Relations, 1 juin 1975, Juin
[" MONTREAL! ÉCOLE et RELIGION : voies et impasses - P.Lucier - S.Loiselle - G.Bourgeault _________________________________________________J ( \t\t\\ CHRETIENS pour le socialisme :\t un congrès international - Y.Vaillancourt V\t\t\t\t\t\t:\tJ \t f\t;\t Ecole et lutte des classes : \u2022 le manuel du 1er mai de la CEQ - I.Desrochers\t \\___________________________/ I\u2014relations- revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Pierre Lucier, Marcel Marcotte, André Myre, jésuites, et Yves Vaillancourt.ADMINISTRATION: Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal \u2014 H2P 2L9 - tél.: 387-2541.PUBLICITÉ: Liliane Saddik, 1700, rue Allard, Ville Brossard.Téléphone: 678-1209.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.) numéro 405 juin 1975 SOMMAIRE Ecole et religion Voies et impasses: voie ou impasse?Pour une catéchèse de conscientisation La pastorale scolaire: à propos d\u2019un projet He \u201ccontrat de services\u201d Chrétiens pour le socialisme La première rencontre internationale des Chrétiens pour le socialisme Chrétiens pour le socialisme -Québec, avril 1975 (document) Ecole et lutte des classes L\u2019école au service de la classe des travailleurs: peut-on être \u201cpour\u201d le manuel du 1er mai (CEQ)?Chroniques Cinéma: Les événements d\u2019octobre 1970 (Robin Spry) Théâtre: Feu roulant et bric-à-brac Georges-Henri d\u2019Auteuil 188 Les livres\tRené Dionne 190 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75Ç Relations est membre de l'Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association ca nadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la'deuxième classe - Enregistrement no 0143.Pierre Lucier 163 Suzanne Loiselle 168 Guy Bourgeault 172 Yves Vaillancourt 174 176 Irénée Desrochers 180 Yves Lever 185 Nouveautés BIBLIOGRAPHY ON THE SEMANTICS OF HUMAN LANGUAGE par Thomas R.Hofmann 15 x 23 cm, 120 pages.Prix: $4.50 COLLOQUES DE COOPERATION INTERNATIONALE no 1 : Les forces vives du développement 15 x 23 cm, 72 pages.Prix: $2.25 no 2: L\u2019expert international son rôle, sa sélection, sa formation 15 x 23 cm, 92 pages.Prix: $3.00 no 3: L\u2019action dialectique de la recherche sur les études en développement international 15 x 23 cm, 104 pages.Prix $3.75 En vente chez votre libraire et aux Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey, Ottawa, Ontario, Canada, K1N 6N5 AUJOURD\u2019HUI credo \u2014\tdes \u201ccahiers\u201d sur des sujets majeurs: l\u2019argent, la foi, l\u2019avortement, etc.\u2014\tdes rencontres avec des personnalités marquantes \u2014\tdes articles sur la vie sociale, économique, politique et culturelle \u2014\tdes nouvelles des chrétiens du monde entier Mensuel oecuménique publié par l\u2019Eglise Unie du Canada (église réformée), 3480 Décarie, Montréal, Qué., H4A 3J5, tél.: 486-9213.Abonnements: 1 an (10 numéros) $4.00 pour le Canada, $5.00 pour l\u2019étranger.\\ 162 RELATIONS 1 \u201cVOIES ET IMPASSES\u201d: VOIE.OU IMPASSE?par Pierre Lucier Une récente ré-édition chez Fi-des (1) et une reprise d\u2019une émission spéciale de \u201c5 D\u201d (2), comme aussi l\u2019application en cours du règlement correspondant, font de Voies et Impasses (3) un document qui est toujours d\u2019actualité et qui donne encore à penser, même après les nombreux commentaires (4) qu\u2019il nous a déjà été donné de lire.L\u2019année qui nous sépare maintenant de la parution de ce texte-clef permet même un recul propice à la réflexion, et cela d\u2019autant plus que la large diffusion du contenu de Voies et Impasses peut nous exempter d\u2019un résumé qui, pour être ici complet et honnête, aurait exigé d\u2019être assez généreusement déployé.C\u2019est donc au lecteur déjà un peu familier avec Voies et Impasses que s\u2019adressent ces lignes: simples considérations d\u2019ensemble, proposées par un observateur sympathique du projet scolaire et de sa dimension religieuse.1.Une approche nouvelle En plus de dresser un saisissant tableau de la situation scolaire québécoise et des divers courants qui la dynamisent, Voies et Impasses propose une vision des choses neu- ve et originale en matière d\u2019éducation religieuse et d\u2019enseignement religieux.Rompant résolument avec les approches connues, issues de considérations théologiques (I, 8-20), sociologiques (I, 21-30) ou pragmatiques (I, 31-38), toutes extrinsèques au projet scolaire lui-même, Voies et Impasses s\u2019engage dans ce qu\u2019on pourrait appeler une philosophie de l\u2019éducation, fortement tributaire des travaux de Pierre Angers (U.Q.T.R.) et du Conseil supérieur de l\u2019Education.Après avoir clairement explicité ses postulats -selon lesquels a) \u201cl\u2019éducation religieuse à l\u2019école doit pouvoir se légitimer en termes éducatifs\u201d (I, 40), b) \u201cl\u2019éducation aujourd\u2019hui ne peut être que continue et permanente\u201d (I, 41), c) \u201cle centre de toute l\u2019activité éducative, c\u2019est le sujet qui apprend\u201d (I, 42) -, le document proclame que \u201cl\u2019éducation religieuse fait partie intégrante d\u2019un projet é-ducatif ouvert\u201d (I, 44), \u201cet libéral\u201d, ajoute-t-il par la suite (I, 50 et 88).Cette affirmation s\u2019établit elle-même sur une double argumentation selon laquelle, d\u2019une part, \u201cl\u2019homme est un animal en quête de sens\u201d (I, 46; voir aussi H, 20), en quête de réponses concernant le pourquoi des êtres, et selon laquelle, d\u2019autre part, la religion constitue un champ privilégié d\u2019expérience et de signification et peut apporter à l\u2019étudiant \u201cun éclairage significatif sur des questions que ni la science ni la technologie n\u2019arrivent à élucider, puisque ni l\u2019une ni l\u2019autre ne peuvent exprimer le tout de l\u2019homme\u201d (I, 47; voir aussi II, 21).Ainsi, l\u2019éducation religieuse peut-elle assurer un projet éducatif global d\u2019aller au bout de ses virtualités éducatives elles-mêmes, en aidant les jeunes à répondre à des besoins fondamentaux auxquels correspondent les fonctions religieuses (définies par Andrew Greeley) de signification, d\u2019appartenance, d\u2019intégration, de contact avec le sacré et de guide moral (I, 49).L\u2019éducation religieuse aidera ainsi l\u2019étudiant \u201cà croître\u201d, en favorisant sa maturation au plan religieux et en lui permettant l\u2019exploration de l\u2019ùnivers religieux (I, 74ss).Et c\u2019est sur cette justification que conclut Voies et Impasses, avec une assurance qui consolera les hésitants: \u201cAu niveau des concepts éducatifs, lorsque l\u2019on met de côté des héritages trop lourds et les a priori politiques, historiques ou religieux, la légitimité de l\u2019éducation religieuse dans le cadre scolaire ne saurait être contestée.On peut considérer que cette dimension religieuse est incluse dans le concept de l\u2019homme complet que met de l\u2019avant le rapport de l\u2019Unesco.\u201d (I, 50).C\u2019est là une argumentation nette, sans détours et d\u2019une grande fermeté.Elle représente au Québec un réel renversement de perspectives, car la dimension religieuse du projet scolaire y a été bien souvent justifiée par des arguments de type pastoral ou sociologique.Voies et Impasses invite à reprendre tout le débat, en se situant, cette fois, dans la dynamique même du projet éducatif et scolaire.De cette manière, on n\u2019assurera plus l\u2019éducation religieuse à l\u2019école parce qu\u2019il y aurait là une exigence baptismale, un lieu privilégié pour l\u2019action de l\u2019Eglise, ou même un désir explicite des parents ou de la société globale; l\u2019école s\u2019occupera d\u2019éducation religieuse parce que la religion constitue le lieu privilégié de la recherche du sens, laquelle fait partie de l\u2019homme complet que l\u2019école doit faire émerger.Ce faisant, Voies et Impasses suggère de construire un consensus formellement éducatif (I, 89ss).Au-delà des impératifs reliés à telle ou telle tâche (d\u2019enseignant, de pasteur ou de parents), peut-être serait-il possible à tous ceux qui JUIN 1975 163 interviennent dans le champ scolaire de se considérer d\u2019abord comme des éducateurs: \u201cchacun est interpellé dans son rôle d\u2019éducateur\u201d (I, 89).Cette visée, dont on signale même la fécondité oecuménique (I, 100), permettrait de \u201cdépasser les dilemmes paralysants\u201d (titre de la Ille partie du 1er tome) et d\u2019envisager la confessionnalité scolaire dans la perspective de l\u2019intégration de la dimension religieuse dans le projet éducatif (I, 103) et selon un éventail assez large de degrés (I, 104ss), comme dans le cas de tout concept analogique (I, 109).^ Telle est la \u201cnouvelle vision des choses\u201d (I, 110) que propose Voies et Impasses; telles en sont, du moins, l\u2019intuition-clef et l\u2019argumentation fondamentale.Il faut savoir gré aux auteurs d\u2019avoir ainsi renouvelé la problématique théorique de l\u2019éducation religieuse à l\u2019école et d\u2019avoir su maintenir la cohérence de cette approche dans l\u2019ensemble des questions concrètes examinées dans les tomes II et III.En effet, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019enseignement religieux proprement dit (II, 6-25), à l\u2019élémentaire (II, 55-63) et au secondaire ((II, 141-145); de collaboration entre la famille, la communauté et l\u2019école (II, 55-80); de formation des maîtres (III, 1-2, 177), Voies et Impasses s\u2019appuie sans cesse sur cet argument éducatif fondamental et invite à considérer en priorité \u201cl\u2019éducation au plein-être\u201d (II, 183) qui vise \u201cà assurer la pleine croissance du jeune, sa pleine émergence comme homme\u201d (II, 182).2.Une argumentation étrange L\u2019argument central de Voies et Impasses, on l\u2019a vu, représente un effort de justification philosophique, voire \u201cneutre\u201d, de la présence de l\u2019éducation religieuse dans le projet scolaire.Il invite à considérer la \u201cnature de l\u2019homme et des choses\u201d et y découvre une réponse solide et sûre qui \u201cne fait pas de doute\u201d (I, 50).164 En dépit de quelques réticences théoriques et empiriques concernant l\u2019affirmation selon laquelle il y a presque identification (5) entre i\u2019ex-périence religieuse et la recherche/ découverte du sens (I, 47), cet argument central de Voies et Impasses aura de fortes chances de rallier les adhésions.Mais des difficultés majeures surgissent quand on examine la suite de l\u2019argumentation.Car le document ne se limite pas à la thèse fondamentale; celle-ci est assortie de \u201cconditions de réalisation\u201d (I, 51ss), sortes de \u201cretentissements\u201d (I, 51), de \u201cnormes de réalisation à partir des exigences inhérentes à l\u2019apprentissage de la dimension religieuse\u201d (I, 51) qui ont l\u2019air de découler, à titre d\u2019implications, de l\u2019argument central.Parmi ces conditions de réalisation, deux surtout étonnent le lecteur qui avait bien voulu suivre le document dans son nouveau raisonnement: il s\u2019agit, d\u2019une part, de la priorité accordée à la religion chrétienne (I, 56-58) et, d\u2019autre part, du souhait d\u2019homogénéité pour le milieu scolaire, mieux nommée \u201cseuil de cohérence\u201d (I, 59-65).Ainsi donc, du projet éducatif et de sa nécessaire dimension religieuse, on passe ici au contenu spécifique d\u2019un enseignement et à ce seuil de cohérence qui, dans les tomes suivants, va se traduire par un enseignement catholique largement obligatoire et un système structurellement confessionnel é-trangement identique à celui que nous connaissons.Le saut intellectuel qu\u2019on nous impose ici est pour le moins rapide.Dire que la place prioritaire accordée à la tradition religieuse chrétienne découle \u201cdes requêtes mêmes de l\u2019apprentissage de la religion\u201d (I, 56), puis comparer cet apprentissage à celui de la langue maternelle, pour enfin faire appel à un argument de type sociologique, c\u2019est beaucoup demander au lecteur qui vient de s\u2019apprivoiser à l\u2019argument éducatif! \u201cDans le milieu nord-américain, c\u2019est la tradition chrétienne qui est prédominante et ici, au Québec, il est normal que le christianisme soit la religion qui ait priorité et que l\u2019éducation religieuse devienne une éducation chrétienne, soit catholique, soit protestante\u201d (I, 56).Sans prévenir, Voies et Impasses glisse de l\u2019argument éducatif - dont il a dit qu\u2019il ne faut aucun doute, qu\u2019il ne saurait être contesté et qu\u2019il se rattache au concept de l\u2019homme complet (I, 50) - vers des considérations qui identifient la légitimité et la norme avec le caractère sociologiquement et géographiquement dominant d\u2019une religion particulière (I, 56).Nous ne pouvons vraiment pas suivre les rédacteurs dans .ces tours de passe-passe intellectuels.Voies et Impasses annonçait qu\u2019il allait \u201cre* prendre la question de l\u2019éducation religieuse dans son ensemble et surtout dans ses fondements\u201d, en \u201ctentant de dépasser les attaques et les défenses trop souvent partielles et vulnérables\u201d (I, 5), et voilà que nous retombons déjà dans les impasses d\u2019une pensée pré-critique.Bien plus, poursuivant dans la même foulée, le document affirme que c\u2019est la foi chrétienne qui fournira à ce \u201claboratoire de sens\u201d (I, 64) qu\u2019est l\u2019école son \u201chorizon\u201d (I, 65), voire son \u201cseuil de cohérence\u201d: la conception chrétienne de l\u2019homme et de la vie pourra donc \u201cservir de point de ralliement des éducateurs pour ce qui touche la hauteur, la largeur et la profondeur de l\u2019existence humaine\u201d (I, 65).Du coup, la confessionnalité semble exigée par le projet éducatif lui-même.L\u2019analyse révèle rapidement que ces court-circuitages intellectuels grèvent lourdement l\u2019entreprise de Voies et Impasses.Ils en trahissent aussi l\u2019ambiguité fondamentale.En effet, le lecteur sera constamment confronté à des perspectives dont, en dépit de ses efforts pour \u201cdépasser les dilemmes paralysants\u201d, il ne réussit guère à voir qu\u2019elles ne sont pas contradictoires.Tantôt on fera appel à la raison et à la nature des choses, tantôt on s\u2019appuiera lourdement sur l\u2019argument de force ou de domination effective; tantôt on lui dira qu\u2019il faut aider le jeune \u201cà apprendre à choisir les valeurs\u201d (I, 85), tantôt on lui dira que \u201cl\u2019éducation religieuse vise essentiellement la transmission des valeurs religieuses\u201d (I, 79); tantôt on dira que l\u2019éducation religieuse ne doit pas \u201cimposer un sens\u201d (I, 87), tantôt on s\u2019inquiétera de l\u2019intégrité doctrinale et de ses données essentielles (II, 97, 118); tantôt on parlera du concept de l\u2019homme complet (I, 50), tantôt on craindra les approches \u201canthropocentriques\u201d (II, 98) et on rejettera les approches \u201chumanistes\u201d (II, 100, 119); tantôt on se méfiera des considérations trop socio-logiques (I, 21), tantôt on s\u2019appuiera sur elles (I, 56) et on demandera au sociologue Greeley de définir les fonctions de la religion (I, 49, 75) - RELATIONS parmi lesquelles on mentionnera, sans sourciller, la fonction d\u2019intégration, même par rapport à l\u2019ordre social (I, 49).L\u2019espace nous manque pour allonger la liste de ces argumentations étranges.Mais, d\u2019ores et déjà, l\u2019analyste est confirmé dans son soupçon face à l\u2019ensemble de l\u2019entreprise et il est invité à une lecture seconde qui va au-delà des objectifs avoués de Voies et Impasses et qui permet d\u2019intégrer d\u2019autres éléments étranges du document.C\u2019est ce que je veux maintenant esquisser.fantaisie ou la soif d\u2019innovation\u201d (I, 96), qui craignent que les messages reçus ne soient sans cesse \u201cdiscordants, hachés, hétéroclites\u201d (I, 59) et que, à cause de cela, professeurs et étudiants ne se sentent \u201ctiraillés et écartelés\u201d (I, 61); à ceux, au contraire, qui craignent toujours l\u2019\u201cembrigadement\u201d (I, 55), les \u201cexercices d\u2019endoctrinement\u201d (I, 93), l\u2019\u201céclairage unique\u201d (I, 63) ou même \u201cl\u2019école à sécurité maximum\u201d (I, 63); à tous ces gens, Voies et Impasses entend proposer des clarifications et une vision authentique de l\u2019éducation religieuse.En jouant habilement avec les craintes des uns et des autres, en misant avec insistance sur les désirs de -sécurité et de clarté, Voies et Impasses, a la conviction d\u2019arriver à temps.3.Un nouvel essai de justification du système confessionnel actuel La clef de cette lecture seconde pourrait être la suivante: Voies et Impasses est un document foncièrement et littérairement apologétique, un effort de rationalisation pour défendre le système confessionnel québécois actuel.En effet, du document apologétique, Voies et Impasses a un grand nombre de traits caractéristiques.a)\tIl veut manifestement sécuriser, rassurer: l\u2019éducation religieuse et l\u2019enseignement religieux ne sont pas menacés, puisqu\u2019on peut montrer qu\u2019ils s\u2019enracinent dans le projet éducatif lui-même: ils ont \u201cdroit de cité\u201d (II, 33) et leurs \u201clettres de créance\u201d (II, 19).Le Christianisme catholique est tout aussi bien à sa place à l\u2019école, puisque l\u2019éducation religieuse, comparable à l\u2019apprentissage d\u2019une langue, est ici liée au catholicisme.Aux éducateurs qui \u201cse sentent présentement comme paralysés par un sentiment d\u2019incertitude et d\u2019hésitation face à leur tâche\u201d (II, 3); aux parents et à tous ceux qui craignent l\u2019école \u201ccentre commercial\u201d (I, 62; II, 37), l\u2019école \u201cmarché libre des valeurs\u201d (II, 37), \u201cl\u2019école de Babel\u201d (I, 91), qui ne souhaitent pas \u201cque l\u2019éducation tourne à la débandade générale\u201d (I, 91), qui \u201cont l\u2019impression que ces activités (éducation religieuse et animation pastorale) ne se laissent plus guider que par la b)\tSon ton est ferme, voire dogmatique, sans hésitation, d\u2019allure rationnelle et philosophique, discret sur ses choix et ses paris.Aux moments-clefs de l\u2019argumentation, il utilise généreusement le vocabulaire de l\u2019évidence et de la certitude: qu\u2019il s\u2019agisse de \u201cla légitimité de l\u2019éducation religieuse dans le cadre scolaire\u201d (I, 50, 103), de la priorité à accorder au Christianisme (I, 56) ou de mesures concrètes, on ne craint pas d\u2019affirmer avec force, en faisant appel à la raison, à l\u2019évidence, au bon sens pratique, aux experts, etc.Cela rappelle la note inscrite dans la marge d\u2019un manuscrit de discours: \u201cici hausser la voix, l\u2019argument est faible!\u201d c)\tIl décrit rondement les diverses conceptions et les juge, sans ménagement; il distribue les mérites et les torts, sans se priver d\u2019ironiser sur la \u201csimplicité\u201d des positions adverses.Il déprécie même, au besoin en les caricaturant, les arguments qui ont servi aux apologétiques anciennes ou concurrentes.Ainsi, l\u2019approche théologique (I, 8ss), d\u2019ailleurs réduite aux positions magistérielles, est grossièrement tronquée; comme si la théologie n\u2019avait rien de pertinent et de créateur à proposer sur cette question.Ce rejet de l\u2019approche théologique n\u2019empêchera toutefois pas de recourir à des vues théologiques pour appuyer le bien-fondé d\u2019une pédagogie de cheminement (I, 53-54) et la valeur pastorale de la perspective éducative (I, 95).Vient ensuite l\u2019étude de l\u2019approche séculière (I, 21 ss), singulièrement simpli- fiée.On peut ainsi en sous-évaluer la portée et le réalisme, parler de ses \u201cévidences pompeuses\u201d (I, 23) et de ses \u201cconcepts auréolés\u201d (I, 21).On ira alors - pour l\u2019occasion - jusqu\u2019à surdéterminer péjorativement le concept de \u201cdogme\u201d (I, 23, 27) et d\u2019\u201cévidence\u201d (I, 21, 23, 25, 27) et jusqu\u2019à comparer ironiquement Harvard et Saint-Isidore (I, 26).Quant à l\u2019approche pragmatique, on lui associe le Rapport Dumont (I, 34), dont - au passage - on discrédite explicitement la stratégie du provisoire (I, 37), en attendant de repousser sa perspective culturelle (II, 12): les alliés d\u2019hier sont ici sacrifiés à la cause.Au chapitre de la justification de l\u2019enseignement religieux, on ne craindra pas de repousser les arguments basés sur l\u2019évangélisation (II, 8-9), sur la tradition (II, 10), sur \u201cle rôle éminent joué par le christianisme en Occident, spécialement en Amérique du Nord et singulièrement au Québec\u201d (II, 11; on se rappellera pourtant que le même argument est utilisé pour fonder l\u2019éducation chrétienne à l\u2019école: I, 56), sur le désir des parents (II, 14-16) et l\u2019importance des \u201cbons principes\u201d (II, 17).On ne craindra même pas de relativiser l\u2019importance de la non-pratique religieuse (I, 99).Décidément, les atouts changent selon les jeux que l\u2019on joue.d)\tLa sélection et le traitement des autorités invoquées à l\u2019appui sont aussi de caractère apologétique.Certaines manières de citer des autorités, sans vraiment en assumer les problématiques globales et les présupposés fondamentaux, équivalent à ce qu\u2019on peut appeler du \u201cflirt\u201d intellectuel, dont seuls les badauds seront dupes: Greeley, Berger, Gibran, le Rapport Faure, le Rapport du C.S.E.1969-70, Piaget, Angers, Laflamme, Relations, Teilhard de Chardin, N.Smart, Delespesse, M.de Certeau, Hitz, Harris, etc.Un tel éventail pourra faire croire que Voies et Impasses se situe à la fine pointe de la recherche actuelle et que ses perspectives jouissent de l\u2019appui massif de multiples compétences.A la vérité, il n\u2019en est rien: de tout cela, Voies et Impasses n\u2019intègre que des bribes, et son cocktail ne trompera guère ceux d\u2019ici à qui il arrive aussi de lire et qui en ont vu d\u2019autres en matière d\u2019apologétique et de rationalisation.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on parle de \u201cprojet éducatif\u2019, de \u201cconception organique\u201d, d\u2019\u201couverture\u201d, d\u2019\u201canalyse JUIN 1975 165 transactionnelle\u201d, de l\u2019\u201capprenant\u201d de \u201claboratoire de sens\u201d, de \u201cpédagogie de cheminement\u201d d\u2019\u201cenviron-nement éducatif\u2019, de \u201cplein-être\u201d, d\u2019\u201cobjectivité signifiante\u201d, d\u2019\u201cEglise éducative\u201d, etc.que l\u2019on participe nécessairement et organiquement aux cohérences intellectuelles et culturelles dans lesquelles ces nouveaux concepts peuvent émerger.Il est trop facile de \u201cfaire flèche de tout bois\u201d.e) Voies et Impasses ne réussit guère plus à camoufler de profondes réticences face à tout ce qui est expression d\u2019approches nouvelles qui mettent vraiment en cause l\u2019ordre scolaire établi.Réflexe bien connu d\u2019orthodoxie, qui sous-évalue l\u2019impact de la nouveauté et sur-évalue les signes de stabilité, quitte à renouveler certains éléments devenus trop dysfonctionnels.Ainsi, l\u2019émergence de la sécularisation et du pluralisme sera singulièrement amenuisée (I, 26-30): ne faut-il pas \u201cse garder des analyses sociologiques où les petits groupes soit-di-sant avancés deviennent la norme à laquelle la population globale doit être mesurée\u201d (I, 28)?De même aussi pour la montée de certaines approches de type pragmatique qui, par leur souplesse et leur écoute du réel, risquent d\u2019énerver l\u2019organisation en place (I, 35-38).Des craintes d\u2019ordre doctrinal apparaissent clairement aux tomes II et III, surtout à propos de la situation au secondaire: approche humaniste (II, 100, 119); précisions sur la démarche anthropologique (II, 98); référence aux \u201cnormes\u201d (II, 115); recherche d\u2019un \u201cmeilleur équilibre entre expérience et Parole\u201d (II, 118); prudence face aux sciences humaines (qu\u2019on lise les distinctions épistémologiques bien discutables de II, 146) et à l\u2019enseignement dit de type culturel (II, 140-149), lequel doit être implanté sans hâte (II, 153) et \u201cfaire l\u2019objet d\u2019un contrôle pendant encore un certain temps\u201d (II, 153); établissement d\u2019un système d\u2019\u201cop-tion contrôlée\u201d (II, 158) au second cycle du secondaire, l\u2019option simple étant rejetée \u201cd\u2019un point de vue éducatif\u2019 (II, 159); inquiétude devant \u201cl\u2019avènement des nouveaux professeurs, qui sont mieux qualifiés au plan académique, mais peu préparés pour l\u2019enseignement religieux et souvent mal situés au plan de leur option religieuse\u201d (IIL 22); rappel des exigences de la formation des maîtres (III, 55 ss); souhait d\u2019un cours de base sur \u201cle statut de la confessionalité et, notamment, (sur) l\u2019esprit et la lettre des règlements édictés par les deux comités confessionnels\u201d.,.(III, 89); rappel de la responsabilité des employeurs par rapport aux exigences religieuses de l\u2019embauche (III, 90 ss); réticences facë à la spécialisation des maîtres (III, 137); etc.Autant d\u2019éléments dont l\u2019organicité ne fait guère de doute: il y a ici de nettes visées d\u2019orthodoxie, qui s\u2019accompagnent d\u2019appels à la prudence et au contrôle, d\u2019efforts de délimitation des spécificités et des frontières, du souci d\u2019une rectitude doctrinale garantie par un contrôle administratif et par l\u2019ex-clusiQn (cette autre face de l\u2019exemption) des éléments hétérogènes.Dans un document qui propose un renversement de përspectives en termes proprement éducatifs, de telles insistances ont de quoi étonner.A moins que le \u201crationnel\u201d mis en place n\u2019ait pas eu d\u2019autre but que de mlieux consolider et promouvoir cette \u201creprise en mains\u201d?.Tous ces indices - et la liste pourrait en être allongée - confirment le lecteur dans le soupçon que l\u2019argumentation de Voies et Impasses avait déjà semé chez lui (voir, ci-haut, 2e partie).Sous le couvert d\u2019une philosophie vraiment nouvelle, c\u2019est l\u2019ordre du même qui semble devoir être précisé et raffermi; et sous l\u2019apparence d\u2019une déduction serrée, c\u2019est la positivité et la relativité d\u2019une institution qui se révèlent encore, toujours les mêmes.4.Un ordre concret partiquement maintenu Cette même lecture est aussi confirmée par l\u2019examen des suggestions concrètes et même des règlements récents du Comité catholique.Déjà l\u2019étude des tomes II et III de Voies et Impasses permet de se rendre compte que l\u2019intuition centrale du tome I fait vite place à un minutieux ré-encadrement du régime confessionnel actuel: maquettes scolaires, programmes, horaires, programmes de formation des maîtres, règle d\u2019exemption, etc., tout y passe, et avec une information et un réalisme qu\u2019il faut admirer.Il est vrai que les modifications proposées sont plutôt mineures: instauration d\u2019options au second cycle du secondaire, renforcement de la clause d\u2019exemption, souhaits de précision et d\u2019amélioration certains programmes et de certaines attitudes, souhait d\u2019une meilleure coordination entre les différents agents et les différents pôles du système scolaire.Mais, au coeur de cette discrétion, une volonté très nette de clarification et de consolidation de l\u2019enseignement religieux et de la confessionalité scolaire.Tout porte à croire que la \u201cnouveauté\u201d de l\u2019argumentation tourne court au plan des aménagements concrets à imaginer.En fait, c\u2019est pratiquement le maintien du statu quo, assorti de réformes minimes, mais étayé par une justification renouvelée, une réaffirmation des droits garantis par la loi et une volonté sans équivoque de sortir du climat d\u2019hésitation et d\u2019émoussement que connaîtrait actuellement le monde scolaire.D\u2019ailleurs, il suffira de lire le nouveau règlement du Comité catholique (6) pour constater que, après trois laconiques \u201cattendu que\u201d qui rappellent la \u201cnouvelle\u201d vision proposée par Voies et Impasses, bien peu de nouveautés sont préconisées; bien plutôt une entreprise de consolidation institutionnelle et juridique.On y trouvera quelques brefs articles concernant la \u201creconnaissance des institutions d\u2019enseignement confessionnelles comme catholiques\u201d et ses conditions (Art.2-5); des prescriptions concernant l\u2019enseignement optionnel (art.6-13) et la clause d\u2019exemption (art.14-16); des prescriptions concernant l\u2019animation pastorale (art.17-20) et le personnel dirigeant et enseignant (art.21-26).Le commentaire officiel du règlement ne laisse guère de doute sur l\u2019intention du comité catholique de veiller au contrôle doctrinal de l\u2019enseignement religieux, et même de l\u2019enseignement de type culturel.Des expressions comme \u201cperspectives propres à la foi catholiques\u201d (section II), \u201cconforme à la doptrine de l\u2019Eglise\u201d (section III), \u201cinformer les étudiants de la pensée de l\u2019Eglise concernant les grandes religions\u201d (section III, à propos de l\u2019enseignement religieux de type culturel), \u201ccompatible avec une conception chrétienne de la vie, de l\u2019homme et de l\u2019univers\u201d (section III, à propos 166 RELATIONS de l\u2019enseignement moral), l\u2019institution catholique \u201cfoyer de vie chrétienne\u201d (section IV), \u201cdécouverte progressive du monde, de l\u2019homme et de la vie, qui soit éclairée par la foi\u201d (section IV), \u201ccommunion de pensée avec la foi catholique\u201d (section V, à propos des éducateurs), \u201crespecter le caractère confessionnel de l\u2019institution, (entendant) ce mot selon toute la richesse de son contenu\u201d (section V, à propos du personnel éducatif), etc., y reviennent avec une insistance qui n\u2019est pas loin d\u2019éclipser tout le discours sur le projet éducatif ouvert, la recherche du sens, la pédagogie de cheminement, l\u2019espace de liberté, etc.Le nouveau règlement semble plutôt marquer la rentrée en force de l\u2019orthodoxie catholique, déjà trop secouée par la révolution scolaire.Ces intentions clarificatrices et normatives, le président du Comité catholique les a d\u2019ailleurs maintes fois explicitées avec honnêteté et simplicité.En préface à la dernière édition de Voies et Impasses, M.André Naud déclare que \u201ccet ouvrage est une réponse à un droit\u201d et qu\u2019il \u201cremplit un devoir\u201d (7).Il y affirme sans détours que le Comité catholique est \u201cun organisme public auquel la loi confère des devoirs et des pouvoirs précis et importants en matière de confessionnalité scolaire\u201d (8).Ce \u201cmandat explicite et formel de faire des règlements\u201d et cet appui légal sans équivoque, le Président du Comité catholique y est revenu ailleurs avec beaucoup de fermeté.\u201cLe Comité catholique accepte les règles du jeu de la loi scolaire.Il accepte qu\u2019il y ait des écoles reconnues comme catholiques.Il fixe, comme le lui demande la loi, les normes qui doivent régir ces écoles.(.) ces normes sont des normes.(.) Le langage normatif n\u2019est pas celui de la constatation\u201d, écrit-il vigoureusement (9).Cette voix sonne net \u201cdans le climat de perplexité et de confusion qui prévaut en matière d\u2019éducation de l\u2019homme et d\u2019initiation à l\u2019humain\u201d (10).Elle ne doute aucunement d\u2019elle-mème: \u201cQu\u2019on reprenne la question de la confessionnalité scolaire comme on voudra, cent fois s\u2019il le faut, il ne restera toujours que la voie que le Comité a prise.Il y aura donc des écoles catholiques là où celles-ci répondront aux aspirations locales (11).Il y aura, à cause de cela, reconnaissance officielle et juridique de ces écoles.Il y aura des règlements particuliers pour ces écoles.Il y en a\u201d (12).* Voilà qui est de nature à rassurer ceux qui pourraient craindre pour le sort de la confessionnalité scolaire.Voilà qui est aussi de nature à éclairer ceux qui veulent comprendre correctement l\u2019esprit de Voies et Impasses et de sa \u201cnouvelle vision des choses\u201d.Cette nouvelle vision des choses est bel et bien une nouvelle manière de justifier le maintien de notre système scolaire.Le président du Comité catholique faisait acte de clairvoyance quand il écrivait que Voies et Impasses est \u201cun exemple de pensée positive et non pas une illustration de la manie si fréquente de nos jours de s\u2019épuiser en exercices de pensée négative.Il vaut certainement mieux de s\u2019épuiser à construire plutôt qu\u2019à détruirè.Après tout, le temps est précieux\u201d (13).Considérer que sa propre voie restera toujours la seule possible, c\u2019est vraiment faire acte de pensée positive, c\u2019est-à-dire acte d\u2019appui justificateur et idéologique à une réalité établie.Si nier que le réel établi soit le seul possible est faire acte de pensée négative, il est heureux que beaucoup préfèrent tomber dans cette \u201cmanie\u201d: le temps est trop précieux.\ty A tout prendre, il faut peut-être préférer la clarté et l\u2019honnêteté du Règlement du Comité catholique et des propos de son président aux argumentations alambiquées de Voies et Impasses:\tces dernières sont prétentieuses, finalement peu fondées et, pour tout dire, démagogiques.Elles sentent étrangement un nouvel opportunisme intellectuel à forte saveur d\u2019opium.Quoi qu\u2019il en soit, il reste que Voies et Impasses apporte de nouveaux éléments de problématique à ceux qui cherchent des voies plus ^fécondes.Et, du moins à court terme - peut-être aussi à moyen terme -, ses suggestions d\u2019aménagement sont politiquement et administrativement réalistes et praticables.Seulement, en refusant d\u2019aller au fond du problème de la confessionnalité scolaire et en voulant sécuriser et consolider à tout prix, Voies et Impasses ne fait peut-être que reporter les débats de fond.Plus qu\u2019une voie féconde, c\u2019est peut-être le report des impasses que permettront le document et le Règlement.Les choses vont continuer d\u2019évoluer au Québec, et vraisemblablement pas dans la ligne d\u2019un raffer- missement de l\u2019emprise catholique sur le système scolaire.Sans être de ceux qui \u201cs\u2019épuisent à détruire\u201d, je suis porté à croire que Voies et Impasses ne changera pas le cours des choses.Il serait même dangereux de se -laisser bercer par les sécurités faciles offertes par le document et par ses prétendues nouveautés.En tout cas, la population québécoise aura intérêt à examiner la valeur des arguments et des justifications de Voies et Impasses et à ne pas se laisser impressionner par l\u2019assurance et le pouvoir d\u2019affirmation qui s\u2019y manifestent.On veut bien collaborer au projet scolaire et à sa dimension religieuse, mais en toute lucidité.A défaut de pouvoir reprendre ici \u201cpositivement\u201d -\tet aussi avec plus d\u2019imagination créatrice et avec plus de détachement par rapport aux droits acquis -\tle dossier de la confessionnalité scolaire prématurément refermé par Voies et Impasses, ces réflexions ont seulement voulu servir cette lucidité et contribuer à rouvrir les voies pour une éventuelle recherche plus prospective.Il mai 1975.1.\tEdition conjointe de Fides et de l\u2019Editeur officiel du Québec (enrichie de documents annexes et d\u2019un index analytique), 1975, 285 pages.2.\tTélévision de Radio-Canada, le 4 mai 1975.3.\tComité catholique du Conseil supérieur de l\u2019Education, Voies et Impasses, 3 vol., Editeur officiel du Québec, 1974, Vol.I: Dimension religieuse et projet scolaire.Vol.Il: L\u2019enseignement religieux.Vol.ITT: Les maîtres et l\u2019éducation religieuse.4.\tParmi les plus aisément accessibles, voir: Le Souffle, nn.47-48 (mars-mai 1974) et n.49 (octobre 1974): Education et Société, V/8 (décembre 1974).5.\tDans un article vigoureux, Louise Mar-cil-Lacoste a dénoncé cette identification.Voir: \u201cUn dépassement manqué?\u201d, dans Le Souffle, nn.47-48 (mars-mai 1974) 86-102, surtout p.94.6.\tVoir: Bulletin officiel du Ministère de l\u2019Education, no 3 (19.06.74) - 36-10-29 (3).On en trouvera aussi le texte dans Voies et Impasses, Fides et Editeur officiel du Québec, 1975, pp.266-275, ou dans Le Souffle, n.49 (octobre 1974) pp.54.63.7.\tLoc.cit., p.vii.8.\tIbid., p.vii.9.\tAndré NAUD, \u201cLe nouveau règlement du Comité catholique\u201d, dans Le Souffle.n.49 (octobre 1974) p.4.10.\tIbid., p.6.11.\tNoter que, les 19 et 20 septembre 1974, le Comité catholique a procédé unilatéralement à la reconnaissance formelle des écoles catholiques du Québec.12.\tCf.Le Souffle, n.49 (octobre 1974) p.6.13.\tAndré NAUD, \u201cPour mieux lire\u201d, dans Le Souffle, nn, 47-48 (mars-mai 1974) p.6.JUIN 1975 167 POUR UNE CATECHESE DE CONSCIENTISATION par Suzanne Loiselle* Dans le contexte du débat suscité par la parution du Manuel du 1er mai (1) préparé par des militants de la C.E.Q., il importe de situer l\u2019intervention catéchétique dans les perspectives d\u2019une \u201cpédagogie de conscientisation\u201d.Au-delà des craintes, des agressivités et des répressions provoquées par ce best seller, il est nécessaire de dégager le sens d\u2019une pratique catéchétique conscientisée et accordée à l\u2019analyse de l\u2019école qu\u2019on retrouve dans L\u2019Ecole au service de la classe dominante(2) et qui a été par la suite plus développée dans le document Ecole et luttes de classes au Québec(3).La réflexion qui suit se situe dans le cadre d\u2019une recherche faite à l\u2019Université de Montréal sur la dimension politique du projet chrétien et son impact sur les enjeux de l\u2019éducation de la foi et sur les choix des catéchètes d\u2019ici.Quatre étapes successives formeront notre développement: Ie une articulation de quelques traits caractéristiques de la situation des catéchètes rencontrés au cours de la recherche ci-haut mentionnée; 2° un essai de systématisation de certains enjeux de l\u2019expérience chrétienne à la lumière du questionnement suscité par la situation des catéchètes qui ont participé à la recherche; 3° un essai pour situer l\u2019intervention catéchétique dans les perspectives d\u2019une lecture renouvelée de l\u2019expérience chrétienne; 4e un essai pour entrevoir quelques tâches à accomplir par les catéchètes d\u2019ici à la lumière de la lecture proposée de l\u2019intervention catéchétique et aussi à la lumière de la tradition chrétienne.* Catéchète, l\u2019A.a travaillé six ans en enseignement et en animation catéchétique à l\u2019élémentaire et au secondaire.Actuellement aux études (Maîtrise en théologie, section études pastorales, à l\u2019Université de Montréal), l\u2019A.est membre de la Société des Soeurs Auxiliatrices.À propos de quelques catéchètes conscientisés Nous pouvons d\u2019abord affirmer (mais de façon très limitée) qu\u2019il y a des catéchètes politisés à des degrés divers; que ces catéchètes se sont politisés à travers leur \u201cfréquentation\u201d de l\u2019actualité et de la culture québécoise.A partir du choix de leurs sources d\u2019informations (journaux, revues, émissions d\u2019information, etc.) et de leur participation à des événements d\u2019ordre politique et culturel (luttes politiques, manifestations, etc.), on peut lire une volonté de vivre \u201créveillés\u201d au moment où se jouent les grands enjeux collectifs de notre société.Cette volonté se lit au niveau des choix que font les enseignants pour suivre de très près l\u2019actualité et intervenir, de façon circonstanciée, dans les luttes politiques, économiques et idéologiques du Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Ces catéchètes se sont aussi politisés à travers leurs analyses du système scolaire d\u2019ici et leurs luttes menées en contexte scolaire.Leur esprit critique se manifeste dans leur capacité d\u2019identifier et d\u2019analyser les problèmes du monde scolaire: absence de participation des professeurs, des étudiants et des parents; école en dehors du \u201ctraffic\u201d par son silence sur les grands enjeux del\u2019heure; gigantis- me des polyvalentes; décalage entre la théorie et la pratique pédagogiques; école comme rouage de transmission de l\u2019idéologie dominante; incompétence et imperméabilité des intervenants scolaires face au changement.Dans une telle perspective d\u2019analyse du rôle de l\u2019école dans le champ de la culture et de l\u2019idéologie, les slogans de participation des parents, de démocratisation scolaire, de nouveau régime pédagogique, d\u2019humanisation de l\u2019école, d\u2019école \u201cmilieu de vie\u201d, etc.apparaissent comme des \u201créformettes\u201d qui ne transforment pas en profondeur le système scolaire.La plupart des catéchètes rencontrés au cours de la recherche croient au syndicalisme enseignant, sont d\u2019accord avec les \u201ccontenus politiques\u201d de leur centrale, en particulier avec la lecture proposée de la réalité sociale et du rôle idéologique de l\u2019école dans une société capitaliste et avec la solidarité requise dans les luttes spécifiquement politiques et économiques des travailleurs; mais ils posent de sérieuses questions à l\u2019évolution de la C.E.Q., surtout à sa coupure de plus en plus marquée avec la base.Ces catéchètes se sont aussi politisés à travers une recherche sur le sens et les implications politiques de l\u2019éducation de la foi.Au niveau de leur enseignement, ils identifient certaines limites à articuler la dimension critique de l\u2019expérience chrétienne: âge des étudiants, pressions du milieu (parents, directions d\u2019écoles, départements de sciences religieuses et services de pastorale), une certaine Eglise du milieu qui est silencieuse sur les inégalités sociales et les conflits.Ces mêmes catéchètes sont d\u2019accord sur le fait que les programmes de catéchèse ne sont pas explicites sur la dimension critique du christianisme, mais contiennent des pistes de recherche et de réflexion qui, 168 RELATIONS si elles sont explorées à fond, peuvent aller loin dans la formation de la conscience sociale des jeunes; et ce, au nom d\u2019une référence à l\u2019Evangile.Ce bref tour d\u2019horizon sur la situation de quelques catéchètes amène à préciser l\u2019impact de cette situation sur leurs choix: lucidité dans la lecture de la réalité sociale et clarification des partis pris dans le sens des intérêts de la majorité populaire; engagement effectif dans les enjeux actuels de la transformation de l\u2019école et de la société; annonce de Jésus-Christ qui est venu libérer et transformer radicalement les hommes en prenant le parti des exploités; nouvelle interprétation du message chrétien et impact de sa radicalité sur nos comportements individuels et collectifs.À propos de certains enjeux de l\u2019expérience chrétienne 1) Foi et histoire - Cette lecture de la situation de quelques catéchètes appelle une confrontation de l\u2019expérience des catéchètes avec les enjeux de l\u2019expérience chrétienne.De cette confrontation se dégage une certitude: l\u2019expérience de foi se vit au coeur de l\u2019histoire d\u2019ici, qui a un caractère conflictuel, et qptte expérience de foi est un ferment de la transformation de l\u2019école; elle est aussi appel à vouloir transformer le milieu scolaire dans le sens d\u2019une libération de l\u2019étudiant et de tous ceux qui sont impliqués dans le monde scolaire et dans le sens d\u2019une transformation des structures scolaires; la foi est exigence à faire advenir-la paix, la justice, l\u2019amour, la liberté comme réalités sociales, porteuses d\u2019une libération de l\u2019école et de la société.De là, la nécessité d\u2019accorder l\u2019intervention catéchétique à une théologie politique d\u2019ici pour rendre effectivement à l\u2019homme d\u2019ici sa dignité: c\u2019est lui qui fait l\u2019histoire et change le monde.Il en va de la crédibilité du salut en Jésus-Christ dans l\u2019histoire d\u2019ici.Ceci s\u2019inscrit dans la dynamique de l\u2019histoire du salut où l\u2019aventure humaine est le lieu de la révélation de Dieu.L\u2019expérience de l\u2019Exode demeure fort pertinente et éclairante pour nous: les Israélites ont pu nommer leur Dieu comme le Dieu de l\u2019histoire et de la libération parce qu\u2019ils ont reconnu que Yahvé les avait sauvés et libérés de l\u2019esclavage en Egypte.Si aujourd\u2019hui nous nous engageons dans la transformation de nos \u201cfaçons de vivre\u201d sociales et politiques, nous nous engageons dans le processus d\u2019une nouvelle connaissance de Dieu qui sauve et libère aujourd\u2019hui, dans une ligne de fidélité créatrice à la foi des Israélites de l\u2019Exode.2) Foi et praxis sociale \u2014 L\u2019expérience chrétienne va donc au bout de sa vérité dans une praxis sociale libératrice et transformatrice de l\u2019histoire.Les catéchètes sont conscients des liens à articuler entre foi chrétienne et engagement politique, et ceci les renvoie à la praxis sociale comme à un des lieux aptes à traduire la vérité de l\u2019expérience chrétienne.Le lieu de la vérification de l\u2019expérience de foi est l\u2019attitude \u201cen vérité\u201d de l\u2019homme face à l\u2019homme.A la lumière de la tradition judéo-chrétienne, l\u2019expérience croyante est une pratique avant d\u2019être une confession, et cette pratique comporte nécessairement une dimension sociale et politique.\u201cConnaître Dieu, c\u2019est pratiquer la justice.\u201d Si notre foi est questionnée par l\u2019histoire qui se fait, elle engage aussi notre responsabilité sociale et exige notre engagement dans la transformation qualitative de la vie.Le sens chrétien est lié à la pratique chrétienne: ceci fonde l\u2019exigence d\u2019une relecture du salut en termes praxéologiques et collectifs.Une réflexion critique sur le sens de l\u2019expérience chrétienne invite les catéchètes à privilégier une réflexion sur le sens de l\u2019action de l\u2019homme dans la transformation de l\u2019histoire et du monde.En confrontation avec la situation des catéchètes, il est possible d\u2019affirmer que leur foi chrétienne leur permet d\u2019être critiques et de dénoncer tout ce qui est spoliation, exploitation, aliénation dans l\u2019école et dans la société et leur permet d\u2019annoncer un ordre différent des choses:\tune école nouvelle dans une société nouvelle.Mais entre la dénonciation et l\u2019annonce, ils ont la tâche de construire une école nouvelle pour une société nouvelle en faisant déjà, par leurs pratiques, \u201ctoutes choses nouvelles\u201d.De là la nécessité d\u2019accorder l\u2019intervention catéchétique à une théologie de la libération comme réflexion sur la praxis historique d\u2019ici.C\u2019est à ce prix que nous comprendrons l\u2019ouverture au don du royaume de Dieu qui est paix, justice, libération; et nous comprendrons aussi que cet accueil du don du royaume implique \u201cla protestation devant la dignité humaine foulée aux pieds, la lutte contre la spoliation dont la majorité des hommes est victime, l\u2019amour qui libère, la construction d\u2019une nouvelle société, juste et fraternelle\u201d.3) Foi et expérance - De cette confrontation entre la situation des catéchètes et les enjeux de l\u2019expérience chrétienne se dégage finalement que l\u2019expérience chrétienne se vit dans une espérance en action.Devant le constat que l\u2019école a une fonction de récupération des individus et une fonction de reproduction des rapports sociaux de domination, d\u2019exploitation et d\u2019inégalité, le caté-chète persiste à lire sa tâche comme possibilité de véhiculer les problèmes de sens et de promouvoir la création d\u2019un homme nouveau dans une société où les rapports sociaux seraient radicalement différents.C\u2019est à ce niveau que le catéchète est responsable d\u2019une espérance en action et qu\u2019il vit sa solidarité avec ceux qui travaillent à faire advenir un monde radicalement nouveau.En référence à la situation des quelques catéchètes mentionnés, il convient de dire que leur espérance leur permet d\u2019être radicaux et subversifs parce qu\u2019elle est fidélité à la subversion du message évangélique qui assure l\u2019attente .d\u2019Israël.De là la nécessité d\u2019accorder l\u2019intervention catéchétique à une théologie de l\u2019espérance où il serait possible de rendre effectivement à l\u2019homme d\u2019ici sa responsabilité de l\u2019espérance.Il en va de la crédibilité de la promesse offerte en Jésus-Christ que l\u2019espérance, pour celui qui en vit, soit un facteur radical de liberté, de création et d\u2019initiatives historiques.JUIN 1975 169 À propos de T intervention catéchétique Nous sommes en face de l\u2019urgence de nouvelles tâches en théologie, plus spécifiquement dans les perspectives d\u2019une théologie politique, d\u2019une théologie de la libération et d\u2019une théologie de l\u2019espérance qui donneraient sens aux expériences et aux luttes des catéchètes d\u2019ici.A la lumière de ces perspectives ouvertes par une nouvelle lecture de l\u2019expérience chrétienne, il est important de cerner ici l\u2019impact de ces nouvelles perspectives sur les enjeux de l\u2019intervention catéchétique.1)\tLe catéchète est d\u2019abord invité à préciser le modèle anthropologique qu\u2019il porte et à accorder son intervention à ce modèle.Dans la mesure où il se sent concerné par l\u2019histoire qui se fait ici et maintenant et où il lit son intervention catéchétique comme étant de fait un apport à la création de l\u2019histoire, le catéchète contribue à \u201cmettre au monde\u201d des hommes nouveaux, créateurs de l\u2019histoire.Dans la mesure où il s\u2019engage à transformer l\u2019histoire dans le sens d\u2019une véritable amélioration de la condition humaine et où il lit son engagement comme devant passer par la nécessaire exigence d\u2019analyser scientifiquement la réalité sociale, le catéchète contribue à \u201cmettre au monde\u201d des hommes nouveaux qui croient que leur praxis est un lieu possible de transformation et de libération de l\u2019histoire.Dans la mesure où il se sent convoqué à créer l\u2019avenir et à être responsable de l\u2019espérance, le catéchète contribue à \u201cmettre au monde\u201d des hommes nouveaux pour qui le changement de l\u2019histoire et des hommes passe par la radicalisation de l\u2019action.2)\tLe catéchète est aussi invité à préciser le modèle de société qu\u2019il porte et à analyser le rôle idéologique et culturel de l\u2019école dans la construction et la transformation de notre société.Dans la conjoncture actuelle, le catéchète est amené à prendre conscience 170\t/\t' .de sa responsabilité en tant qu\u2019a-gent de la transformation de l\u2019école d\u2019ici, dans notre société elle-même en profonde mutation.Il est aussi amené à privilégier l\u2019école comme un des lieux possibles de la transformation de notre société.Il est appelé à porter l\u2019utopie d\u2019une école qui contribuerait à construire un monde où tous les hommes seraient égaux et auraient accès à la dignité, en payant le prix de la suppression de la domination, de l\u2019oppression et de l\u2019aliénation.Il est donc urgent que les catéchètes contribuent à faire de l\u2019école un lieu idéologique qui véhicule la nécessaire transformation de la société en investissant eux-mêmes leurs énergies dans la nécessaire transformation de l\u2019école.3)\tFinalement, le catéchète est \u201cacculé\u201d à redécouvrir le sens et les conséquences de son appartenance à Jésus-Christ.Les perspectives d\u2019une lecture de l\u2019expérience chrétienne qui privilégient les pôles de la libération de l\u2019histoire, de la construction du monde et du combat \u2018de l\u2019espérance comme tâches constitutives de l\u2019engagement, amènent le catéchète à cerner les enjeux de l\u2019expérience de foi sur son propre terrain d\u2019intervention.Dans cette perspective est favorisée l\u2019émergence de nouveaux catéchètes qui s\u2019engagent, en solidarité avec de nouveaux chrétiens, à préparer la naissance d\u2019une nouvelle église.L\u2019utopie est de croire qu\u2019un nombre grandissant de catéchètes soient convaincus de la nécessité que l\u2019église, pour être croyable, se convertisse en devenant la communauté de ceux qui sont de plus en plus conscients qu\u2019il y a une \u201ccontradiction qui s\u2019est installée entre l\u2019église officielle et le message évangélique authentique\u201d.L\u2019utopie est aussi de croire que des catéchètes veulent restaurer \u201cla vérité radicale et efficace de Jésus-Christ\u201d et qu\u2019ils ont la certitude que l\u2019église \u201cdoit changer profondément\u201d mais qu\u2019ils ne croient pas que \u201cce changement profond puisse survenir indépendamment d\u2019un changement radical de la société.C\u2019est dans une société autre que l\u2019église pourra être autre\u201d.Il est donc possible d\u2019affirmer le droit de cité de l\u2019enseignement religieux dans l\u2019école d\u2019ici dans la mesure où il est un lieu efficace de restauration de la vérité radicale de Jésus-Christ et un lieu efficace de libération et de trans- formation de l\u2019école et de la société d\u2019ici.Pour ce faire, l\u2019enseignement religieux doit souscrire aux objectifs d\u2019une \u201cpédagogie de conscientisation\u201d.J\u2019y reviens plus loin.Nous sommes donc au coeur du \u201cmonde chrétien\u201d où tout n\u2019est pas complètement donné, ou l\u2019histoire est à faire, où l\u2019école est à transformer dans le sens de la libération; et les catéchètes, avec d\u2019autres, sont responsables de nommer et de faire cette libération.Nous sommes au coeur d\u2019un monde de ruptures où les catéchètes ont à prendre des distances par rapport à une certaine utilisation du message chrétien qui a'fait de l\u2019évangile un instrument de domination et où les catéchètes ont à redécouvrir une nouvelle interprétation du message chrétien qui fait de l\u2019évangile un instrument de libération qui peut dynamiser le processus de changement de notre société.Nous sommes aussi dans un monde de conversion où les catéchètes sont appelés à se \u201cconvertir\u201d à l\u2019analyse scientifique de la réalité sociale, à la praxis transformatrice et libératrice de l\u2019histoire et à la responsabilité de l\u2019avenir.Dans cette perspective, l\u2019intervention catéchitique en contexte scolaire est lue comme un lieu privilégié de l\u2019annonce d\u2019un sens et de l\u2019affirmation d\u2019une perspective: le monde est à transformer et à construire dans le sens d\u2019une libération, et les catéchètes sont appelés à être des agents actifs et responsables de la \u201cmisé au monde\u201d de cette libération.À propos de quelques choix des catéchètes d\u2019ici Une telle lecture de l\u2019intervention catéchétique indique quelques tâches urgentes pour le catéchète d\u2019ici.1) D\u2019abord, en solidarité avec d\u2019autres pédagogues conscients de leur responsabilité sociale de changer l\u2019école, le catéchète a pour tâche d\u2019analyser le rôle idéologique RELATIONS de l\u2019école dans notre société capitaliste et d\u2019expliciter les enjeux d\u2019une \u201cpédagogie de conscientisation\u201d dans un tel contexte.Dans cette perspective, le Manuel du 1er mai de la C.E.Q.est riche de significations et de suggestions pour les enseignants qui se solidarisent avec la classe ouvrière: -combattre les manifestations de l\u2019idéologie bourgeoise sous toutes ses formes dans l\u2019école, -faire ressortir et promouvoir dans les cours et ailleurs les intérêts de la classe ouvrière, -lutter contre le mythe de la promotion individuelle et favoriser la promotion collective, -soutenir et développer la solidarité chez les étudiants, - combattre toute forme de répression qui s\u2019exerce autant sur les étudiants que sur les enseignants à tous les niveaux d\u2019enseignement, -faire avec les étudiants, les enseignants et les parents-travailleurs des analyses des problèmes sociaux et économiques qui remontent aux causes véritables en prenant toujours parti pour la classe ouvrière, -faire connaître aux étudiants les luttes ouvrières et leur proposer des moyens de les appuyer concrètement, -faire connaître aux étudiants l\u2019histoire des luttes du mouvement ouvrier, -aider les étudiants à acquérir un esprit critique et }e souci de l\u2019engagement, par exemple en leur donnant des travaux de recherche ou d\u2019enquête orientés vers la connaissance critique du milieu et vers sa transformation dans le sens des intérêts de la majorité populaire., -continuer dans chacun de nos milieux à inventorier et appliquer d\u2019autres mesures qui favoriseront la conscientisation et l\u2019engagement (4).2) Le catéchète, en solidarité avec d\u2019autres catéchètes, a aussi la tâche d\u2019expliciter les enjeux d\u2019une pratique catéchétique dans la ligne d\u2019une \u201cpédagogie de conscientisation\u201d et à la lumière d\u2019une nouvelle lecture du message évangélique et de l\u2019héritage chrétien; et ce, en vue de favoriser la qualité de l\u2019engagement des chrétiens dans le monde scolaire.Il faut avouer que ces perspecti-ves-ci sont complètement absentes du Manuel du 1er mai.Il est donc urgent de tracer les nouvelles lignes de force d\u2019une pratique catéchétique conscientisée qui aurait droit de cité dans un nouveau manuel du 1er mai: -démasquer l\u2019interprétation bourgeoise de l\u2019évangile et promouvoir une interprétation prolétarienne de l\u2019évangile en révisant le contenu idéologique des programmes de catéchèse; -dans le travail critique de révision du contenu idéologique des programmes de catéchèse, accorder une attention spéciale aux thèmes du travail, de la pauvreté, de l\u2019autorité, de la paix, de l\u2019unité et de la réconciliation, du péché, de la justice, de la conversion des coeurs; relire ces thèmes dans une perspective de conscience de classe; -favoriser ches les intervenants scolaires, en particulier les catéchètes, une remise en question radicale de leurs solidarités réelles; -permettre aux catéchètes de clarifier les enjeux de leur enseignement, en paroles et en actes, non plus dans la ligne d\u2019une \u201csoumission et d\u2019une insertion dans la société injuste qui est la nôtre\u201d mais dans la ligne d\u2019une \u201ccontestation de cette société et la lutte pour la changer\u201d; -mettre en oeuvre des moyens (réflexions collectives sur des luttes menées, rencontre de militants, lectures etc.) qui aideraient les catéchètes à découvrir l\u2019évangile et sa force propre de libération et qui les équiperaient à présenter un héritage chrétien qui dynamise le processus de changement de notre société; - élargir et approfondir les objectifs de l\u2019action catéchétique:\t\u201c.l\u2019action ca- téchétique pourra de moins en moins se limiter à \u2018nommer ce qui est vécu\u2019, à \u2018interpréter l\u2019existence\u2019, à \u2018donner un sens aux réalités humaines\u2019.Les croyants les plus dynamiques exigent de plus en plus que \u2018les vérités passent aux actes\u2019.Ils ne se satisfont plus de comprendre ce qui est vécu; ils veulent \u2018changer\u2019 le vécu, transformer l\u2019existence, renouveler la société.Pour répondre à ces aspirations nouvelles, l\u2019action catéchétique doit sans doute élargir et approfondir ses objectifs.\u201d (5); ' -viser, en catéchèse, la sphère du politique:\t\u201cComme catéchètes, nous n\u2019avons certès pas la tâche de former des militants de partis politiques.Mais notre catéchèse ne saurait se contenter de viser la sphère de la vie privée et personnelle; elle doit aussi viser la sphère du politique, c\u2019est-à-dire être attentive aux thèmes qui polarisent l\u2019action sociale et ouvrir toujours plus la conscience des chrétiens sur la nécessité d\u2019un engagement dans les réalités collectives.\u201d (6); -ouvrir des portes à des fraternités d\u2019action avec d\u2019autres militants pour changer et transformer l\u2019école et pour promouvoir une nouvelle interprétation du message chrétien.En guise de conclusion C\u2019est au prix d\u2019une solidarité nouvelle des catéchètes avec les autres pédagogues dans leur responsa- bilité sociale de changer l\u2019école, d\u2019une prise de conscience d\u2019une nouvelle conception de l\u2019enseignement religieux comme un des lieux possibles de libération et de transformation de l\u2019école, d\u2019une nouvelle perception par les catéchètes de leur rôle comme agents actifs et responsables de la transformation de l\u2019école, que l\u2019existence des catéchètes politisés sera reconnue et croyable.Aussi la recherche des catéchètes politisés sur le sens et les implications politiques du projet chrétien sera croyable dans la mesure où les catéchètes traduiront leurs choix au niveau d\u2019une pratique catéchétique conscientisée.Dans cette perspective, il est urgent pour les catéchètes et pour les chrétiens d\u2019ici de clarifier leur réseau de solidarités et leurs partis pris dansée sens des intérêts de la majorité populaire.Est-il nécessaire de redire ici qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un \u201crecours à la haine et à la lutte des classes\u201d, mais d\u2019une prise de conscience que \u201cla lutte des classes est un fait et que la neutralité en cette matière est impossible\u201d et que l\u2019urgence pour les catéchètes conscientisés est de savoir de quel côté ils se trouvent?C\u2019est la question de fond posée par le Manuel du 1er mai.Et cette tâche de clarification, par les catéchètes, de leurs solidarités et de leurs partis pris, est urgente dans la mesure même où ces solidarités et ces partis pris ont un impact sur l\u2019interprétation et l\u2019utilisation du message chrétien.Il est aussi urgent de dire qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de confisquer l\u2019évangile mais de retrouver l\u2019orientation fondamentale de la pratique et du message de Jésus-Christ, tâche encore à faire par des auteurs de nouveaux projets catéchétiques \u201cpour une journée d\u2019école au service de la classe ouvrière\u201d.1.\tC.E.Q., Pour une journée d\u2019école au service de la classe ouvrière, \u201cManuel du 1er mai\u201d, avril 1975, D-5888.2.\tC.E.Q., L\u2019école au service de la classe dominante, dossier adopté au XXHIe congrès de la C.E.Q., juin 1972, A72-C02.3.\tC.E.Q., Ecole et luttes des classes au Québec, 2e édition, octobre 1974, D-5606.4.\tVoir note I, pp.73 et 74; voir aussi note 3, pp.147 et 148.5.0.C.Q., \u201cLignes de force de notre action catéchétique\u201d, dans Le Souffle, novembre 1971, pp.49 et 50.6.Ibid.p.50.JUIN 1975 171 LA PASTORALE SCOLAIRE: à propos d\u2019un projet de \u201ccontrat de services\u201d -par Guy Bourgeault- Au cours des dernières semaines, un vieux débat a ressurgi dans la région de Montréal à l\u2019occasion de la reprise d\u2019un projet d\u2019entente entre l\u2019Archevêché de Montréal et la Commission des écoles catholiques de Montréal concernant la pastorale scolaire au niveau secondaire.Ce projet, sur la base de discussions antérieures remontant à 1970, avait reçu une première formulation d\u2019allure plus officielle dans une lettre de Jean-Paul Tardif, de la CECM, en date du 22 mai 1973.L\u2019essentiel en était repris, le 11 juillet 1973, dans un document de l\u2019Office de l\u2019éducation de l\u2019Archevêché de Montréal.Par suite d\u2019une \u201centente\u201d ou d\u2019un \u201ccontrat de services\u201d, la CECM continuerait d\u2019assumer la responsabilité directe de l\u2019enseignement religieux, tandis que la pastorale deviendrait \u201cune responsabilité exclusive de l\u2019Eglise et de son organisation\u201d et serait reconnue comme étant \u201centièrement du ressort des autorités diocésaines\u201d.En pratique, \u201cle personnel affecté à plein temps aux activités de pastorale relèverait de l\u2019autorité religieuse et non de la commission scolaire\u201d; c\u2019est \u201cpar entente que ce personnel oeuvrerait dans les écoles\u201d; l\u2019Archevêché pourrait payer ce personnel grâce à une subvention \u201csur une base per capita\u201d accordée par la CECM à l\u2019autorité diocésaine.Les enjeux On peut s\u2019étonner de voir exprimé si clairement, dans un document émanant de la CECM, un intérêt marqué pour l\u2019intégration des jeunes à la vie paroissiale, pour la concertation intersectorielle à l\u2019intérieur d\u2019une pastorale diocésaine d\u2019ensemble, pour la mobilité des effectifs pastoraux.Sans mettre en doute l\u2019honnêteté de la proposition faite par M.Jean-Paul Tardif, des esprits pourtant peu soupçonneux se sont interrogés sur les intérêts réels que la CECM pourrait avoir elle-même dans une telle entente.Dans le monde de l\u2019éducation comme dans celui de l\u2019entreprise, on recourt généralement à de telles ententes ou à de tels \u201ccontrats de services\u201d ou bien lorsque certaines corporations professionnelles puissantes veulent faire échapper leurs membres aux règles habituelles et aux échelles de salaire officielles jugées trop basses, ou bien lorsqu\u2019il s\u2019agit de services auxquels on ne veut recourir que provisoirement et sans engager de responsabilités institutionnelles à l\u2019égard des personnes impliquées.La première hypothèse semblait ici devoir être écartée.Restait la seconde: le désir de la CECM de ne pas assumer elle-même la responsabilité des services d\u2019ordre pastoral dans les écoles et, surtout peut-être, de ne pas porter le poids d\u2019une permanence de ces services et du personnel qui leur est rattaché.Du côté de l\u2019Archevêché, les intérêts étaient plus clairs.L\u2019entente proposée permettrait a) d\u2019exercer un plus grand contrôle sur les \u201cagents de pastorale\u201d en milieu scolaire (conseillers en éducation chrétienne et animateurs de pastorale), b) de jouir d\u2019une plus grande liberté dans la distribution des effectifs presbytéraux en fonction des priorités établies dans le cadre d\u2019un projet pastoral d\u2019ensemble, c) de trouver une solution partielle au problème de la disparité des salaires et revenus dans le clergé.Ce dernier point s\u2019avère être d\u2019une importance toute particulière dans certains documents de l\u2019Office de l\u2019éducation de l\u2019Archevêché de Montréal en date du 22 novembre 1972 et du 10 mars 1975.C\u2019est presque à l\u2019unanimité que les personnes directement touchées se sont opposées, tant en 1973 qu\u2019en 1975, à l\u2019entente proposée:\tles conseillers en éducation chrétienne et les animateurs de pastorale scolaire (prêtres et laïcs, religieux ou religieuses), le syndicat des professionnels des services aux étudiants des Commissions scolaires du Québec, l\u2019Association des animateurs de pastorale scolaire du Québec, l\u2019Association des conseillers en éducation chrétienne, l\u2019Association des directeurs d\u2019école de Montréal.Et le débat fut à peu près le même à l\u2019automne 1973 et au printemps 1975, avec des prises de position et des argumentations pratiquement identiques.Les enjeux majeurs, pour l\u2019Eglise de Montréal, sont de trois ordres principaux, qu\u2019il importe de bien distinguer: pastorale scolaire, pastorale d\u2019ensemble, parité relative des salaires et revenus dans le clergé.La pastorale scolaire On peut être plus ou moins d\u2019accord avec les perspectives présentées par le Comité catholique du Conseil supérieur de l\u2019Education dans le document Voies et impasses (document analysé par Pierre Lu-cier dans le présent numéro).Il demeure que, si l\u2019on veut jouer la carte de l\u2019intégration de l\u2019enseignement religieux et de la formation chrétienne dans le projet éducatif et scolaire, il faut jouer le jeu loyalement.Ce que les conseillers en éducation chrétienne et les animateurs de pastorale ont cherché à faire depuis plusieurs années déjà en assurant la reconnaissance de leur statut professionnel dans l\u2019école.Ce qui fut parfois gagné de haute lutte et que les intéressés n\u2019ont nul goût de voir mis en question et sabordé d\u2019un coup.Il fut un temps où les curés et les vicaires, chez nous, n\u2019avaient nul besoin de cette reconnaissance pour influencer l\u2019école et y exercer un rôle souvent prépondérant dans les programmes, les horaires, les aménagement structurels, voire en certains cas l\u2019engagement du person- 172 RELATIONS nel.Mais l\u2019école est devenue chez nous, dans les années 60, une institution indépendante de l\u2019Eglise et échappant désormais à sa tutelle officielle ou officieuse.On s\u2019en est d\u2019abord réjoui: outre que les jeux en étaient devenus plus clairs, le poids financier de la pastorale scolaire était ainsi à la charge de la collectivité et non plus des paroisses.de moins en moins fortunées dans la plupart des cas.Mais il a fallu payer le prix d\u2019exigences professionnelles imposées par l\u2019école aux agents de pastorale et, surtout, d\u2019une plus grande autonomie de la pastorale scolaire face à la pastorale paroissiale et / ou diocésaine.Il semble clair aujourd\u2019hui que la qualité de la pastorale scolaire dépend en chaque école, pour une très large part, de la qualité de l\u2019insertion des agents de pastorale eux-mêmes et de leur collaboration avec les catéchètes et les responsables de l\u2019enseignement religieux, avec les responsables des , divers services aux étudiants, etc.Dans ce contexte, il faut sans doute privilégier l\u2019insertion personnelle aux ententes institutionnelles et aux contrats de services.Chacun doit alors relever le défi qui lui est lancé dans un milieu scolaire qui, comme le milieu social en général, n\u2019est plus un milieu \u201cchrétien\u201d; où les \u201cconcordats\u201d, par conséquent, n\u2019ont plus guère de sens; où l\u2019agent de pastorale doit devenir évangélisateur et \u201cmissionnaire\u201d.Le Québec tout entier, y compris ses écoles, est devenu \u201cterre de mission\u201d:\tles ententes institutionnelles, les contrats et les condordats y sont devenus pratiquement inopérants; \u2022compte désormais la qualité de l\u2019engagement et du témoignage des personnes.La pastorale d\u2019ensemble La relative marginalité de la pastorale scolaire par rapport à la pastorale paroissiale, à l\u2019intérieur de ce qu\u2019on appelle la pastorale d\u2019ensemble, pose à coup sûr des problèmes réels.Mais les analyses doivent ici être plus rigoureuses que celles qui sont sous-jacentes à des prises de position par trop simplistes.La crise JUIN 1975 de la paroisse, me semble-t-il, ne tient pas à la pastorale scolaire.Ou si peu! Il suffira de comparer la qualité de la catéchèse scolaire à celle de l\u2019homélitique coutumière pour comprendre d\u2019emblée que les jeunes qui participent à plein aux activités pastorales de leur école n\u2019ont guère le goût de \u201cs\u2019embarquer\u201d dans leur paroisse! D\u2019ailleurs, les moins jeunes aussi désertent leur église paroissiale, et on ne saurait certes en tenir l\u2019école responsable.C\u2019est dans tous les secteurs qu\u2019il faut désormais prendre au sérieux les défis de la \u201cseconde évangélisation\u201d.Une concertation des efforts est certes nécessaire, mais cette concertation ne peut plus être faite, comme elle le fut longtemps dans un contexte pratique de chrétienté, sur une base structurelle et institutionnelle.Les schèmes habituels s\u2019avèrent déjà insuffisants et seront de plus en plus inadéquats et inefficaces.Il nous faut apprendre à penser et à agir autrement, de façon nouvelle.La concertation des efforts est aujourd\u2019hui moins assurée par les nominations et par les ententes institutionnelles que par les échanges entre des chrétiens engagés en des milieux divers et partageant cependant, plus qu\u2019une même vague foi, des visées évangélisatrices relativement communes et convergentes.Dans cette perspective, comptent beaucoup les équipes pastorales qui permettent le dialogue et la confrontation critique des visées et des expériences.Il appartient au leadership ecclésial d\u2019en favoriser la naissance et la croissance.Importe aussi la reconnaissance de la diversité des options et des orientations dans l\u2019Eglise d\u2019ici.Il revient au leadership ecclésial d\u2019animer les échanges et les confrontations entre les personnes et et les groupes dans un service de l\u2019unité qui n\u2019est pas une imposition de l\u2019uniformité.On peut ici se réjouir du fait qu\u2019un diocèse voisin de Montréal ait officialisé la reconnaissance pra-tiqûe des communautés scolaires et des communautés dites de base, à côté des communautés paroissiales, comme \u201clieux\u201d authentiques d\u2019une Eglise en marche et à la recherche de son unité en Jésus-Christ retrouvé.La parité salariale Si le \u201ccontrat de services\u201d s\u2019avère peu valable pour assurer la qualité de la pastorale scolaire et l\u2019intégration de cette pastorale dans une pastorale d\u2019ensemble, peut-il être plus utile et plus efficace pour assurer la parité relative des revenus et salaires dans le clergé?Pour une part, sans doute, en permettant à l\u2019autorité diocésaine de recueillir (\u201csaisir\u201d) les salaires à la source pour les redistribuer! Mais on peut douter que semblable \u201csaisie à la source\u201d aide de quelque façon que ce soit au \u201ctémoignage effectif de pauvreté que doit porter l\u2019Eglise\u201d (Office de l\u2019Education de l\u2019Archevêché de Montréal, 10 mars 1975).Surtout, il faut tenir compte de divers facteurs dont certains sont particulièrement importants.Je pense ici au fait que bon nombre de conseillers en éducation chrétienne et d\u2019animateurs de pastorale dans les écoles ne sont pas membres du clergé, et que cette situation n\u2019est pas un pis-aller, et qu\u2019elle ira sans doute s\u2019accentuant.Il nous faudra apprendre à penser pastorale sans penser clergé, ce qui est loin d\u2019être chose acquise.De plus, les agents de pastorale dans le monde scolaire qui sont prêtres ne sont pas les seuls à avoir un salaire plus élevé que celui des curés ou des vicaires.Pensons ici aux aumôniers d\u2019hôpitaux, dont le salaire vient d\u2019être haussé une fois encore; pensons aussi.aux professeurs d\u2019université! La solidarité du presbyté-rium est une chose belle et bonne, certes à promouvoir; et je reconnais volontiers qu\u2019une relative parité des salaires et revenus constitue une pierre de touche bien concrète de cette solidarité.Il demeure qu\u2019elle ne saurait être exclusivement d\u2019ordre financier, mais qu\u2019elle exige pour devenir réelle une participation effective de tous et chacun aux orientations pastorales sectorielles et générales.Sur la base d\u2019une telle solidarité devenue plus effective, il sera sans doute possible d\u2019établir un système de péréquation ou de taxation qui servira la justice et l\u2019équité tout en favorisant un partage réel.Il me paraît en tout cas heureux que le Conseil presbyté-ral de Montréal, dans une réunion du 14 mai 1975, ait préféré cette voie -plus longue - à celle du \u201ccontrat de services\u201d pour en arriver à établir et à vivre un régime de parité relative des salaires et revenus dans le clergé diocésain.19 mai 1975 173 la première rencontre internationale des Chrétiens pour le socialisme par Yves Vaillancourt\tQuébec, avril 1975 En avril 1972, avait lieu, à Santiago du Chili, la Première rencontre latino-américaine des Chrétiens pour le socialisme (CPS).Peu de temps après, j\u2019avais tenté de dégager pour nos lecteurs la signification et les acquis de ce premier congrès des CPS (Relations, 372, juin 1972).A cette occasion, j\u2019avais laissé entendre que le Congrès de Santiago constituerait \u201cun moment historique dans le développement du christianisme latino-américain et même mondial\u201d.Il est encore trop tôt pour vérifier cette affirmation.Mais un événement récent a révélé que le \u201ccourant\u201d CPS s\u2019était considérablement développé au cours des trois dernières années.En effet, en avril 1975, avait lieu au Québec la Première rencontre internationale des CPS.Déjà, dans la presse étrangère, ce \u201cCongrès de Québec\u201d a été présenté comme étant la suite du \u201cCongrès de Santiago\u201d (cf.Le Monde, 13 mai 1975).A ce moment, pour mieux dégager les caractéristiques et la portée du Congrès de Québec, il importe de rappeler brièvement ce qui s\u2019est passé depuis le Congrès de Santiago.Le développement de la conjoncture depuis 1972 Depuis le Congrès de Santiago (1972), la conjoncture internationale s\u2019est profondément modifiée.Au plan économique, il y a eu la crise du dollar, la crise du pétrole, l\u2019inflation galopante, la récession.Graduellement, le capitalisme international est entré dans une crise structurelle qui touche les pays capitalistes dominants autant que les pays capitalistes dépendants.Avec la montée subite des prix des ressources énergétiques, la balance commerciale de tous les pays a été modifiée à l\u2019avantage des pays producteurs (pays de l\u2019OPEP, Etats-Unis, Canada) et au désavantage des pays importateurs (Europe de l\u2019Ouest, Japon, Indes, Brésil, etc).Dans ce nouveau contexte économique, les rapports entre pays capitalistes sont devenus plus délicats (par exemple entre les Etats-Unis et les pays du Marché Commun européen); la misère et la souffrance des travailleurs, les victimes les plus directes de l\u2019exploitation capitaliste, se sont intensifiées et généralisées, notamment dans les pays du Tiers monde (problème de la faim), mais aussi dans les pays capitalistes avancés (problèmes de l\u2019inflation et du chômage).Au plan politique, la crise mondiale du capitalisme a eu d\u2019énormes implications; elle a amené, entre autres, une intensification de la lutte des classes au plan international et dans plusieurs pays; d\u2019une part, au sein du prolétariat, elle a favorisé un développement de la conscience de classe dans un sens anti-capitaliste; d\u2019autre part, au sein de la bourgeoisie, elle a favorisé des efforts de concertation pour protéger les avantages acquis.D\u2019un pays à l\u2019autre et d\u2019un continent à l\u2019autre, les formes de l\u2019intensification de la lutte entre les forces capitalistes et les forces populaires varient.En Amérique du Nord, les travailleurs font preuve d\u2019un sursaut de conscience et de combativité comme ils n\u2019en avaient pas eus depuis les années \u201930, mais ils ont une \u201cgrosse côte à remonter\u201d avant de constituer un mouvement anti-capitaliste fort et organisé.En Amérique latine, surtout depuis le Coup d\u2019Etat chilien, les masses ouvrières et paysannes vivent présentement une période de dure répression, sous le joug de régimes militaires et fascistes qui servent les intérêts convergents des bourgeoisies autochtones et de l\u2019impérialisme américain.En Europe de l\u2019Ouest, les rapports de classes sont plus tendus que jamais; les acquis du débloca- ge portugais demeurent fragiles mais sèment un espoir contagieux; en France, en Italie et en Espagne, les forces socialistes sont une menace réelle et à court terme pour les fqrces capitalistes au pouvoir.En Afrique portugaise (Mozambique, Angola, Guinée-Bissau) et dans le Sud-Est asiatique (Vietnam, Cambodge, Laos), les mouvements de libération anti-capitalistes et anti-impérialistes ont marqué des points inespérés au cours des derniers mois et risquent de constituer des exemples contagieux dans d\u2019autres pays.Bref, dans plusieurs pays des cinq continents, pour les masses malmenées par la crise du capitalisme, la voie socialiste, tout en devenant plus exigeante à cause de la répression, demeure à l\u2019ordre du jour plus que jamais.Le développement des CPS depuis 1972 C\u2019est en référence au développement de la conjoncture internationale qu\u2019il faut présenter et expliquer le développement du \u201ccourant\u201d CPS depuis le Congrès de Santiago.Nous parlons ici de ^courant\u201d pour bien indiquer que des personnes et des groupes (notamment en Amérique latine et au Québec) peuvent ne pas s\u2019appeler formellement CPS et avoir néanmoins une pratique et une théorie qui se situent dans la ligne CPS.Au cours des trois dernières années, les groupes appartenant au courant CPS se sont multipliés et consolidés dans plusieurs pays.Si, en 1972, la famille des CPS était presqu\u2019 exclusivement latino - américaine, en 1975 elle est devenue beaucoup plus internationale.Certes, en Amérique Latine, le courant CPS a pris de la force et de la maturité au cours des trois dernières années; mais, dans la nouvelle conjoncture, il est fort conditionné dans 174 RELATIONS son développement par le contexte de répression mentionné plus haut; d\u2019où la multitude de noms autres que CPS auxquels recourent les mouvements nationaux appartenant au courant CPS pour s\u2019identifier: \u201cFoi et action solidaire\u201d au Pérou, \u201cChrétiens pour la libération\u201d en Equateur et en Amérique centrale, \u201cTiers Monde\u201d en Argentine, \u201cPrêtres pour le Peuple\u201d au Mexique, etc.En Europe, le Congrès de Santiago a eu une grande résonance et a suscité depuis 1973 la constitution de plusieurs nouveaux groupes qui n\u2019hésitent pas à s\u2019appeler CPS.En particulier, dans des pays comme l\u2019Italie, l\u2019Espagne et le Portugal, où existait déjà une tradition de chrétiens engagés dans les partis et les syndicats socialistes, les mouvements de CPS se sont formés presque spontanément et comprennent dans chacun de ces pays des milliers de membres.En France, l\u2019apparition du mouvement CPS peut aussi miser sur une riche tradition passée, mais est plus récente.Dans d\u2019autres pays où le mouvement ouvrier est moins fort, comme en Belgique, en Allemagne de l\u2019Ouest et en Hollande, des embryons de groupes CPS sont présentement en voie de se constituer et de s\u2019élargir.Dans d\u2019autres continents, on peut parler aussi de groupes embryonnaires se situant dans le courant CPS; c\u2019est la situation au Québec (les Politisés Chrétiens), aux Etats-Unis, au Canada anglais, en Tanzanie, en Mozambique, en Angola, au Liban, au Vietnam, aux Philippines, etc.' En général on peut remarquer que le développement du courant CPS est plus rapide, significatif et fécond dans les pays où se rencontrent les quatre facteurs suivants: 1)\tDans les pays où existe un mouvement ouvrier et populaire organisé et en lutte contre l\u2019exploitation capitaliste et pour le socialisme.Autrement dit, les chrétiens insérés dans le mouvement ouvrier ne peuvent pas aller plus vite que le mouvement ouvrier lui-même.C\u2019est la raison pour laquelle, au Québec, nous nous appelons Politisés Chrétiens, même si nous appartenons au courant CPS.2)\tDans les pays où un groupe significatif de chrétiens participent sérieusement aux luttes ou- JUIN 1975 vrières et populaires.Par exemple, dans tel ou tel pays, pour qu\u2019apparaisse le courant CPS, il ne suffit pas qu\u2019il y ait, d\u2019une part, des chrétiens et, d\u2019autre part, des organisations socialistes dans l\u2019opposition ou au pouvoir.Il faut qu\u2019il y ait des chrétiens activement présents dans les organisations socialistes.3)\tDans les pays où le christianisme, comme phénomène, a un poids social et culturel important.Par exemple, en Chine, un processus socialiste est en cours, mais il n\u2019y a pas de présence chrétienne dans ce processus, conséquence inéluctable des options de classe anti-socialistes assumées par les chrétiens antérieurement et postérieurement à 1949.4)\tDans les pays où les traditions chrétienne et socialiste (ou, très souvent, marxiste) sont vivantes, non sclérosées et capables d\u2019entrer en dialectique l\u2019une avec l\u2019autre de façon constructive.Par exemple, en URSS et en Europe de l\u2019Est, le courant CPS interpelle présentement des chrétiens, notamment en Pologne et en Hongrie.Mais, à court terme, la ligne CPS a peu de chance de développement à cause du plafonnement de la réalisation du socialisme et du poids d\u2019un marxisme sclérosé et d\u2019un christianisme plutôt conservateur.Par ailleurs, dans d\u2019autres pays socialistes comme Cuba, la Tanzanie et le Vietnam, les conditions sont meilleures.La prise en considération de ces facteurs aide à comprendre pourquoi le courant CPS trouve présentement des assises plus solides en Amérique latine et en Europe de l\u2019Ouest, et plus fragiles en Amérique du Nord, en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.Quelques traits du Congrès de Québec Pour caractériser quelque peu le Congrès de Québec, il est éclairant de le comparer au Congrès de Santiago, pour mieux cerner les continuités et les différences: 1) A la différence du Congrès de Santiago, celui de Québec était moins exclusivement latino-américain et davantage international.D\u2019ailleurs, l\u2019objectif principal poursuivi par les promoteurs du Congrès de Québec était le suivant: favoriser la consolidation du courant CPS au plan international autant que national en misant sur un échange et un approfondissement des expériences pratiques, théoriques et organisationnelles propres aux divers mouvements nationaux.2 ) A la différence du Congrès de Santiago, le Congrès de Québec a été préparé et réalisé dans un climat de grande discrétion, sinon de clandestinité.A Québec, le nombre de participants était huit fois plus restreint qu\u2019à Santiago et la presse n\u2019était pas présente.Cette mesure était nécessaire pour protéger les participants oeuvrant dans des contextes politique et ecclésial où la simple identification aux intérêts et aux causes des travailleurs est passible de répression.3)\tLes participants du Congrès de Québec, à la différence de ceux du Congrès de Santiago, étaient moins des personnes isolées et davantage des personnes reliées organiquement à des mouvements nationaux de type CPS.Même si le journal le Monde s\u2019est empressé de signaler la présence de participants plus \u201cprestigieux\u201d tels Gonzalo Arroyo (Chili), Gustavo Gutierrez (Pérou), Giulio Girardi (Italie), François Houtart (Belgique) et Georges Gasalis (France), il demeure que la qualité des participants tenait moins à leur prestige personnel qu\u2019à leurs liens réels à des mouvements locaux de CPS.4)\tA la différence du Congrès de Santiago, le Congrès de Québec ne voulait pas se contenter de marquer une rupture par rapport au christianisme dominant d\u2019orientation anti-socialiste et cherchait davantage, en s\u2019appuyant sur les expériences en cours depuis quelques années, à indiquer des pistes constructives concernant la pratique, la célébration et l\u2019articulation de la foi propres à des chrétiens s\u2019inscrivant dans une pratique politique de type socialiste.C\u2019est dans ce contexte que le thème de l\u2019Eglise populaire, vécu par des masses dans des pays comme le Pérou, l\u2019Italie et l\u2019Espagne, a été l\u2019objet d\u2019un traitement approfondi et est ressorti comme un acquis prometteur du Congrès de Québec (cf.Déclaration finale).5)\tComme le Congrès de Santiago, le Congrès de Québec était axé sur le travail en atelier.Cependant, le 175 tes.Or, à l\u2019intérieur de ces masses qui se politisent et agissent dans un sens anti-capitaliste, il y a des centaines de Chrétiens.Le Réseau des PC est né et s\u2019est développé précisément parce que ces Chrétiens qui ont une conscience et une pratique anti-capitalistes, sinon socialistes, ont commencé à développer une conscience de classe qui les oblige à inventer des moyens nouveaux pour célébrer et articuler leur foi.Même si la lutte pour le socialisme s\u2019annonce longue et dure au Québec, les Chrétiens déjà engagés dans une pratique et un processus de politisation qui pointent dans la direction du projet socialiste ont besoin, dès maintenant, de se solidariser pour alimenter et célébrer leur foi et, du même coup, profiter des acquis de leurs frères et de leurs soeurs qui, dans d\u2019autres pays, vivent des choix qui s\u2019apparentent au leur.C\u2019est pourquoi, tout en conservant notre rythme et nos accents dépendants de notre conjoncture à nous, nous suivons de près ce qui se passe du côté des CPS dans d\u2019autres pays.19 Mai 1975.INTRODUCTION 1.\tReprésentants de groupes chrétiens de différents pays d\u2019Amérique latine, d\u2019Amérique du Nord, d\u2019Europe, d\u2019Asie et d\u2019Afrique, nous nous sommes réunis pour tenir une rencontre internationale.Trois ans après la première rencontre latino-américaine de \"Chrétiens pour le socialisme\u201d, qui s'est tenue à Santiago du Chili en avril 1972, le courant des chrétiens engagés dans les luttes de libération s\u2019est étendu et renforcé dans le monde entier.Situés à l\u2019intérieur de ce courant, nous avons cherché à préciser et à consolider notre action et notre pensée, afin de fournir aux chrétiens un point de référence dans le moment présent de la lutte de classes au niveau international.2.\tAu cours de ces journées de rencontre, nous avons procédé à une analyse politique de la crise actuelle du capitalisme transnational et des luttes populaires pour la libération et pour la construction du socialisme.A l\u2019intérieur de cette pratique politique, nous avons redéfini le style de vie, de réflexion, de communication et de célébration de notre foi en Christ.Nous avons également réfléchi sur la situation de nos Eglises, au niveau national et international, et au surgissement d\u2019un christianisme de caractère prolétaire et populaire capable de s\u2019émanciper de la tutelle de l\u2019idéologie bourgeoise dominante.Nous constatons ainsi avec espérance le surgissement d\u2019une é-vangélisation libératrice et les germes d'une Eglise populaire.Nous avons enfin analysé, à l\u2019intérieur de ce courant chrétien, les perspectives ouvertes par les \u201cChrétiens pour le socialisme\u201d.Nous présentons dans CHRÉTIENS POUR LE SOCIALISME Québec, avril 1975 ce document final une partie de l\u2019intense travail réalisé en commissions et en séances plénières.travail a pu être plus productif à Québec qu\u2019à Santiago, parce que les participants étaient moins nombreux dans chaque atelier (10 personnes au lieu de 40 par atelier) et parce que les participants dans chaque atelier étaient orientés, dès le premier jour, vers l\u2019objectif de produire des instruments utilisables pour le travail à la base dans chaque pays, C\u2019est ainsi que la Déclaration finale de Québec, plus que celle de Santiago, porte la marque du travail effectué dans les ateliers et que les cinq ateliers (dont deux étaient centrés sur le pôle théologique, deux sur le pôle politique, tandis que le cinquième impliquait un travail de synthèse) ont produit cinq instruments de travail pouvant être utilisés à l\u2019intérieur des mouvements nationaux après le Congrès.Et les Politisés Chrétiens.En terminant, j\u2019aimerais répondre à une question qui préoccupe peut-être certains lecteurs: comment est-ce que le Réseau des Politisés Chrétiens se situe par rapport à une telle rencontre internationale de CPS?Au point de départ, précisons que le Réseau des PC se situe dans le \u201ccourant\u201d CPS, mais sans constituer formellement un groupe CPS.Le Réseau des PC est conscient que, dans le contexte québécois, si nous tenons compte des quatre critères nécessaires au développement significatif et rapide d\u2019un mouvement CPS, les deux derniers sont davantage assurés, tandis que les deux premiers le sont beaucoup moins.Autrement dit, à l\u2019intérieur du mouvement ouvrier québécois, la tendance socialiste demeure une tendance très minoritaire, très jeune et très fragile, et peu de Chrétiens jouent un rôle actif à l\u2019intérieur de cette tendance.Par ailleurs, le Réseau des PC est conscient que/ depuis 1970, cette tendance s\u2019est raffermie graduellement et interpelle, à l\u2019intérieur du mouvement ouvrier et dans les couches plus larges du peuple, un nombre croissant de personnes et d\u2019organisations qui, sans être prêtes à opter immédiatement et nettement pour le socialisme, développent des points de vue, des instruments et des pratiques de plus en plus anti-capitalis- SITUATION POLITIQUE ET LUTTES DE LIBÉRATION 3.\tLe monde connaît aujourd\u2019hui une crise économique; les classes opprimées, elles, vivent toujours en crise.La faim est une réalité permanente et brutale pour des millions d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants des pays b\u2019Asie, d\u2019Afrique et d\u2019Amérique latine, où le chômage s\u2019étend des zones rurales aux villes.Face à cette réalité, la consommation superflue des classes aisées constitue un fait scandaleux.Dans les pays capitalistes de l\u2019hémisphère sud, le système politique prend un visage ouvertement répressif, voire fasciste, 176 RELATIONS comme au Chili et en Afrique du Sud.Beaucoup d\u2019hommes et de femmes souffrent la persécution, la prison et jusqu\u2019à l'élimination physique, tandis que se raffinent les méthodes policières et la torture.4.\tLa récession économique actuelle, avec ses corollaires, le chômage et l\u2019inflation, frappe tous les travailleurs des pays industrialisés; elle frappe plus durement encore l\u2019ouvrier migrant et les minorités raciales; elle menace le système économique dans son ensemble.Le spectre de la crise revient rôder, maintenant, sur une société de consommation qui se vantait d\u2019avoir dépassé ses contradictions.5.\tLa cause profonde de la crise est le caractère inégal et contradictoire que revêt l\u2019expansion mondiale du capitalisme.Sa tendance actuelle se caractérise par une concentration du capital et de la technologie entre les mains des entreprises multinationales, dont la majorité opère à partir des Etats-Unis, avec l\u2019appui du gouvernement, et qui envahissent pratiquement le monde entier par l\u2019intermédiaire de leurs filiales.La puissance de ces firmes est supérieure à celle de bien des nations, dont les pouvoirs publics se voient contraints de plier devant elles; leurs taux de croissance dépassent ceux des économies nationales les plus avancées.L\u2019accumulation du capital provient de plus en plus de profits extorqués à l\u2019étranger par l\u2019exploitation d\u2019une main-d\u2019oeuvre bon marché et par la manipulation des prix et du crédit.Elle suppose en outre le pillage des ressources naturelles qui tendent à s\u2019épuiser.Le type de développement industriel ainsi engendré provoque la rupture de l\u2019équilibre écologique, la contamination du milieu, et en général la misère des populations des pays dépendants.En réalité, cette organisation socio-économique est incapable de résoudre les problèmes posés par la croissance démographique accélérée de l\u2019humanité et par la famine, conséquence de la pénurie des denrées animales et végétales.\t/ 6.\tPour défendre leur niveau de vie, les peuples réagissent en s\u2019opposant à cette concentration progressive du capital et de la technologie.Quand éclatent des conflits sociaux et politiques, le capital émigre là où coincident des taux élevés de 'profit et les conditions d\u2019ordre et de sécurité qui les rendent possibles.Lorsque la démocratie représentative et les régimes autoritaires ne suffisent pas à garantir cette sécurité, on a recours à des régimes totalitaires qui limitent ou suppriment radicalement toute activité syndicale et politique.L\u2019appareil policier est gonflé; la torture devient massive et scientifique; il s\u2019agit, en somme, d'implanter une version contemporaine du fescisme.Ce système politique est la conséquence ultime de la division internationale du travail qui caractérise la phase impérialiste présente du capitalisme mondial.L'impérialisme n\u2019hésite pas à déclencher la subversion interne, à intervenir politiquement, et même, comme au Vietnam, à provoquer des guerres limitées, à seule fin de consolider une hégémonie menacée.7.\tSur le plan idéologique, un nouveau pouvoir culturel se développe par le biais de la domination exercée sur les moyens de communication sociale, les institutions scolaires et autres.La consommation effrénée, le développement à tout prix, la garantie de l'ordre et l\u2019anti-communisme sont autant d\u2019éléments constitutifs de l\u2019idéologie que diffuse le capitalisme transnational.8.\tLe peuple de la Métropole - les Etats-Unis - est lui-même aux prises avec des contradictions graves.La base productive du pays subit une récession qu\u2019aggrave l\u2019émigration de certaines industries vers des pays à rentabilité plus haute; les énormes déficits de la balance des paiements, provoqués par les dépenses militaires élevées nécessaires au maintien de l\u2019Empire américain dans le monde, alimentent une crise économique qui se traduit par une inflation grandissante et par l\u2019effondrement du dollar comme monnaie de référence internationale.Ainsi, les sociétés multinationales nord-américaines contribuent-elles en définitive à la décadence économique de leur propre pays, non sans de graves conséquences pour la masse de ses travailleurs.9.\tLes entreprises multinationales, dont la grande majorité opère à partir des Etats-Unis, engendrent également des contradictions qui les amènent à se heurter de diverses manières aux Etats nationaux dépendants d\u2019Asie, d'Afrique et d\u2019Amérique latine; elles se heurtent également aux Etats capitalistes concurrents d\u2019Europe et du Japon, voire même à l\u2019Etat nord-américain.Ces contradictions sont à l\u2019origine d\u2019un anti-américanisme grandissant et généralisé.La crise qui affecte aujourd\u2019hui les Etats-Unis et les autres pays capitalistes, loin d'être le fruit d\u2019une conjoncture due aux pays producteurs de pétrole, est en réalité une crise structurelle; les problèmes, rendus aujourd\u2019hui plüs aigus, de l\u2019inflation, du chômage et du ralentissement de la croissance économique ne pourront, en effet, être résolus au cours des prochaines années.10.\tLa lutte de classes internationale traduit ainsi de nouvelles contradictions et revêt des formes nouvelles.En s\u2019organisant en classe sur le plan international par le contrôle des multinationales et l\u2019alliance avec les bourgeoisies nationales, une minorité économique développe un projet politique de domination mondiale et affronte une crise qu'elle ne peut totalement contrôler.C\u2019est là l\u2019ennemi le plus puissant que les classes ouvrières et paysannes aient à combattre.Il est évident que ces dernières ne sont pas suffisamment organisées au niveau mondial.Elles progressent, cependant, puissamment dans la plupart de leurs luttes nationales, ce qui est d\u2019ailleurs la condition nécessaire de leur coordination régionale et internationale.11.\tAinsi s\u2019explique l\u2019existence de vastes mouvements de libération dont la force se manifeste dans plusieurs pays.Malgré la montée actuelle du fascisme en Amérique du Sud, ces mouvements connaissent des succès impressionnants au Vietnam, d\u2019abord, mais aussi au Cambodge, en Guinée-Bissau, au Mozambique, en Angola et en Palestine.Dans certains pays, les militaires qui prennent conscience du rôle répressif qu\u2019on leur fait jouer, le rejettent et passent à des positions antiimpérialistes.Les conflits raciaux et ethniques, la lutte en faveur des droits de l\u2019homme et les mouvements d\u2019émancipation de la femme s\u2019articulent souvent de façon progressiste sur le terrain complexe de la lutte de classes.12.\tMais il y a beaucoup plus encore.Au sein des contradictions qye nous avons analysées dans les pays capitalistes, une autre organisation des rapports sociaux devient possible, et est déjà en marche.C\u2019est le socialisme comme mouvement historique vers lequel convergent ceux qui ont fait une option de classe en fonction des intérêts du prolétariat et des masses les plus opprimées du monde.La pratique du mouvement populaire conscient exprime cette option de classe et c\u2019est elle qui construit réellement jour après jour les nouvelles sociétés du futur.C\u2019est dans cette pratique que nous sommes insérés.C\u2019est elle qui, au milieu d\u2019une réalité si dure, fonde le solide espoir en une société socialiste, juste et humaine.Et c\u2019est à ce processus aussi exigeant que riche de contenu, que participent de plus en plus d\u2019hommes et de femmes conscients de la solidarité humaine.13.\tDes régimes socialistes ont déjà été instaurés dans plusieurs pays du monde et s\u2019y développent.Ils sont le fruit des victoires remportées par la classe ouvrière et par le peuple, tout au long du siècle, dans diverses nations d\u2019Europe, d\u2019Asie, d\u2019Amérique latine et d\u2019Afrique.L\u2019édification de ces sociétés socialistes se réalise dans des conditions difficiles et chacune d\u2019elles rencontre ses propres obstacles, internes et externes, et surtout l\u2019opposition du monde capitaliste.Une transformation sociale et culturelle aussi profonde ne peut assurément se faire sans souffrances ni échecs partiels.Dans les pays dépendant du capitalisme, cette transfor- JUIN 1975 177 mation ne peut pas non plus se réaliser sans que l\u2019impérialisme réagisse brutalement; celui-ci utilise la propagande anticommuniste, le blocus économique, la subversion politique, l\u2019accumulation des armes et même la guerre pour empêcher le développement d\u2019un tel processus.Dans ces conditions, les pays socialistes détiennent une responsabilité objective, en termes de référence et de solidarité, qui est une exigence du mouvement révolutionnaire mondial.Leur capacité à corriger leurs erreurs, à dépasser leurs limitations et surtout à surmonter leurs divergences contribuera à l\u2019unité du mouvement ouvrier international pour vaincre l\u2019ennemi commun.14.\tDans la perspective de la lutte pour la libération et pour le socialisme, le mouvement ouvrier et les pays pauvres perçoivent certaines tâches concrètes et urgentes.Nous voulons en citer trois, en particulier.C\u2019est d\u2019abord la coordination internationale de la lutte des syndicats, des organisations populaires et des mouvements ouvriers et paysans.La deuxième tâche importante, ce sont les efforts que font plusieurs pays dépendants pour défendre leurs ressources naturelles et leurs prix sur le marché mondial.Enfin, une autre tâche urgente de l\u2019heure, c\u2019est la solidarité contre les régimes fascistes; cette solidarité est susceptible de mobiliser en faveur de la défense des droits de l\u2019homme des secteurs progressistes et libéraux de la population, et d\u2019adjoindre ainsi des forces à la lutte des travailleurs contre le capitalisme international.NOUVELLE PRATIQUE DE LA FOI 15.\tDans la situation actuelle du capitalisme transnational, nous sommes de nombreux chrétiens à avoir découvert que l'engagement dans la praxis historique, libératrice et révolutionnaire est le lieu où se vit, se réfléchit, se communique et se célèbre notre foi en Christ.Cela nous conduit à voir de plus en plus clairement que la tâche révolutionnaire est le lieu où la foi acquiert sa véritable dimension et sa force radicalement subversive; en elle nous assumons toutes les exigences de la pratique de Jésus et nous reconnaissons en Lui le fondement d\u2019une humanité nouvelle./ 16.\tL\u2019histoire récente des luttes populaires, avec ses succès et ses reculs, est pour nous la confirmation que les classes exploitées et les peuples opprimés sont les premiers et les véritables acteurs de leur propre libération.A une situation séculaire d\u2019oppression, s\u2019ajoute aujourd\u2019hui une répression massive et systématique dirigée contre tous les efforts des classes populaires pour transformer l\u2019ordre social capitaliste.A cela, seule s\u2019opposera avec efficacité et radicalité, la lutte qui prend appui sur la force et la conscience des pauvres de ce monde.Vivre et réfléchir la foi dans ce contexte d\u2019oppression et de répression exige que nous cherchions des chemins inédits pour témoigner de la puissance de la résurrection du Seigneur.Si le Royaume devient présent quand les pauvres sont évangélisés, nous sommes convaincus que cela ne se produit que parce que ce sont les pauvres eux-mêmes qui sont porteurs de la bonne nouvelle de la libération pour, tous les hommes; parce qu\u2019ils s\u2019approprient l\u2019Evangile et l\u2019annoncent en actes et en paroles par le refus de la société qui les exploite et les rejette.Les damnés de la terre\u201d rendent ainsi compte de leur infatigable espoir de libération.17.\tAssumer la praxis subversive des exploités qui cherchent à bâtir une terre nouvelle, c\u2019est vivre l\u2019expérience de la conversion évangélique; c\u2019est trouver une nouvelle identité humaine et chrétienne.Se convertir, c\u2019est rompre avec les complicités collectives et individuelles; c'est affronter le pouvoir oppresseur, même et surtout s\u2019il se prétend chrétien; c\u2019est se laisser interpeller par les exigences des luttes populaires.Cette rupture politique et spirituelle, c\u2019est la présence de la résurrection, la pâque de la liberté, l\u2019expérience de la vie nouvelle selon l\u2019Esprit.18.\tLa foi a été vécue et pensée dans un univers qui n\u2019était pas celui de l\u2019expérience révolutionnaire contemporaine; dans un monde étranger à la vision conflictuelle et dialectique de l\u2019histoire.Mais dans la mesure où, pour les chrétiens révolutionnaires, l\u2019identification aux intérêts et aux luttes des classes populaires constitue l\u2019axe d\u2019une nouvelle manière d\u2019être homme et de recevoir le don de la parole du Seigneur, une prise de conscience s\u2019opère et la réflexion sur la foi, nourrie de la praxis historique, débouche sur une théologie liée à la lutte des exploités pour leur libération.C\u2019est pne théologie militante élaborée à partir d\u2019une option de classe et utilisant la même rationnalité que celle dont nous nous servons pour analyser l\u2019histoire et pour la transformer.D\u2019où l\u2019importance que revêt le marxisme dans cette tâche de reformulation de l\u2019intelligence de la foi.En définitive, la théologie se vérifie dans les faits, dans la pratique révolutionnaire; c\u2019est cela, et non de simples affirmations ou de nouveaux modèles théoriques, qui nous arrachera à toute forme d\u2019idéalisme.19.\tLa vérité évangélique est une chose qui se fait.Etre témoin de la vérité, c\u2019est réaliser la promesse de filiation et de fraternité en transformant l\u2019histoire par en bas, à partir des pauvres de ce monde.NOUVELLES FORMES DE VIE ECCLÉSIALE 20.\tLes chrétiens qui essaient de vivre cette expérience de foi se heurtent à une réalité ecclésiale qui contredit à la fois les exigences de leur engagement politique et celles de leur foi.Face à l\u2019écrasement d\u2019hommes, de peuples et de continents entiers auquel nous assistons à notre époque, ces chrétiens attendent de la part des Eglises qui trouvent leur origine dans le subversif de Nazareth, une parole prophétique de dénonciation.Mais cette voix ne se fait pas entendre.Certes, de nombreux chrétiens et certaines autorités des différentes Eglises sont en train de comprendre la nécessité qu\u2019il y a de désenclaver le christianisme des structures capitalistes qui l\u2019enchaînent.Pourtant les Eglises, dans leur grande majorité, se taisent.Pire, les dirigeants des Eglises entretiennent souvent avec les détenteurs du pouvoir économique et politique, des alliances et des liens diplomatiques.La mission de paix et de réconciliation dont elles veulent s\u2019acquitter en prétendant se situer au-delà des conflits, leur impose une neutralité qui favorise les puissants.21.\tL\u2019idéologie dominante permet difficilement à la masse des chrétiens de vivre une foi et une pratique religieuse capables de démasquer et de briser la logique antihumaine et anti-chrétienne du système capitaliste.Les chrétiens sont, au contraire, plutôt portés à le légitimer en reportant 178 RELATIONS sur des préoccupations purement \u201cspirituelles\" leurs énergies et leur générosité.Dans leur majorité, les chrétiens des peuples riches n\u2019ont pas conscience de l\u2019exploitation de leurs frères des pays et continents sous-développés.Ils collaborent même objectivement à cette exploitation sans voir dans cette rupture du monde une rupture dg l\u2019unité chrétienne.22.\tUne telle attitude prétend trouver sa justification théologique dans l\u2019image que les Eglises se font de leur mission évan-gélisatrice; elles la situent dans une sphere exclusivement spirituelle, apolitique, étrangère aux conflits de classe et les transcendant, ce qui leur permettrait d\u2019être juge sans être partie.Cette manière de voir correspond à une image de l\u2019histoire où le conflit fondamental se ramène à la lutte, dans le coeur de l\u2019homme, entre le bien et le mal, le péché et la grâce.Reste extérieur à ce débat le conflit qui oppose structurellement, au niveau mondial, les classes et les peuples.Le recours constant à la \u201ctranscendance\u201d du spirituel, de la foi et de l\u2019Eglise, non pour mettre en question le système d\u2019oppression mais bien les efforts de libération, montre à l\u2019évidence que ce principe, la théologie sur laquelle il se fonde et surtout la pratique qu\u2019il tente de justifier, favorisent objectivement les intérêts des classes dominantes.23.\tCependant, cette orientation majoritaire ne traduit pas dans sa totalité la réalité complexe et souvent contradictoire des Eglises et de leur comportement.Le poids des structures et de la théologie dominante ne parvient pas à étouffer le dynamisme libérateur de l\u2019Evangile.C\u2019est ainsi qu\u2019en de nombreuses parties du monde, fl existe des secteurs chrétiens (laïcs, prêtres, pasteurs, religieux et religieuses, évêques) qui se mettent avec générosité au service des pauvres, partagent leur vie et leurs luttes et prennent vaillamment la défense des droits de l\u2019homme foulés aux pieds.24.\tCes faits ne parviennent pourtant pas à supprimer la contradiction profonde vécue par les chrétiens révolutionnaires entre leur fidélité à l\u2019Eglise et leur fidélité aux classes populaires.Ils se refusent, néanmoins, à quitter leurs Eglises et à abandonner l\u2019Evangile aux mains des classes dominantes.De cette contradiction et de cette souffrance jaillit la recherche d\u2019une alternative écclésiale.25.\tLe peuple de Dieu tend à se réapproprier l\u2019Ecriture, qu\u2019il se met à relire à partir du point de vue des pauvres et des classes opprimées.Il tend en outre à se réapproprier la responsabilité de l'o- rientation de son action écclésiale.Il tend enfin à se réapproprier les symboles liturgiques et sacrementels et à ouvrir de nouveaux chemins à la contemplation, à la célébration et à l\u2019Eucharistie, pour qu\u2019elles deviennent l\u2019expression simultanée de la fidélité au Christ et de la lutte de libération des pauvres.Un type d'Eglise vraiment nouveau ne pourra réellement prendre corps qu\u2019au sein d\u2019une société qui aura brisé les rapports structurels de domination, créant ainsi les conditions objectives de la liberté et de la justice.Nous n\u2019ignorons pas, pour autant, qu\u2019aucun type de société historique ou d\u2019Eglise ne pourra être totalement libéré du péché et que par conséquent ne cessera jamais la tension vers la plénitude de la vie humaine et chrétienne.26.\tNéanmoins, la perspective utopique constitue dès aujourd\u2019hui, dans la lutte présente, une force mobilisatrice et suscite de nouvelles expériences de base qui se réalisent non sans ambiguïtés et tâtonnements, mais aussi avec vitalité.Ainsi germe une Eglise populaire où la conscience chrétienne s\u2019intégre à la conscience de classe, sans pour autant s\u2019y réduire.A travers toutes ces recherches, la communauté chrétienne contribue à dessiner peu à peu les traits de la société future.A mesure que le Peuple parviendra à être sujet de l\u2019histoire, le Peuple de Dieu deviendra sujet authentique de l\u2019Eglise.27.\tL\u2019Eglise ne sera signe efficace du Dieu d\u2019amour et du Christ libérateur que si elle parvient à être, dans sa chair, signe efficace et prophétique d\u2019un avenir autre, non seulement au-delà de l\u2019histoire, mais aussi au coeur de l\u2019histoire.CONCLUSION 28.\tUn nombre croissant de chrétiens des cinq continents s\u2019engagent dans les luttes de libération du peuple.Ces chrétiens dessinent peu à peu les contours d\u2019un large courant qui se définit par la recherche de nouvelles modalités de la foi et de l'Eglise à partir d\u2019une pratique politique de caractère prolétaire et socialiste.Ils forment, dans différents pays, divers groupes et mouvements de base.Ils ne constituent pas, et ne veulent pas constituer des partis politiques \u201cchrétiens\u201d.Au contraire, parce qu\u2019ils reconnaissent que le mouvement ouvrier est un, ces chrétiens s\u2019intégrent aux partis prolétaires et aux organisations populaires.Insérés, et d\u2019une certaine façon dispersés dans la lutte politique, ils se réunissent cependant pour développer à l\u2019intérieur du champ chrétien une lutte idéologique dont l\u2019importance apparaît chaque jour plus grande.Cette action fournit de nouvelles raisons de se réunir en communautés chrétiennes engagées où se réalise une évangélisation libératrice et germe une Eglise populaire.Ainsi surgit un christianisme lié aux intérêts de la classe ouvrière et offrant l\u2019alternative à un christianisme allié idéologiquement et structurellement au système dominant d\u2019exploitation.Le mouvement des \u201cChrétiens pour le socialisme\u201d se situe à l'intérieur de ce vaste courant, dont il se nourrit; dans certains pays et certaines circonstances, il constitue un moyen organique de travail, tant à la base que dans son expression publique et sociale, au plan national comme au plan international.29.\tLe développement de ce courant de chrétiens engagés dans les luttes de libération est un signe d\u2019espoir, tout comme la consolidation des \u201cChrétiens pour le socialisme\u201d.Cet espoir s\u2019appuie sur la force historique du mouvement ouvrier et paysan, sur sa capacité de résistance et de lutte qui renforce son unité et qui entraîne l\u2019adhésion de secteurs chaque jour plus larges du peuple pour obtenir des victoires libératrices en divers endroits du monde.C\u2019est également sur cette force historique des pauvres et des opprimés, en qui nous reconnaissons la présence du Christ, que s\u2019appuient les efforts pour la libération de l\u2019Evangile, de la théologie, des Eglises et de la société, captifs des puissants et de leur idéologie de domination.Nous lançons un appel fraternel à tous les chrétiens pour qu\u2019ils partagent nos préoccupations et participent activement à nos efforts et à notre lutte.Québec, le 13 avril 1975 (Version française officielle) JUIN 1975\t,\t179 L\u2019ECOLE AU SERVICE DE LA CLASSE DES TRAVAILLEURS: peut-on être \u201cpour\u201d le manuel du 1er mai?' par Irénée Desrochers - Le débat sur l\u2019école, suscité par la parution du Manuel du 1er mai, Pour une journée d\u2019école au service de la classe ouvrière (76 pp.), lancé par la Centrale de l\u2019enseignement du Québec (CEQ) vers le 15 avril, n\u2019est pas clos.Malgré sept ou huit interventions à l\u2019Assemblée nationale, bon nombre d\u2019éditoriaux, de déclarations et de lettres aux journaux, le problème n\u2019est pas réglé.D\u2019autres événements importants sont venus le pousser pour quelque temps dans l\u2019arrière-scène: la publication du Rapport de la Commission d\u2019enquête Cliche sur l\u2019exercice de la liberté syndicale dans l\u2019industrie de la construction, une nouvelle irruption de violence à l\u2019usine de la United Aircraft à Longueuil, les projets de lois pour restreindre le pouvoir des syndicats que le gouvernement fait passer.Mais cela ne représente qu\u2019un moment d\u2019arrêt dans une bataille scolaire qui va nécessairement reprendre.La CEQ s\u2019est servi de la journée du 1er mai, fête des travailleurs, comme d\u2019un puissant symbole, mais son intention est d\u2019influencer l\u2019enseignement à travers toute l\u2019année scolaire.Il faut s\u2019attendre à ce que ce Manuel du 1er mai \u201cd\u2019inspiration marxiste\u201d, ou son équivalent, soit utilisé plus ou moins subrepticement à partir de septembre prochain.Il ne semble pas y avoir moyen de le bannir strictement: même s\u2019il n\u2019est pas un manuel officiellement approuvé comme \u201cinstrument didactique\u201d, il pourrait servir, aux enseignants qui voudraient l\u2019utiliser, comme instrument \u201cde référence\u201d consulté dans la préparation des cours.Le ministre de l\u2019Education, M.Cloutier, l\u2019avouait lui-même à l\u2019Assemblée nationale, le 22 avril: \u201cIl n\u2019est pas possible de légiférer les esprits.\u201d Qu\u2019est-ce qui peut empêcher des enseignants d\u2019essayer de conscientiser leurs élèves en utilisant au moins indirectement ce Manuel?On ne réglera donc pas le problème que crée, pour une large part du public, l\u2019existence de ce Manuel en feignant de l\u2019ignorer, en essayant de le mettre de côté; il existe d\u2019abord dans l\u2019esprit d\u2019une intelligentsia de la CEQ et fait également partie de l\u2019idéologie qui habite l\u2019esprit de nombre de professeurs.Certains adversaires de la CEQ ont beau vouloir se consoler en parlant d\u2019une \u201cminorité\u201d, voire d\u2019une \u201cinfime minorité\u201d de professeurs qui partageraient cet esprit, il reste que la CEQ, considérant comme primordiale la \u201cformation\u201d de ses militants et de ses membres, gagnera graduellement du terrain.Ce n\u2019est pas une situation statique, un problème figé auquel doit faire face le Québec, mais une situation de vie qui a sa dynamique et se développera.Le public sera donc forcé d\u2019entrer de nouveau en dialogue ou en confrontation, à ce sujet, avec la CEQ.\\ Vu l\u2019importance capitale de l\u2019éducation sociale, il faut espérer que l\u2019on en viendra à bâtir un programme à cet effet, à créer et à perfectionner les instruments pédagogiques appropriés.Des expériences devront être faites en ce sens.D\u2019où l\u2019intérêt qu\u2019il y a à réfléchir davantage sur la valeur du contenu de ce Manuel du 1er mai, ainsi que sur les mécanismes permettant de choisir, s\u2019il est vrai que l\u2019école ne peut être neutre, quelles idéologies pourront y être admises.Je ne traiterai pour le moment - et en partie seulement - que du premier point: l\u2019analyse et l\u2019évaluation du contenu du document en question.Les réactions d\u2019une partie de l\u2019opinion publique, rejetant le Manuel parce qu\u2019il paraissait marqué par le simplisme primaire d\u2019un marxisme \u201cdépassé\u201d, étaient elles-mêmes trop souvent d\u2019un simplisme désarmant.Il y a là une difficulté fondamentale qui risque de compromettre le débat.Il vaut donc la peine de s\u2019y arrêter avant d\u2019essayer d\u2019évaluer plus en détail le contenu du Manuel, qu\u2019on soit \u201cpour\u201d ou \u201ccontre\u201d.Cette difficulté fondamentale, utilisée en général par les adversaires du Manuel pour le rejeter sommairement, tient au caractère marxiste de ce Manuel, et plus particulièrement à l\u2019utilisation qu\u2019on y fait du concept de \u201clutte des classes\u201d.Trop de gens ont l\u2019impression, lorsqu\u2019ils ont lâché l\u2019expression et collé l\u2019étiquette, sans en analyser les implications, qu\u2019ils ont automatiquement tout réglé.Quelle \u201clutte des classes\u201d?On retrouve dans le Manuel un ensemble d\u2019expressions qui permettent de conclure qu\u2019on y traite véritablement de \u201clutte des classes\u201d.L\u2019expression, telle quelle ou en toutes lettres, ne se trouve peut-être pas une seule fois dans les \u201cprojets\u201d proposés; à moins qu\u2019on ne retourne, en référence, comme certains projets conseillent de le faire, à des publications antérieures de la CEQ qui ont inspiré la composition du Manuel (voir p.1).On trouve hien, à la page 28, une invitation à \u201cprendre conscience des luttes de la classe ouvrière\u201d; mais on peut arguer que ce n\u2019est pas nécessairement là la fameuse expression \u201clutte des classes\u201d.Quoiqu\u2019il en soit, même si l\u2019expression \u201clutte des classes\u201d ne se trouve pas telle quelle dans les projets, il est absolument clair que c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agit réellement, quand on considère le contexte de telle ou telle expression et les publications antérieures de la CEQ: l\u2019Ecole au service de la classe dominante (1972) et Ecole et lutte de classes au Québec (1974), dont toute la conclusion est citée en annexe dans le Manuel (pp.71-74).180 RELATIONS Cette constatation ne devrait pas créer immédiatement chez nous un blocage psychologique, mais nous pousser plutôt, selon une des lois du dialogue, à nous réinterroger d\u2019abord nous-mêmes, en mettant en question nos propres positions traditionnelles et instinctives, afin de mieux comprendre la position des autres avant de la rejeter, si on doit finalement juger à propos de le faire.Le nombre des classes sociales Qu\u2019il y ait, dans un sens large, des \u201cclasses\u201d sociales dans notre société québécoise, cela est assez généralement admis.Certains prennent prétexte du problème du nombre précis des classes pour couper court à tout dialogue.Si, d\u2019un côté, on prétend qu\u2019il y a deux classes, de l\u2019autre, on rétorquera tout de suite que ce n\u2019est pas exact, et on croira alors que la position entière de son adversaire s\u2019écroule.Il n\u2019est pas tellement important ici de savoir s\u2019il y a, bien précisément, trois, quatre ou cinq \u201cclasses\u201d.Il importe surtout de constater qu\u2019il y a un regroupement des diverses classes ou couches sociales, qu\u2019il y a des alliances en marche entre certains de ces groupes, menant à une certaine polarisation en formation autour de deux pôles principaux.Invoquer le fait que nous n\u2019avons pas, dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, les classes sociales des sociétés européennes du 19e siècle qui ne collent plus à la réalité nord-américaine, ou affirmer que le Québec est une société moderne où les classes sont assez fluides pour permettre une mobilité sociale, comme a voulu le faire un éditorialiste de La Presse, ne change rien au problème d\u2019ensemble qu\u2019il faut considérer ici.Que l\u2019on admette ou non que les deux classes dont parle la CEQ sont, comme le disent les marxistes, deux classes fondamentales ne change pas le fait qu\u2019il y ait, pour le moins, comme deux blocs d\u2019alliances, plus ou moins conscients, qui s\u2019affrontent en pratique.Cette polarisation se produit parce qu\u2019il y a de fait des \u201cintérêts de classe\u201d, \u201cdes rapports antagonistes (lutte)\u201d, \u201cau-delà de l\u2019interdépendance des individus\u201d (Manuel, p.59).Il est certain que les travail- leurs militants ont une idée de leurs propres intérêts et cherchent, près d\u2019eux, ceux qu\u2019ils peuvent attirer à eux dans une alliance, après leur avoir fait prendre conscience que leurs intérêts sont les mêmes ou \u201cliés\u201d ensemble.Les blocs d\u2019alliances qui s\u2019affrontent représentent respectivement des forces en jeu.Tout en admettant qu\u2019il y a dans ces regroupements des \u201cclasses\u201d, particulièrement des couches intermédiaires ou des classes \u201cmoyennes\u201d, qui sont fractionnées, l\u2019une des fractions étant attirée par l\u2019un des pôles et l\u2019autre fraction par l\u2019autre pôle, on peut assez facilement constater qu\u2019il y a, dans l\u2019ensemble du paysage, deux fronts plus ou moins nettement ou définitivement délimités qui s\u2019opposent.Ils sont antagonistes.Luttes interreliées et alliances dans la lutte Car il serait bien naîf de croire qu\u2019il n\u2019y a pas de luttes sociales.Une réflexion sur les relations plus profondes entre plusieurs de ces luttes qui paraissent souvent partielles et éparpillées mène à la conclusion que, dans l\u2019ensemble, il y a lutte, une lutte d\u2019ensemble entre ces deux blocs.En théorie, on pourrait poursuivre une longue recherche sur le nombre exact des classes sociales au Québec et discuter du bien-fondé, au niveau de la théorie marxiste, des relations que les marxistes appellent fondamentales et qu\u2019ils relient à la théorie économique de la plus-value et du taux d\u2019exploitation tel que défini par Marx.Cela peut avoir son importance dans le ping-pong idéologique, mais n\u2019est pas nécessaire pour juger en pratique de l\u2019impact principal du Manuel du 1er mai.Au niveau de l\u2019action, en considérant non seulement l\u2019importance mais la nécessité de permettre aux travailleurs de défendre leurs droits, pourquoi ne peut-on pas admettre le fait, pourtant assez évident, qu\u2019il y a en gros un affrontement entre deux blocs d\u2019alliances, qu\u2019il y a une lutte que l\u2019on peut appeler, au moins dans un sens assez large et souple, une lutte de classes, une lutte entre fronts qui se forment autour de certains groupes comme noyaux?Il n\u2019y a pas qu\u2019une seule simplification, il y en a deux.Il y a celle que les non-marxistes attribuent aux marxistes à cause de leur théorie sociale des classes fondées sur leur théorie économique de la plus-value; il y a aussi la simplification dont des non-marxistes, dans leur propre obnubilation, voudraient se servir pour rejeter la lutte sociale entre deux blocs d\u2019alliances que certains appellent \u201cla lutte des classes\u201d.\\ On pourrait citer ici la déclaration faite cette année à l\u2019occasion de la fête des travailleurs par le Comité des Affaires sociales de l\u2019Assemblée des Evêques du Québec.Dans un contexte d\u2019encouragement aux travailleurs, la première phrase de la déclaration rappelle que \u201cle 1er mai est un jour où les ouvriers fêtent leur solidarité, leurs luttes, leurs victoires et la vie même du monde ouvrier\u201d (1).Ces \u201cluttes\u201d, concrètement, puisqu\u2019il existe des classes sociales et des regroupements principaux de forces sociales, font indubitablement partie d\u2019une lutte des classes entendue dans un sens assez souple et large; même si l\u2019expression telle quelle y est soigneusement évitée, la chose, elle, fait partie de la réalité sociale que décrivent ces évêques.Ils ajoutent même, vers la fin de leur déclaration, une description du fondement de l\u2019autre pôle dans cette lutte: \u201cla maximisation des profits qu\u2019une certaine société présente comme des objectifs suprêmes\u201d.Il y a, dans l\u2019ensemble complexe des luttes interreliées des travailleurs, suffisamment de luttes dont la justice est suffisamment évidente pour qu\u2019on ne rejette pas à priori cette façon de comprendre la lutte sociale.Et pourtant, un groupe de militants chrétiens en milieu ouvrier, dont le président général du Mouvement des travailleurs chrétiens (MTC), l\u2019aumônier général du MTC et deux autres prêtres, a senti le besoin de protester (Le Devoir, 21 mai, p.5; La Presse, 26 mai, p.A-8) contre la position voulant que le Manuel de la CEQ \u201cprône\u201d, -nous verrons tout à l\u2019heure dans quel sens, - la lutte des classes, comme les évêques d\u2019un autre comité de l\u2019AEQ, le Comité épiscopal de l\u2019Education, le même jour du 1er mai, a soutenu que ce Manuel le fait (2).C\u2019est que ces chrétiens JUIN 1975 181 n\u2019acceptent pas non plus que les évêques du Comité de l\u2019Education rejettent sans plus \u201cle recours à la lutte des classes\u201d.Ce désaccord public, sur une question aussi importante, entre d\u2019excellents représentants de militants chrétiens en milieu ouvrier et certains évêques, aura été un événement à remarquer.Il aura été un heureux événement, cependant, s\u2019il nous aide à réfléchir davantage.Qui \u201cprône\u201d la lutte des classes?Est-il vrai que le Manuel de la CEQ \u201cprône\u201d la lutte des classes?Des militants chrétiens en milieu ouvrier nous invitent à \u201cenrichir notre vocabulaire\u201d.\u201cPrôner et constater la lutte des classes, disent-ils, ce sont deux choses différentes.\u201d Au minimum, le Manuel constate certainement la lutte des classes.Voir, par exemple, l\u2019objectif défini au projet 39: \u201cprendre conscience de l\u2019existence des classes sociales dans la société capitaliste\u201d.Des militants chrétiens en milieu ouvrier en tirent souvent les réflexions suivantes.Dès que l\u2019on admet le fait d\u2019une lutte de classes, on peut s\u2019interroger sur les causes profondes de cette situation.Nos évêques québécois du Comité de l\u2019Education trouvent qu\u2019il y a un devoir primordial et urgent de sensibiliser l\u2019étudiant à \u201cla réalité totale de son milieu et aux nécessités de sa transformation\u201d.Cette sensibilisation suppose une étude de la réalité \u201ctotale\u201d et implique une recherche des causes profondes pour que, selon les résultats de cette recherche, la \u201ctransformation\u201d puisse être radicale.Les militants chrétiens en milieu ouvrier trouvent ces causes dans la structure même de la société capitaliste (aussi, mais pas uniquement, dans le coeur des hommes).Le bloc des plus forts, faisant valoir le poids de son pouvoir, commet des injustices; il opère ainsi, par le système, une attaque - une violence première - contre le bloc des plus faibles qui n\u2019a pas d\u2019autre choix, tout en subissant cette attaque, que de se défendre.Ceux qui, avec la force que donne le capital, commettent certaines injustices, sont ceux qui font d\u2019abord la lutte des classes et qui la \u201cprônent\u201d, plus ou moins consciemment comme individus, mais, de fait, comme groupe de puissance.Ceux qui constatent cette situation d\u2019injustices, subissent cette attaque, en sont les victimes et la déplorent ne peuvent être considérés comme ceux qui ont déclenché la lutte, comme s\u2019ils \u201cprônaient\u201d initialement une lutte de classes.Ils ne peuvent, s\u2019ils prônent quelque chose, que prôner la défensive, dans la solidarité, pour la justice.C\u2019est en ce sens, je crois, que ces militants chrétiens en milieu ouvrier considèrent la lutte des classes comme leur étant imposée par le capital.Ils se battent pour la justice, et c\u2019est pour eux non seulement un droit, mais un devoir moral de le faire.Cela ne donnerait rien de jouer sur les mots pour dire que leur défensive implique des contre-attaques.Certainement, puisqu\u2019ils se défendent dans ce qu\u2019ils acceptent d\u2019appeler franchement une lutte de classes.On peut vouloir durcir le concept de \u201clutte des classes\u201d et lui donner un sens tout à fait marxien, très \u201ctechnique\u201d pour ainsi dire.Il faudrait alors retourner aux fondements de ce concept dans la théorie économique que Marx, à l\u2019aide d\u2019une théorie de la valeur constituée par le travail seul, échafaude par rapport à la production de la \u201cplus-value\u201d.Certains marxistes aimeront voir un lien nécessaire entré ces divers concepts et considéreront qu\u2019ils possèdent là la \u201cscience\u201d.Cette position théorique, des militants chrétiens peuvent l\u2019acceptejr ou la rejeter, selon qu\u2019elle leur paraît fondée ou non, car nous sommes ici sur un terrain qui n\u2019est pas celui de la foi, terrain qui ne fait pas non plus partie de la compétence des évêques comme tels, gardiens de la foi.\u201cScience\u201d ou pas science, chacun, après étude, prend la position qu\u2019il pense juste.Mais il importe beaucoup de retenir que, si des militants chrétiens n\u2019acceptent pas toute cette théorie explicative de la plus-value de Marx, cela ne les empêche pas de vouloir lutter, dans la solidarité, pour se défendre dans ce qu\u2019ils appelleront une lutte des classes.Les concepts moraux de profits injustes et de salaires injustes peuvent leur suffire pour cela.Dans le concept économique de la \u201cplus-value\u201d, il y a une part de cette plus-value que Marx appelle le profit proprement dit, le \u201cprofit industriel\u201d.Il suffit que des non-marxistes, qui n\u2019acceptent pas la validité scientifique de l\u2019ensemble de l\u2019explication théorique de la plus-value, acceptent cependant au sujet de ce \u201cprofit industriel\u201d qu\u2019il puisse correspondre à un profit injuste (ils peuvent admettre aussi que des intérêts et des rentes puissent être injustes) pour se rencontrer avec des marxistes au plan de l\u2019action dans la lutte des classes.Chacun peut avoir \u201cses\u201d théories économiques, en tout ou en partie ou pas du tout les mêmes que celles de certains de ses alliés, théories à peine formées ou \u201cscientifiques\u201d, en recherche ou définitives, existantes ou pratiquement inexistantes, etc.Il vaut mieux, sans doute, que chacun soit le plus cohérent possible.Mais dans ce domaine théorique, qui fera l\u2019unanimité chez tous les marxistes et chez tous les socialistes?Absolutisation ou discernement Sur le plan de l\u2019action dans la lutte des classes, on se place plutôt au niveau de la stratégie et des tactiques.Quelle est la meilleure stratégie?Quelles sont les meilleures tactiques?Malgré toutes les discussions qui restent encore ici possibles, même entre marxistes, il y a possibilité de forger certaines alliances.Le plus grand des obstacles serait une certaine absolutisation.A ce niveau particulier qui intéresse l\u2019action, la conception de la lutte des classes, devenant un peu plus souple, n\u2019exige pas nécessairement une acceptation ou un rejet rigide et absolu de telle position, surtout si elle est des plus extrémistes qu\u2019on puisse imaginer.Elle exige plutôt du discernement.Reconnaissant que partout où, il y a des injustices reliées entre elles à la racine parce qu\u2019elles sont reliées à un système d\u2019ensemble, à un type de structure de pouvoirs, on peut admettre qu\u2019il y ait une forme lé gitime de lutte de classes.Il s\u2019agit de la discerner.La lutte des classes n\u2019est pas alors prise comme un absolu qui se 182 RELATIONS présente nécessairement comme immoral à l\u2019homme qui veut exercer un véritable discernement.Tout d\u2019abord, pas comme un absolu qui attaque la foi chrétienne en exigeant à tout prix l\u2019athéisme; les chrétiens marxistes balaient dès le départ ce problème qui, d\u2019ailleurs, n\u2019est pas posé par le Manuel de la CEQ.La lutte des classes ne se pose pas non plus nécessairement comme un absolu en ce sens qu\u2019elle 'aurait pour objectif, indépendamment des circonstances concrètes, n\u2019importe quel projet avec n\u2019importe quelles modalités, et qu\u2019elle consentirait à prendre n\u2019importe quels moyens, indépendamment d\u2019un jugement moral sur la nature des moyens et sur les circonstances.Les divisions de la gauche, même marxiste, sont une vivante illustration de la difficulté du discernement voulu.Ce discernement est une responsabilité et il comporte les risques que la poursuite d\u2019un projet social implique.La recherche de l\u2019efficacité dans ce type de lutte de classes est légitime.Mais il n\u2019est pas nécessaire de concevoir que, dans cette lutte, s\u2019impose absolument une recherche de l\u2019efficacité à n\u2019importe quel prix, c\u2019est-à-dire par des moyens ou pour des objectifs contraires à la dignité humaine.La lutte des classes peut donc être relativisée.G.Girardi, un chrétien favorable à la lutte des classes, théologien par surcroît, vient d\u2019expliquer en quel sens elle peut et doit l\u2019être.Elle ne peut être relativisée, évidemment, au point de signifier qu\u2019il renonce au remplacement du système capitaliste, comme si cette option avait la même valeur que la société nouvelle à créer: la société nouvelle est pour Girardi qualitativement supérieure.Voici plutôt comment Girardi explique la relativisation qui lui paraît nécessaire: Si relativiser veut dire savoir adopter une attitude critique par rapport aux théories qui élaborent ce projet, aux organisations qui s\u2019en servent ou s\u2019en réclament, aux régimes qui se présentent comme sa réalisation, aux pratiques politiques de ces mouvements et de ces Etats, la relativisation est non seulement légitime mais nécessaire pour que le projet ne soit pas trahi.(3) La relativisatiôn pour Girardi est une attitude critique, une dimension essentielle de recherche.Les distinctions entre projet fondamental, théories, mouvements, pratiques, régimes étant faites, \u201cun débat critique\u201d, dit-il, \u201cpeut et doit être ouvert\u201d.Et il ajoute: Une absolutisation qui consisterait à refuser cette critique, à instaurer dans le camp révolutionnaire des méthodes d\u2019inquisition, ne serait pas seulement illégitime: elle serait criminelle.Attribuer à quelqu\u2019un cette absolutisation est donc une accusation grave et infamante.Donc, ériger une conception de la lutte des classes avec un rigorisme tel qu\u2019il rejette à priori et systématiquement toute attitude critique, toute recherche, et surtout tout exercice de discernement au plan moral, serait vraiment ériger un obstacle tel à une très grande partie de l\u2019opinion publique qu\u2019on devrait sans doute se demander si cette attitude correspond à une stratégie éclairée, à une tactique habile et efficace.L\u2019absolutisation, par contre, peut également se retrouver dans le camp de ceux qui défendent à n\u2019importe quel prix le capitalisme.Dans le Manuel du 1er mai, malgré toutes ses faiblesses, il est difficile de trouver, sans faire de procès d\u2019intentions, qu\u2019il s\u2019y insère ce type d\u2019absolutisation.Si on le soutenait, il faudrait en faire une certaine démonstration.\\ Les évêques du Comité de l\u2019éducation de l\u2019AEQ, en reprochant au Manuel de \u201cprôner\u201d la lutte des classes et en refusant sans plus que l\u2019on puisse avoir \u201crecours à la lutte des classes\u201d, font une mise en garde qui, dans les circonstances actuelles de notre milieu, peut être considérée comme dépassant sa cible, et, conséquemment, quand on se met dans la perspective des évêques du Comité des affaires sociales, comme prématurée et même inopportune.Le dialogue avec la CEQ ne doit pas être étouffé, mais s\u2019ouvrir.Dénonciation de l\u2019harmonie sociale?D\u2019après les évêques du Comité de l\u2019Education, le Manuel du 1er mai dénonce \u201cla recherche de l\u2019harmonie sociale\u201d.Mais dans quel sens?Quand on ne sous-estime pas la situation concrète des travailleurs dans notre système économique actuel et qu\u2019on admet la nécessité de la lutte sociale pour obtenir justice, comment parler de collaboration avec les forces qui sont à l\u2019origine d\u2019injustices persistantes?Il ne faut pas oublier que la hantise du monde ouvrier et de ses alliés, ce n\u2019est pas un monde de justice qui existerait déjà, mais un système d\u2019injustices que les travailleurs vivent présentement.C\u2019est pourquoi, en pratique, les auteurs du Manuel mettent naturellement l\u2019accent principal sur la lutte.Tout en admettant qu\u2019il faut \u201camener l\u2019étudiant à se rendre compte de l\u2019interdépendance des individus, comme producteurs et consommateurs, dans notre système économique\u201d, le projet 37 du Manuel (p.59) pose comme objectif de conscientisation \u201cl\u2019identification des rapports antagonistes (lutte)\u201d qui opposent les classes (c\u2019est moi qui souligne).Il est évident qu\u2019une politique de collaboration est un idéal en soi, même pour des travailleurs marxistes, car leur utopie, c\u2019est-à-dire leur rêve de la société nouvelle à bâtir, inclut des rapports de coopération et d\u2019entr\u2019aide fraternelles, puisque, disent-ils, l\u2019exploitation aura alors pris fin.Un manuel marxiste d\u2019économie politique se plaira à l\u2019affirmer (4).C\u2019est l\u2019exploitation dans le système capitaliste actuel qui empêche présentement l\u2019harmonie sociale, parce que ce serait une fausse harmonie, un mot creux (5).On ne pactise pas avec l\u2019injustice; il ne peut, à ce prix, au coeur d\u2019un système d\u2019exploitation, y avoir \u201cune recherche de l\u2019harmonie sociale\u201d.En attendant d\u2019abattre le système de pouvoirs à la source des injustices, il reste plutôt la solidarité et la fraternité - c\u2019est encore un idéal! - entre tous les alliés qui luttent pour la justice; c\u2019est le fondement présent d\u2019une harmonie sociale future qu\u2019on espère.Plus d\u2019un théologien, analysant aujourd\u2019hui les problèmes.pastoraux posés par la réalité sociale d\u2019ensemble, se demandera à quel point cette \u201charmonie sociale\u201d, qui est assurément pour les chrétiens \u201ceschatologique\u201d, sera donnée, d\u2019ici la fin des temps, à plds ou moins long terme, peut-être à long long terme.C\u2019est un idéal, c\u2019est évident.Un idéal pour tous.Mais parce qu\u2019on n\u2019y tend pas tous par les mêmes chemins, il ne faut pas conclure que les auteurs du Manuel le \u201cdénoncent\u201d.Ils dénoncent JUIN 1975 183 un simulacre d\u2019harmonie sociale, telle expérience pratique qui ne serait qu\u2019un leurre; ils aspirent à une harmonie sociale qui serait véritable.Recours à là haine?Pour ce qui est du recours à la haine, il faut avouer qu\u2019on peut admettre avec nombre de chrétiens militants, même de théologiens, que le lien entre la haine et la lutte des classes n\u2019est pas un lien nécessaire.La haine, malheureusement, peut se glisser dans la lutte sociale comme dans bien d\u2019autres rapports humains.La lutte des classes n\u2019est pas en soi une lutte de personne à personne; elle déplace l\u2019accent au plan des structures et attaque un système (6).Les évêques de France, dans leur déclaration du 28 octobre 1972, \u201cPour une pratique chrétienne de la politique\u201d, acceptent de présenter, parmi différents essais d\u2019interprétation, celui qui suit: La loi d\u2019amour de l\u2019Evangile n\u2019invite pas les hommes à se résigner à l\u2019injustice.Elle les appelle, au contraire, à une action efficace pour la vaincre dans ses racines spirituelles comme dans les structures où elle prolifère.C\u2019est une fausse théologie de l\u2019amour qui est invoquée par ceux qui voudraient camoufler les situations conflictuelles, prôner des attitudes de collaboration dans la confusion, en minimisant la réalité des antagonismes collectifs de tous genres.(7).Le premier ministre Robert Bou-rassa, au cours d\u2019une réception pour 500 libéraux à l\u2019Hôtel Reine Elisabeth de Montréal, le 20 avril dernier, s\u2019est hâté d\u2019accuser la CEQ \u201cqui incite les enfants à la haine\u201d (8).M.Roger Lemelin, dans un de ses rares éditoriaux en première page de La Presse, voit de même dans ce Manuel une incitation à la haine: \u201cQuel que soit le niveau scolaire, le thème dominant y est la lutte des classes, la haine des employeurs\u201d (9).Le Manuel du 1er mai ne pousse pas à la haine du seul fait qu\u2019il accepte le défi de la lutte des classes.En lisant ce Manuel, on ne trouvera aucun appel explicite à la haine; on ne retracera pas non plus facilement une incitation implicite à la haine, à moins que soi-même on ne tienne à tout prix à voir un lien théorique, qui n\u2019existe pas comme tel, entre la haine et le fait que les travailleurs défendent la justice, cette lutte fut-elle appelée \u201clutte des classes\u201d.En pratique, il est vrai que la lutte imposée aux travailleurs par le système peut être rude; mais elle n\u2019entraîne pas nécessairement la haine.Ce qui importe surtout dans le Manuel Devant la réalité sociale concrète telle qu\u2019elle se présente au Québec, ce qui importe d\u2019abord et par-dessus tout dans le Manuel, c\u2019est son orientation générale, centrée sur la description des problèmes vécus par les travailleurs, sur le sens de la solidarité que louent les évêques du Comité des Affaires sociales, sur l\u2019importance et la nécessité de leurs luttes pour obtenir justice, et sur l\u2019indispensable organisation pour mener efficacement ces luttes.C\u2019est là le principal.Les \u201cobjectifs de conscientisation\u201d présentés par les 42 projets du Manuel sont dans l\u2019ensemble excellents: faire prendre conscience des problèmes que vivent la majorité des travailleurs, de l\u2019existence des classes sociales, des obstacles à la solidarité des travailleurs, des problèmes d\u2019urbanisation, de la hausse du coût de la vie, de l\u2019importance de la sécurité syndicale, des conditions pénibles de travail, des causes et des conséquences du chômage, des maladies industrielles, de la pollution de l\u2019environnement, des cadences et de la sécurité au travail, des difficultés de l\u2019organisation, des effets des activités des multinationales sur la société et la vie quotidienne, etc.; éveiller à la solidarité avec les travailleurs; faire prendre conscience de la nécessité de l\u2019organisation.Voilà qui importe.Les discussions possibles sur certains points de la théorie économique, et sur la plus ou moins grande maladresse dans le choix de certaines formulations prennent dans cette perspective un peu moins d\u2019importance qu\u2019à première vue.En particulier, les difficultés concrètes d\u2019interprétation devant l\u2019expression \u201clutte des clas- ses\u201d ne devraient pas être une raison suffisante de rejeter en bloc le Manuel.Il ne faut tout de même pas oublier que le jugement global à porter sur la valeur de ce Manuel devrait tenir compte d\u2019un fait capital: il y a présentement dans les institutions d\u2019enseignement un scandaleux vacuum au plan d\u2019une véritable éducation sociale.Pas de programme valable, pas d\u2019instruments de travail suffisamment au point.Ce n\u2019est pas en faisant l\u2019autruche devant le Manuel du 1er mai qu\u2019on va résoudre ce grave problème.Il y a dans le Manuel des maladresses qui font qu\u2019on n\u2019est pas obligé (loin de là) d\u2019être d\u2019accord avec tout son contenu.J\u2019en analyserai quelques faiblesses dans un prochain article, qu\u2019on pourrait intituler: \u201cPeut-on être \u201ccontre\u201d le Manuel du 1er mai?\u201d.Mais il serait très malheureux que l\u2019on prenne prétexte de certaines faiblesses du texte pour s\u2019endormir et essayer de nier l\u2019acuité du problème socio-politique chez nous, en balayant d\u2019un revers de main la part importante et trop grande de vérité qui demeure dans ce Manuel.Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il déplaît tellement à un certain pouvoir économique et politique que sécrète ce que les évêques du Comité des Affaires sociales viennent d\u2019appeler \u201cune certaine société\u201d.1.\t\u201cMessage du Comité des Affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques du Québec à l\u2019occasion du 1er mai 1975\u201d, L\u2019Eglise de Montréal, 8 mai 1975, p.328; Le Devoir, 1 mai 1975, p.7.2.\t\u201cA propos du \u2018Manuel du 1er mai\u2019, Commupiqué du Comité épiscopal de l\u2019Education de l\u2019Assemblée des évêques du Québec\u201d, L\u2019Eglise de Montréal, 8 mai 1975, 329-330; Le Jour, 1 mai 1975, p.9.3.\tG.Girardi, \u201cQue faut-il relativiser?\u201d, Lumière et vie, n.121, janvier-mars 1975, p.107.4.\tManuel d\u2019économie politique (Académie des sciences de l\u2019URSS, Institut d\u2019économie), Paris, Ed.sociales, 1956, p.438; Traité marxiste d\u2019économie politique, Le capitalisme monopoliste d\u2019Etat, Paris, Ed.sociales, 1971, tome I, p.207.5.\tMarcel Neusch, \u201cLa lutte des classes, II, Les chrétiens divisés\u201d, Vivante Eglise, mars 1975, p.87.6.\tTraité marxiste d\u2019économie politique, \\ Le capitalisme monopoliste d\u2019Etat, 1971, tome I, p.268.7.\tLa Documentation catholique, 19 novembre 1972, p.1014.8.\t\u201cBourassa attaque la CEQ et son.Manuel\u201d, Le Jour, 21 avril 1975, p.1.9.\t\u201cStratégie ou infantilisme\u201d, La Presse, 23 avril 1975, p.A-l.184 RELATIONS CINÉMA: les événements d'octobre 1970 (Robin Spry) par Yves Lever La série de projections de Les événements d'octobre 1970 (titre anglais: Action: the October Crisis of 1970) dans le circuit parallèle, l\u2019automne dernier, avait suscité un fort enthousiasme.D\u2019autant plus que, pour la majorité des spectateurs, ce visionnement précédait ou suivait de peu celui de Les Ordres.Une \u201cfête du souvenir\u201d en quelque sorte, une célébration pas très joyeuse, mais célébration quand même, du quatrième anniversaire d\u2019un événement important.On ne peut savoir encore quelle fut la cote d\u2019écoute lors de son récent passage à la télévision d'Etat.Pour le Québec au moins, on eût certes préféré une projection en automne pour un impact plus fort.Chose certaine, même si le moment de l\u2019année n\u2019était pas très bien choisi, cette projection avait toutes les chances de son bord: bonne publicité, intérêt du sujet, heure de programmation la plus propice, le fait de remplacer Le 60 qui jouit d'une grande popularité, concurrence pas trop forte sur l\u2019autre canal (qui de sérieux aurait pu consciemment préférer les cassettes à Bourassa?.).D\u2019après le nombre de conversations sur le film dans les jours suivants, il semble que la cote d\u2019écoute atteignit un assez fort niveau.Le film de Spry a donc bénéficié d\u2019une diffusion assez exceptionnelle pour un film du genre (et tout simplement pour un film fait au Québec).Cette chance, Les événements la méritait.Film presque aussi passionnant que ceux de Costa-Gavras, Montand en moins, il représente sans aucun doute le point extrême de liberté que la censure habituelle de l\u2019ONF peut se permettre quand il s\u2019agit d\u2019un projet politique.Et encore, seuls les anglophones de la boite peuvent jouir de cette plus grande liberté, comme d\u2019ailleurs les journalistes de la CBC en regard de ceux de CBFT.Spry, un intellectuel progressiste et démocrate dans la meilleur tradition anglaise, qui de surcroît comprend assez bien la valeur des mots et des expressions québécoises, a su profiter de cette liberté et se permettre quelques audaces.Une préhistoire toute proche Dans une première partie (environ une demi-heure), Spry rassemble les principaux documents visuels des luttes socio-politiques importantes des vingt dernières années.Le rythme enlevant dans le montage des images et dans la narration du commentaire fait de cette partie historique un des plus passionnants documentaires synthétiques réalisés ici.Il fait toujours bon de revoir des documents que la mémoire a tendance à isoler les uns des autres ou à reléguer dans des coins sombres.Il fut un temps où on était fier que la devise du Québec soit: \u201cJe me souviens\".Depuis les séances de la Commission Cliche et les commentaires autour de la publication de son rapport, on sait que le gouvernement Bourassa et ses valets pratiquent systématiquement le \u201cJe ne me rappelle plus\u201d ou ignorent tout aussi systématiquement l\u2019interlocuteur dès qu\u2019une question pertinente est posée.Ce qu\u2019on peut rigoler alors, quand ces mêmes personnes font semblant de se scandaliser du fait qu\u2019on n\u2019enseigne plus l\u2019histoire dans les écoles.! Pour la mémoire, donc, la première partie du film rassemble une série de faits.Mais ce faisant, et c\u2019est là l\u2019aspect le plus important, elle leur donne ou redonne leur dimension proprement politique, celle-là même que tout le discours gouvernemental, de l'automne \u201870 jusqu'à aujourd\u2019hui, s\u2019obstine à nier ou à pervertir.Après ce montage d\u2019actions collectives (grèves importantes, samedi de la matraque, rassemblements du RIN, du PQ et du FRAP, grandes manifestations dont la célèbre Saint-Jean-Baptiste de 1968, bombes placées en des endroits à forte symbolique collective, etc.), il ne devrait plus exister aucun doute que les gestes du FLQ de 1970 s\u2019inscrivaient dans une lutte explicitement et directement politique.Ne considérerait-on que l\u2019aspect quantitatif, le simple nombre - et il est fort grand - des personnes impliquées dans toutes ces actions pose obligatoirement une question politique.Quand, dans la deuxieme partie, on nous fera ré-écouter le discours des Bourassa, Trudeau et Choquette (tous trois disaient la même chose) niant toute signification politique à l\u2019action du FLQ et s\u2019obstinant à présenter ses membres comme des criminels de droit commun ou de vulgaires malfaiteurs (ceux déjà en prison pour la pose de bombes ou autres actions, et ceux de l\u2019actualité), l\u2019ampleur mystificatrice et la duperie de ce discours du pouvoir apparaîtront clairement.A ce moment-là plus qu\u2019en tout autre, le citoyen québécois pouvait se rendre compte combien le pouvoir se révélait faible en vision collective (évidemment, quand on ne se souvient jamais de rien.), mais fort en techniques idéologiques de répression, en plus de celles des armes.Cela apparaît encore plus clairement cinq ans plus tard.Comme, d\u2019ailleurs, il devient de plus en plus évident à de plus en plus de monde que ces politiciens (toujours en place, ne l\u2019oublions pas), ne méritent plus aucune crédibilité.Nationalisme ou lutte sociale?Comme interprétation politique globale de cette suite d\u2019événements antérieurs à octobre 70, Spry a choisi la montée du nationalisme québécois conduisant quasi inéluctablement à l\u2019indépendance.C\u2019est du moins l'impression qui ressort pour la majorité.Les \u201cévénements\u201d apparaissent alors comme une sorte de répétition générale de ce qui pourrait bientôt se passer.Cette interprétation se justifie, pas de doute là-dessus.Mais une autre est tout aussi importante qu\u2019il aurait fallu dégager, surtout à la lumière du Manifeste du FLQ.Si les premiers commandos de terroristes et les militants des comités de citoyens ou autres groupes revendicateurs sociaux apparaissent sur la scène publique à peu près au même moment que les premiers partis indépendantistes sérieux, si les mêmes personnes se retrouvent alors souvent dans les mêmes lieux d\u2019action et utilisent approximativement le même langage (pas toujours clairement articulé d\u2019ailleurs), on ne peut cependant confondre les deux mouvements.A cette époque, ils peuvent encore s'allier sur deux fronts complémentaires et s\u2019appuyer réciproquement dans les actions et manifestations.(Aujourd\u2019hui, le PQ n'obtient plus que des alliances tactiques avec les groupes de militants et uniquement en temps d\u2019élection).Mais chacun conservait sa base et ses réseaux de solidarité, sa lecture de la réalité, ses objectifs et moyens d\u2019action propres.Ainsi, quand les poseurs de bombes et, plus tard, les auteurs des enlèvements participent à une assemblée du RIN, manifestent contre Gordon, à Saint-Léonard, ou contre la reine des Anglais, ils veulent tout autant promouvoir la conscience de classe des travailleurs que propager l\u2019indépendantisme.Cet aspect de la lutte des classes est présent dans la partie historique, mais minimisé et sous-estimé par rapport au nationalisme.Cette confusion est d\u2019ailleurs probablement à l'origine de quelques détails un peu mystificateurs dans le commentaire.Signalons seulement cette présentation de René Lévesque comme \u201cindépendantiste et socialiste\" (sic).Ou encore, lorsqu\u2019il est question des troubles lors de la Saint Jean-Baptiste de 1968 et qu'on parle d\u2019une \u201cbataille de Québécois contre des Québécois\", il y a méprise flagrante sur le terme principal de JUIN 1975\t185 l\u2019énoncé: le mot québécois signifie plus qu\u2019un lieu de naissance! Enfin, on ne peut s\u2019empêcher de grincer des dents à l\u2019écoute d'une phrase aussi généralisante et simpliste que celle-ci: \u201cLes Montréalais craintifs s\u2019abritent derrière leur porte close\u2019\u2019 (lors de la manifestation contre la Murry Hill).Si de telles phrases augmentent le quotient de dramatisation du document, elles servent surtout à occulter en partie la signification principale des événements.Le film des événements \u2022Une seconde partie (une heure) au rythme beaucoup plus lent (à cause de la longueur des discours officiels cités) raconte de façon strictement chronologique les principaux événements survenus entre le 5 octobre 1970, jour de l\u2019enlèvement surprise de Cross, et l\u2019arrestation des ravisseurs de Pierre Laporte au début de janvier 1971.Enlèvements, communiqués du FLQ, lecture intégrale du manifeste à la télé, réactions officielles, loi des mesures de guerre, présence de l\u2019armée, communications radiophoniques, manifestations publiques de résistance aux mesures de guerre, mort et funérailles de Laporte, délivrance de Cross, arrestation des derniers suspects: presque tout y est.Le film remplit bien ici son rôle de collectionneur-archiviste des faits importants pour une période donnée.Si on ne peut que se réjouir du nombre de faits ici rassemblés, on doit cependant questionner l\u2019importance accordée à chacun dans la narration.Qu\u2019on le veuille ou non, dans ce type de document, le montage détermine toujours une interprétation.Dans un montage chronologique avec commentaires, comme c\u2019est ici le cas, la simple somme des minutes consacrées à tel fait ou témoignage plutôt qu\u2019à tel autre implique un jugement et peut suffire à .transformer la perception globale.Evidemment, personne ne reproche à Spry d\u2019avoir reproduit intégralement la lecture du manifeste par Gaétan Montreuil à la télévision de Radio Canada.C\u2019était d\u2019ailleurs une nécessité logique, à la suite des événements relatés en première partie, et l\u2019interprétation politique de la suite en dépendait (v, ce qui est dit plus haut).A la réentendre (ou relire), on en redécouvre la brûlante actualité, comme on se rend bien compte aussi combien le ton compassé, le débit et les intonatins de Montreuil cherchaient continuellement à en travestir le sens.Nous avons là un cas extraordinaire où la manière de lire transforme de beaucoup le contenu même du texte: un bel objet d\u2019étude pour les cours de français! Malgré cet interlude du manifeste, l\u2019interprétation globale surgissant de la masse des interviews reproduits pourrait se résumer ainsi: la fameuse crise d\u2019octobre a existé surtout dans la tête des dirigeants ((\u2019\u201cinsurrection appréhendée\u201d en est le meilleur exemple) qui, à la suite de gestes spectaculaires mais pas si menaçants que ça posés par un petit groupe d\u2019opposants, ont paniqué aussi bien dans leur discours que dans les gestes de répression disproportionnés mis en oeuvre; du même coup, ils révélaient leur carence de vision et d\u2019intelligence politiques et leur faiblesse à faire face à des événements sortant de l\u2019ordinaire.C\u2019est déjà pas mal courageux de proposer une telle interprétation critique des gestes de dirigeants politiques toujours en place.(Au minimum, Spry courait le risque de voir son film cadenassé à jamais dans un coffre-fort de l\u2019ONF).Certains éditorialistes avaient pris position en ce sens à l\u2019époque.Quatre ou cinq ans après, recevoir à tête reposée un bloc d\u2019images la démontrant à l'évidence lui confère un impact encore plus juste.Malgré sa justesse, dont le seul danger est d'enlever un peu de crédibilité à quelques politiciens en place, cette interprétation ne dérange cependant pas beaucoup le pouvoir.Et c\u2019est sans doute pourquoi celui-ci ne voit pas beaucoup d\u2019inconvénients à la fabrication et la diffusion d\u2019un tel film, à condition, bien sûr, qu\u2019il reste dans des limites raisonnables et ne nomme pas trop clairement les choses (au fait, il serait intéressant de savoir par combien de vision-nements pour les boss de l\u2019ONF le film a du passer avant d\u2019être lancé dans le public!).Car enfin, si le pouvoir l\u2019accepte, c\u2019est un peu comme s\u2019il disait: \u201cVoyez comme nous sommes un bon gouvernement démocratique: nous reconnaissons un énervement passager et quelques erreurs passées; nous permettons même la critique à l\u2019intérieur de nos organismes officiels d\u2019information.\u201d Finalement, cela le sert, puisque le film devient écran de fumée jeté devant les véritables problèmes et détourne l\u2019attention de l\u2019actualité problématique.Les grands absents au débat En effet, du problème nationaliste et socio-politique dont il avait été question au début, plus question! Il ne reste que les gestes spectaculaires des terroristes et les commentaires officiels.Quelques arbres cachent efficacement la forêt.Principal absent: le peuple québécois.Il ne se fait pas donner la chance de dire s\u2019il se reconnaît ou non dans le manifeste, s\u2019il approuve ou non l\u2019agir des felquistes.Il n\u2019est plus présent que dans les déclarations de quelques personnes qui disent parler en son nom, après supposition de ce qu'il pense.Les ministres, on le verra mieux plus loin, affirment sur les ondes avoir toute la population derrière eux.Mais est-ce si évident?Et même s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une partie importante de la population, de quelle partie s\u2019agit-il?Quelques images nécessaires manquent ici: après l\u2019interview de Trudeau affirmant que l\u2019armée venait seconder la police pour protéger la population contre ses ennemis, il eût suffi de montrer devant quelles maisons et dans quels quartiers les soldats tenaient faction pour démentir tout le discours.Montrer ces maisons de politiciens, de députés, de juges et de gros financiers (de tous ceux qui étaient expressément nommés dans le manifeste) aurait bien révélé quels intérêts le gouvernement voulait sauvegarder, intérêts représentant à ses yeux la \u201cpopulation\u201d digne de \u201cprotection sociale\u201d.Au moment des funérailles de Pierre Laporte, le commentaire laisse d\u2019ailleurs échapper cette expression savoureuse: x\u2018Les gens haut placés montrent leur appui au gouvernement.\" Autres grands absents: les felquistes eux-mêmes.Bien sûr, en octobre même et dans les quatre ou cinq mois suivants, personne ne pouvait en tracer un profil quelque peu exact.Mais au moment de la réalisation du film, beaucoup de leurs paroles et de grands pans de leurs biographies étaient déjà assez bien connus, suffisamment, en tous cas, pour révéler leurs propres points de vue sur les événements.D\u2019eux, le film ne montre que quelques affreuses photographies, du genre fiche de police ou manchettes de Allo-Police, qui transforment tout visage en mine patibulaire, celles-là même que les journaux du temps ont exploitées.Sous la masse de témoignages accusateurs et con-damnatoires, leurs points de vue développés dans le manifeste disparaissent vite et ne sont jamais ramenés au débat.Pas plus d\u2019ailleurs que ne sont apportés ceux qu\u2019ils ont réussi à faire connaître malgré les manoeuvres judiciaires pour les réduire au silence au cours des procès de 1971-72.De ceux-ci, qui font directement partie des événements, le film ne fait aucune mention.Après une introduction portant sur quelque vingt ans de luttes antérieures, il est assez étonnant qu\u2019on n\u2019ait pas senti le besoin d\u2019en indiquer les prolongements immédiats, encore plus révélateurs.Finalement, ne sont pas assez présents dans le film les différents mass media.Leur rôle n\u2019a d\u2019ailleurs pas encore été très bien analysé.Spry rappelle avec justesse l\u2019utilisation de la radio par les felquistes, l\u2019accrochage d\u2019un peu tout le monde à son poste de radio pendant cette période, la diffusion télévisée du manifeste.Mais il passe sous silence les gaffes de ces mêmes postes de radio et de télé, la censure imposée par la police (on a appris par après que sans censure sur un des communiqués, la vie de Laporte aurait peut-être été sauvée), la disparition rapide de l\u2019écran de quelques interviewés nuançant quelque peu les positions officielles.Surtout, il me semble qu\u2019il aurait fallu regarder d\u2019un oeil critique cet aspect de \u201cpassionnalisation\u201d des événements où la radio a excellé.C\u2019est elle, en effet, qui transformait chaque menu fait en élément d\u2019une intrigue policière, faisant de l\u2019ensemble des événements une sorte de thriller auquel le public était invité à assister, mais jamais à participer.Pour les journalistes et animateurs de radio, ce fut sans nul doute le moment le plus exaltant de leur carrière; on comprend leur excitation et leurs jouissances répétées dans cette bataille de scoops et leur emprise sur un 186 RELATIONS auditoire avide de sensations.Mais leurs explosions de passion ont drôlement servi les gouvernements pour leur entreprise de diversion des esprits et pour la justification de leurs mesures.Quelques techniques de propagande L\u2019écoute de cette petite somme de discours officiels fournit une fois de plus une excellente occasion de prendre conscience des techniques de base du discours de propagande politique.Résumons-en quelques-unes avec exemples.L\u2019écoute quotidienne du téléjournal permet de constater qu'on se sert toujours des mêmes.-Généralisation d'un problème particulier.Dans les bouches des Trudeau, Bourassa, Choquette et Drapeau, la même expression revient constamment avec quelques variantes: \"toute la société doit se défendre.ceux qui menacent toute la société.respecter la liberté et la sécurité de chacun.la vie de tous les citoyens.la population est unanimement d\u2019accord.\u201d Il s\u2019agit d\u2019amener tout le monde à se convaincre que ce qui est bon ou mauvais pour quelques-uns l\u2019est de la même façon pour tous.Plus de \u201cpetite patrie\" (celle des dominants, des riches, des dominés, des pauvres, des professionnels ou des ouvriers, etc) avec des intérêts divergents ou contradictoires, mais seulement la Patrie où tous trouvent les mêmes intérêts ou les mêmes peurs artificielles.C'est l\u2019un de la gang qui disait il n\u2019y a pas longtemps: \u201cce qui est bon pour le parti libéral est bon pour tous les Québécois\u201d.Et il y en a qui croient ça! -\tCrier des gros noms.Pour empêcher toute considération ou évaluation des arguments des adversaires, il faut les disqualifier dès le début en les traitant de \u201cdangereux criminels.affreux meurtriers.bandits.assassins.etc.\u201d, noms qui doivent réveiller les peurs cachées et provoquer le rejet automatique.Par la suite, il devient facile de disqualifier n\u2019importe qui simplement par association avec les premiers.On a pu voir Jean Drapeau et Jean Marchand utiliser efficacement cette technique.-\tNous le monde ordinaire.Les idées ou les sentiments du gouvernement sont nécessairement bonnes puisqu\u2019elles viennent du \u201cmonde ordinaire\u201d, du \u201cpeuple\u201d (et non des \u201célites\u201d).\"Un gérant de caisse populaire, votre voisin, votre enfant.\", disait à peu près Trudeau! Même les partis les plus bougeois et les plus réactionnaires réussiront généralement à trouver quelques travailleurs et quelques étudiants pour témoigner en leur faveur.-\tMêler les cartes.Il s\u2019agit ici de pratiquer la sélection des faits et le \u201cboosta-ge\u201d de ceux qui font son affaire.Le \u201ctripotage\u201d, dirait René Levesque.Si les détenteurs des média d\u2019information en viennent presque toujours à la possession de tous les faits pertinents, ils n'en diffusent cependant (directement ou sous forme de \u201cfuites\u201d) que ceux à eux favorables.Tout en affirmant tout dire.Il devient alors facile de créer toutes les diversions nécessaires pour empêcher le point de mire sur les plus pertinents.Le film de Spry aurait dû, il me semble, mentionner au moins que la publicité \u201cpassionnelle\" autour des événements d\u2019octobre a servi de meilleur paravent possible à un bataille très importante pour tous les Québécois: l\u2019affrontement entre les médecins et le gouvernement, affrontement qui, on le sait, s\u2019est résolu dans le meilleur intérêt des deux parties, mais non dans celui du peuple.- Appel aux bons sentiments.Refusant l\u2019appellation \u201cpolitique\u201d pour l\u2019action des felquistes, Choquette fait appel à leurs \u201csentiments humanitaires\u201d pour qu\u2019ils relâchent Cross.C\u2019est aussi pour des \u201craisons humanitaires\u201d que Radio Canada donne lecture du manifeste.Cela n\u2019empêche pas moins les gouvernements de rester sourds à la lettre de Pierre Laporte faisant appel à ces mêmes sentiments pour qu\u2019on le,sauve des ravisseurs.Cela ne les empêchent pas non plus de résoudre le problème par des solutions proprement politiques (mesures de guerre, législations rétroactives), ni d'utiliser la mort de Laporte pour promouvoir \"l\u2019unité canadienne\u201d.Aux opposants, ils demandent de bons sentiments, mais eux-mêmes emploient les lois spéciales et la force armée pour sauvegarder leur pouvoir.Technique dont l\u2019actualité récente avec les troubles de la construction et le chantage (\u201cles ouvriers québécois vont passer pour des caves s\u2019ils ne terminent pas les chantiers olympiques à temps\u201d) fournit de bons exemples.Un film-outil Malgré les importantes lacunes que nous avons évoquées, pour sa synthèse historique de la première partie, pour son rappel vivant de l\u2019automne 70, pour la valeur de révélation des discours officiels, le film de Spry peut être rangé à côté des grands documents du direct québécois.A condition, évidemment de le compléter par quelques bons documents d\u2019appoint et de faire accompagner les projections de séances d\u2019animation.A cet égard, on peut regretter que la projection téléviseé n\u2019ait pas été suivie de quelques courts, mais pertinents témoignages.Dans cette perspective d\u2019animations et d\u2019étude de l\u2019histoire (\u201cJe me souviens\u201d), on aurait avantage à ajouter à Les événements d'octobre 1970 les autres films d'ici traitant en tout ou en partie du même sujet.On pense immédiatement à Les Ordres de Michel Brault qui a rejoint un large public en salles commerciales et qui a donné lieu à un renouveau de la critique sous toutes ses formes (il a d\u2019ailleurs gagné le prix par l\u2019Association Québécoise des Critiques de Cinéma non seulement à cause de ses qualités intrinsèques, mais aussi à cause de son impact sur le milieu).Mais il faudrait surtout revoir II faut aller parmi /\u2019monde pour le savoir de F.Dansereau, réalisé immédiatement après les événements eux-mêmes, et quelques autre films apportant des compléments d\u2019information (un dossier sur le sujet paraîtra dans un prochain numéro de Cinéma Québec.) Un film à utiliser, non seulement pour se raffraîchir la mémoire, mais aussi pour se réchauffer l'esprit en vue d\u2019un meilleur présent.VOYAGES Y LOURDES et ROME VOYAGE ENTIÈREMENT ACCOMPAGNÉ DE MONTRÉAL (19 jours) 4a< Paris-Lisieux-Tours-Limoges-Lourdes-Montpellier-Nice-Pise-Rome- Florence-Padoue-Venise-Milan-Lausanne Hôtels de luxe - 3 repas par jour Départ 3 et 10 août: .$1293.00 Départ 7 ou 14 septembre, 5 octobre:.$1198.00 CONDITIONS ATTRA Y ANTES POUR PROFESSEURS FORMANT DES GROUPES Pour tous ces voyages individuels ou professionnels, voyez TOTAL VOYAGES, 361 HENRI BOURASSA E.près Station Métro, MONTRÉAL, QUÉ., H3L 1C2 CANADA TÉL.: (514) 382-2429 JUIN 1975 187 THEATRE: feu roulant et bric-à-brac par Georges-Henri d\u2019Auteuil Les Fourberies de Scapin De toutes les pièces de Molière, les Fourberies de Scapin est certainement une de celles dont le succès est le plus assuré.Les éléments comiques qu\u2019elle contient sont d\u2019une valeur certaine.Après la première scène un peu longuette d\u2019Octave qui amorce le sujet, c\u2019est le feu roulant ininterrompu des interventions cocasses et folichonnes de Scapin au dépens des deux barbons de pères d\u2019Octave et de Léandre.Ce n\u2019est sûrement pas la meilleure manière de célébrer la \u201cFête des Pères\u201d! C\u2019est dire qu\u2019on s\u2019est bien amusé au Théâtre du Nouveau Monde, où Robert Prévost nous présentait sa conception de la célèbre farce de Molière, dans sa mise en scène, son décor, ses costumes.De haut en bas, du Prévost, et ce fut réussi.D\u2019abord, le décor.D\u2019inspiration italienne, spécialement napolitaine, construit en hauteur, il représentait, sur le bord des quais, des maisons à plusieurs étages accessibles par des escaliers et des chemins montants d\u2019un bel effet pittoresque et coloré.Avec l\u2019avantage de favoriser de nombreux et variés jeux scéniques.Une trouvaille très plaisante, mais probablement coûteuse.Sur ce brillant fond de tableau, s\u2019étalaient/ au gré des évolutions des acteurs, les taches de lumière ou d\u2019ombre des costumes, plus ou moins d'époque.Les personnages, des comédiens, sous la direction de Prévost, les ont incarnés dans un mouvement, sans doute vif et alerte, mais sans exagération de sauteries ou culbutes ni de tics, risibles peut-être, mais qui dénaturent souvent le caractère social ou psychologique des personnages.Dans cette pièce, lès rôles féminins sont plutôt épisodiques et d\u2019importance médiocre, même si à Zerbinette, la fiancée de Léandre est confié un monologue important ou plutôt une sorte de tour de force, une gageure presque insensée.En effet, après la scène la plus burlesque de Géronte, caché dans un sac et bourré de coups de bâton, qui fait rigoler les spectateurs, Zerbinette nous débobine, dans un fou rire presque hystérique de cinq bonnes minutes, le récit d\u2019une des fourberie de Scapin, précisément au même vieux Géronte, et dont nous sommes tous parfaitement au courant, donc aucune surpri- se.Que Louise Gamache ait réussi convenablement cette dure épreuve est tout à son honneur.Deux jeunes godelureaux, assez sots d\u2019ailleurs, mariés clandestinement; leurs pères entêtés à briser ces mariages; entre eux, Scapin qui prend le parti des jeunes gens.Voilà le sujet de la pièce qui va permettre au génie inventif du gaillard peu enclin à, s\u2019occuper de la moralité des moyens, d\u2019imaginer des trucs de plus en plus pendables pour réussir ses projets.Le personnage clé de la pièce.Mais un rôle comique difficile: s\u2019il n\u2019en fait pas assez, l\u2019action languit ainsi que l\u2019intérêt; s\u2019il en fait trop, nous tombons dans la charge qui vient à lasser.Le Scapin de Gabriel Gascon a bien tenu le coup.Désinvolte et finaud, agile et dégourdi, sautillant mais pas trop, il a mené le bal avec aplomb et beaucoup d\u2019autorité.Les pères dupés ont aussi été bien servis par Edgard Fruitier et Jean Coutu, qui nous revient, semble-t-il.Fruitier commence à être un expert en Molière dont il a interprété deux ou trois grands caractères.Ici, encore, son jeu mobile et sa mimique expressive nous donnent un Argante fort amusant.Quant à Jean Coutu, en pleine forme, son Géronte, hargneux, avare, rancunier, soupçonneux et pourtant berné lui aussi, est d\u2019un grand comique.Une réussite particulière de la célèbre répétition des \u201cQu\u2019allait-il faire dans cette galère?\u201d Par rapport à leurs pères, les personnages d\u2019Octave et Léandre sont plus pâles.Ils semblent comme le prétexte aux machinations audacieuses de Scapin.L\u2019Octave de Robert Lalonde est peureux et larmoyant.Jean Leclerc, en Léandre, est plus assuré et viril.Mais ils manquent tous deux d\u2019initiative et doivent se rabattre sur les four: beries de Scapin.\\ Robert Prévost a eu une ingénieuse idée: meubler le décord de figurants et lui donner ainsi une vie réelle et pittoresque de quartier napolitain, avec un poissonnier et son éventaire sur le quai, un tavernier où Scapin pouvait s\u2019abreuver, des femmes qui secouaient leurs draps aux fenêtres, même des enfants qui, fort bien stylés et sérieux comme des papes, ont joué comme des professionnels, pendant que Carie, le compagnon de Scapin, chantait des mélodies italiennes en s\u2019accompagnant de sa guitare.La vraie vie, quoi! Le Gardien Une preuve que nous vivons une époque troublée, confuse, inquiète, angoissée même et absurde serait peut-être que nous nous reconnaissons dans l\u2019oeuvre de l\u2019écrivain anglais Pinter, reconnu comme un des représentants les plus authentiques de la dramaturgie moderne.Or Pinter, par ses personnages insolites et les situations équivoques qu\u2019ils vivent, nous charrie dans un monde ambigu, indécis, étrange, mystérieux, onirique.Un monde qui manque de soleil, de ciel bleu, d\u2019air pur.De cet art sombre et désabusé, on vient de nous donner un récent exemple par la représentation, sous les auspices de la Compagnie Jean-Duceppe, au Port-Royal, de la pièce le Gardien.Ce gardien nous avions pu déjà le connaître, à la scène avec Dufilho ou à notre télévision par l\u2019équipe d\u2019aujourd\u2019hui, avec toujours la même impression déroutante, d\u2019insatisfaction, d\u2019agacement devant sa manie de nous répéter: Vous comprenez.Vous savez ce que je veux dire.et de ne jamais vraiment le dire.C\u2019est à ce petit jeu de cache-cache que se livrent devant nous, pendant deux bonnes heures, trois personnages extrêmement curieux, plongés, semble-t-il, dans une incohérence mentale dont ils ne peuvent se dépêtrer.Il y a, au premier chef.Davies, ou tout aussi bien Jenkins car il alterne de l\u2019un à l\u2019autre nom, vieil homme à demi clochard, d\u2019une identité plutôt inquiétante, d\u2019humeur fantasque, parfois agressif, parfois veule, toujours fourbe.Un pauvre type qu\u2019Aston a pêché dans la rue, sous l\u2019orage, et a amené chez lui comme gardien.Cet Aston, malade dépressif, est sorti depuis peu de l\u2019hôpital psychiatrique.Encore fragile, il s\u2019occupe à des riens futiles, projette sans jamais réaliser.Il a un frère, Mick, dont on ne sait goutte des nombreuses affaires qu\u2019il proclame accomplir et qui, lui aussi, rêve en couleurs.188 RELATIONS Ainsi, un seul, Aston, est officiellement déséquilibré.Pourtant, les deux autres par leur comportement, leurs propos, lui ressemblent étrangement et justifient le dicton populaire: les fous ne sont pas tous à l\u2019asile.Même, par moment, quand il analyse son cas, Aston nous paraît plus lucide que ses compagnons et le plus fou des trois n\u2019est peut-être pas celui qu\u2019on pense.Décortiquer morceau par morceau, grain par grain, ces fantoches d\u2019humanité semble avoir été le but de Pinter en composant ce Gardien, pièce où il ne se passe d\u2019ailleurs absolument rien.Et c\u2019est peut-être cela:\\ce bavardage sans queue ni tête des personnages essayant d\u2019établir entre eux une impossible communication, qui plaît à nos esprits compliqués et les intéresse.Un pur jeu de l'esprit, une expérience psychique de laboratoire.Et pourtant, de toute l\u2019oeuvre, seul a déclenché les applaudissements spontanés des spectateurs, le récit clair, précis, sobre, émouvant d\u2019Aston racontant le terrible traitement des chocs électriques à l\u2019hôpital.Il y a donc de l\u2019espoir.Le sentiment revendique encore ses droits.Nous ne sommes pas tout à fait des robots.i Cette pièce qui prête à bien des considérations et réflexions a été fort bien défendue sur le plateau du Port-Royal.Gérard Poirier, peu habitué pourtant à ce genre de rôle, a été un étonnant Aston, sans faille, depuis le commencement jusqu\u2019à la fin, puisque c\u2019est lui qui ouvre et clôt l\u2019action dramatique.Une fort belle réussite.Le farfelu et insaisissable Mick a été confié à Jacques Godin qui a su exprimer l\u2019équivoque de son perspnnage.Jean Duceppe était le gardien, parfaitement juste dans ses adaptations variées, comme naturelles, dans cette atmosphère de cauchemar qui baigne les hommes et les choses.Est-il nécessaire de souligner cet invraisemblable bric-à-brac d\u2019objets qui encombrent la scène: manifeste symbole de la confusion des exprits de ceux qui y vivent?Beau, bon, pas cher Pour un écrivain, l'inspiration n\u2019est pas toujours, malheureusement, au rendez-vous.Jean-Claude Germain s\u2019en est-il rendu comp- te lorsqu\u2019il composait sa pièce intitulée: Beau, bon, pas cher?De toute façon, son dernier spectacle qu\u2019il nous a offert dans le Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui - que je continuerai à trouver parfaitement infecte ne mérite que les derniers mots du titre: pas cher.Un salmigondis, voilà ce qu\u2019on nous a servi.Et indigeste.Ce n'est pas que les serveurs et serveuses (presque topless!) n\u2019y aient pas mis de la bonne volonté.Cela ne donne pas substance et saveur à un mets.Alors, disons que le Chef n\u2019était pas en forme et changeons de bistrot! RELATIONS\t\t dossiers récents:\t\tNOUVEAU DIALOGUE e Les nouveaux groupes chrétiens au Québec\t\tun bulletin trimestriel offrant des études (janvier 1974)\t\t e Les défis de la société de consommation\t\tet témoignages sur les questions de (février 1974)\t\t e L\u2019avenir de l\u2019Eglise d\u2019ici\t\t\u2022 foi (mars 1974)\t\t\u2022 incroyance e Québec: un second souffle?\t\t\u2022 distanciation (octobre 1974) e Les chrétiens dans le mouvement ouvrier au\t\t Québec\t\tNuméros 10 et 11 disponibles.(novembre 1974)\t\tAbonnements annuels: $3.00 e Famille et société\t\tNuméro: 75é (janvier 1975) e Droits de l\u2019homme et réconciliation\t\t (février 1975)\t\tService Incroyance et Foi e Dieu: inconnaissable et connu\t\t2930, rue Lacombe (mars 1975)\t\tMontréal, P.Q.H3T1L4 e Faire le monde plus juste\t\ttél.: 735-1565 (avril 1975) RELATIONS: 8100, boul.Saint-Laurent,\t\t Montréal - H2P 2L9\t\tI JUIN 1975 189 LES LIVRES par René Dionne Paul WYCZYNSKI: Bibliographie descrip-tive et critique d\u2019Emile Nelligan.Coll.\u201cBibliographies du Canada français\u201d, 1.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1973, 319 pp., 23.5 cm.Nul mieux que M.Paul Wyczynski n\u2019était préparé à nous donner une Bibliographie descriptive et critique d\u2019Emile Nelligan.Depuis une quinzaine d\u2019années, en effet, ce chercheur outaouais avait publié régulièrement des études (articles, livres, etc.) sur l\u2019oeuvre du grand poète montréalais.Peu à peu, il avait constitué un dossier bibliographique abondant; il nous le livre aujourd\u2019hui en une édition remarquable du point de vue de la méthode et de la typographie.\u2022 \u2019\t-!\t7 ¦ M.Wyczynski est un chercheur consciencieux: \u201cTous les écrits qui font partie de la présente Bibliographie et qui couvrent une période de quatre-vingts ans (1890-1971), ont été lus et relus, scrupuleusement, pour respecter la pensée de leurs auteurs et apprécier la portée critique de leur apport à la vraie connaissance de l\u2019oeuvre de Nelligan\u201d.(P.12.) Dans l\u2019ensemble, les jugements de M.Wyczynski tombent juste: connaissant bien le corpus nelliganien (textes et critiques), il fait admirablement le point; on doit aussi lui reconnaître un souci d\u2019impartialité que l\u2019on prend rarement en défaut.Dorénavant, on ne pourra plus étudier l\u2019oeuvre de Nelligan sans se référer d\u2019abord à la bibliographie de M.Wyczynski.On s\u2019y référera également pour savoir comment préparer et éditer une bibliographie.M.Wyczynski a, en effet, voulu que sa bibliographie nelliganienne soit un modèle du genre.Aussi a-t-il pris soin de préciser sa méthode: pour qu\u2019elle soit fonctionnelle, il l\u2019ai choisie entre bien d\u2019autres qu\u2019il a remaniées à sa façon éclectique et toute moderne, ainsi qu\u2019il s\u2019en explique longuement (17-24).On peut bien différer d\u2019avis sur tel ou tel point particulier de la méthode; l\u2019ensemble, lui, témoigne d\u2019un fin bibliographe.La première partie du volume fait état de l\u2019oeuvre de Nelligan: manuscrits (27-30) et imprimés (31-71); la deuxième partie (73-162) présente, selon l\u2019ordre alphabétique des noms de leurs auteurs, les ouvrages, articles et documents signés sur la vie, l\u2019oeuvre et l\u2019époque de Nelligan; la troisième (163-182), dans le même ordre, les articles anonymes; suit, dans la qua- trième partie (183-223), la chronologie des écrits sur Nelligan; dans la cinquième partie (225-233), l\u2019on trouve une liste des \"poèmes en hommage à Nelligan\u201d; dans la sixième (235-238>, une discographie; dans la septième (239-242), une filmographie.Les appendices (243-292) contiennent quatre tableaux synoptiques des poèmes de Nelligan (poèmes publiés dans les journaux et les revues, poèmes soumis ou lus à l\u2019Ecole littéraire de Montréal, poèmes publiés ou cités dans l\u2019étude écrite par Louis Dantin pour les Débats, poèmes de Nelligan d\u2019après les sources imprimées et manuscrites), les poèmes de Nelligan mis en musique, des documents iconographiques.Le volume se termine par deux index: l\u2019un alphabétique (293-312), l\u2019autre thématique (313-315).Tous les chercheurs connaissent l\u2019utilité des bibliographies bien faites.Aussi souhaitera-t-on en bien des milieux qu\u2019une collection bibliographique aussi bien commencée continue et augmente de plusieurs volumes; c\u2019est de tels ouvrages que nos historiens de la littérature réclament, en sus, évidemment, d\u2019éditions critiques.Marcel TRUDEL: La Population du Canada en 1663.Coll.\u201cFleur de lys\u201d.\u2014 Montréal, Fides, 1973, xl-368 pp., 24 cm.Avant d\u2019entreprendre la rédaction du troisième volume de son Histoire de la Nouvelle-France, Marcel Trudel avait jugé nécessaire de dresser un inventaire foncier du domaine canadien à la date du 30 juin 1663 (voir Relations, avril 1975, pp.126-127); parallèlement, toujours dans le même but: pouvoir mieux évaluer l\u2019oeuvre des Cent-Associés, le savant historien a procédé à un recensement de la population canadienne à la même date, choisie \u201cnon pas seulement parce que, ce jour-là, les vaisseaux qui viennent annoncer la fin du régime sont en vue, mais surtout parce que ce 30 juin 1663 marque une étape bien nette dans l\u2019évolution de cette population: aucun des hivernants de 1662-1663 n\u2019est encore reparti pour la France et le lot des nouveaux immigrants ainsi que les anciens habitants qui reviennent (comme c\u2019est le cas du vicaire apostolique Laval) en sont encore à remonter le fleuve\u201d (p.6).La méthode a consisté à ratisser d\u2019abord \u201ctout ce que les archives publiques et privées nous ont laissé de pièces de ces années 1627-1663\u201d, puis à constituer un dossier pour chaque personne dont la présence fut signalée au Canada durant cette période, enfin à dresser un catalogue de la population au 30 juin 1663.De l\u2019étude des fiches signalétiques ainsi accumulées, l\u2019historien a tiré des renseignements aussi intéressants qu\u2019utiles sur le nombre des habitants: 3,035 personnes, dont 1,175, soit 38.7%, sont nées au Canada (11-28), sur l\u2019origine des immigrants: ils sont surtout venus de la Normandie, de l\u2019Aunis et du Perche (29-53), sur l\u2019âge des Canadiens: 20.6 ans en moyenne, et sur leur sexe 62.9% d\u2019hommes et 37.1% de femmes if 68), sur leur état matrimonial: la m* de la population nubile est mariée et l\u2019él a d\u2019ordinaire 39.9 ans, l\u2019épouse 29.9 90), sur les professions: des 680 horr d\u2019âge nubile dont Marcel Trudel a pu it tifier la profession, 36% sont gens de n, tier, 6.9% hommes à tout faire, 3.5% commerçants, 3.4% fonctionnaires, 2.8% hommes d\u2019église (91-118), sur les groupes sociaux: les gens d\u2019Eglise comptent pour 2.5% de la population, les nobles pour 3.2% et le tiers-état pour 94.3%, soit 26.3% de bourgeois et 68% de petites gens (119-147).La conclusion du volume (149-155) rassemble les données de chacun des chapitres en un magistral et éloquent raccourci.Nous n\u2019en dégagerons que deux éléments.D\u2019abord, une conclusion intéressante, mais fragile (parce qu\u2019elle repose simplement sur la capacité ou l\u2019incapacité de signer un docu-, ment), à savoir que, alors que \u201cl\u2019analphabétisme en France atteint à la même époque les 80% des Français\u201d, il ne touche ici que 44.3% des personnes d\u2019âge nubile, et plus souvent la femme que l\u2019homme (151); puis, une conclusion prudente, à savoir que le \u201cbrassage extraordinaire de population\u201d, tant du point de vue de l\u2019origine que du point de vue professionnel, familial et social, nous met en présence d\u2019une \u201csociété confuse à bien des égards\u201d, dont il n\u2019est pas facile \u201cde dire si elle est de type urbain ou de type rural\u201d, mais dont on peut penser, tout au plus, que, \u201ccompte tenu des seules données démographiques obtenues pour 1663\u201d, elle serait plutôt \"une société de type rural\u201d (155).En appendice au volume (157-320), un très précieux relevé nominatif de la population au 30 juin 1663 donne, à la suite du nom et du prénom de chaque habitant, certains renseignements d\u2019ordre orthographi- 190 RELATIONS que ou d\u2019ordre familial, puis d\u2019autres sur le sexe, l\u2019état matrimonial, la capacité de signer, la profession, l\u2019origine, la venue au Canada sous contrat, les arpents possédés en seigneurie, ceux possédés en censi-ve, l\u2019emplacement en toises.Enfin, un index (321-368) permet de consulter rapidement cet ouvrage aussi intéressant pour les curieux ou pour les férus de nos origines qu\u2019indispensable, désormais, pour les historiens de notre dix-septième siècle.la bibliographie d\u2019Otto Klapp (162-181)7 Et que faut-il penser des remarques et conclusions de Thérèse Fabi sur la critique québécoise: son rôle, sa valeur, etc.(124-125, 150-151)7 Que celles-là sont parfois justes et celles-ci sommaires et pédantes; surtout, que les unes et les autres, servies par l\u2019auteur d\u2019un navet aussi indigeste, ressortissent à la désinvolture, à moins que ce ne soit, - et c\u2019est là notre opinion, - à la fatuité, comme tout le volume d\u2019ailleurs.Ce Répertoire est le résultat de cinq années de travail patient et minutieux.Il est à souhaiter que ses auteurs continuent à l\u2019enrichir pour une seconde édition.A cette fin, ils ont besoin de la collaboration de tous ceux qui peuvent fournir des documents et des renseignements sur la période inventoriée.Puisse cette collaboration être abondante et généreuse! Département de lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.Thérèse FABI: Le monde perturbé des jeunes dans l\u2019oeuvre de Marie-Claire Blais; sa vie, son oeuvre, la critique.Essai.- Montréal, Editions Agence d\u2019A.R.C., 1973, 194 pp., 23 cm.La façon dont ce livre est présenté frise décence, car elle ne fait que jeter de la ¦
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.