Relations, 1 décembre 1984, Décembre
[" L'ENFANCE DE L'ART par S.René B.Boivineau et André Bouler, s.j.218 pages, 56 reproductions dont 36 en couleurs 19,95$ Voici, loyales, excitantes, toujours intransigeantes, les conclusions d\u2019une patiente recherche et d\u2019une expérience concluante, accompagnées de suggestions précises.Et des images à vous en mettre plein la vue! Ces pages peuvent être exaltantes pour les jeunes.Elles seront peut-être même à l\u2019origine de carrières ou de passe-temps pleins de joie et de satisfaction personnelle.# Éditions Bellarmin ||P\t8100, boul.Saint-Laurent Il Montréal, (Québec) Canada H2P 2L9 - (514) 387-2541 BOUDER, B, BOiVfNEÀU \u2022 BELLARMIN «Une religieuse, spécialiste en pédagogie, et un jésuite, peintre, disent aux éducateurs et aux parents comment enseigner le dessin aux enfants, et aussi comment l\u2019apprendre d\u2019eux! Des textes absolument charmants, d\u2019innombrables dessins d\u2019enfants, tout à fait ravissants, ainsi que Matisse, Cézanne, Fernand Léger.Un remarquable petit album.» (Pierre Quesnel, dans Le Devoir) RELATIONS DECEMBRE 1984 CHILI: LA GREVE GENERALE DU 30 OCTOBRE 1984 Le mardi 6 novembre 1984, le régime Pinochet décrétait l\u2019état de siège sur l\u2019ensemble du territoire chilien.Le mercredi 7, il proclamait le couvre-feu dans la capitale, Santiago, et dans plusieurs autres grandes villes du pays.Au même moment, la police et l\u2019armée opéraient des perquisitions dans les locaux de plusieurs partis d\u2019opposition, et le chef de l\u2019État interdisait le retour au Chili du prêtre espagnol Ignacio Gutierrez de la Fuente, un des artisans de la Vicaria de la Solidaridad, organisme lié à l\u2019archevêché de Santiago et voué à la vigilance en matière de droits humains.Le jeudi 8 novembre, Pinochet interdisait la parution de six revues de l\u2019opposition, il imposait la censure à l\u2019ensemble des autres médias et soumettait le droit de réunion à l\u2019autorisation des représentants locaux du pouvoir.Quel contraste avec le Chili que j\u2019ai visité et découvert il n\u2019y a pas si longtemps! En effet, à titre de représentant de l\u2019Association des juristes québécois, et avec l\u2019appui des syndicats québécois, CEQ, CSN et FTQ, j\u2019ai fait tout dernièrement un séjour extrêmement instructif dans le Chili de Pinochet.J\u2019y ai été témoin du «Paro Na-cional» du 30 octobre dernier, un événement unique de l\u2019histoire récente du peuple chilien.À l\u2019appel du Mouvement démocratique populaire (MDP), l\u2019ensemble du mouvement populaire et syndical (les travailleurs, les paysans, les chômeurs, les femmes, ies «Mapuche», les étudiants, les habitants des «poblaciones»), après plus de dix années de dictature, et à la suite de toutes les «protestas nacionales» commencées le 11 mai 1983, allait connaître un élan de vie jamais vu, un moment de contestation décisif.Cette grève générale du 30 octobre dernier marque un tournant dans la lutte contre la dictature.Malgré la répression (dans le camp de concentration de Pisagua, le nombre de «délinquants de droit commun» est passé de 135, le 29 octobre, à 270, le 1 er novembre) et en dépit de la peur accablante accumulée tout au long des onze dernières années, le peuple est sorti massivement, il a érigé des barricades, il a défilé et il a fait la grève.La vie économique a été presque entièrement paralysée dans l\u2019ensemble du pays.Selon les chiffres mêmes des «carabineros» de Santiago, parus dans le journal El Mercurio du 31 octobre (chiffres donc très conservateurs), le 30 octobre, à midi, la situation était la suivante: Assistance des étudiants aux cours\t1 7% universitaires Assistance des étudiants du\tsecondaire\t23% Transport collectif urbain\t21% Transport de charge\t27% Présence des travailleurs dans\tle\tsecteur\t54% industriel Proportion de ceux qui ont travaillé dans le\t36% commerce Pour le MDP, pour tout le peuple chilien, ce fut un succès sans précédent, qui témoignait de l\u2019isolement de la dictature.Durant cette journée du mardi 30 octobre, je me trouvais à Pudahuel, un faubourg de Santiago: comment ne pas toucher la souffrance du peuple, comment ne pas entendre le cri de la jeunesse à l\u2019adresse du dictateur et de son armée?La réponse du régime ne s\u2019est pas fait attendre.Mais les dictatures, si interminables qu\u2019elles semblent, ne sont pas éternelles.Le 9 novembre 1 984\tDenis Racicot Avocat revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX\tABONNEMENTS 8 100, boul.St-Laurent\tHélène Desmarais Montréal H2P 2L9; tél.: (514) 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: 1 2,50$ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50$.DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, adjointe à la rédaction, Jacques Chêne-vert, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lévêque, Roger Marcotte, Guy Paiement, Gisèle Turcot.COLLABORATEURS Renaud Bernardin, Raymond Bertin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Annine Parent Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau PAGE COUVERTURE GRAPHIGNE Les articles de Relations sont répertoriés dans Point de repère, dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms, Ann Arbor Michigan 48106 U.S.A.Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 01 43 RELATIONS DECEMBRE 1984 31 QUATRE ANS DEPLUS C\u2019est le soir du 6 novembre.Il y a moins d\u2019une heure que les bureaux de scrutin sont fermés dans l\u2019Ouest des États-Unis, mais depuis longtemps déjà le résultat ne fait plus de doute: un balayage.Ronald Reagan vient d\u2019être reconduit triomphalement à la présidence.Il s\u2019adresse à la nation américaine et à quelques milliers de «supporteurs» californiens venus l\u2019acclamer.«Vous n\u2019avez encore rien vu!» (You ain\u2019t seen nothing yet!), lance-t-il en conclusion: une ombre de menace vient brouiller la fierté du vainqueur.Les commentateurs et les analystes n\u2019ont pas fini de nous expliquer comment et pourquoi les élections de cette année auront été pour Ronald Reagan un tel triomphe personnel.Mais on peut déjà prévoir leurs retombées au niveau des grandes orientations de l\u2019administration américaine pour les quatre prochaines années.Le président et ses conseillers se plaisent à lire dans les résultats du vote ce qu\u2019ils appellent un «mandat», l\u2019équivalent d\u2019un plébiscite en faveur des politiques mises en oeuvre par l\u2019équipe Reagan depuis 1980.Il est permis, néanmoins, de se demander jusqu\u2019à quel point c\u2019est bien le programme du président qui a été approuvé par l\u2019électorat.Son immense popularité personnelle \u2014 étonnante en particulier dans les milieux les plus durement touchés par ses décisions \u2014 n\u2019a pas entraîné de victoire décisive à l\u2019échelle nationale pour le Parti républicain.De fait, les Républicains ont perdu deux sièges au Sénat (qu\u2019ils ne contrôlent plus que par une faible majorité) et ils n\u2019ont réussi à gagner que quinze sièges à la Chambre des représentants (toujours dominée par les Démocrates).Il s\u2019ensuit que les politiques de Reagan rencontreront une forte opposition au Congrès.Pour avoir une idée de ce à quoi ressembleront «quatre ans de plus» d\u2019administration Reagan, examinons les positions qu\u2019il a tenues jusqu\u2019ici au plan national et international, et essayons d\u2019en mesurer les conséquences.Au niveau international, Reagan a promis récemment d\u2019afficher une plus grande «ouverture» à l\u2019idée de négociations éventuelles avec l\u2019Union soviétique.Mais jusqu\u2019à maintenant son dossier n\u2019est guère rassurant.Marchandage sans compromis, rhétorique de guerre froide et préventions anticommunistes n\u2019ont pas fait progresser les accords sur le contrôle des armements.Dans ses déclarations officielles comme dans ses décisions politiques, son administration a supporté le dictateur Marcos aux Philippines et les régimes de sécurité nationale en Amérique latine, tout en se gardant de critiquer l\u2019apartheid pratiqué par l\u2019Afrique du Sud.On a envahi la Grenade \u2014 «la force comme premier recours», de noter certains observateurs \u2014 et on fait planer sur le Nicaragua la menace d\u2019une invasion imminente.L\u2019administration Reagan semble persuadée que les solutions militaires jouissent d\u2019une efficacité particulière pour dénouer les conflits internationaux (en dépit de l\u2019échec subi au Liban).Elle n\u2019a pas de leçon à recevoir des Nations unies, qu\u2019elle tient pour un club de débats et de chicanes trop dispendieux et dominé par des interlocuteurs hostiles ou ingrats.L\u2019aide au développement pour le tiers monde a été réduite; on préfère mettre de l\u2019avant le «mythe du marché» comme réponse aux problèmes de la faim, de la surpopulation et de la détérioration de l\u2019économie mondiale.Désabusés, les professionnels du Département d\u2019État constatent que le parti pris idéologique inspire certains choix diplomatiques, comme lorsque les États-Unis ont refusé de signer le traité sur le droit de la mer.Par ailleurs, il n\u2019est pas impossible qu\u2019à compter de janvier prochain ce soit le sénateur Jesse Helms, l\u2019un des principaux porte-parole de la Nouvelle Droite, qui préside le comité sénatorial des Affaires étrangères: on peut prévoir qu\u2019il fera pression sur la Maison blanche pour qu\u2019elle continue de suivre la ligne dure en matière de politique internationale.En politique intérieure, les conséquences de la réélection du président Reagan ne seront pas moins rigoureuses.«Êtes-vous mieux partagés aujourd\u2019hui qu\u2019il y a quatre ans?», demandait Reagan pendant la campagne.La réponse, évidemment, dépend de qui on interroge et de ce qu\u2019on entend par «être mieux partagé».Une étude récente du Center on Budget and Priority Policies, étude fondée sur les données officielles du Bureau fédéral de la statistique, a établi que le taux de citoyens américains vivant sous le seuil de la pauvreté atteint 15,2% (35,3 millions de personnes), un niveau sans précédent depuis 1965.Il y a aujourd\u2019hui aux États-Unis 6 millions de pauvres de plus qu\u2019en 1980.Les coupures budgétaires pratiquées depuis quatre ans ont lourdement entamé les programmes de sécurité sociale dans les domaines de l\u2019aide alimentaire, de l\u2019as-surance-maladie, du logement, des garderies, etc.Mais la politique économique de l\u2019administration Reagan ne frappe pas seulement les plus pauvres.Gonflé par l\u2019escalade des dépenses militaires, le déficit national dépasse les 200 milliards $.À long terme, les conséquences ne peuvent qu\u2019être désastreuses.Les effets à court terme (comme la hausse des taux d\u2019intérêts) pourraient devenir évidents dès le début de l\u2019an prochain.Parce qu\u2019il a promis à la fois de ne pas augmenter les impôts et de ne pas diminuer le budget de la défense, Reagan n\u2019a plus d\u2019autre moyen de réduire le déficit que de couper dans les programmes sociaux.C\u2019est ce que lui conseille une partie de son entourage et de ses partisans; mais ce seront les pauvres et les presque-pauvres qui paieront la note.La philosophie politique du président, sa méfiance à l'égard du Big Government le poussent dans cette voie.Une semaine après les élections, les évêques catholiques américains ont fait circuler la première rédaction de leur lettre pastorale sur l\u2019économie.Leur texte met l\u2019accent sur la construction d\u2019une société sensible aux besoins des pauvres: pratiquement le contraire de ce qu\u2019on peut attendre de «quatre ans de plus» de gouvernement Reagan.Peter J.Henriot Jésuite, spécialiste en science politique, directeur du Center of Concern de Washington, D.C.316 RELATIONS DÉCEMBRE 1984 Depuis l\u2019entrée en vigueur de la nouvelle constitution de l\u2019Afrique du Sud il y a quelques mois, le gouvernement de ce pays ne cesse de répéter aux Sud-Africains combien ils sont privilégiés de vivre dans un pays aussi juste et il présente au reste du monde les changements intervenus comme une transformation majeure de la situation.Tout est maintenant changé, assure-t-il, et il n\u2019y a plus de raisons valables de poursuivre une politique agressive contre l\u2019Afrique du Sud.L\u2019attribution, le 16 octobre dernier, du prix Nobel de la paix à un Noir sud-africain, Mgr Desmond Tutu, réduisait à néant ces belles prétentions en proclamant très fort que le combat pacifique mené par ce petit homme, et par des milliers d\u2019autres, n\u2019était toujours pas terminé et que les Noirs sont toujours victimes de la plus honteuse injustice.Loin d\u2019étre disparu, l\u2019apartheid sévit toujours avec autant de force qu\u2019auparavant.Il n\u2019en fallait pas davantage pour que les tenants du pouvoir blanc qualifient ce prix de la paix de «politique».Il l\u2019est, de toute évidence, ce qui ne lui enlève aucune valeur et aucune grandeur.En attribuant le prix à Mgr Tutu, le comité des prix Nobel portait un jugement politique très sévère contre l\u2019Afrique du Sud et il reconnaissait en même temps que la lutte menée par Mgr Tutu avait des causes politiques évidentes.Mgr Tutu et tous ceux qui veulent abolir l'apartheid, Noirs et Blancs, luttent contre un système politique inhumain et inacceptable qui ne se contente pas de tolérer une pratique odieuse mais la sanctionne dans ses lois et l\u2019amplifie en en faisant un instrument politique de domination et d\u2019oppression.Politique, ce prix l\u2019est aussi par la reconnaissance qu\u2019il implique des objectifs poursuivis.Mgr Tutu propose et demande un nouveau projet politique qui reconnaîtrait les droits fondamentaux, y compris donc les droits politiques, des Noirs comme ceux de tous les groupes ethniques et culturels.Malheureusement, comme le gouvernement sud-africain refuse systématiquement de considérer un pareil projet, il essaie de caricaturer et de le réduire au niveau de l\u2019agitation politique, même s\u2019il n\u2019en est rien.Le dessein et l\u2019action de Mgr Tutu vont toutefois bien au delà du politique.Ils reposent sur le choix éthique et religieux de la paix.Seul un Noir sud-africain peut réaliser vraiment ce qu\u2019un tel choix implique d\u2019ascèse et de pardon.Et ce choix conscient de l\u2019action pacifique est lui-même fondé sur les impératifs de la foi chrétienne de cet homme.C\u2019est aussi cette dimension essentielle du combat de Mgr Tutu, niée par les autorités sud-africaines, qu\u2019a voulu reconnaître Oslo en lui attribuant le prix de la paix.En apprenant la nouvelle de l\u2019attribution du prix Nobel de la paix à Mgr Tutu, un membre important du gouvernement sud-africain aurait dit que ce prix Nobel n\u2019aurait pas plus d\u2019effet en Afrique du Sud que celui attribué à Lech Walesa n\u2019en avait eu en Pologne.Bien que cette remarque en dise long sur certaines similarités entre les deux gouvernements, le plus grave réside en ce qu\u2019elle traduit de l\u2019attitude de la majorité des Blancs en Afrique du Sud.À n\u2019en pas douter, quelques-uns, comme Mgr Hurley et le Révérend Naude, ont dû grandement se réjouir de cette attribution et y trouver un stimulant nouveau à continuer leur combat pour la justice RELATIONS DÉCEMBRE 1984 et la paix.Mais il ne fait pas de doute que la grande majorité des Blancs ont vu dans cette attribution une provocation et une attaque contre leur pays.Ils continueront à croire que Mgr Tutu prône la violence parce qu\u2019il la dénonce.Ces réactions montrent bien tout ce qu\u2019il faut de magnanimité, de patience et de volonté de pardon pour continuer un combat pacifique dans une telle société.L\u2019impact de ce prix Nobel chez les Noirs est évidemment très différent.Les explosions de joie que nous avons pu observer à la télévision ne sont pas fictives.Ils réalisaient que leur voix avait percé le mur épais de la ségrégation.Mais si tous se réjouissent, tous n\u2019approuvent pas pour autant les méthodes et les fins de Mgr Tutu.Devant le refus constant du gouvernement sud-africain de considérer les demandes des peuples noirs, les leaders politiques noirs contemporains sont devenus beaucoup plus radicaux que leurs devanciers.Ils ne croient plus à l\u2019action pacifique.Les leaders du type de Mgr Tutu sont maintenant contestés ouvertement par plusieurs chefs de mouvements.Dans ce contexte, le prix Nobel pourrait être un instrument de salut pour l\u2019Afrique du Sud.Il pourrait redonner confiance à tous ceux qui veulent encore croire en une solution pacifique à la tragédie sud-africaine.Fondamentalement, les Noirs ne recherchent pas la violence.Elle leur a été imposée et ils en souffrent.Ils ont un besoin profond de paix.Le prix Nobel de Mgr Tutu est une grâce oecuménique.Il confirmera les Églises chrétiennes dans leur détermination de transformer les mentalités et les comportements des peuples sud-africains grâce à la puissance du ferment évangélique.Les Églises ont vécu une vraie conversion au cours des vingt dernières années en Afrique du Sud.Elles ne veulent plus évangéliser sans se référer aux vécus des peuples.Le gouvernement sud-africain fera tout pour museler et marginaliser Mgr Tutu comme il l\u2019a fait avec Albert Luthuli.Le prix Nobel pourra lui éviter l\u2019emprisonnement, sans doute, mais il n\u2019empêchera pas le gouvernement de lui imposer restriction sur restriction.Nous, les chrétiens du Québec comme ceux du monde, nous devons témoigner de notre solidarité envers cet homme qui est la voix des peuples sud-africains réduits au silence.Il faut qu\u2019il continue à témoigner de la possibilité de la justice par les chemins de la paix.Le 31 octobre 1984\tJean-Louis Richard Directeur du Centre missionnaire oblat U est grand temps d'apP[f \"^chotor ce que nous y prenons,\tN L||«|TEE INFORM^10, \u2018,587.2541), en col-un cahier du Cen««M^^erre (»4-«61), « 317 LE QUÉBEC VEUT-IL VIVRE?Les lecteurs de Relations ont appris, le mois dernier, le décès du Père Irénée Desrochers.Ceux qui connaissent l\u2019équipe de la revue le savent bien: plus encore qu\u2019un compagnon de travail extrêmement attachant et qu\u2019un conseiller très écouté, c\u2019est un grand ami et pratiquement un père dont nous devons nous séparer.Irénée Desrochers a collaboré à Relations pendant plus de vingt ans et il a dirigé le comité de rédaction de 1969 à 1976.Spécialiste en science économique et en relations ouvrières, il s\u2019est appliqué à traduire pour notre société les principes de l\u2019éthique sociale chrétienne, à la lumière du concile Vatican II et dans la ligne d\u2019une option fondamentale pour la justice.Qu\u2019il s\u2019agisse de la vie syndicale - qu\u2019il a toujours suivie avec attention et dans un esprit de profonde solidarité -, qu\u2019il s\u2019agisse du droit à l\u2019autodétermination politique et de la liberté du peuple québécois, qu\u2019il s\u2019agisse des politiques économiques touchant l\u2019inflation et le chômage ou l\u2019instauration d\u2019un nouvel ordre international, il a toujours pensé que l\u2019analyse rigoureuse était le meilleur moyen de bâtir un consensus autour des changements nécessaires, la meilleure arme contre le statu quo.Pour évoquer les exigences qu\u2019il se fixait et qu\u2019il s\u2019est toujours efforcé de faire partager à ses lecteurs, nous vous invitons à relire quelques extraits d\u2019un texte qu\u2019il a fait paraître en décembre 1976, sous le titre «Le Québec veut-il vivre?».A.B.photo: Paul Hamel ; \u2019 M Il ne suffit pas d\u2019esquisser des projets et d\u2019accumuler de l\u2019information, même dans une avalanche de statistiques.Car on peut ne plus voir la forêt à cause des arbres.Et le risque est d\u2019en rester là, sans avoir fait suffisamment l\u2019analyse qui permette de soupeser le poids respectif des données, de façon à en tirer les vraies conclusions, qui souvent ne peuvent être que des conclusions courageuses devant lesquelles on est porté à hésiter.Il y a un type d\u2019intellectualisme qui peut servir de prétexte à la passivité, donc à la cristallisation du statu quo.Mais le statu quo est devenu impossible, irréversiblement.Il ne suffit pas d\u2019avoir le coeur bien placé, d\u2019exprimer des velléités qui découlent d\u2019un certain sentimentalisme.Il faut vraiment vouloir.Il s\u2019agit de mettre plus de sérieux à mieux définir nos valeurs de base.Quelles sont nos valeurs à nous, celles que nous assumons vraiment, celles qui deviennent la source où nous puisons notre détermination?La véritable liberté est l\u2019une de ces valeurs primordiales.Elle est le fruit d\u2019une conquête incessante.Oui, la liberté est le fruit d\u2019une libération.Pas uniquement la libération de tous les jougs inacceptables qui nous viennent des «étrangers».Mais d\u2019abord et avant tout la libération de nos propres complexes, de nos peurs d\u2019aveugles, irraisonnées et déraisonnables.La libération de nos propres lâchetés, de ces mollesses qui nous permettent, dans notre passivité, d\u2019accepter servilement les aliénations qui nous viennent d\u2019ailleurs, mais qui n\u2019ont finalement de puissance que parce qu\u2019elles peuvent compter sur une connivence avec les aliénations qui ont leur source en nous-mêmes.Irénée Desrochers 318 RELATIONS DÉCEMBRE 1984 La réforme scolaire: ENFIN UN PROJET RÉALISTE! par Paul Tremblay Le projet de loi no 3 sur l\u2019enseignement primaire et secondaire public ramène à des proportions raisonnables et acceptables le plan de restructuration scolaire dont on débat âprement depuis deux ans et demi.À partir des premières réactions qui se sont manifestées, il semble que ce projet a des chances d\u2019être mené à bon port.On ne peut que le souhaiter après tant de discussions et de consultations souvent empreintes de méfiance.S\u2019il fallait s\u2019infliger collectivement un autre échec dans ce dossier scolaire, toute évolution paraîtrait irrémédiablement bloquée.Jamais nous n\u2019avons été aussi près d\u2019une solution.Pourtant l\u2019opération commença plutôt mal en 1982, avec le lancement du grand voilier qu\u2019était le Livre blanc Une école communautaire et responsable, sorte de vaisseau fantôme sorti de nulle part.Venant dans son sillage, le projet de loi 40 constituait une version réduite du projet initial, mais une version encore trop gonflée et prétentieuse.Ce projet de loi a coulé, avec son capitaine.Tout aurait pu finir dans ce naufrage.C\u2019eût été une épave juridique de plus, après quatre ou cinq autres qui ont sombré depuis 1964.Le ministre Bérubé a su faire preuve de ténacité et de réalisme en cherchant moins à rescaper un bateau en dérive qu\u2019à mettre au point un projet résolument limité aux seuls changements vraiment nécessaires, au sujet desquels s\u2019était d\u2019ailleurs manifesté un assez large consensus: réalignement des commissions scolaires selon la langue plutôt que la religion, fusion des niveaux primaire et secondaire, aménagements nouveaux concernant la confessionnalité des écoles et les services confessionnels.Pour le reste, le ministre n'a pas hésité à délester le projet de loi de tous les lourds trésors dont on voulait à tout prix doter l\u2019école, bien au delà de ses attentes, quasi contre son gré.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 Réalisme et consensus Enfin un projet de loi qui accorde à l\u2019école une véritable personnalité juridique, sans pour autant y loger le centre de toutes les décisions! L\u2019école ne deviendra pas le soi-disant «pivot du système», elle sera un rouage important du système, toujours reliée à la commission scolaire qui demeure responsable de la gestion d\u2019ensemble des services éducatifs.Une part intéressante d\u2019autonomie est accordée à l\u2019école pour l\u2019élaboration de son projet éducatif, l\u2019utilisation des locaux, les prévisions budgétaires et la détermination de son statut confessionnel ou non confessionnel.La plupart des écoles n\u2019ont jamais demandé davantage.Et la commission scolaire peut encore déléguer à l\u2019école certains pouvoirs qui lui sont dévolus par la loi.Enfin un projet de loi qui fait une part raisonnable aux permanents de l\u2019école: le directeur et son équipe scolaire, enseignants et professionnels! La responsabilité personnelle du directeur se trouve pour la première fois clairement affirmée, sans que soient embrouillés son lien d\u2019emploi avec la commission scolaire et son rapport au directeur général.On se rappellera que le projet antérieur faisait du directeur d\u2019école un exécutant des décisions du tout-puissant conseil d\u2019école.C\u2019était mettre les passagers à la barre de l\u2019école.Le projet de loi 3 assigne à l\u2019école un capitaine: ce sera le directeur.C\u2019est le bon sens même.Aucun vent ne souffle pour un navire qui n\u2019a pas de capitaine.Les enseignants et les professionnels seront associés au pilotage de l\u2019école par le biais du comité pédagogique.Autre nouveauté, qui accorde aux éducateurs un pouvoir décisionnel sur des sujets qui leur reviennent tout naturellement: l\u2019implan- tation des méthodes pédagogiques, le choix des manuels scolaires et du matériel didactique.La plupart des enseignants ne demandent pas davantage.Enfin un projet de loi qui fait progresser la participation des parents à la vie scolaire, sans pour autant faire de cette participation une fin en soi! Le conseil d\u2019école, au sein duquel les parents seront majoritaires, n\u2019aura pas l\u2019emprise totale sur l\u2019école qu'on a fait miroiter, mais il aura une prise réelle sur plusieurs sujets substantiels.La plupart des parents n\u2019en demandent pas davantage.C\u2019est pourquoi il demeure superflu de pousser plus loin la responsabilité des conseils d\u2019école et de les transformer en collège électoral chargé d\u2019élire le tiers des commissaires.Cela a pour effet de créer deux classes de commissaires et de confier une mission insolite à des gens élus d\u2019abord et avant tout pour veiller aux orientations de l\u2019école de leur enfant.N\u2019est-ce pas un vestige inutile du projet de loi antérieur?La question confessionnelle Les arrangements confessionnels ont le mérite de contribuer à «l\u2019évolution heureuse» du système scolaire, selon l\u2019expression même des évêques.Ce n\u2019est pas rien d\u2019ouvrir ainsi un avenir quand on sait qu\u2019en ce domaine, hier encore, il était à craindre que tout ne soit bloqué.La portée du droit à la liberté de conscience et de religion n\u2019a jamais été aussi clairement définie pour le monde scolaire.Il en est de même des garanties juridiques consenties aux catholiques et aux protestants.On a même jugé opportun, pour assurer la viabili- 319 te de ces garanties, d\u2019ajouter un article qui les met à l\u2019abri d\u2019une interprétation restrictive, notamment celle que présenta la Commission des droits de la personne devant la Commission parlementaire du printemps \u201984 et qui s\u2019inspirait d\u2019une vue abstraite mais plausible de la conciliation des droits de chacun dans une école confessionnelle publique.Dans la plupart des pays occidentaux, les catholiques envieraient une telle situation scolaire.Reste un bloc dur de catholiques, minoritaires et irréductibles, qui refusent de se rallier à ces consensus, pour des motifs un peu politiques mais surtout confessionnels.Ils rejoignent dans leur opposition un bloc de protestants, encore plus dur, qui contestent le projet de loi pour des motifs un peu confessionnels mais surtout politiques.L\u2019un et l\u2019autre bloc s\u2019appuient sur l\u2019article 93 de l\u2019Acte confédératif comme sur le Rocher de Gibraltar.Roc solide certes, mais plutôt étroit à sa base.Le projet de loi le rappelle en cherchant à ramener les commissions scolaires confessionnelles des villes de Québec et de Montréal à leur territoire très restreint de 1867.Les opposants soutiennent évidemment que la base constitutionnelle est plus large mais, au mieux, elle ne saurait dépasser les frontières actuelles des villes de Québec et Montréal ou de leurs commissions scolaires respectives.Dans les deux cas, on se trouve devant des enclaves dans le territoire scolaire québécois qui, lui, n\u2019a pour toute garantie constitutionnelle que le droit à la dissidence.Seule la Cour suprême pourrait un jour mettre un terme à ce débat.Certains suggèrent que le gouvernement pose la question à la Cour avant d\u2019adopter son projet de loi.Pourtant, l\u2019expérience du jugement de la Cour suprême au temps du débat sur la loi constitutionnelle de 1 981 nous a appris que les problèmes demeurent même après le prononcé des juges.Ne cherche-t-on pas maintenant à «rapatrier le Québec»?Mieux vaut s\u2019en tenir à la solution politique et consentir à essayer le projet de loi actuel.Celui-ci ne troque rien des garanties constitutionnelles de l\u2019article 93, qui est là pour longtemps.Il sera toujours temps d\u2019y recourir si catholiques et protestants découvrent que les arrangements proposés portent atteinte à leurs droits constitutionnels.Claudel, le diplomate, aimait dire: «Le pire n\u2019est pas toujours nécessaire.» \u2022i À propos du projet de réforme scolaire: LES PARENTS POURRONT-ILS PARTICIPER?par Jacques Godbout Le projet de loi 40, présenté en première lecture, accordait aux parents d\u2019élèves un pouvoir significatif dans le cadre du conseil d\u2019école (destiné à remplacer le «comité d\u2019école» actuel).Les organismes professionnels et les journaux ont fortement critiqué ce projet et mis en doute la participation des parents.On peut craindre que le projet de loi 3 et plus encore sa mise en application ne viennent réduire la participation des parents et, du coup, le caractère démocratique de l\u2019école publique.Jacques Godbout, professeur-chercheur à l\u2019Institut national de la recherche scientifique (Université du Québec), a déjà pris la part des usagers, qu\u2019il estime trop souvent marginalisés par les mécanismes dits de participation [La participation contre la démocratie, Éd.Albert Saint-Martin, 1982).Il applique ici cette recherche au projet de réforme scolaire.Après avoir rappelé la légitimité du pouvoir des parents dans l\u2019école, il examine les objections les plus courantes à l\u2019établissement de ce pouvoir et il précise à quelles conditions il pourrait s\u2019exercer.Le domaine scolaire pose un problème spécifique: en effet l\u2019usager réel, dans ce cas, ce n\u2019est pas le parent: c\u2019est l\u2019enfant.La question se pose donc: qui détient la légitimité d\u2019exercer, au nom de l\u2019usager réel, le pouvoir de décision dans l\u2019école?Les parents, les enseignants, les citoyens sous la forme de l\u2019Etat ou d\u2019une structure décentralisée comme la commission scolaire?Traditionnellement, le Québec a répondu à cette question par un partage entre les parents, les enseignants qui étaient principalement des religieux et l\u2019État qui édictait 320 RELATIONS DÉCEMBRE 1984 des normes générales, dont celle de l\u2019obligation scolaire, qui n\u2019est pas négligeable.Les parents demeurent les grands responsables de la transmission du système de valeurs à leurs enfants, et dans la mesure où l\u2019école est d\u2019abord un système de transmission de valeurs, ils y détiennent une légitimité certaine.Et un droit de regard en tant que tuteur légitime des usagers réels.Quant aux enseignants, leur légitimité est maintenant fondée sur le fait qu\u2019ils sont des exécutants du pouvoir politique et sur leur compétence technique.Dans le système traditionnel québécois, les enseignants étaient surtout des religieux qui fondaient leur légitimité sur la compétence, certes, mais surtout sur leur dévouement à l\u2019égard des enfants.Ainsi, dans ce système, existait une continuité entre le fondement de la légitimité des parents et des enseignants: car la principale compétence que détiennent les parents, par rapport aux autres intervenants, c\u2019est celle d\u2019aimer leurs enfants plus que tous les autres partenaires.C\u2019est pour cette raison que la société leur confie autant de responsabilité et de pouvoir dans l\u2019éducation des enfants.La prochaine réforme scolaire pourra être un point tournant dans la conception que la société québécoise se fait des responsabilités respectives et des droits et pouvoirs de ceux qui élèvent les enfants.L\u2019amour des parents pour leurs enfants m\u2019apparaît une donnée suffisamment importante pour justifier qu\u2019ils soient les principaux représentants des usagers réels dans le domaine scolaire, pour fonder leur légitimité dans l\u2019école à titre d\u2019usager, par rapport à celle des enseignants et des citoyens en général représentés par l\u2019État.Pourtant, le débat en commission parlementaire a été l\u2019occasion de constater que cette légitimité du pouvoir parental est fortement contestée chez nous.Voyons les objections principales qu\u2019on lui oppose.1.Les objections Réglons tout de suite une objection qui tomble d\u2019elle-même si on accepte la légitimité du pouvoir parental tel que présenté dans la section précédente: le pouvoir des parents serait une cause de conflit dans les écoles.Même si cela était vrai (ce n\u2019est nullement évident, surtout si la distribution du pouvoir est claire), le fondement d'une démocratie n\u2019a jamais été de sacrifier des droits légitimes d\u2019un groupe sous prétexte que cela peut entraîner des conflits, bien au contraire.Quel étonnement, à cet égard, d\u2019entendre le président de la CEQ et nombre d\u2019enseignants utiliser cet argument contre le pouvoir des parents, alors qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un des arguments patronaux les plus traditionnels pour refuser l\u2019introduction du syndicalisme dans les entreprises.L\u2019esprit démocratique craint beaucoup moins les conflits ouverts que les injustices feutrées du pouvoir paternaliste et technocratique.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 «Les parents sont conservateurs» Cette affirmation reste à démontrer.Je ne connais personnellement aucune recherche qui aurait établi que l\u2019ensemble des citoyens qui ont des enfants d\u2019âge scolaire soient plus conservateurs que les citoyens en général; ou alors que le fait d\u2019avoir des enfants d\u2019âge scolaire rende un citoyen plus conservateur que la moyenne.Pourquoi les citoyens-parents seraient-ils plus conservateurs que les membres de la commission scolaire, par exemple?Par contre, ils ont des intérêts spécifiques différents de l\u2019ensemble des citoyens dans les écoles et on ne voit pas pourquoi, à ce titre, ils ne seraient pas représentés et ne détiendraient pas un pouvoir correspondant à leurs responsabilités.S\u2019ils ne sont pas plus conservateurs que les autres citoyens, alors serait-ce l\u2019ensemble des citoyens qui sont conservateurs, par opposition aux enseignants et aux fonctionnaires qui seraient à l\u2019avant-garde des changements sociaux?Cette question est reliée à celle de la compétence et à l\u2019idéologie technocratique, sur laquelle nous reviendrons plus loin.Faible participation La participation aux comités d\u2019école ayant été plutôt faible, on en conclut qu\u2019une telle situation se reproduira dans les conseils scolaires, situation qui entraînera des difficultés de gestion dans l\u2019école.Comme je le montrerai dans la section suivante, on peut au contraire penser que si les parents exercent un pouvoir réel à l\u2019école, la participation augmentera.Mais même si la participation était faible, il ne s\u2019agit pas là non plus d\u2019une objection valable.Faut-il supprimer ou ne pas instaurer un mécanisme démocratique à chaque fois que la participation est faible?Alors on supprimerait d\u2019abord les commissions scolaires où la participation n\u2019est pas tellement plus élevée que dans les comités d\u2019écoles; ensuite un nombre important de conseils municipaux au Québec; on supprimerait aussi les mécanismes démocratiques dans les syndicats.Un tel raisonnement oublie un des avantages essentiels du mécanisme démocratique pour les gouvernés: c\u2019est que l\u2019on participe lorsque c\u2019est nécessaire.La démocratie présente cet avantage extraordinaire pour ceux qui sont gouvernés, qu\u2019on n\u2019est pas obligé de participer intensément pour détenir un certain pouvoir et pour l\u2019exercer lorsqu\u2019on juge que cela devient nécessaire.On dit que seule une partie des parents est intéressée à participer et que cela va créer «deux classes de parents».C\u2019est oublier que ce raisonnement s\u2019applique à toute institution démocratique.Faut-il supprimer la démocratie partout où une partie seulement des individus concernés est intéressée à participer?En fait, de tous les mécanismes qui relient les décideurs et ceux qui sont affectés par les décisions, le mécanisme démocratique est celui qui crée le moins de fossé entre les deux catégories, et non l\u2019inverse.321 «L\u2019incompétence des parents» On en arrive à l\u2019objection la plus fréquente, à l\u2019argument utilisé universellement, chaque fois qu\u2019il est question d\u2019accorder un pouvoir nouveau à un groupe quelconque: les parents sont incompétents, ou ils ne sont pas prêts! Les enseignants sont les spécialistes et les parents n\u2019ont pas à se mêler des affaires de l\u2019école.«Que les enseignants enseignent, que les administrateurs administrent, que les élèvent étudient.» Il y a bientôt quinze ans, lorsque le législateur a accordé plus de pouvoir aux professionnels par rapport aux usagers dans le projet de loi créant les CLSC, c\u2019est au nom de ce même argument qu\u2019il l\u2019a fait.Or nous avons observé l\u2019évolution des CLSC pendant plusieurs années.Nous avons dû constater que le fait d\u2019avoir accordé autant de pouvoir aux professionnels avait fermé l\u2019organisme par rapport aux besoins du milieu; que les CLSC, quelle que soit la façon dont on les évalue, étaient très peu performants, du moins dans leur première phase: préoccupations très éloignées des besoins réels du milieu où ils étaient implantés, bien souvent absence de clients tout simplement.Si bien que, entraîné par la même logique, le Ministère a fini par intervenir et bureaucratiser davantage l\u2019intervention des CLSC pour les rendre opératoires, diminuant encore plus le pouvoir des usagers.Certes le danger d\u2019absence de clients ne menace pas l\u2019école.La fréquentation du CLSC est libre.L\u2019absence de clients y est un mécanisme brutal de révélation de la faible adéquation de l\u2019organisme aux besoins du milieu.Par contre, l\u2019école a une clientèle captive, qui ne peut pas manifester son désaccord par l\u2019absence.C\u2019est seulement lorsque de trop gros problèmes se posent que des conflits éclatent avec le milieu et que le degré d\u2019adéquation aux besoins se pose.Mais justement, dans la mesure où l\u2019école est obligatoire, il est nécessaire d\u2019avoir des mécanismes d\u2019autant plus fins, d\u2019autant plus sensibles aux besoins du milieu pour pouvoir les répercuter dans l\u2019école.La société considère que la fréquentation scolaire est tellement importante que, avec l\u2019institution carcérale et l\u2019institution psychiatrique, ce sont les seuls lieux où les individus n\u2019entrent pas librement.Cela accroît d\u2019autant plus la nécessité d\u2019établir des mécanismes de sensibilisation avec la clientèle.Cela est doublement nécessaire parce que la clientèle réelle est dépourvue de droits, et que ce sont les parents qui en sont les représentants.Il n\u2019y a donc qu\u2019une faible possibilité de pouvoir direct de la clientèle, surtout à l\u2019école primaire.L\u2019essentiel en ce qui concerne la question de la compétence est de comprendre que l\u2019école transmet d\u2019abord un système de valeurs et que l\u2019instruction, au sens d\u2019apprendre à lire, à écrire et à compter, est quelque chose de relativement simple techniquement.D\u2019ailleurs si la spécialisation et la compétence technique étaient aussi importantes, comment explique-t-on que, pendant qu\u2019on affirme çette nécessité de la compétence spécialisée, on déplore le fait que les enfants ne savent plus lire et ne savent plus écrire par rapport aux générations passées, qui recevaient l\u2019enseignement d\u2019un personnel dont la compétence technique était souvent inférieure à celle des enseignants actuels?322 En fait l\u2019apprentissage de la lecture, de l\u2019écriture et du calcul est difficile pour certains enfants.Mais là encore, le degré d\u2019attention et le nombre d\u2019heures qu\u2019on portera à ces enfants constitue le principal facteur de réussite.Cela est fort connu.Je crois donc que, encore aujourd\u2019hui, le principal critère (mais pas le seul, bien sûr) de compétence des enseignants, c\u2019est l\u2019amour de leur métier.Cela n\u2019apparaît certes pas dans l\u2019opinion publique.Car les enseignants y sont représentés seulement par leur appartenance syndicale.L\u2019opinion publique reçoit ainsi une image partielle de l\u2019enseignant: elle i\u2019imagine comme un individu qui cherche à en faire le minimum, à gagner une minute de plus contre la commission scolaire, qui ne croit qu\u2019en une seule valeur, l\u2019augmentation de son rapport de force avec la commission scolaire et avec l\u2019État.Tout cela au détriment de son métier d\u2019enseignant.«L\u2019innovation vient des professionnels» On dit aussi que le changement, l\u2019innovation, le progrès proviennent des enseignants et des professionnels.C\u2019est là une autre conséquence de l\u2019idéologie de la compétence technique.Si on faisait l\u2019histoire de l\u2019enseignement depuis 1 960, on constaterait que cela est en partie faux: du mouvement laïc de langue française aux écoles alternatives, les parents ont aussi introduit des transformations importantes dans le système d\u2019enseignement québécois.Le grand mythe moderne de la scientificité fait oublier que, dans le système d\u2019éducation, il s\u2019agit d\u2019abord de transmettre un système de valeurs.Parmi les parents, seuls ceux qui ont le même système de valeurs que les enseignants sont privilégiés si on confie le pouvoir aux enseignants dans les écoles.Les milieux marginaux, ou culturellement différents du groupe social auquel appartiennent les enseignants, ne verront pas leurs valeurs transmises à l\u2019école.Les grands conflits que connaissent depuis quelques années les institutions d\u2019enseignement dans les milieux noirs, aux États-Unis, sont éloquents à cet égard: conflits entre enseignants et résidents des quartiers «ethniques».Pourquoi seuls les parents qui sont assez riches pour se payer l\u2019école privée auraient-ils le droit d\u2019exercer le pouvoir à l\u2019école et de transmettre leur système de valeurs à leurs enfants jusque dans l\u2019école?Pour les autres, qu'on leur accorde au moins le pouvoir électoral de choisir des représentants qui décideront en leur nom.Les professeurs ont une compétence certaine pour savoir comment transmettre un système de valeurs donné à un ensemble d\u2019élèves.Ils n\u2019ont pas de légitimité pour déterminer le système de valeurs lui-même.C\u2019est la base d\u2019une société démocratique; ou alors on accorde le pouvoir décisionnel politique aux professionnels, aux compétents, aux fonctionnaires.Ce n\u2019est plus la démocratie, mais la méritocratie.Il ne s\u2019agit pas de faire en sorte que les parents enseignent ou soient présents dans les classes; mais que, avec les autres représentants légitimes des citoyens élus, ils décident du contenu du système des valeurs qui est transmis à l\u2019école sous de multiples formes.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 II.Les conditions d\u2019exercice d\u2019un pouvoir réel On entend souvent les enseignants affirmer leur accord pour que les parents aient des responsabilités à l\u2019école, à condition qu\u2019ils n\u2019aient pas de pouvoir.Quelle position étrange! S\u2019il est un acquis de toutes les recherches qui ont pu être menées sur le pouvoir des usagers depuis vingt ans, c\u2019est bien que, d\u2019une part, le pouvoir consultatif est illusoire, mais aussi qu\u2019un pouvoir décisionnel non majoritaire pour les usagers est aussi le plus souvent illusoire.Ce qui est acquis, c\u2019est que le pouvoir décisionnel majoritaire est une condition minimale d\u2019exercice d\u2019un pouvoir réel de la part des usagers d\u2019une organisation de services.Non seulement les parents, les usagers des CLSC, les membres des groupes populaires n\u2019ont pas de pouvoir lorsqu\u2019ils ne sont pas majoritaires; mais il s\u2019agit là aussi de la principale cause du retrait des usagers de ces organismes: ils ont évidemment autre chose à faire que de servir de caution aux décisions prises par d\u2019autres.C\u2019est pourquoi on peut prédire que si les conseils d\u2019école ont un pouvoir significatif par rapport aux comités d\u2019école, la participation sera plus grande que dans les comités d\u2019école.Les élus et les permanents Et cela n\u2019est pas difficile à comprendre: que serait le pouvoir des commissaires élus, si la commission scolaire était majoritairement composée d\u2019enseignants, ayant le même pouvoir décisionnel que les autres commissaires?Que serait le pouvoir des conseillers municipaux si le conseil municipal des villes du Québec était majoritairement composé des employés et des directeurs de service de la municipalité?Que serait le pouvoir de l\u2019Assemblée nationale si on y ajoutait à titre de membres à part entière et ayant un pouvoir décisionnel et de façon majoritaire les hauts fonctionnaires dirigeant l\u2019État?Dans toute organisation, les permanents, ceux qui s\u2019y consacrent à temps plein, ceux qui «occupent» l\u2019organisation, ont toujours de ce fait une longueur d\u2019avance sur les élus.Cette place leur accorde au départ un ensemble de ressources inégales par rapport aux élus dans les discussions et les prises de décision.Si ces derniers ne bénéficient pas de pouvoirs légaux formels supérieurs aux permanents pour compenser ce déséquilibre, la partie est gagnée d\u2019avance et les élus se retrouvent toujours marginalisés, exclus progressivement de l\u2019organisation.Dans le cas spécifique des comités d\u2019école, lorsque nous avons pu constater que certains d'entre eux exerçaient une influence significative, c\u2019était grâce à l\u2019appui qu\u2019ils obtenaient de la Commission scolaire par le comité de parents, c\u2019est-à-dire parce qu\u2019ils passaient par l\u2019organisme décisionnel élu.Le projet de loi 40 tentait précisé- RELATIONS DÉCEMBRE 1984 ment de renforcer cette dynamique parents-citoyens dont les intérêts sont fondamentalement les mêmes dans le système scolaire, malgré les apparences.Sans ce pouvoir décisionnel les usagers finissent \u2014 sauf exception, toujours provisoire \u2014 par jouer un rôle de «rubber stamp», et alors les éléments les plus dynamiques s\u2019en retirent.Professionnalisme et centralisation Enlever le pouvoir majoritaire formel décisionnel aux parents pour le donner aux enseignants, c\u2019est tout simplement transformer le projet de réforme scolaire \u2014 sous cet aspect \u2014 en une autre des innombrables réformes de structure de participation qu\u2019a produites le Québec depuis quinze ans et qui ont servi à consolider le pouvoir des professionnels au détriment des citoyens et de leurs représentants élus.Telle est la direction de l\u2019ensemble des réformes de structure au Québec depuis 1 960.Telle est l\u2019orientation que risque de prendre la réforme scolaire si elle y consacre une nouvelle instance de pouvoir où les enseignants seront majoritaires.Elle suivra le modèle des CLSC: dans les premières versions du projet de loi, les usagers détenaient un pouvoir majoritaire important.Mais les représentations des professionnels, pendant la commission parlementaire, ont réussi à supprimer cet élément essentiel du projet de loi et à consacrer la domination des professionnels.Les usagers sont rejetés hors de ces organismes par la pression conjuguée du pouvoir des professionnels et des programmes financés par le ministère des Affaires sociales.On aborde là une autre condition essentielle pour que les parents exercent un pouvoir réel.Elle a été soulignée avec raison par l\u2019ensemble des opposants au projet: même avec un pouvoir décisionnel majoritaire, les parents n\u2019auront un pouvoir réel que si le ministère de l\u2019Éducation accorde de véritables pouvoirs au palier de l\u2019école, d\u2019une part, et n\u2019encadre pas ensuite leur action au point de leur enlever toute initiative.C\u2019est toute la différence entre un projet de déconcentration plus ou moins participative et un véritable projet de décentralisation.Le projet de loi actuel risque d\u2019être centralisateur.Si on y ajoute le pouvoir des enseignants, il aura en outre une tendance professionnaliste.Pratiquement, l\u2019alternative est la suivante: si les parents obtiennent un pouvoir légal réel majoritaire au conseil scolaire, il y a fort à parier que les pressions sur le ministre seront telles que les pouvoirs qu\u2019il confiera à l\u2019école seront minimes.Si au contraire les parents voient leur pouvoir formel diminuer au conseil scolaire, les résistances pour en faire un véritable palier décisionnel vont s\u2019estomper d\u2019autant.Dans la perspective présentée ici, seule une véritable alliance enseignants-parents, dans laquelle les enseignants considéreraient les parents comme de véritables partenaires \u2014 ce qui suppose non seulement des responsabilités, mais des pouvoirs \u2014 pourrait freiner la tendance bureaucratique qui caractérise l\u2019État québécois dans ce secteur.323 La télévision religieuse par satellite: D E BROUILLEES tévfcïiiïiiii.Depuis 1 977 des groupes religieux divers ont demandé au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) des permis d\u2019exploitation pour des stations de télévision à consonance religieuse.L\u2019organisme fédéral n\u2019a accédé jusqu\u2019à présent à aucune demande de ce genre, en invoquant l\u2019obligation faite aux télédiffuseurs canadiens par le législateur de présenter une programmation équilibrée, variée et ouverte à divers points de vue.D\u2019après le CRTC, les demandeurs de permis de télévision religieuse pouvaient difficilement répondre à cette exigence fondamentale.Pourtant, devant le grand nombre de groupes intéressés et à cause des possibilités techniques actuelles qui favorisent la multiplication des canaux de télévision, le CRTC a choisi d\u2019étudier en profondeur la question de l\u2019octroi de permis de télévision religieuse.Ce processus de révision et de consultation, commencé en 1980 et marqué par des audiences publiques en 1982, devait amener le CRTC, le 2 juin 1983, à formuler une proposition concrète.Si l\u2019organisme gouvernemental confirmait son intention de ne pas octroyer de permis pour des stations de télévision conventionnelle (VHF ou UHF) à des groupes religieux particuliers, il suggérait aux Églises et aux groupes religieux canadiens de s\u2019unir pour opérer, dans une entreprise oecuménique au sens large, un réseau pan-canadien de télévision religieuse par satellite.Le signal transmis serait capté par les câblodistributeurs qui le retransmettraient à leurs abonnés.Un seul projet a finalement été présenté au CRTC à la suite de cette offre, c\u2019est celui du Canadian Interfaith Network \u2014 Réseau interreligieux canadien (CIN-RIC).En tant que chrétiens du Québec, en tant que catholiques francophones, que peut-on 324 par Pierre Bélanger consultant en communications au Centre justice et foi penser de ce projet?Doit-on lui être favorable ou défavorable* 1 ?A l\u2019appui de certains objectifs du CRTC En ouvrant la porte à un canal de télévision religieuse distribué par satellite-câble, le CRTC tenait à préciser les critères qui lui serviraient à juger les demandes de permis qu\u2019il recevrait éventuellement.En résumé, le CRTC songe à \u2014\tun service national qui diffuserait quotidiennement, \u2014\tde propriété canadienne, \u2014\toffrant un fort contenu d\u2019émissions canadiennes, \u2014\tqui soit interconfessionnel ou interreligieux et qui reflète équitablement les croyances religieuses des Canadiens.On ne peut qu\u2019être d\u2019accord, globalement, avec ces critères du CRTC et plus particulièrement avec la perspective oecuménique qu\u2019ils proposent.Étant donné la population relativement faible du Canada et compte tenu, par contre, des coûts impliqués dans l\u2019opération d\u2019un réseau de télévision, il est nettement préférable que les divers groupes religieux s\u2019unissent pour opérer un seul service plutôt que chacun ne s\u2019aventure seul dans ce domaine.De plus, l\u2019unicité du réseau impliquerait des ententes entre les groupes, en particulier l\u2019acceptation d\u2019un code d\u2019éthique, qui permettraient d\u2019éviter toute sorte d\u2019excès ou d\u2019intolérance religieuse.Enfin, la perspective oecuménique du CRTC ouvre la voie à une collabora- tion concrète entre les Églises et les groupes religieux, une voie inédite qui est très probablement celle de l\u2019avenir.Par ailleurs, on ne peut qu\u2019appuyer le CRTC dans son désir \u2014 certainement implicite, sinon explicite \u2014 d\u2019éviter l\u2019invasion totale de la télévision à caractère religieux au Canada par les évangélistes américains qui sont déjà très présents au Canada anglais.De même, l\u2019organisme gouvernemental a raison de vouloir éviter que la télévision religieuse au Canada ne soit le monopole d\u2019un seul courant religieux, voire d\u2019un seul groupe.C\u2019est pourquoi le CRTC, dans sa proposition, encourageait à bon droit les principales Églises chrétiennes à participer à d\u2019éventuels projets de télévision religieuse par satellite.Des aspects valables du CIN-RIC La seule demande de permis déposée au CRTC le-1 er mai dernier, date limite qu\u2019avait fixée la Commission, fut celle du CIN-RIC.C\u2019est en avril que s\u2019était finalement formé cet organisme sous l\u2019instigation du groupe «Rosewell», un comité de travail réunissant quelques professionnels ve- 1.Pour connaître plus en détail l\u2019historique de ce projet, on se reportera à l\u2019article de Guy Marchessault dans L\u2019Église canadienne, 1 8 octobre 1 984, p.1 07-11 2.Un autre article du même auteur, dans L\u2019Église canadienne, 1er novembre 1984, p.145-148, analyse quelques questions de fond soulevées par ce projet.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 nant des grandes Églises protestantes.Le projet du CIN-RIC a été préparé avec sérieux et il répond dans son ensemble aux objectifs et aux critères établis par le CRTC.Et ce n\u2019est pas par hasard: en fait, il est le fruit de l\u2019initiative de personnes qui, ensemble, réunissent les qualités et l\u2019expertise nécessaires à l\u2019élaboration d\u2019un projet de cette envergure.En plus d\u2019être véritablement oecuménique dans sa nature \u2014 les promoteurs ont invité à l\u2019assemblée de fondation des représentants d\u2019une soixantaine de groupes religieux du Canada \u2014, le Réseau interreligieux canadien propose une programmation originale et équilibrée.Le temps d\u2019antenne du réseau serait réparti en deux blocs d\u2019émissions égaux.Un premier bloc, appelé «mosaïque», présenterait les émissions conçues et réalisées par les diverses confessions chrétiennes et les divers groupes religieux.Il s\u2019agirait donc d\u2019émissions «confessionnelles».Le deuxième bloc, appelé «pierre d\u2019angle», proposerait des émissions de portée fondamentale, soit qu\u2019elles reflètent une préoccupation spirituelle au sens large, soit qu\u2019elles s\u2019attachent à promouvoir les valeurs humaines et religieuses.Cette catégorie d\u2019émissions inclurait, par exemple, des émissions d\u2019information et d\u2019affaires publiques qui jetteraient un regard critique sur le monde et les événements à partir d\u2019un point de vue «religieux».C\u2019est sur cette partie de la programmation que porterait l\u2019effort des responsables du réseau; on voudrait présenter un choix innovateur, un type nouveau de canal de télévision offert aux téléspectateurs.D\u2019énormes questions Malheureusement, quand on y regarde de près, bien des questions surgissent devant le projet du CIN-RIC.Je ne souligne ici que trois ordres de questions auxquels bien peu d\u2019éléments de réponses ont été apportés ou peuvent être apportés.Le financement d\u2019une telle entreprise fait hésiter bien des observateurs et des gens du métier.L\u2019ampleur du réseau projeté en personnel, en heures de production, en heures de diffusion (24 heures par jour), le caractère peu commercial du réseau RELATIONS DÉCEMBRE 1984 et sa politique \u2014 justifiée \u2014 d\u2019éviter l\u2019avalanche de la sollicitation en ondes, les coûts d\u2019adhésion et surtout de production d\u2019émissions attrayantes pour un public large, voilà seulement quelques-unes des questions à incidence financière qui donnent à réfléchir.C\u2019est en bonne partie à cause de l\u2019ampleur des investissements exigés par le projet, considérant les sommes éventuellement disponibles, que les évêques catholiques du Canada ont choisi de ne pas s\u2019engager eux-mêmes, directement, dans le projet.Mais d\u2019autres questions encore plus importantes se sont fait jour.Comment le public sera-t-il rejoint?Plus précisément, peut-on se fier à ce nouveau procédé de distribution par satellite-câble pour atteindre les gens?Les câblodistributeurs du pays ont demandé et obtenu du CRTC la permission de pouvoir choisir d\u2019offrir ou de ne pas offrir le service à leurs abonnés.Et ceux qui choisiraient de l\u2019offrir demandent d\u2019avoir aussi ce qu\u2019ils appellent la «flexibilité» d\u2019offrir le canal religieux soit dans le service de base à leurs abonnés, soit comme service «discrétionnaire», c\u2019est-à-dire en exigeant un supplément mensuel.Dans ce contexte, on est loin d\u2019être certain du nombre de foyers que rejoindra réellement l\u2019éventuel CIN-RIC.Sans parler du fait que le câble ne dessert pas tout le monde, loin de là! Enfin, un danger d\u2019un autre ordre semble associé à la création d\u2019un réseau religieux spécialisé: c\u2019est celui de créer un ghetto religieux de la télévision.Est-ce que la religion ne deviendrait pas, plus encore que maintenant, un secteur marginalisé de la vie sociale et culturelle si elle n\u2019avait sa place qu\u2019au canal 44 du câble?Est-ce que les télédiffuseurs conventionnels ne se sentiraient pas dégagés de toute obligation de faire état de cette dimension de la vie humaine et de lui réserver une place à l\u2019horaire?En un mot, est-ce que toute émission religieuse en dehors du réseau spécialisé ne serait pas menacée?Certains seraient peut-être tentés de répondre qu\u2019il se fait si peu d\u2019émissions religieuses actuellement qu\u2019on n\u2019y perdrait pas beaucoup, mais d\u2019autres, au contraire, considèrent qu\u2019il y a des acquis qu\u2019il ne faut pas délaisser \u2014 en particulier, peut-être, au réseau français de Radio-Canada \u2014 et qu\u2019il vaut mieux être moins souvent présent aux grands réseaux que toujours présent à un canal spécialisé du câble.La place des francophones Si les considérations qui précèdent font hésiter à appuyer avec enthousiasme le projet CIN-RIC, les francophones, eux, ne peuvent se satisfaire du projet tel que proposé actuellement.Certes, le réseau a un nom bilingue et on voulait au départ y laisser une bonne place aux émissions en français, mais en pratique la place du français s\u2019est rétrécie comme une peau de chagrin au point d\u2019être maintenant presque disparue.C\u2019est la constatation à laquelle en sont venus les participants à un colloque sur le réseau religieux par satellite, organisé le 5 novembre dernier à Montréal par le Centre St-Pierre.On a aussi remarqué que le caractère pan-canadien du projet laissait peu de place aux interventions et points de vue régionaux; nous sommes devant un projet pensé «à la Canadian», depuis Toronto, et qui ne manifeste pas beaucoup de sensibilité \u2014 sinon une ouverture d\u2019esprit exprimée en paroles \u2014 au fait et à la culture d\u2019expression française.À cela, les responsables du projet répondent que le réseau est conçu comme un service offert aux membres et que, pour le moment, aucun groupe représentant de larges secteurs de la population francophone n\u2019a demandé à devenir membre du réseau.C\u2019est une façon de lancer la balle à l\u2019Église catholique qui seule, de par son adhésion, pourrait apparemment faire tourner le vent.Or les évêques catholiques ont choisi de ne pas «s\u2019embarquer» maintenant: ils étudient plutôt la possibilité qu\u2019une compagnie indépendante de la CÉCC mais formée de catholiques engagés demande un jour de participer au réseau.D\u2019ici là, le sort du français au Canadian Interfaith Network demeure bien aléatoire.À la fin du colloque au Centre St-Pierre, les participants ont demandé aux organisateurs de la journée d\u2019intervenir auprès du CRTC pour faire valoir en particulier l\u2019insatisfaction des francophones en tant que francophones devant le projet du CIN-RIC.Le Comité interconfessionnel de télévision, un petit groupe oecuménique francophone qui suit le dossier depuis une quinzaine de mois, s\u2019est réuni le même soir du 5 novembre et a écrit au CRTC dans le même esprit.325 Pour ou contre ?En conclusion, on peut résumer ce dossier ainsi: \u2014 oui, la télévision est un moyen de rejoindre les gens et un moyen d\u2019évangélisation que les Églises et groupes religieux ne peuvent plus méconnaître; \u2014\toui, il y a place dans notre société pour plus de télévision religieuse et l\u2019évolution de la technologie des communications ouvre de nouveaux horizons; \u2014\toui, le projet CIN-RIC est sérieux dans son désir d\u2019offrir un service de télévision religieuse de qualité.Mais par ailleurs, \u2014\tnon, le projet actuel ne répond pas à plusieurs questions importantes sur son financement, sur son auditoire et sur les effets de sa présence dans la programmation des stations conventionnelles; \u2014 non, le projet actuel ne peut en aucune façon satisfaire les francophones.Un entretien avec Louis Rousseau UN RÉVEIL RELIGIEUX AU QUÉBEC?Le 8 septembre dernier, la veille de l\u2019arrivée du pape Jean-Paul II, on rendait publics les résultats d\u2019un sondage d\u2019opinion sur la religion des Québécois.Réalisé dans la première quinzaine de juin par le Centre de sondage de l\u2019Université de Montréal pour le compte d\u2019un groupe de médias québécois et du département de sciences religieuses de l\u2019Université du Québec à Montréal, le sondage a posé 21 questions à un échantillon de 2014 personnes, âgées de 18 ans et plus, représentatives de la population adulte du Québec.Les résultats dessinent le profil d\u2019une population largement croyante: 92% des répondants croient en Dieu, 80% acceptent la résurrection du Christ, 73% sa divinité.Un tiers seulement des personnes interrogées estiment que la religion n\u2019a que peu ou pas d\u2019influence sur leur vie personnelle.Une minorité (18%) jugent que, dans l\u2019avenir, la religion va perdre du terrain; 35% croient plutôt qu\u2019elle va progresser et 42% prévoient qu\u2019elle va garder la même place.Au plan social, 56% des répondants sont favorables aux déclarations des évêques sur des questions politiques, sociales ou économiques, tandis que 39% expriment leur désaccord.Après la mort, 40% des catholiques croient en une forme de survie de l\u2019individu «mais on ne sait pas trop comment», 19% croient en la réincarnation, 18% croient que tout finit là et 15% croient que «les uns vont au ciel, les autres en enfer».Pour ce qui est du pape, on semble plutôt lui reconnaître un rôle d\u2019inspiration qu\u2019une autorité disciplinaire: 53% des répondants et 54% des catholiques voient en lui «un porte-parole spirituel de l\u2019humanité», moins de 25% «le chef auquel les catholiques doivent obéir».De fait, la majorité est plutôt mal à l\u2019aise devant la discipline de l\u2019Église catholique sur la contraception, le divorce, l\u2019ordination des femmes et le célibat ecclésiastique (de 60 à 74% expriment un désaccord sur l\u2019un ou l\u2019autre point).Les Québécois sont moins «pratiquants» qu\u2019autrefois (38% des catholiques vont à l\u2019église le dimanche) mais restent très attachés à l\u2019école confessionnelle (67% des catholiques veulent une école catholique pour leurs enfants).Au lendemain de la visite du pape, Relations a rencontré l\u2019un des concepteurs du sondage, M.Louis Rousseau, du département de sciences religieuses de l\u2019UQAM.RELATIONS:En examinant les questions posées par ce sondage, nous nous sommes demandé ce qu\u2019il cherchait à mesurer et quelle hypothèse de recherche l\u2019avait inspiré.Plus précisément, il nous semblait que l\u2019essentiel de la foi de beaucoup de croyantes et de croyants trouvait difficilement à s\u2019exprimer à travers ce questionnaire.Louis ROUSSEAU:ll faut bien comprendre qu\u2019un sondage d\u2019opinion est un instrument limité.Les répondants sont rejoints par téléphone; il n\u2019y a pas le temps, il n\u2019y a pas non plus le climat de confiance qui leur permettrait d\u2019exprimer leur expérience la plus personnelle.Les sondeurs doivent poser des questions simples et présenter des choix nettement différenciés, ce qui masque nécessairement bien des nuances.Nous avons pourtant essayé de savoir ce que représente la religion pour les Québécois, quel sens elle peut avoir ou introduire dans leur vie; nous avons proposé quatre choix de réponse: 1)\telle donne un sens à ma vie, 2)\telle me console dans les épreuves, 3)\telle me fournit des principes d\u2019ordre moral, 4)\telle me garantit le salut après ma mort.326 RELATIONS DÉCEMBRE 1984 Nous avons dû constater que les personnes interviewées étaient désemparées par cette question, prises au dépourvu, en particulier, par le premier choix: on ne voyait pas bien ce que le «sens à la vie» pouvait représenter.On peut penser qu\u2019un intellectuel ou un ecclésiastique auraient sauté sur cette option, mais pour la majorité de la population la religion est beaucoup moins «mentale» que «dynamique»; elle aide à vivre beaucoup plus qu\u2019elle n\u2019éclaire une interrogation métaphysique sur le sens de l\u2019existence; on y voit plutôt une source d\u2019énergie.Au bout du compte, 44% des répondants se sont reportés vers les principes de morale.D\u2019un autre côté, ce sondage n\u2019est pas né d\u2019un projet de recherche universitaire, mais de l\u2019événement journalistique que représentait la visite du pape pour un regroupement de médias électroniques et imprimés.Il ne s\u2019inspire donc pas d\u2019abord de préoccupations pastorales, comme ce serait le cas, par exemple, s\u2019il avait été commandité par l\u2019épiscopat.Les questions posées correspondent à celles qu\u2019on a formulées dans des sondages analçgues, réalisés en France ou aux États-Unis dans des circonstances semblables.Formellement, nous n\u2019avions pas d\u2019hypothèse de recherche.Encore qu\u2019à l\u2019UQAM nous ayons vu là l\u2019occasion d'ouvrir un nouveau champ d\u2019étude: le questionnaire nous permettait d\u2019explorer la situation religieuse de la majorité des Québécois.Depuis une quinzaine d\u2019années, les sciences humaines de la religion ont surtout étudié des phénomènes marginaux, les sectes, par exemple.Si bien qu\u2019on peut se demander, à ce moment-ci, ce que les universitaires connaissent de la foi et de la vie religieuse des catholiques d\u2019aujourd\u2019hui.Il y a là un vide à combler et le choc de la visite du pape a réveillé l\u2019intérêt des chercheurs pour la religion du plus grand nombre.REL.: Il est sans doute éclairant de chiffrer les courants d\u2019opinion, mais bon nombre de tendances étaient prévisibles: le fait que très peu de Québécois se disent carrément athées ou agnostiques, un niveau de «pratique dominicale» sous les 40%, voire même le peu de faveur du célibat ecclésiastique après «l\u2019exode» des années \u201865-\u201875.Mais pour ceux qui ont préparé le sondage, qu\u2019est-ce qui semble le plus signifi- RELATIONS DÉCEMBRE 1984 catif dans cette radiographie du Québec religieux?L.R.:\tPour l\u2019étude du catholicisme québécois, c\u2019est probablement le fait que nous avons tendance à dissocier la fonction charismatique et la fonction de direction des pratiques.Dans une figure d\u2019autorité, nous pouvons distinguer une force d\u2019inspiration et un pouvoir de contrainte (même si cette contrainte se réduit à une «autorité morale»): nous accueillons volontiers «l\u2019inspiration», mais nous résistons à «la contrainte».Jean-Paul II est un pape charismatique (au sens où l\u2019on parle du magnétisme d\u2019un leader): il a le don de «présentialiser» le mystère de Dieu, un peu comme l\u2019icône dans la liturgie orientale.Et il n\u2019hésite pas à utiliser ce charisme pour réveiller le sens du sacré, ce en quoi il se situe au coeur de la tradition occidentale.Il s\u2019adresse au sentiment religieux profond et, en cela, il me semble se distinguer de ceux de ses prédécesseurs que je qualifierais de «post-tridentins», un Pie IX, un Pie XII, qui s\u2019appliquaient surtout à définir les vérités à croire et les normes à respecter.Sa personnalité, sans doute, son «charisme», sûrement, mais aussi son choix de mettre l\u2019accent sur les fondements du message chrétien en les proclamant avec force sont bien accordés à une «société d\u2019opinions» comme la nôtre.Les gens désirent voir et entendre un «porte-parole spirituel», ce qui n\u2019empêche pas la majorité de prendre ses distances par rapport à certains aspects de l\u2019enseignement moral ou dogmatique de l\u2019Eglise.On sait l\u2019importance du «désaccord» avec les positions officielles en matière de contraception (69%), sur l\u2019ordination des femmes (61 %), sur le divorce (68%) et même à propos de l\u2019avortement (44%).Chiffres éloquents par rapport au souvenir d\u2019une Église monolithique et idéologiquement compacte, mais qui reflètent bien le pluralisme de la société d\u2019opinions.De cette plus grande liberté d\u2019opinions, exercée de fait par les catholiques québécois, rapprochons l\u2019évolution de leurs croyances sur l\u2019au-delà.D\u2019après les réponses, seulement 15% des Québécois estiment qu\u2019après la mort on risque de se retrouver en enfer.Un taux aussi faible paraît indiquer un changement durable des croyances, pratiquement irréversible au moins à moyen terme.Ajoutons à cela la montée progressive de la croyance en la réincarnation: moins chez les intellectuels (scolarité de niveau universitaire), mais certainement chez les jeunes et dans cette tranche de la population qui a une culture de niveau cégep.Cette évolution des attitudes et des représentations me semble poser deux ordres de questions, au niveau historique et au plan proprement théologique.D\u2019abord, cela remet en question l\u2019image qu\u2019on se fait de la religion traditionnelle des Québécois et de la place qu\u2019y tenait la peur de l\u2019enfer.Les chercheurs ont pris pour acquis que le message des prédicateurs correspondait aux croyances du monde ordinaire, mais le folklore, par exemple, nous révélerait probablement un autre type de convictions: dans les contes et les légendes populaires, le diable est facilement berné, c\u2019est un personnage dont on s\u2019amuse plus qu\u2019on ne le craint.En creusant un peu, on constate qu\u2019aujourd\u2019hui les gens acceptent mal que leurs actes doivent avoir une sanction dans l\u2019au-delà.Il s\u2019ensuit que la notion de péché est loin d\u2019être claire: qu'est-ce qu\u2019un péché, si le geste n\u2019a pas de conséquences éternelles?Vous comprenez qu\u2019une telle évolution des mentalités soulève un problème de fond à propos du message chrétien: celui du salut.De quoi sommes-nous sauvés?Le sondage indique que les gens croient à la résurrection de Jésus; ils y croient même plus qu\u2019en sa divinité.Il serait très intéressant de scruter l\u2019évolution de la christologie des catholiques québécois.Jésus reste la figure religieuse par excellence, mais comment le perçoit-on?Sans être en mesure de le vérifier scientifiquement, je soupçonne qu\u2019on trouverait dans notre milieu une christologie «en pièces détachées»: pour bien des gens, Jésus n\u2019est plus le sauveur-qui-t\u2019empêche-d\u2019aller-en-enfer, mais plutôt le libérateur, ou le modèle, ou le consolateur.En ce sens, nous ne serions peut-être pas loin de retrouver la diversité des christologies qu\u2019a connues l\u2019Église des premiers siècles.REL.: Si on relit les discours de Jean-Paul II au Québec, on a l\u2019impression qu\u2019il a cherché à repenser, à renouveler le sens du péché et le besoin de salut dans un langage plus accessible au monde contempo- 327 LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉO Il y aura bientôt trois ans que les «Lundis de Relations» réunissent autour d\u2019une question d\u2019actualité, un panel d\u2019experts et une salle prompte à participer au débat.Pour les personnes ou les groupes qui aimeraient utiliser l\u2019enregistrement de ces soirées comme instrument d\u2019animation ou de formation permanente, nous avons enregistré sur cassettes vidéo les trois soirées de l\u2019automne 1984.Il nous fera plaisir de vous prêter une cassette pour une semaine (frais: 5$).Veuillez préciser le format de l\u2019enregistrement (Beta ou VHS) et le sujet: \u2014\tla qualité de l\u2019information (24 septembre), \u2014\tquel avenir pour le Québec ?(15 octobre), \u2014\tla peine de mort (19 novembre).Vous retrouverez les noms des panelistes et le noeud des sujets dans les numéros correspondants de Relations.Adressez vos demandes au Centre justice et foi, 25, Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 ou communiquez avec Pierre Bélanger à (514) 387-2541.rain.Il n\u2019a pas mis l\u2019accent sur la culpabilité personnelle \u2014 même s\u2019il l\u2019a clairement évoquée en parlant de la confession \u2014, mais il a souvent évoqué le climat d\u2019angoisse qui hante l\u2019humanité en cette fin de millénaire: le risque d\u2019une catastrophe nucléaire, la course aux armements, la destruction de l\u2019environnement, l\u2019insécurité économique.Le salut, dans sa prédication, a pris une dimension collective.Par ailleurs, est-ce qu\u2019il n\u2019y a pas une contradiction entre la perte du sens du péché, ou du moins la perte du sens du définitif, que vous venez d\u2019évoquer, et l\u2019attitude d\u2019un grand nombre de répondants pour qui la religion correspond d'abord à un enseignement d\u2019ordre moral?L.R.: Les gens ne sont pas obsédés par la logique, et la logique de l\u2019expérience religieuse n\u2019est justement pas une logique aristotélicienne: le jour et la nuit y coexistent.Le salut implique un passage: une polarité et un mouvement qui ne sont pas ceux du raisonnement.Devons-nous vraiment nous étonner qu\u2019au niveau des représentations religieuses les gens ne soient pas «cohérents»?Si l\u2019on s\u2019en tient au sondage, il faut se rappeler qu\u2019un certain nombre de non-croyants ont pu choisir d\u2019identifier morale et religion.Par ailleurs, certains catholiques estiment sans doute que pratiquer sa religion, c\u2019est finalement obéir à des normes morales.Je crois cependant que, pour une.majorité de Québécois, la religion 328 touche les choses importantes, essentielles, de la vie, comme le fait d\u2019avoir de bons principes.Nous vivons, ces années-ci, une crise des discours normatifs, pas seulement une crise du discours religieux.Les grandes espérances charriées par la pensée plus libérale, par l\u2019humanisme contemporain, par le nationalisme même, se sont effrondrées: elles ont perdu leur vraisemblance et leur pouvoir de mobilisation.Il faut qu\u2019il reste quelque chose, une base, un fondement: c\u2019est ce que les gens appellent la religion.Dans ce contexte, la visite du pape devient un «révélateur» exceptionnel.Comme l\u2019indiquait déjà le sondage, il a été reçu comme un leader spirituel.Par ce qu\u2019il est, il a conféré à l\u2019événement une dimension radicalement religieuse: il a rejoint les gens comme un émetteur de puissance; au sens anthropologique du terme «mana», il rayonne l\u2019énergie.Et c\u2019est ça, la merveille.Surprise chez les intellectuels.Consolation chez les pauvres.Mais je me demande aussi si l\u2019intensité de cette espèce de «retraite» nationale n\u2019annonce pas autre chose.Nous pourrions assister à un réveil religieux profond.REL.: Le sociologue Harvey Cox vient de publier un ouvrage où il désavoue ses prévisions de 1965 sur l\u2019essor de la «cité séculière» et la privatisation irrémédiable du sentiment religieux dans les sociétés industrialisées.Il voit aujourd\u2019hui dans le fondamentalisme évangélique américain (type Gerry Falwell) et dans le réseau des communautés ecclésiales de base latino-américaines (autour de Gustavo Gutierrez) des pôles de croissance du phénomène religieux et des lieux d'intervention des chrétiens sur leur société.Mais, au Québec, qu\u2019est-ce qui amènerait un réveil religieux, vingt ans après la Révolution tranquille?L.R.: J\u2019insiste: notre société traverse une crise culturelle majeure.Les grands univers de représentations, capables de donner une cohérence à l\u2019existence, se sont écroulés.Au Québec, le dernier échafaudage de ce genre aura été le nationalisme des années \u201960-\u201970.Cette crise culturelle se double d\u2019une crise sociale (les conflits peuvent refléter des oppositions réelles, mais ils sont maintenant perçus comme essentiellement négatifs: c\u2019est la crise) et d\u2019une crise économique qui frappe un peu tout le monde et en particulier les jeunes.Ce sont là les conditions nécessaires à l\u2019émergence d\u2019un prophète, de quelqu\u2019un qui sache dire: «ça ne peut plus continuer comme ça, voilà ce qu\u2019il faut faire».et qui soit entendu.C\u2019est le rôle qu\u2019a joué ici Mgr Forbin-Jeanson, au XIXe siècle.Jean-Paul II pourrait être ce catalyseur; il a beaucoup insisté sur les racines de la foi au Québec, comme pour dire: retournez à la foi de vos pères.Les conditions d\u2019un réveil religieux sont là.Ce qui manque, c\u2019est le génie pour l\u2019opérationaliser, pour traduire en mouvement ce que le déclencheur a mis en route.Ce qui manque à mon avis, c\u2019est l\u2019Église.C\u2019est Bourget.C\u2019est un programme, ne fût-il qu\u2019in-choatif, qui permette à la ferveur de s\u2019exprimer et de s\u2019embrayer sur une cause ou un geste concrets.Au siècle dernier, le mouvement de tempérance a été ce point d\u2019embrayage et, une fois amorcé, le réveil religieux a entraîné la fondation de communautés religieuses, la prise en charge de l\u2019éducation et du social, enfin le catholicisme classique québécois.Remarquez bien: ce mouvement n\u2019est pas né de la domination du clergé mais d\u2019un processus de revitalisation de la culture sur des bases religieuses en contexte de crise.Est-ce que nous avons aujourd\u2019hui les bases institutionnelles pour articuler un pareil renouveau?Où est l\u2019Église?RELATIONS DÉCEMBRE 1984 Le pape et les jeunes: DES SUITES À INVENTER par François Gloutnay Le spectacle des jeunes du Québec, présenté à Jean-Paul II le soir du 11 septembre dernier, aura émerveillé plus d\u2019un spectateur.Réunir en une chorégraphie 2 000 jeunes dont plus de la moitié ont dû apprendre en quelques semaines les rudiments mêmes de la danse, présenter une oeuvre aussi gigantesque sans qu\u2019aucune répétition générale n\u2019ait pu avoir lieu, mérite d\u2019être souligné et applaudi.D\u2019autant plus que le spectacle aura reflété les préoccupations actuelles de cette «génération sacrifiée»: on nous aura ainsi épargné de revoir les traditionnelles danses folkloriques, habituellement réservées aux visiteurs de marque! Mais s\u2019il faut chercher un exploit digne du Livre des Records, ce ne sera ni la célébrité des concepteurs du spectacle, ni la grandiose mise en scène présentée ce soir-là, mais bien ce dialogue amorcé entre, d\u2019une part, une jeunesse sécularisée, qui ne connaît plus les vérités qu\u2019on tient pour fondamentales dans l\u2019Église ni même le chemin de la communauté paroissiale et, d\u2019autre part, le représentant le plus officiel de l\u2019Église catholique.Que Michael Jackson ait joué à guichet fermé ne surprend pas.Mais que Jean-Paul II et 65 000 jeunes triomphent, au stade olympique, d\u2019une indifférence religieuse vieille de vingt ans ne peut qu\u2019étonner.Admettons-le, la surprise fut totale.Les médias d\u2019information, qui, pendant des semaines, avaient exposé le contentieux entre le mouvement féministe et la hiérarchie catholique ou dévoilé, goutte à goutte, les préparatifs techniques de la visite papale, n\u2019ont pas saisi l\u2019occasion de fëire le point sur la place des jeunes en Église, leur indifférence, leurs convictions, leurs questions.D\u2019ailleurs, quels interlocuteurs choisir?Les mouvements traditionnels de jeunes catholiques (Action catholique spé- RELATIONS DÉCEMBRE 1984 cialisée), peu associés à cette démarche gigantesque et soucieux de préserver leur autonomie, ont choisi de se faire le plus silencieux possible.Tandis que les nouveaux mouvements, plus spiritualistes, s\u2019ils ont participé pleinement à l\u2019événement, sont largement inconnus des grands médias.Pourtant, ce sont 65 000 jeunes qui se sont présentés, le soir du 11 septembre.D\u2019eux, on ne connaît que peu de détails, sinon qu\u2019ils proviennent des quatre coins du Québec et qu\u2019ils ont entre 15 et 25 ans.Tous des pratiquants du dimanche?Mathématiquement impossible.Alors, des jeunes engagés dans des pastorales scolaires?Le Forum de Montréal, amplement, aurait suffi.Judicieux phénomène de marketing de masse?Effervescence religieuse causée par la venue d\u2019un premier pape en terre québécoise?Offre en or d'occuper, sans frais, quelques moments de loisirs forcés que des jeunes en chômage saisissent au passage?On pourrait multiplier les hypothèses; mais pour ce qui est de les vérifier.Par contre, et cela on s\u2019en doutait bien un peu, les mouvements de jeunes, après Jean-Paul II, n'ont pas été submergés de nouveaux membres, les paroisses n\u2019ont pas ajouté de bancs neufs à l\u2019avant des églises et l\u2019on n\u2019envisage pas encore la construction de nouveaux séminaires.«Vous n\u2019étiez pas censés hériter d'un monde en ruine!» Les jeunes chorégraphes du 11 septembre auront lancé, au monde entier, leur vision de la société: sui- cide nucléaire, chômage chronique, gaspillage indécent, égoïsme érigé en système.Et Jean-Paul II, ce soir-là et le lendemain, à Terre-Neuve, de faire écho à leurs souffrances dans deux allocutions remarquées.«Selon le plan de Dieu, lança-t-il à l\u2019université Memorial, vous n\u2019étiez pas censés hériter d\u2019un monde en ruine».La situation n\u2019est pas désespérée mais elle commande le courage.Le pape demande aux jeunes de «prendre en charge leur avenir», il les invite à être créateurs, il leur rappelle, avec vigueur, cette phrase du Christ: «Redressez-vous et relevez la tête, votre délivrance est proche»! Tout bien considéré, c\u2019est un programme d\u2019action en trois points que Jean-Paul II a proposé aux jeunes: changer le cours des événements là où ils ont les pieds, à l\u2019usine, à l\u2019école, dans la paroisse, appuyer les groupes populaires \u2014 «groupes locaux» \u2014 voués à plus de justice puis, finalement, s\u2019engager dans des actions de solidarité internationale.Créer «un avenir qui accordera davantage d\u2019importance à la personne humaine qu\u2019au profit, qui assurera un juste partage des ressources du monde, un avenir, enfin, où la négociation pacifique supplantera la menace de la guerre», voilà un défi de taille pour les jeunes Canadiens.Quel leader politique aurait osé proposer un tel programme, même en pleine campagne électorale?La critique de l\u2019Église mérite aussi d\u2019être soulignée.«L\u2019édifice vous semble trop large, construit par d\u2019autres dans un style différent du vôtre.La lumière qui l\u2019éclaire, vous la trouvez coupée par trop de pans d\u2019ombre», notait Jean-Paul II, salué par des applaudissements.«Ne restez pas sur le seuil, au dehors.Prenez part à la vie de ce corps, tout imparfait qu\u2019il reste.Apportez votre exigence et votre enthousiasme.» 329 ESPÉRER CONTRE TOUTE ESPÉRANCE 1985 DE LA LIBERATION LATINO-AMERICAINE ESPERER CONTRE TOUTE ESPERANCE Agenda 1985 (incluant septembre à décembre 1984) conçu et réalisé par le Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine et par la Société catholique de la Bible.Au fil des jours et des semaines, textes et dessins vous permettront d\u2019approfondir le thème de l\u2019espérance, au coeur de votre foi en Jésus, te souffle de l\u2019expérience souffrante mais espérante d\u2019Amérique latine et le cheminement à travers la Bible vous accompagneront.Prix: 6,00$, plus 0, voi.En vente à SOCABI 212, boul.St-Joseph ouest Montréal, H2T 2P8 (514) 274-4381 et au COMITÉ CHRÉTIEN POUR LES DROITS HUMAINS EN AMÉRIQUE LATINE 25, Jarry ouest Montréal, H2P 1S6 (514) 387-2541 N.B.Pour les commandes par cor pondance, s\u2019adresser à SOCABI.Des suites à inventer Jean-Paul II aura soulevé bien d\u2019autres questions.Il convient de relire les textes des deux allocutions.Retenons toutefois la connaissance qu\u2019a le pape des difficultés des jeunes: on soupçonne qu'elles sont semblables un peu partout dans le monde.Remarquons aussi le langage utilisé: il s\u2019accorde facilement à celui de la jeunesse, direct et concret.Rien n\u2019aurait été plus pénible que d\u2019enten- dre deux monologues prononces par des acteurs que l\u2019âge, la culture ou les moeurs auraient opposés de façon irréconciliable.Attention toutefois! La soirée du 11 septembre ne doit pas créer l\u2019impression d\u2019une unanimité complète entre Jean-Paul II et les jeunes d\u2019ici.L\u2019épineuse question de l\u2019éthique sexuelle, par exemple, n\u2019a pas trouvé place dans les propos des jeunes et fut abordée par le pape avec le plus grand tact.Le début de dialogue auquel on a assisté, c\u2019est maintenant qu\u2019il doit se poursuivre, loin du faste et des caméras, sans l\u2019aide d\u2019un leader charismatique mais dans le concret quotidien de nos communautés.Les mouvements de jeunes, la pastorale scolaire, les paroisses et les diocèses héritent d\u2019une bonne remise en question.Avant la visite, les mouvements de jeunes se sont tus.Aucune de leurs publications n\u2019a préparé ses lecteurs et rares furent les débats entre les membres des mouvements d\u2019Action catholique spécialisée (JÉC, JOC, MÉCQ).La vague papale qui a déferlé sur certains diocèses fut telle que l\u2019on craignait d\u2019être emporté par le courant.On a préféré jeter l\u2019ancre pour laisser passer l\u2019orage.Mais la secousse appréhendée n\u2019a pas eu lieu.Au contraire, le pape a abordé des thèmes qui sont chers aux mouvements de jeunes laïcs engagés (chômage, paupérisation de la jeunesse, cul-de-sac culturel).Et les pistes d\u2019action proposées dans le discours de Terre-Neuve n\u2019offrent aucune contradiction avec celles qu\u2019ils promeuvent depuis plusieurs années, elles sont même un appui direct à l\u2019intuition première de ces groupes, soit d\u2019agir dans le milieu, là où les jeunes se retrouvent.Ces mouvements se doivent de réviser leur analyse de la conjoncture ecclésiale: depuis la crise de l\u2019Action catholique, l\u2019histoire n\u2019est pas faite que de reculs.Les mouvements de jeunes apparus ces dernières années (Cafés chrétiens, R3, Jeunes Églises, pour ne nommer que ceux-là), tournés davantage vers la prière et la vie intérieure, ont aussi à réviser leur mode d\u2019intervention.La vie de foi des jeunes s\u2019exprime non seulement dans la prière mais aussi dans une société à changer, une paix à conquérir et un partage international des richesses à favoriser.Après le passage de Jean-Paul II, les animateurs de pastorale scolaire ne pourront plus prétexter le peu d\u2019intérêt des jeunes face aux grandes questions, aux grands idéaux.Habitués à attendre dans leurs bureaux que des jeunes y atterrissent, portés par quelque souffle spirituel, ils devront réfléchir à l\u2019urgence de participer aux débats du monde étudiant, sur la place publique.Simple question de crédibilité.En ce qui concerne les communautés paroissiales, elles ne peuvent demeurer indifférentes aux exigences rappelées par Jean-Paul II.Reconnaître d\u2019abord que l\u2019Église, elle aussi, est appelée à la conversion renouerait bien ce dialogue rompu il y a une vingtaine d\u2019années entre les jeunes et les paroisses.Bien plus, on ne saurait tolérer davantage que les jeunes laïcs soient encore absents des comités de pastorale et relégués aux traditionnelles tâches de service liturgique.On craint sans doute des bouleversements douloureux mais cela ne peut plus être une excuse valable: Vatican II, prônant la responsabilisation des laïcs, c\u2019était il y a vingt ans! Quant aux diocèses et à leurs pasteurs, c\u2019est l\u2019ensemble des services offerts aux jeunes qu\u2019ils devront repenser.Les diocèses de Hull et de Québec viennent de montrer, par les commissions d\u2019enquête qu\u2019ils ont créées, l\u2019intérêt qu\u2019ils portent aux jeunes.Le diocèse de St-Jérôme est allé plus loin, il en a fait sa priorité pastorale.Plus obscures, par contre, sont les suites à inventer pour tous ces jeunes non organisés réunis un certain soir de septembre.Ils ne sont regroupés ni par la paroisse, ni par les services de pastorale, ni par les mouvements et n\u2019ont pas l\u2019habitude de laisser leur carte de visite.Sans doute ont-ils acquiescé au dire de Jean-Paul II, à sa «morale» sociale, le reconnaissant moins comme leader spirituel que comme humaniste convaincu et honnête.Mais qu\u2019en reste-t-il aujourd\u2019hui?Souhaitons que la rencontre du stade olympique ou de l\u2019université Memorial aura ravivé chez eux le goût de la solidarité ou, tout simplement, l\u2019espoir.330 RELATIONS DÉCEMBRE 1984 Les évêques et les femmes au Canada: LE PRIX DU DIALOGUE par Gisèle Turcot Les diverses questions étudiées par l\u2019épiscopat canadien ne font pas toujours la manchette et l\u2019importance que leur accordent les médias n\u2019est sans doute pas la seule mesure pour en apprécier la valeur.Toutefois, au cours de la semaine du 22 octobre dernier, la presse a accordé une large place au débat qui a marqué la remise du rapport du Comité «ad hoc» de la Conférence des évêques catholiques canadiens (CÉCC) sur le rôle de la femme dans l\u2019Église.Relations veut offrir à ses lectrices et lecteurs l\u2019occasion de s\u2019approprier les faits qui ont entouré la présentation de ce rapport.Les préliminaires Rappelons-en d\u2019abord la genèse.À l\u2019automne 1981, la Conférence épiscopale fait le point sur une décennie d\u2019interventions au sujet du rôle de la femme dans ia société et dans l\u2019Église.Un calendrier des événements rappelle les recommandations exprimées par divers groupes de femmes et il retrace chacune des initiatives et des réactions des évêques tant auprès du Saint-Siège qu\u2019en terre canadienne.Le document est envoyé à 70 femmes de toutes les régions du pays avec un questionnaire les invitant à dégager de nouvelles pistes d\u2019action à entreprendre au cours de la décennie \u2019801.Pour donner suite à ce sondage, l\u2019Equipe pastorale2 de la CÉCC consulte sept femmes à travers le pays les 20 et 21 mars 1982.Ces dernières recommandent, entre autres, «que le rôle des femmes dans l\u2019Église soit le thème d\u2019une assemblée plénière ou du moins qu\u2019il en constitue un des sujets principaux»; elles souhaitent également «la mise en place d\u2019un mécanisme qui permettrait aux femmes dans l\u2019Église d\u2019être leur propre porte-parole sur différentes questions».À sa réunion des 9 et 10 juin 1982, le Conseil d\u2019administration de la CÉCC reçoit leurs recommandations.Il décide de mettre sur pied un «Comité \u2018ad hoc\u2019 sur le rôle de la femme dans l\u2019Église» \u2014 que nous appellerons aussi «comité spécial» \u2014 à qui il demande 1.\tInformations tirées de la note «A titre de renseignement», CÉCC, no 961,20 août 1 982.2.\tL\u2019Équipe pastorale est un groupe de travail de la CÉCC qui comprend les évêques présidents de six commissions et six permanents du Secrétariat de la Conférence.1)\tde voir comment donner suite aux recommandations formulées par les femmes consultées au terme du sondage national de 1981 ; 2)\td\u2019analyser la situation de la femme dans l\u2019Église au niveau local et régional; 3)\tde faire rapport au Conseil d\u2019administration dans un an.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 Sont désignés membres de ce comité spécial sur le rôle de la femme dans l\u2019Église: \u2014\tdeux évêques: Mgr Raymond Saint-Gelais, auxiliaire à Saint-Jérôme, Québec et Mgr James L.Doyle, évêque de Peterborough, Ontario, auquel succédera Mgr James H.McDonald, évêque de Charlottetown, ïIe-du-Prince-Édouard; \u2014\tdeux femmes membres du personnel de la CÉCC: Marguerite Cloutier, secrétaire générale adjointe et Veronica O\u2019Reilly, responsable du dossier de l\u2019oecuménisme; \u2014\tsept femmes choisies à travers les quatre régions pastorales du pays: Rita Beauchamp, vicaire épiscopale, Valleyfield, Annine Parent-Fortin, andragogue à l\u2019Office de pastorale sociale, Québec, Pauline Beaulieu, animation et recherche au Mouvement des femmes chrétiennes, St-Basile, Madawaska (remplacée en 1983-84 par Angela Bourgeois, agente de développement des communications, ministère fédéral des Communications, Nouveau-Brunswick), Elisabeth J.Lacelle, théologienne, professeure, Université d\u2019Ottawa, Mary T.Malone, théologienne, professeure, Université de Toronto, Patricia O\u2019Reilly, consultante pastorale, Ottawa et Jean Forest, chancelière, Université d\u2019Edmonton.Mission accomplie, le comité présente son rapport à l\u2019assemblée plénière le 23 octobre 1 984.Il a à son crédit sept réunions en deux ans, le résultat d\u2019une cueillette de témoignages auprès d\u2019un millier de femmes engagées en Église, un guide d\u2019animation à l\u2019usage des groupes de base et une douzaine de recommandations, sans oublier une collaboration ponctuelle à la préparation du synode de 1983 sur le thème de la réconciliation.Le premier jour La présence du cardinal George B.Flahiff à ces assises annuelles de la CÉCC n\u2019est pas sans apporter une note particulière d\u2019espérance: \u2014 Monsieur le cardinal Flahiff, en recevant le rapport du comité spécial, vous pouvez mesurer le chemin parcouru depuis 1971.L\u2019intervention que vous avez faite au synode romain, cette année-là, au nom des évêques canadiens, n\u2019a-t-elle pas trouvé des échos ici même à la Conférence?\u2014 Vous savez, si nous avons pris la parole au synode de 1971, c\u2019est parce qu\u2019un groupe de femmes d\u2019Edmonton nous a fait comprendre l\u2019importance du rôle des femmes dans l\u2019Église.Si nous voulons voir grandir le Corps mystique du Christ, il faut que chacun des membres y joue son rôle; nous devons faciliter l\u2019accomplissement de la mission de chaque chrétien au service du Corps tout entier.Lorsque le rideau se lève au matin du premier jour, ce mardi 23 octobre, l\u2019atmosphère est à la joie.Les évêques canadiens ont à leur acquis une décennie d\u2019interventions favorables à la reconnaissance de la place des femmes dans l\u2019Église.Ce n\u2019est pas sans un certain sentiment de fierté que Mgr Saint-Gelais en rappelle les grands traits en guise d\u2019introduction au rapport qu\u2019il remet à ses confrères pour étude en ateliers.332 Élisabeth Lacelle, porte-parole féminin du groupe de travail, situe les travaux et recommandations du comité comme une étape vers une Église communautaire et responsable où femmes et hommes pourront ensemble s\u2019ouvrir à l\u2019action de l'Esprit.Pas question d\u2019ordination, même au diaconat, ni de requête de pouvoir au niveau de la CÉCC, mais plutôt une invitation à faire avancer la conscience ecclésiale de l\u2019égalité fondamentale des fils et filles de Dieu par la mise en oeuvre de mesures précises contenues dans les recommandations.Pour rendre compte avec le plus de vérité et de fidélité possible de la situation des femmes dans l\u2019Église, les membres du comité ont recueilli des témoignages auprès de deux catégories de témoins: des femmes agentes de pastorale qui comptent de un à treize ans de service à l\u2019emploi d\u2019un diocèse, d\u2019une paroisse, d\u2019un organisme ou d'un mouvement chrétien; et des femmes mariées, célibataires, laïques et religieuses, ayant toutes un certain engagement en Église.Elles étaient invitées à rédiger leur histoire (story of life) sous l\u2019angle de leurs rapports avec l\u2019Église3.Au coeur des contradictions qu\u2019elles vivent et de la discrimination qu\u2019elles subissent parfois, les femmes consultées expriment de vives souffrances, décrites ainsi par Annine Parent-Fortin: Souffrances venant d\u2019un passé marqué de blessures encore vives, souffrances devant des interdits ou devant des rejets, souffrances de ne pouvoir, selon leur propre expression, aller au bout de leur baptême, du seul fait qu\u2019elles soient nées femmes.Souffrance aussi, et celle-là très intensément ressentie, de constater l\u2019indifférence ou l\u2019abandon de leurs soeurs ou de leurs filles voulant vivre en fidélité avec l\u2019Église de Jésus Christ; (.) de l'infidélité de ces femmes qui quittent plutôt que de lutter, qui se taisent plutôt que de parler, qui se retirent plutôt que de s\u2019engager ou qui, discrètement, sans faire de bruit, refusent d\u2019éduquer leurs fils ou leurs filles dans la foi chrétienne4.Ces témoignages, dont les évêques ont pris connaissance à même le dossier qui leur a été remis depuis plus de deux mois, exercent sans doute déjà une pression considérable car ils présentent sans maquillage le vécu des femmes en Église.Dès la fin de la matinée, le climat de la rencontre se modifie.Les remontées de chacun des dix ateliers, où l\u2019on a invité une femme comme personne-ressource, laissent voir des réticences soit à l\u2019égard des considérants et donc de l\u2019analyse qui sous-tend les propositions d\u2019action, soit à propos de certaines recommandations elles-mêmes.Il faut noter cependant que chaque atelier a étudié à fond seulement deux des douze recommandations du comité spécial, à l\u2019exception de la neuvième qui a été examinée par tous, parce qu\u2019elle concernait l\u2019adoption de la «trousse de travail» et son implantation dans 3.\tLe Comité «ad hoc» s\u2019est engagé à garantir la confidentialité des témoignages recueillis et, pour cette raison, le document final qui les contient est réservé aux évêques.4.\tCommunication à l\u2019assemblée plénière de la CÉCC, 23 oct.1984.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 les diocèses (voir l\u2019encadré ci-contre).Ce mécanisme, familier des membres de la Conférence, permet de consacrer moins de temps à l\u2019étude d\u2019un thème jugé prioritaire, mais il offre l\u2019inconvénient de limiter l\u2019expression des membres et de ne pas refléter l\u2019opinion réelle de toute l\u2019assemblée.Le second jour Mercredi matin, le 24 octobre, la Conférence se transforme en assemblée de vote suivant les procédures formelles en usage dans les groupes qui appliquent un fonctionnement démocratique.Sous la direction du président, Mgr John Sherlock, Mgr Raymond Saint-Gelais et Mgr James H.McDonald introduisent d\u2019abord la douzième recommandation.Le Comité «ad hoc» avait proposé une structure nationale de dialogue; la formule préconisée par les ateliers retient le principe de la continuité du dialogue et demande 1)\tque la CÉCC encourage les régions, les inters et les diocèses à se doter de lieux de rencontre et de dialogue pour les femmes; 2)\tque la CÉCC poursuive la réflexion théologique et pastorale sur le vécu et la mission des femmes dans l'Église; 3)\tque la CÉCC se donne un échéancier de révision périodique de la situation des femmes dans l\u2019Église; que cette révision se fasse avec des femmes et des hommes.En adoptant cette résolution telle que modifiée, les évêques réaffirment que le dossier du rôle de la femme dans l\u2019Église doit être traité au niveau des Églises locales et en tenant compte du contexte pastoral.On est en droit de se demander si la priorité accordée à la dimension pastorale ne risque pas de reléguer au second plan l\u2019indispensable travail de recherche théologique et pastorale.À peine l\u2019assemblée a-t-elle été saisie de la douzième recommandation qu\u2019il lui faut tenir compte de l\u2019intervention «in absentia» du cardinal Emmett Carter, archevêque de Toronto.Celui-ci a chargé l\u2019un de ses auxiliaires, Mgr Leonard James Wall, de livrer aux évêques ses réflexions sur le travail du comité5.Selon lui, la révision du rapport est une question capitale et délicate, et il juge qu\u2019une nouvelle étude devrait être réalisée sur cette question si la CÉCC veut obtenir des résultats dignes d\u2019être considérés.Il estime que le comité a été formé dans une perspective précise.Il reproche au comité qui a recueilli des témoignages d\u2019avoir écarté ou fait taire les voix discordantes.Il qualifie de «négatif au point d\u2019être offensant» (negative to the point of being abusive) le ton du document remis aux évêques.Il reproche au rapport de ne pas mentionner les progrès réalisés en matière liturgique, canonique et pas- 5.Le texte de la communication de M.le cardinal E.Carter n\u2019a pas été accessible aux représentants des médias.LA TROUSSE DE TRAVAIL On a fait grand cas de la décision des évéques de faire réviser la «trousse de travail» par l\u2019Équipe pastorale de la CÉCC.Mais que comportait cette première version du guide d\u2019animation?Dans le dossier remis aux évêques, le Comité «ad hoc» précise que la trousse de travail fournit des matériaux en vue de 12 rencontres dont chacune représente une durée d\u2019environ deux heures.Ces rencontres peuvent être réalisées indépendamment les unes des autres, dans l\u2019ordre et selon le nombre qui peut convenir au groupe de travail.Chaque rencontre est organisée autour d\u2019un objectif précis.Elle se déroule en trois temps: 1.\tun rassemblement des participant(e)s dans une méditation et une prière; 2.\tun échange qui comporte \u2014\tun examen de la situation (voir) \u2014\tune réflexion sur la situation (juger) \u2014\tle choix d\u2019une action (agir); 3.\tun rassemblement des participantes dans une prière qui résume ce qui a été vécu.\u2022 ::: À titre d\u2019exemple, voici quelques-uns des objectifs proposés pour ces rencontres: \u2014 Prendre conscience que le mouvement des femmes s\u2019inscrit dans notre culture et qu\u2019il peut être considéré comme un signe des temps.\u2014 Prendre conscience de la situation de la femme quant à sa sexualité dans l\u2019Église.\u2014 Prendre conscience que le langage liturgique est souvent masculin.Favoriser un langage où femmes et hommes peuvent se retrouver sur un plan d\u2019égalité «à l\u2019image de Dieu».\u2014 Inventorier les avantages et les difficultés d\u2019une coresponsabilité femmes et hommes dans l\u2019Église.\u2014 Prendre conscience de la place de la femme dans la diversité des services et ministères dans l\u2019Église.Se laisser interpeller par cette question.Envisager des moyens de la changer.\u2014 Faire prendre conscience que les femmes participent au ministère de la Parole dans l\u2019Église.Vérifier comment elles pourraient le faire davantage pour que l\u2019Église devienne une communauté où les hommes et les femmes seront coresponsables de l\u2019Évangile.Une bibliographie, des suggestions de prières et de textes théologiques étaient également fournies en Annexe.torale.Bref, l\u2019archevêque, retourné à Toronto pour des raisons de santé, estime qu\u2019il est de son devoir d\u2019alerter ses confrères sur la non-représentativité et la non-crédibilité du Comité «ad hoc» qui a reçu un mandat du Conseil d\u2019administration de la CÉCC et travaillé avec des évêques tout au long de ces deux années.La mise aux voix de la neuvième recommandation pro- RELATIONS DECEMBRE 1984 333 POUR UN DIALOGUE PLUS COHÉRENT Une quarantaine de femmes laïques et religieuses, dont plusieurs théologiennes, ont réagi publiquement aux arguments invoqués par certains évêques pour tenter d\u2019empêcher l\u2019adoption des recommandations contenues dans le rapport du Comité «ad hoc».Voici des extraits de cette lettre ouverte8.(.) «Nous acceptons mal qu\u2019un travail d\u2019une telle envergure soit qualifié de négatif et d\u2019abstrait.Il est le résultat d\u2019une vaste enquête menée «d\u2019un océan à l\u2019autre» pendant deux ans auprès d\u2019un millier de femmes.Leurs états de service comme agents de pastorale sont irrécusables et leur crédibilité est déjà reconnue dans leurs diocèses respectifs.Nous comprenons mal en quoi le comité peut être accusé de véhiculer une vision hiérarchisée de l\u2019Église alors qu\u2019il ne cesse au contraire d\u2019en appeler à une Église de communion.La déclaration d\u2019un évêque à l\u2019effet qu\u2019adopter un tel document «tout de suite après la visite du Saint-Père sera considéré comme une approbation de positions qu\u2019il considère comme inacceptables» relève d\u2019une conception périmée de l\u2019Église et constitue une survalorisation indue de l\u2019autorité du pape.(.) Les sujets sur lesquels des évêques ont trébuché concernent la vie sexuelle des femmes et leur participation aux ministères dans l\u2019Église.Ils nous paraissent révélateurs de points de résistance à la démystification des tabous relatifs à la sexualité, et du réflexe panique engendré par la perspective de devoir partager des responsabilités.(.) Malgré les ondes de choc qui ont submergé la présentation du rapport, nous ne perdons pas de vue les gains substantiels qui demeurent attachés au travail du comité.Même si ces acquis déjà reconnus dans la société civile ne constituent en réalité que des mesures de rattrapage.(.) Si les événements déplorables de la semaine dernière devaient s\u2019avérer instructifs pour l\u2019avenir du dialogue femmes-hommes dans l\u2019Église que préconisent dorénavant les évêques de la CÉCC, cet enseignement devrait être le suivant: 1.\tPour les femmes: rendre leur participation, à quelque comité ou rapport que ce soit, conditionnelle à des ententes fermes concernant une participation équivalente aux discussions et au suivi des décisions qui en découleront.2.\tPour les évêques de la CÉCC: embaucher sans délai, au niveau de leur conférence, une relationniste chargée de les informer et de les conseiller dans leur dialogue et leurs rapports avec la moitié encore mal connue et parfois mal traitée de l\u2019Église.» 334 posant l\u2019adoption de la trousse de travail allait donner matière à prolonger le débat.Quelques membres de l\u2019assemblée accentuent la critique en affirmant que ce document \u2014\tincite à la confrontation, ce qui est acceptable en politique mais pas dans l\u2019Église; \u2014\tencourage implicitement l\u2019ordination des femmes et l\u2019usage de moyens artificiels de planification des naissances, ce que des évêques ne peuvent absolument pas appuyer, surtout après la récente visite du pape au Canada; \u2014\treflète une perception de l\u2019Église surtout comme hiérarchie verticale et non comme peuple de Dieu.À trois reprises, des membres de la Conférence ont exprimé le désir qu\u2019une femme du comité puisse répondre à de telles critiques afin de faire avancer le débat, mais le président n\u2019a pas jugé opportun d\u2019inviter l\u2019assemblée à recourir aux règlements d\u2019exception que la procédure autorise en pareilles circonstances.Ainsi les critiques formulées, sans être assorties de preuves, sont demeurées présentes jusqu\u2019à la levée de la séance.D\u2019autres voix se sont fait entendre.Soulignant qu\u2019il n\u2019y a «rien de meilleur pour dissiper les peurs qu\u2019une bonne théologie», Mgr Robert Lebel, évêque de Valleyfield, souhaite que la recherche théologique soit ouverte sur tous les aspects du rôle des femmes dans l\u2019Église car «les sciences biblique, anthropologique et historique questionnent l\u2019anthropologie dont nous avons hérité depuis le moyen âge».De son côté, Mgr Remi de Roo, évêque de Victoria, déplore qu\u2019une fois de plus, une discussion essentiellement pastorale tourne à un débat où s\u2019affrontent des conceptions ecclésiologiques divergentes qui détournent des vrais enjeux.Cet enjeu selon lui, c\u2019est «un processus de dialogue amorcé entre les évêques et les femmes au Canada» Face aux difficultés particulières que soulève la trousse de travail, plusieurs interventions rappellent qu\u2019elle est un instrument adaptable.D\u2019ailleurs, selon Mgr Bernard Hubert, évêque de Saint-Jean-Longueuil, «ce n\u2019est pas la première fois que la CÉCC est invitée à adopter un instrument incomplet ou perfectible».Et Mgr Charles Valois, évêque de Saint-Jérôme, d\u2019ajouter avec une pointe d\u2019humour que la théologie du rôle de la femme dans l\u2019Église n\u2019étant pas «arrêtée», une trousse d\u2019animation, tout imparfaite qu\u2019elle soit, «permettra aux femmes de s\u2019exprimer et de nous faire avancer sur cette question».Malgré les efforts pour atténuer l\u2019impact de l\u2019intervention initiale du cardinal de Toronto, l\u2019assemblée demeure en quelque sorte déroutée.Une motion de dépôt, présentée par l\u2019évêque d\u2019Amos, Mgr Gérard Drainville, dans le but évident de ménager et le guide d\u2019animation et l\u2019assemblée, est ensuite retirée au profit d\u2019un amendement formulé par Mgr Leonard Crowley, auxiliaire à Montréal.L\u2019assemblée accepte, en dernière minute, «que la trousse de travail révisée par l\u2019Équipe pastorale soit envoyée aux diocèses».Le bilan de ce deuxième jour est déconcertant.Le temps alloué au rapport du «Comité \u2018ad hoc\u2019 sur le rôle de la femme dans l\u2019Église» est écoulé.Les femmes membres du comité se disperseront en fin de journée sans bénéficier à nouveau du privilège de la parole.La trousse de travail préparée dans des conditions de temps et de budget fort limitées est remise à l\u2019Équipe pastorale où siège une seule femme.Et le Conseil d\u2019administration, qui est RELATIONS DÉCEMBRE 1984 l\u2019instance habituelle de gouvernement à la CÉCC en dehors des réunions plénières annuelles, n\u2019a reçu aucune indication de l\u2019assemblée plénière concernant les dix autres recommandations du comité spécial.Il n\u2019en fallait pas tant pour que les femmes du comité soient décontenancées et que se dirigent vers elles, en un mouvement rarement aussi visible de sympathie, une meute de journalistes qui avaient assisté au débat.Interrogée sur le fait que le droit d\u2019intervention n\u2019ait pas été accordé aux femmes du Comité durant cette assemblée délibérante, Elisabeth Lacelle a déclaré que «cet événement est à l\u2019image des possibilités de prise de parole des femmes en Église».Le troisième jour Au matin du troisième jour, le 25 octobre, le vent a tourné au frais.Invoquant une question de privilège autorisée par la procédure, le primat de l\u2019Église au Canada, Mgr Louis-Albert Vachon, propose d\u2019emblée «que le comité exécutif de la CÉCC adresse une lettre à chaque membre du Comité \u2018ad hoc\u2019 sur le rôle de la femme dans l\u2019Église pour lui témoigner notre profonde gratitude».Étant donnée «la nature du synode de l\u2019an dernier et de l\u2019intervention que j\u2019y ai faite en votre nom, vous ne vous étonnerez pas que je situe mon propos dans une optique de réconciliation», ajoute-t-il à l\u2019adresse de ses confrères.L\u2019archevêque de Québec déplore aussi les conditions contraignantes dans lesquelles les discussions se sont déroulées.Au delà de la procédure, le contenu des échanges est visé: De plus, je crains que certaines questions ou objections soulevées au cours de nos échanges n\u2019aient été perçues et reçues comme un jugement voire comme un procès d\u2019intention à l\u2019endroit des membres du Comité «ad hoc».Ne faut-il pas craindre également que cette impression ne soit partagée par un bon nombre de femmes qui, à travers tout le Canada, ont participé au processus de consultation du groupe de travail en qui elles avaient mis beaucoup d\u2019espoir6?Les applaudissements de l\u2019assemblée à ce lever de rideau donnèrent plus de force aux motifs de gratitude exprimés par le primat: \u2014\tle désir des membres du Comité de respecter le mandat confié; \u2014\tle souci de refléter au mieux les préoccupations et les attentes des femmes de l\u2019ensemble du Canada vis-à-vis de l\u2019Église; \u2014\tla somme considérable de travail réalisé dans le but de «promouvoir une communauté ecclésiale qui soit vraiment attentive aux signes des temps».6.\tIntervention écrite de Mgr Louis-Albert Vachon à l\u2019assemblée plénière de la CÉCC, 25 oct.1984.7.\tInspiré du communiqué de la CÉCC, no 366, le 26 oct.1984.L'Église canadienne, dans son édition du 15 novembre dernier, publie les considérants de ces recommandations.Immédiatement, le président de l'assemblée annonce la décision que le comité exécutif a prise la veille d\u2019aérer l\u2019ordre du jour des deux dernières journées de la plénière afin de poursuivre l\u2019étude des recommandations du Comité «ad hoc».Voilà une réponse immédiate au voeu final de Mgr Vachon: «Que nous exprimions la volonté ferme qui nous anime de poursuivre le dialogue, amorcé il y a plusieurs années déjà, en vue de nouveaux rapports femmes et hommes dans l\u2019Église (.) et notre désir de nous laisser interpeller ensemble par l\u2019Esprit de Dieu».Trois femmes du comité seront témoins des délibérations qui vont suivre.Le texte officiel des résolutions n\u2019étant pas disponible au moment d\u2019écrire ce texte, nous livrons ici un résumé des décisions que les évêques ont prises au sujet du rôle de la femme dans l\u2019Église au cours de cette troisième journée7.1)\tEn matière de justice sociale, les évêques du Canada continueront de prendre les mesures nécessaires pour que les femmes engagées en Église, par un emploi ou autrement, reçoivent un traitement équitable.Ils continueront aussi d\u2019intervenir contre les injustices dont les femmes sont l\u2019objet dans la société.2)\tÀ propos du langage employé en liturgie et dans les interventions pastorales, les évêques veilleront à sensibiliser les fidèles à l\u2019importance d\u2019un langage inclusif et ils presseront leur propre commission nationale de liturgie d\u2019intervenir auprès de la Commission internationale de liturgie francophone pour que le textes soient révisés conformément à cette orientation.3)\tPour les fonctions et services que des femmes, aussi bien que des hommes, accomplissent déjà dans les communautés chrétiennes, elles recevront un mandat pastoral officiel de l\u2019évêque lorsque le ministère exercé implique une participation aux responsabilités et aux prises de décision.4)\tEn matière de perfectionnement théologique et pastoral, les diocèses sont invités à établir un fonds d\u2019aide accessible aux femmes avec entente contractuelle relative aux services ultérieurs à rendre à l\u2019Église.5)\tAu sujet de l\u2019image de la femme, la Conférence épiscopale prendra les dispositions nécessaires pour que les instruments catéchétiques et pastoraux disponibles soient révisés de manière à présenter la femme mariée comme partenaire égale à son conjoint dans la vie privée et la vie publique, chacun selon sa vocation personnelle.6)\tEn ce qui concerne la participation des femmes aux instances de gouvernement ecclésial, les évêques s\u2019engagent à assurer une représentation plus adéquate des femmes compte tenu de leur compétence et de leur expérience.7)\tLes prêtres et les futurs prêtres seront conscientisés à l\u2019égalité fondamentale de la femme dans l\u2019Église et les femmes seront appelées à jouer un rôle plus actif dans la formation des futurs prêtres.8)\tAu sujet des ministères exercés par des femmes, les évêques encouragent la mise sur pied de comités diocésains spéciaux chargés d\u2019étudier cette question en collaboration avec les commissions épiscopales concernées.RELATIONS DÉCEMBRE 1 984\t335 APPUI AUX FEMMES EN ÉGLISE Voici quelques extraits d\u2019une lettre ouverte8 où 26 hommes, laïcs et prêtres, dont plusieurs théologiens, expriment leur solidarité avec les membres du Comité «ad hoc» et avec toutes les femmes en Église.En introduction, ils endossent le point de vue exprimé dans «la lettre des femmes» présentée dans l\u2019encadré ci-contre.(.) «Nous désirons affirmer que la question de la place des femmes dans l\u2019Église est un dossier qui intéresse tous les membres de celle-ci, quelle que soit leur situation.L\u2019attention qu\u2019on doit lui porter est exigée par la compréhension qu\u2019on a, aujourd\u2019hui, de l\u2019égalité de l\u2019homme et de la femme et par le souci de la transmission de la foi dans la culture contemporaine.C\u2019est une part de la crédibilité de l\u2019Église qui est en jeu dans le traitement qu\u2019elle accorde à ce dossier.Les hésitations et les tergiversations sont désormais inadmissibles.Il faut agir méthodiquement et de façon responsable.Les femmes dans l\u2019Église ont fait déjà abondamment preuve de leur modération, de leur patience et de leur esprit de collaboration.Elles ne méritent pas d\u2019être soupçonnées.Il s\u2019agit plutôt de créer avec elles des rapports nouveaux.Nous sommes conscients, en parlant ainsi, que tout ne sera pas facile dans cette entreprise de dialogue, de réflexion théologique et pastorale, de transformation des pratiques.Nous serons nous-mêmes à certains moments questionnés, choqués, bouleversés dans nos habitudes, surpris dans nos certitudes.Cela ne peut servir d\u2019excuse au ralentissement d\u2019un chantier qui accuse déjà du retard.» 9) Le guide d\u2019animation (ou «trousse de travail») révisé par l\u2019Équipe pastorale sera mis à la disposition des diocèses qui désigneront une femme ou une équipe pour en assurer la promotion et la coordination.10)\tLa situation des femmes engagées dans l\u2019Église diocésaine fera l\u2019objet d\u2019une étude.11)\tL\u2019Équipe pastorale de la CÉCC, tout en accordant une plus large participation aux femmes, confiera à une permanente membre de cette équipe le dossier prioritaire du rôle de la femme dans l\u2019Église.8.\t«Pour un dialogue plus cohérent», Le Devoir, 30 oct.1984, Le Soleil, 1er et 2 nov.1984 et La Presse, 31 oct.1984.«Appui aux femmes en Église», Le Devoir, 8 nov.1984, Le Soleil, 5 nov.1 984 et La Presse, 9 nov.1 984.9.\tGinette Boyer, «Le mouvement des femmes en Église», Relations, déc.1983, p.320.10.\tHélène Pelletier-Baillargeon, «Galilée, l\u2019Église et les femmes», Prêtres et pasteurs, vol.87, no 8, sept.1 984.L\u2019auteu-re commente le rapport quinquennal 1983 de l\u2019AÉQ sous l\u2019angle de la place des femmes dans l\u2019Église.11.\tAnnine Parent-Fortin, Communication à l\u2019assemblée plé-/ nière de la CÉCC, 23 oct.1 984.12) En vue d\u2019assurer la continuité du dossier, la CÉCC encourage les régions et les diocèses à se doter de lieux de rencontre et de dialogue avec les femmes et à poursuivre, à l\u2019échelon national, la réflexion théologique et pastorale tout en se donnant un échéancier de révision périodique de la situation de la femme dans l\u2019Église.Le prix du dialogue L\u2019épisode 1984 du dialogue entre les évêques et les femmes au Canada évoque une marche vers une terre promise que nul ne peut atteindre sans traverser l\u2019épreuve.Ni les évêques ni les femmes ne sont épargnés: les uns et les autres sont confrontés à l\u2019héritage d\u2019un évangile livré dans un contexte socio-culturel précis et à une tradition qui se heurte à ce mouvement irréversible de la transformation des rapports femmes et hommes.L\u2019horizon d\u2019une humanité nouvelle instaurée par le Christ ne concerne pas seulement les protagonistes du drame qui s\u2019est joué à l\u2019avant-scène de cette semaine du 22 octobre 1984.Rapidement, un groupe de femmes, puis un groupe d\u2019hommes du Québec, ont exprimé leur solidarité avec le Comité «ad hoc» dans des lettres collectives que les quotidiens francophones ont publiées à compter du 30 octobre8 (voir les encadrés ci-contre).Conscients des enjeux soulevés par ce rapport, ces chefs de file ont affirmé leur désir de voir l\u2019Assemblée des évêques du Québec assurer sans délai la mise en oeuvre des recommandations du rapport dans le contexte culturel qui nous est propre.Les deux groupes insistent également pour demander un dialogue plus cohérent.Certes des échanges ont eu lieu depuis cinq ans entre le Comité des affaires sociales de l\u2019AÉQ et les répondantes diocésaines à la condition des femmes9.Les orientations préconisées dans le rapport quinquennal que l\u2019Assemblée a remis au pape en 1983 témoignent aussi d\u2019une réelle ouverture^.Mais il faut aller plus loin et assortir les projets de moyens appropriés.Par exemple, comment «se doter de lieux de rencontre et de dialogue pour les femmes en Église» et entreprendre ou poursuivre des recherches sérieuses sans un minimum de ressources humaines et financières?En milieu ecclésial, l\u2019appel aux collaborateurs masculins se réalise dans d\u2019autres conditions car les laïcs consultés occupent souvent des postes de cadres.À ce titre, ils peuvent habituellement compter sur des services de soutien auxquels la plupart des femmes n\u2019ont pas accès, du seul fait de leur longue carrière dans le bénévolat ou de leur entrée tardive sur le marché du travail.Au delà des moyens matériels, la confiance mutuelle demeure la condition essentielle du dialogue.Dans la mesure où elles se sauront invitées à une réelle coresponsabilité, les femmes échapperont à la tentation qui les guette de quitter une institution hésitante à reconnaître que «les femmes veulent devenir les sujets de leur avenir dans l\u2019Église»* 11.Le 1 3 novembre 1 984 336 RELATIONS DECEfViôRE 1984 Un dimanche à la campagne et Amadeus: L'ENFANT PRODIGUE, ÉDITIONS '84 par Michel M.Campbell J\u2019hésite à commencer en parlant de cette parabole.Peur de perdre des lecteurs.On nous a tellement rabâché de stéréotypes moralisateurs sous ce thème.Le fils, indigne, méchant, vicieux, qui demande son héritage du vivant de son père1, qui dilapide sa fortune et (bien puni!) se retrouve dans une soue à cochons.Le père, si bon, si triste, si juste et généreux.Le frère sage dont on ne sait trop ce qu\u2019il fait là2.Cette lecture a du mal à passer aujourd\u2019hui, avec ses histoires d\u2019héritage, sa dynamique de sentiments de mâles3 et son manichéisme simpliste.L\u2019expérience, la psychologie nous portent à poser des questions.Pourquoi le fils est-il parti?et pourquoi l\u2019autre est-il resté?Comment vivaient-ils leur père et vice-versa?Pourtant, cette parabole qui pose les questions de la relation au père, des rapports entre frères, de la mesquinerie de la loi et de la générosité possible au delà de la loi est trop importante pour qu\u2019on n\u2019essaie pas d\u2019en faire de nouvelles lectures.La saison 1.\tSelon les moeurs du temps, semble-t-il, ce genre de demande était possible et ne présentait pas nécessairement le caractère choquant qu\u2019on lui trouve de nos jours.2.\tLes interprétations habituelles de la parabole voient dans le fils qui part le personnage principal.La critique biblique récente, au contraire, cherche ailleurs la pointe de la parabole: dans le refus du fils aîné de comprendre son père.3.\tLes femmes n\u2019apparaissent pas explicitement dans le texte de l\u2019Évangile, mais les commentaires ont très souvent évoqué les femmes de mauvaise vie pour illustrer la «prodigalité» du fils.Comme on ne peut s\u2019empêcher de postuler, par ailleurs, l\u2019existence d\u2019une mère dans cette famille, on est placé une fois de plus devant le stéréotype de la femme mère-prostituée.cinématographique montréalaise nous offre d\u2019ailleurs deux films qui reprennent cette thématique triangulaire de façon originale.Un dimanche à la campagne.Le cinéma bourgeois français à son meilleur, avec son amour de la vie et des atmosphères.Le talent tout protestant et veermérien de Tavernier.1912.Entre le monde de Renoir et des frères Lumière, la banlieue campagnarde de Paris, la villa confortable et paisible de M.Ladmiral, un peintre à la retraite.Le fils aîné vient de Paris, comme chaque dimanche, avec femme et enfants pour visiter son vieux père.Car c\u2019est un homme de principe que ce fils: il va à la messe, il garde son veston, même l\u2019été, chez son père, enfin, fort de son autorité, il distribue allègrement des claques à ses propres fils.Le rituel habituel des gens bien.Bonne table, bonne conversation, bonnes manières.On s\u2019ennuie un peu sans l\u2019avouer.Arrive Irène, la fille cadette.Tout le contraire de son frère.Une femme libre (dans toute l\u2019ambiguïté du terme à l\u2019époque).Elle conduit une auto, fait des affaires (elle est même prête, au grand scandale de son frère, à vendre de «belles dentelles» qu\u2019elle a trouvées au grenier).On soupçonne qu\u2019elle a une vie amoureuse qui peut inquiéter ceux qui l\u2019aiment.Elle en demande trop à la vie.Ainsi, elle a promis, à la grande joie de son père, de rester à souper, mais elle partira subitement à la suite d\u2019un téléphone de son amant.Figure peu rassurante.Pourtant \u2014 injustice suprême! \u2014 c\u2019est elle que le père préfère.C\u2019est à elle qu\u2019il se confiera quand elle l\u2019amènera faire un tour d\u2019auto.À elle qu\u2019il avouera qu\u2019au fond il a été un peintre trop conventionnel et trop prudent, alors que ses collègues exploraient mille voies nouvelles.C\u2019est sans doute en pensant à elle qu\u2019à la fin du jour (métaphore de sa fin de vie), il se retrouvera devant une nouvelle toile blanche.Ultime chance de dire ce qu\u2019il n\u2019a jamais osé exprimer,.à moins qu\u2019encore une fois il ne se range du côté de son fils.Amadeus.Un bon film musical américain, avec toute la générosité du genre, signé Milos Forman.Il y reprend la pièce du même nom de Peter Shaffer.Au fond d\u2019un asile d\u2019aliénés de la Vienne des années 1820, le compositeur italien Antonio Salieri se confesse.Adolescent, il a tout donné à Dieu, il a même fait voeu de chasteté dans l\u2019espoir de devenir le plus grand musicien du monde.Il était même parvenu au poste de maître de musique de sa Majesté Impériale Joseph Il quand il vécut le scandale de sa vie.Mozart, une espèce de jeune punk avant l\u2019âge, vulgaire et jouisseur, lui damait le pion.Il composait sans bavure, comme de source, une musique divine.Salieri n\u2019a alors de cesse d\u2019espionner ce rival.Obsédé par la réussite de Mozart, il le gêne dans sa carrière et en arrive même à vouloir le voler et le tuer.Il lui commande anonymement un Requiem et, alors qu\u2019il sait Mozart malade, il le presse de le finir.Il va jusqu\u2019à se travestir et à prendre les allures du père de Mozart pour mieux le terroriser.Les très belles séquences où déferle la musique de Mozart au rythme du commentaire admiratif et passionné de Salieri s\u2019opposent à celles où l\u2019on entend le rire nerveux et presque insupportable du jeune Wolfgang.On en arrive même à se demander comment une telle tête de linotte a pu produire une telle oeuvre.N\u2019oublions pas que le Mozart que le film nous présente est tel que Salieri veut bien le voir et qu\u2019il en existe peut-être un autre qu\u2019il censure.À savoir le Wolfgang pressuré par son RELATIONS DÉCEMBRE 1984 337 père autoritaire et sangsue qui veut tout contrôler chez son fils, jusqu\u2019à sa vie de couple.Au fond, c\u2019est peut-être là que le bât blesse le plus Salieri.Contrairement à lui, Mozart a échappé à la mainmise de son père; fût-ce de façon réactionnelle, il a échappé au super ego, même dans l\u2019excès.Il a refusé de croire qu\u2019il fallait renoncer à l\u2019éros et miser sur la conformité.Il a été généreux jusqu\u2019à rêver d\u2019un Père capable de pardonner et de donner le Repos éternel.Salieri, comme le frère du prodigue, n\u2019a pu reconnaître la grandeur de la liberté possible du père.Il en mourra dans le désespoir de sa médiocrité.Deux films de styles et de milieux culturels différents, qui, au premier abord, semblent loin de la parabole de l\u2019Évangile et surtout des lectures qu\u2019on en a faites.Pourtant, ils sont bâtis l\u2019un et l\u2019autre sur une même structure relationnelle triangulaire.En même temps, ils jettent des éclairages nouveaux et, tout compte fait, sont peut-être plus près de la Parole de Jésus et de la vérité humaine.Car ils disent que les pères humains sont fragiles, parfois peureux, voire cas-trateurs, et que l\u2019obéissance des fils n\u2019est peut-être pas toujours chimiquement pure.Que de toute façon elle ne garantit pas que l\u2019on puisse aller jusqu\u2019au bout dans la sympathie avec le père.Surtout quand il ira jusqu'à reconnaître que le départ d\u2019un fils peut s\u2019inscrire dans la liberté de l\u2019éros et quand il se montrera capable de se réconcilier avec lui.r M I I - Alice & Gertrude, Natalie & Renée et ce cher Ernest LA PIÈCE À JOVETTE par Raymond Bertin Jovette Marchessault aime les écrivains.Et les écrivaines bien sûr.Surtout.Sa première pièce, La saga des poules mouillées, publiée et jouée au TNM en 1 981, montrait à la scène les romancières québécoises Anne Hébert, Gabrielle Roy, Laure Conan et Germaine Guèvremont.Puis ce fut, l\u2019année suivante, La terre est trop courte, Violette Leduc, où on retrouvait, outre Leduc, Simone de Beauvoir, Jean Genet, Maurice Sachs, Nathalie Sarraute et Clara Malraux.Cet automne, à l\u2019Atelier Continu, elle nous présentait Alice & Gertrude, Natalie & Renée et ce cher Ernest.Tous des amateurs de la plume! Et quels amateurs! Si aujourd\u2019hui Gertrude Stein n\u2019est pas aussi connue qu\u2019Ernest Hemingway, c\u2019est peut-être seulement parce qu\u2019elle était une femme.En tout cas, même si ce n\u2019est pas dit aussi clairement dans la pièce, Jovette Marchessault le laisse entendre.Qui est Gertrude Stein?Qui sont les autres personnages de la pièce?Situons la scène: nous sommes à Paris, en 1 939, au 20 de la rue Jacob, dans le salon de Natalie Barney.D\u2019origine américaine et bourgeoise, Miss Barney, dite «l\u2019Amazone», fut de son vivant l\u2019amie des arts et des artistes (peintres, musiciens, littérateurs).338 Proust, Gide, Rilke, Valéry, Anatole France, Pierre Louys et bien d\u2019autres ont fréquenté son célèbre salon littéraire.Sans parler des femmes: Stein, Djuna Barnes, Colette qui était aussi sa voisine.Même Marguerite Yource-nar y fit son tour.Elle fut aussi l\u2019une des premières lesbiennes à vivre ouvertement, on pourrait dire fièrement, sa différence, ses choix amoureux et sensuels.L\u2019une des premières aussi, avec Renée Vivien, à en témoigner par écrit.Renée Vivien est aussi de la fête.C\u2019est une jeune poétesse, alcoolique et dépressive.Elle est l\u2019amante de Natalie, sans pour autant pouvoir affirmer former un couple avec elle: celle-ci, courtisane aux quatre vents, amoureuse de plusieurs femmes à la fois, se refuse obstinément à tout ce qui porte le nom de couple.Ce sera d\u2019ailleurs un important sujet de discussion entre les deux femmes, la cause de bien des tourments pour Renée Vivien.L\u2019autre personnage, cette Alice du titre de la pièce, c\u2019est Alice B.Toklas, celle qui fut pendant près de quarante ans la compagne de Gertrude Stein: à la fois son amante, sa conseillère, son supporteur numéro 1, sa complice en tout.Un personnage très drôle, qui fond en larmes au moindre «je t\u2019aime» de Gertrude et qui assume bien sa condition dans un superbe monologue où elle décrit la tâche (les nombreux devoirs!) des «épouses de génies, sous-génies ou génies éventuels».Du théâtre littéraire Bien des gens peuvent rester perplexes devant le théâtre de Jovette Marchessault.Le texte très français (le contexte oblige!), les discussions entre écrivains, le sous-texte trop vaste (il nous manque des références) peuvent en rebuter plusieurs.Nous sommes en présence d\u2019une oeuvre «littéraire» qu\u2019on a avantage à avoir lue avant de la voir jouée sur scène.Par bonheur (pour ceux et celles que ça intéresse), les Éditions de la pleine lune faisaient coïncider la publication 6\u2019Alice & Gertrude, Natalie & Renée et ce cher Ernest avec sa création.Un texte qui se lit, donc, mais qui s\u2019écoute bien aussi, par la suite.Quelque chose de très «différent», de rare, de dérangeant, oserais-je dire.Jovette Marchessault provoque: elle «ressuscite», dans une langue au lyrisme passionné, des personnages RELATIONS DÉCEMBRE 1984 73^737 de femmes qui ont vécu en pleine liberté, en pleine folie, extravagantes, à une époque où les femmes avaient pour mission de se taire et de se faire le plus discrètes possible.Une époque où une journaliste littéraire signait ses articles: Madame Rachil-de, Homme de Lettres.Voilà le genre d\u2019anecdotes révélatrices que nous servent les personnages tout au long de la pièce.Évocation de cette période d\u2019avant-guerre, souvenirs enfouis par le temps et le silence, nombreuses citations extraites des oeuvres plus ou moins méconnues de ces femmes choquantes qui ont su, en leur temps, se passer de l\u2019approbation des hommes pour vivre et pour créer.Une rencontre au salon Le prétexte à tout ça?Natalie Barney a rapaillé chez elle, dans des caisses et sur des tablettes, des livres et des lettres d\u2019amour de femmes.Elle leur a créé un lieu, une enceinte protectrice; c\u2019est l\u2019Arche: «Mon testament, mes archives, la mémoire des silences de l\u2019histoire!», dira-t-elle.Elle a convoqué ses amies les plus intimes pour leur dévoiler ce nouveau «rempart contre l\u2019oubli, la censure et le lllième Reich».Ce sera l\u2019occasion d\u2019une rencontre imprévue, après une brouille de plusieurs années, entre deux «légendes» de la littérature américaine: Gertrude Stein et Ernest Hemingway.Ce dernier, en effet, s\u2019est amené au salon de Miss Barney, sans invitation.D\u2019abord rejeté, il sera pourtant, après une discussion collective et bien des insultes de part et d\u2019autre, accepté par Gertrude «au nom de cette rage d\u2019écrire qui jadis nous chauffait à blanc».La passion de l\u2019écriture est sans doute le thème central de cette pièce, comme peut-être de toute l\u2019oeuvre de Jovette Marchessault qui, d\u2019Anne Hébert à Violette Leduc, de Gertrude Stein à Anaïs Nin (sa prochaine pièce s\u2019appellera Anaïs dans la queue de la comète.) est en train de bâtir sa propre variante de l\u2019Arche.Il y a quelques années, elle disait travailler à la «représentation non falsifiée de la 1.Il m'est encore impossible de chanter, mais j'écris, texte publié dans Jeu no 1 6, octobre 1 980.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 culture des femmes», en expliquant: «.je refuse que tout ce que nous avons découvert, inventé, soit tellement oublié et trafiqué que ça ne fasse plus partie du monde»1.Elle a entrepris de nous rafraîchir la mémoire et elle le fait bien: pas en historienne, mais en véritable créatrice.En y insufflant sa passion intime, sa folie.Sa persistance à déterrer les mortes me donne le goût de voir plus loin.J\u2019aime aussi les écrivains, je les trouve indispensables.J\u2019ignore encore trop d\u2019écrivaines.Je suis touché quand j\u2019entends Gertrude Stein, sous la plume de Jovette Marchessault, par la bouche de la comédienne Monique Mercure, dire des phrases comme celles-ci: «Si je n\u2019avais pas appris à lire et à écrire dès mon enfance, je me serais suicidée.La vie, sans la lecture, sans l\u2019écriture, serait d\u2019une monotonie accablante; une répétition effrayante.Je ne pourrai jamais me passer de cet instant magique où j\u2019ouvre pour la première fois un livre.» J\u2019ai vu la pièce deux fois à l\u2019Atelier Continu, je l\u2019ai lue aussi deux fois.Il n\u2019est pas facile d\u2019y entrer.On doit l\u2019aborder comme on se rendrait à l\u2019exposition de quelque grand peintre: prêt au plaisir, mais aussi à l\u2019effort.Au niveau de la production, le travail m\u2019a paru un peu trop traditionnel, trop «classique».J\u2019aurais aimé que l\u2019équipe (la metteure en scène Michelle Rossignol et les comédienne-s: Monique Mercure, Patricia No-lin, Louise Marleau, Julie Vincent et Michel Garneau) ait une démarche plus audacieuse, qui eût été plus conforme au texte même.Qu\u2019on exploite davantage le côté charnel des personnages, l\u2019aspect décontracté du salon de Natalie Barney; l\u2019humour aussi.En sortant de la salle, un soir, une femme d\u2019une soixantaine d\u2019années m\u2019accosta.«Pourquoi faut-il que ce soit si mélodramatique, si triste?», me demanda-t-elle.Et elle ajouta: «Gertrude Stein aimait rire.Quand on la lit, ça prend un papier, une plume et une bonne grammaire à côté.Il faut la transcrire pour la comprendre.Elle aimait s\u2019amuser.On n\u2019a pas bien su rendre ça.Lisez-la, Gertrude Stein, li-sez-la! C\u2019est intéressant!» Et elle s\u2019éloigna, vive mais déçue.Je l\u2019ai suivie des yeux un moment, en pensant à Gertrude Stein qui avait le désir «d\u2019écrire des phrases, des paragraphes dont la beauté peut presque nous consoler de mourir un jour.» LIVRES REÇUS Solidarité-psychiatrie, La folie comme de raison.Montréal, VLP éditeur, 1984.246 pages.Johanne BEAUDRY, Zelda.Montréal, VLB éditeur, 1984.91 pages.Philippe HAECK, La table d\u2019écriture.Montréal, coll.Essais, VLB éditeur, 1984.383 pages.Marcel SABOURIN, Pleurer pour rire.Montréal, VLB éditeur, 1984.115 pages.Patrice VIVARÈS, Rencontrer les autres.La vie est une parabole.Strasbourg, Éd.La Croix-Salvator, 1984.120 pages.Maurice ÉMOND, La femme à la fenêtre.L\u2019univers symbolique d\u2019Anne Hébert dans les Chambres de bois, Kamouraska et les Enfants du sabbat.Québec, coll.Vie des lettres québécoises, Presses de l\u2019université Laval, 1984.391 pages.XXX, Petite anthologie du Noroît.St-Lambert, Éd.du Noroît, 1984.139 pages.Michel CÔTÉ, Une saison trop courte.St-Lambert, coll.«l\u2019instant d\u2019après», Éd.du Noroît, 1984.65 pages.Alexis LEFRANÇOIS, Comme tournant la page.Volume I.Poèmes 1968-1978.St-Lambert, Éd.du Noroît, 1984.154 pages.Alexis LEFRANÇOIS, Comme tournant la page.Volume II.Petites choses 1968-1978.St-Lambert, Éd.du Noroît, 1984.190 pages.Michel BEAULIEU, Kaléidoscope ou les aléas du corps grave.St-Lambert, Éd.du Noroît, 1984.157 pages.Jean-Yves COLLETTE, Préliminaires.Textes 1965-1970.St-Lambert, Éd.du Noroît, 1984.1 98 pages.André LEDUC, Les sublimes insuffisances.Poèmes.Ottawa, coll.Parole vivante, Éd.du Vermillon, 1984.87 pages.Jacques FLAMAND, Pape et pasteur dans quelle Église?Plaidoyer théologique.Ottawa, coll.«Essais et recherches» no 1, Éd.du Vermillon, 1984.222 pages.Bernard LE RÉGENT, Le pivot.Pour mieux saisir les enjeux de la réforme scolaire.Verdun, Les Éd.E.I.P.inc., 1984, 63 pages.339 LES ÉLECTIONS AU NICARAGUA Le Canada avait posé un geste politique important où d\u2019aucuns ont voulu lire l\u2019orientation du nouveau gouvernement conservateur, plus docile à s\u2019aligner sur les positions du gouvernement américain: celui de ne pas envoyer d\u2019observateurs aux élections nicaraguayen- De leur côté, les Églises canadiennes (ICCHRLA), la Ligue des droits et libertés et le Conseil canadien pour la coopération internationale ont constitué une délégation qui a répondu à l\u2019invitation d\u2019organismes catholiques et protestants du Nicaragua.Madame Francine Fournier rendait public, le 9 novembre dernier, le rapport de cette mission d\u2019observation.Son évaluation est extrêmement positive sur la manière dont les élections se sont déroulées, sur le jeu démocratique qui a été largement permis aux six partis d\u2019opposition.Les résultats le démontrent clairement, d\u2019autant que le nombre des députés élus par l\u2019opposition a été la grande surprise pour tout le monde.Les trois partis, conservateur, libéral et social-chrétien, ont obtenu ensemble 29 sièges, tandis que les trois partis d\u2019obédience communiste se partagent six sièges.Le Front sandi-niste, en récoltant 61 députés, n\u2019a créé aucune surprise, car sa popularité de départ était évidente.Quant à la Coordi-nadora de M.Arturo Cruz, dont la presse internationale a tant parlé, elle n\u2019a jamais eu l\u2019intention d\u2019aller aux élections.Sa stratégie, coordonnée à partir de l\u2019ambassade américaine, était plutôt de discréditer le processus électoral nicaraguayen.L\u2019ironie, c\u2019est que ceux-là qui contestent le caractère démocratique des élections au Nicaragua avaient applaudi chaleureusement au processus électoral du Salvador.! La délégation a fait parvenir au gouvernement canadien son rapport et des voeux pour une politique de bon voisinage avec le Nicaragua.Elle souhaite en particulier que le Canada appuie fortement le traité de Contadora et fasse tout son possible pour conjurer la guerre qui menace ce pays d\u2019Amérique centrale.340 Après deux ans de travail, la Commission des droits de la personne du Québec a rendu public son rapport sur la discrimination dans le taxi à Montréal.Le résultat global est clair: il y a eu et il y a encore discrimination.Cette discrimination est parfois directe, intentionnelle; elle est parfois incrustée dans le système, dans le cadre législatif, dans la négligence invétérée à appliquer certains règlements.Elle existe parce qu\u2019il existe non seulement des propriétaires et des chauffeurs racistes qui exploitent les chauffeurs noirs, mais aussi parce qu\u2019il existe une clientèle raciste qui exige des chauffeurs blancs; la Commission l\u2019évalue à 25% de l\u2019ensemble des usagers.Le racisme organisé est le fait surtout des petites entreprises, avec parfois la collaboration d\u2019entreprises commerciales (Trizec).La police n\u2019est pas directement impliquée, mais la Commission recommande la création d\u2019un comité de liaison représentatif.Nous y reviendrons, car il y va de la qualité de la vie sociale et du respect élémentaire de la justice chez nous.Dans le numéro d\u2019octobre de l\u2019Action nationale, nous signalons la reproduction d\u2019une émouvante lettre des Jésuites du Honduras qui témoignent de l\u2019urgence de la situation des paysans, des ouvriers, des réfugiés salvadoriens, et dénoncent le rôle que les autorités honduriennes ont décidé de jouer dans la militarisation de la région par les États-Unis.«D\u2019après nous, l\u2019abandon des besoins urgents de la majorité de la population; la participation manifeste ou déguisée aux conflits internes des pays voisins; la présence des États-Unis telle qu\u2019on la propose et qu\u2019on la réalise actuellement.voilà des obstacles au plan de Dieu, d\u2019un Dieu qui a toujours pris le parti des pauvres».Sur la question du transfert des réfugiés salvadoriens vers l\u2019intérieur du pays, leur position est claire: «Nous sommes témoins du fait que ces réfugiés ne désirent pas être transférés et que leurs motifs sérieux et douloureux de ne pas désirer ce transfert n\u2019ont pas été entendus.Le transfert ne semble pas fondé clairement et objectivement sur des raisons humanitaires; il ne tient pas compte non plus des intérêts des réfugiés relatifs à leur sécurité.Bien plutôt, il est organisé de manière à permettre à certaines opérations militaires stratégiques d\u2019avoir lieu tout près de leur patrie déjà aux prises avec la guerre».Réussir une action sociale demande une cause valable, beaucoup de motivation, mais aussi beaucoup de savoir-faire.Un groupe de Valleyfield, le Comité d\u2019action pour l\u2019eau potable (CAEP) a réussi une telle action.Et en plus, une collaboration de l\u2019UQAM lui a permis de publier de façon très professionnelle sa démarche et ses résultats.En trois ans (1981-1984), l\u2019action du CAEP a réglé une situation intolérable et a obtenu la construction d\u2019une usine de filtration qui fournit de la bonne eau à toute la ville.Et l\u2019action a été menée avec une qualité humaine de respect des personnes et de coresponsabilité que l\u2019on voudrait retrouver dans toutes les interventions sociales.On se procure Valleyfield.Un problème d\u2019eau.Des citoyens s\u2019en mêlent, en écrivant à: CLSC Seigneurie de Beauharnois, a/s M.Denis Bourque, 50 rue du Marché, Valleyfield, J6T 1P4, (514) 371-0143.Un rapport plus élaboré est également accessible, au prix de 8$.En consultant le répertoire des Ressources du quartier Plateau Mont-Royal/Mile-End, on pourra trouver plus de 500 références aux organismes et institutions du milieu, le tout classifié en 17 secteurs (consommation, habitation, ressources juridiques, travail, etc.).Les ressources du quartier sont complétées par des renvois aux principaux organismes gouvernementaux (municipal, provincial et fédéral), ce qui en fait une source d\u2019information à la portée de l\u2019ensemble de la population montréalaise.Ce répertoire de 252 pages est disponible à La Maison d\u2019Aurore, 5146 Rivard, Montréal H2J 2P1 ; (514) 276-0400.15,00$.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 UN SIGNE POUR VOUS «Voici un signe pour vous, annonce l\u2019ange aux bergers dans la nuit de Noël, vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire» (Le 2, 1 2).Le récit de la naissance de Jésus, chez saint Luc, est beaucoup moins romantique que ne le suggèrent nos crèches traditionnelles.Selon certains commentateurs, le nouveau-né «enveloppé de langes» et placé dans une anfractuosité de rocher (c\u2019est dans les grottes des monts de Judée que les bergers nourrissaient leurs bêtes) annonce déjà le crucifié, enveloppé d\u2019un linceul et «placé dans une tombe taillée dans le roc» (23, 53).Jésus a des ennemis dès le moment de sa naissance: le massacre des innocents annonce le meurtre de l\u2019Innocent.Comme l\u2019explique le prophète Siméon, «cet enfant doit amener la chute et le relèvement d\u2019un grand nombre en Israël; il sera un signe contesté» (2, 34).Quelle chute?quel relèvement?Et pourquoi le signe est-il donné aux bergers?Dans l\u2019évangile de Luc, les bergers méritent un moment de réflexion.Ils nous apparaissent d\u2019abord comme «vivant aux champs et montant la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau» (2, 8).Ce qui les caractérise, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019ont pas de résidence fixe.Ils sont constamment en marche avec leurs troupeaux, nomades.Il n\u2019y a pas de doute que César Auguste voulait que «le monde entier» (2, 1) soit inscrit dans son recensement.Mais les bergers se faufileraient à travers le filet.Au sens littéral, ils ne comptaient pas, ou mieux on ne tenait pas compte d\u2019eux.C\u2019est ainsi donc que le projet de recensement universel de César Auguste est compromis par en bas: par les bergers.Il est également compromis par les foules d\u2019anges, qui eux non plus ne se laissent pas compter: «Tout d\u2019un coup il y eut avec l\u2019ange l\u2019armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu» (2, 13).Il semble que ce que Luc veut dire, avec ses bergers et ses anges, c\u2019est que la prétention qu\u2019a César Auguste de tout contrôler est extrêmement fragile.Compter les gens, c\u2019est les contrôler, tout comme aujourd\u2019hui celui qui possède une calculatrice contrôle davantage.Ainsi se trouve réalisée la prédiction du Magnificat: «Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes» (1,52a).Qui sont-ils, ces puissants?Eh bien! par exemple, César Auguste.«Et il a élevé les humbles» (1, 52b).Qui sont-ils, ces humbles?Par exemple, les bergers.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 On peut confirmer que César Auguste est bien un de ces puissants que vise Luc en observant son existence (il a régné de 30 av.J.C.à 4 ap.J.C.).C\u2019est pendant son règne que les prétentions des empereurs romains sont devenues démesurées.Par exemple, le temple de Janus à Rome fut transformé en temple de César Auguste.Lui-même se fit appeler, dépassant toute mesure, prince de la paix et roi des rois.Virgile, dans ses Églogues, le proclama héraut d\u2019un âge nouveau.Ce sont ces grandes prétentions que Luc déclare vaines: malgré toute sa gloire, César Auguste est un personnage falot, incapable même de mener à bien un recensement.Et Jésus, même bébé, n\u2019est pas sujet de l\u2019ordre impérial.La vraie gloire, la shekinah, qui désigne la présence de Dieu, et la vraie paix, il ne faut pas les chercher auprès de ce tigre de papier, mais dans ce bébé.Voilà pourquoi les anges peuvent chanter «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour les hommes, ses bien-aimés» (2, 14).La paix impériale est fragile et fugace, sa gloire est un mirage, son pouvoir une illusion.C\u2019est là sans doute la raison pour laquelle Luc n\u2019a pas cité ici les «rois mages» que l\u2019on rencontre chez Matthieu: pour ce que Luc veut dire, ces sages sont beaucoup trop l\u2019image de (\u2019«establishment»! Peter Hebblethwaite Oxford, Grande-Bretagne 341 de»8?' ont I® ,liste® ver» P-, ,m»er 21 i3» ft 4 rn©*\" von®\ta\tou«* Jarrv eètier^.asal ICaison » »ent\u2019 a»»*®\u2019 itult® TABLES DE L'ANNÉE 1984 Volume 44, numéros 497-506 AUTEURS ALMÉRAS, D., À une passante.Nouvelle: 274 BEAUDRY, A., Vers une nouvelle révolution tranquille?: 78.Seize mille pages plus tard: 107.Un peu d'histoire: 108.Aujourd\u2019hui: 109.Pistes de recherche: 111.«Gens du pays, c\u2019est notre tour.»: 21 5.Pour sortir de l\u2019impasse: 250.Paix et Justice: 252.BÉLANGER, P., La télévision religieuse par satellite: des ondes encore brouillées: 324.BONNET, P., La reconversion industrielle: des emplois pour la paix: 195.Un congrès sur la reconversion industrielle: la paix, l\u2019économie et l\u2019emploi:248.BOYER, G., Faut-il craindre la colère des femmes?: 227.BRUNET, M., Le cas manitobain: 80.BULMAN, K., Réfugiés sans statut: 57.CARON, A., Le pluralisme comme projet éducatif: 1 31.CÉCC, Choix éthiques et défis politiques: 154.CHAMBERS, G., Pour les anglophones et les minorités ethniques: une liberté relative: 125.CHAMPAGNE, R., Lettre en 1 984 à l\u2019auteur de 1 984: 30.CHÉNEVERT, J., Que devient l'Église du Québec?: 1 21.«Vous serez mes témoins» (Ac 1,8): 21 9.CORTEN, A., La \u201cClasse ouvrière» dans le tiers monde: 265.DE SERRES, M.et TREMBLAY, N\u201e Le conflit entre l\u2019Église et l'État au Nicaragua: 257.DESROCHERS, I., Le budget Lalonde et le partenariat des chômeurs: 97.Jean-Paul II, le profit et le chômage: 1 57.Le Québec veut-il vivre?: 31 8.DUPRAS, M., Plaidoyer pour une politique extérieure autonome: 198.GAUDETTE, P., La réforme scolaire: du «grand bond en avant» à une «dynamique du changement»: 1 33.GLOUTNAY, F., 40 ans de presse étudiante au Québec: un anniversaire oublié: 28.La prévention du suicide au Québec: agir.et vite!: 182.Les groupes bénévoles: 184.Le pape et les jeunes: des suites à inventer: 329.GODBOUT, J., Les parents pourront-ils participer?: 320.HARVEY, J., L\u2019Église universelle et l\u2019Église du Québec: 16.Montréal raciste, est-ce possible?: 54.L'indispensable nationalisme québécois: 112.Le racisme canadien devant la loi: 186.Foi en Jésus Christ et conscience sociale: 216.La formation professionnelle dans le virage technologique: 263.Jean-Paul Il au Canada: l'homme à la plume d\u2019aigle: 296.HENTSCH, T., Crise du Liban, crise du Proche-Orient: 87.HUBERT, B., Les évêques et la justice sociale: 1 51.LACOSTE, N., Protéger notre héritage culturel: 129.LANDRIAULT, L., Témoignage: essayer de comprendre le Nicaragua: 261.LEBLANC, A., Deux modèles d\u2019Église au Nicaragua: 24.Chili 1984:Ja délivrance est-elle proche?: 166.LÉGÈRE, O., Aller jusqu'au bout de notre mission: 299.LÉVÊQUE, K., Charte de l\u2019Église d'Haïti pour la promotion humaine: une pratique nouvelle: 53.Chrétiens dans les luttes de libération: 91.Une relecture de l'encyclique sur le travail humain: Jean-Paul II est-il socialiste?: 302.MELLON, C., «Gagner la paix»; 48.MESSIER, C., Les abus sexuels d'enfants: 190.ORBAN, E., Les enjeux des élections présidentielles américaines: 271.PAIEMENT, G., Un outil d'analyse sociale: le jeu du petit banc: 20.La peur chez les milieux populaires: 1 64.Quand les victimes de la crise parlent: 203.La spi- ritualité ou l'art d'avoir du souffle: 229.La Commission Justice et Foi de Québec: 269.PICHER, J., Les subventions du gouvernement fédéral aux églises: une opération ambiguë: 162.RACINE, J., En marge du procès de la théologie de la libération: 288.RIVERA, E., Civils contre militaires?: 61.ROCHAIS, G., La justice sociale comme Bonne Nouvelle: 83.ROULEAU, J.-P., Un lieu privilégié d\u2019élaboration d'une nouvelle culture: 118.ROUSSEAU, L., Un réveil religieux au Québec?: 326.ROY, D., Est-ce que ma vie m'appartient?: 12.TREMBLAY, P., La nécessaire conciliation de droits opposés: 1 27.La réforme scolaire: enfin un projet réaliste!: 319.TURCOT, G., Nous montrer tels que nous sommes: 94.La dignité des femmes passe par le droit au travail: 137.La commission Justice et Foi du diocèse de Québec: 201.L\u2019expérience chrétienne au féminin: la patience des renouveaux: 223.Les évêques et les femmes au Canada: le prix du dialogue: 331.VERDIEU, E., Haïti: le plan américain: 292.VIAU, M., La libération des opprimés: exigence humaine, exigence chrétienne: 254.XXX, Charte des droits des catholiques dans l\u2019Église: 8.MATIÈRES (voir aussi FACE À L\u2019ACTUALITÉ) ANALYSE SOCIALE \u2014 Un outil d' \u2014: le jeu du petit banc, G.P.: 20.La «classe ouvrière» dans le tiers monde, A.C.: 265.CONFESSIONNALITÉ SCOLAIRE - Pour les anglophones et les minorités ethniques: une liberté relative, G.C.: 125.La nécessaire conciliation de droits opposés, P.T.: 127.Protéger notre héritage culturel, N.L.: 129.Le pluralisme comme projet éducatif, A.C.: 1 31.Voir Réforme scolaire.CULTURE - Lettre en 1984 à l'auteur de 1984, R.C.: 30.À une passante.Nouvelle, D.A.: 274.BIOÉTHIQUE \u2014 Est-ce que ma vie m\u2019appartient?, D.R.: 12.ÉGLISE \u2014 Charte des droits des catholiques dans I\u2019 \u2014, XXX: 8.L\u2019\u2014 universelle et I\u2019\u2014du Québec, J.H.: 16.Deux modèles d\u2019 \u2014 au Nicaragua, A.L.: 24.Charte de l\u2019Église d\u2019Haïti pour la promotion humaine: une pratique nouvelle, K.L.: 53.La dignité des femmes passe par le droit au travail, G.T.: 137.Choix éthiques et défis politiques, CÉCC: 154.Jean-Paul II, le profit et le chômage, I.D.: 1 57.Les subventions du gouvernement fédéral aux \u2014 : une opération ambiguë, J.P.: 162.La peur chez les milieux populaires, G.P.: 1 64.«Vous serez mes témoins» (Ac 1,8), J.C.: 219.La spiritualité ou l\u2019art d'avoir du souffle, G.P.: 229.Le conflit entre I'\u2014 et l\u2019État au Nicaragua, M.de S.et N.T.: 257.En marge du procès de la théologie de la libération, J.R.: 288.Une relecture de l'encyclique sur le travail humain: Jean-Paul II est-il socialiste?, K.L.: 302.La télévision religieuse par satellite: des ondes encore brouillées, P.B.: 324.Un réveil religieux au Québec?, L.R.: 326.Le pape et les jeunes: des suites à inventer, F.G.: 329.Les évêques et les femmes au Canada: le prix du dialogue, G.T.: 331.Voir Confessionnalité scolaire, Justice et Foi, Spécial 500e numéro et Visite du pape.FEMMES \u2014 Nous montrer tels que nous sommes, G.T.: 94.La dignité des \u2014 passe par le droit au travail, G.T.: 137.L'expérience chrétienne au féminin: la patience des renouveaux, G.T.: 223.Faut-il craindre la colère des \u2014?, G.B.: 227.Aller jusqu\u2019au bout de notre mission, O.L.: 299.Les évéques et les \u2014 au Canada: le prix du dialogue, G.T.: 331.JEUNES \u2014 40 ans de presse étudiante au Québec: un anniversaire oublié, F.G.: 28.La prévention du suicide au Québec: agir.et vite!, F.G.: 1 82.Les groupes bénévoles, F.G.: 1 84.Le pape et les \u2014: des suites à inventer, F.G.: 329.JUSTICE ET FOI \u2014 La justice sociale comme Bonne Nouvelle, G.R.: 83.Chrétiens dans les luttes de libération, K.L.: 91.Les évêques et la justice sociale, B.H.: 1 51.La commission \u2014 du diocèse de Québec, G.T.: 201.Quand les victimes de la crise parlent, G.P.: 203.Foi en Jésus Christ et conscience sociale, J.H.: 216.La libération des opprimés: exigence humaine, exigence chrétienne, M.V.: 254.La Commission \u2014 de Québec, G.P.: 269.Le Québec veut-il vivre?, I.D.: 318.Voir Église.PACIFISME \u2014 «Gagner la paix», C.M.: 48.La reconversion industrielle: des emplois pour la paix, P.B.: 1 95.Un congrès sur la reconversion industrielle: la paix, l\u2019économie et l\u2019emploi, P B.: 248.Pour sortir de l'impasse, A.B.: 250.Paix et Justice, A.B.: 252.POLITIQUE INTERNATIONALE - Réfugiés sans statut, K.B.: 57.Civils contre militaires?, E.R.: 61.Crise du Liban, crise du Proche-Orient, T.H.: 87.Chili 1984: la délivrance est-elle proche?, A.L.: 166.Le conflit entre l\u2019Église et l\u2019État au Nicaragua, M.de S.et N.T.: 257.Témoignage: essayer de comprendre le Nicaragua, L.L.: 261.La \u201cClasse ouvrière» dans le tiers monde, A.C.: 265.Les enjeux des élections présidentielles américaines, E.O.: 271.Haïti: le plan américain, E.V.: 292.POLITIQUE LOCALE \u2014 Vers une nouvelle révolution tranquille?, A.B.: 78.Le cas manitobain, M.B.: 80.Le budget Lalonde et le partenariat des chômeurs, I.D.: 97.Choix éthiques et défis politiques, CÉCC: 1 54.Les subventions du gouvernement fédéral aux Églises: une opération ambiguë, J.P.: 162.Plaidoyer pour une politique extérieure autonome, M.D.: 198.QUESTIONS SOCIALES \u2014 Montréal raciste, est-ce possible?, J.H.: 54.La peur chez les milieux populaires, G.P.: 164.La prévention du suicide au Québec: agir.et vite!, F.G.: 182.Les groupes bénévoles, F.G.: 184.Le racisme canadien devant la loi, J.H.: 186.Les abus sexuels d\u2019enfants, C.M.: 190.RÉFORME SCOLAIRE \u2014 La \u2014 : du «grand bond en avant» à une «dynamique du changement», P.G.: 133.La \u2014: enfin un projet réaliste! P.T.: 319.Les parents pourront-ils participer?, J.G.: 320.Voir Confessionnalité scolaire.SPÉCIAL 500e NUMÉRO \u2014 Seize mille pages plus tard, A.B.: 107.Un peu d\u2019histoire, A.B : 1 08.Aujourd'hui, A:6.: 109.Pistes de recherche, A.B.: 111.\tL\u2019indispensable nationalisme québécois, J.H.: 112.\tUn lieu privilégié d\u2019élaboration d\u2019une nouvelle 342 RELATIONS DÉCEMBRE 1984 culture, J.-P.R.: 118.Que devient l'Église du Québec?, J.C.: 121.TRAVAIL \u2014 La dignité des femmes passe par le droit au \u2014 , G.T.: 1 37.Jean-Paul II, le profit et le chômage, I.D.: 1 57.La formation professionnelle dans le virage technologique, J.H.: 263.Une relecture de l'encyclique sur le \u2014 humain: Jean-Paul II est-il socialiste?, K.L.: 302.VISITE DU PAPE \u2014 Nous montrer tels que nous sommes, G.T.: 94.«Gens du pays, c\u2019est notre tour.», A.B.: 21 5.L'expérience chrétienne au féminin: la patience des renouveaux, G.T.: 223.Faut-il craindre la colère des femmes?, G.B.: 227.Pour sortir de l'impasse, A.B.: 250.Jean-Paul II au Canada: l'homme à la plume d'aigle, J.H.: 296.Aller jusqu\u2019au bout de notre mission, O.L.: 299.Le pape et les jeunes: des suites à inventer, F.G.: 329.Voir Église.FACE À L'ACTUALITÉ (voir aussi MATIÈRES) EGLISE \u2014 Les \u2014 et les banques, J.W.: 7.L\u2019avenir du magazine Univers, J.H.: 46.Le retour du droit d'asile, J.H.: 75.Karl Rahner: un témoignage, P.K.: 147.Les chrétiens.de Palestine, P.B.: 180.Comment continuer à célébrer notre foi?, J.H.: 243.Par-delà les soupçons, à quand le vrai dialogue?, K.L.: 245.Dialoguer avec les nouveaux groupes religieux, Y.L.: 246.L\u2019éducation chrétienne des jeunes à l\u2019école, M A.: 284.Les enjeux socioculturels et politiques des catéchismes, J.-P.R.: 285.FEMMES \u2014 D'un outrage à l\u2019autre: le témoignage des \u2014 victimes de violence, L.L.: 43.«Moi aussi, j'travail-le.au foyer», G.B.: 1 50.1 730 \u2014 prennent la parole, G.B.: 181.La fierté se cherche un logement, F.G.: 283.JEUNES \u2014 Des tonnes d'illusions, F.G.: 77.L'école primaire face à la violence, F.G.: 214.Des promesses et des \u2014, F.G.: 244.Les infractions sexuelles à l'égard des enfants, G.B.: 247.POLITIQUE INTERNATIONALE \u2014 Bolivie: une démocratie fragile, S.B.: 4.Faim et soif au Nord-Est du Brésil, P.L.: 6.Des armes, des dollars, des élections: le rapport Kissinger, C.M.: 44.Des Africains au «paradis» nord-américain, L.L.: 1 49.Les chrétiens.de Palestine, P.B.: 180.Le $ et la politique ont éclipsé les athlètes olympiques, K.L.: 212.Crise politique et sociale en république Dominicaine, M.B.: 286.Chili: la grève générale du 30 octobre 1984, D.R.: 315.Quatre ans de plus, P.J.H.: 31 6.L'Afrique du Sud et son prix Nobel, J.-L.R.: 31 7.POLITIQUE LOCALE \u2014 La colombe et le Québec, G.B.: 3.Une histoire de pêche.fédérale-provinciale, A.D.: 5.Les interventions fédérales et leurs conséquences, J.H.: 211.QUESTIONS SOCIALES \u2014 Je me souviens, F.G.: 45.La fièvre de la 6/49, G.M.: 47.Le retour du droit d'asile, J.H.: 75.Tarifs: du tramway au métro, J.-P.D.: 76.Quand bien se nourrir devient impossible, G.P.: 1 47.La torture, un fléau qu'on peut combattre, D.B.: 179.La fierté se cherche un logement, F.G.: 283.Voir Femmes et Jeunes.TRAVAIL \u2014 «Moi aussi, j travaille.au foyer», G.B.: 150.VISITE DU PAPE \u2014 1730 femmes prennent la parole, G.B.: 1 81.Comment continuer à célébrer notre foi?, J.H.: 243.COLLABORATION, Dix contes et nouvelles fantastiques, (R.D.): 169 COLLABORATION, Le guide des jeunes, (F.G.): 1 73.DENTIN, P., Quel christianisme pour, demain?, (D.B.): 138.DORSINVILLE, M\u201e Le pays natal, (M.L.): 1 73.DUPUIS, M., Crise mondiale et aide internationale, (K.L.): 237.ENDE, M., Histoire sans fin, (R.D.): 234 HAMELIN, J.et GAGNON, N., Histoire du catholicisme québécois, vol.Ill: le XXe siècle: 1898-1940, (G.L.): 309 HAMELIN, J., Histoire du catholicisme québécois, vol.Ill: le XXe siècle: de 1940 à nos jours, (G.LJ: 309.KAFKA, F., Correspondance, (R.D.): 36.KAFKA, F., Journal, (R.DJ: 36 KAFKA, F., Lettres à Felice, (R.D.): 36.LAURENT, P., L'Église et les pauvres, (K.LJ: 205.LAVALLÉE, M., Marie-Victorin \u2014 un itinéraire exceptionnel, (D.S.): 139.LEBLANC, B.B., Variations sur un thème anathème, (D.A.) : 68.MELLON, C., Chrétiens devant la guerre et la paix, (G.P.): 251.MONIÈRE, D., André Laurendeau et le destin d'un peuple, (A.B ): 65.NIZET, J.et HIERNAUX, J.-P., Violence et ennui: malaise au quotidien dans les relations professeurs-élèves, (F.G.): 308.NOËL, F., Maryse, (R.D.): 140.OLLIVIER, E\u201e Mère-Solitude, (D.A.): 68.OUELLETTE-MICHALSKA, M., La maison Trestler - ou le 8e jour d'Amérique, (D.'A.): 235.PERRARD, P., L'Église et les ouvriers en France, (1840-1940), (A.B.): 205.PHILIPPE, C.-J., Le roman du cinéma, (R.D.): 306.PROULX, M., Sans coeur et sans reproche, (R.D.) : 1 69.RENAUD, A., Dix secondes de sursis, (R.DJ: 1 69.SAINT-JEAN, A., Pour en finir avec le patriarcat, (G.B ): 34.TOFFLER, A., Les cartes du futur, (J.H.): 35.VADEBONCOEUR, P,, Trois essais sur l'insignifiance, (R.D.): 172.VON BALTHASAR, H,U., La gloire et la croix IV, (R.B.) : 101.DEPUIS PLUS DE 40 ANS UN MAGAZINE CHRÉTIEN ENGAGÉ D\u2019ANALYSE ET DE RÉFLEXION SUR L\u2019ACTUALITÉ SOCIALE ET RELIGIEUSE ABONNEMENT CINÉMA Amadeus, (Forman), (M.M.C.): 337.Fanny et Alexandre, (Bergman), (Y.L.): 66.Second regard sur les films du monde, (Y.L.): 272.La ballade de Narayama, (Inamura), (Y.L.): 141.Le crime d'Ovide Plouffe, (Arcand), (Y.L.): 307.Le jour S., (Lefebvre), (Y.LJ: 307.Les années de rêve, (Labrecque), (Y.LJ: 307.Rue Cases-Nègres, (Palcy), (Y.LJ: 204.Un dimanche à la campagne, (Tavernier), (M.M.C.): 337.Yentl, (Streisand), (M.M.C.): 277.1 an (10 nos): 12,50$ à l\u2019étranger: 20,00$ Nom.Adresse .THÉÂTRE Alice & Gertrude, Natalie & Renée et ce cher Ernest, (R.B.): 338.L'idiot, (R.B.): 99.Petit journal d'un festival de théâtre, (R.B.): 1 71.Saltimbanques de gymnases d'école., (R.B.): 233.Till l\u2019Espiègle, (R.B.): 99.code postal 8 100, St-Laurent Montréal H2P 2L9 (514) 387-2541 LIVRES ADDSQM, Revenu minimum garanti ou pauvreté maximum garantie, (K L.): 34.CHAMPAGNE-GILBERT, M., Bâtir ou détruire le Québec, (J.H.): 64.COLLABORATION, Découvrir la Bible, (D.L.): 237.RELATIONS DÉCEMBRE 1984 TANT DE CHOSES AU COEUR «Assiste au repas, mais ne mange pas!.», (O.M.): 311 Entre les hommes et les femmes, (M.DJ: 39.Et si le Nouveau Testament ne parlait pas de l'Esprit, (A.M.): 143.Le filet, la barque et le Père.(Mt 4, 18-22), (A.P.Q.): 71.Le mirage de l'omniprésence, (B.G.et R.R.): 279 Pâques au Chili, (N.B.): 1 75.Pour qu\u2019ils aient la vie en abondance, (F.J.): 1 03.Prier au quotidien, (A.P.Q.): 207.Purgatoire et réincarnation, (J.-L.H.): 239.Un signe pour vous, (P.HJ: 341.343 9184 SOMMAIRE Volume 44\t\tnuméro 506\tdécembre 1984\t\t \t\t\t\t\t FACE À L\u2019ACTUALITÉ\t\t\t\t \t\tChili: la grève générale du 30 octobre 1984 (D.R.) \u2014 Quatre ans de plus (P.J.H.) \u2014 L\u2019Afrique du Sud et son prix Nobel (J.-L.-R.).\t\t315 ARTICLES\t\t\t\t \tIrénée DESROCHERS\tLe Québec veut-il vivre?\t\t318 \tPaul TREMBLAY\tLa réforme scolaire: enfin réaliste!\tun projet\t319 \tJacques GODBOUT\tLes parents pourront-ils participer?\t\t320 \tPierre BÉLANGER\tLa télévision religieuse par satellite: des ondes encore brouillées\t\t324 \tLouis ROUSSEAU\tUn réveil religieux au Québec?\t\t326 \tFrançois GLOUTNAY\tLe pape et les jeunes: des suites à inventer.\t\t329 \tGisèle TURCOT\tLes évêques et les femmes au Canada: le prix du dialogue\t\t331 CHRONIQUES\t\t\t\t \tMichel M.CAMPBELL\tL\u2019enfant prodigue, éditions \u201984\t\t337 \tRaymond BERTIN\tLa pièce à Jovette\t\t338 \t\tPÊLE-MÊLE\t\t340 \tPeter HEBBLETHWAITE\tUn signe pour vous\t\t341 TABLES DE L\u2019ANNÉE 1984 342 SOIREE RELATIONS organisée par le Centre justice et foi FETER NOËL EN 1984?Notre foi est une espérance.Or l\u2019espérance, de nos jours, est difficile.Notre monde en crise ne croit plus ni aux idéologies, ni aux projets de société, ni aux promesses des hommes politiques.La cote de l\u2019espérance \u2014 qui rime drôlement avec militance \u2014 est plutôt à la baisse! Et les chrétiens dans tout cela?Leur foi les sauve-t-elle de ce malaise?Comment vivent-ils cet «Avent», ce Dieu qui est «à-venir», ce Jésus qui vient vers nous dans le Mystère de Noël?L\u2019Incarnation est porteuse d\u2019un Sens qui aide à vivre au coeur de la désespérance.Soyez des nôtres le lundi 17 décembre, à 19h30, à la Maison Bellarmin (25, Jarry ouest, métro Jarry).Des membres de l\u2019équipe du Centre justice et foi animeront cette soirée d\u2019un type spécial.Et nous souhaitons vivement que l\u2019échange, dans ce contexte, puisse naturellement tourner en prière.L\u2019entrée est gratuite.Invitez vos amis et amies."]
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