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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1985-06, Collections de BAnQ.

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[" ÿ.>y.v.w'-v-'-'f \u2022 : V-x: WÆ .HH .mmm ¦ ¦ > ¦ S .V \u2022* j&* r UNV QUI * A No 511 JUIN 1985 .« f^^P; ^ .V »>.v VATICAN II: MISE AU POINT, MISE AU PAS?LHISTOIRE DES GARDERIES LES TENTATIONS DU FÉDÉRALISME Hill 155 pages, ill., 5,95$ un message actuel ¦ ' > lit! Pourquoi ia vie des handicapés semble-t-elle se dérouler dans la joie?C\u2019est du moins ce que l\u2019on constate à l\u2019Arche de Jean Vanîer.L\u2019Auteur a voulu faire vivre le lecteur dans ce milieu privilégié, avec les handicapés, avec ceux qui leur consacrent leur vie, pour toujours ou pour un temps.d\u2019une vingtaine, ont été «modernisées» Éditions BeHarmin !¦¦¦¦¦ illllli! u-OO1': ' DE NOUVEAU DISPONIBLE UN PARI POUR LA JOIE: L\u2019ARCHE DE JEAN VANIER bill clarke, s.j.UN PARI POUR LA JOI 'APP r\\î\\v_ UN MESSAGE ACTUEL :\t\"\t'\t'\t.\tv par Bill Clarke, S.J.\u2014I : '%\t,\t/' ''\tî, - V Ï \\V,,\t/\t' * '\t\\> > i 8100, boul, Saint-Laurent 9 Montréal (Québec) Canada UOIKHA TU - /C1J\\ Qül OC/41 146 RELATIONS JUIN 1985 L'AFFAIRE LECLERC Heureusement, dans ce monde journalistique où pleuvent les mots, il arrive encore, étonnamment, que l\u2019un ou l\u2019autre d\u2019entre eux parvienne à nous secouer.Les autres passent, à peine salués d\u2019un clignement de sourcils, comme des bêtes familières et apprivoisées.Puis, brusquement, un mot s\u2019amène qui ne laisse aucune faculté en sommeil, un mot qu\u2019on soupèse longuement et dont on ne contrôle pas les ondes de choc.Un mot qui fait image et qui ramasse toute une situation.Dans ce qu\u2019on appelle désormais l\u2019affaire Leclerc, et qu\u2019il faudrait plus justement décrire comme le virage du Devoir, un de ces mots a surgi qui devrait demeurer, aux yeux de tous, terriblement menaçant.Le mot «répudier».Jean-Claude Leclerc ne reprendra pas sa place dans l\u2019équipe éditoriale tant qu\u2019il n\u2019aura pas «répudié» telle et telle phrases de son éditorial litigieux.1 Ce mot, que notre époque ne réveille que rarement, est lourd d\u2019une double série de références.D\u2019un côté, le mot évoque des cultures lointaines dans le temps ou dans l\u2019espace, des civilisations radicalement différentes des nôtres.De l\u2019autre, le terme présente avec la dernière netteté l\u2019idée d\u2019un virage brutal, d\u2019une rupture déchirante, d\u2019une dissociation complète.Quand répudiation il y a, c\u2019est dans un temps et dans un lieu éloignés de nous et c\u2019est quand il s\u2019avère indispensable de ne rien retenir du passé.Ce que la direction du Devoir a exigé (vainement) de Jean-Claude Leclerc, ci-devant éditorialiste au Devoir, c\u2019est donc un geste rare sous nos latitudes et le reniement de ce qu\u2019il avait écrit la veille.De quoi s\u2019interroger.D\u2019où vient le terme?Le Robert nous force à bien mesurer la distance entre le terme et notre contexte.La répudiation, nous dit d\u2019abord le dictionnaire, est l\u2019«acte par lequel l\u2019un des conjoints répudie l\u2019autre (dans certaines civilisations)».Et le verbe insiste tout autant que le substantif sur ce caractère «exotique» de la coutume.Répudier, en effet, se définit ainsi: «(Dans certaines civilisations) renvoyer (sa femme) en rompant le mariage selon les formes et par une décision unilatérale».Du coup, le contenu du terme se précise: la répudiation ne survient qu\u2019en des terres éloignées des nôtres et avec lesquelles on préfère entretenir le moins de relations possible.Que le vieil Abraham s\u2019octroie le droit de répudier et que Khomeiny maintienne la coutume dans son décor, nous pouvons, à la rigueur, l\u2019envisager; que de telles moeurs nous contaminent, voilà qui répugne.Une deuxième dimension.Non seulement la répudiation appartient à d\u2019autres temps ou à d\u2019autres cultures, mais elle répugne tout particulièrement aux règles démocratiques.Montesquieu avait d\u2019ailleurs, toujours selon Robert, déjà bien compris le caractère lourdement «magistral» de l\u2019opération.La répudiation, déclare Montesquieu, «se fait par la volonté et pour l\u2019avantage d\u2019une des deux parties, indépendamment de la volonté et de l\u2019avantage de l\u2019autre».Le machisme de la loi mosaïque et la rigueur chiite confirment éloquemment la perception de Montesquieu: celui qui répudie ne se demande pas quels sont les droits de la répudiée.Elle est femme, donc inférieure, donc répudiable.Mais pire encore! Il y a pourtant moyen de faire pire encore et Arthur Koestler l\u2019a démontré.Les procès staliniens, en effet, ont inventé la «répudiation intériorisée», c\u2019est-à-dire l\u2019obligation pour le délinquant de procéder lui-même à la répudiation de sa propre pensée.De même que le bourreau de Winston, dans «1984», contraint sa victime à voir trois doigts quand il y en a quatre, de même le totalitarisme décrit dans «Le zéro et l\u2019infini» est formel: le bourreau ne lâchera sa proie que revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX\tABONNEMENTS 8 100, boul.St-Laurent\tHélène Desmarais Montréal H2P 2L9; tél.: (514) 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: 12,50$ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50$.DIRECTEUR Albert Beaudry SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, Jacques Chénevert, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lévêque, Roger Marcotte, Guy Paiement, Francine Tardif, Gisèle Turcot.COLLABORATEURS Renaud Bernardin, Raymond Bertin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau.PAGE COUVERTURE GRAPHIGNB Les articles de Relations sont repertories dans Point de repère, dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Repertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Quebec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s adressant à University Microfilms.Ann Arbor Michigan 48106 U.S.A.Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 0143 RELATIONS JUIN 1985 147 si celle-ci s\u2019ampute elle-même de ses plus intimes convictions.La liberté, répète désespérément Winston, c\u2019est le droit de dire que 2 et 2 font 4.Le droit de penser et de dire quelque chose qui soit conforme à des convictions (et à des évidences) personnelles et profondes.Dire, comme l\u2019exige le bourreau, que 2 et 2 font 5, ou 3, ou rien, c\u2019est renoncer à penser, accepter le naufrage, se coucher et mourir dans l\u2019ornière totalitaire.Le régime stalinien a pourtant compris qu\u2019il devait, sous peine de laisser dans les âmes de vivaces persistances de liberté, extraire de ses délinquants la répudiation publique.Le régime se révèle ici bon connaisseur des âmes: celui qui s\u2019est une fois dédit publiquement ne s\u2019aventurera plus à brandir publiquement sa conviction ou sa dissidence.Winston, on l\u2019aura remarqué, n\u2019a plus besoin de surveillance une fois qu\u2019on lui a fait admettre que «2 et 2 font 5, ou 3, ou rien».On demeure donc sidéré quand la direction d\u2019un journal somme un éditorialiste de répudier son texte et sa pensée.On comprendrait, à la rigueur, que la direction, après tout au plus une quinzaine d\u2019années, découvre subitement que Jean-Claude Leclerc n\u2019est pas un éditorialiste selon son coeur et le rejette.On ne comprend pas \u2014 et il faut d\u2019ailleurs, à tout prix, ne pas comprendre ni admettre \u2014 qu\u2019une direction de journal exige d\u2019un de ses journalistes une telle autodestruction.Laurent Laplante Journaliste 1.Cf.Le Devoir du 31 janvier 1 985, Maurice Girard de la Presse canadienne commence ainsi un article intitulé La direction du Devoir pose ses conditions à Jean-Claude Leclerc: «Avant de pouvoir signer un autre éditorial dans les pages d\u2019opinion du Devoir, Jean-Claude Leclerc devra «répudier» publiquement le propos qu\u2019il a tenus dans son dernier texte paru le 1 7 janvier et intitulé Qui donc est inapte?» EN EXIL DANS SES PROPRES MONTAGNES! «Ne refuse pas au pauvre sa subsistance et ne fais pas languir le miséreux.Ne fais pas souffrir celui qui a faim, n\u2019exaspère pas l\u2019indigent.» Qohéleth 4,1.La situation des réfugiés et des déplacés d\u2019Amérique centrale ne prend certainement pas toute la place qu\u2019elle mérite dans la presse du Canada et des Etats-Unis.En ne comptant que sur cette presse, nous ne saurions pratiquement rien de cette guerre qui embrasse toute la région centro-américaine: nous n\u2019avons que des statistiques de morts ou de blessés dans les affrontements militaires.Nous avons peu de renseignements sur les conséquences de cette guerre sur les populations civiles.De toutes les situations pénibles, celle des paysans guatémaltèques de Huéhuétenango et du Quiche mérite une mention spéciale.Ceux et celles d\u2019entre eux qui ont dû s\u2019exiler dans l\u2019État mexicain du Chiapas ont aussi besoin qu\u2019on dénonce l\u2019injustice qui leur est faite.Depuis qu\u2019on a découragé des dizaines d\u2019«interna-tionaux» qui assuraient une présence et une protection auprès des réfugiés et qu\u2019on les a forcés à quitter le pays, les nouvelles se font rares.L\u2019oppression pourtant n\u2019a pas cessé.L\u2019armée continue à utiliser l\u2019institution des «patrouilles civiles» pour contrôler tout mouvement de population, pour dénoncer toute tentative d\u2019organisation des paysans.La terreur s\u2019est installée au sein des villages; on se méfie de son frère, on ne saurait faire confiance à son voisin.Comme c\u2019est le cas en Haiti avec les tontons macoutes, certains «patrouilleurs civils» prennent leur tâche au sérieux: ils dénoncent, accusent, terrorisent la population, encouragés en cela par l\u2019armée qui intervient en arrêtant, torturant, faisant disparaître, sans autre forme d\u2019enquête ou de procès.C\u2019est ainsi qu\u2019on règle parfois ses affaires privées: «Tu convoites un bien que je voudrais posséder moi aussi.Je te dénonce à l\u2019armée comme menace à la sécurité de l\u2019État et ainsi je me débarrasse de toi.» Les massacres continuent.Peut-être moins spectaculaires qu\u2019il y a deux ans, alors qu\u2019on torturait et assassinait des villages entiers dans l\u2019espace d\u2019une nuit, mais aussi cruels et finalement peut-être aussi meurtriers.Alors qu\u2019autrefois on s\u2019attaquait à des «aldeas» (genre de hameaux) sous prétexte que leur population avait pu collaborer avec la guérilla, aujourd\u2019hui on bat, vole, viole, assassine des familles de paysans parce que le père ou le fils n\u2019a pas bien rempli sa mission de «patrouilleur civil», ou simplement parce qu\u2019un ami du régime convoite l\u2019épouse de l\u2019un d\u2019entre eux.Beaucoup de familles paysannes ont dû fuir et se réfugier au Mexique.Ils sont entre 1 2 et 1 5 000 Guatémaltèques dans le seul diocèse de San Cristobal.Menacés d\u2019une part par les attaques toujours possibles de l\u2019armée guatémaltèque dans leurs camps (on a récemment tué quatre hommes dans un camp de la région de Comalapa, en territoire mexicain), ils sont harcelés d\u2019autre part par COMAR (la Commission mexicaine d\u2019aide aux réfugiés) qui voudrait les déménager au Campeche: loin de la frontière, dans un climat qui leur convient peu et où ils vivent dans des conditions infra-humaines.Cela, malgré l\u2019aide matérielle et politique que leur procure le travail acharné de monseigneur Samuel Ruiz Garcia, évêque de San Cristobal.Malgré la situation d\u2019impuissance à laquelle ils sont réduits, les réfugiés du Mexique \u2014 ils sont en tout 50 000 dans les camps seulement \u2014, tout comme leurs compatriotes qui vivent encore et malgré tout sur leurs terres, résistent à ceux qui veulent non seulement voler leurs terres mais anéantir ces populations.Au harcèlement quotidien et omniprésent de l\u2019armée, ces Indiens mayas du Guatemala opposent leurs coutumes ancestrales: attachement indéfectible à la terre-mère, résistance obstinée aux tentatives qui sont faites pour les amener à changer leur style de vie: techniques agrico- 148 RELATIONS JUIN 1985 les, costumes traditionnels, croyances religieuses, alimentation, médecine, etc.Pourtant beaucoup déjà ont dû céder ou fuir.Au Mexique, les réfugiés n\u2019espèrent plus vraiment retourner chez eux.Ils préparent plutôt leurs enfants à reprendre une place respectable dans ce pays qu\u2019ils ont dû quitter et auquel ils restent attachés de toute leur Afrique du Sud âme de paysans.Ils n\u2019enseignent ni la haine, ni la vengeance.Au contraire ils gardent espoir qu\u2019après le désert, après l\u2019exil, leurs fils et leurs filles sauront réinvestir la terre guatémaltèque et continuer à lui rendre le respect et la vénération qui lui sont dus.Michel Corbeil Contrairement à ce qu\u2019on pourrait croire, la vague de violence qui secoue l\u2019Afrique du Sud depuis des mois n\u2019est pas la simple répétition du massacre de Sharpville en 1 960 ou des émeutes de Soweto en 1 976.La crise actuelle, en effet, loin d\u2019être limitée à une ville, s\u2019étend à la grandeur du pays et ses enjeux sont autrement plus importants.Les Noirs ne luttent plus pour se libérer d\u2019un aspect ou l\u2019autre de l\u2019apartheid.Ils exigent, au contraire, le démantèlement complet du système de l\u2019apartheid et la reconnaissance de tous leurs droits.Ils veulent se libérer.La crise se distingue aussi des précédentes en raison du climat politique et social actuel de l\u2019Afrique du Sud.D\u2019une part, le pays passe par une crise économique sans précédent et d\u2019autre part, le président P.W.Botha a mis en marche un train de réformes constitutionnelles qui, comme nous le verrons, s\u2019est avéré une véritable boîte de Pandore.Comme il fallait s\u2019y attendre, en raison des tensions toujours croissantes de ce milieu, les émeutes éclatèrent d\u2019abord dans ce qu\u2019on appelle le Triangle du Vaal, c\u2019est-à-dire dans la région de Soweto et de Vereeni-ging.Puis le conflit se déplaça vers le sud.D\u2019abord à Crossroads et à Nyanga East, donc tout près de la ville du Cap, où, dès le mois de janvier de cette année, on comptait déjà seize morts.De là, la violence remonta vers Port Élizabeth, plus particulièrement dans la ville noire de Langa et à Uitenhage où, en mars, la police tuait par balles dix-neuf personnes qui prenaient part aux funérailles de compatriotes abattus au cours de manifestations précédentes.Les causes immédiates de la crise sont multiples.Dans le Triangle du Vaal et à Port Elizabeth, elles sont d\u2019abord économiques.Des dizaines de milliers de Noirs ont perdu leur emploi et vivent non seulement dans la plus grande pauvreté mais aussi dans la crainte constante d\u2019être expulsés de leur domicile.La crise est particulièrement grave à Port Élizabeth où la compagnie Ford vient d\u2019annoncer qu\u2019elle fermait ses usines.Cette ville étant un des châteaux forts du syndicalisme noir en Afrique du Sud, il était à prévoir que les ouvriers réagiraient avec force et détermination.À Crossroads, les Noirs se sont révoltés contre la décision du gouvernement de les chasser de leur bidonville pour les installer de force à Khayelitsha, une ville qui n\u2019existait même pas.L\u2019injustice était tellement évidente que le gouvernement a décidé, depuis, de reconstruire Crossroads plutôt que de le démolir.Mais il n\u2019y a pas que les adultes qui aient dit non au système.Les jeunes leur ont même montré la voie.Ces RELATIONS JUIN 1985 jeunes ne peuvent plus supporter un système scolaire qui ne vise qu\u2019à perpétuer l'apartheid.Malheureusement, plusieurs jeunes ont payé de leur vie leur opposition au régime.Les vrais enjeux de la crise vont cependant bien au delà de ces injustices.Les Noirs ont atteint la limite de l\u2019endurance.Ils veulent à tout prix se débarrasser du système inique de l\u2019apartheid.Ils n\u2019en peuvent plus de souffrir.Curieusement, ce qui leur donne le courage de poursuivre cette lutte inégale, c\u2019est la conviction que la situation politique actuelle joue en leur faveur.En effet, les réformes constitutionnelles de l\u2019an dernier n\u2019ont satisfait vraiment personne et ont divisé les Blancs.Les progressistes les jugent nettement insuffisantes et les conservateurs les condamnent comme la source des plus grands maux.Les Noirs les ont aussi rejetées en bloc en raison de leur injustice flagrante.Mais ils ont aussi vu que le gouvernement était attaqué de tous les côtés à la fois et qu\u2019il avait perdu beaucoup de son assurance malgré les déclarations du président Botha et de son ministre des Affaires extérieures, M.Pike Botha.Même s\u2019il proteste du contraire, le gouvernement a renoncé, de fait, à l\u2019héritage de Verwoerd concernant le développement séparé et la création d\u2019États nationaux.Mais il hésite autant sur les mesures à prendre que sur l\u2019ampleur à donner aux réformes jugées nécessaires.Les Noirs veulent saisir ce moment historique pour forcer le gouvernement à renoncer tout à fait à l\u2019apartheid.Sur le plan constitutionnel, les dernières déclarations du président P.W.Botha semblent leur donner raison et indiquer un certain mouvement, hésitant et plein d\u2019irritation bien sûr, mais mouvement quand même.Ainsi il a reconnu que le pouvoir politique des Noirs devait aller au delà des affaires propres au gouvernement local et que la question de leur nationalité devait être clarifiée.Sur un autre plan, il a décidé d\u2019amender les lois afin que les résidents des villes noires puissent accéder à la propriété et pour que soient éliminées les restrictions concernant le mouvement des populations.Enfin il propose d\u2019organiser des rencontres informelles au plus haut niveau avec les leaders noirs afin d\u2019étudier avec eux toute la question de leur avenir constitutionnel et politique.Comme il fallait s\u2019y attendre, tous les leaders noirs ont rejeté ces nouvelles propositions du président Botha parce qu\u2019elles demeurent toujours fondamentalement injustes à leurs yeux.Le débat constitutionnel et politique entre le gouvernement et les Africains sera donc très difficile.D\u2019un côté, les interlocuteurs que le gouvernement aimerait 149 avoir, tels les administrateurs municipaux noirs, sont tellement mal vus de leurs concitoyens qu\u2019ils ne représentent pratiquement personne.D\u2019un autre côté, plusieurs leaders africains refusent tout dialogue avec Pretoria dans les circonstances actuelles.Ainsi en est-il des chefs de l\u2019Azapo qui préconisent la création d\u2019une Azanie noire et socialiste et des chefs historiques de Congrès africain qui vivent en prison ou dans la clandestinité.Malgré ces difficultés, il reste encore des leaders noirs capables de négocier au nom des populations africaines.Ce sont, entre autres, les chefs du Front démocratique, le chef Buthelezi, le pasteur Boesak et Mgr Tutu.Ils sont les derniers à croire encore à la possibilité de la transformation politique du pays sans bain de sang.Les Noirs commettraient une lourde erreur s\u2019ils croyaient avoir repoussé le gouvernement dans ses derniers retranchements et détenir la victoire.Heureusement, leur histoire les oblige à beaucoup de réalisme.Le gouvernement ferait une erreur non moins grave s\u2019il voulait, une fois de plus, diluer ses intentions politiques en propagande.Les conséquences en seraient catastrophiques.Si la peur, la fourberie et la haine ne peuvent faire place à la raison, un moment unique de salut aura été gaspillé au profit de la violence.Jean-Louis Richard Directeur du Centre missionnaire oblat RISQUER LA DÉMOCRATIE?Au Québec, l\u2019idée de modifier le mode de scrutin revient de façon cyclique à la une de l\u2019actualité.De nombreuses études ont été commandées mais aucune n\u2019a abouti à une réforme concrète.La situation a été longtemps semblable en France, sous la Ve République.Mais, cette fois-ci, le gouvernement Fabius, plus par nécessité que par conviction profonde, a décidé de franchir le Rubicon.Il va proposer au parlement de passer au scrutin proportionnel départemental.Cette décision a provoqué de nombreux remous dans la classe politique: démission de Michel Rocard, malaise au sein du Parti socialiste, opposition virulente du Parti communiste, de l\u2019UDF et du RPR.Il est impossible de prévoir quels seront, à long terme, les effets de la réforme sur l\u2019édifice institutionnel et politique.La France vit, depuis 1958, sous le régime de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, à tel point qu\u2019il semble consubstantiel à la Ve République.Ce mode d\u2019élection présente les inconvénients du scrutin majoritaire, notamment la composition de l\u2019Assemblée non représentative des votes en raison de la prime donnée aux partis majoritaires.Mais, d\u2019autre part, il permet aux petits partis de compter leurs forces au premier tour et de négocier leur désistement.Les électeurs votent avec leur coeur au premier tour, avec leur raison au second tour.On propose maintenant un scrutin proportionnel atténué: il permettrait un rapport voix/sièges plus proche de la réalité, tout en évitant la fragmentation de l\u2019Assemblée en une multitude de petites formations.Les circonscriptions électorales seraient relativement modestes (de 3 à 1 0 députés en moyenne, plus pour la région parisienne): il faudrait obtenir un minimum de 10 à 20% des voix pour pouvoir prétendre au partage.De plus, le projet exclut toute formation n\u2019ayant pas atteint 5% des voix au niveau départemental.Enfin, le mode de répartition des sièges à la plus forte moyenne favoriserait les partis ayant obtenu le plus de voix.Que recherche le gouvernement en proposant une telle réforme?Outre les raisons affichées de respect des engagements électoraux et de démocratie, et celles non avouées de semer la division au sein de la droite et de limiter les dégâts en cas de défaite, une motivation essentielle l\u2019anime: briser le jeu de la bipolarisation et trouver des appuis au centre-gauche qui permettent la constitution d\u2019une majorité.Il y va de la survie de ce gouvernement.Car le Parti socialiste ne peut escompter un raz-de-marée identique à celui de 1981 (38% des voix) qui, grâce au scrutin majoritaire, lui avait donné la majorité absolue des sièges à l\u2019Assemblée nationale.Au delà de cette stratégie électorale, le projet de loi soulève un débat sur les risques que comporte un tel mode de scrutin.On peut distinguer trois dangers majeurs.Premièrement, ne sera-t-il pas beaucoup plus difficile de former une majorité stable à l\u2019Assemblée nationale?Le gouvernement risque d\u2019être affaibli, dépendant des alliances fluctuantes entre les chefs des diverses formations politiques, et de ce fait incapable de prendre les décisions courageuses mais impopulaires qu\u2019impose la crise.C\u2019est la principale raison invoquée par Michel Rocard pour justifier sa démission.C\u2019est aussi la critique avancée par les partis d\u2019opposition, en particulier par les pères fondateurs gaullistes du régime.Il faut dire que l\u2019histoire donne un certain fondement à ces craintes.La France a connu le mode de scrutin actuellement proposé, de 1945 à 1951.Cette époque, qui aurait dû être celle de la reconstruction, a été marquée par une succession de gouvernements qui duraient en moyenne trois mois! Mais les défenseurs de la proportionnelle peuvent répondre que celle-ci n\u2019est pas nécessairement la cause de l\u2019instabilité politique.La France a connu de très longues périodes de scrutin majoritaire sous la 11le République durant lesquelles l\u2019instabilité gouvernementale a été aussi grande que de 1 946 à 1 951.De plus, la situation est aujourd\u2019hui totalement différente: la constitution donne de solides pouvoirs à l\u2019exécutif pour lutter contre une «dictature des partis» à l\u2019Assemblée nationale; les partis politiques sont obligés, sinon de se conformer, du moins de ne pas dénaturer par démagogie la politique menée.Enfin, et c\u2019est là un aspect essentiel, l\u2019élection au suffrage universel du Président de la République, en plus de conférer à l\u2019exécutif une solide légitimité face à une Assemblée divisée, oblige à une certaine bipolarisation de la vie politique.Vient un moment, 150 RELATIONS JUIN 1985 le second tour des élections présidentielles, où le choix se fait entre deux hommes, qui vont incarner deux idéologies différentes.Les partis sont obligés de conclure des alliances, de trouver une synthèse pour conquérir le pouvoir.Ils ne pourront pas ne pas en tenir compte lors de l\u2019investiture du gouvernement par l\u2019Assemblée.Un autre risque avancé concerne le rôle de pivot, de décideur, du parti du centre.Si le centre décide de s\u2019allier avec la gauche, celle-ci prend le pouvoir.S\u2019il décide de renverser son alliance, la droite revient au gouvernement.C\u2019est un risque certain, mais on peut se demander s\u2019il n\u2019est pas déjà présent dans la situation actuelle en France.Car même s\u2019il n\u2019existe pas de parti qui représente les électeurs de ce qu\u2019on appelle le «Marais», c\u2019est pourtant entre leurs mains que repose le sort de l\u2019élection: face à 90% d\u2019électeurs déterminés solidement à voter pour l\u2019un ou l\u2019autre camp, on trouve toujours de 5 à 10% d\u2019hésitants qui feront la décision finale.Troisième risque.Il y a quelqu\u2019un qui se réjouit du changement de mode de scrutin.C\u2019est monsieur Jean- Marie Le Pen, le chef du parti d\u2019extrême-droite, qui récolte jusqu\u2019à 20% des voix dans certaines régions et qui a donc toutes les chances de faire son entrée à l\u2019Assemblée nationale.Cette perspective permet de douter du bien-fondé même de la réforme.Surtout qu\u2019avec le scrutin proportionnel les partis de la droite traditionnelle pourraient être tentés de concurrencer les idées xénophobes et profondément réactionnaires de l\u2019extrême-droite.Par contre, on peut plaider en faveur de la proportionnelle en disant qu\u2019elle évitera aux dirigeants des grands partis de droite d\u2019avoir à compter sur les voix de l\u2019extrême-droite pour se faire élire.La réforme est actuellement devant le Parlement.Si elle est votée, elle sera appliquée lors des élections législatives de 1986.Ce n\u2019est qu\u2019à ce moment qu\u2019on pourra en mesurer les véritables effets.Les forces politiques arriveront-elles à déjouer les pièges que comporte le scrutin proportionnel afin de bénéficier pleinement de ses effets démocratiques?Vincent Péguy .¦ ; .En présentant une série de messages publiés par les évêques canadiens à l\u2019occasion de la fête du Travail1, le P.Richard Arès signalait deux conditions qui marquent la production de ce type de discours: la condition historique et la condition pastorale.Ce sont des pasteurs qui se prononcent sur les problèmes sociaux de leur pays.Et dès 1960, les problèmes pointés dans ces courtes interventions ont été très concrets: l\u2019immigration, la socialisation, les corps intermédiaires, la solidarité internationale, la pauvreté au Canada, etc.Cependant, le message rendu public cette année à l\u2019occasion du 1er mai, fête des travailleurs, - pour l\u2019Église, c\u2019est une fête chrétienne dédiée à St-Joseph travailleur \u2014 témoigne d\u2019une certaine audace dans la mesure où il ose nommer en exemple un conflit de travail, celui «qui oppose Eaton et ses employé(e)s».Comme il fallait s\u2019y attendre, certains médias n\u2019ont pas manqué l\u2019occasion d\u2019opérer cette distorsion qui consiste à prendre la partie pour le tout, à mettre en avant l\u2019exemple au lieu du principe qu\u2019il voulait illustrer.Ce sur quoi les évêques ont voulu prendre position, ce n\u2019est pas d\u2019abord la grève qui se mène dans six magasins Eaton en Ontario, mais le droit des travailleurs et des travailleuses à la syndicalisation.Par delà l\u2019exemple, c\u2019est tout un secteur de l\u2019emploi qu\u2019ils voulaient évoquer: le commerce de détail, où la syndicalisation est extrêmement faible (10%), où 80% de la main-d\u2019oeuvre est à temps partiel et où des bénéfices marginaux comme la pension de vieilles- 1.Messages des évêques canadiens à l'occasion de la fête du Travail 1956-1974, prés, de R.Arès, Bellarmin, 1 974, p.9-10.Jadis, les évêques canadiens publiaient leur message pour la fête du Travail au mois de septembre.Depuis l\u2019an dernier, suivant l'exemple de l\u2019Assemblée des évêques du Québec, c\u2019est pour le 1er mai qu\u2019ils rendent publique leur lettre sur les problèmes sociaux.se laissent beaucoup à désirer.Les évêques canadiens ont fait de leur message un acte politique.Car en nommant Eaton, ils touchaient à une des grandes chaînes de distribution (110 magasins à l\u2019échelle du Canada); et ils prenaient parti pour une fraction du monde du travail qui est particulièrement démunie: il est difficile, lorsqu\u2019une majorité des salariées travaillent quatre heures par jour, qu\u2019on puisse négocier de véritables conventions de travail.Dans un récent dossier sur les «Norma Rae de magasins Eaton» (Le Devoir, 30 avril au 2 mai), Carole Beaulieu montre comment l\u2019enjeu du conflit chez Eaton, c\u2019est la syndicalisation de 250 000 travailleurs canadiens du commerce du détail et non pas seulement les 35 000 employés d\u2019Eaton.Il était à prévoir que l\u2019on chercherait à restreindre la portée du texte des évêques, à le traiter comme un simple tract d\u2019appui pour un conflit localisé.La commission des affaires sociales de la CÉCC a préféré courir ce risque que de se réfugier dans un discours abstrait, sans prises sur la réalité canadienne.L\u2019aspect peut-être le plus important de ce message pourrait passer inaperçu.C\u2019est le jugement extrêmement dur, pessimiste, que portent les pasteurs sur la conjoncture économique dans laquelle nous sommes, où la sortie de crise est négociée sur le dos d\u2019une large portion de la population et la plus démunie.Les tendances actuelles laissent entrevoir une société de «vainqueurs» et de «perdants».À l\u2019heure du virage technologique, un grand nombre de métiers sont en voie de disparaître.Le Canada semble se diriger vers une société profondément divisée: un groupe important de personnes se retrouve sans sécurité et sans emploi de façon permanente et un autre groupe.jouit d\u2019une sécurité d\u2019emploi réelle.RELATIONS JUIN 1985 151 Cet aspect du discours peut bien avoir été volontairement tu par les commentateurs, car il contredit franchement l\u2019optimisme un peu cynique de ceux-là qui s\u2019en remettent tout facilement au fatalisme des cycles économiques.Signalons, pour terminer, que les évêques du Québec, de leur côté, ont choisi pour le 1er mai de lancer une «recherche-action» qui reprend dans notre milieu, dans notre Église, le type de démarche d\u2019animation et de consultation que l\u2019Église américaine a décidé d\u2019utiliser pour ses deux derniers documents: celui de l\u2019an dernier sur la paix et le désarmement et l\u2019autre qui est en cours de préparation sur la crise économique.Karl Lévêque MISSION DE PAIX AU GUATEMALA Vous êtes la mère, l\u2019épouse, la fille d\u2019un \u201cdisparu\u201d; un de vos proches parents a été enlevé et personne n\u2019en a plus de nouvelles; vous avez tout lieu de croire que la police est de mèche avec les ravisseurs; qu\u2019est-ce que vous faites?L\u2019an dernier, dans la capitale du Guatemala, des femmes ont décidé de se regrouper pour affronter ensemble ce genre de situations: elles ont formé le GAM, littéralement le Groupe d\u2019appui mutuel.En dix mois, elles se sont retrouvées plus de 600: au cours des dernières années, toutes ces personnes ont perdu des proches, victimes de la terreur que le gouvernement et les forces paramilitaires font peser sur le pays.D\u2019abord fondé comme un organisme de support mutuel, le GAM n\u2019a pas tardé à réclamer du gouvernement la remise en liberté des disparus ou, du moins, des renseignements précis sur leur sort.Pendant quelque temps, les autorités ont toléré le mouvement mais, en mars dernier, le chef de l\u2019État, le général Humberto Mejia Victores, déclarait que le GAM était relié à la subversion.Ces propos donnaient le feu vert à la répression et, quelques semaines plus tard, l\u2019un des dix directeurs du GAM, Orlando Gomez Calito, disparaissait à son tour, en rentrant d\u2019une réunion.Le lendemain, on retrouvait son cadavre, torturé et mutilé, au bord d\u2019une route.Quinze jours après, pendant la Semaine sainte, la vice-présidente du GAM, Rosario Godoy de Cuevas, était assassinée avec son fils de deux ans et son frère, dans un accident de la route simulé.Une autre responsable du mouvement, menacée de mort, dut quitter le pays.A la suite de ces exécutions et devant la menace d\u2019une escalade de la violence, l\u2019Association centre-américaine des familles de détenus/disparus (ACAFA-DE), qui a son siège au Costa Rica, a lancé un appel urgent pour que des observateurs internationaux se rendent dans la Ville de Guatemala, le samedi 13 avril, pour appuyer une marche organisée par le GAM.Les pasteurs Pierre Goldberger et Chris Ferguson formaient avec moi la délégation canadienne à cet événement.À notre connaissance, la seule autre délégation venait des États-Unis: elle comptait six représentants des Églises et de groupes de défense des droits humains.La veille de la marche, la presse nationale prétendait que le GAM et les «internationaux» étaient utilisés par des groupes subversifs et qu\u2019il y aurait de la violence.On déconseillait aux «internationaux» de prendre part à la marche.Nous avons alors appris que deux membres du Congrès des États-Unis, qui étaient censés venir comme observateurs, avaient reçu des menaces de mort et avaient annulé leur voyage.Ces menaces avaient été reçues par l\u2019ambassade des États-Unis au Guatemala, qui les avait transmises à Managua, où se trouvaient alors les deux hommes politiques.Le matin de la marche, nous rencontrons trois responsables du GAM, escortés par des membres des Brigades internationales pour la paix (PBI), qui les accompagnent 24 heures sur 24.Ils nous relatent brièvement l\u2019histoire de leur groupe; ils craignent, à cause des menaces reçues, que très peu de gens participent à la marche.Ils nous font voir une circulaire distribuée dans les rues de la capitale: elle viendrait des mouvements de la résistance armée et elle invite tous les bons révolutionnaires à appuyer le GAM.Cela ressemble à une manoeuvre de propagande pour rattacher le GAM aux forces d\u2019opposition et justifier d\u2019avance la répression gouvernementale.L\u2019ambassade des États-Unis intervient alors auprès de la délégation américaine: les délégués doivent se montrer très prudents dans leurs rapports avec la presse car, s\u2019ils tenaient des propos «provoquants», on les tiendrait responsables de la violence qui pourrait s\u2019ensuivre.Ce sont les observateurs qui seraient responsables de la vie des membres du GAM, par le gouvernement guatémaltèque! Les porte-parole de la délégation américaine cèdent malheureusement à ces pressions et atténuent leur déclaration, lors d\u2019une conférence de presse organisée juste avant la marche.Les deux délégations se rendent ensuite au point de rassemblement, la Plaza Italia.Quelque 1 500 personnes s\u2019y trouvent réunies: hommes, femmes et enfants, ladinos et indigènes, paysans et étudiants.L\u2019atmosphère est extrêmement tendue.Un journaliste qui a déjà couvert un grand nombre de manifestations en Amérique latine me confie n\u2019avoir jamais ressenti une tension pareille.Peu après 15 heures, le cortège s\u2019ébranle et se met à descendre la 6e Avenue, en direction du Palais présidentiel.Les journalistes et les observateurs avancent à côté des marcheurs, sur le trottoir.La foule des curieux se rassemble et regarde le défilé en silence.Pas un soldat ni un policier en vue.Nous passons devant les quartiers généraux de la police: pas de factionnaire, personne en uniforme.À chaque coin de rue, j\u2019essaie de localiser des forces de sécurité: rien.Les marcheurs s\u2019arrêtent devant les grilles du Palais; ils sont maintenant deux fois plus nombreux qu\u2019au départ.Toujours aucun soldat ni aucun policier, du moins en uniforme.Des porte-parole du GAM utilisent un mégaphone pour présenter leurs demandes, les marcheurs lancent des fleurs blanches en direction du Palais, quelques chants et tout le monde se disperse; ne restent sur place que les policiers en civil.Première réaction: un soupir de soulagement.Tout le 152 RELATIONS JUIN 1985 monde respire.Il ne s\u2019est rien passe; ce n\u2019etait pas mal du tout.Nous nous attendions au pire et il ne s\u2019est pas produit.Pour ma part, je me surprends à penser que tout ne va pas si mal; je pourrais peut-être rendre visite à quelques amis ou du moins leur donner un coup de fil.Mais la réalité ne va pas tarder à s\u2019imposer.Le lendemain matin, nous apprenons que la maison d\u2019une militante du GAM est assiégée par des hommes en armes.Elle a déjà perdu vingt membres de sa grande\tla nuit, des individus armés font irruption dans sa chambre et lui tirent une balle dans la tête.On parle aussi d\u2019une femme, avec ses enfants, qui recherche ouvertement et publiquement son mari disparu; la manchette cite ses paroles: «peu m\u2019importe qu\u2019ils me tuent pour avoir dénoncé l\u2019enlèvement de mon mari».Par contre, les titres de la une annoncent que «Washington accorde son appui à Mejia Victores».famille, elle a collaboré à l\u2019organisation de la marche; c\u2019est son tour.Heureusement, l\u2019arrivée de plusieurs ob-\t* * * servateurs internationaux permet de désamorcer la situation.Un peu plus tard, nous rencontrons une personne qui a reçu des menaces et qui cherche de l\u2019aide.Puis nous allons rendre visite à une autre famille du GAM: deux des fils ont été assassinés à quelques mois d\u2019intervalle, une fille a été enlevée, torturée et violée; il arrive souvent, nous dit-on, que des voitures avec des hommes armés stationnent devant leur porte.Non, il ne m\u2019a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre que les problèmes de sécurité et de droits humains au Guatemala sont bien plus graves que ne le laisserait croire le déroulement pacifique de la marche du 1 3 avril.Trop de signes parlent de mort.La lecture des journaux vient encore accentuer ce sentiment de terreur.Les meurtres et les disparitions, il\tNous voici maintenant rentrés, avec nos souvenirs, souvenirs de tension, de peur, de soulagement, d\u2019espérance.Mais surtout avec le souvenir de personnes courageuses, résolues à ne pas céder.«Ils peuvent nous tuer, nous ne céderons pas», semblent-elles nous répéter.Dans un pays où le seul fait de se mettre à la recherche d\u2019un parent «disparu» est tenu pour un acte subversif, passible de mort, il y a encore des gens qui aiment assez pour continuer de poser des questions, de faire des recherches et de protester.Puisse leur courage nous inspirer.Puisse leur exemple nous pousser à faire notre possible pour les soutenir.est vrai, sont refoulés dans les pages intérieures, mais il suffit de lire.On rapporte le cas d\u2019un homme hospitalisé pour des blessures d\u2019origine inconnue: au milieu de\tErnest Schibli du Social Justice Committee le 23 avril 1 985\tde l\u2019archidiocèse de Montréal Entre le 24 avril et le 23 mai, le Comité de la consultation sur la politique familiale du gouvernement du Québec tient des audiences publiques; quelque 70 organismes seront entendus, qui ont présenté des mémoires sur le Livre vert «Pour les familles québécoises».Ces journées d\u2019audiences font suite à la série des treize forums régionaux qui se sont tenus à travers tout le Québec et auxquels ont participé plus de 2 000 Québécoises et Québécois (80% de femmes et 20% d\u2019hommes).Dans un document de travail rendu public le 22 avril et intitulé «Éléments sur une définition institutionnelle de la famille», le Comité dresse un premier bilan de la consultation en cours.«Il est devenu évident, y lit-on, en entendant les débats aux forums régionaux de la consultation.comme à la lecture des mémoires adressés au Comité ou d\u2019autres textes publiés dans les médias et dans des revues, que la définition de la famille est une question primordiale.» Une question primordiale qui a pris une forme précise; «il est clair que la principale question que pose le débat sur la définition est la suivante: la famille au Québec doit-elle rester fondée sur le mariage?» Le Comité, sans répondre «non» en toutes lettres, estime que ce n\u2019est pas le lien entre les conjoints mais la relation (pa-rent(s)-enfant(s) qui doit fonder, du point de vue de l\u2019État tout au moins, la notion de famille.«L\u2019État n\u2019a pas à identifier ni à promouvoir telle forme de liens plutôt que telle autre (entre les membres adultes de la famille): c\u2019est le choix strict des individus selon leurs convictions, leurs croyances, leurs valeurs, leurs cultures et, il faut bien le reconnaître aussi si l\u2019on est tant soit peu réaliste et respectueux de la vie, selon les circonstances.»\tPriorité absolue, par conséquent, à la liberté individuelle.Tout de même, «on insiste beaucoup pour que la responsabilité d\u2019un ou des parents à l\u2019égard d\u2019enfant(s) se traduise par une forme quelconque d\u2019engagement devant la société».Les membres du Comité ne sont pas au bout de leurs peines.Ce qui est en cause, c\u2019est l\u2019idée même d\u2019individu et la façon de comprendre (et de vivre) la liberté dans notre société.Par delà le débat sur les facteurs économiques qui favoriseraient la famille (et la natalité), débat qui n\u2019a pas perdu de son urgence avec la publication du Livre blanc sur la fiscalité des particuliers, c\u2019est un dialogue sur des valeurs fondamentales qui est maintenant engagé.On comprend qu\u2019un organisme gouvernemental ne veuille pas conseiller de lois discriminantes («l\u2019État n\u2019a pas à favoriser des classes de parents») mais, au bout du compte, il faudra bien admettre que l\u2019exercice de la liberté et le respect de celle d\u2019autrui impliquent l\u2019engagement personnel et la prise de responsabilité, des valeurs précisément que requiert et supporte le contrat de mariage.L\u2019État peut-il espérer promouvoir la famille tout en faisant abstraction des structures et des conventions sociales qui soutiennent l\u2019engagement et la responsabilité?C\u2019est la question que la Table provinciale des agents de pastorale familiale des diocèses du Québec soulève dans son mémoire: «L\u2019État québécois pourra-t-il donner à la famille sa place d\u2019unité fondatrice de la société s\u2019il reconnaît sans discernement tous les types de familles et s\u2019il leur accorde une valeur égale?» À lire les premiers rapports du Comité de la consultation, on ne peut s\u2019empêcher de voir que le débat sur la famille est loin d\u2019être clos.Albert Beaudry RELATIONS JUIN 1985\t153 ¦NM : ; ¦ mKm DES OUBLIES?\t\t\t \u2014 par Guy Paiement Centre St-Pierre Pour imaginer du neuf, il faut de la mémoire.Pour éclairer l\u2019avenir de notre Église dans les années \u201980, il est bon de se rappeler le chemin parcouru depuis les années \u201960.Des symboles \u2014 plus évocateurs, plus imagés \u2014 nous aideront à baliser la route entre la révolution tranquille et le virage technologique, entre l\u2019effort d\u2019adaptation au monde moderne consacré par le Concile et l\u2019appel que les oubliés adressent aujourd\u2019hui aux croyants.1.Une É g lise de l\u2019adap ta tion Nous le voyons mieux maintenant, mais dès avant les années \u201960 des transformations majeures étaient en cours, au plan économique et politique, qui allaient marquer pour longtemps les rapports sociaux et les relations entre les pays.À l\u2019échelle de la planète, on procédait à une nouvelle distribution du travail, les anciens empires coloniaux déclinaient au profit des «deux blocs» et les nations «non alignées» tentaient de s\u2019organiser.Traversant les frontières des États, les corporations multinationales provoquaient de nouveaux déplacements de capitaux, appuyaient ou freinaient, selon leurs intérêts, la montée des nationalismes.C\u2019est dans ce contexte que le Québec a vécu sa révolution tranquille.Les analystes s\u2019accordent à y voir avant tout un profond mouvement de modernisation.Ses réalisations sont bien connues: démocratisation de l\u2019enseignement, création d\u2019un réseau public de services sociaux, gratuité des soins médicaux, expansion rapide de la fonction publique.Tout se passe alors comme si une grande utopie collective inspirait les efforts de milliers de personnes.On entrevoit un écho dans le slogan du ministère de l\u2019Éducation de l\u2019époque: «Qui s\u2019instruit, s\u2019enrichit».La jeunesse, c\u2019est l\u2019avenir et les Québécois se disent que s\u2019ils peuvent changer l\u2019école, ouvrir les jeunes aux sciences et aux techniques modernes, ils vont rattraper les autres pays industriels et bâtir une société transformée, moderne, prospère.Sans une telle utopie partagée, on ne pourrait pas comprendre les investissements incroyables que professeurs, administrateurs, fonctionnaires, parents ont alors acceptés pendant des années.Pendant la même période, se déroulait à Rome le Concile.Son objectif avoué était de remettre l\u2019Église dans le monde de ce temps.Le mot italien d'aggiornamento (mise à jour, rénovation) désigna rapidement les efforts entrepris.Au Québec, cette mise à jour de l\u2019Église a coïncidé dans le temps avec les efforts de rattrapage et 154 de modernisation de la révolution tranquille.Or c\u2019est le renouveau liturgique qui, dès le début, manifesta à l\u2019ensemble de la population chrétienne le renouveau conciliaire.Suivit bientôt l\u2019enseignement religieux ou la catéchèse, avec sa méthode inductive.Dans ce cas aussi, une utopie sembla soulever l\u2019enthousiasme de milliers de personnes qui acceptèrent d\u2019investir de leur temps et de leurs congés dans des cours de perfectionnement.Cette utopie pourrait se formuler ainsi: «Si nous pouvons changer la liturgie, qui était si sclérosée, et, par la catéchèse, la transmission de la foi, nous allons changer l\u2019Église».Je suis convaincu que ces deux utopies, l\u2019une sociopolitique, l\u2019autre ecclésiale, se sont donné la main et ont permis d\u2019effectuer des changements qui, en d\u2019autres temps, n\u2019auraient pas été possibles.Dans les deux cas, nous avons accordé beaucoup d\u2019importance à la superstructure, c\u2019est-à-dire aux représentations, aux symboles, à l\u2019éducation.\"Dans les deux cas, le mouvement correspondait à la montée de nouveaux technocrates, qui avaient pour tâche de gérer ces efforts de modernisation et d\u2019adaptation au «monde de ce temps».Soulignons, cependant, que, de part et d\u2019autre, les changements eurent lieu «par en haut», sans grande participation de la population.L\u2019Exposition internationale de Montréal, en 1 967, \u2014 et la pastorale à laquelle donna lieu cet événement \u2014 deviendra le symbole collectif de cette période.Mais nous avions rejoint les grands courants de la planète.L\u2019univers entier le reconnaissait et venait nous visiter dans notre cour (l\u2019île Notre-Dame)! De leur côté, les chrétiens s\u2019étaient mis à l\u2019heure de l\u2019oecuménisme, encouragés par le Concile, et avaient décidé d\u2019être présents dans l\u2019île, ce résumé du monde de ce temps.Je me souviens ici de l'accueil assez froid qu\u2019avait reçu le Pavillon chrétien.Sur ses murs dénudés, de grands posters représentaient des gens de différents pays soumis à la faim, à la soif, à la guerre.Beaucoup trouvaient «déplacé» ce rappel de la misère au beau milieu de la griserie créée par la science et les techniques étalées un peu partout, gages d\u2019espoir et de prospérité pour tous les peuples.Et pourtant, cet effort de pastorale représentait, au niveau des aspirations, un grand tournant: au lieu de vouloir régenter la société, les chrétiens acceptaient d\u2019être présents à un événement \u2014 à un monde \u2014 qu'ils ne contrôlaient pas et ils sentaient le besoin de rappeler la présence douloureuse de millions d\u2019êtres «oubliés» dans l\u2019euphorie du développement des multinationales.En somme, malgré des tiraillements, la révolution tranquille et le Concile avaient réussi.Nous avions rejoint le courant de l\u2019histoire moderne.Les catholiques priaient maintenant en français, prenaient la parole sur tous les sujets et, d\u2019un air d\u2019envie, regardaient leur progéniture barbouiller ses cahiers de catéchèse.L'utopie sociale RELATIONS JUIN 1985 s\u2019était trouvé une île.Notre avenir ecclésial, une parabole en béton.2.La désillusion tranquille et les grands élans Mais l\u2019euphorie ne dura pas.Dans la mesure où la révolution tranquille réussissait, elle révélait assez vite la fragilité de l\u2019utopie dominante.Mesures de guerre, troubles chroniques dans les écoles, grèves générales se relayaient pour montrer combien mince était la marge de manoeuvre de notre société.La grande oubliée des années précédentes levait la tête: l\u2019économie était là, fragile, soumise aux vents d\u2019ailleurs.Nous avions construit un monde nouveau, mais le «sous-sol» \u2014 quelle découverte! \u2014 ne nous appartenait pas.Beaucoup de «militants» s\u2019en allèrent alors dans l\u2019industrie privée ou dans une commune, à la campagne.En attente diffuse ou en jachère.D\u2019où véritable explosion de l\u2019espoir quand le Parti québécois, en 1976, vint proposer un second souffle.Pendant quelques années, la flambée allait briller de tous ses éclats.Sur le plan ecclésial, même phénomène.La crise de l\u2019Action catholique en 1966 et la commission Dumont1, qui en fut le commentaire officiel, révélèrent l\u2019ampleur des attentes du «Peuple de Dieu».Non, le Concile, à travers la liturgie, la catéchèse ou la prise de la parole, n\u2019avait pas tenu ses promesses.Ou plutôt, les progrès accomplis montraient, là aussi, une grande oubliée: la communauté de foi.Nous n\u2019avions pas les communautés capables de porter le renouveau conciliaire.Un certain nombre de chrétiens et de chrétiennes cherchèrent alors une issue à la désillusion, du côté de petites communautés ou de groupes de prière.Plusieurs firent la grève de la messe.D\u2019autres se retirèrent sur la pointe des pieds.En même temps, beaucoup de groupes populaires se formaient pour répondre aux besoins nouveaux de la crise économique et pour défendre leurs droits.Mais les Églises, dans leur ensemble, continuèrent sur leur lancée liturgique.Il en résulta un écart grandissant entre les soucis de nature économique de beaucoup de gens et les préoccupations culturelles et sacramentelles des chrétiens.Pourtant, les évêques, au cours de cette période, n\u2019ont pas ménagé leurs interventions sur à peu près tous les sujets sociaux importants.Plusieurs groupes de solidarité internationale n\u2019ont pas manqué de nous sensibiliser à l\u2019expérience douloureuse des Églises du Sud.Il reste, au terme, que les chrétiens catholiques n\u2019ont pas dévié massivement de la première étape de la réforme conciliaire.Au contraire, l\u2019effritement des structures so- 1.L\u2019un des commissaires exprima sa dissidence par rapport au résultat final: «Le rapport.ne rejoint pas le Québec dans les interrogations qui se posent à la conscience chrétienne.Quelle est la signification chrétienne de l\u2019insécurité des travailleurs?de la révolte des uns, de l\u2019espérance des autres?Que dit le message vis-à-vis des structures et des institutions qui aliènent des hommes?Quelle est la responsabilité du peuple de Dieu dans un processus modifiant l\u2019histoire?» \u2014 Le dissident avait donc raison?Voir l\u2019Appendice II dans L'Église du Québec: un héritage, un projet.Montréal, Fides, 1971, p.316.RELATIONS JUIN 1985 dales a renforcé la tendance à se rabattre sur la communauté célébrante.À ce propos, il peut être stimulant de situer ici ce grand élan que fut la visite du pape.Contrairement à ce qui se passa lors de l\u2019Expo \u201967, l\u2019Église officielle prend toute la place.La société civile et politique est là, à son service.L\u2019essentiel de l\u2019intervention ecclésiale n\u2019est plus d\u2019animer un monde moderne, comme en \u201968, mais d\u2019affirmer massivement, à l\u2019intérieur du cadre liturgique, un message nettement spiritualiste.Est-il si exagéré de voir, dans cette vaste représentation que l\u2019Église se donne d\u2019elle-même, l\u2019aboutissement du renouveau conciliaire, \u2014 tel du moins qu\u2019il a été compris ici, c\u2019est-à-dire une modernisation de la liturgie et de l\u2019expression des sources de la foi?Un peu comme LG2, le stade olympique et l\u2019aéroport de Mirabel annoncent, pour notre société, la fin d\u2019une époque beaucoup plus qu\u2019ils n\u2019anticipent l\u2019avenir, les grands rassemblements liturgiques de la visite du pape signifient peut-être l\u2019apothéose de la réforme interne de l\u2019Église conciliaire et en révèlent toutes les limites.Chose certaine, on ne pourra plus, dans les années à venir, faire plus gros.Il faudra faire autre chose.Sans compter que cet événement ecclésial a masqué presque complètement les oubliés.Certes, la visite du pape a montré des autochtones, des groupes de malades, un spectacle de jeunes.Mais elle n\u2019a pas reflété la présence et l\u2019importance des pauvres, encore moins valorisé les efforts de nombreux groupes de chrétiens et de chrétiennes qui luttent contre la pauvreté ou qui cherchent à trouver une dignité qu\u2019on leur refuse.Les oubliés ont été noyés dans la fête.3.Vers une Église de la transformation ?Nous arrivons ainsi au coeur des années \u201980 avec des sentiments mêlés.Les grands élans sont retombés, qu\u2019il s\u2019agisse du rêve péquiste ou de la Colombe papale.L\u2019heure est aux bilans, au discernement, aux choix.D\u2019un côté, les forces économiques internationales sont déjà mieux identifiées.Les changements technologiques accélérés continuent de bousculer les prévisions.Malgré les apparences, la crise économique n\u2019est pas terminée.Elle continuera de nous atteindre en profondeur.Le travail continuera d\u2019être une denrée rare, surtout pour les jeunes.Or certains groupes voudraient bien qu\u2019on revienne aux lois du marché, c\u2019est-à-dire à la loi du plus fort.Ils trament déjà la mort de l\u2019État-providence et de ses mesures sociales.Qu\u2019on s\u2019abandonne, disent-ils, aux lois de l\u2019économie! Dans un tel contexte, la tendance à s\u2019occuper de la réforme interne de l\u2019Église doit retrouver sa visée initiale.Quand, en effet, le bon pape Jean a convoqué le Concile, il avait certes en vue l\u2019aggiornamento de l\u2019Évangile, sa mise à jour.Bref, sa renaissance.Mais cet aggiornamen-to n\u2019était pas l\u2019objectif dernier.Le Concile ambitionnait de remettre l\u2019Église rénovée dans le monde de ce temps.Pour y arriver, il a commencé par réformer la liturgie, puis esquissé une compréhension plus collégiale de l\u2019Église.Mais c\u2019est à la toute fin qu\u2019il a produit le texte intitulé «l\u2019Église dans le monde de ce temps».Quand ce docu- 155 ment est arrivé dans notre milieu, nous étions tellement pris par la réforme interne de l\u2019Église qu\u2019il est passé pratiquement inaperçu.Comme Église, nous avons donc surtout retenu du Concile la réforme liturgique et caté-chétique.Nous avons amorcé une expérience de coresponsabilité.Mais nous n\u2019avons pas mis en oeuvre l\u2019objectif terminal du Concile.Certes, faut-il le souligner, nous avons été passablement présents au «monde de ce temps», mais pour nous y adapter.Nous avons «modernisé» l\u2019Église.Sur ce plan, nous avons réussi.Mais est-il réaliste de vouloir continuer sur l\u2019air cTaller?Avec beaucoup d\u2019autres, je suis convaincu que l\u2019Église de l\u2019adaptation, qui a été la nôtre, a fait son temps; il nous faut aller plus avant.Une telle volonté est, d\u2019ailleurs, bien présente.Depuis le document de Paul VI sur l\u2019évangélisation, l\u2019épiscopat canadien a produit des documents majeurs sur l\u2019analyse de la situation socioéconomique et sur la nécessité de passer «de la parole aux actes».On se souvient encore, dans certains milieux, des «Jalons d\u2019éthique sur la crise économique».Tout récemment, les éditions Bellarmin ont publié, dans «La justice sociale comme Bonne Nouvelle», les interventions des évêques du Québec dans le domaine socioéconomique depuis dix ans.Or, ce qu\u2019appellent tous ces documents, c\u2019est une nouvelle perspective.Il n\u2019est plus suffisant, y lit-on, d\u2019être présents, dans notre société.Il nous faut la transformer au nom de nos frères, de nos soeurs qui souffrent et de la tradition prophétique qui est la nôtre.Mentionnons, aussi, pour mémoire, que de nombreuses communautés religieuses ont choisi de s\u2019engager, d\u2019une façon beaucoup plus ferme à l\u2019avenir, dans le sens d\u2019une solidarité avec les pauvres.Comment expliquer, alors, que la majorité des paroisses et des mouvements chrétiens ne se sentent pas concernés par les tâches de justice dans notre milieu?Il y a, évidemment, plusieurs explications.Le succès de la réforme interne de l\u2019Église, de nature surtout culturelle et sacramentelle, en est une première raison.Une autre vient du manque de moyens mis en oeuvre pour faire connaître et discuter les documents officiels.Une troisième tient à l\u2019absence de lien entre cet appel à transformer la société et les multiples directives qui traitent de la pastorale des sacrements.Supposons, en effet, une paroisse moyenne qui reçoit deux textes officiels.Le premier l\u2019invite à changer radicalement les styles de vie et les structures économiques de la société à cause d\u2019une solidarité avec les pauvres.Le second lui demande de mettre sur pied des comités de parents pour prendre en charge la préparation des enfants à la première communion.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être prophète pour prévoir que la paroisse retiendra le second document.Il fait appel, en effet, à son expérience.Il rejoint ses préoccupations.Il peut tabler sur des ressources mises en place depuis vingt ans.Je ne suis donc pas étonné des résultats que la Commission Justice et Foi de Québec a rendus publics dernièrement: la majorité des paroisses de la région \u2014 mais les autres sont-elles si différentes?\u2014 ne sont pas préoccupées par les tâches de justice.C\u2019est le contraire qui aurait été surprenant!2 J\u2019en retiens la nécessité et l\u2019urgence de mieux articuler les tâches de transformation de la société et celles qui concernent la vie interne de l\u2019Église.À moins de montrer les liens internes entre les sacrements et la justice sociale, je vois mal comment nous sortirons de cette schizophrénie ecclésiale.À moins de suggérer qu\u2019il s\u2019ouvre 156 ainsi une nouvelle expérience de Dieu et de son Royaume, dépasserons-nous jamais cette vieille opposition?Ce faisant, faut-il le souligner en gros caractères, nous retrouvons les intuitions du Concile qui visaient à faire la réforme de l\u2019Église pour que celle-ci soit capable de redevenir l\u2019Église des pauvres \u2014 dans le monde de ce temps3.Nous rejoignons surtout la vie et l\u2019expérience des Églises du Sud qui, depuis vingt ans, ont vécu cette option préférentielle pour les pauvres, souvent au péril de leur vie.Sans doute aura-t-il fallu la vigueur de la crise économique pour que nous soyons en mesure d\u2019entendre leur voix et de découvrir la présence de tous ces oubliés de notre société dite avancée.Mais existe-t-il un symbole qui pourrait, comme celui du Pavillon chrétien à l\u2019Expo ou de la liturgie papale lors de la récente visite de Jean-Paul II, suggérer cette orientation neuve?Pour ma part, je l\u2019entrevois dans l\u2019expérience de la Commission sur la misère de l\u2019Église de Ga-tineau-Hull4.Là, sept commissaires invitent les personnes qui souffrent le plus de la crise économique à prendre la parole.Que les muets parlent! Que ceux et celles qu\u2019on dit ignorants nous instruisent! Se déplaçant dans différents coins de la région, les commissaires écoutent, enregistrent le long cri des oubliés de notre société.Ces oubliés sont des chômeurs et des chômeuses en quête de travail et de revenus décents.Ces oubliés sont en quête de dignité, qu\u2019il s\u2019agisse des femmes, des jeunes, des personnes âgées.Ces oubliés sont en quête d\u2019accueil; ce sont des réfugiés, des séparés, des divorcés, des avortées.Or, voici qu\u2019ils acceptent l\u2019invitation de l\u2019Église et qu\u2019ils prennent la parole.Peut-être pour la dernière fois.Quand ils sortent _de cette expérience, les commissaires sont bouleversés.Ils n\u2019ont qu\u2019un désir: celui de transmettre cette longue plainte à toutes les communautés de la région.Plusieurs accueillent l\u2019interpellation et tentent de se tourner vers les oubliés de leur milieu.L\u2019affaire est en cours.Dans une société de consommation menacée, des croyants et des croyantes se mettent à partager et le pain et l\u2019espoir.Quand ils font mémoire de Jésus, ils voient les oubliés, comme une blessure.Comme une attente d\u2019une autre société.Comme une promesse de résurrection pour tous et toutes.Une résurrection qui serait permanente.Une nouvelle trace du Dieu de vie.Une bonne Nouvelle, quoi! 2.\tJustice et foi dans notre milieu.Commission d\u2019étude sur l\u2019engagement des groupes dans la justice sociale et la transmission de la foi, Québec, Service de la Pastorale, 1984.3.\tAu tout début du Concile, Jean XXIII avait déclaré: «l'Église, qui est l\u2019Église de tous, veut être spécialement l\u2019Église des pauvres».Mgr Ancel commente ainsi ce qu\u2019il a vu et entendu pendant le Concile: «Personnellement \u2014 et je sais que beaucoup pensent comme moi \u2014 je suis profondément convaincu que nous sommes entrés dans un mouvement irrésistible et irréversible.Dans l\u2019Église de Dieu, l\u2019Esprit-Saint vient d\u2019inaugurer une nouvelle étape qui sera marquée par une rénovation profonde selon l'Évangile.Cette rénovation sera, en même temps, une rénovation doctrinale et pastorale; et cette rénovation se fera sous le signe de la pauvreté, du service des pauvres et de l\u2019évangélisation des pauvres.» Voir: «L\u2019Église des pauvres dans la perspective du Concile» dans L\u2019Église des pauvres, interpellation des riches, Paris, Cerf, 1965, p.292-293.4.\tBienheureux les pauvres?Réflexions et prises de positions sur la misère dans l'Outaouais québécois, Hull, Centre diocésain, 1 984.RELATIONS JUIN 1985 LE COLLEGE DES ET LES mms&HSKmm .iHMHHÉHHi iililipiii : : \t par Jacques Chênevert Déjà vingt ans depuis que s\u2019est achevé le deuxième concile oecuménique du Vatican, «Vatican II» pour les initiés ou les gens pressés, si ce n\u2019est plutôt pour les gens d\u2019un certain âge.À cette occasion, mes collègues de Relations m\u2019ont demandé de réfléchir sur la collégialité.J\u2019ai été tenté de leur répondre: Encore une fois?Un bilan?Mais ne tient-il pas en un seul mot: rien! Réaction de lassitude, qui est à elle seule une opinion mais qui, après un temps de réflexion, paraît devoir être dépassée.À Vatican II La collégialité.Il s\u2019agit de l\u2019affirmation théologique, soutenue par le concile, selon laquelle les évêques constituent un collège et un collège investi, par la volonté du Seigneur Jésus, du pouvoir suprême dans son Église.Jusque-là, les catholiques de notre siècle avaient plutôt l\u2019impression que seul le pape détenait un tel pouvoir.Le premier concile du Vatican, en 1870, avait d\u2019ailleurs nettement défini cette primauté du pontife romain et, depuis lors, on avait vécu à la lumière de cet unique projecteur.Vatican II n\u2019a pas voulu éteindre ce projecteur, mais éclairer davantage l\u2019ensemble de la scène.Cette opération, plus que purement technique, ne s'est pas faite sans résistance (encore une image d\u2019électricien), voire sans opposition.L\u2019effet de «spot» sur la papauté semblait compromis et, du même coup, la solidité du catholicisme romain ébranlée.Car redonner au collège des évêques le rang qui lui revient dans l\u2019Église, c\u2019était replacer au centre de l\u2019expérience chrétienne l\u2019appartenance à une Église locale et à son assemblée eucharistique.Il y eut donc à Vatican II une ten- sion profonde entre ceux qui eussent préféré que l\u2019on ne parle que peu du collège des évêques, encore moins de son pouvoir suprême dans l\u2019Église et, d\u2019autre part, ceux qui s\u2019estimaient tenus, au nom de la fidélité à la plus ancienne tradition de l\u2019Église, d\u2019en parler avec toute la franchise et la précision souhaitables.Les premiers durent concéder aux seconds la liberté d\u2019aborder le sujet, mais les seconds durent concéder aux premiers de ne parler du collège des évêques qu\u2019en rappelant chaque fois le maintien de la primauté pontificale et de ses droits intangibles.De là cette sorte de crispation «papiste» que l\u2019on observe dans la plupart des passages importants où les textes conciliaires de Vatican II traitent du collège des évêques, de ses droits, de son rôle.Pourtant, une fois entendu que le collège des évêques comprend toujours nécessairement l\u2019évêque de Rome, qui en est le chef, une certaine détente aurait dû pouvoir se produire, dans les esprits et dans les encriers.Depuis Vatican II Or, et c\u2019est là ce qui peut engendrer tant de lassitude, cette crispation des milieux dits romains, après vingt ans, ne semble pas encore disposée à se relâcher.Au plan proprement institutionnel, les principes théologiques de Vatican II relatifs au collège des évêques ont eu bien peu d\u2019effets.Le nouveau code de droit canonique, sous ce rapport, n\u2019a pas apporté de changement ecclésiologique substantiel.Fait typique, à cet égard, le synode des évêques est demeuré juridiquement un conseil du pape, et il n\u2019est même pas maître de l\u2019ordre du jour de ses réunions.Sans doute, le synode des évêques ne s\u2019identifie pas purement et simplement au collège des évêques; il n\u2019équivaut pas à un concile oecuménique.On peut penser avec raison qu\u2019il pourrait néanmoins se voir doté d\u2019un plus grand pouvoir.Quant au concile oecuménique lui-même, on sait que le pape ne l\u2019a pas convoqué depuis 1 965.On ne saurait toutefois en faire grief à personne, car bien d\u2019autres motifs expliquent qu\u2019on ne puisse mettre fréquemment en marche une aussi grosse machine.Jean-Paul II, comme l\u2019avait fait Paul VI, se réfère souvent, dans ses discours, à ses frères les évêques, au collège épiscopal comme tel.Mais sa personnalité est si forte, son leadership spirituel est si puissant que, partout où il passe, Jean-Paul II envahit toute la scène, il éclipse tous les autres figurants et devient, aux yeux de la plupart, l\u2019unique porte-parole de l\u2019évangile de Jésus Christ.Bien sùr, on ne saurait blâmer Jean-Paul II, fût-il pape, d\u2019être investi d\u2019un tel charisme.Mais l\u2019effet «ecclésiologique» est quand même inévitable.Continuons cette revue.Dans le gouvernement central de l\u2019Église, le collège des cardinaux occupe toujours officiellement le rang primordial auquel l\u2019ont élevé mille ans d\u2019histoire (dans une Église qui en compte presque deux mille).Au plan théologique, cette institution ecclésiastique est difficile à justifier pleinement, par rapport aux droits du collège des évêques.D\u2019avoir décidé de faire évêque tous les cardinaux et d\u2019avoir internationalisé le collège ne résout pas vraiment la difficulté.De leur côté, les congrégations romaines, toutes dirigées par des cardinaux, donnent encore l\u2019impression, trop souvent, de vouloir tout régenter dans toute l\u2019Église.Cette mentalité a, en particulier, un impact négatif sur l\u2019oecuménisme.Elle refroidit, dans les Églises séparées, l\u2019attrait d\u2019une réunion avec Rome.Rappelons encore un fait caractéristique.Dans la liturgie eucharistique, le pape est 157 RELATIONS JUIN 1985 nommé en premier et, outre l\u2019évêque du lieu, il est le seul évêque dont on fasse personnellement mémoire.Ne devrait-on pas nommer en premier l\u2019évêque du lieu, puis les évêques de la province ecclésiastique ou tout au moins l\u2019archevêque et, enfin, l\u2019évêque de Rome, en tant qu\u2019il est le lien de leur communion mutuelle en Jésus Christ?Ceci nous amène à tourner le regard vers les Églises locales elles-mêmes.Quels signes visibles chaque évêque local donne-t-il à ses fidèles de sa communion fraternelle avec les évêques les plus proches de lui, ses voisins, avec ceux de sa province ecclésiastique, avec son archevêque?Des organismes aussi officiels que la Conférence des évêques catholiques du Canada, \\'Assemblée des évêques du Québec ou, à un moindre degré, les Inter, suffisent-ils à développer, tant chez les fidèles que chez les évêques, un sentiment de communion entre les Églises locales?Dans quelle mesure y a-t-il eu un changement réel, à la fois dans l\u2019orientation première et dans l\u2019expression du sentiment d\u2019appartenance à l\u2019Église?La référence verticale et immédiate à Rome et au Pape n\u2019est-elle pas encore beaucoup plus spontanée et vivante, dans la conscience des catholiques et de leurs évêques, qu\u2019une référence horizontale aux Églises-soeurs, en communion avec l\u2019Église de Rome dans le Christ?À mon sens, ce sont là des signes qui ne trompent pas.Ils attestent que, vingt ans après Vatican II, la plupart des catholiques, des Églises locales et de leurs évêques vivent encore dans le cadre ecclésiologique du concile de 1 870, c\u2019est-à-dire de Vatican I.Ce qui monte de la base Mais ce qui est indéniable au plan des signes de cet ordre, d\u2019un certain «visible», de l\u2019expression consciente, ne doit tout de même pas nous empêcher de voir d\u2019autres phénomènes, à d\u2019autres niveaux du vécu ecclésial.En effet, même si la part faite et reconnue au collège des évêques et aux Églises locales laisse à désirer, il existe une telle chose que «l\u2019esprit de collégialité» qui, lui, a fait de grands progrès depuis Vatican II.Il se diffuse à travers toutes les couches de la vie communautaire et de son animation.Il en résultera un jour une situation de fait qui forcera la transformation en profondeur des institutions canoniques elles-mêmes.Nommons, un peu en vrac, quelques-uns de ces phénomènes de collégialité.Il y a d\u2019abord, chez les évêques entre eux et surtout à l\u2019échelle d\u2019assez vastes ensembles, une pratique continue de la coresponsabilité et de la concertation.L\u2019évêque individuel risque même d\u2019y perdre son identité pastorale, tellement cette pratique de la collégialité se fait générale.Toutes les questions pastorales de quelque ampleur sont maintenant abordées par les évêques selon cette méthode.Celle-ci implique d\u2019ailleurs la participation, non seulement des évêques eux-mêmes, mais celle de tous et de toutes les spécialistes, laïques ou non, que les évêques mettent alors à contribution.L\u2019évêque avec les prêtres de son diocèse, les prêtres entre eux, agissent de plus en plus dans cet esprit.Le même phénomène de participation et de coresponsabilité se retrouve à tous les autres niveaux de l\u2019organisation pastorale des communautés ecclésiales, notamment au plan diocésain et paroissial.Toutes les formes de regroupement communautaire dans l\u2019Église pratiquent elles aussi la même méthode.La multiplication des agents de pastorale non ordonnés, les responsabilités de plus en plus importantes qu\u2019ils assument, le fait que ces personnes soient aussi bien des femmes que des hommes, voilà encore des faits qui transforment profondément la manière d\u2019être et de vivre, non seulement des individus impliqués, mais des Églises locales comme telles.De nombreux mouvements spirituels, aux effectifs d\u2019importance très variable, déploient leur action partout, auprès de toutes les tranches d\u2019âges.Ce sont là des signes d\u2019activité, de vitalité, mais aussi d\u2019initiative et de créativité qui manifestent la naissance d\u2019une autonomie croissante à la base de l\u2019Église.Dans le prolongement de cette réflexion, il faut signaler ici tout ce qui se fait, mais aussi tout ce que l\u2019on cherche à faire dans le domaine social.On est souvent étonné devant l\u2019inventivité et la charité de personnes ou de petits groupes, qui semblent avoir le don de découvrir des besoins cachés et de mobiliser des énergies généreuses pour les combler.À travers tous ces phénomènes, un trait se dessine aussi de manière de plus en plus marquée.Je veux parler du sentiment de liberté et d\u2019autonomie que le chrétien d\u2019ici semble en voie de conquérir.Trait qui paraît redoutable à quelques-uns.Mais, on ne peut le nier, il s\u2019inscrit sur la physionomie de l\u2019adulte spirituel, il est un signe de maturité.Ou du moins, d\u2019un désir de l\u2019acquérir.Toute l\u2019éducation spirituelle, comme toute éducation, doit y acheminer.Cela veut dire, de toute manière, que la relation à l\u2019autorité n\u2019est plus vécue de la même façon.Cette relation comporte désormais un jugement personnel.On ne forcera pas ce jugement, il ne sera sensible qu\u2019à la lumière qu\u2019on lui fournira.On note ce sentiment croissant de liberté et d\u2019autonomie, en particulier à l\u2019endroit de l\u2019enseignement doctrinal, qu\u2019il vienne des évêques ou de Rome, même après le passage ici de Jean-Paul II.Liberté, autonomie qui deviendra pleinement évangélique, en autant qu\u2019elle saura mieux intégrer le sens de la solidarité et de la communion.SoulignonsUe en terminant, ce qui se passe dans les Églises de notre pays n\u2019est pas unique.Les phénomènes, qui manifestent dans les Églises locales le réveil de leur conscience propre, peuvent être observés à l\u2019échelle mondiale: États-Unis, Amérique latine, Europe, Afrique.L\u2019effort d\u2019inculturation de la foi en représente l\u2019une des principales expressions.L\u2019effet sur l\u2019ensemble de l\u2019Église des phénomènes relevés dans nos Églises et énumérés plus haut, par conséquent, doit être calculé en tenant compte de cette multiplication.Déception et espoir La collégialité vingt ans après Vatican II?Une grande déception, beaucoup de lassitude, dans la mesure où l\u2019on fait l\u2019erreur d\u2019attendre une transformation de l\u2019Église qui se ferait tout entière par le haut.Mais un grand chemin parcouru, beaucoup d\u2019espoir encore, si l\u2019on observe à l\u2019horizontale ce qui se produit dans les Églises de Dieu qui sont autour de nous, dans lesquelles nous sommes unis au Corps du Christ.158 RELATIONS JUIN 1985 73^737 ¦ \u2014 lllllf \t \t : i a: par Ghislaine Desjardins L\u2019une des constatations les plus importantes de ia grande tournée de consultation sur le labour les familles québécoises» a trait aux «cycles de vie» par lesquels passent les fa-i rapporte le Comité de la consultation, le cycle où l\u2019enfant a moins de six ans est >us égards et il requiert d\u2019autant plus de soutiens collectifs que c\u2019est souvent cycle que les parents ont réussi à bâtir un emploi et à se faire une carrière.» ne sont pas la seule réponse aux besoins de cette phase critique de la iis doivent être autre chose qu\u2019une prime d\u2019efficacité accordée aux nouvel* Un rappel historique aide à comprendre leur importance et leur fonction e Desjardins a écrit l\u2019histoire des garderies chez nous.Elle enseigne l\u2019histoire au Sé- Iwl Contrairement à ce que l\u2019on croit habituellement, les garderies ne datent pas de la dernière décennie.En fait, il faut remonter aux débuts de l\u2019industrialisation, vers les années 1850, pour trouver la trace des premières garderies organisées à Montréal.Durant cette période, plusieurs familles agricoles quittent la campagne pour venir travailler à la ville.Les conditions de vie y sont difficiles et, dans les quartiers ouvriers, les familles ont peine à vivre avec un seul salaire.Elles doivent alors compter sur des revenus d\u2019appoint, c\u2019est-à-dire sur le travail des femmes et des enfants1.Si plusieurs mères de famille effectuent des travaux rémunérés à domicile (couture, lavage, etc.) pour pouvoir surveiller en même temps leurs jeunes enfants, nombreuses sont celles qui doivent prendre le chemin de l\u2019usine.C\u2019est ainsi que pour la première fois elles se trouvent confrontées au problème de la garde des enfants.Les «salles d\u2019asile» Dans la société rurale traditionnelle, le problème de la garde des enfants ne se posait pas de la même manière car la mère de famille n\u2019était pas la seule responsable de 1.Ce n\u2019est qu\u2019en 1 885 qu\u2019une loi sera adoptée par le gouvernement fédéral pour empêcher le travail des jeunes de moins de douze ans dans les usines.cette activité.En effet, très souvent les grands-parents, des oncles ou des tantes célibataires ou encore des domestiques vivaient sous le même toit que la famille, qui se trouvait ainsi «élargie».Pour permettre à la mère de vaquer aux travaux de la ferme, la garde et le soin des jeunes enfants étaient alors partagés entre les membres féminins de la maisonnée.Toutefois, avec le développement de l\u2019industrialisation et de l\u2019urbanisation, la majorité des familles deviennent nucléaires (père - mère - enfants) et les femmes sont maintenant seules pour s\u2019occuper de leurs jeunes enfants.D\u2019autant plus seules, que pour les familles nouvellement arrivées en milieu urbain, les liens de parenté et de voisinage sont relativement restreints.Face aux difficultés que rencontrent les familles ouvrières, les soeurs Grises et les soeurs de la Providence décident d\u2019intervenir et ouvrent des «salles d\u2019asile» à Montréal et dans certaines petites villes de la province.Ces établissements qui sont en quelque sorte les ancêtres des garderies actuelles reçoivent quotidiennement des centaines d\u2019enfants d\u2019âge préscolaire.Mais les «salles d\u2019asile» ne couvrent pas tous les besoins car les enfants de moins de deux ans n\u2019y sont pas admis.Comme on abandonne généralement l\u2019école vers dix ou onze ans à l\u2019époque, c\u2019est souvent l\u2019aînée de la famille qui garde les plus petits à la maison.En témoigne un article de Jean-Baptiste Gagnepetit, chroniqueur ouvrier au journal La Presse au 19e siècle, qui dénonce le fait que «les mères de famille obligées d\u2019aller travailler au dehors pour nourrir la famille» doivent souvent laisser leurs enfants seuls, sans surveillance.Il réclame la création de garderies comme il en existe alors dans certains pays européens.Quant aux «salles d\u2019asile», elles sont assimilées aux autres oeuvres d\u2019assistance (orphelinats, instituts pour 159 RELATIONS JUIN 1985 aveugles, sourds et muets, aliénés) et doivent compter sur la charité publique pour fonctionner.Les religieuses font appel à des bénévoles pour recueillir des fonds car les subventions gouvernementales sont minimes.On organise des collectes, des bazars, des spectacles montés par les enfants.Autant de façons de se faire connaître et d\u2019attirer les dons des personnes de la «haute société».Cependant, malgré les besoins urgents, les «salles d\u2019asile» auront la vie courte.En effet, au tournant du siècle, elles disparaissent progressivement de la scène montréalaise; certaines ferment leurs portes, d\u2019autres se transforment en orphelinats.Il semble que peu à peu, plusieurs parents, obligés d\u2019y déposer leurs enfants pendant la journée, en viennent pratiquement à les y abandonner.Placer les enfants à la «salle d\u2019asile» devient une triste réalité à laquelle se résignent les plus pauvres.Ajoutons à cela que le travail des mères est perçu comme une malédiction, responsable de tous les maux de la société: enfants abandonnés, délinquance juvénile, alcoolisme des hommes, etc.Et l\u2019on assiste ainsi, entre 1900 et 1930, à une augmentation spectaculaire du nombre d\u2019orphelins.Faute de garderies, plusieurs mères (veuves, mères célibataires, malades, femmes séparées surtout) n\u2019ont pas d\u2019autre choix que de recourir à l\u2019orphelinat pour y placer leurs enfants.Certains retournent à la maison pour les weekends, d\u2019autres sont carrément abandonnés à la porte des couvents.Selon les statistiques du temps, il appert en effet que les véritables orphelins sont minoritaires dans les institutions.Ainsi, en 1930, seulement un pensionnaire sur dix à l\u2019orphelinat n\u2019a plus ni père, ni mère; les autres ont soit leurs deux parents (deux sur dix) ou encore l\u2019un des deux parents (six sur dix)2.Il est donc probable qu\u2019on ait placé des enfants à l\u2019orphelinat, au Québec, parce qu\u2019on n\u2019avait pas d\u2019autres endroits où les faire garder.Pendant la crise.Après la fermeture des «salles d\u2019asile», il faudra attendre quelques années avant que de nouvelles garderies voient le jour.Pendant la Première Guerre, les soeurs de la Providence fondent la garderie Sainte-Anne dans le quartier irlandais de Montréal, ûuelques années plus tard, les soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie fondent la garderie Saint-Enfant-Jésus dans le quartier Mile-End3.Mais trois garderies à Montréal peuvent-elles combler les besoins grandissants, à la veille de la crise économique?La commission Montpetit enquête sur la question et relate dans son rapport, en 1 933, que de nombreux enfants sont laissés seuls sous la surveillance de la fillette la plus âgée ou encore sont dans la rue pendant que la mère travaille.Ceux-là, on les appelle les enfants à la «clé au cou».Pour parer à ce problème la Commission recommande la création de maternelles et de garderies subventionnées par les pouvoirs publics.Le gouvernement fait la sourde oreille.Maurice Duplessis, qui prend le pouvoir en 1936, n\u2019entend pas soutenir les mères de famille qui veulent travailler à l\u2019extérieur.Il fera voter la loi de l\u2019Assistance aux mères nécessiteuses en mentionnant bien 160 que les femmes doivent rester au foyer pour garder et élever leurs enfants4.Donc, encore une fois, pas question de garderies.Pendant la guerre.Cependant, quelques années plus tard, les réticences morales à l\u2019endroit des mères de famille qui travaillent à l\u2019extérieur du foyer sont mises en veilleuse.du moins temporairement.C\u2019est la Deuxième Guerre mondiale et on a besoin des femmes dans les usines d\u2019armements.Cette fois, le gouvernement fédéral, avec l\u2019accord du Québec et de l\u2019Ontario (les deux provinces les plus industrialisées), décide d\u2019offrir des subventions et de favoriser la création de garderies pour les enfants dont la mère est engagée dans un travail reconnu comme essentiel à «l\u2019effort de guerre».En vertu de ce programme, 28 garderies sont créées en Ontario alors qu\u2019ici six garderies voient le jour, dont seulement deux sont destinées aux petits francophones.Condamnées par l\u2019Église au Québec, les garderies ont de la difficulté à recruter une clientèle.Elles sont présentées comme une intrusion des gouvernements dans les affaires de la famille.On parle même d\u2019un projet aux couleurs soviétiques qui, en favorisant le travail des mères, n\u2019a d\u2019autre objectif que de briser la famille et la-nation canadienne-française.Mais les Québécoises ont travaillé durant la Deuxième Guerre mondiale.Qu\u2019ont-elles fait de leurs enfants?Encore une fois, elles se sont repliées sur la traditionnelle garde en milieu familial.assumée, dans la majorité des cas, gratuitement par d\u2019autres femmes.Une fois la guerre terminée, les subventions gouvernementales aux garderies cessent et les femmes sont invitées à retourner à leurs casseroles.En Ontario cependant, à la suite de pressions exercées par les parents et le personnel des garderies, le gouvernement provincial prend la relève et accepte d\u2019octroyer une partie de son budget aux garderies.Dans les années cinquante, les seules garderies qui existent au Québec sont des garderies privées non subventionnées et non réglementées, si bien que les soins donnés aux enfants ne sont pas toujours adéquats.Ces garderies accueillent une clientèle composée principalement d\u2019Angîophones et de Néo-Canadiens puisque les mères francophones sont toujours, méfiantes à l\u2019égard des garderies.On remarque donc que cent ans après la naissance des «salles d\u2019asile», les garderies sont toujours perçues comme une oeuvre d\u2019assistance aux familles dans le besoin et assimilées à la pauvreté.2.\tCité dans L\u2019histoire des garderies au Québec entre 1968 et 1980, de Ghislaine Desjardins et Eric Alsène, Québec, Éditeur officiel, 1 984, p.1 0.3.\tNotons que cette garderie, fondée en 1919, existe encore aujourd\u2019hui sous le nom de garderie Notre-Dame des Petits.4.\tLa Loi de l\u2019assistance aux mères nécessiteuses consiste à verser une pension mensuelle aux mères dans le besoin (en particulier les veuves) qui ont au moins deux enfants.RELATIONS JUIN 1985 Qui est responsable de la garde des enfants ?Sans cesse remâchée depuis plus de dix ans, cette question n\u2019en demeure pas moins aujourd\u2019hui d\u2019une étonnante actualité.Et les réponses varient selon l\u2019éventail des courants idéologiques.D\u2019aucuns prétendent que la mère doit avoir la responsabilité exclusive de ses enfants, alors que d\u2019autres soutiennent qu\u2019il devrait y avoir une responsabilité partagée entre la famille et la société.Si la première position a longtemps été considérée comme allant de soi, «la nature ayant prêté aux femmes l\u2019instinct maternel», la deuxième est relativement récente dans les annales de notre pensée sociale.En fait, c\u2019est le rapport Bird de 1970 qui a amené le débat sur la place publique en énonçant cette idée presque subversive à l\u2019époque: la garde des enfants doit être une responsabilité partagée entre la mère, le père et la société.«À moins que l\u2019on accepte l\u2019idée de ce partage et qu\u2019on ne le réalise concrètement, la femme ne peut obtenir l\u2019égalité à laquelle elle a droit»5.Cette position est loin d\u2019être partagée par le gouvernement du Québec qui considère que la garde des enfants est la responsabilité exclusive des parents et qui assimile encore les garderies à l\u2019aide sociale.Toutefois, au début des années 1 970, le vent féministe souffle trop fort et les défenseurs du statu quo n\u2019ont pas la vie facile.Il leur faut se rendre à l\u2019évidence, les femmes sont de plus en plus nombreuses sur le marché de l\u2019emploi.Elles sont également plus scolarisées et veulent retourner au travail après la naissance des enfants.Qui plus est, les psychologues s\u2019en mêlent! Un nouveau courant affirme en effet que la séparation de l\u2019enfant d\u2019avec sa mère pendant la journée ne nuit pas à son évolution normale, et qu\u2019au contraire, les familles étant désormais plus petites, la garderie favorise l\u2019épanouissement et la socialisation de l\u2019enfant6.Néanmoins comme tout ce branle-bas est dérangeant, les autorités en place ferment les yeux et refusent de considérer la nouvelle réalité.Les femmes impliquées dans les milieux populaires n\u2019ont d\u2019autres choix que d\u2019organiser elles-mêmes leurs garderies.C\u2019est ainsi qu\u2019entre 1971 et 1 973, soixante-dix garderies sont mises sur pied à travers tout le Québec.Grâce aux projets Perspectives jeunesse et Initiatives locales, les promotrices obtiennent des subventions pour louer des locaux, les aménager, acheter le matériel, engager du personnel, etc.Elles investissent un nombre incalculable d\u2019heures pour mettre sur pied des garderies convenables.Et les parents s\u2019impliquent; les soirées, les fins de semaine y passent: peinture, bricolage, réparation de jouets, préparation de nourriture, réunions pédagogiques, etc.Il fallait y croire! 5.\tRapport de la Commission royale d\u2019enquête sur la situation de la femme au Canada, Ottawa, Approvisionnements et services, Canada, 1970, p.XII.6.\tLes psychologues américains en particulier sont à cette époque de plus en plus nombreux à défendre cette thèse: Martin Deutsh, Leon J.Yarrow, Benjamin S.Bloom, Lois Meek Stolz, etc.Les listes d\u2019attente s\u2019allongent dans toutes les garderies.Il n\u2019y a pas assez de places disponibles, la preuve en est faite.Voilà pourquoi, lorsque le gouvernement fédéral voudra mettre fin aux subventions en 1 973, les garderies populaires se tournent vers Québec.Elles se donnent un organisme représentatif, le Comité de liaison des garderies populaires, et exigent des négociations avec Québec.Des pressions proviennent de différents milieux, on ne veut pas que les garderies ferment leurs portes.Ces pressions vont finalement porter fruit car, en juin 1974, l\u2019Assemblée nationale du Québec adopte une première politique en matière de garderie, le plan Bacon, du nom de la ministre de l\u2019époque, madame Lise Bacon.Un premier pas est franchi puisque, cette fois, le gouvernement reconnaît l\u2019existence des garderies.Cependant, dans le milieu, on est loin d\u2019être satisfait parce que le plan Bacon n\u2019accorde pas de subventions directes aux garderies.Au mieux, le gouvernement est-il prêt à accorder une aide financière aux familles défavorisées.En pratique, à l\u2019automne 1 974, 54 des 70 garderies populaires ont déjà fermé leurs portes.La lutte reprend.Mais la conjoncture évolue.L\u2019année 1975 est proclamée Année internationale de la femme.De plus en plus, la question des garderies est à l\u2019ordre du jour et passe au premier rang des revendications de la majorité des associations féminines.Même le Parti québécois, qui prend le pouvoir en 1976, a fait de l\u2019instauration d\u2019un réseau de garderies un élément de son programme électoral.Cette année-là donc tous les espoirs sont permis.C\u2019est le ministre Denis Lazure qui se voit confier le dossier.Dès le départ, des améliorations sont accordées: l\u2019aide financière aux parents est augmentée, de nouvelles subventions sont octroyées, mais il n\u2019y a toujours pas de politique d\u2019envergure à l\u2019horizon.Ce n\u2019est que trois ans plus tard, soit en 1979, que surviennent les changements les plus significatifs.Le gouvernement adopte une nouvelle politique de financement qui accorde cette fois des subventions directes aux garderies.Peu de temps après, il vote une loi qui amènera la création de l\u2019Office des services de garde à l\u2019enfance en 1980.Voilà qui constitue une rupture avec le passé car l\u2019État reconnaît qu\u2019il a une responsabilité en ce qui concerne la garde des jeunes enfants et il accepte de jouer un rôle dans l\u2019implantation d\u2019un réseau de garderies au Québec.Et la situation actuelle.Si, par l\u2019adoption de la loi cadre sur les services de garde à l\u2019enfance, l\u2019État reconnaît un certain nombre de revendications mises de l\u2019avant par les regroupements de garderies et les groupes de femmes depuis plus de dix ans, il ne faudrait pas croire qu\u2019aujourd\u2019hui le problème est définitivement réglé.La nouvelle ministre déléguée à la Condition féminine, madame Francine Lalonde l\u2019a d\u2019ailleurs reconnu publiquement, le 28 mars dernier.En effet, toute mère de famille qui s\u2019apprête à retourner sur le marché du travail après un congé de maternité sait très bien qu\u2019il lui faudra s\u2019armer de patience pour trouver une gardienne à la maison ou pour décrocher une place dans une garderie.Qu\u2019elle inscrive son enfant sur les lis- RELATIONS JUIN 1985 161 tes d\u2019attente de quelques garderies et il lui faudra compter en moyenne cinq à six mois avant d\u2019avoir une réponse positive; et elle pourra alors se compter chanceuse car le nombre de places en garderie est encore largement insuffisant.Les chiffres de 1983 nous apprennent, par exemple, que sur 557 494 enfants âgés de moins de cinq ans au Québec, près de la moitié, soit 282 499, sont gardés quotidiennement.Or, au 31 mars 1984, on ne dénombre que 26 393 places réparties dans 560 garderies et 1 519 chez des gardiennes reconnues, c\u2019est-à-dire réglementées par 28 agences de services de garde en milieu familial7.En fait, l\u2019Office des services de garde à l\u2019enfance estime que le système actuel ne répond qu\u2019à 1 3% des besoins.C\u2019est donc dire que la grande majorité des enfants de zéro à cinq ans est gardée au noir, sans que les parents reçoivent de subventions et sans qu\u2019ils puissent déduire les frais de garde de leurs impôts car, dans la majorité des cas, les gardiennes à la maison acceptent un très bas salaire à la condition qu\u2019il ne soit pas déclaré.Et combien coûte le réseau des garderies?En 1982-83, quelque 11 8 millions $, que l\u2019État et les parents se répartissaient comme l\u2019indique le tableau ci-joint.On peut voir que les parents assumaient la plus grande part dans le financement du réseau.Récemment, madame Francine Lalonde annonçait une augmentation de 23% du budget alloué aux services de garde pour l\u2019année 1985-86.Ce budget, qui passera de 58,9 millions $ à 72,4 millions $, devrait permettre de financer 2 500 nouvelles places et de créer 525 nouveaux emplois.Les principales améliorations accordées touchent les subventions directes aux garderies et aux agences de services de garde en milieu familial ainsi que l\u2019aide financière versée aux parents8.1.la subvention de fonctionnement accordée aux garderies passe de 3,50$ à 4,00$ par jour par place sub- revenu qui reçoivent l\u2019aide du gouvernement et, d\u2019autre part, chez les familles à revenu élevé qui sont favorisées par les abattements fiscaux.Qui donc aurait à assumer les coûts d\u2019une hausse des tarifs en garderie?Encore une fois les familles biparentales à revenu moyen, qui ne sont guère avantagées par le système.Ajoutons cependant qu\u2019en ce qui concerne les familles subventionnées, elles ne reçoivent l\u2019aide maximum du gouvernement que si elles ont un revenu annuel inférieur à 1 1 000$, ce qui implique pour ces familles des déboursés de l\u2019ordre de 20$ à 30$/semaine pour le placement d\u2019un enfant en garderie.Quant au personnel des garderies, il estime que son maigre salaire et ses longues heures de travail contribuent indirectement au financement des services de garde.Le salaire moyen d\u2019une monitrice ou d\u2019un moniteur se situe autour de 7,30$ de l\u2019heure et les bénéfices marginaux ne sont pas comparables à ceux que retire une personne qui occupe un emploi similaire (professeur de maternelle par exemple).Pourtant, dans les garderies, le personnel passe en moyenne 36 heures par semaine avec les enfants, sans compter les réunions pédagogiques et les séances de planification nécessaires au bon fonctionnement de l'institution.Combien de temps ces personnes vont-elles accepter des bas salaires sous prétexte qu\u2019elles aiment leur travail et qu\u2019elles aiment les enfants?En tant que parents, nous souhaiterions tous que ceux à qui l\u2019on confie ce que l\u2019on a de plus précieux aient la «vocation».On le voit, les besoins sont grands, bien supérieurs à ceux que peut offrir le gouvernement du Québec dans la conjoncture actuelle.Un réseau consolidé avec des parents et du personnel entièrement satisfaits, ce n\u2019est pas pour demain, d\u2019autant plus que le Parti québécois a révisé son programme électoral de 1976, qui promettait un réseau public de garderies financé par l\u2019État et même assujetti d\u2019un système de transport.La ministre l\u2019a avçué le 28 mars dernier, «la prise en charge totale par l\u2019État COÛTS DU RÉSEAU DES GARDERIES EN 1982-83 Frais de garde provenant de l\u2019aide financière\t17 millions $ gouvernementale\tsoit 33% Autres subventions\t22 millions $ gouvernementales\t Frais de garde assumés\t79 millions $ par les parents\tsoit 67% ventionnée dans les garderies et de 2,00$ à 2,50$ par jour dans les agences, 2.à compter du 1 er juin 1 985, le montant maximum de l\u2019aide financière versée aux parents pour la garde de leur enfant passera de 9,00$ à 10,00$ par jour.Les garderies ne peuvent évidemment augmenter beaucoup les cotisations des parents puisque les tarifs actuels varient entre 65,00$ et 75,00$/semaine par enfant.En haussant les prix, elles risquent de se couper des familles qui n\u2019auront plus les moyens de payer.À l\u2019heure actuelle, la clientèle des garderies se recrute, d\u2019une part, chez les familles monoparentales ou à faible des services n\u2019est plus considérée comme nécessairement souhaitable».Mais le dossier est loin d\u2019être fermé: les partenaires sociaux et le gouvernement doivent reprendre la question.7.\tOffice des services de garde à l\u2019enfance, Rapports d\u2019activités 1983-1984, Québec, Éditeur officiel, 1984.8.\tD\u2019autres subventions sont cependant prévues: 1) pour les garderies qui reçoivent des poupons: 2) pour celles qui doivent se relocaliser pour se conformer aux nouvelles normes et 3) pour favoriser l\u2019implantation de nouvelles garderies.162 RELATIONS JUIN 1985 Pour les familles monoparentales FISCALITÉ ET SÉCURITÉ DU REVENU par Ruth Rose Depuis quelques mois, Relations a fait paraître une série d\u2019articles sur les familles monoparentales, qui représentent maintenant une famille québécoise sur cinq.Comme l\u2019a souligné ici Pierre Gauthier, les recherches les plus récentes ne laissent aucun doute: la famille monoparentale «est économiquement, psychologiquement et socialement désavantagée par rapport à sa voisine biparentale».Après avoir passé en revue les données statistiques de base (janvier-février, p.9-12), après avoir examiné les conséquences pour l\u2019enfant de la rupture de l\u2019unité familiale (avril, p.96-99), le présent numéro aborde la question des services de garde (voir plus haut l\u2019article de Ghislaine Desjardins).Reste à demander quelles seront les répercussions pour les familles monoparentales des projets de réforme fiscale déposés par le gouvernement du Québec dans son Livre blanc sur l\u2019impôt des particuliers.Cet examen met en cause la définition juridique de la famille monoparentale, les mesures d\u2019incitation au travail destinées aux prestataires de l\u2019assistance sociale (35% des familles monoparentales) et les programmes d\u2019aide à la garde et à l\u2019éducation des enfants.Après avoir dressé un bilan de la réforme proposée, Ruth Rose propose une autre approche qui allie l\u2019incitation au travail et la protection du revenu minimum en reconnaissant le travail des personnes au foyer.Ruth Rose enseigne au département d\u2019économie de l\u2019Université du Québec à Montréal.Les gouvernements accordent actuellement une aide spéciale aux familles monoparentales à la fois dans le régime fiscal et dans les programmes de sécurité du revenu.Cette aide se justifie du fait qu\u2019un seul adulte doit, du même coup, assurer le revenu monétaire et donner le temps nécessaire pour les soins et l\u2019éducation des enfants.Une assistance particulière est d\u2019autant plus nécessaire que plus de 85% de ces chefs de famille monoparentale sont des femmes et, par le fait même, défavorisés sur le marché du travail.Quelles formes cette aide prend-elle?Tout le monde connaît l\u2019exemp-tion de soutien de famille au niveau fiscal: un chef de famille monoparentale peut déduire 3 770$ pour son premier enfant, soit le même montant permis à un contribuable pour son conjoint sans revenu1.Il faut aussi te- 1.Tous les chiffres, ici, renvoient à l'année 1983 afin d'être comparables aux chiffres avancés dans le Livre blanc sur la fiscalité, discuté plus loin.RELATIONS JUIN 1985 nir compte du traitement distinct, et généralement plus avantageux, accordé aux familles monoparentales dans les divers régimes d\u2019assistance tels les prêts-bourses, l\u2019aide financière aux parents pour la garde des enfants, le crédit d\u2019impôt pour enfants au niveau fédéral.Traitement spécial également en ce qui concerne l\u2019aide sociale, surtout le supplément au revenu du travail (SUPRET) qui donne aux faibles salariés un supplément égal à 25% de leurs gains afin d\u2019offrir une incitation au travail aux bénéficiaires réels ou potentiels de l\u2019aide sociale.Actuellement, à part une exonération mensuelle minime de 40$ pour un chef de famille et de 5$ par dépendant, la prestation de l\u2019aide sociale est diminuée de 100% des gains du travail.Un chef de famille monoparentale incapable de gagner 1 2 000$ ou 15 000$ (c\u2019est-à-dire de quoi être réellement indépendant) n\u2019a aucune incitation à travailler.Le SUPRET, instauré en 1979, permet aux familles monoparentales, contrairement à la plupart des autres ménages, de recevoir de l\u2019aide sociale et le supplément, la même année.Pour une nouvelle définition Puisque nous sommes une société en transition, où la famille nucléaire, composée d\u2019un père soutien de famille et d\u2019une mère au foyer, n\u2019est plus majoritaire, nos régimes fiscaux et nos programmes de sécurité de revenu présentent plusieurs anomalies.Par exemple, une personne ayant des enfants ne peut pas déduire de son impôt l'exemption de personne mariée pour son conjoint de fait mais peut réclamer le statut de chef de fa-mille monoparentale et déduire l\u2019exemption de soutien de famille.Un homme et une femme vivant en union de fait avec leurs enfants peuvent bé- 163 Réduction (-) ou augmentation (+) du revenu disponible des familles monoparentales selon la proposition du Livre blanc par rapport à la situation actuelle Revenu de\tUn enfant\tUn enfant travail\t2 à 5 ans\t6 à 11 ans 4 000$\t-1 211$\t- 894$ 8 000$\t- 226$\t+ 127$ 10 000$\t- 444$\t- 233$ 12 000$\t+ 8$\t- 82$ 15 000$\t+ 458$\t+ 560$ 17 000$\t+ 656$\t+ 590$ 21 500$\t+ 1 656$\t+ 763$ 25 000$\t+ 1 644$\t+ 763$ 40 000$\t+ 1 616$\t+ 749$ 50 000$\t+ 1 697$\t+ 853$ 75 000$\t+2148$\t+ 1 296$ Source: Livre blanc sur la fiscalité des particuliers, p.331.St s\u2019agit de fa Proposition B, Option II, celle qui est considérée comme la plus réaliste.néficier du statut de famille monoparentale non seulement au niveau fiscal mais aussi dans certains autres régimes tels les prêts-bourses, l\u2019aide à la garde, etc.Par contre, un véritable chef de famille monoparentale cohabitant avec une personne de sexe opposé qui n\u2019accepte pas d\u2019assumer la responsabilité de ses enfants peut se faire rayer de l\u2019aide sociale et du SUPRET.Il y a donc lieu de revoir la définition de la famille monoparentale afin d\u2019assurer que seules les familles où un adulte assume l\u2019ensemble des coûts monétaires et le temps à consacrer aux enfants bénéficient de ce statut.La définition que je propose est la suivante: Une famille monoparentale est un ménage dans lequel au moins un enfant vit avec un seul de ses parents légaux.Selon cette définition, une personne qui habite avec ses enfants et un conjoint \u2014 marié ou pas \u2014 qui n\u2019a pas adopté ces enfants légalement pourrait conserver le statut de chef de famille monoparentale.Certains objecteront que, dans ce cas, deux adultes s\u2019occupent, en réalité, du ménage et qu\u2019il ne faudrait donc pas accorder les privilèges associés au statut de famille monoparentale.D\u2019autres répondront que le deuxième adulte n\u2019est pas légalement responsable des enfants et que, surtout dans le cas des conjoints de fait, la liaison peut être de courte durée.C\u2019est une question qui mérite un débat plus large.Le Livre blanc sur la fiscalité Parmi beaucoup d\u2019autres propositions, le Livre Blanc sur la fiscalité des particuliers du gouvernement du Québec remet en cause l\u2019aide spéciale accordée aux familles monoparentales.Cette remise en cause n\u2019est justifiée qu\u2019en page 338: lorsqu\u2019on accorde aux besoins du premier enfant dans une famille monoparentale et à ceux du deuxième adulte dans une famille biparentale un coût équivalent, on «incite davantage les couples à se scinder en familles monoparentales afin d\u2019augmenter le niveau des besoins essentiels qui leur sont reconnus».Afin d\u2019établir les montants qui devraient être considérés besoins essentiels dans les divers programmes, le Livre blanc renvoie aux dépenses moyennes effectuées par les ménages les plus pauvres, gagnant moins de 13 700$ (10% des ménages au Canada).En soi, cette méthode est discutable puisqu\u2019on ne s\u2019assure pas qu\u2019il y a adéquation entre les dépenses effectuées et les besoins.Mais son application aux familles monoparentales est encore plus injustifiée: au lieu de reconnaître les besoins selon le nombre de personnes dans un ménage (une famille monoparentale avec deux enfants a les mêmes besoins qu\u2019une famille biparentale avec un enfant), les auteurs du Livre blanc ont décidé arbitrairement que le coût d\u2019un premier enfant dans une famille monoparentale équivaut à 150% de celui du premier enfant dans une famille biparentale.Résumons en quatre points les conséquences de cette évaluation des besoins essentiels ainsi que celles des autres propositions du Livre blanc, pour les familles monoparentales.1)\tOn remplace l'exemption de soutien de famille de 3 770$ par une exemption pour familles monoparentales de 2 502$.Puisqu\u2019on propose également d\u2019abolir les allocations familiales québécoises et l\u2019allocation de disponibilité pour les enfants de 2 à 5 ans, la perte pour les familles monoparentales est encore plus importante2.2)\tOn peut prévoir, pour ces familles, une réduction des montants accordés sous forme de prêts-bourses.3)\tLe Livre blanc, en ce qui concerne l\u2019aide sociale, ajoute une nouvelle distinction: les inaptes au travail, qui resteront bénéficiaires de l\u2019aide sociale, et les aptes au travail, qui accéderont à un programme de revenu garanti.Ces derniers recevraient une prestation moindre mais auraient le droit de garder 50% de leurs gains de travail.La personne chef de famille monoparentale serait considérée comme inapte seulement si elle a un enfant de moins de 2 ans ou trois enfants de moins de 1 2 ans.Les personnes jugées aptes au travail, mais se déclarant non disponibles, verraient leurs prestations coupées: par exemple, le revenu familial d\u2019une famille monoparentale ayant un enfant de 2 à 5 ans diminuera de 7 682$ à 5 654$, soit une coupure de 2.\tDans le cas des familles biparentales, la perte des allocations est entièrement compensée par l\u2019introduction de nouvelles exemptions pour enfants.Dans le cas des familles monoparentales, on réduit une exemption existante et, en même temps, on coupe les allocations.3.\tPar exemple, à l\u2019heure actuelle, avec un taux de réduction de 100%, si la prestation est de 5 000$, toutes les personnes gagnant moins de 5 000$ sont admissibles à l\u2019aide sociale (en faisant abstraction des coûts de travail et des montants exonérés de la réduc- 164 RELATIONS JUIN 1985 26%.La personne qui se déclare disponible au travail mais qui ne trouve pas d\u2019emploi se verrait dans l\u2019obligation de participer à une activité «de réinsertion» de vingt heures par semaine (activité communautaire, de formation ou stage en industrie); sinon, elle subirait le gel de sa prestation jusqu\u2019à ce que l\u2019inflation ait grugé environ 15% de sa valeur.Mais ces activités «de réinsertion» permettraient de retrouver seulement le niveau de revenu perçu actuellement de l\u2019aide sociale, sans aucune compensation pour les frais occasionnés par le travail, à part une certaine aide à la garde.4) En effet, le seul soutien spécial que le Livre blanc propose d\u2019accorder aux familles monoparentales est une aide accrue à la garde.Le maximum passera de 9$ à 1 2$ par jour et le seuil de revenu en-deçà duquel on pourra recevoir le maximum passera de 11 000$ à environ 13 000$ pour une famille ayant un enfant.Au delà de ce seuil de 13 000$, les familles monoparentales ne recevraient que 6$ par jour.Cette aide à la garde ne parvient pas, cependant, à compenser les coupures de revenu imposées par ailleurs aux familles monoparentales plus pauvres.Le tableau ci-joint résume les effets du Livre blanc sur le revenu disponible des familles monoparentales.Les familles à faible revenu, déjà les plus défavorisées de notre société, subiront des coupures très substantielles.Il est même possible que le Livre blanc ait sous-estimé ces pertes en ne tenant pas compte du SUPRET actuellement en vigueur.Il est aussi significatif que ce Livre ne présente pas de chiffres pour les familles monoparentales dont les enfants ont plus de 1 2 ans et pour lesquelles les frais de garde n\u2019entrent pas en jeu.Seules les quelques familles monoparentales à revenu élevé verraient augmenter leur revenu, à la fois à cause de l\u2019aide à la tion).Par contre, si le taux de réduction est baissé à 50%, toutes les personnes gagnant moins de 10 000$ sont admissibles à l\u2019aide sociale: on a doublé le seuil d\u2019admissibilité.Ainsi, une personne qui gagne 9 000$ verra sa presta- tion réduite de la moitié, soit de 4 500$.Elle reçoit toujours 500$ de l\u2019aide so- ciale, toutefois.4.Ce chiffre représente la valeur moyenne de l\u2019exemption personnelle et de l'exemption de personne mariée pour une famille biparentale disposant d\u2019un revenu de 33 000$, soit le revenu familial moyen au Canada en 1983.RELATIONS JUIN 1985 garde et à cause de la réduction générale des impôts que le Livre blanc propose pour les contribuables à haut revenu.Une autre approche Les propositions du Livre blanc au sujet de l\u2019aide sociale aux familles monoparentales se justifient surtout par le désir de fournir une plus grande incitation au travail.Toutefois, elles se trouvent coincées dans le dilemme classique que posent les programmes de revenu minimum garanti: si au lieu de réduire les prestations de 100% du salaire gagné on les réduit de 50% \u2014 une réduction moindre est presque inutile \u2014, deux fois plus de gens deviennent admissibles au programme de revenu garanti* * 3.Pour éviter de doubler le taux d\u2019admissibilité, il faut donc réduire le montant même des prestations.Voilà le raisonnement qui est derrière la distinction entre les aptes et les inaptes au travail.Une solution de rechange serait d\u2019introduire un revenu minimum garanti à deux paliers.À un premier niveau, on remplacerait toutes les exemptions pour adultes (exemptions personnelles, de personne mariée, pour personne à charge de plus de 18 ans) ainsi que l\u2019exemption de soutien de famille par un crédit d\u2019impôt remboursable de 1 160$ au niveau provincial et de 940$ au niveau fédéral, pour un total de 2 100$4.On introduirait ainsi une base universelle de revenu.Ce crédit universel permettrait de réduire les montants accordés par le biais des programmes d\u2019assistance, tels les prêts-bourses, l\u2019aide sociale ou le supplément de revenu garanti pour personnes âgées.Par exemple, une famille monoparentale ayant un enfant reçoit actuellement 6 550$ de l\u2019aide sociale: la prestation pourrait être réduite à 2 350$ sans porter atteinte au revenu disponible puisque la famille recevrait 4 200$ sous forme de crédits distribués mensuellement, par exemple les allocations familiales.Avec des prestations moindres, on pourrait permettre aux bénéficiaires de garder 50% de leurs gains de travail, sans élever le seuil d\u2019admissibilité à l\u2019assistance.Dans le cas des familles monoparentales, il serait également souhaitable de leur permettre de garder entièrement les premiers 50$, plus 10$ par personne dépendante, afin de maintenir le traitement spécial accordé dans le SU-PRET actuel.Cette proposition a l\u2019avantage de fournir une incitation réelle au travail sans les distinctions répressives du Livre blanc entre les aptes et inaptes, les disponibles et non-disponibles au travail.Elle permet de maintenir le même niveau de revenu minimum que dans le programme actuel, sans accroître le seuil d\u2019admissibilité et donc les coûts administratifs du programme d\u2019assistance.Elle rend l\u2019ensemble du régime fiscal plus progressif, en remplaçant des exemptions qui aident surtout les contribuables à haut revenu pour des crédits qui accordent les mêmes montants à tous et à toutes.Elle reconnaît que les personnes au foyer font une contribution réelle à la société canadienne et elle cesse de les traiter comme dépendantes; ce faisant, elle enlève l\u2019obstacle au travail des femmes mariées que constitue l\u2019exemption de personne mariée.Du même coup, elle élimine la distinction entre les conjoints de fait et les conjoints légaux.Elle reconnaît également les jeunes de 18 à 29 ans comme des adultes ayant droit à l\u2019indépendance et permet de rationaliser l\u2019aide accordée aux étudiants.On peut soulever deux objections principales à une telle proposition.D\u2019abord, elle ne pourrait pas être implantée au Québec de façon isolée mais devrait faire l\u2019objet de négociations avec le gouvernement fédéral et les autres provinces puisqu\u2019elle exige une coordination entre les divers régimes fiscaux et les ententes fédé-rales-provinciales au sujet de la péréquation et du financement des programmes d\u2019assistance publique.Deuxièmement, il faudrait évaluer son coût.Une grande partie pourrait être financée par la valeur fiscale des exemptions existantes ainsi que par une partie importante des programmes d\u2019assistance en vigueur (non seulement l\u2019aide sociale et le SU-PRET, mais aussi les prêts-bourses et le supplément de revenu garanti pour les personnes âgées).De plus, dans la mesure où un tel programme a pour effet d\u2019offrir une incitation réelle au travail, on pourrait espérer un élargissement de l\u2019assiette fiscale et une réduction du nombre de personnes bénéficiaires des programmes d\u2019assistance.165 RAMSES par Julien Harvey «On peut sourire, sourire et être un méchant homme.» (Shakespeare) Du 1er juin au 29 septembre, le Musée des Beaux-Arts de Montréal nous invite à découvrir l\u2019Égypte de Ramsès II.Ce contact avec une civilisation quatre fois millénaire peut être pour nous plus que du tourisme.D\u2019abord parce que la visite du pharaon constructeur dans la ville au stade inachevé a de quoi tempérer notre arrogance de «civilisés».Mais surtout parce que Ramsès II est le témoin d\u2019une sagesse religieuse en crise et d\u2019un impérialisme politique qui donneront à penser à ses hôtes de 1 985 après Jésus Christ.La splendeur de l\u2019Égypte L\u2019ancienne civilisation égyptienne a connu une fortune extraordinaire: elle aura duré 38 siècles, de 3100 av.J.-C.jusqu\u2019à la conquête arabe en 641 de notre ère, et pas moins de 31 dynasties de pharaons se sont succédé au pouvoir jusqu\u2019au temps d\u2019Alexandre (332 av.J.-C.).Seulement deux périodes de turbulence sociale profonde traversent cette longue histoire: le premier intermédiaire (21 80-2140) après l\u2019âge des pyramides, le second intermédiaire (1786-1 540) après le Moyen Empire.Ce que les historiens appellent le Nouvel Empire (1552-1069) constitue la troisième période de grande culture de l\u2019Égypte ancienne et son premier âge de grande prospérité.Le Nouvel Empire compte trois dynasties, de la XVIIle à la XXe.Ramsès II est le troisième pharaon de la XIXe dynastie; il a régné 66 ans, de 1 290 à 1 224.Il valait la peine de bien situer Ramsès Il dans le temps car la première leçon que nous réserve le vieux pha- 166 raon tient au sens de l\u2019histoire.Le pays québécois apprécie, sans doute, l\u2019histoire, la généalogie et la tradition culturelle, et toute une bibliothèque de Canadiana conserve nos racines.Mais Ramsès II nous invitera à un peu d\u2019humour, lui qui représente déjà dix-huit siècles d\u2019histoire écrite et d\u2019art préservé, et qui n\u2019intervient pourtant qu\u2019à mi-parcours de l\u2019aventure égyptienne! Entre la vieille culture badarienne de Nagada et lui, il y a l\u2019espace de temps qui nous sépare de Jésus Christ! Voilà qui est tonifiant: de quoi nous redonner confiance en la solidité de la vieille planète terre et nous aider à relativiser certaines de nos découvertes en matière d\u2019art de vivre.En effet, derrière Ramsès II se profile l\u2019étonnante continuité de la civilisation égyptienne, fille du Nil.Tout le pays n\u2019est qu\u2019un long canal de 1100 km entre le Soudan et le Delta, réduit à environ 20 km de largeur par la pression de deux déserts, le Sahara et le désert d\u2019Arabie; mais il a toujours retrouvé son unité politique, il a toujours parlé la même langue, il a toujours refait son unité religieuse.Ses traits essentiels sont là dès le départ: le goût des grands monuments et du travail sur des matières aussi dures que le granit, le souci de prolonger la vie présente dans la vie future, la recherche d\u2019une très belle écriture (les hiéroglyphes) qui permet de placer l\u2019histoire sous les yeux de tous, et surtout la poursuite d\u2019une sagesse et d\u2019un art de vivre dignes de l\u2019humanité.L\u2019exposition de cet été aura nécessairement ses limites.La principale viendra de ce que l\u2019Égypte a développé une culture du grand art, et non pas du bibelot transportable.L\u2019Égypte, c\u2019est d\u2019abord l\u2019architecture, sa décoration sculptée ou peinte, et la statuaire géante qui la meuble.Cet oeuvre prolonge et humanise l\u2019ordre du monde.Le temple ou le palais sont des forêts de calcaire ou de granit, leurs chapiteaux transcrivent le palmier ou le lotus.Les statues sont avant tout l\u2019image de l\u2019éternité de l\u2019homme.Malheureusement, ce grand art sera nécessairement absent, sauf en photographies.Ce seront surtout les arts mineurs qui seront représentés: cercueils et sarcophages, vases, mobilier funéraire, orfèvrerie, tissus, statuettes, papyrus enluminés.À eux seuls, beaucoup de ces documents sont passionnants.Mais le danger est grand de n\u2019y jeter qu\u2019un regard superficiel, oublieux de la qualité du dessin et de l\u2019harmonie des symboles, trop vite ébloui par la richesse du matériau ou l\u2019étrangeté du message.En fait, ce risque est d\u2019autant plus réel que l\u2019époque de Ramsès II est celle de la première génération «parvenue», outrageusement enrichie par le tribut des peuples conquis et portée à l\u2019usage ostentatoire des métaux précieux, de l\u2019albâtre et des pierres rares.Pourtant, si nous savons apprécier la recherche d\u2019équilibre, nous concentrer sur le Nombre d\u2019or, nous trouverons de quoi renouveler notre regard, trop habitué aux formes fuyantes du petit écran et aux couleurs criardes d\u2019un environnement de plastique.Un art spirituel Le deuxième foyer d\u2019intérêt d\u2019une exposition Ramsès II tient certainement à la richesse de son message religieux.L\u2019Égypte ancienne a vécu dans un monde, à première vue, difficile à comprendre, où le dieu créateur (en général Ré, le soleil) a créé à RELATIONS JUIN 1985 la fois les dieux et les hommes.Les uns et les autres vivent ensemble sur la terre, les dieux devenant visibles par leurs statues, les hommes reconnaissant jour après jour dans le culte la divinité de l\u2019un des leurs, le pharaon.Les dieux de l\u2019Égypte sont très humains, mortels, pécheurs, très proches de nos problèmes; inquiets de la pluie et de la crue du Nil, de la santé et de la vie sexuelle, soucieux aussi de la justice sociale et de la vie morale.La déesse Ma\u2019at, par exemple, est l\u2019ordre du monde: elle inspire le droit, régit le commerce et protège les faibles.Elle pèse les coeurs au moment du jugement des morts.Et pourtant elle est symbolisée par une plume d\u2019oiseau.La vie spirituelle des Égyptiens n\u2019est pas ascétique.Elle se veut sage.Et elle se veut communautaire.Jouir ensemble de façon modérée et humaine des bonnes choses qu\u2019offre le créateur.Ce programme a donné aux quinze premiers siècles de l\u2019histoire égyptienne, et surtout au Moyen Empire, une haute qualité sociale.On y enseigne le respect des droits humains (même ceux des étrangers), ce qui entraîne, en pratique, une vigilance rigoureuse à l\u2019égard des fonctionnaires, un grand respect de la femme, un système d'assistance sociale incluant des travaux d\u2019hiver et jusqu\u2019à des compensations pour les accidents de travail.L\u2019esclavage existe mais il ne deviendra brutal qu\u2019au Nouvel Empire.Et l\u2019on n\u2019aura pas de véritable armée, ici encore, avant le Nouvel Empire.L\u2019exposition Ramsès II nous transmettra le souvenir de cette civilisation heureuse, aimant manger et boire, soucieuse de sagesse, d\u2019équilibre entre la vie personnelle, la vie familiale et la vie communautaire, divisée en classes sans doute mais respectueuse de ses paysans et de ses artisans.Heureuse au point d\u2019avoir conçu la vie future comme le simple prolongement de la vie présente, dans un autre monde.C'est d\u2019ailleurs ce qui explique l\u2019incroyable développement du culte des morts, la momification, et les mobiliers funéraires qui ne sont rien d\u2019autre que l\u2019ensemble de l\u2019ameublement quotidien transposé dans la maison d\u2019éternité.Ajoutons un climat exceptionnellement sec (3 cm de pluie par an au Caire) qui conserve indéfiniment tout ce que le Nil ne mouille pas, et nous entrevoyons l\u2019illimité.Voilà pourquoi, en tout cas, les tombes que les pilleurs n'ont pas découvertes nous livrent leurs trésors après quarante siècles.Pour nous, le plus difficile, sous l\u2019angle religieux, sera de nous refaire une âme sensible aux symboles.Ramsès II nous fera-t-il retrouver le sens de la présence du créateur dans les choses, le sens de l\u2019harmonie cosmique, le mystère au sens le plus plein, qui est de lire à travers l\u2019objet le plus simple la réalité éternelle et personnelle de celui qui nous donne l\u2019être?Le vieux pharaon nous permettra-t-il de dépasser l\u2019art du bibelot, qui est le fait des civilisations sans foi?Saura-t-il nous parler de l\u2019éternité de l\u2019homme?La surface brillante du mal C\u2019est le troisième volet, inattendu, moins voyant et pourtant indispensable, de notre réflexion sur Ramsès II et son empire.Vers 1730, un peuple violent franchit pour la première fois les frontières de l\u2019Égypte: ce sont les Hyk-sos, des Asiatiques venus de la Méditerranée.Il faudra près de deux siècles (jusqu\u2019en 1 570) pour les repousser.Cette dure occupation rend les Égyptiens agressifs.Pour mieux se défendre à l'avenir, ils décident de conquérir.D\u2019où une armée puissante, d\u2019où un réseau de forteresses dans le Delta du Nil, d\u2019où les expéditions, les retours de butin, de tribut, d\u2019esclaves, d\u2019où un commerce international sans équité, d\u2019où aussi l\u2019abandon de l\u2019élégance au profit du luxe, le remplacement de la qualité artistique par le gigantisme des monuments à la gloire de l\u2019empire.Les 66 années du règne de Ramsès Il se situent précisément au sommet de ce grand virage vers l\u2019oppression et l\u2019orgueil national.Les pyramides, malgré tout, avaient été construites par des hommes libres.Les monuments de Ramsès II, même les plus splendides, seront élevés par des esclaves: la salle hypostyle de Karnak, le temple annexé à Louksor, le Ramesseum de Thèbes, le tombeau de la Vallée des Rois, le temple d\u2019Abydos et l\u2019extraordinaire sanctuaire rupestre d\u2019Abu Simbel.Parmi les nombreuses tribus réduites en esclavage à cette époque, il est pratiquement certain qu\u2019il y eut les Hébreux.Et les chances sont fortes que Ramsès II ait été le pharaon de l\u2019Exode.Cela ferait de lui le modèle absolu, théologique, de l\u2019oppresseur! Quoi qu\u2019il en soit, il a été un souverain tyrannique jusqu\u2019à ce qu\u2019un jour, dans la 21e année de son règne, il soit magistralement rossé par les Hittites, quelque part au niveau de la Turquie actuelle, et qu\u2019il doive signer un traité qui est au point de départ historique du droit international.Mais ces contraintes extérieures ne feront pas cesser l\u2019exploitation des tribus plus faibles pour les constructions royales.Cet impérialisme militaire transparaît dans l\u2019art de l\u2019époque.Il explique le gigantisme (les colosses de Mem-nonl), le sabotage des inscriptions des prédécesseurs du pharaon pour lui attribuer leurs constructions, la négligence aussi dans la décoration.Des artistes de génie, porteurs de la plus ancienne tradition artistique du monde classique, ont été réduits en demi-esclavage, en résidence surveillée dans la Vallée des Morts.Rompant avec la fantaisie de l\u2019époque d\u2019Amarna (1369-1353), ils sont revenus au grand classicisme mais avec une certaine raideur et sans retrouver le souci du détail: un grand artiste perd beaucoup de ses moyens, une fois devenu esclave.Cela non plus, il ne faudra pas l\u2019oublier en regardant leurs chefs-d\u2019oeuvre.Rodin a écrit Regardez les chefs-d\u2019oeuvre de la statuaire égyptienne, figures humaines ou animaux, et dites si l\u2019accentuation des contours essentiels ne produit pas l\u2019effet d\u2019un hymne sacré.Tout artiste qui a le don de généraliser les formes, c\u2019est-à-dire d\u2019en accuser la logique sans les vider de leur réalité vivante, provoque la même émotion religieuse, car il nous communique le frisson qu\u2019il a éprouvé lui-même devant des vérités immortelles.Et Matisse précisait: «Ce qui m\u2019intéresse le plus, c\u2019est la figure.C\u2019est elle qui me permet le mieux d\u2019exprimer le sentiment pour ainsi dire religieux que je possède de la vie».Si Ramsès II, à la fois prodigieusement riche de tradition artistique, de symbolisme religieux, et tragiquement marqué par la violence, nous laissait ce message, son passage nous aura rendus meilleurs.RELATIONS JUIN 1985 167 LE FÉDÉRALISME À L'ÉPREUVE DE LA CENTRALISATION par Louis Balthazar Professeur au département de sciences politiques de l\u2019université Laval Le fédéralisme représente un énorme défi à la théorie classique de la souveraineté et aux tendances les plus évidentes des États modernes.Ce défi est tel qu\u2019on est en droit de se demander si une constitution fédérale ne se réduit pas à un compromis artificiel et temporaire entre des pouvoirs régionaux réfractaires et un pouvoir central destiné à établir sa suprématie sur l\u2019ensemble d\u2019un territoire.Le fédéralisme n\u2019est-il qu\u2019un cataplasme posé sur un régime qui se veut unitaire là où il est besoin de pacifier des éléments de la population qui en acceptent mal la légitimité?Le livre d\u2019Edmond Orban, La dynamique de la centralisation dans l\u2019État fédéral\\ apporte beaucoup d\u2019eau au moulin de ceux qui sont portés à répondre affirmativement à ces questions.L\u2019auteur se garde bien de conclusions aussi péremptoires mais la vaste enquête à laquelle il s\u2019est livré et dont il communique les résultats incite le lecteur à douter de l\u2019opportunité du point d\u2019interrogation apposé au sous-titre de son ouvrage: un processus irréversible?Le livre comprend deux parties, l\u2019une sur le phénomène de la centralisation en général et sur ses manifestations contemporaines, l\u2019autre sur la dynamique de la centralisation à l\u2019oeuvre dans quatre États fédéraux: la Suisse, la République fédérale d\u2019Allemagne, les États-Unis et le Canada.Pour qui s\u2019intéresse au phénomène de concentration du pouvoir dans les États modernes et plus particulièrement pour le Québécois qui se pose des questions quant au «beau risque» du fédéralisme, il y a là une grande richesse d\u2019information et d\u2019analyse, un ouvrage dont la lecture est fascinante.Demandes d\u2019autonomie Le professeur Orban pose la question dès le départ: peut-on préserver le partage des pouvoirs qui est censé être à la base du fédéralisme?En même temps, une grande crainte est formulée: Il est loin d\u2019être certain que les dirigeants occidentaux soient suffisamment conscients de la nécessité de répondre «systématiquement» aux demandes d\u2019autonomie, de spécificité et d\u2019enracinement.Si celles-ci sont bloquées, l\u2019humanité future.sera sapée à la base parce que coupée de ses racines premières, (p.27) L\u2019importance du sujet va donc bien au delà d\u2019un système particulier de gouvernement, bien au delà d\u2019une question proprement politique.Nous sommes en présence d\u2019un problème humain, rattaché au désir constant des hommes et des femmes de se donner un environnement, une appartenance collective qui ne soient pas aliénants.Cette question est traitée de façon saisissante par l\u2019auteur, sous l\u2019angle de l\u2019isolement angoissant auquel peut donner lieu la mobilité du citoyen contemporain, privé de ses attaches naturelles et premières et qui doit faire face à un pouvoir poli- tique à la fois distant, impersonnel et envahissant.Le fédéralisme s\u2019est présenté comme une solution partielle à ce problème en établissant deux niveaux de pouvoir politique.Mais en dépit des besoins fondamentaux auxquels répond le pouvoir régional, on assiste, à notre époque surtout, à une érosion constante et progressive de ce pouvoir au profit de celui de l\u2019État central.Déjà, aux siècles passés, le fédéralisme constituait une sorte de négation de la théorie moderne de l\u2019État qui était reconnue à peu près partout en Occident depuis la fin du moyen âge.Selon cette théorie, la souveraineté de l\u2019État est une et indivisible.C\u2019est là le principe fondamental de tout le droit public moderne et de l\u2019organisation des pouvoirs.C\u2019est à partir de cette conception de la souveraineté que s\u2019est élaborée l\u2019idée de nation qui a donné lieu au nationalisme moderne.Dans ces conditions, vouloir constituer de multiples centres de pouvoir à l\u2019intérieur d\u2019un seul État représentait un défi monumental.Il n\u2019est donc pas étonnant que le pouvoir central, dans une fédération, ait été fortement tenté de se définir comme le seul dépositaire de la souveraineté, le seul gouvernement national.Cette unité étatique a, au nom de la nation, un pouvoir de domination directe sur chaque citoyen, celui-ci étant un membre de la nation, et ce, par-dessus 1.Edmond Orban.La dynamique de la centralisation dans l\u2019État fédéral: un processus irréversible?Montréal, Éd.Québec/Amérique, 1984.526 pages.168 RELATIONS JUIN 1985 la tête, en quelque sorte, des États ou gouvernements «inférieurs», (p.43) Facteurs de centralisation Le modèle de l\u2019État unitaire est devenu plus attrayant que jamais, le processus de centralisation de plus en plus irrésistible à mesure que s\u2019imposait la nécessité d\u2019une intervention gouvernementale dans la trame économique et sociale des sociétés capitalistes contemporaines.À la faveur des crises économiques et des graves problèmes sociaux auxquels elles ont donné lieu (dans les années trente notamment), s\u2019accréditait la notion de «welfare state» ou d\u2019État-providence.L\u2019économiste John Maynard Keynes devint, à la fin des années trente, le maître à penser des gouvernants occidentaux.Selon lui, l\u2019État devait intervenir régulièrement pour offrir un contrepoids aux forces du marché et cornger les déséquilibres du système capitaliste.Or, dans une fédération, l\u2019État central était, de toute évidence, le mieux placé pour jouer ce rôle.Lui seul pouvait se targuer d\u2019être en mesure de s\u2019attaquer au problème des disparités régionales, d\u2019établir des normes communes à tout le pays et de veiller efficacement au bien-être de l\u2019ensemble de la population.Avant même que les pouvoirs régionaux aient eu le temps de réagir, c\u2019est le pouvoir central qui prit l'initiative et occupa presque tout le terrain.Cela apparut de façon notable, en particulier aux États-Unis et au Canada, avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale.Les progrès accomplis dans les communications ont grandement facilité cette croissance de la centralisation.Le gouvernement «national» est en mesure de se rendre présent de façon fréquente et efficace auprès de la population qu\u2019il dessert et dans toutes les régions.Un Président américain rejoint tous ses électeurs dans leur salon par le biais de la télévision.Ouelques heures d\u2019avion et il se retrouve où il veut au pays.De plus, les institutions et agences du gouvernement central se répandent partout sur le territoire, là où autrefois seuls les gouvernements régionaux ou locaux avaient les moyens de se mani- RELATIONS JUIN 1985 fester.Enfin, l\u2019interdépendance des États, l\u2019intensification des relations internationales et la croissance vertigineuse des engagements internationaux ont contribué à donner plus d\u2019importance au seul gouvernement habilité à traiter officiellement avec les autres au nom de l\u2019ensemble de sa population, le seul qui jouisse de la pleine reconnaissance diplomatique.Une Constitution peut toujours conférer une certaine personnalité internationale à des gouvernements fédérés, comme c\u2019est le cas en Suisse et comme le voudrait le Québec.Mais les pouvoirs ainsi conférés seront inévitablement limités «au domaine de leur compétence (cantons ou provinces).et les traités ne peuvent rien contenir de contraire aux droits des autres cantons et du gouvernement fédéral»; les relations impliquées «doivent s\u2019exercer par l\u2019intermédiaire du conseil fédéral» (p.220).Si grande soit la marge de manoeuvre, comme c\u2019est le cas pour le Québec dans la pratique, le pouvoir du gouvernement «inférieur» ne peut s\u2019exercer que sous le «parapluie fédéral» (p.462-463).Résistances Ce processus de centralisation, accompagné d\u2019une nette volonté, de la part des gouvernements fédéraux, d\u2019homogénéiser leur population, voire d\u2019assimiler les minorités ethniques dans le «melting pot» dit national, a provoqué des réactions négatives et une certaine résistance.Il y a eu d\u2019abord le courant du «small is beautiful», une manifestation de l\u2019aliénation des populations face au monstre bureaucratique des États centraux.Ce courant a donné lieu, ici ou là, à une certaine revalorisation des États, provinces, cantons ou Lânder, plus susceptibles de correspondre aux besoins des citoyens.Mais, dans l\u2019ensemble, ce mouvement n\u2019a pas entamé sérieusement les pouvoirs centraux (à l\u2019exception, peut-être, du Canada).Trop de facteurs étaient déjà à l\u2019oeuvre pour consacrer la prédominance de ces pouvoirs fédéraux.Le néo-conservatisme, courant qui s\u2019oppose à la trop grande intervention gouvernementale, s\u2019accompa- gne, à l\u2019occasion, d\u2019une remise en question des théories de Keynes, d\u2019une tendance à la «dévolution» des pouvoirs.Ainsi le président Reagan, comme l\u2019avait fait son prédécesseur Nixon, a-t-il annoncé l\u2019avènement d\u2019un nouveau fédéralisme aux États-Unis, où les gouvernements des États se verraient octroyer un rôle accru.Mais, outre le fait qu\u2019«il ne semble pas que les bases même de la centralisation, telles que conçues par Keynes, soient remises sérieusement en question» (p.100), les gouvernements «inférieurs» eux-mêmes ne manifestent guère d\u2019enthousiasme quant à l\u2019idée d\u2019exercer ces nouveaux pouvoirs.Car, il faut le souligner, très souvent la centralisation s\u2019est produite avec la complicité des pouvoirs régionaux.Ceux-ci, surtout les plus petits et plus démunis, ont souvent fort bien accueilli les envahissements du pouvoir central, quand il ne les ont pas appelés de leurs voeux.De plus, les soi-disant transferts de pouvoir au profit des gouvernements «inférieurs» peuvent être considérés \u2014 c\u2019est sans doute le cas présentement aux États-Unis \u2014 comme des cadeaux de Grecs.Sans renoncer vraiment à son pouvoir politique, le gouvernement central a tendance à «refiler» aux gouvernements fédérés de simples tâches administratives parfois odieuses.L\u2019auteur revient souvent sur ce modèle de centralisation qui apparaît bien comme la réponse la plus répandue aux besoins exprimés par les populations.Ce modèle a pris la forme, en Suisse, d\u2019une centralisation des recettes et d\u2019une décentralisation des dépenses; il est devenu «fédéralisme coopératif» en Allemagne de l\u2019ouest et au Canada, partage des revenus ou subventions spéciales aux États-Unis ou encore péréquation canadienne.C\u2019est le type de fédéralisme de plus en plus répandu, dans lequel on voit le gouvernement central prendre les grandes décisions, choisir l\u2019orientation des politiques (centralisation politique) et en laisser l\u2019exécution aux autres niveaux de gouvernement (décentralisation administrative).(p.375) On pourrait penser qu\u2019un espoir pour les gouvernements régionaux réside dans l\u2019exercice des pouvoirs dits résiduaires conférés par la Constitution, notamment aux États-Unis et 169 en République fédérale d\u2019Allemagne.Mais ces pouvoirs apparaissent bien comme un leurre quand les gouvernements centraux ont déjà tout prévu de leurs interventions et que les conditions se prêtent peu à des initiatives des gouvernements «inférieurs».Ainsi, en Allemagne, les Lânder peuvent bien légiférer tant que le gouvernement central ne fait pas usage de son droit mais «le droit fédéral.prime le droit des Lânder» (p.245) et les pouvoirs fédéraux sont déjà très étendus.Il faut aussi mentionner une homogénéité croissante des populations, résultat d\u2019une très grande mobilité géographique.Ainsi, aux États-Unis, un grand nombre de citoyens ont déjà vécu dans plusieurs États, si bien qu\u2019ils ont perdu tout sentiment d\u2019allégeance à un État donné.Au Canada, qu\u2019est-ce que l\u2019identité albertaine, par exemple, pour ces dizaines de milliers de personnes qui habitent Edmonton ou Calgary mais sont nées dans l\u2019est du pays?Dans ces circonstances, même les institutions pensées en fonction de l\u2019égalité des États qui composent une fédération, comme le Sénat américain et le «Bundesrat» allemand, ne jouent plus leur rôle de valorisation des souverainetés régionales.Ces institutions deviennent de plus en plus des forums «nationaux» où les grands partis politiques «nationaux» sont bien davantage préoccupés de faire valoir leurs intérêts partisans que de refléter les spécificités et l\u2019autonomie des régions.Le cas du Québec Mais que dire du Québec?N\u2019y a-t-il pas eu chez nous, jusqu\u2019à ce jour, l\u2019expression d\u2019une volonté d\u2019autonomie inébranlable et l\u2019exercice, par les gouvernements québécois, de nombreuses prérogatives constitutionnelles?Edmond Orban reconnaît qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un cas d\u2019espèce.Dans les trois autres pays, il n\u2019y a aucun canton, Land ou État, voire même région, qui formule des exigences aussi fortes et des exigences qui, il faut l\u2019ajouter, s\u2019appuient sur une aussi longue continuité historique, (p.412) Par ailleurs, le Canada occupe une position unique de dépendance économique à l\u2019égard d\u2019un voisin géant.La préoccupation de l\u2019identité canadienne qui s\u2019ensuit a pu contribuer singulièrement à l\u2019accroissement de la centralisation (p.413-414) même si, de l\u2019avis de plusieurs auteurs, le système canadien est très décentralisé du point de vue financier (p.443).Le rouleau compresseur a fait son oeuvre ici comme ailleurs au nom de «l\u2019unité nationale», de la justice sociale et de la stabilisation économique.Allons-nous assister au Canada à ce qu\u2019on appelle ailleurs «l\u2019impotence croissante» des gouvernements inférieurs ou encore à «l\u2019anesthésie généralisée»?(p.275) La réponse dépend pour beaucoup du Québec.Si les gouvernements québécois continuent d\u2019afficher leurs prétentions à la spécificité, à un rôle national et aux pouvoirs qui en découlent, il sera difficile d\u2019éviter des affrontements mineurs.L\u2019affirmation suivante du professeur Orban paraît encore valable en ce printemps 1985: Même s\u2019il y a de nombreux domaines de coopération et de complémentarité, il se révèle impossible d\u2019éviter, à plus ou moins long terme, un conflit de nature structurelle, et ce, quel que soit le personnel politique au pouvoir.(p.470) Évidemment, il demeure toujours possible que le Québec se laisse lentement absorber, que disparaissent la conscience nationale québécoise et la volonté de «survie en tant que communauté distincte et originale en Amérique du Nord» (p.473).Même si beaucoup, dans le livre d\u2019Orban, peut nous amener à penser que le véritable fédéralisme (décentralisé) est voué à la disparition dans les faits sinon dans les mots, l\u2019ouvrage se termine sur la constatation que «la possibilité et la tentation de créer un État québécois.contribuera.à faire du \u2018fédéralisme canadien\u2019 une expérience différente des autres \u2018fédéralismes\u2019 étudiés» (p.475).Le Canada serait-il à ce point exceptionnel?RETRAITE BIBLIQUE JUILLET '85 ETRE DISCIPLE ET TEMOIN SELON L'OEUVRE DE LUC Deux volets d'une même expérience: être disciple, c\u2019est-à-dire suivre Jésus, et être témoin, c\u2019est-à-dire se mettre au service de la Bonne Nouvelle.Cette expérience, Luc en a déployé largement les caractéristiques dans les deux tomes de son oeuvre: Évangile et Actes des apôtres.La retraite biblique vous propose d'explorer cette expérience, dans un va-et-vient entre l\u2019oeuvre de Luc et l\u2019oeuvre des disciples-témoins que nous sommes aujourd\u2019hui.DATES: du lundi 1 er juillet à 1 9h30 au samedi 6 juillet à 17hOO.LIEU: Maison Christ-Roi, Chàteauguay PRIX: Inscription.65$, payable à l\u2019avance à SOCABI (20$ non remboursable) + Pension complète: 23$/jour x 5 s 115$, payable sur place.INFORMATION ET INSCRIPTION 7400,-boul.Saint-Laurent, #519 Montréal H2R 2Y1 (514) 274-4381 170 RELATIONS JUIN 1985 Depuis Aurore, l\u2019enfant martyre, toujours le même combat: LA DAME EN COULEURS DE CLAUDE JUTRA Claude Jutra appartient à la génération des cinéastes québécois qui n\u2019en finissent plus d\u2019exorciser les démons qui ont meurtri, assagi ou apeuré leur imaginaire d\u2019enfant.Besoin de libération encore ressenti?Blessures non encore cicatrisées?Complaisance un peu masochiste dans la délectation morose?Incertitude et impuissance à affronter des sujets au présent?Il y a probablement un peu de tout cela dans toutes ces oeuvres rétro qui jalonnent les quinze dernières années de la production locale (Mon oncle Antoine de Jutra, Partis pour la gloire de Clément Perron, Les Plouffe, etc., de Gilles Carie, Bonheur d\u2019occasion de Claude Fournier, Les vautours et Les années de rêves de Jean-Claude Labrecque, etc.).S\u2019insérant dans ce courant patrimonial, La Dame en couleursva chercher son point de départ dans un fait réel vécu durant les années quarante: l\u2019enfermement d\u2019enfants sains, mais orphelins ou «illégitimes» non adoptés, dans des hôpitaux psychiatriques parce qu'on manquait de place ailleurs.On les y faisait travailler aux soins des malades tout en leur donnant une instruction minimale.Incroyable bêtise que seule la pénurie d\u2019équipements sociaux pouvait expliquer.Là s\u2019arrête l\u2019histoire et commence la fiction imaginée par Louise Rinfret et Claude Jutra.Ti-Cul, garçon de dix ans plus fouineur que les autres, découvre l\u2019entrée de mystérieux couloirs souterrains courant dans toutes les directions, et même hors des murs de l\u2019hôpital.Il en avertit Agnès, déjà adolescente et leader d\u2019un petit groupe, et ensemble, ils s\u2019y organisent une vie parallèle avec rite d\u2019initiation, jeux.Un autre pensionnaire, peintre épileptique d\u2019environ 35 ans et que les enfants nomment Barbouilleux, découvre ce manège, vient jouer avec eux et leur peint sur un mur du souterrain une belle grande «dame en par Yves Lever couleurs», d\u2019où le titre du film.Très beau sujet, donc, et riche de possibilités dramatiques, mais que les scénaristes n\u2019ont pas su développer.Au lieu de s\u2019en tenir à l\u2019univers des enfants, de leur inventer des rites et des drames où s\u2019éclaterait leur imaginaire, ils dévient l\u2019action dans de multiples directions.Incapables de creuser leur idée, ils en rajoutent sans trop se préoccuper de l\u2019ensemble.Soit avec des tentatives d\u2019«éva-sion» de pensionnaires adultes.Soit avec cette relation ambiguë entre Agnès et la jeune soeur Gertrude, qui quitte d\u2019ailleurs l\u2019hôpital et l\u2019habit religieux sans raison claire à la fin.Soit avec une patronnesse madame Grégoire sans lien avec les enfants et l\u2019action.Soit avec une suite d\u2019actions pas très crédibles en deuxième partie: tout ce qui entoure la mort de Sébastien, le flash-forward final.L\u2019importance accordée à Barbouilleux constitue sans doute la principale déviance.De toute évidence, ce peintre dont l\u2019institution profite (car ses toiles se vendent bien à l\u2019extérieur), lucide sur la valeur de ses croûtes, désespéré, incompris dans son imaginaire (son soleil noir), pas toujours très inspiré, aux pulsions érotiques réprimées et exprimées uniquement par sa «dame» du souterrain, etc., n\u2019est là que pour développer le thème de la situation de l\u2019artiste dans la société.Beau sujet auquel tout le film aurait pu être consacré; ici, on le voit à la fois trop longtemps, parce qu\u2019il ne devrait pas occuper autant le devant de la scène, et pas assez, car il disparaît à un moment et on n\u2019en entend plus jamais parler.Le cinéphile ne peut s\u2019empêcher non plus d\u2019y voir une suite de l\u2019autopsy-chanalyse entreprise par Jutra dans À tout prendre et continuée à petites touches, par personnages interposés, dans ses autres principaux films.Avec ce personnage du Barbouil- 4 leux, le spectateur se sent mal à l\u2019aise car il a un peu l\u2019impression que Jutra veut régler des comptes avec tous ceux qui, dans le milieu, ne savent pas reconnaître son talent.Ironiquement, ce thème de l\u2019échec chez l\u2019artiste se retrouve ici dans l\u2019un des moins réussis des films de Jutra.Car en plus de toutes ses failles au niveau du scénario, il ne réussit pas à créer son atmosphère, ni dans le souterrain où il aurait fallu jouer davantage de la bande-son et des éclairages pour qu\u2019ils deviennent mystérieux et un peu épeurants, ni dans l\u2019hôpital avec ses murs trop clairs.Les raccords de plans et passages d\u2019un lieu à un autre n\u2019offrent pas toujours la souplesse et la transparence d\u2019un montage efficace.Le casting agace à quelques moments: Charlotte Laurier en Agnès n\u2019est pas mauvaise, mais fait un peu trop vieille pour son rôle, un peu trop fine, trop brillante pour la finale imposée; l\u2019insertion de Nicole Leblanc, de Monique Mercure ou de Rita Lafontaine en religieuses, de même que la figuration confiée à Johanne Harelle et Patrick Straram \u2014 le bison ravi \u2014, qui fait un peu trop clin d\u2019oeil au milieu du cinéma, tiennent d\u2019un racolage dont le réalisateur aurait pu se passer, car tout cela ne fait que diminuer la crédibilité des personnages.En positif, maintenant, il faut souligner l\u2019exceptionnelle qualité de l\u2019interprétation de tous les enfants.Rarement réalisateur a-t-il su obtenir une telle intensité de jeu de la part d\u2019enfants.À ce titre, La Dame en couleurs est infiniment supérieure à Mario ou à La guerre des tuques.Plusieurs séquences me paraissent des petits bijoux de jeu dramatique.Il faut aussi savoir gré à Jutra d\u2019avoir fait un film tout en nuances, avec sa gentillesse habituelle qui cherche à tout comprendre, tout excuser, faire voir le beau côté des choses (même s\u2019il est mince).Il n\u2019y avait rien de plus RELATIONS JUIN 1985 171 7373 73737373 facile, par exemple, que de tourner en ridicule les soeurs qui dirigent l\u2019hôpital: Jutra ne l\u2019a pas fait, composant à la place, avec soeur Gertrude, un personnage complexe que ne rejetteraient pas les féministes et qu\u2019on aimerait voir développé ailleurs.En se forçant un peu, on peut voir dans La Dame en couleurs un micro- cosme symbolique de la période dite de «grande noirceur» et une revendication dramatique de la liberté pour l\u2019artiste.C\u2019était sans doute l\u2019intention des scénaristes.Mais le réalisateur a imprimé à l\u2019ensemble un ton «Aurore l'enfant martyre» et À tout prendre qui détonne dans les années quatre-vingts.J\u2019écris cet article à peine un mois après que La Dame en couleurs ait pris l\u2019affiche et il en est déjà retiré.Ce qui signifie peut-être que le public québécois ne se délecte plus aux mélodrames d\u2019Aurore et n\u2019a plus tellement le goût de ressasser ses échecs et ses peurs.Jutra est arrivé trente ans trop tard.Si VOUS N'ÊTES PAS BANAL.par Richard Dubois à propos de: Klaus Mann, Le Tournant, Solin, Paris, 1984, 690 p.«L\u2019heure la plus grave \u2014 c\u2019est l\u2019heure de la confession.» K.M.Oui.Klaus Mann est bien le fils de l\u2019autre, du Magicien (comme il l\u2019appelait dans son enfance), de l\u2019écrivain célèbre Thomas Mann \u2014 Mann l\u2019humaniste, l\u2019aristocrate, l\u2019auteur des Buddenbrooks, de La montagne magique, des Considérations d\u2019un apolitique.Échappé (?) un jour sous la plume du fils Klaus: «ce n\u2019est pas facile d\u2019être l\u2019enfant d\u2019un génie».Et l\u2019enfant devait, bien plus tard, en 1949, à l\u2019instar de plusieurs membres de sa famille, dans le sillage d\u2019un grand nombre de ses amis, véritable Galerie des Suicidés, s\u2019enlever la vie \u2014 «est-il écrit que nous devrons tous mourir de mort violente et amère?», avait-il consigné dans son Journal le 1 8 août 1 940.1 LE TOURNANT est une chronique, «fragmentaire» précise l\u2019auteur, d\u2019une époque troublée \u2014 essentiellement: l\u2019entre-deux guerres \u2014 et d\u2019une vie d\u2019écrivain.Là réside le double intérêt du livre.Non que Mann prétende à la fresque, ou au documentaire (la version corrigée, allemande, de 1 945, sous-titre d\u2019ailleurs: «histoire d\u2019une vie»), mais il est intéressant d\u2019assister dans le menu à quelques épisodes «privés» de la vie des «Grands de ce monde», et il faut dire que Klaus Mann a ses entrées absolument partout, de Greta Garbo et Richard Strauss à Bruno Franck et Stefan Zweig, en passant par E.M.Forster, Aldous Huxley, et le président Bénès, de la jeune République tchécoslovaque.Car Mann est aussi cela: un fils à papa qui fait une ou deux fois le tour du monde, dîne.avec des archevêques, des Lords et des magnats du pétrole», et oscille un temps entre l\u2019orgie et la «gentille étreinte» (je choisis bien sûr exprès les exemples les pires pour mieux imaginer, pardon, me délecter les lèvres pincées des belles consciences en général, de gauche comme de droite.).Quant à ceux qui ne redoutent pas trop «l\u2019humain, trop humain» de notre frangin à tous Nietzsche, ils poursuivront leur lecture, et verront que Mann est aussi, et en plus, et surtout, un écrivain: «voué à l\u2019acte inutile, à la VANITÉ, c\u2019est devant ma machine à écrire que je suis en service» (p.499).Et, à la base, au plus vif, et en permanence \u2014 condition sine qua non de l\u2019acte et de la vie voués à l\u2019art: un homme atteint.Fin des frivolités.L\u2019artiste.Condamné d\u2019avance pour abus de conscience.En sursis.Scindé.Faisant l\u2019amour d\u2019un oeil.Voué au troisième oeil: «je vois, je me vois, je me vois voir.» (Valéry).Se cherchant «le courage de désespérer» (494).Oeuvrant dans la pure et magnifique déception de l\u2019oeuvre pour rien! «Tout n\u2019aboutit pour finir qu\u2019à des variantes» (493).«.un jour on remarque qu\u2019à présent \u2018on connaît tout\u2019; en trois décennies, un individu parcourt la gamme toute entière des possibilités d\u2019expérience qui lui sont propres.Et après?Comment cela continue-t-il?Cela ne continue pas.» (ibid.) Suicide.L\u2019absolue VANITÉ de ceux qui traitent de «lâches» les suicidés.Cocteau, à propos de Klaus Mann: «un de mes compatriotes \u2014 je veux dire qui habite mal sur la terre et qui parle sans niaiserie le dialecte du coeur» (291).L\u2019artiste.Le surnuméraire.Ne pouvant décidément pas «avoir les pieds sur terre».On peut, oui, avoir dîné avec Nancy Cunard, et se sentir l\u2019admirateur intime de René Crevel, romancier, surréaliste, homosexuel, homme de gauche.On peut, oui, être viveur, globe-trotter, fils de grand bourgeois ET exilé, romancier, dramaturge, essayiste, conférencier, écrivain antifasciste \u2014 écrire: «La liberté peut conduire au désespoir.Peur du désespoir»; et «L\u2019heure est grave.Je sais la gravité de l\u2019heure.Je me sens grave.Je veux écrire un livre grave, un livre honnête.» (p.564) À lire, oui.1.Il faut remarquer au passage le procédé pour le moins douteux de l\u2019éditeur, annonçant en quatrième de couverture le suicide de l\u2019auteur UN MOIS après la fin du livre.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une mort survenue un mois après la rédaction de la postface, elle-même écrite QUATRE ANS plus tard \u2014 avis aux nécrophiles.172 RELATIONS JUIN 1985 73737373 NOUS AVONS LU L'EGLISE SELON BOFF Leonardo BOFF, Église, charisme et pouvoir, Paris, Lieu Commun, 1985, 288 p.(Éd.originale en brésilien: Éd.Vozes, 1981).Ce livre est essentiellement une théologie de la libération dans l\u2019Église.Oeuvre d\u2019un Brésilien intuitif formé à la rigueur allemande à Munich, il est d\u2019une grande force, tant au niveau de l\u2019intuition que de la rigueur.L\u2019intuition est celle-ci: le monde ne survivra pas s\u2019il n\u2019est pas libéré par l\u2019Évangile; cela découle de la création par amour, de l\u2019incarnation comme modèle de l\u2019étre humain et de l\u2019action de l\u2019Esprit-Saint comme moteur de l\u2019histoire.Or, le porteur principal de l\u2019Évangile, c\u2019est l\u2019Église.Par conséquent, si les croyants veulent sérieusement la survie du monde et la paix, au niveau mondial comme à celui de l\u2019Amérique latine, il faut à tout prix commencer par libérer l\u2019Église, par rendre possible la liberté dans l\u2019Église.Et il faut tout de suite signaler que cette logique s\u2019accompagne, chez Boff, d\u2019une véritable passion de l\u2019Église, qu\u2019il connaît étonnamment bien dans son histoire et qu\u2019il voit renaître sous ses yeux dans son pays, le Brésil.Partisan sans aucune concession de l\u2019incarnation, il opte d\u2019abord carrément pour la forme catholique du christianisme, tout en respectant les autres formes; c\u2019est que le catholicisme a accepté plus que toutes les autres Églises l\u2019insertion dans les cultures, l\u2019adoption d\u2019un langage et d\u2019un monde symbolique, les conséquences historiques de l\u2019incarnation.Ceci fait, il reconnaît qu\u2019il faut des structures, qu\u2019il faut un dogme, qu\u2019il faut une ou des théologies.Mais tout cela a sa santé et sa pathologie: santé quand tout demeure souple, évolutif, soumis à l\u2019action de l\u2019Esprit; pathologie quand on veut rendre immuable, valable pour tous les temps et, plus encore, sacré.Boff entreprend alors un inventaire des théologies qui ont fait leur temps et qui occupent trop de place, dans la formation des intellectuels à l\u2019intérieur de l\u2019Église tout comme dans les déclarations du magistère; parmi les six variétés, la théologie de la libération occupe l\u2019avant-scène et il en fait une bonne démonstration.Il passe ensuite à l\u2019évaluation des liaisons politiques de l\u2019Église et aux dangers extrêmes d\u2019un durcissement également à ce niveau: les violations des droits humains proviennent en général de ces liaisons transformées en servitudes, et Boff indique des moyens de les défaire.Il passe ensuite à un inventaire du pouvoir sacré dans l\u2019Église, à partir d\u2019une Église de frères jusqu\u2019à une persistance de la hiérarchie byzantine dans le 20e siècle.Ici encore, il offre l\u2019alternative d\u2019une Église empruntant le plus possible à la démocratie, à la coresponsabilité de tous, à la notion moderne de justice dans les affaires juridiques, et cela au nom même des charismes éveillés par l\u2019Esprit.Boff fait ensuite un éloge original du syncrétisme, comme continuation de l\u2019incarnation dans une culture donnée, y compris et surtout dans celle des défavorisés.Il valorise au maximum l\u2019Église des pauvres, créatrice et discernante, contre l\u2019Église identifiée à une classe dominante.Il présente alors les communautés de base dans lesquelles il a renouvelé sa théologie au contact de la foi vécue du peuple; il montre que toute l\u2019Église est à la fois enseignante et enseignée, et n\u2019est pas seulement une classe d\u2019enseignants dictant une forme ancienne de la foi et de la morale à une masse d\u2019ensei-gnés sans voix et sans force.De là ressort une image de l\u2019Église organisée de façon souple et évolutive par l\u2019exercice des charismes, y compris celui de l\u2019unité: une Église sacrement de la présence de l\u2019Esprit du Christ et du Père.Ce livre de Boff est lisible par tous, même en traduction.Il mérite d\u2019être lu et rendra service à tous ses lecteurs.Les savants y rencontreront des visées étonnamment renouvelées, quand Boff reprend d\u2019anciens dossiers, comme la lecture de Harnack, de Sohm, de Troeltsch, de Max Weber, sur la nature du catholicisme comme forme de la suite communautaire du Christ.Les non-professionnels y trouveront une présentation très lucide des attentes des humains d\u2019aujourd\u2019hui \u2014 particulièrement des pauvres \u2014 à l\u2019égard de l\u2019Église, dans laquelle seule ils trouvent ensemble Jésus vivant et libérateur.L\u2019ouvrage de Boff a obtenu un supplément de notoriété quand il a été mis en question par la Congrégation romaine de la doctrine de la foi, dirigée par un théologien avec lequel pourtant Boff est souvent d\u2019accord, le cardinal Ratzinger.Le jugement, rendu le 20 février dernier, fait à l\u2019ouvrage quatre reproches: 1) considérer l\u2019Église comme un mélange de fidélité à Jésus et de contaminations culturelles, mélange qui ne correspond jamais à ce que voulait Jésus; 2) concevoir le dogme comme toujours approximatif et toujours à repenser; 3) rejeter l\u2019existence d\u2019un pouvoir sacré dans l\u2019Église, au point de n\u2019accepter qu\u2019une autorité de type charismatique et démocratique; 4) avoir une notion du prophétisme de l\u2019Église qui rend inopérant le rôle de discernement de la hiérarchie.Pour ces quatre raisons, après un «colloque» avec l\u2019auteur, colloque que la presse internationale a largement publicisé, la Congrégation juge que ces quatre positions sont «de nature à mettre en danger la sainte doctrine de la foi».On comprend qu\u2019il est un peu difficile pour un recenseur de donner son avis après un tel jugement.Mon avis est le suivant: 1) Les quatre observations de la Congrégation posent, sans aucun doute, de très bonnes questions: Boff a bien conscience d\u2019explorer du terrain neuf, au moins occasionnellement, et il a la modestie professionnelle qui convient.2) Les questions qu\u2019il pose sont justifiées par la gravité de la situation; rien de ce que Boff soulève dans ce livre n\u2019est purement spéculatif; il y va de la crédibilité et de la responsabilité grave de l\u2019Église du Christ devant notre génération.3) Il est heureux que la Congrégation n\u2019ait pas dépassé le simple blâme; le livre comporte beaucoup plus de richesses que ces simples quatre points de litige et tout lecteur soucieux de comprendre l\u2019aventure commune de l\u2019Église et de l\u2019humanité en profitera.4) Le lecteur canadien y sera interpellé même si le monde de Boff est très loin du nôtre: les mêmes pathologies de l\u2019Église produisent chez nous des résultats différents mais aussi nocifs, en particulier à travers le cléricalisme qui est remarquablement bien étudié dans ce livre.Ce même lecteur d\u2019ici demeurera sans doute davantage sur sa faim à propos des changements politiques libérateurs, plus complexes chez nous que la simple élimination d\u2019un gouvernement de sécurité nationale.Mais au moins il risquera de prendre goût à la liberté et à la justice.22 avril\tJulien Harvey RELATIONS JUIN 1985 173 A la mi-avril, le Comité épiscopal de théologie de l\u2019Assemblée des évéques du Quebec publiait un message à l\u2019occasion du mois de mai sur «La Vierge Marie dans la vie chrétienne du Québec d\u2019aujourd\u2019hui».Après avoir mis en relief l\u2019importance de la dévotion mariale dans la tradition culturelle québécoise, le texte dégage trois «requêtes de notre temps», trois dimensions contemporaines de la piété mariale: ce sont le dialogue oecuménique, l\u2019amour de l\u2019Eglise et le rôle des femmes dans la société et dans l\u2019Église.A noter cependant un paragraphe de mise au point: «Ce n\u2019est pas sans réticence qu\u2019on admet, ici ou là, l\u2019importance de Marie dans les divers secteurs de la vie chrétienne.Pour certains, en effet, la réflexion sur Marie a donné lieu à de la surenchère dans l\u2019Église moderne et la devotion à Marie a souvent voilé, notamment depuis la promulgation des dogmes mariais, le caractère unique et suréminent du Christ, notre seul Rédempteur.Des entreprises récentes, il faut le reconnaître, n\u2019ont pas contribué à désamorcer ces critiques.La recherche du sensationnel en matière de doctrine et de piété, ainsi que l\u2019engouement pour des apparitions et pour des révélations privées, risquent de faire oublier que la vie chrétienne se nourrit d abord de l\u2019Évangile et qu\u2019elle se mène sous la conduite des pasteurs que le Christ a donnés à son Église.Les apparitions et révélations reconnues par l\u2019Eglise viennent simplement appuyer le message de l\u2019Évangile: conversion, penitence, prière.» Le Mouvement des Travailleurs Chrétiens du diocèse de Saint-Hyacinthe a décidé de faire connaître sa réflexion et sa prise de position sur le Livre blanc sur la fiscalité.Après avoir évoqué et chiffré la situation du chômage et la condition des bénéficiaires de l\u2019assistance sociale, le MTC de Saint-Hyacinthe dénonce le Livre blanc comme «une attaque contre les défavorisés de notre société».Pour plus ample information, on peut s\u2019adresser à Luce Pelletier - C.P.190 St-Hyacinthe J2S 7B4; tel.: 773-8581.Nous désirons partager la sympathie universelle qui s\u2019exprime actuellement pour les Baha\u2019i d\u2019Iran.Plus de 150 d\u2019entre eux ont été assassinés pour leur foi, qui de plus est explicitement non violente.Il y a là une violation inacceptable des droits humains les plus fondamentaux, violation qui déshonore l\u2019Etat et le gouvernement qui la permet, quelles que soient ses raisons dites reli- gieuses.Si on désire plus de renseignements, on lira avec intérêt Reader\u2019s Digest de décembre 1984.L\u2019ACAT - Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture - est un mouvement qui regroupe des chrétiens de diverses confessions (anglicans, protestants, orthodoxes et catholiques) pour travailler à l\u2019abolition de la torture partout dans le monde, en se fondant sur l\u2019article 5 de la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme: «Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants».La prière, individuelle et communautaire (oecuménique si possible), l\u2019information (éducation aux droits de la personne) et l\u2019action (lettres aux responsables ou aux groupes soupçonnés de pratiquer la torture) sont les moyens utilisés par l\u2019ACAT.Fondée en France en 1974 et implantée au Québec depuis l\u2019automne 1984, l\u2019ACAT a invité chez nous son ancien président, Me Guy Au-renche, 38 ans, membre de la Commission française Justice et Paix et auteur de L\u2019Aujourd\u2019hui des droits de l\u2019homme.Il prendra la parole à la Salle du Gésu (1202, de Bleury, Métro Place des Arts), mercredi le 29 mai, à 1 9h30, sur le thème «Abolir la torture?C\u2019est possible aujourd\u2019hui».N'OUBLIEZ PAS LE 30 JUIN! Avec le numéro de septembre prochain, le prix de «\u2019abonnement annuel à RELATIONS sera augmenté de 12,50$ à 16,00$.Vous avez jusqu\u2019au 30 juin pour prolonger d\u2019un an votre abonnement à la revue au tarif actuel.C\u2019est aussi l\u2019occasion d\u2019offrir un abonnement-cadeau.Pour les Québécois résidant à l\u2019étranger, coopérants, missionnaires, étudiants, la revue offre un contact suivi avec l\u2019actualité sociale, politique et religieuse d\u2019ici.L\u2019abonnement à l\u2019étranger coûte 20,00$.N\u2019oubliez pas le 30 juin.174 RELATIONS JUIN 1985 73737373 «EXCUSEZ-MOI, MAIS CETTE PLACE EST RESERVEE.» Laïcat en Église?Et pourquoi pas! À quel prix?À quelle place?La porte s\u2019ouvre sur un vaste paradis artistique!.L\u2019intérieur de la cathédrale est grandiose, majestueux, attirant, et, spontanément, nous nous avançons pour contempler son architecture, ses richesses.Surprise! Quelques pièces de monnaie sont exigées de tous ceux qui veulent y mettre les pieds.À l\u2019intérieur, une foule immense.C\u2019est beau, c\u2019est grand! La lumière qui jaillit à travers les vitraux multicolores nous fascine.Là, la chaire; ici, les bancs des fidèles; là-bas, des statues; sous nos pieds, des mosaïques, et en avant, le choeur.Nous aimerions y pénétrer pour admirer les tableaux qui l\u2019ornent mais, seconde surprise!, un mur de vitre.On ne peut aller plus loin.C\u2019est un endroit saint et sacré! La place est réservée.Il n\u2019est question ici que d\u2019une place symbolique, au sein d\u2019un bâtiment tout aussi symbolique.Mais dans notre Église communautaire réelle, n\u2019en est-il pas un peu de même?Bien sûr, quelques-uns se feront un devoir de nous rappeler que les laïcs ont, au sein de la hiérarchie institutionnelle de l\u2019Église, leur place assignée, à genoux ou assis insisterait le père Congar, avec une pointe d\u2019ironie.Cette place est définie par certains traits particuliers: fidélité, écoute, pratique, conformité, pour nommer ceux qui sont demeurés les plus évidents.Le malheur vient du fait que bien des laïcs se sentent confinés dans un rôle dont ils ne veulent plus se contenter.Vingt ans après le Concile, ils s\u2019attendraient à participer de manière normale et active au processus de redéfinition de leur place dans la communauté.Pour un nombre toujours plus grand de chrétiens il devient urgent de faire émerger: \u2014\tune coresponsabilité effective, \u2014\tune prise de parole signifiante et une action constructive, \u2014\tune démarche de foi qui accepte de se laisser questionner, \u2014\tune pluralité du dire et du geste, \u2014\tune redécouverte de ce qu\u2019est une communauté chrétienne authentique.Ce qui précède ne doit pas faire croire qu\u2019il suffirait de remplacer un clerc par un laïc ou de modeler la Tradition sur les aspirations du monde actuel pour régler la question.Non.Car, disons-le, pour plusieurs laïcs, «prendre leur place» s\u2019appuie sur une redécouverte récente mais capitale: la capacité de répondre eux-mêmes de toutes les dimensions de leur «être chrétien».Or c\u2019est notre foi en Jésus Christ, doit-on se le rappeler, qui forme le coeur du christianisme.Jusqu\u2019à récemment, cette foi a été tenue pour évidente, acquise définitivement, immuable dans ses formules.Et pourtant, elle est bien autre chose qu\u2019un bien de famille que l\u2019on s\u2019empresse d\u2019enfouir au fond d\u2019un tiroir, quitte à le contempler avec nostalgie quand un événement important, mort, naissance, mariage par exemple, nous rappelle son existence.Traiter ainsi la foi, c\u2019est en faire une chose condamnée à disparaître.On ne peut pas mettre la main dessus.La foi, c\u2019est d\u2019abord une démarche.Comme toute démarche elle impose des questions, un partage, la possibilité de s\u2019y perdre, ou encore de s\u2019y retrouver.Et si la responsabilité première des chrétiens se situait là: reprendre en main l\u2019éducation de la foi, la leur et celle de leurs frères et soeurs.Les premières communautés chrétiennes, formées avant tout de laïcs, n\u2019ont-elles pas, dans leur mission première, participé à l\u2019éducation de la foi des femmes et des hommes qu\u2019elles côtoyaient?Éduquer notre foi, n\u2019est-ce pas aussi apprendre à relire l\u2019histoire biblique aussi bien que l\u2019histoire chrétienne; n\u2019est-ce pas rencontrer, retrouver Dieu à travers l\u2019expérience de femmes et d\u2019hommes qui l\u2019ont accueilli dans leur vie au jour le jour de l\u2019histoire?Ce qui implique que notre propre histoire est le terrain par excellence de nos retrouvailles avec Dieu.Et si, avant tout, notre tâche de chrétien était de nous rapprocher plus consciemment de l\u2019expérience des Églises primitives.Et si à la lumière de cette expérience, d\u2019autres urgences, d\u2019autres cris, une autre radicalité surgissaient?N\u2019aurions-nous pas ainsi, par des gestes plus pertinents, plus justes, plus percutants, l\u2019occasion de rappeler à nos soeurs et frères le sens profond de leur engagement baptismal?Un peu comme si une place nous était réservée.Béatrice Gothscheck Robert Robert DANS LE NUMÉRO DE JUILLET-AOÛT DE RELATIONS SPECIAL CULTURE RELATIONS JUIN 1985 175 *\\ Volume 45 numéro 511 SOMMAIRE juin 1985 FACE À L\u2019ACTUALITÉ ___________________ L\u2019affaire Leclerc (L.L.) - En exil dans 147 ses propres montagnes (M.C.) -Afrique du Sud: est-ce l\u2019heure de la raison?(J.-L.R.) - Risquer la démocratie?(V.P.) - Une société de «vainqueurs» et de «perdants» (K.L.) - Mission de paix au Guatemala (E.S.) -Définir la famille (A.B.).Guy PAIEMENT\tVers une Église des oubliés?\t154 Jacques CHÊNEVERT Le collège des évêques et les Églises 157 locales SOIREES RELATIONS LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉO Nous avons enregistré sur cassettes vidéo les soirées suivantes: \u2014\tla qualité de l\u2019information \u2014\tquel avenir pour le Québec?\u2014\tla peine de mort \u2014\tle Livre vert sur la famille \u2014\tla concertation dans les relations de travail \u2014\tgénétique et maternité \u2014\tl\u2019immigration au Québec \u2014\tle quart-monde Ghislaine DESJARDINS Ruth ROSE Julien HARVEY Louis BALTHAZAR Des «salles d\u2019asile» aux garderies\t159 Fiscalité et sécurité du revenu pour les familles monoparentales\t163 Ramsès II\t166 Le fédéralisme à l\u2019épreuve de la cen- 168 tralisation La Dame en couleurs de Claude Jutra 1 71 Yves LEVER * I mËm Vous pouvez emprunter ces cassettes (location: pour 1 semaine: 5$ plus les frais d\u2019envoi) ou même en commander une copie (25$ plus les frais).Veuillez préciser le format de la cassette désirée (Beta ou VHS) et le sujet.Richard DUBOIS\tSi vous n\u2019êtes pas banal.\t172 \tNOUS AVONS LU Leonardo Boff\t173 \tPÊLE-MÊLE\t174 Béatrice GOTHSCHECK «Excusez-moi mais cette place est ré- 175 Adressez vos commandes à Pierre Bélanger, Centre justice et foi, 25, Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 (514)387-2541.et Robert ROBERT servée.» \" - 9184 "]
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