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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1978-04, Collections de BAnQ.

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[" AVRIL 1978 $1.00 no 436 francophones hors québec Claude Morin Hubert Gauthier René-J.Ravault Pierre Savard L\u2019AVENIR DES COMMUNAUTÉS DE LANGUE FRANÇAISE DU CANADA.quelque chose doit changer! Les chrétiens après la désillusion tranquille une étude de Guy Paiement La politique et les croyants au Canada une enquête d\u2019Irénée Desrochers /- avril 1978 Robert TOUPIN Claude MORIN SOMMAIRE Francophones hors Québec Politiser le mouvement de revendication Le Québec et les minorités françaises: une responsabilité morale \\ vol.38 no 436 99 100 Pierre SAVARD\tDe la difficulté d\u2019être Franco-ontarien\t105 Hubert GAUTH 1ER\tLa Fédération des francophones hors Québec\t109 René-Jean RAVAULT\tHéritiers de Lord Durham et de Louis Riel\t110 Articles Guy PAIEMENT\tNouvelles pratiques ecclésiales ou\t113 de quoi demain sera-t-il fait?Irénée DESROCHERS\tLa politique et les croyants au Canada\t116 I: L'Eglise catholique et \u201cl\u2019unité canadienne\u201d Michel SOLOMON\tLe rapprochement Israélo-Egyptien,\t121 seul espoir de paix au Moyen-Orient images, formes, symboles Jean-René ETH 1ER Gabrielle POULIN \\ Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère.Les meilleurs romans québécois de 1977 124 126 _______J lülUllUllü\t1\t\tNouveautés revue du mois publiée sous la responsabilité\t\tCanada\u2019s Anti-Inflation Program d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus\t\tpar O.J.Firestone Directeur: Robert Toupin\t\t15,5 x 23 cm., 274 pages.Prix: $7.50 Conseil de Direction: Bernard Carrière, Jean-Louis D\u2019Ara-\t\tLe Bas-Canada gon, Jean-Guy Saint-Arnaud, Jacques Saint-Aubin.\t\t1791-1840 Comité de rédaction: Albert Beaudry, secrétaire, Jacques\t\tChangements structuraux et crise Chênevert, Irénée Desrochers, Robert Toupin.\t\tpar Fernand Ouellet Dessin: Sylvie Corbeil.\t\t15 x 23 cm., 542 pages.Prix: $15.00 Administration: Maurice Ruest.\t\t Rédaction, Administration et Abonnements:\t\tLanguage Maintenance 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal H2P 2L9\t\tand Language Shift in Canada.Tél., 387-2541.Publicité: Liliane Saddik,\t\tPaul Lamy (éd.) 1700, rue Allard, Ville Brossard.Tél.: 678-1209\t\t15 x 23 cm., 114 pages.Prix: $3.75 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $10 par année.Le numéro: $1\t\tThe E.J.Pratt Symposium \t\tReappraisals: Canadian Writers Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoi-\t\tGlenn Clever (éd.) re analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la\t\t15 x 23 cm., 188 pages.Prix: $4.80 Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de\t\t périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Cana-\t\tEn vente chez votre libraire et aux: dian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadien-\t\t ne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019é-\t\t ducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.\t\tcaillons Q6 On peut se procurer le microfilm des années complètes de\t\tl\u2019Université d\u2019Ottawa Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Ar-\t\t bor, Michigan 48106 U.S.A.\t\t65, avenue llastey, ISSN 0034-3781\t\tOttawa, Ont.\tCourrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.\t,\t\tI\tK1N6N5 98 RELATIONS L\u2019AVENIR DES COMMUNAUTÉS FRANCOPHONES HORS QUÉBEC politiser le mouvement de revendication par Robert Toupin Depuis l'époque de Louis Riel jusqu'à celle de l'accession du Parti Québécois au pouvoir et au-delà, des événements de haute signification ont marqué l'évolution du nationalisme franco-canadien, à tel point qu'actuellement, on en est venu à polariser le militantisme des minorités francophones, non plus, comme autrefois, en termes de \"survivance\" seulement, mais en termes d'\"appartenance\".Une appartenance qui s'articule encore difficilement.Etre franco-manitobain, franco-albertain ou Acadien, dispersé ou isolé dans un immense territoire, où une tradition de résistance a forgé le caractère de plusieurs générations de patriotes au creuset des luttes pour la survivance, c'est vivre pourtant sous le poids de la question: Quel est l'avenir des communautés de langue française au Canada?Les arguments et les analyses de messieurs Claude Morin, Hubert Gauthier, René-Jean Ravault et Pierre Savard font voir qu'il y a peu d'espoir d'atteindre des résultats concrets si l'on n'admet, au départ, la nécessité de politiser le mouvement de revendication, sur tous les plans, tant fédéral que provincial.Sur ce vaste champ de bataille fourmillent les apôtres de la démission.Et les communautés francophones hors Québec, qu'animait autrefois la ferveur nationale à saveur religieuse \u2014 la langue étant gardienne de la foi! \u2014 se heurtent à de nouveaux obstacles, tels les mass media, chasse-gardée de la culture nord-américaine, catalyseur aliénant des inerties et des divisions.Si le projet de consolidation de ces communautés n'a point de prise sur un territoire (économique et culturel) aménagé à leur profit, sur une vie culturelle qui relance les spontanéités issues du monde des jeunes, sur le déploiement d'énergies qui prennent leur place dans l'aménagement politique, le résultat ne laisse aucun doute: une assimilation accélérée, aggravée, hélas, par une certaine peur de l'affrontement, par la crainte d'appuyer ouvertement ceux qui ont l'audace de s'engager.Cet échéancier menaçant est un appel, il crie l'urgence d'un leadership moral, indispensable au débloquage culturel.Tout un programme donc! Au fond, c'est celui de mon identité! L'Acadien n'a pas peur d'être Acadien: il accepte d'engager le combat, il a foi en sa valeur personnelle, il est fier de ses racines familiales.En Alberta, au Manitoba, en Ontario, quelles forces répriment cette attitude?On s'identifie par sa langue.avant tout! et non autrement! C'est le fondement de la culture! une loi \"fondamentale\" l'a exprimé pour le Québec, la loi 101.qui fait que je refuse l'aliénation ou les servitudes du langage \"américain\", contaminateur d'identité! Actuellement, rien n'est acquis hors Québec! Par^ la force de l'habitude, on consent facilement à être l'otage des autres.Là où il n'y a pas d'égalité et de justice, il n'y a pas de liberté! L'égalité.S'il y a un principe que la majorité anglophone a foulé aux pieds depuis la Confédération, c'est bien celui-là, nous disait le député de Mercier, M.Gérald Godin, au récent symposium de Sudbury (2/3 mars) sur l'avenir de la francophonie ontarienne.La publication des Héritiers de Lord Durham, il y a un an, a révélé au public la profondeur du malaise entretenu au sein des communautés de langue française du Canada par un fédéralisme essoufflé.Il faut revendiquer: \u2022\tle contrôle du secteur de l'éducation (créer des conseils scolaires homogènes, de langue française, des collèges de langue française); \u2022\tla reconnaissance officielle et légale du français, i.e.une véritable garantie des droits des minorités de langue française; \u2022\tun réseau de radio et de télévision; \u2022\tune politique de développement des communautés francophones, dans ces régions où elles sont considérées comme viables.N'oublions pas que c'est dans un régime fédéral que les minorités francophones ont vu leur taux d'assimilation croître dangereusement.Pour les Québécois, contraints par les règles du jeu fédératif, de suivre de loin les luttes de ces frères \"de l'extérieur\", les résistances que rencontrent les francophones hors Québec, dans leur milieu de vie (chez eux) comme aux différents échelons de l'administration civile de leur pays, ont valeur de projection.Elles font réfléchir.A l'échelle du continent, nous autres, Québécois, nous sommes une minorité menacée.Si nous nous privons des instruments qui nous permettraient de structurer une société francophone qui se tienne, nous nous condamnons à n'avoir plus bientôt qu'une identité nostalgique et une culture de ghetto: à quémander nos droits, a dénoncer les \"hard facts of life\".et à pratiquer le folklore.AVRIL 1978 99 une entrevue avec CLAUDE MORIN Le Québec et les minorités françaises une responsabilité morale Relations \u2014 Monsieur le Ministre, dans son programme officiel, le Parti Québécois n'est pas très loquace quand il aborde la question des minorités francophones.Il affirme seulement qu'\"un gouvernement du Parti Québécois s'engage à prendre les mesures nécessaires pour favoriser l'immigration au Québec des individus et des familles francophones établis au Canada\".Ce qui amène les analystes du Time Magazine à conclure que, pour le présent gouvernement, \"les Canadiens français des autres provinces n'ont d'autre choix que de rentrer au Québec, s'ils veulent continuer de vivre en français\" (1).Est-ce bien là la politique québécoise face aux francophones hors Québec?Claude Morin \u2014 D'un simple point de vue démographique, il est évident qu'il est plus facile de vivre en français au Québec qu'ailleurs et que, si on ne veut pas courir le risque d'être assimilé, il est plus sûr de s'installer ici qu'à Omaha, Dallas ou Calgary.Le programme du Parti Québécois prévoit que ceux qui voudront rentrer au Québec pourront le faire et que des dispositions particulières seront prises pour leur venir en aide.Nous ne disons pas aux minorités francophones: \"vous n'avez pas le choix; si vous ne voulez pas disparaître, vous n'avez qu'à rentrer\".Il n'est aucunement question d'obligation: ce n'est * C'est le 2 mars dernier que le ministre québécois des Affaires intergouvemementales accordait cette interview à Irénée Desrochers et Albert Beaudry.1.\tTime, 1 3 février 1978, p.30.2.\tNDLR.Les participants au Symposium sur \"L'Avenir de la francophonie ontarienne\" qui se tenait à Sudbury les évidemment pas à nous de décider de ce que ces gens voudront faire.D'autre part, nous n'avons aucune intention de les bercer d'illusions; quand on trouve 800 francophones dans une ville de 40,000 habitants, la survivance est en jeu.Même dans la ville de Québec, la communauté anglophone a peine à résister à la pression démographique du français.Cependant, notre gouvernement a défini sa politique face aux minorités francophones du Canada.L'an dernier, au mois d'avril, je suis allé à Saint-Boniface rencontrer les membres de la Société franco-manitobaine; la conférence que je prononçai à cette occasion a ceci de particulier qu'elle expose la politique du gouvernement québécois telle qu'approuvée formellement par les membres du cabinet.Avant de partir pour l'Ouest, j'ai fait tenir le texte aux autres ministres; il a été discuté et adopté.Il ne s'agit donc plus de l'avis de Claude Morin, mais bien de la position officielle du gouvernement québécois sur la question des minorités (2).Relations \u2014 Dans cette conférence, précisément, vous affirmiez que la responsabilité du Québec et des Québécois à l'égard des francophones des autres provinces n'est ni politique, ni juridique, mais morale.Qu'est-c( au juste que cette responsabilité morale?2 et 3 mars dernier, ont pu vérifier l'importance de ce document.Invité à traiter de la Charte du français au Québec et des francophones hors Québec, le ministre québécois du Développement culturel, M.Camille Laurin a tenu à citer longuement la conférence de M.Morin à Saint-Boniface.Claude Morin - Comme il y a plus de cinq millions de francophones au Québec et quelques centaines de milliers à l'extérieur, ce qui se passe ici affecte nécessairement aussi bien le comportement de ces populations éloignées que le traitement dont elles sont l'objet.Nous ne pouvons pas nous désintéresser de ce qui leur arrive, en ce sens que dans la mesure où nous pouvons leur donner un coup de main, nous avons le devoir de le faire, en respectant cependant \u2014 c'est là que joue l'élément juridique \u2014 le fait fondamental que l'autorité politique qui s'exerce sur eux n'est pas celle du Québec mais celle de leurs provinces.Nous ne pouvons pas, par exemple, prendre charge des francophones hors Québec au plan de l'éducation.Ce n'est pas notre juridiction.Nous n'avons pas non plus de responsabilité politique en ce sens que nous ne pouvons pas nous considérer, ex officio, comme les défenseurs des dioits des minorités francophones; elles-mêmes ne l'accepteraient pas, d'ailleurs.Les citoyens de la Saskatchewan n'accepteraient pas de voir le gouvernement québécois défendre leurs intérêts auprès de leur propre gouvernement ou auprès du gouvernement d'Ottawa, pas plus que nous n'accepterions que le gouvernement ontarien ou le gouvernement fédéral n'interviennent en faveur des anglophones du Québec.Dans le système fédéral actuel, il existe une répartition des pouvoirs et une responsabilité territoriale qu'il faut respecter.Mais la responsabilité morale demeure: elle nous incite à nous montrer particulièrement attentifs aux besoins que nous exposent les francophones hors Québec.Nous sommes en contact étroit avec la Fédération 100 RELATIONS Non-ingérence, non-indifférence (Extraits de la conférence de M.Claude Morin à Saint-Boniface) Notre premier principe découle d'un fait simple, mais d'importance majeure: vous et nous parlons la même langue.Pour cette raison, hier, aujourd'hui comme demain, le Québec et les Québécois ne peuvent être indifférents au sort des minorités francophones des autres provinces.Quand des francophones de l'extérieur du Québec s'assimilent cela signifie que des gens cessent de parler la même langue que nous, qu'ils ne font plus partie de notre groupe culturel et qu'ils délaissent cette portion de la civilisation humaine que nous sommes.De cet intérêt, un second principe découle: s'ils ne peuvent avoir de responsabilités juridiques ou politiques à cet égard, le Québec et les Québécois doivent se reconnaître une responsabilité morale envers les minorités francophones.Nous croyons à la non-ingérence dans les affaires internes des autres états et nous tenons à ce que les autres états adoptent la même attitude par rapport à nous.C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous substituer aux autres gouvernements pour nous acquitter, à leur place, de tâches qui leur reviennent de droit.D'ailleurs, personne ne nous le demande et nous ne nourrissons pas, à ce propos, de velléités paternalistes.(.) Ces principes valent pour la période actuelle, mais ils vaudront ne changerons pas d'attitude par rapport aux francophones hors Québec parce que notre statut politique changera.Nos positions sont en effet fondées sur des considérations historiques, démographiques, juridiques et culturelles qui sont pour nous des données de base.D\u2019après La Liberté, 28 avril 1977.des francophones hors Québec ainsi qu'avec les différentes associations provinciales.Nous mettons à leur disposition un budget \u2014 qui n'a rien de sensationnel, étant donné nos moyens \u2014 mais dont ils établiront eux-mêmes l'utilisation.Nous n'avons aucunement l'intention de les manipuler.C'est à eux qu'il revient d'évaluer leurs besoins, de définir leurs priorités et de choisir leurs modes d'action.Relations \u2014 Ni manipulation, ni chantage; c'est bien ce que vous voulez dire quand vous affirmez que \"les minorités francophones ne doivent être les otages de personne\".Claude Morin \u2014 Exactement.Je récuse absolument l'argument implicite qui devrait nous convaincre de \"filer doux\": ne touchez pas aux privilèges des anglophones du Québec parce qu'autrement ce sont les francophones des autres provinces qui feront les frais de votre politique linguistique.Ou encore: conservez le système fédéral actuel tel quel, parce qu'autrement les francophones hors Québec sont condamnés à disparaître.Je rejette ce raisonnement pour deux raisons.La première jusqu'à maintenant nous avons vécu en système fécéral et nous avons pu constater qu'il n'a pas empêché l'assimilation; la deuxième: depuis que nous sommes au pouvoir au Québec, on constate un intérêt pour les francophones hors Québec tel qu'il n'en avait jamais existé auparavant; ils sont devenus à la mode à cause de nous.Dans une conférence devant l'ACELF, j'ai indiqué les deux facteurs qui, à mon avis, détermineront l'avenir des minorités françaises: d'cbord, leur propre volonté de survivre et, deuxièmement, un Québec politiquement fort, sans doute leur meilleur allié.Relations \u2014 C'est un fait qu'on a assisté dernièrement à un regain d'intérêt pour les minorités francophones; mais n'est-ce pas justement parce que le Québec est encore à l'intérieur de la confédération?Claude Morin \u2014 Si ça n'est que ça, on ne s'intéresse aux francophones hors Québec que lorsque le Québec menace le système.Il s'ensuit, si votre raisonnement est juste, que dans tous les cas, qu'on change ou non le système actuel, ILS laisseront tomber les francophones hors Québec.En d'autres termes, nous ne serions utiles aux minorités que dans la mesure où subsiste le danger d'une \"séparation\" (un terme que nous évitons d'employer, car il ne correspond pas à ce que désirons).Que la menace disparaisse, soit que nous nous soumettions, soit que nous devenions un Etat souverain, et les francophones des autres provinces sont condamnés à disparaître.Pour ma part, je n'accepte pas cette lecture des faits.Relations \u2014 Est-ce que telle n'est pas, pourtant, la réalité politique?Claude Morin \u2014 Si c'est vrai, les francophones hors Québec sont mal pris.Car l'avenir ne nous réserve que deux possibilités: ou le Québec se soumet, ou il devient souverain.Ne nous faisons pas d'illusions: si le Québec vote NON au référendum, il n'y aura pas de révision en profondeur du pacte confédératif de la part du Canada anglais, simplement parce qu'il \"aura eu peur\".Le NON sera interprété par le Canada anglais comme une sanction accordée au statu quo par la population du Québec.Pis encore, le NON, en plus d'entraver une véritable refonte de la constitution, permettra au gouvernement fédéral et aux partisans de sa politique d'exercer une centralisation jamais vue jusqu'à présent.Mais, encore une fois, la situation ne sera pas moins critique pour les minorités dans l'éventualité de la soumission du Québec qu'advenant son indépendance.Relations \u2014 Mais avons-nous bien considéré toutes les options possibles?Le Québec pourrait représenter une menace même par la voix d'un parti libéral qui se tienne.Il semble bien que la majorité des francophones des autres provinces tiennent au fédéra- AVRIL 1978\t101 lisme, qu'ils voudraient voir renouvelé en profondeur.Claude Morin \u2014 D'accord.Mais je suis convaincu qu'il n'y aura jamais de \"fédéralisme renouvelé en profondeur\", si nous perdons le référendum.Pour modifier vraiment la situation présente au Canada, il y a deux conditions indispensables.Il fallait d'abord que le Parti Québécois arrive au pouvoir à Québec, pour créer une situation de choc (c'est ce que j'avais laissé entrevoir dans les dernières pages de mon livre Le combat québécois); depuis l'élection du PQ, on assiste à une effervescence sans précédent au Canada anglais:\tles commissions d'enquête, les groupes de travail, les colloques se multiplient, le Canada anglais est en train de faire son \"homework\".Quant à la deuxième condition nécessaire pour changer la situation, c'est l'opinion clairement et démocratiquement exprimée de la majorité des Québécois: \"il faut que ça change\".Si les Québécois devaient répondre NON à une question qui reviendra finalement à demander \"Voulez-vous un changement en profondeur?\", la deuxième condition ne sera pas réalisée, la première, d'un coup, perdra son sens et le Canada anglais retombera dans l'ornière du statu quo.Avez-vous vu Le Devoir d'aujourd'hui?Il y a un texte excellent sur le mirage de la \"troisième voie\"(3).Je suis tellement convaincu que le Canada anglais n'acceptera pas autrement de se transformer que j'ai décidé de quitter la vie administrative, quand j'étais sous-ministre; puis, ultérieurement, car ce n'était pas mon intention au départ, je me suis engagé dans la politique active pour provoquer, par l'élection d'un parti et par un référendum, le changement fondamental du Canada.Il n'y aurait même pas de fédéralisme renouvelé \u2014 ce n'est pas ce que je propose puisque je lutte pour la souveraineté-association \u2014 autrement que par un changement politique à Québec et un référendum.Tant que le Canada anglais ne se trouvera pas en face de la volonté claire du peuple québécois, il ne bougera pas.3.Il s'agit d'une \"lettre au Devoir\", de M.Georges Allaire de La Pocatière.Nous la reproduisons à la page voisine.102 Relations \u2014 Pourquoi pensez-vous alors qu'il finira par accepter une association?Claude Morin \u2014 D'abord, parce qu'elle existe déjà en bonne partie, cette association.Bien des gens font l'erreur de croire qu'il s'agira de bâtir \"à partir de rien\" l'association avec le Canada, ou encore qu'il nous faudra l'établir après nous être complètement dissociés.Liberté de circulation, monnaie commune, marché commun, tout ça existe déjà et n'a pas à être refait: quelques ajustements suffiront.Ensuite, il n'est pas question de commencer par une séparation complète pour négocier ultérieurement une association avec le Canada:\tcomme s'il fallait créer im- médiatement un système de représentation diplomatique ou une armée pour les défaire ensuite, une fois conclue l'entente avec Ottawa: ce serait pour le moins saugrenu.Pas question de s'isoler d'abord, pour se réassocier seulement dans une phase ultérieure.Un NON au référendum reviendra finalement à entériner le statu quo.Qu\u2019est-ce que le statu quo réserve aux minorités francophones?.Dans cette perspective, et compte tenu de certains facteurs économiques qu'on a souvent tendance à négliger (il y a 100,000 emplois en Ontario qui dépendent du commerce avec le Québec), il ne faut pas être dupes des \"positions de négociation\" affichées par les autres provinces quand elles menacent de refuser l'association avec un Québec souverain.Si elles nous disaient dès aujourd'hui: \"entendu! nous nous associerons avec vous quand vous aurez opté pour la souveraineté\", notre problème serait déjà résolu.Or elles n'ont évidemment aucun désir de nous faciliter la tâche, puisque nous dérangeons un statu quo qui a été profitable aux anglophones canadiens jusqu'à maintenant.Relations \u2014 On a suggéré d'inscrire dans la constitution un article spécial protégeant les droits culturels de la minorité francophone; diverses asso- ciations francophones d'autres provinces ont donné leur appui à cette proposition.Pourquoi ne l'acceptez-vous pas, au moins provisoirement, tant que la souveraineté n'est pas acquise?Claude Morin \u2014 Pour plusieurs raisons.D'abord, pour aider vraiment les minorités francophones.Un amendement constitutionnel qui statuerait que les communautés francophones ou anglophones ont droit à des institutions d'enseignement dès que leur nombre est suffisant, c'est une disposition constitutionnelle non contraignante.D'abord quel serait ce \"nombre suffisant\"?Ensuite, les accords de réciprocité que nous proposons engagent immédiatement: ils sont plus rcpidement mis en oeuvre qu'une déclaration de principe.Or la situation est urgente; au rythme où progresse l'assimilation des francophones hors Québec, les solutions efficaces sur une période de dix ans arriveront trop tard.Deuxièmement, même en supposant que le Québec soit d'accord avec un amendement de cette nature, il ne pourra pas être discuté au moins avant l'automne prochain.Et puis, s'il s'agit de modifier la constitution, on soulève du même coup l'opportunité d'autres amendements constitutionnels; vous voyez d'ici les délais qu'entraînerait un débat de cet ordre.D'ailleurs, si les minorités francophones sont gagnées à l'idée d'un amendement constitutionnel, les gouvernements des provinces de l'Ouest sont loin de s'y rallier.Et il suffit qu'une province s'objecte pour tout bloquer.Au fond, nous n'avons même pas besoin d'exprimer notre désaccord, l'Ouest s'en chargera.Cette solution est illusoire:\tmême si elle était acceptée, il faudrait plusieurs années pour qu'elle soit mise en opération; mais elle a déjà toutes les chances de n'être pas acceptable pour les provinces, responsables en définitive de son application.Enfin, il y a une troisième raison.Nous croyons qu'il ne suffit pas de retoucher la constitution ici et là; ce qu'il nous faut, c'est une transformation radicale du Canada tel qu'il existe actuellement.Si le mirage des amendements devait amener le gouvernement québécois à réviser sa politique, ce serait l'échec; pour les RELATIONS L'impasse de la troisième voie Je vous propose le scénario suivant: Hypothèse: Claude Ryan gagne la chefferie du Parti libéral du Québec; Hypothèse: Claude Ryan gagne le référendum, i.e.les Québécois rejettent l'idée de souveraineté-association ; Hypothèse: Claude Ryan gagne les prochaines élection québécoises, i.e.devient Premier Ministre du Québec.Claude Ryan se rend alors à Ottawa pour réclamer les réformes constitutionnelles \"inévitables\" qui correspondent à ses aspirations québécoises.Pierre Elliott Trudeau le reçoit le sourire aux lèvres et lui répond gentiment: \"Mon cher Claude, je regrette, mais les Québécois se sont prononcés en faveur de la Confédération.\u201d Claude Ryan revient à Québec, se rend à son bureau, s'y enferme, et braille.Le Devoir, 2 mars 1978, p.4 Cette lettre de M.Georges Allaire au directeur du Devoir ne pouvait guère manquer de combler M.Claude Morin.minorités francophones, pour les raisons que je viens de signaler; pour le Québec, parce que le jeu des négociations constitutionnelles traînera en longueur aussi longtemps que nous n'aurons pas eu de référendum pour donner au Québec un véritable moyen de pression.Encore une fois, les modifications constitutionnelles proposées par M.Trudeau seront peut-être efficaces dans dix ans, mais à ce moment-là, combien restera-t-il de francophones dans certaines provinces?La situation est réellement urgente.Relations \u2014 Toutefois, si la seule solution qui vous paraisse acceptable, celle des accords de réciprocité, est refusée à Montréal comme à St.Andrew's, on n'est guère plus avancé.A quoi sert la solution idéale si elle n'est pas \"vendable\"?Gardez-vous espoir de conclure de tels accords?Claude Morin \u2014Voyons d'abord pourquoi ces accords ont été refusés jusqu'ici.Nous sommes suspects.Même lorsque nous agissons comme un authentique gouvernement provincial fédéraliste.Rien de plus fédéraliste que les accords que nous proposons, car il s'agit d'ententes conclues par les provinces en des domaines où leur juridiction est complète; d'ailleurs, M.Trudeau lui-même, dans Le fédéralisme et la société canadien-ne-française, suggérait de tels accords.Malgré cette attitude légitime en régime fédéraliste, on nous soupçonne d'ourdir de sombres complots; en sous-main, le gouvernement fédéral déconseille aux provinces de négocier avec nous, sous prétexte que ce serait \"réaliser\" la souveraineté-association.Ces réserves sur les accords de réciprocité sont d'autant plus curieuses que nous signons régulièrement des ententes avec les autres provinces dans les domaines les plus divers.Mais il y a plus grave.C'est que les autres savent très bien que s'ils signent un accord de réciprocité avec le Québec, ils seront obligés de \"livrer la marchandise\", car ils seront liés par un texte précis.Et ici, le chemin à faire est considérable.Je trouve invraisemblable qu'on continue de scruter au microscope la paille qui est dans l'oeil du Québec en tournant le petit bout de la lorgnet- te vers la poutre qui aveugle nos voisins.On met en doute nos motifs, mais on accepte sans ciller les déclarations d'un premier ministre qui se déclare \"disposé à faire son possible\" pour améliorer la situation des francophones dans sa province: au Canada, il y a deux poids et dix mesures, quand il s'agit des minorités.Nous ne perdons pas espoir de conclure quelques accords, cependant.Prenons le cgs du Nouveau-Brunswick.A l'heure actuelle, compte tenu des améliorations réalisées et de la voie où ils se sont engagés, ils pourraient signer dès demain un accord de réciprocité avec nous.Mais M.Hatfield ne voudra pas signer, pour conserver les faveurs d'Ottawa et pour ne pas être le seul ou le premier à négocier avec nous sur ce terrain.Etrange situation,où la seule province qui puisse conclure un accord renonce à le faire.précisément parce que les autres ne sont pas prêtes! De St.Andrew's à Montréal, on a pu noter quelque progrès.Quand le débat autour de la Loi 101 se sera apaisé, on pourra entamer des négociations sérieuses.Relations \u2014 On a suggéré de mettre sur pied une commission permanente pour protéger les droits des minorités à travers le Canada.Dans l'hypothèse où les accords de réciprocité tarderaient, serait-ce le recours le plus pratique?Claude Morin \u2014 Il ne faut surtout pas oublier que l'éducation est du ressort des provinces.A première vue, la solution serait de confier au fédéral la responsabilité de l'enseignement aux minorités.Cette solution est pourtant totalement inacceptable: abdiquer une partie de nos compétences en matière d'éducation, c'est permettre au fédéral de prendre peu à peu le contrôle de toute cette juridiction.Et je ne vois personne, même chez les anglophones, qui soit disposé à l'accepter.Ce serait la poursuite d'une illusion.En fait, c'est aussi illusoire que le Canada à cinq provinces prôné par certains hommes politiques, dont M.Ryan, comme solution de rechange à la Souveraineté-Association.Quel sera le gouvernement provincial qui acceptera de se fusionner à un autre?Il n'y a pas d'autre solution pratique que les accords de réciprocité, négociés \"sur mesure\" en fonction de la situation de chaque province.Par-dessus le marché, nous leur offrons même les enseignants: ils n'auraient qu'à engager des professeurs que nous pourrons leur prêter.Relations \u2014 Dès qu'on parle de réciprocité, on entrevoit des échanges; si le Québec attend des autres provinces qu'elles fassent justice aux minorités francophones en matière d'éducation, qu'est-ce qu'il est prêt à mettre dans la balance?Est-ce que la Loi 101 AVRIL 1978 103 ne lui remet pas des \"otages\" qu'il pourrait échanger dans le cadre d'un accord de réciprocité?Claude Morin \u2014 Et quels seraient ces otages?Relations \u2014 Les anglophones des autres provinces qui n'auraient pas accès à l'école anglaise au Québec, à moins d'ententes bilatériales.Claude Morin \u2014 Revenons d'abord au mot \"otages\".On ne peut tout de même pas considérer comme des \"otages\" du Québec des personnes qui ne s'y trouvent même pas: il s'agit de citoyens anglophones résidant à l'heure actuelle à l'extérieur du Québec et qui pourraient, un jour, décider de venir s'installer ici.Est-ce qu'on prend en otages des gens qui sont à l'étranger?La Loi 101 crée pour la minorité anglophone du Québec une situation incomparablement meilleure que celle de n'importe quelle minorité francophone du Canada: elle a son double réseau d'enseignement, ses journaux, ses média, sa société.Nous nous sommes montrés généreux.Mais, face à la pression démographique créée par l'arrivée d'immigrants qui tendent à grossir le groupe de langue anglaise, nous intervenons pour imposer aux nouveaux arrivants de s'associer à nous, en français.On nous reproche de porter atteinte au droit des immigrants de fréquenter l'école anglaise; mais d'où vient ce droit?L'immigrant choisit de venir au Québec; notre société a le droit de poser ses conditions pour l'admettre.Quant aux anglophones des autres provinces, le cas de la grande majorité d'entre eux est déjà prévu: ceux qui viennent ici pour quelques années seulement peuvent envoyer leurs enfants à l'école anglaise (deux fois trois ans).Et d'ailleurs, combien d'cnglophones viennent s'établir au Québec?Tout ce projet, au fond, n'affecte que peu de gens.Et puis, qu'y a-t-il de si mauvais à apprendre le français?4.Michel Bastarache, \"Le point de vue d'un Acadien sur la crise constitutionnelle\" dans L'Action Nationale, nov.-déc.1977, pp.191-200.104 Relations \u2014 Plaçons-nous maintenant au moment des négociations en vue de la Souveraineté-Association.On a l'habitude de définir l'Association en termes économiques et la Souveraineté en termes politiques.Or le rapport entre les Etats qui forment présentement le Canada, pour ce qui a trait aux minorités, est un problème strictement politique.Comment allez-vous pouvoir aider politiquement les groupes minortaires, si vous vous engagez dans une négociation économique, la souveraineté politique étant acquise?Est-ce que vous ne renoncez pas implicitement à soutenir les autres francophones, au plan \"international\"?Claude Morin \u2014 Le Québec souverain ne s'isolera pas.Qu'est-ce qui l'empêcherait de conclure des accords d'éducation avec tel ou tel état de la fédération canadienne, comme aujourd'hui la France peut en signer avec nous?Des accords au plan de la culture et de l'enseignement n'ont rien à voir avec la Souveraineté-Association.Relations \u2014 Plusieurs francophones des autres provinces estiment, comme Michel Bastarache (4), que les intérêts des minorités ne sont pas nécessairement conciliables avec ceux du Québec.Favorables à un fédéralisme renouvelé, ils se considèrent partie avec nous d'une seule et même nation canadienne-française.Au moment du référendum, dans quelle mesure ces francophones éloignés seront-ils admis à participer au processus de délibération et de décision mis en route par le gouvernement québécois?Claude Morin \u2014 Pour déterminer pratiquement le cadre de la décision, nous avons résolu que seuls les citoyens du Québec voteront lors du référendum, quelle que soit leur origine ethnique.Il n'est pas question d'étendre ce droit aux francophones des autres provinces car les autres Canadiens voudront aussi être admis à voter: le référendum deviendrait alors parfaitement inutile.Par ailleurs, les francophones résidant en dehors du Québec ont parfaitement le droit de faire valoir leur point de vue:\tils peuvent organiser ici des assemblées pour exposer leurs con- victions aux électeurs québécois.Mais qu'ils se rendent bien compte de ce qu'ils feraient alors: le NON au référendum revient à entériner le statu quo; et qu'est-ce que le statu quo leur réserve?Relations \u2014 Une fois gagné le référendum, comment voyez-vous qu'on puisse appliquer au Québec le concept de \"multiculturalisme\" qui semble actuellement s'imposer à travers le Canada?Claude Morin \u2014 C'est le Livre Blanc sur la culture qui traitera de cette question.Il y aura du multiculturalisme au Québec, mais pas dans le sens prôné par le fédéral.Au fond, par le biais du multiculturalisme, le fédéral espérait donner un coup de main aux francophones: on tentait d'excuser le bilinguisme par le multiculturalisme.A mon avis, il s'est agi d'une politique à courte vue qui n'a eu d'autre résultat que de faire des Canadiens français.un groupe ethnique de plus.Les provinces se sont appuyées sur ce beau grand mot pour ramener les minorités francophones sur le même pied que les communautés allemandes, ukrainiennes ou chinoises.Tout ça a joué finalement contre les minorités francophones.Relations \u2014 Aux Québécois qui s'inquiètent du sort des minorités françaises, que direz-vous, au moment du référendum?Claude Morin \u2014 D'abord, le référendum ne réglera pas le sort des francophones hors Québec mais celui des Québécois.Ceux qui s'inquiètent de l'avenir des minorités franco-canadiennes pourront nous juger comme gouvernement: il n'y a pas de gouvernement québécois qui, par sa présence et par son action, ait donné une impulsion plus vigoureuse aux revendications des francophones hors Québec.Le paradoxe, c'est qu'on blâme notre gouvernement parce qu'il n'utilise pas les moyens classiques de soutien aux minorités, moyens qui n'ont jamais réglé leur problème.On pourra difficilement nous reprocher de ne pas les aider efficacement quand, de leur propre avis, notre politique est celle qui a fait le plus pour leur cause.RELATIONS De la difficulté d\u2019être Franco-ontarien Si on voulait montrer de la façon la plus éclatante l'échec de la Confédération canadienne entendue comme pacte entre deux nations, c'est dans l'étude du sort des francophones hors Québec, y compris ceux d'Ontario, qu'on en trouverait la meilleure illustration.par Pierre Savard* A regarder les choses de l'extérieur, soit du Québec, d'Ottawa ou de Queen's Park, les Franco-Ontariens n'ont jamais été en si bonne situation.Leur nombre absolu a presque décuplé depuis le milieu du siècle dernier, alors qu'ils n'étaient pas cinquante mille.Leurs niveaux de vie et d'instruction se sont haussés de façon fort appréciable durant la dernière décennie en particulier.Le vent du bilinguisme a revalorisé cette minorité bilingue de force.Depuis quelques mois surtout, certains politiciens invitent les Franco-Ontariens à la résistance et à la revendication, tandis que d'autres leur laissent entrevoir un avenir meilleur, grâce à des politiques gouvernementales plus respectueuses de leurs droits.Nous tenterons ici d'aller plus loin que les apparences et de dépasser l'écume de l'événement.N'étant ni politicien ni spécialiste patenté ès problèmes franco-ontariens, mes propos seront sans complaisance ni prétention scientifique.Ils se veulent simple réflexion d'un citoyen qui partage depuis six ans la vie des Franco-Ontariens, et qui revient d'une traversée de vingt-et-un mois à travers l'Ontario français et ses problèmes culturels.* Pierre Savard est professeur d'histoire et directeur du Centre de recherche en civilisation canadienne-fran-çaise de l'Université d'Ottawa.Ce texte reprend en substance une conférence prononcée le 3 mars dernier à l'Université Laurentienne de Sudbury dans le cadre d'un symposium sur \"L'Avenir de la francophonie ontarienne\".AVRIL 1978 Je n'ai pas l'intention de m'étendre sur l'activité artistique que le Rapport de notre Groupe d'étude, récemment publié, analyse assez longuement (1).Contentons-nous de rappeler qu'existent incontestablement en Ontario français une conscience culturelle originale et une production artistique souvent à ses balbutiements, mais riche de promesses, et agent de fierté collective chez les jeunes.Reste à souhaiter que le public réponde plus nombreux à l'appel de ses altistes, et que des mécanismes de coordination soient mis en place au plus tôt pour faire profiter le plus grand nombre de la culture française d'ici.Je m'étendrai plus particulièrement sur deux ensembles de considération reliées aux questions suivantes: Où en sont les Franco-Ontariens?Quel est leur place dans le grand débat contemporain sur le Canada?L'ampleur et la difficulté de ces questions rendent évident le caractère provisoire de ces bilans que je tente d'établir.1 .Cultiver sa différence.Rapport sur les arts dans la vie franco-ontarienne, présenté au Conseil des Arts de l'Ontario par Pierre Savard, Rhéal Beauchamp et Paul Thompson.Septembre 1977.Marginalisation et sous-développement Avant de s'arrêter à la nature même des Franco-Ontariens, il convient de s'interroger sur le vocable par lequel ils se désignent eux-mêmes.Vocable qui dit beaucoup sur leur être et sur leur conscience.Mot composé, comme \"Italo-Canadiens\" ou \"Néo-Canadiens\", \"Franco-Ontarien\" est d'usage récent.Il n'y a pas longtemps encore, les francophones s'appelaient indistinctement \"Canadiens français\" d'un océan à l'autre (si on excepte les Acadiens jaloux de leur nom et de leur culture propre, voire de leur saint patron qui n'était pas Jean-Baptiste mais bien la Vierge Marie).Le mot \"Canadien français\" était apparu au 19e siècle, inventé par les anglophones du temps qui commençaient à s'appeler \"Canadians\".Quant aux Canadiens français, ils s'appelaient alors volontiers \"Canadiens\" tout court, désignant les autres du nom d'\"An-glais\".Ces appellations ont survécu à côté des autres: on les entend encore chez les personnes d'un certain âge.C'est après 1960 que de nouveaux ajustements sémantiques apparaissent.L'émergence d'une cons- 105 cience nationale renouvelée dans la province de Québec provoque peu à peu l'érosion de \"Canadien français\" au profit de \"Québécois\", terme qui n'est pas sans ambiguïté, même s'il a le mérite de renvoyer à un territoire clairement délimité et dont les habitants sont en majorité de langue et de culture françaises.Au fond, l'invention du mot \"Québécois\" procède de la même logique que celui du mot \"Canadians\".Il renvoie à une conception implicite d'une culture dominante.Au Canada, la culture dominante est celle héritée de la Grande-Bretagne et adaptée au contexte nord-américain.Suivant cette philosophie implicite, les autres gioupes ethno-culturels n'ont qu'à s'y conformer.Au Québec, la culture dominante est canadienne d'origine française.Le \"Québécois\" à l'état pur est celui qui accepte le mieux de se perdre dans ce creuset, à moins qu'il ne préfère la marginalisation qui, précisons-le, peut être dorée, comme c'est encore le cas pour plusieurs anglophones de Montréal.Avec l'éclatement au moins politique du Canada français, les Canadiens français de l'Ontario ont pris meilleure conscience de leur identité.Plusieurs d'entre eux se sont mis à s'appeler \"Franco-Ontariens\", manifestant à la fois leur rattachement à la culture et la langue canadiennes-françaises, leur attachement à l'Ontario, et leur distance à l'endroit d'un Québec engagé dans une aventure politique bien différente de la leur, pour ne pas dire opposée.Soulignons que ce vocable de \"Franco-Ontariens\" est plus qu'un mot: il révèle sous une lumière crue la condition minoritaire et marginale des francophones de l'Ontario.Il faut être aveugle pour ne pas admettre qu'au plan démographique, le présent et l'avenir des Franco-Ontariens sont peu réjouissants.Suivant le recensement de 1976, il y a 460,075 Ontariens de langue maternelle française, soit 5.5% de la population totale, (et on peut avancer aisément que pour le quart d'entre eux le français n'est plus la langue d'usage).Cinq ans auparavant, les francophones comptaient pour 6.3% de la population.Ce glissement est 106 dû en bonne partie à l'accroissement de la population totale de la province, soit plus d'un demi million d'habitants en cinq ans.Les francophones n'ont donc aucune raison d'être optimistes quant au nombre, car la chute vertigineuse de leur taux de natalité, la très faible immigration de francophones en Ontario, l'accroissement des mariages mixtes au point de vue linguistique et l'urbanisation minent sûrement leur groupe.Les belles années sont bien passées, a-lors qu'en 1951 et 1961 les Franco-Ontariens dépassaient le cap de dix pour cent de la population d'origine française dans l'ensemble provincial.Ce qui explique la persistance du groupe, c'est en partie sa concentration dans quelques régions.En 1971, le Nord comptait 172,730 Franco-Ontariens de langue maternelle française, l'Est 173,075, et le reste de la province 136,000.Les transferts linguistiques sont plus faibles dans le Nord et dans l'Est, moins urbanisés que le Sud.Le pourcentage de l'endogamie c'est-à-dire des mariages où les conjoints sont tous deux de même langue, (ici, le français) se chiffre par exemple autour de 75% pour les 15-34 ans dans l'Est et le Nord, alors qu'il tombe à 47% dans le Sud.Les migrations à l'intérieur de la piovince favorisent l'effritement du groupe francophone et sont sans doute une des causes de la diminution du nombre des francophones de presque toutes les villes considérées traditionnellement comme des centres de vie française, telles Vanier, Windsor, Cornwall et Sudbury.Cette diminution vient de nous être révélée dans le recensement de 1976.Dans la ville d'Ottawa et sa banlieue, la proportion des francophones reste fixe autour de 20%, bien que les études récentes de Paul Lamy aient montré que cette ville continue d'être un foyer d'assimilation pour les francophones.Le maintien de la proportion des francophones (1 pour 5 habitants) y est sans doute dû à la venue de Franco-Ontariens d'autres centres, et de Québécois francophones.Ce sombre constat appelle quelques réflexions.Les Franco-Ontariens peuvent de moins en moins compter sur le nombre, ce qui n'est pas sans con- séquences au point de vue politique et au plan des services, car les gouvernements se disent prêts à offrir des services seulement là où le nombre le justifie.Si on considère la situation socioéconomique, on se trouve devant un tableau contrasté.L'étude récente des professeurs Allaire et Toulouse montre une amélioration nette du niveau économique des Franco-Ontariens pendant la décennie qu'ils ont étudiée, soit celle qui va de 1961 à 1971.Cette étude rappelle également que les Franco-Ontariens sont sur-représentés dans les métiers et professions liés au secteur primaire et à l'enseignement.Elle révèle un degré de satisfaction socio-économique élevé, tout en montrant une moyenne de revenus inférieure à celle de l'ensemble des chefs de ménage de la province.Enfin, elle souligne que l'éventail de revenu est plus étendu que la moyenne provinciale et qu'une forte proportion de Franco-Ontariens se situent au-dessous du seuil de la pauvreté.De ces constatations on peut conclure sans peine que les Franco-Ontariens comme groupe jouent un rôle négligeable dans la vie é-conomique de la province, qu'ils ne disposent donc d'aucun pouvoir économique, et que leur appartenance à des couches socio-économiques fort diversifiées les divise profondément.Une identité fragile Les conséquences politiques et culturelles de cette marginalisation, de cet émiettement et de son sous-développement sautent aux yeux.On s'explique mieux, à les étudier, la difficulté de bâtir des projets culturels et politiques communs.L'histoire des Franco-Ontariens, rappelons-le, c'est surtout celle de la longue victoire sur la prolétarisation menée par des vagues successives de Canadiens français venus du Québec pour survivre, soit sur les terres de l'Est et du Clay Belt du Grand Nord, soit RELATIONS dans les forêts et les mines du Nord, ou, plus récemment, dans les usines du Sud.Ces migrations leur ont permis d'accéder à un niveau de vie plus décent que celui qui leur était dévolu au Québec ou en Acadie, mais elles se sont souvent soldées par de sombres mutilations culturelles.Un des obstacles les plus formidables à l'épanouissement de la culture française en Ontario reste la mentalité minoritaire des Franco-Ontariens.Constamment confronté aux modèles de développement individuel et collectif de la majorité, le Franco-Ontarien en vient souvent à rechercher la conformité à tout prix.Soumis au feu nourri de la propagande des média qui vantent sous toutes leurs formes les modèles culturels anglo-canadiens ou américains, il finit par adopter les stéréotypes des autres sur son propre groupe ethnoculturel: c'est ainsi, par exemple, qu'il en vient à croire que le français est une langue charmante et dépassée, réservée à l'amour et à la gastronomie.De plus, on n'a qu'à écouter le Franco-Ontarien moyen parler du Québec pour mesurer jusqu'à quel point son image a été déformée par une vision ontarienne des choses.De la honte de soi et du refus de son identité au transfert culturel et à l'acculturation, il n'y a souvent qu'un pas.Il faut à la vérité une bonne dose d'assurance ou de témérité pour s'identifier à un groupe tenu pour négligeable dans sa propre province, et parfois méprisé à l'extérieur, comme à l'a vu lors de la \"Super-fran-cofête\" de Québec.L'attention s'est reportée de nouveau, récemment, sur les écoles, châteaux-forts traditionnels, avec l'église et la famille, de la vie franco-ontarienne.Malgré une décennie de progrès en matière d'équipement et de reconnaissance des droits des francophones, il reste ici encore bien du chemin à parcourir.Trop de programmes ne sont que des traductions de l'anglais, sans souci d'adaptation à la culture française des enfants.L'enseignement des réalités de l'Ontario français est à peu près inexistant, même à une époque où les Franco-Ontariens, portés par ce grand mouvement de l'Occident actuel, cherchent leurs racines.Certaines classes étudient encore dans des ma- nuels en anglais, faute d'ouvrages francophones.D'autres manuels, en français ceux-là, sont désuets, aggravant le sentiment que le français véhicule des réalités dépassées.Les anciennes écoles normales, pompeusement intégrées aux Facultés ou écoles des sciences de l'éducation, vivent trop à l'écart des grandes expériences pédagogiques de notre temps; pourtant, c'est à elles qu'il incombe de préparer les maîtres qui sauront former les générations de jeunes Franco-Ontariens:\telles sont le sel de l'école franco-ontarienne.Quant à la recherche psycho-pédagogique et didactique, elle est loin d'y être ce qu'elle devrait être.Or, qui a les moyens de renouveler l'école franco-ontarienne sinon ces institutions?Ce ne sont certes pas des pédagogues étrangers aux réalités du milieu, qu'ils soient Québécois, Français, Américains ou autres, qui peuvent penser les méthodes et concevoir les instruments adaptés aux enfants d'ici.Il faut bien admettre qu'à part quelques réalisations isolées, la production pédagogique franco-ontarienne reste pauvre.A ces déficiences vient s'ajouter le laisser-aller de trop de maîtres en ce qui a trait au caractère français des écoles où ils oeuvrent.Avec une inconséquence invraisemblable, ils affectent une superbe indifférence vis-à-vis la langue et la culture dont cette école doit être le lieu privilégié.On pourrait continuer ce catalogue des misères de nos écoles pour évoquer les difficultés structurelles.La lutte longue et difficile que mènent les contribuables d'Otta-wa-Carleton pour obtenir un Conseil homogène de langue française montre combien il est malaisé de faire comprendre les intérêts des francophones dans cette province.Nul besoin de citer ici, par ailleurs, trop de malheureuses aventures de créations d'écoles permises par la loi de 1968, en ces dernières années.La mauvaise grâce, pour employer un euphémisme, de la majorité des habitants de la région de Windsor face à la création d'une école secondaire de langue française montre bien que rien n'est acquis pour la minorité franco-ontarienne, malgré les protestations de bonne volonté des politiciens au moment de crises dites nationales.Depuis le 15 novembre Ces propos m'amènent naturellement à évoquer la place des Franco-Ontariens dans les grands débats ac-1uels.Depuis le 15 novembre 1976, les usines de l'unité canadienne se sont remises à tourner et à accélérer leur production.Politicologues et constitutionnalistes de tous crins s'en donnent à coeur joie.Des hommes et des femmes de bonne volonté se portent volontaires comme commis-voyageurs de l'unité canadienne d'un océan à l'autre.Nerveux, les politiciens s'affichent les uns mielleux, les autres arrogants face aux demandes croissantes des francophones, de-mondes qui s'ajoutent aux tendances régionalistes d'un océan à l'autre.Quelle place occupent les Franco-Ontariens dans ce concert?Rappelons qu'ils habitent la province la plus riche et la plus peuplée du pays et qu'ils forment en nombre absolu la minorité française la plus nombreuse hors Québec.Malgré ces faits, il faut avouer d'emblée qu'ils ne pèsent pas lourd dans la balance.Leurs groupes de pression comme l'ACFO (Association cana-dienne-française de l'Ontario) ont beau trépigner et les partis d'opposition faire des promesses inconsidérées comme celle d'instituer le français langue officielle de l'Ontario, la réalité ne change pas.Après deux cents ans de présence continue en Ontario, dans une Confédération plus que centenaire et dans laquelle certains ont vu naïvement un pacte entre deux nations, près de dix ans après la loi des langues officielles au Fédéral, les Franco-Ontariens restent, dans leur province, des citoyens de deuxième classe au plan culturel.Localisée, comme il se doit, à Toronto, la bureaucratie provinciale se montre à peu près imperméable à la culture des Franco-Ontariens, si on excepte certains secteurs de l'éducation.D'ailleurs, les seuls refuges où le Franco-Ontarien peut valoriser sa culture restent le monde de l'enseignement et, jusqu'à un certain point, le fonctionnarisme fédéral.AVRIL 1978 107 Si on voulait montrer de la façon la plus éclatante l'échec de la Confédération canadienne entendue comme pacte entre deux nations, c'est dans l'étude du sort des francophones hors Québec, y compris ceux d'Ontario, qu'on en trouverait la meilleure illustra-lion.Depuis 1867, la règle de deux poids deux mesures continue d'empoisonner les relations entre francophones et anglophones du pays.Au Québec, le pacte de 1867 a prévu à toutes fins pratiques des garanties constitutionnelles pour la minorité anglophone qui n'existe pas pour les minorités francophones ailleurs au Canada.Ce vice au niveau des structures les plus fondamentales du pays n'est que le reflet d'une situation qui existe à tous les paliers de gouvernement.Au plan provincial, en Ontario, les francophones ont arraché au prix de luttes longues et épuisantes des droits qu'on leur reproche encore, dans certains milieux qui devraient être plus éclairés.Combien de fois entend-on des voix comme celle d'un conseiller scolaire d'Ottawa qui disait il y a quelques jours que les \"Anglais\" ont donné des écoles aux \"Français\" et que ces derniers sont des séparatistes et des ingrats puisqu'ils vont jusqu'à demander un conseil scolaire homogène, c'est-à-dire formé d'élus francophones responsables des écoles francophones.Comme si les \"Français\" n'étaient pas aussi des contribuables.Comme si la province d'Ontario, en l'absence d'écoles françaises, n'avait pas à recevoir les enfants francophones dans ses écoles publiques! On pourrait s'étendre longuement sur mille signes qui rappellent aux francophones d'Ontario leur statut de citoyens de seconde classe, en ce qui a trait aux services dans leur langue.Ici, par exemple, Air Canada est moins bilingue qu'ailleurs, quand elle l'est tout simplement.En plus, les services provinciaux restent trop imperméables au français dans des secteurs aussi proches des besoins de tous que ceux des communications et de la santé.Après s'être fait tirer l'oreille, le gouvernement a fait traduire les formulaires de permis de conduire, par exemple, mais, ce service, dans une ville comme Ottawa reste résolument unilingue.Quant aux municipalités, elles affichent en général une royale indifférence à l'endroit de la culture de leurs contribuables francophones.C'est ainsi que et nt onze ans après la création de la Confédération canadienne, dans la capitale dite nationale, la moitié du corps policier est unilingue anglophone! Nul besoin d'amener les Québécois dans l'Ouest canadien ou sur les rives du Pacifique pour leur montrer les misères de l'égalité linguistique! Un pays illusoire Le grand duel qui se livre actuellement dans ce pays autour de l'avenir du Québec se déroule bien au-dessus de la tête des Franco-Ontariens, dont les tout derniers événements ont rappelé le manque de pois politique.Le gouvernement fédéral ne peut pas tout faire pour les minorités linguistiques dans ce pays.La minorité anglophone du Québec vient de l'apprendre brutalement, ce que les Canadiens français du Nouveau-Brunswick et du Manitoba et d'ailleurs savent depuis bien longtemps.Quant au gouvernement d'Ontario, malgré quelques protestations platoniques de bonnes intentions, il ne peut aller bien loin sans s'aliéner l'opinion d'un public anglophone pour qui un bon Canadien français parle anglais et fait oublier ses origins.Au-delà des débats politiques centrés sur des personnalités politiques hautes en couleur, c'est la nature meme du Canada qui reste remise en question.Plus que jamais auparavant, des Canadiens sont conscients du caractère fragile et faux de leur pays.Les illusions périodiquement ravisées sur l'égalité de deux \"races fondatrices\" se dissipent de plus en plus.Quant au projet de créer un nouvel homme canadien, \"bilingue\" et \"biculturel\", il a fait long feu.Du stade de la résignation, un nombre croissant de Québécois francophones, de quelque parti qu'ils se réclament, sont passés à l'affirmation d'eux-mêmes.Nous vivons donc dans un monde où la polarisation entre les deux groupes linguistiques va s'accentuant, chacun s'accrochant de plus en plus fortement à son identité.Dans cette guerre de géants, les Franco-Ontariens continueront leur vie tranquille.Les uns se feront oublier dans leur marginalité, d'autres s'empresseront de se rendre invisibles et de cacher leur origine embarrassante, un petit nombre enfin saura tirer parti de sa situation d'intermédiaires naturels entre deux grands groupes linguistiques.Et c'est ainsi que le Canada, pays où deux groupes linguistiques auraient pu vivre côte à côte dans le respect et l'harmonie, apparaîtra enfin sous son vrai jour, soit un rêve qui n'a existé que dans l'esprit de quelques hommes aux idées aussi généreuses qu'irréalisables.Il y a une quinzaine d'années, une Commission royale d'enquête fut instituée sur le bilinguisme et le biculturalisme.Bien des Canadiens français et certains de leurs amis anglophones attendaient d'en voir sortir la grande charte de l'égalité linguistique et culturelle.Ce qui vint fut fort différent des attentes.On essaya sans grand succès de bilinguiser la fonction publique fédérale.On évoqua sens faire grand'chose la création de districts bilingues où seraient protégés les droits des minorités de l'une ou l'autre langue officielle.On adopta une loi des langues officielles dans laquelle bien peu croient encore, près de dix ans plus tard, et qu'on viole chaque jour.Enfin, on couronna le tout d'une politique de multiculturalisme suivant laquelle, le Canada n'a pas de culture officielle, parce qu'il possède en son sein une multitude de cultures toutes égales entre elles et se développant harmonieusement dans un contexte bilingue.Les grossiers corollaires de cette politique n'ont abusé personne bien longtemps.Confondre épanouissement dans u-ne culture donnée et aide aux immigrants pour s'adapter au \"melting pot\" canadien anglophone relève de la haute fantaisie politique.Faire comme si culture et langue pouvaient facilement se séparer est une insulte à l'expérience ca-nadienne-française depuis deux siècles.C'est aussi préparer des déceptions aux groupes ethno-cultu- 108 RELATIONS LA FÉDÉRATION (hXX*) DES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC rels qui prennent au sérieux le multiculturalisme.Les Canadiens français, pour leur part, ne sont pas opposés à la réalité de plusieurs groupes ethnoculturels dans ce pays, mais leur expérience collective et individuelle les a amenés à douter sérieusement d'un épanouissement culturel véritable sans le support d'une langue maternelle qui soit autre chose qu'un instrument de communication dans l'intimité de la famille.Tel que conçu et actuellement vécu en Ontario, le multiculturalisme a peu à apporter aux Franco-Ontariens au plan de la conservation de leur identité culturelle.Il peut même y constituer un obstacle.On le voit là où les Franco-Ontariens sont réduits à n'être qu'un des soixante-dix groupes ethno-culturels locaux dans le contexte linguistique de l'anglais comme langue commune.Il n'est pas facile, admettons-le, de faire une place à une minorité de langue officielle, le Québec s'y essaie non sans peine et s'est lancé dans le complexe opérations de classification de ses non-francophones.Il a même subdivisé la catégorie des anglophones en deux sous-classes! Les inventions électo-ralistes des politiciens et la casuistique des bureaucrates provinciaux et fédéraux ne servent, au fond, qu'à masquer les difficultés qu'a la société canadienne toute entière de s'avouer l'inégalité des chances.On préfère donner des os à ronger aux minorités.La majorité parle alors de droits de l'homme, de liberté de choix, fait profession de bonne foi et de bonne volonté et, argument suprême, invoque une \"unité nationale'' sacrée et mythique, fort peu définie, qui évoque toutes sortes de châtiments pour ceux qui y touchent.Le Gouverneur général du Canada, dans son récent message du Nouvel An, a suggéré sur un mode fort mineur, d'instituer un moratoire sur l'usage du mot \"unité nationale\".Je me rallie sans réserve à cet exercice d'hygiène intellectuelle et je suggère, du même souffle, qu'on n'hésite pas à remplacer le terme \"unité nationale\" par les mots \"égalité\" et \"respect des droits des autres.\" Relations \u2014 La question des francophones hors Québec, dans le contexte du débat sur l'avenir du Canada, pose des problèmes nouveaux et attire l'attention des média, depuis quelques mois! Quels sont les enjeux de ce débat et quels projets avez-vous actuellement?Hubert Gauthier \u2014 Le dossier des francophones hors Québec a déjà fait l'objet d'une analyse importante dans le document explosif que fut Les héritiers de Lord Durham.En ce qui concerne nos projets plus immédiats, il convient de signaler, du côté du gouvernement fédéral, notre intention d'atteindre un premier objectif: que l'on formule une politique de développement des communautés francophones hors Québec.Nous sommes convaincus qu'ifn'est plus possible, pour les gouvernements, actuellement, d'élaborer des politiques à huis clos, unilatéralement, et pour être efficaces, nous devons nous impliquer activement, participer à l'élaboration de programmes d'action.Au niveau du gouvernement fédéral, il faut créer une commission permanente, sur laquelle siégeraient des membres élus du parlement, ministres et députés, et des membres de notre fédération, i.e.de la communauté francophone à l'extérieur du Québec, qui auraient le pouvoir de recommander des politiques au gouvernement fédéral.On affirme, depuis avril 1977, époque de la publication des Héritiers de Lord Durham, la nécessité d'une politique d'ensemble ainsi que l'intervention d'une commission permanente.Au niveau des provinces, chaque association membre de \"la fédération des francophones hors Québec\" a entre- * Directeur général de la Fédération des Francophones hors Québec.pris de faire des pressions en vue d'obtenir la reconnaissance du français comme langue officielle.On sait que cette lutte a provoqué dans le passé des remous considérables (v.g.au Manitoba, en Ontario, au Nouveau-Brunswick) et qu'elle a rebondi récemment à l'occasion de la déclaration de refus du premier ministre Davis, qui considère la revendication des Franco-Ontariens comme un geste \"folklorique\", une déclaration qui a certes inquiété l'opinion! Ce qu'il faut, c'est une solution globale! .Sinon, on demeure des marginaux! On vit comme des hors-la-loi depuis 100 ans! On est assujetti au processus d'assimilation psychologique! Elle est constamment entretenue l'assimilation! Elle est voulue! On trouve difficilement à comprendre même l'idée d'égalité! Relations \u2014 Comment situez-vous la position du Québec par rapport aux minorités françaises du dehors?Préfère-t-il ne pas s'engager?Hubert Gauthier \u2014 Je pense que le gouvernement du Québec s'est déjà engagé.A Winnipeg, Claude Morin a déclaré que le Québec avait une responsabilité morale vis-à-vis les minorités, plus vigoureuses dans la mesure où le Québec est fort.Cette vitalité se manifeste par le fait que l'on projette une entente Québec-franco-phones hors Québec, déjà amorcée au niveau de notre fédération.Relations \u2014 Malgré la faiblesse numérique de l'élément français hors Québec, il serait intéressant de savoir dans quelles régions s'articule mieux la résistance à l'assimilation et dans quelle mesure les francophones sont en position de force?AVRIL 1978\t109 Hubert Gauthier \u2014 Au Nouveau-Brunswick, les Acadiens des Maritimes sont certes dans une position plus forte qu'ailleurs, parce que les Acadiens, c'est un peuple, en soi; ça c'est important! Une certaine homogénéité leur a permis de tracer une voie.En Ontario, il y a, quoique éparpillés, un demi million de francophones, 300 écoles, 250,000 étudiants, en somme, une force du nombre importante, malgré le phénomène de l'assimilation.Au Manitoba, le caractère historique des luttes, à l'époque de Riel, des lois scolaires et linguistiques (1890-1916), a produit une communauté très active, radicalisée, très consciente.Dans les autres communautés (Alberta, Saskatchewan, I.P.E.), on a pris conscience de se trouver dans une position très difficile! La réalité est sur la table! On partage le même désir de vivre incroyable! Que ce soit à Halifax, à Edmonton, à Vancouver, le problème des francophones est posé! Relations \u2014 A ce stade de votre analyse, il reste une autre dimension à considérer, d'une importance capitale pour atteindre des résultats concrets: celle d'agir sur le plan politique même.Hubert Gauthier \u2014 Qui dit action sur le plan politique implique la décision de s'engager dans le processus électoral, soit fédéral, soit provincial et par conséquent, une participation des politiciens sur qui les communautés francophones pourront compter, malgré leur réticence dans le passé! La décision de l'avenir étant de caractère politique, il n'y a pas d'autre choix que de s'engager! On a déjà réussi à sensibiliser davantage les députés francophones, mais plusieurs d'entre eux travaillent à l'encontre des intérêts des communautés.Nous avons l'intention de dénoncer cette manière d'agir.En somme, une conclusion à retenir! Une seule voie est efficace: il s'agit de politiser le mouvement! Pour y réussir, il faut en outre créer une idéologie de combat, engager le débat ouvertement, regrouper les francophones du pays pour lancer la discussion des problèmes politiques, économiques, scolaires, culturels.les héritiers de par René-Jean Ravault* Le gouvernement fédéral libéral prétend sauver l\u2019unité nationale en tirant la francophonie canadienne de la situation précaire dans laquelle elle se trouve présentement.Toutefois, si l\u2019on observe attentivement ce qui se passe à Ottawa, on est surpris de constater qu\u2019au lieu de proposer au pays une politique originale, fondant l\u2019harmonie nationale sur la relance de l\u2019économie canadienne et l\u2019exploitation astucieuse du potentiel intellectuel (linguistique et culturel) de tous les Canadiens, le gouvernement fédéral préfère monter en épingle son affrontement avec le gouvernement péquiste du Québec en s\u2019efforçant d\u2019entraîner dans la mêlée ces otages récalcitrants que sont devenus les francophones hors Québec.Dans ce climat de confrontation, les minorités sont en effet des atouts de première importance.Or s\u2019il ne fait pas de doute que la minorité d\u2019expression anglaise du Québec soit dévouée corps et âme à la thèse du fédéralisme canadien, la position des francophones hors Québec, sans être anti-fédéraliste, exclut très certainement le maintien du statu quo.La Fédération des Francophones hors Québec (FFHQ) refuse de s\u2019aligner inconditionnellement derrière le fédéral dans la Croisade qu\u2019il mène contre le gouvernement du Québec.Ottawa, estimant sans doute que quiconque n\u2019est pas inconditionnellement avec lui est contre lui, se lance donc dans une campagne de propagande visant à briser la solidarité et l\u2019unité nationale des francophones établis à l\u2019extérieur du Québec.Est-il donc absolument nécessaire de diviser les francophones hors Québec pour sauver l\u2019unité canadienne?On remarquera les propos que tiennent les politiciens libéraux d\u2019Ottawa depuis quelque temps: leurs questions en Chambre, les discours et les déclarations qui illustrent leurs randonnées pré- chargé d\u2019enseignement et de recherche à l\u2019Institut des Communications sociales de l\u2019Université Saint-Paul d\u2019Ottawa.lord durham.électorales à travers le Canada visent manifestement à discréditer aux yeux du public l\u2019organisme qui regroupe les minorités francophones du pays.Serait-ce que, par sa critique agressive mais solidement documentée de la situation présente, la FFHQ est devenue, pour le gouvernement fédéral, un obstacle à l\u2019unité nationale?On sera mieux en mesure de comprendre la nervosité des milieux gouvernementaux face à la Fédération si on se reporte quelques années en arrière.Oh! quelques années seulement, car tous les gouvernements depuis la conquête (Québec excepté) ont appliqué des politiques d\u2019assimilation systématiques, politiques qui connurent leur paroxysme au tournant du siècle pour se relâcher quelque peu entre les deux guerres.Ce n\u2019est que très récemment, à la suite de la \u201cRévolution tranquille\u2019\u2019 et des recommandations de la Commission Royale d\u2019enquête sur le Bilinguisme et le Biculturalisme, que certains gouvernements provinciaux, tel celui du Nouveau-Brunswick, et le gouvernement fédéral adoptèrent des politiques visant à protéger les deux langues officielles.Dans le cadre de ces politiques, Ottawa instituait en 1968-69 la Direction de l'action socio-culturelle du secteur des Affaires culturelles du Secrétariat d\u2019Etat.Cet organisme avait pour mandat de soutenir les communautés francophones d\u2019un bout à l\u2019autre du pays dans leur résistance à l\u2019assimilation.Très vite, la Direction sut devenir un point de rencontre privilégié pour les groupes francophones des différentes provinces.Mais l\u2019unification progressive des francophones hors Québec fut stoppée net quand, en 1972-73, on passa d\u2019une centralisation probablement excessive à une décentralisation non moins démesurée: la Direction fut transformée en \u201cprogramme\u201d et transférée au secteur de la Citoyenneté, secteur qui était alors en train de se régionaliser.Cette restructuration administrative aboutit à la rupture des communications qu\u2019avaient établies les communautés francophones au niveau national par l\u2019in- 110 RELATIONS et de louis riel termédiaire du bureau chef de la Direction de l\u2019action socio-culturelle.Leurs représentants n\u2019avaient plus d\u2019autre occasion de rencontre que les réunions annuelles de l\u2019A.C.E.L.F.où, d\u2019ailleurs, les sujets discutés en 1973-74 concernaient des problèmes typiquement québécois, qui n\u2019intéressaient que marginalement les délégués du reste du Canada.C\u2019est donc poussées par la nécessité d\u2019établir des liens permanents entre elles que les Associations francophones des autres provinces firent pression sur le Secrétariat d\u2019Etat pour qu\u2019il subventionne un organisme fédératif regroupant les associations et fédérations provinciales des francophones établis à l\u2019extérieur du Québec.Un interlocuteur encombrant Puisque depuis la régionalisation du secteur de la Citoyenneté en 1973, l\u2019essentiel du pouvoir décisionnel concernant les programmes destinés aux communautés francophones hors Québec se trouvait, par définition, dans les régions, ce nouvel organisme (dans lequel les francophones hors Québec avaient mis beaucoup d\u2019espoir parce qu\u2019il leur permettait de sortir de la clandestinité sans craindre de représailles de la part des gouvernements provinciaux) ne trouvait pas du côté fédéral d\u2019interlocuteur autorisé et investi de pouvoirs: le pouvoir décisionnel était passé dans les bureaux régionaux et le bureau d\u2019Ottawa ne jouait qu\u2019un rôle de planification essentiellement consultatif.Néanmoins la FFHQ s\u2019acquitte toujours d\u2019un certain nombre de fonctions cruciales pour la survie et l\u2019épanouissement des communautés francophones hors Québec.En premier lieu, elle joue le rôle de chien de garde vis-à-vis des gouvernements provinciaux et surtout vis-à-vis du gouvernement fédéral.Logée à Ottawa, elle peut évaluer les politiques du gouvernement fédéral susceptibles d\u2019influencer dans un sens ou dans l\u2019autre le sort des communautés francophones si- tuées à l\u2019extérieur du Québec.De plus, sa position centrale et ses moyens de liaison lui permettent d\u2019informer toutes les communautés francophones du pays de ce qui se passe dans telle ou telle province, telle ou telle région.Cette fonction de surveillance est amplifiée et complétée par un travail d\u2019information des francophones en particulier et du public en général, tâche d\u2019autant plus importante que, dans ce domaine qui n\u2019intéresse pas un public très large, les journalistes (surtout anglophones) ne font pas leur travail.En effet, si, depuis le 15 novembre 1976, les anglophones qui exercent un quasi-monopole sur les moyens d\u2019information à l\u2019extérieur du Québec, sont très friands des \u201cmalheurs\u201d de la minorité anglophone du Québec, ils n\u2019ont jamais aimé \u2014 et n\u2019aiment d\u2019ailleurs toujours pas \u2014 entendre parler des \u201cmalheurs\u201d pourtant beaucoup plus graves qui ont frappé et qui frappent encore les francophones établis dans le reste du Canada.Si, dès sa création, la FFHQ a fait sortir la francophonie hors Québec de la clandestinité dans laquelle la maintenaient les média et les gouvernements de la majorité, c\u2019est surtout par la publication, en avril 1977, des deux premiers volumes des Héritiers de Lord Durham.Mais cet organisme ne se contente pas de ce coup d\u2019éclat et prépare pour le mois de mai un document qui mettra en parallèle la situation des anglophones du Québec et celle des francophones £ l\u2019extérieur du Québec.Enfin, la FFHQ coordonne et synchronise les pressions des organismes qu\u2019elle représente sur le gouvernement du Canada.Ce que le fédéral ne semble guère apprécier.Aussi n\u2019est-ce qu\u2019après de multiples escarmouches avec de hauts fonctionnaires du Secrétariat d\u2019Etat et après la publication des Héritiers de Lord Durham, qui exposait publiquement l\u2019inertie du gouvernement, que la FFHQ réussit à rencontrer enfin le Premier Ministre du Canada.Parlotterou participer.Dans un premier temps, comme il se devait dans une rencontre de ce genre, la FFHQ reçut l\u2019assurance qu\u2019on allait s\u2019occuper \u201cen haut lieu\u201d des problèmes des francophones hors Québec.On allait étudier très attentivement le contenu des Héritiers de Lord Durham et s\u2019efforcer de suivre d\u2019aussi près que possible sa recommandation principale, l\u2019adoption d\u2019une politique cohérente et continue du gouvernement fédéral à l\u2019égard des communautés francophones hors Québec.Le gouvernement fédéral proposa même une esquisse du comité interministériel responsable de l\u2019élaboration des politiques destinées aux francophones hors Québec.Toutefois, au cours de la rencontre, lors de la conférence de presse, et dans les discussions qui suivirent, la Fédération fit savoir qu\u2019elle s\u2019opposerait à la mise sur pied de tout organisme excluant la participation des francophones hors Québec.Devant l\u2019échec de cette première tentative de dialogue, les relations se tendirent à nouveau.Cette tension fut d\u2019ailleurs avivée par la visite, pourtant prévue depuis la publication des Héritiers de Lord Durham, que rendit, au cours de l\u2019automne 1977, la Fédération des francophones au gouvernement du Québec.Néanmoins si, par ses pressions, la Fédération des Francophones hors Québec n\u2019a pas réussi à renouer un véritable dialogue avec le gouvernement fédéral, elle a tout de même réussi à obtenir, à l\u2019automne 1977, une augmentation considérable du budget destiné aux minorités de langue officielle.De même, si les réformes de structure proposées par l\u2019honorable John Roberts le 20 décembre 1977 ne sont pas pour nous satisfaire, puisqu\u2019il ne nous permet pas de participer à l\u2019élaboration des politiques qui concernent les francophones hors Québec, l\u2019arrivée de Pierre Juneau au poste de sous-secrétaire d\u2019Etat est certainement de nature à améliorer le climat.Du côté politique cependant, les choses se sont gâchées ces derniers temps.Il est bien évident que l\u2019étalement public des plaies de la francophonie canadienne dans les Héritiers de Lord Durham, à un moment où les bienfaits du fédéralisme sont contestés comme ils ne l\u2019ont jamais été, n\u2019était pas de nature à plaire au gouvernement en place à Ottawa.Mais, à ce propos, il est vain de ne s\u2019en prendre qu\u2019à la FFHQ, car toutes les données convergent, qu\u2019elles viennent des rapports officiels, de Statistique Canada, des recensements de cet organisme fédéral, des chercheurs indépendants, des chercheurs consultants ou même du 7e Rapport Annuel du Commissaire aux Langue officielles.(1 ) 1.J\u2019ai étudié cette question dans La francophonie clandestine, rapport présenté à la Direction des Groupes minoritaires de Langue officielle en juin 1977 sur \u201cL\u2019aide du Secrétariat d\u2019Etat aux communautés francophones hors Québec\u201d.On consultera également le Rapport du groupe Savard sur les arts dans la vie franco-ontarienne, Cultiver sa différence.AVRIL 1978 111 Comme ces données sont accablantes, fort peu discutables, on comprend que le gouvernement actuel ne souhaite pas voir paraître, en pleine campagne électorale, un nouveau volume des Héritiers de Lord Durham, comparant la situation des anglophones du Québec avec celle des francophones hors Québec.D\u2019autre part, ce que certains appellent le \u201cflirt\u201d de la FFHQ avec le gouvernement du Québec, qui a prévu un octroi de $500.000 dans son prochain budget pour les francophones hors Québec, provoque quelque ressentiment chez les politiciens fédéraux.Remarquons toutefois que ce n'est pas la première fois que le Québec pose un geste de cette nature; d\u2019ailleurs, il est évident que des liens étroits doivent continuer d\u2019exister entre les 900.000 francophones hors Québec et les 5.300.000 francophones du Québec.S\u2019il est déjà difficile de conserver sa langue lorsqu\u2019on est 6.200.000, qu\u2019est-ce que serait si nous n\u2019étions plus que 900.000?D\u2019ailleurs, à y regarder de plus près, il est fort possible que ce \u201cflirt\u201d F.F.H.Q.-P.Q., en l\u2019absence du \u201cchaperon\u201d fédéral, soit de nature à diminuer les velléités séparatistes du P.Q.Dangereux ou pas pour le maintien de l\u2019unité du Canada, il est clair que certains parlementaires libéraux, si l\u2019on en juge par les questions qu\u2019ils posent en Chambre, ont pris ombrage de ce genre de rapports.Mais ce qui semble provoquer plus que tout la colère des politiciens libéraux d\u2019Ottawa, c\u2019est notre désir de participer à une commission permanente mixte qui déciderait des politiques fédérales à l\u2019endroit des communautés francophones hors Québec.Ce désir de la FFHQ paraît se heurter à deux principes fondamentaux, mais discutables, du système politique canadien actuel.D\u2019une part le régime politique sous lequel nous vivons est celui d\u2019une démocratie parlementaire et non celui d\u2019une démocratie de participation; d\u2019autre part, comme dans la majorité des pays du Commonwealth, notre gouvernement ne se montre absolument pas désireux de pratiquer une politique de libre accès à l\u2019information gouvernementale.Qui représente qui?C\u2019est, précisément, sur le concept de représentativité parlementaire que semble d\u2019abord achopper ce projet.En effet, les parlementaires francophones représentant des régions où se trouvent des francophones semblent particuliè- rement réticents à ce projet de la FFHQ.Ne sont-ils pas, disent-ils,\u201cles véritables élus\u201d des francophones hors Québec?En fait, il n\u2019existe pas de moyen connu de faire voter tous les francophones et rien que les francophones pour savoir qui peut les représenter légitimement.Par conséquent on peut considérer, comme l\u2019a soutenu récemment Marc Lalonde, que les délégués d\u2019organismes tels que, par exemple, la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick, ne sont pas représentatifs de tous les Acadiens du Nouveau-Brunswick; mais, d\u2019autre part, on peut considérer tout aussi légitimement que les parlementaires francophones fédéraux, lorsqu\u2019ils ont été élus dans des circonscriptions où il y a des francophones, n'ont pas été nécessairement élus par une majorité de francophones.Il serait d\u2019ailleurs intéressant de voir combien d\u2019entre eux ont axé leur campagne électorale sur le thème de la francophonie.En poussant le raisonnement jusqu\u2019à l\u2019absurde, on peut se demander jusqu\u2019à quel point des politiciens qui représentent la majorité des votants peuvent représenter la minorité francophone! Même si ce genre d\u2019argumentation peut se poursuivre indéfiniment, on a du mal à voir pourquoi, comme le demande la FFHQ, on ne pourrait pas s\u2019entendre pour faire siéger ensemble, avec des fonctionnaires, des représentants des communautés francophones et des députés élus?Si les politiciens d\u2019Ottawa préfèrent se battre contre la FFHQ plutôt que d\u2019acquiescer à cette requête, c\u2019est peut-être, surtout qu\u2019ils craignent qu\u2019un organisme rompu aux techniques du battage publicitaire ne divulgue trop rapidement les grands secrets de la bureaucratie fédérale.Cette crainte peut paraître très fondée mais, s\u2019il est vrai que la FFHQ a trop tendance à recourir à la place publique, il n\u2019est pas moins vrai, comme le soutiennent beaucoup d\u2019experts dont le professeur Donald C.Rowat de l\u2019Université Carleton, que notre gouvernement a une propension maladive à la cachotterie inutile.Il est fort surprenant de voir les politiciens fédéraux s\u2019opposer à cette demande et même partir en guerre contre notre organisme, quand le gouvernement provincial de l\u2019Ile-du-Prince-Edouard vient précisément d\u2019accorder à ses Acadiens cette commission permanente mixte que demande la FFHQ au gouvernement fédéral.En résumé, on ne peut que s\u2019affliger du niveau où le gouvernement fédéral semble vouloir livrer bataille aux organismes qui représentent la francophonie canadienne et ce, que ce soit hors Québec ou au Québec.Quelle liberté?En effet, lorsqu'on examine, comme on vient de le faire très rapidement, les relations du gouvernement fédéral avec la FFHQ, on ne peut manquer d\u2019être frappé par le manque d\u2019imagination du gouvernement fédéral, et par son obstination à défendre le statu quo.On a l\u2019impression, à écouter le Premier Ministre du Canada, que le problème des francophones hors Québec est d'abord et avant tout un problème d'enseignement et que, comme l\u2019enseignement dépend des provinces, seul un remaniement constitutionnel réglera le problème, en garantissant aux minorités de langue officielle le droit à recevoir un enseignement dans la langue de leur choix.Cette solution, en fait, est fort peu satisfaisante car, au mieux, elle aboutirait à placer les francophones hors Québec dans la situation que connaissaient les Québécois avant la loi 22.Car si, en principe, il est noble de laisser à chacun \u201cle choix\u201d de sa langue d'enseignement (à condition toutefois que l\u2019on soit assez nombreux à faire le même choix!), pour prendre une décision, il faut être bien informé; et, à l\u2019extérieur du Québec, il y a très peu de moyens d\u2019information en français.Le médium étant \u201cle message\u201d, ce qui n\u2019est pas écrit ou dit en français n\u2019est pas, généralement, favorable au français.On sait donc parfaitement qu\u2019en laissant aux Canadiens \u201cle libre choix\u201d de leur langue d\u2019enseignement et en conditionnant systématiquement ce choix par la seule et unique propagande anglophone, qui répète sans cesse que sur ce continent \u201cEnglish is the language of business, it\u2019s a hard fact of life\u201d, on ne fait que faciliter le processus d\u2019assimilation.Il n\u2019y a qu\u2019une alternative possible.Ou bien opter pour la coercition, comme l\u2019a fait le Québec avec la loi 22 puis la loi 101, ou bien s\u2019engager dans une sérieuse compagne de contre-propagande.Chose certaine, ce n\u2019est pas en boycottant la Fédération des Francophones hors Québec que le parti libéral fédéral peut espérer offrir des solutions neuves et un peu efficaces aux minorités franco-canadiennes.112 RELATIONS nouvelles pratiques ecclésiales de quoi demain sera-t-il fait?par Guy Paiement * Pour situer mon interprétation de la situation actuelle de l'Egise au Québec, j'aimerais rappeler certains efforts récents de notre collectivité.Je ne retiendrai évidemment que certains faits, mais je les trouve assez représentatifs d'une transformation en cours qui intéresse notre foi.Un peu d'histoire récente Autour des années soixante, la \"révolution tranquille\u201d a libéré beaucoup d'énergies dans notre milieu.Dans le domaine de l'éducation, en particulier, l'utopie d'une nouvelle société a soulevé l'enthousiasme de milliers de personnes.Tout s'est passé comme si l'on avait tait un lien entre la transformation de notre système d'éducation et celle de l'ensemble de la société.Changer l'école, la rendre ouverte à tous, adaptée aux méthodes pédagogiques modernes, l'insérer dans les régions administratives toutes neuves, signifiait changer la société.Les Québécois pourraient entrer dans le nouveau monde de la technique et de la science.Sur les campus, les humanistes * L'A., jésuite, est professeur de théo logie à l'université de Sherbrooke.croiseraient les scientifiques et le dépassement de nos contradictions serait assuré.Innombrables ont été ceux qui ont cru à cette utopie et qui l'ont nourrie.Nouveaux technocrates, administrateurs, professeurs, parents ont cru le slogan prometteur: \"Qui s'instruit, s'enrichit\u201d.Finis les porteurs d'eau et le p'tit pain.Nous aurions notre part de la richesse et notre place au soleil.Cette foi dans l'éducation comme levier de transformation économique a été aussi le fait de plusieurs animateurs sociaux qui ont pensé transformer la situation économique des citoyens des milieux populaires grâce à l'animation sociale.Plusieurs groupes populaires, dont certains comités de citoyens, verront alors le jour dans les grands centres urbains.Actions spontanées, revendications à la pièce, espoirs à la grandeur d'une autre société se mêlaient dans cet âge d'or de l'animation.Après une dizaine d'années d'efforts, ce fut pourtant, dans tous les milieux, la \"désillusion tranquille\u201d.Non, l'école n'avait pas changé la société, l'animation des milieux populaires non plus.Après l'effervescence des revendications étudiantes, la politisation des groupes populaires, la flambée anarchiste des cellules fel-quistes, ce fut la désillusion.La bonne vieille société libérale était toujours en place, plus forte que jamais, capable de récupérer les efforts populaires ou étudiants (projets PIL), disposant de moyens plus abondants et plus modernes pour réprimer les volontés de changement qui lui échapperaient.On vit alors beaucoup de \"militants\u201d quitter la bagarre, qu'elle soit scolaire ou sociale, pour se réfugier sur une ferme à la campa- gne.Ce fut l'époque des communes, des \"drop out\u201d.La transformation sociale ou politique céda la place à la transformation individuelle, au mysticisme et aux aliments naturels.Les pratiques ecclésiales de l'époque Le raccourci précédent est forcément limité mais il éclaire, me semble-t-il, ce qui s'est passé, à la même période, dans les réseaux ecclésiaux.La \"révolution tranquille\u201d des années soixante a coïncidé, en effet, dans le monde religieux, avec la tenue du Concile Vatican II.Avec lui, l'innovation religieuse devenait officiellement souhaitée.L'élan conciliaire trouva, ici, la complicité de la transformation collective déjà en cours.Or, il me paraît important de souligner les réformes qui ont alors monopolisé les efforts.La première fut la liturgie.Un peu partout, on se mit à simplifier la décoration et l'ameublement des églises.Les comités de liturgie se multiplièrent, des spécialistes apparurent, de nouveaux chants, voire de nouvelles chorales de jeunes se répandirent.Malgré la grogne de beaucoup, le \"renouveau\u201d gagna rapidement tout le Québec.Il s'explique en bonne partie, je pense, par le lien qui fut proposé entre la liturgie et le renouveau ecclésial.Si l'on changeait la liturgie, l'expression collective de la foi des gens, on changerait l'Eglise! Presque dans le même temps, le renouveau de la catéchèse battait son plein.Fini le catéchisme traditionnel.Il fallait, à la suite du Concile, proposer une autre démarche, AVRIL 1978 113 plus proche de la vie, tenant compte de la psychologie des enfants et des jeunes.En peu d'années, des manuels nouveaux apparurent.Cours d'été pour les professeurs, nouveaux spécialistes et centres universitaires, essais pédagogiques variés: peu de pays, je crois, ont investi autant dans le renouveau catéchétique en si peu de temps.Là aussi, on croyait vraiment que la nouvelle catéchèse allait vraiment changer l'Eglise.Et ce fut la \"désillusion tranquil-, le\" des années 70.Les promesses n'ont pas été tenues.On a dépouillé la liturgie avec une ardeur d'iconoclaste, mais les chrétiens se mettent de plus en plus à déserter l'église du dimanche.Les catéchètes possèdent des manuels qui sont parmi les meilleurs au monde, mais les jeunes n'en veulent pas! Un bon nombre quitta alors sur la pointe des pieds.Certes, l'alarme avait été donnée, au milieu des années soixante, par la crise de l'Action catholique.Les évêques avaient décidé de se donner du temps en créant la commission Dumont.Pendant un an, près de quinze mille personnes participèrent, d'une façon ou d'une autre, à cette vaste prise de la parole.Là encore, tout se passa comme si l'on pensait: \"Si nous disons vraiment ce que nous pensons, l'Eglise dans son ensemble va changer!\" On connaît la suite.Ni la messe face au peuple, ni le beau manuel de catéchèse en couleurs, ni les quatre tomes de la commission Dumont n'ont changé l'ensemble de l'Eglise.Bien au contraire, les rappels à l'ordre, à la fin des expériences, l'examen réclamé des manuels au nom de l'orthodoxie, l'insistance pour maintenir les structures confessionnelles des écoles ont découragé nombre de travailleurs des premières heures.Certains ont alors noté le décalage culturel qui s'était creusé entre la population croyante active et les évêques.Ceux-ci ont manqué, d'une certaine façon, l'époque de la révolution tranquille.Retenus à Rome pour le concile, ils ne prévoyaient pas que les croyants prendraient si au sérieux \"l'aggiornamento\" conciliaire.De retour dans leur diocèse, ce fut la peur de perdre le contrôle, le pied sur le frein, l'incapacité d'imaginer des projets nouveaux.En conséquence, les années soixan- te-dix se caractérisent par une période de désillusion, d'essouflement, qu'il s'agisse de militants sociaux, populaires, politiques, éducateurs, liturges, catéchètes, pasteurs ou des simples croyants.La nouveauté découverte Pourtant, cette désillusion allait permettre une meilleure compréhension des tâches à venir.Oui, il est nàif de croire que l'école va changer la société, mais cette constatation va faire naître une nouvelle conscience de la réalité économique.L'école ne peut changer la société si cette dernière ne maîtrise pas son économie.Car c'est l'économie qui finit autrement par imposer ses priorités et l'école doit se mettre, tôt ou tard, au service de ceux qui possèdent les moyens de production.De même, les groupes populaires, si bien politisés soient-ils, ne pourront pas changer grand'chose aux fermetures d'usines si l'Etat n'ose pas exercer un contrôle sur les forces économiques dominantes.En d'autres termes, le grand rêve des années soixante est bien mort, mais c'est lui qui a permis la découverte, par un grand nombre, de la dure réalité économique.Il est impossible de construire une nouvelle école sur un terrain que tu ne possèdes pas et qu'on peut t'enlever d'un jour à l'autre.Reconnaissons que ce sont les syndicats qui, malgré leurs limites, ont permis d'articuler ces nouvelles tâches pour la collectivité.Il est réconfortant de voir le gouvernement commencer enfin à s'en occuper.De même, au niveau ecclésial, les désillusions ont permis de découvrir le mauvais état du \"sous-sol\".On voulait construire une Eglise nouvelle mais on découvre que le sous-sol est miné, peu solide.Bref, le renouveau liturgique et catéchétique nous a fait vivre au-dessus de nos moyens.Nous n'avons pas les communautés chrétiennes capables de soutenir les nouveaux efforts.Mais cette constatation, rendue possible par le renouveau des années soixante, fournit aussi le cahier des charges pour les années à venir.Comment assurer un sous-sol solide, des fondations réelles?Comment créer des tissus com- munautaires?Telles sont les questions désormais posées à nos Eglises.Elles exigent, comme l'économique, une politique d'ensemble.Nouvelles pratiques chrétiennes C'est à partir de cette mise en perspective collective qu'il me paraît stimulant de scruter certaines pratiques chrétiennes récentes.A cet é-gard, il faut souligner fortement le parallèle entre notre histoire socio-politique récente et celle de notre E-glise.Ce dernier rappelle avant tout l'enracinement des chrétiens dans une histoire bien réelle.Mais il souligne aussi le danger de courir de nouveauté en nouveauté sans remettre celles-ci dans un mouvement plus vaste.Un examen, même rapide, de certaines expériences permettra de commenter cette affirmation.Il fournira aussi de quoi tracer certaines lignes d'avenir.\u2022 Les groupes du renouveau charismatique sont, sans doute, une initiative de l'Esprit.Ils sont aussi bien la réponse à une limite, celle du renouveau liturgique des années soixante.Je ne veux pas ici redire les acquis de ce renouveau, mais souligner seulement les clôtures de ce dernier.Il est frappant, en effet, de constater combien on a sabré dans les expressions populaires de la foi sans fournir de nouveaux lieux à l'immense population qui en vivait.On a dépossédé un peuple de son langage, pauvre sans doute mais réel, pour lui imposer une liturgie bien élevée, propre, coupée de l'histoire rapide et agitée du milieu québécois.La prolifération des nouveaux groupes de prière charismatique devient ainsi la reprise de la parole d'une population passive.On lui a dit qu'elle était le \"Peuple de Dieu\", elle l'a cru et, désormais, elle s'exprime librement, convaincue de posséder, elle aussi, l'Esprit.C'est ainsi en référence au passé, plus précisément aux limites du renouveau liturgique, que le présent renouveau prend une bonne part de sa signification ecclésiale.Il constitue l'antithèse, en quelque sorte, de l'initiative officielle dans le domaine de la liturgie paroissiale.Je ne suis pas sûr qu'il annonce, pour autant, un 114 RELATIONS avenir.Il indique sans doute la nécessité d'une autre articulation entre divers types de prière communautaire.Mais il n'est pas forcément la solution a cette question.Vouloir faire du renouveau charismatique la voie privilégiée de la pastorale paroissiale me paraît alors une erreur de perspective lourde de conséquences.\u2022\tLes groupes de rencontres et de ressourcement constituent un autre type de nouvelles pratiques chrétiennes.Ils désignent évidemment des expériences souvent fort différentes.Les \"biscum\", les cursillistes, les communautés de base, et, chez les O jeunes les R °, les équipes du SPV, de la CLE, de la JEC ou de Yannik sont loin d'être semblables( 1 ).Ils se rejoignent au moins dans la nécessité qu'ils éprouvent de tenir ensemble la démarche personnelle et l'interaction d'un groupe-porteur.A ce niveau, ils répondent certainement à la faiblesse du \"sous-sol chrétien\" dont j'ai déjà parlé.Ils répondent à un vide, à une absence.En ce sens, ils s'expliquent aussi par le passé récent.Les nouvelles structures paroissiales officielles, comme celle du conseil de pastorale paroissial, n'ont pas été capables, dans la plupart des cas, de créer du neuf.Le nouveau a surgi a côté, un peu partout, dans les milieux de la petite classe moyenne, mieux a même de se donner les moyens d'un renouveau de la foi vécue avec d'autres.Mais, là encore, cette réaction à une lacune de notre passé récent ne constitue pas, telle quelle, la voie de l'avenir.On peut très bien s'enfermer dans une sorte de groupe-refuge, par crainte des problèmes et des choix qu'ils appellent de la part de tous.La difficulté de nombreux groupes à \"déboucher\" sur une responsabilité sociale et collective en est déjà un indice.L'allergie devant la critique interne et la critique sociale en est un autre.Il faut donc un autre critère que celui de combler une lacune pour valoriser ce type de pratique et y voir une voie d'avenir.\u2022\tLe mouvement des parents catholiques, voué à la défense de l'école catholique, trouve, ces dernières années, des connivences dans plusieurs milieux.Sans nier l'intérêt pour l'éducation chrétienne qu'il représente, on peut quand même noter qu'il se situe dans le contexte de la \"désillusion\" relativement au renouveau catéchétique.Ce dernier a souvent dépossédé les parents de toute velléité de s'occuper de l'éducation chrétienne de leurs enfants.Les \"spécialistes\" savaient mieux ce qu'il fallait faire pour assurer un renouveau de la foi chrétienne dans le milieu scolaire.On les a laissés faire.Mais les lendemains n'ont pas chanté.La catéchèse n'a pas rempli les Eglises.Les parents n'ont pas rejoint leurs enfants.Dans ce contexte d'énervement social et religieux, l'insistance sur les structures scolaires confessionnelles semble alors une façon sûre de contenir la débandade.L'école devient le dernier bastion qu'il faut défendre à tout prix contre les forces de désintégration sociale.Mais, là encore, ne s'agit-il pas davantage d'une réaction que de la promotion d'une nouveauté offerte à tous?Devant l'étendue des travaux de défense, on oublie de travailler positivement à la promotion de l'école publique.Bien plus, cet effort tendu pour sauver la confessionnalité masque l'absence des chrétiens dans la recherche démocratique d'un nouveau projet éducatif.Comment expliquer autrement la difficulté des milieux chrétiens à assurer aux \"exemptés\" l'exercice réel de leur liberté de conscience et d'action?Pourquoi investir autant dans les structures confessionnelles et pas du tout dans la formation de groupes d'enseignants chrétiens?Pourquoi se cacher l'absence tragique des communautés chrétiennes capables d'épauler les efforts éducatifs des parents?Les pratiques récentes en milieu scolaire montrent ainsi, en creux, un chemin possible pour demain.Au temps de l'éducation chrétienne des enfants doit succéder celui de l'éducation chrétienne des adultes.Nous entrons dans l'ère de l'éducation permanente de la foi.Impossible de regarder en arrière pour refuser d'avancer.\u2022 les groupes et les communautés de chrétiens socialement engagés se comptent sur les doigts de la main.La conscience de la situation socio-économique n'a pas encore donné naissance ici à un mouvement d'action et de réflexion chez les chrétiens.Certes, il faut noter l'apparition, dans les années 70, du réseau des politisés chrétiens.Regroupant des personnes généralement assez scolarisées et socialement militantes, le réseau tente de débloquer l'idéologie des chrétiens et de critiquer l'organisation de l'économie capitaliste.Il n'a pas réussi, jusqu'ici, à s'assurer une base populaire un peu large.Ce qui permet, bien sûr, à certains milieux ecclésiastiques, de discréditer le type de question ainsi posée aux croyants et de s'en tenir à un débat abstrait sur le marxisme et le christianisme.Chantier, pour sa part, réponse institutionnelle aux constatations du rapport Dumont, a cherché, depuis cinq ans, à traduire la \"pertinence sociale de la foi\" et cela dans un milieu assez large.Le paradoxe veut que son succès même constitue son échec.Au départ, en effet, les responsables de Chantier voulaient rejoindre les 18-35 ans, population particulièrement éloignée des réseaux paroissiaux ordinaires.Assez curieusement, cependant, ce fut le réseau paroissial qui servit de lieu d'implantation.On ne s'étonne donc pas que la population prévue n'ait pas été rejointe.En ce sens, Chantier reste encore à être tenté.Mais l'opération aura permis de constater, une fois de plus, l'importance des groupes-porteurs.Sans de nouveaux \"lieux\", la nouveauté proposée est vite récupérée par les intérêts des réseaux traditionnels.On aura découvert aussi la force des résistances et la nécessité d'en tenir compte si l'on veut sortir d'une sorte de volontarisme de l'engagement.Trois orientations possibles A partir de cette brève analyse des pratiques chrétiennes récentes, peut-on dessiner des lignes de forces pour le proche avenir?En tenant compte des découvertes en cours et des questions posées, je vois trois orientations majeures: la première concerne l'éducation permanente de la foi, la deuxième la promotion de réseaux de vie chrétienne et la troisième la transformation socio-économique de notre société.AVRIL 1978 115 1.\tL'éducation permanente de la foi deviendra le nouveau nom de l'évangélisation.C'est à cette tâche que devraient se consacrer en particulier tous les groupes de prière, de rencontres et de ressourcement.Il ne suffit plus de prier librement dans une assemblée, il faut aussi apprendre à prier de mille et une façons et apprendre surtout à discerner l'illusion.Il ne suffit pas de trouver, dans un groupe, un \"remontant\" affectif ou spirituel.Il faut aussi apprendre à lire son quotidien de façon évangélique et apprendre à le transformer en solidarité avec d'autres.Ce qui est ici visé, c'est ainsi la prise en charge, par le plus grand nombre possible de personnes, de leur vie chrétienne.Cette insistance sur l'éducation permanente des chrétiens suppose que l'on précisera peu à peu ces divers apprentissages et que l'on expérimentera un peu partout ce qu'ils peuvent comporter.La question désormais posée aux groupes de chrétiens et aux communautés deviendra alors la suivante: Quels sont les apprentissages de la vie chrétienne que vous pratiquez?2.\tLa promotion de réseaux de vie chrétienne reprend les intuitions des groupes nouveaux et met à profit les limites des expériences de conscientisation sociale.Il ne suffit pas d'ajouter un comité d'accueil à la messe du dimanche pour parler de communauté vivante.Parler en termes de réseaux, c'est, au contraire, favoriser le regroupement de croyants à l'occasion de tâches précises et de courte durée: réseaux d'entraide, réseaux de prière, réseaux d'action, réseaux d'échange et de réflexion.C'est aussi apprendre à entrer dans les réseaux existants dans notre milieu et à en créer d'autres selon les besoins.D'autres Eglises, en Afrique et en Amérique latine, ont décidé, ces dernières années, d'investir dans ce travail au niveau du \"sous-sol\" ou l.Les \"biscum\", les cursillistes et les sont des groupes de rencontres et de ressourcement spirituel.Les groupes de la CLE (Comités de Liturgie Etudiants) sont des groupes d'action liturgique travaillant au niveau du secondaire et du cégep.Les groupes du SPV (Service de préparation à la Vie), de la JEC (Jeunesse Etudiante Chrétienne) et de Yannik sont des groupes de formation chrétienne et d'action, plus critiques et plus militants, la JEC travaillant au secondaire, Yannik au cégep.des \"fondations\".Une volonté semblable nous sera nécessaire si nous voulons donner des pieds et des mains à la nouveauté de l'évangile.\"Dis-moi quels réseaux tu fréquentes et je te dirai qui tu deviens!\" 3.\tLa transformation socio-économique de notre société me semble la tâche, énorme, qui doit constamment être mise devant les yeux et le coeur des croyants.Que notre peuple décide de choisir l'indépendance politique ou qu'il préfère attendre, la question de la transformation de notre réalité économique continuera de se poser.L'inégalité des chances, le chômage, la pauvreté, l'incertitude seront aussi de la partie.Je vois mal que les communautés chrétiennes et les groupes de toutes tendances n'aient pas à se situer concrètement relativement à cette question.Notre histoire récente est ici éclairante.Nous avons vécu, de façon si engagée, la \"révolution tranquille\" et la \"désillusion tranquille\" qui l'a suivie qu'il serait absurde de ne pas participer aux espérances qui sont actuellement en cours pour transformer notre réalité socio-économique.Notre espérance chrétienne aura quelque chose à dire et à faire avec ces espérances ou nous deviendrons un ghetto pour rêveurs inoffensifs.Ces trois orientations me semblent déjà commencées, ici et là, dans les Eglises souvent les moins bien équipées du Québec.Je pense aux \"catéchèses populaires\" de l'Eglise d'A-mos, où des gens ordinaires se jasent de leur foi.Je vois les réseaux multiples créés dans une paroisse de Rimouski ou dans une HLM de Saint-Jérôme.Je me redis les réalisations du JAL, au Témiskouata, où des villages entiers ont refusé de mourir et ont entrepris de mettre ensemble leurs ressources.J'apprends la décision de l'Eglise de Saint-Jean de refuser désormais le bingo comme source de financement d'appoint.L'avenir est déjà en marche, dans ces Eglises, car elles cherchent des façons d'articuler la situation socioéconomique de leur région et les multiples pratiques chrétiennes.Il faut se mettre à leur écoute.\"Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises!\" (Apoc.3, 22).La politique et les croyants au Canada C\u2019est une nouvelle, et les média l\u2019exploitent, quand les hommes d\u2019ici s\u2019adressent publiquement dans la prière au seul et même Dieu pour lui faire, sur des problèmes politiques, des demandes contradictoires.On prie \u201censemble\u201d pour le succès d\u2019une option fédéraliste, pour la défaite d\u2019une formule qu\u2019on persiste à nommer soi-même \u201cséparatiste\u201d, alors que Dieu lit dans le coeur de nombre de Québécois le désir de voir se réaliser une option qu\u2019ils appellent \u201csouveraineté-association\u201d.On prie pour \u201cl\u2019unité canadienne\u201d, alors que le premier sens politique de l\u2019expression est très clair du côté d\u2019Ottawa et des fédéralistes.On prie, en ce sens, pour \u201cl\u2019unité\u201d au Canada, pour \u201cun pays uni\u201d.Dans ces prières qui montent vers le Tout-puissant, y a-t-il quelque ambiguïté et où cette ambigüité peut-elle bien commencer?Trop d'ambigüités ou trop de clarté?Immédiatement après ce qui fut au Canada anglais le coup de tonnerre des élections québécoises du 15 novembre 1976, The Toronto Star (1) donnait la nouvelle que Mgr Philip Pocock, archevêque catholique de Toronto, s\u2019était rendu à une église protestante pour demander aux Canadiens de toutes les confessions religieuses de prier ensemble, dans une meilleure compréhension des Canadiens français, pour garder le Canada uni, \u201cto keep Canada united\u201d.L\u2019automne dernier, la télévision rapportait aux informations que des commissions scolaires catholiques en Ontario ont été incitées par la situation politique au Canada à faire prier de façon 1.\t\u201cln Protestant church, Catholic prelate asks all to pray for united nation\u201d, The Toronto Star, 29 nov.1976, p.C-1.2.\t\u201cA prayer for Canada\u201d, The Catholic Register, 7 janvier 1978, p.7.116 RELATIONS I.L\u2019Eglise catholique et \u201cl\u2019unité canadienne\u201d spéciale les enfants dans les écoles.L\u2019auteur de la prière, un prêtre d\u2019expression anglaise devenu depuis lors l\u2019un des deux secrétaires généraux de la Conférence des Evêques Catholiques du Canada (CECC), a pris soin de spécifier à la presse que ce n\u2019est pas une prière pour obtenir \u201cL\u2019unité nationale\u201d (2).Et pourtant, cette prière, excellente par ailleurs, fut présentée dans certains journaux comme une prière \u201cpour l\u2019unité canadienne\u201d (3).Est-ce parce qu\u2019on pense que des petits enfants (dans un On tario où il n\u2019y a presque uniquement que des fédéralistes) à qui on fait dire: \u201cFather,.our country.us as Canadians.from our differences (les \u201cdifférences\u201d venant en grande partie du Québec voisin), from our differences make us a people\u201d, auront tout naturellement à l\u2019esprit devant Dieu une option fédéraliste?Radio-Canada nous a montré une classe d\u2019écoliers francophones d'Ontario récitant une version française de cette prière: \u201cfaites de nous un peuple\u201d.Toujours est-il que cette prière ontarienne fut signalée à l\u2019Assemblée nationale du Québec (4) comme une prière \u201cpour l\u2019unité canadienne\u201d.On voit que la bataille de la propagande dans les média est surveillée.Le 21 janvier dernier, au début de la Semaine de prière pour l\u2019unité des chré- 3.\tLe Devoir, 16 déc.1977, p.9.4.\tAssemblée nationale du Québec, Journal des Débats, 15 déc.1977, p.4822.5.\tLe texte intégral est publié en français et en anglais dans La Voix de l\u2019archidiocèse de Grouard-McLennan, Alberta, fév.1978; le texte français se trouve également dans Le Fran-co-Albertain, 15 fév.1978, pp.4-5.On pourra l\u2019obtenir de la CECC, 90 avenue Parent, Ottawa K1N 7B1.6.\t\"Time for Christians to speak up\u201d, The Catholic Register, 4 fév.1978, p.8.7.\t\"Vous n\u2019êtes plus des étrangers\u201d, L'Eglise de Montréal, 12 janvier 1978, 19-20; \"L\u2019oecuménisme sert de façade à la propagande fédérale\u201d, Le Devoir, 28 janvier 1978, p.9.8.\tRolande Parrot, \"De l'oecuménisme à l\u2019unité canadienne: une allocution qui fait choc\u201d, Au Rythme de notre Eglise (Diocèse de Saint-Jean-de-Québec), 31 janvier 1978, p.4.9.\tJean Daniélou, L\u2019oraison, problème politique, Paris, Fayard, 1965, p.42.par Irénée Desrochers tiens, les sept évêques de l\u2019Alberta publiaient une lettre pastorale, intitulée en français \u201cL\u2019unité canadienne\u201d, et en anglais \u201cOn Unity in Canada\u201d (5).Ils demandaient aux fidèles de prier pour ce pays que les fondateurs ont voulu \u201cun pays fort et uni\u201d, dans lequel \u201cen tant que peuple uni\u201d.\u201cles Canadiens bâtirent une nation\u201d.Le texte lui-même se veut assez subtil, mais Mgr Joseph Mac-Neil, archevêque d\u2019Edmonton, avoue sans détour à un journaliste, qui l\u2019avait d\u2019ailleurs très bien compris, \u201cwe bishops are very much in favor of Canadian unity\u201d (6).La lettre donne comme choix: \u201csoit le maintien de l\u2019unité canadienne, soit la séparation (\u201csecession\u201d, dit le texte anglais) du Québec\u201d.Nous les évêques, poursuit Mgr MacNeil dans son entrevue, \u201cnous ne pouvons pas dire que tous les catholiques ou tous les chrétiens doivent être en faveur de l\u2019unité canadienne\u201d.Mais, dit la lettre, les chrétiens \u201cdoivent acquitter leurs devoirs envers l\u2019Etat\u201d: \u201crendez donc à César ce qui appartient à César\u201d.Et il s\u2019agit évidemment de l\u2019Etat fédéral.t Let\u2019s pray for Unity Mgr Paul O\u2019Byrne, évêque de Calgary, dit que cette lettre pastorale (qui porte entièrement sur le problème de l\u2019unité canadienne, et non directement sur celui de l\u2019unité des chrétiens) est,publiée à l\u2019occasion de la Semaine de prière pour l\u2019unité des chrétiens, \u201cbecause there is a close relationship\u201d.Sept chefs religieux de la région de Montréal, toujours à l\u2019occasion de la Semaine de prière pour l\u2019unité des chrétiens, adressent un message commun aux chrétiens de la région, les engageant à prier ensemble car \u201cour faith should move us.to build Canada into a land where truth, justice and charity flourish\u201d.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, considérant l\u2019ensemble de ce texte dans ses versions anglaise et française, répond qu\u2019il sert de façade à la propagande pro-fédérale de l\u2019unité canadienne (7).Le 24 janvier, à l\u2019église Saint-Antoine de Longueuil, avait lieu une rencontre oecuménique de prière pour l\u2019unité des chrétiens.D\u2019après le reportage paru dans le journal même du diocèse (8), une allocution sur le thème de \u201cla nécessité pour les chrétiens de s\u2019unir afin de faire l\u2019unité canadienne\u201d fait choc, alors que les passages qui ont dérouté l\u2019assistance au Québec auraient très probablement plu dans un milieu anglophone, surtout en dehors du Québec.Les évêques catholiques de la Colombie-Britannique et-du Yukon, en février, présentaient à la Commission Pépin-Ro-barts un mémoire sur l\u2019unité canadienne dans lequel, \u201cen tant que chefs d\u2019Eglises\u201d, ils expriment très clairement leur option politique fédéraliste.Qu\u2019en est-il de cette impression qu\u2019il y a trop souvent ambiguïté?Quelles sont les conséquences de ce type de prise de position de la part de certains évêques?Une réflexion sur la prière et la politique, et un examen plus poussé de quelques textes témoins nous aideront à mieux saisir les présupposés de ce genre de prière, de même que les fondements moraux des options politiques et les attitudes chrétiennes à cultiver dans le jeu de la vie politique.L\u2019oraison, problème politique Prier est excellent.Même plus.Jean Daniélou, dans L\u2019oraison, problème politique (9), écrit: La nécessité pour la cité de créer l\u2019espace sociologique dont l\u2019oraison a besoin, pour pouvoir être dans le monde de demain la dimension sans laquelle ce monde serait inhumain, a pour contrepartie la nécessité pour le christianisme sociologique de s\u2019épanouir dans les Eglises en authentique vie d\u2019oraison.C\u2019est une nécessité chrétienne, à répercussions politiques, non seulement de prier mais de bien prier dans une vie d\u2019oraison authentique.Bien prier dépend de notre façon de comprendre le sens et l\u2019efficacité de la AVRIL 1978 117 prière de demande, quand elle concerne plus précisément les problèmes et la vie politiques.Dieu n\u2019enlève pas automatiquement, à notre demande, toutes les difficultés.Il nous exauce parfois d\u2019une façon différente de notre propre demande en nous donnant la force d\u2019accepter, non seulement les grandes remises en question, mais, si nécessaire, les changements radicaux indispensables.Car il faut résoudre les problèmes humains d\u2019ordre spirituel et moral qui sous-ten-dent la vie politique.Amener Dieu à changer d\u2019idée?Il ne s\u2019agit pas de mettre Dieu à notre disposition.La prière est un moyen pour nous d\u2019entrer dans les dispositions intérieures que Dieu exige de nous pour accorder son bienfait.La liturgie, quelque part, fait ainsi prier: \u201cSeigneur, fait demander à ceux qui te supplient ce qu\u2019il te plaît de leur accorder\u201d.Ne les laisse pas nécessairement demander ce qu\u2019ils veulent, d\u2019instinct, Te demander.Dans l\u2019Evangile, le Christ répond aux apôtres qui l\u2019interrogeaient:\t\u201cQuand vous priez, dites: Notre Père,.que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite\u201d.Il voulait dire que toutes nos prières doivent être calquées sur ce modèle et en avoir l\u2019esprit.Or quel est cet esprit?C\u2019est celui du Dieu de la justice, de l\u2019amour et de la liberté pour tous.Le Dieu libérateur a ses propres dispositions à l\u2019endroit de l\u2019humanité, car il a fait, le premier, des options.Il n\u2019est pas indifférent.Ceux qui le prient doivent chercher à \u201cdiscerner, dit Paul VI, les options et les engagements qu\u2019il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques qui s\u2019avèrent nécessaires avec urgence en bien des cas\u201d (10).La prière qui demande que dans notre vie politique nous vivions vraiment et plus pleinement les valeurs authentiques de l\u2019Evangile est une prière prioritaire.Elle peut rejoindre tous les chrétiens.Elle peut être ecclésiale.Dans une communauté hétérogène où des options contradictoires sont représentées, elle reste cependant très délicate à formuler dès que certains mots, comme il arrive souvent, servent d\u2019amorce à des allusions.Par contre, la prière qui demande au Seigneur de bénir telle option politique 10.Paul VI, La responsabilité politique des chrétiens (Oct.Adveniens), 1971, p.4.11.777e B.C.Catholic, fév.1978; \u201cWestern bishops speak up on unity\", The Catholic Register, 4 mars 1978, p.10.12.\"Les évêques canadiens et la vie politique au Québec\u201d, texte intégral dans Relations, juin 1972, p.162, et dans L\u2019Eglise Canadienne, juin-juillet 1972.particulière, qu\u2019elle soit fédéraliste ou non, ne peut pas rejoindre tous les tenants de toutes les options politiques légitimes.Comment peut-elle devenir commune?Comment serait-elle ecclésiale?Elle doit non seulement ne pas contredire le verset \u201cque Ta volonté soit faite\u201d du Notre Père, mais tendre positivement vers lui pour le rejoindre et, en ce sens, rester elle-même conditionnelle: à condition que soit faite la volonté du Dieu de justice, d\u2019amour et de liberté, qui entend aussi le désir de ceux qui ont choisi une option contraire.Conversion et discernement Au premier plan, il s\u2019agit d\u2019abord de sa propre conversion \u2014 sans éliminer celle des autres \u2014 aux valeurs évangéliques vécues dans la vie politique.Le Dieu des béatitudes, qui a ses propres options, est exigeant à notre égard.Ce qu\u2019il veut donner, c\u2019est \u201cl\u2019Esprit saint à ceux qui le lui demandent\u201d (Le 11,13).Le climat de la prière de demande est celui d'un discernement chrétien, attentif, établissant un lien réel entre ce discernement et la conversion.Ce climat fait non seulement partie de la possibilité pour des opposants politiques de communier en vérité à la même Eucharistie, il fait partie de tout fair play dans la pratique du jeu politique proprement dit.Alors qu\u2019au temps des guerres, comme en 1914 ou en 1939, chaque groupe de chrétiens avec ses évêques priait pour la victoire, de la Russie contre l\u2019Allemagne, de l\u2019Allemagne contre les Alliés, et inversement, on pense que Dieu devait avoir un problème à résoudre.Les papes, par fonction au-dessus de toute la mêlée, répètent aux hommes qu\u2019ils doivent faire la paix, et pour cela faire la justice.C\u2019est ainsi qu\u2019ils demandent, comme Pie XII, de prier pour \u201cla paix de la justice\u201d.\u201cQue Ta volonté soit faite, et non la mienne.\u201d En particulier, face à des options politiques légitimes, mais contradictoires, le rôle des évêques, bâtisseurs d\u2019unité, et solidaires entre eux dans une même Eglise du seul Seigneur, est spécialement délicat.Occupant des postes de chefs d\u2019Eglises, ils sont plus observables.Leur action, même subliminale (The Medium is the Message), ne passe pas facilement inaperçue.Les média, experts en toute la gamme des sensibilités de leur public, sont friands du subliminal.Ils connaissent, dans telle situation politique, la charge émotive de tant d\u2019expressions ou d\u2019équivoques, l\u2019importance de ce que les journalistes anglais appellent \u201cthe emotional buzz terms\", ces mots-pièges qu\u2019enveloppe une certaine confusion.La bataille politique englobe la bataille des média.Les déclarations de certains évêques du Canada de même que quelques gestes posés au nom de l\u2019oecuménisme contribuent à nous en faire prendre davantage conscience.Les évêques de la Colombie-Britannique et les évêques du Québec En présentant un mémoire sur \u201cL\u2019unité canadienne\u201d à la Commission Pépin-Robarts (11), plutôt qu\u2019une lettre pastorale à leurs propres fidèles, les évêques de la Colombie-Britannique et du Yukon s\u2019adressaient à tous les citoyens du Canada.Dans la recherche d\u2019une solution aux problèmes que pose \u201cl\u2019unité nationale\u201d, ils rappellent que la justice ne peut être accomplie que si le bien commun et les droits inviolables des autres sont pleinement respectés.Cette justice exige l\u2019égalité des chances pour tous, le même traitement pour les minorités de langue anglaise et de langue française partout au Canada de même que justice pour les Indiens, les Inuits et les groupes ethniques.Trouver des solutions politiques exigera l\u2019étude objective, la tolérance, les attitudes du \u201cgive-and-take\u201d de la part de tous, en renonçant à l\u2019usage de la violence.La liberté sous le boisseau Dès le début de leur mémoire, ils disent leur intention de présenter des \u201cprincipes chrétiens\u201d sur lesquels doivent reposer comme sur une base les solutions politiques \u201cspécifiques\u201d.Ils affirment qu\u2019en tant que chefs d\u2019Eglises ils n\u2019ont pas l\u2019intention d\u2019offrir de ces solutions spécifiques.Et toute l\u2019ambigüité est là.Pour un grand nombre de Québécois et pour les évêques du Canada dans leur déclaration d\u2019avril 1972 sur \u201cLa vie politique au Québec\u201d, \u201ctoutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif\u201d, ceci incluant évidemment l\u2019option spécifique de la \u201csouveraineté-association\u201d (12).Or les évêques de la Colombie-Britannique refusent de se prononcer sur les solutions politiques dites spécifiques, excepté sur celle-là.\u201cAs church leaders we do not propose to offer specific solutions to the problems inherent in the on-going process of achieving national unity.\u201d Les solutions spécifiques sur lesquelles, comme chefs d\u2019Eglises, ils se proposent de ne pas se prononcer se limitent à celles qui visent les problèmes inhérents au processus en 118 RELATIONS cours, le processus de réalisation, d\u2019accomplissement, de \u201cl\u2019unité nationale\u2019\u2019.Qu\u2019on appelle cette option \u201cspécifique\u201d ou non, générique ou non, dans la question de savoir s\u2019il s\u2019agit de \"principes chrétiens\u201d le point principal est le suivant: c\u2019est que cette option est proprement politique.Elle s\u2019oppose, entre autres, à une option politique particulière, celle de la souveraineté-association.Quand on a lu tout leur texte, la dernière phrase de leur mémoire ne surprend plus: \u201cnous croyons qu\u2019un Canada uni sera un Canada fort qui peut offrir l\u2019égalité des chances à tous ses citoyens\u201d.Cette phrase, avec les deux passages où il est question de réaliser \u201cl\u2019unité nationale\u201d, éclaire le sens de quelques expressions du début de leur mémoire.Se situant devant la Commission, ces évêques admettent que le but dont ils parlent (\u201cachieving national unity\u201d) est une unité nationale \u201cà l\u2019intérieur de la Confédération (within)\u201d.Il devient évident qu\u2019au-delà de tous les changements qu\u2019ils admettent, il en est un qu'ils rejettent, celui qu\u2019exige l\u2019option souveraineté-association: nous espérons et nous sommes confiants que les disparités régionales ou d\u2019autres manquements à l\u2019équité n\u2019amèneront pas une partie, quelle qu\u2019elle soit, du Canada à être tentée de se séparer de la Confédération.Le pays tout entier est dans une meilleure position pour porter remède à la situation que ne le serait une province séparée toute seule (a separated province by itself).Il est difficile de voir comment toute solution unilatérale (noter le singulier) peut remédier à la situation existante.Le témoignage du premier ministre de la Colombie-Britannique, M.Bennett, présenté quelques heures avant ou après le leur devant la même Commission, ne laisse aucun doute: pour les citoyens de la Colombie-Britannique, le danger de \u201cséparation\u201d dont il faut prioritairement parler n\u2019est pas du tout celui qui surgirait dans leur province, mais celui qui vient du Québec.Les évêques de la Colombie-Britannique, même s'ils se pensaient libres de favoriser une option fédéraliste en général et de s\u2019opposer à l\u2019option particulière de la souveraineté-association, ne peuvent alors s\u2019exempter d\u2019envisager quelques conséquences de leur geste de chefs d\u2019Eglises.Ce n\u2019est pas tellement qu\u2019ils se trouvent, en faisant nettement allusion au Québec, à fausser un peu trop la vérité 13.\tCardinal Maurice Roy, Le Xe anniversaire de \"Pacem in terris\" de Jean XXIII, Réflexions\", Montréal, Fides, 1973, 36 pp.14.\tMgr J.-A.Plourde, \u201cL'avenir du pays appelle un changement d'attitude\u201d, L'Eglise Canadienne, 1 déc.1977,221-222.de la position \"souveraineté-association\u201d de nombre de Québécois, quand ils parlent, sans autre distinction, d\u2019une \u201cséparation.unilatérale\u201d.La difficulté vient plutôt de leur attitude devant la valeur chrétienne que représente la liberté collective, applicable au Québec.Dans les circonstances particulières où se présente le problème moral de la vie politique au Canada, c\u2019est une présentation par trop écourtée des principes chrétiens dont ils parlent.Des silences qui parlent Ils citent un passage de la \u201cLettre collective des évêques catholiques du Canada\u201d de 1967, à l\u2019occasion du centenaire de la Confédération, mais passent entièrement sous silence la déclaration importante de tous les évêques catholiques du Canada d\u2019avril 1972, portant sur \u201cla vie politique au Québec\u201d: \u201ctoutes les options politiques.sont libres\u201d.Il est vrai qu\u2019on ne peut constamment tout dire.Mais il devient clair qu'il faut demander pourquoi des évêques fédéralistes ont laissé de côté ce critère essentiel qu\u2019est la liberté.Ils citent Pacem in terris de Jean XXIII au sujet de la justice, sans tenir compte du fait que dans cette encyclique, en de nombreux passages, nous retrouvons toujours ensemble ce que Jean XXIII appelle les quatre piliers de la paix: L\u2019ordre propre aux communautés humaines est d\u2019essence morale.En effet, c'est un ordre qui a pour base la vérité, qui se réalise dans la justice, qui demande à être vivifié par l\u2019amour et qui trouve dans la liberté un équilibre sans cesse rétabli et toujours plus humain.(N.37) Pour qu\u2019on le remarque bien, l\u2019auteur l\u2019a inscrit au long dans le titre même de son encyclique: \u201cPaix entre toutes les nations, fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté\u201d.C\u2019est la liberté qui donne son \u201cclimat\u201d à la paix (N.149), à \u201cla paix sans équivoque\u201d (N.165).C\u2019est ce qu\u2019a rappelé d\u2019ailleurs, et puissamment, un évêque canadien, le cardinal Maurice Roy, à titre de président de la Commission pontificale \u201cJustice et Paix\u201d, dans un texte plus récent encore que la déclaration de la CECC d\u2019avril 1972.Il s\u2019agit de ses \u201cRéflexions\u201d publiées en avril 1973 et intitulées \u201cLe Xe anniversaire de Pacem in terris de Jean XXIII\" (13).Il montre l\u2019ensemble que constituent les quatre principes-piliers de Jean XXIII.Puis, il signale qu\u2019il faut de plus faire ressortir comme nouveau critère pour une société en paix \u201cl\u2019idée de progrès\u201d: \"cette idée d\u2019une évolution, d\u2019un devenir à réussir\u201d est une \u201ccomposante de la paix\u201d.Nous devons, dit-il, comme l\u2019énonce Gaudium et Spes, passer \"d\u2019une notion plutôt statique de l\u2019ordre des choses à une conception plus dynamique et plus évolutive.De là naît, immense, une problématique nouvelle qui provoque de nouvelles analyses et de nouvelles synthèses\u201d.C\u2019est, de toute évidence, fort applicable à la situation du Québec dans le Canada.Les évêques de la Colombie-Britannique ne croient pas opportun de mentionner la base morale complète qui sous-tend une nouvelle problématique, qui devrait provoquer de nouvelles analyses et de nouvelles synthèses.Dire à temps et à contretemps D\u2019autres évêques canadiens pensent autrement.Le silence d\u2019un grand nombre d\u2019entre eux est très lourd de signification.Le seul autre évêque catholique romain qui, à ma connaissance, ait présenté un mémoire à la Commission Pé-pin-Robarts est Mgr Plourde, archevêque d'Ottawa (14).Dans son mémoire, daté du 28 novembre 1977, l\u2019approche est bien différente de celle de ses confrères de l\u2019Ouest.Mgr Plourde insiste, comme les autres évêques mais de façon plus complète et plus nette, sur l\u2019importance des attitudes: l\u2019ouverture d\u2019esprit, l\u2019objectivité \u201csans tricher\u201d, pour observer \u201cplusieurs\u201d façons d\u2019interpréter un même phénomène, l\u2019ouverture à l\u2019autre dans un regard d\u2019amour et le souci du bien commun.Mais, quand il est question de faire allusion aux diverses options politiques possibles, il dit franchement, non seulement que \u201cdans le cas concret qui est le nôtre, les actions unilatérales (noter le pluriel) ne sont pas, a priori, le meilleur moyen d\u2019en arriver à une solution qui permettrait aux individus et collectivités de s\u2019épanouir pleinement dans la ligne de leur être et de leur histoire\u201d, mais aussi, ce que les évêques de l\u2019Ouest semblent prendre soin de taire, que \u201cle droit à l\u2019autodétermination des peuples\u201d est \u201cacquis\u201d.C\u2019est plus radical.Plus proche du réel.Je disais plus haut que le silence de plusieurs évêques est très lourd de signification.Il ne faut pas manquer de remarquer, en effet, que la CECC qui, à l\u2019occasion d\u2019une déclaration annuelle, le 1er décembre dernier, avait la chance d\u2019affronter toute cette question s\u2019en est tenue à cent lieues et qu\u2019elle s\u2019est abstenue de tout contact public avec la Commission Pépin-Robarts.Il faut remarquer de plus que l\u2019Assemblée des Evêques du Québec (AEQ) a fait de même.On peut interpréter cette abstention des évêques du Québec devant la Com- AVRIL 1978 119 mission comme découlant du désir de ne favoriser aucune option politique en particulier et de s\u2019en tenir à la déclaration de la CECC d\u2019avril 1972.De plus, cela pourrait être une protestation implicite contre l\u2019injustice morale que représente le mandat officiel de cette Commission.Ce mandat officiel veut que les commissaires acceptent de préjuger, de juger d\u2019avance comme inacceptable une option libre, démocratique et moralement juste (15).En tout cas, que je sache, aucun évêque du Québec n\u2019a communiqué publiquement avec cette Commission.L\u2019unilatéral et le dialogue Les évêques de la Colombie-Britannique semblent tout faire pour laisser entendre \u2014 et c\u2019est compris \u2014 qu\u2019ils regrettent la déclaration de la CECC d\u2019avril 1972 et qu\u2019ils aimeraient oublier qu\u2019elle a été votée.Eux qui insinuent que le Québec pourrait agir de façon \u201cunilatérale\u201d, alors qu\u2019il insiste vraiment sur \u201cl\u2019association\u201d quand il parle de \u201csouveraineté\u201d et sur la nécessité de négocier \u201cune nouvelle association\u201d, ils semblent avoir posé, devant un très grand nombre d\u2019évêques du Canada et particulièrement devant ceux du Québec, un geste qui paraît au public pas mal unilatéral.Veut-on nous faire croire que la CECC a un accord secret avec les évêques de l\u2019Ouest en vertu duquel elle a demandé ou accordé à ces derniers de se prononcer parce qu\u2019elle jugeait opportun de ne pas le faire elle-même, surtout à cause de la présence des évêques du Québec?Pourquoi les évêques de la Colombie-Britannique parleraient-ils favorablement de l\u2019option fédéraliste aux citoyens de leur province et du Canada anglophone, qui sont certainement déjà à plus de 98% fédéralistes?Est-ce pour appuyer le vote fédéraliste au Québec, au moment où se prépare le référendum du Québec, seul référendum qui puisse, moralement, servir à mettre en pratique au Québec le principe du droit moral à l\u2019autodétermination?Si c\u2019était pour appuyer les droits des minorités françaises et ceux des autres groupes, il eût mieux valu, semble-t-il, s\u2019en tenir à ces seules questions.L\u2019Eglise est impliquée, disent ces évêques, dans les problèmes \u201cqui affectent l\u2019unité nationale\u201d, vu son \u201cmembership\u201d, c\u2019est-à-dire la proportion de ses membres dans la population totale du 15.\tI.Desrochers, \u201cLa commission Pépin-Robarts: les Eglises sont-elles vraiment \u201cdans l\u2019embarras\u201d?, Relations, nov.1977, p.294.16.\tRecensement du Canada, 1971, Vol.1.3-3, pp.9-1, 10-1, 10-2; Vol.5.1-10, pp.5, 20-21.17.\tPaul VI, \u201cRéception des évêques de l\u2019est de la France, le 5 déc.1977\u201d, La Documentation catholique, 18 déc.1977, p.1052.18.\tIbid., p.1053.Canada.Il eût été préférable que, ne représentant pas eux-mêmes tous les catholiques du Canada (46,2% de la population canadienne), encore moins la forte proportion des catholiques du Québec par rapport à la population catholique totale du Canada (52,4%), mais seulement 4,2% des catholiques du Canada (16), ils s\u2019entendent au préalable avec la CECC et surtout avec l\u2019AEQ.Au lieu de voir les évêques de la Colombie-Britannique entrer de fait dans un débat public où les ambiguités s\u2019insèrent si facilement, les fidèles aimeraient mieux les voir dialoguer, à armes égales, avec leurs propres confrères, les évêques du Québec, d\u2019abord à l\u2019intérieur des structures ad hoc de la CECC.Toute cette histoire laisse entendre que ne pouvant y dialoguer fructueusement avec leurs confrères, ils essaient en pratique de leur forcer la main en jetant dans le grand public des débats intimes avortés.C\u2019est plus qu\u2019un manque de communications.Non seulement ce geste prend-il l\u2019allure d\u2019une certaine servilité à l\u2019égard de la population anglophone et peut-être d\u2019un peu de néo-cléricalisme à l\u2019égard de la population francophone du Québec, mais, paradoxalement, il fait de ces évêques fédéralistes de la Colombie-Britannique et du Yukon des \u201cséparatistes\u201d au sein des structures ecclesiales de l\u2019Eglise catholique canadienne.Deux Eglises au Canada Ces évêques disent aux chrétiens du Québec qui ne font pas la même option politique qu\u2019eux: il n\u2019y a pas seulement deux nations \u201cfondatrices\u201d au Canada, il y a effectivement deux Eglises au Canada.Ils ne le disent pas seulement aux fidèles, ils le disent aux évêques du Québec.Ils soulignent la division dans cette Eglise canadienne et d\u2019abord la division de la hiérarchie.Dans sa lettre de 1971 sur \u201cLa responsabilité politique des chrétiens\u201d, Paul VI avait insisté pour dire qu\u2019il ne revient pas à la hiérarchie catholique seule d\u2019opter pour l\u2019ensemble des chrétiens, mais qu\u2019il appartient \u201cà ces communautés chrétiennes de discerner, avec l\u2019aide de l\u2019Esprit saint, en communion avec les évêques responsables, en dialogue avec les autres frères chrétiens et tous les hommes de bonne volonté, les options et les engagements qu\u2019il convient de prendre\u201d.(N.4) Le pape vient de définir, dans un discours aux évêques de France (17), deux fonctions fondamentales de l\u2019évêque: docteur de la foi, l\u2019évêque est aussi \u201cbâtisseur d\u2019unité\u201d.Les chrétiens ayant eux-mêmes le choix d\u2019une légitime variété d\u2019options possibles, les évêques ont comme fonction, au milieu de ce pluralisme, de chercher à bâtir entre les fidèles ayant fait des options diverses, ou même contradictoires, l\u2019unité en Jésus-Christ.Peut-être que les évêques du Canada auraient, lors d\u2019une de leurs prochaines réunions, présidée par Mgr Gilles Ouel-let, archevêque de Rimouski, Québec, et en présence de Mgr MacNeil, archevêque d\u2019Edmonton, Alberta, vice-président de la CECC appelé à devenir son prochain président, l\u2019occasion de faire, comme tout récemment Paul VI le conseillait publiquement aux évêques de France (18), des \u201crévisions de vie fraternelles\u201d entre eux, en souhaitant que ce soit pour tous les fidèles en quête de vérité et d\u2019unité, \u201cune source de réconfort et de lumière!\u201d.On dit que les évêques, anglophones et francophones, de la CECC ne se sont pas entendus, surtout depuis 1967, sur une messe à composer.Examinez nos gros missels approuvés officiellement par les évêques du Canada et vous trouverez que, dans le missel de langue anglaise, il y a une messe pour \u201cCanada Day\u201d au 1er juillet, où la prière sur les offrandes demande à Dieu de donner \u201cto our nation.the gifts of unity and peace\u201d.Dans le missel de langue française, bien qu\u2019on trouve quelques messes particulières au Canada, vous ne verrez aucune messe spéciale à l\u2019occasion du 1er juillet.Certains malins observateurs (j'en ai entendu) disent que, de ce temps-ci, les évêques anglophones, publiquement, prient de plus en plus et font prier avec eux pour l\u2019unité canadienne, alors que les évêques du Québec ne prient pas! C\u2019est-à-dire que ces derniers prieraient, soit privément., soit peut-être pour autre chose.A moins de souhaiter que les évêques anglophones prient davantage privément.Ou enfin d'admettre que pour les évêques anglophones les provinces anglaises sont d\u2019ores et déjà un pays séparé et qu\u2019ils jugent bon de prier publiquement pour son unité, un peu comme les évêques américains prient pour l\u2019unité des Etats-Unis.Ce qu\u2019il y a entre les lignes Les derniers paragraphes que le cardinal Roy écrit dans ses \"Réflexions\u201d sur Pacem in terris comportent des remarques qui ont trait à la paix de l\u2019Eglise et à la paix dans l\u2019Eglise, pour que soit approfondie \u201cla spécificité chrétienne\u201d de son rôle et que l\u2019on cherche \u201cde quelle manière, par quelle pédagogie\u201d elle peut remplir ce rôle.120 RELATIONS droit de réplique Le rapprochement israélo-égyptien seul espoir de paix au Moyen-Orient par Michel M.Solomon M.Michel Solomon, directeur de la revue Regards sur Israël, nous a envoyé ce texte en réplique à l\u2019article de M.Fouad Saad, \u201cMoyen-Orient: un rapprochement périlleux entre Israël et l\u2019Egypte\u201d, paru dans notre numéro de février (pp.47-51).Si l\u2019Eglise, comme c\u2019est sa vocation, se veut signe et \u2019\u2019sacrement\u201d de la paix dans le monde et pour lui, elle doit donc opérer ce \"discernement des esprits\u201d auquel nous invite l\u2019approche des signes des temps.C\u2019est cette purification à l\u2019égard du politique qui constituera sa plus certaine efficacité.La purification de l'Eglise à l\u2019égard du politique constituera l\u2019efficacité de son action.Elle doit respecter non seulement tous les chrétiens mais tous les hommes de bonne volonté, en respectant \u201cla spécificité chrétienne\u201d de son rôle, pour qu\u2019un \u201cmonologue politique confessionnel\u201d ne remplace pas \"le dialogue\u201d (19)\t.L\u2019Eglise est une communauté de communautés.La communion des esprits et des coeurs entre les diverses communautés au Canada est intimement reliée aux communications et à leur qualité pédagogique.Ce qu\u2019on peut lire entre les lignes en des circonstances précises révèle souvent bien la tendance d\u2019un discours.Les Québécois, comme les autres, ont l\u2019intuition de ces choses.Et depuis longtemps.L\u2019allocution anglaise du cardinal Bourne, archevêque de Westminster, au Congrès eucharistique international de 1910, à l\u2019église Notre-Dame de Montréal, portait sur le problème délicat des rapports entre langue et religion au Canada.Elle a fait choc et fut l\u2019occasion de la célèbre réponse que Henri Bourassa improvisa en présence du peuple et d\u2019un groupe d\u2019évêques francophones.Après le fameux incident, dans une rencontre que Mgr Bourne demanda à Henri Bourassa, le prélat assura que chaque mot avait été choisi et pesé de manière à n\u2019offenser personne.Dégageant plus tard le sens de l\u2019événement, Henri Bourassa expliqua que l\u2019allocution de Mgr Bourne avait fait tellement choc à cause de ce que l\u2019instinct national de la grande majorité de l\u2019auditoire avait lu \u201centre les lignes\u201d (20)\t.L\u2019Eglise doit travailler à faire l\u2019unité en Jésus-Christ, l\u2019unité des chrétiens comme tels.La vraie.En ce pays qui change rapidement, cela reste possible.L\u2019une des caractéristiques de Jean XXIII était de croire en la puissance de la confiance mutuelle.Dans un prochain article, nous jetterons un regard sur l\u2019aspect oecuménique de cette question.19.\tCard.M.Roy, Le Xe anniversaire de P.T., p.32.20.\tHommage à Henri Bourassa, Montréal, Le Devoir, 2e éd., pp.157, 161.AVRIL 1978 Ainsi parle l\u2019Eternel: Je retourne à Sion, et je veux habiter au milieu de Jérusalem.Jérusalem sera appelée ville fidèle, et la montagne de l\u2019Eternel des armées montagne sainte.Ainsi parle l\u2019Eternel des armées: Des vieillards et des femmes âgées s\u2019assiéront encore dans les rue de Jérusalem, chacun le bâton à la main, à cause du grand nombre de leurs jours.Les rues de la ville seront remplies des jeunes garçons et de jeunes filles, jouant dans les rues.Ainsi parle l\u2019Eternel des armées: Si la chose paraît étonnante aux yeux du reste de ce peuple en ces jours-là, sera-t-elle de même étonnante à mes yeux?dit l\u2019Eternel des armées.Ainsi parle l\u2019Eternel des armées: Voici, je délivre mon peuple du pays de l\u2019orient et du soleil couchant.Je les ramènerai, et ils habiteront au milieu de Jérusalem; ils seront mon peuple et je serai leur Dieu avec vérité et droiture.Zacharie 8, 3-8 Le 11 mai 1978, l\u2019Etat d\u2019Israël et avec lui le monde civilisé célébrera le trentième anniversaire de son existence.Trente années se sont écoulées depuis que les Nations unies ont reconnu l\u2019Etat d\u2019Israël comme un Etat souverain et l\u2019ont accueilli dans la famille des nations.Cette renaissance n\u2019a été que la confirmation formelle d\u2019un fait historique: la permanence de la présence juive dans le pays de ses ancêtres depuis ses origines jusqu\u2019à nos jours.Les historiens qui ont visité la Palestine à travers les siècles ont décrit la vie des communautés juives en Palestine, pays d\u2019où les Juifs avaient été chassés après la destruction de Jérusalem par les cohortes romaines de l\u2019empereur Titus Vespasianus.La centralité de Jérusalem fut si prépondérante dans la vie des communautés juives de la diaspora que le voeu: \u201cl\u2019Année prochaine à Jérusalem\u201d clôture depuis deux millénaires la fête du Grand Pardon, le jour le plus solennel du calendrier juif.Profondément attachés à la religion et aux principes moraux vieux de quatre mille ans, les Juifs ont réussi à s\u2019infiltrer en Palestine sous les empires byzantin, ottoman et britannique, en dépit de toutes les interdictions formelles décrétées par les conquérants.Dans l\u2019histoire du peuple juif, sa vocation de guide moral parmi les peuples s\u2019entrelace avec son destin historique: le retour dans la terre d'Israël.Si pour les Juifs de jadis, l'idéal était de vivre, de prier et d\u2019expier dans la ville sainte, pour les citoyens d\u2019Israël ainsi que pour leurs frères vivant en cinq continents, l\u2019existence d\u2019Israël est la raison d\u2019être de chaque individu qui se déclare juif et est conscient de ses obligations vis-à-vis son peuple.Pour les autres nations, le soutien à l\u2019Etat d\u2019Israël s\u2019inscrit comme un postulat moral, un acte de justice: un acquit de la société humaine à l'endroit d\u2019un peuple qui a les mêmes droits que tous les autres peuples.Parlant de la vocation de l\u2019Etat d\u2019Israël, Robert Aron, de l\u2019Académie Française, écrivait: 121 \u201cC\u2019est un pays qui présente cette particularité d\u2019être né d\u2019un livre inspiré et de voir la vie quotidienne de chacun de ses habitants rattachée, selon des modalités diverses, à cette Bible où la part des faits est reliée à celle des hommes et de Dieu.Chacun des Iraéliens y trouve ce qui lui convient.Pour les uns c\u2019est le livre d\u2019histoire, une manière de Chanson de Roland, où des événements réellement survenus en des endroits très précis et jalonnés de leur sol, constituent le passé Pendant ses trente années d\u2019existence, l\u2019Etat d\u2019Israël a dû faire face à quatre guerres et à d\u2019innombrables attaques terroristes qui ont ensanglanté sa terre et endeuillé des dizaines de milliers de familles.Au sommet de la vague nassérienne, le mot d\u2019ordre était \u201cla liquidation de l\u2019agression israélienne\u201d; cette formule diplomatique se substituait au cri de guerre \u201cjeter les Juifs à la mer\u201d d\u2019Ah-med Shoukeiri, le premier chef et organisateur de l\u2019OLP (Organisation pour la Libération de la Palestine).Après la guerre des Six-Jours, les leaders des pays arabes réunis à Khartoum, lancèrent la fameuse formule des trois \u201cnon\u201d: non à la reconnaissance de l\u2019Etat d\u2019Israël, non aux négociations de paix et non à la paix.Les articles 16 et 19 de la Charte de l\u2019Organisation de la Palestine considèrent sans ambages l\u2019Etat d\u2019Israël \u201ccomme nul et non avenu\u201d et affirment le besoin de combattre, armes en mains, jusqu\u2019à \u201cla création d\u2019un Etat laïque remplaçant l'Etat sioniste.\u201d Ce fanatisme à outrance vise la liquidation d\u2019un Etat membre des Nations unies et l\u2019asservissement d\u2019une nation indépendante.C\u2019est une politique inspirée par la haine aveugle et par le désir de détruire au lieu de bâtir, alors qu\u2019lsraël tend une main fraternelle à ceux qui cherchent la vengeance.Parmi les membres les plus fidèles et les plus loyaux de l\u2019OLP, un certain doute plane quant à la justesse de sa politique.La revue arabe Journal of Palestine Studies (vol.VII, no.1 \u2014 automne 1977) a publié un article sous la signature de M.Sabri Jiryis, le chef du département israélien du Centre de recherches de l\u2019OLP, dont voici un extrait.\u201cL\u2019histoire moderne de la Palestine peut être caractérisée comme une série de refus continuels à toute proposition et à toute suggestion faite de tous côtés pour résoudre le problème palestinien.C\u2019est ainsi que les Palestiniens ont rejeté la Déclaration Balfour en 1917, le Mandat Britannique pour la Palestine lointain de la nation.Pour d\u2019autres, dans l\u2019étonnante variété de ses textes, où sont représentés tous les genres littéraires, de l\u2019histoire jusqu\u2019au lyrisme et de la chronique au drame, se trouvent les classiques de l\u2019esprit israélien, jouant le rôle de Pascal ou de Voltaire, de Molière ou de Rimbaud dans la littérature française.Le nouvel Etat se rattache ainsi au Livre où le récit des faits s\u2019harmonise avec le sentiment d\u2019une vocation qui les dépasse.\u201d en 1920, le Livre Blanc en 1922 \u2014 le même Livre Blanc qui répondait favorablement à certaines de leurs exigences \u2014 le projet de la création d\u2019un Conseil législatif pour la Palestine et, ultérieurement, d'une Agence Arabe en 1923.La proposition renouvelée pour la création d\u2019un Conseil législatif en 1931, le projet de la partition de la Palestine en 1937, la résolution des Nations unies recommandant la partition de la Palestine en 1947, les accords résultant de l\u2019armistice arabo-israélien en 1949, le plan Bourguiba de paix en 1965 et, finalement, le plan Roger, en 1970, ce qui équivaut à un demi-siècle de continuels rejets de tous projets favorables à la solution du conflit.\u201d Après avoir dressé ce sombre constat, M.Jiryis déclare que ceux qui dirigent aujourd\u2019hui l\u2019OLP \u201csont des pragmatistes qui n\u2019ayant jamais eu la Palestine dans leurs poches ne peuvent être tenus responsables de l\u2019avoir perdue.\u201d C\u2019est en s\u2019inspirant, d\u2019une philosophie pragmatiste de ce genre que le porte-parole de l\u2019OLP, à Beyrouth, avance l\u2019idée d\u2019un \u201cEtat palestinien ayant une relation permanente avec l\u2019Etat et le peuple jordaniens, dont les deux tiers de la population sont des Palestiniens.\u201d Bien que l\u2019opinion de M.Jiryis ne soit pas approuvée par l\u2019Exécutif de l\u2019OLP, elle n\u2019est pas moins valable comme point de vue des réfugiés palestiniens qui se veulent modérés.Cette attitude critique du passé plaide en faveur de la révision de la Charte de l\u2019OLP et de l\u2019adoption d\u2019une position réaliste face à l\u2019Etat d\u2019Israël.Néanmoins, certains professeurs de sciences politiques, de nuance marxiste-léniniste, refusent de reconnaître la réalité d\u2019Israël et \u201ccondamnent,\u201d en leur \u2018splendide isolation\u2019 d\u2019outre-mer, l\u2019initiative courageuse du président Sadate.Pour eux, le président de la nation arabe la plus nombreuse, n\u2019est que l\u2019expression \u201cde la clique qui l\u2019a élu et le maintient au pouvoir\u201d et dont \u201cl\u2019option politique est dictée par son idéologie et son appartenance de classe.\u201d Ces clichés employés par les mos-coutaires de tout acabit servent à jeter de la poudre aux yeux des nàifs et à mettre des bâtons dans les roues dans les négociations entre Arabes et Israéliens désireux de voir enfin instaurés la paix et le bon voisinage entre peuples sémites voisins au Moyen-Orient Les agitateurs prêchant une conférence de paix à Genève, dont l\u2019URSS serait co-présidente, oublient que l\u2019Egypte, tout autant que l\u2019Etat d\u2019Israël, a refusé l\u2019arbitrage du Kremlin dont elle connaît les véritables buts et le rôle néfaste dans la politique du Moyen-Orient.L\u2019OLP, de son côté, a toujours poursuivi son but principal: la destruction de l\u2019Etat d\u2019Israël.Si, sous la pression de la diplomatie occidentale, en particulier celle de la France, ce but final avait été escamoté, la conférence du Front du Refus de Tripoli, lui a redonné son éclat.Selon le scénario de l\u2019OLP, le dépècement de l\u2019Etat d'Israël se fera en trois étapes: 1-\tcréation d\u2019un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la zone de Gaza; 2-\tmodification des frontières d\u2019Israël en les ramenant aux recommandations du partage de 1947; 3-\tliquidation de \u201cL\u2019Etat Sioniste en lui substituant l\u2019Etat làique et démocratique palestinien\u201d où le seul droit des Juifs sera celui d\u2019être enterré dans un cimetière juif, comme le définissait avec une ironie amère, le professeur Walter Lacquer, directeur de l\u2019Institut de Sciences Politiques de Londres.Ce plan sinistre jouit du soutien politique et diplomatique de l\u2019URSS, pays qui a sa stratégie planétaire.Après avoir subjugué cent millions d'Européens dans les pays de l'Est, elle s\u2019apprête à faire main basse sur les richesses naturelles des pays arabes, avant tout sur le pétrole, car l\u2019URSS verra diminuer sa capacité de production pétrolière à partir des années 80.Contre cette immixtion de l\u2019URSS dans les affaires des peuples du Moyen-Orient, se lèvent les pays directement visés par l\u2019influence communiste: l\u2019Egypte, la Jordanie, le Soudan, la Somalie, le Maroc et les pays du Golfe, dont l\u2019Arabie Séoudite qui n\u2019entretient pas de relations diplomatiques avec Moscou.L\u2019Algérie, la Libye, le Yémen du Sud, les pays du \u2018Front du refus\u2019, après avoir essayé de se gagner la collaboration de l\u2019Irak \u2014 opération qui a échoué parce que les dirigeants de Bagdad insistent sur la reprise des hostilités avec Israël \u201cpar tous les moyens jusqu\u2019à la victoire finale\u201d, sont allés à Moscou Une lueur d\u2019espoir 122 RELATIONS solliciter de la part de M.Brejnev une \u201cpolitique de fermeté\u201d et, bien entendu, de l\u2019armement dernier cri.La Syrie, pays qui est contigu à Israël ne peut souscrire à une telle politique sans courir des risques énormes.Le peuple égyptien soutient loyalement la politique du président Sadate.Ce peuple qui a sacrifié cent mille soldats dans quatre guerres contre Israël se rend compte de l\u2019absurdité d\u2019une cinquième guerre.Par contre, la paix avec Israël allégera son fardeau fiscal et relâchera le contrôle de l\u2019Etat sur la vie des individus.L\u2019obstination du président Sadate à défendre le droit des Palestiniens à l\u2019autodétermination a conduit à une rupture temporaire des négociations de Jérusalem.Comment peut-on expliquer l\u2019accusation portée à l\u2019endroit du président Sadate d\u2019être \u2018vendu à l\u2019impérialisme\u2019, alors que celui-ci s\u2019acharne à défendre le droit national des Palestiniens?Cela reste une énigme pour les observateurs objectifs.L\u2019Egypte et Israël, principaux adver- II est absolument faux de prétendre que la politique israélienne vise à liquider la nation arabe en Palestine.L'arrivée au pouvoir de M.Menahem Begin a été citée comme une des causes du durcissement de la politique arabe et de la création du \u2018front du refus\u2019 à Tripoli.La propagande de l\u2019OLP a toujours soutenu que \u201cle fasciste Begin s\u2019inspire du programme de son ancien chef et idole, Vladimir Ja-botinsky.\u201d \"L\u2019expulsion des Arabes de Palestine est absolument impossible, la Palestine restera toujours un pays de minorités \u2014 ce qui me suffit absolument, à la condition que les Juifs y deviennent la majorité.J\u2019appartiens au groupe auquel on doit la rédaction du Programme d\u2019Helsingfors (de l\u2019Organisation Sioniste Russe, de 1906).Nous l\u2019avons formulé non seulement pour les Juifs, mais pour tous les peuples vivant dans un Etat.Sa base est l\u2019égalité de toutes les nationalités.Je suis prêt à jurer, en notre nom commun et au nom de nos descendants, que cette égalité sera toujours respectée.\u201d Cela vient de la part d\u2019un doctrinaire comme Jabotinsky cité comme \u2018le père du fascime\u2019, mort bien avant l\u2019holocauste et les fours crématoires dans lesquels périrent six millions de Juifs! saires au Moyen-Orient, ont dit \u2018non\u2019 à la guerre.Malgré les difficultés des négociations et les attaques insolites du dehors, le président Sadate a déclaré récemment devant les journalistes, lors d\u2019une conférence de presse, à New York, que: \u201cnous sommes allés trop loin sur le chemin de la paix pour reculer maintenant.Il faut poursuivre nos efforts et réussir\u201d.C\u2019est une phrase qui exprime son option, la seule logique: celle d\u2019une paix basée sur des concessions réciproques.Si l\u2019OLP veut continuer le combat, elle est libre de le faire.Ce \u201cfer de lance de la révolution dans les pays arabes arriérés\u201d comme on se plaît à le nommer, peut survivre, se transformer ou simplement disparaître en fonction de sa capacité de juger les réalités qui le confrontent.La première réalité de la population arabe \u2014 1,1 million d\u2019habitants \u2014 de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, est le désir de paix.En ce qui concerne l\u2019OLP, \u201cla lutte cessera faute de combattants\u201d comme dans Cyrano de Bergerac.Un historien respecté pour ses vues et son érudition, le professeur J.L.Talmon, de l\u2019Université hébràique de Jérusalem, dans son étude sur La victoire de juin 1967 dans sa perspective historique s\u2019est demandé si le conflit judéo-arabe avait été inévitable.Après dix ans, ses observations n\u2019ont rien perdu de leur pertinence.\u201cLes Arabes auraient pu, en maintes occasions, au prix de quelques concessions, arrêter ou tout au moins freiner substantiellement le développement du Foyer National Juif et en empêcher la transformation en un Etat Juif.Leur intransigeance totale et absolue réduisit l\u2019alternative du \u201cYichouv\u201d juif; il fallait abandonner l\u2019idée sioniste ou bien la réaliser pleinement envers et contre l\u2019opposition arabe.Puisqu\u2019aucune négociation ne pouvait prendre une réalité de fait, et à partir du moment où même un Sionisme réduit à une plus faible immigration et à des installations moins spectaculaires rencontrait de toute façon une résistance maximale, il ne lui restait donc plus qu\u2019à rechercher le maximum de fermeté.Le refus arabe, total et intransigeant, de reconnaître tout droit pour les Juifs à un Foyer National fut ponctué d\u2019explosions de violence et d\u2019émeutes, comme ce fut le cas en 1920, 1921, 1929, et en 1936.Ces actions aussi logiques, fières et héroïques qu\u2019elles pouvaient apparaî- tre aux yeux des Arabes, n\u2019en étaient pas moins désastreuses pour leurs intérêts politiques.De même que leur refus de participer au Conseil Législatif envisagé par les Anglais au début des années 20, et qui aurait pu fournir aux Arabes une arme dont ils étaient dénués par ailleurs.Si, de la même façon, les Arabes avaient accepté de discuter le plan de partage proposé par la Commission Peel, en 1938, déjà accepté par les Juifs, ils auraient été en mesure de provoquer son échec: ils auraient été en droit de se prévaloir d\u2019une victoire politique et morale.Finalement, s\u2019ils avaient accepté l\u2019installation dans le pays de 100.000 réfugiés juifs, proposée en 1945-1946, l\u2019Etat juif ne serait peut-être jamais né.(Fleureusement l\u2019histoire en a décidé autrement!) Si les Arabes ne s\u2019étaient pas opposés par les armes à l\u2019établissement de l\u2019Etat Juif, il n\u2019y aurait pas eu de problème de réfugiés et la superficie de l\u2019Etat d\u2019Israël proposée alors aurait été trop exiguë, peut-être trop petite et trop dense pour qu\u2019il fût viable.\u201d Talmon insiste aussi sur le caractère idéaliste du Juif sioniste de type socialiste qui refusait de croire en l\u2019existence d\u2019un véritable conflit d\u2019intérêts entre Juifs et Arabes et attribuait la source du mal aux \u201ceffendis\u201d féodaux ou au fanatisme religieux.Ces Sionistes de gauche estimaient que les Arabes n\u2019avaient rien à perdre mais plutôt à bénéficier de l\u2019installation des Juifs.Au sein du mouvement sioniste, dans les années trente, certains envisageaient la possibilité d\u2019un Etat bi-na-tional.Les plus idéalistes rêvèrent même d\u2019une transformation socialiste des sociétés semi-féodales, par l\u2019enseignement et non par la conquête.Selon Talmon \u201cles Juifs ne désiraient pas, le plus sincèrement du monde, spolier le moindre Arabe.Ils n\u2019étaient pas venus pour prendre la place des Arabes, mais pour créer de nouvelles possibilités de développement pour fertiliser le désert et assécher les marais, pour s\u2019installer aux côtés des Arabes.\u201d A la suite des massacres arabes à Hébron en 1929, la Commission d\u2019enquête envoyée par le ministère des colonies de Londres aboutit à la conclusion qu\u2019il fallait virtuellement abandonner la politique en faveur du Foyer National Juif.Cette recommandation fut adoptée par le Secrétaire d\u2019Etat aux Colonies, Lord Passfield, mieux connu sous son vrai nom de Sydney Webb, prophète moderne du socialisme.Il est vrai que plus tard, le Premier ministre britannique, Ramsay MacDonald, devait annoncer l\u2019abrogation des mesures prises par Lord Passfield.Trop tard, le mal avait déjà été fait.La vision des grands leaders sionistes sur les relations israélo-arabes AVRIL 1978\t123 Moi, Pierre Ri vière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et Les choses prirent un tournant plus grave quand, après l\u2019arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne \u2014 le 31 janvier 1933 \u2014, l\u2019immigration en Palestine des Juifs d\u2019origine allemande prit de l\u2019ampleur et fit naître l'espoir que les Juifs formeraient la majorité de la population au cours d\u2019une seule génération.Bien entendu, les Arabes assistés par la puissance mandataire déclenchèrent, au mois d\u2019avril 1936, la grève générale qui fut le signal des émeutes: celles-ci allaient se transformer en un soulèvement armé prolongé qui dura trois ans et ne fut arrêté que par les mesures de guerre adoptées par la Grande-Bretagne.La révolte arabe eut pour résultat une nouvelle prise de conscience chez les Sionistes qui, alarmés par le drame juif en Europe, rejetèrent l\u2019idée du développement organique préconisée par le Dr Weizmann et accueillirent favorablement la solution proposée par la Commission Royale présidée par Lord Peel, à savoir, le partage de la Terre sainte en un Etat Arabe et un Etat juif.En attendant que l\u2019histoire veuille offrir de nouvelles possibilités, l\u2019Etat juif ouvrait les portes de la Palestine aux millions de Juifs persécutés en Europe.Il ne faut pas oublier que nous nous trouvions alors à la veille de la Seconde Guerre mondiale et que les perspectives étaient des plus sombres pour les Juifs de partout.Tout observateur impartial se doit de constater deux axiomes dans le conflit israélo-arabe: 1-\taucun penseur juif n\u2019a jamais préconisé l\u2019exode des Arabes de Palestine mais prêché la coopération fraternelle basée sur les intérêts réciproques des deux nations; 2-\tjusqu\u2019à la visite historique du président Anouar Sadate, chaque offre de paix et de réconciliation faite par le gouvernement d\u2019Israël s\u2019est vue rejetée par les pays arabes, sur l\u2019ordre de l\u2019OLP.Petit à petit, le jour se fait sur la vérité dans le drame du Moyen-Orient dans les esprits les plus éclairés des leaders arabes.\u2018La barrière psychologique\u2019, ainsi que définie par le président Sadate, qui séparait les deux nations vient d\u2019être enlevée.Après soixante ans de malentendus et de souffrances terribles, le président Sadate a repris le dialogue.Y-a-t-il un seul homme de bonne volonté qui lui en veut pour son geste?L\u2019histoire jugera.Avec un tel titre, à quelle orgie de boucherie et de sang ne faut-il pas s\u2019attendre?Le film nous montrera l\u2019un et l\u2019autre, d\u2019ailleurs.Mais le nom de René Allio (La Vieille dame indigne, Les Camisards, L'une et l\u2019autre, Pierre et Paul) est là pour nous rassurer et nous promettre davantage qu\u2019une foire au voyeurisme.Qu\u2019est-ce alors que ce film?Une reprise de procès en réhabilitation, comme c\u2019en est devenu la mode?Une autopsie de meurtres crapuleux?Une incursion psychologique dans les méandres d\u2019une conscience criminelle?L\u2019étude d\u2019un beau \u201ccas\u201d qu\u2019une lecture freudienne éclairerait aisément (car, comment ne pas comprendre tout de suite qu\u2019avec une mère à ce point psychosée, le fils n\u2019arrive pas à commettre d\u2019impairs?)?Ou plutôt un spectacle de la misère paysanne où s\u2019inscrirait, en filigrane, un réquisitoire social accusateur, puisque l\u2019action se passe en 1835, dans cette belle Normandie de la doulce France?Un texte manuscrit Avant tout, on ne manquera pas de rapprocher ce film d\u2019un autre, L\u2019Enfant sauvage de Truffaut, issu, lui aussi, d\u2019un document exhumé de l\u2019histoire et mis en images avec cette distanciation chère aux nouveaux esthètes d\u2019un cinéma qui se veut objectif.Ici encore, la voix monocorde du narrateur, en accentuant la neutralité du ton, ne peut qu\u2019intensifier sournoisement l\u2019émotion qui jaillit, alors, comme une source des profondeurs du limon.Car, ce film en est un d\u2019abord de terre et de boue.De la bonne et dure terre du milieu humain.Puis, de cette boue tragique qui fait la condition des \u201cenfants humiliés\u201d, mal nantis, terrorisés par l\u2019égoisme des civilisations qui se répètent.Ou encore, à L\u2019Enigme de Kaspar Hauser où l\u2019infortuné Bruno S., symbole universel des déclassés mentaux, se laissait manipuler comme une proie qu\u2019on traque, par la bonne conscience calculatrice d\u2019une bourgeoisie satisfaite.Quel intérêt, soudain, pour ces faits divers d\u2019un passé révolu qui semble ne nous concerner en rien sinon qu\u2019à fournir des scandales supplémentaires à notre goût morbide?Pourquoi exalter le parricide dans notre société qui s'acharne \u2014 Freud le prétend \u2014 à vouloir \u201ctuer\u201d le père (Dieu y compris) en tentant de diffamer ou de liquider toutes les structures institutionnelles à caractère autoritaire, donc suppo-sément castratices?Un film-parlant.autrement! L\u2019énigme de ce beau film nous semble ailleurs.Ne remarquons-nous, dès le générique, qu\u2019en voyant une image de bocage, nous entendons les sons d\u2019un tribunal?Que le son, par conséquent, se dissocie de l'image?Le ton du film se découvre là, car voilà le medium audio-visuel déchiré.Le son n\u2019est plus un décalque de l\u2019image.Le cinéma qui ne cesse de se rechercher, trouve pour un moment ici, un instant de vérité nouvelle.Car, cette coupure entre \u201cce qui est vu\u201d et ce qui \u201cest entendu\u201d redéfinit, dans une manière nouvelle, le vieux cinéma parlant.A quoi peut servir un son qui ne fait que pléonasme avec l\u2019image?Les sens de l\u2019ouie et de la vision, diversifiés, retrouveraient-ils, au cinéma, une nouvelle unité formelle, plus près de la vérité de la perception?Et la vérité de l\u2019objet appréhendé ne se trouverait-elle pas sous un jour nouveau?Car, le film ne va pas retranscrire, ici, la réalité, pas même imaginaire.Inutile de chercher de ce côté-là.Il va plutôt tenter de la recréer avec nous.Le procédé, en toute justice, n\u2019est pas nouveau.Godard en abuse insolitement.Mais, Allio l\u2019utilise ici pour projeter son film dans un intemporel qui nous retrouve à tout moment de l\u2019Histoire.Car, c\u2019est cet écartèlement qui, en scindant l\u2019espace et le temps, déplace en même temps l\u2019intrigue du film et lui donne le sens que l\u2019on n\u2019attendait pas.124 RELATIONS mon frère.par Jean-René Ethier Alors, au lieu d\u2019une banale chronique judiciaire, minutieusement reconstruite pour notre plaisir sadique, c\u2019est d\u2019un tout autre procès qu\u2019il va s\u2019agir.Le lieu n\u2019est pas de faire la psychologie d\u2019un assassin et de savoir si Rivière était sain d'esprit ou non.Qu\u2019y gagnerions-nous, et cela, d\u2019ailleurs, le procès de l\u2019époque a tenté de l\u2019élucider.Un autre film, en outre, Je suis Pierre Rivière de Christine Lipinska, a cherché, romantiquement, à disculper Rivière en le montrant mal à l\u2019aise dans une époque qui n\u2019était pas la sienne.Pleurer sur les autres ne nous apprend rien sur nous-mêmes.Allio veut aller plus loin pour mieux nous rejoindre.En outre, mettre en cause la normalité suppose qu\u2019on se réfugie à l\u2019intérieur d\u2019un discours convenu: celui des gens bien concernés, du fou par exemple, du juge, des avocats, des psychiatres.En somme, des gens qui se réclament des barêmes qu'ils fondent eux-mêmes, souvent bien pharisàique-ment.Non, pour Allio \u2014 et pour nous aussi \u2014 la question n\u2019est plus \u2014 \u201cQui est ce Rivière pour autant aimer le meurtre?\u201d, mais \u2014 \u201cComment parler judicieusement de Rivière?\u201d.Et à travers lui, comment parler tout simplement?La violence comme substitut à la prise de parole Car si on l\u2019observe bien, le découpage du film, alerte, multiplié, n\u2019est pas ici uniquement le signe d\u2019une écriture nerveuse, d'un style fouillé.Allio entasse tous les témoignages qui se recoupent.Ils deviennent une lecture différente d\u2019une même action qui risque de mêler les données au lieu de les clarifier.Tout comme les perceptions d\u2019un objet: elles auront beau coordonner, nous livrent-elles exactement le fond même de cet objet?Il y a des vérités qui sont au-delà des limites perceptibles.Le cas Rivière se saisit-il adéquatement, même après tous les témoignages concordants?Et s\u2019il y avait des vérités qui ne peuvent se saisir?Etrange, pour lors, ce manuscrit \u2014 vrai matériau du film \u2014 que Rivière lui-même a écrit dans sa prison, entre le moment de son graciement et sa pendaison.C'est ici qu\u2019il faut dénouer le noeud gordien.C\u2019est ce manuscrit, exhumé ainsi que les minutes du procès par Michel Foucault et une équipe du Collège de France, en 1973, qui a été le départ du film d\u2019Allio.Comme le rapport du docteur Itard avait inspiré François Truffaut.Or, on est surpris de constater à quel point ce récit, de la main d\u2019un illettré, est poignant.Voici une parole qui n\u2019est plus celle des journaux, des livres fignolés ou de la télévision.Elle provient, mystérieuse, d\u2019un enfant du peuple qui souffrait, et elle est d\u2019une telle densité, d\u2019une telle intensité qu'elle force l\u2019admiration.Ici, la littérature ne se paie pas de mots: elle devient communication directe de l\u2019indicible.Il y a plus et c\u2019est ce qui fait la radicale nouveauté de ce film exceptionnel qui cherche, à l\u2019instar de Rivière lui-même, à nous dire que la violence remplace la parole.Certes, la violence du triple meurtre de Rivière nous assaille.Mais cette violence cache à son tour d\u2019autres violences: celle du travail paysan, acharné et presque stérile; celle de la famille divisée par l\u2019argent; celle de la mère qui symbolise toute la rigueur de l\u2019autorité abusive.La violence de Rivière, qui donne le change, se confond pour lors avec celle de son discours.Car, ce qui étonne, dans cette histoire, c\u2019est \u201cqu\u2019en entreprenant de tuer la moitié de sa famille, il (Rivière) ait conçu la rédaction d\u2019un texte qui n\u2019était ni aveu ni défense, mais plutôt élément du crime.Que Rivière, en somme, ait pu être, de deux manières, mais presque en un seul geste, auteur\" (1 ).L\u2019exemple n\u2019est pas rare de ceux, ignorés, qui ne viennent au crime que pour se faire reconnaître, accrocher un peu de cette publicité tapageuse qui ne fait exister que par la manchette.Terrible société qui ne donne la parole qu\u2019à ceux qui la peuvent payer! Or, la violence verbale qui sourd de plus en plus dans nos sociétés dites libérales, ne serait-elle que le symptôme d\u2019une violence cachée plus destructrice encore et qui nous guetterait 1.Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère.par Michel Foucault.Ed.Gallimard-Julliard, coll.Archives, p.266.comme un cauchemar?Pour faire entendre le timbre de la vérité et entrer dans l\u2019Histoire, faudra-t-il, comme pour Rivière, tuer, assassiner, massacrer?Quand nos mauvaises consciences finiront-elles par être ébranlées pour de bon?Le vrai cinéma-vérité Au-delà, donc, des belles images auxquelles une critique esthétisante pourrait s\u2019attacher, au-delà d\u2019une écriture cinématographique nerveuse qui peut donner le change et faire croire à un film qui n\u2019aurait le mérite que d\u2019être réussi, on est ici dans une esthétique renouvelée, aux antipodes des esthétiques à la mode.Toute véritable esthétique ne peut être qu\u2019actualisante.Alors qu\u2019un certain cinéma dit cinéma-vérité agonise partout parce qu\u2019il s\u2019est voulu trop fidèle miroir de réalités exaspérantes, à l\u2019opposé, un autre cinéma, dit de fiction celui-là, et bien commercialisé, ne fait que reculer la prise du réel et anéantit toute vérité dans la rêverie schizophrénique.L\u2019art de Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur, mon frère trouve ici une vérité significative.Il ne s\u2019agit pas en art de transposer uniquement le réel, mais en le transposant, de le dépasser en le chargeant d\u2019un sens évocateur.L\u2019art qui ne sera jamais la vie, ne peut en être que le re-créateur.Mais, c\u2019est à ce périlleux prix qu\u2019il devient authentique.Allio vient de nous le prouver encore une fois, en secouant nos consciences crasseuses et en nous rappelant le danger qu\u2019il y a à museler la parole.Dans le numéro de mai de RELATIONS: \u2022 les nouvelles pratiques ecclésiales des chrétiens de Rimouski \u2022 les multinationales et le souverainisme \u2022 oecuménisme et politique AVRIL 1978 125 Les meilleurs De I aïeule à la petite-fille ou \u2019éternelle jeunesse de l\u2019art romans québécois de 1977 par Gabrielle Poulin Il n\u2019y a entre elles (du moins, je ne le crois pas) aucun lien de parenté.Physiquement, elles ne se ressemblent pas, sinon, peut-être, par ce point noir au milieu de l\u2019oeil qui s\u2019ouvre sur la nuit, par cette complicité des sourires qu\u2019elles échangent par-delà le temps et l\u2019espace, par cette souplesse des mains habiles à enfiler des mots innombrables qui, sur la ligne de l\u2019écriture, deviennent perles brillantes et pierres vives pour former des colliers vivants et des chemins de feu dans l\u2019obscurité.Le regard, le sourire, le geste.Aucune ride, aucune fatigue, nulle usure ne peuvent altérer leur mystère ni leur transparence.L\u2019une (est-ce l\u2019àieule ou n\u2019est-ce pas plutôt la petite-fille?) a écrit Ces enfants de ma vie( 1); c\u2019est à l\u2019autre (d\u2019où lui vient donc cette voix grave et cette maturité, si c\u2019est elle la petite-fille?) que nous devons le recueil intitulé Au défaut de la cuirasse(2).Gabrielle Roy et Lise Laçasse: celle-là que tout le monde connaît et en qui chacun croit; celle-ci, qui est une nouvelle-venue au pays littéraire du Québec.A la femme d\u2019âge mûr, sur le visage de laquelle passent toujours les ombres et les éclairs qui ont marqué à jamais le front des Rose-Anna, des Florentine et des Luzina, une merveilleuse filiation semble relier la jeune femme qui a choisi, elle aussi, de scruter au moyen de l\u2019écriture l\u2019éternité des lueurs sur l\u2019obscurité des visages fraternels.La tranquille continuité L'année littéraire romanesque 1977 a été plutôt pauvre, disent quelques-uns.Pour ma part, je l\u2019ai trouvée paisible et rassurante.Il n\u2019y a pas eu, soit! d\u2019oeuvres éclatantes, de ces oeuvres qui font un peu l\u2019effet de révélations et qui emportent tout dans leur raz-de-marée dévastateur.De telles années, à la Ducharme, sont finalement (et heureusement?) assez rares.Il faut dire qu\u2019on prend pas mal de temps à s\u2019en relever, le paysage littéraire gardant pour de longues saisons l\u2019empreinte d\u2019un esprit novateur et les romanciers, voire les critiques, tâchant de se conformer à la norme nouvelle d\u2019un écrivain dont l\u2019originalité et le succès viennent en partie du caractère a-nor-mal de son oeuvre.Cette année, rien de tel n\u2019a bouleversé la belle ordonnance des critères esthétiques.Roch Carrier(3) avance à pas mesurés sur un chemin imprévisible, mais dont la continuité est d\u2019ores et déjà assurée, un chemin qui a l\u2019air de pousser à travers l\u2019espace du pays comme l\u2019ombre d\u2019un grand arbre couchée sur les racines qui l\u2019engendrent.Quant à Gérard Bessette(4), solitaire comme un dieu sur la montagne, il poursuit sa recherche ardente au milieu des éclairs et de la foudre.Cette fois, il a tâché d\u2019illuminer la sombre caverne dans laquelle la parole et l\u2019écriture actuelles se sont répercutées et gravées en des échos et des signes antérieurs à toute parole et à toute écriture.Quel écrivain sera assez téméraire pour suivre ce prophète des origines dans les arcanes où il semble se jouer, quand il est déjà si périlleux de s\u2019aventurer sur les pas de ceux qui croient annoncer l\u2019avenir?Victor-Lévy Beaulieu(5), lui, s\u2019enlise dans le délire de ses personnages comme dans des ornières.Les roues tournent à vide.Le grand cheval boîteux de l\u2019imaginaire s\u2019essouffle.On dirait même parfois qu\u2019il est en train de se survivre.Depuis la Sagouine, Antonine Maillet se répète inlassablement à travers des porte-parole qui lui ressemblent comme une bessoune(6) ressemble à une autre bessoune ou l\u2019écho, à la voix qui lui donne naissance.Normand Rousseau n\u2019est pas tout à fait un commençant.Pourtant, ce n\u2019est qu\u2019avec le recueil de nouvelles qui lui a valu le prix Jean Béraud-Molson et qui s\u2019intitule A l\u2019ombre des tableaux noirs(7) qu\u2019il a réussi à attirer l\u2019attention des lecteurs.En sortant de l\u2019obscurité, le romancier fait surgir avec lui dans la lumière un univers romanesque, encore embryonnaire il est vrai, mais certainement viable.Le bilan dressé ici des oeuvres romanesques les plus importantes de l\u2019année 1977 pourra paraître assez court et l\u2019on sera peut-être enclin à donner raison aux voix pessimistes qui proclament la pauvreté de cette production.Pourtant.Oui, pourtant et heureusement! il y a Ces enfants de ma vie et Au défaut de la cuirasse.1.\tGabrielle Roy, Ces enfants de ma vie.Montréal, Stanké, 1977, 213 p.Voir Les lettres québécoises, no 8, novembre 1977, p.5-9: \u201cUne merveilleuse histoire d\u2019amour\u201d.2.\tLise Laçasse, Au défaut de la cuirasse.Montréal, Quinze, 1977, 1 79 p.3.\tRoch Carrier, Il n\u2019y a pas de pays sans grand-père.Montréal, Stanké, 1977, 116 p.Voir Le Droit, 27 août 1977, p.20: \u201cAux marches du réel\u201d; Les Lettres québécoises, no 9, février 1978, p.5-7: \u201cCordes de bois et chaise berçante\u201d.Relations, no 430, octobre 1977, p.284-286: \u201cVieux-Thomas le romancier\".4.\tGérard Bessette, Les Anthropoides, roman d'aventure(s), Montréal, La Presse, 1977, 297 p.Victor-Lévy Beaulieu, Sagamo Job J., cantique.Montréal, VLB, 1977, 206 p.Voir Relations, no 434, février 1978, p.60-61 : \u201cUn cantique du désir\u201d.6.Antonine Maillet, Les Cordes-de-bois, roman.Montréal, Leméac, 1977, 351 p.126 RELATIONS Ces enfants de ma vie Gabrielle Roy, comme chacun sait, a été longtemps institutrice.Avant de créer, au moyen des mots, un univers dans lequel puissent communiquer à travers le langage, au-delà du langage, des êtres souffrants, humbles, à la parole déficiente, des êtres maintenus muets par des forces extérieures, mais attentifs à la venue d'un souffle libérateur, Gabrielle Roy a décomposé patiemment les mots, les a épelés pour des dizaines de petits écoliers.Une fois en possession du secret qui permet d\u2019ouvrir l\u2019univers des livres pour agrandir les limites de leur propre univers trop étroit où ils risquaient d\u2019étouffer, les enfants ont pris leur distance.Mais si l\u2019institutrice les a perdus de vue, la romancière, elle, a gardé, au milieu des êtres qui se sont mis à la hanter, l'image fragile, encore informe et pourtant merveilleusement achevée, de ses petits élèves.Je donne ici au mot \u201cachevé\u201d le sens dans lequel Virginia Woolf(8) l\u2019emploie pour désigner les personnes qui l\u2019ont frappée dans son enfance et qui n\u2019ont pas pu changer parce qu\u2019elles sont mortes quand elle était elle-même encore enfant.Ces personnes, elle dit les percevoir, dans son âge adulte, comme tout à fait réelles, des êtres \u201cà qui rien ne manque\u201d.Les enfants dont Gabrielle Roy va faire les héros de son roman possèdent ce caractère \u201cachevé\u201d qui en fait naturellement des personnages littéraires.Un trait, une expression, l\u2019ébauche d\u2019une attitude, d\u2019un sourire, d\u2019un geste, une inflexion de la voix suffit à les décrire, parce que l\u2019en- Voir Les Lettres québécoises, no 9, février 1978, p.5-7: \u201cCordes de bois et chaise berçante\".7.\tNormand Rousseau, A l'ombre des tableaux noirs, roman.Montréal, Pierre Tisseyre, 1977, 256 p.Voir Le Droit, 10 décembre 1977, p.18: \"L\u2019un des meilleurs roman de l\u2019année\u201d.8.\tVirginia Woolf, Instants de vie, traduit de l\u2019anglais par Colette-Marie Huet, préface de Viviane Forrester, coll.\"Le Cabinet cosmopolite\u201d, Paris, Stock, 1977, 361 p.9.\tLise Laçasse, Au défaut de la cuirasse.Montréal, Quinze, 1977, 179 p.Voir Le Droit, 11 juin 1977, p.18: \u201cImpitoyables et tendres, le regard et la voix d\u2019une nouvelle romancière\u201d; Propos sur la littérature outaouaise et franco-ontarienne, tome I, introduction et choix de textes par René Dionne, coll.\u201cDocuments de travail du Centre de recherche èn civilisation canadienne-française de l\u2019Université d'Ottawa\", no 11, Ottawa, CRCCF, février 1978, p.181-184.tant, dans toute sa candeur et sa simplicité, se livre tout entier dans un moment et miraculeusement donne à ce moment la forme même de son destin.A chacun de ces enfants apparus intacts après toutes ces années et bien vivants, Gabrielle Roy a consacré un moment de ce livre.Elle aurait pu se pencher sur chacun d\u2019eux avec toute la sollicitude ou la complicité un peu tremblante de la grand-mère.Mais, non.Parce que la romancière, elle, ne saurait vieillir, elle leur a fait signe pour qu\u2019ils partent avec elle vers ce lieu unique où ils ont vécu ensemble autrefois et où une histoire d\u2019amour unique a fait d\u2019eux des êtres \u201cachevés\u201d: lui, le tout-petit en train d\u2019apprendre comment on grandit; elle, la grande, se laissant enseigner comment on peut rester toujours jeunes.De Vincento, elle a retenu un moment de violence; de Clair, la clarté et la douceur du regard; de Nil, la pureté de la voix.Le petit Demetrioff lui a donné la révélation de la longue continuité entre les générations qui attendent dans l\u2019ombre \u201cl\u2019élu\u201d qui les laissera exprimer à travers lui, enfin! leur attente et leurs espoirs.Chacun de ces petits prépare et annonce la venue de l\u2019adolescent dont la dernière nouvelle, la plus importante, va raconter le passage dans la vie de la petite institutrice.On dirait un beau rêve romantique, quelque chose comme l\u2019aventure du Grand Meaulnes.Ici, tous les êtres et les objets réels prennent valeur de symboles, depuis le cheval piaffant et caracolant, la berline perdue dans la tempête, la lanterne magique qui renvoie à la jeune fille l\u2019image d\u2019un couple embrouillé et confondu par la tempête, jusqu'aux truites qui se laissent caresser dans l\u2019eau glacée et jusqu'au poisson emprisonné sur la pierre.Ces enfants de ma vie, c\u2019est un des plus beaux dons que nous ait faits Gabrielle Roy: il révèle les frémissements d\u2019une jeunesse radieuse à jamais immortalisée dans la beauté d'une oeuvre d\u2019art.Au défaut de la cuirasse Lise Laçasse a également écrit un recueil de nouvelles.J\u2019aimerais en parler ici longuement.Je ne peux que renvoyer les lecteurs à un article(9) que j\u2019ai écrit au lendemain de la parution de l\u2019ouvrage dans le journal Le Droit d\u2019Ottawa.Douze nouvelles qui révèlent les dons d\u2019une romancière-née.L\u2019on est étonné devant la qualité et la lucidité du regard, la maîtrise de l\u2019expression, l\u2019assurance du geste.Etonné et respectueux.D\u2019où vient qu\u2019une jeune femme, dans son premier livre, se place d\u2019emblée, comme naturellement, voire instinctivement, à la fine pointe de la lignée des romancières de chez nous: Gabrielle Roy, Germaine Guè-vremont, Anne Hébert, Marie-Claire Blais, Louise Maheux-Forcier?Oui, elle est de leur trempe; elle leur ressemble, mais elle est en même temps différente, d'un autre temps, d\u2019une autre génération.Elles ne la renieront pas.Bien au contraire, car elle assume leur héritage.Il y a quelque chose dans ce livre de la richesse humaine et douloureuse de Rose-Anna, de la tendresse toujours offerte et toujours blessée de Florentine, de la délicatesse et de la résignation de Phonsine.Quant à Catherine, Elisabeth ou soeur Julie ou même Héldise, elles ont sûrement insufflé leur révolte à ces hé-roines lucides et impuissantes et il n\u2019est pas jusqu\u2019aux tendres et cruelles héroïnes de Louise Maheux-Forcier dont on n\u2019entende la parole acérée et lumineuse comme en un lointain et bel écho.Filiation mystérieuse qui agit comme un ferment.La petite-fille se révèle semblable et différente.Elle est au carrefour:\telle vient d\u2019un autre temps, mais est en marche vers un ailleurs.Elle a l\u2019accent des femmes de chez nous, mais sa voix est en même temps personnelle, unique.On croit, de prime abord, la reconnaître; on s'aperçoit bientôt qu\u2019elle est inédite, que les murs du présent lui ont donné une sonorité différente.Vous alliez juger par manière sentimentale?Attention, elle est en train elle-même de rire de s\u2019être laissée prendre.Ah! bon, serait-elle devenue froidement lucide?Pas si vite, n\u2019entendez-vous pas le tremblement qui brouille la belle ordonnance des phrases?D'aucuns ont la tentation de l\u2019accuser de féminisme: une autre qui prend ses frustrations pour des inspirations! Holà! continuez votre lecture, vous verrez, tout n\u2019est pas si simple.Oui, j\u2019aimerais parler longuement de ce roman.Plutôt, je m\u2019en vais le relire.Il est riche, complexe.Plus tard, peut-être, j\u2019y reviendrai.Mais Lise Laçasse, je crois, prépare un autre livre.J\u2019ai hâte.Ce n\u2019est pas tous les jours qu\u2019on voit naître et grandir une romancière digne des devancières et qui donne le goût de retourner écouter les voix si bien connues que rien, jamais, ne pourra étouffer.AVRIL 1978 127 POUR LE CENTENAIRE DE LIONEL GROULX UNE BIOGRAPHIE POPULAIRE français flous l'aurons P biographie Tr \u201cnotre état #¦ * éditions bëliârminTJ\t\"gré.giguëre Un ouvrage solidement bâti Bien documenté Plus de 20 photographies dont plusieurs inédites Une information nécessaire au sujet d\u2019un grand Québécois Lionel Groulx.Biographie par Georges-Emile Giguère 159 pages, 13.2 x 20.9 cm, $4.95 Chez votre libraire ou aux Editions Bellarmin 8100, Boulevard Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 "]
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