Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1976-10, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" MONTRÉAL OCTOBRE 1976 TRICOFIL, L\u2019A-SOCIETE et la REVOLUTION par Jacques Grand\u2019Maison Rhodésie: un évêque qui n\u2019a pas peur Mgr Donal R.Lamont La Démocratisation de l\u2019Eglise: projet ouvert Jacques Chênevert LA COOPÉRATION CHEZ LES ACADIENS Martin Légère Liberté religieuse en URSS?Stéphane Valiquette \u201crelations- revue du mois publiée sous la responsabilité d'un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Irénée Desrochers Conseil de Direction: Bernard Carrière, .Jean-Louis D\u2019Ara gon, Jean-Guy Saint-Arnaud, Jacques Saint-Aubin.Comité de Rédaction: Jacques Chènevert, Irénée Desrochers, Marcel Marcotte, secrétaire Administration: Maurice Ruest Rédaction, Administration et Abonnements: 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal - H2P 2L9 tél.: 387-2541.Publicité: Liliane Saddik, 1700, rue Allard, Ville Brossard.Téléphone 678-1209.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.numéro 419 octobre 1976 SOMMAIRE Des conséquences de TRICOFIL L\u2019a-société et la troisième révolution Jacques Grand\u2019Maison 259 Un évêque catholique en Rhodésie Un évêque prophétise et en paie le prix Irénée Desrochers 264 La situation réelle en Rhodésie Mgr Donal R.Lamont 264 Lettre ouverte au Gouvernement de la Rhodésie Mgr Donal R.Lamont 266 La coopération chez les Acadiens La coopération, facteur de développement économique chez les ACADIENS\tMartin Légère 268 La démocratisation de l\u2019église Une discussion mal engagée\tJacques Chènevert 271 Liberté religieuse en URSS Accords d\u2019Helsinki respectés ou violés en URSS?Stéphane Valiquette 276 Education Rperendre en main le projet scolaire Le Comité catholique 280 Chroniques Léopold Sédar Senghor: son apport idéologique au Tiers-Monde Noir\tClaude Souffrant 278 THÉÂTRE: Une histoire d\u2019amour: le TNM et le Gésù Georges-Henri d\u2019Auteuil 284 LITTÉRATURE: Le roman québécois depuis dix ans Gabrielle Poulin 285 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75C Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.Les élites politiques les bas salariés et la politique du logement à Hull par Caroline Andrew, André Blais et Rachel Des Rosiers 15 x 23 cm., 280 pages.\u2014 Prix: $6.75 * * * Critique épistémologique de l\u2019analyse systémique de David Easton par Denis Monière 15 x 23 cm., 254 pages.- Prix: $9.00 * * * La syntaxe narrative des tragédies de Corneille 15x23 cm., 172 pages.Prix: $6.00 * * * Jurivoc Lexicographie, bilinguisme juridique et ordinateur par Viateur Bergeron et David C.Burke 15 x 23 cm., 352 pages.- Prix: $12.50 En vente chez votre librairie et aux: Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey Ottawa, Ont.K1N 6N5 NOUVEAUTÉS aux Editions Collection \u201cHéritage et projet\u201d no 16.LA PRÉDICATION À MONTRÉAL de 1800 à 1830 par Louis Rousseau\t$9.00 no 17.L\u2019HOMME EN MOUVEMENT.Le sport-le jeu-la fête.Collaboration\t$7.00 no 18.LE JEU DES AFFRANCHIS.Confrontation Mar-cuse/Moltmann par Eric\tVolant\t$10.00 Collection \u2018\u2018Cahiers de recherche éthique\u201d no 1 PROBLEMES ET MÉTHODES\t$3 00 no 2 DÉVELOPPEMENT DE LA MORALE\t$3 00 no 3.\tUNE NOUVELLE MORALE\tSEXUELLE?$5.00 no 4.\tLE BONHEUR MENACE\t$5.00 En vente dans toutes les librairies et 235 est boul.Dorchester, Montréal *861-9621 258 RELATIONS L\u2019A-SOCIETE ET LA TROISIEME REVOLUTION par Jacques Grand\u2019Maison* ANATOMIE D\u2019UNE EXPÉRIENCE Il y a des expériences qui marquent profondément notre façon de voir les choses et modifient notre ligne d\u2019engagement.Impliqué depuis quinze ans dans l\u2019itinéraire passionnant des travailleurs de Regent-Tricofil, j\u2019arrive à un seuil-critique que je n\u2019avais pas prévu.Le principal défi de cette entreprise autogérée ne vient pas du \u201csystème\u201d imposé par l\u2019idéologie dominante.Ce défi ne s\u2019éclaire pas non plus par l\u2019idéologie marxiste opposée.Tout se passe comme si on avait à inventer une société et plus encore une anthropologie, sans lesquelles même l\u2019entité \u201cclasse sociale\u201d reste une référence idéologique qui n\u2019a pas de visage humain particulier, de contenu culturel propre.* Prêtre, sociologue, professeur à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal, Jacques Grand\u2019Maison (voir son ouvrage, Une tentative d\u2019autogestion, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1975) s\u2019intéresse de très près et depuis le début à l\u2019expérience des travailleurs de Tricofil.Cette \u201centreprise\u201d audacieuse, qui a reçu l\u2019appui de nombreux secteurs de la population québécoise, devient maintenant une source nouvelle de réflexion.L\u2019A.lance cette réflexion en profondeur, en élargit le cadre et en dégage certaines implications importantes pour notre société globale.J\u2019avais pensé que l\u2019objectif majeur devait être la recomposition du travail par et pour les travailleurs, la recomposition d\u2019un \u201cnous\u201d de classe dans ses diverses dimensions; dimensions que le capitalisme taylorien a dissociées avant de s\u2019approprier l\u2019essentiel de l\u2019avoir, du savoir et du pouvoir.Une lutte de classes toute centrée sur la récupération démocratique de ces trois forces privilégiées différemment par la révolution capitaliste et par la révolution communiste laisse entier le défi de définir quel homme, quelle société, quelle économie, quelle culture, quelle politique on vise.A Tricofil, on a l\u2019impression de partir à zéro dès qu\u2019il s\u2019agit de la dimension sociale et anthropologique du projet.La figure de cette cellule humaine de base apparaît floue et incertaine.Etrange contraste avec l\u2019apparente limpidité des idéologies critiques à la mode.En définitive, par delà la critique, le refus radical, le conflit, la libération face à ce qui est imposé, sait-on vraiment et d\u2019une façon un peu claire ce qu\u2019on veut.Il me semble que cela aussi fait partie d\u2019une culture et d\u2019une pratique politiques.Or ici, on nage en eau trouble.L\u2019unique objectif de certaines militances se limite à la lutte critique contre le système en place.Comme si tout le reste viendrait par surcroît grâce à la seule mécanique objective et scientifique qui ferait l\u2019histoire: la lutte des classes.Ces derniers temps, les références idéologiques de gauche et de droite sont de plus en plus simplistes.Indice, à coup sûr, d\u2019une profonde perplexité partagée par tout le monde.On accroche sa charrue à une étoile qui devient bientôt la seule existante ou possible dans son champ de conscience, d\u2019action et d\u2019horizon.Le lecteur peut me dire en souriant: \u201cet toi, ton étoile.n\u2019est-ce pas Tricofil?\u201d C\u2019est précisément en situant Tricofil par rapport à bien d\u2019autres étoiles que j\u2019en arrive à une révision profonde de ma ligne d\u2019horizon.Mais l\u2019expérience ici a l\u2019avantage d\u2019être multidimensionnelle, aussi sociale qu\u2019économique, aussi culturelle que politique.Au seuil de ce saut qualitatif, je suis à fond de cale.Ce qui m\u2019apparaît le plus clairement, c\u2019est d\u2019abord la conscience vive de la société actuelle.Une a-société qu\u2019on ne semble pas discerner dans les divers discours idéologiques.Une a-société qui révèle aussi l\u2019absence de visées humaines constructives et identifiables.On pourrait constater le même phénomène à partir du champ scolaire, de la vie urbaine, des media de communication.L\u2019individualité et la socialité appauvries se cherchent des visages humains capables de se reconnaître et d\u2019entrer en communication.A Tricofil, les travailleurs tâtonnent pour se définir comme individu, comme être social, comme \u201cnous de classe\u201d.Ils sont plus démunis à ce plan-là qu\u2019à celui du nouveau système administratif et technique.Or toutes les influences idéologiques leur ont laissé entendre qu\u2019ils faisaient partie \u201cobjec- OCTOBRE 1976 259 tivement\u201d de la classe ouvrière.Voilà qu\u2019ils ont l\u2019impression de se définir dans le vide.dans une société vide de socialité et d\u2019humanité identifiables, dans une idéologie opposée aussi vide.C\u2019est un peu comme s\u2019il fallait tout recommencer jusque dans les plus humbles pratiques individuelles et sociales du travail et des rapports sociaux quotidiens.Dans cette aire une question comme l\u2019exercice du pouvoir, par exemple, s\u2019avère à la fois plus complexe et plus concrète que ne le laissent entendre les grilles d\u2019analyse à la mode.On ne passe pas en un tournemain d\u2019un contrôle hiérarchique extérieur à un auto-contrôle aussi efficace que démocratique.On se rend compte tout à coup que tout est à faire pour bâtir une stratégie de rapports horizontaux.Sur un plan plus large, n\u2019a-t-on pas déjà constaté que la hiérarchie capitaliste qui va de l\u2019avoir au pouvoir peut être tout simplement remplacée par d\u2019autres hiérarchies de pouvoir qui contrôlent l\u2019avoir comme dans les pays communistes.Dans un cas comme dans l\u2019autre, le modèle hiérarchique reste dominant, selon la même loi darwi- Aux travailleurs de TRICOFIL Félicitations Solidarité Une belle histoire collective Hommage d\u2019un ami.260 nienne de la sélection naturelle.Il n\u2019y a pas encore de socialité proprement humaine en l\u2019occurrence, ce que le débat idéologique actuel laisse dans l\u2019ombre gravement.Le critère de propriété, qu\u2019elle soit privée ou collective, renvoie à l\u2019impérialisme de l\u2019avoir; celui du pouvoir quand il est isolé infère toujours une forme de dominance; celui du savoir se soumet la plupart du temps au premier ou au second selon leur prévalence.Dans cette trilogie moderne, l\u2019homme individué et la communauté humaine comme tels restent au second plan.L\u2019homme pour lui-même, libre et solidaire, responsable et créateur, n\u2019est pas vraiment au centre des objectifs et des démarches.Voilà le trou anthropologique de la société des grands systèmes contemporains.Ce trou anthropologique n\u2019est pas le lot exclusif du prolétaire aliéné et exploité.Il est à la mesure des divers systèmes en place.Il est dans toutes les classes.Ici le social et le culturel sont aussi vides d\u2019humanité que l\u2019économique et le politique.Je parle ici de l\u2019humain \u201csitué\u201d, avec son visage unique, avec sa personnalité non interchangeable, sa socialité culturelle particulière, son histoire inédite, sa visée politique spécifique, son horizon ouvert de dépassement ou de transcendance; c\u2019est un peu tout cela que les travailleurs de Tricofil mettent sous le couvert d\u2019une \u201cnouvelle philosophie de base\u201d.Comme s\u2019ils voulaient indiquer jusqu\u2019où leur défi doit les amener.Dans des conversations profondes avec eux, j\u2019ai pu déceler au creux de leurs remarques pareilles préoccupations.-\t\u201cC\u2019est encore comme au temps des anciens patrons\u201d.-\t\u201cJe n\u2019ai pas encore trouvé ma place là-dedans\u201d.-\t\u201cNous y croyons tous au projet d\u2019autogestion.Mais pour le réaliser on dirait que tout est à faire de A à Z.On ne peut même pas utiliser l\u2019expérience syndicale qu\u2019on a connue, ni les idéologies de tous bords et de tous côtés.c\u2019est comme s\u2019il fallait bâtir une autre société.c\u2019est étrange.la solidarité.la classe.l\u2019égalité.le pouvoir.apparaissent tout à coup abstraits depuis qu\u2019on les a dans les mains.On ne sait pas quoi faire avec\u201d.Et un autre d\u2019ajouter: \u201cOn est forcé d\u2019envisager une troisième révolution\u201d.Cette anatomie rapide d\u2019une expérience a déclenché la réflexion que je vous propose.Je crois qu\u2019il faut commencer par une lecture de notre propre société avec la problématique esquissée plus haut.L\u2019A-SOCIÉTÉ A-société, oui absence de société, ou pour le moins: érosion de la socialité proprement humaine.\u201cEh quoi! me dira-t-on, n\u2019est-ce pas plutôt la super-société omniprésente où l\u2019homme disparaît dans le système?Super-société programmée, instrumentalisée, anonymisée.L\u2019individu s\u2019y perd sans jamais se retrouver.Il n\u2019y a pas crise d\u2019identité pour rien.Regardez donc plutôt de ce côté-là?\u201d Je ne crois pas que ce diagnostic bien connu éclaire suffisamment la dramatique occidentale contemporaine.En effet les individus tout autant que les structures ne sont plus enracinés dans d\u2019authentiques socialités humaines.Un simple regard sur la vie quotidienne nous révèle déjà la pauvreté des rapports sociaux.Voyons certains indices: par exemple, la difficulté d\u2019identifier les \u201cresponsables\u201d, d\u2019entrer en communication avec ceux qu\u2019on veut rejoindre.Tant de filières à suivre, de paliers à escalader, de papiers à remplir, de règles à respecter.Tout se passe comme si nos sociétés occidentales avaient atteint un point critique de congestion.Que d\u2019événements chez nous et ailleurs nous montrent Y indécision grandissante dans la plupart des organisations.Il faut attendre que les crises atteignent leur limite quasi insupportable.On pense tout de suite à l\u2019inefficacité grandissante des services publics ou privés.La complexification des appareils tout autant que leur spécialisation ne cesse de croître.Les savants \u201ccheminements critiques\u201d de l\u2019analyse et de l\u2019organisation institutionnelles échappent même à leurs concepteurs-technocrates.D\u2019ailleurs RELATIONS combien de profanes ont perdu confiance à tant d\u2019expertises qui ont abouti à des échecs lamentables: planifications urbaines, réformes scolaires, transport public, construction, politiques sociales, etc?Même la grosse industrie si fière hier de ses performances s\u2019enferre dans des processus techniques, organisationnels et financiers de plus en plus lourds et de moins en moins féconds.Ce n\u2019est pas sans raison qu\u2019on a pensé récemment la société en terme de technostructure.Il n\u2019y avait aucune référence humaine, communautaire, sociétale, culturelle dans ce point de vue purement fonctionnel et instrumental.Même les sciences humaines ont emprunté cette logique technocratique.L\u2019approche \u201csystémique\u201d domine partout: de l\u2019éco-système jusqu\u2019à la grille d\u2019analyse idéologique.Toujours les contenants.jusqu\u2019à l\u2019obsession.Même la philosophie s\u2019aligne sur une biologie déjà définie par la physique cybernétique.Thinking from below.H.Laborit, biologiste savant à la mode, témoigne de ce réductionnisme aberrant dans son dernier livre sur l\u2019homme! \u201cDes mécanismes fondamentaux dans nos systèmes nerveux règlent nos comportements sociaux.nos automatismes culturels.Je suis persuadé que l\u2019histoire d\u2019un homme et sa finalité n\u2019ont aucun intérêt\u201d.De même, la liberté, la conscience, l\u2019amour puisqu\u2019ils n\u2019ont aucun fondement.\u201cIl n\u2019y a pas d\u2019objectivité en dehors des faits reproductibles expérimentalement.de lois générales capables d\u2019organiser les structures\u201d (Eloge de la fuite, pp.12-15, 199).Si un pouvoir totalitaire l\u2019avait empêché d\u2019écrire son livre, il aurait peut-être parlé autrement de la liberté.La société occidentale n\u2019est pas étrangère à ce vidage de tout contenu humain que Laborit appelle \u201cla soupe des jugements de valeurs\u201d.D\u2019où viennent donc les crises actuelles de la subjectivité révoltée, de l\u2019indécision politique, de l\u2019apathie grandissante, si ce n\u2019est des aberrations décrites plus haut?Les hommes se sentent violés de mille et une façons par ce machinisme scientifique, technocratique, politique, idéologique qui disqualifie même la conscience.Il ne reste que la \u201cstructure\u201d, les mécanismes.L\u2019homme-machine et sa société machine quoi! Le drame .la réinvention de rapports sociaux accordés aux nouvelles sensibilités culturelles et à des orientations politiques peut-être inédites est plus évident dans les rapports sociaux.Les rapports sociaux sont devenus de plus en plus lâches: dans les milieux de travail ou dans les quartiers résidentiels, et même dans les lieux à vocation humanisante comme l\u2019école, l\u2019hôpital, la famille.Le couple lui-même n\u2019est pas encore arrivé à redéfinir sa socialité propre.Mais peut-il le faire dans un contexte aussi asocial où les rapports humains comme tels sont discontinus, improvisés, et souvent instrumentalisés par les moyens techniques de communication?N\u2019a-t-on pas identifié la communication aux \u201cmedia\u201d?Les citoyens assistent devant l\u2019écran aux débats et aux combats d\u2019états majors.La participation soutenue et active dans la plupart des organisations \u201cdémocratiques\u201d ne dépasse pas 5%.Même au moment des temps forts, les grèves par exemple, on ne réussit pratiquement jamais à réunir la majorité des membres.Quant aux assemblées régulières, le quorum est difficilement atteint, même si on l\u2019a mis au plus bas.Nous nous leurrons les uns les autres dans nos plaidoyers pour la décentralisation, la démocratisation, le citoyen au pouvoir.Discours piégés dans la mesure où l\u2019on réduit le défi aux obstacles structurels et aux refus des \u201cautres\u201d déjà au pouvoir.Un peu comme certaines idéologies révolutionnaires exclusivement tournées vers l\u2019impérialisme extérieur, et inconscientes du féodalisme autochtone.De la même façon, certains parlent chez nous de la base sociale comme si elle existait, de la \u201cclasse ouvrière\u201d comme si elle n\u2019était pas à faire.Les fronts communs, les velléités de \u201cparti des travailleurs\u201d n\u2019existent effectivement qu\u2019en haut.Ces luttes idéologiques et politiques de pouvoir sont en porte-à-faux, parce qu\u2019elles continuent d\u2019ignorer l\u2019assèchement de l\u2019expérience humaine et l\u2019absence OCTOBRE 1976 de texture sociale quotidienne bien nouée et dynamique.On identifie souvent pareille préoccupation à la logomachie d\u2019un gauchisme farfelu, anarchique et guerilliste.ou encore à un humanisme intimiste.Certains objectifs progressistes à la mode, telle l\u2019autogestion, font fi des énormes difficultés de départ au coeur même des comportements réels chez les gens concernés.Impliqué profondément dans des expériences autogestionnaires, je découvre aujourd\u2019hui tout le chemin à faire pour opérer de telles transformations structurelles et politiques.Toute une quotidienneté a-sociale est à démystifier par les commettants eux-mêmes.Et le façonnement d\u2019un véritable tissu social m\u2019apparaît de plus en plus difficile et complexe, mais non impossible.J\u2019ai la conviction que nous partons de très loin.Les stratégies comme les diagnostics me semblent trop superficiels pour rejoindre ce niveau de profondeur où l\u2019on découvre la dramatique de l\u2019a-société actuelle et les tâches nécessaires à la réinvention de rapports sociaux accordés aux nouvelles sensibilités culturelles et à des orientations politiques peut-être inédites.Mais n\u2019anticipons pas trop vite.Je crois qu\u2019il faut bien cerner ce phénomène de l\u2019a-société, à partir des coordonnées anthropologiques de base comme le temps et l\u2019espace propres à l\u2019homme, les relations quotidiennes, les styles de vie, les pratiques sociales, les racines culturelles particulières, les orientations idéologiques vécues et agies (non pas celles qu\u2019on déclame sur les tréteaux).NÉGATION DE TOUTE ANTHROPOLOGIE A ce plan bien concret des expériences, nous allons découvrir jusqu\u2019à quel point les experts, les technocrates, les idéologues et les autres supposées élites ont perdu de vue ces champs vitaux d\u2019expérience humaine, ces composantes de base de l\u2019anthropologie quotidienne.Une anthropologie toujours 261 \u201csituée\u201d, très riche, très diversifiée, marquée par des inédits de culture, d\u2019histoire, de liberté.Une anthropologie capable de s\u2019investir dans une multitude de possibles individuels et sociaux, de \u201cpersonnalités\u201d historiques.A ce plan, il n\u2019y a plus de mécaniques interchangeables.Bien sûr, les scientifiques ont eu raison de dénoncer un humanisme métaphysique décroché de ses niches écologiques, biologiques, socio-culturelles et idéologiques.Mais plusieurs en sont venus progressivement à nier tout spécifique humain, tout contenu de sens, de conscience, de projet libre.On se retrouve aujourd\u2019hui sans anthropologie^).L\u2019homme n\u2019est qu\u2019une structure atomique et anatomique de même nature que celle de tous les autres noyaux chimico-physiques.Comme l\u2019animal, il n\u2019est qu\u2019un faisceau de réponses qui é-chappent totalement à sa conscience libre.L\u2019histoire, la politique et même \u201cl\u2019expérience humaine\u201d deviennent ainsi des mythes, de l\u2019imaginaire.J\u2019insiste.Car on n\u2019a pas encore mesuré les conséquences très graves de cette négation de l\u2019anthropologie dans notre civilisation dominante:\tdéshumanisation, déso- cialisation, dépolitisation, déhis-toricisation, déculturation radicales.Skinner, Brejnev et Pinochet se rassemblent dans le même néodarwinisme de la sélection automatique des plus forts, du conditionnement et de la manipulation.Que peut-il bien sortir de Nazareth, du village, des \u201cpetits\u201d, du quotidien, du peuple, de l\u2019homme libre?La \u201clégende du grand inquisiteur\u201d revient constamment dans l\u2019actualité historique.Savants, i-déologues et technocrates ont remplacé les grands clercs religieux pour crucifier comme jadis cet homme libre qui n\u2019entre pas dans leur cadre érigé en lois universelles et absolues.Etrange récurrence d\u2019une certaine métaphysique, d\u2019autant plus dangereuse qu\u2019elle est camouflée derrière leur \u201cprincipe unique de réalité\u201d.Du coup s\u2019établit ici le lien entre la liberté niée et l\u2019a-société dans toutes les formes modernes de structuralisme.L\u2019eau vive de la source a déserté tous ces aqueducs.Mais elle est encore là dans les terreaux les plus humbles de la vie, dans les aven- tures amoureuses, dans les poussées de liberté, dans les relations quotidiennes hors-cadre.Non l\u2019homme n\u2019est pas mort.Mais on ne le trouvera pas chez les savants ou dans les discours politiques de gauche, de droite ou du centre, encore moins dans les \u201cgrosses patentes de nos cités\u201d.Nous fau-dra-t-il aller dans le tiers monde pour redécouvrir l\u2019homme nu, vrai et passionnant?Le non-homme n\u2019est pas là-bas, mais chez nous.Oui chez nous, l\u2019homme le plus nié, le plus vidé, le plus aliéné.Voilà le paradoxe contemporain.L\u2019homme le plus chair, le plus esprit n\u2019est pas dans nos enceintes.Cet homme est de plus en plus absent des structures, des sciences, et des idéologies occidentales.Il ne lui reste que la fuite dans tous les \u201cpara\u201d de la religiosité, de l\u2019imaginaire, de l\u2019extra-terrestre, du cosmique sans visage humain.Certains cherchent un substitut de l\u2019incarnation impossible dans l\u2019idéologie cosmique d\u2019une réincarnation qui n\u2019a rien d\u2019anthropologique; pas même le rapport humain de parents-enfants dans une ligne historique de générations.Comment peut-on en arriver à une pareille déshumanisation radicale?Peut-être devrons-nous redécouvrir d\u2019abord les mailles humaines des plus simples de nos aventures quotidiennes.Pour ce faire, nous sommes condamnés à déterrer leurs débris et à tenter de les recomposer après en avoir découvert leur économie humaine propre.Derrière cette problématique sans doute trop logique, je ne retiens pas mon cri d\u2019homme.Un cri semblable à celui jadis d\u2019un peuple face aux murs de Jéricho, face à une civilisation orgueilleuse vide d\u2019humanité, de foi.Un cri qui conteste même certaines luttes de libération légitime où l\u2019on en vient à refuser au coeur même de son combat toute touche humaine pour finalement ressembler aux dominateurs ou aux exploiteurs qu\u2019on veut vaincre.Faut-il préciser ici notre scandale?Corruptio optimi pessima.Les guerillas des gros syndiqués sur le dos du peuple en otage ressemblent aux assassinats pseudo-politiques d\u2019innocents sur la rue ou dans les aéroports.La déshumanisation radicale des situations établies se prolonge même dans les combats de libération, au grand dam des hommes, du peuple qui n\u2019a que sa condition humaine à mettre dans la balance.De toute part on empêche ainsi l\u2019émergence de communautés humaines libres, responsables de leur destin, capables d\u2019inventer leur socialité propre.Voilà la dramatique de l\u2019a-société à sa fine pointe.LA TROISIÈME RÉVOLUTION Mais, je le répète, l\u2019homme in-dividué et social n\u2019est pas mort.Il faut le chercher ailleurs que dans ces scénarios idéologiques, politiques et technocratiques qui occupent toute la place sur nos écrans, ailleurs que dans les fuites de tous les para ci ou ça.Il est à la portée de main sur les terrains les plus familiers.Plusieurs d\u2019entre nous commencent à le comprendre.Ils ont le goût de vivre cette expérience que Labor it et tant d\u2019autres ont décrétée soit sans intérêt ou purement imaginaire.Le cheminement ici est tout autre.On se refait humain à travers les apprentissages les plus humbles de l\u2019expérience quotidienne: bâtir son habitat, organiser son temps, prendre en main sa santé, définir ses rapports humains, fabriquer ses outils, cultiver sa terre, partager ses fruits, inventer son aventure amoureuse, explorer ses racines culturelles, apprivoiser la liberté agie qui a toujours fait peur un coup acquise, anticiper sur des terrains circonscrits ce qu\u2019on veut atteindre solidairement dans les grands combats politiques.Des ouvriers d\u2019une usine autogérée appelaient ça: LA TROISIEME REVOLUTION.Troisième révolution après la capitaliste et la communiste, qui toutes deux malgré des acquis indéniables n\u2019ont pas réussi à générer ni des hommes libres, ni de véritables communautés humaines autodéterminées et heureuses.Troi- 262 RELATIONS sïeme révolution après la scientifique et l\u2019industrielle qui après leur passage laissent l\u2019homme ordinaire impuissant et démuni pour maîtriser la plupart des gestes de sa vie, sans compter les faillites des experts de tout gabarit.Troisième révolution, après la spiritualiste et la matérialiste qui ont différemment dissocié la chair et l\u2019esprit pourtant si bien noués dans la vie la plus humble, le travail authentique, l\u2019amour vrai.Troisième révolution, après l\u2019humaniste de la renaissance et la mécaniciste du XIXe siècle (toujours dominante) qui ont débouché sur l\u2019unique relation marchande d\u2019une culture bourgeoise obsédée à gauche comme à droite par les moyens et les structures de production privés ou publics, individuels ou collectifs.Cette idée de la troisième révolution peut être agaçante tout autant que la \u201csociété de conservation\u201d préconisée dans le dernier rapport du Conseil des Sciences du Canada.Les mots ont été tellement maltraités par les plombiers de la publicité, de l\u2019université et de la politique.On les case tout de suite dans une catégorisation marchande, scientifique ou idéologique qui les vide du sens que l\u2019homme leur donne.Mais non! ce sens est partout ailleurs sauf dans la bouche et le coeur de celui qui le vit, le sent et l\u2019exprime.Ainsi, cette troisième révolution dont parlaient des travailleurs plus haut sera vite classée: voie moyenne ou centriste, fuite utopique, néo-conservatisme, spontanéisme et que sais-je encore dans le vocabulaire idéologique reçu.LA TOUCHE HUMAINE On sait mieux l\u2019acceptation ou le refus de l\u2019état de choses actuel que l\u2019inédit en train d\u2019émerger, non pas dans le pays de nulle part, mais dans sa propre expérience humaine familière.Comment peut-on perdre pied à tel point sur son propre terrain?Plus on est instruit, idéo-logisé et même conscientisé, plus on semble s\u2019éloigner de sa vie, de la réalité?Je pense que cela arrivé quand on ne sait plus sa tripe.L\u2019homme du peuple (O démagogie!) en est resté plus proche.OCTOBRE 1976 Oui, on ne pense pas juste sans sa tripe (c\u2019est-à-dire ce qu\u2019on sent le plus profondément).Même la référence au \u201cvécu\u201d relève de la fausse conscience idéologique, si elle ne passe pas par la tripe.J\u2019insiste sur la tripe pour bien des raisons! Par exemple, certaines militances qui visent une nouvelle conscience politique, ignorent le fait que la tripe humaine avec ses pulsions et ses sentiments très profonds est \u201cmassée\u201d, manipulée, conditionnée, intoxiquée de mille et une façons, à journée longue.Je pense à cette unanimité de convoitise créée par la publicité et les media omniprésents.Tous les citoyens, peu importe leur idéologie, leur statut ou leur classe, participent en quelque sorte au même mouvement pulsionnel et intégrateur qui les rassemble au centre d\u2019achat, au forum, ou les asseoit devant la télévision.Mouvement aussi inconscient de la tripe que ce retour sécuritaire au passé, que cette idéalisation de la nature-vierge.Mouvement inconscient de la tripe où niche une soif de pouvoir inavouée, cachée derrière une idéologie généreuse.Mouvement paradoxal de la tripe qui fuit dans le spirituel chimiquement pur pour chloroformer des angoisses que la conscience ne veut pas élucider et affronter.La tripe est donc un lieu ambivalent de l\u2019homme.Il s\u2019y loge à la fois des forces destructrices et des énergies créatrices.Toutes les sciences modernes nous le rappellent jusqu\u2019à nous faire douter du pari de la conscience libre et responsable, critique et créatrice.Mais celle-ci échappe à toutes les rationalités scientifiques.Mystérieusement, elle peut s\u2019allier chez l\u2019homme avec ce qu\u2019il y a de plus profond dans sa tripe.Je crois que les sciences et les idéologies modernes n\u2019ont pas réussi à rejoindre ni la conscience, ni la tripe, ni leurs rapports dynamiques chez l\u2019homme; ce qu\u2019on pourrait appeler la touche humaine, un peu comme ces musiciens qui trouvent \u201cl\u2019accord\u201d, la tonalité, le beat commun.Les politiques, les scientistes, les technocrates ont dissocié tripe et conscience; ce faisant, ils ont fait perdre à la société et aux institutions leur touche humaine.Voilà le test critique face à tant de débats faux et mensongers, artificiels et stériles.Le parlement, la ville, l\u2019école, l\u2019hôpital, les syndicats ont de moins en moins de tri- pe humaine, de racination culturelle, d\u2019où le désintérêt qu\u2019ils suscitent chez un nombre grandissant de citoyens qui vivent leur vie ailleurs.Cet ailleurs, c\u2019est le nouvel environnement qu\u2019ils se sont créé en reprenant à la base les apprentissages anthropologiques les plus simples et les plus fondamentaux.Ils veulent d\u2019abord redécouvrir, reféconder leur tripe.leur \u201csein\u201d au sens le plus charnel et le plus spirituel du terme.Ils sentent que leur conscience doit se réapproprier elle-même dans ce premier lieu vital de leur champ expérimental, riche de sentiments et d\u2019intuitions, de gestes libres et de rapports humains, de vraies colères et d\u2019espérances folles qui font vivre.N\u2019ayons pas peur du défi: réinventer l\u2019abc de la vie à hauteur d\u2019homme nu.L\u2019humble tripe du vécu familier réappropriée est la première étape nécessaire.Je ne crois pas qu\u2019on ait besoin de grandes théories ou de moyens prestigieux pour refaire une fibre.une touche humaines mieux accordées à ce que nous ressentons profondément dans nos expériences tâtonnantes et inédites.Tous les grands tournants historiques ont ramené les hommes à leur nudité, à leur vécu décapé.Souvent en jouant surtout la carte de leur expérience, ils ont débouché sur une autre anthropologie, sur une neuve société.Certains jeunes ont bien compris cette économie humaine, quand ils nous tancent ainsi: \u201cDis-moi comment tu vis ça dans tes tripes, à tous les jours\u201d.Après, les grandes explications et les belles stratégies politiques! Oh! je ne nie pas l\u2019importance de celles-ci.On ne fera pas l\u2019économie de luttes radicales et surtout de nouvelles entreprises collectives par delà la ré-invention de son expérience humaine à portée de main.Les projets de vie individuels les plus passionnants seront vite mis en échec.On ne peut se sentir bien dans sa peau très longtemps dans un contexte d\u2019a-société.Il me semble qu\u2019une juste philosophie nous invite à mieux cerner la dramatique occidentale contemporaine, à savoir le fossé grandissant entre une individualité enrichie et une socialité appauvrie, entre une surconscientisation idéologique sans mains, ni touche humaine, d\u2019une part et d\u2019autre part, une nouvelle tripe humaine sans philosophie ni politique.263 Un évêque prophétise.et en paie le prix Mgr Donal R.Lamont, l\u2019évêque catholique d\u2019Umtali en Rhodésie, a été condamné, le 1er octobre, par un tribunal rhodésien régional, à dix ans de travaux forcés.Il était accusé de n\u2019avoir pas dénoncé aux autorités la présence de maquisards noirs, qualifiés officiellement de \u201cterroristes\u201d, dans certaines missions de brousse où ils venaient chercher des médicaments; et d\u2019avoir demandé aux missionnaires de son diocèse de ne pas dénoncer de tels cas s\u2019ils en prenaient connaissance.Mgr Lamont a plaidé coupable.Il ne pouvait en conscience accepter les lois d\u2019exception connues sous le nom de \u201clois antitrahison\u201d: \u201cComme beaucoup de mes collègues, a-t-il déclaré devant le tribunal, je ne peux concilier mes principes chrétiens avec la législation raciste de Rhodésie\u201d, ces lois injustes privant les Noirs de droits fondamentaux.Depuis plus de dix ans, cet évêque irlandais à la voix très directe et claire, était devenu une épine au flanc du gouvernement de Rhodésie.Dans une lettre parue dans le journal rhodésien Sunday Mail (1), en janvier 1973, il prédisait: \u201cà moins que des mesures honnêtes soient entreprises dans le but d\u2019établir une véritable justice pour tous, il n\u2019y aura pas de paix en Rhodésie; les \u201cterroristes\u201d continueront par milliers à donner l\u2019assaut à toutes nos frontières, et même surgiront à l\u2019intérieur du pays.\u201d Il finissait ainsi son article: Je ne dis rien qui puisse vous rassurer, Ni rien qui puisse vous faire plaisir.Sachez seulement que le ciel devient encore plus noir Et que la mer enfle ses vagues.Le recevant fin 1973, Paul VI l\u2019avait clairement encouragé à continuer d\u2019être \u201cla voix de ceux qui sont sans voix\u201d.C\u2019est ce que Mgr Lamont a osé faire.Il a publié des articles; il a présidé la Commission nationale \u201cJustice et Paix\u201d de la Conférence épiscopale catholique de Rhodésie, qui a réussi à faire publier à l\u2019étranger le rapport de sa longue enquête sur les injustices et les tortures en Rhodésie; dans un dernier geste des plus audacieux, il a défié le gouvernement en lui adressant une \u201cLettre ouverte\u201d, même s\u2019il en prévoyait les conséquences.C\u2019est une voix qu\u2019il fait bon entendre directement.Nous présentons donc à nos lecteurs la traduction d\u2019un de ses plus récents articles, de même que celle de cette fameuse \u201cLettre ouverte\u201d, datée du 15 août, quelques jours à peine avant son inculpation.Voilà manifestement un homme qu\u2019un régime abusif devait réduire au silence.Cette lettre ouverte est probablement l\u2019une des raisons essentielles motivant la décision du gouvernement de le faire condamner.Il reste un fait qui doit nous faire beaucoup réfléchir.Parmi les attaques les plus venimeuses contre Mgr Lamont, il y eut celles de Blancs catholiques de Salisbury (sur 600,000 catholiques rhodésiens, il y aurait seulement 25,000 Blancs).Comme quoi ce n\u2019est pas toujours le leadership qui fait défaut dans l\u2019Eglise.Comme quoi aussi le leadership se paie.Voici donc la voix d\u2019un évêque qui n\u2019a pas peur et qui en paie le prix.Irénée Desrochers l.Mgr Lamont, \u201cLe racisme en Rhodésie\u201d, La Documentation catholique, 16 mars 1973, p.293.La situation en par Mgr Donal R.Lamont* En Rhodésie, pays qui se déclare chrétien, le christianisme est bafoué par la coutume et la législation.Ceux qui font partie de la classe dirigeante se disent chrétiens, mais ils refusent de considérer les autres hommes comme leurs frères dans la perspective d\u2019un Dieu créateur et rédempteur de tous.Sans y penser vraiment en profondeur, ils considèrent leurs voisins africains, asiatiques ou gens de couleur, comme des êtres inférieurs et les traitent en conséquence, en rendant la coutume et leur propre comportement respectables par un Acte du Parlement.Le présent gouvernement minoritaire, bien qu\u2019il gouverne avec le consentement de l\u2019électorat, gouverne sans le consentement des gouvernés.Sur une population d\u2019environ six millions, le Parti du Front Rhodésien (Rhodesia Front Party) a reçu seulement 57,000 votes à la dernière élection générale.Par sa législation oppressive et son refus intransigeant du changement, il est coupable du plus sérieux abus de pouvoir; cet abus doit inévitablement provoquer une violence généralisée.On ne saurait s\u2019attendre à ce que les Africains, si longtemps paisibles et patients, tolèrent une telle situation sans protester.Ils ne demandent pas plus que ce qui leur est dû - l\u2019égalité selon la loi et le développement humain intégral qui en dérive.La propagande du gouvernement, à la radio, à la TV et dans une pres- *Cet article de Mgr Donal R.Lamont, évêque catholique d\u2019Umtali, en Rhodésie, est paru dans The Tablet du 3 avril^ 1976, sous le titre \u201cRhodesian realities\u201d; il nous aide à comprendre la vigueur exceptionnelle de la \u201cLettre ouverte\u201d adressée par Mgr Lamont au gouvernement de Rhodésie, que nous présentons plus loin à nos lecteurs.(Trad.Relations.) 264 RELATIONS réelle Rhodésie se généralement complaisante, prétend que le présent conflit est entre le christianisme (tel que représenté par le régime du \u201cFront Rhodésien\u201d) et le communisme.Ce n\u2019est pas vrai.Il est faux de proclamer que le présent régime défend les principes chrétiens.Il ne les pratique pas.La présente constitution et la législation qui s\u2019en inspire rendent ce point très clair.L\u2019une et l\u2019autre sont effrontément racistes et oppressives, si contraires au christianisme et à la civilisation occidentale qu\u2019elles ne font qu\u2019engendrer le communisme en le rendant attrayant au peuple opprimé, lui qui préférerait se tenir avec l\u2019occident et qui ne veut aucunement le marxisme.La lutte n\u2019est pas entre le christianisme et le communisme; mais c\u2019est précisément ce qu\u2019elle pourrait facilement devenir.Si 95 pour cent des gens continuent à être traités comme des citoyens de seconde classe, si l\u2019on s\u2019attend à ce qu\u2019ils se satisfassent, au plan politique, des miettes qui tombent de la table de l\u2019homme blanc, et si on leur dit que la façon dont ils sont gouvernés est requise pour la défense du christianisme et de la civilisation occidentale, avons-nous besoin de nous surprendre s\u2019ils écoutent Moscou ou Pékin?Il faudra, comme l\u2019a clairement déclaré le secrétaire britannique aux affaires étrangères, un changement d\u2019attitude immédiat et complet de la part du régime Smith et une disposition réaliste à reconnaître sans délai l\u2019égalité devant la loi pour tous les habitants de ce pays, si l\u2019on veut éviter des effusions de sang.Ici en Rhodésie, il n\u2019y a pas de guerre raciale.Il n\u2019y a pas, pour le moment, de haine raciale généralisée, mais il pourrait y en avoir bientôt.La population africaine, dont environ 75 pour cent a moins de vingt ans, n\u2019est pas prête à souffrir plus longtemps la frustration, en particulier dans les domaines de l\u2019é- ducation et de l\u2019emploi.Nous pouvons sympathiser avec eux dans leur quasi-désespoir.Ils connaissent les changements politiques qui ont eu lieu dans les pays qui les entourent.Ils sont intelligents.Ils prennent conscience, avec un profond ressentiment, de la discrimination exercée à leur égard, spécialement en ce qui concerne la scolarisation.En 1974, le gouvernement de la Rhodésie a dépensé $375 par année pour chaque élève européen, et seulement $29 pour chaque élève africain.De plus, le nombre d\u2019enfants africains à qui on permet de passer de l\u2019école élémentaire au niveau secondaire est sous le contrôle de l\u2019Etat, alors qu\u2019aucune limitation injuste de cette nature n\u2019est pratiquée à l\u2019égard de l\u2019enfant européen.En 1972, seulement 53,4 pour cent des enfants africains entre l\u2019âge de 7 et 14 ans fréquentaient l\u2019école et seulement 40 pour cent d\u2019entre eux ont achevé le cours élémentaire.C\u2019est pour la vie que les autres ont été condamnés au sous-développe-ment.Si le pays doit progresser économiquement, l\u2019avancement des Africains grâce à des facilités en éducation doit recevoir une forte priorité; mais, dans la pratique, l\u2019opportunisme politique décrète exactement le contraire.Le problème de l\u2019éducation n\u2019est qu\u2019un des secteurs où le mécontentement est général.Il y en a plusieurs autres, par exemple la mauvaise distribution des terres, les conditions injustes de travail, les salaires, la loi \u201cLand Tenure Act\u201d, les lois d\u2019urgence, et ainsi de suite.Mais puisque l\u2019éducation détermine fondamentalement le développement intégral de la personne humaine, sa capacité à apprendre et, finalement, ses qualifications pour l\u2019exercice du droit de vote, on peut difficilement en exagérer l\u2019importance.Selon les dispositions actuelles, - on ne peut les décrire que comme le résultat planifié d\u2019une ingéniosité perverse, - il faudrait un minimum de 52 ans avant que le peuple africain de Rhodésie puisse espérer un type de gouvernement \u201cpar la majorité\u201d.Peut-on s\u2019étonner de ce qu\u2019il ne soit pas prêt à attendre aussi longtemps?Quand le changement viendra Quand le changement viendra, il comportera de dures conséquences pour tous ceux qui forment maintenant la classe privilégiée, si la lé- gislation actuellement en vigueur est retenue, mais est appliquée, à rebours, à leur détriment.Seulement un faible pourcentage d\u2019enfants européens, par exemple, auraient la permission de fréquenter l\u2019école, et un plus faible pourcentage encore pourraient passer les examens de l\u2019état.L\u2019emploi et l\u2019accès aux apprentissages seraient réservés seulement aux noirs.Des milliers de blancs pourraient se voir évincés de leur demeure sans compensation et logés dans les \u201cveldt\u201d ouverts, derrière des clôtures de fer avec des réflecteurs flamboyant toute la nuit, avec des conditions sanitaires limitées et le couvre-feu.C\u2019est actuellement le sort d\u2019environ 100,000 Africains dans les villages dits \u201cprotégés\u201d.Les blancs, et parmi eux des enfants, pourraient être arrêtés ou restreints sans procès, et les brutalités pratiquées par les forces de sécurité seraient soustraites à la juridiction des tribunaux - comme cela a été fait - par l\u2019application de la Loi d\u2019indemnité et de Compensation.Des procès pourraient se tenir secrètement et la sentence de mort par pendaison mise à exécution sans qu\u2019il soit nécessaire d\u2019informer qui que ce soit du fait que les exécutions ont eu lieu.Quelqu\u2019un penserait-il qu\u2019il ne peut vivre plus longtemps dans un tel pays, la \u201cLoi de Départ de la Rhodésie\u201d (Departure from Rhodesia Act), passée en 1972, pourrait être invoquée pour l\u2019empêcher de quitter le pays.Bien plus, voudrait-il manifester de quelque façon son mépris pour un fonctionnaire de l\u2019Etat, il serait sévèrement puni et - s\u2019il n\u2019a pas 18 ans - pourrait recevoir le fouet, pourvu qu\u2019il n\u2019y ait pas plus de huit coups de fouet.Voilà seulement quelques-unes des injustices qui peuvent être infligées sous la présente législation en Rhodésie et que la majorité africaine supporte actuellement et a dû tolérer depuis des années.Pour une bonne part, les Européens ordinaires ne se rendent pas compte que ce système effrayant existe.Les média officiellement contrôlés et une presse bassement servile leur ont lavé le cerveau.Ils ont entendu dire que de telles choses étaient arrivées durant la dernière guerre en Europe centrale, mais ils ne croiront tout simplement pas qu\u2019elles arrivent sous leur nez en Rhodésie.S\u2019ils entendaient dire que des nationalistes africains parlent du besoin d\u2019un autre Nuremberg, ils n\u2019y prêteraient probablement aucune attention.OCTOBRE 1976 265 LETTRE OUVERTE au Gouvernement de la Rhodésie par Mgr Donal R.Lamont C\u2019est par souci de la paix universelle et du bien-être de la Rhodésie et de tous ses habitants que je me vois forcé de faire cette démarche inusitée de m\u2019adresser à vous, les membres du Gouvernement, en cette heure grave de l\u2019histoire de notre nation.En ma qualité d\u2019évêque catholique, alors que le mécontentement des citoyens, les tensions et les violences raciales sont si évidents et croissent de jour en jour, je ne puis davantage garder le silence.Il y a grave danger qu\u2019à l\u2019intérieur de la Rhodésie les races s\u2019affrontent dans le sang, que d\u2019autres pays, se sentant politiquement impliqués, provoquent une escalade du conflit à travers toute l\u2019Afrique australe.Déjà, sur toute la longueur de mon diocèse, l\u2019état de guerre règne.Hier soir le bombardement de la ville * Le texte de cette \u201cLettre ouverte\u201d est paru, en appendice, dans un ouvrage récent intitulé Civil War in Rhodesia (Abduction, Torture and Death in the Counter-Insurgency Campaign.A Report compiled by the Catholic Commission for Justice and Peace in Rhodesia), publié à Londres, en septembre 1976, par The Catholic Institute for International Relations (1 Cambridge Terrace, Regents Park); le manuscrit avait été expédié hors de Rhodésie par des moyens clandestins.D\u2019après une nouvelle de La Croix de Paris (2 sept.1976 p.8.), la \u201cLettre\u201d a été adressée au premier ministre Ian Smith et aux membres de son gouvernement, le 15 août dernier.(Trad.Relations) d\u2019Umtali a fait sentir à tous cette pénible réalité.Ma conscience m\u2019oblige à déclarer que votre administration, à cause de sa politique nettement raciste et oppressive, et parce qu\u2019elle se refuse obstinément à changer, porte pour une grande part la responsabilité des injustices causées par le désordre actuel, et doit être considérée, pour autant, coupable de toute la misère et du sang versé qui pourraient s\u2019ensuivre.Votre politique, loin de défendre le christianisme et la civilisation occidentale comme vous le prétendez, se moque de la loi du Christ et ne fait qu\u2019accroître l\u2019attirance qu\u2019exerce le communisme auprès des peuples d\u2019Afrique.Dieu veut que les nations de son univers soient gouvernées avec justice.Il désire que les hommes fassent pour leurs semblables ce qu\u2019ils souhaitent qu\u2019on leur fasse à eux-mêmes.Votre manière de gouverner la Rhodésie méconnaît ouvertement et contrecarre délibérément cette volonté de Dieu.Quels qu\u2019aient été, à un moment donné, les fondements douteux que vous avez choisis pour appuyer votre droit de gouverner la Rhodésie, cet argument n\u2019a plus désormais aucune valeur.Vous pouvez gouverner avec l\u2019approbation d\u2019un électorat peu nombreux et égoïste, mais alors vous gouvernez sans l\u2019assentiment de la nation, alors que cet assentiment est la pierre de touche de tout gouvernement légitime.Toutes les arguties légalistes du monde ne peuvent rien contre ce fait.Vous ne sauriez nier non plus que la communauté mondiale des nations rejette vos prétentions à la légalité.Le tnonde civilisé proscrit votre administration; il la condamne.Et les motifs de cette condamnation sont présentés avec force détails, une clarté impartiale et irrécusable, dans l\u2019analyse juridique que la Commission internationale des juristes a publiée récemment et distribuée à travers le monde entier.Ce document important que vous ne pouvez ni ignorer, ni réfuter confirme ma conviction bien réfléchie que les dangers qui menacent la Rhodésie proviennent de cette législation répressive que vous avez promulguée pour conserver à une minorité blanche ses pouvoirs et ses privilèges, sans vous soucier des droits du reste de la population.La meilleure manière de décrire très brièvement votre abus du pouvoir, je la trouve dans ces paroles du Pape Paul VI sur la discrimination raciale, prononcées aux Nations Unies: \u2018A l\u2019intérieur d\u2019un pays qui appartient à chacun, tous doivent être égaux devant la loi, avoir également accès à la vie économique, culturelle et sociale, et jouir d\u2019une part équitable des richesses de la nation.\u201d Sur chaque élément de cette magistrale déclaration votre administration a fait défaut.Votre législation refuse aux habitants non-européens de la Rhodésie chacun de ces droits qui leur reviennent par droit naturel.266 RELATIONS Faut-il alors s\u2019étonner de ce que ces gens opprimés, que l\u2019on repousse en marge de la société dans leur propre pays, aient accueilli et continuent d\u2019accueillir ceux qu\u2019ils appellent \u201cmilitants de la liberté\u201d et que vous, vous appelez \u201cterroristes\u201d?Cela se comprend facilement.On comprend également qu\u2019une telle force devait surgir et grandir de jour en jour.C\u2019est votre oppression qui l\u2019a fait naître et qui a donné, aux jeunes hommes et aux jeunes femmes qui s\u2019en réclament, une cause attirante à embrasser.Ils se sentent tenus en conscience de combattre pour supprimer toute cette discrimination qui a avili leurs concitoyens et fait d\u2019eux, dans le pays même où ils sont nés, des citoyens de seconde zone.Ceci dit, je tiens à déclarer sans équivoque que, tout comme par le passé, et avec toute l\u2019autorité dont je suis capable, je déplore et je dénonce tous les actes de violence qui ont pu être commis par ces individus ou groupes, ou par d\u2019autres qu\u2019eux.L\u2019Eglise ne pourra jamais approuver pareille violence, pas plus qu\u2019elle ne pourra fermer les yeux sur ce qui la provoque.Mais en même temps, je dois répéter -quelles que soient pour moi-même les conséquences d\u2019une telle déclaration - que la violence institutionnelle que votre administration a sanctionnée et que les Actes du Parlement ont rendue respectable est la cause première de la plupart de cette violence physique que la Rho-désie a connue au cours des dix dernières années.Faisant abstraction de cette discrimination infligée pendant si longtemps à la population non-blanche de ce pays, et pour ne pas paraî tre m\u2019en tenir à de vagues généralités, per-mettez-moi de rappeler ici quelques-unes des graves injustices commises par votre administration depuis qu\u2019elle est au pouvoir.On a multiplié les lois oppressives malgré le désaveu public du Comité légal de votre propre Sénat.On a donné à la population civile africaine l\u2019impression très nette qu\u2019on a délibérément fait d\u2019elle la cible de ce qu\u2019on appelle en temps normal \u201cles forces de la loi et de l\u2019ordre\u201d (\u2018the forces of law and order\u2019).On a accordé officiellement à l\u2019armée et à la police des pouvoirs excessifs en même temps qu\u2019on leur a garanti l\u2019immunité pour les cas d\u2019abus.On a approuvé le bombardement et la destruction de villages, même si ceux-ci renfermaient des innocents.On a suscité toutes sortes d\u2019obstacles contre ceux qui ont tenté d\u2019obtenir justice ou compensation pour une mort, des sévices ou la perte de biens.Les média de communication ont été placés, presque entièrement, sous le contrôle d\u2019un seul parti politique, le vôtre; ils ont été manipulés sans cesse pour supprimer ou fausser la vérité.Et ce n\u2019est pas tout: dans un Etat qui prétend être démocratique, des citoyens ont été mis sous arrêt ou emprisonnés sans procès, torturés ou jugés secrètement (\"in camera) et pendus secrètement; et vous cherchez à justifier toute cette barbarie en vous réclamant du christianisme et de la civilisation occidentale, et à justifier ainsi ce que vous appelez \u201cmaintenir les standards Rhodé-siens\u201d.C\u2019est là, à coup sûr, le comble de l\u2019absurdité! Malgré leur courte vue, et partant, leur refus d\u2019accorder à tous les habitants de la Rhodésie leur plein épanouissement, il faut reconnaître que les gouvernements antérieurs ont de fait procuré à ce pays plusieurs des bienfaits du christianisme et de la civilisation occidentale.Mais vous, à cause de votre entière indifférence aux droits de la personne humaine, à cause de votre impuissance à lire les signes des temps, vous avez détruit en grande partie ce qui avait été accompli avant vous.Et néanmoins vous refusez d\u2019admettre votre situation misérable et vous semblez trouver satisfaction à maintenir votre politique d\u2019oppression au risque de causer la ruine de la Rhodésie.Votre réaction au récent Rapport Quenet sur la discrimination raciale le prouve éloquemment.Au cours des années, au nom des principes, l\u2019Eglise catholique a dû refuser de pratiquer la ségrégation raciale dans ses écoles et ses hôpitaux, ou de limiter au pourcentage fixé par votre administration l\u2019exercice de la charité chrétienne tel que prescrit par l\u2019Evangile.Au- jourd\u2019hui, ceux qui en conscience s\u2019opposent à votre régime devront prendre une décision tout aussi importante chaque fois que la charité de l\u2019Eglise est en jeu, et partout où elle l\u2019est.Ceux qui en toute honnêteté sont convaincus de lutter pour les droits humains fondamentaux de leurs concitoyens, n\u2019ont-ils pas des titres légitimes à recevoir du clergé l\u2019administration spirituelle de l\u2019Eglise?Comment pourrait-on conseiller l\u2019obéissance loyale à vos décrets sans approuver pour autant les multiples injustices que vous infligez?Passer sous silence un règne d\u2019oppression, pour mieux combattre ce que vous êtes les seuls à considérer comme une autre oppression, est tout-à-fait inacceptable.S\u2019il est question d\u2019éviter la montée de la haine raciale, la guerilla de plus en plus répandue dans les villes, la destruction croissante des biens et les affreuses pertes de vie; si on ne veut pas voir toute l\u2019Afrique australe sombrer dans une guerre cruelle, vous devez sans tarder changer la tragique ligne de conduite que vous suivez actuellement.Comme le Pape Paul l\u2019a remarqué, \u201caussi longtemps que les droits de tous les peuples, et entre autres droits celui de F auto-détermination et de l\u2019indépendance, n\u2019auront pas été dûment reconnus et respectés, il ne peut y avoir de paix véritable et durable, même si pendant un certain temps le pouvoir abusif des armes l\u2019emporte sur les réactions de ceux qui s\u2019y opposent.Tous les citoyens doivent prendre part à la vie de la nation.Le pouvoir, la responsabilité et la prise des décisions ne peuvent être le monopole d\u2019un groupe ou d\u2019une tranche raciale de la population.\u201d Ceci entraîne, bien sûr, pour certains le sacrifice de leurs privilèges qui se fondent uniquement sur la race, mais en même temps, parce que justice est faite, ceci élimine les causes de mécontentement et de violence, et devrait amener cette paix à laquelle nous aspirons tous.A vous de donner le ton: le sort de la Rhodésie et de ceux qui l\u2019habitent repose entre vos mains.Sincèrement vôtre, Mgr Donal R.Lamont, évêque d\u2019Umtali.OCTOBRE 1976 267 LA COOPERATION facteur de développement économique chez les ACADIENS par Martin Légère* C\u2019est chez les pêcheurs que prit naissance le mouvement coopératif acadien pour s\u2019étendre successivement aux caisses populaires, aux coopératives de consommation et aux coopératives de services.La coopération chez les Acadiens du Nouveau-Brunswick a pris naissance en 1932 alors que deux curés, Messieurs les abbés Edgar LeBlanc et Camille LeBlanc fondaient simultanément des coopératives de pêcheurs dans les paroisses de Bara-chois et Shemogue dans le comté de Westmorland.Ces premières tentatives de coopération ne furent pas faciles car à cette époque une commission royale d\u2019enquête venait de révéler que la situation économique des pêcheurs de l\u2019est du Canada était des plus pénibles, si bien qu\u2019on avait même recommandé au Ministère des Pêches de verser un octroi à l\u2019Université d\u2019Antigonish dans le but de mettre sur pied un système d\u2019éducation populaire qui permettrait aux pêcheurs de fonder des institutions coopératives.Coopératives de pêcheurs Après la naissance des premières coopératives de pêcheurs en 1932, on vit naître, au cours des années qui suivirent, toute une pléiade de peti- * L\u2019A.est directeur général de la Fédération des Caisses Populaires Acadiennes et de la Société d\u2019Assurarîce des Caisses Populaires Acadiennes, Secrétaire général de l\u2019Union Coopérative Acadienne et Président général du Conseil Canadien de la Coopération.tes coopératives, à partir du sud de la province jusqu\u2019aux confins du nord-est.A cette époque, il était de mise de fonder une coopérative même au sein d\u2019une population très restreinte; l\u2019industrie de la pêche étant encore au stage artisanal, il était possible de faire fonctionner de petites unités avec un minimum de dépenses qui pouvaient quand même rendre d\u2019excellents services.Seulement, à cause de la modernisation et de la centralisation de la NouvEAU-^ftUwsv//cK Dalhousie RESTIGOUCHE GLOUCESTER Néguac VICTORIA \\ NORTHUMBERLAND KENT YORK WESTMORLAND- ïàlbertJ CHARLOTTE û 268 RELATIONS part des compétiteurs, on dut modifier très sérieusement la formule d\u2019opération; si bien qu\u2019aujourd\u2019hui au Nouveau-Brunswick, les Acadiens ne possèdent plus qu\u2019un nombre très restreint de coopératives de pêcheurs: elles ont dépassé les cadres paroissiaux pour devenir des institutions régionales.La plus importante est sans doute celle de \u201cLa Coopérative des Pêcheurs de l\u2019Ile Limitée\u2019\u2019 de Lamè-que qui opère l\u2019une des usines les plus modernes de l\u2019est du pays et contrôle une bonne partie de l\u2019industrie dans cette région.L\u2019an dernier, cette coopérative a réalisé des ventes pour un montant de $4,266,683.00 tandis qu\u2019elle opérait une rénovation de plusieurs millions afin de rendre son service capable de rencontrer les exigences modernes d\u2019une industrie en pleine expansion.Pour compléter le cycle, les coopératives acadiennes travaillent étroitement avec les Pêcheurs Unis des Provinces de l\u2019Atlantique, dont elles constituent la majeure partie des opérations.En définitive, le secteur des pêches possède quatre grandes entreprises ayant un actif de $7,300,000.transigeant des ventes pour au-delà de $8,000,000.00 annuellement.Secteur de la consommation Les premières coopératives de consommation prirent naissance quelques années plus tard et on vit bientôt apparaître plusieurs petits magasins coopératifs dans les centres acadiens.Ici encore, ces institutions ne purent soutenir la concurrence et bientôt on dut se résigner à ne conserver que celles qui avaient vraiment un potentiel de viabilité, si bien qu\u2019aujourd\u2019hui on ne compte plus que 21 magasins coopératifs qui opèrent dans les plus grands centres acadiens.Ces magasins transigent des ventes pour au-delà de $15,000,000.00 annuellement et constituent un actif de $15,200,000.00 appartenant à ses 7,000 sociétaires.Nous croyons qu\u2019il est bon de noter que le secteur de la consommation est un secteur qui se développe assez rapidement chez nous et que nos magasins, grâce à leur modernisation, peuvent concurrencer efficacement avec les grands magasins à rayons.Il est intéressant de noter que la quasi-totalité de ces institutions ont pu se construire de nouveaux im- meubles ou rénover les anciens, grâce à la coopération de la Fédération des Caisses Populaires Acadiennes.Secteur des Caisses Populaires Il est évident que le secteur qui a pris le plus d\u2019envergure depuis la fondation de la première caisse populaire à Petit Rocher en 1936 a été celui de l\u2019épargne et du crédit.En effet, ce secteur qui possède 90 caisses populaires et compte 135,000 sociétaires a réalisé en 1975 un pas vraiment extraordinaire en atteignant son premier 100 millions d\u2019actif.Au cours de cette année, les caisses populaires acadiennes ont réussi à réaliser une augmentation d\u2019au-delà de $30,000,000.Nous croyons vraiment qu\u2019au cours des cinq prochaines années nous devrions atteindre notre deux centième million.Depuis la fondation de la première caisse populaire en 1936, ces institutions ont prêté au-delà de $350,000,000.00 aidant ainsi aux Acadiens à améliorer leur sort au point de vue économique et social.S\u2019il vous est donné de visiter les paroisses acadiennes, vous pourrez constater qu\u2019il y a partout de très nombreuses nouvelles demeures.S\u2019il vous était permis de poser des questions aux propriétaires, vous constateriez qu\u2019au-delà de 90f7 de ces nouvelles maisons ont été financées par des prêts provenant de la caisse locale ou de la Fédération des Caisses Populaires Acadiennes.Nous sommes très fiers du travail que nos caisses populaires ont accompli dans le domaine domiciliaire dans les paroisses rurales où aucune autre institution n\u2019osait investir des fonds.Les coopératives d\u2019assurance Les Acadiens possèdent deux institutions d\u2019assurance opérant selon les principes du mouvement coopératif.L\u2019Assomption, Compagnie Mutuelle d\u2019Assurance-Vie, est une institution d\u2019envergure chez nous puisqu\u2019elle possède un actif de $63,000, 000.00 et contrôle des filiales ayant des actifs de $17,000,000.00.Elle possède un encours d\u2019assurance de $660,000,000.00.Caisses Populaires\t\t\t Acadiennes:\t\t\t un MILLIARD en 1995\t\t\t Lorsqu\u2019\tau début de la présente\t\t décennie,\tsoit en\t1970,\tnous pré- disions que nous\t\tatteindrions no-\t tre premier cent\t\tmillions en l\u2019an\t 1980, plusieurs avaient\t\t\tun sourire sceptique\tPourtant, cinq ans plus\t\t tard, nous avions\t\tdéjà\tréalisé no- tre objectif grâce\t\taux\tefforts dé- ployés dans toutes\t\tnos caisses.\t Nous nous hasardons à faire une\t\t\t nouvelle prédiction beaucoup plus révolutionnaire que celle de 1970.Nous prédisons qu\u2019en 1995, soit d\u2019ici 20 ans, nous aurons atteint\t\t\t un actif d\u2019un milliard.\t\t\t Voici sur quoi nous nous basons\t\t\t pour arriver à ce\t\tchiffre incroya-\t ble:\t£\t\t \t£\t\t A» / T\tii # £> T\t\t 1975\t$30\t$\t125 1976\t$30\t\t155 1977\t31\t\t186 1978\t32\t\t218 1979\t33\t\t251 1980\t34\t\t285 1981\t35\t\t320 1982\t36\t\t356 1983\t37\t\t393 1984\t39\t\t432 1985\t41\t\t473 1986\t43\t\t516 1987\t45\t\t561 1988\t47\t\t608 1989\t49\t\t657 1990\t51\t\t708 1991\t54\t\t762 1992\t56\t\t818 1993\t58\t\t876 1994\t61\t\t937 1995\t63\t$1,000,000,000.\t Cette institution d\u2019assurance-vie a un trait caractéristique qui en fait une institution tout à fait spéciale grâce à sa caisse d\u2019éducation qui depuis 1902 a distribué au-delà de $2,000,000.00 en bourses d\u2019étude.Il est évident qu\u2019un nombre considérable des nôtres n\u2019aurait pu at- OCTOBRE 1976 269 teindre les postes qu\u2019ils occupent actuellement, sans l\u2019aide financière que l\u2019Assomption leur a distribué généreusement depuis près de trois quarts de siècle.La Société d\u2019Assurance des Caisses Populaires Acadiennes, institution qui appartient aux caisses populaires et aux coopératives acadiennes, possède un actif de $2,400,000.et un encours d\u2019assurance de $140, 000,000.00.Cette institution, fondée en 1946, est au service des caisses populaires et des coopératives en assurant les épargnes et les prêts de ces institutions.Au cours des deux dernières années, cette coopérative a pu remettre 40% des primes payées par ses assurés, grâce à ses succès vrai-nent extraordinaires.La Fédération des Caisses Populaires Acadiennes Limitée En 1946, les caisses populaires acadiennes mettaient sur pied leur propre fédération dans le but de se donner un organisme qui s\u2019occuperait activement de la promotion, de l\u2019éducation et de la protection des caisses populaires.Depuis sa fondation, la Fédération a joué un très grand rôle dans le développement du mouvement coopératif en Acadie et on peut dire qu\u2019elle a toujours été à l\u2019avant-garde du progrès chez nous.Cette insitution possède un actif de $16,000,000.00 et groupe les 90 caisses populaires acadiennes.Depuis deux ans et demi, nous avons organisé un service d\u2019inspection et de vérification pour les caisses populaires, service qui était autrefois la responsabilité du gouvernement provincial.Grâce à la création des Services Unis de Vérification et d\u2019inspection, les caisses populaires et les coopératives acadiennes possèdent maintenant leur propre organisme; il jouera certainement un rôle très important dans l\u2019avenir.En 1974, la Fédération mettait en opération son système centralisé de compensation pour les caisses populaires.Actuellement, on étudie très sérieusement la mise en opération d\u2019un système de télétraitement et grâce à la collaboration de la Fédération des Caisses Populaires Desjardins de Lévis, nous espérons débuter d\u2019ici la fin de l\u2019année courante.L\u2019Union coopérative Acadienne En 1945, les Acadiens mettaient sur pied leur propre Union Coopérative et, à partir de ce moment, ce fut cet organisme qui prit la responsabilité du développement coopératif dans tous les secteurs de la production et de la consommation.L\u2019Union Coopérative Acadienne opère en collaboration très étroite avec la Fédération des Caisses Populaires Acadiennes et la Société d\u2019Assurance des Caisses Populaires Acadiennes, créant ainsi un climat de coopération et d\u2019entraide parmi les différents secteurs de notre nouvement.La Compagnie de Gestion Atlantique En 1974, le mouvement coopératif acadien prenait contrôle de la Société de Gestion Atlantique grâce à une entente conclue entre l\u2019Assomption et la Fédération des Caisses Populaires Acadiennes.Cette institution a débuté modestement en prenant le contrôle de quelques entreprises acadiennes.Le Comité de Bonne Presse L\u2019année dernière, la Fédération et l\u2019Assomption ont pris le contrôle exclusif du quotidien \u201cl\u2019Evangéline\u201d et de l\u2019Imprimerie Acadienne Limitée.Nous nous réjouissons de ce geste car, avec cette décision, le seul quotidien acadien du pays s\u2019assure d\u2019une continuité qui lui a toujours fait défaut dans le passé.Nous croyons que les organisations coopératives se doivent non seulement de s\u2019intéresser aux institutions coopératives mais de pénétrer également dans des secteurs qui ont une certaine influence sur la vie de l\u2019ensemble de la population.Conclusion En définitive, le mouvement coopératif acadien en est un qui, dans le moment subit toutes sortes de transformations à cause des changements technologiques qui surgissent de façon constante.Mais nous croyons pouvoir affirmer qu\u2019il est loin d\u2019ètre un mouvement stationnaire; bien au contraire, il suit l\u2019évolution de façon constante et se tient toujours à la plus fine pointe du progrès.En définitive, le mouvement coopératif acadien possède les actifs suivants: caisses populaires $130, 000,000.00, coopératives de consommation $15,200,000.00, coopératives de pêche $7,300,000.00, coopératives d\u2019assurance $65,500,000.00.autres $17,000,000.00, soit un grand total de $235,000,000.00.Il est évident que d\u2019ici la fin de l\u2019année 1976, les coopérateurs acadiens posséderont, dans leur ensemble, des actifs qui dépasseront $250,000,000.00.Pour un petit peuple qui jusqu\u2019à une vingtaine d\u2019années passées ne possédait presque rien, c\u2019est un enrichissement vraiment formidable qui augure bien pour la survivance des nôtres dans une province où nous sommes environ 34% de la population.Nous pouvons affirmer que pour nous le mouvement coopératif a été véritablement notre planche de salut car étant donné notre grande pauvreté, nous n\u2019aurions jamais pu émerger.Nous en sommes convaincus: si les nôtres veulent faire de la formule coopérative un véritable mode de vie, notre petit peuple pourra accéder à une véritable indépendance économique.Alors, si un jour nous devenons maîtres chez nous, nous pourrons vraiment nous épanouir dans tous les domaines.C\u2019est pourquoi nous croyons que l\u2019épanouissement économique d\u2019un peuple est vraiment ce qui assure sa survivance.Si nous voulons le plein développement des francophones au Canada, nous devons d\u2019abord assurer leur développement économique et ensuite il sera beaucoup plus facile de parler de culture.Nous les Acadiens, nous demeurons plus convaincus que jamais que l\u2019économie est la base du développement des nôtres et que toute politique visant le développement culturel devrait être fortement axée sur l\u2019économique afin que, côte à côte, les deux puissent se rejoindre vers un but commun, soit le mieux-être des nôtres.Chez nous, comme on peut facilement s\u2019en rendre compte, les secteurs économiques et culturels se développent simultanément avec beaucoup de succès.270 RELATIONS La démocratisation de l\u2019église UNE DISCUSSION MAL ENGAGÉE Par Jacques CHENEVERT* Dans le parallèle que la discussion théologique dresse entre l\u2019église et le régime politique de la démocratie, le point auquel on s\u2019arrête en tout premier lieu, très souvent, est celui de l\u2019autorité et, plus précisément, celui de son origine(l).Dans une démocratie politique, l\u2019autorité est fondamentalement déposée dans un peuple souverain, qui la délègue à ses propres représentants, élus, réélus ou révoqués à son gré.C\u2019est aussi en vertu de cette autorité, dont il est maître, que le peuple décide lui-même des dispositions constitutionnelles qui régiront sa vie collective.Ayant reconnu là le principe fonda- mental de la démocratie, la théologie dont s\u2019inspire l\u2019éditorialiste de la Civiltà, par exemple, conclut rapidement à l\u2019impossibilité, pour l\u2019église, de devenir une démocratie, au sens strict du terme, puisque l\u2019autorité apostolique qui la gouverne vient à ses dépositaires, non du peuple chrétien, mais du Christ, voire que cette autorité est celle de Jésus-Christ lui-même, seul maître et seigneur de son église.Cette argumentation peut être représentée par le schéma suivant: schéma I Eglise\tDémocratie autorité\t\tautorité déléguée par d\u2019origine divine i\t\tle peuple souverain I ?régime\t\t?régime hiérarchique\t\tdémocratique * L\u2019A., jésuite, est professeur d\u2019ecclé-siologie et d\u2019histoire de l\u2019église, au département de théologie de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.l.Voir, dans le numéro précédent de Relations (no 418, sept.1976, pp.249-251), le résumé d\u2019un éditorial de La Civiltà Cattolica (no 3010, 15 nov.1975, pp.313-321) que j\u2019ai présenté, dans l\u2019article intitulé \u201cDémocratiser l\u2019église?\u201d.Je reprends ici quelques-unes des questions formulées en conclusion de cet article.- Sur le problème général de la démocratisation de l\u2019église, on pourra consulter Pierre EYT, \u201cVers une Eglise démocratique?\u201d, Nouvelle revue théologique 91 (1969) le projet d\u2019une église démocratique demeure encore ouvert Sous cette forme, l\u2019argumentation paraît irréfutable.Reste à voir toutefois si, malgré la correspondance apparemment très rationnelle des termes, le parallèle ainsi établi entre l\u2019église et la démocratie, au plan de l\u2019autorité et de son origine, rejoint toute la réalité, tant de la démocratie que de l\u2019église et, par conséquent, s\u2019il permet vraiment d\u2019approfondir la question.1.UN PARALLÈLE EN DÉSÉQUILIBRE Pour ma part, il me semble que non, et voici pourquoi.Pour pouvoir poser le principe fondamental de la démocratie, à savoir la souveraineté du peuple, la philosophie politique a besoin d\u2019établir, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, certaines données anthropologiques et so- 597-613; ID., \u201cL\u2019élément \u201cpolitique\u201d dans les structures ecclésiales\u201d, ibid., 92 (1970) 3-25; \u201cDémocratisation de l\u2019Eglise\u201d, Concilium no 63 (mars 1971); Hans W.DAIGELER, \u201cParticipation démocratique et participation dans l\u2019Eglise\u201d, Prêtre et pasteur 78 (1975) 505-518.OCTOBRE 1976 271 ciologiques préalables qui, par rapport à la doctrine démocratique et à son propre principe fondamental, ont elles-mêmes valeur et jouent elles-mêmes le rôle de principes ou de présupposés.La théorie démocratique n\u2019est justifiée qu\u2019une fois manifesté que la liberté, l\u2019égalité et la fraternité s\u2019imposent, soit comme des droits individuels, acquis par nature, soit comme des droits sociaux, à conquérir par la lutte et la libération(2).La démocratie, comme système de gouvernement, ne se définit qu\u2019au-delà ou que sur la base de ces consensus ou, comme dit Hans Maier, de ce \u201cbloc des idées incontestables! 3 )\u201d.Schématiquement, la démarche suivie peut donc être figurée ainsi: schéma II liberté, égalité, fraternité droits de l\u2019homme T_________ autorité déléguée par le peuple souverain régime démocratique L\u2019organisation démocratique suppose établi le principe des droits de l\u2019homme: elle est un aménagement concret de la vie politique qui vise au respect et à la promotion de ces droits.La démocratie repose sur une conviction au sujet de l\u2019homme, 2.\tSur l\u2019évolution des idées démocratiques, voir G.BURDEAU, \u201cDémocratie\u201d, Encyclopaedia universalis 5: 409-410 (1970).L\u2019A.condense ici une pensée plus développée dans les cinq premiers chapitres de son livre bien connu La Démocratie (Nouvelle édition, Paris, Seuil, 1966), pp.15-101.3.\tDans J.RATZINGER et Hans MAIER, Démocratisation de l\u2019Eglise?(Sherbrooke, Ed.Paulines, 1972), p.85.de son être, de sa situation, conviction qui est antérieure, du moins logiquement, à l\u2019institution politique et qui l\u2019inspire.Analogiquement, quand on se reporte à l\u2019église (il s\u2019agit ici, évidemment, de l\u2019église terrestre et historique), on peut identifier tout un ensemble de données, préalables à la question de la démocratisation, possible ou impossible, de son gouvernement.Tout ce qui concerne la source de la révélation, de la foi, de la vie dans l\u2019Esprit, c\u2019est-à-dire tout ce qui dé- .compte tenu de l'autorité apostolique, sans doute, et de son rapport à l'autorité unique de Jésus-Christ, mais compte tenu aussi d'autres éléments capitaux qui constituent également l'église et qui en font, non pas une pyramide, mais une communion finit le salut, réalisé par Jésus-Christ et en lui, appartient à ce préalable.Or, quand on mentionne l\u2019origine divine et la dimension christologique de l\u2019autorité apostolique, on ne fait en réalité qu\u2019affirmer, à ce plan de l\u2019autorité, que Jésus-Christ est le seul auteur et le seul maître de son église, la seul tête de son corps et, en conséquence, qu\u2019il est le seul sujet réel de cette autorité(4).Toutes ces données relatives au salut en Jésus-Christ ne font que poser les conditions de possibilité de l\u2019église(5).Si le seul fait de soulever la question de la démocratie dans l\u2019église supprimait l\u2019une de ces données, cela est évident, ce serait pour ainsi dire sortir de l\u2019hypothèse, abolir ce au sujet de quoi on inscrit la question.Ce serait donc rendre cette dernière aussi absurde que serait celle de se demander, abstraction faite de l\u2019homme ou de sa liberté, 4.\tCe qui a en même temps pour effet de fournir son modèle particulier à l\u2019autorité qui s\u2019exercera dans l\u2019église: voir le texte de Mc 10: 42-45 cité plus loin.5.\tLes conditions de possibilité d\u2019un être peuvent aussi avoir un effet sur ce que sera cet être.Il peut donc se faire que, en raison de ce préalable, une église démocratique soit rendue irréalisable.La critique faite ici ne préjuge pas de cette conclusion.si la société doit se pourvoir d\u2019un système démocratique.La question de la démocratie dans l\u2019église doit être soulevée à l\u2019intérieur du champ ecclésiologique proprement dit, compte tenu de l\u2019autorité apostolique, sans doute, et de son rapport à l\u2019autorité unique de Jésus-Christ, mais compte tenu aussi d\u2019autres éléments capitaux qui constituent également l\u2019église et qui en font, non pas une pyramide, mais une communion.De la même manière, pour déterminer les règles d\u2019un régime démocratique, d\u2019autres facteurs que les seuls droits individuels entrent en ligne de compte.Il faut également prendre en considération, outre les droits sociaux, les exigences de la vie collective.C\u2019est ainsi qu\u2019on arrive d\u2019abord à poser le principe de la souveraineté, non de chaque individu, mais du peuple, et ensuite à régler l\u2019exercice de cette souveraineté par des mécanismes, nécessairement si complexes, que celle-ci y perd même, en pratique, une bonne part de son caractère absolu.Que, au regard de la foi, l\u2019action de la puissance de Dieu lui-même, agissant en Jésus-Christ, soit la source radicale et totale de l\u2019existence du chrétien comme tel, de l\u2019église par conséquent, c\u2019est là une donnée fondamentale, qui précède en quelque sorte le chrétien et l\u2019église, qui en pose les conditions prérequises, pourrait-on dire, plus qu\u2019elle n\u2019entre elle-même dans leur définition.Cette donnée fondamentale de la foi correspond donc aux données anthropologiques qui précèdent la démarche de la philosophie politique proprement dite, même si ces données au sujet de l\u2019homme doivent conduire cette dernière, entre autres conclusions, à celle de la souveraineté du peuple.Ainsi, le parallèle entre l\u2019église et la démocratie se présente donc plutôt d\u2019une autre manière, selon le schéma III (voir p.273).Comme l\u2019illustre ce dernier schéma, on ne peut mettre en parallèle, même si c\u2019est pour les opposer, l\u2019origine divine de l\u2019autorité ecclésiale et l\u2019origine de l\u2019autorité démocratique dans le peuple souverain.On fausse ainsi, dès le départ, l\u2019analyse de la question, car on met alors en regard deux plans de la réalité qui, en fait, ne sont pas de même niveau.A mon sens, malgré l\u2019identité trompeuse des termes qu\u2019on fait ainsi se correspondre (schéma I), il n\u2019y a pas, 272 RELATIONS schéma III Eglise salut par/en J-C autorité d\u2019origine divine apôtres & successeurs regime \u201cecclésial\u201d en réalité, de rapport direct.Le parallèle que l\u2019on construit de la sorte est donc, à mon avis, un parallèle en déséquilibre.En déclarant le peuple souverain, la philosophie politique se donne un principe qui a valeur de conclusion, par rapport à une anthropologie qui lui sert de préparation.Mais en affirmant l\u2019origine divine de l\u2019autorité apostolique, la théologie n\u2019entre pas encore tout à fait dans le champ de l\u2019ecclésiologie.Elle ne demeure, en fait, qu\u2019en lisière et au seuil de ce domaine, car elle ne fait qu\u2019exprimer ainsi une donnée de la rédemption, qui sert de postulat à l\u2019ecclé-siologie.2.DE L\u2019ABSTRAIT AU CONCRET La discussion théologique au sujet de la démocratie dans l\u2019église, telle que reflétée par l\u2019éditorial de la Civiltà, peut encore faire l\u2019objet d\u2019une autre critique, cette fois moins technique.Une démarche à partir de l\u2019expérience La doctrine politique sur la démocratie ne s\u2019est pas élaborée à partir d\u2019une réflexion abstraite et purement spéculative sur l\u2019autorité, mais à partir de situations historiques concrètes.Démocratie liberté, égalité, fraternité droits de l\u2019homme autorité déléguée par le peuple souverain régime démocratique C\u2019est l\u2019expérience qui est à l\u2019origine de cette réflexion.Expérience des conditions de vie créées, au plan socio-économique, par la manière dont l\u2019autorité politique était exercée, effectivement, par des chefs qui la détenaient en vertu d\u2019un titre dynastique.Expérience également, dans le même contexte, de l\u2019apparition de nouvelles forces sociales et économiques, engendrées soit par le développement du commerce, des villes et de leurs bourgeoisies, face à la noblesse et aux diverses aristocraties d\u2019un monde encore féodal, soit par le regroupement de la classe ouvrière, face aux maîtres de l\u2019industrie et à leur influence dominante sur les décisions d\u2019un pouvoir politique asservi à leurs intérêts.D\u2019autre part, la critique et le scepticisme dont tout système démocratique concret fait l\u2019objet, aujourd\u2019hui peut-être plus que jamais, ainsi que l\u2019effort pour trouver de nouvelles manières de réaliser l\u2019idéal démocratique ont pour point de départ, là encore, des situations historiques déterminées.L\u2019expérience de celles-ci fait paraître bien théorique et bien verbal le principe de la souveraineté du peuple et de son droit de contrôle sur l\u2019usage du pouvoir législatif, judiciaire et exécutif.Pourtant, dans cette critique de la démocratie par elle-même, l\u2019autorité est exercée par des personnes que le peuple a lui-même élues et qui le représentent.Même à supposer qu\u2019on ne puisse établir, rationnellement, le principe de la souveraineté du peuple que la démocratie place à la base de sa doctrine et de son système, cela changerait-il tellement, en réalité, le cours des choses(6)?Au point de départ, les situations sociales créées par la manière dont se sont exercés les divers pouvoirs de type monarchique, cela va de soi, auraient quand même existé.La réaction des victimes de ces situations aurait, elle aussi, été la même.On aurait tout probablement emprunté la même voie de solution politique, celle d\u2019une plus grande participation à l\u2019exercice de l\u2019autorité.A défaut de pouvoir la réclamer comme un droit, ne l\u2019aurait-on pas tout simplement imposée comme une nécessité pratique?De toute façon, dans un cas comme dans l\u2019autre, une telle participation n\u2019aura pas été gagnée sans recours à la violence.Les premières formes de monarchie constitutionnelle et parlementaire ne montrent-elles pas d\u2019ailleurs, qu\u2019une démocratisation était réalisable, sans que le principe de la souveraineté du peuple ne soit reconnu comme absolu(7)?Semblablement, une fois instauré un régime démocratique, la critique et le scepticisme, dont son exercice concret peut devenir l\u2019objet, dépendent-ils à ce point du principe de la souveraineté du peuple que, celui-ci étant contesté, on puisse faire taire et déclarer illégitime toute protestation?Et dans l\u2019église?Dans l\u2019église, l\u2019idée de la démocratisation de son gouvernement, chaque fois qu\u2019elle est apparue, est née, elle aussi, d\u2019une réflexion à partir 6.\tVoir Hans W.DAIGELER, \u201cParticipation démocratique et participation dans l\u2019Eglise\u201d, Prêtre et Pasteur 78 (1975) 507-508.7.\tEn contrepartie, il est intéressant de voir que, à des époques d\u2019aussi forte affirmation de l\u2019autorité pontificale que celles de Grégoire VII, Innocent III ou Boniface VIII, on ne mettait pourtant pas en question un principe, appliqué traditionnellement, jusque-là, en certains domaines de la vie ecclésiastique, principe selon lequel on devait soumettre à la discussion et à l\u2019approbation de tous ce qui concerne tous: sur ce sujet, voir l\u2019article de Y.CONGAR, \u201cQuod omnes tangit, ab omnibus tractari et approbari debet\u201d, Revue historique du droit français et étranger, 1958, pp.210-259.OCTOBRE 1976 273 de l\u2019expérience et de situations concrètes.Sommairement, on peut dire que ce sont certains abus de pouvoir, relativement au respect des droits des personnes et des communautés locales, ainsi que le point de vue unilatéral qui préside à trop de décisions qui, en fait, amènent à élaborer un projet de démocratisation de l\u2019église et qui suscitent une réflexion théologique sur ce sujet(8).Selon le lieu d\u2019où l\u2019on parle dans cette église, comme en tout débat, surtout s\u2019il a une résonance politique, on se montrera favorable à ce projet ou l\u2019on s\u2019y objectera, on sera plus sensible à tel type d\u2019argument théologique plutôt qu\u2019à tel autre, on prévilégiera, dans l\u2019histoire de l\u2019église, tel fait, telle difficulté, plutôt c'est bien plutôt le sens et la promotion de la personne humaine qui sont, en réalité, l'enjeu et le ressort du débat que d\u2019autres, et on l\u2019interprétera avec sévérité ou avec indulgence(9).Ces différences d\u2019accent, de perception, d\u2019attitudes sont inévitables et, en quelque sorte, elles font elles-mêmes partie du problème.Dans le domaine politique, c\u2019est plus une sensibilité à la justice que le principe de la souveraineté du peuple (bien que les deux ne soient évidemment pas sans relation), qui anime la pensée démocratique et la critique du pouvoir.De même, 8.\tA ces facteurs, internes à la vie de l\u2019église, il faudrait assurément ajouter l\u2019influence exercée sur cette réflexion théologique par le contexte culturel, avec les instruments nouveaux qu\u2019il lui fournit pour interpréter le malaise ressenti dans l\u2019église.9.\tVoir comment l\u2019éditorial de la Civil-tà traite, par exemple, de la participation de la base à la nomination aux charges ecclésiastiques, pour n\u2019en souligner que les difficultés et, d\u2019autre part, du système actuel de nomination par Rome, pour n\u2019en mentionner cette fois que certains avantages.Pour connaître une problématique plus large sur cette question, on pourra lire, parmi les études les plus accessibles, G.THILS, Choisir les évêques?Elire le Pape?(Réponses chrétiennes 13), Gembloux/ Paris, Duculot/Lethielleux, 1970; de même, plusieurs articles du no 77 (sept.1972) et du no 108 (oct.1975) de ia revue Concilium.dans l\u2019église, les réclamations de tendance démocratique, que font entendre plusieurs chrétiens bien authentiques, jaillissent d\u2019une source trop profonde pour que l\u2019affirmation répétée de l\u2019origine divine et du caractère sacré de l\u2019autorité apostolique suffise à convaincre ces réclamations d\u2019illégitimité.Ce n\u2019est pas non plus une habile distinction entre démocratie et esprit démocratique qui parviendra à se faire agréer comme une réponse valide et pertinente.Dans les deux cas, politique et ecclésial, c\u2019est bien plutôt le sens et la promotion de la personne humaine qui sont, en réalité, l\u2019enjeu et le ressort du débat( 10).Autorité divine et médiation humaine Que l\u2019autorité apostolique soit, dans l\u2019église, l\u2019extension de l\u2019autorité et de l\u2019action du Christ lui-même est un principe vrai et fondamental.C\u2019est en vertu de ce fait que l\u2019église est le lieu du salut en Jésus-Christ.Mais affirmé tel quel, c\u2019est un principe théorique et, en un sens, aussi abstrait que, en démocratie, celui de la souveraineté du peuple.Car en réalité, ce qui veut dire, historiquement, l\u2019autorité du Christ est, dans l\u2019église et jusqu\u2019à la parousie, une autorité médiatisée, c\u2019est-à-dire exercée à travers une médiation qui, au surplus, est une médiation humaine.Peu importe que, à certains points de vue, on puisse faire intervenir le statut juridique du shaliah juif, du plénipotentiaire et de ses droits égaux à ceux de celui qu\u2019il représente.Le fait lui-même de cette médiation humaine entre dans la situation concrète et la change profondément, au point d\u2019imposer une très grande prudence et beaucoup de discrétion, quand on incline à protéger et à défendre le caractère inviolable et non participable de cette autorité par une invocation sans nuance de son origine divine et de sa dimension sacrée.Car cette médiation humaine fait partie de la définition complète, pleinement ecclésiologique dirais-je, de l\u2019autorité apostolique dans l\u2019église.L\u2019élément humain ne supprime pas l\u2019élément divin, sans doute, mais ce dernier ne supprime pas non plus le premier.C\u2019est là le principe initial de toute bonne théologie de l\u2019in- 10.\tVoir Hans DAIGELER, \u201cParticipation démocratique et participation dans l\u2019Eglise\u201d, Prêtre et Pasteur 78 (1975) 507-518.carnation, en christologie, mais aussi de toute bonne théologie appliquée aux autres réalités de la foi, par lesquelles cette économie de l\u2019incarnation se prolonge, notamment en ce qui concerne l\u2019église.Dans le rapport entre le Christ et ses représentants, au plan de l\u2019exercice de l\u2019autorité, le fait que ces derniers ne bénéficient ni de la sagesse ni de l\u2019impeccabilité du Christ constitue une donnée d\u2019intérêt, non pas exclusivement moral, mais strictement ecclésiologique.C\u2019est pourquoi, dans l\u2019évangile, Jésus ne dit pas seulement: \u201cQui vous écoute m\u2019écoute\u201d (Le 10; 16), mais aussi: \u201cVous le savez, ceux qu\u2019on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination.Il n\u2019en est pas ainsi parmi vous.Au contraire, si quelqu\u2019un veut être grand parmi vous, qu\u2019il soit votre serviteur.Et si quelqu\u2019un veut être le premier parmi vous, qu\u2019il soit l\u2019esclave de tous.Car le Fils de l\u2019homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude\u201d (Mc 10: 42-45; cf.Le 22: 25-27)\u201d( 11).Ce texte de Marc est considéré comme la charte évangélique de toute autorité dans l\u2019église.Or, Jésus n\u2019a évidemment pas prononcé ces paroles pour faire ressortir que l\u2019autorité de ses apôtres était en réalité la sienne propre, comme le faisait la déclaration précédente (Le 10: 16), mais bien en 11.\tDans une certaine mesure, on pourrait également dire que, en vertu de ce texte, la seule autorité, dans l\u2019église, qui prenne sa source en Jésus-Christ est celle dont l\u2019exercice prend aussi en lui son modèle.- Au sujet des textes évangéliques dans lesquels Jésus s\u2019adresse aux Douze, tels ceux de Le et de Mc cités ici, il faut remarquer que leur contenu, la plupart du temps, concerne à la fois: 1) l\u2019ensemble de l\u2019église dont les Douze, à titre de patriarches de l\u2019Israël nouveau, représentent comme le condensé, le germe; 2) les Douze comme futurs chefs de l\u2019église.L\u2019interprétation de ces textes doit donc tenir compte de cette double dimension et éviter de leur donner un sens exclusivement relatif aux Douze comme chefs.Sur bien des points, ce sont les épi très de Paul et les Actes des apôtres qui précisent le mieux le rôle spécifique des apôtres, notamment comme premiers témoins du Ressuscité qui, à ce titre, posent le fondement de l\u2019église et la norme permanente de sa foi.274 RELATIONS les structures collégiales de participation et de communion sont-elles des droits véritables ou des faveurs ?prévision du fait que cette autorité s\u2019exercerait à travers la fragilité d\u2019une médiation humaine.Il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer une parole à une autre pour abolir l\u2019une des deux, mais de les tenir toutes les deux avec la même fermeté.Sinon, on invoquera une notion abstraite, parce que incomplète, de l\u2019autorité apostolique.Inutile d\u2019ajouter que c\u2019est le fait de cette médiation humaine qui a engendré dans l\u2019église les situations historiques dans lesquelles ont germé les idées de démocratisation! Exercer l\u2019autorité, en tant que représentant du Christ, n\u2019engendre pas la même situation historique que si le Christ exerçait, en personne, sa propre autorité.3.AUTRES QUESTIONS D\u2019autres considérations s\u2019imposeraient encore, si l\u2019on voulait clarifier le débat sur la démocratisation 12.Si tel était le cas, tout serait bien simple, en ecciésiologie, et l\u2019on n\u2019éprouverait pas tant de difficulté, par exemple, à définir l\u2019une par rapport à l\u2019autre et à articuler l\u2019une à l\u2019autre l\u2019infaillibilité du magistère et l\u2019infaillibilité du peuple chrétien, en son ensemble, dans la confession commune de sa foi.Voir VATICAN II, Constitution dogmatique \u201cLumen gentium\u201d, n.12, avec les commentaires de ce passage, v.g.Mgr PHILIPS, L\u2019Eglise et son mystère, tome 1 (Paris, Desclée et Cie, 1967), pp.167-174; B.van LEEUWEN, \u201cLa participation universelle à la fonction prophétique du Christ\u201d, L\u2019Eglise de Vatican II, tome II (Unam sanctam 51 b, Paris, Cerf, 1966), pp.444-449.Mais ce n\u2019est pas là une idée nouvelle, \u201cinventée\u201d par Vatican II.Déjà, la définition de l\u2019infaillibilité pontificale, au premier concile du Vatican, avait ranimé la discussion à ce sujet, comme on peut le voir en consultant, entre autres, parmi les nombreuses études du chanoine Thils de l\u2019église et pousser plus loin la critique de l\u2019argumentation par laquelle on écarte le fond de la question.Ainsi, est-il suffisant de centrer la discussion sur l\u2019autorité apostolique, son origine, sa nature, sa compétence?N\u2019y a-t-il pas d\u2019autres réalités, dans l\u2019église, et d\u2019autres éléments, en ecciésiologie qui, de façon peut-être aussi décisive, seraient également à faire entrer en ligne de compte?Par exemple, est-ce parce que l\u2019autorité apostolique est reçue, non du peuple, mais de Dieu dans le sacrement de l\u2019ordre, que le reste du peuple chrétien est automatiquement situé dans une position de totale dépendance et de complète passivité, par rapport à la hiérarchie(12)?De même, est-ce parce que l\u2019Esprit est, normalement, reçu à travers les voies sacramentelles sur lesquelles l\u2019autorité apostolique détient légitimement le pouvoir que, une fois reçu, cet Esprit n\u2019a pas le droit de se faire entendre sans l\u2019autorisation de la hiérarchie et sans lui emprunter son langage?Naître, dans l\u2019église, donnerait-il moins d\u2019autonomie vitale qu\u2019ailleurs?D\u2019autre part, les structures collégiales de participation et de communion sont-elles des droits véritables ou des faveurs, concédées par la bienveillance du prince(13)?De plus, pourquoi laisse-t-on subsister tant d\u2019imprécision ou, plutôt, l\u2019idée d\u2019une amplitude aussi univer- sur cette question, G.THILS, L\u2019Infaillibilité du peuple chrétien \u201cin credendo\u201d, Louvain, Warny, 1963; ID., L\u2019Infaillibilité pontificale (Grem-bloux, Duculot, 1969), pp.9-15.Lire aussi Y.CONGAR, Jalons pour une théologie du la'icat (Unam sanctam 23, Paris, Cerf, 1953), pp.398 ss, 450-453 (avec le complément bibliographique sur ce passage dans la troisième édition augmentée, de 1964, à la p.658); M.LOHRER, \u201cSens de la foi et consensus de la foi\u201d, dans L\u2019Eglise et la transmission de la révélation (Mysterium salutis, tome 3, Paris, Cerf, 1969), pp.86-91; John COULSON, \u201cLe magistère de l\u2019Eglise une et son rapport au sensus fidelium\u201d, Concilium no 108 (oct.1975) 105-114; \u201cCroire sur commande\u201d, Concilium no 117 (sept.1976).Ce problème particulier du sens de la foi, du magistère et de leur relation réciproque fait bien ressortir que, en ecciésiologie, le rapport entre les composantes de l\u2019église ne peut être éclairci, aussi longtemps que l\u2019on s\u2019enferme selle et aussi indifférenciée, au sujet de la compétence, du champ d\u2019application du charisme d\u2019infaillibilité papale et de l\u2019autorité romaine, en recouvrant d\u2019un même titre et d\u2019un égal prestige apostolique des aires de juridiction et des aménagements organisationnels qui ne sont, en réalité, que des dispositions du droit ecclésiastique, dont les contingences de l\u2019histoire, avec ses soubresauts politiques, sont souvent, plus que l\u2019évangile ou que la sagesse, l\u2019explication et la garantie?Bien des choses restent donc à clarifier, si l\u2019on veut faire progresser la discussion sur le problème de la démocratisation de l\u2019église.Les remarques critiques faites ici n\u2019établissent pas de conclusion à ce sujet ni n\u2019en préjugent.Elles laissent cependant entrevoir, bien entendu, que le projet d\u2019une église démocratique demeure encore ouvert.Les principaux arguments qu\u2019on lui oppose, en effet, ne sont pas aussi décisifs qu\u2019ils peuvent le paraître, quand on les examine de plus près et que l\u2019on complète le point de vue unilatéral d\u2019où ils sont produits.Mon propos principal, toutefois, était seulement d\u2019indiquer quelques points sur lesquels la discussion, à ce sujet, me semble mal engagée.Si elle devait se continuer sans rectification, il est à prévoir qu\u2019elle s\u2019enlisera et qu\u2019elle dégénérera vite en un dialogue de sourds.26 septembre 1976.dans une conception quasi mécanique de la vie ecclésiale.Dans le même ordre d\u2019idées, on lira avec intérêt certains articles du no 77 de la revue Concilium (sept.1972) qui portent sur les notions de réception et de consensus, notamment ceux de G.ALBERIGO (pp.7-17), R.SCHNACKENBURG (pp.21-30) et Y.CONGAR (pp.51-72).Enfin, sur la conception du làicat, véhiculée par le Code de droit canonique, selon laquelle le làicat est un élément passif dans l\u2019église, entièrement subordonné au clergé, voir Hans W.DAIGELER, \u201cParticipation démocratique et participation dans l\u2019église\u201d, Prêtre et Pasteur 78 (1975) 513-515.13.Ainsi, il me paraît significatif, et fort malheureux, de voir l\u2019éditorialiste de la Civiltà reléguer à la fin de son article (p.321) la mention de la collégialité, de la synodalité et du sens de la foi dans le peuple chrétien.OCTOBRE 1976 275 LIBERTÉ RELIGIEUSE: Accords d\u2019Helsinki respectés en URSS?par Stéphane Valiquette* Je viens de recevoir du Comité Ukrainien du Canada une invitation à me joindre à une prière oecuménique qui se veut en même temps une manifestation publique contre la persécution religieuse en Ukraine.Un dépliant de huit pages accompagne l\u2019invitation et présente des cas de persécutés appartenant aux Eglises orthodoxe, grecque catholique, catholique romaine, adventiste du septième jour, pentecôtiste, auxquels s\u2019ajoutent les Témoins de Jehovah et les juifs.Un autre feuillet intitulé \u201cSave Vasyl Romaniuk\u201d publie les lettres que ce prêtre orthodoxe persécuté adressait au Pape Paul VI et au Conseil Oecuménique des Eglises (COE), l\u2019an dernier.Au moment même où s\u2019ouvrait en 1973 à Helsinki la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (C.S.C.E.) la Conférence épiscopale yougoslave publiait un message demandant que les nouvelles constitutions de la république socialiste fédérative protègent le droit de tous les citoyens à la liberté religieuse.De plus les évêques yougoslaves déclaraient inacceptable l\u2019imposition de l\u2019athéisme dans l\u2019enseignement scolaire et protestaient contre l\u2019exclusion des croyants de la fonction d\u2019enseignant.Nous savons que l\u2019acte final de la C.S.C.E.a été signé par tous les pays européens sauf l\u2019Albanie.Nous avons rapporté ici comment, lors de la Cinquième Assemblée mondiale du COE à Nairobi, en novembre 1975, une motion fut présentée pour blâmer l\u2019URSS de ne pas respecter les * L\u2019A., jésuite, est directeur adjoint au Centre d\u2019oecuménisme de Montréal.accords d\u2019Helsinki(l).La motion fut rejetée mais le COE ne devait pas pour autant oublier la question soulevée.Il lançait immédiatement une enquête auprès des 280 Eglises membres du COE les invitant à faire connaître les violations des Droits de l\u2019Homme dans leurs pays respectifs.Six Eglises de l\u2019URSS (orthodoxes rus se et géorgienne, luthériennes de Lithuanie et d\u2019Estonie, arménienne et baptiste, sans parler de confessions minoritaires comme les \u201cvieux croyants\u201d, les Pentecôtistes etc) affiliées au COE ont pu fournir des renseignements.Le résultat de cette enquête du COE vient d\u2019être publié à Londres(2).Lutte systématique contre la religion Le système communiste soviétique classe la religion parmi \u201cles résidus de l\u2019idéologie capitaliste et bourgeoise hostile\u201d qu\u2019il faut combattre par tous les moyens.Etat officiellement athée, l\u2019URSS garantit toutes les libertés, y compris celle du culte (Constitution, art.124), mais \u201cen conformité avec l\u2019intérêt des travailleurs\u201d.L\u2019Eglise n\u2019est pas mentionnée dans l\u2019énumération des \u201corganisations publiques auxquelles peuvent adhérer les citoyens\u201d.1.\tVoir Relations, mars 1976, 77-78.2.\tReligious Liberty in the USSR, éd Keston, Kent, BR2 6BA, Grande-Bretagne.ou violés Dans le code pénal les délits religieux sont assimilés d\u2019une manière infâmante à ceux de la drogue, de la pornographie etc.(art.224 à 230).La propagande anti-religieuse est garantie et officiellement encouragée, alors que tout prosélytisme et tout enseignement, quel qu\u2019il soit, sont déniés à l\u2019Eglise.La clause 79 du code pénal, qui traite des crimes contre l\u2019Etat, de la trahison et de menées hostiles avec des Etats étrangers donne latitude, ce qui est abondamment fait, d\u2019assimiler la religion à une \u201csubversion idéologique anti-soviétique\u201d.Un dossier accablant vs rURSS(3) Nous ne pouvons retenir ici que quelques témoignages tirés d\u2019un dossier que nous estimons accablant contre les signataires des accords d\u2019Helsinki.En octobre 1975, le prêtre orthodoxe ukrainien Vassili Romaniuk écrit au COE de prison: \u201c.Taxé d\u2019être un \u201cprêtre nationaliste\u201d, je fus condamné à dix ans de prison et mes parents bannis en Sibérie en 1944.En 1972, plus de huit cents personnes, hommes et femmes, su- 3.\tNous aimerions signaler à nos lecteurs le dossier de IDOC (235 East 49th Street, New York 10017), Church within Socialism.276 RELATIONS birent la répression, ont été condamnés à de longues peines, dans des camps mordaves, dans l\u2019Oural.\u201d En 1972, plus de dix-sept mille catholiques lithuaniens envoient une lettre de protestation au secrétaire du Parti communiste de l\u2019Union Soviétique dénonçant: \u201cL\u2019exil de leurs évêques.L\u2019athéisme imposé dans les écoles.le manque de prêtres.le fait que des gens perdent leur travail parce qu\u2019ils sont chrétiens.les activités du KGB pour intimider les éventuels signataires de cet appel\u201d.De nombreuses vexations et discriminations dans la vie quotidienne sont signalées par des lettres signées.Une mère de famille, comme A.Yudintseva, de Gorki, se voit refuser son allocation de sécurité sociale car \u201cson mari est un croyant, emprisonné en 1966 pour trois ans, à cause de ses activités religieuses\u201d.Des discriminations dans le travail sont aussi signalées dans des lettres d\u2019hommes et de femmes, privés de travail ou brutalement rétro-gradés, dès que leur foi religieuse a été connue, soit par enquêtes, soit qu\u2019ils l\u2019aient affichée.Le parti communiste français au secours des chrétiens de l\u2019Europe de l\u2019Est Le 5 mai 1976, le ministre Kasi-mir Kakol, chef de l\u2019Office des cultes en Pologne, donnait une conférence que l\u2019on a interprétée comme des directives adressées aux journalistes du PAP, aux militants du parti et à d\u2019autres collaborateurs(4).L\u2019hebdomadaire Témoignage Chrétien du 26 août suivant faisait écho à ces propos pour le moins disgracieux.Voyant qu\u2019aucune autorité polonaise n\u2019apportait de démenti aux remarques de Témoignage Chrétien, le parti communiste français a senti le besoin de se désolidariser d\u2019avec les propos du ministre Kakol.Dans son numéro du 2 septembre de cette année le quotidien communiste français \u201cl\u2019Humanité\u201d écrit notamment: 4.On en trouvera de larges fragments dans la Documentation catholique, n.1703 (1-15 août 1976), 727-729.OCTOBRE 1976 Nous prenons la religion au sérieux.Parce que notre analyse matérialiste nous fait prendre en compte les rapports complexes qui existent entre société et religion, nous ne pouvons considérer la religion comme un \u201cpasse-temps\u201d, ni la réduire à une crédulité puérile.Un peu plus loin, l\u2019organe communiste continue en affirmant que le parti n\u2019a nullement l\u2019intention de déclarer la guerre à la religion.Nous respectons la foi des chrétiens.Nous voulons un Etat qui donne à tous les moyens de développer leur personnalité.donc un Etat qui ne soit la propriété d\u2019aucun groupe d\u2019hommes, un Etat qui ne soit ni athée, ni chrétien mais simplement laie.Selon le quotidien communiste toujours, la liberté religieuse ne se réduira pas \u201cà un lien personnel Structures d\u2019injustice et lutte pour la libération Conseil Oecuménique des Eglises, Cinquième Assemblée générale, Nairobi, nov.-dec.1975 Extrait du Rapport de la cinquième section.Le droit à la liberté religieuse 34.\tLe droit à la liberté religieuse a toujours été l\u2019une des préoccupations majeures des E-glises membres et du C.O.E.Ce droit ne devrait toutefois jamais être considéré comme l\u2019apanage exclusif de l\u2019Eglise.L\u2019exercice de la liberté religieuse n\u2019a pas toujours reflété la grande diversité de convictions qui existent\u2022 dans le monde.Ce droit est indissociable d\u2019autres droits fondamentaux de la personne humaine.Aucune communauté religieuse ne devrait revendiquer sa propre liberté si elle ne s\u2019engage à respecter réellement la foi et les droits fondamentaux des autres.35.\tLa liberté religieuse ne saurait être prétexte à réclamer des privilèges.Pour l\u2019Eglise, ce droit est fondamental si elle veut pouvoir assumer les responsabilités qui découlent de la foi chrétienne.L\u2019obligation de servir l\u2019ensemble de la communauté est au centre de ces responsabilités.36.\tLe droit à la liberté religieuse a été inséré dans la plupart des constitutions en tant que droit fondamental de l\u2019homme.Par liberté religieuse, nous entendons la liberté d\u2019avoir ou d\u2019adopter une religion ou une croyance de son choix, et la liberté de la vivre, individuellement ou collectivement, en public ou en privé, dans le culte, l\u2019observance, la pratique et l\u2019enseignement.La liberté religieuse devrait aussi comporter le droit et le devoir pour les institutions religieuses de critiquer s\u2019il le faut les autorités établies, sur la base de leurs convictions religieuses.Dans ce contexte, il a été remarqué que beaucoup de chrétiens, dans différentes parties du monde, sont en prison pour des raisons de conscience ou de politique, parce qu\u2019ils se sont efforcés de répondre à toutes les exigences de l\u2019Evangile.(cf.Briser les barrières, Nairobi 1975, Rapport officiel.IDOC-France, Librairie de l\u2019Harmattan, 18 rue des Quatre-Vents, 75006 Paris, p.225.) 277 Léopold Sédar Senghor a 70 ans: Son apport idéologique au Tiers-Monde Noir secret, voire clandestin, entre le chrétien et son Dieu\u201d mais suppose la \u201cliberté de manifester sa religion, de pratiquer le culte\u201d et de \u201cformation religieuse par l\u2019Eglise\u201d.Les héroïques Eglises de l\u2019URSS Il faut savoir que l\u2019Eglise orthodoxe de Russie compte quelque 40 millions de fidèles répartis dans 76 diocèses ayant à leur tête 13 métropolites, 27 archevêques et 35 évêques.L\u2019Eglise catholique' compte environ 2V-i millions de fidèles, surtout en Lithuanie, Lettonie et Estonie et dans les régions autrefois polonaises.Les autres confessions et sectes protestantes, luthériens, baptistes etc, représentent environ 1 *'2 million de croyants.Toutes ces Eglises et leurs fidèles vivent héroiquement.J\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019en visiter quelques-unes et de vérifier le bien-fondé de ce que l\u2019on a écrit sur elles.J\u2019ai été profondément ému par la foi profonde et le courage évangélique des chrétiens qu\u2019il m\u2019a été donné de rencontrer à Kiev, à Léningrad et à Moscou.Aussi suis-je d\u2019accord avec Mgr Roger Etchegaray, président de la conférence épiscopale française, quand au retour d\u2019une visite à l\u2019Eglise orthodoxe de Russie, il écrit: Ce qui fait la force de l\u2019Eglise, c\u2019est la sérénité de ce peuple de Dieu qui renaît sans cesse de ses cendres et réussit à marquer de sa foi le quotidien le plus pollué d\u2019athéisme militant.Personne ne soupçonne l\u2019ampleur et l\u2019intensité de la vie religieuse en U.R.S.S.C\u2019est, sans nul doute, le plus grand volcan de la chrétienté.Oui, bienheureuse Eglise où l\u2019Evangile est recopié à la main, arraché aux touristes bu a< heté sur le marché noir; que ne peut-on espérer de cette Eglise lorsque retombera sur son immense territoire la lave incandescente et féconde de sa foi au Dieu Trinitaire!(5) 5.Voir Eglise de Marseille, 29 août 1976, cité par Témoignage Chrétien, 9 septembre 1976, p.21.par Claude Souffrant* Le 9 octobre 1976 amenait le 70e anniversaire de naissance du Président de la République du Sénégal, Léopold Sédar Senghor.Un livre vient de paraître (1) pour commémorer cet événement.Cet événement renvoie rétrospectivement à un avènement qui mérite d\u2019être signalé.Senghor, ce poète-Président, est le père, ou du moins le plus sûr théoricien, de l\u2019idéologie dite de la Négritude, qui inspire et oriente des mouvements socioculturels, non seulement en Afrique, mais jusque dans les Amériques Noires: Antilles et Etats-Unis.Senghor a pris de l\u2019âge et son idéologie aussi.Il est possible, à l\u2019heure qu\u2019il est, de prendre du recul pour situer l\u2019un et l\u2019autre dans leur contexte historique et social.Dans les années \u201830 Surgie comme contre-culture au cours des années \u201830, l\u2019idéologie de la Négritude véhiculait une aspiration à la reconnaissance de la civilisation noire(2).Aussi se posait-elle en s\u2019opposant au colonisateur blanc, que ce blanc fût Américain, comme en Haiti, ou Français, comme au Sénégal.La partie se jouait entre Noirs et Blancs.Si nette était alors l\u2019opposition, si claire la ligne * L\u2019A., jésuite, diplômé de l\u2019Ecole des Hautes Etudes de sciences sociales (Sorbonne, Paris), a fait un stage de recherches en Afrique et une période d\u2019enseignement au Collège Charles-Louanga, à Ziguinchor, au Sénégal; il est aumônier de la communauté des Haïtiens à Chicago.de partage des deux camps qu\u2019une polarisation raciale s\u2019ensuivait aisément.Mais vers 1934, avec la fin de l\u2019Occupation Américaine d\u2019Haiti; vers 1960, avec l\u2019accession à l\u2019indépendance du Sénégal et d\u2019autres pays Africains, les Noirs prennent ou reprennent le pouvoir.La Négritude, du coup, change de fonction sociale.D\u2019idéologie de contestation, elle devient une idéologie d\u2019attestation.Une idéologie du pouvoir, justifiant une certaine politique(3).Dès lors, les opposants à cette politique braquent le phare sur la dialectique du Maître et du Serviteur jouant désormais entre Noirs; sur les inégalités sociales, les conflits politiques, les antagonismes culturels qui, à l\u2019intérieur de leurs nouvelles et indépendantes nations, déchirent les Noirs et les dressent les uns contre les autres.Par contrecoup, le bloc idéologique éclate, le front racial s\u2019effrite et la Négritude, \u201cnuit où tous les chats sont gris\u201d, est dénoncée comme une mystification qui occulte la réalité de la lutte des classes dans les pays Noirs.Mais même les critiques de Senghor rendent hommage à son apport idéologique à la cause nègre: \u201cMême dans le musée Senghorien, écrit René Dépestre, le concept et les réalités (de la Négritude) gardent 1.\tSouffrant (Claude), Cook (Mercer), Davis (John) et autres, Hommage à L.S.Senghor, Homme de culture, Paris, Ed.Présence Africaine, 1976, 425 pp.2.\tCook (Mercer), The Militant Black Writer in Africa and the U.S.A., Milwaukee, University of Wisconsin Press, 1969, p.II et suiv.Ce livre montre bien le contexte de l\u2019époque.3.\tL\u2019étude la plus complète sur l\u2019aspect politique de la Négritude Sen-ghorienne est, à l\u2019heure actuelle, celle de Markovitz (J.L.), L.S.Senghor and the Politics of Négritude, New York, Atheneum, 1969, 300 pp.278 RELATIONS encore certaines valeurs que nous reconnaissons comme pouvant être partiellement celles des peuples Noirs (4)\u201d.Quel fut donc cet apport?La révolution Senghorienne Bien avant les lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, bien avant qu\u2019il fût question, dans la grande presse et le grand public, de \u201cDéveloppement\u201d, des voix nègres s\u2019étaient élevées pour dénoncer le sort fait aux populations d\u2019Afrique, la misère où on les maintenait.Le célèbre roman de René Maran, Batoua-la, est le chef-d\u2019oeuvre et le témoin de cette littérature protestataire.Cette prise de parole, osant briser le silence servile où se terraient les colonisés, constituait un événement innovateur, annonciateur et initiateur.Mais avec Maran, nous ne sommes pas encore à la Négritu-de(5), pas encore au Développement, tel qu\u2019on l\u2019entend aujourd\u2019hui(6).De Maran à Senghor, l\u2019étape est franchie.L\u2019effort de réhabilitation de la race Noire s\u2019approfondit.Et la tradition de loyalisme politique à la France n\u2019est pas rompue.Mais Senghor va plus loin que Maran, dans la contestation.Et c\u2019est sur le terrain culturel que se situe son innovation.A une époque où, comme le notait W.E.Dubois, \u201ceducated Africans are Europeans\u201d(7) la négritude senghorienne introduit entre le colonisateur et le colonisé un élément de différenciation, un ferment de contre-acculturation, un virus anti-assimilationniste.Et elle exalte cette différence.Par là, elle contribue à la prise de conscience d\u2019une personnalité africaine différente de la personnalité européenne.La brèche est ouverte par où pas- 4.\tDépestre (René), \u201cUne nouvelle identité pour Haiti\u201d, Tricontinental, Ed.française, n.4, 1969, p.30.5.\tFavre (Michel) et René Maran, \u201cThe Negro and Négritude\u201d, Phylon, vol.XXXVI n.3, sept.1975, 340-351.6.\tVoir les remarques de Yves Lacoste, \u201cL\u2019aide, idéologies et réalités\u201d, Esprit, juillet-août 1970, 198-215.7.\tDubois (W.E.), in Alain Cooke, The New Negro, An Interpretation, New York, Albert and Charles Boni, 1925, p.392.OCTOBRE 1976 sera, plus tard, la prise de conscience d\u2019intérêts économiques africains différents et même opposés aux intérêts du colonisateur.La question peut désormais se poser du développement des pays Africains à leur propre profit.Mais les choses en restèrent là.Et paradoxalement, ce père de la Négritude est demeuré, avec une invariable fidélité, avant et après l\u2019octroi de l\u2019indépendance au Sénégal, l\u2019homme de l\u2019Union Française, de l\u2019association politique avec la France.Non pas qu\u2019il soit aveugle sur les méfaits du pacte colonial.On peut glaner dans son oeuvre des poèmes nettement anti-colonialistes comme sa belle \u201cPrière de Paix\u201d(8).Mais une hirondelle ne fait pas le printemps.Et quelques poèmes isolés ne rendent pas compe de l\u2019axe fondamental d\u2019une pensée et d\u2019une oeuvre qui, chez Senghor, est d\u2019Union Française.Cette Union Française présentée par Senghor comme cadre idéal de développement, se base, chez lui, sur une sorte de division raciale du travail:\tl\u2019Européen\tapportant au chantier \u201cle génie de sa race\u201d qui s\u2019épanouira en \u201cusines\u201d, et l\u2019Africain, le génie de la sienne qui égayera les choses \u201cau rythme du poème nègre, au rythme du Tam-Tam (9)\t.\u201d Autant le principe de différenciation introduit par Senghor favorisait à une certaine époque, un certain changement social, autant l\u2019objet de la différenciation semble justifier et consacrer l\u2019état de sous-développement dans le Tiers-Monde Noir.On comprend que tant d\u2019hommes Noirs de lettres rejettent et repoussent une telle image d\u2019eux-mêmes (10)\t.Ce refus de la Négritude Sen- 8.\tL.S.Senghor, Hosties Noires, Seuil, 1948, 148-152.9.\tL.S.Senghor, \u201cL\u2019Afrique s\u2019interroge: subir ou choisir?\u201d Présence Africaine, n.8-9 (numéro spécial sur Le Monde Noir), p.442.10.\tVoir, par exemple, Patrice Kajo, \u201cBrève histoire de la poésie camerounaise\u201d, Présence Africaine, n.93, 1er trim.1975, 206-207; Anthony Phelps et le groupe Haiti Littéraire, Maintenant, Montréal, n.96, mai 1970, 164-166.Les opinions de Mongo Beti et d\u2019autres auteurs sont rapportées par Liban Kesteloot, Black Writers in French, A Literary History of Négritude, Philadelphia, Temple Univ.Press, 1974, ch.13, 194-226.ghorienne se fonde fondamentalement sur les mêmes raisons pour lesquelles des Noirs, aux Etats-Unis(ll), avides d\u2019accéder au coeur de la société de consomrqation, se tiennent à l\u2019écart du mouvement des communes et de son idéologie \u201cvillageoise\u201d, anti-rationnelle et anti-intellectuelle.Dépérissement de la Négritude?Les idéologies, comme les vivants, sont sujettes au déclin.Mais c\u2019est l\u2019un de leurs traits caractéristiques que de renaître de leurs cendres.Dans une situation sociale où persiste la frustration de Noirs victimes du préjugé de couleur ou de race, il y a des chances de réactivation et de résurgence d\u2019une quelconque \u201cnégritude\u201d remettant l\u2019accent sur le facteur racial.Or le \u201cDéveloppement\u201d auquel aujourd\u2019hui on aspire n\u2019est-il pas, qu\u2019il soit de patronage Franco-Américain ou Russe, piégé?Sous son masque et à sa faveur, n\u2019est-ce pas la vieille idéologie de la \u201cMission civilisatrice\u201d de l\u2019homme blanc qui continue, de pair avec une certaine situation coloniale, de régner dans les pays Noirs(12)?Et même une révolution prolétarienne, sans plus, suffit-elle à automatiquement régler, ainsi que le laissent entendre René Dépestre aux Antilles et Angela Davis aux Etats-Unis, la question Noire?11.\tJean Seguy, \u201cA propos des Communautés Américaines\u201d, Archives Internationales de Sociologie de la Coopération et du Développement, Paris, n.33, janvier-juin 1973, p.170.12.\tVoir les remarques de Pereira de Queiroz (Maria Isaura), \u201cLa sociologie du Développement et la pensée de Georges Gurvitch\u201d, Cahiers Internationaux de Sociologie, juil-let-déc.1971.279 DOCUMENT Reprendre en main le projet scolaire par Le Comité catholique du Conseil supérieur de PEducation Grâce à une entente enfin possible, les écoles sont reparties.Aujourd\u2019hui, il ne suffit pas seulement de remettre en marche une machine qui a été durement secouée au cours de l\u2019année scolaire 1975-1976.Après cette lassante épreuve, c\u2019est le souffle qu\u2019il faut maintenant retrouver, et le coeur, et la motivation, et le goût.Pour que l\u2019éducation redevienne possible! Il importe surtout de renouer avec un projet majeur, qu\u2019on n\u2019a pas le droit de laisser à l\u2019abandon.Le Québec a en effet longuement désiré la réforme scolaire.Il a espéré beaucoup de cette aventure collective.Il y a adhéré fortement et courageusement.Il serait tragique qu\u2019il se retrouve, après dix ans et autant de milliards de dollars, devant une machine grippée, une sorte de navire enlisé, déserté par en dedans.Le Comité catholique juge opportun de proposer, à l\u2019intention des milieux scolaires catholiques, certaines lignes de force pour une reprise en main du projet scolaire, essentiel à la construction du Québec.Il est clair qu\u2019au cours des dernières années ce n\u2019est ni le béton ni même l\u2019argent qui ont manqué.C\u2019est la vision qui s\u2019est obscurcie; c\u2019est l\u2019esprit qui s\u2019est évaporé.Une nouvelle étape dans la réforme s\u2019impose, plus difficile que la première: c\u2019est la réforme du sens de l\u2019école et de ses orientations.Il faut recharger de sens et de valeurs l\u2019école publique.Le Comité catholique fait ici un ensemble de propositions pour une école VIVABLE, pour une école DEMOCRATIQUE, pour une école SIGNIFIANTE.Ce sont des propositions brutes, abruptes même.Présentées sans souci de perfection formelle.Elles invitent à une recherche, individuelle et collective, suivant une démarche à inventer en chaque milieu.Elles s\u2019adressent tout particulièrement aux équipes scolaires qui sentent le besoin de se donner un projet d\u2019éducation, qui veulent véritablement \u201cfaire l\u2019école\u201d.Ces propositions ne sont pas des consignes, car en matière de sens et de valeur on ne peut jamais que suggérer, indiquer des pistes possibles.Ce texte constitue pourtant plus qu\u2019un simple discours.Ce serait mal le comprendre que de s\u2019en servir pour camouffler les situations qu\u2019il évoque, en atténuer la portée, se décourager devant la tâche ou lancer des anathèmes.Ce texte est avant tout un appel.Par-delà le récent conflit et ses séquelles, il invite à reprendre en main l\u2019école et son projet.1.POUR UNE ÉCOLE VIVABLE 1.1\tUn milieu de vie éducatif On ne cesse de répéter que l\u2019école doit être un milieu de vie.Encore faut-il que ce milieu soit un milieu éducatif.La rue, les gangs, les brasseries et la pègre sont aussi des milieux de vie.Il ne s\u2019agit certes pas de laisser se recréer ces divers milieux dans l\u2019école.L\u2019école ne peut se contenter d\u2019être le reflet de la société; elle doit en être aussi le projet.1.2\tUne école où le climat est détendu L\u2019école devient invivable quand elle est en tension constante.L\u2019éducation exige une atmosphère amicale.Le mot est banal, mais il est grand.En politique et en affaires, c\u2019est la loi du plus fort qui prévaut.L\u2019école doit être le lieu où \u201cl\u2019esprit corrige l\u2019esprit\u201d, le lieu où l\u2019on puisse faire l\u2019apprentissage de l\u2019échange et de la négociation sans devoir passer par l\u2019épreuve de force.Il est important de \u201cdédramatiser\u201d l\u2019école et d\u2019y recréer un climat de disponibilité qui favorise les relations.1.3\tUne école qui mise sur la limpidité dans les rapports L\u2019école devient un milieu viva-ble lorsque les règles du jeu y sont claires et que les relations s\u2019établissent dans la franchise, le respect et la confiance.On voit bien que ces propos peuvent être reçus comme moralisateurs; qu\u2019ils peuvent être considérés comme des voeux pieux.Mais enfin, l\u2019école sera de plus en plus intenable si la ruse, la stratégie et le mensonge y régnent au détriment de la limpidité des rapports.On a survalorisé les conflits et les rapports de forces; il faut se rappeler la dynamique de la paix et des rapports de confiance.280 RELATIONS 1.4\tUne école où les problèmes trouvent des solutions L\u2019école devient vivable quand chacun peut y soulever ses questions dans la certitude d\u2019être écouté et entendu.Une école où les questions demeurent sans réponse, où les problèmes ne reçoivent jamais de solutions, même provisoires, où les négociations traînent pendant quinze mois, c\u2019est une école barbare.Une solution même provisoire demeure recevable quand elle est présentée pour ce qu\u2019elle est, quand les raisons sont données et quand chacun est assuré qu\u2019on lui dit la vérité.1.5\tUne école qui a le souci de la qualité de la vie L\u2019école devient vivable dans la mesure où chacun se sent responsable de la qualité de la vie qu\u2019on y trouve.La qualité de la vie commence par le respect des lieux, de l\u2019environnement physique.Sur ce point, il y aurait lieu de redécouvrir l\u2019efficacité de certaines pratiques: propreté, silence, ponctualité.On a le goût d\u2019être propre dans un lieu propre.Dans une bibliothèque, on apprend le silence et le respect.On a le goût d\u2019être à l\u2019heure quand le professeur est à l\u2019heure.Le qualificatif public appliqué à l\u2019école ne doit pas être synonyme de sale et de débraillé.1.6\tUne école qui respecte le droit à l\u2019enfance L\u2019école devient invivable quand on tente de la récupérer pour toutes sortes de croisades.Certains veulent la ramener au passé, d\u2019autres veulent l\u2019entraîner dans tous les conflits du présent, d\u2019autres enfin la confisquent au profit de l\u2019utopie de demain.Mais l\u2019enfant, lui, n\u2019a huit ou quatorze ans qu\u2019une fois dans sa vie.Personne n\u2019a le droit de le déposséder de son âge.Ren-dons-lui vivable sa huitième ou sa quatorzième année.Ce sera beaucoup.Laissons leur enfance aux enfants.1.7\tUne école capable de renouvellement Une école est vivable dans la mesure où les renouvellements et les reprises y sont possibles.Les jeunes sont fragiles, mais c\u2019est le propre de l\u2019école de leur faire confiance et de leur accorder le droit à la reprise, alors qu\u2019ailleurs l\u2019erreur est souvent fatale.Nous avons appris ces dernières années que l\u2019école elle-même est fragile et vulnérable: elle peut être menacée et écrasée par les conflits.Mais en OCTOBRE 1976 tant qu\u2019institution éducative, elle doit aussi se caractériser par sa capacité de rebondir et de se relever.Cela est encore plus vrai pour l\u2019institution qui se présente comme catholique, car dans la tradition spirituelle chrétienne la capacité de se redresser et de se reprendre en main constitue une donnée fondamentale.2.POUR UNE ÉCOLE DÉMOCRATIQUE 2.1\tUne école accessible Une école démocratique, c\u2019est une école ouverte à tous.Dans un esprit de justice, la réforme scolaire a rendu l\u2019école géographiquement et financièrement accessible à tous les jeunes.On voulait que personne ne puisse dire en vérité: Je voulais aller à l\u2019école, mais j\u2019étais trop loin, ou mes parents n\u2019en avaient pas les moyens.Il faut veiller sur cet acquis de la réforme, car de nouveaux obstacles ont surgi: en 1975-1976, bien des jeunes ont dû revenir à la maison \u201cparce qu\u2019il y avait une ligne de piquetage\u201d ou \u201cparce que les portes étaient fermées à clef\u201d; d\u2019autres, dégoûtés, ont abandonné l\u2019école pour de bon.La démocratie scolaire peut disparaître sous les slogans et les manoeuvres.2.2\tUne école comptable de ses activités Une école démocratique, c\u2019est aussi une école politique, c\u2019est-à-dire une école ouverte aux rapports entre le gouvernement et les forces d\u2019opposition.L\u2019école publique doit être comptable de ses activités et de son rendement devant la population.C\u2019est une chose cependant d\u2019accepter que l\u2019école soit débattue au niveau politique; c\u2019en est une autre de faire de l\u2019école le lieu même du conflit politique et de s\u2019en servir comme outil de pression.Quand on mêle les deux, le débat est faussé et l\u2019école abusée.2.3\tUne école qui assure des chances égales pour tous Une école démocratique, c\u2019est une école qui veut assurer à chacun des chances égales de se développer selon ses talents naturels.La polyvalence des programmes a été voulue à cette fin.On sait cependant que l\u2019école secondaire a du mal à rédui- relations un cadeau \"pas comme les autres\" dont vous parlerez chaque mois avec l'ami qui le -r recevra.Abonnement: $8 (un an).Une carte sera envoyée en votre nom à vos bénéficiaires. =3 > CD 03 O LU\tO\t\"O > CC\tZ\t< 281 Nouveauté Les Abénoquis Habitat et Migrations (1 7e et 18e siècles) par P.-André Sévigny Une étude sérieuse, de lecture facile sur un groupe important d\u2019Amé-rindiens.Les Abénaquis sont présents dès les débuts de notre histoire.Un volume de 249 pages; 19.6 cm.x 13.2cm.; $9.00 (par la poste $9.50) Chez votre libraire ou aux Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal, Qué.H2P2L9 Tél.: (514) 387-2541 re les distances entre les groupes d\u2019élèves, que de nouvelles barrières ont été dressées ou plutôt, que les vieilles barrières ont été repeintes avec de nouveaux mots (voies allégées, voies enrichies).Peut-être y gagnerait-on à dénoncer clairement le mythe de l\u2019égalitarisme qui est une déformation du principe de l\u2019égalité des chances.Offrir à tous des chances égales ne signifie pas que tous doivent courir au même rythme; cela signifie que tous doivent trouver chaussures à leurs pieds, pour reprendre une expression pleine de sens.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019école ne doit jamais désespérer de l\u2019intelligence.2.4\tUne école qui respecte les disparités La démocratie scolaire peut disparaître sous les slogans, mais aussi sous les normes.L\u2019idéal bureaucratique et égalitaire ignore souvent les différences et les disparités, qu\u2019elles soient sociales, ethniques, religieuses, culturelles, régionales.Pourtant, soutenir et coordonner les composantes et les solidarités naturelles est plus sain et plus économique que d\u2019imposer un modèle unique.C\u2019est plus démocratique aussi.2.5\tUne école qui a le souci de l\u2019excellence L\u2019école publique doit cultiver l\u2019excellence et favoriser l\u2019émergence d\u2019une élite.Non pas d\u2019une élite de classe, mais d\u2019une élite naturelle.Nous ne craignons pas d\u2019utiliser ici des mots qui font peur parce qu\u2019ils sont passés au registre des nouveaux tabous.Mais pour que l\u2019on ne nous accuse pas d\u2019être nostalgiques et de vouloir revenir aux modèles anciens, nous citerons le rapport Faure de l\u2019Unesco.\u201cIl ne faut pas conclure des vices de l\u2019élitisme tel qu\u2019il se pratique dans les sociétés bloquées, que la démocratisation de l\u2019éducation soit incompatible avec un élitisme sainement conçu.(.) L\u2019élitisme qui tend à consacrer un système de rapports de forces et de classes empêche la promotion d\u2019une élite authentique, mais l\u2019élargissement démocratique de bases de l\u2019éducation qui permet l\u2019épanouissement de toutes les aptitudes, favorise la formation d\u2019une élite naturelle.(.) Ce n\u2019est que dans des sociétés en passe de réaliser leur intégration par un décloisonnement général de l\u2019édifice social, que la fonction sélective et distributive de l\u2019éducation peut cesser d\u2019avoir le caractère négatif d\u2019un filtrage pour revêtir le caractère positif d\u2019une promotion.\u201d (Apprendre à être, Fayard 1974, p.69).L\u2019école publique n\u2019a pas à être l\u2019école nivelée et nivelante.2.6\tUne école qui évalue L\u2019influence du mythe égalitariste et l\u2019adoption sans critique de certaines modes pédagogiques ont fait que l\u2019école publique n\u2019ose plus juger.Ne jugeant plus, l\u2019école risque d\u2019être injuste par sa facilité même.L\u2019école ne juge plus, parce qu\u2019il faut du courage et des critères pour juger.L\u2019idée même de démocratie implique pourtant l\u2019acceptation de rendre des comptes, donc de porter jugement.Sous peine de devenir insignifiante, l\u2019école doit porter des jugements.Elle doit s\u2019évaluer elle-même.Elle doit évaluer les apprentissages des jeunes et les aider à s\u2019évaluer eux-mêmes, dans leurs réussites et dans leurs échecs.C\u2019est d\u2019ailleurs le voeu profond de l\u2019enfant que d\u2019être jugé.Si l\u2019on n\u2019est jamais jugé, on demeure indéfini.Or l\u2019enfant veut sortir de son indéfinition.Laisser leur enfance aux enfants, cela ne veut pas dire de les laisser sans règles et sans références, dans l\u2019amnios de l\u2019irresponsabilité.Un enfant qui ne serait jamais jugé serait un enfant trompé, car la vie juge.La pire forme de l\u2019irrespect et de l\u2019abandon, c\u2019est de laisser entendre:\tfais ce que tu veux, comme tu le veux.Ainsi parlait le vieux libéralisme.2.7\tUne école qui n\u2019est la propriété d\u2019aucun clan Bien des partis cherchent à annexer l\u2019école, à la mettre à leur service.L\u2019école démocratique n\u2019appartient pourtant ni à l\u2019Etat, ni aux enseignants, ni aux administrateurs, ni aux parents, ni aux travailleurs, ni aux Eglises.Elle existe pour les étudiants et leur éducation complète.Qui s\u2019approprie l\u2019école, l\u2019aliène.Et une école aliénée devient vite aliénante.Il faut sans cesse libérer l\u2019école des contraintes renaissantes.2.8\tUne école qui reconnaît les nécessaires contraintes L\u2019école démocratique n\u2019est pas l\u2019école du laisser-faire.Parce que certains l\u2019ont cru, d\u2019autres en appellent maintenant au retour à une discipline sévère pour que les jeunes retrouvent le sens de l\u2019effort.En réalité, le sens de l\u2019effort naît d\u2019abord du désir, non de la contrainte.L\u2019effort surgit d\u2019une motivation intérieure, de la volonté de grandir 282 RELATIONS et de collaborer.C\u2019est pourquoi l\u2019apprentissage du désir et de la liberté souffre tout autant du relâchement que du raidissement de la discipline.Les jeunes déploient leur désir et leur effort lorsqu\u2019ils se sentent engager dans des projets auxquels ils sont véritablement associés.C\u2019est alors qu\u2019ils découvrent la nécessité et l\u2019utilité des règles et contraintes indispensables à la réalisation des projets communs.3.POUR UNE ÉCOLE SIGNIFIANTE 3.1\tUne école qui nomme ses finalités Tout se passe comme si, depuis plusieurs années, nous avions perdu de vue les finalités de l\u2019école.Il faut retrouver le courage de dire que l\u2019école doit former l\u2019homme et le citoyen, ce qui est bien plus que l\u2019apprentissage d\u2019un métier ou l\u2019accès à un niveau supérieur d\u2019études, plus que l\u2019épanouissement personnel.Quand l\u2019homme du peuple dit qu\u2019il ne se fait plus d\u2019éducation dans les écoles, il dénonce le fait que l\u2019école a oublié sa fin.L\u2019école doit pourtant être autre chose qu\u2019une coûteuse réserve où la société parque ses jeunes en attendant de les atteler aux chaînes de production.La formation de l\u2019intelligence est une des fins de l\u2019école.La formation sociale et morale est aussi une des fins de l\u2019école.Il faut réaffirmer ces finalités; sans illusions, car c\u2019est une tâche exigeante, mais avec courage, car elle est indéniable.3.2\tUne école qui a le souci de l\u2019unité Pour être signifiante, l\u2019école doit aider les jeunes à faire des liens entre les disciplines, qui ont été indéfiniment morcelées, hachées.Ce morcellement est le résultat de contraintes administratives et syndicales; le résultat aussi de la spécialisation trop poussée des enseignants.Plus généralement, ce morcellement résulte de la mentalité technicienne qui va toujours à décomposer le réel en ses éléments.C\u2019est ainsi qu\u2019on a taylorisé la pédagogie.OCTOBRE 1976 Les jeunes sont saturés de notions et d\u2019informations hétéroclites; ils arrivent difficilement à faire des liens, à donner un sens à leurs multiples apprentissages.L\u2019école secondaire a moins besoin de spécialistes que d\u2019interprètes, d\u2019adultes capables de faire des liens entre l\u2019information, les sciences, les arts, la religion, la vie.3.3\tUne école qui reconnaît des valeurs Une école signifiante, c\u2019est une école qui reconnaît la place indispensable des valeurs en éducation.Nos écoles sont pleines de vérités scientifiques, de vérités objectives, comme on dit communément.Mais la vérité scientifique n\u2019est pas suffisante pour vivre.Pour vivre, il faut des raisons de vivre, des valeurs qui donnent un sens à la vie.Or les valeurs ne s\u2019enseignent pas; elles doivent être posées par des hommes.Les jeunes ont besoin de vivre en contact avec des êtres qui savent ce que c\u2019est que l\u2019amitié, la solidarité; des êtres pour qui la fidélité compte; des êtres qui ne définissent pas la réussite par l\u2019argent; bref, des êtres qui respectent l\u2019intelligence et qui nomment leurs amours.3.4\tUne école qui aide les jeunes à inventer un sens à leur vie Pour être signifiante, l\u2019école doit justement indiquer un sens.Sous prétexte de respecter la liberté et le pluralisme, l\u2019école se refuse d\u2019intervenir.Beaucoup d\u2019adultes, pour se rapprocher des jeunes, refusent leur rôle de définisseurs.Dans une école incertaine et permissive, les jeunes sont souvent déçus de se trouver devant des adultes qui n\u2019ont rien à affirmer.L\u2019adulte, c\u2019est pourtant celui à l\u2019occasion de qui l\u2019élève s\u2019élève.Ce ne sont pas seulement les individus qui doivent assumer ce rôle; c\u2019est l\u2019institution elle-même qui doit être indicatrice.Du temps qu\u2019elle était rare, l\u2019école avait quelque chose de sacré.Devenue banale, c\u2019est-à-dire, au sens étymologique, à la portée de tous, l\u2019école a comme perdu son sens.Le défi démocratique, c\u2019est de tenir ensemble la banalité et la valeur; le respect des libertés individuelles et le maintien d\u2019une direction avouée.3.5\tUne école qui appelle un projet commun Pour être juste, il faut reconnaître qu\u2019il est difficile à l\u2019école de retrouver son sens en dehors ou en l\u2019absence d\u2019un projet commun.L\u2019é- cole ne se situe pas en marge de la société.L\u2019éducation, en effet, est la forme fondamentale de socialisation des hommes.Elle est un phénomène social total qui met en cause la société elle-même à tous ses paliers; qui la met en cause dans ses volontés d\u2019exister les plus latentes comme les plus manifestes.Par son système d\u2019éducation et sa pratique pédagogique, une société révèle ce qu\u2019elle est et ce qu\u2019elle veut être.C\u2019est pourquoi le phénomène \u201céducation\u201d fait naître tant de débats, d\u2019hésitations et même d\u2019angoisses.3.6\tUne école qui fait sa place à la dimension religieuse Le christianisme a contribué à façonner notre être collectif; il a partie liée avec notre histoire et, nous le croyons, avec notre avenir.Pour être signifiante, l\u2019école de ce pays ne saurait ignorer la dimension religieuse et la dimension religieuse chrétienne.Certes, compte tenu des situations diverses, elle doit trouver les articulations qui conviennent entre son projet éducatif et le vécu religieux des personnes et des groupes qu\u2019elle rassemble.Mais en même temps, elle se doit de percevoir dans la religion et l\u2019Evangile non pas une menace à la liberté, mais une incitation et un stimulant dans la recherche de significations qui font vivre.C\u2019est le propre de la religion de donner de la profondeur et de l\u2019horizon à l\u2019expérience humaine.\u201cLe réel ne suffit pas à expliquer le réel\u201d (Fouras-tié).CONCLUSION Nous croyons que les propositions qui précèdent font partie d\u2019un ensemble de \u201cconditions objectives\u201d essentielles à l\u2019activité éducative.Sans elles, la qualité de l\u2019éducation risque de demeurer un slogan, que mille clauses de convention collective n\u2019arriveront jamais à garantir.Nous savons aussi que les textes ne peuvent pas changer la réalité.L\u2019école publique ne se rechargera de sens que si elle est reprise en main de l\u2019intérieur par ses premiers artisans, ceux et celles qui quotidiennement \u201cfont l\u2019école\u201d.Québec, septembre 1976.283 théâtre Une histoire d\u2019amour: le TNM et le Gesù par Georges-Henri D\u2019Auteuil Qui entreprendra d\u2019écrire, un jour, l\u2019histoire de la vie culturelle à Montréal, ne pourra pas oublier de signaler le rôle éminent, joué depuis cent dix ans, par la Salle académique du Collège Sainte-Marie, appelée plus communément Salle du Gesù.Appellation justifiée d'ailleurs, d\u2019abord parce que la salle sert de sous-sol à l\u2019église du Gesù, mais surtout parce que, loin de n\u2019être utilisée que pour les fêtes et activités des élèves du Collège, elle fut un lieu de rencontre recherché du grand public pour de multiples manifestations artistiques, littéraires et théâtrales destinées à des spectateurs cultivés et connaisseurs, à cause, sans doute, de sa facilité d\u2019accès, mais aussi de la qualité supérieure de ce qu\u2019on y présentait.En effet \u2014 et cela depuis le début \u2014 la Salle du Gesù vit s\u2019assembler des foules considérables dans son hémicycle favorable aux contacts chaleureux pour applaudir des musiciens et chanteurs réputés, de célèbres conférenciers européens ou canadiens, des comédiens de haute classe venus de partout.Depuis une trentaine d\u2019années environ, c\u2019est surtout des troupes de théâtre qu\u2019elle abrite.L\u2019une d\u2019elles, et des plus importantes, célèbre avec contentement et fierté ses noces d\u2019argent.Le Théâtre du Nouveau Monde a vingt-cinq ans.Un âge respectable et plutôt rare chez nous où la persévérance artistique n\u2019est pas coutumière.Sans doute la permanence hantait bien les rêves audacieux des fondateurs, mais il y a souvent écart considérable entre le rêve et la réalité.Pour une fois, les dieux se sont montrés favorables, mais non sans la pratique constante du proverbe: Aide-toi et le ciel t\u2019aidera.Date à retenir: c\u2019est le 9 octobre 1951.Encore une fois la Salle du Gesù, récemment renouvelée et libérée des colonnettes qui nuisaient à la vision, assistait à une naissance prometteuse et fragile comme toutes les naissances.Tout en sirotant leur champagne, les heureux parents et leurs amis se disaient entre eux, avec un brin d\u2019inquiétude: \u2018\u2018Que sera donc cet enfant?\u201d Alors en poste au collège Sainte-Marie, j\u2019étais présent, non au champagne, mais à la naissance et, comme tout le monde, je formulais, à l'adresse du nouveau-né, les plus bienveillants voeux de santé et de longévité.Au reste, des raisons sentimentales m\u2019y poussaient.Les principaux fondateurs et animateurs de cette nouvelle Compagnie théâtrale, Jean Gascon et Jean-Louis Roux, je les avais vus pousser au collège et briller sur cette même scène du Gesù où ils interprétaient, avec déjà beaucoup de talent, les divers personnages que je leur proposais d\u2019incarner lors des spectacles dramatiques de tradition chez les Jésuites.Et je croirais volontiers que c\u2019est là, sur cette vieille scène où se sont baladés tant de comédiens divers, pendant les exercices \u2014 entre deux coups de marteau du vieux Coursol \u2014 de leurs tirades de l\u2019Aiglon ou de Mithri-date, qu\u2019ils ont pris le fatal virus du théâtre qui les a fait fuir les salles de cours universitaires pour sauter sur les tréteaux violemment condamnés par Bossuet et Bourdaloue.En effet ce qui devait arriver arriva; abandon délibéré, et non sous les coups de l\u2019insuccès, de la médecine, engagement avec les Compagnons du Père Legault, aventure périlleuse en France et en Belgique où ils rencontrent directeurs de troupes, metteurs en scène, se collettent avec d\u2019autres comédiens, apprentissage sérieusement mûri de leur métier d\u2019acteur, pour rebondir, bardés d\u2019enthousiasme et d\u2019énergie, sur la scène de leurs exploits de collégiens.L\u2019aurore d\u2019une nouvelle vie trépidante, hasardeuse, difficile, exaltante aussi, celle du baladin du rêve.ou de la brutale réalité.Car ce ne fut pas toujours rose.Même après la première saison, on parla de mort prématurée.C\u2019est que, comme partout en ville, le cinéma semblait vouloir envahir la Salle du Gesù en permanence.Où aller, alors?Comment trouver un emplacement aussi approprié, aussi accessible et suffisamment aménagé pour le théâtre?A peine né, le TNM recevait là un coup dur dont il pourrait bien ne pas se relever.Théâtre vs Cinéma.Le théâtre l\u2019emporta, grâce à un changement d'administration au Collège.Le ciel revint au beau fixe et la sérénité dans les coeurs des comédiens.L\u2019on se remit à l\u2019oeuvre.Prudemment.On n\u2019était pas toujours sûr du succès d\u2019une pièce.On réservait la salle pour quinze jours, avec option pour le reste du mois, sans s\u2019engager trop fort.Les amateurs de théâtre, toujours alors peu nombreux, tout en étant sympathiques à la nouvelle équipe, restaient un peu sur leurs gardes et ne marchaient qu\u2019à coup sûr.Pendant les six ans que le TNM logea au Gesù, il y eut bien sûr des hauts et des bas.Certaines pièces, jugées pourtant intéressantes, ne réussirent pas.Mais il y avait Molière qui fut comme la mascotte de la troupe.C\u2019est sous son étoile que le TNM avait lancé son aventure avec un Avare d\u2019une tenue vraiment professionnelle et qui emporta d\u2019emblée l\u2019assentiment des nombreux spectateurs.Alors, quand un léger fléchissement se faisait sentir, hop! on annonçait un Molière, soit Tartuffe, oeuvre autrefois condamnée et qui sentait, croyait-on, le bûcher, ou Don Juan, un autre mécréant, ou Les Trois Farces qui permit aux comédiens de s\u2019en donner allègrement.Et la salle se remplissait à tout coup de spectateurs qui s\u2019amusaient ferme.Il faut dire que les acteurs du TNM se sentaient sur la même longueur d\u2019ondes que le vieux Poquelin.De leur jeu enthousiaste se dégageait une sorte d\u2019euphorie tout à fait remarquable, une redécouverte du grand Ancêtre qui charmait tout le monde, y compris les Parisiens tout émerveillés.Eh oui, pour confirmer leur jeune réputation et la faire approuver par des critiques réputés, les Directeurs du TNM décidèrent d\u2019affronter les projecteurs des scènes parisiennes.Avec succès.Ils ont même failli y perdre Hoffmann sollicité de toutes parts.Cette tournée européenne servit sans doute la cause du TNM, même si elle fut coûteuse financièrement, comme il fallait s\u2019y attendre.Et l\u2019organisation locale des spectacles continua.Pour encourager la production du théâtre canadien, on lança un concours d\u2019oeuvres dramatiques auprès de nos écrivains.Avec promesse de jouer la meilleure pièce.Promesse qui causa le départ du Gesù par le TNM: les autorités du Collège jugeant inacceptable la pièce primée, l\u2019Oeil du Peuple, d\u2019André Langevin, qui fut, au reste, un échec cuisant.A vrai dire, dans l'estimation des Fondateurs, la salle du Gesù ne devait être qu\u2019une étape plus ou moins longue en attendant d\u2019acquérir leur propre théâtre avec salles, bureaux et commodités nécessaires.Espoir qu\u2019on fut très lent à réaliser, après de multiples déboires, démarches, expédients, amères déceptions et découragements même.Il y eut des départs.et des retours.Selon le bon vieux cliché, la barque a été longtemps ballottée, menacée de chavirer, avant d\u2019ancrer à un port sûr pour fêter dans la joie et prévoir des lendemains qui chantent.284 RELATIONS littérature LE ROMAN QUÉBÉCOIS DEPUIS DIX ANS Bâtir un pays de papier par Gabrielle Poulin Même si les éditeurs ont un peut levé le voile sur les événements de la saison littéraire 1976-1977, celle-ci tarde à venir.Avant qu\u2019elle n\u2019éclate sur nous, comme une floraison tardive ou comme un orage, emportant avec elle nos appréhensions ou nos espoirs, nous avons le temps de jeter un regard d\u2019ensemble sur le paysage romanesque québécois tel que l\u2019ont brossé les dix dernières années et de nous demander s\u2019il y a quelque chose de commun entre cette période de relative abondance et les époques, pas si lointaines après tout, où croissaient à tour de rôle, sur une terre longtemps laissée en jachère, le roman historique, le roman de la terre, le roman psychologique, le roman de moeurs et le roman poétique.En ces temps-là, le roman avait besoin, pour pouvoir en toute immunité circuler dans le gros village du Québec au milieu des missels, des histoires saintes, des catéchismes et des annales pieuses, de revêtir ces épithètes rassurantes comme la livrée rouge et or des livres de prix distribués par le Conseil de l\u2019Instruction publique et les supérieurs des collèges classiques.L\u2019underground alors s\u2019appelait l\u2019enfer; il laissait échapper, non les fumées oniriques et euphorisantes du hasch et de la mari, mais des odeurs de soufre qui plongeaient les imaginations dans les mondes horribles du toujours-jamais et l\u2019imminence de la damnation.Depuis, toutes les épithètes sont tombées comme des vêtements désuets et en tombant ont emporté avec elles la substance même qui faisait d\u2019un livre un roman.Devant ces formes vagues que ne contient plus aucune ligne ni ne revendique aucune école, aussi anarchiques que la mode elle-même, multiples et changeantes comme des amibes, des jeans ou du denim, d\u2019aucuns se surprennent à regretter le temps des uniformes, des rangs \u201cdeux à deux\u201d, des parades et des processions qui traçaient sur le pays des lignes harmonieuses: drapeaux, étendards et fanions d\u2019une littérature essentiellement patriotique, religieuse et aristocratique.OCTOBRE 1976 Depuis dix ans, c'est l\u2019anarchie la plus complète.Personne, ni le lecteur, ni le romancier, ni le critique, ne sait plus ce que c'est qu\u2019un roman.Celui-ci éclate et court dans toutes les directions.Est-ce la Révolution tranquille, assortie d'une révolte plus violente dont les bombes ont bel et bien éclaté sur les places publiques et dans les livres, est-ce l\u2019apparition et les menées \"subversives\u201d de Parti pris qui, agissant à la manière du levain dans la pâte, de la sève sous l'écorce ou de la dynamite sous le rocher jusque-là infrangible, ont produit cette floraison ambivalente de vie et de mort qui a fait éclater le roman dans sa structure, dans sa forme, dans sa langue elle-même?LA DÉMOCRATISATION DU ROMAN Il est bien révolu le temps où le fait de savoir écrire vous élevait d\u2019emblée un homme au niveau du médecin, du curé ou du notaire.N\u2019importe qui maintenant peut écrire et même, s\u2019il en a envie, écrire un roman.L\u2019accessibilité à l\u2019instruction, qui fut un fruit de la Révolution tranquille, semble avoir donné le signal de l\u2019accessibilité à la littérature.Quand on considère le nombre des romans qui se publient chaque année, \u2014 en 1975, il est paru au Québec environ trois fois plus de romans qu\u2019en 1967, \u2014 et la médiocrité d\u2019une grande partie de cette production, l\u2019on est vraiment convaincu que n\u2019importe qui peut écrire et que, en fait, n\u2019importe qui écrit.Pourquoi, après tout, l\u2019adolescent à qui le maître a proposé comme \"travail de longue haleine\" au Se- condaire de rédiger un roman et qui a pu lire sur son manuscrit achevé: \u201cExcellent\u201d, \u201cTrès bien\u201d, n\u2019éprouverait-il pas la tentation de récidiver une fois parvenu à l'âge adulte?Les lecteurs de manuscrits pourraient en dire long sur l\u2019assaut des jeunes romanciers auprès des éditeurs.Il y a beaucoup d\u2019appelés et, sans doute, proportionnellement peu d\u2019élus.Encore assez cependant pour qu\u2019on puisse croire que les é-diteurs laissent croître en toute liberté, d\u2019une saison à l\u2019autre, l\u2019ivraie et le bon grain jusqu\u2019à la moisson finale à laquelle doivent veiller lecteurs et critiques.Il y a chaque année quatre groupes de romanciers qui publient au Québec.D\u2019abord les grands, ceux que les périodes précédentes, qui furent à bien des égards des périodes de disette, ont reconnus et consacrés.Périodiquement, ils reviennent, fidèles à leurs lecteurs et à l\u2019écriture, apporter leur tribut aux dieux et aux césars d\u2019un siècle pluraliste, débonnaire et permissif.Ils continuent de croire, \u2014 et ils ont peut-être raison, \u2014 qu\u2019un bon roman doit raconter une histoire avec un commencement, un milieu et une fin.S\u2019ils ne boudent pas le \u201cprogrès\u201d, ils ne sont quand même pas prêts à lâcher la proie du roman traditionnel et réaliste pour l\u2019ombre du Nouveau Roman Nouveau.Ils savent que la mode est passagère et emporte dans ses remous ceux qui s\u2019abandonnent à elle avec trop de naïveté.Yves Thériault, Gilles Archambault, Claude Jasmin, Gabrielle Roy, Claire Martin, Jean-Jules Richard, Andrée Maillet, Jean Simard, André Langevin, Adrienne Choquette, Yvette Naubert, Gérard Bessette, Anne Hébert témoignent, depuis dix ans, de leur volonté de présence dans une époque qui ignore les valeurs qui l\u2019ont façonnée.Leur oeuvre manifeste, dans les forces contradictoires qui la tirent en tous sens, à quels conflits l'écrivain d'une autre génération doit faire face pour seulement continuer de vivre.Si Yves Thériault et Claude Jasmin trouvent dans ces conflits le secret d\u2019une fécondité, d\u2019une assurance 285 et d\u2019une popularité à toute épreuve, il n'en va pas de même pour Gilles Archambault, Anne Hébert, André Langevin et Andrée Maillet, visiblement écartelés, comme tous leurs personnages, entre le monde d\u2019hier et celui d\u2019aujourd\u2019hui.Cet état de tension transparaît au niveau des thèmes, des images, de récriture elle-même, dense et souvent exaspérée; il donne à leurs romans une gravité et une sonorité très riches qui les imposent à une époque tourmentée, é-tourdie par le bruit, mais toujours à la recherche de voix authentiques.Dans l'essai qu\u2019il vient de publier: Le Roman à l\u2019imparfait (1), Gilles Marcotte se penche sur l\u2019oeuvre de Gérard Bessette qu\u2019il trouve exemplaire de toute cette période en ce que, \u201cpossédé comme nul autre par l\u2019ambition réaliste, il (Bessette) a dû la contredire pour entrer dans cette \u2018nouvelle prose\u2019 qui est, au-delà des formules personnelles de chacun, le lieu d\u2019exercice du roman québécois actuel\u201d (p.54).Mais, \u201caprès avoir pratiqué l\u2019envers du roman dans Le Libraire\", Bessette, comme le note en conclusion Gilles Marcotte, a éprouvé \u201cle besoin de retrouver l\u2019endroit, pour éviter que son travail de déconstruction ne se fasse à une trop grande distance de cela même qu\u2019il définit\u201d (56).Si les romanciers de ce premier groupe ne sont pas toujours allés aussi loin que Gérard Bessette dans le chemin étroit du \u201cnouveau\u201d roman, il reste que, à un moment ou l\u2019autre, ils ont senti son appel: plusieurs de leurs romans semblent se tenir dans un équilibre assez instable entre les voies du passé et l\u2019entrée de ces nouveaux espaces du récit.Le deuxième groupe de romanciers se caractérise par sa mobilité et son pouvoir de mimétisme.Les romanciers qui le composent se succèdent et se remplacent.Ils se ressemblent par leur enthousiasme, leur volonté de tenter leurs chances et leur aptitude à jouer indifféremment sur tous les claviers.Plusieurs d'entre eux ont écrit un premier roman qui contient toute leur oeuvre et qui restera leur unique roman.D\u2019autres se sont livrés aux confidences dans des romans autobiographiques.Du récit de leur enfance, de leur adolescence ou d'une crise quelconque de leur âge d\u2019homme, ils ont fait le creuset où ils élaborent et offrent en raccourci, exemplairement, l\u2019histoire de la nation.Les héros de Michelle Mailhot, d\u2019Adrien Thério, de Madeleine Ouellette-Michalska, de Michel Desrosiers, de Georges Dor, de Jean-Paul Fi-lion, de Dominique Blondeau, de Suzanne Paradis, de Marcel Godin, de Marcelle Brisson, d\u2019Alice Parizeau sont paradoxalement contraints et libres.Ou plutôt, victimes et héritiers d\u2019une éducation classique et religieuse, ils tentent de se détacher du monde qui les a façonnés comme hommes au moyen des instruments dont ce monde qu\u2019ils rejettent leur a appris le respect et le maintien.Ces romanciers ne peuvent faire autrement que répéter les formes an- 1.Gilles Marcotte, Le Roman à l\u2019imparfait.Coll.\u201cEssais sur le roman d\u2019aujourd'hui\u201d, Montréal, Eds La Presse, 1976, 195 pp.ciennes dans une langue qu'ils maîtrisent, mais qui, sournoisement, continue de les dominer.Dans le troisième groupe de romanciers, quelques-uns, emportés par un mouvement poétique régénérateur, réussissent à briser les digues paralysantes de la tradition.Leur oeuvre s\u2019impose parce que, tout en se réclamant du roman, elle en transcende les formes passagères puisqu\u2019elle s\u2019établit d\u2019entrée de jeu aux confins du récit et du poème.Il ne viendrait à l\u2019esprit de personne de contester, soit au nom de la tradition, soit au nom du \u201cmodernisme\u201d, la valeur actuelle des très beaux romans de Louise Maheux-Fornier, qui témoignent sur un ton discret, presque chuchoté, du caractère universel et inébranlable de l\u2019oeuvre d\u2019art authentique.Jacques Benoît, Jacques Poulin, Claire de Lamirande, Charles Soucy, Michel Beaulieu, Pierre Turgeon, sans atteindre à l\u2019excellence de l\u2019auteur de Paroles et musiques, poursuivent, en se confiant à la mystérieuse fascination des mots devenus images, symboles et musique, et par conséquent libérés des contraintes de l\u2019utilité dans l\u2019univers du réel, une démarche de création qui les dégage des servitudes du réalisme, les ouvre à l\u2019univers fantaisiste ou fantastique où l\u2019imagination des lecteurs a toujours trouvé un refuge contre le temps lui-même.LE DÉMON DES MÉTAMORPHOSES Ce n\u2019est pourtant pas encore ces romanciers, si modernes et si talentueux soient-ils, qui caractérisent sans équivoque la dernière décennie romanesque québécoise, qui collent à elle, non comme un vêtement, mais plutôt comme sa chair vivante.Leurs oeuvres sont trop disparates, trop détachées du présent et du lieu pour qu\u2019elles puissent constituer, je ne dirai pas un miroir, \u2014 l\u2019on est loin désormais du roman réaliste, \u2014 mais un écho ou un appel, ou mieux encore une interrogation et un défi.La beauté un peu plastique qui les pare peut séduire le lecteur, mais ni ne le bouleverse ni ne le dérange.Elles traversent le temps présent plutôt qu\u2019elles ne le construisent ou ne l\u2019habitent.Elles ne vieilliront peut-être pas; elles n\u2019auront jamais été non plus tout à fait jeunes.Il faut aller ailleurs pour sentir les frémissements du Ouébec d\u2019aujourd\u2019hui, entendre les murmures, les plaintes, les cris de ce qui ressemble à une crise d\u2019adolescence, éprouver les déséquilibres et les contradictions de l\u2019âge ingrat.Les romanciers qui ont commencé à écrire pendant ces dix années scandent avec ferveur et régularité la marche d\u2019un pays pris de vertige qui tourne sur lui-même.Ils forment, sans appartenir à aucune chapelle ou école, le groupe le plus important des romanciers actuels.A leur apparition correspond également la montée d\u2019un phénomène nouveau dans la littérature québécoise.Autrefois, il n\u2019y a pas si longtemps, un romancier écrivait un ou deux romans, trois ou quatre au plus, puis se taisait.Il avait apparemment épuisé les ressources de son imaginaire.S\u2019il avait continué à écrire, il n\u2019aurait pu que répéter des choses déjà dites, des histoires déjà racontées.Le \u201ctout a été dit et nous venons trop tard\u201d exerçait encore sur nos anciens son pouvoir astringent.Aujourd'hui, en même temps que la foi au deus ex machina du romancier-créateur, l\u2019on a perdu la hantise du renouvellement à tout prix et la croyance indéfectible à la possibilité du progrès.L\u2019heure appartient aux démons de la métamorphose.Il importe peu qu\u2019on reprenne cent fois la même histoire, que réapparaissent constamment les mêmes personnages, les mêmes hantises, les mêmes figures obsédantes.Grâce à la magie et aux sortilèges des mots, le \u201cpareil au même\u201d se transforme, le monde et le roman continuent de tourner et le romancier, envoûté par sa propre voix, d\u2019écrire.Réjean Ducharme, Victor-Lévy Beaulieu, Jacques Godbout, Marie-Claire Blais, Jacques Ferron, André Major, Jean-Marie Poupart, Gilbert Larocque appartiennent à cette génération de romanciers prolifiques qui s\u2019acharnent à réinventer, en l\u2019abandonnant à la métamorphose, le réel dans toute sa diversité.S\u2019ils ont entre leurs mains la puissance du magicien, ils éprouvent également dans tout leur être une immense solitude.Pendant que l\u2019homme de la rue et le lecteur en sont encore et plus que jamais au réalisme, ils ont déserté le pays qui les déçoit pour se réfugier dans un univers de papier auquel ils tentent, à coups de mots, d\u2019imposer des frontières, une nation, une langue, une histoire: \u2014\tJ\u2019écris et je refais la réalité de mon pays à mon gré.ce n\u2019est pas un privilège: tout le monde apprend à écrire.Le faire, c\u2019est user d\u2019une liberté d\u2019expression comme celle de parler.Peu en usent parce qu'il est plus facile de parler.On écrit seul comme un roi.(.) \u2014\tJe suis roi d\u2019un pays incertain (2).LA SOLITUDE DU ROMANCIER Oui, on écrit seul comme un roi.Un inventaire rapide des romans les plus représentatifs des années 65 à 75 permet d\u2019établir une sorte de schéma général dans le- 2.Jacques Ferron, Le Saint-Elias.Coll.\"Les Romanciers du Jour\u201d, Montréal, les Eds du Jour, 1972, 186 pp.286 RELATIONS quel, sans trop les violenter, on peut faire entrer les principales oeuvres de Beaulieu, Major, Ducharme, Godbout, M.-C.Blais.Au centre de son roman, le héros est seul.\u201cAbel\u201d Beaulieu, à sa table de travail dans une maison vide; Vincent Falardeau-Du-charme, au grenier éclairé par une bougie vacillante; l\u2019ex-inspecteur Therrien, juché dans sa maison-promontoire et armé de la caméra qui lui tient lieu de stylo; Thomas d\u2019Amour et Michel Beauparlant, le héros de l'isle au dragon, émettant, chacun à la façon de Godbout, des communiqués comme autant de signaux de détresse; Mathieu Lelièvre, retrouvant à l\u2019instar de Marie-Claire Blais, dans Une liaison parisienne, les misères et les grandeurs du réel.A l\u2019origine de ce \u201cretirement\", l'on trouverait sans doute la sensation d\u2019un échec, celui auquel le Québécois s\u2019affronte tous les jours depuis que la Révolution tranquille est parvenue à l\u2019époque des retombées.Le romancier éprouve jusque dans les frémissements de son imaginaire le paradoxe qui tire le réel en tous sens: une nation, de plus en plus cohérente dans son identité, \u2014 identité définie, il est vrai, davantage par ses manques que par ses possessions, \u2014 et l\u2019irréalité d\u2019une patrie située dans un pays sans frontière.Ainsi la nation fait-elle figure de fantôme et le pays, d'espace mouvant, hanté, inquiétant.A la nation décevante et fuyante comme une amante ou une épouse infidèle, le romancier oppose le visage de la mère disparue, qui est ensevelie dans la terre des origines.Il rejette, avec un dépit fait d\u2019amour et de haine, le présent.Il est violent, cynique.La fête de l\u2019écriture tourne en orgie, en catharsis dans laquelle les mots travestis, les clichés exacerbés s\u2019abandonnent à l\u2019ivresse et au mensonge du calembour.Tout le temps que dure la nuit dans laquelle il s\u2019est enfermé pour écrire, le romancier aperçoit comme dans un cauchemar les terres qui lui échappent.Il tente de les retenir et trace sur le papier, au moyen de traits incisifs, des frontières qu\u2019il voudrait stables.Il nomme les régions, les villages, les rivières, les rochers, voire les rues de la ville.Métaphysique des lieux, écrivait Aragon, \u201cc\u2019est vous qui bercez les enfants.C\u2019est vous qui peuplez leurs rêves (3).\u201d Quand la nation est un fantôme, les lieux hantés deviennent cauchemars.Percé, Kamouraska, Gaspé, Saint-Jean-de-Dieu, (L\u2019isle Verte), Rivière-du-Loup, la Beauce, le Cap-de-la-Madelei-ne, Sorel, Ahuntsic, Montréal-Nord, les Pays-d\u2019en-haut, tels sont, et d\u2019autres en- 3.\tLouis Aragon, Le Paysan de Paris.Coll.\u201cLe Livre de poche\", Paris, Gallimard, 1966, 251 pp.4.\tGilles Marcotte a bien saisi le sens de cette crise d\u2019identification dans l\u2019essai qu\u2019il consacre au roman québécois d\u2019aujourd\u2019hui et qu\u2019il intitule avec beaucoup d\u2019à-propos Le Roman à l\u2019imparfait.Il montre, à travers l\u2019oeuvre de quatre romanciers: Gérard Bessette, Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais et Jacques Godbout, comment nos romanciers se sont posé la question fondamentale qui occupe le roman contemporain: \u201cComment aujourd'hui raconter une histoire qui soit vraie de la vérité même du récit?Comment réciter ce monde nouveau que nous faisons et qui nous fait?\" OCTOBRE 1976 core, les points que les romanciers posent avec ferveur et rage sur leur carte du pays.Le papier trop mince, de la minceur même de la patrie, se déchire.Sur la page et dans le roman, la réalité fuit par ces pores ouverts.Seul le romancier demeure prisonnier de son roman.Sa fidélité au rêve devenu cauchemar fait de lui un éternel déserteur, un nouveau Sisyphe qui entreprend chaque année de colmater, à l'aide des mots et des images, les brèches de son pays de papier.Il ne faut pas s\u2019étonner si la nouvelle génération de romanciers québécois, venus à l\u2019écriture au moment même où l\u2019on conteste ailleurs les formes du roman traditionnel, ait donné à cette contestation la forme violente et originale d\u2019une interrogation autant sur le réel que sur la forme du récit lui-même (4).Tous les romanciers qui écrivent depuis dix ans chez nous: les anciens fidèles aux voix de la tradition mais qui entendent l\u2019appel des voix nouvelles, les autres apparemment plus détachés du réalisme, un peu isolés aux confins du roman et de la poésie, se sont posé, à leur façon, ces questions modernes sur la forme et sur la vérité du récit.Ces interrogations les ont conduits à un effort de renouvellement qui a été original et, dans une certaine mesure, bénéfique pour leur oeuvre et pour le roman québécois actuel.Les romanciers du pays, ceux dont nous avons parlé dans la dernière partie de cette chronique, n'ont pas eu à faire d\u2019efforts pour entrer dans ce mouvement de contestation romanesque.Passés de la résignation séculaire qui a fermenté chez tout un peuple à l\u2019amertume et à la révolte, ils ont informé le réel et le présent à l\u2019aide d\u2019une langue qui a fermenté également, celle des curés et de leurs fidèles, devenue une langue de violence, de sacres et de calembours.S\u2019il leur importe peu de raconter une histoire, c'est qu\u2019ils font l\u2019histoire elle-même quand ils font un livre.Ils n\u2019ont pas à se poser de questions non plus sur la vérité du récit; les pages de leurs romans sont traversées d\u2019ébauches, de coups de crayon rageurs.Le sens fuit par les brèches ouvertes; le réel s\u2019insinue à travers ces failles.Les feuilles presque transparentes posées bien à plat sur le sol, ils les colorent, les découpent, et avant même qu\u2019ils ne les aient réunies pour en faire une histoire ou une géographie, le vent de l\u2019imaginaire les emporte et les retourne à l\u2019envers.Avec le pays réinventé, le romancier s\u2019abandonne aux formes dont il rêve.Rien ne progresse mais tout change constamment.Le passé, le présent et l\u2019avenir tournent en rond dans le pays et dans les livres.C\u2019est l\u2019accélération de ce mouvement circulaire qui permet au romancier de rester debout, qui l\u2019empêche de s\u2019enliser dans le silence et dans l\u2019échec et qui retient sa colère entre les bords de son livre.Ottawa, le 22 septembre 1976.Raymond DENIEL: Religions dans la ville \u2014 Abidjan (Côte-d\u2019Ivoire), INADES, 1975, 208 pp.L\u2019auteur, membre de l\u2019équipe d\u2019INA-DES (Institut Africain pour le Développement Economique et Social) qui a son siège à Abidjan, Côte-d'Ivoire, nous présente une enquête d\u2019opinions auprès des habitants d\u2019Adjamé, le quartier le plus peuplé de la capitale de la Côte-d\u2019Ivoire.Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une étude basée sur des recherches socio-économiques, mais plutôt d\u2019une analyse méthodique des perceptions qu\u2019a ce secteur de la population ivoirienne sur sa religion et la relation de celle-ci avec la vie quotidienne.Quatre catégories religieuses font l\u2019objet de l\u2019enquête: chrétiens, musulmans, animistes et indifférents.Pour chacune des catégories, l\u2019auteur a interrogé, d\u2019un côté, un échantillonnage d\u2019adultes âgés de vingt ans et plus et, de l\u2019autre côté, des étudiants du second cycle du secondaire, ce que nous appelons au Canada français le collégial.Les questions portaient sur la religion, la famille, la réussite personnelle, le métier, l\u2019argent, le développement du pays.Très peu des habitants d\u2019Adjamé sont nés dans le quartier: la plupart viennent de la campagne, un certain nombre sont des immigrants venus des pays voisins chercher du travail en ville.Quel est l\u2019effet de ce déracinement sur la religion et sur la philosophie de la vie?C\u2019est une des coordonnées que l\u2019enquête chercher à cerner.L\u2019ouvrage, sans doute limité par son champ d\u2019exploration et sa méthode d\u2019approche, se lit facilement et intéressera tous ceux qui se préoccupent de sociologie religieuse.Il dissipe des affirmations simplistes comme celle qui veut que \u201cla religion musulmane entretiendrait chez ses fidèles une attitude résignée et fataliste: Dieu a tout prévu et décidé, il n\u2019est que de se soumettre à ses décrets, à sa volonté.Le christianisme serait, par opposition, une religion dynamique.La preuve en est qu\u2019il est la religion des pays riches et développés.\u201d (p.17-18).Il illustre aussi combien est humaine et généralisée l\u2019habitude de dissocier sa vie quotidienne de ses convictions religieuses.Stéphane Valiquette, Centre d\u2019Oecuménisme, Montréal.Vient de parai tre Les Vieux m\u2019ont conté (7) Editions Beilarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal, Qué.H2P2L9 287 \\\\eX \u2022VW6S> développement personne «OMMi V\"E p««SONSlg HUMAINE : ' AWO t*Ve»K>Ù»fiEKÉ: AMESiCAt» KOUK EA(T PARTAGEA SA COMHANCe SAWS t'HOMWIg DUNOD Sciences humaines Psychologie Carl Rogers C(*de f'HUon sYch anal yse So ciolo, 'gie Édition Canadienne :$5.95 Une centaine d'ouvrages touchât ces secteurs de l'activité humaine vous sont présentés chez les libraires suivants: Librairie Flammarion 1243 rue Université Montréal Librairie Caron 251 rue Ste-Catherine Est Montréal Librairie Champigny 4474 rue St-Denis Montréal Librairie Renaud-Bray 5219 rue Côte-des-Neiges Montréal 288 RELATIONS "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.