Relations, 1 avril 1981, Avril
[" Oscar Romero AU NOM DE DIEU ET AU NOM DE CE PEUPLE ACCABLÉ, DONT LES PLAINTES MONTENT CHAQUE JOUR PLUS FORTES VERS LE CIEL, JE VOUS EN SUPPLIE, JE VOUS EN PRIE, JE VOUS L\u2019ORDONNE AU NOM DE DIEU, QUE CESSE LA RÉPRESSION! (Le 23 mars 1980) LES POLITIQUES SOCIALES DE REAGAN \u2022\tRadio-Canada \u2022\tLa Matapédia \u2022\tL\u2019homme de marbre \u2022\tMarshall McLuhan LA GAUCHE QUÉBÉCOISE ET LA CRISE no 469 1,25$ SOMMAIRE «mi is»! 05 CD O \\ \u201cOù sont les luttes de remise en question que l\u2019on a connues au début des années \u201970?\u201d Avec la récession et la crise économique, estime l\u2019auteur, on assiste à la fois à une remontée des idéologies conservatrices, à la remise en cause du \u201cWelfare State\u201d issu de la crise des années \u201930, et à une tutelle croissante de l\u2019État sur les groupes populaires, devenus surtout des \u201cgroupes de défense spécialisée\u201d.Au même moment, l\u2019individualisme, l\u2019éclatement de la \u201cculture du je\u201d isolent les militants et les groupes de lutte.Raymond Laliberté, dont le nom est lié aux origines de la CEQ, enseigne au département de science politique de l\u2019Université Laval.Ce texte provoquant \u2014 il veut interpeller les militants des groupes populaires \u2014 reprend un exposé présenté à un colloque de l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes (ICEA) en décembre dernier; il prend de haut notre contexte socio-économique pour expliquer la chute de démocratisation qui menace les années \u201980.Il nous semble que ces questions peuvent s\u2019adresser à un public plus large.Préparées à l\u2019occasion d\u2019un débat d\u2019orientation de l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes en décembre dernier, ces notes étaient conçues pour interpeller directement les représentants des groupes populaires qui s\u2019y trouvaient réunis.Elles ont joué ce rôle et le débat qui s\u2019ensuivit toucha tout autant les questions liées au phénomène de ce que j\u2019appelle ici \u201cla culture du je\u201d, qu\u2019il ne porta sur les éléments de conjoncture du début des années \u201980.J\u2019ai voulu conserver au texte qui suit la double dimension interpellante que je viens de rappeler, certains lecteurs de Relations ayant peut-être préoccupation eux aussi de telles interrogations.Il serait prétentieux de ma part de laisser croire à une vision précise et tout à fait complètement calculée de ce que seront les enjeux majeurs des cinq prochaines années en éducation, culture et communications.Mais il m\u2019apparaît possible de tracer certains cadres qui nous aideront peut-être à cerner la question par la suite.Précisons aussi que ce qui devrait, ce me semble, nous intéresser à ce moment-ci, ce n\u2019est pas tant une analyse théorique de toutes les facettes imaginables du devenir de la société québécoise, en une sorte de \u201cperspective\u201d désincarnée, que l\u2019identification la plus juste possible des enjeux réels pour les groupes que l\u2019ICEA tente d\u2019amener à une concertation populaire.Précisons également que plusieurs des textes déjà produits par l\u2019ICEA m\u2019apparaissent correctement cerner les principaux problèmes de chute de démocratisation tout à fait caractéristiques de la fin des années \u201970 en éducation (pour les adultes, mais aussi pour les jeunes), en animation culturelle et en productions communicatives.Je vais donc surtout m\u2019attarder à quelques grands traits qui m\u2019apparaissent devoir influencer directement le sens des enjeux sociaux dans les domaines que recouvrent les organismes populaires.Une crise économique, politique et idéologique Il est pratiquement devenu coutumier depuis quelques années de diagnostiquer une situation de crise économique, dont le Québec comme les autres sociétés subit les effets directs et indirects en termes d\u2019inflation et de chômage combinés.La réalité quotidienne nous montre à l\u2019évidence que c\u2019est bien le cas de ces deux fronts.Mais elle nous montre aussi, par le biais de l\u2019information internationale, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une crise mondiale et que les solutions à long terme devront se jouer sur ce front mondial aussi bien que dans chacun des pays impliqués.Il est sans doute utile de se rappeler à ce moment-ci toutefois, que s\u2019il s\u2019agit d\u2019une crise mondiale, ses enjeux sont énormes en termes de redistribution des structures et des pouvoirs économiques mondiaux.Et que la lutte est déjà fortement engagée entre les bourgeoisies nationales et les impérialismes transnationaux.À ce titre, la Trilatérale, les Club de Rome, les Banques mondiales, les conférences institutionnalisées sur le pétrole et la redistribution de la consommation mondiale, sont bien plus importantes dans leurs effets sur notre société, que les stériles querelles entourant le rapatriement de la constitution canadienne et autres luttes nationales et nationalistes québécoises.On pourrait, devant cette réalité, se sentir complètement impuissants et devenir plus ou moins indifférents à ce qui se joue de toute façon bien au-dessus de nous et, dans la plus grande mesure, en-dehors de la société québécoise.On pourrait aussi se sentir concernés quoique impuissants et suivre de près, mais en spectateurs, les tentatives révolutionnaires africaines, latino-américaines et moyen-orientales, qui font elles aussi partie des enjeux internationaux de la crise actuelle.114 RELATIONS Mais dans l\u2019un comme dans l\u2019autre cas, on oublierait qu\u2019une crise économique profonde s\u2019accompagne toujours d\u2019une crise politique tout aussi profonde et d\u2019une série de tentatives de redéfinition idéologique.Et que ces deux aspects (politique et idéologique) de la crise nous rejoignent autant que sa dimension proprement économique.Autrement dit, en même temps que nous subissons tout à la fois chômage et inflation, nous subissons aussi les réalignements politiques et les soubresauts idéologiques du même phénomène conflictuel mondial.C\u2019est un aspect politique de la crise, par exemple, que sous-tend la tentative canadienne de redistribution des pouvoirs régionaux vers un centre politique absolu.Mais c\u2019est un aspect politique de la crise aussi que tous les resserrements sentis et annoncés dans le domaine des budgets sociaux: en éducation aussi bien qu\u2019en santé, en services sociaux, en communication et en développement culturel.On peut en effet se permettre, en période d'expansion, de laisser plus de marge de manoeuvre aux projets de démocratisation et de créativité; c\u2019est même un bon moyen, comme on l\u2019a vu dans la décennie soixante, de contribuer à un plus fort développement social.Mais sitôt que se présente une récession durable, une crise de longue portée, il faut réduire les dépenses improductives à court terme et rationaliser de très près la concentration économique et politique.C\u2019est sans aucun doute ce que nous vivons maintenant avec les contre-réformes éducatives, productives à court terme pour l\u2019entreprise, avec l\u2019industrialisation \u2014 rationalisation des appareils culturels et de communication, avec la reconcentration régionale et la dépendance internationale de plus en plus nette au plan de l\u2019informatisation.Il est relativement facile de s\u2019en rendre compte un peu partout au Québec actuellement.Ce que l\u2019on voit peut-être moins cependant, c\u2019est la dimension idéologique de telles entreprises de récupération-resserrement.On admettra sans doute volontiers la visible remontée de la droite, au Québec comme à travers l\u2019occident, et on s\u2019en scandalisera probablement.Mais on ne s\u2019en étonnera qu\u2019à demi si on la relie au phénomène mondial de la crise économique et politique.S\u2019il est vrai que nous soyons dans une telle situation de crise structurelle, l\u2019affrontement concret qui se produit entre diverses fractions bourgeoises nationales et impérialistes pour le contrôle futur de la production et de l\u2019accumulation capitalistes, ne peut pas ne pas se traduire en une montée conservatrice au plan idéologique.Ne peut pas ne pas se traduire en un retour à la \u201cprivatisation\u201d des services devant l\u2019échec des interventions étatiques de type anti-cylique.Ne peut pas ne pas se traduire en \u201cépuration\u201d idéologique et en production de nouvelles idéologies camouflantes.Ne peut pas ne pas remettre en question les solutions structurelles issues de la sortie de la crise des années trente.Fort bien, dira-t-on, et puis après?Après il y a que nous laisserons, ou non, l\u2019initiative à ces seules forces de la droite.Selon que nous aurons, ou non, des organismes et des projets de lutte; de lutte aussi bien que de défense.Or voici quelques hypothèses que je soumets à notre réflexion collective: \u2014\tLes OVEP1 ne sont-ils pas en passe d\u2019être autant récupérés par la DGEA que par les PIL et P J fédéraux?\u2014\tLes centrales syndicales ne sont-elles pas en passe d\u2019être débordées présentement en termes de financement de l\u2019éducation syndicale?\u2014\tLes groupes de nouvelle lutte, tels les handicapés, les consommateurs et les femmes, ne sont-ils pas directement concurrencés par les Offices gouvernementaux pertinents?\u2014\tN\u2019en est-il pas de même pour la santé et la sécurité au travail?\u2014\tPour les télés et radios communautaires?\u2014\tLes groupes marxistes-léninistes ne sont-ils pas largement débordés par les \u201cMarriage Encounters\u201d et les nouvelles spiritualités pseudo-hindouistes ou anabaptistes?\u2014\tN\u2019y a-t-il pas renaissance concrète de moralisme chrétien, même maquillé présentement, de cléricalisme éventuellement?Si tel est le cas, quels groupes puissants portent encore, aujourd\u2019hui, un projet crédible de rupture?Où sont les luttes de remise en question que l\u2019on a connues au début de la décennie \u201970?Où se loge un véritable projet concret de démocratisation profonde en éducation, culture et communication?Les multiples formes de défense spécialisée auxquelles s\u2019acharnent les groupes populaires progressistes, sont-elles le seul espoir de contrer la concentration étatique régionale et nationale dans ces trois domaines?Faut-il tout miser sur des défenses éclatées, sans réseaux coordonnés de lutte, au risque de se laisser les uns les autres \u201csélectionner\u201d par le biais des maigres, de plus en plus maigres budgets d\u2019éducation populaire?Et par-dessus tout, le \u201cje\u201d, le \u201cmoi\u201d, même du groupe, la forte implantation présente de la culture du \u201cje\u201d, de la préoccupation d\u2019être \u201csoi-même\u201d, d\u2019être \u201cbien dans sa peau\u201d et d\u2019être \u201cconfortable avec l\u2019autre\u201d, de travailler \u201cà son propre développement personnel\u201d, etc., n\u2019a-t-elle pas une trop grande parenté idéologique avec l\u2019individualisme libéral?Si \u201cêtre personnel\u201d, ça veut dire éviter les conflits autant que chercher à développer son propre potentiel, alors je crains fort qu\u2019une bonne partie des groupes spécialisés pratiquent, éclatés, la \u201cculture du je\u201d.Et puis après?Et puis après: rien, justement rien.Rien que la belle récupération \u201cécologique et nationaliste\u201d.Rien que le soutien respectif de deux mouvements en apparence divergents.Rien qu\u2019une nouvelle hégémonie idéologique de sortie de la crise.Comme au plus fort de la dépression des années trente.À l\u2019époque ça s\u2019appelait \u201cla doctrine sociale de l\u2019Église\u201d; quel nom va-t-on lui donner aujourd\u2019hui.Sans rancune.\tLe 17 mars 1981 1.La DGEA (Direction générale de l\u2019éducation des adultes), rattachée au ministère de l\u2019Éducation du Québec, offre un programme d\u2019aide aux OVEP (Organismes volontaires d'éducation populaire).Les PIL (Projet initiative locale) et les PJ (Perspective jeunesse), étaient des programmes de création d\u2019emplois subventionnés par le gouvernement fédéral.AVRIL 1981 115 CPMO-C APMO : POUR QUE L\u2019ÉGLISE RENOUE AVEC LES TRAVAILLEURS \u201cIl n\u2019existe à peu près rien en pastorale ouvrière dans les grandes facultés de théologie d\u2019ici ni dans les grands centres de pastorale.Tout au plus aborde-t-on, en de rares endroits, le vaste champ de la pastorale sociale.\u201d Constatation pour le moins surprenante, en 1981.Inquiétante même pour une Église québécoise témoin, comme beaucoup d\u2019autres ces dernières années, de tant de conflits impliquant directement des milliers de travailleurs.L\u2019auteur de ces propos, Raymond Levac, du Centre de pastorale en milieu ouvrier (CPMO), ne semble pourtant pas surpris par ce vide.La réalité est même beaucoup plus dramatique: \u201cLe travailleur est un \u201cétranger\u201d dans l\u2019Église du Québec\u201d, avance cette fois le Carrefour des agents de pastorale en milieu ouvrier (CAPMO).Mais chaque chrétien n\u2019est-il pas membre à part entière du Peuple de Dieu?Pour nombre de chrétiens impliqués dans la dynamique de libération des classes populaires, il semble plutôt que rien n\u2019est plus faux que de dire aux travailleurs: \u201cL\u2019Église, c\u2019est vous\u201d! Ce constat de quasi-échec dans la mission de notre Église (n\u2019est-on pas en effet forcé de penser aux grandes intuitions prophétiques de l\u2019Ancien Testament sur la libération des opprimés?) n\u2019est toutefois pas lancé comme une accusation lapidaire.Cette situation, héritage d\u2019un passé plus récent, s\u2019explique très bien par notre histoire collective.\u201cAvec l\u2019arrivée de l'ère industrielle, explique le CAPMO1, (.) on voit se dessiner une coupure progressive entre la \u201cculture ouvrière\u201d et l\u2019expression de la foi.(.) Cette coupure partielle entre le monde ouvrier et l\u2019Église organisée, nous croyons qu\u2019elle est due, entre autres, à une évolution sociale du clergé qui fait que les prêtres sont et se sentent de plus en plus membres de la classe moyenne: dans leur niveau de vie, dans leurs relations sociales, dans leurs aspirations.Leur \u201clecture\u201d de l\u2019Évangile s\u2019en ressent, bien sûr.\u201d Mais la réalité, heureusement, ne se limite pas à ce constat.Certains curés ou évêques, \u201cpris\u201d avec des paroisses ou des diocèses majoritairement ouvriers, sont forcément confrontés.D\u2019autres, une infime minorité, ont adopté radicalement le mode de vie des ouvriers, y compris le travail et l\u2019habitat.Des religieux, des religieuses et des laïcs résident en quartier populaire et participent aux luttes pour la qualité de la vie et la dignité humaine.Le tout, dans la foulée des cinquante années de la pratique des mouvements d\u2019Action catholique en monde ouvrier (JOC, MTC).Les conditions sont dès lors réunies pour que commence à se combler ce vide en pastorale ouvrière, notamment par le travail du CPMO et du CAPMO.LE CPMO: au service des militants chrétiens en milieu ouvrier -Venant tout juste de fêter ses 10 ans (déjà!), le CPMO se définit essentiellement comme une ressource de formation, d\u2019animation et de soutien au service des militants chrétiens du Québec engagés en milieu ouvrier et populaire.Lorsque le Centre a ouvert ses portes en 1970, encouragé par la Conférence catholique canadienne, un Fils de la Charité (Claude Lefebvre) travaillait depuis un certain temps avec des prêtres, des militants d\u2019Action catholique ou syndicaux et des animateurs sociaux à la mise sur pied d\u2019un centre de formation pour prêtres engagés dans les milieux populaires urbains.\u201cConçu d\u2019abord en fonction des prêtres, le CPMO a dû s\u2019adapter à la réalité, de dire Raymond Levac, et s\u2019ouvrir à la présence de religieuses et de laïcs.Aujourd\u2019hui, lorsqu\u2019un groupe fait appel à nos services, nous privilégions d\u2019abord les travailleurs, ensuite leurs alliés et enfin les agents de pastorale.La seule condition est d\u2019être engagé pour la libération des travailleurs.\u201d Ce choix a d\u2019ailleurs obligé le Centre à reviser toute son approche des militants.Plus question aujourd\u2019hui de stages d\u2019un an, comme en 1970, pour les agents de pastorale désireux de se \u201crecycler\u201d tout en accumulant des crédits pour une maîtrise accordée par l\u2019Institut de pastorale des Dominicains.Ni d\u2019ailleurs, comme en 1 975, de quatre blocs de trois semaines échelonnés sur un an.\u201cLes travailleurs n\u2019ont pas les moyens de prendre 1 2 semaines par année, lance Levac avec son grand rire légendaire.Nous nous sommes rendu compte que nous reproduisions le système par nos diplômes: ceux qui en avaient déjà (les curés) pouvaient en obtenir de nouveaux et ceux qui en étaient démunis (les travailleurs) s'en voyaient toujours exclus!\u201d Aujourd\u2019hui, le CPMO, rattaché plutôt symboliquement à l\u2019Institut de pastorale, est beaucoup plus accessible aux travailleurs et aux militants par ses sessions de formation pouvant se dérouler dans les régions au rythme, aux jours et à l\u2019heure souhaités par les intéressés.\u201cNous pouvons bâtir un programme adapté aux questions et besoins de votre groupe, sur des sujets touchant les réalités ouvrières, populaires et sur les rapports entre la Foi et l\u2019Église en lien avec ces réalités\u201d, lit-on dans le programme régional 1980-1981.Les thèmes proposés jusqu\u2019à maintenant (développés soit en une soirée, une série de soirées, ou encore en une fin de semaine) ne manquent pas d\u2019intérêt.du moins pour qui participe à la dynamique ouvrière et populaire tout en effectuant une recherche de foi à partir de ses engagements.À preuve, la session portant sur \u201cQuestion nationale, référendum 1.Manifeste pour une pastorale ouvrière, CAPMO, mars 1980, p.32-33.116 RELATIONS et réalité ouvrière\u201d qui a rejoint plus de 400 personnes l\u2019an dernier.\u201cPour réfléchir l\u2019événement important du référendum à partir de la réalité ouvrière et des intérêts des travailleurs, il y avait un manque extraordinaire de ressources\u201d, note le CPMO dans son évaluation annuelle.C\u2019est aussi dans le but de servir de lieu de réflexion pour les militants chrétiens sur les événements qui touchent la classe ouvrière qu\u2019une session sur \u201csocialisme et foi chrétienne\u201d est offerte depuis septembre dernier.\u201cIl est important de voir en quoi le projet socialiste au Québec interpelle de plus en plus de chrétiens, explique Raymond Levac, et comment notre foi nous pousse à un engagement radical pour une société juste et fraternelle.\u201d Car le but du CPMO n\u2019est pas seulement de former des militants chrétiens en monde ouvrier, mais aussi et surtout de promouvoir chez ceux-ci des pratiques (tant au plan socioéconomique qu\u2019ecclésial) qui soient l\u2019expression de leur foi en Jésus-Christ Libérateur.Foi qui pousse à s\u2019engager davantage, il va sans dire.D'où les sessions sur Jésus-Christ et son projet de libération, La personne de Jésus et L\u2019Église populaire.Pour appuyer et compléter cette formation, le CPMO produit également des instruments de formation: les Cahiers du CPMO.Que ce soit pour mieux connaître l\u2019histoire de l\u2019Église et du mouvement ouvrier au Québec, ou le marxisme comme science de l\u2019histoire, ou encore pour expérimenter, par le biais du livre d\u2019Amos, une nouvelle méthode de \u201clecture sociale\u201d de la Bible; ou pour confronter leur engagement au projet de libération de Jésus-Christ, les militants trouvent dans ces \u201ccahiers\u201d une ressource importante pour leur formation personnelle.\u201cLe problème est d\u2019adapter de tels instruments pour les rendre toujours plus accessibles à tout travailleur, peu importe son niveau de scolarisation\u201d, confirme cependant R.Levac.C\u2019est donc pour sortir du fameux piège de l\u2019écriture (qui finit toujours par privilégier l\u2019intellectuel) qu\u2019une bande dessinée sera lancée à titre expérimental en mai prochain.Il s\u2019agit d\u2019une adaptation d\u2019un cahier de catéchèse populaire mexicain.Auparavant, Anselmo Leonelli, prêtre chilien expulsé de son pays depuis 1973 et auteur de \u201cJésus-Christ et son projet de libération\u201d, signera deux nouveaux cahiers: Église populaire et Socialisme et foi chrétienne.De plus, Raymond Levac dégagera dans un autre cahier les grandes lignes, pour le Québec, de la conjoncture actuelle au Nicaragua, Honduras, Brésil et Pérou (suite à un récent voyage de trois mois en Amérique latine, avec Jean Ménard).L\u2019une des priorités de cette année est l\u2019organisation de démarches régionales directement reliées au développement de l\u2019Église populaire et orientées en fonction d\u2019une rencontre nationale des militants chrétiens du monde ouvrier de tout le Québec, prévue pour les 1 6 et 1 7 mai prochain à Montréal.\u201cLe CPMO est un carrefour, de dire Levac, qui a été soutenu, provoqué et nourri depuis 10 ans par un nombre grandissant de militants et de réseaux, groupes et communautés de base du monde ouvrier.Il y a un besoin de plus en plus grand de concertation en Église et de consolidation de cette Église populaire naissante.\u201d L\u2019appel a donc été lancé et il semble déjà que la réponse sera encore plus forte qu\u2019en mai 1 979, où 200 militants avaient répondu à une invitation semblable et s\u2019étaient reconnus artisans d\u2019un même projet social et ecclésial.\u201cL\u2019enjeu est maintenant de voir ce qui a évolué depuis deux ans dans les luttes populaires, où en est rendu le germe d\u2019Église populaire au Québec et de préciser les défis qui se posent aujourd\u2019hui\u201d, dit Claude Hardy.Rencontre aussi importante donc que celle de 1979, où cette fois les enfants et adolescents trouveront leur place.\u201cL\u2019Église populaire n\u2019est pas qu\u2019une affaire d\u2019adultes\u201d, de dire André Charbonneau, membre du comité d\u2019organisation, mais aussi coordonnateur des mouvements d\u2019Action Catholique de Montréal, permanent du Regroupement Action Milieu et.père de trois enfants! Mais surtout, cette rencontre confirmera le passage pour ces groupes de la marginalité à la minorité organisée.Le CAP MO: serviteur de la foi des travailleurs C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce contexte que l\u2019on peut mieux saisir l\u2019importance d\u2019un groupe comme le Carrefour des agents de pastorale en milieu ouvrier (CAPMO).Fondé il y a cinq ans à Québec, le CAPMO constitue un cas-type d\u2019un regroupement régional de militants chrétiens en milieu ouvrier.Reliée directement à la tenue, en 1976, de deux rencontres de l\u2019Assemblée des évêques du Québec sur la réalité ouvrière, la naissance de Carrefour n\u2019est cependant pas étrangère aux sessions du CPMO qui se déroulaient depuis déjà quelques années.De plus, le fameux conflit du Pavillon St-Dominique, peu auparavant, avait confirmé beaucoup de préjugés du monde ouvrier envers l\u2019Église.Le CAPMO fut longtemps un lieu de rencontre où 16 agents de pastorale en milieu ouvrier pouvaient confronter leurs interventions pastorales et se concerter sur certaines actions.\u201cCe fut ardu jusqu\u2019à ce que nous ayons distingué quatre secteurs distincts d\u2019action pastorale\u201d, explique Paul-Yvon Blanchet, premier et unique permanent (à 1/3 de temps) depuis l\u2019automne 1980.On comprendra en effet que des prêtres ouvriers, des curés de paroisse ouvrière, des permanents d\u2019action catholique et des religieux, religieuses ou laïcs engagés dans les quartiers populaires auront des interventions aux formes différentes, limitées mais complémentaires si elles ne sont pas isolées les unes des autres.Visant donc à donner un meilleur impact de la pastorale ouvrière dans le diocèse et à rendre l\u2019Église plus solidaire des travailleurs, le CAPMO ne s\u2019est toutefois pas limité à un cercle fermé de réflexion pour une petite élite éclairée.Il s\u2019est aussi fait connaître par ses nombreuses actions à l\u2019occasion d\u2019événements sur la scène ouvrière: grèves de CJRP (où il demandait à l\u2019abbé Brochu de cesser de franchir les lignes de piquetage pour faire son émission M.Le Bonheur) et du transport en commun; loi 1 7 sur la santé et sécurité au travail; fermeture de la boulangerie Vaillancourt, etc.Pétitions signées en paroisse, lettres aux communautés religieuses, rencontres avec les travailleurs impliqués par les événements, déclarations publiques, rien n\u2019a été ménagé pour appuyer les principales luttes ouvrières de la région, pour informer les autres agents de pastorale du diocèse et pour appeler l\u2019ensemble de l\u2019Église locale à la solidarité avec les travailleurs.Mais l\u2019originalité de ce Carrefour est sans contredit la réflexion soute- AVRIL 1981 1 1 7 nue qui y est faite (alimentée par les actions de chacun des membres) sur la réalité du travail et la pastorale ouvrière.\u201cCar si la conjoncture québécoise ne nous permet pas de développer ou d\u2019appliquer une théologie de la libération comme en Amérique latine, nous pouvons cependant développer une \u201cthéologie du travail\u201d aussi libérante\u201d, de dire Paul-Yvon Blanchet.À ce sujet, il faut lire le Manifeste pour une pastorale ouvrière lancé par le CAPMO il y a exactement un an.\u201cIl y a un malaise entre l\u2019Église et l\u2019ouvrier, peut-on y lire aux pages 35-36.Nous sentons l\u2019Église loin du monde ouvrier.Nous sentons le travailleur étranger dans l\u2019Église.Le travailleur réalise peu que l\u2019Église c\u2019est lui et qu\u2019il a un rôle important à y jouer.Il trouve peu de lieux où, à partir de son terrain, il peut exprimer sa foi, la nourrir et la célébrer.\u201d \u201c(.) Les permanents d\u2019Église ont perdu droit de parole sur lui et ils ont beaucoup de difficulté à rejoindre le travailleur sous l\u2019angle du travail.Ils sont plus habiles à parier de l\u2019individuel ou du familial que du collectif.(.) L\u2019Église n'est plus sur le chemin des travailleurs (et des militants).Elle devra consentir à descendre sur le terrain du travailleur si elle veut devenir une Bonne Nouvelle pour lui et les siens.(.or) le travail est son terrain, son lieu de création, de transformation, de solidarité, d\u2019oppression et de lutte.(.) Il est marqué par son travail dans toute sa vie, sa chair, son langage, sa mentalité, ses projets, son logement, sa famille, et jusque dans sa mort parfois.\u201d Selon cette ébauche d\u2019une \u201cthéologie du travail\u201d, le défi de toute pastorale ouvrière se résumerait à une question: comment devenir des signes de la proximité de Dieu aux ouvriers, ce Dieu qui s\u2019est manifesté d\u2019une manière claire pour les petits et les opprimés?La réponse n\u2019en constitue pas moins le véritable défi.\u201cPour bâtir une Église où le monde ouvrier sera accueilli et pourra prendre toute la place qui lui revient, il faut être attentif au vécu ouvrier, s\u2019incarner dans des actions précises et promouvoir de nouvelles manières de vivre en Église.\u201d En ce sens, le colloque qui a suivi la publication du manifeste en mars 1 980 a dégagé plusieurs pistes d\u2019action.\u201cPour favoriser le développement de la pastorale ouvrière, explique P.-Y.Blanchet, nous faisons l\u2019inventaire des paroisses du diocèse à forte densité ouvrière.Nous sensi- bilisons alors les agents de pastorale au vécu ouvrier à partir des événements et d\u2019une carte indiquant toutes les concentrations d\u2019ouvriers sur leur territoire par lieux de travail.\u201d Le CAPMO offre également ses services pour accompagner de futurs agents de pastorale afin qu\u2019ils aient cette \u201cnécessaire\u201d initiation à la pastorale ouvrière et une expérience du monde du travail.Mais rendre l\u2019Église plus solidaire des travailleurs, cela signifie aussi, pour le Carrefour, la révision de l\u2019utilisation des locaux de l\u2019Église, tels les presbytères, afin de les rendre plus communautaires, proposer des liturgies plus en lien avec la culture ouvrière (par exemple à l\u2019occasion du Premier mai) et proposer des candidats, ayant une bonne expérience du milieu ouvrier et des défis à relever, dans les nominations diocésaines importantes (évêques, direction du service de pastorale, etc.).L\u2019une des priorités actuelles est cependant de favoriser des rencontres où des travailleurs chrétiens pourraient exprimer leur façon de concevoir la paroisse, l\u2019aménagement des lieux physiques en fonction de leur culture et leur place dans les organisations ecclésiales.En ce sens, le dernier colloque tenu par le CAPMO, le 31 janvier 1 981, avec ses sketches et sa célébration à partir d\u2019instruments de travail (pelle, brouette, machine à coudre, boyau d\u2019aspirateur, chapeau de cuisinier, etc.) fut une étape importante dans la construction d\u2019une véritable communauté de base en monde ouvrier à Québec.f I Mais la naissance d\u2019une Église pour les travailleurs n\u2019est pas sans soulever certaines difficultés: \u201ccette Église sera un signe de contradiction, car ceux qui sont favorisés par l\u2019organisation actuelle de la société et qui croient en trouver une justification dans l\u2019Évangile n\u2019accepteront pas facilement cette Église d\u2019espérance pour les travailleurs\u201d (Manifeste, p.43).Il semble bien en effet qu\u2019un vigoureux dialogue s\u2019annonce entre les deux tendances si l\u2019on en juge par un bref échange à la fin de la journée du 31 janvier entre quelques travailleurs et un évêque les invitant à \u201cchanger de mentalité face à l\u2019Église Peuple de Dieu où un seul groupe ne peut posséder la vérité mais où l\u2019on retrouve des gens différents ayant chacun la même importance\u201d.\u201cJe ne peux pas prendre un boss pour mon frère après tout ce que j\u2019ai vécu\u201d, a répondu sur un ton poli mais ferme un travailleur aux cheveux blancs qui en était à sa seconde fermeture d\u2019usine, sans compter quelques grèves.\u201cEt je suis incapable, a-t-il continué, de prononcer à l\u2019église, le dimanche, les paroles «comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés».\u201d Réplique qui peut sembler sévère à certains; contradictoire, même, puis-qu\u2019en réponse à un appel à la charité chrétienne et à l\u2019amour de ses frères.D\u2019autant plus que l\u2019invitation vient d\u2019un évêque, un de ceux-là mêmes qui ont été choisis parmi les pasteurs justement pour leur aptitude à aider le peuple à discerner la lumière sur le chemin étroit qui mène à Dieu et à sa Justice.Mais on a déjà vu Paul réprimander sévèrement Pierre au sujet des Gentils, et en public par surcroît! Il semble donc que la Vérité d\u2019aujourd\u2019hui ne soit pas plus facile à trouver.Si hier, il était question de juifs et de chrétiens, il faut bien admettre que la problématique contemporaine passe maintenant par des questions d\u2019exploitation, d\u2019oppression, de fossé s\u2019élargissant entre patrons et ouvriers, entre pays riches et pays exploités.Le discours ecclésial qui voudrait ignorer les conflits qui en résultent semble donc promis à une contestation de plus en plus vive.Ce vigoureux dialogue prendra donc différentes formes, il va sans dire.Tel ce récent refus du diocèse de Québec d\u2019accorder une légère subvention au CAPMO pour l\u2019aider à développer la pastorale ouvrière, parce que \u201caucun nouvel organisme de pastorale ouvrière n\u2019a encore été mandaté et que le Carrefour risque de tomber rapidement dans la tendance maintes fois dénoncée à tout structurer\u201d.Pour l\u2019instant, le Carrefour des agents de pastorale en milieu ouvrier est bien déterminé à continuer, avec ou sans l\u2019aide de l\u2019institution, à libérer la parole des travailleurs dans l\u2019Église pour qu\u2019ils deviennent eux-mêmes les artisans d\u2019une Église où ils seront chez eux.Mais \u201cêtre serviteur de la foi des travailleurs, conclut le Manifeste, ne se fait pas sans changement profond de mentalité face à l\u2019Église et face aux travailleurs.Il faudra consentir à quitter sa manière d\u2019être présent au peuple et reconquérir un droit de parole face aux travailleurs\u201d.ni=i 118 RELATIONS MARSHALL McLUHAN : POUR UNE THÉOLOGIE DE L\u2019ÂGE ÉLECTRONIQUE \u201cJe ne suis ni pessimiste ni optimiste.Je suis apocalyptique.\u201d1 McLuhan caractérisait ainsi, avec précision, le ton de son oeuvre; un testament post-littéraire, parfois hermétique, mais infiniment révélateur par la radicalité de l\u2019analyse et la nouveauté des vues.Apocalyptique jusque dans la dramatisation de la fin du monde littéraire.Or cette fin des temps n\u2019est pas à venir; c\u2019est un fait accompli que, seule, nous cache l\u2019inertie culturelle d\u2019une élite intellectuelle qui entasse dans des bibliothèques poussiéreuses un savoir que l\u2019informatique a déjà condamné à l\u2019im-pertinence.Le prophète des médias a toujours cherché à débusquer les fausses certitudes en soulignant la radicale nouveauté d\u2019un présent électrique.Les spécialistes des communications et de la publicité, les artistes et les journalistes ont réagi très positivement à ses coups de sonde dans tous les secteurs de la culture.Mais les résistances furent farouches à cette pensée qui se coule dans le slogan publicitaire, l\u2019aphorisme ou l\u2019essai miniature.Dans les rangs de l\u2019opposition, plusieurs théologiens.Comme si la religion du Livre demeurait inaltérée face aux mutations culturelles?Comme si l\u2019apocalypse n\u2019avait pas insufflé au christianisme ses éléments les plus authentiques?De la théologie comme divertissement Cependant l\u2019histoire personnelle de McLuhan l\u2019accréditait à porter un jugement sur la théologie comme expression de la foi catholique.Membre d\u2019une famille oecuméniquement unie, converti au catholicisme à l\u2019âge de 25 ans, McLuhan a enseigné durant toute sa carrière dans des institutions catholiques.Il a collaboré à des revues d\u2019allégeance catholique, tant aux États-Unis et en Angleterre qu\u2019au Canada.En 1968, il participait au congrès théologique de Toronto et en 1973, Paul VI le nommait conseiller spécial à la Commission pontificale pour les communications sociales.Sans être exégète, McLuhan semblait posséder une excellente connaissance de la Bible.Décrivant sa journée de travail, il déclarait: 1.\tBABIN, Pierre et McLUHAN, Marshall, Autre Homme autre chrétien à l'âge électronique, Chalet, Lyon, 1977, p.30.2.\t\"A Day in the Life of Marshall McLuhan\u201d, Weekend Magazine, Montreal Star, 10 juin 1978, p.10.3.\t\u201cElectric Consciousness and the Church\u201d, The Listener, 26 mars 1 970, p.394.4.\tTake Today, p.1 77.par Pierre Séguin Cégep Bois-de-Boulogne Habituellement je me lève très tôt, vers six heures; je descends et je lis la Bible en cinq langues: l\u2019allemand, le grec, l\u2019italien, le français et l\u2019espagnol.Toujours dans cet ordre.C\u2019est une excellente façon d\u2019apprendre et j\u2019ai déjà parcouru plusieurs fois chacune des versions.Avant je lisais le texte latin mais il m\u2019est devenu tellement familier qu\u2019il ne m\u2019interpellait plus.En outre, ma Bible latine était beaucoup trop volumineuse pour tenir dans la main alors que j\u2019aime bien l\u2019apporter avec moi.2 Face à la théologie, McLuhan manifestait une certaine ambivalence.Ayant été éduqué dans une confession protestante, il a toujours reconnu son manque de connaissance de la tradition scolastique.C\u2019est pourquoi il aurait toujours refusé de théologiser à partir de ses théories sur la technologie.Cette étrange discrétion, chez un auteur qui transgresse indifféremment les cloisonnements disciplinaires, peut s\u2019expliquer par son respect pour une tradition séculaire ou par la reconnaissance implicite de la non-pertinence du discours théologique.Plusieurs passages de l\u2019oeuvre de McLuhan disent la double inconvenance des propos du théologien: d\u2019abord pour le croyant lui-même et à titre de savoir performateur.Dans le contexte d\u2019une démarche de foi authentique, la théologie apparaît à McLuhan comme un divertissement pour intellectuels.Je crois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un passe-temps, au sens de la réitération du \u201ctemps passé\u201d.(La théologie) n\u2019est pas une confrontation directe et personnelle.La théologie est un jeu que jouent les gens, une spéculation théorique; mais pour promouvoir l\u2019engagement direct ou la perception directe de la réalité d\u2019une \u201cchose\u201d révélée, la théologie, au sens ordinaire du terme, n\u2019est d\u2019aucun secours.3 Ce n\u2019est pas un divertissement plus inutile que les autres, mais dans la mesure où elle consacre le divorce entre la contemplation et la spéculation théorique, la théologie n\u2019est qu\u2019un passe-temps attrayant aux règles interchangeables d\u2019une tradition religieuse à l\u2019autre.De plus le théologien semble sourd aux véritables besoins de son époque.McLuhan caricature ainsi son attitude: \u201cPlusieurs se sont joints à l\u2019entreprise de répandre le bruit qu\u2019«ils possèdent les solutions».Ils ne demandent qu\u2019une chose: «Quels sont les problèmes?»\u201d4 Je préférerais que la plupart des questions sur la communication soient abordées par les théologiens, mais ils ne semblent pas y trouver intérêt.Je ne pense pas que les facteurs puissants qui ont fondu sur nous avec l\u2019électricité aient reçu la moindre considération de la part des théologiens et des liturgistes.Mes conversations à St.Michael\u2019s College me donnent le sentiment que rien AVRIL 1981 119 n\u2019a été examiné dans ce domaine, compte tenu de son importance.Je sens que ces grands mouvements sont passés inaperçus.Les théologiens ont l\u2019impression, j'imagine, que tout va redevenir comme avant dans quelque temps.5 Comme en font foi ces dernières citations, McLuhan a brisé sa règle du silence à propos des questions théologiques.Au cours des dernières années, il a accepté de traiter de l\u2019impact de sa problématique technologique sur le christianisme, non dans le corpus principal de son oeuvre, qui se termine en 1972 avec la parution de Take Today, mais dans des articles et des interviews publiés dans les revues anglaise, The Listener, et américaine, The Critic.En français, on retrouve l\u2019essentiel de cette réflexion dans quatre entrevues avec le caté-chète Pierre Babin, parues sous le titre Autre Homme autre chrétien à l\u2019âge électronique.Ce livre, qui contient en outre d\u2019autres essais de Babin sur la catéchèse et l\u2019audio-visuel, offre un saisissant contraste entre la perspective pastorale plus étroite du catéchète et celle beaucoup plus large du prophète des médias.On peut rassembler les matériaux très divers de cette réflexion mcluhannienne sous deux thèmes généraux: l\u2019action subliminale des médias dans la chrétienté et les éléments pour une théologie électrique.I.Les médias et l\u2019histoire de la chrétienté McLuhan a déjà fait remarquer, dans Du Cliché à l\u2019archétype, que l\u2019Ancien Testament manifeste une conscience aiguë de l\u2019action structurante des médias.Ainsi la technique agricole de Caïn, la tour de Babel, le veau d\u2019or, les idoles, la royauté, le recensement, toutes les nouvelles technologies, sauf celles expressément conçues par Yahvé (l\u2019arche de Noé, l\u2019arche d\u2019Alliance, le Temple) font l\u2019objet d\u2019une prudente évaluation.À l\u2019opposé, la culture chrétienne, en niant tout caractère surnaturel aux médias, a laissé le champ libre aux innovations technologiques.Le christianisme s\u2019est lié de façon non-critique à la culture du livre et son histoire est profondément marquée par son manque de lucidité technologique.Ainsi les deux grands déchirements de l\u2019histoire de l\u2019Église s\u2019expliquent par l\u2019influence subliminale de l\u2019écriture et de l\u2019imprimé.\u201c(.) Le douloureux conflit qui divise l\u2019Église romaine et l\u2019Église orientale n\u2019a rien à voir avec la foi et n\u2019est qu\u2019un exemple évident de ce qui oppose la culture visuelle et la culture orale.\u201d6 Les Églises d\u2019Orient, y compris les Eglises Slaves, ont conservé, avec leur contexte culturel, la dominante acoustique et leur tendance vers l\u2019intériorité.C\u2019est pourquoi, dans l\u2019ensemble, elles se sont séparées de Rome et de l\u2019Occident, lorsque le caractère visuel et extérieur de ces derniers s\u2019est de plus en plus accentué jusqu\u2019à un degré jugé intolérable.Rome avec son insistance sur la Hiérarchie visible est devenue l\u2019ennemi.7 Le conflit se serait-il quand même produit avec une connaissance plus généralisée des effets structuraux de l\u2019écriture?Du latin au microphone De même l\u2019invention de Gutenberg allait provoquer les violents soubresauts de la Réforme.Je suis même devenu catholique en étudiant la Renaissance comme champ de travail presque exclusif.J\u2019y ai pris conscience du fait que l\u2019Église Le 1 2 février 1931, ce microphone conçu par Marconi était offert au pape Pie XI.Une vie nouvelle commençait, même pour la théologie.mi \\ r/nw ¦ a été détruite ou disloquée à cette époque par un accident historique stupide, par la technologie.Gutenberg met (.) l\u2019accent sur le fait que les particuliers sont séparés dans l\u2019espace et dans le temps.Avec le livre, on peut se retirer vers l\u2019intérieur, au sens égocentrique et psychologique du terme, et non pas certes au sens spirituel.Or, Luther et les premiers Protestants étaient des hommes de l\u2019École qui savaient lire.Ils ont transposé la méthode ancienne de la discussion scolastique dans le nouvel ordre visuel: ils ont ainsi utilisé la récente découverte de l\u2019imprimerie pour creuser le fossé qui les opposait à l\u2019Église romaine.8 Toutes les innovations technologiques ont laissé leur trace indélébile, quoique rarement remarquée, dans l\u2019évolution chaotique de la chrétienté.McLuhan mentionne encore l\u2019impact de l\u2019automobile sur la structure paroissiale et celui du microphone sur la disparition de la langue latine dans la liturgie catholique romaine.Aujourd\u2019hui les chrétiens cherchent à s\u2019adapter, tou- 5.\tAutre Homme autre chrétien à l\u2019âge électronique, p.33.6.\tLa Galaxie Gutenberg, p.104.7.\tAutre Homme, p.169.8.\tIdem, pp.34, 35, 36.120 RELATIONS jours inconsciemment, à un environnement électrique.Cette nouvelle époque technologique n\u2019annonce pas d\u2019autres schismes.Au contraire, l\u2019instantanéité des communications électroniques contracte les dimensions de la planète et exerce de puissantes pressions unificatrices.À ce titre l\u2019oecuménisme est un mouvement électrique, une recherche d\u2019unité au sein du christianisme et entre les diverses religions mondiales.Mais McLuhan doute fort qu\u2019une structure hautement visuelle et littéraire puisse réaliser un objectif typiquement électrique et acoustique.(.) Ce n\u2019est pas au moyen de facteurs visuels (uniformisation) que l\u2019unité se réalisera.L\u2019oecuménisme actuel me laisse perplexe car il me paraît se tenir dans un contexte visuel périmé.Nous sommes encore là au plan du \u201chardware\u201d, des formules durcies, et nous oublions l\u2019essentiel, le \u201csoftware\u201d, l\u2019attention intérieure à Jésus-Christ.Aussi, au lieu d\u2019unité, nous risquons encore de nouvelles divisions.9 Le mouvement oecuménique devrait analyser ses motivations inconscientes et espérer une profonde conversion culturelle de l\u2019Église.Le christianisme et son milieu culturel Mais jusqu\u2019où le chrétien peut-il se faire électrique?McLuhan se demande si le christianisme est pensable hors du contexte gréco-romain.D\u2019un côté, tout l\u2019aspect strictement visuel et statique d\u2019une culture alphabétique encarcane le message chrétien dans une carapace de formules et de valeurs permanentes.L\u2019Église, ri-gidifiée dans une structure visuelle, uniformisante, offre au changement une résistante têtue, l\u2019inertie du chêne trop certain de sa solidité.L\u2019Église qui offre à l\u2019homme et exige de lui un changement constant de son coeur s\u2019est revêtue d\u2019une culture visuelle, laquelle met au-dessus de tout les valeurs de permanence.Cette culture pré-co-romaine, qui semble avoir été imposée à l\u2019Église comme la carapace sur une tortue, n\u2019ouvre elle-même aucune possibilité d\u2019une théorie souple et réaliste de la communication et du changement.C\u2019est cette coquille dure qui s\u2019interpose entre l\u2019Église et les autres cultures du monde, elles qui ont des formes accommodantes, flexibles, évolutives.10 Le désir de permanence, dans un monde électrique où le seul élément permanent est le changement, constitue un obstacle de première grandeur, un anachronisme douloureux qui place la structure visuelle de l\u2019Église 9.\tIdem, p.1 71.10.\tIdem, p.37.11.\tIdem, p.36.12.\t\u201cElectric Consciousness and the Church\u201d, p.394 en situation de porte-à-faux face à un univers résonnant.D\u2019un autre côté, la matrice gréco-romaine du christianisme peut-elle être liquidée complètement sans priver cette religion historiquement et culturellement incarnée de ses aspects essentiels?L\u2019événement Jésus, un fait divers à l\u2019échelle de l\u2019Empire romain, a eu un tel retentissement parce que la mort de cet individu est survenue dans un contexte culturel où l\u2019individu et son histoire représentent un objet d\u2019intérêt.Je ne pense pas que les débuts de la chrétienté dans la culture gréco-romaine soient purement accidentels.(Bien sûr, il ne s\u2019agit pas là d\u2019un simple accident historique, mais d\u2019une disposition providentielle.* 11) Je ne pense pas que les souffrances du Christ auraient eu la même signification sous Gengis Khan que sous Ponce Pilate.Les Grecs avaient inventé un médium, l\u2019alphabet phonétique, qui (.) rendait possible à l\u2019homme pour la première fois dans l\u2019histoire humaine la notion d\u2019identité privée.La chrétienté vit le jour dans une matrice culturelle dans laquelle l\u2019individu jouit d\u2019une importance considérable; telle n\u2019est pas, d\u2019aucune façon, la caractéristique des autres cultures du monde.12 Christianisme et dignité de la personne humaine semblent indissolublement liés.Or, aujourd\u2019hui, avec le retour aux valeurs collectives du tribalisme, selon l\u2019interprétation mcluhannienne des forces coalescentes de l\u2019électronique, doit-on considérer la valorisation de l\u2019individu comme une simple contingence culturelle?Selon McLuhan, cette question de l\u2019identité \u201cprivée\u201d dépasse le seul niveau anthropologique et relève de la théologie.Aux théologiens de clarifier les liens entre christianisme et culture, d\u2019explorer les possibilités de survivance du christianisme dans les contextes technologiques les plus divers, contextes technologiques qui déterminent et définissent l\u2019homme et ses valeurs.Comme l\u2019astronaute a besoin pour survivre de recréer autour de lui une atmosphère respirable, le chrétien a peut-être besoin de maintenir autour de lui un milieu culturel viable.Ce milieu ne serait pas plus artificiel que les autres environnements technologiques, seulement plus planifié et délibéré.II.Pour une théologie électrique Le concile Vatican II n\u2019aura été, selon McLuhan, que l\u2019effort louable d\u2019une assemblée de bureaucrates pour se brancher à une culture électrique dont ils ignoraient la radicale nouveauté.Aujourd\u2019hui, la véritable problématique est celle du concile de Jérusalem, de la controverse entre Pierre et Paul; étonnante reprise d\u2019un moment historique décisif pour l\u2019avenir de l\u2019Église.À l\u2019époque, Paul avait, en un sens, forgé l\u2019image de la chrétienté en hellénisant, dans une perspective universaliste, le message de la résurrection.Il avait élaboré, pour une vaste culture alphabétique, la première traduction en termes visuels du message strictement oral de Jésus.Au Jésus historique, il a substitué le Christ de AVRIL 1981 121 gloire dont il fut le témoin privilégié.Certains considèrent que l'existence de la chrétienté réside dans la tension constante entre être de ce monde et hors de ce monde.Kierkegaard était pleinement conscient de cela, comme l\u2019étaient saint Paul et, plus tard, Martin Luther.Mais la tension entre l\u2019intérieur et l\u2019extérieur n\u2019est qu\u2019un modèle visuel, et, à l\u2019époque du rayon X, l\u2019intérieur et l\u2019extérieur sont des événements simultanés.13 Faut-il alors répudier la théologie paulinienne à cause de sa facture visuelle et pré-électrique?Après 2000 ans faudrait-il, face à un changement total de la conjoncture culturelle, donner raison rétroactivement à Pierre?Si l\u2019évangile des incirconcis était confié à Paul, celui des circoncis était la responsabilité de Pierre.Ce dernier, malgré la version plus nuancée des Actes des Apôtres, semblait penser \u201cque (le christianisme) devait être filtré par la culture juive\u201d 14.Son ambition missionnaire n\u2019avait pas l\u2019envergure (téméraire et visuelle) de celle de Paul.Il préférait conserver le christianisme dans les limites du tribalisme judaïque.Paul, au contraire, se vantait d\u2019avoir été affranchi, par sa vision du Christ ressuscité, du cadre restreint de la Loi, de la race d\u2019Israël et de la tribu de Benjamin.Or McLuhan affirme que les jeunes sont beaucoup plus près de l\u2019attitude prudentielle de Pierre que de l\u2019ambition démesurée de Paul.D\u2019abord, les jeunes détestent ce qui est grand.C\u2019est une particularité de la vitesse électronique quand vous avez tout à la fois au même endroit.Ce n\u2019est pas une expansion, c\u2019est une concentration brusque qui se produit (.) Ils commencent à se poser des questions: \u201cPourquoi ces autoroutes énormes?Pourquoi ce besoin de rouler toujours plus vite dessus avec des camions toujours plus gros?Pourquoi les voies de chemin de fer?Pourquoi tout cela?Ils n\u2019arrivent pas à en voir l\u2019utilité.C\u2019est la même chose pour la \u201cgrande Église\u201d, pour tout ce qui est grand, le grand système d\u2019éducation, le grand ceci, le grand cela.Ils disent: \u201cplus de tout ça!\u201d 15 On pourrait multiplier les extraits montrant que l\u2019environnement électrique crée des conditions psychologiques et sociologiques favorables au tribalisme plus ou moins conscient de la position de Pierre.Mais jamais McLuhan ne formule une conclusion définitive.Il laisse ouverte la controverse.Et le prophète des médias termine curieusement sa série d\u2019entrevues avec Pierre Babin en évoquant l\u2019image apocalyptique de l\u2019Anté-Christ.Comme si le fait de s\u2019abandonner totalement à la mentalité électrique favorisait l'entrée en scène de Lucifer, \u201cle grand ingénieur électricien\u201d.Reconnaître sa voix Cependant McLuhan suggère des éléments de solution à la crise née de la confrontation d\u2019un héritage religieux littéraire et d\u2019un environnement culturel radicalement différent, l\u2019univers réverbérant de l\u2019électronique.Il propose d\u2019abord d\u2019insister sur les éléments acoustiques de l\u2019évangile.Être disciple de Jésus pourrait si- gnifier, non plus se conformer visuellement à un ensemble de règles ou de valeurs, mais syntoniser la bonne fréquence.McLuhan remarque que la seule forme d\u2019autorité acceptable aujourd\u2019hui est celle du disc-joc-key qui propose son choix des dix plus grands succès au palmarès.Jésus jouissait d\u2019une telle autorité par résonnance quand il contestait ce qui est écrit, pour redonner à la Parole de Dieu sa qualité sonore et perfor-matrice.Il y a différentes façons de prêter l\u2019oreille à la Bonne Nouvelle, différents degrés d\u2019entendement des paraboles.Mais l\u2019on est d\u2019abord chrétien par oreille, parce que \u201cles brebis reconnaissent la voix du pasteur\u201d (Jn 10, 1 ss).Mais surtout, au centre d\u2019une théologie mcluhannien-ne, on retrouverait l\u2019Incarnation.Non pas un dogme, ni une affirmation théologique abstraite, mais la synthèse, en Jésus, du médium et du message.Dans un même individu, l\u2019ultime rencontre d\u2019un médium, qui ne trahit pas les intentions de son créateur, et d\u2019un message, qui se coule dans une forme parfaitement adéquate.Geste de communication totale, où la divinité se manifeste en l\u2019homme Jésus, où la théologie se fait anthropologie.\u201cLe message réel de l\u2019Église, ne le trouve-t-on pas dans les effets secondaires de l\u2019Incarnation, c\u2019est-à-dire dans la pénétration de toute l\u2019existence humaine par le Christ?\u201d 16.En ce sens, McLuhan, qui s\u2019avoue un authentique littéraire, prend nettement parti pour Paul, pour un Paul un peu plus électrique, comme le confirme ce passage de la mosaïque: ( (.) Tandis que le premier Adam était un esthète qui contemplait, nommait et jouissait des créatures, le résident d\u2019un monde qu\u2019il n\u2019avait pas fabriqué, le second Adam reprit Sa première création et conféra à l\u2019homme des possibilités entièrement nouvelles de création, telles que le premier Adam n\u2019en avait jamais connu.Pour le chrétien, l\u2019Incarnation signifie que toute matière fut reconstituée à un moment historique et que la matière est maintenant susceptible d\u2019une manipulation tout à fait surhumaine.) 17 Un texte entre parenthèses, pourtant un fidèle reflet ou un parfait écho de l\u2019oeuvre entière de McLuhan.Une parenthèse qui ne s\u2019en tient pas aux formulations bibliques ou théologiques exactes.Une parenthèse théologique qui met justement le discours théologique entre parenthèses, pour montrer que le véritable sens de l\u2019Incarnation est d\u2019abord dans la contemplation lucide et intelligente de ce qui se passe.\u201cLes réponses à tous les problèmes, y compris les problèmes religieux, sont dehors, toutes prêtes.\u201d 18 Non plus dans les réponses toutes faites qui n\u2019attendent que la formulation des problèmes.?f=1 13.\tThrough the Vanishing Point, p.254.14.\t\u201cElectric Consciousness\u201d, p.394.15.\tAutre Homme, pp.52-53.16.\tIdem, p.61.1 7.War and Peace in The Global Village, p.59 18.Autre Homme, p.56.122 RELATIONS ÉTUDES LITTÉRAIRES GABRIELLE POULIN: DU SONGE AU DÉSIR FÉMININ par Axel Maugey Déjà dans son premier roman, Cogne la caboche, Ga-brielle Poulin avait su organiser de main de maître un récit luxuriant \u201cau féminin\u201d.Rien d\u2019étonnant donc de retrouver dans son dernier-né: Un cri trop grand, la même coloration, la même texture et la même quête; ici, l\u2019anima nécessaire à l\u2019unité rejoint l\u2019animus exploré avec passion dans Cogne la caboche.Offerte en \u201cdeux parties\u201d, cette quête vise la réappropriation d\u2019un univers sensible.Le rêve et le souvenir cèdent alors le pas à la réalité des choses.fictives, à la réintégration de blessures encore saignantes.Lire ce roman de la re-naissance sans l\u2019aide d\u2019une grille poéti-co-symbolique serait dommage.Après avoir insisté sur une vision où les profondeurs psychologiques, pour ne parler que d\u2019elles, sont immenses, il eût été inconcevable de ne point y déceler des âmes soeurs; j\u2019en nommerai deux: Anne Hébert et Alain Fournier.Avec virtuosité, Gabrielle Poulin en arrive à créer un roman totalement au féminin.Ne serait-ce pas une sorte de Grand Meaul-nes québécois?Que l\u2019on me comprenne bien: il ne s\u2019agit pas de la part de l\u2019auteur d\u2019une intention secrète de refaire du neuf avec de l\u2019ancien.Du tout; l\u2019auteur se plaît seulement à vivre comme d\u2019autres avant elle ont vécu, dans un univers où régnent la transparence et le dédoublement si cher à Alain Fournier et Paul Eluard, l\u2019identification et la projection magique inhérente à Anne Hébert.Fascinée par l\u2019enfance, la sienne, la nôtre, Gabrielle Poulin cisèle ce monde, comble de fantastique et de merveilleux.Même s\u2019il eût été parfois préférable que l\u2019auteur émondât un peu son texte, non exempt de surabondance à l\u2019occasion, elle a créé sans nul doute un roman important qui, de plus, révèle une rare sensibilité.C\u2019est ce que confirme l\u2019entrevue qu\u2019elle a eu la gentillesse de nous accorder et que voici.A.Maugey \u2014 Pourriez-vous nous parler des oeuvres \u2014 recueils de poèmes et romans \u2014 qui vous ont le plus marquée ?G.Poulin \u2014 Plutôt que tel roman ou tel poème, c\u2019est l\u2019acte même de lire qui m\u2019a marquée.Ouvrir un livre a toujours été, pour moi, entrer corps et âme et esprit dans un univers aussi réel, plus réel même, que l\u2019univers de ma chambre ou celui de ma rue.Quand je revenais dans la vie quotidienne, je m\u2019apercevais que le contact avec le monde qu\u2019on dit fictif avait transformé mes rapports avec celui qu\u2019on dit réel.Puis un jour, très tard, j\u2019ai découvert l'Aurélia de Nerval, le surréalisme, tel que Breton le définit dans le deuxième Manifeste.Ces oeuvres m\u2019ont confirmée dans ma foi au rêve, qui fait éclater les limites humaines.Alors j\u2019ai commencé à soupçonner que, peut-être, l\u2019écriture me permettrait de vivre pleinement cette \u201cseconde vie\u201d, de poursuivre plus efficacement ma propre quête de ce que Breton appelle \u201cle point suprême\u201d.A.Maugey \u2014 Ne croyez-vous pas que les influences sur votre imaginaire (ou les rencontres si vous préférez) qui, au départ, étaient plutôt françaises, se sont au fil des années québécisées ?G.Poulin \u2014 Oui, vous avez raison, si nous parlons des influences conscientes.Les circonstances historiques ont fait que, comme pour la plupart des Québécois, sinon pour tous, c\u2019est la littérature française qui s\u2019est imposée à moi la première.C\u2019est celle qui s\u2019enseignait au collège et à l\u2019université presque exclusivement, jusqu'à il n\u2019y a pas si longtemps.Mais mon grand-père, qui n\u2019avait sans doute jamais lu ni un roman français, ni même un poème de Fréchette ou de Nelligan, a eu plus d\u2019influence, j\u2019en suis sûre, sur mon imaginaire que tous les romanciers ou les poètes que j\u2019ai lus, qu\u2019ils soient français ou québécois.L\u2019univers magique des contes, l\u2019univers poétique des vieilles chansons de chez nous dans lesquels grand-papa nous entraînait, au rythme du \"tit galop, gros galop\u201d rassurant de ses genoux, c\u2019était l\u2019envers du quotidien, un envers attirant et redoutable dont il nous découvrait quelques-uns des secrets.Quand nous rentrions chez nous, une fois terminée la visite quotidienne \u201caux vieux\u201d, nous nous apercevions que le village, les arbres, la route, les fleurs, le bois, les champs au loin et même les animaux domestiques nous étaient moins familiers.Grand-papa nous apprenait, petit à petit, que les choses ont une vie secrète, que les mots, les syllabes, si on leur laisse la bride sur le cou, peuvent nous entraîner bien loin.Grand-maman, elle, restait silencieuse, mais elle souriait toujours aux histoires de son vieux.Son silence était très beau.Lui aussi s\u2019ouvrait sur un univers fascinant.Je suis sûre que les images les plus fécondes, celles qui sont à l\u2019origine de mon univers romanesque, me viennent de AVRIL 1981 123 cette parole ancienne et de ce silence qui contenaient tous les souvenirs et tous les espoirs des gens de chez nous.Un roman poétique ?A.Maugey \u2014 Votre dernier roman: Un cri trop grand, semble appartenir à la catégorie des romans poétiques.Qu\u2019en pensez-vous?G.Poulin \u2014 J\u2019aurais été surprise qu\u2019on le trouve réaliste.Copier le réel apparent, j\u2019en suis incapable et ça me paraît inutile.Je n\u2019ai jamais été très bonne, à l\u2019école, dans ce qu\u2019on appelait le \u201cdessin d\u2019observation\u201d.Écrire pour moi, c\u2019est chercher, dans les êtres, leurs gestes, leurs attitudes, dans les objets, leurs couleurs et leurs formes, dans les rythmes eux-mêmes sur lesquels nous vivons et nous dansons, ce qui est au-delà des apparences, et tenter de le \u201cdonner à voir\u201d et à entendre.Si c\u2019est cela la poésie, alors mes romans doivent être \u201cpoétiques\u201d.A.Maugey \u2014 Dans Un cri trop grand, je retrouve des affinités assez fabuleuses: avec Eluard bien sûr, si féminin, mais aussi Anne Hébert, Rina Lasnier et même Sylvain Gar-neau.Êtes-vous d\u2019accord?G.Poulin \u2014 L\u2019oeuvre d\u2019Eluard, que j\u2019ai beaucoup étudiée, a pu influencer mon écriture.Je ne sais pas.J\u2019ai beaucoup d\u2019admiration pour Anne Hébert et Rina Lasnier, mais je connais à peine Sylvain Garneau.A.Maugey \u2014 Dans votre \u201cunivers romanesque\u2019\u2019 le monde féminin apparaît comme prédominant.Pourriez-vous vous expliquer davantage là-dessus?G.Poulin \u2014 Oui, jusqu\u2019ici le monde dit féminin semble avoir prévalu.C\u2019était inévitable dans Cogne la caboche: l\u2019héroïne\u201d n\u2019avait pas connu d\u2019autre univers que la maison d\u2019Anna et le couvent où des mères et des soeurs avaient continué de veiller sur sa \u201cpureté\u201d.Mais Rachel se libère de l\u2019emprise des mères et c\u2019est le souvenir toujours présent de Charles qui la tire par la main et la ramène vers les rêves de l\u2019enfance où elle puise la force de renaître.Rachel vivante est prête pour l\u2019amour, même si l\u2019homme vivant ne peut être encore qu\u2019un rêve pour elle.Dans Un cri trop grand, les femmes ne se sont pas détachées de leur père.Même si je répugne à jouer au psychologue vis-à-vis de mes propres personnages, disons que le monde \u201cmasculin\u201d est encore étroitement lié au rêve et au désir.La paternité était primordiale dans Cogne la caboche.La maternité est le thème fondamental d'Un cri trop grand: des femmes, qui n\u2019ont pas d\u2019époux, veillent sur l\u2019enfance, non pas avec la rigidité des mères qu\u2019elles ont connues, mais avec toute leur féminité et leur tendresse, un oeil triste (celui qu\u2019elles gardent tourné vers le passé), l\u2019autre gai (celui qui veille sur le présent où le petit garçon est tendre et la petite fille vaillante).Un monde féminin, avez-vous dit?Un monde encore en gestation où les sexes ne connaissent pas d\u2019opposition.Un Grand Meaulnes québécois \u201cau féminin\u201d?A.Maugey \u2014 Et puis chemin faisant, lecture aidant, les affinités, notamment celles avec Sylvain Garneau, m\u2019amènent à me demander si Un cri trop grand ne serait pas une sorte de Grand Meaulnes québécois, mais \u201ctotalement\u2019\u2019 au féminin.D\u2019où l\u2019originalité.Je précise: dans un tel roman, comme dans le Grand Meaulnes, les thèmes de l\u2019enfance, de la pureté, de la maison, du désir et de ranima semblent prédominants.Êtes-vous d\u2019accord avec ma vision?G.Poulin \u2014 Il y a très longtemps que j\u2019ai lu ce roman.Les thèmes que vous énumérez se trouvent certainement dans mes deux romans.Toutefois les personnages ne reviennent pas à leur enfance comme vers un pays merveilleux dans lequel on s\u2019évade pour oublier le réel ou pour faire advenir l\u2019impossible.L\u2019enfance est en eux \u2014 c\u2019est peut-être la forme de leur anima \u2014 comme une source toujours présente qui ne sera jamais tarie.Ils n\u2019ont qu\u2019à tourner leur regard vers l\u2019intérieur pour la retrouver.Elle contient, comme chacun des instants de la vie, tout leur être.Ils peuvent y scruter leur visage le plus vrai, celui qui vit toujours sous les fards, les masques ou les rides.Leur grande main d\u2019adulte tient précieusement la main de l\u2019enfant qu\u2019ils ont été.C\u2019est cette main fragile qui les tire en avant vers la vie, vers l\u2019amour et vers la mort.A.Maugey \u2014 À la pureté si inhérente à l\u2019enfance répond aussi la hiérarchie des désirs, le \u201crêve voluptueux\u2019\u2019 des adolescents.Pourriez-vous éclaircir cette volonté érotique si naturelle et si parfaite de libération?G.Poulin \u2014 L\u2019enfant est très seul.Prisonnier dans son corps.Prisonnier des adultes.Sa libération commence avec la première caresse, non pas celle qu\u2019il reçoit, mais celle qu\u2019il donne, comme un premier pas vers l\u2019amour.L\u2019adolescent, lui, veut faire des pas de géant.Dans Cogne la caboche, le rêve avait été interdit à Rachel, comme à toutes les adolescentes de sa génération.Elle est restée prisonnière, comme morte, pendant de longues années, jusqu\u2019à ce qu'elle permette au rêve de l\u2019envahir comme la rivière; bouleversée par la débâcle, elle s\u2019abandonne enfin au soleil et à la vie.Dans Un cri trop grand, les \u201crêves voluptueux\u201d ont préparé Françoise au don parfait d\u2019elle-même malgré l\u2019échec de son aventure amoureuse.Marie-Hélène a vécu si intensément son seul rêve de voluptés qu\u2019elle a apprivoisé par avance sa propre mort.A.Maugey \u2014 Dans Un cri trop grand, tout concourt à donner une coloration charnelle: le vocabulaire, les images intimes, la recherche constante de la rencontre pour ne parler que de l\u2019essentiel.Qu\u2019en pensez-vous ?G.Poulin \u2014 Écrire, c\u2019est un acte charnel.Si vous vous souvenez, il y a un apprentissage très physique au geste de l\u2019écriture dans ce roman.L\u2019enfant a la surprise de voir naître de sa propre main, sur la feuille blanche, les signes mystérieux de son propre nom.Il a reçu le pouvoir physique de se donner à lui-même et de donner au monde un être différent, de jouer avec l\u2019espace et le temps comme avec les lettres.Les mots, les images, les rythmes constitueront toujours les aspects sensuels de cette expérience.Comme les caresses, ils acheminent le corps, le coeur et l\u2019esprit vers le plaisir total dans lequel la vie et la mort sont engendrées du même souffle et demeurent indissociables.Dans son ordre, l\u2019acte d\u2019écrire est aussi fécond que l\u2019acte d\u2019amour.Ainsi, Françoise, qui était liée à Marie par une maternité d\u2019élection, va recevoir de sa filleule le don d\u2019une nouvelle vie.Grâce à la relation de l\u2019écriture, le récit de Marie devient le lieu d\u2019une gestation sensible et spirituelle.\tn 124 RELATIONS Pour son diplôme de fin d\u2019études en cinéma, Agnieszka réalise un film pour la télévision de Varsovie, qui finance l\u2019opération.Mais, contrairement à ses camarades, elle ne veut pas tourner n\u2019importe quoi, n\u2019importe quelle commandite.Non, elle a déjà son sujet, ses questions, son héros: le travailleur d\u2019élite des années cinquante.Qui était-il?Quelle était sa foi socialiste?Quelle fut sa relation avec les autres travailleurs?Pourquoi n\u2019en parle-t-on jamais, ou bien avec tant de mépris aujourd\u2019hui?Malgré de nombreuses réticences du directeur de production qui supervise son travail (\u201cles années cinquante, c\u2019est un sujet qu\u2019on n\u2019a jamais abordé.vous allez remuer de la boue qui vous engloutira, vous et moi et le film.une aventure qui vous coûtera cher.\u201d), Agnieszka se lance à coeur perdu dans son sujet: elle croit encore en la possibilité de dire et de faire la vérité \u2014 crûment \u2014 par le cinéma et la télévision; elle pense que ce qui intéresse, officiellement du moins, tout le monde dans une \u201crépublique de travailleurs\u201d, le vécu au travail des travailleurs, doit se diffuser en toute liberté.Son point de départ: une statue de marbre tramant avec d\u2019autres tout aussi laides de réalisme socialiste jdanovien dans la cave d\u2019un musée.C\u2019est celle de Mateusz Birkut, travailleur d\u2019élite exalté, mis en film et en photographies murales géantes en 1950, traîné en procès et déchu en 1952, réhabilité en 1956 lors de l\u2019\u201coctobre polonais\u201d qui marqua la fin de l\u2019ère stalinienne.Cinéma et histoire Premier lieu d\u2019enquête: les archives filmiques (stockshots).Agnieszka y trouve l\u2019ancrage d\u2019une réflexion active à la fois sur l\u2019histoire polonaise des années cinquante et sur le cinéma, surtout documentaire ici, dans L\u2019HOMME DE MARBRE, de ANDRZEJ WAJDA OU L\u2019IDÉOLOGIE COMME SPECTACLE ses rapports avec l\u2019histoire.L\u2019enquête se poursuivra surtout avec l'interview des principaux artisans et \u201cacteurs\u201d de ces films.Double recherche, donc, qui n\u2019apportera pas tellement de surprises (Agnieszka est fille d\u2019ouvrier et ses yeux sont bien ouverts sur le monde ambiant), sinon celle de l\u2019interpénétration inattendue et paradoxale (au sens strict: en dehors du discours officiel) de l\u2019une dans l\u2019autre: le cinéma de cette époque fut moins un reflet qu\u2019un fabriquant de l\u2019histoire officielle.Car Agnieszka découvre très vite que l\u2019idéologie, même en pays socialiste, relève avant tout du spectacle: le Birkut travailleur d\u2019élite dans la construction des maisons, recordman de la pose de briques avec le sourire, le modèle proposé à l\u2019admiration \u2014 et à l\u2019imitation aveugle \u2014 des masses n\u2019est que le \u201cmeilleur numéro\u201d de son cinéaste panégyriste, Burski, un jeune réalisateur arriviste.Arrangée avec \u201cle gars des vues\u201d la mise en scène de son record.Habiles manipulations des sentiments et mystifications de montage cinématographique, ces liturgies de remises de médailles d\u2019honneur.L\u2019homme public Birkut est essentiellement créature de gens du spectacle et sert de paravent, d\u2019écran au vrai problème de l\u2019échec de la conscientisation socialiste.Dans les stockshots, il y a aussi, du même Burski, des images d\u2019un autre Birkut, le travailleur dans son vrai milieu de travail, dur, éreintant, sale, souvent désespérant, mais celles-là n\u2019ont jamais été montrées \u201cpour raisons techniques\u201d: le visage alibi de la censure politique.La statue de marbre (pour l\u2019immortalité.!), c\u2019était pour inscrire dans la rue, spectacle au grand soleil, la vraie, la pure, la dynamique foi socialiste capable de faire déplacer des montagnes par les travailleurs enthousiastes.Une interview avec Burski, maintenant cinéaste reconnu, bien vu du régime, riche, juge dans les festivals in- par Yves Lever ternationaux (même à l\u2019Ouest), lui fait rapidement comprendre pourquoi film, photos et statue furent retirés de la circulation et enfermés derrière des grilles cadenassées: l\u2019original se démarquait du miroir, l\u2019acteur s\u2019était mis à tricher au jeu du spectacle, il voulait faire de toute sa vie quotidienne une parole de foi.Il devenait alors jugement sur le monde ambiant.Car les statues deviennent gênantes quand ne se ritualisent plus que des parodies de la vraie foi.La statue de Birkut était devenue reproche quand le Birkut de chair et d\u2019os refusait les privilèges élitistes et se mettait à crier que des membres du parti exploitaient autant les travailleurs que les bourgeois d\u2019autrefois.En effet, deuxième découverte importante, le Birkut \u201cprivé\u201d, l\u2019homme de foi, il existait vraiment en ces débuts du nouveau régime.Il y en avait au moins quelques-uns de ces vrais croyants, de ces naïvement purs \u2014 ou purement naïfs \u2014 qui prenaient le mot solidarité au sérieux et investissaient toutes leurs énergies dans la pratique quotidienne du socialisme.Mais au moment où Wajda réalise son Homme de marbre (1976), il doit faire constater par Agnieszka qu\u2019on n\u2019en trouve plus beaucoup.Ou bien ils ont appris à maîtriser l\u2019art du compromis et de l\u2019à-plat-ventrisme, ou celui de se donner idéologiquement en spectacle pour devenir fonctionnaire privilégié du régime (l\u2019ex-maçon Witek, le cinéaste Burski, l\u2019agent de la police secrète Michalak, Hanka (la compagne de Birkut et mère de son fils), l\u2019ex-fonctionnaire gérant de restaurant et expert en \u201ccapital\u201d (pas celui de Marx), les carriéristes de la télévision).Ou bien, et c\u2019est au spectateur à compléter, ils se sont fait écraser par les tanks russes à Budapest ou à Prague; ou encore ils se sont fait fusiller par les polices du parti national lors de purges périodiquement répétées, comme le film suggère qu\u2019il soit suite à la page 127 AVRIL 1981 125 \u201cSi Pierre et Paul avaient été membres de l\u2019AEQ, il y a gros à parier que leurs divergences d\u2019opinion n\u2019auraient jamais été connues.Et pourtant Paul a osé écrire aux Galates: «Lorsque Céphas vint à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, car il s\u2019était mis dans son tort».Les catholiques seraient-ils scandalisés d\u2019apprendre, autrement que par des rumeurs, que comme eux, les évêques ne sont pas toujours du même avis, et qu\u2019ils ont, comme eux, à cheminer péniblement pour découvrir la vérité?\u201d C\u2019est en ces termes que Denise Robillard, chroniqueur religieux au journal Le Devoir, interpellait les membres de l'Assemblée des évêques du Québec, lors d\u2019un panel inscrit à l'horaire de leur session d\u2019étude consacrée au \u201cQuébécois façonné et reflété par les média de communications sociales\u201d.À l\u2019issue de cette session, on apprenait la décision de l\u2019AEQ d\u2019embaucher un secrétaire général adjoint aux communications.Le 1 2 mars dernier, Statistiques Canada faisait état d\u2019une étude sur le personnel embauché par les multinationales canadiennes à l\u2019étranger.De 1975 à 1978, le nombre de travailleurs engagés par ces compagnies canadiennes à l\u2019extérieur du Canada s'est accru de 12%, si bien qu\u2019en 1978, les 52 multinationales étudiées avaient à leur emploi 420 500 personnes à l\u2019extérieur du pays.Pour la même période, le personnel de ces mêmes compagnies au Canada augmentait seulement de 2,3%, donc cinq fois moins vite.À verser au dossier des fermetures d\u2019usines.PÈLE-Mt II o Y Lors de la 37e session de la Commission des droits humains des Nations Unies, qui siégeait à Genève à la mi-février, le Groupe de travail sur les personnes disparues a remis un premier rapport sur les \u201cdisparitions forcées et involontaires\u201d.Le rapport fait état de plus de 11 000 cas d'enlèvements commis dans 15 pays: la moitié de ces enlèvements se sont produits en Argentine.C\u2019est probablement la première fois que le gouvernement argentin doit affronter une condamnation publique, sur la base de preuves solidement documentées, pour les milliers de disparitions survenues dans le pays depuis le coup d\u2019État du 24 mars 1976.L\u2019ambassadeur du Canada à la 37e session de la Commission des droits humains, M.Yvon Beaulne, a fermement appuyé une résolution française à l\u2019effet que le Groupe de travail poursuive ses recherches et continue d\u2019ouvrir des dossiers d\u2019enquête sur les disparus.Saluons l\u2019arrivée d\u2019un tout nouveau venu dans le monde des publications: Presse Libre, un mensuel d\u2019information et d\u2019enquête, vient de paraître.Il \"s\u2019adresse à tous les éléments progressistes et dynamiques du mouvement populaire, du mouvement des femmes, du mouvement syndical, etc.En rupture avec les slogans et les schémas de la gauche, il se réfère au socialisme, à l\u2019indépendance du Québec, non comme à des slogans, mais comme à des perspectives à reformuler en reconnaissant l\u2019importance primordiale des luttes des femmes et des luttes des autochtones dans la mise à jour du projet socialiste\u201d.Disponible au 356 est, Ontario, Montréal, H2X 1H8 (1,00 $).Un contrat de travail a finalement été signé au Guatemala entre les membres de l\u2019Union internationale des travailleurs de l\u2019alimentation et les propriétaires d\u2019une usine d\u2019embouteillage de Coca-Cola.Le conflit de travail durait depuis plusieurs années et il a coûté la vie de dix travailleurs syndiqués.Une entente n\u2019a pu être conclue qu\u2019après que la haute direction de la compagnie eût retiré l\u2019administrateur en poste au Guatemala, le Texan John C.Trotter.Aux termes de l\u2019accord, les plus bas salariés recevront une augmentation de salaire de 56%, répartie sur trois ans, et le syndicat se voit reconnues d\u2019importantes garanties de fonctionnement.Les syndicats et les groupes de consommateurs d\u2019une trentaine de pays avaient fait pression sur Coca-Cola pour exiger la solution de ce conflit.Ceux et celles qui s\u2019intéressent à l\u2019éthique sexuelle, à la situation des divorcés remariés dans l\u2019Église ou à la question de l\u2019avortement parcoureront avec profit les articles suivants.L\u2019Église de la miséricorde devant le problème social de l\u2019avortement par Paul-Émile Charland; L\u2019Église canadienne, vol.XIV, no 13, p.399-400.Fécondité sexuelle dans les relations familiales par André Guindon; Église et théologie, janvier 1981, p.141-1 66.La position du CEP (Chrétiens pour une Église populaire) au sujet des divorcés remariés; disponible au CEP, C.P.305, Suce.St-Sauveur, Québec, G1K 6W3 (0,25$ chacune ou 10 copies pour 2,00 $).Est-on obligé d\u2019avoir fait tous les apprentissages considérés comme nécessaires par le ministère de l\u2019Éducation du Québec (MEQ) avant de commencer l\u2019école?Il semble que oui si l\u2019on se fie aux tests du MEQ qui étiquettent des enfants, dès les premières semaines de la maternelle, en leur accolant une \u201cstatine\u201d (chiffre de 1 à 9 qui indique la position de l\u2019élève par rapport aux autres), susceptible de déterminer leur cheminement à l\u2019école.Discriminatoire, disent trois professeurs de l\u2019UQAR (Univ.du Québec à Rimouski), en conclusion d\u2019une recherche portant sur le sous-test \u201cVocabulaire\u201d du MEQ, l\u2019un des quatre volets de l\u2019examen imposé aux écoliers de 5 et 6 ans.Selon eux \u201con mesure des connaissances de niveau social plutôt qu\u2019intellectuel\u201d, ce qui défavorise les enfants de milieu ouvrier.Car \u201csi les enfants échouent, c'est que, dans leur milieu, ces mots ne sont pas utilisés et que ces objets ne font pas partie de leurs biens\u201d.Ce test de 14 questions qui correspondent à 14 objets à identifier parmi d\u2019autres devient un piège pour l\u2019enfant qui n\u2019a jamais entendu le mot ou vu la chose.Alors, quelle foi accorder aux résultats de ces tests?Faut-il \u201cétiqueter\u201d un enfant parce qu\u2019il ignore, à cause de son contexte culturel et de son environnement, les mots \u201cbaignoire\u201d, \u201cinsecte\u201d, \u201crobinet\u201d et utilise à la place \u201cbain\u201d, \u201cbébitte\u201d, \u201cchamplure\u201d?(D\u2019après Réseau, le magazine de l'U.du Québec, février 1981.) Le 1er avril, cela a fait 290 jours que le maire de Montréal, M.Jean Drapeau, a promis une réponse à la Commission Malouf.Mais, sauf Girerd, qui s\u2019en soucie?\u201cLa marginalité est peut-être une bonne nçuvelle pour l\u2019Église: pauvre et faible, l\u2019Église redevient libre et peut avoir une parole qui exprime son option préférentielle pour les pauvres.C\u2019est donc l\u2019Église qui n\u2019est pas un pouvoir dans la société québécoise qui peut contribuer de façon bouleversante à la dynamique sociale qui est la nôtre.\tMgr Bernard Hubert À la mi-décembre, trois délégués d'Am-nistie internationale étaient reçus en audience par le pape Jean-Paul II.Ils venaient faire valoir l\u2019urgence d\u2019une déclaration officielle des plus hautes autorités de l\u2019Église catholique condamnant la peine de mort.Lorsqu\u2019un État exécute un individu, estiment les porte-parole d\u2019Amnistie internationale, il affirme implicitement que le meurtre est une solution possible à un problème social.En 1980, 1086 personnes ont été condamnées à mort dans 41 pays.Pendant la même période, on sait qu\u2019au moins 1105 condamnés ont été exécutés dans 30 pays; en outre, 29 prisonniers ont été mis à mort par des mouvements d'opposition politique.126 RELATIONS L\u2019homme de marbre suite de la page 125 arrivé à Birkut à Gdansk en 1970.Une séquence finale, censurée dès la sortie du film en 1977 en Pologne, le laissait clairement entendre.Mais pour les Polonais, et nous aussi si nous pensons aux événements récents, le simple fait qu\u2019Agnieszka apprend la mort de Birkut de la bouche de son fils retrouvé à Gdansk, suffit pour comprendre.Voilà pour la recherche d\u2019Agniesz-ka.Nous ne saurons jamais quel film elle en aurait tiré puisqu\u2019après un rapport d\u2019étape, son superviseur lui retire son équipe technique et lui refuse toutes ressources supplémentaires (caméra, pellicule).Elle ne pourra même pas utiliser les plus percutants des documents d\u2019archives qu\u2019elle a fait déterrer.Mais nous savons, par une interview de Wajda qui a presque fait partie du film en Pologne et en France, que le scénario de l\u2019Homme de marbre fut bloqué pendant douze ans par la censure avant de pouvoir être réalisé.Le film de Wajda se terminera-t-il sur cette fin pessimiste: la mort de Birkut, le dernier des vrais et des purs?un film avorté?Que non! Ma-ciek, le fils retrouvé, ressemble à tous points de vue à son père et la dernière séquence nous le montre avec Agnieszka dans les couloirs de l\u2019édifice de la télé, tous deux venant se battre pour la poursuite du film et, disons-le, pour que la statue sorte de sa clandestinité et remonte dans la rue.Nous voyons ce film en 1981 à Montréal; nous connaissons les événements en cours depuis l\u2019été dernier à partir de Gdansk.Traduisons quelque peu l\u2019antique formule et nous pouvons dire: sanguis martyrum, semen.solidaritatis (le sang des martyrs est une semence.de solidarité)! Au cinéma polonais, et dans ceux de l\u2019Europe de l\u2019Est en général, il n'est jamais facile de parler clairement des travailleurs et du présent.C\u2019est pourquoi les cinéastes ont développé à l\u2019extrême l\u2019art de l\u2019écriture entre les lignes, de l\u2019ellipse, de l\u2019allégorie, de la périphrase pudique, du sous-entendu, du prudent euphémisme, du codage raffiné.Ils ont développé par là un cinéma habituellement fort réjouissant pour l\u2019oeil et l\u2019esprit et qui a l\u2019avantage d\u2019aveugler un peu la censure qui ne sait trop sur quel pied danser; mais hélas!, trop souvent le public se retrouve aussi dans la même situation.Cinéma et idéologies Avec L\u2019homme de marbre, Wajda a pris le risque de parler très clairement.Images et paroles disent, commentent très précisément les réalités.Les procédés cinématographiques visent la communication immédiate (au premier degré): flash-back nettement démarqués du présent, utilisation du noir et blanc pour les supposés ou vrais films d\u2019archives, présence répétée de caméra et magnétophone dans l\u2019image, réflexions gentilles ou cyniques sur le cinéma et les cinéastes, etc.Si la caméra d\u2019Agnieszka se dissimule parfois, c\u2019est pour leurrer les protagonistes du film, mais non le spectateur.Son astuce du film documentaire dans le \u201cvrai\u201d film, lui-même de fiction, vise justement à faire comprendre à celui-ci que tout film, même le documentaire apparemment non ma-nipulable, tend à lui \u201cvendre\u201d une idéologie, que tout spectacle cinématographique sert d\u2019autant mieux d\u2019écran de fumée à la duperie (\u201cpersuasion clandestine\u201d) qu\u2019en apparence il n\u2019a de visées qu\u2019esthétiques.Avec la statue de Birkut \u2014 et le film qu\u2019Agnieszka veut faire \u2014 c\u2019est à la fois la véritable solidarité socialiste et le cinéma non-mensonger comme l\u2019un de ses fomenteurs que Wajda veut dépoussiérer et rendre aux spectateurs.Comme celles de l\u2019actuel mouvement Solidarité, ses positions sont claires.C\u2019est ce qui rend ce film non-récupérable par les mouvements, groupes ou gouvernements de droite, qu\u2019ils soient de pays socialistes ou non.(C\u2019est peut-être pour cela qu\u2019il a fallu attendre si longtemps avant de voir ce film à Montréal).La réflexion sur les rapports entre cinéma et histoire trouve ici un de ses meilleurs points de repère.Du même Wajda passera aussi, en avril, au cinéma Outremont, Le chef d\u2019orchestre.Un film admirable, bel exemple de cette esthétique de l\u2019allégorie dont Wajda est maître.Nous y retrouvons la même vision politique que dans L\u2019homme de marbre, mais sous une forme qui, à l\u2019abri d\u2019un léger masque, peut se permettre encore plus de virulence.(À ne pas confondre avec le prétentieux, bavard et banal Répétition d'orchestre de Fellini).\t____ ?F=l NOUVEAUTÉ INITIATION LITTÉRAIRE par Séraphin Marion Recueil de morceaux choisis, \u2014 principalement destiné aux élèves de onzième, douzième et de treizième années, \u2014 dont le but est d\u2019éveiller la curiosité littéraire et esthétique des adolescents et des adolescentes et de les acheminer à une plus facile et plus complète compréhension des lettres françaises et des lettres canadiennes-françaises.15 x 22,5 cm, 172 pages, 5,25$ ÉDITIONS DE L\u2019UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA 65, avenue Hastey, Ottawa, K1N 6N5 BON DE COMMANDE Veuillez me faire parvenir.exemplaires de Initiation littéraire Nom.Adresse.Ci-inclus mon chèque ou mandat de poste.Les chèques ou mandats de poste doivent être faits à l\u2019ordre des Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa AVRIL 1981 127 GABRIELLE POULIN GABRIELLE POULIN cri trop grand Éditions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tel.: (514) 387-2541 Un cri trop grand 333 pages, 9,95$ Ce cri, c\u2019est un témoignage humain qui nous atteint profondément.Dans ce deuxième roman, Gabrielle Poulin témoigne d\u2019une grande maturité dans l\u2019analyse des caractères féminins qu\u2019elle nous présente.La lecture de cet ouvrage sera à la fois un repos et une source de réflexions.V "]
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