Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1977-12, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" DÉCEMBRE 1977 no 432 / 75 c c ro \u2014 n a> \u2014 tj t\u2014 4» C «A O (A 3 Pierre Bélec \u2014 Même si le grand total doit finalement être affecté d'un signe + ou -, un bilan additionne normalement autant les recettes que les dépenses.Le Livre Vert, lui, ne retient pas suffisamment, à mon avis, les éléments positifs de la situation actuelle du Loisir.On n'a pas identifié de voies pour l'avenir, d'espoirs pour demain.Prenons le cas du plein air; on aurait pu faire état d'une croissance phénoménale dans l'utilisation des ressources existantes.Qu'on pense à la fréquentation des parcs: les chiffres sont pourtant disponibles.Pour un phénomène aussi neuf que le Loisir, il conviendrait de citer les statistiques du taux de croissance.Mais, sans doute à cause de l'absence d'études détaillées en ce domaine, on parle très peu de la croissance du plein air.Dans l'ensemble, je serais plutôt d'accord avec le bilan global négatif auquel on aboutit; surtout en pensant à l'exploitation commerciale sauvage, à l'incohérence des structures et de la gestion; les conflits entre fonctionnaires chargés de la même tâche causent plus de tort que le manque de certaines ressources.Une absence remarquable, c'est le caractère \"politique\" du Loisir au Québec.Un fait qu'il faudrait sûrement ranger dans la colonne négative.De tout temps, le loisir a été très \"politique\" chez nous.On sait que chaque député à l'Assemblée Nationale dispose d'un montant de $15,000 qu'il doit distribuer aux organismes de loisir de son comté; on sait aussi que dans les comtés populaires, on se fait élire, au provincial comme au fédéral, si on s'occupe bien des loisirs.J'aurais aimé que ces faits apparaissent au bilan.De même, j'estime qu'on s'est montré trop indulgent à l'endroit des structures gouvernementales qui étaient désignées pour s'occuper du Loisir.Ceux qui avaient pour fonction de développer et de promouvoir le Loisir, de le mettre en marché, pour ainsi dire, se sont contentés trop souvent de tourner en rond.Ils ont été bien loin d'exploiter les ressources qu'on leur confiait.Et je pense ici aussi bien au Haut-Commissariat qu'au ministère des Affaires culturelles ou à celui du Tourisme, qui semble tout juste sortir d'une longue léthargie.* Sis au 1415 de la rue Jarry est, le SOLQ (Secrétariat des Organismes de Loisir du Québec) offre des services et des locaux à plus d'une centaine de fédérations régissant les activités de loisir à l'échelle du Québec.Gilles Ho ude \u2014 Dès la première page, le Livre Vert nous impose une démarche qui aboutira à l'institution inévitable d'un ministère du Loisir.C'est pour arriver a cette fin qu'on étale le pessimisme que Pierre vient de relever.Comment justifier un tel pessimisme en parlant d'accessibilité et de participation?Faisons la somme des membres inscrits à la centaine de fédérations sportives et culturelles regroupées par la CLQ (Confédération des Loisirs du Québec); pensons aux 600 000 Québécois dont le ministre Claude Charron nous assure qu'ils pratiquent le ski de fond; passons en revue les mouvements de jeunes, les chorales, les amateurs de photographie, de ballet-jazz, de sciences naturelles.et nous triplons la population du Québec! Je suis loin d'être convaincu que les Québécois ne participent pas.C'était peut-être vrai, il y a dix ans.Mais pour rendre compte de la situation actuelle, il ne suffit pas d'énoncer le fait que le public remplisse le Forum ou le Stade pour assister passivement à des compétitions professionnelles.En fait, depuis quelques années, on constate une faveur croissante de l'activité non organisée, ce que j'aime appeler le Loisir-liberté.Je crois, en fait, que l'avenir du Loisir se situe justement en dehors des structures.Bien des gens consacrent leur dimanche après-midi à une activité quelconque, mais sans appartenir à aucune organisation officielle.Le Livre Vert passe sous silence cette participation accrue, surtout dans les domaines du plein air et des voyages.On préfère s'apitoyer, réflexe facile pour le politicien.De même, on ne met pas assez l'accent sur l'animation.L'animation conçue, toutefois, comme un service offert aux intéressés.Si demain matin on faisait sauter toutes les structures, le 1415 Jarry* au complet, on pourrait utiliser les millions de dollars engloutis par le système pour payer des salaires aux directeurs techniques et aux directeurs administratifs, pour engager des animateurs qu'on mettrait à la disposition de tous ceux qui veulent librement pratiquer une activité sportive ou culturelle.En un mot, le Livre Vert s'attache trop à la structure et néglige l'animateur qui a pour tâche d'inciter les gens à une participation volontaire.Si nous passons au problème du conditionnement physique, on le présente comme le fruit de la seule activité physique.Mais qu'on se réfère au rapport du Conseil Québécois des Loisirs: on verra que la santé et la bonne condition physique sont des objectifs beaucoup plus complexes, et que l'activité physique n'en est qu'un facteur parmi d'autres.324 RELATIONS En somme, pour évaluer globalement le bilan proposé: trop de pessimisme a l'egard de la situation actuelle et des réalisations de ces dernières années; une conception étriquée du conditionnement physique; des propositions recevables, sans doute, irrécusables même tant elles sont belles-grandes-nobles, mais que j'aurais souhaitées plus concrètes, plus terre-à-terre, plus précises.Pierre Belec \u2014 Il vaut la peine de bien remarquer la problématique qu'on a choisi de développer pour aboutir à un ministère du Loisir.On aurait pu entreprendre de démontrer que le temps de la maturité était arrivé pour le monde du loisir, et que cette maturité exigeait la création d'un ministère; on a préféré prouver que rien ne va plus dans le Loisir et qu'un ministère est absolument indispensable pour ramener un peu d'ordre.Pierre-O.Courtemanche \u2014 Ce qui manque au Livre Vert, ce sont des données.Fait pour la consultation, ce document deviendra une fumisterie si on ne met pas à la disposition des personnes et des groupes intéressés les rapports et les recherches sectorielles commandés pour sa préparation.Le premier niveau de la participation, c'est la diffusion de l'information:\tl'information de masse en ce qui a trait à la disponibilité des équipements, mais aussi l'information scientifique et technique dont disposent l'Etat et la grande industrie pour intervenir dans le domaine du loisir.Le public a le droit de savoir qui il est, ce qu'on sait de ses besoins et de ses aspirations collectives en cette matière.Gilles Houde \u2014 Ce dont le citoyen du Québec a le plus urgent besoin dans ce domaine, c'est bien d'un bon service d'information qui lui indique où aller pour pratiquer l'activité qui l'intéresse, en fonction de ses goûts et de ses moyens.A mon avis, les lignes directrices d'une politique du loisir au Québec devraient être 1) de recenser les ressources et les possibilités; 2) de diffuser largement l'information ainsi recueillie,- 3) de fournir des animateurs; 4) de venir en aide aux zones grises, qui sont encore sous-équipées.Louis Jolin \u2014 A propos de la diffusion des travaux préparatoires, il semble qu'on s'apprête à les publier.On en tirerait 150 exemplaires, qui seraient mis à la disposition de tous les intéressés, pour fin de consultation.Pierre-O.Courtemanche \u2014 De toute façon, il y a une étude indispensable qui ne figurera pas au dossier, parce qu'elle n'a jamais été entreprise au Québec: celle de nos comportements et de nos aspirations en loisir.Les pouvoirs DECEMBRE 1977 publics ont dépensé des fortunes au niveau des équipements, mais on ne s'est jamais arrêté pour étudier ce à quoi on prétendait répondre.Les seules études sur le comportement de loisir des Québécois ont été faites pour le compte du gouvernement fédéral.En fait, le jargon des techniciens du loisir risque de nous faire perdre de vue ce qu'est le loisir pour \"le monde ordinaire\".C'est ainsi que l'emploi du terme \"participation\" dans le Livre Vert me semble gauchir sérieusement la notion même de loisir.Chaque fois qu'on parle de participation, c'est soit pour évoquer un idéal encore vague, soit pour introduire une statistique, mais toujours en référence à une activité pratique.Il faut quand même se rappeler que le loisir, avant d'etre une activité, c'est du temps libre.Ne rien faire, c'est aussi du loisir.Ce n'est pas le rôle de l'Etat de planifier l'oisiveté, évidemment, mais il faut se garder d'identifier loisir et activité encadrée.Marcher dans les rues de son quartier, est-ce un loisir \"moindre\" que jouer au football?Avez-vous remarqué la tendance des \"gens du loisir\" à idéaliser leur client?On fait de l'homme-en-état-de-loisir un surhomme, un sur-citoyen, un surconscient., même s'il quitte à peine un milieu de travail abrutissant.On oublie que l'individu en loisir est la même personne que l'individu au travail.L'exemple typique, ce sont les \"dames patronesses\" du tourisme-vacances, qui attendent du travailleur en vacances un comportement \"cul-tu-rel\"! Jean-Marie Robin \u2014 D'accord, le loisir nous renvoie aux problèmes sociaux.Mais je trouve tout de même qu'on charrie un peu, quand on fait un absolu du droit au loisir, comme on le faisait du droit à l'éducation dans les années '60.Il faut se demander sérieusement si on a les moyens de se payer un pareil \"droit\".Pierre Bélec \u2014 A mon avis, le constat social porté par le Livre Vert est juste: il y a une grande misère du citoyen face au loisir.J'endosse le point de départ.C'est ce qu'on ajoute ensuite qui passe moins bien.Louis Jolin \u2014 Je voulais précisément vous inviter à examiner la suite du texte, en particulier la troisième partie du Livre Vert, qui tente de définir la responsabilité de l'Etat dans le domaine du loisir.On énonce d'abord cinq principes qui devraient éclairer l'intervention des pouvoirs publics: répartir équitable-droits du citoyen réalisateur et consommateur, assurer sa participation aux orientations et aux décisions rationali- ser les interventions, promouvoir les contenus québécois.On fixe ensuite quatre objectifs prioritaires, susceptibles d'orienter les efforts des agents de loisir: la santé à recouvrer, la nature à s'approprier, la créativité à développer, le pays à découvrir.Certains semblent croire que Prendre notre temps ne fait que réchauffer des théories sans impact sur le concret.Mais on peut se demander si le Livre Vert ne propose pas plutôt quelque chose de neuf, un réaménagement substantiel de ce qui se fait présentement.Je causais hier avec des représentants de la CSQ (Confédération' des Sports du Québec), qui voient dans le Livre Vert une charge très forte contre le sport organisé.Ce ne sont plus là seulement des théories en l'air.Gilles Houde \u2014 Ou alors, c'est que le Livre Vert ne fait pas la différence entre la participation de la masse et la formation de l'élite sportive, et ne comprend pas qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre les deux besoins.On s'amuse à répéter qu'il en coûte $100,000 pour former une vedette comme Nancy Greene et qu'avec cette somme on pourrait enseigner les rudiments du ski à 10,000 enfants; mais combien d'enfants seraient intéressés à faire du ski, s'ils n'étaient emballés par la championne?La grande ambiguïté, à ce sujet, c'est qu'on laisse entendre qu'on veut encourager tout le monde et tous les secteurs du loisir, mais que tout de suite après on parle de priorités et on critique l'élite au nom de la \"participation\".Il s'agit, finalement, de bâtir un budget.Et si le Québec estime que ses priorités ne lui permettent pas de consacrer 2 millions de dollars à la formation de 800 athlètes, qu'il le dise.Les athlètes iront chercher des fonds du côté de l'entreprise privée.Le problème de l'élite sportive est certainement la question qui a été le moins comprise par les auteurs du rapport.De toute façon, il me semble qu'il aurait fallu descendre beaucoup plus dans le détail: le texte reste trop théorique.Il est inadmissible qu'après vingt ans, après avoir multiplié les gymnases et les équipements sportifs, 80% des enfants de l'école élémentaire n'aient pas 30 minutes d'éducation physique par semaine! Qu'on ne soit pas encore arrivé à trouver une solution à l'utilisation des équipements sportifs scolaires en dehors des heures d'enseignement: on parle encore des cadenas et des concierges! 325 Pierre Bélec \u2014 Pour revenir aux objectifs fixés par le Livre Vert, je suis heureux des points qu'on a choisis, même si la formulation, les trois premiers verbes surtout, (recouvrer, s'approprier, développer) me semble canaliser un peu trop le débat.D'autre part, ces quatre objectifs (santé, nature, créativité, pays) renvoient à des dimensions déjà structurées du loisir: on voit se dessiner a l'arrière-plan le sport-conditionnement physique, le plein air, le socio-culturel, le tourisme.Cette compartimentation est malheureuse, car il serait abusif de faire de la santé l'objectif du sport: il faut parler de santé également à propos du plein air et du socio-culturel; de la même manière, la créativité n'est pas l'apanage du socioculturel seulement.Pour ce qui est des critères, on touche le vif du problème quand on écrit: \"L'Etat doit reconnaître que les individus sont les personnes responsables de leur propre loisir et, en conséquence, que les citoyens doivent devenir les participants actifs dans l'aménagement et l'utilisation des ressources collectives pour fin de loisir.\" C'est très juste; je n'hésite pas à en faire le premier principe d'orientation.Il me semble également très important qu'on suggère que \"L'Etat doit rationaliser son intervention en affectant une part raisonnable des ressources au loisir, en planifiant l'utilisation des ressources et en favorisant leur intégration, en situant la prise de décision au niveau et selon les modalités qui en assurent l'efficacité.\" Il faut \"rationaliser\", et c'est la tâche des pouvoirs publics.C'est sûr qu'il faut quelques organismes privés, pour éviter que le loisir ne soit totalement envahi par l'Etat, mais, compte tenu des dimensions de notre population, nous avons beaucoup trop de petits organismes.Un gros ménage à faire.Comme hypothèse de fonctionnement, je m'inspirerais du modèle suédois des organismes de plein air pour rapprocher les organismes provinciaux des municipalités.Ces organismes provinciaux peu nombreux, seraient au service des groupes locaux et des projets municipaux.Les bénévoles doivent rester au niveau municipal; et les municipalités se concevoir comme un service pour aider les gens à s'organiser.Je suis contre ia multiplication des animateurs payés et des structures municipales subventionnées.L'important, c'est de soutenir les bénévoles localement.Jean-Marie Robin \u2014 Vous savez assez ce qui se passe à Ville de Laval pour confirmer que c'est ce que nous faisons.L'organisme municipal d'intervention loisir que je dirige ne fait pas les programmes à la place des gens.Nous concevons notre rôle comme un service de concertation pour les mouvements en place, un service de développement qui aide les bénévoles à s'organiser et à changer.Mais les programmes du Haut-Commissariat ne me créent pas peu de problèmes.Pour eux, c'est la ville qui doit administrer et diriger les programmes locaux.Si je m'en tenais à leurs exigences, je court-circuiterais mes 32 comités de loisir bénévoles (plus de 5000 personnes) au niveau des paroisses.Dans le secteur sportif, on intervient peut-être plus directement pour fournir des instructeurs ou des équipements.Mais dans le socio-culturel (140 mouvements), nous nous orientons rapidement vers la co-gestion des programmes.C'est une autre situation que vous trouvez sur l'île voisine, où l'on a dépensé une fortune.pour démobiliser 90% des bénévoles! Pierre-O.Courtemanche \u2014 A propos des principes d'intervention de l'Etat, cinq observations.1)\tDans beaucoup de domaines (éco- nomie, commerce, politique), le Québécois n'a pas eu l'opportunité de s'affirmer,- collectivement, il n'a pu atteindre le niveau d'excellence et d'épanouissement de l'athlète qui parvient au bout de lui-même.Cette frustration amène une recherche compensatoire:\tincons- ciemment, le minoritaire tentera de s'exprimer en investissant son énergie ailleurs.En se jetant sur le loisir, le Québécois ne recherche-t-il pas un champ d'activité où il se trouverait parfaitement libre d'agir?Cette liberté n'est qu'apparente mais la vogue du loisir culturel \u2014 je pense à la chanson et au cinéma mais aussi à notre manie des \"organisations\" et des \"comités\" \u2014 ne trahit-elle pas un besoin refoulé de s'affirmer en donnant libre cours à sa \"créativité\"?2)\tL'Etat ne pourra intervenir efficacement et à long terme dans la question du loisir que s'il affronte d'abord le problème de l'amenagement du temps dans la société québécoise.3)\tIl y a ici une très forte consommation de ce que j'appellerai le loisir international (cf.la télévision, l'imprimé, les équipements même collectifs, le tourisme, les modes, les modèles d'aménagement du territoire).Le besoin d'imiter, voire de copier servilement le style de vie de nos voisins est une dimension primordiale du loisir québécois.4)\tEn incluant les investissements du Haut-Commissariat et les budgets de loisir des familles, l'industrie du loisir atteint les dix milliards.Il est urgent que le gouvernement prenne conscience de l'impact économique de l'ensemble du phénomène loisir, au lieu de n'en retenir qu'un secteur, le tourisme, qui représente un marché d'un milliard.5)\tEnfin, il faut repenser l'aménagement du territoire: abandonner une bonne fois les investissements colossaux (Stade Olympique, Palais des Congrès) qui s'inspirent de conceptions périmées de ce qu'est le tourisme, au profit d'une politique plus modeste mais plus solide, qui ose mettre en valeur notre nature et notre culture.Louis Jolin \u2014 Il faud rait peut-être aborder la question du ministère du Loisir.Depuis cinq ans, c'est le projet qui semble couver sous la cendre.Est-ce une bonne chose?Gilles Houde \u2014 Ce n'est pas le milieu du loisir qui a pris l'initiative de demander un ministère.C'est bien plutôt le Haut-Commissariat, poussé par des fonctionnaires ambitieux.Ce dont les gens ont besoin, c'est simplement d'un endroit précis où aller frapper pour demander de l'aide, et surtout de l'information.Je me demande si la voie de l'avenir n'est pas d'encourager dix autres ministères à s'intéresser au loisir, plutôt que d'en empêcher vingt d'y intervenir.Pierre-O.Courtemanche \u2014 Ce qui est important, beaucoup plus qu'une administration, c'est une politique.D'un autre côté, qu'on répartisse les responsabilités comme on voudra, mais que ce soit clair et que les citoyens s'y retrouvent! Pierre Bélec \u2014 On verra plus clair dans quelques mois sans doute.Mais deux choses m'importent:\t1) Le loisir est le monde de l'autonomie: celle des personnes comme celle des groupes; 2) nous avons besoin de cohérence dans le monde du loisir, donc d'une politique (plus que d'un ministère).Jean-Marie Robin \u2014 Vues de la base, les modifications au sommet de la pyramide administrative ont peu d'importance.Pour moi, le Haut-Commissariat c'est un super-marché, dont j'attends qu'il me fournisse des services.Point.Je veux bien qu'il se déguise en ministère.Mais le mot ne changera rien.Que l'on se donne d'abord une colonne vertébrale, qu'on fasse de l'ordre, et que ce soit le fonctionnement de l'administration qui habilite le futur ministère.326 RELATIONS Le plein air, \"Le plein air est un mode de vie dans lequel l'homme entretient un rapport actif et harmonieux avec la nature\".une clef pour le Québec par Pierre Bélec* Tout le monde parle du plein air.Tout le monde en veut davantage.Qu'y a-t-il dans ce mouvement?A supposer que l'engouement actuel pour le plein air soit plus qu'une mode, quelles conséquences ce mouvement aura-t-il sur la vie québécoise?C'est à ces deux questions que voudrait répondre cet article.Derrière ces réponses, il y a la conviction que le plein air est une clef importante pour l'avenir du Québec.Bien sûr, il ne faut pas perdre le sens des proportions et il y a des questions plus vitales que celle-là.Pourtant, la question du plein air est porteuse d'avenir.C'est l'attente d'un grand nombre de citoyens; cela répond à notre climat, à la configuration du sol et à notre image internationale.Le plein air jouit d\u2019une popularité croissante dans les sociétés occidentales, industrialisées et urbanisées.Tout porte à croire que ce mode de vie sera un trait dominant de la culture des années \u201980.Mode ou tradition?Plusieurs pays ont leur \"histoire du plein air'': les Scandinaves, les Anglais, les Allemands ont la leur, et elle est parfois fort ancienne.Mais le \"boum\" plein air se fait sentir partout à la fois, dans les pays riches, en tout cas.En France, au Québec, le mouvement, bien que récent, progresse rapidement tandis qu'en Suède ou en * L\u2019auteur est actif depuis plusieurs années dans le domaine du plein air; il a aussi séjourné plusieurs fois à l\u2019étranger pour y étudier l\u2019état du développement du plein air.DECEMBRE 1977 Norvège, on peut aussi constater un enthousiasme nouveau, même après une longue tradition.Cette vague \"plein air\" est un phénomène des années '70.Ses causes sont pourtant profondes et plus lointaines: une vie urbaine dégradée, la recherche instinctive du milieu naturel, l'augmentation du revenu des individus.Pourtant, même si cette ruée vers le plein air semble se produire simultanément dans au moins une bonne douzaine de pays, on peut noter des différences appréciables entre les conceptions qu'on s'en fait dans plusieurs de ces pays.Aux Etats-Unis, on parle d'\"outdoor recreation\", et d'\"outdoor life\"; les Anglais, utilisent le terme plus vague de \"informal recreation\".La définition américaine est très englobante, car elle inclut toute activité de loisir se déroulant à l'extérieur.Les Anglais, eux, préfèrent distinguer nettement le sport d'extérieur et l'activité de plein air.En France, sport et plein air sont habituellement confondus.Plus qu'ailleurs, le plein air a un côté sportif: la discipline de l'activité, la performance l'emportent encore sur l'aspect \"vie de plein air\".Les Français parlent volontiers des \"sports de pleine nature\".A l'inverse, en Suède et en Norvège, le plein air est nettement distinct du sport.Le \"Frilufts-liv\" (la vie-à-l'air-libre) fait partie du curriculum scolaire depuis longtemps déjà.Pour les Norvégiens, le \"frilufts-liv\", c'est une façon de garder les traditions des anciens.Les Suédois, plus sophistiqués, sont davantage tentés d'y voir une façon de se garder en bonne condition physique.Mais pour les uns et les autres, c'est une façon privilégiée de jouir de leur pays.Il semble bien qu'à cause des traditions de plein air, tout autant qu'à cause de sa popularité croissante, le plein air soit en train de s'affirmer vigoureusement dans les sociétés occidentales.Tout me porte à croire que ce sera un trait dominant de la culture des années '80.Un plein air québécois?Au Québec aussi, le plein air possède sa propre coloration.Depuis 1970, quelques centaines de personnes ont réfléchi, ont vécu des expériences, ont fait et réalisé des dizaines, puis des centaines de projets.Des professeurs, des animateurs, quelques planificateurs, beaucoup de rêveurs et un peu plus d'étudiants: voilà les forces vives du plein air québécois.En 1977, plusieurs éléments représentatifs de cette petite armée ont réfléchi sur le \"concept plein air\".Il en est résulté un solide consensus.Pour eux, le plein air est un mode de vie.Cette affirmation est audacieuse.Car un \"mode de vie\", c'est plus qu'une fin de semaine de temps en temps.C'est quotidien.C'est aussi plus qu'une occupation de temps libre.La recherche d'un rapport actif et harmonieux avec la nature déborde le temps libre.Elle modèle le cadre de vie, oriente de nombreux choix.Et surtout elle tisse des liens nouveaux et créateurs entre un individu et les éléments naturels.Le développement du plein air devrait augmenter rapidement la tranche de ceux qui ont mis le nez en dehors de leur région.Cela aura des effets importants sur nos images intérieures.Le plein air remodèlera l\u2019imaginaire québécois.Depuis quelques années, nombreux sont ceux qui sont retournés vivre à la campagne.Ces années-ci, une tendance nouvelle se dessine: celle de s'installer en ville et de transformer le milieu urbain.Beaucoup de logements deviennent de petites serres; on détruit les hangars, on plante des arbres à la place; on fait son jardin.Ces liens avec la nature devien- 327 nent vite privilégiés.Ils prennent du temps, ils réaffectent l'espace.Ce qui se produit dans l'univers domestique se produira dans l'espace communautaire: récupération des espaces verts, nouvelle utilisation des plans d'eau.Bientôt, les éléments naturels tisseront un continuum entre le cadre domestique et la vie sauvage.La nouvelle définition québécoise du plein air englobe la totalité de ces tendances et de ces expériences.La vie de plein air peut prendre racine en milieu urbain et s'épanouir dans une nature presqu'intouchée.Mais que l'on soit pour le plaisir: jardinier, trappeur ou cano-teur, cela veut dire qu'il y a dans nos vies une recherche de la nature.On sait s'en nourrir, s'y déplacer.On a appris comment s'y vêtir et s'y abriter.Enfin, on reconnaît aux éléments naturels une fonction de régénération, à tous les plans.Cette approche englobante est particulière au Québec.Tout rapport actif et harmonieux avec les éléments naturels y trouve sa place.Elle permet de mieux comprendre les phénomènes et de soutenir des développements positifs.Supposons que le plein air continue pendant quelques années encore à gagner des adeptes, au même rythme qu'actuel-lement.Supposons de plus que le plein air s'établisse solidement à l'école et qu'il s'affirme comme facteur important dans l'aménagement du territoire.Les conséquences d'un tel développement seraient considérables.Des impacts culturels Les Québécois connaissent peu le Québec.Une à une, les régions se sont ajoutées à la conscience collective d'une mince tranche de quinze à vingt pour cent de la population, tout au plus.Hier, c'était la Gaspésie, aujourd'hui, ce sont les Iles-de-la-Madeleine, demain la Côte-Nord; après-demain la Baie de James et le reste du Nouveau-Québec.Le développement du plein air devrait augmenter rapidement la tranche de ceux qui ont mis le nez en dehors de leur région.Cela aura des effets importants sur nos images intérieures.Le plein air remodèlera l'imaginaire québécois.Nos images intérieures sont encore presqu'aussi étrangères au pays que celles de nos poètes du XIXième siècle, qui n'étaient habités que par l'Europe.Comme Charlebois, le Québécois moyen rêve de palmiers, de cocotiers, des sables chauds de la Floride.C'est une autre façon d'être \"étranger dans son propre pays\".Ces espaces que nous habitons trop peu nous habitent moins encore.La connaissance du sol que procure le plein air, sans les artifices des moteurs, des roulottes et autres gadgets, remplira peu à peu notre incons- 328 cient collectif d'images anciennes et neuves.Anciennes comme les rives de la Mer Champlain ou les pierres du bouclier laurentien; neuves comme les jeunes baleines au large de la Côte-Nord.Anciennes comme certaines ocres indiennes sur des parois de pierre, en Mauricie,- neuves comme certaines de nos terres agricoles, pourtant cultivées depuis quelques siècles.Un retour à la tradition de vie en nature, mais surtout, un pas vers la santé d\u2019aujourd\u2019hui.Dans quelques années, on verra comme une évidence le lien privilégié qui relie plein air et santé collective.Au-delà de nos poèmes intérieurs, c'est à une nouvelle façon de voir le pays et ses ressources que nous ouvre le plein air.Une forêt peut produire autre chose que du bois; un lac pourrait être cultivé, etc.Si des milliers d'yeux neufs et d'esprits disponibles se mettent à parcourir le territoire, par simple plaisir, cela sera nécessairement créateur.On peut penser que l'aménagement du territoire, à toutes les échelles, se fera différemment.On sera plus conscient des valeurs esthétiques, on mettra plus d'ardeur à conserver l'équilibre du milieu.Mais aussi, on utilisera les ressources naturelles d'une façon plus adaptée et plus diversifiée.Et on en tirera de nouveaux emplois.Cette valorisation du milieu naturel devrait nous rapprocher des cultures autochtones, indiennes et inuit.Et le tourisme de plein air devrait fournir du travail aux populations du Nord.La santé Le plus important des impacts culturels du plein air devrait être la santé.De meilleures habitudes qui procurent une meilleure santé collective.Depuis que nous avons quitté la terre pour vivre en ville, nous avons continué de manger comme avant, mais cessé d'être actifs physiquement.Pour beaucoup, le plein air se présentera comme un retour à la tradition de vie en nature.- canot, raquette et d'autres moyens venus d'ailleurs, comme le ski, seront autant de façons de renouer avec une tradition de campagnards et de coureurs des bois.Mais ce sera aussi un gain pour la santé d'aujourd'hui.Dans quelques années, on verra comme une évidence le lien privilégié qui relie plein air et santé collective.Plus que le sport qu'on abandonne au cours de la vingtaine, plus que le conditionnement physique qui n'est qu'affaire de volonté, le plein air est une garantie de santé \"à vie\", à cause de la puissan- ce de séduction qu'exerce sur nous le milieu naturel et de la possibilité multipliée qu'il nous offre d'être actifs.Je ne crois pas qu'on puisse transformer en sportifs une partie importante de la population.Mais à cause des traditions, d'un goût inné pour la nature et des ressources mêmes du Québec, ils seront des adeptes du plein air, à vie.Des impacts économiques Ces impacts découlent naturellement des effets culturels de la montée en popularité du plein air.Au seul chapitre de la santé, l'impact économique du plein air peut se faire sentir à l'intérieur d'une période de dix ans.Un développement rationnel et de meilleures habitudes alimentaires permettraient d'épargner des dizaines, voire des centaines de millions de dollars en traitement des maladies cardio-vasculaires, par exemple.A ces millions, il faut ajouter tous les gains occasionnés par la réduction du taux d'absentéisme et l'augmentation du taux de productivité.Ces rêves agréables de prospérité, de santé et de conservation de l\u2019environnement sont marqués d\u2019un \u201csi\u201d.Il faudra que le Livre Blanc reflète une meilleure connaissance de notre plein air et que l\u2019école entreprenne enfin d\u2019initier les jeunes Québécois aux éléments majeurs de leur milieu.Le tourisme québécois devrait tirer grand avantage du développement du plein air.En 1977, la balance touristique canadienne sera déficitaire de deux milliards de dollars.Nos voyages dans le Sud ont dû y contribuer pour beaucoup.Cette tendance n'est pourtant pas irréversible.En Suède et en Norvège, le développement du plein air a réduit considérablement la popularité relative des voyages au soleil.Maintenant, on file tout aussi volontiers vers le Nord pour ses vacances.Et là-bas, il faut compter deux heures d'ensoleillement de moins qu'ici, tous les jours d'hiver.Bien orienté, un tourisme québécois de plein air sera bénéfique à l'économie locale.Chaque année, quelques centaines de millions de dollars resteraient chez-nous et seraient ainsi injectés dans l'économie des régions.D'une façon générale, une mentalité de plein air amènera la création de nouveaux types d'exploitation des ressources, toujours plus conformes aux possibilités de la nature québécoise.On assistera aussi à la création d'une quantité non négligeable d'emplois dans le secteur manufacturier: fabrication de chaussures aliénation ou libération?Les mythes du week-end par Roland Dufour Secrétaire adjoint à la Conférence des Evêques du Canada, Roland Dufour, prêtre du diocèse de Chicoutimi, publiera sous peu la thèse de doctorat qu\u2019il vient de soutenir à l\u2019Université d\u2019Aix-en-Provence et dont l\u2019article ci-dessous reprend essentiellement la conclusion.Cette étude se situe dans le prolongement d\u2019un ouvrage antérieur, La spiritualité du week-end, déjà traduit en cinq langues.de plein air pour la marche, le ski de randonnée, la raquette; fabrication de skis, accroissement de volume dans l'industrie des embarcations légères, etc.Toutes ces images agréables de prospérité, de santé ou de conservation de l'environnement, sont marquées d'un \"si\".Elles se réaliseront, c'est sûr, mais jusqu'à quel point?Le développement du plein air prendra-t-il l'essor que lui permettraient le sol et la tradition québécoise?Il faudra le vouloir.C'est un des enjeux de la discussion qui s'amorce autour du Livre vert du Haut-Commissariat et de la création d'une Direction du Plein Air au Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche.Le Livre vert annonce l'intention de pousser le développement du plein air, intention qu'appuient les commentaires du Ministre.Il faut s'en réjouir.On souhaite cependant que la résolution du dernier congrès du parti gouvernemental s'exprime plus fortement dans le Livre Blanc promis.Ce prochain document devra refléter une meilleure connaissance du plein air québécois et lier le plein air à l'objectif \"Santé\".Les passages du Livre Vert où l'on mentionne le Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche ont habituellement l'allure de commentaires agacés.Il faut dire que ce ministère s'apprête à jouer un rôle d'envergure dans le développement du plein air par la création récente de la Direction du Plein Air, qui sera surtout active dans l'aménagement plein air du territoire.Cette initiative répond à des voeux explicites du milieu et il faut souhaiter que l'intention à demi exprimée dans le Livre Vert ne soit pas de s'y opposer.Car elle laisse toute la place à la formulation d'une politique de développement du plein air, même par un éventuel Ministère du Loisir.Pareil débat serait préjudiciable aux besoins du Québec.Quoi qu'il arrive, l'éducation de plein air demeurera un facteur prioritaire.Et il faut souhaiter que le ministère de l'éducation s'éveillera bientôt aux valeurs pédagogiques du plein air.L'école doit initier la personne aux éléments majeurs de son milieu.La forêt, la montagne, la rivière, le fleuve sont nos voisins.Et pour des milliers de Québécois, la mer est une présence immense et quotidienne.Notre école doit apprendre la mer à ceux qui vivent à côté; de même pour la forêt.A St-Jovite, à Shawinigan, à Mont-Laurier, à New-Richmond, un étudiant du secondaire doit savoir monter dans un canot; il doit savoir ce qu'il y a sous les bouillons: la rivière est à côté.Avec la participation claire et voulue du système d'éducation, le plein air sera une clef pour le Québec.C'est la première condition.DECEMBRE 1977 Devant l'effondrement des religions institutionalisées, le sens du sacré demeure chez l'homme occidental; comme il est incompressible, il continue à exister sous sa forme principale qui est mythique.En raison des contraintes du travail, le sacré non-rationnel et mythique s'exprime surtout, même camouflé ou dévié, dans l'espace/temps du loisir et du tourisme, et plus spécialement dans le temps fort du week-end.Sous le prisme multiforme de la modernité, le sacré mythique traduit la quête du dieu \"caché\" des psaumes, du dieu \"inconnu\" dont parle saint Paul aux Grecs et du dieu \"inconscient\" des psychiatres.Mythe aliénant, mythe libérateur?Cette quête du Paradis perdu, récupérée par les nouveaux prêtres qui orientent le loisir et le voyage, est souvent aliénation alors qu'elle pourrait être une puissance de libération.Le potentiel du week-end mythique, loin d'être une pierre d'achoppement, peut être une pierre d'assise pour l'avenir d'un christianisme purifié et radical, ce qui a pour effet immédiat d'apporter plus de bonheur à l'humanité en comblant une de 1.Victor FRANKL, Le Dieu inconscient.Paris, Ed.du Centurion, p.37.ses aspirations les plus profondes.Voilà, en bref, la conclusion d'une recherche menée d'un point de vue résolument pastoral, mais attentive au témoignage des professionnels du monde du loisir et du tourisme.En fait, nous touchons ici des problèmes frontières entre la théologie et nombre d'autres disciplines.La réalité matérielle pourrait demeurer la même, mais en modifiant l'angle de vision du monde du loisir et du voyage, nous pourrions aborder le sujet sous l'aspect éthique ou déontologique.Telle est d'ailleurs la seconde étape de notre recherche dont la problématique pourrait se formuler ainsi: face à l'am-biguîté des mythes du loisir et du voyage, c'est-à-dire à leur potentiel aliénant ou libérateur, quelles options s'offrent aux professionnels du loisir, du jeu, du sport, du voyage, de l'aménagement, de la culture, des mass-média, en somme à tous les agents qui, de près ou de loin, directement ou indirectement, ont pour profession de meubler le temps libre de quelque façon que ce soit?Cette problématique-cadre pourrait servir de point de départ à l'élaboration d'une éthique pour les agents du loisir/ tourisme.Nous sommes toujours face a un homme qui perçoit les réalités de la vie, non pas uniquement d'une façon rationnelle, mais aussi irrationnelle par les mythes et les symboles qui habitent l'inconscient collectif.En effet \"l'accomplissement d'un acte dépend si peu de la connaissance réfléchie, de sa compréhension intellectuelle\"( 1 ).329 Le corpus mythologique du week-end Que cherche l\u2019homme pendant le week-end?Il vit la vingtaine de mythes que nous pourrions résumer comme suit.Il pense retrouver le bon vieux temps dans le retour à la nature (le mythe de l\u2019Age d\u2019Or), une nature luxuriante dans une société d\u2019abondance (le mythe de la Corne d\u2019abondance).Sa soif de jeunesse (le mythe de la Fontaine de Jouvence) est tempérée par le déséquilibre écologique qui lui fait craindre les catastrophes (le mythe du Désert).Mais cet homme \u201cévolué\u201d garde des zones enfantines.Aussi recherche-t-il sa mère tant dans les entrailles des villes (le mythe d\u2019Héliopo-lis) que dans les éléments de la nature (le mythe d\u2019Oedipe).Il est attiré par les hauteurs (le mythe de l\u2019Olympe), de même que par l\u2019eau (le mythe de Poséidon) ; il se livre à toutes sortes de jeux (le mythe d\u2019Olympie), particulièrement les jeux de hasard (le mythe de For-tuna).La fin de semaine est un temps idéal pour idolâtrer son corps (le mythe d\u2019Aphrodite), pour pratiquer la rencontre amoureuse (le mythe d\u2019Eros), pour fêter (le mythe de Bacchus) et pour trouver l\u2019épanouissement de soi dans les arts et la culture (le mythe de Minerve), le bricolage (le mythe de Prométhée) ou le voyage (le mythe d\u2019Ulysse).Le sens du sacré fait vivre une religion (le mythe de Zeus) ou ses succédanés, comme la superstition ou la magie (le mythe du Sorcier).Certaines gens n\u2019arrivent à peu près jamais à libérer du temps pour le week-end (le mythe de Sisyphe); d\u2019autres y parviennent, mais pour y trouver le malheur (le mythe de Pandore).Au fond il n\u2019y a qu\u2019un mythe essentiel aux vingt facettes; pendant le week-end, l\u2019homme veut sortir de la terre maudite du travail répétitif et de la jungle urbaine pour vivre une vie bucolique dans un paradis retrouvé: la Terre-sans-mal.De plus, la technique hyper-rationali-sée a tendance à comprimer les mythes dans le réservoir de l'instinctivité refoulée de l'inconscient.Le joueur fragile L'homme moderne est d'autant plus vulnérable que ces mythes sont à la fois inconscients (à toutes les époques) et refoulés (aujourd'hui).On n'étouffe pas impunément des pulsions aussi vitales que les mythes.Quand on les empêche de 2.\tHenri LABORIT, Eloge de la fuite.Paris, Ed.Robert Laffont, 1976, p.149.3.\tCf.Vance PACKARD, A Nation of Strangers.New York, David McKay Company Inc., 1972, 368 pages.4.\tOn aura reconnu que ce langage est inspiré de la philosophie d'Ernst BLOCH exprimée dans ses divers essais.Cf.Laënnec HURBON, Ernst Bloch \u2014 Utopie et espérance.Paris, Ed.du Cerf, 1974, 145 pages.5.\tCf.P.H.CHOMBART DE LAUWE, Pour une sociologie des aspirations.Paris, Ed.Denoël/Gonthier, 1971, 213 pages.s'exprimer, il se produit une névrose au sens large, \"un vide existentiel qui donne le vertige\".La nature est ainsi blessée dans son être profond.Mais ces mythes, parce qu'ils sont si vitaux, sont toujours prêts à resurgir, et cela d'autant plus sauvagement qu'ils ont été bridés.D'où la sensibilité de rebondissement des mythes à toute forme de stimulus.Si la psychologie moderne a développé des techniques d'infiltration des consciences,, son pouvoir de pénétrer avec effraction dans l'inconscient est encore plus grand.D'où le danger de manipulation, qui est loin d'être théorique.En régime marxiste, cette manipulation s'appelle propagande idéologique; en système capitaliste, on parle d'exploitation commerciale de la société de consommation par une publicité subtile, souvent indiscrète.Devant un homme occidental manipulé et plus ou moins névrosé, tout agent du loisir/tourisme possède les pouvoirs d'un psychothérapeute.Dans cette perspective, son action peut devenir logo-thérapie, c'est-à-dire \"un discours qui guérit\".Une analyse sémantique du logos, du discours des agents du loisir/ tourisme, nous montrerait que leur \"parole\" est souvent ambiguë, car parfois, selon l'expression du Professeur Th.Kammerer, elle \"déjeise\" et \"çai- fie\" l'homme, au lieu de le considérer \"en tant qu'être-qui-décide\".En effet, l'être authentique de l'homme - c'est le psychiatre Frankl qui parle, \u2014 se manifeste seulement là ou un moi decide, non pas là où un ça pousse l'homme.Le Docteur Henri Laborit parle des deux systèmes sociaux de l'urbanisation galopante et de l'industrialisation aboutissant aux mêmes résultats, soit l'éloignement de l'acte professionnel de l'objet produit, la monotonie et l'automation des gestes professionnels, manuels ou intellectuels, l'absence de spontanéité, d'innovation, donc d'imagination et de créativité dans cet acte professionnel, et en définitive l'ennui.L'impossibilité de sortir de l'engrenage de la machine sociale, l'impossibilité d'agir pour se gratifier, si ce n'est par une soumission conformiste au système de production, assurant alors l'ascension hiérarchique et la dominance, aboutit à la dépression ou à la violence(2).Cet homme refoulé, mutilé, blessé, manipulé, névrosé, esseulé(3), agressé, se transforme en fuyard du loisir, du week-end, des vacances ou de la préretraite.Il va sans dire que la mythologie du loisir et des vacances présente un attrait puissant chez cet homme avarié, chez ce paria dévoré par des utopies plus ou moins conscientes ou verbalisées.\tL'utopie de\tla Terre\tpromise\tdu loisir\tet des vacances se\tnourrit\tde mythes anticipateurs qui expriment: \u2014\tune espérance en la venue dans l'ici-bas d'un monde totalement désaliéné; \u2014\tun\trêve éveillé\timpatient\tqui aiguise le désir et le porte à chercher son lieu encore inconnu d'accomplissement; \u2014\tune quête de la vraie vie qui est moyen de transgression de la réalité extérieure, et désaliénation de cette réalité; \u2014\tune conscience\tqui rend\tvisible\tles possibilités objectives latentes du réel; \u2014\tune foi neuve qui plante à chaque aube dans le coeur du monde le désir régénéré; \u2014\tun désir d'opérer un déplacement du présent vers l'avant, le futur, et donc d'assigner aux opprimés une condition d'exode,- 330 RELATIONS Le contentieux Compte tenu des \u201cingérences\u201d du gouvernement fédéral, EST-IL POSSIBLE DE DOTER LE QUEBEC D\u2019UNE POLITIQUE COHERENTE DANS LE DOMAINE DES LOISIRS?fédéral-provincial \u2014\tune volonté de briser la clôture du langage conformiste par le jeu de l'imaginaire,- \u2014\tun souci de faire éclater la rationalité actuelle dominante en introduisant la possibilité d'un autre ordre fondé sur la libération des désirs: le rêve, la gratuité et la fête; \u2014\tune énergie orientant l'histoire vers \"ce qui n'est pas encore\u201d; \u2014\tune vision de l'horizon des possibilités objectives réelles inscrites dans le monde; \u2014\tun espoir messianique et millénariste de transformation révolutionnaire où l'homme écrasé projette la réalisation fantasmatique de ses désirs de libération; \u2014\tun sens de l'exode qui est ouverture, dans l'ici-bas, aux possibilités concrètes d'un nouvel avenir pour les opprimés; \u2014\tenfin une aspiration à un univers \"tout-autre\u201d qui est le refus opposé à la figure actuelle de ce monde et en même temps le secret de l'humain le plus profond(4).Bien que l'utopie ne soit pas assimilée au mythe, celui-ci a quand même une dimension utopique quand il n'est pas seulement retour à des archétypes passéistes et anachroniques vers de prétendues origines, mais pro-jet, tension en avant.Là où le mythe et l'utopie se rencontrent, c'est quand ils tentent tous les deux d'opérer un déplacement du présent vers l'en avant, vers le futur.Etymologiquement le mot \"utopie\" vient du grec u \u2014 non et topos \u2014 lieu: \"aucun lieu\u201d.Strictement l'utopie signifie ce qui n'est nulle part encore réalisé, mais qui pourrait l'être et devrait l'être.Le mythe possède le dynamisme de l'utopie en ce sens qu'il est image globale motrice de l'existence et force de propulsion pour changer perpétuellement la vie.Les exploitants des services de loisir et de tourisme ainsi que les centres de recherche universitaires ne nagent pas en surface devant une clientèle réelle et potentielle.Parce qu'ils jouent sur des aspirations(5) mythico-utopiques, ils ne peuvent s'empêcher de plonger dans le gouffre intérieur de l'inconscient.Et lorsqu'on pratique la spéléologie humaine à cette profondeur, toute activité dans le domaine du temps libre a une dimension éthique, qu'on le veuille ou non, soit qu'on aliène, soit qu'on libère.En effet, les rêves et les activités du loisir/tourisme seront encore longtemps \"le laboratoire et la fête des possibles\u201d.DECEMBRE 1977 Licencié en droit et impliqué depuis plusieurs années dans le secteur des loisirs et du tourisme, Louis Jolin a réalisé pour le compte du Groupe de travail du Livre vert sur le Loisir au Québec une étude sur les relations Québec-Ottawa dans le domaine des loisirs (synthèse et analyse); l\u2019article ci-dessous s\u2019inspire largement de cette étude.La récente parution du Livre vert sur le Loisir du gouvernement du Québec est le coup d\u2019envoi d\u2019une longue période de consultations avec le milieu québécois pour aboutir à l\u2019élaboration d\u2019une véritable politique des loisirs et à la création éventuelle d\u2019un Ministère des Loisirs au Québec.Les intentions sont claires et il y a une véritable volonté politique d\u2019arriver à quelque chose de concret et de cohérent dans ce secteur.Cependant, il est à craindre, dans le contexte actuel, que les résultats ne soient tout au plus que partiels pour la bonne raison que la compétence exercée par le gouvernement québécois en la matière est partagée dans les faits avec son homologue fédéral.En d\u2019autres mots, même si le Québec a juridiction en la matière, comment pourra-t-il élaborer une politique des loisirs cohérente quand le gouvernement fédéral intervient régulièrement et avec force dans ce secteur et manifeste ainsi son intention d\u2019y jouer un rôle important?Cette question constitue le point de départ de cet article qui, après avoir démontré que les loisirs sont de responsabilité provinciale, fait état des nombreuses interventions du gouvernement fédéral, interventions à peine justifiées dans certains cas et très 1-Direction des Affaires culturelles et éducatives, Relations fédérales provinciales, Série de textes et de tableaux sur les principaux dossiers dans le domaine des loisirs, de la culture, du tourisme, M.A.I., Québec, avril 1976 & mars 1977.par Louis Jolin souvent injustifiables sur le plan constitutionnel.Enfin l\u2019article passe en revue les attitudes passées et présentes du Québec face aux ingérences fédérales et suggère quelques lignes de conduite pour l\u2019avenir.Les loisirs sont de responsabilité provinciale Il peut être utile de rappeler ici les arguments à l\u2019appui de cette affirmation tels que soutenus au Ministère des Affaires intergouvemementales du Québec (MAIQ), tels que repris à la Conférence des ministres provinciaux des loisirs à Edmonton en 1974 et tels qu\u2019élaborés dans certains articles de doctrine suite à une lecture attentive de la réalité et de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique.Au MAIQ, on est formel.Même si les domaines de la Jeunesse, des loisirs, des sports, ou encore ceux de la culture ou du tourisme ne font l\u2019objet d\u2019aucune attribution expresse de compétence dans la loi constitutionnelle de 1867, il est clair que le Québec a la responsabilité de ces domaines en raison de leurs liens avec l\u2019éducation, la santé et d\u2019autres champs de responsabilité provinciale comme l\u2019aménagement du territoire, la navigation de plaisance (depuis l\u2019entente de 1922), la pêche sportive ou les matières de nature locale.(1) Les ministres provinciaux des loisirs, à la Conférence d\u2019Edmonton de 1974, ont été unanimes à appuyer la position du Québec et à reconnaître que les activités de loisirs doivent viser à favoriser le développement de l\u2019individu ou de la collectivité, à améliorer la qualité de la vie, à permettre un meilleur fonctionnement de la société et qu\u2019à cet égard le loisir constitue un secteur d\u2019intérêt public au même titre que l\u2019éducation et la santé.Une résolution adoptée à cet effet confirme qu\u2019une telle reconnaissance souligne la responsabilité des provinces 331 en matière de loisir au plan constitutionnel.(2) Et de nouveau, lors de la conférence de Winnipeg, le 1er juin dernier, les dix ministres provinciaux des loisirs adoptaient une position similaire.Quelques articles de doctrine juridique corroborent ces affirmations des ministres provinciaux des loisirs et des fonctionnaire du MAIQ.Dominique Alhéritière, dans un article paru dans les Cahiers du Droit en 1973, soutient que \u201cla création du loisir et la détermination du loisir défini comme temps libre, hors travail, dépendent en principe du législateur provincial avec de nombreuses exceptions au profit du fédéral\u201d.et \u201cque tout ce qui touche l\u2019amélioration de ce temps libre est du ressort des provinces: éducation, politique de santé.\u201d Par rapport aux équipements et aux activités de loisirs, Alhéritière précise: \u201cLes provinces ont par contre une autorité indiscutable sur les institutions municipales, sur les matières locales, sur l\u2019éducation, qui leur assure une compétence a priori en matière, par exemple, d\u2019aménagement urbain, de création de parcs, même s\u2019il faut répéter l\u2019importance des exceptions au profit du fédéral.\u201d Plus loin, l\u2019au- 2-\tLes Relations intergouvemementales dans le domaine des sports et loisirs, note présentée par le Québec, Première Conférence des ministres provinciaux de loisirs, Edmonton, 28-29 mai 1974, 13 p.Compte rendu de la Première Conférence des ministres provinciaux de loisirs, Edmonton, 1974 (résolutions).3-\tAlhéritière, Dominique, La réglementation du loisir, des activités de plein air et des sports au Canada: aspects constitutionnels, Cahiers du Droit, vol.14, no 1, Université Laval, Québec, 1973, p.48, 61,66.4-\tMackay, Pierre, Le sport organisé, ses composantes et son régime juridique au Canada, Université de Montréal, Montréal, 1972, p.144-167 (mémoire de maîtrise) 5-\tCet examen s\u2019est réalisé grâce aux documents suivants: - Burton, Thomas & Kyllo, Leo, Federal and Provincial Responsibilities for Leisure Services in Alberta and Ontario, 1974; vol.1 Analysis and Commentary, 182 p.; vol.2 The Government of Canada, 165 p.-Conseil canadien de l\u2019aménagement rural, Programmes fédéraux visant les loisirs et le tourisme dans les régions rurales, 1975, 71 p.-Direction de l\u2019industrie touristique, Programmes du gouvernement fédéral ayant trait au développement touristique, Ministère de l\u2019Industrie et du Commerce, Ottawa, octobre 1973, 83 p.332 teur rappelle: \u201cLes compétences fédérales apparaissent comme exceptionnelles (nous y reviendrons au cours de l\u2019article) par rapport aux compétences provinciales qui, du fait que les loisirs peuvent sans aucun doute être considérés comme matière de nature locale, sont générales et fort étendues\u201d.(3) Enfin Pierre Mackay, dans une thèse de maîtrise sur le sport organisé(4), affirme que dans la perspective d\u2019une législation d\u2019ensemble portant sur le sport, il faut rattacher les principaux aspects du sport aux compétences législatives.Pour Mackay, les aspects principaux du sport sont l\u2019éducation, la santé et le travail (pour le sport professionnel) et ils appellent la mise en oeuvre des compétences exclusives des provinces.Les \u201cingérences\u201d du fédéral sont de plus en plus nombreuses L\u2019examen détaillé des interventions de plus de 60 ministères, sociétés de la couronne, organismes para-publics, agences du gouvernement fédéral, de leurs programmes et services (5) ayant un rapport avec les loisirs, nous oblige à constater que la présence fédérale dans ce domaine se manifeste à travers un ensemble toujours plus diversifié d\u2019activités et avec des ressources sans cesse croissantes.D\u2019abord le fédéral est intervenu par quelques lois qui déterminent plus ou moins directement les moments, la durée et la qualité du temps libre: loi établissant les jours fériés, loi sur le dimanche, loi sur les relations de travail dans la fonction publique, loi restreignant l\u2019usage du tabac, etc.Il s\u2019agit de quelques \u201cexceptions au profit du fédéral,\u201d pour reprendre l\u2019expression d\u2019AIhéritière! En ce qui a trait aux équipements et activités de loisirs, le gouvernement fédéral est intervenu aussi par quelques lois touchant directement la question: loi sur le Conseil des Arts du Canada, loi des parcs nationaux, loi sur la santé et le sport amateur.Aussi importantes soient-elles, les interventions législatives du gouvernement fédéral ne constituent pas cependant l\u2019essentiel de son implication dans le secteur des loisirs.Car ces lois n\u2019ont pas tant pour effet de réglementer globablement le loisir et l\u2019exercice des diverses activités que d\u2019appuyer des actions d\u2019encouragement et de développement.En fait, l\u2019intervention la plus massive dans les loisirs se fait non par voie de législation directe (bien que le loisir apparaisse souvent dans les effets, par- fois dans les buts des lois, rarement comme objet), mais par voie de subventions directes ou conditionnelles aux organimes, par le biais du financement d\u2019équipements ou d\u2019activités particulières, par voie de conséquences à l\u2019exercice de certaines fonctions de planification, de recherche, de coordination dans les divers secteurs de la vie publique.Cette façon de procéder est le fait, bien sûr, d\u2019organismes tels que le Secrétariat d\u2019Etat ou le Ministère de la Santé et du Bien-Etre social, mais également à un niveau moindre, du Ministère de l\u2019Expansion économique régionale (les projets de loisirs peuvent être un apport à la viabilité de l\u2019économie régionale) ou même du Ministère de l\u2019Agriculture (octrois aux musées d\u2019agriculture, études sur les formes nouvelles de développement comme les fermes agrotouristiques, dans un contexte de vacances à la ferme.).De plus, les interventions du gouvernement fédéral se retrouvent à peu près également dans les diverses catégories d\u2019activités de loisirs:\ttourisme-voya- ges, activités sociales, arts et culture, sports et activités physiques, plein air.Mais quels sont les fondements constitutionnels de ces interventions?Peut-on vraiment parler d\u2019ingérence du gouvernement fédéral?Des fondements constitutionnels très fragiles Il faut faire des distinctions! L\u2019évolution rapide de la technologie et de l\u2019ensemble de la société contemporaine donne aux loisirs une importance grandissante, à tel point que le domaine des loisirs imprègne à peu près tous les secteurs d\u2019activités.Dans cette situation, plusieurs interventions du gouvernement fédéral peuvent se justifier dans le sens d\u2019une extension ou d\u2019une répercussion de l\u2019exercice d\u2019une compétence constitutionnelle qui lui est formellement reconnue.Ainsi, les compétences fédérales, pour ouvrir une voie de chemin de fer interprovinciale ou celles qui touchent la navigation entre deux provinces ou entre une province et un pays, permettent au gouvernement fédéral d\u2019irrfluencer largement le tourisme.A moins de chambarder de fond en comble tout le partage des pouvoirs, il est difficile dans ce genre d\u2019exemples de ne pas reconnaître un fondement à l\u2019intervention du gouvernement fédéral en matière de loisirs.Mais là encore, on doit distinguer, d\u2019une part, la simple répercussion, la simple conséquence d'une compétence reconnue, et d'autre part, l\u2019extension abusive.Les pouvoirs du fédéral sur les échanges et le commerce (art.91 RELATIONS (2) de l\u2019AANB) justifient-ils son implication dans la promotion, l\u2019encouragement et la création cinématographiques, même au point de nuire au développement d\u2019une politique québécoise du cinéma cohérente?De plus, de nombreuses interventions du gouvernement fédéral dans le domaine des loisirs prennent appui sur des compétences que ne lui reconnaissent pas le Québec et plusieurs provinces: il suffit de mentionner les affaires urbaines, l\u2019habitation, l\u2019administration de la justice, les affaires sociales, les richesses naturelles, l\u2019aménagement du territoire.toutes matières de responsabilité provinciale, ce qui n\u2019empêche pas le gouvernement fédéral d\u2019y jouer un rôle important et de justifier, par la suite, son ingérence dans le domaine des loisirs par des interventions elles-mêmes contestées et contestables.Mais, ce qui est le plus grave et le plus condamnable, c\u2019est l\u2019intervention du fédéral, non plus fondée sur des compétences reconnues ou conquises, mais en fonction de son seul pouvoir général de dépenser, ou par une référence fréquente à la clause 91 (29) de l\u2019AANB qui a trait au pouvoir résiduaire, ou par le pouvoir déclaratoire de l\u2019article 92 (10c) de l\u2019AANB.Et pourtant ces pouvoirs ne devraient être utilisés qu\u2019avec beaucoup de circonspection et de prudence.Jusqu\u2019en 1965, l\u2019intervention fédérale en matière de loisirs était très sectorisée.Mais depuis l'accord fédéral-provincial A.R.D.A., la situation a changé.Il est vrai que, dans le cas d\u2019A.R.D.A.et des ententes spéciales, les provinces conservent l\u2019initiative, mais, selon Alhéritière, \u201cles aides du Fédéral peuvent influencer la politique provinciale, les provinces étant tentées de porter leurs efforts sur les régions qui peuvent profiter des aides selon la loi fédérale plutôt que sur les régions dont le développement récréatif correspondrait mieux aux besoins de la province, mais qui, ne répondant pas aux conditions de la loi fédérale, ne pourraient profiter de subventions^)\u201d.Le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral sert aussi de fondement aux actions du Secrétariat d\u2019Etat, du Conseil des Arts du Canada, de la Société de développement de l\u2019Industrie 6-\tAlhéritière, Dominique, op.cit.p.56.7-\tMackay, Pierre, op.cit.8-\tMinistre d\u2019Etat lona Campagnola, Document de travail \u201cPour une politique nationale sur le sport amateur\", Ministère de la Santé et du Bien-Etre social, Ottawa, 1977, p.1 à 30.DECEMBRE 1977 cinématographique canadienne, du Ministère de la Santé nationale et du Bien-Etre social en fonction de la Loi sur la Santé et le Sport amateur (Sports Canada et Loisirs Canada) etc.Et dans ces cas, très souvent de façon unilatérale et sans véritable consultation avec les provinces.Pourtant, l\u2019utilisation intensive du pouvoir de dépenser ne prouve-t-elle pas que le fédéral a conscience des limites de ses compétences législatives en matière d\u2019organisation des loisirs?Ne forme-t-elle pas une reconnaissance implicite des compétences provinciales dans ce domaine?Le fédéral invoque aussi pour justifier quelques-unes de ses actions le pouvoir résiduaire en vertu de l\u2019article 91 (29) de l\u2019AANB qui lui accorde une juridiction sur des matières qui ne sont pas mentionnées dans l\u2019énumération de l\u2019article 92 sur les pouvoirs provinciaux.Cependant, une jurisprudence continue affirme qu\u2019il faut faire appel à 91 (29) avec beaucoup de prudence, car avant d\u2019attribuer au fédéral une matière non énumérée à l\u2019article 92, il faut étudier attentivement cette nouvelle matière pour voir si elle ne comporte pas des aspects qui la rattachent plutôt aux compétences législatives provinciales.C\u2019est ce qui fait dire à Pierre Mackay que, même si le sport n'est pas énuméré à l\u2019article 92, les principaux aspects du sport (santé, éducation, travail) rattachent cette matière aux compétences provinciales: 91 (29) ne peut donc s\u2019appliquer! Enfin le fédéral appuie de plus en plus ses interventions sur la théorie des dimensions nationales, en vertu de l\u2019exercice du pouvoir déclaratoire du Parlement fédéral prévu à l\u2019article 92 (10c) de l\u2019AANB.Cet article porte sur \u201cLes ouvrages qui, bien qu\u2019étant situés dans la province, seront avant ou après leur exécution déclarés par le Parlement du Canada être à l\u2019avantage du Canada, ou à l\u2019avantage de plusieurs provinces\u201d.Le fédéral considère alors que le mot \u201couvrage\u201d pourrait bien désigner un parc, un site historique, un musée et qu\u2019en conséquence son intervention est justifiée au niveau des parc \u201cnationaux\u201d, des lieux et sites touristiques \u201cnationaux\u201d.Cependant, cette théorie ne peut être utilisée à tort et à travers, mais uniquement de façon exceptionnelle.Elle est née de 92 (10c) de l\u2019AANB mais aussi de l\u2019article 91, paragraphe introductif qui parle de \u201cpaix, ordre et bon gouvernement\u201d.Pour que cette théorie soit utilisée, il faut que la nature propre du sujet soit de l\u2019intérêt du \u201cDominion\u201d tout entier, ce qui devrait être assez rare.Et pourtant le gouvernement fédéral utilise de plus en plus largement cette théorie au point que, pour appuyer ses actions, il prétend que les parcs qu'il constitue sont pour le bénéfice du peuple canadien, à l\u2019avantage du Canada et que l\u2019état physique des Canadiens serait une question d\u2019importance nationale.Le Livre vert fédéral sur le sport amateur: encore la théorie des dimensions nationales Le tout récent livre vert du gouvernement fédéral Pour une politique nationale sur le sport amateur est un exemple frappant de cette façon de penser.(8) Il illustre aussi ce que nous formulions comme question: comment le Québec pourra-t-il élaborer une politique des loisirs cohérente, qui inclue le sport, lorsque le gouvernement fédéral intervient avec force dans ce secteur?.surtout quand par son propre livre vert, il ne se contente plus de soutenir financièrement certaines actions, mais qu\u2019il entreprend \u201cd\u2019élaborer des lignes directrices pour l\u2019avenir\u201d.Le livre vert fédéral reconnaît, bien sûr, des compétences aux administrations provinciales et municipales.Il admet l\u2019existence de tensions constitutionnelles \u201cparce que la plupart des programmes de sports et loisirs prennent naissance au niveau local ou bien doivent finalement y être réalisés\u201d.Il souligne encore que \u201cla responsabilité de planifier le financement et l\u2019exploitation de la plupart des installations sportives au Canada est provinciale et municipale plutôt que fédérale\u201d.Mais c\u2019est tout! Au delà de ces affirmations, le gouvernement envisage la réalité autrement, car pour lui, \"le rôle du sport ne peut cependant être dévolu uniquement à la collectivité ou à la région, parce qu\u2019il est manifeste que la promotion du sport et de la forme physique a également des répercussions au niveau national et international\u201d.Et voilà que la théorie des dimensions nationales refait surface: elle fonde en fait toute l\u2019économie du document de travail du gouvernement fédéral.Même si le texte du livre vert soumis à la consultation (lui aussi) parle de collaboration avec les autorités provinciales, il est clair que le gouvernement fédéral entend prendre l\u2019initiative sur plusieurs plans, ce qui se traduit par une série de mesures proposées: une Société nationale de promotion et d\u2019information sur le sport, des contributions aux universités pour augmenter le nombre de compétions domestiques 333 et nord-américaines et pour payer le salaire des entraîneurs, un programme d\u2019aide aux clubs sportifs (locaux).Dans quelle mesure, ces propositions seront-elles en accord avec les intentions du gouvernement du Québec en la matière?N\u2019y a-t-il pas danger de duplication de structures, de chantage ou de contradiction flagrante au plan des subventions aux clubs sportifs locaux, de conflit de valeurs entre ce qui est proposé par le fédéral et le gouvernement du Québec?Le document fédéral peut faire obstacle à toute politique québécoise cohérente en la matière, le passé préfigurant l'avenir: les conflits entre Game Plan (le Plan des Jeux, comme le dit si bien la traduction du livre vert fédéral) et l\u2019Institut québécois des Sports, les tensions entre athlètes québécois et responsables des équipes nationales, etc.Le livre vert du gouvernement fédéral sur le sport amateur ne sera pas, semble-t-il, le dernier.En effet, le ministre y annonce son intention de faire \u201crédiger dans un proche avenir, par le personnel de Loisirs Canada, un texte analogue sur la santé et les loisirs.Ce document se proposera de susciter des discussions semblables sur les normes et les objectifs nationaux dans les domaines de la forme physique et des loisirs au niveau de la participation de masse\u201d.Tout commentaire supplémentaire serait superflu! Les réactions du Québec Devant les interventions régulières et accentuées du fédéral dans le secteur des loisirs, quelle a été la réaction du Québec?Peut-on envisager un changement de stratégie sur la question?Les ingérences les plus criantes et les plus agressives du gouvernement fédéral ont provoqué des réactions de la part du gouvernement du Québec.Une étude du contentieux Québec-Ottawa touchant les loisirs révèle un certain nombre de sujets sur lesquels le Québec a dû réagir: les programmes Perspectives-jeunesse et Initiatives locales qui avaient des rapports étroits avec les loisirs, le réseau d\u2019auberges de jeunesse subventionné par le Secrétariat d\u2019Etat, Game Plan, les biens culturels, les parc nationaux.Mais la réaction du Québec, tout en s\u2019appuyant sur l\u2019affirmation de la responsabilité provinciale dans le domaine des loisirs, ne s\u2019est pas toujours exprimée par une fin de non recevoir, et n\u2019a pas, dans la majorité des cas, provoqué de crise générale.Au contraire, 9-Alhéritière, Dominique, op.cit., p.72 334 le Québec a tenté plutôt de composer de diverses façons avec les ingérences du fédéral, car le Québec est enfermé dans un dilemme chaque fois qu'il veut contester le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral.Dominique Alhéritière résume bien ce dilemme en écrivant: \u201cpolitiquement les autorités locales ne sont pas libres de refuser la manne fédérale ou d\u2019y mettre des conditions.et en l\u2019acceptant elles permettent au fédéral de s\u2019ingérer dans des questions qui pourtant relèvent de la compétence exclusive des provinces(9)\u201d.Le Québec a donc souvent choisi de composer avec la réalité, ce qui n\u2019a pas toujours été heureux: si le Québec a pu obtenir un droit de regard sur l\u2019application de quelques programmes, il n\u2019a souvent récolté que l\u2019odieux d\u2019avoir à supporter le blâme d\u2019un refus, si d\u2019aventure il s\u2019opposait à certains projets.Néanmoins, les attitudes du gouvernement du Québec, pas toujours très rigoureuses, parfois contradictoires et incohérentes, tenaient compte des situations, de l\u2019ampleur des interventions fédérales et de leurs conséquences pour le Québec, et elles visaient la plupart du temps à ce que les orientations du Québec dans les secteurs de sa compétence se soient pas trop compromises.Ces attitudes ont oscillé d\u2019un pôle à l\u2019autre de l'échelle: soit un refus, une opposition systématique aux programmes de multiculturalisme du fédéral, au répertoire canadien des biens culturels, à l\u2019approche \u201cde propriétaire\u201d du fédéral dans le dossier des parcs, soit tenter d\u2019obtenir l\u2019argent du fédéral sans aucune condition, dans le cas de la participation du Québec au réseau canadien des musées, soit s\u2019assurer de l\u2019administration de la partie québécoise d\u2019un programme pancanadien (ex.l\u2019ancien programme Jeunes Voyageurs ou celui des Jeux du Canada).Dans d'autres situations, le Québec a essayé d\u2019obtenir d\u2019être consulté et de faire respecter ses priorités (ce fut le cas dans les programmes Perspectives-jeunesse et Initiatives locales comme maintenant dans Jeunesse Canada au Travail et Canada au Travail.), parfois il n\u2019a pu s\u2019assurer que d\u2019une certaine coordination, voire d\u2019un échange d\u2019informations (les subventions aux arts et aux lettres, les subventions au sport amateur, le réseau d\u2019auberges de jeunesse).Enfin, le Québec a participé directement à la mise en oeuvre de plans conjoints, d\u2019ententes spéciales avec le fédéral, qui avaient des incidences culturelles et touristiques (A.R.D.A., zones spéciales, etc.).Un changement de ton nécessaire Ces attitudes sont toujours celles du Québec.Le changement de gouvernement en novembre 1976, la publication par le gouvernement du Québec du Livre vert sur le Loisir, les perspectives du référendum ne devraient-ils pas être l\u2019occasion d'amorcer une nouvelle stratégie?L\u2019ensemble de la situation est propice, dans le secteur des loisirs comme dans les autres; il faut élever le ton devant les ingérences du gouvernement fédéral: plus de rigueur et d\u2019agressivité.De toute façon, si le Québec veut vraiment se donner une politique des loisirs, il n\u2019a pas le choix.Il lui faut non seulement contrer les interventions du gouvernement fédéral, mais aussi l\u2019amener à battre en retraite.Le dossier des loisirs doit être aussi chaud que l\u2019a été celui des communications.Les principales recommandations pourraient être les suivantes: o Que le Québec s\u2019oppose avec la plus vive énergie à la création par le fédéral d'un Ministère des Loisirs responsable, entre autres choses, de l\u2019élaboration d\u2019une politique d'ensemble, d'une coordination et d\u2019une planification des divers services et programmes (le fédéral ne l\u2019a pas encore annoncé, mais plusieurs indices démontrent sa volonté d\u2019accentuer les mécanismes de coordination et de planification).\u2022\tQue le Québec force la sectorisation et la marginalisation des interventions fédérales dans le domaine des loisirs, qu'il ramène, en somme, le fédéral à ses positions d\u2019avant 1965, avant l\u2019exercice abusif du pouvoir de dépenser.Dans ce but, il est nécessaire que le Québec ait des mécanismes de coordination efficaces (Ministère des Loisirs, comité interministériel, etc.) pour voir venir le gouvernement fédéral.Des représentants du Ministère québécois des loisirs devront être présents lors de toute rencontre fédérale-provinciale (finances, affaires urbaines, industrie et commerce) susceptible d\u2019aborder les loisirs de façon incidente.\u2022\tQue le Québec continue à réclamer une juridiction exclusive en matière de loisirs et les transferts budgétaires nécessaires pour couvrir les champs de sa juridiction \u201cenvahis\u201d par le fédérai.Cependant, comme la dimension \u201cloisir\" se retrouve dans plusieurs secteurs de l\u2019activité humaine et qu\u2019elle ne pourra être com- RELATIONS Le Congrès de Strasbourg Symbolisme religieux, séculier et classes sociales pletement rapatriée, cette proposition pourrait être reformulée comme suit: que toute l\u2019orientation en matière de loisirs, que toute la politique de développement, que tous les investissements spécifiques d\u2019équipements et d\u2019aménagement, que toutes les subventions aux organismes de loisirs, que tous les programmes et services qui ne sont pas la simple conséquence de l\u2019exercice d\u2019une autre compétence fédérale tombent sour la juridiction du Québec et que les fonds fédéraux actuellement consacrés aux activités et équipements de loisirs soient acheminés vers le ou les ministères concernés au Québec.\u2022\tComme les ministres provinciaux de loisirs semblent favorables à cette position, que le Québec pousse les autres provinces à se prononcer sur les moyens à prendre pour que les rapatriements de compétence et de fonds se réalisent vraiment.\u2022\tEnfin, tout en poursuivant l\u2019objectif, que le Québec continue de composer avec la réalité mais de façon plus rigoureuse et plus exigante que ces dernières années: en s'assurant que dans tous les cas, les priorités du Québec soient respectées, qu'elles soient annoncées d\u2019avance; en s\u2019assurant que la mise en oeuvre d\u2019un programme fédéral sur le territoire du Québec tombe sous sa juridiction; en s\u2019opposant à toute cession de territoire au profit du fédéral; en réagissant fortement à toute forme de chantage de la part du fédéral (ex.le dossier du Parc Saguenay);en tentant de reprendre le dossier de la représentation internationale.Le Québec devra-t-il refuser seul de participer à des plans conjoints?Faut-il boycotter les argents du fédéral?Tout dépendra de l\u2019évolution de la situation surtout que les sommes d\u2019argent servent aussi d\u2019autres fins (ex.Canada au Travail par rapport au chômage).Sans attendre le \u201coui\u201d majoritaire au référendum, ces quelques propositions pourraient guider l'action du gouvernement du Québec, car elles sont les conditions essentielles à toute politique cohérente de la part du Québec dans le domaine des loisirs.Faute de quoi, l\u2019effort risque de ne produire que des résultats partiels, bien en deçà de l\u2019espoir que suscite l'ample consultation amorcée par le Livre vert sur le Loisir.Une lutte pour reconquérir immédiatement la pleine juridiction en la matière doit faire partie des priorités du gouvernement québécois: le loisir fait partie intégrante de toute politique d'éducation et de culture.Du 28 août au 1er septembre, la Conférence internationale de sociologie religieuse (CISR) a tenu sa 14e conférence à Strasbourg (1 ).Cette association de caractère scientifique regroupe des personnes spécialisées en sociologie et dans les sciences connexes en vue de faire progresser l\u2019analyse, l\u2019interprétation et l\u2019élaboration de théories sur les phénomènes religieux ou reliés à la religion.Elle se réunit à tous les deux ans.En tant qu\u2019organi-sation internationale, elle est ouverte à toutes les tendances religieuses et à toutes les écoles sociologiques.A Strasbourg, la CISR a regroupé 325 spécialistes venant de 35 pays différents \u2014 dont 13 du Canada \u2014 autour du thème \u201cSymbolisme religieux, séculier et classes sociales\u201d (2).Symbole, société, religion A partir de points de vue différents, les communications soulignent toutes le caractère social des symboles.Ceux-ci sont perçus comme des ensembles incluant un signifiant, un signifié et la relation entre les deux termes, le symbole se distinguant du signe, selon certains, par le caractère naturel de cette relation par opposition au caractère arbitraire de la même relation dans le second.D\u2019une part, les symboles sont des * Jésuite, Directeur du Centre de Recherche en Sociologie religieuse de l\u2019Université Laval.1)On peut se procurer les Actes de cette 14e Conférence, un volume de 437 pages, au coût de 120 francs français, en s\u2019adressant au Secrétariat de la CISR, 39, rue de la Monnaie, 59042 Lille, France.par Jean-Paul Rouleau* produits de la culture en ce sens que pour être valides, ils ont besoin non seulement d\u2019être identifiés mais aussi d\u2019être légitimés par elle: de ce fait, ils comportent une part de relatif, d\u2019arbitraire.Par ailleurs, les symboles ne sont pas seulement représentatifs de l\u2019action sociale, ils en sont aussi des constituants.Ils sont actifs dans l\u2019interaction sociale par les systèmes, les structures qu\u2019ils constituent et par les lois qui les régissent.De cette manière, ils infléchissent la réalité sociale ou peuvent être utilisés à cette fin: ce qui autorise un des auteurs à attribuer au symbole \u201cun véritable rôle d'opérateur social\u201d dans l\u2019action.Enfin, toutes ces caractéristiques ou propriétés des symboles et des systèmes symboliques n\u2019apparaissent pas toujours à la conscience claire des individus ou des groupes qui les construisent ou les utilisent.Souvent, ce qui retient d\u2019abord l\u2019attention, ce sont le vécu, le pratique, l\u2019objet portant lui-même une valeur qui lui assure une efficacité directe.N\u2019est-ce pas alors le rôle des sociologues et des autres spécialistes des sciences humaines d\u2019expliciter ces réalités sociales?Les deux premières communications de cette section, \u201cLa dimension sociale du symbole\u201d et \u201cLa structure symbolique de l\u2019action\u201d, développaient très bien les aspects que nous venons de résumer.Il est dommage cependant qu\u2019en plus des disciplines déjà représentées dans cette section (sociologie, philosophie, histoire, anthropologie), la réflexion n\u2019ait pu recevoir l\u2019apport de la linguistique et de la psychanalyse, deux sciences humaines qui, au cours des dernières années, firent certainement progresser plus que toute autre la connaissance du symbole et des systèmes sym- DECEMBRE 1977 335 boliques.Ainsi enrichie, la notion de symbole élaborée à l\u2019aide des travaux de cette section aurait sans doute permis à cet ensemble de jouer un rôle plus structurant des échanges qui ont suivi jusqu\u2019à la fin de la conférence, comme c\u2019était l\u2019intention des proposeurs du thème et des responsables du programme.Expliciter les symboles, les ensembles qu\u2019ils constituent et leur fonctionnement, c\u2019est à cette tâche que se sont adonnés consciencieusement les auteurs des communications regroupées dans les trois autres sections de la conférence.Ici l\u2019observateur est en présence d\u2019objets d\u2019étude très variés.La gamme s'étend des symboles liturgiques et prédi-cationnels de religions organisées de pays occidentaux aux rites funéraires et aux cérémonies du souvenir chez les Japonais de l\u2019île d\u2019Okinawa, en passant par l\u2019engagement dans la religion et les Eglises en Yougoslavie, le calvinisme et le luthéranisme devant l\u2019\u201cAmerican civil religion\u201d, le symbolisme de l\u2019astrologie et celui de la musique \u201crock\u201d.Cette hétérogénéité s\u2019accentue si l\u2019on croise ces objets d\u2019étude avec les appareils conceptuels, les théories et les méthodes employés pour les analyser.De ce point de vue, on discerne trois types de travaux: ceux qui sont plus strictement sociologiques, descriptifs et/ou interprétatifs, ceux de caractère plus psychanalytique et qui recherchent les logiques implicites au moyen des méthodes de l\u2019analyse structurale, enfin, ceux qui essaient de caractériser la dynamique du symbole en relation avec la dynamique sociale.Après le fonctionnement social, voire politique, du symbole, dont nous venons de parler plus haut, le problème du changement ou de la transformation symbolique est assurément celui qui a retenu l\u2019attention du plus grand nombre d\u2019auteurs à la conférence.Ceux-ci s\u2019entendent pour affirmer que la destruction symbolique s\u2019enracine dans une distanciation de ces systèmes par rapport aux systèmes socio-culturels.Evidemment, les voies de solution utilisées, cons- 2) Il convient de signaler la contribution importante des membres du Centre de recherches en sociologie religieuse (CRSR) de l\u2019Université Laval à ces assises.On relève au programme trois communications de chercheurs de ce Centre publiées dans les Actes.Celles-ci avaient respectivement pour titre: Symbolique, religion et ordre social.L\u2019articulation de l\u2019axe du pouvoir dans certaines homélies dominicales.Situation de la sociologie des religions au Québec.Un professeur de l\u2019Institut de catéchèse 336 ciemment ou non, par les agents sociaux ou les groupes confrontés avec ce problème sont multiples.Parmi celles évoquées au cours de la conférence, mentionnons le \u201cbricolage\u201d des significations, réinterprétant l\u2019ordre symbolique ancien en termes d\u2019expérience sociale contemporaine, dans le cas de la religion, l\u2019attribution d'un sens religieux à des réalités sociales séculières, la recherche de refuges contre la société globale, etc.L\u2019instabilité où se trouvent actuellement les systèmes symboliques nous suggère que la division des sections deux et trois du programme entre symbolisme religieux et symbolisme séculier n\u2019était peut-être pas la plus appropriée pour apporter de la cohérence dans les débats sur un sujet déjà vaste, complexe et difficile à saisir.Le lieu de production n\u2019est assurément pas le seul critère de qualification d\u2019un symbole par rapport au religieux ou au séculier.Le religieux déborde aujourd\u2019hui l\u2019organisation confessionnelle et se diffuse dans l\u2019ensemble de la société.Il est donc difficile de définir ce qu\u2019est un symbole religieux.Il nous semble qu\u2019une subdivision du thème à partir des différents types d\u2019abordage: sociologie, psychanalyse et analyse structurale, dynamique culturelle et sociale, etc., aurait contribué à structurer davantage les débats et à réduire l\u2019impression de dispersion qu\u2019ont pu éprouver certains participants, surtout devant l\u2019hétérogénéité des communications des trois derniers jours de la conférence.La sociologie des religions au Québec En plus des communications sur le thème, la conférence comportait trois séances plénières sur la situation de la sociologie des religions dans différents pays, auxquelles correspondaient autant de communications publiées au complet dans les Actes.Il s\u2019agissait là d\u2019une nouveauté par rapport aux autres conférences.Nous estimons qu\u2019il faut répéter de la même université, en même temps membre associé du CRSR, soumit un travail intitulé \u201cSymbolique hauteur-profondeur et structure de la religion\u201d.Enfin deux membres du CRSR en collaboration avec deux collègues de l\u2019Université de Louvain exposèrent les résultats d\u2019une recherche interuniversitaire poursuivie conjointement à Québec et à Louvain.Cette présentation avait pour titre \u201cDimension symbolique et méthodes d\u2019analyse structurale, Proposition d\u2019une méthode et son application à un texte d\u2019actualité religieuse\u201d.cette initiative mais qu\u2019elle a besoin d\u2019être repensée.A Strasbourg, ce bloc de communications comportait un exposé sur la situation de la sociologie des religions au Québec.L\u2019échange entre le rapporteur, les participants et l\u2019auteur permit de constater que, dans ce pays, le recours à la sociologie pour l\u2019étude du phénomène religieux avait suivi le même type d\u2019évolution que celle de la plupart des pays d\u2019Europe occidentale.D\u2019une sociologie pastorale orientée par les besoins concrets des Eglises, on est peu à peu passé à des études plus libres, où le chercheur demeurait maître de ses problématiques, même si ces recherches visaient encore à adapter l\u2019organisation religieuse à l\u2019évolution de la société globale, surtout après le Concile Vatican II.Aujourd\u2019hui, les principaux objets d\u2019étude des sociologues québécois des religions sont: les pratiques signifiantes, par exemple, la liturgie, la prédication, la catéchèse, abordées soit à l'aide des méthodes sociologiques, soit par le moyen de l\u2019analyse structurale, de la sémiologie et de la linguistique, les religions populaires, les nouveaux phénomènes religieux comme la vogue des sectes et des religions orientales en Occident, le parareligieux ou le pseudoreligieux, enfin, les relations entre \u201creligion et société\u201d, en particulier les effets socio-politiques des discours et de l\u2019agir religieux.A ces objets \u201cplus appliqués\u201d s\u2019ajoute un plus grand intérêt actif pour les questions fondamentales et théoriques, par exemple: quelle est la nature du religieux, comment poser l'objet religieux comme objet scientifique, etc., de manière à mettre à jour les relations logiques induites des phénomènes étudiés et ainsi, mieux situer la portée des travaux empiriques.Au terme de son exposé, l\u2019auteur de cette communication sur la situation de la sociologie des religions au Québec suggère quelques voies d'avenir à la recherche dans cette région: premièrement, nécessité d'acquérir une vue d\u2019ensemble des travaux effectués depuis les vingt dernières années pour en dégager les lignes de force, tant sur le phénomène religieux lui-même que sur la discipline qui les étudie, et ainsi mieux saisir les grandes coordonnées concrètes du changement et mieux planifier la recherche future; deuxièmement, démarrage ou accroissement de la réflexion théorique sur les phénomènes étudiés pour en dégager les constantes, les lois, les logiques et ainsi apporter une contribution à la réflexion internationale sur le changement religieux et le changement social comme tels; enfin, efforts pour multiplier les contacts, les échanges, les RELATIONS projets communs avec les sociologues des religions d\u2019autres cultures, en particulier les sociologues anglo-saxons, afin d'intégrer les raffinements mathématiques et méthodologiques de la sociologie anglo-saxonne nord-américaine des religions et les perspectives théoriques nombreuses, amples et variées de la même discipline telle que pratiquée en Europe.Orientations à suivre.D\u2019abord presque exclusivement catholique et regroupant un nombre restreint d\u2019agents et de sociologues de la pastorale d\u2019Europe occidentale et des Amériques, la Conférence internationale de sociologie religieuse s\u2019est peu à peu ouverte à toutes les manifestations du phénomène religieux et aux sociologues des religions comme aux spécialistes des sciences connexes.L\u2019inscription à Strasbourg a marqué un sommet.L'ouverture aux pays de l\u2019Est, amorcée il y a quelques années, est maintenant un fait acquis.Il en va de même de la participation de la plupart des pays Scandinaves.Déjà présent à Lloret de Mar, le Japon comptait cette fois treize représentants; entre la conférence qui vient de s\u2019achever et la prochaine, ceux-ci envisagent d'organiser, dans leur pays, une \u201cmini-CISR\u201d, en collaboration avec l\u2019organisation des conférences internationales.Enfin, à en juger par le nombre des interventions, la présence africaine s\u2019affirme de plus en plus.Il convient de poursuivre cette expansion géographique, notamment pour rejoindre de larges dimensions non encore atteintes du phénomène religieux vécu en Asie, ailleurs qu\u2019au Japon, et dans l\u2019Islam.Soulignons enfin la qualité des travaux présentés aux dernières conférences de la CISR: leur intérêt vient sans doute de ce qu\u2019on nous livre les résultats de recherches libres, par opposition aux recherches orientées où, pour répondre aux exigences d\u2019un tiers, le sociologue n\u2019est pas maître, en tout ou en partie, de ses problématiques.Par le nombre raisonnable de leurs participants, comme par leurs programmes, les conférences de la CISR nous paraissent des lieux particulièrement féconds de contacts et d\u2019échanges entre spécialistes du phénomène religieux et de solides tribunes de lancement pour de jeunes chercheurs qui envisagent de consacrer leur carrière à ce champ du savoir.Message aux religieux des deux Amérigues par Pedro Arrupe Quel est le meilleur service que les religieux peuvent rendre aujourd'hui à l'humanité et à l'Eglise?L'accent est sur \"aujourd'hui\", parce que c'est sur le moment présent que se construit l'avenir.Le monde change, le service concret que l'on attend de nous doit également changer.Et le service que peut rendre chaque Institut religieux d'hommes et de femmes est différent, comme le sont les charismes à l'origine de chaque fondation.Ce service varie et doit évoluer s'il veut conserver son efficacité dans un monde changeant./-\\ C'EST UN APPEL A LA \"FRUGALITE\" QUE LE SUPERIEUR GENERAL DE LA COMPAGNIE DEJESUS ADRESSAIT AU TROISIEME CONGRES RELIGIEUX INTERAMERICAIN DE MONTREAL, le 21 NOVEMBRE DERNIER.Voici quelques passages de la conférence du Père Arrupe.______________________________J Ce qui est nouveau dans l'Evangile, c'est sa loi fondamentale: Tu aimeras ton prochain comme toi-même parce que c'est seulement en cet unique commandement que la loi trouve son achèvement.Cette nouveauté de l'Evangile présente un programme de vie pour tout chrétien.Le changement qualitatif par lequel on devient religieux, c'est la radicalité dans cet amour et dans ce service, sanctionnée par la profession d'une vie donnée publiquement à Dieu et à l'Eglise.En d'autres mots, la vocation de celui qui a été choisi par le Christ (\"Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis\", est \"non seulement d'annoncer le Christ ou de le prêcher, mais d'instaurer un régime évangélique où règne l'amour universel inspiré de l'amour que le Christ nous a porté et dont nous sommes conscients qu'il nous est donné gratuitement.Donné par un Autre qui nous a aimés jusqu'à vouloir nous communiquer son propre amour en mourant et en ressuscitant pour nous et en se faisant notre aliment dans l'Eucharistie.Ainsi parvient-on à la maturité chrétienne\".Caractéristique du monde contemporain Nous connaissons tous les étonnantes conquêtes de la civilisation moderne:\tmatérielles, scientifiques, technologiques et qui concernent aussi bien le domaine de la religion, de la culture et de l'éthique.En même temps, deux spectres menacent notre monde: la pauvreté et la guerre.Ils sont d'ailleurs liés entre eux.On ne peut en effet écarter le danger de guerre si on n'a pas banni la faim, la malnutrition, l'ignorance causées pour une bonne part par des situations inacceptables d'injustice et d'oppression.Un nombre important d'hommes et de femmes des pays d'abondance semblent avoir métamorphosé l'\"homo sapiens\" en \"homo consumens\".De- DECEMBRE 1977 337 puis l'enfance, on fait de nous des consommateurs à coup d'une publicité que nous respirons comme l'air.Et une fois fabriqué ce consommateur, il influence à son tour l'économie, en créant et en justifiant des besoins de plus en plus grands: le superflu devient convenable, le convenable se transforme en nécessaire et le nécessaire nous apparaît comme indispensable.La publicité est parfaitement étudiée pour nous amener insensiblement du niveau rationnel et conscient au niveau inconscient, et agir ainsi sur nos décisions, au point que nous pouvons vraiment nous demander s'il nous reste suffisamment de liberté pour modifier nos comportements.On ne se contente pas de faire des consommateurs, on en arrive même à créer toute une \"société de consommation\" avec ses valeurs, ses attitudes et ses lois propres, et une certaine conscience de supériorité de classe.Dans cette société, \"liberté\" veut De ce qui vient d'être dit, il résulte que la frugalité ou l'austérité de vie apparaît absolument nécessaire à la survie matérielle et sociale du genre humain.Même des leaders de partis marxistes-matérialistes le reconnaissent: \"L'austérité n'est pas un simple instrument de politique, valable actuellement pour résoudre des difficultés passagères: c'est le moyen de parvenir à la racine et de pouvoir refaire solidement les fondations d'un système qui traverse une crise de structure et non seulement d'adaptation, un système dont la marche distinctive est le gaspillage, la consommation illimitée.L'austérité apporte un nouveau cadre de valeurs: rigueur, efficacité, sérieux, justice.Une politique d'austérité, de rigueur, de guerre au gaspillage, est une nécessité à laquelle personne ne peut échapper.C'est l'instrument indispensable pour engager le grand combat en vue de la transformation générale tant de la société que des idées sur lesquelles la société est édifiée\".dire usage illimité des biens, des services, de l'argent.\"Développement\" signifie posséder davantage, c'est l'équivalent d'industrialisation, d'urbanisation, d'augmentation du revenu par tête.De façon intuitive, les jeunes se rebellent contre cet état de choses et rejettent la société de consommation.De toutes parts surgissent des groupes de jeunes qui contestent la culture environnante et adoptent un style de vie plus simple.Ils n'acceptent plus les distinctions sociales qu'impose la diversité des services requis par la communauté.Ils mettent en commun tous leurs biens.Ils sont en rupture ouverte avec la société de consommation et avec le capitalisme, ils luttent contre la société industrielle et retournent radicalement la logique de l'abondance, y compris celle de forme collectiviste.Sans nier qu'il y ait conflit entre classes sociales et entre pays, les jeunes perçoivent et dénoncent un abus plus radical et profond: conflit de l'homme avec la nature.Si l'on analyse la société avec des critères et dans des perspectives évangéliques, à combien plus forte raison pourrait-on tenir pareils propos! Tous admettent la nécessité d'une action efficace; cela ne se fera pas sans grands sacrifices.Cependant, quels sont ceux qui sont disposés à faire ces sacrifices?Personne ne fait rien parce que manquent la motivation et la conviction nécessaires pour affronter les sacrifices qu'exigerait cette conversion à la frugalité.Ainsi, de même que pour créer la société de consommation on a commencé par produire et former le \"consommateur\", de même pour créer une société juste et équilibrée qui permette d'envisager la poursuite du monde, il faut commencer par créer l'homme du service, qui se sente frère des autres et solidaire de tous.Au consommateur égocentrique, égoïste, obsédé par l'idée d'avoir plutôt que d'être, esclave des besoins que lui-même se crée, insatisfait et envieux, et dont l'unique règle de conduite est d'accumuler des bénéfices, s'oppose l'homme du service qui n'aspire pas à posséder davantage mais à être meilleur, à développer sa capa- cité de servir les autres en solidarité, et qui sait se contenter du nécessaire.Notre première obligation comme religieux est de devenir des hommes pour le service, se contentant du nécessaire.Urgence d'une solution L'universalité de la déformation aussi bien des esprits que de la société, la profondeur et la complexité de ses implications et la gravité de ses effets, mettent ce problème au premier rang des urgences à affronter; chacun de nous ici présents doit en avoir la conviction profonde.\"Il faut se dépêcher, s'exclamait le Saint-Père, il y a des situations dont l'injustice crie vers le ciel\".\"Les espérances et les joies, les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps, surtout des pauvres et de ceux qui souffrent, sont à la fois les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ\".Ce cri des pauvres rejoint dans le coeur des religieux l'écho du oui inconditionnel donné à l'invitation personnelle du Christ: \"Va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et viens, suis-moi\".Mais notre responsabilité et le besoin de passer à l'action signifient-ils que nous devons gagner les barricades et préparer la révolution?Pas du tout.Même pas une préférence pour telle ou telle forme particulière d'apostolat.Chaque Institut a ses traditions et ses priorités.Cependant, nous sommes tous appelés à une solidarité avec les pauvres, et non seulement de désir, mais de fait.Noys devrons renoncer à tant de choses qui nous paraissent nécessaires! Solidarité, frugalité, pauvreté authentique: il y va de la crédibilité de l'Evangile et de l'Eglise.Le Concile nous le dit: \"Il faut que les religieux soient pauvres de fait et en esprit\".Mais assez discuté.Il faut réfléchir, certes, mais surtout agir.Ai, à ce défi, nous n'apportons pas la réponse radicale de l'Evangile, la vie religieuse perd sa raison d'être.Par contre, si nous répondons au défi avec la profondeur et le courage qu'attendent le Christ et ceux qui songent sérieusement à se faire religieux, alors la vie jaillira et s'épanouira.Comment construire une société de la \"frugalité\" 338 RELATIONS Il faut témoigner La conversion à la frugalité exige un retour à la source même de notre spiritualité.C'est là seulement que nous pourrons trouver l'énergie spirituelle indispensable pour accueillir l'inspiration, l'élan et la vigueur de l'Esprit.Lui seul est capable de nous faire triompher de cet affrontement avec les forces de l'égoîsme organisé dans un réseau de pouvoir dont le monde entier et nous-mêmes sommes prisonniers.Le monde a besoin d'un témoignage manifeste et irréfutable qui le secoue et l'oblige à ouvrir les yeux à la réalité de ce problème et de son unique solution.Nous n'y arriverons pas avec des déclarations et des paroles qui s'envolent comme le vent ni avec des ambiguités comme il en est tant de par le monde.Il faut des témoignages tellement clairs et tranchants qu'ils crèvent les yeux, des témoignages qui mettent clairement en évidence le message, au moyen d'une vie qui ne s'explique que par la force du Christ, l'unique Sauveur et Fils unique de Dieu.Qu'il me so it permis de dire à ceux d'entre vous qui venez des pays industrialisés de l'hémisphère nord combien gronde est votre responsabilité dans la présentation de cette doctrine à une société dont l'attitude et les orientations influent directement sur le sort de millions d'êtres humains qui souffrent de l'oppression et de la misère.Une lecture de l'Evangile partielle et édulcorée peut nous donner bonne conscience: c'est un grave danger; nous risquons de tirer à nous les valeurs évangéliques de liberté, de propriété et de progrès, pour en faire des instruments de pouvoir, d'exploitation et de domestication d'autrui.Et vous qui venez d'Amérique Latine, vous vous identifiez avec les masses innombrables, humiliées dans leur dignité humaine, privées des biens essentiels, confrontées à une minorité qui vit dans le luxe et l'abondance.Amérique Latine: kaléidoscope de cultures, de richesses et de misères, DECEMBRE 1977 espérance et angoisse de l'Eglise.Ne permettez pas qu'en procurant à vos peuples ce dont ils sont injustement privés, on déforme certaines valeurs de libération et d'égalité, et qu'on en oublie d'autres, celles de la fraternité et de la paix, de l'au-delà, ainsi que la valeur même de cette simplicité et de la pauvreté qui fait des petits de ce monde les préférés du Christ.Ce qu'il faut, c'est le témoignage de tous.Un témoignage qui prouve votre sincérité et serve de fondement à la dénonciation que vous osez faire.Un choix à faire Je pense avoir répondu à la question que je vous proposais au début de ce discours: selon moi, le meilleur service que les religieux peuvent rendre aujourd'hui à l'humanité, c'est de donner un témoignage irrécusable contre la société de consommation par une vie austère et frugale, offrant au monde dans nos personnes cette lecture de l'Evangile, authentique et libératrice, dont le monde a tant besoin.Austérité de vie, d'autre part, à laquelle le monde, s'il veut survivre, doit nécessairement arriver par l'un ou l'autre de deux chemins: celui de la force imposée par un régime totalitaire de quelque allégeance qu'il soit, qui imposera l'austérité brutalement, en sacrifiant la liberté et d'autres valeurs de la personne \u2014 même s'il prétend s'inspirer des principes chrétiens \u2014, ou le chemin de l'amour évangélique en vertu duquel tous acceptent les sacrifices exigés par le bien commun.Comme religieux, notre choix ne fait pas de doute.Sommes-nous cependant disposés à aller de l'avant?Cette frugalité, dont aucun religieux ou religieuse ne peut s'estimer dispensé, sera en bien des cas, nous pouvons le regretter, l'unique façon de nous solidariser avec les pauvres.En soi, cela n'est pas suffisant.Pour que notre témoignage de religieux acquière une force irrésistible, il faut aussi qu'un bon nombre de religieux et de religieuses, mus par l'Esprit, se fassent réellement solidaires des pauvres, travaillant directement au milieu d'eux et pour eux soit par le ministère pastoral, soit par des activités d'aide ou de promotion sociale.Et il existe encore un troisième degré de solidarité, plus convaincant et décisif: s'insérer parmi les pauvres individuellement ou d'une façon plus institutionnelle, partager la vie des pauvres, leurs besoins, leurs espérances.Solidarité et solitude La solidarité réelle du religieux avec ceux qui sont vraiment pauvres s'accompagne toujours d'une solitude parmi les pauvres.Le religieux éprouve comme siennes et partage les justes aspirations du monde ouvrier déchristianisé; cependant, en même temps, il voit bien que, en revanche, ses idéaux, ses motivations, ses méthodes ne sont pas compris des travailleurs.Au fond de son coeur, il reste dans la complète solitude: il a besoin de Dieu et de sa force pour pouvoir continuer de travailler dans cette solitude de la solidarité, solidaire mais solitaire, et en définitive incompris et seul.C'est pour cela que nous voyons tant de religieux et de religieuses insérés dans le monde ouvrier faire une nouvelle expérience personnelle de Dieu.Se trouvant seuls et peu compris, leur coeur est prêt à recevoir la plénitude de Dieu.Dans cette expérience de simplicité, ils se sentent petits, accueillants, pour comprendre comment Dieu leur parle à travers ceux dont ils se sentent solidaires.Ils voient que ces marginaux, qui ne sont souvent même pas croyants, possèdent quelque chose de divin qu'ils transmettent à travers leur souffrance, leur oppression, leur délaissement.Voilà la vraie pauvreté: on prend conscience de sa propre incapacité et ignorance et l'âme s'ouvre pour recevoir dans toute leur profondeur les leçons découvertes dans la vie des pauvres, expliquées par Dieu à travers ces visages rudes, ces vies à demi détruites.C'est le nouveau visage du Christ qui se révèle dans \"les petits\".Voilà le service que l'Eglise nous demande aujourd'hui: aube d'un lendemain et d'une nouvelle forme de vie religieuse.Le Seigneur nous appelle, la réponse dépend de nous.339 Human Sexuality Nouvelles orientations de la morale catholique aux USA La publication de Human Sexuality, au début de l\u2019été, a surtout retenu l\u2019attention de la presse à cause des vives discussions que le livre a suscitées au sein de la Catholic Theological Society of America, alors réunie en congrès à Toronto.Il s\u2019agit, avant tout, d\u2019un document de travail destiné d\u2019abord aux théologiens.Pourtant, l\u2019information qu\u2019il diffuse permet de faire le point sur l\u2019évolution des idées en matière d\u2019étuique sexuelle chez les catholiques des Etats-Unis.Pour mesurer l\u2019impact politique de cette parution et en apprécier l\u2019apport doctrinal.Relations a fait appel à André Guindon, o.m.i., professeur de théologie morale à l\u2019Université Saint-Paul d\u2019Ottawa, qui participe présentement à un séminaire de recherche interdisciplinaire à l\u2019Université Harvard.Auteur d\u2019un ouvrage remarqué sur la morale sexuelle, The Sexual Language.An Essay in Moral Theology, publié l\u2019année dernière aux Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, André Guindon est bien placé pour situer et évaluer Human Sexuality.Lors du dernier congrès annuel de la Catholic Theological Society of America à Toronto, en juin, l\u2019aile droite de la théologie nord-américaine mobilisa ses forces pour amener l\u2019association à désavouer Human Sexuality, New Directions in American Catholic Thought.En 1972, l\u2019association avait confié à un comité de cinq membres, présidé par Anthony Kosnik, d\u2019entreprendre une étude sur la sexualité et la morale.Human Sexuality constitue le rapport du comité.Une imposante majorité s\u2019opposa à la demande de désaveu en alléguant que \u201crecevoir\u201d un rapport de comité n\u2019implique ni approbation ni désapprobation.On convient qu'il fallait laisser à la discrétion des membres intéressés de donner leur avis publiquement.Un geste politique Le groupe de pression de l\u2019opposition et celui qui se forma spontanément pour lui tenir tête ont cependant vu juste.L\u2019importance de ce rapport à l\u2019association de théologiens catholiques la plus puissante en Amérique n\u2019est pas d\u2019abord de nature scientifique, mais de nature politique.Après quatre ans de recherche, d\u2019enquêtes auprès des chrétiennes et des chrétiens, de consultations auprès des moralistes catholiques anglophones les plus réputés en Amérique du Nord (cf.p.xvi), le comité, composé lui-même de personnes non suspects de gauchisme, remet un rapport qui prétend représenter une position catholique largement acceptée et acceptable concernant l\u2019évaluation de conduites sexuelles spécifiques.Tous ceux qui connaissent l\u2019état de la recherche en ce domaine savent très bien que ce rapport ne contient absolument rien qui ne s\u2019enseigne couramment dans les Facultés universitaires de théologie et qui n\u2019ait déjà été publié par des moralistes, pasteurs ou théologiens.Du côté de la recherche, ce livre n\u2019apporte donc rien de nouveau.Avant ce rapport, cependant, les partisans du statu quo victorien, erronément identifié à \u201ccatholique\u201d, pouvaient traiter de \u201ccas isolés\u201d, de \"réfractaires\u201d ou accabler d\u2019invectives ceux qui avaient osé exposer ces vues publiquement.Cela servait comme d'incantations propres à entretenir l\u2019illusion de la victoire des bons anges sur les mauvais.En réalité, ces manoeu- par André Guindon vres ne servaient qu'à éviter la question elle-même en se réfugiant sous le couvert mystificateur de l\u201d\u2018ortho-doxie\u201d (que d\u2019atonie intellectuelle sous ce noble apparat!).Le rapport vient déjouer ces intrigues mesquines et lassantes.D\u2019où son retentissement.Les adversaires d\u2019un renouveau du discours moral sur la sexualité humaine ne peuvent plus, d\u2019après les règles de leur propre système probabiliste, se rabattre sur le \u201cconsensus des moralistes\u201d contre tout ce qui menace les codes sexuels d\u2019antan.Le consensus évolue clairement en sens contraire.On devra donc accepter de discuter de la valeur intrinsèque des arguments.Soit par tactique préméditée, soit par déformation professionnelle, les auteurs du rapport ont eux-mêmes adopté, pour l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage aussi bien que pour chaque question spécifique, la structure et les méthodes de la morale probabiliste: dans les cadres d\u2019une Tradition catholique bien comprise (ce qui présuppose l\u2019application de méthodes historiques), quelles sont les opinions recevables des moralistes et, dans l\u2019état actuel du savoir scientifique et d\u2019une vision positive de la sexualité, lesquelles de ces opinions sont \u201cplus probables\u201d que les autres.Suivent, comme dans les anciens manuels, des considérations cliniques destinées au counseling pastoral.Le public éduqué francophone, en général peu familiarisé avec cette méthode scolaire, se sentira sans doute dérouté par cette exécution d\u2019un ouvrage qui, par ailleurs, adopte des positions probablement reçues par la majorité des catholiques nord-américains.Nous avons été trop marqués par une certaine façon d\u2019examiner les questions sexuelles pour elles-mêmes, avec Al-steens, Barbotin, Chauchard, Chirpaz, Jeannière, Oraison, Plé, Ricoeur, Sa-rano et combien d\u2019autres, pour faire vraiment nôtre ce procès politique des opinions morales, conduit en vue d\u2019établir lesquelles auront droit de cité dans la société ecclésiale catholique.Peut-être avons-nous tort, puisque, à un cer- 340 RELATIONS tain niveau décisionnel, on semble plus influencé par le pouvoir que représente telle ou telle opinion que par sa valeur intrinsèque de vérité.Même à l\u2019ère de la liberté d\u2019expression, reconnue en démocratie comme droit inaliénable de la personne, la vieille maxime opportuniste des \u201cvérités pas bonnes à dire\u201d tant que la majorité bien-pensante n\u2019a pas convenu de leur décence continue à imposer son astucieuse tyrannie.Mieux rodés que les Européens aux mécanismes démocratiques de l\u2019établissement, en milieu pluraliste, de positions acceptables à une majorité, les Américains, profondément marqués par les philosophies utilitaristes, ont possiblement découvert sous un jour nouveau les virtualités fonctionnelles de la méthode probabiliste dans une \u201cEglise pluraliste\u201d.L\u2019apologie d\u2019un renouveau Comme on cherche peut-être surtout à convaincre les \u201cpouvoirs\u201d, les légitimes et les autres, que la majorité n\u2019est plus du côté qu\u2019ils estiment (au double sens de croire et d\u2019apprécier), quatre chapitres sur cinq dressent, en un sens, l\u2019apologie d\u2019un renouveau.Les auteurs n\u2019indiquent clairement ni ce propos ni ce plan d\u2019ensemble.Mais la division de l\u2019ouvrage en deux parties, dont la première n'apporte, pour un lecteur déjà converti aux nouvelles méthodes, vraiment rien à la compréhension de la seconde, laisse donc supposer qu\u2019on l\u2019a voulue comme défense de la légitimité de l\u2019entreprise.La majorité des moralistes en acte d\u2019être ce qu\u2019ils sont perdront vite intérêt à la lecture des quatre premiers chapitres.Ils forment une sorte d\u2019anthologie (Ecriture sainte, chap.1; Tradition, chap.2; Sciences du comportement, chap.3; Magistère récent, chap.4) servant à illustrer la thèse selon laquelle les positions qui étaient devenues communes dans les manuels scolaires de la théologie morale catholique des quelques derniers siècles sont assises sur des fondements fragiles, souvent même erronés.La conclusion générale de cette première partie est donc négative.Au terme d\u2019une série de tests historiques, elle constate que les prescriptions sexuelles anciennes sont culturellement conditionnées et ne jouissent donc pas du don divin de l\u2019immutabilité.On ne construit pas une éthique sexuelle cohérente et signifiante pour les chrétiens actuels avec un ramassis de règles accumulées aux cours des siècles et formulées à partir de préjugés misogynes, DECEMBRE 1977 de méconnaissances psychologiques et sociologiques facilement indentifiables ou de vues philosophiques dualistes.L\u2019inspiration évangélique de fond, plutôt que les façons concrètes dans lesquelles elle s\u2019est exprimée avec plus ou moins de bonheur au cours des siècles, distingue la Tradition chrétienne et lui assure sa fécondité et son éternelle jeunesse.Il est urgent de décaper les valeurs authentiques dont elle a vécu de ces dépôts qui sont en train d\u2019étouffer l\u2019esprit et d\u2019éteindre la vie.Pour les lecteurs qui ne seraient pas introduits à l\u2019étude contemporaine des sources et aux conséquences que de tels travaux peuvent avoir pour la théologie morale, la lecture et surtout l\u2019intelligence de cette première partie est un prérequis à la compréhension de la seconde.Du point de vue de la théologie morale scientifique, ces quatre premiers chapitres ne présentent pourtant pas grand intérêt.Outre le fait qu\u2019ils n\u2019apportent rien à la recherche courante qui ne soit déjà largement connu, on pourra leur reprocher, puisqu\u2019ils affichent une certaine prétention de recherche positive, de négliger de façon injustifiée un nombre considérable de textes.Pour échapper au reproche de partialité, il aurait fallu que les sources servent très explicitement et uniquement, dans cette première partie générale, à illustrer le problème méthodologique des conditions et des limites de leur utilisation pour l\u2019éthique sexuelle chrétienne.Cela, on ne l\u2019a fait qu\u2019à moitié, et, comme je l\u2019ai déjà souligné, de façon plutôt négative.Malgré ces réserves sérieuses concernant la méthode et ses résultats, cette première partie, faut-il le redire, présente des interprétations de textes et des idées qui rallieront la majorité des théologiens professionnels.Ma critique témoigne surtout d\u2019une certaine déception personnelle devant un résultat finalement assez mince au bout de quatre chapitres.Pensés plus organiquement, les mêmes matériaux auraient pu conduire à des résultats beaucoup plus positifs.Un nouveau consensus Sur 239 pages de texte, le chapitre cinquième en couvre 140.Cette deuxième partie, intitulée Directives (guidelines) pastorales pour la sexualité humaine, reproduit exactement, comme je le signalais au début, la structure d\u2019un traité probabiliste de théologie morale.Après quelques pages d\u2019introduction sur le sujet général de la sexualité et de la vertu de chasteté, des conduites sexuelles spécifiques sont étudiées les unes après les autres sous une division tout au plus commode: sexualité maritale (p.102-152); sexualité non-maritale (p.152-186); homosexualité (p.186-218); questions spéciales (p.219-239).Les critiques formulées à l\u2019endroit de la première partie s\u2019appliquent généralement à la deuxième.Inutile de nous y appesantir davantage.Ici, par contre, la tactique des auteurs (si tant est qu\u2019ils l\u2019ont planifiée) produit les résultats espérés, à savoir un nouveau consensus que les adversaires ne pourront attaquer sans rejeter une méthode dont la légitimité est reconnue dans l\u2019Eglise ou sans démontrer rationnellement la nullité des arguments invoqués.Dans ces cadres scolaires assez pauvres, les auteurs dégagent une nouvelle ligne de directives chez les moralistes actuels en retenant, de leur lecture des sources, une idée positive et une compréhension globalement humaine de la sexualité, plutôt que la conception étroitement génitale (donc animale) et anxieusement pessimiste d'une majorité de moralistes anciens.A l\u2019aide de ce dénominateur commun, ils examinent les trois ou quatre grandes opinions qui ont cours à propos des conduites sexuelles spécifiques les plus communes; ils écartent l\u2019opinion la plus sévère qui s\u2019appuie sur une interprétation non fondée et alarmiste des sources, et la plus laxiste qui rend mal compte des sources et de la fonction humanisante de la sexualité.On en arrive ainsi à une ou deux positions ouvertes sur le sens chrétien et soucieuses de favoriser \u201cla croissance créatrice et l\u2019intégration de la personne humaine\u201d (p.92).Si, à la suite de ce premier déblayage, il reste plus d\u2019une position acceptable, on soupèse leurs arguments respectifs pour établir leur degré de \u201cprobabilité\u201d.Le grand défaut de cette méthode consiste à fonder inadéquatement les positions nouvelles que des théologiens ont formulées au terme d\u2019une étude beaucoup plus rigoureuse de l\u2019exégèse scientifique, de la Tradition mieux comprise dans sa dynamique historique, de l\u2019expérience du Peuple de Dieu enrichie par le souffle vivificateur de l\u2019Esprit \u2014 et dont témoignent, par exemple, les grands textes du deuxième concile du Vatican \u2014 ainsi que dans les cadres d\u2019une anthropologie philosophique mieux articulée et plus proche des données des sciences du comportement.En d\u2019autres mots, cette méthode sacrifie trop le processus même d\u2019évaluation morale, la démarche intellectuelle qui mène à tel ou tel jugement pratique, aux conclusions elles-mêmes.Ce 341 raccourci donne logiquement lieu à l\u2019endoctrinement: on inculque les expertises morales les plus reçues dans un temps historique donné.Or cela va à l\u2019encontre de l\u2019orientation largement prédominante des deux grandes écoles américaines actuelles d\u2019éducation morale, la relativiste d\u2019un Sidney Simon qui favorise l\u2019approche de l\u2019éclaircissement des valeurs (values clarification) ou la déontologique d'un Lawrence Kohlberg qui propose l\u2019approche du développement cognitif (cognitive-developmental).Toutes deux s\u2019accordent néanmoins pour dénoncer comme anti-éducatives et comme empiriquement inefficaces les méthodes d\u2019inculcation de recettes morales, anciennes ou nouvelles, et pour insister sur l'importance d\u2019aider au développement du processus par lequel on arrive à poser un jugement moral.C\u2019était, au cas où on l\u2019aurait oublié, l\u2019approche d\u2019un Thomas d\u2019Aquin (qu\u2019on relise les questions concernant la pru-dentia) que toute une tradition nominaliste postérieure a réussi à éclipser au profit de la solution de facilité, celle qu\u2019on prétend illusoirement \u201cplus pratique\u201d, de l\u2019endoctrinement: \u201cVoici les opinions les plus probables de ceux-qui-sont-supposés-savoir sur le faire et le non-faire moral.Hoc fac et vives\u201d.Human Sexuality s\u2019inscrit, à mon avis, dans cette tradition la plus pauvre de la théologie morale.En somme, je ne comprends pas très bien quel service l\u2019ouvrage pourra rendre soit aux chercheurs de l\u2019association qui l\u2019a sollicité (des femmes et des hommes intelligents vont-ils exprimer par un vote leur accord ou leur désaccord avec chacune des positions du rapport?), soit aux éducateurs à la recherche, non point de réponses toutes faites, mais d\u2019un principe cohérent d\u2019intelligibilité du \u201cdire\u201d sexuel.Par contre, les auteurs doivent être félicités pour avoir réussi à produire un rapport assez fidèle concernant les nouvelles \u201copinions des moralistes\u201d, s'il n\u2019est pas trop prétentieux d\u2019évoquer ses propres recherches dans une recension, j\u2019avouerai candidement que, dans toutes les positions concrètes préférées par les auteurs, on retrouve, à quelques nuances près, mes propres positions publiées en 1976 dans The Sexual Language.Quoique fondamentalement une recherche de cohérence interne du discours moral sur la sexualité humaine, donc une illustration du processus d\u2019évaluation morale dans un domaine donné, cet ouvrage prétendait également exprimer ce que la majorité des moralistes catholiques nord-américains travaillant au niveau universitaire enseignent.Comme ces deux ouvrages ont été conçus indépendamment l'un de l\u2019autre, cette unanimité de vue ne fait que confirmer ce que les auteurs de Human Sexuality tentent d\u2019établir, à savoir l\u2019existence d\u2019un nouveau consensus important au plan des directives concernant les conduites sexuelles spécifiques.Avant de commenter brièvement le contenu de cette enquête sur les nouvelles orientations, je voudrais attirer l\u2019attention sur une autre question de méthode théologique, car elle est vraisemblablement à l\u2019origine de beaucoup d\u2019opposition de la part de catholiques conservateurs d\u2019Amérique et d\u2019ailleurs.Lorsque, surtout dans le quatrième chapitre, les auteurs en appellent au magistère récent (les textes de Vatican II, mais également certains énoncés généraux de Humanae Vitae ou encore de la Déclaration sur certaines questions d\u2019éthique sexuelle de 1975) pour dégager quelques orientations positives de fond, ni eux ni le lecteur ne trouvent rien à redire.Chrétiens, nous nous retrouvons assez spontanément dans ces inspirations du projet humain.Mais lorsque, dans le dernier chapitre, les auteurs examinent les opinions concernant des conduites sexuelles spécifiques, l\u2019opinion émise par le magistère romain post-conciliaire, lorsqu\u2019elle existe, est toujours celle de la position sévère et jugée incompatible avec l\u2019ensemble des données actuelles.Les auteurs signalent d\u2019ailleurs eux-mêmes cette tension (pour employer un euphémisme) entre les grandes orientations, surtout celles du Concile, et les normes concrètes que le magistère romain, surtout celles de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a formulées par la suite (p.123, 134, 159-160, 199, 201-202).Les auteurs mettent donc en oeuvre une méthode théologique qui, sans être formulée explicitement, présuppose néanmoins la conception suivante.Le magistère s\u2019exerce, dans le domaine moral, au niveau des grandes inspirations évangéliques dont il est un témoin privilégié.Mais lorsque ceux qui le détiennent s\u2019aventurent à formuler des normes spécifiques d\u2019agir, avec tout ce que ce genre d'évaluation présuppose de connaissances scientifiques, d\u2019examens de données culturelles et contingentes, d\u2019appréciation exacte des mécanismes de développement moral, etc., alors ils s\u2019exposent, comme quiconque s\u2019adonne à la recherche clinique ou universitaire, à la critique scientifique et inter-disciplinaire.Comme ni les Congrégations romaines ni les chancelleries épiscopales ne sont des milieux universitaires, ce niveau d\u2019enseignement appliqué risque fort d\u2019être de mauvaise qualité et de s\u2019appuyer sur des données et des méthodes anachroniques.Les auteurs posent donc concrètement la question de la diversité des ministères dans l\u2019Eglise et semblent penser, comme on le pensait au temps de la grande théologie médiévale, que le ministère de docteur appartient aux universitaires et non à des clercs de curie.Des directives nouvelles Venons-en aux directives concrètes.Comme il ne saurait être question de reprendre ici tout le dossier des auteurs \u2014 lui-même un simple résumé de positions morales et théologiques beaucoup plus complexes \u2014 je regrouperai mes remarques sous trois rubriques: (1)\tles exposés que j\u2019estime bons et pratiquement importants, particulièrement pour les agents pastoraux; (2)\tcertaines discussions nouvelles comparativement à ce qu\u2019on trouve généralement dans les traités généraux; (3)\tet certains traitements qui m\u2019apparaissent inadéquats.Avant de procéder plus avant, il faut peut-être corriger l\u2019impression \u201cd\u2019adaptation aux goûts du jour\u201d qu\u2019ont créée certains grands média d\u2019information en citant, hors contexte, quelques phrases plus explosives du rapport.On a parfois déformé complètement le sens des positions des auteurs.J\u2019ai lu, par exemple, que les auteurs estimaient que la bestialité pouvait être parfois signifiante.Pourtant, les auteurs ne font que mettre en garde les conseillers qui, devant l\u2019admission de contacts sexuels avec les animaux (surtout la jeunesse), y verraient sans plus un arrêt dans le développement sexuel humain (p.230).La différence entre une conduite sexuelle prégnante de signification positive dans l\u2019ensemble d\u2019un projet humain et une conduite \u201cinsignificante\u201d, mais qui n\u2019a pas nécessairement de répercussions néfastes irréparables, est pourtant assez claire pour que des journalistes consciencieux en saisissent le sens.Contrairement à l'image d\u2019auteurs libertins qu\u2019on a parfois insinuée ou, dans le cas de certains adversaires, carrément présentée d\u2019eux, il est bon de souligner que nos auteurs portent un jugement sévère sur certaines pratiques en cours.Ainsi, ils ne manifes- 342 RELATIONS r\tN Les auteurs du rapport William CARROLL, marié et père de deux enfants, est docteur en philosophie et en droit.Après avoir enseigné la théologie et la psychologie en divers collèges et universités, il est actuellement professeur de droit à la John Marshall School of Law de Chicago.Agnes CUNNINGHAM, de la congrégation des Servantes du Saint Coeur de Marie, est professeur de patrologie et d\u2019histoire de l\u2019Eglise.En juin dernier, elle était élue présidente de la Catholic Theological Society of America.Anthony KOSNIK, président du comité d\u2019étude, docteur en théologie et diplômé en droit canon, est prêtre de l\u2019archidiocèse de Détroit.Il occupe la charge de doyen et de professeur de théologie morale au Séminaire SS.Cyrille-et-Méthode d\u2019Orchard Lake, Michigan.Ronald MODRAS, prêtre de l\u2019archi-diocèse de Détroit, est professeur de théologie dogmatique.Docteur en théologie de l\u2019Université de Tubin-gue, il est consultant du comité de rédaction de la revue Concilium, en plus de collaborer régulièrement à Commonweal et America.James SCHULTE met la dernière main à une thèse de doctorat en théologie sur le mariage sans enfant à l\u2019Université Marquette.Il a exercé son ministère en paroisse et dans le monde de l\u2019éducation avant de diriger le programme de formation d\u2019une école de nursing dans le Wisconsin._________________________________J tent aucune complaisance pour le swinging ou la promiscuité sexuelle (p.147-148); même s\u2019ils sont sensibles aux cas possibles d\u2019exception et à la plausibilité d\u2019évolutions institutionnelles éventuelles, ils avouent ne pas très bien voir ce qui peut actuellement justifier des pratiques adultères (p.149-152); ils se montrent peu indulgents (pas assez, à mon avis, et peut-être à cause d\u2019un contexte autre que celui avec lequel je suis familiarisé) pour la vie communale (p.147).Du reste, il ne faut vraiment pas connaître les auteurs de cet ouvrage pour penser que nous avons affaire à des écervelés en mal de scandale.On imagine mal un Anthony Kosnik ou une Agnes Cunningham (pour ne mentionner que les deux membres du comité que je connais) s\u2019adonnant à ce petit jeu.DECEMBRE 1977 (1) Les réussites Trois questions courantes reçoivent, à mon avis, un exposé bien équilibré, et que tout agent pastoral dont la formation en théologie morale remonte déjà à plusieurs années, aurait intérêt à lire.La première est celle de la contraception et de la stérilisation (p.111-136).Les auteurs ont eu le bon sens et assez de métier pour bien poser cette question en insistant sur l\u2019aspect moral fondamental à propos de la fécondité humaine: celui de la responsabilité engagée dans la décision de procréation avant la question du discernement bien secondaire du choix des moyens responsables.Sur ce dernier point, ils donnent d\u2019ailleurs d\u2019excellents conseils.Deuxièmement, les conduites hétérosexuelles prémaritales reçoivent aussi une des présentations les plus complètes de l\u2019ouvrage (p.152-175).Les auteurs accordent leur préférence à la position qui tente de distinguer plus clairement entre une relation prémaritale et une relation pré-cérémo-nielle, position que sept de mes collègues et moi-même avons longuement élaborée dans un numéro spécial de la revue Eglise et Théologie de janvier 1977.Finalement, leur effort particulier pour montrer la pauvreté des arguments traditionnels, soutirés à la Bible, visant à condamner sans nuance toute relation homosexuelle (p.186-218) mérite également d\u2019être loué.Cet exposé contient en outre des conseils pratiques assez détaillés qui m\u2019apparaissent fort utiles pour la pastorale auprès des homosexuels.Le climat incontestablement chrétien de ces pages contraste heureusement avec celui des attaques fanatiques et grotesques, baignées de jus d\u2019orange, d\u2019une Anita Bryant.Kosnik et ses collègues évitent pourtant de répondre de façon suffisamment claire, à mon avis, à la question la plus épineuse pour un homosexuel \u2018\u2018confirmé\u2019\u2019, soucieux de conduite morale: une relation génitale avec un partenaire aimé et stable peut-elle, oui ou non, avoir qualité morale positive?L\u2019incertitude des données empiriques, dont le rapport fait état au début et à la fin de cette question, explique vraisemblablement la réserve des auteurs à ce propos.Cependant, les personnes homosexuelles existent et doivent vivre leur vie.Nous devons réaliser, me semble-t-il, que toutes nos évaluations morales concrètes, surtout en matière sexuelle, reposent nécessairement sur une appréhension imparfaite (et sujette à modifications) du comportement hu- main.Comme leurs confrères des sciences du comportement, les moralistes doivent aussi abandonner leur illusion d\u2019une science morale parvenant à des certitudes qui, dans ce domaine de la contingence, seraient plus qu\u2019une simple approximation de la vérité.Comme eux, ils doivent se résoudre à une organisation du savoir marquée de temporalité.D\u2019aucuns refusent de considérer les données des sciences du comportement sous prétexte qu'elles évoluent sans cesse et rendent éventuellement caduque toute considération morale qui s\u2019y est rattachée.J'avoue mal comprendre pourquoi nos évaluations morales de conduites spécifiques devraient jouir de plus d\u2019infaillibilité et de durabilité que les évaluations purement sociologiques ou psychologiques de ces mêmes conduites.Dans tous les cas, les estimations fautives ou inadéquates retardent l\u2019épanouissement maximal (ce qui est un pur concept d\u2019idéal à réaliser) des personnes et des sociétés.Comme tous les autres chercheurs, les moralistes se prononcent donc sur ce qu\u2019ils connaissent dans un temps donné et avec des moyens de connaissance limités.Ils doivent prendre conscience que leurs analyses d\u2019aujourd\u2019hui seront peut-être à réviser substantiellement demain.Mes collègues de l\u2019Ecole d\u2019éducation de l\u2019Université Harvard me donnent quotidiennement des leçons d'humilité vraie et de courage en reprenant constamment la lecture de leurs données chaque fois qu\u2019une variable nouvelle assez significative est perçue ou que des présupposés méthodiques sont pris en défaut, ou en révisant leur théorie lorsque des données empiriques mieux contrôlées viennent mettre en échec certains de ses aspects.Comment n\u2019en serait-il pas ainsi pour la morale appliquée que les Anciens qualifiaient de \u201cscience pratique\u201d?(2) Les nouveautés Deux exposés relativement neufs dans une considération générale comme celle-ci méritent d\u2019être signalés à cause de la fréquence statistiquement croissante de ces conduites.Il s\u2019agit en premier lieu des mariages dans lesquels les époux excluent la procréation (p.140-143).Les auteurs (dont deux sont aussi juristes) montrent que cette position paraît compatible avec la jurisprudence canonique actuelle et suggèrent à quelles conditions générales une telle décision pourrait être justifiée.Pour une éthique prospective, s\u2019offre là une matière très riche et sti- 343 mulante pour la réflexion.Cette conduite sexuelle spécifique numériquement importante représente, en effet, un des aboutissements logiques de tout un ensemble de données culturelles nouvelles: la remise en question des divers styles de vie et des rôles sexuels, une explosion démographique mondiale sans précédent, un examen systématique des modalités de la responsabilité parentale dans une civilisation post-industrielle, etc.Un deuxième point original est celui de la vie sexuelle des célibataires.Les auteurs ont écrit des pages pleines d\u2019humanité à propos de diverses catégories de célibataires: les \u201cvolontaires\u201d et les \u201cinvolontaires\u201d, les veufs et les veuves, les divorcés, les consacrés (p.175-186).Ils ont peut-être trop évité, néanmoins, d\u2019aborder un certain nombre de questions pratiques comme celle de la nature et des modalités des amitiés hétérosexuelles entre célibataires consacrés.(3) Les lacunes L\u2019ouvrage contient cependant des omissions dont l\u2019ensemble souffre (ce qui est la définition des \u201comissions coupables\u201d).Qu\u2019on ait choisi de parler du fétichisme (p.230), de la pornographie (p.234-237), du transsexualisme (p.232-234) ou de l\u2019insémination artificielle (p.137-140) et omis de traiter de l\u2019inceste, du nudisme, de la pédérastie ou du voyeurisme affecte peu l\u2019ensemble de l\u2019exposé ou l'évaluation des conduites examinées dans l\u2019ouvrage.Mais de n\u2019avoir pas étudié méthodiquement la manière dont se fait l\u2019intégration sexuelle, la nature du plaisir sexuel, la différenciation sexuelle, la relation entre la sexualité et la culture, le processus de la croissance sexuelle et ses implications éthiques et la fonction centrale de la fantaisie dans l\u2019identification et le développement sexuels constitue, me semble-t-il, des manques sérieux dont les répercussions se font souvent sentir.Pour n\u2019avoir pas envisagé explicitement la question essentielle (pour la compréhension même de la sexualité humaine) de la croissance sexuelle, par exemple, l\u2019organisation du cinquième chapitre en conduites maritales, prémaritales, homosexuelles et spéciales est non seulement arbitraire, mais les questions qu\u2019on examine à ces endroits ne bénéficient pas de l\u2019éclairage qu\u2019une considération génétique projette sur chacune des conduites successives et spécifiques à chaque étape de la croissance psychosexuelle et morale.Pourtant, on sait comment la notion de développement est au centre d\u2019une part considérable de la recherche actuelle en psychologie et en morale.Signalons, pour ne relever qu\u2019une des nombreuses incidences de ce manque, que la signification d\u2019une \u201cphase homosexuelle\u201d durant l\u2019adolescence n\u2019est pas traitée.Or une telle analyse est indispensable non seulement pour les nuances à introduire dans l\u2019évaluation morale de certaines pratiques de type homosexuel chez les adolescents, mais également pour éclairer le counseling pastoral auprès des jeunes qui seraient aux prises avec ce problème de passage souvent angoissant.Cette même lacune, plus celle de la fonction des fantaisies sexuelles, expliquent aussi la médiocrité de l\u2019exposé sur la masturbation qui figure inopinément au titre de question spéciale (p.219-229).Ici, on perd de l\u2019espace à citer de longs textes sans intérêt réel au prix d\u2019une compréhension beaucoup plus adéquate du rôle de la masturbation adolescente dans le processus d\u2019intégration sexuelle.Pour ne pas comprendre sa fonction intégratrice et la vraie nature de ses dangers possibles, on ignore comment orienter positivement, à cette occasion, l\u2019éducation morale dans le domaine sexuel.Durant la première expérience consciemment génitale de la sexualité de tous les adolescents et adolescentes physiologiquement et psychologiquement sains, on ne sait pas les amener à distinguer entre, d\u2019une part, une activité génitale orientée vers une intégration ultérieure et, d\u2019autre part, une activité désintégrante pour le langage sexuel.Morale probabiliste Ce dernier exemple nous ramène à la critique de fond de cet ouvrage, à savoir les limites d\u2019une éthique probabiliste, plus soucieuse d\u2019établir une plate-forme à partir d\u2019un dénominateur commun minimal que d\u2019intelli-ger toujours plus adéquatement et avec plus de cohérence la conduite humaine.On pourra s\u2019opposer à perte de souffle sur des conduites comme la masturbation, les parties antagonistes se renvoyant sans fin des textes \u201cautorisés\u201d pour confirmer leur position ou infirmer la position adverse.Chaque position restera sujette à ce genre d\u2019attaque tant qu'elle ne représentera pas un discours cohérent sur une réalité connue.Le vrai renouveau de la morale sexuelle se fera à ce niveau ou ne se fera qu\u2019en surface et de façon arbitraire.Tant qu\u2019on ne connaîtra pas avec exactitude la nature des conduites codifiées bonnes ou mauvaises, on passera simplement de codes conventionnels à d\u2019autres codes conventionnels au rythme capricieux des \u201crévolutions\u201d et des \u201créactions\u201d.Or le grand défaut de base de la morale probabiliste consiste en ce qu\u2019elle est moins attentive aux structures de l\u2019agir humain qu\u2019à la légitimité de défendre telle ou telle solution morale concrète dans l\u2019Eglise parce qu'un nombre assez imposant de moralistes autorisés sont d\u2019accord pour estimer que c'est là une \u201copinion probable\u201d.En morale sexuelle, il ne faut pas chercher les raccourcis.Les réponses toutes faites, dans ce domaine, sont simplistes et compromettent le processus d\u2019humanisation des personnes.Par contre, le moraliste que je suis est ennuyé par les manoeuvres politiques d\u2019éléments bêtement conservateurs parce qu\u2019ignorant tout et de la sexualité humaine scientifiquement mesurée et de la grande morale chrétienne aussi bien médiévale que contemporaine.A ce titre, je me rends à l\u2019évidence de la nécessité politique d\u2019un ouvrage comme Human Sexuality.Il pose une base probabiliste sérieuse pour dire aux agents pastoraux et aux chrétiens que ce que la majorité des moralistes catholiques nord-américains enseignaient à titre personnel est maintenant une \u201copinion probable\u201d dans l\u2019Eglise et que les personnes incapables de se faire une idée personnelle raisonnable sur le sujet peuvent suivre ces nouvelles directives en toute conscience.Pour les personnes qui évoluent aux niveaux pré-conventionnel et conventionnel du développement moral (selon la seule échelle scientifiquement acceptable qui existe actuellement, celle établie par Lawrence Kohlberg), ce livre pourra être utile.Il serait dommage, pourtant, qu\u2019on s'attarde à enseigner de nouveaux codes plutôt qu\u2019à aider les chrétiennes et les chrétiens à accéder à un niveau post-conventionnel de raisonnement moral et à comprendre en profondeur la nature du langage sexuel.Ce n\u2019est qu\u2019au terme d\u2019une telle pédagogie libératrice qu\u2019ils sauront délibérer d'eux-mêmes dans le dialogue sexuel.N\u2019est-ce pas là la condition essentielle de notre émergence de l\u2019état primitif d\u2019esseulement (Gn 2, 18) pour accéder à la pleine humanité créée relationnelle à l\u2019image de Dieu (Gn 1, 27)?Université Harvard 344 RELATIONS des etrennes Quelques beaux romans de 1977 littéraires Le hasard ou le destin, qui préside à la plupart des rencontres d'où naissent nos amitiés et nos amours, régit également le réseau complexe des routes littéraires auxquelles viennent se joindre nos chemins de tous les jours.Chaque année, des centaines de romanciers, de par le monde, réinventent l'univers et engendrent des êtres libres, immortels, qu'ils jettent pour ainsi dire dans les voies rapides de nos existences éphémères.Nous ne les croisons pas tous, mais chacun de nous, au fil de ses heures de lecture, fait la connaissance de quelques-uns de ces personnages imaginaires.Il en est qui nous laissent indifférents, d'autres qui nous choquent: nous ne les invitons pas à revenir.Un petit nombre nous séduisent: nous leur ouvrons large la porte de notre maison; ils deviennent nos amis, voire nos amours.Nous aimons à nous entretenir avec eux, à parler d'eux et nous souhaitons que s'étendent leur renommée ou leur influence.A quelques jours des réunions joyeuses de Noël où chacun y va de son présent et de ses souhaits, je me suis rendu compte que, décidément, le nombre des amis merveilleux que sont pour moi certains livres s'était encore accru en 1977 et j'ai décidé de profiter de l'espace vacant de ces pages pour organiser ma propre réception de Noël.Réception toute littéraire, il va sans dire, et, comme il se doit, en ce temps d'universalisme, un peu cosmopolite.Américains, Anglais, Italiens, Polonais, Français, Québécois: tous parlent français, soit qu'ils aient eu recours à des traducteurs ou bien que le français soit leur langue maternelle.Mon rôle sera discret: je me contenterai de faire aux lecteurs de ma chronique la présentation très simple, mais chaleureuse, des amis que m'a donnés l'année romanesque 1977.Il se peut que la plupart soient déjà connus et aimés.Je serais surprise alors qu'on ne les retrouve pas avec plaisir.Quant aux autres, je laisserai à chacun le loisir de faire plus ample connsaissance avec eux.DECEMBRE 1977 La présence des tout-petits A tout seigneur tout honneur.Noël est avant tout la fête de l'Enfant.Il nous faut contempler un moment les jeunes héros que des femmes ont engendrés à la vie littéraire.J'avoue, pour ma part, que c'est parmi eux que j'ai goûté les plus belles heures d'intimité onirique de cette année.Il y a d'abord ces petits de toutes nationalités que Gabrielle Roy appelle Ces enfants de ma vie(l): Vin-cento, Clair, Nil, Demetrioff, André et Médéric.Dans ce livre, qui est l'un des plus beaux romans de l'auteur de Bonheur d'occasion, celle qui, au temps lointain de sa jeunesse, fut institutrice à l'autre bout du pays, dans les vastes plaines du Manitoba, évoque quelques-unes des figures de ses anciens élèves.Au premier abord, on dirait un recueil de nouvelles, mais très vite l'on se rend compte que la romancière a su organiser et transfigurer ses souvenirs et écrire à partir d'eux l'un des romans d'amour les plus émouvants qu'il nous ait été donné de lire chez nous.L'écriture est simple, limpide: en elle se reflètent et se rencontrent le regard d'une femme, dont l'attention à la vie et le respect des êtres ont fait une \"voyante\", et les yeux de l'enfant, beaux comme le mirage d'une jeunesse éternelle.1.\tGabrielle Roy, Ces enfants de ma vie.Montréal, Stanké, 1977, 212 p., $6.95.2.\tMarjorie Kellogg, La Dent du Fauve.Roman traduit de l'anglais par Suzanne Mayoux.Paris, Gallimard, 1977, 161 p., $10.95.3.\tLise Laçasse, Au défaut de la cuirasse.Montréal, Quinze, 1977, 179 p.4.\tEisa Morante, La Storia.Roman traduit de l'italien par Michel Arnaud.Paris, Gallimard, 1977, 616 p., $17.95.par Gabrielle Poulin Le roman de l'Américaine Marjorie Kellogg: Like The Lion's Tooth, publié en 1972, vient d'être traduit sous le titre La Dent du fauve(2).La figure centrale du\troman,\tc'est\tcelle\td'un\tgamin de onze\tans\tde\tNew\tYork,\tBen,\taban- donné par ses parents, séparé de ses frères et soeurs qui, décide de partir à la recherche de sa maison et de sa mère.Il tourne\ten\trond dans la ville et dans sa mémoire à la recherche de son enfance déjà lointaine et inaccessible.Comme tous les petits mal aimés, il assiste impuissant à la montée en lui de la haine et de la violence.En dépit de toutes les misères qu'il charrie, l'univers\tde\tce\troman exerce\tsur le lecteur une sorte d'envoûtement.S'il ressemble à l'univers réel dans ses ombres, grâce aux sortilèges de l'écriture, il s'éclaire mystérieusement de l'intérieur comme le regard de l'enfant.La première oeuvre de Lise Laçasse, intitulée Au défaut de la cuirasse(3), est un recueil de douze nouvelles émouvantes, détachées en apparence les unes des autres, mais traversées par un courant de vie qui donne au livre sa profondeur et son intensité.Lise Laçasse prête sa voix aux grands-mères, aux filles et aux petites-filles; elle emprunte également celle des grands-pères délaissés, des veufs et des éternels orphelins.Sa langue est sûre, élégante, directe.Ici et là, la poésie surgit de l'adéquation entre le regard ouvert et la lumière, entre l'oeil recueilli et l'ombre.C'est à une Italienne, Eisa Morante, que nous devons la figure extraordinaire du petit Useppe qui représente à lui seul \"l'ultime enfance de la terre\".La Storia( 4), publiée en 1974, vient d'être traduite par Michel Arnaud.345 Ecrasés par des puissances qu'ils ne comprennent pas, celles-là même qui font l'Histoire et les guerres, deux êtres innocents:\tIda et son petit gar- çon, vivent, dans le secret de leur solitude et de leur destin tragique, toute la peur de l'humanité.Eisa Morante réussit à nous faire voir, à travers les yeux de celui qu'elle appelle \"mon tout-petit\", l'aspect magique d'un monde dans lequel la conscience totale est le privilège de l'innocence.Comme le dit l'un des héros, Useppe est si gentil que le seul fait qu'il existe rend heureux: \"Tu es trop gentil pour ce monde\".Et la Sto-ria est un si beau livre que je voudrais que tous ceux que j'aime puissent le lire et connaître le ravissement dans lequel il nous plonge de la première à la dernière page.Quand le livre se referme, nous sentons en nous la présence du petit Useppe et nous nous rendons compte que, désormais, son regard s'ouvrira à l'intérieur du nôtre pour nous permettre de temps en temps de traverser l'opacité du monde.Les miraculés de l'écriture Parmi les nombreux documents, récits, autobiographies, parus en 1977, je voudrais retenir les témoignages de deux grands écrivains modernes: Antonin Artaud et Anaîs Nin.Les Nouveaux Ecrits de Rodez(5) mettent le lecteur en contact d'une façon très directe et très intime avec une conscience dont le tourment n'eut d'égal que son exigence déchirante de lucidité et de pureté absolues.Antonin Artaud écrivait tous les jours au docteur Ferdière, directeur de l'Asile psychiatrique où il était enfermé.Loin de sombrer dans l'incohérence, même quand ils évoquent au passage des souvenirs qu'on pourrait croire 5.\tAntonin Artaud, Nouveaux Ecrits de Rodez.Paris, Gallimard, 1977,\t187 p., $12.50.6.\tAnaîs Nin, Journal 1955-1966.Etabli et présenté par Günther Stuhlmann.Paris, Stock, 1977, 505 p\u201e $17.00.7.\tWitold Gombrowicz, Les Envoûtés.Traduit du polonais par Albert Maille.Paris, Stock/Est, 1977, 365 p\u201e $11.75.8.\tDidier Decoin, John l'enfer.Paris, Seuil, 1977, 319 p\u201e $13.95.9.\tVirginia Woolf, La Traversée des apparences.Paris, Flammarion, 1977,\t466 p.(Il faut lire également le Journal d'un écrivain dans la collection 10/18.) 10.\tWilliam Faulkner, Les Palmiers sauvages.Traduit et préfacé par M.E.Coin-dreau.Coll.\"L'Imaginaire\".Paris, Gallimard, 1977, 349 p\u201e $5.95.346 issus de l'affabulation délirante, les textes témoignent, dans leur unité de ton et dans leur tumultueuse harmonie, d'une obéissance lucide à des impératifs à la fois rationnels et instinctifs, nocturnes pourrait-on dire, qui leur donnent l'empreinte d'une cohérence supérieure.Ces lettres constituent une oeuvre littéraire au sens le plus pur du terme:\tau prix d'efforts constants et grâce à la magie de l'écriture, le poète réinvente sa propre mort et sa propre renaissance et assiste, dans l'éloignement et la dispersion de soi, à la réunification de son être dans une solitude tragique et invincible.Anaîs Nin est morte au début de l'année 1977.Le sixième volume de son Journal(ô) vient tout juste d'être traduit.Il porte sur les années 1955 à 1966 et est écrit sous le signe d'un double accomplissement:\taccomplisse- ment humain et accomplissement littéraire.Anaîs Nin a réussi, comme elle le proclame avec lucidité et modestie, à surmonter la névrose et, désormais affranchie, elle s'applique à vivre complètement, passionnément et d'une manière impulsive.Le Journal, qui, jusque-là, était un refuge, devient un projet.Anaîs veut écrire maintenant \"le journal des autres\".Elle voyage, collabore à des revues comme critique littéraire, correspond avec des prisonniers, se passionne pour la culture et la civilisation américaines qui lui inspirent entre autres des réflexions enrichissantes sur la littérature, la drogue et le jazz.Atteinte à deux reprises par des maladies graves, elle se prépare dans la sérénité à la vieillesse et à la mort, étant assurée que le Journal lui permettra de survivre.Les passionnés et les possédés Le roman du Polonais Witold Gombrowicz: Les Envoûtés(7) avait d'abord paru en feuilleton dans un quotidien du soir de Varsovie en 1939.Il vient d'être traduit en français.Ainsi, avec trente-huit ans de retard, nous est révélé un chef-d'oeuvre de la littérature fantastique.Dans ce roman écrit avec un enthousiasme quasi sacré et un humour libérateur, le réel et l'irréel, l'individuel et le collectif se fondent si harmonieusement que les phénomènes les plus bizarres acquièrent une vraisemblance inquiétante.La vie quotidienne banale se voit envahie par des forces incontrôlables:\tles êtres humains, victimes de préjugés de classe bien réels, subissent, comme une sorte de possession et d'emprisonnement, l'emprise du code séculaire qui régit les relations entre les hommes, grands et petits, nobles et roturiers, maîtres et serviteurs.Didier Decoin a choisi la ville de New York comme le tremplin apocalyptique des temps modernes.John l'Enfer( 8),\t\u2014 qui vient de remporter le Prix Goncourt 1977, révèle les indices de la chute d'une ville rongée par la lèpre des pierres et l'usure des canalisations géantes sous les trottoirs.Seul l'amour peut permettre aux êtres menacés de deviner la venue imminente du chaos.Dans leur poursuite d'un bonheur fragile, un Indien laveur de vitres, un Polonais errant et une jeune femme, aveugle comme l'Amérique, trouvent la voie libérante de leur destin et la grâce d'un recommencement.La poésie, le fantastique et le sens du sacré pénètrent le réel et rendent attachant le roman par ailleurs tout simple de Didier Decoin.Le premier roman de Virginia Woolf paru en 1915, The Voyage Out, est publié en français sous le titre La Traversée des apparences(9).A sa façon, Rachel, l'héroîne, rejette également la Société et plus encore la vie réelle qui rend les actions humaines dérisoires et stéréotypées.Le voyage qui la conduit vers les Iles du Sud et jusque sur l'Amazone, se change peu à peu en une exploration des profondeurs, une descente toujours plus vertigineuse vers l'immuable.Un livre foisonnant d'humour dans lequel s'impose un \"monde fait de gros blocs de matière\" parmi lesquels les humains sont perçus comme \"des petites taches de clarté\".Un livre tragique et tendre, passionné et désinvolte qui est l'un des plus merveilleux livres que j'aie lus dans ma vie.Paru la première fois en 1939, le roman de William Faulkner, Les Palmier Sauvages( 10), maintenant traduit en .français, se révèle étonnamment moderne.Il est formé de deux nouvelles juxtaposées et alternées.Dans la première, qui donne son titre au roman, Harry et Charlotte lancent à la société le défi d'un amour qu'ils veulent vivre seuls, hors du temps, sans aucune compromission.Dans la seconde nouvelle, Le Vieux Père, qui sert de contrepoint à la première, un forçat, aux prises avec les forces désordonnées et impitoyables de la nature et de l'instinct, choisit de se mettre à l'abri de la liberté et de l'amour.Faulkner nous ravit autant par la puissance et la beauté des grandes fresques cosmiques qu'il brosse que par la finesse de l'analyse psychologique par laquelle il réussit à rendre présents et vivants des êtres qui sont des prototypes de toute une humanité.RELATIONS Voilà, parmi tant d'autres, les êtres merveilleux que la fréquentation de la littérature contemporaine nous permet de rencontrer.L'exiguîté du lieu ne m'a pas permis d'inviter à cette fête intime de l'imaginaire tous ceux que j'aurais aimé présenter aux lecteurs.Qui sait, peut-être quelqu'un aura-t-il envie, sur la seule foi d'une recommandation hâtive, de rencontrer d'autres héros.Aussi m'empressai-je, avant de terminer, de saluer au passage, comme pour les désigner à l'attention des lecteurs qui seraient à la recherche d'invités pour leurs soirées au coin du feu ou de présents à déposer au pied de l'âtre où veillent l'amitié et l'amour, les Bur-gess(ll), les Marquez(12), les Grenier (13), les Cortazar(l 4), les Updike(15), les Yourcenar( 16), les Gallo(17), les Bodard(18), les Maillet(19), les Car-rier(20), les Ferron(21), les Piuze(22) etc.La porte reste ouverte pour les invités de dernière heure; le silence, accueillant.Avec ces amis chez nous, les jours de congé s'allongent de l'intérieur, car le temps s'arrête au seuil de l'imaginaire et les écrivains immortels communiquent à ceux chez qui ils fréquentent quelque chose de leur jeunesse impérissable.11.\tAnthony Burgess, La Symphonie Napoléon.Paris, Robert Laffont, 1977; L'Homme de Nazareth, 353 p.12.\tGabriel Garcia Marquez, L'Automne du patriarche.Paris, Grasset.13.\tRoger Grenier, La Salle de rédaction.Paris, Gallimard, 1977.14.\tJulio Cortazar, Cronopes et fameux.Paris, Gallimard, 1977.15.\tJohn Updike, Un mois de dimanches.Paris, Gallimard, 1977, 239 p., $1 1.95.16.\tMarguerite Yourcenar, Archives du Nord.Paris, Gallimard, 1977.17.\tMax Gallo, Que sont les siècles pour la mer?Paris, Laffont, 1977.18.\tLucien Bodard, La Vallée des roses, Paris, Grasset, 1977.19.\tAntonine Maillet, Les Cordes de bois.Montréal, Leméac, 1977, 351 p.Ce roman a valu à Antonine Maillet d'atteindre la finale du Goncourt.Au cinquième tour du scrutin, Les Cordes de bois recevaient cinq voix, autant que John l'enfer: c'est la double voix du président du jury, Hervé Bazin, qui devait trancher en faveur de Didier Decoin.20.\tRoch Carrier, Il n'y a pas de pays sans grand-père.Montréal, Stanké, 1977, 116 p., $5.50.21.\tMadeleine Ferron, Le Chemin des dames.Nouvelles.Montréal, La Presse, 1977, 166 p.22.\tSimone Piuze, Les Cercles concentriques.Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1977, 263 p.Zone La Nouvelle Compagnie Théâtrale a donc quitté le Gésu pour emménager dans un théâtre bien à elle, rue Sainte-Catherine, à l'est du boulevard Pie-IX.La restauration et l'aménagement de cet ancien cinéma auront coûté cher, mais un théâtre moderne ne se contente plus, pour éclairer la scène, de deux ou trois herses au plafond et d'une rampe encastrée au plancher.Il lui faut, comme au cinéma ou à la télévision, toute une batterie de puissants réflecteurs et, pour installer facilement les décors, un ensemble de cordages, de poulies, de treuils, de crochets, de rails et autres outils du genre, sans parler des rideaux de toutes sortes.Et pour la salle, des fauteuils confortables, heureusement disposés pour favoriser la vision des spectateurs, un bon système acoustique, une ventilation discrète et efficace, une décoration attrayante et de bon goût: de quoi donner au public l'envie de revenir.Le théâtre Denise-Pelletier \u2014 nom justement approprié a la NCT \u2014 possède tous ces atouts.Les escaliers qui y donnent accès m'ont paru un peu raides, c'est vrai, mais combien de spectateurs, ce soir-là, avaient à peine vingt ans?Pour inaugurer cette salle magnifique, on a choisi le premier grand succès de Marcel Dubé, Zone.Il y a vingt-cinq ans, au Festival National d'Art dramatique de Vancouver, la pièce râflait tous les prix: du coup, elle lançait son auteur et une nouvelle veine dramatique, un théâtre réaliste et urbain.Un document d'époque pour notre jeune dramaturgie.Aujourd'hui, il y a la drogue.Hier, c'était la cigarette.La cigarette américaine dont on faisait la contrebande, parfois sur une haute échelle, Zone nous raconte justement l'histoire d'une bande d'adolescents du \"Faubourg à rn'lass\" dirigés par un chef entreprenant et audacieux.Il s'agit, pour les apprentis-contrebandiers, de sauter le mur de la pauvreté et de la misère pour voir le soleil, jouir un peu de la vie.Nostalgie fraîcheur angoisse par Georges-Henri d'Auteuil Dans ce jeu dangereux, ils suivent \"Tarzan\", leur chef, le seul vrai contestataire du groupe, aigri, violent, prêt à tout: convaincu de meurtre, il finira lui-même victime de son ambition et de son fol orgueil.Le drame de Dubé pose le problème de la délinquence juvénile dans ses causes et jusque dans ses conséquences tragiques; il reste d'une urgente actualité.L'anecdote du thème a pu vieillir quelque peu, son importance, les conditions qui l'engendrent certes pas.Pourtant, le jeune auditoire qui suivait la pièce avec moi semblait bien plus enclin à s'amuser qu'à frémir ou à réfléchir.On accueillait d'un rire appuyé les répliques amusantes des personnages, de \"Moineau\" surtout et même des policiers.Ce n'est pas là indifférence au sujet traité, qui demeure \"interpellant\", comme on aime à dire,- mais ces jeunes estiment sans doute qu'il faut rigoler, si c'est drôle, pour montrer qu'on a bien compris et qu'on respecte l'auteur.D'ailleurs le théâtre réaliste, celui de Marcel Dubé, entremêle le tragique et le comique, comme la vie qu'il entend dépeindre.Pour juger la production de cette année, il serait vain d'en comparer les interprètes aux comédiens du Zone de 1953, qui sont tous devenus de grandes vedettes de notre scène.Contentons-nous d'apprécier loyalement l'équipe rassemblée par Paul Blouin, un connaisseur des oeuvres de Dubé, qui a assumé la mise en scène de l'édition 1977.Jean Leclerc, \"Tarzan\", n'est plus un novice.Il a déjà des plumes à son DECEMBRE 1977 347 chapeau.Sa voix rauque et profonde, ses allures brusques et décidées, son aisance dégagée conviennent à un personnage âpre, facilement violent et autoritaire, et pourtant timide en amour, hésitant et troublé devant Ciboulette.Ciboulette, le seul personnage féminin, était jouée par Marielle Bernard, jeune, vive, convaincue, loyale, énergique.Donc, une bonne Ciboulette, au débit un peu bousculé cependant, ce qui lui fait parfois jeter ses répliques comme par paquet, et dont la voix ne porte pas toujours assez dans la salle.Jean-Pierre Bergeron, ''Passe-Partout\u201d, le rival de Tarzan, est la brebis galeuse du groupe: arriviste, mouchard, voleur, paresseux, c'est le méchant qu'on déteste au théâtre.Au baisser de rideau, quand il est venu saluer à son tour, les applaudissements ont diminué.On a failli le huer, tandis qu'on allait acclamer le \"Moineau\u201d de Marc Messier.Preuve que tous les deux ont bien joué.Quand à Marc Picard et Jacques Thériault, ils expédiaient avec diligence ces besognes pratiques, utiles même aux bandes de contrebandiers.Mais Zone a aussi ses policiers.Aubert Pallascio, Yvan Canuel et Michel Pasquier sont venus coffrer énergiquement les jeunes hors-la-loi pour en tirer les confidences nécessaires à leur inculpation.Scènes, il faut bien le dire, où le coeur cède la place à la ruse, à la menace et, parfois même, au passage à tabac.Ce deuxième acte dégage une tension assez pénible.Heureusement que vient alors l'entracte, pepsi et coke au choix! En somme, un bon spectacle de la Nouvelle Compagnie Théâtrale, digne d'inaugurer sa nouvelle saison et son local permanent, et de rendre hommage à la grande artiste qu'était Denise Pelletier.Gigi On l'a qualifiée de \"pièce vide\u201d.Je l'ai trouvée, au contraire, pleine d'enseignements.D'abord, bien sûr, le chatoiement et la virtuosité de la langue de Colette, qui sait admirablement fignoler des riens et leur donner une apparence de consistance et de réalité.Et cela, seulement avec des mots, des mots ordinaires et d'usage courant, clairs et compréhensibles.Foin du jargon pédantesque! Et puis encore, une peinture presque caricaturale des moeurs très légères de ce qu'on a appelé la Belle Epoque et de son excentricité dans le costume et les manières.en regard de nos accoutrements de jeans.Les partisans du mariage à l'essai savent-ils qu'au début du siècle, on déconseillait déjà aux jeunes filles de se marier avant la trentaine, pour prendre le temps de butiner le suc capiteux de plusieurs fleurs mâles, avant 348 d'arrêter leur choix?Et qu'on trouvait aussi, déjà, des contestataires, comme la petite Gigi, pour refuser de jouer le jeu?Les langoureux enlacements d'un soir, les coucheries d'une nuit, le clinquant des bijoux et le faste des bals, l'hypocrisie de la passion, ce n'est pas pour elle.Comme on le voit, la pièce que nous présente le Rideau Vert dans une mise en scène de Danièle Suissa, sous des allures sophistiquées et apparemment surannées, amène le spectateur d'aujourd'hui à de sérieuses réflexions.Les comédiens sont parvenus à évoquer pour nous cette autre époque et son visage social.Ce climat d'avant les deux guerres, qu'il est bien difficile de juger.Quoi qu'il en soit, Danièle Suissa a déniché une admirable Gigi.Mireille Deyglun en a toute la fraîcheur, la grâce, le naturel, la spontanéité, la sincérité.Voilà beaucoup d'éloges: mérités.Des qualités qui annoncent une rapide ascension.Françoise Faucher est déjà au sommet.Sa parfaite interprétation de l'ineffable Alicia de Saint-Efflam en témoigne, une fois de plus.Du grand comique.Michel Dumont élégant et désinvolte jusqu'à ce que l'amour le captive, la grand-mère-poule Lénie Scoffié, l'artiste manqué de Marthe Choquette, sans oublier Yvon Bouchard, domestique de grand style, comme il convient, complètent heureusement la distribution.Une Gigi où l'on ne s'ennuie pas et qui plait.Que demander de plus?Pièce à deux Oui, une pièce étrange, compliquée, insolite, déroutante.Décevante même pour plusieurs.Ce qui pourrait expliquer les applaudissements hésitants et peu enthousiastes à la fin de Pièce à deux de Tennessee Williams, présentée sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde.Après Ti-Jésus, Bonjour, un virage complet, qui a paru surprendre le public.Il faut dire qu'il n'est pas facile de déchiffrer la trame de l'oeuvre de Williams.Deux personnages, Felice et Claire, le frère et la soeur.Comédiens tous les deux; les autres membres de leur troupe de tournée viennent de les abandonner en leur envoyant, pour toute explication, un télégramme ainsi libellé: \"Vous et votre soeur, deux fous\".On a annoncé un spectacle et loué une salle d ans une quelconque ville d'Europe.Il y a des spectateurs.De toute force, il faut jouer.Mais quoi?Felice, le directeur de la \"troupe\", décide de représenter Pièce à deux, qui appartient à son répertoire.Alors commence la complete ambiguité.Qu'est-ce que cette Pièce à deux?Vraiment on n'en saura jamais rien, sauf que c'est un étonnant imbroglio, le mélange du texte fictif et de ses personnages à de nouvelles répliques, improvisées par les deux comédiens pour exprimer leurs propres sentiments d'angoisse, de peur, de remords, de culpabilité, leurs souvenirs et leurs rêveries d'autrefois.On ne sait plus où on est.Au théâtre?Dans la vie?Dans la chaleur torride du sud des Etats-Unis où se situe l'action de Pièce à deux?Sur la scène glaciale et mal éclairée où la pièce se déroule dans un décor fragmentaire (le reste n'est pas arrivé)?Un inextricable puzzle dont il nous est impossible de rassembler les pièces.Nous voici plongés dans l'atmosphère habituelle du théâtre de Tennessee Williams: un climat suffocant, sécrété par les sentiments troubles, inquiétants, morbides de personnages déséquilibrés ou pervers.Reflets de la vie agitée et des expériences personnelles de l'auteur, qui admet lui-même que son oeuvre est \"autobiographique\" et qui écrit pour un public friand de complexes et d'analyses.Pièce difficile à suivre pour le spectateur, difficile surtout à interpréter, mais qui est cependant \"admirablement jouée\" au TNM, de l'avis d'un connaisseur rencontré à la sortie.Grâce à Daniel Gadouas et à Louise Marleau, mais aussi sans doute au metteur en scène Jean Salvy.La preuve est faite depuis Soudain l'été dernier, Louise Marleau est une interprète idéale des héroïnes de Williams.Son équilibre remarquable lui permet d'analyser avec perspicacité les réactions imprévues et les obsessions disparates des névrosées de l'auteur et de leur donner, dans le jeu, les mille nuances requises, sans excès comme sans réticence.Rendre naturel et normal un personnage fantasque, versatile, anormal, voilà la brillante réussite de Louise Marleau.Ce n'est pas un mince succès.Est-ce l'hérédité?Daniel Gadouas a beaucoup de talent.Il le démontre, une fois encore, dans Pièce à deux.Même si son personnage paraît moins angoissé, plus apte à décider avec bon sens, que celui de sa partenaire, il joue lui aussi un rôle bien étrange.Le monologue du début sur la peur qu'il essaye de surmonter trahit quelqu'un de moins serein, de moins sûr de lui qu'il ne voudra l'afficher ensuite, non sans accroc.Nuancé et très plausible, le jeu de Daniel Gadouas emporte notre adhésion.RELATIONS Rotation des grands V\\etb\\ets te v*> P\"**\tXx K»»*'*'\" ,< l *
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.