Relations, 1 mai 1985, Mai
[" DnDI II A /oc rUrULA Int Iran-Irak Une guerre qui rend service RICCI Ulrrl SOCIALISME MOUVEMENT ÉTHIQUE SO par Jean-Yves Calvez Collection Christus, 218 pages, 13,95 $ JEAN-YVES CALVEZ Foi et justice Le combat pour la justice ne peut être ignoré dans le rôle de prédication de La dimension sociale de l\u2019évangélisation Quel est le rapport entre la justice et la charité?entre la foi et la charité?Quel rôle doit jouer l\u2019Église dans son évangélisation sur les structures?dans le domaine politique?cemment par les Jésuites, «Service de la foi et promotion de la justice», permet au Le père Calvez était Assistant général du Général des Jésuites de 1971 à 1983 Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P2L9 Tel.: (514) 387-2541 114 RELATIONS MAI 1985 LE SOMMET DE LA SAINT-PATRICE La visite du président Reagan à Québec aura été avant tout un grand spectacle destiné au public nord-américain.Le Président américain, pour remercier M.Mulroney de ses politiques d\u2019ouverture, nous a fait l\u2019honneur de transporter littéralement son gouvernement à Québec pour vingt-quatre heures.Jamais, sauf erreur, tant de personnages officiels américains ne se seront trouvés ensemble hors des États-Unis (quatre membres importants du Cabinet, quatre membres du personnel de la Maison blanche et une brochette de hauts-fonctionnaires).Côté performance, MM.Reagan et Mulroney ont été brillants: accolades, discours, séances de signatures et par-dessus tout, la montée sur la scène du Grand Théâtre, tout a été parfaitement réussi.On peut sourire en constatant que cette soi-disant «rencontre de travail» aura été tout à fait inutile quant au cheminement des dossiers en cause.Tout ce déploiement n\u2019était certainement pas nécessaire à la signature de quelques traités et accords déjà bien préparés et aux missions spéciales annoncées.Mais les rencontres au sommet sont rarement de véritables séances de travail.Elles n\u2019ont vraiment pas d\u2019autre but que de souligner publiquement, dans un certain cérémonial, des relations entre deux États dont l\u2019essentiel se poursuit à d\u2019autres niveaux.Cette rencontre, plus que toutes les autres qui ont eu lieu depuis bon nombre d\u2019années entre un Président américain et un Premier ministre canadien, aura voulu «visualiser» la relation canado-amé-ricaine d\u2019une façon éclatante.Cela, Washington en avait besoin pour se targuer de sa bienveillance envers un État ami, pour continuer de citer cette relation en exemple auprès de ses autres partenaires plus récalcitrants.Ottawa en a tiré aussi un certain profit publicitaire.Pour tous les Américains qui auront admiré ces images télévisuelles uniques de deux hommes d\u2019État chantant sur une scène, le Canada sera plus présent, plus attrayant que jamais.Mais qu\u2019en est-il des aspects substantiels de la relation que la visite a voulu consacrer?Quels avantages allons-nous tirer de ce nouveau style d\u2019ouverture et d\u2019amitié à l\u2019endroit des États-Unis, outre une possible augmentation du tourisme dans la vieille capitale?Le dossier des pluies acides demeure à peu près ce qu\u2019il était.Deux personnages très respectables s\u2019appliqueront à évaluer l\u2019état des recherches et à faire les recommandations qui s\u2019imposent.Leur travail sera fort simple puisque la preuve des dommages sérieux causés à l\u2019environnement par les émissions d\u2019anhydride sulfureux est déjà péremptoire.Un groupe d\u2019études, commissionné par la Maison blanche, recommandait déjà au gouvernement américain d\u2019agir au plus tôt de crainte de se trouver devant une situation irréversible.Espérons que MM.Lewis et Davis, en dépit de leur peu RELATIONS MAI 1985 de connaissance du dossier, feront au plus tôt les recommandations qui s\u2019imposent.Que le président Reagan ait reconnu publiquement l\u2019existence d\u2019un problème, cela ne diminue en rien les pluies acides mais c\u2019est assez pour nous faire espérer quelque chose.Pour ce qui est de la libéralisation des échanges commerciaux, là aussi, nous ne recueillons que de nouveaux espoirs.Tous ne sont pas d\u2019accord au Canada pour souhaiter l\u2019abolition des barrières tarifaires et autres dans le commerce entre les deux pays.Le vieux débat, annoncé il y a un siècle et demi, n\u2019est pas encore revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX\tABONNEMENTS 8 100, boul.St-Laurent\tHélène Desmarais Montréal H2P 2L9; tél.: (514) 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: 12,50$ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50$.DIRECTEUR Albert Beaudry SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, Jacques Chénevert, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lévéque, Roger Marcotte, Guy Paiement, Francine Tardif, Gisèle Turcot.COLLABORATEURS Renaud Bernardin, Raymond Bertin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau.PAGE COUVERTURE GRAPHIGNE (d\u2019après une photo de Mô) Les articles de Relations sont repertories dans Point de repère, dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Repertoire canadien sur l'éducation.Dépôt legal.Bibliothèque nationale du Quebec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilms, Ann Arbor Michigan 48106 U.S.A.Courrier de la deuxième classe enregistrement no 0143 115 7373 tranché.Mais une tendance très nette se dessine en faveur d\u2019une libéralisation au moins progressive et dans certains secteurs.C\u2019est aux États-Unis que les tendances protectionnistes sont les plus fortes et menacent sans cesse les exportateurs canadiens.Le Président s\u2019est engagé vigoureusement à Québec à lutter contre ces tendances au Congrès américain.La lutte ne sera pas facile pour un Président qui perdra peu à peu ses atouts à mesure que s'écoulera son second mandat.Il lui faudra marquer des points avant l\u2019automne \u201986.Encore ici, deux personnes devront faire rapport d\u2019ici six mois.Si l\u2019on croit à la libéralisation \u2014 et l\u2019on y croit au Québec plus qu\u2019ailleurs \u2014 on peut se réjouir de l\u2019engagement du Président et du nouveau contexte des relations qui marquent des points auprès des protectionnistes du Congrès.Enfin, on s\u2019est alarmé de l\u2019allure nouvelle que prend l\u2019intégration du Canada à la défense nord-américaine.Qu\u2019en est-il?Disons d\u2019abord que le Canada s\u2019est déjà fortement engagé à coordonner sa défense à celle des États-Unis.La déclaration d\u2019Ogdensburg de 1940 créait la Commission permanente mixte de défense et soudait en quelque sorte les deux systèmes de défense.L\u2019entrée du Canada dans l\u2019OTAN puis les accords NORAD venaient accentuer encore l\u2019intégration militaire des deux pays.Qu\u2019on veuille maintenant moderniser une ligne de radar déjà existante pour lui permettre d\u2019intercepter des missiles à faible altitude, c\u2019est là tout naturel.Que l\u2019on envisage qu\u2019éventuellement, il puisse y avoir un lien entre le nouveau système d\u2019alerte du Nord et le programme américain controversé dit «initiative de défense stratégique» ou «guerre des étoiles», c\u2019est là une spéculation vraisemblable sans doute mais encore hypothétique.Que M.Weinberger s\u2019échappe et dise tout haut ce qu\u2019on pense tout bas à Washington: à savoir que la défense nucléaire de l\u2019Amérique du Nord puisse traverser un jour le 49ième parallèle, il y a là de quoi émouvoir la population canadienne.Mais malheureusement, il est difficile de songer qu\u2019en cas de véritable crise internationale, le Canada continue de garder intacte sa virginité nucléaire.Il serait temps que nous cessions de nous voiler la face et que nous reconnaissions les conséquences de notre participation au complexe militaro-industriel américain.Cela pourrait nous amener à nous intéresser davantage à la stratégie nucléaire américaine et à nous engager à contrer ses aspects les plus dangereux.À cet égard, il était loin d\u2019être nécessaire que MM.Mulroney et Clark accordent leur appui inconditionnel à l\u2019initiative de défense stratégique chère au président Reagan.Somme toute, le grand «show» de la Saint-Patrice aura peut-être contribué surtout à nous ouvrir les yeux.Louis Balthazar 21 mars 1985\tUniversité Laval ZIMBABWE: DES PAYSANS S L\u2019urgence de la sécheresse et de la famine en Éthiopie ont tellement ému l\u2019opinion internationale que nous avons tendance à perdre de vue le fait que la sécheresse frappe aussi d\u2019autres régions de l\u2019Afrique ces dernières années.L\u2019Afrique australe (le Mozambique, le Zimbabwé, la Namibie, le Botswana.) a également été durement touchée, même si pour diverses raisons cette tragédie n\u2019a pas pris les mêmes proportions qu\u2019en Éthiopie.Pendant un voyage récent au Zimbabwé, j\u2019ai été particulièrement impressionnée et touchée par les efforts des paysans du Matabéléland (le sud du pays) pour développer des stratégies en vue de combattre la sécheresse: on est loin ici des images de paysans démunis et désespérés qu\u2019on voit souvent sur nos écrans de télé.Et pourtant, les paysans du Matabéléland ont connu \u2014 à un degré moindre, certes \u2014 le même genre de problèmes que leurs homologues de l\u2019Érythrée ou du Tigré: couvre-feu, forte présence militaire, refus d\u2019acheminer l\u2019aide alimentaire aux régions considérées comme «non coopératives».C\u2019est dans ce contexte que l\u2019ORAP (Organisation d\u2019associations rurales pour le progrès) \u2014 un regroupement d\u2019environ 300 villages \u2014 entreprend son travail de développement rural paysan.L\u2019approche a ceci d\u2019original qu\u2019elle conçoit le développement comme un processus qui commence et qui aboutit avec la personne et les collectivités humaines.Aucun projet n\u2019est bon et ne peut être accepté s\u2019il n\u2019est pas la réponse à un besoin 116 identifié par la communauté elle-même, après une démarche d'analyse de ses problèmes et des façons d\u2019y remédier.ORAP pose un «non» définitif à tout projet élaboré en dehors des communautés paysannes et sur lequel elles ne peuvent avoir un contrôle.Réunis dans leur troisième assemblée annuelle en juin 1983 (ORAP est né en 1980), les délégués des groupes villageois ont abordé les problèmes du développement: ils ont décidé que le problème de base est celui du contrôle de la nourriturë, car il n\u2019y a pas de développement le ventre creux.Ils ont vu que s\u2019ils ont faim aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas seulement à cause de la sécheresse: les vieillards racontent qu\u2019autrefois on connaissait aussi la sécheresse, mais les gens ne mouraient pas autant.Autrefois, paraît-il, les gens emmagasinaient leurs surplus dans les villages, de sorte que, quand il y avait sécheresse, il y avait quand même de quoi manger.Et puis ils ont vu aussi que depuis les années 1950, les installations d\u2019entreposage et de mouture dans les villages ont diminué énormément, et que cette diminution est le résultat d\u2019une politique délibérée de la part du gouvernement colonial pour forcer les paysans à intégrer le circuit commercial.En vendant leurs produits sur le marché, ils obtiennent de l\u2019argent et ils rachètent peu à peu dans le circuit commercial la nourriture et les autres biens de consommation dont ils ont besoin.Ils ont donc été encouragés par le gouvernement colonial \u2014 et il paraît que la tendance a peu changé depuis l\u2019indépendance \u2014 à produire de plus en plus RELATIONS MAI 1985 pour la vente et de moins en moins pour leurs propres besoins, au point que certaines semences traditionnelles ont été complètement perdues.La gamme de cultures s\u2019est considérablement réduite aussi: on produit presqu\u2019exclusivement le maïs maintenant, au détriment des cultures traditionnelles importantes pour une alimentation saine telles les courges, la citrouille, les haricots, les arachides.De plus, on utilise des semences hybrides importées pour le maïs \u2014 des semences qui donnent un rendement élevé avec des quantités importantes d\u2019eau et d\u2019engrais.Mais quand ces intrants ne sont pas disponibles le rendement est bas et la récolte peut être anéantie par la sécheresse.Les paysans se retrouvent donc très vulnérables devant cette sécheresse qui sévit dans la région depuis quatre ans.Les nouvelles semences étant sensibles à la sécheresse, il n\u2019y a rien à vendre, rien à manger, pas d\u2019argent pour acheter de la nourriture.Les membres d\u2019ORAP ont donc décidé d\u2019entreprendre un programme qui leur permettra d\u2019augmenter leur autosuffisance alimentaire: récupération des semences traditionnelles, plus résistantes à la sécheresse; création d\u2019installations d\u2019entreposage de grains et d\u2019eau dans les villages, utilisant la technologie traditionnelle, améliorée avec l\u2019aide d\u2019un expert en technologie appropriée.Cette démarche, appuyée par des ONG canadiens tels le CUSO, le SUCO et Oxfam-Canada, permet d\u2019entrevoir le problème dramatique de l\u2019autosuffisance alimentaire en Afrique sous un autre angle: celui des paysans qui élaborent eux-mêmes des stratégies à long terme pour contrecarrer la dépossession grandissante dont ils sont victimes, et dont la famine n\u2019est qu\u2019une des manifestations les plus terribles.Nancy Thede Centre d'information et de documentation sur le Mozambique et l'Afrique australe.DOCUMENT CHOC DE MGR DRAINVILLE Après cinq années d\u2019étude et de multiples projets de message pastoral, les évêques du Québec n\u2019ont pas encore réussi à adopter une position commune au sujet de l\u2019orientation qu\u2019il conviendrait de donner à notre agriculture.Ils ont plutôt choisi d\u2019élargir la consultation que mène depuis de longues années sur ce dossier leur comité des affaires sociales.Dans ce but, l\u2019assemblée des évêques vient de publier, sous la signature de l\u2019évêque d\u2019Amos, Mgr Gérard Drainville, un document de travail intitulé Espoirs et défis de l\u2019agriculture dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui qui a toutes les qualités qu\u2019on attend d\u2019une lettre pastorale.Quelle que soit la conclusion à laquelle arriveront les évêques finalement, ce document constitue d\u2019ores et déjà la réponse que souhaitaient ceux qui réclamaient une prise de position épiscopale sur ce sujet.Mgr Drainville a d\u2019abord su ramasser dans un même texte des interrogations habituellement éparses, leur donnant ainsi une cohérence certaine.Cette lecture des signes des temps, qui rejoint en particulier celle que formulent les femmes et les jeunes du milieu agricole, soulève les vrais problèmes.À l\u2019instar de ses confrères du Mid-West américain, Mgr Drainville, en outre, n\u2019a pas craint de dénoncer avec force le modèle de développement industriel à croissance infinie, comme étant la source des problèmes vécus en agriculture.Du même coup, il s\u2019attaque aux insuffisances de la science économique qui s\u2019inspire «des cycles naturels les moins raffinés».Biologiste de grande réputation (ses travaux sur le fjord du Saguenay font autorité), il suggère aux économistes d\u2019élargir leur perspective trop étriquée, en observant les équilibres très divers de la nature et en découvrant les lois qui la régissent.Il utilise lui-même cette grille de lecture pour questionner l\u2019industrialisme agricole et suggérer des pistes de recherche économique susceptibles de conduire à une réforme appropriée.«Les lois inscrites par le Créateur, écrit-il, pourraient être inspiratrices d\u2019une économie au service de RELATIONS MAI 1985 l\u2019ensemble des humains et non au service d\u2019elle-même ou de quelques individus seulement».Il montre enfin qu\u2019une telle orientation serait tout à fait conforme aux motivations chrétiennes.Ce qui précède peut laisser croire à ceux qui n\u2019ont pas lu le document que Mgr Drainville y adopte un langage éthéré sans référence à des situations précises.Or, il n\u2019en est rien.Bien au contraire, l\u2019évêque d\u2019Amos se laisse essentiellement guider par les faits.Il décrit en premier lieu la situation dans le milieu agricole.Après avoir souligné les progrès réels enregistrés en agriculture depuis vingt ou trente ans, il examine les difficultés très concrètes que ces changements ont entraînées: mise en cause de la ferme familiale, tendance au gigantisme, intégration, problèmes écologiques, faible reconnaissance de l\u2019apport des femmes, difficultés d\u2019adaptation des producteurs agricoles et de la relève, désintégration des milieux de vie ruraux, éviction des régions périphériques, immigration venant du tiers monde, etc.Pour s\u2019en convaincre, il suffit de relever les onze propositions qu\u2019il formule, dans la quatrième partie de son document: 1-\trendre nos techniques de culture plus respectueuses de la nature; 2-\tavoir une alimentation moins gaspilleuse; 3-\tcréer des circuits intégrés de producteurs et consommateurs dans les localités et les régions; 4-\tfavoriser l\u2019aménagement intégré des ressources d\u2019une région; 5-\tsoutenir les régions périphériques; 6-\tfavoriser les petits producteurs; 7-\taider les pays du tiers monde à obtenir leur autonomie alimentaire; 8-\tpermettre aux femmes d\u2019être partenaires à part entière; 9-\tsoutenir la relève agricole; 1 1 7 10- promouvoir l\u2019éducation et la recherche; 11 - utiliser avec équilibre et discernement la biotechnologie.Mgr Drainville s\u2019inspirant des sciences naturelles demande une révision du modèle étriqué de l\u2019économisme qui a cours actuellement, et ce faisant, il ouvre de larges horizons.Dans «Contemporary Sociological Theories», Pitirim Sorokin a déjà démontré que les théories sociologiques s\u2019inspiraient toutes d\u2019un modèle emprunté à une autre discipline.On peut en dire autant des théories économiques.Celle qui domine la science contemporaine puise son inspiration dans la gestion industrielle.Le mérite de l\u2019évêque d\u2019Amos, c\u2019est de montrer qu\u2019il existe une alternative à cette théorie et que le recours à un modèle différent, en l\u2019occurrence les sciences de la nature, ouvrirait de toutes nouvelles perspectives.Loin d\u2019être conservateur, comme on pourrait le croire du fait qu\u2019il dénonce l\u2019agriculture moderne ou du moins ses excès, le document de Mgr Drainville suggère un dépassement qui nous projetterait dans un avenir meilleur.Il convient de remarquer à ce propos que sa réflexion dépasse largement l\u2019intérêt qu\u2019elle devra normalement susciter dans le secteur agro-alimentaire.Plus fondamentalement, il s\u2019agit d\u2019une critique de l\u2019ensemble de nos comportements économiques au niveau de la société globale.Ce document s\u2019adresse donc à tous ceux qui n\u2019ont pas renoncé à réfléchir.Même s\u2019il utilise une plume toute en nuances, fort respectueuse des opinions adverses, Mgr Drainville propose une réflexion qui a de quoi déranger les esprits timorés.Au nom de valeurs oubliées ou négligées, il interroge les pratiques agricoles actuelles.C\u2019est précisément ce qu\u2019on attend d\u2019un document épiscopal.C\u2019est pourquoi il conviendra de ranger celui-ci parmi les plus pertinents que l\u2019Église québécoise ait fait paraître.André Charbonneau journaliste agricole LES ÉGLISES DISENT NON À L'INTERVENTION Le 14 mars dernier, des représentants officiels des Églises américaines et canadiennes auront profité de la rencontre Reagan-Mulroney pour faire connaître leurs communes réticences devant la politique étrangère des États-Unis en Amérique centrale.Initiative pleinement oecuménique, elle comprenait deux volets: une lettre, rédigée par les leaders des Églises canadiennes, à l\u2019adresse du Premier ministre du Canada, et un deuxième document, destiné au président Reagan, portant les signatures conjointes des responsables canadiens et américains de très nombreuses Églises chrétiennes.Cette intervention des instances religieuses dans un débat strictement politique sera une fois de plus taxée de naïve adhésion de ces prélats, «au nom d\u2019idées chrétiennes devenues folles», à une vision romantique du Nicaragua.Peut-on vraiment être assuré, dira-t-on, que la liberté n\u2019est pas en danger dans ce pays que d\u2019aucuns décrivent déjà comme un vrai Goulag?Ne prend-on pas le risque de défendre un pays dont l\u2019évolution n\u2019est pas encore achevée?Ces questions, fondées ou non, sont à l\u2019ordre du jour et ne peuvent être ignorées.Mais elles ne doivent pas nous rendre sourds à la position de principe que les Églises nord-américaines ont jugé important d\u2019exprimer.par rapport à l\u2019interventionnisme des États-Unis dans les conflits d\u2019Amérique centrale.En effet, lorsque le 16 février dernier, le président Reagan a comparé les Contras aux héros de la révolution américaine et qu\u2019il a proclamé que le gouvernement sandiniste devait être renversé s\u2019il refusait de partager le pouvoir avec ces «combattants de la liberté.nos frères», il a radicalement changé les données du problème.Il avait jusque-là toujours justifié l\u2019appui aux Contras par la volonté des États-Unis d\u2019empêcher le Nicaragua d\u2019aider les pays voisins, dont le Salvador1.Posé maintenant en ces termes crus, qui font fi (cynisme ou naïveté?) des principes universellement proclamés sur l\u2019autonomie et la souveraineté des nations, l\u2019interventionnisme pratiqué et défendu par l\u2019administration Reagan appelle un jugement éthique, et non point seulement politique, sur le type de relations internationales qu\u2019on est en droit de souhaiter et d\u2019exiger à l\u2019Est.comme à l\u2019Ouest.La réaction du public américain a d\u2019ailleurs été significative à ce sujet.Tout de suite après cette déclaration du président Reagan pour demander quatorze millions de dollars devant aider les Contras à renverser le gouvernement sandiniste, un sondage réalisé par le Washington Postet la chaîne ABC a montré que 70% des répondants s\u2019opposaient à toute implication des États-Unis visant à renverser le gouvernement nicaraguayen.Le désaveu était clair, catégorique.C\u2019est aussi dans le même contexte qu\u2019au congrès américain, M.George Shultz s\u2019est fait accuser de ressusciter la chasse aux sorcières de l\u2019époque McCarthy.1.Il y a toujours eu deux points faibles dans cette argumentation.M.Reagan a toujours faussement présenté les Contras comme des gens qui s\u2019étaient opposés au régime Somoza et qui avaient participé à la révolution dans ces débuts.Ce fut le cas d\u2019Eden Pastora, qui justement a toujours refusé de s\u2019unir aux anciens militaires de la Garde nationale qui constituent le gros des forces de la Contra.Et il n\u2019a jamais été donné de preuves d\u2019un appui militaire donné par le Nicaragua, malgré la surveillance serrée et sophistiquée qu\u2019exercent les États-Unis sur les frontières du Nicaragua.La publication récente d\u2019un rapport de l\u2019organisation America\u2019s Watch sur les atrocités commises par les Contras n\u2019a rien pour aider la position de l\u2019administration Reagan.On y déclare qu\u2019ils ne sont dépassés en horreur, au niveau des violations des droits humains, que par les guérilleros du «Sentier lumineux» au Pérou! (Cf.aussi Newsweek, March 11, 1985, p.22, sur les crimes commis par des ex-Somozistes au Honduras).18 RELATIONS MAI 1985 Bref, le problème que soulèvent les Eglises en est un d\u2019éthique internationale.Les États-Unis, condamnés devant la Cour internationale de La Haye pour leur participation aux sabotages perpétrés au Nicaragua par la CIA et les Contras, ignorent et boycottent ce jugement en se retirant simplement de cette haute instance juridique.Ils ont rompu aussi, sans justification, les pourparlers bilatéraux avec le Nicaragua.Et malgré un appui du bout des lèvres à la Contadora, ils contrecarrent dans la pratique tous les efforts vers la solution politique du conflit centroaméricain.Un autre danger de cette guerre qui n\u2019ose pas dire son nom est sa «privatisation».En effet, pour contourner l\u2019hostilité de l\u2019opinion publique à une intervention officielle et ouverte, l\u2019administration américaine canalise ses fonds vers des organisations «privées», mercenaires, comme les Sol- 2.«Je suis revenu convaincu que les évêques des États-Unis doivent continuer à être solidaires des évêques du Nicaragua, même si nous continuons à critiquer les aspects de la politique américaine que nous avons jugés et que nous continuons à juger comme aboutissant à l\u2019effet contraire de ce qui est cherché pour protéger les droits de l\u2019homme au Nicaragua et susciter un climat de justice et de paix en Amérique centrale.» (Documentation catholique, 1 985, n° 1 890, p.263).diers of Fortune; ou encore, elle camoufle le support militaire derrière une aide dite «humanitaire».pour venir au secours des familles des Contras ou même des réfugiés.Fondamentalement, les Églises d\u2019Amérique du Nord contestent beaucoup plus la cohérence de la politique étrangère de leur propre pays qu\u2019elles ne défendent celle de quelque pays que ce soit dans l\u2019hémisphère sud.C\u2019est le sens du communiqué de Mgr John Roach, qui après une visite au Nicaragua au nom de la Conférence épiscopale nord-américaine, prenait largement à son compte les réserves et les questions qui lui avaient été transmises par l\u2019archevêque de Managua au sujet du sandinisme, et concluait cependant devoir rester critique quant à l\u2019intervention américaine dans la région2.Dans leur lettre à M.Mulroney, les Églises canadiennes se réjouissent de certaines déclarations du ministre des Affaires étrangères, M.Joe Clark, en faveur de la Contadora et contre la militarisation de cette région.Mais ils demandent instamment aux responsables canadiens de «faire pression» sur le président Reagan pour qu\u2019il abandonne l\u2019aide aux Contras et tout son projet d\u2019intervention militaire en Amérique centrale.Karl Lévêque ÉMILE BOUVIER (1906-1985) En octobre 1941, Relations publiait un article de fond en faveur de «l\u2019assurance-maladie obligatoire»; c\u2019était bien vingt-cinq ans avant que cette idée ne devienne chez nous une réalité.Le texte était signé par un jeune éconpmiste, membre du comité de rédaction de la revue, Émile Bouvier.Le Père Bouvier est décédé subitement, le 17 mars dernier.Deux jours plus tôt, il donnait son cours au département d\u2019économique de l\u2019Université de Sherbrooke.Cette activité soutenue, cet acharnement au travail, cet attachement à l\u2019enseignement universitaire sont typiques de l\u2019homme.À parcourir simplement la liste des livres, des articles, des cours et des conférences qu'il a donnés, on sera saisi d\u2019étonnement.Mais ce bourreau de travail était aussi un pionnier et un organisateur.En 1943, il collaborait à lancer l\u2019Association professionnelle des industriels qui, en 1 960, allait devenir le Centre des dirigeants d\u2019entreprises.Il a fondé l\u2019École des relations industrielles de l\u2019Université de Montréal, avant de contribuer à mettre sur pied ou à restructurer des facultés 'de sciences sociales et des départements d\u2019économique en Chine (en 1948!), à Mexico, à Washington (à l\u2019Université Georgetown) et, finalement, à Sherbrooke.Entretemps, il aura été le premier recteur de l\u2019Université Laurentienne de Sudbury.En éthique sociale, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019économie poli-RELATIONS MAI 1985 tique, de relations industrielles ou de morale des affaires, le grand problème reste toujours celui des médiations: comment faire le pont entre des principes généreux et raisonnables et les situations concrètes que rencontrent les hommes d\u2019État, les chefs d\u2019entreprises, les administrateurs?C\u2019est en s\u2019appuyant fermement sur la science économique, d\u2019une part, et sur les directives de ce qu\u2019on appelait «la doctrine sociale de l\u2019Église» que le Père Bouvier s\u2019est attaqué à ce défi avec une fougue et une autorité qui ne lui auront pas fait que des amis.«Il doit maintenant sourire de l\u2019énergie indomptable et parfois de l\u2019impétuosité avec laquelle il avait défendu certaines de ses thèses», disait dernièrement son collègue et ami Gérard-R.Pelletier, «mais il s\u2019est donné avec tellement de coeur à de nombreuses oeuvres destinées à soulager la souffrance qu\u2019il lui sera beaucoup pardonné pour avoir beaucoup aimé».À ceux et celles qui cherchent à promouvoir la justice sous le signe de la foi, la vie et l\u2019oeuvre du Père Bouvier auront livré à la fois un témoignage de service enthousiaste et une expérience riche d\u2019enseignements.À l\u2019équipe de Relations il laisse une tâche à poursuivre et une grande exigence de probité intellectuelle.Albert Beaudry 119 LES REVES DIFFICILES WÊKÊtÊÊÊÊKÊKÊÊKÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊI^IÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊKIÊÊKÊÊ^KÊÊÊÊKÊÊÊÊÊKÊÊÊÊÊÊIKÊÊÊÊÊÊR Gilles Vigneault a repris la route.Il parcourt les écoles du Québec pour donner le goût du pays à une génération pour qui la Révolution tranquille et la Crise d\u2019octobre se perdent dans la nuit de la préhistoire.Il construit un grand cerf-volant.Le vent se lèvera.À l\u2019heure du néo-libéralisme, après l\u2019État-pro-vidence, il y a des rêves nécessaires.Quand les gouvernements s\u2019effacent devant les banques et les compagnies pétrolières, quand on s\u2019inquiète du déficit à cor et à cri tout en augmentant les crédits de la défense, quand on fait miroiter devant les yeux des sans-emploi les millions de la Guerre des Étoiles, rêver d\u2019autre chose est un devoir.Mais c\u2019est un devoir difficile, à moins qu\u2019on ne veuille s\u2019évader du réel.Il faut encaisser le ressac de la crise économique, le désenchantement des batailles perdues, la méfiance générale à l\u2019égard du discours politique.Avant d\u2019inscrire quoi que ce soit sur le cerf-volant, avant de parler de mouvement populaire, de socialisme ou de pensée sociale chrétienne, on demande à voir, à faire le point.Les articles qui suivent proposent des bilans.Pour rêver sans fuir.Le mouvement populaire québécois NOUVEAUX ENJEUX par Paul R.Bélanger et Benoît Lévesque L\u2019expression «Mouvement populaire» désigne un tions impliquant une participation populaire ou même des organisations syndicales (Cf.Gustavo Dans, «Le rique latine, Relations, oct.1983, p.262-265).Au Québec, le mouvement populaire revendique la prise en mes du quartier, du cadre de vie, de la région, etc, participation qu\u2019il apportait débouche sur un mensonge.C\u2019est Godbout, La participation contre la démocratie, éd.St-Martin, sure, par ailleurs, ce mouvement populaire, né sous l\u2019aile de pas, en partant, toutes les limitations de la sous servé au moment où l\u2019État-providence lui-même est remis en d\u2019organisa- en Amé Les cosi cet article enseigne e des problème cette promesse de du livre de M.Jacques 1983.Dans quelle me-t-providence, ne portait-il t, quel sort lui sera ré- à Montréal.Depuis la Révolution tranquille, le mouvement populaire s\u2019est passablement transformé.Dans la première phase de son existence (1963-1968), il était principalement formé de comités de citoyens alors qu\u2019au-jourd\u2019hui il est surtout constitué de groupes de services, d\u2019«entreprises» communautaires et coopératives du genre des comptoirs alimentaires ou encore des garderies populaires.D\u2019où d\u2019ailleurs le terme groupes po- pulaires apparu en 1972 pour désigner ce type d\u2019organisation1.Pour plusieurs, ces petites «entreprises» communautaires et coopératives sont sans importance si ce n\u2019est qu\u2019en période de crise elles permettent aux femmes et aux jeunes de s\u2019exercer au bénévolat et de constituer une précieuse réserve de main-d\u2019oeuvre qualifiée.Pour nous, les enjeux du mouvement populaire sont aussi ceux qui traversent l\u2019ensemble de notre société, soit ceux de la démocratie et du rôle de l\u2019État dans la société.Plus précisément, les comi- 1.Cet article s\u2019inspire de deux articles que nous avons écrit séparément sur des sujets complémentaires.Voir: Paul R.Bélanger, «Néo-fordisme et néo-étatisme: la convergence anti-démocratique»; Benoît Lévesque, «Le mouvement populaire: de la formule syndicale à la formule coopérative?», in Coopératives et développement, (à paraître).120 RELATIONS MAI 1985 tés de citoyens comme les groupes populaires constituent des réponses à des revendications concernant l\u2019amélioration des conditions de vie des classes populaires et le contrôle démocratique des services collectifs devant y contribuer.C\u2019est à partir de ces revendications que se sont tissés les compromis sociaux des années \u201960 et c\u2019est à elles qu\u2019il faut revenir pour cerner les enjeux des années \u201980 et les nouveaux compromis qui se préparent.Les comités de citoyens et l\u2019État-providence (1963-1968) Les premiers comités de citoyens apparaissent en milieu urbain à partir de 1963 et en milieu rural quelques années plus tard.Que des citoyens se mobilisent au sein d\u2019associations volontaires ou de regroupements plus ou moins spontanés ne constitue pas comme tel quelque chose de nouveau.En revanche, ce qui est nouveau, c\u2019est que ces comités surgissent comme des champignons dans les quartiers les plus défavorisés et dans les zones rurales les moins prospères.Ce qui est nouveau également, c\u2019est la nature des revendications: demande de services collectifs et demande d\u2019être consulté sur les décisions concernant le cadre de vie et même d\u2019en décider.Ce nouveau mouvement répond aux transformations qui caractérisent le capitalisme de l\u2019après-guerre.D\u2019une part, le capitalisme se relance par une pénétration de plus en plus visible dans la production des biens de consommation de sorte que les économistes parlent alors de «société de consommation» et de «règne de la marchandise».D\u2019autre part, le capitalisme de par ces transformations atteint alors directement non seulement les conditions de travail de la classe ouvrière mais aussi les conditions de vie de l\u2019ensemble des classes populaires.La croissance des fonctions commerciales, financières et administratives de même que la modernisation et la re-localisation des industries vétustes exigeront de profondes transformations des centre-ville et des quartiers avoisinants.À la campagne, la modernisation de RELATIONS MAI 1985 l\u2019agriculture et son intégration au capitalisme auront pour conséquence la destruction de l\u2019agriculture d\u2019autosubsistance (même si cette dernière était relative).Ces transformations toucheront donc surtout les classes populaires et elles rendront nécessaires la socialisation de la consommation collective \u2014 la santé ou l\u2019éducation \u2014 parce que les formes traditionnelles qui jouaient ce rôle (collectivités locales, villages, quartiers, familles élargies) auront été détruites ou transformées.Les comités de citoyens de même que les associations populaires qui naîtront par la suite comme les ADDS (Associations de défense des droits sociaux) constituent une sorte de syndicalisme de la consommation collective ou du cadre de vie, comme on le dira en France.Cette forme d\u2019organisation est elle-même le résultat d\u2019un compromis social puisque, d\u2019une façon variable selon les lieux et les comités, l\u2019État encourage leur formation par le biais de l\u2019animation sociale et à travers l\u2019idéologie de la participation.Le nouveau mouvement social qui porte ces comités de citoyens et ces associations s\u2019insère donc assez rapidement dans le réseau des forces sociales qui luttent pour la formation de l\u2019État-providence.L\u2019État-providence peut être grossièrement caractérisé à la fois par son rôle de médiation des revenus de transfert sous forme d\u2019allocations diverses et par une étatisation des services publics comme la santé, l\u2019éducation et les services sociaux.Au Québec, l\u2019État-providence s\u2019est mis en place rapidement sous la Révolution tranquille à partir de tendances contradictoires intégrant des revendications non seulement de la classe ouvrière, des classes populaires et des employés de l\u2019État mais aussi des différentes fractions de la bourgeoisie.Sans faire ici l\u2019analyse des intérêts spécifiques de ces divers «partenaires», retenons qu\u2019à la suite du compromis que représente l\u2019État-providence, les revendications de participation populaire (dans le sens d\u2019un contrôle populaire) seront traduites en termes de participation formelle à un mode de gestion étatique et centralisé des services collectifs.Autrement dit, la demande de services collectifs sera satisfaite mais la demande de démocratisation ne le sera pas, de sorte que la définition des besoins de consommation col- lective et la gestion des services collectifs échapperont au contrôle des citoyens et des travailleurs directement impliqués.La mise en place de services gratuits et accessibles à tous dans le cadre de l\u2019État-providen-ce ne répond donc que partiellement aux demandes véhiculées par le mouvement populaire et le mouvement ouvrier.Remise en cause du compromis (1968-1975) L\u2019interventionnisme étatique et les contradictions qu\u2019il véhicule inciteront progressivement le mouvement populaire à revendiquer de moins en moins d\u2019État et de plus en plus de démocratie.Au nom d\u2019un plus grand contrôle populaire et d\u2019une véritable régionalisation, le mouvement populaire aura de plus en plus tendance à remettre en cause le mode de gestion et d\u2019intervention de l\u2019État-providence.À y regarder de plus près, on y verrait sans doute que c\u2019est l\u2019ensemble du compromis social entre les divers «partenaires» (le patronat, les syndicats et les mouvements sociaux) qui est alors remis en question.À partir de 1 966, comme en témoigne la victoire de l\u2019Union nationale, la bourgeoisie cherche à freiner le mouvement enclenché par la Révolution tranquille.Au départ, les coûts que suppose l\u2019État-providence ne posent pas de problème pour l\u2019accumulation du capital: l\u2019amélioration de la santé et de la formation des travailleurs en liaison avec une modernisation de l\u2019appareil de production compense amplement les coûts des services collectifs et permet même une hausse des profits.Mais, à partir du moment où les profits plafonnent (ne serait-ce que parce que certains gains de productivité ne peuvent être reproduits), la bourgeoisie ne trouve plus son intérêt dans la croissance des services collectifs.Pour freiner la croissance de ces services, des pressions seront faites pour que les nouveaux services demandés par les citoyens, comme les garderies, ne soient pas étatisés.Quant aux services étatisés, l\u2019État mettra en place des techniques de gestion et de planification déjà expérimentées dans le secteur privé.Au niveau de l\u2019organi- 121 sation du travail, on s\u2019inspire alors du taylorisme de sorte qu\u2019à l\u2019exemple de l\u2019usine, on introduit le chronomètre à l\u2019école et à l\u2019hôpital.C\u2019est dans une telle conjoncture que les organisations du mouvement populaire deviennent de plus en plus des groupes de services de sorte que cette forme nouvelle d\u2019organisation constitue une remise en cause sinon de l\u2019État-providence du moins du mode de gestion et d\u2019intervention de cet État dans les services collectifs.À cet égard, les groupes populaires sont alternatifs à plus d\u2019un titre.En mettant de l\u2019avant l\u2019autogestion ou la cogestion avec les usagers, ces groupes se démarquent clairement des formes autoritaires d\u2019organisation du travail.De plus, dans certaines de ces expériences, la forte hiérarchisation professionnelle et la domination que celle-ci induit sur les usagers sont remises en cause par des formes originales de collaboration entre les travailleurs et travailleuses de ces groupes de manière à favoriser la réappropriation de l\u2019expertise par l\u2019usager.De façon tendancielle, le mouvement populaire à travers ses groupes de services revendique un contrôle accru sur les conditions de vie et de travail pour les salariés et les usagers directement impliqués.À partir du début des années \u201970, la remise en cause des politiques de l\u2019État-providence passe par une radicalisation des luttes et par des incursions sur le terrain des organisations politiques.Des expériences aussi diverses que celles du FRAP (1969-1972) et des organisations marxistes-léninistes (1974-1981) témoignent d\u2019une recherche d\u2019organisations pleinement autonomes et de solutions en rupture avec celles ayant prévalu jusque-là.L\u2019élection du PQ en 1976, en redonnant espoir aux partisans de la social-démocratie, de l\u2019État-providence et de la concertation, introduira un facteur de division au sein même du mouvement populaire et du mouvement ouvrier.Les groupes populaires En 1985, les organisations du Mouvement populaire sont toujours fragi- les mais de plus en plus nombreuses et diversifiées.Le mouvement inclut encore des groupes de pression et de défense des droits sociaux, des associations de locataires, de chômeurs, d\u2019assistés sociaux, de minorités, de femmes, etc.Mais, il est de plus en plus caractérisé par des groupes de services qui prennent souvent la forme d\u2019«entreprises communautaires et coopératives» dans des domaines aussi divers que l\u2019alphabétisation et les maisons de femmes, l\u2019éducation populaire et les centres de santé, les médias communautaires et les centres d\u2019accueil pour réfugiés, les comptoirs alimentaires et les coopératives d\u2019habitation, le jeune théâtre engagé et les librairies autogérées, les centres populaires de documentation et les groupes d\u2019histoire populaire, etc.Une enquête en cours évalue à 300 le nombre de ces groupes pour Montréal et à 600 pour l\u2019ensemble du Québec.Ces chiffres nous apparaissent conservateurs.Leur nombre pourrait bien dépasser les 2 000 pour l\u2019ensemble du Québec, si l\u2019on considère qu\u2019il existe actuellement autour de 400 garderies sans but lucratif, de 700 coopératives d\u2019habitation et de 800 groupes écologistes et pacifistes.À cela, il faudrait ajouter les nombreux groupes autonomes de femmes et une bonne partie des 150 coopératives ouvrières de production et particulièrement celles qui ont été fondées en région sous la poussée de mobilisation populaire (par exemple le JAL et Tricofil).Comme dans le cas des comités de citoyens, les groupes de services (y compris ceux qui sont contrôlés par les travailleurs de ces groupes en liaison avec les usagers) constituent une forme de compromis.En effet, le développement de ces groupes répond à deux séries de politiques définies par les deux paliers de gouvernement.En premier lieu, on retrouve les programmes dits de création d\u2019emplois du genre des Projets d\u2019initiatives locales (PIL) et des Perspectives-Jeunesse mis sur pied en 1971 par Ottawa et du genre du Programme expérimental de création d\u2019emplois communautaires lancé par le gouvernement du Québec en 1977.En deuxième lieu, on peut identifier toute une série de programmes origi-nant des ministères à vocation sociale comme l\u2019éducation, la santé, l\u2019immigration, le loisir, la culture et les communications qui offrent des sub- ventions pour la réalisation d\u2019activités définies en correspondance avec les objectifs de ces divers ministères.Dans cette visée, les groupes de services apparaissent assez clairement comme un compromis entre d\u2019une part la demande de contrôle démocratique des services collectifs qui émane du mouvement populaire et d\u2019autre part la volonté de l\u2019Etat de se dégager du social et de favoriser la création d\u2019emplois temporaires conformément aux demandes de la bourgeoisie.Plus précisément, le compromis réside dans le fait que les politiques sociales et économiques (création d\u2019emplois temporaires) réussissent à canaliser la demande de démocratisation de l\u2019ensemble des services collectifs étatisés dans des expériences relativement réduites et susceptibles d\u2019être marginalisées.Les dangers du dualisme Si l\u2019on veut que les groupes populaires tiennent leur promesse d\u2019apporter une alternative sociale, il faut éviter d\u2019être trop complaisant et s\u2019efforcer de bien identifier les ambiguïtés de ces expériences et même les culs-de-sac.L\u2019une des ambiguïtés des groupes populaires est qu\u2019ils assument des fonctions de sous-traitance pour l\u2019État qui s\u2019en sert comme intermédiaires entre lui et les classes populaires.Il se constitue alors deux appareils de services, deux bureaucraties: ce qui crée une sorte de dualisme politique.Une autre ambiguïté vient de la précarité de l\u2019emploi des travailleurs et des travailleuses (de ces groupes populaires) qui fait que leur emploi relève d\u2019un marché secondaire de travail, d\u2019où le terme de dualisme économique.Voyons d\u2019un peu plus près.\u2014 Le dualisme politique Comme chacun le sait, le désengagement de l\u2019État n\u2019est que partiel: l\u2019État se désengage du social pour s\u2019engager ailleurs.Cette politique va 122 RELATIONS MAI 1985 de pair avec une politique de privatisation pour les secteurs où les possibilités de profit apparaissent intéressantes.Pour les secteurs qui n\u2019offrent pas de telles possibilités, les solutions proposées ne sont pas nombreuses: elles reviennent assez souvent à des réductions de services ou encore à des appels au bénévolat et aux collectivités locales.Dans cette perspective, la formule des groupes populaires est encouragée par l\u2019État dans la mesure où le contrôle des services, qui y seront offerts, ne lui échappera pas.C\u2019est ainsi que les divers ministères à vocation sociale tentent de transformer les groupes populaires en groupes de sous-traitance.Les ministères donnent de moins en moins de subventions d\u2019infrastructure et de plus en plus de subventions pour des activités bien précises et bien définies.Ce faisant, l\u2019État continue à définir les besoins sociaux et les services y répondant mais se dégage du rapport à la clientèle et surtout des coûts de la main-d\u2019oeuvre.Le dualisme politique va cependant plus loin puisque, par ce compromis, les politiques gouvernementales tentent de canaliser les demandes de démocratie et d\u2019alternative du mouvement populaire vers des services de rechange somme toute assez réduits plutôt que vers une véritable démocratisation de l\u2019ensemble des services offerts à la population.Ce qui est alors récupéré par l\u2019État, ce sont moins les groupes populaires pris un à un que le mouvement social dans son ensemble avec sa volonté et ses capacités de transformer l\u2019ensemble des rapports du social et l\u2019État.Ce dualisme politique ne saurait être contré que par un renforcement de la demande démocratique à l\u2019égard des services étatiques eux-mêmes et par une jonction entre les demandes de démocratie des usagers avec celles des travailleurs de ce secteur.\u2014 Le dualisme économique À un premier niveau, le dualisme économique désigne la dualité du marché de l\u2019emploi.À côté d\u2019un premier marché de l\u2019emploi, celui du travail syndiqué, relativement bien rémunéré et dont les contrats régulés par l\u2019État prévoient la permanence et RELATIONS MAI 1985 des avantages sociaux, il existe un marché dit secondaire où l\u2019on retrouve surtout des jeunes et des femmes qui sont mal payés et dont l\u2019emploi correspond à du travail précaire.À la limite, les conditions de travail et de rémunération de ce second marché de l\u2019emploi présentent des similitudes avec ce que l\u2019on retrouve dans le tiers monde.Plus fondamentalement, ces deux marchés de l\u2019emploi renvoient à deux catégories d\u2019entreprises ou d\u2019activités: d\u2019un côté, les grandes entreprises des secteurs privé et étatique, de l\u2019autre, la plupart des petites entreprises dont les entreprises communautaires et coopératives du mouvement populaire.Du point de vue de l\u2019économie d\u2019une société donnée, ce dualisme n\u2019est qu\u2019apparent puisque ces deux économies sont articulées l\u2019une à l\u2019autre soit par la sous-traitance, soit simplement par les rapports étroits existant entre productivité et reproduction (entretien) de la force de travail.Ainsi, les services offerts par les groupes populaires dans la mesure où ils sont de meilleure qualité et produits à un moindre coût peuvent contribuer à améliorer les conditions de rentabilité du capital à l\u2019échelle de la société.Ces éléments de problématique soulèvent plus de questions qu\u2019ils n\u2019apportent de réponses.Si l\u2019on n\u2019est pas vigilant, l\u2019autogestion, la participation des travailleurs et la décentralisation peuvent devenir des coquilles vides qui serviront d\u2019appât aux travailleurs et aux travailleuses pour qu\u2019ils acceptent la «précarisation» de leur emploi et à la population en général pour qu\u2019elle accepte une réduction des services publics.On ne saurait se prémunir une fois pour toutes contre de tels dangers.Cependant, si l\u2019on veut que les groupes populaires soient autre chose que des lieux de travail précaires et même déqualifiés, il importe qu\u2019ils se préoccupent de donner au travail un autre contenu et d\u2019inventer une organisation du travail qui favorise aussi bien la créativité que l\u2019épanouissement des personnes.De même, si l\u2019on veut que ces «entreprises» soient autre chose que de simples lieux de sous-traitance ou de vulgaires instruments de réduction des services publics, il faut encourager fortement les efforts que font certaines d\u2019entre elles pour produire des services véri- tablement différents à partir de rapports nouveaux avec les usagers.Pour le changement social La crise est un moment où les compromis d\u2019hier se défont et où ceux de demain s\u2019esquissent.Le mouvement populaire à travers les groupes populaires exprime un refus de la dépendance et de l\u2019isolement qu\u2019induisent les services collectifs tels que produits et gérés dans le cadre de l\u2019Etat-providence.Positivement, ce mouvement exprime une demande de démocratie, de contrôle populaire sur les services collectifs, de réappropriation du social par la base.D\u2019une part, ces demandes ne peuvent être satisfaites par les réponses esquissées jusqu\u2019ici par l\u2019État-providence.D\u2019autre part, les groupes populaires dont nous avons tenté de montrer l\u2019intéressant potentiel d\u2019alternative sociale, risquent de donner lieu à de nouveaux compromis dont les solutions seraient aussi limitées et décevantes que celles proposées par l\u2019État-provi-dence et ses services étatisés.Si ces éléments d\u2019analyse sont corrects, les nouveaux compromis mis de l\u2019avant par l\u2019État visent à harnacher les capacités d\u2019alternative sociale du mouvement populaire de manière non pas à démocratiser davantage les services collectifs mais à permettre leur contrôle étatique et bureaucratique.Ce processus peut d\u2019ailleurs s\u2019accompagner d\u2019une réduction de ces services et d\u2019une remise en cause de leur gratuité et de leur universalité.Les projets de privatisation ne vont donc ni dans le sens d\u2019une réduction du contrôle bureaucratique, ni dans le sens d\u2019un surcroît de démocratie.Pour éviter de tels culs-de-sac, les groupes populaires n\u2019ont pas d\u2019autres choix que d\u2019élargir le champ des solidarités vers leurs alliés potentiels pour le changement social que sont les usagers et les autres catégories de travailleurs et de travailleuses.123 mill par Thierry Hentsch Par les temps qui courent, les militants ont plutôt mal à leur socialisme.S\u2019il est une mode facile d\u2019identifier partout des «crises», ce n\u2019est certainement pas une coquetterie de langage que de parler de la crise du marxisme.Cette crise vient-elle du fait que les réalisations politiques du modèle marxiste - ce qu\u2019on appelle le socialisme réel - aient fini par amener déception et scepticisme?Vient-elle d\u2019une réaction au nom de l\u2019intelligence devant certains schémas simplistes qui prétendent formuler des lois pour l\u2019avenir sur un ton plus proche du dogme et de la prophétie que de la science?Bref, le temps de la séduction semble passé.du moins dans les pays industriels avancés.Comme par ailleurs, la mode des nouveaux philosophes et du néolibéralisme triomphant peut paraître tout aussi suspecte, nous avons trouvé important de réfléchir sérieusement sur ce dossier.Et nous avons demandé à M.Thierry Hentsch, professeur de science politique, de reprendre par le début cette histoire du socialisme marxiste.Il existe dans le monde un certain nombre de pays qui se réclament du marxisme et qui ont construit ce qu\u2019on appelle à tort ou à raison le «socialisme réel».Ailleurs, comme en France, en Espagne ou en Grèce, un parti socialiste au pouvoir gère l\u2019État capitaliste sans plus trop savoir de quel système ou de quelle idéologie il se réclame.Aucune de ces deux réalités (pour ne pas parler de modèles) ne correspond à ce que les pères fondateurs du socialisme, Marx en particulier, prévoyaient ou espéraient.Comment en est-on arrivé là et quelles sont les implications de cette situation aujourd\u2019hui et pour l\u2019avenir rapproché?Si le socialisme «véritable» n\u2019existe nulle part, quel est le sens de celui qui existe «réellement» (à supposer qu\u2019on puisse recouvrir d\u2019un même concept des régimes dont on a trop souvent tendance à ignorer les différences)?Est-il irrémédiablement pétrifié ou a-t-il des chances d\u2019évoluer?Et si oui, dans quelle direction?Telles me paraissent être les questions qui viennent le plus spontanément à l\u2019esprit lorsqu\u2019on s\u2019interroge sur l\u2019état du socialisme dans le monde.Leur examen nécessite évidemment qu\u2019on porte le regard d\u2019abord et surtout sur les régimes qui disent avoir réalisé ou être en train de réaliser le socialisme concrètement, car c\u2019est là que cette réalité (quoi qu\u2019on en pense) pèse le plus lourd \u2014 au regard de laquelle l\u2019Internationale socialiste, pour ne prendre que cet exemple, paraît bien légère.Avant de se pencher sur cette réalité massive, faisons un bref mais nécessaire retour vers la théorie qui est censée l\u2019inspirer.Les trois paliers du marxisme En simplifiant beaucoup \u2014 comme l\u2019appréhension de la globalité parfois l\u2019exige \u2014 on peut dire que le marxis- 124 me, au delà de tous les choix et de toutes les interprétations qu\u2019il laisse ouverts, se présente comme une théorie à trois paliers: 1.\tAu niveau philosophique, au niveau des valeurs, le marxisme propose une critique radicale du système dominant (le capitalisme) et de son idéologie.Cette critique s\u2019exerce au nom de certaines valeurs, à la réalisation desquelles elle espère contribuer: à chacun selon son travail et même, idéalement, selon ses besoins dans une société libérée de l\u2019exploitation, de la misère et de la domination de classe.En ce sens, le marxisme se présente à son tour comme une idéologie qui participe à double titre de l\u2019idée de progrès: progrès matériel et progrès social.Tel est du moins l\u2019espoir qu\u2019il nourrit.Reste à donner à cet espoir des bases scientifiques aussi solides que possible.Ce qui nous mène au deuxième palier.2.\tAu niveau scientifique, au niveau du savoir, le marxisme vise à la compréhension de la réalité historique et sociale et affirme que cette réalité est intelligible dans sa globalité.Il va plus loin en s\u2019efforçant de montrer que l\u2019histoire a un sens, une direction: elle franchit diverses étapes à travers l\u2019accomplissement de plusieurs modes de production correspondants pour aboutir au capitalisme qui se déploie sous nos yeux et, au-delà, au socialisme, lui-même transition vers le communisme.Laissons ici de côté la question très controversée de savoir s\u2019il y a ou non des raccourcis à ce cheminement, dont la visée universalisante demeure en tout état de cause évidente.De la vision marxiste de l\u2019histoire, découle une intelligence de l\u2019avenir, voilà ce qui me paraît fondamental.Peu importe à cet égard que les marxistes eux-mêmes soient de plus en plus nombreux (en Occident surtout) à remettre en cause la nécessité de cet enchaînement historique.Cette nécessité, que ce soit sous forme d\u2019espoir ou de vérité scientifique, a fortement imprégné les premières générations de marxistes et reste une pierre an- RELATIONS MAI 1985 gulaire de l\u2019idéologie du socialisme réel.L\u2019intelligence de l\u2019avenir a évidemment des incidences très fortes sur l\u2019action politique, qui constitue le troisième palier d\u2019intervention du marxisme.3.Au niveau politique, en effet, le marxisme se présente comme une méthode d\u2019accouchement.Le prolétariat est gros de la révolution et la société capitaliste enceinte du socialisme.Comment les accoucher l\u2019un et l\u2019autre?Telle est la préoccupation centrale du marxisme en action.Double tâche, donc, qu\u2019il s\u2019assigne au nom de l\u2019espoir, de la nécessité historique et de l\u2019idéologie du progrès.Quelle que soit la réalité du déterminisme qui anime le marxisme au niveau scientifique, nous sommes ici, indiscutablement, dans le domaine de la volonté, de l\u2019organisation politique: il s\u2019agit de faire la révolution, il s\u2019agit de construire le socialisme.Comment?C\u2019est ici que Lénine et le léninisme prennent la relève: dans l\u2019organisation des masses puis de l\u2019État socialiste, dans la définition des tâches qui incombent aux élites (ou «avant-gardes») dirigeantes.La trahison de la volonté Le problème incontournable du marxisme en action, c\u2019est que sa volonté a été trahie.Trahie parce que la révolution prolétarienne ne s\u2019est pas produite là où elle devait, là où le développement des forces économiques et sociales était le plus avancé et, théoriquement, le plus propice à sa réalisation.Trahie parce que là où les marxistes sont arrivés à prendre le pouvoir, l\u2019État et la société qu\u2019ils ont construits n\u2019ont plus grand-chose à voir avec ce que promettaient l\u2019espoir et la science.Cette inadéquation entre le projet (si vague fût-il) et le résultat (même provisoire) du socialisme réel aurait théoriquement dû amener les bâtisseurs de ce socialisme-là à faire un retour vers les paliers philosophique et scientifique du marxisme, afin de repenser leur pratique politique à la lumière même des exigences critiques de la théorie.Ce retour s\u2019est largement produit en Occident, où l\u2019impossibilité de plus en plus manifeste d\u2019une révolution prolétarienne a conduit un nombre croissant d\u2019intellectuels et de dirigeants marxistes à remettre en cause les aspects les plus déterministes du schéma marxiste de l\u2019histoire.Pourquoi cette remise en question ne s\u2019est-elle pas produite à l\u2019Est, sauf chez quelques théoriciens marginaux (comme Rudolph Bahro en RDA) qui ont presque toujours fini par se faire exclure du parti?Elle ne s\u2019est pas produite parce qu\u2019elle était matériellement très difficile.La difficulté matérielle de la critique La difficulté matérielle de la critique, à l\u2019Est, et tout d\u2019abord en URSS, n\u2019est pas sans rapport avec le niveau RELATIONS MAI 1985 de développement qui était celui de la Russie au moment de la naissance de la première société socialiste du monde.Du point de vue de la théorie marxiste, la révolution d\u2019octobre s\u2019est faite dans un pays dont le niveau de développement économique se prêtait mal à la construction du socialisme; paradoxalement la prise du pouvoir par les Bolchéviques a principalement dû son succès \u2014 on pourrait même parler ici de nécessité \u2014 à la faiblesse politique (et économique) de la bourgeoisie russe.C\u2019est d\u2019ailleurs bien pourquoi Lénine envisageait la révolution russe comme une première étape \u2014 l\u2019éclatement du maillon faible du capitalisme mondial \u2014 à laquelle succéderaient des prises de pouvoir révolutionnaires dans les pays capitalistes européens plus développés.Et l\u2019Allemagne a failli emboîter le pas, en effet.Mais la révolution ne s\u2019est finalement produite nulle part ailleurs, et il a bien fallu construire «le socialisme dans un seul pays», au milieu d\u2019un monde hostile à cette expérience difficile.Dès ses débuts et tout au long de ses premières années, le nouveau régime s\u2019est trouvé engagé dans une lutte politique, économique et militaire dont dépendait sa survie; lutte dans laquelle les puissances occidentales ont activement combattu contre lui.Sans doute, à partir de 1922, ces puissances ont bien dû admettre la nouvelle réalité soviétique et ont commencé à relâcher leur pression, en même temps d\u2019ailleurs que s\u2019éloignait l\u2019espoir pour les Soviets de voir triompher des forces révolutionnaires amies à l\u2019Ouest.L\u2019hostilité fondamentale des pays capitalistes (c\u2019est-à-dire, en réalité, de tous les autres gouvernements du monde!) n\u2019en demeurait pas moins: l\u2019URSS ne pouvait compter sur aucune alliance solide sur la scène mondiale, même pas contre le nazisme après l\u2019arrivée d\u2019Hitler au pouvoir.Jusqu\u2019à la dernière heure, et en dépit du traité franco-soviétique de 1935 (que Paris avait signé à reculons), les «démocraties» occidentales espéraient pouvoir canaliser contre l\u2019Union soviétique les ambitions de l\u2019Allemagne nazie.Le fameux accord de Munich, par lequel l\u2019Angleterre et la France, en 1938, livraient la Tchécoslovaquie à Hitler, n\u2019avait pas d\u2019autre signification possible pour le Kremlin.Il ne s\u2019agit pas ici de justifier globalement la politique intérieure et extérieure des dirigeants soviétiques de cette époque ni de prétendre que ces derniers n\u2019avaient rigoureusement pas d\u2019autre choix.Il s\u2019agit simplement de comprendre que leurs énergies étaient prioritairement engagées dans un combat implacable contre la pénurie à l\u2019intérieur et contre la menace et le boycott à l\u2019extérieur.Les impératifs de ce combat n\u2019ont fait que renforcer l\u2019urgence du développement à tout prix de l\u2019industrie lourde (facteur indispensable à la puissance militaire) qui était déjà inscrite au centre des préoccupations du parti.Dès le début des années trente cette priorité l\u2019emporte sur toute autre.Et on peut dire que, d\u2019une certaine façon, l\u2019URSS ne s\u2019en est jamais remise.Rien de tout cela, en effet, ne prédisposait les cadres supérieurs du parti à faire un retour critique sur la théorie à laquelle ils se référaient ni même sur la manière dont ils s\u2019en inspiraient.Si bien que, dans le seul État qui s\u2019en réclamait, le marxisme se vidait de sa force critique au profit du rôle idéologique que les lacunes et les échecs de l\u2019expérience soviétique l\u2019amenaient inévitablement à jouer en tant que facteur de légitimation du pouvoir.Perversion inévitable, en effet, dès lors que toutes les difficultés, toutes les contraintes du régime pouvaient trouver leur explication et leur justification dans les impératifs de la lutte 125 contre le capitalisme et les puissances impérialistes.Comme on le verra plus loin, c\u2019est ce qui explique qu\u2019au-jourd\u2019hui encore cette lutte \u2014 ou du moins son discours \u2014 ne puisse être abandonnée.Une idéologie de la croissance économique Au delà des exigences de la lutte contre les forces du capitalisme, le marxisme soviétique constituait aussi et constitue toujours une des plus puissantes versions de l\u2019idéologie de la croissance économique.Aujourd\u2019hui d\u2019autant plus que l\u2019URSS n\u2019est plus seule à suivre cette voie et que pour la plupart des autres pays du socialisme réel c\u2019est nettement l\u2019aspect économique des problèmes qui prime.On peut donc considérer le socialisme réel, au plan idéologique, comme une des formes du discours sur le progrès \u2014 défini en tant qu\u2019accumulation matérielle quantitative et qualitative.C\u2019est peut-être même sa forme la plus virulente, du moment que ce discours, outre sa fonction légitimante, doit agir comme stimulant à la productivité collective, là où le capitalisme privé, lui, peut s\u2019appuyer sur l\u2019appétit des entreprises et le jeu (même très relatif) de la concurrence.Ici apparaît à la fois la nécessité, l\u2019origine occidentale (d\u2019autres diraient «l\u2019universalité») et la spécificité de l\u2019idéologie du sçcialisme réel: ce discours doit contribuer à permettre à l\u2019État socialiste de combler le retard économique dont il souffre par rapport au peloton de tête des économies occidentales.Le mode de croissance, les méthodes de production et la finalité sont essentiellement les mêmes à l\u2019Est qu\u2019à l\u2019Ouest.Seul change le rôle de l\u2019État, dont l\u2019omni-responsabilité apparaît de plus en plus comme un handicap économique écrasant pour le socialisme réel.À cet égard, son idéologie est non seulement impuissante, elle représente un embarras supplémentaire.Bien entendu, une différenciation s\u2019impose: tous les pays du socialisme réel à l\u2019Est ne sont pas dans la même situation que la mère patrie soviétique.De plus, aux pays socialistes de l\u2019Europe de l\u2019Est s\u2019apparentent certains pays du tiers monde dont les régimes s\u2019inspirent plus ou moins étroitement du système soviétique: la Chine, le Vietnam et ses satellites, Cuba, l\u2019Afghanistan, l\u2019Angola et l\u2019Éthiopie, tous formellement marxistes-léninistes (au sens large); mais aussi d\u2019autres pays à parti unique et à tendance collectiviste où l\u2019État assume le rôle principal dans le développement des forces productives, comme l\u2019Algérie (du moins jusque récemment), l\u2019Irak, la Tanzanie, le Mozambique, etc.Ainsi, pris dans son sens le plus large et malgré les réalités très disparates qu\u2019il recouvre, le socialisme réel, à l\u2019Est comme au Sud, peut être globalement défini: la forme autoritaire et centralisée de l\u2019accumulation capitaliste dans les pays où celle-ci ne s\u2019est pas produite de manière autocentrée ni à un degré suffisant sous l\u2019impulsion de l\u2019initiative économique du capital privé* 1 .Cette forme dirigiste de l\u2019accumulation répond ainsi et à un be- soin de rattrapage et à une volonté d\u2019émancipation par rapport au système capitaliste dominant de l\u2019Occident.Cela dit, ses modalités pratiques varient considérablement d\u2019une région à l\u2019autre, et l\u2019analyse doit tenir compte de cette diversité dans l\u2019évaluation de l\u2019avenir du socialisme dans le monde.Évaluation que je vais tenter de faire en me limitant ici aux deux grands du socialisme et à l\u2019Europe de l\u2019Est.Le socialisme soviétique C\u2019est évidemment en URSS que le socialisme réel trouve son expression la plus dure, pour ne pas dire la plus rigide.Cette rigidité, on l\u2019a vu, tient au fait que le pays des Soviets a été le premier sur la brèche.Mais il la doit aussi à l\u2019immensité de son territoire, à la diversité des peuples qu\u2019il abrite, aux traditions centralisatrices et autoritaires héritées de l\u2019époque tsariste et surtout à son statut de grande puissance.En tant que chef de file du camp socialiste, l\u2019URSS a la lourde tâche d\u2019assurer la cohésion d\u2019un très vaste ensemble.Or, étant donné le caractère bureaucratique et centralisé de l\u2019économie nationale de chaque pays socialiste, cette cohésion reste relativement faible au niveau économique, à l\u2019inverse de ce qui se passe dans le camp occidental, où la dynamique de l\u2019intégration économique transnationale s\u2019exerce parfois malgré les résistances étatiques.Les piètres performances du Comecon2 offrent à cet égard un contraste très révélateur.L\u2019jdéologie, une fois de plus, doit compenser cette carence: c\u2019est ce qu\u2019on appelle, dans le jargon soviétique, «l\u2019internationalisme prolétarien», dont une des applications pratiques se manifeste dans l\u2019exercice de la «souveraineté limitée».En tant que gardiens et du dogme et de l\u2019ordre socialistes, les dirigeants soviétiques ne peuvent donc qu\u2019être extrêmement réticents à prendre des risques, sur le plan idéologique comme en matière d\u2019innovation sociale.Cela ne signifie pas que cette société demeure figée dans l\u2019immobilité, mais que les changements s\u2019y produisent malgré l\u2019esprit timoré qui semble affecter le pouvoir, plutôt que sous l\u2019impulsion de ce dernier.Le socialisme chinois Les dirigeants chinois n\u2019ont pas les mêmes contraintes; mais le défi qu\u2019ils doivent relever n\u2019est pas moindre: 1.\tSeules la République démocratique allemande et la Tchécoslovaquie échappent clairement à cette définition.2.\tC'est ainsi qu\u2019on désigne familièrement le Conseil d\u2019aide économique mutuelle (CAEM), organe coordinateur des économies des pays de l\u2019Est qui a pour fonction, théoriquement, d\u2019organiser leur intégration tâche qui s\u2019est révélée pratiquement très difficile à réaliser.126 RELATIONS MAI 1985 nourrir le quart, ou presque, de la population mondiale.Depuis que la Chine a cessé de disputer à sa soeur aînée la direction du camp socialiste, depuis qu\u2019elle a même renoncé, à toutes fins pratiques, à constituer un pôle révolutionnaire rival, sa démarche est devenue plus pragmatique du simple fait qu\u2019elle n\u2019a ni direction à assumer ni comptes à rendre au niveau international.Même si la Chine reste fermement socialiste en ce que le parti communiste entend garder la haute main sur les orientations principales du régime, ce parti a néanmoins accepté de donner la priorité aux nécessités concrètes \u2014 et criantes \u2014 du développement économique plutôt qu\u2019à la pureté de son idéologie.Il est encore trop tôt pour mesurer l\u2019ampleur des changements qui ont été mis en marche sous la direction de Deng Xiaoping.Mais on peut d\u2019ores et déjà évaluer les retombées possibles de cette réelle liberté de manoeuvre dont jouit la Chine sur le plan idéologique: l\u2019émergence d\u2019une autre forme, probablement plus souple, plus diversifiée, d\u2019économie socialiste sous l\u2019impulsion de l\u2019État, dans le cadre d\u2019un régime qui, sans cesser d\u2019être politiquement autoritaire, continuera de laisser un peu plus de libertés civiles à ses citoyens (sauf en ce qui touche la natalité, aussi longtemps du moins qu\u2019une limitation imposée d\u2019en haut sera nécessaire).En ce sens, l\u2019expérience chinoise est peut-être porteuse d\u2019un socialisme différent.Cela dit, la Chine contemporaine prolonge un monde inscrit dans une continuité millénaire qui nous reste profondément étrangère.En quoi son modèle nous concerne-t-il réellement nous autres Occidentaux?Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que la question se pose.Au reste on ne peut être certain que de deux choses: le socialisme en Chine restera chinois plutôt que socialiste au sens où nous le concevons en Occident; l\u2019accession de ce pays au rang de puissance industrielle changera le monde.Le socialisme de l\u2019Europe de l\u2019Est Pour autant qu\u2019on puisse considérer l\u2019Europe de l\u2019Est comme un tout (regard global dont on abuse trop souvent en Occident), ses divers socialismes réels se sont développés largement sous l\u2019effet de la domination extérieure.Sans la présence soviétique, l\u2019expérience socialiste n\u2019aurait probablement pas eu lieu: ou du moins se serait-elle déroulée autrement.Mais on aurait tort de croire que l\u2019influence du «grand frère» a imposé aux pays d\u2019Europe orientale un carcan rigide et uniforme.Il est inévitable, comme en témoignent aujourd\u2019hui les situations très différentes de la Hongrie, de la Pologne ou de la Roumanie, que la direction communiste de chaque Etat réponde à des nécessités propres dictées par l\u2019histoire et la géographie, autant sinon davantage qu\u2019aux desiderata de Moscou.L\u2019hégémonie du parti communiste soviétique sur ses émules n\u2019a pas tué les sentiments nationaux polonais, allemand, bulgare, etc., qui continuent de vivre dans les masses, bien sûr, mais aussi chez les dirigeants eux-mêmes, si prudents soient-ils envers Moscou.C\u2019est dire que les socialismes est-européens, différents dès le départ, vont se diversifiant et se modifiant, comme le montre éloquemment l\u2019exemple de la Hongrie.Celle-ci, en effet, a su tirer les conséquences de l\u2019échec de 1 956 RELATIONS MAI 1985 (au contraire des dirigeants tchécoslovaques qui semblent encore traumatisés par le leur \u2014 en 1 968): on peut aller assez loin dans les innovations économiques et sociales, dans l\u2019élargissement des libertés civiles, pouvu que cela se fasse, progressivement et discrètement, sous le contrôle du parti, et à condition que cette évolution interne s\u2019accompagne d\u2019une rigoureuse orthodoxie en matière de politique étrangère.Si les régimes des «petits frères» évoluent évidemment en liberté surveillée (plus ou mois étroitement suivant les cas), ils disposent néanmoins d\u2019une marge de manoeuvre non négligeable et, à certains égards, supérieure à celle de la direction soviétique, encombrée qu\u2019elle est dans ses responsabilités mondiales.Bien plus, ces expériences novatrices dans les marches de l\u2019empire, en cas de réussite durable, ne manqueraient pas d\u2019avoir des répercussions au sein de l\u2019empire lui-même.À tout prendre, les dirigeants soviétiques peuvent faire de nécessité vertu: dans les bornes de la souveraineté limitée, les pays frères représentent des terrains d\u2019expérience dont l\u2019URSS pourrait finir par tirer profit pour tenter de résoudre les graves problèmes structurels qui sont les siens.Les conditions externes d\u2019un déblocage En résumé, le socialisme réel n\u2019est sûrement pas aussi sclérosé à l\u2019Est qu\u2019on le croit généralement à l\u2019Ouest.Mais sa capacité d\u2019évoluer vers des formes nouvelles ne dépend pas seulement de la souplesse de ses dirigeants ni de la force des courants, souterrains ou visibles, qui parcourent les masses: elle dépend aussi, et peut-être surtout, du climat qui préside aux rapports Est-Ouest.Seule la détente offre un contexte international propice à l\u2019assouplissement et à l\u2019innovation dans les pays de l\u2019Est.La discipline des blocs (OTAN contre Pacte de Varsovie) restreint les possibilités d\u2019ouverture des pays frères, tant à l\u2019intérieur que vers l\u2019extérieur; ne serait-ce que parce qu\u2019elle renforce et durcit la rhétorique idéologique du camp socialiste et oblige ses membres à serrer les rangs.Pour ce qui est de l\u2019URSS elle-même, la poursuite de la guerre froide a de plus graves conséquences encore: aucun changement structurel majeur ne semble pouvoir être apporté à l\u2019économie et à la société soviétiques aussi longtemps que les dirigeants se sentiront (à tort ou à raison) contraints de donner l\u2019absolue priorité à l\u2019armée et aux investissements militaires.Le socialisme ne pourra dépasser ses blocages, en définitive, que si l\u2019Occident parvient à dépasser les siens.En ce sens, l\u2019avenir du socialisme réel est lié à l\u2019avenir du monde.Mais du monde entier, tiers monde y compris.Encore qu\u2019il faille bien entrevoir la spécificité des contradictions dans le tiers monde et les perspectives propres qui s\u2019ensuivent pour le développement du socialisme dans les pays de l\u2019hémisphère sud.Mais c\u2019est là un tout autre sujet.lllllllllllllllllllll 127 Autour d\u2019un livre québécois recent LA NOUVELLE PENSÉE SOCIALE CATHOLIQUE par Gregory Baum St.Michael\u2019s College, Université de Toronto Imaginez un moment que vous êtes un Canadien anglais.Vous vivez en Ontario.Vous vous intéressez au Québec, même si vous savez bien que son fameux «contexte culturel» ne sera jamais tout à fait transparent pour vous.Et vous tombez sur un livre comme Les évêques et la crise économique* 1, que viennent de publier un groupe de professeurs de l\u2019Université de Sherbrooke.Vous êtes déconcerté et, finalement, plutôt déçu.Surtout par le volet économique de l\u2019ouvrage.Les textes signés par des professeurs de philosophie ou de sciences sociales adoptent un ton polémique et négatif: ils parlent des «erreurs» commises par les évêques, ils leur reprochent d\u2019être naïfs ou mal informés, ou de verser dans l\u2019utopie.On croirait lire des éditoriaux et des commentaires du Globe and Mail.Au Canada anglais, une approche comme celle-là est devenue banale dans les grands médias, chez la plupart des commentateurs politiques et parmi les porte-parole des partis conservateur et libéral.Devant ces critiques «made in Québec», le lecteur anglo-canadien a l\u2019impression de réentendre une vieille rengaine.Il aurait préféré qu\u2019on invite des spécialistes en économie politique à répondre à ces accusations déjà souvent ressassées.D'autant plus que nos auteurs prônent abondamment le pluralisme et la démocratie libérale: l\u2019occasion était belle de mettre ces beaux principes en pratique en présentant un véritable débat et en donnant la parole aux deux points de vue.Plus discutable encore est la tendance de ces auteurs à détecter une influence marxiste dans la moindre critique des évêques à l\u2019endroit du capitalisme.Chez nous, les analystes sérieux distinguent un plus large éventail de tendances dans la critique de notre système économique et dans la pensée politique actuelle.Ainsi, la philosophie sociale de la vieille CCF incorporait déjà plusieurs courants de gauche: le travaillisme britannique, le socialisme étapiste des Fabiens2, le radicalisme des mouvements de fermiers et ce qu\u2019on a appelé «l\u2019Évangile social».Elle empruntait au marxisme certaines idées sans se considérer elle-même marxiste.Plus près de nous, la «Nouvelle politique économique» a su combiner une approche néo-marxiste et la pensée économique de Harold Innis pour formuler une théorie économique canadienne susceptible d\u2019inspirer la recherche empirique.Les économistes associés au Centre canadien de recherche en politiques de rechange, à Ottawa, représentent encore une autre tendance.On trouve en outre aux États-Unis plusieurs spécialistes qui s\u2019emploient à repenser la science économique au moyen de nouveaux modèles et de nouveaux paradigmes: j\u2019en citerai plus loin quelques-uns.Le lecteur reste donc perplexe devant ces auteurs qui crient au marxisme dès qu\u2019ils se trouvent en face d\u2019une pensée sociale critique.Bien sûr, il est facile d\u2019étiqueter les idées des autres: c\u2019est un moyen de contrôle qui permet de manier les idées à son aise et d\u2019établir la supériorité des siennes.Mais cette astuce se paie: elle ferme à toute nouveauté, elle empêche de se laisser surprendre.À mon avis, la pensée sociale qui émerge dans l\u2019Église catholique, celle des évêques canadiens en particulier, représente justement quelque chose de neuf et d\u2019original.C\u2019est que les messages sociaux des évêques et l\u2019enseignement de Jean-Paul II, spécialement dans son encyclique Labo- rem exercens et dans les discours qu\u2019il a prononcés au Canada, mettent en lumière les liens étroits qui unissent l\u2019éthique et l\u2019économique.L\u2019éthique, facteur de l\u2019économie L\u2019éthique est indissociable de l\u2019activité économique.Impossible de comprendre celle-ci sans prendre en considération les facteurs culturels et religieux qui l\u2019influencent.Les économistes qui prennent pour acquis que les gens n\u2019agissent que pour s\u2019enrichir n\u2019ont jamais considéré la diversité des cultures.Max Weber avait déjà observé dans son pays que lorsqu\u2019un propriétaire d\u2019usine offrait un plus haut salaire à la pièce, les ouvriers protestants travaillaient plus fort pour rapporter plus d\u2019argent à la maison tandis que les ouvriers catholiques travaillaient moins longtemps: à midi ils estimaient avoir fait leur journée et ils prenaient congé pour l\u2019après-midi.Le sens qu\u2019on donne à sa vie influence l\u2019agir économique.1.\tLes évêques et la crise économique.Les universitaires s'interrogent, édité par Gérard-R.Pelletier et Louis Racine, éditions de l\u2019Université de Sherbrooke, 1 984, 1 86 pages.2.\tLa Fabian Society, une association de socialistes anglais (1883), tirait son nom du général romain Fabius Cuncta-tor (le «temporiseur»); ses membres prônaient une transformation graduelle de la société politique, ils défendaient l\u2019évolution plutôt que la révolution.128 RELATIONS MAI 1985 Les valeurs jouent donc un grand rôle.Certains projets économiques sont réalisables au Pays Basque parce que le sentiment d\u2019identité et d\u2019autonomie y est vigoureux et renforce la solidarité.D\u2019autres projets ont pu être menés à terme en Autriche, après la Deuxième Guerre mondiale, parce que le peuple autrichien a accordé à son gouvernement le leadership et l\u2019autorité nécessaires pour définir son identité nationale en complète indépendance de l\u2019Allemagne.Le problème actuel de la création de la richesse implique des facteurs culturels.Une science économique qui n\u2019accorderait aucune attention à ces facteurs ne serait d\u2019aucune utilité.Il s\u2019ensuit qu\u2019un mouvement éthique, qu\u2019il soit d\u2019inspiration religieuse ou non, peut exercer une influence considérable sur l\u2019économie nationale.Celle-ci peut être affectée par un appel à la solidarité sociale, comme celui que les évêques viennent de lancer.À l\u2019inverse, ceux pour qui tout nouveau projet est automatiquement irréaliste ou utopique ont également une grande influence: à certains moments ils peuvent rendre impossible ce qui aurait été réalisable.Bref, un projet économique fonctionne quand il est raisonnable, «faisable», et quand les gens veulent vraiment le faire réussir: «vouloir vraiment» n\u2019est pas seulement une question de bénéfice à court terme mais aussi une question de valeurs et de projet de société.C\u2019est pourquoi les utopies peuvent avoir une incidence pratique énorme.Depuis la lettre Octogesima adve-niens du pape Paul VI, l\u2019enseignement social catholique emploie le terme «utopique» non pour évoquer un rêve vide et un pays irréel mais pour renvoyer à une vision différente de la société, qui corresponde aux possibilités pas encore réalisées du monde présent.Cette notion a été empruntée au philosophe marxiste révisionniste Ernst Bloch et au sociologue social-démocrate (non marxiste) Karl Mannheim.Sans utopie nous restons enfermés dans les institutions traditionnelles, même lorsqu\u2019elles nous étouffent.En ce sens, les utopies sont raisonnables; elles sont un facteur de créativité et font appel à des ressources encore inexploitées.Le nouvel enseignement social catholique et les messages sociaux des évêques sont utopiques dans ce sens-là.L\u2019économie, facteur de l\u2019éthique L\u2019éthique est reliée à l\u2019activité économique d\u2019une autre manière encore.Celle-ci, d\u2019une certaine façon, définit qui nous sommes.L\u2019économie, c\u2019est ce que nous faisons ensemble tous les jours.Nous nous bâtissons nous-mêmes à travers des gestes quotidiens de production, d\u2019échange et de consommation.Dans son encyclique Laborem exercens, Jean-Paul II parle du «travail au sens subjectif».Nous devenons ce que nous sommes à travers un ensemble d\u2019activités complexes et organisées: le travail.Dans ce contexte, le travail n\u2019est pas l\u2019emploi.Il est beaucoup plus large que l\u2019emploi, même si on ne saurait le définir sans lui.L\u2019Église catholique enseigne que c\u2019est par le travail que les gens peuvent réclamer leur part de la richesse produite par la société.Même à l\u2019heure de la haute technologie, l\u2019enseignement de l\u2019Église demande le plein emploi, cette exigence dût-elle entraîner une nouvelle division du travail.Jean-Paul II a souligné la priorité du travail au sens subjectif: ce que nous devenons comme personne est plus important que ce que nous produisons.Il accorde une attention particulière, cependant, à l\u2019impact de l\u2019organisation du travail sur la conscience personnelle et aux profondes implications éthiques de l\u2019activité économique.Les contradictions dans le mode de production déforment notre existence collective et engendrent un mal social.Au Canada, par exemple, le pape a dénoncé l\u2019impact des valeurs du marché sur notre conscience culturelle; il a déploré la mentalité de consommateur qui a fait de nous des individualistes et des pragmatistes.Nous ne nous sentons plus responsables les uns des autres, nous ne nous voyons plus frères et soeurs dans une entreprise commune.Nous ne comprenons pas qu\u2019il nous est impossible de résoudre nos problèmes économiques, comme le chômage, si nous ne nous mettons à l\u2019oeuvre ensemble.Certes, de nouvelles institutions sont nécessaires, mais à elles seules elles ne suffiront pas.Il faut nous convertir à un projet commun.Selon la nouvelle pensée sociale catholique, l\u2019éthique et l\u2019économique sont doublement reliées.D\u2019une part, les valeurs de la société (son éthos) dépendent pour une large part de l\u2019organisation du travail.Mais, d\u2019autre part, on ne comprend pas cette influence de manière déterministe: il reste possible de se convertir à une nouvelle conscience.Les idéaux éthiques, religieux ou séculiers, peuvent devenir des motivations et nous pousser à l\u2019action.Cette pensée sociale est différente de l\u2019ancienne doctrine sociale de l\u2019Église, de tendance idéaliste; et elle se distingue des théories déterministes de droite et de gauche, qui négligent le fait que les êtres humains restent les sujets de leur activité économique.Pour ma part, j\u2019y vois l\u2019émergence d\u2019une brillante théorie de la société, remarquable pour sa force d\u2019analyse et son orientation vers l\u2019action.L\u2019éthique et la science économique L\u2019éthique n\u2019est pas seulement reliée à l\u2019économie, elle est aussi reliée à la science économique.Les spécialistes en économie politique qui écrivent dans Les évêques et la crise économique veulent maintenir une distinction entre les faits et les valeurs, d\u2019une part, et l\u2019idée d\u2019une science sociale ou d\u2019une science économique objective, libre de toute valeur, d\u2019autre part.C\u2019est se placer dans la tradition néo-kantienne.Les auteurs accusent l\u2019école de Francfort \u2014 encore des marxistes! \u2014 de s\u2019être engagée dans une polémique mystificatrice contre un positivisme mal défini.Pourtant, l\u2019idée d\u2019une science sociale neutre, libre de toute valeur comme de tout préjugé, a été battue en brèche par les philosophes modernes, que ce soit dans la tradition herméneutique de Heideggerou dans le courant de la phénoménologie sociale qui s\u2019inspire de Husserl.En Amérique du Nord, qu\u2019il suffise de citer ici l\u2019oeuvre de Thomas Kuhn.C\u2019est par l\u2019observation que l\u2019homme de science accumule et scrute les faits, mais l\u2019observation est toujours dirigée par un modèle de pensée, un paradigme.Dans une série de phénomènes, l\u2019esprit isole certaines données qu\u2019il considère pertinentes; RELATIONS MAI 1985 129 DANS LE NUMÉRO DE JUIN I)E RELATIONS Des salles d\u2019asile aux garderies par Ghislaine Desjardins Ramsès II à Montréal par Julien Harvey Fédéralisme et centralisation par Louis Balthazar Vers une Église des pauvres par Guy Paiement lu*1 numéro (te juin paraîtra te 17 mai.mais le paradigme, qui dirige la recherche scientifique et qui propose des explications, charrie inévitablement des préconceptions d\u2019ordre philosophique.La science économique fonctionne donc toujours et de manière inévitable à partir d\u2019une conception de l\u2019être humain.Ainsi, pour la science économique traditionnelle, l\u2019activité économique est censée obéir à certaines lois qu\u2019on peut découvrir et qui permettent de prévoir le comportement des gens; les personnes, en effet, sont comprises de manière déterministe comme des individus polarisés par l\u2019appât de la richesse.Mais plusieurs économistes post-keynésiens cherchent aujourd\u2019hui à construire une science économique nouvelle à partir d\u2019une image différente de l\u2019être humain, plus adéquate au plan éthique.La crise Les spécialistes en économie politique sont partagés dans leur réaction aux messages des évêques.L\u2019essentiel ici est de savoir s\u2019ils sont d\u2019accord ou non avec le diagnostic posé par les évêques canadiens \u2014 et appuyé par le pape Jean-Paul II \u2014 voulant que le capitalisme international traverse présentement une crise sérieuse.Cette crise, si on n\u2019y réagit pas, provoquera de graves souffrances.Selon le pape Jean-Paul II, la plus récente phase du capitalisme, la phase keynésienne, relativement douce, arrive à son terme.Durant cette phase, le capital (entendons les propriétaires du capital) a conclu un pacte non écrit avec la société, de manière à favoriser le plein emploi, des lois de sécurité sociale, le respect des organisations ouvrières.Mais aujourd\u2019hui, à cause des changements survenus dans la structure du capital et dans la technologie, ce contrat non écrit est abrogé.Le pape soutient que la phase qui commence sera sous le signe d\u2019une grande brutalité.À plusieurs reprises, les évêques canadiens ont analysé les changements survenus dans notre système: ils ont signalé l\u2019intensification du capital, sa concentration et sa globalisation.Les spécialistes en économie politique qui admettent cette crise ne peuvent que lire avec sympathie les déclarations des évêques.Les auteurs de notre ouvrage québécois ne se demandent même pas si notre système économique se trouve présentement en crise.Or, me semble-t-il, le jugement à porter sur la présence d'une crise ne peut être déterminé par la seule méthode scientifique, car les économistes sont divisés.À l\u2019heure actuelle, en économie politique, on ne s\u2019entend pas sur la possibilité d\u2019un retour à la normale à la suite de la présente récession; on est également partagé sur la contradiction que représentent dans un système économique en reconstruction le taux de chômage, les privations et les déplacements de population entraînés par la crise.C\u2019est que la crise du système économique engendre une crise de la science économique.Les économistes qui n\u2019admettent pas l\u2019existence d\u2019une crise économique prétendront du même souffle que la science économique repose sur un consensus scientifique.Mais ce consensus n\u2019existe plus.Dans le numéro de février 1985 de la revue Atlantic Monthly, Robert Kuttner, auteur de The Economie Illusion: Full Choice Between Prosperity and Social Justice, signe un article intitulé «La pauvreté de l\u2019économique», où il analyse la rupture du consensus entre les économistes, pendant les années \u201950 et \u201960.Kuttner décrit également la recherche actuelle de nouveaux paradigmes, de nouveaux modèles en science économique.Néanmoins, tandis que se poursuit cette recherche d\u2019une nouvelle forme de réflexion dans le monde des économistes, l\u2019establishment et plusieurs facultés universitaires continuent de faire comme si le modèle traditionnel restait toujours valide.En se fondant sur l\u2019ouvrage de Kuhn, The Structure of Scientific Revolution, Kuttner analyse la confusion actuelle comme un conflit, un débat entre la science officielle et l\u2019émergence de nouveaux paradigmes.L\u2019approche des évêques canadiens dénote une certaine parenté avec la réflexion poursuivie par des économistes post-keynésiens ou, dans certains cas, néo-marxistes ou post-marxistes3.Les évêques ont également consulté des spécialistes canadiens de l\u2019économie politique, souvent reliés au Centre canadien de recherche en politiques de rechange, qui ont réalisé des études de cas sur l\u2019économie canadienne.Pour plusieurs de ces spécialistes post-keynésiens et néo-marxistes, le rapport entre l\u2019éthique et l\u2019économique est décisif.Décisifs, les concepts de besoins de la personne et de droits économiques.Décisive, l\u2019activité économique conçue comme une activité humaine, vécue par des personnes réelles et non par de simples abstractions, et exigeant un engagement d\u2019ordre éthique.Ces chercheurs sont sans doute la minorité.Mais un débat ouvert à propos de la déclaration des évêques devrait faire une place à ces voix neuves, au lieu de se contenter de faire écho aux thèses traditionnelles.3.Outre l\u2019ouvrage de Kuttner cité ci-des-sus, mentionnons Bowles, Gordon et Weisskopf, Beyond the Wasteland: A Democratic Alternative to Economie Decline: Wilber et Jameson, The Poverty of Economics; Alperovitz et Faux, Rebuilding America.130 RELATIONS MAI 1985 Le conflit irako-iranien UNE GUERRE QUI REND SERVICE?par Modj-ta-ba Sadria membre du collectif de la revue Conjonctures et Politique Le conflit le plus long entre deux pays du tiers monde depuis la Deuxième Guerre mondiale a déjà causé d\u2019innombrables souffrances humaines, des centaines de milliers de morts, des milliards de dégâts matériels.Il dure depuis plus de quatre ans maintenant.Mais d\u2019où vient-il?On a voulu y voir la confrontation entre deux nationalismes (arabe et persan), un conflit entre l\u2019Iran chi\u2019ite et l\u2019Irak sunnite ou encore l\u2019opposition entre le laïcisme militant de l\u2019Irak et l\u2019état clérical iranien.Ces réponses nous paraissent inexactes ou du moins bien incomplètes.La guerre à laquelle nous assistons de loin (et de manière intermittente, au gré des médias) n\u2019est qu\u2019un nouvel épisode d\u2019une histoire conflictuelle beaucoup plus ancienne.Sans remonter trop loin, rappelons les conflits majeurs qui, au XIXe siècle, ont opposé l\u2019Empire persan et l\u2019Empire ottoman (qui englobait alors le territoire irakien), conflits généralement suscités par la force ou la faiblesse des gouvernements en place.Dans la seconde moitié du XXe siècle, un élément idéologique important s\u2019ajoute à ce lourd héritage.Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis et la Grande-Bretagne, d\u2019un commun accord, jettent les bases d\u2019une organisation régionale à caractère essentiellement militaire, le Pacte de Bagdad, qui englobe la Turquie, l\u2019Iran, l\u2019Irak et le Pakistan.Créée pour soutenir l\u2019opposition à l\u2019Union soviétique, cette alliance vise en fait à intégrer ses membres au système occidental.Mais voilà qu\u2019en 1958 le général Kassem installe une république en Irak.Cette prise de pouvoir a pour effet de briser la cohésion du Pacte de Bagdad (on forme alors le CENTO, qui regroupe les mêmes pays moins l\u2019Irak) mais aussi d\u2019engendrer un autre foyer \u2014 l\u2019Égyp- RELATIONS MAI 1985 te de Nasser mise à part \u2014 de discours anti-occidental très militant.Ce militantisme devient désormais une menace pour les bastions occidentaux dans la région et dès lors les anciennes rivalités sont alimentées par des tensions idéologiques croissantes.Cette guerre, pourtant, comme toute guerre peut être comprise du point de vue du pouvoir, au sens où l\u2019entendait le général prussien Clause- ! witz, il y a plus de 1 60 ans: La guerre n\u2019est que la continuation de la poli- : tique par d\u2019autres moyens.Notre propos, dans les lignes qui suivent, est donc d\u2019expliquer du point de vue du pouvoir politique les motivations qui ont poussé l\u2019un et l\u2019autre pays à déclencher la guerre ou à la poursuivre.Après avoir examiné la nature du pouvoir politique en Irak, nous nous arrêterons un peu plus au cas de l\u2019Iran, qui exige, nous semble-t-il, une plus grande démystification.Évolution de la politique irakienne En 1968, le parti Baas prend le pouvoir à Bagdad.Ce parti se définit comme le «Parti socialiste de la Résurrection arabe»; son programme vise à promouvoir l\u2019unité arabe, né- I cessaire à la libération de la Palestine, et revendique la justice sociale qui mettra fin à la pauvreté de toutes les masses arabes.Mais le bilan d\u2019une décennie de pouvoir baassiste équivaut à une faillite complète.Pour bien des pays arabes, le régime irakien fait figure d\u2019intrigant et de comploteur.Aussi, à la fin des années \u201970, l\u2019Irak se retrouve-t-il isolé sur l\u2019échiquier proche-oriental.Au plan intérieur, la situation n\u2019est guère meilleure.Durant la première moitié des années \u201970, la révolte de la minorité Kurde entraîne une guerre civile à laquelle le pouvoir n\u2019arrive pas à mettre un terme.Ce conflit intérieur a bientôt de graves répercussions politiques et militaires dans la région, du fait des alliances étrangères conclues par les Kurdes irakiens.En effet, la capacité militaire des forces de Barzani se voit amplifiée grâce au soutien actif du Shah, des travaillistes israéliens et de la CIA.Cet appui, on s\u2019en doute bien, ne s\u2019inspire pas d\u2019abord du droit des peuples à l\u2019autodétermination: c\u2019est plutôt que le discours irakien étant perçu comme un élément déstabilisant, le triangle Téhéran-Tel Aviv-Washington cherche à ébranler le régime de Bagdad.1 975.Ne se sentant plus très solidement installé, le Shah d\u2019Iran négocie un accord avec Sadam Hossein, alors vice-président de l\u2019Irak.Échange de bons procédés, cet accord prévoit que l\u2019Iran ne soutiendra plus les insurgés kurdes et que l\u2019Irak mettra fin aux activités subversives en provenance de son territoire contre le régime du Shah.En quelques mois, cet accord se transforme en un traité international réglant ces questions de sécurité ainsi que des litiges territoriaux, notamment la réglementation de la navigation sur le Chatt Al Arab (Golfe persique).Au sein de l\u2019Irak, l\u2019année 1 975 marque le commencement de la paix avec les Kurdes; c\u2019est aussi le début de l\u2019accroissement de la rente pétrolière, comme d\u2019ailleurs chez les autres exportateurs de pétrole.Graduellement, ces deux événements vont transformer le régime baassiste.Sa prétention au leadership de l\u2019unité 131 arabe s\u2019estompe et Bagdad perd son étiquette progressiste.Les nouveaux revenus créent des nouveaux riches, la bureaucratie irakienne perd ses complexes devant les monarchies arabes, et même persanes.Considérés comme un ensemble, les États de la région présentent alors l\u2019image d\u2019appareils étatiques forts, que consolide encore l\u2019accroissement de leurs revenus, et dont la capacité d\u2019intervention sociale s\u2019élargit grandement.Comme cet ensemble, placé sous l\u2019hégémonie iranienne, est de plus en plus lié au monde occidental (même l\u2019Égypte a pris ses distances de l\u2019Union soviétique, au début des années \u201970) l\u2019Irak entreprend un mouvement d\u2019insertion accéléré dans le système capitaliste mondial.Il ira surtout du côté de l\u2019Europe, de la France particulièrement.Mais voici qu\u2019intervient un autre élément: l\u2019Iran, garant de l\u2019insertion de l\u2019ensemble proche-oriental au monde occidental, se voit déstabilisé de l\u2019intérieur par un mouvement populaire sans précédent.Du fait de son poids dans cet ensemble, les secousses qui le traversent vont créer un besoin de réajustement dans la région.Avec la chute du Shah, ce besoin devient une nécessité vitale.Sadam Hossein L\u2019évolution intérieure du régime irakien va aboutir à l\u2019ascension de Sadam Hossein au poste de commandement suprême de toutes les instances du pouvoir.Évolution qui passe par une double rupture.L\u2019alliance entre le parti Baas et le parti communiste irakien est rompue, les communistes sont poursuivis et réprimés.Outre cette distanciation idéologique, on assiste à un coup d\u2019État, dirigé par Hossein, à l\u2019intérieur même du parti Baas.Le 28 juillet 1979, onze jours après son installation à la tête de l\u2019État irakien et du parti Baas, il annonce la découverte d\u2019un complot contre sa personne et le régime.La conspiration aurait été menée de l\u2019intérieur même du Conseil du commandement de la révolution, organe suprême du pouvoir comptant une demi-douzaine de personnes.Après un procès de six jours, 68 membres du parti sont officiellement jugés, 22 exécutés, 33 condamnés à de lourdes sentences, 13 acquittés; 5 membres du Conseil du commandement de la révolution sont également exécutés de même qu\u2019un grand nombre de vétérans baassistes.Si Hossein a agi si durement à l\u2019intérieur de son propre clan politique, on peut imaginer avec quelle violence il a réprimé les oppositions extérieures provenant des chi\u2019ites, des communistes irakiens ou des extrémistes kurdes.Ce qui laisse conclure à la fragilité de son pouvoir.Cette faiblesse d\u2019Hossein nous permet d\u2019émettre une hypothèse: c\u2019est pour consolider son pouvoir en Irak qu\u2019il déclara la guerre à l\u2019Iran, le lundi 22 septembre 1980.Avec l\u2019avantage de l\u2019initiative, la plupart des experts militaires prédisaient d\u2019ailleurs une victoire éclair pour l\u2019Irak et l\u2019effondrement du pouvoir en Iran.Le régime irakien de Hossein avait besoin de cette victoire.Comprendre l\u2019Iran Pour comprendre la situation politique de l\u2019Iran, il faut d\u2019abord situer la chute du Shah et l\u2019arrivée sur scène de Khomeiny.L\u2019Occident fut perplexe devant la dégringolade de celui que les faiseurs d\u2019opinion publique disaient un bon roi, dont on ne cessait de louer le charme et les bienfaisances et qui avait hissé bien haut l\u2019étendard des valeurs occidentales sur cette terre d\u2019Orient.On expliqua un peu trop vite cette chute par la réponse du peuple aux appels du pur et sage octogénaire Khomeiny pour la justice et contre la corruption.La réalité fut plus complexe.Sans analyser en détail le processus insurrectionnel en Iran, signalons les points suivants avec, comme repère historique, l\u2019année 1973.Paralysie au sommet du pouvoir Depuis le coup d\u2019État de 1953 qui renverse le Dr Mossageh au profit du Shah \u2014 avec l\u2019appui de la CIA \u2014, et surtout depuis 1 962, début de la Révolution blanche où sont mises en place des réformes socioécono- miques pour transformer la structure de la société, les classes dominantes s'accordent sur le rôle central de l\u2019État comme instrument privilégié du maintien de l\u2019ordre social et, surtout, comme agent des transformations visées.Mais à partir de 1973, cette unanimité s\u2019effrite.Une fraction de la bourgeoisie industrielle conteste les privilèges économiques que tire la haute bureaucratie de ses pouvoirs politiques.Au début assez feutré, ce débat prend des dimensions telles qu\u2019en octobre 1973 le Shah dissout les deux partis politiques officiels et crée un parti unique.Ce dernier se fonde sur trois principes: la reconnaissance de la Constitution, la fidélité aux réformes de 1 962 et l\u2019acceptation de la monarchie comme forme de pouvoir.Or, la monarchie est inscrite dans la Constitution.Sa séparation comme principe à part, mis sur le même pied que l\u2019exigence de fidélité aux réformes de 1962, porte un message: le Shah entérine la primauté de la bourgeoisie d\u2019État, dont les intérêts privés se situent plutôt dans le secteur tertiaire, sur la grande bourgeoisie industrielle.Dans son discours annonçant le parti unque, il présente d\u2019ailleurs une alternative claire à cette dernière: adhérer au nouveau parti ou quitter le pays.Position radicale sans correspondance avec les rapports de force au sein des classes dominantes! Il s\u2019ensuit des divergences qui dégénèrent vite en guerres intestines.Celles-ci vont être nourries à distance par le début de la campagne électorale de Carter, où on insiste sur la nécessité du respect des droits de l\u2019homme.La contestation du pouvoir absolu du Shah par les porte-parole de la bourgeoisie industrielle en est renforcée.Les intellectuels, qui aspirent aux libertés démocratiques, profitent de ce contexte de dissensions pour entrer sur la scène publique.C\u2019est la fin du consensus des classes dirigeantes.Leur conflit éclate sur la scène publique.L\u2019État est paralysé.Cul-de-sac de l\u2019intelligentsia radicale Suite au coup d\u2019État de 1953, le mouvement communiste iranien, in- 132 RELATIONS MAI 1985 carné par le parti Toudeh, s\u2019est vu discrédité aux yeux de la population.Après quinze ans de répression et de pessimisme, arrive une nouvelle génération d\u2019intellectuels qui, en rupture avec le parti Toudeh, prend le chemin du radicalisme.Très vite, on choisit la lutte armée-guérilla pour mettre fin à l\u2019impasse politique.La révolution algérienne et cubaine, la rupture sino-soviétique et le phénomène même de la Révolution culturelle en Chine sont perçus comme des sources d\u2019inspiration et d\u2019encouragement par ces radicaux.Ce mouvement de nature terroriste et populiste, déclenché à la fin des années \u201960, réussira à créer une culture politique radicale chez les jeunes; mais avec plus de 700 militants officiellement exécutés et de nombreuses arrestations, c\u2019est bientôt le cul-de-sac.Les masses n\u2019ont pas suivi.Mouvements populaires Et pourtant, les masses n\u2019étaient pas immobiles.Parmi toutes les initiatives populaires, contentons-nous d\u2019examiner un cas de confrontation sociale particulièrement important.En 1974, le Conseil municipal de la ville de Téhéran fixe des limites à la zone urbaine, à l\u2019extérieur desquelles toutes les constructions existantes, devenues illégales, doivent être détruites.Or, dans ces bidonvilles, vivent un million et demi de personnes, sur une population urbaine totale de cinq millions; ces terrains sont convoités, notamment par le neveu du Shah, pour des projets de ville ultra-moderne.Arrivent donc les bulldozers, accompagnés de gardes de la municipalité.Spontanément, c\u2019est la résistance: les habitants s\u2019allongent devant les bulldozers.Deux d\u2019entre eux, au moins, sont tués.En quelques mois, le mouvement s\u2019organise: on installe des sentinelles à l\u2019entrée des bidonvilles et, à l\u2019approche des équipes municipales, c\u2019est un bombardement de pierres et de projectiles divers.Un an et demi plus tard, après plusieurs morts, le mouvement se transforme complètement.Par dizaine de milliers, les habitants des bidonvilles s\u2019attaquent aux appareils étatiques: bureaux des municipalités, commissariats de police, tout ce qui a une appartenance à l\u2019État est sacca- RELATIONS MAI 1985 gé.On ne conteste pas la politique, ni même le gouvernement, mais on s\u2019insurge contre les structures mêmes de l\u2019État.Bientôt, on s\u2019en prendra aussi aux succursales des banques et aux compagnies d\u2019assurances.Il est très important de constater que ce mouvement spontané prend forme et se développe au moment où les dirigeants n\u2019ont plus de projets, et où les intellectuels radicaux, en conflit idéologique, sont dans un cul-de-sac politique.Le mouvement est significatif car, de par son étendue, il force le Shah, en 1977, à annuler la décision du conseil municipal de Téhéran.C\u2019est la première défaite politique du pouvoir face à un mouvement populaire de grande envergure, depuis 1953.Fait plus significatif encore, de pareils mouvements des bidonvilles se reproduisent quelques mois plus tard dans tout le pays, avec les mêmes objectifs.De violents mouvements insurrectionnels vont paralyser l\u2019Iran durant dix-huit mois.Ainsi donc, avant même l\u2019arrivée de Khomeiny à Paris le 8 octobre 1978, et indépendamment de sa bénédiction, l\u2019Iran est traversé par un courant d\u2019insoumission très puissant dont témoignent ces incessantes révoltes des populations urbaines.L \u2019impuissance du tout-puissant Indéniablement, le séjour français de Khomeiny lui fut bénéfique.Il s\u2019y est acquis un prestige, et même il s\u2019est vu attribué un charisme disproportionné par rapport à ce qu\u2019avait été sa pratique politique avant octobre 1978.En trois mois de séjour dans cette petite ville de banlieue parisienne, c\u2019est plus de 400 entrevues que lui demanda la presse! Si bien qu\u2019à son retour en Iran, au début de 1979, cette personnalité religieuse jouit, à cause de sa prise de position politique, d\u2019une immense popularité.La nature des liens entre Khomeiny et le mouvement insurrectionnel est en soi un sujet fort complexe.L\u2019opinion courante veut qu\u2019il ait dirigé l\u2019insurrection.Nous soutenons plutôt qu\u2019il a été assez clairvoyant pour se mettre juste derrière les éléments les plus avancés de ce mouvement.Exemple significatif: la veille de l\u2019assaut des casernes de l\u2019armée par la population de Téhéran, il émettait ce communiqué.«Les chefs militaires nous sont fidèles, je n\u2019ai pas donné l\u2019ordre d\u2019attaquer l\u2019armée.» Mais la population ne l\u2019a pas écouté et a effectivement attaqué! Une fois promu l\u2019homme tout-puissant du nouveau régime et placé à la tête d\u2019un conglomérat de tendances politiques et idéologiques fort diverses, la nature de ses relations avec le mouvement populaire dut vite être clarifié.Or, la nouvelle définition qu\u2019il voulut donner à ces relations ne fut pas acceptée par l\u2019ensemble des éléments, des courants et des forces de ce mouvement populaire.Dès le 8 mars 1 979, un mois à peine après son retour, son pouvoir est remis en cause, à l\u2019occasion de la Journée internationale de solidarité des femmes.Même chose, peu après, lorsque la population kurde demande l\u2019autonomie et que les journalistes progressistes exigent la liberté d\u2019expression.Ces manifestations de secteurs importants de la population démontrent qu\u2019on remet en question la légitimité du nouveau rôle qu\u2019il veut s\u2019attribuer.Autre indicateur du degré de contestation à laquelle Khomeiny doit faire face: la répression d\u2019une brutalité sans précédent qu\u2019exerce le régime.Si la participation à une manifestation de rue devient un délit suffisamment grave pour qu\u2019avec le témoignage de deux personnes le manifestant soit exécuté sur place, on peut juger du peu de confiance en soi de ce pouvoir! Provoquer la crise Mais la répression seule ne pouvait arrêter la contestation massive de la légitimité du pouvoir de Khomeiny.Apparaît alors un élément clé de sa stratégie politique: créer une situation de crise.Toute crise provoquée et maintenue par en haut permet d\u2019accaparer le terrain politique.La scène publique est occupée en permanence par des éléments ou des situations d\u2019une gravité telle que les simples citoyens ne peuvent intervenir, ni individuellement, parce qu\u2019ils sont dépossédés de leur initiative en raison de l\u2019envergure de la crise entretenue par le pouvoir, ni en groupes, en raison de la carence de liberté politique.Ils ne peuvent non plus défier les solutions que propose le pouvoir pour résoudre ces crises.133 C\u2019est dans cette stratégie de provocation et de crises recherchées qu\u2019il faut inscrire la prise d\u2019otages à l\u2019ambassade des États-Unis à Téhéran, de même que la guerre avec l\u2019Irak.Une drôle de guerre.Ainsi donc, cette guerre qui a commencée par la recherche d\u2019une vic- toire rapide pour Hossein en Irak s\u2019est poursuivie par la recherche de consolidation du pouvoir pour Kho-meiny en Iran.La guerre continue, mais les belligérants n\u2019ont plus les mêmes positions à son égard.L\u2019Irak voudrait la voir se terminer pour une raison bien simple: si la victoire devait consolider le régime baassiste de Hossein, la non-victoire ne cesse de l\u2019affaiblir! Du côté iranien, au contraire, la situation de mi-guerre mi-paix à court terme permet de restructurer la société sur la base d\u2019une économie de guerre, et aide à camoufler les conflits latents entre les différentes fac- tions du pouvoir qui ont des projets sociaux contradictoires.Tant qu\u2019une des factions n\u2019aura pas acquis assez d\u2019hégémonie pour imposer son projet social aux autres, en un mot tant que la question du pouvoir politique ne sera pas réglée, la guerre est l\u2019allié objectif, à différents niveaux, de toutes ces factions.Comme quoi le général Clausewitz disait vrai.4 AH! SI J'ETAIS LAÏC par Jacques Grand\u2019Maison La revue Relations m\u2019a proposé ce titre et le thème de réflexion qu\u2019il suggère.Au départ, j\u2019étais un peu réticent.Encore un prêtre-clerc qui se fait définiteur de la condition laïque dans le monde et dans l\u2019Église.N\u2019est-ce pas le prolongement d\u2019une «pastorale» qui continue à donner peu de poids à la parole originale des laïcs eux-mêmes, même sur des terrains d\u2019expérience qui leur sont spécifiques?Bien sûr, j\u2019avais en tête la célèbre affirmation de saint Augustin qui, en plus de se dire évêque, rappelait sa condition de chrétien dans le monde.Pourquoi le prêtre que je suis se refuserait-il à se reconnaître la même fibre?Mais la raison principale de mon acceptation fut plus concrète, plus pratique, plus vitale.J\u2019appartiens à cette famille spirituelle qui, au XXe siècle, s\u2019est consacrée à l\u2019émergence d\u2019une pensée, d\u2019une spiritualité, d\u2019un agir «laïques» dans l\u2019Église tout autant que dans le monde.Émergence aussi d\u2019un laïcat aussi identifiable que le presbytérium et la communauté religieuse.À cela s\u2019ajoute une conception de la laïcité qui se «démarquait» de la conception de la «chrétienté» qui avait pris toute la place depuis le Concile de Trente.L\u2019Action catholique a été le lieu historique principal d\u2019expression de cette conviction.Il faut se souvenir, ici, qu\u2019une des influences majeures à l\u2019origine de Vatican II vient de cette veine laïque du XXe siècle, non seulement au chapitre des rapports Église- 134 monde, mais aussi au chapitre des renouveaux bibliques, liturgiques et catéchétiques.Les laïcs, depuis un bon moment, s\u2019étaient faits plus actifs dans la fréquentation des Évangiles, dans la transmission de la foi, dans la célébration sacramentelle et liturgique, dans le façonnement de nouvelles spiritualités.On se rappellera que jusqu\u2019au tournant du XXe siècle, même les spiritualités populaires étaient le prolongement des communautés religieuses (Tiers-Ordre franciscain, exercices de saint Ignace, congrégations mariales, etc.).Deux scénarios Pour aller droit au but, je dirai que cette veine laïque historique, si importante à l\u2019amont de Vatican II, s\u2019est pratiquement perdue à l\u2019aval du Concile.Tout s\u2019est passé comme si les laïcs, et surtout le laïcat comme tel, étaient devenus anonymes, sans visages identifiables.Les mouvements spiritualistes des dernières décennies ne se sont pas tellement préoccupés de la spécificité laïque.Le discours pastoral post-conciliaire laissait entendre RELATIONS MAI 1985 que désormais nous étions tous membres du même peuple de Dieu (référence qui restait vague, sinon peu définie).On ne s\u2019est pas rendu compte que cette orientation réductrice avait des conséquences particulièrement graves chez les laïcs qui devenaient ainsi une masse indifférenciée qu\u2019on osait appeler «communauté», alors que les nouvelles structures d\u2019encadrement restaient aussi cléricales qu\u2019au temps de la chrétienté.Les laïcs n\u2019accédaient à un «visage ecclésial» qu\u2019en entrant dans le cadre clérical des ministères, au point que l\u2019Église postconciliaire, malgré les apparences, était moins diversifiée que l\u2019Église de la chrétienté qui avait reconnu une identité originale au laïcat comme tel, du moins au XXe siècle.Bien sûr, on pourrait faire une autre lecture de la situation qui a sa part de vérité.Par exemple, on peut se demander si par l\u2019accès aux ministères, à «l\u2019Église toute entière ministérielle», on n\u2019est pas en train de chercher à dépasser une séparation contestable de deux rôles de base: aux laïcs, l\u2019évangélisation du monde et aux clercs, le contrôle de la vie interne de l\u2019Église, de ses sacrements, de sa prédication et de sa gestion.Il y aurait donc une évolution saine vers une nouvelle situation où les laïcs, après avoir approfondi leur mission chrétienne sur leur propre terrain séculier, commencent à prendre leur place dans l\u2019institution eccjésiale, et cela jusque dans la structure ministérielle de l\u2019Église.C\u2019est là le scénario optimiste.Pourquoi pas?Pourvu que les laïcs, en s\u2019inscrivant plus directement dans les structures pastorales, puissent y garder et surtout y affirmer leur vocation propre, leurs richesses originales.Autrement, on ne fera que renforcer la tendance récente à une néo-cléricalisation des laïcs qui accèdent à des tâches d\u2019agent pastoral.Je suis prêt à faire le pari de ce scénario optimiste mais à certaines conditions.Les voici.1 ) D\u2019abord, la mission Il faut bien évaluer la conjoncture du tournant historique actuel et garder bien en vue le primat de la mission.L\u2019Eglise n\u2019est pas là pour elle-même, mais pour le salut du monde.Fernand Dumont disait récemment: «Nous nous retrouvons devant une crise de l\u2019expérience chrétienne en ce sens que la culture, les modes de vie, l\u2019évolution des moeurs sont devenus progressivement étrangers à la foi.Il nous faut questionner de l\u2019intérieur cette évolution des moeurs, des idéaux qui nous sont proposés.Les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui sont des hommes et des femmes le plus souvent déchirés, bouleversés, vivant dans un monde où tout est sans cesse remis en cause.Est-ce que dans l\u2019Église transparaît quelque chose du tragique de cette situation?» On n\u2019y arrivera pas si l\u2019expérience des laïcs n\u2019a pas plus de poids dans les priorités pastorales de l\u2019Église.Les défis les plus prophétiques viennent le plus souvent RELATIONS MAI 1985 de ces appels qu\u2019évoque Dumont: appels de justice; crise sociale et morale des rapports humains fondamentaux; déchirure des tissus communautaires et des solidarités les plus vitales; appels de spiritualités capables d\u2019inspirer évangéliquement des sensibilités culturelles et des orientations morales inédites dans des modèles intérieurs pertinents et des pratiques conséquentes.L\u2019évangélisation, dans le contexte de la crise présente, nous tire violemment vers une cité humaine en attente d\u2019un levain de grâce et de salut.Mère Térésa, à sa façon, nous le rappelle en affirmant: «Les temps difficiles sont les plus évangéliques».Le retentissement prophétique de son oeuvre n\u2019est pas étranger au fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un service profondément humanitaire clairement identifiable par tout homme de bonne volonté.Aujourd\u2019hui, bien des gens ne voient les vitraux de l\u2019Église que de l\u2019extérieur, et n\u2019en saisissent plus la valeur de signe.Viennent des temps où c\u2019est la vie des chrétiens en terre séculière qui fait office de vitrail pour laisser passer la lumière du Christ.Comment ne pas noter ici une évidence évangélique: Jésus proclame un message nourri de l\u2019expérience séculière.Même son vocabulaire est tiré du dedans de la vie; à ces pêcheurs du lac de Galilée, il demandera d\u2019être pêcheurs d\u2019hommes.Une touche bien laïque qui exprime jusqu\u2019à quel point Dieu s\u2019est emmêlé à l\u2019histoire profane jusqu\u2019à Jésus, son Fils issu de la chair (Rm 1,3-4).Certes, il faut voir à la qualité du sel, du levain évangélique, mais jamais sans les dissocier du milieu humain et séculier qu\u2019ils ont la mission de soulever vers Dieu.Les laïcs sont au carrefour de cette rencontre où l\u2019on découvre l\u2019inséparabilité des missions de l\u2019Église.Mais il y a plus.L\u2019expérience des laïcs n\u2019est-elle pas nécessaire pour dépasser une interprétation trop cléricale de l\u2019Évangile?2) La bonne longueur d\u2019onde Des appels d\u2019évangélisation venant du monde nous passons au mouvement inverse, celui de l\u2019Église vers la société.Là aussi l\u2019absence ou la présence des laïcs ont des conséquences très importantes.Reconnaissons d\u2019abord que les rapports entre l\u2019Église et la société sont plus complexes qu\u2019autrefois.En effet, l\u2019Église québécoise d\u2019hier exerçait sa tâche d\u2019évangélisation à même un rôle historique qui en faisait l\u2019institution-clé de la nation.C\u2019est elle, l\u2019Église, qui structurait la nation en société.À titre de comparaison, je dirais que notre Église avait beaucoup en commun avec le modèle polonais historique où Église, société et nation faisaient un tout.Dans un tel contexte, l\u2019évangélisation se déployait sur des terrains séculiers que l\u2019Église aménageait, et selon des règles du jeu qu\u2019elle contrôlait.Aujourd\u2019hui, vous pouvez jeter l\u2019Église dans le fleuve Saint-Laurent, et la société va continuer comme s\u2019il ne s\u2019était rien passé.Désormais, notre Église doit se faire une place par la qualité et la pertinence de son message et de son service.A ce chapitre, il faut s\u2019interroger sur le fait que le seul discours public de l\u2019Église soit tenu par l\u2019épiscopat, à 135 à POUR PRÉPARER LE SYNODE '86 SUR LES LAICS Les Synodes romains sont une des initiatives importantes de Vatican II.Et dans une ligne qui nous intéresse particulièrement, celle de la coresponsabilité.Par ailleurs, leurs retombées, la preuve en est maintenant faite, sont généralement très lentes, très vagues et très peu publicisées.C\u2019est donc ailleurs qu\u2019il faut s\u2019intéresser activement aux synodes.Ailleurs et avant.Les synodes sont productifs pour nous en raison de l\u2019effort que nous mettons à les préparer.La direction romaine du synode de 1985 vient de nous faire parvenir un document de travail, «Vocation et mission des laïcs dans l\u2019Église et dans le monde 20 ans après le concile Vatican II».Dans le jargon professionnel, ce premier document s\u2019appelle «Linea-menta» ! On dit clairement dès le début que ces lignes de départ «ne sont nullement, et ne prétendent point être, une présentation organique et complète du thème.Elles ne sont pas davantage un schéma ou le projet d\u2019un éventuel document synodal.Elles veulent seulement marquer un point de départ, dans la perspective d\u2019un certain ordre logique, pour une analyse, une discussion et une réflexion.» Et on ajoute que «la nature même du thème choisi, surtout du point de vue d\u2019expériences vécues, rend très utile une vaste consultation des laïcs eux-mêmes dès la phase préparatoire de l\u2019assemblée synodale, dans les Églises locales».Ceci me semble l\u2019essentiel à ce moment.Il serait impardonnable de ne pas donner suite à cette recommanda- tion, de se contenter d\u2019une inoffensive sélection de laïcs unanimes, ou de ne consulter qu\u2019un petit nombre de diocèses.Surtout lorsqu\u2019on a pris la peine, à Rome, d\u2019insister sur l\u2019importance des «expériences vécues», qui ne demandent aucun appareil technique pour être recueillies et transmises.Ceci dit, il faut ajouter quelques suggestions importantes.D\u2019abord, nous avons entre les mains un texte de 41 pages, écrit en langue de traduction (qu\u2019est-ce qu\u2019une consultation «capillaire»?) et rédigé dans le style ennuyeux des communications internationales.Il faut le reformuler en plus clair et en plus bref.En particulier, les 16 questions qui accompagnent et résument le texte doivent être rédigées à neuf et en bref.Et surtout les textes et les questions doivent demeurer ouverts, au lieu de se limiter à des suggestions venues de situations très différentes des nôtres.D\u2019autant plus qu\u2019il faut regretter plusieurs carences sérieuses du texte qui nous vient de Rome.Plusieurs orientations de base sont excellentes, en particulier le souci d\u2019orienter l\u2019action chrétienne des laïcs vers la continuation de la création et la constitution d\u2019un monde meilleur.Mais en même temps, comment a-t-on pu rédiger un texte de cette longueur sur les laïcs sans même nommer le syndicalisme, les communautés de base, la théologie et la spiritualité de la libération?Et mieux encore, ou plus invraisemblable, comment a-t-on pu parler pendant 41 pages des laïcs sans employer le mot «femme» ou son équivalent?Il y a deux références féminines dans le texte (nn.38 et 39), l\u2019une aux religieuses, l\u2019autre à la Vierge Marie! Alors que, au moins chez nous, il est hautement probable que la promotion féminine soit la question-clé dans toute initiative ecclésiale concernant le laïcat.Et de toute façon, il faudra conserver dans la réflexion la conclusion du document, tirée d\u2019une allocution de Jean-Paul II au Mexique en 1979: «Que vos assemblées soient ce qu\u2019elles ont été jusqu\u2019ici \u2014 et mieux encore et toujours mieux \u2014 formatrices de chrétiens dans leur vocation à la sainteté, solides dans leur foi, fermes dans la doctrine proposée par le Magistère authentique, vaillants et actifs dans l\u2019Église, bâtis sur une vie spirituelle robuste, nourris de la fréquentation régulière des sacrements du pardon et de l\u2019eucharistie, persévérants dans leur témoignage et leur action évangélique, cohérents et forts dans leurs engagements personnels: qu\u2019ils soient en outre constamment des défenseurs de la justice et de la paix contre toute forme de violence et d\u2019oppression, avisés dans le discernement critique des situations et des idéologies à la lumière des enseignements sociaux de l\u2019Église, confiants dans l\u2019espérance du Seigneur.» Une grille remarquable pour un «check-up» de croyant, laïc ou non! Julien Harvey quelques exceptions près.Certes, nos évêques ont fait des déclarations courageuses et audacieuses sur des enjeux cruciaux comme la crise économique et sociale, la paix et le désarmement, les nouveaux pauvres, le sort actuel de la jeunesse, les nouvelles orientations culturelles, la révolution féminine, et cela avec une inspiration évangélique indéniable.Ils ont su aussi traiter de la con-fessionnalité scolaire avec à-propos.Ils sont ouverts, souvent plus que leur clergé, à de plus larges participations des chrétiens dans l\u2019Eglise.Mais, encore ici, je me demande si la présence active d\u2019un véritable laïcat n\u2019aurait pas fait éviter des travers qui ont miné la crédibilité de certaines interventions.Travers d\u2019un message qui ne tient pas assez compte de la complexité des sujets abordés.Travers d\u2019un discours peu critique de ses propres postulats et fondements.Je pense non seulement au caractère un peu simpliste de l\u2019analyse économique, socia- le, culturelle et politique mais aussi a la réflexion theolo-gique beaucoup trop sommaire qui l\u2019accompagne.Je sais que ce genre de critique globale est relativement facile.Qui peut prétendre tout comprendre de la situation actuelle et de son dépassement?Après avoir reproché aux évêques leur silence, va-t-on les blâmer maintenant de risquer des messages on ne peut plus difficiles à tous les plans?Là n\u2019est pas la visée de mon propos.Je veux attirer l\u2019attention sur le fait qu\u2019il existe des ressources humaines et spirituelles énormes chez les laïcs, des ressources peu mises à profit, des ressources nécessaires pour qualifier évangéliquement ces nouveaux rapports de l\u2019Église et de la société.Par exemple, ce grand courant contemporain de l\u2019autonomie morale, ses valeurs et ses contre-valeurs, appelle une réflexion théologique et culturelle qui ne peut faire l\u2019économie d\u2019une révision plus ou moins radicale de la 136 RELATIONS MAI 1985 morale reçue, de ses rapports à la foi et aux changements historiques actuels.Voilà un terrain mixte où les laïcs ont un rôle capital à jouer.Or, il semble que plusieurs clercs tiennent à garder leur monopole de défini-teurs tout autant au plan de la morale qu\u2019à celui des structures de la foi.Bien des laïcs se sentent ainsi agressés dans ce qu\u2019ils ont de plus intime: la gestion de leur propre vie, de leur affectivité et aussi de leur pleine responsabilité séculière.Ce problème est rarement abordé comme tel, d\u2019où mon insistance dans cet article.3) Une communauté laïcale Les tensions internes des derniers temps méritent un regard plus empathique et plus profond de part et d\u2019autre.Par exemple, le raidissement actuel du clergé n\u2019est pas étranger au fait que celui-ci soit mis en cause non seulement dans son leadership institutionnel mais aussi sur le terrain d\u2019exercice de son ministère ordonné.«Que nous restera-t-il en propre bientôt», diront plusieurs prêtres qui voient rétrécir leur rôle après qu\u2019on leur eût demandé de consacrer toute leur vie au service de l\u2019Église, souvent sans aucun autre terrain d\u2019équilibre, familial ou autre.Voués corps et âme à l\u2019Institution, ils se voient réduits à la portion congrue de notables déclassés, et d\u2019administrateurs de rites.On se souviendra, ici, que le clergé québécois dont la moyenne d\u2019âge approche la soixantaine est entré dans le presbytérat au temps de la chrétienté.Les remises en cause le bousculent donc de bien des façons à la fois.On accepte difficilement plusieurs «morts à soi» en même temps.Combien de laïcs font face encore aujourd\u2019hui à une sorte de monopole clérical qui veut se réserver tout pouvoir de décision! Le droit des laïcs à être consultés qu\u2019accorde le nouveau droit canon ne va pas bien loin.Les laïcs qui ont de vraies responsabilités dans la cité peuvent-ils accepter un statut de caporal de service 1.Vatican II a opéré un déplacement en mettant de l\u2019avant le Peuple de Dieu.À l\u2019inverse, on peut lire la fameuse lettre pastorale du cardinal Carter sur le prêtre, où celui-ci in persona Christi (dans la personne du Christ) devient la seule figure concrète de l\u2019Église, alors que laïcs et communautés n\u2019en sont que le corps anonyme et passif (Un seul paragraphe sur le laïcat, et c\u2019est pour dire qu\u2019il doit se comporter comme tel).Même discours chez Manaranche dans Le prêtre, ce prophète.Le prêtre totalise la personne du Christ (ordination), le Royaume (célibat consacré), l\u2019Église (ministère apostolique), «tout le reste» (sa masculinité) (p.39).Notons en passant, qu\u2019un signe ne peut être que particulier pour être ce qu\u2019il est.Signe de tout, il devient signe de rien.Cette conception du prêtre, paradoxalement, lui enlève sa propre identité, et que dire de celle des laïcs! Ces ouvrages ont eu trop de succès dans nos milieux pastoraux pour ne pas les rappeler.Ils sont de beaux exemples de deux ecclésiologies en présence qu\u2019on tarde trop à confronter.Je devrais plutôt dire que l\u2019ec-clésiologie la plus favorable au rôle du prêtre tend à laminer la deuxième, plus accordée au tournant de Vatican II.Le fossé risque de se creuser davantage.RELATIONS MAI 1985 dans l\u2019institution ecclésiale, sans compter le traitement infantile qu\u2019on leur réserve dès qu\u2019ils revendiquent un rôle plus adulte pour exercer leur jugement de conscience dans des champs moraux d\u2019expérience où ils sont immédiatement concernés?Quand cette base de reconnaissance adulte n\u2019est pas là, il est difficile de se sentir responsable de l\u2019intelligence chrétienne de sa vie, res-pçnsable du témoignage et responsable de la mission de l\u2019Église.Trop de clercs n\u2019ont pas vu ces dessous de la crise d\u2019appartenance à l\u2019Église et de l\u2019éloignement «majoritaire» des chrétiens de chez nous.Le Peuple de Dieu, dans la tradition judéo-chrétienne, est cette communauté historique et laïcale de salut, ferment dans la communauté humaine en marche vers Dieu.Voilà la première figure de base du Royaume auquel s\u2019est consacré Jésus, Seigneur du monde et de l\u2019Église, tous deux inséparables dans la construction du Royaume.Tout le reste est de l\u2019ordre des médiations comme le laisse entendre Lumen gentium.Cette base assurée, on cessera de confondre les «serviteurs» de la maison de Dieu avec la maison elle-même fondée sur une communauté de vie en Jésus Christ et sur un rapport de réciprocité qui déborde les ministères pour déboucher sur la riche diversité des charismes où l\u2019Esprit Saint peut s\u2019adresser au monde dans toutes ses langues.Rahner remarquait avec justesse qu\u2019on avait bien vite noyé cette redécouverte des charismes au profit exclusif des médiations ministérielles.4) Confronter les deux ecclésiologies À ce chapitre, on a maintenu deux ecclésiologies parallèles sans jamais vraiment les confronter.D\u2019une part, celle du Peuple de Dieu, que je viens de mentionner; d\u2019autre part, cette ecclésiologie qui fait du Collège apostolique à la fois la source, le fondement et le sujet de l\u2019Église (Manaranche, Martelet, etc.)* 1.On comprend alors comment, dans les faits et dans la pratique, la papauté et l\u2019épiscopat sont restés, malgré la percée de Vatican II, l\u2019unique sujet historique et «public» de l\u2019Église.Au point que même pour des enjeux séculiers et laïques les évêques sont souvent les seuls porte-parole de l\u2019Église.Dans un tel contexte, même les communautés chrétiennes risquent de devenir plus que jamais des «clubs privés», qui ne font «masse» visible dans la cité qu\u2019épiso-diquement, par exemple lors de la venue du Pape.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019instaurer une nouvelle chrétienté, mais de signaler la dérive vers des chrétiens anonymes, des communautés privées et même des situations de secte marginale.Tout le contraire d\u2019un levain évangélique bien planté dans le monde.On se retrouve ainsi dans une Église qui se conjugue au privé avec des chrétiens sans visage, et dans une Église qui se conjugue au public avec des évêques qui se font de plus en plus «laïcs» pour définir les positions de l\u2019Église sur des terrains séculiers.Quel paradoxe, quand on songe au fait que des laïcs chrétiens ne sortent de l\u2019anonymat que par un statut pastoral et clérical dans l\u2019institution.Il y a donc aussi un problème ecclésiolo- 137 gique de fond mal élucidé qui, disons-le en passant, n\u2019a rien à voir avec la question du Magistère.Celui-ci peut exercer son rôle autrement, et cela dans la plus parfaite orthodoxie catholique.Le père Congar a plus d\u2019une fois signalé le danger de penser la tête comme si elle ne faisait pas partie du corps.Une certaine conception non chrétienne du sacré amène cette étrange dichotomie: sacré, sacrement, sacerdoce d\u2019un côté, et de l\u2019autre: profane, laïc, monde.Quand on y ajoute l\u2019allégorie tête-corps, on sait de quel côté exclusif se loge la pensée, le jugement, le discernement, la décision.Les femmes qu\u2019on a associées au rôle du corps en relation avec l\u2019homme-tête constituent ce révélateur irréductible d\u2019une ecclésiologie à revoir depuis que s\u2019est imposée la doctrine de la «potestas sacra» (pouvoir sacré exclusif au clerc) au début du deuxième millénaire.Ce qui m\u2019amène à penser que les deux prochains synodes (l\u2019un sur Vatican II et l\u2019autre sur les laïcs) ont des enjeux communs.Dans la foulée actuelle, la dimension «laïcale» de l\u2019Église pourrait s\u2019amenuiser encore plus si on poursuit cette apologie unilatérale du «ministre ordonné».Je soupçonne qu\u2019il y a bien des résistances non avouées qui n\u2019ont rien à voir avec le débat théologique, et encore moins avec l\u2019Évangile lui-même.Il n\u2019est pas facile, dans l\u2019Église, d\u2019aborder comme tels les dessous idéologiques, psychologiques ou tout simplement humains des discours théologiques qui transcendent vite le «pays réel» des pratiques quotidiennes.5) Le piège des nouveaux clercs Des historiens ont montré comment toutes les grandes sociétés et civilisations ont été incapables de résoudre leur problème bureaucratique.Plus elles vieillissaient, plus elles devenaient lourdes d\u2019un ensemble de statuts, de règles et d\u2019appareillages de plus en plus rigides et compliqués.L\u2019Église est une des plus vieilles institutions de l\u2019histoire connue.Échappera-t-elle à ce problème non résolu des sociétés humaines?Dans le tournant actuel va-t-elle se doter, à la manière de nos sociétés modernes, d\u2019une classe grandissante de nouveaux clercs?L\u2019univers bureaucratique avec ses mécanismes techno-juridiques en vient à se substituer aux transactions quotidiennes de réciprocité qui permettent aux uns et aux autres de donner et de recevoir, de faire et de rendre.C\u2019est ainsi que des politiques sociales parfois généreuses débouchent sur une dépendance accrue.Tout le contraire de ce qu\u2019elles visaient au départ.Tout le tissu communautaire de solidarités vitales disparaît alors au profit de purs appareils administratifs, syndicaux et pro-fessionnalistes où s\u2019installent des classes sociales de nouveaux clercs en position de «monopole absolu», comme dirait Illich.Mais il y a plus grave encore.Ces nouveaux clercs séculiers prétendent instituer la condition humaine sans qu\u2019elle soit l\u2019émanation d\u2019une expérience, d\u2019une parole, d\u2019une pratique fondée en communauté dans le pays réel des gens concernés.Ces nouveaux clercs ne cessent d\u2019envahir tous les champs de la vie collective.Les sexologues, par exemple, font partie de la dernière cuvée.Ils cherchent à se découper un territoire exclusif pour être les seuls définiteurs de l\u2019éducation sexuelle, et pour gérer (sans l\u2019avouer, bien sûr) les normes, les règles, les pratiques, les théories, les orientations psychologiques, sociales et culturelles en ce domaine.Le tout avec une sanction à la fois juridique et gouvernementale, dans l\u2019école, par exemple.Ils diront même que les parents sont incapables d\u2019assumer ce rôle, à partir du fait que ceux-ci le remplissent mal.Notez qu\u2019il ne s\u2019agit plus d\u2019aider les parents, mais de se substituer à eux, dans un contexte académique et professionnaliste artificiel qui est loin d\u2019être aussi propice que l\u2019environnement quotidien, naturel, affectif et permanent qu\u2019offre la famille (même entendue au sens du récent Livre vert gouvernemental sur la famille!).Je n\u2019ai pas choisi cet exemple au hasard dans la panoplie très large des nouvelles professions «cléricales».On peut raccrocher mon exemple au défi crucial de la transmission de la foi au quotidien, particulièrement dans l\u2019aire familiale.L\u2019Église «moderne» risque ici d\u2019imiter ce qu\u2019il y a de plus contestable dans l'univers bureaucratique des nouvelles classes sociales de clercs où on a beau prétendre associer la «clientèle», mais c\u2019est toujours dans une logique et une technique que seul le clerc connaît et contrôle.En bout de ligne, les savoir-faire des gens eux-mêmes sont disqualifiés.Même leurs mots à eux ne servent plus à rien.Se pourrait-il que le désintérêt de nombreux parents même dans le cas de l\u2019initiation sacramentelle des enfants ne soit pas étranger à ce phénomène?L\u2019Église serait-elle en train de fabriquer des nouveaux clercs semblables à ceux de la société moderne?En 2000, qui évangélisera?Est-ce illusion ou naïveté que de rappeler que le christianisme, dans son jaillissement premier, s\u2019est répandu par les circuits quotidiens d\u2019échanges, de rencontres spontanées, de témoignages en situation, de réciprocités fraternelles?En un certain sens, l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui, et davantage celle de demain, n\u2019aura pas plus de «carte de visite accréditée» que n\u2019en avait l\u2019Église primitive.Tout se passe comme si, pour se replanter en bien des milieux de vie, l\u2019Église devait revenir à des circuits naturels de rapports quotidiens.Du coup, c'est affirmer l\u2019importance cruciale des laïcs pour cette seconde évangélisation dont parlait Jean-Paul II récemment.L\u2019enjeu dépasse le manque de prêtres, le vieillissement des communautés religieuses et les réformes structurelles de l\u2019institution, fût-ce la question des ministères.On dit peut-être un peu trop facilement que l\u2019Église est condamnée aux moyens pauvres, en oubliant l\u2019énorme richesse que constituent les laïcs eux-mêmes, si tant est qu\u2019on veuille mettre le cap de ce côté.En 2000, qui évangélisera?Surtout les laïcs.On n\u2019aura pas le choix.Mais accepteront-ils de faire par nécessité ce qu\u2019on n\u2019a pas su leur reconnaître quand on était encore en selle?Écho de cette parole prophétique d\u2019un pêcheur de la Gaspésie: «Quand ça allait bien, l\u2019Église vous appartenait à vous les curés, maintenant que ça va mal, vous venez nous dire qu\u2019Elle nous appartient!».138 RELATIONS MAI 1985 VERTIGE DE L'INTEGRATION Colonisation, racisme, instutionna-lisation des handicaps physiques ou mentaux.Autant de clivages trop vite faits dans le tissu humain.Sous prétexte de différence de couleur de peau, de configuration biologique ou de comportement, un groupe décide qu\u2019il est la norme de l\u2019humanité et réduit les autres au statut de minoritaire.On ne voit que la différence et on occulte ce qu\u2019il y avait aussi de commun entre nous.On ontologise même la différence, ce qui fait que les autres ne sont plus vraiment humains à part entière et qu\u2019on peut se donner des droits sur eux, comme les confiner au ghetto ou les lyncher.Autant de thèmes, que l\u2019on discute souvent au seul niveau des principes et de la morale.On se scandalise de l\u2019esclavage d\u2019hier, du racisme des Américains.On discute de l\u2019égalité des femmes.On parle des autres.On juge de loin.On se fait de beaux petits scénarios manichéistes avec des bons et des méchants, des bourreaux et des victimes.Il est plus rare que l\u2019on essaie de comprendre existentiellement ce que vivent ceux et celles qui, majoritaires ou minoritaires, décident de braver le clivage et d\u2019entreprendre de vivre humainement avec les autres et ce, avec ou malgré leur différence.Dramatique vertigineuse.On se trouve à la limite de la saisie du monde.Pris entre deux identités dont on saisit les richesses et les limites.Tiraillé entre la tentation de fuir en choisissant un volet de l\u2019alternative et le désir de trouver le courage et l\u2019imagination d\u2019une intégration réelle.Problème de fond dont on saisit mal la complexité si on y reste extérieur.Problème religieux aussi où se joue à la fois l\u2019identité de la personne et la relation au prochain, c\u2019est-à-dire à celui-là qui par définition est différent de moi et qui est né du même Dieu que moi.À l\u2019heure actuelle il y a sur nos par Michel M.Campbell écrans au moins quatre films qui illustrent cette problématique de façon plus ou moins radicale.Les saisons du coeur, de Robert Berton (qui a fait Kramer vs Kramer).Texas, 1935.Une jeune mère de famille vient de perdre son shérif de mari tué par un jeune Noir qu\u2019on a vite lynché.Les hommes d\u2019affaires du milieu s\u2019attendent à ce qu\u2019elle vende sa ferme mais elle décide de la prendre en main.Avec l\u2019aide d\u2019un vagabond noir et même d\u2019un aveugle qu\u2019on lui a imposé comme pensionnaire, elle aura l\u2019audace de s\u2019inscrire au concours agricole.On peut deviner le reste: le Ku Klux Klan, le machisme.et la fin heureuse du film américain.Un film intéressant par la beauté des images mais qui, dans la tradition d\u2019un certain évangélisme, escamote le problème.On affirme l\u2019idéal d\u2019intégration comme solution mais on introduit un nouveau clivage moral.Il y a des bons et des méchants et le seul moyen d\u2019en sortir, c\u2019est le volontarisme.Passage to India, de David Lean (auteur de Pont de ia rivière Kwaï).Inde de la fin des années \u201920.Adèle Guested vient d\u2019Angleterre visiter son fiancé qui est magistrat dans la ville fictive de Chandrapore.Elle a la ferme intention de connaître des Indiens.Cela semble impensable à tous les colons, comme à son fiancé qui d\u2019ailleurs la déçoit de plus en plus.Malgré tout, elle ira un jour visiter la grotte de Marabar avec un jeune médecin hindou qui, lui, rêve de s\u2019assimiler aux Britanniques.Seule avec ce jeune homme de son âge, dans cette grotte aux résonances archaïques, la jeune fille devient hystérique et s'enfuit dans les ronces.Les officiels anglais qui la retrouvent auront vite fait de la persuader qu\u2019elle a été violée.Film fascinant, par ses paysages, ses scènes de vie colorées et son suspense.Film qui marque la profondeur des clivages raciaux et sexistes.Le jeune médecin réalisera le caractère factice de ses tentatives d\u2019assimilation et deviendra nationaliste.La jeune femme éprouvera plus ou moins consciemment l\u2019enjeu fantasmatique radical de ce clivage.On a préféré croire au viol plutôt que d\u2019imaginer que, jeune fille bien, elle était capable de désir et, pour comble, capable de désirer quelqu\u2019un d\u2019autre qu\u2019un Anglais: un Indien.Soldier\u2019s story, du Canadien Normand Jewison.Louisiana, 1942.Un samedi soir, le sergent Waters, un Noir, est assassiné dans une petite ville de province.Au cantonnement voisin, les soldats d\u2019un régiment de couleur ont vite dénoncé le Ku Klux Klan et crient à la conspiration des Blancs pour enterrer l\u2019affaire.Or, voici que c\u2019est un officier noir, le capitaine Davenport, que Washington mandate pour mener l\u2019enquête.Celui-ci devra s\u2019imposer aux cadres blancs qui ne l\u2019acceptent pas de bon coeur et les amener à dénoncer certains des leurs qui ont pu tremper dans l\u2019affaire.Pis, il découvrira l\u2019extension du racisme: comment le sergent Waters, un soldat assimilé, était ambivalent et sadique envers ses propres frères de couleur.Ce film militaire, simple mais bien mené, est laconique au plan religieux.Il prend cependant toute sa dimension éthique et théologique à l\u2019occasion d\u2019un juron du capitaine détective qui s\u2019exclame devant d\u2019autres Noirs: «Au nom de Dieu, qui d\u2019entre nous a le droit de décréter lequel de nous est un frère et a le droit de vivre?».RELATIONS MAI 1985 139 La Dame en couleur, du Québécois Claude Jutras.Le Québec de la grande noirceur.Un petit film d\u2019horreur plutôt tendre qui raconte l\u2019époque où nous parquions encore des orphelins dans des asiles d\u2019aliénés.Malgré tout, ces enfants humanisent le milieu aussi bien du côté des malades que de celui, assez fermé, des religieuses.À un moment donné, les enfants découvrent les caves de l\u2019institution et y installent leur monde sous le regard d\u2019une espèce de Déesse, créée par un malade-peintre.Au coeur d\u2019une institution, où l\u2019amour humain semble interdit, des adolescents se retrouvent hommes et femmes libres.Passage non facile, surtout pour l\u2019adolescente Agnès, qui vit une relation pour le moins ambiguë avec soeur Gertrude.Quand la crise éclate, à l\u2019occasion de la mort d\u2019un enfant et de la possibilité pour certains de fuir cet asile, on s\u2019aperçoit que le cadastrage «normaux» \u2014 «malades» \u2014 «audacieux» \u2014 «peureux» ne tient pas.Car la scrupuleuse s\u2019affranchit et il est des gens sains NOUS AVONS LU NOTRE MIROIR À DEUX FACES On écrit beaucoup sur nos grands hommes: au moins une demi-douzaine de livres sur Lévesque, autant sur Trudeau.Un autre vient de s\u2019ajouter, de la plume d\u2019un grand maître du «portrait relations ABONNEMENT 1 an (1 O numéros); 1 2,50$ à l\u2019étranger: 20,00$ Nom Adresse .code postal 8 100, St-Laurenf Montréal H2P2L9 (514) 387-2541 écrit», le politicologue Gérard Bergeron.C\u2019est un livre à la fois fascinant et étrange.Fascinant par cet art d\u2019écrire si peu pratiqué aujourd\u2019hui au Québec et par cet art de dessin verbal, mélange de pointillisme et de caricature.Étrange par la méthode, celle de l\u2019histoire par les sommets, et par l\u2019immobilisme d\u2019une histoire où les jeux sont faits dès le départ par le choix même des protagonistes.Une thèse fondamentale se développe tout au long du livre, c\u2019est que la personnalité des grands hommes fait la politique et que cette politique dirige vraiment l\u2019aventure commune des humains (voir par ex.p.258 et 333-334).Une deuxième thèse est partout latente, c\u2019est que la base, le peuple amorphe, égal et inintéressant, n\u2019a qu\u2019un rôle, celui de sécréter tous les quatre ans les grands hommes, pour ensuite assister au ballet complexe de leur interaction.Dans le cas qui nous intéresse, ces protagonistes sont canadiens et québécois et ils ne sont d\u2019abord que deux, René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau, entourés ensuite de quelques moindres comparses, Jean Drapeau, Claude Ryan, Jean Marchand, Robert Bourassa.L\u2019auteur avait obtenu un succès certain avec un ouvrage du même genre, Ne bougez plus! (Montréal, Éd.du Jour, 1968), où il dessinait le portrait de 40 politiciens.Cela formait une galerie et même un tableau de chasse.Mais les résultats sont beaucoup plus inquiétants ici, car l\u2019auteur veut expliquer quelque chose, soit l\u2019aventure historique du Québec et du Canada depuis 1960.Or qui préfèrent la sécurité de l\u2019institutionnalisation.En coda, Jutras refuse de cliver entre le Québec d\u2019hier et celui d\u2019aujourd\u2019hui; il montre que si les infirmières ont remplacé les religieuses, rien n\u2019a changé.Et si nous acceptions de voir, au-delà de nos différences, que nous restons pris, tous et chacun, avec, en nous et parfois contre nous-mêmes, la peur, le racisme, le goût de l\u2019enfermement, ce serait peut-être le plus grand moyen de nous retrouver ensemble, humains.on se demande très vite, en le lisant, ce qu\u2019il peut bien expliquer lorsqu\u2019il écarte du tableau tant de facteurs essentiels de la réalité concrète.Les grands absents, complètement absents, sont: 1) le monde économique, l\u2019industrie, les banques, les multinationales; 2) les forces à l\u2019oeuvre à la base, les syndicats, les mouvements populaires, les écoles de pensée et d\u2019action, les groupes nationaux.Il n\u2019est pas besoin d\u2019être gauchiste pour remarquer que le tempérament des grands hommes exerce une influence mitigée lorsqu\u2019il est soumis à ces forces majeures.Étrangement, ajoutons un troisième vide inexplicable: aucune femme ne joue un rôle dans ce livre et même toutes les références à des femmes tiendraient facilement en une page.Il n\u2019est pas besoin d\u2019être féministe pour remarquer que leur rôle historique, à la base plus encore qu\u2019au sommet, est plus important que cela.Le résultat: un éclairage très limité sur l\u2019histoire du pays, malgré le charme de la lecture.Qu\u2019on lise, par exemple, les pages sur le référendum de 1980.Il y a 150 ans, en 1833, Jules Michelet commençait son Histoire de France, qu\u2019il terminerait 35 ans plus tard au 17ième volume.Il s\u2019était donné comme projet d\u2019écrire l\u2019histoire de bas en haut.Je termine avec plaisir la lecture de Notre miroir à deux faces, Trudeau-Lévesque, mais en me demandant pourquoi le professeur Bergeron, dont l\u2019érudition est immense, ne s\u2019est pas davantage laissé influencer par Michelet! Julien Harvey 140 RELATIONS MAI 1985 DIEU, HOMME ET FEMME Elizabeth et Jurgen Moltmann, Dieu, homme et femme, Montréal, Fides/Paris, Cerf, 1984, 150 p.Pour beaucoup de femmes aujourd\u2019hui, le Dieu de la tradition judéo-chrétienne a une figure patriarcale.Les hommes se sont approprié l\u2019expérience religieuse et lui ont imprimé leur empreinte.Peut-on en sortir?Y a-t-il une autre lecture des sources qui soit libératrice?Pour répondre à ces questions, Jürgen Moltmann s\u2019est associé à sa femme, Elizabeth Wendel, également théologienne.Il en est résulté une recherche commune et originale.Dans la première partie, Elizabeth Wendel étudie deux modèles de femmes qui ont été déformés par une tradition patriarcale: Marie-Madeleine et Marthe.Afin de décaper ces «statues», elle a recours à l\u2019exégèse, à l\u2019histoire de l\u2019art \u2014 de nombreuses illustrations ponctuent le texte \u2014 et aux légendes forgées par la foi populaire.L\u2019objectif est de retrouver, au coeur des textes et des traditions de la foi populaire, un courant féministe qui aurait été bloqué puis occulté par la théologie masculine au pouvoir.Il en ressort une Marie-Madeleine pleine d\u2019audace et de tendresse, premier témoin de la résurrection, qui n\u2019a pas grand-chose à voir avec la pécheresse qu\u2019on a voulu en faire.Marthe, pour sa part, n\u2019est plus seulement la femme de maison mais une apôtre qui proclame sa foi en la résurrection apportée par Jésus au même titre que Pierre.Elle est aussi celle qui, après avoir nommé son frère Lazare évêque de Marseille, neutralise le dragon Tarascon, dans le midi de la France, et cela par des moyens non violents.Pour qui sera surpris de ces juxtapositions de textes évangéliques et de légendes populaires, il faut souligner que la rigueur linéaire classique ne peut pas, ici, être la seule à occuper tout le champ de la recherche.Il s\u2019agit, en effet, de retracer un refoulé social et théologique et seule une approche par convergence, et par conna-turalité, permet d\u2019amorcer une lecture autre des sources chrétiennes.La culture matriarcale, si elle existe, peut alors se profiler, un peu à la manière des traces archéologiques laissées dans le sol.Dans la deuxième partie, Jürgen Moltmann s\u2019interroge sur le visage humain de Dieu.Certes, Dieu, dit-il, est liberté.Mais cette caractéristique que l\u2019on accole à Dieu peut aller dans deux directions opposées: elle peut désigner l\u2019autonomie et la toute-puissance ou, mieux, suggérer la communauté, la solidarité et la créativité pour tous.La première tradition a conduit l\u2019Occident à faire du Dieu chrétien un Dieu théiste et despotique.La seconde tradition est encore à découvrir.Mais on peut y arriver en partant de l\u2019histoire trinitaire de Jésus.Le Dieu des Chrétiens n\u2019est pas un monarque patriarcal céleste mais un «DE LA PAROLE À L'ECRITURE» : UN NOUVEAU NUMÉRO \u2022 Un regard neuf! \u2022 Une parole différente! \u2022 Une interpellation au coeur d\u2019un débat actuel! \u2022 Une écriture simple mais dérangeante! «Un appel aux chrétiens et chrétiennes! \u2022 Des exercices qui nous renvoient aux textes! Prix: 6,95$ (+0,70$ pour frais d\u2019envoi) En vente à SOCABI, 212, boul.Saint-Joseph ouest, Montréal, H2T2P8, (514) 274-4381.À partir du 1er mai 1985: 7400, boul.Saint-Laurent, Montréal, H2R 2Y1, (514) 274-4381.noeud de relations vivantes, qui associe les humains que nous sommes à sa communion d\u2019amour et de vie.On trouve, dans cette partie, un autre ton, plus abstrait, plus scolaire aussi.Mais l\u2019A.prend de l\u2019envol quand il amorce «une interprétation sociale de la Trinité».Il en résulte une intégration du féminin en Dieu, et tout particulièrement avec l\u2019Esprit, par qui tout personne renaît sans cesse.Il en découle aussi que la communauté, formée de personnes différentes, égales, libres et libérantes, devient la meilleure image du Dieu Chrétien.Enfin, la troisième partie comprend un long dialogue entre Elizabeth et Jürgen sur la nécessité de cette communauté nouvelle, expérience neuve de l\u2019Esprit dans un monde en genèse.Soulignons, en terminant, que ce livre reprend, pour l\u2019essentiel, un ensemble de conférences publiques données aux États-Unis.On ne saurait donc y trouver le plan rigoureux d\u2019un traité académique.Mais en plus du contenu, toujours stimulant, souvent convaincant, il faut retenir cet effort original de dialogue théologique entre une femme et un homme.La diversité des approches et des sensibilités est évidente et permet de comprendre, assez facilement, la nouveauté qu\u2019apporte un autre regard, non patriarcal, dans la recherche du Dieu de Jésus Christ.Guy Paiement RELATIONS MAI 1985 141 mëm De plus en plus de personnes aimeraient s\u2019ouvrir à l\u2019analyse sociale de leur milieu.Elles voudraient aussi trouver des liens entre leur expérience de foi et les tâches de justice sociale.Notre collègue Guy Paiement, jésuite, agent de recherche et de développement au Centre St-Pierre, leur propose deux démarches (scénarios), dans une cassette de 90 minutes, intitulée Analyse sociale pour tous, outils pratiques à l\u2019intention des communautés chrétiennes.On peut se procurer cette cassette au prix de 5$ (+ 1 $ de frais postaux) en s\u2019adressant au Centre St-Pierre, 1212, rue Panet, Montréal, H2L 2Y7.Le Prix des communautés culturelles et de l\u2019immigration 1 985 a été décerné le 28 mars dernier à M.Paul Dejean, responsable du Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal.Ce geste récompense le travail acharné d\u2019un homme.et d\u2019une équipe qui ont, depuis treize ans, travaillé (et lutté) afin d\u2019obtenir pour la communauté haïtienne le statut, les services et le respect auxquels elle avait droit.Il attirera aussi l\u2019attention du public québécois sur l\u2019apport culturel d\u2019une minorité ethnique dont la «visibilité» et les conditions de vie difficiles à Montréal en ont fait souvent la cible d\u2019un certain racisme.Toutes nos félicitations à M.Paul Dejean et au BCCHM! Les Éditions Communiqu\u2019Elles viennent de lancer l\u2019édition 1 985 de l\u2019Annuaire des Femmes de Montréal.On y retrouve plus de 2 200 inscriptions regroupées sous des thèmes qui vont de «Thérapie» à «Vêtements» en passant par «Face au monde du travail», «Consommation», «Jeunes», «Loisirs» et «Écologie».L\u2019Annuaire devrait être disponible dans tous les bons kiosques; on peut aussi le commander directement aux Éditions Communiqu\u2019Elles, au Centre d\u2019information et de référence pour femmes, 3 585, rue Saint-Urbain, Montréal, Québec H2X 2N6 - Tél.: (514) 844-1761.Comment rédiger un communiqué ou une conférence de presse, comment fonctionnent les organismes de recours (CRTC, Conseil de presse.), comment se doter d\u2019une stratégie d\u2019utilisation des médias et de l\u2019information qu\u2019ils véhiculent.ou qu\u2019ils filtrent, bref tout ce qu\u2019il faut pour aider les groupes populaires à comprendre et à mieux utiliser les médias, voilà ce que vous trouverez dans l\u2019excellent outil préparé par Mireille Viau pour le Centre de formation populaire: Les médias et nos organisations, CFP, 1985, 75 p.Prix: 6,00$.Pour se le procurer, s\u2019adresser à: CFP, 3575 St-Laurent, local 406, Montréal, H2X 2T7; Tél.: (514) 842-2548.Dans le contexte de la récente consultation économique, et à la veille du premier budget du ministre Wilson, l\u2019Église unie du Canada vient de publier un texte sur l\u2019Église et la crise économique.La présentation très dégagée du texte, avec des illustrations, ainsi que la reproduction des résolutions extrêmement concrètes du 30e Concile général de l\u2019Église unie du Canada (Vancouver, août 1984) en font un outil de discussion très accessible pour les groupes de base.La réflexion éthique est solide, cependant l\u2019écriture de ce document reste alerte, très proche de la réalité difficile vécue par tous ceux-là auxquels on demande actuellement de se serrer la ceinture \u2014 mais whose belt?très proche aussi de l\u2019action, au point que le document est actuellement distribué dans les communautés adjoint d\u2019une feuille jaune portant un certain nombre de questions que les Canadiens auraient intérêt à se poser au sujet du prochain budget.Et on encourage les chrétiens à en discuter entre eux, puis à écrire à leurs députés.ou peut-être au ministre des Finances lui-même.Pour information: Economie Working Group, Division of Mission in Canada, United Church of Canada, 85 St.Clair Avenue East, Toronto, Ontario.M4T 1M8.Six corporations et associations professionnelles du Québec déclarent que le chômage et l\u2019extrême pauvreté de milliers d\u2019assistés sociaux de 1 8 à 30 ans entraînent des risques graves pour leur santé et des conséquences sociales dramatiques.Elles proposent donc au gouvernement québécois d\u2019établir la parité de l\u2019aide sociale avec les adultes de 30 ans et plus, en autant que les jeunes s\u2019engagent à participer à un programme de stages ou d\u2019études.En l\u2019absence d\u2019une place dans ces programmes, le jeune aurait droit à la parité; on suppose qu\u2019il s\u2019agit bien de programmes de formation professionnelle.Cette recommandation est présentée par les corporations professionnelles des diététistes, des infirmières et infirmiers, des médecins, des psychologues et des travailleurs sociaux et par l\u2019association professionnelle des criminologues du Québec.Le 21 mars dernier, le Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, un organisme qui regroupe la plupart des initiatives d\u2019aide aux clochards montréalais, a voulu sensibiliser la population, lors d\u2019une conférence de presse, à la difficile situation des femmes itinérantes.Cette initiative vient à point.Les femmes itinérantes étaient autrefois très rares; elles sont aujourd\u2019hui de plus en plus nombreuses, par suite de l\u2019éclatement de la famille, du chômage, de l\u2019usage plus répandu de la drogue et de l\u2019alcool chez les femmes.Par ailleurs, les seules institutions d\u2019aide qui sont à leur disposition sont des entreprises privées, presque toutes rattachées à des institutions religieuses (Maison Marguerite, Auberge Madeleine, Chaînon, Maisons de l\u2019Ancre, Chez Doris, Armée du Salut, Bon Jour Toi), qui sont précieuses mais toujours trop petites (80 places d\u2019accueil), qui ne sont pas spécialisées en désintoxication non médicale et qui doivent sans cesse refuser des demandes d\u2019admission (1 1 25 admissions et 4 354 refus en 1983).La situation des itinérants masculins est relativement meilleure, le Centre Préfontaine à lui seul assurant 16 places de dégrisement et 24 autres lits, avec 1 238 admissions en 1983-84.Nous sommes heureux de constater que le ministère des Affaires sociales est de plus en plus conscient de la situation dramatique des iti-nérants(tes) de Montréal, une population évaluée actuellement à 5 000 personnes, et qu\u2019il s\u2019apprête à ajouter une subvention sérieuse dès cette année pour les itinérantes, en plus d\u2019améliorer les services à la population masculine.142 RELATIONS MAI 1985 01737373 DANS LE COURRIER Notre numéro de mars, traitant de la peine de mort, a suscité plusieurs réactions.Voici une lettre particulièrement intéressante que nous fait parvenir un lecteur.Monsieur, RELATIONS (du mois de mars) consacre quelques articles au sujet de la peine de mort.La position que prend Michel M.Campbell ne m\u2019apparaît pas compatible avec les exigences de la vie humaine et sociale.La vie doit être protégée contre toutes sortes de dangers.Et la condition fondamentale de toute vie est un équilibre des forces vitales physiques; au plan moral, l\u2019équivalent est ce qu'on appelle la JUSTICE.Abolir la peine de mort sans rétablir la justice, c\u2019est reconnaître un droit à certains individus d\u2019abuser de leurs concitoyens au prix même de leur enlever la vie et de les priver de tous les biens que la nature leur permettait d\u2019acquérir, non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour tout leur entourage.On peut bien se réclamer d\u2019une morale humanitaire, même de la charité chrétienne; elles ne sont alors qu\u2019un mépris de la justice.Et la charité sans la justice comme fondement n\u2019est qu\u2019une énorme hypocrisie pharisaïque.Mais pourquoi avoir peur de la peine de mort comme châtiment sinon parce qu\u2019on ignore et le sens de la vie et le sens de la mort?Au fond, toute peur de la mort tient d\u2019un refus de lui donner un sens et il faut constater que cette peur de la mort ne favorise en rien cette obligation qu\u2019a l\u2019homme de trouver un sens à la vie.Et c\u2019est pourquoi on attache si peu d'importance aux réparations à faire à la victime et à ses proches.S\u2019intéresser au meurtrier et à son châtiment «humain» pour le reste de ses jours m\u2019apparaît une inquiétude déplacée.De même que le souhait du «pardon» est une solution circonstancielle, de même une condamnation à 25 ans fermes tient de la bêtise politique, sociale et naturellement morale.Je comprends très bien qu'on puisse récuser la loi mosaïque, la loi évangélique et se réclamer de la loi freudienne.Sauf que cette dernière ramène tous les hommes à un niveau d\u2019idéal où tout malade est exonéré de toute responsabilité.Mais, par définition, un malade demande plus aux autres qu\u2019il ne donne.À la limi- te, il rend aussi malades que lui ses soigneurs.La loi mosaïque et la loi évangélique n\u2019ont jamais récusé la mort.Elles lui ont donné un sens qui était celui du grand respect de la vie chez les autres.Plus que cela, le sens de la vie pour les autres impliquait et implique encore le prix de la mort.La mort du Christ est l\u2019illustration que toute mort doit avoir un sens.Et il me semble que le sort du bon larron a été plus heureux que celui de Barabbas si facilement libéré par les Pharisiens.Je ne suis pas en faveur de la peine de mort automatique pour tout auteur de crime ou de meurtre, même crapuleux, mais je n\u2019accepte pas qu\u2019on fasse de son abolition une question de principe.Au contraire, tant qu\u2019on n\u2019aura pas pris les moyens de réparer les torts causés à la victime et à ses proches, voire à toute la société, je ne serai guère favorable à toute mesure d\u2019emprisonnement à vie (ce qui est une aberration); surtout que cette incarcération se vit dans des conditions matérielles parfois privilégiées comme le montrent certains rapports de presse.Un chrétien n\u2019a pas le droit de préférer le criminel à la victime et la charité à la justice.Et ce n\u2019est pas à coup de références bibliques que l'un prétendra avoir raison de l\u2019autre.Les chrétiens peuvent bien s\u2019amuser à des débats journalistiques sur la question du rétablissement de la peine de mort, mais ils doivent tenir compte des choix réalistes que doit faire chaque jour toute société moderne.Parmi ces choix, il y a les soins à apporter aux éprouvés de la vie avant l\u2019attention aux criminels; les services éducatifs à perfectionner avant la modernisation des prisons; des emplois à créer aux jeunes chercheurs avant le confort absolu du personnel des prisons.Il y a surtout, de la part des hommes religieux, le devoir de rappeler une morale authentiquement profonde plutôt qu\u2019un savoir sociologique inspiré d\u2019une recherche statistique souvent arbitraire.Guy Lemire termine bien mon propos.En page 56, il déplore qu\u2019on ait «développé des attitudes à la pièce».Mais tant qu\u2019on ne reviendra pas à donner un sens à la vie et à savoir ce que l\u2019on entend par la qualité de la vie, les criminels auront beau jeu: si la vie d\u2019un homme n\u2019a pas de valeur, d\u2019importance ou encore vaut le coût d\u2019un vol de 100$, comment ne jugeront-ils pas intéressant de faire leur coup surtout s\u2019ils peuvent compter sur de bons avocats et sur un système judiciaire antisocial?Je vous prie de croire que les adversaires de la peine de mort m\u2019apparaissent écarter trop facilement l\u2019idéal de justice et d\u2019équité qui peut seul garantir le droit de vivre à chacun et non seulement au criminel.Le crime ne doit pas payer! Jean Labrecque Charlesbourg, Québec LES SOIREES RELATIONS SUR CASSETTES VIDEO >- \u2022 , Nous avons enregistré sur cassettes vidéo les soirées suivantes: la qualité de l\u2019information quel avenir pour le Québec la peine de mort le Livre vert sur la famille -\tla concertation dans les relations de travail -\tgénétique et maternité -\tl\u2019immigration au Québec Vous pouvez emprunter ces cassettes (location: pour 1 semaine: 5$ plus les frais d\u2019envoi) ou même en commander une copie (25$ plus les frais).Veuillez préciser le format de la cassette désirée (Beta ou VHS) et le sujet.Adressez vos commandes à Pierre Bélanger, Centre justice et foi, 25, Jarry ouest, Montréal H2P 1S6; (514) 387-2541.RELATIONS MAI 1985 143 relatliK\t\t \tVolume 45\tnuméro 510\tmai 1985 I\t|\tSOMMAIRE\t FACE À L\u2019ACTUALITÉ\t\t \tLe sommet de la Saint-Patrice 115 (L.B.) \u2014 Zimbabwé: des paysans s\u2019organisent (N.T.) \u2014 Document choc de Monseigneur Drainville (A.C.) \u2014 Les Églises disent non à l\u2019intervention (K.L.) \u2014 Émile Bouvier, 1906-1985 (A.B.).\t LES RÊVES DIFFICILES\t\t Paul-R.BÉLANGER Le mouvement populaire québé- 120 et Benoît LÉVESQUE cois.Nouveaux enjeux.Thierry HENTSCH Gregory BAUM Modj-ta-ba SADRIA Jacques GRAND\u2019MAISON Julien HARVEY Le «socialisme réel» peut-il évo- 124 luer?La nouvelle pensée sociale catho- 128 lique * * * Le conflit irako-iranien.Une guerre 131 qui rend service?Ah! Si j\u2019étais laïc CHRONIQUES 134 Pour préparer le Synode \u201986 sur les 136 laïcs Vertige de l\u2019intégration\t139 NOUS AVONS LU\t140 PÊLE-MÊLE\t142 DANS LE COURRIER\t143 SOIRÉE RELATIONS LE QUART-MONDE De l\u2019assistance à l\u2019alliance Face à la misère, nous sommes souvent portés à définir et même à imposer des politiques d\u2019aide sans tenir compte de l\u2019expertise de ceux qui font l\u2019expérience, dans leur propre vie, de la pauvreté: c\u2019est l\u2019assistance.Les pauvres, eux, demandent d\u2019abord qu\u2019on reconnaisse leur dignité et leur contribution à la société en faisant alliance avec eux.Une telle alliance est-elle possible?nécessaire?à quelles conditions?Nous aurons pour invités: \u2022\tle Père Joseph, fondateur du mouvement ATD Quart-Monde, \u2022\tDolorès Coulombe, qui travaille à l\u2019Office des oeuvres de l\u2019archevêché de Montréal, \u2022\tLouise Leboeuf, du Front commun des assistés sociaux.Cette soirée est préparée conjointement avec le mouvement ATD Quart-Monde.lundi le 6 mai 1 985, de 1 9h30 à 22hOO, à la Maison Bellarmin, 25, Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite."]
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