Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1984-09, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" \"SENS DU PAYS.C'EST NOTRE TOUR phoflpMareel Villeneuve QUAND JEAN-PAUL II S'APPELAIT KAROL WOJTYLA LE PAPE AU RISQUE DU MONDE par Denise Robillard 208 pages, 19 ill., 10$ Le pape n\u2019est pas un touriste.Dans chaque pays visité, il apporte un message particulier.L\u2019auteure dégage, à l\u2019aide des paroles mêmes du pape, les messages qu\u2019il a présentés au cours de ses voyages précédents.Merveilleuse préparation à la venue du pape chez nous, à la réception du message qu\u2019il nous réserve.ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.r (514) 387-2541 Il BfcUARMiN 'tel Une simple chronologie par Marguerite-Marie D\u2019Avignon 136 pages, 7,95$ Qui était Jean-Paul II quand il a été élu au souverain pontificat?Cet homme qui est devenu pape avait déjà 58 ans le 16 octobre 1978.Qu\u2019avait-il fait auparavant?Étudiant, sportif, acteur, poète, auteur, patriote clandestin durant la guerre.et quoi encore?L\u2019auteure fournit des dates, des faits, sans beaucoup de développements.Mieux connaître Karol Wojtyla pour mieux comprendre Jean-Paul II.210 RELATIONS SEPTEMBRE 1984 LES INTERVENTIONS FÉDÉRALES ET LEURS CONSÉQUENCES Les promesses des candidats, surtout libéraux, pendant la campagne électorale viennent mettre un comble à un phénomène que nous sommes malheureusement trop habitués à rencontrer, surtout depuis le début des années \u201980.Il s\u2019agit de l\u2019envahissement du domaine des provinces par le gouvernement fédéral.En entrant dans une confédération, en 1 867, nous avions pourtant suivi avec attention le chemin tracé avec tant de peine par les grands fédéralistes américains, Hamilton, Jay, Madison et la Conférence de Philadelphie de 1 787, le chemin de la complémentarité des pouvoirs, permettant de respecter l\u2019identité des provinces et de les intéresser en même temps à une unité profitable pour toutes.C\u2019est ce que l\u2019historien André Siegfried décrivait, il y a 50 ans, comme \u201cun modus vivendi sans cordialité\u2019\u2019, le Canada confédéral qui a malgré tout fonctionné, et souvent progressé, pendant plus d\u2019un siècle.Et voilà que l\u2019équilibre a été mystérieusement rompu.Nous avons assisté à une guerre des subventions aux municipalités, une guerre que le parti libéral promet de reprendre.Nous avons vu une des plus sérieuses initiatives financières du Québec, la Caisse de Dépôt et Placement, compromise par le projet de loi fédérale S-31.Nous avons vu le gouvernement fédéral, en mars dernier, tenter de régler la question du gouvernement des autochtones par-dessus la tête des provinces.Nous avons vu le gouvernement fédéral gagner de vitesse le gouvernement du Québec pour acheter pour Parcs Canada les îlets de Mingan.Et tout au long de l\u2019été nous avons vu la double célébration du 450e anniversaire de l\u2019arrivée de Cartier, fédérale dans le Vieux-Port de Québec, provinciale à la Haute-Ville, compromettre à la fois le succès financier et l\u2019image touristique du pays par une absurde compétition sur le même terrain.Et il y aura dorénavant à Saint-Malo une place du Québec et une place du Canada.Depuis le référendum, la compétition s\u2019est malheureusement étendue à des domaines où le gouvernement fédéral devrait normalement jouer un rôle décisif, mais où sa maladresse a compromis de façon inacceptable sa présence.Le jugement de la Cour suprême, du 26 juillet courant, concernant l\u2019incompatibilité des articles 72 et 73 de la Charte québécoise de la langue française (Loi 1 01 ) avec la Charte canadienne des droits et libertés dit s\u2019adresser à un des \u201cconstituants\u201d, soit la Province de Québec.alors que le Québec a explicitement refusé d\u2019être un de ces \u201cconstituants\u201d, lors du rapatriement de la constitution.Il y a là une violence fédérale qui rejoint le droit et qui est par conséquent d\u2019autant moins acceptable.Et voilà que M.John Turner, chef du PLC, promet de mettre en marche, dès le 1 er octobre 1 984, des stages de formation professionnelle dans les entreprises, le RELATIONS SEPTEMBRE 1984 projet \u201cPremière chance\u201d, avec un budget initial de cent millions mais qui atteindrait bientôt le milliard.Comme on le sait, ce même projet avait été déjà formulé et annoncé par le Québec, pour septembre 1984, avec un budget de trente millions! Quand on considère les conséquences de ce nouvel envahissement, sur le plan de l\u2019entreprise, des syndicats, des relations avec le do- revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d'un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX\tABONNEMENTS 8 100, boul.St-Laurent\tHélène Desmarais Montréal H2P 2L9; tél.: (514) 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: 12,50$ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50$.DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chê-nevert, Irénée Desrochers, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lévêque, Roger Marcotte, Guy Paiement, Gisèle Turcot.COLLABORATEURS Diane Alméras, Marcel Arteau, Renaud Bernardin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Anni-ne Parent Fortin, Jean Picher, Andrée Pilon Quiviger, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp.PAGE COUVERTURE GRAPHIGNE Les articles de Relations sont répertories dans Point de repère, dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms, Ann Arbor Michigan 48106 U.S.A.Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 0143 211 7373 7373 maine spécifiquement provincial de l\u2019éducation, on ne peut éviter la stupeur! Il est plus que temps que nous analysions froidement les vraies conséquences de ce jeu des centralisateurs d\u2019Ottawa.La première est de nous diviser entre nous.Récemment, le député libéral de Westmount, Richard French, essayait de démontrer qu\u2019il n\u2019y a pas de véritable lutte entre Québec et Ottawa, mais un combat tenace entre deux bourgeoisies au Québec, une fédéraliste et l\u2019autre séparatiste.Un spécialiste en affaires gouvernementales à Québec, M.Dominique Boivin, a tenté de lui faire comprendre que l\u2019une de ces bourgeoisies est plus ancienne, plus inspirée par les anglophones (et, il faut l\u2019ajouter, plus cyniquement \u201cachetée\u201d par le gouvernement d\u2019Ottawa, comme les révélations récentes sur la rénovation du Vieux-Port le démontrent), alors que l\u2019autre est plus récente, plus inspirée par le nationalisme francophone (Le Devoir, 20 juillet 1984).Mais surtout, Monsieur French a tort de penser que cette lutte de deux bourgeoisies exonère Ottawa: la lutte entre Québécois est causée par l\u2019intervention d\u2019Ottawa et elle ne fera que s\u2019aggraver si les interventions indues se répètent.La deuxième conséquence, plus sérieuse encore, est celle que la dynamique des groupes a démontrée depuis longtemps (lisez par exemple Kurt Lewin, Resolving Social Conflicts, N.Y., 1948; M.et C.Shérif, In Common Predicament: Social Psychology of Intergroup Conflicts, Boston, 1 966), à savoir que le conflit naît de la concurrence des solidarités.Toute personne est normalement capable de plusieurs fidélités: famille, groupe de travail, paroisse, quartier, syndicat, ville, pays.Mais cela est vrai à une condition: que ces fidélités ne soient pas en compétition sur le même terrain.Comme le faisait remarquer Gordon W.Allport (The Nature of Prejudice, Garden City, 1958): \u201cLe bigame qui a fondé deux familles est en sérieuse difficulté avec lui-méme et avec la société.Le traître qui sert deux pays est dans une situation mentale inextricable et dans une situation sociale analogue\u201d.C\u2019est malheureusement ce qui arrive à un nombre croissant de Québécois et de Québécoises: à force de rencontrer deux drapeaux sur le même terrain, réclamant des fidélités trop souvent opposées, on finit par considérer les feuilles d\u2019érables ou les fleurs de lys comme de mauvaises herbes! Maintenant que les deux gouvernements sont continuellement et consciemment en lutte sur le même terrain, alors que la constitution avait soigneusement prévu que cela ne se produirait pas, il devient de moins en moins possible d\u2019être sincèrement fédéraliste et sincèrement québécois.Le parti conservateur en campagne promet de créer un organisme permanent de concertation et de coordination, au niveau des premiers ministres.Cela peut constituer un premier pas.Mais il faudra aussi une enquête sur ce commerce très payant qu\u2019est, pour les fonctionnaires d\u2019Ottawa et pour les entreprises qui subventionnent généreusement la caisse du parti au pouvoir, l\u2019empiètement sur le terrain des provinces.À l\u2019heure actuelle, ce commerce de l\u2019empiètement est sans doute la première source d\u2019emplois nouveaux et de contrats lucratifs à Ottawa.Julien Harvey LE $ ET LA POLITIQUE ONT ECLIPSE LES ATHLETES OLYMPIQUES DEPUIS PLUS DE 40 ANS UN MAGAZINE CHRÉTIEN ENGAGÉ D\u2019ANALYSE ET DE RÉFLEXION SUR L\u2019ACTUALITÉ ' SOCIALE ET RELIGIEUSE _ à l\u2019étranger:\t20,00$ Adresse code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P 2L9; 387-2541 Trop, c\u2019est trop! L\u2019excuse ne prend plus de repéter que le sport est devenu un spectacle et que c\u2019est ainsi que le public l\u2019entend.Actuellement hélas, la performance des athlètes est occultée ou utilisée par d\u2019autres acteurs dont la performance excelle.et n\u2019est pas le sport.Certes, durant ces dernières Olympiades, il nous est arrivé, et souvent, d\u2019être ravis devant la beauté, la grâce, la force de tempérament des héros du stade, ceux qui gagnaient et ceux qui perdaient.Nous avons tous vibré, tremblé et explosé de joie avec Gushiken, Li Ning, Mary Lou Retton, Sylvie Bernier et tous les autres qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de nommer.Sans parler de cette proximité que la télévision nous donnait avec ces monstres sacrés que sont Cari Lewis, Edwin Moses, Evelyn Ashford, etc.Ces héros éphémères nous apportent avant tout une leçon d\u2019esthétique: la beauté du corps, soit, mais aussi cette grandeur d\u2019âme qui se dévoile dans le regard défiant l\u2019obstacle ou le protagoniste.Il n\u2019est pas étonnant que ce sont les mêmes larmes qui accueillent tantôt la victoire tantôt la défaite.Les poignées de main et les accolades chaleureuses répètent d\u2019une fois à l\u2019autre que chez les vrais sportifs la fraternité est vécue par delà sinon au coeur même de l\u2019affrontement.Cette religion moderne qu\u2019est devenu le sport, religion de la beauté,, véritable religion nationale qui ritualise la com- 212 RELATIONS SEPTEMBRE 1984 7195 2175 pétition des individus et des groupes nationaux, débouche naturellement sur un horizon d\u2019universalité.Le rêve et le discours olympiques ont toujours célébré la rencontre des nations, la trêve politique, le désintéressement de ceux qui compétitionnent non pas pour de l\u2019argent, mais pour des médailles d\u2019or, d\u2019argent ou de bronze.Le podium, au sport, c\u2019est pour la gloire, la pure gloire de récompenser l\u2019effort et le talent.Oui, heureusement, cela existait encore à Los Angeles.Mais combien menacé et déjà perverti par les commerçants et les politiciens.On a dit que les Jeux de Moscou avaient coûté 9 milliards $.Les Jeux de Montréal ont laissé un déficit de 1 milliard $.Les Américains, eux, ont jugé qu\u2019ils avaient la formule pour payer les 4 000 matelats de surplus, les 50 000 uniformes, les 400 chronomètres, les 34 000 chaises d\u2019officiels, les 8 000 bannières, les 90 000 kilomètres de barrières métalliques, les 70 000 douzaines d\u2019oeufs, les 1 7 000 policiers armés, les 8 000 policiers non armés, les 170 hommes du FBI.qu\u2019il fallait pour recevoir 7 800 athlètes de 1 40 pays, 8 000 journalistes et 330 000 spectateurs dans 30 lieux de compétition.La sécurité, à elle seule, coûtera 1 00 millions $ à Los Angeles! Trêves de statistiques! Les Américains ont décidé de recourir à l\u2019entreprise privée pour payer tout cela.Ils ont contacté 50 corporations (Coca Cola, Lévi-Strauss, McDonald, Fuji Film, etc.) qui paieront chacune entre 4 millions $ et 1 5 millions $, pour obtenir la permission d\u2019utiliser le logo des Jeux olympiques de Los Angeles \u201cL\u2019Étoile en mouvement\u2019\u2019.Avec de tels commanditaires, avec ce fabuleux contrat de 225 millions $ signé par la chaîne de télévision ABC, l\u2019organisation des Jeux compte, au lieu du déficit enregistré à Montréal, réaliser 50 millions $ de profit! Et voilà pourquoi le spectacle des Jeux olympiques a pris cette tournure: c\u2019est l\u2019entreprise privée qui menait.Cet extraordinaire show holliwoodien qui a ouvert les Jeux, avec ses 9 000 performants (dont 1 25 trompettistes, 1 065 jeunes danseuses, 960 choristes, 263 jazzmen.et 84 pianistes!), aura coûté 6 millions $ au réalisateur de deux séries à succès (Racines et Les oiseaux se cachent pour mourir), David Wolper, pour le produire.Personnellement, j\u2019en ai eu le souffle coupé.Et on peut deviner la fierté de Ronald Reagan, à contempler du haut de son bunker vitré anti-balles, cette gigantesque comédie musicale représentant devant la face du monde l\u2019histoire des États-Unis.Dans quelle compétition insensée ce précédent ne lance-t-il pas l\u2019olympisme?Désormais, seuls les grands pays, de l\u2019Ouest ou de l\u2019Est, pourront se risquer dans de telles aventures.Il faut dire ici un mot du rôle primordial que prend désormais la télévision dans ce genre d\u2019événement-spectacle.Après un contrat de 225 millions $, on ne peut pas négocier facilement l\u2019impartialité du choix des images que ABC décidera de montrer aux deux milliards et demi d\u2019individus qui ont regardé ces compétitions devant le petit écran.La chaîne de télévision américaine aura investi 400 millions $ dans ce qu\u2019elle considère comme le plus grand projet télévisuel du siècle.Pour couvrir ces Jeux, elle disposait de 3 500 techniciens, 295 caméras, 180 vidéos, 26 studios mobiles, 1 000 voitures, 3 bateaux, 2 hélicoptères, et 1 000 kilomètres de câble.Ça se paie! Radio-Canada lui paiera 5 millions $.Alors, vous comprenez pourquoi nous aurons vu surtout des images de sports où les médailles allaient aux Américains.RELATIONS SEPTEMBRE 1984 Nous débouchons là sur le problème politique, mais tel qu\u2019il se pose désormais dans l\u2019Olympisme à partir de 1984.L\u2019incidence politique jadis, faisait référence à l\u2019accueil froid de Hitler devant les victoires de l\u2019athlète noir Jessie Owens, au poing levé des Américains noirs à Mexico, au terrorisme palestinien à Munich, et à la récurrence du boycottage.En 1956, les Arabes boycottent pour protester contre l\u2019occupation du Canal de Suez.En 1 976, les Africains ne viennent pas à Montréal pour dénoncer la présence de l\u2019Afrique du Sud.En 1980, les Américains n\u2019iront pas à Moscou pour signifier leur hypocrite scandale devant l\u2019occupation russe en Afghanistan.Et en 1984, les pays de l\u2019Est sont absents de Los Angeles.pourquoi encore?Bôf! pour rendre, je suppose, aux Américains la monnaie de leur pièce.Il faut mentionner aussi l\u2019exclusion de l\u2019Allemagne aux Jeux d\u2019Anvers (1920), de Paris (1924) et de Londres (1948), l\u2019absence de la Russie de 1920 à 1948, et de la Chine jusqu\u2019en 1980.toujours pour des raisons politiques! On peut justifier ou regretter l\u2019un ou l\u2019autre de ces gestes.Mais la nouvelle dimension politique qui s\u2019installe dans l\u2019Olympisme à partir de Los Angeles est là pour rester, et longtemps.Ce n\u2019est pas seulement l\u2019antagonisme Est-Ouest, mais l\u2019incroyable fossé qui sépare de plus en plus les superpuissances et les petits pays y compris au niveau du sport.Certes, il y aura toujours ici et là une équipe de soccer brésilienne, un groupe de boxeurs coréens, et quelques coureurs africains, une sorte d\u2019exception heureuse de la nature.Il y a toujours le défilé d\u2019ouverture, où des délégations exotiques viendront faire la parade des costumes nationaux et exhiber quelques sportifs dépareillés, venus là en touristes, presque par charité.Mais le cumul des médailles ira aux forces de frappe des grands pays qui de plus en plus investissent des sommes fabuleuses dans le sport, puisque désormais la compétition sportive a acquis un poids politique qu\u2019on a décidé d\u2019utiliser à fond.Cette année, les Américains \u2014 nous ne parlons pas des sportifs eux-mêmes mais de la machine étatique \u2014 ont matérialisé devant nos yeux le grand slogan politique de Reagan: America is back.Ils avaient mis le paquet depuis quatre ans pour réparer l\u2019image \u201cpolitique\u201d de faiblesse que depuis deux décennies leur pays essuyait devant les Armadas soviétiques, cubaines, ou allemandes de l\u2019Est.Cette année, avec ou sans la présence des Russes, la marée des médailles américaines sur tous les terrains, dans tous les sports, avait été préparée comme une victoire politique.Au sport comme ailleurs, l\u2019affrontement entre les superpuissances a envahi la scène.Les petits pays sont en passe de devenir des figurants.Et s\u2019il s\u2019agit pour l\u2019un d\u2019entre eux d\u2019organiser ces Jeux \u2014 ce sera le cas avec Séoul dans quatre ans \u2014, vous devinez à quel suicide financier s\u2019en va ce petit pays, de prétendre dresser à ses frais l\u2019arène où devront s\u2019affronter ces géants qui se partagent l\u2019Atlas économique et politique.Au delà de toute analyse, je confesse avoir été, comme bien d\u2019autres, \u201cbon public\u201d, devant le téléviseur, et je me suis surpris plus d\u2019une fois à m\u2019identifier aux sentiments des super-vedettes que la caméra de ABC (ou son relais de Radio-Canada) avait contribué à créer pour deux milliards et demi de consommateurs d\u2019images.Mais jamais plus je n\u2019accepterai qu\u2019on dise devant moi que le sport n\u2019a rien à voir avec la politique.Karl Lévêque 213 L'ECOLE PRIMAIRE FACE A LA VIOLENCE Ah! Les soirées d\u2019amicales ou de conventum où on ne manque pas de rappeler aux anciens confrères de classe l\u2019insulte lancée par le professeur de mathématiques ou le préfet des études.Ou encore la punition que le directeur avait dû inventer tout spécialement à notre intention, croyions-nous, puisqu\u2019il avait fini par épuiser toutes les «méthodes» qui avaient pourtant arraché pleurs et remords aux générations précédentes.On en rit bien et pourtant, pourquoi ne pas l\u2019admettre, le rire sonne faux: comme si, après toutes ces années, une cicatrice demeurait.Qui n\u2019a été victime d\u2019un geste de violence à l\u2019école?Cette violence a pu prendre bien des formes: psychologique, physique, hiérarchique, sociale ou morale, expliquait, en mai dernier, le Conseil supérieur de l\u2019Éducation, dans un Avis qu\u2019il présentait au ministre de l\u2019Éducation, avis intitulé L\u2019École primaire face à la violence.Le document du CSÉ ne permet malheureusement pas de mesurer l\u2019ampleur du phénomène.Les réponses à un mini-questionnaire soumis à 31 3 élèves du primaire accompagnent certes les propos des rédacteurs, mais l\u2019échantillonnage s\u2019avère faible et le procédé d\u2019enquête bien peu adapté à des jeunes âgés de 6 à 1 2 ans.Mais publier l\u2019étude définitive sur le sujet n\u2019était sans LA JUSTICE SOCIALE COMME BONNE NOUVELLE Messages sociaux, économiques et politiques des évêques du Québec 1972-1983 Recherche et présentation de Gérard Rochais Les grands messages sociaux de l\u2019épiscopat canadien et de l\u2019Assemblée des évêques du Québec sont complétés par une sélection d\u2019interventions plus ponctuelles.Un index détaillé facilite la consultation.Plus qu\u2019un ouvrage de référence, ce recueil est un instrument de réflexion et un support à l\u2019engagement.ÉDITIONS BELLARMIN 8 100, St-Laurent, Montréal, H2P 2L9 (514) 387-2541\t386 pages, 12,00$ doute pas le but du Conseil.Tout au plus voulait-il inviter à la réflexion des milliers d\u2019éducateurs pour qu\u2019ils puissent dorénavant poursuivre la démarche, enquêter dans leur propre milieu et surtout redoubler de vigilance face aux jeunes victimes de violence.L\u2019école secondaire avec son cortège de professeurs passés à tabac, ses règlements qui rendent nécessaires vingt autorisations pour aller aux toilettes, ses réseaux de \u201cprotection\u201d dont on commence à soupçonner l\u2019existence et ses bagarres racistes auraient certes fait grossir le document du CSÉ.Mais l\u2019école primaire demeure, pour la majorité des jeunes, \u201cla première découverte d\u2019une société plus large\u201d, souligne avec raison le Conseil.Découverte des punitions académiques, de la peur des \u201cplus grands\u201d, des différences sociales et intellectuelles ou encore découverte.que l\u2019on peut échapper à la violence familiale (le mini-sondage effectué pour le compte du CSÉ révèle que 29% des élèves interrogés disent avoir été victimes de violence de la part d\u2019un parent!).Lieu d\u2019apprentissage et de suivi du développement de l\u2019enfant, l\u2019école doit donc favoriser la réflexion sur le phénomène.Elle possède d\u2019ailleurs d\u2019excellentes ressources, souligne le Conseil.D\u2019abord les agents d\u2019éducation (cadres, professeurs, parents) à qui l\u2019on demande de modifier leurs attitudes et de remettre en question certaines formes d\u2019autorité puis le programme d\u2019études qui peut s\u2019avérer, pour peu que l\u2019on fasse preuve d\u2019imagination et de perspicacité, un support efficace d\u2019éducation à la non-violence (pensons simplement aux cours d\u2019éducation physique où la compétition prime encore au détriment d\u2019une éducation à la participation).La violence qui affecte les enfants se retrouve aussi dans la structure et l\u2019environnement scolaire.Locaux inadéquats, horaires expéditifs, tensions entre professeurs et cadres depuis le dernier conflit scolaire, cour d\u2019école et autobus scolaire pratiquement sans surveillance, sont aussi des facteurs qui font que l\u2019on découvre que la société ne nous fait pas de cadeau et que se développe chez certains un sentiment d\u2019injustice, voire de révolte.\u201cLa violence est un indice de la qualité de l\u2019environnement humain.À chaque fois que l\u2019être humain piétine les droits, les besoins, l\u2019intégrité d\u2019autrui, il y a violence.La violence apparaît comme le baromètre des rapports humains, elle indique le temps qu\u2019il fait entre les personnes\u201d, conclut le Conseil supérieur de l\u2019Éducation.À l\u2019aube d\u2019une nouvelle année scolaire, souhaitons que le soleil se mette de la partie.François Gloutnay 214 RELATIONS SEPTEMBRE 1984 GENS DU PAYS, C'EST NOTRE TOUR Cet été, nous avons vu les grands voiliers dé* filer sagement entre les rives du Saint-Laurent, puis s\u2019échapper vers les risques du grand large.Comme eux, notre Église arrive a se frayer un chemin à travers les vagues en composant avec les vents et les courants: depuis le pape Jean et son Concile, elle s\u2019efforce de mesurer le vent de l\u2019histoire, de lire les signes des temps et de garder le cap sur l\u2019essentiel.C\u2019est que nous avons quitté la rade tranquille et la sécurité du chenal: même si la réforme conciliaire a secoué l\u2019Église universelle, peu d\u2019Églises auront vécu, ces dernières années, des changements aussi rapides et des remises en question aussi difficiles que ce que nous avons connu au Canada français.Certains d\u2019entre nous en ont gardé le goût de la navigation solitaire, mais sur une mer agitée, nous avons besoin de devenir équipage: malgré la complexité de la manoeuvre, malgré la diversité des tâches et des points de vue, nous avons besoin de nous rappeler le but de la course.Où courons-nous?Qu\u2019est-ce qui nous pousse à \u201cnous embarquer\u201d?De quoi vit l\u2019équipage?On nous invite à célébrer notre foi à l\u2019occasion de la visite pastorale du pape Jean-Paul au Canada: quelle est notre foi?L\u2019automne dernier, les évêques du Québec décrivaient ainsi l\u2019évolution de notre mentalité religieuse, lors de leur visite collective au Vatican: \u201cProgressivement sorti de ses complexes passés de grégarisme et d\u2019infériorité, le Québécois apprend à affirmer son autonomie et son épanouissement.Il privilégie la conscience personnelle.\u201d C\u2019était mettre le doigt sur une tendance profonde de notre société, tendance qui ne manque pas de se répercuter sur la vie de notre Église, et jusque sur notre vie de foi.Au plan des idées et des valeurs, c\u2019est l\u2019heure du plura- Gens du pays, c\u2019est notre tour.notre tour de recevoir l\u2019un des grands témoins de l\u2019Évangile dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui; notre tour de l\u2019écouter nous parler d\u2019amour et réver avec nous d\u2019un monde plus fraternel et moins injuste; lisme; au plan des choix, celle de l\u2019individualisme.Les articles de ce numéro s\u2019inscrivent dans ce contexte: ils essaient de rendre compte de notre foi dans un monde qui a pris ses distances par rapport aux anciens consensus, mais qui se trouve confronté à des besoins dont on ne sait s\u2019ils sont vraiment nouveaux ou tout simplement aussi anciens que la recherche du Royaume.\u2014\tBesoin de justice: comment renouveler un enseignement de la tradition chrétienne où l\u2019accent mis sur les contenus dogmatiques, la pratique sacramentelle et l\u2019expérience intérieure a pu reléguer au second plan la transformation des rapports sociaux et l\u2019annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres de notre monde?\u2014\tBesoin de cohérence et de profondeur: tout se passe comme si deux branches distinctes poussaient sur le tronc de l\u2019ancienne Église, celle de la quête intérieure et celle de l\u2019engagement pour la justice.Ces deux branches ont besoin l\u2019une de l\u2019autre: notre Église ne peut pas plus renoncer à un enracinement spirituel authentique qu\u2019à une action concrète dans la société.\u2014\tBesoin d\u2019accueillir les revendications et le dynamisme des femmes dans l\u2019Église.Être chrétienne aujourd\u2019hui, au Québec, c\u2019est vivre un défi et un déchirement.Partagées entre l\u2019espérance et la colère, les femmes demandent à une institution deux fois millénaire de pratiquer ce qu\u2019elle enseigne et de se laisser rajeunir par ce que véhicule leur mouvement de libération.\u2014\tBesoin de souffle.Le voilier est paralysé dès que le vent tombe; la communauté chrétienne stagne sans le souffle de l\u2019Esprit.La culture de consommation énerve et mobilise en surface: un engagement fructueux, une prière authentique exigent une démarche de fond.Cela s\u2019apprend, par étapes.\tA.B.notre tour d\u2019essayer de rendre compte de ce qui nous entraîne vers le grand large à la suite de Jésus Christ; notre tour de fêter, malgré les divergences et les hommeries, l\u2019espérance qui nous rassemble dans l\u2019Église.RELATIONS SEPTEMBRE 1984 215 FOI EN JÉSUS CHRIST ET CONSCIENCE SOCIALE par Julien Harvey L\u2019appel à la conversion est le premier mot de l\u2019Évangile.Mais ce n\u2019est qu\u2019à de très longs intervalles que l\u2019ensemble de l\u2019Église entre dans une démarche communautaire de conversion.Le concile Vatican II représente un de ces points tournants de l\u2019histoire de l\u2019Église, et l\u2019Église canadienne est entrée résolument dans le mouvement de renouveau qu\u2019il amorçait.Ce retournement ramène les croyantes et les croyants au noyau dur de leur foi: l\u2019exemple de Jésus de Nazareth et la grande charte du Sermon sur la Montagne.Ou même coup, il nous renvoie dans le monde, un monde transformé par les révolutions technologiques et culturelles.Notre façon de vivre l\u2019Évangile, notre façon de transmettre la foi s\u2019en trouvent renouvelées.Unus christianus, nullus christianus Chrétien isolé, chrétien annulé.\u201d L\u2019an dernier, dans un article sur l\u2019Église au Canada, Susan Riley décrivait avec amusement le pèlerinage annuel du catholique moyen à la messe de minuit à Noël, son étonnement devant l\u2019évolution de la liturgie, et elle ajoutait: \u201cCe que beaucoup de catholiques n\u2019ont pas réalisé, c\u2019est que depuis dix ans leur Église a vécu une conversion beaucoup plus profonde que les changements superficiels de la liturgie.Autrefois une des forteresses les plus inexpugnables du conservatisme, elle est en train de devenir une des influences les plus ouvertes dans le pays.Et en ce sens rien n\u2019est plus visible que certaines déclarations de ses chefs.Dorénavant, plutôt que de sympathiser avec les pauvres et les exploités, les chrétiens devront lutter avec eux pour la justice\u201d.Elle ajoute que cette conversion n\u2019a pas manqué de soulever l\u2019indignation de plusieurs milieux, de la politique et du monde des affaires en particulier.L\u2019intervention sociale a été vite qualifiée d\u2019activisme, le souci scfcial de gauchisme et le retour à l\u2019Évangile de théologie marxisante de la libération.\u2014 saint Augustin Avec le même amusement, Riley cite la réaction de Mgr Remi de Roo, évêque de Victoria: \u201cC\u2019est vrai que nous agaçons les politiciens.Ils vivent dans un autre monde et leur définition de la réalité est différente de la nôtre.Ils ont avalé la Reaganomics, le capitalisme du laisser-faire et les lois du marché.Ils ont raison de se sentir menacés par la façon dont vont les choses.Ce sont des personnes brillantes et bien intentionnées.Mais leur analyse sociale est très limitée.Et ils n\u2019ont pas le temps de lire ni de penser\u201d (Maclean\u2019s, 10 janv.1984).Déviation ou conversion Dans les périodes de changements culturels profonds, le christianisme paraît toujours ébranlé.Et pourtant l\u2019histoire nous a montré que c\u2019est alors qu\u2019il se refait, parce qu\u2019il est une religion liée intimement à l\u2019histoire (\u201cLe coeur de cette religion, c\u2019est l\u2019histoire\u201d, disait saint Augustin).Et ce qui caractérise le plus l\u2019évolution actuelle du christianisme, et surtout de sa forme catholique, c\u2019est le passage de la société traditionnelle à la société ouverte, la sortie de l\u2019unanimité forcée et de la contrainte pour accéder à un pluralisme qui finalement intègre une des valeurs de la Réforme, la liberté dans la foi.Mais cet éclatement de la contrainte a aussi son revers: plusieurs formes de christianisme naissent et se développent, à l\u2019intérieur du catholicisme, formant des églises dans l\u2019Église.Pour le meilleur ou pour le pire! À l\u2019heure actuelle, au moins trois formes de catholicisme sont vécues en même temps: un piétisme spiritualiste individuel (le christianisme est une confiance individuelle en un Être suprême qui garantit une survie personnelle heureuse après la mort), un surnaturalisme communautaire à relations chaleureuses (le christianisme est une pratique paroissiale tournée d\u2019abord vers Dieu mais avec une sympathie sociale et une bienfaisance orientée vers les membres du groupe), une spiritualité communautaire témoignante (le christianisme est le groupe témoin de l\u2019espérance 216 RELATIONS SEPTEMBRE 1984 donnée par le Christ à tous les humains, déjà dans la vie présente mais avec ouverture sur la vie totale).S\u2019agit-il là de trois sectes?ou de trois façons équivalentes et librement offertes de vivre la foi chrétienne?ou y a-t-il une qualité différente de chacune des trois orientations?ou faut-il reconnaître en l\u2019une ou l\u2019autre des déviations?Une question de qualité Il n\u2019est pas nécessaire ici de faire de longs détours.Bien sûr, le christianisme est vécu par des pécheurs, que nous sommes tous.Bien sûr, il y a beaucoup de façons affaiblies de vivre le christianisme.Mais une chose est indéniable: la fol chrétienne est communautaire, elle comporte une option privilégiée pour les pauvres, elle a le Sermon sur la Montagne comme programme concret et réaliste de société, et elle entend commencer dans le monde présent la société responsable et juste, malgré la réalité du mal et de la croix.On peut faire, et on a fait, bien des lectures de l\u2019Évangile, mais on ne peut échapper à la priorité de la lecture qui est résumée ici.On peut accentuer bien des traits du visage de Jésus, mais on ne peut effacer ceux qui sont présupposés par cette même lecture.Pour citer encore une fois Monseigneur de Roo, \u201cJésus a choisi de vivre avec les pauvres, les rejetés et les pécheurs.Cela a été une grande source de scandale en son temps.Et nous sommes à réaliser que nous aussi devons appuyer ceux qui sont marginalisés par les luttes de pouvoirs de la société.Nous ne pouvons pas demeurer passifs et laisser continuer le développement d\u2019une société qui écrase les faibles\u2019\u2019.Dans tous les meilleurs moments de la vie de l\u2019Église, celle-ci a été consciente, globalement ou du moins dans ses courants les plus visibles, de devoir faire plus qu\u2019accepter passivement l\u2019ordre établi et que consoler les victimes.Dans tous ses autres moments, elle a été contaminée par le monde, au sens que donne à ce mot l\u2019évangile de Jean (le mal organisé, devenu système).Et à ces moments, elle a été récupérée par une RELATIONS SEPTEMBRE 1984 classe sociale ou l\u2019autre, elle est devenue l\u2019opium du peuple, elle a tout reporté dans une prière d\u2019évasion et dans une consolation de la vie future, en d\u2019autres termes elle est devenue une religion naturelle.Lorsque le concile Vatican II, il y a déjà près de 20 ans, est venu rappeler fortement le sens de la foi et de la foi communautaire dans le monde de ce temps, aucun étonnement qu\u2019il ait ravivé la dimension sociale de la foi chrétienne vraie.Des conditions changées Le christianisme critique à l\u2019égard de la société et privilégiant les pauvres n\u2019est donc pas une nouveauté.Mais certaines réalités du monde moderne ont changé l\u2019accent de l\u2019évangile.Un premier fait nouveau est la naissance de la société moderne, qui est autre chose qu\u2019une extension des relations familiales, une société où le conflit est le climat habituel, où les relations humaines ne sont plus régies par les vertus personnelles.Dans cette société, les vrais problèmes d\u2019éthique sociale sont des problèmes de structures.Et alors que l\u2019éthique personnelle a pour contenu l\u2019action que j\u2019exerce sur moi-même pour mettre ma vie en harmonie avec des valeurs, l\u2019éthique sociale a pour contenu une image de l\u2019être humain tel que Dieu l\u2019a fait et tel que Jésus l\u2019a été, une image qui permet de critiquer les structures sociales existantes, d\u2019élaborer des alternatives, de façon à constituer les traits d\u2019une société responsable.Un deuxième fait nouveau est la certitude que nous possédons maintenant de pouvoir changer la société.L\u2019histoire, y compris celle de l\u2019époque de Jésus, nous a montré abondamment que les anciens ont assimilé les lois sociales aux lois de la nature, leur ont attribué la même immuabilité et la même innocence morale.Ils ont utilisé le concept de loi naturelle pour rendre inévitable la pyramide sociale, l\u2019obéissance et le respect à des personnes souvent fort discutables, l\u2019existence et le style de vie des riches et des pauvres, des femmes et des hommes, des étrangers et des citoyens, des paysans et des citadins, des jeunes et des adultes, des personnes âgées et des personnes dans la force de l\u2019âge.Et ils ont malheureusement utilisé quelques textes de l\u2019Écriture (Rom 13!) pour justifier une image immobiliste de la société, alors que le christianisme se présentait depuis ses débuts comme une religion de l\u2019histoire et du changement vers le meilleur.Nous savons aujourd\u2019hui qu\u2019on a changé la société et qu\u2019on peut encore la changer.Et que c\u2019est même là un des défis spécifiquement chrétiens.Un troisième fait est que nous savons aujourd\u2019hui que nous avons le temps, malgré le sentiment de l\u2019urgence que personne ne peut sous-estimer, devant la menace nucléaire, la croissance démographique, la pollution.Après bien des hésitations, l\u2019Église a accepté l\u2019immense espace de temps de l\u2019évolution qui nous a précédés et nous a formés.Et elle a cessé de se prêter à des angoisses d\u2019apocalypse à courte échéance, qui banalisent tout effort vers un changement long et difficile, qui ramènent l\u2019image de la terre comme «vallée de larmes».Cette propension ancienne de l\u2019Église à prévoir pour bientôt la fin du monde a poussé les chrétiens d\u2019autrefois à s\u2019occuper exclusivement de questions dérivées de la vie sociale, de problèmes surtout familiaux: alcoolisme, prostitution, vie sexuelle du couple, jeunesse délinquante, enfance abandonnée, censure de la presse et des autres médias.Cela au détriment des problèmes plus profonds, qui ne changent qu\u2019avec le changement des structures: travail et chômage, santé, durée de la vie, habitation, etc.Cet intérêt privilégié pour les questions plus immédiates a été encore accentué par le fait que l\u2019éthique sociale laïque, depuis près d\u2019un siècle, s\u2019est développée en marge de l\u2019Église et souvent contre elle, utilisant des catégories différentes des catégories chrétiennes, parlant de droits de la personne alors que les Églises accentuaient les devoirs, parlant de lutte des classes alors que les Églises parlaient de concorde, parlant de revendication alors que les Églises parlaient d\u2019ordre et de soumission.Cette même différence de catégories explique que devant une aspiration laïque à une société parfaite dès ce 217 monde, on ait accentué l'attente de l\u2019au-delà, alors que la tradition ancienne accentuait le devoir de montrer dès ici-bas le commencement visible et désirable du Royaume.Un quatrième fait nouveau est la conscience croissante du devoir de constituer une société responsable.L\u2019expression elle-même est née en milieu oecuménique, dans les rencontres du Conseil oecuménique des Églises, depuis Amsterdam (1948).La base théologique est à la fois simple et solide: Jésus s\u2019est donné pour le monde et non pas seulement pour les croyants, si bien qu\u2019en vertu même de l\u2019incarnation il y a une unité préexistante de la société et de l\u2019Église et qu\u2019il n\u2019y aucun secteur de l\u2019existence humaine dont l\u2019Église ne soit pas responsable.Responsable comme servante, non comme dominatrice.Mais vraiment responsable, car sans engagement réel dans des situations et des contextes concrets, l\u2019amour et le service ne sont plus que de pieuses velléités qui n\u2019inventent que de fausses solutions, qui font autant de mal que les misères qu\u2019elles veulent aider.D\u2019où le souci fondamental de faire naître, progressivement et de façon réaliste et sans doute toujours partielle, une société nouvelle.Société dont les traits principaux, tirés de l\u2019Évangile, sont les suivants: d\u2019abord une société où tous sont responsables, où la liberté est réelle pour tous (et toutes!) et rendue possible par les structures.Une société où la loi d\u2019amour universel est concrètement monnayée par l\u2019association de tous comme partenaires («l\u2019employé doit être considéré en même temps comme un associé coresponsable et doit être traité au plan légal et éthique comme un partenaire; une structure de coopération doit se former en tenant compte non seulement des différences de situation mais aussi de l\u2019égalité des personnes», H.D.Wendland).Une société dont les objectifs sont des concrétisations de cet amour universel: bien-être matériel suffisant et partagé par tous, liberté, coresponsabilité, justice, paix.Une société enfin où la poursuite de la justice sociale est motivée par un amour social, qui ne s\u2019arrête pas aux relations chaleureuses avec des personnes connues une à une, mais qui se prolonge dans le service chrétien des groupes plus vastes à travers l\u2019institution (il est nécessaire au- jourd\u2019hui qu\u2019il existe telle chose qu\u2019une éthique chrétienne de la fonction publique!).Un cinquième et dernier fait nouveau est la reconnaissance par l\u2019Église de la complexité croissante du service chrétien de la société.Nous sommes bien conscients que la décision fondamentale de la foi est distincte des décisions provisoires qui sont déterminées par l\u2019histoire: le Royaume n\u2019est pas la société responsable, qui n\u2019est qu\u2019une étape vers lui.Mais nous sommes également conscients du lien intime entre les décisions provisoires et la décision ultime qu\u2019est la foi.Paul Ricoeur a bien formulé la méthode d\u2019action qui découle de cette situation: «La seule voie qui soit aujourd\u2019hui ouverte est celle d\u2019une méthode par approximation et convergence.Il faut d\u2019une part chercher les points discontinus, mobiles, variables selon les temps d\u2019insertion de la prédication dans la réalité sociale.D\u2019autre part, il faut partir des travaux des spécialistes portant sur des points bien déterminés tels que le travail, l\u2019entreprise, l\u2019information, etc., et chercher non à les insérer dans un système, mais à dégager leurs affinités implicites avec ce qu\u2019il y a de plus concret, de plus historique dans l\u2019enseignement biblique.Bref, il faut mettre en prise directe le concret biblique avec le social précis» («Le projet d\u2019une morale sociale», dans Christianisme social 74 (1966), 5-8).En d\u2019autres termes, aucune communauté chrétienne ni aucun intervenant chrétien ne peut faire l\u2019économie de la compétence requise, ni de l\u2019analyse sociale indispensable.Et la difficulté des problèmes ne doit jamais servir de prétexte pour ne pas agir; la sagesse chrétienne n\u2019a rien de l\u2019immobilisme.Les exigences catéchétiques Les évêques canadiens, surtout depuis une dizaine d\u2019années, ont souvent précédé le peuple chrétien dans l\u2019engagement social chrétien (le Centre justice et foi a publié cette année, avec une présentation de Gérard Rochais, leurs messages sociaux de 1 972 à 1 983: La justice sociale com- me Bonne Nouvelle.Montréal, Bellar-min, 1984).On peut se demander pourquoi la «réception» a été plutôt réservée (tout comme celle, d\u2019ailleurs, de plusieurs textes sociaux de Paul VI, de Jean XXIII ou de Jean-Paul II).Ce que j\u2019ai tenté de montrer jusqu\u2019ici explique en partie cette froideur, tout comme le manque d\u2019adaptation du langage des messages épiscopaux.Mais il faudrait aussi ajouter qu\u2019une catéchèse meilleure devrait appuyer ces interventions, capitales pour l\u2019avenir de l\u2019Église et sans doute précieuses pour la société d\u2019ici.Une telle catéchèse devrait 1) montrer où se situe le lien entre l\u2019évangile et une pensée sociale agissante: dans le caractère communautaire de la création et du salut chrétien, dans l\u2019idée du Royaume (la vocation humaine n\u2019est pas la réalisation d\u2019un surhomme mais la constitution d\u2019une société responsable); 2) montrer comment l\u2019Église a reçu du Christ une image de l\u2019être humain, «Vision nouvelle de l\u2019homme, devenu en Jésus Christ, d\u2019un ennemi qu\u2019il était, un frère, dont je suis responsable.Vision nouvelle de l\u2019avenir de l\u2019homme, engagé dans une marche (l\u2019apôtre Paul dit une course) vers un Royaume qui vient à lui et déjà soulève toute la pâte de l\u2019histoire humaine.Tel nous paraît être le double fondement de l\u2019éthique sociale chrétienne» (Roger Mehl, Pour une éthique sociale chrétienne, Neuchâtel, 1967, p.48); 3) montrer qu\u2019elle a aussi reçu une image de la société, société responsable et libre, dans laquelle le principe de l\u2019amour universel est concrétisé dans la recherche communautaire du bien-être pour tous, de la coresponsabilité, de la justice, de la liberté et de la paix; 4) montrer qu\u2019elle possède une image de l\u2019histoire et de sa fin, où la création bonne est affectée par le mal, et particulièrement par l\u2019égoïsme et la violence, dans son ensemble, au point que le bonheur social ne puisse pas être le résultat d\u2019un effort humain seul, ni encore moins d\u2019un progrès irrésistible, mais d\u2019un don gratuit de Dieu, amenant un progrès réel mais toujours partiel dans le temps de l\u2019histoire, suffisant pour soutenir l\u2019espérance d\u2019un monde autre; 5) montrer enfin qu\u2019il ne s\u2019agit pas là d\u2019une espérance sectaire, à l\u2019usage des seuls initiés, ni d\u2019une ambition totalitaire qui ramènerait la théocratie, mais d\u2019une liaison Église-société qui existe du fait même de la venue de Dieu 218 RELATIONS SEPTEMBRE 1984 dans l'aventure humaine en Jésus Christ.Vers une spiritualité sociale Si certaines interventions sociales des évêques indignent les partisans d\u2019une religion de l\u2019autre monde qui laisse le champ libre à ceux qui préfèrent avoir le dessus dans un monde de la survie du plus fort, il faut observer que les interventions sociales du Conseil oecuménique des Églises obtiennent le même résultat.Le congrès de Vancouver (24 juillet-1 0 août 1983) en a été la meilleure preuve et le magazine Time l\u2019a vite étiqueté comme marxiste dès qu\u2019il est devenu social.Par ailleurs, un événement comme celui de Vancouver montre que, dans les divisions très nombreuses de l\u2019Église et des Églises, le lien commun de l\u2019unité commencée est la spiritualité.À défaut d\u2019une unité de pensée dogmatique, c\u2019est la ferveur de la rencontre qui a rapproché et réuni les participants.Cela est vrai, même si un peu moins visiblement, du Conseil canadien des Églises, dont les prises de position, souvent identiques à celles des évêques catholiques, anticipent de beaucoup l\u2019unité doctrinale, qui intéresse relativement peu de chrétiens: on ne recherche plus l\u2019oecuménisme pour lui-même mais pour faire ensemble quelque chose, et ce quelque chose est la construction d\u2019une société juste.La recherche pourrait avantageusement porter sur la prière, particulièrement sur l\u2019eucharistie, qui est de soi communautaire; qui offre une force d\u2019unité qui vient corriger les divisions et les conflits que l\u2019engagement social, à cause de sa complexité, provoque sans cesse; qui enseigne le renoncement à son égoïsme, qui est nécessaire à tout engagement social solide; qui fait accepter une certaine rudesse et sécheresse qui sont le climat habituel de l\u2019engagement social, moins gratifiant que les relations chaleureuses de la foi limitée à ses proches; qui offre une joie intérieure qui répond au besoin affectif de toute personne humaine et corrige l\u2019agressivité d\u2019une lutte pour la justice qui ne serait pas motivée par un amour social; qui force la personne engagée à se soumettre au rythme des autres et à répondre à leurs besoins réels plutôt qu\u2019à ceux que risque de projeter l\u2019intervenant; qui enseigne la patience, le refus de la vio- lence, la non-ingérence dans la liberté des autres, le pardon et la réconciliation.Cela décrit une eucharistie moins confortable, mais qui est bien elle-même: mémorial de la mort de Jésus, vécue et célébrée la première fois, et combien de fois à travers le temps de l\u2019histoire, par des gens traqués, épuisés, dans la nuit.Dans une lettre écrite en 1846, Lamennais disait: «L\u2019Imitation de Jésus-Christ, comme le christianisme du moyen âge dont elle est la plus parfaite expression, ne s\u2019occupe que de l\u2019individu, pas de la société.Elle tend à séparer les hommes des hommes par une sorte d\u2019égoïsme spirituel qui fait que chacun, dans la solitude et la quiétude, ne s\u2019occupe que de soi, de ce qu\u2019il appelle son salut, s\u2019éloignant le plus possible de toute vie active.L\u2019Évangile, au contraire, pousse à l\u2019action, à tout ce qui rapproche les hommes et les dispose à concourir à une oeuvre commune, qui n\u2019est autre que la transformation de la société ou, selon le langage évangélique, l\u2019établissement du Royaume de Dieu».C\u2019est une bonne anticipation du Synode romain de 1974, qui dit que le souci actif de la justice sociale «est requis par l\u2019Évangile et central dans le ministère de cet Évangile».«VOUS SEREZ MES TÉMOINS» .par Jacques Chênevert Contrairement à ce que suggèrent les mouvements fondamentalistes, la foi n\u2019est pas une recette.Choisir d\u2019être témoin de la résurrection, c\u2019est répondre à un appel mystérieux et entrer en recherche.Les formes que prennent ici, aujourd\u2019hui, cet appel et cette recherche sont diverses et complémentaires.Le défi pour notre Église consiste à vivre simultanément la quête mystique et l\u2019engagement pour la justice: témoigner du Christ ressuscité ne dispense pas de vivre la crucifixion.RELATIONS SEPTEMBRE 1984 219 73^137 Un appel venu on ne sait d\u2019où amène des gens à se mettre en marche.Depuis deux millénaires, au fil des jours, le peuple de Dieu se constitue progressivement de toutes les personnes qui perçoivent en Jésus une parole de libération.Au Québec comme ailleurs, en 1984 comme jadis, des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes, surgissent ainsi de tous les horizons.L\u2019écho d\u2019un appel, venu on ne sait d\u2019où, menant on ne sait où, a atteint leurs coeurs.«L\u2019Esprit du Seigneur, disait Jésus, est sur moi.pour porter la bonne nouvelle aux pauvres.Il m\u2019a envoyé annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur» (Le 4, 1 8-1 9).Des gens qui se sentent graciés et qui se sont mis en marche comme, à l\u2019origine, la troupe d\u2019esclaves en fuite qui se bousculait à la suite d\u2019un étrange Moïse, ce privilégié qui avait épousé leur cause devant leur maître: ou, encore, comme Abraham et Sara, avec tout leur clan, laissant derrière le pays bien cadastré des sécurités familières.Une foule aux besoins divers et différenciés aspire à devenir un peuple.Un peuple bigarré, dont le rassemblement n\u2019a pas partout la même densité ni le même ordre, car les besoins de libération et de liberté ne sont pas tous enracinés dans la même expérience ni l\u2019audition de l\u2019appel entendu dans le même langage.L\u2019auditoire de la Pentecôte ne s\u2019est jamais dispersé: chacun, au grand étonnement de tous, entend encore le Galiléen «dans son propre idiome maternel» (Ac 2, 5-11).Comment savoir ce que chacun comprend, comment vérifier quelle convergence invisible pousse tout ce monde \u2014 ou le tire (Jn 6, 44) \u2014 vers un point de ralliement commun?n\u2019est-ce pas les conflits, les rivalités, les partis, les censures ou les indifférences mutuelles qui paraissent marquer bien davantage la marche de ce peuple vers la liberté?Apparaissent des communautés dispersées, points de repère et relais d\u2019un réseau à bâtir.Mais de temps en temps, ici ou là, des communautés émergent, dans lesquelles comme une première étape d\u2019unanimité, parfois assez instable, semble néanmoins atteinte, qui rend possible le partage d\u2019une même parole et d\u2019un même pain, la célébration d\u2019une même délivrance et la proclamation d\u2019un même sens.Dans leur diversité, ces communautés servent de points de repère.Elles veulent être des démonstrations vivantes de l\u2019évangile, mais elles n\u2019en illustrent pas toutes les mêmes pages.Une étape ultérieure d\u2019unanimité, plus difficile, plus critique et plus lointaine, sera de relier ces communautés les unes aux autres, de mettre en commun leurs réceptions contrastées de l\u2019évangile, de les enrichir les unes par les autres dans le discernement de leur cohérence.Car comment une seule d\u2019entre elles pourrait-elle épuiser «l\u2019insondable richesse» (Ép 3,8) ou embrasser la totalité de ce qui renferme, «cachés, tous les trésors de la sagesse et de la connaissance» (Col 2, 3)?Ce réseau s\u2019appuie fondamentalement sur un lien personnel avec Jésus.Toutes sortes de personnes, par des voies issues de partout, s\u2019approchent de Jésus, tendent l\u2019oreille à sa parole, y captent la promesse de leur liberté.D\u2019abord attentives au message, elles en viennent presque toutes à s\u2019intéresser un jour au messager lui-même, à sa vie, à sa manière d\u2019agir, à son destin, au point de sentir qu\u2019un lien personnel avec lui conditionne l\u2019efficacité même de sa parole chez ses disciples.Le peuple de Dieu se construit aussi par le resserrement des appartenances.Dirigée vers la personne de Jésus, la quête de liberté individuelle conduit vers les autres.Certaines de ces démarches se font par groupes, dans l\u2019expérience continue d\u2019une solidarité.Mais d\u2019autres sont très solitaires.Celles-ci ressemblent davantage à la méditation du philosophe, en quête d\u2019une sagesse, d\u2019une clarté sur soi-même et d\u2019une vision du monde, à une recherche des valeurs qui font vivre.Tout part souvent d\u2019un intérêt individuel, du souci d\u2019une liberté personnelle qui trouverait en elle-même les frontières de sa plénitude.Toutefois, quiconque s\u2019approche 220 RELATIONS SEPTEMBRE 1984 de Jésus et le fréquente avec assiduité finit par saisir que Jésus accueille en tournant du même geste vers les autres.La libération dont parle Jésus est pour tous, et la liberté qu\u2019il offre ne saurait être reçue comme un privilège qui sépare.Jésus révèle l\u2019existence d\u2019une fraternité qui transfigure tous les rapports sociaux.Plusieurs se portent vers Jésus en empruntant une voie qu\u2019on dit, faute de mieux, essentiellement religieuse.Leur démarche se présente avant tout comme une recherche de Dieu.Leur esprit et leur coeur sont comme instinctivement séduits par la lumière que Jésus projette sur Dieu.Leur attrait pour Jésus s\u2019exprime en termes spirituels, mystiques.Jésus est le Fils, l\u2019image du Père; il donne l\u2019Esprit qui nous fait entrer dans la communion du Fils et du Père.Un sens profond de la fraternité se développe, dont la charité constitue comme l\u2019ardente excellence.La libération est alors ressentie comme se produisant à la fois par le haut et de l\u2019intérieur, par l\u2019expansion d\u2019un espace intime, jusque-là inexploré, et par l\u2019accès à un royaume qui n\u2019est pas de ce monde.Jésus parle aussi ce langage, et il révèle aussi de tels mystères.Il ouvre ainsi nos yeux à une réalité \u2014 à une vérité (Jn 8, 32) \u2014 qui libère de la captivité des choses et de celle du moi.Cette recherche peut être de caractère religieux, mystique; elle débouche sur le mystère de l\u2019amour.Mais l\u2019évangile de Jésus n\u2019est pas une gnose.Il n\u2019enseigne pas que l\u2019univers de la matière et du temps, dans lequel nous enfonçons nos racines, soit une sorte d\u2019anti-dieu.Il ne nous incite pas à quitter les rues de l\u2019histoire, à nous extraire de ses labeurs et de ses entreprises.Les disciples de Jésus ont toujours rejeté l\u2019idée que le Père de Jésus n\u2019était pas le créateur de ce monde, lui «qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons» (Mt 5, 45), et que l\u2019évangile commandait d\u2019abandonner aux forces du mal l\u2019avenir de la cité.Toute la création, dit au contraire Paul (Rm 8, 1 8-21 ), aspire elle aussi à se libérer de la sevitude et à entrer dans la liberté des enfants de Dieu.En Jésus, le Verbe de Dieu se fait homme pour toujours, même au delà de sa mort, il habite au milieu de nous pour toujours, jusqu\u2019à la fin du monde (Mt 28,20).Le royaume est parmi nous, comme une semence qui croît à même l\u2019humus de notre terre, au long des jours et des nuits de nos propres vies, à travers les événements de notre histoire collective.Mais l\u2019Évangile détourne de l\u2019évasion, il nous renvoie à l\u2019histoire, au monde où grandit le Royaume.C\u2019est précisément à cette dimension de l\u2019évangile que d\u2019autres sont le plus attentifs.Dans le contexte des sociétés d\u2019aujourd\u2019hui, des inégalités qu\u2019elles étalent, des conspirations de puissance qui les manoeuvrent, des voix oppressées qui, de partout, s\u2019appellent les unes les autres pour se joindre et se faire entendre, des groupes de chrétiens, aux quatre coins de l\u2019univers, sont de plus en plus sensibles au fait que la fidélité à Jésus et à sa parole les engage profondément dans les destinées du monde et dans le service de la fraternité.La dimension sociale et, en quelque sorte, horizontale de l\u2019évangile demeure continuellement présente à leur accueil de Jésus.D\u2019autres groupes de chrétiens sont d\u2019abord interpellés par les inégalités et les oppressions de nos sociétés.De prime abord, ces groupes ne semblent que faire nombre, dans la foule hétéroclite de ceux et celles qui se mettent à l\u2019écoute de Jésus et qui, par tous les chemins de l\u2019inquiétude humaine, viennent constituer autour de lui le peuple que Dieu convoque.En réalité, la parole de Jésus que ces groupes mettent en valeur est essentielle à la vie de tout le peuple.Elle permet de vérifier la cohérence de toutes les auditions de l\u2019évangile et d\u2019en réaliser, autant que possible, l\u2019intégration, car elle maintient les croyants dans le respect difficile des implications et des exigences de leur foi en un Dieu fait homme.Elle coupe ainsi l\u2019issue aux évasions fallacieuses vers de nouvelles captivités.RELATIONS SEPTEMBRE 1984 Leur engagement est essentiel à la vie de tout le peuple: il mesure la cohérence de notre accueil de l\u2019Évangile.221 Le souci de la justice pour l\u2019opprimé reflète l\u2019attitude de Jésus face à la puissance et à l\u2019oppression.Ces groupes nous rappellent que Jésus a manifesté sans ambiguïté son attrait pour les non-puissants.Il a désillusionné la sécurité des riches (Mc 10, 17-27; Le 6, 24-26; 16, 14-15), il a discrédité l\u2019orgueilleuse puissance des chefs des nations, qui font peser injustement le poids de leur pouvoir sur ceux qu\u2019ils dominent (Mc 1 0, 41-45), il a annulé d\u2019un mot des procès injustes, intentés contre les faibles (Jn 8, 3-11 ; 9, 13-41 ).Toutefois, il faut le noter, ce n\u2019est pas au système politique, économique ou social de son temps qu\u2019il s\u2019en est pris.Mais contre les exploiteurs du pouvoir religieux, il défend les droits d\u2019une justice du coeur, qui libère les enfants de Dieu des abus de la loi (Mc 7, 1 -1 3; Mt 23, 1 3-32).Ce faisant, c\u2019est à la plus haute puissance de sa nation qu\u2019il s\u2019attaque.Dans le peuple juif de son époque, pouvait-il faire porter plus haut la dénonciation, aller plus droit à la racine de l\u2019oppression?Quelle liberté plus fondamentale pouvait-il proclamer, au coeur des foules qui l\u2019entouraient?Aussi, est-ce pour avoir voulu procurer à tous une telle libération qu\u2019on le persécute et que, demeuré fidèle jusqu\u2019au bout à ceux dont il s\u2019est fait solidaire, on le traduit en justice, on le condamne à mort, on le crucifie.Dès lors, la foi en Jésus ne pourra plus se dissocier du souci de la justice pour l\u2019opprimé.La fraternité et la charité trouveront là un lieu nécessaire d\u2019exercice.Bien plus, l\u2019amour de Dieu lui-même devra s\u2019y manifester (Mt 25, 31-46; 1 Jn 4, 20; Je 2, 1-9).Jésus en croix assume à la fois la quête de Dieu et le souci des autres, verticalité et horizontalité.Jésus en croix devient ainsi le signe de la foi chrétienne et de sa pratique.C\u2019est dans cette position, dit Jean, que Jésus nous transmet initialement l\u2019Esprit (Jn 19, 30).Dans ce corps qui déploie en une seule attitude autant sa verticalité que son horizontalité, les deux orientations de l\u2019évangile sont réconciliées, sans se confondre, les deux axes du royaume sont conjugués, sans se réduire l\u2019un à l\u2019autre.Dieu est ici: «Si nous nous aimons les uns les autres.Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli» (1 Jn 4, 1 2).Le ciel et la terre sont au coeur du présent.Avant de monter à l\u2019autel y déposer son offrande à Dieu, il faut faire la paix avec son frère (Mt 5, 23-24).Vécu aujourd\u2019hui, le message social de l\u2019Évangile accrédite la parole de Jésus chez nous.La présence de ces groupes de croyants, qui mettent en oeuvre le message social de l\u2019évangile, sert la foi de tous et la crédibilité même de la parole de Jésus: au sein du peuple que Dieu rassemble ici, en terre du Québec, comme partout où de tels groupes se forment.Être témoins du Ressuscité: sortir du Cénacle, se faire le prochain de
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.