui a mis davantage dans le coup l\u2019opinion publique et les média.Mais déjà plusieurs commissions avaient procédé à de vastes consultations dans le corps démocratique.Voilà un progrès indéniable.Mais encore ici, surtout dans l\u2019évaluation de responsabilités morales \u201cdélicates\u201d, la présomption d\u2019innocence doit rester un repère important.Tous les gros phares sont braqués sur les commissions d\u2019enquête, à cause de leur crédit de neutralité au départ.Une erreur de jugement aura donc d\u2019énormes répercussions.On me dira qu\u2019il s\u2019agit avant tout d\u2019établir les faits.Mais c\u2019est se leurrer que de croire au départage clair et net entre le fait brut et l\u2019interprétation qu\u2019on en donne.Cette distinction est encore plus voilée dans l\u2019appréciation des citoyens qui prennent connaissance des résultats.Il faut craindre ici la corruption du meilleur.La prochaine étape va cerner davantage ce propos.r Le tribunal de la magistrature Qu\u2019en est-il maintenant du tribunal au sens strict du terme?Je ne l\u2019ai pas situé au départ pour plusieurs raisons: -\tdans un contexte démocratique, il y a plusieurs instances de jugement.La cour comme le code ne doivent jamais être isolés du milieu humain, de son évolution, de ses sensibilités culturelles et morales, de ses conditions historiques concrètes.Cela vaut autant pour une question comme l\u2019avortement privé que pour l\u2019administration publique des ressources collectives; -\tavant les jugements de la magistrature, il y a toujours le débat plus ou moins large du cas litigieux disputé par les gens concernés.Ce cheminement est nécessaire.De sa qualité dépend souvent la pertinence de l\u2019interprétation juridique; -\tles activités de la cour ont de 136 moins en moins un caractère privé.Les journaux, la radio, la télévision en font état abondamment.On s\u2019en est pris jadis aux nominations \u201cpolitiques\u201d des juges; mais est-on aussi critique sur les nouvelles formes de pression qui s\u2019exercent sur la magistrature, sur sa liberté et sur son indépendance de jugement?Un juge peut être coincé par des condamnations prématurées dans des media, ou encore par des propagandes démagogiques qui font entrer à la cour en héros des gens accusés de délits graves.Voilà autant de motifs qui nous invitent à mieux évaluer la qualité morale et démocratique de tout ce qui précède, accompagne et dépasse les actes juridiques de la cour.Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019assurer l\u2019indépendance de ce lieu décisif de protection du citoyen.L\u2019évolution démocratique a changé profondément les conditions d\u2019exercice de ce \u201cpouvoir\u201d.Les influences qui interviennent dans le processus se sont multipliées.Nous avons beaucoup de chemin à faire pour les clarifier et les articuler d\u2019une façon juste, intelligente et démocratique.Le vieux cliché a sa part de vérité: \u201con a les juges qu\u2019on mérite\u201d.Vérité partielle, par ailleurs.Les hommes chercheront toujours à jouer leurs propres lois.Est-ce i-déalisme que de tenir mordicus à la pureté de ce lieu privilégié du droit?Un lieu constamment menacé de toute part.On l\u2019a vu dans l\u2019affaire Watergate.Même l\u2019opinion publique s\u2019est affaissée par moment.Les hommes supportent mal toute la vérité du droit et du réel.C\u2019est là que peut agir une instance juridique qui promeut jusqu\u2019au bout les dures exigences d\u2019une pleine justice.Il faut comprendre les inquiétudes actuelles de certains juges devant l\u2019affaiblissement de certaines règles majeures du droit.Telles la présomption d\u2019innocence, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires.Celui-ci devra rester la dernière instance, la plus libre, la plus indépendante.Ce qui ne préjuge pas des réformes à ce niveau.Ce pouvoir est exercé par des hom- mes faillibles.Il peut développer plus facilement des attitudes rigides et même conservatrices pour maintenir l\u2019ordre à n\u2019importe quel prix.Beaucoup d\u2019événements récents nous ont prouvé le danger d\u2019identifier légalité et moralité.Il y a trop de tricheurs qui s\u2019en tirent dans le cadre légal actuel.Si la crédibilité de la loi s\u2019affaiblit, la justice tout autant que la démocratie en prennent un coup.Mais bien plus grave encore m\u2019apparaît la tendance de rejeter en principe et en pratique la loi comme instrument majeur du droit.Il en va de même du mépris assez généralisé face à l\u2019institution parlementaire, qui reste jusqu\u2019à preuve du contraire, un haut lieu de notre démocratie.Un juge reprochait récemment aux gouvernants politiques, et indirectement au parlement, de renvoyer à la cour, des jugements proprement politiques.Ce fut le cas dans bien des grèves qui véhiculaient des problèmes sociaux ou économiques, susceptibles de commander un débat et des décisions proprement politiques.Symptôme, entre plusieurs, d\u2019une crise qui amenait Léon Dion à suggérer une profonde étude de notre système politique.Je ne m\u2019attacherai ici qu\u2019à la question soulevée par cet article.Dans quelle mesure les comportements au parlement lui-même gardent bien en vue cette présomption d\u2019innocence?On a l\u2019impression que l\u2019esprit d\u2019une telle règle du droit ne vaut plus dans cette enceinte.Malgré certains progrès indéniables dans la qualité des apports de part et d\u2019autre, il faut bien avouer que l\u2019assemblée nationale est encore le pire tribunal de l\u2019affrontement démocratique.Ce qu\u2019on peut se permettre dans le cadre des immunités parlementaires! Que d\u2019accusations et d\u2019invectives lancées à propos de tout! \u201cCirque\u201d ou \u201cjungle\u201d, le langage populaire témoigne de cette perte de crédibilité.La population s\u2019y est habituée.Voilà un très mauvais signe.Il y a peut-être plus de violence par pouce carré au parlement que RELATIONS partout ailleurs.Je n\u2019arrive pas à comprendre comment on s\u2019y accommode, surtout au moment où notre société a tant besoin de leadership moral.Il y a trop de citoyens, chez nous, qui ne croient plus l'honnêteté possible.C\u2019est peut-être à cause de cela que des exploiteurs ou des bandits notoires font parfois figure de héros dans de larges secteurs de la population.Si au parlement, on cherche plus à abattre des hommes qu\u2019à promouvoir des politiques justes et efficaces, l\u2019exemple vient de haut! Tant de tâches urgentes et majeures sont sacrifiées au profit de conflits de personnalité.Encore s\u2019il y avait une éthique de la lutte politique! On se \u201ctape la gueule\u201d dans bien des milieux.Une sorte de mise en procès perpétuel.Voilà ce qui m\u2019a amené à regarder notre société actuelle comme un enchevêtrement de tribunaux.Et encore, je ne m\u2019arrête pas aux rapports chaotiques entre ces tribunaux.Pensons à la tendance de certains gouvernants qui passent par-dessus le parlement pour se plébisciter dans l\u2019opinion publique.Le débat démocratique déserte ses propres lieux institutionnels et se transmue en une sorte de guerre globale, sans champ de bataille circonscrit.X Le tribunal entre pairs, premier et dernier test ______________________________) Cette dernière remarque nous suggère un sixième type de tribunal, celui des organismes impliqués dans un cas de litige ou de délit d\u2019intérêt public.Disons d\u2019abord la rapidité et la facilité avec lesquelles les parties en cause s\u2019entendent pour faire du gouvernement le bouc émissaire.Rares sont les organismes capables de procéder à une autocritique systématique et efficace, par delà des querelles internes souvent échevelées.Même dans le cadre de structures très démocratiques, on refuse la discussion libre sur des délits graves connus par des membres ou des leaders de l\u2019organisme concerné.L\u2019histoire récente témoigne de nombreux cas flagrants au sein de partis politiques, d\u2019organismes patronaux ou syndicaux.Le parti libéral devant deux commissions d\u2019enquête.L\u2019association canadienne des manufacturiers qui ne voit aucun intérêt public dans le conflit de l\u2019amiante (voir télégramme adressé à Pierre Trudeau).Des syndicats de la construction qui déclinent toute responsabilité devant mille et un actes de violence et d\u2019extorsion.Ainsi beaucoup de structures sociales, aux divers échelons, n\u2019ont pas vraiment de mécanismes d\u2019autorégulation.Quand ils existent, on les met trop rarement à l\u2019épreuve.Pourtant, une foule de problèmes pour- Une société aussi volcanique use le psychisme et le moral de ses citoyens.A long terme, plusieurs d\u2019entre eux auront la tentation de troquer une liberté mal assumée pour un régime autoritaire.A la limite, celui-ci ne reconnaît d\u2019autre tribunal ou d\u2019autre droit que les siens.On ne peut donc plus se contenter de faire du travail à la pièce en matière de justice.D\u2019une irruption à l\u2019autre, on retrouve souvent les mêmes cercles vicieux.Ce cadre de réflexion révèle la complexité de l\u2019exercice du jugement dans l\u2019ensemble de la société.Il faut une mise en ordre plus sensé des six tribunaux que je viens de décrire; en eux-mêmes, et dans leurs rapports mutuels.J\u2019insiste, en priorité, sur le dernier, parce qu\u2019il est le premier et le dernier test de la démocratie et de la justice.Dans une certaine mesure, la qualité des cinq autres en dépend.Il ne faut pas minimiser non plus cette assiette commune qu\u2019offre une charte \u201cappliquée\u201d des droits de l\u2019homme.La revision du code garde aussi toute son importance.Il ne s\u2019agit pas ici de céder à l\u2019angélisme de la vertu pure.Rien n\u2019est pire qu\u2019un moralisme qui divise le monde en bons et en méchants comme dans les westerns.La vie raient être solutionnés au niveau des gens immédiatement concernés.On identifierait mieux l\u2019innocent ou le coupable, avec toutes les nuances d\u2019équité.Le tribunal établi entre pairs est sans doute le plus difficile.Mais c\u2019est le test de base de la justice en régime démocratique.Une telle démarche vient corriger l\u2019énorme danger d\u2019une structure simpliste de guerre qui préside au rituel habituel des procès.Celui-ci incite les parties de l\u2019accusation et de la défense à noircir l\u2019autre et à se \u201cblanchir\u201d unilatéralement.On en arrive ainsi à un écheveau inextricable de conflits sans issues, de cercles vicieux sans solutions.réelle n\u2019est pas en noir et blanc.Les prétendues mains blanches n\u2019ont pas de mains.Dans ma tradition spirituelle j\u2019ai appris l\u2019importance d\u2019un jugement lucide et courageux sur soi-même.C\u2019est là une première garantie de la pertinence des rapports avec autrui.Dans la société d\u2019ici, on distribue à la tonne \u201cles culpabilités des autres\u201d tout en niant si facilement les siennes.C\u2019est peut-être une contradiction fondamentale qui vicie la règle d\u2019or de la présomption d\u2019innocence.Ceci dit, je ne nie pas l\u2019importance et la nécessité des autres démarches, politiques ou autres, qui peuvent commander le changement parfois radical d\u2019une situation collective injuste.Mais l\u2019esprit échevelé de plusieurs procès actuels rend l\u2019atmosphère bien peu propice à des solutions dynamiques et constructives au sein des inévitables rapports de force qui tissent l\u2019histoire réelle.En ce sens, le tribunal devrait être la dernière instance, et non l\u2019instrument quotidien pour faire la justice.L\u2019affaire Watergate nous a appris une étrange leçon: celle de pointer savamment les coupables sans nous remettre nous-mêmes en question.-.Conclusions: au delà du Western actuel V__________________________________J MAI 1975 137 LES FAUX MIRACLES DE L\u2019AMÉRIQUE LATINE une interview avec Mgr Fragoso, évêque de Cratéus (Brésil) Dom Fragoso se présente comme un homme bien d\u2019aplomb, qui ne se dérobe pas devant son interlocuteur.Fils de paysans du nord du Brésil, il est resté attaché à la terre de ses pères; lorsqu\u2019il parle des paysans, il ne le fait jamais sans souligner leur humilité, leur force, leur courage et leur persévérance.L\u2019entrevue a été faite par un petit groupe qui comprenait un journaliste de Prensa Latina, des Politisés Chrétiens et des permanents de Développement et Paix, à l\u2019occasion d\u2019une tournée d\u2019information de Dom Fragoso au Québec.Question - Comment voyez-vous la conjoncture actuelle en Amérique latine?DOM FRAGOSO - Je ne connais pas tout de l\u2019Amérique latine; mon opinion est nécessairement limitée et donc sujette à critique.Je crois cependant qu\u2019en Amérique latine nous avons pris conscience de notre très grande dépendance, et du fait que la source de cette domination est située en dehors de notre continent, chez les pays riches et industrialisés avec lesquels nous sommes liés.Cette domination passe par des médiations politiques, sociales et culturelles pour ainsi prolonger à l\u2019intérieur même des structures de nos pays une domination qui vient de l\u2019extérieur.A cause de cette dépendance, la plupart des nations latino-américaines s\u2019appauvrissent de plus en plus; cet appauvrissement constant est en relation dialectique avec l\u2019élévation rapide et constante du niveau de vie des pays riches avec qui nous faisons affaire.La prise de conscience de cette situation conduit à une action -elle perce déjà un peu partout -qui vise à libérer les pays latino-américains de cette condition de dépendance et à construire un avenir plus juste pour l\u2019ensemble du continent.Il y a bien des combats chez nous qui expriment cette lutte pour la justice, pour un changement profond et radical en Amérique latine.C\u2019est là plus ou moins mon impression concernant la situation de notre continent.Il y a un mouvement général de prise de conscience, mais je ne vois pas encore d\u2019organisation bien articulée au niveau de notre Amérique.Il nous manque une organisation scientifique, rigoureuse et planifiée de tous les groupes qui \u201cprennent conscience\u201d.138 RELATIONS Q.\t- Lorsque vous parlez de la \u201cmédiation\u201d qui maintient et prolonge la dépendance, à quoi pensez-vous concrètement?R.\t- Je pense surtout aux oligarchies économiques, militaires, politiques et culturelles qui ont le pouvoir en Amérique latine.Les cadres dirigeants de ces oligarchies ont souvent été formés en dehors de l\u2019Amérique latine: aux Etats-Unis, dans la zone du Canal, à Panama, où est situé le quatrième commandement sud de l\u2019armée américaine.Nous pouvons dire qu\u2019il y a un encadrement, un enlignement, un lavage de cerveaux - je ne peux pas dire s\u2019ils en sont conscients - de ces cadres qui acceptent de servir d\u2019intermédiaires; le médiateur et la médiation sont ainsi créés.Q.\t- Que pensez-vous de la position de ces pays, membres de POE A, qui commencent à dénoncer la présence américaine en Amérique latine et à prendre des mesures nationalistes?R.\t- Cela fait au moins douze ans que nous avons découvert que nos relations avec les Etats-Unis, non seulement ne nous sont pas favorables, mais nous mettent en plus dans une situation de dépendance: nous devenons de purs satellites de la métropole américaine.Nous avons découvert que cette situation était \u201cantipathique\u201d.Les Etats-Unis, de leur côté, se sont aperçus qu\u2019un impérialisme ouvert et ostenta-teur suscite de vives réactions.C\u2019est pour cela qu\u2019on croit - cela, je ne peux pas le prouver, -que le Mexique et le Brésil ont été choisis pour servir d\u2019agents subalternes de cet impérialisme; ils doivent ouvrir les portes de leurs pays voisins à la \u201ccoopération\u201d et à l\u2019influence impérialiste.Si c\u2019est vrai, l\u2019avenir s\u2019annonce bien triste, car l\u2019antipathie que nous ressentons envers les Etats-Unis se tournera également contre des pays frères.Q.\t- Que pensez-vous des mouvements nationalistes en Amérique latine?R.\t- Je ne suis pas expert en cette matière.Le peu que je connais me montre que c\u2019est au Pérou surtout que s\u2019est fait connaître la vague militaire nationaliste.Ce nationalisme militaire s\u2019exerce verticalement, pour le peuple et au-dessus du peuple, de sorte qu\u2019il n\u2019y a pas de place pour une vraie participation populaire.Cela risque alors de devenir un nationalisme de type populiste.Or toute forme de popu-larisme retarde le processus de libération des peuples.Je ne peux pas m\u2019attendre à ce que les classes dirigeantes latino-américaines puissent arriver à comprendre la situation de dépendance dans laquelle nous vivons, ni la situation de ceux qui vivent en marge de notre société; ni en conséquence qu\u2019ils aient la ferme volonté de changer radicalement la situation.C\u2019est pourquoi la \u201cvoie péruvienne\u201d, comme on l\u2019appelle, ne me donne pas d\u2019espoir.Quant aux autres nationalismes, je crois qu\u2019ils ne répondent en rien aux besoins du continent.Q.\t- Même le nationalisme du Vénézuéla?R.\t- Même celui du Vénézuéla.J\u2019ai l\u2019impression que le Vénézuéla continue d\u2019être un satellite et qu\u2019il essaie de suivre le modèle international de développement économique, à savoir: le revenu moyen per capita augmente rapidement, dépasse celui d\u2019autres pays et on donne l\u2019image d\u2019un pays riche.Des investissements extraordinaires sont effectués dans l\u2019infrastructure, mais les masses continuent d\u2019être pauvres, plus pauvres qu\u2019avant.Q.- La crise mondiale du pétrole a-t-elle changé les relations de forces en Amérique latine?R.- Au Brésil, cette crise a eu d\u2019énormes répercussions.Le \u201cmiracle brésilien\u201d a reçu comme une douche d\u2019eau froide.Je ne peux pas évaluer l\u2019impact qu\u2019a subi tout le pays, mais j\u2019ai été témoin des conséquences de la crise du pétrole dans la région de mon diocèse de Cratéus.Je sais que cette crise a eu une incidence sur notre commerce extérieur -la balance des paiements et que le Brésil connaît actuellement de très grandes difficultés.Le Brésil payait autrefois son pétrole importé un milliard de dollars; aujourd\u2019hui ce pétrole nous coûte quatre milliards de dollars, et cela est très cher pour notre pays.D\u2019un autre côté, on raconte que les cercles dirigeants du Brésil ont élaboré une stratégie pour \u201cavoir accès\u201d aux sources du pétrole en Amérique latine: en Bolivie et au Vénézuéla.Cela pourrait permettre au Brésil d\u2019accumuler des réserves de pétrole pour l\u2019avenir.Aujourd\u2019hui, c\u2019est la crise; demain, nous en retirerons peut-être des avantages.Il ne fait cependant pas de doute que le problème du pétrole a provoqué une crise chez nous aujourd\u2019hui, une dépression économique.Q.\t- Quelle est la situation économique du Brésil?R.\t- J\u2019ai constaté, pour le moment, un effort intelligent et planifié du régime brésilien visant à la fois à freiner l\u2019inflation, qui a été plus que galopante, et à atteindre un taux très élevé de croissance économique.D\u2019un autre côté, je crois qu\u2019il faut que chaque Brésilien, tout le peuple, puisse avoir une participation juste, libre et ouverte à tout ce développement.Et sur ce point, le modèle brésilien suit encore le s traces du modèle capitaliste international: concentration de la richesse, marginalisation et appauvrissement des masses.Pour moi, ça c'est grave.MAI 1975 139 Q.\t- La situation du peuple s\u2019améliore-t-elle ou empire-t-elle?R.\t- Je n\u2019ai pas fait d\u2019enquêtes ni .d\u2019analyses scientifiques; je ne peux donc que vous donner mes impressions.Par les contacts que j\u2019ai eus avec les paysans et d\u2019autres gens du peuple, je sais qu\u2019ils souffrent beaucoup.Ils sont conscients de cette situation, ils se rebellent et ils protestent aussi.Je crois que les résultats des élections nationales du 15 novembre 1974 expriment ce mécontentement et cette conscience chez le peuple de sa souffrance.Q.\t- Revenons un peu en arrière.Selon vous, quelle voie doit prendre la libération des peuples latino-américains?R.\t- Bien que pour moi tout ne soit pas encore clair, je crois que l\u2019expérience de Camilo Tor-rès est importante.Nous devons travailler a^vec le peuple, l\u2019aimer et l\u2019aider à revendiquer et à assumer sa dignité: aider le peuple à comprendre sa situation globale, à passer à l\u2019action, à s\u2019organiser.Je crois que nous ne pouvons pas accomplir tout cela simplement en lui donnant des armes.Q.\t- Les forces révolutionnaires en Amérique latine ne travaillent-elles pas précisément en ce sens, vers l\u2019instauration du socialisme?R.\t- Je ne suis pas expert en socialisme, mais je pourrais dire que c\u2019est l\u2019inspiration socialiste qui répond le mieux à l\u2019homme latino-américain.De toute façon, c\u2019est l\u2019alternative actuelle qui s\u2019offre à nous.Peut-être sera-t-elle demain dépassée; aujourd\u2019hui elle me paraît valable.Q.\t- Les paysans du Brésil peuvent-ils espérer se libérer?R.\t- L\u2019espoir existe chez les paysans, mais ils ne sont pas or- ganisés.Il existe des noyaux qui ont commencé le combat au niveau de la base, sans toutefois arriver à se rencontrer au plan régional ou national.Je crois qu\u2019ils n\u2019ont pas encore une conscience très nette de la relation qui existe entre leur combat local et le combat pour la transformation globale de la situation.Ceux qui ont une vision plus claire de la situation devront être à l\u2019écoute de cet effort des paysans, provoquer la réflexion, laisser, tout en les aidant, les paysans découvrir quel avenir ils veulent construire.Personne ne dispose encore d\u2019un modèle politique pour la libération en Amérique latine.Nous n\u2019en sommes pas encore rendus à son élaboration et les agents principaux de ce travail devront être, à mon avis, les paysans et les travailleurs, aujourd\u2019hui marginalisés et opprimés.Q.\t- A partir de l\u2019hypothèse qu\u2019il n\u2019y a pas encore ce modèle du processus de changement, ne croyez-vous pas que le conflit actuel entre certains pays latino-américains et les Etats-Unis ainsi que l\u2019opposition d\u2019une conscience nationale vont aider les peuples latino-américains à prendre position, à comprendre leur situation à l\u2019intérieur de l\u2019exploitation capitaliste internationale?R.\t- Je ne crois pas qu\u2019il puisse y avoir de véritable libération des opprimés en Amérique latine sans que ceux-ci aient une conscience claire et critique de leur situation, des mécanismes de la dépendance et de l\u2019exploitation internationale.Cette prise de conscience devra déboucher sur une volonté globale de s\u2019organiser, de planifier, de rompre avec le présent et de lutter pour un changement radical.Mais, et c\u2019est là le problème, quelle pédagogie allons-nous employer?Je crois qu\u2019il faut partir des paysans eux-mêmes, marginalisés et opprimés, et respecter leur rythme à eux.Sinon, nous allons tomber facilement dans le populisme, et cela retarde la libération.Nous ne sommes pas les premiers agents de la libération, ce sont les opprimés.La communauté, le milieu de vie des opprimés, sera l\u2019école de leur apprentissage politique.Elle sera l\u2019école de l\u2019expérience démocratique.Car la démocratie n\u2019existe pas; les oligarchies imposent tout simplement leurs i-dées aux masses latino-américaines.Il faudra donc que, au niveau de leur communauté, les paysans échangent entre eux, discutent tous les problèmes qui les touchent; ils n\u2019iront pas discuter des problèmes de tout le pays.Il faudra qu\u2019ils aient la possibilité de juger d\u2019abord et critiquer librement leurs problèmes, d\u2019élaborer des lois ou des normes pour leur communauté:\tles paysans, les marginaux et les travailleurs ne participent justement pas à l\u2019élaboration des lois à l\u2019échelle nationale.Le fait qu\u2019ils puissent élaborer un micro-projet communautaire et évaluer leurs actions sera la condition d\u2019un apprentissage de base absolument nécessaire.Grâce à cette expérience ils arrivent à comprendre les problèmes régionaux, nationaux et internationaux.Tell est le fondement et l\u2019orientation maîtresse de notre pédagogie: l\u2019expérience, la praxis est au point de départ du processus de libération.Q.- Le modèle pédagogique que vous proposez est celui de l\u2019autogestion communautaire.Est-ce que la structure économique et sociale du Brésil permet l\u2019existence de structures d\u2019autogestion économique dans les communautés rurales?140 RELATIONS R.- Une prise du pouvoir par la base ne se fait pas sans affrontements et sans tensions, pas plus au Brésil que partout en Amérique latine.C\u2019est pourquoi la stratégie de la libération suppose continuellement l\u2019affrontement.Il est nécessaire que nous soyons formés en conséquence et prêts à faire face à ces affrontements, à ces tensions.Q.\t- Certaines analyses prévoient que le régime actuel au Brésil pourrait se voir dans l\u2019obligation, à cause des difficultés économiques, d\u2019effectuer certaines réformes pour hausser le pouvoir d\u2019achat des masses.Jusqu\u2019ici la dynamique du \u201cmiracle brésilien\u2019\u2019 n\u2019a fait que concentrer les richesses dans les mains de quelques-uns et appauvrir les masses.Le Brésil aurait donc un régime plus libéral.R.\t- Je ne suis pas au courant de ces analyses; je ne peux donc pas répondre à la question posée.Mais je peux dire ceci: j\u2019ai l\u2019impression que l\u2019aspiration fondamentale des opprimés qui se sont réveillés ne consiste pas à avoir accès seulement à un meilleur niveau de vie.Il ne s\u2019agit pas d\u2019abord d\u2019un problème de distribution des richesses; ce qu\u2019on veut, c\u2019est être partie intégrante d\u2019un processus, participer aux décisions, être responsables du pouvoir; et bien sûr, à la fin, avoir un meilleur pouvoir d\u2019achat.Le réformisme économique ne peut donc pas solutionner à lui seul le problème posé qui va chercher bien plus loin.Ceci vaut pour les paysans opprimés de Cratéus comme de tous les pays.Parce que chaque paysan, chaque travailleur latino-américain est une image du continent.Pourquoi?Parce que l\u2019impérialisme s\u2019est faufilé partout en Amérique latine.Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un impérialisme qui attaquerait de l\u2019étranger.Il y a MAI 1975 maintenant un impérialisme accepté, dont nous sommes complices.C\u2019est pourquoi la libération à effectuer à l\u2019intérieur de l\u2019Amérique latine exigera que David - c\u2019est-à-dire le peuple - devienne assez fort pour défaire Goliath, c\u2019est-à-dire l\u2019impérialisme international.Q.\t- Les coups militaires au Brésil (1964), au Chili (1973) et ailleurs n\u2019ont-ils pas \u201cfermé\u201d plusieurs espoirs des pays latino-américains?R.\t- Je connais très peu tout ce qui s\u2019est passé au Chili.Je connais à peine ce qui se passe dans le petit coin du Brésil où je vis.Mais je crois que ces coups ne pourront jamais éteindre l\u2019espérance profonde des masses latino-américaines.Parfois le feu dort sous les cendres, on ne le voit pas:\til est là pourtant; un jour le vent se lève et voilà que les flammes apparaissent.C\u2019est l\u2019expérience que je fais dans mon diocèse: ils ne peuvent pas tuer l\u2019espoir.Le paysan - j\u2019en parle parce que c\u2019est avec lui que je vis tous les jours - possède une sagesse et une intelligence exceptionnelles.Lorsqu\u2019il s\u2019aperçoit que la répression du système devient très forte, très structurée, il sait qu\u2019il ne peut pratiquement pas y faire face.Par prudence, il se tait; mais c\u2019est un homme convaincu et, l\u2019heure venue, sa conviction se manifestera.C\u2019est pour cela que je crois qu\u2019ils ne peuvent pas tuer les espoirs chez nos paysans ni chez les opprimés.Ils peuvent retarder le processus de libération, mais rien de plus.Q.\t- Que pensez-vous de l\u2019Eglise latino-américaine, de son comportement face à tout ce dont nous avons parlé?R.\t- Il est difficile de parler de l\u2019Eglise .en général, parce qu\u2019il y a plusieurs Eglises: l\u2019E-glise-Evêque, l\u2019Eglise cléricale, l\u2019Eglise-Peuple, etc.Q.\t- L\u2019Eglise-Evêque?R.\t- Je connais à peine un tiers des 272 évêques du Brésil, et souvent superficiellement.Je n\u2019ai donc pas le droit de porter un jugement global, mais je peux livrer quelques impressions.Comme évêques, nous en sommes arrivés à découvrir, avec la dignité de nos peuples, leur situation de dépendance et les mécanismes de leur exploitation dans la structure capitaliste.Nous sommes présentement à un moment-clé.Pensez à la Conférence de Medellin (Colombie, 1968); lorsqu\u2019on connaît l\u2019ensemble de l\u2019épiscopat, cette conférence révèle un tournant important.Pensez au document des é-vêques du Pérou sur la justice, lors de l\u2019avant-dernier Synode.Il pleut des documents de partout! Au niveau de l\u2019intuition et de la découverte théorique, on en est arrivé à une certaine convergence, mais lorsque nous passons aux attitudes, à la praxis pastorale de l\u2019ensemble de l\u2019épiscopat, je crois que seulement une minorité essaie d\u2019incarner ces intuitions.Medellin est encore une utopie.Ils sont peu ceux qui essaient de mettre en pratique Medellin, sans savoir trop comment, ni voir trop clair, et ce sont ceux qu\u2019on dit avancés et progressistes.La convergence théorique des intuitions n\u2019est pas difficile.C\u2019est la praxis qui est difficile.Il faudra un miracle pour nous libérer les épaules de trois à quatre siècles d\u2019une certaine praxis! Nous ne sommes ni préparés ni prêts à effectuer seuls ce changement: il faudra qu'on nous aide.Les opprimés, les plus pauvres, dans ce combat pour la justice, vont nous acculer à l\u2019évidence 141 que nous devons nous convertir sous peine de rester en marge du peuple.Q.\t- Comment expliquer cette difficulté des évêques de passer de la théorie à la pratique?R.\t- On pourrait évoquer le problème du pouvoir: nous sommes le pouvoir ecclésiastique, l\u2019autorité.Nous sommes alors poussés à conserver les traditions - tout l\u2019acquis du passé -et à freiner un peu le nouveau, parce que la créativité dérange, pose beaucoup de problèmes.Il y a aussi le poids de notre formation.Par formation, un évêque est un \u201cpacifiste\u201d: un homme de paix, qui ne se bat pas, qui ne déclare pas la guerre, ne suscite pas les luttes et des difficultés, qui essaie de concilier.Il coexiste ainsi pacifiquement avec l\u2019ordre établi.Si un évêque fait problème, il ne sera jamais archevêque ou Cardinal! Q.\t- Les groupes de chrétiens progressistes qui luttent pour le socialisme, pour le changement en Amérique latine, constituent-ils à vos yeux un courant important au sein du christianisme?R.\t- Je connais à peine quelques témoignages de chrétiens qui sont dans le combat, qui n\u2019ont plus leur espoir dans le système capitaliste, \u201cle système\u201d comme nous l\u2019appelons.Ces chrétiens ne voient pas d\u2019autre issue que le socialisme.Souvent leur prise de position tient plus aux sentiments qu\u2019à une analyse scientifique.Q.\t- Que pensez-vous de ces groupes de chrétiens qui, comme au Chili, luttent pour le socialisme?R.\t- J\u2019ai peu d\u2019information sur ces groupes et ma vision est très fragmentaire.Ce que j\u2019en connais, je l\u2019ai la dans les jour- naux.Je ne connais pas les documents de base de ces chrétiens.Toutefois je regarde avec beaucoup de sympathie le courage et la lucidité de ce groupe de prêtres qui veut assumer ce que l\u2019Eglise officielle a proclamé et formulé, et même dépasser ce que l\u2019Eglise dit.Parce que je crois que l\u2019Eglise hiérarchique n\u2019a pas la mission ni le désir de prendre le leadership.La mission de l\u2019Eglise officielle consiste peut-être à être attentive aux charismes, à leur diversité et complémentarité, à jurer fidélité à l\u2019Evangile et à l\u2019homme, et à aider cet homme à ce qu\u2019il marche vers sa libération.Ces groupes de chrétiens ont pris une option au niveau de leur conscience.Dieu ne nous en demande pas plus: être fidèle à notre conscience et accepter la critique de notre option, parce qu\u2019elle est toujours sujette à critique.Mais l\u2019avenir ne peut jamais se dévoiler sans le courage et l\u2019espérance de quelques hommes, de ceux qui ont opté, qui nous font croire .Je les regarde donc avec beaucoup de sympathie.Q.\t- Que répondriez-vous à ceux qui accusent ces chrétiens socialistes de confondre évangélisation et politisation?R.\t- Comme je l\u2019ai dit, je connais peu la pensée de ces groupes de chrétiens socialistes.Je crois toutefois que nous allons vers la diaspora; les chrétiens vont se disperser et nous ne serons qu\u2019une petite minorité au sein de toute l\u2019humanité.Or c\u2019est toute l\u2019humanité qui est appelée à construire l\u2019avenir, pas seulement les chrétiens.Mais les chrétiens avec les autres.Il nous faudra alors offrir une collaboration loyale, ouverte, lucide et fraternelle, qui exigera beaucoup des chrétiens.Il y a évidemment des conditions à tout cela: une pédagogie, une straté- gie.Le chrétien doit être fidèle en tout moment à son Evangile, à sa foi.Mais cette collaboration avec les non-chrétiens est nécessaire; elle constitue aussi un appel de Dieu.Nous n\u2019avons pas connu cela autrefois, parce qu\u2019il y avait une certaine unité spirituelle et culturelle de l\u2019humanité; à l\u2019avenir, la dispersion même des chrétiens va les obliger à un nouveau mode de présence.C\u2019est pourquoi je crois de plus en plus urgent de faire entre nous la synthèse de notre foi et d\u2019établir des liens de coopération loyale avec tous les autres, et avec les autres tels qu\u2019ils sont.Cela, je le vis dans les petites choses de la vie quotidienne.Un paysan de Cratéus plante du coton en 1973; le prix du coton est alors élevé et il gagne assez d\u2019argent.En 1974, il plante de nouveau du coton, mais cette fois les prix baissent d\u2019un 40C et la production diminue à cause des inondations; il n\u2019a alors plus les moyens de nourrir sa famille, de la vêtir, de mener une vie tout simplement humaine.Ca touche sa conscience, son destin, tout l\u2019homme.Alors, pour lui, qui fait toujours référence à Dieu, et pour moi, qui crois au Dieu Vivant, ce Dieu est là, au milieu de son peuple, de ses paysans, dans le contexte économique dans lequel ils vivent maintenant.Et ce Dieu dit que sa créature, l\u2019homme, doit se libérer de son esclavage.C\u2019est pour cela que j\u2019essaie d\u2019aider les paysans à comprendre leur situation, dans ses causes, afin de la changer; et également, la présence de Dieu à leurs côtés.J\u2019essaie ainsi d\u2019intégrer évangile et libération.Q.- L\u2019Eglise n\u2019a pas été é-trangère à \u201cl\u2019intériorisation\u201d du capitalisme.Ne croyez-vous pas que le chrétien qui veut lutter pour la justice doit inventer aujourd\u2019hui une nouvelle relation avec Dieu et avec la communauté, en accord avec ses 142 RELATIONS aspirations de justice?Cela n\u2019implique-t-il pas une rupture avec l\u2019enseignement dominant de l\u2019Eglise?R.- C\u2019est juste.Je crois que l\u2019alliance de la croix avec l\u2019épée a fonctionné pendant les quatre siècles de notre colonisation, que l\u2019Eglise a légitimé le pouvoir é-tabli, qu\u2019elle a apporté non seulement l\u2019Evangile mais aussi la culture occidentale colonisatrice, ses idées, ses schèmes, ses catégories.On nous a imposé un visage artificiel qui n\u2019est pas le nôtre.Lorsqu\u2019aujourd\u2019hui l\u2019Eglise découvre cela, elle devient responsable.Nous ne pouvons juger si, oui ou non, l\u2019Eglise d\u2019autrefois était consciente de son rôle, mais aujourd\u2019hui qu\u2019elle connaît la vérité, elle n\u2019a plus d\u2019excuse pour fuir les problèmes.Q.\t- Iriez-vous jusqu\u2019à dire que les divergences à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise sont à ce point profondes qu\u2019un affrontement entre chrétiens est inévitable?R.\t- Oui, car l\u2019Eglise n\u2019est pas une société céleste ou angélique.Elle est une société faite à l\u2019image et ressemblance de toute la société humaine.Le système qui est partout se trouve également à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise.Les affrontements à l\u2019intérieur du système sont semblables à ceux qui ont lieu à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise.C\u2019est pourquoi il est impossible à l\u2019Eglise de se convertir à sa vocation profonde si, en même temps, ne s\u2019effectue pas une transformation de la société globale.Ces deux réalités ne peuvent se dissocier.Q.\t- Quelle est la tâche d\u2019un chrétien aujourd\u2019hui?R.\t- A mon avis, la réalité la plus significative de notre monde d\u2019aujourd\u2019hui est la lutte des opprimés pour la justice.Une Eglise qui s\u2019engage dans cette lutte et qui se met à l\u2019écoute et au ser- vice des opprimés, révèle le plus clairement possible la volonté de Dieu à l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.Peut-être que ce n\u2019est pas le signe le plus important en soi, mais si moi, comme chrétien, j\u2019en suis convaincu, je dois agir en conséquence.Q.\t- Comment caractériseriez-vous le mouvement de nonviolence auquel vous avez participé, qui est en train de naître en Amérique latine?R.\t- Il n\u2019y a pas de mouvement de non-violence en Amérique latine.Il y a simplement eu récemment une rencontre, la seconde, de différents groupes de paysans, de travailleurs, d\u2019étudiants et d\u2019hommes d\u2019Eglise qui cherchent à lutter pour la justice avec des moyens non violents.Ils n\u2019acceptent pas qu\u2019on les appelle \u201cnon-violents\u201d, parce que cette expression est péjorative et passive et parce qu\u2019ils sont engagés dans ce combat jusqu\u2019au bout, jusqu\u2019à la mort, comme celle du Christ par exemple.Ces gens ne veulent pas plus d\u2019un mouvement de réconciliation, parce qu\u2019une réconciliation entre la classe de l\u2019oppresseur et la classe de l\u2019opprimé est inacceptable.Nous voulons être des gens qui luttent pour la justice et qui refusent d\u2019armer trop vite le peuple.Q.\t- En d\u2019autres mots, la non-violence n\u2019est pas pour vous un principe?R.\t- Il est très difficile de discuter de ce problème de façon académique.Il faut se mettre au travail et, dans la praxis, il y a une stratégie à découvrir pour toute l\u2019Amérique latine.Il faut chercher le dialogue avec tous, même avec ceux qui sont pour la violence.Evidemment, lorsque le chemin est tout tracé, il n\u2019y a pas de raison de dialoguer.Mais qui peut juger, discerner le quand et le comment de la lutte armée?Les opprimés, lorsqu\u2019ils seront conscients, sauront bien s\u2019il faut ou non avoir recours aux armes.Il ne nous appartient pas de décider pour eux.Q.\t- La question \u201cviolence ou non-violence\u2019\u2019 dans le combat pour la justice est-elle question de principe ou de circonstances pour un chrétien?R.\t- Les deux, à mon avis.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un absolu.Nous pouvons avoir mille arguments tirés de la Bible ou de la tradition chrétienne contre la violence, comme mille arguments des mêmes sources en sa faveur.D\u2019un point de vue théorique, il n\u2019y a pas de solution.Je crois que la Révélation du Seigneur est imbriquée dans l\u2019histoire et que, aujourd\u2019hui, le contexte historique nous révèle un complot mondial favorisant la violence, un complot alimenté par le système capitaliste: la violence institutionnalisée et la violence répressive.Le système ne croit en rien d\u2019autre qu\u2019en la violence; il la provoque, la nourrit.Lorsqu\u2019un tel complot existe, nous, les chrétiens, sommes appelés à lui dire NON; la violence ne vient pas avant tout.Ce qui est primordial, c\u2019est de connaître, aimer et lutter avec tous les moyens offerts par l\u2019intelligence, les arts, la science pour changer radicalement cette situation.Mais, qui sait, peut-être que demain les circonstances vont exiger un recours aux armes.Lorsqu\u2019on croit à la violence, le recours aux armes est une réponse préfabriquée, précisément parce qu\u2019on croit à la violence et à son efficacité.C\u2019est tout autre chose lorsqu\u2019on ne croit pas en l\u2019efficacité universelle de la violence et qu\u2019elle n\u2019est utilisée que comme recours provisoire.Il y a là une conscience différente et à mon avis, nouvelle.MONTRÉAL, FEVRIER 1975 MAI 1975 143 LE COLLOQUE DE HARDFORD et la pensée chrétienne d\u2019ici par Julien Harvey Un groupe de dix-huit théologiens appartenant à neuf Eglises chrétiennes' se sont réunis à Hartford, au Connecticut, du 24 au 26 janvier dernier, pour formuler des points de repère de la pensée chrétienne dans le courent du changement culturel.Le document qu\u2019ils ont présenté à la presse mérite notre attention.A la fois en raison de la qualité des signataires; parmi eux, des hommes bien connus, comme Peter Berger (Rutgers University), Avery Dulles, S.J.(Catholic University), Alexander Schmemann (St.Vladimir\u2019s Orthodox Seminary), Gerard Sloyan (Temple University), George Tavard, etc.Aussi, parce que le texte donne à penser.D\u2019abord, parce qu\u2019il véhicule du vivant, parce qu\u2019il essaie de cerner des thèmes omniprésents, mais souvent informulés.Ensuite, parce qu\u2019il provient de neuf formes diverses de la pensée chrétienne ecclésiale, ce qui suggère que ses points de référence s\u2019enracinent dans un christianisme très fondamental, au-delà de la réflexion momentanée d\u2019une seule Eglise.Je veux ici rendre accessible le texte en traduction française et y ajouter ensuite quelques réflexions critiques, en vue d\u2019une lecture québécoise.Une invitation à prendre position Le renouveau du témoignage et de la mission de l\u2019Eglise requiert que l\u2019on réexamine constamment les points de départ qui influencent la vie de l\u2019Eglise.Or, aujourd\u2019hui, une perte apparente du sens de la transcendance menace l'aptitude de l\u2019Eglise à répondre aux tâches urgentes auxquelles Dieu l\u2019invite dans le monde.Cette perte se révèle dans un ensemble de thèmes omniprésents.Plusieurs d\u2019entre eux sont séduisants à première vue; mais, si on les examine de plus près, on constate que ces thèmes sont faux et qu\u2019ils affaiblissent la vie et l\u2019action de l\u2019Eglise.Parmi ces thèmes, nous indiquons les suivants: 1er thème: La pensée moderne est supérieure à toutes les formes anciennes d\u2019intelligence de la réalité; par conséquent, la pensée moderne est normative pour la foi et la vie chrétienne.En rejetant ce thème, nous protestons contre l\u2019asservissement aux formes dominantes de la pensée, non seulement du 20e siècle, mais de toute autre période historique.Nous favorisons l'usage de tout moyen utile pour comprendre, que ce moyen soit ancien ou moderne, tout en insistant sur le fait que la proclamation chrétienne doit être faite dans la langue de notre culture.Et, en même temps, nous affirmons la nécessité pour la pensée chrétienne de rencontrer les autres images du monde et d'être rencontrée par elles, tout en reconnaissant qu\u2019elles sont toutes provisoires.Ile thème: Les énoncés religieux sont totalement indépendants du discours rationel.La capitulation devant la soi-disant primauté de la pensée moderne prend deux formes: l\u2019une consiste à subordonner les énoncés religieux à la rationalité scientifique; l\u2019autre, en identifiant la raison et la rationalité scientifique, élimine en même temps les é- noncés religieux du domaine du discours rationel.Si maintenant on traite les énoncés de foi comme s\u2019ils n\u2019étaient que des énoncés au sujet du croyant lui-même, le résultat est une religion de pure subjectivité.Nous rejetons les deux formes de cette capitulation.Ille thème: Le langage religieux se réfère à l\u2019expérience humaine et à rien de plus; donc, Dieu est la plus noble création de l\u2019humanité.La religion apparaît ainsi comme un ensemble de symboles humains et même de projections humaines.Nous rejetons l\u2019affirmation qui voudrait qu'elle ne soit que cela.Ce qui est en jeu ici est en fait la réalité de Dieu: nous n\u2019avons pas inventé Dieu, c'est Dieu qui nous a inventés.IVe thème: Jésus ne peut être compris qu\u2019en termes de modèles contemporains d\u2019humanité.Ce thème suggère un renversement de l\u2019\u201cimitation de Jésus-Christ\u201d.C\u2019est-à-dire qu\u2019on fait de l\u2019image de Jésus le reflet de l\u2019image de l\u2019excellence humaine qui est véhiculée dans la culture ou dans la contre-culture.Nous ne nions pas que tous les aspects de l\u2019humanité soient illuminés par Jésus; il est même nécessaire au caractère universel du Christ qu\u2019il soit perçu en liaison avec les traits de l\u2019univers du croyant.Mais nous rejetons toute servitude à l\u2019égard de métaphores relatives, provisoires et fréquemment idolâtres.On ne peut pas interpréter Jésus, ni les Ecritures ni la tradition chrétienne, sans référence à l\u2019histoire dont ils font partie.Sinon, on risque d\u2019exploiter la tradition sans la prendre au sérieux.Ve thème: Toutes les religions sont également valides; le choix entre elles n\u2019est pas une question de certitude à l\u2019égard de la vérité, mais de préférence personnelle d\u2019un style de vie.Nous reconnaissons notre humanité commune et l\u2019importance d\u2019explorer et de confronter toutes les manifestations de la recherche de Dieu.Mais, en même temps, nous rejetons ce thème, qui nivelle les divergences et ignore les contradictions.En agissant ainsi, on obscurcit la signification de la foi chrétienne et on ne respecte pas l\u2019intégrité des autres fois.La vérité importe; par 144\tRELATIONS conséquent, les différences entre religions sont très importantes.Vie thème:\tLa réalisation de soi- même et la fidélité à soi constituent la signification intégrale du salut.Le salut contient une promesse de réalisation humaine, mais identifier salut et réalisation humaine risque de banaliser la promesse.Nous affirmons que le salut ne peut être trouvé qu\u2019en Dieu.Vile thème: Puisque ce qui est humain est bon, le mal peut être adéquatement compris comme l\u2019échec de la réalisation des possibilités humaines.Ce thème est une invitation à mal comprendre l\u2019ambivalence de la vie humaine et à sous-estimer l'omniprésence du péché.Paradoxalement, en minimisant l\u2019énormité du mal, ce thème compromet la lutte tenace contre des maux sociaux ou individuels bien définis.Ville thème: Le seul but du culte est de promouvoir la réalisation de la personne et de la communauté.Le culte promeut sans doute des valeurs personnelles et communautaires.Mais, avant tout, il est réponse à la réalité de Dieu et il naît du besoin et du désir de connaître, aimer et adorer Dieu.Nous adorons Dieu parce que Dieu est adorable.IXe thème:\tLes institutions et les traditions historiques sont oppressives et opposées à notre vraie humanité; donc, il faut s\u2019en libérer pour vivre une vie authentique et une authentique religion.Les institutions et les traditions sont souvent oppressives.Et c\u2019est pourquoi elles doivent être soumises à une critique incessante.Mais la communauté humaine requiert des institutions et des traditions.Sans elles, la vie dégénère en chaos et en nouvelles formes de servitude.La poursuite moderne de la libération de toute contrainte sociale ou historique est finalement déshumanisante.Xe thème:\tLe monde doit fournir l\u2019agenda de l\u2019Eglise.Les programmes sociaux, politiques et économiques en vue d\u2019améliorer la qualité de la vie sont finalement normatifs pour la mission de l\u2019Eglise dans le monde.Ce thème recoupe transversalement l\u2019éventail politique et idéologique.Sa forme demeure la même, qu\u2019il s'agisse de soutenir les valeurs de l\u2019\u201cAmerican way of life\u201d, le socialisme ou la conscientisation.L\u2019Eglise a le devoir de dénoncer les oppresseurs, d\u2019aider les opprimés dans leur libération et de chercher à guérir la misère humaine; ainsi, la mission de l\u2019Eglise coïncide parfois avec les programmes du monde.Mais les normes de l\u2019activité de l\u2019Eglise découlent de sa perception de la volonté de Dieu sur le monde.XIe thème: Insister sur la transcendance de Dieu est un obstacle au souci social et à l\u2019action sociale chrétienne, et même peut être incompatible avec ce souci et cette action.Cette position entraîne certains à déprécier la transcendance de Dieu.D\u2019autres, s\u2019appuyant sur une fausse transcendance, se retirent dans une religion privatisée et négligent la responsabilité personnelle et sociale envers la cité terrestre.Si on se place dans une perspective biblique, c\u2019est précisément la foi en un règne de Dieu sur tous les aspects de la vie qui amène les chrétiens à s\u2019engager pleinement dans la lutte contre les structures oppressives et déshumanisantes et contre les manifestations de racisme, contre la guerre et l\u2019exploitation économique.XIle thème: La lutte pour une humanité meilleure réalisera le royaume de Dieu.La lutte pour une humanité meilleure est essentielle à la foi chrétienne et elle est inspirée par la promesse biblique du Royaume.Mais des êtres humains imparfaits ne peuvent pas créer une société parfaite.Le Royaume de Dieu dépasse.tpute utopie concevable.Dieu a ses projets qui dépassent les nôtres et qui nous surprennent, à la fois par le jugement et par la rédemption.XIIle thème; La question d\u2019une espérance au-delà de la mort est sans im- portance ou à tout le moins marginale dans la compréhension chrétienne de la réalisation de l\u2019homme.Ceci est la capitulation finale devant la pensée moderne.Si la mort est le dernier mot, alors le christianisme n\u2019a rien à dire sur les questions fondamentales de la vie.Nous croyons que Dieu a ressuscité Jésus d\u2019entre les morts et \u201cnous sommes convaincus qu\u2019il n\u2019y a rien dans la vie ni dans la mort, dans le royaume des esprits ou des pouvoirs super-humains, dans le monde présent et dans le monde à venir, dans les forces de l\u2019univers, supérieures ni inférieures, rien dans toute la création qui puisse nous séparer de l\u2019amour de Dieu dans le Christ notre Seigneur\u201d (Rom.8, 38-39).Analyse et commentaires de Julien Harvey, pp.146-148.MAI 1975 145 Refus global ou accueil critique?Ceux d\u2019entre nous qui sont familiers de la théologie des siècles passés se sentent déjà sans doute mal à l\u2019aise devant ce texte.Il rappelle un genre littéraire bien connu, celui des anathèmes conciliaires ou des condamnations de la culture moderne dans le Syllabus.La difficulté de tels textes est d\u2019abord qu\u2019ils peuvent être facilement récupérés, en particulier par des militants du retour en arrière ou du statu quo.Une deuxième difficulté tient au fait que, même s\u2019ils ont leur utilité, ils sont peu créateurs.On peut regretter que les auteurs n\u2019aient pas présenté leurs thèmes comme des avenues fermées, en le démontrant, au lieu de les rejeter tout simplement.Et cela, d\u2019autant plus que la démonstration qui suit la formulation de chacun des thèmes est souvent faible ou unilatérale; on a évidemment voulu faire bref, mais cette brièveté aurait dû manifester plus de sérénité.Cette pèrception d\u2019ensemble suggère un refus global.Cependant, devant un effort intéressant pour saisir sur le vif des thèmes de la théologie vivante, il est plus valable de penser à un effort de prospective.C\u2019est dans cette perspective que je me place, sans vouloir évaluer de façon critique la validité du document de Hartford pour le milieu même où il a été rédigé.Une lecture prospective en contexte québécois me semble plus utile.Culture moderne et foi chrétienne Même s\u2019ils semblent disparates, les thèmes se laissent regrouper en trois blocs: culture, homme, société.Le premier bloc (thèmes 1-5) est centré sur notre confiance en notre culture et sur notre méfiance à l\u2019égard, d\u2019un rattachement au passé.Cela peut sembler étrange, lorsqu\u2019on observe la proliféra- tion des mises en question de la culture actuelle.Pourtant, je crois que le premier thème est bien vivant chez nous, au Québec, mais en un sens différent de celui auquel songent les auteurs américains.Notre rejet, parfois systématique, de tout ce qui a précédé notre révolution culturelle des années soixante nous amène parfois à une perception assez mince de la réalité.Je pense en particulier à notre attitude présente à l\u2019égard de la philosophie; après n\u2019en avoir eu qu\u2019une, parfois approfondie, parfois suivie de façon servile, nous sommes trop souvent passés à un éclectisme qui n\u2019apporte guère de support à notre réflexion et présente souvent des obstacles illusoires à une foi chrétienne.Le deuxième et le troisième thème, concernant l\u2019absence de raccord entre le discours rationnel et le discours religieux ainsi que l\u2019expérience humaine conçue comme un cercle fermé, ont certainement moins de prise chez nous que dans le monde anglo-saxon.Les courants philosophiques qui expliquent la présence de ces thèmes n\u2019ont suscité que peu d\u2019intérêt au Québec.Par ailleurs, une réflexion sur les thèmes cités peut invité à une plus grande rigueur dans la démarche pastorale et catéchétique.Le quatrième thème, celui qui veut que Jésus ne soit connaissable qu\u2019en termes de modèles contemporains d\u2019humanité, est moins manifeste chez nous qu\u2019aux Etats-Unis.Nous n\u2019avons pas eu nos \u201cJesus Christ Superstar\u201d ni nos \u201cJesus Freaks\u201d.Et l\u2019image du Jésus gué-iillero n\u2019a jamais occupé l\u2019avant-scène ici.Par ailleurs, les lectures arbitraires de l\u2019Evangile ne manquent pas et sont souvent le fait d\u2019un manque de compétence professionnelle.L\u2019accueil assez large de la science-fiction théologique autour du Jésus de l\u2019histoire est un indice intéressant; il sera bon de voir quel sera, après la vague de popularité de Robert Ambelain, le suc- cès de \u201cJésus, guerrier de l\u2019indépendance\u201d de Raoul Roy (Montréal, éd.Parti pris, 1975).Le pluralisme religieux américain explique sans doute en grande partie le relativisme exprimé par le cinquième thème.Chez nous, les vieilles racines catholiques demeurent et en limitent l\u2019action.Avec en plus l\u2019ignorance des positions spirituelles, morales ou sociales des autres confessions chrétiennes et des autres religions.Plus souvent, la religion communautaire sera rejetée sans remplacement.Par ailleurs rejeter entièrement la réalité de ce thème chez nous serait trop facile; je ne citerai comme exemple que la croissance rapide de l\u2019adhésion aux Rose-Croix dans des zones populaires de Montréal, ou le succès des Mormons dans le sud du Québec.En termes de prospective, cette première tranche des thèmes de Hartford me semble suggérer d\u2019évaluer de façon critique le décrochage culturel non sélectif que nous avons vécu depuis la fin de la guerre.Il ne peut s\u2019agir en effet de revenir en arrière, de pleurer sur le bon Québec d\u2019avant la télévision, ni de nous imposer de force une métaphysique; il s\u2019agit de prendre au sérieux notre recherche d\u2019un sens de la vie dans notre culture.Si une foi et une vie chrétienne doivent se reconstruire chez nous, elles ne pourront pas être appuyées sur un moment de notre culture et de notre histoire, ni sur une perception momentanée de Jésus-Christ dans un moment turbulent de notre histoire.Ceci vaut également pour notre éthique.146 RELATIONS L\u2019homme d\u2019ici et la foi Le deuxième bloc de thèmes des théologiens de Hartford (thèmes 6-9) concerne l\u2019anthropologie actuelle, en particulier le nouveau Prométhée délivré de ses peurs et de ses servitudes.A mon avis, trois des quatre thèmes rejoignent directement l\u2019homme québécois, autant et plus que l\u2019homme américain (nous n\u2019avons vécu ni la guerre du Vietnam ni Watergate!).Concevoir le salut comme la simple réalisation de ses potentialités d\u2019homme (thème 6), faire du péché le simple manque à cette réalisation (thème 7), cela est bien connu chez nous.Avec comme conséquence une grande résignation devant le peu de valeur de sa vie et une grande sérénité devant le mal qu\u2019on fait ou dont on est solidaire.Cette déradicalisation de la foi chrétienne me semble être la contrepartie d\u2019une accentuation trop forte, dans le passé, de la présence du péché.Mais le passage d\u2019un homme hanté par la proximité du mal et éventuellement de l\u2019enfer à un homme chrétien libre n\u2019implique en rien la disparition de l\u2019image tragique de l\u2019homme qu\u2019est l\u2019image chrétienne.Les prophètes avaient peur d\u2019un homme qui ne se reconnaît pas pécheur et qui centre sa vie sur la réalisation de lui-mème.Socialement, nous devrions commencer à ressentir la même inquiétude devant la croissance chez nous du manichéisme, du sentiment d\u2019innocence chez soi et de culpabilité chez les autres.Le neuvième thème, sur le caractère oppressif de toute institution, mérite d\u2019être considéré à part.Car il est étonnant pour un Québécois de voir arriver des Etats- MAI 1975 Unis une telle proposition! Il suffit d\u2019avoir vécu quelque temps chez nos voisins pour constater qu\u2019ils sont, plus que nous, naturellement soumis à la loi, à la tradition, à l\u2019institution.Nous, Québécois, sommes plutôt faits pour l\u2019institution légère, requérant une fidélité relative, laissant place à l\u2019appartenance nominale et peu coûteuse.Quitte à nous mettre en situation de faiblesse par isolement et d\u2019inefficacité par manque de coordination.Si nous avons tant souffert sur le plan ecclésial de la lourdeur de l\u2019institution, c\u2019est sans doute parce qu\u2019elle nous venait en grande partie d\u2019ailleurs, plus ultramontaine que gallicane.D\u2019où la libération dans la marginalité pendant les dix dernières années, l\u2019optimisme à l\u2019égard d\u2019une foi sans pratique, l\u2019exploitation à sens unique de l\u2019Eglise organisée lorsque le besoin s\u2019en fait sentir.A l\u2019heure actuelle, l\u2019échec des mécanismes de remplacement se révèle davantage:\tle chrétien non institutionnel ne s\u2019est pas développé chez nous; il est demeuré un marginal passif.Sur le plan de la prospective, les propositions anthropologiques de Hartford me semblent inviter l\u2019homme québécois à plus de lucidité devant sa vie et devant son action.En particulier, la dureté croissante du combat social chez nous lui apparaîtrait peut-être sous son vrai jour, non pas comme un hasard ou un mécanisme automatique, mais comme le résultat de l\u2019appartenance innocente de chacun de nous à une phase ou l\u2019autre de ce que Helder Camara appelle la \u201cspirale de la violence\u201d: violence institutionnelle amenant violence insurrectionnelle et enfin violence répressive.A ce moment, il sera peut-être amené à sentir qu\u2019il a besoin d\u2019un salut gratuit, parce que le mal qu\u2019il fait est plus qu\u2019un accident de parcours.Et que l\u2019institution est une garantie d\u2019humanité, à condition qu\u2019on critique constamment ce qui la rend oppressive.Notre société et notre Eglise La dernière section du manifeste de Hartford (thèmes 10-13) est centrée sur la nouvelle conscience sociale et aussi sur la mauvaise conscience née des \u201cradical sixties\u201d.Une foi chrétienne trop fortement axée sur un autre monde et sur un salut individuel a amené le retour des Eglises sur le terrain socio-politique, sur le commencement terrestre de la vie sociale éternelle et parfaite.Ce qui est dénoncé ici, c\u2019est l\u2019envahissement entier du champ de conscience et d\u2019action ecclésiales par le souci socio-politique (thème 10), la marginalisation de la transcendance de Dieu (thème 11), l\u2019optimisme excessif concernant la réalisation du Royaume par nos efforts (thème 12), et, enfin, la perception de la dimension éternelle de la personne humaine comme marginale ou même non signifiante (thème 13).Si on examine l\u2019impact de ces thèmes sur la foi ecclésiale d\u2019ici, il me semble qu\u2019une observation s\u2019impose dès le départ:\tils sont plus vivants chez les agents pastoraux que chez les croyants en général.Le christianisme latin a depuis longtemps une tendance à se percevoir comme une évasion dans la vie future, en oubliant que la vie éternelle d\u2019un croyant et d\u2019une communauté de croyants est déjà commencée depuis le baptême et que le commencement du Royaume est déjà ici.Même si nous avons eu chez nous des efforts d\u2019instauration d\u2019in ordre social chrétien, ils n\u2019ont jamais eu l\u2019envergure des entreprises anglo-saxonnes ou allemandes d\u2019incarnation socio-politique du Royaume, depuis l\u2019implantation calviniste genevoise jusqu\u2019à 147 1 / l\u2019installation puritaine aux Etats-Unis.Que les thèmes cités à Hartford se manifestent plus vivement chez eux n\u2019a rien que de prévisible.Chez nous, ils peuvent devenir objet de réflexion et de prospective, surtout pour les animateurs de communautés.Le dynamisme é-vangélique de l\u2019action socio-politique chrétienne requiert que l\u2019agenda de l\u2019Eglise comprenne d\u2019autres objectifs et d\u2019autres espérances que le combat social pour une meilleure qualité de vie et une plus grande justice sociale.Notre engagement socio-politique devient spécifique précisément à cause de notre foi en l\u2019éternité de l\u2019aventure humaine.Et dans l\u2019urgence de l\u2019engagement de tous pour la justice, il est essentiel que nous considérions ce que les théologiens appellent la \u201créserve eschatologi-que\u201d, sur le fait que, à travers nos efforts, mais au-delà d\u2019eux, le Royaume de Dieu est donné.Il serait par ailleurs regrettable que l\u2019attention unilatérale aux thèmes de Hartford ramène les chrétiens d\u2019ici à un fatalisme et à un désengagement devant l\u2019incohérence de notre monde.Le manifeste des théologiens de Hartford suscitera sans doute un débat intéressant.Il serait souhaitable que nous fassions plus qu\u2019observer le débat.Par ailleurs, je ne souhaiterais pas voir des théologiens d\u2019ici tenter le même effort dans les mêmes termes.Un colloque analogue pourrait avec avantage rechercher les thèmes inexplorés de notre culture qui devraient être ranimés pour qu\u2019ils contribuent à une plus grande vitalité chrétienne et à une meilleure liaison de notre espérance et de notre avenir ici.23 avril 1975.relations__________________________________ ABONNEMENTS-CADEAUX Plusieurs missionnaires, prêtres, religieux et religieuses du Canada, s\u2019intéressent à Relations, mais bien souvent, pour des raisons financières, \u2014 on le comprend, \u2014 ne peuvent payer un abonnement.Certains de nos lecteurs ont répondu avec générosité à notre appel de payer de tels abonnements.Cet appel, nous le renouvelons encore: certains d\u2019entre vous accepteraient-ils d\u2019offrir à des missionnaires un abonnement qu\u2019ils nous disent apprécier grandement?Merci.Voici, à titre d\u2019exemple, quelques lettres.Je vous dis un mot de remerciement pour l\u2019envoi (gratuit) de la revue Relations.Je ne sais qui a eu cette bonne idée et qui en défraie le coût, mais de toute façon je vous en suis bien reconnaissant.Plusieurs autres Pères Blancs canadiens la reçoivent et se demandent \u201cd\u2019où-ce-que ça d\u2019vient\u201d.Je suis certain que cet envoi est apprécié.\u201cRelations\u201d nous aide à garder le contact avec \u201cchez-nous\u201d, ce qui inclut pays et Eglise., ainsi qu\u2019au renouvellement des idées, pour suivre ce monde québécois en changement.Au retour, nous serons moins dépaysés.Encore une fois un grand merci pour moi et.pour les autres récipiendaires de \u201cRelations\u201d au Malawi.\tR.T.,p.b.Lilongwe, Malawi.J\u2019ai reçu avec GRAND plaisir avis que des amis me procuraient pour un an votre revue canadienne, Relations.J\u2019ai lu plusieurs articles avec profit, et surprise de constater le développement de plusieurs endroits du Québec.J\u2019écris ce mot de remerciement à ces bienfaiteurs.\tM.F.o.m.i.Roma, Lesotho.R y a quelques mois, j\u2019ai commencé à recevoir votre revue que je puis faire circuler parmi les Pères et Religieux et Religieuses du Canada qui se trouvent ici.T r, J.P., c.s.c.Chittagong, Bangladesh.J\u2019ai reçu votre revue Relations.Cordial merci.S\u2019agit-il d\u2019un numéro-réclame ou d\u2019un cadeau d\u2019un ami?Pourriez-vous me renseigner car mon nom et mon adresse sont très bien écrits.Si quelques personnes charitables ont payé mon abonnement, je les remercie beaucoup.S\u2019il s\u2019agit d\u2019une réclame, vous avez gagné.je payerai mon abonnement aussitôt que j\u2019aurai votre réponse.L.P.R., o.m.i.Marseilles, South Africa.Comme je suis très contente de cet abonnement, j\u2019aimerais transmettre à qui me l\u2019a payé mon plus chaleureux \u201cmerci\u201d pour ce cadeau instructif, ouvert sur l\u2019Eglise et le monde, présent à la transformation profonde qui change la face de la terre.M.D., mic.La Paz, Bolivie.Il me fait plaisir de venir vous remercier pour votre délicatesse à notre égard en nous envoyant gratuitement votre revue grâce à la générosité de certains lecteurs.Personnellement, j\u2019ai fait connaissance avec \u201cRelations\u201d lors de nos vacances au Canada en 1971 et j\u2019en ai apprécié le contenu énormément.Au nom des Soeurs et au mien (nous sommes six à Cochabamba) nous tenons à vous dire notre reconnaissance.R.O., mic.Cochabamba, Bolive.RELATIONS Une publication des Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-H2P 2L9 Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.148 t RELATIONS Intimité, communion, participation: DE L\u2019AUTRE AUX AUTRES par Marcel Marcotte Il n\u2019est pas de vie chrétienne qui ne repose sur une intériorité.Intériorité de la foi, \u201cqui sans violence, sans art, sans argument, nous fait croire les choses, et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement\u201d (Pascal), au lieu de gaspiller son temps et ses forces à rebrousser sans cesse la pente de l\u2019Esprit critique; à écarter, à grand ahan, les doutes, les soupçons dont la route est semée.Intériorité de l\u2019espérance, qui nous entraîne à voir et saluer de loin, au bout du noir tunnel où nous nous avançons en titubant, un coin ensoleillé du monde de la promesse; d\u2019une promesse dont nous savons, en dépit de toutes apparences contraires, qu\u2019elle tend déjà, en nous et hors de nous, à son accomplissement.Intériorité de la charité, qui nous permet d\u2019embrasser, selon le voeu de notre coeur, dans la ferveur et la transparence d\u2019un même amour, -\u2019 et ce Dieu lointain dont la terrifiante majesté consent à se cacher, et presque à s\u2019abolir, derrière les traits rassurants et le sourire du Père des miséricordes; et ce Dieu proche, Jésus-Christ, qui, pour nous permettre de le voir, de l\u2019entendre, de le toucher, de l\u2019aimer tout ensemble comme un homme et comme le Verbe de vie, a planté sa tente - et sa croix - au milieu de nous; et pareillement tous nos frères et nos soeurs de la terre, MAI 1975 en commençant, selon l\u2019ordre, par ceux dont l\u2019existence est la mieux entremêlée avec la nôtre.Voilà pourquoi, à l\u2019origine de toute \u201cconversion\u201d authentique, et scandant la merche en avant du \u201cpèlerin de l\u2019absolu\u201d que, par vocation, tout vrai chrétien ne peut jamais s\u2019arrêter d\u2019être, il y a d\u2019abord des temps forts d\u2019intimité avec Dieu; une rencontre initiale savoureuse, habituellement suivie de beaucoup d\u2019autres, avec Quelqu\u2019un qui est \u201cen moi plus moi-même que moi\u201d, au cours de laquelle, comme la Samaritaine, chacun se découvre en même temps qu\u2019il Le découvre et qu\u2019il est découvert par Lui.Vécus d\u2019un coup, dans un instant presque brutal de grâce et de lumière, ou, plus souvent, étalés tout au long d\u2019un cheminement obscur et silencieux dont le sens ne se révèle clairement qu\u2019au terme, ces grands moments d\u2019intériorité ont une valeur irremplaçable.Ils marquent la vie d\u2019un sceau et laissent dans l\u2019âme un souvenir qui - tel le mémorial que Pascal portait cousu dans la doublure de son habit - nourrit, aux heures difficiles, les certitudes de l\u2019esprit et les fidélités du coeur.Greffée sur cette intériorité première, et souvent quasi indiscernable d\u2019elle, tant elle l\u2019accompagne de près, jusqu\u2019à paraître, dans certains cas, la précéder (comme il arrive que l\u2019ombre d\u2019un homme marche en avant de lui), il en existe une autre qui, déjà, marque le passage du dedans au dehors, en ce qu\u2019elle est, déjà, une intériorité de communion.On ne saurait mieux la comprendre et la définir que sous les espèces de l\u2019amour humain.Un homme, une femme, dans la force de leur âge, s\u2019avancent seuls au milieu de la foule bruyante.Ils ont des yeux qui ne voient pas, des oreilles qui n\u2019entendent pas, des poumons qui respirent mal et un coeur qui bat au ralenti dans leur poitrine trop étroite.' Parce qu\u2019en eux aucune lumière n\u2019a encore lui, aucun chant n\u2019a encore retenti; qu\u2019ils étouffent de solitude et meurent de froid.Ils s\u2019en vont, mornes et vides, tristes et lourds; arides et durs, parfois, comme des pierres, au milieu de la mer des hommes et de la mer des choses qui, pour eux, ne sont qu\u2019un désert.Mais voici que, dans leur solitude, l\u2019amour - si longtemps, si vainement, si douloureusement attendu - soudain éclate et que, partout où leurs pas les mènent, ils emportent avec eux une présence qui les habite et les fait vivre comme pour la première fois.Et parce que, désormais, ils ont un dedans, tout le dehors s\u2019illumine.Dans les rues de la ville, ce ne sont plus des êtres sans visage et sans nom qu\u2019ils croisent distraitement, ce sont des êtres de chair et de sang, des semblables humains vers lesquels un élan, une sympathie - une curiosité du moins - les attirent en secret.Second enchantement - car dans l\u2019univers de l\u2019amour, tout est lié, tout se tient, tout est un -, voilà que les créatures inertes et sans voix entonnent à leur tour leur cantique; que le monde entier s\u2019emplit de signes et de paroles et commence à vibrer d\u2019une vie mystérieuse, qui 149 est la vie même du coeur désen-gourdi qui palpite au milieu de lui.Elle est retrouvée! Quoi?l\u2019Eternité.C\u2019est la mer mêlée Au Soleil! Rimbaud Les sources sont toujours plus claires, les arbres plus forts, les fleurs plus belles, les oiseaux plus agiles quand c\u2019est à deux qu\u2019on les regarde, en se tenant par la main.\u201cUn seul être vous manque et tout est dépeuplé\u201d.C\u2019est vrai.Mais le contraire l\u2019est encore plus:\tvous étreignez un seul être et vous tenez le monde entre vos bras.LA BEAUTÉ A REDÉCOUVRIR Pour celui qui croit, cette expérience - trop rare, hélas! parce que trop souvent contrarié - du passage du dehors au dedans et d\u2019une communion toute neuve avec les personnes et les choses, se vit à travers la découverte - ou la redécouverte -, dans la foi espérante et aimante, de \u201cl\u2019éternelle enfance de Dieu\u201d (Claudel), c\u2019est-à-dire des aspects émerveillants de la révélation chrétienne.Tard je t\u2019ai aimée, Beauté si antique et si nouvelle, tard je t\u2019ai aimée.Et pourtant tu étais dedans et moi dehors, où je te cherchais, en me ruant sans beauté vers ces beautés que tu as faites.Tu étais avec moi.C\u2019est moi qui n\u2019étais pas avec Toi.Saint Augustin On ne peut dire dans un langage plus simple et plus fort ce qu\u2019est la conversion à l\u2019intériorité.Ni à quelle condition elle s\u2019opère.Le malheur de l\u2019homme naît de ce qu\u2019il est si violemment projeté ou attiré vers les \u201cbeautés\u201d du dehors qu\u2019il en oublie de rechercher, au plus profond de son esprit et de son coeur, cette Beauté qu\u2019il y porte - comme un amour méconnu ou enfoui - sans le savoir, et qu\u2019il y redécouvrirait, Dieu aidant, avec émerveillement et gratitude, s\u2019il consentait seule- ment à en payer le prix.Quel prix?Celui d\u2019un renoncement à des beautés fragiles, à ces idoles que les hommes se fabriquent à eux-mêmes; celui d\u2019un abandon confiant entre les mains toutes-puissantes et tout-aimantes de Dieu.Il faut que l\u2019obstacle saute pour que la grâce passe; il faut que le moi s\u2019efface pour que le Toi se montre; il faut que le silence règne pour que la Parole l\u2019emplisse.Ah, les voix, mourez donc, mourantes que vous êtes, Mourez parmi la voix terrible de l\u2019Amour.Verlaine UNE CONVERSION BIEN TRANQUILLE Dans la vie des chrétiens moyens, les choses, d\u2019habitude, sont plus simples.On dirait que la foi, presque toujours languide, frileuse et sans mordant sur l\u2019existence quotidienne, n\u2019attend - telle la Belle-au-bois-dormant le baiser léger de son Prince - qu\u2019une occasion propice pour se réveiller et pour redevenir tout à coup extrêmement vivante.A la faveur d\u2019une très grande joie ou sous le choc d\u2019une très grande peine, voilà que les mots, les gestes, les sentiments routiniers, qui avaient perdu leur signification et leur saveur originelles, parce qu\u2019ils ne faisaient plus - ou si peu - partie du vécu profond de l\u2019existence, se remplissent à nouveau de chaleur et de sens, tandis que, dans le fond de l\u2019âme, une Présence douce et insistante se réinstalle, dans laquelle tout ce qui n\u2019est pas Elle - les personnes et les choses - s\u2019éclaire d\u2019un jour nouveau qui invite à l\u2019amour et à l\u2019action de grâce.Mystère d\u2019une intimité et d\u2019une communion retrouvées qui, même après que l\u2019âme, un moment exaltée au-dessus d\u2019elle-même, sera retombée, en apparence, dans sa torpeur ancienne, continuera obscurément à réchauffer par-dessous le foyer refroidi d\u2019où quelque haute flamme, un jour ou l\u2019autre, pourra renaî tre.UNE COMMUNION OUVERTE Et pourtant, l\u2019intériorité n\u2019est pas tout; elle serait même, au regard de la foi, fort peu de chose, voire le contraire de ce qu\u2019elle a mission d\u2019être, si, comme chez certains poètes, elle débouchait sur le narcissisme, la contemplation et l\u2019adoration de soi-même dans le miroir glorifiant du langage; ou, comme chez beaucoup d\u2019amoureux, sur cette espèce de solitude à deux, d\u2019enfermement dans le bonheur non partagé, qui est une offense à la détresse des vrais solitaires et, davantage, une trahison de l\u2019amour même qui, comme le soleil de la vie, tend irrésistiblement à s\u2019irradier et se répandre.Une maison sans fenêtres ouvertes sur le monde n\u2019est pas une vraie maison: tôt ou tard, pour ceux qui l\u2019habitent, elle devient une prison; un feu qui se nourrit de soi, au lieu de s\u2019étendre de proche en proche à tout ce qui l\u2019entoure, n\u2019est pas un vrai feu: tôt ou tard, faute d\u2019aliments, il est condamné à s\u2019éteindre; un amour qui n\u2019est qu\u2019un coeur-à-coeur et se refuse au partage n\u2019est pas un vrai amour: tôt ou tard, pour n\u2019avoir rien construit d\u2019autre que soi-même, il perdra de sa douceur et de sa force, et finira par périr comme le serpent qui meurt en se dévorant la queue.LE REGARD DE DIEU Le Dieu de notre foi n\u2019est pas \u201cl\u2019éternel célibataire des mondes\u201d, inaccessible et sourd à la prière humaine, qu\u2019on a parfois imaginé; c\u2019est un Dieu d\u2019amour et de tendresse qui, dans l\u2019intimité même et la communion ineffable des Trois Personnes, a trouvé ses propres raisons suffisantes de décréter, en même temps, que l\u2019univers et l\u2019homme seraient, et que, entraînés loin de Lui par leur participation mys- 150 RELATIONS térieuse à un même péché, ils lui feraient retour, ensemble, à travers l\u2019incarnation, la mort et la résurrection de son fils unique, Jésus-Christ.Au centre de cette décision d\u2019amour, il y a l\u2019Homme.Vous et moi, sans doute, car tout homme est créé, personnellement, comme un monde et personnellement racheté comme si la Pâque n\u2019avait eu lieu que pour lui: \u201cIl m\u2019a aimé et s\u2019est livré pour moi\u201d, dit saint Paul.Mais, au-delà de vous, au-delà de moi, c\u2019est à l\u2019humanité tout entière, issue du même amour, enveloppée de la même tendresse, convoquée au même destin, que le salut est offert.Ignace de Loyola, dans sa contemplation de l\u2019Incarnation, nous montre, penchées sur les balcons du ciel, \u201cles Trois Personnes divines regardant toute la surface ou la sphère de l\u2019univers, remplie d\u2019hommes et décidant \u201cque la seconde Personne se ferait homme pour sauver le genre humain\u201d.Non pas un genre humain abstrait, à l\u2019image de quelque idée platonicienne de l\u2019homme; ni cette \u201chumanité en général\u201d dont Tolstoi avouait que, plus il l\u2019aimait, moins il aimait les \u201chommes en particulier\u201d; mais un genre humain concret, fait des hommes considérés \u201cles uns après les autres\u201d dans l\u2019espace et le temps, \u201cdans toute leur variété de costumes et d\u2019attitudes: les uns blancs, les autres noirs; les uns en paix, les autres en guerre; les uns dans les larmes, les autres dans les rires; les uns bien portants, les autres malades; les uns qui naissent, les autres qui meurent; etc.\u201d Qu\u2019il est moderne et actuel - parce qu\u2019éternel - ce regard d\u2019amour et de pitié promené par Dieu sur le monde! Regard dichotomique, qui saisit l\u2019homme non seulement dans la diversité, mais dans la contrariété de ses conditions: le riche en face du pauvre, le maître en face de l\u2019esclave, le malheureux, le mal loti en face des bien nantis qui le dédaignent.Pour comprendre l\u2019appel du Christ Seigneur et travailler, sous son Etendard, à l\u2019instauration de son Règne, il faut regarder le monde avec ces yeux-là.MAI 1975 VIE CHRÉTIENNE, VIE PLURIELLE Vivre chrétiennement, selon le Christ, aujourd\u2019hui plus que jamais, c\u2019est vivre au pluriel.C\u2019est sortir des confins étouffants du moi où les passions mesquines, l\u2019amour-propre et les soucis quotidiens nous emmurent; c\u2019est élargir son esprit et son coeur aux dimensions du monde, les étendre, dans l\u2019espace et dans le temps, jusqu\u2019aux extrêmes frontières de la vie des hommes.Vers l\u2019arrière, pour ressaisir et renouer le fil des vieilles et toujours neuves solidarités avec l\u2019histoire de l\u2019humanité en marche; vers l\u2019avant, pour participer déjà, affectivement et effectivement, aux aspirations, aux besoins, aux espoirs qui la travaillent et la soulèvent en direction d\u2019un avenir innommé; mais surtout vers l\u2019aujourd\u2019hui et l\u2019ici des hommes qui se réjouissent ou qui peinent à nos côtés et dont, bon gré mal gré, nous partageons le destin.Vivre chrétiennement, c\u2019est arrêter de dire \u201cje\u201d pour dire \u201cnous\u201d.Nous, bien sûr, aux êtres proches - époux ou épouse, parents ou enfants, compagnons de route ou de combat - auxquels nous sommes liés par le travail, l\u2019amitié, l\u2019amour, le sang.Mais nous aussi à cette immense humanité anonyme dont, à l\u2019époque du \u201cvillage global\u201d, nous entendons marcher les pas, crier les ventres et battre les coeurs à notre oreille, comme d\u2019un mendiant innombrable qui frappe à notre porte.Ouvrir la porte, ouvrir les bras, ouvrir son coeur: voilà ce que le Christ attend de chaque chrétien aujourd\u2019hui.Afin que, sur cette terre rétrécie, où les égdismes s\u2019affrontent et les haines se heurtent, une semence de justice et d\u2019amour soit déposée d\u2019où, pour abriter les \u201coiseaux du ciel\u201d, Dieu fera surgir, au temps voulu, le \u201cgrand arbre\u201d pacifique de son Royaume.UNE COMMUNION DE PARTICIPATION Nous le savons, désormais:\tle salut que nous avons longtemps -trop longtemps - cherché, que nous cherchons encore souvent - trop souvent - en nous seuls et pour nous seuls, c\u2019est en communion participante avec les autres, tous les autres, que nous l\u2019accomplirons; en épaulant leur effort comme, sans le savoir souvent, ils épaulent le nôtre; en les aimant assez, même s\u2019ils ne nous aiment pas, pour défendre et promouvoir leur cause, chaque fois qu\u2019elle est juste; en mêlant notre sueur à leur sueur, nos larmes à leurs larmes, notre sang à leur sang, pour que, dans ce partage des travaux et des peines, le profil sombre et le profil lumineux des événements du monde se fondent dans un même visage; qu\u2019ils se révèlent, dès à présent, à celui qui croit au Christ, et petit à petit à celui qui n\u2019y croit pas, pour ce qu\u2019ils sont en vérité: l\u2019envers et l\u2019endroit du Royaume de Dieu en marche.UN AUTRE MONDE À CONSTRUIRE Un chrétien, aujourd\u2019hui comme hier, c\u2019est quelqu\u2019un qui croit dans \u201cun autre monde\u201d.Non pas seulement dans cet autre monde qui se situe à l\u2019horizon extrême de la vie et du temps, mais dans un monde des hommes qui n\u2019a jamais vu le jour et qu\u2019il est capable d\u2019imaginer, de désirer, de rechercher, avec et pour ses frères, pour la vie d'ici et le temps d\u2019aujourd\u2019hui.Et qui retrousse ses manches pour le faire exister.Parce que, déjà, le Christ est ressuscité - alleluia! - et qu\u2019il faut bien que, en ceux et par ceux qui ont \u201cvu sa gloire\u201d, quelque chose de sa nouveauté et de son impéris- 151 * sable jeunesse rayonne sur la terre où sa croix fut plantée.Un autre monde, une autre humanité; un homme libéré du poids terrible des choses et rendu capable de v&ir plus loin que l\u2019argent, le plaisir, le pouvoir, les réussites terrestres dans lesquelles l\u2019âme s\u2019engluef un homme au coeur converti qui renonce aux fausses opulences pou?aspirer aux \u201cbiens les meilleurs\u201d© mais un homme, également, délivré des chaînes de l\u2019inégalité, de l\u2019injustice, de l\u2019oppression, de la faim, de la peur, qui tiennent aussi l\u2019âme captive; un homme débarrassé du fardeau des structures économiques, sociales, politiques qui l\u2019écrasent, et redevenu par là-même libre d\u2019affronter ses vrais problèmes: la quête du bonheur, la recherche du sens de la vie, de l\u2019amour, de la souffrance, de la mort -, voilà ce qui est à recréer, ici et aujourd\u2019hui, pour que, dans le déjà-là du Royaume des cieux, les hommes savourent l\u2019avant-goût et entendent l\u2019appel du pas-encore vers lequel ils cheminent.UNE LIBÉRATION POUR TOUS \u201cJe tends les bras à mon Libérateur\u201d, disait Pascal.Cette libération, à la manière de son époque, il l\u2019attendait bien tî^p sous la forme d\u2019une libération personnelle du péché, des passions et de l\u2019angoisse de vivre: \u201cJ\u2019ai versé telles gentles de sang pour toi.\u201d Pour regarder le monde avec les yeux de Dieu, il faut rêver d\u2019une libération plus large, d\u2019un salut plus universel, qui n\u2019atteint chacun qu\u2019à condition de s\u2019étendre à tous.Un chrétien, aujourd\u2019hui, c\u2019est quelqu\u2019un qui croit que l\u2019enjeu suprême ds sa vie est mystérieusement mis en cause quand, au Vietnam, les populations apeurées fuient en désordre sur les routes pour échapper à la mitraille, au viol, à la torture, à l\u2019assassinat, aux exécutions sommaires; quand des millions d\u2019êtres humains sont morts ou mourront de faim au Bengalie et au Sahel, à l\u2019heure où sur nos tables et dans nos poubelles de riches, les nourritures s\u2019amoncellent ou pourrissent; quand, chaque jour, derrière les portes closes d\u2019un logis mal éclairé ou d\u2019une clinique étincelante, des \u201ctricoteuses\u201d aux mains sales ou des avorteurs aux mains propres tuent dans le sein de leur mère des milliers de vies commençantes qui, sur leur gouttelette impalpable, portaient une partie de l\u2019avenir du monde; quand des enfants sont battus à mort par leurs parents et des parents vieillis abandonnés par leurs enfants; quand, à peu près partout dans nos pays et dans le monde, les individus et les peuples riches, continuent de s\u2019enrichir, tandis que les pauvres s\u2019enfoncent dans une misère plus noire.Un chrétien, aujourd\u2019hui, c\u2019est quelqu\u2019un qui croit que son salut à lui, dans la foi, l\u2019espérance et l\u2019amour, passe par ses frères humains, proches ou lointains, amis ou ennemis, qui ont besoin de son témoignage, en paroles et en actes, pour ne pas désespérer d\u2019eux-mêmes et des autres; pour croire, à leur tour, que l\u2019Amour existe.Car le Christ, dans le malheur, l\u2019oppression et l\u2019humiliation des hommes, \u201csera en agonie jusqu\u2019à la fin du monde: il ne faut pas dormir pendant ce t@mps-là\u201d (Pascal).LA TENTATION DE L\u2019INTIMISME Face à ces exigences d\u2019incarnation, il semble que, dans certains milieux chrétiens très protégés, tende actuellement à se développer, en marge et à rebours du grand élan de renouveau qui porte l\u2019Eglise à la rencontre du monde, une sorte de spiritualité de serre-chaude, de cénacle, de ghetto, dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019elle est anachronique et s\u2019intégre mal aux perspectives d\u2019une militance chrétienne réalignée sur les besoins de l\u2019homme d\u2019ici et d\u2019aujourd\u2019hui.Au Ile siècle, déjà, Celse caricaturait la foi chrétienne dans l\u2019histoire du salut dans des termes qui montrent combien certaines formes d\u2019intimisme spirituel peuvent être rebutantes pour les gens du dehors.Les juifs et les chrétiens sont à mes yeux comme un tas de chauves-souris ou de fourmis sorties de leur retraite, ou de grenouilles assemblées au bord d\u2019un marais, ou de vers qui tiendraient séance au coin d\u2019un fumier et se diraient les uns aux autres: C\u2019est à nous que Dieu révèle et annonce toutes choses.Il ne se soucie point du reste du monde, nous sommes les seuls êtres avec lesquels il commerce, c\u2019est à nous que toutes choses sont soumises: la terre, l\u2019eau, l\u2019air, les astres.Comme il est arrivé à certains d\u2019entre nous de pécher, Dieu lui-même viendra ou il enverra son propre Fils pour consumer les méchants et nous faire participer à la vie éternelle.Celse, Or.IV, 23 Une fois faite la part de la hargne et du fiel dans ces propos, il n\u2019en faut pas moins retenir la leçon.Les chrétiens, pris individuellement ou en groupes, ont à se garder contre la tentation des spiritualités closes; de l\u2019intériorité conçue et vécue, trop intensément ou trop exclusivement, comme un seul à seul avec Dieu (\u201cmoi et mon créateur\u201d), ou comme un rassemblement de semblables, davantage tournés les uns vers les autres, dans la chaleur des convictions partagées, que vers l\u2019autrui étranger ou hostile qui bat la semelle dans le froid du dehors.En dépit du prix inestimable traditionnellement attaché aux valeurs d\u2019ascèse et de contemplation, il n\u2019est pas certain que l\u2019oratoire et le cloître soient, à l\u2019heure présente, les lieux /Tjar excellence de la rencontre avec Dieu.Il est encore moins certain, du point de vue d'une militance chrétienne, que la préférence accordée au coude-à-coude et à la fraternisation entre proches sur le fase-à-face avec les déviants ou les distants, réponde actuellement aux intentions premières de Dieu; qu\u2019elle n© constitue pas, poussée trop loin, 152 RELATIONS un contre-signe plutôt qu\u2019un sacrement de sa présence dans le monde.Familles, je vous hais, foyers clos, portes fermées, possession jalouse du bonheur! André Gide Méfions-nous du confort, même spirituel: il va dans le sens de la pesanteur, il entraîne vers la facilité; il engourdit l\u2019âme en la consolant, il l\u2019ensommeille en l\u2019entourant de sécurité.Il faut à notre temps des chrétiens aux jarrets vigoureux, qui aiment mieux remonter que descendre les pentes, et qui trouvent plus de joie à relever les défis que, du dehors, le monde leur lance, qu\u2019à macérer dans les délices des harmonies du dedans; des chrétiens qui ne se contentent pas d\u2019assister, les bras ballants et le coeur tranquille, aux événements du monde, comme s\u2019ils étaient debout sur l\u2019autre rive d\u2019un fleuve, mais qui, dans leur rôle et à leur rang, travaillent à en influencer le cours.POUR DES COMMUNAUTÉS OUVERTES Aucune communauté chrétienne, quelle qu\u2019elle soit - communauté de base, rassemblement charismatique, famille religieuse - ne peut ni ne doit être une simple communauté fraternelle, où l\u2019union des esprits et des coeurs est cultivée assidûment, avec des soins exquis.Parce que chacune est toujours, en fin de compte, une cellule d\u2019Eglise, et donc, à divers titles et à différents degrés, une communauté apostolique, tournée vers le dehors et animée par un esprit de service et de conquête.\u201cVoyez donc comme ils s\u2019aiment\u201d, disaient les païens et les juifs émerveillés en regardant vivre les premiers chrétiens.Oui, mais voyez aussi comment, à partir de cette communion dans l\u2019amour du Christ et la charité fraternelle, ils luttent contre la synagogue et l\u2019empire, ils se font égorger pour rendre témoignage à la vérité qui les a réunis, ils quittent \u201cpère et mère, époux ou épouse, frères et soeurs\u201d pour annoncer au monde, qui la refuse, la \u201cbonne nouvelle\u201d du salut: Dieu a tant aimé le monde qu\u2019il lui a donné son Fils unique.Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés.LES DEUX VOLETS DE L\u2019ÉVANGÉLISATION Une intériorité qui tend vers la communion et s\u2019achève dans la participation; un amour né dans le silence et le tête-à-tête avec Dieu qui, de lui-même, s\u2019ouvre au monde et se traduit irrésistiblement en paroles, en actes, en engagement pour \u201cle salut de tous les hommes et de tout l\u2019homme\u201d (saint Ignace): telle est la double dimension, intérieure et extérieure, de l\u2019existence chrétienne.Tel est aussi le double visage de l\u2019évangélisation.Plus encore que de tout le reste - la faim, la maladie, la pauvreté, l\u2019injustice, la trahison, les deuils -les hommes meurent d\u2019épuisement intérieur, de la tristesse de ne pas comprendre la raison de leur souffrance, le but de tout ce qui leur arrive, le sens de ce vaste monde-cruel qui les écrase, eux, les innocents.(Car, riches ou pauvres, grands ou petits, puissants ou désarmés, nous nous entêtons tous, sous le fouet du malheur, à nous croire innocents, bien qu\u2019aucun de nous ne le soit jamais.) C\u2019est pour cela qu\u2019il faut, intérieurement, les évangéliser tous de la même manière.En leur chantant à tous \u201cla chanson qui berce la misère humaine\u201d; en leur faisant connaître à tous l\u2019amour du Père qui compte chaque cheveu tombé de notre tête, l\u2019amour du Fils qui est mort et ressuscité pour que nous ayons la vie éternelle, l\u2019amour de l\u2019Esprit-Saint que Dieu a répandu dans nos coeurs afin que notre espérance ne soit jamais déçue.Cependant, l\u2019espérance chrétienne serait un opium si elle ne devait servir qu\u2019à désamorcer les conflits qui naissent entre les hommes du fait de la domination des faibles par les forts; si elle ne débouchait pas, au contraire, chez ceux qui en sont les hérauts, sur un engagement extérieur résolu pour rendre à tous, surtout aux plus démunis, ia terre plus habitable.\u201cLa promotion de la justice fait partie intégrante de l\u2019évangélisation.\u201d (Dernier Synode des Evêques) Ainsi dosic, du dedans au dehors, de l\u2019Autre aux autres, le passage s\u2019opère, préparant le retour des autres à l\u2019Autre par où le cercle de l\u2019Amour se referme.Tout cela est normal et nécessaire.La rencontre personnelle ou communautaire de Dieu a beau donner le désir - et l\u2019illusion - d\u2019un monde chaud, abrité et douillet, le monde véritable, avec ses tourments, y pénètre toujours quand même, en la personne des humains qui s\u2019y retrouvent.Nous ne pouvons ni ne devons jamais échap per à cette humanité qui nous enserre et nous presse de tous les côtés, comme le®, Icules, naguère, se pressaient autour de Jésus.Nous ne pouvons ni ne devons jamais rester étrangers à ses tensions, à ses colères, è> l\u2019impatience avec laquelle elle nous pousse vers son but.Pour la simple raison que, bon gré mal gré, nous la portons avec nous et qu\u2019elle nous poïte en elle, pour nous emmener peut-être là où, consciemment, nous ne vouions pas aller, mais où il faut que nous allions quand même pour faire se rejoindre, sous la mouvance du même amour, le Royaume d\u2019en-haut et le Royaume d\u2019erî-bas.MAI 1975 153 IRRESPIRABLE, HÉROÏQUE.ET LOUFOQUE par Georges-Henri d\u2019Auteuil Trois moments du théâtre à Montréal: La Maison de Bernarda Alba (Frede-rico Gracia Lorca), par la Compagnie des deux Chaises; Antigone (Sophocle), par la Nouvelle Compagnie théâtrale; L\u2019autre Don Juan (Edoardo Manet), par le Théâtre du Nouveau-Monde.La Maison de Bernarda Alba Du tempérament espagnol, Frederico Garcia Lorca a surtout exprimé le côté âpre, rigoureux, ombrageux, souvent excessif.La Maison de Bernarda Alba nous en donne une preuve de plus.L\u2019amour et l\u2019honneur ont toujours été les thèmes préférés du théâtre espagnol, souvent dans le conflit qui en fait la source de drames fréquents et de nombreuses victimes, comme la belle et jeune Adela, une des filles de l\u2019impérieuse Bernarda Alba.En fait, cette Bernarda, plutôt qu\u2019une mère, était une sorte de garde-chiourme et sa maison, une prison où elle enfermait ses filles à l\u2019abri du monde et de ses tentations.Prison qui devient vite un nid de vipères enroulées les unes sur les autres et cherchant à se déchirer.C\u2019est la triste histoire de cette maison et de ses occupants que Lorca nous raconte dans cette pièce, une des dernières qu\u2019il ait composées et qu\u2019André Brassard a présentée sous les auspices de la Compagnie des deux Chaises.C\u2019est donc une histoire de femmes.Encore une spécialité de Lorca.Mais de femmes qui n'ont rien à envier aux hommes avec l\u2019expression de la haine, de la jalousie, de la méchanceté.Sur ce point, égalité parfaite bien acquise! Pourtant pas de libération.Au contraire, oppression étouffante, tyrannique.Et par une femme, une mère, gardienne, prétend-t-elle, de la di- gnité, du bon renom de la famille dont elle est maintenant responsable, depuis la mort de son époux.Si vous ajoutez à cela la traditionnelle mentalité d\u2019une certaine Espagne austère et intransigeante, vous pouvez imaginer l\u2019atmosphère irrespirable de cette Maison.Vraiment, je préfère encore être un homme! Avec sa voix facilement froide et dure, Kim Yaroshevskaya campe une Bernarda farouchement autoritaire, orgueilleuse et sûre d\u2019elle-même, que rien ne fait flancher pas même l\u2019échec qu\u2019elle refuse et rejette d'un geste péremptoire.Une statue de pierre comme les murs de sa maison.Avec sûreté, elle mène le jeu sans aucune hésitation, appuyée en sourdine par sa vieille servante qui la déteste et pourtant la sert depuis longtemps, Monique Mercure (qui fait d\u2019ailleurs trop jeune), la seule, dans la maison, qui puisse parler à Bernarda et s\u2019en faire écouter, sans pourtant l\u2019influencer.L\u2019Adela de Ginette Morin sait crier, avec violence, son désir d\u2019évasion et précipiter sa cause vers l\u2019amour, même sur les brisées de sa soeur Angustias.Les autres s\u2019agitent dans la crainte, le désir et la résignation.Dans un décor austère et dépouillé de Guy Neveu, André Brassard a conçu une mise en scène pleine de mouvement, de va-et-vient rapide qui exprimait visuellement la vive agitation et les tumultes intérieurs de l\u2019âme des personnages.Mais moins plaisante est sa manie de doubler l\u2019action de la scène par celle des coulisses où l\u2019on voit les comédiens attendre ou organiser leur future entrée.Quand je cause avec des amis dans un salon, je ne prise guère d\u2019assister au brouhaha des préparatifs culinaires dans la cuisine.En fait, au théâtre, tout mon intérêt est centré sur le jeu scénique et le dépaysement qu\u2019il me procure.Psychologiquement, c\u2019est une erreur de m\u2019en détourner en brisant l\u2019illusion qui m\u2019enchante.Michel Garneau (encore une autre manie à la mode) a adapté à la québécoise la traduction française d\u2019André Bellamich, heu- reusement, cette fois, sans trop de dégâts.Quelques mots proprement de chez nous, comme \"cavalier\u201d pour indiquer le petit ami d\u2019une demoiselle, ne juraient pas trop dans le décor espagnol de la pièce.Mais cette manière de faire comporte un sérieux danger: celui de dénaturer l\u2019esprit d\u2019une oeuvre, d\u2019en détruire l\u2019originalité en lui substituant un plaquage insolite étranger.L\u2019Antigone de Sophocle A cause de la somme de pathétique qui se dégage de leur vie, certaines personnes attirent particulièrement l\u2019attention des historiens ou des poètes qui aiment à raconter ou chanter leurs exploits ou bien leurs malheurs.La fille du roi Oedipe en est un exemple connu et après Sophocle son chantre attitré et merveilleux, Antigone et son sort pitoyable ont ému et intéressé nombre d\u2019écrivains.Mais pour découvrir le vrai visage douloureux d\u2019Antigone, il faut revenir sans cesse à Sophocle, à son sens du tragique et aussi de la religion qui donne une grandeur surnaturelle à cette faible jeune fille se proclamant incapable de \u201cvioler les lois des dieux\u201d, lois \u201cimmuables, éternelles\u201d.Ce caractère d\u2019Antigone dans la pièce de Sophocle est le plus fondamental et le plus vrai, même si on a voulu parfois élever la jeune fille au rang de symbole de tous les contestataires du monde.Son action est profondément religieuse et rappelle l\u2019attitude de Pierre et des autres apôtres devant le Sanhédrin, ou des martyrs face aux tyrans, préférant servir Dieu plutôt que les hommes, même au prix de leur vie.Comme à notre époque encore, soi-disant démocratique et tolérante, persistent toujours des pouvoirs oppressifs qui cherchent de toutes manières à juguler les libertés les plus légitimes, surtout religieuses et morales, Antigone se présente à nous comme un exemple stimulant, très opportun.L\u2019Antigone de Sophocle a donc été un choix heu- 154 RELATIONS reux de la Nouvelle Compagnie Théâtrale, comme conclusion de cette saison et adieu à la vénérable salle du Gésù, offert à sa jeune et fidèle clientèle que l\u2019on ne convoque pas souvent à se hausser jusqu'à l\u2019hé-roisme.Une chance assez rare a favorisé la NCT: la rencontre, en la personne de Roger Citerne, d\u2019un spécialiste à la fois en grec et en théâtre, ce qui nous a valu une traduction juste, précise, nerveuse, parfois lyrique dans les choeurs, en même temps que naturelle et facile à exprimer par les comédiens.D\u2019autre part, Yvan Canuel, dans sa mise en scène, ne s\u2019est pas livré à de folles innovations, sous prétexte, comme on dit, de dépoussiérer l\u2019oeuvre.Il s\u2019est attaché à dégager les lignes de forces des personnages, leur vérité profonde, leurs raisons de vivre ou de mourir, d\u2019accomplir leur destinée tragique.Ainsi, l'accessoire, l\u2019insolite n\u2019ont pas pris le pas sur l'essentiel et la pièce en est sortie plus lumineuse et plus forte.Grâce aussi, bien sûr, aux comédiens de la Nouvelle Compagnie Théâtrale.A mon sens, Hélène Loiselle a très bien su exprimer combien une Antigone était habitée d\u2019une nécessaire mission divine: accorder une honnête sépulture à son frère Polynice selon les lois des dieux, mais aussi désespérée de subir, à son tour, le fatal sort des Labdacides, sa famille, sans participer aux joies toutes proches de l'hyménée et de la maternité.Donc un personnage humain.-Sans mièvrerie, Françoise Graton a été une Ismène qu\u2019épouvante le pouvoir civil et qui se juge bien jeune et impuissante pour l\u2019affronter.Créon, le nouveau roi de Thèbes depuis la mort d'Etéocle et Polynice, morts à la guerre, est l\u2019image de l'ambition satisfaite de posséder la puissance totale, qui prétend briser toute opposition.Dur, violent, inflexible, Gilles Pelletier a incarné avec justesse ce personnage orgueilleux, qui se croit seul en possession de la sagesse.Il en devient cruel, brutal, acharné à faire le malheur des siens et causer sa propre chute.Un personnage tragique, à la grandeur d\u2019Oedipe.- Pascal Rollin a défendu avec chaleur et sincérité la cause de sa fiancée Antigone, contre son père, Créon, jusqu\u2019à le condamner et le braver.A cause de contraintes du théâjre grec qui refusait la représentation sur scène de manifestations trop réalistes ou sanglantes, les auteurs dramatiques devaient confier à des personnages épisodiques le récit d\u2019événements extérieurs.Ainsi, le Garde, Georges Groulx, vient raconter la tentative d\u2019Antigone d\u2019ensevelir son frère, dans un langage de soldat peu habitué au raffinement et Jean Brousseau, en Messager, narre le malheureux sort d\u2019Hémon et d\u2019Eurydice, l\u2019épouse de Créon, que le devin Tirésias avait prédit par la bouche de Jean Dalmain, de retour sur la scène du Gésù où il s\u2019était illustré naguère avec Jean Gascon et la troupe du T.N.M.Pour célébrer convenablement la fin de l\u2019oeuvre humaniste et culturelle de la salle académique du Collège Sainte-Marie, il ne pouvait être plus opportun d\u2019y faire entendre, du fond des âges, la puissante et immortelle voix de Sophocle chantant la fière et héroïque Antigone.L\u2019autre Don Juan L\u2019écrivain cubain-français, Edouardo Manet, ne coule pas son oeuvre dramatique dans un même moule.Ainsi, entre Eux, représentée l\u2019an dernier au TNM, et sa création actuelle au Rideau Vert, l\u2019autre Don Juan, c\u2019est le jour et la nuit.La première pièce avait plutôt déçu et déconcerté par son action étrange frisant l\u2019incohérence.Celle-ci nous montre un Manet loufoque, rigolo, populaire et surtout sans aucune prétention philosophique.D\u2019ailleurs il l'a déclaré: le théâtre, pour lui, n\u2019est aucunement une tribune idéologique.Et c\u2019est tant mieux en cette époque ou tout un chacun se croit prophète, mage, gourou et quoi encore! Avec l\u2019autre Don Juan, l\u2019auteur nous transporte, bien sûr, en Espagne, mais, au contraire de Lorca, dans une Espagne fantaisiste, romanesque et fort gaie.En dépit, pourtant, d\u2019interdictions et de défenses, annoncées au début de la pièce, de toutes manifestations théâtrales, source de la corruption des bonnes moeurs.Ce qui ne fait pas du tout l\u2019affaire d\u2019une troupe de comédiens ambulants, héritiers de la comedia del\u2019arte, qui tirent leur subsistance du théâtre.Heureusement, Marius, le chef de la troupe, se dit possesseur d\u2019un permis qui l\u2019autorise à \"jouer ce soir\u201d.Mais quoi?Car, attention, la troupe est pauvre.Pauvre d\u2019acteurs - cinq - sinon de talents.Pauvres de costumes, de décors.On ne peut donc pas se permettre de grandes machines.Et les comédiens devront se multiplier, même se travestir, peut-être, comme dans Shakespeare ou chez les Grecs.On opte enfin pour les Murs ont des Oreilles, pièce d\u2019un auteur assez célèbre qui a l\u2019heureuse idée d\u2019arriver inopinément pour fournir le texte aux comédiens et jouer avec eux, sous les traits d\u2019un Don Juan miteux, malingre, bossu et assez sot.Tout est prêt et la sarabande peut commencer.Et vous, spectateurs, vous pouvez vous attendre à tout, sauf à de la froide logique.Non, Saint Thomas n\u2019est pas de la partie! Ni Descartes.Mais l\u2019invention cocasse, burlesque; mais l'exubérance, l\u2019emphase des gestes; mais l\u2019excès des sentiments et des propos; mais les jeux d'une folle imagination, débridée, gaillarde, fantasque.Au point qu\u2019à certains moments, on ne sait plus qui aime qui ni même qui est qui.Les personnages aussi se le demandent, mais ne s'en font pas pour autant, trop heureux de pouvoir \"jouer ce soir\u201d.Jusqu\u2019à l\u2019arrivée intempestive de l\u2019Alguazil, en pleine action.Un trouble fête qui risque de tout faire dérailler.De fait, alors, l\u2019histoire s\u2019enlise.On comprend encore moins où l\u2019on va et on approuve Marius qui crie \u201cqu\u2019on le finisse ce maudit troisième acte\".De peine et de misère, en tricotant, sautillant, trépignant, on en vient à bout par une chanson.Et la salle applaudit, heureuse et un peu.soulagée, des comédiens à demi exténués.Fin de la corrida! Les meneurs de jeu de cette aventure dramatique sont surtout Jean-Marie Lemieux, un Marius à la voix fortement éraillée mais époustoufflant de vie, et Michelle Rossignol, femme-homme-femme à tour de rôle et bien d\u2019autres choses encore: une sorte de Scapin endiablé qu\u2019aucun obstacle ne rebute.- Edouardo Manet s\u2019était chargé de la mise en scène de sa pièce.On peut dire que le mouvement a été parfaitement réussi, dans un rythme tout à fait espagnol, un peu échevelé toutefois et trépidant.Des trouvailles heureùses et souvent spectaculaires.Un entrain merveilleux qui faisait oublier les faiblesses de la pièce.POUR UNE FOI CHRÉTIENNE PLUS DYNAMIQUE Voulez-vous que votre foi devienne plus profonde, plus dynamique, plus engagée?Etes-vous prêt pour cela à consacrer huit jours de silence et de prière à une recherche personnelle de ce que le Seigneur attend de vous?Si oui, le Centre Leunis (4,100 av.de Vendôme, Montréal) vous offre un type d\u2019expérience spirituelle qui répondra peut-être à ce que vous cherchez: les Exercices spirituels de s.Ignace, guidés par le Père Ludger Brien, S.J.Le Centre vous offre aussi la possibilité de poursuivre cette expérience de 8 jours dans la vie quotidienne.Cela vous intéresse?Pour de plus amples renseignements, communiquez avec: Lise Racicot: 481-2781 ou 481-1310; Suzanne Lapierre: 481-2781 ou 487-5399.Prochaines retraites\tS\u2019inscrire avant \u2022 21-29 juin\t\u2022 30 mai \u2022 12-20 juillet \u2022 20 juin \u2022 16-24 août \u2022 25 juillet MAI 1975 155 CINÉMA QUÉBÉCOIS: situation 1975 par Yves Lever Les festivals ou semaines de cinéma québécois constituent toujours des moments privilégiés pour prendre le pouls de notre production globale ou d\u2019un thème particulier (par exemple, la semaine du film sur les tablettes de l\u2019an dernier).Sélectionnés comme représentatifs et rassemblés en quelques jours de visionnements, les films dessinent en mosaïque leurs tendances générales et lignes de force au niveau de la thématique et laissent percevoir les axes majeurs de toute l\u2019industrie.La dernière Semaine du cinéma québécois, tenue du 14 au 19 avril et organisée conjointement-par le CEGEP Saint-Laurent et l\u2019Atelier d\u2019expression multidisciplinaire (ATEM), prenait une pertinence spéciale au moment où le projet de loi-cadre du cinéma est (enfin) déposé devant l'Assemblée Nationale.Cette Semaine qui, en une cinquantaine d\u2019heures de projection, a rassemblé l\u2019essentiel de la production récente (au moins au niveau des genres), a permis de dégager une série de considérations sur l\u2019ensemble de notre activité cinématographique.Nul doute que les députés, et en premier lieu le ministre des Affaires culturelles, qui s\u2019apprêtent à voter la loi, y auraient obtenu une information de première main pour éclairer leur prochaine prise de décision.Mais quand on sait qu\u2019ils ne se dérangent même pas pour une projection à leur intention de Les Ordres, sur le lieu de leur travail.Enfin, dégageons quelques-unes de ces considérations, parmi les plus importantes.Les piastres d\u2019Ottawa En premier lieu, et on n\u2019en a jamais eu de preuve plus évidente, l'existence du cinéma québécois dépend, pour sa plus grande partie, de l\u2019argent du gouvernement fédéral.L'O.N.F.pouvait se vanter, avec ses 34 films, de fournir environ soixante pour cent de la programmation officielle.Notons de plus qu'à peu près tous les longs métrages présentés n\u2019avaient pu d\u2019abord être produits qu\u2019avec l'aide de la S.D.I.C.C.(Société de développement de l'industrie cinématographique canadienne), autre organisme du gouvernement fédéral.Ajoutons que quelques autres productions n\u2019auraient jamais vu le jour sans des bourses de travail personnelles du Conseil des Arts.Finalement, l\u2019organisation de la Semaine elle-même a pu bénéficier d\u2019une subvention de ce même Conseil des Arts.De sources de production proprement et exclusivement québécoises (gouvernementales, ACPAV, Ateliers Audio-visuels, petites maisons comme Québec Love, les artisans), il ne reste qu'environ 25 pour cent de la programmation.Si on s\u2019interroge maintenant sur la part du gouvernement de Québec (par l\u2019O.F.Q.et Radio-Québec), après déduction de ce qui n\u2019a pu se produire que grâce à l'acharnement de quelques indépendants, elle ne serait plus que d\u2019environ 10 pour cent.Ces chiffres de la Semaine ne correspondent sans doute pas aux pourcentages exacts de la production globale, mais ils disent assez bien quelle est la situation générale.Ces éléments de statistiques démontrent à l\u2019évidence que, pour ce qui touche le cinéma, et il devient de plus en plus clair que c\u2019est la même chose dans les autres secteurs culturels, la \u201csouveraineté culturelle\u2019\u2019 du régime Bourassa n\u2019est qu\u2019un slogan .vide de toute réalité.Le premier ministre, ceux de l\u2019Education et des Affaires culturelles parlent fort et multiplient les discours, mais pendant ce temps, Ottawa agit efficacement.La loi-cadre elle-même ne changera pas grand chose parce qu\u2019elle ne s\u2019attaque pas aux véritables problèmes de l\u2019industrie, cela a été suffisamment montré ailleurs.De toute façon, à côté des mesures que le gouvernement fédéral entend bientôt mettre de l\u2019avant (cf.Rapport du Comité consultatif du Film au Secrétariat d\u2019Etat, dernier Rapport Annuel de la S.D.I.C.C.), son application ne pèserait pas lourd dans la balance.Diversité des genres Outre le long métrage pour salles commerciales, l\u2019animation et le documentaire qui résument pour beaucoup le cinéma québécois, le public a pu se rendre compte au cours de la Semaine (ou à la simple consultation du programme) que plusieurs autres genres importants fleurissent et certains apportent même les oeuvres les plus intéressantes.On connait déjà, par la télévision, les récits de voyages chez les peuples et peuplades éloignés d\u2019Amérique Latine des Berto-lino, Floquet et Dousseau (Plein feu l\u2019aventure à Radio-Canada).Chaque après-midi de la Semaine nous permettait de voir un de leurs plus récents documents.Dans ceux-ci (destinés à Radio-Québec), ils tentent d\u2019analyser les plus actuelles réalités socio-politiques latino-américaines.Le visionne-ment sur grand écran laisse percevoir une plus grande quantité d\u2019informations; d\u2019autre part, il montre bien leur caractère trop souvent touristique et leur manque d\u2019idéologie claire.C\u2019est un genre intéressant, mais qu'il faudrait améliorer de beaucoup.Immédiatement après ces documents, on a pu voir quatre films consacrés aux Amérindiens (Cbissibi, la mort d\u2019un fleuve et Chasseurs cris du Mistassini de B.Richardson, Mistashipu et Pakuashipu de A.Lamothe et R.Savard).Les deux derniers surtout furent les meilleurs moments de la Semaine.Un sens d\u2019observation proprement cinématographique, plus une rigueur scientifique d'universitaire font de ces films ethnologiques des oeuvres chaleureuses et passionnantes.Elles sont du grand cinéma d\u2019archives en même temps que d\u2019étonnantes leçons de savoir-vivre.Il est des cinéastes à qui le long métrage dramatique ne réussit pas, mais qui peuvent raconter joliment une histoire en une trentaine de minutes (comme certains écrivains réussissent mieux dans la nouvelle que dans le roman).C\u2019est le cas de Jean Beaudin, dont Stop avait déçu au plus haut 156 RELATIONS point il y a trois ans.En une soirée spéciale, la Semaine nous a fait voir de lui quatre courts métrages (Les Indroguables, Par une belle nuit d\u2019hiver, Trois fois passera et Cher Théo; tous produits à l\u2019O.N.F.).Quatre histoires simples, racontées avec beaucoup de finesse et de tendresse.Ce fut une révélation.D\u2019André Théberge, dont Les allées de la terre nous avait tout autant déçus, nous avons pu voir La dernière neige et Un fait accompli.Si le second apparaît mièvre à cause de sa trop grande ressemblance avec un épisode de Quelle famille, le premier pouvait nous réconcilier avec cet auteur.Signalons encore dans ce genre le Nightcap d\u2019André Forcier, qui annonçait déjà en 1972 l\u2019intensité et la qualité que Bar Salon vient de nous révéler.Ici comme ailleurs, ce type de production demeure peu exploité et peu populaire.On a trop souvent l\u2019impression qu\u2019il relève de l\u2019apprentissage (un moyen de faire ses preuves avant de réaliser un long métrage).Ca peut être le cas, mais c\u2019est aussi un genre en soi, comme la nouvelle, qui peut procurer aux cinéphiles de très agréables moments.Quand ils sont plus ou moins ratés, ces films ont au moins l\u2019avantage de finir vite.Un genre qu\u2019il faut continuer à réhabiliter.Finalement, la Semaine présentait un festival de films artisanaux en 16 mm., c\u2019est-à-dire produits en dehors des mécanismes industriels et qui n\u2019auraient eu aucune distribution commerciale.Pour la plupart, il s\u2019agissait de films d\u2019étudiants (UQAM et Loyola) ou de petits indépendants.Un prix de $5,000.00 devait couronner la meilleure production et permettre à son réalisateur de faire un autre film dans l\u2019année qui vient.Le prix ne fut pas accordé pour les raisons qui seront explicitées dans les paragraphes suivants.Malgré le peu d'enthousiasme que ce genre de films a soulevé cette année (peut-être parce qu\u2019on en attendait trop), il nous semble qu\u2019il doive être quand même fortement encouragé par tous les moyens.Non seulement parce qu\u2019il remplace en quelque sorte l\u2019école de cinéma que nous n\u2019avons pas, mais parce qu\u2019en soi, il peut constituer un excellent moyen d'objectivation de la réalité pour les artisans en même temps qu\u2019uji bon instrument d\u2019animation communautaire.Décrochage de la réalité Pour motiver leur refus d\u2019accorder le prix au meilleur film artisanal, les membres du jury (les cinéastes Gilles Groulx et Jacques Leduc, les critiques Luc Perreault et Patrick Straram, le directeur de la Cinémathèque québécoise Robert Daude-lin) ont évoqué les raisons suivantes: médiocrité des oeuvres, manque d\u2019originalité, absence de créativité et de recherche proprement cinématographiques, caractère trop individualiste et esthétisant, et surtout: décrochage généralisé des réalités socio-politiques.Ceux que nous avons pu voir justifient amplement ces reproches.Si nous essayons de dégager une sorte de problématique générale ressortant de l\u2019ensemble des thématiques développées par tous les films de la Semaine, nous nous rendons rapidement compte que les paroles du jury pourraient assez bien la décrire.La plus grande partie des oeuvres, en effet, traitent de petits problèmes de bonheur personnel ou racontent des \u201cego-trips\u201d; ils n\u2019apportent rien de neuf et reproduisent (pas toujours avec la même qualité) ce que la génération précédente de cinéastes avait créé.Du souffle qui animait les cinéastes du direct, de la volonté de s\u2019approprier le pays en \u201cprenant son portrait\u201d et de constater les réalités collectives pour en orienter la contestation, il ne reste presque plus rien.Si les films des Lamothe, Brault, Labresque restent sur leur lancée des années soixante et poursuivent à peu près le même travail de démystification des symboliques collectives, les plus jeunes ne font pas évoluer cette recherche, ni au point de vue formel, ni à celui des contenus.Plutôt, ils répètent des formes esthétiques s\u2019apparentant au cinéma américain ou aux séries télévisées (téléromans) et s\u2019intéressent davantage aux \u201cextra-terrestres\u201d de la marginalité et de la contre-culture qu\u2019aux habitants de la rue Drolet.Quand ils s\u2019essaient à parler de personnes ou de phénomènes bien réels (ex: La plus belle vie du monde de C.Grenier sur les clochards montréalais, Aimez-vous les chiens de J.Godbout), ils en restent au niveau de l\u2019anecdotique insolite sans essayer de le remplacer dans un contexte élargi et explicatif.Après un cinéma qui s\u2019efforçait de constater le monde, on s'attendait à un autre qui proposerait des façons de le transformer ou qui fixerait des orientations de changement.Au minimum, on doit s\u2019attendre à un \u201ccinéma d\u2019interprétation\u201d, comme dit Luc Perreault.Rien de tout cela.La plupart des réalisateurs n\u2019ont même pas l\u2019excuse des servitudes de la censure.Un bon examen de conscience apparaît nécessaire chez tous les travailleurs du cinéma.Changer le spectateur Il y a un autre apport positif qu\u2019il faut souligner à la fin d\u2019une telle Semaine.Plus d\u2019un spectateur découvre, après une soirée ou un après-midi à regarder un programme diversifié où le court dessin animé succède à un long métrage, un documentaire à une fiction, qu\u2019une telle séance de cinéma constitua une expérience parfois plus agréable même que celle d\u2019aller voir \u201cun grand film\u201d le samedi soir.L\u2019\u201céducation permanente\u201d du spectateur.Ca nous fait rêver aussi d\u2019un moment où tous ces genres de films seraient aussi disponibles pour le public que les grosses productions commerciales.Mais il est douteux qu\u2019un exploitant prenne jamais un tel risque.Partant de cette constatation qu\u2019\u201cil se dit plus de choses intéressantes, plus vraies, avec une petite bière à la main qu\u2019avec un micro devant la bouche\u201d (extrait du programme), et une brasserie bien connue ayant remplacé les micros, les organisateurs de la Semaine invitaient chaque soir les spectateurs à venir échanger d\u2019une manière informelle sur les films tout en rencontrant quelques cinéastes.Autre façon pour le spectateur de se transformer le regard.Les langues ne se sont pas beaucoup déliées, on n\u2019a pas eu les débats passionnés auxquels on s\u2019attendait.Mais les quelques réalisateurs qui se sont prêtés au jeu ont pu recueillir un feedback intéressant.L\u2019absence des autres et le quasi échec de ces rencontres sont, par ailleurs, révélateurs à leur façon du décrochage qu\u2019on a évoqué plus haut.Conclusion.Est-il toujours vrai qu'on n\u2019a que le cinéma qu\u2019on mérite?MAI 1975\t157 LETTRES QUEBECOISES Laurent MALHOT:\tLa Litérature québécoise.Coll.\u201cQue sais-je?\u201d, 1579 \u2014 Paris, Presses universitaires de France, 1974, 128 pp., 17.5 cm.Faire tenir en 128 pages bien comptées, mesurées, plus de quatre siècles de littérature, c\u2019est un défi que Laurent Mailhot, professeur à l\u2019Université de Montréal, a très honorablement relevé en parlant de la Littérature québécoise dans la célèbre collection \u201cQue sais-je?\u201d.Il s'agit du numéro 1579 d\u2019une collection où, comme ailleurs, nous arrivons à la fois bien tôt et bien tard.Ecrire, c\u2019est encore pour nous \u201csurvivre\u201d.Dans une telle situation, notre littérature prend forcément une coloration particulière: celle de la résistance, celle de la lutte pour ne pas mourir et, de plus en plus, heureusement, celle de la lutte pour la vie normale, autonome, sinon indépendante.La liste de nos écrivains devient celle de nos héros; la liste de nos ouvrages, celle de nos victoires contre la mort ou l\u2019oubli.Ce que le petit volume de Laurent Mailhot claironne, c\u2019est cette affirmation de notre existence par des centaines d\u2019artisans de l\u2019écriture.On les trouve ici rangés sous quatre titres, qui forment autant de chapitres de la Littérature québécoise: les \u201corigines\u201d: écrits de la Nouvelle-France (1534-1760) et d\u2019après la Conquête (1760-1837), \u201ccheminements et reflets\u201d (1837-1918), \u201centre la campagne et la ville\u201d (1918-1948), \u201cde la province au pays\u201d (1948-1973).Cette division est discutable, comme l\u2019est toute division d'histoire littéraire; elle sert bien, cependant, le propos de son auteur, qui a voulu marquer la lente venue à la lumière d\u2019un peuple et de sa littérature.Le professeur Mailhot possède une vaste érudition; on peut bien le prendre en défaut, ici et là, à propos d\u2019une date, d\u2019un détail, mais pas plus d\u2019une dizaine de fois, et toujours il s\u2019agit de vétilles.Nous aurions quand même souhaité que le souci de faire complet et savant n\u2019empêchât pas les jugements portés sur les auteurs et les oeuvres de prendre corps en des ramifications profondes, qui auraient mieux dévoilé et situé les courants qui \u201ctravaillent\u201d notre littérature.Nous nous serions alors trouvés en face d\u2019une autre oeuvre; la présente vise à renseigner le lecteur: elle nous dit ce qui existe et nous oriente dans la forêt des oeuvres, sans nous priver, pour autant, de bons jugements de valeur.En veut-on d\u2019excellents, que l\u2019on lise celui sur Me-*naud, maître-draveur (p.54) ou ceux sur Saint-Denys Garneau, Alain Grand-bois et Anne Hébert (64-68).Il en est de plus faibles cependant, tels celui sur Lionel Groulx (47-48), où l\u2019énumération des titres n\u2019arrive pas à situer vraiment l\u2019écrivain, et celui sur Rina Lasnier (68-69), qui manque à retracer l'itinéraire de cet excellent poète.Au nombre des bonnes pages, nous mettrions les suivantes: 5-8, 43-44, etc., et les pages 107-116 sur le théâtre contemporain.Il faut absolument signaler le caractère très personnel du style de ce livre.Laurent Mailhot a voulu qu'il fût aussi dense que possible; aussi a-t-il pris soin de le faire au besoin haché, synthétique, énumératif.Aucun mot n\u2019est là qui n\u2019ait été jaugé à son poids de pensée, puis choisi pour l\u2019éclat de celle-ci.Il s\u2019ensuit des formules heureuses: \u201cNous avons à la fois moins et plus qu\u2019une littérature.Un iceberg dont les documents immergés communiquent en profondeur.Un héritage sous bénéfice d\u2019inventaire.\u201d (6); notre littérature existe \u201cdepuis que révolution et tradition se reconnaissent, s\u2019articulent\u201d (7); considère-t-on nos historiens, l\u2019on s\u2019aperçoit que jusqu\u2019à Chapais et Groulx, il y eut parmi eux, si l'on excepte Garneau, \u201cplus de peintres et de maçons que d\u2019architectes\u201d (25); \u201cIvre de sonorités et de couleurs, parfois, Nelligan est un prisonnier attentif et un jardinier heureux des allées de l\u2019enfance.\u201d (41); \"Aucune créature (1961) et Chronique de l\u2019âge amer sont des clés sans roman\u201d (50); dans le Saint-Henri de Bonheur d\u2019occasion, \u201cun canal, des rails traversent le faubourg, mais les départs sont des évasions, non des aventures\u201d (59).Entre autres épithètes bien trouvées, il y a celle qui fait du mouvement littéraire de 1860 \u201cle mouvement immobile\u201d (27).A mesure que vont se multipliant, fourmillant, à travers le volume entier ces trouvailles de style qui tombent comme des jugements justes, certaines faiblesses d\u2019écriture apparaissent.A trop fréquemment frapper des médailles, l\u2019auteur arrive parfois à faire précieux et l\u2019artifice paraît, qui agace.Ainsi, ce collier de titres enfilés comme des perles: \u201cParlons de moi (.) propose Gilles Archambault, qui est pourtant d'Une suprême discrétion, pâle et tendre, vite essoufflé, obsédé par des Enfances lointaines, toujours La Fleur aux dents, avec un sourire las d\u2019écrire le même livre (recommencé.\u201d (91.) A trop économiser les mots, \u2014 sans doute pour épargner cfe l\u2019espace, \u2014 Laurent Mailhot pèche parfois contre la clarté: aux pages 56-57, par exemple, il faut connaître un peu Ringuet pour deviner, avant la fin du passage, qu'il s\u2019agit de lui et non de Grignon (C.-H.).Ce petit livre érudit, marqué au coin d\u2019une authentique originalité stylistique, risque de connaître le sort de maints volumes de la collection \u201cQue sais-je?\u201d: fait pour tout le monde, il sera surtout lu facilement par ceux qui s\u2019y connaissent.Il aura aussi le mérite, nous l'espérons, de rappeler à ceux qui ne sont pas d\u2019ici qu\u2019il existe un ensemble d\u2019oeuvres qui forment une littérature québécoise.A défaut de lire celle-ci, l'on pourra connaître par le livre de Laurent Mailhot les noms de nos écrivains et les titres de leurs oeuvres; puissent nos visiteurs d\u2019outre-Atlantique se munir dorénavant de ce \u201cque sais-je\u201d comme d\u2019un heureux viatique ou d\u2019un second passeport! Il ne nous restera plus, hélas!, qu\u2019à les convaincre que nos oeuvres sont valables et lisibles.René DIONNE Département de lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.158 RELATIONS Jean FERGUSON: Contes ardents du pays mauve.Coll.\"Roman québécois\u201d, 8.\u2014 Montréal, Leméac, 1974, 155 pp.Des huit contes, tous plus ou moins fantastiques, qui composent ce recueil, quelques-uns seulement, les plus courts, méritent d\u2019être retenus.Le premier, intitulé \"Journal d\u2019un homme au coeur greffé\", et qui s\u2019étend sur soixante-quatre des cent cinquante-cinq pages du volume, aurait dû être impitoyablement éliminé.L'auteur raconte le retour à la vie d\u2019un malade de quarante ans à qui l'on a greffé le coeur d\u2019un jeune homme, victime d\u2019un accident de motocyclette.Visiblement influencé par le Coeur de la baleine bleue de Jacques Poulin, Jean Ferguson n\u2019a échappé à aucun des dangers qui menacent ceux qui s'attachent à un sujet aussi délicat et, paradoxalement, aussi facile.Réalisme, romantisme et fantastique se côtoient sans se fondre jamais dans toutes ces pages où abondent les clichés (p.26,40,45, etc.) et où se glissent des erreurs grossières (\"Je n\u2019irai pas jusqu\u2019à dire comme Eluard (sic) \u2018qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019amour heureux,\u2019 mais je pense que les amours heureux sont l\u2019exception.\" P.45.).Le héros tente d\u2019ailleurs d\u2019excuser le manque de fini de son récit: \"Je me contente d\u2019être moi-même et de décrire aussi exactement que possible ce qui se passe en moi et autour de moi.Je suis conscient qu\u2019un tel procédé doit manquer d\u2019originalité et doit avoir ses limites, mais puisque ce journal n'est pas écrit pour autre chose que ma satisfaction personnelle, j\u2019aurais tort d\u2019accorder de l'importance au style.\u201d (38-39).La sincérité de l'aveu ne réussit pas, hélas! à convaincre le lecteur qui n\u2019a nulle envie, après la lecture de ce premier conte, d\u2019aller plus avant.S\u2019il cède à la curiosité, il s\u2019aperçoit vite que l'auteur, une fois dégagé des contraintes de la vie réelle, se laisse entraîner par une verve de conteur authentique.Les récits futuristes: \"Le Petit Numéro deux mille quarante\", \"la Mort en vacances\", \"le Chasseur de robots\u201d, inspirés par les recherches de la cryogénie, des sciences de l\u2019électronique et.par le Meilleur des mondes de Aldous Huxley, contiennent une satire amusante du supposé progrès constant de l\u2019humanité, tandis que \"Her, le tueur de dieu\u201d et \u201cl'Automobile\" se moquent allègrement des extrapolations des anthropologues.Jean Ferguson réussit à soutenir l'attention et l\u2019intérêt du lecteur.Par contre, de multiples fautes, qui ne sont pas des coquilles, parsèment son texte (47.49,68,70, 88,81,93,130,134, etc.), par exemple celle-ci: \u201cAlors, il a dit une phrase auquelle (sic) je ne m\u2019attendais pas (.)\u201d.De plus l\u2019auteur a rejeté aux oubliettes le passé simple qu\u2019il remplace presque toujours par l\u2019imparfait, confondant ainsi, dans ses récits, le ponctuel et le duratif (11,59,96,138, etc.): \"Avant de franchir la porte, je me retournais vers Mme Duchêne et lui demandais (.)\" Sans doute, des temps qui, jadis, étaient florissants se sont-ils atrophiés pour disparaître lentement avec \u201cle progrès\".Quand se réaliseront les visions prospectives du conteur, le passé simple aura été probablement englouti par l\u2019imparfait qui seul témoignera, par son appellation même, de ces temps dégénérés d\u2019autrefois.En attendant ce futur triomphant, le passé simple, même dans un conte, conserve droit de regard et droit de parole.Gabrielle POULIN Ottawa, le 12 octobre 1974 LE LANGAGE DES CHIFFRES\t 45,000\tTITRES EN STOCK PERMANENT 13,000\tPIEDS CARRÉS D\u2019ÉTALAGES 5\tLIBRAIRIES EN UNE \tH Sciences humaines J Jeunesse L Lettres, arts, loisirs M Médecine et sciences de la santé S Sciences et techniques 4\tSERVICES INTÉGRÉS \tles commandes spéciales les commandes d'office les livres reliés et catalogués le service universel d\u2019abonnements Total\t 1\tQUALITÉ : LA MEILLEURE LIBRAIRIE DUSSAULT\t la grande librairie du 8955 SAINT-LAURENT - MONTREAL\t Tél.: 384-8760\tAutobus\tMétro: 53,55,98,100\tCrémazie -OUVRAGES REÇUS- ALFARO, J., Christianisme, chemin de libération, Montréal, Ed.Paulines, 1975, 222 pp.ALLAN, Ted, Tch\u2019ou Tch\u2019em, Montréal, Ed.l\u2019Etincelle, 1975,140 pp.BENJAMIN, J., Planification et politique au Québec, Montréal, Pr.de l\u2019Univ.de Montréal, 1974, 142 pp.BIGO, Pierre, L\u2019Eglise et la révolution au tiers monde, Paris, PUF, 1974, 284 pp.BILLETTE, A., Récits et réalités d\u2019une conversion, Montréal, Pr.de l\u2019Univ.de Montréal, 1975, 238 pp.BILODEAU, R.et LEGER, Roger, Classes sociales et pouvoir politique au Québec, perspective historique, Montréal, Leméac, 1974, 134 pp.BOSSUS, F., Dieu préfère la mort, Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1974, 81 pp.BOUCHER, Y., 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Québec à Montréal.LIVRE DE L'ÉLÈVE $6.95 LIVRE PÉDAGOGIQUE $6.95 OUVRAGES AGRÉES par le ministère de l'Éducation.Québec et le ministère de l'Éducation.Toronto HISTOIRE DU CANADA A PARTIR DU QUÉBEC ACTUEL ¦MPI it# contrat/ fit travail Initiation à la géographie par les contrats de travail Enfin, un livre de géographie entièrement conforme au nouveau programme de géographie 110 du ministère de l\u2019Education du Québec.Jean-Louis Grosmaire / Marc-Aimé Guérin ouvrage en 4 couleurs, relié.$7.95.312 pages *\tSystème métrique et traditionnel *\tDisponible au comptoir.- Tél.: 843-6241 Avertissement du Gouvernement du Québec L\u2019approbation de ce manuel par le ministère de l\u2019Education ne saurait être interprétée comme une reconnaissance par le Gouvernement du Québec de la ligne frontière entre Québec et Terre-Neuve.guérin éditeur éditeur / imprimeur / libraire 4574, Saint-Denis Montréal, H2J 2L3 Québec 160 RELATIONS "]
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