Relations, 1 mars 1977, Mars
[" L\u2019alcoolisme: mal familial par Rolland Boyle MONTRÉAL MARS 1977 Multiculturalisme par Robert Picard Pain et évangélisation par Pedro Arrupe Renouveau charismatique -\tJacques Custeau \u2014\tJean-Marc Dufort Littérature \u2014Afrique \u2014Structuralisme -Lévy-Beaulieu relations _ v revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Robert Toupin.Conseil de Direction: Bernard Carrière, Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Guy Saint-Arnaud, Jacques Saint-Aubin Comité de Rédaction: Albert Beaudry, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Marcel Marcotte, Robert Toupin Administration: Maurice Ruest Rédaction, Administration et Abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal H2P 2L9 tél.387-2541 Publicité: Liliane Saddik, 1700 rue Allard, Ville Brossard tél.678-1209 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.SOMMAIRE mars 1977\tVol.37 No.424 Rolland BOYLE, L\u2019alcoolisme: mal familial\t67 Robert PICARD, Le multiculturalisme, un \u201cnon-sens\u201d?.\t70 André MYRE, Il est ressuscité\t73 Jean-Paul LABELLE, Nouveau catéchisme; un sens au voyage\u201d\t76 Florian LARIVIERE, Mgr Bourget et l\u2019Université\t78 Jacques CUSTEAU, Où en est le renouveau charismatique?\t79 Jean-Marc DUFORT, De Vatican II au renouveau charismatique\t83 Maurice A.LUBIN, Littérature et politique africaine: une expérience pédagogique à Howard University\t86 Pedro ARRUPE, La faim de pain et d\u2019évangélisation I\t87 Louis-Bertrand RAYMOND, Les pièges du structuralisme\t90 Gabrielle POULIN, Les \u201cVoyageries\u201d de Victor-Lévy Beaulieu\t92 Georges-Henri d\u2019AUTEUIL, Victor Hugo revient à la scène\t94 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75é Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.Les élites politiques les bas salariés et la politique du logement à Hull par Caroline Andrew, André Blais et Rachel Des Rosiers 15 x 23 cm., 280 pages.- Prix: $6.75 * * * Critique épistémologique de l\u2019analyse systémique de David Easton par Denis Monière 15 x 23 cm., 254 pages.- Prix: $9.00 * * * La syntaxe narrative des tragédies de Corneille 15 x 23 cm., 172 pages.Prix: $6.00 * * * Jurivoc Lexicographie, bilinguisme juridique et ordinateur par Viateur Bergeron et David C.Burke 15 x 23 cm., 352 pages.- Prix: $12.50 En vente chez votre librairie et aux: Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey Ottawa, Ont.K1N 6N5 \u201cLe Saint Suaire\u201d Apprenez à connaître le Christ dans sa passion et sa mort au moyen des merveilleuses photos de son linceul.Les nombreux détails sont d\u2019une aide précieuse durant le Carême, pour le Vendredi-Saint, la Méditation du Mystère Douloureux, vos Homélies, les Retraites, la Catéchèse, l\u2019étude scientifique, etc.Montage audio-visuel comprenant 36 diapositives colorées ou un film fixe, une cassette et guide de projection en français ou en anglais.\u2014 $19.50 Un livret contenant plus de détails et des photos par un éminent sindologiste: \u201cIt is the Lord\u201d.- $1.50 \u201cLe Saint Suaire\u201d Séminaire Salésien Rue Don Bosco Sherbrooke, Qué.J1L1E5 66 RELATIONS L\u2019alcoolisme: mal familial par Rolland Boyle* Si l\u2019alcoolisme est une maladie, analogue à l\u2019asthme, au diabète, à la fièvre des foins, personne ne s\u2019étonnera d\u2019en trouver des victimes à tous les échelons de la société.L\u2019alcoolisme, comme le diabète, ne respecte ni âge, ni sexe, ni classe, ni profession ou métier, ni religion.Par ignorance plus que par malice, sans doute, on est porté à considérer l\u2019alcoolisme uniquement sous l\u2019aspect moral d\u2019une dégradation ou d\u2019un vice.Même si l\u2019alcoolisme atteint dix pour cent de la population adulte, même si, selon l\u2019American Hospital Association, quinze à trente pour cent de tous les patients adultes admis en médecine générale ou en chirurgie dans les hôpitaux des grandes villes - en dépit du diagnostic officiel - sont atteints d\u2019alcoolisme, ce dernier n\u2019a pas encore atteint son statut de maladie médicalement \u201crespectable\u201d qui permette un dépistage précoce des premiers symptômes.Alors que les maladies vénériennes reçoivent depuis longtemps f\tN L\u2019auteur commence une série d\u2019articles: 1-L\u2019alcoolisme: mal familial 2-L\u2019alcoolisme: mode de vie familial 3-\tL\u2019apothéose du camouflage et de l\u2019imposture 4-\tLe relèvement familial V_____________________________J MARS 1977 un traitement adéquat, l\u2019alcoolisme n\u2019a pas encore dépassé le stage de la maladie \u201chonteuse\u201d par excellence, de l\u2019intouchable de la médecine, du tabou bien protégé par un mur de silence et un camouflage universel des plus ingénieux.Nous pensons qu\u2019il faut réagir avec vigueur contre pareille attitude et tâcher de comprendre plus cordialement l\u2019alcoolique, afin de l\u2019orienter si possible, dès la manifestation des premiers symptômes de son mal, ou de l\u2019aider à reprendre courage et espérance malgré ses nombreuses rechutes.Trente ans de contacts avec les alcooliques nous ont appris que 95% des alcooliques se camouflent à leur insu.Un alcoolique sur vingt atteint la déchéance totale du clochard.Pourtant, il n\u2019y a pas de cas vraiment désespéré: ce sont les facilités de traitement qui font défaut! 1- L\u2019ALCOOLISME EST UNE MALADIE L\u2019alcoolisme est une maladie, progressive et incurable, qui atteint l\u2019homme tout entier.C\u2019est une allergie de l\u2019organisme, doublée d\u2019une obsession de l\u2019esprit.Pour l\u2019alcoolique, le problème n\u2019est pas de renoncer à boire, mais de renoncer pour de bon et de se maintenir sobre avec sérénité.L\u2019alcoolisme est une allergie Au physique, l\u2019alcoolisme est une allergie, une hypersensibilisation de l\u2019organisme à l\u2019alcool, engendrant inévitablement une réaction désordonnée, - doublée d\u2019une obsession de l\u2019esprit.C\u2019est une maladie insidieuse et progressive: la maladie progresse très lentement, et cette lenteur déroute la plupart des alcooliques et les membres de leur entourage.Le terme en est souvent la folie ou le suicide.Cette maladie attaque le malade simultanément dans son corps, dans son esprit et dans sa conscience.L\u2019alcoolique se définit: \u201cToute personne à qui l\u2019abus fréquent des boissons enivrantes crée de sérieux problèmes dans l\u2019organisation et la conduite de sa vie et qui cependant se révèle d\u2019ordinaire incapable de renoncer à boire pour de bon, même si elle le veut, sans aide de l\u2019extérieur.\u201d Maladie incurable.qui peut être définitivement arrêtée Jusqu\u2019à présent, la science médicale n\u2019a pas réussi à éliminer cette allergie de l\u2019organisme.Un \u201cancien alcoolique\u201d est une contradiction dans les termes.Quand on est alcoolique, c\u2019est pour la vie.Même après dix, vingt ans de sobriété et d\u2019abstinence, l\u2019alcoolique est, comme le nouveau venu à \u201cun\u201d verre d\u2019une brosse.C\u2019est là le commun dénominateur de tous les alcooliques.Mais cette maladie, incurable dans le sens qu\u2019un alcoolique, même après un temps considérable d\u2019abstinence, ne peut plus faire un usage modéré d\u2019alcool, il est possible d\u2019en arrêter définitivement le cours et d\u2019en écarter les effets nocifs, parce qu\u2019on peut en supprimer la cause.Il y a certaines allergies dont la cause échappe à toute emprise.Je souffre, disons, de la fièvre des foins.Ma volonté n\u2019a aucun pouvoir sur l\u2019atmosphère et sur le pollen qui y flotte; bon gré mal gré, j\u2019éternue.Dans le cas de l\u2019alcoolisme, la cause est à ma discrétion: je n\u2019ai qu\u2019à éviter le premier verre.Pour le véritable alcoolique, le dernier verre importe peu; toute son attention doit être concentrée sur le premier verre, pour l\u2019éviter.Celui-ci, en effet, remet en 67 pleine activité la soif emmagasinée dans l\u2019organisme hypersensibilisé à l\u2019alcool.L\u2019alcoolique est tout à fait démuni devant l\u2019alcool et doit s\u2019abstenir du premier verre.Toute son énergie tendra à maîtriser sa soif et à bannir absolument l\u2019alcool de sa vie.Les Alcooliques anonymes ne guérissent pas l\u2019alcoolique de son allergie, mais ils maintiennent avec raison que l\u2019on peut la maîtriser en évitant le premier verre.L\u2019alcoolisme, obsession de l\u2019esprit L\u2019obsession demeure après que l\u2019alcoolique a cessé de boire.Cette obsession est l\u2019élément important dans l\u2019alcoolisme et elle est enracinée dans la PEUR comme toutes les autres maladies dites \u201cpsychosomatiques\u201d ou maladies provoquées par des causes émotives qui affectent à la fois l\u2019esprit et le corps.Tous les alcooliques que j\u2019ai connus étaient des TIMIDES.Si, comme nous l\u2019avons vu plus haut, les Alcooliques anonymes ne guérissent pas l\u2019alcoolique de son allergie, ils le libèrent de son obsession.Ils recourent à la thérapeutique de groupe pour aider l\u2019alcoolique à triompher des prétextes et faux-fuyants qui constituent l\u2019ivresse mentale et qui le harcèlent longtemps, même après plusieurs années de sobriété, et que les personnes non alcooliques comprennent difficilement.Dans l\u2019état actuel de la science, la cause première de l\u2019alcoolisme reste inconnue.Elle n\u2019est pas unique, semble-t-il; la maladie serait la résultante de causes variées, telles, entre autres, que \u201cmo-mism\u201d, frustration, complexe d\u2019infériorité, manque de maturité émotive.L\u2019alcoolisme, le martyre de la peur L\u2019alcoolisme est le martyre de la peur.L\u2019alcoolique, au début, consomme de l\u2019alcool pour se détendre et se libérer de ses inhibitions et de ses phobies.Puis, insidieusement, sa fausse euphorie engendre une autre peur: celle de manquer d\u2019alcool.A la fin, il devient obsédé par la boisson.C\u2019est par cette peur anormale et progressive que s\u2019expliquent les quatre traits distinctifs de tout alcoolique - susceptibilité, puérilité, égocentrisme et manie des gran- deurs.Ces traits se manifestent par l\u2019irritabilité, la méfiance, l\u2019humeur maussade, les fanfaronnades, l\u2019esprit de chicane, le sentiment de délaissement, l\u2019abattement suivi d\u2019exaltation, le repliement sur soi suivi d\u2019agitation; l\u2019agressivité, l\u2019entêtement, le sentiment de frustration et l\u2019égoîsme.Si à son sentiment d\u2019insécurité et de peur, l\u2019alcoolique mêle la consommation régulière d\u2019alcool, le peureux voit son angoisse envahir bientôt sa personnalité au point de la dominer.Car s\u2019il éprouve un moment de détente dans l\u2019alcool, la détente passée, sa peur l\u2019assaille de plus belle.Il cherche de nouveau un soulagement dans l\u2019alcool; le cercle vicieux se resserre alors progressivement, et l\u2019anxiété grandit au point d\u2019échapper à toute emprise.Le malade en souffre; mais il ne veut pas encore s\u2019avouer son mal.C\u2019est ce qui explique, en grande partie, l\u2019attitude de l\u2019alcoolique envers sa famille et son entourage.Emotive-ment, il a un cerveau d\u2019enfant dans une tête d\u2019homme.Ses facultés, paralysées par la peur, il se réfugie derrière une façade de dureté apparemment inexplicable.L\u2019alcoolisme, trouble du comportement D\u2019après les recherches médicales, l\u2019alcoolisme est essentiellement un trouble du comportement.L\u2019alcoolique n\u2019est pas un buveur normal.Chez l\u2019homme normal, l\u2019alcool, absorbé à faible dose, détend et apaise.Chez l\u2019alcoolique, la boisson augmente, stimule la soif et la rend plus brûlante.Au lendemain d\u2019une cuite, l\u2019homme normal ne veut même pas voir ou entendre le mot alcool, tandis que l\u2019alcoolique éprouve un désir violent de boire pour calmer ses nerfs.Si tel buveur admet qu\u2019il est sans force devant l\u2019alcool et que sa vie est devenue ingouvernable, il n\u2019y a pas l\u2019ombre d\u2019un doute, on a affaire à un alcoolique, à un malade.Au début, l\u2019alcoolique se vante d\u2019être capable de boire ou de ne pas boire à volonté; mais il ne renonce jamais pour de bon.La vérité est qu\u2019il ne peut ni l\u2019un ni l\u2019autre: ni consommer de l\u2019alcool impunément, ni cesser de boire sans aide.Il s\u2019illusionne sur sa maîtrise, en restant sobre pendant des périodes assez longues; mais il reste obsédé par le goût de boire; et quand il recommence, ses abus sont plus graves et beaucoup plus fréquents.Plus tard, il affirme qu\u2019il ne peut vivre sans boisson; d\u2019autre part, il ne peut vivre en buvant.Cette contradiction l\u2019expose au désespoir.On est en face d\u2019un véritable alcoolique.L\u2019alcoolisme est donc une maladie spéciale du corps et de l\u2019âme, physique et mentale, et non une maladie ordinaire, comme une pneumonie.C\u2019est \u201cun comportement pathologique qui reste au niveau névrotique tant qu\u2019une complication telle que le delirium ou toute autre psychose alcoolique ne survient pas.\u201d Pour l\u2019alcoolique, le problème ne consiste donc pas tout simplement dans le fait même de boire avec excès, mais surtout dans une impulsion irrésistible à boire qu\u2019on peut appeler \u201csoif maladive ou morbide\u201d c\u2019est-à-dire un besoin subconscient profond.Il est évident dès lors, que lorsque l\u2019alcoolique cesse de boire, il faut travailler à rétablir son équilibre affectif, émotif et mental.II-L\u2019ALCOOLISME: SUICIDE FAMILIAL L\u2019alcoolisme n\u2019épargne ni le corps, ni l\u2019esprit, ni la conscience de sa victime.Il frappe \u201cl\u2019homme total\u201d et, à travers lui, la famille et la société tout entière; c\u2019est donc \u201cl\u2019homme total\u201d qu\u2019il faut traiter, corps, esprit et âme.A moins d\u2019un rajustement de l\u2019homme total, la sobriété définitive est impossible.L\u2019obsession.unité invisible de la vie familiale L\u2019obsession de l\u2019alcool ne mine pas seulement la victime, mais, par réaction et par répulsion, étreint progressivement tous les membres de la famille.La femme et les enfants, à leur insu, en viennent à centrer leur vie sur la peur de l\u2019alcool; cela aboutit d\u2019ordinaire à une sorte de suicide collectif de la vie familiale: sous un même toit, à une même table, les parents et les enfants vivent comme des \u201cinconnus dans la maison\u201d.Malgré leurs réactions extérieures qui semblent les opposer, l\u2019obsession de l\u2019alcool fait l\u2019unité visible de leur vie: chez l\u2019alcoolique par attrait et par besoin, chez les autres par peur et par répulsion.Faute de reconnaître cette conséquence de l\u2019alcoolisme, il est pres- 68 RELATIONS que impossible de redonner à la famille son unité, même quand l\u2019alcoolique a cessé de boire depuis longtemps.Avec de l\u2019aide, ce dernier parvient à reprendre le chemin d\u2019une vie normale; mais la famille restera brisée si l\u2019on oublie les répercussions pathologiques dont les membres sont atteints.Dans le traitement de l\u2019alcoolisme, il faut tenir compte de cette névrose collective, aspect important du problème alcoolique: le relèvement des membres de la famille doit aller de pair avec celui de la victime et peut même s\u2019effectuer indépendamment du relèvement de l\u2019alcoolique.Le martyre familial de la peur Les pertes d\u2019emplois, les inquiétudes du lendemain, la solitude affective ont sapé dans la femme toute sécurité.Frustrée de cette atmosphère de paix nécessaire à sa vie et à l\u2019éducation des enfants, elle vit étouffée par l\u2019angoisse.Tant que le mari n\u2019est pas rentré, elle a peur: peur de la sonnerie du téléphone, peur du timbre de la porte.Chaque fois qu\u2019une sirène gémit, elle se demande si c\u2019est la police, l\u2019hôpital ou la morgue qui transporte son mari.Si, à sa rentrée, son mari engage des disputes violentes, brutalise les enfants et fait maison nette, le martyre de l\u2019épouse et des enfants se continue dans des scènes de colère, de jalousie et de carnage.Le nervosité de la mère se reflète dans sa conduite à l\u2019égard des enfants, même en l\u2019absence du mari.A son insu, ses réactions affectent bien plus l\u2019état émotif des enfants que l\u2019inconduite du père.Comme les petits animaux, les enfants sont très sensibles à l\u2019ambiance et réagissent instinctivement au climat affectif et émotif du foyer.Ce climat émane de la mère.Si la mère est tendue, les enfants le sont aussi; si la mère est calme, les enfants sont détendus.A tout prendre la paix et le contentement du cercle familial est généré par le coeur du foyer; ils ne dépendent pas de la tète de la maison.La pauvre femme vit constamment dans l\u2019appréhension d\u2019une catastrophe, et l\u2019imprécision même de son attente augmente sa douleur.A la place du bonheur rêvé, l\u2019angoisse étreint son coeur, vingt-quatre heures par jour, à longueur d\u2019année.Terrible calvaire à gravir, avec une croix lourde à porter.III - LES PHASES DE LA MALADIE Les auteurs s\u2019accordent à réduire l\u2019alcoolisme à trois phases principales, caractérisées par un ensemble de symptômes typiques.Tout d\u2019abord les signes avant-coureurs avec la phase préliminaire, puis l\u2019éclosion décisive, qui sera complétée par les symptômes de la phase aiguë ou chronique.Le facteur temps, variable dans une certaine mesure, est dans l\u2019ensemble assez constant:\tdans la moyenne des cas, la maladie met entre douze et dix-huit ans à atteindre son plein développement.Tous les symptômes décrits ne se rencontrent pas nécessairement chez chaque alcoolique et ne se présentent pas nécessairement dans le même ordre.Toutefois, les phases et l\u2019enchaînement des symptômes dans les limites de chaque phase sont caractéristiques du cours ordinaire de la maladie.Signes avant-coureurs: de la détente à l\u2019habitude 1.\tla détente alcoolique devient quasi quotidienne.2.\tL\u2019alcoolique éprouve l\u2019envie de boire à intervalles réguliers et tout devient prétexte pour boire.3.\tL\u2019alcoolique croit avoir besoin de boisson pour oublier ses embarras et ses inquiétudes, pour se remonter.Cette dépendance à l\u2019égard de l\u2019alcool engendre une impulsion irrésistible à boire.L\u2019alcoolique a commencé à boire occasionnellement pour se détendre.En moins de deux ans, son geste est devenu quasi quotidien.Phase préliminaire 1.\tPerdre la mémoire après et même pendant une ivresse.2.\tBoire par surcroît quelques verres en cachette.3.\tEtre préoccupé par l\u2019alcool: assurer sa ration.après une cuite, se promettre qu\u2019il fera mieux la prochaine fois.4.\tEprouver de la répugnance à parler de la boisson et des aventures auxquelles on la mêle.5.\tIncliner à l\u2019isolement.6.\tBoire d\u2019un trait Ces réactions réunies sont les symptômes d\u2019un changement profond dans la personnalité du buveur et dans son habitude de boire.C\u2019est le signe certain d\u2019une tendance irrésistible à boire.Ce bu- veur doit renoncer à la boisson, et pour la vie.Pour l\u2019alcoolique, la difficulté est précisément d\u2019admettre son impuissance devant l\u2019alcool: il peut en prendre ou ne pas en prendre, dit-il, mais.il en prend toujours.Phase décisive Les symptômes décrits dans la phase précédente s\u2019aggravent: Les pertes de mémoire, plus nombreuses, se présentent plus tôt, sous l\u2019effet de quantités moindres d\u2019alcool.La virtuosité à s\u2019approvisionner et à boire en cachette masque l\u2019avidité de boire.Enfin, la répugnance à parler de boisson scelle les lèvres de l\u2019alcoolique.A ces malheurs s\u2019ajoute l\u2019élément constitutif de cette phase: l\u2019impossibilité de boire avec modération, avec son cortège de justifications et de périodes d\u2019abstinence, avec aussi le recours occasionnel au petit coup du matin pour se remettre les nerfs.Pendant cette phase, l\u2019alcoolique vit à l\u2019abri de son système d\u2019alibis ou de justifications: il blâme tous et chacun excepté lui-même pour ses excès.Il a toujours raison.Phase chronique ou aiguë Cette dernière phase est caractérisée par l\u2019impossibilité de commencer la journée sans boire dès le matin, au lever et parfois au lit.Occasionnel au cours de la phase décisive, ce petit verre du matin s\u2019impose rapidement comme de nécessité absolue.L\u2019impulsion irrésistible à boire est de nouveau mise en branle et brise les dernières résistances du malade.Il s\u2019enivre en semaine, et très tôt au cours de la journée.Ses cuites prolongées se succèdent à un rythme accéléré.Renversement des alibis: la dure réalité renverse enfin tout l\u2019échafaudage de ses justifications: l\u2019alcoolique doit s\u2019avouer vaincu.Il est alors spontanément accessible à un traitement.Toutefois, son obsession de boire continue et il n\u2019y voit pas d\u2019issue.Il y a quarante ans, on croyait que l\u2019alcoolique devait atteindre ce bas-fond pour qu\u2019il y ait chance de travailler à son relèvement.Mais les expériences cliniques ont rendu possible un diagnostic précoce, malheureusement ignoré de la plupart des professionnels de la santé.Pourtant la maladie, traitée à temps, MARS 1977 69 n\u2019évoluera point jusqu\u2019aux conséquences désastreuses de l\u2019alcoolisme avancé.Fait encourageant à noter, il n\u2019y a pas de cas désespéré.Le secret du succès: une méthode de relèvement Chez la plupart des alcooliques qui veulent guérir, la sincérité et le ferme propos nécessaires existent.Mais on constate que ces dispositions ne parviennent pas à procurer la victoire sur la maladie ni par un traitement purement médical ou purement psychiatrique, ni avec une direction uniquement spirituelle; elles atteignent, au contraire, des résultats éclatants et durables quand ces dispositions sont exploitées par les Alcooliques anonymes.Quand l\u2019alcoolique veut vraiment cesser de boire, il ne lui manque plus que la lumière sur la nature de sa maladie et sur l\u2019absolue nécessité d\u2019un remède spécifique.Les Alcooliques anonymes offrent les deux: ils éclairent l\u2019alcoolique sur la nature exacte de son mal et lui indiquent le moyen efficace de s\u2019en guérir pour reprendre une vie normale.De son côté, l\u2019épouse se décourage pour deux raisons: elle se croit seule et veut guérir elle-même son mari.Les contacts avec les Alcooliques anonymes et les Groupements familiaux Al-Anon lui enlèveront cette illusion et briseront son isolement néfaste.Ces deux organisations apporteront à l\u2019épouse une aide efficace.Les Alcooliques anonymes et les Groupements familiaux Al-Anon Chaque semaine, les Alcooliques anonymes tiennent une assemblée publique.Les familles des membres et les amis, tous les intéressés au problème de l\u2019alcoolisme y sont les bienvenus.Ces assemblées profitent beaucoup aux non-alcooliques.Ceux-ci apprennent à mieux comprendre le comportement si déroutant des victimes de l\u2019alcool, à éviter les erreurs et les maladresses et à reprendre un ferme espoir fondé sur des faits.La possibilité d\u2019une guérison efficace et durable apparaît comme à la portée de la main.La seconde organisation est celle des Groupes familiaux Al-Anon, composés de parents ou d\u2019amis d\u2019alcooliques, que ces derniers fassent ou non partie des Alcooliques anonymes, et qu\u2019ils aient ou non cessé de boire.Les membres de ces groupes s\u2019entraident afin de mieux faire face à leurs problèmes très spéciaux.Dans l\u2019atmosphère de charité discrète qu\u2019engendre une souffrance commune, au contact d\u2019épouses d\u2019alcooliques, prêtes à aider avec cordialité, l\u2019isolement s\u2019effrite et l\u2019espoir renaît.L\u2019épouse en vient à admettre avec sérénité son impuissance à guérir directement son malade, et toutes ses forces se concentreront en vue de créer l\u2019atmosphère de compréhension et de sympathie qui, tôt ou tard, amènera le malade à chercher lui-même un remède efficace.Mais les Alcooliques anonymes eux-mêmes placent leur sécurité et leur espoir de sobriété en Dieu, le Maître tout-puissant en qui se trouve la seule vraie source de sécurité et de vertu.Dans notre vie quotidienne, nous oublions trop facilement notre principal associé, Dieu.Ma sanctification personnelle et mon apostolat (le travail auprès des alcooliques est une forme d\u2019apostolat) ne sont ni une oeuvre purement humaine, ni une oeuvre purement divine, mais une oeuvre à la fois humaine et divine.Quand par mes seuls moyens personnels et humains, j\u2019aboutis à un échec, je ne dois pas me décourager, bien au contraire.L\u2019échec me rappelle mes limites et mon oubli de Dieu, mon associé qui attend son tour d\u2019intervenir pour mon plus grand bien, dès que je me confierai totalement à Lui, le Maître de l\u2019impossible.Les progrès de la maladie en dépit de mes efforts doivent m\u2019amener à une confiance totale en Lui.C\u2019est l\u2019expérience quotidienne de plus de 500,000 Alcooliques anonymes et de leurs familles, si bien exprimée dans leur prière dite de sérénité: \u201cMon Dieu, donnez-moi la sérénité d\u2019accepter ce que je ne puis changer, le courage de changer ce que je peux, et la sagesse d\u2019en connaître la différence.\u201d Faites-en l\u2019essai: vous y goûterez d\u2019agréables surprises.* Le Père Boyle se dévoue, depuis une trentaine d\u2019années, au relèvement social et spirituel des alcooliques.C\u2019est le fruit de son expérience et de ses études qu\u2019il présente à nos lecteurs, dans une série d\u2019articles dont il est superflu de souligner l\u2019importance et l\u2019actualité.Une culture est plus C\u2019est un problème vieux comme le monde que le Québec vit aujourd\u2019hui de façon dramatique.Depuis toujours les groupes humains se sont affrontés dans leur bigarrure, ils se sont influencés réciproquement, et ils ont réussi parfois à trouver un modus vivendi plus ou moins pacifique dans un territoire donné: de grandes nations ont ici et là pu naître de ce brassage.Invasions, conquêtes, migrations, déplacements de personnes en ont multiplié les occasions.L\u2019Empire romain, né lui-même de la fusion de plusieurs peuples, put bien couvrir une grande partie de l\u2019Europe: la pax romana ne fut le plus souvent que politique, sans atteindre la culture de l\u2019ensemble de ses ressortissants.Surviennent les invasions barbares: peuples germaniques, slaves, ouralo-alta'iques, tartares, pendant des siècles, ravagent et occupent l\u2019Europe.Quel pays du vieux continent peut se prétendre aujourd\u2019hui de \u201crace pure\u201d?.Les conquêtes des puissances colonisatrices multiplient d\u2019autres contacts, en Afrique, en Asie, en Océanie, en Amérique.Les guerres, quand ce n\u2019est pas l\u2019inhumanité de l\u2019homme envers l\u2019homme, entraînent des déplacements de groupes plus ou moins nombreux: réfugiés, soldats aux colonies comme en notre Canada, esclaves même comme dans les deux Amériques.Ou migrations plus pacifiques en notre XXe siècle si souvent troublé, où chacun se cherche un havre de tranquilité et de vie meilleure.Le décevant \u201cmeltingpot\u201d Le Québec, comme tout le Canada, a accueilli sa part d\u2019immigrants, et sa majorité francophone se trouve en contact quotidien, surtout naturellement dans la métropole, avec une bonne douzaine de groupes ethniques différents assez nombreux -Anglais, Ecossais, Irlandais, Allemands, Italiens, Juifs, Néerlandais, * L\u2019auteur, jésuite, qui s\u2019occupe depuis longtemps de questions d\u2019éducation, est Foreign Fellow de Y American Anthropological Association.70 RELATIONS qu\u2019une langue.Le multiculturalisme, un \u201cnon-sens\u201d?par Robert Picard* Polonais, Ukrainiens, Grecs, Portugais, Antillais - sans compter la très grande variété de personnes d\u2019autres ethnies plus faiblement représentées.Comment créer dans cette mosaïque un Québec nouveau, suffisamment homogène pour se sentir solidaire dans l\u2019entreprise commune?L\u2019histoire de tous les peuples comme les études modernes d\u2019anthropologie culturelle prouvent hors de tout doute que le processus est long et qu\u2019il faut passer des siècles au creuset de l\u2019histoire pour que la vie commune d\u2019échanges culturels réalise l\u2019unité nouvelle.Une nation ne se crée pas par décret gouvernemental, et la volonté la plus dictatoriale ne réussira jamais à hâter ce processus dynamique.Grâce aux recherches anthropologiques, nous connaissons mieux aujourd\u2019hui la nature et les lois de l\u2019évolution culturelle.Mais le défi reste de taille, et il faudra un doigté et une inventivité qui sortent de l\u2019ordinaire pour oser intervenir dans le processus.On se demande dans quelle mesure nos dirigeants sont conscients du problème.On pourrait croire qu\u2019ils songent à refaire l\u2019expérience du melting pot américain, qui se proposait de former une nation en apprenant à tous une même langue.Sans doute les Etats-Unis firent de très belles déclarations sur les droits des indigènes, conformes en tous points aux définitions de François de Vitoria au XVIe siècle.Mais les applications en furent moins heureuses.A l\u2019époque de la grande expansion vers l\u2019ouest, deux bureaux s\u2019occupaient, à Washington, des Amérindiens: le Bureau d\u2019Ethnologie américaine, et le Bureau des Affaires indiennes.Le premier étudiait les cultures indigènes, et proposait des mesures pratiques conformes aux principes officiels.Le second, déjà tout pragmatique, ne tenait aucun compte des points de vue du Bureau d\u2019Ethnologie.Quand les premiers occupants des immensités de l\u2019ouest américain s\u2019opposaient à la poussée des blancs, ou même seulement la gênaient, le Bureau des Affaires indiennes eut recours à l\u2019armée, et même ne recula pas devant le génocide.C\u2019est ainsi qu\u2019il enlevait les enfants indigènes à leur famille pour les enfermer dans des pensionnats, où l\u2019usage de la seule langue anglaise hâterait leur \u201ccivilisation\u201d.En a-t-on pour autant fait des Américains bien assimilés?Certes, ils parlent aujourd\u2019hui anglais; mais ils contestent toujours Inoccupation\u201d blanche: l\u2019épisode de Wounded Knee n\u2019en est qu\u2019un symptôme.Le convertisseur du melting-pot n\u2019a pas réussi à intégrer les Noirs ni les Amérindiens.Les Allemands de Milwaukee, les Polonais de Chicago, les Juifs et les Italiens de New York, les Irlandais de Boston, les Chinois de San Francisco parlent tous anglais.Mais ont-ils fusionné en un modèle unique d'Homo americanus?A leur arrivée en terre d\u2019Amérique, leurs parents immigrants ont subi l\u2019humiliation des appellations méprisantes Boche, Bohunk, Chink, Coon, Frog-eater, Kike, Nigger, Dago, Nip, Polack, Slo-pie, Squarehead, Wop, etc., etc.Ces premiers contacts hostiles ont laissé des cicatrices psychologiques qui prennent du temps à disparaître, et entretiennent une négativité latente à l\u2019égard de tous ceux qui ont ainsi traité de haut les nouveaux arrivants.Les échanges en deviennent plus pénibles, et d\u2019autant plus lente l\u2019intégration souhaitée.On ne parviendra jamais, en faisant violence aux minorités culturelles, à les homogénéiser dans la culture dominante.Une culture est plus qu\u2019une langue, et ce n\u2019est pas en changeant de langue que l\u2019on change en même temps de culture, c\u2019est-à-dire de modes de vie acquis au vieux pays, d\u2019habitudes exprimant sa personnalité ethnique, de façons de comprendre la vie, de valeurs, qui en imprègnent le tissu.Les anthropologues et les sociopsycholo-gues, plus compétents en la matière que les opportunistes de n\u2019importe quelle bureaucratie, sont unanimes sur ce point.L\u2019Association anthropologique américaine l\u2019affirmait dans sa Déclaration des Droits de l'Homme soumise aux Nations Unies en 1947, et le soutient encore aujour- d\u2019hui: si jamais nous voulons surmonter le conflit des ethnocentrismes, et rendre possible l\u2019unité des peuples et de la race humaine, ce ne peut être que dans le respect des valeurs existant dans les traditions culturelles les plus diverses, et la reconnaissance que chaque homme comme chaque groupe a un droit strict à son identité propre.C\u2019est ensemble que des groupes culturels différents peuvent donner naissance à une nouvelle culture, commune et originale.Par l\u2019échange de valeurs et l\u2019invention de modes de vie qui tiennent compte des richesses des uns et des autres.Il y a une génétique des cultures comme des êtres vivants, et l\u2019arbitraire des hommes ne peut en modifier les lois.Le multiculturalisme comme point de départ Il serait regrettable que nos chefs ne puissent inventer d\u2019autre solution que de répéter les erreurs du melting pot, dont les Etats-Unis, aujourd\u2019hui enfin, remettent en question l\u2019efficacité et le sens humain.Dans une lettre à la revue Maclean\u2019s du 7 mars une immigrée de fraîche date se plaint de notre \u201cracisme\u201d: \u201cJe pense qu\u2019il est temps que les Canadiens s\u2019éveillent aux problèmes des nouveaux immigrants.L\u2019assimilation ne se fait pas du jour au lendemain, et, à moins de nous faire sentir, à nous immigrants, que nous sommes chez nous, l\u2019assimilation ne se fera jamais\u201d(l).Notre propre expérience aurait dû nous l\u2019apprendre: parce qu\u2019ils ont entretenu notre résistance, les Anglais n\u2019ont pu, en deux siècles, nous assimiler.Les Irlandais, même s\u2019ils ont perdu leur langue, ne sont pas devenus des Anglais.Pourquoi, dès lors, refuser d\u2019envisager une nouvelle façon de résoudre le problème de nos minorités culturelles?Dans une conférence d\u2019avril 1975 devant 1 'Ontario Institute for Studies in Education, suivie d\u2019une conversation avec un professeur d\u2019Education, René Lévesque, notre actuel premier ministre, n\u2019a pas des paroles tendres pour les projets multiculturels du gouvernement fédéral.\u201cMulticulturalism is complete nonsense.\u201d, \u201cMulticul- 1.Lettre de Cathy Aquart, de Victoria, à la revue Maclean\u2019s, reproduite à la page 15 du numéro du 7 mars 1977.MARS 1977 71 turalism is folklore.\u201d, \u201c.is sheer lunacy.\u201d(2).S\u2019il comprend le multicultaralis-me comme un idéal à poursuivre, une société conçue comme la cohabitation pacifique d\u2019une multiplicité de groupes culturels maintenant chacun leur mode de vie ethnique propre dans un même territoire, il est évident qu\u2019il a raison.Mais il est une autre façon de comprendre le multiculturalisme, une façon qui constitue, pour les immigrants du Canada, un espoir de dignité reconnue, de contribution enrichissante au pays nouveau où ils désirent faire leur avenir humain.Que M.Lévesque réagisse comme il le fait à une proposition du gouvernement fédéral, cela n\u2019étonnera personne.Mais le fédéral lui-même comprend-il bien ce qu\u2019il a proposé?On peut en douter à voir certaines de ses décisions récentes(3).Une expérience vivante Je recommanderais à M.Lévesque de lire, dans le recueil d\u2019articles déjà mentionné(2), l\u2019article qui précède immédiatement le sien: Multiculturalism and Canadian national identity: the Alberta experience par Manoly R.Lupul(4).M.Lupul est Ukrainien, professeur dans la Faculté d\u2019Education de l\u2019Université d\u2019Alberta, et Directeur du Centre d\u2019Etudes ukrainiennes à la même Université.Il part du fait que le Canada tout entier, et le Québec même, sont présentement une mosaïque culturelle.Il reconnaît que ce point de départ doit être dépassé, et que les immigrants venus chez nous consentent par le fait même à s\u2019intégrer à une société nouvelle.Mais une société qui les accueille comme un appoint, un enrichissement pour leur patrie d\u2019adoption.Comment se sentiraient-ils accueillis si on les traite comme des citoyens de seconde zone, bons tout au plus à servir de main-d\u2019oeuvre à 2.\tA.Chaiton et N.McDonald: Canadian Schools and Canadian Identity.Toronto, Gage Educational Publishing, 1977, pages 178 et 179.3.\tVoir l\u2019article de Richard Osicki dans Weekend Magazine du 5 mars 1977, pp.14-17: \u201cThe Agony of Julius Ko-teles.\u201d M.Koteles fut nommé en 1973 président du Conseil de 101 membres auprès du ministre responsable du multiculturalisme.4.\t\u201cMulticulturalism and Canadian National Identity: the Alberta experience, \u2019 O.c., page 164-175.bon marché?Faut-il passer sur eux les frustrations qu\u2019ont pu nous faire subir la conquête anglaise et une volonté manifeste de nous angliciser, volonté devenue latente, mais toujours persistante, après le premier siècle de résistance des Canadiens français?Pas plus que les Américains du melting pot, les Anglais du Canada n\u2019ont compris qu\u2019on n\u2019assimile pas un peuple par le mépris, que tout au contraire on ne fait qu\u2019entretenir sa résistance.Le multiculturalisme préconisé par M.Lupul n\u2019est pas la préservation, la fixation comme en un état de momie de la culture du vieux pays.C\u2019est bien plutôt la prise de conscience, par des familles déracinées, des richesses culturelles qu\u2019elles ont importées avec elles, et la volonté créatrice d\u2019en enrichir leur nouvelle patrie.La culture ne se momifie pas, elle est dynamisme, vie s\u2019épanouissant, se propageant.Dans ce but, il ne s\u2019agit surtout pas de détruire la cellule familiale en enlevant aux enfants, enrôlés dans une école unilingue et exposés à la seule langue de la majorité, leur moyen de communication naturel dans leur famille, et de les aliéner de leurs parents, forcément mal à l\u2019aise dans une langue qu\u2019ils connaissent mal ou même pas du tout, au point que leurs propres enfants finissent par les mépriser.L\u2019expérience albertaine dont parle M.Lupul consiste précisément à permettre à chaque groupe ethnique d\u2019apprendre à l\u2019école sa propre langue en même temps que la langue de la majorité.En somme, donc, de faire de ces enfants des bilingues.Ainsi, pour le groupe ukrainien, des écoles pilotes, ouvertes en septembre 1974 par la Commission des écoles publiques et la Commission des écoles catholiques d\u2019Edmonton, enseignent par immersion et l\u2019ukrainien et l\u2019anglais au jardin d\u2019enfance et dans les trois premières années de l\u2019école.\u201cBien que ce projet ait été subventionné comme projet pilote, la réponse des parents a été si favorable et la facilité en ukrainien acquise par les enfants si satisfaisante qu\u2019il ne fait plus de doute que le nombre des élèves inscrits continuera d\u2019augmenter et que le programme sera poursuivi au-delà de la troisième année\u201d(5).Remarquons que bon nombre de ces enfants, de troi- 5.\tOp.cit., page 166.La traduction est de nous.sième génération canadienne, ne parlaient même plus leur langue nationale à la maison.Pourtant la valeur ainsi nouvellement reconnue à leur culture ukrainienne a suffi à les motiver dans cet effort de bilingui-sation.Par ailleurs, sans effet nocif sur leur progrès scolaire.Si nos pédagogues pouvaient se convaincre par ces faits que le petit enfant apprend facilement, et sans détriment, deux ou même trois langues en parallèle, ils comprendraient peut-être enfin ce que veut dire le Docteur W.Penfield quand il recommande que les enfants entendent ces langues au jardin d\u2019enfance et à la petite école.C\u2019est le sens même de l\u2019enseignement par immersion: sans cours systématique, sans leçons de grammaire, on emploie une langue comme moyen de communication courant dans toutes les activités de la journée à l\u2019école.Et entre ses deux langues, l\u2019enfant choisit spontanément celle qui correspond à telle maîtresse, à telle situation.Il ne se rend même pas compte qu\u2019il parle deux langues distinctes.La phobie de la bilingui-sation précoce vient de notre logique d\u2019adulte, qui ne correspond pas; du tout à ce qui se passe dans lei tête de l\u2019enfant: croyez-en ceux qui en ont fait l\u2019expérience.Dans cette perspective, \u201cle multiculturalisme est la prise de conscience de ses racines ancestrales, de son ethnicité, dans une intention créatrice visant ce but de faire naître une identité canadienne bien caractérisée, qui ne soit plus ni tout à fait européenne ni tout à fait nord-américaine, mais qui incorpore des éléments des deux.L\u2019immersion dans, par exemple, la culture ukrainienne, y compris la langue, ne se fait pas pour conserver la culture ukrainienne même, mais pour favoriser l\u2019effort créateur que la culture propre des Ukrainiens peut contribuer au développement d\u2019une identité canadienne distincte\u201d(6).Une identité à créer Cette identité canadienne, nous en sentons plus péniblement le manque face à la menace de l\u2019américanisation.Le Québec aussi d\u2019ailleurs sent la précarité de la sienne: à côté de ses 80% de Québécois d\u2019ascendance française, comment y intégrer les représentants d\u2019une quarantaine d\u2019autres ethnies, dont certaines nombreuses et solidement établies?Dans 6.\tOp.cit., page 168.72 RELATIONS Il est ressuscité une situation de multiculturalisme de fait, il serait regrettable qu\u2019on s\u2019imagine exorciser le problème par le silence.Au lieu de nous attarder à une paresseuse imitation du melting pot, il nous faut entreprendre un véritable effort de création.Créer un climat nouveau, où chaque groupe ethnique soit reconnu avec ses richesses propres, où le jeu des échanges culturels puisse se développer spontanément et nous donner un jour un visage culturel dont nous soyons tous fiers.Les enfants sont particulièrement ouverts à ces voisinages heureux, à condition que nous n\u2019empoisonnions pas leurs esprits par nos préjugés et nos antipathies.L\u2019expérience là encore est éloquente: ainsi cette institutrice de Calgary qui rencontra avec ses petits élèves des Huttérites, des Amérindiens, des Allemands, des Chinois, des Ukrainiens, des Japonais, des Norvégiens, des Antillais(7).Ajoutons en apostille optimiste qu\u2019une très récente déclaration de M.Jacques-Y van Morin, ministre de l\u2019Education, nous laisse espérer que nous allons prendre ce tournant(8).7.\tVoir la revue Heritage, janvier-février 1977, page 21.8.\tLes priorités du ministère de l\u2019Education ont été dévoilées par le ministre de l\u2019Education, M.Jacques-Yvan Morin, à l\u2019occasion du déjeuner de clôture de la rencontre de consultation du Conseil supérieur de l\u2019Education.Voici comment, le lendemain, le Journal de Montréal (13 mars, 1977) résumait ce qui touche à l\u2019enseignement des langues d\u2019origine: L\u2019école publique offrira, notamment dans le secteur francophone, un enseignement facultatif de leur langue d\u2019origine aux enfants néo-québécois.M.Morin se dit persuadé qu\u2019une telle mesure ne pourrait que favoriser leur intégration harmonieuse au sein de la société québécoise.- De son côté, La Presse (14 mars, p.C-12), sous le titre \u201cUn nouvel enseignement des langues secondes et des langues d\u2019origines dès 1978\u201d, précisait ainsi: Dans l\u2019esprit du ministre, un tel programme permettrait une intégration harmonieuse des Néo-Québécois au sein de la société québécoise.\u201cOr, dans mon esprit, intégration ne veut pas dire assimilation.A l\u2019élémentaire cela pourrait se traduire par un enseignement de la langue et de l\u2019histoire du pays d\u2019origine.Au secondaire, cela pourrait prendre la forme de divers cours facultatifs portant sur la littérature, la civilisation ou la géographie\u201d, a commenté M.Morin.A propos de Jésus, Paul a un jour écrit: \u201cSi, dans ton coeur, tu crois que Dieu l\u2019a ressuscité des morts, tu seras sauvé\u201d (Rm 10:9).On ne pouvait mieux exprimer le contenu essentiel de la foi chrétienne.En ces mots tout est dit.Mais en même temps tout reste à dire.En effet, que croyons-nous au juste en affirmant la résurrection de Jésus?Sur quoi exactement notre foi porte-t-elle?Et pourquoi la résurrection de Jésus nous fut-elle révélée?Ce sont là des questions que chaque génération de chrétiens doit se poser, et qui se posent particulièrement à une époque où les circonstances forcent à réévaluer l\u2019ensemble de sa foi.1.- Un geste de Dieu en faveur de Jésus Le chrétien croit que Dieu a appelé à une vie nouvelle son serviteur Jésus qui était mort.C\u2019est là le contenu fondamental de la résurrection.On serait peut-être porté à dire que tout cela va de soi quand on est chrétien, mais les choses ne sont pas aussi simples qu\u2019elles en * L\u2019a., jésuite, est professeur d\u2019Ecriture Sainte à la Faculté de Théologie de l\u2019Université de Montréal.par André Myre* ont l\u2019air.D\u2019abord, il est remarquable que, selon le Nouveau Testament, nul homme n\u2019a été le témoin de la résurrection elle-même.On proclame avoir vu le ressuscité, mais pas la résurrection.En second lieu, le Nouveau Testament parle toujours de la résurrection à la troisième personne; jamais Jésus ne dira, par exemple, \u201cJe suis ressuscité\u201d.Cela est vrai même dans des contextes où la première personne aurait été attendue (Le 24:26, 46).De plus, les témoins de résurrection semblent avoir été extrêmement réticents à parler de leur expérience elle-même; le seul qui nous en parle de première main, Paul, se montre des plus réservés dans ses lettres: il se contente de dire qu\u2019il a vu le Christ, ou encore que Dieu a daigné révéler son fils en lui (1 Cor 9:1; Gai 1:16).Enfin, la résurrection a dès le début été comprise comme un événement qui inaugurait les derniers temps, comme si la vie qui en découlait se déroulait sous un mode radicalement différent de la nôtre (tout en sous-entendant la continuité de la personne impliquée).Compte tenu du halo de mystère qui entoure la genèse de la prise de conscience de la foi et de l\u2019impossibilité de tirer quoi que ce soit de précis d\u2019une analyse de vocabulaire résurrectionnel, on admet de plus en plus qu\u2019il serait bon d\u2019imiter la réserve des premiers chrétiens à propos de la résurrection.Ceux qui ont vu le ressuscité ont MARS 1977 73 vécu une expérience bouleversante.Ils en sont ressortis avec la conviction inébranlable que Jésus de Nazareth qui était mort était maintenant vivant.Et ils ont exprimé leur conviction à l\u2019aide du vocabulaire qu\u2019ils ont jugé le plus approprié, celui de la résurrection.En tout cas c\u2019est ce vocabulaire qu\u2019on a utilisé le plus fréquemment; certains milieux par contre jugeaient préférable d\u2019utiliser de tout autres façons de parler: on dira du Christ, par exemple, qu\u2019il a été fait Seigneur, qu\u2019il a été exalté, glorifié, etc.A la limite, on pourrait dire que le Nouveau Testament nous invite à considérer la direction que vise le langage utilisé plutôt que le langage lui-même comme si, au fond, tout langage se révélait inadéquat face à la réalité visée.De fait, nos textes n\u2019ont presque rien à nous dire sur le mode du corps ressuscité, sur l\u2019apparence, sur les propriétés de la vie nouvelle, etc.Ils affirment purement et simplement que Dieu n\u2019a pas laissé Jésus sombrer définitivement dans la mort.2.- Un geste qui authentifie Jésus En appelant Jésus à une vie nouvelle, Dieu se trouvait par le fait même à lui confirmer l\u2019authenticité de sa révélation.Au cours de sa vie terrestre, Jésus avait fait appel au jugement de Dieu.A ceux-là qui refusaient de croire en lui ou d\u2019admettre que Dieu soit bien tel que Jésus le présentait dans sa vie, l\u2019homme de Nazareth avait fait référence au Fils de l\u2019homme, ce personnage mystérieux à qui il revenait d\u2019exercer la fonction du jugement à la fin des temps.Et il avait déclaré que le Fils de l\u2019homme jugerait les hommes en fonction de leurs prises de position vis-à-vis de Jésus: il protégerait celui qui se serait prononcé en faveur de Jésus et rejetterait l\u2019autre (Le 12:8-9).Une telle parole équivaut, en temps de crise, à s\u2019en remettre à Dieu lui-même: on verra bien un jour pour qui Dieu se prononcera.Or, la résurrection est justement la façon choisie par Dieu pour authentifier la révélation de Jésus.Cette authentification fut d\u2019abord manifestée en Jésus et à Jésus lui-même dans l\u2019acte même de la résurrection.Mais elle fut aussi manifestée aux premiers chrétiens dans l\u2019acte par lequel la résurrection leur fut révélée.N\u2019eût été des ap- 74 ( ^ 0 mon Dieu, donne à chacun sa propre mort, donne à chacun la mort née de sa propre vie où H connut l'amour et la misère.Car nous ne sommes que l'écorce, que la feuille, mais le fruit qui est au centre de tout c'est la grande mort que chacun porte en soi.Seigneur, nous sommes plus pauvres que les pauvres bêtes qui, même aveugles, achèvent leur propre mort; Oh, donne-nous la force et la science de lier notre vie en espalier, \u2014 et le printemps autour d'elle commencera de bonne heure.Car ce qui fait la mort étrange et difficile c 'est qu 'elle n 'est pas la fin qui nous est due, mais l'autre, celle qui nous prend avant que notre propre mort soit mûre en nous.Fais, Seigneur, qu 'un homme soit saint et grand et donne-lui une nuit profonde, infinie où H ira plus loin qu 'on ait jamais été; donne-lui une nuit où tout s'épanouisse, et que cette nuit soit odorante comme des glycines, et légère comme le souffle des vents, et joyeuse comme Josaphat.Fais qu 'il parvienne enfin à la maturité, qu'il soit si vaste que l'univers suffise à peine à le vêtir; et permets-lui d'être aussi seul qu 'une étoile pour qu 'aucun regard ne vienne le surprendre à l'heure où son visage change, bouleversé; Fais que le temps de son enfance ressuscite dans son coeur; ouvre-lui de nouveau le monde de merveilles de ses premières années pleines de pressentiments.Fais qu 7/ lui soit permis de veiller jusqu a l'heure où il enfantera sa propre mort, plein d'échos comme un grand jardin ou comme un voyageur qui revient de loin.Tiens-nous éveillé une fois au moins; révèle ce qui g ft tout au fond de nous.Ne nous force plus à créer dans la souffrance; donne à notre enfantement un sens plus lourd, TOI QU! PEUX TOUT.Extraits d'un poème de Rainer Maria RILKE, Le livre de la Pauvreté et de la Mort ^_____________________________________________J RELATIONS paritions, en effet, Jésus de Nazareth serait probablement tombé dans l\u2019oubli.Après sa mort, ses disciples étaient retournés à leur métier (Jn 21:3); les préoccupations quotidiennes auraient vite pris le dessus.Mais la révélation qui leur faut faite de la résurrection changeait tout.Dieu s\u2019était prononcé au sujet de Jésus.Il avait authentifié son serviteur.Le fils avait véritablement reflété les traits du Père.Il fallait donc de toute nécessité réfléchir sur les lignes de force de la vie de Jésus, puisque là seulement Dieu pouvait être pleinement connu.Ces réflexions couvrirent plusieurs domaines.On chercha, par exemple, à situer Jésus par rapport à ce qu\u2019on savait de Dieu dans l\u2019Ancien Testament.On se devait de cerner ses motivations de fond, ses principales prises de position, les raisons derrière le choix de ses priorités, etc.La résurrection ne pouvait être simplement un événement à proclamer.Mais elle faisait tourner le regard vers une vie d\u2019homme en laquelle Dieu lui-même s\u2019était reconnu.3.- Un geste révélé qui envoie à la suite de Jésus La résurrection de Jésus fut effectuée par Dieu et révélée aux premiers témoins dans un geste d\u2019une puissance assez forte pour leur faire prendre directement conscience du fait qu\u2019un homme qui était mort était maintenant vivant.Or, malgré qu\u2019on ne s\u2019en rende souvent pas compte, le geste révélateur de Dieu ne s\u2019est pas arrêté une fois pour toutes avec la dernière apparition, mais il s\u2019effectue à nouveau dans la foi de tout croyant.On oublie souvent qu\u2019une apparition fut une expérience de foi (Jn 20:29).Les premiers témoins ont dû croire à l\u2019apparition du ressuscité; entre leur expérience de foi et la nôtre, il n\u2019y a qu\u2019une différence d\u2019intensité.La foi est avant tout un geste de Dieu qui transforme un être humain de l\u2019intérieur.Ce geste a d\u2019abord été effectué chez des gens qui avaient connu Jésus et pouvaient témoigner que c\u2019était bien ce Jésus qu\u2019ils avaient aimé qui était maintenant vivant; chez eux, le geste de Dieu était assez puissant pour faire surgir un contenu dans leur conscience: \u201cJésus est ressuscité\u201d.Chez nous, il n\u2019en est pas ainsi.La transformation de foi est là, Dieu a agi, mais nous ne pouvons pas en pren- dre conscience si les expressions traditionnelles de la foi ne nous sont pas proclamées (Rm 10: 14-15).Quand elles le sont, cependant, tout notre être entre en résonance avec elles, car elles nous expliquent à nous-mêmes.Elles nous permettent de rendre compte de nous-mêmes.Elles nous rendent possible de traduire en mots la voix de Dieu qui se fait entendre en nous depuis les débuts sans que nous puissions la reconnaître.Ce n\u2019est donc pas d\u2019abord parce qu\u2019ils sont des témoins dignes de foi que nous croyons les disciples de Jésus, ni parce que nous sommes plus généreux que d\u2019autres, mais bien parce que le geste de Dieu qui leur a fait prendre conscience de la résurrection de Jésus est le même que celui qui nous a transformés dans la foi.Leur parole nous exprime.Nous ne pouvons pas ne pas être croyants.Dans la tradition judéo-chrétienne, un geste révélateur de Dieu est un appel à son service.Il n\u2019en va pas autrement dans le cas de la foi en la résurrection.Comme on l\u2019a vu plus haut, la révélation de la résurrection de Jésus a fait porter le regard sur la vie de l\u2019homme de Nazareth.Le geste de Dieu qui crée la foi au coeur de l\u2019homme provoque le même réflexe.En effet, le Dieu qui a ressuscité Jésus en authentifiant sa révélation, quand il crée la foi en Jésus-Christ, introduit la soif de lui dans un coeur d\u2019homme, lui montre qu\u2019on ne peut le connaître qu\u2019en Jésus et l\u2019appelle par le fait même à mener une vie qui soit celle d\u2019un disciple de Jésus.Il n\u2019y a là rien de surprenant, la plupart des textes du Nouveau Testament qui parlent de la résurrection ou du ressuscité ont une coloration missionnaire très forte.Tout se passe comme si, par son geste qui crée la foi, Dieu insérait dans la personnalité humaine une série de tensions fondamentales qui suivent les lignes de force de la révélation de Jésus: passion pour la justice, préférence pour les pauvres et les petits, soif de liberté, détachement des pouvoirs, etc.C\u2019est pourquoi la reconnaissance de la justesse de la révélation de Dieu par Jésus permet de prendre conscience des traits fondamentaux de la personnalité de Dieu et aussi des inclinations de foi dont Dieu a marqué l\u2019être humain et s\u2019en emparant.De là suit la mission chrétienne ou la tâche de reproduire dans sa vie humaine, avec les autres croyants, les grandes lignes de la révélation de Dieu, par Jésus.Dans ce contexte, la vie chrétienne apparaît éminemment comme service de Dieu.Pour des raisons qui ne relèvent que de lui, Dieu a tenu à se révéler dans la vie d\u2019un peuple, la vie d\u2019un homme, la vie d\u2019une communauté.L\u2019ensemble des chrétiens est chargé de revivre les priorités de Jésus à l\u2019échelle du monde, de faire en sorte que les traits précis du visage de Dieu ne s\u2019estompent pas dans l\u2019histoire.L\u2019Eglise est chargée de dire ce que Dieu voudrait dire, faire ce qu\u2019il aimerait faire, être présente à ceux qu\u2019il aime.En cela, elle a à reproduire la vie de Jésus en laquelle Dieu lui-même a déclaré s\u2019être reconnu en vertu de la révélation de la résurrection.4.- Un geste promis en Jésus Jésus a espéré que Dieu authentifie un jour sa vie.L\u2019Eglise aussi: c\u2019est là le sens fondamental de l\u2019espérance en notre propre résurrection.Comme on le devine, cette espérance est d\u2019abord communautaire: de même qu\u2019on ne peut révéler Dieu qu\u2019ensemble, de même Dieu ne pourra nous manifester la justesse de notre révélation de lui qu\u2019ensemble.Cette espérance qui nous est donnée n\u2019a pas d\u2019abord pour but de nous consoler quand nous perdons un être cher, comme si Dieu voulait nous rendre l\u2019épreuve moins douloureuse; pas plus s\u2019a-git-il de nous rendre notre propre mort moins effrayante; encore moins Dieu voulait-il nous attirer ainsi à son service - ses grands serviteurs de l\u2019Ancien Testament n\u2019avaient pas cette espérance et ils lui ont donné leur vie; enfin, cette espérance ne vise pas à répondre à nos questions sur l\u2019au-delà, la révélation étant pour ainsi dire muette à ce sujet.Toutes ces considérations sont ou bien étrangères à la mentalité biblique ou encore périphériques.La raison de notre espérance se situe à un autre niveau.En tant qu\u2019elle est authentification de notre révélation par Dieu, notre résurrection à la suite de Jésus est impliquée dans le contenu même de ce que nous avons à dire de Dieu.Nous proclamons que Dieu est Père et qu\u2019il aime ses enfants.Nous manifestons son affection privilégiée pour les démunis et défavorisés de notre monde.Nous affirmons que la haine marquée de Dieu va à l\u2019injustice.Nous manifes- MARS 1977 75 tons la sainteté de Dieu en rejetant toutes les idoles: qu\u2019elles soient celles de l\u2019argent, du pouvoir et du plaisir ou celles des religions, des institutions et des idéologies.Or, cette révélation, faite davantage de gestes que de paroles, est tout entière imprégnée d\u2019espérance: Dieu fera venir son Règne, le Christ reviendra.Notre révélation de maintenant vise, bien sûr, notre Dieu qui a agi dans le passé et s\u2019est manifesté en Jésus.Mais elle est d\u2019abord et avant tout tournée vers l\u2019avenir: nous agissons maintenant pour faire espérer le Dieu de l\u2019avenir.Nous disons à ceux que Dieu aime: Regardez ce que nous faisons pour vous maintenant; or combien plus ne pouvez-vous pas espérer de Dieu?Chacun sait, cependant, que révéler Dieu n\u2019est pas chose facile; qu\u2019un Dieu qui parcourt les places et les villes dérange; et qu\u2019on a tendance à le reléguer dans les temples ou les églises pour en faire un Dieu inoffensif.Jésus, d\u2019ailleurs, a lui-même averti les siens qu\u2019ils n\u2019auraient pas davantage de succès que lui.Le disciple n\u2019est pas plus grand que le maître.Et il est tellement facile de se déclarer d\u2019accord avec la révélation de Jésus mais de ne pas vouloir reconnaître celle des chrétiens.Ainsi, chaque génération d\u2019Eglise vit la même situation que Jésus: elle proclame un Dieu qu\u2019on rejette et elle doit en appeler au jugement de Dieu.De là l\u2019espérance chrétienne: Dieu fait pour les frères et soeurs de son fils ce qu\u2019il fit pour lui, et il manifestera l\u2019authenticité de la révélation des chrétiens un jour.A ce moment, chacun verra comme il est bien le Dieu des pauvres et des petits.5.- Un geste prochain?On sait que Jésus et les premiers chrétiens attendaient une fin prochaine de l\u2019histoire.Les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui vivent plutôt suivant la perspective d\u2019un avenir à la durée indéfinie.De plus, on s\u2019exprime souvent la mort humaine comme la séparation de l\u2019âme du corps; l\u2019âme séparée vit dans la béatitude en attendant le jour de la résurrection finale où le composé humain sera définitivement réuni.On se questionne pourtant de plus en plus sur la justesse de cette représentation.En effet, l\u2019anthropologie juive, à l\u2019intérieur de laquelle s\u2019est développée l\u2019espérance de la résur- rection, considérait l\u2019homme comme un tout; il n\u2019y était pas question de séparation de l\u2019âme et du corps.Cette conception vient de l\u2019anthropologie grecque.Or, la représentation qu\u2019on vient d\u2019esquisser est le fruit d\u2019une union des deux anthropologies: d\u2019abord la grecque (séparation du corps et de l\u2019âme, suivie d\u2019un état de béatitude de l\u2019âme), puis la juive (la résurrection à la fin des temps).Plusieurs se demandent de nos jours s\u2019il n\u2019est pas temps de réviser le scénario es-chatologique (c\u2019est-à-dire: qui concerne les derniers temps).Et ils proposent de retrouver à la fois l\u2019attente prochaine de Jésus et la conception anthropologique juive en mettant de l\u2019avant la possibilité que la résurrection survienne au moment même de la mort du chrétien (1).Il y a là une prise au sérieux de l\u2019idée suivant laquelle il n\u2019y a pas de temps dans l\u2019au-delà et qu\u2019on n\u2019a pas le droit d\u2019y imaginer une sorte de ligne de déroulement parallèle au cours de notre propre temps.Si tel est le cas, et aussi déroutante que l\u2019idée puisse paraître, il faut admettre que le \u201cmoment\u201d de la mort (vu du côté de l\u2019au-delà) est le même pour tous les hommes, aussi étendue ou illimitée que soit l\u2019histoire humaine.Ainsi, le geste de Dieu qui ressuscite Jésus et les chrétiens est le même.Et chaque humain qui meurt amène avec lui devant Dieu aussi bien l\u2019ensemble de sa vie que l\u2019ensemble des répercussions qu\u2019aura sa vie sur le cours du reste de l\u2019histoire.Car il faut dire que l\u2019histoire à venir ne sera plus jamais ce qu\u2019elle aurait été si chacun de nous n\u2019avait vécu; en effet, innombrables sont les gens que nous avons rencontrés ou influencés, les situations que notre présence a contribué à modifier, avec toutes les répercussions qui s\u2019ensuivront.De la sorte, chaque humain qui meurt se présente devant Dieu avec tout le passé auquel il est redevable et tout le futur qu\u2019il aura contribué à faire.Avec chaque humain qui meurt, en définitive, c\u2019est l\u2019ensemble de l\u2019histoire humaine qui paraît devant Dieu.Au lieu d\u2019être situées dans un futur fort éloigné, la fin du monde et la résurrection sont peut-être au bout de notre vie.(1) Voir là-dessus Greshake, G., et Lohfink, G., Naherwartung, Auferstehung, Unster-blichkeit.Freiburg: Herder, 1975, 160 p.Un nouveau Bien des remous se sont agités autour des catéchismes publiés par l\u2019O.C.Q.(office de catéchèse du Québec).Nos lecteurs se souviendront peut-être du numéro spécial de Relations, intitulé \u201cLa guerre des catéchismes\u201d (Relations, septembre 1973, no 385).On y approuvait le renouveau entrepris et, si l\u2019on endossait presque pleinement la production de l\u2019élémentaire, l\u2019on faisait plus de réserves pour les manuels du secondaire.\u201cUn sens au voyage\u201d de Secondaire III, en particulier, n\u2019échappait pas à la critique.On y déplorait spécialement un langage qui, en voulant se renouveler, était peut-être trop flou et trop difficile; on regrettait que la référence au Christ, la dimension évangélique et chrétienne ne soient pas suffisamment affirmées.Enfin, certains se rebiffaient contre une approche anthropologique qu'ils avaient tendance à confondre avec un humanisme anthropocentrique.De fait, il semblait difficile de passer des situations de vie à la proclamation de la Bonne Nouvelle.Certains catéchètes, plus habiles et plus expérimentés, y parvenaient; d\u2019autres y échouaient lamentablement.Bref, une refonte du manuel s'imposait et il faut dire qu\u2019elle fut entreprise avec un sérieux et une conscience professionnelle que nous ne pouvons que louer.Dans le même sens, le rapport April (1) avait aussi émis des souhaits de réajustement et de mise au point en ce qui concerne les manuels de catéchèse au secondaire.Aujourd\u2019hui, \u201cUn sens au voyage\u201d, dans sa nouvelle édition (2), reparaît sur le marché.Je l\u2019ai examiné attentivement et l\u2019impression qu\u2019il me laisse est très positive.Sans doute, les catéchètes qui, à l\u2019expérience, le traduiront aux jeunes, pourront porter le jugement le plus objectif sur l\u2019accessibilité et la rentabilité de ce manuel.Pour moi, qui suis un théoricien en chambre, mon analyse ne porte pas sur l\u2019expérimentation, mais sur une simple lecture.Mon expérience passée me permet cependant d\u2019énoncer un jugement qui n\u2019est pas purement fantaisiste.* L\u2019auteur, jésuite, est directeur de ministères chez les jésuites canadiens-français.76 RELATIONS catéchisme 55 \u201cUn Ce qu\u2019il y a de nouveau A première vue, les thèmes du manuel n'ont pas changé: activité humaine, existence corporelle, rupture.Mêmes titres qu\u2019auparavant.Mais, au simple examen des fascicules de l\u2019élève (il y a trois séries de quatre fascicules), on s\u2019aperçoit qu\u2019il y a quelque chose de nouveau.Les sous-titres nous en donnent la clé: le vécu du jeune, la foi en Jésus, le vécu collectif des chrétiens et l\u2019histoire de l'homme.Ces quatre dimensions, bien conjuguées, permettent, à mon avis, d\u2019assurer le lien entre l\u2019existence concrète du jeune et sa foi.On peut aussi y relever une allure moins volontariste.Une telle pédagogie - le document de l\u2019éducateur le dit expressément - s\u2019inscrit dans la ligne de la conception organique de l\u2019éducation, de ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui l'apprentissage.D\u2019ailleurs, en examinant chacun des fascicules de l\u2019élève, on s\u2019aperçoit que les auteurs ont utilisé fidèlement les processus de l\u2019apprentissage, à savoir, l\u2019exploration, l\u2019intériorisation et l\u2019expression.Ils le font avec une certaine liberté, mais les trois étapes sont toujours là.Autre point intéressant:\tl\u2019attention portée à l\u2019évolution et au développement psychologique du jeune.En effet, celui-ci ne vit pas dans les nuages; il s\u2019inscrit dans une courbe de vie très concrète dont il faut tenir compte.Un message communiqué dans l\u2019universel, l\u2019abstrait et l\u2019intemporel, n\u2019accrocherait pas du tout et risquerait de ne laisser aucune trace.J\u2019ai été aussi agréablement surpris par la présentation des fascicules de l\u2019élève.Présentation agréable et bien illustrée, où tout de même le texte prime, et un texte abondant.Les divisions sont claires, le langage s\u2019est simplifié et me semble plus direct, plus près de l\u2019élève.1.\tRapport APRIL, Evaluation de la catéchèse au Canada français, C.C.C., Ottawa, 1975, 367 pp.et annexes.2.\tL\u2019introduction générale (premier document de l\u2019éducateur) est l'oeuvre de Jacques Delori-mier; l\u2019ensemble est celle de Roger Poirier, Mireille Dubuc avec la collaboration d\u2019André Beauchamp.sens au voyage par Jean-Paul Labelle* Aperçu des fascicules de l\u2019élève Les fascicules de l\u2019élève se divisent en 3 séries de 4 fascicules chacun.La première série, sous le titre: activité humaine, comprend les fascicules suivants: ma vie en devenir (le vécu du jeune), une terre nouvelle (la foi en Jésus), une espérance vécue (le vécu collectif des chrétiens) et le monde en projet (l\u2019histoire de l\u2019homme).Faute d\u2019une analyse plus poussée, je souligne certains points d\u2019insistance dans cette première série.Le premier fascicule aborde les thèmes d'équilibre, de risque, de succès ou d\u2019échec.Le 2e ouvre l\u2019Evangile et montre comment Jésus nous propose un monde nouveau, un monde qu\u2019il nous donne et qu\u2019il nous faut construire.Pour nous y aider, Jésus nous envoie son Esprit.Le 3e cahier est très intéressant: il présente d\u2019abord les diverses formes que prend l\u2019activité des chrétiens (Développement et Paix, Jeunesse du Monde, etc.), puis il aborde la question du dimanche et des fêtes religieuses et se termine par une pièce dramatique qui exploite le thème évangélique du Royaume.Enfin, le dernier fascicule pourra surprendre quelques adultes, car il commence la démarche par la science-fiction, mais très vite, de cette sensibilisation, il attaque le sujet très sérieusement.La deuxième série a pour titre l'existence corporelle.Le premier fascicule reprend en substance ce qu\u2019on trouvait dans la première édition, mais de façon plus existentielle.Le sous-titre en est: mon corps aux mille visages.Puis dans le deuxième fascicule, le thème existence corporelle nous amène à étudier \u201cUn homme transparent\u201d, c\u2019est-à-dire, Jésus.L\u2019approche me semble très bonne.En particulier, le mystère de l\u2019Incarnation est présenté de manière très percutante aux jeunes.Dans le 3e fascicule, \"des gestes pour le Seigneur, il est question de la prière collective et de l\u2019Eucharistie.Enfin, le dernier fascicule \u201cUn mode d\u2019expression\u201d fait appel à la créativité du jeune.La dernière série porte le titre: rupture.Elle contient 4 fascicules: Quoi de neuf; Une mort, une vie; toujours du nouveau; tout y passe.On y étudie les situations de rupture (relations avec l'environnement), les ruptures que Jésus a vécues et, en particulier, sa mort; les ruptures que les chrétiens doivent vivre aujourd\u2019hui; enfin, la difficulté de réaliser la conquête de la vie et celle de mourir à quelque chose pour vivre quelque chose d\u2019autre (Ici, la rupture a-vec l\u2019enfance entre en ligne de compte).Cette analyse peut paraître longue et fastidieuse, mais je la crois nécessaire à ceux qui n\u2019enseigneront pas ce manuel et qui veulent en apprécier la démarche et le contenu.On laisse beaucoup de liberté aux catéchètes dans la façon d\u2019agencer thèmes et sous-thèmes, tout en privilégiant la démarche qui part du vécu du jeune.Mais on insiste pour qu'à chaque étape, les quatre dimensions soient vraiment intégrées.Ainsi, on ne risque pas de rester à une simple humanisation sans rapport avec le Christ et l'Evangile, ni à une transmission du message évangélique sans rapport avec la vie concrète du jeune.La grande qualité du nouveau manuel me semble un équilibre entre, d\u2019une part, le vécu du jeune et, d\u2019autre part, les éléments de catéchèse les plus fondamentaux.Les moyens audio-visuels J\u2019ai dit plus haut que la présentation matérielle me semblait équilibrée; je trouve également que l\u2019utilisation des moyens audio-visuels (bandes sonores, diapositives et affiches) est peut-être plus modeste, mais mieux appropriée aux objectifs pédagogiques.On fait remarquer, à juste titre, que ces moyens audio-visuels ne sont pas facultatifs.Ils font vraiment partie intégrante de la démarche d\u2019ensemble.On peut les utiliser avec une certaine liberté, mais on ne saurait vraiment s\u2019en passer.Dans une optique d\u2019apprentissage comme celle ô'Un sens au voyage, l\u2019au-dio-visuel n\u2019est pas une simple diversion ou un amusement.Il est vraiment un instrument pédagogique aussi nécessaire que les fascicules de l\u2019élève.Les documents de l\u2019éducateur Les auteurs des manuels de catéchèse de l\u2019O.C.Q.ont toujours l'habitude MARS 1977 77 Mgr Bourget et l\u2019Université de rédiger d\u2019excellents documents de l\u2019éducateur.C'est le cas en ce qui concerne \u201cUn sens au voyage\".Un premier cahier est plus général; il contient une introduction à la pédagogie du Secondaire III.Déjà, les auteurs soulignent plusieurs traits que nous avons relevés dans cet article, mais ils le font d\u2019une manière plus poussée et plus méthodique.Après un bref historique de la seconde édition, les auteurs situent \u201cUn sens au voyage\" dans l\u2019ensemble des programmes du secondaire.Ensuite, ils traitent des 14-15 ans et des thèmes du Secondaire III.Le 4e chapitre porte sur un apprentissage pédagogique en enseignement religieux.Ce chapitre nous paraît important, car il aide l\u2019éducateur à mieux se situer dans cette pédagogie.Enfin, le chapitre 5 traite de l\u2019utilisation de l\u2019ensemble des instruments, en rappelant qu\u2019il existe une certaine liberté qui ne doit pas cependant faire perdre de vue les objectifs fondamentaux.Les 3 autres cahiers se partagent les thèmes.Ils adoptent une structure semblable: présentation du cahier; guide de l\u2019apprentissage; vers une synthèse; suggestions pour l\u2019animation pastorale; examen du dossier.Le guide de l\u2019apprentissage est évidemment la pièce maîtresse; c\u2019est là que le catéchète puisera pour orienter son cours.Une mise en place Après ce bref aperçu sur la nouvelle édition de \u201cUn sens au voyage\", j\u2019ai l\u2019impression que les auteurs de ce manuel ont fait un pas en avant.Dans la première édition, il y avait des intuitions généreuses, une volonté de renouvellement du langage, une approche nouvelle.Mais il y avait aussi beaucoup d\u2019hésitations et de tâtonnements.Tandis que, dans la seconde édition, le langage est plus direct et plus sûr, la référence au Christ et à l\u2019Evangile plus explicite, les éléments du révélé chrétien plus abondants et plus féconds.Sous certains aspects, l\u2019allure est moins volontariste; on fait plus appel à la fantaisie et à la gratuité, sans négliger pour cela le sérieux de la vie et l\u2019importance de la vocation chrétienne.Les enquêtes faites ont pu paraître à certains trop tâtillonnes, à d\u2019autres trop sympathiques et trop larges; elles ont tout de même permis un réajustement on ne peu plus heureux.En remerciant les auteurs de \u201cUn sens au voyage\u201d, nous ne pouvons que répéter combien cette publication nous réjouit.Elle met vraiment les choses en place et indique une voie.Le P.Léon Pouliot, S.J.a terminé sa patiente étude sur Mgr Bourget et son temps(1) par un cinquième tome dont l\u2019intérêt éclipse tous les autres; il s\u2019agit en particulier des vingt-cinq années de luttes universitaires engagées par l\u2019évêque de Montréal pour obtenir une université catholique dans sa ville épiscopale.L\u2019histoire en est du plus vif intérêt par les.rebondissements multiples et inattendus qu\u2019elle provoque: c\u2019est un va-et-vient continu entre Rome et le Canada, une lutte d\u2019influence entre Québec et Montréal.La curie romaine est prise d\u2019assaut, les mémoires s\u2019ajoutent aux voyages et viennent grossir un dossier qui devient un défi pour les Préfets de la Propagande qui se succèdent à la tête de cette Congrégation.Il a fallu beaucoup de patience et d\u2019ingéniosité à l\u2019analyste pour suivre et déceler tous les méandres d\u2019une lutte, courtoise sans doute, mais serrée et tenace parce que de chaque côté on s\u2019appuyait sur des convictions profondes.Si Mgr Bourget était animé par le plus vif désir de protéger les intérêts apostoliques de son diocèse, à Québec on était conscient de défendre et de protéger une entreprise universitaire menacée.Le Séminaire de Québec était fier à juste titre d\u2019avoir pu obtenir le 8 décembre 1852 une charte impériale lui conférant des pouvoirs universitaires.C\u2019était un succès pour l\u2019Eglise canadienne, un gage de survie et de progrès, une sorte de reconnaissance et la possibilité pour les catholiques ca-nadiens-français d\u2019accéder aux plus hautes fonctions.Il restait que ce triomphe reposait sur une équivoque.Mgr Bourget avait I.Léon Pouliot, S.J., Monseigneur Bourget et son temps, tome V: Les derniers combats.\u2014 Montréal, Editions Bellarmin, 1977, 319 pp.donné son accord et son appui à la condition que la nouvelle université serait provinciale, sous la responsabilité de tous les évêques de la province ecclésiastique de Québec, et il s\u2019avérait maintenant que seul l\u2019évêque de Québec en assumait la direction et que seul le Séminaire de Québec semblait vouloir la régenter.On essaie bien de calmer les appréhensions de l\u2019évêque de Montréal par une clause d\u2019affiliation, rendant possible l'extension des privilèges universitaires à des institutions affiliées, mais Mgr Bourget se rend compte bien vite que cette clause ne joue pas.Après six années, en 1858, aucun collège n\u2019est affilié et l\u2019Ecole de Médecine de Montréal se voit refuser à deux reprises une demande d\u2019affiliation.Mgr Bourget songe alors, on est en 1862, à créer une université catholique à Montréal; il se voit pressé de le faire en raison du nombre de plus en plus considérable d\u2019étudiants catholiques qui doivent s\u2019inscrire aux facultés de droit et de médecine de McGill ou d\u2019ailleurs.En 1865, Mgr Bourget appuie sa demande sur des statistiques.En 1863-64, Laval ne compte que 72 inscriptions.Peu de ces inscrits viennent de Montréal, au plus cinq par année.Par ailleurs, Montréal compterait cette année-là 530 étudiants catholiques de niveau universitaire.De son côté, Laval fait valoir qu\u2019elle a dépensé, depuis dix ans, plus de $300,000 pour maintenir l\u2019université, qu\u2019une fondation montréalaise mettrait en péril.A Rome, à la Congrégation de la Propagande, le Cardinal Barnabo en conclut qu\u2019il n\u2019est pas expédient de lancer une nouvelle fondation à Montréal, il fait appel à la conciliation.Pendant ce temps, des villes moins importantes, comme Kingston et Ottawa, obtiennent cependant les privilèges universitaires.En 1870, Laval présente un projet de succursale à Montréal.Comme l\u2019auto- 78 RELATIONS rité de l\u2019évêque de Montréal en est à toute fin pratique exclue, Mgr Bourget rejette le projet.Pendant ce temps, des catholiques influents s\u2019agitent.En 1872, c\u2019est une requête du barreau montréalais.Les Jésuites tentent d\u2019obtenir à leur tour des privilèges universitaires pour l\u2019école de droit du Collège Ste-Marie, mais Mgr Bourget leur demande de retirer leur requête.Le dénouement de cette longue crise universitaire de 25 ans trouvera son aboutissement provisoire en 1876 par le voeu de la Propagande qu\u2019une succursale de l\u2019université Laval soit créée à Montréal.Les frais seront à la charge des montréalais mais l'autorité universitaire restera à Québec, l\u2019évêque de Montréal pouvant tout au plus approuver la nomination du Vice-Recteur.Mgr Bourget donne sa démission comme évêque pour ne pas avoir à appliquer un tel décret auquel il se soumet cependant sans aigreur.Il faudra attendre 1919 pour que Montréal accède à une certaine autonomie et ce sera le dernier geste d\u2019un autre grand évêque, Mgr Bruchési.Il faut lire l\u2019excellent ouvrage du P.Léon Pouliot pour mesurer au prix de quels efforts les catholiques de Montréal ont pu obtenir les privilèges de la vie universitaire.Ce récit est révélateur d\u2019une époque autant que de la détermination d\u2019un évêque profondément conscient de ses responsabilités pastorales.L\u2019auteur analyse avec rigueur et intégrité tous les documents.Tout ce qu\u2019on pourrait lui reprocher c\u2019est d\u2019avoir manqué l\u2019occasion de tracer des portaits bien vivants, restituant ainsi le climat de tension et même de passion contenue.A la fin, l\u2019historien n\u2019est pas sans percevoir une certaine lassitude et même certaines maladresses chez Mgr Bourget, mais il ne saurait prendre son intégrité en défaut.Alors que d\u2019autres luttes se livrent autour de l\u2019Université de Montréal, il y a profit et intérêt à se reporter aux origines.Comme disait Benoit XV à Mgr Bruchési, \u201cnon in turbatione Dominus\u201d, le Seigneur n'agit pas dans le trouble.Florian Larivière, S.J.12 mars 1977 Où en est le Renouveau charismatique?Il y a dix ans, sur le campus de l\u2019Université de Duquesne aux Etats-Unis, apparaissait le premier groupe catholique qui allait donner naissance au Renouveau charismatique catholique.Ce renouveau s\u2019est répandu comme une traînée de poudre à travers tous les continents et il est difficile d\u2019évaluer le nombre exact de personnes qui participent aux assemblées hebdomadaires de prière qui caractérisent ces groupes de prière.La revue New Covenant (1) a consacré une partie de son numéro de février à souligner ce dixième anniversaire en interviewant un certain nombre de leaders connus internationalement.Issu du pentecôtisme fondamentaliste protestant, le R.C.est devenu avec les années un courant spirituel très fort qui rejoint les diverses E-glises chrétiennes et apporte en leur sein un véritable renouveau (2).En juillet prochain, durant quatre jours, un congrès oecuménique du R.C.réunira à Kansas City (Missouri) quelque 60,000 personnes appartenant à une bonne douzaine d\u2019Eglises chrétiennes.Rassemblés par Eglises durant la journée, les congressistes se retrouveront tous les soirs pour prier ensemble.Du 10 au 12 juin 1977, le Stade Olympique de Montréal accueillera * Jacques Custeau, s.j., est engagé dans le Renouveau charismatique (R.C.) depuis quelques années déjà.En ce moment, il est Répondant diocésain du R.C.dans le diocèse de Montréal après avoir été, jusqu\u2019à tout récemment, membre de l\u2019Exécutif et Secrétaire de l\u2019Assemblée Canadienne Francophone du Renouveau Charismatique Catholique (ACRFCC).En 1973, il avait mis sur pied le Service Central du R.C.qu\u2019il a maintenant remis entre les mains de l\u2019ACFRCC et il dirige le Centre Diocésain du R.C.de Montréal.par Jacques Custeau* les groupes francophones du R.C.catholique de notre milieu.Les organisateurs attendent plus de 20,000 personnes à ce congrès qui prendra la relève des congrès antérieurs: celui de 1973 qui avait rassemblé 5,000 personnes au Collège Loyola de Montréal, celui de 1974 qui avait réuni plus de 8,000 personnes sur le campus de l\u2019Université Laval à Québec.Depuis ce temps, la vie du R.C.francophone a continué de se développer et on compte aujourd\u2019hui, dans notre seul milieu, plus de 700 groupes de prière.Le temps est révolu où on s\u2019interrogeait sur la nature du R.C., ses origines, etc.(3).Après dix ans, un peu moins dans notre milieu, le temps est venu de nous demander où en est le R.C., dans quelle direction il s\u2019en va.C\u2019est en me situant à l\u2019intérieur de ce Renouveau que j\u2019essaierai de faire le point selon mon expérience personnelle, tant pour ceux qui observent de l\u2019extérieur ce phénomène religieux que pour ceux qui sont engagés dans ce qu\u2019on appelle habituellement \u201cl\u2019expérience charismatique\u201d.Il sera d\u2019abord question des aspects positifs et, ensuite, des ambiguités et des interrogations que suscite le R.C.1.\tNew Covenant, édité à Ann Arbor (Michigan), constitue la revue officielle du R.C.aux Etats-Unis.2.\tSur ce sujet, on pourrait lire l\u2019intéressante autobiographie d\u2019un pasteur épiscopalien, Dennis J.Ben-net, La troisième heure, Editions Foi et Victoire, Le Mont-Sur-Lau-zanne, 1976, 244 pp.3.\tVoir: Cardinal L.J.Suenens, Une nouvelle Pentecôte'?, DDB, Paris, 1974; René Laurentin, Pentecôtisme chez les catholiques, risques et avenir, Beauchesne, Paris, 1974; Edward O\u2019Connor, c.s.c., Le renouveau charismatique, origines et perspectives, Beauchesne, Paris, 1975.MARS 1977 79 I.Aspects positifs du R.C.________________________ Après une longue enquête à travers tout le pays et même en dehors, les évêques canadiens produisaient, en avril 1975, un message intitulé: Le Renouveau charismatique (4).Sans vouloir reprendre ici tout ce qu\u2019a dit l\u2019épiscopat canadien sur les \u201corientations positives fondamentales du Renouveau charismatique\u201d, il convient quand même de souligner certains aspects qui apparaissent comme un apport nettement positif du R.C.à l\u2019heure actuelle dans notre milieu.1.\tRenouveau de la prière Selon ses options sociales et politiques, on reproche facilement au R.C.de ne pas être ceci et cela, de ne pas faire ceci ou cela.Fondamentalement, le R.C.est un renouveau de la prière et voilà ce qui le spécifie à un moment de l\u2019histoire de l\u2019Eglise où on ne peut pas encore dire que la prière soit tellement à la mode chez les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui.Sous la poussée de l\u2019Esprit, les participants des groupes de prière non seulement réapprennent à prier, mais retrouvent le goût de la prière qui devient partie intégrante de toutes leurs activités quotidiennes.A ce point de vue, le R.C.constitue une sérieuse question adressée à l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui.2.\tDieu devient un être personnel A l\u2019intérieur de cette prière personnelle et communautaire, une rencontre de Dieu s\u2019opère qui transforme et change des vies.Dieu cesse d\u2019être le Dieu notionnel qu\u2019il est pour beaucoup de croyants et il devient un Dieu personnel dont je suis sûr de l\u2019amour pour moi en ce moment même.De là, cette foi vive qui fait prier, adorer, louer, intercéder et supplier aussi pour les divers besoins exprimés dans la prière.Que d\u2019exemples on pourrait citer ici de personnes à la foi chancelante qui ont été rejointes par le climat de foi profonde trouvé dans les groupes de prière.Cette assurance de l\u2019amour de Dieu explique le climat de sérénité et de joie qui règne dans les assemblées de prière.4.\tL\u2019Eglise canadienne, juin 1975.3.\tRôle de l\u2019Esprit \u201cLe besoin primordial et ultime de l\u2019Eglise c\u2019est l\u2019Esprit, l\u2019Esprit-Saint qui anime et sanctifie l\u2019Eglise.L\u2019Eglise a besoin de son éternelle Pentecôte.\u201d (5).Le R.C.s\u2019inscrit dans la ligne des courants spirituels actuels qui nous amènent à redécouvrir la place première de l\u2019Esprit qui est l\u2019âme de l\u2019Eglise, ainsi que l\u2019affirme la théologie.En insistant comme il le fait sur l\u2019attitude d\u2019abandon de soi à l\u2019action de l\u2019Esprit, le Renouveau charismatique vise à agrandir en chaque chrétien l\u2019espace où l\u2019Esprit peut se manifester.Cette docilité cherche à faire de chaque croyant un foyer qui manifeste autour de lui la présence de l\u2019Esprit.(6) 4.\tPlace des charismes dans l\u2019Eglise Quand l\u2019Esprit-Saint est à l\u2019oeuvre, il manifeste sa présence et le R.C.a attiré l\u2019attention des chrétiens sur ce point.Vatican II avait réaffirmé que l\u2019Esprit-Saint dispense, parmi les fidèles de tous ordres, des grâces spéciales qui les habilitent à assurer des activités et des services divers.Ces charismes, qu\u2019ils soient extraordinaires ou plus simples et plus répandus, sont ordonnés et adaptés aux besoins de l\u2019Eglise: ils doivent être accueillis avec gratitude et joie spirituelle (7).Parlant de la dimension charismatique de l\u2019Eglise, les évêques canadiens déclaraient: Un des mérites du Renouveau charismatique est de rappeler à bon escient l\u2019importance des charismes dans la vie de la communauté chrétienne et de ses membres.Leur présence dans l\u2019Eglise n\u2019est pas insolite ni accessoire.Elle en est une caractéristique essentielle:\tla com- munauté ecclésiale est, par nature, charismatique.(8) 5.\tPaul VI, 29 novembre 1972.Voir: Documentation catholique, 17 décembre 1972, no 1622, pp.1105-1106.6.\tCCC, Le renouveau charismatique, no 12.7.\tLumen Gentium, no 12.8.\tCCC, no 15.5.\tVivre son baptême Si le R.C.amène des chrétiens à découvrir Dieu comme un être personnel et \u201cà agrandir l\u2019espace où l\u2019Esprit peut se manifester\u201d (9), il conduit aussi à une redécouverte des sacrements de l\u2019initiation chrétienne, en particulier de la grâce du baptême.Je crois, écrivait récemment le Cardinal Suenens, .que l\u2019apport fondamental (du R.C.) serait de nous redonner à tous comme une conscience nouvelle de ce qu\u2019implique notre baptême.Depuis que le baptême n\u2019a plus été conféré, comme à l\u2019origine, à des convertis adultes et depuis que la coutume du baptême des enfants s\u2019est établie, on s\u2019est retrouvé devant des chrétiens qui ont reçu la foi par voie héréditaire et non plus devant des chrétiens qui ont adhéré à Jésus-Christ par pleine et libre option volontaire.Cela a créé un type de chrétien, fortement tributaire du milieu familial et ambiant, facilement tenté d\u2019être plus passif que co-responsable et engagé dans le service actif de l\u2019Evangile.Aujourd\u2019hui, et plus encore demain, sera chrétien celui qui aura, comme adulte, rencontré Jésus-Christ et adhéré à son mystère de salut en pleine connaissance de cause.Cela supposera une initiation adéquate, de type nouveau, une nouvelle prise de conscience de l\u2019alliance baptismale.C\u2019est ici que le \u201cbaptême dans l\u2019Esprit\u201d ou mieux \u201cl\u2019effusion de l\u2019Esprit\u201d qui est au coeur du Renouveau s\u2019offre comme une invitation pour toute l\u2019Eglise.Sous une forme ou sous une autre, quelle que soit la pédagogie qui sera mise sur pied, le chrétien, s\u2019il veut vivre en chrétien, doit refaire le cheminement que les charismatiques sont invités à faire sous le nom de \u201cLife in the Spirit Seminar\u201d.(10) 6.\tGoût de l\u2019Ecriture C\u2019est un fait indéniable que, dans les groupes de prière, les participants prennent goût à la Parole de Dieu qui vient nourrir la prière et la réflexion des individus et des 9.\tIbid, no 12.10.\tRevue Magnificat (Belgique), 1977, no 2, pp.7-8.80 RELATIONS groupes.De plus en plus s\u2019organisent un peu partout des cours et des sessions d\u2019initiation biblique.7.Dimension ecclésiale En terminant ce bref aperçu non exhaustif des apports du R.C.dans notre milieu, il faut souligner l\u2019aspect amour de l\u2019Eglise qui se développe habituellement chez les participants des groupes de prière.Même si, parfois, cet amour peut véhiculer une vision nostalgique d\u2019une Eglise appartenant au passé, il n\u2019en reste pas moins que la redécouverte d\u2019un Dieu vivant et le désir de vivre en profondeur son engagement baptismal s\u2019accompagnent d\u2019un amour renouvelé de l\u2019Eglise, Corps du Christ et fondée sur Pierre et ses successeurs.Ici, le R.C.se moule sur l\u2019organisation diocésaine et, très souvent, les contacts sont nombreux avec les offices de pastorale diocésaine.De plus en plus, enfin, les groupes de prière naissent dans les paroisses et sont pris en charge par les responsables de ces paroisses.En guise de conclusion, j\u2019aimerais citer encore une fois le Cardinal Suenens qui, regardant l\u2019avenir du R.C., écrivait: Nous avons en réalité à christianiser les chrétiens, à aider ceux qui ont été confirmés à se fortifier spirituellement.Nous verrons alors des chrétiens vivants, faisant face à un futur dans lequel de moins en moins de personnes deviendront chrétiennes par hérédité.(11) II.Ambigüités et interrogations Même si l\u2019apport du R.C.dans notre milieu se révèle très positif, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il véhicule un certain nombre d\u2019ambiguités qui peuvent soulever, et soulèvent de fait, de sérieuses interrogations.Même quand on est engagé dans les groupes de prière et qu\u2019on essaie d\u2019y donner le meilleur de soi-même, on ne peut pas, certains jours, ne pas se poser certaines questions.Je rassemble ces interrogations autour de deux pôles principaux: 1) discernement; 2) leadership et autorité.11.\tNew Covenant, février 1977, p.14.1) Discernement Le R.C., parce qu\u2019il se veut sous la mouvance de l\u2019Esprit, appelle nécessairement le discernement spirituel.\u201cDès qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019affleurement à la conscience et de manifestations sensibles de la présence agissante de l\u2019Esprit, écrivaient les auteurs du Colloque de Malines, la question d\u2019un discernement ne peut manquer de se poser\u2019\u2019 (12).Au lendemain de la Pentecôte 1975, Paul VI, recevant les 10,000 participants du congrès international du R.C.réunis dans la basilique Saint-Pierre, rappelait des principes de discernement (13).Plus près de nous, Mgr Coderre et Mgr Lebel, dans une déclaration conjointe, rappelaient aux groupes de prière de leur diocèse la nécessité du discernement au sein du R.C.(14).Il existe des groupes où un manque flagrant de discernement fait accepter n\u2019importe quoi comme une manifestation de l\u2019Esprit.Des individus circulent qui se disent conduits par l\u2019Esprit et qui font un tort énorme.D\u2019autres enfin se déclarent \u201cdocteurs en Israël\u201d et enseignent n\u2019importe quoi.Vous voyez bien tout le tort que peut faire au Renouveau charismatique et à l\u2019Eglise, l\u2019admission inconditionnelle de tout ce qui se présente comme venant de l\u2019Esprit.Le seul moyen de se protéger de ce danger est de s\u2019en remettre au discernement de l\u2019Eglise.C\u2019est la communauté ecclésiale qui a la responsabilité et la capacité d\u2019exercer ce discernement.C\u2019est à l\u2019Eglise, en effet, que l\u2019Esprit est donné: chacun de nous le reçoit en Eglise, comme membre du Corps de Celui qui est la source de l\u2019Esprit.C\u2019est donc à la communauté ecclésiale à faire le discernement des esprits.Les responsables de l\u2019Eglise, les Evêques, ont reçu cette char- 12.\tLe Renouveau charismatique, orientations théologiques et pastorales.Traduction française par le Service Central du R.C., 1202, de Bleu-ry, Montréal.13.\tOsservatore Romano, 18 mai 1975.14.\tCommuniqué no 13 de la Chancellerie du diocèse de Saint-Jean, 8 décembre 1976.ge de discernement avec l\u2019assistance de l\u2019Esprit pour l\u2019exercer; mais encore ne le font-ils qu\u2019en prenant conseil et en auscultant la vie de la communauté des croyants: c\u2019est pour cette raison que l\u2019Evêque s\u2019entoure de différents conseils.Même celui qui se présente commune muni d\u2019un charisme de discernement n\u2019est pas en dehors de cette loi et il doit lui-même soumettre son intervention au jugement de la communauté.Celle-ci peut exercer son rôle de discernement par l\u2019action d\u2019un de ses membres, mais c\u2019est à elle à dire en dernière analyse, où se trouve le vrai discernement.(15) Le discernement ne doit pas s\u2019opérer seulement au niveau des individus ou des groupes de prière; il doit s\u2019exercer aussi sur certaines orientations que le R.C.de chez nous est en train de prendre.A même ce qui se développe, il faut parfois poursuivre la ligne pour essayer de voir ce que cette ligne produira à son terme.Depuis quelques années, une satanomanie ou une sa-tanophobie s\u2019est développée en plusieurs endroits.On se livre par conséquent à une pratique exagérée du ministère de délivrance ou d\u2019exorcisme.On traumatise des personnes, on en blesse d\u2019autres profondément et on engendre une phobie qui fait croire que le démon est partout.Tout ce qui n\u2019est pas explicitement chrétien est soupçonné d\u2019occultisme.On tombe dans de nouveaux dogmatismes qui condamnent sans rémission: occultisme, sessions Rochet, méditation transcendantale, Teilhard de Chardin, yoga, zen.Même la prière de Jésus, ou philocalie, devient suspecte aux yeux de certains.Si vous avez reçu en cadeau un signe du zodiaque et que vous le portez, comme cela est devenu une mode, même si on ne croit en rien à l\u2019astrologie, il faut vous faire délivrer car vous êtes sous l\u2019influence du Malin.Au lieu de prêcher Jésus-Christ, on prêche sur l\u2019occultisme, le yoga, le zen, etc.Certaines personnes publient des papiers intitulés: \u201cla pensée catholique sur .\u201d.D\u2019autres, enfin, publient des listes de choses qu\u2019il est défendu de faire si vous appartenez à un groupe de priè- 15.\tIbid.MARS 1977 81 re.Si vous avez le malheur de refuser d\u2019embarquer dans de telles perspectives, vous courez le risque d\u2019être excommunié, de passer pour un impie.Le nouveau dogmatisme engendre le sectarisme.Il est grand temps qu\u2019un authentique discernement s\u2019exerce dans toute cette satanomanie.A force de dire aux personnes qu\u2019elles sont sous l\u2019influence du Malin, elles finissent par le croire et elles accourent en foule pour se faire libérer et délivrer.Il est grand temps qu\u2019on réapprenne le premier conseil que l\u2019Eglise donnait aux exorcistes: ne pas croire facilement qu\u2019une personne est possédée du Démon.C\u2019est à se demander parfois si nous avons été sauvés par le Christ, si le Diable est plus puissant que Jésus-Christ.Je me demande à certains moments ce que dirait saint Paul s\u2019il revenait parmi nous, lui qui disait un jour aux Galates: \u201cSi le Christ vous a libérés, c\u2019est pour que vous le restiez\u201d (16).Tenant compte de l\u2019expérience de Jésus-Christ, des Apôtres et de la Primitive Eglise, le Colloque de Malines adopte la position suivante: Le R.C.prête attention à cet aspect du témoignage néo-testamentaire et à cette histoire post-apostolique.E-vacuer complètement cet aspect de la conscience chrétienne serait être infidèle au témoignage biblique.Dans le R.C., l\u2019expérience l\u2019a prouvé, certaines personnes ont reçu une aide appréciable d\u2019un ministère autorisé qui s\u2019est attaché à vaincre l\u2019influence démoniaque.Certes, cette influence ne doit pas être considérée nécessairement comme une \u201cpossession\u201d.Il faut éviter une préoccupation excessive à l\u2019égard du démoniaque et une pratique irréfléchie du ministère de délivrance.L\u2019un et l\u2019autre résulteraient d\u2019une distorsion des données bibliques et seraient préjudiciables à l\u2019action pastorale.(17) 2) Formation et leadership Très tôt après la naissance des premiers groupes de prière, la question de la formation des animateurs et des responsables a été soulevée.16.\tGai 5, 1.17.\tColloque de Malines, p.46.Bien des réalisations ont vu le jour dans les divers diocèses mais il reste beaucoup à faire ainsi qu\u2019en témoignent les problèmes évoqués ci-dessus.Beaucoup de difficultés s\u2019aplaniront quand un enseignement sérieux et suivi aura pu être mis en place.Une telle réalisation ne pourra pourtant pas voir le jour sans rencontrer quelques obstacles.Le R.C.ne comporte pas de structures juridiques mais il existe des \u201cstructures opérationnelles qui correspondent aux services à rendre\u201d (18).Pour l\u2019instant, certaines personnes se prévalent de ce mode de fonctionnement pour faire ce que bon leur semble, envers et contre tous, sans accepter ni l\u2019avis, ni le discernement de qui que ce soit.On vogue allègrement vers l\u2019illuminisme, dans certains cas, en s\u2019entêtant à avoir raison contre tout le monde.Le R.C.se trouve alors aux prises avec le problème des francs-tireurs.A la lumière de l\u2019expérience, le R.C.devra sans doute, d\u2019ici peu, se donner, sans tomber dans le juridisme, des moyens d\u2019action dans de telles circonstances.En d\u2019autres mots, il devra voir à se doter d\u2019un véritable leadership, d\u2019une véritable autorité exercée dans la paix et la charité.Pour l\u2019instant, les groupes de prière connaissent un double leadership.D\u2019une part, on trouve les \u201crépondants diocésains\u201d nommés par les évêques et qui ont des mandats assez variables selon les diocèses.Les \u201crépondants\u201d se rencontrent deux fois par année avec le Répondant épiscopal désigné par l\u2019Assemblée des Evêques du Québec (19).D\u2019autre part, les groupes de prière des différents diocèses ont élu leurs propres délégués qui forment l\u2019Assemblée Canadienne Francophone du Renouveau Charismatique Catholique (ACFRCC).Cette Assemblée procède à l\u2019élection d\u2019un Exécutif de sept membres.Jusqu\u2019à maintenant, l\u2019ACFRCC s\u2019occupe habituellement 18.\tIbid, p.41.19.\tActuellement, c\u2019est Mgr Louis Lan-gevin, évêque auxiliaire de Saint-Hyacinthe qui remplit la fonction de Répondant épiscopal du R.C.au Québec.de questions pratiques d\u2019organisation tandis que les \u201crépondants diocésains\u201d essaient de voir l\u2019ensemble de la situation du R.C.et d\u2019étudier un certain nombre de questions soulevées par la vie du R.C.Le R.C.ne pourra se passer longtemps d\u2019un véritable leadership qui l\u2019aidera à progresser, à approfondir l\u2019expérience spirituelle en cours.Un tel leadership supposera qu\u2019on accepte l\u2019émergence, non seulement d\u2019organisateurs, mais de personnes qui donneront de solides assises doctrinales, qui sauront être des animateurs et qui sauront faire respecter discipline et liberté dans l\u2019Esprit (20).Une telle jonction ne pourra être que le fruit de l\u2019Esprit qui, dans l\u2019amour, crée l\u2019unité.Reconnaissant que l\u2019Eglise est un Corps, que chaque membre y a sa place, on reconnaîtra aussi que, pour le bien de l\u2019ensemble, une autorité suave mais réelle doit s\u2019exercer.CONCLUSION L\u2019apport du R.C.est très positif dans l\u2019Eglise canadienne et \u201cson expansion à travers notre pays illumine d\u2019espérance les horizons nouveaux vers lesquels l\u2019Esprit entraîne irrésistiblement l\u2019Eglise au Canada\u201d (21)\t.Au lendemain de la Pentecôte 1975, Paul VI déclarait: \u201cComment alors ce renouveau spirituel ne pourrait-il pas être une chance pour l\u2019Eglise et pour le monde?Et comment, en ce cas, ne pas prendre tous les moyens pour qu\u2019il le demeure?\u201d (22)\t.Pourtant, dans notre milieu, le R.C.a des objectifs à atteindre, des obstacles à surmonter.Ce sont là des problèmes de croissance et de maturation.Puisse le dixième anniversaire du R.C.et la tenue du congrès de juin 1977 à Montréal être l\u2019occasion d\u2019un dépassement pour que se poursuive au sein de l\u2019Eglise une Pentecôte toujours renouvelée.20.\tVoir la déclaration de Mgr Coderre et de Mgr Lebel.21.\tC.C.C., no 30.22.\tOsseruatore Romano, 18 mai 1975.82 RELATIONS .i De Vatican II au Renouveau charismatique: I- Le point de départ du Renouveau Il y aura bientôt dix ans, un groupe de professeurs catholiques américains se réunissait pour prier, méditer et aussi pour approfondir sa foi, qu\u2019il jugeait infantile, anémique et sans impact sur sa vie professionnelle.A eux se joindront immédiatement, poussés par le même besoin, des étudiants et des chrétiens venus d\u2019autres communions.Ces premiers noyaux s\u2019activeront au contact des divers courants néo-pentecôtistes venus des confins du protestantisme américain et qui allaient influer de façon visible sur l\u2019orientation du nouveau mouvement.On y expérimente \u201cle retour de l\u2019Esprit\u201d, la conscience et son action, on sent le besoin de proclamer dans une louange commune sa présence et sa force vivifiantes.\u201cLe mouvement pentecôtiste\u201d, comme on l\u2019appelait alors, était né, qui groupait des chrétiens venus de tous les horizons, souvent bien éloignés de la religion officielle, mais sans que leurs adeptes aient eu à rompre avec leur foi traditionnelle.Dès sa naissance le mouvement apparaissait déjà fortement marqué par le redécouverte de ce que, deux ou trois ans plus tôt, le concile Vatican II appelait déjà \u201cdons de l\u2019Esprit\u201d ou \u201ccharismes\u201d, \u201cgrâces spéciales\u201d; et il reprenait à son compte le mot de s.Paul dans la première lettre aux Corinthiens (devenue en quel- * Le P.Dufort, jésuite, est professeur de théologie à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, en année sabbatique en Europe.que sorte la charte spirituelle du \u201cmouvement\u201d): \u201cA chacun est donnée la manifestation de l\u2019Esprit en vue du bien commun\u201d (1 Cor.12, 7).Depuis lors le \u201cmouvement\u201d, devenu le \u201crenouveau\u201d pour se distinguer des innombrables \u201crevivais\u201d ou des sectes schismatiques, poursuit sa croissance au coeur même des grandes Eglises où il a pris racine.Plusieurs hiérarchies ou chefs de communautés lui ont accordé des lettres de créance.Il a aussi rallié à sa cause une portion notable des théologiens, dont plusieurs ont adhéré au renouveau et l\u2019ont défendu contre ses détracteurs.Il possède ses leaders, il s\u2019est donné des structures internes et une organisation.Enfin, par son rayonnement apostolique, il contribue à la création ou au soutien de ce que l\u2019on a appelé \u201cles nouveaux ministères\u201d.Nous aimerions, pour notre part, rapprocher dans une même perspective, celle d\u2019une Eglise pour des temps nouveaux pressentie, entrevue et au moins partiellement préparée par le concile Vatican II, la pensée de ce dernier sur la vie charismatique des fidèles avec l\u2019expérience de l\u2019Esprit, en cours chez ces mêmes fidèles, et sa valeur proprement ecclésiale.La chose paraît importante à plus d\u2019un égard: le \u201cphénomène charismatique\u201d, si on nous permet ce raccourci, se situe désormais à l\u2019échelle mondiale.L\u2019importance de ce qu\u2019il met en jeu, à savoir le caractère ou la \u201cdimension\u201d charismatique qui affecte la vie de l\u2019Eglise dans son ensemble et se vérifie jusque dans sa notion, mérite qu\u2019on s\u2019y arrête.par Jean-Marc Dufort* Nous le ferons à partir de ce qui nous paraît être la base véritable de ce renouveau, à savoir l\u2019enseignement du Concile.Nous en viendrons ensuite à l\u2019expérience spirituelle propre au renouveau, expérience qui le situe à la fois en-deçà et au-delà du concile.Nous dirigerons le faisceau de nos réflexions du côté catholique, pour mieux comprendre la portée de Vatican II dans la naissance et la diffusion du renouveau, et aussi parce que le dialogue oecuménique exige, là comme ailleurs, que chacun des interlocuteurs connaisse bien ses propres origines, afin de rendre davantage possible et de hâter, grâce à cet éclairage, la communion de tous dans le même Esprit.DES CHARISMES POUR BÂTIR L\u2019ÉGLISE Ce qui frappe avant tout lorsqu\u2019on relit les textes de Vatican II concernant les charismes, c\u2019est l\u2019usage très sobre que fait le concile du terme \u2019\u2019charismes\u201d et de l\u2019adjectif \u201ccharismatique\u201d:\tseulement onze emplois du premier et trois du second.Brèves allusions à un fait supposé connu, sur lequel il n\u2019y a pas lieu d\u2019insister, qu\u2019on soulignera au besoin par des rappels de l\u2019Ecriture.Deux passages échappent cependant à cette concision.Le premier fait partie du texte désormais célèbre traitant du sens de la foi.On le trouve au n.12B de la Constitution sur l\u2019Eglise; il y est question de l\u2019existence et de l\u2019universalité des charismes au sein du Peuple de Dieu: MARS 1977 83 En outre, le même Esprit Saint.\u201cpartageant ses dons à chacun comme il le veut\u201d (1 Co.12, 11), .distribue parmi les fidèles de tout ordre des grâces spéciales, par lesquelles il les rend aptes et prompts à se charger de diverses oeuvres ou offices, profitables à la rénovation de l\u2019Eglise et au développement de sa construction, selon le mot de saint Paul: \u201cA chacun est donnée la manifestation de l\u2019Esprit en vue du bien commun\u201d (1 Co.12, 7).Ces charismes, qu\u2019ils soient plus éclatants ou plus simples et plus largement répandus, sont très appropriés et très utiles aux nécessités de l\u2019Eglise: il faut donc les recevoir avec action de grâces et consolation (1).Le second texte se trouve au n.3c du décret sur l\u2019apostolat des laies.Texte important, où l\u2019on a-borde les fondements de cet apostolat.Le décret reprend l\u2019enseignement proposé dans la constitution sur l\u2019Eglise en insistant davantage sur \u201cle droit et le devoir d\u2019exercer ces dons dans l\u2019Eglise et dans le monde, pour le bien des hommes et l\u2019édification de l\u2019Eglise, dans la liberté du Saint Esprit qui \u201csouffle où il veut\u201d (Jn 3, 8), de même qu\u2019en communion avec ses frères et très particulièrement avec ses pasteurs\u201d.Auparavant le décret a-vait souligné la liberté absolue de l\u2019Esprit distribuant à chacun selon sa volonté (cf.1 Co.12, 11) ces dons particuliers pour que tous et \u201cchacun selon le don qu\u2019il a reçu, se mettent au service des autres, soient comme de bons administrateurs de la grâce de Dieu, variée en ses effets\u201d (1 Pi.4, 10).Ces affirmations conciliaires qui, pour la première fois, établissaient, en regard du principe hiérarchique, l\u2019existence, l\u2019utilité, l\u2019universalité et la relative autonomie des charismes dans l\u2019Eglise, donnèrent lieu, comme bien l\u2019on pense, à de nombreuses discussions préalables et à de minutieuses mises au point.En fait elles ne tendaient à rien moins qu\u2019à articuler davantage sur la tradition vivante une notion renouvelée de l\u2019Eglise, munie par l\u2019Esprit de \u201cdons divers, hiérarchiques et charismatiques, par lesquels il la dirige.\u201c(Const, sur l\u2019Eglise, n 4), dont l\u2019envoi s\u2019enracine dans la mission permanente de l\u2019Esprit, \u201cenvoyé le jour de la Pentecôte, pour sanctifier sans ces- 1.\tTexte français dans Les Actes du Concile Vatican II.T.I.Paris, Ed.du Cerf, p.29 s.se l\u2019Eglise.\u201d qu\u2019il \u201cunit dans la communion et le service.\u201d (ibid.).Fait également à noter, la constitution sur l\u2019Eglise distingue nettement les \u201ccharisme éclatants\u201d de ceux qui sont \u201cplus simples et plus largement répandus\u201d en rappelant que l\u2019Esprit Saint est à l\u2019oeuvre \u201cparmi les fidèles de toute condition\u201d (n.\t12).L\u2019Esprit est libre d\u2019inviter qui il veut à l\u2019apostolat, et cela d\u2019une manière directe (\u201ccomme il l\u2019entend\u201d), et sans emprunter la voie de la hiérarchie.Il n\u2019existe donc pas, dans l\u2019Eglise du Christ, de catégorie de fidèles qui soient uniquement passifs (2), qui n\u2019entendraient la voix de l\u2019Esprit qu\u2019à travers l\u2019action de la hiérarchie (3).L\u2019Esprit suscite, au contraire, dans toutes les parties et dans chacun des membres de l\u2019Eglise, les ressources et les énergies nécessaires pour assumer la mission qui lui est dévolue par le Christ au jour de l\u2019Ascension.DES CHARISMES DE SERVICE.L\u2019action du Christ Tête et de son Esprit dans l\u2019Eglise, en vue de pourvoir à ses nécessités (cf.Cons-tit.sur l\u2019Eglise, n.7c) fournit encore au Concile l\u2019occasion d\u2019une mise au point sur la question des charismes.C\u2019est dans une perspective de service qu\u2019on pose à la suite de Paul le principe d\u2019une hiérarchisation des charismes eux-mêmes, parmi lesquels \u201cvient au premier rang la grâce des Apôtres, à l\u2019autorité desquels l\u2019Esprit lui-même soumet jusqu\u2019aux fidèles doués de charismes (cf.1 Co.14)\u201d.Le même Esprit, poursuit-on, qui par son propre dynamisme unifie le corps du Christ, produit et intensifie la charité entre les fidèles.C\u2019est lui, l\u2019Esprit du Christ ressuscité, qui constitue \u201cle lien interne des membres\u201d au point que \u201csi un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres partagent sa joie\u201d (1 Cor.12, 26).Enfin, il n\u2019est pas hors de propos de rappeler la distinction conciliaire entre les dispositions naturelles (\u201ctalenta\u201d), dont Dieu enrichit le chrétien, et les charismes dispen- 2.\tLe concile n\u2019ira pas cependant jusqu\u2019à dire que tous et chacun des fidèles sont infailliblement et à coup sûr pourvus de dons spéciaux et de charismes.3.\tOn demandait récemment à un pasteur: \u201cQue pensez-vous de tel problème?\u201d et lui de répondre: \u201cDites-moi, qu\u2019en pense donc le Saint-Père?\u201d.sés par l\u2019Esprit \u201cpour le bien de ses frères\u201d (Décret sur l\u2019Apostolat des laïcs, n.30).Dans le même sens, la constitution sur l\u2019Eglise (n.30) dit qu\u2019on ne considérera pas comme pur charisme toute capacité ou toute activité apostolique exercée par des laies.Bien plus, les charismes, entendus au sens de la première lettre aux Corinthiens (12-14), ne constituent pas le seul type de dons spirituels grâce auxquels les chrétiens peuvent travailler à la diffusion de l\u2019Evangile.Telle est du moins la manière dont le décret sur les Missions (n.28) semble entendre le texte de Rom.12, 6-8 où Paul déclare: \u201cNous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée.Est-ce le don de prophétie?Qu\u2019on l\u2019exerce en accord avec la foi.L\u2019un a-t-il le don du service?Qu\u2019il serve.L\u2019autre celui d\u2019enseigner?Qu\u2019il enseigne.Tel autre celui d\u2019exhorter?Qu\u2019il exhorte.\u201d Ce sont les dons pris comme un tout qui, selon le décret, constituent ce que le nouveau Testament appelle la mission ou l\u2019apostolat.Le citation de Rom.12 montre également jusqu\u2019à quel point cet enseignement sur les dons et les charismes s\u2019inscrit dans un contexte d\u2019Eglise, dont l\u2019édification et la croissance dans l\u2019agapè constitue la fin immédiate des uns et des autres, tout comme celle des fonctions et des ministères (4).POUR UNE ACTION ECCLÉSIALE Une lecture plus étendue des textes révélerait davantage le profil d\u2019intention qui dessine la pensée conciliaire sur les charismes et leur relation à l\u2019Eglise.Ce profil, qui est celui d\u2019une action ecclésiale, se laisse deviner dans le texte clé de la constitution sur l\u2019Eglise: \u201cEn outre, le même Esprit Saint.dispense aux fidèles de toute condition des grâces spéciales par lesquelles il les rend aptes et prompts à se charger de diverses oeuvres ou offices, profitables au renouvellement et à l\u2019édification de l\u2019Eglise.\u201d (n.12).C\u2019est le même son qu\u2019on entend dans le décret sur l\u2019activité apostolique des laies (n.3).Dans un concile qui se veut avant tout pastoral, qui se propose comme fin le renouvellement des structures, des modes d\u2019action et des facultés d\u2019adaptation de l\u2019Eglise, la chose n\u2019a pas de quoi surprendre.Mais il y a da- 4.\tVoir également en ce sens le décret sur le ministère et la vie des prêtres, n.4.84 RELATIONS vantage: la pensée conciliaire utilise à des fins qui se veulent pratiques et en le restreignant quelque peu l\u2019enseignement paulinien sur les charismes.L\u2019intervention de Paul vise, en effet, l\u2019usage des richesses spirituelles imparties aux chrétiens dans une communauté où le phénomène de l\u2019inspiration était présent et même commun.Elle se situe dans un exposé continu relatif au culte chrétien: Paul y aborde successivement le problème des viandes sacrifiées aux idoles (chapitres 8 à 10), la tenue des femmes dans l\u2019assemblée liturgique (11, 2-16), l\u2019eucharistie (11,\t17-34), finalement l\u2019exercice des charismes (12,\t1- 14,40).Au dire de Paul, toutes ces activités de la vie chrétienne doivent être réglées par le souci de \u201cl\u2019édification\u201d (entendue au sens de \u201cconstruire\u201d, \u201cbâtir\u201d), qui est le propre de la charité.\u201cEffectivement, écrit le P.C.Spicq, Vagapan désigne un amour culturel, religieux, et si Paul y insiste tellement dans ce contexte, c\u2019est qu\u2019il veut souligner le caractère spirituel du culte chrétien, culte intérieur \u201cen esprit et en vérité\u201d (Jn 4, 23): sans amour du prochain profond et sincère, il n\u2019y a pas d\u2019adoration et de louanges valables de Dieu dans l\u2019Eglise de Jésus-Christ\u201d (5).En somme, pour Paul, ce qui est ici à l\u2019enjeu c\u2019est l\u2019unité dans la charité, un principe de discernement qui est la gloire de Dieu en Jésus-Christ, enfin une diversité qui doit s\u2019harmoniser et s\u2019ordonner non selon la \u201ccharge extatique\u201d plus ou moins accentuée que comportent ces charismes, mais selon une économie visant au bien-être et à l\u2019édification du corps entier de l\u2019Eglise.Ces notations - un peu rapides peut-être - relatives à l\u2019enseignement paulinien concernant les charismes nous éloignent déjà passablement des préoccupations de Vatican II qui se réfèrent avant tout à une praxis d\u2019évangélisation et d\u2019adaptation.De fait, la perspective de cet enseignement est celle d\u2019une expérience spirituelle communautaire, dont la nouveauté, l\u2019enthousiasme et la contestation même qu\u2019elle soulève ne vont pas sans rappeler l\u2019atmosphère qui se dégage de l\u2019actuel renouveau.Paul est tellement conscient de ce qui se passe chez ses Corinthiens, il en comprend si bien le caractère décisif et la signi- 5.Agapè dans le Nouveau Testament, T.II, p.56.MARS 1977 fication qu\u2019il va y jeter tout le poids de sa propre expérience spirituelle: c\u2019est le fameux passage sur la charité, à saveur sapientielle, que les commentateurs ont appelé \u201cle cinquième évangile\u201d, le \u201cchant d\u2019amour\u201d de Paul, où il suffit de substituer le mot \u201cJésus\u201d au mot \u201ca-gapè\u201d pour que ce chapitre devienne la description très simple et très parfaite du Jésus historique.Du coup, nous voilà parvenus au centre de gravité des charismes, qui définit la loi de leur usage dans une église particulière.Certes Vatican II n\u2019ignore pas cette donnée fondamentale d\u2019un agapè, à la fois source et principe de hiérarchisation des charismes.Mais il n\u2019en fait pas non plus, dans l\u2019optique qui est la sienne, à savoir celle des conditions d\u2019une action pastorale, à instaurer dans tous les éléments de l\u2019Eglise, l\u2019objet principal de son message.En revanche, le concile aura eu le grand mérite de mettre en lumière et aussi \u201cen tension\u201d deux réalités apparemment divergentes: la liberté absolue de l\u2019Esprit\u201d qui souffle où il veut\u201d et dispense ses charismes \u201ccomme il l\u2019entend\u201d, et la nécessité pour ces mêmes charismes d\u2019être authentifiés et réglés dans leur exercice par les responsables de communautés.Le concile a ainsi reconnu aux membres de l\u2019Eglise leur qualité de membres actifs d\u2019un corps qui \u201cdéjà se construit en lui-même dans la variété de ses fonctions\u201d (Cons-tit.sur l\u2019Eglise, n.13 c), il a manifesté à tous les voies innombrables de l\u2019Esprit dont il a éprouvé lui-même les effets; il a également jeté les bases de départ du renouveau en déblayant le terrain devant lui, en lui ouvrant un large horizon théologique et spirituel.Interrogé par les chrétiens, tiraillé par diverses tendances, soupçonné par les scientifiques, mais persévérant dans la prière commune et nourri de la parole de Dieu, le renouveau, dans son premier envol, aura dépassé, ou peut-être même déjoué, les attentes de bien des membres du concile.Nous verrons se déployer dans la suite de cet article les linéaments de cette expérience spirituelle qu\u2019un Jean XXIII, qui s\u2019y connaissait en fait de charismes, n\u2019a pas hésité à prophétiser en l\u2019appelant \u201cune nouvelle pentecôte\u201d.Rome, novembre 1976.Dernières parutions dans la Collection Croire Aujourd\u2019hui Chaque volume: $3.95 Les jeunes, l'avenir et la foi par François Six Vers une nouvelle culture, et vers quel avenir de la foi?Un volume de 134 pages Au Christ inconnu par Maurice Belief Comment, dans votre monde, dire le nom du Christ avec la force des commencements?Un volume de 106 pages.Les Editions Bellarmin 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: 387-2541 85 Littérature et politique africaines Une expérience pédagogique à Howard University La colonisation européenne de l\u2019Afrique a commencé dès 1435 et s\u2019est poursuivie jusqu\u2019à la fin de la première guerre mondiale.Elle n\u2019a pas été faite sans violence par les différentes puissances de l\u2019Europe qui régentaient le monde entier.Il y eut des réactions naturelles de la part des différentes ethnies africaines.Dominés par des Portugais, des Espagnols, des Anglais, des Français, des Belges, des Italiens, les Africains, à la suite de leurs leaders, ont lutté pour parvenir à la reconnaissance de leurs droits les plus naturels et pour l\u2019autonomie de leurs pays respectifs.La politique est devenue un sujet de haute importance pour les différentes communautés africaines.Dans cette optique et conformément aux impératifs de notre cours de Littérature africaine d\u2019expression française à Howard University, nous avons préparé et publié AFRIQUE ET POLITIQUE (1).Nous demeurons persuadé que la politique fait partie du domaine de la littérature au même titre que la poésie, le théâtre ou le roman.Depuis l\u2019antiquité, des écrivains comme Platon, Aristote puis plus tard Machiavel, Hobbes, Montesquieu, Alexis de Tocqueville, Karl Marx etc., ont savamment discuté des questions qui concernent l\u2019organisation de l\u2019Etat, son fonctionnement, les devoirs et les droits de l\u2019Etat ainsi que ceux des citoyens, sujets de l\u2019Etat.La Politique intéresse au premier chef tous les citoyens d\u2019une communauté car ils ont les mêmes besoins, les mêmes intérêts, ils sont à la recherche des mêmes garanties de leur sécurité intérieure et extérieure.* M.Lubin est assistant professeur à Howard University, Washington, D.C., au département \u201cRomance Languages\u201d.1.Maurice Lubin, Afrique et politique, Paris, La Pensée Universelle, 1975.Quand il est question de l\u2019Afrique, l\u2019on ne doit pas une minute hésiter à inclure la Politique dans le cadre de la littérature.L\u2019Afrique a connu durant plus de quatre siècles le joug européen, l\u2019avilissement de sa propre culture et la mise en place d\u2019une culture étrangère à ses traditions, à ses réalités de toutes sortes et à son idéal de vie nationale.Durant la période coloniale, des leaders dont Nmandi Azikiwè, Kwa-me Nkrumah, Patrice Lumumba, Jomo Kenyatta, Gamel Abd-El Nasser, Julius Nyéréré, Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba, Modibo Keita, Houphriet-Boigny, Kenneth Kaunda ont exposé leurs points de vue sur la politique africaine, présenté des doléances nationales, exprimé les sentiments patriotiques des uns et des autres, élaboré des systèmes politiques à la convenance de leurs pays respectifs.D\u2019ailleurs nombre d\u2019entre eux s\u2019étaient déjà fait connaître comme écrivains pour avoir publié des romans, des poésies, des essais, des pièces de théâtre, des contes et des nouvelles et nous n\u2019avons pas le droit de morceler leur bibliographie.Nous avons dans notre livre, à l\u2019usage des étudiants, fixé le déroulement de l\u2019histoire africaine, passant en revue les événements politiques qui ont débuté dès la fin de la première guerre mondiale pour culminer dans l\u2019indépendance de quarante-neuf pays d\u2019Afrique.Le bilan politique des Etats africains est assez impressionnant et mérite d\u2019être porté à la connaissance des enfants dès l\u2019école.Tout un ensemble de questions: indépendance, interdépendance, unité africaine, panafricanisme, socialisme, démocratie, droits et devoirs des Etats, droits humains, Tiers-monde, partis politiques, parti unique ont été indiqués, analysés, discutés pour l\u2019information des jeunes générations.Nous avons ensuite dressé l\u2019inventaire de tous les ouvrages politiques publiés par des écrivains africains, Etat par Etat depuis le 86 par Maurice A.Lubin* Cameroun, en passant par le Congo, le Bénin, le Gabon, la Guinée, la Haute-Volta, le Mali, le Madagascar, la Mauritanie, le Rwanda, le Sénégal pour aboutir au Zaire.Nous avons brièvement mis l\u2019accent sur quelques concepts politiques comme le Socialisme qui est une question passionnante pour toute l\u2019Afrique.Dans le but de familiariser le jeune étudiant avec les réalités politiques africaines, nous avons choisi une douzaine de leaders sans distinction de pays comme Lamine Gueye, Jean-Pierre NDiaye, Patrice Lumumba, Ahmadou Ahidjo, Ahmed Sekou Touré, Jacques Rabema-nanjara, Dr Seydou Badian Kouyaté, Doudou Thiam, Boubou Hama.Après avoir soumis la biographie de ces hommes politiques et les ouvrages qu\u2019ils ont publiés, nous avons sélectionné des textes d\u2019eux sur différents thèmes comme: l\u2019héritage du Pacte colonial, les Organisations africaines avant la colonisation, les Mouvements nationaux, le Rassemblement démocratique africain, le développement de la conscience nationale, le Processus de l\u2019Indépendance, le Syndicalisme et son action, la nécessité de l\u2019Unité, le Parti unique et ses déviations, le nationalisme en Afrique, les difficultés de la construction socialiste et le Panafricanisme.Ces textes tirés des ouvrages politiques de ces écrivains sont accompagnés de questions.Enfin des sujets de dissertation et de discussion sont proposés aux étudiants pour parachever le cours qui leur est offert AFRIQUE ET POLITIQUE fait partie de la série des Cours consacrés à la littérature africaine d\u2019expression française.Ceux qui s\u2019intéressent aux divers aspects de la politique des Etats africains peuvent trouver des éléments culturels qui permettent la compréhension des démarches des différents pays africains francophones actuellement indépendants.RELATIONS La faim de pain et d\u2019évangélisation par Pedro Arrupe* INTRODUCTION Si la faim existe quelque part dans le monde, notre célébration de l\u2019Eucharistie est alors, en quelque sorte, incomplète partout.Voilà, en bref, la conclusion à laquelle nous sommes arrivés ce matin.Dans l\u2019Eucharistie nous recevons le Christ qui a faim dans le monde des affamés.Il ne vient pas à nous tout seul, mais avec les pauvres, les opprimés, ceux qui meurent de faim sur la terre.Par Lui, ces hommes viennent à nous en quête de secours, de justice, d\u2019amour exprimé dans l\u2019action.C\u2019est pourquoi nous ne saurions recevoir dignement le Pain de Vie, à moins de donner nous-mêmes du pain à ceux qui en ont besoin pour vivre, où qu\u2019ils se trouvent, quels qu\u2019ils soient.Nous revenons sur ce même sujet cet après-midi afin de l\u2019explorer un peu plus en profondeur.Est-ce donc vrai?Et si c\u2019est vrai, comment et pourquoi?En particulier, nous devons nous demander: Que signifie pour moi, ici et maintenant, le fait de recevoir pleinement l\u2019Eucharistie?A quoi est-ce que je m\u2019engage quand je reçois la Sainte Communion?Ce sont là des questions exigeantes et vitales.Elles sont tout autant passionnantes.Rien * Supérieur Général de la Compagnie de Jésus.Les événements qui se sont déroulés, selon un programme ample et varié, pendant le 41ème Congrès Eucharistique International de Philadelphie (Etats-Unis) du 1er au 8 août 1976, appartiennent désormais à l\u2019his-toire.Toutefois, parmi les allocutions prononcées en cette occasion, il y en a plusieurs qui sont toujours d\u2019actualité à cause de leur importance intrinsèque pour la plupart d\u2019entre nous.L\u2019un de ces discours, qui fit sensation dans la presse internationale et qui a une valeur toute particulière pour notre temps est celui qu\u2019a prononcé le Père Général Pedro Arrupe.qu\u2019en me les posant, je suis déjà à moitié engagé à m\u2019offrir généreusement aux autres.Puisse le Christ, que nous recevons sous la forme de pain, donner à chacun de nous le courage de ne pas refuser ce don de nous-mêmes, de ne pas fléchir devant notre devoir, de ne pas y mettre de limites.Puissions-nous, à notre tour, être aussi généreux envers Lui qu\u2019il l\u2019est envers nous.UN NOUVEL ORDRE INTERNATIONAL Donner à manger à ceux qui ont faim \u201cTous les gouvernements devraient envisager d\u2019éliminer le fléau de la faim et de la sous-alimentation, qui sévit à l\u2019heure actuelle parmi des millions d\u2019êtres humains, comme étant l\u2019objectif de la communauté internationale en tant que telle, et ils devraient aussi faire en sorte que, dans dix ans, aucun enfant n\u2019aille se coucher sans avoir mangé à sa faim, aucune famille n\u2019ait à s\u2019inquiéter pour le pain du lendemain, aucun être humain ne soit privé de son futur et du développement de ses capacités par manque de nourriture\u201d (1).Les paroles que je viens de citer ont sans doute une résonnance familière pour beaucoup d\u2019entre vous.Elles servent de préface à la première résolution adoptée à Rome, en 1974, par la Conférence Mondiale de l\u2019Alimentation.Ce sont là de nobles paroles.Elles expriment un idéal élevé que nous devrions, en tant qu\u2019hommes (à plus forte raison en tant que chrétiens), poursuivre de toutes nos forces.Car si nous nous y refusons, nous serons en train de tourner le dos à la civilisation et d\u2019opter délibérément pour un monde de cupidité, d\u2019égoisme, de haine et de violence.Mais déjà, moins de deux ans après que les délégués de 133 pays et plus de 200 organisations nationales et internationales aient approuvé ce texte, on nous dit qu\u2019il est trop ambitieux; que même en 1985 nous ne serons pas encore en mesure de satisfaire les besoins les plus élémentaires de l\u2019enfant d\u2019une famille affamée.Soit que nous considérions les problèmes à court terme, tels qu\u2019une distribution plus équitable de la nourriture, ou des mesures permettant aux plus pauvres d\u2019acheter ce qui se produit, ou encore la création de centres d\u2019approvisionnement et de fonds spéciaux, soit que l\u2019on envisage des problèmes à plus longue échéance, comme l\u2019accroissement de la production alimentaire dans son ensemble ou la promotion du développement à tous les niveaux, les espoirs sont minces.Les spécialistes nous invitent à faire preuve d\u2019un plus grand réalisme et à regarder plus loin, vers l\u2019an 2,000 ou 2,020; quelques-uns d\u2019entre eux ne fixent même pas de date (2).Sommes-nous donc en train de poursuivre une ombre, un rêve?Pour la première fois dans l\u2019histoire de l\u2019humanité nous possédons les ressources et les moyens techniques suffisants pour nourrir convenablement chaque homme, chaque femme et chaque enfant aux quatre MARS 1977 87 coins de la terre.Bien sûr, il y a encore de graves problèmes à résoudre, beaucoup d\u2019obstacles à surmonter.Mais l\u2019essentiel reste: NOUS POUVONS LE FAIRE.Après avoir lutté pendant des milliers d\u2019années contre les forces de la nature, l\u2019humanité est finalement à même de passer d\u2019une ère de subsistance et de survie des plus forts à une nouvelle ère d\u2019abondance et de richesse.Mais jusqu\u2019ici, seulement quelques-uns ont bénéficié de cette abondance.Et la richesse même, au lieu de servir à couvrir les besoins primordiaux de la majorité de la population mondiale, est souvent mal utilisée et complètement gaspillée.Désordre mondial Malheureusement, nous n\u2019avons pas à chercher trop loin pour en trouver la preuve.Selon des statistiques récentes, les dépenses militaires du monde entier ont presque atteint le chiffre d\u2019un milliard de dollars par jour en armes et instruments de destruction (3).On a également estimé que: -\tun peu plus de 1% de cette somme gigantesque suffirait à fournir 200 millions d\u2019enfants sous-alimentés en protéines supplémentaires, assurant ainsi leur plein développement cérébral; -\tencore le 1% de la même somme favoriserait les investissements agricoles à tel point que l\u2019on verrait augmenter considérablement la production alimentaire dans les pays les plus pauvres, ceux qui sont à présent au bord de la famine; -\ttoujours la même somme servirait à créer 100 millions de places scolaires pour des enfants actuellement sans école; -\tun montant bien au-dessous de 1% couvrirait largement les frais de tout un système de secours pour les cas d\u2019urgence, avec une force permanente d\u2019entraide internationale dont l\u2019action porterait sur les pays subitement frappés d\u2019une grave crise ou d\u2019un désastre.Je pourrais bien continuer! Mais la leçon est déjà claire.Le fait que nous soyons incapables de nous employer à ces oeuvres ou peu disposés à y placer notre argent, préférant au contraire poursuivre la course effrénée aux armements de plus en plus chers et de plus en plus compliqués, constitue un scandale intolérable, une disgrâ- 88 ce universelle que les générations futures auront raison de nous jeter à la tête.C\u2019est là un signe certain que quelque chose ne va pas chez nous ni dans le monde que nous avons bâti.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019individus, de communautés ou de nations, nous semblons tous être devenus les esclaves des moeurs, des institutions et des structures socio-économiques qui ont poussé autour de nous.Préjugés, croyances, styles de vie, échanges commerciaux, structures sociales et économiques, toutes ces choses sont devenues autant d\u2019obstacles au changement, des chaînes qui nous attachent à un système mondial fondamental et profondément injuste.Il est impossible que nous ignorions le problème.Pendant les deux dernières années, toute une série de rencontres internationales et de congrès, sans précédent, nous ont permis de plonger dans cette réalité.Outre les 6ème et 7ème sessions spéciales de l\u2019Assemblée Générale des Nations Unies et les conférences massives sur la Population Mondiale, l\u2019Alimentation Mondiale et la Loi de la Mer, seulement cette année nous avons vu se réunir UNCTAD IV, la Conférence des Nations U-nies sur l\u2019Habitat et celle de l\u2019Emploi Mondial.Les résultats obtenus par ces conférences internationales ont été si minces que l\u2019on est tenté de se demander si certaines décisions urgentes et importantes ne sont simplement retardées parce que, tout en étant acceptables en bonne logique, elles ne sont pas politiquement désirables pour quelques-uns.Car, au bout du compte, le message de ces rencontres internationales est assez évident.Même si l\u2019on met l\u2019accent sur des aspects divers, elles finissent par dire toutes la même chose.En termes bien clairs et s\u2019appuyant de plus en plus sur les faits, elles affirment: - que notre monde est malade, -\tqu\u2019on ne peut le soigner que par des mesures radicales, -\tque l\u2019on a besoin d\u2019un nouvel ordre international.Ce point a été particulièrement mis en relief dans une déclaration récente du Forum du Tiers-Monde.Je cite: \u201cLa présente crise de l\u2019économie mondiale est une crise des structures internationales, et non un simple mouvement de recul dans le développement global.Fondamentalement nous avons affaire à un système malade, et nous avons besoin, en réalité, de réformes radicales plutôt que de changements marginaux\u201d (4).Jusqu\u2019à présent l\u2019attention s\u2019est principalement concentrée sur le besoin d\u2019un nouvel ordre économique international.Dans la Déclaration des Nations Unies de 1975 les pays du Tiers-Monde en voie de développement exigeaient: -\tle contrôle de leurs propres ressources naturelles, -\tdes prix justes et des marchés ouverts à leurs exportations, -\tune augmentation de l\u2019aide au développement, libre de conditions politiques ou militaires, -\tla réforme du système monétaire, permettant d\u2019assurer le développement par un flux suffisant des ressources.D\u2019une conférence à l\u2019autre ces demandes deviennent plus insistantes, plus unifiées, plus précises.Cependant, comme l\u2019UNCTAD IV vient de nous le montrer, les nations les plus riches y résistent encore et se refusent à faire des concessions importantes.Je ne suis pas un économiste et ne saurais, par conséquent, juger du mérite de telle ou telle mesure spécifique.Mais il ne faut pas être un spécialiste d\u2019économie pour constater que, derrière les complications techniques, se cache toute une réali- RELATIONS Sommes-nous donc en train de poursuivre une ombre, un rêve?Pour la première fois dans l\u2019histoire de l\u2019humanité nous possédons les ressources et les moyens techniques suffisants pour nourrir convenablement chaque homme, chaque femme et chaque enfant de la terre.Bien sûr, il y a beaucoup d\u2019obstacles à surmonter.Mais l\u2019essentiel reste: NOUS POUVONS LE FAIRE. té humaine.Les deux tiers des êtres humains qui vivent sur la terre manquent de nourriture suffisante, de maison, de vêtements convenables et d\u2019éducation, et ils ont peu de chances d\u2019accéder à ces droits fondamentaux à moins qu\u2019un ordre tout à fait nouveau ne soit institué et rien qu\u2019à ce moment-là.Il n\u2019est pas besoin non plus d\u2019être un économiste pour comprendre que cet ordre entièrement nouveau ne concerne pas seulement les rapports entre pays, mais aussi les conditions de vie, chroniquement injustes, à l\u2019intérieur même de chaque pays.N\u2019importe quelle communauté, universelle ou nationale, qui permet qu\u2019un petit groupe de ses membres puisse disposer de la majeure partie de ses ressources et laisser le reste de leurs compatriotes dans la misère la plus cruelle, a besoin d\u2019une réforme radicale.Les structures et les gens On ne change pas une situation injuste, comme celle où nous nous trouvons aujourd\u2019hui, en changeant tout simplement les structures et les institutions.Il faut aussi changer le peuple qui est dedans.Or, pour changer ce peuple, il ne suffit pas de changer son status économique.Un modèle de développement qui porterait exclusivement sur les aspects matériels de la croissance ne saurait aboutir à une société équitable et juste.Le véritable développement, comme on l\u2019a souvent répété et comme nous l\u2019entendons de plus en plus, doit être intégral et complet, portant non seulement sur tous les hommes, mais sur l\u2019homme tout entier (5).Voilà pourquoi il demande la conversion des gens en même temps que celle des structures.Un Nouvel Ordre Economique International n\u2019a aucun espoir de succès s\u2019il n\u2019est pas bâti et ne s\u2019appuie pas sur un Nouvel Ordre Spirituel International.Ce point a été fortement souligné par le Pape Paul VI dans une exhortation récente à propos de l\u2019évangélisation.\u201cL\u2019Eglise, dit-il, tient certes comme important et urgent de bâtir des structures plus humaines, plus justes, plus respectueuses des droits de la personne, moins oppressives et moins asservissan-tes, mais elle est consciente que les meilleures structures, les systèmes les mieux conçus deviennent vite inhumains si les pentes inhu- MARS 1977 maines du coeur de l\u2019homme ne sont pas assainies, s\u2019il n\u2019y a pas une conversion du coeur et du regard de ceux qui vivent dans ces structures ou les commandent\u201d (6).Ce que nous cherchons est donc, toujours selon le Pape, \u201cun total renversement intérieur que l\u2019Evangile désigne sous le nom de metanoia, une conversion radicale, un changement profond du regard et du coeur\u201d (7).\u201cC\u2019est avec cet appel, nous dit St.Matthieu, que Jésus commença sa prédication\u201d (8).Mais que ferons-nous pour amener ce changement du regard et du coeur?Où trouver cet ordre spirituel nouveau, cette metanoia dont le monde a tellement besoin?Ma réponse, mes chers frères et soeurs, est celle-ci:\tdans l\u2019Eucharistie.Nous le trouverons dans la fraction du pain, telle qu\u2019elle fut pratiquée et vécue par les Apôtres et les premiers chrétiens dont beaucoup l\u2019avaient reçue directement du Seigneur lui-même (9).1 .Rapport sur la Conférence Mondiale de l\u2019Alimentation, Nations Unies, Genève, 1975.2.\tCf.plusieurs articles et rapports dans des revues récentes, par exemple, Abercrombie and McCormack, Population and Food in the Light of Bucharest and Rome, qui doit paraître prochainement dans FOOD POLICY.3.\tCf.Ruth Leger Sivard, World Military and Social Expenditures 1976, U.S.A., 1976, p.6.4.\tProposal for a NIEO, Report of the Third World Forum by a Special Task Force, 1975.5.\tCf.Populorum Progressio, 14.6.\tEvangelii Nuntiandi, 36.7.\tIbid., 10.8.\tCf.Matth.4, 17.9.\tCf.Stanislas Lyonnet S.J., La nature du Culte Chrétien: Culte eucharistique et promulgation du \u201ccommandement nouveau\u201d, Pontificio Isti-tuto Biblico, Rome, 1975.Les Vieux m ont conté par Germain Lemieux Chaque volume contient le répertoire d\u2019un ou de plusieurs vieux conteurs.Une véritable encyclopédie de folklore Des textes authentiques de notre terroir Le huitième volume vient de paraître 351 pages\t$14.50 Les Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 89 littérature Les pièges Le structuralisme est en train d\u2019envahir plusieurs domaines de la réflexion contemporaine.Partie de la linguistique, après avoir secoué l\u2019anthropologie avec Lévi-Strauss, sa vague déferle actuellement sur la critique littéraire.Les promesses de profondeur du structuralisme, et surtout la possibilité qu\u2019il représente de donner à l\u2019approche littéraire une sorte de statut scientifique grâce à la généralisation, à l\u2019universalisme, expliquent cette sorte d\u2019engouement.Ce qui n\u2019empêche pas la perspective structuraliste à laquelle on soumet le texte littéraire de dissimuler des traquenards où l\u2019oeuvre risque de perdre certains de ses caractères essentiels.L\u2019analyse structuraliste du récit, par exemple, qui a tout particulièrement retenu l\u2019attention des chercheurs, n\u2019est pas, en effet, de tout repos: cette analyse se voit constamment écartelée entre des appels contradictoires.Son ambition la met en quête d\u2019un lexique, d\u2019une syntaxe, d\u2019une logique que certains voudraient pouvoir appliquer à n\u2019importe quel texte narratif.Claude Bremond (1), pour sa part, rêve d\u2019une grammaire narrative fondamentale qui serait valable pour tout récit, qu\u2019il soit verbal, iconique ou simplement gestuel.Mais pour découvrir les structures fondamentales du récit, il faut accéder au niveau de l\u2019universel, du conceptuel.Impossible de parvenir * L\u2019A., jésuite, est professeur de littérature française au Collège Jean-de-Brébeuf.du structuralisme par Louis-Bertrand Raymond* à de tels universaux sans passer par la voie de l\u2019abstraction (propre à la philosophie et à la science) qui débouche \u201csur un petit nombre de concepts très généraux et très abstraits\u2019\u2019 (2).Propp parle de \u201cfonctions\u201d, Grei-mas, de \u201cschéma constitutionnel\u201d, Bremond, de \u201crôles\u201d: toutes ces théories ont en commun \u201cun cadre de référence universel\u201d qui légitime \u201cl\u2019analyse formelle du récit\u201d.(3) Cet effort de l\u2019analyse structuraliste trahit un désir plus ou moins avoué d\u2019atteindre à l\u2019universalité de la connaissance scientifique.Certains structuralistes semblent même disposés à sacrifier ce qu\u2019un texte peut avoir d\u2019original, de particulier à ce qu\u2019il renferme d\u2019universel.Au fond, l\u2019approche structuraliste n\u2019a pas le choix: Propp avec ses 31 \u201cfonctions\u201d, Bremond avec ses \u201crôles\u201d et Greimas avec \u201csa grammaire narrative fondamentale\u201d du récit, se meuvent tous dans un univers conceptuel qui est celui de l\u2019abstraction.On ne saurait tendre à l\u2019universalité sans généraliser, sans schématiser.Et il est pour le moins surprenant d\u2019entendre reprocher à une telle démarche son formalisme ou son finalisme.La recherche de l\u2019infra-structure d\u2019un texte oblige nécessairement et paradoxalement à une ascension vers \u201cle ciel des Idées\u201d.Faut-il, sans vouloir jouer sur les mots, estimer cette montée comme une promesse de plus grande profondeur?Et mépriser pour autant comme superficiels et négligeables les éléments d\u2019un récit littéraire qui sont de nature à le particulariser, à l\u2019individualiser?Répondre par l\u2019affirmative, c\u2019est reconnaître que l\u2019on a opté pour une perspective ou philosophique ou scientifique.Mais alors qu\u2019advient-il de la saveur, de la couleur d\u2019un conte (ou d\u2019un mythe) une fois qu\u2019on a réduit l\u2019un ou l\u2019autre au squelette schématique du jeu des fonctions ou des rôles de leurs personnages?Sans doute qu\u2019à l\u2019arrière-plan de toute oeuvre littéraire il y a un lexique, une syntaxe, une grammaire; mais vouloir faire de cet arrière-plan, même sous prétexte qu\u2019il est moins conscient, voire inconscient, l\u2019essence même de l\u2019oeuvre, est-ce cheminer dans la bonne direction?Jean Genette (4) a suggéré une manière fort subtile, et aussi fort intéressante d\u2019éviter le dilemme embarrassant qui coince ici l\u2019approche structuraliste.Il rappelle, à propos de A la Recherche du Temps perdu que ce qui fait \u201cla singularité, la spécificité du récit proustien, n\u2019est pas indécomposable\u201d (5): ce qui signifie que l\u2019analyse peut découvrir à l\u2019intérieur même des particularités de ce récit ce qu\u2019il a de commun avec d\u2019autres récits semblables.Genette soutient même que la recherche elle-même du spécifique de ce roman débouche sur l\u2019universel: \u201cen cherchant le spécifique, je trouve de l\u2019universel.\u201d (6) Selon sa formule fort suggestive, brillante, sinon convaincante, \u201cle général est au coeur du singulier, le connaissable est au coeur du mystère.\u201d(7) Voilà qui rappelle étrangement l\u2019unicité, le mystère de la personne humaine: n\u2019est-elle pas du reste à la source même du cachet unique de l\u2019oeuvre littéraire (ou artistique)?Mais alors comment à la fois catégoriser et respecter le mystère de l\u2019oeuvre, comment réduire l\u2019ineffable spécificité de l\u2019être humain à la 90 RELATIONS part d\u2019universel et de commun qu\u2019il partage avec les autres?L\u2019incommunicabilité au niveau de la création ne découle-t-elle pas fatalement de celle qui subsiste au niveau de l\u2019être?Et n\u2019y a-t-il pas risque de perdre ainsi de vue, d\u2019oublier comme s\u2019il n\u2019était qu\u2019un simple sentier d\u2019accès, ce qui rend l\u2019oeuvre unique, dans la hantise de parvenir au commun, à l\u2019universel?De plus l\u2019infra-structure de l\u2019oeuvre, son \u201csous-bassement\u201d, ne s\u2019éloigne pas seulement du particulier: elle s\u2019éloigne également, et il faudrait dire \u201cen même temps\u201d, du temporel.Abstraction et achronis-me vont de pair.Et pourtant, le narratif ne peut s\u2019abstraire du temps: pas plus que la musique, il ne saurait exister sans la durée.Il a besoin du temps pas seulement pour se situer, mais aussi pour se déployer, pour respirer.Résumer la musique, voire la syncoper, c\u2019est la détruire: il en va de même pour le récit littéraire.Tel semble donc être le dilemme de l\u2019approche structuraliste d\u2019un texte littéraire: d\u2019une part, se hisser jusqu\u2019à \u201cla dialectique achroni-que des concepts contraires\u201d (8), dans l\u2019espoir de toucher à l\u2019essentiel du texte; et en même temps, tenir compte de la dimension temporelle à laquelle est soumise la narrativité (et son devenir), de l\u2019aspect particulier dont tel moment de l\u2019histoire d\u2019une culture telle tradition de cette même culture viennent informer, marquer la structure profonde, universelle et commune à plusieurs oeuvres d\u2019écrivains de cultures diverses.On pourrait même ajouter à ces facteurs de temporalisation du récit, la suite des portions que l\u2019on distingue dans la durée (le passé, le présent et l\u2019avenir): catégories difficilement dissociables de la suite logique qui va de la cause à l\u2019effet, et qui spontanément distingue dans le récit l\u2019événement, ses antécédents et ses suites.L\u2019ordre logique dans les idées est relié (du moins en partie) à cette suite, cet ordre des portions du temps.Bremond fait même de cette suite temporelle des événements du récit, de leur \u201cséquence\u201d, une \u201cuni- MARS 1977 té narrative élémentaire\u201d, un \u201catome de signification\u201d: ils représentent, selon lui, des hypothèses de structure fondamentale et universelle du récit.Les aspects structuraux d\u2019un récit (ou d\u2019un conte) ne sont pas sans rapport avec ses possibilités d\u2019exportation: voilà qui nous donne sinon la clef, du moins une clef de la mystérieuse diffusion des contes, de l\u2019étonnante ubiquité universelle dont ils jouissent.Les contes qui voyagent davantage, le plus rapidement et le plus facilement, sont ceux qui expriment les aspirations les plus fondamentales de l\u2019homme.Et comme l\u2019explique fort bien Bremond, il suffit d\u2019une escale de bateau qui donne lieu à la rencontre de deux conteurs pour qu\u2019un récit fasse le tour du monde en quelques mois.A condition toutefois que ce conte ne soit pas \u201cethnique\u201d, c\u2019est-à-dire d\u2019un particularisme tel qu\u2019il en devienne \u201cinexportable\u201d.Notre littérature, reconnaissons-le, a longtemps connu pareil sort alors que trop soucieuse d\u2019être canadienne, et pas assez d\u2019être humaine, elle prenait une couleur locale superficielle qui ne parvenait pas à atteindre, à intéresser des lecteurs étrangers.Sa volonté de se faire différents des autres trahissait, à son insu, son manque de maturité.Ces considérations sur l\u2019universalisme, le particularisme ou la temporalité du récit paraîtront peut-être un peu abstruses.Le structuralisme, il est vrai, nous entraîne dans ces sentiers arides de la spéculation où nous avons l\u2019impression de tourner le dos à ce qui caractérise la littérature elle-même.Mais ne fallait-il pas s\u2019engager dans ces pistes pour découvrir où elles mènent?1.\tClaude Bremond, Logique du récit, Paris.Seuil, 1973.2.\tIbid., p.323 3.\tIbid., p.324.4.\tGérard Genette, Figures III, Paris.Seuil, 1972.5.\tIbid., p.68.6.\tIbid., 7.\tIbid., p.69.8.\tC.Bremont, op.cit., p.324.Un nouveau volume de Richard Arès L'Eglise dans le Monde d'Aujourd'hui Présentation pédagogique de la Constitution pastorale \u201cGaudium et Spes\u201d Les Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal, H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 Conservez RELATIONS Reliures de votre collection 1976 \u2014\tle lecteur fournissant sa collection $8.95 \u2014\tsi nous fournissons la collection $16.95 Cartables: $5.95 (par la poste $6.50) 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P2L9 387-2541 91 littérature canadienne Les \u201cvoyageries\u201d de Victor-Lévy Beaulieu N\u2019évoque plus que le désenchantement de ta ténèbre, mon si pauvre Abel par Gabrielle Poulin \".aussi ne sais-je plus qui de moi est le livre et qui du livre se retrouve en moi, tout élément de n\u2019importe quelle vie s\u2019y greffant pour y perdre son autonomie et se fondre dans le jouir de l\u2019oeuvre\u201d, (p.84-85) Avec Blanche forcée(1), Victor-Lévy Beaulieu lançait, il y a à peine quelques mois, ce que, à défaut d'un autre terme, l\u2019on peut appeler une \u201csuite\u201d romanesque, présentée sous le titre général des Voyageries.Le seul mot \u201cvoyagerie\u201d, par une sorte d\u2019association libre, fait se lever d\u2019autres vocables de formation populaire, très expressifs, qui évoquent, chacun à sa façon, les errances de l\u2019esprit dans le monde de l\u2019imaginaire.Les voyageries, comme les menteries et les toileries, sont les défroques dont sont affublées les rêveries romantiques quand les modernes promeneurs solitaires parcourent la feuille et le pays blancs offerts à leurs divagations pérégri-nantes, comme la chasse-galerie aux conteurs d\u2019autrefois.Dans Blanche forcée, ses voyageries a-vaient conduit le Job J Jobin à la poursuite du secret de Blanche dans la dérive du St-Laurent frappé, du Grand Morial à Gespeg et à Percez en passant par la Mattavinie.Blanche est morte comme la baleine Ventre-de-soufre, \u201ccomme un cri qui se gonfle en deux cents pages pour aboutir dans sa mort de Gespeg\u201d (12), mais rien n\u2019est définitif, rien n\u2019est réglé.Le romancier, qui a voulu se défaire du Job J, comme il s\u2019était défait de Malcomm Hudd et de Satan Belhumeur, se rend bien compte qu\u2019il n\u2019a fait que déposer un masque une fois de plus.Pourra-t-il, le visage nu, poursuivre ses voyageries dans les \u201cmonts et les vaux de l\u2019écriture\u201d et, délaissant le royal chemin d\u2019eau de ce pays poreux comme l\u2019imaginaire, s\u2019engager impunément sur les autoroutes asphaltées qui séparent plus qu\u2019elles ne les joignent les villes solitaires et ombrageuses de Montréal, Québec, Chicoutimi, Rimouski et même l\u2019Ottawa, cette capitale tirée à quatre épingles du \u201cfaux pays\u201d?UNE LAMENTATION N\u2019évoque plus que le désenchantement de ta ténèbre, mon si pauvre Abel(2) porte comme sous-titre le mot \u201clamentation\u201d.Si l\u2019on se souvient que, dans la galerie des personnages de Beaulieu, Abel est le romancier de la famille Beauchemin avec qui l\u2019auteur de Race de monde s\u2019identifie volontiers allant même jusqu\u2019à lui concéder la paternité de ses propres oeuvres, l\u2019on devinera sans peine que cette lamentation doit avoir pour objet les tourments et les difficultés de toutes sortes qui accablent le créateur dans sa vie et dans son métier d\u2019écrivain.Dans tous ses romans Beaulieu s\u2019interroge longuement sur le phénomène de la création romanesque.Il n\u2019est peut-être pas exagéré de dire que ce retour sur soi, cette attention au geste de l\u2019écriture est le moule qui détermine la forme des personnages inventés, le ferment qui fait lever la pâte dont tous ils sont façonnés, le ressort qui les met en marche.Vouloir aborder l\u2019univers de Beaulieu en tentant d\u2019ignorer ce thème capital, générateur de toutes les situations, de tous les conflits et de toutes les errances, c\u2019est se vouer à l\u2019incompréhension et enlever aux personnages le cordon qui les relie à leur créateur et sans lequel ils ne sauraient subsister ni survivre: .je n\u2019en ai pas fini, avec aucun de mes personnages, même pas le Job J Jobin, je croyais, j\u2019en étais sûr, il y avait Blanche et les baleines du golfe et tout ce qui se mourait en eux (.) j\u2019ignore si vous savez ce qu\u2019est l\u2019écriture de ce cri, ce que ça mange en soi dans l\u2019horreur de la colère rentrée, j\u2019ignore si vous savez (dans l\u2019instant où il n\u2019y a plus aucun gigotement, ni de mains ni de pieds, et pas davantage de coeur, qu\u2019une mare de sang stagnante, dans le roidissement ultime de tous les membres, rien qu\u2019une matière basculant dans l\u2019autre côté de sa vie) et je persiste pourtant à continuer parce que je ne peux pas faire autrement.(12.) Dans ce nouveau tome, le deuxième des Voyageries, le romancier, disais-je, laisse tomber ses masques et ses prête-noms.Il écrit ce roman à la manière d\u2019un journal.Il tâche en quelque sorte de prendre et de garder l\u2019initiative du récit, essayant de reléguer à l\u2019arrière-plan les êtres qui le hantent.Cette fois, il entreprend un voyage de reconnaissance sur les routes du quotidien.Il s\u2019appelle, non pas Abel, - bien qu\u2019il sache que c\u2019est la voix de ce frère de sang qui crie et se lamente en lui, - mais Victor-Lévy; il parle de sa \u201cfemme rare\u201d, de ses \u201cdeux filles sauvages\u201d, Julie et Mélanie, de \u201cl\u2019appartement emprunté de la rue Ethier\u201d, de son métier d\u2019éditeur, de ses collègues: Gilbert Larocque, Roger Desroches, Gilles Lamontagne et Mario Leclerc; il raconte sa visite à Robert Bou-rassa, du temps que celui-ci était Premier Ministre, ses rencontres avec les étudiants à Chicoutimi, les circonstances qui ont entouré la remise du Prix du Gouverneur général dans l\u2019Ottawa et, enfin, le départ pour les vacances vers la maison de ferme de la Mattavinie avec sa \u201cfemme rare\u201d et ses \u201cdeux filles sauvages\u201d.Mais si Beau-lieu fait état simplement de toutes ces choses qui forment la trame de sa vie d\u2019homme, c\u2019est avec son regard de romancier qu\u2019il les considère: le réel pour lui est l\u2019aliment de l\u2019imaginaire mais aussi l\u2019obstacle à l\u2019incessante coulée de l\u2019écriture.Les personnages inventés sont jaloux du temps que leur vole, pour exercer son rôle de chef de famille, le père de Julie et de Mé- 92 RELATIONS lanie et tentent de le retenir auprès d eux.Victor-Lévy est obligé de protester, de prononcer à haute voix une profession de foi qui devrait les tranquilliser: \u201cJ\u2019appelle écriture tout ce par quoi je suis vécu (.) dans mon quotidien des mots, sans mythe ni même que sans histoire.\u201d (84.) Pourtant, une fois faite cette protestation ambiguë de fidélité à la vocation de romancier dans les moindres déplacements sur les chemins du réel, ni les personnages inventés, ni la \"femme rare\u201d, ni les \u201cdeux filles sauvages\u201d, ni Victor-Abel Beaulieu ne sont rassérénés.Les minutes consacrées au temps de l\u2019écriture ne sont-elles pas volées à la vie de famille tout en s\u2019avérant insuffisantes pour la construction de l\u2019oeuvre?\"Le Melville\u201d informe dans lequel viennent se cristalliser tous les livres futurs arrache des plaintes incessantes au romancier, tandis que Job, depuis la mort de Blanche, attend le signal du maître de cérémonie pour poursuivre son exploration.\u201cLe Melville\", Job, Blanche, Ruth.n'ont droit dans ce livre du quotidien qu\u2019à un espace aussi restreint que celui de ces quelques heures de tranquillité arrachées au sommeil.Pourtant cet espace réservé leur donne le pouvoir d\u2019envahir comme des fantômes toutes les heures du jour qu\u2019ils investissent de leur ombre tourmentée et tourmentante: .la réalité est sombre: rien de tout ça n\u2019existe, il n\u2019y a que la démangeaison de l\u2019oeuvre, que ce qui court à fond de train dans les sentiers de la création, dans le ça éclaté du réel et de ce qui ne peut être réel, sur les traces du Melville comme à la poursuite d'une armée se débandant.(75.) La ténèbre créatrice envahit la vie et l\u2019oeuvre et arrache à Victor-Abel ce livre à l\u2019écriture ininterrompue comme une lamentation.SPECTATEUR ET SPECTACLE L\u2019oeuvre tout entière de Beaulieu est soumise à un mouvement de pendule dont les deux pôles sont constitués par le réel et par l\u2019imaginaire.Les romans dans lesquels apparaît Abel, le sixième enfant de la famille Beauchemin, tout en faisant largement place à l\u2019invention, contiennent, j\u2019imagine, davantage d\u2019éléments autobiographiques: ce sont Race de monde (3), les Grands-pères(4), Oh Miami, miami, miami (5), Jos Connaissant(6), Don Quichotte de la démanche(7), tandis que Mémoires d'outre-tonneau(8), La Nuitte de Malcomm Hudd(9), Un rêve québécois(IO) et Blanche forcée ont surgi d\u2019une ténèbre plus complète et plus pure.Dans N\u2019évoque plus que., c\u2019est la première fois que le pendule s\u2019affole et perd son semblant de régularité comme si l'auteur ne savait plus lui-même distinguer nettement les lignes de démarcation entre les personnages inventés et les personnages réels.\"La grande actrice rousse\u201d existe-t-elle ou bien n\u2019est-elle que la réincarnation de l\u2019impossible Blanche forcée?Si le livre se fait spectacle, le romancier, lui, peut sans remords devenir spectateur MARS 1977 et sous ce nouveau déguisement se glisser dans la loge de cette femme créée par sa \u201cpassion dévorée de Blanche\u201d.Alors les voyages obligatoires sur les routes du Québec, au volant de la \u201cCutlass\u201d, se changent en voyageries et le deuxième tome du nouveau livre s\u2019écrit.Il est composé d\u2019étapes, de bouts de chemins, de personnages, d\u2019êtres humains, d\u2019animaux qui défilent sur le fond mouvant du paysage et du pays.Non, ce n\u2019est pas un récit de voyage, ni une chronique, ni un journal de bord.Disons que ce livre ressemble à un album dans lequel les textes tiennent lieu d'images et les reproductions de légendes.Les personnages sont noirs ou blancs; la photo s\u2019accompagne toujours de son épreuve négative mais le mouvement, le ton, la voix du commentateur empêchent qu\u2019on discerne bien lequel, du réel ou de l\u2019imaginaire, correspond au blanc ou au noir.Qu\u2019importe d'ailleurs puisque toutes ces images sont animées! Si Julie et Mélanie savent poser les gestes éternellement gracieux des deux filles de Hugo comme \u201cun vol de papillons arrêté dans l\u2019extase\u201d, elles savent aussi amener dans leur univers, au milieu des \u201cpetits bonhommes de bois\u201d, l\u2019écrivain revêtu du lourd chapeau à larges bords qui, dans ses romans, lui sert à dissimuler les contours de ses masques: \u201cTout se mêle parce que tout ça se vit en même temps et comme à l\u2019extérieur de son vécu.Comme dit le Melville: \u201cSi vraiment c\u2019est sage, ça a l'air sot, et si c\u2019est sot, ça vous a une sorte d\u2019air de sagesse.\u201d (23).Et tout ça, le travail et les jeux, le vécu et le rêvé, le vu et le lu, le blanc et le noir, le caractère gras et l\u2019italique, l\u2019écriture et les reproductions, la lassitude et l\u2019ivresse, ça vous a une sorte d\u2019air de \u201cvoyageries\u201d et ça s\u2019ajoute à l\u2019oeuvre déjà impressionnante d\u2019un auteur qui, lorsqu\u2019il n\u2019a pas le temps d\u2019écrire, se lamente.Mais parce que cet auteur s\u2019appelle Victor-Lévy Beaulieu, sa lamentation a vite fait de se métamorphoser en écriture.L\u2019oeuvre qui naît alors tient du paradoxe, de la ténèbre blanche.C\u2019est troublant, mais ça vous a une sorte d\u2019air de limpidité.C\u2019est peut-être ça en fin de compte la littérature.1)\tVictor-Lévy Beaulieu, Blanche forcée, Montréal VLB, 1976, 213 pp.J'ai fait une lecture de ce roman dans Relations, 36, no 420 (novembre 1976), p.318-319; également dans Lettres québécoises, vol.1, no 4 (novembre 1976), p.6-9.2)\tN\u2019évoque plus que le désenchantement de ta ténèbre, mon si pauvre Abel, Montréal, VLB, 1976, 197 pp.3)\tRelations, 32 (1972): 249-251.4)\tRelations, 33 (1973): 24-25.5)\tRelations, 34 (1974): 156.6)\tRelations, 32 (1972): 312-314.7)\tRelations, 35 (1975): 284-285.8)\tRelations, 32 (1972): 249-251.9)\tRelations, 32 (1972): 312-314.10)\tRelations, 32 (1972): 341-343.Le 20 février 1977 Ouvrages reçus Brunet, Michel: Notre passé, le présent et nous.- Montréal, Fides, 1976, 280 pp.Criminologie 1977: Affaires et criminalité au Québec.- Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, Vol.X, No 1, 1977, 104 pp.Deiss, Lucien:\tJoyeuse lumière.- Paris, Editions du Levain, 1976, 64 pp.Desgouet, Christian: Le plaisir sexuel, est-ce un droit?- Paris, Editions du Levain, 1975,\t104 pp.Dorge, Lionel: Le Manitoba, reflets d\u2019un passé.- Saint-Boniface (Manitoba), Les Editions du Blé, 1976, 184 pp.Gagnon, Gabriel: Coopératives ou autogestion, Sénégal, Cuba, Tunisie.- Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1976, 484 pp.Gestion, revue internationale de Gestion.-Vol.2, No 1.- Montréal, revue internationale de gestion, 1977, 72 pp.Leclerc, Jean: Le marquis de Denonville, gouverneur de la Nouvelle-France, 1685-1689.- Montréal, Fides, 1976, 300 pp.Mémoire du Conseil du statut de la femme: L\u2019accès à l\u2019éducation pour les femmes du Québec.- Décembre 1976, 44 pp.plus annexes.Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi: L\u2019admission des femmes au sacerdoce ministériel.- Déclaration du 15 octobre 1976.- Coll.L\u2019Eglise aux quatre vents.- Montréal, Fides, 1976, 20 pp.Sociologie et sociétés, Vol.8, No 2, oct.1976: La mobilité sociale, pour qui, pour quoi?- Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1976, 158 pp.Soviet Persecution of Religion in Ukraine.-Toronto, World Congress of Free Ukrainians, 1976, 56 pp.Straram, Patrick, le Bison ravi: Le bison ravi fend la bise.- Montréal, L\u2019Aurore, 1976,\t96 pp.Vittoz, Docteur Roger: Angoisse ou contrôle.- Paris, Editions du Levain, 1976, 120 pp.Grégoire, Paul Mgr: Ensemble annoncer Jésus-Christ.- Projet pastoral.- Montréal, Fides, 1977, 80 pp.Mignot André et coll.: Les fumées de Satan.- Editions la Table Ronde, 1976, 288 pp.Revue d\u2019ethnologie du Québec, sous la direction de Robert-Lionel Séguin: No 4.- Montréal, Léméac, 1976, 116 pp.Pollet, Ray.J.: Lexique de termes techniques.Lexicon of Technical Terms.-Montréal, Léméac, 1976, 236 pp.Dupont, Jean-Claude: Héritage d\u2019Acadie.-Montréal, Léméac, 1977, 380 pp.Revue Critère: Hiver 1977, No 16.L\u2019âge et la vie.- Publiée par le Collège d\u2019Ahunt-sic, Montréal.220 pp.93 Théâtre Victor Hugo revient à la scène par Georges-Henri d\u2019Auteuil Certains se souviennent peut-être d\u2019une épigramme satirique qui commence par ces vers: \u201cOù, oh! Hugo, juchera-t-on ton nom?\u201cRendu justice, enfin, que ne t\u2019a-t-on?\u201d et qui avait cours dans les milieux adversaires de Victor Hugo, le grand manitou du Romantisme, comme on sait (ou plutôt comme on ne sait plus!) En effet, s\u2019il y a eu des hugolâtres, des critiques acerbes n\u2019ont pas manqué pour souligner les défauts du poète des Contemplations ou d'Hernani, défauts parfois, d\u2019ailleurs, aussi énormes que les qualités.Maintenant, presque un siècle après sa mort, Hugo est facilement considéré comme le grand poète lyrique français.Au reste, le lyrisme, est-ce que cela existe encore dans la poésie actuelle?Son lyrisme, gracieux, délicat ou puissant, mais toujours exubérant, Hugo l\u2019a transporté dans son théâtre rempli d'envols audacieux, de fortes images, de luxuriantes couleurs, sous l\u2019avalanche, les failles cachées.Sous l\u2019influence de Shakespeare, son grand modèle, et en opposition du théâtre classique français dont la veine semblait bien tarie, Hugo veut réintroduire dans ses oeuvres dramatiques, naturel et vérité, transfigurés par la magie de l\u2019art, et un vers souple, libre, positif et poétique à la fois, capable d\u2019exprimer les profondeurs de l\u2019âme comme les simples aspects des événements de tous les jours.La pièce \u201cMangeront-ils ?\u201d C\u2019est ce qu\u2019essaie de nous montrer la pièce à l\u2019affiche au Théâtre du Nouveau Monde, tirée du \u201cThéâtre en Liberté\u201d: Mangeront-ils?Oeuvre, il convient de se le rappeler, d\u2019un auteur de soixante-dix ans, aigri par un pénible exil sur un îlot de roches perdu dans la mer houleuse de la Manche, qui crie vengeance contre les tyrans et les usurpateurs.Oeuvre, donc, qui, sous les voiles d\u2019une affabulation poétique, ca- che de violents désirs de revanche et de condamnation.Pièce d'intention fortement politique et qui \u2014 à cause peut-être de son titre \u2014 paraît, aux yeux de Jean Dalmain qui la présente et la joue, pertinente à notre temps, où la faim n\u2019est pas seulement une allusion de théâtre, mais une cuisante réalité pour tant d\u2019hommes dans le monde.Est-ce là le motif du choix de cette pièce, peu connue et mineure sur le plan dramatique, en comparaison des oeuvres de la maturité comme Hernani, Ruy Bias, Marie Tudor?Peut-être mais, quoiqu\u2019on dise, Mangeront-ils?donne une assez bonne idée du genre de Victor Hugo, de ses positions religieuses, sociales et politiques comme de son mode d\u2019expression dramatique.A ce sujet, le mot étourdissant me paraît le plus approprié.Etourdissant, le rythme de l\u2019action à mesure qu\u2019elle se déroule, la virevolte des mots et des rimes, le lyrisme débridé ou fantasque de certaines scènes ou monologues, que la mise en scène de Dalmain s\u2019efforce de bien faire sentir.On peut se lasser de ce tapage de sentiments, de cette orgie d\u2019images, de ce cliquetis de mots, mais il convient de s\u2019y attendre dès qu\u2019il s\u2019agit du bonhomme Hugo.Quant aux idées, on le retrouve ici comme dans plusieurs de ses autres oeuvres mais encore exacerbées par l\u2019âge, les rancoeurs, la haine même et les injustices dont il se prétend la victime.Comme lui, son Roi de l\u2019île de Man, dans la mer d'Irlande, est un sectaire religieux et fanatique anticlérical et qui représente, au plan politique, la cruauté du despote à la brutale arrogance, mais dont les vicieuses machinations contre deux tendres et sympathiques amoureux seront déjouées par la sorcière Zineb et surtout Airolo, voleur et brigand au grand coeur.Réplique, que l\u2019on rencontre partout dans l\u2019oeuvre de Hugo, du pauvre et misérable gueux mais bon, généreux, intelligent, opposé au riche et puissant, injuste oppresseur et souvent criminel.Le Bon orné de toutes les vertus contre le Méchant doué de tous les vices.Mangeront-ils?nous présente donc une image assez juste d\u2019un Victor Hugo fin de siècle et de carrière: d\u2019abord chantre de la royauté et de l\u2019Eglise, il est maintenant anarchiste révolutionnaire qui applaudit aux violences libératrices de la Commune de Paris.L\u2019interprétation du T.N.M.C\u2019est ce Hugo lyrique et révolté qu'on nous a présenté sur la scène du T.N.M., précédé par un prologue de poèmes célébrant l\u2019Amour, récités par l\u2019équipe des comédiens, mais que j\u2019ai presque complètement manqué par la faute de confusion de billets.Dans un décor de cimetière désaffecté d\u2019un monastère, conçu par Robert Prévost, Jean Dalmain a fait évoluer une douzaine d\u2019interprètes bien délurés dans un mouvement alerte et précis.Jean Dalmain faisait lui-même le Roi, avec entrain et une voix puissante, mais un peu éraillé comme s\u2019il mâchouillait des cailloux.Son conseiller, perfide d\u2019ailleurs, Jean-Louis Millette, jouait le rôle des confidents chargés de subir, veux, veux pas, les déclarations plus ou moins saugrenues des princes.Un Michel Dumont très en forme interprétait le brigand Airolo, avec brio, aisance et autorité.Avec le Roi, il est vraiment le meneur de jeu de la pièce.La sorcière de Louis Marteau qui, malgré sa perruque de vieille femme de cent ans, n\u2019a pu nous tromper sur son âge réel, avait surtout à réciter un magnifique poème sur la Mort qu\u2019elle a parfaitement réussi.Deux tourteraux, romantiques à souhait autant dans leurs sentiments que dans leur langage, ont été rendus par Marc Grégoire et Anne Létourneau, accompagnés de quelques comparses à tout faire.Peut-on espérer qu\u2019on nous serve à nouveau un autre Victor Hugo, mais, cette fois, un grand et d\u2019une étoffe plus solide?94 RELATIONS L\u2019ORGANISATION CATHOLIQUE CANADIENNE POUR LE DÉVELOPPEMENT ET LA PAIX DIOCÈSE DE MONTRÉAL PROGRAMME D\u2019AIDE AU DÉVELOPPEMENT SOCIOÉCONOMIQUE L'Organisation Catholique Canadianne pour le Développement et la Paix, fondée en 1967 par l'épiscopat canadien, est chargée de promouvoir la coopération par un programme d\u2019éducation et d'information, diffusé auprès des Canadiens et par le financement de projets de développement socioéconomique dans les pays les plus défavorisés du tiers monde.La principale source de fonds de l\u2019organisme est la collecte de la campagne \u201cCarême de Partage\" tenue chaque année dans le pays.L\u2019Organisation vous propose, pour \u201cCarême de Partage 77\", à l\u2019occasion de son dixième anniversaire, de subventionner quarante et un projets au montant de $475,000.00, ces projets sont destinés à soutenir les efforts de ceux qui travaillent à éliminer les causes plutôt que les symptômes du sous-développement.Projets que les communautés locales voisines pourront reproduire chez elles avec leurs propres moyens ou des projets ayant une priorité sur le plan du développement de la région concernée.Ces projets touchent 30 pays et se groupent en dix catégories.LA SOLIDARITÉ GAGNE DU TERRAIN .et voici comme exemples.1-\tAGRICULTURE ZAMBIA: ferme agricole à Momboshi 2-\tASSISTANCE-TECHNIQUE RWANDA: développement comm.achat d\u2019un camion pour Kirarimboyo 3-\tEAU et IRRIGATION INDE: projet d\u2019eau/irrigation à Maliwada (agric.) 4-\tÉDUCATION DES ADULTES KENYA: éducation d\u2019adultes à Nairobi 5-\tENSEIGNEMENT TECHNIQUE PEROU: programme pratique d\u2019enseignement technique à Cuzco 6-\tCOMMUNICATIONS SOCIALES ANGOLA: programme d\u2019éducation pour développement communautaire par Radio-Ecclésia 7-\tJEUNESSE et ENFANCE YEMEN du NORD: atelier d\u2019apprentissage et jardin scolaire à Hadeidah 8-\tMOUVEMENT COOPÉRATIFS CHILI: commercialisation de la coop, de pêcheurs à Talcahuano 9-\tRÉFUGIÉS LES ANTILLES: formation des immigrants à Pointe à Pître 10-SANTÉ MADAGASCAR: développement comm.centre de formation de jeunes ruraux et dispensaire ambulant à Tamatave LA TERRE EST À TOUT LE MONDE, mais.il faut y voir; secrétariat local: 9110 avenue Papineau, 387-7641 MARS 1977 95 -NOUVEAUTES- Suggestions pratiques d\u2019animation pastorale au secondaire par Jean-Paul Labelle et l\u2019équipe de la banque d\u2019idées Fruit d\u2019une collaboration d\u2019animateurs de pastorale, cet ouvrage aidera beaucoup les responsables de vie chrétienne dans les écoles.Il renseignera aussi les parents sur le travail accompli auprès de leurs enfants.Un volume: 13.3cm x 20.8 cm., 124 pages $4.25 (par la poste $4.75) Travaux et Communications 3 PROGRÈS TECHNIQUE ET QUALITÉ DE VIE par l\u2019Académie des Sciences morales et politiques La qualité de l\u2019environnement s\u2019oppose-t-elle au progrès technique?La machine et l\u2019économie doivent-elles prendre tellement d\u2019importance qu\u2019elles détériore le milieu de vie?Des solutions sont ici proposées pour rendre plus saine l\u2019existence de l\u2019humanité dans un monde moderne.Un volume: 15.7cm.x 23.4cm., 165 pages $8.95 (par la poste $9.50) La Mort, cette Inconnue MÉDECINE, ÉTHIQUE ET LOI FACE A LA MORT CÉRÉBRALE par Marcel Marcotte Question d\u2019actualité pour les milieux hospitaliers et pour tous ceux qui peuvent avoir à prendre des décisions d\u2019une extrême gravité, touchant des membres de leur famille.Un volume: 11.5cm.x 17.7cm., 96 pages $2.95 (par la poste $3.50) Mgr 6ourget et son temps TOME V : LES DERNIERS COMBATS 1.LE DÉMEMBREMENT DE LA PAROISSE NOTRE-DAME (1865) 2.VINGT-CINQ ANNÉES DE LUTTES UNIVERSITAIRES (1851-1876) par Léon Pouliot Le dernier d\u2019une série qui a étudié plusieurs aspects de la période de l\u2019épiscopat de Mgr Bourget.Avec les luttes universitaires, on est étonné de se retrouver, après un siècle, aux prises avec des problèmes identiques et des solutions qui n\u2019ont pas varié.Un volume: 13.1cm.x 21cm., 319 pages $8.25 (par la poste $8.75) Nous assumons les frais de port de toute commande payée d\u2019avance Chez votre libraire ou aux Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P2L9 Tél.(514) 387-2541 96 RELATIONS "]
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