Relations, 1 février 1976, Février
[" [FÉVRIER 1976 MONTRÉAL OECUMENISME à NAIROBI par Stéphane Valiquette UNIVERSITÉS et THÉOLOGIE entre le Séminaire et la rue par Guy Ménard ÉDUCATION: La tâche des enseignants par Maurice Ruest Un film: QUE LA FÊTE COMMENCE! par Jean-René Ethier \u201crelations- revue du mois publiée sous la responsabilité d'un groupe de membres de la Compagnie de Jésus RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Marcel Marcotte, secrétaire Guy Bourgeault, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Pierre Lucier, Guy Ménard, André Myre, Yves Vaillancourt ADMINISTRATION Maurice Ruest RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal \u2014 H2P 2L9 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ: Liliane Saddik, 1700, rue Allard, Ville Brossard.Téléphone: 678-1209.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.numéro 412 février 1976 SOMMAIRE Oecuménisme Nairobi: Jésus libère et unit 5e Assemblée générale du C.O.E.Stéphane Valiquette 35 Universités et théologie Une théologie écartelée entre le Séminaire et la rue\tGuy Ménard 40 NOUVEAUTES Le Surréalisme désocculté par Bernard-Paul Robert 14\tx 20cm, 200 pages - Prix $5.25 Souvenances par Philippe Besnard avant-propos de Jean Ménard 15\tx 23cm, 304 pages - Prix $9.75 Le droit privé au Canada Etudes comparatives Tome I Introduction générale par J.A.Clarence Smith & Jean Kerby 15 x 23cm, 336 pages - Prix $12.00 Mediaeval Law Teachers and Writers par J.A.Clarence Smith 15 x 23cm, 152 pages - Prix $3.75 En vente chez votre libraire et aux: Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey Ottawa, Ontario - K1N 6N5 Document: La théologie entre le Séminaire et la rue\t46 Éducation Les offres patronales: 3.La tâche des enseignants\tMaurice Ruest 51 Chroniques CINÉMA: Que la fête commence! Jean-René Ethier 57 THÉÂTRE: Du Rideau Vert au Théâtre du Nouveau Monde Georges-Henri d\u2019Auteuil 58 LITTÉRATURE: Chatmaux, Les \u201cparoles peintes\u201d d\u2019Elyane Roy Gabrielle Poulin 60 Les livres\t62 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75C Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.LE LANGAGE DES CHIFFRES 45.000 13.000 Total 1 TITRES EN STOCK PERMANENT PIEDS CARRÉS D\u2019ÉTALAGES LIBRAIRIES EN UNE (H) Sciences humaines (J) Jeunesse © Lettres, arts, loisirs (M) Médecine et sciences de la santé © Sciences et techniques SERVICES INTÉGRÉS les commandes spéciales les commandes d\u2019office les livres reliés et catalogués le service universel d\u2019abonnements QUALITÉ : LA MEILLEURE LIBRAIRIE DUSSAULT la grande librairie du 8955 SAINT-LAURENT - MONTRÉAL Tél.:\tMétro :\tAutobus 384-8760 Crémazie 53, 55, 98, 100 34 RELATIONS Cinquième Assemblée Générale du Conseil Oecuménique des Eglises (C.O.E.) 23 novembre-10 décembre 1975 NAIROBI: JÉSUS LIBÈRE ET UNIT par Stéphane Valiquette* I- Concile d\u2019Eglises ou Tour de Babel?C\u2019est la question qui se pose devant une Assemblée de plus de 3000 personnes venant de 100 pays et représentant 281 Eglises chrétiennes.Officiellement, il n\u2019y a que 747 délégués désignés par les Eglises membres du C.O.E., ce qui a amené des commentateurs à parler de la \u201cJumbo Jet Assembly\u201d.Mais s\u2019ajoutent des observateurs des Eglises non membres, de nombreux invités d\u2019organismes internationaux et de conseils nationaux d\u2019Eglises, des cadres, des interprètes pour la traduction simultanée dans les trois langues officielles:\tfrançais - anglais - allemand - etc.Enfin il faut compter l\u2019impressionnant contingent de quelque 600 gens de presse couvrant l\u2019événement pour des agences de nouvelles, des quotidiens, des périodiques surtout religieux, pour la radio et la télévision.Les caméras de Radio-Canada étaient là avec une équipe bilingue de cinq.Le Devoir et la revue Credo étaient les deux seules publications canadiennes françaises représentées.Tout ce monde était rassemblé autour d\u2019un même thème général: \u201cJESUS-CHRIST LIBERE ET UNIT\u201d.L\u2019Assemblée était à plu- * L\u2019A., jésuite, est directeur adjoint au Centre d\u2019oecuménisme de Montréal.A titre de journaliste, il a assisté à la Cinquième Assemblée générale du Conseil oecuménique des Eglises, qui s\u2019est tenue à Nairobi, au Kenya, du 23 novembre au 10 décembre 1975.FÉVRIER 1976 sieurs moments partagée en six sections qui travaillaient sur les sous-thèmes suivants: 1.Confesser le Christ aujourd\u2019hui; 2.Les exigences de l\u2019unité; 3.A la recherche de la communauté - La quête commune de diverses cultures, croyances et idéologies; 4.Education en vue de la libération et de la communauté; 5.Structures d\u2019injustices et luttes pour la libération; 6.Développement de l\u2019homme - Les ambiguités du pouvoir, de la technologie et de qualité de la vie.Mais toujours les sous-thèmes étaient ramenés vers les deux pôles de réflexion de l\u2019Assemblée: libération et unité.Préparation lointaine et immédiate de l\u2019Assemblée On peut se demander comment une telle Assemblée peut aborder efficacement un si vaste champ d\u2019horizon.Je tenterais une double réponse.D\u2019abord, durant les sept ans qui séparent les Assemblées Générales du C.O.E.un travail incessant de recherche, de réflexion et d\u2019action est accompli sous l\u2019impulsion des Commissions et des Groupes de Travail du Conseil.Ce travail s\u2019exprime habituellement dans des congrès internationaux dont les rapports sont reçus et étudiés par les Eglises membres.De vives réactions face aux initiatives du C.O.E.concernant la lutte contre le racisme, par exemple, montrent que les Eglises suivent de près le fonctionnement du Comité Central de 130 membres qui, entre les Assemblées Générales, préside aux destinées du C.O.E.Joue en deuxième lieu la qualité des personnes rassemblées pour un tel événement.Observateurs et invités tout autant que les délégués officiels représentent une richesse culturelle et spirituelle très im- pressionnante.Il ne faudrait pas croire que les 747 délégués d\u2019Eglises soient tous des ecclésiastiques.Non, un bon 40% étaient des laïques et les femmes étaient au nombre de 155.Délégués, observateurs et invités avaient reçu longtemps à l\u2019avance un copieux dossier préparatoire.Un volume de 250 pages résumait pour les intéressés les activités du C.O.E.depuis la IVe Assemblée Générale tenue à Upsal en 1968(1).Ces instruments de travail ont servi à préparer les Eglises et leurs délégués ainsi que les observateurs et les invités.Nombre d\u2019entre eux apportaient en plus des connaissances et des expériences personnelles exceptionnelles.Je risque quelques noms: l\u2019archevêque de Cantorbéry, Donald Coggan, le pasteur Albert H.van den Heuvel, Michael N.Manley, premier ministre de la Jamaïque, le professeur Nikos Nissiotis, les pasteurs Lukas Visher et Willem A.Visser\u2019t Hoof, le professeur Roger Mehl, Mlle Margaret Mead, le professeur Juer-gen Moltmann, le pasteur Martin Niemoller, etc.Il ne faudrait pas par ailleurs sous-estimer la part d\u2019organisation qu\u2019assument pour l\u2019occasion le personnel permanent du C.O.E.et les nombreux collaborateurs qui les assistent avec un dévouement remarquable.Je lève mon chapeau devant une organisation qui rassemble dans un pays du tiers-monde, loin de Genève, sa base d\u2019opération, un aussi fort contingent de personnes et qui réussit à assurer durant 17 jours un ensemble complet et complexe de services qui permette à l\u2019Assemblée Générale de fonctionner harmonieusement et, je crois, efficacement.1.Uppsala to Nairobi.Edited by David Johnson.World Council of Churches, 1975.35 Une Assemblée de prière Les participants devaient certes s\u2019attendre à ce qu\u2019un événement du genre baigne dans la prière et j\u2019ose espérer qu\u2019ils n\u2019auront pas été déçus.L\u2019Assemblée s\u2019est ouverte et close par une solennelle célébration de la Parole.Une foule haute en couleurs, puisque chacun avait été invité à porter costume ecclésiastique ou national, pria et chanta, soutenue par le rythme des tambours africains.Six autres fois en dix-sept jours l\u2019Assemblée plénière se recueillit pour un culte particulier ou une prière commune.On avait aménagé un lieu de prière dans un endroit discret où chacun pouvait se retirer à tout moment de la journée.Chaque midi, on y célébrait un culte dont le choix était laissé à l\u2019initiative des participants.Il suffisait de s\u2019inscrire, la veille, sur une liste à la porte de la chapelle, en indiquant quelle liturgie aurait lieu.Une équipe liturgique se tenait prête à assister pour accessoires, musique et chant.Spontanément les ateliers ou sections commençaient et terminaient leurs sessions par une invocation à l\u2019Esprit Saint.De plus, à plusieurs reprises, les participants furent partagés en groupes de travail qui avaient comme objectif de méditer sur les thèmes et sous-thèmes de l\u2019Assemblée.C\u2019est ainsi que je me vis, un après-midi, en train de diriger une méditation selon les Exercices Spirituels de saint Igance, à la fin de laquelle un évêque orthodoxe vint m\u2019embrasser en disant que c\u2019était exactement le genre de prière qu\u2019il aimait.Tous les soirs de l\u2019Assemblée, les participants étaient invités à se joindre à un groupe local de prière charismatique qui se réunissait dans une salle de la voisine cathédrale catholique.Un invité très spécial, le révérend David J.Du Plessis, des Eglises pentecôtistes, prenait une part active à ces séances vibrantes et prolongées de louanges et d\u2019action de grâces.Je crois devoir souligner le Ralliement de l\u2019Avent tenu au Parc Uhuru (Liberté), dimanche, le 30 novembre.Sous un soleil ardent, pendant au-delà de deux heures, une foule de plus de 5000 participants et spectateurs a prié, chanté et écouté.Plusieurs chorales locales en costumes flamboyants nous firent vibrer aux rythmes africains soutenus par le jeu des cuivres et des tambours.Le spectacle n\u2019eût pas été complet sans l\u2019arrivée impromptue d\u2019une espèce de troubadour-sorcier qui déballa toutes ses brimbales devant l\u2019estrade et entra dans la danse qu\u2019étaient à exécuter, dans leurs longues robes blanches, les fidèles de l\u2019Eglise d\u2019Israël africaine du Kénya.C\u2019était véritablement fête et célébration! 1975: l\u2019Année de la Femme Une Assemblée Générale tenue au cours de l\u2019Année de la Femme se devait de fournir aux dames l\u2019occasion d\u2019exposer aux Eglises et par elles au monde entier les droits, les problèmes, les doléances et les revendications de la plus que moitié de l\u2019humanité.Une plénière leur fut donc consacrée et, comme on dit chez nous, les hommes se sont fait parler! La séance, présidée par Mme Sylvia Ross Talbot, Guyanaise, de l\u2019Organisation Mondiale de la Santé, avait comme thème \u201cLes femmes dans un monde en mutation\u201d.Elle débuta par une célébration de la Parole préparée par des Nord-Américaines et qui avait comme titre \u201cL\u2019histoire de Marie et la nôtre\u201d.C\u2019était un peu une paraphrase du cantique \u201cMagnificat\u201d (Luc 1, 46-55).Un court film d\u2019animation en couleurs, réalisé par Faith Hubley, attirait l\u2019attention de façon originale sur un problème vieux comme le monde: la libération de l\u2019être humain et l\u2019établissement de nouvelles relations entre hommes et femmes.Suivirent, coup sur coup, six exposés magistraux par Mlle Teny Simonia du Conseil des Eglises du Moyen-Orient, Mme Dorothy McMahon, épouse et mère, Mme Julia Ojiambo, vice-ministre du logement et des services sociaux du Kenya, Mme Anna Kroll, docteur en médecine et diacre(2) de l\u2019Eglise d\u2019Angleterre, Mme Annie Baeta Jagge, juge à la cour d\u2019appel, Ghana, et Mme Prakai Nontawasee, directrice du séminaire de théologie de Thai-lande.Les exposantes avaient trop à dire pour le temps qui leur était alloué.Elles débordèrent l\u2019horaire prévu et la capacité d\u2019absorption de l\u2019auditoire, y compris les femmes.Il n\u2019en fallut pas davantage pour provoquer quelques taquineries masculines sur la surabondance de paroles.2.A ne pas confondre avec une diaconesse.Je veux quand même noter la présence nombreuse et active des femmes dans toute l\u2019Assemblée.Car en plus des déléguées féminines, il y avait nombre de dames parmi les observateurs et les invités ainsi que parmi le personnel de cadre et de traduction simultanée, et leur apport m\u2019a paru fort appréciable.Les jeunes ont parlé à Nairobi Les délégués de moins de trente ans étaient au nombre de 75 à Nairobi, soit 10%.Il y en avait aussi parmi les observateurs et les invités ainsi que dans le personnel de cadre et de services.Leur présence était remarquable dans toutes les célébrations de la Parole et dans les cultes où ils apportaient une vivante contribution à la musique et au chant.Je crois que l\u2019impact des jeunes sur l\u2019Assemblée aura été plus considérable que ne le laisserait soupçonner leur nombre.Ce qui y a sans doute contribué, c\u2019est la sérieuse préparation qu\u2019ils s\u2019étaient donnée avant Nairobi, soit dans leurs pays respectifs, soit dans la conférence préparatoire tenue à Arusha, Tanzanie, du 16 au 22 novembre, immédiatement avant l\u2019Assemblée.Ils étaient 96 participants à Arusha, venant de 49 pays, représentant leurs Eglises et des organisations chrétiennes de jeunesse.Durant une semaine ils ont mis en commun leurs analyses de la situation religieuse, politique, sociale et économique de leurs pays respectifs et ils ont réussi à établir une base concrète à partir de laquelle ils ont formulé des recommandations positives, à réaliser dans le cadre de leurs organisations de jeunesse.De plus, ils sont arrivés à reconnaître l\u2019urgence pour eux de s\u2019engager avec leurs Eglises dans la lutte contre le capitalisme, un système économique qui conduit le monde à sa perte par l\u2019exploitation des faibles, l\u2019épuisement des ressources naturelles et la pollution de l\u2019univers.Dans cette optique ils ont formulé dix-huit recommandations que ceux d\u2019entre eux qui iraient à Nairobi se chargeraient de présenter à l\u2019Assemblée.Je pense que ces recommandations ont sérieusement interpellé tous ceux qui à Nairobi se sont penchés sur les problèmes de la justice dans le monde et de l\u2019avenir de l\u2019humanité.De jeunes chrétiens ont prouvé à leurs aînés qu\u2019ils pouvaient être sérieux et lucides dans leur lecture 36 RELATIONS des signes des temps à la lumière de l\u2019Evangile du Christ.Les catholiques romains à Nairobi On sait que l\u2019Eglise catholique romaine n\u2019est pas membre du C.O.E.Il n\u2019en faudrait pas conclure qu\u2019elle n\u2019est pas engagée dans le mouvement oecuménique ni qu\u2019elle était absente de Nairobi.Au programme officiel de l\u2019Assemblée figurait le rapport du Groupe Mixte de Travail qui relie le Secrétariat pour l\u2019Unité des Chrétiens, Rome, au Conseil Oecuménique des Eglises, Genève.Ce Groupe de Travail a été créé il y a dix ans, l\u2019année même où Vatican II votait son Décret sur l\u2019Oecuménisme.Le rapport de dix-sept pages que l\u2019Assemblée a reçu résume dix années d\u2019une collaboration qui est allée en s\u2019intensifiant entre catholiques romains et leurs frères chrétiens des Eglises membres du C.O.E.De plus le rapport trace pour les années à venir un programme qui laisse entendre que cette collaboration se maintiendra et pourra même grandir, comme le souhaitait le Pape Paul VI dans un message adressé au Comité Central, le 26 août 1973, à l\u2019occasion du jubilé d\u2019argent du C.O.E.Il a d\u2019ailleurs confirmé ce souhait dans la lettre qu\u2019il a adressée à l\u2019Assemblée Générale de Nairobi.Le Vatican avait désigné seize observateurs pour l\u2019Assemblée de Nairobi dont deux évêques et quatre laies.Le C.O.E.a de son côté invité dix autres catholiques romains dont Mgr Charles Moeller, secrétaire du Secrétariat pour l\u2019Unité des Chrétiens et Mgr Andrea di Montezomolo, pro-secrétaire de la Commission pontifiale Justice et Paix.Ces vingt-six personnes ont toutes été choisies à cause de ce qu\u2019elles pouvaient apporter aux délibérations de l\u2019Assemblée et, d\u2019après les échos qui me sont parvenus, il semble bien que leurs interventions dans les groupes de travail, les sections et les comités aient été fort appréciées.Dans une séance plénière qui portait sur l\u2019évangélisation et dont le conférencier était l\u2019évêque Mortimer Arias, de l\u2019Eglise méthodiste de Bolivie, parmi les trois invités à réagir sur l\u2019exposé se trouvait l\u2019archevêque Samuel E.Carter, s.j., de Kingston, Jamaïque, le seul catholique à prendre la parole devant toute l\u2019Assemblée à Nairobi.FÉVRIER 1976 C\u2019est surtout dans les rangs de la presse (où je me trouvais) qu\u2019on pouvait retrouver un nombre assez intéressant de catholiques romains.Etaient là La Croix de Paris, les Informations Catholiques Internationales, The Tablet de Londres, National Catholic Reporter des U.S.A., pour ne parler que des publications dont je connaissais la langue et l\u2019identité.Au cours de l\u2019Assemblée de dix-sept jours il y eut des regroupements par nations et par Eglises mais, par discrétion sans doute, les catholiques romains ne furent jamais convoqués comme tels, ce qui aurait peut-être causé une petite surprise sur leur nombre! Mais nous étions là.II \u2014 Quelques voix prophétiques à Nairobi Pour sa Ve Assemblée Générale le Conseil Oecuménique des Eglises avait invité des personnalités de marque à venir stimuler les participants par quelques interpellations percutantes.Il n\u2019aura pas été déçu et par quelques échantillons nous essaierons d\u2019illustrer pourquoi.\u201cQui est donc ce Jésus qui libère et unit?\u201d a demandé le pasteur américain Robert McAfee Brown(3).Il est un \u201cJésus qui ne peut être enfermé dans aucune formule, théologique ou autre.Il s\u2019échappe de toutes les petites boîtes dans lesquelles nous essayons de l\u2019emprisonner\u201d.Jésus-Christ est libérateur.Selon McAfee Brown II nous libère d\u2019abord \u201cdes pauvres sécurités sur lesquelles nous essayons d\u2019appuyer notre vie\u201d.Par exemple, le racisme, la domination des classes, le sexime, l\u2019impérialisme sont des formes d\u2019oppression sociale qui ne libèrent pas les hommes mais qui les asservissent.\u201cSi je cherche la sécurité dans mon identité masculine en me disant que nous vivons dans un monde d\u2019hommes et que c\u2019est aux hommes de prendre des décisions, je découvre qu\u2019en Christ \u201cil 3.Presbytérien, professeur de théologie, auteur de 13 ouvrages, chrétien engagé dans la lutte sociale pour la justice, Dr Brown a été observateur à Vatican II et a écrit en 1967 \u201cThe Ecumenical Revolution\u201d, ouvrage qui a été primé par l\u2019Eglise catholique romaine.n\u2019y a plus ni homme ni femme\u201d et que la domination sexiste n\u2019a pas de raison d\u2019être.\u201d D\u2019autre part, le Christ nous libère en vue \u201cde la possibilité de voir le monde avec d\u2019autres yeux que les nôtres\u201d.\u201cNous sommes conduits à un changement de direction fondamental, dans la mesure où la préoccupation d\u2019autrui peut devenir notre propre préoccupation.\u201d Il ne suffit cependant pas de voir, il faut aussi agir.C\u2019est ainsi que le Christ nous libère \u201cen vue de la lutte en compagnie et au nom de ces \u201cautres\u201d.Jésus le diviseur.Déjà notre engagement envers Jésus-Christ nous sépare de la majorité de la famille humaine qui ne le reconnaît pas.En plus, entre chrétiens nous sommes divisés, les uns 'mettant l\u2019accent sur le salut individuel, les autres sur l\u2019engagement social, voire politique.Jésus divise riches et pauvres, oppresseurs et opprimés, puissants et faibles: son message est un glaive à deux tranchants.(Mt 10:34).Jésus l\u2019unificateur.Il était important de ne pas masquer la réalité de la division afin que l\u2019unité proclamée - Jésus est venu afin que tous soient un (Jean 17:21) - ne demeure superficielle.Notre devoir est clair, dit le professeur Brown, \u201cnous devons démontrer que nous avons été suffisamment libérés pour aller au-delà de nos divisions\u201d et commencer à réaliser cette unité à laquelle Jésus nous appelle.Pour cela, le théologien américain affirme qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule voie: \u201cla confession et la repentance devant Dieu et entre nous.car de la repentance commune peut naître le début d\u2019une nouvelle obéissance commune dans laquelle nous nous engagerons mutuellement à lutter ensemble, en vue de détruire aussi bien les attitudes intérieures que les structures extérieures qui perpétuent les maux que nous devons éliminer.\u201d Vers un concile des Eglises C\u2019est ce voeu qu\u2019a vivement exprimé l\u2019archimandrite Cyrille Ar-genti(4) dans son exposé sur l\u2019unité des chrétiens.\u201cJe souhaite que la 5ème ou la 6ème, du moins la même Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises, soit reconnue par 4.Le Père Argenti a fait des études à Oxford, a participé à des colloques sur l\u2019union d\u2019Eglises et est un collaborateur fidèle de l\u2019Institut Oecuménique de Eos-sey, une institution chère au C.O.E.37 le peuple chrétien tout entier comme étant le 8ème Concile oecuménique de l\u2019Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ\u201d.Mais le recteur de la paroisse orthodoxe grecque de Marseille a gardé une vue réaliste de la situation actuelle des Eglises au sein du mouvement oecuménique.Rien ou presque rien ne se fera en direction d\u2019une véritable unité des chrétiens tant que les \u201cfidèles du Christ ne se rencontrent pas dans la participation à la divine communion ou sainte-cène\u201d.Et d\u2019ajouter que \u201cl\u2019assemblée eucharistique est le laboratoire qui transforme la communauté des croyants en Eglise et par là même réalise leur unité\u201d.Mais le théologien orthodoxe français a aussi mis en garde contre une intercommunion qui ressemblerait dangereusement à un \u201cpapillonnage\u201d.\u201cCelui qui a commencé à s\u2019unir à ses frères au niveau de la plénitude du mystère de la foi (rencontre personnelle du Christ ressuscité) ne saurait envisager de papillonner d\u2019une communauté confessionnelle à une autre\u201d, en ne s\u2019intégrant vraiment à aucune d\u2019elles.Cette communion eucharistique et ce partage dans le mystère de la foi sont le fondement \u201cde notre témoignage au monde\u201d, déclare-t-il.Et ce témoignage se doit d\u2019être collectif pour que le monde voie et comprenne qu\u2019à travers les \u201ccroyants réunis en une Eglise\u201d, il rencontre le Ressuscité.Mais il faudra aussi que cette communauté unie de croyants manifeste par son témoignage pour la justice, la vérité, la liberté qu\u2019elle est vraiment le Corps du Christ, le témoignage de l\u2019Agneau immolé sans craindre \u201cde s\u2019attirer les persécutions du pouvoir politique et des puissants de ce monde\u201d.C\u2019est en devenant communauté de témoignage que \u201cl\u2019Eglise deviendra Une, Sainte, Catholique et Apostolique\u201d; en bref l\u2019Eglise que nous confessons dans le Credo.Mais le Père Argenti met en garde contre \u201cl\u2019image déformée que présentent nos diverses institutions ecclésiastiques.\u201cCe qui définit l\u2019Eglise et ce qui lui confère l\u2019être, c\u2019est ce que la Parole créatrice de son Seigneur l\u2019appelle sans cesse à devenir; et ce n\u2019est pas la caricature que trop souvent son clergé nous en fabrique.\u201d.Mais il ne suffira pas de réunir le plus grand nombre possible de chrétiens pour réaliser cette unité de l\u2019Eglise, condition de l\u2019unité du monde.Encore faut-il veiller à la qualité et à la plénitude intérieure de cette unité chrétienne.C\u2019est donc à mesure que les communautés locales se laissent imprégner et conduire par la vérité du Christ et que leurs actes en sont le reflet, qu\u2019elles cheminent vers l\u2019unité de l\u2019Eglise.Le simple fait de se réunir en assemblée interconfessionnelle ne saurait faire figure de concile garantissant \u201cla continuité et l\u2019unicité à travers le temps et l\u2019espace\u201d, s\u2019il n\u2019est pas l\u2019expression visible d\u2019une unité de foi déjà vécue en dépit de diversités locales à l\u2019intérieur des communautés qui y sont représentées, a conclu le Père Argenti.La communication précédente s\u2019inscrivait dans une séance plénière qui avait débuté par un culte qui était une véritable application de l\u2019invitation à \u201cla confession et à la repentance\u201d lancée par le pasteur McAfee Brown.Après une confession faite par Wesley Arirajah, méthodiste du Sri Lanka (Colombo) et par Mana Bu-thelezi, luthérien d\u2019Afrique du Sud, le pasteur Gordon Gray, presbytérien de l\u2019Irlande du Nord, fit l\u2019émouvante déclaration qui suit: \u201cJe représente un pays qui, ces dernières années, a tourné en dérision le thème de notre Assemblée.D\u2019Irlande, nous avons proclamé au monde un Christ qui rend esclave et divise.Sept années de souffrances et de violences, sept années de prières et de recherches, et nous n\u2019avons pas encore trouvé la paix.Combien de temps faudra-t-il, Seigneur, combien de temps?Nous ayons été humiliés par l\u2019incapacité d\u2019Eglises puissantes à s\u2019opposer à la marée de craintes, d\u2019amertumes et de violences qui a recouvert le peuple irlandais.L\u2019Eglise catholique comme les Eglises protestantes se sont rendues elles-mêmes captives de divisions politiques, sociales, culturelles et religieuses que nous avons aidé à créer et à maintenir.Alors que l\u2019écroulement de notre société appelait d\u2019une manière urgente une parole prophétique venant du Seigneur, nous avons dû constater que nous ne pouvions nous mettre d\u2019accord sur ce que devait être cette parole.Ainsi, les chrétiens ont parlé avec des voix divisées selon nos différentes traditions ou ensemble nous avons énoncé des platitudes doucereuses sur la paix.Ainsi, nous vivons dans les ténèbres de la violence motivée par la politique.Dans notre situation la violence n\u2019a certainement pas été un facteur de libération.Bien au contraire.Cela a brutalisé et polarisé un peuple et nous a conduits au bord du désespoir.\u201d \u201cMalheur à moi, si je n\u2019évangélise pas!\u201d (I Cor.9,16) \u201cL\u2019Esprit, semble-t-il, appelle aujourd\u2019hui toutes les Eglises du monde a réassumer leur tâche essentielle et prioritaire: en quelques mois, se sont réunis le Congrès international de l\u2019Evangélisation mondiale de Lausanne, le Synode de Rome, le congrès méthodiste mondial de Jérusalem, et de multiples rencontres nationales et continentales.Au mois de juin 1974, des représentants des Eglises orthodoxes d\u2019Europe, d\u2019Amérique et d\u2019Asie se sont rendus à Bucarest pour participer à un colloque sur le thème: \u201cConfesser le Christ aujourd\u2019hui\u201d.Ainsi s\u2019exprimait Mgr Mortimer ARIAS, évêque méthodiste de Bolivie, invité à partager avec l\u2019Assemblée les récentes réflexions de son Eglise sur \u201cL\u2019Evangélisation aujourd\u2019hui en Amérique latine\u201d.Il rappela que cette tâche est essentielle à l\u2019Eglise et prioritaire, qu\u2019elle est permanente, intervenant \u201cen toute occasion, favorable ou non\u201d.Mgr Arias s\u2019est ensuite attaché à dénoncer les deux tendances qu\u2019on peut discerner actuellement chez nos Eglises: \u201cNous avons fait de la théologie dans le vide sans la relier avec la praxis des Eglises, et aussi nous nous sommes laissés aller à un activisme stimulé par les slogans du moment plus que par une réflexion biblique et théologique appropriée\u201d, déclare-t-il.Identifiant l\u2019évangélisation comme \u201cun tout aux éléments indissociables\u201d, Mgr Arias affirme le caractère intégral de l\u2019évangélisation: elle s\u2019adresse à l\u2019homme dans son être intégral; son but ultime est le salut, à savoir la vie éternelle en Dieu.Cette intégralité de l\u2019évangélisation réside dans son contenu aussi bien que dans sa forme: l\u2019annonce de la Parole ne doit pas être dissociée de toute forme d\u2019action concrète.Mgr Arias ajoute que l\u2019évangélisation est contextuelle, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle doit tenir compte des réalités: l\u2019évangile ne doit pas être annoncé à un affamé de la même manière qu\u2019aux membres d\u2019un Country 38 RELATIONS Club anglais ou aux jeunes du \u201cVillage de New York\u201d, et à ceux qui meurent dans les rues de Calcutta.Ce n\u2019est que dans ce sens qu\u2019on peut discerner les priorités et les tâches urgentes.Mais l\u2019évangélisation est coûteuse et vulnérable.Coûteuse non pas dans le sens matériel mais parce qu\u2019elle est personnelle, locale et contextuelle.Vulnérable puisqu\u2019elle est l\u2019affaire des croyants insérés dans le monde sujets au péché et à l\u2019erreur.Mais là il n\u2019y a pas lieu de sombrer dans un complexe de culpabilité.\u201cNous sommes raffermis dans cette tâche non seulement par l\u2019horreur d\u2019un monde sans Christ ou par notre sentiment de gratitude et d\u2019obligation, mais surtout par la certitude de l\u2019intercession toute-puissante de celui qui continue à prier: \u201cque tous soient un afin que le monde croie\u201d termine Mgr Arias.\u201cHors des chaînes de la domination et de l\u2019oppression\u201d Tel était le titre qu\u2019avait donné à sa conférence Sir Michael Manley, Premier ministre de la Jamaïque, en lançant un appel au secours et an adjurant le COE de passer à l\u2019action en faveur d\u2019un nouvel ordre économique mondial.Notre génération a ressenti l\u2019urgence de la lutte en vue de la libération des chaînes de la domination et de l\u2019oppression.Le simple souci de l\u2019égalité et de la justice dans les rapports humains donne une base suffisante à ce combat commun.L\u2019orateur qui se présente comme un humaniste, un homme épris d\u2019égalité, un socialiste démocratique et un porte-parole du tiers-monde, fonde sa distinction entre pouvoir légitime et illégitime sur le consensus apporté à un régime politique, économique, social ou même religieux par ceux qui y sont assujettis.Les régimes injustes engendrent eux-mêmes des structures d\u2019inégalité pour garantir leurs privilèges.Le capitalisme, le colonialisme et l\u2019impérialisme sont les principaux responsables d\u2019un ordre social opprimant.\u201cAu nom du capitalisme, on a érigé en règle de comportement les plus dangereux instincts de l\u2019homme.C\u2019est ainsi que la compétition agressive est tenue pour bonne et nécessaire, pour autant, bien sûr, que le succès aille à des gens \u201cbien\u201d et qui aient une situation \u201cconvena-ble\u201d.La caractéristique essentielle du capitalisme est peut-être qu\u2019en met- FÉVRIER 1976 tant l\u2019accent sur le droit à la propriété privée et en donnant la primauté à la possession individuelle il divise la société en catégories permanentes de maîtres et de serviteurs, de possédants et de dépossédés\u201d.La démocratie libérale apporte une justification à un système économique élitiste et moralement déficient.La puissance de ce système économique sur le plan international fait que l\u2019indépendance et l\u2019appartenance à l\u2019ONU ne sont pas des garanties d\u2019un commencement de libération.Le Premier ministre de la Jamaïque passe ensuite en revue les libérations nécessaires.En politique, le parlementarisme n\u2019est qu\u2019un début de libération et cache souvent un système irresponsable de contrôle bureaucratique.La véritable démocratie a pour test le processus de décision.Dans tous les domaines, il faut promouvoir une politique de participation.\u201cLa libération ne peut être réalisée sur le plan politique que là où le peuple a accès aux processus de prise de décisions aux niveaux communautaire, régional et national\u201d.En économie, une société juste est celle qui oeuvre pour le bien commun.En régime capitaliste, le profit s\u2019y oppose, mais une économie étatique n\u2019agit pas non plus au nom du peuple.L\u2019ordre économique doit être basé sur la participation.Au point de vue social tous les avantages sociaux ou les salaires doivent être décidés démocratiquement.Mais la libération la plus importante doit avoir lieu dans le domaine psychologique, le désir de libération doit précéder la libération.Trois impératifs moraux s\u2019imposent donc: donner à chacun la possibilité de s\u2019exprimer, c\u2019est en cela que l\u2019homme est homme; la liberté de choix; la justice.Il faut donc abolir les discriminations en matière de culture, lutter pour l\u2019indépendance politique, combattre jusqu\u2019à ce que le racisme soit aboli, mais aussi de manière urgente instaurer un nouvel ordre économique mondial qui introduise la notion de justice dans les relations internationales.Il sera la réponse à la question posée par la pauvreté du tiers-monde, et il permettra que diminue enfin le fossé grandissant qui sépare nations riches et nations pauvres.Quel est alors le rôle des Eglises?Se préoccuper uniquement de salut personnel sans ses implications serait une moquerie envers Dieu.Les Eglises ont aussi une mission historique qui est d\u2019apporter leur aide à la définition et à la réalisation d\u2019objectifs politiques, économiques et sociaux.Aucun leader politique ne peut à lui seul appréhender la complexité de la réalité objective et de la moralité subjective.Les hommes de Dieu ont le devoir d\u2019être ouverts au dialogue, mais pour être dignes de cette confiance, ils ne doivent pas répondre seulement en leur propre nom mais en gardant à l\u2019esprit toute l\u2019évolution de l\u2019histoire et les objectifs à atteindre.Pour une écologie du monde et une écologie de Dieu Dans son discours prononcé en plénière devant la Ve Assemblée mondiale des Eglises, le lundi 1er décembre, M.Charles Birch(5) évoquant \u201cla théologie de l\u2019évolution dans laquelle l\u2019optique scientifique est prise au sérieux sans pour autant que l\u2019univers ne se trouve dépersonnalisé\u201d affirme qu\u2019il y a \u201cune écologie de Dieu comme il y a une écologie du monde\u201d.Citant A.N.Whitehead pour qui \u201cDieu n\u2019existe pas avant toute création mais avec toute création\u201d, il reproche aux Eglises \u201cd\u2019avoir laissé dans l\u2019obscurité la plus grande partie de l\u2019unité spirituelle qui seule donne sa signification à la réalité physique.\u201d Aussi lui paraît-il indispensable qu\u2019elles se mettent dès à présent, sans crainte, à la recherche \u201cde la signification de l\u2019unité de la nature, de l\u2019homme et de Dieu à la lumière de la science et d\u2019un oecuménisme plus large\u201d.Charles Birch arrive à ces conclusions après avoir longuement montré les dangers que nous courons actuellement.Notre espèce est menacée d\u2019une extinction graduelle à moins que nous ne sachions nous adapter et pour nous adapter, nous devons \u201cgarder le contrôle de nous-mêmes et de la technologie que nous avons créée\u201d.M.Birch se réjouit de la prise de conscience du COE sur \u201cl\u2019ensemble du problème, de son aspect scientifique, économique et politique\u201d.Il énumère un certain nombre de menaces qui pèsent sur notre 5.M.Birch est professeur de biologie à l\u2019université de Sydney, Australie.Avocat du dialogue entre la Science et la Religion, il est depuis 1970 vice-président de la Commission Eglise et société du C.O.E.39 UNE THÉOLOGIE ÉCARTELÉE ENTRE LE SÉMINAIRE ET LA RUE Compte-rendu du premier Regroupement des Etudiants québécois en théologie Université Laval, Québec, 23-25 janvier 1976 survie: la croissance démographique incontrôlée, \u201cnotre ignorance de l\u2019importance des ressources non renouvelables de la terre en combustibles fossiles et autres minéraux\u201d, notre ignorance des futures ressources d\u2019énergie dont nous aurons besoin bientôt.Nous ne savons à peu près rien des conséquences du développement nucléaire, nous ignorons \u201cquel taux de pollution la terre peut encore supporter sans que les cycles écologiques essentiels soient détruits\u201d, notre incapacité \u201cà produire une technologie qui soit juste\u201d, et nous sommes incapables de distribuer équitablement la quantité de nourriture dont nous disposons chaque année.Soulignant la globalité du problème, il propose la mise au point d\u2019un \u201cprogramme de dé-développement\u201d où les nations riches définies comme \u201csur-développées\u201d devraient tendre à une croissance zéro.Reconnaissant qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une \u201cidée morale révolutionnaire\u201d il affirme que c\u2019est la condition indispensable à un partage équitable, juste.A cette fin, il considère que \u201cnous devons mettre au point des stratégies permettant de faire pression sur les pays qui disposent du pouvoir que donnent les ressources pour les obliger à faire de celles-ci un usage qui réponde mieux aux besoins des hommes\u201d.M.Birch admet que \u201cle monde ne peut vivre sans la technologie\u201d mais qu\u2019il faut \u201csavoir aux mains de qui se trouve la technologie\u201d.\u201cLes pays ne sont pas les seules puissances du monde moderne; un sixième du produit mondial brut est soumis au contrôle des sociétés multinationales\u201d, ajoute-t-il.La question est de savoir comment \u201cremplacer efficacement ces puissantes compagnies\u201d.Quel est le rôle des Eglises dans tout cela?Elles ne peuvent séparer le spirituel du temporel, ce serait admettre \u201cl\u2019opinion erronée qu\u2019il leur suffit de changer les hommes pour qu\u2019à leur tour ils changent le monde.Si la vie dans une usine est déshumanisante, c\u2019est l\u2019usine qu\u2019il faut transformer.La rédemption des hommes passe par la rédemption du monde dans lequel ils vivent\u201d.Elles doivent donc repenser \u201csérieusement leurs engagements à l\u2019égard de notre société dominée par la technique\u201d.par Guy Ménard* Ils étaient une cinquantaine venus d\u2019un peu partout au Québec - de l\u2019Université Laval, de Sherbrooke, de Montréal, de Chicoutimi et de Ri-mouski - à s\u2019être donné rendez-vous au Grand Séminaire de Québec, dont les tours sobrement grandioses tranchaient, en cette époque de l\u2019année, sur la steppe glaciale et un peu immensément sibérienne du campus de Laval, et dont l\u2019architecture austère évoque tout à la fois le temple mormon, l\u2019abbaye clunisienne et la citadelle médiévale.Une cinquantaine d\u2019étudiants en théologie - dont un bon quart du sexe habituellement peu identifié à ce fief intellectuel du mâle célibataire - et tonsuré - de l\u2019Occident chrétien.UNE PREMIÈRE QUÉBÉCOISE Sans doute bien pâle et de peu d\u2019envergure à côté des congrès et des savants colloques de théologiens professionnels, cette rencontre -dont certains esprits chagrins pourraient penser qu\u2019elle n\u2019avait pour but que d\u2019imiter les \u201cgrands\u201d -constituait néanmoins une intéressante \u201cpremière\u201d pour les étudiants en théologie du Québec, première qui justifie sans doute l\u2019ampleur du présent compte-rendu.L\u2019idée de ce regroupement avait pris naissance * L\u2019A., jésuite et étudiant à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal, participait à la rencontre de Québec, à la fin de janvier dernier.l\u2019an dernier, à l\u2019issue du congrès annuel canadien des étudiants en théologie dont la plupart des participants québécois étaient sortis passablement déçus, tant à cause du caractère un peu trop \u201cclassique\u201d et \u201ctraditionnel\u201d de la rencontre (les \u201cconférenciers prestigieux\u201d invités ayant donné au colloque l\u2019allure plutôt ennuyeuse d\u2019un \u201ccours magistral\u201d de plus en plus honni) qu\u2019en raison de son indéniable ambiguïté politique (assimilation pratique des étudiants québécois aux \u201cminorités ethniques\u201d ukrainienne ou inuit, courts-circuits oecuméniques du \u201cLet us pray together for the unity of our great and beloved Canada\u201d).Sans avoir nécessairement envie de boycotter avec fracas le Congrès Canadian, les représentants des universités québécoises francophones avaient donc convenu de mettre au point, pour cette année, une rencontre \u201cnationale\u201d (dans l\u2019\u201cautre\u201d sens du terme) qui, intégrant de plein droit, s\u2019ils le désiraient, les étudiants anglophones du Québec, puisse tenir davantage compte d\u2019une \u201cspécificité québécoise\u201d authentique et reconnue (1).Les évêques du Québec n\u2019ont-ils pas, après tout, depuis un bon bout de temps déjà, leur propre assemblée distincte de la C.C.C.! 1.En dépit de l\u2019invitation qui leur avait été fait\u20ac, aucun centre d\u2019études théologiques anglophone du Québec ne prit part au Regroupement.Un communiqué récent du comité central d\u2019organisation du congrès \u201cnational\u201d (i.e.canadien) de 1976 félicitait par ailleurs les étudiants québécois de leur initiative.Présumant par contre, de ce fait, l\u2019absence de représentation québécoise au congrès qui doit avoir lieu cette année à Toronto, il signalait que ces \u201centrefaits\u201d (sic) empêcheront le congrès de cette année de recevoir un don du Se- 40 RELATIONS Pour rajeunir le climat du regroupement et, surtout, donner aux étudiants l\u2019occasion d\u2019y prendre eux-mêmes la parole, on avait évité les \u201ccommunications\u201d sérieuses des mandarins de service, se limitant à faire appel, comme \u201cpersonnes ressources\u201d, à deux professeurs invités à donner, en plénières, leurs réactions personnelles au contenu des échanges: il s\u2019agissait de M.Guy Bourgeault, professeur aux facultés de théologie et d\u2019éducation permanente de l\u2019Université de Montréal et collaborateur à la Ligue des Droits de l\u2019Homme, et de M.Gérald Laro-se, professeur et chercheur à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal et organisateur communautaire dans un quartier populaire de la Métropole.Avait été retenu, comme thème de la rencontre, celui de la formation théologique comme récupération ou transformation.Déjà plutôt vaste, ce thème se trouvait lui-même précisé - mais, au fond, encore davantage élargi - par les sous-thèmes qui l\u2019articulaient en interrogeant les rapports de la théologie (de la formation théologique) avec la société, Y université et l'Eglise.La \u201cpersonnalité\u201d propre des délégations universitaires de même que la latitude qui avait été laissée à chacune d\u2019elles dans la préparation du Regroupement constituaient en outre des éléments diversificateurs supplémentaires au niveau même de cette thématique générale de la rencontre.La première soirée du \u201ccongrès\u201d - dont on évita par ailleurs soigneusement le nom - permit aux divers groupes de présenter à l\u2019ensemble des participants le fruit de leur travail préparatoire, sous forme de documents remis à chacun des participants.Certains de ces textes avaient fait l\u2019object de plusieurs étapes de discussions et d\u2019échanges parmi les étudiants des facultés d\u2019où ils émanaient.Certains crétariat d\u2019Etat pour la traduction simultanée\u201d.\u201cPuisque nous ne voulons peint oublier que notre conférence a toujours été constituée des participants des deux cultures, concluait la suave diplomatie du comité canadien, nous souhaitons parmi nous la présence de représentants québécois.Mais nous devons malheureusement vous prévenir que nous ne serons pas en mesure de présenter les conférences qu\u2019en anglais (re-sic)\u201d.Et toc! pour les minorités françaises d\u2019Ottawa, de Moncton et de St-Boniface, si chères au coeur de M.Keith Spicer.d\u2019entre eux recueillaient assez simplement, sans chercher d\u2019articulation systématique, la pluralité des points de vue exprimés au cours de ces échanges.D\u2019autres présentaient une unité problématique et rédactionnelle beaucoup plus nette.DES INSISTANCES DIFFÉRENTES Le texte des étudiants de VUniversité Laval insistait tout d\u2019abord pour affirmer la nécessité et l\u2019originalité du discours théologique dans la société actuelle.Elaboré en Eglise et destiné à proclamer la radicalité du message évangélique, ce discours théologique doit juger et critiquer les valeurs vécues par le monde contemporain au nom d\u2019une vision chrétienne de ce qu\u2019est une authentique promotion humaine.Le document de Laval réclamait pour cela une formation théologique susceptible d\u2019accroître la clairvoyance des futurs \u201cthéologiens\u201d dans leur lecture des \u201csignes des temps\u201d.\u201cA tout prendre, soulignait par ailleurs le texte, il est commode que l\u2019enseignement de la théologie se fasse dans un milieu universitaire\u201d où un dialogue fécond avec d\u2019autres sciences humaines est possible, bien que la théologie - comme la philosophie d\u2019ailleurs - doive de plus en plus y justifier sa présence et bien que cette présence universitaire comporte des menaces réelles pour la théologie.L\u2019existence tranquille de celle-ci en milieu universitaire, précisait en effet le document, est chose du passé, surtout à cause de certaines mesures administratives qui font peser sur la Faculté de Laval la menace d\u2019une réduction des budgets pour l\u2019enseignement et la recherche.Le document soumis par la délégation de Sherbrooke avait été préparé par une assez remarquable suite de discussions rejoignant un grand nombre d\u2019étudiants de cette faculté.Il soulignait pour sa part le rapport étroit, en ce qui concerne la formation théologique, entre la théologie et les symboliques religieuses, insistant sur la nécessité de constituer un discours théologique qui puisse, fécondé par les divers apports des sciences de l\u2019homme, offrir à notre temps des symboliques religieuses nouvelles, signifiantes et pertinentes.Le texte de Sherbrooke rappelait par ailleurs le risque d\u2019une formation théologique vécue dans une université assez clairement reconnue comme rouage du système capitaliste, pour lequel elle exerce la fonction de reproduction de ses a-gents et de transmission des diverses facettes de son idéologie dominante.Autre risque signalé: celui d\u2019une formation (théologique) trop u-niquement intellectualiste, coupée de l\u2019expérience et du vécu quotidien.Les étudiants de l\u2019Université de Sherbrooke (laquelle, comme on sait, a fait oeuvre de pionnier dans l\u2019organisation \u201ccoopérative\u201d - en lien avec le marché du travail - de plusieurs de ses programmes de formation) suggéraient en ce sens un schéma de formation intégrant davantage les stages pratiques \u201csur le terrain\u201d.Ceci, notait-on, pourrait é-ventuellement favoriser une plus grande libération de la théologie, celle-ci étant à son tour susceptible de contribuer à libérer - et à rendre plus libératrice - la réalité tout entière de l\u2019Eglise locale.La contribution de la délégation de Rimouski relevait que si, depuis la \u201crévolution tranquille\u201d, l\u2019Eglise avait largement dû abandonner la plupart de ses \u201crôles supplétifs\u201d dans la cité, les pasteurs avaient en revanche été amenés à prendre davantage - et plus collectivement -la parole en rapport avec de vastes problèmes sociaux et même, dans certains cas, à assurer un certain leadership dans des entreprises locales de \u201clibération\u201d et de promotion humaine: on pensait en particulier, bien sûr, au phénomène des \u201co-pérations-dignité\u201d dans l\u2019Est du Québec.Ce nouveau contexte, estimait le texte de l\u2019U.Q.A.R., pose de sérieux défis à la théologie et à la formation théologique des futurs \u201cagents pastoraux\u201d.L\u2019Université du Québec à Rimouski - non confessionnelle, comme on sait, et fortement axée sur les sciences religieuses - semble en ce sens ouvrir la voie à des possibilités nouvelles et fécondes.On s\u2019interroge cependant sur la crainte qu\u2019une certaine Eglise officielle risque d\u2019éprouver - et semble de fait éprouver - à l\u2019endroit d\u2019une telle formation qu\u2019elle ne se trouve plus ainsi à \u201ccontrôler\u201d directement.(On pouvait même apprendre, autour de certains cafés, que les autorités ecclésiastiques de Rimouski et d\u2019ailleurs dans le Bas-du-Fleuve préfèrent de plus en plus nettement compter sur l\u2019Université Laval plutôt que sur l\u2019U.Q.A.R.pour la formation de leurs futurs prêtres).FÉVRIER 1976 41 Les étudiants en théologie de Chicoutimi sont, selon ce qui ressort du texte qu\u2019ils eurent l\u2019occasion de soumettre, soucieux du caractère souvent impénétrable et hermétique du langage théologique pour leurs contemporains.Ils réaffirment la nécessité, pour une théologie qu\u2019ils souhaitent issue d\u2019une spiritualité vivante, d'être présente au monde de son temps et de son milieu sans pour autant prétendre y exercer une influence souveraine.On souligne en particulier les milieux étudiants et ouvriers comme \u201clieux\u201d où le discours théologique - et la formation qui en constitue l\u2019apprentissage -devrait trouver davantage ses solidarités de même qu\u2019une adaptation telle qu\u2019elle puisse y présenter plus adéquatement le Dieu de la foi et le message de l\u2019Evangile.Le texte de l\u2019U.Q.A.C.reconnaissait par ailleurs concrètement le peu d\u2019influence de la théologie au sein du milieu universitaire local, les dimensions restreintes du module de théologie - 22 étudiants réguliers! - n\u2019étant sans doute pas sans importance à cet égard.Le groupe de l\u2019Université de Montréal présentait de son côté un document plutôt dense et assez long, qui a fait l\u2019effet d\u2019un certain \u201cchoc\u201d au colloque, et dont le présent numéro de Relations publie d\u2019assez larges extraits.Identifiant au départ ses \u201cpostulats méthodologiques\u201d, le texte interrogeait d\u2019emblée les \u201clieux de production\u201d des discours théologiques dans la société québécoise des dernières années, essayant d\u2019en dégager la signification du point de vue d\u2019une problématique fortement marquée par une préoccupation sociale et dans laquelle plusieurs ont cru déceler une certaine inspiration marxiste.Il proposait ainsi une \u201ctypologie topologique\u201d de la théologie québécoise, centrée sur trois lieux typiques de production: le séminaire, l\u2019université et la rue, i-dentifiant par ailleurs assez clairement sa sympathie critique pour une entreprise théologique de ce troisième type.UNE RECHERCHE COMMUNE ET DES INQUIÉTUDES PARTAGÉES Peut-être y a-t-il lieu de signaler - non sans quelque regret - que le colloque des étudiants québécois en théologie, axé sur le double thè- me de la récupération et de la transformation, ne s\u2019est pas vraiment arrêté à cerner d\u2019un peu plus près ses deux \u201cconcepts thématiques\u201d centraux.Certes a-t-on bien senti qu\u2019à la connotation assez nettement péjorative du premier (personne, en vérité, surtout depuis Marcuse, n\u2019a tellement envie de se voir comme \u201crécupérateur\u201d ou de se \u201cfaire récupérer\u201d!) correspondait une acception plutôt positive du second (les années \u201860 ayant résolument mis fin à l\u2019ère de Maria Chapdelaine, dans un Québec où tout - \u201cdésormais\u201d -devait se mettre à changer.).On peut cependant douter que cette précompréhension minimale sous-jacente, plus inter-dite qu\u2019explicitée, ait suffi pour lever l\u2019ambiguîté de ces concepts et de leur utilisation.\u201cTout dépend en fin de compte, comme le notait un participant, de ce qu\u2019on entend par \u201crécupération\u201d et, à tout prendre, il reste que Pinochet lui aussi a été un agent de \u201ctransformation sociale!\u201d Le SPECTRE de la RÉCUPÉRATION Les plénières de la rencontre, comme les ateliers sous-thématiques qui les préparaient, ont fait ressortir certains aspects importants de cette \u201crécupération\u201d qui, tout à la fois, menace la formation théologique et risque de faire de la théologie elle-même une entreprise de récupération.Dans nos milieux, souligne le compte-rendu final du colloque, la récupération est vécue comme marginalisation de la créativité en vue du maintien d\u2019un statu quo de l\u2019ordre (social ou ecclésial) établi, au moyen d\u2019une uniformisation et d\u2019une \u201cnormalisation\u201d des pensées et des pratiques.Elle affecte la formation théologique comme, du reste, l\u2019ensemble de la culture en maintenant les étudiants comme simples, passifs et dociles \u201cconsommateurs\u201d - plus ou moins \u201cavertis\u201d.Elle tend à conserver un discours théologique abstrait, déductif, qui n\u2019émerge pas lui-même de la vie et qui demeure par conséquent sans beaucoup de prise sur sa transformation.Issue des exigences économiques, socio-politiques et.culturelles de la \u201crévolution tranquille\u201d, la \u201ctransformation\u201d de la \u201cthéologie de séminaire\u201d en \u201cthéologie universitaire\u201d a été elle-même largement récupérée par cet \u201cappareil idéologique\u201d qu\u2019est l\u2019Université bourgeoise, dont ie rôle de reproduction de discours et d\u2019intervenants est perçu avec une certaine clarté.Cette conscience encore relative et inchoative du \u201cfonctionnement\u201d de la récupération est par contre saluée comme une première étape positive sur la voie d\u2019une possible - quoique hypothétique - \u201clibération\u201d de la théologie.Une telle libération est-elle possible au sein même de l\u2019Université actuelle?On en doute largement, soit à partir d\u2019une critique sévère de l\u2019\u201cacadé-misme\u201d universitaire, soit du point de vue d\u2019une analyse socio-politique qui identifie l\u2019université comme rouage de l\u2019ordre dominant, - ce qui n\u2019empêche toutefois pas celle-ci de sécréter de réelles contradictions d\u2019où pourraient éventuellement surgir des entreprises théologiques authentiquement contestataires, en lien avec d\u2019autres lieux et d\u2019autres solidarités que ceux et celles, restreints, de l\u2019Université.Une \u201cthéologie populaire\u201d, a-t-on ainsi noté, a besoin d\u2019autres lieux d\u2019enracinement que celui de l\u2019université qui consacre la division sociale du travail à l\u2019échelle de la société globale.On prend un peu plus conscience -en \u201cneutralisant\u201d ainsi davantage la connotation péjorative première du terme - que toute entreprise théologique, tout discours théologique se trouve inévitablement \u201crécupéré\u201d soit du côté du \u201cpouvoir\u201d, soit au contraire du côté des sans-pouvoir et des classes populaires.Et ceci, à son tour, tend à faire éclater l\u2019illusion mystificatrice d\u2019une théologie \u201cneutre\u201d, \u201cen dehors\u201d ou \u201cau-dessus\u201d des conflits de la société actuelle (neutralité dont on sent pourtant encore parfois affleurer la nostalgie) et à mettre en lumière l\u2019inévitable exigence d\u2019une \u201coption\u201d pour l\u2019un ou l\u2019autre des groupes sociaux protagonistes au sein de ces conflits.Certes la polarisation politique ainsi évoquée - en termes de classes sociales et de luttes de classes antagonistes - est-elle loin de rallier l\u2019ensemble des étudiants en théologie du Québec, si l\u2019on en juge par le sentiment exprimé au Colloque de janvier dernier.Plusieurs en effet, s\u2019ils reconnaissent bien l\u2019existence de tensions et la nécessité de choix, conservent une perspective assez formelle, abstraite, politiquement peu articulée d\u2019une \u201cconscientisation\u201d dont ils affirment par ailleurs 42 RELATIONS avec conviction l\u2019urgence et la nécessité.Dans un autre ordre d\u2019idées, on est généralement sévère à l\u2019endroit de certaines attitudes de l\u2019Eglise \u201cofficielle\u201d dont l\u2019insistance à maintenir les visages d\u2019un passé révolu semble souvent se traduire en méfiance et, partant, en tentatives de récupération vis-à-vis d\u2019efforts de la théologie pour rénover audacieusement les expressions de la foi, du message et de l\u2019agir chrétiens.Il est sans doute significatif à cet é-gard que l\u2019on ait, en général, manifesté une attitude nettement ouverte à la possibilité pour des prêtres laïcisés de poursuivre leur enseignement dans les facultés de théologie.Les participants de l\u2019Université de Montréal, dont la faculté de théologie est, comme on sait, aux prises depuis plusieurs années avec un grave problème à ce sujet, ont en effet trouvé un accueil plutôt sympathique - bien qu\u2019à des degrés divers d\u2019intensité - à un projet de déclaration commune d\u2019appui qu\u2019ils avaient en ce sens soumis à leurs confrères et consoeurs des autres régions du Québec(2).Notons enfin la critique de plus en plus clairement et fermement formulée à l\u2019endroit de l\u2019ostracisme longtemps manifesté, au sein de la théologie, de la formation théologique comme de plusieurs, autres aspects de la réalité ecclésiale, envers les femmes et toute une \u201créalité féminine\u201d minorisée, marginalisée et largement aliénée sous la tutelle d\u2019une arrogance masculine séculaire.Condescendance polie à la mode du jour ou conviction sincère et dynamisante?Le phénomène est sans doute encore trop récent et trop peu articulé pour qu\u2019il soit possible de l\u2019évaluer avec une certaine rigueur.2.Il est par contre peut-être tout aussi significatif que plusieurs étudiants aient éprouvé des réticences devant le texte même de la déclaration proposée, qui mettait expressément en cause les autorités ecclésiastiques et universitaires de Montréal, manifestant leur préférence pour une perspective \u201cde principe\u201d plus vaste et moins \u201cpersonnalisée\u201d.On se prend à se demander dans quelle mesure - et avec quelle fermeté - les étudiants en théologie du Québec, dans une situation concrète semblable à celle de Montréal (comme il semble que ce puisse être le cas à l\u2019Université Laval, l\u2019an prochain, où trois professeurs laïcisés ne seraient pas réengagés) seraient prêts à soutenir, face aux autorités ecclésiastiques, les positions qu\u2019ils ont largement exprimées à ce sujet lors du Colloque de Québec.FÉVRIER 1976 L\u2019UTOPIE de la TRANSFORMATION Sous l\u2019angle et du point de vue des perspectives de la transformation, les participants au Regroupement de Québec ont largement souligné combien la radicalité même de l\u2019Evangile exigeait de la théologie qu\u2019elle se conçoive sur l\u2019horizon d\u2019une transformation en profondeur de l\u2019Eglise et du monde, transformation passant, entre autres choses, par l\u2019interrogation des solidarités concrètes vécues par les \u2014 futurs - théologiens.Souhaitant se voir eux-mêmes comme agents dynamiques et efficaces de transformation ecclésiale et animateurs de \u201cprise de parole\u201d au sein de la communauté, ces futurs agents pastoraux ont cependant manifesté leur conscience de se situer, au fond, par rapport à l\u2019ensemble de la communauté chrétienne comme \u201cspécialistes\u201d ayant une certaine \u201cmarchandise à offrir\u201d - au point même parfois de devoir susciter des besoins - réels ou artificiels -sysceptibles de leur permettre d\u2019\u201cé-couler leur stock\u201d acquis sur les bancs de la formation théologique.A cet égard, la perspective de théologies nouvelles, surgies en d\u2019autres lieux que ceux des facultés universitaires \u201cpatentées\u201d - et, par conséquent, de quelque façon \u201csauvages\u201d et autonomes (au fond, cette théologie surgie \u201cde la rue\u201d) - apparaît comme une menace à la fois féconde et troublante pour le \u201cstatut\u201d ecclésial et social des futurs \u201cprofessionnels de la théologie\u201d.Le dialogue avec les sciences humaines, en contexte universitaire, comme une plus grande prise en charge de leur formation par les étudiants eux-mêmes, sont perçus par plusieurs comme des façons privilégiées de transformer l\u2019apprentissage du discours théologique dans le sens d\u2019une plus grande pertinence pour le monde et l\u2019humanité de ce temps.On perçoit en ce sens - au moins confusément - l\u2019entreprise théologique comme étant au service de l\u2019action (pastorale) et même d\u2019une action contestatrice de la réalité ecclésiale et sociale actuelle.On s\u2019arrête peu, par contre, à définir clairement le statut de la réflexion théologique par rapport à l\u2019action (transformatrice) elle-même, comme on s\u2019interroge également assez peu sur les objectifs mêmes de cette \u201ctransformation\u201d souhaitée.Il y a sans doute lieu de se demander si une telle perspective ne constitue pas une sorte de \u201crécupération théologique\u201d d\u2019un mythe social courant - celui-là même du changement et de la transformation -, à moins qu\u2019elle ne soit elle-même tout simplement récupérée, sans trop clairement l\u2019apercevoir, par toute cette idéologie contemporaine du \u201cchangement\u201d - de la transformation pour la transformation -dont l\u2019effet risque à maints égards de laisser finalement le \u201cnouveau\u201d en tous points semblable à l\u2019\u201can-cien\u201d.Bref, autant il semble acquis que l\u2019on désire profondément une \u201ctransformation\u201d de quelque chose, autant on s\u2019interroge assez peu sur \u201cquelle transformation\u201d on vise et, par conséquent, sur les conditions de possibilité concrètes, \u201cmatérielles\u201d, de cette \u201ctransformation\u201d.CERTAINES FAIBLESSES TROUBLANTES L\u2019observateur étranger au milieu québécois des étudiants en théologie, mais attentif à la réalité théologique comme à la réalité étudiante d\u2019ici, n\u2019aurait sans doute rien appris de bien sensationnel dans le \u201ccontenu\u201d de cette première rencontre des étudiants québécois en théologie.Il aurait peut-être même été frappé par le caractère un peu terne de bien des interventions et même par le nombre de clichés, de \u201clieux communs théologiques\u201d, de banalités un peu naïves qui s\u2019y sont exprimés.De ce point de vue pourtant, le mini-congrès de Québec demeure sans doute - et sans doute malheureusement -significatif d\u2019une certaine pauvreté assez troublante du milieu théologique étudiant du Québec.Sans doute est-il nécessaire de faire la part de la jeunesse relative des participants, du fait, comme certains le faisaient eux-mêmes remarquer, qu\u2019ils ne sont au fond \u201cqu\u2019en formation\u201d, de l\u2019hésitation et du manque d\u2019assurance qu\u2019une telle situation sécrète inévitablement - et normalement.Et certes serait-il injuste d\u2019imposer à une telle rencontre les critères qualitatifs d\u2019un colloque de 43 professionnels du métier.Si l\u2019on compare pourtant avec d\u2019autres milieux étudiants d\u2019ici - on peut penser à des secteurs étudiants plus \u201cpolitisés\u201d de certaines universités et même de certains cégeps - on peut difficilement s\u2019empêcher de constater au sein de ce regroupement des étudiants québécois en théologie de sérieuses faiblesses au niveau de l\u2019articulation de la pensée et du maniement des instruments conceptuels de fabrication du discours.Il est sans doute d\u2019abord significatif de voir qu\u2019à cet égard le statut même de la théologie reste plutôt flou pour un bon nombre de participants, quelque part entre la confession de foi, la catéchèse, la prédication, la philosophie, l\u2019action et le témoignage.En dépit d\u2019allusions récurrentes - et assez fréquentes - à l\u2019apport attendu des sciences humaines dans l\u2019élaboration du discours théologique, on peut noter une sérieuse imprécision quant à la présence et à la contribution de ces \u201cmédiations scientifiques\u201d dans la construction du discours théologique.Au point que ces médiations elles-mêmes - psychologie, sociologie, histoire, épistémologie, sciences humaines de la religion, exégèse même - font parfois plus figure de références à la mode et d\u2019appliqués décoratifs modernes que d\u2019\u201cinstruments scientifiques\u201d susceptibles de fonder et d\u2019articuler la rationalité du discours théologique, ces instruments devenant au surplus d\u2019autant plus stériles qu\u2019un tel usage en émousse complètement le tranchant du questionner ment et de l\u2019interpellation.Au surplus, interrogeait un participant, n\u2019y a-t-il pas quelque chose de très ambigu dans cette vogue contemporaine des sciences humaines - y compris la théologie - à promouvoir avec un tel enthousiasme la collaboration interdisciplinaire, quelque chose qui sert au fond à masquer l\u2019inquiétude respective de ces \u201csciences\u201d devant la fuite de leur \u201cobjet spécifique\u201d et l\u2019évanescence de leur propre raison d\u2019être?Chose certaine en tout cas, un flirt aussi pudique et aussi peu compromettant de la théologie avec ces médiations modernes des sciences de l\u2019homme risque finalement de laisser l\u2019impression d\u2019une théologie encore dramatiquement \u201cnaîve\u201d, d\u2019une \u201cnaïveté première\u201d à maints égards précritique, pré-freudienne, pré-marxiste, et même pré-copernicienne.On pouvait par ailleurs assez nettement sentir chez plusieurs partici- pants le désir d\u2019un colloque plus centré sur la manifestation d\u2019amour et de fraternisation que sur la discussion - pour ne pas dire la \u201cjoute\u201d - intellectuelle.Sans doute faut-il voir là des séquelles compréhensibles de cette brutale indigestion d\u2019une aridité intellectualiste qui a si longtemps marqué la réflexion théologique occidentale.Il y a également lieu de se demander s\u2019il ne faut pas aussi y voir l\u2019effet de tout un mouvement actuel d\u2019\u201caffectivisa-tion\u201d de l\u2019expérience chrétienne, très marqué par exemple dans de nombreux milieux plus ou moins \u201ccharismatiques\u201d.Chose certaine, on a l\u2019impression de sentir que la vieille tradition costaude et musclée de la disputatio théologique, où l\u2019on pouvait s\u2019engueuler cordialement sans trop mettre en péril l\u2019unité du corps mystique ou sa propre sécurité affective, s\u2019estompe au profit d\u2019une assez troublante fragilité psy-cho-théologique(î) pour qui les \u201cdivergences idéologiques\u201d se court-circuitent très rapidement, chez plusieurs, en \u201cmaux de ventre\u201d existentiels - dont on se prend à se demander ce qu\u2019ils seront quand les mises en question qui les font surgir viendront du \u201cmonde ordinaire\u201d et plus ou moins \u201cpaïen\u201d, plutôt que de confrères théologiens pourtant bien inoffensifs.DES DIVERGENCES PARFOIS TRAUMATISANTES Ce qui ressort par ailleurs assez clairement des \u201cmalaises\u201d ainsi concrètement éprouvés par plusieurs à l\u2019occasion de la rencontre de Québec, c\u2019est la profondeur - parfois vertigineuse - des divergences qui s\u2019y sont manifestées, en dépit de ce qu\u2019on pouvait malgré tout décrire tantôt comme une \u201crecherche commune\u201d et des \u201cinquiétudes partagées\u201d.Contrairement à ce qu\u2019on pourrait être spontanément porté à croire, les démarcations suscitées par de telles divergences ne suivent pas la coupe d\u2019\u201cétat civil\u201d des étudiants en théologie et ne sépare par conséquent pas les séminaristes, religieux et futurs \u201cpermanents ecclésiastiques\u201d des \u201cpieux\u201d laïcs étudiants ou étudiantes en théologie.La rencontre a tout d\u2019abord plutôt confirmé une certaine coupe \u201crégionale\u201d de cette diversité de points de vue.Comme le soulignait un parti- cipant, non sans quelque pertinence, les étudiants en théologie ont sans doute fait au cours de ce week-end l\u2019expérience - en un sens assez brutale - d\u2019un trait qu\u2019ils partagent avec l\u2019ensemble de leurs compatriotes:\tsolidaires et collectivement chauvins face à l\u2019Etranger - comme ils avaient pu le constater lors de précédentes rencontres \u201ccanadiennes\u201d - ils portent, laissés seuls \u201centre eux\u201d, le poids d\u2019un certain chauvinisme farouche de leurs \u201ccoins de pays\u201d respectifs, comme dit Félix Leclerc.Il fallait donc s\u2019attendre à ce que ce phénomène affleure au colloque.Il n\u2019a pas manqué de se produire, faisant s\u2019affronter en particulier - si l\u2019on peut dire - les délégations de l\u2019Université Laval et de Montréal.Et pourtant, bien qu\u2019il soit difficile d\u2019évaluer l\u2019impact réel de la vieille rivalité folklorique entre la Métropole et la Vieille Capitale(3), il serait sans doute inexact d\u2019y voir la principale et la plus décisive source de divergences, d\u2019autant qu\u2019il était possible de constater des clivages et des polarisations débordant les frontières purement régionales.La rencontre de Québec a manifesté bien plutôt, faut-il le dire, une série de divergences de fond quant à l\u2019essence même du projet théologique et, plus largement, des \u201clieux\u201d fondamentaux où celui-ci s\u2019élabore: l\u2019Eglise et la société.C\u2019est ainsi qu\u2019on a pu, par exemple, constater l\u2019affrontement entre, d\u2019une part, une conception de la théologie comme discours second, moment réflexif de l\u2019expérience chrétienne, élaboré dans des lieux d\u2019enracinement ecclésial et social déterminés à partir d\u2019un cadre théorique et conceptuel épistémologiquement critique - c\u2019était un peu le cas de ce qu\u2019on a appelé la \u201cgrille montréalaise\u201d, mais aussi, assez largement, des perspectives de Sherbrooke -, et, d\u2019autre part, une vision de la théologie comme discours plus catéchétique et même kérygmatique, émergence d\u2019une spiritualité, recherche de vérité et d\u2019universalité, témoignage de foi -et c\u2019était davantage la perspective de Laval, non sans affinité en cela avec celle de l\u2019U.Q.A.C.Les tendances politisantes, socialisantes et même marxisantes, pour certains, du do- 3.Malencontreusement - et accidentellement - accentuée par le fait que, à cause de certaines faiblesses d\u2019organisation, les deux seules personnes-ressources invitées étaient toutes deux professeurs à l\u2019Université de Montréal.44 RELATIONS cument de Montréal suscitèrent d\u2019un autre côté l\u2019opposition de plusieurs participants que l\u2019on sentait enracinés dans un paysage plus résolument spiritualiste, personnaliste et même intimisant.Plus ou moins révélées - ou plus ou moins dissimulées - sous ces \u201ctêtes d\u2019icebergs\u201d, d\u2019autres \u201cpolarisations\u201d significatives: insistance sur l'amour ou accentuation de la justice, valorisation de Yharmonie ou assomption du conflit, préoccupation de Yunion ou pari sur la rupture, primauté de l\u2019individuel, de l\u2019interpersonnel et de l\u2019éthique, ou priorité du collectif, du social et du politique.Divergences réelles et profondes, que le recours rapide - et un peu facilement commode - à une nécessaire \u201cdialectisation\u201d des pôles ne parvient finalement pas à surmonter et à résoudre.Et sans doute à cet é-gard la typologie topologique présentée par le groupe de Montréal visait-elle assez juste - ce qui peut expliquer en bonne partie les \u201cmalaises\u201d - et on peut sans doute même parler de \u201ctraumatismes\u201d -qu\u2019elle a causés chez certains participants: d\u2019une commune réalité - celle d\u2019une formation théologique topologiquement vécue à l\u2019université - on pouvait en effet assez nettement sentir l\u2019écartèlement entre le \u201cséminaire\u201d et la \u201crue\u201d: nostalgie d\u2019une formation théologique certes \u201cmise à jour\u201d et décapée de ses ors trop vermoulus, mais conservant cependant la spécificité de désir de \u201cl\u2019institution\u201d ecclésiastique; attirance d\u2019autre part pour une formation théologique déjà \u201cpostuniversitaire\u201d, sérieusement critique par rapport aux appareils i-déologiques du haut savoir dominant, interpellée par les nouveaux lieux d\u2019émergence chrétienne en marge de l\u2019institution et parfois même en rupture avec elle.Dans un cas, la con- viction persistante d\u2019un dépôt à conserver et d\u2019un donné - révélé - à tn nsmettre.Dans l\u2019autre, l\u2019intuition irréductible d\u2019un sens - nouveau et largement inédit - à faire surgir, à inventer.Epistémologie de la vérité ou épistémologie de la pertinence?La formule, chère à Fernand Dumont, ne manque peut-être pas d\u2019à-propos.Scandale pour les uns, qui tiennent à maintenir le pari d\u2019une possible u-nité fondée sur la commune appartenance chrétienne et ecclésiale, ces divergences apparaissent inévitables aux autres qui ont pris pour acquis que les conflits et ruptures profondes de notre temps traversent nécessairement le lieu ecclésial lui-même, forçant à construire de façon inédite, à partir de solidarités à inventer, l\u2019ancienne unité éclatée.Confrontés - non sans brutalité -à une telle perception dont plusieurs prenaient sans doute conscience pour la première fois avec une telle acuité, les participants au Regroupement de Québec - c\u2019est peut-être significatif - n\u2019ont pas entonné, à l\u2019issue de leur rencontre, le traditionnel et enthousiaste \u201cl\u2019an prochain à Jérusalem!\u201d.Ils se sont contentés de se donner les mécanismes minimaux de contact en vue d\u2019explorer la possibilité d\u2019un nouveau regroupement pour l\u2019année prochaine, sans doute après avoir pu, avec un certain recul, faire le bilan du premier et supputer la fécondité et l\u2019intérêt d\u2019une \u201crécidive\u201d.UNE SOLIDARITÉ À VÉRIFIER DANS L\u2019AVENIR DE LA PRATIQUE?Si cette première rencontre québécoise des étudiants en théologie a clairement fait ressortir le nombre et la profondeur des \u201ccontradictions\u201d idéologiques des futurs théologiens de l\u2019Eglise d\u2019ici, il reste, comme le notait un participant, qu\u2019elle n\u2019a évidemment pas exclu la possibilité, au-delà d\u2019un certain \u201cchoc initial\u201d, d\u2019un apprivoisement réel, patiemment réalisé dans le respect des exigences du temps.Il reste également, comme le signalait un autre participant, que les mots et les concepts divisent peut-être souvent plus que l\u2019action, et que cette première expérience commune ne permet pas de présumer \u2014 et de prévoir - comment seront vécues demain dans les faits et sur le terrain concret de la pratique les divergences ou les solidarités réelles.Au moment de quitter Québec au terme du colloque, une des voitures de la délégation de Montréal ne parvenait plus à démarrer, sa batterie ayant succombé au froid de canard de ce week-end de janvier.Des bras québécois durent prêter main forte - c\u2019est le cas de le dire! - aux muscles montréalais - dont, signe des temps?quelques-uns féminins -pour sortir l\u2019auto du banc de neige et lui donner un élan pendant que d\u2019autres étudiants de Laval couraient après des \u201cfils à booster\u201d.N\u2019en trouvant pas dans le Grand Séminaire de Québec, ils durent recourir aux services d\u2019un type qui se baladait de ce côté-là avec sa famille, et qui réussit à faire le \u201cplein d\u2019électricité\u201d de la Maverick montréalaise.Peut-être l\u2019allégorie bien involontaire de cette anecdote finale fournit-elle après tout un épilogue inspirant à partir duquel les participants au premier Regroupement des étudiants québécois en théologie auraient profit à faire le bilan du passé et à interroger l\u2019avenir.S Papeterie Jacques Enrg.\t\tDES\tNEIGES\t Spécialités\t/ m\t\tt\u2014 Z
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.