Relations, 1 novembre 1985, Novembre
[" mil t&m*' novembre 1985 2,50$ no 515 ^ ¦*$&»** \\ p°- ~ ra,sons S®» - se \"1^ «S répUÿft - %%& politiques.\tles autorités rel 9 aaqés qu\u2019on appela\tà \\a police.Pris a Part'ntPc\\érical et les laïcs ng Q^oir finalement v se répan- ÏÏS\u201cSK SS\u2018SSE \u201c^«JÏ^KÎ^SS »~nrrss»K«~ «saass c\u2014¦ »* «- cs^sss^^^-ssysas artisans deF^es |e christianisé a aUentes ®l a ° s comme a tou- SSS \u201c\u2022< '\u2022 »\u201dM* \u2022\"\tp«t.»«\u201c\u2022 » \u201dr\u201c\u201d«3« »-3\"£sCc£t3ôSig**ïSS.««:SÆ\u20193.°'£ S3* ci.s, S?£.» \u201cVC-tf®\u201d5 \u201e»ççtw\u2014« de négliger les alter\t- revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.COLLABORATEURS DIRECTEUR Albert Beaudry SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, Jacques Chênevert, Julien Harvey, Karl Lévêque, Roger Marcotte, Guy Paiement, Francine Tardif, Gisèle Turcot.Renaud Bernardin, Raymond Bertin, Michel M.Campbell, Richard Dubois, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Pi-cher, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau.BUREAUX 81 00, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais Prix de l\u2019abonnement: 1 6,00$ par an (1 0 numéros) CONCEPTION GRAPHIQUE Anne Cherix Les articles de Relations sont répertoriés dans Point de repère, dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106 USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 01 43.274 relations novembre 1985 l\u2019actualité Le sommet Reagan-Gorbatchev ?Le terrorisme d\u2019État ?L\u2019affaire Piperno ?Visite du Primat anglican UN SOMMET, DEUX VERSANTS, PLUSIEURS ESCALADES depuis la rencontre de juillet en Finlande où fut marqué le dixième anniversaire des accords d'Helsinki, Américains et Soviétiques ont entrepris leurs escalades.Elles visent les opinions publiques autant que le sommet lui-même, celui de Genève.Ronald Reagan, dont l\u2019éloquence est proverbiale, n\u2019est plus la créature hollywoodienne qu\u2019il était.Il escalade la façade ouest mais il a perdu ses illusions.Il a dû ramener sa politique au centre parce que la majorité des Américains, une fois passée la terreur de la récession économique, est revenue au centre.Les déficits du commerce extérieur et du budget s\u2019accumulent.Le dollar surévalué s\u2019avère un frein au développement.En Amérique centrale et au Proche-Orient, Reagan est réduit à aider les «contras» et à approuver le raid contre Tunis.Cela contrecarre une politique de lutte pour les droits de l\u2019homme et contre le terrorisme.Mais plus que tout, les séjours de Ronald Reagan à l\u2019hôpital de la Marine de Bethesda l\u2019ont atteint dans sa chair et ont rappelé à l\u2019ancien acteur qu\u2019il est mortel.Sur le flanc est, c\u2019est le quatrième chef de file depuis que Ronald Reagan est à la Maison blanche.Le nouveau Numéro un, Mikhail Gorbatchev paraît très représentatif de cette nouvelle couche de la nomenklatura qui accède aux postes de commande au Kremlin à un rythme si régulier qu\u2019on a raison de parler de changement de génération.Récemment, Nikolai Tikhonov cédait la présidence du conseil des ministres à Nikolai Ryjkov, un homme de l\u2019âge de Gorbatchev et qui a accédé au Comité central du parti au début des années \u201980.Mais le premier signe que la relève de la garde était en cours à Moscou fut le remplacement d\u2019Andrei Gromvko par un homme inconnu en Occi- dent, Édouard Chevardnadzé.Âge, allure, manières, tout chez cet homme indique la volonté de changer l\u2019enveloppe sinon le contenu.Les trente dernières années ont fait justice des notions de base du monde soviétique: prolétariat au pouvoir, internationalisme prolétarien, supériorité du socialisme dit scientifique comme système social, impossibilité des conflits entre pays du même système, etc.Le coup d\u2019état militaire en Pologne en 1 981 a bien montré que la situation de vide idéologique s\u2019est aggravée pour Moscou.À Budapest et à Prague, on pouvait toujours prétendre mater des révoltes ou stopper des subversions; à Varsovie la doctrine Brejnev elle-même était dépassée, il s\u2019agissait d\u2019arrêter l\u2019évolution naturelle du système.Solidarnocz est l\u2019antonyme de nomenklatura.Le monde soviétique à l\u2019heure de la Pologne sait que les actions du pouvoir se déroulent devant les télévisions du monde entier.La mort de l\u2019abbé Po-pieluszko a montré qu\u2019une action de police qui n\u2019aurait même pas été un fait divers sous Staline, devient aujourd\u2019hui un événement planétaire.Comme le sommet de Genève.La montée sur les deux flancs du mont a été jalonnée d\u2019escalades verbales et de reculades.Les plus spectaculaires ont tourné autour de la «guerre des étoiles».Les Soviétiques ont d\u2019abord dit, à la reprise des conversations à Genève sur la réduction des armes stratégiques, qu\u2019il fallait négocier sur les armes spatiales ou qu\u2019ils ne négocieraient pas du tout.Les Américains ont dit que l\u2019«initiative de défense stratégique» (IDS) n\u2019est pas négociable.Cet automne, Américains et Soviétiques ont discuté à Genève de la réduction des armes stratégiques et spatiales.Chevardnadzé a repris le thème de la «guerre des étoiles» à la 275 relations novembre 1985 tribune de l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU en septembre.Il a dit que si les Américains ne cessaient pas leurs recherches dans ce domaine, les Soviétiques se doteraient d\u2019un tel système de défense.Il a ajouté que l\u2019URSS avait les moyens de se payer une «guerre des étoiles».Dans le même temps, des responsables américains affirmaient que les Soviétiques étaient aussi avancés que les Américains dans la technologie des armes spatiales et des critiques américains de ces mêmes responsables affirmaient que la «guerre des étoiles» peut prendre un caractère parfaitement offensif.Les essais d\u2019armes anti-satellite en sont un avant-goût.En 1 983, l\u2019IDS fut pour Ronald Reagan une façon de reprendre l\u2019initiative aux Soviétiques devant l\u2019opinion mondiale.Moscou gagnait la course pacifiste malgré la pause imposée par le coup d\u2019état en Pologne.Les Pershing et les missiles de croisière ont été difficiles à vendre à des Européens qui avaient de bonnes raisons de croire que leur coin du monde avait été choisi comme champ clos par les deux Super-Grands.La technologie de l\u2019IDS fut présentée comme quelque chose de propre, de lointain et surtout, de défensif.Reagan et Gorbatchev arrivent à Genève dans un état d\u2019esprit qui est difficile à définir.Une chose est certaine, les deux hommes ont des raisons de douter.Le système soviétique a échoué en Pologne, le système américain a échoué au Brésil et au Chili.Les deux systèmes se mesurent à la réalité des choses au Salvador et en Afghanistan et l\u2019épreuve risque d\u2019accroître les doutes.Les grimpeurs arrivent au sommet fatigués; il faut s\u2019en réjouir car c\u2019est une chance pour la paix dans un monde sur lequel pèse la menace nucléaire.Mais il faut aussi se méfier, surtout si on se reporte à l\u2019origine des réunions au sommet.Il y a 40 ans, les Occidentaux étaient mécontents des résultats du sommet de Yalta et lorsque le présidentTruman s\u2019amena à Potsdam le 17 juillet, pour faire pièce à Staline, il avait quelque chose de neuf dans sa poche.Le six août 1945, c\u2019était Hiroshima.Il faut se méfier car l\u2019histoire nous enseigne que c\u2019est au sommet qu\u2019a commencé l\u2019escalade.¦ Jean-Pierre Richard PRÉVENTION OU ESCALADE non, ce n\u2019est pas du terrorisme, déclarait Mme Kirkpatrick à une grande chaîne de télévision américaine, courant ainsi au secours du gouvernement français.Retenant ce qu\u2019elle voulait de ses contacts avec les Jésuites de Georgetown, à savoir la casuistique, elle énonce une distinction assez farfelue.C\u2019eût été du terrorisme si les agents français avaient visé des personnes, avaient attenté consciemment à la vie des militants de Greenpeace.Or, il n\u2019en est rien.Ce n\u2019est que par hasard qu\u2019un bystander, un témoin secondaire a accidentellement perdu la vie.Cet humanisme de façade n\u2019arrivera pas à dédouaner la politique musclée de certains grands pays et la façon désinvolte dont ils disposent de plus en plus des règles du droit international.Ce n\u2019est pas pour rien que Mme Kirkpatrick défend la France: c\u2019est tout le club des grands (et leurs moeurs brutales) qui est remis en question par la gaffe française.Le sabotage de Greenpeace est un canard boiteux qui déshonore toute la famille.L\u2019opération elle-même a été ratée, et le déculottage progressif du gouvernement français par la presse (qui acculait des personnalités politiques très respectables comme MM.Tricot, Fabius et même Mitterand, dans le dédale grotesque et humiliant des mensonges, des démentis et des demi-aveux) rend cette aventure moins glorieuse mais pas plus immorale que d\u2019autres actions du genre qui réussissent et qui sont ouvertement assumées par des États.Qu\u2019on songe à cet appui ouvert \u2014 encore que l\u2019on continue de qualifier ce type d\u2019intervention de covert action \u2014 que les États-Unis accordent aux Contras qui attaquent le Nicaragua.Qu\u2019on songe aux conseillers militaires américains régulièrement présents sur les champs de bataille au Salvador.Ou aux stratégies dites de pacification, au Guatémala, qui reprennent, génocide en plus, le modèle des villages fortifiés que les Américains avaient utilisés au Vietnam.Qu\u2019on songe à la Grenade.On n\u2019a certainement pas assez commenté le fait que les États-Unis ont tout simplement claqué la porte à la Cour internationale de La Haye lorsqu\u2019ils ont été inculpés pour avoir miné le port de Corinto au Nicaragua.Tout le monde fait des gorges chaudes sur les déboires des services secrets français.Mais dans le fond, ce que nous rappelle la mise au point de l\u2019ex-ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, c\u2019est que les coups qui ratent participent de la même logique (et sont aussi cyniques) que ceux qui réussissent.Nous allions bientôt le vérifier avec le raid israélien sur Tunis.Le New York Times lui-même, dont les affinités juives ne sont un secret pour personne, n\u2019a pas hésité, en éditorial («Israel\u2019s Long Pursuit», Week in Review du 6 oct.85), à réprouver cette action qui, dit-il, n\u2019aura su démontrer qu\u2019une chose: que la prouesse technique de l\u2019armée d\u2019Israël est supérieure à la sagesse de sa diplomatie.Cette opération, insultante pour le gouvernement tunisien, est peut-être un froncement de sourcils par rapport au dialogue qu\u2019amorçait justement Washington avec le plus modéré actuellement des monarques arabes.Extrêmement coûteuse pour l\u2019OLP, elle tient à la fois du règlement de comptes (ce serait du 50 pour 3, à supposer que les hommes d\u2019Arafat soient vraiment responsables de la mort des trois vacanciers israéliens) et de la prévention.Du terrorisme préventif, du terrorisme d\u2019État préventif, voilà comment il faudrait qualifier cette Blitzoffensive.D\u2019ordinaire, on qualifie de terroriste le poseur de bombes individuel, un peu cinglé, qui travaille à son compte pour exorciser ses troubles pulsions, ou le commando (la «brigade») qui, fanatisé pour une cause désespérée, quasi religieuse, \u2014 pour la faire connaître plus encore que la faire triompher \u2014 fait le feu d\u2019artifice.Bref, le terrorisme est perçu comme étant le fait de l\u2019anarchisme: radicalisme spectaculaire, attentatoire au symbole même de l\u2019ordre, l\u2019État.Or, voilà que c\u2019est maintenant l\u2019État lui-même qui, avec des moyens presque sans limites (l\u2019argent, les armes, l\u2019électronique et les connections internationales sont à sa discrétion) entre dans la logique véritable du terrorisme qui est d\u2019obtenir une sorte de «paix», en terrassant l\u2019adversaire par une force absolue, au mépris de toute légalité, et sans jamais viser ni même utiliser le dialogue et la négociation comme des chemins vers la paix.Et comme les États représentent tant bien que mal les instances suprêmes de la légalité, le poids moral des Nations Unies étant très proche de zéro, ceux-là qui recourrent au terrorisme jouissent d\u2019une quasi impunité.La récente condam- 276 relations novembre 1985 nation de l\u2019ONU sur le raid israélien réconforte peut-être les uns, soulage la conscience de quelques autres, mais n\u2019infléchira pas beaucoup la conduite israélienne ni l\u2019opinion des États-Unis.La conséquence inévitable du terrorisme d\u2019État, c\u2019est de faire tomber tous les recours légaux, de condamner la voie du dialogue et de conduire inexorablement à l\u2019escalade.Après Tunis, ce fut, pour payer aussi l\u2019appui imprudent de Reagan à ce geste justicier qui a dû réveiller chez lui des instincts de Far-West, la mort du diplomate américain W.Buckley, et.le boat-jacking du Achille Lauro.Au lieu de le prévenir, le terrorisme appelle le terrorisme.La logique des règlements de comptes, c\u2019est que l\u2019équilibre, ne disons pas de paix mais de non-affrontement violent, reste très fragile: trop de force ou trop de faiblesse mène également au carnage, aux représailles sanglantes et gratuites.L\u2019horreur démultipliée du mois que nous venons de vivre et sa cascade d\u2019actes terroristes rappellera-t-elle aux responsables politiques que la paix souhaitée par les citoyens en démocratie exige d\u2019autres moeurs que celle de la Maffia, d\u2019Eliot Ness ou de trop simplistes Westerns.N\u2019en déplaise au bellicisme intraitable du gouvernement américain, la voie de la négociation n\u2019a-t-elle pas permis à l\u2019Italie et à l\u2019Égypte de mettre fin plutôt rapidement à cette demi-tragédie du navire détourné?¦ 1 0 octobre 1 985\tKarl l_6V6C]U6 L\u2019AFFAIRE PIPERNO Peut-on justifier une demande de refuge politique au Canada par la crainte \u2014 par ailleurs fondée \u2014 de subir jusqu\u2019à douze ans d\u2019emprisonnement préventif avant la tenue d\u2019un procès pour des accusations de nature directement ou indirectement politique?Surtout que ces accusations reposent essentiellement sur le principe de la culpabilité par association \u2014 principe inconnu en droit canadien \u2014 qui étend la culpabilité d\u2019un individu à tous les membres de son groupe, que ceux-ci aient eu connaissance du délit ou non.Est-il acceptable qu\u2019une décision des autorités du ministère de l\u2019Immigration entraîne le départ forcé d\u2019un ressortissant étranger vers son pays d\u2019origine alors que la Cour suprême a déjà refusé plusieurs demandes d\u2019extradition présentées par ce même pays?Quand une procédure administrative de première instance est jugée contraire à la justice fondamentale et inconstitutionnelle, cela entache-t-il d\u2019inconstitutionnalité les procédures de deuxième instance qui en découlent?Francesco Piperno attend avec anxiété les réponses des autorités canadienne à ces trois questions.Des centaines d\u2019autres requérants au statut de réfugié espèrent avec lui une décision positive à la troisième question.Quelqu\u2019un écrira peut-être un jour la biographie de Francesco Piperno.Philosophe, homme de science maintenant internationalement reconnu et homme de gauche par conviction profonde, sa vie est profondément marquée par l\u2019histoire récente de son pays.À la fin des années \u201960, à l\u2019époque des grands mouvements étudiants et populaires, Francesco Piperno est un leader de gauche écouté, respecté, admiré même par plusieurs.Ses écrits et ses prises de position sont largement diffusés.Il devient «personnage public» et connaît, comme beaucoup de militants, des démêlés avec la justice de son pays qui ne retiendra cependant aucune charge criminelle contre lui.En 1974, après cette grande période d\u2019effervescence politique, Francesco Piperno décide de se consacrer quasi exclusivement à l\u2019enseignement et à la recherche scientifique.Et ce jusqu\u2019au milieu de 1 979, alors que les autorités italiennes le forcent à prendre part à une tragi-comédie judiciaire, aventure quasi kafkaïenne, qui aura par la suite des rebondissements jusqu\u2019en France et au Canada.Le 18 août 1979, les journaux italiens publient à la une la photo du professeur Piperno tirant du revolver sur des policiers, en tentant de leur échapper: on veut prouver qu\u2019il n\u2019est pas un opposant politique mais bien un dangereux criminel, membre des Brigades rouges; or, au même moment, Francesco Piperno est à une conférence de presse à Paris, comme des centaines de personnes peuvent en témoigner! Ce démenti formel n\u2019empêche pas l\u2019Italie de présenter en France une première demande d\u2019extradition, vite retirée, puis une deuxième, celle-là rejetée par la France, car les faits sont trop évidents.Finalement, après une nouvelle série de modifications aux actes d\u2019accusation, l\u2019Italie obtient l\u2019extradition de Francesco Piperno.Il devra supporter huit mois de prison préventive, avant qu\u2019un juge italien n\u2019ordonne sa libération, celui-ci n\u2019ayant pas trouvé suffisamment de preuves au dossier pour instruire un véritable procès! Après ces événements, Francesco Piperno retourne en France où il travaille à titre de chercheur à l\u2019Institut Henri Poincarré de Paris.Mais la justice italienne ne lâche pas prise.Pendant un voyage de tourisme au Canada, monsieur Piperno se heurte à une nouvelle demande d\u2019extradition.Après de multiples péripéties, l\u2019affaire se rend en Cour suprême, qui rejettera fermement la demande de l\u2019Italie, la condamnant aussi aux frais.Encore une fois, les juges n\u2019ont pu que constater l\u2019absence totale de preuves pour soutenir les accusations italiennes.Entretemps, ce harcèlement aura ses effets: les délais ont fait perdre à monsieur Piperno le droit de séjour et de travail en France.Il est donc contraint de présenter une demande de refuge politique au Canada.Car il risque jusqu\u2019à douze ans d\u2019emprisonnement préventif dans son pays AVANT la tenue d\u2019un procès.Mais au Canada non plus, les choses ne sont pas faciles.On lui refuse d\u2019abord un permis de travail, pour des raisons que les autorités canadiennes n\u2019ont jamais cru bon de rendre publiques, malgré les demandes répétées de ses avocats.On le force ainsi à vivre des allocations d\u2019aide sociale québécoise alors que ses compétences reconnues auraient pu lui permettre de gagner sa vie.En 1982, lors de sa demande du statut de réfugié, monsieur Piperno n\u2019a pas été personnellement entendu, procédé jugé depuis comme étant contraire à la justice fondamentale et inconstitutionnel par la Cour suprême du Canada (arrêt Singh).Sa demande a été refusée en première instance et la Commission d\u2019appel de l\u2019Immigration réexamine actuellement sa revendication.Concurremment, les avocats de monsieur Piperno contestent la constitutionnalité même de la Commission d\u2019appel en s\u2019appuyant sur ce même arrêt Singh.Les juges devant lesquels la justice italienne a forcé Francesco Piperno de comparaître, qu\u2019ils soient français, relations novembre 1985\t277 canadiens ou même italiens, n\u2019ont pu que constater l\u2019ab-\tcompter l\u2019angoisse qu\u2019amène la précarité de son statutju- sence totale de preuves sur lesquelles reposerait la vin-\tridique.dicte de l\u2019administration italienne.Ce n\u2019est cependant pas II est donc à souhaiter que l\u2019engrenage s\u2019arrête enfin et cette administration qui paie actuellement le prix de cet que les autorités canadiennes accordent à Francesco Pi-acharnement, mais Francesco Piperno lui-même.Il a déjà perno le droit de vivre et de travailler au Canada.La justice subi de nombreuses demandes d\u2019extradition, huit mois et l\u2019esprit de la Convention de Genève sur les réfugiés y d\u2019emprisonnement préventif en Italie, des mois d\u2019empri- gagneraient grandement.La réputation de notre pays aus-sonnement à Parthenais; sa carrière scientifique est corn- si.¦\tFrancine Tardif promise et sa vie personnelle gravement perturbée.Sans SA SAINTETÉ.PUIS SA GRÂCE dimanche, 9 septembre 1984.Une température radieuse.Québec est en effervescence: les foules, les officiels, l\u2019omniprésent service de sécurité, la multiplication d\u2019événements et de rassemblements à grand déploiement, la présence massive des médias.Sa Sainteté le pape Jean-Paul II est en ville.Lundi, 2 septembre 1985.Température maussade.Une ville désertée et au ralenti: c\u2019est le congé de la Fête du travail.Quelques badauds s\u2019étonnent de l\u2019animation qui règne dans l\u2019enceinte de la cathédrale anglicane.En après-midi, quelques minutes consacrées à couvrir l\u2019événement au cours d\u2019une émission d\u2019affaires publiques à Radio-Canada.Sa Grâce l\u2019archevêque de Cantorbéry et primat de la communion anglicane, Robert Runcie, vient visiter les croyants du diocèse épiscopal de Québec.Le passage de Mgr Runcie à Québec fut surtout consacré à une rencontre de prière qui revêtit un net caractère oecuménique du fait de la présence très visible et soulignée de représentants de diverses confessions chrétiennes de la région.Mgr Runcie présida aussi une réunion avec les membres du clergé du diocèse, un diocèse qui couvre la moitié est de la province de Québec.Le passage de Mgr Runcie à Québec aurait pu et aurait dû intéresser, interpeller davantage tous les chrétiens du Québec, et particulièrement les catholiques romains.D\u2019autant plus que l\u2019on avait déjà eu l\u2019occasion de connaître Mgr Runcie lorsqu\u2019il avait présidé la grande liturgie qui a marqué la 6e Assemblée du Conseil oecuménique des Églises, à Vancouver en 1983, célébration qui avait été diffusée largement sur les ondes de la télévision.En quoi l\u2019événement du 2 septembre dernier a-t-il pu être signifiant?Je ne mentionnerai ici que quelques éléments parmi les plus percutants.Le caractère nettement et seulement pastoral de cette visite avait de quoi interroger la façon grandiose, certains diraient même triomphaliste, avec laquelle les catholiques romains ont accueilli Jean-Paul II un an auparavant.Il est certain qu\u2019il est plus facile de conserver une dimension humaine et pastorale à un événement qui rejoint quelques milliers de personnes que d\u2019assurer cette même dimension lors de rassemblements regroupant des centaines de milliers de personnes.La ferveur et l\u2019implication personnelle de chacun n\u2019est plus la même.On change aussi de niveau d\u2019intériorité pour percevoir et apprécier ce qui se passe et celui qui passe.Après la célébration, les gens ont pu, en toute liberté, serrer la main et adresser quelques mots à Mgr Runcie qui circulait sans contrainte au milieu d\u2019eux.Si l\u2019exubérance était presque absente, il était quand même notable que tous et toutes vivaient un moment important à travers ce contact personnel avec le primat anglican et bon nombre de personnes en profitaient pour fai- re connaître leur réaction à l\u2019homélie qui venait de leur être livrée.C\u2019était une expérience concrète de dialogue et de coresponsabilité propre à faire rêver bien des catholiques romains.Si c\u2019est le primat de l\u2019Église anglicane qui était l\u2019hôte privilégié de la fête, il n\u2019en demeure pas moins que c\u2019est l\u2019évêque anglican de Québec, Mgr Allen Goodings, qui a présidé la liturgie.Cet élément qui peut paraître banal revêt pourtant une signification très importante au niveau de la collégialité des évêques dans l\u2019Église.Pour un catholique romain, il y a là de quoi alimenter et orienter une réflexion théologique.Certes, depuis Vatican II, la collégialité épiscopale est un acquis théologique indéniable.On a affirmé sans cesse cet élément doctrinal depuis Vatican II.Mais on ne semble pas être encore parvenu à en saisir toutes les implications pastorales.On affirme la collégialité mais on la vit encore difficilement.Cette question peut sembler impertinente; elle est pourtant nécessaire, ne serait-ce que parce qu\u2019elle entraîne avec elle la question de la coresponsabilité dans la mission de l\u2019Église entre évêques-prêtres et laïques.La présence de Mgr Runcie à Québec ne pouvait faire autrement que de rappeler avec acuité, au moins aux personnes engagées dans le lent et difficile travail oecuménique, la nécessité devant laquelle se trouvent à la fois l\u2019Église catholique romaine et la Communion anglicane de donner réponse et suite au rapport ARCIC I (Anglican-Roman Catholic International Commission).Cette commission théologique, créée conjointement en mars 1966 par Paul VI et le primat d\u2019alors Michael Ramsay, a exprimé dans son rapport final sa conviction que ces deux Églises partageaient essentiellement la foi de l\u2019Église sur les questions touchant à l\u2019Eucharistie, au ministère et à l'ordination, et enfin à l\u2019autorité dans l\u2019Église.Est-ce que les convictions exprimées par les membres de la Commission seront partagées et entérinées par les deux Églises?Par chacune des conférences épiscopales ou du moins par l\u2019ensemble d\u2019elles, en ce qui regarde la partie catholique romaine?À partir de quoi le seront-elles?Quelles suites concrètes résulteront de ces prises de position?Comment la vie réelle de ces deux Églises sera-t-elle façonnée dans un avenir immédiat?En quoi et jusqu\u2019à quel point le dialogue doctrinal entre Anglicans et Catholiques romains inté-resse-t-il et interpelle-t-il les autres confessions chrétiennes?En quoi le mouvement oecuménique sera-t-il modelé par ce rapprochement?La présence de Mgr Runcie nous aura rappelé la nécessité et l\u2019urgence de donner réponse à de telles questions.¦ Guy St-Michel Service de pastorale de l\u2019Université Laval 278\trelations novembre 1985 LE RETOUR DE MARIA MONK par Julien Harvey Meg Tilly (Soeur Agnes) et Jane Fonda (Dr Livingston) dans le film Agnes of God, de Norman Jewison (Photo: Columbia Pictures Industries) ' au cours de l\u2019année 1836, on commença à voir circuler un peu partout à Montréal un petit livre dont le titre, traduit en français, serait «Horribles exposés des crimes commis au couvent de l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal»1.Le livre était «imprimé à New York pour Jones & Co.de Montréal».L\u2019auteur présumé s\u2019appelait Maria Monk.Son effet dura longtemps.On parla dorénavant avec un air renseigné des soeurs prisonnières derrière grilles et serrures, d\u2019épisodes sanglants, d\u2019abus sexuels des religieuses par le clergé, de meurtres de bébés, de corridors souterrains entre le Séminaire et l\u2019Hôtel-Dieu! Mais il était difficile de croire à un retour de ce type de message.C\u2019est malheureusement là que nous en sommes avec le film de Norman Jewison, «Agnes of God», lancé lors du Festival des Films du Monde à Montréal, le 21 août dernier, et qui tient l\u2019affiche depuis lors.Étrangement, on en a peu parlé, mises à part quelques réactions de malaise dans la presse anglo-canadienne.2 3.Je rappelle d\u2019abord le scénario.Une jeune religieuse de- 1.\tLe livre a été plusieurs fois réimprimé sous le titre de The True Story of Maria Monk.Dès 1854, il est discuté en détail par l\u2019historien E.-M.Faillon, dans un appendice de sa Vie de Mademoiselle Mance et Histoire de THôtei-Dieu de Montréal, vol.2, Montréal, 1 854.2.\tPar exemple, Bruce Bailey et Lucinda Chodan, dans The Gazette du 22 août 1985; Lawrence O\u2019Toole, dans Maclean's du 16 septembre 1 985, p.62.3.\tDans l\u2019Introduction au roman qui reproduit pratiquement le script du film: Leonore Fleischer, Agnes of God, A Novel.Based on the Screenplay by John Pielmeier, Signet Book, New American Library, New York, 1985.vient enceinte dans un couvent catholique.Elle est si naïve et on l\u2019a maintenue dans une telle ignorance qu\u2019elle ne sait pas comment un enfant est conçu (les anges lui soufflent à l\u2019oreille!).Elle donne naissance à l\u2019enfant au couvent, ne sachant trop ce qui lui arrive.Le lendemain, on découvre le bébé assassiné.Survient la loi, et tout particulièrement la psychiatre judiciaire, qui prendra la vedette en défendant la raison, l\u2019humanité et la science contre la Mère Supérieure qui défend la foi et la vie religieuse.Voilà le scénario de la pièce de John Pielmeier, qui a obtenu du succès aux États-Unis en 1981.L\u2019idée originale semble provenir d\u2019un fait réel, survenu peu auparavant dans un couvent de Brighton, près de Rochester dans l\u2019état de New York.C\u2019est à ce moment qu\u2019intervient Norman Jewison.Il dit lui-même avoir préparé le projet avec Pielmeier2.Cette collaboration aboutit à un roman-scénario de Leonore Fleischer, publié en même temps que le film.La reprise cinématographique est celle-ci: la religieuse impliquée est Québécoise, le couvent est supposé se trouver à Berthier-viIle.En réalité, les scènes d\u2019intérieur ont été tournées en Ontario, dans un couvent du type popularisé par les films sur le Moyen-Âge, fabriqué de toutes pièces à partir d\u2019une ancienne école.Les scènes d\u2019extérieur ont été tournées dans le Montréal d\u2019aujourd\u2019hui (Cathédrale, Bibliothèque nationale, etc.).Le scénario est parsemé de français québécois.Les vedettes sont américaines ou anglo-canadiennes et parlent un anglais sans aucun accent! Le personnage principal, la psychiatre Docteur Martha Livingston est même explicitement anglophone, alors que les religieuses sont censées doubler des personnages francophones.Une partie des rôles secondaires sont tenus par des Québécois (Gabriel relations novembre 1985\t279 Arcand, Françoise Faucher, Guy Hoffman, Gratien Géli-nas.J.Quelques traits constants du film doivent être signalés.D\u2019une part, on ne trouve aucune trace d\u2019une transposition symbolique d\u2019ensemble: le film veut clairement être réaliste, proche du documentaire, allant jusqu\u2019à indiquer en surimposition au début: «Montréal, Québec».Toujours par souci de réalisme, on insiste sur le caractère actuel du récit: photo du pape Jean-Paul II, nouveau symbole de la Ville de Montréal, gadgets courants comme le répondeur téléphonique.D\u2019autre part, le jeu des symboles de détail est très accentué: la caméra passe d\u2019une sottise à une croix, d\u2019une ignorance à une Madone, d\u2019une impolitesse à un édifice religieux, avec un automatisme qui ne se dément jamais.Dans la même veine, toutes les charges négatives sont québécoises: aumônier grivois et alcoolique, juge qui réclame des preuves «demain, sans faute» sans quoi il procédera sans preuves, servante grossière du curé Martineau («essuyez vos pieds»).Les religieuses sont présentées sans aucun sérieux spirituel, sans bonté et sans aucune compassion.Le cadre dans lequel elles évoluent est systématiquement déformé et rendu inhumain: chants latins choisis au hasard, multiplication des grilles et des serrures, équipement agricole archaïque, isolement total de la réalité humaine et sociale.Tout cela ne souffre aucune exception, malgré certains moments de connivence entre les complexes de la psychiatrie et ceux de la Mère supérieure et avec l\u2019exception d\u2019un épisode amusant où cette dernière accepte une cigarette du Docteur Livingston.Le préjugé Le fonctionnement du préjugé racial et religieux dans les médias est bien connu4.Le rôle essentiel des stéréotypes négatifs dans la naissance des préjugés étant bien démontré, il s\u2019agit de créer un ou des personnages du groupe concerné, de les rendre vraisemblables et actuels en les plaçant dans un cadre normal et connu.Contrairement au personnage d\u2019une oeuvre d\u2019art, le stéréotype négatif doit se retrouver dans tous les exemplaires: dans les films du Far-west, tous les Apaches doivent être sournois et cruels.Et les jeunes Apaches doivent répéter le stéréotype des vieux.Car ce qu\u2019il s\u2019agit de créer chez le spectateur est l\u2019indignation, en particulier contre la vulgarité morale, qui doit être universelle dans le groupe visé5.Une série d\u2019observations plus techniques confirment le biais de départ.Dans un scénario raciste, il faut isoler autant que possible le groupe dénigré du «nous» des spectateurs.Un moyen recommandé est l\u2019emploi de bribes de la langue étrangère6; un autre consiste à le rapprocher autant que possible des bêtes, sans aucune référence écologique; un autre est de le présenter comme programmé à l\u2019avance, incapable d\u2019échapper au système.Il faut également charger le présent des aspects les plus absurdes du passé.Il est recommandé d\u2019introduire, dans des rôles secondaires, quelques acteurs provenant du groupe à dénigrer.Enfin, lorsqu\u2019on en vient à la diffusion du produit, il faut chercher la collaboration d\u2019un certain nombre de transfuges du groupe concerné, transfuges qui se retrouvent régulièrement dans les groupes sociaux qui sont objets de discrimination.7.Comme on sait, le film a été présenté en première, comme pièce de bravoure, à l\u2019ouverture du Festival de Montréal.Il ne faut pas sous-estimer la qualité des invités de marque: messieurs Pierre Elliott Trudeau, Marc Lalonde, Francis Fox, etc.Pourtant, le public de la première n\u2019a manifesté aucun malaise! Si on veut se faire une idée du grabuge qu\u2019un film à préjugé comme Agnes of God aurait provoqué dans des circonstances légèrement différentes, il suffit de pratiquer la modification suivante: un jeune étudiant au rabbinat orthodoxe rend enceinte une jeune fille.Il est si naïf qu'il ignore même comment cela a pu se produire.Le bébé naît dans une salle de cours abandonnée de la Yeshiva, à laquelle on a donné pour la circonstance une allure médiévale et centre-européenne.Le lendemain, on trouve l\u2019enfant mort.Arrive la police québécoise, puis un psychiâtre québécois particulièrement brillant.Vives et longues discussions en français, entrecoupées d'exclamations en anglais et en yiddish, avec fort accent étranger.Finalement, la science et la raison remportent la victoire sur la foi imbécile de l\u2019étudiant et du directeur du séminaire.Les scènes sont tournées à Montréal, sur la rue Deacon.Il est facile d\u2019imaginer que rien de cela ne passerait inaperçu.Le groupe religieux et culturel concerné réagirait avec véhémence.Et ce n\u2019est pas moi qui l\u2019enr blâmerais.Reprenez le scénario avec d\u2019autres groupes, les Amérindiens du Québec par exemple, et la réaction sera la même, avec raison.Je ne veux pas faire un procès d\u2019intentions à Norman Jewison.Il se présente comme un Canadien qui a été élevé dans la stricte tradition méthodiste.Il a à son crédit des films très connus (Jesus Christ Superstar, 1973; Fiddler on the Roof, 1971).D\u2019autres sont plus discutables (Dans la chaleur de la nuit, 1 967; F.I.S.T., 1 977).Cette fois-ci, lui et son équipe ne semblent pas avoir pris conscience qu\u2019ils donnaient à plein dans le stéréotype anti-québécois et anti-catholique auquel malheureusement trop d\u2019Anglo-ca-nadiens nous ont habitués depuis plus d\u2019un siècle.depuis Maria Monk au moins.Parler de racisme délibéré serait excessif.Mais il demeure indiscutable que Agnes of Gocfvient renforcer un préjugé tenace: la religion d\u2019avant-hier dominerait le Québec d\u2019aujourd\u2019hui! Nous sommes à une période où les relations ethniques deviennent plus difficiles au Québec.À une époque aussi où le Québec fait un effort considérable pour dépasser le racisme et le préjugé religieux.Il est dommage qu\u2019un épisode comme celui de Agnes of God se produise à ce moment.J\u2019ajoute que je ne suis nullement en faveur de la censure.Mais l\u2019absence de censure requiert un peu plus d\u2019éthique professionnelle de la part des créateurs.¦ 4.\tOn verra par exemple P.Bethelheim & M.Janowitz, Dynamics of Prejudice, New York, 1950, p.45s; C.l.Hovland, Experiments in Mass Communications, Princeton, 1949; Arnold M.Rose, «L\u2019origine des préjugés», dans Le racisme devant la science, Paris, UNESCO, 1965, p.429-257; J.A.C.Brown, Techniques of Persuasion from Propaganda to Brainwashing, Londres, 1 963.5.\tVoir Leif Furhammer & Folke Isaksson, Politics and Film, New York, Praeger, 1 971, p.1 52-248; aussi Gordon W.Aliport, The Nature of Prejudice, Doubleday-Anchor, New York, 1958, p.195-196; p.456-458; William Ryan, Blaming the Victim, 2e ed., New York, Random House, 1976.6.\tVoir «Langage et société», dans Protée II, I (1 983), p.2-11 9; un cas classique est la controverse autour des Albums Tintin et de l\u2019usage du «petit nègre» par Hergé.7.\tOn aura un bon résumé des recherches, faites d\u2019ailleurs depuis longtemps, dans G.W.Aliport, op.cit., p.138-156.280 relations novembre 1985 Se défendre ou se questionner?LES NOUVELLES RELIGIONS Par Richard Bergeron Comment peut-on être Persan, se demandait Montesquieu?Comment, à Montréal, en 1985, peut-on être scientologue, mooniste ou krish-na.?Or, la différence nous renvoie toujours à nous-mêmes, à notre propre mystère.L\u2019être religieux devrait être le premier à saisir, comme de l\u2019intérieur, ce qui habite les hommes et les femmes qui ont soif du divin et dont la recherche passionnée, fébrile, les mène sur les chemins les plus divers.281 au cours des deux dernières décennies, nous avons assisté à l\u2019émergence d\u2019une pléthore de nouveaux groupes spirituels et religieux, qualifiés par les uns de «sectes» ou de «cultes» et par les autres de «nouvelles religions» ou de «religions du nouvel âge».Ces nouveaux groupes se désignent eux-mêmes sous les noms les plus divers: association, ordre, église, centre, fraternité, assemblée, mouvement, temple, sanctuaire, mission, fondation, école, atelier, groupe, institut, société, académie, etc.Autant de noms qui suggèrent la complexité du phénomène et la polyvalence de ses facettes.Nous sommes en face d\u2019un phénomène massif et envahissant.Le Centre d\u2019information sur les Nouvelles Religions, de Montréal, a déjà identifié à ce jour pas moins de 516 nouveaux groupes spirituels, religieux ou para-religieux, ayant pignon sur rue au Québec.Ces groupes proposent des voies spirituelles et religieuses puisées à même les sources les plus variées: religions orientales, judéo-christianisme, ésotérisme, occultisme, religions archaïques, psychothérapie, science-fiction, parasycholo-gie, satanisme, etc.De l\u2019enthousiasme à la peur Les nouvelles religions soulèvent dans la société les réactions les plus diverses qui vont de l\u2019enthousiasme naïf à la peur maladive.Chez les adeptes, on rencontre généralement un engouement peu critique.Contrôle de soi, meilleure communication, croissance spirituelle, maturité ac- crue, santé améliorée, sentiment d\u2019appartenance, sécurité retrouvée, attitude positive devant la vie: autant de bienfaits que les adhérents disent retirer de leur nouvelle expérience spirituelle ou religieuse.Ces prétentions des «gens du dedans» ne réussissent guère à contrer le jugement généralement négatif porté sur les nouvelles religions par les «gens du dehors» (i.e., les exmembres, la presse, le public en général).Les groupes sont taxés de pratiquer le contrôle mental, le viol psychique, l\u2019exploitation financière, la coercition physique, le conditionnement psychique et mental.Les leaders sont souvent considérés comme des aventuriers spirituels, des mégalomanes ou tout simplement des truands déguisés en maîtres spirituels.Les adeptes sont généralement vus comme des gens séduits, aliénés, conditionnés, fanatisés et, en dernier ressort, «pas parlables».Ces accusations ne sont pas sans fondement.Hélas! Trop de cas pénibles et d\u2019abus de confiance sont à démasquer.Mais l\u2019expérience montre qu\u2019il faut se garder de toute généralisation indue.Nous rencontrons dans les nouvelles religions le meilleur et le pire.Regarder uniquement ou prioritairement le pire, c\u2019est se vouer à ne jamais rien comprendre à ce qui se passe, c\u2019est risquer de se laisser emprisonner dans la négativité d\u2019un esprit accusateur.L\u2019accusation en dit aussi long sur l\u2019accusateur que sur l\u2019accusé.Elle révèle souvent ce que l\u2019accusateur a à prouver de lui-même et ce qu\u2019il a à défendre dans son style de vie.Les jugements stéréotypés que l\u2019on porte volontiers sur les nouvelles religions trahissent souvent des peurs profondes: peur du chaos, de l\u2019aliénation, de la désintégration personnelle, de la terreur causée par la perte de communication; peur pour soi, pour son conjoint, pour sa famille, pour la société; peurde soi, de l\u2019inconnu, du futur.Se défendre Les nouvelles religions font peur.Nombre d\u2019entre elles sont vues comme moralement mauvaises, psychologiquement débilitantes et politiquement dangereuses.Tout le monde se rappelle Jones Town ou Moïse sur la montagne de l\u2019Éternel.De savantes études ont démontré le côté dangereux et destructeur de certaines religions nouvelles1.Pour se prémunir contre ce «poison social», il se crée un peu partout des organismes de prévention et des groupes de défense contre les sectes.La police est alertée et mène ses enquêtes.On exige que l\u2019État intervienne.Une minorité de pays disposent d\u2019une législation spécifique allant de l\u2019institution du libéralisme en matière religieuse à la répression la plus systématique.On réclame des commissions d\u2019enquête.L\u2019Ontario a eu la sienne dont le résultat a été consigné dans le Rapport Hill qui a pour titre: Study of Mind Development Groups, Sects and Cults in Ontario, 1980.Ce rapport estime que la législation provinciale et fédérale actuelle est suffisante pour contrer les abus et les dangers des nouvelles religions.Par ailleurs, le rapport Vivien, commandé par le Gouvernement français, propose, quant à lui, «qu\u2019un haut fonctionnaire soit désigné auprès du Premier ministre pour assurer un suivi pertinent du phénomène sectaire»2.1.\tArthur A.Dole and Steve K.Dubrow Ei-chel, Some New Religions Are Dangerous, Cultic Studies Journal 2 (1 985) 1 7-30.(Voir la bibliographie annexée à cet article).2.\tLes sectes en France.Paris, la Documentation Française, p.109.NOËL ARRIVE À GRANDS PAS.Pourquoi ne pas transmettre vos voeux à travers un abonnement à Relations\u2019 Voilà une manière simple d\u2019offrir un cadeau qui sera apprécié toute l\u2019année.Pensez à vos ami-e-s qui vivent à l\u2019étranger par exemple.Jusqu\u2019au 20 décembre, vous pouvez profiter de tarifs réduits: \u2022\tUn premier abonnement-cadeau: 13 $ \u2022\tDeux abonnements-cadeaux: 25 $ C\u2019est notre façon d\u2019associer nos voeux aux vôtres! Une carte annoncera vos cadeaux à ses destinataires.Relations, 8100, boui.Saint-Laurent, Montréal, Québec, H2P 2L9 282 relations novembre 1985 Les nouvelles religions comportent, à côté de leur dimension religieuse, un aspect sociopolitique et psychosocial.Comme il revient aux autorités civiles de se préoccuper de la dimension politique, économique et légale du phénomène, aussi appartient-il aux psychologues et aux sociologues de s\u2019intéresser à sa portée psychosociale et aux théologiens et aux religiologues d\u2019en jauger la dimension spécifiquement religieuse.Toutes ces interventions, il va sans dire, doivent se faire dans l\u2019absolu respect et de la liberté religieuse et des droits de la personne et du bien commun.Les citoyens ont droit de s\u2019organiser pour lutter contre ce qu\u2019ils considèrent comme un péril.L\u2019État a le devoir de se donner des instruments pour protéger les citoyens.Et il est loisible aux Églises établies de se donner des moyens pour se défendre contre les accusations dont elles sont l\u2019objet.Toutes ces initiatives, pour ambiguës et délicates qu\u2019elles puissent être, sont peut-être de nature à calmer la peur des gens, à les rassurer dans le danger et à les protéger contre les abus.Mais jamais elles ne doivent nous dispenser du devoir de comprendre les enjeux profonds du phénomène qui nous préoccupe.L\u2019intelligence critique Dans la sécularité profane et la pluralité religieuse actuelle, l\u2019heure est à l\u2019intelligence critique.Le modèle interprétatif et normatif qui dirigeait nos pensées et nos actions s\u2019est effrité et a perdu sa légitimité sociale.Nous ne sommes plus encadrés par des institutions (langue, école, etc.) qui nous protégeaient contre les influences étrangères et hostiles.Chacun est laissé à lui-même dans la cacophonie générale du discours et de la pratique.Chacun fait l\u2019expérience immédiate du pluralisme et de la rencontre des religions, à la maison, à l\u2019école, au travail.Chacun est convoqué à une difficile tâche herméneutique.Personne ne peut se dispenser de connaître et de comprendre le nouveau phénomène religieux et d\u2019en dégager la portée et la signification.L\u2019oeuvre d\u2019intelligence critique n\u2019est possible que si elle s\u2019enracine dans la sympathie religieuse, cette sympathie étant la condition préala- ble à toute compréhension et à tout jugement.S\u2019il n\u2019y a pas de réceptivité à l\u2019égard d\u2019une nouvelle expérience, il ne peut y avoir ni compréhension, ni jugement, mais seulement négation de l\u2019expérience.La sympathie religieuse suppose la renonciation à la volonté de puissance et elle implique qu\u2019on devienne sensible à l\u2019expérience de l\u2019autre.Enracinée dans la sympathie religieuse, l\u2019intelligence critique commence par un recul en face du phénomène pour mieux en prendre la mesure, il faut s\u2019avancer avec prudence sur ce terrain piégé des nouvelles religions où le bon cohabite avec le mauvais, la vérité avec l\u2019erreur, l\u2019appât du gain avec l\u2019amour de Dieu, la recherche d\u2019un égo puissant avec le désir du spirituel, le culte du moi avec le service de Dieu.L\u2019intelligence critique prend pour acquis que rien ne ressemble plus au bien que le mal, à la vérité que l\u2019erreur, à l\u2019amour que la haine.Elle n\u2019ignore pas que l\u2019ange des ténèbres se déguise en ange des lumières.Elle sait également que ce n\u2019est pas la fin poursuivie \u2014 si noble soit-elle \u2014 qui révèle l\u2019intention profonde d\u2019un individu ou d\u2019un groupe, mais les moyens utilisés pour y parvenir.L\u2019intelligence critique ne se laisse pas obnubiler par les objectifs proposés par les nouvelles religions (réalisation divine, expérience de soi, maîtrise de soi, etc.); elle porte son attention sur les pratiques et les moyens mis en oeuvre: vraies/fausses représentations ou culpabilisation, information ou séduction, recrutement ou manipulation, liberté ou conditionnement, croissance ou exploitation, etc.Ce sont les moyens utilisés qui révèlent les buts inavoués qui sont, en définitive, les seuls importants.Par exemple, certains groupes affichent un sourire mielleux et une ouverture, alors que leur intention profonde \u2014 souvent ignorée des membres eux-mêmes \u2014 est de combattre et de détruire l\u2019Église catholique.D\u2019aucuns se présentent comme des «modes de vie», des «thérapies» alors qu\u2019ils sont de véritables religions.D\u2019autres enfin se disent «religion» dans certaines circonstances et rejettent raidement ce titre en d\u2019autres occasions \u2014 selon que le dicte leur intérêt immédiat.Pas étonnant dès lors que tant de personnes se retrouvent un jour dans une nouvelle religion, à leur insu et sans l\u2019avoir jamais vraiment décidé.Prudente, l\u2019intelligence critique est curieuse et assoiffée de connaître et relations novembre 1985 de comprendre.L\u2019arbre ne lui masque jamais la forêt: elle ne s\u2019arrête pas aux apparences et à la facilité.Elle cherche la raison d\u2019être et la signification du phénomène dans son ensemble.Elle en scrute la portée sociale et religieuse.Elle discerne, distingue, fait la lumière, interprète et se laisse interpeller.Une interpellation De par leur seule présence, les nouvelles religions constituent une importante interpellation pour la société et l\u2019Église actuelle.Cette interpellation se dit dans la critique et les accusations souvent massives qu\u2019elles portent contre l\u2019Église et la société.Il ne faut pas se laisser arrêter par le contenu objectif de ces accusations qui, à cause de leur excès, voire de leur grossièreté, manquent souvent la cible.L\u2019intelligence critique s\u2019efforce de saisir la visée ultime de ces accusations pour capter la mise en demeure et l\u2019interpellation qu\u2019elles contiennent.Critique de la société actuelle, de son esprit positiviste et matérialiste, de sa tendance à objectiver l\u2019individu et à l\u2019aliéner, de son refus de prendre en compte la dimension intérieure de la personne.Au-delà de ces critiques, il y a un appel à la subjectivité, à l\u2019intériorité, à la spiritualité, à la conscience.Et si les nouvelles religions étaient un miroir ou un reflet d\u2019une société en crise?Critique de l\u2019Église traditionnelle, de son dogmatisme qui se méfie de l\u2019expérience personnelle, de son sa-cramentalisme qui tend à épuiser la relation avec Dieu, de ses compromis avec l\u2019esprit mondain et de ses adaptations doctrinales.Au-delà de ces critiques, il y a un appel à la sainteté de l\u2019Église, à la pureté doctrinale, à une expérience religieuse plus intérieure, à une vie communautaire plus chaleureuse, à une sacramentalité plus diaphane, etc.Et si les nouvelles religions étaient un lieu d\u2019où l\u2019Esprit lance un appel aux Églises?Plus d\u2019une personne a été conduite au Christ et à un christianisme plus authentique par les nouvelles religions.L\u2019Esprit ne souffle-t-il pas où il veut, n\u2019en déplaise aux bien-pensants?¦ 283 Pour s\u2019y comprendre QUELQUES JALONS par Roland Chagnon professeur au département de sciences religieuses de l\u2019UQAM De plus en plus de Québécois cherchent un Sens dans ces voies étranges, exotiques, de l\u2019expérience mystique de - type oriental.À quelle lo-, gique profonde corres-î pondent ces nouvelles j disciplines de l\u2019âme?à quel besoin «religieux» répondent-elles?C\u2019est un truisme que d\u2019affirmer que le Québec est devenu une société pluraliste, parcourue de part en part par une quantité considérable de religions, anciennes et nouvelles, de souche judéo-chrétienne, hindou-bouddhiste ou encore d\u2019origine syncrétiste; d\u2019idéologies séculières rivales proposant chacune leur conception de l\u2019organisation idéale de la société: socialisme, capitalisme, social-démocratie, nationalisme, écologisme.; et enfin, de groupes thérapeutiques plus intéressées par le salut de l\u2019individu que par la transformation de la société.Ce 284 qu\u2019il y a de commun à toutes ces religions, idéologies et groupes thérapeutiques, c'est qu\u2019ils offrent tous aux hommes et aux femmes de ce temps une interprétation globale du sens de leur existence et de leur destin.Là s\u2019arrête la ressemblance! De là à conclure au pluralisme de la société québécoise, entendu au sens d\u2019une ouverture positive de tous ces courants d\u2019idées les uns aux autres et à leur interfécondation réciproque, il y a un pas qui est généralement trop vite franchi.Ce dont il faut parler, c\u2019est d\u2019une société plurielle où il y a, au mieux, indifférence de tous ces relations novembre 1985 courants d\u2019idées les uns par rapport aux autres et, au pire, comme c\u2019est souvent le cas, conflits, rivalités et luttes pour le pouvoir.Là ne s\u2019arrêtent pas les quipropos sur ce qu\u2019on appelle les nouvelles religions! Leur «nouveauté» fait question.Dans quelle mesure sont-elles réellement nouvelles?Ne sont-elles pas plutôt des réinterprétations, des reprises ou des relances de traditions religieuses fort anciennes?Leur statut «religieux» fait aussi problème.C\u2019est «nous» qui, tantôt, qualifions de «religions» des groupes qui refusent sciemment de l\u2019être (comme Eckankar, La Mission du Canada) et qui, tantôt, refusons à d\u2019autres le statut religieux qu\u2019ils réclament de toutes leurs forces comme dans le cas de l\u2019Église de Scientologie.C\u2019est «nous» aussi qui qualifions de terme vague de «sectes» un amas de groupes qui refusent généralement tout à fait d\u2019être considérés comme tels.Le nombre de violences, tantôt épistémologiques et tantôt juridiques, qui sont faites à cet ensemble de phénomènes qu\u2019on regroupe trop facilement sous le vocable commun de sectes est considérable.Mon but ici n\u2019est pas de mettre définitivement un terme à toutes ces violences mais, plus prosaïquement, de poser un premier geste en ce sens en traitant de quelques aspects importants touchant au phénomène des «nouvelles religions»: leurs traits communs, leurs traits particuliers, les motivations de leurs membres, leur signification dans le contexte socioreligieux actuel au Québec.1.Quelques airs de famille Quelques traits communs se retrouvent dans toutes les nouvelles religions, qui leur donnent des airs de famille.Les religions d\u2019inspiration orientale, par exemple, se reconnaissent à des traits particuliers.Toutes les nouvelles religions d\u2019inspiration orientale s\u2019entendent sur le fait que l\u2019expérience, et non pas la croyance, constitue l\u2019essentiel de la vie religieuse.Ce qu\u2019elles cherchent à communiquer avant tout, ce n\u2019est donc pas un message, ou un corps de vérités à croire ou de doctrines à propager mais bien une expé- 1.\tSignalons que Roland Chagnon est auteur de deux ouvrages récents sur les nouvelles religions.La scientologie: une nouvelle religion de la puissance, Montréal, Hurtubise HMH, 1985, 240 p.et Trois nouvelles religions de la lumière et du son, Montréal, Éditions Paulines, 1 985, 375 p.2.\tJames T.Richardson, «New Religions Movements in the United States: A Review», in Social Compass, XXX, 1, 1983, p.85-100.3.\tErnst Troeltsch, The Social Teaching of the Christian Churches, 2 vol, Chicago and London: The University of Chicago Press, 1 976.rience directe et concrète du Divin au-delà de toute catégorisation et de toute conceptualisation particulières.Les nouvelles religions sont unanimes à soutenir que les grandes religions traditionnelles font obstacle à une véritable expérience du Divin.Au lieu de conduire l\u2019homme vers Dieu, prétendent-elles, les grandes religions se sont interposées entre l\u2019homme et Dieu coupant ainsi l\u2019homme de tout contact avec sa source divine.Les nouvelles religions d\u2019inspiration orientale ne font pas appel à la foi de leurs adeptes, mais bien à leur capacité de discrimination personnelle.Elles empruntent ici le langage de la science expérimentale, celui de l\u2019hypothèse et de la vérification.La validité de l\u2019expérience spirituelle proposée par ces groupes ne repose donc pas sur une autre autorité \u2014 du moins est-ce ainsi qu\u2019elles s\u2019auto-in-terprètent \u2014 que celle d\u2019une «science expérimentale».Le spiritualiste «scientiste» ne croit donc en rien.Il ne fait que se soumettre aux conclusions découlant de ses propres expérimentations.Les noms mêmes des nouvelles religions montrent qu\u2019elles s\u2019auto-interprètent comme des sciences: la Science de la Spiritualité, la Science de l\u2019Intelligence Créatrice (Méditation Transcendantale), la Science du Voyage de l\u2019Âme (Ec-kankar), la Science Moderne de la Santé Mentale (Église de Scientologie).Les nouvelles religions d\u2019inspiration orientale propagent toutes un même enseignement: celui du karma et de la réincarnation.Insistons ici, pour éviter toute contradiction apparente, sur le fait qu\u2019aux yeux des nouvelles religions, il ne s\u2019agit pas d\u2019une croyance, mais bien d\u2019une loi scientifique en vertu de laquelle chacun est dans sa vie présente le résultat de ses actes passés et en vertu de laquelle aussi chacun récoltera dans l\u2019avenir le fruit des actes qu\u2019il pose actuellement.Chacun est donc seul responsable de ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui comme il est seul responsable aussi de ce qu\u2019il sera demain.À chacun selon son mérite, voilà la loi éthique fondamentale de toutes les nouvelles religions d\u2019inspiration orientale.On a dit, avec assez d\u2019à-propos, à mon avis, que les nouvelles religions d'inspiration orientale étaient des «religions du soi».En effet, elles s\u2019intéressent toutes, d\u2019une manière ou de l\u2019autre et sous un nom ou l\u2019autre, à ce qui constitue l\u2019essentiel de l\u2019être hu- relations novembre 1985 main, essentiel par rapport auquel la personnalité empirique que nous constituons fait pâle figure.Par ailleurs, les nouvelles religions d\u2019inspiration orientale ont tendance à voir en ce «soi», intérieur à chacun, la figure même du divin.En ce sens, elles participent à une conception imma-nentiste du Divin.Enfin, les nouvelles religions d\u2019inspiration orientale proposent un ensemble de rituels communs: initiation, méditation, témoignage.Le disciple qui aspire à la vie spirituelle doit y être introduit par un maître au moment de l\u2019initiation.La vie spirituelle, y enseigne-t-on aussi, ne peut se développer sans la pratique quotidienne de la méditation, véritable poumon de la vie spirituelle.Certains groupes recourent aussi au rituel du témoignage en vue de fortifier la vie spirituelle de leurs membres.À côté de ces traits qui donnent un air de famille très particulier à toutes les nouvelles religions d\u2019inspiration orientale existe une autre famille qui, elle aussi, se laisse reconnaître à certains traits.Cette autre famille est davantage d\u2019inspiration judéo-chrétienne et se reconnaît ainsi: importance de l\u2019expérience de conversion, insistance sur l\u2019autorité exclusive de la Bible et sur son interprétation littérale, accent sur la transcendance de Dieu et importance du prosélytisme.Ces considérations sur les airs de famille nous amènent à nous interroger sur les types de groupes religieux nouveaux existant au Québec.Les types de groupes Il n\u2019est pas question ici d\u2019ouvrir l\u2019éventail de toutes les typologies qui ont été proposées en vue de mieux comprendre les nouvelles religions.Je me bornerai plutôt à en présenter une qui me semble éclairante, celle de James T.Richardson2.Elle distingue deux sortes de groupes, ceux qui s\u2019opposent aux valeurs dominantes de la société et ceux qui, même indirectement, viennent confirmer ces mêmes valeurs.Les premiers groupes s\u2019apparenteraient à ceux que Troeltsch3qualifiait de sectes et qui se caractérisaient par l\u2019ensemble des traits suivants: rupture radicale avec la société, vie en retrait du monde du groupe des élus, insistance sur la conversion personnelle à Dieu, attente du Royaume à venir.285 Les seconds ressembleraient davantage aux groupes qu\u2019il réunissait sous le vocable commun de «spiritualisme», ou encore, de «mysticisme», par quoi il entendait des courants d\u2019idées \u2014 plutôt que des groupes au sens fort du terme \u2014 favorisant une quête d\u2019union à Dieu, vécue de manière personnelle et intime.Peu de rituels communs unissaient les «spiritualistes» observés par Troeltsch, qui croyaient par-dessus tout en la force de l\u2019Église invisible et qui se méfiaient beaucoup de l\u2019Église visible.C\u2019est avec prudence qu\u2019il faut utiliser ces catégories de Troeltsch, faites avant tout pour comprendre la diversité des groupes chrétiens durant les dix-huit premiers siècles de la vie de l\u2019Église et qui montrent que, dans leur volonté de transiger avec le monde, les chrétiens ont adopté trois stratégies éthiques: la stratégie du compromis (type église), la stratégie de la contestation radicale (type secte) et enfin, la stratégie du repli individualiste (type mystique).Personnellement, il me semble éclairant d\u2019interpréter comme des «sectes» la plupart des groupes d\u2019inspiration judéo-chrétienne dont nous avons déjà dégagé plus haut les airs de famille et comme des «mystiques», les groupes d\u2019inspiration orientale dont nous avons déjà relevé les grandes caractéristiques.Ces concepts dévoilent deux manières fondamentales d\u2019être au monde et, à ce titre, nous renseignent sur l\u2019éthique sociale des groupes qui se réclament d\u2019un type ou de l\u2019autre: contestation sectaire ou repli individualiste et indirectement attes-tataire des valeurs dominantes.Motivations des membres Comme nos recherches personnelles n\u2019ont porté que sur les nouvelles religions d\u2019inspiration orientale, nous nous en tiendrons à parler des motivations des membres de ces religions.Les motivations principales invoquées par les membres pour expliquer leur adhésion à leur nouvelle religion étaient, dans l\u2019ordre, le souci de vivre une vie spirituelle plus intense, le désir de donner un sens à leur vie et enfin, la recherche d\u2019un style de vie convenant à leurs besoins et à leurs aspirations.Quant aux motivations à demeurer dans leur groupe spirituel, on trouvait, par ordre d\u2019importance, les raisons suivantes: l\u2019at- 286 Les nouvelles religions viennent légitimer et sacraliser un mouvement de repli sur soi à la suite du dépérissement récent de toutes les idéologies collectivistes et du dé- senchantement face aux États-providence.teinte de la paix intérieure, la croissance spirituelle et l\u2019acquisition d\u2019une attitude plus positive à l\u2019égard de la vie.L\u2019analyse des motivations des membres des nouvelles religions met en valeur l\u2019importance des préoccupations individuelles dans leur démarche spirituelle.On veut croître, atteindre la paix intérieure et trouver un sens à sa vie.Voilà ce qui amène les gens à adhérer aux nouvelles religions.On n\u2019est pas intéressé à transformer une société malade, source de stress pour les individus.Tout ce qu\u2019on recherche, en adhérant aux nouvelles religions, ce sont des moyens de survivre de la manière la plus épanouie possible, même au sein de l\u2019environnement le plus hostile à la croissance de la personne.En ce sens, du moins chez les membres des nouvelles religions d\u2019inspiration orientale, la préoccupation dominante est d\u2019ordre individualiste.Très peu développé est chez eux le souci du développement d\u2019une vie communautaire et, encore moins, celui d\u2019une action en vue de transformer la société.Tout au plus ces dimensions sont-elles envisagées comme des conséquences normales du développement de la conscience individuelle des gens.On voit aussi l\u2019affinité qui existe entre, d\u2019une part, cette optique individualiste et, d\u2019autre part, l\u2019éthique individualiste des nouvelles religions, centrée sur la loi karmique de cause et d\u2019effet.Signification dans le Québec actuel On ne peut comprendre le phénomène du développement des nouvelles religions au Québec depuis une relations novembre 1985 quinzaine d\u2019annees sans tenir compte de l\u2019évolution de la société québécoise dans son ensemble au cours de cette période.Au plan culturel, cette évolution est marquée par la sécularisation, c\u2019est-à-dire par la fin du contrôle exclusif de l\u2019Église sur l\u2019ensemble des institutions sociales et sur les mentalités.La fin du contrôle monopolistique de l\u2019Église sur la société québécoise crée un vide que d\u2019autres visions du monde, d\u2019inspiration religieuse ou séculière, chercheront à combler.Les nouvelles religions font partie de ce processus.D\u2019autre part, les nouvelles religions se développent au Québec parallèlement au recul progressif des diverses promesses de salut collectif \u2014 que ce soit celles du catholicisme d'antan ou, plus récemment encore, celles des diverses formes de socialisme ou de nationalisme \u2014 qui, pour un temps, ont porté l\u2019espérance collective de vastes portions de la population.Il reste aujourd\u2019hui peu de gens qui croient aux lendemains qui chantent.Une certaine morosité s\u2019est emparée des masses qui, plus que jamais, se méfient des grands visionnaires et de leurs beaux projets collectifs.Ce soupçon qui affecte toutes les promesses de bonheur collectif explique, du moins en partie, la popularité relative des groupes religieux qui s\u2019intéressent avant tout au sort de l\u2019individu «ici et maintenant».Les nouvelles religions viennent légitimer et sacraliser un mouvement de repli sur soi, observable non seulement au Québec, mais partout en Occident, à la suite du dépérissement récent de toutes les idéologies collectivistes et du désenchantement face aux États-providence et à leurs faux espoirs.Selon un sondage effectué à l\u2019été 1984 par le Centre de sondage de l\u2019Université de Montréal, seulement 5% des Québécois avaient un jour ou l\u2019autre été membres d\u2019une nouvelle religion.Le même sondage révélait aussi que près de 20% des Québécois lisaient des ouvrages sur la spiritualité orientale.Le phénomène des nouvelles religions est donc, si on le considère en lui-même, un phénomène encore marginal.Mais, cette lecture peut être fausse! Il y aurait sans doute intérêt à se demander dans quelle mesure ce phénomène ne représenterait pas que la pointe d\u2019un iceberg et dans quelle mesure, donc, il ne serait pas la manifestation actuellement visible d\u2019une transformation culturelle latente, beaucoup plus vaste, en train de se préparer.¦ Entre l\u2019inquisition et la naïvete LES SECTES ET LA LOI par Vincent Péguy ' - ¦ -À: Photo: Paul Hamel On a peur des sectes.Leur contestation du jeu social provoque et inquiète.Aussi la première réaction pousse-t-elle à imaginer les pires horreurs, à laisser courir des rumeurs de toutes sortes et à condamner sans appel ces mouvements qui remettent en question.Disons-le d\u2019emblée: la plupart des sectes ont des activités parfaitement légales; souvent étrangères à nos traditions, parfois surprenantes pour nos mentalités, mais non répréhensibles en elles-mêmes.Quelques sectes seulement se livrent, au nom de leur idéal, à des activités dangereuses pour l\u2019individu et la société sous le couvert des libertés et protections 1.\tVoir Le monde diplomatique, page 2 et 3, février 1 985.2.\tAlain Vivien: Les sectes en France.Expressions de la liberté morale ou facteurs de manipulations.Rapport au premier Ministre, La documentation française, Coll, des rapports officiels, février 1985 (date de remise).reconnues par la loi aux associations spirituelles et religieuses.C\u2019est à propos de ces exceptions que ces questions s\u2019imposent.Peut-on admettre et tolérer que des personnes faibles psychologiquement soient placées dans des conditions telles que leur liberté de discernement s\u2019en trouve sérieusement aliénée?Peut-on laisser des mouvements pseudo-religieux mener des activités industrielles florissantes dans le domaine de l\u2019armement et s\u2019organiser en groupes de pression internationaux, officiellement anticommunistes, mais liés en fait à des dictatures d\u2019extrême-droite1 2?Doit-on se contenter de fermer les yeux lorsque des cours ou un programme de formation entraînent les adhérents à débourser plusieurs dizaines de milliers de dollars?Dans les démocraties occidentales, la réponse de l\u2019État à ce genre de problème est généralement timide.Le législateur connaît mal les sectes, il hésite à agir.Pourtant les pressions se font de plus en plus nombreuses relations novembre 1985 pour le pousser à intervenir.Des organismes de défense des droits se forment et se manifestent sur la place publique.Des familles arrachent leurs enfants aux sectes et leur font subir des séances de «déprogrammation» dont on peut craindre qu\u2019elles ne soient aussi dangereuses que les méthodes dont on fait grief à ces groupes.À la suite des travaux de la commission parlementaire spéciale sur la protection de la jeunesse, qui s\u2019est déroulée en novembre 1982, divers organismes québécois ont demandé au ministre de la Justice de mettre en place un groupe d\u2019étude qui permette de mieux saisir le phénomène des sectes et de coordonner l\u2019action gouvernementale quand il y a lieu.En France, le gouvernement a mandaté un parlementaire, M.Alain Vivien, pour étudier le dossier et proposer «des mesures propres à garantir la liberté d\u2019association au sein des sectes, tout en préservant les libertés fondamentales des individus».Cette recherche vient d\u2019être conclue par un 287 rapport de 150 pages2, qui recommande une double ligne de conduite: d\u2019abord, lorsque c\u2019est nécessaire, et si complexe que cela puisse paraître, l\u2019État ne doit pas hésiter à réprimer les actions illégales des sectes; mais il se doit aussi d\u2019intervenir, aux côtés d\u2019autres institutions, pour prévenir, assister et protéger les citoyens.Une intervention nécessaire Ce sera le jeu des sectes, si elles sont poursuivies pour activités illégales, de proclamer à qui veut bien les entendre qu\u2019elles sont martyrisées pour leurs idées, que la liberté de religion et le droit d\u2019association sont battus en brèche, qu\u2019on n\u2019est pas loin de se retrouver au temps de l\u2019Inquisition.«Nous nous appuyons sur le consentement de nos adeptes, affirmeront-elles; la manipulation est pratiquement impossible à démontrer et, au demeurant, nos méthodes ne diffèrent guère de celles qu\u2019on pouvait observer dans les Églises traditionnelles, il n\u2019y a pas si longtemps.» L\u2019État a le devoir de rappeler que, si la liberté de religion permet d\u2019adhérer à n\u2019importe quelle croyance, elle n\u2019autorise pas à faire n\u2019importe quoi.S\u2019il faut poursuivre certaines sectes en justice, c\u2019est à cause des actes répréhensibles qu\u2019elles peuvent commettre.Devant la loi, elles sont sur le même pied que tout autre regroupement ou individu.S\u2019il est effectivement difficile de tirer une frontière entre persuasion et manipulation, c\u2019est le devoir de l\u2019État «de garantir à chaque individu, dès l\u2019enfance, la possibilité de ses propres choix, (ce qui) n\u2019est possible que dans le cadre institutionnel de la démocratie, c\u2019est-à-dire dans le respect des lois qui régissent la société civile \u2014 non en tant que société ni pour elle-même \u2014 mais comme lieu de rencontre des expériences et convictions individuelles.Toute transgression aux lois civiles est au premier chef attentatoire aux libertés de chacun» (Rapport Vivien, p.11 9).Des lois existent.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019élaborer des législations spéciales pour con- 288 trer les activités illégales de certaines sectes.Pour la France, le Rapport Vivien est formel; au Québec, les intervenants s\u2019accordent à dire que l\u2019arsenal juridique en place est suffisant.Sans être exhaustif, voici les principales législations auxquelles il est possible de recourir.D\u2019abord, au niveau du droit pénal, rappelons surtout les lois qui condamnent l\u2019atteinte à la liberté personnelle, les mauvais traitements ou l\u2019abus de biens: séquestration, détournement de mineur, violence avec voies de faits, fausse représentation, escroquerie.Les lois fiscales peuvent aussi entraîner des poursuites au criminel, comme les tribunaux américains l\u2019ont rappelé récemment au Révérend Moon en lui imposant un séjour de quelques mois dans un pénitencier fédéral.Dans un autre domaine du droit, il existe diverses réglementations administratives qui doivent s\u2019appliquer aux sectes.Par exemple, les textes qui régissent la sollicitation sur la voie publique, la législation des changes, les lois sur les conditions de travail et le salaire minimum, le code des professions et en particulier du contrôle de l\u2019exercice de la médecine.Il y a aussi les règlements qui permettent à l\u2019État de surveiller les établissements privés d\u2019enseignement: on pourra interdire à une secte d\u2019ouvrir sa propre école si le projet d\u2019enseignement ou les conditions de vie ne répondent pas aux normes du ministère de l\u2019Éducation.mais leur application est difficile Le Rapport Vivien permet de bien cerner les difficultés d\u2019application de la législation existante.Que ce soit en France ou au Québec, quelques poursuites sont intentées; mais souvent les méfaits de certaines sectes demeurent impunis.Pourquoi?Première raison: les autorités chargées d\u2019intenter les poursuites n\u2019auront pas été informées.En effet, les victimes osent rarement porter plainte et ne savent même pas à qui s\u2019adresser.Parce qu\u2019elles ont eu affaire à un groupe religieux, elles s\u2019imaginent qu\u2019il n\u2019y a pas de recours possible; ce qu\u2019elles savent, par con- relations novembre 1985 tre, et de nombreux témoignages le confirment, c'est qu\u2019après avoir porté plainte elles risquent d\u2019être l\u2019objet de pressions, de harcèlement, voire de chantage de la part de la secte qu\u2019elles viennent de quitter.Un autre obstacle vient du fait que, même informées, les autorités de l\u2019État hésitent à agir.Elles craignent de se voir accusées de persécution religieuse, et c\u2019est effectivement la carte que jouent ces sectes.L\u2019État n\u2019ose pas rappeler avec fermeté les principes qui fondent son action.Ces hésitations sont encore renforcées du fait que, face à une délinquance qui s\u2019exerce dans des secteurs multiples, les différentes branches de l\u2019administration sont isolées et ne s\u2019informent pas mutuellement des politiques qu\u2019elles appliquent.Enfin, même lorsque l\u2019État se décide à intervenir \u2014 et c\u2019est particulièrement le cas dans le domaine des infractions financières \u2014, il se bute aux ramifications internationales de certaines sectes: pour échapper aux poursuites, celles-ci vont tout bonnement s\u2019éclipser puis renaître sous un autre nom ou se reconstituer dans un autre pays.Pour remédier à ces carences, le Rapport Vivien formule deux propositions réalistes et dont on pourrait s\u2019inspirer ici.Il suggère de créer une structure interministérielle chargée «d\u2019animer le suivi des affaires sectaires, de coordonner l\u2019action gouvernementale dans le domaine des sectes».Ce service de coordination offrirait un suport technique aux différents départements ministériels et pourrait susciter des actions concertées.De même, face à la mouvance des sectes, il souhaite un renforcement de la coordination internationale, notamment en aidant les associations qui existent dans les différents pays à se doter d\u2019un secrétariat international.Quelle que soit la qualité du système judiciaire, il n\u2019arrivera jamais à protéger parfaitement les citoyens.Il n\u2019est pas non plus souhaitable de multiplier les interventions administratives dans les groupes religieux.D\u2019ailleurs, les poursuites judiciaires n\u2019aident pas à panser les plaies et, pour les personnes qui se sont fait prendre au piège, elles arrivent trop tard.C\u2019est pourquoi l\u2019État se doit d\u2019intervenir aux côtés d\u2019autres organismes pour prévenir l\u2019action illégale de certaines sectes, assister les victimes et leurs familles et surtout porter une attention toute particulière à la protection des enfants.Prévenir Le Rapport Vivien émet une série de recommandations qui semblent bien correspondre aux attentes formulées par les intervenants qui ont affaire aux sectes au Québec.La méthode la plus efficace de prévention est sans doute l\u2019information.Alain Vivien souhaite que les pouvoirs publics s\u2019assurent le concours d\u2019organismes privés ou publics, tels les associations de défense des familles ou les chercheurs universitaires, afin de mieux analyser le phénomène.L\u2019information ainsi recueillie serait ensuite diffusée auprès des éducateurs, des travailleurs sociaux, et plus généralement dans le milieu associatif.Il estime aussi important qu\u2019une information objective et complète, dépassant l\u2019aspect sensation- EN APPOINT dans la brève bibliographie qui suit, on privilégie des ouvrages d\u2019auteurs québécois, de nouvelles parutions parmi les plus intéressantes et des sources accessibles, faciles à lire, en excluant les livres ou articles qui traitent plus spécifiquement des aspects économiques, sociologiques, légaux, politiques ou psychologiques du phénomène des nouvelles religions.\u2022 BERGERON, R., Le cortège des fous de Dieu.Un chrétien scrute les nouvelles religions, Montréal/Paris, Éditions Paulines/Apostolat des Éditions, 1 982.Vision d\u2019ensemble, analyse pertinente, réflexion systématique rattachée à la situation du Québec actuel.Un apport considérable de ce livre: la proposition d\u2019une typologie, sorte de cadre général permettant de situer les mouvements religieux et spirituels québécois.À signaler aussi les jalons pour une interprétation chrétienne des nouvelles religions et l\u2019invitation qui est faite de se laisser interpeller par celles-ci.\u2022 BERGERON, R., «Pour une interprétation théologique des nouvelles religions», Revue Concilium 181, p.137-146.\u2022 Chagnon, R., «Jeunesse américaine et nouvelles religions», Médium (no 22, été 1984) p.25-28.\u2022 JAMES, M.-F., Les précurseurs de l\u2019Ère du Verseau, Montréal/Paris, Éditions Paulines/Médiaspaul 1985.On y trouve notamment des profils bio-bibliographiques de personnalités dont l\u2019oeuvre et l\u2019action ont été déterminantes dans la résurgence et le développement de l\u2019ésotérisme et de l\u2019occultisme à l\u2019époque contemporaine.\u2022 VERNETTE, J., Sectes et réveil religieux.Quand l\u2019Occident s\u2019éveille., Mulhouse, Éditions Salvator 1976.Une étude d\u2019ensemble du phénomène des «sectes».Ouvrage qui se présente avec une visée pastorale et pratique.\u2022 VERNETTE, J., «Les sectes», revue Fêtes et Saisons (fév.1975, no 292) p.1-35.\u2022\tVERNETTE, J., «Sectes, la nouvelle vague», revue Fêtes et Saisons (1976, no 305) 34 p.\u2022\tLes cahiers du CRSR (1 980, vol.3).Publié chez Bel- larmin.Voir l\u2019article d\u2019Éric Foucard: «La vision des sectes au Québec: mécanismes et résultats», p.117-128.\u2022\tCHAGNON, R., La Scientologie: une nouvelle reli- gion de la puissance.(Cahiers du Québec, Coll.Sociologie), Montréal, Hurtubise HMH 1985.\u2022\tCHAGNON, R., Trois nouvelles religions de la lumiè- re et du son, Montréal, Éditions Paulines 1 985.On y trouve d\u2019importants développements sur la Mission de la lumière divine et sur le mouvement Echankar.\u2022\tBOUTIN, M., «La Bible et les extra-terrestres.Les croyances des Raëliens», Revue Médium (automne 1983, no 20), p.14-19.\u2022\tRapport HILL, Study of Mind Development Groups.Sects and Cults in Ontario, 1980.A Report of the Ontario Government.\u2022\tRapport VIVIEN, Les sectes en France, Paris, La Do- cumentation Française 1985.\u2022\tÀ signaler: les cassettes et les vidéo-cassettes pro- duites par le Centre d\u2019information sur les Nouvelles Religions sur différents thèmes comme la réincarnation, Satan, le syncrétisme et l\u2019astrologie.Pour un complément bibliographique: \u2022\tFOUCART, E., Sectes et mouvements religieux mar- ginaux de l\u2019Occident contemporain.Répertoire bibliographique, Québec, Groupe de recherche en sciences de la religion de l\u2019Université Laval 1 982.\u2022\tBLOOD,.L.O., Comprehensive Bibliography on the Cult Phenomenon, Weston MA, The American Family Foundation 1 984.Yvon Lepage directeur du CINR relations novembre 1985 289 nel ou le scoop journalistique, soit fournie au grand public.On pense tout de suite à ce que peut offrir la télévision et il pourrait être utile, à l'instar de ce qui se fait en Allemagne fédérale, que les réseaux nationaux de télévision préparent des émissions spéciales.Le Rapport rejoint les souhaits plusieurs fois manifestés par des intervenants québécois quand il insiste sur l\u2019importance d\u2019une information sur les sectes à l\u2019école.L\u2019idéal serait «que l\u2019enfant ou l\u2019adolescent puissent non seulement se faire une idée personnelle des choix qu\u2019ils feront ou confirmeront, mais surtout disposent d\u2019instruments moraux et spirituels qui leur permettent ces choix, avec les meilleures garanties de leur libre examen et de leur propre autonomie intellectuelle».Assister Le rôle de l\u2019État ne doit pas s\u2019arrêter à la prévention.Comment assister les victimes d\u2019une secte qui désirent en sortir, ou les familles qui vont se trouver déchirées par le départ brutal et inexpliqué d\u2019un de leurs membres?C\u2019est d\u2019abord ce genre de problèmes qui a servi de point de départ au Rapport Vivien, notamment les affaires d\u2019enlèvement d\u2019enfants majeurs par leurs familles.Le rôle de l\u2019État est ici particulièrement délicat, car il ne lui incombe pas d\u2019intervenir dans les choix d\u2019une personne, ni de trancher dans le combat qui oppose la secte à la famille.Tout au plus, peut-il apporter un soutien aux familles, en favorisant l\u2019intervention d\u2019un médiateur entre elles et la secte.Il peut aussi veiller à ce que le choix de l\u2019adepte se fasse en toute liberté.Le Rapport suggère la création, dans chaque région, d\u2019un organisme associatif, composé de personnalités indépendantes, dont le but serait d\u2019offrir une méditation entre la secte et la famille et de renouer le dialogue.En outre, en cas d\u2019échec de la médiation, Alain Vivien désirerait qu\u2019un juge puisse prononcer une mise en tutelle provisoire de l\u2019adepte, «si une atteinte manifeste a été portée à son intégrité physique ou psychique».Concrètement, l\u2019adepte pourrait être tenu de quitter temporairement la 290 secte pour quelques semaines, durant lesquelles, assuré de ne pas être contraint à subir des techniques dites de déprogrammation, il aurait à confirmer ou infirmer son choix, sans pression ni de la famille, ni de la secte.Notons que la deuxième partie de la proposition, si elle est compréhensible, soulève de nombreuses objections de principe, en raison des risques qu\u2019elle fait peser sur la liberté des personnes.On imagine qu\u2019il sera extrêmement difficile de déterminer en quoi consiste une «atteinte manifeste à l\u2019intégrité physique ou psychique».Les intervenants québécois sont unanimes pour en rejeter le principe, et en France, il y a relativement peu de chances pour qu\u2019elle fasse l\u2019objet d\u2019un projet de loi.Contesté sur l\u2019idée d\u2019une tutelle, le Rapport fait l\u2019unanimité avec une série de propositions visant à aider concrètement l\u2019adepte de la secte.Au cas où celui-ci aurait quitté son pays et désirerait y rentrer, le Rapport souhaite que les consulats lui prêtent assistance et facilitent son retour.De même, lorsqu\u2019une personne quitte une secte et se trouve profondément désemparée, sans ressources et aux prises avec des difficultés psychologiques3, il reviendrait au comité de médiation de favoriser sa réinsertion, en lui fournissant un lieu d\u2019accueil et un revenu.L\u2019État serait chargé de financer cette mesure.Protéger À tous les niveaux de son intervention, l\u2019État doit se montrer particulièrement attentif à l\u2019être le plus vulnérable, l\u2019enfant.C\u2019est lui qui peut être le plus facilement victime du fanatisme de certaines sectes, c\u2019est lui qui risque surtout de se trouver embrigadé malgré lui dans un mouvement qu\u2019il n\u2019a jamais eu la possibilité de choisir.Qu\u2019on songe au cas des enfants nés dans certaines sectes et qui y passent les premières années de leur vie \u2014 élevés à la garderie, à l\u2019école, dans le mouvement de jeunesse de la secte \u2014 sans jamais rien voir d\u2019autre.De même se pose le problème des enfants enlevés par un des deux conjoints, lorsque celui-ci intègre ou quitte une secte.relations novembre 1985 C\u2019est pourquoi Alain Vivien propose que les droits de l\u2019enfant soient proclamés solennellement.Il faut réaffirmer que «celui-ci n\u2019est pas la propriété absolue de ses parents, même s\u2019il vit dans leur dépendance immédiate et même si l\u2019éducation familiale est un droit et une responsabilité des parents».Il faut rappeler son droit à recevoir son éducation dans une école qui respecte un minimum de pluralisme, même si elle est idéologiquement ou spirituellement orientée.La société, représentée par l\u2019État, assume une part de responsabilité dans l\u2019éducation des enfants et ne doit pas faillir à sa tâche.Au Québec La publication du Rapport Vivien a suscité un certain intérêt parmi les intervenants québécois.Il recoupe une partie de leurs préoccupations et rejoint certaines de leurs propositions.Le ministère de la Justice étudie présentement le projet d\u2019un comité d\u2019étude.De leur côté, les intervenants commencent à se rencontrer pour coordonner leur action.Tout le monde est d\u2019accord sur la nécessité absolue d\u2019une étude, en raison du peu d\u2019informations dont nous disposons sur la situation des sectes au Québec.Parallèlement, plusieurs intervenants ont exprimé le souhait que les Églises traditionnelles, ces «sectes qui ont réussi», ne restent pas indifférentes au problème.Qu\u2019elles se montrent sympathiques à toute recherche spirituelle authentique; mais qu\u2019elles n\u2019hésitent pas à dénoncer les actes délictueux.Un peu comme les associations médicales dénoncent les charlatans, les Églises se doivent de prendre position, en se rappelant encore une fois qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019attaquer l\u2019idéologie, mais les actes répréhensibles.Cette attitude les obligerait à examiner s\u2019il ne reste pas parfois en leur propre sein quelque comportement qui porte atteinte aux droits de la personne.¦ 3.Voir à ce sujet les témoignages publiés par le «PLUS» de La Presse du samedi 13 juillet 1985. La Conférence des Églises des Caraïbes (CCC) vient de lancer une publication montrant la face sordide du tourisme, cette industrie qui soutient l\u2019expansion économique de beaucoup des îles du Golfe.Le texte se veut nuancé, puisque cette réalité économique est incontournable.Mais, s\u2019appuyant sur de nombreux exemples tirés d\u2019autres pays du tiers monde, Thaïlande, Sénégal, Kenya et Philippines, on signale le-danger que représente la prostitution à grande échelle, y compris des enfants, dans les pays qui vivent du tourisme.On dénonce aussi le risque d\u2019aliénation que représente la superposition du mode de vie artificiel, extravagant des touristes par rapport au contexte de vie pauvre et aux valeurs culturelles locales.(Inter Press Service) Dans la prison de Pollsmoors ou en liberté, Nelson Mandela demeure un des problèmes politiques les plus épineux que confronte Prétoria.Le Financial Mail, hebdomadaire reflétant le point de vue des milieux d\u2019affaires, suggérait au gouvernement d\u2019exiler le leader de l\u2019ANC.D\u2019une part, la mort en prison de Mandela enflammerait tout le pays, d\u2019autre part, sa remise en liberté galvaniserait les efforts de l\u2019opposition populaire.Aussi, le plus sérieusement du monde, l\u2019éditorial concluait que dans le cas de Nelson Mandela, l\u2019argument de force majeure devait être retenu pour justifier sa remise en liberté.et son expulsion manu militari en Zambie! (Afrique Informations: CIDMAA, 3738, St-Dominique, Montréal, H2X 2X9, tél.: 288-3412).Le conflit s\u2019aggrave entre le pouvoir et les Églises au Burundi.Le comité des instituts missionnaires dénonce le caractère totalitaire du régime de Bagaza, dont le parti unique, Uprona, exerce une mainmise totale sur tous les citoyens et considère les Églises comme des facteurs de conscientisation, des témoins gênants de l\u2019injustice et des défenseurs dangereux des droits des pauvres.Depuis 1979, plus de 180 agents pastoraux ont été expulsés du pays ou n\u2019ont plus obtenu la promulgation de leur visa de séjour.Le président Bagaza déclarait à un journaliste allemand, il y a un an: «Nous avons réduit l\u2019influence de l\u2019Église catholique et nous la réduirons encore plus, bien que les mesures que nous avons prises soient plutôt mal comprises, surtout en Europe» (Bulletin d\u2019information africaine).Les statistiques n\u2019offrent qu\u2019un pâle reflet de la réalité.Imaginons la richesse dissimulée sous les données présentées par Fatima Houda-Pépin, lors du colloque socioéconomique sur les femmes musulmanes.En 1981, 100 000 du milliard de musulman-e-s du monde vivent dans notre pays.Au Canada, plus de 26% des hommes musulmans, et 1 2% des femmes, ont un diplôme universitaire (comparativement à 1 3,5% et 8% pour les autres immigrant-e-s).C\u2019est en Asie que l\u2019ont retrouve la plus forte concentration de musulmans.Les pays pétroliers du Golfe ne représentent qu\u2019un nombre négligeable de musulmans.La majorité des musulman-e-s doivent affronter les difficultés du sous-développement.Au Canada, nos préjugés, identifiant trop souvent musulmans et terroristes, leur rendent la vie parfois difficile.Pour plus d\u2019information: Centre maghrébin de recherche et d\u2019information, C.P.451, suce.Côte St-Luc, Montréal, H4V 2Z1.Le secrétaire-général de la Conférence de toutes les Églises d\u2019Afrique (AACC), le révérend Maxime Rafransoa, a rappelé la nécessité de l\u2019autonomie financière (self-reliance) pour les Églises africaines si elles veulent éviter le sort de l\u2019Unesco.Sur la scène internationale, nations et organisations veillent d\u2019abord à leurs intérêts et l\u2019aide non-liée est extrêmement rare.Certains partenaires oecuméniques n\u2019évitent pas le chantage, ajoute-t-il, et nous accusent d\u2019appuyer la violence, spécialement en Afrique du Sud.Les pays du tiers monde, surtout en Afrique, sont vulnérables devant ce chantage.(Inter Press Service) Le Vicariat de la Solidarité, fondé par le Cardinal Raoul Silva Henriquez, archevêque de Santiago, pour la défense des droits humains au Chili, fête son dixième anniversaire.Mgr Tapia Hower a souligné à cette occasion la pénible situation à laquelle fait encore face le pays et qui justifie toujours la présence et la tâche de cette organisation.(IPS) L\u2019Église catholique en Afrique du Sud a retiré les aumôniers à plein temps qui étaient en service dans les Forces de défense sud-africaines (SADF).Ce geste avait antérieurement été posé aussi par l\u2019Église anglicane.Cette décision se fonde sur le fait que les Forces de défense (SADF) exercent une répression inqualifiable dans les quartiers noirs.Si l\u2019Église restait associée à cet appareil raciste et brutal, elle perdrait tout crédit vis-à-vis la population noire qui constitue 80% des fidèles catholiques.(IPS) ¦www» relations novembre 1985 Réflexions autour du Synode VINGT ANS DEPUIS VATICAN par Julien Harvey A.Ï*** \u2014.- Photo: Paul Hamel nos ancêtres préchrétiens et non chrétiens pensaient que le temps tourne en rond.Il y a un siècle, Nietzsche est venu redonner de l\u2019actualité à ce vieux mythe.Il demeure vivant au fond du coeur de chacun de nous.Gilles Vigneault chante encore «Le temps est rond, je tourne autour.».Et pourtant c\u2019est une idée très dangereuse.Quand Nietzsche l\u2019a redécouverte, il en a immédiatement conclu à l\u2019«innocence du devenir».Le peuple de la Bible a dès le départ compris au contraire que dans un monde créé par un Dieu ami de l\u2019homme et de sa liberté, dans un monde voulu comme un projet, il fallait que le temps soit linéaire et orienté.Une trajectoire de flèche, pas un cercle.On n\u2019a par conséquent conservé du temps cyclique que ce qui correspond à la mécanique céleste, le retour du sabbat chaque semaine, le retour annuel de quelques grandes fêtes et du jubilé.À tel point que le mot anniversaire n\u2019existe même pas dans la Bible.Cette réflexion est utile avant toute réflexion sur un événement chrétien qui se rattache à un anniversaire.Surtout quand il s\u2019agit d\u2019un synode occasionné par le 20e anniversaire d\u2019un concile! Le danger est grand de réagir comme si chaque automne depuis 1965 nous ramenait au moment de la fin du concile, ou plus encore comme si le 20e anniversaire nous recommandait de recommencer à neuf en effaçant le chemin parcouru depuis l\u2019événement initial.Vatican II s\u2019adressait, au nom du Christ toujours agissant dans l\u2019histoire, à un monde qui a profondément changé; il s\u2019adressait aussi à l\u2019Église, qui elle aussi a profondément changé.Cela fait que le concile est toujours une lumière sur la route, un point de repère, mais qui se situe de plus en plus loin derrière nous et dont l\u2019accueil ne peut plus se faire comme il y a 20 ans.Le monde depuis 20 ans Le monde que Vatican II se donnait comme partenaire était encore perçu comme un monde donné, réel avant 292 relations novembre 1985 nous, en grande partie immuable.A la suite de Joao Liba-nio1, je l\u2019appelle un monde OBJECTIF.Dans ce monde, les valeurs faisaient encore partie d\u2019une structure et elles étaient là avant nous.Le souci dominant dans la culture était de transmettre un art de vivre et une échelle de valeurs.La formation des plus jeunes était surtout la transmission d\u2019un idéal à reproduire.Dans ce monde, il était normal que l\u2019Église soit soucieuse de la pureté de la doctrine et de son autorité.Normal aussi que ses ministères soient d\u2019abord compris comme consécration à Dieu, que sa catéchèse ait insisté sur la conversion des jeunes chrétiens non seulement à un message adressé par le Christ mais à un modèle élaboré de vie et de société, que la morale ait été centrée sur l'obéissance, que la loi naturelle ait occupé une place essentielle dans cette morale, que la place de chacun et chacune dans l\u2019Église ait été déterminée par la hiérarchie.Ce monde objectif était en fait très contesté, en Occident, au temps du concile.Depuis l\u2019Âge des lumières, depuis le début du 19e siècle surtout.Mais l\u2019Église n\u2019avait pas encore accepté cette remise en question, surtout après le durcissement de l\u2019époque du Modernisme et du Syllabus (1864); ces penseurs occupaient la position d\u2019«adversaires» au bas des pages de manuels.Dans la réalité de la vie quotidienne, des écoles, des médias, de l\u2019économique et de la politique, ce monde était largement passé.Je tiens cependant à dire que je ne veux pas juger négativement cette vision du monde: j\u2019y ai pour ma part vécu heureux et je n\u2019ai aucun goût de la condamner.Le concile, situé dans ce monde objectif, en a en fait marqué la fin.Dès le lendemain du concile, dans le monde proche de l\u2019Église, on voit se développer un schéma mental très différent du précédent, un univers SUBJECTIF.Ce qui est intéressant ou utile pour moi devient le plus important.Les valeurs n\u2019existent vraiment que si je les choisis ou, à la limite, si je les crée en les désirant.Le souci culturel dominant devient mon épanouissement, l\u2019adaptation de mon entourage à moi.La formation des jeunes cherche dorénavant à les personnaliser.La dimension héroïque des arts s\u2019efface, pour être remplacée par un réalisme axé sur la modestie de la condition humaine.Dans ce monde, il est normal que l\u2019Église modernisée par l\u2019aggiornamento devienne pluraliste, personnalisée et personnalisante, soucieuse en premier lieu de l\u2019accord liberté-foi.Ses ministères se centrent sur le témoignage personnel et sur la relation d\u2019aide à la personne.La catéchèse veut aider les jeunes chrétiens à découvrir, à la lumière de l\u2019Évangile et à la suite du Christ devenu ami plus que maître, un comportement personnel épanouissant.Le mot-clé de la morale devient l\u2019authenticité.La relation aux autres en Église devient plus revendicatrice et le dialogue devient un mot essentiel.Si dans le monde objectif de l\u2019avant-concile on aidait les pauvres, on le faisait avec une certaine distance et un fatalisme certain; dorénavant, on le fait avec plus de cordialité et d\u2019affection.Nous avons bien connu ce monde.C\u2019est celui de l\u2019État-providence, de la société compatissante et de ses techniques: psychologie, dynamique des groupes, analyse transactionnelle, yoga et zen.C\u2019est aussi le monde de l\u2019aventure hippie, des journées de mai, des révoltes sur les campus, de la contre-culture, de la révolution sexuelle.Je rappelle qu\u2019il ne faut pas trop vite condamner ce monde, 1.J.B.Libanio, S.J.\u2014 Formacion de la conciencia critica, 3 vol., Bogota, CLAR, 1984.Je remercie S.Suzanne Bolduc, FSP, qui me l'a fait connaître.dont beaucoup prétendent avoir souffert alors qu\u2019ils en ont plutôt profité.Ce qui est plus important, c\u2019est de constater qu\u2019il est largement passé.Nouveau virage en cours Depuis environ cinq ans pour l\u2019ensemble de l\u2019Occident, depuis un an environ au Canada, nous sommes entrés sans heurts dans un nouvel univers où le schéma mental dominant est le schéma LIBÉRAL.Ce qui le caractérise est d\u2019abord le retour d\u2019une confiance aux lois de la nature brute, aux lois de la jungle, surtout au libre exercice de la force, de la compétition, de la survie du plus fort.Au niveau des gouvernements, ce retour se présente en Europe et en Amérique comme conservateur (Thatcher, Reagan, Mulroney, etc.), tout en étant d\u2019idéologie entièrement libérale (même s\u2019il aime se qualifier de «néo-libéral»).Nous assistons à la faillite de l\u2019État-provi-dence, au recul de l\u2019intervention gouvernementale dans l\u2019économie, à la contestation de tous les programmes de redistribution sociale des richesses, à la déréglementation et au retour des lois du marché laissées à elles-mêmes, à une nouvelle confiance entière dans l\u2019entreprise privée, à la mondialisation de l\u2019industrie et au durcissement de la loi.Chez-nous, le rapport tout récent de la Commission Macdonald, qui se veut le canevas du Canada du 21 ième siècle, vient appuyer tout cela.On comprend mieux maintenant que le mémoire des Évêques canadiens à cette commission ait créé tant d\u2019émoi l\u2019an dernier! Il serait facile de démontrer que ce virage majeur dans notre système économique est déjà à modifier profondément les relations humaines autour de nous, déjà aussi à modifier notre coeur.Pendant 40 ans, depuis la fin de la dernière guerre, la charité et la fraternité humaines ont fait partie de notre système économique.Nous avons fait des plus faibles des agents de l\u2019activité économique en partageant avec eux notre revenu.Depuis quelques années, cela ne va plus.Les pauvres ne sont plus populaires.Seuls les plus forts feront désormais la loi.Il est déjà visible que bon nombre de chrétiens sont entrés tout naturellement dans ce virage.Ils cherchent une Église des élites, des plus forts.Ils pratiquent un nouvel individualisme, sous prétexte d\u2019aider les plus faibles à se reprendre en les privant d\u2019aide.Ils se réjouissent à la perspective de voir leurs impôts diminuer, à la suite du remplacement de l\u2019aide de l\u2019État par le bénévolat de quelques-uns.Ils cherchent une morale de l\u2019ordre, avec retour des primes et sanctions.Heureusement, par ailleurs, une partie de l\u2019Église a senti le changement dès ses débuts.De traditionnelle et de modernisée, cette partie de l\u2019Église est devenue COMMUNAUTAIRE et prophétique.Prophétique en devenant sacrement de la présence de Dieu dans l\u2019histoire, en devenant d\u2019abord soucieuse de l\u2019accord foi-justice, de la promotion des droits de la personne, de l\u2019organisation d\u2019une fraternité efficace.Les ministères sont désormais perçus comme centrés sur le service, le don libre de soi et la solidarité avec les plus faibles.La catéchèse veut conscientiser, préparer l\u2019humanisation et la conversion des structures.La morale est de plus en plus centrée sur la justice.Les relations humaines dans l\u2019Église reconnaissent de plus en plus la réalité des conflits d\u2019intérêt et le besoin de relations novembre 1985 293 réconciliation difficile, au-delà des consolations trop superficielles.La relation aux pauvres est devenue solidarité avec eux et souci efficace de promotion.Dans plusieurs pays nous avons vu se développer une théologie et une spiritualité adaptées à cette nouvelle époque (théologie de la libération en Amérique latine, théologie politique en Europe centrale).On peut y déceler tous les défauts qu\u2019on voudra, mais il faut y reconnaître le sérieux et la qualité des meilleures époques de l\u2019Église.Chez nous, stimulés par des groupes et des mouvements malheureusement trop peu nombreux, ce sont en particulier les évêques qui çnt rendu visible cette nouvelle mutation dans la vie de l\u2019Église, par leurs interventions et leurs lettres.L\u2019Église d\u2019ici depuis 20 ans Il nous est facile de voir aujourd\u2019hui que le concile (1962-1965) s\u2019est déroulé pendant une période qui nous paraît aujourd\u2019hui relativement paisible parce que nous n\u2019y retrouvons pas les tensions de notre actualité.Nous pouvons mieux voir que ses 1 6 documents ne seraient pas les mêmes s\u2019ils s\u2019étaient adressés à un monde qui abandonne l\u2019économie sociale de Keynes, qui continue son escalade de l\u2019armement nucléaire, qui multiplie les conflits locaux en Amérique centrale, au Proche-Orient et ailleurs, qui a mondialisé son commerce et son industrie, ses communications et sa technologie, qui réalise qu\u2019il est à s'empoisonner avec ses déchets chimiques, qui envisage à assez court terme un engineering génétique qui modifiera de façon dangereusement imprévue la réalité humaine.C\u2019est dans cette période turbulente et exaltante à la fois que nous avons commencé à mettre en place, à «recevoir» le concile.Nous avons commencé chez-nous, au Québec et un peu partout au Canada, par la liturgie et la catéchèse.C\u2019étaient des domaines où nous étions plus sensibilisés, où nous avions même pris de l\u2019avance, en catéchèse.Cela nous a mis à la fine pointe du progrès pendant quelques années, mais cela fait aussi que nous sommes maintenant en retard! Notre liturgie et notre catéchèse ont assimilé tous les traits de la période subjective, avec avantage du côté de l\u2019allègement de l\u2019exigence morale, du renouveau de l\u2019espérance \u2014 et même de ce que Bonhoeffer appelait la «grâce à bon marché» \u2014, du renouveau aussi de la prière.Mais la dimension communautaire, sociale, de la catéchèse et de la liturgie laissent sérieusement à désirer.Après avoir vécu l\u2019eucharistie et la communion dans la crainte et le tremblement, avant le concile, après les avoir vécues dans la consolation et la jubilation par la suite, nous avons à les vivre dans le souci et la responsabilité.Nous avons admis le cheminement, de la foi comme de la vie morale; mais nous n\u2019avons pas d\u2019institution qui aident ceux et celles qui cheminent.Ceux et celles qui désirent toujours appartenir à l\u2019Église mais ne sont pas encore capables d\u2019accueillir tout le contenu de la foi, de la morale et de la discipline ecclésiale, forment toujours et de plus en plus la très nombreuse catégorie de ceux que nous appelons les «distants».Une grande partie des jeunes sont dans cette situation, qui est pénible pour eux, et qui affaiblit aussi le témoignage de l\u2019Église, réduit sa force d\u2019intervention sociale et paralyse son évolution dans le temps présent.Après la liturgie et la catéchèse, nous nous sommes mis, au Québec, à la troisième phase de notre aggiornamento, le renouveau communautaire, celui des structures internes et des ministères.Le point de repère commode pour le commencement de cette phase est le Rapport Dumont en 1972.L\u2019enquête de cette commission sur la crise de l\u2019Action Catholique et la place des laïcs dans l\u2019Église se place en plein âge d\u2019or de la période subjective.Elle reconnaît que nos structures de coresponsabilité et de collégialité existent au sommet et fonctionnent bien (l\u2019Association des Évêques du Québec date de longtemps avant le concile!), mais que cette coresponsabilité ne se prolonge guère dans la coresponsabilité des prêtres dans un diocèse et qu\u2019elle ne se prolonge pas du tout, à de rares exceptions près, dans la coresponsabilité laïque dans la paroisse.À tel point qu\u2019une crise majeure se produisit dans le comité théologique, dont la direction voulait désavouer entièrement la paroisse au profit des communautés de base.Dix ans plus tard, nous ne sommes guère plus avancés.Les Conseils de pastorale paroissiale (CPP) sont installés un peu partout.Ici et là, ils fonctionnent très bien.Mais en général, nous sommes encore bien cléricaux! Au point que plusieurs recherches récentes font de ce problème la question centrale.Les regroupements féministes chrétiens sont venus accentuer la conscientisation à ce propos.Le prochain synode, sur les laïcs dans l\u2019Église, sera sans doute l\u2019occasion d\u2019une nouvelle prise de conscience de la résistance trop forte au partage des responsabilités, du peu de souci des charismes des laïcs, du peu de formation que leur offre l\u2019Église en vue de rendre possible et de rendre évangélique leur coresponsabilité.Espérons que nous pourrons arriver à une Église témoignante de façon équilibrée, au lieu d\u2019une Église d\u2019intellectuels masculins juxtaposée à une Église populaire.C\u2019est sans doute là la condition essentielle à un renouveau des ministères; en particulier la question des ministères féminins présuppose un réajustement de la coresponsabilité féminine dans l\u2019Église.Le défi présent Ceci étant dit et même si nous devons reconnaître que nous avons bloqué au niveau de la réception du concile dans les structures internes de notre Église, je crois que nous ferions une erreur en concentrant nçtre intérêt pour le synode sur les problèmes intérieurs à l\u2019Église, quelques graves qu\u2019ils puissent être.Le défi présent de l\u2019Église, ici comme ailleurs, est d\u2019apporter la contribution du Christ au bonheur social humain de notre temps.Si Vatican II a rendu l\u2019Église catholique plus chrétienne, le défi de 1985, qu\u2019on pense ou non à Vatican III, est de la rendre plus humaine.La personnalité spirituelle complexe du pape Jean-Paul Il peut le faire comprendre comme un conservateur et un centralisateur; dans ce contexte, le dernier livre du cardinal Ratzinger n\u2019aide pas son image ni la préparation du synode2.Mais le meilleur de son message, dans ses voyages particulièrement, convoque les croyants à intervenir 2.Joseph, cardinal Ratzinger & Vittorio Messori, Entretien sur la foi, Paris, Fayard, 1985.294 relations novembre 1 985 dans la société, pour l\u2019humaniser.Dans un monde qui revient aux lois de la jungle à tous les niveaux, l\u2019Église doit être le lieu où on vit et où on défend les droits de la personne, collectifs et individuels, le lieu de l\u2019option préférentielle pour les pauvres.Dans le monde libéral qui se développe à toute vitesse en nous et autour de nous, beaucoup de gens sont intéressés à s\u2019assurer l\u2019appui de l\u2019Église, sous prétexte de retour à la morale traditionnelle, morale de la famille, du travail, de l\u2019épargne, de l\u2019obéissance à l\u2019autorité civile.Beaucoup sont aussi intéressés au silence de l\u2019Église, sous prétexte d\u2019un retour à sa vraie nature spirituelle et à son rôle de consolatrice.Pendant ce temps, on espère procéder plus tranquillement à la mise en place de la loi du plus fort, sous prétexte de réduire les déficits nationaux, d\u2019augmenter la productivité, de mettre fin aux abus de l\u2019assistance sociale.On voit d\u2019ailleurs renaître l\u2019idée d\u2019une ancienne association de l\u2019Église et du libéralisme, les deux étant opposées au totalitarisme.Mais il suffit de penser que les deux voies, perte de la liberté dans l\u2019état totalitaire et perte de la solidarité et de la compassion dans la compétition sauvage, libre de tout contrôle social et politique, sont également des aberrations.Mais le défi présent est plus encore pour l\u2019Église d\u2019ici d\u2019être l\u2019Église des pauvres, dans un temps où les pauvres sont de moins en moins populaires.Notre analyse sociale, tant recommandée par Paul VI dans sa lettre de 1971 au cardinal Roy, doit devenir plus sérieuse et plus liée à notre discernement de ce que requiert notre foi chrétienne.Nos services de promotion de tous les défavorisés doivent se soucier d\u2019une sérieuse efficacité.Devant les apparents impératifs économiques, devant les nouveaux slogans («Household Finance est dans la cuisine», disait récemment M.Mulroneyl), devant la contestation de l\u2019aide sociale sous prétexte de promotion des plus forts et des impératifs de la croissance, il ne peut être question d\u2019affaiblir notre projet commun de promotion des droits humains, spécialement collectifs, qu\u2019il s\u2019agisse des Amérindiens, des immigrants et réfugiés, des enfants et des personnes âgées, des assistés sociaux et des chômeurs, qu\u2019il s\u2019agisse de notre appui à la réclamation de justice de la part des femmes.Tous nos efforts de réforme interne de l\u2019Église demeureront sans effet sans cette priorité.A quoi sert une collégialité bien rodée, si elle n\u2019est pas motivée par la suite de Jésus, qui a passé en faisant le bien?à quoi sert le succès de l\u2019oecuménisme si notre unité entre Églises ne se met pas au service du bonheur communautaire de l\u2019humanité?à quoi servent des ministères renouvelés, s\u2019ils ne font qu\u2019assurer de nouveaux effectifs à la liturgie, en oubliant les deux autres fonctions essentielles de l\u2019Église, la formation d\u2019une communauté et d\u2019une solidarité humaines, le service des malheureux?à quoi sert enfin un renouveau de la pratique sacramentelle, s\u2019il ne provoque pas un res-sourcement pour un meilleur partage et un meilleur respect des droits humains?La concentration de nos efforts sur cet objectif ne doit cependant pas favoriser des régressions dans d\u2019autres domaines.Plusieurs craignent que le synode ne favorise de telles régressions, et il est difficile de leur donner tort, les indices étant assez nombreux.Le livre déjà cité du car- 3.Julien Harvey, «Est-ce la fin du catholicisme?», Relations, 45, no 507 (janv.-févr.1985), 28-31.\u2014 Je signale que je ne reprends pas ici des observations sur le fonctionnement du synode romain, dans Relations no 387 (nov.1973), p.304-306, ni une évaluation de l\u2019impact de Vatican II après 10 ans (Relations no 396 (sept.1974), p.235-239.dinal Ratzinger en donne une bonne idée.Signalons en particulier le pluralisme, que certains considèrent comme «fin du catholicisme»3.À un moment où la société se durcit et considère de manière répressive tout ce qui s\u2019écarte de la ligne centrale, il serait dommage que nous oubliions que la communauté, dans l\u2019Église, admet les différences et que pour nous l\u2019unité n\u2019est pas l\u2019uniformité.Un autre risque est le retour d\u2019une morale individuelle placée à l\u2019avant-plan de la réalité chrétienne.Là aussi la société qui nous entoure devient de plus en plus sévère dans l\u2019aide sociale souvent pour des raisons d\u2019économie.Nous ne pouvons pas la suivre sans critique ni discernement.Si le synode fait de la morale, nous devons souhaiter que ce soit de la morale religieuse, appuyée sur l\u2019exemple du Christ et dans le climat chrétien de liberté.Une troisième crainte porte sur le désaveu éventuel, par le synode, des conférences épiscopales, pour affaiblir les corps intermédiaires nationaux au profit de la centralisation romaine.Notre société cherche, elle aussi, à briser les forces intermédiaires entre l\u2019État et les citoyens, qu\u2019il s\u2019agisse des syndicats ou de ses propres entreprises qu\u2019elle tente de retourner au secteur privé.Nous ne devons pas suivre sans discernement ce mouvement, la foi chrétienne ayant toujours cherché un appui fondamental dans la culture, dans les communautés locales, dans les groupes-relais.En leur absence, la communication devient impossible; le leadership spirituel, une réalité qu\u2019il faut de plus en plus approfondir aujourd\u2019hui, devient impossible.Un synode pour nous aussi Il est bien évident qu\u2019un synode romain est une aventure mondiale.Mais qui ne devient intéressante que si elle est pour nous.J\u2019ai eu l\u2019occasion de servir de théologien-conseil des évêques du Canada à un synode, celui de 1971.J\u2019en ai retenu d\u2019abord deux leçons.La première, c\u2019est que l\u2019Esprit parle aux Églises quand elles échangent des expériences vécues, de la praxis.Les théories des experts, y compris les miennes, sont bien secondaires.Ce qui rejoint les Églises \u2014 et la presse, qui est souvent le chemin moderne de l\u2019Esprit \u2014, ce sont les interventions spontanées, «naïves» de l\u2019Église canadienne.Il faut souhaiter que cela continue.La seconde, c\u2019est que le document final des synodes ne nous rend guère service.Il est en général peu connu, trop long, trop universel et trop abstrait.Ce qui stimule la foi et aide ceux et celles qui l\u2019écoutent, ce sont les interventions au cours de la préparation, pendant le déroulement, surtout à travers les médias.Il faut souhaiter que le synode soit tel qu\u2019il intéresse encore les journalistes et que son accent soit bien perçu pour ne pas être déformé.Quant au document résultant du synode, il reste à inventer des moyens de le rendre accessible et intéressant.L\u2019Église ancienne donnait beaucoup d\u2019importance à ses «conciles régionaux».Plusieurs d\u2019entre eux (Arles, Orange, Tolède, etc.) ont acquis la crédibilité des conciles mondiaux.L\u2019impact des synodes dans une Église nationale me semble être du même ordre.Particulièrement devant le défi du retour libéral, qui risque d\u2019éliminer les structures intermédiaires entre une base disloquée par la compétition et un sommet tout-puissant.¦ 295 relations novembre 1985 ENTREVUE GUY GILBERT On est surpris par la veste de cuir: cet après-midi de septembre a la douceur d\u2019un été repenti et il ne fait pas froid dans l\u2019appartement des Filles de Saint Paul.Mais Guy Gilbert, bientôt 50 ans, éducateur de rue, «prêtre chez les loubards», porte ses bottes, ses jeans serrés et son blouson de cuir comme on lance un signal.«J\u2019ai vingt ans d\u2019expérience et je commence à avoir quelque chose à dire, tu comprends.» Il vient de faire paraître, chez Stock/Salvator, L\u2019Espérance aux mains nues, son quatrième livre.Et ils doivent être quelques-uns à trouver qu\u2019il a effectivement quelque chose à dire puisqu\u2019on a déjà vendu 800 000 exemplaires de ses ouvrages et qu\u2019une soixantaine d\u2019associations et de mouvements se sont formés spontanément, en France, en Belgique et en Suisse, pour travailler avec les jeunes délinquants, à sa manière et dans son style.Mais de quoi parle-t-il?Pas de moi: je n\u2019en ai rien à foutre, de moi-même.Je parle du monde des pauvres, pour bien révéler ce que la rue m\u2019apporte d\u2019évangile et pour faire voir la chance fantastique que sont les jeunes pour le monde d\u2019au- jourd\u2019hui, ce monde de profiteurs et de salauds qui veulent tout pour leur cul et pour le fric.Ce monde-lè a besoin d\u2019être dérangé par le pauvre.Le pauvre est un détonateur absolu, insurrec-ticmnel; c\u2019est le pauvre de l\u2019Évangile.Tu vois, c\u2019est le délinquant qui est le mieux placé pour démonter le mécanisme infernal d\u2019une société où il se sent mal et sa contestation est fondamentale: contestation de l\u2019amour humain manqué, sans doute, mais contestation aussi de notre manie de thésauriser, d\u2019accumuler pour consommer tranquillement à l\u2019année longue.Le jeune délinquant, lui, vomit cette société: il vole les gens et il brûle 4 000$ en deux jours avec les copains.Après vingt ans avec eux, j\u2019ai trouvé des motifs absolus de contester tout ce que notre société capitaliste porte de mauvais et de pernicieux! \u2014 Tout de même! La permanence dans un FILM parisien délabré, la ferme en Provence et le réseau de familles d\u2019accueil n\u2019ont pas pour but de maintenir les jeunes dans la marge.Est-ce qu\u2019il ne s\u2019agit pas de les aider à se réinsérer dans la société?Je refuse de les insérer dans cette p.de société, mais je leur dis: nous allons vivre ensemble et je vais vous donner des armes, pas des 9 mm, mais des armes pour vivre et composer avec cette société, pour pas qu\u2019elle vous enferme dans un cycle infernal: parce que c'est elle qui vous baisera et qui finira par vous boucler à perpétuité.Et la prison, c\u2019est la chose la plus terrifiante qui existe.Eh bien, figure-toi, la plupart des jeunes que je côtoie, et qui sont irrécupérables d\u2019après le juge, réussissent effectivement à vivre dans la société.mais pas n\u2019importe comment.En Provence, nous avons un système à nous: ils travaillent, ils ont construit la ferme, ils font de l\u2019élevage.mais le plus faible est payé aussi cher que le plus fort et quand le type ou la fille arrive à être un bon travailleur, je lui dis: file! C\u2019est le contraire de cette société qui récompense les bons ouvriers et qui marginalise tous les autres: production avant tout! Je veux leur apprendre à vivre dans un monde où on produit pour vivre au lieu de vivre pour produire.Je connais des tas de mecs qui travaillent pendant quelques mois puis qui vont faire un voyage avec leur femme et leur enfant: ils travaillent, et durement, mais pour pouvoir foutre le camp.C\u2019est infiniment plus sage et plus beau que le con qui va survivre quarante ans, métro, boulot, dodo, et qui va être baisé dans sa baraque, sa voiture, son petit intérieur: il aura tout acheté et il aura vécu une vie de con, complètement annihilé, complètement écrasé, tu comprends.Moi, je veux rendre les êtres libres.\u2014 Mais comment ça marche?Quelles armes as-tu à leur offrir?Les armes, mon vieux, je ne les ai pas inventées: c\u2019est le sens de l\u2019effort, le sens de la pauvreté.C\u2019est les Béatitudes, finalement.Bienheureux les pauvres: bienheureux celui qui construit son nid et qui refuse d\u2019avoir plus que le nécessaire, et qui va aider les copains.Ça n\u2019est pas compliqué, c\u2019est la voie de la simplicité, mais ça donne un sens formidable à la vie, tu comprends.Au lieu de s\u2019entourer de barrières, de défenses et de sécurités («ma baraque», «ma bagnole», «personne touchera ma pelouse ou j\u2019appelle les flics tout de suite!»), il est possible de partager quelque chose de sa vie: le bonheur est dans le partage.En tout ca, je vis comme ça et ceux qui vi- 296 relations novembre 1 985 vent avec moi le vivent aussi d\u2019une certaine façon.D\u2019ailleurs, c\u2019est eux qui m\u2019apprennent à partager: ils sont capables de vivre à la lettre le «mettez tout en commun» de l\u2019Évangile; tout y passe, leurs souffrances et le reste.Et c\u2019est contagieux.J\u2019ai dû recevoir 200 000 dollars en droits d\u2019auteur: j\u2019ai tout donné.C\u2019est normal.Cela va de soi par rapport à ce qu\u2019ils m\u2019apportent, eux autres, tous les jours.Ils m\u2019ont fait sauter mes sécurités, ils m\u2019ont fait sauter mes défenses, alors je suis tout nu face à eux et c\u2019est à ce moment-là, dans ma nudité, que je commence à être crédible.N\u2019est-ce pas, au fond, la nudité et la crédibilité de Jésus Christ, nu comme un misérable, mort entre deux gangsters de son temps après qu\u2019on lui eut tout pris?\u2014 Comment pries-tu?Il y a la prière ambulante, partout, bien entendu, mais aussi le bréviaire, et le chapelet que j\u2019aime bien (c\u2019est la prière des pauvres), et la messe qui est l\u2019axe central de ma vie, et la retraite contemplative: lundi-mardi aux quinze jours, que je réserve dès que j\u2019ouvre un nouvel agenda (il n\u2019y a qu\u2019un procès pour m\u2019empêcher d\u2019aller en retraite).L\u2019urgence, c\u2019est moi.Dans cette vie infernale, faite de violence et de bruit, si je n\u2019avais pas gardé cette paix en Dieu, j\u2019étais foutu.Le stress, c\u2019est pas mon genre, mais je vis du matin au soir dans une tornade, entouré de vagues mons-treuses qui risquent de me submerger.Le soir, ou plutôt à quatre heures du matin quand je me couche, je dis à Dieu: aujourd\u2019hui, je me suis défoncé, maintenant c\u2019est à toi de te démerder.Et je dors comme un enfant.Dans une prière contemplative, il suffit de lui demander, à Lui le maître de l\u2019impossible, de veiller au grain.Et il le fait, de façon absolue.D\u2019ailleurs, je m\u2019en aperçois: quand il y a de la prière dans ma vie, l\u2019action s\u2019en ressent; on va plus loin, plus haut, plus vite et plus profond quand on a prié.Quand on ne prie pas, on va petit, rétréci.\u2014 Tu parles de ça à tes loubards?Certainement pas.Je n\u2019ai pas envie de leur foutre mon Dieu d\u2019amour dans la gueule alors qu\u2019ils n\u2019ont été aimés par personne.C\u2019est seulement après un long cheminement qu\u2019ils peuvent entrevoir que ma vie a un sens, qui est d\u2019aimer, quand ils découvrent que le pardon que je leur offre n\u2019est pas du toc, et qu\u2019il n\u2019est pas faiblesse.\u2014 On meurt beaucoup autour de toi.On meurt jeune, et violemment, et dans le mépris de la société.Quand je vois les conditions socio-économiques opprimantes dans lesquelles ces jeunes ont été engloutis, l\u2019inaptitude des parents à les aimer parce qu\u2019eux-mêmes sont en chômage et que l\u2019inquiétude les pousse à l\u2019alcoolisme, j\u2019ai le goût d\u2019interpeller sans cesse l\u2019État et de lui dire: la délinquance est le miroir de cette société que tu bâtis, elle est en grande partie une production sociale.Il faut avant tout que tu changes tes motivations, au niveau étatique, pour considérer en priorité les petits, les pauvres et les méprisés, au lieu de t\u2019enfermer dans les combines de la course au pouvoir.\u2014 On ne doit pas arriver à ce dépouillement du premier coup.Oh que non! Ils m'ont tout pris, tu sais.J\u2019ai un appartement secret, ils l\u2019ont pillé deux fois.En juin, ils sont passés par la fenêtre et ils ont saccagé les dossiers: un mètre de documents par terre, j\u2019en aurai pour un an à tout reclasser.Ça fait partie de tout ça.Maintenant, je vis bien ce genre de choses, mais on n\u2019y arrive pas d\u2019un coup: de garde-fou en garde-fou tu fais tout sauter et, à mesure, la route devient plus large.Pourtant, il y a un garde-fou central qui ne doit pas sauter: la prière.C'est l\u2019union à Dieu qui insuffle ma force au niveau de ce monde.Sinon, mon activité ne serait plus qu\u2019un activisme dérisoire.Seule la prière peut dynamiser mon action et j\u2019en sens la nécessité absolue: c\u2019est elle qui peut m\u2019aider à tenir le coup.lillli .\u2014 Mais par où peut commencer cette «conversion» de l\u2019État?À la base, certainement.Par la multiplication de petites cellules de vie.C\u2019est la cellule de base, multipliée en cercles concentriques qui s\u2019acceptent, qui se différencient et qui acceptent leurs différences, qui peut changer quelque chose.Il faut que des gens, à la base, disent: non, pas ça! Et ils peuvent changer notre façon de vivre, ils peuvent même faire plier l\u2019État, comme l\u2019ont fait chez nous les paysans du Lar-zac.Les petits gagnent si les petits vont jusqu\u2019au bout.Guy Gilbert n\u2019est pas venu soigner son image ni ramasser de l\u2019argent: «je ne veux pas être le dépositaire de la bonne conscience, dit-il, je veux seulement faire réfléchir les gens».¦ (Entrevue: Albert Beaudry et Francine Tardif) 297 On doit souligner l\u2019excellent travail, qui se poursuit depuis plusieurs années maintenant, du Comité immigration de la Ligue des droits et libertés.Le comité vient de présenter un mémoire au Comité permanent du travail, de l\u2019emploi et de l\u2019immigration sur le nouveau processus canadien de reconnaissance du statut de réfugié.Leur document, intitulé «Des principes et des droits fondamentaux à respecter», est disponible à la LDL, 1 825, rue Champlain, Montréal, H2L 2S9, tél.: 525-8551.Les droits des détenu-e-s sont certainement parmi les plus difficiles à défendre, à promouvoir et à faire respecter.L\u2019Office de droits des détenu-e-s, actuellement en campagne de financement, fait oeuvre de pionnier en ce domaine.On peut communiquer avec ses responsables ou faire parvenir un chèque au 1030, rue Cherrier, bureau 300, Montréal, Québec H2L 1H9, tél.: 522-5965.L\u2019Assemblée des évêques du Québec a tenu à souligner «l\u2019important et heureux événement» que constitue le 50ième anniversaire de la Jeunesse étudiante catholique.Dans leur message, les évêques soulignent que ce type d\u2019engagement laïc, pris à la lumière de l\u2019Évangile, est source d\u2019espérance pour les temps actuels.L\u2019équipe de Relations s\u2019associe aux évêques, et à de très nombreux autres groupes, pour souhaiter à la JEC, qui a déjà un si riche passé, un avenir des plus féconds.Les quelques 40 millions d\u2019enfants qui vivent et travaillent dans les rues d\u2019Amérique latine ne doivent pas être considérés comme des bénéficiaires de projets, mais plutôt comme des participants.C\u2019est avec eux qu\u2019il faut trouver des solutions adéquates aux problèmes extrêmement graves de la détérioration constante des conditions de vie et de l\u2019exode urbain qui sévissent actuellement en Amérique latine.C\u2019est là le thème de la campagne annuelle de l\u2019UNICEF.On peut participer à la campagne, ou même déjà acheter les fameuses cartes de Noël de l\u2019organisme, en s\u2019adressant au 353, rue St-Nicolas, Montréal, H2Y 2P1, tél.: 288-1305.Depuis la révolution cubaine, c\u2019est pour la première fois, ce mois-ci, que se tiendra une rencontre officielle entre l\u2019épiscopat et les responsables du gouvernement.Le problème de la discrimination pour appartenance religieuse sera certainement à l\u2019ordre du jour.Le nonce ne participera pas à cet événement local, national, mais il n\u2019a pas manqué de signaler que les négociations ont commencé pour un éventuel voyage de Jean-Paul II à Cuba.Le climat est actuellement très détendu, depuis la participation d\u2019évêques, catholiques et protestants, à la conférence latino-américaine sur la dette qui s\u2019est déroulée à Cuba en août dernier.À cette occasion, pour la première fois, l\u2019archevêque Jaime Ortega eut droit à une entrevue télévisée.Dans une rencontre préliminaire de Castro avec les évêques, au mois de septembre, il a annoncé la parution prochaine d\u2019un livre qu\u2019il a écrit sur les questions religieuses et qui, de son avis, devrait favoriser le climat de détente et d\u2019ouverture.Dans ce sens, il faut signaler aussi la collaboration financière plus généreuse du gouvernement à certaines oeuvres sociales de l\u2019Église, telle l\u2019assistance aux vieillards assumée par les Soeurs de la Charité de St-Vincent de Paul.Castro les a félicitées de leur travail en disant: «Les communautés ont beaucoup à apprendre des petites soeurs».(IPS) DES CASSETTES DE SOCABI Plusieurs cassettes sur divers thèmes bibliques sont disponibles.En voici une série.0-7 TÉMOINS DE JÉHOVAH ET MORMONS, Jean Martucci Après avoir esquissé une histoire des origines des Témoins de Jéhovah et rendu hommage à leur dévouement, l\u2019auteur tente de dégager les grandes lignes de leur doctrine: -\tla façon de concevoir l\u2019inspiration et l'interprétation des textes bibliques: -\tla négation de la Trinité, de la résurrection de Jésus, de l\u2019immortalité de l\u2019âme humaine, -\tl\u2019insistance sur la fin du monde et le salut réservé à 144 000 sauvés; -\tla façon d\u2019interpréter l\u2019Apocalypse.Suivent: les origines des Mormons, la psychologie du fondateur et quelques points doctrinaux.DURÉE: deux cassettes d\u2019environ une heure chacune.PRIX: 11,00$ la série (incluant les frais d\u2019envoi et la taxe provinciale).clique de la Bible, 7400, bout.St-Laurent #519, Montréal H2R 2Y1 (514) 274-4381.298 relations novembre 1985 RECENSIONS DE NOVEMBRE .lectures.R.Chagnon: La scientologie ?CEDAL: Féminisme (.) en Amérique latine ?Collectif: Des nouveaux mi- nistères?Actes du colloque Génétique, procréation et droit ?B.Saint-Aubin: Louis Riel ?La crise des langues.LA SCIENTOLOGIE Pendant des années, je me suis interrogé, en passant devant la vitrine plutôt cgmmerciale de cette étrange «Église» sise au coin des rues Papineau et Mont-Royal, sur le sens des expressions: devenir «clair», se faire «auditer», effacer ses «engrammes».Dans son récent volume, La scientologie, une nouvelle religion de la puissance, Roland Chagnon (professeur au département de sciences religieuses de l\u2019UQAM) a enfin satisfait ma curiosité.Le fond du mystère est le «thétan», identité réelle de tout homme: nous sommes essentiellement des âmes, êtres éternels, incarnés ou réincarnés dans un corps.Comme tels, nous sommes maîtres du monde, car l\u2019univers et l\u2019histoire sont notre création, le fruit de nos «jeux».Mais voilà: les «thétans» sont devenus victimes de leurs propres ébats.Plus particulièrement, les hommes portent les séquelles de leurs mauvaises expériences passées telles qu\u2019elles se sont enregistrées \u2014 comme sur une bande magnétique \u2014 dans leur esprit: ce sont les «engrammes», facilement détectables par un électromètre.Le salut nous arrive par la «diané-tique», sorte de thérapie moderne de l\u2019esprit inventée par Lafayette Ronald Hubbard! Si vos «engrammes» vous pèsent, vous devez vous abonner à la cure miracle de «Ron».Précisons tout de suite que dans cette «église» tout se paie, en argent ou en temps donné à l\u2019organisation.La thérapie vous sera dispensée sous forme «d\u2019entraînement» (des cours) ou, si vous voulez progresser plus rapidement et êtes prêts à débourser plus, par une «audition», avec un moniteur qui vous aidera à remonter la bande enregistrée de votre vie.Au bout du compte (soit entre 2 500 et 5 000$), vous deviendrez «clair», c\u2019est-à-dire débarrassé de votre esprit «réactif», comme l\u2019attestera l\u2019aiguille du très utile et omniprésent électromètre.Vous voilà libre, capable d\u2019être «cause de votre propre vie» et d\u2019aborder vraiment la «scientologie».Si vous pouvez débourser encore plus \u2014 et vous payez quelques sessions à l\u2019étranger \u2014, la «tech» (technologie) de Ron Hubbard vous promet de vous faire avancer sans fin sur la voie du progrès spirituel, de la maîtrise de soi et de l\u2019univers.Succès et efficacité marqueront toutes vos entreprises, puisque les «thétans» sont pratiquement tout-puissants.L\u2019étude de Roland Chagnon puise à diverses études sur la Scientologie, mais se base surtout sur un questionnaire rempli par quarante scientologues de Montréal et l\u2019interview d\u2019une vingtaine de ceux-ci.On peut sans aucun doute louer l\u2019absence de préjugés de l\u2019auteur, son respect pour les personnes, son objectivité.Dans le fond, le livre se cantonne à développer et prouver une thèse: la scien- relations novembre 1985 tologie est une «Église marginale» plutôt qu\u2019une «secte», car elle ne s\u2019oppose pas aux valeurs ambiantes de notre société; c\u2019est par recherche d\u2019une nouvelle identité que des jeunes Québécois, victimes de ce que d\u2019aucuns ont appelé la «désillusion tranquille», y adhèrent.On peut cependant reprocher à l\u2019auteur de s\u2019être limité, dans son jugement critique, par l\u2019étroitesse de sa problématique.Qu\u2019on me permette de citer les seules lignes de cette étude qui soient un peu critiques sur l\u2019entreprise d\u2019Hubbard: «L\u2019Église de Scientologie peut susciter beaucoup de réserves: son organisation autoritaire, le statut d\u2019orthodoxie donné aux ouvrages de L.R.Hubbard, la misogynie qui transpire à travers ses écrits, le coût élevé de l\u2019entraînement, l\u2019espèce de pression qu\u2019on fait peser sur chacun pour qu\u2019il se dévoue le plus rapidement possible à la tâche urgente de clairer la planète.Mais on ne peut négliger qu\u2019elle peut avoir un effet positif sur la vie de plusieurs personnes qui y adhèrent».On aurait aimé que Roland Chagnon réponde plus explicitement à certaines des questions qui sont pourtant sur l\u2019endos du volume: «la scientologie est-elle une religion?Exploite-t-elle ses adeptes?Pratique-t-elle le lavage de cerveau?Représente-t-elle une menace pour les individus et la société?» ¦ Fernand Jutras 299 Féminisme et mouvement de femmes en Amérique latine tout à fait dans l\u2019esprit de la troisième Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes qui se tenait cet été à Nairobi, nous avons entre les mains un intéressant document sur les mouvements de femmes en Amérique latine dont le titre est «Féminisme et mouvements de femmes en Amérique latine», préparé par Cédai, le Centre de documentation sur l\u2019Amérique latine.Je dis tout à fait dans l\u2019esprit de Nairobi dans le sens d\u2019un féminisme global, d\u2019une décompartimentation du féminisme du Nord et du féminisme du Sud, donc d\u2019une nécessaire réflexion et intégration des diverses réalités des femmes (voir La vie en rose, sept.1 985), car le dossier cherche avant tout à mettre en évidence et à dépasser les stéréotypes qui existent entre les différentes tendances féministes de différents continents.En effet, on se rappelle que pour beaucoup de féministes nord-américaines et européennes, les mouvements de femmes en Amérique latine ne sont pas assez féministes dans le sens qu\u2019ils perdent de vue leurs revendications et approches spécifiques dans des luttes plus globales; d\u2019autre part, pour les femmes latino-américaines, le féminisme est parfois considéré comme une déviation par rapport aux vrais problèmes qu\u2019elles doivent affronter.Si on comprend l\u2019esprit de Nairobi, cette recherche d\u2019un féminisme global devient la pierre angulaire du mouvement des femmes en général, d\u2019où l\u2019intérêt du présent dossier qui vise justement à expliquer et rapprocher des conceptions différentes autour d\u2019aspects fondamentaux de la lutte des femmes: les revendications spécifiques des femmes et la lutte pour la transformation globale des rapports sociaux.L\u2019articulation entre ces deux aspects a toujours été difficile à établir.De fait, en Amérique du Nord et en Europe, c\u2019est plutôt l\u2019aspect spécifique qui est le plus en évidence tandis qu\u2019en Amérique latine, c\u2019est la participation aux luttes globales qui prédomine.D\u2019autre part, le document souligne et analyse la spécificité de l\u2019approche féministe en Amérique latine et la spécificité de certaines régions, car il est bien évident que cette recherche de globalité ne peut en aucun cas faire fi des réalités concrètes: le oroblè- 300 me de l\u2019inégale distribution des terres, de l\u2019exploitation, de la dépendance, du racisme, des guerres révolutionnaires, etc.Tous ces aspects donnent à l\u2019action féministe une texture très différente.En conséquence, beaucoup de groupes féministes recherchent activement à s\u2019intégrer aux mouvements de femmes de classes populaires.Le dossier est donc divisé en deux parties: une première axée sur l\u2019ensemble du mouvement féministe en Amérique latine, de ses priorités, de ses problèmes, de ses revendications, et la deuxième consacrée à des reportages sur des pays précis touchant diverses réalités latino-américaines.C\u2019est ainsi que certains articles font état de l\u2019évolution du mouvement dans des pays relativement industrialisés comme le sont le Brésil et le Mexique; d\u2019autres présentent la problématique de pays peu industrialisés en état de guerre révolutionnaire comme le Salvador; et enfin un dernier texte décrit la situation dans les Caraïbes.Beaucoup de recherches, d\u2019informations et de données.¦ Hélène Lagacé DES NOUVEAUX MINISTÈRES?dans l\u2019Église du Québec, de plus en plus de personnes exercent des responsabilités qui, autrefois, faisaient partie du fief du clergé.On appelle ces multiples tâches les «nouveaux ministères».Comprendre l\u2019émergence de ces nouvelles prises en charge, les situer dans l\u2019histoire, pas tellement ancienne, de l\u2019Église, décaper les modèles d\u2019Églises qui les favorisent ou les entravent, fonder, dans le Nouveau Testament, la créativité dont elles ont besoin, tracer des pistes d\u2019avenir, telles sont les tâches que se sont réparties les différents auteurs du volume.Il faut être reconnaissant à ces derniers d\u2019avoir abordé ce chantier en pleine effervescence et de tenter d\u2019en faire une lecture théologique.Ce n\u2019est pas une mince affaire que de réfléchir de nouvelles pratiques, surtout si ces dernières remettent en cause toute une façon de vivre et de penser la foi chrétienne en Église.Ce l\u2019est encore moins s\u2019il s\u2019agit de dégager des pistes d\u2019avenir qui se profilent, et rien de plus, dans ces «nouveaux ministères».relations novembre 1985 Le livre montre assez bien comment les «nouveaux ministères» servent de révélateur de la vie récente de notre Église.La longue interprétation cléricale de l\u2019Église et de l\u2019expérience chrétienne est ici dénoncée.De même cette conception figée de la tradition comme s\u2019il était suffisant de répéter des formes passées pour assurer la permanence de l\u2019Église.Nous avons aussi un examen à la loupe du Nouveau Testament pour montrer que la diversité était là, dès le début.À un autre niveau, on montre, avec à-propos, que le durcissement actuel de la théologie de l\u2019Église vient aussi du sous-développement de la réflexion sur le rôle de l\u2019Esprit dans l\u2019Église.On y gagnerait à partir davantage d\u2019un point de vue trinitaire qui pourrait alors légitimer une Église-communion.Tous ces éléments, extrêmement pertinents, ouvrent un vaste chantier à la réflexion.C\u2019est énorme et stimulant.Mais est-ce suffisant?Le collectif, manifestement, n\u2019a pas eu le temps de faire une synthèse des différents apports.L\u2019aurait-il fait qu\u2019il aurait enlevé les longues répétitions sur le cléricalisme ou sur les deux modèles d\u2019Église.Il aurait aussi mieux intégré la dimension trinitaire dans les divers éléments en présence.Peut-être n\u2019est-ce pas là, après tout, trop fondamental.Ma réserve se situe ailleurs.Il est souvent affirmé que la réflexion et l\u2019action doivent dçnner la priorité au Royaume sur l\u2019Église.C\u2019est là une orientation qui me paraît fondamentale et porteuse de créativité.Mais tout se passe comme si la nouveauté de cette priorité n\u2019avait pas immigré de façon très profonde dans la réflexion sur les «nouveaux ministères».L\u2019essentiel de la réflexion demeure comme enclavée dans le monde religieux.On insiste pour rappeler que l\u2019Eglise est dans le monde et au service du Royaume qui se tisse dans ce monde.Mais je ne trouve pas que l\u2019on ait intégré la présence du monde dans l\u2019Église.L\u2019au-rait-on fait que les auteurs n\u2019auraient pas pu se contenter de juxtaposer l\u2019Église pyramidale à l\u2019Église-com-munion.Je ne crois pas que l\u2019abandon du modèle pyramidal laisse nécessairement la place au second.Les courants socioculturels actuels qui s'appellent le «retour de Narcisse», le culte du bien-être individuel et corporel, la tendance à la consommation traversent aussi notre Église.Ils sont une force qui n\u2019est pas identifiable au courant clérical traditionnel.Et ils mettent en cause le modèle de l\u2019Egli-se-communion.Dans son ouvrage (La participation contre la démocratie) Jacques Godbout tend à montrer la difficulté de la participation dans nos sociétés «avancées» et comment les citoyens veulent «le maximum de pouvoir et le minimum de participation».En d\u2019autres termes, les «nouveaux ministères» ne font pas seulement mettre en cause les scléroses issues du passé.Ils doivent se situer en tenant compte de la «réception» par le peuple chrétien, lequel est marqué assez profondément par l\u2019esprit de la consommation beaucoup plus que par l\u2019Esprit de communion.De même, on ne trouve rien sur la dimension économique des «nouveaux ministères».En pleine crise économique, avec des ressources qui diminuent, comment va-t-on soutenir le coût des «nouveaux ministères»?Va-t-on se rabattre, comme on le fait pour une bonne part, sur le bénévolat?Mais, là encore, des lois particulières sont à l\u2019oeuvre qui ne s\u2019identifient pas au modèle clérical.Toute une stratégie économique devra être élaborée si l\u2019on veut promouvoir la nouveauté souhaitable.Il me semble que ces dimensions sont à l\u2019oeuvre dans l\u2019Église actuelle et qu\u2019il faut les réfléchir théologiquement.En ce sens, elles devraient être ajoutées au dossier.La «nouveauté», en effet, si elle est vraiment «évangélique», fait surgir les résistances, aussi bien les anciennes que les nouvelles.On peut alors prévoir que des questions différentes se poseront à l\u2019ensemble de la communauté chrétienne et aux «nouveaux ministères».¦ Guy Paiement Génétique, procréation et droit nous commençons à engendrer des corps dans la culture» (Michel Serres).«On se croit sous le règne de la biologie parce que celle-ci a réussi à percer les mystères de la Nature, alors que l\u2019on est sous celui, le plus absolu, de la volonté» (Michèle Go-bert).Les participants, au colloque «Génétique, procréation et droit» \u2014 convoqué en janvier 1 985 par le ministre français de la Justice \u2014 ont tenté de voir comment pourraient se former, se définir et s\u2019exprimer nos «volontés», individuelles et collectives, face aux nouvelles possibilités qu\u2019ouvrent les récentes découvertes de la génétique et de la biologie.Tâche colossale que les ressources de disciplines particulières ne permettent même pas d\u2019envisager.Comme jamais auparavant, le biologiste a besoin de l\u2019anthropologue, la généticienne, du moraliste et la juriste, du philosophe.À parcourir les Actes du colloque, on comprend bien combien cette démarche \u2014 pourtant essentielle \u2014 s\u2019avère difficile.Les discours se croisent sans nécessairement se répondre ou se nourrir les uns les autres.Au fil des contributions, «on se sent bien nu» ou «on se croit Dieu», pour reprendre l\u2019expression de M.Gobert.Mais quand la science (génétique, biologie, génie génétique) vient ébranler les fondements les plus profonds de nos structures familiales, quand elle donne un sens nouveau à l\u2019individualité et à l\u2019intangibilité de la personne humaine, quand elle modifie profondément la portée des mots «mère», «père», ou même «mort», alors elle a besoin que la société l\u2019interpelle.Ceux et celles qui font la science ne peuvent et ne doivent pas réaliser cette formidable révolution sans en partager la responsabilité avec les autres membres de la société.En matière de filiation, comme dans d\u2019autres domaines, les diverses sociétés humaines ont développé des approches et des pratiques fort différentes mais qui toutes reposent sur un consensus fort, partagé par l\u2019ensemble.Ces liens de consensus sont maintenant ébranlés.Il est donc urgent de recréer, comme le souligne M.Serres, la liaison entre le savoir et le public.Plusieurs voient pourtant le fossé s\u2019élargir.C\u2019est pourquoi les Actes méritent d\u2019être largement diffusés, discutés.Ils contiennent de nombreuses pistes de rapprochement entre science et société.Et nous en avons grandement besoin.Le colloque s\u2019est déroulé sous quatre grands thèmes: don et utilisation de sperme et d\u2019ovocytes; congélation d\u2019embryons, fécondation «in vitro» et mère de substitution; génie génétique et transfert de gènes dans la cellule; médecine prédictive et diagnostic prénatal.Pour chacun de ces thèmes, les Actes regroupent un texte synthétique et quelques commentaires.En annexe, on retrouve différents rapports et points de vue, présentés dans un esprit nettement multidisciplinaire.Toujours en annexe, on a publié quelques contribu- relations novembre 1985 tions, dont certaines méritent d\u2019être signalées.Ainsi, sous le titre, «Réflexions d'un théologien catholique», le R.P.Xavier Thévenot présente un résumé clair des bases de la position catholique en ce domaines.¦ Francine Tardif Louis Riel bernard Saint-Aubin présente le destin de Louis Riel et de son peuple comme un épisode dans un conflit de civilisations millénaires: la reprise, dans les grandes plaines de l\u2019Ouest canadien, de la lutte inégale entre Caïn le chasseur et Abel l\u2019agriculteur, un affrontement qui se poursuit encore de nos jours dans les jungles du Brésil ou dans les savanes australiennes (voir le film de Werner Herzog, «Le pays où rêvent les fourmis vertes»).Le 11 octobre 1869, un groupe de Métis du territoire de l\u2019Assiniboia, propriété pour quelques semaines encore de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson, arrête les travaux d\u2019arpentage entrepris par des colons ontariens en vue de l\u2019annexion du territoire à la Puissance du Canada.Le 2 novembre 1869, Riel et ses hommes occupent Fort-Garry; le 8 décembre, ils proclament un gouvernement provisoire «au nom du peuple de la Terre de Rupert et du Nord-Ouest»; au printemps, leurs émissaires vont négocier à Ottawa et, le 15 juillet, le Manitoba entre dans la confédération canadienne, non pas comme un territoire jeté en pâture aux colons de l\u2019Ontario, mais comme province, une province officiellement bilingue sur le modèle de la province de Québec.À première vue, les quelques 6000 Métis de la Rivière-Rouge ont réussi à faire échec à un «transfert de souveraineté» qui s\u2019était négocié à Londres, entre hommes d\u2019affaires et politiciens, sans qu\u2019on songe à s\u2019inquiéter de la population des territoires trafiqués.Mais le conflit n\u2019est pas seulement ni même d\u2019abord juridique et il ne suffira pas, pour le régler, d\u2019accorder des garanties constitutionnelles ou de faire élire des députés.Car ce qui arrive dans l\u2019Ouest, en plus des Ontariens, anglophones, protestants et souvent orangistes, c\u2019est une révolution économique: l\u2019agriculture.Chasseurs semi-nomades, les Métis ne 301 sont pas prêts à entrer dans cette société sédentaire: en ce sens, ils sont bien «l\u2019incarnation d\u2019un échec».Le Manitoba leur échappe, malgré la Loi de 1 870.Refoulés dans les territoires qui deviendront la Saskatchewan et l\u2019Alberta, affamés par la sécheresse, ils glissent de la résistance au désespoir et à l\u2019exaltation.Quand ses compatriotes vont chercher Riel au Montana, en 1884, lui qui avait été élu député mais qui n\u2019avait jamais siégé aux Communes, lui qui avait dû passer deux ans en institution psychiatrique pour se remettre de la création du Manitoba, lui qui a essayé de refaire sa vie et qui est devenu citoyen américain, il ne pourra que les mener à Batoche.Gérard Saint-Aubin travaille sérieusement: il a relu les historiens anglophones et francophones, il prend le temps d\u2019expliquer l\u2019histoire des Métis et de reconstituer le contexte politique de l\u2019ère John A.Macdonald, il a surtout le grand mérite de dépasser la rhétorique et le chauvinisme.Il s\u2019ensuit, comme chaque fois que l\u2019histoire est traitée avec respect, que le présent devient moins opaque, qu\u2019il s\u2019agisse du ressentiment antifrançais dans l\u2019Ouest, du nationalisme québécois, des rapports religion/politique ou des infortunes du Parti conservateur.À l\u2019occasion du centenaire de la mort de Louis Riel, le 1 6 novembre, le regretté Michel Brunet se proposait de recenser ici l\u2019ouvrage de Bernard Saint-Aubin: le printemps dernier, Monsieur Brunet nous avait lui-même offert de signaler «ce livre remarquable»: la maladie ne lui a pas permis de le faire mais son appréciation ne faisait pas le moindre doute.¦ Albert Beaudry La crise des langues nfin, une approche sereine de l\u2019Apocalypse! La crise de la langue \u2014 mais on veut dire essentiellement l\u2019orthographe: tout le monde connaît.L\u2019odieuse accusée: la télévision, tout le monde regarde.Et c\u2019est le mérite de La crise des langues, un gros et sérieux ouvrage de textes venus de tous les points du globe, d\u2019élargir, d\u2019éclairer, et de décrisper un débat qui dure, paraît-il, depuis Jésus Christ.Élargir le débat: au lieu de focaliser sur UN SEUL aspect de la langue ÉCRITE (l\u2019orthographe), il faudra considérer les autres (morphologie, syntaxe, lexique), et prendre en compte la vaste question de la langue orale (où la publicité et souventes fois la langue des médias électroniques se trouvent avoir des effets positifs repérables).Éclairer le débat: les statistiques sont maigres, l\u2019absence d\u2019études diachroniques est grande, le lien avec une crise plus générale des sociétés (crise des normes, crise de la culture, crise du pouvoir) est presque systématiquement occulté: «.toutes les études, tant québécoises que françaises et américaines, montrent qu\u2019il y a corrélation entre milieu social favorisé et succès scolaire en langue maternelle» (p.75).Quant aux dénonciateurs, souvent puristes ET conservateurs tous azimuts, ils ont en commun de «tirer sur tout ce qui bouge»: ils disent «fautes», nous pensons «écarts», il faudrait songer «phénomènes évolutifs».Seuls les linguistes et sociolinguistes semblent ici garder la tête froide, et le co-limateur dans le placard.Gare, nous disent les auteurs, aux «experts en métalangages spontanés» (pédagogues, journalistes et députés.).Décrisper enfin ce débat: le nivellement lié à la démocratisation de l\u2019enseignement se fait AUSSI par le haut; la consommation de livres connaît une croissance effective (FRANCE) bien que ralentie; «dans l\u2019ensemble, les résultats de ces recherches ne conduisent nullement à un constat pessimiste de dégradation de la langue»; IL N\u2019Y A PAS baisse réelle de la maîtrise de la langue écrite quand IL Y A diminution d\u2019activités d\u2019apprentissage linguistique (QUÉBEC).On ne trouvera pas ici de solutions, à proprement parler, mais des études documentées, une perspective mondiale (de l\u2019indonésien au wallon, en passant par le chinois, le coréen, le suédois et le serbo-croate), une approche sociologique et anthropologique, et le goût de moins refuser «la diversité des usages et des normes».Richard Dubois références.Roland Chagnon, La Scientologie: une nouvelle religion de la puissance, Cahiers du Québec, Coll.Sociologie, Éd.Hurtubi-se, Ville de La Salle, 1985; 263 p.CEDAL, Féminisme et mouvements de femmes en Amérique latine, Montréal, 1985; 95 p.La crise des langues, textes colligés et présentés par Jacques Maurais, Gouvernement du Québec, Coll.«L\u2019ordre des mots», Québec, 1 985; 487 p.Bernard Saint-Aubin, Louis Riel.Un destin tragique, Éd.La Presse, Montréal, 1985; 307 p.-F index onomastique.Actes du colloque Génétique, Procréation et Droit, Actes Sud, Paris, 1 985; 570 p.Collectif, Des ministères nouveaux?, Éd.Paulines, Montréal, 1985; 243 p.À signaler: Dominique Bertrand.La politique de S.Ignace de Loyola, Cerf, Paris, 1985, 687 p.Ce livre austere (une thèse de doctorat d'Etat) étudie la pensée politique de celui que beaucoup ont appelé le Machiavel de l\u2019Église.Par delà tout romantisme, Ignace nous y apparaît comme un homme de foi et un maître en discernement.- Gustavo Gutierrez, la libération par la foi.Cerf, Paris 1985, 166 p.Sous le titre Boire à son propre puits, le père de la théologie de la libération avait publié (ou repris),en espagnol une série d\u2019articles sur ce qui, pour lui, est plus important que l'exercice théologique, la spiritualité.Aventure communautaire, à la suite de Jésus, à travers la solitude du désert, vers ce qui véritablement est liberté.302 relations novembre 1985 RECHERCHE NOUVELLE SERIE COURAGE OU RÉSIGNATION ET VIOLENCE par Félicien Rousseau 312 pages» 15,00$ Non seulement la version de la loi naturelle présentée par Thomas d\u2019Aquin a été rejetée par l'éthique protestante, mais l\u2019éthique catholique, dans l\u2019ensemble, ne l\u2019a pas assimilée.L\u2019avènement de la civilisation technique et sa promotion du culturel permet maintenant de mesurer le désordre humain et physique engendré par cette ignorance.Un livre qui traite du courage dont c\u2019est la tâche d\u2019humaniser l\u2019agressivité sensible.\tÉditions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent \tMontreal (Quebec) Canada\t¦ Il\tH2P 2L9 - Tel.: (514) 387-2541 303 novembre 1985\t2,50$ no 515 SOMMAI iii face à l\u2019actualité wm Un sommet, deux versants, plusieurs escalades (J.-P.R.) \u2014\tPrévention ou escalade (K.L) \u2014 L\u2019affaire Piperno (F.T.) \u2014\tSa Sainteté.puis sa Grâce (G.S.-P.) mm Richard Bergeron Roland Chagnon Vincent Péguy Yvon Lepage Les nouvelles religions Quelques jalons Les sectes et la loi En appoint 281 284 287 289 291/298 Julien Harvey Julien Harvey Le retour de Maria Monk Vingt ans depuis Vatican II lectures 96 99 Photographie de la page couverture: Paul Hamel Avec le recul, bien des questions sont à poser: pourquoi rÉthiopïe, à ce moment-là?bilan de la campagne, ici et la-bas?pourquoi est-il si difficile de réfléchir avec le public sur le sens véritable et les limites de faide internationale, dans le même temps que Port fait la levée de fonds?Les panélistes seront: *\tJacques Champagne., dlr.-gen.de Devel *\tGilles Courternanche, journaliste et Faix le lundi 25 novembre 1985 de IShSG1 a 22b00.a la Maison Bellarmln 25 Jarry ouest, I métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.Courrier de la deuxième classe; enregistrement no 01 43.Port payé à Montréal.8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
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