Relations, 1 octobre 1984, Octobre
[" octobre 1984 La technologie de la paix: Avoofrnous le choix ?La «classe ouvrière» dans le tiers monde Virage technologique et formation professionnelle Justice et Foi: l\u2019Église de Québec fait le point photo: Forces canadiennes LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Fr.«nCAIS M.IH\tiihiiKiyi I ittHli Sur les traces de Joseph Le Caron par Paul-François Sylvestre BELLARMIN \u2022PAUL-FRANÇOIS SYLVESTRE 9,95$ 142 pages, ill.L'auteur passe en revue la contribution des Pères, des Frères et des Soeurs au développement moral, intellectuel, social et culturel de l'Ontario français.Pourquoi ne pas dire leur contribution à l'existence même de ce groupe français dans cette province très majoritairement anglophone ?Une présence de trois siècles et demi dans plus de cent villes ou villages représentant la fondation de quelque cent soixante institutions.Quelle belle page d'histoire! ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 242 RELATIONS OCTOBRE 1984 COMMENT CONTINUER À CÉLÉBRER NOTRE FOI?Les exigences de la périodicité de He/a-tlona nous empêchent de vous présenter immédiatement une analyse de fond de la visite de Jean-Paul II au Canada.En attendant d\u2019y revenir dans notre prochaine livraison, voici tout de même quelques premières réflexions à la suite de son passage au Québec.Sans doute la plupart des Québécois et des Québécoises sont-ils encore éblouis par la visite de Jean-Paul Il au Québec comme on l\u2019est par le passage d\u2019un météore.D\u2019abord, des images splendides.Entre autres, la simplicité de l\u2019accueil à l\u2019Ancienne-Lorette, la chaleur du Vieux-Québec, l\u2019intérêt des handicapés du centre François-Charon, la ténacité sous la pluie des gens au Cap-de-la-Madeleine, la cordialité des Amérindiens à Ste-Anne-de-Beaupré, le recueillement de la foule immense au parc Jarry, la joie folle des enfants à la basilique Notre-Dame et la fête indescriptible des jeunes au stade olympique.Nous restent aussi de très bonnes impressions sur un Québec à son meilleur.Un environnement (décors, rues) impeccable, une organisation des plus efficaces et une grande discipline de la foule, des officiels détendus et aimables, Michel Jasmin pour animer les jeunes du Québec, nos médaillés d\u2019or olympiques pour offrir le symbole de la paix.Dans une circonstance analogue, au début de juin 1980, des journalistes français avaient comparé la venue du pape à l\u2019action des foreurs d\u2019huile, qui descendent si loin dans le sol apparemment désertique qu\u2019ils y découvrent des nappes insoupçonnées d\u2019huile précieuse.Le pape Jean-Paul a certainement su rejoindre l\u2019âme du Québec, sa fibre la plus profonde.Toujours en juin 1 980, le cardinal Robert Etchegaray avait salué le pape à son arrivée avec la formule suivante: \u201cPéguy présenta la Beauce à Notre-Dame de Chartres.On pardonnera d\u2019être présomptueux au point de présenter, aujourd\u2019hui, la France à Jean-Paul II.Très Saint-Père, voici la France et son Église\u201d.Au Québec, personne n\u2019a osé faire quelque chose de semblable.Et c\u2019est dommage.Encore sous le coup de l\u2019émotion, nous n\u2019aurions peut-être pas autant de questions à nous poser.Mais il faut tout de même les aborder, pour la suite des jours.Avons-nous vraiment célébré notre foi?Avons-nous réveillé seulement un vécu religieux épidermique, ravivé pendant quelques jours par la chaleur du symbole et l\u2019humanité profonde de la personne du pape?Avons-nous versé dans la nostalgie?Avons-nous célébré notre foi vive, celle qui pousse en avant et nous rapproche des autres?Quel impact aura la visite du pape sur notre vie sociale, sur notre justice, sur notre partage, sur notre amour social, sur tous les points chauds auxquels Jean-Paul II a accordé de l\u2019importance lors de son passage parmi nous?A ces questions qui nous rejoignent tous et toutes, il faut en ajouter qui concernent plus directement les principaux animateurs de notre Église, ceux qui ont été en grande partie responsables de l\u2019orientation et du style de la visite papale.Quelle expression de notre Église leur intervention a-t-elle favorisée?À première vue, une Église encore très hiérarchisée, très masculine, dominée par le noyau solide de l\u2019institution du passé, celle que Rome et les médias internationaux atten- relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX\tABONNEMENTS 8 100, boul.St-Laurent\tHélène Desmarais Montréal H2P 2L9; tél.: (514) 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: 12,50$ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50$.DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chê-nevert, Irénée Desrochers, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lévêque, Roger Marcotte, Guy Paiement, Gisèle Turcot.COLLABORATEURS Diane Alméras, Marcel Arteau, Renaud Bernardin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Anni-ne Parent Fortin, Jean Picher, Andrée Pilon Quiviger, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp.PAGE COUVERTURE GRAPHIGNE Les articles de Relations sont repertories dans Point de repère, dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Repertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Quebec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms, Ann Arbor Michigan 48106 U S A.Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 01 43 RELATIONS OCTOBRE 1984 243 daient probablement, avec en plus un certain nombre de détails sympathiques qui suggèrent des changements périphériques: danses liturgiques, communion dans la main, présence féminine dans la liturgie, poignées de main plutôt que baise-main.Mais d\u2019autres questions qui engagent l\u2019avenir surgissent.Comment a-t-on pu réussir la célébration des jeunes et celle des enfants, alors qu\u2019on semble déplorer tellement leur absence dans les paroisses?Comment a-t-on pu mobiliser, malgré les difficultés de parcours, le nombre considérable de bénévoles impliqués dans les événements de la visite alors qu\u2019on se plaint généralement des hauts et des bas de la participation à la vie communautaire?Comment a-t-on pu rassembler des fonds énormes pour recevoir le pape, alors que tant de diocèses vivent des années difficiles et coupent les budgets de façon draconienne, parfois dans des ac- tions qui mériteraient mieux?Une chose est sûre.On a pu vérifier que Québec sait faire une fois de plus.Et on a compris que l'Église du Québec sait faire.Nous pouvons en être tous fiers.Or, c\u2019est précisément cette réussite qui rend si urgentes les questions qui demeurent après le départ du pape! Comment pourrons-nous donner des suites à cet événement?Comment tant dans l\u2019Église que dans les autres secteurs de la société, pourrons-nous faire tous les jours pour Jésus Christ et pour les pauvres qui le représentent éminemment ce que nous avons su faire pour le pape?Comment continuer à célébrer notre foi?Le 14 septembre 1984\tJulien Harvey Un débat télévisé entre les trois chefs des principaux partis politiques sur la situation des jeunes auCanadaa été proposé.Mais l'idée n\u2019a pas abouti lors des négociations entre la Société Radio-Canada et les partis po- DEPUIS PLUS DE 40 ANS UN MAGAZINE CHRÉTIEN ENGAGÉ D'ANALYSE ET DE RÉFLEXION SUR L\u2019ACTUALITÉ SOCIALE ET RELIGIEUSE rtialMs '\u2022\u2018¦Mflfci\u2014- guerre DE LANGUE AU NJANlTOBA \u2022 ABONNEMENT 1 an (10 nos): 12,50$ à l\u2019étranger:\t20,00$ Nom .Adresse code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P 2L9; 387-2541 litiques.Imaginons le scénario: MM.Broadbent, Mulro-ney et Turner répètent que le chômage des jeunes est une plaie sociale et promettent que le prochain gouvernement leur trouvera à coup sûr du travail.Le spectacle eut été bien terne, aucun jeune téléspectateur ne pouvant croire une telle promesse.Des promesses, il y en a eu.Tellement qu\u2019on peut réalistement se demander qui aura la mémoire assez longue pour toutes les rappeler aux politiciens.Exami-nons-en quelques-unes.Le Nouveau Parti Démocratique, fidèle à sa base syndicale, promettait d\u2019abaisser à 35 heures la semaine de travail créant ainsi des milliers d\u2019emplois.Conscient que le chômage des jeunes s\u2019inscrit dans une restructuration plus globale de l\u2019économie, le NPD s\u2019engageait, d\u2019ici quatre ans, à réaliser un régime de plein emploi.D\u2019autre part, la perspective d\u2019une démilitarisation du Canada permettrait de récupérer des budgets énormes, et de les affecter dorénavant aux programmes sociaux.Enfin, le NPD s\u2019engageait à créer un fonds d\u2019initiative-jeunesse, sorte de coopérative de financement de projets sociaux et écologiques conçus par les jeunes.Du côté du Parti Libéral du Canada, l\u2019ex-premier ministre John Turner, l\u2019homme qui croit au recyclage de la main-d\u2019oeuvre \u2014 \u201cc\u2019est la troisième fois que je me recycle en 1 5 ans\u201d, blaguait-il le 1 6 avril dernier à St-Jean, Terre-Neuve \u2014 a essentiellement promis de prolonger les divers programmes d\u2019emploi déjà existants et proposé le projet \u201cPremière chance\u201d, destiné à faciliter l\u2019obtention d\u2019un premier emploi pour 100 000 jeunes par année grâce à un plan d\u2019apprentissage national mal défini encore.(Toronto, 26 mai 1984).Monsieur Mulroney, quant à lui, a fait les promesses les plus nombreuses.Ainsi à Sherbrooke, le 26 juillet dernier, le chef du PC s\u2019engageait à convoquer \u201cimmédiatement\u201d après sa victoire une rencontre fédérale-provinciale sur le thème du chômage des jeunes.D\u2019autre part, le programme du parti prévoit l\u2019octroi d\u2019un crédit d\u2019impôt pour tous les employeurs qui embaucheront 244 RELATIONS OCTOBRE 1984 9195 9144 des jeunes.Le PC entend aussi informatiser tous les Centres d\u2019emploi du Canada pour que les chômeurs puissent connaître les offres d\u2019emploi d\u2019un océan à l\u2019autre.Enfin, le PC s\u2019engage à mieux contrôler les prestations d\u2019assurance-chômage pour qu\u2019elles soient versées à des fins de formation, de mobilité de la main-d\u2019oeuvre et pour l\u2019acquisition d\u2019une expérience de travail dans le domaine du bénévolat.Le 4 septembre dernier, le parti de Monsieur Mulro- ney recevait les faveurs de l\u2019électorat dont celles de nombreux jeunes, à n\u2019en pas douter.Que faut-il en attendre?On nommera, bien sûr; un troisième titulaire en moins d\u2019un an, au ministère d\u2019Etat à la Jeunesse et l\u2019on rappellera à la patience ceux qui auront cru possible la réalisation de toutes ces promesses dès les premiers mois de pouvoir progressiste-conservateur.François Gloutnay PAR-DELA DIALOGUE?.Le 6 août dernier, un document de 36 pages a été publié par le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a été largement commenté par la grande presse comme étant une condamnation de la théologie de la libération (TDL).Ce débat ne concerne pas seulement la romantique et turbulente Amérique latine car un analyste économique québécois qui se veut très sérieux, M.Alain Dubuc, n\u2019en profitait-il pas \u2014 chacun trouve son Nihil Obstat où il peut \u2014 pour régler leur compte aux évêques canadiens, accusés d\u2019utiliser \u201cun schéma d\u2019analyse, truffé de concepts marxistes, hérité de la théologie de la libération\u201d (La Presse, 1 5 sept.C1).Quant à la lettre du texte, il ne contient aucune condamnation formelle.Mais son intention reste manifeste, et cette publication s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une campagne qui se prépare depuis fort longtemps.Ce texte \u2014 ou l\u2019essentiel de son projet \u2014 semble avoir \u201ccirculé\u201d bien avant cette date.Dès l\u2019an dernier, les deux frères théologiens, Leonardo et Clodovis^ Boff y faisaient, dans le journal brésilien \u201cFolha de Sao Paulo\u201d, une réponse détaillée, franche et respectueuse (Cf.DIAL, n° 931, 26 avril 1983).Et dans Le monde diplomatique du mois de juin 1 984, le chanoine Houtart lui consacre une fort longue analyse.Ce document \u2014 ou une version antérieure \u2014 avait probablement servi de \u201cprétexte\u201d à Rome pour essayer de forcer la main à l\u2019épiscopat péruvien afin d\u2019obtenir que soit condamné Gustavo Gutierrez.Après de longues et pénibles discussions, les évêques péruviens s\u2019étaient refusés à poser ce geste.Actuellement, sa publication coïncide avec la convocation à Rome du théologien franciscain Leonardo Boff \u2014 un autre Leonardo comme.da Vinci, inquiété lui aussi, jadis, par la censure! Cette \u201cinstruction\u201d romaine est communiquée aux 1.\tCf.La Presse, 1 8 septembre 1 984, B 5.2.\t\u201cWithout naming a single book or article or author, the Vatican attributes to \u201ccertain forms of liberation theology\u201d positions that, to my knowledge, none of its major proponents espouse.Thus, for example, the document charges that liberation theologians champion class struggle and confuse the poor mentioned in the Bible with the \u201cproletariat of Marx\u201d, that they dissolve Christianity into \u201ca purely earthly gospel\u201d.Cardinal Ratzinger.may indeed fear that this is what liberation theologians believe, but until the Vatican offers some evidence in support of its claims it cannot expect to be taken seriously\u201d (Thomas Sheehan, \u201cThe Vatican errs on Liberation Theology\u201d New York Times, 16 septembre 1984, E 23).L\u2019auteur de cet article est professeur de philosophie à l\u2019université Loyola de Chicago.RELATIONS OCTOBRE 1984 évêques de différents pays avec une lettre les enjoignant de faire parvenir à Rome, pour publication dans l\u2019Osservatore Romano, des lettres d\u2019appui1.Il y a donc manifestement des pressions pour obtenir une condamnation du courant de la TDL ou éventuellement un discrédit de ses porte-parole.Nous reviendrons sous peu sur les questions de fond engagées dans ce dossier.Mais il est intéressant de faire remarquer que le texte du cardinal Ratzinger est étonnamment plus nuancé que ne le laissent croire les résumés d\u2019une certaine presse.Non seulement il reconnaît le scandale des inégalités sociales et la légitimité de l\u2019aspiration des peuples à la libération, mais il insiste beaucoup sur le fait que \u201ccomme tout mouvement d\u2019idées, les TDL recouvrent des positions théologiques diverses\u201d (no 3).Il affirme même que, \u201cprise en elle-même, l\u2019expression théologie de la libération est une expression pleinement valable: elle désigne alors une réflexion théologique centrée sur le thème biblique de la libération et de la liberté et sur l\u2019urgence de ses incidences pratiques\u201d (no 4).Par ailleurs, comment comprendre le titre lapidaire: \u201cInstruction sur quelques aspects de LA théologie de la libération\u201d?Et dans les chapitres de conclusion, le document ne résume-t-il pas \u201cles aspects essentiels que LES théologies de la libération tendent spécialement à méconnaître ou à éliminer\u201d?Que l\u2019expression TDL soit employée au singulier ou au pluriel, on voit bien comment, par-delà les apparences (les nuances apparentes), est à l\u2019oeuvre le procédé de l\u2019amalgame et de la généralisation.Mais la plus grande question que nous semble poser ce document est la suivante: y a-t-il un théologien (un seul) auquel on puisse attribuer la formulation simpliste, primaire, éculée du marxisme telle que présentée par le cardinal Ratzinger?Nous n\u2019en connaissons aucun personnellement.Les frères Boff sont très affirmatifs sur ce point: \u201cUn théologien de la TDL admettrait difficilement les contenus restrictifs que le préfet croit trouver dans la TDL\u201d (art.cit.de DIAL).Comme l\u2019écrit un intellectuel américain dans le New York Times2, le procédé de l\u2019arrosoir \u2014 asperger à la ronde, sans prétendre mouiller personne \u2014 n\u2019est pas un argument très convaincant.Ces manoeuvres, excellentes en politique, ne sont pas les plus efficaces pour faire débloquer et avancer le dialogue théologique.Comme le disait Leonardo Boff dans une entrevue qu\u2019il accordait, la veille de son départ pour Rome, au Jornal do Brasil (29 août 1984): \u201cOn combat une idée avec une autre idée, jamais avec des mesures disciplinaires\u201d.245 Les frères Boff reconnaissaient volontiers qu\u2019il peut exister dans la TDL des articulations malaisées de la foi, \u201cdes positions tranchées qui peuvent donner l\u2019impression de réductionnisme, sans toutefois y tomber\u201d (DIAL, art.cit.).Et en ce sens, il est vrai, il est possible en tout cas \u2014 et c\u2019est ce que nous souhaitons \u2014 que ce texte romain soit l\u2019occasion d\u2019un dialogue réel, fécond, qui aide aux positions en présence à se comprendre au lieu de s\u2019exclure.On peut espérer que cette crise, qui couvait déjà depuis fort longtemps, soit maintenant l\u2019occasion d\u2019un large débat qui dissipera les confusions qui régnent autour des concepts et des pratiques de justice sociale.Pour terminer, nous signalons, entre autres manifes- tations d\u2019appui aux théologiens de la libération, la déclaration des trente théologiens de Concilium: Comme ces mouvements sont pour l\u2019Église entière un signe d\u2019espoir, toute intervention prématurée des autorités ecclésiales risque d\u2019étouffer l\u2019Esprit qui anime les Églises locales et les guide.Nous exprimons notre profonde solidarité avec les mouvements de libération et leur théologie.Nous protestons contre les soupçons et les critiques injustes à leur égard.Nous croyons fermement qu\u2019en eux se jouent, pour une part, l\u2019avenir de l\u2019Église, l\u2019avènement du Royaume et le jugement de Dieu sur le monde.Karl Lévêque I iiii\u2019j Depuis une décennie, des groupes spirituels et religieux d\u2019un genre nouveau sont apparus un peu partout au Québec et déjà des initiatives diverses ont permis de les connaître un peu mieux.Entrer en dialogue avec eux, c\u2019est autre chose et ce n\u2019est pas toujours une mince affaire.Des réticences et même des craintes apparaissent souvent au sein de ces groupes, et pour cause.\u2014 Un certain discours théologique ou exégé-tique, par exemple, se contente d\u2019opposer une \u201cbonne\u201d et une \u201cmauvaise\u201d doctrine, une lecture juste de l\u2019Écriture et \u201ccelle des autres\u201d.\u2014 Les médias retiennent trop souvent les aspects les plus frappants du phénomène religieux actuel: les \u201ctrois cents groupes\u201d représentés au Québec et l\u2019étrangeté de certains d\u2019entre eux, sans oublier les hypothétiques \u201clavages de cerveaux\u201d et les moyens douteux de recrutement, qui riment avec endoctrinement.\u2014 Et \u201cMonsieur et Madame tout le monde\u201d?Ils expriment parfois des choses difficiles à concilier lors d\u2019une seule et même intervention: l\u2019un demande des mises en garde ou des avertissements aux spécialistes et aux autorités religieuses; l\u2019autre, des moyens de rester en contact et de cheminer avec une personne de sa famille, avec une compagne ou un compagnon qui s\u2019est engagé dans une nouvelle voie spirituelle et religieuse.Bref, jusqu\u2019ici, rien de trop positif pour ceux et celles qui se sont engagés sincèrement dans une démarche spirituelle en marge des Églises traditionnelles.Apprendre à connaître et à interpréter le phénomène des nouvelles religions dans une perspective de dialogue et de respect mutuel est un réel défi et une voie d\u2019avenir.Le Centre d\u2019information sur les nouvelles religions (CINR)1 a été fondé pour rendre possible ce projet.Les personnes intéressées ou préoccupées par le phénomène spirituel et religieux actuel peuvent compter depuis août dernier sur les services du CINR.Le CINR est un organisme sans but lucratif; son conseil d\u2019administration est composé d\u2019universitaires et de personnes de divers milieux engagées dans l\u2019approche 246 des nouvelles religions.Richard Bergeron est le président de ce Conseil.Les autres membres sont: Marie-France James, vice-présidente, Irénée Beaubien, Roland Chagnon, André Charron, Normand Décary, Benoît Lacroix, Mgr Fernand Lapointe, Pierre Pelletier, Gloria Pelletier et Denise Roussel.Le CINR s\u2019adresse au public en général, aux membres des nouveaux groupes spirituels et religieux, ainsi qu\u2019aux intervenants sociaux et aux agents de pastorale.Ses objectifs sont: fournir de l\u2019information sur les nouvelles religions, les nouvelles spiritualités, etc.; susciter et entretenir le dialogue avec les membres des groupes religieux nouveaux; offrir une assistance adéquate aux personnes interrogées par les nouveaux phénomènes spirituels et religieux; favoris'er le discernement spirituel.Le CINR est un lieu d\u2019échanges qui offre un certain nombre de services dont le counselling psycho-spirituel et l\u2019écoute individuelle, la formation complémentaire pour des intervenants sociaux, des enseignants et enseignantes, des agents de pastorale ou autres, la production de documents audio-visuels et écrits sur ces questions.Ses principales activités consistent en des sessions sur des thèmes relatifs aux phénomènes religieux nouveaux, des conférences, des rencontres de jeunes, d\u2019adultes préoccupés de diverses manières par la présence des nouvelles religions.Le CINR prépare également un cours par correspondance.Le Centre d\u2019information sur les nouvelles religions se veut accueillant pour les personnes intéressées par les nouveaux phénomènes religieux ou spirituels.Il entend respecter le cheminement des individus et la vérité qui est en chacun.Il se propose de rester à l\u2019écoute des besoins de tous au delà des frontières et des options personnelles.Le CINR est animé par un esprit d\u2019ouverture, dans le souci d\u2019un dialogue vrai.C\u2019est dans ce contexte que le Centre fera connaître les voies spirituelles inspirées du christianisme et qu\u2019il proposera son point de vue sur les phénomènes spirituels et religieux actuels.Yvon Lepage directeur du CINR 1.8010, rue Saint-Denis (métro Jarry) Montréal, H2R 2G1; tél.: (514) 382-9641.RELATIONS OCTOBRE 1984 LES INFRACTIONS SEXUELLES À L\u2019ÉGARD DES ENFANTS \u2014\t\u201cMes enfants ont maintenant sept et neuf ans.Ils ont eu de la chance.Il y a environ quatre ans, mon fils, qui avait alors cinq ans, est venu me trouver un matin sans penser à mal, et m\u2019a raconté que mon frère avait tenté de faire quelque chose avec lui et sa soeur la veille au soir.Heureusement, il n\u2019avait pu aller jusqu\u2019au bout de ses intentions ni avec l\u2019un ni avec l\u2019autre.\u201d (p.1 83U \u2014\t\u201cMon père s\u2019est rendu coupable d\u2019inceste à mon égard alors que j\u2019étais encore enfant.Tout a commencé lorsque j\u2019avais environ huit ou neuf ans et cela a duré jusqu\u2019à la fin de mon adolescence.Ce fut épouvantable.Toute mon enfance a été gâchée.J\u2019ai toujours eu l\u2019impression que tout le monde savait.\u201d (p.1 75).\u2014\t\u201cQuand elle avait 11 ans, la mère de Marie l\u2019emmenait dans les bateaux amarrés dans un port voisin.On lui assignait alors une cabine où des hommes, jusqu\u2019à 9 ou 10, avaient des rapports sexuels avec elle.En paiement, on lui donnait de l\u2019alcool qu\u2019elle remettait à son père.Un jour, un marin lui donna une poupée après avoir eu des rapports sexuels avec elle.\u201d (p.1084).Il est rarement question de \u201cces choses\u201d dans nos conversations quotidiennes.Seuls les tragédies ou les scandales genre \u201cMélanie\u201d ou \u201cGrégoire\u201d réussissent à percer le mur du silence.Les mots nous manquent, quand ce n\u2019est pas la connaissance même de cette violence.Mais en déposant son volumineux rapport en août dernier, le Comité sur les infractions sexuelles à l\u2019égard des enfants et des jeunes s\u2019est joint à tous ceux et celles qui cherchent à lever le tabou.Créé en 1981 par les ministres fédéraux de la Justice et de la Santé, et présidé par Robin F.Badgley, ce comité multidisciplinaire était chargé d\u2019examiner \u201cl\u2019incidence et la prévalence au Canada des infractions sexuelles contre les enfants et les jeunes et de faire des recommandations en vue d\u2019améliorer les lois protégeant les jeunes contre l\u2019abus et l\u2019exploitation sexuels\u201d (p.3).Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019une vaste entreprise de dé-brouissaillement.Les données brutes provenant de sources diverses, chacune recueillant et classifiant les informations à sa façon, il est difficile d\u2019établir des rapprochements et de dégager des conclusions très nettes.À cet égard, seul un sondage Gallup, qui a permis de compiler les renseignements d\u2019un échantillon statistiquement représentatif, échappe un peu à ce chaos.Mais l\u2019absence de points de comparaison crée une difficulté majeure dans l\u2019interprétation de ces résultats.Néanmoins, le Comité a retenu ce sondage comme une base permettant d\u2019estimer la fréquence des infractions d\u2019ordre sexuel au Canada.Ce signal d\u2019alarme mérite d\u2019être pris au sérieux.1.Infractions sexuelles à l'égard des enfants, Ministre des Approvisionnements et Services Canada 1 984, 2 tomes, 1 422 pages \u2014 \u201cEnviron une femme sur deux et un homme sur trois ont été victimes d\u2019infractions d\u2019ordre sexuel.\u2014 Les enfants et les jeunes constituent la majorité des victimes.Quatre victimes sur cinq environ avaient moins de 21 ans lorsqu\u2019elles ont subi un incident de ce genre pour la première fois\u201d (p.208).\u2014 D\u2019une étude à l\u2019autre, la proportion de victimes de sexe féminin est toujours plus importante que celle de sexe masculin (entre 3/5 et 9/10; p.213).Par contre, les agresseurs sont presque toujours de sexe masculin (98,8%; p.233).Ce ne sont là, on s\u2019en doutera, qu\u2019une infime partie des observations sur lesquelles le Comité a appuyé ses recommandations, dont voici les principales: mise sur pied d\u2019un Bureau du Commissaire qui veillerait à ce que ce rapport ait des suites et qui établirait un système de concertation entre les différents intervenants; introduction d\u2019un nombre important d\u2019amendements au Code criminel qui, dans l\u2019ensemble, resserrent les contrôles déjà en vigueur, tant au niveau des définitions des infractions que dans le traitement de la prostitution juvénile et de la pornographie; enfin, attention particulière à l\u2019éducation préventive et à la recherche.Certains intervenants ont déjà fait connaître leurs premières réactions.Essentiellement, on reproche au rapport Badgley de faire des recommandations très vigoureuses (en particulier, celles qui concernent des retouches au Code criminel) sans avoir en main les données suffisantes, compte tenu de l\u2019éparpillement des ressources disponibles.La création d\u2019un Bureau du Commissaire relevant directement du Bureau du Premier ministre ne fait pas non plus l'unanimité: on lui préférerait un ombudsman, par définition plus libre de ses mouvements.Des spécialistes reprendront sans doute une à une les questions soulevées dans ce rapport.Mais ils ne sont pas les seuls concernés.À parcourir les dramatiques témoignages qui éclairent les études statistiques, on ne peut rester insensible à la paralysie des enfants et des jeunes victimes de violence sexuelle.Ils ne savent pas.Ni ce qui se passe, ni pourquoi ils souffrent, ni comment se défendre, ni à qui oser en parler.Ils ont honte, ils ont peur, ils ont mal.Un minimum vital d\u2019éducation à la sexualité et à ses déviances, combiné à un réseau de diffusion des ressources disponibles pour venir en aide à ces victimes, ne serait donc pas un luxe: \u201cSi j\u2019avais su que d\u2019autres étaient dans la même situation, j\u2019aurais peut-être réussi à en parler, de préférence à un adulte capable de m\u2019aider, un enseignant ou un conseiller scolaire, par exemple.J\u2019ai vu une annonce aux États-Unis qui disait aux enfants que si quelqu\u2019un les touchait, ils devaient en parler à un adulte, n\u2019importe lequel, jusqu\u2019à ce qu\u2019on les croie et que les agressions cessent\u201d (p.170).Ginette Boyer RELATIONS OCTOBRE 1984 247 Un congrès sur la reconversion industrielle: LA PAIX, L\u2019ÉCONOMIE ET L\u2019EMPLOI La population canadienne et celle du Québec se trouvent partagées entre deux sentiments contradictoires quand on aborde le problème de la course aux armements et l\u2019escalade des budgets militaires.La logique de la dissuasion mène à l\u2019absurde: pourquoi construire des armes qu\u2019il serait criminel, et même simplement suicidaire, d\u2019utiliser vraiment?Pourquoi investir des milliards de dollars dans la recherche et la mise au point d\u2019engins qui feront sauter la planète?À cet égard, les appels de Jean-Paul II et l\u2019effort de mobilisation du mouvement pour le désarmement et la paix rejoignent des convictions très largement répandues.Les obstacles au désarmement, cependant, sont de deux ordres.Politique et économique.Un plan efficace de réduction, puis de \u201cgel\u201d de la course aux armements suppose un long travail de négociation: des ententes et des mécanismes de contrôle sont indispensables pour que les parties en présence acceptent de préserver l\u2019équilibre de leurs arsenaux.Mais si l\u2019on descend au niveau d\u2019intérêts plus immédiats, la question devient encore plus compliquée.Le commerce des armes est lucratif et 80% du marché mondial des dépenses militaires concerne les armes dites conventionnelles.Au Canada et au Québec, cela se traduit en emplois, des emplois d\u2019autant plus précieux que la récession de 1982 et le virage technologique ont fait grimper le taux de chômage à plus de 10% et que les économistes nous annoncent qu\u2019il n\u2019est pas près de diminuer.Avons-nous les moyens de nos idéaux?Et, par ailleurs, la survie de l\u2019humanité, la paix, sont-elles seulement des \u201cidéaux\u201d?C\u2019est dans ce contexte que se pose le défi de la reconversion industrielle.Comment faire le passage d\u2019une économie de guerre à une économie de paix?Comment les usines d\u2019armements peuvent-elles être amenées à produire des biens de consommation, des socs de charrue plutôt que des épées?La question se pose aux travailleurs, dont les emplois sont en jeu, aux entreprises, qui doivent rencontrer les coûts de la reconversion et découvrir des marchés rentables, à l\u2019État, dont la volonté politique est indispensable au succès d\u2019une telle réorientation industrielle.Du 22 au 24 juin dernier, un important colloque sur la reconversion économique réunissait au Boston College des représentants du monde politique, des économistes, des syndicalistes et des porte-parole du mouvement pacifiste.Pierre Bonnet, agent de recherche à la Confédération des syndicats nationaux, fait état de ces délibérations, en réponse aux questions de Relations.Rel.\u2014 Pour qu\u2019une rencontre comme celle de Boston College puisse faire avancer une question aussi compliquée que celle de la reconversion de l\u2019industrie militaire, il importe que les participants représentent les différents secteurs intéressés.De fait, qui se trouvait à Boston?Pierre Bonnet \u2014 Parmi les 700 pré-inscriptions, on retrouvait des délégations de divers pays, principalement celles d\u2019Allemagne fédérale, d\u2019Italie, d\u2019Australie, de France, de Grande-Bretagne, des États-Unis, du Japon, du Canada-Québec.De plus, ces groupes étaient composés en majorité de syndicalistes, d\u2019universitaires, de membres d\u2019Églises, de militants du mouvement pacifiste et de quelques politiciens.Depuis la première conférence nord-américaine tenue à New York l\u2019automne dernier, c\u2019était en fait la première conférence internationale qui invitait des gens d\u2019ailleurs que d\u2019Amérique du Nord.Toutefois, de telles rencontres ont déjà eu lieu en Europe.Par ailleurs, se tenait à Washington du 1 9 au 25 septembre dernier une conférence qui a mis l\u2019accent sur (\u2019interrelation qu\u2019il y a entre la paix, l\u2019écologie, le travail et la justice sociale.Parmi les partici- pants annoncés, il y avait M.Pierre Elliott Trudeau, le sénateur George McGovern et M.Cyrus Vance.Lancée sous l\u2019initiative du comité des affaires sociales de l\u2019Église presbytérienne des États-Unis, la rencontre était aussi organisée par le comité de liaison des services gouvernementaux de l\u2019ONU, par des syndicats et par des Eglises participantes.Au nombre des politiciens, on retrouvait M.Nicholas Mavroules, représentant du Massachusetts au Sénat américain et Monsieur Weiss, son collègue, représentant de l\u2019État de New York.Précisons qu\u2019ils ont tous les deux soumis un projet de reconversion industrielle pour corriger l\u2019augmentation abusive des budgets d\u2019armement.Soulignons enfin la présence canadienne de Mgr Remi De Roo, évêque de Victoria C.-B., et d\u2019une vingtaine de représentants syndicaux dont six du Québec.Dans son allocution, Mgr De Roo a dit que \u201cla lutte pour l\u2019emploi et la paix a permis quelques interrogations éthiques sérieuses à propos de la nature et de la structure de notre économie politique au Canada.elle a aussi servi comme catalyseur pour ouvrir un dialogue et pour entretenir des relations entre syndicats, organismes communautaires, regroupements d\u2019Églises et autres associations populaires aux niveaux local, régional et 248 RELATIONS OCTOBRE 1984 national\u201d.Tout cela revient à dire que la double question de la paix et de l\u2019emploi est tellement vitale qu\u2019il faut se serrer les coudes, réfléchir et agir ensemble.Rel.\u2014 L\u2019une des principales objections à la reconversion est d\u2019ordre économique.Pour que les travailleurs acceptent de s\u2019engager dans cette aventure, il importe d\u2019affronter la question des emplois et celle de la rentabilité de la transformation des entreprises (ou inversement, celle du coût d\u2019une économie de guerre).P.B.\u2014 Dans ce genre de rencontre où il est question de stratégie syndicale en matière de reconversion industrielle, les objectifs recherchés sont avant tout la création de nouveaux emplois et la recherche de la paix.Pour ce faire, en début de rencontre, des analystes sont venus évaluer la situation économique actuelle.Dans un premier temps, Seymour Melman, professeur de génie industriel à l\u2019Université de Columbia, a dit notamment que les industries militaires sont non compétitives sur le marché civil qui est un marché de consommation.Car pour être rentable, une compagnie doit minimiser ses coûts de production et tenir compte du rapport coût/qualité du produit.Les industries militaires fonctionnent dans une économie où l\u2019unique acheteur à gros prix est l\u2019État.Les coûts faramineux de production sont disproportionnés par rapport à la qualité recherchée, ce qui lui fait dire qu\u2019aucun pays ne peut s\u2019offrir à la fois du pain et du beurre.D\u2019autre part, Barry Bluestone, professeur d\u2019économie au Boston College, a montré les effets négatifs de la crise structurelle mondiale.Présentement, même si une compagnie réalise des bénéfices annuels, elle peut se permettre de fermer ses portes du fait que son taux de profit diminue.Ce taux de profit a chuté depuis la dernière décennie principalement à cause des coûts spectaculaires dans l\u2019amélioration de l\u2019équipement d\u2019une industrie qui veut se maintenir en concurrence avec le Japon et l\u2019Allemagne fédérale.Par conséquent, le danger est grand de voir une économie se restructurer dans le seul but de hausser le taux de profit sans se préoccuper de la finalité de cette économie: les besoins humains.Enfin, Mary Caldor, membre sénior du service de recherche en science politique de l\u2019Université de Sussex, a mis en évidence le boom économique de l'après-guerre marqué par la culture technologique américaine basée sur l\u2019industrie automobile et sur la fabrication d\u2019armes.Cette culture technologique américaine exportée en Europe et dans de nombreux pays du tiers monde ne fonctionne plus; le progrès ne passe plus par là.Et pourtant, actuellement, les multinationales, propriétaires de cette culture technologique, pillent les richesses naturelles et exploitent la main-d\u2019oeuvre des pays pauvres.Tous trois affirment que \u201cla santé économique des États-Unis est affectée dans sa production totale à cause de son économie de guerre\u201d; en effet, 30% des ingénieurs américains sont embauchés par des compagnies qui fabriquent des objets militaires.Il y a, disent-ils, perte de cerveau dans le développement de la production civile, ce qui n\u2019est pas sans affecter une expertise déjà déficiente.Et de plus, le matériel militaire hautement sophistiqué et exclusif, devenu tout aussi rapidement désuet, ne peut avoir de retombées sur le plan civil.Par exemple, les frégates présentement construites sont en fait des la- RELATIONS OCTOBRE 1984 boratoires flottants à la fine pointe de la technologie, qui n\u2019ont que peu d\u2019applications possibles dans le domaine des objets de consommation courants.Au Canada, le contrat des frégates est passé, de juin 1982 à août 1983, de 1,5 milliard à 3,8 milliards et n\u2019est à peu près pas créateur d\u2019emplois: seulement 700 à 800 emplois chez St-John Ship Building and Drv Dock au Nouveau-Brunswick pendant 5-6 ans, 400 chez Marine industrie d^ oc rel, de même que chez Vickers, pendant 3-4 ans.Des milliards pour si peu d\u2019emplois.C\u2019est donc une technologie très coûteuse, à forte capacité de capital et à faible capacité de capital humain qui dirige l\u2019économie mondiale présentement, et dont les effets négatifs proviennent justement des contrats à \u201ccost plus\u201d, payés par l\u2019argent des contribuables.Rel.\u2014 Au niveau des expériences pratiques de reconversion, où en est-on présentement?Est-ce qu\u2019on peut citer des cas concrets, des exemples stimulants, où des entreprises se sont recyclées dans une production non militaire?P.B.\u2014 D\u2019abord, si nous regardons du côté de l\u2019Allemagne fédérale, nous retrouvons un exemple à Hambourg où l\u2019on a transformé une entreprise militaire en une usine qui fabrique maintenant des systèmes de chauffage et un autre à Brême où ce sont des incinérateurs que l\u2019on bâtit.Dans ces deux cas, ils ont fait appel à des spécialistes, qu\u2019ils soient déjà ou non dans l\u2019entreprise, pour expertiser; ensuite, ils ont essayé de développer dans l\u2019ensemble de la population et parmi des syndiqués d\u2019ailleurs en passant par les Églises et les organismes populaires des appuis importants.Puis, ils ont choisi comme premier client de leurs nouveaux produits l\u2019État puisqu\u2019il est habituellement le principal pourvoyeur des usines militaires.Enfin, ils ont mené des actions pour que des lois soient adoptées dans l\u2019assainissement de l\u2019environnement.De manière courante, une entreprise qui, sur l\u2019avis de ses employés, change d\u2019orientation a souvent l\u2019imagination, la capacité d\u2019inventer des biens socialement utiles.Ce sont des comités de travailleurs qui relèvent ensemble le défi et qui en arrivent, entre autres, à fabriquer des containers pour le transport intermodal (train-avion-bateau-camion).Du point de vue des Britanniques, comme Phil Asquith, ingénieur membre du comité des travailleurs de Lucas Aerospace (voir Relations, juill.-août 1984) et membre d\u2019un comité municipal à Sheffield en Angleterre, qui travaille à transformer sur ce territoire précis les produits militaires en biens de consommation civils, il faut mettre en concertation patronat, syndicat et paliers gouvernementaux.De cette façon les travailleurs tirent parti de certaines institutions politiques et voient à la bonne utilisation de leurs impôts.Enfin, un dernier exemple très modeste mais révélateur nous vient des États-Unis; la compagnie \u201cCommand\u201d, qui fabriquait des hélicoptères militaires, a dû fermer ses portes suite à de mauvaises affaires.Mais les travailleurs, utilisant leurs connaissances dans la \u201cvibration\u201d d\u2019hélicoptères se sont portés acquéreurs de deux autres usines et se sont mis à fabriquer des guitares électriques.249 Rel.\u2014 Quelles sont les retombées intéressantes d\u2019une conférence semblable pour nous du Québec?P.B.\u2014 Ceci nous sensibilise d\u2019abord au danger d\u2019un holocauste chez nous et pas uniquement en Europe ou ailleurs.Parallèlement, une rencontre comme celle-là donne l\u2019occasion d\u2019exercer un rapprochement entre les syndicats de divers pays et d\u2019apprendre des uns et des autres ce qui peut se faire.Quand on sait que la moitié des usines militires canadiennes opèrent au Québec, qu\u2019elles sont génératrices de chômage et qu\u2019en plus la politique canadienne en matière de défense militaire telle que définie par le Pentagone fait du Canada un bouclier mal foutu entre l\u2019URSS et les États-Unis, nous ne sommes pas à l\u2019abri d\u2019un éventuel conflit, alors qu\u2019on pense souvent à tort ou à raison qu\u2019il va plutôt se dérouler en Europe, par exemple.Ainsi, dans tout le bagage de promesses de Brian Mulroney, une -seule est en mesure d\u2019être tenue, celle d\u2019augmenter le budget militaire de la défense qui se chiffre, actuellement à 9,5 milliards $.Dans tout cela, il s\u2019agit avant tout de tenir compte des différents aspects qui touchent les travailleurs d\u2019industries militaires, comme leur droit à professer un métier, leur droit de vivre et de faire vivre leur famille, etc.C\u2019est surtout ceux du secteur de la métallurgie qui sont les plus touchés, comme chez Bombardier qui produit des jeep militaires et chez Marine Industrie, en grève présentement, qui construit des navires de guerre.Rel.- En vue d\u2019une réflexion sérieuse et d\u2019une action efficace, quelles sont les tâches des syndicats québécois compte tenu des expériences étrangères?P.B.- D une part, ce mois-ci, les trois centrales syndicales (CSN-FTQ-CEQ) seront impliquées activement dans la journée sur le désarmement.L\u2019an dernier, la CSN, la FNEQ et la FEQ avaient contribué conjointement avec des communautés chrétiennes de base à financer la brochure Des emplois pour la paix.Cette année la CSN et la CEQ ont défrayé le coût de réédition de cette publication.D\u2019autre part, il faudra davantage regarder les possibilités concrètes de transformation d\u2019usines militaires avec les divers syndicats impliqués car si nous avons à coeur cette question son progrès ne peut être laissé dans les seules mains de l\u2019État et du patronat.Pour que des pressions politiques s\u2019exercent, les syndicats sont appelés à composer avec le mouvement pour la paix et d\u2019autres organismes soucieux d\u2019un rééquilibre dans l\u2019emploi et dans la destinée de la planète.Il ne faudrait pas s\u2019étonner si dans un proche avenir la CSN mettait à l\u2019ordre du jour d\u2019un congrès la question de la reconversion industrielle.POUR SORTIR DE L\u2019IMPASSE par Albert Beaudry Tout le monde est pour la paix.A commencer par le gouvernement canadien.Le 25 septembre, par exemple, tandis que le premier ministre Mulroney, à Washington, assurait le Président des États-Unis que le Canada serait dorénavant un bon partenaire commercial et un allié loyal, à New York, son ministre des Affaires extérieures réaffirmait devant l\u2019Assemblée générale des Nations unies l\u2019engagement du Canada au service de la détente et de la paix, et sa vocation, d\u2019arbitre international.Mais devant la complexité des négociations politiques entre les deux blocs, devant l\u2019ampleur des intérêts économiques en jeu, devant la gravité du déséquilibre Nord-Sud que masquent les tensions entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, la bonne volonté ne suffit pas.Même si nous avons la conviction que l\u2019humanité ne peut continuer bien longtemps de danser sur le volcan.En situation d\u2019urgence, si la bonne volonté risque de ne pas faire le poids, il ne reste que l\u2019héroïsme.C\u2019est, en pratique, le message que Jean-Paul II a livré au peuple canadien, d\u2019un bout à l\u2019autre de son voyage ici.Il est trop tôt, sans doute, pour dresser le bilan détaillé de l\u2019événement qu\u2019a été sa visite mais, à pre- mière vue, on ne peut s\u2019empêcher de remarquer l\u2019importance qu\u2019il a donnée dans sa prédication à \u201cune nouvelle vision de l\u2019humanité\u201d et à \u201cune nouvelle vision de la paix\u201d.Heureux ceux qui ont faim et soif de justice.Heureux les artisans de paix.Jeudi, 20 septembre.C\u2019est le dernier jour du voyage de Jean-Paul II au Canada.La messe, particulièrement solennelle puisqu\u2019elle est concélébrée avec les membres de la conférence épiscopale, se déroule aux 250 RELATIONS OCTOBRE 1984 Plaines Le Breton, en plein coeur d\u2019Ottawa.Quelques millions de téléspectateurs, encore sous le choc de ce qu\u2019il faut bien appeler nos \u201cdouze jours de retraite\u201d avec le pape Jean-Paul, l\u2019ont écouté proclamer en huit langues (d\u2019abord en Créé et en Inuit) les Béatitudes de l\u2019Évangile.Le pape lui-même souligne l\u2019importance particulière de son homélie.\u201cJe suis au milieu de vous comme un pèlerin de paix, déclare-t-il, et je désire, en cette dernière homélie, prolonger tout ce que j\u2019ai dit dans le cadre de ma mission pastorale en terre canadienne.\u201d En partant de l\u2019évangile des Béatitudes, il propose \u201cune synthèse finale\u201d.Cette synthèse présente le Christ comme le Prince de la Paix et elle met en évidence, pour les souligner et les éclairer l\u2019une par l\u2019autre, la béatitude du combat pour la justice et celle de la construction de la paix.Jean-Paul Il reprend dans ce contexte une argumentation bien à lui, et qu\u2019il avait développée longuement dans le premier grand texte de son pontificat, l\u2019encyclique Redemptor hominis: nous sommes menacés de mort si nous ne parvenons pas, collectivement, à retrouver notre sens.L\u2019homme vit de sagesse, de culture, de moralité.La violence contredit complètement une telle vie.elle menace de destruction ce dont vit l'humanité.elle menace de mort tout ce qui est humain.Au milieu de la famille humaine menacée, le Christ se tient sans cesse comme Prince de la Paix, comme Défenseur de ce qui est humain.Et si l\u2019on prend le temps de se rappeler les grands moments du voyage du pape, on retrouvera cette même vision du Christ, clé de l\u2019énigme que représente notre humanité, et cette même préoccupation fondamentale pour la justice et la paix, qui constituent les conditions de la survie de l\u2019espèce.Jamais il ne parle de réconciliation sans avoir rappelé les exigences de la justice, qu\u2019il s'agisse des droits des Amérindiens, du statut économique des pêcheurs de l\u2019Atlantique, de la vitalité acadienne ou des rapports multi-ethniques dans les provinces de l\u2019Ouest: la paix est le fruit de la justice.RELATIONS OCTOBRE 1984 CHRÉTIENS DEVANT LA GUERRE ET LA PAIX \u201cÀ la jonction, toujours difficile et confidentielle, du politique et du spirituel, la question de la paix est de celles qui peuvent susciter chez les disciples du Christ les dynamismes les plus créateurs comme les confusions les plus stérilisantes.À défaut de pouvoir réveiller des dynamismes, ce livre voudrait au moins aider à éviter les confusions\u201d (p.6).Ces propos de Christian Mellon décrivent bien l\u2019orientation du livre.Dans une question complexe comme celle de la paix, la bonne volonté ou le recours incantatoire à la Parole de Dieu ne suffisent guère.Il faut aussi une lente connaissance des faits et un patient effort de discernement.L\u2019Auteur s\u2019y emploie en fournissant au lecteur une série de données précises sur les forces en présence.Il décrit ensuite les stratégies américaines, soviétiques et françaises.Tout un ensemble de termes techniques trouve alors une explication claire.(Ils sont, d\u2019ailleurs, judicieusement réunis dans un petit glossaire, à la fin du livre).Le problème de la défense est ensuite abordé, de même que les voies du désarmement qui sont actuellement disponibles.On sait que cette question de la défense revient rapidement chez ceux qui s\u2019objectent au désarmement.\u201cQue faites-vous de la défense de notre pays?\u201d, disent-ils aux pacifistes de tout acabit.Sur ce point, Mellon propose trois dimensions importantes: la première est /a perception des menaces.Il s\u2019agit de ce qu\u2019un groupe humain estime, à tort ou à raison, être un danger pour son existence, son identité et la poursuite de ses objectifs.\u201cDes choix, des valeurs, des analyses politiques interviennent nécessairement dans la définition même des menaces et de leur importance\u201d (p.59).Le deuxième est l\u2019esprit de défense.L\u2019Auteur entend par là \u201cla conscience qu\u2019ont les membres du groupe d\u2019avoir quelque chose à défendre et du désir qu\u2019ils manifestent d\u2019être prêts à \u2018payer\u2019 de leur personne ou de leurs biens pour cela\u201d (p.60).Enfin, la troisième touche les ressources disponibles.Car toute mesure de défense a un prix.Ce qu\u2019une nation met au chapitre de sa défense, elle l\u2019enlève à d\u2019autres secteurs de sa vie collective et de la solidarité internationale.Dans la seconde moitié de son livre, l\u2019Auteur retrace ensuite \u201cDeux mille ans de réflexion chrétienne\u201d.La notion de \u201cguerre juste\u2019 y est examinée, de même que celles du droit à la guerre et du droit dans la guerre.On découvre que toute une réflexion a déjà été faite qu\u2019il serait très utile de connaître pour l\u2019appliquer, s\u2019il y a lieu, à notre situation.De fait, la réflexion la plus récente sur la guerre nucléaire permet de découvrir une sorte de position commune contre le droit à la guerre nucléaire offensive.Tous les épiscopats s\u2019entendent pour dénoncer comme immorale la décision de déclencher une guerre nucléaire.Pour ce qui a trait à la possession des armes nucléaires, on trouve, cependant, une certaine tolérance si une telle possession peut permettre la dissuasion et uniquement pour la dissuasion.Cette possession doit constituer une étape sur la voie du désarmement et ne pas fournir de prétexte à la course à une supériorité.\u201cLe délai qu\u2019elle offre doit être mis à profit pour trouver d\u2019autres méthodes de règlement des conflits\u201d (p.142).Troisième acquis: la course aux armements doit être condamnée comme \u201cun danger, une injustice, un vol, une erreur, une faute et une folie\u201d (p.142).Enfin, quatrième point commun: \u201cl\u2019effort essentiel doit porter sur la construction de la paix: justice internationale, respect des droits de l\u2019homme, construction d\u2019une communauté mondiale, dotée d\u2019une véritable autorité sur les États\u201d (p.142).Ces acquis de la réflexion de l\u2019Église catholique peuvent stimuler, il va sans dire, nos propres efforts au Québec, alors que nous commençons à peine à réfléchir sur les questions de notre défense ou sur celles de notre complicité dans le commerce des armes.Guy Paiement Christian Mellon, Chrétiens devant la guerre et la paix, Paris, Le Centurion, coll.\u201cÉglise et Société\u201d, 1984, 215 p.251 f PAIX ET JUSTICE Un fil conducteur \u201cEn ce qui nous concerne, nous les nations du tiers monde, l\u2019absence de guerre ne signifie pas encore la paix.Et vous, vous qui travaillez comme missionnaires dans les pays du Sud, vous qui militez dans un organisme de solidarité ou dans un mouvement d\u2019aide au développement, vous savez le gâchis économique, l\u2019aliénation politique et culturelle, le mépris des droits humains, la misère des bidonvilles.qui nous empêchent de parler de la paix tant que nous n\u2019aurons pas entrevu la justice au plan international.\u201d Paix et Justice, tel était justement le thème du dernier congrès de l\u2019Entraide missionnaire, tenu à Montréal, à la fin du mois d\u2019août.Oui, d\u2019insister Renaud Bernardin dès l\u2019ouverture du congrès, il nous faut développer une pédagogie de la paix.Et qui peut être meilleurs pédagogues que vous?Vous êtes infor-, crédibles, et vous avez une audience.Il y a dans cette salle plus de connaissances et de compétence en matière de relations Nord-Sud que dans les officines politiques et dans les discours électoraux que nous entendons ces jours-ci.Une pédagogie de la paix, sans doute, avait expliqué Dorothy Goldin Rosenberg, mais pas sans changement de mentalité, pas sans conversion.S\u2019inspirant largement du mouvement féministe américain, Madame Rosenberg s\u2019est attachée à mettre en lumière les structures de violence et d\u2019intimidation de la Il ne lui a pas été difficile, par exemple, détablir un lien entre l\u2019idéal du \u201cguerrier\u201d, qu\u2019il s\u2019agisse du \u201cmarine à l\u2019entraînement\u201d ou du héros de série policière à la télévision, et des phénomènes de violence comme le viol, l\u2019attentat ou l\u2019équilibre de la terreur par la course aux armements.\u201cLes analyses féministes des structures sociales ont identifié ce qu\u2019il y a de commun à tous ces systèmes basés sur la menace: tous s\u2019appuient sur la conception implicite selon laquelle il y a des gens qui comptent beaucoup moins que d\u2019autres et que toutes les personnes n\u2019ont d'intérêt qu\u2019aussi longtemps qu'elles sont utiles pour supporter le système ou pour le justifier\".Ces propos devaient être confirmés par le témoignage de militants pacifistes qui ont raconté et décrit le traitement réservé aux manifestants non violents devant l\u2019usine Lyton de Toronto, et par une intervention de l\u2019évêque de Hartford (Connecticut), Mgr Peter A.Rosazza, qui est venu exposer le sens de la déclaration récente des évêques catholiques des États-Unis sur le désarmement et la paix, et expliquer comment ce texte important a été élaboré.A.B.Et constamment, il signale le danger qui menace notre civilisation.Au Centre François-Charon de Québec, il provoque les applaudissements en rappelant ce qu\u2019il avait déjà écrit le 1er janvier 1981, au débutde l\u2019Année internationale des handicapés: Si seulement une minime partie du budget réservé à la course aux armements était consacrée à cet objectif (le traitement, la réhabilitation et la réinsertion sociale des personnes handicapées), on pourrait obtenir d\u2019importants succès et soulager le sort de nombreuses personnes souffrantes.De même à Montréal, au parc Jarry, pour décrire comment notre époque vit le mystère de Dieu, il rappelle que nous sommes devenus, nous qui formons l\u2019humanité, une énigme pour nous-mêmes.Notre époque vit une angoisse sans précédent dans l\u2019histoire: celle de la menace de destruction nucléaire, celle du gâchis écologique, celle du gaspillage énervant de la société de consommation; or ces dangers, nous nous les sommes fabriqués nous-mêmes.En faisant fi de Dieu (et des appels du prochain), nous aboutissons à une impasse.À Toronto, à quelques centaines de mètres des usines Lytton où on fabrique les systèmes de téléguidage des missiles \u201cCruise\u201d, Jean-Paul II aborde les défis de ce qu\u2019on appelle ici le virage technologique.\u201cAujourd\u2019hui je vous demande à tous de considérer la technologie dans le contexte du message de la Croix et de faire ce qui dépend de vous pour que le pouvoir de la technologie serve la cause de la vie, la cause de la paix.\u201d Justice et Paix Mais c\u2019est finalement à Edmonton puis à Ottawa que \u201cle pèlerin de la paix\u201d achève de déployer son message.À Edmonton, on vient de proclamer l\u2019évangile du jugement dernier (Mt 25).\u201cCe passage, souligne Jean-Paul II, touche à certaines des questions les plus fondamentales de notre foi et de notre morale sociale.Aucun autre passage de l\u2019Évangile ne traite de leur relation de manière aussi convaincante.\u201d Or le concile Vatican Il \u201cnous avertit de ne pas nous en tenir à une interprétation \u2018individualiste\u2019 de la morale chrétienne\u201d.La suite de l\u2019homélie a fait les manchettes des journaux du lendemain: Selon les paroles du Christ, c\u2019est le Sud pauvre qui va juger le Nord riche.Car \u201cle Sud devient de plus en plus pauvre et le Nord de plus en plus riche.Riche également en ressources militaires avec lesquelles les superpuissances et les blocs peuvent se menacer mutuellement.Et ils se menacent \u2014 c\u2019est l\u2019argument qu\u2019on entend \u2014 afin de ne pas se détruire l\u2019un l\u2019autre\u201d.Mais, ajoute le pape, ce conflit Est-Ouest ne doit plus masquer la profonde injustice qui divise les pays riches et les pays pauvres: cette injustice est un obstacle primordial à la paix.L\u2019équilibre de la terreur, la stratégie de la dissuasion, qui amène les grandes puissances à multiplier et à perfectionner les moyens de destruction, conduit à un cul-de-sac.La route de la paix passe par le développement, comme l\u2019avait enseigné Paul VI dans l\u2019encyclique Populorum pro-gressio: Le combat contre la misère, urgent et nécessaire, est insuffisant.Il s\u2019agit de construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion, de nationalité, puisse vivre une vie pleinement humaine, affranchie des servitudes qui lui viennent des hommes et d'une nature insuffisamment maîtrisée; un monde où la liberté ne soit pas un vain mot et où le pauvre Lazare puisse s'asseoir à la même table que le riche.252 RELATIONS OCTOBRE 1984 Une nouvelle vision de l\u2019humanité C\u2019est sur la base de cet enseignement, en continuité avec cette vision de l\u2019histoire du salut de notre civilisation, que Jean-Paul II propose au corps diplomatique et aux élites dirigeantes du Canada, réunis à la résidence du Gouverneur général, le 19 septembre, \u201cune nouvelle vision de l\u2019humanité\u201d, \u201cune nouvelle vision de paix et de justice\u201d.Quelle est donc cette nouvelle vision de l\u2019humanité?Essentiellement, une vision de la personne humaine prise dans sa globalité, et non plus réduite à sa dimension économique ou technologique: \u201cune conception qui n\u2019envisage pas seulement les problèmes de société en fonction des équations économiques, techniques ou politiques, mais en fonction des personnes vivantes, des êtres humains créés à l\u2019image et à la ressemblance de Dieu et appelés à un destin éternel.une conception qui inspire l\u2019action et surmonte l\u2019auto-satisfac-tion, l\u2019insensibilité et l\u2019égoïsme\u201d.Nouvelle conception de la paix?Oui, car la logique de l'affrontement est suicidaire.\u201cDans la nouvelle vision de la paix, il n\u2019y a pas de place pour l\u2019égocentrisme et l\u2019hostilité.\u201d Cela suppose un changement de mentalité, une conversion.Il importe de dire et de redire que l\u2019origine de la guerre se situe dans le coeur et l\u2019esprit des femmes et des hommes de notre temps, il importe de souligner sans relâche que la vraie paix existera seulement lorsque tous les êtres humains seront, de coeur et d\u2019esprit, gagnés à la justice et à l\u2019amour.Une issue politique Mais pourquoi le pape a-t-il attendu la soirée de Rideau Hall pour développer cette nouvelle vision de la paix?Probablement parce que, par-delà la conversion des mentalités, les premières étapes d'une stratégie de la paix sont d\u2019ordre politique.Au niveau des causes profondes, on l\u2019a vu, il n\u2019y aura pas de paix solide sans l\u2019établissement d\u2019un nouvel ordre mondial, sans un partage des res- r1; ¦ sources et des richesses entre pays riches et pauvres, sans un développement qui respecte les possibilités et l\u2019histoire des peuples du Sud, sans un dépassement de l\u2019affrontement Est-Ouest en faveur d\u2019une collaboration Nord-Sud.Quand Jean-Paul II énumère les obstacles, les \u201cproblèmes non résolus\u201d qui bloquent la paix, il évoque successivement religieuse.La logique de la paix est celle du respect de la personne.C\u2019est une autre façon de proclamer que la justice et la paix sont indissociables.Avons-nous le choix ?\u2014\t\u201cl\u2019absence d\u2019accords pour ralentir et par la suite arrêter la course aux armements\u201d; \u2014\t\u201cl\u2019investissement des capacités scientifiques et des ressources dans les armes de destruction massives\u201d; \u2014\t\u201cles guerres limitées qui continuent à tuer des hommes et des enfants ailleurs que dans son propre pays.\u201d L\u2019ordre est important.Il n\u2019est pas question, dans un discours qui est destiné à une délégation internationale, de prôner le désarmement unilatéral, ce qui reviendrait à livrer certains pays, voire un bloc, à la merci d\u2019une superpuissance qui refuserait de désarmer.Il est question de négociations et d\u2019accords en vue de ralentir, d\u2019abord, puis de stopper complètement, par la suite, l\u2019accumulation des armes.À cela s\u2019ajoute pour Jean-Paul II une autre condition fondamentale: le respect des libertés fondamentales, et en particulier \u2014 \u201cce que j\u2019estime être le fondement ultime de toute la question des droits de l\u2019être humain\u201d, souligne le pape \u2014 le droit à la liberté Le problème de la paix dans une société plus internationale et plus technologique n\u2019est pas simple.Au Canada et au Québec, il se pose au niveau des industries de guerre: on comprend que la reconversion des industries suppose une volonté politique ferme de la part des gouvernements autant que de la disponibilité des employeurs et des travailleurs aux exigences d\u2019une transformation de leur production.Ce défi deviendra possible si l\u2019on s\u2019attaque aux autres composantes de la menace nucléaire: les négociations entre les deux blocs, la réduction des budgets militaires, l\u2019établissement d\u2019un nouvel ordre international en faveur des pays du Sud.\u201cJe vous ai présenté une vision élevée de l\u2019humanité\u201d, devait avouer Jean-Paul II en terminant son discours à Rideau Hall.Une vision héroïque, serait-on tenté d\u2019ajouter.Nous ne choisissons l\u2019héroïsme, tous tant que nous sommes, que lorsque nous y sommes acculés.Mais voilà, nous répète le pape, en cette fin de millénaire, nous h\u2019avons p,£ choix.RELATIONS OCTOBRE 1984 253 LA LIBERATION DES OPPRIMES: EXIGENCE EXIGENCE CHRÉTIENNE par Marcel Viau Annoncer I\u2019 cheap s le qua ention so -v >\t\u201e'ui, mais comment?Comment faire de la pastorale en militaire des agents de pastorale devient-elle pour eux un ir de son expérience avec l\u2019équipe de la Maison d\u2019Aurore, îau Mont-Royal, Marcel Viau propose un instrument d\u2019in-jourd\u2019hui professeur à la faculté de théologie de l\u2019universi- De nos jours, on entend beaucoup parler dans nos communautés chrétiennes de l\u2019attention aux plus démunis, surtout depuis que Vatican II et les théologiens de la libération ont conscientisé davantage les chrétiens.On en parle effectivement beaucoup, mais on est moins capable d\u2019appliquer le principe dans le concret.Il existe sans doute des méthodes simples, comme la révision de vie, ou plus complexes, comme l\u2019analyse sociale; mais ces méthodes laissent les agents de pastorale sur leur appétit.On voudrait quelque chose de plus rigoureux, de plus complet et surtout de plus efficace.En travaillant comme agent de pastorale dans un organisme en milieu populaire, la Maison d\u2019Aurore1, j\u2019ai été rapidement sensibilisé à cette question.Je faisais partie d\u2019une équipe de travail qui se situait précisément dans cette ligne évangélique d\u2019une option préférentielle pour les plus démunis.Nous avons alors appris à parler d\u2019eux comme des opprimés, car nous avons rapidement compris que leur situation était surtout due à des pressions qui leur étaient extérieures.Mais que signifient «opprimés» et «pressions extérieures»?Qu\u2019est-ce que l\u2019oppression ?et la libération ?Lorsqu\u2019on travaille pendant des années dans un milieu populaire, on ne peut éviter de prendre conscience des inégalités sociales profondes qui y régnent.Elles se manifestent surtout au niveau de la qualité de la vie, du revenu, des conditions de logement, de santé, de loisir, etc.254 Au début, on se demande pourquoi la situation est telle.Est-ce parce que les gens sont stupides ou manquent de débrouillardise pour s\u2019en sortir?Cela peut expliquer un cas ou l\u2019autre.Est-ce parce qu\u2019ils n\u2019ont pas eu de chance, si bien qu\u2019il faille les aider à s\u2019en sortir?Il peut arriver, bien sûr, qu\u2019il y ait quelques malchanceux; mais tout un quartier de malchanceux, c\u2019est trop.Alors, que se passe-t-il?Une des hypothèses les plus plausibles est sans doute celle-ci: puisqu\u2019en général il y a rareté de biens, pour qu\u2019il y ait des pays riches il faut que quelqu\u2019un paie la note quelque part.Ce sont les pays du tiers monde qui, par leur travail et leurs produits sous-payés, rendent possibles nos surplus.La même hypothèse peut tenter d\u2019expliquer le même phénomène à l\u2019intérieur d\u2019un pays, même riche comme le Canada.Aussi longtemps qu\u2019il y a rareté, pour qu\u2019il y ait des groupes mieux nantis, il faut qu\u2019il y ait des groupes de démunis.Et parce que ces groupes de mieux nantis tiennent à garder leur privilège, ils créent peu à peu un système qui les favorise et qui leur permet de demeurer le plus longtemps possible dans leur situation.Ils se servent alors des moyens qu\u2019ils ont à leur disposition et qu\u2019ils contrôlent, l\u2019industrie, le gouvernement, la loi, les communications, et même l\u2019école et l\u2019Église, pour maintenir les groupes démunis dans la situation d\u2019infériorité où ils sont.C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019oppression: l\u2019inégalité sociale devient alors injustice sociale.1.Sur la Maison d\u2019Aurore, voir: \u2014\tBenoit, A., Lafleur, J., Viau, M., «Pour les distants en milieux populaires: la Maison d\u2019Aurore», dans Nouveau Dialogue no 26 (sept.1978).\u2014\tViau, M., «L\u2019histoire des disciples d\u2019Emmaüs, prototype d\u2019une démarche pédagogique d\u2019évangélisation pour les milieux populaires», dans Nouveau Dialogue no 40 (mai 1981) et no 41 (sept.1 981 ).RELATIONS OCTOBRE 1984 3315 Comme êtres humains, il nous est déjà difficile de demeurer indifférents à cette situation d'oppression et aux injustices qu\u2019elle crée.Toute personne moralement éveillée souhaitera voir le jour où ces opprimés pourront se libérer.Et comme cette libération ne viendra vraisemblablement pas de l\u2019action isolée de quelques individus, mais plutôt des groupes opprimés tout entiers, on ressent alors l\u2019obligation d\u2019aider ces groupes à s\u2019organiser pour combattre l\u2019oppression et se libérer.Comme chrétiens, nous ressentons davantage et plus en profondeur cette urgence de la libération.Nous savons que Jésus Christ est venu nous libérer du péché.Mais ce péché n\u2019est pas seulement personnel ni seulement relié à des fautes morales personnelles.Il est également collectif: les sociétés et non pas seulement les personnes sont atteintes.Ainsi, une société qui considère comme normal que des groupes mieux nantis oppriment des groupes démunis est une société atteinte par le péché collectif.Par conséquent, la libération, pour les chrétiens, n\u2019est pas seulement une exigence humaine, mais aussi une exigence divine.Jésus n\u2019est-il pas venu «relever les humbles» et «combler de biens les affamés».Mais que peut-on faire, comme agent de pastorale, devant les situations d\u2019oppression?La réponse n\u2019est pas venue facilement à l\u2019équipe de la Maison d\u2019Aurore.Le travail que nous avons accompli nous a obligés à nous poser des questions sur notre fonctionnement, sur nos visées ainsi que sur le type d\u2019agents de pastorale que nous étions.Nous avons aussi constaté que notre engagement auprès des opprimés était porté par des intuitions profondes.C\u2019est pour répondre à ces questions et pour approfondir ces intuitions que j\u2019ai entrepris un long travail de réflexion.Il devait aboutir finalement à la création d\u2019un instrument apte à aider les agents de pastorale et, à travers eux, les opprimés, dans leur combat pour la justice et pour leur libération.Cet instrument se nomme Intervention Socio-Pastorale2 (voir l\u2019encadré).Quelles sont ces questions et ces intuitions que je viens d\u2019évoquer?On peut les diviser en deux: théologiques et méthodologiques.Questions et intuitions théologiques Une première question que nous nous sommes posée fut celle-ci: fait-on de la pastorale en milieu populaire de la même façon que dans d\u2019autres milieux?Nous avions constaté en effet que le discours théologique dont nous nous servions pour exprimer notre foi n\u2019éveillait guère d\u2019échos dans ce milieu.L\u2019intuition que nous avons eue 2.Sur l\u2019Intervention Socio-Pastorale, voir: \u2014 Viau, M., L'Intervention Socio-Pastorale: un instrument de recherche-action pour le milieu populaire, Thèse de doctorat en Théologie-études pastorales, Université de Montréal, Montréal, juin 1983 (manuscrit).\u2014 Viau, M., «L\u2019Intervention Socio-Pastorale: préalables et axes de recherche», dans Sciences Pastorales, vol.1, université St-Paul, Ottawa, 1982.\u2014 Viau, M., «Méthode de l\u2019Intervention Socio-Pastorale», dans Sciences Pastorales, vol.2, université St-Paul, Ottawa, 1983.alors fut que la pastorale en milieu populaire ne peut se faire exclusivement par un «dire», un discours, une parole; elle doit avant tout être un «faire», une action, un vi-vre-avec.Une deuxième question a trait à la façon dont la foi en Jésus Christ devrait être présentée chez les opprimés.Faut-il privilégier une annonce explicite, une proclamation de la Bonne Nouvelle, ou plutôt une découverte du Christ au coeur des événements?Notre intuition fut que la pastorale en milieu populaire ne doit pas se faire «par en haut», mais «par en bas».Cela signifie que la foi en Jésus Christ ne doit pas seulement être apportée aux opprimés, mais surtout doit être cherchée avec eux.On évite ainsi une trop grande dépendance par rapport à des discours religieux qui pourraient être oppresseurs.Une troisième question fait suite à la réflexion précédente: jusqu\u2019à quel point la pastorale que nous faisons est-elle vraiment au service des opprimés?Ne sert-elle pas, sans qu\u2019on s\u2019en rende compte, les intérêts des oppresseurs?Notre intuition fut de concevoir la pastorale en milieu populaire comme devant s\u2019harmoniser, dans la mesure où ils ne contredisent pas l\u2019Évangile, avec les combats de libération que mènent sur le plan humain les opprimés.En d\u2019autres mots, on ne doit pas séparer les activités religieuses des activités sociales.Les deux vont de pair lorsqu\u2019ils cherchent, à deux niveaux de profondeur, la même libération.Enfin, une dernière question concerne la conception de l\u2019Église que doit avoir un agent de pastorale en milieu populaire.Quelle image de l\u2019Eglise devrions-nous véhiculer auprès des opprimés?Celle d\u2019une Église universelle, officielle, ou celle d\u2019une Église populaire?Notre intuition fut qu\u2019il faut repenser en milieu populaire les perspectives sur l\u2019Église.L\u2019expérience de la Maison d\u2019Aurore nous a montré qu\u2019une nouvelle forme d\u2019Église était à se développer chez les opprimés, centrée sur la pratique des communautés de base et sur la réflexion théologique issue de cette pratique.Et que cette forme nouvelle est un enrichissement de la grande Église, une adaptation nouvelle et valable dans sa marche dans le temps.Voilà pour ce qui est des questions et des intuitions théologiques qui ont servi de base à ma réflexion.Abordons maintenant une autre série de questions et d\u2019intuitions, d\u2019ordre méthodologique cette fois, issues de l\u2019expérience de la Maison d\u2019Aurore.Questions et intuitions méthodologiques À la Maison d\u2019Aurore, nous avons utilisé une méthode d\u2019intervention qui exige l\u2019implication de l\u2019agent de pastorale.Cette méthode, la recherche-action, a soulevé certains problèmes, tous liés à l\u2019ambivalence de notre situation concrète.En fait, comme agent de pastorale, nous avons constamment hésité entre le désir de participer pleinement à la vie quotidienne des opprimés et l\u2019ambition de transformer cette vie quotidienne, de proposer des alternatives.Cette ambivalence pourrait s\u2019exprimer autrement: ou vivre avec les opprimés mais subir avec eux l\u2019oppression, ou résister à l\u2019oppression au risque de se détacher des opprimés et d\u2019agir à leur place.C\u2019est RELATIONS OCTOBRE 1984 255 QU\u2019EST-CE QUE L\u2019INTERVENTION SOCIO-PASTORALE?L\u2019Intervention Socio-Pastorale est un instrument méthodique qui comprend trois phases: la phase exploratoire, la phase réflexive et la phase opérationnelle.Chaque phase comporte des étapes.L\u2019objectif de l\u2019ensemble est d\u2019organiser la démarche d\u2019un groupe appe lé collectif.Cette méthode constitue une boucle de rétroaction sur le vécu d\u2019un milieu populaire, où un collectif représentatif de ce milieu fait un effort de retour réflexif sur lui-même, à partir de son expérience d\u2019assujettissement, pour aboutir, à la fin du processus, à mener une action émancipatoire dans ce même mi- ¦¦ lIlglÉIlll L.IjjjjplllMMS8i^^^^M 1 ) La phase exploratoire sert à établir la problématique du début de l\u2019intervention, telle que perçue par les personnes impliquées, c\u2019est-à-dire par la population d\u2019un milieu populaire, par un collectif représentatif de cette population, engagé dans le processus de l\u2019ISP, et par un intervenant faisant fonction de catalyseur.La dimension exploratoire de cette phase est à la fois découverte d\u2019un milieu nouveau par un intervenant et la redécouverte de leurs problèmes par les membres d\u2019un collectif à l\u2019aide d\u2019une nouvelle perspective.Elle requiert quatre étapes: connaissance du milieu, insertion, négociation d\u2019un contrat de solidarité, expl ', CAJilUIOllOn.¦ : ./ : ¦ ; ¦ ; ¦ .;|§||| § 2) La phase réflexive est ordonné* recherche de données objectives, à l\u2019acquisition systématique de données vérifiables dans le milieu, à la prise de conscience de ce qu\u2019est une réalité sociale dominée.La dimension ré-flexive est représentée dans cette phase par l\u2019effort du collectif pour chercher du recul, pour se distancier de son expérience spontanée, à l\u2019aide de techniques comme l\u2019enquête conscientisante ou l\u2019auto-analyse.Trois étapes sont nécessaires ici: mise en situation comparative, recherche systématique, autoanalyse.v ; 3) La phase opératî* l\u2019action à entreprendre dans le prolongement des deux précédentes.Elle incite à une rec cente progressive vers l\u2019experien de laquelle on pourra s\u2019expliquer les causes de la situation d\u2019oppression en faisant des liens entre les résultats de l\u2019analyse et des modèles sociaux et théologiques.C\u2019est une phase de créativité, orientée vers la mise en marche de l\u2019action, une action qui sera à la fois consciente, systématique, émancipatoire et croyante.Elle comporte trois étapes: diagnostic, diffusion de l\u2019information, élaboration de l\u2019action.256 précisément de là qu\u2019ont surgi les questions et les intuitions méthodologiques.Une première question se pose ainsi: comment, en tant qu\u2019agent de pastorale, être à la fois engagé dans un milieu populaire et suffisamment distancié pour faire oeuvre universelle, susceptible d\u2019aider d\u2019autres groupes d\u2019opprimés?En effet, le rapport entre l\u2019agent de pastorale et son terrain est un rapport difficile.Notre intuition fut de croire à la nécessité de respecter l\u2019autonomie du groupe et de l\u2019intervenant pastoral, tout en maintenant des ponts entre les deux.En clair, cela signifie que l\u2019implication d\u2019un agent de pastorale dans ce milieu ne doit pas lui faire perdre son identité, ni faire qu\u2019il se présente comme le sauveur, comme celui qui va tout régler.Il m\u2019est apparu que l\u2019approche de recherche-action de type critique pouvait répondre à cette question.Une deuxième question est celle-ci: comme agent de pastorale de formation universitaire, le fait de connaître la rationalité et le savoir scientifique peut-il servir la cause des opprimés?Notre intuition fut que toute action en milieu populaire est vouée à l\u2019échec si elle ne s\u2019insère pas solidairement dans la lutte de libération de ces milieux.Cependant, la prise de conscience et la distance critique, en un mot la rationalité, jouent un rôle primordial dans ces luttes.Les opprimés doivent devenir capables de maîtriser une méthode scientifique, pour la mettre au service de leur libération.Une troisième question surgit de la précédente.On sait que la façon de réfléchir des opprimés fait souvent appel au «gros bon sens», au sens commun.N\u2019y a-t-il pas danger qu\u2019en introduisant chez eux la méthode scientifique, on détruise leur spontanéité et leur sagesse populaire?Notre intuition, cette fois, fut d\u2019affirmer, d\u2019une part, qu\u2019il est nécessaire d\u2019introduire une méthode systématique dans le travail en milieu populaire puisque trop d\u2019actions dans ces milieux, quand elles sont menées à l\u2019aide d\u2019instruments imprécis, sont acculées la plupart du temps à des demi-succès.D\u2019autre part, cette méthode, issue de la recherche-action critique, doit pouvoir intégrer et utiliser le savoir populaire et éviter ainsi la division entre une élite qui sait et une base qui ignore.Un instrument et ses postulats Les questions et les intuitions que je viens d\u2019exposer ont abouti, comme je le signalais dès le début, à la création de l\u2019Intervention Socio-Pastorale.Cet instrument est basé sur les quelques postulats suivants, qui résument les observations faites plus haut.a)\tToute action en milieu populaire doit s\u2019appuyer sur des pratiques faites sur le terrain même, terrain à la fois social et ecclésial, sans que pour autant soit négligée la réflexion critique issue de l\u2019Évangile et de ces pratiques.b)\tIl est essentiel de lier l\u2019action pastorale à l\u2019action sociale libératrice.En d\u2019autres termes, l\u2019annonce et la quête de Jésus Christ ne sont possibles en milieu populaire que dans le contexte de l\u2019histoire des opprimés en lutte pour leur libération.RELATIONS OCTOBRE 1984 c)\tIl faut utiliser la rationalité scientifique dans l\u2019intervention en milieu populaire.L\u2019action pastorale doit utiliser de façon réaliste les outils disponibles dans le monde contemporain, et la méthode scientifique est l\u2019un de ces outils.d)\tIl est nécessaire de développer, pour le travail en milieu populaire, un instrument socio-pastoral scientifique qui soit capable de maintenir la tension entre la recherche et l\u2019action ainsi qu\u2019entre l\u2019agent et le terrain.Ce sont là des conditions indispensables pour qu\u2019une intervention s\u2019insère dans la culture populaire sans la dominer et par ailleurs sans s\u2019y assujettir.Ma conviction profonde est que le travail pastoral en général doit être capable de rivaliser de rigueur avec n\u2019importe quel travail dans d\u2019autres disciplines scientifiques.Sinon, nous en sommes réduits à nous parler entre nous, à l\u2019intérieur de petites chapelles situées hors du monde réel.C\u2019est encore plus vrai lorsque le travail s\u2019effectue en milieu populaire: l\u2019urgence des problèmes qu\u2019on y rencontre invite à plus de rigueur encore dans l\u2019observation, l\u2019analyse et l\u2019action.En somme, il ne faut pas que les difficultés théoriques ou méthodologiques nous rebutent.Ce n\u2019est pas la voie de la facilité qui nous permettra de dépasser les obstacles, mais bien plutôt le travail efficace à tous les niveaux.En milieu populaire, nous savons que personne ne nous fait de cadeaux et que tout se gagne à la sueur de notre front.C\u2019est la leçon que chaque agent de pastorale devrait apprendre avant de s\u2019engager dans ce milieu.par Marie de Serres et Nicol Tremblay Slfllll mm Le gouvernement amé tiens avec Gromiko) unîq tervention est-elle total tière et l\u2019aide américaine Et la désinformation con tout discutables au Satva< qui doit se tenir au Nicara gouvernement sandiniste une véritable déstabilisât! Nous donnons la parole la base d\u2019une obseï te des questions élect jet SUCO à Managua.Et Montréal, a fait partie d »u« c le Nicaragua (ainsi que ine électorale?La pression des Contras s en e dé I de tirer gloire d\u2019élections mal et dénonce à l\u2019avance le sen core: le conflit s\u2019envenime entre yenne et ces tensions engendi l\u2019heure actuelle, ï ont approché e Dr Brownsto ravaillent depuis ement et Pai cours de e situation un ur la région de Nous ne remonterons pas cette longue histoire de la compromission de l\u2019Église du Nicaragua avec la dictature de Somoza.Nous partirons de 1 977, date à laquelle les évêques ont commencé à prendre leurs distances vis-à-vis du pouvoir en publiant une lettre pastorale qui dénonçait les abus de la répression contre les étudiants, les ouvriers, les paysans, et surtout contre les religieux.Le 10 juin 1979, au momentoù la grève illimitée était déclenchée et que le combat faisait rage à travers tout le pays, la Conférence épiscopale proclamait le droit du peuple à l\u2019insurrection ar- mée.La victoire du 19 juillet 1979 instaure une situation tout à fait nouvelle à l\u2019échelle mondiale: un groupe de révolutionnaires d\u2019inspiration marxiste a réussi à soulever l\u2019ensemble d\u2019un peuple majoritairement catholique et à obtenir une timide mais claire \u201cap- RELATIONS OCTOBRE 1984 257 r OUTILS DE PAIX Le projet OUTILS DE PAIX parrainé par la Coalition pour l\u2019aide au Nicaragua (qui comprend des groupes religieux, des syndicats, des comités de solidarité et des coopératives) veut faire parvenir au peuple nicaraguayen des biens essentiels: matériel hospitalier, équipement de bureau, matériel scolaire, agricole, et pour la pêche, ainsi que des outils pour mécaniciens et menuisiers.Cette campagne, qui a commencé à Vancouver en 1981, a déjà acheminé près d\u2019un million et demi de marchandises au Nicaragua pour l\u2019agriculture, la pêche, l\u2019école et la santé.Cette aide extrêmement concrète est aussi une manière de signifier un appui au groupe de Contadora, un refus de l\u2019intervention militaire américaine, une pression en faveur d\u2019une politique canadienne plus claire.OUTILS DE PAIX: des outils pour soigner, des outils pour construire, des outils pour faire de la musique, des outils pour construire des lendemains meilleurs.Envoyez vos dons à SUCO, Coalition pour l\u2019aide au Nicaragua, 3738, St-Dominique, Montréal, H2X 2X9.probation\u201d des autorités ecclésiastiques.Par ailleurs, tout ce qui va suivre montrera l\u2019affrontement croissant entre le gouvernement sandiniste \u2014 qui est prêt à laisser toute leur place aux chrétiens, mais qui n\u2019entend pas permettre aux ecclésiastiques de mener le train de l\u2019opposition \u2014 et la Hiérarchie qui n\u2019a pas abandonné sa peur du communisme ni ses alliances avec la bourgeoisie, l\u2019argent, et.les Américains.On s\u2019achemine donc d\u2019un appui global à une distance de plus en plus grande et même jusqu\u2019à une guerre ouverte.Les tensions commencent (1980-1981) Quelques mois après la victoire des sandinistes, le 17 novembre, la Conférence épiscopale avait publié une lettre pastorale exprimant son appui au processus révolutionnaire et au projet socialiste.Il y aura aussi un appui global de l\u2019Église à la croisade d\u2019alphabétisation organisée au début de 1980.L\u2019unité nationale qui avait rendu possible la déroute de Somoza s\u2019était donc refletée au niveau de l\u2019Église.Mais dès avril 1 980, la bourgeoisie commence à prendre ses distances: Alfonso Robelo, représentant du Conseil supérieur de l\u2019entreprise privée (COSEP), quitte la junte de gouvernement.Peu de temps après, les évêques demandent aux prêtres impliqués dans le gouvernement d\u2019abandonner leurs postes, faisant valoir que \u201cles circonstances d\u2019exception sont terminées\u201d.1 En octobre 1 980, le Front sandiniste publie un \u201cCommuniqué sur la religion\u201d dans lequel, pour la première fois, un mouvement révolutionnaire au pouvoir se prononce sur le phénomène religieux avec une analyse extrêmement nuancée qui se démarque des slogans habituels du genre \u201copium du peuple\u201d, etc.Les évêques ne semblent pas avoir été sensibles à la nouveauté de cette approche.Leur réponse condamne le \u201cprosélytisme athéisant\u201d et le \u201cmatérialisme de classe\u201d de ce document.La division semble maintenant consommée et les accrochages vont se faire de plus en plus nombreux.Mgr Obando, archevêque de Managua, fait des homélies à caractère de plus en plus antigouvernemental, ce qui amène le gouvernement à supprimer, en juin 1 981, ses messes télévisées du dimanche.Il propose que cette messe soit célébrée à tour de rôle par chacun des évêques.Comme ceux-ci ne répondent pas à cette offre, il n\u2019y aura plus de messe télévisée.Mgr Obando, à Managua, et Mgr Vega, dans la région de Juigalpa, retirent de leurs paroisses certains prêtres \u201cprogressistes\u201d.Cela suscite 1.Ce problème des prêtres en poste dans le gouvernement sera tout le long un élément crucial des relations entre l\u2019Église et l\u2019État.Ils sont quatre: Ernesto Cardenal, trappiste, ministre de la Culture, son frère Fernando Cardenal, jésuite, qui fut responsable de la campagne d'alphabétisation et qui vient d\u2019être nommé ministre de l\u2019Éducation, Miguel d\u2019Escoto, ministre des Relations extérieures, et Edgar Parales, des protestations de la part des communautés chrétiennes concernées.Elles demandent le dialogue avec les évêques: ce qui leur est refusé.Dans une de ces paroisses, les fidèles occupent l\u2019église.Lorsque l\u2019évêque auxiliaire arrive pour en retirer le Saint-Sacrement, les fidèles essaient de l\u2019en empêcher: ils seront excommuniés par Mgr Obando.Les prêtres et les religieux qui sont en faveur du processus révolutionnaire sont l\u2019objet de nombreuses tracasseries et mutations de la part des autorités religieuses.Ce qui fait dire à certains qu\u2019il est vrai qu\u2019il existe une persécution religieuse au Nicaragua, mais qu\u2019elle est menée par l\u2019Église contre certains de ses membres.Les incidents d\u2019août 1982 Durant le mois d\u2019août 1982, deux incidents majeurs viendront compliquer considérablement les relations déjà tendues entre l\u2019Église et l\u2019État.Une lettre du pape Jean-Paul II est envoyée aux évêques nicaraguayens sur le thème de l\u2019unité de l\u2019Église.Le gouvernement, alarmé par le contenu de cette lettre (appui inconditionnel aux évêques et critiques à l\u2019Église populaire), se sert de la censure imposée à cause de l\u2019état d\u2019urgence pour refuser de publier la lettre papale.L\u2019impact négatif de cette mesure se fait sentir immédiatement, car la nouvelle se répand dans le monde entier que même la voix du pape est censurée par les sandinistes.Quelques jours plus tard, le gouvernement rectifiera et la lettre sera publiée dans les trois journaux du pays.Un peu tard: le mal était fait.Le 11 août, arrive l\u2019\u201caffaire Carbal-lo\u201d.Ce prêtre, directeur de la Radio catholique, est très connu pour son opposition au régime.On présente ambassadeur du Nicaragua à l'OÉA.Malgré les demandes répétées tant de la Hiérarchie nicaraguayenne que du pape, ces prêtres répugnent à quitter leurs postes.Pour des raisons pratiques: le manque de cadres dans le nouveau gouvernement.Pour des raisons politiques: leur retrait en bloc serait interprété comme un jugement catégorique porté par l\u2019Église \u2014 et toute l\u2019Église \u2014 contre la Révolution.258 RELATIONS OCTOBRE 1984 dans les journaux et à la télévision des photos du prêtre nu, se sauvant, paraît-il, de chez sa maîtresse où il aurait été surpris par le mari de cette femme.Cela provoque une polémique nationale qui n\u2019est pas favorable au gouvernement.La population pardonne plus facilement au prêtre d\u2019avoir une maîtresse qu\u2019au gouvernement d\u2019avoir publié ces photos sacrilèges.À l\u2019étranger ce sera utilisé comme preuve irréfutable d\u2019une persécution religieuse en cours au Nicaragua2.Dans ce contexte, il ne faut pas cacher l\u2019appui très net que donne à Mgr Obando la bourgeoisie opposée au régime: elle fait son éloge dans La Prensa, lui organise des fêtes, etc.Par ailleurs, grâce à l'aide américaine, dès la fin de 1981, les \u201ccontras\u201d attaquent sur la frontière nord, assassinent la population, et ils laissent des messages disant qu\u2019ils agissent \u201cau nom de Dieu\u201d.Même le journal du FDN qui revendique ces actes terroristes fait l\u2019éloge de Mgr Obando.On peut ajouter à cela le contentieux de l\u2019éducation.Le gouvernement est accusé de vouloir enlever aux écoles et aux parents l\u2019éducation des enfants en imposant des \u201ctextes castristes inspirés du matérialisme\u201d.Il est important de savoir qu\u2019au Nicaragua 70% des écoles sont privées mais reçoivent des subventions de l\u2019État: et elles peuvent donner l\u2019enseignement religieux à leur gré.La guerre des contras: où est l\u2019Église ?(1983) En février et mars 1983, tout le peuple et l\u2019État nicaraguayen se préparent à recevoir le pape.Le peuple espère de Jean-Paul II un message de paix et une prière pour les victimes des agressions contre-révolutionnaires: ce que le pape n\u2019a pas 2.De plus, l\u2019incident donnera naissance à des manifestations, les unes d\u2019appui, les autres de blâme par rapport au P.Bismarck Carballo.Une de ces manifestations se soldera par la mort d\u2019un jeune sandiniste et par plusieurs blessés, touchés par les balles de francs-tireurs installés sur le toît du Collège salésien à Masaya.Un prêtre espagnol sera par la suite expulsé du pays pour complicité avec ce commando anti-sandiniste.RELATIONS OCTOBRE 1984 voulu faire.Entre le peuple qui crie: \u201cNous voulons la paix\u201d et Jean-Paul Il qui lui dit: \u201cSilence\u201d, il n\u2019y a pas eu de communication.Après la visite papale, les évêques condamnent l\u2019irrespect d\u2019\u201cune minorité\u201d face au pape et à l'Eucharistie.Avec les mois, cependant, les attaques de la contre-révolution augmentent d\u2019intensité.mais les évêques gardent le silence.La Conférence épiscopale est divisée, sem-ble-t-il, et ne se prononce pas.La Contra, elle, se prononce: \u201cLe pape est avec nous.\u201d.Fin août 1983, la Conférence épiscopale s\u2019oppose à la loi du service militaire obligatoire qui est en train d\u2019être adoptée par l'État pour faire face à l'augmentation croissante de la guerre.L\u2019argument des évêques est que le service militaire ne servira pas à défendre le peuple mais les intérêts du parti au pouvoir (le FSLN) qu\u2019ils critiquent pour son \u201cidéologie totalitaire\u201d: à toutes fins pratiques, ce geste consiste à nier la légitimité du gouvernement.Le 31 octobre 1983, le gouvernement expulse deux prêtres espagnols accusés de faire de la propagande pour l\u2019objection de conscience.Dans certaines paroisses, certains curés refusent de célébrer des messes de funérailles pour les sandinistes morts au combat, alléguant qu\u2019ils \u201csont allés tuer leurs frères\u201d.Suite au sabotage des réservoirs de pétrole de Corinto et à l\u2019invasion de la Grenade, la tension monte énormément au Nicaragua.Dans les journaux, à la radio et à la télévision, on parle d\u2019une invasion imminente.Dans les quartiers, on construit des abris anti-aériens, on se prépare activement pour une guerre généralisée.C\u2019est dans ce contexte que, le 9 novembre, la junte de gouvernement rencontre la Conférence épiscopale \u2014 pour la première fois depuis deux longues années de tensions \u2014 avec l\u2019objectif d\u2019ouvrir le dialogue.De part et d\u2019autre on qualifie la rencontre de \u201cpositive\u201d mais elle n\u2019aura pas de suite.La guerre entre l\u2019Église et l\u2019État (1984) À l'occasion de Pâques, les évêques publient une lettre pastorale sur la Réconciliation.Après des considérations théologiques sur le péché et sur la Rédemption apportée par le Christ, le texte se penche sur la situation de guerre qui règne au pays et sur la division dans l\u2019Église.Et puisqu\u2019ils parlent de conversion et de réconciliation, les évêques préconisent le dialogue avec la Contra: Dans ce dialogue, doivent participer tous les Nicaraguayens, qu\u2019ils soient à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur du pays, sans aucune discrimination d'idéologie, de classe ou de position de parti.De plus, nous croyons que les Nicaraguayens qui se sont levés en armes contre le gouvernement doivent participer à ce dialogue.Cette déclaration soulèvera un tollé général de protestations.La guerre continue de faire rage et même de s\u2019amplifier, et d\u2019oser proposer le dialogue avec ceux que l\u2019on considère comme des traîtres, des assassins (soutenus par les Américains) scandalise.Les journaux officiels déclenchent une campagne contre Mgr Obando, montrant les liens étroits qui ont toujours existé entre la Hiérarchie et la famille de Somoza.La Prensa, le journal d\u2019opposition, donne un appui inconditionnel aux évêques.Quelques semaines plus tard, en juin, le ministère de l\u2019Intérieur diffuse à la télévision un film montrant le P.Luis Amador Pena recevant des explosifs.L\u2019archevêché invoque la possibilité d\u2019un montage.mais refuse de soumettre le film à l\u2019examen impartial d\u2019un laboratoire.Le 9 juillet, Mgr Obando organise une messe.et une manifestation d\u2019appui au Père Pena.Suite à cela, dix prêtres étrangers proches de Mgr Obando ou qui avaient participé à cette manifestation sont expulsés d\u2019une manière très expéditive \u2014 qui sera critiquée par les secteurs chrétiens progressistes eux-mémes.Quelques réflexions Les faits que nous venons de rapporter parlent d\u2019eux-mêmes.C\u2019est actuellement la guerre entre l\u2019Église hiérarchique et l\u2019État.Une fraction des chrétiens numériquement difficile à évaluer se range du côté du gou- 259 I\tI LES ÉLECTIONS AU NICARAGUA: Rapport d'un observateur sur la phase de préparation Le Dr Meyer Brownstone est rentré récemment d\u2019un voyage d\u2019un mois au Nicaragua, durant lequel il a mené une enquête indépendante sur la première phase du processus électoral qui doit aboutir aux élections du 4 novembre prochain.Le Dr Brownstone est professeur de science politique à l\u2019Université de Toronto.Il avait rédigé la loi électorale du Canada et étudié aussi la loi électorale en Jamaïque et en Tanzanie.Il est aussi président de Oxfam-Canada et membre du CAPA (Canada-Caribbean-Central America Policy Alternatives).Durant ce séjour au Nicaragua, il a scruté particulièrement la région électorale I, qui comprend autant la communauté urbaine de Esteli que des communautés typiquement rurales et reculées dans les montagnes.Son jugement sur la période de la préparation électorale \u2014 à son avis, capitale pour juger de la qualité des élections elles-mêmes \u2014 est sans équivoque.\u201cPar rapport aux standards internationaux, les lois électorales du Nicaragua et la partie enregistrement du processus électoral peuvent sûrement et clairement être évaluées comme étant de la plus haute qualité.Si on tient compte du contexte juridique national et de sa cohérence par rapport aux critères juridiques internationaux, je considère le processus électoral en cours comme étant totalement conforme aux standards démocratiques, et de fait contenant même des dispositions démocratiques supérieures à celles que l\u2019on trouve dans la plupart des pays démocratiques.Il est par ailleurs intéressant de signaler que ce constat a été effectué dans le contexte d\u2019une situation d\u2019urgence nationale \u2014 un état de guerre\u201d.Plus de 1,5 million de Nicaraguayens se sont enregistrés pour voter, chiffre qui dépasse toutes les estimations.Le Dr Brownstone retournera au Nicaragua comme observateur indépendant pour étudier la phase finale des élections au début de novembre prochain.vernement.Les secteurs d\u2019opposition parlent de persécution religieuse.Nous pensons que l\u2019affrontement se situe rigoureusement sur le terrain politique.Le Front sandiniste ne ferme pas les églises et n\u2019empêche pas les prêtres de dire ce qu\u2019ils veulent dans leurs homélies.Il ne permet cependant pas qu\u2019on dise n\u2019importe quoi en ce qui touche le politique et le militaire.S\u2019opposer au service militaire dans un pays en guerre, ou appuyer un prêtre accusé d\u2019activités terroristes avec des preuves difficilement réfutables, tout cela relève du terrain politique.Quand les évêques nicaraguayens refusent de se prononcer sur le minage des ports du pays \u2014 alors que les évêques américains, eux, ont dénoncé la participation de leur gouvernement dans cette agression illégale \u2014, ils allèguent que l\u2019agression idéologique qui vient du gouvernement est plus grave que l\u2019agression par les armes, qui est le fait des \u201ccontras\u201d.Ceux qui ont perdu des leurs sur la frontière nord du pays savent bien que la comparaison ne tient pas! L\u2019Église hiérarchique, même si elle a appuyé temporairement l\u2019insurrec- tion armée et le gouvernement révolutionnaire, n\u2019a finalement jamais été d\u2019accord avec le profond changement de société que tente d\u2019opérer le sandinisme.La collusion est évidente entre Mgr Obando et les intérêts financiers qui voudraient maintenant rétablir un \u201csomozisme sans Somo-za\u201d.À l\u2019heure actuelle, l\u2019Église est sûrement la seule force capable de s\u2019opposer au sandinisme, et, de plus, la Hiérarchie se bat pour ne pas perdre le contrôle séculaire qu\u2019elle avait sur le peuple.Le Front sandiniste se bat lui aussi pour garder avec lui ce peuple (chrétien) qui avait fait la révolution.Alors.?Que fera l\u2019Église face aux élections?Il nous apparaît certain que l\u2019opposition politique au Front sandiniste sait très bien qu\u2019elle n\u2019a pas la faveur majoritaire du peuple \u2014 malgré un certain mécontentement populaire qu\u2019il ne faut pas nier.Si elle avait l\u2019appui du peuple, elle n\u2019hésiterait pas à s\u2019engager dans ces élections.C\u2019est parce qu\u2019elle sait très bien qu\u2019elle ne peut pas remporter la victoire, qu\u2019elle essaie de saboter le processus électoral et de discréditer les élections au niveau international.L\u2019Église va sûrement prendre position un jour sur le sujet.Proposera-t-elle de voter contre le FSLN ou es-saiera-t-elle aussi la tactique du sabotage?Le Front sandiniste a fait, à notre avis, plusieurs erreurs dans ses relations avec la Hiérarchie catholique.Ces erreurs relèvent peut-être d\u2019une division à l\u2019intérieur même du Front entre les marxistes «purs» pour qui la religion en soi est une menace à la révolution et les autres qui ont appris à faire la différence entre les divers groupes de chrétiens.Il y a sûrement, dans le FSLN, des personnes qui veulent adopter une ligne dure face à l\u2019Église, d\u2019autant plus que celle-ci lui cause passablement de difficultés.D\u2019autres, au contraire, préfèrent ne pas trop attaquer de front.Mais à certains moments, la tolérance atteint ses limites et les réactions exacerbées ne sont pas toujours les meilleures.Par exemple, l\u2019expulsion des dix prêtres étrangers en juillet dernier nous paraît être une erreur politique des sandinistes.Au niveau international, ce geste donne bien mauvaise presse au FSLN et ces prêtres vont causer plus de problèmes au gouvernement nicaraguayen une fois expulsés.Par ailleurs, nous pensons que dans un autre contexte et dans un autre pays, ce geste aurait pu se justifier.Au Canada, par exemple, la Loi C-24 prévoit que les étrangers n\u2019ont pas le droit de se mêler de politique non plus.La situation n\u2019est pas simple et il y a certainement des erreurs des deux côtés.Cependant, le gouvernement nicaraguayen a démontré, il nous semble, sa volonté de respecter la liberté religieuse et la place des chrétiens à tous les niveaux de la société.Sa détermination est tout aussi évidente de mettre en place un système social qui ne soit plus basé sur l\u2019exploitation de la majorité mais sur la justice.Enfin, les attaques de la Hiérarchie visent davantage le retour à l\u2019ancien système (épuré de ses abus les plus criants) et à l\u2019ancienne autorité incontestée de l\u2019Église sur le peuple.Il nous semble difficile de nier que les évêques nicaraguayens font preuve de mauvaise volonté et d\u2019un refus du changement social en cours.Le Front sandiniste, quant à lui, entend poursuivre son projet révolutionnaire.Jusqu\u2019où iront les hostilités?260 RELATIONS OCTOBRE 1984 Témoignage: ESSAYER DE COMPRENDRE LE NICARAGUA par Louise Landriault Nous savons que l\u2019expérience san-diniste est contestée.Nous avons pu vérifier ici et là-bas l\u2019impact négatif de certains propos diffamants.Pour notre part, nous avions fait ce voyage pour comprendre, pour voir, pour vérifier.Nous avons cherché tout le long à répondre aux questions qui nous habitaient et qui sont celles de beaucoup de Québécois et de Québécoises.Est-ce une nouvelle dictature ou un régime démocratique qui s\u2019est installé au Nicaragua?Les dirigeants ont-ils l\u2019appui populaire?Est-ce vrai que les chrétiens participent à la révolution et qu\u2019ils appuient majoritairement le Front sandiniste?Pendant trois semaines, nous avons vécu dans des familles, les regardant vivre, les questionnant: ce fut une expérience d\u2019immersion, courte mais intense.Impression globale Le 1 9 juillet 1 979, le Nicaragua se libérait de la dictature des Somoza et le régime sandiniste s\u2019attelait à la dure tâche de reconstruire un pays ravagé par la guerre.Après cinq années d\u2019un travail gigantesque, malgré le blocus et l\u2019effort de guerre, le pays que nous avons visité, à la veille des premières élections libres qui vont se tenir le 4 novembre prochain, offre un bilan imposant de réalisations.La réforme agraire a permis une meilleure répartition des terres qui, avant la révolution, étaient entre les mains de quelques riches propriétaires.Il y a partout des coopératives, tantôt d\u2019État, tantôt privées.La production agricole augmente chaque année et nous avons pu vérifier dans les marchés qu\u2019on y vend tous les produits de base nécessaires à une saine alimentation.En éducation, la campagne d\u2019alphabétisation entreprise en 1980 a réussi à diminuer l\u2019analphabétisme, de 65% qu\u2019il était, à 1 2%.Le gouvernement a construit 1 500 écoles et consacré une part importante de son budget à l\u2019éducation.Dans le domaine de la santé, on a pu enrayer les maladies liées à la malnutrition et d\u2019autres comme le paludisme, la poliomyélite, etc.On a construit des hôpitaux, des cliniques qui permettent à la population des zones éloignées de recevoir des soins médicaux appropriés.Le gouvernement a construit des ponts, des routes, des barrages, a donné accès à l\u2019eau courante, à l\u2019électricité et au téléphone à plusieurs endroits qui en étaient démunis.Par ses lois, il a facilité l\u2019accès à la propriété privée: de nombreuses familles sont actuellement propriétaires de leur petite maison.Il existe même un système de garderie que nous pourrions envier.Nous n\u2019avons pas ici la prétention de décrire tout ce qui a été fait mais simplement de mentionner les points qui ont le plus retenu notre attention.Dictature ou démocratie ?Nous ne chercherons pas à décrire cette structure pyramidale de participation couronnée par un Conseil d\u2019État où sont représentés les délégués du mouvement populaire, de l\u2019entreprise privée, des Églises, des partis politiques, de l\u2019Armée, etc.Nous pouvons par contre certifier qu'au niveau de la base, dans les comités de défense sandiniste, la participation est très active: on sent tout le monde profondément convaincu que le défi, tant économique que militaire, dépend de la mobilisation de chacun.Cet appui massif de la population, nous l\u2019avons nous-mêmes constaté, entre autres, à deux reprises.Le jour du 5e anniversaire de la révolution sandiniste, le 19 juillet, il y a eu 300 000 personnes sur la Place de la révolution à Managua venues fêter et écouter le discours de M.Ortega.Les 27, 28, 29 et 30 juillet, avaient lieu au Nicaragua les inscriptions en vue des élections qui se tiendront le 4 novembre prochain.Le gouvernement avait invité les gens à s'inscrire pour démontrer leur appui \u2014 l\u2019opposition, elle, a décidé de boycotter les élections.Plus de 80% des gens aptes à voter se sont inscrits et le nombre des inscriptions a dépassé toutes les prévisions.De plus, nous avons recueilli de nombreux témoignages de gens qui nous ont dit combien leur vie s'était transformée et améliorée depuis cinq ans.RELATIONS OCTOBRE 1984 261 ESPÉRER CONTRE TOUTE ESPÉRANCE 1985 AGENDA\t__ DE LA LIBÉRATION latino-américaine\u201d ESPÉRER CONTRE TOUTE ESPÉRANCE Agenda 1985 (incluant septembre à décembre 1984) conçu et réalisé par le Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine et par la Société catholique de la Bible.Au fil des jours et des semaines, textes et dessins vous permettront d\u2019approfondir le thème de l\u2019espérance, au coeur de votre foi en Jésus.Le souffle de l\u2019expérience souffrante mais espérante d\u2019Amérique latine et le cheminement à travers la Bible vous y accompagneront.Format: 14 x 22 cm 2 pages/semaines Reliure spirale Calendrier 1986 Index des témoins cités Prix: 6,00$, plus 0,60$ de frais d\u2019envoi.En vente à SOCABI ¦ 212, boul.St-Joseph ouest Montréal, H2T 2P8 (514) 274-4381 et au COMITÉ CHRÉTIEN POUR LES DROITS HUMAINS EN AMÉRIQUE LATINE 25, Jarry ouest Montréal, H2P 1S6 (514) 387-2541 î .\tï\t;.V.N.B.Pour les commandes par correspondance, s\u2019adresser à SOCABI.Les chrétiens et le sandinisme Ser cristiano es.ser revolutionario No basta rezar.tenemos que actuar Entre cristianismo y revolucion.no hay contradiccion1 Ces slogans, nous les avons entendus et scandés nous-mêmes dans les rues à maintes reprises.Par exemple, pour la fin de semaine du 1 3 et 14 juillet, nous avons assisté à un ralliement de chrétiens réunis pour fêter le 5e anniversaire de la révolution.Des milliers de personnes sont venues à Esteli à cette occasion et avec eux, nous avons marché dans les rues, chanté, prié, et entendu des nombreux témoignages de chrétiens engagés.C\u2019est un fait, le peuple du Nicaragua est chrétien et cela depuis la conquête espagnole.Et il continue de l\u2019être après la révolution.Le rôle que jouent les chrétiens dans les domaines social, politique et économique est d\u2019une importance capitale.La participation des prêtres au sein du gouvernement est aujourd\u2019hui remise en question par Rome; mais quelle que soit leur décision future, il reste que leur engagement passé et présent dans la révolution sandiniste a démontré ce lien vécu au Nicaragua entre les chrétiens et la révolution.À la base, la présence des prêtres au coeur de la vie de quartier et du mouvement populaire est importante.Vivant proches du peuple, ouvrant leur maison à tous, animés d\u2019une foi profonde et communicative, ils nous ont impressionnés par leur authenticité, leur sincérité.Des religieuses aussi sont impliquées dans le processus révolutionnaire.Et de nombreux Nicaraguayens et Nicaraguayennes \u2014 du monde ordinaire, comme nous \u2014 se sont engagés politiquement sous l\u2019impulsion de leur foi chrétienne.Ils ne portent aucune étiquette en \u201cisme\u201d, mais ils ont compris qu\u2019une société juste, ça pouvait se construire.D\u2019ailleurs, les jeunes y croient à ce projet de société et ils y participent avec enthousiasme.Il existe certes un serieux malaise et des tensions qu\u2019on ne peut ignorer entre l\u2019Église et le régime.Le problème, à notre avis, est politique.Face à des pasteurs ou à des religieux qui prennent option pour les travailleurs et les petits, la Hiérarchie se raidit: 262 elle a pris parti contre un régime qui menace ses privilèges.Un pays en guerre Durant notre séjour à Esteli, où nous logions dans une école, nous avons entendu toute la nuit les canons et les coups de feu des combats qui se déroulaient à trois kilomètres.Nous avons senti la présence de la guerre partout où nous sommes allés.En effet, en plus de tous les défis que représente la reconstruction d\u2019un pays qui avait été ravagé par la guerre (une guerre qui avait coûté 50 000 morts, 100 000 blessés, et fait 750 000 orphelins), le Nicaragua doit actuellement défendre ses frontières et sa population contre les attaques des contre-révolutionnaires (les anciens gardes de Somoza) et des mercenaires qui l\u2019attaquent avec l\u2019appui massif de la CIA.Cette aide américaine \u2014 qui n\u2019est plus du tout clandestine \u2014 permet un harcèlement continuel qui vise à déstabiliser l\u2019économie du pays: usines et coopératives sabotées, ponts et aéroport bombardés, routes coupées, centrale thermique endommagée, port miné, etc.L\u2019agriculture a subi des pertes considérables puisque les paysans doivent souvent se défendre; semences abandonnées, récoltes perdues.Et combien de paysans et de jeunes ne sont pas morts au combat! Dans presque tous les foyers que nous avons visités, nous avons trouvé des photos d\u2019êtres chers disparus à la guerre.Et les gens, de nouveau, tout en assumant leur travail quotidien, sont inquiets car ils vivent dans l\u2019attente d\u2019une intervention américaine.Cependant, plusieurs nous l\u2019ont dit, le \u201cNo pasaran\u201d2, c\u2019est plus qu\u2019une consigne, c\u2019est un cri du coeur, une détermination farouche: ils sont prêts à aller jusqu'au bout.1.\tÊtre chrétien.c\u2019est être révolutionnaire.Il ne suffit pas de prier.il faut agir.Entre le christianisme et la révolution.il n\u2019y a pas de contradiction.2.\tIls ne passeront pas.Illlllllllllllllllll RELATIONS OCTOBRE 1984 Ut FORMATION PROFESSIONNELLE DANS LE VIRAGE TECHNOLOGIQUE par Julien Harvey Le 29 mai dernier, le Centre justice et foi consacrait une soirée à la question de la formation professionnelle des adultes.Les panelistes étaient MM.Léonce Beaupré (Direction générale de l\u2019éducation des adultes), Paul Bélanger (directeur de l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes), Alain Lallier (Fédération des cégeps) et Michel Blondin (FTQ, secteur de la métallurgie).Cet article veut faire partager é nos lecteurs les résultats les plus importants de cette soirée.L\u2019auteur remercie les panelistes.\u201cNous sommes habitués à penser à nos ressources minérales ou à nos ressources électriques, et pourtant cela est dépassé.La plus intéressante de nos ressources, c\u2019est la ressource humaine, et on ne le dit pas.D\u2019autres pays commencent à le réaliser, mais chez nous on n\u2019en parle pas encore.La meilleure preuve se trouve dans nos écoles: les jeunes n\u2019ont plus vraiment d\u2019avenir dans notre société.Que peut-on laisser entrevoir aux femmes qui vont se retrouver mises à pied dans le textile, dans les bureaux?Il se forme un noeud dans le tissu social et il va devenir très problématique.On le constate déjà avec le phénomène des décrocheurs; on le verra à travers des phénomènes aussi peu agréables que la délinquance, le vol, la drogue, etc.\u201d C\u2019est ainsi que M.Alain Lallier, venu du monde de l\u2019enseignement collégial, présentait la question.Et M.Paul Bélanger, de l\u2019ICÉA, ajoutait que, devant le virage technologique et ses exigences en ce qui concerne la ressource humaine, \u201cle Québec est en mauvaise posture de deux façons.D\u2019abord, au niveau de la formation de la main-d\u2019oeuvre, il est régi par des accords Québec-Ottawa orientés sur des perspectives qui ne sont pas les siennes et dont les priorités sont différentes.Ensuite, le Québec est en mauvaise posture devant la perspective mécaniciste des politiques de formation des adul- RELATIONS OCTOBRE 1984 tes, perspective qui suppose qu\u2019on est capable de prévoir de façon très précise les besoins de l\u2019emploi de l\u2019avenir.Or, nous sommes très liés aux marchés internationaux car 75% des investissements faits au Québec arrivent de l'extérieur et partent aussi vers l\u2019extérieur.On ne peut donc prévoir l\u2019avenir de l\u2019économie.Il faut alors nous donner, hommes et femmes adultes, la formation la plus large possible, pour pouvoir ensuite nous déplacer et conserver des emplois.C\u2019est d'ailleurs la pensée de base de la Commission d\u2019enquête sur la formation des adultes (commission Jean).Il faut beaucoup plus travailler, chez nous, sur l\u2019offre de main-d\u2019oeuvre que sur la demande: comme le prouvent les expériences de Ga-gnonville, de ITT-Rayonnier, on peut contrôler le devenir de l\u2019offre mais pas celui de la demande.\u201d La formation professionnelle des adultes est donc devenue un problème politique majeur.La campagne électorale fédérale récente en a fait état.Mais on en entend relativement peu parler parce que les sans-travail sont plutôt dispersés et que peu de régions du Québec possèdent des organisations capables de penser leur avenir économique.Si bien qu\u2019il y a trois ans, on a pu couper 35 millions de dollars dans les budgets de l\u2019éducation des adultes \u2014 amenant la fer- meture de 400 écoles du soir \u2014 sans que les protestations soient trop fortement entendues.Le terrain même de l\u2019éducation des adultes montre un autre aspect de la gravité du problème, partagé qu\u2019il est, de façon de plus en plus obscure, d\u2019une part, entre le gouvernement fédéral et celui du Québec et, d\u2019autre part, au Québec, entre le ministère de l\u2019Éducation et les ministères de la Main-d\u2019oeuvre, des Affaires culturelles et d'autres.Ottawa, à travers la commission McDonald, élabore des politiques qui reçoivent une collaboration réticente du Québec; en l\u2019occurrence, on promet le projet \u201cpremière chance\u201d en court-circuitant le Québec d\u2019un projet préalablement élaboré ici.Et pendant ce temps, les ministères québécois se querellent de façon malheureusement trop intéressée sur le plan financier, au détriment de toute concertation.De leur côté, les universités, pour augmenter leurs subventions, surchargent leurs bottins de listes de cours que les travailleurs ne peuvent suivre; les cégeps, quant à eux, continuent de penser et d\u2019agir comme si la plupart des ouvrières et des ouvriers acceptaient aisément de s\u2019asseoir à côté des jeunes sur les bancs des collèges, alors que leurs besoins sont entièrement différents.263 Assurer une base de départ Un phénomène nouveau change toutes les données dans le domaine de l\u2019éducation des adultes: la reprise économique ne crée pas d\u2019emplois, ou si peu.Et l\u2019information industrielle en est la cause principale: elle remplace les ouvriers par des robots ou du moins les disqualifie en exigeant une expertise qu\u2019ils ne possédaient pas jusque-là.Pour régir efficacement, il faudrait en tout premier lieu développer une politique québécoise de l\u2019emploi.Nous n\u2019avons pas la mobilité des travailleurs anglophones ni même des immigrants et, par conséquent, nous ne pouvons nous déplacer selon les fantaisies du redéploiement industriel qui accompagne l\u2019informatisation (en particulier le déplacement vers l\u2019Ouest des industries modernisées).On a un urgent besoin de cette politique du plein emploi et les recherches récentes de l\u2019Institut de recherche appliquée sur le travail (IRAT) montrent que le fatalisme de Monsieur Parizeau, qui considère comme normaux des taux de chômage de 1 3% ou de 1 5%, est injustifié.Une telle politique requiert de façon presque inévitable, à l\u2019heure actuelle, la réduction des heures hebdomadaires de travail (la semaine de 35 heures).Les regroupements de patrons réagissent négativement, comme ils l\u2019ont fait chaque fois depuis les réductions successives de la semaine de 60 heures; mais ils devront reconsidérer leur refus, surtout maintenant que l\u2019informatisation augmente la productivité.Une deuxième base de départ indispensable est la création d\u2019organismes régionaux de création d\u2019emplois.Des régions comme le Sague-nay-Lac St-Jean et Sherbrooke les ont déjà mises sur pied, mais il en manque partout ailleurs, y compris dans la région de Montréal, où seul le secteur de Chambly semble bien organisé.Ces organismes doivent permettre la concertation équilibrée de tous les agents impliqués: syndiqués, entrepreneurs, enseignants, représentants régionaux de l\u2019État.De toute façon, il est indispensable de remplacer la compétition actuelle par une concertation, si nous voulons éviter de gaspiller en bureaucratie les 35 millions $ que l\u2019État provincial vient de consentir à la formation professionnelle, en particulier pour les Cen- 264 très de formation professionnelle (CFP).D\u2019autant plus que ces budgets eux-mêmes devraient être augmentés, une enquête fédérale ayant montré récemment que la contribution du Québec à l'éducation des adultes est inférieure à la moyenne nationale.Choisir des objectifs réalisables M.Paul Bélanger, de l\u2019ICÉA, appuie sur une longue expérience de l\u2019éducation des adultes les recommandations suivantes: 1.\tDonner la priorité aux jeunes adultes, en refusant la solution trop simple du \u201cbien-être social\u201d.Il faut subventionner l\u2019emploi plutôt que d\u2019indemniser le chômage.Cette attitude, qui soit la seule saine sur le plan de l\u2019éthique sociale, permettra aussi de réduire sinon de faire cesser le décrochage des adolescents par manque de motivation.Or, actuellement, 30% de nos jeunes abandonnent leurs études avant la fin du secondaire.2.\tAssurer une politique de congés d\u2019instruction payés.C\u2019est une mesure largement pratiquée à l\u2019étranger, surtout en Europe.Le travailleur ou la travailleuse ordinaire ne peut pas quitter pendant un an son poste pour sa formation, s\u2019il n\u2019a pas d\u2019abord la garantie de le retrouver ensuite, s\u2019il n\u2019a pas de subvention, provenant en partie de l\u2019entreprise, qui lui permette de vivre, de faire vivre sa famille, d\u2019assurer le supplément de dépenses qui est rattaché aux études.Une enquête de M.Pierre Paquette (Univ.de Montréal) a montré que même si actuellement les grandes entreprises consacrent de 2 à 3% de leur masse salariale à la formation, seulement 4% des ouvriers de la base en profitent comparativement à 45% des cadres et des ouvriers spécialisés.Il faut inverser la pyramide des priorités.3.\tDéterminer quel type de formation correspond au besoin réel.Le peu de contrôle sur l\u2019investissement est caractéristique du Québec: il est facile d'énumérer les grandes industries qui sont venues et sont reparties, au hasard des fantai- sies du marché, comme Québec Cartier Mining, ITT-Rayonnier et tant d\u2019autres.Pour faire face à un tel problème, il s\u2019agit d\u2019offrir aux adultes une formation large, générale, permettant l\u2019adaptation, et non pas de dispenser une formation ponctuelle, limitée, donnant seulement le moyen, par exemple, de souder une nouvelle pièce.C\u2019est le type de formation étroite que préconise actuellement le gouvernement fédéral, en se plaçant dans le cadre de la mobilité nord-américaine.Mais comme nous l\u2019avons vu plus haut, ceci ne peut pas s\u2019appliquer au Québec.4.\tTenir compte de la réalité des adultes.On doit à juste titre reconnaître leurs acquis et la valeur de leur expérience.En conséquence, même sous prétexte d\u2019économie facile, on ne doit pas les soumettre aux mêmes cours, aux mêmes méthodes, aux mêmes programmes, aux mêmes manuels que ceux des adolescents et adolescentes.Songeons, par exemple, à la différence de préparation en mathématiques, entre un jeune qui vient tout juste de terminer le cours \u201cprérequis\u201d et une ouvrière qui n\u2019a pas fait de calcul théorique depuis des années, même si elle a fait beaucoup de calculs appliqués.En plusieurs régions, les cégeps sont pleins à craquer et on improvise tout ce qui regarde les adultes, alors que maintenant 757o des cours pour adultes dans les cégeps sont de type professionnel.Dans le même contexte, les conventions collectives des enseignants doivent prévoir à l\u2019avenir le support pédagogique des adultes, l\u2019approche pédagogique qui leur est propre et le perfectionnement de l\u2019enseignant en vue des clientèles adultes.5.\tIl est intéressant de signaler que sous l\u2019angle syndical Michel Blondin, de la FTQ-Métallos, appuie les recommandations de Paul Bélanger, en particulir le congé payé pour la formation et l\u2019option pour une formation large.Il ajoute deux points supplémentaires aux objectifs déjà cités.La participation des intéressés à la formation professionnelle des adultes.Le gouvernement fédéral a déjà proposé la création, dans les entreprises, d\u2019un délégué à l\u2019éducation, choisi par les travailleurs.On devrait retrouver la même participation des travailleurs au niveau régional (représentation dans les CFP) et au plan national.RELATIONS OCTOBRE 1984 6.La reconnaissance légale d\u2019un droit des adultes à l\u2019éducation, comprenant les moyens à mettre en place pour réaliser ce droit, en particulier la gratuité.Dans ce contexte, il faut constater que plusieurs grandes entreprises se donnent elles-mêmes des écoles de forma-tion.La masse salariale allouée à cette formation devra être gérée paritairement par l\u2019entreprise et les intéressés, pour éviter de retomber dans la formation étroite, dénoncée plus haut.Une commission parlementaire La Commission d\u2019enquête sur la formation des adultes (commission Jean) a fait de l\u2019excellent travail.On lui a donné peu de suites, supposé-ment en raison des coûts impliqués.Mais on ne peut pas en demeurer là.Le virage technologique rend la question de la formation des adultes trop grave sur le plan politique.Récemment, des sommets régionaux ont suggéré une voie, celle d\u2019une commission parlementaire dont le mandat serait d\u2019interroger largement le public sur l\u2019ensemble de la question.Cette commission, pas plus que la commission Jean, ne devrait être une commission de fonctionnaires, trop peu d\u2019entre eux semblant actuellement croire à la concertation! x:,:\t.\t: .| ; ' / ; ïjfÇ ; : .;: : ¦HH :.; \t\t \u2014 ___ËËËl IlSIlilll \t par André Corten î, par exf classe ouvrière des < ont été souvent exf -sont, aujourd\u2019hui, l\u2019ir ie leur sectei îrsïté du Qu< ts d\u2019analyse des rapports sociaux ont été élaborés dans les pays industrialisés.pé en Europe en se présentant comme l\u2019idéologie de la s concepts-clés, celui de \u201cclasse sociale\u201d entre autres, en développement sans qu\u2019on tienne compte de ce que tiers monde, le rôle de l\u2019État dans ces pays et l\u2019impor-orten enseigne au département de science politique de ipie, s\u2019est dé indes usine dans les istrialisati agricole.Ai à Montréal Le développement de l\u2019industrie dans le tiers monde est incontestable au cours des vingt dernières années.Il est particulièrement remarquable dans trois groupes de pays.D\u2019abord le groupe des nouveaux pays industrialisés: Mexique, Brésil, Corée, Taïwan, Hong Kong, Singapour.Ensuite une partie au moins des nouveaux pays pétroliers: Irak, Iran, Algérie.RELATIONS OCTOBRE 1984 Enfin un ensemble de pays comme la Tunisie, la Syrie, les Philippines, la Thaïlande, la Malaisie, auxquels il faut peut-être ajouter des pays comme le Kenya et le Nigéria quoique la production industrielle y soit encore faible.Ces trois groupes de pays font partie, selon la dénomination des organismes internationaux, des pays à revenus intermédiaires.On calcule qu\u2019ils ont connu depuis 1960 une croissance du PNB par habitant supérieure à celle des pays anciennement industiralisés.Le développement de l\u2019industrie (de l\u2019ordre de 7% en moyenne par an pour les pays à revenus intermédiaires) suppose l\u2019accroissement du nombre d\u2019ouvriers industriels.La proportion de la population occupée 265 dans l\u2019industrie y est en effet passée de 1 7% à 23%.On peut estimer qu\u2019en chiffres absolus le nombre d\u2019ouvriers industriels a doublé, soit un accroissement annuel d\u2019environ 3%.La différence entre le taux de croissance de la production (7%) et du nombre des ouvriers (3%) indique l\u2019introduction d\u2019un nouveau procès de travail basé sur l\u2019usage intensif de la force de travail: le procès de travail industriel.On appelle généralement taylorisme sanguinaire le type de travail industriel où l\u2019accroissement de la productivité (du travail) est dû principalement à une accélération des cadences de travail et à une discipline de fabriques qui pénètre jusque dans la vie intime et privée des travailleurs (minutage des besoins physiologiques, interdiction des grossesses).Le taylorisme sanguinaire peut être appliqué sans grand investissement en machines, c\u2019est pourquoi on peut le retrouver dans des pays n\u2019ayant aucune base industrielle comme Haïti.Ce que l\u2019on appelle le fordisme s\u2019en distingue sur deux points importants: l\u2019accroissement de la productivité résulte d\u2019un investissement beaucoup plus considérable en machines1 et une part de l\u2019augmentation de la productivité est redistribuée aux travailleurs de telle sorte qu\u2019ils deviennent des acheteurs des nouveaux biens produits.Le fordisme suppose une base industrielle et un nombre important de travailleurs qui puissent constituer un marché partiel pour les biens manufacturés, une autre partie étant consommée par les couches moyennes et une troisième partie, enfin, étant exportée.Au contraire avec le taylorisme sanguinaire, la majeure partie des produits sont exportés.Mais comme les matières premières et surtout les quelques machines ont dû être importées, il vaudrait mieux parler de réexportation.Dans des pays comme le Mexique, la Corée ou le Brésil, les grandes entreprises d\u2019État et les multinationales sont partiellement fordisées.Dans les petites et moyennes entreprises de ces pays se combinent deux procès de travail, l\u2019un tayloriste sanguinaire, l\u2019autre plus archaïque encore, où le patron tire son profit en rallongeant la journée de travail.Dans les grandes entreprises, on emploie surtout des hommes, dans les autres, on emploie aussi beaucoup de femmes.Selon certains auteurs, la crise des économies industrialisées fait avor- ter le fordisme dans les pays de la périphérie.Car, d\u2019une part, les taux d\u2019intérêt très élevés rendent trop dispendieux l\u2019achat des machines.Et d\u2019autre part, les marchés déprimés des pays industrialisés ne permettent plus d\u2019absorber la nouvelle production industrielle en provenance des pays périphériques2.Un schéma importé Cette analyse est réductrice, dans la mesure où elle tend à tout expliquer à partir de catégories importées.Elle extrait de la réalité uniquement ce qui correspond à ces catégories.Elle cherche donc à rendre compte de l\u2019évolution des formes d\u2019industrialisation dans ces pays à partir de l\u2019extérieur, de l\u2019économie mondiale et, plus précisément, à partir de l\u2019évolution des pays industrialisés.Or, s\u2019il existe bien des aspects du travail industriel qui sont taylorisés ou fordi-sés dans les pays du tiers monde, ils ne rendent pas compte de l\u2019ensemble du procès de travail et de production qui, comme ces sociétés, sont plus complexes et manifestent un chevauchement de procès de travail différents.Il existe une idéologie occidentale de l\u2019industrialisation qui tend à tout considérer à partir du travail industriel et fait relever toute autre forme d\u2019activité du concept de la reproduction.Or, lutter contre l\u2019impérialisme, c\u2019est aussi lutter contre cette vision et sa variante de gauche qui veut considérer les prolétariats des pays du tiers monde comme des jeunes frères du prolétariat des pays industriels.Il faut désormais penser de façon radicalement nouvelle la prolétarisation et le prolétariat dans les pays du sud.Le schéma classique de la prolétarisation est bien connu.Désormais sans prise sur leurs moyens de production et de subsistance, les travailleurs viennent \u201clibrement\u201d vendre leur force de travail et se soumettre aux commandements du capital, du capitaliste et des machines dont ce dernier a la propriété.Cela a signifié l\u2019expulsion des campagnes, la séparation de tous les liens traditionnels et l\u2019entrée dans un ordre nouveau, celui de la productivité.Ce schéma ne corresoond pourtant pas à la réali- té du tiers monde (à supposer qu\u2019il ait correspondu antérieurement aux sociétés industrialisées).D\u2019une part, la coupure, la séparation est rarement complète.D\u2019autre part, l\u2019insuffisance d\u2019emplois dans le secteur capitaliste maintient une bonne partie de la population en chômage ou en sous-emploi (puisque, faute d\u2019allocations de chômage, il faut bien faire quelque chose pour survivre).La moitié de la population garde certains liens informels avec les moyens de subsistance, ce qui veut dire que tout en vendant de façon plus ou moins occasionnelle sa force de travail, une grande proportion de cette population va garder des liens avec d\u2019anciens moyens de subsistance.C\u2019est ce qui va donner ce qu\u2019on appelle souvent mais à tort le semi-proléta-ria t.La diversité des procès de travail Cette expression semi-prolétariat est correcte au niveau descriptif, elle est incorrecte dans la mesure où elle suppose qu\u2019à côté existe un vrai prolétariat, en fait celui qui correspondrait aux catégories importées des pays industrialisés.Il ne suffit donc pas de parler d\u2019un semi-prolétariat, qui ne serait qu\u2019une couche transitoire appelée à s\u2019atteler un jour ou l\u2019autre à ce qui est central et déterminant: le travail industriel.Le semi-prolétariat permettrait de reproduire la force de travail des usines au meilleur prix puisqu\u2019il contribue à abaisser les salaires, sans compter qu\u2019il constitue une armée de réserve dans laquelle puise le capital.Pour aller à la racine des choses, il faut remettre en question ce présupposé que c\u2019est le travail industriel qui est central dans ces économies.Il faut cesser de vouloir comprendre et aborder les masses populaires dans 1.\tCe sont alors les machines qui imposent les rythmes toujours très élevés du travail (travail à la chaîne).2.\tLIPIETZ, A., \"Le fordisme périphérique étranglé par le monétarisme central\u201d, Amérique latine, no 16, oct.-déc.1983, 32-45.266 RELATIONS OCTOBRE 1984 ces pays à partir de la problématique des ouvriers d\u2019usines et cesser de voir les autres procès et rapports de travail et de production comme relevant uniquement de la reproduction.Cette différence d\u2019approche aura d\u2019ailleurs des conséquences évidentes dans l\u2019analyse que l\u2019on fera de la place des hommes et des femmes dans le processus de la prolétarisation.Le schéma classique est essentiellement masculin.Il faut redécouvrir ce qu\u2019est, dans ces pays, la production, et dans le sens le plus large du terme.Pour cela, il faut partir des grandes transformations qui mobilisent femmes et hommes comme prolétaires.Notons-en trois: l\u2019explosion démographique, l\u2019exode rural et l\u2019urbanisation, et la scolarisation massive.On peut ainsi identifier plusieurs procès et rapports de production: il y a le travail agricole, le travail domestique, il y a ce qu\u2019il faut appeler la production de la descendance, il y a le travail de l\u2019information et enfin il y a le travail industriel.Un travail agricole qui dégrade la terre Le travail agricole mobilise encore la moitié de la population du globe.Il s\u2019agit en grande partie de la production d\u2019aliments.Paradoxalement, c\u2019est cette population qui souffre le plus de sous ou de mal-nutrition.Paradoxalement, c\u2019est elle aussi qui est la plus coupée des biens de subsistance.Les meilleures terres sont réservées aux cultures d\u2019exportation.Cultures de rente.La rente est le trait caractéristique du travail agricole.Elle a aussi pour effet la décapitalisation des ressources naturelles3 mais aussi la reproduction des conditions de prélèvement d\u2019un surplus.Que faut-il entendre par décapitali- 3.\tVoir pour une thèse voisine mais non convergente, PALLOIX, Ch., \u201cAgriculture et socialisation\u201d dans De la socialisation, Paris, Maspero, 1981.4.\tVoir CORTEN, A.et TAHON, M.Bl\u201e \u201cRapports de rente caféière et processus de prolétarisation\u201d, Cahiers du GRAL, Montréal, mars 1984.RELATIONS OCTOBRE 1984 sation?Par exemple, le déboisement avec toutes ses conséquences écologiques, comme on les observe bien en Haïti: on défriche pour les cultures de plantation et on refoule les populations.C\u2019est le schéma des grandes propriétés (latifundia) qui a comme corollaire une parcellisation phénoménale (minifundia) du reste du territoire.Ce seront de grands travaux d\u2019irrigation qui permettront d\u2019augmenter la production d\u2019autant qu\u2019on n\u2019aura marchandé ni les coûts sociaux (dépossessions, déplacement des populations), ni le gaspillage écologique (les meilleures terres seront noyées).La prolétarisation dans le travail agricole n\u2019est pas d\u2019abord un transfert d\u2019excédent à d\u2019autres secteurs de la société mais une décapitalisation qui affecte des communautés entières, des pays entiers.Le travail domestique et la prolétarisation Le travail domestique en soi met en valeur le patrimoine et historiquement a plutôt lutté contre la décapitalisation.La colonisation, avec la destruction de la propriété communautaire, avait privé le travail domestique de sa base productive: la terre.Le travail domestique est alors mis au service de la production de la rente.Les femmes et les enfants travaillaient sur le lopin vivrier, et les hommes pour des cultures de rente.Simplification car le processus une fois mis en marche a bouleversé la division du travail par âge et par sexe.De plus, si le travail domestique a été progressivement réduit à la préparation des aliments, celle-ci se réduisait à son tour à presque rien en raison de la pauvreté et du manque de variété des aliments.Par ailleurs, la rente est aussi un rapport global villes-campagnes.Dans beaucoup de pays, il existe une politique de subvention et de stabilisation des prix pour les produits de première nécessité dans les villes.Le travail domestique presqu\u2019éteint dans les campagnes prend alors une nouvelle consistance.Non seulement parce que plus de 60% du revenu est consacré à l\u2019alimentation mais aussi parce qu\u2019une partie des revenus obtenus proviennent d\u2019une extension du travail domestique, cette fois, rémunéré (vente de fritures, travail de la- vage et de repassage, etc.).Le travail domestique contribue à reproduire les rapports de rente, parce qu\u2019il permet de maintenir une disponibilité pour le travail agricole de rente4.Même si une fois en ville, peu nombreux sont ceux qui retournent pour le travail de la récolte, le travail domestique doit quand même être considéré comme une sorte de résistance par rapport à ce que serait un travail régulier (à la ville ou à la campagne).Et cette résistance affecte paradoxalement plus les hommes que les femmes.Les ouvrières (généralement soumises au taylorisme sanguinaire) sont souvent moins scolarisées et moins qualifiées que les hommes ouvriers parce que leur mise au travail alternera, s\u2019accommodera avec le travail domestique.Alors que dans le cas des hommes, c\u2019est tout le travail domestique qui va être mis au service de la reproduction de la force de travail en usine.Il faut donc bien voir comment le travail domestique est lui-même un processus de prolétarisation et comprendre que c\u2019est toute la communauté \u2014 son rapport avec la campagne tout autant qu\u2019avec l\u2019usine \u2014 qui détermine la forme de travail dans laquelle hommes et femmes, enfants, adolescents, adultes et vieux vont être engagés.La population gérée par l\u2019État La production de la descendance est souvent vue comme relevant par excellence de la reproduction d\u2019une main-d\u2019oeuvre au service de la production.Schéma facile dans une société dont le coeur est la production industrielle.Mais, dans une société de sous-emploi généralisé, qu\u2019est-ce que cela signifie?Dans la société rurale, la production ou la limitation de la descendance s\u2019intégre dans le phénomène de capitalisation/décapitalisation.Dans la mesure où cette descendance sera prise partiellement en charge par un certain nombre de services: hygiène, école, sport, transport, on peut comprendre la forme spécifique que prendront un certain nombre d'États du tiers monde.Le gaspillage de cette population dans des guerres sanglantes est évidemment une expression extrême de la prolétarisation apportée par le dé- 267 \u201cIl faut redécouvrir ce qu\u2019est, dans les pays du tiers monde, la production, et dans le sens le plus large du terme.Pour cela, il faut partir des grandes transformations qui mobilisent femmes et hommes comme prolétaires.No-tons-en trois: l\u2019explosion démographique, l\u2019exode rural et l\u2019urbanisation, et la scolarisation massive.\u201d veloppement démographique et il indique comment ces États gèrent d\u2019abord une population avant de gérer une force de travail.Les politiques de subvention alimentaire vont dans ce sens-là.Par ailleurs, la production de la descendance, lorsqu\u2019elle se traduit par une explosion démographique, tout en épuisant les femmes et en les soumettant à une médicalisation souvent sauvage, altère profondément les rapports entre les sexes.Cette altération constitutive de l\u2019État conduit aussi à vouloir laisser aux femmes la défense du patrimoine (culturel) alors qu\u2019il faudrait une politique plus globale et plus rationnelle pour éviter la décapitalisation accélérée de ce patrimoine.L \u2019ambivalence de la scolarisation Le travail de l\u2019information est considéré dans la tradition marxiste comme improductif; l\u2019information sert à préparer la production, elle accroît la vitesse de la circulation, ce qui permet d\u2019avoir plus de capital pour produire plus.C\u2019est souvent aussi le discours qui sous-tend une scolarisation massive: il s\u2019agit de préparer la force de travail pour qu\u2019elle soit productive.Mais ne faut-il Das voir la 268 scolarisation massive comme un vaste mouvement de mobilisation sociale, puissant ressort d\u2019ailleurs de l\u2019exode rural?Mobilisation qui change les rapports dans les communautés et qui redistribue les places dans tous les autres processus de prolétarisation.Plus encore, la scolarisation doit être vue elle-même comme un processus de prolétarisation, dans la mesure où elle est destruction d\u2019un savoir-faire agricole et artisanal.La scolarisation socialise aussi toutes les capacités d\u2019initiative que contiennent les communautés, mais ces capacités vont rester largement inemployées, sous-utilisées et disqualifiées.Le travail en usine n\u2019est pas l\u2019esclavage, mais.Nous en arrivons finalement ainsi au procès de travail industriel.À cause même de son usage intensif de la main-d\u2019oeuvre, le travail industriel ne s\u2019accommode pas du rapport d\u2019esclavage.Les principaux mouvements pour l\u2019émancipation des esclaves, notamment dans les grandes plantations des Caraïbes et du Brésil, résultent du développement des industries agricoles.Cependant le travail industriel suppose de la part du travailleur une structure de motivations qui n\u2019apparaît pas automatiquement, comme on le sait, avec l\u2019abolition de l\u2019esclavage.Il faut qu\u2019un certain nombre de conditions soient réunies au niveau du logement, de l\u2019alimentation, de la santé et de l\u2019information pour que cette structure motivationnelle puisse produire ses effets.En fait dans les pays industrialisés, il a quasiment fallu attendre le milieu du XXe siècle pour que s\u2019impose majoritairement le travail industriel.Dans les pays du tiers monde, on peut considérer que les conditions permettant à cette structure motivationnelle d\u2019apparaître ne parviennent à être réunies'que pour une portion limitée de la population.Il ne suffit pas que dans le foyer toutes les forces soient mobilisées pour reproduire la force de travail \u2014 ce qui rend compte que les femmes d\u2019ouvriers soient rares à vendre leur force de travail \u2014, il faut encore que les conditions de logement, de transport et d\u2019infrastructure sociale soient réunies.Réunir ces conditions pour une population limi- tée aboutit presqu\u2019inévitablement soit à une dégradation générale de l\u2019espace urbain (comme c\u2019est manifeste dans les grandes villes du tiers monde) soit à la construction des \u201ccathédrales dans le désert\u201d (comme c\u2019est le cas d\u2019un certain nombre de \u201cpôles\u201d sidérurgiques ou pétroliers).Cette situation ne fait que stimuler le rêve ouvrier qui est de sortir de la condition de prolétaire5, ce qui supposera soit l\u2019émigration, soit le \u201csacrifice\u201d des autres membres de la famille pour poser des jalons en vue du développement d\u2019une activité indépendante.Elle pousse par ailleurs les entrepreneurs à préférer la mise en oeuvre d\u2019un \u201ctaylorisme sanguinaire\u201d rendu possible par l\u2019existence d\u2019énormes bassins de population plus ou moins scolarisée et disponible.D\u2019autres discours pour dire la prolétarisation La prolétarisation apparaît ainsi comme un mouvement dans lequel se combine un ensemble de processus relevant d\u2019une pluralité de procès de travail et qui prend une forme de classe dans des conditions historiques déterminées.Ces conditions dépendent beaucoup des luttes qu\u2019engendre l\u2019étatisation de la société.Les discours là-dessus pour être signifiants devraient tenir compte de la spécificité des luttes dans chaque société.La centralité du procès de travail industriel est rendue possible ou impossible en fonction de ces luttes et des idéologies dont s\u2019emparent les masses.Le marxisme a été l\u2019idéologie de la classe ouvrière des grandes usines, il a contribué à imposer le caractère central et déterminant du travail industriel.L\u2019ensemble des masses prolétarisées surtout dans les pays du tiers monde peuvent très bien se donner un autre discours sur la base des luttes particulières qu\u2019elles développent et se constituer en classe dans une autre figure que celle de la classe ouvrière.5.Voir RANCIÈRE, J., La nuit des prolétaires, archives du rêve ouvrier, Paris, Fayard, 1981.RELATIONS OCTOBRE 1984 73^137 \u2014 .: \t \u201cLtes membres de la Commission sont vraiment étonnés du peu de liens explicites qu\u2019ils ont constaté tout au long des audiences, entre foi et justice sociale.Une majorité de chrétien-ne-s demeurent démobilisés face aux grandes questions de justice sociale\u201d (p.59).Cette constatation courageuse résume assez bien l\u2019esprit qui traverse tout le rapport que la Commission Justice et Foi de Québec vient de déposer, le 15 juin dernier1.Fruit du travail d\u2019une année, ce rapport s\u2019inscrit dans un plan global de trois ans (1983-1986) qui vise à \u201cintensifier le regroupement des chrétiens en communautés vivantes\u201d (p.20).Soulignons que c\u2019est à la suite d\u2019une cueillette des besoins, effectuée l\u2019année précédente, que la faiblesse de la vie communautaire avait été identifiée et rattachée, d\u2019une certaine façon, à deux autres lacunes: les difficultés à transmettre sa foi et une déficience marquée dans l\u2019engagement pour la justice sociale (p.21 ).Il faut souligner ici, je pense, cet instinct sûr qui a poussé les responsables à qualifier ainsi la communauté vivante.Sera vivante la communauté capable de transmettre sa foi et de s\u2019engager résolument pour la justice sociale.La Commission a, d\u2019ailleurs, été créée précisément pour permettre aux divers groupes du diocèse de s\u2019interroger sur ces deux points.La réponse est impressionnante: treize audience régionales (une par région pastorale), six audiences diocésaines, 1 370 mémoires, ce qui re- 1.En vente à la Librairie des Éditions Paulines, 4362, St-Denis, Montréal H2J 2L1 ; 849-3585.RELATIONS OCTOBRE 1984 par Guy Paiement Centre St-Pierre présente ainsi plusieurs milliers de personnes.De tout ce matériel, les Commissaires ont dégagé trois profils ou trois façons de caractériser les multiples groupes qui ont répondu au questionnaire proposé.Il s\u2019agit des groupes qui travaillent à intensifier la vie des communautés paroissiales (Profil I), les groupes des mouvements de spiritualité: cursillos, La Rencontre, groupes de prière (Profil II) et les groupes qui ont une orientation sociale, qu\u2019il s\u2019agisse des organismes sociaux reliés à la paroisse (Société Saint-Vincent-de-Paul, Comités d\u2019entraide, les groupes de l\u2019AFÉAS) ou des mouvements et organismes sociaux autonomes: MTC, Jeunesse du monde, Groupes populaires (Profil III) (p.38-39).Reproduisons la présentation qui est faite des trois profils.Le Profil I \u201cDans l\u2019ensemble, les communautés paroissiales intensifient leurs efforts de rassemblement, de célébration et d'initiation sacramentelle.Elles prennent peu d\u2019initiatives afin de promouvoir directement la justice sociale; cependant, elles encouragent les services d\u2019assistance aux pauvres et de présence aux jeunes, aux personnes seules, âgées ou malades\u201d (p.38).Le Profil II \u201cLes mouvements de spiritualité se multiplient; ils deviennent des lieux de fraternité, de ressourcement de la foi de leurs membres.Ils stimulent le témoignage chrétien des individus dans leur milieu familial, leur milieu de travail et la vie de quartier.En tant que groupes, ces mouvements de spiritualité, de même que les mouvements familiaux n\u2019ont pas d\u2019engagement commun pour la justice; ils reconnaissent que leurs objectifs n\u2019incluent pas la promotion de la justice sociale\u201d (p.39).Le Profil III A)\tLes organismes sociaux reliés à la paroisse prennent en charge des services directs aux individus les plus démunis de la société.Ils encouragent leurs membres à une plus grande conscience sociale et à une foi plus éclairée.Toutefois, ils s\u2019engagent peu dans des luttes collectives pour obtenir des conditions socio-économiques plus équitables et des structures plus justes.B)\tLes mouvements et les organismes sociaux autonomes suscitent des rassemblements de ci-toyen-ne-s aux prises avec les mêmes problèmes sociaux et ils agissent en solidarité avec eux, au nom de leur foi, pour obtenir des conditions socio-économiques plus justes.Ils prennent peu d\u2019initiatives quant à la transmission de la foi mais ils encouragent leurs membres à établir des liens entre la foi chrétienne et le vécu social\u201d (p.39).Inutile de dire que ces trois profils n\u2019ont pas une importance égale dans le diocèse.1 171 groupes sur 1 370 représentés exercent leur action en priorité au niveau paroissial (Profil I), 269 LE CENTRE JUSTICE ET FOI EN COLLABORATION AVEC LE CENTRE SAINT-PIERRE lance un cahier intitulé INFORMATION LIMITEE Malgré la fascination que les médias électroniques exercent sur nous, les journaux continuent de nous fournir une bonne partie de l\u2019information que nous avalons.Il est grand temps d\u2019apprendre à les utiliser, à les comparer entre eux, à choisir ce que nous y prenons, à les critiquer: bref, à \u201clire entre les lignes\u201d.En vente, au prix de 3,00 $ \u2022\tau Centre justice et foi, 25 Jarry ouest, Montréal: 387-2541 \u2022\tau Centre Saint-Pierre, 1212 rue Panet, Montréal: 524-3561 \u2022\taux librairies des Éditions Paulines.268 recoupent le Profil II et 542 (A) puis 75 (B) groupes font partie du Profil III.Force est de conclure que la masse des gens et des groupes qui travaillent dans l\u2019Église de Québec n\u2019a pas encore intégré la justice sociale comme réalité \u201cconstitutive de l\u2019évangélisation\u201d.Devant une telle séparation entre les tâches d\u2019expression de la foi et les tâches de justice sociale, les Commissaires se disent surpris.Ils s\u2019interrogent sur l\u2019évangile qui a été présenté.Leur choix est clair: la foi chrétienne n\u2019a pas- à cautionner le statu quo social ni la simple adaptation à la société.Elle est force de transformation.C\u2019est dans cette veine qu\u2019ils indiquent à tous les intéressés des pistescde réflexion biblique, théologique, pastorale et pédagogique.Deux instruments risquent ici d\u2019être plus immédiatement utiles.Le premier est celui qui rappelle les quatre tâches de toute communauté chrétienne, à savoir les tâches d\u2019éducation de la foi, de fraternité, de célébration et d\u2019engagement dans la transformation de la société.De par leurs réponses, la majorité des groupes ont reconnu que les tâches d\u2019expression de la foi et celles de l\u2019engagement pour la justice étaient les moins assumées.Celles de la justice sociale encore moins.Or, cette lacune est inacceptable.\u201cÀ la limite, on pourrait comprendre qu\u2019un groupe en particulier n\u2019ait pas d\u2019objectifs directs à l\u2019égard de la justice, mais que l\u2019ensemble d\u2019un mouvement chrétien ou d\u2019une paroisse n\u2019accorde aucune place à l\u2019engagement pour la justice nous apparaît tout à fait inadmissible.Qu\u2019ils soient en paroisse, en région ou au niveau diocésain, les respon- sables de la pastorale doivent s\u2019assurer que les quatre tâches de la communauté chrétienne sont réellement prises en charge (Ac 2,42)\u201d (p.92).Le second outil est celui de la méthode du VOIR-JUGER-AGIR qui suppose une pédagogie de la formation permanente par et dans l\u2019action.Certes, une telle approche supposera qu\u2019on se donne des moyens simples et efficaces pour faire de l\u2019analyse sociale.Beaucoup de groupes ont demandé de tels instruments et les Commissaires en reconnaissent l\u2019urgence pour presque tout le monde.Ils suggèrent, cependant, de commencer par les agents de pastorale, prêtres et laïcs, qui ont la responsabilité de l\u2019animation des communautés chrétiennes.Toutes ces personnes devraient tenir compte de certains groupes prioritaires dans leur milieu.Par ordre alphabétique, il s\u2019agit des femmes, des jeunes, des personnes en quête de dignité et des travailleurs et travailleuses.\u201cCes choix ont été faits en raison de l\u2019insistance mise par de nombreux groupes tant paroissiaux que régionaux et diocésains face à leurs situations.Des organismes de toutes les catégories nous ont à maintes reprises redit la position précaire de ces hommes et de ces femmes.Ils ont souvent fait men-tipn qu'il en va de l\u2019avenir même de l\u2019Église et de la société d\u2019y apporter une attention toute particulière\u201d (p.63).Avec ces grandes lignes clairement mises en évidence, il est plus aisé d\u2019aborder la deuxième étape du but diocésain.Les Commissaires proposent, pour y arriver, 25 objectifs privilégiés, trois champs prioritaires et 100 recommandations.Je souhaite que le, Service de la Pastorale du diocèse ne se laisse pas écraser par l\u2019ampleur de la tâche proposée! Qu\u2019il tienne compte, en priorité, de la suggestion faite de favoriser l\u2019inventaire des moyens existants et celle qui propose de mettre sur pied, au niveau régional, d\u2019abord, au niveau local ensuite, un Comité de pastorale sociale.Quand au niveau des paroisses et des mouvements, on aura un tel instrument pour porter cette préoccupation de la justice sociale et de son lien avec l\u2019évangile, on aura fait un grand pas.Sans de tels groupes-porteurs, je vois mal comment le poids du passé récent pourrait être ébranlé.À ce propos, je crois qu\u2019une perspective historique permettrait de mieux comprendre l\u2019écart constaté entre l\u2019expression de la foi et les tâches de la justice sociale.Les efforts du renouveau conciliaire ont d\u2019abord porté sur la réforme intense de l\u2019Église.Nous avons investi dans le renouveau liturgique, le renouveau de la catéchèse aux enfants, puis, devant la constatation du peu de racines à la foi, dans la préparation aux principaux sacrements.Il est normal que ces insistances aient marqué notre Église.Pendant ce temps, la société civile et l\u2019État prenaient en main le domaine social et économique.Plusieurs groupes se sont formés, plus ou moins en marge des paroisses, pour affronter les multiples problèmes causés par la mise en place de nouvelles élites et de leurs intérêts économiques.Aussi, quand la fin du concile a produit son document sur L\u2019Église dans le monde de ce temps, nous étions trop préoccupés de réforme interne pour en saisir vraiment la portée.Il aura fallu la crise économique, l\u2019expérience des Églises plus pauvres, pour découvrir que nous en étions rendus à un nouveau tournant.La réforme interne de l\u2019Église doit maintenant se situer par rapport à la mission de l\u2019Église, c\u2019est-à-dire l\u2019annonce et le développement du Royaume de justice.Il faut savoir gré aux Commissaires d\u2019avoir nettement pris parti pour ce nouveau départ.Ils s\u2019inscrivent, d\u2019ailleurs, dans le courant d\u2019une conscience chrétienne éveillée qui ne date pas d\u2019hier, comme le manifeste cet admirable document d\u2019un groupe d\u2019aîné-e-s qu\u2019ils ont mis en avant-propos de leur rapport.Ajoutons que tout le document est émaillé de paroles de croyant-e-s, glanées dans les multiples rapports présentés.Une telle prise de parole est riche de promesses.Il appartient maintenant à tous et à toutes que cette parole ait des prises.270 RELATIONS OCTOBRE 1984 373737 LES ENJEUX DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES AMÉRICAINES par Edmond Orban professeur au département de science politique de l\u2019Université de Montréal A première vue, les élections aux États-Unis ont rarement été aussi polarisées qu\u2019en ce moment en ce qui concerne les deux grands partis.Il s\u2019agit ici de voir rapidement à partir de quels points s\u2019effectue cette polarisation et quelles en sont les limites à l\u2019intérieur du système politique de ce pays, où, dit-on, l\u2019opinion publique ne tolère aucun extrémisme (ce qui resterait d\u2019ailleurs à démontrer).On peut regrouper en quelques catégories les principaux enjeux des élections pour y observer les différences entre ce que le Parti Républicain a fait et se propose de faire, d\u2019une part, et ce que le Parti Démocrate, d\u2019autre part, inscrit dans son programme.En matière budgétaire, les Républicains ont mis l\u2019accent sur une réduction des impôts et s\u2019engagent à maintenir cette politique même s\u2019il s\u2019avère quasi impossible de ne pas les augmenter.D\u2019autant plus que le déficit budgétaire dépasse les 175 milliards de dollars alors que les Républicains se sont toujours érigés en défenseurs de l\u2019équilibre budgétaire et d'une réduction des dépenses de l\u2019État.Les Démocrates affichent moins de contradictions à cet égard et ce ne sont pas eux qui couperont dans les dépenses sociales comme l\u2019ont fait et le feront encore les Républicains aux dépens des couches sociales les plus défavorisées.Et l\u2019on touche ici au second domaine, celui des questions sociales, où les différences entre les partis sont les plus nettes.Une majorité de la clientèle démocrate réclame en effet le maintien ou l\u2019extension de l\u2019aide fédérale RELATIONS OCTOBRE 1984 en matière de santé, de logement, de transport en commun, d\u2019éducation, de protection de l\u2019environnement, etc.Quant à la politique économique, le président Reagan se félicite de ses succès et se propose de continuer à lutter contre l\u2019inflation (ramenée de 11,7% en 1981 à 4,2% en 1984 et même en dessous de 4% pour ces derniers mois) tandis que les taux d\u2019intérêt sont descendus de 17,2% en 1981 à 11,25% en 1984.Les Démocrates soutiennent de leur côté que le déficit budgétaire précité va exercer une pression à la hausse des intérêts et mettent davantage l\u2019accent sur la lutte contre le chômage (qui se maintient autour de 7,5% comme en 1 981 au moment de la récession).C\u2019est un fait que la majorité des citoyens profitent de la reprise générale qui se traduit par une augmentation sensible du produit national brut moyen mais, aux extrémités de l\u2019éventail des statuts sociaux (et des classes), on observe des tendances contradictoires.Ainsi Y Urban Institute (Washington), organisme non partisan, a effectué des études qui montrent que le cinquième le plus riche de la population américaine a vu ses revenus augmenter sensiblement alors que la \u201clowest class\u201d voyait ses faibles revenus diminuer encore plus, accentuant ainsi une polarisation déjà forte.C\u2019est une corrélation en sens inverse que les Démocrates proposent plus ou moins de réaliser, sans être fort précis sur le choix des moyens.Notons que la réduction des impôts fédéraux (au nom du New Federalism) n\u2019a fait que \u201cchanger le mal de place\u201d.En effet, cette politique a provoqué une élévation des impôts des États et des taxes municipales afin d\u2019assurer les services sociaux, etc.Ce qui a eu pour effet d\u2019aggraver le déficit de nombreuses grandes villes américaines déjà aux prises avec des problèmes considérables.Quand les Républicains parlent de décentralisation des recettes et des dépenses, c\u2019est trop souvent pour esquiver certains des problèmes précités, ce qui ne les empêche pas d\u2019augmenter les dépenses pour la défense.Dans ce dernier domaine, lié à la politique étrangère, le parti de Reagan continue sur sa lancée tandis que les Démocrates affichent une attitude moins agressive à l\u2019égard de l\u2019URSS.Cette attitude, théoriquement, devrait se traduire par une réduction des dépenses en cas de gel de la production des armements nucléaires, notamment quant à l\u2019aide militaire aux \u201cContras\u201d du Nicaragua et à certaines dictatures d\u2019extrême-droite en Amérique latine; elle aussi, elle ferait l\u2019objet d\u2019une révision.Sur plusieurs autres points les deux formations partagent un même consensus quant aux objectifs, même s\u2019ils diffèrent au sujet des moyens.Les positions de Reagan face aux droits des femmes sont, comme on le sait, fort conservatrices.De plus, il utilise la morale et de vagues principes religieux pour en tirer un profit politique même si ses dons de prê- 271 cheur entrent en contradiction avec son propre comportement.C\u2019est une carte politique que les Démocrates n\u2019utilisent pas, au nom de la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Autre constat à propos des enjeux: les Républicains forment un ensemble beaucoup plus cohérent face aux questions précitées.Leur centre de gravité c\u2019est la richesse matérielle, leur tendance conservatrice est plus forte que ce que l\u2019on a observé aux États-Unis au cours des cinquante dernières années.Par contre, les Démocrates sont souvent divisés entre eux.Il y a les partisans d\u2019un New Deal renouvelé, menés par Mondale, mais la \u201cnouvelle génération\u201d représentée par Gary.Hart met l\u2019accent sur l\u2019efficacité avant tout.Les jeunes \u201créformistes\u201d, moins soucieux de créer massivement des emplois, préconisent un gel de tous les programmes, prétendant que la société n\u2019a plus les moyens de s\u2019offrir ceux-ci.Ils veulent consacrer plus de temps et d\u2019argent à l\u2019amélioration de la production grâce aux techniques nouvelles.Leur approche est strictement économique et remet en question les principaux rôles de l\u2019État (notamment de distribuer), tels que défendus jusqu\u2019ici dans les programmes démocrates.Divisions également où l\u2019on voit les Démocrates du Sud, obsédés par un anticommunisme primaire, et adoptant des positions proches de celles des Républicains en matière de défense, de rela- tions avec l\u2019URSS, l\u2019Amérique latine, etc.Le Parti Démocrate au lieu de \u201crassembler\u201d est menacé d\u2019éclatement.Jusqu\u2019ici cette coalition rassemblait pêle-mêle les \u201cethniques\u201d des grandes villes, le sud protestant, les intellectuels juifs, les agriculteurs, une majorité d\u2019ouvriers, etc.Ceci se traduit par un manque de vision et de leadership.Mais on est trop tenté d\u2019attribuer les carences à la personnalité des candidats (Mondale et avant lui Carter).En réalité, le fond du problème réside dans la clientèle du parti et la conception que l\u2019on se fait de l\u2019État.Face au conservatisme renforcé et triomphant de Reagan, on a une formation divisée en deux \u201csous partis\u201d dont les vues sur l\u2019État, sa nature, ses objectifs, ses moyens varient de gauche à droite sans qu\u2019un dénominateur commun précis soit en vue, faute d\u2019éléments catalyseurs, comme une grande crise, par exemple, à l\u2019époque de F.Roosevelt.Rarement les slogans faciles, favorables à la libre entreprise et à la réduction de l\u2019État (bureaucratie et impôts) n\u2019ont été aussi populaires.Et pourtant tout cela est trompeur car, en réalité, Républicains ou pas, l\u2019intervention de l\u2019État fédéral ne va pas en diminuant, bien au contraire.Certes elle diminue dans les secteurs sociaux (peu rentables!) mais elle se maintient ou augmente en matière de défense, d\u2019aide aux grandes entreprises sous toutes sortes de for- mes, ainsi qu\u2019en ce qui concerne les autres rouages de l\u2019administration.C\u2019est d\u2019ailleurs un constat que l\u2019on fait dans les autres États industrialisés d\u2019Occident1.À ce sujet Kenneth Arrow (Prix Nobel de l\u2019Économie) a écrit ce qui suit: \u201cLa façon d\u2019intervenir du gouvernement a changé et continue de se transformer mais le niveau général d\u2019intervention restera fondamentalement le même dans un avenir prévisible\u201d2.C\u2019est donc une question d\u2019orientation et de formes, le moteur restant le même.Resterait aussi à savoir à qui profite surtout la dynamique de l\u2019État.Et ici nous rejoignons la question de l\u2019orientation et des formes de l\u2019activité étatique sur laquelle les clivages entre partis et à l\u2019intérieur de partis peuvent s\u2019observer.Trop souvent les facteurs d\u2019ordre personnel ne servent qu\u2019à camoufler cet enjeu de base que l\u2019on peut aussi tenter d\u2019escamoter au nom d\u2019un consensus facile et de la vie en rose.Malheureusement, les talents de communicateur et de prêcheur de l\u2019actuel président n\u2019aident guère les Américains à être particulièrement lucides alors qu\u2019ils sont confrontés avec des problèmes de politique interne et externe plus dangereux que jamais.1.\tEdmond Orban, La centralisation dans l\u2019État fédéral, un processus irréversible, sous presse aux Éditions Québec-Amérique, 480 pages.2.\tEconomie Impact Review, n° 34, 1981, p.73.SECOND REGARD SUR LES FILMS DU MONDE par Yves Lever Délectation pour les cinéphiles, ressourcement pour les professeurs et critiques de cinéma, rendez-vous 272 annuel pour quelques centaines de membres de diverses communautés ethniques, le Festival des films du monde de 1984 a fourni parmi les meilleurs crus jamais offerts aux Montréalais.RELATIONS OCTOBRE 1984 ^737373^ Principale nouveauté de cette année, les vedettes promises qui habituellement se \u201cdéfilent\u201d à la dernière minute étaient au rendez-vous! Les amateurs de ce type de sensations purent entrevoir et presque toucher les Clint Eastwood, Geneviève Bu-jold, Coluche, Gérard Jugnot, Carole Laure, Valérie Kaprisky, Bertrand Tavernier, Nanni Moretti, Jane Birkin, etc.À côté d\u2019eux les moins connus Gregory Nava, Dagmar Hirtz, Francisco Norden, Philippe Garrel, etc., et nos Québécois trop bien connus La-brecque, Lefebvre, Curzi, Tifo, Beau-din, etc., passaient plutôt inaperçus, mais n\u2019en fournissaient pas moins les meilleurs moments des conférences de presse.Heureuse initiative, celles-ci étaient toutes télédiffusées (à plusieurs reprises) sur le câble, ce qui a fourni au grand public une belle occasion d\u2019évaluer directement la pertinence de leurs propos.Il resterait maintenant à la direction du Festival à organiser une structure de rencontre pour mettre en présence cinéastes d\u2019ailleurs et d\u2019ici qui, tous, souhaitent se parler mais ne trouvent pas de moyens d\u2019entrer en contact.Quelque peu améliorée par rapport aux années précédentes, la compétition officielle suscita surtout l\u2019intérêt avec quelques films vedettes (La femme publique, El Norte, Mario, Tightrope, Tchao pantin).Avec eux (sauf Tightrope), avec Gueuse de vie du Hongrois Basco, Gracias por el fuego de l\u2019Argentin Renan, The Ultimate Solution of Grace Quigley de l\u2019Américain Harvey, L\u2019espion des Balkans des Yougoslaves Nikolic et Ko-vacevic, nous avions, à défaut de grands films de festival, des bons moments de cinéma.Pour le reste \u2014 je les ai presque tous vus \u2014 c\u2019était plutôt mince, tant du point de vue proprement cinématographique qu\u2019à celui des thématiques.On mesurait d\u2019autant mieux la minceur de la compétition que le festival programmait (heureusement) les lauréats ou films-vedettes des autres grands festivals: Le bal d\u2019Ettore Sco-la (à ne manquer à aucun prix lorsqu\u2019il se retrouvera en salle), Paris, Texas de Wim Wenders, Journal intime de Martha Meszaros, Les nuits de la pleine lune d\u2019Eric Rohmer, Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier, La pirate de Jacques Doil-lon, Vigil de Vincent Ward, etc.Un festival de grands crus, disions-nous au début.D\u2019abord par une com- pétition améliorée et les oeuvres qui provoquent l\u2019estime unanime du public et de la critique.Mais aussi parce que la panoramique qu\u2019il permet de faire sur le cinéma mondial nous a paru plus intéressant que par les années passées.Déplorons encore une fois que l\u2019Afrique noire et le monde arabe, où nous savons qu\u2019il se produit un cinéma fort intéressant, soient presque ignorés par le directeur général (qui décide seul de la programmation), alors que la France, l\u2019Allemagne et les États-Unis sont sur-représentés.Ceci dit, j\u2019ai fort apprécié de voir, en plus des films-vedettes, ces étonnants Bayan-ko venant des Philippines, Vigil de Nouvelle-Zélande, Strikebound d\u2019Australie, La maison et le monde d\u2019Inde, Fin d\u2019après-midi d\u2019un faune de Tchécoslovaquie, La Casa de agua du Venezuela, Condores no mueren todos los dias de Colombie, et quelques autres qui rendaient le panoramique vraiment universel.Faute de temps, je n\u2019ai pu voir les représentants de Grèce, Turquie, Chine, Norvège, etc.Plus étendue, mieux équilibrée, la présence québécoise s\u2019est faite cette année plus représentative de la vie cinématographique locale.Comme il y a beaucoup à dire à ce sujet, j\u2019en ferai l\u2019objet d\u2019un prochain article.Que retenir de ce regard global?D\u2019abord que sauf quelques rares exceptions, il ne faut pas s\u2019attendre à des surprises au point de vue formel, surtout dans les cinémas jeunes et marginaux.Mais au niveau thématique, il fut agréable de constater que dans l\u2019ensemble, le cinéma se préoccupe maintenant davantage des grands problèmes collectifs, se fait plus audacieux et colle davantage au vécu des gens.Il faut signaler ici en premier lieu presque tout le cinéma d\u2019Amérique latine (sept films vus) qui, après presque dix ans de banalisation par les censures politiques, semble retrouver le punch qu\u2019on lui avait connu dans les années soixante.Il manifeste clairement qu\u2019une nouvelle ère s\u2019amorce sur ce continent.Mêmes audaces politiques en Europe de l\u2019Est où l\u2019on met en scène le stalinisme de l\u2019après-guerre comme symbole de la situation présente, aux Phillipines où un jeune chômeur illustre toute la violence sociale du régime.De leur côté, les Allemands et Autrichiens semblent se préoccuper \u201cIl fut agréable de constater que dans l\u2019ensemble, le cinéma se préoccupe maintenant davantage des grands problèmes collectifs, se fait plus audacieux et colle davantage au vécu des gens.\u201d beaucoup de la renaissance de mouvements néo-nazis et de leur force d\u2019attraction pour les jeunes.En attribuant le grand prix de la compétition à El Norte de Gregory Nava, le jury récompensait un film américain peu banal: tourné en espagnol, sans aucune vedette, il raconte sans complaisance l\u2019aventure de deux jeunes paysans guatémaltèques, dont la famille vient d\u2019être assassinée par l\u2019armée, et qui viennent \u201cau nord\u201d, aux États-Unis, grossir les rangs des travailleurs illéL gaux.Un film qui nous fait rêver à ce que pourrait devenir le cinéma de nos voisins si les cinéastes hollywoodiens avaient un peu plus de conscience sociale.Autre thème fort intéressant: aussi bien en Inde et en Amérique latine que dans les pays développés, le féminisme s\u2019impose comme valeur de civilisation et ses progrès semblent irréversibles.Dans quelques films européens, on parle maintenant des nouvelles relations à découvrir dans le couple.Beaucoup d\u2019enfants dans les films, cette année.Outre notre Mario, des handicapés physiques ou psychologiques, qui ne peuvent ou ne veulent pas grandir, se retrouvaient en vedettes dans des oeuvres australienne, néo-zélandaise, colombienne, suédoise.Dans plusieurs autres films, leur présence et leur préoccupation de leur vécu conféraient aux récits des accents de vérité inhabituels.RELATIONS OCTOBRE 1984 273 ¦ .assourdissant-, ud a rue aSSO en grand deu on9ue,rïl1 \u2019\t.majestueuse, d,une main « «.tisla nurtirww\u2019 UnecUW-oP\u201cdm.a,a»soud I oont'ere9 .0^uSquedan 1 Nete*erraHePiu I\t, d\u2019ici i trot I tueurs, P\u20195en° ¦\têtre\u2019\ta *u tuis, tu n B Car j^8® aimée, o ¦\to loi que l euss B Baudeiaue B Les Fleurs du w 5(3# m m ^HüÉiiàèuhiànMiiLÀàtÊÉmâk Plus de trente ans ont passé sans que je m'habitue jamais à ces réveils hostiles.Je suis chaque fois blessée par le contraste qui sévit entre l'accueillante quiétude de la nuit, le sentiment de paisible appartenance à l'univers qui m'envahit au moment de sombrer en moi-même, et l'inimitié du grand jour.Je ne dis pas, bien sûr, qu'il est plus facile de ne jamais avoir de toit où s'abriter, si ce n'est par les temps les plus froids quelque refuge surpeuplé qui vous fait vite regretter votre banc solitaire.Je sais trop avoir, de ces multiples veilles où je me recroquevillais contre la maigre chaleur offerte par les bouches d'aération des immeubles commerciaux, gardé comme une gelure constante de l'échine, qui me laisse frissonnante même par les plus splendides journées de soleil.Mais la nuit, au moins, la ville m'appartient.Je suis parvenue à me faire une vie à peu près convenable.Une fois réglée la question des adresses, les lieux publics où il est possible d'aller faire un brin de toilette, les comptoirs où l'on accepte de vous servir le café chaud indispensable au début de la journée, les restaurants dont les poubelles ne contiennent pas trop d'ordures, les bibliothèques dirigées par de jeunes marginaux qui se font un plaisir de vous prêter un livre pour les heures creuses et les magasins d'occasion qui vous laisseront partir avec une paire de bottes propres pour l'hiver, j'ai réussi à m'établir une petite routine ma foi très acceptable.Je ne vois pas ce que j'aurais à envier à ma mère, qui n'a pas plus mangé à sa faim pour s'être crevée à coudre à la machine.La seule chose, en fait, vraiment pénible à supporter, c'est l'isolement, la sensation de vivre en marge d'une vie où je n'ai pas ma place, l'impression que l'on aimerait mieux ne pas me voir, cachée comme les coquerelles dont la ville est infestée.J'avais cependant fini par en prendre l'habitude, jusqu'à cette rencontre d'il y a quelques années.Comprenant qu'il suffisait de rester tranquille pour être tolérée, je m'étais entraînée à répondre au mépris par l'indifférence, convaincue en fin de compte que cette foule impassible et suralimentée ne pouvait en rien m'intéresser.J'ai malheureusement appris depuis que ce n'était pas vrai.RELATIONS OCTOBRE 1984 274 Je me souviens très bien du soir où j'ai dormi sur les trottoirs pour la première fois.La nuit était douce.Je m'étais faite toute petite au pied de la statue de Simon Bolivar: jamais encore je ne m'étais couchée sans un toit pour protéger mes rêves et mes peurs, il me semblait donc tout naturel de les confier à la garde du cavalier figé dans son élan qui piétinait là-haut la plaque souvenir \"Hommage au Libérateur\".La tête sur le sac en papier dans lequel étaient rangés tous mes biens, une rose bleue chargée d'oiseaux, ayant appartenu à ma jeune soeur, du savon Ivory, un peigne, ma brosse à dent, une culotte de rechange, un exemplaire écorné des Fleurs du Mal, une bouteille de noir à chaussures et la photo de mes parents, je m'endormis très vite, enroulée dans ma jupe grise, confortablement recouverte du manteau d'homme trouvé au comptoir Emmaüs quelques jours plus tôt.Je me réveillai à l'aube, transie par le brouillard du matin, sale, fripée de la tête aux pieds, respirant le caca des chiens emmenés en promenade par les beaux messieurs de la Cinquième avenue. Mais c'était plus fort que moi.Trichant juste un peu avec moi-même, je me rappelai tout à coup que j'avais négligé d'aller chercher le journal du lendemain et que, bien sûr, il n'était pas question de m'en priver.Avec l'âge, mon sommeil résiste mal à la lumière du jour et, une fois réveillée, seule la lecture peut m'aider à supporter l'humidité crue du matin, sinon les heures sont trop longues et je me traîne ensuite toute la journée.Forte de ce prétexte, je traversai l'avenue, remontai deux rues plus haut pour m'offrir le luxe d'une édition neuve au comptoir de la soixante-huitième, donnai trente sous au commis et repris ma route le plus innocemment du monde.Me disais-je.J'étais à nouveau en face du café.Mes amoureux n'avaient pas bougé.Ils paraissaient toujours aussi confortables en compagnie l'un de l'autre, très à leur aise dans cet établissement à la mode où les jeunes gens biens vont finir la soirée en dégustant des gourmandises aux noms appétissants et sophistiqués: \"Gâteau aux pommes à la hollandaise\", \"Gâteau du diable au chocolat\", \"Savarin de rêve\", \"Cachettes aux cerises\", \"pêches Romanoff\".Pour ma part, je préfère le gâteau du diable au chocolat.Lorsque je me laisse aller à lire les placards tentateurs des restaurants, je me réjouis chaque fois que son nom apparaît à la carte.Cela me rappelle le temps où la présence du diablotin caché sous mon lit enrobait mes nuits d'une séduction sans pareille; sinon, qu'aujourd'hui, c'est le chocolat qui a pour moi le charme trouble des interdits.Le chocolat, et les tendres manières du couple qui était attablé de l'autre côté de l'avenue.Je m'avançai donc vers eux, emportée par une sensation étrangement lourde de flottement, les yeux rivés à ceux de la jeune femme qui s'était retournée, mue sans doute par cette conviction qui nous dirige d'instinct vers qui nous observe.Je lui souris à nouveau.Comment lui faire comprendre que cette vieille femme qui venait vers elle, traînant un peu les pieds, son gros journal sous le bras, lui souhaitait toute la joie du monde?Elle tendit la main vers son compagnon, comme pour attirer son attention, puis se ravisa.Je passai mon chemin, heureuse de son désarroi.275 Maintenant que je les voyais mieux, ils me plaisaient beaucoup.Des amoureux ordinaires, mais ce dimanche ils réchauffaient pour moi les pavés de la ville trop déserte: mon vieux dos pourrait dormir paisiblement cette nuit-là, je n'aurais pas froid.Cette assurance ne parvenait pourtant pas à calmer mon désir de m'immiscer entre eux, de participer à leurs gestes, d'imprégner mon image au fond de leurs yeux.Je quittai malgré tout la place, ne sachant ni comment parvenir à mes fins, ni ce que je voulais réellement.Car enfin, que signifiait ce soudain engouement pour deux inconnus semblables à tous les inconnus qui m'ignoraient depuis trente ans?En quoi ceux-là méritaient-ils ce brusque élan de mon coeur?Je n'étais pour eux qu'une pauvre clocharde, un peu dérangée et cherchant sans doute à leur soutirer de l'argent.Pourquoi attendre que se passe quelque chose de remarquable entre un couple sans signe particulier et une clocharde tout aussi ordinaire?RELATIONS OCTOBRE 1984 Je flânais ce soir-là le long de la Troisième Avenue.Je m'étonnais du peu de promeneurs, par une soirée si chaude, lorsqu'un couple assis à la vitrine d'un café attira mon attention.La distance m'empêchait de les distinguer, mais j'étais captivée par cette façon qu'ils avaient de se pencher l'un vers l'autre.Habituée depuis si longtemps maintenant à ne pas être vue, et à ne pas regarder non plus, je me sentis soudain assoiffée de cette tendresse inconsciente de son prix.Je traversai la rue, marchant calmement dans leur direction.La jeune femme m'aperçut la première.Je m'arrêtai, lui souris.Il me sembla mettre dans ce sourire tout ce que la vie m'a laissé de douceur et d'amour.Je ne crois pas qu'elle le comprit.Elle me regarda très attentivement, l'air inquiet, un peu bouleversé, mais son regard ne rejoignait pas le mien.Je repris mon pas vers elle, sans réussir à la retenir; elle se détourna pour écouter son compagnon, qui pendant ce temps n'avait pas cessé de lui parler. La rue était devenue complètement déserte.J'en arrivais à croire que la serveuse du café, ses deux clients et moi étions les seuls habitants de la ville à obliger le jour à durer plus longtemps et à refuser l'oubli tranquille du sommeil, dans l'espoir peut-être de voir se réaliser enfin les promesses du matin.Je me sentais près du but; il suffisait d'attendre, de taire l'excitation qui m'envahissait et d'attendre.Mon heure viendrait.La longue suite de mes jours et de mes nuits m'avait au moins appris cela, que l'impatience n'est bonne qu'à faire surir le désir.Je m'assis dans le recoin formé par le mur extérieur du restaurant et celui de l'immeuble voisin.J'entendis bientôt une porte s'ouvrir et des bruits de voix.Mon sang me brûlait.L'homme et sa compagne passèrent devant moi, très absorbés semblait-il par leur conversation, mais je vis bien le coup d'oeil rapide que me jeta celle-ci; elle avait au moins compris que je l'attendais.Ils marchèrent encore une dizaine de pas, jusqu'à ce que ma jeune amie \u2014 le savait-elle?\u2014 appuie sur le bras de l'homme pour l'arrêter.Elle lui dit quelques mots en me désignant légèrement de la tête, et je le vis chercher dans ses poches pour lui donner quelques pièces de monnaie.Elle était maintenant devant moi, affreusement nerveuse et ne sachant pas comment m'offrir son foutu argent.Moi, je la regardais, droit dans les yeux, immuable comme le destin.J'étais curieuse de voir comment elle s'en sortirait.Elle commença par me tendre lentement les pièces, mais retira prestement sa main devant le refus que je lui indiquai du menton.Je souriais, mignonne viens plus près.Elle tenta ensuite de m'expliquer qu'elle désirait me payer un café, n'importe quoi, quel beau sourire je lui avais fait.Pauvre chérie, ce n'est pas facile, dis, de franchir en un seul bond le mur, oh! imperceptible, que tu as dressé depuis toujours entre toi et le peuple de la rue.Tu ne sais même pas s'il y a une ouverture, par où me rejoindre ou t'enfuir.Et je lui souriais, gentiment, en secouant la tête.Non.Elle ne bougeait plus.Le poing fermé sur son argent inutile, elle plongea ses yeux dans les miens en quête de secours.Je la tins là quelque temps \u2014 j'ignore combien de secondes, de minutes \u2014, j'étais bien.Je me sentais possédée par son regard, je vibrais du plaisir d'exister.Ma folle, ma belle, ma douce.Tu étais les enfants que je n'ai pas eus, les amants qui ne sont pas venus aux heures de la nuit.Tu étais.Je n'eus pas la chance de divaguer plus loin.L'inconnue avait baissé les yeux, étrangère à nouveau.Elle pris ensuite une longue bouffée d'air, me regarda une fois encore, très vite, puis, ayant brusquement pris sa décision, elle m'embrassa sur la joue et se sauva en courant.276 Je dormis très mal finalement.Je me faisais l'effet d'un papillon qui aurait tourné trop près d'une chandelle, à jamais séduit par la lumière qui le brûla au coeur.J'étais joyeuse et angoissée tout à la fois.Je n'avais pas gagné beaucoup, mais quelqu'un dans cette ville, une femme qui existait, riait et aimait, pensait à moi.Quelques semaines plus tard, elle est passée tout à côté du banc où je lisais, m'embaumant de son parfum.Je lui ai souri, mais elle a continué, sans me voir.RELATIONS OCTOBRE 1984 73^737 YENTL, UN MYTHE par Michel M.Campbell Pologne profonde du tournant du siècle.Ghetto de Bechev.La paire d\u2019étudiants rabbiniques, Advigor et Anshel dînent, comme chaque jeudi, chez un homme riche qui a promis sa fille à Advigor.Les trois hommes discutent de la Loi, tandis que la maîtresse de maison et sa fille Hadass se morfondent à les servir.On dirait la salle à dîner d\u2019un presbytère traditionnel desservie par des femmes, ou celle de quelque planteur de Virginie servie par des Noirs.Il y a là deux races de monde bien distinctes.Ceux qui ont le droit de statuer sur le réel et les autres qui \u201cn\u2019ont pas à penser\u201d comme dira Advigor et qui participent à la dignité des premiers par leur dévouement silencieux.Dieu semble d\u2019ailleurs légitimer cet état de fait.Sauf qu\u2019ici l\u2019interdit ne s\u2019étend pas jusqu\u2019à la sexualité et au mariage.On le voit lorsqu\u2019Advigor, rejeté par la famille de Hadass, apporte en cadeau de noces à Anshel qu\u2019on lui a préféré, le livre de \u201cLa lettre sainte\u201d où un sage rabbin recommande à l\u2019époux de bien veiller au plaisir de sa femme.Curieux mariage que celui-là et curieuse amitié que celle-là.En fait, c\u2019est surtout par amitié pour Advigor qu\u2019Anshel a accepté de marier Hadass.Pour ne pas le perdre.Douce et troublante amitié.En elle, Advigor qui vivait le deuil d\u2019un jeune frère suicidé a retrouvé le goût de vivre et la tendresse.Et Anshel le timide a trouvé un compagnon, un modèle, un protecteur et une manière de vivre l\u2019amour.Car si Advigor et tous les autres s\u2019y sont laissés prendre, le spectateur sait lui qu\u2019Anshel n\u2019est pas un garçon mais bien une jeune fille qui refusait le rôle de commère et de femme servante qu\u2019on lui destinait.Anshel est le nom de son frère mort en bas âge.Son veuf de rabbin de père, désespéré de ne pouvoir transmettre son amour de l\u2019étude des livres saints à un fils, a un jour franchi l\u2019interdit culturel et entrepris d\u2019initier sa fille à la théologie.Il a fait, en secret, ce geste de certains pères eskimo qui, n\u2019ayant produit que des filles, décident d\u2019en choisir une et de la considérer comme un fils, ce qui est alors accepté par le clan.Mais la Pologne du film n\u2019est pas le Grand Nord et si le père de Yentl a la conviction de pouvoir partager librement avec sa fille, sous le regard de Dieu, son amour de la Parole, il se méfie de ses voisins.Drame cornélien d\u2019Anshel/Yentl déchiré(e) entre son amour pour le bel Advigor et son désir d\u2019étudier la Parole; entre sa forte compréhension de l\u2019attirance d\u2019Advigor pour Hadass et son désir de respecter la réalité de cette jeune fille; entre son besoin de se socialiser et l\u2019exigence fondamentale de franchir le tabou qui l\u2019empêche de vivre.Ce récit ne manque pas d\u2019intensité dramatique.Plus, il vaut la peine d\u2019être analysé et discuté.Non seulement parce qu\u2019il illustre avec goût et acuité le problème de l\u2019a-sy-métrie des rapports hommes-femmes dans les religions sémitico-chrétien-nes, mais parce qu\u2019il le situe plus largement dans celui des relations intersexuelles avec les ambiguïtés que cela suppose.Son thème, qui n\u2019est pas sans rappeler celui de La nuit des Rois, est typique de la production filmique actuelle (La cage aux folles, 1,2, 3; Victoria, Tootsie) qui voit dans le travesti ou l\u2019homosexuel une métaphore du brassage des rôles culturels que nous avons à vivre.Ces figures, par leur audace et leurs problèmes, montrent à la fois la contingence des stéréotypes sexuels et la possibilité de se donner une identité propre.Sans être une apologie de l\u2019homosexualité, il affronte avec lucidité, délicatesse et profondeur, la réalité de l\u2019ambiguïté sexuelle qui marque les rapports humains et la fécondité que cela peut avoir sur la culture quand on ne se contente pas de la fuir dans la censure ou le simple \u201cacting-out\u201d.Parce qu\u2019il a été l\u2019ami d\u2019un homme/femme, Advigor dépassera la mélancolie qui hante sa famille et sera un mari qui saura respecter sa femme jusqu\u2019à lire le texte saint avec elle.Et Hadass, d\u2019avoir vécu avec un homme/femme, sera capable de dépasser son rôle de servante et de se reconnaître capable de parole.C\u2019est Barbra Streisand qui assume le rôle-titre avec beaucoup de vérité.Plus, elle y fait ses armes de réalisa- trice.Il fallait une certaine audace pour aborder un tel sujet, mais il semble que celle-ci s\u2019enracine dans la redécouverte de son identité et plus précisément dans la recherche de la figure de son propre père.L\u2019entreprise n\u2019a pas été facile.Isaac B.Singer, entre autres, le grand chroniqueur des ghettos polonais dont une nouvelle inspire le film, lui a reproché le côté comédie musicale de son film et le narcissisme de ses gros plans.Réflexe patriarcal d\u2019auteur qui ne se résigne pas à laisser courir son oeuvre et qui, dans un autre genre de narcissisme, prétend contrôler la forme de la traduction, voire de la tradition, des mythes qu\u2019il a créés.Comme si Barbra Streisand avait dû s\u2019exprimer dans un autre langage que celui du cinéma américain pour communiquer à ses contemporains sa propre reprise de son identité juive.C\u2019est là un des sens profonds de ce film.Le problème de l\u2019usage de l\u2019héritage, de l\u2019assomption des dons de la vie, qu\u2019ils soient d\u2019ordre sexuel ou culturel.S\u2019agit-il d\u2019un geste de conservation presque muséologique de la lettre qui finit toujours plus ou moins dans la folklorisation, ou d\u2019une réécriture où chacun dans la richesse et la limite de sa spécificité réécrit, recrée et signe le sens du don reçu?La fin du film est éloquente à ce sujet et le situe dans son genre littéraire.Il s\u2019agit d\u2019un récit de création.Du chaos qu\u2019entraîne la propre confusion de Yentl émerge une humanité nouvelle.Advigor et Hadass ne seront plus comme leurs parents et apparaîtront face à l\u2019étude de la Parole, comme un couple où il n\u2019y a plus \u201cni femme ni homme\u201d, et Yentl pour s\u2019assumer pleinement comme femme, étudiante rabbinique, partira vers le Nouveau Monde.Ce film est à ranger avec tant d\u2019autres films des USA (tels La mélodie du Bonheur ou Le violon sur le toit) parmi ces récits où l\u2019Amérique se donne ses propres mythes fondateurs et où l\u2019humain américain, en rejetant toujours quelque archaïque Pologne, prétend construire une terre de liberté et d\u2019égalité.RELATIONS OCTOBRE 1984 277 Le Centre d\u2019information et de documentation sur le Mozambique et l\u2019Afrique australe (CIDMAA) a maintenant ses bureaux au 3738 St-Domi-nique, Montréal, H2X 2Y9, tel.: (514) 288-341 2, et vient de lancer son bulletin trimestriel AFRIQUE (Abonnement: 5$).Le CIDMAA a déjà produit des monographies sur la Namibie, l\u2019Afrique australe, sur la collaboration canadienne avec l\u2019apartheid, et un diaporama sur \u201cTravailleurs et syndicats en Afrique australe\u201d.Cet organisme non gouvernemental dispose aussi d\u2019un fonds documentaire et de nombreuses publications spécialisées sur cette région.Appelez, visitez, consultez: ie CIDMAA est à votre service! Chaque année, dans le tiers monde, 15 millions d\u2019enfants meurent des suites d\u2019infections causées par la malnutrition: à ce rythme de 40 000 décès par jour, le Québec serait complètement décimé en moins de six mois.Pour combattre la mortalité infantile de ce type, outre la vaccination et l\u2019allaitement maternel, on a récemment mis au point la \u201cthérapeutique de réhydratation par voie orale\u201d: une solution de sel, d\u2019eau et de sucre qui permet de prévenir ou d\u2019arrêter la déshydratation causée par les infections diarrhéiques.Cette médication est déjà diffusée dans 34 pays et on arrive à en produire quelque 80 millions de sachets par an.Les spécialistes estiment toutefois qu\u2019il en faudrait \u201cau moins un milliard par an\u201d pour que les 5 millions d\u2019enfants directement menacés puissent en bénéficier.Ce programme est soutenu par l\u2019Unicef, le Fonds des Nations unies pour l\u2019enfance, qui fera appel au public, comme chaque année, le 31 octobre.Si vous possédez de l\u2019information, de la documentation au sujet de l\u2019évolution, au fil des générations, de la \u201cCrèche de l\u2019Enfant-Jésus\u201d en terre canadienne, vos renseignements seraient grandement appréciés d\u2019un lecteur de Relations.Il s\u2019agit de les communiquer à M.Jacques Blain, C.P.11 75, Nicolet JOG 1 EO.Depuis quinze ans, le Québec accueille en moyenne 5 000 immigrantes par année.Portrait-type: \u201cil s\u2019agit d\u2019une jeune femme dans la vingtaine, mariée, originaire d\u2019Europe ou du tiers monde et ayant été admise (par les services de l\u2019immigration) à titre d\u2019\u201cindépendante\u201d.Elle est allophone ou unilingue anglaise, possède moins de 13 ans de scolarité et ne projette pas de travailler immédiatement à son arrivée.Toutefois, lorsqu\u2019elle désire travailler, elle s\u2019oriente vers les emplois de bureau, ceux du secteur manufacturier (textile et confection) ou ceux des services (personnel domestique).\u201d Pour en savoir plus sur la situation des femmes immigrées au Québec, voir le numéro de l\u2019été 1984 de la nouvelle revue Humani-tas, qui s\u2019intéresse aux rapports sociaux et culturels entre les communautés ethniques: 874, rue Sherbrooke est, Montréal H2L 1K9.Vient de paraître: la retranscription des conférences et débats du symposium sur le thème Peuples colonisés et droits nationaux, trois cas de dépossession territoriale: les autochtones, les Palestiniens, les peuples noirs d\u2019Afrique du Sud.Ce symposium s\u2019était déroulé simultanément (au mois d\u2019avril \u201984) dans 5 villes canadiennes: Toronto, London, Hamilton, Ottawa et Montréal sous la coordination de EAFORD (International Organization for the Elimination of All Forms of Racial Discrimination).L\u2019originalité du thème de cette rencontre réside dans la mise en parallèle de trois situations de peuples colonisés permettant de mieux comprendre la naissance du racisme comme moyen de justification de toutes les injustices commises à l\u2019endroit de ces peuples.Vous pouvez obtenir ce dossier pour 3$, au Mouvement québécois pour combattre le racisme, 8225, boul.St-Laurent, Montréal H2P2M1, tel.: (514) 382-7670.Combien de personnes, au cours des dernières années, ont pris leurs distances par rapport à l\u2019Église institutionnelle et souhaiteraient aujourd\u2019hui \u201cdialoguer et se repenser au plan de la foi de leur baptême\u201d?Sentiers de foi est le nom d\u2019un nouveau service visant à répondre à ce genre de besoins spirituels.Animée par le P.Irénée Beaubien, l\u2019équipe de Sentiers de foi entend assurer, dans un authentique esprit oecuménique, le plus grand respect des personnes.Les bureaux, ouverts de 9h30 à 17h00 en semaine, se trouvent au 1200, Bleury, Montréal H3B 3J3.Dans un rapport de mission rendu public au début de l\u2019été, Amnistie internationale affirme que la plupart des 40 000 victimes de la violence politique en El Salvador au cours des cinq dernières années ont été assassinées par les forces gouvernementales.\u201cLes corps ne sont nullement dissimulés.En laissant ces cadavres décapités, mutilés, défigurés, à la vue du public, les autorités entendent bien signifier qu\u2019elles n\u2019entendent pas mettre un terme à ces tueries ni punir les responsables.\u201d Al souligne en outre que les autorités \u201cont également tenté d\u2019empêcher les enquêtes indépendantes et dissimulé leurs résultats sur le degré de responsabilité des forces régulières de l\u2019armée et de la police dans des exécutions extrajudiciaires\u201d.On peut contacter le secrétariat de la section canadienne francophone d\u2019Amnistie internationale au 1800, Dorchester ouest, suite 127, Montréal H3H 2H2.\u201cStratégies en vue du pouvoir: moyens et méthodes par lesquels les femmes peuvent participer à l\u2019élaboration des politiques\u201d.Tel fut le thème d\u2019un séminaire tenu à Ottawa, au printemps 1983, sous l\u2019égide de la Commission canadienne pour l\u2019UNESCO, et dont le compte rendu bilingue vient d\u2019être publié.Cette réunion regroupait des participantes provenant aussi bien du monde syndical que du gouvernement, de l\u2019université que des mouvements de défense des droits des femmes, ainsi qu\u2019une délégation internationale.(Commission canadienne pour l\u2019UNESCO, 255, rue Albert, C.P.1047, Ottawa K1P 5V8).278 RELATIONS OCTOBRE 1984 73737373 m LE MIRAGE DE L\u2019OMNIPRÉSENCE Après plus d\u2019un mois, ces vacances tant attendues se terminent, déjà.Nous voilà aussitôt réengouffrés, réengloutis par les diverses activités quotidiennes.Toutes nos journées, écartelées entre le travail \u201cgagne-pain\u201d, les engagements de nos militances, le roulis ménager, les rencontres désirées ou obligées, l\u2019activité sportive, la vie familiale et, enfin, la retraite consentie au rapprochement de soi-même, dégringolent dans le lit du temps qui passe, trop vite.Il ne reste de ces élans, de ces efforts, de ce tourbillon que sable entre les doigts.Une question, l\u2019écho d\u2019une pensée inquiète surgit alors en chacun et chacune quand tombe la fièvre qui laisse à bout de souffle: est-il possible de tenir ce rythme, est-ce réaliste et pertinent, est-ce vraiment \u201cvivable\u201d?Au mitan de toutes les interpellations, des possibilités multiples, créer, faire jaillir, intégrer, produire, dire cette vie appelle à poursuivre la route, à façonner le devenir.Mais comment et à quel prix?Où en êtes-vous?Où en sommes-nous?Dans les tensions, personnelles et collectives, entraînées par l\u2019éboulement incessant du quotidien, res-te-t-il encore de la place pour la créativité, l\u2019authenticité, l\u2019harmonie?Admettons que souvent, au milieu de cette course folle, nous ayons l\u2019impression de réaliser une quantité de choses.Mais, quelques fois, ne sommes-nous pas secrètement déçus de la qualité des gestes posés?Et pourtant, des voisins, des amis, \u201cles autres\u201d se démènent et courent autant sinon plus que nous, un sourire de satisfaction accroché aux lèvres! \u201cSilence!.Lentement!.Calmement!.Doucement!.\u201d Ne sentez-vous pas que parfois, du fin fond de vous-mêmes, ces quelques mots ensevelis cherchent à émerger, à reprendre forme?Ces signaux n\u2019invitent-ils pas aux retrouvailles avec soi-même?Revenir doucement, reprendre souffle, respirer tranquille- ment, réaccueillir l\u2019existence.Cela semble si simple, si facile, si enfantin.Pour y arriver, il n\u2019y a qu\u2019un moyen: se débarrasser de tout ce qui embouteille l\u2019être et le temps.Mais bien vite, vous verrez, toutes ces encombrantes activités vous sembleront indispensables, importantes, utiles.Non! N\u2019en restez pas là! Allez plus loin: requestionnez vos choix, vos priorités, votre besoin d\u2019être présent partout.Requestionnez vos attitudes de fond.Plus facile à dire qu\u2019à faire, direz-vous avec raison.Et pourtant, nous sommes les premières victimes de ce mirage de l\u2019omniprésence.Pouvoir regarder en face, apprendre et surtout comprendre les dures leçons de cette attitude.Radicalité de présence, radicalité de retour à soi-même, enfin et surtout, radicalité de coupure avec soi-même, coupure avec ce que nous entendons par vérité.Couper! Couper avec ce qui est cher à notre idéal de nous-méme, couper avec l\u2019image peut-être réconfortante de certaines croyances.Radicalité des choix à faire.Bref, la radicalité de cette coupure invite à repartir à neuf, à regarder devant soi, à laisser les vieilles outres accrochées au mur.Savoir recréer, ouvrir les possibles, être là et s\u2019émerveiller d\u2019un rien.Savoir faire un retour sur soi simple et dépouillé pour accueillir et aimer l\u2019autre et l\u2019Autre, authentiquement.C\u2019est alors, alors seulement, que je donne vraiment, je reçois aussi, je renais et je mets radicalement au monde, au travail, un geste créateur et porteur d\u2019espérance, dans la foulée de celui qui a dit \u201cVoici, je fais toutes choses nouvelles\u201d (Ap 21,5).Béatrice Gothscheck Robert Robert RELATIONS OCTOBRE 1984 279 O\tM\tM\tIA\t\tR\tLU volume 44\tnuméro 504\t\t\t\t\t\toctobre 1984 FACE A L'ACTUALITE Comment continuer à célébrer notre foi?(J.H.) \u2014 Des promesses et des jeunes (F.G.) \u2014 Par-delà les soupçons, à quand le vrai dialogue?(K.L.) \u2014 Dialoguer avec les nouveaux groupes religieux (Y.L.) \u2014 Les infractions sexuelles à l\u2019égard des enfants (G.B.).ARTICLES Pierre BONNET Albert BEAUDRY Guy PAIEMENT Marcel VIAU Marie DE SERRES Nicol TREMBLAY Louise LANDRIAULT Julien HARVEY André CORTEN Guy PAIEMENT Edmond ORBAN Un congrès sur la reconversion industrielle: la paix, l\u2019économie et l\u2019emploi Pour sortir de l\u2019impasse Chrétiens devant la guerre et la paix La libération des opprimés: exigence humaine, exigence chrétienne Le conflit entre l\u2019Église et l\u2019État au Nicaragua Essayer de comprendre le Nicaragua La formation professionnelle dans le virage technologique La \u201cclasse ouvrière\u201d dans le tiers monde La Commission Justice et Foi de Québec Les enjeux des élections présidentielles américaines CHRONIQUES Yves LEVER Second regard sur les films du monde À une passante.Nouvelle.Yentl, un mythe de création actuel PÊLE-MÊLE Béatrice GOTHSCHECK Le mirage de l\u2019omniprésence Robert ROBERT Diane ALMERAS Michel M.CAMPBELL 243 248 250 251 254 257 261 263 265 268 271 272 274 277 278 279 s .\t.\\ SOIRÉE RELATIONS Organisée par le Centre justice et foi QUEL AVENIR POUR LE QUÉBEC?Pour célébrer à retardement le 500e numéro de RELATIONS, la soirée du mois d\u2019octobre aborde audacieusement la prospective.Dans le creux de la vague du pessimisme et de la démobilisation, nous posons la question de l\u2019avenir.S\u2019il nous est difficile depuis quelques années de formuler des «projets» pour notre société, il n\u2019empêche qu\u2019elle sera ce que nos contraintes économiques et les planifications de nos responsables politiques feront d\u2019elle.Majorité muette peut-être, mais consciente au moins, ne devons-nous pas nous poser cette grande question du futur de notre Québec?Les invités qui lanceront le débat sont: Monsieur Louis Balthazar, professeur de science politique à l\u2019université Laval; Monsieur Charles Halary, professeur de sociologie à l\u2019UQAM et membre du Groupe de recherche et d\u2019étude sur la technique et la société; Monsieur Pierre Harvey, directeur de l\u2019École des Hautes Études Commerciales; Monsieur Kimon Valaskakis, économiste, spécialiste en prospective et directeur du groupe GAMMA.Lundi le 1 5 octobre 1 984 de 19H30 à 22h00 à la Maison Bellarmin 25, rue Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.Invitez vos amis et amies."]
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