Relations, 1 décembre 1979, Décembre
[" hlatlns A* COMPRENDRE LES SECTES WM \u2018ïffikV V*£Kn« '.- SECTES, GNOSES, PSI?UN ESSAI DE TYPOLOGIE NUMERO SPECIAL COMMENT, EN 1979?UN ÉCLAIRAGE SOCIOLOGIQUE L\u2019ÉGLISE, UNE SECTE?UNE INTERPELLATION -ÉDITORIAL, RÉFÉRENDUM ET STATU QUO -CINÉMA.\u201cAPOCALYPSE NOW\u201d No 454 $1,00 décembre 1979 SOMMAIRE vol.39 no 454 Albert BEAUDRY Irénée DESROCHERS Roland CHAGNON Roland CHAGNON Richard BERGERON Raymond BOURGAULT Bede GRIFFITHS Editorial Le statu quo une option et une mentalité Jean-Paul II et les peuples qui ne siègent pas encore à l\u2019ONU Comprendre les sectes Liminaire Indices bibliographiques La religion dans la société contemporaine Les sectes aujourd'hui, pourquoi?Les nouvelles sectes.Essai de typologie il y a sectaires et sectateurs La quête de Dieu 323 326 330 331 333 337 341 344 Jean-René ETHIER relations \"Apocalypse Now\" ou le salut par la secte Tables de l\u2019année 1979 \"Y VIENT DE PARAÎTRE 346 350 _______J | revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Robert Toupin Conseil de direction: Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques Saint-Aubin, Roger Sylvestre.Comité de rédaction: Albert Beaudry, secrétaire, Raymond Bourgault, Ginette Boyer, assistante, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Roger Marcotte, Luis Morfin, Robert Toupin.Illustrations: Jean Villemaire.Graphiste: Dominique Desmarais.Photos: Paul Hamel.Administration: Maurice Ruest Abonnements: Hélène Desmarais Adresse: 8100, boul.St-Laurent, Montréal, H2P 2L9 tél.: (514)387-2541 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $10 par année.Le numéro: $1 Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Ottawa-Hull, Perspectives spaciales et aménagement En collaboration sous la direction de Rolf Wesche et Marianne Kugler-Gagnon Antécédents historiques et liens à l\u2019extérieur - Influences de l\u2019environnement - Caractéristiques socio-économiques et utilisation de l\u2019espace - Aménagement pour le futur.21,5x28 cm, 168pages, 78 illustrations En vente chez votre libraire et aux: On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Arbor, Michigan 48106 U.S.A.ISSN 0034-3781 V Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.J V Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 65, avenue Hastey, Ottawa, Ontario, KIN 6N5 322 RELATIONS /^Editorial -LE STATU QUOa UNE OPTION ET UNE MENTALITÉ Au cours des prochains mois, le référendum sur l\u2019avenir politique du Québec se hissera au premier plan de l\u2019actualité.Le public, soucieux de se faire une opinion, tiraillé par les arguments des parties en présence, conscient de l\u2019importance de l\u2019enjeu fondamental du débat en cours, sentira le besoin de prendre un peu de recul.Il faudra suivre les préparatifs et le déroulement de la campagne référendaire et réfléchir sur les implications à long terme de cet événement capital.Le Livre blanc déposé le 1er novembre dernier par le gouvernement du Québec, \u201cLa nouvelle entente Québec-Canada\u201d, gagnera à être confronté à la thèse du fédéralisme renouvelé, qui doit être exposée en détail par le Parti Libéral du Québec, et à une éventuelle \"troisième voie\u201d encore en gestation.Une première option peut cependant d'ores et, déjà être considérée et évaluée: le statu quo.Non seulement en tant que position assez nettement définie dans le débat référendaire, mais surtout comme mentalité diffuse, susceptible d'inspirer plus d'une position.Ajuster sans rien changer Recherchée et pédante il n\u2019y a pas si longtemps, l\u2019expression \u201cstatu quo\" appartient maintenant à la langue commune, au vocabulaire de base des luttes sociales et du débat constitutionnel.Ici, elle désignera d\u2019abord une option constitutionnelle, distincte du \u201cfédéralisme renouvelé\u201d, de la \"souveraineté-association\u201d, de l\u2019indépendance, et assez précise pour que la Commission Pépin-Robarts, sans pour autant l'endosser, en fournisse la définition suivante: Les partisans du \"statu quo\u201d sont convaincus que la loi fondamentale du Canada répond effectivement aux besoins de la population, qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire de la changer, sauf par le processus normal des amendements formels apportés occasionnellement à l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, les décisions des tribunaux concernant le partage des pouvoirs législatifs, les accords fédéraux-provinciaux, les conventions, et les coutumes et usages.(1) Il convient d\u2019observer que les défenseurs éclairés de cette option font valoir qu\u2019elle n'équivaut pas 1.\tDéfinir pour choisir.Vocabulaire du débat.Commission de l\u2019unité canadienne, février 1979, p.90.2.\tvoir La Presse, 28 septembre 1979, p.A-10.à l\u2019immobilisme.Au contraire, disent-ils, des ajustements s\u2019imposent et il est possible de les introduire.On peut comprendre qu\u2019à une période de centralisation fédérale succède un régime plus décentralisé, où les provinces exerceront plus de pouvoir, administreront une part plus importante des taxes et des impôts et pourront se prévaloir d\u2019une plus large autonomie.Mais, dit-on, point n\u2019est besoin d\u2019amender la constitution pour effectuer cette correction de parcours: il suffit de faire jouer les mécanismes législatifs et judiciaires existants, prévus par l'AANB.Pourtant, l\u2019option constitutionnelle pour le \"statu quo\u201d semble jouer la fonction de \"repoussoir\u201d dans le débat politique actuel.Aucun des partis siégeant à l'Assemblée nationale du Québec n\u2019a retenu cette position, et on peut prévoir que les principaux porte-parole du regroupement pour le NON s'objecteront au projet gouvernemental, non pas au nom du statu quo, mais en renvoyant à des projets de révision constitutionnelle différents de la souveraineté-association.Les initiatives du gouvernement fédéral en vue de rapatrier la constitution \u2014 qui devaient aboutir à l\u2019impasse de la Conférence de Victoria \u2014 partaient également du principe que l\u2019ordre constitutionnel actuel exige d'être modifié.Soucieuses de reconnaître et de respecter la spécificité du Québec, la commission Pépin-Robarts préférait au statu quo un régime d\u2019 \"opting out\u201d, équivalant à un statut particulier officieux pour la province qui choisirait de s\u2019en prévaloir.De même, les premiers ministres provinciaux qui ont réagi négativement à la publication du Livre blanc du gouvernement québécois ont tenu à préciser qu\u2019ils s\u2019opposent au statu quo au sein du fédéralisme et qu\u2019ils réclameront \"des changements constitutionnels\u201d dans le cadre de la fédération canadienne.L\u2019attitude des partis politiques et des responsables gouvernementaux reflète d\u2019ailleurs ce qui semble être le sentiment prédominant de la population québécoise.Dans le sondage CROP, réalisé en juin dernier pour le compte du ministère des Affaires intergouvemementales du Québec et rendu public le 27 septembre, 62% des répondants estimaient que le Québec \u201cdevrait plutôt négocier une entente complètement nouvelle avec le reste du Canada\u201d que \"tenter d\u2019augmenter ses pouvoirs dans le système fédéral actuel\u201d.Quant à l'option pour le statu quo, elle recueillait la faveur d\u2019environ 38% des personnes interrogées (9,6% \"très favorables\", 28,6% \"assez favorables\u201d), mais se voyait rejetée par 56% des répondants (29,5% \u201cpeu favorables\u201d, 26,6% \"pas du tout favorables\u201d).(2) DECEMBRE 1979 323 L\u2019argument le plus mordant qu'on puisse utiliser contre les tenants du \u201cfédéralisme renouvelé\u201d revient à démontrer qu\u2019une proposition qui se veut distincte du statu quo, dès qu\u2019elle est présentée dans le cadre du jeu politique fédéral, n\u2019aboutit qu\u2019à un statu quo camouflé, puisque ce sont les règles du jeu qu\u2019il s\u2019agit de changer radicalement.(3) La réponse des défenseurs du fédéralisme, au Québec du moins, c\u2019est d\u2019assurer l\u2019opinion publique que le fédéralisme renouvelé n\u2019est pas une option pour le statu quo.Toute la question est de savoir si les changements qui \u201crenouvelleraient\u2019\u2019 le fédéralisme suffiraient à répondre à la réalité du problème national dans toutes ses dimensions.Cela reste à voir.Un changement fondamental Il est vrai qu\u2019on entend souvent critiquer la manie du changement pour le changement; il est vrai également que, dans le contexte de crise énergétique et de récession économique que connaissent les nations industrialisées, le mythe du progrès irrésistible de la civilisation est fortement ébranlé.Mais si on peut contester les \u201cmodes\u201d exploitées par le marché de la consommation et la foi nàive en un salut technologique, on ne peut oublier les transformations profondes qui ont bouleversé nos sociétés, le Québec en particulier, depuis une quarantaine d\u2019années.L\u2019industrialisation et l\u2019urbanisation n\u2019ont pas seulement modifié nos habitudes et notre cadre de vie: les changements sociaux et économiques qu'elles ont entraînés se répercutent au plan de la culture et de la politique.Nous ne pensons plus tout à fait comme nos grands-parents et nous avons d'autres exigences en termes de participation et de responsabilité.\u201cCette aspiration légitime\", écrivait Paul VI, se manifeste à mesure que croît le niveau culturel, que se développe le sens de la liberté, et que l\u2019homme perçoit mieux comment, dans un monde ouvert sur un avenir incertain, les choix d'aujourd\u2019hui conditionnent déjà la vie de demain.\u201d (4) Cette prise de conscience aboutit à une nouvelle façon de concevoir le bien commun et la paix sociale.Pendant longtemps on a identifié la paix au maintien de l'ordre établi: l\u2019âge d\u2019une coutume, l\u2019ancienneté d'une structure de gouvernement ou d\u2019un régime politique inspiraient la confiance et le respect.Les \u201cnouveautés\u201d étaient longtemps regardées avec suspicion et devaient \u201cfaire leurs preuves\u201d avant de mériter l'approbation des sages.3.\tPierre Vadeboncoeur, \u201cLe statu quoi?\u201d, Le Devoir, 7 novembre 1979, p.4.4.\tLettre apostolique \u201cOctogesima adveniens.\u201d au cardinal Maurice Roy à l\u2019occasion du 80e anniversaire de l\u2019encyclique \"Rerum novarum\u201d (14 mai 1971), N.47.5.\tLe Xe anniversaire de \u201cPacem in terris\" de Jean XXIII.Réflexions du cardinal Maurice Roy, président de la Commission pontificale \u201cJustice et Paix\".Fi- Dans un monde où les découvertes de la science ont imposé une meilleure qualité de vie, où les luttes sociales permettent l\u2019amélioration du sort des populations plus faibles, l\u2019adaptation est le nouveau nom de la culture, \u201cla progression\u201d, pour reprendre les mots de Jean XXIII, \u201cest la loi de toute vie\", et la paix est comprise bien plus comme \u201cun ordre à faire, un devenir à réaliser\u201d que comme une institution à préserver.En 1973, dans un texte publié à l\u2019occasion du dixième anniversaire de l\u2019encyclique \u201cPacem in terris\u201d, le cardinal Maurice Roy présentait ainsi cette conception dynamique de la paix, déjà esquissée dans les textes du concile: Une société qui ne progresserait pas ne serait pas une société en ordre, une société vivante.Elle porterait en elle quelque chose de surprenant et d\u2019inquiétant, surtout dans un univers en si rapide et si universelle transformation.Gaudium et Spes le notait déjà: \u201cLe genre humain passe d\u2019une notion plutôt statique de l\u2019ordre des choses à une conception plus dynamique et plus évolutive.De là naît, immense, une problématique nouvelle qui provoque de nouvelles analyses et de nouvelles synthèses.\" (5) La société québécoise est une société vivante.En dépit du sentiment de malaise que suscitent chez plusieurs la remise en question, la recherche de \u201cnouvelles analyses et de nouvelles synthèses\u201d, l\u2019élaboration d'un nouvel équilibre dans une société plus juste, le \u201cdésordre\u201d est plus apparent que réel.Il devient même le fait d'une société \u201cen ordre\u201d, si on entre dans la conception dynamique de la paix sociale que propose le texte du cardinal Roy.Cette tranquille révolution ne peut pas ne pas se répercuter au plan politique.Les structures gouvernementales pensées il y a plus d\u2019un siècle ne se sont pas conservées intactes.A tout prendre, elles ont évolué dans le sens d\u2019une plus forte centralisation des pouvoirs de taxation et de décision au niveau fédéral.La lettre de l\u2019AANB a autorisé cette évolution.Au même moment, une prospérité accrue favorisait chez une part croissante de la population québécoise la prise de conscience de son identité nationale et accentuait le désir d\u2019une plus grande responsabilité politique.Il a suffi de 27 ans, au siècle dernier, pour que les provinces britanniques rejettent le statu quo de l\u2019Acte d\u2019Union pour négocier une nouvelle constitu- ées, 1973, p.28.6.\tDiscours à l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies, N.13.On trouvera le texte français de l'allocution de Jean-Paul II dans L'Eglise canadienne, 13/4 (25 octobre 1979), p.99-106.7.\tLe peuple québécois et son avenir politique, message pastoral des évêques du Québec sur l\u2019évolution politique de la société québécoise.N.19 cf.RELATIONS, 39/452 (octobre 1979), p.269-272.324 RELATIONS tion, mieux adaptée aux exigences de la société industrielle naissante.Faut-il s\u2019étonner que le statu quo d\u2019un cadre constitutionnel pensé en 1867 paraisse aujourd\u2019hui inacceptable?Une affaire de mentalité Mais le \u2018\u2018statu quo\u2019\u2019 n\u2019est pas qu\u2019un monstre de papier, une définition contractuelle, la lettre de la loi de 1867.Comme le dit l\u2019expression populaire, c\u2019est souvent \u201cdans la tête\u2019\u2019 qu\u2019il s\u2019est installé.Il ne suffit pas de faire profession de s\u2019opposer au \u201cstatu quo\u201d pour assumer ses responsabilités et collaborer aux transformations nécessaires.Certaines attitudes, certaines façons de penser et de parler trahissent le désir plus ou moins conscient de \u201crester tranquille\u201d, de refuser le changement, d\u2019éviter de réussir l\u2019histoire.Elles naissent de l\u2019indifférence ou de la peur.L\u2019indifférence met tout un arsenal de masques et de disques au service des cyniques qui désespèrent du pays à construire.Le plus banal est celui du consommateur de l\u2019information-spectacle, qui affecte d'être lassé par la longueur et les redites du débat politique pour mieux oublier l\u2019enjeu de cet affrontement.\u201cToute cette discussion n\u2019est pas sérieuse, grogne-t-il, il n\u2019y a là qu\u2019une crise passagère, une autre flambée de sentimentalisme folklorique; au fond, rien n\u2019a vraiment changé au pays du Québec et le vieil instinct conservateur de notre population résistera au changement dès que l\u2019administration fédérale froncera les sourcils.\u201d Au contraire, l\u2019avenir du pays est extrêmement sérieux et nous n\u2019avons pas le droit de nous réfugier au-dessus de la mêlée pour sourire mesquinement des efforts des autres ou nous préparer à accepter passivement ce que d\u2019autres auront voulu.Jean-Paul II vient de rappeler que \u201cle droit à la participation politique et le droit de participer au libre choix des systèmes politiques du peuple auquel on appartient\u201d sont des droits fondamentaux et inaliénables.Ces droits nous imposent le devoir de prendre au sérieux la délibération collective qui en est l\u2019exercice concret.(6) Masquée d\u2019ennui ou de suffisance, l\u2019indifférence aboutirait à l\u2019abstention.Or l\u2019abstention qui n\u2019aurait d\u2019autres motifs que le refus de s\u2019informer ou le désintérêt pour la société à refaire n'est pas défendable.Le \u201cstatu quo\u201d, c'est aussi la peur.Peur du changement comme tel, comme si les institutions que nous connaissons actuellement n\u2019étaient pas elles-mêmes le fruit d\u2019un effort d'adaptation toujours nécessaire.Peur moins aisément avouable du \u201ccolonisé\u201d qui s\u2019ignore, trop prêt à croire ceux qui lui répètent que \u201cça ne pourra jamais marcher\u201d parce qu\u2019ils ont eux-mêmes grand intérêt à ce que ça ne marche pas.Un pays ne se construit pas sur le défaitisme.Et ce n\u2019est pas à coups d\u2019intimidation qu'on élabore un consensus national.Combien de fois nous répétera-t-on encore que les autres provinces et le gouvernement fédéral n\u2019accepteront jamais de négocier avec le Québec en dehors du cadre actuel?S\u2019il fallait prendre de tels propos au pied de la lettre, ils deviendraient strictement absurdes parce qu'ils reviennent à nier l\u2019acte politique lui-même, qui n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un exercice de négociation.Si on s\u2019obstine à les répéter, ce ne peut être que dans la logique, très politique, d\u2019une négociation qui est déjà en cours.En intimidant le vis-à-vis, dans ce cas il s\u2019agit de la population du Québec, et en l\u2019empêchant de parler avec autorité, on espère simplement renforcer sa propre position de négociation en faveur du statu quo.La raison est meilleure conseillère que la peur.Qu\u2019on relise dans cette perspective le récent message de l\u2019Assemblée des évêques du Québec: \u201cles peuples qui forment une unité politique doivent toujours être disposés à définir ou redéfinir, négocier ou renégocier, les termes de leur cohabitation\u201d.(7) Au cours des mois qui viennent, on parlera beaucoup de notre identité nationale et du peuple que nous formons déjà.Il ne s'agit plus de nostalgie ou de folklore.Il y va du projet collectif, du type de société que notre peuple décide de se donner.Chez nous, en 1980, la tâche d'inventer un projet social qui fonde la \u201csociété à refaire\u201d est inséparablement liée à la question référendaire, constitutionnelle et nationale, qui, elle aussi, appelle un projet vivant.Le Québec a présentement la chance de se prononcer sur son avenir d\u2019une façon globale et démocratique qui est probablement unique.A cette communauté humaine il est demandé d\u2019avoir foi en elle, de miser sur l\u2019avenir et d\u2019aller, dans toute la mesure possible et nécessaire, contre les pressions économiques et culturelles du continent sous bien des rapports le plus puissant de la terre.A cette communauté, il est offert de façonner une société qui aille à l\u2019encontre des égoismes individuels et collectifs, en solidarité avec les petits pays du monde.Le Québec aura-t-il le courage de ce grand défi humain?Nous avouons ressentir le besoin d'un prophète, d\u2019un Isàie québécois.Qui irait chercher le fond de l\u2019âme croyante de ce peuple et l\u2019amènerait à assumer collectivement la construction d'une société juste et fraternelle.par-delà le statu quo.le 21 novembre 1979 Albert Beaudry DECEMBRE 1979 325 \tJEAN-PAUL II\t \tET LES PEUPLES\tpar Irénée Desrochers QUI NE SIÈGENT PAS ENCORE\t\t \tA L\u2019ONU\t Des millions et des millions d'êtres humains ont pu, par les média, la presse, la radio et surtout la télévision, lire, entendre et voir directement Jean-Paul Il à la tribune de l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU, le 2 octobre dernier.Dans l\u2019immense salle en hémicycle, le pape était sous le regard des caméras du monde entier.Il parlait d\u2019abord, directement, aux délégués des Etats membres, mais, ne nous y trompons pas, il s\u2019adressait aussi aux absents, aux communautés humaines, aux peuples et aux nations qui n'étaient pas officiellement présents, comme tels, qui sont censés être moralement représentés par les Etats, qui peuvent l\u2019être effectivement, mais qui, en toute vérité, ne le sont pas toujours.ce qu\u2019il faudra comprendre, quand Jean-Paul II viendra au Canada et au Québec, dans ce qu\u2019il dira.sans le dire Qui, en vérité, le délégué du Canada représentait-il effectivement et moralement?Le Québec était-il présent?Il paraît clair que le sens des paroles de Jean-Paul II fait qu\u2019il parle aussi bien au Québec qu'à d'autres absents, mais dans quel sens?Et quand Jean-Paul II rendra visite au Canada (on ne sait pas exactement quand, mais il semble bien l\u2019avoir déjà promis), il ne contredira pas ce qu\u2019il vient d'affirmer, de suggérer et de laisser entendre à l'ONU; mais, enchaînant sur ce qu\u2019il a déjà dit, que pourra-t-il dire alors au Canada et au Québec?Qu\u2019est-ce qu'il évitera de dire ouvertement en se contentant de le laisser entendre?Que devrions-nous comprendre si nous savons entendre?Car il a déjà parlé.En 1945, au moment de sa fondation, l\u2019ONU regroupait une cinquantaine de na- tions.Quand Paul VI rendit visite à l\u2019Assemblée générale, en octobre 1965, l'ONU comptait 117 Etats membres.Lors de sa visite du 2 octobre dernier, Jean-Paul II s'adressait à une Assemblée forte de 152 Etats.Restent toutes les nations et tous les peuples qui, comme tels, n\u2019ont pas de délégué officiel; ils sont quand même très présents à l'esprit de Jean-Paul II.Que leur dit ce visiteur superstar à la tribune de l'ONU?Ce Polonais connaît à fond la longue histoire de son propre pays: la nation polonaise, dotée à certains moments d\u2019un Etat souverain, vécut de longues périodes durant lesquelles, sans avoir son propre Etat souverain, elle subsistait néanmoins clairement comme nation.C\u2019est encore le cas aujourd'hui de certains peuples, qui importent sûrement à Jean-Paul II, tant celui-ci insiste sur la valeur de la liberté.Dans cette perspective, les implications les plus claires se trouvent dans le dernier paragraphe de son allocution (N.23), son message de conclusion.ÉTATS, PEUPLES, NATIONS Dans la conclusion de son discours à l\u2019ONU, Jean-Paul II adresse donc son message à un auditoire beaucoup plus vaste que '\u2018les représentants des Etats qui sont (ici) présents\u201d.Il propose alors des perspectives d\u2019élargissement et de renouvellement à l\u2019Organisation internationale.En débarquant à New-York, le pape avait expliqué au secrétaire général des Nations Unies l'importance qu\u2019il accorde à l'ONU, qui \u201ca une signification particulière pour le monde entier car, en elle, confluent les besoins et les aspirations de tous les peuples de notre planète\u201d.Jean-Paul II avait sans doute à l\u2019esprit les observations de Robert Bosc, grand spécialiste chrétien de la société internationale, qui a écrit que \"seuls les Etats ont droit de représentation et de vote\u201d à l\u2019ONU et que \u201cles peuples sont mal représentés à l\u2019ONU\" (Société internat., 1,288).Devant l\u2019Assemblée générale de l'ONU, Jean-Paul II conclut: \"Je désire exprimer encore une fois (.) mes pensées d\u2019estime et d\u2019amour profond pour tous les peuples, pour toutes les nations de la terre, pour toutes les communautés humaines.\u201d Le Pape insiste pour rappeler aux diplomates qui l'écoutent le sens de leur fonction et le rôle des Etats qu\u2019ils représentent.Toute une conception des rapports à instaurer entre les Etats et les peuples sous-tend ce qui paraît n\u2019ê-tre qu\u2019une formule solennelle de salutation.Plus tôt dans son allocution, Jean-Paul Il avait pris la peine d'exposer cette façon de concevoir le service propre de l\u2019Etat: Chacun de vous.est le représentant d\u2019un Etat, d'un système et d'une structure politique, mais il est surtout le représentant d'unités humaines déterminées; vous êtes tous les représentants .d'hommes concrets, de communautés et de peuples qui vivent la phase actuelle de leur histoire.En d\u2019autres mots, ces Etats \u2014 qui englobent des communautés humaines, des peuples, des nations \u2014 ne sont pas leur propre fin: \"la raison d\u2019être de toute politique est le service de l\u2019homme\u201d et des groupes humains où la personne se reconnaît et auxquels elle s\u2019identifie.Documents fondamentaux D'ailleurs, pour bien replacer les Etats devant leurs devoirs, Jean-Paul II rappelle explicitement un document qui met en évidence les fins de l\u2019ONU: \u201cle fameux prologue de la Charte des Nations Unies dans lequel les Peuples des Nations Unies.ont réaffirmé solennellement \u2018la foi dans les droits fondamentaux de l\u2019homme' .\u201d Or dans ce prologue de la Charte, \"les Peuples des Nations Unies\u201d, s'engagent, entre autres 326 RELATIONS CONCLUSION DE L\u2019ALLOCUTION DE JEAN-PAUL II À L\u2019ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES 23.Au terme de ce discours, je désire exprimer encore une fois, devant tous les hauts représentants des Etats qui sont ici présents, mes pensées d\u2019estime et d\u2019amour profond pour tous les peuples, pour toutes les nations de la terre, pour toutes les communautés humaines.Chacune d\u2019entre elles a sa propre histoire et sa propre culture: je souhaite qu\u2019elles puissent vivre et se développer dans la liberté et dans la vérité de leur propre histoire.Car telle est la mesure du bien commun de chacune d\u2019entre elles.Je souhaite que chacun puisse vivre et se fortifier grâce à la force morale de cette communauté qui fait de ses membres des citoyens.Je souhaite que les autorités de l\u2019Etat, en respectant les justes droits de chaque citoyen, puissent jouir, pour le bien commun, de la confiance de tous.Je souhaite que toutes les nations, même les plus petites, même celles qui ne jouissent pas encore de la pleine souveraineté et celles auxquelles celle-ci a été enlevée par la force, puissent se retrouver dans une pleine égalité avec les autres dans l\u2019Organisation des Nations Unies.Je souhaite que l\u2019Organisation des Nations Unies demeure toujours la tribune suprême de la paix et de la justice: siège authentique de la liberté des peuples et des hommes dans leur aspiration à un avenir meilleur.choses, \u201cà recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples\".Dans le même sens, Jean-Paul II renvoie l'ONU à son autre document fondamental, la Déclaration universelle des droits de l'homme publiée en 1948.Cette Déclaration est \"universelle\u201d et non pas seulement internationale, car elle établit non pas les droits des Etats membres mais ceux de chaque personne humaine à quelque peuple qu'elle appartienne.\u201cLe chemin du progrès moral de l\u2019humanité\u201d, explique le pape, \u201cle chemin fondamental\" qui s\u2019ouvre aux gouvernements et aux Etats, passe par \u201cla reconnaissance et le respect des droits inaliénables des personnes et des communautés des peuples\u201d.En interprétant ainsi le Préambule de cette Déclaration, le pape affirme donc que les peuples sont eux aussi les sujets de droits inaliénables.Or dans cette même Déclaration, l\u2019Assemblée générale de l'ONU proclame les droits de l\u2019homme \u201ctant parmi les populations des états membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction\", même si ces territoires sont \u201cnon autonomes ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté\u201d (Préambule et article 2 de la Déclaration).On comprend pourquoi le pape parle des \u201cdroits inaliénables des personnes\u201d, mais aussi des droits inaliénables \u201cdes communautés des peuples\u201d.Jean-Paul II parle de \u201ccommunautés humaines\u201d.Cette notion se retrouve dans le Vocabulaire de la Commission Pépin-Robarts (p.3): Une communauté est un groupe de personnes unies par la conscience de certaines caractéristiques qu\u2019elles ont en commun, (.) de certains intérêts qu'elles partagent (.).Le mot conscience est essentiel dans cette définition: une communauté est avant tout un état d'esprit collectif et un sentiment partagé.L'application de ces caractéristiques au cas du Québec semble convaincainte: même un parti nettement fédéraliste, le Parti libéral du Québec, dans Choisir le Québec et le Canada, commence par affirmer (pour préparer, comme nous le verrons plus loin, sa prise de position sur le caractère national de cette communauté) que le Québec est \"une véritable entité originale\u201d, qui a sa \u201cpersonnalité\u201d, son \u201ctempérament québécois\u201d au point de constituer \u201cune société distincte\" (p.91, 92, 103, 54).Cette société du Québec, dit le PLQ, s\u2019est développée comme société \u201cfrançaise\".Communauté nationale et nation Pour la Commission Pépin-Robarts, dans son Rapport, Se retrouver, la communauté que forme la majorité des francophones du Québec \"constitue un groupe ethnique particulier\", c\u2019est-à-dire, selon le Vocabulaire même de la Commission, une communauté de personnes \u201cayant la même origine\u201d et animées d\u2019un même \u201csentiment d'appartenance\".Les communautés humaines dont parle Jean-Paul II incluent les \u201cpeuples\".Il les nomme explicitement.Le Rapport de la Commission Pépin-Robarts enregistre, au plan de la conscience collective, des transformations de vocabulaire qui reflètent l'évolution de la mentalité chez les francophones du Québec: après s'être appelés Canadiens, puis Canadiens français, \"ils sont de plus en plus nombreux à ne se vouloir et à ne s'appeler que Québécois, se définissant mieux ainsi comme majorité, comme peuple\u201d (p.25).L'Assemblée des évêques du Québec, elle, se situe carrément au plan objectif quand elle affirme que \"les francophones du Québec constituent sûrement un peuple par leur langue, leur personnalité, leurs traditions, leur génie propre, leur sentiment de solidarité et leur 'vouloir-vivre collectif.\" Les caractéristiques qui amènent les évêques du Québec à reconnaître l'existence d'un peuple francophone du Québec ressemblent fort aux facteurs qu\u2019énumère la Commission Pépin-Robarts, dans son Vocabulaire, lorsqu\u2019elle entreprend de définir les concepts de \u201ccommunauté nationale\" et de \u201cnation\u201d (p.6).Dans son Rapport, la Commission se contente de signaler, parmi les hypothèses qui cherchent à éclairer la fédération canadienne, \u201ccelle d'une fédération de deux unités nationales\u201d (p.87).De son côté, le Parti libéral du Québec, en tenant compte de l\u2019émergence d\u2019une \u201cnouvelle conscience québécoise\u201d depuis 1960, affirme que \u201ctrès nombreux sont les Québécois qui tendent à se définir simplement comme des Québécois, c\u2019est-à-dire comme membres d'une communauté nationale ayant son siège et son centre naturel d\u2019intérêt au Québec, et nulle part ailleurs\u201d.Ce qui amène finalement ce parti fédéraliste à se dire \"résolument québécois\u201d, parce que, \u201cà ses yeux\u201d, vit au Québec \u201cune communauté nationale\" (p.24, 26, 91).Le Rapport de ia Commission Pépin-Robarts évite soigneusement d'accorder le titre de nation au peuple francophone du Québec, quitte à reconnaître uniquement \u201cia spécificité du Québec\u201d (p.85).Dans le contexte global canadien, le terme \u201cnation\u201d est piégé.Les anglophones, pour la plupart, surtout les hommes politiques, refuseront la thèse des deux nations, en affirmant que c'est le Canada seul qui forme une nation.Ainsi, le premier ministre de l'Ontario, William Davis, réagissant, à Queen\u2019s Park, au Livre blanc du Québec sur la souveraineté-association: \u201cLe Canada forme une nation .Notre nation prévaudra\u201d \"This nation shall prevail\u201d.Du côté francophone, on entend des langages divergents.Plusieurs ont conscience d\u2019appartenir à une nation: ce que le Parti libéral appelle \"communauté nationale\", eux, ils l'appellent carrément legr nation.D\u2019autres prendront soin d\u2019éviter le mot.La simple comparaison entre, d\u2019une part, la conclusion à laquelle arrivent beaucoup de ceux qui ont un profond sentiment d\u2019appartenance et, d\u2019autre part, les structures politiques auxquelles s\u2019arrêtent certains fédéralis- DECEMBRE 1979 327 tes éclaire cette divergence dans le langage.Dans une certaine perspective, la nation existe déjà comme communauté, au niveau sociologique.On pourrait dire que la communauté nationale est, politiquement, une véritable nation en puissance: à ce dernier niveau, elle ne deviendrait pleinement elle-même qu'au moment où, par autodétermination, elle accéderait à la pleine souveraineté.Ceux qui admettent le droit moral du Québec à s\u2019autodéterminer dans le sens de la souveraineté ou de l\u2019indépendance seront probablement tous d\u2019accord pour concéder que le peuple francophone du Québec est, (au moins) virtuellement, une nation au sens plein du terme.C\u2019est justement dans cette perspective que se placera Jean-Paul II dans la suite du paragraphe que nous avons commencé de relire.A l\u2019heure actuelle, il y a des communautés nationales qui sont représentées à l\u2019ONU par leur Etat propre.Certaines le sont par un état uninational; d\u2019autres \u2014 comme la Belgique qui inclut Flamands et Wallons \u2014 par un Etat pluri-national.L\u2019Etat fédéral du Canada est-il un Etat pluri-national?LIBERTÉ ET CROISSANCE DANS SA PROPRE HISTOIRE De toute façon, chacune de ces communautés humaines, de ces peuples et de ces nations, insiste le Pape, \"a sa propre histoire et sa propre culture\u201d.\"Je souhaite\u201d, dit-il, que ces communautés \u201cpuissent vivre et se développer dans la liberté et dans la vérité de leur propre histoire\u201d.Il sait que l\u2019histoire de certains peuples est énigmatique, problématique, voire douloureuse; il sait qu\u2019elle est en marche.Le Pape fait ressortir l'importance de cette histoire.Pourquoi souhaite-t-il que les peuples puissent se développer \"dans la liberté et dans la vérité de leur propre histoire\u201d?C\u2019est parce que, dit-il, \u201ctelle est la mesure du bien commun\u201d de chacun d\u2019eux.C\u2019est par le mouvement de son histoire qu\u2019on peut davantage mesurer ce qui est son bien commun, trouver la source de son destin, discerner certains critères pour le choix de son avenir, à cause des aspirations qui y germent.Même les plus petites Ce pasteur universel, philosophe et théologien, s\u2019y connaît en histoire et en sociologie: il explique les relations entre les citoyens et leur Etat.\u201cJe souhaite que chacun\u201d (chaque citoyen, chaque personne) \"puisse vivre et se fortifier grâce à la force morale de cette communauté qui fait de ses membres des citoyens.\" La force morale de cette communauté est un trésor, une voie de développement personnel, social, communautaire, national et politique.C\u2019est grâce à elle que l\u2019individu devient un citoyen au plein sens du terme.Mais, en contrepartie, le Pape indique certaines conditions: Je souhaite que les autorités de l\u2019Etat, en respectant les justes droits de chaque citoyen, puissent jouir, pour le bien commun, de la confiance de tous.L\u2019Etat souverain, fédéral ou non, doit de toute façon respecter les justes droits de chaque citoyen, comme mem- bre d\u2019une communauté et d\u2019un peuple, jusqu\u2019à reconnaître son droit à l'audo-détermination et, comme viennent de le dire les évêques du Québec, jusqu'à \u201cnégocier ou renégocier\u201d les formes que prendra concrètement l\u2019exercice pratique de ce droit.C'est ainsi seulement que l\u2019Etat pourra jouir (non pas pour lui-même, comme s\u2019il était sa propre fin, mais au service du bien commun des personnes et de leurs communautés) de la confiance des citoyens de tous les peuples, sans discrimination, du moment qu'ils acceptent librement, s'ils l\u2019acceptent, son autorité.Le Pape précise.\u201cJe souhaite que toutes les nations\u201d, \"même les plus petites\", \"puissent se retrouver dans l\u2019Organisation des Nations Unies\".Il a devant lui le délégué du 151e Etat à devenir membre de l\u2019ONU: la Dominique, une île minuscule des Petites Antilles.Ancienne colonie française, elle fut cédée à l'Angleterre par le Traité de Paris (1763), après avoir été occupée par les troupes britanniques en 1759.En 1969, elle devient un Etat associé au Royaume-Uni.L\u2019Encyclopédie Britannica affirme: \u201cA French patois is the language of the peasantry\u201d.Son territoire couvre 751 kilomètres carrés (L\u2019Ile de Montréal et l\u2019Ile Jésus, réunies, occupent 739 kilomètres carrés).La population de la Dominique ne dépasse pas 80 000 habitants.Devenue indépendante en novembre 1978, elle entre à l'ONU le 18 décembre de la même année, centième nouveau membre depuis 1945.Même celles qui n\u2019ont pas encore la pleine souveraineté Jean-Paul II va plus loin.\u201cJe souhaite\u201d, dit-il, que toutes les nations, \u201cmême celles qui ne jouissent pas encore de la pleine souveraineté .puissent se retrouver .avec les autres dans l\u2019Organisation des Nations Unies\u201d.Entre 1945 et la visite de Paul VI en octobre .1965, 65 nouveaux Etats membres à l\u2019ONU; entre la visite de Paul VI et celle de Jean-Paul II en octobre 1979, | j 35 nouveaux membres; en tout depuis la fondation de l\u2019ONU, une centaine de plus.: Entre la récente visite de Jean-Paul II et sa visite suivante (ou celle de son suc-cesseur), combien de nouveaux membres?Cet audacieux n\u2019appuie pas la cristal- i lisation d'un statu quo.Il ne \u201csacrali- j i se\u201d pas le statut présent des territoires : \"non autonomes ou soumis à une limita- j tion quelconque de souveraineté.\u201d Lors ! d\u2019une visite au Canada et au Québec, il ne retirera pas ces paroles.Il a même abordé un exemple concret et des plus délicats.Comment faut-il comprendre, en effet, l'allusion du Pape au problème du peuple palestinien?Plus j tôt dans son discours (N.10), sachant ! que le chef de la délégation de l\u2019OLP à \\ l\u2019ONU y a déjà le statut \u201cd\u2019observateur\", Jean-Paul II avait souhaité: Une paix qui, ne pouvant pas ne pas être fondée sur la juste reconnaissance des droits de tous, ne peut pas non plus j ne pas inclure la considération et la jus- | te solution du problème palestinien.Sans indiquer les modalités précises I de cette juste solution du problème du peuple palestinien, il n\u2019écarte certainement pas la possibilité \u2014 peut-être suggère-t-il de par sa conclusion \u2014 que cet .\"observateur\" devienne un jour délégué | officiel de plein droit.On sait ce que cela voudrait dire au plan de l\u2019évolution : politique et constitutionnelle.Même celles qui ont été dépouillées par la force Intrépide, le Pape développe son point de vue avec plus d\u2019audace encore: Je souhaite que toutes les nations.j .même celles auxquelles celle-ci (la pleine souveraineté) a été enlevée par la force, puissent se retrouver.avec les autres dans l'ONU.Il prononçait son discours en anglais et le mot anglais qui rend l\u2019expression \u201ca été enlevée par la force\" ne manque pas de vigueur: \u201cthose that have been j forcibly robbed of it (full sovereignty)\u201d.On a volé, dit-il, leur pleine souveraineté à certaines nations.Le Pape ne nomme personne! Mais, (dit le New York Times, 7 oct., IV, p.1), dans une allusion assez claire au cas de l\u2019Europe de l\u2019Est, il dit souhaiter que certaines nations dépouillées de leur pleine souveraineté la retrouvent un jour.La superpuissance de l\u2019URSS est visée dans son empire intérieur.suite, page 349 i 328 RELATIONS COMPRENDRE LES SECTES LIMINAIRE \u201cL\u2019Eglise que nous avions l\u2019habitude de fréquenter ne nous apportait rien qui nous aide à vivre.Nous avons cherché un bon bout de temps quelque chose qui donne un peu de profondeur à notre existence.Nous avons commencé par la Méditation transcendentale, puis une annonce dans les journaux nous a fait découvrir cet ashram, il y a quatre ans.\u201d La jeune femme qui parle aussi simplement de l\u2019expérience spirituelle qu\u2019elle et son -mari ont faite au cours des dernières années, n\u2019a rien d\u2019une \u201chippie\u201d californienne.Technicienne en dessin industriel, elle travaille pour une firme d\u2019ingénieurs de la Rive Sud de Montréal.Avec son conjoint et leur petite fille de 9 ans, elle partage la vie commune d\u2019un \u201cmonastère\u201d du centre-ville.Faut-il souligner qu\u2019elle n\u2019est pas non plus une fanatique: la sénérité de ses propos reflète la paix d\u2019une vie simple et dépouillée où le service, le travail et la contemplation s\u2019allient à la pratique du hatha yoga, à l\u2019étude des écrits de Swani Satchida-nanda et à une diète strictement végétarienne.Annie, elle, vient d\u2019avoir seize ans.A l\u2019âge où l\u2019on est particulièrement mal à l\u2019aise dans sa peau, où l\u2019idéal et le quotidien semblent se contredire irrémédiablement, elle assiste, impuissante, au conflit qui divise ses parents.L\u2019école ne lui dit pas grand\u2019chose et comme elle vient, encore une fois, de changer de polyvalente (sa famille a déménagé), elle ne peut trouver, là non plus, le milieu qui l\u2019appuie et l\u2019aide à s\u2019identifier.Dans un centre d\u2019achats, elle est abordée par les Enfants de Dieu.Elle participe à quelques soirées.Elle découvre une atmosphère chaleureuse et sécurisante: les longues sessions de chants et de psalmodies, l\u2019obsession du retour à l\u2019enfance, la vénération pour la Bible, les prophéties apocalyptiques du maître Mo'ise-David, la pratique de l\u2019obéissance la plus stricte lui font entrevoir le paradis perdu.Dès qu\u2019elle aura dix-huit ans (c\u2019est du moins ce qu\u2019on affirme officiellement), elle pourra enfin tout quitter et aller vendre des tracts à Paris, New York ou San Francisco pour la \u201cFamille d\u2019amour\u201d.Dans tel village de l\u2019Abitibi, dans telle paroisse rurale des Bois-Francs, le curé se trouve, presque du jour au lendemain, confronté à une situa- tion critique.Plusieurs paroissiens lui écrivent pour lui signifier officiellement qu\u2019ils renoncent à la foi catholique, qu\u2019ils exigent que leurs noms soient rayés des registres de la paroisse et qu\u2019ils demandent qu\u2019on achemine leur abjuration jusqu\u2019à l\u2019évêché.Les Mormons et les Témoins de Jéhovah se sont mis à attirer de plus en plus de fidèles.Que faire?Ce n\u2019est pas un hasard Les sectes sont plus qu\u2019un fait d\u2019actualité nouveau et intriguant.Elles sont en train de modifier le contexte culturel et religieux des sociétés occidentales.Leur diffusion et leur succès ne sont pas le fait du hasard et il serait sans doute irresponsable de s\u2019obstiner à n\u2019y voir qu\u2019une mode transitoire.Elles rejoignent des \u201cclientèles\u201d assez faciles à identifier et répondent à des besoins précis, nés de notre style de vie rationalisé et de notre manière de \u201cne pas penser pour nous\u201d.Pour cette raison, les chrétiens voudront s\u2019expliquer ce que tant de jeunes (et de moins jeunes) vont chercher dans ces groupes, et que les Eglises ne semblent pouvoir leur offrir.Au Québec, l\u2019ouvrage qui a suscité le plus de discussion autour des sectes est probablement le Trust de la foi, écrit par Jean-Pierre Gosselin et Denis Monière.En fait, il s\u2019agit plutôt d\u2019une thèse sur la faveur dont jouissent les mouvements religieux et sur la signification politique de ce \u201cretour du sacré\u201d que d\u2019une enquête sur les diverses sectes qui se développent chez nous.Les auteurs ont choisi de rapprocher des \u201cJesus People\u201d, du mouvement \u201cHare Krishna\u201d et de la secte de Moon, le mouvement du Renouveau charismatique et les groupes chrétiens qui s\u2019y rattachent.Les critères qui caractériseraient cette remontée du religieux seraient \u201cle refus de l\u2019héritage rationaliste du monde occidental, de l\u2019idée du progrès et du matérialisme, le refus de l\u2019engagement politique et de l\u2019action, et la foi en des forces surnaturelles qui dirigent les destinées du monde\u201d, (p.10) Les auteurs relèvent ensuite les retombées socio-politiques du phénomène.Chez les jeunes, \u201cles sectes opèrent une diversion sociale\u201d et réintègrent dans le conformisme ceux que la contestation continue de fasciner: on leur permet de remettre en question les valeurs de la société occidentale, mais non son fonctionnement.Les groupes DECEMBRE 1979 329 COMPRENDRE LES SECTES qui favorisent le désengagement, la discipline personnelle et le bonne-ententisme n\u2019ont rien à craindre des pouvoirs en place.Par ailleurs, les mouvements de type pentecôtiste (le Renouveau charismatique inclus) se recrutent surtout parmi les adultes des classes moyennes.Ils canalisent dans le religieux, et donc en dehors de l\u2019action concrète, une protestation contre les valeurs dominantes: \u201cils pratiquent une subversion symbolique de l\u2019ordre social en s\u2019opposant aux pratiques religieuses officielles\u201d.Essayer de comprendre D\u2019un point de vue juridique, on ne saurait évidemment parler de \u201csecte\u201d à propos du renouveau charismatique, reconnu et approuvé par la hiérarchie de l\u2019Eglise.Mais au plan sociologique, où se placent Monière et Gosselin, on ne peut négliger la coincidence entre l\u2019expansion du mouvement et la diffusion de groupes religieux sectaires, gnosti-ques ou ésotériques, non plus que les attitudes que paraissent favoriser les uns et les autres.Au plan pastoral, cette remontée du \u201creligieux\u201d interpelle, pose question et invite au discernement.Quand les évêques canadiens attiraient l\u2019attention sur certains aspects négatifs du renouveau charismatique (recherche du merveilleux, repli sur soi, émotionnalisme, fondamentalisme), ils mettaient le doigt sur une tentation de désengagement social, qui va à l\u2019encontre de l\u2019enseignement de Vatican II sur la mission du chrétien dans le monde.Les mêmes réserves valent d\u2019être formulées à l\u2019égard de nombreuses sectes: le salut par la fuite est une leurre.Par ailleurs, la soif de vie intérieure qui se manifeste à travers tout ce mouvement de quête spirituelle ne doit pas être méconnue.C\u2019est un fait que notre tradition occidentale n\u2019a pas su conserver, ou plutôt renouveler, les \u201cécoles du coeur\u201d de la spiritualité.Le besoin de donner à sa vie plus de cohérence et de profondeur, de vivre \u201cen présence de Dieu\u201d, semble bien ressurgir aujourd\u2019hui de façon sauvage, en réaction contre la banalité énervante du matérialisme ambiant.Mais ce qui semble s\u2019imposer avec urgence au croyant soucieux d\u2019authenticité et de solidité, c\u2019est la redécouverte d\u2019une spiritualité accordée à l\u2019engagement.Les recettes ne suffiront pas à combler ce besoin.Dans ce domaine où la vérité personnelle devient mystère, rien ne remplace l\u2019expérience.A condition de s\u2019engager dans le projet de la société à refaire, le retour de ferveur auquel nous assistons deviendra un pas dans la bonne voie.Mais l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui a tout autant besoin du témoignage spirituel des croyants engagés dans le social et le politique.Chose certaine, les sectes nous imposent un effort de compréhension et de discernement.Reflet du pluralisme de notre société, produits de consommation sur le marché du \u201cmerveilleux\u201d, refuges contre l\u2019anonymat et la superficialité de la ville technologique, elles nous posent une question.Ce numéro spécial voudrait nous aider à l\u2019entendre et à la comprendre.INDICES BIBLIOGRAPHIQUES 1.Des brochures De Gibon, Yves: Des sectes à notre porte, Chalet, Paris, 1979, 46 p.Répertoire et présentation schématique des sectes les plus marquantes de la France d\u2019aujourd\u2019hui.Foucart, Eric: Sectes et mouvements religieux marginaux dans l\u2019Occident contemporain - bibliographie sélective, Centre de recherches en sociologie religieuse, Université Laval, 1979, 108 p.Un ouvrage fort utile pour mener à bien une étude plus approfondie de ce phénomène.L\u2019a.dresse une liste importante de livres et d'articles récents (en français et en anglais), il mentionne également des ouvrages plus anciens, mais indispensables à toute recherche sérieuse.Martucci, Jean: Les témoins de Jéhovah, SOCA'BI et NOVALIS, Ottawa, 1977, 32 p.Dans un langage très accessible, l'a., bibliste, répond aux principaux arguments apportés par les membres de cette secte.2.Des livres Gosselin, Jean-Pierre et Monière, Denis: Le trust de la foi, Ed.Québec/Amérique, Montréal, 1978, 166 p.Par une analyse politique basée sur l'étude de quelques sectes et du Renouveau charismatique, l\u2019a.veut démontrer que \u201cles nouvelles sectes constituent un important allié du capitalisme en crise, en enseignant la passivité à leurs adhérents et en contribuant à désarticuler les conflits par leur vision idéaliste et fataliste de l\u2019histoire.\u2019' Vernette, Jean: Des chercheurs de Dieu \u201chors frontières\u201d, (Croire aujourd'hui), D.D.B., 1979, 160 p.Cette étude des sectes et des nouvelles religions, comme phénomène \u201cimportant pour notre foi aujourd'hui\u201d est suivie de quelques instruments pastoraux: textes du Magistère, grilles de discussion, pistes spirituelles et bibliographie.330 RELATIONS par Roland Chagnon st i- i 1- LA RELIGION DANS LA SOCIÉTÉ CONTEMPORAINE Les deux articles qui suivent sont intimement liés.Dans un premier temps, Roland Chagnon s\u2019inspire surtout de Peter L.Berger pour présenter un ensemble de réflexions sur le rôle de la religion en société traditionnelle et dans la société contemporaine.Ainsi, il établira un cadre d\u2019interprétation sociologique à la floraison sectaire actuelle.Par la suite, il utilisera ce cadre pour aborder le phénomène des sectes.Dans son second article, \u201cLes sectes d\u2019aujourd\u2019hui.Pourquoi?\u201d Il confrontera deux définitions de la secte, ce qui ne sera pas sans influencer nos interventions dans la réalité sociale de chez nous.1- La religion comme produit de la culture.Selon Berger, l\u2019homme est un producteur de visions du monde, un fabricant de significations ultimes destinées à l\u2019ancrer solidement dans l\u2019univers, à lui fournir un cadre de référence irrévocable pour la conduite régulière de sa vie tout aussi bien que pour répondre aux problèmes fondamentaux de l'existence: souffrance, mal, mort.Berger distingue trois phases dans ce processus humain par lequel l\u2019homme construit son univers, il les désigne ansi: EXTERIORISATION - OBJECTIVATION - INTERIORISATION./ A propos de l\u2019extériorisation, Berger écrit ce qui suit: \"La religion a joué un rôle stratégique dans l\u2019entreprise humaine de construction du monde.La religion représente le point ultime d\u2019auto-extériorisation de l\u2019homme, de son effort pour infuser toute la réalité de ses propres signifi- cations.En effet, la religion implique que l\u2019ordre humain est projeté dans la totalité du réel.Autrement dit, la religion représente l\u2019effort audacieux de l\u2019homme pour concevoir l\u2019univers entier comme humainement significatif.\u201d/ Quant à l\u2019objectivation, elle résulte pour ainsi dire du succès de l\u2019extériorisation.Dans la phase d\u2019objectivation, en effet, l\u2019univers de significations ultimes culturellement produites par l\u2019homme pour donner sens à sa vie devient objet et échappe à son contrôle.C\u2019est ce qu\u2019exprime la culture en parlant de révélation.Désormais, ce sont les dieux qui sont envisagés comme pourvoyeurs du sens ultime du monde et de l\u2019homme et comme garants de sa validité./ Enfin, par intériorisation, Berger réfère au processus par lequel les jeunes générations ingèrent par l\u2019éducation l\u2019univers de sens auquel les introduisent les aînés.Dans les sociétés stables, l\u2019intériorisation se fait bien.Dans les sociétés en voie de changement, elle fait problème.Le désir et la volonté des jeunes générations de créer de nou- Woodrow, Alain: Les nouvelles sectes, Seuil, Paris, 1977, 188 p.L\u2019auteur, chroniqueur religieux au Monde, a \"réuni un dossier bien documenté sur quelques sectes récentes, spécialement celles qui s\u2019adressent aux jeunes\u201d.3.Des articles Fêtes et saisons a consacré deux numéros aux sectes: février 1975 (no 292) et mai 1976 (no 305).R.N.D., no 8, septembre 1978.\"Les nouveaux groupes religieux, une révolution dans l\u2019ombre\u201d.Une entrevue avec J.-P.Montmigny, sociologue et théologien.Bergeron, Richard: \u201cLa gnose parmi nous\u201d, Nouveau Dialogue, no 31, septembre 1979, p.15-18.L\u2019a.fait une première classification des sectes et dégage certaines perspectives théologiques.Chagnon.Roland: \u201cLes nouveaux regroupements de chrétiens\u201d, Bulletin de l'entraide missionnaire, vol.XX, no 3, octobre 1979, p.119-130.L\u2019a.étudie les charismatiques, les communautés de base et le réseau des politisés chrétiens et propose quelques éléments de réflexion sur la signification de ces trois regroupements pour l\u2019Eglise et la société du Québec \u2014 A consulter dans le prolongement de cette recherche sur les sectes et l\u2019Eglise.Launière, Claude et Gagnon, Pauline: \u201cUn marketing transcendantal\u201d, Québec-Science, vol.17, no 3, novembre 1978, p.36-40.Cet article, traitant spécifiquement de la méditation transcendantale, a ceci d\u2019intéressant qu\u2019il critique l\u2019utilisation de la M.T.au profit de l\u2019augmentation de la productivité dans les grosses compagnies.V DECEMBRE 1979 331 velles institutions et de nouvelles significations se heurtent aux traditions des anciens.2-\tLa religion, agent de légitimation sociale.L'homme, conscient de la précarité de ses systèmes de référence ultime, cherche à triompher de cette fragilité et à maintenir son univers de valeurs en les rapportant directement au divin.C\u2019est ce que Berger appelle le processus de légitimation.Berger ajoute que la religion a été historiquement le facteur le plus important et le plus efficace de la légitimation sociale en accordant aux institutions sociales un statut ontologique, ultimement valable, qui les auréole d\u2019un statut sacré et immuable.institutions et des symboles religieux\u201d.Un vaste \u201cdésenchantement du monde\u201d s\u2019opère avec l\u2019irruption de l\u2019industrialisation.Le monde perd ses colorations sacrales, il devient un vaste lieu ouvert aux interventions illimitées de l\u2019homme, à son besoin de conquête et de domination.Il en résulte, écrit Berger, une crise importante de crédibilité des institutions religieuses qui s\u2019accompagne souvent chez les individus d'impressions d\u2019être perdus, de sentiments anomiques et d'anxiété existentielle.Berger distingue deux phases dans le processus d\u2019autonomisation du monde.Dans la première, dit-il, l\u2019économie s'est affranchie du contrôle religieux.Elle s'est donné ses lois propres et n\u2019a plus accepté d\u2019ingérence religieuse à l\u2019intérieur de celles-ci.Dans la seconde phase, la politique s\u2019affranchit de la tutelle religieuse et apprend à voler de ses propres ailes.L'Etat scientifique et libéral, le \"Welfare State\u201d n\u2019a plus besoin de la religion qui, désormais, se réfugie dans ses derniers retranchements: la famille et la vie privée des citoyens.3-\tReligion, société traditionnelle et société contemporaine.6- La religion: affaire privée.Berger distingue deux types de société: celle dans laquelle une religion a le monopole et celle dans laquelle diverses religions sont en concurrence les unes avec les autres au sein d\u2019une même société.La première situation correspond à celle qui prévaut dans la société traditionnelle, la seconde à celle qui domine dans le cadre de la société pluraliste actuelle.4-\tLa religion dans la société traditionnelle.Dans la société traditionnelle, la religion avait pour but de rendre le monde rationnellement acceptable en dépit de ce que Karl Jaspers appelle les \u201csituations-limites\u201d que sont le mal, la souffrance, la mort.En ouvrant à l\u2019homme la perspective d'une vie au-delà de la mort où l\u2019homme pourra étancher sa soif de vivre, en lui faisant miroiter les merveilles d'un paradis où régneront l\u2019harmonie, la paix et le bonheur total, la religion permet à l\u2019homme d\u2019endurer l'état souvent précaire de son existence humaine, concrète et historique.L\u2019homme devient partie prenante d'un projet qui le transcende.Il est inséré dans un divin \u201ccosmos\u201d qui offre une signification ultime à sa naissance, à sa vie, à ses souffrances et à sa mort.Cette signification ultime est partagée par la société à laquelle il appartient.C'est donc non seulement l\u2019homme en tant qu'individu qui trouve son achèvement dans le \u201ccosmos\" sacré, mais c\u2019est aussi toute la société qui se voit invitée à s'insérer dans une réalité pensée comme gratuite, inédite, déjà là, transcendante.C\u2019est ce qui fait dire à Berger: \u201cLe monde, de fabrication humaine, est conçu en des termes qui dénient cette réalité.Le \u201cnomos\" humain devient un \u201ccosmos\u201d divin.Telle est l\u2019aliénation qu\u2019opère la religion.\u201d 5-\tLa religion dans la société contemporaine.La sécularisation apparaît, chez Berger, comme le signal d\u2019une rupture avec la vision traditionnelle du monde.Il la définit comme \"un processus par lequel des secteurs de la société et de la culture sont soustraits à la domination des La sécularisation des mentalités et des institutions religieuses conduit au pluralisme.\"Le pluralisme est un corrélatif social de la sécularisation de ia conscience.Une grande variété d\u2019institutions religieuses ou non offrent en même temps et sans les imposer leurs visions du monde et leurs définitions de la réalité.\u201d La religion est individualisée, privatisée.Elle devient affaire de choix personnel.Cette religion privée, caractéristique de la société industrielle, n\u2019ambitionne plus du tout de jouer le rôle classique dévolu à la religion dans les sociétés d\u2019hier, c'est-à-dire celui de construire un monde (\"nomos\u201d humain) s\u2019imposant ensuite à tous (\u201ccosmos\u201d divin).Elle ne se contente que de satisfaire les besoins privés des citoyens.Elle voit à calmer leurs anxiétés métaphysiques et à combler leurs besoins d\u2019absolu.Mais, comme les lois de l'économie et de la politique s'autosuffisent désormais, elles interdisent au religieux de franchir la zone du personnel, du privé, de l'intime.En ce contexte, il est bien plus normal de voir la religion s\u2019exprimer dans le langage de la vie intérieure, de l\u2019actualisation de soi, de la conversion que dans celui de l\u2019engagement social et de la transformation du monde.Il faut bien voir aussi que cette relégation de la religion à la sphère privée est tout à fait fonctionnelle dans le cadre d\u2019une société hautement rationnelle qui ne saurait que faire des intrusions de la religion dans les lois du marché et dans les rouages de la politique.Les réflexions de Berger permettent une meilleure compréhension du glissement qui s'est produit au sein de la religion lorsqu'on est passé de la société traditionnelle à la société contemporaine.Le vieil adage \"Cujus regio, ejus religio\u201d selon lequel chacun devait adopter la religion dominante du pays où il vivait ne vaut plus dans le contexte de la société contemporaine.En cette dernière, la religion est devenue affaire de choix personnel.Selon le contexte social et historique où l\u2019on se trouve, la secte revêt donc une signification différente.le JE les ié; P'I àl i( 1.Berger, Peter L., The Sacred Canopy.Elements of a Sociological Theory of Religion.Doubleday, N.Y., 1967, 230 p.332 RELATIONS LES SECTES par Roland Chagnon AUJOURD\u2019HUI.POURQUOI?Roland Chagnon, dans l\u2019article précédent, a présenté quelques éléments de réflexion sur \u201cLa religion dans la société contemporaine\u201d.On y a vu que la religion légitime les institutions sociales en les rapportant directement au divin.Dans la société traditionnelle, une religion, en l\u2019occurrence le christianisme, jouait ce rôle.Mais dans la société contemporaine, ce monopole est éclaté.L\u2019économie et la politique se sont tour à tour soustraites à la domination des institutions et des symboles religieux.La religion est individualisée et reléguée à la sphère privée: famille, besoins \u201cspirituels\u201d, etc.Ce cadre d\u2019interprétation sociologique est maintenant repris pour tenter de comprendre le phénomène des sectes.Dans un reportage spécial sur les sectes, fait à la fin de juillet 1979 dans le cadre de l'émission \u201cThe National\u201d, on affirmait qu'on comptait actuellement aux Etats-Unis deux mille cinq cent sectes et cultes différents.Ce chiffre est impressionnant.Il pose à tous ceux que préoccupe la question religieuse, pasteurs, théologiens, sociologues de la religion et religiologues des défis nouveaux.Comment expliquer le regain actuel d'intérêt pour les sectes?Que signifient-elles pour les églises?Qu'y recherchent leurs adhérents?Quel est leur impact prévisible sur l'évolution de notre société?L'urgence de ces questions et de plusieurs autres est devenue plus manifeste encore depuis le suicide collectif, à l\u2019automne 1978, de plus de neuf cents adeptes de la secte du \u201cTemple de Dieu\u201d.Pour répondre à ces questions, il me semble utile de recourir aux réflexions de Berger sur le rôle de la religion en société traditionnelle et dans la société contemporaine.Dans la première, la secte indiquerait une rupture par rapport à l'ordre dominant et à l'Eglise qui le légitime.Dans la seconde, la secte représenterait une volonté de se mettre à la suite d'un maître en vue de répondre à des besoins spirituels.La secte comme rupture.Etymologiquement, la secte dérive soit du verbe latin \u201csequi\" qui veut dire \u201csuivre\u201d, soit du verbe latin \"Secare\u201d qui signifie \u201ccouper\u201d.H.C.Chéry (1) a déjà fait remarquer que c\u2019est ce dernier sens qu'ont retenu l'histoire et la sociologie des religions.Il précise que les sociologues du christianisme ont convenu de nommer \u201csectes\u201d les dissidences du protestantisme qui présentaient les caractères suivants: refus de toute compromission avec le monde considéré comme entièrement pervers, arche de salut offert à un petit nombre d\u2019élus personnellement choisis par Dieu, exclusion des membres défaillants, négation de tout sacerdoce hiérarchique à l\u2019intérieur de la communauté.La secte se caractériserait donc par la PROTESTATION et l'INTRANSIGEANCE alors que l\u2019église, au contraire, serait marquée par la LEGITIMATION de l\u2019ordre actuel des choses et le souci du COMPROMIS avec l\u2019Etat.En conséquence, l\u2019église instituerait un salut pour la masse alors que la secte s\u2019offrirait à l\u2019espérance de quelques convertis; l'église se penserait comme le Royaume de Dieu sur terre alors que la secte accentuerait le caractère eschatologique du Royaume de Dieu et la nécessité de se convertir pour y accéder; l\u2019église instituerait un culte caractérisé par des rites fixes et un sacerdoce officiel alors que la secte favoriserait un culte plus laie, plus spontané et plus intense (2).Je voudrais ici proposer que cette vision de l'église et de la secte, tout en étant valable dans le contexte d\u2019une société traditionnelle, ne vaut plus dans le cadre de la société industrielle contem- poraine.En d'autres termes, si la secte \u201cRUPTURE\u201d est un phénomène caractéristique des sociétés traditionnelles, la secte \"SUITE\u201d s'accorderait mieux avec nos sociétés industrielles actuelles.Il reste à savor si les qualificatifs de \u201crupture\u201d et de \u201csuite\u201d modifient la notion de secte de façon telle qu\u2019on doive inventer pour la seconde un nouveau terme.Mais c'est là un problème secondaire.Ce qu\u2019il importe ici de voir, c\u2019est que dans les sociétés traditionnelles, les églises légitimaient l'Etat et ses institutions.Elles en arrivaient à des compromis qui consolidaient à la fois l'empire des princes sur leurs sujets et leurs propres assises au sein des masses croyantes.Dans ce contexte, la secte naissait du regroupement de ceux qui ne profitaient pas du compromis et qui, en conséquence, avaient intérêt à remettre en question les structures de plausibilité dominantes.Elle représentait une rupture radicale avec l'église, aussi bien au plan de son univers de significations 1.\tChéry, H.C., Qu\u2019est-ce qu\u2019une secte?dans 2000 ans de Christianisme, t.V, Paris, Aufadi, 1976, p.165-193.2.\tSur l\u2019opposition Eglise et secte, voir Benoit Lévesque, \u201cL'ordre religieux comme projet rêvé: utopie et/ou secte?\u201d Etude comparative d\u2019un cas.ds Archives de Sciences Sociales des Religions, 41, 1976, p.77-108.Lévesque s'inspire ici d\u2019Ernst Troeltsch, The Social Teaching of the Christian Churches.Conclusion, New-York, Harper, 1960, vol.2, p.991-1013.La traduction française de ce texte apparaît dans \u201cArchives de Sociologie des Religions\", 1961, p.15-34.DECEMBRE 1979 333 religieuses qu\u2019à celui de l\u2019appartenance à la communauté qu\u2019elle représentait.La trajectoire de la secte, née de la rupture, pourra varier de la récupération par l'Eglise d'où elle est issue à la fondation d\u2019une nouvelle église.Dans une société traditionnelle où l\u2019on s\u2019attend à ce que la religion légitime l\u2019Etat en établissant l'origine divine de l\u2019autorité politique, la secte jaillit d\u2019une protestation.La secte représente alors une église des pauvres, des saints du derniers jour à côté et en marge de l'église des riches, des seigneurs et des évêques.La protestation pourra s\u2019exprimer dans un langage futuriste tout axé sur un âge d\u2019or à venir ou dans un langage passéiste chargé de la mémoire des âges exemplaires du passé.Dans le premier cas, on aura affaire à des sectes millénaristes comme celles des \u201cFrères du libre esprit\u201d (14e s.), des \u201cTabori-tes de Bohême\u201d (15e s.), des \u201cMormons\u201d (1827), des \u201cAdventistes du 7e jour\u201d (1827), des \u201cTémoins de Jéhovah\u201d (1874).Dans le second cas, on rencontrera des sectes \u201crevivalistes\u201d comme les \u201cAnabaptistes\" (1525), les \"Mennonites\" (1540), les \"Méthodistes\u201d (18e s.), l\u2019\"Armée du Salut\" (1868).La secte comme suite Dans les sociétés industrielles, plusieurs facteurs contribuent à donner aux sectes des traits entièrement nouveaux.Il va sans dire, bien entendu, que la secte \u201crupture\u201d peut avoir et a de fait des survivances jusqu'à nos jours.Mais, en règle générale, les groupes religieux nouveaux qui se multiplient aujourd'hui ont avantage à être interprétés autrement que comme des sectes protestataires.\"Le phénomène des \"sectes\" n'est pas une nouveauté de l\u2019époque contemporaine; il a toujours existé.Mais la base n\u2019en est plus la même; Les \"sectes\" du temps de la Réforme, par exemple, étaient des agents de progrès, de changements et de contestation jaillis du sein d'une Eglise officielle immobile, conservatrice, incapable de se réformer.Au contraire, les \u201csectes\u201d d'aujourd\u2019hui semblent être des agents de conservation, d\u2019immobilisme, voire de réaction, jaillis du sein d'une Eglise en marche, cherchant à s'adapter vraiment à un monde sans cesse changeant.\" (3) La dichotomie qu\u2019établit Foucart entre sectes \u201cagents de changement\" et sectes \u201cagent de conservation\u201d a l\u2019avantage de faire ressortir clairement la distance qui sépare les sectes contemporaines des sectes de l\u2019époque de la Réforme.Toutefois, je ne crois pas que la dichotomie choisie par Foucart soit la bonne.Est-ce à dire que l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui serait devenue agent de changement en même temps que la secte devenait agent de conservation?Il est préférable, à mon avis, en partant des réflexions de Berger, de voir les choses différemment.La dichotomie \u201céglise-secte\u201d vaudrait pour la société traditionnelle dans laquelle la religion pouvait encore intervenir dans le débat public en sanctionnant divinement certaines alternatives et en en rejetant d\u2019autres, qui, par ailleurs, pouvaient être reprises par des sectes exprimant par là une protestation religieuse et/ou politique.Dans le contexte de la société industrielle et séculière, toutefois, la dichotomie privé-public serait préférable.La vie publique serait ici celle dans laquelle la rationalité est au pouvoir dans les grands secteurs de la vie humaine: l'économique, le social, le culturel, le politique.Cette rationalité a ses lois propres et non seulement peut-elle se passer de l\u2019intervention religieuse, mais encore, elle le doit au nom de ses exigences propres, de son autonomie et du caractère séculier et scientifique de l\u2019Etat moderne.Ici, l'église et la secte sont réduites toutes deux à la vie privée.Toutes les deux, elles sont marginalisées par le \"Welfare State\u201d qui peut fort bien se passer d\u2019elles.Toutes les deux, elles sont destinées à veiller aux besoins d\u2019ordre strictement spirituel des hommes.La question se pose de savoir ce qui les distingue l'une de l\u2019autre.Est-ce l\u2019histoire?Les églises seraient les témoins contemporains de traditions religieuses millénaires alors que les sectes seraient des bourgeonnements récents poussés sur de vieux arbres.Est-ce leur plus ou moins grande organisation?Est-ce le nombre de leurs adhérents?Quelle que soit la réponse apportée à cette question, il semble qu'églises et sectes partagent, en société industrielle et sécularisée, la même fonction: répondre au besoin d'un sens absolu de l\u2019existence humaine, offrir des groupes d\u2019appartenance chaleureux et fraternels à leurs adhérents, souligner les grandes phases de la vie humaine telles que la naissance, le mariage et la mort par un rituel significatif et communautaire.Eglises et sectes assumeraient toutes deux une fonction de signification et d\u2019incorporation.Toutes deux se verraient interdite la sphère de l\u2019intervention sociale au nom de l\u2019autonomie de la raison économique et de la raison politique.Secte politique et secte religieuse Il y a sûrement place, aujourd\u2019hui comme hier, pour la protestation.Mais cette protestation, pour être contemporaine et donc, non anachronique, doit se présenter en termes rationnels et séculiers.C\u2019est en ce sens qu\u2019on a récemment parlé d'un usage non-religieux du concept de secte.Robert E.Park opposait en ces termes la secte politique et la secte religieuse.\"La différence essentielle entre les deux semble consister en ceci: les sectes religieuses, en décrivant leur programme comme une façon de vivre, projettent presque toujours en même temps leurs utopies au-delà des limites de l\u2019expérience humaine.Cela fait de ta vie en ce bas-monde une simple préparation pour un monde à venir.Les sectes politiques, au contraire, sont déterminées à faire en sorte que les deux qu'elles espèrent se réalisent présentement, sur cette terre, et, autant que possible, ici et maintenant.A la limite, cette distinction recouvre une différence profonde.Les sectes politiques (les anarchistes, les socialistes, les communistes) ont un programme d'action radicale.Les groupes religieux (les Quakers, les Shakers, les Holy Rollers) sont tout autant radicaux, mais, en tant que l\u2019action politique est concernée, ils sons passifs et résignés.\u201d (4) Accepter cette hypothèse (5) d\u2019un transfert de la fonction protestataire de la secte religieuse à la secte politique, cela signifie que la secte religieuse, en perdant son caractère protestataire dans 3.\tFoucart, Eric, Le phénomène des sectes.Essai de synthèse, ds \"Les Cahiers du C.R.S.R.\", Univ.Laval, vol.2, 1978, p.90-132, citation p.129.4.\tPark, Robert E., On Social Control and Collective Behaviour, Chicago Press, 1967, p.243-44.5.\tBerger, Peter, The Sociological Study of Sectarianism, ds Social Research, 21, p.467-485.334 RELATIONS le contexte de la société industrielle d'aujourd'hui, accéderait à de nouvelles fonctions qu\u2019il s\u2019agit maintenant d\u2019explorer.A la suite de Berger, je propose de comprendre les sectes contemporaines comme la conséquence directe de la sécularisation du monde, caractéristique d'une société industrielle, scientifique et pluraliste.La floraison actuelle des sectes ne ferait alors que justifier le découpage de la réalité opéré par notre société, un découpage où d'un côté domine l\u2019univers de la rationalité scientifique et technique qui préside au développement actuel de la collectivité humaine, et, d'un autre côté, l\u2019univers de l'irrationnel, du privé, et du personnel.Les sectes ne font qu\u2019emplir l\u2019espace que leur a destiné la rationalité scientifique contemporaine.Elles sont tellement à la remorque d\u2019une définition de la réalité qui échappe à leur contrôle qu\u2019elles empruntent pour se définir elles-mêmes le langage prédominant de la société: le langage scientifique.Les sectes entendent profiter du prestige de la science.Le cas le plus clair, à cet égard, est celui de la méditation transcendantale qui se présente comme une TECHNIQUE éprouvée, simple et efficace, qui se rattache elle-même à une SCIENCE: la SCIENCE DE L'INTELLIGENCE CREATRICE.Ce qui est offert aux individus qui la pratiquent, ce n'est plus un salut transcendant, mais un plus grand contrôle mental, une plus grande sérénité, une productivité améliorée, une perspicacité accrue, voire une puissance sexuelle plus marquée.A la collectivité, les organisateurs de la méditation transcendantale promettent la paix sociale dès qu\u2019un pour cent de l'humanité la pratiquera régulièrement.D'autres sectes religieuses se développent ainsi sous l\u2019ombrelle protectrice de la science.Je pense à la \u201cChristian Science\" (19e s.), à l\u2019Eglise de Scientologie (20e s.) et à l\u2019ensemble des sectes que Chéry classe dans la catégorie des sectes guérisseuses qu\u2019il définit comme des sectes pratiquant une thérapeuthique spirituelle faite d'un mélange de foi nàive, de supercherie, de phénomènes inexpliqués (6).Outre ces sectes guérisseuses, on trouve également aujourd\u2019hui un grand nombre de groupes gnostiques qui flirtent avec la science.A la suite d\u2019un maître.Qu\u2019on se situe à l\u2019intérieur des sectes guérisseuses ou des groupes gnostiques, une certitude demeure.Il y en a qui savent, on les appelles les \u201cmaîtres\u201d, les \u201cgourous\", et, il y en a d\u2019autres qui doivent faire l\u2019apprentissage de la connaissance des maîtres, on les nomme les \u201cdisciples\u201d.Cette caractéristique de nombreuses sectes contemporaines justifie leur désignation de \u201csectes de la suite\u201d.Dans un monde fragmenté, souvent déboussolé, le \"gourou\u201d apparaît comme phare dans la nuit.Il est lumière et certitude dans un monde de ténèbres et d'approximations.C\u2019est pourquoi, il importe de se mettre à sa suite, de recevoir du maître son \u201cmantra\" (Méditation transcendantale), de s\u2019ouvrir à la connaissance qu'il apporte (Mission de la lumière Divine du Guru MaharajJi), de s\u2019abandonner à ses projets de régénération totale de l\u2019humanité (L\u2019Eglise de l\u2019Unification de S.M.Moon).Frederick B.Bird fait de la dévotion envers un leader vénéré un des cinq traits caractéristiques des sctes contemporaines.Ces remarques contribuent à montrer que les sectes contemporaines retiennent bien peu des traits de la rupture protestatrice qui caractérisait les sectes des sociétés traditionnelles.Il semble bien, au contraire, que les sectes contemporaines répondent davantage aux besoins éprouvés surtout par les jeunes de se mettre à l\u2019écoute d\u2019un maître dans une société qui n'en connaît plus.En ce sens, les sectes actuelles réinventeraient le père.Elles seraient un témoignage du besoin des jeunes de recevoir des normes, de fixer des balises à leur liberté hésitante et inquiète.Si l'on tient absolument à lier secte et protestation, il faudrait voir la secte contemporaine non pas comme une protestation contre le père, mais contre son absence.Quand les adultes démissionnent, quand la ville est gouvernée par un prince qui est un enfant, pourquoi n'assisterait-on pas aussi au spectacle d\u2019un gourou enfant comme celui que nous four- nit la \u201cmission de la lumière divine\u201d dont le gourou, à ses débuts, en 1966, n'avait que huit ans.Les sectes actuelles répondent donc d\u2019abord et avant tout au besoin de se mettre à la SUITE d\u2019un maître, d\u2019une autorité qui procure une certaine forme de sécurité dans un monde anomique et anxiogène.Elles répondent à ce besoin en offrant un ensemble de croyances claires, de conceptions structurées de la société et des prescriptions parfois très détaillées en ce qui concerne la conduite de la vie quotidienne.Elles répondent aussi au besoin d'appartenance à une communauté chaleureuse et fraternelle.Se modelant sur notre société de consommation, elles s\u2019offrent, dans une sorte de super-marché des religions, à répondre à des besoins qu'on a qualifiés une fois pour toutes de spirituels, c\u2019est-à-dire, privés et personnels.En ce sens, les sectes contribuent, et contribueront, tant qu'elles seront les héritières d'une définition de la réalité qu\u2019on a faite à leur place, à la consolidation du \u201cstatu-quo\u201d social.En conclusion, qu\u2019il me soit permis de dire que les réflexions qui précèdent ont tenté de décrire des situations typiques qui, comme telles, n\u2019existent pas dans la réalité.C\u2019est ainsi que l\u2019idéal-type église (légitimation) et secte (protestation) de la société traditionnelle ainsi que l'idéal type groupe religieux, église ou secte (privé) et secte politique (public) de la société industrielle appelleraient bien des nuances et des correctifs si on tentait de les appliquer à des groupes et à des situations particulières.Cela n'enlève rien, à mon avis, à la validité de ces catégories qui offrent des cadres généraux d\u2019interprétation à la réalité qui, par définition, est toujours vaste, complexe et fluide.Je pense par exemple que l\u2019Eglise du Québec, depuis plusieurs années, affirme une nette volonté d'intervention dans la réalité sociale de chez nous, une volonté qui résiste à une tendance à la privatisation qui, à long terme, lui serait nocive.6.\top.cit.7.\tBird, Frederick B., \"A Comparative Analysis of the Rituals Used by Some Contemporary New Religious and Para-religious movements\u201d, in Religion and Culture in Canada, CSSR, 1977, p.447-469.DECEMBRE 1979 335 LES NOUVELLES SECTES sectes, gnoses, psi\tessai de typologie par Richard Bergeron L\u2019a., professeur à la faculté de théologie de l\u2019U.de M., nous propose un tour d\u2019horizon de V immense effervescence spirituelle qui se fait sentir dans notre société.Témoins de Jéhovah, Mission de la divine lumière, Atelier du contrôle mental, sont-ils si différents?Ou peut-on leur reconnaître certains airs de famille ?Depuis une quinzaine d\u2019années, le Québec a connu un réveil spirituel surprenant.Les grandes Eglises Chrétiennes sont retournées aux sources vives des Ecritures Saintes.En elles ont surgi de nouveaux lieux de renouveau spirituel qui attirent les chrétiens en recherche d'expérience de vie intérieure, de contemplation, de prière ou de fraternité.Dans la mouvance du Pentecôtisme et du Renouveau charismatique, on a vu surgir des mouvements aux eaux bouillonnantes où peuvent facilement éclore des germes de sectarisme ou de gnosticisme.Ce sont les groupes de renouveau chrétien.Les frontières des grandes Eglises étaient trop étroites pour contenir cette immense effervescence spirituelle.A la faveur du nouveau pluralisme de la société québécoise, un nombre considérable de groupes religieux, para-religieux, mystiques ont émergé en-dehors des structures ecclésiales.A côté des sectes protestantes traditionnelles \u2014 comme par exemple les Témoins de Jéhovah, les Mormons, les Adventistes \u2014 qui ont fait preuve d\u2019un prosélytisme souvent agressif au cours des deux dernières décennies, on a vu déferler dans notre milieu une nouvelle vague de groupes qui, au premier coup d\u2019oeil, apparaissent comme des amalgames syncrétistes de sagesse chrétienne et de mystique orientale, où se rencontrent, côte à côte, des éléments ésotérique, psychique, biblique, théosophique, cosmique et scientifique.Ce sont les groupes spiritualistes.De plus, avec la désoccultation des sciences occultes, nous avons vu naître une foule de groupes s'adonnant à la para-psychologie, au spiritisme, à la démonologie, à l\u2019astrologie, à l\u2019étude des O.V.N.I.et des extra-terrestres quand ce n\u2019est pas à la magie noire ou au satanisme.Notons que cette curiosité pour l\u2019occulte, l'étrange, l\u2019irrationnel est parfois récupérée par les nouveaux groupes spiritualistes.Ce sont des groupes occultistes.Notre essai de typologie ne vise ni les groupes de renouveau chrétien, ni les groupes occultistes.Il se limite aux groupes spiritualistes.Il est clair cependant que ces derniers ne sont pas sans affinité soit avec les groupes de renouveau chrétien, soit avec les groupes occultes.Chaque groupe se réclame soit d\u2019une sagesse inédite, soit d\u2019une révélation originale, soit d'un prophète particulier qui, lui, se présente comme un maître clairvoyant, jouissant d'un accès immédiat à des connaissances secrètes ou se réclamant de traditions immémoriales.Les voies spirituelles ou psychiques que les groupes spiritualistes proposent à leurs adeptes sont très souvent en effet, déceler entre les groupes des airs de famille qui nous permettent d\u2019opérer un certain classement.Sans simplifier à outrance, nous pouvons réduire l\u2019ensemble des groupes à trois grands types: les sectes, les gnoses et les groupes psi.Les sectes sont tournées vers la fin, les gnoses vers l\u2019origine, les groupes psi vers le présent.A l\u2019intérieur de chacun de ces trois types les ressemblances sont grandes.Les doctrines sont souvent identiques, malgré les terminologies particulières que chaque groupe se plaît à développer; les préoccupations et les voies proposées sont semblables; les techniques d\u2019ascèse, de méditation et d\u2019alimentation ne divergent le plus souvent que sur des points secondaires.Les sectes Les sectes sont des mouvements de dissidence par rapport aux grandes Eglises chrétiennes, dont elles retiennent certains éléments doctrinaux, liturgiques c Avant de juger, il faut comprendre.Avant d\u2019interpréter, il faut se laisser interpeller humblement.De par leur existence même, ces groupes posent une exigence sur l\u2019Eglise et sur la société et en révèlent les carences et les défaillances.le produit d\u2019un processus syncrétiste visant à réduire en une synthèse unifiée et cohérente des éléments épars puisés à même des systèmes fort hétérogènes.Vus de loin, ces groupes multiples et disparates ressemblent à une forêt touffue et indistincte.Ces groupes sont-ils diversifiés au point de former, chacun, une entité originale et irréductible?Ou bien ne peut-on pas les réduire à quelques types clairement caractérisés?Nous pouvons, ou éthiques.Elles estiment cependant que les grandes Eglises ont été corrompues soit par leurs collusion avec le pouvoir politique, soit par leurs compromis avec les moeurs et les philosophies ambiantes, soit par leurs alliances avec les forces du mal.Aux yeux de plusieurs sectes para-chrétiennes, l\u2019Eglise de Rome est la grande Babylone ou le siège de l'antéchrist.Par exemple, les adeptes du \u201cTabernacle chrétien de l\u2019Evangile des derniers temps\" trouvent 336 RELATIONS le chiffre 666 (chiffre de la bête de l\u2019Apocalypse) dans l\u2019inscription gravée sur le trône du Pape: Vicarius Dei Filii, en ne retenant de cette formule que les lettres qui servent de chiffres romains.La secte saute à pieds joints pardessus l\u2019histoire pour s\u2019aboucher directement à la communauté chrétienne primitive dont elle prétend être le décalque contemporain.Refusant la grande Tradition des Eglises, la secte rejette également leur confession de foi commune et s'oppose généralement à tout oecuménisme qu\u2019elle considère comme une menace à la pureté de la foi.La secte entend revenir à la pureté, à la ferveur et au radicalisme des premiers chrétiens qui vivaient dans ce monde comme des étrangers et des pèlerins, cherchant les choses d\u2019en-haut et attendant le retour du Christ glorieux.La secte est fondamentalement escha-tologiste.Son attention est fixée sur le point oméga de l\u2019évolution, sur la pa-rousie du Christ, sur la venue des cieux nouveaux et de la terre nouvelle.L\u2019adepte de la secte ne se préoccupe guère des questions d'origine.Ce qui l\u2019intéresse, c\u2019est le futur.Tout est en avant.Cette fixation sur l\u2019avenir génère une attente impatiente de la fin du monde; et cette impatience se traduit par des annonces sporadiques de la catastrophe finale.Cet eschatologisme se présente souvent sous des livrées millénaristes.Le millénarisme est un courant de pensée qui, se réclamant de quelques versets de l\u2019Apocalypse et des affirmations de certains Pères de l\u2019Eglise, affirme que la parousie et la fin du monde seront précédées d\u2019un règne de mille ans où le bonheur, la paix, la prospérité germeront sur la terre.Tendues vers le futur Qu\u2019il soit millénariste ou transcendant, l\u2019eschatologisme absolu de la secte produit toujours la même conséquence: il vide le présent de son contenu.Le futur absorbe la totalité de la temporalité: le passé et le présent s\u2019y réduisent.Tout est donné dans le futur; le présent n\u2019a d\u2019existence que par l'avenir.Ou mieux c\u2019est un temps d'attente au cours duquel il ne se passe rien.Les temps présents sont mauvais; la société des hommes est dégénérée.Le présent de l'homme et de la société est aux mains de Satan.L\u2019eschatologisme conduit au refus du présent et au rejet de la société.Cette rupture peut prendre des formes radicales Souvent, la Bible se trouve mise au service de la révélation du prophète fondateur.comme chez les Disciples de Moise sur la Montagne de l\u2019Eternel, à Paspébiac.Elle se traduit toujours par le refus de certaines règles du jeu social, par l\u2019apolitisme ou le non-engagement dans les structures de ce monde.Cet éloignement du monde préserve la secte de toute corrosion; le sectaire est un pur dans un monde impur, un sauvé dans un monde perdu.Tendue vers l'eschaton, en dissidence avec les grandes Eglises et en rupture avec la société, la secte entend s\u2019abreuver directement à la Parole de Dieu.La référence à la Bible devient alors importante et normative.De toutes les écritures sacrées, seule la Bible jouit d\u2019une autorité absolue.La Bible est isolée de la Tradition qui l\u2019a fait naître et de la tradition qu'elle a engendrée.Elle n\u2019est vue et comprise qu'à travers le prophète fondateur dont la doctrine sert de clé d'interprétation exclusive.L\u2019autorité du fondateur va parfois jusqu\u2019à dépasser celle de la Bible elle-même.On considère volontiers sa doctrine comme une nouvelle révélation qui vient compléter celle de l\u2019A.T.et celle du N.T.On parle alors de \u201ctroisième testament\u201d, de \u201ccinquième évangile\u201d, de \"révélation dernière\u201d.Ainsi s\u2019opère une inversion du rapport herméneutique: c'est la Bible qui se trouve mise au service de la révélation du prophète fondateur.Les interprétations sectaires du texte biblique peuvent diverger radicalement les unes des autres; mais elles s\u2019inscrivent toutes en faux contre l\u2019interprétation des grandes Eglises qui, elles, lisent la Bible sous l\u2019éclairage de la Tradition séculaire.Malgré leurs divergences doctrinales, les sectes offrent une interprétation de la Bible qui présente au moins trois caractéristiques communes: le fondamentalisme, la sélectivité et le concordisme.De la Genèse à l\u2019Apocalypse L'interprétation fondamentaliste propose une lecture raidement littérale de la Bible.Pour la secte, la Parole de Dieu ne vit pas dans l'histoire; elle s\u2019identifie à la lettre de la Bible.La Parole n\u2019est pas historique.Elle est tombée directement du ciel.Aussi est-il inutile de s\u2019attarder au contexte historique, aux genres littéraires, aux traditions formatrices.Point étonnant dès lors que la secte répudie résolument l'utilisation de toute méthode historico-critique dans sa lecture de la Bible.Le texte biblique est d\u2019une seule coulée de la Genèse à l'Apocalypse; on doit le prendre et le comprendre tel qu\u2019il se présente, dans sa teneur matérielle.De plus, la secte propose une lecture sélective de l\u2019Ecriture.Elle accorde volontiers plus d'importance à certains textes bibliques, en l\u2019occurence aux livres apocalyptiques et aux passages à saveur eschatologique.La secte articule sa doctrine à partir de textes choisis qu\u2019elle enfile, les uns à la suite des autres, comme les grains d\u2019un chapelet.Un texte en appelle un autre de même acabit; et celui-ci un troisième.Et le raisonnement se déroule, comme une mécanique bien montée, avec une logique cohérente et parfois simpliste.Aussi le sectaire peut-il mener sa controverse en sautant allègrement d'un texte à l\u2019autre, sûr de toujours trouver une plateforme toute préparée.Il ne dévie jamais de son raisonnement; car il a du mal à intégrer les textes qui n'appartiennent pas à sa cohérence.Enfin la secte fait une lecture concor-diste de la Bible.Elle comprend le réel à partir des Ecritures, mais non les Ecritures à partir du réel \u2014 alors que toute bonne herméneutique suppose le va-et-vient interprétatif du texte au réel et du réel au texte.La secte se contente généralement d\u2019aller du texte au réel.D\u2019où une exégèse concordiste qui res- DECEMBRE 1979 337 semble souvent plus à un placage du texte sur le réel qu'à une véritable interprétation de la réalité.La secte voit dans tel ou tel événement contemporain une réalisation d\u2019un texte prophétique ou apocalyptique; elle cherche une concordance entre ce qui arrive et ce qui a été annoncé.Peuvent être classés parmi les sectes, les Témoins de Jéhovah, les Adventistes, les Mormons, le Tabernacle chrétien de l\u2019Evangile des derniers temps, l\u2019Eglise missionnaire du plein Evangile, les Enfants de Dieu, le groupe de Moïse sur la montagne de l\u2019Eternel, l\u2019Eglise de l\u2019Unification, etc.La secte présente donc une formule cohérente et claire au point de vue doctrinal, propose une interprétation simple et sécurisante de la Bible et exige la foi sans condition et sans remise en question.L\u2019appartenance à la secte présuppose une conversion radicale qui est rupture avec les allégeances anciennes et adhésion totale au nouveau groupe.La vie religieuse de la secte tend à l\u2019intensité plus qu\u2019à l'extension \u2014 même si on assiste aujourd'hui à une propagande assez agressive.La secte séduit généralement les gens déçus par la grande Eglise, insatisfaits de la société et aspirant à une voie de salut qui épouse leurs aspirations et répond à leurs besoins de pureté et de sécurité.Les gnoses A côté des sectes qui proposent une expérience basée sur la foi, d\u2019autres groupes présentent une voie spirituelle fondée sur la connaissance.De par l\u2019attitude générale qu\u2019ils engendrent, de par le type de religiosité qu\u2019ils favorisent et de par la structure des éléments qui les composent, ces groupes offrent un air de famille étonnant avec les diverses manifestations de la gnose ancienne.Un regard plus attentif nous confirme dans cette conviction: ces nouveaux groupes sont des gnoses.Qu\u2019est-ce que la gnose?La gnose est une mystique rationnelle qui introduit l'homme dans la connaissance de la Réalité spirituelle et invisible qui constitue l\u2019énergie motrice de tout être et de toute forme d\u2019existence.C'est l\u2019art de trouver Dieu en soi-même en développant les profondeurs secrètes et les facultés latentes de la conscience.C\u2019est une connaissance qui procure par elle-même le salut; c\u2019est une sapience libératrice et salvifique.Les divers groupes gnostiques ont pour caractéristique commune la connaissance du moi divin et transcendantal, déchu dans la matière.Prisonnier dans le monde Le point de départ de l'expérience gnostique, c\u2019est le constat de l\u2019aliénation de l\u2019existence humaine.Le gnostique se sent prisonnier dans le monde.De son expérience spatio-temporelle surgit un sentiment d\u2019étrangeté.Il se sent étrange devant ce monde qui lui apparaît subitement étranger.Ce monde matériel est décidément trop mal en point et trop petit pour lui.Le monde n\u2019est pas à sa mesure.L'homme est une note discordante dans le concert cosmique.Entre lui et le monde il y a une brouille existentielle et ontologique.Le gnosjique a le sentiment d\u2019appartenir à un autre monde.Entre ce monde-ci et le sien, il y a une différence non seulement de degré, mais aussi de nature.D\u2019ou la question gnostique fondamentale.\u201cQui suis-je?\u201d, puisque je suis étranger à ce monde et d'une nature différente.Pour découvrir \"qui je suis\u201d présentement, je dois savoir \u201cqui j\u2019étais\u201d et \u201cqui je serai\u201d.Pour répondre à la question de son identité actuelle, le gnostique doit se tourner vers l\u2019origine et vers la fin.Le \u201cqui suis-je?\u201d pose la question du \"d'où viens-je?\u201d et du \u201coù vais-je?Le gnostique explique son sentiment d\u2019aliénation par son appartenance à un ordre supérieur.La réalité fondamentale de l'homme, le \u201cje\" ultime qui est constitutif de sa personnalité et unique responsable de son identité, est une réalité transcendante et divine.Dans son \u201cmoi\u201d constitutif, l\u2019homme est fragment divin, étincelle divine, lumière céleste.Il appartient au monde de Dieu dont il est émané.Par suite d\u2019une catastrophe préhistorique ou d\u2019un cataclysme céleste ou cosmique ou d'une ruse d\u2019un adversaire, le \u201cje\u201d est tombé dans une matière oppri- mante.Cette chute a été une véritable déchéance.Les conditionnements multiples, conséquents à ce dérapage ontologique, éloignent l'homme de sa propre identité et l'expatrie de son moi profond.Il se sent chassé du paradis et du monde de la lumière et de la liberté pour la sombre prison du corps.L\u2019âme, Le gnostique explique son sentiment d\u2019aliénation par son appartenance à un ordre supérieur.L\u2019homme est fragment divin, é-tincelie divine, lumière céleste.Il appartient au monde de Dieu dont il est émané.le \u201cje\u201d ontologique a chuté jusque dans l\u2019abîme du corps physique où elle est enfermée, encagée.Le corps ne se limite pas à l'enveloppe physique immédiate, mais il s\u2019étend jusqu\u2019aux limites du cosmos et il embrasse le temps et l\u2019histoire.La connaissance libératrice Les groupes gnostiques offrent une voie de libération de ce moi englué dans la matière.Cette libération consiste à s\u2019élever au-dessus du corps et de ses conditionnements infinis afin de parvenir à la maîtrise et à l'harmonie cosmique.Le salut proposé par la gnose est essentiellement une libération du corps.Mais le problème, c\u2019est que l'homme ignore ce qu\u2019il est ultimement et ce que sont les lois cosmiques.Il a perdu la connaissance.Et cette ignorance est la source de tous les malheurs et de tout mal.La gnose prétend conduire l\u2019homme à la libération, non par la foi, mais par la connaissance.Celle-ci est principe et instrument de salut.De quelle connaissance s\u2019agit-il?Cette connaissance n'est pas un savoir \u2014 le mot évoquant le côté intellectuel et logique de la connaissance: savoir scientifique, savoir philosophique, savoir théologique, la connaissance gnostique est de l'ordre de l\u2019intuition et de l\u2019illumination: elle est sagesse et mystique; elle est sapience et expérience conscientiel-le.Cette connaissance ne provient pas d\u2019une révélation personnelle d'un Dieu gracieux et ami de l\u2019homme, mais d\u2019une découverte de l\u2019essence même de l\u2019homme; elle n\u2019est pas accueil de la 338 RELATIONS parole de Dieu, mais prise de conscience de son moi profond, par laquelle celui-ci apparaît comme fragment divin.La gnose est, en dernier ressort, une autorévélation qui s\u2019accomplit grâce à l\u2019enseignement, aux expériences de conscience, aux techniques d\u2019ascèse, de méditation et d'alimentation proposés par un maître ou un gourou qui, lui, a eu accès au royaume de la vérité perdue par clairvoyance ou par intuition.La gnose est donc une connaissance ésotérique.L'ésotérisme prétend que la vérité est toujours au-delà de toute formule, de tout symbole, de toute religion.En conséquence, il se pose comme l\u2019unique clé d'interprétation qui peut fournir une herméneutique valable des textes sacrés, des symboles religieux, etc.L\u2019ésotérisme postule une connaissance primordiale, révélée aux hommes à l\u2019origine de l'humanité.Cette connaissance globale et synthétique du divin, de l\u2019humain et du cosmique s\u2019est perdue subitement à l'occasion de grands craquements historiques et cosmiques.La connaissance primordiale a alors quitté la place publique pour se réfugier dans les cercles hermétiques et dans les cénacles initiatiques.Toutes les gnoses sont à la recherche de cette vérité perdue; toutes, elles sont tournées vers un paradis perdu, vers un état primordial à retrouver.Pour la gnose tout est donné au début, à la différence de la secte pour qui tout est donné à la fin.La gnose est essentiellement protologique.Le présent n\u2019existe pas.La fin n\u2019est que le retour à l\u2019origine.Pour la gnose rien n\u2019advient; le temps est dégénérescence et l\u2019histoire déchéance.L'homme devient ce qu\u2019il est.Dans cette conquête de la liberté par la connaissance, l'homme est laissé à ses seules ressources.Sa libération ne dépend que de sa décision et de ses efforts.Et pourtant la route est longue et le chemin escarpé qui va de l\u2019inertie du corps à la subtilité de l\u2019énergie divine.Le gnostique est un marcheur solitaire.L\u2019action du maître se borne à indiquer la route à suivre et les moyens à prendre pour parvenir au terme.Le gnostique ne peut compter que sur lui-même.Il possède, caché au fond de lui-même, le dynamisme suffisant pour s\u2019exhumer de la matière et se hausser jusqu\u2019au ciel.Cependant l\u2019aliénation et l\u2019ignorance humaines sont si profondes que les hommes ne peuvent généralement pas accomplir leur ascension spirituelle au cours d'une seule existence humaine.L\u2019homme connaît plusieurs (des milliers même) vies successives sur la terre.La doctrine de la réincarnation appartient quasi essentiellement au schéma gnostique.Le cycle des réincarnations ne s\u2019achève que lorsque le processus de libération est achevé.Les groupes gnostiques sont nombreux dans notre milieu.On peut les regrouper provisoirement en quatre familles: a) les gnoses \u201cinitiatiques\u201d, comme le Rosécrucianisme, le Martinisme, la Société Montréalaise d\u2019ontologie, etc.; b) les gnoses \u201cthéosophiques\u201d comme la Société Théosophique, la Société anthroposophique, l\u2019Association gnostique internationale, la Fraternité blanche universelle, etc.; c) les gnoses \"hin-douisantes\u201d comme Eckankar, Dhar-madatu, la Mission de la divine lumière, etc.; d) les gnoses \u201cpsychologiques\", comme la Science du mental, la Science divine, etc.Les groupes psi Le terme psi provient du domaine de la parapsychologie.Il faut éviter de confondre avec la racine psy qui se rencontre dans les mots \"psychologie, psychanalyse, psyché, etc.Psi est la 23e lettre de l\u2019alphabet grec.Psi désigne le facteur inconnu qui permet l\u2019existence de phénomènes paranormaux comme le télépathie, la clairvoyance, la préco-gnition.Les groupes psi s\u2019occupent à sonder la psyché humaine par des méthodes qui proviennent généralement de traditions anciennes, orientales et occidentales.Malgré leurs divergences profondes, les groupes psi fondent leur démarche d\u2019une part sur la convictionn commune qu'il existe une énergie vitale cachée qui est en rapport avec la psyché et dont le potentiel est extraordinaire, et d'autre part sur la conviction que le monde est au seuil d\u2019une ère nouvelle (Ere du Verseau) qui sera marquée par l\u2019irruption de forces nouvelles dont l\u2019action atteindra les profondeurs de l\u2019inconscient.Les groupes psi visent le développement psychique de l\u2019individu par l'harmonisation avec l'énergie vitale (cosmique, mentale, universelle, christique).Cette énergie est au fond de l\u2019homme qui en ignore l\u2019essence et l\u2019existence.Il s'agit pour l\u2019homme de se mettre en contact immédiat avec cette super-énergie et, par des méthodes appropriées, de la mettre à son service.Grâce à cette énergie, l\u2019homme peut accéder à des pouvoirs merveilleux dontJ\u2019effet bénéfique se répercute à tous les niveaux de l\u2019être humain.L\u2019état de surconscience Tout est affaire de conscience, mieux de surconscience.Il s\u2019agit d\u2019amener l\u2019individu à un état de surconscience ou de conscience transcendantale.Cette conscience, qui est présentée comme notre vraie conscience, ne s\u2019éveille que rarement et chaque fois pour peu de temps.L\u2019homme ordinaire n\u2019en dispose pas à son gré.Il est généralement endormi, inconscient; il vit dans l\u2019illusion de la conscience.Et pourtant l\u2019homme ne peut découvrir son \u201cje\u201d véritable \u2014 au-delà des mille petits \u201cje\u201d que réclame journellement son attention \u2014 que par l\u2019accession à la surconscience.Cet état de surconscience est tout à fait indépendant de l'activité de l'esprit.Cela veut dire qu\u2019on n\u2019y atteint pas par les études ou par la connaissance philosophique ou scientifique.C\u2019est pourquoi les groupes psi ne situent pas leur discours sur le plan logique et rationnel de l\u2019objectivité scientifique.Ils dénoncent la psychologie scientifique qu\u2019ils estiment impuissante à générer la sur- DECEMBRE 1979 339 DOSSIERS 1979 JANVIER Les cliniques d\u2019avortement FEVRIER Abondance et gaspillage MARS L\u2019enfant AVRIL Le Rédempteur de l\u2019homme MAI La femme dans l\u2019Eglise JUIN Election, constitution, autodétermination AOUT La télévision et l\u2019enfant conscience.Ils ont volontiers recours aux sciences psilogiques comme la clairvoyance, la télépathie, la psychoki-nésie, la chiromancie, ainsi qu\u2019aux sciences ésotériques comme l'astrologie et l\u2019alchimie.L\u2019état de surconscience est également indépendant des attitudes morales.Cela veut dire que la qualité éthique et l'état de sainteté n\u2019y sont pour rien dans le développement de la surconscience.Les groupes psi ne sont ni des voies morales, ni des voies mystiques, ni des voies de sainteté.Cependant ils n\u2019en font pas moins volontiers appel à certaines notions ou réalités spirituelles ou sacrées, puisqu\u2019ils identifient souvent la superénergie à Dieu lui-même.Ce recours à la divinité ou au monde divin donne aux groupes psi des allures para-religieuses.La conscience transcendantale se développe par des techniques d'ascèse, de méditation, de visualisation, de contrôle mental.Il faut un long travail pour parvenir à l\u2019état de surconscience.Celui qui passe de la conscience purement psychologique à l\u2019état de conscience transcendantale passe en même temps de l\u2019état du savoir relatif à la connaissance absolue.Le surconscient se connaît et connaît toute chose; il peut entrer en communion \u201cmystique\u201d avec le cosmos et les hommes.Il acquiert une puissance psychique qui lui permet d\u2019agir sur les autres et sur l\u2019environnement.Expansion de la conscience, intégration de toute la personne, confiance en soi, libération intérieure, éradication de la peur de l\u2019inconnu et du sentiment d'insécurité: tels sont les bienfaits que prétendent accomplir les groupes psi.tique\u201d québécois sera complétée.L\u2019étu de que nous avons menée jusque là justi fie le regroupement que nous avons présenté.Malgré ses limites, la typologie suggérée peut nous servir de guide pour une première exploration.Il est trop tôt pour porter un jugement sur l\u2019ensemble du phénomène et pour en proposer une interprétation théologique.Avant de juger, il faut comprendre.Avant d\u2019interpréter, il faut se laisser interpeller humblement.De par leur existence même, ces nouveaux groupes posent une exigence sur l\u2019Eglise et sur la société et en révèlent les carences et les défaillances.A ce type appartient, par exemple, l\u2019Atelier du contrôle mental, le Village planétaire, Arica, le Mouvement Alpha, le Mouvement Jovialiste, les Instituts de Yoga, les centres de Méditation Transcendantale, etc.des t l'Ejlis qu'il # « (tel A» en; As 'assi lige SEPTEMBRE Eglise populaire et religion populaire OCTOBRE Les évêques et le peuple du Québec NOVEMBRE Le nouvel ordre économique international Marriage Encounter DECEMBRE Les sectes au Québec Vous pouvez vous procurer ces numéros,au coût de $1,00 chacun, en vous adressant à Conclusion Relations 8100, bout.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tel.: 387-2541 Il est evident que la typologie esquissée ici peut être discutable.Elle est, en tout cas, provisoire et elle pourra être infirmée ou confirmée, corrigée et rectifiée quand l\u2019expertise du terrain \u201cmys Les groupes psi rappellent à l\u2019Eglise et à la société l\u2019importance de la subjectivité.La science et la technique modernes ont isolé l\u2019homme de la société et du cosmos et l\u2019ont réduit à un élément du monde objectif.Ce processus d\u2019objectivité a conduit infailliblement à la perte d\u2019identité.Au-delà de son numéro d\u2019assurance sociale, de sa profession, des coordonnées psychologiques, biologiques, etc., qui le composent, l\u2019homme est un \u201cje\u201d, un centre de conscience irréductible.Tous les groupes psi cher chent à conduire à la conscience vérita ble du moi profond.Les gnoses nous rappellent que la vérité est plus grande que toute formule et que toute Eglise.L\u2019Eglise ne possède pas la vérité.La gnose vomit le dogmatisme, l\u2019autoritarisme doctrinal.Elle rappelle que la vérité jaillit du dedans, que l\u2019expérience intérieure n\u2019est pas réservée au clergé et aux religieux et aux religieuses, que la vie spirituelle n\u2019a que faire des mille pratiques extérieures, etc.La gnose est une invitation à prendre les voies de l\u2019intériorité pour aller à la rencontre de Dieu.Le résolu Enfin les sectes reprochent aux Eglises de \u201cs\u2019être laissées contaminer par l\u2019esprit du monde, d\u2019avoir donné une interprétation séculière, politique du message de l\u2019Evangile, de ne plus répondre au désir d\u2019absolu, à la soif du divin inhérent à l\u2019âme humaine\u201d (B.Frank).Aux yeux des sectes, les Eglises, surtout l\u2019Eglise Romaine, sont des communautés froides et sans âme, qui ont relâché leurs exigences morales et muselé la parole de Dieu, en ne mettant pas dans les mains des fidèles l\u2019Ecriture sainte.De par leur existence même les sectes sont un immense reproche pour l\u2019Eglise et un appel à la conversion.L \"loi «f dan te, 'Cil 340 RELATIONS IL Y A SECTAIRES ET SECTATEURS par Raymond Bourgault Le point de vue de cet essai sera résolument théologique.On y traitera d\u2019abord des différentes attitudes que provoquent les sectes, ensuite du problème de la vérité que pose l\u2019existence des groupes sectaires aux marges de l'Eglise, et finalement de l\u2019avantage qu\u2019il y a pour l\u2019Eglise à se voir et à se vouloir comme la Secte de Jésus-Christ.Quatre attitudes Aux yeux des clercs et des théologiens, le sens du mot \u2018\u2018secte\u201d a été le plus souvent normatif et péjoratif, et il désignait un petit groupe dissident qui rassemble des fidèles d'un maître fustigé comme hérétique.Mais ceux qui sont ainsi stigmatisés comme sectaires récusent cette appellation à leurs yeux injurieuses, et ils se considèrent plutôt comme les vrais sectateurs de Jésus Christ et comme la véritable Eglise.D'un autre côté, les historiens et les sociologues emploient le terme dans le sens neutre et courant de groupe organisé de personnes qui ont une même doctrine au sein d\u2019une même religion.Il y a enfin les oecuménistes, dont toute l'entreprise tend à dépasser l\u2019opposition traditionnelle de l'église et de la secte.Le phénomène des sectes est donc au moins quadrivalent.Elles ont provoqué et elles provoquent toujours soit la condamnation, soit l\u2019adhésion, soit la science, soit la mission.Il convient de noter ici que ces quatre points de vue ont été adoptés successivement dans l'histoire occidentale depuis le Moyen âge.Le premier fut ecclésiastique, dogmatique, juridique, politique et polémique: c'est -ou ce fut - celui d'une société où le christianisme était devenu religion d\u2019Etat et qui, dans la ligne même de l'idéologie impériale qu\u2019il continuait ou remplaçait, croyait ne pouvoir tolérer de différences trop marquées dans son sein.Le deuxième point de vue, qui est d\u2019ordinaire celui des sectes elles-mêmes et qui a émergé à l\u2019orée des temps modernes, est réformiste et réformateurs, protestataire et protestant, ré-gionaliste et particulariste, congréga-tionnaliste et revivaliste: pour vivre en vérité la liberté et la fraternité évangélique, on prend ses distances par rapport à une institution dont on pense des membres des grandes confessions chrétiennes, éveillés de leur sommeil dogmatique par la science historique, attentifs aux valeurs chrétiennes réellement vécues par les frères séparés et à la médiocrité de beaucoup de pratiquants de leur propre confession, conscients en outre de la relativité des figures diverses que prennent la foi, la charité et l\u2019espérance selon les lieux et les époques, et aussi stimulés par l'exégèse récente des textes normatifs des origines, décident d\u2019entrer en dialogue et d'amorcer le processus de la réconciliation et de la reconnaissance réciproque.LA VÉRITÉ QUI TOURMENTE L\u2019ÉGLISE A PARTIE LIÉE AVEC LE REPENTIR ET LA CONVERSION.qu\u2019elle est excessivement alourdie par son système de lois et ses structures autoritaires, on cherche à ranimer l\u2019esprit des origines et, s\u2019il le faut, on l'exprime autrement et d'une façon qui risque d'être bientôt qualifiée d\u2019hétérodoxe par la Grande Eglise.Le troisième point de vue \u2014 scientifique et objectif \u2014 n\u2019a guère pris de consistance qu'au début de ce siècle, où il résulta du survol sociologique et de la rétrospective historique, qui s\u2019efforcent d'embrasser d\u2019un seul regard la genèse et la dialectique des sous-groupes chrétiens ou soi-disant tels à l'intérieur du grand ensemble.Le quatrième point de vue \u2014 oecuménique et missionnaire \u2014 est encore plus récent et il suppose les trois autres: r v A la recherche de quelle vérité?Ces approches étant toutes légitimes et en réalité complémentaires, on comprend l'embarras des spécialistes qui s\u2019évertuent à définir la secte.En fait, il n\u2019y a pas de définition absolument objective de ce phénomène aux multiples facettes, car l'appartenance à l\u2019église, à la secte, à la science ou à l'oecuménisme relève chaque fois d'une option fondamentale qui, du moins en première approximation, n'apparaît pas facilement compatible avec d\u2019autres.Les jugements de valeur et les décisions ponctuelles, \u2014 ecclésiastiques ou sectaires, scientifiques ou oecuméniques \u2014, ne peuvent pas prétendre à la vérité, soit au sens métaphysique du mot, soit au sens vérificationnel.Mais il y a une autre sorte de vérité.Celle-ci est plutôt fidélité créatrice et engagement risqué à dire et à faire ce que, après délibération et discernement, on croit susceptible de contribuer à redres- DECEMBRE 1979 341 ser ou à améliorer les relations entre les hommes.Cette vérité-là n\u2019est pas abstraite ou formelle, ni philosophique ou spéculative.Elle est plutôt principe révélatoire, énergie signifiante, faculté d\u2019émergence d'un non-encore-advenu.Tout en transcendant son propre devenir, elle se compromet avec la temporalité - passé, présent, futur - et, au sein d\u2019une tradition réinterprétante, elle s\u2019oblige à éclairer des expressions anciennes à la lumière d\u2019événements de sens nouveaux, et elle laisse l'avenir ouvert.Elle est donc autant situationnelle qu\u2019essentielle, et ses variables sont aussi importantes pour elle que son noyau invariant.Elle crée donc et recrée sans cesse, au-dessus ou au-dessous des idiomes particuliers, une sorte de langue commune et de commun cadre de référence où la Parole peut toujours retentir à nouveau, être comprise d\u2019un nombre notable d'adhérents, et produire de dignes fruits de pénitence.Or, c'est lorsque l'Eglise faillit à cette tâche de sortir du trésor de son Maître du neuf aussi bien que du vieux, que surgissent sectaires et sectateurs et que, par essais et erreurs, le peuple de Dieu en crise se remet à s\u2019égaler à son Idée, qui est à la fois transtemporelle et supralocale.Mais ceux qui croient au Christ n\u2019ont jamais autant de foi qu\u2019il est nécessaire pour être fidèles en mê-de dénoncer le péché et l\u2019incroyance d\u2019abord chez autrui, mais il faut tout autant et en premier lieu même les reconnaître d\u2019abord en soi-même.r -s=\\ La révélation: contenu, acte et On objectera: dans une perspective comme celle-là il n'y a plus ni révélation objective ni unité de la foi mais subjectivisme intempérant et pluralisme dilué, poussière anonyme de conventi-cules qui se disent chrétiens et contestent que les autres le soient.On répondra à cela que révélation, aussi bien que secte, s'entend de trois façons principales: comme contenu, comme acte, comme passion.Premièrement, on peut, comprendre la révélation comme un ensemble de recueils de paroles vraies en soi et avant toute réflexion et appropriation personnelle; le modèle est celui du catéchisme des vérités répétables et monnayables, des notions claires et distinctes, des définitions et des dogmes.Deuxièmement, on peut entendre par révélation une pluralité en définitive in-coordonnable de prises de parole par des individus ou des grsupes qui ont infléchi de façon particulière le sens de certains énoncés de la tradition à la- passion y Le soupçon n\u2019est pas le dernier mot de l\u2019histoire: la révélation comme suite d\u2019événements fondateurs et transformateurs est une conception à laquelle, après l\u2019épreuve de la critique, de la distance et parfois de la rupture, se rallient des convertis qui se veulent alors à la fois postcritiques et, si l\u2019on veut, consciemment naïfs.me temps que créateurs.C\u2019est pourquoi la vérité qui tourmente l\u2019Eglise a partie liée avec le repentir et la conversion.C\u2019est pourquoi aussi l\u2019hérésie, l\u2019erreur, le mensonge, le péché, l\u2019incroyance, le repli frileux, sont moins ses contraires que ce avec quoi et contre quoi, en s\u2019en distançant, elle advient.Plutôt donc que de dire que l\u2019Eglise a la vérité, on dira volontiers que c\u2019est la Vérité qui a l\u2019Eglise et qui se l'offre à elle-même comme instrument fragile de fidélité, la purifiant et la renouvelant périodiquement par le moyen des expressions autres qui la bousculent et l\u2019interpellent.Ainsi, non seulement il ne convient pas quelle ils appartiennent et qu\u2019ils persistent à promouvoir, et dont on peut montrer l\u2019enracinement dans autant de milieux de vie différents.Troisièmement, la révélation peut être pensée comme une suite orientée d'événements de parole qui transcendent leurs locuteurs, qui sont certes advenus à des hommes situés mais moins à des sujets ou à des auteurs qu'à des relais charismatiques et passionnés dont la vie a été par là transformée et est devenue exemplaire au moins pour quelques-uns.Ces trois conceptions s'opposent souvent les unes aux autres.Mais il est possible de les relier dynamiquement com- me première affirmation, négation et seconde affirmation.La révélation comme ensemble de propositions écrites et figées, d\u2019emblée admises comme vraies, est sans doute un moment nécessaire du cheminement de la foi; mais on peut observer qu\u2019elle exprime une conception plutôt nâive, aisément acceptable par les enfants et même par les adultes d\u2019une société stable et virtuellement unanime.Mais quand elle est comprise comme une pluralité de formulations historiquement datées et localisées, la révélation fait l'objet de toutes sortes d\u2019analyses critiques qui fleurissent d'ordinaire dans une société dont une partie plus scolarisée conteste un certain nombre d'évidences communes afin, le cas échéant, de s'approprier, dans un acte d\u2019intelligence de la foi, l\u2019amande emprisonnée dans l'é-cale.Car le soupçon n\u2019est pas le dernier mot de l\u2019histoire:\tla révélation comme suite d'événements fondateurs et transformateurs est une conception à laquelle, après l\u2019épreuve de la critique, de la distance et parfois de la rupture, se rallient des convertis qui se veulent alors à la fois postcritiques et, si l'on veut, consciemment naïfs.quel il ci pour tacli eli rr vr-Iss\" co ,-dis: Ci pas port Le qui Nou: !Ej l'Ollj relis \"Sei part eue La dialectique révélation-hérésie Ceci dit, il devient facile de comprendre comment la secte ou l\u2019hérésie - en grec, ce mot signifie \u201cchoix\" - peut être elle aussi comprise de trois manières différentes.En premier lieu, elle peut être perçue comme un choix dont les responsables d\u2019une communauté doutent d\u2019abord qu\u2019il soit compatible avec les autres événements ou choix fondateurs, puis, après examen, soit en admettent les partisans dans la communion ecclésiale, soit les excommunient comme partiaux et hérétiques.Mais, en deuxième lieu et au moins aux yeux des sociologues et des historiens, des exégètes et des théologiens, l'hérésie peut être perçue comme le fait d\u2019un groupe particulier de chercheurs de Dieu, à la limite dissidents, mais dont le langage mérite d\u2019être examiné pour sa visée, sa valeur et sa signification propres.Enfin, dans une troisième perspective, l\u2019hérésie et ia révélation constituent ensemble une opposition binaire dont les deux termes se définissent dialectiquement l\u2019un par l\u2019autre.L'hérésie est alors ce que cha- li !¦: rr.f- P\u2019I; lee, fi/6 s»ii T\" O'-; Chj fi: 'S r iîia c; \\ E ve- sec ils «6S E; Q?; 342 RELATIONS que membre de I Eglise et chaque groupe de croyants doit combattre en lui-même pour persévérer à accueillir et à faire fructifier une révélation qui le précède et à laquelle il a accordé un assenti ment de principe.L\u2019hérésie est alors la partie trouble de ces \"croyants incrédules\u201d que sont les fidèles, celle qu'ils doivent renier pour devenir davantage disciples de Jésus.L Eglise comme Secte :es \u2022v le I :c /! ti- ll?- te \\ I Ces considérations nous ont conduits pas à pas vers une conception du rapport entre l'église et la secte où ces deux termes s'abolissent dans la relation vive qui les emporte dans son mouvement.Nous dirons donc, de façon quelque peu paradoxale, que ceux des membres de l\u2019Eglise qui voudront vraiment contrer l'offensive des sectes vont se mettre à réfléchir sérieusement sur la sorte de \u201cSecte\u201d à laquelle ils ont décidé d\u2019appartenir! Car on ne lutte efficacement contre des volontés partiales de totalité qu'en radicalisant la manière particulière de voir le tout qui est celle de cette Eglise à laquelle on veut demeurer fidèle.Notre formulation prendra la forme d\u2019un rappel de l\u2019étymologie et d\u2019un rajeunissement du sens premier du mot.rien jjl ft ; ; (fl 131 ,ti ¦à il -¦ es- se- ije \u2022'! !» es' rfi et j1f \u2022e> :'r Le français secte vient du latin sec-t-a.Ce mot est composé de trois éléments dont chacun a une signification propre: groupe de gens (suffixe de collectif - a) qui, de façon habituelle (suffixe de fréquentatif - t-), marchent à la suite de quelqu'un (racine sec-, qui se retrouve dans \u201csec-ond\u201d et \"soc-iété\u201d).Originellement, dans les sociétés archaïques, il s\u2019agissait surtout de guerriers suivant un chef de bande.Ensuite, le mot s\u2019est dit métaphoriquement des sectateurs d\u2019un dieu: ainsi, les prophètes israélites gourmandaient leur peuple parce qu\u2019il suivait les Baals et les Ashé-ras, et ils l\u2019exhortaient à suivre Yahvé.En ce sens étymologique, ceux qui suivent le Christ forment une secte, ils sont seconds par rapport à leur Maître et ils constituent ensemble la société de Jésus.Or, en tant que Secte de Jésus Christ, l\u2019Eglise ne se définit pas en premier lieu par sa doctrine ou sa pratique, mais par la grâce et par la volonté de ses membres d\u2019imiter le chef dont elle prend la suite, et donc par la passion.Car, dans le Nouveau Testament, \"suivre Jésus\" a un sens précis, technique et scandaleux, et son énoncé canonique a fait achopper les premiers qui, sans encore bien savoir jusqu'où il allait et offrait de les conduire, se sont mis à la suite du Maître.D\u2019après Mc 8,34, être disciple de Jésus c\u2019est se renier soi-même, porter sa croix et suivre le Christ crucifié.Et c\u2019est là aussi le coeur de l\u2019évangile paulinien (1 Co 1,23).Comprenons: être disciple de Jésus, c\u2019est marcher derrière un chef, un maître, un dieu qui, parce qu\u2019il avait été fraternel avec tous et d\u2019abord avec les exclus, et parce que la classe dominante d\u2019alors n\u2019était pas prête à comprendre une telle extrémité dans l\u2019amour, a été exécuté comme criminel.Les disciples ne peuvent être au-dessus de leur Maître, et ils doivent en payer le prix.S\u2019ils ne sont pas toujours capables de conformer leur conduite à leur modèle, du moins savent-ils ce qu\u2019il exige et se laissent-ils tourmenter par lui.Ceux qui croient au Christ crucifié ne forment donc pas une \"religion\" parmi d'autres, à laquelle on pourrait appliquer sans reste le schème sociologique de l\u2019église et de la secte, ils sont la Secte et ils sont l'Eglise, ils sont le corps, le sacrement, la manifestation, la narration phénoménale du Christ-Roi glorifié qui, en ceux qui croient, demeure en agonie jusqu'à la fin du monde.Car, quoi que disent les autres de sa prétention, la Secte-Société de Jésus ne peut pas ne pas se voir comme porteuse pour l\u2019humanité entière du message du Royaume de Dieu, d'un Vivant qui triomphe pour nous tous de l'Ennemi par excellence du genre humain: la Mort.C\u2019est pourquoi l\u2019Eglise est vouée à l\u2019héroisme, à la sainteté.Elle est définie comme Sainte et par ses saints, les vrais sectateurs de Jésus.Mais comment sans la dissidence des sectes, qui ramènent au radicalisme évangélique, les chrétiens des périodes creuses de l\u2019histoire pourraient-ils connaître en vérité de quel Maître ils ont été faits disciples?Mais des saints surgissent qui, descendant dans les profondeurs de la nuit, reçoivent comme neuf le message d\u2019un salut qui passe par le refus obstiné de Jésus de descendre de ia croix (Mc 15, 30), et ils laissent derrière eux un chemin de lumière.c LU 2 LU Z Z O CD < O LU _l D 2 CC O CD T3 ¦*\u2014> C 03 C 03 O C (D E E O U C/D -L O o \u2014 0) > 3 O N CD LU CC CD 3 > CD 5\t« >\t-co o Z CO CO LU CC Q < Remplir et retourner à: RELATIONS 8100, boul.St-Laurent Montréal\tH2P 2L9 (514) 387-2541 DECEMBRE 1979 343 ville\tcode postal LA QUÊTE DE par Dom Bede Griffiths, o.s.b.Des milliers de jeunes occidentaux \u201cémigrent\u201d en Orient, tournant plus ou moins le dos à l\u2019expérience chrétienne telle qu\u2019on leur présente aujourd\u2019hui.Que cherchent-ils?Que trouvent-ils dans les \u201cmonastères\u201d orientaux, que l\u2019Eglise d\u2019ici ne sait plus vivre et offrir?A quand le dialogue entre l\u2019Orient et l\u2019Occident?Nous remercions The Tablet (1) de nous avoir autorisés à reproduire ce texte.Il est notoire que des milliers de jeunes, chaque année, viennent en Inde à la recherche de Dieu, ou disons d'une signification et d\u2019une fin ultime à donner à leur vie.Ils arrivent de tous les coins de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, de l\u2019Amérique du Nord et de l\u2019Amérique du Sud, de l'Afrique du Sud, de l\u2019Australie et de la Nouvelle-Zélande.Plusieurs parmi eux viennent de pays soi-disant catholiques, de l\u2019Italie, de l\u2019Espagne, du Portugal, de l'Argentine et du Brésil.Le consul d\u2019Italie à Bombay m\u2019a dit que chaque année 5 000 Italiens arrivent à Bombay.Il est remarquable que ces gens, pour la plupart, qu\u2019ils soient catholiques, protestants ou juifs, ont abandonné la pratique de leur religion et viennent en Inde chercher quelque chose qu\u2019ils ne peuvent trouver dans les institutions religieuses de l\u2019Occident.Bien peu parmi eux, comme de raison, ont étudié sérieusement leur propre religion.Leur démarche est plutôt une réaction spontanée contre ce qu\u2019ils considèrent comme un système religieux formaliste, dépourvu de signification et de rapport avec leurs vies.Elle entre dans ce mouvement plus vaste qui rejette ce qu\u2019ils appellent l'establishment, cet ensemble des structures économiques, sociales, politiques et religieuses que l\u2019Occident a mises en place et qu\u2019ils jugent inhumaines et immorales.Mais quels que soient leurs motifs, des centaines et des milliers de jeunes quittent aujourd\u2019hui les églises, non pas parce qu\u2019ils rejettent la religion, mais parce qu\u2019ils veulent trouver Dieu: le phénomène est effarant.Bien sûr, les motifs sous-jacents sont très divers.Certains sont simplement en quête d\u2019aventure, d\u2019autres ont fui l'école et cherchent un mode de vie différent; certains, c\u2019est probablement le cas de la majorité, ont été ou sont encore sous l'influence des drogues, de la marijuana, du LSD ou même de l\u2019héroi-ne.Mais plusieurs explorent sérieusement les voies du yoga et de la méditation dans l'espoir de réorienter leur vie.Ils ont tous en commun la recherche d\u2019une expérience.Ce qu\u2019ils veulent, ce ne sont ni des doctrines ni des rites mais une expérience capable de transformer leur vie.Il ne faut pas sous-estimer l\u2019influence des drogues.Plusieurs m'ont dit leur devoir leur première expérience religieuse significative.La drogue hallucinogène libère l'esprit de ^ses inhibitions rationnelles et morales; elle ouvre l'inconscient et ses vastes possibilités d'expérience émotive et imaginative.Cette voie, sans doute, est dangereuse, l\u2019inconscient recelant des forces négatives et destructives aussi bien que positives et créatrices.En outre, les drogues entraînent l\u2019habitude et, dans tous les cas, en affaiblissant la volonté, prédisposent à un comportement irrationnel, voire à la folie.On ne saurait toutefois écarter les drogues comme si elles n\u2019avaient aucune valeur positive.Beaucoup se sont libérés des drogues pour se consacrer au yoga et à la méditation, jeûnant et priant plusieurs heures chaque jour, et souvent plusieurs jours ou plusieurs semaines de suite.Les ashrams du Swami Muktananda, à Ganesh Puri, près de Bombay, et celui de Rajneesh à Poona attirent littéralement des centaines de jeunes \u2014 jusqu'à 500 à la fois \u2014 et leur enseignent diverses méthodes pour parvenir à \"l\u2019expérience de Dieu\u201d.Krishnamurti est peut-être encore plus influent: il compte des milliers de disciples, partout dans le monde.Lui, il enseigne une méthode pour \u201cse découvrir\u201d, pour atteindre les profondeurs de l'âme par-delà l\u2019intelligence et la raison, là où elle s\u2019ouvre au mystère de l\u2019être, au coeur de la liberté et de la créativité, où se situent la signification et le but de l'existence humaine.Le but essentiel de toute religion o-rientale, c\u2019est de trouver moyen d'aller au-delà de l'entendement et du sentiment, de la raison et de la volonté agissante, pour découvrir le \u201cfond\u201d de l\u2019âme, là où l\u2019homme entre dans l'expérience de l'Absolu, de l\u2019Infini, de la Réalité éternelle qui est à la fois l\u2019Etre (sat), la Conscience (cit) et la Béatitude (ananda).Cette terminologie est hindoue, mais le nirvana de Bouddha, le Vide (Sunyata) et le Tao de la pensée chinoise sont tous orientés vers ce mystère infini, transcendant qui ne peut être connu par la raison mais se révèle à ceux qui cherchent de tout leur coeur.A C\u2019est ici que l\u2019on perçoit le plus clairement le défi lancé au christianisme.Comment se fait-il qu'aujourd\u2019hui les églises offrent si rarement cette expérience de Dieu?Une expérience presque identique, à quelques modalités près, à ce que le Moyen âge ou saint Jean de la Croix appelaient \"contemplation\u201d.Mais voilà que pendant des siècles la contemplation et la vie contemplative ont été reléguées aux couvents et aux monastères et le catholique ordinaire, qu\u2019il soit religieux, prêtre ou làique, n'est pas censé rechercher ou trouver cette expérience.Pourtant, la contemplation consiste essentiellement à dépasser les images et les concepts pour faire l\u2019expérience de la présence de Dieu qui habite les profondeurs de l\u2019âme.Pendant des siècles \u2014 en fait, depuis le Concile de Trente \u2014 la contemplation ou l\u2019expérience de Dieu ont été écartées au profit d\u2019un 1.The Tablet, 30 juin 1979, p.622-3; 48, Great Peter Street, London, England SW1P 2HB.sur ce q systE lesi Bill lesE Je pass TOiï la a elle E'.-O 1res cens chai : systi ieli une \"my, 1ère Pas r:~: ¦Il A 1 II îah Itys Saij bn de.cier P P; mai sus aie rtiji non mai ù[r 344 RELATIONS to- .1! :e i 6 (J8 (lift- a.I* ,'f:S i« peal revs- V système de dogmes, de rites et de lois morales auxquels le catholique romain devait \u201ccroire\u201d même s\u2019ils lui semblaient avoir peu de rapport avec sa vie personnelle.Même aujourd'hui, il n\u2019est pas rare que l\u2019on définisse la foi catholique comme un système de \u201cpropositions\u2019\u2019 ou de \u201cvérités\" sur Dieu, sur le Christ et sur l\u2019Eglise, auxquelles on s\u2019attend à ce que le catholique donne son assentiment.Ce qui importe le plus dans ce système, c'est que les dogmes, les rites et lois soient clairement définis et qu\u2019ainsi personne n\u2019ait de doute sur ce qu'il croit.N\u2019est-ce pas là justement le contraire de la religion proclamée dans les Evangiles?Jésus a donné sa vie et saint Paul a passé la sienne à combattre précisément un système juridique dans leque1 la connaissance de Dieu, la loi morale et les rites religieux contenaient, croyait-on, tout ce que Dieu lui-même avait ordonné.Jésus ne s'est pas contenté de leur substituer d'autres dogmes et d\u2019autres lois que ses disciples seraient censés accepter.Il a complètement changé la dynamique de la religion.La foi chrétienne n\u2019a pas comme objet un système de doctrines, de sacrements et de lois morales, mais une personne; et une personne est essentiellement un \u201cmystère\u201d.Dieu lui-même est le Mystère infini et transcendant qui ne peut pas être pensé, ni à proprement parler nommé.térieure et l\u2019amour de Dieu que les disciples éprouvèrent au fond de leurs coeurs.Quand l'Esprit Saint descendit sur les disciples, à la Pentecôte, ce ne fut pas pour leur révéler des doctrines mais pour leur communiquer une expérience.Cela ne signifie pas que les doctrines et les dogmes sont sans valeur.Les mystères de la Trinité, de l'Incarnation, de la Rédemption et de l\u2019Eucharistie, c\u2019est dans la contemplation qu\u2019ils ont tout d\u2019abord été vécus, comme une effusion de l'Esprit Saint dans les profondeurs de l\u2019âme.Mais vu que l\u2019expérience religieuse a une dimension de savoir et d\u2019amour tout autant que de \u201cpraxis\u201d, il était inévitable que ces expériences profondes en viennent peu à peu à être exprimées en termes intelligibles.C'est ainsi que l\u2019expérience devient formule et que les doctrines sont élaborées, mais les doctrines demeurent toujours secondaires; elles se réfèrent à une expérience ineffable qui ne saurait trouver son expression adéquate.Il en va de même pour les lois morales.La morale chrétienne n'est pas seulement l\u2019obéissance aux lois, elle est également l'abandon à l'amour de Dieu dans le don total de soi qui aboutit à une nouvelle compréhension de nos rapports avec le prochain.Mais lorsque la doctrine ou la loi morale se substituent à l\u2019expérience, et le cas est fré- SITÎ » fier Si* ;(# d CO» F[è Jf\u2019 PO\u2019/ ' #' fl!» Le moins que l\u2019on puisse dire de Dom Bede Griffiths, ce moine bénédictin Anglais de soixante-douze ans, c\u2019est qu\u2019il étonne.Depuis une vingtaine d\u2019années, il vit dans le sud de l\u2019Inde; en compagnie de chrétiens et d\u2019hindoux, il chemine avec ceux qui sont en quête de Dieu.Il faut bien se rendre compte que Yahvé lui-même était originellement ce Mystère infini et transcendant: le seul Saint, l\u2019Autre, l\u2019Unique sans pareil que la religion indienne a cherché au cours de son histoire.Jésus n\u2019a pas simplement proclamé un nouveau dogme de la Trinité.Il a fait l\u2019expérience de sa personne en relation avec Dieu, comme un fils l\u2019est avec son père; et c\u2019est cette expérience de Dieu qu'avec le don de l\u2019Esprit il a transmise à ses disciples.Comme saint Paul allait l\u2019exprimer, \u201cDieu a envoyé l\u2019Esprit de son Fils dans nos coeurs et il crie Abba, Père\u201d (Gai 4,6).La doctrine de la Trinité fut donc, à l\u2019origine, non pas un dogme mais un mystère, l\u2019expérience que Jésus fit de sa relation avec Dieu, comme celle du Fils avec son Père.Ce mystère fut communiqué aux disciples non pas dans une série de propositions mais par l\u2019Esprit Saint, par la vie in- quent, le résultat est désastreux.Le mouvement charismatique chez les catholiques et chez les protestants est un exemple remarquable et actuel d\u2019un retour à l\u2019expérience de l'Esprit Saint; mais il y a derrière ce mouvement le danger d'une doctrine fondamentaliste qui pourrait l\u2019empêcher de s\u2019ouvrir au vaste monde de l\u2019expérience de Dieu que les gens cherchent précisément aujourd\u2019hui.Le changement le plus important dans la conception de la théologie, depuis Vatican II, c'est la reconnaissance du caractère historique des dogmes.Les dogmes ne sont plus considérés comme figés et définitifs.Un dogme est l\u2019expression d\u2019un mystère de la foi dans un langage humain qui restera toujours inadéquat et qui sera toujours conditionné culturellement.Un dogme renvoie à un mystère qu\u2019il ne peut jamais vraiment définir; et il demeure toujours possible de trouver des façons nouvelles d\u2019exprimer le mystère, plus adéquates et plus significatives.C\u2019est précisément ce qui nous pousse à dépasser le dogme pour aller au mystère qu'il cherche à défendre.De la même manière nous sommes toujours incités à dépasser les lois morales qui ne peuvent jamais être adéquates par rapport à la situation humaine concrète; et à chercher conseil auprès de l\u2019Esprit Saint qui transcende toutes les lois et pénètre les coeurs.Au cours des dernières années un flot continu de \u201cchercheurs\u201d sont venus à notre ashram, en provenance de diverses parties de l\u2019Inde et de tous les coins de l\u2019univers.Presque tous profondément sérieux.Ils peuvent être bien é-loignés de la foi chrétienne mais ils sont à la recherche de Dieu, d'une ultime signification à donner à leur vie.Ils peuvent avoir recours au yoga, au Zen ou au Vipassana comme méthode de méditation; ou encore ils peuvent méditer sur le Tao ou sur le I Ching, ou encore utiliser la prière et la danse soufi.Mais quelle que soit la méthode qu\u2019ils emploient, ce qu\u2019ils cherchent, ce n\u2019est pas une théorie ou une doctrine mais une méthode de \u201créalisation de soi\u201d, une expérience de Dieu ou de la Vérité ou de la Réalité ultime.Ils sont ouverts à ce que l\u2019hindouisme, le bouddhisme, le taôisme, ou l'islamisme peuvent leur enseigner; mais également au christianisme, pourvu qu\u2019il leur soit présenté comme une voie d\u2019expérience spirituelle, de \u201créalisation de Dieu\u201d, en un mot, de contemplation.J\u2019ai connu plusieurs catholiques qui avaient abandonné toute pratique depuis des années, et qui ont entrepris de se convertir en profondeur, en redécouvrant leur foi d\u2019une nouvelle façon, non plus de l\u2019extérieur mais du dedans.Voilà, semble-t-il, ce que l'Inde a à offrir: la découverte de la dimension intérieure de la foi comme expérience de Dieu par le coeur.L'Eglise ne pourrait-elle pas prendre davantage conscience de cette formidable recherche de Dieu et d\u2019une conscience nouvelle par-delà la conscience mentale?L'expérience chrétienne de Dieu est d\u2019une profondeur insondable mais elle reste prisonnière de mots et de formules qui, pour plusieurs, ont perdu leur signification.Lorsque l\u2019Eglise catholique s'ouvrira aux richesses inestimables des religions o-rientales, alors, et alors seulement nous pourrons répondre à l'attente de cette nouvelle génération qui, chaque année, débarque en Inde et en d\u2019autres pays de l\u2019Asie en quête de Dieu.lOflS DECEMBRE 1979 345 Cj^ APOCALYPH NOW LE SALUT PAR LA SECTE par Jean-René Ethier Surtout, garder la tête froide.Ne pas se laisser intimider davantage par une publicité aussi tapageuse que \u201cnauséabonde\u201d et qui a déjà fait virer la légende du film aux dimentions d'une épopée.Rester circonspect devant les potins ou les vérités malodorantes qui continuent de circuler sur l\u2019aventure Coppola1.Comment ne pas se méfier au moment d\u2019une critique alors que Coppola lui-même ne s\u2019est pas gêné pour invectiver les journalistes en les traitant d\u2019irresponsables! On attendait intensément ce film après une campagne publicitaire qu\u2019on qualifie maintenant d\u2019intimidation.C\u2019était donc une attente malsaine.Coppola, qui a risqué toute la fortune qu\u2019il avait amassée avec ses deux Parrains, ne serait-il qu\u2019un mégalomane fasciné morbidement par la puissance et par la guerre?Or, y eut-il jamais film qui exigea tant de moyens gigantesques?Quatre années de tournage, coupées \u2014 il est vrai \u2014 à un moment donné par une certaine fatigue du réalisateur, sur laquelle sa femme autant que d\u2019autres ont bien épilogué! Coppola s\u2019est lui-même comparé au héros de son film, partagé entre la démence et la destruction.Le tournage, à son dire, n\u2019aura été qu\u2019un \u201ccauchemard vivant\u201d.Plus de trente-deux millions de dollars dépensés pour la prochaine fortune du réalisateur et des compagnies de distribution et pour les spectateurs voyeurs: de quoi faire manger combien de sous-alimentés?Tiré d\u2019abord d\u2019une nouvelle de Conrad, Au Coeur des ténèbres, le film bascule, à la toute fin, dans une finale qui continue de faire problème.Coppola aurait visionné 24 heures de pellicule pour choisir un montage terminal qui semble ne satisfaire personne.Que devient, alors, le sérieux d\u2019une réalisation qui n\u2019a pas encore trouvé sa finale, après tant d\u2019efforts?Nous reviendrons sur cette finale parce qu\u2019on pourrait y trouver là la clef d\u2019interprétation de toute l\u2019oeuvre et fonder, par ailleurs, une critique éclairante.POUR Cannes, qui vient de le couronner ex-aequo avec Le Tambour2, a commencé par vibrer d\u2019émotion le soir de la première d\u2019Apocalypse Now, puisque tout a failli tourner à l\u2019émeute.C\u2019est assez dire que le film, malgré sa consécration, n\u2019a pas eu gain de cause chez tous et chacun.Ceux qui sont \u201cpour\u201d soutiennent que c\u2019est un film \u201cétourdissant et inoubliable\u201d.Ainsi, Jack Kroll du Newsweek3.Il renchérit en soutenant que Coppola est \u201cun réalisateur merveilleusement doué\u201d.Qu\u2019il a \u201ctous les dons d\u2019un grand artiste éclatant\u201d.Que sa profusion même trouve un \"équilibre cristallin de tous les éléments\u201d qu\u2019il manipule avec une main de maître la violence, l\u2019horreur, la folie, l\u2019ironie, la douceur ou l\u2019humour.Il va jusqu\u2019à dire que \u201ctous les acteufs sont dirigés de main de maître et que le rythme du film, autant que la musique, sont irréprochables.\u201d4.Pour Claude Lamothe 5, ce spectacle du délire est grandiose et son succès assuré.Voilà une oeuvre aux dimensions d\u2019un opéra sanglant dont la mort et la peur sont les grands prêtres.Puis, ce film a un double mérite: il révèle (enfin!) le visage de la guerre dans une vision lucide6 en même temps qu\u2019il dénonce la fragilité des frontières entre l\u2019homme sensé et le dément criminel de guerre.Malgré ses ambiguités, c\u2019est un film dédié à la détresse humaine.Certes, Apocalypse Now contient tout cela.Mais, de quelle façon?Comment ce film montre-t-il son message?Les moyens qu\u2019il prend ne deviennent-ils pas une fin en soi?Et la dénonciation de l\u2019horreur ne devient-elle pas, à son tour, spectacle complaisant de cette horreur?En un mot, tout cela est-ii purifié, c'est-à-dire vraiment vu à travers une oeuvre d\u2019art comme elle s\u2019y prétend?CONTRE Plus nombreuses sont les voix discordantes.Vincent Candy, un critique chevronné7 irril; pon prétend, pour sa part, que malgré les moments extraordinaires et les détails brillants, il n\u2019y a rien de plus que ces effets impressionnants, dans ce film sans point de vue dominant, sans vision vraiment personnelle ou humanisante, s'étonne même qu\u2019un pouvoir si effrayant \u2014 entendons la mise en scène cinématographique \u2014 soit remis entre les mains de jeunes metteurs en scène qui n\u2019ont à leur crédit que leurs diplômes d'écoles de cinéma.Ces jeunes, que des films-chance, sertis de capitaux fabu leux, ont rendu vite populaires, savent certes toute leur technique, mais manquent de réelles qualités humaines.Candy leur reproche de n\u2019avoir jamais fait ni de droit, ni de philosophie, ni de médecine, ni même d'avoir ramassé les ordures de leur quartier.De sorte qu'ils connaissent tout des effets filmiques à produire, mais qu\u2019ils en savent peu sur le coeur humain.Apocalypse Now n\u2019est pas exempt de cette lacune.En somme, Apocalypse Now fait partie de ce cinéma qui n'a que sa propre fin en soi.Frank Rich du Time 8 reconnaît qu\u2019Apoca/ypse Now ne manque pas de scènes à couper le souffle, mais que ce n'est pas un poème sur le plan émotionnel, qu'il est vide sur le plan intellectuel.Que c\u2019est un extravagant monument à la propre défaite artistique de Coppola9.Que ce n\u2019est même pas un récit épique de guerre.Que les personnages sont inexistants, que sa finale est sans imagination et que tout cet enfer de la guerre ne montre jamais le drame et le chaos moral des âmes.Montherlant, ,, dans La Rose des sables a autrement mieux parlé de la guerre et de l'attrait qu\u2019elle exerce sur les coeurs.cal) SJ)] 1.2.3.4.5.6.7.8.Francis Coppola qui nous avait déjà donné Le Parrain I et II est le réalisateur de Apocalypse Now.De Volker Schoendorff.Cf.Relations, septembre 1979.Newsweek, 20 août 1979.Ibid.Le Figaro, 27 septembre 1979.Une lucidité qui ne s\u2019attache qu'à la symphonie des machines et bien peu, contrairement à Deep Hunter, à l'angoisse des humains.New York Times, 19 août 1979.Time, 27 août 1979.naît aitij Iftp d'at de tel d'il: î-ai te ton; te toi 346 RELATIONS I fi) J e « !S'S esel-sans i vrai-le.\u2022 (fia)-:* e es ïhs ,e :es ¦a:.-ait!* ran- O, is 'a* = né-e ies SC lis Les, Fiches du cinéma 10 attendaient avec ce film un miracle: on n'aura eu qu\u2019un film de plus.Coppola en fabrique pour tous les goûts dans une \"unité esthétique qui n\u2019est qu\u2019artificielle\u201d et pla-gale.Entendez un film dont l\u2019harmonie visuelle ne repose que sur des poncifs, qui pour être audacieux, n\u2019en sont pas moins éculés.La réflexion y est à bon marché, elle est même \u201ctrop carrée pour être honnête\u201d.On sait que Coppola n'est pas un penseur.Il vient de le démontrer à nouveau dans ce bric à brac d'idées toutes faites qui ne font pas autre chose que d\u2019ennuyer.Michel Mormin, du Figaro 11, déplore, quant à lui, sa propre déception.Il soutient que c\u2019est une oeuvre médiocre, grossière, prétentieuse et d\u2019autant plus irritante qu'elle se cache sous le parapluie de Conrad.Que cette \u201caventure à la dimension initiatique et surhumaine est écrasée par ses outrances et sa grandiloquence\u201d.Que la mise en scène n'est qu\u2019approximative et incohérente, d'une inspiration paranoïaque et baroque.On ne peut pas être plus dénégateur.Il va même jusqu\u2019à souligner que le plus grand morceau de bravoure du film, la fameuse chevauchée des hélicoptères ponctuée par la Walkyrie de Wagner est presque ridicule.iiesa ilSIf f'ssl sa ::4 ifî'l 35* :e ci :'F ;?* /* Ijt ItlH |tÜ> .U* F* POSITIF vs NÉGATIF Ces points de vue, en fait, ne se contredisent pas.Il est bien évident qu\u2019Apo-calypse Now est un morceau fignolé de cinéma, d\u2019un certain cinéma qui se prend pour tel.Mais, peut-on, en toute honnêteté, recommander des images, même si elles sont d\u2019une densité technique rarement égalée, quand on sait que dans cinq, dix ans au plus tard, les progrès de l\u2019image hologramme les auront rendues fades et caduques?Rappelons, ici, l\u2019anecdote du film pour ceux qui ne l\u2019auraient pas encore vu, et puisque, pour bien du monde, il ne saurait y avoir de cinéma sans intrigue qui le sous-tend.Pendant la dernière guerre du Vietnam, un officier des Forces spéciales américaines, le capitaine Willard (interprété par Martin Sceen) est chargé d\u2019atteindre la frontière du Cambodge et de supprimer un certain Kurtz, officier renégat.Le film retracera l\u2019itinéraire que suit Willard à travers les zones d\u2019insécurité qui s\u2019interposent entre Nha-Trang, base célèbre durant les guerres d\u2019Indochine, et le sanctuaire où le colonel Kurtz règne en maître absolu et sanguinaire.La rivière que remontera alors, avec son équipage, le capitaine Willard passera, au long des kilomètres, du pays des réalités quotidiennes dans celui du cauchemar.A la fin, c\u2019est comme dans une région inaccessible et surnaturelle qu\u2019aboutira Willard.L\u2019adaptation de la nouvelle de Conrad s'arrête pourtant ici.Ou plutôt, c'est ici qu\u2019elle dévie étrangement.On sent que Coppola, parti en piste avec Conrad dont il saisit mal le propos, reste bloqué par sa propre obstination à se servir de lui pour faire passer sa propre idéologie.Car l\u2019odyssée de Conrad était celle de \"pèlerins\" en quête d'une certaine mystique.Le trajet cauchemardesque de Willard s'agluttine plutôt de péripéties aussi accrocheuses que conventionnelles.A vouloir trop dire, on ne dit plus rien.A vouloir trop montrer, on arrive à la limite où plus rien n'émeut.Ne terrorise même pas! Et l'on ne s\u2019étonne plus que le même principe dramatique joue dans Apocalypse Now comme il jouait dans Jaws ou Tremblement de terre: à aller d\u2019horreur en horreur avec la plus grande aisance, on se lasse.Séquence 1: Après un générique qui fait penser à l\u2019opéra Turcadet, la caméra cerne un Willard désoeuvré dans sa chambre d\u2019hôtel.Il n\u2019a plus de raison de vivre.La seule qu'il trouvera sera cette aventure que lui proposent les autorités militaires.Dans la plus conventionnelle introduction narrative, où la parole et les devis de campagne emplissent le temps et ne permettent guère aux personnages de s\u2019incarner tout de suite.La psychologie retarde au profit des dispositifs de mise en place.Le style cher aux films américains de second ordre, pressés par le marché de consommation.Séquence 2: Willard arrive sur le champ des opérations.Une attaque en bonne et due forme (le plus grand morceau de bravoure du film) d'hélicoptères au son de la Walkyrie va jusqu\u2019à noyer l'image admirable de précision et de haute voltige, sous la démence sonore.Séquence 3: Willard continue son chemin.C\u2019est la jungle.Un autre hélicoptère brûle, au lance-flammes, des immensités de forêts.Incidemment, on verra la même image répétée plusieurs fois: il fallait bien économiser de la pel- 9.\tRich soutient que le malaise de Coppola qui stoppa le film provenait de l\u2019incapacité de ce dernier à pouvoir terminer le film devant l\u2019intuition qu\u2019il avait de faire fausse route.Comme Fellini pour 8Î4.Mais le contexte n'est-il pas différent?10.\tJuillet 1979.11.\tLe 21 mai 1979.12.\tCité par John Yessitore, The New York Times, 21 octobre 1979.13.\tIbid.licule, même avec 32 millions de budget et 24 heures d\u2019acétate supplémentaire.Autre séquence:\tLa patrouille de Willard entre dans la rivière à une vitesse folle, traînant derrière soi un membre qui fait du ski d\u2019eau.La guerre permet ces ironies.Les auctotones regardent, médusés et impassibles, sur la berge.Autre séquence: La patrouille s'arrête pour prendre à bord deux Vietnamiens.Ces Vietnamiens, sont-ils amis, ou ennemis?Pas moyen de le savoir.Pas de communication.Est-ce le pau: vre lot de la guerre?La jeune Vietnamienne fait un faux geste pour protéger une caisse à claire-voie.Un Américain la descend à coup de FLN à répétition.Le seul survivant est un petit caniche attendrissant.La guerre a de ces méprises.Autre séquence: C\u2019est la nuit dans la jungle.La patrouille pénètre en territoire ennemi et parvient à un drôle d\u2019amphithéâtre qui rappelle étrangement l'immense soucoupe volante de Close Encounters of the Third Kind.Toute une troupe de Gl américains applaudit un spectacle de \"Playboy Bunnies\".(Diantre! que venaient-elles faire dans cette galère, au fond de la jungle?).On le sait, à la guerre, les armées ont besoin.Ainsi, dans une douzaine de séquences qui ne semblent rattachées les unes aux autres que par cette unité artificielle d\u2019un long périple dont le but tarde à venir, Coppola veut nous faire voir différents aspects de la guerre et ses contradictions, partagée qu'elle est entre la tension et la veulerie, la terreur et la pitié, la brutalité et la beauté.Du plagiat fellinien.Coppola dira: \"J\u2019ai voulu faire une expérience.My film is in a different world.I tried to make it more of an experience than a movie\u201d12.De fait, le film commence par une histoire de guerre et finit par une expérience mystique.De là à convaincre.LA FAMEUSE SÉQUENCE FINALE Tous ceux qui auront vu le film vous diront qu\u2019ils n\u2019ont guère compris cette finale extravagante, pas même rachetée par la beauté plastique des images en clair-obscur.De quoi s\u2019agit-il exactement?D'abord, résumons les images.Sitôt arrivé au terme de sa mission, Willard commence à se rendre compte que iONS DECEMBRE 1979 347 Kurtz n\u2019est pas tout à fait ce qu\u2019on lui avait laissé entendre.Voici une tribu qui le vénère et est prête à prendre sa défense.Willard voit enfin Kurtz (qu\u2019on attend, nous aussi depuis longtemps, puisqu\u2019il s'agit du rôle tenu par Marion Brando, en tête d'affiche publicitaire), le crâne dénudé, présence fantomatique et menaçante.Voici Kurtz qui lui serine des idées de haute voltige.Willard semble oublier sa mission, conquis qu'il devient par Kurtz.Puis, tout à coup, à l'occasion d'une immolation rituelle d\u2019un boeuf (le bon boeuf de Buffalo Bill), Willard décide de passer à l\u2019action et tue Kurtz.Dans Conrad, Kurtz mourait des fièvres.Ivre de son sacrifice et prêt à subir la vengeance des chefs de la tribu subjugée, Willard sort de la chambre funéraire.A la fois dégoûté et exalté, avec une drôle de lueur sur le visage.Le voici acclamé par le peuple indigène.Il avait dit, auparavant, que c\u2019était maintenant le temps de l\u2019horreur, le temps de l\u2019Apocalypse finale.Le temps où c'est l\u2019horreur qui sauve.Nous voici au coeur du problème que ce film suscite.D'abord, quel est le sens de cette séquence finale énigmatique qui ne semble avoir de rapport avec le reste du film que par la consommation d\u2019une horreur supplémentaire?Il faut, pour le comprendre, revenir en arrière, sur une image fugace.Quand Willard pénètre dans la hutte de Kurtz, la caméra frôle, un instant, un guéridon où dort un livre.C'est The Golden Bough de Sir James Fraser.La clef est ici.James Fraser a publié, entre 1890 et 1915, douze volumes d\u2019une étude qui se voulait l\u2019équivalent de Darwin et de Freud, une étude sur la magie et la religion.Or, ce monument de la spéculation mystique s\u2019est trouvé réédité en 1922 et condensé en un seul volume, celui qui apparaît dans le film.Et Coppola lui-même d\u2019avouer que dans jeunesse, il avait lu ce volume, par bribes.Mais qu'avant de tourner le film, il s\u2019est mis à le relire.\u201cI have been aware of The Golden Bough since I was a student.From time to time, I read different sections.When it came time to make the movie and I realised the similarity, I re-read it in greater depth\u201d.13 Une similarité avec la démarche de Conrad! Voilà qui est beaucoup dire.Or, qu\u2019y a-t-il dans ce livre?Une étude confuse à tendance mystique nourrie du psychologisme naissant.Il s\u2019agit du \"meurtre du père\u201d.On peut résumer la démarche de Fraser en ces quelques mots: par la magie contagieu- se appelée sympathétic (la loi du contact), une sorte de sympathie se crée entre un homme et n'importe laquelle partie de son corps.Fraser explique que lorsqu'un roi, considéré comme divin, est assassiné par quelqu'un qui est lui-même fort et puissant, les pouvoirs de la divinité sont contagieusement transférés à l'assassin qui devient, à son tour, divinisé.Le peuple peut maintenant adorer ce nouvel héros assassin.Tout devient clair, alors, dans le film.Mais, combien sommes-nous loin de l'oeuvre de Conrad! Peut-on parler d\u2019une transposition de cette oeuvre ou plutôt d'une élucubration apprauvie où l\u2019imagination se condamne plus qu\u2019elle ne s'exalte?LE SALUT PAR LA SECTE Le discours devient donc limpide.Ce que tente Monsieur Coppola, après la mise en demeure des Parrains, c\u2019est de dénoncer maintenant ce qu\u2019il croit être la mentalité américaine.Nous voici au coeur, avec Apocalypse Now, d'un voyage dans les ténèbres de la psyché américaine.Qu'était donc cette guerre du Vietnam et cette participation américaine, condamnée par tout le monde, sinon le débjt inconscient de la sensualité américaine, devenue une horreur à extirper par l\u2019horreur, si tant est que l\u2019horreur, dans le spectacle cinématographique, peut purifier.Le spectacle horrifiant comme thérapeuthique! Aristote s\u2019était contenté de la terreur.Mais l'horreur! ça c'est nouveau! Ainsi s\u2019explique le rituel d\u2019autodestruction des héros qui confine à la folie.Or, pour conscientiser le spectateur, il fallait que le spectacle lui-même soit aux confins de la démesure et de la folie.Et la technique américaine du film le permettait dorénavant.Il fallait donc que le film lui-même soit un paradigme de la guerre.Mais, plus profondément encore: ce goût de la mort, cette fascination de la guerre n\u2019est que le rituel du pôle ambivalent de la sexualité qui dit désir et mort.On le sait depuis Freud.Une version donc modernisée du mythe du cow-boy et de l\u2019indien, sous-tendu par le colonianisme pervers qu'il faut enfin démasquer! Et où, dorénavant, se trouvera le salut?Dans la résistance à l\u2019ordre établi et le refuge dans la secte.Car, hors de la secte, dorénavant, point de salut.Kurtz est le héros divin qui peut se glorifier d\u2019avoir enfreint l\u2019ordre de la so- la! ciété.On va pour le tuer?Qu\u2019à cela ne tienne: il engendra sa propre succession divine.Son assassin sera un nouveau dieu qu\u2019il faudra adorer! Et puisque tout est bouleversé, que le mal engendre! maintenant le bien, c\u2019est bien le temps de l'Apocalypse où, enfin, renaîtra un genre humain nouveau.Inutile de dire w que cet Apocalypse de bonne fortune est loin d\u2019être celle prophétisée par l\u2019E- àlo vangile de Jésus Christ.Mais, après les multiples antéchrists d\u2019une pro grammation cinématographique récen- ta te, il était logique de prendre les de- ce vants et d\u2019aller droit aux temps apoca- ta lyptiques! Les Nostradamus se succè- port dent aussi allègrement que les films de son: Monsieur Coppola.On voit ce que l\u2019am- Ha bition de Coppola a de profondeur, mais sa! en même temps de ridicule extrapola- arm tion des données religieuses.On comprend, dis-je, qu'au-delà des images violentes, neuves et fracassantes, avec cette finale en apothéose, on est en face d'une oeuvre ambiguë qui a bien pu mystifier ceux qui l\u2019ont couronnée.Tant d'idées intéressantes restent au crédit de Coppola.Mais son audace a sans doute été un peu prématurée.Son exégèse de ia mentalité américaine, pointillée aux grilles du psychologisme et de la lutte des classes, demeure trop simpliste pour qu\u2019on lui accorde un in térêt sérieux.En fait, son film, réussi sur le plan de la technique, s\u2019étouffe lui-même d'avoir voulu trop embrasser.Puis, avec Coppola et quelques nou veaux coryphées d\u2019un cinéma tapageur qui ne craint plus les démesures, c'est à une notion populaire du cinéma qu\u2019il faut se référer.Cette esthétique nouvelle est aussi étincelante qu\u2019inquiétante.De beaux jouets polymorphes que ces films nouveaux qui nous parlent d\u2019un autre monde, meilleur ou pis que le nôtre, mais plus évolué.Polymorphes et multicolores, mais vides au-dedans d\u2019eux-mêmes.Puis, encore, une certaine forme du récit se précise en ces films: un récit qui n\u2019est plus la chose racontée, mais une ordonnance nouvelle qui contredit le récit cinématographique.Ce n'est plus la synthèse formelle entre l'image et la parole, mais la parole collée à l\u2019image qui se veut prestigieuse.C\u2019est la négation du cinéma en même temps que la consécration de la civilisation de l\u2019image.Qui va enfin s\u2019émouvoir de cet envahissement de plus en plus menaçant?En attendant, les foules se délectent.Et les mythes ne sont pas près de mourir.Cois leu aux 348 RELATIONS I :aie .By Moiil ¦nos a un « aest 1 ft :!ies P'O* BM- ; de-x:a- \u2019>41 fan- *ais oo'a- avec lace BIS\u2019 atm ice s 5oi aipe, iBiae 'SOP i« in* 0 ivi >P W P ceS é l'* aats ;C* s a > p> & ie* ; (r flit'S ; (ft* plus et» ,;¦$ 1* f' # ?ONS Jean-Paul II.(suite de Ne prenons qu'un exemple: la Lituanie, cette nation balte (voisine immédiate de la Pologne) qui, bien des fois à travers son histoire, s\u2019est fait arracher sa souveraineté, mais qui redevint indépendante, de 1919 à 1939.Occupée tour à tour par l\u2019armée allemande (1939, puis 1941) et par l\u2019Armée Rouge (1940, puis 1944), elle fut finalement intégrée de force à la fédération de l'URSS; plus de 30 000 Lituaniens, chefs politiques et leaders intellectuels, devaient être déportés en Sibérie et environ 5 000 prisonniers politiques exécutés.Jean-Paul 11 a vécu ces événements de près, depuis sa Pologne, elle-même occupée par des armées étrangères.Les évêques du Québec Dans l'histoire des empires français et britannique de l'Amérique du Nord, quel fut le sort de la Nouvelle-France?On nous dira qu\u2019il ne faut pas en parler.Mais Jean-Paul II a-t-il pris connaissance de ce qu\u2019avaient dit à ce sujet, en août dernier, un peu plus d'un mois avant sa visite à l\u2019ONU, les évêques du Québec?Les évêques du Québec, en effet, dans leur message pastoral du 21 août 1979 sur l\u2019évolution politique de la société québécoise, intitulé \"Le peuple québécois et son avenir politique\u201d, ont jugé opportun de ne pas omettre cet aspect réel de notre problème.En parcourant le N.18 de cette déclaration, un lecteur distrait par le style pourrait peut-être croire à un énoncé de principe abstrait, à une allusion générique à l\u2019histoire universelle, sans portée immédiate ici.Pourtant l\u2019application au Québec saute aux yeux: 18.La situation n'est plus la même lorsqu'il s'agit de l\u2019union de deux ou plusieurs peuples au sein d'un même pays et sous un gouvernement commun doté de vrais pouvoirs.Cette union est habituellement choisie de façon libre.Mais il peut arriver qu'elle ait été dictée par des facteurs étrangers à la volonté d'une partie au moins des partenaires.Les guerres, les conquêtes, l'ancienne présence coloniale, les conditions politiques ou économiques d'une époque ou l'initiative de chefs non mandatés ont parfois placé sous une même autorité politique des peuples qui ont ainsi perdu, sans l'avoir librement choisi, une partie importante de leur souveraineté.Le contenu de ce paragraphe explosif, nos évêques le manipulent le plus délicatement possible, mais courageusement.Rien ne sert d\u2019essayer de cacher, d\u2019oublier ou d'atténuer notre histoire.la page 328) La Nouvelle France, disent donc les évêques, fut conquise, dans une guerre coloniale.L\u2019ancienne présence coloniale explique ce qui est arrivé au Québec.Les conditions politiques de l\u2019époque impériale permirent à Londres d\u2019imposer l\u2019Acte d'Union.Puis, conjointement, les conditions politiques et les conditions économiques d'une époque, où l\u2019on voulait, entre autres, construire un chemin de fer d\u2019un océan à l\u2019autre, afin de développer ce nouveau pays transcontinental (pour ne pas dire ce nouvel \u201cempire\u201d canadien à l'intérieur de l'empire britannique), permirent de regrouper l'ensemble des Colonies qui constituèrent la fédération canadienne, .qui encadra le peuple francophone du Québec.Cet ensemble de conditions permit aux chefs politiques de Londres et à ceux de ces Colonies, sans être préalablement mandatés par le peuple du Québec dans un référendum, de \u201cdicter\u201d une situation, de placer sous une même autorité politique des peuples différents.C\u2019est ainsi que le peuple du Québec a \u201cperdu, sans l\u2019avoir librement choisi, une partie importante de (sa) souveraineté\u201d et de son territoire.Car tout peuple, celui du Québec comme les autres, a un droit moral à sa pleine souveraineté.C'est à lui de choisir librement, \"dans la vérité de sa propre histoire\u201d, comme dit Jean-Paul II, comment il voudra pouvoir l'exercer.Les détails de l\u2019histoire de ceux que les évêques appellent \u201cle peuple francophone du Québec\u201d seront toujours indéfiniment discutés par les historiens et surtout les hommes politiques: il reste qu'au moins une très bonne majorité d'entre eux considérera que la synthèse que propose le message des évêques, sans prétendre à l\u2019exhaustivité, reste substantiellement vraie et très significative.Quand Jean-Paul 11 viendra au Canada et au Québec, il ne rejettera pas la perspective ouverte par le message pastoral de l\u2019Assemblée de tous les évê-qus du Québec, et qui les conduit à affirmer plus loin (N.20) que \"dans le cas canadien, les Québécois peuvent légitimement réclamer, dans leurs relations avec les autres, qu\u2019on les considère comme des partenaires ayant les pleins droits d'un peuple\u201d.Il faudra savoir comprendre, dans les paroles et les attitudes de Jean-Paul II, ce qui restera entre les lignes, quand ce sera dit sans être dit.Le Pape aime à souligner que c\u2019est \"dans la pleine égalité\u201d qu\u2019il souhaite voir se retrouver à l\u2019ONU, avec les nations déjà représentées, toutes les nations absentes dont il parle.Le concept de l\u2019égalité des \"communautés nationales\", dans ce que le Rapport Pépin-Ro-barts appelle \u201cla dualité\u201d pour éviter d'avoir à parler de deux nations au Canada, est soumis à toutes sortes de négations, de subterfuges et de distinctions comme si on espérait en arriver à nier un concept aussi \"gênant\", \"irréaliste\u201d ou \"dangereux\u201d: le Pape a affirmé, sans gêne et dans son sens profond, le concept d'une \u201cpleine égalité\u201d entre toutes les nations, même entre les plus petites et les autres, qu\u2019elles jouissent déjà présentement ou non de la pleine souveraineté.UN AVENIR MEILLEUR L\u2019orateur va dire ses derniers mots.Il est ému.L\u2019auditoire sait que dans un moment on va l\u2019ovationner.Jean-Paul Il finit sur la note qu\u2019il veut souligner: \u201cla liberté des peuples et des hommes dans leur aspiration à un avenir meilleur\".Les discours qu\u2019il a prononcés en plusieurs autres occasions composent le contexte dans lequel il convient de replacer ces derniers mots, qu\u2019il proclame comme un salut à la- liberté devant les caméras du monde entier: cette liberté est sans doute la liberté de s\u2019autodéterminer, mais elle est aussi, comme il l\u2019a dit en janvier 1979 devant des diplomates, la liberté et le droit de considérer et de voir reconnu le principe que \"l'Etat comme expression de l'autodétermination souveraine des peuples et des nations constitue une réalisation normale de l\u2019ordre social\u201d.Remarquons que le Pape, dans la seule conclusion de son discours à l\u2019ONU, répète cinq fois les mots \u201cje souhaite\".Croirons-nous vraiment qu\u2019il souhaite quelque chose?Jean-Paul II nous a-t-il parlé à nous, du Canada et du Québec?Son point de vue, non pas statique mais clairement dynamique, inspire sa vision de l'avenir, celle qu\u2019il a de la communauté de tous les peuples, où s\u2019harmonisent l'interdépendance entre eux et la possible \"pleine souveraineté\" de chacun, s\u2019ils la désirent, dans la vraie liberté.Il a du souffle.Il s\u2019inspire de celui qui a dit: la vérité vous rendra libres.Il a conclu en souhaitant que tous les peuples \"puissent vivre et se développer dans la liberté et dans la vérité de leur propre histoire\".le 22 novembre 1979 DECEMBRE 1979 349 Tables de l\u2019année 1979 volume 39, numéros 444-454 AUTEURS BAUM, G., Le Pape et la dissidence: 250.BEAUDRY, A., Le Père Georges-Henri d'Auteuil: 8.Introduction à une première encyclique: 99.Editorial (église populaire et religion populaire): 225.Le statu quo, une option et une mentalité: 323.BEGIN, Y., Approfondir la relation de couple et la relation à Dieu: 309.BERGERON, R., Le mystère de la Rédemption: 102.Les nouvelles sectes.Essai de typologie: 336.BOURGAULT, R., Appropriations I; Croire: 87.Appr.Il; Les noces de Cana: 142.Appr.Ill; Le serpent d\u2019airain: 199.Appr.IV; La traversée de la Samarie: 307.Il y a secte et secte: 341.BOURGEAULT, G., L\u2019égalité des chances en éducation.Du rêve à la réalité: 181.BOYER, G., Des femmes et des \u201cT-Groups\u201d: 313.CARON, A.et BEAULAC, N., La programmation télévisée pour l'enfant au Québec: 203.CHAGNON, R., La religion dans la société contemporaine: 331.Les sectes aujourd'hui, pourquoi: 333.CHAPUT-ROLLAND, S., La désunion sur l\u2019unité: 163.COSMAO, V., Quel espoir pour un nouvel ordre économique international?: 272 et 297.La commission Trilatérale et la nouvelle stratégie internationale des pays capitalistes développés: 301.COTE, P., Des comités d\u2019aide à la vie: 9.Pour une pastorale des divorcés-remariés: 112.D\u2019AOUST, C., Le recours du salarié congédié dans la loi sur les normes du travail: 275.DESROCHERS, l\u201e Religieux et religieuses syndiqués: 17.Jean-Paul II et le socioéconomique: 104.Jean-Paul II et la lutte sociale: 131.Le droit du Québec et les tactiques de M.Clark: 167.Entre évêques francs, un dialogue: 229.Les évêques du Québec et l'avenir du peuple: 264.Un appel à la justice neuf, courageux.et timide: 291.Jean-Paul II et les peuples qui ne siègent pas encore à l\u2019ONU: 326.DION, L., La réforme constitutionnelle: 173.DUMAIS, M., Toujours pour la vie: 10.DUMONT, F., De l'absence de la culture à l\u2019absence de l'Eglise: 121.DURAND, G., Promouvoir un plus grand bien: 15.ETHIER, J.-R., Fées ou sorcières?: 24.La télévision devant l\u2019enfant: 211.Lendemain de festival: 281.ETHIER-BLAIS, J., L'Etre Français minoritaire - Arrêter l\u2019érosion de la culture française: 20.GENEST, O., La femme dans saint Paul: 147.GOURGUES, M., La vie changée par la Résurrection: 117.GRATTON-BOUCHER, M., Pour les Québécoises, égalité et indépendance - Un lieu de réflexion théologique: 149.GRIFFITHS, B., La quête de Dieu: 344.GUINDON, A., Pour une éthique de conviction: 10.HAYNE, D.M., Un \"stupide XIXe siècle\" au Québec?: 252.HENRIPIN, J., La natalité au Québec - Y a-t-il un problème?: 44.Justice sociale et politiques familiales: 81.LACELLE, E.J., Femme en recherche de parole symbolique: 138.LAROCQUE, G., L'imagerie télévisuelle: 208.LEBOEUF, L., Une société \u201cabortive\u201d: 11.LECLERC, L., Le recours du salarié congédié dans la loi sur les normes du travail: 275.LEVEQUE, K., L'Eglise populaire ou l'Eglise qui naît du peuple: 234.LEVESQUE, F., Former des pasteurs enracinés: 248.MARTEL, G., Louis Riel à la télé: 154.MARTUCCI, J., Abondance et gaspillage dans la Bible: 36.Le phénomène du sous-déve-loppement et le problème de la pauvreté dans le Tiers Monde: 38.MELANCON, L., \u201cParler-femme\" dans l\u2019Eglise: 144.MILJKOVITCH, M., Le monde de l'enfant à travers ses dessins: 72.MORFIN, L., La gestation du Verbe en A-mérique latine: 49.Et après Puebla.?: 109.MYRE, A., En vue def l\u2019Eglise populaire: 238.NAUD, A., Des voies inacceptables: 12.PAIEMENT, G., La consommation menacée et les communautés chrétiennes: 40.Morale imposée, morale proposée?: 179.La religion populaire et les théologiens: 242.PAOLI, A., La pierre rejetée des bâtisseurs: 53.PICARD, R., Les collèges classiques au Québec, une histoire qui reste à écrire: 156.PRECLAIRE, M., A la recherche.de l'enfance perdue: 214.PROULX, S., Télévision de masse et générations tranquilles: 206.QUIVIGER, A., L\u2019éducation de la foi chez l'enfant: 77.ROY, M.-A., Entamer le dialogue: 14.SAINT-AMAND, J.-P., A propos de l'Eglise populaire (lettre à la réd.) : 259.SAINT-JACQUES LEV AC, P., Quelques questions au Marriage Encounter: 311.TOUPIN, R., La femme dans l'Eglise (Liminaire): 136.La télévision et l'enfant: 200.Retour sur les propos du cardinal Carter: 227.TRUDEAU, G., Le recours du salarié congédié dans la loi sur les normes du travail: 275.VERDIEU, E., La cinquième CNUCED: 195.Situation critique des pays moins avancés: 303.VILLENEUVE, A., Du cloître à Saint-Henri: 246.A.E.Q., Le peuple québécois et son avenir politique: 269.Comité inter-Eglises sur les Dr.de l'h.en Amér.lat.- Nos enfants vivront mieu> ® que nous autres: 197.L'épiscopat latino-américain - L'option préférentielle pour les pauvres: 70.\tjf t MATIÈRES AVORTEMENT \u2014 Des comités d'aide à la vie, P.C.: 9.Toujours pour la vie, M.D.: 10.Pour une éthique de conviction, A.G.: 10.Une société \u201cabortive'', L.L.: 11.Des voies inacceptables, A.N.: 12.Entamer le dialogue, M.-A.R.: 14.Promouvoir un plus grand bien, G.D.: 15.BIBLE \u2014 Abondance et gaspillage dans la ., J.M.: 36.Appropriations l Croire, R.B.: 87.Appr.Il Les noces de Cana, R.B.: 142.La femme dans saint Paul, O.G.: 147.Appr.Ill Le serpent d'airain, R.B.: 199.Appr.IV La traversée de la Samarie, R.B.: 307.CULTURE \u2014 Les fées ont soif: 1) de la loi et de l\u2019évangile, A.B.: 3; Les fées ont soif: 2) entre deux mythes la vierge et les fées, J.-G.N.: 4.Un \u201cstupide XIXe siècle\u201d au Québec?, D M.H.: 252.Lendemain de festival, J.-R.E: 281.EGLISE (vie de I\u2019) \u2014 Religieux et religieuses syndiqués, I.D.: 17.La consommation menacée et les communautés chrétiennes, G.P.: 40.L'éducation de la foi chez l\u2019enfant, A.Q.: 77.Pour une pastorale des divorcés-remariés, P.C.: 112.De l'absence de la culture à l\u2019absence de I\u2019 ., F.D.: 121.La pratique religieuse au Québec, R.T.: 262.Ce qu'on attend des ., R.M.: 295.- voir femmes.EGLISE LATINO-AMERICAINE - Puebla à l'heure de Jean-Paul II, CHRISTUS: 35.La gestation du Verbe en Amérique latine, L.M.: 49.L'option préférentielle pour les pauvres, L'EPISCOPAT LAT.-AMER.: 70.Et après Puebla.?, L.M.: 109.Nos enfants vivront mieux que nous autres, COMITE INTER-EGLISE SUR LES DR.DE L'H.EN AMER.: 197.Les universités à l\u2019heure de Puebla, H.C.: 262.EGLISE POPULAIRE - Editorial ( .et religion populaire), A.B.: 225.L\u2019 .ou l\u2019Eglise qui naît du peuple, K.L.: 234.En vue de I\u2019 ., A.M.: 238.La religion populaire et les théologiens, G.P.: 242.Du cloître à Saint-Henri, A.V.: 246.Former des pasteurs enracinés, F.L.: 248.A propos de I\u2019 .(lettre à la réd.), J.-P.S.A.: 259.Eglise et monde ouvrier, A.B.: 260.ENFANT \u2014 Le monde de I' .à travers ses dessins, M.M.: 72.L\u2019éducation de la foi chez I\u2019 ., A.Q.: 77.A la recherche.de l'enfance perdue, M.P.: 214.- voir télévision.EPISCOPAT québécois et canadien \u2014 Retour sur les propos du cardinal Carter, R.T.: 227.Entre évêques francs, un dialogue, I.D.: 229.Les évêques du Québec et l'avenir du peuple, I.D.: 264.Le peuple québécois et son avenir politique, ASS.DES EVEQUES DU QUE.: 269.Un appel à la justice neuf, courageux.et timide, I.D.: 291.FAMILLE \u2014 La natalité au Québec, Y a-t-il un problème?, J.H.: 44.Justice sociale et politiques familiales, J.H.: 81.- voir enfant et femme.FBI, ! 1 t ?t f II I II il t ! je; i i \u2019 f ! HlJ ( ' JUl : I ?i V; ( «0 , 1 ( fil f Pli! f ' Il I i St I $C: 1 I I I : i I SE: f t f i Iti 350 RELATIONS FEES ONT SOIF (LES) \u2014 Les fées ont soif: 1) de la loi et de l'évangile, A.B.: 3; Les fées ont soif: 2) entre deux mythes la vierge et les fées, J.G.N.: 4.Fées ou sorcières?, J.-R.E.: 24.FEMMES \u2014 Fées ou sorcières?, J.-R.E.: 24.La .dans l\u2019Eglise (Liminaire), R.T.: 136.en recherche de parole symbolique, E.J.L.: 138.\u201cParler .\" dans l\u2019Eglise, L.M.: 144.La .dans saint Paul, 0.\tG.: 147.Pour les Québécoises, égalité et indépendance - Un lieu de réflexion théologique, M.G.-B.: 149.Une seule lutte, G.B.: 194.Droit de la famille, droit des .?, K.B.: 295.Des .et des \"T-Groups\", G.B.: 313.- voir Les fées ont soif.JEAN-PAUL II \u2014 Etrange condamnation, A.\tB.: 67.Introduction à une première encyclique, A.B.: 99.et le socio-économique, I.D.: 104.et la lutte sociale, 1.\tD.: 131.Le Pape et la dissidence, G.B.: 250.Le Pape aux Etats-Unis, A.B.: 293.et les peuples qui ne siègent pas encore à l\u2019ONU, I.D.: 326.HISTOIRE \u2014 Le Père Georges-Henri d\u2019Au-teuil, A.B.: 8.L'Etre Français minoritaire - Arrêter l\u2019érosion de la culture française, J.E.-B.: 20.Louis Riel à la télé, G.M.: 154.Les collèges classiques au Québec, une .qui reste à écrire, R.P.: 156.JUSTICE \u2014 .sociale et politiques familiales, J.H.: 81.L\u2019égalité des chances en é-ducation - Du rêve à la réalité, G.B.: 181.MARRIAGE ENCOUNTER \u2014 Approfondir la relation de couple et la relation à Dieu, Y.B.: 309.Quelques questions au ., P.S.-J.L.: 311.Des femmes et des \u201cT-Groups\", G.B.: 313.MORALE \u2014 Stérilisation des arriérés mentaux, D.R.: 35.imposée, .proposée?, G.P.: 179.- voir avortement.PENETANGUISHENE \u2014 Penetanguishene, R.T.: 296.PUEBLA \u2014 voir Eglise latino-américaine.QUEBEC-CANADA \u2014 La désunion sur l'unité, S.C.R.: 163.Le droit du Québec et les tactiques de M.Clark, I.D.: 167.La réforme constitutionnelle, L.D.: 173.Le statu quo, une option et une mentalité: 323.RENOUEMENT CONJUGAL \u2014 voir Marriage Encounter.SCENE INTERNATIONALE - Foi et politique au pays des Ayatollahs, A.A.: 68.Les réfugiés de la mer, R.B.: 230.Skylab, R.B.: 231.Usure d\u2019un Démocrate ou impasse d'une démocratie?, A.B.: 231.La fin d\u2019un style de vie?, R.M.: 232.La commission Trilatérale et la nouvelle stratégie internationale des pays capitalistes développés, EN COLL.: 301.- voir Tiers-monde.SECTES \u2014 La religion dans la société contemporaine, R.C.: 331.Les sectes aujourd\u2019hui.Pourquoi?, R.C.: 333.Les nouvelles sectes, R.B.: 336.Il y a sectateurs et sectaires, R.B.: 341.La quête de Dieu, B.\tG.: 344.TELEVISION \u2014 Louis Riel à la télé.G.M.: 154.La .et l\u2019enfant, R.T.: 200.La pro- grammation télévisée pour l\u2019enfant au Québec, A.C.et N.B.: 203.de masse et génération tranquilles, S.P.: 206.L'imagerie télévisuelle, G.L.: 208.La .devant l\u2019enfant, J.-R.E.: 211.THEOLOGIE \u2014 La pierre rejetée des bâtisseurs, A.P.: 53.Le mystère de la Rédemption, R.B.: 102.La vie changée par la Résurrection, M.G.: 177.TIERS-MONDE \u2014 Le phénomène du sous-développement et le problème de la pauvreté dans le ., J.M.: 38.Pour un nouvel ordre de l\u2019information, L.M.: 69.La cinquième CNUCED, E.V.: 195.Mais qui est mon prochain?, L.M.: 260.Où est notre espérance?, G.T.: 263.Quel espoir pour un nouvel ordre économique international?, V.C.: 272 et 297.Situation critique des pays moins avancés, E.V.: 303.- voir scène internationale.TRAVAIL - La CRC-Q barre Cadbury, S.G.S.-O.: 5.Religieux et religieuses syndiqués, I.D.: 17.Les transports en commun, R.M.: 261.Le recours du salarié congédié dans la loi sur les normes du ., C.D., L.L.et G.T.: 275.CHRONIQUES FACE À L\u2019ACTUALITÉ ADISEPUTRA, A., Foi et politique au pays des Ayatollahs: 68.BEAUDRY, A., Les fées ont soif: 1) de la loi et de l'évangile: 3.Etrange condamnation: 67.Usure d\u2019un Démocrate ou impasse d\u2019une démocratie?: 231.Eglise et monde ouvrier: 260.Le Pape aux Etats-Unis: 293.BOURGAULT, R., Les réfugiés de la mer: 230.Skylab: 231.BOYER, G., Une seule lutte: 194.BULMAN, K., Droit de la famille, droit des femmes?: 295.CARRIER, H., Les universités à l'heure de Puebla: 262.CHRISTUS, Puebla à l\u2019heure de Jean-Paul II: 35.MARCOTTE, R., La fin d'un style de vie?: 232.Les transports en commun: 261.Ce qu'on attend des Eglises: 295.MORFIN, L., Pour un nouvel ordre de l\u2019information: 69.Mais qui est mon prochain?: 260.NADEAU, J.-G., Les fées ont soif: 2) entre deux mythes la vierge et les fées: 4.ROY, D., Stérilisation des arriérés mentaux: 35.ST-ONGE, S.G., La CRC-Q barre Cadbury: 5.TESFAYE, G., Où est notre espérance?: 263.TOUPIN, R., La pratique religieuse au Québec: 262.Penetanguishene: 296.LES LIVRES ARCHAMBAULT, G., Stupeurs R.D.: 318.AUCLAIR, M.et PREVOST, F., Mémoires à deux voix (J.-P.L.): 31.BEAUCHEMIN, N.et MARTEL, P., Echantillon de textes libres, No IV, et Vocabu- laire fondamental du Québécois parlé: index de fréquence (R.D.) : 319.BRONSARD, C., Economie et culture (R.D.): 31.BROUILLET, G., \"Quelle éducation?\", (L.-B.R.): 59.CARON, L., Bonhomme Sept-heures (G.P.): 60.CARRIER, R., Les Enfants du bonhomme dans ia lune (R.D.) : 285.DE ROECK, J., Jean-Paul II (J.-P.L.) : 223.Des prêtres ou des animateurs laics?(J.C.): 94.Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, (R.D.) : 28.DUMAIS, M., L\u2019Eglise de Rimouski dans un contexte de développement régional (1963-1972) (J.-P.L.): 94.Ecriture française, Ed.Naaman (R.D.): 223.FRIEDLANDER, S., Quand vient le souvenir (J.-P.L.): 223.GRISE, J., Les Conciles provinciaux de Québec et l'Eglise canadienne (1851-1886) (J.C.): 255.Hommage à Lionel Groulx (R.T.) : 63.JACQUARD, A., Eloge de la différence.La génétique et les hommes.(R.P.) : 222.LAMBERT, T., Marguerite Bourgeoys, éducatrice.Mère d\u2019un pays et d'une église.(G.-E.G.): 62.LAVALLE, M., Journal d\u2019un prisonnier (L.-B.R.): 30.MAILLET, M.et LEBLANC, G.et EMONT, B., Anthologie de la littérature acadienne, 1606-1975 (R.D.) : 220.MEDAM, A., Montréal interdite (A.D.N.): 223.ORBAN, E., Un modèle de Souveraineté-Association?Le Conseil nordique.(R.B.): 31.PARIZEAU, G., La chronique des Fabre.(A.D.N.) : 63.POULIN, G., Cogne la caboche (J.B.) : 186.ROBERT, G., La Peinture au Québec (R.D.): 157.SAVARD, F.-A., Carnet du soir intérieur (R.D.) : 94.SIMARD, J., Ml LOT, J., BOUCHARD, R., Un patrimoine méprisé.La religion populaire des Québécois (J.-P.L.): 245.SAINT-GERMAIN, G., Psychothérapie et vie spirituelle.Expériences vécues.(G.C.): 317.THERIO, A., C'est ici que le monde a commencé (G.P.) : 92.VANIER, J., Ne crains pas (J.-P.L.): 62.La Communauté, lieu du pardon et de la fête (J.-P.L.): 223.Vers une terre nouvelle (J.L.D.) : 278.CINÉMA Apocalypse Now (F.Coppola): 346.Koko (B.Schroeder) : 283.L'Amour en fuite (F.Truffaut) : 314.Les Demoiselles de Wilko (A.Wajda) : 316.Molière (A.Mnouchkine): 188.Prova d\u2019Orchestra (Fellini) : 283.Sonate d\u2019automne (Bergman) : 56.THÉÂTRE Le Cid (TNM) : 89.Les fées ont soif (TNM) : 24.DECEMBRE 1979 351 Les Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 Le témoignage d\u2019un Esquimau Notre silence a déjà trop duré par Anthony Apakark Thrasher 165 pages, $5,95 UN CONTACT AVEC LA NATURE De tout mon cœur & NAÏV De tout mon coeur par le Chef Dan George présentation de luxe 96 pages, $12,95 lef Dan i&eo il-Bertrand Rail AUX SOURCES D\u2019UNE HISTOIRE PASSIONNANT Histoire de l\u2019expédition au Royaume de la Chine tirée des mémoires du P.Mathieu Ricci, S.J.740 pages, $30,00 DEMANDEZ NOTRE CATALOGUE «NOTRE SI Bibliothèque Nationale\t0/ Bureau du Dépôt Légal le copie/2 Département des Périodiques 1700, rue St-Denis, Mtl H2X 3K6 ves cuaeaux qui durent: des livres POUR MIEUX CONNAITRE LES AMÉRINDIENS "]
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