Relations, 1 juin 1984, Juin
[" * wi DE L\u2019ECONOMIE SKCU CHILI 1984 Un article d\u2019André LeBlanc POUR UNE ETHIQUE LES ÉVÊQUES ET LA JUSTICE SOCIALE Un article de Mgr Bernard Hubert JEAN-PAUL II, LE PROFIT ET LE CHÔMAGE Un article d\u2019Irénée Desrochers pheto: Marcel Villeneuve ' - ' - CTUALITÉ ! HI itlli SOMMAIRE volume 44 .- Vv V %\t\\:5 - A -\tV?*.-\t'\t' v - iuin 1984 Quand bien se nourrir devient impos- 147 sible (G.P.) \u2014 Karl Rahner: Un témoignage (P.K.) \u2014 Des Africains au \u201cparadis\u201d nord-américain (L.L.) \u2014 \u201cMoi aussi j\u2019travaille.au foyer\u201d (G.B.).\u2014 Bernard HUBERT CECC Irénée DESROCHERS Jean PICHER Guy PAIEMENT André LEBLANC 151 154 157 Les évêques et la justice sociale Choix éthiques et défis politiques Jean-Paul II, le profit et le chômage Les subventions du gouvernement fé- 162 déral aux églises: une opération ambiguë La peur chez les milieux populaires 164 Chili 1984: la délivrance est-elle pro- 166 che?\u2014 Richard DUBOIS Raymond BERTIN Richard DUBOIS François GLOUTNAY Maximilien LAROCHE Normand BRODEUR Dernières nouvelles.\t169 Petit journal d\u2019un festival de théâtre\t171 Une vision généreuse, mais\tfati-\t172 guée.Une mine de renseignements pour les 1 73 jeunes Exilé dans son propre pays\t173 PÊLE-MÊLE\t174 Pâques au Chili\t175 Matins revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX 8 100, bout.St-Laurent Montréal H2P 2L9; téL: (514) 387-2541.ABONNEMENT! Hélèr (514) 387-2541.Jean-Louis D'Aragon, Jean-Paul Rou- Jacoues St-A oger Sylvestre.Julü Fort! ger, PA ^er, assistante a la redaction, \u2022tênevert, Irénée Desrochers, Denis Lalonde, Karl Lé-3r Marcotte, Guy Paiement, ORATEURS: éras, Marcel Arteau, Renaud , Michel M.Campbell, François Yves Lever, Annine Parent an Picher, Andrée Pilon Quivi-ues Racine, Jean-Paul Rou-lyn Sharp.TURE PHOTOS Paul Hamel Relations est une publication du Centre justice et foi.Prix de l\u2019abonnement: 12,50 $ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50 $.Les articles cie Relations sont répertoriés dans Point, de repère, dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms.Ann Arbor Michigan 48106 U.S.A.Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143 146 RELATIONS JUIN 1984 QUAND BIEN SE NOURRIR DEVIENT IMPOSSIBLE \u201cLes familles au salaire minimum, en chômage et sur le Bien-être social n\u2019ont pas les moyens de manger tous les aliments nécessaires à la santé\u201d.Telle est la conclusion d\u2019une enquête menée par un collectif de douze femmes, dont deux diététistes, du Carrefour d\u2019éducation populaire de Pointe Saint-Charles à Montréal1.Les femmes ont commencé par composer un menu d\u2019un mois qui respecterait les suggestions du Guide alimentaire canadien.Elles ont ensuite coupé le plus possible sur la viande, qui coûte cher, en la remplaçant par des légumineuses.Elles ont aussi acheté les produits les moins chers.Le résultat: pour une famille de quatre personnes, il en coûtait, en octobre dernier, près de 300$ par mois.Les auteures ont ensuite comparé ce coût de la nourriture avec les revenus bruts des 2/3 de la population du quartier qui, on le sait, vivent au salaire minimum, des prestations du Bien-être social ou de l\u2019Assurance-chômage.Le résultat est éloquent.Les familles soumises au salaire minimum devraient dépenser 49% de leur revenu brut pour payer la commande de nourriture.Celles sur le Bien-être: 39% et celles sur l\u2019Assurance-chômage (après avoir connu le salaire minimum): 70%.Comme on recommande habituellement de ne pas dépasser 25% de son revenu pour se nourrir, la conclusion est évidente.Ces familles sont incapables de se nourrir de façon satisfaisante.Ce qui engendre, à moyen terme, une plus grande vulnérabilité aux infections et aux maladies.La situation est encore plus dramatique pour les 1.Manger mieux.à quel prix ?par l\u2019Atelier action-alimentation, Montréal, Carrefour d\u2019éducation populaire, 2356, rue Centre, tél.: 935-8623; 4,25$, frais de poste compris (prix spéciaux pour les groupes).quelque 800 jeunes de moins de 30 ans du quartier qui recevaient, en octobre dernier, 149$ par mois.Le Dispensaire diététique de Montréal calcule qu\u2019il en coûte 125$ par mois pour une personne seule qui veut se nourrir normalement.Ces jeunes ont donc le choix impossible entre se nourrir ou se loger! Inutile d\u2019ajouter que cette situation n\u2019est pas propre au quartier de Pointe Saint-Charles.Elle se retrouve vraisemblablement dans les autres quartiers populaires et dans d\u2019innombrables endroits du Québec.Il en découle que toute une partie de la population hypothèque actuellement sa santé et peut difficilement faire autrement.Le plus bête, c\u2019est que les montants nécessaires pour combler l\u2019écart seront, dans quelques années, fournis par l\u2019État sous forme de frais de santé et de services sociaux.Les ressources humaines de notre pays sont, il me semble, encore plus importantes que les ressources naturelles.Pour les préserver, il faudrait d\u2019une part que le gouvernement ait la volonté de coordonner les divers ministères impliqués et d\u2019autre part que la santé de la population soit située dans un projet de développement beaucoup plus global que ce qui se fait actuellement.Ajoutons que le collectif de Pointe Saint-Charles ne s\u2019est pas contenté d\u2019analyser cette situation dramatique.Il suggère tout un ensemble de menus économiques et nutritifs et, à long terme, des changements dans les habitudes alimentaires.Je soupçonne que beaucoup de parents et d\u2019éducateurs voudront s\u2019en inspirer, car l\u2019avenir se prépare aujourd\u2019hui.Guy Paiement Centre Saint-Pierre KARL RAHNER: UN TÉMOIGNAGE Karl Rahner venait de fêter ses 80 ans, le mois dernier, lorsqu\u2019il a succombé à un malaise cardiaque.Il aura été l\u2019un des grands théologiens de notre époque, un penseur génial, vrai et original.J\u2019ai eu la chance de suivre ses cours à la fin des années \u201950 et au début des années \u201960, la période la plus intense sans doute de sa carrière d\u2019enseignant et d\u2019écrivain.L\u2019écouter était souvent une expérience à vous couper le souffle.Ses cours réguliers étaient souvent brillants, mais là où il devenait éblouissant, c\u2019était lors de ses entretiens informels du vendredi soir, les Colloquia, où il RELATIONS JUIN 1984 s\u2019offrait à répondre à n\u2019importe quelle question importante, consacrant parfois jusqu\u2019à deux pleines heures à faire le point sur une seule question.À ces moments-là on ne pouvait pas ne pas être renversé par l\u2019étendue et la profondeur de son savoir.Je dis étendue, parce qu\u2019il possédait l\u2019enseignement des Pères, ces leaders spirituels de l\u2019Église du premier millénaire, un instrument indispensable au théologien de métier, mais qu\u2019il maîtrisait en virtuose.Et je dis profondeur parce que tous les aspects de cette tradition plusieurs fois séculaire étaient soumis à une analyse rigoureuse et refondus 147 dans une vision d\u2019ensemble d\u2019une cohérence remarquable, placée sous le signe du personnalisme.La solidité et la cohésion de la pensée de Rahner sont d\u2019autant plus étonnantes que son oeuvre écrite était loin d\u2019être systématique.Ce n\u2019est que très tard, en 1976, qu\u2019il a finalement publié une synthèse systématique de sa théologie, son Traité fondamental de la foi (publié en français au Centurion, en 1 983).De fait, l\u2019essentiel de son oeuvre et son apport le plus original se trouvent dans les 14 volumes de ses Écrits théologiques, une collection d\u2019articles couvrant une gamme extrêmement variée de sujets, et dans les diverses encyclopédies théologiques (Sacramentum Mundi, Lexi-kon für Théologie und Kirche, Herders Theologisches Taschenlexikon) dont il a dirigé la publication dans les mêmes années.Même si son esprit paraissait sautiller d\u2019un problème à l\u2019autre, il soumettait chaque question à une problématique profondément unifiée.Il eut à dire, un jour, que toute la théologie est impliquée dans un seul problème théologique, à condition qu\u2019il soit bien posé; une grande partie de son oeuvre témoigne de la justesse de cette observation.Sa théologie portait l\u2019empreinte du personnalisme: il se situait clairement dans la tradition inaugurée par l\u2019oeuvre philosophique de Joseph Maréchal et continuée par le groupe qui s\u2019est formé autour de la revue Esprit dans les années \u201930 et '40.On retrouve la marque de cette famille de pensée dans son premier livre, L\u2019Esprit dans le monde; Rahner devait développer la dimension théologique de cette approche personnaliste dans un second ouvrage, écrit après la guerre, À l\u2019écoute de la Parole.Les commentaires ne manquent pas sur le message fondamental contenu dans ces premiers livres.Ce que j\u2019en ai tiré, pour ma part, c\u2019est une vision du sujet humain qui, par ses choix éthiques et ses projets d\u2019action, accepte l\u2019interpellation fondamentale adressée à tout être humain, l\u2019appel à devenir ce qu\u2019il (ou elle) sera.Pareille formulation évoque l\u2019existentialisme.Ce sur quoi insistait beaucoup Rahner, c\u2019est que cette interpellation est transmise par une communauté, dans l\u2019Église.S\u2019il me fallait dégager ce que je pense être le coeur de sa pensée, ce que j\u2019ai porté avec moi durant les vingt années qui se sont écoulées depuis que je l\u2019ai vu pour la dernière fois, ce serait justement cette tension: d\u2019une part, nous sommes appelés personnellement, souvent à contre-courant de la pression sociale, à devenir celui ou celle que nous devons être, mais en même temps cet appel n\u2019est pas privé car il nous parvient à travers la communauté, et notre réponse ne peut se formuler qu\u2019au sein de la communauté.À preuve, sa théologie des sacrements.Au fond, il souhaitait débarrasser notre compréhension des sacrements de tout relent de magie.La grâce est l\u2019appel d'une Personne à une autre personne, un appel qui attend une réponse entièrement libre, amoureuse, humanisante.Quelle est, dès lors, la fonction des signes sacramentels?Pour un personnaliste comme Rahner, certainement pas d\u2019être des espèces de béquilles impersonnelles destinées à rendre plus facile la réponse à un appel personnel.Au contraire, les sacrements devenaient un élément essentiel de l\u2019appel historique que Dieu adresse à chacun de nous: cet appel nous vient 148 dans l\u2019histoire, à travers l\u2019Église, aussi comporte-t-il une visibilité historique, en d\u2019autres mots, il est \u201csigné\u201d.Son traité sur le sacrement de la réconciliation, par exemple, montrait que le signe sacramentel (si longtemps appelé \u201cabsolution\u201d mais qui, à l\u2019origine, consistait en un baiser de paix) se centre sur la relation existant entre le pécheur et l\u2019Église, vécue comme incarnation historique de la grâce.Dans cette perspective, la doctrine selon laquelle l\u2019absolution accordée par le prêtre rend le pardon plus facile (puisqu\u2019alors la contrition imparfaite peut suffire, tandis qu\u2019en dehors de l\u2019absolution la contrition parfaite est requise) montre des vestiges d\u2019une mentalité magique qu\u2019on doit dépasser.La perspective de Rahner, son attention à l\u2019historicité de la grâce, l\u2019Église comprise comme le sacrement fondamental impliquent qu\u2019il est impossible de penser un développement personnel au plan éthique et religieux sans prendre en compte les retombées sociales et politiques de toutes nos décisions personnelles.Est-ce pour dépasser le caractère plutôt abstrait du discours des théologiens sur l\u2019Église que j\u2019ai été amené, personnellement, à rechercher un type d\u2019engagement plus concret dans ma communauté?J\u2019ai été conduit de la sorte à délaisser la théologie pour l\u2019étude de la politique et des structures de la société.Mais en faisant ce \u201cdéménagement\u201d vers un domaine plus \u201cséculier\u201d, j\u2019étais convaincu que ce que j\u2019avais appris de Karl Rahner me resterait utile.Nous vivons, au Canada, dans une démocratie parlementaire qui a (au moins jusqu\u2019à maintenant) garanti effectivement une certaine liberté d\u2019expression au niveau politique, mais qui reste relativement peu représentative dans la mesure où les intérêts des pauvres et des travailleurs ne sont pas adéquatement \u201creprésentés\u201d.L\u2019héritage de Rahner m\u2019a amené à soupçonner l\u2019impact de nos traditions politiques imparfaites ou biaisées sur mon aptitude à saisir dans toute son ampleur l\u2019interpellation qui m\u2019était adressée.Nos traditions politiques et le cocon sécuritaire de notre culture de \u201cclasses moyennes\u201d nous persuadent que le système prend bien soin de nos intérêts; mais cette façon de voir, pour reprendre les mots de Rahner, reflète plus la concupiscence que la générosité à laquelle nous sommes appelés.L\u2019enseignement de Rahner m\u2019a amené à saisir que, quel que soit le projet personnel que j\u2019assumerais, il devait être pensé et articulé au niveau de l\u2019engagement politique et de la stratégie organisationnelle.Refuser cette voie, en effet, c\u2019aurait été rejeter la grâce qui nous vient à travers notre histoire politique, une histoire à construire et à transformer.Karl Rahner était un grand professeur.Pour faire comprendre la grâce, à l\u2019époque où on devait se contenter de chicorée au petit déjeuner, il la comparait à une tasse de vrai café.Mais c\u2019est de l\u2019avoir eu comme maître pendant trois ans qui aura été pour moi la meilleure illustration de ce qu\u2019est la grâce.Patrick Kierans Université de Dalhousie Halifax, Nouvelle-Écosse.RELATIONS JUIN 1984 DES AFRICAINS AU \u201cPARADIS\u201d NORD-AMERICAIN Chaque année, quelques centaines de réfugiés et d\u2019immigrants africains arrivent au Québec croyant enfin trouver une terre de paix, de sécurité, d\u2019abondance et de bien-être où ils pourront oublier leurs malheurs antérieurs et bâtir un avenir souriant, rempli de promesses.Les premiers mois de séjour leur révèlent bientôt l\u2019envers du \u201cparadis\u201d nord-américain.Aux premiers jours de leur arrivée, on leur donne brièvement les renseignements indispensables, mais bientôt les réfugiés et immigrants africains se retrouvent seuls, sans compatriote africain pour les accueillir et les accompagner, dans un nouveau pays où ils doivent apprendre rapidement d\u2019autres façons de se vêtir, de se nourrir, de parler, de fonctionner et d\u2019organiser la vie quotidienne.À la recherche d\u2019un logement, sans trop comprendre ce que signifie un 2 1/2 ou un 3 1/2, il leur arrive parfois de signer un bail très désavantageux financièrement.Une fois logés, ce qui dans certains cas exige beaucoup de démarches et de temps, ils commencent à chercher un emploi et s\u2019aperçoivent avec surprise que leurs études, leurs qualifications et leurs années d\u2019expérience en terre africaine ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur.Les employeurs exigent des examens de qualification professionnelle, une carte de compétence, l\u2019accréditation à un syndicat ou à un organisme professionnel, tant d\u2019années d\u2019expérience au Québec, etc.De plus, les employeurs suggèrent fortement des cours de recyclage, des stages de spécialisation et de perfectionnement, un complément de formation.que les immigrants africains n\u2019ont guère les moyens de défrayer.En pleine crise économique, quand des centaines de milliers de fils du pays chôment, les immigrants venus d\u2019Afrique noire ne sont pas toujours bienvenus et n\u2019inspirent pas spontanément confiance aux employeurs qui les connaissent peu ou mal.Pour toutes ces raisons et bien d\u2019autres, des réfugiés et des immigrants africains se retrouvent en grand nombre parmi les bénéficiaires du bien-être social.plusieurs se découragent et désespèrent devant un avenir qui semble irrémédiablement bloqué.Face à ces situations concrètes que l\u2019on pourrait illustrer par des centaines de témoignages, des réfugiés et des immigrants africains installés au Québec depuis peu ou fort longtemps ont pris conscience de la nécessité d\u2019améliorer les services d\u2019accueil offerts aux Africains, de l\u2019urgence de se concerter pour trouver des solutions pratiques et concrètes aux problèmes du logement, du recyclage, du chômage, etc.et du besoin de se rassembler pour développer et épanouir harmonieusement la vie sociale et culturelle, africaine et québécoise à la fois.Autour de ces objectifs communs à réaliser ensemble, un groupe de bénévoles s\u2019est formé et a constitué le Comité Afrique.Composé au départ d\u2019un noyau de RELATIONS JUIN 1984 cinq membres, ce dernier regroupe aujourd\u2019hui une trentaine de bénévoles désireux de travailler au mieux-être des Africains du Québec.Le 15 mars dernier, le Comité Afrique tenait une séance publique d\u2019information et présentait un manifeste sur La situation des Africains au Québec (on peut se procurer le manifeste en appelant au 933-7094).Ce texte étudie les problèmes majeurs auxquels font face les réfugiés et immigrants africains et présente 23 propositions pour y remédier avec la collaboration de tous les hommes et de toutes les femmes de bonne volonté.Accueillir ne signifie pas seulement recevoir l\u2019autre, mais aussi l\u2019écouter attentivement et l\u2019accepter tel qu\u2019il est avec sa langue, son histoire, sa culture, son mode de vie particulier, etc.Les réfugiés et immigrants africains ont droit à l\u2019accueil comme individus, comme personnes, mais aussi comme groupe: la vie communautaire et collective constitue une richesse et un élément essentiel de l\u2019épanouissement de l\u2019identité africaine.Les services d\u2019accueil doivent prendre conscience de cette dimension, la respecter et lui faire une place.Les Négro-Africains qui viennent vivre au Québec veulent devenir Québécois \u2014 autant que faire se peut \u2014 mais sans renier pour autant leurs racines et leur identité africaines.Ils veulent découvrir les valeurs de la culture québécoise, mais ils espèrent une certaine réciprocité d\u2019autant plus que l\u2019Afrique reste un continent peu connu ou méconnu de la majorité des Québécois.Les Africains et Africaines du Québec souhaitent disposer prochainement de locaux suffisants et adéquats pour se rencontrer, se réunir, s\u2019informer sur l\u2019Afrique, célébrer ensemble, développer leur vie culturelle, favoriser la communication interpersonnelle, mettre en commun des projets et travailler à leur réalisation.Ces locaux pourraient à la longue devenir un véritable carrefour d\u2019accueil, de services, de rencontre et d\u2019expression culturelle africaine, ouverts à tous ceux et celles que cela intéresse, Québécois et Africains.Idéalement, beaucoup rêvent d\u2019une Maison de l\u2019Afrique, lieu d\u2019identification et de rassemblement qui réunirait sous un même toit le plus grand nombre d\u2019organismes et d\u2019associations oeuvrant par, pour et avec les Africains du Québec.Pour essayer de réaliser ces projets, le Comité Afrique est disposé à accueillir dans ses rangs tous ceux qui partagent ses objectifs et à collaborer avec tout organisme dont les initiatives concourent au mieux-être et à l\u2019épanouissement des Africains et Africaines vivant au Québec.Il souhaite aussi vivement que plus de Québécois et de Québécoises se joignent aux réfugiés et immigrants africains du Québec pour trouver des solutions durables à leurs problèmes et pour participer à leurs activités dans un climat de fraternité et d\u2019échange amical.Lucien Laverdière 149 \u201cMOI AUSSI, «(\u2019TRAVAILLE.AU FOYER\u201d Depuis deux ans déjà, l\u2019Association féminine d\u2019éducation et d\u2019action sociale (AFEAS) a entrepris une recherche-action sur la situation des femmes au foyer.Lors de leur colloque national qui se tiendra à l\u2019UQAM, le 26 mai prochain, sur le thème \u201cMoi aussi, j\u2019travail-le.au foyer\u201d, une nouvelle étape de ce projet sera franchie: le temps de discerner les meilleurs moyens d\u2019action est venu.Neuf hypothèses de solution issues d\u2019une série de colloques régionaux feront l\u2019objet de discussions: \u2014 \u201cQue nos gouvernements accordent à la femme (homme) au foyer un statut légal de travail-leuse(eur) au foyer.\u2014 Que le terme de \u201ctravailleuse(eur) au foyer\u201d soit employé dans toutes les politiques et lois qui les concernent.\u2014 Que nos gouvernements reconnaissent officiellement la valeur du travail au foyer en l\u2019intégrant au produit national brut et que ces tra-vailleuses(eurs) bénéficient des avantages accordés aux travailleuses(eurs).\u2014 Que les gouvernements révisent leurs systèmes fiscaux de façon à reconnaître les travail-leuses(eurs) au foyer comme personnes à part entière et non plus comme personnes à charge.\u2014 Que les gouvernements reconnaissent la part du travail au foyer durant la vie de couple (ex.: partage du revenu familial, partage des gains du régime des rentes, etc.).\u2014 Que le travail au foyer soit reconnu comme une participation à l\u2019enrichissement du couple.\u2014 Que cette participation à l\u2019enrichissement du couple soit incluse dans la prestation compensatoire.\u2014 La participation obligatoire des travailleu-ses(eurs) au foyer au Régime des rentes du Québec/Régime de pensions du Canada par une contribution calculée en se basant sur la moitié du salaire industriel moyen canadien.\u2014 Que le ministre de la Justice amende la loi 89 afin que la résidence familiale soit automatiquement protégée sans démarche d\u2019enregistrement.Comme on peut le constater, toutes ces recommandations ne sont pas du même ordre.Ainsi, la protection automatique de la résidence familiale est une revendication qui a circulé dans les groupes de femmes dès l\u2019entrée en vigueur de la loi 89.Par contre, le principe même d\u2019accorder aux femmes au foyer un statut légal de travailleuses au foyer repose sur une analyse plus controversée.La reconnaissance du travail domestique se posera différemment selon les modèles de femme, d\u2019homme, de famille, de société qu\u2019on aura privilégiés.Si l\u2019on se préoccupe d\u2019abord de celles qui ont peu fréquenté le marché du travail parce qu\u2019elles ont consacré leur vie à leur famille, on aura tendance à mettre de l\u2019avant des 150 mesures compensatoires en vue de leur fournir une plus grande sécurité financière et un minimum d\u2019autonomie.Par ailleurs, si on met l\u2019accent sur le fait que 46% des femmes occupent présentement un emploi, il est peu probable que l\u2019on se restreigne à ces seules mesures.Dans l\u2019une ou l\u2019autre perspective, toutefois, il s\u2019agit de rendre visible le travail domestique et d\u2019en faire reconnaître la dimension éminemment sociale.Car les conditions de vie des femmes au foyer et la sous-évaluation du travail domestique se répercutent sur l\u2019ensemble des femmes.\u201cToutes les femmes sont d\u2019abord ménagères\u201d pouvait-on lire sur un mur de Montréal, il y a quelques années.Ce slogan populaire se trouve maintenant sanctionné par les études détaillées du Conseil du statut de la femme sur la production domestique1.En effet, différentes recherches sur le travail (domestique et salarié) ont permis d\u2019établir que: \u201cles différences entre femmes avec ou sans emploi sont d\u2019une moindre importance, dans la mesure où l\u2019on considère la disponibilité comme caractéristique du travail ménager: les femmes salariées consacreraient moins d\u2019heures aux tâches domestiques, tout simplement parce qu\u2019elles sont moins souvent présentes à la maison, et qu\u2019on peut moins faire appel à elles\u201d2.Dans ce contexte, il semble difficile d\u2019avancer des hypothèses de solution qui ne concernent que les seules femmes au foyer.Non pas que l\u2019on doive renoncer à procurer à ces femmes les moyens de sortir de la dépendance quotidienne ou de la précarité dans laquelle elles sont souvent plongées lors du décès du conjoint, d\u2019un divorce, d\u2019une maladie, etc.Mais il importe de ne pas risquer de cantonner les femmes dans le travail domestique et de mettre les hommes \u2014 et les enfants, à la mesure de leurs capacités \u2014 en face de leurs propres responsabilités: \u201cd\u2019après une étude réalisée auprès de 1 400 familles américaines de toutes catégories et de tous milieux, le temps de travail domestique du mari n\u2019est lié ni à l\u2019emploi de son épouse, ni au nombre des enfants, ni à l\u2019âge du plus jeune, mais essentiellement à son propre temps de travail rémunéré\u201d3.D\u2019où l\u2019importance de revendiquer une politique de plein emploi qui tienne compte des besoins spécifiques des femmes liées à la grossesse et à l\u2019accouchement et, de façon plus large, de la condition de \u201cparent\u201d par des mesures comme l\u2019assouplissement des horaires et l\u2019attribution de congés parentaux.Le 15 mai 1984\tGinette Boyer 1.\tIl s\u2019agit d\u2019une partie des documents préparés en vue du Forum économique qui a eu lieu à l\u2019automne dernier.Voir en particulier, le document no 1, Document-synthèse; disponible au CSF, 8, rue Cook, bureau 300, Québec G1R 5J7.2.\tDiane Bélisle, Production domestique, document no 4, \u201cLe temps de travail ménager, Conseil du statut de la femme, 1983, p.44.3.\tLouise Vandelac, Production domestique, document no 6, \u201cLe partage des tâches domestiques\u201d, Conseil du statut de la femme, 1 983, p.75.RELATIONS JUIN 1984 POUR UNE ETHIQUE DE L\u2019ECONOMIE A l\u2019occasion du Premier mai, la Conférence des évêques catholiques du Canada rendait public le mémoire qu\u2019elle avait présenté, quelques semaines auparavant, à la commission Macdonald sur les politiques canadiennes de développement économique.Ce geste et le contenu du mémoire ont failli ranimer la controverse qui avait occupé la grande presse, il y a un an et demi, lors de la publication des Jalons d\u2019éthique.On reproche aux évêques de manquer de réalisme.Or ce que proposent les textes des évêques, c\u2019est de débloquer ce qu\u2019ils appellent \u201cl\u2019imagination sociale\u201d, en faisant éclater l\u2019alternative capitalisme-communisme: \u201cil est de toute première importance que les gens.développent de nouvelles façons d\u2019aborder les problèmes sociaux et économiques\u201d.Ce n\u2019est pas manquer de réalisme que de dénoncer un taux de chômage insup-portable, et qui reste extrêmement élevé malgré \u201cla reprise\u201d; ce n\u2019est pas manquer de réalisme que de rappeler que les lois de l\u2019économie ne pèsent pas sur l\u2019humanité comme une fatalité mais qu\u2019elles sont le fait de conventions, de délibérations et de décisions humaines; ce n\u2019est pas manquer de réalisme que d\u2019inciter les citoyens à prendre les moyens pour que l\u2019ordre économique respecte les personnes.En dernière analyse, est-ce vraiment manquer de réalisme que d\u2019appeler à un changement de mentalité?Le débat se situe à la jonction de l\u2019éthique et de l\u2019économie.Le 9 avril dernier, dans le cadre d\u2019un \u201clundi\u201d consacré à \u201cLa justice sociale comme Bonne Nouvelle\u201d, Mgr Bernard Hubert rappelait pourquoi les évêques s\u2019obstinent à intervenir dans le domaine social et à quel niveau ils se situent.Cette mise au point éclaire le mémoire de la CECC dont nous publions «quelques extraits.Ces questions n\u2019ont d\u2019ailleurs pas fini de nous occuper: com- me l\u2019explique Irénée Desrochers, Jean-Paul II en traitera sûrement lors de son prochain voyage au Canada et en relisant son encyclique sur le travail on est déjà amené à réexaminer les relations entre le chômage et le profit.WÊÊmm par Bernard Hubert évêque de Saint-Jean-Longueuil Vous vous rappelez sans doute le temps où certains s\u2019étonnaient du silence des évêques.Depuis quelques années, par contre, il arrive qu\u2019on nous reproche de trop parler, ou du moins de trop parler du \u201csocial\".Il n\u2019y a pas que le social qui intéresse les évêques.Mais c\u2019est un fait que nos déclarations sur la foi, le Christ ou la prière trouvent moins d\u2019écho dans les médias que telle intervention particulière touchant des questions sociales, économiques ou politiques.En fait, pour comprendre ce que nous essayons de dire, il faut replacer ces interventions dans l\u2019ensemble du discours que tient l\u2019épiscopat.RELATIONS JUIN 1984 Pas de ghetto religieux La justice sociale est une Bonne Nouvelle adressée aux pauvres dans la mesure où elle rejoint l\u2019essentiel du message de l\u2019Évangile.Et ce message, c\u2019est d\u2019abord une personne: Jésus Christ, libérateur, vivant au-coeur du monde, le Fils de Dieu mort et ressuscité.Parce que Jésus Christ est vivant, le Dieu des chrétiens habite l\u2019histoire, il est présent dans la vie des hommes et des 151 femmes d\u2019aujourd\u2019hui.Le Christ vivant apporte le feu sur la terre, un feu qu\u2019il désire voir se propager: le feu de la libération, et de la libération totale.Or l\u2019expansion de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu manifesté par la libération déborde largement le domaine religieux.La christianisme n\u2019est pas une évasion vers le spirituel \u201cpur\u201d; il n\u2019est pas le fait d\u2019une série d\u2019individus isolés, sans lien avec une communauté; il n\u2019est pas une religion-ghetto.Depuis Jésus, le sacré n\u2019est plus enfermé dans des objets, des lieux ou des pratiques rituelles: ce qui est sacré, c\u2019est la personne humaine.C\u2019est là tout le sens du dialogue entre Jésus et la Samaritaine: \u201cadorer Dieu en esprit et en vérité\u201d, ça n\u2019est pas une affaire de rites ou de lieux de culte, mais une question de vie.Une vie pleine, réussie.De même, au chapitre 25 de l\u2019évangile de Matthieu, Jésus se révèle présent d\u2019une manière toute particulière dans la personne des pauvres et des marginaux: il fait corps désormais avec ceux et celles qui ont à subir des conflits sociaux que la plupart du temps ils n\u2019ont pas choisis.Saint Paul, lui, expliquera aux Romains que la création tout entière est concernée par la révélation des fils et des filles de Dieu.La dimension sociale, la dimension économique, la réalité politique sont bien sûr des lieux de conflit, puisque des choix différents peuvent s\u2019y opposer, mais ce sont aussi des lieux de rédemption.Les chrétiens \u2014 et tel est précisément le sens du discours des évêques \u2014 ont à rendre manifeste dans ce monde le message de l\u2019Évangile d\u2019une vraie libération.D\u2019ailleurs, si on reprend l\u2019enseignement des évêques depuis une quinzaine d\u2019années, on s\u2019aperçoit que toutes leurs déclarations à portée sociale ne sont que des variations sur deux thèmes fondamentaux: la responsabilité et la justice.La Bonne Nouvelle pour les autres Première affirmation: les chrétiens sont appelés dans le peuple de Dieu à être des gestionnaires responsables des biens qu\u2019il y a sur cette planète.Biens économiques, biens humains, biens sociaux.Coresponsable de la création, l\u2019homme est plus qu\u2019un consommateur insatiable: les biens créés ont une destination universelle.Se rendre responsable, s\u2019impliquer, c\u2019est faire en sorte que les conflits \u2014 inévitables en société \u2014 permettent aux valeurs de justice, de vérité, de respect du bien commun, de s\u2019incarner dans la réalité; c\u2019est se rendre responsable des autres, car c\u2019est faire en sorte que la personne humaine soit respectée.L\u2019autre affirmation accentue la justice sociale.Comme Dieu, l\u2019homme doit vivre une option préférentielle pour les pauvres: les conflits sociaux dans le monde économique, dans le monde politique, dans les rapports entre hommes et femmes, entre générations, entre majorité et minorité opposent rarement des partenaires vraiment égaux.La plupart du temps, le conflit naît précisément de l\u2019inégalité.La Bonne Nouvelle est adressée aux pauvres par des chrétiens quand ils se font artisans de justice, d\u2019amour, de partage, de solidarité.Ces valeurs constituent le règne de Dieu sur la terre.Proclamer les Béatitudes, c\u2019est au fond révéler que Dieu aime ceux qui sont pauvres et marginalisés.Il les aime, non pas parce qu\u2019ils sont pauvres, mais en tant qu\u2019êtres humains; il les préfère parce qu\u2019ils ne sont pas traités comme tels.La Bonne Nouvelle pour l\u2019Église Cette attention à la justice sociale n\u2019est pas seulement une Bonne Nouvelle pour les pauvres; pour l\u2019Église \u2014 où les pauvres sont présents \u2014, elle est ferment de renouveau et de conversion, elle nourrit la foi des chrétiens.On sait et on accepte d\u2019emblée que l\u2019expérience de Dieu peut se faire dans la prière mais toute l\u2019histoire du peuple élu nous révèle que l\u2019expérience de Dieu peut aussi se faire dans la justice.Quand on reprend le livre de l\u2019Exode, on découvre que l\u2019expérience de l\u2019alliance de Dieu avec son peuple se bâtit sur l\u2019expérience d\u2019une libération collective, sur le passage de la condition d\u2019esclave à celle d\u2019hommes et de peuple libres.Du même coup, l\u2019alliance, c\u2019est l\u2019accession à la responsabilité d\u2019où l\u2019importance de la prédication des prophètes qui se font les gardiens de l\u2019alliance: à travers l\u2019histoire des royaumes d\u2019Israël et de Juda, les prophètes vont vilipender les rois lorsque, devenus puissants, ceux-ci se détournent de la protection des pauvres, ce qui est la mission que Dieu leur a confiée, pour s\u2019attacher à leurs propres intérêts.L\u2019expérience de Dieu dans la nouvelle alliance va dans le même sens.Jésus reprend le texte d\u2019Isaïe pour définir sa mission: l\u2019Esprit de Dieu repose sur lui parce qu\u2019il a été consacré pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres, pour annoncer aux prisonniers qu\u2019ils sont libérés; et les premières communautés chrétiennes disent qu\u2019elles ont compris la Bonne Nouvelle lorsqu\u2019elles vivent la communion des coeurs et la communauté de biens, lorsque le Christ est vivant dans la communauté.Saint Paul, de son côté, tout en constatant un écart entre le salut chrétien et les rapports sociaux existants dira: puisque nous sommes tous un dans le Christ, il n\u2019y a plus de maîtres et d\u2019esclaves, de Juifs et de Grecs, d\u2019hommes et de femmes.La justice sociale permet à des chrétiens de découvrir qu\u2019on ne peut respecter l\u2019homme créé à l\u2019image de Dieu sans changer des rapports sociaux faits de dépendance, de domination, d\u2019exploitation, de méfiance en des relations nouvelles d\u2019égalité, de réciprocité et de partage.Quand les chrétiens s\u2019engagent dans les luttes pour faire qu\u2019hommes et femmes soient des partenaires égaux, dans la société comme dans l\u2019Église, ils cherchent à réaliser cette conviction qu\u2019hommes et femmes sont créés à la ressemblance de Dieu et qu\u2019entre eux doivent s\u2019établir ces rapports de générosité, d\u2019égalité, de réciprocité que la Révélation affirme entre le Père, le Fils et l\u2019Esprit: la vie de Dieu.L\u2019analyse sociale Au fond, la pratique chrétienne consiste à rencontrer la personne de Jésus libérateur.Cela suppose la conver- 152 RELATIONS JUIN 1984 sion du coeur.Mais aussi le changement des structures qui empêchent les humains de vivre dans l\u2019égalité et la réciprocité.Cette pratique chrétienne exige, pour être complète, des engagements aux plans social, économique, politique, afin de répondre aux besoins réels des personnes.Pareils engagements requièrent plus que des bons sentiments ou de la bonne volonté; avant d\u2019agir, il faut prendre le temps d\u2019observer et d\u2019analyser la situation, de voir et de juger.C\u2019est pourquoi la pratique s\u2019appuie sur l\u2019analyse sociale.Les déclarations de l\u2019épiscopat se fondent sur une analyse de notre société comme sur de grands principes, d\u2019ordre éthique, inspirés de l\u2019Évangile.Tout le monde n\u2019est pas d\u2019accord avec l\u2019analyse sur laquelle s\u2019appuient nos interventions dans le domaine social; on a tôt fait, parfois, de décrier ce qu\u2019on appelle notre naïveté ou de dénoncer notre ingérence dans le profane.Mais le profane intéresse les chrétiens parce que la Bonne Nouvelle est plus qu\u2019une Bonne Idée, et il intéresse les évêques parce que la pratique chrétienne s\u2019appuie sur des principes d\u2019ordre moral.Quant à la \u201cnaïveté\u201d de l\u2019analyse qui sous-tend nos déclarations, elle n\u2019est pas si évidente que certains le prétendent.Plusieurs économistes, sans aller jusqu\u2019à endosser chacune des phrases de nos déclarations, se sont dits profondément d\u2019accord avec le contenu des messages sur le chômage et la crise.Tout le monde ne voit pas les réalités sociales du même point de vue, c\u2019est normal; mais ce n\u2019est pas de la naïveté que de scruter les rapports sociaux du point de vue des pauvres et des marginaux.L\u2019Église et l\u2019État Entendons-nous bien.Rappeler des principes d\u2019ordre éthique, souligner l\u2019urgence des besoins et des droits des membres les plus faibles de notre société, appeler les chrétiens à prendre leurs responsabilités dans la cité humaine et à passer \u201cde la parole aux actes\u201d, ce n\u2019est pas la même chose qu\u2019énoncer, encore moins imposer, des politiques socio-économiques ou des recettes administratives.Cela ne porte pas atteinte à l\u2019autonomie des gouvernements.Mes collègues et moi sommes très heureux de la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État et nous ne songeons pas à la remettre en question, ne serait-ce que parce que ce régime accorde à l\u2019Église une profonde liberté.Sans la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État, nous serions acculés au lobbying, nous serions obligés de gagner la faveur des partis au pouvoir.La séparation permet à l\u2019Église d\u2019être un corps social libre et de remplir sa propre mission de service.S\u2019engager dans un parti ou dans un mouvement politique est un bon moyen de promouvoir la justice.Mais ce n\u2019est pas à ce niveau que se situent l\u2019action et l\u2019enseignement des évêques, leur souci effectif du bien de l\u2019ensemble de la cité.Si les évêques adoptaient des positions partisanes, ce n\u2019est pas tant devant la société que devant les communautés chrétiennes qu\u2019ils perdraient de la crédibilité, car ils se trouveraient en opposition à RELATIONS JUIN 1984 des chrétiens qui ont fait une option politique légitime.Et si vous relisez bien les textes des évêques, vous remarquerez qu\u2019ils commencent par affirmer leurs principes \u2014 la gestion responsable des biens et la justice sociale \u2014 et qu\u2019ensuite seulement, pour ne pas rester dans l\u2019éther des principes, ils proposent des applications, non pas comme des solutions imposées d\u2019autorité, mais comme des illustrations, des conséquences plausibles de ces principes.La justice dans l\u2019Église On ne peut pas avoir une pratique chrétienne de justice sociale tournée exclusivement vers la société profane, comme si l\u2019Église était déjà le Royaume, comme si elle constituait déjà un monde d\u2019égalité parfaite, de réciprocité, de partage.L\u2019Église aussi doit se transformer.La coresponsabilité, la participation des laïcs, la place des femmes, le statut des agents de pastorale témoignent de ce processus.Et, de fait, l\u2019enseignement proclamé par les évêques, depuis quelques années, est le fruit d\u2019un partage de responsabilités, qui est voulu même s\u2019il n\u2019est pas toujours explicité dans les documents.Ces documents sont préparés par des groupes de travail; en général, ils font suite à des consultations menées avec des spécialistes en sciences humaines.Mais ce partage des responsabilités continue au niveau de la réception du texte.Les ministres dans l\u2019Église \u2014 et je ne parle pas des clercs, je parle des ministres car il me semble que le binôme ministre-communauté est plus fécond, plus égalitaire, que la réalité dialectique prêtres-laïcs \u2014 sont là pour présenter les principes et proposer certains éléments d\u2019analyse.Il revient cependant aux baptisés, aux membres de la communauté, de choisir les modèles historiques, de faire les choix politiques correspondant à leur option par le service réel des pauvres.Au fond, nous sommes des gestionnaires responsables quand le monde est effectivement changé, humanisé, achevé selon les valeurs de l\u2019Évangile.De même, quand, dans une société dont l\u2019éthique est basée sur la domination et sur la puissance, on fait ce passage, en Église, dans la paroisse, dans une communauté humaine locale ou dans la société, d\u2019arriver à vivre une morale qui est faite de solidarité et de partage.En somme, pour nous qui avons travaillé aux déclarations des évêques dans le domaine social, le règne de Dieu est annoncé non seulement quand la communauté se réunit pour célébrer mais lorsque, effectivement, dans le monde, l\u2019homme est libéré de ce qui l\u2019écrase et en particulier de l\u2019argent et de tous les pouvoirs oppresseurs.Le règne de Dieu est annoncé lorsque le pouvoir et l\u2019autorité se font service.Et enfin lorsque le pardon \u2014 puisque nous sommes dans un monde de pécheurs, de gens qui se blessent \u2014 et le partage deviennent des modes de vivre et d\u2019exister.153 En décembre dernier, les représentants de la Conférence des évêques catholiques du Canada présentaient sous forme de mémoire des \u201créflexions éthiques sur l\u2019avenir de l\u2019ordre socio-économique du Canada\u201d à la commission Macdonald (Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019union économique et les perspectives de développement du Canada).C\u2019était l\u2019occasion de confirmer en les précisant certains aspects des \u201cJalons d\u2019éthique sur la crise économique actuelle\u201d qui avaient secoué l\u2019opinion publique au début de 1983.Voici quelques extraits de ce mémoire; le texte complet a été publié par le Service des éditions de la CECC1.Sauf pour les titres des trois grandes parties du mémoire, les sous-titres sont de la rédaction de Relations.La question fondamentale Suivant le schéma de votre enquête, nous avons divisé notre présentation en trois parties.Dans la première partie, nous essaierons de préciser dans quelle perspective nous considérons l\u2019ordre socio-économique.Dans la deuxième partie, nous identifierons quelques-uns des \u201cproblèmes\u201d majeurs que présente notre ordre socio-économique à la lumière de notre perspective morale.Dans la troisième partie, nous tenterons d\u2019esquisser quelques-uns des \u201cdéfis\u2019\u2019 fondamentaux auxquels devra faire face l\u2019économie du Canada dans les années à venir.En fin de compte, la question fondamentale est de savoir quel genre de société et de peuple nous voulons devenir.Soulignons que notre intention n\u2019est pas de poser des jugements moraux de façon dogmatique ou autoritaire.Les principes moraux sont en soi universellement valides, mais leur application dans des situations concrètes permet diverses options.Notre but principal est de stimuler le débat public de certaines questions morales importantes touchant le développement futur de notre économie et de notre société.154 1.LA PERSPECTIVE En tant qu\u2019évêques, nous ne prétendons pas au titre d\u2019experts techniques en matière d\u2019économie.Notre rôle est d\u2019abord l\u2019éducation morale de la société.Sous cet angle, nous essayons d\u2019examiner les réalités économiques et sociales à la lumière du message évangélique de Jésus Christ et de refléter sa sollicitude pour les pauvres, les marginaux et les opprimés.Ainsi, nous croyons qu\u2019il y a des questions morales fondamentales que l\u2019on doit se poser quant aux valeurs et aux priorités qui sous-ten-dent l\u2019ordre socio-économique du pays.Nous avons donc la responsabilité de stimuler les réflexions éthiques sur les valeurs, priorités et structures du système socio-économique du pays.Au cours des dernières années, nous nous sommes mis à l\u2019oeuvre résolument.Nous avons appris, cependant, que cette tâche n\u2019est pas toujours facile.En effet, la morale et l\u2019économie sont devenues des disciplines distinctes dans l\u2019évolution historique du capitalisme libéral.L\u2019accent mis depuis un siècle ou plus sur une approche économiste et méca- niste a vidé l\u2019économie, en tant que discipline, de son contenu moral.Par conséquent, les commentaires d\u2019ordre éthique relatifs à l\u2019économie sont presque totalement exclus des débats.La préséance du travail sur le capital L\u2019Église catholique romaine, grâce à près d\u2019un siècle d\u2019enseignement social, a toujours soutenu qu\u2019il y a un ordre moral à maintenir dans l\u2019organisation de l\u2019économie.Cette perspective est évidente, par exemple, dans les écrits du pape Jean-Paul II.Selon l\u2019enseignement social catholique, la valeur et la dignité de la personne humaine sont le pivot d\u2019une économie fondée sur la justice.Ceci sous-entend que tous les membres d\u2019une société donnée devraient avoir un accès équivalent aux biens produits 1.90, avenue Parent Ottawa (Ontario) K1N 7B1; agréablement présentée et illustrée, la brochure de 24 pages grand format se vend 2,60$.RELATIONS JUIN 1984 par l\u2019économie et le loisir de s\u2019en servir.Dans un tel contexte, les travail-leurs(ses) doivent devenir les agents de leur propre histoire.Par leur labeur, ils(elles) deviennent le sujet et non l\u2019objet de la production.À leur tour, le capital et la technologie deviennent les instruments de la production.Il s\u2019ensuit donc que les humains en général, et le travail humain en particulier, ont préséance sur le capital et la technologie dans tout ordre économique fondé sur la justice.Développement intégral Le but premier d\u2019une économie doit marquer les modèles de développement.Dans cette perspective, on ne peut limiter les modèles de développement à la seule croissance économique.Pour être authentique, le développement doit être intégral, il doit combler les besoins sociaux, économiques, culturels et spirituels de toute la personne.Le développement intégral comprend donc les dimensions personnelles et communautaires de l\u2019existence.Bien sûr, la croissance économique demeure une dimension importante du développement économique d\u2019une société ou d\u2019une communauté.Toutefois, les stratégies économiques axées sur la croissance indue des profits, de la consommation, de la technologie et ce, dans le but de maintenir le pouvoir et la domination, constituent des modèles faussés de développement que l\u2019on doit rejeter.2.LES PROBLÈMES Dans nos plus récentes déclarations, nous avons souligné que la récession économique actuelle n\u2019est que le symptôme d\u2019une crise structurelle plus profonde au sein du système capitaliste international.Comme l\u2019a noté le pape Jean-Paul II, les sociétés industrialisées passent d\u2019une étape de bienveillance relative à une forme de capitalisme plus rigide, ce qui augure mal pour l\u2019avenir.Comme nous le verrons, ces changements révèlent une crise morale que l\u2019on se doit d\u2019examiner de plus près.Capital transnational et technologie Comme l\u2019ont noté plusieurs observateurs, la structure du capital et de la technologie passe présentement par une période de changements fondamentaux.Ces changements auront des répercussions profondes sur notre société.Aujourd\u2019hui les multinationales et les banques peuvent transférer le capital d\u2019un pays à un autre ou d\u2019une région à une autre afin de profiter d\u2019une main-d\u2019oeuvre moins dispendieuse, de taux d\u2019imposition plus bas et d\u2019exigences moins rigides quant à la protection de l\u2019environnement.Les multinationales peuvent donc déménager rapidement leurs opérations n\u2019importe où dans le monde, contournant ainsi et les demandes des travailleurs(ses) et les syndicats ouvriers.En même temps, l\u2019arrivée de l\u2019automatisation et des ordinateurs dans le processus de production fait que le travail humain est rapidement en voie d\u2019être remplacé par des machines sur la chaîne de montage et dans les centres administratifs.Résultat: l\u2019usine sans travailleurs et le bureau automatisé pourraient bien devenir les caractéristiques les plus importantes de la nouvelle ère industrielle.Tout ceci semble présager une période de crise sociale où le chômage deviendra permanent ou structurel.En effet, le capital est devenu pleinement multinational tandis que la technologie s\u2019est irrémédiablement liée au capital.Et les deux sont concentrés dans des centres de pouvoir de moins en moins nombreux.Ces changements structurels ont créé un nouvel environnement économique mondial.Ainsi la circulation internationale des capitaux a ramené chez les gouvernements une attitude de laissez-faire alors que les multinationales se livrent une vive concurrence pour s\u2019accaparer les occasions d\u2019investissements profitables.La nouvelle rationalisation technologique de la production a modifié, pour sa part, de façon dramatique la distribution des tâches entre les pays et au sein des pays.À leur tour, ces nouvelles conditions économiques ont servi à accroître les tensions internationales \u2014 entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, le Nord et le Sud \u2014 contribuant ainsi à l\u2019escalade de la course aux armes nucléaires et à la militarisation croissante des économies nationales.Le tiers monde en est particulièrement affecté.S©CABI AU SERVICE DE L\u2019ÉVANGÉLISATION! Voici le thème de la 9e campagne annuelle de financement de SOCABI (Société catholique de la Bible), qui se tient sous la présidence d\u2019honneur de soeur Pauline Cantin, présidente de la Conférence religieuse canadienne.Notre objectif: 125 000$.\u2022 SOCABI, un projet d\u2019Église \u2022 SOCABI, au service d\u2019une évangélisation signifiante (sessions, rencontres, retraites, Week-end biblique) \u2022 SOCABI, une production de matériel biblique simple et accessible à tous (journal PARABOLE, carnets et cahiers bibliques, cours par correspondance, jeu biblique, etc.) SOCABI a besoin du soutien des chrétiens et chrétiennes de tous les milieux pour continuer sa mission d\u2019évangélisation.Faites donc parvenir votre contribution à: SOCABI 212, boul.St-Joseph ouest Montréal, Québec H2T 2P8 Un reçu sera remis à tout donateur d\u2019un montant de 10$ ou plus.(No d\u2019enregistrement 0353136-47-08, Permis de la ville de Montréal 016120.) V____________________J RELATIONS JUIN 1984 155 Restructurer l\u2019économie Dans ce nouveau contexte international, les États tels le Canada (et ses provinces) se voient dans l\u2019obligation de restructurer leur économie pour affronter le \u201cdur nouveau monde de la concurrence\u201d.En effet, compte tenu des problèmes structurels de son économie, le haut niveau d\u2019investissement étranger et sa dépendance économique à l\u2019égard des États-Unis, le Canada se trouve dans une position plutôt vulnérable.À court terme, les gouvernements fédéral et provinciaux essaient de raviver la rentabilité et la concurrence de certaines industries et de créer un climat beaucoup plus favorable à l\u2019investissement privé.À long terme, les deux paliers de gouvernement essaient de restructurer l\u2019économie canadienne en vue de la haute technologie informatisée des années 90, et c\u2019est le secteur privé qui à leurs yeux devra donner l\u2019élan au développement économique.De plus, afin de faire face à la concurrence sur les marchés mondiaux, la stratégie des années 80 vise à équiper l\u2019industrie canadienne d\u2019un nouvel outillage technologique, à créer de nouveaux genres d\u2019industries à haute technologie, à mettre en branle de nombreux méga-projets et à éliminer progressivement plusieurs industries à haute teneur en main-d\u2019oeuvre.Dans ces nouvelles conditions, le capital et la technologie reprennent leur rôle de principes dominants dans la mise en place de notre nouvel ordre socio-économique.Ces changements structurels auront à leur tour de profondes conséquences au niveau social.Dans la perspective présentée plus haut (dans la première partie), notre société semble en proie à une crise morale qui va s\u2019accentuant.Et le progrès ?Il faut bien comprendre que nous ne prenons pas position contre le progrès ou la technologie en soi.Au contraire, les progrès réalisés dans le développement du capital et de la technologie pourraient servir à faciliter le développement des gens ici au Canada et à travers le monde.Les questions clés demeurent toutefois: Qui contrôle ces instruments?Et comment s\u2019en servira-t-on?Si les communautés et les travailleurs ne parviennent pas à contrôler de façon efficace le capital et la technologie, ces derniers auront tendance à devenir des \u201cforces destructrices\u201d plutôt que des \u201cinstruments constructifs\u201d du développement économique.Dans ces circonstances, la personne humaine devient de plus en plus désuète, étant la victime d\u2019une puissance économique impersonnelle.C\u2019est là le problème central de notre époque.Il s\u2019agit d\u2019abord et avant tout d\u2019un problème d\u2019ordre moral ou éthique provenant de la structure même de notre économie et de notre société.3.LES DÉFIS Le défi qui se dresse devant nous est donc de chercher d\u2019autres visions et modèles en vue du développement futur de notre système socio-économique dans le contexte d\u2019une nouvelle ère industrielle.Ainsi que nous l\u2019avons souligné plus haut, la contradiction sociale fondamentale de notre temps est la domination structurelle du capital et de la technologie aux dépens du peuple, du travail et des communautés.Il faut rien de moins qu\u2019un revirement complet de ces rapports structurels.En d\u2019autres mots, il faut trouver le moyen d\u2019assurer que les humains exercent un contrôle plus réel sur le capital et la technologie afin d\u2019en faire des instruments constructifs de la création, servant les besoins fondamentaux des individus et des communautés.À cette fin, il faut déployer des efforts pour stimuler l\u2019imagination sociale, élaborer d\u2019autres visions et modèles économiques.Blocages culturels et sociaux Il y a, bien sûr, des blocages inhérents à notre culture et notre société qui restreignent le libre cours de l\u2019imagination sociale.Le fait, par exemple, que l\u2019on ait à choisir entre deux systèmes, soit le capitalisme ou le communisme, tend à étouffer l\u2019ima- gination sociale.Les forces dominantes du capital et de la technologie à l\u2019échelle internationale dictent elles aussi pour une large part ce qui est souhaitable et réalisable, limitant ainsi la faculté des nations et des peuples de développer des options viables.L\u2019imagination sociale est aussi gênée par le genre de raisonnement technique qui prévaut aujourd\u2019hui dans notre culture.C\u2019est le genre de raisonnement qui évite les questions fondamentales en réduisant tout à une connaissance factuelle et quantifiable en se servant d\u2019un procédé technique qui se limite à l\u2019examen des buts et des moyens.Enfin, les éternels problèmes causés par l\u2019égoïsme personnel, l\u2019individualisme possessif, et la poursuite d\u2019un égocentrisme borné et la cupidité collective font que certaines personnes ne peuvent pas développer une imagination sociale créatrice.Il est de toute première importance que les gens trouvent le moyen d\u2019abandonner ces façons courantes d\u2019envisager les choses et développent de nouvelles façons d\u2019aborder les problèmes sociaux et économiques.Planification économique Comment peut-on créer des formes plus collégiales et efficaces de planification économique en vue du développement futur de notre société?À notre avis, il faudra probablement concevoir une nouvelle façon d\u2019entreprendre la planification centralisée et décentralisée.La nouvelle puissance transnationale représentée par le mariage du capital et de la technologie oblige les États à recourir à une planification centralisée afin de favoriser le bien commun dans le respect des principes moraux fondamentaux.Il faudra peut-être à cet effet nationaliser certains secteurs clés de l\u2019économie canadienne.Toutefois, l\u2019expérience a démontré que la nationalisation en soi ne peut assurer la participation populaire à la planification économique.Il faudra donc envisager des formes décentralisées de planification et de la prise de décision afin d\u2019assurer la participation des travailleurs(ses), des pauvres et des marginaux.Que peut-on faire afin de développer cette façon d\u2019envisager la planification économique dans ce pays?156 RELATIONS JUIN 1984 JEAN-PAUL II, LE PROFIT ET LE CHÔMAGE par Irénée Desrochers On nous dit que nous sommes sortis de la crise, statistiquement, depuis que le PNB est remonté au niveau qu\u2019il avait atteint avant la récession de 1 982-83.Et pourtant, une \u201ccalamité sociale\u201d demeure: la situation d\u2019un million et demi de chômeurs officiels, de près de deux millions de chômeurs en fait.Par ailleurs, les experts soulignent que la reprise est fragile et qu\u2019une nouvelle crise reste fort possible.Et de toute façon, l\u2019implantation d\u2019une nouvelle technologie entretient la menace d\u2019un chômage élevé et constant; pour combien de temps encore?Dans une interview diffusée par Radio-Québec, le 17 avril dernier, Mgr Adolphe Proulx, évêque de Gatineau-Hull, se disait convaincu que le pape parlera de cette question au cours de son voyage au Canada, en septembre prochain.On peut prévoir que ce sera à Toronto, le 1 5 septembre, quand Jean-Paul II traitera des problèmes que la technologie pose aux travailleurs.Lorsque dans ses voyages Jean-Paul II aborde ce genre de questions, il a l\u2019habitude de renvoyer ses auditeurs à sa grande encyclique sur le travail, Laborem exercens; c\u2019est qu\u2019il a pu y développer sa pensée beaucoup plus longuement qu\u2019il ne peut se permettre de le faire dans de brefs exposés devant des foules nombreuses.Or, il faut l\u2019admettre, même si en passant on mentionne souvent le titre de cette encyclique, même si on s\u2019y réfère assez fréquemment, ils sont très peu nombreux ceux qui peuvent affirmer en avoir vraiment lu le texte intégral; encore moins l\u2019avoir étudié.Il s'agit pourtant d\u2019un document fondamental pour bien saisir la pensée sociale du pape actuel.Or, c\u2019est un fait, l\u2019enseignement de Jean-Paul II sur le travail est assez peu connu.Pour mieux saisir les implications de ce que dira Jean-Paul II, en septembre, sur le travail et l\u2019emploi dans la nouvelle société technologique, relisons certains passa- 1.\tLes chiffres inscrits entre parenthèses renvoient aux pages de l\u2019édition officielle de l\u2019encyclique Laborem exercens, telle que reproduite dans la collection \u201cL\u2019Église aux quatre vents\u201d des Éditions Fides.2.\tSur la question du droit \u201cconstitutionnel\u201d à l\u2019emploi, voir \u201cUne marche populaire pour l\u2019emploi\u201d, Relations, mai 1983, p.1 21 ; voir aussi Friedhelm Hengsbach, \u201cLe droit au travail dans la pensée de l\u2019Église\u201d, Concilium 180 (1982), p.82-83 (\u201cFormulations juridiques techniques\u201d).RELATIONS JUIN 1984 ges de son encyclique Laborem exercens; en particulier, sous l\u2019angle de la relation profit-plein emploi, qui soulève chez nous un problème majeur de politique économique.Le droit des travailleurs au plein emploi Jean-Paul II replace l\u2019ensemble des droits qui découlent du travail dans le contexte plus large de l\u2019ensemble des droits fondamentaux de la personne humaine.La notion de \u201crespect\u201d est soulignée avec force dans le chapitre qu\u2019il consacre aux \u201cDroits des travailleurs\u201d.Le \u201cplein\u201d respect des droits des travailleurs constitue la condition fondamentale de la paix sociale.Leur violation doit être stigmatisée et elle suscitera, il en est convaincu, \u201cune juste réaction sociale\u201d: elle devrait entraîner \u201cune prise de conscience plus nette et plus engagée\u201d, car le plein respect des droits constitue l\u2019élément clé de l\u2019ordre exigé par l\u2019éthique sociale.Lorsqu\u2019il énumère tout un ensemble de droits inaliénables du travailleur, comme le droit au juste salaire, le droit à des prestations sociales, à la sécurité, à la syndicalisation, c\u2019est le droit au travail qu\u2019il aborde en tout premier lieu.\u201cOn doit porter son attention avant tout, dit-il, sur un problème fondamental.Il s\u2019agit de la question d\u2019avoir un travail ou, en d\u2019autres termes, du problème qui consiste à trouver un emploi adapté à tous les sujets qui en seront capables\u201d (p.69)1.Jean-Paul II entend remonter au fondement de ce droit au travail; c\u2019est pourquoi il invoque un droit d\u2019ordre éthique, qui existe toujours et que les travailleurs possèdent pleinement comme un droit en soi, un droit \u201cobjectif\u201d, même s\u2019il ne leur est pas reconnu en pratique, dans la vie sociale et économique.Car au plan du droit positif, il n\u2019existe que très peu de textes de loi en matière de \u201cdroit au travail\u201d.Et d\u2019ailleurs lorsqu\u2019il en existe, ils ne gardent qu\u2019une valeur toute relative et limitée2.Le pape a bien conscience que, pour instaurer une politique du travail capable de résoudre le problème de 157 \u201cDans le concept d\u2019employeur indirect entrent les personnes, les institutions de divers types, comme aussi les conventions collectives de travail et les principes de comportement, qui, établis par ces personnes et institutions, déterminent tout le système socio-économique ou en découlent.Le concept d\u2019employeur indirect se réfère ainsi à des éléments nombreux et variés.La responsabilité de l\u2019employeur indirect est différente de celle de l\u2019employeur direct \u2014 comme les termes eux-mêmes l\u2019indiquent: la responsabilité est môins directe \u2014 mais elle demeure une véritable responsabilité: l\u2019employeur indirect détermine substantiellement l\u2019un ou l\u2019autre aspect du rapport de travail et conditionne ainsi le comportement de l\u2019employeur direct lorsque ce dernier détermine concrètement le contrat et les rapports de travail.Une constatation de ce genre n\u2019a pas pour but de décharger ce dernier de sa responsabilité qui lui appartient en propre, mais seulement d\u2019attirer l\u2019attention sur l\u2019imbrication des conditionnements qui influent sur son comportement.Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019instaurer une politique du travail correcte du point de vue éthique, il est nécessaire d\u2019avoir tous ces conditionnements devant les yeux.Et cette politique est correcte lorsque les droits objectifs du travailleurs sont pleinement respectés.\u201d Jean-Paul II, Laborem exercens, p.66.J\u2019emploi et \u201ccorrecte\u201d du point de vue éthique, il est nécessaire de prendre en considération les conditionnements qui influent sur le comportement de l\u2019employeur.Mais il n\u2019en affirme pas moins que la \u201cpolitique\u201d du travail ne peut être correcte que lorsque \u201cles droits objectifs\u201d du travailleur sont pleinement respectés.Il soutient que la conception éthique de l\u2019emploi, qui doit sous-tendre une \u201cjuste\u201d politique du travail, respecte le droit inaliénable de tous les hommes.Elle doit répondre au problème qui consiste à trouver un emploi adapté à \u201ctous\u201d les sujets qui en sont capables.Pour lui, une politique de l\u2019emploi doit être, en conséquence, une politique de plein emploi.\u201cLe contraire d\u2019une situation juste et correcte dans ce domaine est le chômage, c\u2019est-à-dire le manque d\u2019emploi pour les sujets capables de travailler\u201d (p.69).Ce \u201cdroit au travail\u201d, a-t-il expliqué à un auditoire d\u2019employeurs et de travailleurs à Barcelone, est un besoin premier, et non un privilège.\u201cL\u2019État ne peut se résigner\u201d à supporter un chômage élevé et chronique: la création de nouveaux emplois doit constituer \u201cune priorité tant économique que politique\u201d (Jean-Paul II, \u201cRen- contre avec le monde du travail à Barcelone le 7 novembre 1982\u201d, La Documentation catholique, 7 décembre 1982, p.1119-1122).Quelque chose qui ne va pas On se souviendra de la levée de boucliers qu\u2019ont provoquée les évêques canadiens en janvier 1983, lorsqu\u2019ils ont énoncé cette même priorité.Très clairement et courageusement ils avaient affirmé: \u201cPremièrement, il faut que le chômage, et non l\u2019inflation, soit reconnu comme le problème numéro un de la crise actuelle\u201d (Jalons d\u2019éthique).Jean-Paul II considère comme un \u201cfait déconcertant\u201d l\u2019existence de foules de chômeurs; c\u2019est pour lui \u201cune véritable calamité sociale\u201d.Sans entreprendre l\u2019analyse théorique d\u2019un technicien de la science économique, il tire la conclusion que \u201csans aucun doute \u2014 pour ce qui concerne l\u2019organisation du travail et de l\u2019emploi \u2014 il y a quelque chose qui ne va pas, et cela précisément sur les points les plus critiques et les plus importants au point de vue social\u201d (p.73).Cette formule, \u201cil y a quelque chose qui ne va pas\u201d, est celle d\u2019un homme à la fois prudent et ferme.Il laisse aux spécialistes de la science économique le soin de trouver exactement comment, à leur niveau, on explique les causes de ce qui ne va pas.Pour sa part, c\u2019est en tant que spécialiste de l'éthique sociale qu\u2019il compte expliquer ce \u201cquelque chose qui ne va pas\u201d.Et comme il estime qu\u2019il y a un lien entre l\u2019éthique sociale et la politique économique concrète, il veut contribuer à \u201corienter\u201d les changements nécessaires à un authentique progrès et aider les experts concernés à mieux défendre des politiques de plein emploi en leur suggérant des présupposés ou \u201cprémisses\u201d solidement fondés.Pour lui, le problème du plein emploi, bien qu\u2019il soit un problème économique, n\u2019est pas un problème \u201cpurement économique\u201d; c\u2019est qu\u2019il y voit avant tout la conséquence d\u2019un désordre moral.Mais comment expliquer ce désordre et quelle est sa relation à l\u2019économie?Employeur direct et employeur indirect Pour affronter le problème du chômage, Jean-Paul II propose de réfléchir avant tout sur le rapport entre l\u2019employeur et le travailleur.Il ne suffit pas de constater comment les choses se passent de fait dans l\u2019organisation réelle du travail; il faut se demander comment les rapports employeur-travailleur devraient s\u2019établir pour être justes.Mais pour tenir compte des structures complexes de la société d\u2019aujourd\u2019hui, il fait appel à un concept de base: la distinction entre employeur direct et employeur indirect.L\u2019employeur \u201cdirect\u201d est celui auquel nous pensons tout de suite.C\u2019est la personne ou l\u2019institution avec les- 158\tRELATIONS JUIN 1984 ^MÆ Hwnjfië&l Kf2Sf*|riL mim 11 ' r/ &.$ * *«*^r- * «*13 |gP» t relations 8100.boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 1514) 387 2541 ASf\\ L\u2019ACTUALITÉ AU-DELÀ DU QUOTIDIEN! Un dépassement radical ABONNEMENT 1 an (10 nos): 12,50$ à l\u2019étranger:\t20,00$ Comme tel, le phénomène de l\u2019accélération des changements technologiques, que mentionne d\u2019ailleurs Jean-Paul Il dans son encyclique sur le travail et qu\u2019il doit aborder plus longuement à Toronto, le 15 septembre prochain, n\u2019est pas la cause première, fondamentale, de l\u2019erreur de l\u2019économisme.La nouvelle technologie est plutôt une occasion qui oblige le monde des entrepreneurs à se demander s\u2019il doit se laisser guider d\u2019abord par \u201cle principe du plus grand profit\u201d.Elle est le contexte d\u2019un nouveau choix éthique.Jean-Paul II appelle en effet à un \u201cdépassement radical\u201d du système actuel.On ne voit pas d\u2019autre possibilité de dépassement, dit-il, que d\u2019effectuer \u201cdes changements adéquats\u201d qui permettraient de rétablir dans la société la priorité du droit des travailleurs au plein emploi (p.53).À cette fin, les instances qui ont été définies comme l\u2019employeur indirect doivent, entre autres mesures, pourvoir à une \u201cplanification globale\u201d ordonnée à la réalisation d\u2019une politique de plein emploi (p.70).La planification globale dont parle Jean-Paul II doit s\u2019inspirer des principes de l\u2019éthique sociale, qui assurent rationnellement et correctement un climat d\u2019initiative et de liberté, mais aussi, nécessairement, un engagement de solidarité.Que les agents économiques se situent du côté du ca- 3.Allocution de Jean-Paul II lors de sa visite à l\u2019Organisation internationale du Travail, à Genève, le 1 5 juin 1982; La Documentation catholique, 4 juillet 1982, p.649-650.Nom .Adresse code postal pital ou du côté du travail, ou qu'il s\u2019agisse de responsables de gouvernements et d\u2019administrations publiques, ils sont tous solidaires avec le travail, donc avec les sans-emploi.Cette solidarité devrait s'appuyer sur la conviction qu\u2019a exprimée Jean-Paul II à Genève dans son allocution à l\u2019Organisation internationale du Travail, le 15 juin 1982, quand il a affirmé qu\u2019il se refuse à croire que nous soyons incapables de trouver des solutions justes et efficaces au problème du plein emploi3; Je me refuse à croire que l\u2019humanité contemporaine, apte à réaliser de si prodigieuses prouesses scientifiques et techniques, soit incapable, à travers un effort de créativité inspiré par la nature même du travail humain et par la solidarité qui unit tous les êtres, de trouver des solutions justes et efficaces au problème essentiellement humain qu\u2019est celui de l\u2019emploi.RELATIONS JUIN 1984 161 7195 9104 2238 Les subventions du gouvernement fédéral aux églises: UNE OPÉRATION AMBIGUË par Jean Picher Les octrois versés à de nombreuses paroisses dans le cadre de divers programmes fédéraux de création d\u2019emplois ne posent pas un problème de droit mais de prudence pastorale.Il est légitime de réparer les églises; les emplois ainsi créés ne sont pas un luxe dans le contexte actuel.Pourtant la question des rapports entre l\u2019Église et les partis politiques reste délicate et, dans le cas de plusieurs paroisses de centre-ville, le cataplasme peut faire esquiver des questions plus graves.Jean Picher est le curé de la paroisse Saint-Malo de Québec.Résumons d\u2019abord les faits: depuis environ deux ans plusieurs paroisses, surtout de Montréal et de Québec mais aussi d\u2019autres villes, ont reçu des sommes considérables du gouvernement fédéral pour effectuer des réparations à leur église.Parfois ces réparations s\u2019avéraient absolument nécessaires (réfection du toit), parfois elles semblaient simplement utiles sans être urgentes.Ces subventions provenaient de divers programmes fédéraux de création d\u2019emplois; elles ont été dirigées vers les paroisses suite aux objections soulevées par le Québec devant l\u2019octroi de subventions fédérales aux municipalités.On devait apprendre par la suite que la mise en application de ces programmes soulevait bien des critiques de la part des partis d\u2019opposition.Ils accusaient le gouvernement de favoritisme à l\u2019endroit de ses propres députés (les comtés acquis à l\u2019opposition auraient été négligés); ce qu\u2019il est difficile de mesurer au Québec.Ces événements ont évidemment suscité des réactions diverses: douce ironie de plusieurs journalistes, contentement de plusieurs paroissiens heureux d\u2019embellir ou même de 162 \u201csauver\u201d leur église, malaise chez certains administrateurs de paroisse.et même à l\u2019intérieur des évêchés devant ce \u201cdon du ciel\u201d assuré par le pouvoir politique.La question importante à nous poser me paraît être la suivante: que nous révèlent ces événements sur l\u2019état de nos communautés paroissiales et sur le modèle d\u2019Église que nous voulons bâtir dans l\u2019avenir?Mais pour y répondre, il faut rappeler brièvement la situation actuelle de plusieurs paroisses des centres-ville.Résumons-la ainsi: une population en diminution à cause de nombreuses démolitions et de l\u2019exode des jeunes familles, un taux de \u201cpratique\u201d dominicale de 10% à 25%, une communauté chrétienne composée en majorité de personnes à revenus modestes mais très généreuses.Or, dans la plupart de ces paroisses, les bâtiments (église, salle paroissiale, presbytère) sont immenses et vieillissants; ils ont été payés avec fierté par nos parents et nos grands-parents (\u201crien n\u2019est trop beau pour le bon Dieu\u201d) et plusieurs de ceux qui ne les fréquentent jamais y restent attachés sentimentalement.De plus en plus, nous nous rendons compte que ces bâtiments sont peu adaptés aux besoins actuels, mais leur transformation est très compliquée.Lorsque s\u2019annoncent de grosses réparations, il devient difficile de demander à des chrétiens déjà très généreux d\u2019augmenter leurs dons, qui suffisent pourtant tout juste à boucler les opérations régulières.Il n'est donc pas surprenant que, depuis 1960, on ait eu recours aux bingos, à divers types de loteries, à des levées de fonds spéciales, à la location des bâtiments paroissiaux, pour tenter de faire face à la situation.Mais voilà: certains gêneurs (dont je suis) ont soutenu que les organismes d\u2019Église ne peuvent pas prendre indifféremment tous les moyens pour se financer, qu\u2019ils doivent se poser des questions sur la cohérence de ces moyens avec l\u2019Évangile.Question embarrassante: pourquoi s\u2019interroger sur nos moyens de financement.alors que ça rapporte?Il s\u2019en est suivi bien des débats, souvent discrets, parfois publics, qui ne sont pas encore terminés d\u2019ailleurs.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019arrive la manne fédérale.L\u2019argent est offert RELATIONS JUIN 1984 i (même avec insistance dans certains cas) et il n\u2019est certes pas mauvais de faire travailler des ouvriers de la construction.Mais essayons de pousser plus loin notre réflexion.Première question: Les lieux de prière et de rassemblement sont très importants pour une communauté chrétienne, mais ont-ils une valeur absolue, qui pousse à les sauvegarder \u201cà tout prix\u201d même si cela demande des énergies qui accaparent des laïcs et des prêtres et leur enlève un temps précieux pour d\u2019autres tâches?Jérémie n\u2019a pas été très populaire, il y a trois mille ans, quand il a rappelé aux Hébreux qu\u2019il ne suffisait pas d\u2019avoir le \u2018\u2018temple du Seigneur\u201d mais qu\u2019il fallait surtout s\u2019occuper du pauvre et du faible.Deuxième question: On peut même aller plus loin et dire que, dans nos centres-ville, le temps est venu de regrouper énergies, personnel, équipements paroissiaux pour être mieux au service des chrétiens et particulièrement des 80% de baptisés qui fréquentent peu ou pas nos locaux, mais qui ont besoin d\u2019entendre parler de l\u2019Évangile et de le voir en action.Une subvention-miracle peut retarder de tels regroupements, en nous convainquant qu\u2019au fond la situation n\u2019est pas si urgente.Mais ce n\u2019est pas parce que nos finances vont bien ou mal qu\u2019il faut nous regrouper, c\u2019est en fonction des besoins réels des gens.Troisième question: Ne faut-il pas songer à un partage plus poussé entre communautés chrétiennes sur le plan financier?Dans plusieurs diocèses existe un fonds d\u2019entraide, pour prêter de l\u2019argent aux paroisses en difficulté, mais au delà du prêt ne faut-il pas songer au don pur et simple d\u2019une communauté à l\u2019autre?À lire les exhortations de saint Paul aux Corinthiens, au sujet d\u2019une collecte pour une autre Église, on voit que ce partage entre communautés n\u2019a jamais été facile, mais qu\u2019il constitue un signe important de l\u2019Évangile.Quatrième question: Les fabriques paroissiales étant des corporations civiles, il n\u2019est pas interdit à l\u2019État de leur faire des dons, c\u2019est certain.Mais par delà l\u2019aspect juri- RELATIONS JUIN 1984 dique, ce support financier pose la question de la séparation entre l\u2019Église et l\u2019État.Cette séparation est sans doute moins étanche ici qu\u2019en d\u2019autres pays; il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019ensemble des Canadiens n\u2019est pas homogène au plan des convictions religieuses, et que c\u2019est l\u2019argent de cet ensemble qui alimente les subventions fédérales.D\u2019autre part, qu\u2019il soit vrai ou non que les députés des comtés concernés aient voulu améliorer leur image politique (comme l\u2019ont soutenu certains membres de l\u2019opposition), ne faut-il pas éviter même l\u2019apparence d\u2019un appui mutuel entre organismes d\u2019Église et parti au pouvoir?Pour beaucoup de gens de nos quartiers, convaincus que les hommes politiques poursuivent des intérêts bien différents des leurs, cette soudaine camaraderie Église-État n\u2019est pas nécessairement une bonne nouvelle.Cinquième question: C\u2019est la dernière et la moins facile à résoudre: quelle est la meilleure manière d\u2019utiliser l\u2019argent de l\u2019État pour créer des emplois, dans nos quartiers où il y a tant de chômage?L\u2019industrie de la construction est certes importante mais on n\u2019y crée pas à proprement parler de nouveaux emplois.Cependant, s\u2019il est bon d\u2019appuyer cette industrie, pourquoi ne pas le faire d\u2019abord en construisant plus de logements sociaux pour une population qui en a bien besoin?Bien sûr, il ne faut pas dire bêtement: \u2018\u2018parce que les églises sont réparées, il y a moins de HLM\u201d, mais il reste que les ressources de l\u2019État ne sont pas illimitées.Toutes ces questions nous amènent à la conclusion que l\u2019opération est à tout le moins ambiguë, mais qu\u2019elle peut être l\u2019occasion de nous interroger sur les virages que nos communautés paroissiales devront prendre, d\u2019ici cinq ou dix ans, si elles veulent porter un témoignage de foi et de justice dans nos centres-ville.Les politiciens nous proposent de l\u2019argent: c\u2019est leur droit et nous n\u2019avons pas à leur faire la morale; mais nous avons à prendre nos propres responsabilités pour leur donner la réponse qui aidera nos communautés chrétiennes à se prendre en mains et à se tourner vers l\u2019avenir.QUELQUES CHIFFRES Dans la région de Montréal, la majeure partie des octrois accordés par le gouvernement fédéral l\u2019ont été dans le cadre du projet \u201cRelais\u201d.Lorsqu\u2019il s\u2019agissait de réparer des églises, l\u2019argent versé par l\u2019État ne devait servir qu\u2019à défrayer les salaires des travailleurs, les fabriques absorbant elles-mêmes le coût des matériaux: il s\u2019agissait pour le gouvernement de créer des emplois dans l\u2019industrie de la construction.L\u2019archidiocèse de Montréal a obtenu des subventions pour 107 projets (affectés à autant d\u2019églises, pratiquement toutes paroissiales): l\u2019ensemble atteint les 10 millions (9 975 986$); si l\u2019on ajoute ce que les paroisses ont dû débourser en équipement et en matériaux de construction, ce sont quelque 15 millions qui ont été injectés dans l\u2019économie locale pour 12 000 semaines-homme-travail.Dans le même temps, l\u2019archidiocè-se de Toronto recevait 6 1/2 millions des gouvernements fédéral et ontarien, cependant que les paroisses et le diocèse engageaient une somme à peu près équivalente.À Montréal, la priorité était accordée aux édifices situés dans le centre-ville et dans les quartiers défavorisés, ainsi qu\u2019aux édifices non \u201cclassifiés\u201d (reconnus pour leur intérêt historique ou artistique), puisque ces derniers peuvent être aidés par le ministère des Affaires culturelles du Québec.Les paroisses n\u2019ont eu l\u2019autorisation de participer aux programmes de subventions que lorsqu\u2019elles pouvaient établir leur solvabilité ou lorsqu\u2019elles avaient obtenu un don ou un prêt des fonds spéciaux de l\u2019archevêché pour la restauration.À la grandeur du Canada, des subventions ont été accordées à des communautés des diverses dénominations religieuses pour la réfection des édifices du culte: des synagogues, des temples évangéliques et des églises catholiques en ont bénéficié.163 LA PEUR CHEZ LES MILIEUX POPULAIRES par Guy Paiement* Centre Saint-Pierre Dans une communication qu\u2019il présentait à la réunion annuelle de la Société canadienne de théologie, en octobre dernier, le professeur Maurice Boutin faisait l\u2019inventaire des apoca-lypticiens québécois.Il montrait que ce n\u2019est pas tant la peur qui expliquerait leurs discours que l\u2019absence de maîtrise devant l\u2019inattendu.Il concluait en affirmant que l\u2019apocalyptique récente occupe la place d\u2019une science du devenir qui nous fait actuellement défaut.Je suis fondamentalement d\u2019accord avec ces propositions, sauf, peut-être, pour ajouter que je préfère parler plutôt d\u2019un art du devenir que d\u2019une science.Même si la science n\u2019est pas encore adéquate, un certain art, une sorte d\u2019\u201caikido\u201d du devenir est possible.C\u2019est, du moins, ce que je constate chez beaucoup de gens de milieux populaires.La peur fait partie de leur vie quotidienne.Mais ils ont souvent appris à la gérer, à la démystifier et peuvent, sur ce point, devenir nos maîtres.De quoi les milieux populaires ont-ils peur?La question ainsi posée suggère que la peur pourrait être vécue d\u2019une façon particulière par les gens des milieux populaires.Elle implique donc que l\u2019on peut chercher le rapport entre un milieu socio-culturel déterminé et l\u2019attitude de la peur.À partir de cette perspective, on pourrait alors faire l\u2019inventaire des peurs qui sont à l\u2019oeuvre dans les milieux populaires: peur de ne pas rejoindre les deux bouts, peur de ne 1.intervention faite au dernier congrès de la Société canadienne de théologie.pas recevoir son chèque de bien-être ou d\u2019assurance-chômage, peur des femmes de sortir seules dans la rue le soir, peur, chez certaines femmes et chez leurs enfants, d\u2019être battus, peur diffuse d\u2019une guerre nucléaire, etc.Mais je pense qu\u2019une telle liste n\u2019est pas propre aux gens des milieux populaires.On trouverait des peurs semblables chez les gens de milieux de classe moyenne.Rien de tellement significatif ne ressortirait.C\u2019est moins le relevé de toutes les peurs présentes qu\u2019il nous faut rechercher que les diverses façons qu\u2019ont les gens de les combattre ou de les gérer.De quelles façons les milieux populaires tentent-ils de gérer la peur?Quelles attitudes adoptent-ils?Même s\u2019il est difficile de répondre de façon exhaustive à de telles questions, on pressent qu\u2019elles permettent de situer une référence évangélique et que la théologie peut, par la suite, articuler sa propre démarche.Ces pratiques qui cherchent à instaurer une rupture avec la peur sont, en effet, porteuses de sens.Elles ouvrent le champ d\u2019une nouvelle pratique, et ce déplacement fournit le matériau pour comprendre la pratique de la foi et du Dieu de Jésus Christ dont elle se réclame.Mais le temps ne permet pas d\u2019analyser ici les multiples façons de gérer ainsi la peur.Je crois, d\u2019ailleurs, que cette question est tributaire d\u2019un cadre socio-culturel qui la détermine.L\u2019assimilation plus ou moins grande de ce cadre finit par créer un code qui détermine la façon de réagir devant l\u2019inattendu et le non-maîtrisé c\u2019est-à-dire, ici, devant la peur.Au risque de schématiser, je proposerai deux codes, deux modèles qui peuvent se dégager de ces gestions de l\u2019inattendu.Je nommerai ces deux modèles, le modèle du cultivateur et le modèle du pêcheur.Le modèle du cultivateur Ouand j\u2019étais petit, je passais mes étés à la campagne, sur la ferme de mes oncles.Je les ai vus planifier avec soin le choix des terrains et des grains, le temps des semailles et le temps de récoltes, le temps de la couvée des poules, du vêlage des vaches, et quoi encore.En un mot, l\u2019univers mental du cultivateur se comprend comme une sorte de surface définie dont il faut déterminer avec soin toutes les composantes.Son image est le champ bien délimité avec ses clôtures.Dans ce modèle, l\u2019avenir doit être prévu.Le devenir aussi.L\u2019imprévision signifie le désastre.Le laisser-aller aussi.On ne peut oublier l\u2019heure de la traite des vaches, pas plus que le temps de la récolte de l\u2019avoine.Il faut même planifier plusieurs sortes de production au cas où l\u2019une ne rapporterait pas.À un autre niveau, il faut prévoir l\u2019établissement futur des enfants, la dot de la fille à marier, l\u2019héritage.Qu\u2019on se souvienne ici de l\u2019atmosphère des romans de François Mauriac.Le Noeud de vipères, par exemple, où des croyants se révèlent si farouches quand il s\u2019agit des querelles autour de l\u2019héritage et du patrimoine.La seule façon de domestiquer la peur de l\u2019avenir, c\u2019est de planifier celui-ci, l\u2019encadrer de clôtures et de défenses.Ce que je retiens dans cette épure, c\u2019est que nous sommes en présence d\u2019un code, d\u2019un ensemble de procédures pour gérer l\u2019inattendu et donc la peur.La peur surgira quand l\u2019imprévu \u2014 une tempête de grêle, la baisse soudaine du prix du grain, la maladie d\u2019un enfant \u2014 fera son apparition.Soulignons, au passage, que la religion fera spontanément partie de ces procédures pour gérer la peur.164 RELATIONS JUIN 1984 Mais, pour ce faire, elle devra se mouler sur les clôtures et les rites qui organisent la vie.Elle suivra les saisons, les rythmes réguliers du travail des gens, les répétitions.La religion contribuera ainsi à gérer l\u2019acquis, la propriété, la possession du ciel.Le modèle du pêcheur Mais il existe un autre modèle, que j\u2019appellerai le modèle du pêcheur.Ces dernières années, je suis allé plusieurs fois sur la Côte-Nord et aux îles-de-la-Madeleine.J\u2019ai été vivement frappé par la présence d\u2019une autre éthique et donc, d\u2019un autre mode de gérer l\u2019inattendu.Aux îles, par exemple, on ne \u201cdemeure\u201d pas quelque part, on est \u201camarré\u201d.Quelqu\u2019un est amarré aux Havre-aux-Mai-sons ou ailleurs, avec cette connotation qu\u2019il est bien attaché à un endroit, à un milieu, à une famille, mais qu'il peut reprendre le large.D\u2019ailleurs, le large, la mer aux limites qui reculent sans cesse semblent situer les clôtures.Il n\u2019y a pas, en effet, de clôtures aux îles, mais des \u201cbouchu-res\u201d, c\u2019est-à-dire ce qui bouche la perspective, l\u2019ouverture vers la mer.Il en résulte une organisation du temps et de l\u2019avenir qui est assez particulière.Le pêcheur, en effet, qui part en mer pour la pêche a sûrement prévu son travail: ses filets, ses amorces, la couleur du temps, les marées.La prévision est normale.Pourtant, il doit aussi accepter l\u2019imprévisible, l\u2019inattendu.Malgré toutes les préparations et les espoirs, il peut revenir bredouille.Il peut également avoir des prises plus nombreuses que prévues.Un orage peut toujours surgir à l\u2019im-proviste.Contrairement au cultivateur, l\u2019inattendu fait partie de son mode mental, de ses habitudes quotidiennes et la façon de le gérer sera alors très différente.Elle sera faite d\u2019adaptation rapide, d\u2019ajustement, c\u2019est-à-dire d\u2019endurance et de souplesse, de risque et de prudence.Certes, là aussi la religion est traditionnellement présente, mais elle ne cherche pas à conserver l\u2019acquis, comme chez le cultivateur.Elle est peuplée d\u2019êtres spirituels, l\u2019esprit des marins perdus en mer, l\u2019esprit protecteur des saints et des saintes, car il est ici indispensable de maîtriser des forces, des énergies.Elle semble avoir une parenté avec les vents et les rythmes de la mer et l\u2019essentiel est toujours de savoir ruser avec les éléments.Inutile de souligner que les deux modèles décrits sont assez simplifiés.Ils suffiront pourtant à suggérer que la question de la peur sera très différente selon que l\u2019on est cultivateur ou pêcheur.Pour revenir aux milieux populaires, mon hypothèse est la suivante.Nous aurions, dans ces milieux, en particulier montréalais, la prédominance du second modèle, à savoir celui du pêcheur.Les gens de ces milieux sont, en effet, locataires à 80%.Cela signifie qu\u2019ils ne maîtrisent pas leur milieu et leur environnement.Ils sont habitués à s\u2019adapter à un nouveau logement et à se faire de nouveaux voisins.Ils ont l\u2019habitude de ruser avec les fonctionnaires du bien-être social ou du chômage, de recycler les vêtements des enfants, de s\u2019entraider collectivement quand survient un incendie, une mortalité ou l\u2019accident d\u2019un enfant.Ils savent s\u2019ajuster aux multiples partis politiques qui leur font mille promesses.Bref, ils sont moins surpris par les soubresauts de la crise économique actuelle que d\u2019autres.Ils ont développé un art de survivre, une capacité de s\u2019adapter à l\u2019intolérable qui comporte aussi des façons de gérer la peur.Or, c\u2019est à souligner, ces façons sont ici inséparables d\u2019une action à entreprendre, d\u2019un geste à poser avec d\u2019autres.À la limite, comme dans La Turlutte des années dures, quand il n\u2019y a plus rien à faire, on contestera encore la situation en inventant une chanson ou un air de musique à bouche, comme si l\u2019on voulait conserver ainsi l\u2019initiative et exprimer le besoin de dépasser les \u201cbouchures\u201d.Pour une théologie des signes Inutile de dire que mon hypothèse ne peut évidemment pas se vérifier chez tous les gens des milieux populaires.Au contraire, je soupçonne que la clientèle des apocalypticiens québécois se recrute aussi chez les personnes de ces milieux.Mais ces dernières ont bien des chances d\u2019être précisément les enfants des anciens cultivateurs qui n\u2019ont jamais pu accepter d\u2019être ballottés et plon- gés dans les flux et les reflux de la ville.Si cette piste se vérifiait, il faudrait alors conclure qu\u2019il n\u2019est pas du tout suffisant de démystifier les apocalypticiens.Il faut encore proposer un art de lire le devenir et le devenir historique.Pour parler en théologien, il est ici nécessaire de promouvoir u.ne théologie des signes des temps.Quand on a peur de l\u2019avenir et qu\u2019on est tenté de mépriser le présent ou de le mettre entre parenthèses, il faut valoriser notre devenir.Un devenir à la fois individuel et collectif, dans lequel non seulement nous tous, mais notre Dieu est impliqué et compromis.Or, on ne pourra développer une telle réflexion sans valoriser l\u2019éphémère, le provisoire, le contingent, comme si ce dernier devenait le lieu privilégié où l\u2019Esprit manifeste, en nous, sa force de rupture et d\u2019innovation.Pour redire la même chose autrement, soulignons que les signes des temps ne s\u2019identifient pas ici simplement aux \u201ctendances lourdes\u201d de la prospective.Ces dernières, on le sait, renvoient à des faits, des données, qui se retrouvent dans plusieurs milieux et pendant une période de temps assez longue.Elles comprennent souvent des événements \u201cporteurs d\u2019avenir\u201d, en ce sens qu\u2019ils annoncent des changements possibles dans notre société.Mais rien n\u2019assure qu\u2019une tendance lourde se maintiendra nécessairement dans l\u2019avenir.Bien des scénarios demeurent possibles.On ne peut donc parler de signes des temps quand on se contente de relever des tendances lourdes dans notre milieu.Les signes des temps sont, si l\u2019on veut, des tendances lourdes qui réclament, de la part des croyants et des croyantes une pratique nouvelle.Sans la perception de la nécessité d\u2019une telle pratique à promouvoir, il n\u2019y a pas, en toute rigueur, de signe des temps.La théologie des signes des temps appelle ainsi, pour atterrir dans la vie des communautés, une spiritualité du discernement historique et donc un art de s\u2019ajuster de façon créatrice et critique à l\u2019événement et aux forces sociales qui le traversent.Le \u201cN\u2019ayez pas peur\u201d proposé par l\u2019évangile aura ainsi toutes les chances de signifier: \u201cN\u2019ayez pas peur, car votre Dieu et ses enfants vont faire sous vos yeux quelque chose, quelque chose de nouveau qui, déjà, bourgeonne.Ne le voyez-vous pas?\u201d (Is 43,19) RELATIONS JUIN 1984 165 CHILI 1984 LA DÉLIVRANCE EST-ELLE PROCHE?par André LeBlanc de la Société des missions étrangères Santiago GRAPHIGNE L\u2019imprévisible et spectaculaire revirement qui eut lieu dans le stade national de Santiago le soir du 8 mars dernier a toutes les apparences d\u2019un signe des temps.Quatre-vingts mille personnes s\u2019y étaient réunies pour saluer la fin de carrière d\u2019un joueur de football bien connu, ceci à l\u2019initiative des militaires, toujours prêts à utiliser les sports pour refaire leur image auprès d\u2019un public habituellement peu politisé, et avec l\u2019appui publicitaire du journal La Tercera, inconditionnellement acquis au régime.L\u2019athlète impliqué, Elias Figueroa, fut longtemps l\u2019enfant chéri des foules mais, en 1980, il mit son prestige au service du oui lors de la campagne référendaire sur la constitution qui, en définitive, visait tout d\u2019abord à légaliser la dictature.Le temps choisi paraissait idéal: la fin de l\u2019été austral, particulièrement chaud cette année, c\u2019est-à-dire le mois de mars, et le retour à la vie normale avec ses problèmes, tensions, projets de protestation, expectatives, bref, toute cette effervescence socio-politique qu\u2019un humour local très chilien a baptisée \u201cmars-isme\u201d, et qué le régime s\u2019empresse d\u2019assimiler au marxisme.Or voici, qu\u2019après l\u2019interruption du match symbolique et l\u2019installation d\u2019une tribune, au moment précis où le maître de cérémonie réclamait l\u2019at- tention du public, c\u2019est le peuple lui-même qui spontanément prit la parole pour chanter ce refrain que, depuis un an, il a appris d\u2019abord à siffler discrètement, puis à fredonner de plus en plus ouvertement: \".y va a caer, y va a caer\u201d (\u2018\u2018et il va tomber\u201d, c\u2019est-à-dire Pinochet).L\u2019empressement des techniciens du son à filtrer ces cris sacrilèges n\u2019empêcha pas les spectateurs du petit écran de capter des slogans qui variaient sur un même thème: \u2018\u2018Figueroa est parti, que s\u2019en aille Pinochet!\u201d De simple consommateur, le peuple était soudain redevenu protagoniste, et loin de vibrer à une émotion artificielle planifiée par d\u2019autres, il exprimait sa propre contestation, devenue vite incontrôlable par les autres, les militaires et leurs amis qui, frustrés dans leur effort de propagande, perdaient la face une fois de plus.De telles manifestations spontanées ne se limitent d\u2019ailleurs pas à Santiago: c\u2019est tout le pays qui, depuis mars 1983, se voit périodiquement secoué par des protestations pacifiques, des actes de sabotage parfois spectaculaires et l\u2019immanquable répression, féroce, d\u2019un régime qui ne se maintient que par la force.En janvier et février, mois habituellement calmes, le ton a monté ausi bien à Arica, centre industriel de RELATIONS JUIN 1984 la frontière nord, en pleine décadence depuis la fermeture récente de 90% de ses usines, qu\u2019à Punta Arenas, la ville la plus australe du monde; arrivé là en visite officielle le 24 février, le chef de l\u2019État n\u2019a pu savourer longtemps les vivats, d\u2019ailleurs peu enthousiastes, de quelques centaines de jeunes gens aux cheveux courts très suspects (c\u2019était en fait les soldats du régiment local déguisés en civils pour la circonstance): ils furent vite enterrés par les huées puis les cris de la foule; la population devait être dispersée par l\u2019équipement sophistiqué de l\u2019appareil répressif et contrainte de chercher refuge dans la cathédrale pour tenter d\u2019échapper aux arrestations arbitraires de la police.Pour la Vicaria de Solidaridad, ces divers mouvements qui se sont exprimés aux deux extrémités de la \u201cpeau\u201d du territoire national sont comme des pressions exercées sur un furoncle (le régime) pour en faire sortir le pus (Pinochet).Toute la question est de savoir si l\u2019abcès est mûr.Quoi qu\u2019il en soit, deux constatations s\u2019imposent: 1.Pinochet ne donne aucun signe de vouloir renoncer au pouvoir; 2.les choses ne pourront plus se maintenir longtemps encore dans l\u2019état où elles se trouvent actuellement.De la crise au désastre Si les pays riches ont dû se familiariser récemment avec les mots \u201crécession\u201d et \u201ccrise\u201d, le Chili se doit de parler de \u201cdésastre\u201d, de \u201ccatastrophe\u201d et de \u201cchaos\u201d pour nommer une réalité où se conjuguent notamment une baisse de production de l\u2019ordre de 17% pour l\u2019ensemble des deux dernières années, un taux réel de chômage qui dépasse 30%, une augmentation des prix à la consommation de 23% pour l\u2019année dernière alors que le salaire minimum légal ne montait que de 5%, pour certains travailleurs et depuis juillet seulement, un réseau bancaire complètement 1.\tPolicarpo 26, janvier-mars 1984, p.1 7.2.\tSelon l\u2019Instituto Nacional de Estadlsti-cas.3.\tMême la revue Qué passa, proche du régime, parle de \u201cdesgobierno\u201d, \"malgouvernement\u201d.cassé, une dette extérieure de 17 milliards de dollars (en dix ans, elle a quadruplé).Comme le constate une publication clandestine de vulgarisation, le revenu per capita en 1983 était inférieur à celui de 1 960, ce qui veut dire que les Chiliens ont reculé de vingt-cinq ans pour les ressources dont ils disposent 1.À l\u2019origine d\u2019un tel effrondrement on trouve le modèle économique des Chicago Boys, adopté par le gouvernement militaire en 1975, et qui repose essentiellement sur deux principes.Premier principe: la libéralisation totale du marché, qui laisse les divers agents de force égale lutter entre eux: de cette façon, le marché devrait se régulariser automatiquement.Il n\u2019est donc plus question que l\u2019État intervienne pour favoriser des entreprises non compétitives par des subventions, barrières tarifaires, etc.Deuxième principe: la \u201cloi des avantages comparatifs\u201d: un pays ne pouvant être productif dans tous les domaines doit se sur-spécialiser dans les secteurs où il excelle déjà et exporter le plus possible, quitte à laisser tomber les autres secteurs et à compenser par des importations.Pour arriver à être compétitif, le pays doit attirer les capitaux étrangers en libéralisant le marché bancaire et en offrant des taux d\u2019intérêt alléchants.Appliquées à la réalité économique du Chili, ces théories devaient favoriser le secteur des mines (cuivre) et l\u2019agriculture; c\u2019est là une base très fragile qui engendre peu d\u2019emplois et dépend des fluctuations du marché international.D\u2019autre part, la libéralisation du marché financier entraîna une discrimination dans l\u2019octroi des crédits et favorisa les grands groupes économiques qui, loin de s\u2019impliquer dans le développement régional, cherchèrent des gains plus rapides en spéculant sur le marché international des capitaux, en prêtant à des taux usuraires à l\u2019intérieur et en important massivement des biens de consommation.Les conséquences désastreuses de ces théories et de ces pratiques se manifestèrent dès 1981, une fois passée l\u2019illusion de miracle économique née de la masse d\u2019argent en circulation.Au niveau de la production industrielle, ce fut la disparition de la PME locale.Pour les huit premiers mois de chaque année, on signale 297 fermetures d\u2019usines en 1981,587 en 1982 et 426 en 1983, problème insoluble pour les banques chiliennes et cause principale du taux de chômage déjà signalé.Quant à la production agricole, elle connut elle aussi une baisse substantielle: des 1 302 000 hectares cultivés en 1975-1976, il n\u2019en restait plus que 944 900 en 1981-1982 et 867 000 l\u2019année suivante 2.Sur le plan strictement financier, on s\u2019est vite acheminé vers un déficit tout à fait disproportionné à cause des emprunts du secteur privé sur les marchés internationaux, du déséquilibre des prix entre matières premières exportées et produits finis importés, de la baisse de la demande dans le monde occidental lui-même en crise et de la chute des cours du cuivre, à 62 cents la livre à la fin de 1983, au lieu des 84 cents espérés.Un ensemble de mesures drastiques, incluant une baisse des salaires et la hausse des taux d\u2019intérêts, fut imposé au milieu de 1982 pour diminuer les importations, mais il contribua à freiner encore davantage une activité économique déjà faible.On dévalua ensuite le peso, ce qui favorisa le marché noir, la liquidation des réserves et la fuite des capitaux.Il ne restait que le recours, peu original, au Fonds monétaire international qui imposa de couper les salaires réels et les dépenses publiques, ce qui fut accepté, la santé et l\u2019éducation étant pratiquement retournées au secteur privé et la construction d\u2019habitations sociales presque nulle.Comme aboutissement du modèle suicidaire emprunté aux Chicago Boys et appliqué froidement au Chili, on prévoit qu\u2019en 1985, 80% des revenus d\u2019exportations seront consacrés à rembourser les créanciers étrangers.Les Chiliens sont convaincus que leur pays est un rafiot en train de couler et que le régime actuel a lourdement hypothéqué leur avenir collectif.De nouveaux acteurs politiques Une telle crise économique, avec ses graves remous sociaux, rend le pays pratiquement ingouvernable 3 et dégénère en crise politique qui se répercute au delà des frontières.Au niveau international, le régime ne doit pas seulement encaisser une chute de crédibilité au plan de sa gestion de l\u2019économie, sans parler de sa réputation en matière de droits hu- RELATIONS JUIN 1984 167 mains: il n\u2019a pu empêcher d\u2019accumuler contre lui, depuis le début de l\u2019année, une série de problèmes avec le Pérou (espionnage), la Bolivie (son accès au Pacifique relancé par l\u2019OEA), l\u2019Allemagne et Israël (refus d\u2019extradition de l\u2019ex-nazi W.Rauff), la France (propos de son ministre des Affaires étrangères et accusation de complicité terroriste contre des membres du personnel de son ambassade), les États-Unis (restriction à l\u2019achat du cuivre, déclaration irritante de l\u2019ambassadeur Theberge, en plus du cas Letelier toujours en suspens), et même le Vatican (obstination de Pinochet, jusqu\u2019en avril, à refuser les visas de sortie réclamés par le pape le 17 janvier, pour quatre présumés membres du MIR réfugiés la veille à la nonciature et accusés, comme beaucoup d\u2019autres, d\u2019avoir tué le maire de Santiago).Sur la scène nationale, le gouvernement et ses alliés militaires et civils doivent considérer qu\u2019ils ne sont plus les seuls acteurs politiques.Les sept protestations nationales de 1983 (une soixantaine de morts), celle du 27 mars dernier (7 morts) et la récente fête des Travailleurs ont mis en marche et renforcent un mouvement qui va bien au delà des limites politiques actuellement permises.Dans le contexte actuel d\u2019affrontement, le projet du régime en place paraît de moins en moins clair, tandis que celui des forces d\u2019opposition devient de plus en plus précis.Le gouvernement s\u2019en tenant toujours au secret, à l\u2019absence de consultation démocratique et aux décrets, on est contraint de s\u2019en remettre à des hypothèses sur ses intentions.Les analystes formulent au moins trois scénarios.1.\tLa militarisation du régime, suite à un nouveau coup d\u2019État 1 * * 4, avec rupture du \u201cdialogue\u201d en cours et accentuation de la répression.Cette dernière est certes toujours présente et frappe aussi bien les têtes (hom- mes politiques, journalistes, etc.) que les milieux populaires.Les chiffres sont éloquents 5: de 1979 à 1983, on est passé de 1 4 assassinats à 96, de 1 325 arrestations à 1 5 077, de 1 43 dénonciations de tortures à 434, de 92 cas de menaces à 794.Mais on peut tout craindre du projet de \u201cloi antiterroriste\u201d, au point que même un membre de la Junte, le général Mat-thei, a exprimé de sérieuses réserves à son sujet.Quant à Pinochet, il com- mentait ainsi les événements de Pun-ta Arenas: \u201cJe ne flancherai pas\u201d 6.2.\tLa salvadorisation du pays, c\u2019est-à-dire l\u2019exclusion de toute solution politique et l\u2019affrontement direct.Le premier scénario risquerait d\u2019ailleurs d\u2019aboutir à cette impasse.Le climat de violence qui règne déjà pourrait bien précipiter les choses, ce que rend encore plus vraisemblable l\u2019apparition de commandos proches du régime tels que les Défenseurs de la Patrie, l\u2019Action chilienne anticommuniste (ACHA), la Brigade nationaliste anticommuniste, etc.3.\tLa normalisation du processus actuel: selon les voeux du ministre de l\u2019Intérieur, Onofre Jarpa, un secteur de l\u2019opposition bourgeoise reconnaîtrait la Constitution de 1980 comme base institutionnelle pour gérer la politique jusqu\u2019aux élections de 1989.Vu de l\u2019intérieur du pays, ce scénario semble peu probable, surtout après les scandales retentissants qui ont ébranlé l\u2019administration des finances nationales et qui ont conduit en prison l\u2019ex-biministre de l\u2019Économie et des Finances, un actionnaire du groupe BHC et l\u2019ancien surintendant de la Banque du Chili; ces mesures, soit dit en passant, semblent avoir pour but de présenter le régime comme \u201cl\u2019ennemi des riches\u201d et, surtout, d\u2019identifier des boucs-émissaires de la crise économique 7.Mais c\u2019est plutôt le contexte international qui semble pousser vers la \u201cnormalisation\u201d.Les civils ont pris la relève des militaires chez les voisins que sont le Pérou, la Bolivie et l\u2019Argentine.Les États-Unis, pour qui Pinochet n\u2019est plus rentable, veulent éviter que n\u2019éclate un point chaud dans l\u2019hémisphère sud, pour mieux isoler les conflits en Amérique centrale où ils sont impliqués.Un réveil en voie de structuration En contraste avec les piétinements du régime, l\u2019immense majorité du peuple découvre une certaine unité dans l\u2019opposition au gouvernement actuel.La journée de protestation nationale du 27 mars dernier en a donné une autre preuve évidente: elle fut observée non seulement dans tous les coins du pays, mais par tous les secteurs de la société, depuis les écoliers, les étudiants, les travailleurs, les chauffeurs des transports en commun, jusqu\u2019aux professeurs, médecins et autres cols blancs, au point que même El Mercurio, toujours fidèle au régime, signalait que le centre-ville de Santiago était méconnaissable, ce jour-là: la vie s\u2019était arrêtée.La crise économique, qui condamne des dizaines de milliers de familles à un régime extrêmement frugal de pain et de thé, est évidemment liée à ce réveil et à la victoire sur la peur, qui se manifeste depuis l\u2019an dernier.Ont également influé des événements-signes, tel ce Chemin de Croix dans les rues périphériques de Santiago lors du Vendredi-Saint de 1 983 et dont le thème en disait long sur l\u2019actualité de la foi des communautés populaires chrétiennes descendues dans la rue: \u201cen cette année de la Rédemption, le Christ nous interpelle dans le visage des chômeurs\u201d.Mais c\u2019est surtout la Confédération des travailleurs du cuivre qui eut le grand mérite de convoquer à la contestation générale à diverses reprises.Si la grève nationale de juin \u201983 n\u2019eut pas le succès espéré, il se pourrait bien qu\u2019elle réussisse cette année, ce qui n\u2019est pas pour rassurer le FMI.La reconquête progressive d\u2019un espace et d\u2019un débat politiques fait apparaître des regroupements de forces.On le note au niveau syndical où s\u2019est formé, il y a un an, un Commando national des Travailleurs: c\u2019est un premier pas pour contrer l\u2019atomisation imposée par le régime quand il a dissous la célèbre Centrale unique des Travailleurs, la CUT.Mais c\u2019est surtout au niveau des partis qu\u2019on observe des regroupements et des ébauches de coalitions parmi les éléments voués au changement.Il y en a trois 8.\u2022 Au centre-droite, et autour de la Démocratie chrétienne, l\u2019Alliance démocratique, qui regroupe entre autres le parti social-démocrate, le parti radical et la droite républicaine.Il semble qu\u2019actuellement on y croit 4.\tOn trouve les termes d'autogolpe, Se-gundo golpe, golpe duro, autant d\u2019expressions qui évoquent la terreur de septembre 1973.5.\tD\u2019après les chiffres du Vicariat à la solidarité pour 1979 et ceux de la Commission chilienne des droits de l\u2019Homme pour 1983; cf.DIAL 928, 5 mai 1984.6.\t\u201cNo me ablandaré\u201d.7.\tCf.Taller de Anâlisis politico 44-45 (mars 1984), Santiago, p.6.8.\tOn trouvera en français les manifestes respectifs de ces trois mouvements dans DIAL 908 et 909 (1 2 et 19 janvier 1984).168 RELATIONS JUIN 1984 moins à l\u2019ouverture du régime et au dialogue.\u2022\tAu centre-gauche, le Bloc socialiste populaire, fait surtout de jeunes de MAPU, de la Gauche chrétienne, du parti socialiste (Estuardo).\u2022\tÀ gauche, le Mouvement démocratique populaire, MDP, avec les partis communiste et socialiste (Al-meyda), le MIR et autres.Son principal porte-parole, le Docteur Almeyda, vient de se voir condamné à cinq ans de prison par un régime qui s\u2019avère encore une fois incapable de concilier l\u2019existence d\u2019une opposition avec sa doctrine de la sécurité nationale: n\u2019est-ce pas ouvrir la porte à l\u2019affrontement et à la salvadorisation?Ces divers groupes ne se sont pas tous renouvelés au cours des dix dernières années.Ils restent assez loin encore de la base, surtout de cet extraordinaire mouvement populaire qui est à la recherche d\u2019une voix politique.Le dialogue au niveau des chefs peut aboutir à un rapprochement, en dépit des idéologies et des mentalités différentes: dans l\u2019Alliance démocratique, le parti (la DC) domine la coalition, tandis que dans le Mouvement démocratique, c\u2019est la coalition qui l\u2019emporte sur le parti (le PC).Autre élément: l\u2019Église catholique Il y a aussi l\u2019Église.Comme corps social, elle ne manque pas de poids sur la scène nationale et les événements qui ont entouré la nomination du nouvel archevêque de Santiago, Mgr Fresno, l\u2019ont bien montré.Les derniers temps du cardinal Silva furent marqués par une campagne de discrédit orchestrée par le gouvernement et dirigée contre son action pastorale depuis l\u2019époque d\u2019Allende.En expulsant trois missionnaires au début de \u201983, c\u2019est le cardinal qu\u2019on visait.On voulait également exercer une influence sur le choix de son successeur qui, alors âgé de 69 ans et appelé à rester en fonction jusqu\u2019en.1989, devenait l\u2019interlocuteur nécessaire du dictateur.Avec son ingénuité coutumière, Madame Pinochet devait reconnaître que Dieu l\u2019avait écoutée.Les puissants et les riches furent en effet comblés par le choix du nouvel archevêque et ses premières nominations: un nouveau vicaire géné- ral, proche des militaires, remplace Mgr Hourton, connu pour ses critiques contre le régime, tandis que les futurs prêtres suivront les cours de morale du Père Hasbun qui, aussi bien au canal 1 3 de la télévision que dans les colonnes du Mercurio, chante les \u201cmérites\u201d du gouvernement et manipule à son goût la Parole de Dieu.Nombreux sont les prêtres, religieuses et autres agents de pastorale qui se demandent à leur tour si Dieu écoute leurs prières! Certains incidents ont brisé l\u2019harmonie: présence des réfugiés à la nonciature et à la cathédrale de Pun-ta Arenas et, surtout, l\u2019étonnante révélation que le P.Rafael Maroto, un septuagénaire respectable, servait de lien entre le MIR et le MDP.Son pasteur a eu beau le punir, l\u2019Église catholique se voit de nouveau accusée de terrorisme; elle devient donc aussi vulnérable que le peuple lui-même, témoin avec lui d\u2019une espérance qui vient de Jésus: \u201credressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche\u201d (Luc 21,28).DERNIÈRES NOUVELLES.par Richard Dubois À propos de: Monique Proulx, Sans coeur et sans reproche, Québec-Amérique, 1983.Dix auteurs québécois, Dix contes et nouvelles fantastiques, Quinze, 1983.Alix Renaud, Dix secondes de sursis, co-édition Laliberté (Québec) et Le Temps Parallèle (Marseille), 1983.Trois recueils, douze auteurs,trente-six nouvelles et presque autant de chandelles: voilà qui devrait conforter ou éclairer ce printemps un peu trop orwellien à mon RELATIONS JUIN 1984 goût \u2014 sans pour autant vous faire le coup de la \u201cnouvelle québécoise\u201d ou de \u201cl\u2019écriture québécoise\u201d.Ces porte-avions hénaurmes auxquels on a cru dans les années soixante nous semblent aujourd\u2019hui aussi impossibles que le seraient, disons, et pour continuer l\u2019image, le USS écriture américaine ou le HMS écriture canadienne, et c\u2019est très bien ainsi.La flotte est en cale sèche, et les baudruches de Monsieur Séguin bien crevées.Il reste à départager les écrivains des écrivants.Il reste, en-deçà de l\u2019impossible écriture québécoise, à essayer de dégager les plus récents aléas de la mythologie locale \u2014 comme si, au retour d\u2019un long voyage, le martien 169 Ulysse se trouvait poser temporairement ses pénates sur la route vingt, quelque part entre Québec et Montréal.S\u2019il fallait, de cette mythologie, dire le moment, et je veux dire en dégager les grandes aires, ou les dominantes de ton et de sujet, il faudrait parler d\u2019une part d\u2019angoisse, puis d\u2019humour; d\u2019autre part, et de façon tout aussi paradoxale, d\u2019un quotidien insupportable à tous égards à quoi (ne) s\u2019oppose (pas) un ailleurs imminent, voire menaçant.C\u2019est chez Monique Proulx que culmine un maximum de ces caractéristiques.Et c\u2019est à un sentiment de santé profonde, et d\u2019humour, que l\u2019auteure nous convie, dans un monde pourtant marqué par le viol, les mauvais \u201cvoyages\u201d, l\u2019inceste, la grande clownerie des \u201cparty de bureau\u201d et la horde infinie des mal-aimées, des lâches et des paumées de l\u2019amour.Sans coeur et sans reproche est un recueil tonifiant dont la voix narrative, non contente de maîtriser ses sujets, affirme malgré tout (si l\u2019on peut avancer ce mot en instance de dévaluation accélérée) une manière d\u2019espoir, dans la nuit bordélique et pré-nucléaire de la modernité.Espoir: non pas celui qu\u2019évoquent le coin-du-feu-feu-joli-feu ou les troupiau-troupiau extasiés d\u2019une pastorale en fleurs, mais plutôt celui d\u2019une voix poétique à son plus dense (voir les textes du début et de la fin, ainsi que la déchirante huile du coeur), et une capacité en quelque sorte insurrectionnelle et permanente d\u2019élever cette voix, et de crier une indignation, un désir, une haine, ou un plaisir: \u201cje n\u2019aime que les angoissés, les tourmentés, les insupportables, qui vous éclatent dans les mains à la moindre occasion, de joie furieuse, ou de désespoir hilarant.\" (p.1 24) Quant à l\u2019angoisse, on peut la voir un peu partout dans les Dix contes et nouvelles fantastiques1, qu\u2019elle prenne la forme d\u2019un corbeau comme chez J.-Y.Soucy (L\u2019île Taboue), d\u2019un édifice \u201chanté\u201d ou \u201cmaléfique\u201d comme chez Bélil (Ascenseur pour le sous-monde) et Brulotte (Les messagers de l\u2019ascenseur) ou d\u2019une imminence mortelle, comme chez April (L\u2019avaleuse d\u2019oiseau) et Belleau (Le fragment de Batiscan), tantôt individuelle tantôt apocalyptique, comme chez J.Brossard (L\u2019engloutissement).Chez Alix Renaud, le fréquent compte à rebours auquel on soumet le lecteur, individuel (Diable en tête), intérieur (Microcosme) ou planétaire (Dix secondes de sursis), introduit simplement et magnifiquement au plaisir de lire.Un art consommé de la narration efficace, une écriture toute entière mise au service du récit dont on a hâte de vivre le dénouement (eh oui!), un humour (presque) permanent (mélange détonant d\u2019irrespect et de sourire en coin qui trahissent une saine accointance avec Méphisto.) et une belle diversité de l\u2019inspiration: le corps, dans Obsession, les chroniques du coeur dans La question, les microbes dans Microcosme et les ordinateurs dans Phobos et Dix secondes de sursis définissent assez bien ce recueil et la manière générale de l\u2019auteur.Humour \u2014 et prière d\u2019aller vous suicider ailleurs! Renaud vous oubliera en douze mots: \u201cun cri plongea dans le vide quand la vitre vola en éclats\u201d (p.64).Et s\u2019il vous advenait de vous prendre pour un ange, précisez bien à l\u2019avance le type de bordel (\u201cbord d\u2019aile\u201d) qu\u2019il vous faut.En bref, et pour me résumer: les Dix contes et nouvelles fantastiques constituent un bon recueil, encore qu\u2019il faille interroger l\u2019idée de réunir dix auteurs sous une même couverture.La fausse représentation, en bien ou en mal, est ici garantie \u2014 et bon succès aux meilleurs! On y reconnaîtra quand même quelques authentiques voix d\u2019écrivains (qui opèrent autre chose qu\u2019une fructueuse (peut-être) mais laborieuse mise en scène syntaxique.), et j\u2019ai nommé: Barcelo, Belil, et Brulotte (pardon pour les autres.).Quant à Monique Proulx, on a ici la certitude qu\u2019après s\u2019être adonnée à des textes dramatiques divers, l\u2019au-teure a finalement (?) trouvé sa voi(e)x, sa manière, et son médium.Moderne et nord-américaine, mais sans complaisance (peu \u201cdouée pour le grand jeu de la coolerie\u201d) elle se donne le temps de dire les choses et de s\u2019y détendre, dans une langue à la fois crue, grave, rieuse, ironique, ou franchement poétique.Quant à Alix Renaud, on se prend à regretter que la presse ne mette pas davantage en valeur ce genre d\u2019auteur, ce qui aura sans doute cours \u201ctant que le fric aura.l\u2019antique tic du chic.\u201d (p.29).Mais au fait: et Ulysse?Mais on dit qu\u2019Ulysse, qui en a pourtant vu bien d\u2019autres, est reparti, heureux, à bord de sa navette spatiale.1.Le fantastique est ici très inégalement réparti, ténu chez A.Major (C\u2019est moi maintenant qui attends), et souverain chez Brossard, Carpentier et Marie-Josée Thériault, les autres développant une sorte de \u201cfantastique crédible\u201d qui donne le ton à tout le recueil.DeP sociaux du Quel québécoises, Groulx, à nos jours, l\u2019Action Nat des collaborateurs de renom, qui o: Soyez mieux informé et passez, vous aussi, à l\u2019Action.Nationale! Remplir le coupon et le retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal QC H2X1X3 Téléphone: (514) 845-8533 Adresse Abonnement Québec Autres pays Abonnement de soutien ATIOXALE Je m\u2019abonne .Prénom.Code postal.1 an ( 10 numéros)\t2 ans (20 numéros)\t1\t ?25S\t?45S\t\t ?30S\t?50S\tl\t ?35S et plus ¦.M MH !¦\t1*\t*\tM\t**\t*\t1 4*\t \t'i 'MLv;\t\t 170 RELATIONS JUIN 1984 PETIT JOURNAL D\u2019UN FESTIVAL DE THÉÂTRE Jeudi soir le 19 avril, vingt heures, en la salle de l\u2019Atelier continu: le premier spectacle du festival québécois du théâtre amateur (organisé par l\u2019AQJT) s\u2019intitule Le Premier.Monté par la troupe Les Nouveaux Compagnons, de Trois-Rivières, il s\u2019agit d\u2019une traduction d\u2019un texte de l\u2019Américain Israël Horovitz, se voulant une dénonciation du phénomène de l\u2019ambition, qui mène, comme chacun sait, à la compétition entre les individus.L\u2019intention est sans doute valable, mais l\u2019idée première de la pièce se perd sous l\u2019amas des clichés sexistes et misogynes; cela frôle de près la vulgarité et on se demande comment on peut avoir assez peu de conscience pour mettre de l\u2019énergie à la réalisation scénique d\u2019un pareil texte.Au Québec! En 1984! Sur la scène, les comédiens et la comédienne se débrouillent, dans une mise en scène statique, peu imaginative.Dans la salle, un public \u201caqjtien\u201d certainement bien conscient, ne sent pas le besoin de réagir, sauf par quelques rires ambigus.Est-ce une faveur qu\u2019on fait à des amateurs?L\u2019expression d\u2019un désir de ne pas saboter le début du festival par un chahut?Certes, Le Premier l\u2019eût mérité.Vendredi, dix-neuf heures, à l\u2019École nationale de Théâtre: La Gang à tout le monde, un groupe de jeunes de Montréal-Nord, s\u2019amène avec sa pièce As-tu des bibittes?Ouf, on respire.Un spectacle vivant, drôle, plein de jeux de mots, de jeux de langues devrais-je dire.Trois familles se partagent un triplex: au premier, les propriétaires d\u2019origine italienne; au second, des Québécois francophones et au troisième une famille haïtienne.Pendant un peu plus d\u2019une heure, quinze adolescent-e-s de 1 4 à par Raymond Bertin 20\tans jouent en quatre langues une création collective qui illustre et dénonce certains aspects de leur réalité: le quotidien des rapports familiaux, les relations inter-ethniques, les préjugés racistes.Tout cela avec humour; et l\u2019insolence de quelque désir délinquant au fond des yeux.Dans la scène du party chez la jeune Italienne, l\u2019entrée inattendue des Haïtiens, sur les premières notes du Beat it de Michael Jackson, m\u2019a touché et provoqué.Nous vivons à l\u2019époque du multi-culturalisme, mais le racisme est encore un sujet tabou qui nous concerne tous.Immédiatement après ce show,- la troupe Cité, formée de gens proches de l\u2019Université de Montréal, présente Acte sans paroles I de Samuel Beckett.L\u2019aspect visuel réussi du spectacle et la rigueur du travail physique du comédien-mime Bernard Arène sont de bons atouts pour cette troupe qui aspire à une reconnaissance professionnelle.Mais malgré sa courte durée, le spectacle, au rythme lent et aux mouvements répétés, finit par lasser.Sa force est dans ses éléments formels et dans l\u2019humour qui le rend accessible.Trois spectacles dans la même soirée, c\u2019est beaucoup: je me retrouve à 21\th30 devant Les Mal-heureuses, un peu fatigué.Et il fait chaud, la salle est pleine.La Compagnie de la 2ième scène, venue de la lointaine Abitibi, plus précisément de Val d\u2019Or, donne une pièce d\u2019une auteure de la région, Margot Lemire.Pièce féministe, sur les tumultueux rapports mère/fille/folie et les autres, c\u2019est-à-dire les hommes: pères, amants, violeurs, homosexuels.Le texte, intéressant, pose des questions essentielles.Mais le style de jeu trop gros, un peu débilitant, choisi par les comédiennes (et sans doute aussi par le metteur en scène), n'y convient pas.À mon sens du moins.Plus d\u2019intériorité et de sobriété dans l\u2019interprétation aurait aidé le texte à passer.Des parents, des amis, des admirateurs inconditionnels.Étonnant de voir comme le public du théâtre amateur n\u2019est pas celui des professionnels.Jouant plus souvent qu\u2019autre-ment devant des gens du milieu, le théâtre professionnel vit facilement en un cercle fermé.Le théâtre amateur lui, semble rejoindre d\u2019emblée le fameux public populaire qui fait rêver tant de pros.Peut-être ce théâtre est-il plus près de ses sources?Plus libre, plus authentique.Samedi soir: baisse de mon intérêt.Deux spectacles, deux approches bien différentes, mais qui me touchent peu.Ce soir, la magie du théâtre ne passe pas.Peut-être suis-je moins réceptif, après avoir vu quatre représentations en deux jours?Le Black Rock Community Group, de Verdun, joue en anglais Joe Beef, une pièce de David Fennario, mise en scène par l\u2019auteur.Cette comédie politico-historique est une parodie de l\u2019histoire de Montréal.En une heure et quelques, deux siècles d\u2019événements et de personnages défilent devant nos yeux.Une histoire d\u2019argent, de commerce, de capitalisme sur le dos du peuple, le peuple québécois francophone bien sûr.Formule un peu dépassée du théâtre à sketches, où chaque comédien-ne joue une dizaine de personnages, ou plutôt de \u201ctypes\u201d représentant une classe, une institution, une idéologie.Cela me rappelle notre bon vieux Jeune théâtre des années \u201970.Mais peut-être Joe Beef remplit-il une importante RELATIONS JUIN 1984 171 fonction informative auprès des Montréalais anglophones?La troupe Le Grenier du Carré présente ensuite son récital poétique Aragon, témoin d\u2019Aragon, sur la vie et l\u2019oeuvre du célèbre poète français.Un spectacle où l\u2019on nous montre encore une fois la poésie comme une chose à contempler.Des acteurs figés, qui sont les seuls à se prendre au sérieux, posent et articulent, s\u2019écoutent parler.Un théâtre-archives aux allures classiques et traditionnelles, où l\u2019émotion semble artificielle.Aragon est bien mort: la troupe du Grenier du Carré n\u2019a pas su nous le rendre vivant.Vivement dimanche et ses deux dernières représentations! La Bar-batroupe joue Y\u2019en n\u2019aura pas de commercial, une création collective qui parodie et dénonce la publicité et ses effets dans notre vie quotidienne.Un spectacle joyeux, dont le texte imagé et imaginatif recèle de nombreuses trouvailles d\u2019humour et d\u2019ironie.Quelques exemples de produits rebaptisés: le ketchup Hein!, les cé- L\u2019insignifiant: le vide et le vulgaire combinés.L\u2019insignifiant: l\u2019impossibilité radicale, absolue, définitive, de tout sens imaginable.Total net: l\u2019Amérique.On pourrait en effet (sans sarcasme aucun) sous-titrer les Trois essais: lettre ouverte d\u2019un aristocrate parachuté de Mater Europa, à la barbarie américaine (\u201cbarbarie\u201d est de l\u2019auteur.).À partir d\u2019un roman de Cain (Le facteur sonne toujours deux fois, 1934), de l\u2019exposition The Dinner party (hiver 82), et d\u2019un extrait du Journal de Julien Green (28 novembre 1933), P.Vade-boncoeur présente le constat de décès (mais a-t-elle seulement existé?) de la \u201ccivilisation\u201d américaine, pure machine, et en cela monstrueuse, affolée-affo-lante, fonctionnant à l\u2019acte, et à l\u2019acte pur, bruyant, gratuit.In-signifiance de l\u2019acte pour l\u2019acte.Et l\u2019auteur enchaîne, dans la foulée d\u2019Albert Camus (référence signifiante), réales Corn Flasque, le livre de recettes Krack, les cigarettes Désavantage et Exportez!, les épiceries Pétrovi-go et le détersif Punk.Impossible de tout rapporter ici et de tout resituer dans son contexte.Les organisateurs du festival ont voulu cette année mettre l\u2019accent sur le plaisir, qui serait à la base même du théâtre amateur.Eh bien, la pièce de la Barbatroupe, issue d\u2019un groupe de parents rattaché au CLSC de Longueuil-Est (ils s\u2019appellent les Barbaparents!), est l\u2019événement de cette fin de semaine de théâtre qui m\u2019a apporté le plus de ce bon plaisir.Je n\u2019en dirai pas autant du spectacle de la Troupe des Treize, de l\u2019université Laval, intitulé Les Boules à mythes.Une pièce féministe, un peu historique, un peu surréaliste, où on a trop voulu en dire.Un show trop long et verbeux, où les bonnes intentions se perdent dans la démonstration et la leçon au public.Dommage, il faut y reconnaître une qualité dans l\u2019interprétation et la scénographie, une qualité de production qui n\u2019a rien d\u2019amateur.Fin de festival.Pendant quatre jours, des amateurs de théâtre de tout le Québec sont venus se ressourcer ensemble à Montréal.Échanger sur leur pratique, suivre des ateliers, voir des shows.À la rencontre-bilan, lundi après-midi, il y avait très peu de gens.C\u2019était le lundi de Pâques, le soleil plombait.Les participants ont regretté de n\u2019avoir pu se rencontrer davantage.Horaire trop chargé peut-être.Quant à l\u2019atmosphère du festival, on reconnaît qu\u2019elle a fait défaut.La fête manquait d\u2019âme.Pourtant, le théâtre amateur n\u2019en manque pas.Les tendances sont diversifiées et quand on sait les conditions d\u2019existence des groupes en présence, on a le goût d\u2019adoucir certaines critiques.d\u2019applaudir et d\u2019en redemander.pour le plaisir.Mais peut-être devrais-je mettre tous mes espoirs dans le prochain festival, en 1986.UNE VISION GÉNÉREUSE, MAIS FATIGUEE.dans une langue à la fois classique et passionnée, réclamant contre \u201cl\u2019inculture absolue\u201d, \u201cl\u2019arbitraire\u201d et \u201cla complète démission\u201d: la conscience, la liberté vraie, l\u2019exigence \u2014 le meilleur.Le beau, la poésie, le sens, l\u2019âme, bref: une civilisation.La vérité, contre l\u2019énergie, la philosophie contre \u201cle pragmatisme de la réussite\u201d, une pensée, un art, et une recherche, contre l\u2019intérêt, l\u2019excitation, et \u201cce qui est poussé par le vent\u201d.En tout cela, Vadeboncoeur a trop raison pour n\u2019être pas lui-même injuste.Injuste avec classe.Et l\u2019on se dit: cet homme, incapable d\u2019Amérique; ce sartrien dressé contre Sartre; cette âme noble s\u2019en prenant à André Breton lui-même (infiniment supérieur aux criailleries de son groupe, et qui nous a laissé la plus haute idée de l\u2019amour); cet homme, Pierre Vadeboncoeur, n\u2019est pas sans trahir les limites de l\u2019humanisme: le vague d\u2019une vision généreuse, mais fatiguée, exhibant ici encore sa \u201ccoda\u201d la plus naturelle \u2014 le bien connu \u201caprès nous, la galère.\u201d Et pourtant, ce livre est à lire absolument, toute nuance oubliée dans la splendeur de cette langue, de ce ton, de ce non-événement que constitue tout livre de Vadeboncoeur.Non-événement: journalistes, prière de vous abstenir.Il y a ici le contraire d\u2019un scoop, il y a ici une pensée.Et c\u2019est là le paradoxe final.Cinquante ans après Cain et Green, même ici au Québec, variante latino-joualisante de cette autre \u201csociété ruminante\u201d que sont les USA \u2014 un homme, une voix, une oeuvre vient nous parler, émue, de choses émouvantes.Et nous sommes plusieurs à comprendre.Et nous sommes quelques-uns qui jamais n\u2019oseront toucher à Breton.Et nous n\u2019aurons pas tous cinquante ans en l\u2019an 2000.Richard Dubois Pierre VADEBONCOEUR.Trois essais sur l\u2019insignifiance, L\u2019Hexagone, 1983, 114 pages.172 RELATIONS JUIN 1984 \u201cVous avez en main toutes les chances de décrocher une bourse, de trouver du travail, de vous lancer en affaires, de voyager à peu de frais.\u201d, clame la publicité entourant la parution du Guide des jeunes, bottin renfermant une mine inépuisable de renseignements sur les services offerts aux jeunes, un peu partout au pays et particulièrement dans l\u2019appareil gouvernemental québécois.La publicité pèche sans doute de trop d\u2019optimisme mais, à tout le moins, l\u2019annuaire de plus de 600 pages a le mérite de favoriser l\u2019efficacité optimale dans les différentes recherches qu\u2019effectuent les jeunes, question d\u2019éviter les renvois téléphoniques trop fréquents Max Dorsinvilie, professeur au département d\u2019anglais de l\u2019université McGill, vient de publier Le Pays natal.une bouffée d\u2019air frais.La conjoncture nationale au Québec caractérisée par la morosité et la conjoncture internationale marquée par la stagnation économique généralisée et plus particulièrement par le piétinement des mouvements de libération dans le tiers monde tendraient à faire croire que toute tentative de dialogue, de concertation et même de rapprochement entre des pays du tiers monde et un pays du nord de l\u2019Amérique, comme le Québec, ne sont plus d\u2019actualité.Et pourtant, après avoir présenté dans un premier ouvrage, Caliban without Prospero: an essay on Quebec and Black literature (Erin, Ontario, Press Porcépic, 1974), une brillante synthèse des traits communs des littératures québécoise et noire américaine, voici que dans ce livre d\u2019essais l\u2019auteur élargit maintenant son propos.En effet au fil des chapitres, il aborde les problèmes de la réception d\u2019un écrivain du tiers monde (Aimé Césaire) au Québec, de la présence en Afrique RELATIONS JUIN 1984 UNE MINE DE RENSEIGNEMENTS POUR LES JEUNES qui découragent les usagers des services publics.Facile d\u2019utilisation, farci de jeux de mots et de notes d\u2019humour, le Guide des jeunes dresse la liste des sources de renseignements sur des thèmes aussi divers que susceptibles d\u2019être tôt ou tard à l\u2019ordre du jour dans la vie des jeunes d\u2019ici: vie à deux, mise sur pied d\u2019une coopérative, location d\u2019un logement, achat d\u2019une bicyclette, sollicitation d\u2019un emploi dans la fonction publique et même l\u2019obtention d\u2019un siège à l\u2019Assemblée nationale.Publié par le ministère des Communications, l\u2019arrivée en librairie de ce guide est aussi un événement important à deux titres.D\u2019abord \u2014 que les historiens en prennent bonne note \u2014 c\u2019est la première concrétisation formelle d\u2019un des 1 600 voeux acheminés au Sommet québécois de la jeunesse d\u2019août 1983.Et, vendu au prix de 3$ grâce à une subvention du Secrétariat à la jeunesse, l\u2019annuaire est accessible à tous, même aux 60 000 jeunes de moins de 30 ans bénéficiaires de l\u2019aide sociale.À défaut de la parité des prestations, c\u2019est une heureuse initiative! François Gloutnay En collaboration, Le Guide des jeunes, Ministère des Communications, Québec, 1 984.XXI, 61 7 pages, 3$.EXILÉ, DANS SON PROPRE PAYS d\u2019écrivains en provenance d\u2019Haïti, donc de l\u2019Amérique caraïbéenne, de l\u2019ambiguïté du roman africain, du nationalisme dans la littérature québécoise et, pour ne pas allonger la liste, de Vexil, problème central pour tout écrivain d\u2019une culture dominée.Sur le problème de l\u2019exil, Max Dorsinvilie apporte un éclairage pertinent.Il est vrai que l\u2019on peut, dans son propre pays, se sentir exilé.L\u2019exemple des écrivains québécois de la génération de Parti-Pris qu\u2019il compare à ceux de la négritude, et en particulier à Césaire, déborde le cadre de la littérature comparée pour atteindre un problème humain universel.Par là il rejoint des idées que Julio Cortozar répétait encore la veille de sa mort.L\u2019exil n\u2019est pas seulement un éloignement ou une coupure d\u2019avec le pays natal puisque l\u2019on peut être un exilé au dedans de son pays.L\u2019exil n\u2019est pas que mort parce que coupure du cordon ombilical.Il peut être l\u2019occasion d\u2019une distanciation féconde, d\u2019une prise de conscience et d\u2019une désaliénation.Le Cahier d\u2019un retour au pays natal se range parmi les oeuvres qui en font la preuve.Ceux qu\u2019intéressent les problèmes de littérature comparée, comparaisons entre productions littéraires du tiers monde et celles d\u2019un premier monde, liront avec intérêt et surprise même ces essais: \u201cLe Québec noir\u201d, \u201cVivre en ce pays\u201d, \u201cThéâtre et identité au Québec\u201d.En relisant avec Max Dorsinvilie Alexandre Chênevert de Gabrielle Roy (qu\u2019on aurait cru une auteure bucolique et pastorale), comme l\u2019un des premiers romans québécois qui situe la problématique d\u2019ici dans un contexte tiers mon-diste (Alexandre Chênevert ne s\u2019identi-fie-t-il pas à Gandhi?), on se réjouira de trouver dans ces analyses littéraires une interrogation plus largement humaine qu\u2019on ne s\u2019y attendait.C\u2019est là sans doute ce par quoi ce livre nous donne à réfléchir.Maximilien Laroche Université Laval Max Dorsinvilie, Le Pays natal, Dakar, Les nouvelles éditions africaines, 1983, 193 pages.173 Le Vatican a l\u2019intention de faire enquête sur les congrégations religieuses des Pays-Bas.Dans une lettre adressée aux supérieurs majeurs néerlandais, le préfet de la Congrégation des Religieux explique que cette étude se situe dans le contexte des préparatifs du voyage que le pape Jean-Paul Il doit faire aux Pays-Bas en mai de l\u2019an prochain.Les religieux prêtres constituent la majorité du clergé hollandais et on estime, à Rome, qu\u2019il sera utile de faire le point sur les vocations, la formation théologique, les pratiques liturgiques, le ministère pastoral et les rapports entre les communautés religieuses et l\u2019épiscopat, (d\u2019après The Tablet) C\u2019est en 1534, il y a donc exactement 450 ans, qu\u2019un groupe d\u2019étudiants de l\u2019Université de Paris jette les bases de ce qui deviendra la Compagnie de Jésus.Évoquer l\u2019histoire décidément agitée de l\u2019ordre des Jésuites, en faisant la part du mythe et de la propagande et en essayant de ressaisir les intuitions fondamentales et les projets des gens qui s\u2019y sont engagés, cela pourrait donner un ouvrage savant et un peu rébarbatif.Mais lorsque le chroniqueur du journal Le Monde, Alain Woodrow, se plonge dans ce dossier, il en tire un livre brillant, alerte, bien informé et qui aide à comprendre aussi bien les grandes étapes de l\u2019histoire des Jésuites que leurs engagements présents.(Alain Woodrow, Les Jésuites, histoire de pouvoirs, Éd.Lattès, Paris, 1984).Depuis quelques années, le nom de Micheline Carrier est associé chez nous à la lutte contre la pornographie, une plaie sociale dont on oublie trop souvent les conséquences et les victimes.Les Publications Apostrophe (1337 ave Maguire, suite 1, Sillery G1T 1Z2) présentent trois recueils de textes de Madame Carrier: La pornographie, base idéologique de l\u2019oppression des femmes (77 pages, 6$), Doit-on pendre Jocaste?(une réponse au livre de Christiane Olivier, 98 pages, 8$) et La danse macabre - violence et pornographie (un ensemble de reportages et d\u2019analyses, 124 pages, 10$).Aux États-Unis, des centaines de milliers d\u2019enfants (entre 100 000 et 500 000, estiment les experts) seront victimes d\u2019abus sexuels, cette année.La majorité des agresseurs ne seront pas dénoncés.Néanmoins, à New York seulement, l\u2019augmentation des plaintes et l\u2019accroissement du nombre des cas de protection décident le maire Koch à embaucher 100 travailleurs sociaux de plus d\u2019ici l\u2019an prochain.Depuis plusieurs mois, les médias attirent l\u2019attention du public sur ces situations, dans l\u2019espoir de permettre à quelques victimes d\u2019appeler à l\u2019aide.Comment le problème se pose-t-il chez nous?Qu\u2019est-ce qu\u2019un \u201cabus sexuel d\u2019enfant\u201d?Quels sont les recours juridiques, quelles sont les ressources thérapeutiques disponibles?Vaut-il mieux punir l\u2019agresseur ou tenter de le soigner?Dans notre prochain numéro, Camille Messier, de l\u2019Office de la protection de la jeunesse du Québec, fait état d\u2019une enquête de plusieurs mois sur les abus sexuels d\u2019enfants dans notre milieu.Au terme d\u2019une rencontre organisée en novembre dernier entre 100 évêques américains et 50 femmes représentant 13 organisations catholiques de femmes, sur le thème \u201cFemmes dans l\u2019Église\u201d, la Conférence des évêques américains a décidé d\u2019entreprendre la rédaction d\u2019une lettre pastorale sur cette question.Pour les évêques américains, le mouvement des femmes est un signe des temps et l\u2019Église ne répond pas à sa mission si elle ne relève pas le défi que représentent la revendication à l\u2019égalité par les femmes et les changements de rôles qui en découlent.Ils reconnaissent aussi que la colère des femmes croît par rapport à leur situation à l\u2019intérieur même de l\u2019Église.Ils se sont promis d\u2019organiser une large et sérieuse consultation chez les femmes avant d\u2019écrire leur lettre.La tâche ne leur sera pas nécessairement facile s\u2019ils doivent traiter de domaines délicats comme l\u2019autorité, le ministère, la sexualité, etc.Le texte final ne sera certainement pas prêt avant 4 ans.Ce projet constitue un défi et un espoir, non seulement pour l\u2019Église américaine, mais pour toute l\u2019Église.Propos édifiants et encourageants du ministre des Affaires extérieures, NI.Allan MacEachen: \u201cLe Canada a clairement dit interpréter les événements en Amérique centrale de façon différente des États-Unis.Nous ne tentons pas d\u2019isoler le Nicaragua.Nous tentons de comprendre les transformations sociales qui s\u2019y développent.Il faut reconnaître les changements et améliorations encourus au Nicaragua, même si la réalité est encore complexe et que tout n\u2019y est pas noir ou blanc\u201d (16 avril 84, entrevue à la radio CBC) \u201cJe crois qu\u2019il serait erroné de dire que ce qui arrive là (en Amérique centrale) est entièrement relié à la rivalité Est-Ouest.Les pays centro-américains ont beaucoup à faire pour renforcer leurs économies, leur organisation sociale, leur politique et faire en sorte de bien gérer leurs affaires.Mais lorsque vous ajoutez à cela l\u2019intrusion d\u2019étrangers, sous forme de conseillers militaires ou de forces militaires, vous compliquez dangereusement la situation et vous entravez, avec des obstacles supplémentaires, les nécessaires changements sociaux et politiques\u201d (16 avril, CBC Radio Morningside) \u201cNous avons dit être en désaccord avec la présence militaire de quelque tierce partie que ce soit en Amérique centrale; cela inclut les États-Unis comme toute autre présence étrangère, comme les Cubains ou l\u2019Union soviétique.Ce serait bien que toutes (ces tierces parties) sortent et laissent les peuples d\u2019Amérique centrale trouver leurs propres solutions.Et c\u2019est parce que nous croyons ,que la démilitarisation est la vraie solution, que nous soutenons le travail du groupe de Contadora.\u201d (11 avril 83, Le Point, Radio-Canada) / 174 RELATIONS JUIN 1984 m **&m PÂQUES AU CHIU Pour les chrétiens, la fête de Pâques est la plus importante du cycle liturgique, la plus significative.Au cours des dernières années, j\u2019avais eu l\u2019occasion de participer, avec d\u2019autres jeunes Québécois, à des sessions spéciales durant les jours saints pour approfondir notre engagement et notre action à la lumière de la mort-résurrection de Jésus.Or, je viens de connaître, à dix-huit ans, une expérience bien plus riche que toutes celles que j\u2019avais eues auparavant.Je vis depuis six mois en Amérique latine, plus exactement au Chili, dans un quartier populaire.Cette expérience a beaucoup enrichi ma foi.Actuellement, je perçois le Christ, sa mort-résurrection, dans une toute autre dimension.Et j\u2019ai eu envie de partager ma réflexion, ma découverte.C\u2019est le pourquoi de ce billet.Pâques, avec comme toile de fond l\u2019hémisphère sud, prend une profondeur qu\u2019il est beaucoup plus difficile d\u2019acquérir au Nord.Non pas qu\u2019il soit là-bas impossible de comprendre le sens de cet événement important pour la foi.Mais la société d\u2019abondance et de consommation masque ce qui, ici au Chili, saute aux yeux.Comme il est facile de comprendre le ministère de Jésus \u2014 ministère qui l\u2019a mené jusqu\u2019à la Croix! \u2014 quand on vit parmi ses préférés: les humbles et les opprimés! L\u2019Évangile, une \u201cbonne nouvelle\u2019\u2019, est annoncé aux pauvres et aux marginaux, à celui (et à celle) qui doit lutter jour et nuit pour survivre.C\u2019est là la révolution de Jésus.Il annonce que le plan de Dieu Créateur est que tous les hommes vivent dans la dignité, qu\u2019aucune idéologie (propriété privée ou Sécurité nationale) ne peut être considérée comme plus importante que ce projet divin.À cette conviction révolutionnaire, s\u2019ajoute la pratique subversive de Jésus, qui prend les moyens dont il dispose pour rendre la dignité perdue à tous les marginaux qu\u2019il rencontre.Les Évangiles nous montrent un Jésus critique, voire carrément opposé aux autorités religieuses de son temps.Sa colère contre les chefs religieux de son temps prend un sens nouveau quand on constate qu\u2019une grande partie de notre Église d\u2019aujourd\u2019hui est encore liée au pouvoir économique de ceux qui exploitent le peuple, et qu\u2019on utilise le prétexte de l\u2019unité dans le Christ pour masquer les inégalités qui opposent les riches et les pauvres.Trop souvent aujourd\u2019hui encore notre religion fait plus de place à la magie qu\u2019à la foi ou à la vraie mystique.Un peu partout, on étouffe la voix prophétique de ceux qui s\u2019engagent pour changer les structures sociales injustes.Vue à partir des humbles, la Passion de Jésus s\u2019éclaire également.Elle devient transparente à travers la passion qui est vécue par les gens du peuple.Quand le peuple lutte pour la vie, lorsqu\u2019il élève la voix pour réclamer le droit de jouer le rôle qui lui est imparti dans le plan défini par Dieu, on rit de lui, on le calomnie RELATIONS JUIN 1984 et on l\u2019accuse: \u201cCe sont des communistes\u2019\u2019! Oui, réellement, les peuples d\u2019Amérique latine vivent une véritable passion.Le 27 mars, par exemple, dans une journée de protestation, le peuple chilien a perdu six de ses fils: ils réclamaient le départ du tyran, ils marchaient pour demander le pain, le travail, la justice et la liberté.L\u2019Amérique centrale, elle aussi, est soumise au jugement de l\u2019impérialisme américain, le César de notre époque.Elle est mise en croix parce qu\u2019elle se bat pour sa libération, parce que, comme Jésus, elle annonce aux opprimés que le Régne de Dieu peut être construit dès aujourd\u2019hui.L\u2019Amérique latine est crucifiée.Et au pied de la Croix, combien de femmes latino-américaines, comme jadis Marie, pleurent! Elles pleurent et portent dignement leur douleur, dans la vie quotidienne, dans le travail qui doit continuer, dans le sacrifice qu\u2019elles font pour essayer de dénicher le pain quotidien pour leurs enfants.Elles pleurent.Mais courageusement, elles s\u2019engagent dans les organisations des familles de détenus-disparus.Elles pleurent, mais en même temps, elles continuent la mission salvatrice de leurs fils et filles tombés dans la lutte, en participant au mouvement populaire.Ce sont les femmes qui gardent la plus ferme espérance de résurrection (qui saura rendre la libération possible), parce qu\u2019elles connaissent la force de la vie dont Dieu nous a fait don.Au fond, la résurrection est déjà présente, en pleine passion.Présente dans l\u2019hospitalité de ces gens, dans leur sens de la fête, dans leur joie, dans leur incroyable sens du vrai-vivre et du vivre-dignement, dans leur courage et leur lutte infatigable.La résurrection est déjà là, dans toutes ces valeurs admirables.Le Ressuscité est là.Il m\u2019est apparu au travers de tous ces jeunes qui se tiennent debout sur la terre latino-américaine, fantastique source d\u2019espérance pour leur peuple et pour l\u2019humanité.Le Ressuscité s\u2019est déjà manifesté.Ét son Église s\u2019implante par le biais des communautés chrétiennes de base.Le dynamisme de la foi engage les chrétiens dans la recherche d\u2019une meilleure organisation sociale.Et des apôtres, nombreux, se lèvent pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres: ils écrivent en même temps l\u2019Histoire et la théologie de la libération.La mort et la résurrection de Jésus sont choses visibles en Amérique latine.Ce contact direct avec le Christ d\u2019aujourd\u2019hui a raffermi ma foi.Quand on vit parmi les préférés de Jésus, il coûte peu de mourir à soi-même, à ses égoïsmes, car on est assuré de ressusciter avec et dans le peuple.Cette Pâque, au Chili, m\u2019invite à suivre les pas du Seigneur, à annoncer le Royaume de Dieu.Normand Brodeur 175 QUAND JEAN-PAUL II S'APPELAIT KAROL WOJTYLA Une simple chronologie par Marguerite-Marie D\u2019Avignon 136 pages, 7,95$ Qui était Jean-Paul II quand il a été élu au souverain pontificat?Cet homme qui est devenu pape avait déjà 58 ans le 16 octobre 1978.LE PAPE AU RISQUE DU MONDE par Denise Robillard 208 pages, 19 ill., 10$ Qu\u2019avait-il fait auparavant?Étudiant, sportif, acteur, poète, auteur, patriote clandestin durant la guerre.et quoi encore?L\u2019auteure fournit des dates, des faits, sans beaucoup de développements.Mieux connaître Karol Wojtyla pour mieux comprendre Jean-Paul II.Le pape n\u2019est pas un touriste.Dans chaque pays visité, il apporte un message particulier.L\u2019auteure dégage, à l\u2019aide des paroles mêmes du pape, les messages qu\u2019il a présentés au cours de ses voyages précédents.Merveilleuse préparation à la venue du pape chez nous, à la réception du message qu\u2019il nous réserve.« 8£U.AHM*N w ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.s (514) 387-2541 "]
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