Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1979-11, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" LE NOUVEL ORDRE ÉCONOMIQUE INTERNATIONAL VINCENTCOSMAO ERNST VERDIEU La diffusion du mouvement Encounter au Québec a suscité beaucoup d\u2019enthousiasme, mais également de vives discussions.\tMARRIAGE ENCOUNTER RENOUEMENT CONJUGAL\t \t\t APPEL À LA JUSTICE UN COMMENTAIRE D\u2019IRÉNEE DESROCHERS\t\tDes perspectives audacieuses proposées par les services de la CECC.sauf sur l\u2019avenir politique du Québec.Un groupe de spécialistes en sciences\tLA TRILATÉRALE sociales expose à l\u2019assemblée des évêques latino-américains le\tUN COMITÉ point de vue du Tiers-\tDANS LES COULISSES Monde sur la Commission trilatérale.\tDE L\u2019HISTOIRE No 453 $1,00 novembre 1979 SOMMAIRE vol.39 no 453 Irénée DESROCHERS FACE A L\u2019ACTUALITE Vincent COSMAO En collaboration Ernst VERDIEU Un appel à la justice neuf, courageux.et timide.\t291 Le pape aux Etats-Unis (A.B.) - Une seule lutte (G.B.)\t293-296 - Droit de la famille, droit des femmes?(K.B.) - Ce qu\u2019on attend des Eglises (R.M.) - Penetanguishene (RT.) Le nouvel ordre économique international Quel espoir pour un nouvel ordre économique interna-\t297 tional?11 La commission Trilatérale et la nouvelle stratégie inter-\t301 nationale des pays capitalistes développés Situation critique des pays moins avancés\t303 Raymond BOURGAULT Yves BEGIN Pauline SAINT-JACQUES LEVAC Ginette BOYER Appropriations IV.La traversée de la Samarie Le Marriage Encounter Liminaire Approfondir la relation de couple et la relation à Dieu.Quelques questions au Marriage Encounter Des femmes et des \u201cT-Groups\u201d v Jean-René ETHIER René DIONNE Nos Amours en agonies Beauté froide 307 308 309 311 313 314 318 relations- revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Robert Toupin Conseil de direction: Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques Saint-Aubin, Roger Sylvestre.Comité de rédaction: Albert Beaudry, secrétaire, Raymond Bourgault, Ginette Boyer, assistante, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Roger Marcotte, Luis Morfin, Robert Toupin.Illustrations: Jean Villemaire; Graphiste: Dominique Desmarais.Administration: Maurice Ruest Abonnements: Hélène Desmarais Adresse: 8100, boul.St-Laurent, Montréal, H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 Nouveautés Canada\u2019s Anti-Inflation Program par O.J.Firestone 15,5 x 23 cm., 274 pages.Prix: $7.50 Le Bas-Canada 1791-1840 Changements structuraux et crise par Fernand Ouellet 15 x 23 cm., 542 pages.Prix: $15.00 Language Maintenance and Language Shift in Canada.Paul Lamy (éd.) 15 x 23 cm., 114 pages.Prix: $3.75 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $10 par année.Le numéro: $1 Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadien* ne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Arbor, Michigan 48106 U.S.A.ISSN 0034-3781 V Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.The E.J.Pratt Symposium Reappraisals: Canadian Writers Glenn Clever (éd.) 15 x 23 cm., 188 pages.Prix: $4.80 En vente chez votre libraire et aux: Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue llastey, Ottawa, Ont.K1N 6N5 J \"\\ y 290 RELATIONS UN APPEL A LA JUSTICE NEUF, COURAGEUX par Irénée Desrochers .ET TIMIDE Un document majeur sur la justice sociale et économique, voilà ce que les évêques de la Commission épiscopale des affaires sociales de la CECC, la Conférence des évêques catholiques du Canada, ont présenté au public à la fin de mai.Publié sous le titre Appel à la justice, une société à refaire, c\u2019est un outil de travail pour les animateurs chrétiens désireux de s'engager dans des projets de recherche-action et d\u2019aider leurs communautés à oeuvrer davantage en faveur de la justice.L\u2019ouvrage étudie deux grandes séries de problèmes: les injustices sociales et économiques au Canada; les injustices sociales et économiques dans le Tiers-monde, compte tenu de la responsabilité du Canada à cet égard.Chaque section comprend une brève analyse de la situation, d\u2019assez abondantes références documentaires (on suggère aussi aux animateurs des montages audio-visuels basés sur le présent document de travail), la mention de groupes chrétiens déjà engagés dans des projets de justice sociale et avec qui on peut coopérer, et un bloc de questions destinées à faciliter le travail de recherche et d\u2019action.L\u2019ensemble compose un instrument original et pratique pour l\u2019animation.Le premier chapitre tient lieu de cadre général.Il déploie en quelque sorte la toile de fond qui aide à orienter les expériences à la lumière de l\u2019Evangile et de l\u2019enseignement social de l'Eglise.On y rappelle les impératifs de la justice; les rapports entre foi et justice, entre libération et salut; la mission prophétique de l\u2019Eglise et le témoignage prophétique des chrétiens; enfin le but du projet, les différents milieux d\u2019animation, et la méthode pédagogique qui aidera les animateurs à élaborer leurs propres projets de recherche-action, en mettant toujours l\u2019accent sur l\u2019urgence de passer à l'action.L\u2019interrelation entre la recherche et l\u2019action est fortement soulignée; on encourage même les participants, qui doivent \"développer une conscience critique\u201d, à s\u2019engager solidairement avec les pauvres et les opprimés dans leur lutte pour la justice et la libération.La réflexion théologique fait partie intégrante de la \u201cvérification\u201d des actions posées pour la justice et, chaque fois que cela est possible, ce genre de vérification, indique-t-on, devrait être fait en dialogue avec les groupements populaires.Le plan d\u2019action des évêques fait suite à leur message social de décembre 1977, \u201cUne société à refaire\u201d, et à une longue période de préparation de cet instrument de travail, enfin mis à la disposition du grand public; le projet d\u2019ensemble prévoit la formation de groupes locaux de recherche-action et la mise sur pied de conférences ou séminaires diocésains ou régionaux.Pour mettre en oeuvre ce plan de recherche-action, il faut prévoir quelques années de travail.C\u2019est dire l\u2019importance de ce document de 128 pages grand format.Jamais jusqu\u2019ici les évêques n\u2019ont publié un instrument de travail de pareille dimension et d\u2019une telle conception.Non seulement l\u2019extension du contenu, mais l\u2019ouverture d\u2019ensemble de la perspective et la qualité de l\u2019approche pédagogique en font une réussite: une amorce capable de stimuler la mise en route du processus.On ne peut que souhaiter une très large diffusion de cet exceptionnel instrument de travail (1).Ouverture et audace Les permanents au service de la Commission épiscopale des affaires sociales ont travaillé, le résultat l\u2019indique, dans un climat de liberté.Le nombre des références documentaires, en anglais et en français, qui renvoient à des ouvrages traitant de la théologie de libération provoquera peut-être un peu de surprise, particulièrement chez certains lecteurs qui ne prévoient pas qu'un document émanant de la CECC les réfère à des sources dont ils ont pris l\u2019habitude de se méfier.C\u2019est que ce courant de réflexion théologique est encore bien vivant, qu\u2019il ne s\u2019est pas figé, et qu\u2019il représente pour nous, le document des évêques le laisse entendre, une interpellation susceptible de nous aider à \u201cdévelopper une conscience critique\u201d, ce qui est précisément l\u2019un des premiers objectifs poursuivis ici par la CECC.\u201cUn document surprenant.Car il nous met, par moments, en présence d\u2019un type d\u2019ouverture auquel les évêques ne nous ont pas toujours habitués.\u2019\u2019 Les deux évêques qui signent la préface vont plus loin.Ils soulignent que le document reflète plusieurs points de vue et que, compte tenu de cette approche pluraliste, les analyses qu'on y trouve \u201ccomportent nécessairement des différences et même des contradictions\u201d.Plus encore, parmi \u201cles références documentaires de même que les projets d\u2019action sociale répertoriés dans ce document\u201d, certains, disent-ils, proposent \u201cl\u2019utilisation d\u2019une grille d\u2019analyse marxiste\u201d.Cette dernière observation, remarquons-le, peut valoir pour certaines références documentaires, mais il est beaucoup moins évident (ou même pas du tout) qu\u2019elle s\u2019applique aux projets eux-mêmes qui sont répertoriés.Il est vrai que certaines affirmations du texte même, à cause des analyses économiques implicites qui sous-ten-dent certains jugements ou certaines 1.Commission épiscopale des affaires sociales, CECC, Appel à la justice, une Société à refaire, mai 1979, 128 pp.En vente au Service des éditions, Conférence des évêques catholiques du Canada, 90, avenue Parent, Ottawa (Ontario) K1N 7B1.Prix: $4.50, plus 10% pour frais de poste.NOVEMBRE 1979 291 prises de position, pourraient paraître discutables et passer pour des simplifications aux yeux de lecteurs, disons, de tendance néo-capitaliste.De toute façon, les évêques prennent la peine, dans leur préface, d\u2019assurer les lecteurs (assurance qui sera rappelée plus loin, au cours du texte, à deux ou trois endroits bien choisis) que \u201cles références citées ne reflètent pas nécessairement les positions ou les points de vue de l\u2019épiscopat\u201d et que \u201cces références requièrent donc un discernement critique\u201d.Mais il semble bien que cette réserve ne concerne pas uniquement les références.Dans sa conférence de presse, en effet, Mgr John Sherlock, évêque de London et président du \u201cDépartement des affaires sociales\u201d de la CECC, prenait aussi plaisir à faire l\u2019aveu suivant aux journalistes: \u201cDisons que.tout dans le document, \u2014 vous pouvez en être assurés, \u2014 n\u2019obtiendrait pas l\u2019approbation de tous les évêques du Canada\u201d (2).En un mot, un document courageux, surprenant même.Car il nous met, par moments, en présence d\u2019un type d\u2019ouverture auquel les évêques ne nous ont pas toujours habitués et que certains estimeraient sans doute risqué.Ce climat de liberté est pourtant de bon aloi quand il s\u2019agit de stimuler des discussions dynamiques, conduisant à l\u2019action.C\u2019est une audace, bien mesurée et modérée après tout, qui mérite d\u2019être bien accueillie.sieurs autres problèmes (certains journalistes ont même parlé de \"passages-choc\u201d) paraît s\u2019évanouir.Ainsi, le texte parle des \u201cnations\u201d autochtones, des \u201cpeuples\u201d autochtones du Nord, des \u201cpeuples Amérindiens et Inuit\u201d, et affirme que ces peuples \u201cse réclament du droit à l\u2019autodétermination politique\u201d, alors que, dans le cas des francophones du Québec, il est question du \u201cQuébec\u201d, de la \u201csociété québécoise\u201d et de la \u201csociété majoritairement française au Québec\u201d.On semble ici s\u2019être efforcé d\u2019éviter systématiquement le mot peuple et d\u2019esquiver ainsi l\u2019affirmation que le peuple francophone du Québec a, lui aussi, le droit de s\u2019autodéterminer.On se contente de mentionner le problème de \u201cl\u2019autodétermination politique de la société québécoise\u201d.De plus, dans le texte lui-même, il n\u2019est nulle part question très clairement d\u2019une remise en question ou d\u2019une réforme constitutionnelle.On parle, à propos du Québec, d\u2019une gestion \u201cautonome\u201d de ses affaires, comme si on en était à envisager simplement un problème d\u2019autonomie provinciale.On ne trouvera aucune mention d\u2019options concrètes telles que la souveraineté-association ou l\u2019indépendance; on ne parlera même pas de \u201cfédéralisme renouvelé\u201d.Des lecteurs anglophones du reste du Canada pourront fort bien rester avec l\u2019impression que la question à étudier se ramène à celle de l\u2019autonomie à l\u2019intérieur d\u2019un statu quo constitutionnel.^ Une timidité excessive Le deuxième chapitre étudie \u201cLa justice au Canada\u201d.Avant d\u2019y aborder une série de neuf questions particulières, les auteurs s\u2019attachent à décrire quelques-uns des problèmes \u201cstructurels\u201d du Canada.Leur façon de s\u2019attaquer à un des problèmes structurels du \u201csystème politique\u201d du Canada manifeste, toutefois, une timidité excessive.Après avoir lu, au chapitre précédent, une ferme et nette déclaration de principe à l\u2019effet que \u201cles peuples ont le droit de s\u2019autodéterminer\u201d, que \u201cconcrètement, la vision chrétienne de la libération met l\u2019accent sur l\u2019autodétermination des peuples\u201d, on se serait attendu à plus de clarté quand vient le temps d\u2019appliquer ce principe à l\u2019un des dossiers les plus actuels de la vie politique canadienne, le cas des francophones du Québec.En effet, dès qu'on en vient à toucher cette question, la fermeté qu'affichent les auteurs du texte en traitant de plu- \u201cDès qu\u2019on en vient à toucher le cas des francophones du Québec, la fermeté qu\u2019affichent les auteurs en traitant de plusieurs autres problèmes.paraît s\u2019évanouir.\u201d On pourra toujours invoquer le fait que les auteurs se défendent d\u2019avance en signalant eux-mêmes que ce document de travail a plusieurs limites et qu\u2019il demande à être complété par les animateurs.Mais il y a tout de même des limites à la limitation! Celle-ci s\u2019apparente à de la stérilisation.Le problème constitutionnel tel que soulevé réellement au Québec a assez d\u2019importance et d\u2019acuité pour exiger un autre traitement.Dans un instrument de travail où on répète à tout propos qu\u2019il faut \u201cdévelopper une conscienee critique\u201d, en vue de l\u2019action, où on affirme présenter \u201cplusieurs points de vue différents, voire même contradictoires\u201d, on ne s\u2019est guère efforcé d\u2019éveiller, sur ce point pourtant évident, les lecteurs anglophones du Canada.On donne plutôt l\u2019impression, malgré les références données, de voiler la réalité du problème constitutionnel.A la fin de chaque développement consacré à un problème donné, le texte fournit habituellement une série de \u201cquestions de recherche-action\u201d.C\u2019est ainsi qu\u2019à la fin de la section qui traite du \u201cdéveloppement du Nord\u201d, il y a un questionnaire dans lequel, par exemple, on n\u2019a pas peur de demander: Quelles initiatives pouvez-vous prendre, en tant que chrétiens, pour aider les peuples autochtones du Nord dans leurs luttes pour changer la situation et défendre leurs droits?Vous ne trouverez pas de questionnaire comparable, à la fin de la section qui aborde le problème de \u201cl\u2019autodétermination politique de la société québécoise\u201d.Que cache cette fuite?Et qu\u2019est-ce qu\u2019elle révèle?La simple prudence?Une peur inavouée?Pourtant, comme le disent les évêques qui signent la préface, répondre à l\u2019appel à la justice, c\u2019est un défi.\u201cC\u2019est un défi majeur qu\u2019ont à relever les communautés chrétiennes.engagées dans des luttes en faveur de la justice.\u201d Le 21 août dernier, l\u2019Assemblée des évêques du Québec (AEQ) publiait un vigoureux message pastoral intitulé \u201cLe peuple québécois et son avenir politique\u201d.Les évêques du Québec ont proposé leur intervention dans un climat de dialogue, et il ne serait pas surprenant qu\u2019ils reviennent sur la question nationale à la lumière des réactions suscitées par leur première prise de parole ou en tenant compte de l\u2019évolution des événements et du débat politique.La CECC, de son côté, ne peut guère s'en tenir au texte somme toute très timide que présente, sur cette question précise, le document de travail \u201cAppel à la justice\u201d, diffusé en anglais et en français de l\u2019Atlantique au Pacifique; les évêques du Canada poseraient, en effet, un geste heureux, bien accordé à \u201cla mission prophétique de l\u2019Eglise\u201d, s\u2019ils publiaient une déclaration plus réaliste et plus à jour, ne serait-ce que pour appuyer en collégialité le message de l\u2019AEQ et mettre en valeur ses orientations aux yeux des catholiques de l\u2019ensemble du Canada.2.The Catholic Register, 2 juin 1979, p.2.292 RELATIONS \t\t \ti\tFACE À L\u2019ACTUALITÉ §\tI\t \t\t \tLe Pape aux États-Unis Celui qui avait promis aux indios du Mexique qu\u2019il se\tdes couples, des femmes, des homosexuels, malaise aus- ferait leur porte-parole, et qui avait permis aux croyants\tsi des théologiens et de certains groupes plus engagés qui d'Europe orientale de faire entendre leur voix, quel salut\tentrevoient ce que l\u2019Eglise pourrait devenir?allait-il annoncer aux chrétiens de la société d'abondan-\tAu plan de l\u2019évolution interne et de la\tdiscipline de ce, quelle libération prêcherait-il aux consommateurs de\tl\u2019Eglise catholique, l\u2019histoire récente\tnous\tremet\trégula civilisation permissive et libérale?\tlièrement sous les yeux le jeu de la tension entre la mas- Certains attendaient de lui qu\u2019il refasse l\u2019unité d\u2019une\tse du peuple chrétien, les initiatives des groupes de poin- Eglise que le \u201cpluralisme\u201d aurait attiédie; d\u2019autres voy-\tte, les recherches des théologiens et les décisions des aient dans son passage officiel la consécration du statut\tpasteurs.Les points de cristallisation sont rares, qui de pleine citoyenneté des catholiques américains, l\u2019achè-\tpermettent de mesurer, d'un seul coup d\u2019oeil, l\u2019évolution vement de la promotion sociale de ces fils d\u2019immigrants,\tdes idées, des comportements, des priorités.Ce fut le amorcé par l\u2019élection de John Kennedy; plusieurs, en-\tcas du concile Vatican 11, du synode de 1971, de la Lettre fin, croyants ou non, appréciaient d\u2019avance en Jean-Paul\t\u201cOctogesima adveniens\u201d au cardinal Roy.Il le chef de file, à l\u2019aise avec ses valeurs et avec les\tOn imagine mal que, dans le contexte d\u2019une visite pas- choix qu'elles imposent, et \u201cqui rayonne comme aucun\ttorale, le pape décide, d\u2019un trait de plume ou dans un gé- autre leader vivant\u201d l\u2019autorité d\u2019une force, d\u2019une foi et\tnéreux élan oratoire, de modifier la pratique et la doctri- d\u2019un engagement personnels\u201d.(Meg Greenfield, News-\tne reçues en passant par-dessus les conférences épisco- week).\tpales nationales ou en faisant abstraction de la complexi- II est venu.Nous avons pu suivre l\u2019une ou l\u2019autre éta-\tté que prennent ces questions, considérées à l\u2019échelle pe de son voyage.Ses propos nous ont été résumés et\tdes cinq continents.Les réformes en profondeur naissent expliqués.\tde la vie et de la réflexion des communautés chrétiennes; A écouter les commentaires et à parcourir les repor-\telles seront sanctionnées et reconnues officiellement tages de la presse, il est difficile de réprimer un senti-\tquand le temps et l\u2019expérimentation auront démontré ment de \u201cdéjà vu\u201d, comme si la \u201ccouverture\u201d d\u2019un vo-\tqu\u2019elles correspondent effectivement aux besoins de l\u2019E- yage de ce pape obéissait désormais aux règles d\u2019un\tglise.On peut penser que, de plus en plus, en vertu du genre littéraire fixe.Coup sur coup, on nous propose le\tprincipe de la collégialité, les étapes de la reconnais- spectacle d'un parcours triomphal, ponctué de remarques\tsance officielle iront de la périphérie au centre, en par- extasiées sur le leadership \u201ccharismatique\u201d du Pape\ttant de la communauté locale et de l\u2019instance diocésaine polonais et la séduction qu\u2019il exerce sur les foules, puis,\tpour aboutir finalement au placet des conférences épis- une fois venues les inévitables prises de position en ma-\tcopales et des dicastères romains.tière de morale sexuelle et de discipline ecclésiastique,\tAu plan de l\u2019enseignement moral,\tpar ailleurs,\tJean- le ressac, le désenchantement devant le \"conservatis-\tPaul II rappelait aux écoliers irlandais qu\u2019il ne peut jouer me\u201d et la rigueur du chef spirituel.\tle rôle de \u201cdirecteur de conscience\u201d de chacun des au- A ce chaud et froid de l\u2019opinion publique, qui relève\tditeurs qui viennent l\u2019entendre.Devant une foule, il se sans doute du culte des \u201csuperstars\u201d (Time), répond\tdoit de rappeler les principes fondamentaux de la morale chez beaucoup d\u2019entre nous un malaise plus profond.Da-\tchrétienne et d\u2019alerter la conscience des peuples à leurs niel Berrigan l\u2019exprimait de façon imagée en disant que\terrances collectives.Entre le confesseur ou le conseil- Jean-Paul Il a bien \u201cavisé\u201d la poutre dans l\u2019oeil de l\u2019A-\tier moral qui accompagne le discernement d\u2019un individu, mérique, mais qu\u2019il en oubliait la paille dans le sien:\tet le pasteur suprême qui propose un enseignement uni- \u201cses vues sur les femmes sont dépassées, et il est peu\tversel, les différences du discours pastoral ne devraient probable qu'il change d\u2019avis.Nous ne pouvons pourtant\tplus surprendre, encore moins scandaliser, pas pratiquer l'apartheid à l\u2019autel\u201d.\tC\u2019est donc à une certaine hauteur qu\u2019il convient de se Au fond, il s\u2019agissait, encore une fois, d'accultura-\tplacer pour bien entendre la prédication que Jean-Paul tion.On aurait aimé que le pape encourage explicitement\tII a adressée à ses auditeurs américains.Et il serait les efforts de renouveau et les recherches de cette par-\tdommage que le tintamarre des vivats nous empêche tie de l\u2019Eglise catholique des Etats-Unis qui a choisi de\td\u2019accueillir un appel à la conversion qui ne nous rejoint \u201csortir du ghetto\u201d pour s\u2019incarner \u201cdans le monde\u201d plu-\tpas moins que les foules du Yankee Stadium ou les diplo- raliste, fébrile et changeant de la société américaine.En\tmates des Nations unies auxquels il fut proposé, choisissant de faire escale en Irlande, en route pour Bos-\tAux hommes politiques \u2014 mais cela ne concerne-t-il ton, Jean-Paul II mettait déjà l\u2019accent sur les sources les\tpas aussi chaque chrétien conscient de ses responsabi- plus traditionnelles du catholicisme américain.\tlités dans le monde de ce temps?\u2014 Jean-Paul 11 a rappe- Restent, pourtant, l\u2019intérêt, l\u2019enthousiasme, la ferveur\tlé la nécessité de transformer les systèmes de produc- des millions de personnes qui ont voulu voir et entendre\ttion et de distribution qui aliènent le travailleur de son Jean-Paul II.\"No matter what he says, he is the pope\u201d,\ttravail, qui perpétuent et qui élargissent le fossé qui sé- disait quelqu'un dans la foule.Le malaise n\u2019est-il pas\tpare les possédants de ceux qui n'ont rien, surtout le fait des permanents de l'Eglise, de ceux qui\tMartin Luther King avait proclamé à la face de l\u2019A- répondent, sur le terrain, aux questions et aux appels\tmérique des années 60 que le Noir serait le salut du\t NOVEMBRE 1979\t293\t\t Blanc; Jean-Paul II vient de nous rappeler que c\u2019est le pauvre, le Lazare de la parabole, qui sauvera notre civilisation de riches.\u201cNous ne pouvons rester sans rien faire, à jouir tranquillement de nos richesses et de notre liberté, si quelque part le Lazare du XXe siècle frappe à notre porte.\u201d Encore une fois, il est question de plus que de \u201cfaire la charité\u201d.Il s\u2019agit de justice.\u201cIl n\u2019est pas juste que le niveau de vie des pays riches cherche à se maintenir en drainant une large part des réserves d'énergie et de matières premières qui doivent servir à l\u2019en- Une seule lutte Sous le thème Une double exploitation, une seule lutte, 450 délégué(e)s (75%F, 25%H) de la FTQ (Fédération des travailleurs du Québec) ont étudié la condition des femmes au travail lors du colloque qui les réunissait, à Montréal, les 30 septembre, 1er et 2 octobre derniers.Après les discours d\u2019usage, on s\u2019est mis au travail: les membres des différents ateliers ont étudié l\u2019une ou l\u2019autre partie d\u2019un document d\u2019appoint.Un comité de synthèse a produit par la suite le rapport qui a été débattu en assemblée plénière.On peut deviner la somme d\u2019énergies investie par le Comité de la condition féminine dans la réalisation de ce colloque.Il faut cependant noter qu\u2019il demeurait sous la responsabilité du comité exécutif de la centrale.M.Louis Laberge présidait l\u2019assemblée.La tenue même de ce colloque devrait étonner: que s\u2019est-il donc passé, qui justifie cette attention aux revendications des femmes?Se serait-on \u201cconverti\u201d (enfin!) à leur cause?Il y a dix ans à peine, qui eût imaginé pareilles séances de travail sur les congés de maternité-paternité, les garderies, la santé-sécurité au travail, la négociation collective, la lutte à la discrimination et l\u2019action syndicale?Un événement de cette importance témoigne sûrement de la ténacité des militantes féministes en milieu syndical.Il ne faudrait pas minimiser l\u2019impact de la soixantaine de propositions qui ont été adoptées dans l\u2019assentiment général.On notera, à titre d\u2019exemples, la promotion de l\u2019intégration des femmes aux instances décisionnelles, les cours d\u2019éducation syndicale sur la question des femmes travailleuses et les congés de maternité et la présentation de la maternité comme responsabilité sociale.Il y a certes lieu d\u2019encourager et de soutenir de telles prises de parole, et, plus globalement, de tels travaux.Ce sont autant de signes de la lente transformation de la mentalité des femmes et des hommes de notre culture.Mais où en est vraiment rendu le rapport de force hommes-femmes dans notre patriarcale société?Comme le disait madame Lise Payette, lors de l\u2019ouverture du colloque: \".les Québécoises en ont assez de promesses.Elles en ont assez de se faire courtiser parce que les dirigeants, tous les dirigeants, tous les pouvoirs, même syndicaux, viennent de réaliser que le féminisme, c\u2019est rentable\u201d.Il n\u2019est plus de mise, pour un homme en vue \u2014 sauf peut-être dans l\u2019Eglise \u2014 d'afficher une résistance farouche aux revendications des femmes.La répression n\u2019en devient que plus subtile: récupération, opportunisme, rentabilisation politique.L\u2019évolution des tactiques du pouvoir accompagnerait-elle l\u2019évolution des semble de l\u2019humanité\u201d.Si ces considérations nous paraissent banalement pieuses ou utopiques, c\u2019est peut-être que nous n\u2019avons pas commencé de reconnaître notre propre \u201cfrénésie de consommation, énervante et morose\u201d, et que nous nous refusons à envisager les conversions personnelles et collectives que le désordre international devrait nous imposer.Albert Beaudry mentalités?Nous faudra-t-il découvrir une face cachée à ce colloque?Il est à déplorer que \\\u201d\u2018implication masculine ait eu des effets négatifs sur la participation des femmes possédant une expérience syndicale plus limitée\u201d.Cette petite remarque, glissée dans l\u2019introduction du rapport débattu en plénière, jetait déjà un doute sur la place réelle des femmes au sein de ce colloque (qui pourrait être celui d\u2019une autre centrale, d\u2019un mouvement ou d\u2019un organisme quelconque, d\u2019une entreprise privée ou gouvernementale).Ce n\u2019était qu\u2019un signe avant-coureur.On l\u2019a vite oublié, car le déroulement particulièrement harmonieux de la journée laissait croire à la bonne volonté des participants et des participantes.Le discours de clôture approchait.Il ne restait que quelques propositions à discuter.Tout le monde avait hâte d\u2019en finir.Mais l'adoption d\u2019une proposition à l\u2019effet que \u201cles comités de la condition féminine de la FTQ travaillent en liaison avec les comités des autres centrales et qu\u2019ils participent à toutes les activités intercentrales sur la condition féminine\u201d devait trahir le paternalisme qui se cachait derrière les sourires condescendants de quelques dirigeants ainsi que de leurs partisans et partisanes.Ils refusaient obstinément toute collaboration avec les comités de la condition féminine de la CSN et de la CEQ.Rappelant avec insistance de douloureux maraudages et faisant écho à des prises de position du Comité de la condition féminine où l\u2019on rejetait ce principe (sur vote divisé), ils s\u2019appuyèrent également sur la tradition qui veut que, depuis quelques années, la FTQ ne participe pas à ce genre d\u2019organisations intercentrales (marche du 1er mai, groupe de travail sur la santé-sécurité au travail, etc.).Mais, comme le notait une intervenante, n\u2019est-ce pas exercer une discrimination que d\u2019étiqueter et de diviser, sur cette question, les femmes des différentes centrales?Qui donc a intérêt à fragmenter leur action, sinon ceux-là mêmes qui s\u2019en voudront de s\u2019être fait jouer un si bon tour?En adoptant cette proposition, l\u2019assemblée aura pris au sérieux le thème du colloque: les femmes de la FTQ mènent une seule lutte, celle de toutes les femmes.La remise en question de cette politique de la FTQ aura été le point tournant de cette rencontre.Test de vérité pour les uns, espace de liberté pour les autres.Les femmes ont réussi à mettre le pied dans la porte, et elles comptent bien l\u2019ouvrir largement.Ginette Boyer 294 RELATIONS Droit de la famille, droit des femmes?Le noyau familial demeure la cellule de base de notre société.Au Québec, c\u2019est le Code civil, en vigueur depuis 1866, qui réglemente la vie juridique de ce noyau.Inspiré du droit coutumier français dont les institutions remontent à plusieurs siècles en arrière, le Code attendait depuis trop longtemps déjà d\u2019être remis à jour.Un projet de révision a été mis en route il y a une dizaine d\u2019années et, en 1978, l'Office pour la révision du code civil (O.R.C.C.) déposait son rapport final.Après en avoir pris connaissance, le ministère de la Justice décidait d'amorcer la réforme en s\u2019attaquant d'abord à la tranche du droit familial.On tenait à prendre le pouls de la population en cette matière: on a institué une commission parlementaire pour permettre aux individus, aux groupes et aux organismes intéressés d\u2019exprimer leur* avis sur les changements proposés par l\u2019O.R.C.C.Le temps de la consultation tire à sa fin; le ministère compte déposer bientôt un premier projet de loi.Le Service Consult-Action du Conseil du statut de la femme (C.S.F.), en collaboration avec les bureaux régionaux de l\u2019Aide juridique, entreprenait, le 29 septembre, une tournée de onze rencontres, à l\u2019intention des femmes de toutes les régions du Québec.Ceci pour les informer des changements proposés, pour les sensibiliser à ce qu\u2019implique pour elles la réforme qui s\u2019amorce, et pour stimuler une prise de parole chez celles qui sont restées trop longtemps silencieuses dans le débat politique.1.\tRéalisé par le Conseil du statut de la femme en collaboration avec la Commission des services juridiques et les bureaux régionaux de l\u2019Aide juridique, Droit de la famille, droit des femmes?, Québec, Bureau de l\u2019Editeur officiel du Québec, juillet 1979.2.\tLe service Consult-Action suggère quelques formes pratiques de prise de parole dans un document paru tout dernièrement: Pour les Québécoises égalité et indépendance, suite .pour femmes décidées.Pour plus de renseignements s\u2019adresser au C.S.F., 760, bout.St-Cyrille est, 16e étage, Québec, G1R 5A9 (1-800-361-4349) et 1255 Place Philipp, bureau 708, Montréal, H3B3G1 (873-8384).Ce qu\u2019on attend des Églises Il semble qu\u2019on fonde beaucoup d\u2019espoir sur l\u2019intervention des Eglises pour aider à résoudre les problèmes du monde actuel.C\u2019est sans doute ce qui explique le choix du \u2018\u2018Centre québécois de Relations Internationales\u201d de faire porter sur \u2018\u2018Le rôle des Eglises dans les relations internationales\u201d son dernier congrès, tenu à l\u2019Université Laval du 26 au 28 septembre dernier.Ce qui explique aussi l\u2019insistance à rappeler, tout au long des sessions, que les Eglises décevraient l\u2019attente des peuples, même non croyants, si elles cédaient à \u201cla répugnance traditionnelle de toute organisation, ecclésiale ou non, devant l\u2019action violente et le changement\u201d, une déception qui pourrait leur enlever toute crédibilité, même au plan de leur message spirituel.En revanche, on redouterait les sursauts de zèle qui les porteraient à prendre position sans les précautions, notamment les analyses objectives, qu\u2019exige la complexité des situations nouvelles.A la rencontre de Montréal-centre, qui se tenait à l\u2019Université de Montréal le 30 septembre dernier, nous étions une soixantaine à nous parler entre-femmes (l\u2019assistance masculine se limitait à trois ou quatre participants).Munies d\u2019un document de travail fort bien conçu, nous nous sommes divisées en ateliers, chaque atelier comptant une animatrice du C.S.F.et, comme personne-ressource, une avocate de l\u2019Aide juridique.Le document, Droit de la famille, droit des femmes?^ ), propose quatre sujets d\u2019étude: le nom de naissance et les droits de l\u2019enfant, le mariage et l\u2019union de fait, les biens des époux, la rupture.Chaque section commence par rappeler l\u2019état actuel de la loi, résume les changements proposés par l\u2019O.R.C.C., suggère quelques pistes d\u2019analyse et de discussion, et s\u2019achève sur un tableau schématique des principales interventions sur le sujet en commission parlementaire.La mise en commun, en plénière, du travail de la journée a abouti au lancement de trois pétitions qui circulent présentement dans le public: pour le double-nom (tel que proposé par le C.S.F.), pour le divorce \u201csans faute\u201d, et sur les changements à introduire dans la législation sur l\u2019union de fait.Deux voix d'Eglise se sont fait entendre en commission parlementaire: celle de l\u2019Assemblée des évêques du Québec et celle de l'Association des parents catholiques.Affichant des positions plutôt conservatrices en regard des autres mémoires déposés, ces deux interventions ont au moins le mérite d\u2019avoir été faites.Faut-il croire que des lois qui affecteront directement la vie de la famille suscitent peu d\u2019intérêt chez les chrétien(ne)s du Québec?Nous sommes tous et toutes, pourtant, sujets d'Eglise, et l\u2019Eglise du Québec ne se réduit pas à l\u2019A.E.Q.et l\u2019A.P.C.A nous de prendre la parole(2); le métier est en place, l'heure est venue de choisir les fils dont les femmes et les hommes du Québec tisseront ensemble leur avenir.Kate Bulman Dans cette réflexion sur le rôle des Ealises en des questions qui intéressent l\u2019univers, on a regretté l'absence de représentants du bouddhisme et de l\u2019islam, dont l\u2019influence s\u2019étend à plusieurs continents et qui comptent, ensemble, plus d\u2019adhérents que toutes les Eglises chrétiennes réunies.Néanmoins, la collaboration de plusieurs pays (France, Etats-Unis, Belgique) et la compétence particulière des participants auront permis de prendre une conscience plus précise du travail à entreprendre pour que les Eglises s\u2019acquittent du rôle qui leur revient: projeter un éclairage désintéressé, rappeler les valeurs, reformuler les considérations éthiques sans lesquelles l\u2019humanité n\u2019a plus de sens et s\u2019exaspère en tentatives trop courtes pour ne pas compromettre l\u2019avenir.Le congrès est apparu comme une première étape dans ce travail préparatoire, par l'analyse des attitudes spontanément intolérantes des humains face à ce qui est NOVEMBRE 1979\t295 différent d\u2019eux-mêmes (E.Levinas); par l\u2019étude du jeu renouvelé des pouvoirs (modification des pouvoirs en place, émergence des \u201ccontre-pouvoirs\u201d) tant dans les sociétés politiques qu\u2019à l\u2019intérieur des Eglises elles-mêmes (M.Passicos) \u2014 avec les tensions diverses qui en résultent tant au plan de l\u2019action qu\u2019à celui de la doctrine.Dans les luttes qui se livrent autour du progrès technique, soit pour l'accaparer en vue du confort ou de la domination, soit pour s\u2019en approprier une juste part et mettre fin à un sous-développement insupportable, indigne de la personne humaine, les pouvoirs et les contre-pouvoirs justifient plus facilement leur recours à la violence au mépris des droits de l'homme, voire jusqu\u2019à la torture qu\u2019on essaie de rendre \u201cpropre\u201d; il se crée des alliances, des monopoles (comme celui des U.S.A.et de l\u2019U.R.S.S.dans le nucléaire) et les problèmes s\u2019internationalisent rapidement.Les Eglises, autrefois plutôt réservées en tant qu'ins-titutions,reconnaissent que le progrès n\u2019a rien qui s\u2019oppose à leur tradition de foi bien comprise, et même qu\u2019il paraît indispensable pour effectuer des rattrapages qui s\u2019imposent, pour mettre fin rapidement au scandale que constitue l\u2019indigence de la majorité de l'humanité.Mais ces mêmes constatations rendent inquiétant l\u2019usage qu\u2019on peut faire du progrès, quand les conséquences n\u2019en sont pas exactement prévisibles.Enfin, la décentralisation, qui remet plus de responsabilités et d\u2019autonomie aux Eglises locales, risque toujours, quand les problèmes s\u2019internationalisent, de les mettre en opposition avec l\u2019autorité centrale, comme aussi de les affronter à une partie des fidèles qui les auraient d\u2019abord sensibilisées à la solidarité humaine et aux exigences de la justice: on hésitera souvent à déstabiliser tant de choses.Autre difficulté: les Eglises peuvent se trouver trop rapprochées des pouvoirs locaux pour être vraiment libres, ou trop éloignées idéologiquement pour paraître désintéressées.Là-dessus, on est allé jusqu\u2019à dire que, pour dissiper cette méfiance a priori, il ne faudrait pas hésiter à donner des preuves irréfutables d\u2019engagement dans la situation locale, fût-ce au risque d\u2019être taxé d\u2019imprudence, à l\u2019extérieur.Car il y a \u201cun poids objectif de la moralité s\u2019opposant aux forces politiques, retardant leurs effets, les détournant de leur ligne générale\u201d.Penetanguishene Après deux ans d\u2019efforts pour obtenir l\u2019école secondaire française à laquelle ils ont droit, les Franco-Ontariens ont résolu de créer à Penetanguishene une école parallèle française \u2014 l'Ecole secondaire de la Huronie \u2014 autonome et indépendante.Notons tout d\u2019abord que si la loi ontarienne de l\u2019éducation autorise la création d\u2019écoles francophones, cette même loi contredit le principe pour lequel elle est formulée: en effet, elle prévoit que les conseils scolaires \u2014 qui administrent le budget \u2014 doivent se prononcer sur l\u2019établissement de telles écoles.C\u2019est ainsi qu\u2019ils ont pu faire obstacle à la création d\u2019écoles à Penetanguishine, tout comme à Windsor il y a deux ans.Dans ces circonstances, c\u2019est donc l\u2019Etat lui-même qui sanctionne, par une loi, un mécanisme permettant d\u2019en empêcher l\u2019application.Le scénario de l\u2019hypocrisie se répète, au gré des humeurs du temps, et les castors du Conseil scolaire de Simcoe continueront longtemps à ron- Pour y faire consentir, il faut jouir d\u2019une grande confiance.Celle que mérite justement le courage de risquer des avantages durement acquis, quand la justice est bafouée, ou la paix indûment compromise.Comment y réussir, surtout quand les idéologies nouvelles, sensibles à l\u2019action du temps dans l\u2019aventure humaine, ont tendance à interpréter tout retard comme une complicité objective avec les événements, à confondre prudence et trahison?Comment garder l\u2019indispensable attitude de tolérance, qui sait que \u201cl'universalité humaine ne se dégage pas par la réduction des différences à ce qu\u2019elles présupposent de commun\u201d (la tendance totalitaire), que \u201cla justice recherchée dans la violence pure court ses plus grands risques\u201d, enfin qu\u2019il faut reconnaître la part tolérable dans l'autre, même dans l'ennemi, respecter \u201cce qui fonde la société elle-même: la proximité du prochain\u201d.Mais cet effort pour mener une action significative reste toujours grevé de l\u2019incertitude d\u2019avoir à vivre la révélation dans les sursauts du quotidien; l\u2019aventure du Royaume de Dieu progresse dans la réalité et demeure, selon la théologie de la libération présentée avec chaleur par Le Cardonnel, la voie normale par laquelle l\u2019Eglise peut approfondir le message même qu\u2019elle doit porter, tout comme les disciples d\u2019Emmaüs ont mieux saisi les Ecritures après l\u2019épreuve de la passion, quand ils se sont retrouvés et qu\u2019ils ont reconnu la présence de Jésus au partage du pain.Je ne puis ignorer qu\u2019en parlant d\u2019Eglises on s\u2019est habituellement référé aux représentants officiels, malgré deux rappels - restés sans écho - que les fidèles constituent aussi l\u2019Eglise, et que sans un certain accord avec leur communauté, les interventions officielles des Eglises n\u2019auraient guère de poids.Cette réduction, compréhensible peut-être sur le plan de l\u2019impact immédiat d\u2019une intervention, reste symptomatique d\u2019une époque où les individus ont trop tendance à se dérober à leurs responsabilités, à se cacher derrière des organismes plus anonymes que vraiment collectifs.Roger Marcotte ger la paroi résistante de la minorité française.Quand le gouvernement de monsieur Davis s'ouvrira-t-il les yeux sur sa propre responsabilité?Quelle responsabilité?Celle d\u2019amender une loi qui, certes, le dérange, surtout en période pré-électorale.Comme le dit Patricia Dumas dans Le Devoir du 30 août, le Conseil scolaire de Simcoe a des motifs pour continuer son opposition, car il veut, prétend-il, forcer le gouvernement à légiférer, ce que celui-ci n\u2019osera faire, soyons-en convaincus.Ce qu\u2019une poignée de Franco-Ontariens a réussi péniblement demeure une leçon: que chaque groupe minoritaire engage courageusement la lutte pour la défense de ses droits et que cette lutte progresse au niveau de chaque région, en comptant sur l\u2019appui des associations nationales et en politisant le mouvement de revendication.Robert Toupin 79-09-15 296 RELATIONS QUEL ESPOIR POUR UN NOUVEL ORDRE ÉCONOMIQUE INTERNATIONAL?DEUXIÈME PARTIE par Vincent Cosmao Dans la première partie de cet article, parue dans notre livraison d\u2019octobre, Vincent Cosmao, directeur du Centre Lebret (Paris), montrait la nécessité d\u2019un nouveau système de rapports entre peuples et groupes-sociaux, et l\u2019urgence d\u2019une volonté concertée de construire ce nouvel ordre international.Cette deuxième (et dernière) partie explique l\u2019enjeu politique que représente la construction d\u2019une société mondiale et le défi qu\u2019elle pose au christianisme.Rappelons que ce texte était prononcé au congrès de l\u2019Entraide missionnaire, le 7 septembre dernier.2 La construction d\u2019une société mondiale est l\u2019enjeu politique de la fin du millénaire En nous proposant la négociation du conflit qui se précise entre eux et nous, les pays en sous-développement nous forcent à entrer effectivement en politique internationale.L\u2019objet de toute politique est, en effet, la construction de la société ou des conditions de la vie collective, c\u2019est-à-dire de l\u2019existence humaine, par la négociation des contradictions et l\u2019articulation des intérêts qui ne sont jamais naturellement complémentaires ou compatibles.Si l\u2019homme n\u2019existe qu\u2019en société, la société, pas plus que l\u2019homme, n\u2019est pas donnée dans la nature; elle n\u2019existe que dans la mesure où elle se construit et elle ne se construit que dans la mise au point et la mise en oeuvre des systèmes de régulation ou des contraintes qui permettent aux hommes de vivre ensemble.Pendant si longtemps les peuples ont été menés par des individus ou des minorités qui s\u2019y croyaient ou s\u2019y prétendaient prédestinés par Dieu ou par la nature, qu\u2019il faut du temps pour se faire à l\u2019idée qu'une telle tâche ne peut être menée à bien que dans la mesure où tous, sans exception, peuvent y participer.Nul ne peut, en effet, savoir ce qui convient à autrui ni, a fortiori, en décider pour lui.A l\u2019échelle internationale c\u2019est la participation de tous les peuples à la construction de la société mondiale qui est aujourd\u2019hui en question et donc la redistribution du pouvoir qui en est la condition.Mais le pouvoir ne se redistribue que dans la mesure où ceux qui ne l'ont pas le prennent, ou du moins en conquièrent leur part.Si paradoxal que cela puisse paraître, cette NOVEMBRE 1979 redistribution du pouvoir correspond aussi à l\u2019intérêt de ceux qui le détiennent actuellement.Certains, qui sont puissants, ont compris, à l\u2019expérience, qu\u2019ils ne peuvent jouer indéfiniment aux gendarmes du monde.Tous ceux qui participent au pouvoir comprendront de même que la participation de tous à la restructuration de la société mondiale est la condition de sa réalisation et il est de l'intérêt de tous qu\u2019elle se construise.L\u2019homme et l\u2019inégalité Après la mise en évidence des contradictions dont la résolution est l\u2019objet de la politique, la réflexion sur la vie collective et sa régulation est, en effet, conduite à s\u2019engager sur de nouvelles pistes qui nous mèneront à découvrir combien radicalement la politique est la condition de l\u2019existence humaine, à l\u2019échelle de l\u2019espèce plus encore qu\u2019à l'échelon des nations.D\u2019une part il apparaît, à l'observation et à l\u2019analyse, que, laissées à leur propre jeu, les sociétés se structurent inévitablement dans \\'inégalité.Il en est de cette inertie comme de la pesanteur ou de la résistance de l\u2019air.Sa reconnaissance et sa prise en compte sont la condition de sa neutralisation ou de sa maîtrise.On voudrait aujourd\u2019hui au nom de la science, de la génétique ou de la sociologie, nous imposer cette évidence comme une norme selon laquelle les élites seraient prédéterminées au gouvernement des masses, elles-mêmes condamnées à se laisser conduire.Si la réplique à cette nouvelle idéologie en reste souvent au plan de l\u2019imprécation, de la proclamation ou de la profession de foi c\u2019est, sans doute, que sachant qu\u2019il en a presque toujours été ainsi, nous risquons d\u2019être démunis devant l\u2019assurance des porteurs de ces nouvelles évidences.Ce n\u2019est, en effet, pas la \"nature humai- 297 ne\u201d de la philosophie des lumières, fondement des droits de l\u2019homme et du citoyen, qui fera le poids devant la nature dont on nous révèle les constantes, les régularités ou les lois.Que l\u2019inégalité soit dans la nature des choses, les indices n\u2019en manquent pas et il importe de les prendre en compte.Donnée au départ, elle se multiplie cumulativement au fur et à mesure que les individus ou les groupes sont soumis aux déterminations qui les font ce qu\u2019ils sont ou du moins délimitent étroitement leurs possibilités de développement ou d\u2019accomplissement.Aucune utopie égalitaire, si puissante soit-elle pour soulever les aspirations ou les rêves, ne tient devant cette mise en évidence de la nature des choses.Mais l\u2019homme n\u2019est pas dans la nature des choses.Produit de la nature sans doute, déterminé par elle à travers toutes les racines qu'il y plonge, il n\u2019existe que dans la mesure où il se conquiert sur la nature, où il se construit en s\u2019organisant pour la maîtriser et lui imposer le projet qui le constitue.Comme il arrive à faire tenir en l\u2019air le plus lourd que l\u2019air en s\u2019appuyant sur la résistance de l\u2019air, c'est en résistant à l\u2019inégalité qui est dans la nature des choses qu\u2019il parvient à s\u2019organiser pour vivre en société; c\u2019est en s\u2019imposant des contraintes ou des lois, oeuvres de son travail créateur, qu\u2019il crée les conditions d'une existence possible pour tous.Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, disait Lacordaire, c\u2019est la liberté qui opprime, c\u2019est la loi qui libère.La loi délimite en effet les espaces de la liberté et l\u2019élaboration de la loi est bien une des tâches majeures de toute politique.A l\u2019échelle internationale où la structuration de la collectivité humaine dans l\u2019inégalité apparaît dans toute son ampleur, c\u2019est à l\u2019élaboration et à la mise en oeuvre de la loi que nous sommes désormais invités, étant bien entendu qu\u2019il ne peut plus être question pour quelques-uns d\u2019imposer leur loi à tous, dans la mesure où tous prennent conscience de leur droit à la parole.Il est clair, en effet, par ailleurs, que la loi ne s\u2019impose et que les sociétés ne se structurent que dans la mesure où les contraintes nécessaires sont perçues et reçues comme nécessaires, comme allant de soi, en un sens comme sacrées.La sacralisation des organisations sociales au fur et à mesure qu'elles se construisent est une autre régularité, constante ou loi des dynamiques sociales.Ce fut longtemps la fonction des religions de faire aller de soi les contraintes qui s\u2019imposaient ou dont ceux qui avaient le pouvoir avaient décidé qu\u2019elles s\u2019imposaient.L\u2019histoire nous a montré à quelle profondeur devait aller la désacralisation, jusqu\u2019à l\u2019athéisme y compris, quand il fallait transformer les systèmes sociaux ainsi imposés à l\u2019évidence.Mais la sécularisation des sociétés, avec le développement des sciences sociales, n\u2019a pas mis fin à de tels processus.Les pouvoirs ou les projets de société continuent à se sacraliser, souvent avec d\u2019autant plus de rigueur qu\u2019ils se veulent scientifiques et donc a-religieux.C\u2019est le signe qu\u2019au-delà même de la référence au sacré ou au divin c\u2019est la structuration de l\u201d'inconscient collectif\u201d qui semble être la condition du fonctionnement des organisations sociales: la vie collective n\u2019est possible qu\u2019à base d\u2019évidences qu\u2019il ne peut être question de mettre en question.Mais s\u2019il en est ainsi dans la nature des choses, c\u2019est ici aussi avec la résistance à la nature des choses que commence la politique.Elle ne peut être que la pratique toujours à reprendre de l\u2019organisation des rapports qui constituent la vie collective.L\u2019entrée en politique internationale dépendra de notre capacité à élaborer, ensemble, la loi qui nous gouvernera et à maîtriser l\u2019inertie qui tend à l\u2019imposer comme divine ou découlant de la nature des choses.A peine est-elle élaborée, il faut en effet l\u2019amender dans une négociation permanente qui sera désormais la condition de notre vie collective.3 Dans cette situation internationale le christianisme est provoqué à renaître comme mouvement historique L\u2019ère coloniale qui s'achève s\u2019était ouverte au moment où, au sommet de son organisation et de son expansion, la \u201cchrétienté\u201d médiévale était déjà à la veille de son éclatement.Sa rupture avec l\u2019Orient l\u2019avait déjà réduite aux limites de l\u2019Empire d\u2019Occident où il fallait bien s\u2019organiser pour vivre sur les ruines de l'ordre romain et dans le désordre consécutif aux grandes migrations que nous appelons les invasions barbares, oubliant qu\u2019il s\u2019agit de nos ancêtres.La résistance à l\u2019Islam conquérant fut un des facteurs déterminants de la construction de ce système social.En se transformant en croisade elle contribuait à transformer le christianisme en religion civile de l\u2019Occident.L\u2019organisation de l\u2019Eglise, qui se consolidait au fur et à mesure que l\u2019Empire s\u2019écroulait, la préparait d\u2019ailleurs à être l\u2019agent de sacralisation de l\u2019organisation sociale qu\u2019il fallait bien mettre en place, ne fut-ce que pour réduire l\u2019insécurité devenue la réalité quotidienne.Les hommes de guerre, devenant princes, partageaient ainsi le pouvoir avec les hommes d\u2019E-glise qui assuraient la bonne mort, le salut éternel.Celui-ci étant la préoccupation la plus partagée, l'Eglise sacrait les rois ou les empereurs.Leur donnant ainsi l\u2019évidence nécessaire pour s\u2019imposer aux peuples.Le travail social et culturel nécessaire pour désacraliser ce système fut tel à partir du 18e et même du 16e siècle qu\u2019il devait aboutir à la marginalisation de l\u2019Eglise qui avait tenu tant de place dans la société.Elle est généralement considérée comme acquise avec l\u2019évidence de la sécularisation des sociétés post-chrétiennes, et, par extrapolation, de toutes les sociétés.Il ne suffit sans doute pas d\u2019un ayatollah pour mettre en doute une telle évidence, d\u2019autant plus que sa pratique conduirait à souhaiter l\u2019accélération de la sécularisation.Mais les signes ne manquent pas, en ce qui concerne le monde façonné par le christianisme, d\u2019une rentrée en scène du mouvement historique qui s\u2019était perverti en chrétienté.Passé par le creuset de la critique, le christianisme est en effet en train de retrouver la mémoire en revenant à ses sources historiques.298 RELATIONS Le \u201cvirus judéo-chrétien\u201d Le signe le plus parlant dans l\u2019actualité de ces dernières semaines, en France du moins, est la dénonciation par la \u201cnouvelle droite\u201d, qui préconise la délégation du pouvoir aux élites, du \u201cvirus judéo-chrétien\u201d qui serait à l\u2019origine de toutes les utopies égalitaires, dénonciation qui va jusqu\u2019à préconiser le retour au paganisme indo-européen où ceux qui \u201cprient\u201d, ceux qui \u201ccombattent\u201d et ceux qui \u201ctravaillent\u201d avaient leur place et leur fonction rigoureusement délimitées selon la nature des choses.Mais en retrouvant sa mémoire biblique ce n\u2019est pas sur le chemin de l\u2019utopie que se remet le christianisme.Il est renvoyé à des pratiques qui depuis toujours structuraient son existence et sa conscience: pratiques de résistance à la structuration et à la sacralisation des sociétés dans l\u2019inégalité.La relation à Dieu redevient alors le rapport qui structure le plus radicalement l\u2019existence et la conscience.Si Dieu est Dieu en effet, tout est à tous, et il importe de s\u2019organiser pour qu\u2019il en soit ainsi.L\u2019année sabbatique et l\u2019année jubilaire représentaient ainsi dans l\u2019Israël antique des tentatives d\u2019introduction de ruptures ou de régulations artificielles dans l\u2019inertie qui conduit les sociétés à se structurer dans l\u2019inégalité.De même aux 4e-6e siècles l\u2019unanimité des Pères de l\u2019Eglise sur la communauté originelle et la destination universelle des biens représentait une réaction à la fois théologique et politique à l\u2019accentuation de l\u2019inégalité dans l\u2019Empire en déstructuration et à sa reproduction dans l\u2019Eglise elle-même.Ils allaient jusqu\u2019à dire, et au 13e siècle l\u2019unanimité des théologiens, canonistes et juristes allait se faire là-dessus, que celui qui manquait du nécessaire avait le droit de le prendre où il le trouvait.Formés dans l\u2019empire romain, ils savaient de quoi ils parlaient quand ils parlaient de droit.Dans la ligne de cette tradition nous ne pouvons, quand nous parlons de la destination universelle des biens, nous contenter de répéter les conclusions qu\u2019ils en tiraient.Ceux qui manquent du nécessaire, ceux qui sont en situation de pauvreté absolue, ne sont pas en mesure d\u2019aller prendre ce qui leur manque pour vivre ou pour survivre.Si nous voulons être conséquents avec nous-mêmes quand nous disons que Dieu est Dieu, il nous faut nous organiser à l\u2019échelle mondiale pour que personne ne manque du nécessaire.Une pratique anti-inégalitaire De même si Dieu seul est Dieu ou, en d\u2019autres termes, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre Dieu que Dieu, il ne peut être question de se laisser aller à sacraliser les organisations sociales qu\u2019il faut bien construire.C\u2019est ce que Jésus disait en clair dans sa discussion avec ses adversaires sur l\u2019impôt à payer à César.Prenant acte du fait qu\u2019ils avaient sur eux la monnaie de l\u2019impôt et que donc ils reconnaissaient, de fait, César comme collecteur d\u2019impôts, il leur dit: \u201cRendez donc à César ce qui est à César\u201d, c\u2019est-à-dire sa monnaie.Mais il ajoutait \u201cEt rendez à Dieu ce qui est à Dieu\u201d, c\u2019est-à-dire le culte qui lui est dû et à lui seul.Mais c\u2019était bien ce culte que revendiquait César.Les premiers chrétiens l\u2019avaient bien compris qui transigèrent sur tout, y compris sur l\u2019esclavage, sauf sur le culte.Dissidents du culte, leur première profession de foi, avant même de se formuler dans l\u2019affirmation que \u201cJésus est Seigneur\u201d tenait dans ce refus.De même face aux défenseurs de la Loi, sacralisée en même temps que détournée en moyen de domination des pauvres alors qu\u2019elle était faite, entre autres, pour éviter qu\u2019il y ait des pauvres à perpétuité, les premiers chrétiens, comme Jésus, se comportaient avec l\u2019assurance qu\u2019il vaut mieux obéir à Dieu qu\u2019aux hommes.Par cette double résistance à la structuration des socié- Extrait de la Déclaration concernant T instauration d\u2019un nouvel ordre économique international, votée le 1er mai 1974 lors de la Vie session spéciale de l\u2019Assemblée générale des Nations unies.L\u2019ordre économique international actuel est en contradiction directe avec l\u2019évolution des relations politiques et économiques du monde contemporain.Depuis 1970, l\u2019économie mondiale a subi une série de crises profondes qui ont eu de graves répercussions, en particulier sur les P.V.D.qui sont généralement plus vulnérables aux impulsions économiques extérieures.Le monde en voie de développement est aujourd\u2019hui une force considérable dont l\u2019influence se fait sentir dans tous les domaines de l\u2019activité internationale.Cette évolution irréversible du rapport des forces dans le monde appelle une participation active, pleine et équitable, des P.V.D.à la formulation et à l\u2019application de toutes les décisions qui intéressent la communauté internationale.(.) Les événements actuels ont mis en lumière le fait que les intérêts des pays développés et ceux des P.V.D.ne peuvent plus être dissociés les uns des autres, qu\u2019il existe une corrélation étroite entre la prospérité des pays développés et la croissance des P.V.D.et que la prospérité de la communauté internationale dans son ensemble est liée à la prospérité de ses éléments constitutifs.La coopération internationale en vue du développement représente l\u2019objectif et le devoir communs de tous les pays.C\u2019est dire que le bien-être politique, économique et social des générations présentes et futures dépend plus que jamais de l\u2019existence entre tous les membres de la communauté internationale d\u2019un esprit de coopération fondé sur l\u2019égalité souveraine et la suppression du déséquilibre qui existe entre eux.NOVEMBRE 1979 299 L\u2019INTERDÉPENDANCE Le rapport du club de Rome (Reshaping the International Order) énumère cinq champs d\u2019interdépendance qui correspondent à cinq crises majeures de notre époque: 1)\tla crise de l\u2019énergie: elle force les pays industrialisés à négocier mais elle se répercute durement sur les pays les plus pauvres; 2)\tla crise alimentaire: dans les pays les moins avancés, la croissance rapide de la population dépasse l\u2019augmentation de la production agricole; 3)\tla crise de l\u2019environnement: elle n\u2019est pas limitée aux régions industrialisées, car la pollution de l'eau, de l\u2019air ou de la haute atmosphère se transmet d\u2019une zone à l\u2019autre; 4)\tl\u2019usage des ressources: dans un monde gouverné par les prix du marché, le Sud se trouve perdant, tandis que l\u2019accès continu à des ressources de haute qualité pose au Nord de sérieux problèmes économiques; 5)\tla dépendance technologique: le Nord échange sa technologie pour les matières premières du Sud, mais cette technologie ne répond pas aux besoins de développement de pays où abonde la main-d\u2019oeuvre non spécialisée.tés dans l\u2019inégalité et à leur sacralisation, le christianisme, et plus largement la tradition abrahamique, se situe dans l\u2019histoire, quelles qu\u2019en aient été les aberrations, les distorsions ou les perversions, comme un mouvement dont la vérité première, avec la reconnaissance de Dieu comme Dieu, est la prise de conscience que l\u2019homme est, collecti- vement et solidairement, l\u2019acteur de son histoire.Un, comme il l\u2019est dit en Adam, et comme Paul le dit plus clairement encore à propos du Christ en qui il dit que nous sommes tous un seul sujet, un seul fils de Dieu mais aussi un seul acteur de notre histoire, l\u2019homme, l\u2019humanité, se trouve devant la tâche qui est la sienne: organiser la nature et sa propre vie collective de telle manière que la vie soit possible pour tous.C\u2019est bien l\u2019objet de la politique qui doit tendre à être une pratique de construction de la société et non un débat d\u2019idées ou une guerre de religions comme elle tend à le devenir tant que n\u2019est pas maîtrisée la tendance à se fabriquer des dieux.Pour la tradition judéo-chrétienne deux attitudes sont identiquement incompatibles avec la reconnaissance de Dieu comme Dieu: l'idolâtrie et le consentement à l'injustice.Mais plus radicalement encore, est incompatible avec la reconnaissance de Dieu comme Dieu la sacralisation d\u2019une organisation sociale qui produit l\u2019injustice en laissant jouer l\u2019inertie qui conduit à l\u2019inégalité croissante.Plus radicalement qu\u2019une utopie égalitaire la tradition judéo-chrétienne a comme axe une pratique anti-inégalitaire.Qu\u2019il n\u2019en ait pas été ainsi pendant des siècles ne change rien aux évidences qui structurent la mémoire collective, même si cette mémoire s\u2019était perdue.Si Dieu est Dieu, tout homme est homme.L\u2019espérance qui nous soulève et nous mobilise n\u2019est pas seulement l\u2019espérance de la vie bienheureuse.C\u2019est ici et maintenant que Dieu nous appelle à nous faire exister, collectivement, car nous n\u2019existons qu\u2019en société, à son image et ressemblance et en communion avec lui, mais nous ne sommes en communion avec lui qu\u2019à la mesure de notre communion fraternelle.Celle-ci est à construire.Elle est une tâche collective qui passe par l\u2019organisation de nos rapports de telles manières que tous aient la possibilité de vivre humainement, en fils de Dieu.C\u2019est l\u2019avenir de l\u2019humanité qui est en question dans l\u2019organisation du monde plus encore que dans la prévention de la guerre qui pourrait conduire au suicide collectif.Cet avenir de l\u2019humanité est l\u2019enjeu de la foi.Dieu ne sera reconnu comme Dieu que là où l\u2019homme aura la possibilité d\u2019être homme.Si Dieu est Dieu en effet tout homme est un homme.Nous sommes ainsi conduits, bon gré mal gré à une pratique politique de la foi, c\u2019est-à-dire à une pratique de la foi soucieuse de ses effets dans l\u2019histoire en train de se faire.Paradoxalement, c\u2019est l\u2019Eglise comme telle, communauté de ceux qui croient en Jésus-Christ et qui s\u2019organisent pour exister socialement, qui est appelée à devenir un des acteurs collectifs de cette transformation du monde dont chaque jour qui passe montre mieux la nécessité.L\u2019instauration d\u2019un nouvel ordre économique international, démarche politique s\u2019il en est puisqu\u2019il s\u2019agit de restructurer tous les rapports qui constituent la vie collective, devient ainsi un des critères de la vérité de la foi et de la conversion à Dieu qui en est la porte d\u2019entrée et la pratique toujours à reprendre.Pour être en relation vraie à Dieu il nous faut construire entre nous des rapports qui permettent à tous d\u2019être nos frères.Cette rentrée en scène de l\u2019Eglise dans la vie internationale ne risque pas de conduire à une nouvelle chrétienté, comme certains pourraient le craindre.La critique radicale de la chrétienté demeure en effet la condition de l\u2019accès à la Parole de Dieu qui confie le monde à l\u2019homme en l\u2019appelant à se faire exister à l\u2019image et ressemblance de Dieu.Plus radicalement que sa négation, la reconnaissance de Dieu appelle l\u2019homme à créer un monde habitable, tâche politique s\u2019il en est, nous n\u2019avons pas fini de le découvrir.300 RELATIONS LA COMMISSION TRILATÉRALE et la nouvelle stratégie internationale des pays capitalistes développés Pendant toute la durée de la conférence de Puebla (Hie Conférence de l\u2019épiscopat latino-américain), un groupe de théologiens et de spécialistes des sciences sociales a préparé des documents de travail à l\u2019intention des évêques.Il s\u2019agit de résumés et de synthèses dépouillés de tout appareil scientifique, mais qui font le point sur un sujet controversé.Pour évaluer la Trilatérale du point de vue du \u201cSud\u201d, nous avons traduit ce texte, publié en espagnol \u2014 avec tous les textes de ce groupe de travail \u2014 dans Para entender America latina (CEASPA, Panama, 1979).Depuis la fin des années soixante, le système capitaliste international traverse une période de crise et de restructuration: la conjoncture devient particulièrement difficile à un triple niveau.La conjoncture (1) A)\tSur le plan international, on remet en question, pour les renégocier, l\u2019ensemble des institutions et des mécanismes mis en place à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.Ces instances visaient à garantir l\u2019hégémonie nord-américaine au sein du monde occidental et à coordonner l\u2019action concertée des pays capitalistes développés face aux \u201cdéfis communs\u201d que représentaient pour eux leurs rapports avec le Tiers-monde et avec les pays socialistes.B)\tSur le plan économique, au niveau de chaque pays comme à l\u2019échelle internationale, le système affronte durant cette période la pire dépression depuis la \u201cGrande crise\u201d de 1929.C)\tSur la scène politique intérieure, les nations du premier monde se trouvent affrontées à des problèmes aigus, voire à de véritables crises morales, qui poussent l\u2019opinion publique à s\u2019interroger sur la légitimité même de l\u2019Etat.Au premier plan des préoccupations de leurs classes dominantes s\u2019impose l\u2019urgence de restaurer le consensus national.Tout ceci est étroitement relié à des événements d'ordre international comme la déroute des Etats-Unis dans le Sud-Est asiatique ou les révélations sur les activités de la CIA au Chili, incidents qui témoignent d\u2019une perte croissante de la compétence (2) idéologique internationale des puissances occidentales.C\u2019est alors que quelques représentants des classes dirigeantes des pays capitalistes mettent au point une série de projets grâce auxquels ils espèrent désamorcer la situation NOVEMBRE 1979 critique où s\u2019enlise le système.La conjonction des trois crises que nous venons d'évoquer menace particulièrement les secteurs économiques qui dépendent d\u2019un marché international \u201clibre et ouvert\u201d: on craint en effet que finissent par s\u2019imposer des tendances nationalistes et protectionnistes.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019on prépare l\u2019un des projets les plus articulés de \"relance de l\u2019ordre international\u201d: la Commission Trilatérale.Relancer l\u2019ordre international En 1973, pour faire face à la crise, David Rockefeller chargeait Zbigniew Brzezinski, alors professeur à l\u2019Université Columbia, de convoquer un groupe d\u2019environ deux cents \u201cpersonnalités\u201d des Etats-Unis, d\u2019Europe occidentale et du Japon, dans le but d\u2019élaborer les grandes lignes d\u2019une stratégie commune.La Commission trilatérale est donc formée de représentants des centres les plus importants du pouvoir économique, financier, politique et même idéologique des principaux pays capitalistes.A partir des dix-sept dossiers rédigés par les ateliers de travail et discutés par l\u2019ensemble de la Commission, la Trilatérale s\u2019est constituée en une sorte \u201cd\u2019organisme intellectuel collectif\u201d qui représente les secteurs les plus \u201ctransnationalisés\u201d du système capitaliste international.La \"stratégie trilatérale\u201d, qui se dégage de ces documents, constitue sans aucun doute l\u2019une des expressions les plus cohérentes des intérêts des classes dirigeantes dans chacun des pays du système capitaliste, surtout dans leurs secteurs les plus internationalisés.Par ailleurs, à commencer par le président Carter, les seize prin- 1.\tLes sous-titres sont de la rédaction.2.\tEmpruntée au vocabulaire de la linguistique et de la sémiologie, la notion de \u201ccompétence idéologique\u201d veut signifier la capacité de convaincre, de faire partager des convictions, de \"vendre\u201d un sens.(N.D.L.R.) 301 En 1972, au terme d\u2019une réunion du club du Bilderberg (qui réunissait depuis une vingtaine d\u2019années un groupe sélect de personnalités atlantiques), David Rockefeller, président de la Chase Manhattan Bank, fut chargé d\u2019inviter des participants japonais.En juillet 1973 se tenait la première réunion de la Commission trilatérale, sorte d\u2019aréopage futuriste, regroupant des représentants de l\u2019élite politique, économique, financière et même syndicale des Etats-Unis, de l\u2019Europe de l\u2019ouest et du Japon.L\u2019année dernière, la liste des membres comptait environ 250 noms, auxquels il convient d\u2019ajouter les anciens membres qui exercent actuellement des fonctions officielles (entre autres, une quinzaine de personnalités de l\u2019administration Carter).La délégation canadienne est dirigée par Mitchell Sharp, ancien ministre du gouvernement fédéral; on y retrouve MM.Michel Bélanger, Claude Castonguay et Jean-Luc Pépin.Organisme d\u2019études, centre de concertation, foyer de contacts informels, instrument de formation pour des équipes gouvernementales, la Commission étudie et publie des documents de travail, les \u201cTriangle Papers\u201d.Parmi la vingtaine de rapports parus (ou annoncés), on trouve abordés des problèmes économiques (N.20 \u201cles Exportateurs de pétrole et le système international\u201d), des questions de relations internationales (N.16 sur les relations Est-Ouest), des dossiers politiques (N.8 \u201cCrise de la démocratie\u201d, N.18 sur les relations syndicats-patronat-gouvernement-société) .Pour une étude passionnée mais abondamment documentée du fonctionnement, de la doctrine et de la stratégie de la Trilatérale, on pourra utiliser le dernier volume de Pierre Val-lières, La démocratie ingouvernable (Montréal, Ed.Québec/ Amérique, 230 pages).cipaux responsables de l\u2019actuelle politique extérieure des Etats-Unis ont été membres de la Commission.A la base de la \u201cstratégie trilatérale\u201d, un effort soutenu pour renouer les alliances entre les classes dominantes des divers pays capitalistes.Ces ententes sont en effet la condition nécessaire pour qu\u2019on puisse entreprendre de renégocier l\u2019hégémonie à l\u2019intérieur du système et pour que ces groupes d\u2019intérêt puissent à nouveau, dans une action coordonnée, affronter leurs \u201cennemis communs\u201d, chez eux et à l\u2019étranger.Voici d\u2019ailleurs les principes fondamentaux de cette stratégie.A)\tNégocier un plus grand partage du \u201cleadership commun\u201d de l\u2019Europe, du Japon et des Etats-Unis: cet accord permettrait aux trois blocs d\u2019exercer à nouveau leur domination sur les pays du reste du système.B)\tDiviser le Tiers-monde.Pour ce, on isole du reste de la \u201cpériphérie\u201d les pays \u201cinfluents, modérés et responsables\u201d, plus utiles à la stratégie d\u2019ensemble pour des raisons de sécurité ou de ressources en énergie et en matières premières.C)\tPour réaliser les deux points précédents, on développe une rhétorique de l\u2019interdépendance, destinée à camoufler la domination nord-américaine et à la rendre plus tolérable pour les alliés et la périphérie.D)\tPour ce qui est du conflit avec les pays socialistes, on tente de recycler l\u2019idée qu\u2019il n\u2019implique pas seulement les deux super-puissances, mais bien deux systèmes économiques et sociaux foncièrement distincts.De la sorte, on met l\u2019accent sur les intérêts communs aux classes dirigeantes du système afin qu\u2019en présentant leurs revendications elles tiennent compte des limites de tolérance qu\u2019imposent à l\u2019ensemble du système la présence et l\u2019action d\u2019ennemis communs.Prospectives Cette stratégie porterait un rude coup à l\u2019Amérique latine, aux intérêts de ses classes populaires et à la possibilité d\u2019un essor économique un peu autonome et indépendant, dans l\u2019hypothèse du moins où l\u2019on continuerait de s\u2019en remettre à des stratégies de développement de type capitaliste.Voyons les répercussions majeures qu\u2019aurait la stratégie trilatérale sur la vie politique et économique du continent latino-américain.1)\tMême face à des projets réformistes tendant à diversifier, dans une certaine mesure, la dépendance politique et économique de l\u2019Amérique latine, le plan de la Trilatérale visera à restreindre le plus possible les variations et les options au sein du modèle capitaliste.2)\tLe continent sera divisé en fonction d\u2019une nouvelle répartition internationale du travail au nom de modèles de \u201cdéveloppement\u201d fondés sur l\u2019intervention du capital transnational: dans la logique de ce programme, les pays latino-américains ne produiront pas seulement pour répondre aux besoins de leur marché intérieur mais pour satisfaire la demande internationale.Ceci implique que les bourgeoisies latino-américaines acceptent les règles du jeu de l\u2019économie capitaliste internationale \u201clibre et ouverte\u201d.et leurs conséquences: a)\tpour ce qui concerne les classes dominantes des pays d\u2019Amérique latine, le processus de \u201cdénationalisation\u201d des entreprises s'accentuera encore, en même temps qu\u2019on assistera au démantèlement des structures industrielles nationales mises en place par les politiques protectionnistes de l\u2019après-guerre.b)\tquant aux travailleurs, l\u2019incorporation de certaines économies latino-américaines à ce plan de division internationale du travail suppose le maintien des salaires à un niveau très bas.En effet, si certaines nations deviennent exportatrices de produits manufacturés, produits chez elles par des entreprises transnationales, c\u2019est à la condition de continuer d\u2019offrir une main-d\u2019oeuvre à bon marché; ce moyen de réduire les coûts de production est en effet le seul atout qui les rende concurrentielles, et donc intéressantes, pour le capital international.3)\tLe résultat de pareil modèle de développement ne peut être qu\u2019une polarisation sociale de plus en plus forte.Car en même temps que de petites minorités conservent des niveaux de revenus et des modes de consommation comparables à ceux du Centre du système, puisque leur demande est satisfaite par la production des multinationales \u201cpour le marché interne\u201d, les masses sont incorporées à l\u2019armée de réserve du capitalisme développé et consacrées à la production \u201cpour le marché mondial\u201d, qui se réduit en pratique à celui des pays industrialisés.(3) 3.Le groupe de travail de spécialistes en sciences sociales tient à renvoyer ses lecteurs à des ouvrages plus détaillés, auxquels ont d\u2019ailleurs collaboré certains membres du groupe: La Comision Trilateral y la coordinacion de Politicos del mun-do capitalista, publié par le Cl DE, 1978, Mexico, 473 pp.Carter y la Logica del Imperialismo, publié sous la direction de Hugo Assman par DEI-EDUCA, Costa Rica (2 vol.de 780 PP-)- 302 RELATIONS SITUATION CRITIQUE DES PAYS MOINS AVANCÉS par Ernst Verdieu Ernst Verdieu, du Centre d\u2019Education et de Coopération Internationale, expose la situation économique des \u201cpays moins avancés\u201d, pauvres entre les pauvres, et examine les politiques des nations du \u201cNord\u201d à leur égard.Des contrastes Quand on parle, aux Nations unies, des \u201cpays moins avancés\u201d (PMA), on entend désigner une trentaine d\u2019états, identifiés par des résolutions expresses de l\u2019Assemblée générale adoptées depuis décembre 1971.Si l\u2019on excepte les Iles Samoa (Océanie) et Haiti, ces pays se trouvent en Afrique (20) et en Asie (8).Les^plus importants, en termes de population, sont le Bangladesh (plus de 80 millions d'habitants), l\u2019Ethiopie (près de 30 millions), l\u2019Ouganda, le Népal, la Tanzanie, le Soudan et l'Afghanistan (de 10 à 20 millions d\u2019habitants chacun).Une situation critique \u2014 Ils se caractérisent par le niveau extrêmement faible du revenu moyen par habitant ($139 par année), par la forte proportion de leur population concentrée dans le secteur de la production agricole (80% de la main d\u2019oeuvre totale), par la faible productivité de l\u2019agriculture et la mise en valeur très limitée des ressources naturelles, par une industrialisation embryonnaire, par le bas niveau des exportations par habitant, par une infrastructure institutionnelle et matérielle très insuffisante (dans l\u2019administration, l\u2019enseignement, la santé, le logement, les transports et communications, etc.), sans parler de conditions climatiques et géographiques défavorables (absence de littoral, sécheresses, désertification, fréquence des cyclones ou des inondations).(1) Pour se faire une idée de l'écart que dessinent ces statistiques, rappelons seulement que le revenu moyen dans les pays industrialisés est au moins quarante fois plus élevé ($6 200) et que le revenu moyen du citoyen canadien NOVEMBRE 1979 est évalué à plus de $7 500.(2) Quant à celui de l\u2019ensemble des pays en développement, il est de $505 par habitant, soit plus du triple de celui des PMA.Cette situation a amené certains observateurs à évoquer la formation potentielle d\u2019un Quart-monde, végétant au-dessous du niveau de subsistance.La faible productivité agricole de ces pays ne met pas en cause, est-il besoin de le souligner, le courage des paysans des PMA.Outre la répartition de la main d\u2019oeuvre, d\u2019autres facteurs de production (mécanisation, engrais, technique, crédit.) font défaut.Mais ce qui assombrit encore les perspectives économiques, c\u2019est que dans une vingtaine de ces pays, l\u2019augmentation de la production alimentaire n\u2019arrive pas à correspondre à l'augmentation de la population.Cela signifie en clair qu\u2019à partir d\u2019une situation déjà très défavorable, le sort de la population des pays dits les plus pauvres va en empirant, s\u2019ils ne doivent compter que sur leur production autonome.1.\tCes caractéristiques ont été retenues par les experts du groupe de travail des Nations unies sur le commerce des pays moins avancés; leur étude a servi à préparer la Conférence de Manille (CNU-CF.D V).Cf.CNUCED TD/B/735, Nations unies, 1979.2.\tCes chiffres approximatifs s\u2019inspirent du Rapport sur le développement dans le monde, publié en 1978 par la Banque Mondiale.Il faut encore les interpréter.En effet, le revenu par habitant, tout en étant commode pour tracer une image globale de la situation d\u2019un pays, n\u2019est en fait qu\u2019une fiction: à l\u2019intérieur de chaque pays, la répartition des riches- L\u2019apport international et celui du Canada Depuis plusieurs années déjà la Communauté internationale se préoccupe \u2014 au moins verbalement \u2014 du sort des pays considérés comme les plus pauvres parmi les pauvres.On peut citer, entre autres, les mesures détaillées prévues déjà à la CNUCED III (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) en 1972, la demande de traitement spécial dans le programme du Nouvel Ordre Economique International (NOEI) en 1974, et plus récemment le \u201cNouveau programme substantiel\u201d négocié à la CNUCED V.Par ailleurs, on sait combien tous les diplomates se disent préoccupés par la satisfaction des besoins essentiels, par le développement au ras-du-sol, par l\u2019éradication de la misère absolue d'ici l\u2019an 2 000, par des programmes propres à promouvoir le développement du monde rural.ses est inégale.Ainsi, par exemple, la Tanzanie, le Bénin, le Niger et la Somalie ont des revenus moyens par habitant assez proches: cela ne veut pas dire que la situation de la masse de la population soit la même dans les quatre pays.Par ailleurs, le Bangladesh a un revenu national qui atteint la dizaine de milliards; le revenu par tête reste insuffisant, mais certaines dépenses d\u2019infrastructure limitée seront possibles là, qui ne le seraient pas pour un pays qui aurait un revenu \u201cper capita\u201d plus élevé, mais un revenu global d\u2019à peine une dizaine de millions.303 MALI NIGER l tchad GAMBIE SOUDAN VOLTA [BENIN SOMALIE ETHIOPIE R.CENTRAFR.OUGANDA RWANDAI BURUNDI Les pays ' moins avancés de l\u2019Afrique- i TANZANIE MALAWI d LESOTHO On doit reconnaître que plusieurs, parmi les pays concernés, se sont vus récemment soulagés des dettes contractées à travers l\u2019Aide publique au développement (APD) qui leur avait été offerte.Plusieurs donateurs sont décidés à verser l\u2019aide à ces pays uniquement sous forme de dons.Le Commerce international - Les PMA participent au commerce international; certains pays et certains produits comptent pour une part appréciable du commerce mondial, sans oublier les ressources stratégiques que constitue, par exemple, l\u2019uranium de la République centre-africaine.On peut relever la part du commerce mondial qui dépend d\u2019eux (chiffres de 1975) : 1.\tLe juge: 53,10%, dont le Bangladesh 49,10%, le Népal 3,94% 2.\tLes fibres végétales: 13,48%, dont la Tanzanie 12,45% 3.\tLes épices: 9,67%, dont encore la Tanzanie 8,43%.Notons encore le café (9,46%), le coton (8,36%), le thé (8,19%).Mais on sait combien ces derniers produits dépendent de la fluctuation des cours mondiaux et du contrôle exercé par les grands producteurs et les entreprises multinationales.On sait aussi, en ce qui concerne les exportations de fibres, que des produits synthétiques de remplacement en avilissent les prix.Pire encore, durant la dernière décennie, la variation du pouvoir d\u2019achat des exportations par habitant en dollars constants de 1977 a été négative, dans les PMA: elle est de -4,7 contre +14,0 pour l\u2019ensemble des PED (pays en développement).(Notons que l\u2019amélioration observée en 1975-6 dans ce domaine ne s\u2019est pas poursuivie.) Commerce et aide - Il est inutile de parler du déficit commercial, c\u2019est-à-dire de l\u2019excès des importations par rapport aux exportations, mais on peut se demander si l\u2019aide extérieure a pu combler la faible entrée de devises provenant de l\u2019exportation.Certains pays, comme les îles Samoa ou la Somalie ont pu compter sur une aide qui, par habitant, a été le double \u2014 en certaines années \u2014 du pouvoir d\u2019achat de l\u2019exportation.Dans l\u2019ensemble, les PMA ont été beaucoup plus dépendants de l\u2019aide extérieure que les autres PED.L\u2019aide a compté, chez eux, pour 43% du total des entrées de devises par habitant, contre 25% dans les PED.Mais un examen plus\u2019 détaillé révèle que les pays dont le Produit intérieur brut par habitant est inférieur à $100., sont précisément ceux qui, proportionnellement, ont encore moins reçu d\u2019aide extérieure, et ceci est encore plus vrai des quatre pays asiatiques du groupe (Laos, Népal, Bangladesh et Bhoutan) que des pays africains.En ce qui concerne le total des apports financiers aux pays en développement, il est inférieur depuis plus de dix ans au pourcentage des PMA par rapport aux PED (c.à.d.12,3%).Mais il y a lieu de faire les distinctions suivantes.Peu après la crise du pétrole en 1974, on avait généralement augmenté la part d\u2019aide allouée aux pays les plus pauvres; cela atteignait même plus de 60% dans le cas de la Chine et des pays socialistes d\u2019Europe orientale.Mais depuis, même pour ces pays donateurs, la part des PMA a fléchi: elle n\u2019a augmenté que de la part de YOPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), en se maintenant du côté des apports multilatéraux des pays du CAD (Comité d\u2019Aide au Développement), dont fait partie le Canada.Mais, et c\u2019est fort compréhensible, quand il s\u2019agit des courants financiers aux conditions du marché, les pays les moins avancés ne comptent pratiquement pas (sauf, peut être, pour les institutions multilatérales dépendant de l\u2019OPEP).Le Canada - Il est sans doute futile d\u2019entreprendre d\u2019analyser la position canadienne en ce domaine, et pour plusieurs raisons.D\u2019abord, le Conseil économique du Canada, dans son rapport de 1978 \u201cPour un commun avenir\u201d, a suffisamment attiré l\u2019attention sur ce qui devrait être fait si on avait la volonté politique de participer à un développement réel du Tiers-monde.Ensuite, dans la mesure où le nouveau cabinet de M.Clark entend s\u2019appuyer davantage sur l\u2019entreprise privée (et le gouvernement québécois vient d\u2019emboîter le pas), les pays les plus pauvres disparaîtront tout simplement du champ des préoccupations de l\u2019administration.Il est évidemment facile, dans la situation actuelle de pauvreté du Tiers-monde, d\u2019afficher un palmarès \u201cédifiant\u201d.Il suffit, d'une part, de parler du Tiers-monde comme d\u2019un seul pays 304 RELATIONS Jean-Paul II aux Nations unies Il faut prendre conscience du fait que les tensions économiques qui existent dans les différents pays, dans les rapports entre les Etats et même entre des continents entiers, comportent en elles-mêmes des éléments substantiels qui limitent ou violent les droits de l'homme.L\u2019abime entre la minorité de ceux qui sont abusivement riches et la multitude de ceux qui sont dans la misère est un symptôme assurément grave dans la vie de toute société.Il faut redire la même chose, et avec plus d\u2019insistance encore, à propos de l\u2019abime qui sépare chacun des pays et chacune des régions du globe terrestre.Il faudra voir, et tout en dépendra, si ces différences de niveau de vie et ces oppositions dans le domaine de la \u201cpossession\u201d des biens seront réduites systématiquement, et par des moyens vraiment efficaces; si disparaîtront de la carte économique de notre terre les zones de la faim, de la sous-alimentation, de la misère, du sous-développement, de la maladie, de l\u2019analphabétisme; et si la coopération pacifique s\u2019abstiendra de poser des conditions d\u2019exploitation, de dépendance économique ou politique, qui seraient seulement une forme de néo-colonialisme.d\u2019après L\u2019Osservatore Romano, éd.hebd.franc, du 9 octobre 1979.(sans dire que ce \u201cpays\u201d regrouperait près de 3 milliards d\u2019habitants) et donc de comptabiliser un puits en Haute-Vol-ta et un pont au Bangladesh.D\u2019autre part, et quasiment à l\u2019inverse, du moins en apparence, on insistera sur la \u201cbase\u201d et ce qui, à l\u2019égard de l\u2019ensemble, apparaîtrait comme une goutte d\u2019eau ou un divertissement de riches, devient un projet formidable de promotion.Il ne s\u2019agit pas de critiquer les efforts faits à la base, ni de donner mauvaise conscience aux Canadiens.Mais il faut se demander si ce qu\u2019on a tendance à présenter comme un effort extraordinaire ne nous paraîtrait pas ridicule dès lors qu\u2019on se poserait la question autrement: \u201cJuste pour un instant, juste pour une heure, regardons leur situation en nous disant: et si c\u2019étaient des Canadiens?\u201d Nous aurions alors la réponse suivante: pour ces Canadiens fictifs \u2014 les plus pauvres au monde \u2014 nous avons dépensé, en 1977, POUR CHAQUE MILLE DOLLARS du Produit national brut canadien, UN DOLLAR et 07 cents, tant en aide bilatérale qu\u2019en aide multilatérale (et nous avons une bonne performance, car pour l\u2019ensemble des pays riches du CAD, la moyenne, sur MILLE dollars de PNB est de 51 cents) (3).Le nouveau programme substantiel d\u2019action pour les années 80 de la CNUCED Tout le monde, à Manille, semblait préoccupé par le sort des pays les plus pauvres et on aurait pu croire qu\u2019ils se situent désormais en dehors de la confrontation Nord-Sud.Non seulement la Banque Mondiale, avec M.McNamara en tête, clame qu\u2019il faut faire disparaître cette \u201cmisère absolue\u201d, mais on est même disposé à admettre que ces pays ne sont pas dangeureux.\u201cLe retard des pays les moins avancés\u201d, écrit le groupe d\u2019experts déjà cité \u201cest tel que les marchés mondiaux pourraient s\u2019adapter à des taux de croissance très élevés des exportations en provenance de ces pays, sans qu\u2019une restructuration profonde soit nécessaire\u201d (4).En effet, si la Conférence n\u2019a pu a-boutir à des conclusions précises concernant la restructuration de l\u2019économie mondiale, elle est parvenue à s\u2019entendre sur un programme spécial en faveur des PMA.Il faut dire tout de suite, pour nous enlever toute illusion, que l\u2019une des demandes-clés élaborées par le Tiers-monde dans son programme d\u2019Arusha, en février 1979, a dû être abandonnée sous sa forme originale.En effet, on demandait 3.\tDonnées de base relatives aux PMA \u2014 CNUCED TD/240/suppl.1, Manille, mai 1979, tableau 25.4.\tDocument TD/B/735, p.17.305 Les pays moins avancés de BHOUTAN' AFGHANISTAN NEPAL^ BANGLADESH LAOS YEMEN MALDIVES Parmi les six pays d\u2019Asie appartenant au groupe des pays moins avancés, le Bhoutan, le Bangladesh, le Laos et le Népal ont un revenu moyen par habitant inférieur à $100/année.NOVEMBRE 1979 \"à chaque pays développé de doubler au moins, en valeur réelle, l\u2019Aide aux pays en développement qu\u2019il met actuellement à la disposition des pays les moins avancés\u201d (5).Ce doublement devait se faire en trois ans.En aide bilatérale, si on se fie aux chiffres de 1977, en dollars courants, cela signifiait pour l\u2019ensemble des membres du CAD, environ 3 milliards de dollars; pour le Canada, 220 millions, c\u2019est-à-dire le cinquième du coût du Stade olympique de Montréal; pour les Etats-Unis, 500 millions, contre plus de 100 milliards ou 100,000 millions en dépenses d\u2019armements.La réponse fut: niet! ! ! On dut se rabattre sur des assurances morales non-chiffrées.Cependant nous ne voulons pas être d\u2019incurables pessimistes, et il faut s'efforcer de croire à la valeur de ces engagements moraux.On pourra le vérifier très rapidement et tout au long de la décennie 80.Voilà pourquoi il est extrêmement important de suivre le comportement de la communauté internationale (et celui du Canada) envers les PMA.(6) On a prévu: 1.\tun programme d\u2019action immédiate (1979-1981) ; 2.\tun nouveau programme substantiel pour les années 80.Le Programme d\u2019action immédiate \u2014\tun accroissement rapide des fournitures de ressources \u2018\u2018pour accélérer l\u2019approbation et l\u2019exécution de tous les projets d\u2019assistance déjà dans la filière.\u201d, c.à.d.enlever l\u2019obstacle des délais administratifs; \u2014\tl\u2019utilisation maximale de tous les arrangements existants; \u2014\tle soutien financier immédiat à la préparation du nouveau programme; \u2014\tun gros effort immédiat pour mobiliser le personnel qualifié (local et étranger) qui sera nécessaire.Quant au Nouveau programme substantiel, il concerne quatre grands domaines: 5.\tProgramme d\u2019Arusha, p.84.6.\tOn trouvera le texte complet de la résolution dans le dossier spécial sur le CNUCED V publié par le Centre d\u2019Etude et de Coopération Internationale, 4824, Côte-des-Neiges, Montréal H3V 1G4, tél.(514) 735-4561.306 QUELQUES CHIFFRES.Selon les chiffres de la Banque mondiale, le revenu moyen par habitant, s\u2019élevait, au Canada, à $7510 pour l\u2019année 1978.Pour l\u2019ensemble des pays moins avancés, le revenu moyen n\u2019était, à la même époque, que de $150 par année, en regard de $505 pour l\u2019ensemble des pays en voie de développement.Voici, plus exactement, le revenu moyen par habitant, des états de ce \u201cQuart-monde potentiel\u201d : \u2014\t$100.ou moins (8 pays, dont 4 sur les 6 de l\u2019Asie) Bhoutan, Bangladesh, Népal, Laos, Haute-Volta, Burundi, Rwanda, Mali; \u2014\t$200.ou moins (12 pays) Ethiopie, Somalie, Tchad, Bénin, Niger, Guinée, Tanzanie, Malawi, Lesotho, Maldives, Yemen Démocratique, Afghanistan ; \u2014\t$300.ou moins (8 pays, dont 3 îles) Comores, Cap-Vent, Haiti, Gambie, ECA, Ouganda, Yemen Arabe, Soudan; \u2014\tenfin, 2 \u201cexceptions: l\u2019île de Samoa ($350.) le Botswana ($449.).\u2014\ttransformations de structures; \u2014\tbesoins sociaux; \u2014\trecherche d\u2019investissements évolutifs; \u2014\tsoutien d\u2019urgence.Il faut noter l\u2019insistance mise non seulement sur la planification, mais aussi sur l\u2019initiative nationale de chacun des pays concernés.Les pays de l\u2019Est ont renchéri là-dessus avec raison.Ce \u201cblitz\u201d de la communauté internationale contre la misère, s\u2019il ne respecte pas scrupuleusement le droit des pauvres à définir leurs propres besoins et leur rythme de développement, peut devenir un scandale des plus o-dieux, où l'on se servirait de la misère même des gens pour en faire de nouveaux consommateurs dans le but de relancer la production et l\u2019économie, non pas des pays pauvres, mais des pays déjà riches.On éprouve ici comme un malaise, le sentiment de profaner des choses saintes.Dire, ou répé- ter, que l\u2019envoi de produits alimentaires (en dehors de cas extrêmes) alourdit à long terme la dépendance et la condition malheureuse d\u2019une communauté humaine, semble être un sacrilège.Mais combien de ceux qui ont pitié des pauvres sont-ils réellement prêts à mettre le paquet pour promouvoir sur une vaste échelle la production locale de vivres?Et quand on cherche, ici, à se protéger à tout prix de la concurrence minime de quelques produits manufacturés venant de pays pauvres, à quoi rime le couplet de compassion sur leur misère?Notons, enfin, que les pays en développement plus avancés ont pris conscience de leur propre responsabilité à l\u2019égard des PMA.Tout en insistant sur l\u2019apport et les responsabilités des pays dits industrialisés, ils ont réservé une place spéciale aux PMA dans la coopération entre les pays en développement.En particulier \u2014 et cela aussi méritera d\u2019être vérifié \u2014 l\u2019Irak et le Véné-zuéla ont proposé à Manille, des formes de ristourne qui permettraient aux pays pétroliers, non seulement de ne pas aggraver la situation des pays les plus pauvres, mais encore de contribuer fortement à leur redémarrage, sans considérer simplement les intérêts régionaux, ethniques ou stratégiques.Conclusion Sans vouloir accepter la notion d\u2019un Quart-monde (notion dangereuse pour autant qu\u2019elle cherche à désolidariser les plus pauvres de l\u2019ensemble du combat du Tiers-monde, ce qui ferait d\u2019eux de plus en plus non pas des partenaires mais des mendiants), il nous semble que le degré de préoccupation porté aux pays dits les moins avancés mesure en quelque sorte notre souci de l\u2019homme.Mais le chemin semble long et quasiment désespéré qui nous permettrait de sortir de notre \u201cmyopie universaliste\u201d.Si, dès que l\u2019Europe et l\u2019Amérique du Nord participent à un événement, cela devient pour nous un événement mondial, cela signifie que, mentalement, il y a pour nous deux humanités.Dans ce sens nous appliquons un barème et des normes spéciaux à l\u2019immense majorité de l\u2019Humanité, sans faire l\u2019effort requis pour prendre conscience de la dimension de leurs problèmes.RELATIONS APPROPRIATIONS IV\tpar Raymond Bourgault LA TRAVERSÉE DE LA SAMARIE \u201cJésus quitta la Judée et regagna la Galilée.Or il lui fallait passer par la Samarie.\u201d (Jn 4, 3s)' Au temps de Jésus, la Palestine était divisée en trois régions: la Galilée au nord, la Samarie au milieu, la Judée au sud.Pour passer de Judée en Galilée, il fallait passer par la Samarie.Mais si l'auteur consigne cette évidence, ce doit être qu\u2019il lui trouve une signification autre que géographique.En effet, cette notation fonctionne comme une charnière qui relie entre elles trois scènes: l\u2019entretien avec Nicodème, le dialogue avec la Samaritaine, la guérison du fils du fonctionnaire royal, la première ayant lieu à Jérusalem en Judée, la deuxième à Sychar en Samarie, la troisième à Capharnaüm en Galilée.Or, plus poète qu\u2019historien, l\u2019auteur a fait de cet itinéraire un concentré exemplaire et normatif du développement de la primitive Eglise.Car, dans la première scène, Jésus déclare que les Juifs ne reçoivent pas son témoignage ni celui des siens (3,11) et, avant de raconter la troisième scène, le conteur observe, d\u2019une part, que Jésus avait dit qu\u2019un prophète est mal reçu dans sa patrie et, d\u2019autre part, que les Galiléens l\u2019ont bien accueilli (4,44s).Il considère donc les Galiléens comme des non-Juifs, comme les représentants des Nations, des Grecs, qui ont mieux reçu les missionnaires chrétiens que les propres compatriotes de Jésus.Ainsi, la représentation johannique de l\u2019espace est solidaire d\u2019une représentation du temps.De même qu\u2019il y avait trois régions en Palestine, il y avait eu trois moments dans la vie de l\u2019Eglise et Jésus en avait fourni le précédent exemplaire.Cette conception de l'espace-temps de l\u2019esprit est confirmée par Luc, selon qui l\u2019Eglise a commencé en Judée (Ac 1-7), s\u2019est ensuite répandue en Samarie (Ac 8), et enfin jusqu\u2019à Rome (Ac 28), \u2014 développement qui est lui-même résumé dans une phrase: \u201cVous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu\u2019aux extrémités de la terre\u201d (Ac 1,8).NOVEMBRE 1979 Une histoire mouvementée.Cependant, l\u2019étude critique de l\u2019ensemble des données a conduit nombre d\u2019exégètes à reconstituer une histoire réelle plus mouvementée que celle que la composition irénique et déjà oecuménique de Jean et de Luc laisse supposer.Deux groupes et deux théologies s\u2019affrontaient: essentiellement, les Hébreux et les Hellénistes, dont Luc suggère en Ac 6 les différences qui les opposent.Les premiers demeuraient fidèles à la Loi et au Temple, tandis que les seconds pensaient que la venue de Jésus rendait caduque toute l\u2019ancienne économie.Les judéo-chrétiens espéraient que Jésus, messie juif, viendrait bientôt inaugurer le Royaume de Dieu sur les pàiens par le moyen d\u2019Israël; mais les helléno-chrétiens croyaient que le Royaume était déjà là, \u2014 dans ces communautés de Juifs et de Grecs qui s\u2019efforçaient d\u2019aimer tout prochain, même ennemi, \u2014 et que les disciples de Jésus devaient se séparer des disciples de Mdise.Durant les années 30 à 70, ces deux conceptions et ces deux groupes furent en conflit ouvert, et ce ne fut qu\u2019après la ruine de Jérusalem et du Temple que le point de vue des Hellénistes apparut comme étant le seul qui était vraiment conforme à la volonté du Dieu des Ecritures juives et à celle de celui que tous confessaient comme Seigneur.Or, d\u2019après les manières de dire des anciens, la meilleure façon d\u2019exprimer cette conviction n\u2019était pas de raconter en détail les luttes qui avaient dressé les deux partis l\u2019un contre l\u2019autre, mais de composer des récits fondateurs dont le Maître était le héros et où il agissait comme le type de l\u2019apôtre, le premier qui avait converti à la foi chrétienne une personne qui n\u2019était pas juive.La phrase de Jn 4,4 est donc un puissant raccourci dont la signification dépend de tout le contexte écrit et non écrit que fut la vie de l\u2019Eglise primitive pendant les quarante années de son existence.Passer de la chrétienté à la modernité Au terme de cette brève méditation, on pourra réfléchir sur quelques aspects de l\u2019existence chrétienne.D\u2019abord, nos lecteurs attentifs sont sans doute désormais convaincus que l'évangile n'est pas une vie de Jésus et qu\u2019il raconte moins le passé qu'il ne pose les fondements d\u2019un futur.Il a été écrit par des gens qui, certes, se souvenaient de Jésus, mais qui, surtout, croyaient que sa courte vie et sa mort avaient une signification universelle qui devait être progressivement déployée.Inséparable de leur foi, il y avait donc l\u2019espérance que le sens de Jésus serait peu à peu saisi par tous les hommes et non seulement par leurs compatriotes privilégiés.Ce n\u2019est donc qu\u2019après être passés de \u201cJudée\u201d en \u201cGalilée\u201d par la Samarie qu\u2019ils se sont souvenus de l\u2019itinéraire de Jésus et en ont compris la portée.Ensuite, on voit clairement aussi qu'il est nécessaire de distinguer la surface du texte et sa profondeur, les faits et la façon dont ils sont rapportés.Car la Judée, la Samarie et la Galilée signifient encore plus qu\u2019elles ne désignent.L\u2019auteur écrit comme les poètes de toujours qui dissolvent les signifiants pour laisser être le signifié.Et comme il sait que celui-ci ne peut être saisi que par ceux qui gardent la parole et la font fructufier (8: 31 et 15,7), plutôt que de dire explicitement le sens de la parabole en action qu\u2019il raconte et de la référer à l\u2019Eglise, il disperse dans son récit les indices qui pointent en direction de cette 307 signification qu\u2019il veut suggérer.Il semble dire: cherchez et vous trouverez (Mt 7,7), circulez entre les mots, prenez le temps de voir les relations qui relient les termes les uns aux autres et, ensemble, à la réalité qu\u2019ils désignent.Il n\u2019y a pas de chemin court vers le sens et la chose.En troisième lieu, notre appropriation de Jn 4,3s nous invite encore à réfléchir sur la notion théologique de passage.De même que Jésus a passé de Judée en Galilée, que les disciples ont passé de Palestine en Diaspora, que Paul a passé d\u2019Asie en Macédoine, puis des Juifs aux Grecs (Ac 16, 5 et 18,7), que l\u2019Eglise du 5e siècle a passé du monde gréco-romain aux Barbares, de même les chrétiens d'aujourd\u2019hui ont un difficile passage à faire: sortir de chrétienté et entrer en modernité, quitter un monde sacral, sacerdotal, religieux, unanime, dogmatique, ritua-liste, légaliste, et s\u2019adapter à un mon- de profane, laie, séculier, pluraliste, herméneutique, intérieur et responsable.Il est probable que les mutants ne seront pas nombreux tout d\u2019abord et que, pour avoir le courage de quitter père et mère (Gn 2,24; 1 R 19,20; Le 9,61), pays, parenté et maison (Gn 12,1 ; Mc 10,29), ils auront besoin de s\u2019assimiler la Parole de Dieu de façon plus personnelle que jadis.C\u2019est à soutenir cet effort périlleux qu\u2019est ordonnée cette série d\u2019Appropriations et d\u2019approximations.MARRIAGE ENCOUNTER LIMINAIRE Le \u201cMarriage Encounter\u201d, qui a pris dans certaines régions le nom de \u201cRenouveau conjugal\u201d, s\u2019est répandu au Québec comme une traînée de poudre; il constitue sans aucun doute l\u2019événement le plus important de ces dernières années dans le domaine de la pastorale de la famille.Comme pour le mouvement charismatique à ses débuts, son essor a suscité de l\u2019enthousiasme, de l\u2019emballement, mais aussi des inquiétudes et des débats assez vifs.Les responsables du mouvement se disent généralement déçus de l\u2019image que les média d\u2019information ont diffusée de leur expérience et de la place importante faite aux critiques du Renouveau Conjugal sur les ondes et dans la presse écrite.Il serait injuste d\u2019exiger du mouvement Encounter qu\u2019il s\u2019impose comme la solution globale et infaillible à tous les problèmes de la famille.Comme les autres mouvements familiaux, il évitera de jouer les psychothérapeutes et orientera ailleurs les couples en sérieuses difficultés (les responsables sont conscients du problème, mais la ferveur des membres risque de compromettre le recrutement); comme les autres mouvements familiaux, il tentera, peu à peu, d\u2019éveiller les participants aux dimensions sociales et politiques de la vocation chrétienne.Il n\u2019est pas besoin d\u2019être un grand sage, toutefois, pour deviner que l\u2019expansion spectaculaire d\u2019un nouveau venu ait pu éveiller un peu de méfiance et de jalousie, et pour comprendre, d\u2019autre part, que les spécialistes en counselling familial aient beaucoup à redire aux méthodes et au langage d\u2019une organisation qui recrute ses animateurs sur le terrain.Les évêques de l\u2019inter-Montréal ont donc été bien avisés de mettre sur pied une commission d\u2019étude, chargée d\u2019examiner le fonctionnement du mouvement Encounter.Regroupant des membres accrédités du Renouveau conjugal, des spécialistes de la pastorale familiale et des théologiens, cette commission sera en mesure d\u2019éclairer les responsables diocésains et les coordonnateurs du mouvement, et jettera les bases d\u2019une collaboration indispensable au renouveau de la pastorale de la famille.On regrettera cependant qu\u2019elle ne compte aucune femme, ni aucun laïc.Les textes qui suivent ne sont pas encore un bilan: ils ont pour but d\u2019informer nos lecteurs sur un phénomène qui est devenu un fait d\u2019actualité et sur le débat qu\u2019il a commencé de provoquer.Pour présenter, de l\u2019intérieur, le mouvement Encounter, nous avons fait appel au Père Yves Bégin, de l\u2019Office de la famille du diocèse de Saint-Jean.Nous lui avons demandé de rappeler les origines et la diffusion au Québec du Renouveau conjugal, et de répondre brièvement aux objections le plus fréquemment formulées contre la méthode et la doctrine du mouvement.Pour faire écho aux critiques adressées au \u201cMarriage Encounter\u201d, nous vous proposons ensuite les observations de Pauline Saint-Jacques Levac, directrice du Service d\u2019animation à la préparation au mariage du diocèse de Montréal, et le point de vue féministe de la sociologue américaine Marguerite M.Kiely sur les \u201cgroupes de rencontre\u201d.Le plus important, à cette étape de la croissance du \u201cMarriage Encounter\u201d, est sûrement d\u2019informer et de dialoguer ouvertement.Les milliers de couples qui ont vécu le week-end Encounter et en sont revenus plus unis et plus heureux doivent être entendus avec respect.Ont-ils vraiment beaucoup à craindre des avertissements et des conseils que pourraient leur donner des spécialistes, soucieux de la fécondité à long terme d\u2019une pareille expérience de ressourcement?308 RELATIONS APPROFONDIR LA RELATION DE COUPLE ET LA RELATION À DIEU Je veux en amorçant cette réflexion sur le \u201cMarriage Encounter\u201d, m\u2019inscrire dans la tradition du pasteur rempli de sollicitude et soucieux de vivre l'Evangile avec un peuple.Ma réflexion étant enrichie par l\u2019accompagnement que j\u2019exerce au sein de la famille \u201cEncounter\u201d, il m\u2019importe également de discerner l\u2019Esprit-Saint qui l\u2019habite.Origines du mouvement L\u2019expérience mondiale de \u201cMarriage Encounter\u201d a pris naissance dans l\u2019intuition d\u2019un prêtre, Gabriel Calvo, et d\u2019un couple, Mercedes et Jaime Ferrer, en 1953, à Barcelone (Espagne).Ce couple et ce prêtre désiraient trouver un apostolat spécifique pour des couples mariés catholiques s\u2019engageant à vivre leur sacrement de mariage tout en ayant une ouverture aux autres couples.La gestation du week-end, tel que nous le connaissons, s\u2019est faite pendant dix ans.Le Père Calvo et des couples ont donné des séries de conférences à travers l\u2019Espagne.Le but de ces conférences était d\u2019aider les couples intéressés à rendre plus satisfaisante leur relation conjugale et d\u2019approfondir leur rapport à Dieu.En 1962, le Père Calvo a commencé à donner ses conférences sous forme de retraite d\u2019une fin de semaine: le \u201cMarriage Encounter\u201d était né.A Caracas, en 1966, lors de la rencontre internationale des \u201cMouvements des familles chrétiennes\u201d, le Père Calvo et les Ferrer ont présenté le fonctionnement et les objectifs de cette nouvelle fin de semaine.Dès lors, le week-end \u201cEncounter\u201d s\u2019est répandu chez les Latino-américains et chez les Espagnols des Etats-Unis.En 1967, \"Marriage Encounter\u201d a reçu l\u2019appui du Mouvement des familles chrétiennes des Etats-Unis.En 1969, l\u2019exécutif de \"Marriage Encounter\u201d décidait de préparer un guide de présentation pour les fins de semaine.NOVEMBRE 1979 Des philosophies divergentes sont apparues, dans l\u2019élaboration des directives pour le week-end, à propos du contenu et des suites à donner à l\u2019expérience vécue pendant ce week-end.Il y eut des tensions au sein de l\u2019exécutif et l\u2019expérience Encounter fut séparée en deux embranchements: le \u201cNational Marriage Encounter\u201d et le \u201cWorldwide Marriage Encounter\u201d.L\u2019embranchement le plus connu au Québec, le \u201cWorldwide Marriage Encounter\u201d, met l\u2019accent sur le renouveau de l\u2019Eglise Catholique et le rôle missionnaire des couples qui ont fait le week-end.Au Québec Le week-end \u201cMarriage Encounter\u201d a été introduit au Québec par des couples et des prêtres franco-américains.Dès le départ, ils fournirent leur aide tant au niveau de l\u2019organisation et de l\u2019animation que de la formation des couples et des prêtres.En janvier 1976, \u201cMarriage Encounter\u201d comptait déjà trois pôles de développement, soit Montréal, Hull et Québec.par Yves Bégin Nous avons pu entendre, via des lignes ouvertes à la radio, des commentaires de couples heureux d\u2019avoir vécu \u201cleur week-end Encounter\u201d.Les organismes familiaux déjà existants se sont inquiétés; certains ont paniqué devant l\u2019arrivée de ce nouveau concurrent dans le champ de l\u2019action auprès des couples.Tout ce remue-ménage a fait surgir des réflexes de défense: certaines catégories d\u2019intellectuels, de professionnels ou de pseudo-professionnels des relations humaines, se sont mis à condamner ou à reconnaître le week-end, à partir de théories ou de préjugés.Beaucoup d\u2019agents pastoraux se sont demandé quelle attitude prendre face à ce mouvement de base qui n\u2019a pas pris naissance dans un centre diocésain.Les évêques de l\u2019Inter-Montréal, devant le grand nombre de questions posées par des agents pastoraux et des couples, devant l\u2019importance accordée au mouvement dans les mass-média et le nombre croissant de couples vivant ce week-end, ont décidé de former une commission qui a pour mandat l\u2019étude du mouvement \u201cEncounter\u201d.En juillet 1977, un conseil canadien de \u201cMarriage Encounter\u201d était formé et rassemblait, sous forme de fédération, six districts (dont deux pour le Canada-Français, l\u2019Est et l\u2019Ouest du pays).Depuis janvier 1976, 54 000 couples du district ouest ont fait le week-end régulier.Dans ce même district, 18 000 couples sont en attente.Depuis deux ans,nous sommes en présence d\u2019un phénomène qui se nomme \u201cMarriage Encounter\u201d.Des auto-collants représentant le sigle \u201cEncounter\u201d sont apparus.Devant l\u2019ampleur de ce mouvement, les mass-média se sont intéressés à l\u2019expérience et l\u2019ont publicisée: certains articles de journaux et de revues l\u2019ont critiquée vertement alors que d\u2019autres ont souligné les bienfaits de ce week-end dans la vie des couples.Regard de l'intérieur En ces termes où le couple et la famille sont remis en question, alors qu\u2019un peu partout on vit la tension entre un passé nostalgique et un avenir incertain, en l\u2019absence de politiques qui aideraient la cellule familiale à croître, \u201cMarriage Encounter\u201d vient répondre à certains des besoins et des attentes du couple.Tout le mouvement Encounter a pour noyau central le \u201cMarriage Encounter\u201d (week-end régulier) durant lequel des couples viennent faire l\u2019expérience d\u2019une technique de communication.A ce weekend régulier se greffent des programmes tels que \u201cEngaged Encounter\u201d 309 marriage encounter (pour les fiancés), \u201cFamily Encounter\u201d (pour la famille), \u201cRetrouvailles\u201d (pour les couples séparés ou en très grande difficulté), \"Second regard\u201d (pour les couples qui veulent approfondir leur engagement apostolique), etc.\u201cMarriage Encounter\u201d propose une douzaine de programmes, en fonction des divers besoins du couple et de la famille (six programmes sont en opération au Québec) .Les idées maîtresses Les grandes idees qui sous-tendent le \u201cMarriage Encounter\u201d ne sont pas enseignées sous forme de cours.Elles sont présentées, à l\u2019intérieur d\u2019un week-end, comme une expérience à vivre.Les animateurs sont là pour dire comment ils les vivent.\u2022\tLe charisme de \u201cMarriage Encounter\" est de remettre en lumière les sacrements de l'ordre et du mariage comme constructeurs de l'Eglise.C\u2019est à partir de ces deux sacrements que se construit la communauté.\u201cMarriage Encounter\u201d fait voir la dimension-relation de ces deux sacrements; c\u2019est dans cet esprit qu\u2019un couple et un prêtre sont animateurs-témoins.\u2022\tLes \u201csentiments ne sont ni bons ni mauvais\" et une bonne dispute suppose des avantages et des règles: ces deux principes sont affirmés par de nombreux psychologues.\u201cMarriage Encounter\u201d réhabilite l\u2019importance des sentiments dans les relations interpersonnelles et élimine la fausse pudeur dans l\u2019expression de ces sentiments: \u201clorsque je dis des choses de moi, je ne suis pas en train de te juger\".\u2022\t\u201cAimer est une décision\", car l\u2019homme a été créé libre dans le plan de Dieu.Le \u201cMarriage Encounter\u201d fait appel à la décision de chaque couple: pour la construction de leur vie à deux.Cette idée brise le mythe qui veut que l\u2019amour soit uniquement un sentiment.\u2022\t\u201cQuand je suis ouvert à mon conjoint, je m'ouvre à Dieu\u201d; cette affirmation provient de l\u2019expérience de nombreux couples.Leur ouverture mutuelle est terrain privilégié d\u2019ouverture à Dieu.\u2022\t\u201c3 et 2 sont Un\": le modèle trini-taire de relation et de communication est présenté comme modèle d\u2019unité dans le couple.\u2022\t\"Nous sommes une petite Eglise\"; cette idée remonte aux Pères de l\u2019Eglise et, plus près de nous, elle a été reprise par le concile Vatican II; le couple découvre qu\u2019il forme, avec ses en- fants, \u201cune petite Eglise\u201d et que Dieu est présent dans leur quotidien.Un feu de paille?L\u2019une des objections que l\u2019on apporte au week-end \u201cMarriage Encounter\u201d, est que toute cette expérience est un \u201cfeu de paille\u201d.Disons tout d\u2019abord qu\u2019il est difficile de juger de l\u2019impact de l\u2019expérience \u201cEncounter\u201d, à cause de la jeunesse du mouvement chez nous.Il faut éviter de juger le succès de cette expérience en fonction d\u2019objectifs et de résultats qu\u2019elle n\u2019a pas du tout la prétention de poursuivre.Nous pourrions apporter des exemples, de part et d\u2019autre, pour établir la validité de l\u2019expérience.Le week-end ne se veut pas un remède miracle ou une réponse globale à la crise du couple: \u201cfais ton week-end et tu verras\".Il n\u2019y a pas de \u201cdéclic\u201d durant le week-end, ce n\u2019est pas un week-end pour régler des problèmes.Le week-end Encounter se veut plutôt un temps d\u2019arrêt où des couples acceptent d\u2019expérimenter une technique de communication à travers leur vécu conjugal.Le week-end est un temps fort de dialogue, de mise-à-jour, de confrontation, d'unité dans l\u2019amour.Il doit être suivi d\u2019une attention personnelle à la relation de couple.Cette attention doit être stimulée et soutenue par le couple.Après le week-end, tout est à faire.Les conjoints viennent de prendre conscience qu\u2019il leur est possible d\u2019aller plus loin et d\u2019investir dans leur relation, de la nourrir, de la rendre vivante et énergique.La prise en charge de la qualité de la relation est la responsabilité totale du couple.Condamner l\u2019instrument \u201cMarriage Encounter\u201d, c\u2019est oublier cette responsabilité.\u201cMarriage Encounter\u201d ne se veut pas responsable de tout ce que le couple vivra après le week-end.Un modèle fusionne!?Certains articles et une certaine publicité reprochent au \u201cMarriage Encounter\u201d de présenter un modèle de couple fusionnel, où il y aurait perte d\u2019autonomie et de responsabilité.Il est vrai que \u201cl\u2019unité du couple\u201d, présentée comme l\u2019idéal du mariage chrétien, peut facilement conduire à un modèle de couple fusionnel.Mais au-delà des déviations qui peuvent se produire, je veux vous présenter ma compréhension de la démarche pédagogique de \u201cMarriage Encounter\u201d vers l\u2019idéal que propose ce week-end.Le premier credo de \u201cMarriage Encounter\u201d est d\u2019affirmer que chaque personne est unique dans ce qu\u2019elle est, ce qu\u2019elle pense et ce qu\u2019elle ressent.La démarche du week-end est de faire prendre conscience au couple qu\u2019il est heureux que cette originalité des personnes soit intégrée.Chacun apprend les sentiments de son conjoint.On ne peut pas les changer à coup de jugements et de reproches: les sentiments ne sont ni bons ni mauvais, mais ils existent.Il est très menaçant pour un couple de partager et de dialoguer sur ses sentiments.De là, la nécessité d\u2019une technique simple qui permet aux conjoints d\u2019aller jusqu\u2019au bout dans le partage de leur vécu.Il s\u2019agit d\u2019éviter les dangers de blocage, de \u201cfaire comme si\u201d et de fusion.La technique de \u201cMarriage Encounter\u201d permet au couple d\u2019aller au bout de l'expression de son vécu, sans crainte d\u2019être arrêté.Dans cet exercice, les partenaires découvrent qu\u2019ils peuvent être différents, sentir des choses différentes, sans pour autant risquer de briser leur projet de vie à deux.La technique a pour objectif de dépolluer, d\u2019enlever autant que possible les parasites de leur communication.La négociation et la prise de décision dans le couple seront faites à la lumière de divers critères de façon à permettre au couple d\u2019avoir une relation satisfaisante et épanouissante.Le but du dialogue est de s\u2019émerveiller devant le conjoint comme personne unique, ayant son propre univers.Cette découverte amène le couple à l\u2019Unité et à la communion.Il n\u2019est nullement question pour un couple de tout laisser tomber parce qu\u2019ils sont un couple.Ce que propose \"Marriage Encounter\u201d, aux deux conjoints, c\u2019est d\u2019être en communion, d\u2019être dans une relation satisfaisante dans les activités du couple ou de chaque conjoint.Bref, quelle que soit l\u2019activité qui est entreprise, elle est partagée et décidée au niveau du couple.\u201cMarriage Encounter\u201d présente aux couples le modèle trinitaire de l\u2019amour du Christ pour son Eglise.Il y a communion, unité et non fusion et uniformité.310 RELATIONS Il est juste de dire que les buts visés par l\u2019expérience Encounter sont à la fois attirants pour les couples et ambitieux: permettre une vie à deux satisfaisante; offrir une technique de communication simple et à la portée des gens de toute culture; favoriser le partage de leurs sentiments de joie, d\u2019espérance ainsi que leurs peurs et leurs désillusions; approfondir leur relation de couple et leur relation à Dieu; aider à prendre conscience que le couple c\u2019est déjà l\u2019Eglise.\u201cMarriage Encounter\" a un défi à relever: travailler en grande unité avec tous les services qui sont offerts aux couples.Je ne crois pas qu\u2019assurer tout le processus de croissance d\u2019un couple relève de sa compétence.Il m\u2019apparaît opportun qu\u2019il y ait entre le \u201cMarriage Encounter\u201d et d\u2019autres organismes des courroies de transmission de service et des échanges de complémentarité.QUELQUES QUESTIONS AU MARRIAGE ENCOUNTER Permettre à un couple de quitter ses obligations familiales pour se donner du temps, c\u2019est déjà lui rendre service.Pour bon nombre de participants aux week-ends \u201cEncounter\u201d, c\u2019est la première fois, depuis qu\u2019ils sont parents, qu\u2019ils se retrouvent face à face, et qu\u2019ils peuvent s\u2019arrêter pour se parler, tenter de s\u2019analyser, revenir sur leur vie de couple, tout en se sentant soutenus et encouragés par un \u201cparrain\u201d.Sur ce plan, certes important, l\u2019organisation s\u2019avère exceptionnelle.Les animateurs, aiguillonnés par une formule qui les a bouleversés, font preuve d\u2019une grande générosité.Evidemment, leur enthousiasme de néophytes les pousse à affirmer que tout est merveilleux dans l\u2019\"Encounter\u201d et à transmettre sans discussion les directives émises par le mouvement.La diffusion extrêmement rapide du Renouveau conjugal lui permet, en outre, de rejoindre bon nombre de couples qui n'auraient jamais eu recours à d\u2019autres services d'aide à la famille: la session leur fournit une occasion inespérée d\u2019améliorer leur vie à deux.Des questions par Pauline Saint-Jacques Levac Le besoin de répondre rapidement à une \u201cdemande\u201d, d\u2019autant moins suspecte qu\u2019elle paraît confirmer la justesse de la formule utilisée, mène à la facilité: on passera des recettes aux parrains et aux animateurs plutôt que de former des guides autonomes; par ailleurs, le souci de piquer la curiosité des intéressés, candidats à la session de fin de semaine, sans pour autant \u201cvendre la mèche\u201d, a amené le mouvement à s\u2019entourer d\u2019un mystère qui, s'il sert bien la \u201cvente\u201d du week-end, ne favorise guère le dialogue avec les non-initiés et a longtemps permis à l\u2019\u201cEncounter\u201d de fuir tout questionnement.Une fois \u201cà l\u2019intérieur\u201d, les pressions demeurent: il n\u2019est pas possible de \u201cne pas aimer cette expérience\u201d, ou alors, c\u2019est qu\u2019on est irrémédiablement un frustré, un intellectuel, un para-professionnel fermé à ce cadeau du ciel.Un encadrement strict Il reste que l'essor même de la formule \u201cEncounter\u201d pose bien des questions, qu\u2019il s'agisse du climat de romance qu\u2019on ressert à des adultes mariés depuis plusieurs années, ou des trucs infaillibles qu\u2019on leur présente pour sauver leur mariage.D'autant plus que l\u2019expansion du mouvement se réalise chez nous au moment où l\u2019on voit se diffuser des attitudes plutôt discutables: désengagement social et politique, repli sur soi de la famille, consommation abusive des sessions offertes sur le marché du \u201cfamilial\u201d (certains couples avaleront dans une même année, après avoir fait leur \u201cEncounter\u201d, le \"Week-end d\u2019amoureux\u201d, le \u201cRendez-vous\u201d et le \u201cPour mieux vivre à deux\u201d).Pendant la session, l\u2019atmosphère chaleureuse tourne aisément à la surchauffe, sans que les participants songent à se plaindre des restrictions imposées.Montres déréglées et enlevées, privation de sommeil, 44 heures de travail intense, le nombre exact de chaises nécessaires et si un seul des participants vient à s\u2019absenter, on fait l\u2019appel pour aller chercher le retardataire, pendant que tous attendent.Les 44 heures sont prévues et seront vécues; on se lèvera plus tôt ou on se couchera plus tard s\u2019il le faut: quand on s\u2019aime, le temps n\u2019existe plus! Il est vrai que bien des thérapies de groupe imposent des contraintes encore plus rudes.On peut quand même s\u2019inquiéter de la fécondité, à long terme, d\u2019une rupture aussi artificielle avec la vie de tous les jours.dans le but de tonifier le quotidien.NOVEMBRE 1979 311 marnage encounter Des recettes faciles?\u2022\u2022 .¦ La technique de rencontre quotidienne qu\u2019on propose aux couples, le 10-10, exige des conjoints qu\u2019ils consacrent chaque jour dix minutes à s\u2019écrire un billet ou une lettre d\u2019amour et dix minutes à se parler.Les principes sont clairs: le but ultime du dialogue, affirme Gallagher (l'âme dirigeante du \"Worldwide Marriage Encounter\u201d), ce n\u2019est pas tant de se comprendre que d\u2019en arriver à éprouver une parfaite unité.Le problème, c\u2019est que le partenaire moins enthousiaste serait facilement soupçonné de \u201cdécider de ne plus aimer\u201d dès lors qu\u2019il manquerait au 10-10, car on tend à présenter l\u2019amour comme une décision et la technique du dialogue comme le moyen pour le couple d\u2019arriver au bonheur.J\u2019ai entendu maintes personnes accuser leur conjoint de ce manquement grave, qui ne songeaient nullement à contester la validité de la méthode qu\u2019on leur avait présentée.De même, certaines règles pour régler une dispute, paraissent simplistes.Surtout ne pas quitter les lieux; \u201cse tenir les mains et se regarder dans les yeux, le contact de l\u2019autre nous rappelle que nous l\u2019aimons et le respectons tandis que ses yeux traduisent ce qu\u2019il ressent\u201d.Sait-on vraiment ce que signifie une scène de ménage?Perpétuer le rêve d\u2019un accord parfait, c\u2019est ouvrir la porte à de graves désillusions.Bien des divorcés pourraient expliquer comment ils ont essayé de vivre dans un irréalisme analogue.et creusé, du même coup, le fossé qui les séparait.Croissance du couple et croissance personnelle Enfin, et surtout, on peut se demander si les méthodes et l\u2019idéal proposés aux participants tiennent suffisamment compte des lois du développement de la personne.Le retour en arrière comporte le risque d\u2019une régression psychologique.En fixant comme objectif au couple de revenir au romantisme des premières rencontres, on construit sur des bases fragiles: que l\u2019un ou l\u2019autre des participants voie s\u2019effriter l\u2019unité idéale échafaudée à la session, et c'est le mariage lui-rçême qui pourra sembler une illusion ou un idéal hors de portée.En un mot, il faut deux JE autonomes pour faire un NOUS qui naisse d\u2019un engagement mutuel en profondeur.Ce sont les personnes qui se réalisent pleinement qui sont les plus disponibles aux autres et à leur compagnon de vie.Court-circuiter le cheminement personnel pour garantir la survie du couple pourrait s\u2019avérer néfaste à long terme.Cette tendance à négliger la croissance personnelle des conjoints fait déjà problème dans le cas d\u2019un couple ordinaire, avec ses hauts et ses bas, ses \u201ccrises de ménage\u201d et ses étapes de croissance; cette lacune devient une objection grave dans le cas des familles où la relation du couple est sérieusement détériorée: les conjoints en crise risqueraient de revenir traumatisés d'un week-end de dialogue intensif, sous pression, vécu par eux au moment où le dialogue leur est plus difficile que jamais.Comment ne pas s\u2019inquiéter de la façon dont sont sélectionnés les participants aux sessions de fin de semaine?Si les responsables et les organisateurs se disent conscients des limites de la méthode, l'enthousiasme et le prosélytisme des nouveaux membres aboutissent souvent à une publicité indiscrète et à un recrutement imprudent.Il y a lieu de s\u2019interroger également, sur la place faite au prêtre dans les sessions \u201cEncounter\u201d.On admettra volontiers qu\u2019après la crise des dernières années, de nombreux prêtres sentent le besoin de se trouver valorisés; et que la formation en vase clos des séminaires n\u2019a pas nécessairement favorisé leur développement affectif.On peut se demander, cependant, si le fait, pour un prêtre, de se sentir \u201cmarié gux couples\u201d, ou même \u201cmarié à l\u2019Eglise\u201d est bien la voie de son célibat.Au fond, c\u2019est tout le problème d\u2019un accompagnement conçu pour des adultes qui se trouve reposé par la vogue du \u201cMarriage Encounter\u201d.Comment aider quelqu\u2019un à grandir sans créer une nouvelle tutelle, une dépendance de plus?Une collaboration possible?Ces questions posées à un mouvement en expansion très rapide ne se veulent pas une condamnation sans appel.Elles reflètent les dangers que mon expérience matrimoniale et plusieurs années de travail d\u2019aide auprès d\u2019autres couples m\u2019amènent à déceler dans le \u201cMarriage Encounter\u201d.Les couples et les prêtres sentent le besoin d\u2019une communauté chaleureuse qu\u2019à tort ou à raison, ils n\u2019ont pas trouvée dans les services offerts jusqu\u2019ici au Ouébec.Pourrions-nous, au moins, inventorier les services déjà offerts chez nous?Peut-être est-il possible d\u2019y découvrir un climat chaleureux mais plus pondéré, qui conduit lentement à une démarche de croissance et permet de rencontrer des adultes qui risquent de déranger nos certitudes, des adultes qui osent dire tout haut, et bien souvent seuls, ce que leur authenticité et leur foi leur inspirent.312 RELATIONS DES FEMMES ET DES \u201cT-GROUPS\u201d En annexe au dossier \u201cMarriage Encounter\u201d, nous élargissons le débat en rapprochant le mouvement \u201cEncounter\u201d de la vague actuelle des \u201cT-Groups\" et autres \u201clieux de croissance\u2019\u2019.Pour ce, nous reprenons l\u2019essentiel d\u2019une conférence intitulée \u201cThe Politics of Encountering\u201d, prononcée en septembre dernier par la sociologue américaine Marguerite M.Kiely, lors du \u201cBoston Study for Social Problems\u201d.Nous remercions le collectif L\u2019Autre Parole de nous avoir fourni le texte de cette conférence.Notre société-supermarché offre un étalage assez important de \u201cT-Groups\u201d (groupes de thérapie), d\u2019\u201cEncounter Groups\u201d et de \u201ccentres de croissance\u201d de tous genres.Cette affaire en or rejoint plusieurs sphères de la vie courante: privée (individus, couples, ou familles), sociale (laboratoires de communication, cours d\u2019administration, etc.) et religieuse.Chacun des groupes tend à être homogène, en termes de classe, de race ou de culture (même si, dans l\u2019ensemble, la classe dominante y est sur-représentée).Mais une lecture comparative des apprentissages effectués par les hommes et les femmes fait ressortir d\u2019énormes différences.C\u2019est pourquoi nous nous y attarderons.Mais précisons d'abord le cadre dans lequel se structure le rapport hommes/femmes.Caractéristiques des groupes étudiés Les conclusions de M.M.Kiely reposent sur l\u2019observation de \u201cT-Groups\u201d dont l\u2019objectif général est de permettre à chacun de laisser tomber ses masques et de devenir pleinement lui-même.Le mode de fonctionnement de ces groupes comporte habituellement les éléments suivants: \u2022\tanimation non-directive; \u2022\tcréation d\u2019un espace \u201cdédouané\u201d: n\u2019imposer aucune valeur (\u201cvalue-free environment\u201d) ; NOVEMBRE 1979 \u2022\tnon-structuration du temps: vivre ici et maintenant; \u2022\tliberté de comportement des participants: donner et recevoir des \u201cfeedbacks\u201d, s\u2019il y a lieu, sans juger ou évaluer.Au premier abord, il paraîtra hasardeux de rapprocher le mouvement \u201cEncounter\u201d de ces groupes.On note spontanément des différences, voire même des oppositions.Ainsi, l\u2019animation est directive, l\u2019horaire pré-établi, et le contenu de la démarche bien défini.Mais tout en tenant compte de ces réserves, il semble toujours possible d\u2019établir d\u2019importantes corrélations: \u2022\trupture avec le milieu de vie habituel, pour un temps limité; \u2022\trecrutement des animateurs parmi les participants les plus enthousiastes (élimination quasi-automatique de ceux qui trouvent cette expérience trop éloignée de la vie ou trop peu féconde); \u2022\tapproche anti-intellectuelle, (l\u2019apprentissage de la communication étant une expérience de tout l\u2019être), suspension du jugement pour mieux saisir les émotions et les partager(1).Voyons maintenant le sort réservé aux femmes qui participent à de telles expériences.Les apprentissages des unes et des autres Nous connaissons bien la dichotomie culturelle dans laquelle sont enfermés, depuis trop longtemps déjà, les sentiments et les idées.La sensibilité, la douceur, la peur et la timidité sont encouragées, dès la plus tendre enfance, chez les petites filles.La force, le cou- 1.\t\u201cMarriage Encounter\u201d réhabilite l\u2019importance des sentiments dans les relations interpersonnelles et élimine la fausse pudeur dans l\u2019expression des sentiments.\u201d Voir l\u2019article d\u2019Yves Bégin, en page 309 de cette livraison.2.\t\u201cPaula Fishman, une psychologue américaine, a fait une thèse sur le mode de par Ginette Boyer rage, la logique, et l\u2019intelligence sont le lot des petits garçons.Mais curieusement, ces derniers attributs constituent les règles du jeu de notre société.Dans les groupes de croissance, c\u2019est au tour des qualités dites féminines d\u2019occuper le centre d\u2019intérêt et de polariser l\u2019effort de croissance des participants.Serait-ce un juste retour des choses?Ou y décèlerons-nous une autre source d\u2019aliénation des femmes?Quelle est l\u2019idéologie sous-jacente à cette démarche?- Les hommes ne sont pas que rationnels et les femmes qu\u2019émotives; chaque personne est appelée à libérer et à intégrer ses dimensions féminine et masculine.C\u2019est le principe de l\u2019androgynie.Comment ces principes sont-ils appliqués?\u2014 Dans ces groupes, les participants apprennent essentiellement à iden tifier et à communiquer ce qu\u2019ils ressentent.Les hommes, ayant déjà développé leur potentiel de rationalité, se trouvent avoir une longueur d\u2019avance sur les femmes.Leur rationalité retrouvant leurs émotions, ils pourront progresser plus aisément dans le développement de leur personnalité.Mais qu\u2019en est-il des femmes?Comment accéderont-elles à l\u2019harmonie de leur être?Puisque penser, évaluer, critiquer, articuler n\u2019est pas de mise, dans les \u201cT-Groups\u201d et leurs dérivatifs, même après une ou plusieurs rencontres, elles demeurent amputées de cette partie d\u2019elles-mêmes.Déjà surchargées émotivement, les femmes se retrouvent donc gros Jean comme devant, confinées dans leur rôle traditionnel et tenues à distance de l\u2019apprentissage des comportements décisionnels.La libération est à sens unique.communication des hommes et des femmes, qui démontre à quel point le rôle des femmes est peu gratifiant: dans une conversation entre un homme et une femme, a-t-elle constaté, c\u2019est (en règle générale) l'homme qui introduit les nouveaux sujets et la femme qui pose les questions.Elle se met verbalement à 313 Si seuls les hommes acquièrent les outils qui les amèneront à vivre plus harmonieusement, tête et coeur réunis, quel est donc le rôle des femmes dans ces groupes, sinon d\u2019être les témoins et les instruments du progrès de l'autre moitié de l\u2019humanité?Une douce domination Devons-nous nous surprendre de constater, qu'une fois de plus, une théorie de psychologie sociale soit ordonnée au développement de l'HOMME blanc?Qu\u2019une fois de plus(2), les femmes soient assujetties à la passivité et à l\u2019admiration béate de ceux qui ont réussi \u2014 nous savons maintenant pourquoi \u2014 à entrer davantage en contact avec toutes les dimensions de leur être?Dorénavant plus heureux et plus créateurs, ils se sentiront plus aimés.et plus puissants.Cette expérience les confirme dans leur rôle de dominateurs, tout en les habilitant à utiliser les ressources de leur affectivité pour continuer de manipuler le monde.(3) Les hommes et les femmes soucieux d\u2019améliorer la qualité de leur relation conjugale dans le cadre du \u201cMarriage Encounter\u2019\u2019 sont-ils concernés par les questions posées par Marguerite M.Kiely?Nous avons relevé un certain nombre de différences, entre les sessions \u201cEncounter\u201d et les groupes de thérapie.Ont-elles suffisamment d\u2019influence pour modifier la condition des femmes décrite ci-dessus?Par exemple, l\u2019attention accordée au couple plutôt qu\u2019à l\u2019individu suffit-elle à créer un espace où la femme ait la possibilité de s\u2019approprier les dimensions traditionnellement \u201cmasculines\u201d de sa personnalité?Nous l\u2019espérons.La notion de service, si importante dans la tradition chrétienne, a trop souvent été utilisée pour imposer et justifier la dépendance des femmes dans l\u2019Eglise et dans la société.Ré-interpré-tée, décloisonnée, elle saurait questionner radicalement les objectifs et le mode de fonctionnement de plus d\u2019un groupe de rencontre.son service.\" Catherine Texier, \u201cDénouer nos peurs\u201d, Châtelaine, octobre 1979, p.172.3.\u201cFor men to reunite with the feminine parts of themselves within a masculine power-set in a masculinist world is tc lead a more affective mode of human manipulation.\" Marguerite M.Kiely, \u201cThe Politics of Encountering\u201d.Novembre: la mort travaille.C\u2019est son temps privilégié.La rentrée cinématographique emboîte le pas des liturgies.Ce que les hommes n\u2019osent plus regarder en face \u2014 parce que nos mentalités, en les fardant, ne se complaisent plus qu\u2019au seul jeu des valeurs supposé-ment positives qu\u2019elles veulent prôner exclusivement \u2014, l'écran vient nous le cracher en pleine figure.La mort emplit nos théâtres.L\u2019Art deviendrait-il ce surplus de conscience qui défaille ailleurs?Apocalypse Now, ce film tant attendu, vient de prendre l\u2019affiche (1).S\u2019il ne prophétise pas, en dépit de son titre, la catastrophe imminente, il témoigne du moins de la mort de la conscience humaine.Nous savons qu\u2019il se passe des choses sur cette planète, que notre monde vacille.Est-ce l\u2019annonce d\u2019une ère nouvelle \u2014 et laquelle?Ou les derniers spasmes d\u2019un mourant qui n\u2019en finit pas d\u2019agoniser?Si seulement on arrivait à diagnostiquer clairement le malaise! Entre toutes les valeurs passées, mises au rancart ou en veilleuse, c\u2019est encore l\u2019amour qu\u2019on bouscule davantage.Les siècles antérieurs ne nous ont-ils pas illusionné sur lui?Est-il seulement encore possible?Est-il aussi fragile qu\u2019on le vit maintenant?Echappe-t-il vraiment à sa propre mort en tous et chacun de nous?Sa nature, au contraire, n\u2019est-elle pas d\u2019agoniser, lui aussi, sans cesse, dans la ronde de la vie infernale?Quoi qu\u2019il en soit, on s\u2019accommode à sa contradiction en tâchant de prouver que s\u2019il doit renaître, ce ne peut être qu'à partir de l'infidélité et dans le renouvellement continu des partenaires.C\u2019est d\u2019abord cela que veut nous dire le dernier film de François Truffaut.L\u2019Amour en fuite On le sait: François Truffaut est un fin conteur visuel.Pas même besoin de le présenter puisque son nom est devenu commercial.L\u2019intérêt de son dernier film vient de ce qu\u2019il poursuit (et termine, souhaitons-le) la filature de son héros de toujours, l\u2019agaçant et fraternel Antoine Doinel des Quatre cents coups.Ce qui gêne dans l\u2019épopée de cet antihéros, ce n\u2019est pas tellement la constance de son vagabondage amoureux (elle est dans la logique du sujet et de son destin), c'est cette sorte d\u2019auto-complaisance de l'auteur à toujours revenir sur le même personnage.A nous propulser, en outre, un comédien qui ne se départit plus de ses tics et qui se révèle, à la longue, moins doué que ne l\u2019était le jeune Jean-Pierre Léaud, gavroche attendrissant d\u2019antan! Antoine a grandi.Mal, bien entendu.Comment peut-on bien grandir quand on n\u2019est pas aimé?Mais, est-ce bien Antoine?Est-ce bien Jean-Pierre Léaud?Tout le monde sait que c'est, en dessous d\u2019eux, Truffaut lui-même.Mais, dans quelle mesure?1.\tRéalisé par Francis Coppola (Le Parrain); nous reviendrons, dans la prochaine livraison de Relations, sur ce film trop important pour le taire.Jusqu\u2019où?Ne perdons pas de vue que Truffaut joue constamment dans le romanesque.Tout en frôlant un cinéma qui se veut vérité.Truffaut est un des choryphées de la nouvelle vague! Oublier cela serait ne rien comprendre à sa démarche fondamentale.Ne rien comprendre, en outre, à L'Amour en fuite que beaucoup prendront pour une oeuvre mineure, mais qui est bien plus que cela.Peut-être son chef-d\u2019oeuvre.Car, pour Truffaut \u2014 et ne devrait-il pas en être ainsi de toute oeuvre d'art?\u2014 le cinéma.ce n\u2019est pas uniquement pour nous plonger, par le rêve, dans un monde iréel.C\u2019est, par le détour du romanesque, nous faire rêver à notre propre existence, au réel.Rien ne le démontre mieux que l'Amour en fuite.Pas de fard.Pas de faux-fuyant.La vérité romanesque n'est pas le mensonge.Fini le temps des vedettes hypocrites qui séparent leur vie en deux: celle de l\u2019écran, puis celle de la réalité qui, justement, fait écran.A l\u2019opposé, ce n\u2019est pas, non plus, la confession impudique devant la caméra, l\u2019exhibitionnisme de l\u2019art \u201cunderground\u201d.C\u2019est le difficile équilibre entre l\u2019irréel qui n\u2019est 314 RELATIONS v NOS AMOURS EN AGONIE par Jean-René Ethier pas vrai, et le vrai qui semble souvent irréel.Car, quoi de plus romanesque que ces aventures d\u2019Antoine, sans cesse préoccupé de ses amours qui ne cessent d\u2019agoniser et qui renaissent de leurs cendres mêmes.Mais, en même temps, rien de moins romanesque, puisque c\u2019est bien là le visage de la vie qui nous entoure.Il s\u2019en trouvera qui, certes, n\u2019aimeront pas L'Amour en fuite.Ils soutiendront que c\u2019est un film émiétté, construit sur des poussières puisque Truffaut se plaît à y intercaler des séquences de ses anciens films.Un film fait de déchirures de pellicules, de fragmentations du discours.Mais, justement, si c\u2019était là la clef du film?Si c\u2019était de cette déchirure qu\u2019allait naître l\u2019émotion?Les salades de l\u2019amour Apparemment, le film \u2014 qui commence sans crier gare en saisissant la vie, tout de suite \u2014 ne semblera par la suite qu\u2019une série de séquences aussi disparates les unes que les autres, amalgamées par un rythme endiablé.Mais, ça, c\u2019est le regard de surface.Voyons un peu.Antoine - qui est déjà marié à Christine dont il a un enfant, mais dont il divorce \u201cpar consentement mutuel\u201d -quitte définitivement Sabine après une nuit d\u2019amour particulièrement tendre.Il tente de rejoindre Colette, son avocate dans la cause de son divorce.Marivaudage qui serait banal s\u2019il ne prenait pas figure de la décomposition et de la mort des amours actuelles(2).Truffaut va construire sur ces personnages une trame romanesque toute faite de prodigieux équilibre, de symétrie savante, apparemment décousue, mais parfaitement nourrie par une nécessité esthétique d\u2019où jaillira comme une beauté musicale du récit.Car, c\u2019est à la musique de \u201cchambre\u201d qu\u2019il faut référer, cette fois, pour comprendre la structure de L'Amour en fuite.C\u2019est peut-être parce qu\u2019ils n\u2019ont pas perçu cette construction en contrepoint enchevêtré que les détracteurs du film n\u2019y ont vu que du feu et de la répétition.Sous les thèmes (personnages) qui s\u2019entrecroisent, se coupent et se recoupent (3), le film se trouve bâti sur deux forces qui s\u2019affrontent pour trouver leur unité en elles-mêmes.C\u2019est d\u2019abord la force d\u2019éclatement, de dispersion, de fragmentation.Antoine est celui qui a besoin d\u2019une vie compartimentée, sans stabilité.Il vit dans les boîtes téléphoniques, les cafés, les trains en marche et \u2014 ce qui revient au même \u2014 les chambres à coucher de ses maîtresses.Là où on passe et là où on ne peut rien fixer.Il écrit un livre, Les Salades de l\u2019amour, où il s\u2019applique à trouver un fil conducteur à sa vie remplie de compartiments qu\u2019il voudrait étanches, mais qui sont comme les trains, comme les films: une suite d\u2019entités réunies par l\u2019artifice.Image de notre monde, de nos amours parfaitement compartimentées, elles aussi, alternées de vitesse, de weekends encastrés, de prodigalité du temps, d\u2019avarice de relations privilégiées et racistes.Contre cette force de mort, il y a celle qui veut rassembler.Contre tout ce qui divise, il y a le secret désir d\u2019unité.Antoine, embarqué dans le train qui transporte Colette (elle, elle lit Les Salades de l'amour au lit).Antoine saute d\u2019un compartiment à l\u2019autre pour la rejoindre.Il est prisonnier de ses propres Salades amoureuses, prisonnier de son désir disparate.Le malheur vient d\u2019une incapacité de faire le point, d\u2019unir les contradictions.Là, dans la cabine de Colette, Antoine perd une photographie recollée.C\u2019est celle de Sabine.Etrangement, on apprendra comment Antoine avait trouvé cette photo: un jour, Antoine avait surpris un type en colère dans une cabine téléphonique.Evidemment, sa maîtresse venait de rompre avec lui.Là, il déchire son portrait qu\u2019Antoine ramasse et recolle.Et selon la logique de son désir, il se 2.\tInutile de dire que Truffaut ne prend pas parti, qu\u2019il ne propose pas une morale nouvelle.Il témoigne par le récit.3.\tOn n\u2019en finirait pas d\u2019indiquer ces recoupements: ils fusent de partout.On en indique quelques-uns plus bas.Dans la prochaine livraison de RELATIONS un numéro spécial sur LES SECTES AU QUÉBEC avec la collaboration de Richard Bergeron Raymond Bourgault Roland Chagnon Bede Griffiths Le temps des Fêtes approche.Avez-vous songé que vous pourriez offrir en cadeau un abonnement à la revue RELATIONS?Il suffit de remplir la formule d\u2019abonnement au verso, au nom du destinataire de l\u2019abonnement-cadeau, et de joindre vos nom et adresse.Le prix de l\u2019abonnement à l\u2019étranger est de $12.NOVEMBRE 1979 315 FORMULE D\u2019ABONNEMENT O UT c 0 c 13 03 03 0 ¦O ra o o.03 \"O o U c 0 E 0 c c o .0 0 c =3 i\u2014 =3 O CL 60 0 \"O 0 E E o 0 0 C/3 JD O C o 0 03 C/3 O E =3 03 O \u20220 E 0 C 0 O 0 > 0 C 0 O C 0 E E o o C/D Z O 0 > 13 O N 0 0 0 > < _l LU OC 0 0 > 0 k_ 0 -0 O Z LU CO CO LU cc o < Remplir et retourner à: RELATIONS 8100, boul.St-Laurent Montréal\tH2P 2L9 (514) 387-2541 met ensuite à la poursuite de la jeune fille dont il a recollé le visage.C'était Sabine.UN couple se brisait dans une cabine: celui de Sabine avec l\u2019inconnu.A la fin du film, un couple se refait: celui de Sabine et d\u2019Antoine, puisqu\u2019An-toine reviendra, heureux, à Sabine.En même temps que tous les autres couples se referont, eux aussi, dans une sorte d\u2019apothéose finale où la musique de Georges Delerue, très belle, viendra appuyer de sa construction diatonique, cette fête biscornue des amours envolées puis renées de leur propre mort.Mais, pour combien de temps encore, somme toute?.Là, blesse le bât.Car, cette unité retrouvée, c\u2019est à quel prix?A celui de penser que, dorénavant, la vérité de l\u2019amour, c'est d\u2019être en fuite.Qu\u2019il faut en prendre son parti dans cette optique.Qu\u2019il est inutile de se lamenter.Que l\u2019amour est fait pour voler de fleur en fleur.Que l\u2019unité de l\u2019amour, ce n\u2019est plus dans la fidélité, c'est dans l\u2019infidélité consentie et partagée.Morale sans victimes et sans coupables.Donc, pas de morale du tout.Truffaut déchire le voile et rend grave son film de ce parti-pris de notre temps.Les Demoiselles de Wilko Passons au côté opposé.A Wilko, en Pologne.Dans cette Pologne d\u2019où nous arrivent, tout à coup, des vérités oubliées.Ce n\u2019est qu\u2019avec une certaine tension de l\u2019âme qu\u2019on peut entrer dans certaines oeuvres d\u2019art.Au cinéma comme en littérature.Quand un critique affirme après avoir vu Manhattan (4): comment être ému par cette broderie délicate et ennuyeuse\u201d que sont Les Demoiselles de Wilko?, on se prend à sourire (5).Qu\u2019un autre se défende de n\u2019avoir point perdu sa \"pureté\u201d encore, mais de ne pas moins avoir trouvé fade cet Octave Feuillet polonais, on reste médusé.Justement, ce n\u2019est qu\u2019avec un certain regard qu\u2019on peut comprendre ce film qui porte d\u2019abord et avant tout sur le regard, sur la pureté du regard.On n\u2019entre pas chez Les Demoiselles de Wilko tout de go.Elles se font attendre.Il faut être en toilettes.Il faut que les images passent d\u2019abord pour que le spectateur arrive à saisir qu\u2019au-delà du jeu des comédiens, de la reconstitution pointilleuse d\u2019époque, le film se passe sur un autre mode.Car, ce monde d\u2019objets quotidiens, ne prend sa valeur que par le regard.Regard omniprésent des protagonistes, d\u2019abord, où toutes choses se lient entre eux sous le signe de l\u2019entrevue discrète, de la conversation lente mais assu- rée.Où tout converge sur un héros aussi feutré que le film dont il est le centre, mais un centre en point de diffraction.Car, Victor, à considérer les choses de près, n\u2019est là que pour permettre à tous, protagonistes comme spectateurs, de projeter leur regard ailleurs.Dans cette zone mystérieuse où il pourrait bien y avoir réponse.Dans la mort qui n\u2019est que le revers obscurément désiré de la vie.Dans le consentement même à la mort qui délivre et fait toute lumière.Avec une outrecuidance mesurée, Andrzej Wajda(6) va ici se mesurer avec Tchékhov.Et l\u2019égaler, en évoquant \u201ccette rêveuse société slave où toute la désespérance du monde faisait de furtives et déchirantes apparitions entre deux tasses de thé servies dans la faience précieuse d\u2019un monde qui glissait gracieusement vers sa fin\u201d(7).Des valeurs \u201crétro\u201d?Monde crépusculaire des années 20, pourquoi notre regard actuel, loin d\u2019être un consentement gratuit à la mode \u201crétro\u201d ou au romantisme des retours en arrière, n\u2019accepterait-il pas de se poser sur ce monde-là et pendant ce voyage en un espace où le temps semble cris- 4.\tComédie de Woody Allen, étude ironique sur le mal de vivre contemporain, succès mitigé au dernier festival de Cannes.5.\tCe jugement est assez amusant.C\u2019est celui de G.L.des Nouvelles littéraires, 31/5/79.Voilà un critique qui a le courage de ses opinions.Pas tout à fait cependant puisqu\u2019il ne signe pas au complet.Voilà qui repose des flagorneries de la publicité.Les critiques à la semaine sont contraints à bien des contorsions.De toute manière, c\u2019est toujours le film qui juge la critique.6.\tOn lui doit, entre autres, L\u2019Homme de marbre, Sans anesthésie, Le Bois de bouleaux.7.\tJoshida Schidlow, Télérama, no.1533.8.\tOn a vu là une incidence qui taxerait le personnage de Victor d\u2019homosexuel qui s\u2019ignore.Outre que les indices qui, dans le film, tendraient à confirmer cette exégèse, sont rares et ternes, on en vient de plus en plus, depuis Freud, à taxer tous les sentiments intenses.316 RELATIONS tallisé, n'entreprendrait-il pas une recherche du temps perdu?Pourquoi ne pas être convaincu que la vérité qui se jouait en ce temps n\u2019a pas changé d\u2019avec la nôtre?Pouquoi ne pas admettre que, même si elles aussi sont à l\u2019agonie, les valeurs de ce temps ont encore une substance que les nôtres n\u2019ont plus.Que les amours en fuite de ce temps-là ont tout de même une consistance que les nôtres ont perdue puisque les nôtres deviennent soumises à une sorte de jeu de ping-pong qui se prend pour une liberté neuve.Que cette résignation douce et douloureu se des corps et des âmes, cette désespérance douce-amère, ce désenchantement lucide est aussi une solution, meilleure en tout cas qu\u2019un aveuglement nàif qui cherche à tout prix le renouvellement de l\u2019amour dans la négation de sa fidélité.Aux obsèques de son ami où il s\u2019é-vanouit(8), Victor, gérant de ferme, célibataire dans un couvent de religieuses, décide, sur recommandations impératives de son médecin, de prendre quelque vacance.Il ira chez son oncle qu\u2019il n\u2019a pas revu depuis quinze ans.Chemin faisant, il s\u2019arrêtera à Wilko, la propriété voisine.Là, vit une curieuse société de cinq soeurs, ses cousines, vieillies, fanées, célibataires ou mal mariées, avec ou sans enfant.Elles ont toutes aimé Victor.Son absence a nourri leur vie.La sixième soeur, Fêla \u2014 celle que Victor aimait \u2014 est morte, mal enterrée, ailleurs que dans le caveau familial.C\u2019est l\u2019absence de Fêla qui va maintenant nourrir le film.L\u2019amour qui a fui L\u2019espace, désormais, où le récit va s\u2019avancer devient nettement suggestif, partagé entre la dissociation des contraires; absence-présence, jour et nuit, veille et sommeil, jeunesse et vieillesse.Et c\u2019est de cette dissociation irréconciliable que va apparaître la fragilité de la vie et de l\u2019amour.Le vieil oncle, par exemple, ne dort plus, tout préoccupé de voir venir la mort, alors que Victor lui, n\u2019en finit plus de s\u2019éveiller, le matin, comme si chaque nuit l\u2019approchait du sommeil définitif.Mais, si ces pôles étaient justement l\u2019expression de la réalité, si c\u2019était cette trame sur laquelle l\u2019existence de chacun tente de s\u2019ajuster, un peu désespérément?Si la stabilité n\u2019était faite, somme toute, que de consentements successifs au renoncement?Cette métaphysique rejoint l\u2019expérience spirituelle des siècles passés.Qui a des oreilles, entende.Peu importe alors que Tumia, la plus jeune, tombe désespérément amoureuse de Victor, que toutes les soeurs, l\u2019une après l\u2019autre, requémandent l\u2019amour qui a fui.On sait que c'est en vain.Victor quittera ce lieu fermé, sacré, qui ne nous aura été révélé que pour permettre à nos souvenirs et à nos émois de se réhabiliter en un temps qui ne cherche qu\u2019à les étouffer.Film catalyseur du coeur, où le raffinement visuel, en outre, atteint ici une manière de perfection qui n\u2019est pas sans rappeler la manière de Visconti.Tiré d\u2019un roman contemporain de Jarolaw Iwaskiewicz - Iwaskiewicz est ce vieillard qui dans la dernière séquence du train dit à Victor \u201cNous avons tout le temps\u201d, entendons: pour mourrir -, Les Gisèle SAINT-GERMAIN, Psychothérapie et vie spirituelle.Expériences vécues.Collection \u201cPsychologie actuelle\u201d.Montréal, Fides, 1979, 165 pages.A première vue, ce petit livre semble être \u201cune histoire de soeurs\u201d, qui n\u2019attirera pas bon nombre de lecteurs.C\u2019est à y voir de près! L\u2019essentiel du livre réside dans l\u2019analyse d\u2019une expérience de psychothérapie de groupe, vécue par cinq religieuses, sur l\u2019espace de trois ans (95 rencontres).L\u2019analyse elle-même couvre les chapitres 3, 4 et 5, où le \u201ccadre de l\u2019expérience\u201d est précisé (pp.57-64), la \u201cpersonnalité\u201d (psychologique et spirituelle) des sujets brièvement présentée (pp.65-74), puis révolution psycho-spirituelle de chacune plus longuement explicitée (pp.75-132).Cette analyse est très intéressante en elle-même:\telle est sobre, pénétrante, fort éclairante pour toute évolution spirituelle bien enracinée dans le psychisme humain.Chacun se retrouvera dans l\u2019une ou l\u2019autre des phases décrites, comprendra mieux les entrelacements qui tissent notre devenir dans sa totalité, où des morcellements arbitraires entre le naturel et le surnaturel risquent de morceler la réalité même de ce devenir.Peut-être que plus d\u2019un sera surpris de voir ce que la psychologie gagne à respecter \u2014 tout en y disposant \u2014 ce que la théologie appelle l\u2019action de la grâce! L\u2019encadrement de cette fine analyse a évidemment toute son importance.Les deux premiers chapitres expriment les choix de l\u2019Auteur, qui éclairent son sens de l\u2019évolution psycho-spirituelle.Des choix au niveau des options psychologiques et des voies spirituelles, qui lui sont propres, et qui lui fournissent les éléments concrets de sa conception du \u201cprocessus de l\u2019évolution psycho-spirituelle\u201d.Quelles que soient les écoles dont se réclame l\u2019Auteur, sa vision d\u2019ensemble intègre les éléments les plus communs et essentiels qui composent et Demoiselles de Wilko nous rappelle que seul le temps donne la mesure de toute chose.Cet univers \u201cpolonais\u201d contredit celui de François Truffaut.Les deux dénoncent la fragilité des amours humaines, leur fugacité douloureuse.Mais alors que l\u2019un les fait participer au mystère de la mort qui commande la résignation noble, l\u2019autre les bouscule en les enfermant dans le \u201cClub des anciennes d\u2019Antoine Doinel\u201d, où l\u2019amour piétine et absout ses infidélités.Qui seulement peut avoir raison?Voilà, en tout cas, les deux plus beaux films de cette rentrée cinématographique d\u2019automne.éclairent le devenir complexe et unifié qu\u2019elle voudra favoriser chez les participantes à l'expérience.Ces éléments principaux, simples et suggestifs, seront retenus tout au long de l\u2019analyse qui suit, non comme des a priori faciles, mais comme des phases à identifier avec souplesse, et à vivre avec toute l\u2019originalité de chaque participante.Ils guident aussi le lecteur dans la relecture de ces expériences finement analysées.Grâce à cet appareillage de base, l'Auteur a pu relever le défi de nous présenter des analyses complexes et détaillées, comme celles d\u2019expériences qui se déroulent sur trois ans de vie, sous la forme d\u2019une synthèse plus qu\u2019abordable, brève, claire, très satisfaisante pour l\u2019esprit qui s\u2019interroge.Aussi ses chapitres de \u201cconclusions\u201d sont-ils accueillis avec intérêt.Ils ne tendent pas à prouver des thèses: ils cueillent des fruits, ceux qui s\u2019imposent à la suite d\u2019une expérience aussi bien menée que merveilleusement analysée.Des éléments fort suggestifs pour l\u2019intégration du psychique et du spirituel s\u2019en dégagent, que nous ne pouvons reprendre ici; les pages condensées de l'Auteur sont déjà un résumé: elles ne souffriraient pas d\u2019être davantage résumées (chapitres 6 et 7, pp.132-164).Notons seulement que le but poursuivi nous semble atteint; et que le tout est exprimé avec beaucoup de simplicité, de clarté, de limpidité.Tout chrétien (non seulement les religieuses) intéressé à son propre fonctionnement psycho-spirituel, profitera beaucoup à la lecture de ce petit livre, presque sans se rendre compte qu\u2019on lui \u201capprend\u201d quelque chose: il le fera en voyant vivre, et en écoutant la vie interprétée avec respect et sagesse.Gilles Cusson, S.J.Centre de Spiritualité ignatienne - Québec Psychologie et spiritualité NOVEMBRE 1979\t317 ÉTUDES LITTÉRAIRES BEAUTÉ FROIDE par René Dionne Entre les éditions de grand luxe, que leur prix élevé réserve aux riches collectionneurs, et les éditions commerciales, dont les produits s\u2019empilent bagar-reusement sur les comptoirs des libraires, viennent de s\u2019insérer, tout près des meilleures publications du Noroît, les ouvrages de choix des Editions du Sentier.(1) Fondées par Gilles Archambault, Jacques Brault et François Ricard, ces éditions se veulent d\u2019abord au service de la littérature et du goût artistique.Elles ne recherchent pas le profit: les coûts de l\u2019édition déterminent, seuls, le prix du livre; elles donnent la priorité à la qualité sur la quantité: l'on ne publiera que deux fois l\u2019an des ouvrages dont la présentation sera aussi soignée que leur tenue littéraire.L\u2019auteur et les éditeurs voient ensemble à la mise en page et à l\u2019impression du volume.Ce dernier ne se vend que par souscription et son tirage, unique, est rigoureusement limité au nombre d\u2019exemplaires prévus, qui sont tous numérotés et signés par l\u2019auteur et l\u2019illustrateur.Le livre n\u2019est plus ici un vulgaire et.presque anonyme objet, ni même un simple produit artisanal; il est promu, modestement mais sûrement, au rang d'oeuvre d\u2019art accessible à tous ceux qui peuvent se payer un mauvais roman français de l\u2019année, du genre Pividal, Pierre-Jean Rémy ou Teboul, à quelque vingt dollars plus ou moins.Le livre, comme l\u2019oeuvre, est fait avec amour pour le compte et le plaisir de ses éditeurs et, conséquemment, pour la plus grande satisfaction de l'écrivain et l\u2019étonnement artistique du lecteur.Regards .Stupeurs, de Gilles Archambault, premier volume des Editions du Sentier, tient la promesse du bulletin de souscription, à la fois par sa présentation et par son contenu.Dès la page de couverture, le regard s\u2019arrête: le titre du 1.B.P.156, Succursale Cartierville, Montréal (Québec), H4K 2J5.318 volume occupe la première place en caractères noirs, tachetés de blanc, sur fond gris bleu, tandis que le sous-titre (Proses) et les noms de l\u2019auteur, de l\u2019éditeur et de l\u2019illustrateur (Jacques Brault) sont en lettres blanches, beaucoup plus petites: c\u2019est un livre que l\u2019on présente, pas un auteur.Sur ce dernier et sur l\u2019illustrateur nous renseigne le premier rabat de la couverture; point là de fiche technique, qui informe sur les signes astrologiques de Gilles Archambault et de Jacques Brault, mais quelques lignes, treize pour l\u2019auteur et huit Apropos de: Gilles Archambault Stupeurs Éditions du Sentier Montréal, 1979.pour l\u2019illustrateur, qui indiquent sobrement et clairement le cheminement du romancier et les préoccupations de l\u2019écrivain et dessinateur que fascine la page blanche.La quatrième page de la couverture n\u2019est revêtue que de sa couleur (pas de photo en clin d\u2019oeil ni de \u201cpedigree\u201d biobibliographico-critique) ; sur le second rabat, l\u2019on trouve l\u2019adresse des Editions du Sentier et le titre de leur prochain volume: Délivrance du jour et autres inédits d\u2019Alain Grandbois.La page de titre porte en noir les lettres blanches de la couverture, tandis que le titre noir est devenu d'un beau gris bleu, plus pâle que celui de la couverture.Réalisé d\u2019après la conception graphique de Martin Dufour, le livre a été composé en Century Schoolbook corps 14 et imprimé sur papier Artlaid de Strathmore par les Presses Elite.Le volume est solide: on l\u2019a cousu, pas collé! Chaque page fait plaisir à voir: le texte en caractères noirs se détache bien du papier légèrement teinté de bleu; le titre de la pièce est en belles italiques; de même bleu que le \u201cStupeurs\u201d de la page de titre, une lettrine marque le début du texte, et une ligne, qui traverse le bas de la page, l\u2019arrête, coiffant la pagination qui se tient au coin extérieur.Jeux.Je n\u2019ai pas encore lu, et déjà je me plais à tourner les pages, à contempler le jeu des textes de longueur différente comme s\u2019il s'agissait d\u2019un jeu de formes et de volumes.Je m\u2019arrête aux monotypes de Jacques Brault.Il y en a huit, soit un à toutes les huit pages, de la page 17 à la page 73! Le premier, visage ovale, à peine éclairé de blanc bleuté dans le gris tacheté de noir, accompagne le texte \u201cClarté\u201d.Le dernier, visage aux traits bien définis, calme et serein dans un repos de mort, me rappelle, inspiré par Rouault, le Christ du linge de Véronique, sa couronne d\u2019épines en moins; il fait face à \"la Vie éternelle\u201d.Le deuxième n\u2019a pas de visage: c\u2019est un \u201céchec\u201d en noir et blanc; le troisième a les bleus de \u201cSolitude\u201d; le quatrième est un travesti: on dirait qu\u2019il va s\u2019étrangler; le cinquième porte le masque du désespoir; les traits du sixième émergent difficilement du noir de la mémoire, à moins qu\u2019ils ne s\u2019effacent dans les trous de celle-ci, que ronge la mort; le septième donne à voir la figure de l\u2019écrivain vieilli: elle se réduit à un négatif.Quel cheminement j'ai fait à travers le livre et je n'ai encore lu que huit textes, ceux que les monotypes légen-dent en quelque sorte.Brault m\u2019a parlé dans le sombre de ses couleurs; il m\u2019a présenté différents visages comme autant de points de mort et d\u2019oubli.L\u2019ensemble historiographie un visage torturé, tiraillé, dont les traits se confondent finalement avec ceux de l\u2019Homme des douleurs.Pour celui-là comme pour celui-ci, la vie n'aura-t-elle pas été qu\u2019une marche dirigée vers la mort sur le chemin des hommes?RELATIONS Lecture \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 Je reprends le livre en son début.En épigraphe, la citation empruntée à Georges Perros me frappe: \u201cJe suis persuadé qu'on rencontre sa mort durant la vie.Mais on ne la reconnaît pas.A peine risque-t-on d\u2019en sentir le frisson.Souvent dans le regard d\u2019autrui.\u201d Archambault m\u2019avait toujours paru un romancier pessimiste; peut-être n\u2019était-il qu\u2019un courageux: il veut mourir lucidement.Ses Stupeurs, ne seraient-ce pas autant d\u2019instantanés que filigrane la mort, des négatifs de la vie?Nées de l\u2019étonnement de l\u2019observateur-philosophe devant certains moments de vie, ne sont-elles pas, fixées dans l\u2019écriture, autant de portraits-souvenirs d\u2019êtres et de choses qui passent et dont on peut diagnostiquer la blessure mortelle sous le cran d\u2019arrêt du regard radiographiant?Le romancier serait-il en train de perdre confiance en la parolade prolongée?Elle a beau entretenir ou susciter la durée, masquer la mort, la retarder ou défier, celle-ci n\u2019en vient pas moins avec la fin.Pourquoi faut-il si longuement faire vivre des personnages, construire si ardument un monde, si ce monde, ces personnages, doivent se figer avec le dernier des mots qui les a engendrés?La mort n\u2019était-elle pas Normand BEAUCHEMIN et Pierre MARTEL, Echantillon de textes libres, no IV, et Vocabulaire fondamental du québécois parlé: index de fréquence, documents de travail, 12 et 13, coll.\u201cRecherches sociolinguistiques dans la région de Sherbrooke\u201d, Sherbrooke, chez les Auteurs (Faculté des arts, Université de Sherbrooke), octobre 1978 et janvier 1979, 281 et 253 p., 22.5 cm.Ces deux ouvrages font suite à ceux que nous avons présentés ici même en juillet-août 1975\t(p.\t218-219).Dans l\u2019avant-propos du quatrième Echantillon de textes libres, Pierre Martel dit d\u2019abord pourquoi il a été jugé bon d\u2019ajouter les 16 textes de ce volume aux 48 publiés dans les trois ouvrages précédents: besoin d\u2019un corpus considérable pour faire des études valables dans le domaine de la statistique lexicale, nécessité de transcrire un corpus oral pour le bien traiter et analyser, possibilité offerte à d\u2019autres chercheurs d'utiliser ce corpus pour leurs propres études.NOVEMBRE 1979 déjà sous chacun de leurs pas, dans chacun de leurs gestes, au coin de chaque rue, sur le seuil de chaque porte?Ne faut-il pas, comme le poète, la saisir au creux de l\u2019instant plutôt que dans la suite des heures?Parlera-t-elle, parlerai-je assez fort, se demande Archambault.Dites, vous qui n\u2019entendez pas les râles quotidiens de l\u2019homme, frémirez-vous \u201cà l\u2019écoute de mon hésitant murmure\u201d?Frémissement \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 J\u2019ai lu, j\u2019ai entendu le murmure décent (au chevet d\u2019un mourant, il convient de parler bas), et j'ai été stupéfié.Les prises de vue de l\u2019écrivain-cameraman ont figé mon regard comme les scènes immobilisées par le déclic de ses yeux-mémoire.Que vois-je?Jusque dans le sourire de l\u2019autre, un effort pour masquer son angoisse de mourir; dans le bel amour d'hier, le début d\u2019une pitoyable fête, puisqu\u2019elle finit; les enfants conduisent à la mort en quémandant le chemin qui leur permettrait de l\u2019éviter; les oiseaux ne chantent plus, gracieuseté d\u2019un jour; le nous s\u2019est dénoué et le nom de toi n\u2019affleure même plus aux lèvres impuissantes du mourant; même le souvenir s\u2019est perdu, qui rajeunissait momentanément le vieillard.Suivent quelques données éclairantes sur la méthode et le choix de la transcription.Martel exprime également un souhait: qu\u2019un colloque puisse avoir lieu bientôt où l'on pourrait discuter des problèmes qui ont trait à l\u2019édition, critique ou non, de textes en québécois parlé, de leur collection, traitement et transcription, entre autres.L\u2019introduction au Vocabulaire fondamental du québécois parlé est d\u2019un vif intérêt.Les auteurs indiquent l\u2019objectif de leurs recherches: \u201cdresser un inventaire de type vocabulaire fondamental et non celui de type trésor\u201d, et justifient l\u2019emploi du mot \u201cquébécois\u201d dans le titre de leur ouvrage: le langage parlé qu\u2019ils étudient, celui de l\u2019Estrie, ne diffère pas du \u201cquébécois commun à son meilleur\u201d et le relevé qu\u2019ils en ont fait est de taille suffisante pour \u201cassurer une représentativité respectable du français du Québec\u201d.La norme de dépouillement est précisée; les aspects techniques de ce dernier sont marqués.Les auteurs font ensuite valoir l\u2019utilité de leurs instruments de travail (l\u2019index de fréquence qu\u2019ils publient et leur fichier informatique) en différents domaines: Que reste-t-il de l\u2019adolescent d\u2019hier?Cette photo qui l\u2019étrange à soi-même.La mort, je la vois aujourd'hui, qui me rejoint dans les yeux interrogateurs de l\u2019ami qui chantait et se démenait, dans la main tendue du mendiant qui promet l'éternité en récompense, et même dans ce sourire d\u2019enfant que je ne puis rendre qu\u2019hypocritement: les ans nous séparent.Je suis le voyageur: Un jour, il partit pour voir le monde.Il avait cet air inquiet que camouflait mal sa bravade.Sa mère geignait, un vieillard maugréait.Tant d\u2019années plus tard, très las, il s\u2019est arrêté dans une ville proche du lieu de sa naissance.Parfois l\u2019automne il a la nostalgie de son enfance, mais il craint d\u2019affronter les ombres vindicatives qui peuplent le vieux quartier.(P.43.) Je ferme le livre.J\u2019y reviendrai.Il a la qualité des livres de chevet: à celui qui va s\u2019endormir et qui, fatigué, ne veut pas se donner la peine de tourner les pages ni de lire longuement, il s\u2019offre à ouvrir à toute page.Quelques lignes, et la méditation est nourrie, qui vous met en face de l\u2019Heure.Stupeurs, livre d\u2019heures, étrange et beau, qui sonne le rappel.Vers quoi?Vers qui?Vers le repos final, quand on a traversé la vie; vers la durée qu\u2019annonce la netteté transcendante de la forme diamantine.Département des lettres françaises, Université d'Ottawa.étude scientifique de la richesse lexicale des individus, évaluation des connaissances usuelles et quotidiennes du vocabulaire actif d\u2019individus québécois en matière de vocabulaire de langue parlée commune, constitution d\u2019un vocabulaire de formes qu\u2019un ordinateur pourrait reconnaître automatiquement, travaux descriptifs sur le québécois parlé (définition des canadianismes de fréquence, recherche des écarts négatifs en québécois par rapport au français plus standard, compilation d\u2019un dictionnaire descriptif du québécois contemporain, etc.), études de particularités linguistiques sociologiquement intéressantes, etc.En somme, deux excellents documents de travail, qui font suite à la dizaine déjà publiée par l\u2019équipe Beauche-min-Martel; ils en laissent prévoir maints autres dont les conclusions seront de plus en plus intéressantes à mesure que l\u2019analyse du corpus estrien s'élargira et s\u2019approfondira jusqu\u2019aux limites du québécois parlé, que l\u2019on pourra comparer au parler de France, si le permettent bientôt les études consacrées à celui-ci.René DIONNE 319 UN LIVRE POUR VOUS DE TOUT MON COEUR Le chef Dan George POÈME OU PRIÈRE?Un homme devant la nature qu'il comprend, à laquelle il communie.Des dessins qui parlent.Un fort volume relié, 8 pouces 1/4 par 9 pouces 1/4 96 pages, dessins presque à toutes les pages.$12.95 De tout mon cœur ¦ Danxxeç V^traduction de Louis-Bertrand Rai* tiond( x ssins de rlefimut Hirnschall BELLARMIN Le respect profond des hommes et de la création rapproche de Dieu.L'auteur est bien connu des téléspectateurs du réseau anglais de Radio-Canada.Son témoignage risque de nous entraîner à la louange du créateur et de ses oeuvres.Un des plus beaux ouvrages jamais publiés au Québec.UN CADEAU À OFFRIR UN CADEAU À S\u2019OFFRIR Les Éditions Bellarmin 8100, Boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél: (514) 387-2541 "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.