Relations, 1 octobre 1983, Octobre
[" A* j \u2018»\"V.*> * * \" TCHAD LA GUERRE D octobre 1983 m fjp||n| mes : i v it.' \u2022,, -S', AMÉRIQUE LATINE LE MOUVEME CANADA LE FONDS DES TRAVAILLEUR LES MISSILES CRUISE ^272 \t\t\t\t SOMMAIRE\t\t\t\t volume 43\tnuméro 494\toctobre 1983\t\t\t\t i\t\t\t\t FACE À L\u2019ACTUALITÉ\t\t\t\t \t\tLes ménagères et le mouvement des femmes (G.B.) \u2014 Un homme de dialogue et de vie intérieure (A.B.) \u2014 La déportation des Haïtiens à Belize: un marché cynique et lucratif (E.V.) \u2014 Le choix et l\u2019aventure (R.M.) \u2014 L\u2019arrivée des Anges: avons-nous encore une police?(J.H.).\t\t243 ARTICLES\t\t\t\t \tAndré MAILHOT\tSUCO peut-il disparaître?\t\t248 \tGuy PAIEMENT\tLa conspiration de la Bonne Nouvelle?\t\t250 \tFrançois GLOUTNAY\tLe Sommet québécois de la jeunesse: une désinvolture politique qui étonne\t\t254 \tIrénée DESROCHERS\tLe Fonds des travailleurs pour des emplois\t\t256 \tMichael COOKE\tLe Canada et le nucléaire\t\t260 \tGustavo DANS\tLe mouvement populaire en Amérique latine\t\t262 \tP.CHAMY et S.RAVI\tGénocide au Sri Lanka\t\t266 \tAubert BERTRAND\tTchad: la guerre des autres\t\t268 \tJean-Marie TILLARD\tL\u2019oecuménisme à un tournant?\t\t270 \tMarie-Josée POIRÉ\tTrouver la voie d\u2019une réelle sororité\t\t271 \tRichard LAÇASSE\t\u201cAller jouer dehors!\u201d\t\t272 \tTom EDMONDS\tLes chrétiens, non pas les Églises comme telles, doivent faire le combat politique\t\t273 \tJulien HARVEY\tPour le départ du Père Émile Le-gault\t\t275 CHRONIQUES\t\t\t\t \tYves LEVER\tBonheur d\u2019occasion: Gabrielle Roy aurait aimé!\t\t276 \t\tLe Festival des films du confirmation, mais.\tmonde:\t277 \t\tPÊLE-MÊLE\t\t278 \tJacques COUTURE\tPensées du bout du monde\t\t279 \t\t\t\t ¦ ¦ ¦ revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX 8 100, boul.St-Laurent Montréal H2P2L9; té!.: (514) 387-2541.DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lé-vêque, Roger Marcotte, Guy Paiement.COLLABORATEURS: Diane Alméras, Marcel Arteau, Nadia Azer, Renaud Bernardin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Annine Parent Fortin, Jean Picher, Andrée Pilon Quiviger, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp.PAGE COUVERTURE PHOTOS Jean Villemaire\tPaul Hamel ABONNEMENTS Hélène Desmarais (514) 387-2541.DISTRIBUTION: Les Distributeurs Associés du Québec (DAQ) Ltée 3600, boul.du Tricentenaire, Montréal H1B 5M8 (514) 645-8754 Relations est une publication du Centre Justice et Foi.Prix de l\u2019abonnement: 12,50 $ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50 $.Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l'Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms.Ann Arbor, Michigan 481 06 U.S.A.Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 01 43 242 RELATIONS 9184 LES MÉNAGÈRES ET LE MOUVEMENT DES FEMMES Si les femmes collaboratrices de leurs maris ont aujourd\u2019hui une existence sociale et légale, c\u2019est grâce au travail acharné des femmes de l\u2019Association féminine d\u2019éducation et d\u2019action sociale (AFEAS) accompli depuis quelques années.À leur colloque des 15-16-17 août dernier, elles ont cette fois décidé de faire reconnaître une autre dimension ignorée de la vie des femmes: le travail au foyer.Déjà, en septembre dernier, l\u2019AFEAS présentait les résultats d\u2019une enquête menée au printemps 1982 auprès de 2G50 Québécoises au foyer, afin de mieux connaître leur situation sociale, juridique et économique.Ces résultats1 ont été étudiés thème par thème (statut financier, motivations, mesures sociales, etc.), au cours de l\u2019année 1982-83, par les 600 cercles AFEAS.C\u2019est là qu\u2019ont pris naissance les recommandations qui ont été débattues lors du colloque.L\u2019AFEAS demande aux gouvernements de reconnaître la valeur sociale et économique du travail au foyer en accordant aux femmes (et aux quelques hommes) qui y travaillent un statut légal de travailleuses au foyer, en les intégrant au produit national brut, en leur accordant les mêmes avantages que les autres travailleuses et en révisant le système fiscal afin qu\u2019elles soient reconnues comme des personnes à part entière et non plus comme des personnes à charge.Cette reconnaissance devra aussi se traduire par le partage du revenu familial et des rentes et, en cas de divorce, par des mesures compensatoires.La participation des travailleuses au foyer au Régime des rentes du Québec est une autre des revendications majeures de ce colloque.À cette phase-ci, l\u2019AFEAS s\u2019est limitée à élaborer certains principes de fond.Les modalités d\u2019application de ces principes, plus techniques et nécessitant des études plus poussées, suivront.Mais, à la lumière des propositions qui ont été débattues, on peut déjà imaginer quelques-unes des répercussions de ces revendications: considérer les expériences et les acquis des travailleuses au foyer lors d\u2019un retour aux études et au marché du travail (rémunéré), accorder des allocations aux femmes qui donnent naissance à un enfant et qui ne sont pas admissibles aux prestations de l\u2019assuran-ce-chômage maternité, revoir les critères d\u2019admission aux garderies ou aux bourses d\u2019études, etc.Plusieurs 1.À titre indicatif, signalons que les répondantes, mariées à 88%, affirment que c\u2019est la présence à assurer auprès des enfants (72%) et le travail ménager (48%) qui les a décidées à demeurer au foyer.58% d\u2019entre elles vivent exclusivement du revenu de leur conjoint.43% sont totalement et plutôt d\u2019accord à l\u2019effet qu\u2019il est frustrant pour une femme au foyer de dépendre financièrement de son mari et 33% sont totalement ou plutôt d\u2019accord pour dire qu\u2019il est rassurant pour une femme au foyer de penser que son avenir est assuré.changements en perspective, donc.Mais aussi, sans aucun doute, plusieurs années de discussions sur les fondements mêmes de toute cette action, à savoir le travail domestique.Car cette question ne concerne pas que les mères de jeunes enfants dont le mari occupe un emploi à temps plein (et auxquelles on songe spontanément, d\u2019ailleurs, en parcourant le cahier de propositions du colloque).Comment tenir compte, également, des femmes qui doivent travailler (à temps plein ou à temps partiel) et qui assurent en plus le travail domestique, des familles monoparentales, des femmes qui prennent soin de personnes malades, handicapées ou âgées ou encore des femmes qui n\u2019ont aucune personne à charge (.autre que leur mari!)?Comment ne pas évacuer la réalité des classes sociales?Une définition fonctionnelle du travail non rémunéré de toutes ces femmes s\u2019impose.La tâche s\u2019avère immense; car, ultimement, c\u2019est tout le discours sur la nature des femmes (cette nature qui, dans l\u2019esprit de plusieurs, transforme magiquement toutes les corvées domestiques en fruits de l\u2019amour et du dévouement!) qui doit être démystifié.Pour l\u2019avenir même du mouvement des femmes, il s\u2019agit d\u2019une opération très délicate: il suffit de se rappeler le \u201cphénomène des Yvette\u2019\u2019 pour s\u2019en convaincre; sans compter les réactions des hommes, qui devront bien se résoudre à faire leur part, un jour ou l\u2019autre.URGENCE-DÉSARMEMENT Devant la folie nucléaire et le commerce florissant de l\u2019industrie militaire, l\u2019opinion publique québécoise enfin s\u2019émeut, se mobilise.Par ailleurs, les options pour le pacifisme ne sont pas si simples et beaucoup de gens veulent promouvoir une contestation qui soit réaliste.Nous vous proposons, sur ces questions, un panel composé de \u2022\tMichael Cooke, du Project Ploughshares \u2022\tGilles Provost, journaliste au Devoir \u2022\tSolange Vincent, militante de La voix des femmes SOIRÉE RELATIONS organisée par le Centre justice et foi le lundi, 24 octobre 1 983 de 19h30 à 22h00 au 25, Jarry ouest Montréal (métro Jarry) L\u2019entrée est libre OCTOBRE 1983 243 D\u2019autres groupes de femmes, chacun à sa façon, portent ces questions.Dans certains quartiers, des groupes de femmes se forment à partir de leur identité de ménagères; des assistées sociales sont aux prises avec des coupures de prestations dès qu\u2019un homme apparaît dans le paysage; le secteur-femmes du Regroupement pour le socialisme examine, depuis quelques mois, les enjeux de la revendication d\u2019un salaire au travail ménager.Les ménagères seraient-elles en train de se tailler une place au sein du mouvement des femmes?Le mouvement des femmes serait-il en train de s\u2019intéresser sérieusement aux conditions de vie des travailleuses au foyer?Plusieurs se surprennent à espérer les fruits de cette heureuse rencontre.Ginette Boyer UN HOMME Sur l\u2019avion qui le ramène de sa visite pastorale en Autriche, le 13 septembre, Jean-Paul II quitte un moment la section qui lui est réservée pour causer plus familièrement avec les journalistes qui l\u2019ont accompagné.Déjà le correspondant du quotidien II Tempo et celui du Daily American ont tiré leur calepin.On vient d\u2019apprendre l\u2019élection du Père Kolvenbach; on demande au pape ce qu\u2019il pense du nouveau supérieur général des Jésuites.\u201cJe ne le connais pas, répond-il, j\u2019ai peut-être eu l\u2019occasion de le rencontrer mais je ne m\u2019en souviens pas\u201d.Peut-être a-t-il été quelque peu surpris de ce choix?\u201cJe n\u2019avais pas de candidat à moi\u201d, répond le pape avec fermeté.De fait, à l\u2019annonce du résultat de l\u2019élection, quelques commentateurs se sont trouvés bien embarrassés: comme le pape.et comme la plupart des Jésuites d\u2019ailleurs, ils ne connaissaient pas du tout le \u201cpape noir\u201d, élu au premier tour de scrutin par un \u201cconclave\u201d de 210 A OAàfMCÜI CKÊT \t \t 1 an (10 nos): 12,50$ à l\u2019étranger:\t20,00$ : adresse \u2022 »\u2022\u2022\u2022¥««« *»\u2022»«\u2022«««**»\u2022ft»«««»»»«\t«.MM*\ty.*.*»»».| .|| *¦***> m**-***»*\t*»»»«***** «*« code postal Relations, c\u2019est aussi un cadea-.\u2014 pour vos amis à l\u2019étranger qui désirent garder un oeil : se passe au Q ' Ci-joint un cheque ou mandat- 8100, Saint-H2P 2L9 (514) 387 électeurs (comme les cardinaux, les membres de la congrégation générale sont enfermés \u201cà clef\u201d pendant tout le temps que dure l\u2019élection).\u201cOutsider\u201d, \u201ccandidat-surprise\u201d, \u201cinconnu\u201d, le nouveau supérieur général ne figurait pas sur la plupart des listes de \u201cpapabili\u201d (remarquer cependant le National Catholic Reporter du 26 août où Peter Hebblethwaite parle du recteur de l\u2019Institut oriental comme d\u2019un candidat \u201cprobable\u201d.).L\u2019effet de surprise et la pression de la \u201ctombée\u201d expliquent peut-être certaines élucubrations étonnantes.Ainsi cette radio ouest-allemande qui a expliqué l\u2019élection d\u2019un Hollandais comme un geste évident de défi, voire de rébellion, à l\u2019égard du pape.Le cliché est déjà grossier (pourquoi un Hollandais serait-il a priori suspect ou rebelle?).Il devient ridicule si on songe que Peter-Hans Kolvenbach a quitté les Pays-Bas pour le Proche-Orient en 1958: c\u2019est là qu\u2019il a fait ses études de théologie et qu\u2019il a été ordonné prêtre, il est de rite arménien.Dans un contexte bien différent de celui qui a divisé les catholiques néerlandais à la suite du concile.D\u2019autres journalistes, par contre, étaient beaucoup mieux préparés.Ainsi le chroniqueur religieux du Figaro, ancien missionnaire au Liban, y a connu personnellement le nouveau supérieur général.Le portrait qu\u2019il en offre, au lendemain de l\u2019élection, semble particulièrement réussi.Le Père Kolvenbach était alors, quand on le rencontrait circulant toujours à pied dans les rues de Beyrouth, ce qu\u2019il est resté aujourd\u2019hui.D\u2019apparence plutôt frêle alors que sa résistance physique est peu ordinaire, les cheveux châtains grisonnants, portant une courte barbe, il fixe son interlocuteur derrière ses lunettes avec cet air à la fois amusé et le sourire malicieux de quelqu\u2019un qui devine très vite le point de vue de celui qui l'aborde.Et, après avoir décrit le personnage, Joseph Vandris-se poursuit en évoquant la personnalité: L'Orient a donc marqué fortement cet homme, l\u2019habituant à l\u2019écoute des autres, à la compréhension des situations, à l'acceptation des divergences.\u201cC\u2019est un sage au sens fort du mot\u201d, me disait hier une personnalité du monde oecuménique.Un sage qui garde l\u2019esprit critique vis-à-vis des personnes et des situations et qui, après discernement \u2014 ce mot si cher à Ignace de Loyola \u2014 sait trancher quand il le faut.RELATIONS 9184 Mais que s\u2019est-il passé, ces dix derniers jours, au Borgo Santo Spirito (siège de la curie généralice de l\u2019Ordre), pour que ce \u201csage\u201d inconnu sorte de l\u2019ombre?Pour le comprendre, il faut accepter d\u2019appliquer à l\u2019événement une grille d\u2019analyse différente de celles qu\u2019on utiliserait pour un congrès à la chefferie ou des élections législatives.C\u2019est Luigi Accattoli, du Corriere della sera, l\u2019un des vaticanistes les plus respectés en Italie, qui a le mieux saisi le sens de cette élection.\u201cLa congrégation générale, écrit-il, ne s\u2019est pas laissée conditionner par le contexte \u2018politiquement\u2019 difficile de la succession du Père Arrupe.malgré les circonstances exceptionnelles (on peut songer à la nomination d\u2019un délégué personnel du Saint-Père), on a procédé à une élection tout à fait normale.En considérant davantage l'avenir et le projet d\u2019ensemble de la Compagnie que le problème immédiat des relations \u2018diplomatiques\u2019 avec le Saint-Siège\u201d.Et il explique qu\u2019au lieu de miser sur un diplomate de carrière ou sur un membre de l\u2019institution, les électeurs ont choisi un homme de dialogue et de vie intérieure.C\u2019est cela qui était \u201cnormal\u201d.Car les constitutions de la Compagnie de Jésus, rédigées par saint Ignace de Loyola au milieu du XVIe siècle, prescrivent que \u201dla première des qualités que l\u2019on doit attendre du supérieur général est une grande union à Dieu notre Seigneur et une grande familiarité avec lui dans la prière et dans l\u2019action\u201d.Ensuite seulement viennent l\u2019esprit de service et l\u2019attention à autrui, le bon jugement, le-sens du gouvernement, etc.Le programme du nouveau général?Il n\u2019avait pas à en proposer puisqu\u2019il n\u2019y a jamais de mise en candidature pour cette élection.Techniquement, d\u2019ailleurs, c\u2019est plutôt à la congrégation générale qu\u2019il revient de donner des directives et des orientations au nouveau supérieur général.Mais voici un passage de son premier message aux Jésuites, diffusé le 14 septembre: C\u2019est avec une grande foi dans la Compagnie que j\u2019ai assumé cette tâche.Le Seigneur veut se servir d\u2019elle pour annoncer aux hommes d\u2019aujourd'hui, avec une préférence pastorale pour l\u2019homme qui souffre les injustices de ce monde, dans leur langue et dans leur condition de vie, la bonne nouvelle du Royaume et servir ainsi l\u2019Église du Seigneur et le vicaire du Christ, le pape Jean-Paul.Albert Beaudry La déportation des Haïtiens à Belize: UN MARCHÉ CYNIQUE ET LUCRATIF Le 21 septembre 1981, Belize, petit pays de l\u2019Amérique centrale, devenait indépendant, malgré les ambitions de son voisin, le Guatemala, et le premier ministre George C.Price se disait désireux de faire venir des Haïtiens dans ce pays de près de 23 000 km2 ayant moins de 1 50 000 habitants.Parallèlement, la politique brutale de Ronald Reagan allait jusqu\u2019à imposer une patrouille navale américaine dans les eaux territoriales haïtiennes pour empêcher les boat people de se rendre en Floride \u2014 un Haïtien sur cinq vit aux États-Unis ou au Canada.Curieusement, deux intérêts, étrangers aux Haïtiens, allaient se rencontrer pour aboutir à l\u2019accord de déportation de près de 2 500 Haïtiens et Haïtiennes des campagnes vers la frontière entre le Guatemala et Belize, accord auquel a évidemment souscrit le gouvernement de Jean-Claude Duvalier.Du côté de Belize, on a fait valoir, outre la disponibilité des terres, le besoin d\u2019équilibrer racialement l\u2019immigration, en faisant appel aux Noirs d\u2019Haïti devant l\u2019afflux massif de réfugiés de l\u2019Amérique centrale, Salvadoriens et Guatémaltèques, en particulier.En réalité, cet argument raciste ne répond pas à la vérité, pour plusieurs raisons.Il n\u2019y a aucune sorte de générosité dans l\u2019offre de Belize.Tout d\u2019abord l\u2019une des faiblesses économiques de ce pays est son manque de main-d\u2019oeuvre et son déficit alimentaire.Il s\u2019agit donc de répondre à un besoin de Belize et non de faire des cadeaux à d\u2019autres; ce qui explique qu\u2019on demande, entre autres, que les paysans choisis connaissent l\u2019élevage et la culture du riz.Mais on va faire d\u2019une pierre deux coups: ces dits congénères ne vont pas être insérés au sein de la popu- lation majoritairement noire de Belize qui habite plutôt le Nord du pays; les nouveaux arrivés seraient envoyés dans le district de Toledo, le long du Moho River, c\u2019est-à-dire dans la zone des Indiens mayas, dont quelque deux cents familles feraient partie de cette nouvelle colonie.Et, de plus, ces gens seraient installés aux abords du Guatemala; si on arrive, comme prévu, à les y implanter, ils seront d\u2019emblée sur la ligne de feu, dans l\u2019éventualité où le Guatemala voudrait déclencher des incidents comme il menace périodiquement de le faire.En 1984, les soldats britanniques, laissés là pour protéger la nouvelle république, doivent la quitter.Pour sa part, le gouvernement américain a nettement montré qu\u2019il est tout simplement contre l\u2019immigration des Haïtiens aux États-Unis.Le jugement de la Cour d\u2019appel d\u2019Atlanta, en date du 1 2 avril 1 983, affirme qu\u2019il a été clairement et amplement démontré que les Haïtiens ont été victimes de discrimination.D\u2019une part, le gouvernement Reagan, pour des raisons politiques et économiques, refoule les paysans qui cherchent refuge aux USA; d\u2019autre part, il a pleinement conscience, et l\u2019USAID l\u2019a souligné, qu\u2019à défaut d\u2019une soupape, la situation intérieure en Haïti pourrait exploser.De là l\u2019octroi de 1 00 000 $ au Comité intergouvememental pour la migration (CIM), pour défrayer le coût d\u2019une étude de faisabilité sur le déplacement de 2 500 paysans et paysannes d\u2019Haïti vers Belize.L\u2019étude du CIM, qui, jusqu\u2019à ce jour, est conservée dans le plus grand secret, conclut qu\u2019une telle opération est possible, au coût de 20 millions $.Le gouvernement Reagan se dit prêt à débourser la somme.OCTOBRE 1983 245 On risque de voir ainsi résoudre cet autre problème (encore sur le dos des paysans), celui de la construction de barrages hydroélectriques, \u2014 devant fournir l\u2019électricité aux quartiers luxueux de Port-au-Prince et aux \u201cindustries d\u2019assemblage\u2019\u2019 travaillant sur la base du \u201ccheap labor\u201d pour le marché américain et canadien \u2014, qui inondera des terres cultivées en riz et augmentera significativement le déficit alimentaire d\u2019Haïti.Il fallait trouver moyen de reloger ces cultivateurs dont Haïti ne veut plus, conformément aux intérêts de la bourgeoisie, du gouvernement et de quelques industriels haïtiens et américains.Belize est prêt à les accueillir.Mais, auparavant, le CIM aura fait le tri, retenant surtout - comme le dit un texte du Département d\u2019État américain - les \u201cmâles\u201d chef de famille, avec 2 ou 3 dépendants (car pour eux, la famille haïtienne comprend environ 4 personnes), et en bonne santé.Autant dire qu\u2019on laissera sur place un groupe important de femmes paysannes ainsi que les estropiés et les malades.Vu les conditions de vie intenables en Haïti pour les pauvres, non seulement plus de 2 500 seront prêts à y aller dès maintenant, mais ils seront sans doute 25 000 d\u2019ici cinq ans; ils deviendront indésirables et connaîtront le sort réservé à leurs prédécesseurs en république Dominicaine, aux Bahamas, en Guyane française et aux États-Unis.Comme ce ne sera pas le gouvernement haïtien qui protégera ses ressortissants, c\u2019est à la communauté haïtienne de la diaspora, soutenue par l\u2019opinion publique de pays comme le Canada ou les États-Unis, que reviendra la tâche de forcer les organisations internationales à ne pas fermer les yeux sur ce nouveau, cynique et lucratif marché.Pris dans cette situation, le Conseil inter-régional pour les réfugiés haïtiens (CIRH) se fait un devoir d\u2019informer le public sur ce drame imminent.Ernst Verdieu coordonnateur général du CIRH LE CHOIX ET L'AVENTURE Pendant une semaine, les quelque 2 500 participants se sont hâtés dans les couloirs, les promenades vitrées, les escaliers mobiles du Palais des congrès où se tenait, du 21 au 27 août dernier, le XVIIème Congrès mondial de philosophie.Tous les congrès, quand ils atteignent une certaine dimension, finissent par se ressembler, un peu comme les grandes villes.Pourtant, comme tous les événements historiques qui ne se produisent qu\u2019une fois, ils ont aussi leur caractère particulier: il tient au concours de circonstances, heureuses ou non, qui marquera le souvenir qui nous en reste.Le souvenir de ce congrès me paraît lié au Palais des congrès lui-même.Pas seulement par le fait qu\u2019il s\u2019y soit déroulé, \u2014 l\u2019édifice neuf nous permettait, une fois bien équipé, la satisfaction d\u2019accueillir à notre tour une manifestation culturelle d\u2019importance \u2014 , mais surtout parce que le cadre faisait corps avec l\u2019événement.Pour parodier une formule publicitaire, le cadre illustrait, rendait vivant sous nos yeux, le thème du congrès, ce problème de toutes les cultures soucieuses aujourd\u2019hui de se retrouver et de se comprendre, alors que le courant du progrès technologique les bouscule dans ses rapides.Cultures préoccupées aussi de se situer les unes par rapport aux autres, car le même progrès ne cesse de les mêler et de les confronter.Dès le matin de l\u2019ouverture, il fallut revivre l\u2019expérience des salles de cinéma où tout le monde court en fin de semaine voir le film à ne pas manquer.Sur deux files interminables, nous attendions notre tour de recevoir la serviette avec les documents, les macarons, les cartes autorisant l\u2019admission ou l\u2019obtention d\u2019appareils de traduction.Pendant ce temps, dans la grande salle, les invités d\u2019honneur avaient déjà commencé leurs allocutions.J\u2019ai raté ainsi celle de M.Fernand Dumont, fort appréciée semble-t-il, qui devait dégager entre les travaux du congrès les conditions d\u2019une convergence dif-ficjle à percevoir par la suite.À mesure, en effet, que se perfectionne la technologie, l\u2019éventail de possibilités offert rend le choix aussi 246 impérieux que difficile, i.e.réussissant à peine à réduire la part de l\u2019aventure, et à faire retrouver le sentiment de maîtrise attendu comme le fruit normal du progrès.Ici, par exemple, comment proposer comme significative une appréciation qui est par tant de côtés le produit du hasard: erreurs touchant le local ou l\u2019heure de la rencontre d\u2019une section donnée, absence de l\u2019orateur qu\u2019on voulait surtout entendre, inaptitude du conférencier à parler dans un micro, accent trop régional qui ramène l\u2019anglais au rang de langue inconnue, etc.qui faisaient passer les congressistes d\u2019une salle à l\u2019autre, pareils à des consommateurs pressés qui se succèdent devant les distributrices automatiques \u2014 rapprochement gênant, qui s\u2019entêtait à revenir.Je dois néanmoins à ce genre de méprises quelques-uns des meilleurs souvenirs du congrès.L\u2019exposition de livres était plus reposante.Les grandes maisons d\u2019édition offraient un panorama intéressant des principaux courants de pensée, à travers les ouvrages classiques ou plus récents.À la sortie des salles ou des couloirs obscurs, où les problèmes clignotaient sur les écrans électroniques au-dessus des portes, on débouchait sur les promenades à ciel ouvert sinon à l\u2019air libre, d\u2019où le regard pouvait errer sur toutes les perspectives de la ville.Parfois, sur un banc capitonné, un sage, venu de loin penser avec nous, dormait sur ses réflexions au lieu de courir en absorber d\u2019autres.On mangeait sur les terrasses du toit, en plein beau temps, au-dessus de la fatigue, avec un agrément qui n\u2019était pas sans rapport avec elle.Ainsi l\u2019architecte qui avait voulu mettre à profit toutes les ressources disponibles de la technique, et en même temps rendre l\u2019expérience de leur utilisation et de leur pression supportable à des humains, se trouvait corroborer les réflexions abstraites qu\u2019on faisait dans les salles, sur les exigences d\u2019un monde technicisé, sur l\u2019équilibre à maintenir entre nature et technique, choix et aventure, si l\u2019on veut garder à la pensée comme à la vie ses chances de réussir.Roger Marcotte RELATIONS L\u2019arrivée des Anges: AVONS-NOUS ENCORE UNE POUCE?:\t\u201e\t,\t-\t; s\t^\t__M, Une nouvelle force policière parallèle, bénévole celle-là, a commencé à la mi-septembre de patrouiller le soir les rues de Montréal et spécialement le métro.Ils se nomment eux-mêmes les Anges-Gardiens.Environ 50 d\u2019entre eux se sont entraînés pendant plusieurs mois sous la direction de M.Jean Boisvert, autrefois professeur d\u2019éducation physique au CEGEP du Vieux-Montréal.Leur entraînement est à la fois conditionnement physique, technique d\u2019auto-défense, premiers soins et initiation légale.Ils sont sans armes.Ils forment des patrouilles, habituellement de 8 membres, qui ont comme objectif de rendre sûr le métro et éventuellement les parcs de Montréal.La première équipe active compte 1 9 membres.Le modèle vient de New York, où les Anges ont été organisés en 1979.Ils disent être 3000 aux États-Unis, dont 1000 à New York seulement.Un Ange sur six est une femme.Dans leur livre (Street Smart: The Guardian Angel Guide to Safe Living, par Curtis Sliwa, fondateur du groupe, et un collaborateur, Murray Schwartz), ils disent être déjà installés dans 18 États américains et dans 37 villes.Leur financement est entièrement assuré par des dons spontanés et des souscriptions.Ils ont développé des techiques qui semblent leur réussir.Ainsi, dans leurs activités ordinaires, s\u2019ils sont témoins d\u2019un délit, cinq d\u2019entre eux saisissent l\u2019agresseur, un autre porte secours à la victime, un autre recueille les noms des témoins et un dernier appelle la police.Ils agissent de même en équipe pour le secours médical, qui, de leur aveu, représente 90% de leur activité.Leurs lieux de patrouille sont de plus en plus nombreux aux États-Unis, partout où la police n\u2019intervient pas ou n\u2019intervient que sur appel: centres d\u2019achat, terrains de stationnement, entrées des HLM, écoles et enfin, dans six villes américaines, le métro.Tout cela peut sembler un développement intéressant.Dans une période de chômage, cela représente une activité utile, un bénévolat formateur.D\u2019autant plus que le service dans les Anges peut se présenter comme un milieu de réhabilitation pour de jeunes délinquants (même si les 50 premiers de chaque nouveau groupe doivent être sans casier judiciaire).Mais plusieurs questions se posent, en particulier, aux Montréalais responsables, et il importe de se les poser dès maintenant.La première concerne l\u2019utilité de cette initiative chez nous.Les mécanismes trop visibles de lutte contre le crime ont l\u2019inconvénient de créer la peur.Nous ne pouvons nous cacher la croissance des attentats dans le métro et dans divers endroits publics.Mais est-elle sérieuse au point de susciter des patrouilles en uniforme (celui des Anges américains est un chandail blanc à monogramme et un béret rouge), qui se promènent en groupe en pleine ville?La deuxième est l\u2019opportunité de former des groupes à des tâches qui exigent plus que des amateurs.Nous ne savons pas quelle est l\u2019autorité des Anges, quelle est leur légitimité légale, quel est leur domaine d\u2019interven- tion.Aux États-Unis, la loi permet à un citoyen d\u2019en arrêter un autre; quelle est la situation ici?Quelle responsabilité ont-ils lorsqu\u2019ils déplacent la victime d\u2019un accident?Tout cela doit être clarifié avant d\u2019en arriver à des ennuis graves et à des poursuites.La troisième et la plus importante est toutefois: comment se fait-il que nos policiers ne font plus ce genre de travail?Depuis longtemps déjà ils sont presque totalement absents du métro (quoique deux d\u2019entre eux sont habituellement à la station Berri); la raison en est sans doute que le métro ne se laisse pas patrouiller en automobile.Pourquoi ne sont-ils pas là où les attentats se multiplient (stations Georges-Vanier et Lucien-L\u2019Allier), là où le vandalisme est plus marqué (à la station Charlevoix, on a même dû enlever le système de surveillance vidéo!)?Pourquoi ne voit-on pas occasionnellement un agent dans un wagon, pour empêcher les vandales de placer leurs pieds boueux sur les sièges ou de lacérer les coussins, comme cela se produit de façon de plus en plus fréquente depuis un an?Pourquoi l\u2019entraînement des policiers aux premiers soins a-t-il été si généralement omis ou négligé que leur fonction d\u2019ambulanciers a été avec raison mise en question l\u2019an dernier?Pourquoi les polices spéciales, souvent armées et donc plus dangereuses que les Anges, se sont-elles multipliées partout où les automobiles bleues ne peuvent pas se rendre, avec leurs deux occupants confortablement assis sur leur siège?L\u2019arrivée des Anges, malgré la bonne volonté de ces jeunes, marque un recul de plus dans la désagrégation urbaine à Montréal.Pourquoi l\u2019administration municipale a-t-elle cédé sur tant de points qu\u2019il faille maintenant assurer nous-mêmes notre sécurité.Les autorités municipales (y compris la nouvelle Commission de sécurité publique qui devait, d\u2019après Monsieur Desmarais, faire enquête bientôt sur le métro) devraient profiter du moment présent pour se demander pourquoi elles exigent des citoyens qu\u2019ils défraient un service de police s\u2019il doit maintenant, pour intervenir, attendre le téléphone d\u2019un Ange.Le 9 septembre 1983 Julien Harvey DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS: -\tK T'w 'v ^.-?vc-Y - ___ Bioéthique: La liberté du malade face au traitement Amérindiens: Les missions du Grand Nord Actualité: internationale! L\u2019affaire du Boeing OCTOBRE 1983 247 Tout de même! Faudrait pas recommencer à zéro SUC O PEUT-IL DISPARAITRE?par André Mailhot Nous avons appris avec peine et stupeur la décision prise par l\u2019Agence canadienne de déve* loppement international à l\u2019égard du SUCO, qui signifierait un coup fatal porté au plus important des organismes non gouvernementaux du Québec.Nous regrettons que parmi les raisons évoquées par l\u2019ACDI on ne mentionne pas ce qui est probablement le point de litige fondamental: la \u201cstratégie d\u2019action convergente\u201d de l\u2019ACDI \u2014 la concentration de toute l\u2019aide canadienne dans quelques pays, ce qui d\u2019une part en exclut tous les autres et d\u2019autre part n\u2019évite pas facilement le gaspillage et l\u2019utilisation politique de ces sommes énormes \u2014 qui est loin d\u2019avoir l\u2019aval des organismes non gouvernementaux.Le débat fondamental en ce sens n\u2019a pas encore eu lieu.Nous demandons instamment aux autorités concernées de suspendre leur décision et d\u2019entamer le dialogue avec les responsables du SUCO.Nous avons demandé à M.André Mailhot d\u2019expliquer, à partir de son expérience, pourquoi \u201cSUCO doit vivre\u201d.M.Mailhot a été secrétaire-général du SUCO, conseiller spécial du président de l\u2019ACDI, M.Gérin-Lajoie, puis directeur général fondateur de Centraide.Il a par la suite dirigé plusieurs firmes québécoises.En 1 952, une bande de jeunes \u2014 et quelques moins jeunes \u2014 lancent le volontariat en réponse, du moins en ce qui a trait au Québec, aux aspirations de l\u2019époque.Le Service universitaire canadien outre-mer (SUCO) se lance dans l\u2019aventure de la coopération au développement du tiers monde avec un ensemble de valeurs bien définies: \u2022\tvivre comme eux (\u201cLà-bas!\u201d, comme on disait); \u2022\tne pas s\u2019insérer dans leurs affaires; \u2022\ttravailler au salaire des autochtones; \u2022\tdemeurer autonomes devant les bailleurs de fonds; \u2022\toffrir aux jeunes un \u201cmieux-être\u201d en leur permettant de \u201cservir\u201d.Le SUCO a défié une décennie d\u2019opulence et de croissance économique accélérée en offrant aux jeunes universitaires la simplicité, le labeur, la sueur, le service, et \u2014 il faut le dire \u2014 le don de soi.En 1970, le SUCO se transforme, avec la montée de l\u2019autonomie francophone qui désire s\u2019affirmer et se gérer, au point d\u2019obtenir sa propre organisation régionale à Montréal.Dé- sormais diversifié et expérimenté, l\u2019organisme pense en fonction de la croissance, de l\u2019expansion dans des pays nouveaux, et de la diversification des programmes outre-mer.C\u2019est également durant ces années que se fait et se parfait l\u2019exercice de la démocratisation des prises de décision quant aux objectifs et aux orientations de l\u2019organisme: \u2022\tmise en place de la représentation institutionnelle en 1975-76; \u2022\taugmentation substantielle du nombre des représentants régionaux outre-mer (aujourd\u2019hui des directeurs), \u2014 à la lumière de l'expérience du CUSO, son cousin de langue anglaise \u2014; \u2022\touverture de bureaux régionaux au Québec puis en Acadie, et développement d\u2019une infrastructure locale; \u2022\tlancement de la perspective \u201cinformation et éducation du public\u201d, puisant dans les ressources provenant du terrain, assimilant la réflexion acquise de l\u2019observation \u201csur place\u201d et accentuant la formation des coopérants éventuels; \u2022 large participation des coopérants de retour dans la définition des orientations de l\u2019organisme, dans le choix des programmes outremer et des pays de service, dans la réinsertion des coopérants à la vie d\u2019ici, dans la sélection, la préparation et la formation des futurs coopérants.Puis ce fut le début de ce que l\u2019on appelle la période des crises et des déchirements (mais il ne faudra pas oublier que la croissance et la maturation de l\u2019organisme au cours de sa première décennie se sont aussi réalisées avec la fougue de la jeunesse, la discussion, les palabres, les heurts et les compromis d\u2019action.).Il y eut la crise de 1971-72, soit la \u2018\u2018querelle des bureaux régionaux\u201d avec la direction générale francophone à Ottawa; celle de 1973-74, soit la \u2018\u2018querelle de la constitution et des règlements\u201d et l\u2019aboutissement d\u2019une scission intégrée et fonctionnelle entre le SUCO et le CUSO; celle, plus profonde, de 1 975-76, soit le \u2018\u2018déchirement de l\u2019identité idéologique\u201d; celles depuis 1977, plus fréquentes et plus déchirantes, qui trouvent annuellement leur point culminant lors 248 RELATIONS des assises annuelles \u2014 véritables états généraux \u2014 préparées de longue date par des assemblées régionales outre-mer et au pays.Le bilan de tout cela ?L\u2019on dit que le SUCO est en crise.Mais, au fait, il l\u2019a toujours été \u2014 comme si cela était de sa nature de l\u2019être \u2014 dans ses étapes de croissance et il en est toujours sorti grandi.L\u2019on dit que le SUCO est en crise idéologique.Mais, au fait, il a toujours maintenu cette volonté de s'analyser, de se définir et de se redéfinir, en recherche constante d\u2019une synchronie avec la clientèle qu\u2019il sert \u2014 à savoir l\u2019outre-mer.L\u2019on dit que le SUCO est aux prises avec des difficultés administratives.Ça c\u2019est un fait.Comme son frère-cousin le CUSO l\u2019a été sérieusement quelques années auparavant; et ce dernier s\u2019est redressé après une sérieuse et coûteuse analyse et une révision par des conseillers en gestion professionnels.Pendant les 15 premières années du SUCO, les administrateurs du CUSO-SUCO se sont plus souvent souciés de contrôler ou de couver la section francophone que de la développer en formant des administrateurs.Les administrateurs du SUCO \u2014 à savoir les directeurs et les cadres \u2014 ont toujours géré les programmes de l\u2019organisme avec le sérieux et l\u2019intégrité du \u201cbon père de famille\u201d.En cela, en droit et en fait, ils sont sans reproche.Ils ont aussi géré l\u2019organisme avec la hardiesse, la fougue et l\u2019audace propre à un organisme en croissance et en confrontation constante avec la réalité quotidienne et concrète des peuples du tiers monde.S\u2019il peut y avoir un reproche, ce serait celui de l\u2019inexpérience, parfois, et de l\u2019emballement, souvent.Mesurons donc les acquis On ne peut aujourd\u2019hui, plus de 20 ans plus tard, accepter de tout balancer par-dessus bord sans affirmer, voire même proclamer les acquis, OCTOBRE 1983 tant pour la société canadienne dans son ensemble que pour la société québécoise, du Service universitaire canadien outre-mer.Les voici: 1.\tLa majorité des personnes sensibilisées aux réalités du tiers monde ont été formées par le SUCO ou le CUSO ou ont été coopérants outremer de cet organisme.2.\tPlusieurs administrateurs de programmes de coopération internationale au gouvernement canadien sont des anciens du SUCO ou du CUSO.On les retrouve à l\u2019ACDI (Agence canadienne de développement international), au ministère des Affaires extérieures (à Ottawa comme dans les ambassades), au ministère de l\u2019Industrie et du Commerce et dans d\u2019autres ministères.Plusieurs d\u2019entre eux, sinon la majorité, occupent aujourd\u2019hui des postes supérieurs de responsabilité.3.\tDes ressources émanant du SUCO se retrouvent aux AFINTER (ministère des Affaires intergouvernementales) du gouvernement du Québec, à l\u2019OPDQ (Office de planification et de développement du Québec), au ministère de l\u2019Éducation dans des programmes d\u2019échanges culturels, etc.4.\tD\u2019autres se sont insérés dans l\u2019entreprise privée comme gestionnaires de projets internationaux.5.\tPlusieurs organismes de coopération internationale, dans ce réseau des organismes volontaires appelés ONG (organisations non gouvernementales), ont puisé à même l\u2019expérience et les ressources du SUCO pour se développer, se réorganiser, voire même émerger comme organisme de coopération.Voilà les acquis.Plus de 20 ans d\u2019histoire qui ont marqué notre société et produit un nouveau type de ressource humaine.Au contact de toutes ces ressources SUCO, l\u2019on retrouve cette même fibre d\u2019engagement, de détermination, de volonté critique, prête parfois à.aller jusqu\u2019au bout.Le temps presse.Nos mères disaient souvent qu\u2019il ne fallait pas \u201cjeter le bébé avec l\u2019eau du bain\u201d.Faut-il alors éliminer 20 années de contribution à la société, de formation et d\u2019éducation aux réalités du monde contemporain, à cause d\u2019une erreur possible de parcours que l\u2019on ne pourrait pas corriger?Ce serait trahir l\u2019histoire du SUCO.Encore plus ce serait trahir la capacité - souvent démontrée - des organismes volontaires de réagir, de se situer, de prendre position face à l\u2019avenir.Face aux options closes et aux \u201ccadeaux de Grecs\u201d que l\u2019on offre présentement à la jeunesse, face à l\u2019éclectisme idéologique présenté à la jeunesse comme si l\u2019on se retrouvait dans un supermarché de la pensée, peut-être le SUCO a-t-il encore une mission à assumer pour la société de demain?Cette mission, puisée de son expérience, tient à quelques traits caractéristiques: \u2022\tle sens du relatif, qui ne prend rien pour acquis, à l\u2019opposé de ceux qui pensent pouvoir imposer l\u2019absolu; \u2022\tla volonté de \u201cservir\u201d, formulée aujourd\u2019hui dans un vocabulaire de \u201csolidarité\u201d et de \u201cpartage\u201d; \u2022\tune continuité de 20 années de programmes de coopération outremer et d\u2019éducation du public de grande classe et de qualité.Voilà ce que le SUCO peut offrir aux années '80, à l\u2019avant-dernière décennie du XXe siècle.Est-ce trop demander à un organisme en crise?Si le SUCO a vécu 20 ans \u201cavec excellence\u201d, il vivra encore si les responsables consentent à penser en fonction des années \u201980 plutôt qu\u2019avec la nostalgie des belles années de la coopération; si l\u2019on accepte d\u2019investir quelques milliers de dollars en étude de gestion et d\u2019organisation administrative, après avoir investi plusieurs millions de dollars dans des programmes de coopération dont personne ne conteste la qualité; si les forces actives et participantes du SUCO sont encore capables d\u2019effectuer un compromis d\u2019action;.et si la négociation peut commencer! 249 LA CONSPIRATION DE LA BONNE NOUVELLE par Guy Paiement Centre Saint-Pierre Il est de plus en plus question de nos jours de libération, d\u2019acculturation, de rencontre des religions non chrétiennes et de spiritualité de la mission1.C\u2019est sur ces thèmes d\u2019ailleurs que depuis près de dix ans, l\u2019Association oecuménique des théologiens du tiers monde poursuit ses réflexions.Eux aussi ont réfléchi à ces thèmes, mais toujours à partir d\u2019un contexte historique particulier.La théologie de la libération est la grande préoccupation de l\u2019Amérique latine.L\u2019urgence de l\u2019acculturation est mieux ressentie en Afrique et la rencontre des religions non chrétiennes se tente en priorité en Orient.Il en résulte un éclatement de la mission, en ce sens qu\u2019il n\u2019est plus suffisant de parler d\u2019un message universel à transmettre.La situation particulière des différents continents du tiers monde intervient comme une donnée fondamentale qui questionne la tâche ou la mission des chrétiens.Tout se passe comme si celle-ci ne pouvait plus se comprendre indépendamment du milieu où elle se déploie.L\u2019histoire locale ne fournit pas seulement le décor pour l\u2019action des chrétiens.Elle entre dans la chair même de la mission et oblige celle-ci à dire une parole neuve.Le résultat?une situation inconfortable où nous ne pouvons plus jouer les pourvoyeurs universels d\u2019un produit chrétien occidental.D\u2019où un malaise certain, une crise, qui expliquent en bonne partie le besoin de se donner une synthèse pratique pour vivre, une sorte d\u2019aikido chrétien qui cherche moins la doctrine que les attitudes justes, ajustées.En d\u2019autres mots, une spiritualité.Je me permets d\u2019ajouter que de telles perspectives sont posées ici, en terre québécoise, donc nord-américaine.Si nous avons une petite note à apporter dans ce concert mondial, c\u2019est, peut-être, dans l\u2019expérience de l\u2019ambiguïté qu\u2019on peut la trouver.Nous vivons dans l\u2019ambiguïté et nous y sommes presque à l\u2019aise.Les contradictions ne nous empêchent pas de dormir.Les questions non résolues sont notre pain quotidien.Spirituellement, nous sommes comme les Hébreux à leur installation en Canaan.Ces derniers ont alors découvert les Baals, les dieux de la terre et de la consommation et ils ont dû apprendre à vivre leur foi dans ce nouveau contexte.C\u2019est pourquoi nous comprenons bien le besoin de se donner des critères, mais des critères qui soient utiles pour vivre.Il ne s\u2019agit pas de sortir magiquement de l\u2019ambiguïté, mais d\u2019avoir des pistes pour identifier notre pratique, nous reconnaître un air de famille avec d\u2019autres chrétiens et chrétiennes et risquer un pas en avant.Un pas possible.C\u2019est en tenant compte de ces perspectives que j\u2019ai pensé vous proposer un décapage du mot Royaume et vous suggérer cinq critères qui me paraissent utilisables pour l\u2019action.Ce faisant, je n\u2019ai pas l\u2019impression d\u2019être complet ou exhaustif.J\u2019ai dégagé ces critères dans une sorte de va-et-vient entre les pratiques actuelles et celles des premiers chrétiens.Ils sont provisoires.Mais il me semble qu\u2019ils peuvent être utiles pour avancer, à ce moment précis de notre histoire.Le Royaume est une conspiration en cours Depuis plusieurs années déjà, nous commençons à mieux situer la mission en fonction de ce que Jésus appelait le Royaume.Nous savons, en effet, que la préoccupation centrale de la vie de Jésus, ce fut le Royaume.Jésus n\u2019a pas invité ses disciples à chercher Dieu mais bien à chercher le Royaume de Dieu.Pour ceux et celles qui se réclament d\u2019abord de Jésus, il y a là une orienta-tipn fondamentale.C\u2019est le Royaume qui est premier, non l\u2019Église ou nos organisations.La tâche des chrétiens est d\u2019annoncer et de vivre la Bonne Nouvelle du Royaume.Avouons tout de suite, que ce terme de Royaume a besoin de décapage.Nous ne sommes pas particulièrement portés sur la royauté et le terme de Règne n\u2019arrange rien, sinon l\u2019idée d\u2019une sorte de drapeau pour rassembler des choses ou des personnes très disparates.Ainsi, le règne de Louis X/Vdésigne-t-il un temps de pouvoir, un ensemble d\u2019institutions autoritaires, un style de chaises, eic.Les limites de notre langue à ce chapitre ont alors l\u2019inconvénient de nous donner une image plutôt statique du Royaume de Jésus.Nous avons de la difficulté à traduire la dimension dynamique, enfouie dans l\u2019histoire de ce que les Grecs appelaient la \"basileia\u201d.À la place de Royaume ou de Règne, il faudrait presque parler de Royautage, en pensant ici à noyautage, pour traduire cette nouveauté de Dieu qui est à l\u2019oeuvre dans notre histoire et qui la transforme de façon permanente.Quand, en effet, on soupçonne qu\u2019il y a du noyautage 1.Texte d'une conférence prononcée lors du dernier Congrès de l\u2019Entraide missionnaire, les 9-1 0-11 septembre dernier, et dont le thème était la Mission.250\tRELATIONS quelque part, on veut dire au\u2019il y a une action qui est en cours dont l\u2019objet est de changer en profondeur la situation, l\u2019institution ou la société.On peut difficilement identifier ceux et celles qui en font partie.Mais certains signes nous portent à croire qu\u2019ils sont efficaces.Parler de Royautage, c\u2019est aussi parler d\u2019une initiative pour changer les situations présentes d\u2019aliénation, de dépendance, ou d\u2019exploitation.Une initiative qui est d\u2019abord celle de notre Dieu.Une initiative qui est aussi celle de ses fils et de ses filles.On peut avoir de la difficulté à les identifier.Mais, à la longue, certains signes nous permettent de découvrir leur présence.C\u2019est dans ce sens que je vous propose de traduire le Royaume ou le Royautage par la conspiration de la Bonne Nouvelle.Une conspiration est en cours pour transformer notre façon de penser, de vivre, de travailler, d\u2019aimer, d\u2019espérer.Une conspiration de notre Dieu est en marche et les chrétiens et les chrétiennes sont ceux qui ont la tâche, la mission de la montrer, de la défendre, de la traduire, de la faciliter, de l\u2019habiter.La conspiration fait aussi appel à la notion de souffle commun.Conspirer fait penser à aspirer, respirer, expirer.Ces termes parlent tous de souffle, et la conspiration, c\u2019est précisément l\u2019ensemble des gens qui ont le même souffle, qui sont habités par le même souffle, qui soufflent, d\u2019une certaine façon, dans la même direction.Pour nous, ce souffle commun est d\u2019abord celui de Jésus.C\u2019est lui qui l\u2019a donné à ses premiers amis en même temps que la mission.C\u2019est un souffle long, qui permet de durer, de retrouver sans cesse son souffle et d\u2019en donner à d\u2019autres.C\u2019est un souffle qui, comme celui de la flûte, permet d\u2019entendre plusieurs musiques et d\u2019accompagner plusieurs sortes de danses.En ce sens, la conspiration ne finira jamais.Mais comment entrer dans cette conspiration?Comment la voir à l'oeuvre dans notre monde ou dans notre société?Comment, surtout, y collaborer sans la faire dévier vers les intérêts de notre groupe ou de notre Église?On l\u2019a deviné.C\u2019est la question des critères pour la pratique qui est ici posée.Je prends le risque de vous en proposer cinq.Pour les trouver, j\u2019ai tenté de tenir compte de ce qui se pratique dans différents continents.La liste peut évidemment demeurer ouverte.Les voici, sous forme d\u2019affirmations.1.\tLa conspiration commence toujours en Galilée 2.\tLa conspiration se devine dans le souffle de l'innocent 3.\tLa conspiration est une genèse réciproque 4.\tLa conspiration développe les tics du Dieu de Jésus 6.La conspiration est une farandole qui saute par-dessus les frontières 1.La conspiration commence toujours en Galilée Le premier critère sous-tend tous les autres.Il veut garantir le rapport de la conspiration avec un milieu déterminé.Pour illustrer ce point de départ, rien ne vaut, je '&s3k, Pour le Congrès de ses 25 ans, l\u2019Entraide missionnaire ne pouvait pas choisir un meilleur slogan.Relations était à cette rencontre qui, plus encore que les autres années, fut une fête, un événement.Nous n\u2019essaierons pas de résumer la démarche de cette énorme machine qu\u2019est le Congrès de l\u2019EMI: mécanique bien huilée, qui s\u2019améliore d\u2019une année à l\u2019autre, qui \u201croule\u201d à merveille, grâce au travail fini, soigné, inventif des permanents, et grâce aussi à cette chaleureuse collaboration des réseaux à la fois des missionnaires et des militants laïcs, de tous ces amis de l\u2019EMI qui se sont approprié ce Congrès pour en faire cette institution unique, ce grand rendez-vous du 2e week-end du mois de septembre.Pour les missionnaires qui vont repartir, cela termine bien les vacances au pays; et pour tous ceux qui vont recommencer une année de militance et de mission, c\u2019est un rassemblement de départ.Si dans le mot religion, on sait retrouver la racine re-ligare, on comprend alors le caractère religieux de cette rencontre de début-septembre: c\u2019est une liturgie qui lance l\u2019année et regroupe tous les missionnaires \u201cd\u2019ici et d\u2019ailleurs\u201d.Comme chaque année, à ce Congrès, viennent faire Église, des chrétiens qui arrivent d\u2019horizons lointains et divers.Dans le respect et la tolérance bien comprise, des sensibilités, des orientations pastorales et des choix politiques passablement différents sont mis en présence, en situation d\u2019interpellation réciproque.Démarche difficile mais combien riche, où les conflits ne sont pas occultés mais deviennent matériaux d\u2019une spiritualité.La voie prophétique, \u201cà la suite du Christ\u201d, n\u2019est pas bien entendu un chemin de tout repos.Pour ce Congrès d\u2019anniversaire, l\u2019EMI avait choisi le thème, pour elle, fondamental \u2014 mais qui n\u2019était pas le plus facile \u2014 : la Mission.Les remises en question radicales tout autant que les retours aux sources rajeunissent et purifient notre foi.Nous profitons de l\u2019occasion pour remercier l\u2019Entraide d\u2019être dans notre Église ce carrefour indispensable, ce bain-tourbillon qui brasse et rafraîchit.\u201cC\u2019est à ton tour de te laisser parler d\u2019amour.\u201d (K.L.) 30 m r» 30 ny X
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.