Relations, 1 mars 1981, Mars
[" DES \u201cGAIS POUSSERAIENT-ILS) X k / LES PORTES 1 ( DE L\u2019ÉGLISE?/¦Te rapatriement DE LA CONSTITUTION ¦\tLE PÈLERINAGE DE LECH WALESA ¦\tLE DICTIONNAIRE DE LA LANGUE QUÉBÉCOISE : no 468 sanbfpofaç£[ sop quguisrjjBclpa Z/apdoo op\tXpdpa np nurung 1,25$ /H o f i?uopq km onboipo-fpci fg SOMMAIRE MARS 1981 oo Gustavo DANS\t\tAu nom de la solidarité\t\t67 \tFACE À L\u2019ACTUALITÉ\t\t\t \t\tPresse et justice: la collaboration ne sert personne (J.-F.L.).Drôle de Coluche! (F.T.de L.).Pour aider.à agir! (R.M.).Changer notre oeil pour changer le monde (D.B.).Pour un mouvement étudiant autonome (F.G.).\t\t68 \tDES \u201cGAIS\u201d CHRÉTIENS\t\t\t Ginette BOYER\t\tLiminaire\t\t72 Pierre GOLDBERGER\t\tDe Sodome à l\u2019Exode: une sortie courageuse\t\t73 André GUINDON\t\tAprès Sodome et l\u2019Exode\t\t77 \tARTICLES\t\t\t Irénée DESROCHERS\t\tLe projet constitutionnel, le droit à l\u2019autodétermination et les évêques\t\t80 TÉMOIGNAGE\t\tHaïti: naissance d'une Église\t\t85 Peter HEBBLETHWAITE\t\tLe pèlerinage de Lech Walesa\t\t88 \tCHRONIQUES\t\t\t Diane ALMÉRAS\t\tLa littérature et le reste\t\t90 Jean-René ÉTHIER\t\tBonjour, là, bonjour!\t\t92 PÊLE-MÊLE\t\t\t\t94 CO w œ> 03 'CD T- C LO O CM f^ 4-T 00 c CO 0 ^ 03 lO CO _ .'0 3 ._ O CT) ¦Û _1 CM O O CL \u2022»- CNJ 00 X X => < LU OC CÛ RELATIONS revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.ILLUSTRATIONS Jean Villemaire GRAPHISTE Dominique Desmarais ADMINISTRATION Les éditions Bellarmin ABONNEMENTS Hélène Desmarais 8100, St-Laurent, Mtl, H2P 2L9 (514) 387-2541 DISTRIBUTION: Diffusion parallèle 1667, Amherst, Mtl, H2L 3L4 (514) 521-0335 Courrier de la deuxième classe no 0143 Enregistrement COMITE DE REDACTION Raymond Bourgault, Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Denis Lalonde, Roger Marcotte, Luis Morfin, Guy Paiement, Robert Toupin.PHOTOS Paul Hamel Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: 1 2,50 $ par année.Le numéro: 1,25 $ Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX).dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Arbor, Michigan 48106 U.S.A.66 RELATIONS U AU NOM DE LA SOLIDARITÉ \\ ) res- \u2019ail CS» 0.lues (fS.105 Kiel \u201cFace aux réalités que nous vivons, nous ne pouvons, en Amérique Latine, aimer vraiment notre frère, et par conséquent Dieu, sans nous engager au niveau personnel et même, en bien des cas, au niveau structurel, dans le service et la promotion des groupes humains et des couches sociales les plus dépossédées et humiliées avec toutes les conséquences qui en découlent au plan des réalités temporelles.\u201d Ce passage du Document final de Puebla (N.327) éclaire les options de nombreux chrétiens latino-américains et laisse entrevoir les risques que comporte leur engagement à l\u2019heure où les \u201cdroits de l\u2019homme\u201d perdent la faveur des diplomates.La présence active des chrétiens dans les mouvements de libération militant en Amérique centrale était au centre des débats d\u2019un séminaire continental qui se tenait à Mexico, du 11 au 1 5 février, sous le thème \u201cFoi et Action en solidarité avec les peuples d\u2019Amérique centrale\".Au terme des travaux de ce séminaire, un groupe \u201cd\u2019évêques, de prêtres et de pasteurs des Églises du Mexique, d\u2019Amérique centrale et d'Amérique du Sud\u201d adressaient un message pressant aux évêques catholiques des États-Unis et du Canada.Voici quelques passages de ce document.C'est en tant que chrétiens que nous nous adressons à vous pour dénoncer une fois de plus la terrible situation infligée au peuple du Salvador par la Junte militaire et chrétienne-démocrate avec la complicité avouée du gouvernement des États-Unis.Nous vous prions de continuer à user de votre influence.pour que cesse tout appui à ce régime et, en particulier, pour empêcher une intervention militaire massive des États-Unis ou de leurs alliés d\u2019Amérique centrale et d\u2019Amérique du Sud.6* i# ;U\u2018: iflPr A Nous vous supplions de conserver les positions prophétiques que vous avez eu le courage d\u2019afficher publiquement.Nous pensons à l\u2019intervention de Mgr Roach, le président de la Conférence épiscopale des États-Unis, qui a condamné la reprise de l\u2019aide économique et militaire au gouvernement du Salvador à la suite du massacre de trois religieuses et d\u2019une travailleuse sociale catholique de nationalité américaine.Nous pensons aussi à l'attitude évangélique et prophétique de Mgr Joseph MacNeil, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, à celle de Mgr Adolphe Proulx, président de la Commission épiscopale pour les droits humains, au travail de \u201cDéveloppement et Paix\" et du Comité chrétien pour la défense des droits humains en Amérique latine.La Junte militaire du Salvador s\u2019est rendue coupable de génocide en causant la mort de dizaines de milliers MRS 1981 El Salvador correspondant: Gustavo Dans traduction de Relations de Salvadoriens en moins d\u2019une seule année.Des témoins oculaires et des agences de presse ont attesté la pratique constante de la torture sur des hommes sans défense dont le seul crime était celui de s'être opposé politiquement à une situation séculaire de violence et d\u2019injustice.De jeunes enfants, des femmes enceintes, des vieillards et des jeunes ont trouvé la mort dans des circonstances horribles aux mains de l\u2019armée, de la Garde nationale, de la Police ou d\u2019organisations paramilitaires comme la tristement célèbre Orden.\u201cNous vous supplions de conserver les positions prophétiques que vous avez eu le courage d\u2019afficher publiquement \u201d Il est de notoriété publique que le gouvernement des États-Unis se fait le complice de cette situation, en fournissant des armes mais aussi des conseillers militaires au régime actuel.Il y a toujours des soldats et des officiers salvadoriens en formation dans les bases de l\u2019armée américaine à Panama.On connaît par ailleurs les décisions prises par le nouveau gouvernement américain dirigé par le Président Reagan et le Secrétaire d\u2019État Haig, comme l\u2019opinion de leurs principaux conseillers politiques pour l\u2019Amérique latine: on est prêt, à Washington, à intervenir massivement pour écraser encore une fois, après cinquante ans, le droit du peuple saivadorien à l'autodéter-mina tion.Nous voulons être fidèles à l\u2019Évangile de Jésus-Christ, aux enseignements du Magistère de l\u2019Église -(Pacem in Terris, Gaudium et Spes, Populorum Pro-gressio, Octogesima Adveniens, Redemptor Hominis, Dives in Misericordia) et aux orientations de notre Église d\u2019Amérique latine (Medellin, Oaxtepec, Puebla); nous ne pouvons par conséquent accepter cette situation ni tolérer le silence dont on veut l'entourer.Nous refusons donc pour notre Église toute tentation de compromission avec une telle réalité; nous croyons, au contraire, qu\u2019il nous faut lever la voix clairement et courageusement pour la dénoncer au nom de Jésus Christ.L'exemple de Mgr Oscar Romero, pasteur, prophète et martyr de son peuple et de l\u2019Amérique latine, nous incite à solliciter l\u2019appui de votre autorité morale et de votre action pastorale pour empêcher toute intervention du gouvernement américain et pour que cesse la répression.\tni-1 67 PRESSE ET JUSTICE: LA COLLABORATION NE SERT PERSONNE.Mercredi le 21 janvier dernier, la Sûreté du Québec saisissait à La Tuque, du matériel filmé par une équipe de reportage de Radio-Québec, dans le cadre d\u2019un conflit de travail entre la Compagnie internationale de papier (CIP) et ses travailleurs en forêt.Si l\u2019incident peut paraître anodin pour certains ou simplement coutumier, il ne faudrait pas s\u2019étonner, par contre, qu\u2019une série d'organismes québécois aient pris la peine de condamner catégoriquement ce type d\u2019intervention policière.Depuis plus de dix ans, en effet, chaque fois qu'un tel incident se produit, le débat reprend sur la question des rapports entre la justice ou l\u2019administration de la justice, et la presse.Pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, qui est intervenue chaque fois, le dilemme est clair: si la presse, de gré ou de force, devait fournir même occasionnellement les fruits de son travail de cueillette d\u2019information comme éléments de preuves dans des enquêtes policières, elle se verrait vite associée aux forces du maintien de l\u2019ordre.La Commission des droits et libertés de la personne, le Conseil de Presse du Québec et la Fédération nationale des Communications de la CSN sont intervenus aussi: il s\u2019agit d\u2019éviter absolument que par certaines de ses pratiques l\u2019administration de la justice n\u2019associe la presse au rôle du policier, menaçant ainsi directement le droit du public à une information libre.On a vu souvent, dans le passé, des journalistes \u2014 photographes ou cameramen surtout \u2014 fuir littéralement des scènes impliquant des policiers ou des activités répréhensibles au sens de la loi, tout simplement DROLE DE COLUCHE! Il fera toujours rire même si c\u2019est aux dépens de l\u2019humour.Tous les sept ans, la France élit au suffrage universel son président de la République.Parmi les candidats de cette année, l\u2019apparition inattendue de Michel Colucci, dit Coluche, met un grain de sel dans la soupe insipide des affamés de pouvoir, et deux grains de sable dans une machine bien huilée.Qui est Coluche?Un amuseur public de première grandeur: avec ses monologues irrésistibles et son air de faux naïf, ce franc rigolard défoule à merveille les individus toujours un peu hypocrites, en disant tout haut ce qu\u2019ils pensent tout bas.À 35 ans, après avoir traîné pour éviter d\u2019avoir éventuellement à contribuer par leur travail à la fabrication de preuves devant la justice.On a vu aussi des journalistes menacés même physiquement de représailles, parce qu\u2019ils avaient été appelés à témoigner ou à participer à des mises en accusation devant les tribunaux.Pour assurer qu\u2019en cette matière le droit du public à l\u2019information soit garanti, il faut donc rapidement que les rapports entre l\u2019administration de la justice et la presse soient clarifiés sans que le travail de l\u2019un comme de l\u2019autre n\u2019en soit compromis.C'est pourquoi, dans l\u2019esprit de la Charte québécoise des droits, et dans la ligne des recommandations déjà élaborées par la Commission des droits, la FPJQ a demandé au Ministère de la Justice du Québec de présenter au plus tôt un projet de loi garantissant le secret professionnel des journalistes et la confidentialité de leurs sources d\u2019information.Déjà d\u2019ailleurs, à la suite de l\u2019incident de La Tuque, le ministre Marc-André Bédard s'est engagé à former un comité incluant des représentants des journalistes, en vue de clarifier cette situation.Il faudra aussi que le gouvernement d\u2019Ottawa s\u2019engage dans le même sens, pour assurer le public que les journalistes ne pourront plus être contraints de témoigner en cour sur des faits recueillis dans l\u2019exercice de leur fonction.Jean-François Lépine Journaliste, président de la FPJQ sa guitare et ses galoches, le voici au pinacle du vedettariat.Sa bonne bouille de gars du peuple, son gros nez rouge et ses lunettes rondes, sa salopette rayée lui valent l\u2019immédiate sympathie des foules.Est-ce cette sympathie qui l\u2019a grisé?qui lui a soufflé de jouer au grand jeu de la politique?Maintenant qu\u2019il a les poches pleines, rien ni personne ne doit lui résister; les vitres non plus ne résistent pas aux cailloux des gamins.L\u2019automne dernier, il donnait 1 00 représentations à guichet fermé de son dernier \"one-man show\u201d et finissait drapé de tricolore.À un journaliste qui lui de- 68 RELATIONS 1$ 3 mande pourquoi il se présente, il répond \u201cpour foutre la merde\u201d.Délibérément vulgaire, voire ordurier, il flatte son public par ses points faibles.Pas bête, Coluche! en assénant de telles évidences, il ne risque pas de décevoir ses électeurs.C'est sans doute pour cela qu\u2019il trouvera sans trop de peine (?) les 500 signatures nécessaires au dépôt de sa candidature.Certains parmi les grands électeurs (maires, conseillers généraux, députés, sénateurs, etc.) lui ont promis leur appui; ils n'ont pas encore tous signé.Les sondages annonçaient en décembre de forts pourcentages de \u201ccoluchiens\u201d (1 6%, 27%).Il faut dire qu\u2019il s\u2019est lancé tôt dans la bataille puisque c\u2019est dès le printemps 80 qu\u2019il embouche les trompettes du pouvoir.Mais peut-on appeler intention de vote une réponse affirmative à la question \u201cAvez-vous envie de voter pour Coluche?\" Il se dit candidat de la dérision: \u201cJe foutrai le bordel parce que je préfère le chaos à Giscard pour 7 ans\u201d.Pourtant, pas grand\u2019chose à voir avec notre parti Rhinocéros dont les représentants se mesuraient avec les autres candidats en utilisant leurs propres armes, mais en y ajoutant une grosse pincée d\u2019humour, et deux bonnes doses d\u2019intelligence pure.Il suffisait d\u2019avoir entendu Gaston Miron ou Jacques Ferron parler dix minutes pour se convaincre du côté sain et bénéfique à tous égards de ce mouvement qui, rappelons-le, s\u2019est éten- POUR AIDER.À AGIR «i|l Le numéro 160 de Concilium, revue internationale de théologie, s\u2019intitule \u201cÉthique chrétienne et économie\u201d.Coïncidence heureuse et significative: par une réflexion élargie à l\u2019organisation économique mondiale et qui aborde résolument le problème de la responsabilité des croyants, un groupe de théologiens et de personnes engagées dans les agences internationales vient enrichir, corroborer et compléter le dossier ouvert ici le mois dernier sur les multinationales.Ils jugent urgent qu\u2019on aide à bien voir un problème que trop de gens trouvent avantageux ou plus pratique d\u2019ignorer, et dont la complexité décourage souvent ceux qui s\u2019en préoccupent, comme elle excuse ceux qui \u201cvoudraient bien\u201d faire quelque chose.Car \u201clà où des hommes, en raison de mauvaises conditions sociales vivent d\u2019une manière indigne de l\u2019homme, la lutte inspirée par des motifs chrétiens pour de meilleures conditions de vie doit recevoir la priorité\u201d (p.11 3).Quand \u201cles possibilités de production ont dépassé les imaginations les plus grandioses des pionniers de l\u2019ère industrielle\u201d et qu\u2019au lieu de se réduire par le partage, \u201cla disparité entre pays riches et pauvres n\u2019a jamais été aussi évidente\" (p.1 28), on ne peut plus ne voir là qu\u2019un reproche global et sommaire ni oublier l\u2019essentiel pour se concentrer sur les rectifications de détail.Nous sommes rendus à un point où une jeune femme a pu répondre spontanément à une personne âgée qui se disait plus proche de la mort: \u201cNon, grand\u2019mère, cela était avant; maintenant, ce sont les enfants qui sont le plus proches de la mort\u201d.\u201cPrendre conscience de cela, c\u2019est toucher le fond de la question\u201d (1 54).Sachant, par ailleurs, qu'il ne s\u2019agit pas là de faits \u201coccasionnels ou passagers\u201d, mais de conséquences qui tendent à se généraliser dans \u201cun système social construit, institutionnalisé .pour le bénéfice et la ri- du en janvier 1980 jusqu\u2019en la très britannique Colombie.Peut-il être capable de dérision celui qui méprise ceux qu\u2019il imagine à son service?Il préfère \u201cemmerder\u201d une hôtelière plutôt que lui régler sa note, saccager un magasin qui ne répondait pas assez vite à ses désirs de gros bébé gâté.Se prendrait-il au sérieux, lui aussi?Et si c\u2019était un coup monté?On se souvient, lors des précédentes présidentielles, du magistral \u201ccoup de pub\u201d d\u2019un certain PDG d'une usine qui fabriquait des tuyaux quelque part dans le Nord.Il a bénéficié gratuitement de l\u2019audience inespérée de 50 millions de Français pendant un mois.Cela lui a coûté beaucoup moins cher qu\u2019une opération publicitaire de piètre envergure, et lui, au moins, vendait les tuyaux qu\u2019il avait.Quelle tentation insidieuse que celle du pouvoir?qui n\u2019en a entrevu les séductions multiples?Pourquoi seuls les sages savent-ils s\u2019arrêter à temps dans l\u2019escalade qui nous fait croire que nous sommes les meilleurs?Dérisoire Coluche! C'est le cirque, nous sommes tous d\u2019accord.Pourquoi diable Coluche veut-il rejoindre dans l\u2019arène les clowns à qui nous sommes habitués?Il devrait bien savoir, lui, qu\u2019il ne leur apprendra pas à faire la grimace.Françoise Têtu de Labsade Université Laval.chesse de quelques-uns\u201d, on peut comprendre qu\u2019à Puebla, l'an dernier, on ait parlé de \u201cpéché social\u201d.Témoin d\u2019une telle situation, comment le croyant pourrait-il encore prétendre \u201caccueillir \u2014 ou proposer (avec quelle crédibilité?.) \u2014 le don du Royaume de Dieu dans l\u2019histoire, sans reconnaître que cela exige de construire une société humaine et juste; sans admettre qu'en acceptant une situation de péché, on y participe?Une première série d\u2019articles analyse les données du malaise grandissant entre pays industrialisés et pays du tiers monde, qui se manifeste surtout dans les relations de dépendance entre le Nord et le Sud: \u201cUne problématique de distribution injuste?\u201d, \u201cAspects financiers des relations Nord-Sud\u201d, \u201cSociétés multinationales et technologie\u201d, \u201cL\u2019idéologie de la Sécurité nationale\u201d, etc.Ceci pour aborder finalement les \u201cTentatives de réponse chrétienne\u201d.L\u2019Église ne peut, comme auparavant, \"déduire ses conduites\u201d de principes abstraits, d\u2019une \u201cdoctrine sociale\u201d claire et bien établie; \u201cfaite pour le monde, qui est son lieu d\u2019existence\u201d, c\u2019est le monde, \u201cdans son autogestion, qui lui apporte les matériaux de son entreprise de divinisation\u201d, et, selon le mot de Mgr Pavan, c\u2019est en \u201cobservant la réalité, qu\u2019on y découvrira les capacités évangéliques\".Au surplus, le temps paraît propice à une intervention.\u201cLes économistes sont beaucoup moins sûrs d'eux-mêmes quant à l\u2019indépendance conceptuelle de leur science\u201d (p.1 28).Il est vrai \u201cqu\u2019au moment où les gens semblent davantage préparés à écouter sérieusement l\u2019analyse éthique, les moralistes apparaissent divisés et confus quant à ce qu\u2019il faut dire\".Mais les questions suggérées pour orienter déjà une action efficace montrent qu'il n\u2019est pas besoin d\u2019attendre la formulation idéale de la notion de \u201cbien\u201d, souhaitable sans : MARS 1981 69 I < doute, mais longue et difficile, d\u2019autant qu\u2019elle devrait être acceptable par les différentes traditions culturelles.Les principes évangéliques permettent un éclairage difficile à contester de bonne foi, et gênant à accepter sans bouger.Aussi, après avoir rappelé que.\u2014\t\u201cla capacité d\u2019un système économique ou d\u2019une politique à répondre aux besoins rudimentaires de tous est certainement-le critère le plus élémentaire de l\u2019accep- i tabilité de ce système ou de cette politique (p.134); \u2014\t\u201cles grandes disparités de richesse et de revenus.créent une disposition à l\u2019arrogance chez les riches et une perte de respect de soi-même chez les pauvres (p.135); \u2014\t\u201cla dignité humaine est mise en valeur et en partie réalisée par l\u2019exercice responsable du pouvoir (lequel suit ordinairement la richesse); \u2014\t\u201csi les pays industrialisés apportaient, pour réduire la misère des autres (qu\u2019ils oppriment et éventuellement aident à réprimer) les mêmes efforts rationnels qu\u2019ils déploient chez eux, ce serait un progrès non négligeable; .on propose les critères plus proprement chrétiens qui suivent: \u2014\t\u201cEst-ce que les structures actuelles de la vie sociale aident les gens \u2014 ou les gênent \u2014 à croire que Dieu a souci d\u2019eux?À vivre l\u2019expérience des liens mutuels de la communauté d\u2019amour?\u2014\t\u201cEst-ce que l\u2019ordre social encourage ou décourage le péché, l\u2019égoïsme, l\u2019aliénation?\u2014\t\u201cEst-ce que les réalités économiques donnent une sécurité suffisante pour un programme de vie ordonnée, ou contribuent-elles au contraire à une insécurité chronique et à une anxiété inutile?\u2014\t\u201cFacilitent-elles ou rendent-elles difficile aux hommes de considérer comme sagesse et non dérision les conseils de Jésus de ne pas se soucier anxieusement des choses de ce monde?\u201d Et même dans les cas ambigus, où en vue d\u2019un moindre mal on songerait à tolérer provisoirement des pratiques ou des politiques à l\u2019encontre de l\u2019humain, c'est au système ou au régime en cause qu'incombe le fardeau de la preuve qu\u2019il y a moins d'inconvénients à les tolérer pour un temps qu'à les remplacer par d\u2019autres.(p.139).Nousjvoilà donc à l'opposé du vieux poncif de \u201cl\u2019ordre à tout prix\u201d.Face au désordre imposé, le chrétien se doit d'agir.Roger Marcotte CHANGER NOTRE OEIL POUR CHANGER LE MONDE La carte du monde de Peters L\u2019Europe, ici, paraît bien aussi grande que l\u2019Amérique latine.En réalité, l\u2019Europe fait 9,7 millions de km2 et l\u2019Amérique latine 17,8.Les objets les plus quotidiens sont souvent porteurs, à notre insu, de toute une conception du monde.Les cartes géographiques n\u2019échappent pas à la règle.Et si, comme moi, vous avez toujours imaginé notre planète à partir de la carte Mercator (qui est, en gros, la carte qu\u2019on retrouve partout depuis 1569), vous serez sans doute très surpris d\u2019apprendre à quel point elle était trompeuse (voir les illustrations)! La raison en est relativement simple.Conçue à la fin du XVIe siècle par un géographe flamand à l\u2019intention des marins européens qui partaient à la conquête des terres inconnues, la carte de Mercator a d'abord placé l\u2019Europe au centre du monde puis, à cause du procédé technique utilisé pour projeter une sphère sur une surface plane (ce qui entraîne inévitablement des déformations), elle a accordé une place prépondérante à l\u2019Europe et aux pays de l\u2019hémisphère Nord au détriment des pays du Sud (Amérique latine, Afrique, Asie, Océanie).\tî Toute projection cartographique comportant des inconvénients, puisqu\u2019il est impossible de reproduire fidèlement une forme ronde sur une forme plate, le choix d\u2019une carte nous renvoie à un autre problème, plus fondamental: car le choix d\u2019un planisphère révèle un choix politique, idéologique, culturel.1 La carte de Peters, réalisée en 1 974, nous offre enfin une vision nouvelle de notre terre, qui resitue dans une plus juste perspective les rapports Nord-Sud, redonnant aux pays riches leur véritable place (beaucoup moindre que par le passé) et permettant de visualiser la place grandissante qu\u2019occupent les pays du tiers monde dans les rapports internationaux.1.Pour plus d'informations sur la projection cartographique de Peters, on pourra consulter les dossiers Faim-Développement, N.80-11, p.1 9-22; et sur le problème de la \"planis-phérisation\", un récent article de la revue Science vet Vie (N.131, hors-série trimestriel, p.6-20).( leu nil pai doi Mi air cei sm éir un Qi « ui ü ré la Pi éi lu lii si Cl n la Si Pi Ci lo (il Cl di Cl Cl ci rs l! 70 ki RELATIONS ! i i I «\u2022 esl at- $.jre se lie ms tail lin ion las icé nié ur- oi- ii la- in- li- oi* in- oi* [in ne in- OP -la in- » is- IN' Cette carte, réalisée par un groupe oecuménique allemand sous la direction de l\u2019historien Arno Peters, réunit un grand nombre de qualités qui n\u2019avaient jamais auparavant été regroupées sur un même planisphère.Elle donne, par exemple, une représentation totalement exacte des superficies à la surface du globe et permet ainsi une comparaison directe des pays entre eux; elle situe l\u2019équateur au milieu de la projection, redonnant ainsi aux pays du tiers monde leur véritable position centrale; le découpage fidèle des hémisphères nord et sud permet, entre autre, de mesurer la part des terres émergées et des mers dans chacun d\u2019eux; toutes les régions terrestres sont représentées, y compris les régions polaires, souvent cachées sur les autres cartes; elle donne aux pays d\u2019Europe et aux zones tempérées un tracé à peine déformé; etc.Enfin diffusée ici, la carte de Peters a été éditée au Québec par l\u2019AQOCI (Association québécoise des or- ganismes de coopération internationale).Produite en trois langues (français, anglais et espagnol), elle est disponible à l\u2019AQOCI (1115 est, boul.Gouin, Montréal H2C 1 B3; 382-4560) ou auprès de la vingtaine d\u2019organismes qui en sont membres.\u201cLe planisphère Peters sera désespérant pour certains car il nous guérit une fois pour toutes de l\u2019eurocentrisme héréditaire.Il nous invite plutôt à regarder les choses en face, à reconsidérer notre conception des rapports entre les peuples.La \u2018carte pour un monde solidaire\u2019 jette à bas les rêves de dominations nouvelles (survivre en s\u2019imposant aux faibles) ou de ghettos (empêcher de se faire absorber par les peuples plus nombreux).Il n\u2019y aura de monde que dans un rapport de partenaires.C\u2019est le message que ce nouveau planisphère doit faire entrer dans les mentalités.\u201d Dominique Boisvert POUR UN MOUVEMENT ÉTUDIANT AUTONOME Novembre 1978; on s\u2019en souvient, la jeunesse des cégeps n\u2019allait plus à ses cours.Un mois de grève et une trentaine d\u2019institutions paralysées rappellent au gouvernement du Parti Québécois qu\u2019il n\u2019a pas encore réalisé sa promesse électorale, hors de tout doute rentable, d\u2019une réforme totale du régime déficient des Prêts et Bourses.Un peu honteux, le gouvernement écoute d\u2019abord, s'étonne, puis propose la paix et le retour aux cours, essuie un refus, durcit son langage et, finalement, dit non aux revendications étudiantes.Suivent alors en milieu étudiant près de deux années silencieuses: la démobilisation est inquiétante, l\u2019absence de perspectives, flagrante.Signe des temps, affirment certains, statistiques en mains sur l\u2019apolitisme de la nouvelle génération étudiante.1 L\u2019horizon semble bloqué pour |e mouvement étudiant: même la conjoncture référendaire n\u2019aura pas apporté le second souffle espéré, les militants répétant presque unanimement les slogans officiels de leurs aînés.Automne \u201980, la répression scolaire ne s\u2019accommode plus de fausse pudeur: les injonctions contre les associations étudiantes se multiplient (sociologie, psychologie et histoire à l\u2019Université de Montréal), un étudiant risque l\u2019emprisonnement pour avoir respecté un mandat d\u2019assemblée (Bruno-Guy Héroux recueillait les chèques des résidants en vue de contester la nouvelle hausse des loyers), on démembre un collectif d\u2019animateurs en pédagogie-progressiste fort apprécié des étudiants, le ministère de l\u2019Éducation propose un Règlement d\u2019études collégiales, avec l\u2019appui, pas même discret, du Conseil du patronat du Québec.De nouveau, la colère gronde.De nombreuses associations étudiantes collégiales ont rejeté le projet du Ministère; deux mois de grève, d\u2019une violence extrême, ont secoué la section d'Education pré-scolaire-primai-re (U.de M.); un soutien national s\u2019organise pour la défense de l\u2019étudiant accusé, Bruno-Guy Héroux.Mais voilà, la différence avec la mobilisation de 1978 1.INCI-SORECOM, Les valeurs des jeunes de 16 à 20 ans, Secteur de la planification, ministère de l\u2019Éducation, juin 1980, 210 p.est claire: si ce que l\u2019on a appelé \u201cl'automne chaud des cégeps\u201d portait un coup offensif et proposait des alternatives valables (gratuité scolaire, abolition des intérêts et des prêts.), le mouvement étudiant québécois est aujourd'hui contraint de protéger ses acquis (éducation au service de la majorité de la population: Pédagogie-Progressiste, Animation et Recherche culturelle; reconnaissance des associations étudiantes à l\u2019Université du Québec à Montréal) et d\u2019adopter dès lors une attitude défensive.Acculés au mur, les militants étudiants cherchent une réponse à la crise.Certains lancent un appel à retrouver la mémoire collective étudiante, à réévaluer les luttes antérieures et à briser avec le spontanéisme; d\u2019autres, tout aussi sincères, voient dans les discours \u2014 électoraux?\u2014 du nouveau ministre de l\u2019Éducation, M.Camille Laurin, des signes d'espérance.Quoi qu'il en soit, il importe aujourd\u2019hui que le mouvement étudiant reprenne son autonomie et se refuse à devenir \u201cla courroie de transmission\u201d de quelque parti que ce soit, s\u2019il veut être générateur de changement dans la société québécoise.Pour rompre l\u2019isolement de ces dernières années, les associations étudiantes devront également développer des liens avec les groupes syndicaux et populaires avec lesquels ils pourront définir et jeter les bases d\u2019un nouveau projet de société.François Gloutnay étudiant EN PRÉPARATION: NOTRE DOSSIER SUR LA CONFESSIONNALITÉ SCOLAIRE A'MARS 1981 71 DES \u201cGAIS\u201d CHRETIENS On refuse de leur louer un appartement.On la met à pied.On l\u2019oblige à démissionner de son poste.On lui enlève la garde de ses enfants.On leur interdit l\u2019accès à une salle de réunion.Hommes ou femmes, les homosexuels \u2014 les \u201cgais\u201d comme ils ont pris l\u2019habitude de se désigner eux-mêmes1 \u2014 se retrouvent dans toutes les classes de la société et pratiquent les professions les plus diverses.On sait aujourd\u2019hui qu\u2019ils forment environ 10% de la population.Le plus souvent, nous ne les remarquons pas.Aussi, nombre de gens sont-ils profondément troublés lorsqu\u2019un proche parent, un ami, un compagnon de travail révèle son identité gaie.En 1977, l\u2019article 10 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne a été amendé pour inclure l\u2019orientation sexuelle au nombre des motifs prohibés de discrimination personnelle ou collective, au même titre que \u201cla race, la couleur, le sexe, l\u2019état civil, la religion, les convictions politiques, la langue, l\u2019origine ethnique ou nationale, la condition sociale\u201d ou le fait d\u2019être handicapé.La loi québécoise semble avoir ici quelques bonnes longueurs d\u2019avance sur les mentalités et les comportements.Les préjugés ont la vie dure; les conditionnements culturels, subis par les gais, reçus par les autres, ne se corrigent pas du jour au lendemain.Un même effort de discernement et de redressement à l\u2019égard des conditionnements culturels a aussi sa place dans l\u2019Église.Le 29 décembre 1975, la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi publiait une Déclaration sur certaines questions d\u2019éthique sexuelle, où on cherche à concilier l\u2019accueil et la compréhension des personnes avec le rejet de tout acte homosexuel.La distinction LIMINAIRE entre le plan théorique et le niveau pratique, \u201cl\u2019ordre moral objectif\u201d et \u201cl\u2019action pastorale\u201d, ainsi que l\u2019autorité de l\u2019Écriture Sainte fondent cette position.Le document romain faisait écho à une recherche entreprise depuis quelques années par des théologiens et des pasteurs alertés aux problèmes de la condition homosexuelle et soucieux de réexaminer les arguments théologiques invoqués dans la condamnation de toute pratique homosexuelle.Au Québec, Guy Ménard vient de relancer ce débat et cette recherche en publiant De Sodome à l\u2019Exode.Jalons pour une théologie de la libération gaie2.L\u2019ouvrage est important, comme la question qu\u2019il soulève.Il élabore une parole d\u2019espérance pour les gais.Nous aurons l\u2019occasion, en de prochains numéros, de revenir sur le problème de leur statut dans l\u2019Église et sur la pastorale qu\u2019appelle leur condition.Nous avons tenu, cependant, à soumettre l\u2019ouvrage de Guy Ménard à deux théologiens avertis.Pierre Goldberger, directeur du United Theological College de l\u2019Université McGill résume d\u2019abord la position de Ménard.Intéressé par la théologie de la libération comme méthode de travail, c\u2019est surtout à ce niveau qu\u2019il formulera quelques questions.André Guindon, doyen de la faculté de théologie de l\u2019Université Saint-Paul (Ottawa), examinera surtout la portée éthique des avancées de Guy Ménard.Un oeil exercé remarquera sans doute l\u2019absence de la forme féminine du mot gai.Guy Ménard signale, à ce propos, qu\u2019 \u201cil s\u2019agit d\u2019un \u201cdiscours au masculin\u201d qui abordera d\u2019abord et avant tout la question de l\u2019homosexualité de l\u2019homme de même que ce qu\u2019ii peut y avoir de commun (nous n\u2019entendons pas le déterminer nous-mêmes) dans la question de l\u2019homosexualité de l\u2019homme et dans celle de l\u2019homosexualité féminine\u201d (p.27).Ginette Boyer 1.\tCe mot, pour désigner les homosexuels et ce qui a rapport à eux, est d'origine anglo-américaine.Mais selon certaines recherches, il aurait été utilisé en français, au Moyen Âge, pour exprimer cette même réalité.À la différence d'autres expressions, la notion de \u201cgai\" traduit une approche positive de la condition homosexuelle.On peut être gai et bien dans sa peau.2.\tL'Aurore/Univers, 1980, 262 p.: « P':: tüfe dan S:: i te te \u2019 sa-S le; sé« lec| auq l mal étal San me live lier L le «i ne; «s V: et lu 72 RELATIONS DE SODOME A L\u2019EXODE.par Pierre Goldberger United Theological College UNE SORTIE COURAGEUSE! Il fallait le faire! Dans les deux sens de l\u2019expression.I! le fallait.Car au Québec il nous manquait une ap-! proche rigoureuse qui nous introduise dans une relecture théologique positive du dossier homosexuel, saisi dans ses dimensions historiques, socio-culturelles, po-! litiques et religieuses, et articulée dans le courant des théologies de la libération.Il fallait le risquer, et avoir le courage intellectuel, j théologique et humain d'aborder la question de face, sans.détours ni complaisance, il Au Québec, avec cet ouvrage stimulant et interrogateur de Guy Ménard, c\u2019est fait, et bien fait.La sobriété du ton, la rigueur du propos, la mesure de l\u2019argument et : la solidité de la documentation façonnent un texte d\u2019une Si sérénité passionnée, susceptible de sensibiliser son ® | lecteur à un phénomène humain largement réprimé et auquel il est temps de faire justice.d Un panorama de libération homosexuelle au Québec et en Occident.Le tout en 249 pages, bien écrites, qui ne prétendent pas nous donner une vision \u201cextensive\u201d mais bien \u201cpanoramique\u201d du sujet traité, afin de susciter réflexions, recherches, débats, ouvertures nouvelles.Mission remplie! Apprendre à relire En se fondant sur les plus récents courants de l\u2019exégèse, l\u2019auteur peut revenir sur plusieurs passages bibliques qu\u2019on a très souvent utilisés pour condamner l\u2019homosexualité: entre autres, le récit de Sodome et Go-morrhe (Gn 19, 1-13) et celui du crime des Benjamini-tes à Guivéa (Jg 1 9).Dans le premier cas, il s'agit d\u2019un complot et d'une tentative de viol sur les étrangers ac- e a iî ie !f 3 >3 e, >5 L\u2019auteur commence par situer clairement sa problématique à l\u2019intérieur des théologies de la libération.Il en établit la méthode, l\u2019enjeu, et la visée: \"la reconnaissance pleine et entière des homosexuels comme personnes humaines saines et normales\u201d.Mais cette lutte de libération des homosexuels, dans l\u2019analyse comme dans la pratique, rejoint les \u201cluttes d\u2019autres groupes humains visant eux aussi une forme quelconque de libération, et, notamment, celles des femmes, des travailleurs, et des minorités raciales et culturelles\u201d.En somme, c'est de la transformation du monde et de ses rapports d\u2019oppression qu\u2019il s\u2019agit.La lutte des homosexuels est la contribution \u2014 modeste mais significative, précise l\u2019auteur \u2014 , à cette entreprise de Libération.Le second chapitre examine les sources chrétiennes (Écritures et traditions) à la lumière des connaissances et des pistes que nous fournissent les sciences humaines.Une catégorisation en quatre points articule les positions actuelles du monde catholique sur la question de l\u2019homosexualité et forme le contenu du troisième chapitre.Enfin, au chapitre IV se trouvent formulés des \u201cjalons d'une théologie de la libération gaie\u201d.La conclusion identifie quelques pistes nouvelles et précède, en appendice, quelques données sur les mouvements - Mais que veulent donc les homosexuels ?Ou\u2019est-ce qu\u2019ils attendent de leurs frères et soeurs chrétiens ?Dans un ouvrage destiné au grand public, et qu\u2019il faisait paraître quelques semaines avant De Sodome à l\u2019Exode, Guy Ménard répond ainsi à cette double question.\u201c.on s\u2019apercevra facilement que les homosexuels et les lesbiennes sont des hommes et des femmes parfaitement capables de porter des jugements moraux et équilibrés en matière de sexualité comme en tout autre domaine.Plusieurs d\u2019entre eux sont des croyants sincères.Ce qu\u2019ils attendent de leur Église, de leurs soeurs et de leurs frères chrétiens, ce n\u2019est ni de la pitié ni de la tolérance paternaliste mais bien un accueil fraternel comme membres à part entière de la communauté des croyants.\u201d Guy Ménard, L\u2019homosexualité démystifiée, Leméac, p.96.V_________________________________________y MARS 1981 73 cueillis par Loth; dans le deuxième cas, du viol et du lynchage d\u2019un étranger de passage accueilli par un vieillard.À y regarder de près, on découvre que dans ces textes ce n\u2019est pas l\u2019homosexualité en tant que telle qui est en cause, mais bien le bris de l'hospitalité sacrée vis-à-vis de l\u2019étranger ou (selon les exégètes) l\u2019agression du viol qui l\u2019accompagne.C\u2019est à ce titre que So-dome et les \u201cautres villes de la plaine\u201d, sont fustigées comme lieux de grande iniquité.La tradition rabbinique ne retiendra pas d\u2019accusations d\u2019homosexualité liées à ces textes.Alors, d'où nous vient ce lieu commun de la condamnation de l\u2019homosexualité rattachée à Sodo-me?Essentiellement des textes apocryphes tardifs \u2014 livres des Jubilées, de Nephtali, d\u2019Énoch, écrits entre le deuxième siècle avant Jésus-Christ et le premier siècle \u2014\tqui tentent, pour se démarquer de la culture hellénistique ambiante où cette pratique était généralisée, de fonder un tel rejet sur le texte de Sodome.Philon d\u2019Alexandrie (15 av.J.-C.à 50 AD) et Flavius Josèphe (37 à 96) scelleront cette interprétation qui ne trouvera cependant que peu d\u2019écho dans la tradition rabbinique subséquente.De même, l\u2019examen de Lv 18, 22; 20, 13, montre que les pratiques homosexuelles sont fustigées dans le cadre de la \u201cprostitution sacrée\u201d, tant hétérosexuelle qu\u2019homosexuelle, qui accompagnait le culte idolâtre de Baal en Canaan.En conclusion, énonce Guy Ménard, \u201cl\u2019homosexualité se trouve associée, dans le jugement biblique, à des circonstances aggravantes: manque d\u2019hospitalité, viol, dégradation du statut de mâle, idolâtrie.\u201cOn chercherait donc en vain dans l\u2019Ancien Testament une position claire, nette et précise et une condamnation de l\u2019homosexualité en tant que telle.'' En un mot, ces textes ne disent pas ce que la tradition interprétante subséquente leur a fait dire.L\u2019auteur scrute ensuite plusieurs textes du Nouveau Testament, tirés notamment du corpus paulinien (1 Cor 6, 9-10; 1 Tim 1, 9-10).Là aussi l\u2019examen du texte et des termes utilisés révèle un jeu de sens possible plus large que l\u2019interprétation conventionnelle.Un texte résiste cependant, celui de Rom 1, 18-25, où il est fait mention, tant pour les hommes que pour les femmes, de \u201crapports contre nature\u201d.L\u2019auteur argue avec raison que \u201cPaul n\u2019opère pas une distinction claire entre ce que nous appellerions la \"nature\u201d et la \u201cculture\u201d.Pour lui, le concept de nature implique aussi la culture de la société.Ménard en déduit que la \u201cnature\u201d renvoie à l\u2019identité spéciale du peuple élu qui tend à se démarquer \u2014 culturellement \u2014 de ses voisins, ou que la condamnation s\u2019adresse à des hétérosexuels \u2014 \u201cnaturels\u201d \u2014\tqui recherchent néanmoins des rapports homosexuels.C'est une interprétation qui, pour moi, passe mal.Il y a des textes que l\u2019on ne peut rescaper par l\u2019exégèse, si \u201cembarrassants\u201d soient-ils, tant ils sont clairs.Il en va ainsi notamment de certains textes pauliniens sur les femmes.On peut soit s\u2019y accrocher comme à des \u201cparoles d\u2019Évangile\u201d, soit y voir un reflet pur et simple des idées reçues par la culture d\u2019une autre époque.Mais il ne sert pas à grand\u2019chose de forcer l\u2019exégèse.74 En fait dans plusieurs textes bibliques les rapports homosexuels sont regardés avec mépris car ils font que l\u2019homme se comporte comme une femme! Ce double mépris de l\u2019homosexuel et de la femme correspond bien à la culture patriarcale, masculine, hiérarchique, dans laquelle s\u2019est coulé le donné biblique et l\u2019ordre des valeurs qu\u2019il a promu.D\u2019où, à notre époque, un soupçon idéologique que l\u2019auteur va développer avec bonheur et justesse: le dossier homosexuel \u2014 comme celui des femmes \u2014 n\u2019a jamais pu être soutenu équitablement au cours de l'histoire; la cause était déjà entendue par les définisseurs de l\u2019idéologie patriarcale dominante.Le verrou des Pères Le dossier patristique alourdit encore le rejet des homosexuels.Deux concepts, marqués par le dualisme et par la tradition stoïcienne, feront verrou: la \u201cnature\u201d et la \u201cvertu\".Le concept de \u201cnature\u201d, loin d\u2019exprimer le spontané, l\u2019instinctif, l\u2019impulsif, s\u2019identifierait à la \u201craison universelle\", à l\u2019ordre du \u201clogos\" répandu dans le \u201ccosmos\u201d.Aussi, vivre \u201cselon la nature\u201d équivaudra à vivre \u201cselon la raison\u201d \u2014 impérative pour tous.Quant à la \u201cvertu\u201d, conçue comme \u201capatheia\u201d (mort des passions et des émotions) elle cultivera le renoncement aux plaisirs du corps, et ne tolérera ceux-ci que dans leur seule fonction \u201crationnelle\u201d: la procréation de l\u2019espèce.Et voilà pourquoi, au cours des siècles, dans l\u2019Église, la sexualité a été muette! Dans un cadre de méfiance extrême à l\u2019égard du corps et de la sexualité, et sur le fondement d\u2019une anthropologie affirmant la supériorité du mâle, la sexualité féminine et l\u2019homosexualité \u2014 perçue comme singeant celle de la femme \u2014 ne pouvaient guère trouver grâce.Thomas d'Aquin orientera la tradition philosophique et théologique de l\u2019Église: \u201cla sexualité devra être comprise \u2014 et vécue \u2014 en fonction de sa fin propre: la génération et l\u2019éducation subséquente des enfants.Tout le reste sera perçu comme dépravation et unique recherche du plaisir charnel\u201d.L\u2019auteur l\u2019admet volontiers, on ne saurait reprocher à ces penseurs dans les cadres philosophiques qui étaient les leurs et sur la base de leur vision pré-scientifique du monde, de n\u2019avoir pas réfléchi la sexualité comme lieu de rencontre, de langage et de communication interpersonnelle.Il reste que de telles approches laissent de lourdes séquelles dans l\u2019histoire, car le Moyen Âge chrétien condamnait les \u201ccorrompus\u201d à de lourdes peines, et les homosexuels au bûcher, en les assimilant souvent à des hérétiques.Au carrefour des opinions Guy Ménard, s\u2019inspirant en cela de Gregory Baum, situe, avec une équité louable, quatre positions actuellement soutenues au sein du monde catholique.RELATIONS 1.\tLa position classique du magistère, telle que épétée en 1975 dans une Déclaration de la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi; on y condamne :oute pratique homosexuelle, quitte à recommander aux oasteurs une attitude \u201cd\u2019accueil et de compréhension\u201d.Cette position, selon l\u2019auteur, néglige les découvertes des sciences humaines, soutient un ordre social injuste et oppresseur et accule les homosexuels, soit à nier eur sexualité, soit à la vivre dans une culpabilité destructrice, clandestine et déshumanisante.2.\tUne tendance plus libérale, et plurielle, voit l\u2019ho-\u2022nosexualité comme une \u201cdéviation\u201d \u2014 souventjnvo-ontaire, et donc tolérable \u2014 ou alors comme une défaillance objective parce qu\u2019elle ne viserait pas un autrui véritable.L'attitude pastorale est ouverte: on encouragera les unions stables, on pourra même aller jusqu'à élaborer des formes liturgiques de \u201cbénédiction\u201d de ces unions.L\u2019homosexualité ne saurait être un critère motivant systématiquement le refus de l\u2019accès à la prêtrise.De toutes façons, l\u2019Église devra s\u2019informer, combattre la discrimination et l'oppression socio-politique dont sont victimes les homosexuels.Elle ne devra pas oublier \"la logique mystérieuse de l\u2019Évangile: là où il y a l\u2019amour, Dieu est présent\".Guy Ménard déplore, dans cette position, une trop grande généralisation de certaines \"données scientifiques\u201d, qui conduit à des stéréotypes sur les homosexuels, une approche plus personnaliste que politique, une pastorale en porte-à-faux qui encourage les homosexuels à vivre décemment, mais \u201ccherche à réorienter le sujet vers l\u2019hétérosexualité.\u201d L\u2019homosexualité jy est surtout saisie comme un moindre mal.3.\tUne troisième approche, endossée notamment par le mouvement \u201cDignity\" voit dans l\u2019homosexualité \u201cune réalité positive moralement acceptable\u201d et donc compatible avec la foi chrétienne.Cette position souligne l\u2019exigence morale chrétienne qui doit présider à toute sexualité \u2014 hétéro ou homosexuelle.Dans les deux cas, les mêmes normes éthiques doivent s\u2019appliquer.\u201cL\u2019Église ne doit pas.confondre l\u2019idéal moral avec l\u2019hétérosexualité comme telle\u201d, insiste-t-on.Il faut affirmer \u201cque toute activité sexuelle fondée sur une exploitation de la personne doit être condamnée sans équivoque.\" Pastoralement, l\u2019Église doit mettre toutes ses ressources en jeu pour permettre aux homosexuels de vivre dans le respect de soi.À cette vision positive de l\u2019homosexualité, l\u2019auteur reproche une approche trop individuelle, car il s\u2019agit bien de transformer les mentalités et les structures de la société dans ses rapports à l'homosexualité.De plus, souligne-t-il, des exigences éthiques également applicables aux hétéro et aux homosexuels risquent de demeurer des principes abstraits, car elles ne tiennent pas compte des conditions historiques concrètes différentes dans lesquels s'inscrivent les rapports homo et hétérosexuels.Je perds pied, lorsque l\u2019auteur affirme que les catégories de \u201cresponsabilités\u201d formulées par cette approche (réciprocité, rejet de l'exploitation, absence d\u2019égoïsme, fidélité) sont dès principes abstraits.Il me semble bien reconnaître dans cette \u201cproblématique\u201d le message biblique de la responsabilité dans la relation sexuelle non \u201cexploitante\u201d.Ces valeurs m'apparaissent porteuses de sens et doivent être \u201ccontinuellement\u201d et concrètement articulées dans la relation vécue.\u201cDÉCLARATION DE PRINCIPES\u2019\u2019 DU MOUVEMENT \u201cDIGNITY' Se définissant comme un regroupement international de catholiques homosexuels et d\u2019autres personnes sympathiques au monde gai, le \u2018\u2018Mouvement\u2019\u2019 a été fondé en Californie, en 1969, et compte aujourd\u2019hui des groupes locaux dans plusieurs villes des États-Unis et du Canada.Pour Guy Ménard, cette approche reste trop individuelle et les principes qu\u2019elle promeut, abstraits.Pierre Goldberger, au contraire, reconnaît dans cette problématique \u2018\u2018le message biblique de la responsabilité dans la relation sexuelle non exploitante \u201d, des \u201cvaleurs porteuses de sens\u2019\u2019 qui doivent être articulées sur le vécu.A.\tNous croyons que les catholiques homosexuels sont eux aussi membres du Corps Mystique du Christ, qu\u2019ils ont leur place au sein du Peuple de Dieu.Notre dignité vient de ce que Dieu nous a créés, que le Christ est mort pour nous, que l\u2019Esprit Saint nous a sanctifiés par le baptême, faisant de nous son temple, faisant qu\u2019à travers nous l\u2019amour de Dieu se rend visible.C\u2019est pourquoi nous avons le droit, le privilège et le devoir de participer à la vie sacramentelle de l\u2019Église afin de devenir des signes plus efficaces encore de cet amour de Dieu dans le monde.B.\tNous avons la conviction que les homosexuels et les lesbiennes peuvent vivre leur sexualité d\u2019une manière conforme à l\u2019enseignement du Christ.Nous croyons cependant que tout être humain, quel qu\u2019il soit, doit vivre sa sexualité d\u2019une manière éthiquement responsable et dénuée d\u2019égoïsme.C.\tComme membres de Dignity, nous voulons travailler à la cause de la communauté gaie.Dans ce but, il nous faut assumer nos responsabilités envers l\u2019Église, envers la société .ainsi qu\u2019envers les catholiques gais.1.\tPar rapport à l'Église: il importe en particulier de travailler à élaborer une théologie de la sexualité plus adéquate, et de faire en sorte que les homosexuels et les lesbiennes soient acceptés comme membres du Christ à part entière.2.\tPar rapport à la société: il s\u2019agit pour nous de promouvoir plus de justice pour le monde gai par le biais de l\u2019éducation et de l\u2019amélioration des lois; 3.\tPar rapport aux homosexuels et aux lesbiennes comme individus: nous voulons les aider à s\u2019accepter vraiment tels qu\u2019ils sont et à prendre conscience de leur dignité afin qu\u2019ils puissent prendre une part encore plus active dans l\u2019Église et dans la société.D.\tLe mouvement Dignity vise à unir les catholiques gais et à développer chez eux un sens du leadership.Dignity se voit également comme un instrument susceptible de permettre aux catholiques gais de faire entendre leur voix dans l\u2019Église et dans la société.Quatre sphères d\u2019activité retiennent particulièrement notre attention: la vie spirituelle, l\u2019éducation, l\u2019engagement social et la vie sociale en général.MARS 1981 4.La quatrième approche, \u201caudacieuse\u201d, à laquelle se range l\u2019auteur en compagnie de Fink et de Baum, constate que, dans le monde actuel, l'homosexualité est une réalité encore largement vécue sur le mode de l'oppression.Cette oppression elle-même expliquerait pour une large part la pathologie que l\u2019on rencontre chez de nombreux homosexuels qui en sont venus à intérioriser la condamnation prononcée par le milieu au point de se mépriser, de se haïr et de se rejeter eux-mêmes.Telle serait la véritable cause des diagnostics stéréotypés établis à leur dossier: \u201cinstabilité affective\u201d, \u201ccomportement pathologique\u201d, repli en \u201cghetto\u201d et du même coup, quête \u201cnarcissique\u201d.\u201cComment peut-on aujourd'hui légitimement établir que l\u2019homosexualité est \u201ccontre nature\u201d, alors que ce \u201cqu\u2019une société appelle généralement \u201cla nature humaine\u201d, c\u2019est au fond la compréhension que la classe dominante de cette culture a d\u2019elle-même et qu\u2019elle élargit à l\u2019ensemble de la société\u201d, énonce Baum fort à propos.Il s\u2019agit donc, d\u2019abord, de travailler à libérer les homosexuels de l\u2019oppression à laquelle ils sont soumis.Sur le plan théologique, l\u2019auteur inscrit les homosexuels parmi tous les \u201cautres\u201d opprimés et rejetés par le monde et auxquels s'adresse l\u2019Évangile.Les homosexuels seraient donc parmi nous, des témoins de l\u2019«altérité», de l\u2019«étrangeté\u201d dont le rejet par la société et l\u2019Église témoignerait de notre peur, peur que nous exorcisons en faisant de tous les \u201cmarginaux\u201d des boucs émissaires.À cet égard, l\u2019homophobie \u2014 la crainte ou même la haine de ce même autre \u2014 érigée en réflexe social, révèle une non-acceptation de soi, de sa propre identité sexuelle, ainsi que de la composante homosexuelle présente dans chaque être humain.Aussi, toute réelle réconciliation (personnelle et sociale) passe par une telle acceptation de ce dernier fait, et, dès lors, \u201cla libération homosexuelle apparaît comme une condition, une responsabilité historique concrète d'une réconciliation entre les hommes et entre les hommes et les femmes.L\u2019auteur souligne d'ailleurs la profonde convergence entre les luttes homosexuelles et féministes, en ce que les premiers peuvent contribuer à faire émerger une image autre de l\u2019homme, non grevée des traits dominants, patriarcaux et répressifs établis.Les premiers jalons d\u2019une théologie Cette libération devrait se situer en continuité avec la \u201crévolution néo-testamentaire\u201d: faire éclater les cadres de l\u2019Ancienne Alliance et admettre la possibilité d\u2019une fécondité humaine sociale authentique, quoique dissociée du mariage et de la procréation (éloge de la virginité et contestation de sa stérilité sociale).Cependant le contraste établi par l\u2019auteur entre l\u2019Ancien et le Nouveau Testament paraît difficile à suivre à bien des égards.Le N.T.demeure incompréhensible hors d\u2019une continuité organique avec l\u2019A.T.Mais l\u2019auteur lui-méme paraît contradictoire sur ce point.D\u2019une part, il établit la rupture du Nouveau d\u2019avec l\u2019Ancien Testament et le surpassement de ce dernier; d'autre part, il articule sa théologie de la libération gaie à partir du paramètre décisif de l\u2019Exode.On ne saurait ainsi opter tantôt pour la Nouvelle, tantôt pour l\u2019Ancienne Alliance.L\u2019auteur fait valoir que la libération de la condition homosexuelle pourrait enrichir la théologie.Le dépassement des rôles sexuels stéréotypés et la libération de la femme ne manqueront pas de se répercuter sur notre image de Dieu, généralement figée en un masque culturel mâle et chauvin.La redécouverte du corps comme lieu de la présence de Dieu et la recherche de modèles de vie commune autres que la famille traditionnelle relancent la réflexion éthique.L\u2019expérience spirituelle de celui qui vit à la frontière des dogmes, des absolus et des vérités fabriquées éclaire la souffrance et la tension prophétique de la vie du Christ.Plusieurs autres thèmes sont abordés dans ce chapitre.On ne voit pas clairement, cependant, pourquoi leur traitement devrait être théologique; une approche socio-culturelle et politique suffirait pour décrire à la fois l\u2019oppression et le processus de libération d\u2019une humanité homosexuelle nouvelle.tpi fcc sesc ÏCii Ï0!$ Une lacune importante T II:-: Enfin, dans le cadre d\u2019une théologie de la libération concrète, je reste sur ma faim en ce que, au point de départ, la \u201ccondition humaine\u201d concrète des homosexuels \u2014 en tant que phénomène historique \u2014 , en termes de travail, d\u2019accès au logement, de vieillesse, de sécurité d\u2019emploi, de situation de classe dans les rapports de production capitaliste, etc.n'est jamais présentée.Je ne suis pas certain qu\u2019il ne s\u2019agisse là que d\u2019une lacune due à la dimension restreinte de l\u2019ouvrage, et non d\u2019une question de méthode, d\u2019approche et de traitement du sujet.Et c\u2019est dans ce domaine \u2014 précisément afin d\u2019alimenter une réflexion théologique concrète \u2014 que l\u2019on attend encore beaucoup des travaux futurs de Guy Ménard ou d\u2019autres.Les seules \u201cdonnées d'expériences\" auxquelles s\u2019attache l\u2019auteur proviennent des sciences humaines et notamment de la psychologie.Il m\u2019apparaît que dans sa présentation, le théologien, tout en parlant des \u201cconditions historiques concrètes\u201d, systémiques, structurelles, socio-politiques, travaille uniquement au niveau de la \u201csuper-structure\u201d \u2014 du culturel,et de l\u2019idéologique \u2014 , et non au niveau de la \u201cstructure\u201d de la société.De fait, nous n\u2019apprenons pratiquement rien de la condition concrète, contextuelle, des homosexuels au Québec \u2014 si fragmentaires que soient les données disponibles sur ce sujet.C'est une lacune importante qu\u2019il saura sans doute combler dans ses prochains travaux.Premier ouvrage au Québec sur la question, ce volume marque indubitablement un jalon incontournable dans notre champ théologique et social.Il faut le lire.i:; :.e h tir fei ;iï T «à U: «eit hi Hr ¦Ér Sîr :=Î! Jti W: 1 : *tlt Lt L [0- ,esi «P- tout jour pet- iae alité iflle sari sal- son- lert es- fet ioiii diri ;aa- ira'® sail-ceel 5 de maintenir un ordre social quelconque (celui, naturellement, des \u201cprescripteurs\u201d), on doit souscrire à un modèle éthique du sens qui, malgré les réticences mal élucidées de Ménard à l\u2019approche téléologique de McNeil (p.160-161 et 197), vise, selon d'expression conciliaire déjà citée, une \u201cbienheureuse plénitude\u201d à travers un processus de développe- Iment.Un comportement éthique lucide n\u2019est possible qu\u2019à la lumière des forces et faiblesses inhérentes à toute forme d\u2019orientation sexuelle: celle de l'adolescente, encore mal génitalisée, celle du célibataire par choix à la recherche d\u2019une gestuelle sexuelle non-coïtale, celle de la femme dans une société civile et ecclésiale encore trop patriarcale ou celle du couple hétérosexuel dans tel mo-idèle privatisé de vie familiale.Même si Guy Ménard reconnaît les limites de l\u2019approche qu\u2019il met en ioeuvre (p.183), peut-il se contenter de proposer aux personnes homosexuelles \u201cune théologie de la libération gaie\u201d qui, pour ne s\u2019adresser qu\u2019au problème social créé par l\u2019ho-mophobie, ne contribue que très partiellement à bien saisir l\u2019identité homosexuelle et les chemins de l'intégration sexuelle des personnes gaies?La lecture sélective des sources traditionnelles, des \u201cdonnées d\u2019expérience\u201d (p.118-127) ou des positions théologiques actuelles (p.131-180) n\u2019est faite qu\u2019en fonction du propos social.L\u2019auteur écarte idonc tout ce qui pourrait suggérer jque, quoi qu\u2019il en soit du statut des personnes gaies dans une société j donnée, le langage homosexuel peut : aussi présenter certaines faiblesses.Pourtant, ne serait-il pas utile, voire I urgent, de bien les discerner pour { préciser ensuite les pièges à éviter et les apprentissages à accomplir1?Soulever, en une note (p.86), la question de la pédérastie grecque en 1-\tLa littérature, même théologique, a fait plus de chemin dans ce sens que Ménard ne le dit.Voir, par ex., M.MA-COURT (éd.), Towards a Theology of Gay Liberation, Londres, SCM Press, 1977; H.L.TWISS (éd.), Homosexuality and the Christian Faith: a Symposium, Valley Forge, Judson Press, 1 978; L.SCANZONI et V.R.MOLLENKOTT, Is the Homosexual My MARS 1981 renvoyant à T.Vanggaard sans citer l'étude classique de H.-l.Marrou (1948) ou celle, plus récente, de K.J.Dover (1978); et traiter, toujours dans la même note, la question de la pédérastie contemporaine en renvoyant aux approches partisanes de R.Schérer et de J.-Y.Guiomar2 sans aussi mentionner des études comme celles de J.W.Mohr et al.(1964), P.Gebhard et al.(1965), R.Lloyd (1976), R.L.Geiser (1979) ou D.Fin-kelhor (1979); ou, encore, passer sous silence la question si fondamentale des typologies homosexuelles3, témoignent des facilités auxquelles succombe une approche qui dénonce des injustices évidentes, mais renonce peut-être autant que la position-Sodome à discourir sur toute la réalité.Or, au coeur de la réalité homosexuelle, existe toujours ce problème de la différence mâle/femelle.Il ne suffit pas, à mon avis, de traiter du problème de l\u2019altérité en termes de conflits entre une majorité sexuelle et même et les humains ne seraient pas ce qu\u2019ils sont (seraient-ils?) si cette différence disparaissait.Pour devenir pleinement lui-même, chaque être humain ne doit-il pas découvrir en sa propre personne cette vérité mâle/femelle de son humanité et se libérer de tout ce qui fait obstacle à son épanouissement en elle?Et, si l\u2019on s\u2019entend pour penser que la sexualité humaine ne saurait être réduite à sa dimension procréatrice, ne doit-on pas penser que la tâche fondamentale du langage sexuel consiste à manifester à l\u2019autre, dans la communication intime, les richesses de sa propre humanité?Or qui d'autre que la femme révélera à l\u2019homme la féminité de son humanité et l\u2019homme à la femme sa masculinité?Et quel autre langage le fera mieux que le sexuel?Ceci dit, les personnes qui, pour quelque raison que ce soit, sont homosexuelles, n\u2019ont pas à être condamnées pour parler le langage sexuel qui est leur, un langage sus- '-> Les homosexuels n\u2019ont pas à être condamnés pour parler un langage susceptible de dire l\u2019amour probablement aussi bien que le langage hétérosexuel.D\u2019en admettre cependant les limites et les dangers potentiels me semble utile pour que les personnes gaies arrivent à inventer des stratégies relationnelles par lesquelles s\u2019accomplira ce que la relation homosexuelle ne saurait d\u2019elle-même produire.s__________________________________________________________J les \u201cautres\u201d pour disposer du problème.La différence mâle/femelle ne peut pas être assimilée aux différences qui distinguent les humains en Noirs, Blancs ou Jaunes, Français, Anglais ou Chinois, et riches, moins riches ou pauvres.Aucune de ces distinctions ne différencie l\u2019humanité elle-même ni ne remonte à ses origines.La différence mâle/femelle, au contraire, traverse l\u2019humanité elle- Neighbor?, San Francisco, Harper & Row, 1978.2-\tVoir la réplique de J.-L.PINARD-LE-GRY et B.LAPOUGE, L'enfant et le pédéraste, Paris, Seuil, 1980.3-\tVoir, encore récemment, la grande étude de A.P.BELL et M.S.WEINBERG, Homosexualities, New York, Simon and Schuster, 1978.ceptible de dire l\u2019amour probablement aussi bien que le langage hétérosexuel.D\u2019en admettre cependant les limites et les dangers potentiels me semble utile pour que les personnes gaies arrivent à inventer des stratégies relationnelles par lesquelles s\u2019accomplira ce que la relation homosexuelle ne saurait d\u2019elle-même produire.Je ne conteste pas l\u2019utilité, voire la nécessité, d\u2019une période de lutte, comme le suggère Guy Ménard, pour assurer aux personnes gaies leur place sous le soleil.Mais le temps me semble venu, après Sodome et l\u2019Exode, d\u2019examiner de façon beaucoup plus constructive les modalités d\u2019une éthique et d\u2019une spiritualité qui soient aptes à assurer la qualité du langage homosexuel.\tn i\u2014\u2014 i 79 par Irénée Desrochers LE PROJET CONSTITUTIONNEL, LE DROIT À L\u2019AUTODÉTERMINATION ET LES ÉVÊQUES__________J Le 29 janvier dernier, l\u2019Assemblée des évêques du Québec publiait quelques observations sur \"la question\u201d constitutionnelle1.Cette question déborde le projet actuel de modification de la constitution et englobe tous les développements qui pourraient s'ensuivre soit dans le cadre de nouvelles négociations fédéral-provinciales, soit à la suite d'autres gestes unilatéraux du gouvernement fédéral.C\u2019est dans un souci de paix que parlent les évêques face aux tensions et aux conflits \"qui menacent de s\u2019aggraver\u201d.Ils affirment d\u2019abord qu\u2019il ne faudrait nullement restreindre, en ce qui regarde \u201cles valeurs fondamentales\u201d humaines et chrétiennes, les droits déjà reconnus, par l'AABN et par les tribunaux, dans l\u2019ensemble du Canada.On comprendra, ils en sont confiants, qu\u2019ils accordent une attention spéciale à ce qui concerne le Québec en particulier et toute la communauté francophone même en dehors du Québec.Ils avouent qu\u2019ils ne peuvent \u201cêtre indifférents aux inquiétudes et aux fortes oppositions\u201d suscitées par ce projet, car il y a là sans doute, disent-ils, \"de graves problèmes de justice ainsi que des valeurs essentielles à sauvegarder\u201d.Nous choisissons ici de nous arrêter à un paragraphe-clef de leur déclaration.En voici le texte intégral.9.Dans la situation exceptionnellement difficile où nous nous trouvons, nous sommes convaincus que les hommes politiques doivent s\u2019appliquer avant tout à la réalisation d\u2019un consensus aussi large que possible.Une constitution doit exprimer un vouloir-vivre collectif et des va- leurs fondamentales acceptées par l\u2019ensemble d\u2019un peuple.Nous ne voyons pas comment la paix sociale pourrait être bâtie sur une constitution qui n\u2019a pas obtenu l\u2019accord des parties contractantes et des grands partenaires de l\u2019autorité publique.Cette paix serait encore moins possible au Canada, puisque selon l\u2019esprit de la Confédération et la tradition juridique, toute modification substantielle de la constitution, pour des motifs enracinés dans la dualité fondamentale du pays, requiert l\u2019accord du Québec.Pour bâtir la paix sociale, disent les évêques, un projetée modification de la constitution doit obtenir \u201cl\u2019accord des parties contractantes et des grands partenaires de l'autorité publique\u201d.Cet accord doit bien sûr se réaliser à travers l\u2019acceptation par \u201cl\u2019ensemble d\u2019un peuple\u201d (la population du Canada), grâce à \u201cun consensus aussi large que possible\u201d.L'expression de ce principe général implique l\u2019ensemble de la population canadienne et des gouvernements, mais n\u2019entre pas dans les détails techniques, mathématiques ou juridiques d\u2019une formule de consentement, soit à un projet global de constitution, soit à une formule d\u2019amendement, par l\u2019accord des législatures ou par la voie d\u2019un référendum.Un tel consensus n\u2019exigeant pas nécessairement une unanimité absolue, il pourrait comporter des exceptions.Mais ce sera toujours à la condition que, dans cet accord, \u201cl\u2019ensemble\u201d du peuple canadien soit représenté.Or voilà.Dans les circonstances présentes de ce Canada historique, la représentation de l\u2019ensemble de la population canadienne doit absolument inclure, disent les évêques, \u201cl'accord du Québec\u201d en particulier.C\u2019est le point capital que les évêques désirent remettre en pleine lumière parce qu\u2019il s\u2019impose au nom du droit moral: \u201ctoute\u201d modification \u201csubstantielle\u201d de la constitution \u201crequiert l\u2019accord du Québec\u201d.Absolument.Sans autre restriction.C'est une condition sine qua non pour qu\u2019il existe un \u201cconsensus\u201d canadien.Pourquoi?Il importe en effet de bien saisir la raison \u201cfondamentale\u201d de ce principe, afin de respecter, de façon inviolable, cette condition inflexible du consensus en question.Ce n\u2019est pas seulement parce que cette exigence absolue de l\u2019accord du Québec pour ce qui est de toute modification substantielle est \u201cselon l\u2019esprit de la Confédération\u201d (au cas où la Cour suprême du Canada déclarerait que cette exigence n\u2019est pas selon la lettre même de la constitution actuelle); ce n\u2019est pas seulement parce que cette exigence est selon \u201cla tradition juridique\u201d (au cas où la Cour suprême refuserait de reconnaître la valeur juridique coercitive de cette tradition).C\u2019est que, plus profondément, il faut remonter aux raisons mêmes de cet esprit et de cette tradition pour rejoindre, au-delà de tout le plan purement juridique, \u201cdes motifs enracinés dans la dualité fondamentale du pays\u201d.Cette \u201cdualité fondamentale\" est une réalité objective historique, qui déborde la juridiction des tribunaux.Il s'agit d\u2019un contrat moral entre des 1.L'Assemblée des évêques du Québec, \u201cObservations des évêques du Québec sur la question constitutionnelle\u201d, le 29 janvier 1981.On peut obtenir le texte intégral au Secrétariat de l\u2019AEQ, 1225 est, boul.Saint-Joseph, Montréal H2J 1 L7.Il a été publié dans Le Devoir (4 février, p.9), dans La Presse (4 février, p.A-6), dans L'Église de Montréal (1 2 février, pp.117-11 8).80 RELATIONS \u201cparties contractantes\u201d, contrat qui reste toujours valable moralement, qu\u2019il y ait eu ou non une consécration subséquente au plan légal constitutionnel.Ce contrat moral fonde toutes les relations entre le Québec et le reste du Canada.Quelle est, plus précisément, cette dualité qu\u2019invoquent les évêques du Québec?Il faut bien remarquer qu'ils parlent d'une dualité fondamentale.Mais on peut regretter qu\u2019ils ne résument pas, dans ce texte de janvier 1981, à l\u2019occasion de ce paragraphe-clef un peu laconique, des précisions \u201cles francophones du Québec constituent sûrement un peuple\u201d, \"par leur langue, leur personnalité, leurs traditions, leur génie propre, le sentiment de solidarité et leur vouloir-vivre collectif\u201d.C\u2019est de concert avec d\u2019autres groupes qui font partie de la communauté québécoise que \u201cle peuple francophone du Québec\" se pose des questions sur son avenir.Même dans le cadre fédératif, continuent-ils, \u201cle peuple québécois conserve son droit à disposer de lui-même et à revoir ou remettre en Il faut que les membres de l\u2019Assemblée nationale de tous les partis politiques affirment, au nom du peuple québécois, le fondement même de tout ce qui doit protéger les droits inaliénables et les aspirations légitimes de ce peuple: le fait qu\u2019il est un peuple distinct et particulier et le principe de son droit à l\u2019autodétermination.capitales qu\u2019ils ont pourtant offertes dans leur message pastoral du mois d'août 1979 sur l\u2019évolution politique de la société québécoise, auquel ils ne renvoient même pas alors qu\u2019ils signalent les textes beaucoup moins percutants aujourd\u2019hui de 1867 et de 1967.Ce texte si éclairant du 15 août 1979 s\u2019intitulait \u201cle peuple québécois et son avenir politique\u201d* 2.Il faut en rappeler les éléments (surtout dans les numéros 7-20) qui expliquent bien le sens de l\u2019expression \u201cla dualité fondamentale\u201d.Les évêques du Québec et les droits du peuple québécois Dans ce message de 1979, les évêques affirmaient donc la \u201cspécificité\u201d du Québec.Non seulement, disaient-ils, parce que dans un sens et en tenant compte de toutes les nuances nécessaires on peut parler du \u201cpeuple québécois\u201d, mais parce que directement et tout premièrement 2.On en trouvera le texte complet avec un commentaire dans Relations (octobre 1979).question, s\u2019il le veut, les liens qui l\u2019unissent à ses partenaires\u201d.\u201cEn ce sens, il est vrai que le peuple québécois cherche à déterminer par lui-même ce qu\u2019il veut être dans l'avenir.\u201d \u201cLe mot autodétermination désigne justement cette action de décider par soi-même ce que l\u2019on veut faire de soi-même.\u201d C\u2019est dire que \u201cles Québécois peuvent décider, par autodétermination, d\u2019accepter le cadre fédéral actuel ou un autre, de se proclamer souverains, d\u2019entrer en association ou confédération avec d'autres\u201d.Si \u201cle Québec peut choisir, en exerçant son droit à l\u2019autodétermination, de se maintenir dans un cadre de type fédéral qui reconnaîtrait concrètement sa spécificité\u201d, il est donc clair que même alors il faut que ce soit un \u201cchoix libre\u201d; car \u201cl\u2019autodétermination est la liberté de décider, sans contrainte, du statut constitutionnel qu'on veut se donner\u201d, parce que \u201cles peuples qui forment une unité politique doivent toujours être disposés à définir ou redéfinir, à négocier ou renégocier, les termes de leur cohabitation\".Voilà pourquoi \u201cdans le cas canadien, les Québécois peuvent légiti- mement réclamer, dans leurs relations avec les autres, qu\u2019on les considère comme des partenaires ayant les pleins droits d'un peuple\u201d.Comment concilier ce texte d\u2019août 1979 avec un geste unilatéral du gouvernement fédéral?Les évêques et l\u2019accord du Québec en 1981 On comprend donc pourquoi les évêques du Québec, le 29 janvier, affirment très logiquement, devant le projet actuel, que \u201ctoute\" modification \u201csubstantielle\u201d de la constitution requiert \u201cl\u2019accord du Québec\".Cet accord du Québec est complexe.Il doit se manifester de deux façons au moins.Il faut d\u2019abord, affirment les évêques, \u201cl\u2019accord des parties contractantes\u201d.C\u2019est parce qu\u2019il y a un contrat qu\u2019il y a des parties \u201ccontractantes\u201d.Il faut donc nécessairement l\u2019accord de cette partie contractante qu\u2019est \u201cle peuple francophone du Québec\u201d, car là seulement est le fondement de la légitimité.De plus, la \u201cpaix sociale\u201d est bâtie, continuent les évêques, sur une constitution qui a obtenu l\u2019accord \u201cdes grands partenaires de l\u2019autorité publique\u201d.Ces partenaires de \u201cl\u2019autorité publique\u201d sont le parlement fédéral d\u2019une part et les législatures provinciales d\u2019autre part: mais, de nouveau, le \u201cconsensus\u201d requis exige toujours et nécessairement \u201cl\u2019accord du Québec\u201d, c\u2019est-à-dire également de ce \u201cgrand partenaire de l'autorité publique\u201d qu\u2019est l\u2019Assemblée nationale du Québec, car c\u2019est l\u2019une des expressions les plus importantes de la voix de ce peuple québécois.Si dans le débat constitutionnel au Canada on parle d\u2019une dualité dans un régime fédéral, c\u2019est-à-dire de deux niveaux de gouvernement, du gouvernement central et des gouvernements provinciaux, c\u2019est surtout, pour ne pas dire uniquement, dans le cas historique de ce pays, parce qu'il y a d\u2019abord une dualité \u201cfondamentale\u201d qui comporte l'existence même et les droits du \u201cpeuple francophone du Québec\u201d, dont découle historique- MARS 1981 81 ment et par voie de conséquence ce qu\u2019on peut appeler tout simplement, avec les évêques eux-mêmes, \u201cle peuple québécois\u201d.La \u201cdualité fondamentale\u201d de droit moral exige donc que dans tout consensus qui touche à quoi que ce soit de \u201csubstantiel\u201d il y ait toujours l\u2019accord de l\u2019Assemblée nationale du Québec.La volonté du gouvernement fédéral d\u2019Ottawa seul ne suffit pas.Le vote favorable d\u2019une majorité, ou d'une quasi totalité, ou même de la totalité, des députés fédéraux représentant le Québec, ne peut donc, tout seul, lui non plus, suffire à exprimer cet \u201caccord du Québec\" dont parlent les évêques.Car \u201cle peuple québécois\u201d s\u2019exprime aussi, et c'est \u201csubstantiel\u201d dans le processus même, par ses députés à l\u2019Assemblée nationale du Québec.C\u2019est en ce sens que toute imposition est moralement inacceptable et tout geste unilatéral est une injustice.Les conséquences pratiques du projet actuel Il découle de ces principes plusieurs applications pleines d\u2019actualité.Examinons alors de façon réaliste quelques conséquences du projet constitutionnel actuel.(1)\tTout d\u2019abord, \u201cl\u2019objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens\", comme le prévoit le nouvel article 27 du projet amendé présenté au parlement fédéral dans le rapport final du Comité spécial sur la constitution* 1 2 3, ne saurait être poursuivi au détriment réel de la dualité.Le multiculturalisme est excellent en soi, mais à condition de ne pas s\u2019opposer concrètement aux pleins droits de la dualité linguistique.Il ne peut vouloir dire, en particulier, qu'on favorise subtilement une tendance pratique à reprivilégier la langue anglaise au détriment de la langue française au Québec, en contrecarrant certains aspects vitaux de la Loi 1 01.(2)\tToute formule d\u2019amendement de la constitution, pour être légitime moralement, doit être librement acceptée par le Québec, et par son Assemblée nationale et, s\u2019il y avait finalement un référendum national pour la choisir, par une majorité des votants au Québec même.Car le choix de cette formule est de toute évidence une modification \u201csubstantielle\u201d de l\u2019actuelle constitution.Même le Livre beige du PLQ (p.140) considère que cette formule elle-même est une des matières \u201cessentielles\" à la préservation du régime démocratique.Aucun jeu politique du gouvernement fédéral pour court-circuiter le gouvernement provincial du Québec ni aucun jeu de pourcentage dans un référendum pan-canadien pour noyer dans quelque moyenne nationale que ce soit une majorité propre au Québec lui-même ne doivent réellement entamer ce principe fondamental.Aucun camouflage ne doit permettre qu\u2019il soit même indirectement violé.Quelle qu\u2019elle soit et quels qu\u2019en soient les détails, la formule d\u2019amendement doit être, au minimum, comme le disent tous les partis politiques de notre Assemblée nationale, \u201cacceptable au Québec\u201d.L\u2019attitude de tous ces partis politiques provinciaux a toujours été de ne pas accepter de formule d\u2019amendement, à moins d\u2019avoir obtenu au préalable une entente globale suffisante, un ensemble de garanties suffisantes pour ce qui a trait au progrès véritable des négociations fédéral-provinciales sur les autres modifications substantielles, notamment sur le partage des pouvoirs et la réforme de certaines institutions.En plus d\u2019avoir leur propre poids, ces modifications donnent son plein sens à la formule d\u2019amendement elle-même.(3)\tOr la formule particulière d\u2019amendement que favorise jusqu\u2019ici le gouvernement fédéral, la formule dite de Victoria \u201camendée\u201d (le nouvel article 45), exige, il est vrai, le consentement du Québec, en plus de celui du gouvernement fédéral, de l\u2019Ontario, de deux provinces des Maritimes et de deux provinces de l'Ouest représentant au moins 50% de la population de cette région.Mais il ne faut pas conclure trop vite que par ce véto le Québec soit vraiment protégé.Le projet fédéral est assez sophistiqué pour voiler la réalité toute crue.Dans ce projet fédéral, s\u2019agit-il, en effet, d\u2019un accord de l\u2019Assemblée nationale elle-même, ou même du peuple québécois?Pas nécessairement.Car en matière de mécanismes d\u2019amendement, il faut distinguer, dans une première étape provisoire, la procédure initiale (les nouveaux articles 36 et 42, 43, 44) qui servira à choisir, avant la fin de cette période intérimaire pouvant s'étendre jusqu\u2019à deux ou même quatre ans, la future formule d\u2019amendement qui deviendra ensuite permanente; puis, dans un second temps, l\u2019opération concrète de la formule permanente elle-même après son entrée en vigueur (les articles 45, 46 et 50).Or, dans la période intérimaire, au cas où l\u2019unanimité rêvée de l'article 36 ne se réaliserait pas pour ce choix de la formule d\u2019amendement, le principe de l\u2019accord nécessaire du Québec n\u2019est nullement respecté.Ni l'accord de l\u2019Assemblée nationale: si par hasard elle s\u2019objectait, le gouvernement fédéral pourrait passer outre à son véto pour s\u2019adresser directement au peuple canadien par le mécanisme d\u2019un premier référendum national spécial.Ni l\u2019accord distinct du peuple québécois lui-même, puisque à ce référendum national il suffirait d\u2019obtenir l\u2019approbation d\u2019une \u201cmajorité des votants\u201d à travers l\u2019ensemble du Canada, sans nécessairement avoir à obtenir une majorité au Québec même, un vote majoritaire des Québécois \u201ccontre\u201d pouvant alors être noyé dans une majorité simple pan-canadienne qui serait \u201cpour\u201d.En cette matière substantielle, le reste du Canada pourrait imposer sa volonté à un Québec non consentant, mais prétendument libre.Que resterait-il alors de la vision d\u2019ensemble de ce que les évêques appellent \u201cl\u2019accord du Québec\u201d?De plus, la réglementation de ce référendum canadien serait finalement décidée par le gouvernement fédéral seul (article 44).Car même avec le paravent de la \u201ccommission référendaire\u201d envisagée, il est prévu que le fédéral seul contrôlerait cette commission et surtout que le parlement fédéral seul, et au besoin après un délai de soixante jours le cabinet fédéral seul, déciderait en fin de comp- 3.Le texte complet, avec toutes ses annexes, a été publié par le \u201cComité mixte spécial du Sénat et de la Chambre des communes de la Constitution du Canada\u201d.Le texte intégral du \u201cProjet de résolution\u201d tel qu\u2019amendé par ce Comité spécial a aussi été reproduit dans Le Devoir du 18 février, p.9.82 RELATIONS te des règles applicables à la tenue de ce référendum.En dernière analyse, le cabinet fédéral pourrait lui-même fixer la question à poser, les règles à suivre et ainsi se donner les meilleures chances d\u2019obtenir sa réponse.(4)\tLe projet fédéral envisage ensuite, après la mise en vigueur de la formule ^'amendement choisie,, le problème des amendements particuliers eux-mêmes.Au cas où l\u2019Assemblée nationale n\u2019approuverait pas tel ou tel amendement proposé, le projet actuel prévoit à l\u2019article 46 que le gouvernement fédéral pourrait continuer à passer outre, pour régler le conflit, en s\u2019adressant directement au peuple de tout le Canada dans un référendum national.Il est remarquable que tous les partis politiques du Québec sont opposés à ce deuxième type de référendum, même si la formule de Victoria sert à y déterminer la nature de la majorité des votants.C\u2019est parce que cette procédure, en plus d\u2019être imposée, est contraire à la nature même du fédéralisme canadien.Pour prendre le langage des évêques, il n\u2019y aurait pas alors l\u2019accord requis \u201cdes grands partenaires de l\u2019autorité publique\u201d, c\u2019est-à-dire en ce cas de l\u2019Assemblée nationale du Québec.D\u2019autant plus que les décisions concernant la réglementation de ce deuxième type de référendum (article 50) relèveraient, comme dans le cas du premier référendum, du gouvernement fédéral seul.(5)\tLe Québec serait de plus, ficelé qu\u2019il est déjà, emprisonné dans un carcan très rigide., Il est prévu que pendant la période intérimaire tout amendement à la Charte des droits et libertés (on peut penser, par exemple, aux articles 6 sur la mobilité de la main-d\u2019oeuvre et 23 sur les droits linguistiques attaquant la Loi 101, ou à tout autre point de la Charte) exigerait l\u2019application de la procédure d\u2019unanimité expliquée à l\u2019article 36.Seraient exigés et l\u2019accord du gouvernement fédéral et l\u2019accord de toutes et chacune des provinces.Il suffirait donc que le gouvernement fédéral seul, ou bien qu\u2019une seule province s\u2019y oppose, pour que tout amendement désiré par le Québec, quel que légitime qu\u2019il soit, devienne impossible.De plus, tout amendement pqur modifier la procédure provisoire d'amendement elle-même, conçue par le fédéral seul, devrait passer par le même chemin de l'unanimité absolue.C\u2019est donc un carcan dont la serrure est fermée à double tour.Et c\u2019est un carcan bien conçu et décidé par le gouvernement fédéral seul.(6)\tCet emprisonnement du Québec ne se limite pas à la période intérimaire.Il se prolongerait de façon permanente, après l\u2019entrée en vigueur d\u2019une formule d\u2019amendement comme celle de Victoria proposée par le fédéral.C\u2019est ainsi que selon l\u2019article 54 plusieurs points importants ne pourraient alors être changés que par la procédure prévue aux articles 45 et 46, c\u2019est-à-dire seulement avec l\u2019accord et du gouvernement fédéral et de la majorité des autres provinces.Dès que le gouvernement fédéral s\u2019y refuserait, ou dès que l\u2019Ontario seule s\u2019y objecterait, ou dès que deux provinces seulement des Maritimes s\u2019y opposeraient, ou dès que deux provinces de l\u2019Ouest représentant 50% de la population de cette région ne l\u2019accepteraient pas, rien ne pourrait être amendé à la demande du Québec.N\u2019importe lequel de ces partenaires peut exercer seul un véto efficace et définitif contre le Québec.Cette procédure affecterait, par exemple, les articles concernant la péréquation et les inégalités régionales.Elle toucherait aussi tous les articles de la Charte des droits et libertés, alors que, face à l\u2019article 133 de l\u2019AABN sur le bilinguisme \u201cinstitutionnel\u201d en particulier, l\u2019Ontario serait parfaitement libre de décider seule de ne pas participer aux articles 16 à 20 de la Charte, ou de décider seule à seul avec le gouvernement fédéral le moment, les limites et les modalités de cette participation.Enfin, par l\u2019article 51, il est aussi prévu qu\u2019il ne serait pas possible de modifier la formule d\u2019amendement elle-même sans utiliser cette même formule.De nouveau la serrure du carcan est fermée à double tour.(7) Le parlement fédéral, selon l\u2019article 52, a compétence exclusive (en dehors de quelques points signalés à l'article 54) pour modifier les dispositions de la constitution du Canada qui sont relatives au pouvoir exécutif fédéral, au Sénat et à la Chambre des communes.Les provinces, dont le Québec, qui ont pourtant eu autrefois leur mot à dire, comme partenaires qui ont fondé la fédération avant même que le gouvernement fédéral n\u2019existe, n\u2019ont maintenant à ce sujet absolument rien à dire.(8) En bref, pour conclure, la constitution du Canada d\u2019après l\u2019article 58 étant la Loi suprême du Canada, elle rend inopérantes les dispositions incompatibles de toute autre loi.C\u2019est ainsi que n\u2019importe quelle disposition déjà existante de la Loi 101 qui serait incompatible avec la Charte canadienne deviendrait \"inopérante\u201d, même si l\u2019Assemblée nationale du Québec voulait la conserver.Comment concilier cette rétroactivité affectant une loi du Québec déjà en vigueur avec la garantie que l\u2019article 26 veut offrir?Celui-ci déclare en effet que \u201cle fait que la présente Charte garantit certains droits et libertés ne constitue pas une négation des autres droits ou libertés qui existent au Canada\u201d.(9) Il est important de prendre conscience qu\u2019un autre référendum du Québec, organisé par le Québec et pour le Québec, dans le but d\u2019exercer concrètement son droit à l\u2019autodétermination et de choisir une autre formule de relation avec le reste du Canada, pourrait facilement être considéré comme anticonstitutionnel.k Qu\u2019il s\u2019agisse, si un jour de nouvelles circonstances l\u2019indiquaient, de choisir, comme le disaient les évêques du Québec en août 1979, soit un \u201cautre\u201d cadre fédéral que le cadre actuel, soit un genre de souveraineté-association, soit l'indépendance, la décision du Québec pourrait être déclarée inconstitutionnelle dès que et tant que le projet actuel serait la Loi constitutionnelle du Canada.Le premier référendum du Québec, le 20 mai 1980, ne pouvait être considéré comme anticonstitutionnel, à cause du silence même de la constitution à ce moment-là.Mais de nombreux articles explicites dans le projet constitutionnel actuel, tels ceux qui ont été signalés plus haut, comblent le vide qui semble en avoir inquiété d\u2019aucuns.La situation n\u2019est plus du tout la même.Quand on pourra invoquer la lettre de la constitution pour s\u2019oppo- MARS 1981 V.83 ser à l\u2019exercice concret du droit à l\u2019autodétermination, on voit quels problèmes politiques et légaux l\u2019aspiration du Québec à un référendum sans entraves pourrait créer.Car le projet actuel n\u2019inclut même pas de déclaration de principes ou de préambule qui énoncerait, sinon le principe que le \u201cpeuple québécois\u201d adhère librement à la fédération, au moins le fait que les provinces y adhèrent librement.On sait que la \u201cDéclaration de principes\u201d que M.Trudeau avait proposée le 1 0 juin 1980, avant la dernière conférence fédéral-provinciale, n\u2019inclut aucune garantie de ce genre et qu\u2019à cette conférence il s\u2019est opposé à pareille garantie.Gravité exceptionnelle de la situation Voilà le type de constitution que le fédéral veut littéralement imposer au Québec.Une prise de conscience collective est capitale et s\u2019impose maintenant.Dans leur récente déclaration, les évêques jugent que nous nous trouvons dans une \u201csituation exceptionnellement difficile\u201d, devant \u201cun projet d\u2019importance exceptionnelle\u201d, et que la solution exigera \u201cune grande prudence\u201d.Face aux tensions et aux conflits qui \u201cmenacent de s\u2019aggraver\u201d, ils insistent sur le \u201csouci de paix sociale\u201d.C\u2019est un langage diplomatique.Au parlement d\u2019Ottawa, cela s\u2019appelle un \u201cunderstatement\u201d.En effet, certains témoins très sérieux qu\u2019a entendus à Québec la \u201cCommission parlementaire sur la constitution\u201d de l\u2019Assemblée nationale ont cru important de souligner plus clairement que le fait d\u2019imposer au Québec pareil projet accroîtrait les risques de violence.De la part de l\u2019Assemblée nationale, une attitude simplement négative de protestation ne suffit pas.Il faut au contraire, au nom de l'ensemble du peuple québécois, que les membres de l\u2019Assemblée nationale de tous les partis politiques affirment, c\u2019est un moment stratégique, le fondement même de tout ce qui doit protéger les droits inaliénables et les aspirations légitimes de ce peuple: le fait qu\u2019il est un peuple distinct et particulier et le principe qu\u2019il a par conséquent le droit premier de disposer de lui-même librement, le droit à l\u2019autodétermination.Au minimum, il s\u2019agit de défendre le droit moral à cette autodétermination par une affirmation d\u2019ordre politique.L\u2019opportunité de faire reconnaître un droit juridique correspondant, surtout dans le texte même de la constitution du Canada, par exemple dans une Déclaration de principes ou un Préambule, resterait ensuite à négocier.Mais l\u2019affirmation par le Québec lui-même, l\u2019affirmation nette et claire par tous les partis de son Assemblée nationale, du droit moral et politique à l\u2019autodétermination est un minimum indispensable, pour mieux amener le reste du Canada à le reconnaître réellement au plan de la vie politique canadienne.Ce geste aidera grandement à éviter à l'avenir toute confusion, toute ambiguïté, tout malentendu avec le Québec ou tout chantage contre le Québec, et favorisera au contraire un climat de paix sociale et de fraternité.L\u2019impact sur l\u2019opinion publique, et à l\u2019intérieur du Québec et dans le reste du Canada, serait considérable.Les négociations fédéral-provin-ciales constitutionnelles, tout le monde sans exception le sait, vont reprendre.tôt ou tard.Les principes essentiels énoncés par les évêques du Québec seront toujours à la base du dialogue et des négociations.La légalité, oui.Mais d\u2019abord, et surtout, et toujours la légitimité.Le 20 février 1 981\tni-1 COLLÈGE .JEAN-DE-BRÈBEUF Cours collégial et cours secondaire \u2022\tCollège dirigé par les Pères Jésuites et reconnu d\u2019intérêt public \u2022\tCollège \u2014 pour filles et garçons au niveau de Secondaire V, Collè- ge I et II \u2014 pour garçons au niveau de secondaire I à IV inclusivement \u2022\tInternat et résidence pour garçons seulement \u2022\tBourses d\u2019études possibles _______________Renseignements______Bureau des admissions_ cours collégial (ou cours secondaire) 3200, chemin Ste-Catherine Montréal H3T 1 C1 tel.: (514) 342-1320 84 RELATIONS un lui on ne on Id- ée ire ea jm le Ire pe ui- ile le le un lé.la aie in- u- re- «s ies ise ei A > NAISSANCE D'UNE ÉGLISE témoignage J Au cours de l\u2019hiver, de graves événements marquent la fin de la politique de \u201clibéralisation\u201d affichée par le régime Duvalier.C\u2019est l\u2019occasion d\u2019un véritable réveil de l\u2019Église d\u2019Haiti (cf.RELATIONS, janvier 1981, p.21).Les nouvelles qui nous parvenaient des Caraïbes laissaient supposer qu\u2019une confrontation majeure opposait le gouvernement à la masse de la population, mais il ne nous était pas facile de reconstituer le fil des événements.Un témoignage de première main (l\u2019auteur vient de rentrer d\u2019Haïti) nous permet aujourd\u2019hui de comprendre la portée des derniers incidents.C\u2019est l\u2019avenir du pays qui se joue.La masse paysanne d\u2019Haïti s\u2019est révélée dans le passé courageuse et dynamique.C\u2019est elle qui a libéré le pays du colonisateur français en 1804, puis du colonisateur américain.Les Américains, en effet, de 191 6 à 1934, sont allés \u201clibérer\u201d Haïti.(Ce n\u2019est pas un privilège russe.) Les Haïtiens appellent encore cette époque \u201cla seconde colonisation\u201d.Depuis le départ des Américains et avec leur connivence, des gouvernements dictatoriaux dominent le pays.Police répressive et brutale, les ton-tons macoutes, entraînés par les \u201cmarines\u201d américains, s\u2019exercent à singer la NKVD russe: espionnage, tortures, assassinats, tout leur est bon pour assurer la domination du gouvernement.Fort-Dimanche, où sont logés les prisonniers politiques, a une sinistre réputation.Les emprisonnements arbitraires et les tortures sont moins nombreux qu\u2019autrefois, dit-on.On préfère la menace.Et comme chaque famille paysanne garde le souvenir des tortures subies par l\u2019un ou l\u2019autre de ses proches, la peur continue de sévir en terre haïtienne.Une population résignée Devant l\u2019injustice et l\u2019arbitraire, la masse est résignée parce qu\u2019impuissante.Même l\u2019Eglise, pourtant vouée au service de l\u2019Évangile et de la justice sociale, semble incapable d\u2019agir.Elle l\u2019est comme le peuple l\u2019est.L\u2019Église, c\u2019est la somme des chrétiens.Des chrétiens qui ont peur forment une Église qui a peur.Et l\u2019Église officielle?La hiérarchie?Des journalistes à courte vue l\u2019accusent de tous les maux.Pourtant, un évêque seul ne peut pas grand\u2019chose face à un État tout-puissant.Il eût fallu, peut-être, que le clergé oppose un front uni aux abus du régime.Les conditions de nomination des évêques concédées par le Concordat ne favorisent guère, au départ, l\u2019indépendance de l\u2019épiscopat.Én 1966, le gouvernement a tout simplement expulsé quatre évêques.Dans ces conditions l\u2019épiscopat a appris à se tenir coi.De plus, et c\u2019est malheureux, chacun des 7 diocèses du pays est isolé: aucune action concertée, aucune planification d\u2019ensemble, aucun message collectif des évêques.Chacun oeuvrait seul.Dans ces circonstances, il est facile pour le gouvernement d\u2019exploiter le pays au profit d\u2019une minorité bien nantie et docile.Une émigration massive, provoquée par la menace et la pauvreté, prive le pays de ses compétences et de ses leaders authentiques.L\u2019embauche des ouvriers agricoles pour la coupe de la canne à sucre en République dominicaine est une traite d\u2019esclaves camouflée qu\u2019a dénoncée la Commission Anti-Esclavagiste (Londres).Un climat de peur et d\u2019insécurité pèse sur les individus et les familles, engendré par les menaces et les manoeuvres d\u2019intimidation.Seulement 30% des enfants sont scolarisés malgré les aides massives reçues par le gouvernement pour l\u2019éducation.Le pays est sous-alimenté.Le revenu annuel par habitant est l\u2019un des plus bas du monde.Or le gouvernement entretient cette situation qui lui est profitable ainsi qu\u2019à ses amis.Par contre, une propagande naïve voudrait mousser l\u2019image d\u2019un Etat progressiste et d\u2019un pays où tout le monde est heureux.Le gouvernement ne tolère pas un mot qui puisse ternir la réputation qu\u2019il veut se donner.Le tourisme et les pays \u201cprotecteurs\u201d ont besoin de cette image pour se donner bonne conscience.La circulation de l\u2019information est contrôlée.Les postes de radio sont pourtant nombreux au pays.Il y a la radio du gouvernement.Les multiples sectes protestantes dirigent Radio-Lumière; l\u2019Église catholique possède Radio-Soleil; ces deux postes diffusent surtout des programmes religieux.Il y a aussi Radio-Haïti-Inter et Haïti-Métropole, deux stations plus ouvertes et plus courageuses.Elles ont été audacieuses au-delà de tout ce qu\u2019on a pu faire ou imaginer en Haïti.Elles ont été la colonne vertébrale, le fer de lance du mouvement démocratique.C\u2019est pour cela qu\u2019elles ont été démantelées.Enfin, on reçoit également des émissions de Moscou et de Cuba en langue créole.La faiblesse des masses face au gouvernement est évidente.Il n\u2019y a pas de chefs pour l\u2019organiser.Dès qu\u2019un individu exerce une influence, dès qu\u2019il pense, dès qu\u2019il est soupçonné de pouvoir jouer un rôle positif, dès qu\u2019il parle, il est emprisonné, torturé, tué ou expulsé.Aucune action collective ne peut être mise en route.Un phénomène nouveau Pourtant un phénomène nouveau s\u2019est amorcé en Haïti au cours des quatre derniers mois.Un phénomène spontané, jailli de la masse paysanne, produit précisément par la situation dans laquelle elle est maintenue.Une conscience commune est née.Elle s\u2019est développée sous la cendre, dans le coeur des hommes.L\u2019aspiration à la liberté, le besoin de justice couvaient dans tous les coeurs.Aucun moyen de les exprimer n\u2019existait.La peur étouffait tout.Mais un mouvement a éclaté sous la pression.0NS MARS 1981 85 Une solidarité s\u2019est spontanément créée à partir d\u2019une prise de conscience collective.Du moins au niveau de l\u2019Église.Et là, le catalyseur de ce processus de prise de conscience semble bien avoir été le pape Jean-Paul II.Les religieux ont entendu parler de ses prises de position.Ils connaissent les discours qu'il a prononcés à Puebla et au Brésil.Plusieurs ont appris la puissance des mouvements de foule qui l\u2019entourent.De là est née l'Église d\u2019Haïti.Une Église unie, solidaire des évêques et enracinée dans la masse populaire.Cette Église a mûri dans la souffrance et elle a paru renaître spontanément.Aucun chef particulier he l\u2019a organisée.Personne ne l'a vraiment suscitée.Une conscience collective s\u2019est développée, s'est répandue et a envahi tous les coeurs.Voilà qui em-barrasse/Wt le gouvernement.Il voudrait décapiter un mouvement.et il ne trouve pas une tête mais des milliers de membres.Il voudrait étouffer des leaders mais il n\u2019y a pas de leader; c\u2019est la masse qui se lève, portée par un même rêve.La libération d\u2019Haïti a toujours été commandée par la masse paysanne.Elle continuera de l\u2019être.Car l\u2019histoire montre que les mouvements vivent s\u2019ils sont enracinés dans la masse.Les événements Rappelons les événements des derniers mois.Le 24 octobre, à la suite d\u2019arrestations arbitraires, la Conférence Haïtienne des religieux (CHR) diffuse un communiqué à Radio-Soleil.Les 1 475 religieux et religieuses d\u2019Haïti demandent le respect des lois; que des accusations précises soient formulées et les procès conduits selon les lois.À la suite de ce communiqué, les tontons macoutes \u201cvisitent\u201d trois communautés.En novembre, arrestation, emprisonnement ou expulsion des annonceurs les plus influents de Radio-Haïti-Inter et de Haïti-Métropole.(Le PDG de Radio-Haïti-Inter se réfugie dans une ambassade.) Le 2 décembre, le bruit court qu\u2019il y aura des arrestations chez les religieux et que soeur Annette Legault, une Canadienne, sera expulsée.Elle est convoquée chez le gouverneur du Cap-Haïtien avec son passe- port et son visa.Comme le passeport est à Port-au-P/ince, le gouverneur accorde un sursis jusqu\u2019au lundi.La CHR est mise au courant.Les supérieurs majeurs se réunissent d\u2019urgence.Le 4 décembre, la CHR publie un communiqué très serein, très charitable et sans agressivité.On y lit entre autre: \u201cÀ la suite des derniers événements de la vie nationale, Nous, Religieux et Religieuses d\u2019Haïti, en accord avec Notre Saint Père le pape Jean-Paul II qui élève chaque jour la voix pour le respect des Droits de l\u2019homme, des Droits des Pauvres, partout dans le monde, nous voulons une fois de plus élever nos propres voix pour le respect des Droits de l\u2019homme dans notre pays, le respect des Droits de nos frères et soeurs bannis ou en prison.Si leurs agissements ont revêtu un caractère démoralisateur, subversif ou clandestin, il serait conforme aux lois du pays qu\u2019ils en soient objectivement accusés et que le droit de se défendre leur soit octroyé.\u201d Le lundi; on annonce l'arrestation imminente du supérieur régional des religieux de Don Bosco, le père Mési-dor, un Haïtien, président de la Conférence des Religieux.Expulsion probable de soeur Legault.Le local de la CHR est surveillé.Les supérieurs majeurs signataires s\u2019attendent au pire.Ils ne sortent pas seuls et restent avec des groupes qui pourraient témoigner de leur arrestation.Pourtant, aucune arrestation et aucune expulsion n\u2019a lieu.Pourquoi?Les tontons macoutes ont certainement entendu parler, au cours de leurs enquêtes, de \u201cl\u2019arme de dissuasion\u201d de la CHR.S\u2019il y a une expulsion ou une arrestation, toutes les communautés d'Haïti fermeront leurs oeuvres pour deux jours de \u201cjeûne et de prière\u201d.Cela aurait un effet d\u2019entraînement.Car professeurs, parents, élèves, médecins, infirmières, malades seraient imRljqués.Le gouvernement a peur.Sa politique est d\u2019arrêter les chefs et d\u2019étouffer ainsi tout mouvement.Mais ici, il est impossible de \"W ! ,»y.1 En 1982, ce sera le centenaire de la consécration d\u2019Haiti à la Vierge.Une visite de Jean-Paul II, lors du congrès eucharistique et marial, affermirait la solidarité de cette Église qui vient de naître.Ce communiqué signé par 45 supérieurs majeurs, tant haïtiens qu\u2019étrangers, est lu à plusieurs reprises à Radio-Soleil.Radio-Lumière reprend le texte et le diffuse à son tour.En décembre, la Conférence Épiscopale d\u2019Haïti (CEH) doit se réunir.Les religieux écrivent aux évêques une lettre où ils leur offrent leur entière collaboration et leurs prières, mais où, sur un ton ferme, ils les pressent de pailer.Dimanche, le 7 décembre, première réaction populaire.Une énorme espérance est née dans la masse.Enfin l\u2019Église prend position! Des réunions de prières s'organisent spontanément dans les églises.Toute la nuit (c\u2019ëst la veille de l\u2019Immaculée-Con-ception) des messes sont célébrées à la grotte en présence de foules très denses.trouver des chefs.Le mouvement est généralisé.Le gouvernement tente alors de semer la division chez les religieux.Il fait publier à la radio un contre-communiqué.Il est signé par six prétendus religieux, qui professeraient leur désaccord avec le communiqué de la CHR et leur appui au gouvernement.Ce communiqué est lu une seule fois.Le nonce apostolique demande une copie du texte au poste de radio, et manifeste aussitôt son étonnement devant les contradictions qu\u2019il implique.Le texte est retiré.Le 6 décembre, le nonce apostolique, Mgr Luigi Conti, écrit une lettre au père Mésidor pour le féliciter et il ajoute: \u201cC\u2019est au nom de cette valeur absolument unique de tout homme et Mlf Oil là!î; Haït voix iïil Ce* iquee onde Le 8 é, l'a: lil uni Éea \u2018No blic in» tes sus lain SOii sen hi Le ; ibH.ies\u2019n :var: % kt ¦S i; aine as e a Oie »c:.Du 'équ if *à eux Hit-s sé lilt; aïs les %a irr.j \u2018Pa % H.D lie# (Oil Kü fcli d'si le, évé Î6 86 RELATIONS el au au nom de cette force que le Fils de Dieu offre à tout homme en se faisant homme que la Conférence Haïtienne des Religieux a élevé sa voix.Je suis entièrement solidaire avec elle.\" Ce message est publié et communiqué aux religieux avec la permission de son auteur.Le 8 décembre au soir, Mgr Ligon-dé, l\u2019archevêque de Port-au-Prince, fait une déclaration à la radio.Il dit entre autre: \u2022ni es \u201cNous conjurons les pouvoirs publics de ne point condamner sans jugement, des Haïtiens, leurs frères.(.) Nous demandons que les suspicions soulevées contre certains prêtres, religieux, religieuses soient écartées afin qu\u2019ils puissent vaquer sans inquiétude à leurs activités pastorales.\" Le gouvernement, en effet, a enjoint Radio-Soleil, sous peine de séquestre, de se limiter à la diffusion de l'Évangile.Pendant ce temps, la radio et le journal du gouvernement se font théologiens et pamphlétaires.On y lit des accusations, des injures, de la haine.On proclame que l\u2019Église n\u2019a pas le droit de se mêler de questions politiques, que \"toute autorité vient de Dieu\u201d.L\u2019Écriture sainte est même invoquée pour justifier l'exploitation.Du 18 au 23 décembre, les huit évêques d'Haïti se réunissent en conférence.Ils consacrent une journée à des échanges avec les religieux.Des lettres de solidarité leur arrivent de toutes parts.Des curés, les séminaristes et les étudiants en philosophie leur écrivent et les assurent de leur soutien dans l\u2019action et dans l\u2019épreuve.La conscience d\u2019une solidarité ecclésiale se développe et se manifeste au grand jour.À l'occasion de Noël, les évéques publient conjointement un message de paix.Ils rappellent le droit qu'a l\u2019Église d\u2019intervenir: 0, ! jil ® N.D.L.R.\u2014 Ce texte de l\u2019épiscopat haïtien dénonce une série de situations d'injustice, mais il ne va pas jusqu'à pointer les responsables.Les lecteurs pourront se reporter à ce propos à l'article de M.Ernst Verdieu, du Centre d\u2019étude et de coopération internationale, \"La trop \u2018timide\u2019 déclaration des évêques haïtiens\u201d, dans La Presse du 26 janvier dernier.«Ni mARS 1981 P \u201cNotre mission se définit clairement: ouverture à Dieu par la foi, l\u2019espérance et l'amour et présence au monde, comme le levain dans la pâte pour faire régner \u201cdans les rapports entre les hommes, la vérité, la justice, l'amour mutuel et la liberté\u201d (Pacem in terris, N.63).En accomplissant cette mission l\u2019Église ne se substitue pas aux pouvoirs publics dans l\u2019exercice de leurs responsabilités.Elle ne peut pas dicter aux dirigeants les options professionnelles, syndicales ou politiques.Mais elle a le devoir d\u2019éclairer les consciences, de les interpeller pour faire reconnaître les valeurs morales en raison de la vocation de l\u2019homme à la communion et à l\u2019amour.\u201d Puis les évêques dénoncent des situations scabreuses qui doivent réveiller les consciences: L'émigration massive de nos compatriotes de la campagne inhospitalière vers la ville: du pays vers l'étranger.L'embauche des ouvriers agricoles haïtiens pour la coupe de la canne à sucre.dans des conditions de vie infra-humaines.Le refoulement vers Haïti de milliers de compatriotes entrés illégalement ou établis, depuis un certain temps, en terre étrangère.Le climat de peur et d\u2019insécurité, pour des individus et des familles engendré par des menaces et des manoeuvres d'intimidation.La transgression des lois, des normes légales les plus justes.qui favorise un processus d\u2019exploitation et d'accélération de la misère.Les travailleurs ouvriers, victimes de chantage des intermédiaires, malgré l\u2019augmentation officielle du salaire minimum.1 Deux jours plus tard, on lisait à la radio et dans les églises, le message du pape Jean-Paul II à l'occasion de la journée mondiale de la paix (1er janvier).Ce texte magistral est un plaidoyer pour la liberté.Le mouvement de solidarité atteint son point culminant.Du 26 au 31 décembre, plus de 500 religieux se réunissent en session d\u2019étude sur les béatitudes.Puis, au début de janvier, des laïcs, des prêtres et des religieux se réunissent avec les évêques.\u201cL\u2019Église d\u2019Haïti est née aujourd\u2019hui\u201d remarque un intervenant.Cette ren- contre avait pour but de préparer un plan d\u2019action pastorale pour toute l\u2019Église du pays.Elle a été un témoignage de solidarité ferme et convaincu.L\u2019Église d\u2019Haïti est née; dynamique, elle est maintenant une force qui saura défendre les valeurs évangéliques et le respect des personnes.Et l\u2019avenir En 1982, ce sera le centenaire de la consécration d\u2019Haïti à la Vierge.Les évêques ont annoncé la tenue d\u2019un congrès eucharistique et marial national.Ils ont l\u2019intention d'inviter le pape Jean-Paul pour cette occasion.Cette visite affermirait la solidarité et le sens de l'Église.Malheureusement, l\u2019avenir ne dépend pas seulement des Haïtiens.Il dépend pour une large part des États-Unis.Sans le support américain, en effet, le gouvernement d\u2019Haïti ne tiendrait pas longtemps.Mais l\u2019aveuglement de Washington, qui voit du communisme partout où quelqu\u2019un défend le droit des opprimés contre des gouvernements tyranniques, fait tout craindre.Si les Américains adoptent à l\u2019égard d\u2019Haïti la même politique qu\u2019au Salvador, l\u2019espérance sera étouffée.Il y a aussi la France, qui a été amenée progressivement à abandonner les valeurs humaines au profit d'impératifs commerciaux.La rumeur circule à Haïti que la France prendrait la relève des États-Unis pour entraîner les tontons macoutes.La France dément.mais des doutes sérieux subsistent encore.D\u2019ailleurs les éloges du président Giscard d\u2019Estaing à l\u2019endroit du gouvernement Duvalier laissent songeur.Espérons que la pression populaire sur le gouvernement fédéral canadien l\u2019amènera à prendre des positions plus lucides et à refuser de placer sa politique à la remorque des étroitesses américaines.Le gouvernement canadien doit mettre son influence internationale au service de la justice et du respect des droits humains.Espérons aussi que les leaders nécessaires pour assurer l\u2019unité du peuple haïtien et pour permettre son progrès se lèvent enfin et puissent agir librement.Le 1 2 février 1 981\tnr^i 87 Pologne LE PELER NAGE DE LECH WALESA par Peter Hebblethwaite A la mi-janvier, Lech Walesa, figure de proue du mouvement \u201cSolidarité\u201d, débarquait a Rome a la tête d\u2019une délégation d\u2019ouvriers polonais.Voyage diplomatique ou pèlerinage, leur passage en Italie et au Vatican devait mobiliser l\u2019attention de la presse occidentale.Le récit que nous en fait Peter Hebblethwaite nous met sur la piste de l\u2019analyse politique de l\u2019événement.Observateur exceptionnellement averti des choses vaticanes, l\u2019auteur est actuellement le correspondant à Rome de l\u2019hebdomadaire américain National Catholic Reporter.Ses derniers ouvrages ont porté sur les deux conclaves de 1978 (The Year of the Three Popes) et sur les affaires Küng et Schillebeeckx (The New Inquisition?).I: le ar; poi un La traduction et les sous-titres sont de Relations.V Lech Walesa a 37 ans.C\u2019était la première fois qu'il quittait la Pologne.\"Je n\u2019aime pas les voyages\", avouait-il aux journalistes en poste à Rome, samedi le 17 janvier.Il devait néanmoins triompher à la romaine: il est venu, il a vu, il a conquis tous ceux qu\u2019il rencontrait.Et pourtant, tout au long de la semaine qu\u2019il a passée ici, nul ne pouvait oublier la fragilité de \u201cSolidarité\u201d, le syndicat indépendant qui regroupe aujourd\u2019hui plus de dix millions de travailleurs polonais.Les nouvelles de Pologne n\u2019étaient guère encourageantes: on ne s'entendait pas sur la semaine de travail de cinq jours, et quelques membres de la Semj (l\u2019Assemblée nationale) affirmaient que les accords conclus entre le gouvernement et \u201cSolidarité\" manquaient de \u201créalisme\u201d.\u201cSolidarité\u201d avait beau être un vigoureux bébé de cinq mois; l\u2019enfant restait une proie facile pour les bureaucrates et les politiciens.Cette fois, c\u2019est différent Six mois plus tôt, Walesa était un inconnu, un électricien en chômage.On le courtise aujourd\u2019hui et on sollicite son avis avec empressement.Invité à situer le mouvement actuel par rapport aux précédentes révoltes des travailleurs polonais de 1956 et 1970, Walesa signale trois facteurs nouveaux.D\u2019abord, il n\u2019y a pas eu de violence, cette fois, ce qui suppose plus de maturité chez les travailleurs et ce qui a évité que l\u2019atmosphère ne soit \u201cpolarisée\u201d.Ensuite, il y a ce pape polonais, qui a mis la Pologne sur la carte et qui est prêt à venir à sa rescousse au niveau de la diplomatie internationale.Enfin, au lieu d\u2019un soulèvement instinctif et désordonné, on est parvenu à conclure et à signer un accord juridiquement contraignant; dorénavant, en principe du moins, \u201cles changements dans la société polonaise seront garantis par la constitution\u201d.C\u2019est sur ce dernier point que Jean-Paul II a choisi d'insister dans le discours qu\u2019il adressait, le 15 janvier, à Walesa et à la délégation qui l\u2019accompagnait.Le pape avait appris avec joie, que les statuts de \u201cSolidarité\u201d avaient été officiellement approuvés le 10 novembre.Il est peu probable qu\u2019un pontifie étranger eût saisi l\u2019importance de cette victoire.Mais pour les Polonais il s'agissait bien d\u2019un tournant décisif: ce qui n\u2019était jusque-là qu\u2019un mouvement spontané devenait désormais l\u2019interlocuteur légitime du gouvernement au niveau national.C\u2019est le statut officiel de \u201cSolidarité\" qui a permis au pape d\u2019ignorer la \u201cmenace d\u2019une invasion russe\u201d.Walesa, de son côté, se permettait \u2014 presque \u2014 d\u2019en rire.Parlant des troupes massées sur la frontière russo-polonaise, il devait déclarer: \u201cIl y a des troupes sur toutes les frontières.Je ne leur ai pas demandé ce qu\u2019elles !o.: il'î iis des r font là.Je ne sais pas pourquoi elles y sont.C\u2019est à elles qu\u2019il faut le demander, si vous voulez le savoir.\" Comme devait me le confier un membre de la délégation polonaise, \u201cnous écartons l\u2019éventualité d\u2019une invasion russe, car elle n\u2019est pas nécessaire.Il y a déjà suffisamment de soldats russes stationnés en Pologne; ils pourraient déjà intervenir.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019ils peuvent faire?Obliger les ouvriers à retourner au travail à la pointe du fusil?\u201d il-il 3S0 ,3e le bc-i oui U U.! Il S;' !' aïs * s Une évolution inoffensive :e.Se: 'Hi 3:- Le pape et le leader syndical ont la même attitude.Ils connaissent bien la situation géo-politique de la Pologne, ils n\u2019oublient pas qu\u2019elle est prise en serre entre l\u2019Union soviétique et la République démocratique allemande.Mais compte tenu de cette réalité, qui impose une certaine \u201cprudence\u201d, ils souhaitent \u201cune solution polonaise à des problèmes polonais\".Jean-Paul II est revenu sur ce point.Comme n\u2019importe quel autre pays, la Pologne a droit à un \u201cprogrès véritable\u201d.Mais, devait-il ajouter, \u201celle a en outre un droit particulier au véritable progrès, un droit qu\u2019elle s\u2019est acquis par les grandes épreuves de son histoire et plus récemment par les souffrances de la deuxième guerre mondiale.\u201d La liberté de la Pologne est une dette historique.pie, \u20196:1 1 :¦ Iflîj lie: le «a 88 RELATIONS Une fois soulignée la légitimité de \u201cSolidarité\u201d et une fois réduite la probabilité d\u2019une intervention soviétique, on pouvait déduire tranquillement que \u201cSolidarité\" est une création inoffensive, qui ne menace personne.Jean-Paul II a développé ce thème avec force: \u201cL'effort de l\u2019automne S dernier n\u2019était dirigé contre personne.Ce n\u2019était pas un mouvement contre qui que ce soit, mais un mouvement pour le bien commun.\u201d Il s\u2019ensuit, concluait le pape, que \u201cl\u2019activité du syndicat n\u2019a aucun caractère politique\u201d et que, par conséquent, elle est parfaitement compatible avec le \u201csystème actuel\u201d (entendez le socialisme).Dans la même veine, Waiesa insistait pour dire que \u201cSolidarité\" n\u2019est pas un parti et ne peut pas le devenir et, tout en affirmant que le mouvement rejoint 90% des travailleurs polonais, il tenait à se réjouir de la survie des \u201csyndicats officiels\u201d: \u201cla concurrence nous fait du bien\u201d, expliquait-il.u0ie On échappe difficilement à l\u2019im-utie pression que la naïveté de ces pro-(0jf; pos, destinés à rassurer le gouverne-n(j(( ment polonais, était bien délibérée.En bonne théorie communiste, com-.me on l\u2019a interprétée jusqu'à mainte-nant, les syndicats ouvriers ne ser-vent que de courroies de transmis-,np sion aux décisions du Parti.Pas question de grève: dans l\u2019État des 'l[aj travailleurs, il n\u2019est plus besoin de ï[B!( grève.Mais voilà que \u201cSolidaritré\u201d est né d\u2019une série de grèves.Sa seule existence, par conséquent, mine des pans entiers de la doctrine officielle.Pour que le mouvement survive, cependant, Jean-Paul II et Lech Walesa, et le gouvernement polonais lui-;1 même, se doivent d\u2019affirmer le con-;,'j traire: leur langage est codé.j( En entendant tout cela, un prêtre ,'jII polonais ne pouvait s\u2019empêcher de ! \u2019tj( hocher la tête: \u201cc\u2019est extraordinaire ¦j comme tout le monde en Pologne se ' .( rallie aujourd\u2019hui derrière le Parti 'j communiste.Personne n\u2019y croit, bien ,1 sûr, mais c\u2019est notre dernier retran-jona! chement\u201d.ieis\u201c-___________________________________ \"n Une accolade dangereuse i«u'8\t- sépp- .réce )1 si6 La visite, cependant, avait aussi L»f une autre dimension, qu\u2019on risque fa-lteWs cilement de négliger.Walesa et sa Gdansk ALLEMAGNE FÉDÉRALE Varsovie U.R.S.S.POLOGNE ALLEMAGNE DÉMOCRATIQUE Cracovie TCHÉCOSLOVAQUIE La situation géo-politique de la Pologne est délicate: prise en serre entre l\u2019Union soviétique et la République démocratique allemande, elle impose une certaine \u201cprudence\u201d.délégation répondaient à l\u2019invitation de la Fédération italienne des travailleurs, un front commun assez fragile et souvent remis en question qui chapeaute les grandes centrales communiste (CGL), chrétienne-démocrate (CISL) et socialiste (UIL).En fait, c'est cet organisme-parapluie qui assumait les frais du voyage.Ses dirigeants, et particulièrement Luciano Lama le secrétaire de la centrale communiste, ont quand même été un peu embarrassés d\u2019entrendre Walesa affirmer que le premier but de son voyage était de voir le pape.Il venait à Rome en pèlerinage.Les leaders syndicaux italiens ne pouvaient s\u2019empêcher de trouver que cette approche sentait un peu la sacristie.Il est vrai que Walesa affiche franchement sa piété polonaise.Il parlera tout naturellement de sa \u201cReine\u201d pour désigner Notre-Dame-de-Czes-tochowa.(Quand il dit \u201cPrincesse\u201d, il veut parler de la plus jeune de ses filles).Mais il n\u2019impose sa piété à personne.Quand il finit par s\u2019adresser à plus de quatre mille syndicalistes italiens, le 1 6 janvier, au cinéma Savoia, il tint à souligner que \u201cSolidarité\u201d n\u2019est pas un syndicat confessionnel.On y accueille croyants et incroyants.Le mouvement est indépendant du Parti, de l'État et de l\u2019Église.La réunion fut d\u2019ailleurs remarquable.Pas tellement à cause de ce que Walesa réussit à dire \u2014 ses interprètes parvinrent, au prix de grands efforts, à déformer la plupart de ses boutades \u2014 mais par la façon dont le communiste Lama devait s'efforcer de rapatrier l\u2019enfant prodigue.\u201cSolidarité\u201d, de déclarer Lama, est un modèle pour tous ceux qui croient profondément que les voies démocratiques, la liberté et le pluralisme sont des éléments essentiels du socialisme.Il faut lutter vigoureusement et défendre avec acharnement la participation des travailleurs à la prise de décision politique et économique.Personne, concluait-il, n\u2019a le droit de s\u2019ingérer dans les affaires de la Pologne, pas plus que dans celles de l\u2019Afghanistan, de l\u2019Iran ou du Salvador.\u201cVous venez de faire mon discours à ma place\u201d, devait répliquer Walesa en brandissant la pipe qu\u2019il avait à peine achetée dans une tabagie capitaliste; \u201cvotre accueil est si chaleureux que je me croirais en Pologne\u201d.C\u2019était clairement sa première expérience de l'eurocommunisme à l'italienne.Il devait provoquer les applaudissements de la salle en observant que les droits des travailleurs ne leur sont jamais servis sur un plateau d\u2019argent et qu\u2019il importe peu à cet égard que le patron soit un individu ou un État.Quelque chose que nous pourrions appeler l\u2019eurosyndicalisme était en train de naître.suite à la page 95 MARS 1981 89 Lech lie dé ÉTUDES LITTÉRAIRES LA LITTÉRATURE ET LE RESTE par Diane Alméras _________ J À propos de: André Brochu, Gilles Marcotte, La littérature et le reste, Montréal, Quinze, Coll.Prose exacte, 1980.185p.10,95$ Jean Provencher, Johanne Blanchet, C\u2019était le printemps, Montréal, Éditions du Boréal Express, 1980.236p.17,50$ Léandre Bergeron, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB Éditeur, 1980.575p.28,95$ La littérature et le reste Pendant un an et demi André Brochu et Gilles Marcotte, professeurs au Département d'études françaises de l\u2019Université de Montréal, universitaire et journaliste, se sont abandonnés au charme d\u2019un plaisir ancien: écrire des lettres.Leur intention n\u2019était toutefois pas entièrement innocente, puisque moins de six mois après la fin de leur correspondance, le temps d\u2019une édition, voici quelque dix-huit lettres et cent quatre-vingt-cinq pages qui apparaissent en tunique verte sur les étalages des librairies.Heureusement pour nous car La littérature et le reste, entre parenthèses \u201clivre de lettres\u201d, clin d\u2019oeil aux beaux esprits, comble, partiellement mais avec intelligence, un vide qui devait désoler tous ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019activité de penser.A.Brochu et G.Marcotte parlent évidemment de littérature, du roman en majeure partie.Questionner la littérature c\u2019est aussi s\u2019interroger sur la valeur que l\u2019on y accorde, le rôle que l\u2019on aimerait lui voir jouer.Peu à peu, viennent les questions de sens, de relations du vécu au réel et de véracité du récit.Ces préoccupations toutes naturelles risquent pourtant de dégénérer en un discours philosophique de troisième ordre: \"La littérature, au fond, \u2014 écrit Gilles Marcotte \u2014 embarasse souvent ceux qui font profession de s\u2019en occuper, à l\u2019université ou ailleurs: ce n\u2019est pas sérieux, c\u2019est le domaine du rêve, de la fantaisie, de l'imagination, une affaire de mots, quelle futilité! Alors, pour la 90 sauver de son insignifiance, on lui demande de grosses et pesantes vérités, des morceaux de réel bien saignant.On la rend utile, on la fait servir.Mais justement, c'est quand on la fait servir de cette façon, comme discours de vérité, qu\u2019elle perd toute son efficacité, qu\u2019elle devient un simple prétexte à annoncer des idées reçues\u201d.(p.47-48) C\u2019est à travers \u201cl\u2019art difficile\u201d du dialogue qu'André Brochu et Gilles Marcotte pensent, interrogent, installent des garde-fous.L\u2019entreprise a d\u2019autant plus de mérite que tout les oppose.A.Brochu a la trentaine bouillonnante.Passionné, inquiet, cet universitaire athée, séparatiste, disciple de Julia Kristeva et de Greimas, spécialiste des oeuvres philosophiques et littéraires de Jean-Paul Sartre, se paie des élans lyriques dont ne rougirait pas le plus nostalgique des humanistes; à son grand désarroi, d'ailleurs.G.Marcotte est un pragmatique.Empreint de sérénité, il écoute avec sympathie les propos de son cadet, qui ne cesse de l\u2019étonner.Journaliste de formation, fédéraliste, chrétien, il répond avec mordant, remettant parfois sur ses pieds son confrère emballé.Et bien qu\u2019il ne soit pas un familier des théoriciens modernes du texte, Marcotte saisit avec vivacité la démarche de Brochu, et il en fait une critique intelligente et structurée.C\u2019est par le dialogue que Socrate et ses élèves apprenaient et cherchaient la vérité.L\u2019objectif de La littérature et le reste n\u2019est pas aussi absolu, mais le jeu de la dialectique y appelle la rectitude des propos et la précision de la pensée.Malheureusement, remarque André Brochu, le dialogue est \u201csans véritable tradition chez nous.Les intellectuels en particulier, et pas seulement québécois, n\u2019ont guère l\u2019habitude de s\u2019écouter et de chercher à se comprendre, les problématiques sont fortement individualisées et peu communicables.\u201d (p.141) D\u2019où, semble-t-il, la décision d'écrire ces lettres.Dans les premières lettres, le champ de discussion est très vaste, et prête aux affirmations brumeuses.Par contre, chaque interlocuteur se révèle; les points d\u2019intérêts émergent de tous les horizons, et les voilà discutant littérature, bien sûr, mais aussi philosophie, sociologie et même théologie! (C'est celui qui ne croit pas qui s'est retrouvé sur ce terrain.) Après avoir aussi cherché à comprendre ensemble l\u2019évolution du roman québécois, suite à l\u2019ouvrage de G.Marcotte Le Roman à l\u2019imparfait, A.Brochu propose de concentrer leurs réflexions sur une analyse de La Nausée de Sartre, qu\u2019il proposera aux commentaires de Marcotte.Les quatre-vingts pages précédentes ont fourni au lecteur d'innombrables sujets de méditation, mais c\u2019est avec cette neuvième lettre que la partie \u2014 ce livre est truffé de métaphores sportives \u2014 devient passionnante.Chacun devant ses buts, les patineurs étudient avec curiosité les démonstrations d\u2019adresse de leur adversaire.Comme toujours, G.Marcotte est le plus raisonnable, le plus près du lecteur.Mais les envolées de l\u2019universitaire ont leur valeur; et qui est un peu familier avec l\u2019analyse textuelle ne pourra qu\u2019admirer la richesse du sens qui surgit du texte, consécutivement aux opérations d\u2019André Brochu.péda oc:, ilie, li isa s Ml ire ; fie p itlale lue q lisej f qu'il il \"Is re re irtiei .157! itlec ,B\u2019es I cc~ oiie «rlo illemi Po«i n'ai' s tel ipreq H)i sis «( erne iq» ! de: esç «ait ans üin T: lot Os «a ü le Hfirj foie ck Ois Offe !$ei Ifîlç ÜS lit Ifit-8 S» 'oie 'au- s II ta i RELATIONS ! llllOl lirti ::-s lere , i! Le choix de La Nausée pour une telle démonstration critique tient de la pédagogie.Le thème du roman provoque une réflexion globale sim l'être, la littérature et la vie.L\u2019étude de sa structure formelle interroge le roman en tant que genre littéraire et forme sociale.Pourtant, peut-on se demander, que vaut ce beau travail, \u201cque peut la critique\u201d?Nos deux compères risquent une réponse, qui est la leur, celle d\u2019une expérience critique qui se construit chaque jour et qui se justifie dans la mesure du plaisir qu\u2019ils y prennent.Pour André Brochu \u201cle réel, à chaque époque, doit être redéfini, car sa définition est partie intégrante de sa réalité même\u201d, (p.1 57) En contrepoint, Gilles Marcotte conclut: \u201cLa littérature, l\u2019écriture, n\u2019est ni une panacée ni un moyen de dominer le monde; mais on peut croire qu\u2019en elle circule encore, et pour longtemps, ce que vous appelez bellement le sang du sens\u201d, (p.185) Pour ma part, ces lettres terminées, je n'ai qu\u2019une envie: les reprendre et les relire.Pour l\u2019agrément.Et pour apprendre mon métier.,'lp :: C\u2019était le printemps aile .ses jr Si rgen idis ;.SS \u2022OS! ;[U II» ;»ljl gfP ntre se * oSefi i tel !S« !i SU a(ü me' poiei ,,nte jfCûl- s P1 est s' ]SA ;l|tf roc1\"1 Il y a la littérature, et le Veste.Le reste ce peut être la cadence rythmée du temps qui passe, le cycle éternel des saisons, la vie d\u2019un peuple que l\u2019on reconnaît à certaine patine des gestes quotidiens.Le reste, c\u2019est aussi la pâture des Lettres.Il y aurait de quoi alimenter bien des romans avec le dernier ouvrage de Jean Provencher, C\u2019était te printemps, paru l\u2019automne dernier aux éditions du Boréal Express.Ce livre magnifique, comme l\u2019on sait en produire au Boréal Express, est le premier d\u2019une série encore à venir sur les quatre saisons.C\u2019était le printemps a demandé trois années de recherches à l\u2019auteur et à sa collaboratrice Johanne Blanchet.Je les crois sur parole, tant j\u2019ai été impressionnée par la profusion des renseignements, l\u2019abondance des références et la présence de nombreux documents photographiques d\u2019époque.Mais ce livre n\u2019est pas qu\u2019un remarquable documentaire, il raconte la vie québécoise au début du dix-neuvième siècle avec des subtilités de vieux conteur.De sa belle écriture sobre et chaude, Jean Provencher décrit à petits traits les activités de nos ancê- tres, de façon telle que leur vie quotidienne semble traverser le temps, et nous atteindre comme nulle description romanesque ou émission télévisée n\u2019a jamais su y parvenir.Le printemps, c\u2019est tout d\u2019abord enterrer les morts de l\u2019hiver, maintenant que la terre est dégelée.C\u2019est faire,le grand-ménage avant d\u2019aller vivre dans la cuisine d\u2019été, tondre les moutons, préparer les semis, installer les pêches à fascines.C\u2019est le \u201ctemps des minous\u201d, de la débâcle sur le fleuve St-Laurent, le temps où les enfants s\u2019ébattent dans les flaques boueuses et jouent au \u201cmoine\u201d, cette toupie de bois que l\u2019on peut faire dormir ou ronfler.Et tant\u2019de petits et grands événements qui tous sont le printemps, d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, bien que peu de nos contemporains attendent que les pruniers soient en fleurs pour aller pêcher l\u2019alose.Le printemps de Jean Provencher et de Johanne Blanchet c\u2019est donc celui des poètes; mais c\u2019est aussi celui de l\u2019historien qui consciencieusement décrit la terre, la maison et ses meubles, compagnons constants de la vie quotidienne, les rites, les activités domestiques, la navigation et les métiers ambulants.\u201cSur le plan de la forme, nous proposons l\u2019expérience d\u2019un livre qui s\u2019adresse tout autant à l\u2019imagination qu\u2019à la raison\u201d, promet l\u2019auteur en avant-propos.La tentative est concluante.L\u2019utilisation d\u2019encarts allège le texte de trop lourdes descriptions, les notes en marge extérieure fournissent rapidement l\u2019explication d\u2019un mot difficile ou d\u2019une appellation populaire, une information supplémentaire au corps principal du texte, une indication bibliographique précise.En se référants l\u2019index placé à la fin, C\u2019était le printemps peut aussi jouer le rôle d\u2019un dictionnaire historique, principalement grâce aux encarts.Tout est prêt, il ne reste plus qu\u2019à attendre l\u2019été.Le Dictionnaire de la langue québécoise Au Québec, le marché de l\u2019édition souffre d\u2019anémie graisseuse et rares sont les liyres dont la sortie est connue du public.Léandre Bergeron sait bien de quonl en retourne, lui qui termine tout juste de couvrir les frais de son Petit Manuel d'histoire du Québec paru en 1970.Un tout autre sort attendait cependant le Dictionnaire de la langue québécoise qu\u2019il publiait chez VLB en novembre 1980.Est-ce la faute de la bande de presse interdisant l\u2019ouvrage aux moins de dix-huit ans, aux professeurs de français, aux linguistes et aux annonceurs de Radio-Canada?Est-ce le résultat des conférences de presse et interviews où L.Bergeron clamait l\u2019inanité du bien parler français?Chose certaine les dix millç premiers exemplaires du Dictionnaire de la langue québécoise se sont vendus au rythme des romans de la collection Harlequin, phénomène que connaissent peu souvent les auteurs québécois.Pendant ce temps, les bonnes gens criaient à l\u2019outrage.Il faut à mon sens faire une distinction entre le Dictionnaire et le discours que se plaît à tenir Léandre Bergeron, dans un français d\u2019ailleurs fort acceptable.Toute une partie de notre culture est présente dans des mots comme \"miton\u201d, \u201cramancheur\u201d, \u201cbatte-feu\u201d, \u201ccatalinette\u201d et \u201dver-nousser\u201d.Il est doux de se les rappeler et de les faire rouler sur sa langue.Nous n\u2019avons pas à nous priver de ce plaisir au nom de La Culture; en majuscule elle est toujours un privilège de classe, acquise au sein des classes dominantes, et impossible à transmettre à l\u2019extérieur.C\u2019est un acte de pouvoir que de refuser la culture de tout un peuple parce qu\u2019elle ne répond pas aux critères esthétiques d\u2019une classe sociale.En cela, L.Bergeron a raison lorsqu\u2019il affirme, dans sa préface au Dictionnaire de la langue québécoise que \u201cprétendre 'faire un relevé sérieux et objectif du vocabulaire d\u2019un peuple et, en même temps, exclure des motsiparce qu\u2019ils ont fermenté daps la rue, dans un fond de cour ou dans un sac de couchage improvisé dans la grande nature (.), c\u2019est faire un travail de préfet de discipline, prude, étroit et borné\u201d.Par contre je ne le suis pas lorsqu\u2019il s\u2019amuse à donner toutes les déformations phonétiques d\u2019un même mot (abreuvoué, abreuvouére, abreuvoir).Je risque d\u2019être prise en flagrant délit de contradiction.Tant pis.Pour le choquer à mon tour, je reprocherais à L.Bergeron de n\u2019avoir pas donné l\u2019étymologie des termes recensés lorsque cela était possible.Toutefois, ce simple intérêt pour les structures de la langue révèle mes origines intellectuelles, et rend ma cause indéfendable: la lecture du Dictionnaire m\u2019était interdite.N\u2019ai-je donc pas appris à lire?MARS 1981 f 91 Théâtre BONJOUR, LA, BONJOUR! par Jean-René Éthier !0 je «I que : lues ml il Je n\u2019irai pas par quatre chemins et je dirai tout de go que Bonjour, là, bonjour! de Michel Tremblay (tel que présenté au TNM récemment) fut l\u2019un des plus beaux spectacles de théâtre qu\u2019il m\u2019ait été donné de voir dans ma vie.Et je le dis avec d\u2019autant plus d'emphase que je ne suis pas un \"fan\" de Tremblay.L\u2019oeuvre de Tremblay Strictement, je n\u2019aime pas l\u2019oeuvre de Tremblay.Son verbiage prolifique d\u2019où ne me semble pas absente une complaisance narcissique qui tourne en rond m\u2019agace plus qu\u2019il ne me suggère.Il y a chez lui un maniérisme de commérage qui, pour réaliste qu\u2019il se veuille, m\u2019apparaît plus près de la démagogie prolétarienne que de l\u2019acte d\u2019art générateur.Son monde de femmes est trop sur la sellette pour qu\u2019on le croie significatif de ce qu'il y a au- jours) le côté grotesque des gens et des choses où tout le monde a des plumes à perdre.Cette chirurgie au scalpel se plaît, chez Tremblay, à déchiqueter davantage le dessous du coeur humain qu\u2019à le montrer vraiment dans ses passions irréversibles.Il y a, dis-je, un petit coin au fond de nous qui n\u2019en finit pas de se morfondre en vilenies variées.S\u2019en faire le témoin et le chantre rageur ne nous révèle rien sur lui que nous ne sachions déjà.Il faut plus que l'identification.Ce n\u2019est pas assez de situer le coeur dans les bas-fonds: il faut le hisser, au-delà de la revendication, à la vibration universelle où chacun pourra alors se reconnaître en frère douloureux ou compréhensif.Ce n'est pas avec des sentiments bas ou mesquins qu'on relève le tonus de l\u2019art.Et je ne parle pas ici du langage que Tremblay a enfin compris d'épurer.Ce qui ne fait point de tort à ses nouveaux personnages puisque le langage au théâtre, ce n\u2019est pas pour les personnages, c\u2019est pour les spectateurs.Un spectacle à retenir dans les annales de notre théâtre québécois.delà de la femme et de ce qui transcende les potinages de quartiers.Puis, son monde d\u2019hommes est flasque, trop exsangue, trop absent pour qu\u2019on ne vérifie là un manque viscéral chronique, qui, en définitive, nous invite à reléguer le monde de Tremblay au rancart des objets sans intérêt réel comme sans nerfs véritables.Tout au plus, l\u2019oeuvre de Tremblay n\u2019est qu\u2019un témoignage personnel déguisé et inapte à émouvoir parce que trop fossilisé sous la seule volonté de crier et d\u2019optimaliser la marginalité.C\u2019est entendu: il y a (il y aura tou- En outre, avec Tremblay, la ligne du récit (dans ses romans), celle de la \u2022 progression dramatique (dans son théâtre) sont, la plupart du temps, charriées: on dit que c\u2019est au profit d\u2019une plus réelle suggestion de la vie.On pourrait tout aussi bien dire que c\u2019est par une incapacité foncière de tisser une courbe dramatique structurée et serrée.Question d\u2019esthétique nouvelle?Je veux bien, à la condition qu\u2019au terme, il y ait vraiment émotion et non seulement constat d\u2019équilibre capricieux et fragile quand ce n\u2019est pas tout simplement vérification d\u2019impuissance.Les Bel- les-soeurs nous en ont assez fait avaler sur l\u2019avènement d\u2019un art nouveau alors qu\u2019il n'y avait là que documentaire éculé sur une couche sociale propulsée, soudain, dans l\u2019euphorie théâtrale.Il reste que Tremblay excelle dans la mise en place d\u2019un tableautin, dans le coup de griffe écorchant, dans l\u2019audace du propos où, grand frère spirituel de Denise Boucher (Les Fées ont soif), il sait davantage camper des idées entourées de chair humaine que de vrais êtres humains, en chair, en os et en passions consumantes.Ne nous emballons pas: le discours incessant, chez lui, trahit une incapacité à densifier et à situer à sa juste place le trait sûr qu\u2019il sait observer, et finit par détruire toute crédibilité.Les clameurs de ses protagonistes tiennent plus de la rhétorique du confessional ou du divan clinique que de l\u2019enfer de Dionysos.Or, si ses prototypes \u2014 car son oeuvre n'est qu\u2019une galerie miroitante de prototypes qu\u2019on peut ramener au même échantillon \u2014 conquièrent les esprits esseulés, s\u2019ils font mouche, c'est bien plus par la dialectique des vérités scandaleuses qu\u2019ils profèrent ou incarnent que par le poids d\u2019émotion qu\u2019ils dégagent.On est peut-être médusé devant eux: on ne se sent pas tellement concerné.Ils ne sont que miroirs déformants.Ils parlent trop pour qu'ils aient la chance de réfléchir.Un dramaturge qui se réveille Reconnaissons maintenant qu\u2019il y a, chez Tremblay, un dramaturge qui dormait et qui ne fait que commencer à se réveiller.Ses Pièces détachées révélaient, par ineptie, une dimension cachée de stylisation théâtrale que venait noyer, malheureusement, le parti-pris de misérabilisme popula-cier, cancané sous forme de \"choeur parlé\u201d issu, lui, en droite ligne de la tragédie grecque.Il en va de même jusqu\u2019aux titres de ses oeuvres qui suintent l\u2019entendu des potinages assommants et qui agacent inévitablement.Par cette manie que je lui trou- \\mi e':.lia: les) ilia1 ra- I jncni illel lui ns ua Qj\u2019e !n$â sQi «1 eni ex,;; 6 tfi ans il:: era: 'éns >::: U que set; ' c Hi:; )U;ç ¦Sr «I y il;.cl ili ise L °P: *5 92 RELATIONS ) ve d'incurver tous ses propos davantage vers la complaisance narcissique que vers le discours dramatique éclaté, Tremblay ne deviendrait-il pas victime, ici, de l\u2019inversion dont il ne se cache point et qui condamnerait son oeuvre à n\u2019être, somme toute, qu\u2019un témoignage personnel à ajouter aux statistiques éthiques?fallait dire cela pour comprendre la malheureuse chute de sa très belle tragédie Bonjour, là, bonjour! Jusqu\u2019à cette finale mélodramatique, c\u2019est 'envoûtement.On n\u2019a même pas à pardonner la structure oscillante, souligner: la réalisation d'André Brossard, metteur en scène de Bonjour, là, bonjour! et exégète autorisé de Tremblay, est de l\u2019ordre des réussites extraordinaires.Un spectacle, comme un film, se flaire dès les premiers moments, dès les premières images.Dans Bonjour, là, bonjour! (d\u2019autant qu\u2019on ne s\u2019y attendait pas d\u2019un Tremblay super-réaliste!) c\u2019est l\u2019enchantement de l\u2019oeil, de l\u2019ouïe, de l\u2019entendement entier.Donc, tout de suite, de l'émotion.J\u2019en veux pour exemple cette très belle chose qu\u2019est l\u2019échancrure soudaine du décor et l\u2019entrée déjà attendue du vient gonflé.Tout d\u2019abord, il faudrait prouver que cela se peut.De toute façon, le charme est rompu.On n\u2019a que faire des explications: en dramaturgie, il suffit de montrer la passion à nu.Les explications appartiennent aux manuels de psychologie.On aurait dû nous laisser sur la suave, la subtile combinaison des caractères (terriblement vrais, cette fois, encore qu\u2019ils ne se développent pas, ne progressent pas mais demeurent statiques), sur l'implacable animosité humaine, sur l\u2019entrelacs des filets d\u2019égoïsme ravageur.Là, on aurait eu une chance de sortir du théâtre bou- QUELLE VIE?on en parle quand même.Qu\u2019est-ce donc qui a poussé les gens à se satisfaire d\u2019une pièce comme Quelle vie?de Brian Clark, au TNM l\u2019automne dernier?Certainement pas la pièce elle-même qui n\u2019existe pas.Tranche (découpée) de vie d\u2019hôpital.Point de progression dramatique puisque les personnages ne font que piétiner sur place, fantoches stéréotypés, sans nerfs, sans âme, sans densité propre, au service d\u2019une thèse et d'un pseudo-héros couché sur un lit permanent comme au centre de l\u2019univers et qui passe son temps à persifler son double, Johnny s\u2019en va-t-en guerre de Dalton Trumbo.Les rires alors?qui fusaient constants à propos d\u2019un mot de travers, d\u2019une cocasserie éreintée de Jean Besré (admirable en ce rôle impossible et fade, plus près de la dialectique verbeuse que de la mort réelle).Le rire ici cachait-il l\u2019angoisse qui ne se dit pas?Sans l'interprétation excellente de tous les comédiens, je me demande si ce texte aurait même passé la rampe.Encore une fois l\u2019aplomb d\u2019une mise en scène sombre et intelligente a sauvé le spectacle.Bien sûr, c\u2019est cela: le thème abordait un problème d\u2019instance morale actuelle: l\u2019euthanasie, le droit à sa mort personnelle et libre.Toute l'argumentation conventionnelle y passait.Rien de neuf.Pas même le mystère de la mort enfoui sous l\u2019humour grinçant.À une autre fois, pour la vraie pièce sur le vrai problème.J.-R.E.'0 !-éï sei soi jrlei je ié > liiii ÿOi e\u201eC! çftSS insio e
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