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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1984-03, Collections de BAnQ.

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[" u .\u2022 j L\u2019ARGENTINE A NUREMBERG?METRO IH: ERAC _____niifrif'j'r^ : LES ÉVÊQUES FRANÇAIS DANS LE DÉBAT NUCLÉAIRE FANNY ET ALEXANDRE bel G51HIÏ1IAIH SltXIiL GX^/ V6i; J .\u2014J O 00\tM\tM\tIA\t\tR\tLU volume 44 numéro 498\t\t\t\t\t\tmars 1984 \t\t\tAR\tT/Cl\tL £\tFS\t \t\t\t\t\t\t\t FACE À L\u2019ACTUALITÉ D\u2019un outrage à l\u2019autre: le témoignage des femmes victimes de violence (L.L.) \u2014 Des armes, des dollars, des élections: le rapport Kissinger (C.M.) \u2014 Je me souviens (F.G.) \u2014 L\u2019avenir du magazine Univers (J.H.) \u2014 La fièvre de la 6/49 (G.M.).43 \tChristian MELLON\t\u201cGagner la paix\u201d\t\t48 \tKarl LÉVÊQUE\tUne pratique nouvelle\t\t53 \tJulien HARVEY\tMontréal raciste, est-ce possible?\t\t54 \tKate BULMAN\tRéfugiés sans statut\t\t57 \tEnrique RIVERA\tCivils contre militaires?\t\t61 \t\tCHRONIQUES\t\t \tJulien HARVEY\tChangement ou décadence?\t\t64 \tAlbert BEAUDRY\tAndré Laurendeau\t\t65 \tYves LEVER\tFanny et Alexandre d\u2019Ingmar Bergman\t\t66 \tDiane ALMÉRAS\tThèmes et variations\t\t68 \t\tPÊLE-MÊLE\t\t70 \tAndrée PILON QUIVIGER\tLe filet, la barque et le père.\t\t71 revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX 8 100, boul.St-Laurent Montréal H2P2L9; tél.: (514) 387-2541.DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lé-vêque, Roger Marcotte, Guy Paiement.COLLABORATEURS: Diane Alméras, Marcel Arteau, Nadia Azer, Renaud Bernardin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Annine Parent Fortin, Jean Picher, Andrée Pilon Quiviger, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp.PAGE COUVERTURE PHOTOS Jean Villemaire\tPaul Hamel ABONNEMENTS Hélène Desmarais (514) 387-2541.DISTRIBUTION: Les Distributeurs Associés du Québec (DAQ) Ltée 3600, boul.du Tricentenaire, Montréal H1B 5M8 (514) 645-8754 Relations est une publication du Centre Justice et Foi.Prix de l\u2019abonnement: 12,50 $ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50 $.Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l'Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms, Ann Arbor, Michigan 48106 U.S.A.Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 01 43 42 RELATIONS MARS 1984 9184 D\u2019UN OUTRAGE À L\u2019AUTRE: LE TÉMOIGNAGE DES FEMMES VICTIMES DE VIOLENCE Les tribunaux ontariens se sont montrés récemment d\u2019une rigueur exceptionnelle à l\u2019égard de femmes agressées, appelées à témoigner contre leur(s) agresseurs).Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019affaire d\u2019Ottawa où une femme victime d\u2019agression sexuelle a refusé de témoigner contre son agresseur par peur de représailles, ou de l\u2019affaire d\u2019Orillia où une autre femme, battue par le père de l\u2019enfant qu\u2019elle portait, s\u2019est désistée parce que son témoignage risquait de compromettre les projets de mariage avec cet homme, on peut s\u2019interroger sur la pertinence de la peine d\u2019emprisonnement qui suivit le refus de témoigner.Parallèlement, au Québec, les militantes et les femmes victimes de violence dénoncent la déficience des services permettant l\u2019accès aux tribunaux criminels dans le but de porter plainte contre un ou des agresseurs.Elles dénoncent aussi l\u2019attitude des policiers et la nonchalance avec laquelle la justice traite leurs plaintes.En effet, y a-t-il une justification à ce que les plaintes des femmes victimes d\u2019agressions soient traitées différemment des autres types d\u2019agression (voies de fait entre étrangers, batailles de rue ou de taverne, etc.)?D\u2019aucuns répondent que oui, puisque les plaintes des femmes victimes de violence ou/et d\u2019agression sont souvent abandonnées.Mais pourquoi?Il nous apparaît nécessaire d\u2019insister sur cet aspect de la question.Souvent on néglige la pression sociale et familiale, sans compter la pression économique que subissent les plaignantes.Est-il si étrange qu\u2019une femme, portant plainte pour avoir été battue, désire retirer cette plainte devant la difficulté que représente le quotidien sans conjoint, soit-il violent, sans ressources économiques, et avec tout le poids de la dénonciation de la violence familiale?D\u2019autres seront aux prises avec le chantage économique et les complications d\u2019un divorce, qui, selon l\u2019agresseur, serait tellement plus simple à conclure si elle acceptait.de retirer cette plainte de voies de fait devant un tribunal criminel.La violence au sein des ménages canadiens est maintenant dénoncée, énumérée et chiffrée.Une Canadienne sur dix est victime de violence en milieu familial, à divers degrés.Combien sont nombreuses les embûches de tout ordre pour celle qui entend dénoncer et prendre de la distance par rapport à la violence subie! On doit espérer de la part de nos tribunaux une nouvelle compréhension de la gamme de ces crimes qui constituent la violence en milieu familial.La femme qui refuse de témoigner contre son agresseur \u2014 conjoint ou connu \u2014 est-elle tout à fait dans la même situation qu\u2019un autre témoin (dont le témoignage peut être tout aussi important) récalcitrant à l\u2019égard de n\u2019importe quel autre crime?Nous disons que non.Nous croyons que les deux récents exemples ontariens condamnant des femmes à l\u2019emprisonnement pour outrage au tribunal du fait de leur refus de témoigner procèdent de la logique qui sous-tend la question suivante.Les femmes peuvent-elles à la fois mobiliser l\u2019attention de l\u2019appareil judiciaire quant aux crimes de violence dont elles sont victimes et refuser de témoigner lorsqu\u2019enfin leurs agresseurs sont cités à procès pour ces mêmes agressions?Les tribunaux concluent qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une entrave à la justice.Mais existe-t-il d\u2019autres situations qui menacent d\u2019aussi près et de façon aussi évidente l\u2019intégrité et la sécurité des victimes suite au redressement que constitue une sentence?De plus, les femmes n\u2019ont aucune confiance aux multiples ordonnances de garder la paix, sentences suspendues et libérations conditionnelles, qui sont les conséquences habituelles des procès pour voies de fait ou agression sexuelle à leur endroit.Il ne s\u2019agit pas ici de mettre en question l\u2019opportunité de l\u2019emprisonne- LIBERTÉ RELIGIEUSE ET CONFESSIONNALITÉ SCOLAIRE Le débat sur le projet de loi 40 a fait resurgir le problème de l\u2019école confessionnelle dans le cadre de la réforme scolaire.Comment respecter à la fois les droits des minorités et les légitimes aspirations de la majorité?Voici le biais par lequel nous aimerions reprendre un vieux débat.Ce que d'aucuns peuvent vivre comme une lutte de pouvoirs, nous aimerions en discuter en partant de ce qui légitime ces pouvoirs et leurs revendications: les intérêts des personnes, leurs \u201cfoi\u201d, croyances, idéaux, à respecter, à promouvoir, sans trahir notre identité culturelle ni non plus les principes formulés dans le décret sur \u201cLa liberté religieuse\u201d à Vatican II.Nous aurons quatre panélistes: \u2022\tAnita Caron, directrice du module de sciences religieuses à l\u2019UQAM \u2022\tGreta Chambers, journaliste à \"The Gazette\" \u2022\tNorbert Lacoste, commissaire à la CECM \u2022\tPaul Tremblay, professeur au département de sciences religieuses à l'UQAC QUAND?MARDI le 20 mars 1984 de 19h30 à 22h00 OÙ?À la Maison Beliarmin 25.Jarry ouest (métro Jarry) L\u2019ENTRÉE EST LIBRE RELATIONS MARS 1984 43 ment pour ces crimes mais de souligner qu\u2019à défaut de sentences différentes, le caractère souvent \u201cléger\u201d de certaines sentences en matière de crimes violents en milieu familial amenuise l\u2019exemplarité d\u2019une condamnation et réduit d'autant la confiance des femmes dans l\u2019appareil judiciaire.Pourtant, les récents jugements ontariens laissent à penser qu\u2019on exige d\u2019elles la détermination d\u2019un \u201csamouraï\u201d malgré la solitude et le poids à porter du fait de leur témoignage.Que d\u2019exigences de la part des tribunaux, quand on sait quelle violence les plaignantes ont supportée avant de dénoncer l\u2019agresseur et quand on connaît le traitement inégal et peu concluant des plaintes acheminées.Pourquoi vouloir que ces plaintes soient acheminées à n\u2019importe quel prix, si elles sont inégalement traitées ou encore si l\u2019appareil judiciaire doit faire preuve d\u2019une intransigeance qui ne peut que décourager d\u2019éventuelles plaignantes?À ce jeu, ce sont toujours les mêmes qui gagnent.Nous ne doutons pas que dans un contexte différent, les femmes seront prêtes à réinvestir leur confiance dans la dénonciation de la violence devant les tribunaux et à prendre pleinement leur responsabilité en donnant suite à leur plainte par leurs témoignages.Mais si une partie de la solution réside dans la qualité du traitement que la justice accorde à des plaintes de ce genre et dans le caractère plus convaincant des sentences, il est par ailleurs naïf de croire que s\u2019arrêtent là les conséquences du témoignage d\u2019une femme victime de violence.Lucie Lamarche, avocate DES ARMES, DES DOLLARS, LE RAPPORT KISSINGER - : ¦ La publication du rapport de la commission Kissinger est venue remettre un moment l\u2019Amérique centrale au premier plan de l\u2019actualité.On s\u2019en rend compte une fois de plus, cette région n\u2019est présentée dans les médias que par le biais de l\u2019intérêt que lui accordent les États-Unis.La règle est générale: n\u2019est digne d\u2019attention que ce qui est jugé tel par Washington.La Maison blanche avait conditionné l\u2019opinion publique vis-à-vis de ce rapport.La commission Kissinger était présentée comme l\u2019instance-miracle \u2014 avec représentation des ABONNEMENT 1 an (10 nos): 12,50$ à l\u2019étranger:\t20,00$ code postal Relations, c\u2019est aussi un cadeau intelligent.en particulier pour vos amis à l\u2019étranger qui désirent garder un oeil sur ce qui se passe au Québec! ¦ Ci-joint un chèque ou mandat-poste à l\u2019ordre de Relations.8 100, Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 (514) 387-2541 deux partis, républicain et démocrate \u2014 qui devait trouver la réponse à ce problème qui divisait l\u2019\u201cAmérique\u201d.Or, pas besoin d\u2019être grand clerc pour deviner que le rapport épouse pour l\u2019essentiel les vues de la Maison blanche, tant sur la nature de la crise qui traverse l\u2019Amérique centrale que sur la politique à suivre pour la résoudre.Ses conclusions, globalement, donnent raison à l\u2019administration actuelle.En évitant les formulations simplistes qu\u2019affectionne le président Reagan, en reconnaissant certaines évidences du point de vue opposé à la politique officielle du Département d\u2019État, le rapport Kissinger servira à accroître la crédibilité de la stratégie américaine.Il servira à donner une impression de cohésion en intégrant dans une politique globale des initiatives qui paraissaient contradictoires et en les insérant dans un grand projet de promotion de la liberté et de la prospérité en Amérique centrale.\u201cLa crise de l\u2019Amérique centrale est notre crise\u201d.et l\u2019\u201cAmérique\u201d a décidé de relever le défi.La commission endosse la prémisse dont découle toute la politique actuelle de la Maison blanche: la crise en Amérique centrale représente une menace sérieuse à la sécurité des États-Unis.Le danger viendrait de ce que Cuba et l\u2019Union soviétique exploitent à leur avantage une situation que tout le monde reconnaît être pleine d\u2019injustices.Les rebelles ne dépendraient que de l\u2019appui extérieur et ne viseraient qu\u2019à instaurer un \u201crégime totalitaire\u201d.Le rapport prend pour acquis ce qu\u2019il fallait justement démontrer.Il ne définit nulle part ce qu\u2019il entend par \u201csécurité\u201d, et parle toujours comme si la menace pour les États-Unis était de nature militaire.Il ne prouve pas par ailleurs l\u2019intervention soviéto-cubaine dans le conflit: la seule évocation tient lieu de preuve.et justifie l\u2019ampleur de la riposte américaine.Si l\u2019Amérique centrale est vitale pour les intérêts des États-Unis, on serait mal venu de lésiner sur les coûts.La commission apporte de l\u2019eau au moulin de la Maison blanche en proposant un accroissement considérable de l\u2019assistance militaire et économique.Elle met en garde contre la tentation de dissocier les deux volets de 44 RELATIONS MARS 1984 9184 cette aide, ou de se contenter de demi-mesures.Bref, elle invite le Congrès à donner au président les moyens de sa politique.Le rapport donne également raison à l\u2019administration Reagan dans son refus d\u2019admettre un partage du pouvoir au Salvador et dans son appui aux forces anti-san-dinistes.Il la conforte dans sa thèse que toute solution politique là-bas doit emprunter le tunnel électoral.Quant à la clause de la \u201cconditionnalité\u201d \u2014 le Salvador devant manifester que la situation des droits humains est en \u201cprocessus\u201d d\u2019amélioration \u2014, elle ne saurait embarrasser une administration habile à maquiller les faits lorsqu\u2019ils sont rebelles à ses vues.Cette convergence des conclusions du rapport Kissinger avec la vision qui prévaut à Washington ne doit pas nous étonner.La composition même de la commission laissait présager ce qui allait en sortir.Aucun de ses membres ne connaissait la région centro-américai-ne, que la commission a pris seulement six jours pour visiter.Son caractère \u201cbipartisan\u201d ne doit pas faire illusion: les courants libéraux y étaient minoritaires.Les ambiguïtés du rapport cachent des compromis boiteux, mais l\u2019accord se réalise sur l\u2019essentiel, attestant que démocrates comme républicains partagent sur cette question des points de vue communs, sinon le même langage.Tout au long du 20e siècle, les États-Unis ont invoqué l\u2019argument de la sécurité nationale pour s\u2019opposer par la force aux changements révolutionnaires en Amérique latine.Ils ont interprété tout défi à leur hégémonie comme étant l\u2019oeuvre d\u2019une puissance étrangère hostile: l\u2019Allemagne, l\u2019URSS, la Chine et Cuba ont tour à tour joué le rôle de vilains.Aucune révolution n\u2019a trouvé grâce à leurs yeux, à moins de se renier (Mexique, Bolivie).Souvent, c\u2019est leur propre hostilité qui a provoqué les ruptures qu\u2019ils redoutaient: les révolutionnaires ont été acculés à chercher de l\u2019aide à l\u2019extérieur (Cuba, Nicaragua), parce que Washington appuyait les forces les plus réactionnaires, les groupes réfractaires à toute réforme.Washington se trouve ainsi pris à son propre piège, alors même qu\u2019il entend maintenir l\u2019Hémisphère comme sa chasse-gardée.Cette préoccupation tourne actuellement à l\u2019obsession.Le succès du plan Marshall avait engendré une confiance dans l\u2019efficacité de l\u2019aide pour restaurer une stabilité profitable aux intérêts américains dans les pays À force d\u2019être lente et compliquée, la justice finit par n\u2019être plus tout à fait la justice.Au temps du prophète Élie, raconte la Bible (1 R 21), un conflit éclata entre les souverains d\u2019Israël, le roi Achab et la reine Jézabel, et leur voisin Nabot, propriétaire d\u2019une vigne appelée à prendre de la valeur.L\u2019histoire n\u2019est pas gaie: les souverains montent la population contre Nabot; on le fait massacrer pour mettre la main sur sa terre.Arrive enfin le prophète Élie qui annonce au roi que la justice de Dieu frappera.sa descendance.Nous croyons généralement avoir fait, comme société, un progrès considérable depuis le temps d\u2019Élie.Les RELATIONS MARS 1984 assistés.L\u2019aide a donc une portée stratégique.Elle doit promouvoir la croissance capitaliste et dissiper magiquement les frustrations et les mécontentements.On feint d\u2019ignorer les inégalités que cette aide elle-même accentue.La formule démagogique des élections libres est par ailleurs le cataplasme utilisé pour guérir (ou faire taire) ceux qui critiquent ou se plaignent.Les États-Unis ont donc leur diagnostic pour l\u2019Amérique centrale et ils s\u2019arrogent le droit d\u2019appliquer leurs remèdes.Cette ingérence donne bonne conscience puisqu\u2019elle vise à assurer le bien-être là où triomphait le chaos.Les États-Unis sont prisonniers en Amérique centrale de leur passé interventionniste et de leurs alliés indéfendables.Et leur hégémonie est de plus en plus décriée, remise en question.Ils brandissent donc la thèse d\u2019une conspiration Moscou \u2014 La Havane \u2014 Managua, parce qu\u2019elle est la seule qui leur permettrait d\u2019éviter un débat délicat sur ce qu\u2019a été, historiquement, leur rôle en Amérique centrale, ainsi que sur la véritable nature de l\u2019enjeu actuel: la domination sans concessions sur leur arrière-cour.Les recommandations du rapport Kissinger risquent peu de porter fruit, si tant est qu\u2019elles puissent être adoptées par un Congrès divisé.Promouvoir des réformes et tenter simultanément de détruire la guérilla, c\u2019est, dans le contexte centro-américain, éliminer sur le terrain la seule pression efficace capable de susciter des réformes dignes de ce nom.Loin de créer des conditions propices au changement, l\u2019aide américaine consolide les groupes dominants et montre à tous que Washington n\u2019a pas d\u2019autre choix que de les appuyer à fond.Le rapport ne servira au mieux qu\u2019à piéger l\u2019opposition démocrate et à liquider la question centro-améri-caine de la campagne électorale.Au pire, il permettra de gagner du temps jusqu\u2019à la réélection de l\u2019équipe Reagan, moment où l\u2019escalade militaire pourra enfin atteindre son point ultime.Une administration démocrate, si c\u2019était le cas, hériterait d\u2019un lourd passif, avec le risque que tout repli soit interprété comme une défaite, avec.la nécessité de l\u2019annuler par une victoire ailleurs.Claude Morin Département d\u2019histoire Université de Montréal tribunaux empêchent les gros de s\u2019approprier les biens des petits; on ne manipule plus si facilement l\u2019opinion publique.Reste pourtant que les délais de la justice sont tels qu\u2019on en vient à penser que, dans bien des cas, c\u2019est la \u201cdescendance\u201d des parties en cause à qui on finira par rendre justice.Nous fêterons cette année deux tristes anniversaires.En 1969, le gouvernement fédéral expropriait les habitants de 97 000 âcres de terre dans la région de Mirabel pour y construire un ambitieux complexe aéroportuaire.Petite erreur de calcul: on n\u2019utilisera que 20% du territoire exproprié.Depuis quinze ans, les victimes dénoncent ce qu\u2019elles appellent le \u201chold up\u201d de Mirabel et .':*¦ >¦.SS*-\tV, JE ME SOUVIENS ¦ .¦ lillt Éili if*® iff réclament la retrocession des terres inutilisées: leur détermination se heurte longtemps à l\u2019intransigeance gouvernementale.Fin octobre 1 974, en pleine campagne électorale, les pompiers de Montréal déclenchent une grève illégale de 60 heures.Dans le quartier Centre-Sud, c\u2019est la catastrophe: 185 ménages se retrouvent sur le pavé, la plupart ne possèdent aucune assurance, le quartier étant mal coté auprès des assureurs.Le 1er février 1 984, ces familles \u201ccélébraient\u201d devant les bureaux de l\u2019Association des pompiers de Montréal.On croit comprendre l\u2019attachement des cultivateurs à leur terre, et les problèmes financiers des familles frappées par le \u201cweek-end rouge\u201d.Ce qu\u2019on oublie trop facilement, ce sont les tensions, les tracasseries, les découragements qu\u2019il leur faut surmonter pour ne pas lâcher leur bout.Cela semble vouloir ne jamais se terminer.Dans le cas du Centre-Sud, les procureurs des deux parties et le juge-en-chef de la Cour supérieure s\u2019entendaient, dès 1 975, pour traiter tous les dossiers dans une cause-type.Le 11 septembre 1981, l\u2019Association des pompiers est condamnée à verser à M.Léo Parent le montant réclamé, intérêts et indemnités en plus.La cause est portée en appel mais, en 1983, la Cour suprême maintient le verdict de la Cour supérieure.Victoire pour les sinistrés?Pas encore.L\u2019Association des pompiers tente de régler hors cour les réclamations de moins de 3000 $.En décembre, à l\u2019approche des Fêtes, des sinistrés se voient offrir un certain montant d\u2019argent.De guerre lasse, plusieurs acceptent ce règlement.Mais les autres?\u201cJe me souviens\u201d, dit notre devise.Épisodiquement, des articles de journaux nous rappellent les sinistrés de Mirabel, du Centre-Sud ou d\u2019ailleurs; ils nous racontent leurs dernières péripéties judiciaires et nous font nous exclamer, au grand étonnement de ceux qui accompagnent notre tasse de café matinale: \u201cComment! Ce n\u2019est pas encore fini, cette histoire-là?\u201d Puis, l\u2019émoi apaisé, on jette un coup d\u2019oeil à la chronique sportive, aux informations internationales ou aux éditoriaux, où d\u2019autres victimes, les sinistrés de l\u2019heure, occupent toutes les colonnes.Dans trois mois, dans six mois, le temps d\u2019un nouvel appel judiciaire, d\u2019une autre conférence de presse, le même manège recommencera.À l\u2019automne 1983 débutait à Montréal le.\u201cprocès du siècle\u201d, celui des \u201csinistrés de la MIUF\u201d.Dossier complexe où les victimes se comptent par milliers.Les observateurs estiment qu\u2019il faudra au moins cinq longues années avant qu\u2019un jugement final ne soit rendu.Pendant ce temps, les familles exposées à cet isolant déménageront ou feront enlever ce produit \u201crévolutionnaire\u201d en conservant toutes leurs factures, dans l\u2019espoir d\u2019être dédommagées.un jour.Quelques semaines après le début du procès, la porte-parole des victimes s\u2019indignait de ce que les journalistes n\u2019assistaient déjà plus aux audiences.Dans ce cas-là aussi, à intervalles plus ou moins réguliers, les journaux, la radio, la télévision nous rappelleront un autre triste anniversaire.En bordure de l\u2019autoroute qui mène à Mirabel, devant certaines granges, un écriteau: \u201cNous sommes ici pour rester\u201d.Dans le Centre-Sud de Montréal, un vaste stationnement entouré de maisons de construction récente.Dans mon quartier, cette demeure \u201cà vendre\u201d qui n\u2019est plus visitée.Des symboles.Des symptômes.Les générations futures devront bien se souvenir.Mais est-ce assez de se souvenir?François Gloutnay L\u2019AVENIR DU MAGAZINE UNIVERS Ceux qui vivent près des volcans savent que les paroxysmes momentanés et localisés de la terre sous leurs pieds proviennent de vastes déplacements de blocs continentaux en apparence inoffensifs.Il en est un peu ainsi dans les crises du journalisme religieux catholique: des malaises connus depuis des années, des retards perçus comme inévitables, des conflits apparemment éloignés de nous apparaissent soudain dans les médias.C\u2019est ce qui s\u2019est produit en décembre dernier au magazine Univers, qui est la revue d\u2019information et d\u2019animation missionnaire de l\u2019Oeuvre de la propagation de la foi.C\u2019est un de nos plus vénérables magazines religieux, après 59 ans d\u2019existence, avec un fort tirage (1 7 000 exemplaires).La crise a été rendue visible par la démission du directeur Jean-Denis Tremblay, p.m.é., à la suite d\u2019une révision des directives par le nouveau directeur des Oeuvres pontificales missionnaires, le P.Cyprien Bouchard, p.b.Les péripéties concrètes de ce changement sont complexes et impliquent aussi des facteurs émotifs et des malentendus.Nous ne voulons pas y entrer ici.Ce qui apparaît clairement en arrière du conflit est la façon de concevoir une revue missionnaire à caractère officiel, une revue patronnée par la Congrégation romaine pour l\u2019évangélisation des peuples qui dirige l\u2019Oeuvre de la propagation de la foi.Les directives données par l\u2019Oeuvre à la rédaction de la revue disent qu'une revue missionnaire \u201cn\u2019est pas une revue de combat, ne défend pas d\u2019idées théologiques quelles qu\u2019elles soient, n\u2019est pas une revue de critique ni une revue avant-gardiste\u201d.Mais on dit en même temps que la revue \u201ctraite d\u2019évangélisation et de promotion humaine, rapporte des témoignages de missionnaires, informe sur l\u2019activité missionnaire d\u2019ici et d\u2019ailleurs, renseigne sur la situation politique et religieuse des différents pays, transmet les expériences et les besoins des jeunes Églises, éveille au partage\u201d.Ceci constitue un cadre précis.Il est sans doute susceptible de divergences d\u2019interprétations, comme ce semble bien avoir été le cas à Univers.Mais il reste qu\u2019une revue missionnaire qui veut réaliser ces objectifs ne peut pas éviter de manifester un intérêt réel à l\u2019égard des diverses formes de théologies de la libération tant en Amérique latine qu\u2019ailleurs dans le tiers monde; elle ne peut pas éviter de s\u2019intéresser à l\u2019Église nationale de Chine comme elle est vécue (et non pas seulement aux réserves actuelles du Vatican à cet égard); elle ne peut pas éviter de parler 46 RELATIONS MARS 1984 de l\u2019expérience vécue en certains milieux du Nicaragua lors de la visite papale (et non pas seulement de la version officielle de l\u2019événement); elle ne peut pas éviter de transmettre l\u2019expérience africaine de néo-colonialisme religieux (et non pas seulement l\u2019image devenue folklorique de la mission au temps des colonies).Ce n\u2019est pas l\u2019affaire de Relations de blâmer ni d\u2019approuver le changement de direction de Univers.Mais nous devons recommander, de toutes nos forces et au nom d\u2019une vieille expérience du journalisme chrétien catholique, que la vigueur et la franchise de Univers ne soient pas sacrifiées dans le changement.Il y va de l\u2019avenir des collaborations internationales de notre Église, qu\u2019il s\u2019agisse de la formation du personnel ou des priorités financières.Il y va aussi de la qualité de la presse religieuse au Québec.Julien Harvey billet IBIS 6/49.Trois chiffres qui, pendant quelques semaines, ont enfiévré les samedis soirs de tout un peuple, faisant couler des litres de salive (ou de sueurD'désirante, essoufflant à l\u2019occasion quelques ordinateurs.Une loterie comme il en naît une nouvelle tous les six mois?Mais pourquoi donc un tel engouement, tout d\u2019un coup, poussant 90% des Québécois-Québécoises à faire la queue aux valideuses des dépanneurs?Serait-ce d\u2019abord, comme on l\u2019a suggéré, l\u2019accumulation sans précédent des millions d\u2019un gros lot qui entrera sûrement dans le Guinness, sinon dans les poches de quelque nouveau riche instantané?Ou le fait que le hasard, avec un clin d\u2019oeil dont lui seul est capable, ait cette fois déjoué la loi des grands nombres et fait durer le suspense au delà de toute probabilité?À moins que ce soit le nom lui-même \u2014 un peu magique?\u2014 du nouveau jeu.6/49.D\u2019un côté, en effet, six, comme les jours de la semaine \u2014\td\u2019ouvrage ou de chômage \u2014 monotone, de parties plates du Canadien, de repas à préparer, de piétinements dans la \u201csloche\u201d des arrêts d\u2019autobus.De l\u2019autre, séparé par une mince barre que le \u201csort\u201d pourrait d\u2019un seul coup retirer, sept fois ce troublant chiffre sept par qui l\u2019humanité, depuis la nuit des temps, a si souvent symbolisé la plénitude de la perfection, de l\u2019abondance et du bonheur.Pourtant \u2014 il fallait s\u2019y attendre! \u2014 quelques froncements de sourcils sévères: tel homme d\u2019affaires ne se gêne pas pour parler de \u201cvol organisé\u201d.Tel politicien craint, lui, qu\u2019on ait fait naître un nouveau Frankenstein! Tel psychologue hoche la tête, découragé: ses congénères sont décidément plus fous qu\u2019il ne croyait.Tel banquier soupire: avec une chance sur quatorze millions de gagner le gros lot, il aurait été infiniment moins risqué de placer ses dollars dans Tricofil! Telle bonne âme se désole: ah, si tout cet argent était réparti entre ceux qui en ont vraiment besoin.Tel universitaire a un peu mal à son peuple qui, au lieu de travailler à créer des emplois, se gave ainsi d\u2019illusions bon marché.Et jusqu\u2019à George Orwell, cité à comparaître: n\u2019avait-il pas prédit que les loteries, en 1984, seraient devenues le nouvel opium des prolétaires?.À la bourse de la raison lucide et du bon sens critique \u2014\tde gauche ou de droite, toutes tendances pour une fois confondues! \u2014 , les investissements dans le hasard ne cotent décidément pas très haut.Qu\u2019il soit catholique, libéral ou socialiste, le \u201csalut\u201d coûte du temps, de la sueur et des larmes.En tout cas, il se mérite.Honni soit qui l\u2019attend de six petites boules numérotées.Hasard.Nos pères et mères des temps bibliques, bizarrement étaient tout de même un peu moins sévères à son endroit.C\u2019est bien par le sort, à ce qu\u2019on sache, que Yahvé partagea la Terre promise entre les tribus d\u2019Israël.Et c\u2019est également \u201cau sort\u201d que les Onze, d\u2019après ce que rapportent les Actes, élirent un successeur à Judas.(\u201cCertes, c\u2019est aussi de cette manière que Jonas \u2014 \u201cOn tira-z-à la courte paille.\u201d \u2014 se ramassa assez fâcheusement dans une baleine.The risk of the game?).\u201cOn agite les dés dans un gobelet, commente placidement le Livre des Proverbes, mais, quelle que soit leur décision, elle vient du Seigneur.\u201d.Aveugles ou ironiques, indifférentes ou providentielles, qu\u2019elles viennent de Dieu \u2014 ou de Dieu sait quoi \u2014, les décisions du hasard fascinent, quoi qu\u2019en pensent les \u201cesprits raisonnables\u201d qui, eux \u2014 c\u2019est bien connu!\u2014, n\u2019achètent pas de billets! Serait-ce donc parce que c\u2019est le seul en qui on peut vraiment faire confiance pour mettre tout le monde sur le même pied \u2014 hommes et femmes, jeunes et vieux, riches et pauvres, blancs et noirs, ignorants et instruits?Bien sûr, dans l\u2019attente fébrile de ses verdicts, chacun garde son quant-à-soi \u201cintéressé\u201d, en fredonnant le \u201cAh, si j\u2019étais riche!\u201d du brave héros d'Un violon sur le toit.Mais les millions de la cagnote sont-ils bien, en fin de compte, ce qui compte le plus?Plusieurs ont la franchise \u2014 ou la prudence! \u2014 de l\u2019admettre: ils en seraient plus embarrassés qu\u2019autre chose.Pour l\u2019immense majorité de ceux et celles qui ont misé sur la 6/49, par contre, le délicieux frisson de l\u2019attente et du rêve est peut-être bien, déjà, un jeu qui se suffit à lui-même, \u2014 et qui vaut bien le \u201cvieux cinq\u201d dépensé.\u201cCompétition\u201d, où chacun joue certes pour lui-même.Mais \u201ccompétition\u201d sans adversaires, où tous, en un sens, deviennent partenaires d\u2019un même risque, complices d\u2019une même émotion.Chacun pour soi?Est-ce si sûr?À part les tremblements de terre, quand voit-on autant de parfaits inconnus prendre le risque de se parler en souriant?Jeu, donc.(Les intellectuels \u201csérieux\u201d ont tant de mal à comprendre.).Mais plus encore.Plaisir de l\u2019inattendu qui bouleverse.Vertigineuse séduction de l\u2019événement irrationnel et improbable mais qui, pourtant, par sa possibilité même \u2014 si infime soit-elle \u2014, fait déjà irruption dans la grisaille monotone \u2014 et confortable! \u2014 du quotidien.Dans une société aussi ennuyeusement prévue et programmée que la nôtre, seuls les jeux \u2014 ou les dieux?\u2014 capables de communiquer la grâce d\u2019un tel vertige auraient-ils donc encore une chance?Guy Ménard Département de sciences religieuses à l\u2019UQAM RELATIONS MARS 1984 47 Une interview de Christian Mellon \u201cGAGNER LA PAIX\u201d \u201cGagner la paix\u201d, c\u2019est le titre d\u2019un message sur le désarmement et la dissuasion nucléaire publié par la Conférence épiscopale française, le 8 novembre dernier, lors de son assemblée annuelle tenue à Lourdes.Quelques mois après \u201cThe Challenge of Peace\u201d, la lettre pastorale des évêques catholiques des États-Unis (voir Relations, déc.1982 et juil.-août 1 983), le message des évêques français met plutôt l\u2019accent sur le droit légitime des États à se défendre et \u201cà décourager, autant que possible, un agresseur éventuel\u201d; tout en rappelant que \u201cles États marxistes-léninistes n\u2019ont pas le monopole de l\u2019impérialisme\u201d, on souligne \u201cle caractère dominateur et agressif de l\u2019idéologie marxiste-léniniste\u201d.Bref, alors que le évêques américains semblent contester la politique de défense de l\u2019administration Reagan, l\u2019épiscopat français paraît appuyer le principe de la stratégie nucléaire du gouvernement Mitterrand.On s\u2019étonnera de ces divergences, surtout si on néglige de replacer les deux déclarations dans le contexte de nations et de sociétés différentes.Mais on se réjouira que des pasteurs osent intervenir sur une question où l\u2019humanité joue sa survie et qui ne concerne tout de même pas que les gouvernements.Pour éclairer le contexte et le texte de \u201cGagner la paix\u201d, Relations a interviewé un jésuite français, Christian Mellon, spécialiste des questions de défense et de désarmement, du Centre de recherche et d\u2019action sociales (CERAS) de Paris.Relations \u2014 Christian Mellon, les évêques français viennent de publier une \u201cbombe\u201d, une lettre sur l\u2019armement nucléaire intitulée \u201cGagner la paix\u201d.De l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, le ton et même certaines positions de fond de cette lettre nous ont paru en contraste avec le document qu\u2019ont produit les évêques des États-Unis sur la même question.Cette impression est-elle fondée?Christian Mellon \u2014 Oui, elle l\u2019est.Mais il est important de bien situer ce qui distingue l\u2019intervention des évêques français de celle de leurs collègues américains.Cette différence ne tient pas tant à la position de principe, puisque d\u2019une part l\u2019interdiction absolue d\u2019employer des armes nucléaires contre les villes et d\u2019autre part la tolérance vis-à-vis de la dissuasion nucléaire se retrouvent dans les deux lettres.Telle est d\u2019ailleurs, depuis le Concile, la position des Églises catholiques de tous les pays: sur ces points fondamentaux, le pape et les différents épiscopats disent tous la même chose.Pourtant, vous avez raison, il y a une différence, qui tient à la façon d\u2019argumenter et aussi au mode de préparation du document.Les évêques américains avaient mis en place un processus de consultation et de recherche qui a duré deux ans, et les deux derniers projets ont circulé dans le grand public au cours de la dernière année.C\u2019était là une démarche tout à fait nouvelle dans l\u2019Église, il faut bien le dire, mais elle paraissait tellement efficace et intéressante que beaucoup espéraient que les évêques français allaient faire la même chose.En tout cas, il y avait de fortes pressions en ce sens de la part de certains groupes chrétiens.Rel.\u2014 Or, en pratique, la commission \u201cJustice et Paix\u201d elle-même n\u2019a pas été consultée?\u2014 En effet.Beaucoup de gens avaient entendu parler d\u2019un texte en préparation, mais on ne prévoyait pas qu\u2019il serait publié si tôt.En ce sens, la \u201cbombe\u201d de Lourdes porte bien son nom: la déclaration a surpris tout le monde, à commencer par plusieurs évêques qui n\u2019avaient pris connaissance du texte que quelques jours auparavant.En mai dernier, la commission \u201cJustice et Paix\u201d avait publié des \u201cÉléments de réflexion sur la dissuasion nucléaire\u201d, qui se développent tout à fait en sens inverse de la démarche suivie par les rédacteurs du document des évêques.Il y eut bien quelques contacts rapides et informels avec l\u2019un ou l\u2019autre membre de la commission, mais on ne peut pas dire que les évêques aient tenu compte de ce qu\u2019elle avait produit.La dissuasion Rel.\u2014 Arrêtons-nous à la question de la \u201cdissuasion\u201d.Cette stratégie est acceptée, ou du moins tolérée, dans les textes officiels de l\u2019Église.Mais le message des évêques américains nous fait sentir qu\u2019ils n\u2019acceptent la chose qu\u2019à contrecoeur et avec énormément de réserves: ce ton correspond à une attitude assez critique face aux politiques du gouvernement des États-Unis.Par contre, on a l\u2019impression que le message des évêques fran- 48 RELATIONS MARS 1984 çais appuie la position des gouvernements européens.C.M.\u2014 Sans doute, mais je serais quand même un peu plus nuancé: on ne trouve pas d\u2019enthousiasme pour la dissuasion chez les évêques français.C\u2019est le moindre mal, la \u201clogique de détresse\u201d.Leur texte n\u2019est pas \u201cmilitariste\u201d; il constate seulement qu\u2019étant donné les circonstances qui pèsent sur l\u2019Europe, on ne voit pas d\u2019autres solutions.Ce qui distingue le point de vue des évêques français de celui de leurs collègues américains, c\u2019est la façon d\u2019apprécier les menaces: les tensions Est-Ouest prennent un caractère plus dramatique et plus urgent dans le texte français, l\u2019escalade nucléaire est davantage mise en relief dans l\u2019autre.Rel.\u2014 Pourtant la question des nouveaux missiles concerne l\u2019Europe: à preuve, le mouvement de contestation qu\u2019a provoqué l\u2019installation des \u201cPershing\u201d.C.M.\u2014 Alors ça, c\u2019est un tout autre problème: celui des euromissiles.Le texte des évêques français n\u2019en traite pas.Il y fait une allusion dans l\u2019introduction.Mais dans le corps du texte, il n\u2019est question que de la dissuasion française, c\u2019est-à-dire de la bonne vieille doctrine gaullienne de \u201cnotre force de dissuasion\u201d.En ce sens, le texte me paraît quelque peu dépassé.Ce qui nous arrive présentement, c\u2019est que les systèmes du type SS-20, et surtout les \u201cPershing\u201d et les \u201cCruise\u201d, par leur précision, leur maniabilité, leur opéra-tionalité rendent à nouveau \u201cpensable\u201d une guerre nucléaire \u201climitée\u201d en Europe.L\u2019Europe pourrait servir de champ de bataille nucléaire aux deux Grands.En fait, c\u2019est bien l\u2019installation des euromissiles qui est au coeur de la controverse actuelle, beaucoup plus que \u201cl\u2019équilibre de la terreur\u201d auquel on a fini par s\u2019habituer depuis les années 60.Le document français semble justifier son silence sur cet aspect de la question en disant vouloir éviter les débats trop techniques.C\u2019est une position difficile.Car ou bien on n\u2019entre pas dans des débats techniques, et alors on ne peut guère que rappeler les grands principes: le droit à la légitime défense pour les États et ses limites, c\u2019est-à-dire l\u2019interdiction de frapper les populations civiles, la proportion nécessaire entre les enjeux et les dégâts, bref l\u2019enseignement classique de l\u2019Église sur la \u201cguerre juste\u201d.Ou bien, on veut discuter de la dissuasion nucléaire proprement dite, et il faut forcément rentrer dans le vif du sujet.Or dans le texte français, d\u2019une part on justifie la dissuasion nucléaire et d\u2019autre part on dit ne pas vouloir entrer dans les débats techniques.Je pense que les Américains se sont montrés plus cohérents à cet égard, qu\u2019on soit ou non d\u2019accord avec leur analyse et leurs conclusions.Réalisme ou prophétisme Rel.\u2014 Certains catholiques ont reproché aux évêques d\u2019opter pour une morale de responsabilité foncièrement \u201créaliste\u201d plutôt que pour le \u201cprophétisme\u201d.POUR ALLER PLUS LOIN C.M.\u2014 Sur ce point là, je serais plutôt d\u2019accord avec les évêques.Je pense que le problème réalisme/ prophétisme est souvent mal posé aussi bien par les partisans du texte que par ses opposants.L\u2019utilisation de la catégorie du prophétisme dans la réflexion des chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui sur les problèmes politiques et internationaux est très insatisfaisante.Si le \u201cprophétisme\u201d consiste à formuler des propositions utopiques ou valables pour un lointain futur, et qu\u2019on laisse au soi-disant \u201créalisme\u201d le soin de s\u2019occuper du court terme, ce n\u2019est pas sérieux.Le prophétisme biblique, c\u2019est une parole exigeante pour aujourd\u2019hui.Dans la pensée de certains critiques du texte, les évêques devraient nous parler de grands principes ou de grandes orientations chrétiennes sans tenir compte de l\u2019aujourd\u2019hui de notre situation.Je crois au contraire qu\u2019il faut se placer dans une \u201céthique de responsabilité\u201d.Et elle passe nécessairement par une analyse de la situation dans laquelle nous sommes, par une évaluation des menaces qui pèsent sur notre pays, sur notre planète.Pour moi, l\u2019urgence de changer de politique ne s\u2019impose pas seulement au nom de grands principes éthiques mais au nom d\u2019une analyse lucide de la situation dans laquelle nous sommes.Je ne reproche donc pas aux évêques de manquer de prophétisme, mais de n\u2019être pas assez réalistes, en sous-estimant le danger de la course aux armements.Par ailleurs, on peut discuter leur évaluation de ce qu\u2019est pour nous la menace.On ne trouve pas dans leur discours toutes les nuances nécessaires.Ils n\u2019ont pas considéré toutes les menaces, mais ils ont eu tendance à souligner la menace de l\u2019Est et à ne pas assez prendre en compte la menace que constitue la course aux armements elle-même.Les évêques allemands, eux, ont bien équilibré les deux menaces, le problème étant d\u2019arriver à résoudre les deux en même temps.Dans \u201cGagner la paix\u201d, la course aux armements est mentionnée rapidement, mais au cours de l\u2019argumention, la menace principale est celle de l\u2019impérialisme soviétique, du totalitarisme.Le CODENE (Comité pour le désarmement nucléaire en Europe) loge au 23, rue Notre-Dame de Lorette, 75009, Paris; tél.281 48 92.Le MAN (Mouvement pour une alternative non violente) est sis à Craintilleux, 42210, Montrond, France; le mouvement publie une revue, Alternatives non violentes.Le texte de la déclaration des évêques français a été publié, accompagné de \u201cnotes pour une lecture attentive\u201d, par les Cahiers de l\u2019actualité religieuse et sociale, no 278 (15 déc.1983).En commentaire, on pourra trouver un dossier dans L\u2019actualité religieuse dans le monde (15 déc.1983), deux réactions parallèles dans Projet, janv.1984 et un article de Gérard Defois, \u201cArmements modernes et responsabilités éthiques\u201d, dans Études, déc.1983.Voir aussi le dossier \u201cRaisons et déraisons du pacifisme\u201d, dans Esprit, juillet 1983.Sur le message des évêques américains, signalons F.X.Winters, \u201cDid the Bishops Bann the Bomb?Yes and No\u201d America, 10 sept.1983, un dossier dans New Catholic World, nov.-déc.1983, et les reportages du National Catholic Reporter du 13 mai 1983.RELATIONS MARS 1984 49 Rel.\u2014 Pourtant, les Allemands sont plus près du mur de Berlin, ce qui aurait pu les amener à craindre surtout le danger communiste?C.M.\u2014 Justement non.La proximité géographique joue dans les deux sens: leurs rapports avec l\u2019Allemagne de l\u2019Est leur donnent un plus grand sens de la nécessité du dialogue.Le poids du conflit idéologique Rel.\u2014 Vous avez mentionné une sorte de partialité dans l\u2019analyse de \u201cGagner la paix\u201d.N\u2019y a-t-il pas un autre danger dans cette analyse, celui de substituer l\u2019antagonisme idéologique à l\u2019affrontement militaire qui sous-tend la course aux armements?C.M.\u2014 Dans l\u2019opinion française, il y a toute la vague soulevée actuellement par ce qu\u2019on a appelé la nouvelle droite (dont beaucoup d\u2019éléments sont d\u2019anciens membres de la gauche), qui réintroduit une analyse très idéologique des rapports Est-Ouest.Cette approche est dangereuse en politique internationale: elle rejette la lucidité de la Realpolitik, elle démonise l\u2019adversaire.Qu\u2019on écoute les discours de Reagan: c\u2019est la lutte à mort de l\u2019empire du bien contre l\u2019empire du mal.Cela me paraît dommage que les évêques soient tombés dans ce panneau-là.Cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a pas de problèmes idéologiques, bien entendu.Mais il est possible d\u2019analyser le conflit Est-Ouest d\u2019une manière plus objective, en termes d\u2019intérêts économiques, de sphère d\u2019influence des grandes puissances, de logique expansionniste, sans faire porter le chapeau seulement à l\u2019idéologie marxiste-léniniste.Est-il juste, d\u2019ailleurs, de se contenter de dénoncer l\u2019idéologie marxiste-léniniste, par nature expansionniste et dangereuse, alors qu\u2019aujourd\u2019hui, et c\u2019est l\u2019avis d\u2019un certain nombre d\u2019experts de l\u2019Union soviétique, l\u2019idéologie, là-bas, est devenue la langue de bois qui permet de légitimer le pouvoir et de se reconnaître; elle n\u2019est plus du tout une force d\u2019expansion.S\u2019il y avait prochainement une aventure de l\u2019Est contre l\u2019Ouest, ce ne serait pas au nom de l\u2019idéologie.Rel- \u2014 En songeant aux \u201cnouveaux philosophes\u201d et à la nouvelle droite, on a l\u2019impression que l\u2019idéologie est devenue beaucoup plus le fort de la droite que celui de la gauche?C.M.\u2014 Peut-être.Le problème, c\u2019est que dans le débat sur le nucléaire, les catégories droite-gauche sont en France complètement bouleversées.Elles restent pertinentes pour des questions précises au niveau de la politique intérieure française.Mais en politique internationale, dans la pratique, les gens qu\u2019on croit à droite sont parfois à gauche, et inversement.Bref, c\u2019est un schéma explicatif qui ne vaut plus beaucoup depuis que la gauche s\u2019est ralliée aux armes nucléaires dans les années 76-77 \u2014 aussi bien les communistes que les socia- listes \u2014 , et davantage encore depuis 81, puisque la gauche au pouvoir avec Mitterrand a pris des positions qui sont sur certains points beaucoup plus atl;antistes que celles du gouvernement Giscard.Rel.\u2014 De loin, on ne comprend pas pourquoi?C.M.\u2014 Ce n\u2019est pas facile à expliquer.On peut voir les raisons pour lesquelles la gauche s\u2019est ralliée, en 77, à l\u2019arme nucléaire.Les raisons des communistes restent mystérieuses.Quant au Parti socialiste, son évolution traduit probablement une sorte de pragmatisme, une conversion idéologique à retardement au projet d\u2019indépendance nationale.Ajoutez le constat de carence d\u2019une alternative venant des mouvements antinucléaires.Quant aux raisons pour lesquelles la gauche depuis 81 prend parfois des positions plus atlantistes que celles des gouvernements antérieurs, c\u2019est encore plus mystérieux, surtout avec la présence de ministres communistes au gouvernement.Mais il semble bien que l\u2019objectif principal du PCF, à ce moment-ci, soit de rester à tout prix au gouvernement: alors les communistes se taisent.Les conséquences, au niveau de la politique de défense d\u2019un cabinet formé de socialistes et de communistes, sont pour le moins paradoxales.Rel.\u2014 S\u2019agit-il bien d\u2019atlantisme ou d\u2019une conception de la défense nationale qui permettrait au gouvernement français de tenir une politique relativement indépendante des décisions du Pentagone?C.M.\u2014 Les deux.C\u2019est vrai que le gouvernement français a des positions indépendantes des États-Unis sur l\u2019Amérique centrale ou d\u2019autres régions du monde.Mais en ce qui concerne l\u2019antagonisme Est-Ouest, il y a au contraire une \u201cdénationalisation\u201d de la politique de la France, par rapport à l\u2019époque précédente.On conçoit de pjus en plus la défense de la France comme intégrée à la défense de l\u2019Europe; d\u2019où les nouvelles perspectives visant à créer un deuxième pivot de l\u2019alliance atlantique, le pilier européen.On envisage donc actuellement un renforcement de la défense européenne articulé sur les armes nucléaires françaises (voire britanniques).En pratique on laisse peu à peu tomber la vieille doctrine gaullienne de l\u2019indépendance nationale totale \u2014 à laquelle fait encore référence le texte épiscopal.Pourquoi cette évolution?Sans doute les responsables français commencent-ils à admettre, sans l\u2019avouer pleinement, que l\u2019ancienne politique n\u2019était pas très crédible! On n\u2019est plus convaincu que la France, grâce à \u201cses\u201d mégatonnes, pourrait se défendre toute seule.En somme, c\u2019est pour des raisons politiques et technologiques qu\u2019on se raccroche à des hypothèses de défense européenne.Le mouvement pour la paix Rel.\u2014 Le mouvement pour la paix semble extraordinairement fort en Allemagne, alors qu\u2019en France, il semble rallier moins d\u2019adhérents.50 RELATIONS MARS 1984 LA DISSUASION\tLA DISSUASION selon la déclaration\tselon la commission des évêques français\t\u201cJustice et Paix\u201d \u201cCette logique est, bien sûr, une logique de détresse; elle ne peut cacher sa faiblesse congénitale.Certes, c\u2019est pour n\u2019avoir pas à faire la guerre qu\u2019on veut se montrer capable de la faire.C\u2019est encore servir la paix que de décourager l\u2019agresseur en le contraignant à un commencement de sagesse par une crainte appropriée.La menace n\u2019est pas l\u2019emploi.C\u2019est la base de la dissuasion et on l\u2019oublie souvent en attribuant à la menace la même qualification morale qu\u2019à l\u2019emploi.Toutefois, l\u2019on voit tout de suite le danger de la logique de la dissuasion.Pour ne pas laisser à l\u2019agresseur éventuel des illusions sur la crédibilité de notre défense,il faut qu\u2019on se montre résolu à passer à l\u2019action si la dissuasion échoue.Or la légitimité morale de ce passage à l\u2019acte est plus que problématique.(.) Mais la menace n\u2019est pas l\u2019emploi.L\u2019immoralité de l\u2019usage rend-elle immorale la menace?Ce n\u2019est pas évident.Car nous ne pouvons pas faire abstraction de la complexité des choses telles qu\u2019elles sont, disait le concile.Dans la situation de violence et de péché qui est celle du monde, les politiciens et les militaires ont un devoir de justice de désamorcer les chantages auxquels la nation pourrait être soumise.\u201d Gagner la paix, déclaration des évêques français sur la dissuasion nucléaire.(Dans Cahiers de l\u2019actualité religieuse et sociale, no 278, 15 déc.1983, p.676-677.).\u201cPour un chrétien français qui désire être fidèle à l\u2019enseignement des Églises, la question qui se pose n\u2019est pas de savoir s\u2019il lui est permis de mettre en oeuvre une frappe anti-cités: cela lui est interdit sans aucune ambiguïté.Elle est de savoir s\u2019il est légitime, pour une fin bonne (la défense, le maintien de la paix), de menacer de mettre oeuvre quelque chose qu\u2019il sait n\u2019avoir jamais le droit d\u2019exécuter.Tout le problème moral de la dissuasion est là: \u201cUne nation a-t-elle le droit de menacer de faire quelque chose qu\u2019elle n\u2019a jamais le droit de faire?A-t-elle le droit de posséder des armes qu\u2019elle n\u2019a jamais le droit d\u2019utiliser?\u201d.La dissuasion est pleine de ces paradoxes logiques, stratégiques, éthiques.Il vaut mieux les reconnaître et les traiter ouvertement que de continuer à faire comme s\u2019ils n\u2019existaient pas.(.) Dès lors, chrétiens français, nous sommes affrontés à une contradiction réelle et redoutable.Nul ne peut mettre en doute l\u2019existence de menaces militaires, difficiles à évaluer, mais non négligeables.Nul ne peut mettre en doute la nécessité de défendre, fût-ce par les armes, la capacité de notre pays à créer sa propre histoire, sa liberté en somme.Mais, en même temps, nous ne pouvons approuver la dissuasion anti-cités, même si certains affirment qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une doctrine de non-guerre.Cette contradiction ne saurait être résolue dans l\u2019immédiat, faute, semble-t-il, de solutions de rechange directement utilisables.\u201d Éléments de réflexion sur la dissuasion nucléaire française.Texte publié le 28 avril 1983, par la commission française \u201cJustice et Paix\u201d, p.XIV, XV et XVI.C.M.\u2014 C\u2019est tout à fait évident.En France, c\u2019est moins fort, li faut dire qu\u2019en Allemagne, en Hollande et en Grande-Bretagne, le mouvement de masse a été largement suscité par l\u2019affaire des Pershing et des Cruise.Ces grandes manifestations ne sont pas nécessairement le fait d\u2019un mouvement idéologique qui, tout d\u2019un coup, traduirait la conversion de millions de citoyens à une idéologie pacifiste ou neutraliste.Les sondages sont éclairants là-dessus.Ils indiquent un mouvement ponctuel, créé par un problème concret: l\u2019implantation en divers pays de nouvelles armes nucléaires dont les caractéristiques manifestent qu\u2019elles sont destinées à la guerre et non pas seulement à la dissuasion.L\u2019enjeu était donc d\u2019empêcher que ces armes soient implantées chez soi.Qu\u2019est-ce qui va se passer maintenant qu\u2019elles le sont bel et bien, c\u2019est une autre question.En France, il n\u2019y avait pas d\u2019enjeux de cette sorte, parce qu\u2019il n\u2019y a pas ici de Pershing ou de Cruise.Le gouvernement français n\u2019a même pas pris part à la décision de l\u2019OTAN.Il a cependant participé au débat qui a suivi, et il a même fait clairement savoir qu\u2019il était favorable à l\u2019ins- RELATIONS MARS 1984 tallation des missiles.Mais, de façon générale, les citoyens français ne se sont pas sentis concernés.Quant aux armes nucléaires françaises, on peut bien être contre, mais c\u2019est beaucoup plus difficile de mobiliser l\u2019opinion publique contre des armes que nous avons payées avec nos propres impôts et dont on nous dit qu\u2019elles ont pour but de nous défendre contre des armes étrangères.Rel.\u2014 Par ailleurs, malgré la très grande précision de tir des Pershing tout autant que des SS-20, un conflit qui éclaterait en Europe laisserait difficilement la France intacte.Le danger est continental.\u2014 Tout à fait.J\u2019essaie d\u2019expliquer pourquoi l\u2019opinion française n\u2019a pas réagi aussi fortement qu\u2019en Allemagne, en Hollande, en Italie ou en Angleterre, mais mon opinion, c\u2019est que nous aurions dû réagir.C\u2019est pour cela que je suis actif moi-même dans un mouvement de paix en France.Car, effectivement, s\u2019il y avait une guerre 51 nucléaire en Europe, la France serait dedans jusqu\u2019au cou.Et ce problème ne concerne pas que les chefs de gouvernement.Voilà pourquoi nous avons mis sur pied la branche française de ce grand mouvement européen qu\u2019est le Comité pour le désarmement nucléaire en Europe (CODENE).C\u2019est difficile parce que nous avons contre nous toutes les forces politiques (à part les petites formations comme le PSU), toutes les forces sociales et intellectuelles, puisqu\u2019une partie de la gauche s\u2019est ralliée à l\u2019anti-soviétisme reaganien.Le mouvement de paix n\u2019a pas chez nous, comme dans d\u2019autres pays, le soutien des Églises ou de blocs importants de l\u2019appareil politique, soit un parti ou l\u2019aile d\u2019un parti (comme le Parti travailliste en Angleterre, une proportion significative du Parti social-démocrate en Allemagne, le Parti communiste en Italie, etc.), soit une partie de l\u2019intelligentsia, des gens des médias, des universités.Il n\u2019y a rien de tout cela en France.Il est donc très difficile de sortir le mouvement de sa marginalité.Rel.\u2014 La lettre des évêques risque-t-elle d\u2019affaiblir les efforts du mouvement de paix?C.M.\u2014 C\u2019est possible.La vérité oblige à dire cependant qu\u2019il n\u2019y a pas de polémique dans cette lettre contre les mouvements de paix.Il y a même des passages très positifs à l\u2019égard des mouvement non violents, ce qui est encore rare dans l\u2019Église, et dans un texte épiscopal français tout à fait nouveau.Rel.\u2014 Isolés face à l\u2019opinion publique française, sur quelle force comptez-vous pour élargir et diffuser le CODENE?C.M.\u2014 Le CODENE a été créé il y a à peine deux ans.Refusant la tutelle du \u201cMouvement de la paix\u201d, d\u2019obédience soviétique, nous avons voulu créer quelque chose qui soit le petit frère des mouvements allemand, hollandais, anglais, italien.Le CODENE se recrute principalement du côté des écologistes, des mouvements de paix traditionnels plus ou moins chrétiens, comme le Mouvement pour une alternative non violente, le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (qui est la seule organisation explicitement chrétienne dans ce regroupement), chez quelques groupes d\u2019extrême-gauche (mais pas d\u2019extrême-gauche dogmatique), ainsi que parmi des groupes de solidarité anti-impérialistes.Notre volonté est de poser le problème de la paix dans ses dimensions Est-Ouest et Nord-Sud.Nous avons des contacts avec les dissidents de l\u2019Est, des Hongrois, des Tchèques, des Russes du mouvement indépendant qui essaie de naître à Moscou et dont quelques-uns sont en prison, et parfois avec des mouvements du tiers monde.Pacifisme ou non-violence ?Rel.\u2014 Vous refusez d\u2019être appelés \u201cpacifistes\u201d?C.M.\u2014 En général, il y a très peu de gens en France qui se disent pacifistes.C\u2019est un problème de vocabulaire; tout dépend de ce qu\u2019on appelle le pacifisme.Si on entend par là une position idéologique qui condamne par principe et a priori tout usage des armes, ce n\u2019est pas très répandu en France.Même le MAN (Mouvement pour une alternative non violente), le courant dans lequel je m\u2019inscris, ne part pas d\u2019une position pacifiste mais propose plutôt des alternatives de moyens de défense sans armes, parce qu\u2019il nous semble que dans l\u2019avenir c\u2019est de ce côté-là qu\u2019il y a les plus grandes chances d\u2019espoir; mais nous ne partons pas d\u2019une sorte de raisonnement abstrait qui partirait de principes \u201cpacifistes\u201d.Rel.\u2014 Pacifistes ou non, est-ce que vous êtes amenés parfois à poser des actes de désobéissance civile?C.M.\u2014 Oui.Mais la désobéissance civile n\u2019est pas le pacifisme, c\u2019est la non-violence.Chez nous, le mot pacifisme évoque une idéologie des années 20 ou 30, qui a survécu dans une petite organisation ultra-minoritaire.Cela fait un peu vieillot.Le fait même qu\u2019on utilise tant le mot pacifisme à notre endroit traduit une volonté de dénigrement et nous essayons de réagir.La situation et le vocabulaire sont sans doute un peu différents dans d\u2019autres pays.Rel.\u2014 Venons-en au mouvement non violent.Est-il surtout concentré sur Paris ou assez bien diffusé au niveau des régions de la France?C.M.\u2014 Très peu sur Paris en fait.Les gens qui agissent sont en province.Le mouvement non violent français ne s\u2019occupe pas que des problèmes militaires mais aussi des problèmes sociaux, de la question des immigrés, etc.La grande \u201cmarche pour l\u2019égalité et contre le racisme\u201d qui vient d\u2019avoir lieu \u2014 ils sont partis 30 de Marseille et ils sont arrivés 1 00 000 à Paris \u2014 était animée par Christian Delorme qui est un des fondateurs du MAN.Le mouvement non violent se veut beaucoup plus large; mais en ce qui concerne son action contre les armes nucléaires, il la mène au sein du CODENE, avec d\u2019autres groupes qui ne partagent pas la perspective non violente.Rel.\u2014 C\u2019est très sain, ce lien, cette articulation entre les mouvements contre la guerre nucléaire et les problèmes sociaux.Parce que certains craignent, dans un contexte de dépolitisation et de crise politique comme c\u2019est le cas au Québec, que l\u2019engouement contre la course aux armements ne soit une issue, un exutoire pour trop de militants qui ne croient plus à l\u2019action politique.C.M.\u2014 Ce n\u2019est pas le cas en France, certainement.Au contraire, ceux et celles qui s\u2019engagent dans le mouvement non violent sont des gens qui croient toujours à l\u2019action politique mais qui ont pris ce terrain-là parce qu\u2019il leur paraît urgent et que personne d\u2019autre ne s\u2019en occupe.Notre combat contre la \u201cmentalité nucléaire\u201d n\u2019est pas décollé d\u2019un souci d\u2019intervention sur les problèmes politiques et sociaux français.Notre seule marginalité reste celle du nombre.\tiiiiiiiiiiiiimm 52 RELATIONS MARS 1984 Charte de l\u2019Église d\u2019Haïti pour la promotion humaine ¦¦¦¦«¦I \t par Karl Lévêque Le titre est impressionnant, un peu solennel.Dans un pays où les textes officiels (Code du travail, Constitution, etc.) mettent souvent sur papier de très beaux principes, inoffensifs à force d\u2019être abstraits, on pourrait craindre qu\u2019il ne s\u2019agisse là que d\u2019énoncés théoriques sur la dignité humaine, le sens de la famille, le rôle de l\u2019État, les droits du citoyen au travail, à l\u2019éducation, à la santé, tels qu\u2019on aurait pu les rédiger depuis Paris, Oslo, Berkeley, Heidelberg ou Rome.Il n\u2019en est rien.Certes, la structure solide, la présentation rigoureuse de ce document vont imposer le respect à tous, et à toutes les parties.Cette approche et ce niveau de langage empêcheront même probablement une contestation ouverte et une répression de la part du gouvernement.Par ailleurs, les exigences requises pour \u201cla promotion du paysan\u201d, les allusions concrètes aux conséquences sociales des barrages hydro-électriques, les suggestions claires en faveur d\u2019un contrôle de l\u2019industrie, de ses profits, de ses exportations, pour éviter \u201ctoute domination du capital étranger\u201d, le rappel ferme des droits du travailleur, tout cela donne à ce texte des évêques haïtiens une audace prophétique.La Charte proprement dite est curieusement suivie, en annexe, de \u201cnotes\u201d qui ressemblent à un projet parallèle ou antérieur, dont le ton et les harmoniques éveilleront certainement plus de connivences et de complicités avec le public haïtien que le document principal.Quelles que soient les raisons pour lesquelles ces \u201cnotes\u201d n\u2019ont pas été intégrées à la Charte, il est heureux qu\u2019on les ait aussi publiées.Elles aident à faire le lien entre les principes de la Déclaration universelle 1.\tLe 28 novembre est un triste anniversaire: trois années de suite, durant la dernière semaine de novembre, le régime a frappé: en 1 979, ce fut le vendredi noir, chez les Pères Salésiens; en 1 980, la cinquantaine d\u2019arrestations pour stopper ce qu\u2019on a appelé le \u201cmouvement démocratique\u2019\u2019 en Haïti; et en 1 981, l'arrestation de Rock Charles Dérose et de plusieurs autres militants.2.\tLe fameux discours du pape, le 8 mars 1 983, avait été précédé la veille d\u2019un vibrant sermon de Mgr Romélus, prononcé devant cent mille personnes devant le Palais national, à la cérémonie de clôture de l\u2019année mariale et eucharistique.Sa critique virulente du régime fait songer aux homélies de Mgr Romero.N\u2019était-ce l\u2019intervention du pape le lendemain, qui allait dans le même sens, le gouvernement le lui aurait déjà fait payer.des droits de l\u2019homme et une histoire tragique, difficile, qui est celle du peuple haïtien.Les deux textes au fond se complètent.Le premier, statique, formule des énoncés de droit qui constituent, comme en creux, un implacable réquisitoire contre le régime actuel.Le deuxième, dynamique, évoque cette \u201clutte historique faite (.) de solidarité, de courage et de sacrifices (.) qui a fait surgir dans et par la liberté la nation haïtienne, l\u2019État haïtien\u201d.Son référent n\u2019est pas la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme.mais le \u201cprojet de société du peuple\u201d tel qu\u2019inscrit dans son refus de l\u2019esclavage et de l\u2019exploitation.Ce qui finalement donne à la Charte sa vraie signification, sa portée explosive, c\u2019est la trame historique des relations entre l\u2019Église et l\u2019État depuis deux ou trois ans.Avec une naïveté enthousiaste, les chrétiens, là-bas, nomment une date qui est plus qu\u2019un tournant mais la \u201cvéritable Pentecôte\u201d de l\u2019Église haïtienne: le Symposium de décembre 1982, où laïcs, religieux, prêtres et évêques rédigent un document, L\u2019Église, c\u2019est nous, où l\u2019interpellation des pauvres est manifeste.Ce texte, ce congrès, on peut le deviner, ne font que cristalliser, résumer, une prise de conscience étalée au moins sur les deux années qui avaient précédé.Bien avant le Symposium déjà, la tension était forte entre le ministère des Cultes et le clergé: sermons \u201csubversifs\u201d, convocations au Palais national, Bilan du 28 novembre1 publié par la Conférence haïtienne des religieux (CHR), etc.Mais c\u2019est l\u2019arrestation, fin décembre 1982, d\u2019un animateur chrétien, Gérard Duclervil, qui va déclencher une réaction populaire inédite.L\u2019Église du Symposium est prise à son propre mot.et elle se compromet.Les pétitions s\u2019accumulent.Les évêques se mouillent.La contestation se fait oecuménique.Une journée nationale de prière est décrétée.Duclervil, un tympan crevé, les fesses en lambeaux, sera relâché.Le régime, pour la première fois, a dû céder devant la montée populaire.Il n\u2019en est que plus décidé à mettre l\u2019Église au pas: on prévoit 18 expulsions.Le gouvernement attend, pour frapper, le passage de Jean-Paul II, qui croit-il, va rappeler aux prêtres et aux religieux l\u2019interdiction de faire de la politique.Le pape, retrouvant sans doute en Haïti un parallèle à la situation polonaise \u2014 l\u2019Église seul défenseur et porte-voix du peuple face à un régime omnipotent\u2014, appuie la prise de parole de l\u2019Église et confirme le ton prophétique d\u2019un Mgr Romélus.2 Le gouvernement, désorienté, décide de changer de stratégie et cherche la conciliation.Il propose à l\u2019épis- RELATIONS MARS 1984 53 UNE STRUCTURE VICIÉE Les esclaves d\u2019aujourd\u2019hui, ce sont les paysans sans terre, abandonnés, isolés, sans instruction, sans eau, sans soin de santé: les hommes sans travail et sans considération; les femmes exploitées et humiliées; les familles victimes du chantage; les jeunes sans avenir, initiés à la trahison et à la dénonciation; les prolétaires de nos villes: ouvriers, petits artisans, petits commerçants, professeurs et petits employés de nos villes et de nos campagnes; les habitants de nos bidonvilles; ceux qui ont été obligés d\u2019émigrer ou de s\u2019exiler et qui sont poursuivis continuellement par les services d\u2019immigration ou qui font l\u2019objet du mépris et de la haine dans la plupart des pays étrangers.Ils espèrent trouver ailleurs ce qu\u2019ils devraient normalement trouver chez eux.Au plan culturel, social, économique et politique, nous aboutissons, comme au temps de la colonisation, à deux sociétés dont l\u2019une minoritaire exerce tous les droits aux dépens de l\u2019autre majoritaire, réduite au silence, dominée, exploitée, ne vivant que pour créer et perpétuer le bien-être et le confort de la première: \u201cBourik travay pou chwal garyonnen\u201d.Charte de l\u2019Église d\u2019Haïti pour la promotion humaine (notes), p.33.copat une table de concertation pour trouver un moyen d\u2019appliquer l\u2019\u201cavis\u201d pontifical: il faut que les choses changent.Et pour la première fois, il est question d\u2019une charte des droits humains qui serait rédigée conjointement par l\u2019Église et l\u2019État.Après une légère hésitation, l\u2019épiscopat se ravise: cette charte, l\u2019Église la rédigera toute seule.Le 11 avril 1 983, les évêques publient une importante lettre pour justifier cette position, c'est-à-dire le droit pour l\u2019Église d\u2019intervenir de son propre chef dans le domaine social et politique.La CHR, de son côté, a rédigé deux textes remarquables durant l\u2019année, l\u2019un au printemps \u2014 le fameux \u201cPlan global\u201d \u2014 et l\u2019autre à l\u2019automne.C\u2019est donc dans ce contexte, trop brièvement rappelé ici, que la Charte du 8 décembre 1983 prend tout son relief.Elle est portée par une pratique.Elle est signée par six évêques (tout l\u2019épiscopat) qui parlent au nom d\u2019un peuple dont on a bâillonné ou expulsé tous les porte-parole.Elle est la voix grave, lourde, \u2014 pour le régime, il faut dire menaçante \u2014 d\u2019une Église qui a pris conscience, dans une large proportion, qu\u2019elle ne peut plus cautionner le gouvernement en place, parce que ses solidarités sont avec les pauvres, avec un peuple opprimé et dans la misère.MONTREAL RACISTE, EST-CE POSSIBLE?par Julien Harvey Depuis de nombreuses années, les spécialistes du préjugé raciste ont établi une liste des conditions qui favorisent la manifestation, souvent violente, d\u2019un préjugé qui existe en pratique au fond du coeur de tous les humains.Cette liste comprend en général dix facteurs1 2 3.1.\tUn milieu dont la population est hétérogène.2.\tUne possibilité de promotion sociale et économique réelle.3.\tDes changements sociaux rapides et récents.4.\tDe l\u2019ignorance et des barrières entre les groupes.5.\tUne proportion assez considérable de minorités.6.\tDes points de rivalité et de conflit réels.7.\tDes mécanismes d\u2019exploitation de certains groupes.8.\tDes boucs émissaires harcelés impunément.9.\tDes légendes et traditions appuyant le préjugé.10.\tUn refus à la fois de l\u2019assimilation et du pluralisme culturel.Si nous voulons évaluer sérieusement des manifestations récentes de malaise social à Montréal, discrimi- 1.Le meilleur ouvrage sur l\u2019ensemble de la question est encore; Gordon W.All-port, The Nature of Prejudice, Cambridge, 1954.Voir également: Pierre Birn-baum, Ed., Le racisme, mythes et science, Bruxelles, 1981; George L.Mosse, Toward the Final Solution: A History of European Racism, New York, 1978; Daniel G.Hill, Les droits de la personne au Canada: regards sur le racisme, Congrès du Travail du Canada, 1977.54 RELATIONS MARS 1984 ¦ \u2022, CUISINE VIETNAMIENNE Les nouveaux arrivés sbali nation contre les chauffeurs noirs (Relations, mars et juillet 1 983), incidents impliquant des groupes de jeunes dans le métro (Relations, octobre 1.983), c\u2019est à des points de repère de ce genre que nous devons nous référer.Autrement, ces manifestations risquent de demeurer des \u201cclignotants\u201d, que nous aurons tendance à sous-estimer, comme l\u2019a fait remarquer un éditorial lucide de Lise Bis-sonnette (Le Devoir, 13 janv.1984).Essayons d\u2019évaluer Montréal à l\u2019aide des dix points de repère cités ci-dessus.Comme la documentation statistique fait encore défaut sur plusieurs points ou qu\u2019elle serait trop lourde à manoeuvrer en détail ici, je me contente de suggérer pour chaque point, comme première recherche, un indice de l\u2019importance du facteur concerné.Montréal, homogène ou hétérogène ?Montréal est déjà une vieille ville, en contexte nord-américain.Elle a été française pendant plus d\u2019un siècle, puis de plus en plus anglaise après la conquête et surtout entre 1840 et 1870, pendant la période de croissance rapide correspondant à l\u2019industrialisation et au mouvement d\u2019expansion vers l\u2019ouest du Canada.Puis le groupe français a repris de la vigueur en même temps que l\u2019immigration venait ajouter un facteur mul-ti-ethnique, qui s\u2019est maintenu aux environs de 15%.Aujourd\u2019hui, la région montréalaise est constituée de 70,5% de francophones, 18,8% d\u2019anglophones et de 10,7% d\u2019allophones, mais cette répartition linguistique exprime de moins en moins les origines des Montréalais, si on tient compte de l\u2019assimilation à l\u2019une ou l\u2019autre des cultures anglaise et fran- 2.Le texte de l\u2019UNESCO dit: \u201cLe comité d\u2019experts s\u2019entend sur les conclusions suivantes concernant les causes sociales du préjugé racial: a) l\u2019importance des causes sociales et économiques du préjugé racial se fait spécialement sentir dans les sociétés d\u2019établissement récent (settler societies) où se manifestent de grandes inégalités de pouvoir et de propriété, dans les régions urbaines où se sont constituées des ghettos où des personnes se voient refuser l\u2019accès égal à l'emploi, à RELATIONS MARS 1984 çaise.On n\u2019a pas à aller plus loin pour conclure que Montréal est vraiment hétérogène.\u2022 Mais si on la compare aux villes importantes de l\u2019Ontario ou de l\u2019Ouest, en particulier à l\u2019autre pôle majeur d\u2019attraction des immigrants, Toronto, on doit nuancer cette conclusion.Hétérogène, oui, mais moins que d\u2019autres.Et surtout d\u2019une hétérogénéité atténuée par le fait que les couches plus anciennes de sa population ont acquis une certaine stabilité dans leur convivance et même dans ce que nous appelons depuis longtemps les deux solitudes.Un premier signe de l\u2019accommodation des divers groupes ethniques à Montréal est la présence de leurs représentants dans les services publics, de l\u2019hôtel de ville aux autobus et également la popularité de leur cuisine!, des delicatessen juifs aux pizzerias italiennes.En somme, une véritable hétérogénéité mais pas du type explosif que décrit, par exemple, la 4e Déclaration de l\u2019UNESCO l\u2019habitation, à la participation politique, à l\u2019éducation, à l\u2019administration de la justice, et enfin dans les sociétés où certaines tâches sont considérées comme contraires à l\u2019éthique de certains membres ou indignes d\u2019eux et sont en conséquence assignées à des groupes ethniques qui sont ensuite l\u2019objet de la dérision ou du blâme pour les avoir acceptées\u2019\u2019.- Voir Ashley Montagu, Statement on Race, Londres et New York, 1 972.sur le racisme (1967, par.11)* 2.Par conséquent, indice de tension faible.Montréal, ville compétitive ?Les psychologues du préjugé racial ont remarqué depuis longtemps que le racisme se développe peu dans les milieux où la mobilité sociale et économique est réduite et que par contre l\u2019hostilité raciale est un moyen privilégié de défoulement de ses échecs de promotion sociale ou économique; ce procédé du bouc émissaire demanderait une longue explication, étant à la fois un facteur mystérieux et très répandu.La mobilité verticale sur le plan économique et social ou professionnel est un trait de la société canadienne en général.Mais pour Montréal, il faut ajouter deux traits: l\u2019importante migration des diverses régions du Québec vers la métropole et le haut taux de chômage dans la métropole.Si on ajoute à cela le fait que 78% de nos immigrants s\u2019installent à Montréal, que 44,3% d\u2019entre eux sont inscrits dès l\u2019arrivée comme \u201ctravailleurs\u201d et que la répartition des emplois qu\u2019ils souhaitent trouver correspond à peu près exactement à l\u2019échelle montréalaise des emplois (par exemple, 10,1% dans les services, 15,4% dans les métiers de fabrication, 1 6,2% de cols blancs, etc.), on comprend que l\u2019indice de tension soit élevé.55 Montréal et la révolution tranquille Les conflits racistes sont aussi favorisés par le fait que des changements sociaux profonds se sont produits récemment dans un milieu, entraînant une certaine faiblesse des structures, une discontinuité dans les traditions, un doute sur les valeurs collectives.Tout cela crée dans une partie importante de la population une anxiété vague et une culpabilité diffuse qui ne demandent qu\u2019à se reporter sur les groupes minoritaires auxquels on imputera alors facilement le délabrement perçu dans le milieu.À ce titre, il faut classer Montréal parmi les environnements hautement susceptibles de difficultés racistes.La révolution tranquille y a été en général plus forte qu\u2019ailleurs au Québec, qu\u2019il s\u2019agisse de ses retentissements sur la famille, sur le climat social, sur la moralité publique ou sur l\u2019école.Donc, indice de tension très élevé.Montréal, ville des petites patries Il est facile de comprendre le rôle que jouent l\u2019ignorance réciproque et les barrières de communication dans la croissance des préjugés raciaux.La projection imaginaire remplace la perception et cette projection imaginaire est presque toujours négative.Le racisme étant fondamentalement une généralisation à partir d\u2019une exception en même temps qu\u2019une projection sur un groupe considéré comme hostile des éléments qu\u2019on considère indésirables chez soi, l\u2019ignorance des autres, de leur genre de vie, de leur mode de penser, de leur culture, de leurs qualités est à la base d\u2019une grande partie des préjugés raciaux.Dans cette perspective, on peut montrer des réalités positives à Montréal.Par exemple, le Montréal de Mordecai Richler est présenté comme une ville de ghettos; c\u2019est beaucoup moins vrai aujourd\u2019hui.Mais il reste des concentrations, que notre type particulier d\u2019urbanisme essaie de contrecarrer; chaque groupe ethnique important à Montréal a sa carte de regroupements, depuis la petite Italie jusqu\u2019au Chinatown en 56 passant par la rue Crevier cambodgienne.Par ailleurs, les communications ne sont pas tout à fait absentes: nos postes de radio et de télé multiethniques, notre bilinguisme foncier dans les journaux, les grands médias et dans les affaires, avec ou sans Loi 101, sont des mécanismes partiels, qui peuvent atténuer certaines incompréhensions.Ici, donc, l\u2019indice de danger serait moyen.Montréal, arrivée au point critique ?Il est évident d\u2019abord que le conflit ethnique suppose que des groupes sont en étroit voisinage physique.Le sentiment raciste peut exister, même à l\u2019état virulent, dans le coeur d\u2019un citoyen de Rimouski (population francophone 98,7%), sans qu\u2019aucune conséquence en découle, jusqu\u2019à ce qu\u2019un groupe assez considérable d\u2019une minorité, surtout d\u2019une minorité visible, arrive, et arrive soudainement, dans le milieu.Des enquêtes américaines ont déjà proposé de disperser également sur tout le territoire des États-Unis les immigrants visibles, pour réduire le sentiment raciste.On a même déterminé des points critiques, au delà desquels le préjugé se manifeste violemment; 15% en France, 10% au Canada.Bien des Montréalais ont dû se donner bonne conscience dans le passé en observant les difficultés raciales à Toronto: ils oubliaient que les minorités visibles ont dépassé depuis plusieurs années le seuil de 10% à Toronto.À Montréal, nous sommes presque exactement au point critique canadien depuis plusieurs années (10,7% au dernier recensement).Donc, ici encore un indice moyen.Montréal et ses lieux de conflits réels On considère en général six théories pour expliquer le préjugé racial (l\u2019histoire, la réputation bien méritée, la rencontre socio-culturelle, la situation géographique, l\u2019image négative, la projection réprimée de type psychiatrique)3.Parmi ces théories, il faut reconnaître que la plus faible mais la plus répandue à l\u2019état instinc- tif est celle de la réputation bien méritée.Elle provient de l\u2019exagération et de l\u2019universalisation de conflits réels entre personnes et groupes de diverses ethnies.À Montréal, ces lieux de conflits sont en partie de vieux souvenirs: batailles entre jeunes Irlandais et jeunes Québécois, gangs d\u2019ouvriers au temps de la construction du canal de Lachine.Mais il existe de nouveaux lieux de conflits, en particulier les écoles.Le rapport La-perrière vient de concrétiser la gravité de la question dans sept milieux montréalais (voir les conclusions dans Le Devoir, 11 janv.1984).Par ailleurs, il faut souligner deux chances exceptionnelles de Montréal: ses minorités ethniques se recrutent en général parmi celles qui ne sont pas l\u2019objet d\u2019une agressivité particulière sur le plan international (songer aux représailles contre les minorités iraniennes aux USA ou pakistanaises en Ontario); de plus elles ont presque toutes de très faibles incidences de criminalité (songer aux émeutes raciales américaines contre les groupes noirs, à la suite de délits, à Watts, à Miami, à Chicago).Somme toute, l\u2019indice de danger montréalais est plutôt faible à cet égard.Montréal et ses mécanismes d\u2019exploitation Cette racine du conflit racial n\u2019a guère besoin d\u2019explication.Un groupe minoritaire est toujours en danger d\u2019être exploité.S\u2019il l\u2019est, il cherche naturellement à se reprendre.D\u2019où escalade.À Montréal, nous avons un cas récent indubitable, celui du taxi.Il n\u2019est pas encore réglé et les menaces de réduction du nombre de permis risquent de le raviver.Mais ce n\u2019est là que la pointe de l\u2019iceberg.Le point le plus grave est la discrimination dans l\u2019emploi, qui force les immigrants de plusieurs groupes au travail clandestin ou les oblige à vivre de l\u2019assistance sociale en forte majorité.Lorsque ce chômage atteint les jeunes, et il les atteint fortement, on peut prévoir des conséquences qui viendront renforcer le sentiment raciste: 3.Pour un développement sur ces théories et leur complémentarité, voir: T.Parsons & E.Shils, Toward a Theory of Social Action, Cambridge, Harvard U.P., 1951.RELATIONS MARS 1984 vols, vandalisme, groupes troublant la paix publique dans le métro ou les centres commerciaux, etc.Sur ce point, nous n\u2019en sommes encore qu\u2019au début de notre compréhension des problèmes et nous devons nous hâter avant que les mécanismes d\u2019exploitation et de disparité économique et sociale se mettent à jouer à plein.Ici, l\u2019indice de danger de Montréal est élevé.Le harcèlement racial à Montréal Plusieurs études de la croissance du racisme en Allemagne à l\u2019époque hitlérienne ont démontré deux choses: d\u2019abord, que le sentiment raciste comporte plusieurs paliers (harcèlement verbal et écrit, attitude de retrait devant les groupes étrangers, activités dont l\u2019objectif est d\u2019isoler les groupes étrangers, exploitation ouverte des personnes de ces groupes, violence physique pouvant aller jusqu\u2019à l\u2019assassinat) et, deuxièmement, que l\u2019on passe d\u2019autant plus facilement d\u2019un palier à l\u2019autre que les manifestations publiques de harcèlement racial restent impunies.Où en sommes-nous, à Montréal?Relativement peu de graffiti racistes, comme d\u2019ailleurs relativement peu de graffiti en général, un point dont il faut louer notre administration municipale qui les efface à mesure.Il y a quelques mois, un irresponsable écrivait partout sur les sièges du métro \u201cMort aux Juifs!\u201d, mais il a cessé depuis.Les manifestations les plus dangereuses de harcèlement racial ne sont cependant pas les griffonnages: ce sont les exploits de la police.À ce titre, Montréal ne figure pas trop mal, si on prend comme points de comparaison des situations américaines ou même le dossier de la police torontoi-se qui a à son crédit quelques fusillades difficilement justifiables (par exemple, celles où les Noirs Buddy Evans et Albert Johnson ont été tués).Mais nous avons quand même quelques cas analogues dans le passé récent (violence inutile de la rue Bélanger), et l\u2019enquête sur le taxi a révélé un harcèlement régulier encore à l\u2019heure actuelle de la part de certains agents à l\u2019égard des chauffeurs noirs.Pour le moment, nous devons demeurer attentifs également aux incidents de harcèlement dans les écoles, en particulier à l\u2019égard des étu- RÉFUGIÉS SANS STATUT Depuis le 16 décembre, une communauté de l\u2019Église unie, la paroisse St.Andrews de Montréal, sert de \u201csanctuaire\u201d à un jeune Guatémaltèque: l\u2019immigration canadienne a refusé d\u2019accorder à Rafael le statut de réfugié, il risque de se voir refoulé dans son i pays d\u2019origine.Il n\u2019est pas le seul.En décembre, le groupe SOS-Réfugiés et le Comité pour le non-refoulement étaient au courant de 6 cas (13 personnes) menacés prochainement de renvoi au Guatemala, malgré la violence de la répression et du génocide.On estime par ailleurs que dans 108 autres cas (200 personnes environ, dont quelques enfants nés au Canada) les services fédéraux pourraient adopter des mesures de renvoi.La situation critique des droits humains au Guatemala et la grave insécurité où se trouvent plongés ces réfugiés refoulés ont incité plusieurs communautés chrétiennes à évaluer les conséquences d\u2019une infraction à la Loi canadienne de l\u2019immigration.Après un temps de réflexion et de prière, on a jugé que, dans une telle situation, la loi de Dieu passe avant celle des gouvernements.Le droit d\u2019asile et l\u2019obligation de venir en aide à l\u2019étranger menacé ne sont pas inouïs en christianisme.Yahvé commandait à son peuple de prendre soin des membres les plus pauvres et les plus faibles de la société: l\u2019orphelin, la veuve, l\u2019étranger.L\u2019enseignement de Jésus de Nazareth renforce encore le grand commandement.Le moyen âge reconnaissait le droit d\u2019asile dans les églises et les monastères; au XIXe siècle, un réseau clandestin, le \u201cUnderground Railroad\u201d, assistait les esclaves en fuite du Sud des États-Unis; pendant la guerre du Viêt-Nam, plusieurs communautés chrétiennes ont soutenu les objecteurs de conscience et, depuis maintenant trois ans, un véritable réseau de \u201csanctuaires\u201d s\u2019est développé au sein des Églises américaines pour accueillir les réfugiés clandestins d\u2019Amérique centrale.Plus de 60 paroisses y ont déjà servi de sanctuaires et une centaine d\u2019autres les supportent.L\u2019archevêque catholique de Milwaukee, Dom Weakland, a lui-même accueilli une famille salvadorienne \u201cillégale\u201d et baptisé deux de leurs enfants: \u201cle sanctuaire, devait-il expliquer, n\u2019est pas tant un moyen de fuir la justice qu\u2019une trêve sacrée, un répit accordé aux victimes en attendant que puisse leur être rendue une vraie justice\u201d (Time, 25 avril 1983).À Montréal, on peut constater que, pour faire face à une situation d\u2019injustice, des communautés de diverses dénominations savent se regrouper et dépasser leurs différences: St.Andrews reçoit l\u2019appui de paroisses catholiques aussi bien que de communautés presbytériennes et mennonites.La loi de Dieu d\u2019abord.Kate Bulman du Comité chrétien (CCDHAL) diants asiatiques ou noirs.Somme toute, on peut conclure que Montréal figure relativement bien sur ce point et que l\u2019indice de discrimination est encore peu élevé.Le folklore raciste de Montréal Le sentiment raciste des vieilles cultures s\u2019alimente régulièrement à l\u2019histoire (anciennes violences commises par le groupe maintenant victime de la violence en retour) et à la légende (tares, pratiques honteuses dans un passé lointain et invérifiable).On n\u2019a qu\u2019à se référer à une histoire de l\u2019antisémitisme pour constituer un musée des horreurs dans ce domaine.Où en sommes-nous à Montréal?Il faut tout de suite mettre à part deux domaines: les relations avec les Amérindiens, où ce phénomène du folklore raciste joue encore fortement, malgré des progrès récents; et les relations entre anglo-montréalais et franco-montréalais.On n\u2019a par exemple qu\u2019à relire Mordecai Richler, peut-être notre plus grand romancier avec Gabrielle Roy, pour mesurer l\u2019importance folklorique de l\u2019image des \u201cPepsi\u201d, des \u201cFrogs\u201d et de celle des \u201cBlokes\u201d.Le reste du folklore raciste relève surtout de l\u2019ignorance et nous ramène à ce que j\u2019ai déjà relevé (n° 4).En particulier, les légendes racistes montréalaises que je connais peuvent être blessantes mais elles sont peu graves et ne portent pas à la violence: malpropreté de tel groupe, maladresse verbale de tel autre, indiscipline sexuelle de tel autre, mépris des règlements de certains, y RELATIONS MARS 1984 57 Une minorité bien enracinée compris et surtout des règlements de la circulation! Donc, ici, l\u2019indice de danger est relativement bas.Montréal, melting-pot ou mosaïque culturelle ?Dans le grand brassage des migrations modernes, toute une gamme de conséquences sont possibles: juxtaposition, accommodation, adaptation, assimilation4.Ces attitudes peuvent sembler indifférentes, mais elles cachent de profonds drames intérieurs, personnels et communautaires, de la part des groupes minoritaires et de la majorité.Et il faut ajouter qu\u2019un facteur joue un rôle majeur dans le choix d\u2019une attitude ou l\u2019autre: le prestige de la culture dans laquelle le groupe minoritaire se trouve plongé.Où en sommes-nous à Montréal?Une première réalité doit d\u2019abord être soulignée: Montréal a été une ville où de dures luttes contre l\u2019assimilation des Québécois par la culture anglaise ont été livrées depuis plus de deux siècles.Dures luttes qui expliquent en grande partie la situation difficile où se trouve le groupe anglophone de Montréal, surtout depuis la Loi 101, et l\u2019extrême sensibilité de ce groupe, qui comprend d\u2019ailleurs beaucoup d\u2019allophones qui se sont assimilés à la culture anglaise, devant la reprise du terrain par le français.À ce titre, nous devons constater la présence d\u2019un indice élevé de risque raciste.Mais ceci n\u2019est qu\u2019une dimension du problème: menacés eux-mêmes par l\u2019assimilation, les francophones de Montréal risquent de devenir assimilateurs à forte pression.Le rapport d\u2019Anne Laperrière (déjà cité au n° 6) signale cette tendance dans les écoles qu\u2019elle a étudiées.Nous avons à comprendre, aussi rapidement que possible, que l\u2019adaptation est dans la plupart des cas la solution la plus humaine, la plus respectueuse des cultures et aussi la plus enrichissante pour Montréal: il n\u2019y a aucune opposition entre la promotion de la langue française au travail ou dans les communications et la conservation de leur propre culture par tous les groupes qui le désirent, avec l\u2019appui financier de l\u2019ensemble de la population.Si l\u2019adaptation est trop laborieuse, il ne faut pas oublier que l\u2019accommodation est un moindre mal: que certains groupes qui ont été victimes plus que d\u2019autres de discrimination ici et ailleurs dans le monde soient réticents à l\u2019égard des Québécois de vieille souche, ne doit pas nous précipiter dans le dilemme du racisme: refuser à la fois l\u2019assimilation et la persistance des différences.Sur cette deuxième parti du 10e point de la grille d\u2019évaluation du racisme, il faut reconnaître que l\u2019indice de danger à Montréal, est élevé.Un premier bilan Cette première enquête rapide donne le bilan suivant.Facteurs légers: hétérogénéité relative de la population ancienne de Montréal (n° 1 ), lieux de conflits réels entre groupes raciaux (n° 6), actes racistes publics demeurant impunis (n° 8), justification historique et folklorique du préjugé racial (n° 9).Facteurs à influence modérée: barrières sociales entre groupes et ignorance réciproque (n° 4), rapidité de la croissance des groupes minoritaires nouveaux (n° 5).Facteurs critiques dangereux: mobilité sociale et économique élevée, permettant de dures luttes autour de l\u2019emploi (n° 2), évolution profonde et récente de la culture de la majorité (n° 3), développement de mécanismes d\u2019exploitation économique de certains groupes (n° 7), pressions assimilatrices et refus de la préservation des cultures des groupes minoritaires (n° 10).En un sens, c\u2019est un tableau positif.Il correspond au jugement qu\u2019exprimait il y a un peu moins de deux ans un journaliste de The Gazette, Glen Allen, quand il écrivait: \u201cDans l\u2019échantillonnage fait par The Gazette sur les rapports entre les groupes ethniques des villes canadiennes, Montréal se présente comme une ville propre, paisible et d\u2019un calme relatif\u201d, un jugement qu\u2019il accompagnait toutefois d\u2019un titre qui me semble très juste: \u201cMontreal: No fires yet, but some smoke\u201d(Montréal: pas d\u2019incendies, mais déjà un peu de fumée, The Gazette, 14 avril 1982).Le 12 janvier dernier, l\u2019ombudsman de The Gazette, Clair Balfour, répondait de façon hésitante à des plaintes 4.On peut décrire assez précisément ces situations sociales.Juxtaposition: l\u2019établissement, généralement successif, de groupes ethniques, les uns à côté des autres, avec un minimum de communications, généralement réservées à des élites.Accommodation: arrangement à l\u2019amiable entre les groupes ethniques, par des compromis correspondant aux intérêts de chaque groupe.Adaptation: union entre des groupes ethniques, en modifiant le comportement de chacun pour correspondre aux habitudes du groupe majoritaire préexistant, en se servant de ces habitudes comme point de repère.Assimilation: processus de remplacement progressif du comportement et de la culture des groupes minoritaires par ceux du groupe majoritaire préexistant, amenant la disparition de la culture du groupe assimilé ou sa réduction à des vestiges folkloriques.\u2014 Il est utile de signaler que dans certaines conditions la juxtaposition ou l'accommodation peuvent être la solution la moins défavorable (certains groupes amérindiens de la Côte-Nord, par exemple, semblent le préférer); mais ils ne peuvent être conseillés, surtout en milieu urbain, qu\u2019au titre de pis-aller.58 RELATIONS MARS 1984 de lecteurs, en particulier de M.Sébastien Alakatusery, président de la Afro-Asian Foundation of Canada, concernant le ton alarmiste des textes du journal à propos des méfaits de groupes de jeunes dans le métro au temps des Fêtes et des interventions de la police à leur égard.Il faisait remarquer avec raison que les médias manquent d\u2019éthique sociale en signalant la couleur des personnes impliquées dans un délit uniquement lorsque ces personnes appartiennent à une minorité visible.Mais il rassurait trop, en même temps, les Montréalais sur le caractère normal d\u2019une certaine tension entre groupes ethniques.Et surtout il ne suggérait aucune action à entreprendre.Même si elle est positive, c\u2019est là une attitude dangereuse devant le \u201cclignotant\u201d du racisme.Quelques lignes d\u2019action Le tour d\u2019horizon que je viens de proposer, à partir d\u2019une grille classique d\u2019exploration du racisme, suggère de se soucier rapidement et efficacement des points où l\u2019indice de danger est élevé.Comme on l\u2019a vu plus haut, il y en a quatre: la question de l\u2019emploi (correspondant au facteur n° 2), celle de l\u2019organisation de l\u2019adaptation (n° 3), celle de la protection légale contre l\u2019exploitation raciste (n° 7) et celle des immigrants dans l\u2019école (n° 10).Je ne veux qu\u2019esquisser ici des points plus urgents, qu\u2019il faudrait reprendre en détail.D\u2019abord, l\u2019emploi.Lors des auditions de la commission Fleming, le 18 octobre dernier, une représentante de la communauté chinoise de Montréal, Mme Lily Tang, dénonçait le racisme discret qui se manifeste, disait-elle, par la tendance à employer en dernier lieu et à licencier en premier lieu les personnes de couleur.Cette attitude trop répandue dans l\u2019entreprise privée (le taxi en a été la manifestation la plus claire) explique que le niveau de chômage dans les minorités visibles se maintienne régulièrement au delà du double du taux de chômage actuel à Montréal (récemment, 11% pour l\u2019ensemble, 24% pour les minorités visibles).On comprend les pressions, malheureusement peu efficaces, des groupes ethniques pour modifier le code du travail de façon à favoriser la syndicalisation des immigrants.Un point difficile est la proposition, souvent appuyée par les groupes minoritaires, de la syndicalisation multipa-tronale, qui, sous une forme ou l\u2019autre, est pratiquement indispensable à leur protection.Si les grandes centrales veulent contribuer à la justice et à la paix sociale à Montréal, il y a là une question de première urgence.Sur le terrain de l\u2019emploi public, l\u2019indice de danger est au moins aussi élevé.Il y a quelques mois, un journaliste, Pierre Leroux, titrait: \u201cLa communauté noire blâme l\u2019administration Drapeau pour sa politique \u2018blanche\u2019 \u201d.Il est difficile d\u2019expliquer autrement que par la discrimination, celle d\u2019une administration complaisante à l\u2019endroit des éléments racistes de notre milieu, le fait qu\u2019il n\u2019y ait pratiquement aucun policier noir ou asiatique parmi les quelque 4 000 agents (2 au moment de la rédaction de l\u2019article), pratiquement aucun dans le personnel visible de la CTCUM, des exceptions rares dans les bureaux de ia ville.Et signalons que la vieille objection astucieuse concernant la petite taille de plusieurs groupes ethniques ne tient plus, les exigences pour les services publics ayant été modifiées dans la plupart des grandes villes, Toronto la première.Ici encore, un remue-ménage s\u2019impose au sommet, si l\u2019administration montréàlaise, CUM comprise, veut sérieusement prévenir la violence raciste.L\u2019organisation de l\u2019adaptation est une question presque aussi grave, même si quelque chose est déjà en marche.Il faut d\u2019abord nous rendre compte que les décisions concernant l\u2019immigration au Québec sont choses récentes pour nous, le gouvernement fédéral ayant tout décidé à notre place jusqu\u2019en 1968.Plus récentes encore les responsabilités de l\u2019adaptation concrète, du côté francophone, étant donné que jusqu\u2019à la Loi 101 la presque totalité de l\u2019adaptation montréalaise était anglophone.On n\u2019a qu\u2019à se rappeler les dures querelles linguistiques et scolaires de Saint-Léonard, l\u2019identification pratique de l\u2019enseignement religieux non chrétien au Montreal Protestant School Board, le caractère presque universellement anglophone des paroisses nationales montréalaises d\u2019il y a dix ou quinze ans.Le résultat pratique est que les organismes francophones de Montréal sont très peu Coin Jarry et Langelier.préparés à organiser l\u2019adaptation.Et que dans la majorité de la population, le saut psychologique n\u2019est même pas fait: un allophone est perçu comme un anglophone potentiel et donc comme quelqu\u2019un que d\u2019autres doivent aider dans son adaptation.On sait bien qu\u2019il y a les COFI et les classes d\u2019accueil.Mais peu d\u2019initiatives naissent au niveau du voisinage, des loisirs, de l\u2019échange culturel, des paroisses.Ici, l\u2019initiat've privée peut et doit faire beaucoup si nous voulons éviter cette meurtrière juxtaposition des ghettos qui a ruiné la vie urbaine un peu partout aux États-Unis.Les organismes de soutien des communautés nationales peuvent également faire beaucoup, à condition qu\u2019elles évitent de s\u2019adresser uniquement aux instances gouvernementales (comme plusieurs le font actuellement), qu\u2019elles évitent de se percevoir comme des forteresses dont la vocation est de défendre à tout prix leurs membres même dans ce que leurs défauts peuvent avoir de plus inacceptable (ce que certaines associations évitent avec succès, ce que d\u2019autres visiblement refusent en criant inutilement au racisme).Mais RELATIONS MARS 1984 59 encore une fois l\u2019essentiel doit venir de la grande communauté qui accueille.Et ici elle doit modestement reconnaître qu\u2019elle a tout à apprendre; je songe à un colloque tenu en juin dernier intitulé \u201cFemmes immigrantes, à vous la parole\u201d et dont les conclusions étaient simples: la société québécoise nous accueille avec mépris et avec paternalisme.La question de la protection légale contre l\u2019exploitation est également urgente.Nous avons une charte des droits de la personne, nous avons des lois canadiennes contre la discrimination, mais elles sont jusqu\u2019à présent d\u2019une imprécision telle qu\u2019on ne peut guère s\u2019en servir, comme le reconnaissait le ministre fédéral de la Justice, M.Mark MacGuigan, en novembre dernier.Les poursuites intentées à la suite de l\u2019enquête de la Commission des droits de la personne du Québec sur la discrimination dans le taxi à Montréal auront sans doute un effet positif.Il serait heureux que d\u2019autres soient intentées à l\u2019occasion dans le domaine épineux du logement, tout comme dans celui de l\u2019emploi domestique.Le gouvernement du Québec a fait beaucoup, récemment, pour aider les citoyens à prendre conscience de leurs droits; il faut souhaiter que cet effort soit prolongé du côté des minorités ethniques.Enfin, le quatrième domaine brûlant est celui de l\u2019immigrant dans l\u2019école.Si nous nous soucions vraiment de l\u2019intégration ou de l\u2019adaptation qui sera indispensable au Montréal mul-ti-ethnique de demain, c\u2019est par l\u2019école qu\u2019il faut commencer.La CECM s\u2019est donné depuis quelques années un responsable des relations entre les groupes ethniques; il faut d\u2019abord se demander s\u2019il ne faut pas renforcer ce service, le rendre autonome par rapport aux autorités municipales, lui adjoindre un ombudsman ainsi que des conseillers(ères) choi-si(e)s parmi les communautés nationales représentées assez largement à Montréal.Il importe ensuite de tenir compte des très bonnes recommandations de Mme Anne Laperrière dans le rapport déjà cité.En particulier, que les directives du ministère de l\u2019Éducation ne favorisent pas une attitude assimilatrice à tout prix de la part des directions d\u2019écoles et des enseignants, que des moyens soient mis en oeuvre pour mettre à jour la culture des enseignantes sur les bases culturelles de leurs élèves immigrants récents et plus anciens, de façon à rendre possible la communication et à éviter un paternalisme enfantin.Plus délicate mais pratiquement indispensable est la recommandation d\u2019une entente patronale-syndicale spéciale dans les écoles à forte population néo-québécoise, de façon à favoriser l\u2019engagement de professeurs de même culture que la majorité de leurs élèves et surtout de façon à éviter le fameux carambolage (\u201cbumping\u201d) qui rend impossible la stabilité du personnel habitué au contact d\u2019un milieu ethnique donné.Dans ce contexte, il peut être intéressant de constater que les dernières statistiques pour Montréal (1979) nous révèlent que 21 8 immigrants ou immigrantes s\u2019installant ici cette année étaient des enseignantes, soit 3,6% de l\u2019ensemble de l\u2019immigration montréalaise en 1979.Une autre question vitale dans ce domaine sco- laire est le soin à apporter au rattrapage, dans le cas fréquent où la difficulté est exclusivement linguistique, compte tenu du fait que les classes exclusivement faites d\u2019immigrant(e)s ne sont pas recommandables.Dans la même veine, il faut rappeler comme une urgence ce qu\u2019un organisme, qui se présente comme Centre de recherche-action sur les relations raciales, proposait à la suite des ennuis causés par des jeunes de diverses communautés ethniques (même si certains journaux ont souligné uniquement les participants noirs) dans le métro au temps de Noël: l\u2019école et l\u2019administration municipale doivent se soucier davantage des activités récréatives et sportives des jeunes des groupes minoritaires et surtout éviter de fermer des endroits récréatifs publics pendant les périodes de vacances (La Presse, 9 janv.1 984).L\u2019an dernier, Paul Dejean, directeur du Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal, faisait remarquer au journaliste Glen Allen que \u201cpour combattre le racisme, il faut commencer par admettre qu\u2019il existe\u201d.Et quelques mois plus tard, un leader autochtone bien connu, M.David Ahenakew, directeur national de l\u2019Assemblée des premières nations, déclarait devant un comité parlementaire que \u201cle racisme est aussi canadien que la Soirée du Hockey\u201d! Tous deux nous mettent, nous Montréalais de vieille ou de nouvelle souche, devant ce qui est probablement un de nos plus grands défis d\u2019ici la fin du siècle, évoluer humainement de façon à dépasser l\u2019affrontement raciste.Le 1 8 janvier 1 984.Illllllllllll STAGE EN ISRAËL AVEC SOCABI Durée du stage: un mois (juillet 1984) Nombre de participants: maximum 35 Objectifs: faire découvrir la Palestine pour mieux apprécier la littérature biblique.Il ne sagit pas d\u2019un pèlerinage mais d\u2019un stage d\u2019étude (géographie, histoire, archéologie) accompagné de temps consacrés à la méditation.Préliminaires: Nous prévoyons 3 rencontres (soirées) préparatoires au stage pour permettre aux participants de se familiariser avec les notions de base en histoire et en archéologie, pour donner les directives à suivre avant et pendant le voyage et pour faire connaissance avant de partir (dates 29-04; 20/05; 10/06 à 19h00 heures).Exigence particulière: il faut être en bonne santé et avoir des aptitudes pour la marche au soleil.Juillet est un mois très chaud en Israël et certains pourraient être incommodés.Pensez-y.Coût: $2 650,00.Ce prix inclut le billet d\u2019avion aller-retour Montréal-Tel Aviv, hébergement, déjeuner et souper, autocar, guides.Il n\u2019inclut pas les dîners, les taxes d\u2019aéroport et les dépenses personnelles (payable au plus tard le 5 mai 1984).Pour réservation et informations: Robert David SOCABI 21 2, St-Joseph ouest Montréal H2T2P8 Tél.: (51 4) 274-4381 60 RELATIONS MARS 1984 Les 100 premiers jours de la démocratie argentine PJTTTT ci L/l V liju par Enrique Rivera PAXTTDl?MÎT TT A TD1?C 9 LUJM IKrj 1V11L11 AIKrio \u2022 Depuis 1955, l\u2019Argentine, qui compte aujourd\u2019hui quelque 28 millions d\u2019habitants, oscille entre les coups d\u2019État militaires et le péronisme.En 1976, Isabel Peron est renversée par le général Videla, qui inaugure le \u201cprocessus\u201d.Inspirées par la doctrine de la sécurité nationale, les juntes militaires (les chefs de l\u2019armée, de l\u2019aviation et de la marine) combattent les mouvements de guérillas, le terrorisme mais aussi toute forme d\u2019opposition à leur régime par une contre-terreur à la fois meurtrière et discrète: commencent les \u201cdisparitions\u201d.On le sait aujourd\u2019hui: plus de 10 000 personnes seront arrêtées sans mandat, torturées, exécutées.souvent pour de simples \u201cdélits d\u2019opinion\u201d ou en vertu de vagues soupçons.Mais la débâcle guette.En 1981, la dette extérieure atteint 36 milliards de dollars, et l\u2019inflation dépasse les 130%.L\u2019aventure désastreuse de la Guerre des Malouines achève de discréditer les militaires aux yeux d\u2019une population qu\u2019ils espéraient mobiliser.Des élections sont organisées, qui portent au pouvoir le docteur Raul Alfonsin, candidat du Parti radical.En décembre, il entrait en fonction.Il doit en même temps appliquer la justice et refaire l\u2019unité du pays.Enrique Rivera, directeur du Centre de documentation de l\u2019Amérique latine (CEDAL) de Montréal, est Argentin et journaliste.Il explique comment le nouveau président s\u2019est attaqué au dossier le plus urgent et le plus explosif qui l\u2019attendait: les relations avec les Forces armées.Il n\u2019est pas rare, en politique, que les suites d\u2019une décision restent bien en deçà de ce qu\u2019on en escomptait, ou au contraire qu\u2019elles déclenchent une réaction beaucoup plus importante que prévu.Le nouveau président de la République d\u2019Argentine, M.Raul Alfonsin, fait l\u2019expérience, ces temps-ci, de cette sorte de réactions en chaîne.Sa décision de citer devant les tribunaux militaires les chefs et les officiers des Forces armées, qui ont transgressé la loi dans l\u2019exercice de la répression (assassinats, arrestations arbitraires, tortures) se heurte à l\u2019opposition de plus en plus vive des organisations de défense des droits humains.Cette opposition se traduit notamment par une multiplication des poursuites intentées par des particuliers ou des groupes devant les tribunaux civils; or, contrairement aux tribunaux militaires, les cours civiles ne sont pas soumises au secret (sauf disposition expresse du juge) et la grande presse, surtout la presse à sensation, fait une énorme publicité à ces procès; il s\u2019ensuit inévitablement un climat d\u2019inquiétude croissante parmi les cadres intermédiaires des Forces armées, et leurs réactions sont difficiles à contrôler.En effet, si on peut dire qu\u2019à l\u2019époque de la dictature tout civil entre 1 8 et 35 ans semblait, aux yeux des militaires, un subversif potentiel, aujourd\u2019hui, à l\u2019inverse, tous et chacun des militaires font figure de tueurs et de tortionnaires.Voilà qui risque d\u2019ébranler la politique énoncée par le Président dans son adresse au Congrès: RELATIONS MARS 1984 \u201cLes Forces armées ne peuvent vivre en état d\u2019affrontement à la société civile: ce serait le chaos à plus ou moins brève échéance.Il faut commencer à tenir un nouveau langage, où il n\u2019y ait plus deux sociétés antagoniques mais bien une seule société ou une partie reçoit de l\u2019autre le mandat d\u2019assurer la défense nationale.\u201d Le \u201cpacte de sang\u201d Les organisations pour la défense des droits humains contestent les trois niveaux de responsabilité définis par le docteur Alfonsin dans son message télévisé du 13 décembre.La cour martiale distinguera trois ordres de responsabilité, avait déclaré le Président: celle des officiers qui ont planifié et commandé des actes illégaux, celle des exécutants qui ont commis des excès et celle des soldats qui se sont limités à obéir aux ordres de leurs supérieurs dans un contexte de forte pression inspirée par la doctrine de la sécurité nationale.Ces derniers seraient exempts de sanction pénale.C\u2019est précisément cette exemption que n\u2019admettent pas les organisations de défense des droits.61 Elle s\u2019opposent en outre au projet de réforme du Code militaire soumis au Congrès par le Président de la République.Ce projet soustrait à la juridiction des tribunaux civils les causes intentées contre des militaires au titre de la répression; ces causes devront être plaidées en cour martiale, quitte à autoriser un dernier appel devant une cour civile.Il n\u2019est pas juste, soutiennent les organisations, que les militaires soient jugés par leurs pairs, et elles évoquent le \u201cpacte de sang\u201d qu\u2019auraient conclu entre eux les militaires qui ont participé à la répression en promettant de ne pas s\u2019accuser mutuellement.La réforme des Forces armées Malgré leur importance indéniable et leur caractère dramatique, les procès intentés aux membres des trois premières juntes militaires sur l\u2019ordre du Président et la détermination des différents degrés de responsabilité ne représentent qu\u2019une partie de la profonde réforme des Forces armées entreprise résolument et vigoureusement par le docteur Alfonsin dès le jour de son entrée en fonction.Ces procès, en plus de châtier les auteurs des crimes mentionnés ci-dessus, ont pour but de faire un exemple et de liquider l\u2019image répressive des Forces armées; il s\u2019agit de substituer une \u201cdoctrine claire de la défense nationale\u201d à la doctrine de la sécurité intérieure.Celle-ci, déclarait le Président au Congrès, a bouleversé le pays, à l\u2019intérieur et au niveau international, \u201cen fixant pour objectifs aux organisations militaires des fins politiques et idéologiques que n\u2019acceptait pas la Nation elle-même en tant que communauté démocratique\u201d.Les programmes d\u2019étude des Forces armées en seront expurgés.Au même moment, le Président amputait de leur haut commandement la marine, l\u2019armée et l\u2019aviation: conformément à la Constitution, les trois armes passent sous l\u2019autorité directe du chef de l\u2019État et c\u2019est un civil, le ministre de la Défense, qui voit à faire appliquer les directives du Président et qui assure l\u2019administration ordinaire des Forces armées.Par suite de cette réforme et des nominations effectuées par le Président, près d\u2019une centaine d\u2019officiers supérieurs en fonction le 10 décembre ont été mis à leur retraite, et on a ainsi réduit considérablement le nombre des généraux, des amiraux et des brigadiers généraux en service.La \u201cguerre sale\u201d et l\u2019autre guerre Grâce à une censure discrète mais efficace, la dictature militaire a réussi, du 24 mars 1976 à la fin de la campagne des Malouines, à cacher à une grande partie de la population l\u2019ampleur et l\u2019horreur de la répression en cours.Pour faire allusion à la répression, on avait recours à un euphémisme (\u201cla guerre sale\u201d) ou bien on parlait des \u201cexcès inévitables\u201d dans une guerre civile; ce langage feutré masquait la réalité du génocide, largement reconnue à l\u2019étranger, et qui n\u2019atteignait pas seulement une minorité engagée dans le terrorisme et la guérilla, mais un nombre beaucoup plus important d\u2019idéologues de la subversion\u201d, de sympathisants, ou de simples suspects.Parmi les victimes de la répression on compte bon nombre de délégués syndicaux dans les usines, de cadres des syndicats et même quelques dirigeants de première ligne, tels Oscar Smith, du syndicat des électriciens, et Alfredo DiPasquale, de celui des employés de pharmacie.La désinformation pouvait s\u2019appuyer sur la complicité ou sur la peur de ceux qui savaient quelque chose mais qui ne voulaient pas parler, de crainte de tomber à leur tour dans la \u201cmachine à tuer\u201d, comme l\u2019a appelée le président Alfonsin.Une fois libérées la presse, la télévision et la radio, la population découvre avec stupeur la gravité de ce qui s\u2019est passé.Parce que certains osent maintenant déposer des dénonciations, on localise des cimetières clandestins pleins de cadavres anonymes \u2014 plus de 1 500 à ce jour \u2014 à qui on a coupé les mains et arraché les prothèses dentaires: les corps débordent les morgues où on les a conduits pour permettre d\u2019improbables identifications.Il n\u2019y a plus de prisons clandestines.Mais il y en a eu.Et force est de conclure que les \u201cdisparus\u201d sont morts.On sait maintenant \u2014 par suite des révélations faites à la presse par des militaires, subalternes ou officiers, protégés par l\u2019anonymat \u2014 que beaucoup de détenus ont été chargés sur des avions et précipités en haute mer, attachés les uns aux autres et en état d\u2019anesthésie.À l\u2019Institut de mécanique de l\u2019armée, une école militaire transformée en camp de détention, on brûlait les cadavres.C\u2019est là que régnait celui qu\u2019on a surnommé \u201cl\u2019Ange blond\u201d, le capitaine Alfredo Astiz, celui qui après avoir exécuté tant de victimes de \u201cla guerre sale\u201d devait se rendre aux Anglais lâchement et sans résistance pendant la Guerre des Malouines: les Forces armées de la répression n\u2019étaient guère capables de défendre efficacement la patrie.Les deux terrorismes Sur l\u2019ordre du Président, les membres des trois premières juntes militaires subissent individuellement un procès sommaire devant le Conseil suprême des Forces armées; ils sont accusés \u201cd\u2019homicides, d\u2019arrestations injustifiées et de tortures infligées aux détenus\u201d.Parmi les accusés, trois anciens présidents: les généraux Jorge Videla, Eduardo Viola et Leopoldo Galtieri.La sentence du tribunal militaire pourra être portée en appel devant la Cour suprême, une cour fédérale.Le Président a par ailleurs demandé que les chefs des organisations terroristes soient poursuivis pour \u201chomicide, association illégale, apologie du crime et attentat contre l\u2019ordre public\u201d.\u201cAprès l\u2019amnistie concédée en 1973, précise le décret présidentiel, des groupes terroristes ont précipité le pays dans la violence et dans l\u2019insécurité et ils ont tenté d\u2019occuper militairement une partie du territoire de la République\u201d.Sont cités Mario Fir-menich, Fernando Vaca Naraja, Ricardo Obregon Cano, Rodolfo Gabriel Galimbert, Roberto Perdia, Hector Pedro 62 RELATIONS MARS 1984 Pardo et Enrique Gorriaran Merlo.Rentré au pays, Obre-gon Cano est l\u2019objet de poursuites même si le groupe \u201cMontonero\u201d (auquel il appartenait) a décidé de se dissoudre.On le voit, l\u2019État de droit qu\u2019entend promouvoir le docteur Alfonsin se démarque du terrorisme aussi bien que de la dictature.Cette attitude n\u2019est pas seulement chez lui le fait d\u2019un juriste et d\u2019un démocrate: elle s\u2019impose en fonction du contexte \u201cmilitaire\u201d.Il y a quelques jours, le général Aguado Benitez, commandant du cinquième corps d\u2019armée, affirmait à la presse qu\u2019il n\u2019y avait jamais eu d\u2019\u201cexcès\u201d dans la lutte contre la subversion.De tels propos atteignent directement le Président de la République car ils démentent ses constatations et contestent sa décision de poursuivre en justice les responsables de tels abus.De son côté, un général identifié à l\u2019extrême-droite, Luciano B.Menendez, aujourd\u2019hui mis à la retraite, n\u2019a pas hésité à déclarer que tous ceux qui parlent d\u2019\u201cexcès\u201d dans la lutte contre la subversion devraient eux-mêmes être tenus pour subversifs.De semblables interventions publiques montrent bien que le nouveau gouvernement civil avance sur un terrain miné.\u201cUn fou et un criminel\u201d?Le dernier président militaire, le général Reynaldo Bi-gnone, qui a dirigé le pays jusqu\u2019aux élections, se trouve aujourd\u2019hui en détention car il est accusé devant un tribunal civil d\u2019être en partie responsable de la disparition de deux conscrits communistes arrêtés en 1976 au Collège militaire qu\u2019il commandait.La détention, ordonnée par un magistrat civil, a provoqué des remous dans l\u2019armée.\u201cJ\u2019aurais préféré que ça n\u2019arrive pas, devait commenter le docteur Alfonsin, mais nous devons absolument respecter la loi.\u201d Détenu lui aussi, mais en vertu d\u2019un décret présidentiel, le général Juan Ramon Camps était le chef de la police dans la province de Buenos Aires.Il comparaîtra devant un tribunal militaire sous l\u2019accusation d\u2019avoir \u201cparticipé directement à des milliers d\u2019enlèvements et d\u2019exécutions, à la séquestration d\u2019enfants et de mineurs\u201d et à d\u2019autres crimes incluant la torture.Camps s\u2019est acquis une triste notoriété par suite de ses déclarations à la presse internationale et des propos qu\u2019il a tenus devant le juge dans une cause où il était cité comme témoin: il insiste pour dire que tous les effectifs engagés dans ce qu\u2019on appelle \u201cla guerre sale\u201d étaient bien militaires, que les commandants étaient dûment informés des exécutions et que toutes les sentences de mort décidées en secret étaient connues du haut commandement.Pour le journaliste Jacobo Timerman, qui a survécu à l\u2019incarcération, Camps est \u201cun fou et un criminel\u201d: c\u2019est ce qui explique qu\u2019il ait tenu tranquillement des propos aussi graves et qui devaient entraîner sa mise en accusation.Mais d\u2019autres observateurs expliquent autrement le cynisme du chef de la police: il serait le leader d\u2019un groupe de quelques centaines d\u2019officiers pour qui le génocide n\u2019aurait été en fait qu\u2019une \u201cguerre sainte\u201d, une croisade anticommuniste, et qui estiment d\u2019autre part que la défaite des Malouines est due simplement à l\u2019in- RELATIONS MARS 1984 compétence du haut commandement qu\u2019on peut bien, par conséquent, laisser mettre en procès et condamner.Une amnistie larvée ?Rentré au pays, Timerman qui avait été emprisonné et torturé par le général Camps en personne, puis dépossédé du quotidien qu\u2019il dirigeait, \u201cLa Opinion\u201d, et privé de sa citoyenneté argentine par décret du président Videla, déclarait à la presse, le 7 janvier, que \u201cl\u2019Argentine est le premier pays où un gouvernement civil, au lieu de se compromettre avec les militaires pour assurer sa durée, tente de réaliser et réalise effectivement ce à quoi il s\u2019est engagé durant la campagne électorale\u201d.Mais les organisations de droits humains ne sont pas de cet avis, surtout les Mères de la Place de Mai.Pour ces groupes, le projet de loi soumis au parlement par le Président, qui renvoie les militaires devant des tribunaux militaires, représente une \u201camnistie larvée\u201d.Selon Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la Paix et grand défenseur des droits humains, \u201cune armée d\u2019occupation (ce qu\u2019a été ici notre armée depuis quelques décennies) ne peut en aucune façon être regardée comme une institution qui a servi le pays et qui mériterait d\u2019être jugée selon ses lois\u201d.Pérez Esquivel a refusé de siéger sur la Commission nationale sur les disparitions de personnes, formée de 16 membres nommés par le pouvoir exécutif dont 6 parlementaires.Cette commission, devait-il expliquer, \u201cn\u2019a que des pouvoirs limités\u201d par rapport au projet de former une Commission parlementaire mixte (des 2 chambres) qui aurait été chargée \u201cde définir et de juger les politiques adoptées par les Forces armées et d\u2019assister de près le pouvoir judiciaire dans la solution de ces problèmes\u201d.De son côté, Nestor Vicente, du parti de la Démocratie chrétienne, estime que la commission nommée par l\u2019exécutif \u201cn\u2019est qu\u2019une astuce pour éviter de constituer la vraie commission, qui serait la commission mixte\u201d.Un procès de Nuremberg ?Les observateurs les plus autorisés pensent que le président Alfonsin veut éviter ce qui pourrait donner l\u2019impression d\u2019une mise en jugement globale des militaires devant les civils, l\u2019équivalent d\u2019un procès de Nuremberg; c\u2019est pourquoi il préfère que les institutions militaires procèdent elles-mêmes au nettoyage nécessaire, quitte à maintenir une instance d\u2019appel civile, au cas où les sanctions prises par les tribunaux militaires ne correspondraient pas à la gravité des faits.Pour le ministre de l\u2019Intérieur, le docteur Antonio Troc-coli, le refus opposé par les Mères de la Place de Mai à la révision du Code militaire a \u201cdes connotations politiques\u201d, en plus de refléter la douleur \u201cdevant ce qui est arrivé dans ce pays ces dernières années\u201d.63 Mais est-il exact, comme l\u2019affirment les organisations de défense des droits humains, que le président Alfonsin procure une \u201camnistie larvée\u201d aux chefs militaires impliqués dans la répression illégale?La carrière du Président, l\u2019extrême gravité des accusations qu\u2019il a portées personnellement devant l\u2019ensemble de la nation dans son message télévisé du 13 décembre, enfin la possibilité d\u2019un recours en appel devant la Cour suprême ne permettent pas de retenir cette accusation.On peut penser que le rapport de forces entre le nouveau gouvernement civil et une armée qui n\u2019a plus à faire la preuve d\u2019un certain penchant pour le coup d\u2019État ne permet pas au Président d\u2019adopter une attitude qui pourrait être interprétée comme \u201cune condamnation publique des Forces armées\u201d \u2014 ainsi que le réclament les Mères de la Place de Mai \u2014 et de courir ainsi le risque de voir les militaires opposer un front compact à l\u2019autorité civile.Car il faut bien comprendre, par ailleurs, que les mesures déjà prises et surtout la profonde réforme militaire mise en oeuvre n\u2019auraient pas été applicables sans l\u2019appui, ou du moins l\u2019assentiment, d\u2019une majorité au sein même des Forces armées, majorité qui s\u2019est désolidarisée des éléments de la droite répressive.Parler d\u2019\u201carmée d\u2019occupation\u201d, comme le fait Pérez Esquivel, outre que ce soit inexact au plan historique et politique, c\u2019est aussi négliger les changements profonds qui ont marqué les Forces armées à partir de la Guerre des Malouines.Au Chili, en Uruguay, on trouve comme en Argentine de larges mouvements démocratiques et populaires qui s\u2019opposent aux régimes de dictature militaire; pourtant, dans ces deux pays, les militaires restent encore au pouvoir.Qu\u2019est-ce qui s\u2019est passé, en Argentine, qui ait permis le retour à la démocratie?La Guerre des Malouines.Étant donné le secret qui entoure les institutions militaires, en Argentine comme partout ailleurs, on ne sait pas grand-chose de l\u2019impact qu\u2019ont pu avoir cette guerre et la défaite sur les convictions idéologiques des militaires argentins.Ces renseignements sont réservés.À cet égard, il convient de rappeler que l\u2019ancien président, le général Galtieri, ainsi que l\u2019amiral Anaya et le brigadier général Lami Dozo, membres de la troisième junte militaire, passeront en jugement devant le Conseil suprême des Forces armées; avec d\u2019autres officiers, ils sont tenus responsables de la déroute subie dans l\u2019Atlantique sud, conformément aux conclusions, particulièrement sévères, d\u2019une commission d\u2019enquête des trois armes.La vague antimilitariste qui a balayé le pays \u2014 et qui était la conséquence normale du désastre économique et social auquel avaient abouti le régime militaire et la défaite des Malouines \u2014 pouvait masquer le changement de mentalité en cours dans les milieux militaires.Pourtant les faits sont là: interruption immédiate du régime, ou du \u201cprocessus\u201d comme on disait, qui était censé se prolonger jusqu\u2019en 1987 et même plus tard (comme le régime Pinochet au Chili), et déclenchement des élections, même si le scepticisme ne manquait pas quant à la tenue réelle du scrutin et quant à la remise effective du pouvoir à un gouvernement civil (surtout qu\u2019on savait que la loi d\u2019auto-amnistie adoptée par la junte militaire serait abrogée par les élus du peuple).Mais ce virage s\u2019explique.Maintenant que les Forces armées argentines ont vu les États-Unis s\u2019allier à la Grande-Bretagne dans la guerre des Malouines, tandis qu\u2019elles pouvaient constater le ralliement de l\u2019opinion publique \u2014 sans distinction d\u2019idéologies et de tendances politiques \u2014 derrière cet enjeu national, il sera difficile de les convaincre de nouveau que l\u2019ennemi le plus dangereux se trouve à l\u2019intérieur du pays, comme l\u2019enseigne la doctrine de la sécurité nationale.CHANGEMENT OU DÉCADENCE?prospective L\u2019ouvrage de Maurice Champagne-Gilbert1 est essentiellement une réflexion de professeur.Et de professeur au niveau collégial, s\u2019adressant à de jeunes adultes encore en formation.Si on ne le voit pas ainsi, il est déconcertant pour tous, irritant pour une bonne partie des lecteurs et il peut même induire sérieusement en erreur.Tout cela transparaît déjà dans le premier chapitre, consacré à une description de la crise des valeurs au Québec, une crise qui se présente comme un sérieux enfoncement dans la décadence.Cette description est l\u2019oeuvre d\u2019un bon observateur, qui aime le Québec, mais qui l\u2019aime à la manière dont un professeur de collège interpelle férocement sa classe après la correction d\u2019un essai particulièrement raté.De ce point de vue-là, il a raison d\u2019être sévère.Et on pourrait charger encore le portrait négatif qu\u2019il tire du Québec en débordant la perspective professorale, donc élitiste, où il se place.Après la crise, ses causes.Voici donc trois chapitres d\u2019assez rudes taloches à ceux qui en sont \u201cresponsables\u201d.Ces responsables sont les collets blancs, les clercs, qu\u2019il appelle \u201célites bureaucratiques\u201d, et parmi lesquels il range tous les nouveaux travailleurs de la pensée: professeurs, cadres, journalistes, fonctionnaires et gestionnaires, intellectuels en général.Premier chef d\u2019accusation: l\u2019idéologisation maladive et divisive, empêchant tout consensus social, dans la multiplication des droites et surtout, d\u2019après l\u2019auteur, des gauches.Il faut leur enseigner \u201cl\u2019intelligence de rassemblement\u201d.C\u2019est l\u2019objet du deuxième chapitre.Les chapitres 3 et 4 forment en réalité un seul immense chapitre, dont la première partie (ch.3) est consacrée au monde que connaît le mieux l\u2019auteur, celui des éducateurs, de l\u2019université à l\u2019élémentaire.Le réquisitoire le plus redoutable vise la Centrale de l\u2019enseignement du Québec.Il la rappelle à l\u2019éthique la plus élémentaire, celle de la primauté de l\u2019attention aux étudiants sur la con- 64\tRELATIONS MARS 1984 vention collective.Puis le chapitre 4 interpelle tout le monde des élites bureaucratiques, en soulignant la réalité des devoirs en face des droits, et en faisant ressortir la dimension relationnelle, sociale, des droits.Ceci amène Champagne-Gilbert à un brillant détour politique où la question constitutionnelle est relue en contexte nationaliste québécois: M.Trudeau y est vertement tancé.Le chapitre se termine sur une critique de la presse et de son peu de contact avec le public.Le livre serait sans intérêt s\u2019il n\u2019y avait le chapitre 5, où l\u2019auteur veut nous indiquer comment en sortir.Signalons ici que Champagne-Gilbert, qui a joué un rôle important à la Ligue des droits de l\u2019homme pendant plusieurs années, dédie ce chapitre à un grand homme de formation populaire, Léo Cormier.Le chapitre veut montrer, en s\u2019inspirant des idéaux de Cormier, comment amener les Québécois à vivre en paix sur la base d\u2019un personnalisme réaliste: \u201cpartir des personnes, et des groupes sociaux auxquels elles appartiennent; reconstituer histoire André Laurendeau et le destin d\u2019un peuple1, c\u2019est le titre complet de l\u2019étude que vient de consacrer Denis Monière, professeur au département de science politique de l\u2019Université de Montréal, à l\u2019une des grandes figures du nationalisme canadien-français et du journalisme québécois.Monière n\u2019est pas surtout historien, ni critique littéraire, et il ne faut pas chercher l\u2019intérét de ce livre dans la reconstitution de l\u2019enfance ou des années de collège de Laurendeau, non plus que dans la revue de ses oeuvres plus littéraires, romanesques ou dramatiques.Le livre a deux grands mérites, à mon avis: il développe une thèse intéressante sur l\u2019évolution du nationalisme chez nous et il brosse, à travers la chronique de la vie de Laurendeau, un tableau suggestif des transformations politiques et culturelles du Québec, des années de la crise à 1968.Laurendeau marque \u201cle destin d\u2019un peuple\u2019\u2019.Pour Monière, en effet, il est le leader intellectuel et politique qui fait le passage entre le \u201cnationalisme traditionnel\u201d, celui d\u2019Henri Bourassa et du chanoine Groulx, et les options séculari- de véritables milieux de vie, de petite taille, auxquels les individus puissent s\u2019identifier et dans lesquels ils puissent communiquer entre eux; développer une pédagogie de l\u2019intervention sociale et politique centrée sur le service et sur le support; rapprocher le gouvernement des citoyens et personnaliser son rôle; utiliser la presse et les autres moyens d\u2019information pour communiquer la vie et la stimuler du même coup\u201d (p.186).Le tout couronné par une réflexion sur la justice intersexuelle, sur la paix et l\u2019armement nucléaire.Que peut-on faire de l\u2019ouvrage?Beaucoup, si on est professeur.Autrefois Esdras Minville écrivit une Invitation à l\u2019étude qui a marqué toute une génération, celle de la guerre.Le livre de Champagne-Gilbert devrait être lu dans tous les cégeps.Et dans quelques facultés universitaires, surtout en sciences humaines.Pour les autres, c\u2019est un livre-problème.Il rêve de nous rapatrier un monde non conflictuel, où la justice sociale est présente et mieux encore l\u2019amour social.Il veut retrouver la socié- té fraternelle (Gemeinschaft) québécoise, au moment où ce qu\u2019il appelle décadence est en fait plus modestement le passage quasi inévitable, même si on peut le regretter, à la société anonyme (Gesellschaft) qu\u2019est partout dans le monde la société ouverte.J\u2019ai dit plus haut que le livre pouvait induire en erreur.Il le fera si on accepte, hors du contexte du monde de l\u2019éducation, les perspectives corporatistes, élitistes, moralisantes, autoritaristes de l\u2019auteur.Il faut espérer que personne ne le fera.Champagne-Gilbert mérite mieux.Mais il reste que son livre gagnerait à être récrit sur le mode de la persuasion, le seul, à mon avis, qui évite le danger de fascisation, ou du moins de contrainte excessive, que comporte tout effort de réforme sociale et morale.Julien Harvey 1.Bâtir ou détruire le Québec, Montréal, Ed.Primeur, 1983.ANDRÉ LAURENDEAU sées qui seront celles du Mouvement souveraineté-association et du Parti québécois.À cet égard, les trois derniers chapitres, qui évoquent la Révolution tranquille et l\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme sont d\u2019une actualité pressante, au moment où la morosité économique et l\u2019impasse constitutionnelle semblent encore boucher l\u2019avenir.Ils illustrent, en effet, les données de base du problème: les deux nations (en contrepoint à l\u2019idée du Québec-province-comme-les-autres), le statut particulier, les rapports de réciprocité, l\u2019attitude du Canada anglais, celle des autres minorités (tristement actuelle, si l\u2019on pense à ce qui se passe au Manitoba depuis que le gouvernement néo-démocrate tente de reconnaître les droits du français).Mais la maturation du penseur que fut Laurendeau éclaire aussi l\u2019histoire culturelle du Québec.Si l\u2019indifférence du tout jeune homme à la crise reflète bien la trop longue impuissance des Canadiens français en matière d\u2019économie, les questions qu\u2019il se pose entre 1935 et 1 945 sont autant de prodromes du changement à venir.Le souci de se démarquer par rapport aux nationalismes européens et aux idéologies de droite qui avaient la faveur des milieux nationalistes canadiens-français; la fascination qu\u2019ont exercée sur lui (comme sur Gérard Pelletier, quelques années après) la revue Esprit, la conjonction entre la foi et l\u2019engagement social; la longue bataille pour l\u2019assainissement de la vie politique et la démocratisation des partis (les statuts du Bloc populaire annoncent le Parti québécois); autant d\u2019aspirations et de batailles qui expliquent la société qui est aujourd\u2019hui la nôtre.À l\u2019heure des bilans et des questionnements, qu\u2019il s\u2019agisse de notre journalisme ou du projet national, la quête lucide et courageuse de Laurendeau doit être poursuivie.Albert Beaudry 1.Denis Monière, André Laurendeau et le destin d\u2019un peuple, Coll.\u201cDossiers documents\u201d, Ed.Québec-Amé-rique, Montréal, 1983; 347 pages.RELATIONS MARS 1984 65 Pour ceux qui aiment le vrai cinéma FANNY ET ALEXANDRE d\u2019Ingmar Bergman Rarement le cinéphile goûte-t-il \u201cnourriture\u201d aussi riche, précieuse et stimulante pour l\u2019esprit que Fanny et Alexandre.Rarement retrouve-t-il autant ce plaisir - maintenant rare -d\u2019assister à du cinéma complet qui réjouit autant son oeil que son intelligence.Car Fanny et Alexandre n\u2019est pas ce genre de films (deux minutes d\u2019action, cinq de remplissage verbeux) que l\u2019on peut regarder distraitement à la télévision tout en lisant son journal et en sachant que l\u2019on n\u2019aura rien manqué! Dans sa forme comme dans son contenu, par son esthétique proprement cinématographique comme par l\u2019intelligence de l\u2019enchevêtrement des thèmes, il étonne et émerveille pendant chacune des 188 minutes de la projection.Comme dans toute l\u2019oeuvre du réalisateur suédois, ce dernier film n\u2019est pas construit autour d\u2019une suite d\u2019actions plus ou moins spectaculaires mais sur la description minutieuse d\u2019un milieu et de personnages en constante interrogation sur le sens de la destinée humaine, sur la création d\u2019atmosphères variées et sur l\u2019exposition de thèmes proches du vécu de tout spectateur.Nous sommes en 1 907, à Uppsala.Sous l\u2019habile et discrète direction de la grand-mère Héléna, la très bour- geoise famille Ekdahl sait gérer l'agréable et l\u2019utile, elle réussit aussi bien dans le théâtre que dans les affaires.On assiste d\u2019abord à une somptueuse célébration de Noël.Peu après survient la mort d\u2019Oscar, l\u2019acteur et directeur du théâtre, le père d\u2019Alexandre (1 2-13 ans) et de Fanny (10 ans).Quelques mois plus tard, sa veuve Émilie se remarie avec l\u2019évêque luthérien de la cathédrale, voulant partager sa quête d\u2019absolu par la voie de l\u2019ascétisme.Elle doit, pour ce faire, tout abandonner de sa vie antérieure (meubles, bijoux, vêtements, etc.) et il en est de même pour les enfants.Mais ceux-ci, surtout Alexandre, ne s\u2019entendent nullement avec leur beau-père, ni ne peuvent accepter le nouveau système d\u2019éducation imposé.La brutale confrontation des deux mondes donne à Bergman l\u2019occasion de ramener presque tous les thèmes importants de ses films précédents.Mais c\u2019est par la beauté de l\u2019image que Fanny et Alexandre émerveille d\u2019abord.Rarement voit-on au cinéma image si bien composée, couleurs et formes si bien orchestrées pour créer tour à tour des peintures d\u2019une somptuosité extrême (chez Héléna) ou d\u2019une stylisation fort dépouillée (au palais épiscopal).Des éclairages subtils rendent l\u2019harmonie, créent l\u2019unité de la composition des couleurs et des formes tant pour les vêtements et les maquillages des personnages que pour les meubles, les bibelots et les murs des maisons.Une série de tableaux, tous plus beaux les uns que les autres, s\u2019enchaînent ainsi comme naturellement, sans que l\u2019on sente jamais l\u2019effort du créateur.On se prend souvent à souhaiter que l\u2019image se fige pour avoir davantage de temps pour l\u2019admirer.Bien que d\u2019un rythme souvent lent (ce film n\u2019est pas pour ceux qui ont l\u2019habitude de visiter les musées en patins à roulettes!) jamais n\u2019y éprouve-t-on une sensation de longueur.À ce niveau du travail pictural, c\u2019est à Cris et chuchotements qu\u2019il nous fait penser avant tout.Ceux qui attendent pour le voir à la télévision ou qui l\u2019emprunteront de leur club-vidéo, en perdront la moitié de la richesse, car aucun petit écran ne pourra en redonner la qualité visuelle.Il faut donc aller le voir en salle.Ajoutons encore, à ce niveau formel, que Sven Nykvist, l\u2019habituel directeur de photographie de Bergman, a su placer ici sa caméra tour à tour à hauteur d\u2019yeux des enfants et dans la plongée que représente sur eux le regard des adultes (surtout celui de l\u2019évêque), qu\u2019il a su en limiter les mouvements pour donner au specta- 1 ActlOn.NATIONALE Depuis 65 ans, l\u2019Action Nationale analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx, à nos jours, l\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Soyez mieux informé et passez, vous aussi, à l\u2019Action.Nationale! Remplir le coupon et le retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, QC H2X 1X3 Téléphone: (514) 845-8533 r - - - - - - - - - -i Je m\u2019abonne ; Nom-__Prénom____________ | Adresse _________________________________ Ville-Code postal_______ .Abonnement\t1\tan ( 10\tnuméros)\t2 ans (20 numéros)\t¦ Québec\t?25S\t?45S Autres pays\t?30S\t?50S\tI Abonnement de soutien\t?35S et plus\t* I- - .J 66 RELATIONS MARS 1984 73737373 teur le temps de bien regarder tout en allant \u201ccaresser\u201d sensuellement les corps et les objets.De plus, sans donner lieu à des performances exceptionnelles, l\u2019interprétation de tous les comédiens sonne toujours juste, parce que Bergman mise toujours davantage sur un choix de plans et un habile montage que sur des \u201cgrimaces\u201d de comédiens pour créer ses effets dramatiques.Soulignons ici celle des enfants à qui Bergman a imposé en quelque sorte un non-jeu tout en les filmant surtout en plans très rapprochés: le spectateur a alors beau jeu de projeter sur leurs visages toute la curiosité d\u2019enfant qu\u2019il lui reste, ses peurs devant l\u2019inconnu, sa naïveté, ses rages, etc., toute la gamme des émotions que le déroulement du film suggère.Pour le cinéphile, Bergman procure aussi le rare plaisir d\u2019appréhender une oeuvre unifiée, superbement scénarisée, riche de thèmes constamment renouvelés, repris sous des angles nouveaux, illustrés par des visages originaux, formulés en des expressions inédites.Nous retrouvons presque tous ses thèmes majeurs dans Fanny et Alexandre: le mystère féminin et la merveilleuse complicité des femmes entre elles, leur force de caractère et de compréhension opposée à la faiblesse des hommes et à leur désarroi lorsqu\u2019ils sont confrontés à leurs émotions ou lorsqu\u2019ils ne peuvent plus afficher leur \u201cvirilité\u201d: la confrontation des systèmes d\u2019éducation libertaire et rigoriste; le silence de Dieu; une religion qui parle d\u2019amour en paroles seulement et qui pervertit sa quête d\u2019absolu dans des complexes de culpabilité et d\u2019expiation; la fête comme lieu de rapprochement des classes sociales; la conjuration illusoire de la mort par le plaisir de tous les sens; l\u2019accès au monde spirituel par l\u2019esprit d\u2019enfance ou la folie; la transgression des tabous; etc.Tout au long du film, le cinéphile connaît ce bon plaisir de retrouver, transposées, des images des autres films, de ramener à son esprit des références qui composent des harmoniques aux images qu\u2019il est en train de regarder.Il repense surtout aux films de la période 1953-1963 de Bergman, La nuit des forains, Le septième sceau, Les fraises sauvages, La source, et particulièrement peut-être à la trilogie À travers le miroir, Les communiants et Le silence dont les thèmes sont directement repris dans Fanny et Alexandre.RELATIONS MARS 1984 Ne serait-ce que pour cet aspect anthologie de l\u2019oeuvre bergmanien-ne, il vaudrait déjà la peine de voir Fanny et Alexandre.Mais il y a plus.Si le thème de la relation entre l\u2019art et la vie, entre le songe et la réalité, entre l\u2019imaginaire et le réel n\u2019est pas nouveau chez Bergman, il est ici central et ce dernier film nous apporte une admirable réflexion d\u2019artiste sur son art.Dès la première image, nous découvrons un théâtre de marionnettes.Nous voilà fixés sur le sens de l\u2019interrogation qui suivra: l\u2019humanité obéit-elle à un destin aveugle?n\u2019est-elle que jouet aux mains d\u2019habiles manipulateurs de ficelles?y a-t-il un Grand Manipulateur, un Suprême Metteur en scène?la vie se résume-t-elle à un rôle que l\u2019on est condamné à jouer bien ou mal selon l\u2019influence que nos partenaires auront sur le déroulement général de la pièce?Puis, sous le regard questionnant d\u2019Alexandre, c\u2019est, chez la grand-mère Héléna, la préparation du réveillon de Noël.Au théâtre, la troupe d\u2019Oscar joue des saynettes rappelant la naissance de Jésus.Le symbolisme de la Noël sera-t-il ici efficace?L\u2019enfant dans la crèche apportera-t-il une modification dans la finale de la grande pièce que joue l\u2019humanité?Ce nouveau personnage infléchira-t-il le sens de la destinée?Eh bien, il semble que non.Le joyeux petit Jésus se transforme trop vite en évêque aux moeurs ascétiques et à la spiritualité remplie de culpabilité teintée de sadisme (complexe d\u2019expiation)! Il faut trop rapidement défaire ce décor de la crèche pour revenir à la blancheur des murs nus et à la noirceur des costumes cléricaux.Car pour Bergman, tout: la vie, le théâtre, la religion, se confondent dans un seul et même jeu qui est spectacle que l\u2019on se donne à soi-même et aux autres.Dans l\u2019ascèse comme dans le libertinage, sur la scène comme dans l\u2019église ou dans la vie réelle, chaque geste fait partie d\u2019une pièce à rebondissements multiples et parfois imprévus dans la forme de leur surgissement, mais qui se termine toujours de la même façon, l\u2019inéluctable et scandaleuse mort.La sagesse, c\u2019est, dans la vie comme au théâtre, d\u2019accepter de jouer le jeu et d\u2019interpréter son rôle en l\u2019accordant le mieux possible avec ceux de ses partenaires et proches (version berg-manienne de l\u2019évangélique \u201caime ton prochain\u201d).Le sens de la vie - et l\u2019art n\u2019est rien d\u2019autre - c\u2019est de s\u2019efforcer Si l\u2019on connaît assez bien les grands rôles qu\u2019ont occupés les femmes devant la caméra (sur les écrans), on commence à peine à découvrir leur importance historique derrière la caméra, et surtout les rôles créateurs qu\u2019elles y remplissent de plus en plus.C\u2019est pourquoi il faut saluer la récente parution de FEMMES ET CINEMA QUÉBÉCOIS, oeuvre de plusieurs collaboratrices sous la direction de Louise Carrière.Celle-ci fournit d\u2019ailleurs les deux textes les plus étoffés et les plus originaux de l\u2019ensemble, sur \u201cles images des femme's dans le cinéma masculin de 1960 à 1983\u201d et sur les thématiques des femmes cinéastes.Ne serait-ce que pour ces deux études, il vaut la peine de se procurer cet ouvrage.Les autres textes apportent des témoignages parfois intéressants sur leurs auteures, mais la plupart ne dépassent pas le niveau d\u2019un anecdotisme assez simplificateur.Enfin, j\u2019ai trouvé plutôt agaçant le réflexe de faire préfacer l\u2019ouvrage par une critique française bien cotée chez les féministes, mais qui ne connaît manifestement presque rien au cinéma québécois, ni à son contexte de surgissement.\tY.L.de faire de chaque geste de sa vie un moment esthétique qui ajoute une pièce, si minime soit-elle à la cathédrale nouvelle que l\u2019humanité de ce siècle essaie de construire.À la fin du film, après la mort de l\u2019évêque dans un incendie symboliquement expiatoire et purificateur, ce sont Héléna et Émilie, toutes deux exactrices et maintenant veuves qui vont rouvrir le théâtre, fermé depuis la mort d\u2019Oscar, car pour Bergman, les femmes ont toujours su mieux définir et tenir leurs rôles dans cette pièce-là! Et l\u2019adolescent Alexandre apprendra d\u2019elles à trouver sa place dans le jeu.Il y a quelques années, Bergman disait: \u201cQue je sois croyant ou incroyant, païen ou chrétien, je veux être un des artistes de la cathédrale qui se dresse sur la plaine, parce qu\u2019une partie de moi-même survivra dans la totalité triomphante, dragon ou démon, peu m\u2019importe\u201d.Eh bien, c\u2019est dans une des principales verrières de la cathédrale que mérite de prendre place Fanny et Alexandre, car ce film laisse pénétrer un rayon de soleil qui illumine tout un coin de la grande maison endormie.Yves Lever 67 THEME ET VARIATIONS par Diane Alméras À propos de: Bertrand B.Leblanc, Variations sur un thème anathème, Lemé 1983, 220 p.Emile Ollivier, Mère-Solitude, Albin Michel, Paris, 1983, 210 p.Non que je me sente l\u2019âme d\u2019une mère supérieure de nos anciens couvents, mais me voilà en train de diviser mes troupes: les filles avec les filles, les garçons avec les garçons.La chose s\u2019explique en partie par le hasard des envois d\u2019éditeurs, mais aussi par le plaisir que je prends à chercher un fil conducteur entre les livres dont je veux parler.Cette ségrégation a cependant ses dangers, malgré son intérêt point-de-vue-analyse-du-dis-cours, car je ne tiens pas du tout à ce que de petits malins - ou de petites malignes - en déduisent des insanités sur l\u2019antinomie de la littérature des femmes et de celle des hommes.La littérature, je l\u2019aime une, énergique, lucide et vivante.J\u2019aime qu\u2019elle porte le sexe de ses émotions, ce qui dans les meilleurs des cas n\u2019a rien à voir avec celui de ses auteurs.Mais j\u2019aime aussi qu\u2019elle soit présente à la vie, aux contradictions auxquelles l\u2019humanité se cogne le nez chaque matin.Le fait d\u2019être un homme ou une femme n\u2019est-il pas l\u2019une d\u2019entre elles?Variations sur un thème anathème Il faudrait sans doute demander aux personnages de Bertrand B.Leblanc ce qu\u2019ils en pensent, de cette fameuse différence.Variations sur un thème anathème, le petit dernier de l\u2019auteur des Trottoirs de bois et de Faut divorcer!, s\u2019annonce comme l\u2019épanchement joyeux d\u2019un écrivain qui rêve depuis longtemps de mordre à belles dents au fruit défendu: la littérature érotique.Et il est évident, à la bonne santé de son écriture, qu\u2019il s\u2019est beaucoup amusé; je serais toutefois très étonnée que les amateurs de sensations fortes y trouvent chaussure à leur pied! Le plaisir de Bertrand B.Leblanc est celui de Rabelais, un plaisir d\u2019écrivain qui aime les mots, les situations percutantes et la bonne chère.À ce titre, Variations sur un thème anathème ne va pas sans rappeler Oeuvre de chair d\u2019Yves Thériault1, où celui-ci s\u2019était plu à coupler situations de séduction et petits plats raffinés.Mais alors que les petits plats, dont la recette était amoureusement détaillée, étaient toujours réussis, il arrivait que les \u201cprotagonistes\u201d s\u2019en retournent chacun chez soi, Gros-Jean comme devant.De même, à la lecture des nouvelles de Bertrand B.Leblanc, la volupté supposée qui doit être obligatoirement celle des personnages de récits à caractère érotique est beaucoup moins évidente que la réelle délectation de leur auteur.Variations sur un thème anathème n\u2019est pas une construction fantasmatique compliquée.Les personnages ressemblent comme frères et soeurs aux héros de la littérature québécoise traditionnelle.Ils sont Gaspésiens aimant la mer et supportant mal de devoir monter dans les chantiers pour nourrir la famille, mère de douze enfants, maîtresse à l\u2019école de rang de l\u2019Anse-aux-Courlis, professeur de mathématiques enflammé par les beautés de la géométrie, idiot de village, pêcheurs entêtés.Seulement, les douze enfants sont de pères différents, la maîtresse d\u2019école s\u2019ébat avec l\u2019inspecteur dans les champs, l\u2019idiot a rendez-vous tous les soirs avec Lisa, la vache du voisin, et le professeur de géométrie préfère entre tous le triangle dit de Scarpa, formé par les fossettes qui ornent la chute de reins de sa compagne.Histoires salées donc, que se racontent sous cape à la veillée ceux qui en ont entendu parler.Leblanc n\u2019est que le plus bavard d\u2019entre eux, grandement diverti par les frasques de ses congénères.Bien qu\u2019ayant pour sujet l\u2019adultère, l\u2019homosexualité, l\u2019inceste, l\u2019impuissance, la masturbation ou une certaine forme de bestialité qui appartient au folklore des campagnes, l\u2019érotisme de Leblanc est l\u2019occasion de dénuder l\u2019âme beaucoup plus que les corps.En lisant Variations sur un thème anathème, on se retrouve tête première dans la vie de tous les jours, obligé par le regard intransigeant et moqueur de l\u2019auteur à regarder en 1.VLB éditeur, 1982, 166 p.68 RELATIONS MARS 1984 75737373 73737373 face le comportement d\u2019hommes et de femmes qu\u2019il ne prend pas au sérieux.Sous prétexte de licence, Bertrand B.Leblanc redonne à un quotidien délesté de ses tabous son poids d\u2019onirisme et de plaisir, mais toute sa mesure aussi d\u2019égoïsme, de violence et de solitude.On ne peut, après la lecture de Variations sur un thème anathème, et après celle surtout du dernier récit \u201cHomo erecticus gaspe-sianus\u201d, qu\u2019être reconnaissant à l\u2019auteur de s\u2019être ainsi commis.D\u2019abord son écriture est, elle, d\u2019une débauche véritable, où jeux de mots, parenthèses, apartés narquois du narrateur et répétitions pantagruéliques convoquent le lecteur à cet esprit tonique de liberté et de plaisir qui est le véritable érotisme de l\u2019oeuvre.Ensuite, reconnaissance à Leblanc de cette narration masculine sans fausse pudeur qui n\u2019a honte ni de ses complicités, ni de ses préjugés - d\u2019ailleurs implicitement dénoncés puisque reconnus tels.Lues par une femme, ses \u201cVariations\u201d m\u2019ont rendu plus sympathique, la sexualité mâle telle que véhiculée depuis des millénaires.Lues par un homme, j\u2019imagine des sentiments de connivence et quelques titillations de conscience.Mère-Solitude Écrit sur un mode beaucoup plus grave mais au mçins aussi clairvoyant, l\u2019oeuvre d\u2019Émile Ollivier m\u2019a touchée jusqu\u2019au coeur.Mère-Solitude est un roman plein, total, un de ceux qui restituent à la littérature toute sa raison d\u2019être.Avant d\u2019en recevoir par hasard un exemplaire, je ne connaissais pas Ollivier, écrivain haïtien vivant à Montréal depuis vingt ans, où il a déjà publié, ai-je appris, Paysage de l\u2019aveugle2, Haïti: Quel développement?3 et un grand nombre d\u2019articles.Que je ne sois pas seule à combler mon ignorance! Autour de la quête de Narcès Mo-relli, dernier rejeton de l\u2019illustre famille créole de Trou-Bordet4, l\u2019auteur de Mère-Solitude dresse un tableau 2.\tCercle du Livre de France, 1977 3.\tCollectif Paroles, 1 978.4.\tAncien nom de Port-au-Prince.RELATIONS MARS 1984 désolant de l\u2019existence du peuple haïtien, là-bas sur leur belle île de la mer Caraïbe.Alors que Narcès interroge longuement Absalon Langom-mier \u2014 le domestique qui veille depuis toujours sur la maison Morelli \u2014 sur les circonstances qui ont entouré lorsqu\u2019il était enfant l\u2019exécution publique de sa mère Noémie, revivent bribes à bribes quatre siècles de terreur et de massacres.L\u2019histoire de cette famille au destin marqué par la mort devient le brandon qui met feu à la mémoire de Trou-Bordet.Narcès y verra clair, peu à peu, mais son identité démasquée aura le goût de cendres que laissent les grands brasiers.Haïti n\u2019est jamais nommée par les divers narrateurs de Mère-Solitude, à peine fait-elle une apparition dans le sigle de la SHADA, la Société haïtiano-américaine de développement agricole qui s\u2019approprie les terres des paysans au nom du développement.Qu\u2019à cela ne tienne, les clefs sont là, évidentes, terribles.Ce silence n\u2019est-il pas celui de Trou-Bordet comme de la société haïtienne elle-même, qui use de métaphores pour signifier les réalités qu\u2019elle doit taire?Mais il est aussi une stratégie narrative qui nourrit l\u2019intensité et le caractère quasi mythique du roman.Plus qu\u2019un réquisitoire douloureux, plus qu\u2019une épopée familiale, Mère-Solitude est un fragment de vie, si dense qu\u2019à la limite il échappe à l\u2019espace et au temps.Depuis l\u2019ancêtre Démétrius Morelli, débarqué dans l\u2019île comme engagé au moment de la colonisation, jusqu\u2019aux trois soeurs errant dans la grande maison décrépie, Hortense, Eva Maria et Noémie, les individus Morelli ont représenté pour les habitants de Trou-Bordet l\u2019incarnation de tous les pouvoirs, souvent occultes, qui les oppressent.Les Morelli n\u2019ont pourtant que peu participé à la vie de Trou-Bordet.Cette famille semble exister par elle-même, les yeux fixés sur sa propre réussite.Et de fait, sa fortune est insolite, si près de la détresse de Trou-Bordet.Les Morelli seront pourtant forcés d\u2019ouvrir les yeux et de se sentir concernés, lorsque leur plus jeune frère, Sylvain, se suicidera en plein jour sur la grand\u2019place du village.Des années plus tard, Narcès découvrira les motifs du jeune Sylvain, désespéré d\u2019avoir involontairement permis aux \u201cdinosaures\u201d du pouvoir policier de mettre la main sur Gabriel, le seul Morelli qui se soit révolté de la misère de ses concitoyens.Plus, Ga- briel a eu le courage de dénoncer.La mort de Sylvain, l\u2019arrestation de Gabriel mèneront au geste justicier et criminel de Noémie.Désormais, la fête est finie.Les Morelli commenceront à concevoir qu\u2019elle n\u2019a peut-être même jamais existé.Le réveil est amer.Eva Maria se sauve dans la folie.Hortense reste seule, belle, droite, mais envahie par le désespoir, ne se rendant \u201cpas compte que ce qu\u2019elle vit dans une solitude démunie, ce qu\u2019elle vit dans l\u2019impuissance est le lot de dizaines de milliers de femmes et d\u2019hommes semblables à elle\u201d (p.192-193).Narcès lui le comprendra, car c\u2019est là le terme des recherches entreprises dans l\u2019espoir de faire apparaître le sens de son existence.Il est difficile à vingt ans de renoncer à la fête promise.Mais a-t-il seulement le choix?\u201cEnglué dans cet espace clos, la moiteur d\u2019une moitié d\u2019île, il faudrait s\u2019en aller, mais comment en sortir?Il y a des taches de sang sur la Caraïbe.Il faudrait s\u2019en aller, mais il n\u2019y a ni bateau ni Boeing qui puissent nous conduire ailleurs.Quand les ramiers sauvages empruntent le long chemin de la migration, la mer trop souvent rejette leurs cadavres.\u201d (p.210) Il m\u2019est impossible en seulement quelques paragraphes de donner une juste idée de la richesse du roman d\u2019Émile Ollivier.Chaque page, chaque mot a son importance.Enchevêtrée au fil déterminé du récit, l\u2019écriture éclate en tous sens, détaillant avec abondance les décors, approfondissant jusqu\u2019à l\u2019hallucination les sentiments des filles Morelli, de Narcès et d\u2019Absalon, décrivant enfin dans un vocabulaire riche comme la flore caraïbéenne les moindres éléments du récit.Ollivier joue avec les contrastes, produit par ses mots amassés une vision aux élans incantatoires; mais alors que le luxe du texte allait nous emporter, faire oublier la désespérance du récit, d\u2019autres mots, d\u2019autres phrases tombent crues, cruelles comme des couperets.La bande de presse ne mentait pas: un grand romancier.69 C\u2019est devenu une tradition: le 24 mars, les chrétiens à Montréal célè-brent l\u2019anniversaire de la mort de Mgr Romero.Le rendez-vous comporte toujours deux volets: une manifestation dans la rue et un événement liturgique.Cette année, la célébration oecuménique a lieu d\u2019abord, sur le thème \u201cAller jusqu\u2019au bout\u201d, au sous-sol de l\u2019église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, 4215 Adam, à 12H.30.Pour la manifestation qui aura lieu ensuite, les membres des réseaux de solidarité avec l\u2019Amérique centrale se joindront à la marche des chrétiens pour protester contre l\u2019intervention américaine en Amérique centrale et le non-sens des élections qui se tiennent le lendemain, le 25 mars, au Salvador.À signaler, la publication du dernier mémoire présenté par les Églises canadiennes à l\u2019ambassadeur canadien à la 40e session de la Commission des droits de l\u2019homme des Nations unies.Le comité inter-Églises insiste cette année sur le Chili, le Salvador, le Guatemala, le Honduras et l\u2019Uruguay.Mais il ajoute des recommandations très spéciales pour une politique canadienne plus cohérente en Amérique latine.On peut se le procurer en écrivant à ICCHRLA, 40 St.Clair Ave.East, suite 201, Toronto, Ont.M4T 1M9.Il coûte 6,50 $ (poste incluse).\u201cLorsque Dieu chassa Adam et Ève du paradis terrestre, condamnant le premier à gagner son pain à la sueur de son front et la seconde à enfanter dans la douleur, il y a une chose qu\u2019il n\u2019avait pas prévue: que la compagne de l\u2019homme serait un jour obligée de faire les deux.Peut-être aurait-il alors créé sur-le-champ les congés de maternité payés.\u201d Véronique Robert, \u201cLa maternité pénalisée\u201d, Châtelaine, janvier 1984, p.42.Après la phase de libéralisation qui a marqué la succession de Mao (le \u201cprintemps chinois\u201d), les dirigeants communistes chinois semblent décidés à \u201cserrer la vis\u201d (voir le dossier \u201cDeng Xiaoping nettoie la Chine\u201d dans le numéro de janvier de la revue Esprit).La nouvelle de l\u2019arrestation de Mgr Joseph Fan Xueyan> accusé de \u201ccollusion avec un État étranger et de complot contre la souveraineté et la sécurité de la patrie\u201d a été officiellement confirmée.La puissance étrangère en cause est le Vatican; Mgr Fan Xueyan aurait été arrêté pour avoir ordonné des prêtres et consacré des évêques sans avoir obtenu la permission du gouvernement.Âgé de 76 ans, l\u2019évêque avait été emprisonné pendant la Révolution culturelle, de 1966 à 1976.Plusieurs lecteurs nous ont communiqué leurs réactions au projet de Charte des droits des catholiques dans l\u2019Église (Relations, janvier-février 1 984, p.8-11 ).Nous les en remercions et nous profitons de leur geste pour rappeler à ceux et celles qui voudraient nous envoyer leurs observations qu\u2019ils peuvent encore le faire.Le cardinal G.Emmett Carter, archevêque de Toronto, publiait, le 20 janvier dernier, Do This in Memory of Me, une lettre pastorale sur le sacrement de l\u2019ordre où il aborde des questions comme l\u2019eucharistie, le rôle du prêtre et l\u2019égalité des femmes.Il qualifie \u201cd\u2019aberration théologique\u201d (p.39) l\u2019ordination des femmes et maintient que la tradition de l\u2019Église à ce propos est évidente.On s\u2019en doutera, les réactions n\u2019ont pas tardé.Déjà, une manifestation a eu lieu devant les bureaux de l\u2019archevêché.Et le théologien bien connu Gregory Baum a fait parvenir au quotidien torontois The Globe and Mail une lettre ouverte où il rappelle que tous les évêques canadiens ne partagent pas cette position.Il cite longuement l\u2019intervention de Mgr Louis-Albert Vachon, archevêque de Québec, au nom de la Conférence des évêques catholiques canadiens lors du récent synode sur la réconciliation: nous devons \u201cnous laisser interpeller, hommes et femmes, par l\u2019Esprit de Dieu\u201d.On peut se procurer un exemplaire de cette lettre pastorale en écrivant à Communications Office, Archdiocese of Toronto, 355, Church St, Toronto M5B 1Z8; (416) 977-1500.6,00$.Le 31 janvier 1984, G.B.En juin 1984, Jeunesse du monde célébrera le 25e anniversaire de sa fondation.Pour souligner l\u2019événement, trois manifestations sont en préparation: \u2014\tun rassemblement de tous les \u201cJeunes du monde\u201d, le 30 juin 1984, à Québec, pour une Marche de la Paix, une célébration eucharistique et un spectacle international; \u2014\tl\u2019animation d\u2019un \u201cVillage de la Paix\u201d, toujours à Québec, durant l\u2019été; \u2014\tle premier congrès de la Fédération internationale catholique des organismes missionnaires de jeunes, à Cap-Rouge.Des jeunes d\u2019une dizaine de pays d\u2019Afrique, d\u2019Amérique latine et d\u2019Europe se réuniront autour des questions de justice et d\u2019évangélisation.Pour de plus amples informations, contacter Jeunesse du monde: (418) 694-1222.En décembre dernier, se tenait en Belgique la Ve Assemblée générale du Mouvement mondial des travailleurs chrétiens (MMTC) qui réunissait 125 délégués de 40 pays.À cette occasion, Jacques Archibald, permanent du diocèse de Québec, a été élu président international alors que Deny-se Gauthier, permanente au secrétariat national du MTC du Québec, est devenue secrétaire générale.L\u2019Assemblée générale avait été précédée d\u2019un colloque où les participantes et les participants ont adopté un plan d\u2019action pour les années à venir: développer la solidarité ouvrière internationale, approfondir les liens entre désarmement et développement, poursuivre la recherche et les expériences d\u2019une foi vécue dans les actions du peuple, voir à l\u2019essor du MTC et assurer son financement.70 RELATIONS MARS 1984 LE FILET, LA BARQUE ET LE PÈRE.(Mt 4,18-22) Parcourant les bords venteux de la mer de Galilée, le regard d\u2019un Christ, è peine émergé de son propre désert, rejoint celui de Pierre et d\u2019André.Bien que l\u2019aventure soit familière aux pêcheurs de ces eaux violentes, l\u2019ampleur du risque inscrit au revers de cette rencontre-là dépasse toute limite.Vu d\u2019aujourd\u2019hui, on ne peut guère savoir si André sans Pierre \u2014 et réciproquement \u2014 eût troqué son pied marin contre l\u2019existence pérégrinante et ouvert ses paumes calleuses aux gestes bénissants.Une fois toisés par le Maître, combien de temps ont-ils hésité et à partir de quels arguments?De quel nom ont-ils nommé l\u2019inqualifiable déshéritage que signe le Verbe de Vie, quand il déterre une à une les racines de l\u2019identité acquise?Sans équivoque, Matthieu traduit pourtant la radicalité de leur oui fondamental.Car, pour emboîter le chemin de l\u2019étrange promeneur, ils lâcheront sur-le-champ les mailles les plus quotidiennes de leur continuité, le symbole le plus serré de leur identité sociale: \u201claissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent\u201d.(Mt 4,20) Désormais, ils avanceront sans filet parmi les subtils paradoxes de la loi vécue selon l\u2019esprit.Parce que, ce jour-là, ils auront cru, les paroles de la vie éternelle à jamais les séduiront (Jn 6,68).Voilà Jacques et Jean piégés dans la foulée du même regard.D\u2019un trait sera brisée leur fraternelle alliance avec la grise vague et les poissons de la survivance.Sur quelle soif déjà-là vient donc se braquer la lueur de vérité qui émane du Nazaréen?Peut-être Jacques et Jean \u201cvivaient-ils leur faim, cherchant désespérément une porte de sortie qui donne accès sur un ailleurs\u201d1.Quoi qu\u2019il en soit, ils renoncent, ce jour-là, aux paternelles balises de l\u2019orientation éthique et des traditions culturelles: \u201claissant.leur père, ils le suivirent\u201d (Mt 4,22).Puis, résolument, ils s\u2019éloignent de la barque familiale, ce lieu circonscrit du métier par où la compétence virile arpentait les forces du cosmos.Comme si la poursuite de l\u2019amour selon le Père faisait basculer l\u2019être-disciple dans un nouveau paradigme, les premiers frères de Jésus épousent un avenir parfaitement inédit pour lequel, apparemment, tout ce qu\u2019ils possèdent ne servira de rien.Indépendamment de toute connaissance acquise et contre toute attente 1.\tDavy, M.-M., Le désert intérieur.Paris, Albin-Michel, 1983, page 1 2.2.\tIdem.sociale, seule les guidera la Parole de l\u2019Écriture, redite au présent par le Fils de l\u2019homme.Parcourant la région de Capharnaüm, quelles nostalgies hantaient la mémoire de Pierre et d\u2019André, de Jacques et de Jean?N\u2019ont-ils jamais éprouvé quelque peur à desserrer les filets de la liberté, à transcender la lettre par le déchiffrement des sens, à débusquer la santé dans les lésions de la lèpre et la lumière au fond des yeux fermés?\u201cQuitter famille, amis, lieu de naissance, métier s\u2019effectue en une fois, même si le voyageur se tourne vers son passé en le retenant encore dans sa mémoire et dans son coeur\u201d, continue M.-M.Davy, parlant des ermites du désert2.La séquence évangélique du filet, de la barque et du père m\u2019a surprise un soir où, découragée par l\u2019impuissance de mes savoirs et débordée par mes limites générales, je repassais les huit ou neuf misères de ma journée.Pendant des semaines, j\u2019ai laissé descendre dans les replis de la foi cet appel non équivoque à la totale démaîtrise lancé à quiconque cherche les avenues de la nouvelle alliance.Je rumine encore la clarté de cette saisie, j\u2019en devine parfois la sous-jacente promesse de liberté et je nomme d\u2019autant mieux mes filets, ma barque, mon père.Mais, comme pour équilibrer l\u2019intolérable distorsion de ma réponse si relative, j\u2019ai finalement posé en travers de l\u2019événement de Tibériade le reniement à venir du Pierre inconditionnel.Le cri du coq, confirmant la trahison, prend, depuis, des accents de consolation! Malgré sa foi vigoureuse et son total retournement, malgré son intuitive saisie des sens révélés, Pierre n\u2019en a pas moins triché sur le registre de la connaissance.N\u2019est-il pas des moments où connaître Jésus introduit dans un espace-temps d\u2019exil où le disciple risque de se perdre tant que l\u2019Esprit n\u2019a pas conquis jusqu\u2019à sa langue?Que de raisons raisonnables le vieux Nicodéme avait de tarder à comprendre et Za-chée de conserver la moitié de ses biens! Combien me rassure surtout la trahison de Pierre depuis que me harcèlent la conscience du désir charnel de la continuité, le poids subconscient des valeurs du père et le caractère sécurisant du métier qui embarque.Un jour peut-être je laisserai là.ou un peu plus chaque jour, sachant néanmoins que Pierre a tout de même reçu une langue de feu, une fois la Parole éclatée.Andrée Pilon Quiviger RELATIONS MARS 1984 71 AUTÉS NOUVEAUTÉS NOUVEAUTÉS NOUVEAUTÉS NOUVEAU UNE RELIGION DE SENS POUR ADOLESCENTS NOUVEAUX par Marguerite Lavoie 183 pages, 11,95$ Pour tous ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019éducation religieuse des adolescents, voici une étude qui n\u2019a rien de théorique.L\u2019auteure a poursuivi cette étude avec les jeunes.Elle leur propose une théologie incarnée, bien dans le goût des jeunes de notre temps.UNE RELIGION DE SENS POUR DES ADOLESCENTS NOUVEAUX LAVOIE FRANCISCAINE, LA JOIE DE VIVRE L'ÉVANGILE par Michei Hubaut Collection Voies et Étapes 191 pages, 14,95$ L\u2019aventure de saint François continue.L\u2019Église de notre temps a besoin d\u2019elle.Voici, dans un livre bien fait, un résumé de la spiritualité franciscaine.Comment peut-elle inspirer notre époque?Comment est-il possible de vivre dans le sillage de saint François d\u2019Assise?MICHEL HUBAUT La voie franciscaine Lajoie de vivre ïEvangile Voies et Etapes DF.SCt.EL DF BKOUVER BRI.FARMIN' ÉDITIONS BELLARMIN 8100, bout.Saint-Laurent Montréal, H2P 2L9 Tel.: (514) 387-2541 "]
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