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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet - Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1987-07, Collections de BAnQ.

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[" relation juillet-août 1987 2,50$ no 532 « p®' -Sft srrrSs srr«s j&ssK^^5^ - \u2022 ::; SSS.V?;ï55 « «° 'op|o\"'i\u201c\u201eï\u201d«»\u201c\u201d'^r qurins^re'notre^tmva^j commentJaJo^chreti^\t^g^aujçxird^hu^ de Jésus est 7 milieu nous poussent il P\tévolue.\tiustice et de toi, la Mafs si notre\taux questions de^teagne la vie En continuant de\t++or\\tinn à la vie cultur\t_ nés septembre, revue accordera plus £\taerment les idéesr\"on°eSsoit dans la ffS nt^o»=avec-=^ «*« plurieile qui se et plus largement, explore\tnurnéro, mais nous SU î?ssus ,r-r.'™r, et Enfin, nous avons resohu ENTRE JUSTICE ET FOI -\tgénétique et maternité -\tVatican II confirmé ?-\tl\u2019Afrique du Sud -\tSpécial Haïti -\tl\u2019Église de Montréal -\tl'avenir de Montréal -\tla, mode du déclin -\tl\u2019Église et les laïques Vous pouvez emprunter ces cassettes (location: pour 1 semaine: 5$ plus les frais d'envoi) ou meme en commander une copie (25$ plus les frais).Veuillez préciser le format de la cassette désirée (Beta ou VHS) et le sujet.Charité business ?1986 après J.C.Économie et foi Québécois sans nostalgie La Chine Les sans-abri Rome : respect de la vie Adressez vos commandes à Bertha Cardenas, Centre justice et foi 25, Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 (514) 387-2541 LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉO relations juillet-août 1987 167 JEAN MARTUCCI quand, à douze ans, je me suis pointé au Collège Grasset, j\u2019ai été vite impressionné par un grand bonhomme de rhétorique.Lors du pèlerinage annuel à Bonsecours, il menait fièrement la procession et ne ménageait ni la parole, déjà remarquable, ni le zèle.C\u2019était Jean Martucci.De Jean Martucci, j\u2019aimerais signaler trois aspects : le bibliste, le vulgarisateur, le citoyen.La Bible a été le premier lieu de référence de Jean.Après des études à Jérusalem, il a consacré sa première carrière, si l\u2019on peut dire, à l\u2019exégèse et à l\u2019interprétation de la Parole.Il ne s\u2019est jamais confiné au travail strictement technique de l\u2019exégèse.Son souci dépassait constamment la recherche exégétique - sans la mépriser pour autant - pour explorer davantage l\u2019actualité de la Parole et son retentissement dans notre milieu ecclésial, culturel, social, politique.Il convient de signaler également sa présence au sein de la Société catholique de la Bible dont il fut un animateur hors pair et un président remarquable.Beaucoup se souviennent du feuillet biblique ou de sa chronique dans Le Devoir où il commentait l\u2019Évangile du dimanche.Inlassablement, à la télévision, à la radio, dans des rencontres, ou par le moyen de l\u2019écriture, Jean Martucci a été un vulgarisateur de génie, possédant le don de la formule généreuse, l\u2019intuition qui ouvre des perspectives nouvelles en quelques mots.L\u2019orateur avait une classe remarquable, toujours digne, avec un brin d\u2019aristocratie, et un don particulier pour les langues.L\u2019écrivain n\u2019était jamais lourd ni ronflant.Mais derrière sa simplicité, beaucoup de courage, beaucoup d\u2019audace.Il ne cherchait pas la polémique mais, parce qu\u2019il précédait son milieu, il a été aux prises avec beaucoup de controverse.Fils d\u2019un immigrant italien et d\u2019une mère québécoise francophone, Jean Martucci a aussi été témoin et artisan de la prise en charge des francophones d\u2019ici.Pour lui, l\u2019internationalisme supposait d\u2019abord une identité pleinement enracinée dans la terre québécoise.De plus, il n\u2019y avait pas d\u2019hiatus entre l\u2019expérience de sa foi chrétienne et son engagement dans la mutation sociale et politique du Québec.Mais il évitait d\u2019imposer à autrui sa compréhension de la foi et de pousser à des choix politiques par motif d\u2019autorité doctrinale.Substantiellement, il disait: ce n\u2019est pas l\u2019Évangile qui me dicte ceci, c\u2019est moi qui, dans l\u2019Évangile, choisis telle orientation.Secrétaire général associé au développement culturel, sous-ministre, délégué du Québec à Milan, président du Conseil de la langue française, il aura, au cours des dix dernières années de sa vie, servi le Québec dans le cadre de la haute fonction publique.Depuis un an, les médias ont mis en épingle certains démêlés entre le président du Conseil de la langue française et le ministre responsable.Maintenant qu\u2019il est mort, nous comprendrons mieux que ses prises de position n\u2019étaient ni du fanatisme, ni du ressentiment politique, mais le simple courage d\u2019un fonctionnaire dont le mandat est d\u2019appeler un chat un chat et un refus d\u2019appliquer la loi sans le courage de la changer, une manoeuvre indigne d\u2019un gouvernement et de nature à créer la confusion.Esthète, intellectuel, bibliste, théologien, prêtre, Jean Martucci a été par-dessus tout un homme de coeur.Qu\u2019il repose dans le coeur de Dieu.¦ André Beauchamp QUÉBÉCOIS SANS NOSTALGIE \\ apart cette période marquée par deux mouvements - révolution tranquille, élan nationaliste - l\u2019histoire du Québec, qui évidemment ne manque pas de belles pages, ne compte pas tellement d\u2019âge d\u2019or dont il vaudrait la peine qu\u2019on fût nostalgique.Et même cette période, exaltante pour plusieurs, on ne sait plus très bien comment l\u2019analyser : était-elle le signe précurseur d\u2019un avenir épanoui qui, de toutes façons, se réalisera un jour ?ou était-ce le dernier soubresaut d\u2019une nation en sursis ?Le problème ne me semble pas tellement comment être Québécois sans nostalgie, ni même comment être Québécois tout court, mais plutôt comment rester Québécois ?Et c\u2019est à cause du mot « rester », dans la question1, que se pose en fait un problème de nostalgie : rester Québécois, est-ce que cela commande de figer un moment de l\u2019histoire et d\u2019empêcher qu\u2019il ne change ?Quand un peuple a choisi « Je me souviens » comme devise, on pourrait le croire.Pourtant la mémoire, la mémoire que tout le monde définit comme conservatrice, n\u2019est pleinement elle-même que lorsqu\u2019elle devient créatrice.Se souvenir pour survivre.Se souvenir pour vivre.Se souvenir pour mieux vivre.Se souvenir pour bâtir.Nous ne pourrons « rester Québécois », en fait, qu\u2019en mettant notre mémoire collective au service de notre avenir.¦ Jean Martucci 1.Extrait de la communication de Jean Martucci, président du Conseil de la langue française, présentée à la Soirée RELATIONS - 5 ième anniversaire - « Québécois sans nostalgie », à Montréal, le 16 février 1987.168 relations juillet-août 1987 DOSSIER immigrer ____au Québec______________ ___________\tMCCI/Jean Bernier i, i\u201eie de ' i' re Ll ju Quél\u2019ee MAJORITE RESPONSABLE par Francine Tardif depuis deux ans, Relations a consacré un dossier et plusieurs articles aux questions reliées à l\u2019immigration.À les consulter, on constate à quel point l\u2019immigration modifie les paramètres de notre vie collective.Que ce soit la culture ou la démographie, l\u2019économie ou l\u2019éducation, les rapports entre francophones et anglophones ou entre paliers de gouvernement, rien n\u2019échappe totalement à l\u2019influence qu\u2019exercent sur notre société ceux et celles que l\u2019on réunit, maladroitement, sous le terme de communautés culturelles.Reste cependant à cerner et à comprendre cette influence.D\u2019autant qu\u2019immigrer au Québec, ce n\u2019est pas tout à fait immigrer en Amérique et ce n\u2019est pas même tout à fait immigrer à Toronto.L\u2019histoire même du Québec, le caractère distinct de la société qui le compose et surtout la spécificité des défis que doivent relever Québécois et Québécoises pour assurer leur survie (développement, affirmation ?) collective, tout cela crée une relation particulière entre ceux qui vivent déjà sur ce territoire et ceux qui viennent s\u2019y installer.Toujours à la recherche d\u2019elle-même, et peut-être est-ce là sa destinée, la société québécoise découvre aujourd\u2019hui l\u2019autre, non plus dans la figure traditionnelle de l\u2019Anglais qui l\u2019opprime tout en la séduisant, mais à travers la diversité des miroirs que lui tendent chacune des communautés culturelles.Le changement est radical : il modifie les termes de l\u2019équation minorité-majorité qui nous a longtemps servi de fondement social, nous forçant à nous situer comme majorité responsable.Pour une culture politique commune C\u2019est pourquoi chez nous, plus qu\u2019ailleurs, l\u2019exigence d\u2019une culture politique commune s\u2019impose.Or, les 170 années 80 sont tout spécialement réfractaires à cette nécessaire réflexion sur le politique et ses concrétisations dans la politique.C\u2019est pourtant dans cette perspective, me semble-t-il, qu\u2019il faut lire l\u2019article d\u2019Anne Laperrière, consacré aux expériences britanniques en matière d\u2019éducation interculturelle.À travers les échecs et les difficultés des différents modèles proposés, on voit se dessiner la nécessité de tenir compte, lors de l\u2019élaboration des programmes scolaires, non seulement des besoins des clientèles minoritaires - ce qui devrait aller de soi - mais aussi de ceux, non moins légitimes, de la majorité.Pour que le dialogue interculturel soit fructueux, à l\u2019école comme ailleurs, il doit échapper à la tentation du relativisme culturel.Il faut donc que la voix de la majorité se fasse entendre, dans le respect de la différence, mais d\u2019une manière claire.Des divergences pourront sans doute apparaître entre certaines aspirations de la majorité et celles des minorités.Des visions différentes du Québec et de son avenir.Et il faudra sans doute s\u2019en réjouir.Car de ces difficultés, affrontées dans un véritable dialogue, pourra naître une culture politique commune, infiniment préférable à l\u2019unanimité trompeuse des dialogues superficiels.Une histoire au singulier Cependant, et c\u2019est ce que montre l\u2019article de Julien Harvey, si la voix de la majorité doit se faire entendre dans le dialogue interculturel, d\u2019autres voix doivent aussi pouvoir s\u2019exprimer.C\u2019est pourquoi il devient urgent que les communautés culturelles trouvent la place qui leur revient dans nos médias.Il ne s\u2019agit pas ici de mesurer quel espace devraient occuper, au plan rigoureu- relations juillet-août 1987 sement statistique, les communautés italienne, grecque ou haïtienne.Il s\u2019agit plutôt de présenter, à travers les médias, un visage du Québec auquel nous puissions tous nous identifier.Dans l\u2019histoire du Québec et du Canada, l\u2019immigration est intimement reliée aux besoins de main d\u2019oeuvre et donc à l\u2019économie, comme le rappelle l\u2019article d\u2019Henri Sader.Pourtant, et c\u2019est un paradoxe significatif, rien n\u2019est plus difficile que de mesurer l\u2019impact économique de l\u2019immigration.L\u2019avertissement que donne un des chercheurs en ce domaine mérite d\u2019être souligné : « En tant qu\u2019agent économique, l\u2019immigrant peut, comme tout autre homme, assumer des rôles très divers et parfois opposés.Il est à la fois producteur et consommateur.Le Néo-Québécois peut jouer le rôle d\u2019innovateur ou d\u2019entrepreneur tout comme il peut être chômeur ou « drop-out ».En cela, l\u2019immigrant ne se distingue guère de tout autre Québécois.»1.Le grand mérite de cette réflexion, qui est également celui du livre de Micheline Labelle que nous présente Albert Beaudry, c\u2019est de souligner que l\u2019histoire de l\u2019immigration se vit d\u2019abord au singulier.Histoire personnelle, histoire collective, parfois la distinction perd de sa signification tellement l\u2019une est imbriquée dans l\u2019autre.Dans notre monde, où le destin de millions de personnes se trouve bouleversé par l\u2019Histoire que de plus puissants leur imposent, immigrants et réfugiés portent peut-être une vocation particulière.Peut-être que, comme le soumet la réflexion de Gregory Baum, ils nous révèlent un autre sens de l\u2019appel, à la lumière du mystère.Peut-être que c\u2019est là que réside le nouveau souffle de notre histoire collective.¦ 1.M.Polese, cité dans Lamoureux, Josée, Les impacts économiques de l\u2019immigration, Conseil des communautés culturelles et de l\u2019immigration, février 1987. Histoires d\u2019immigrées1 « IL FAUT TELLEMENT TRAVAILLER » par Albert Beaudry 1722022 am 2 4>P0YTA* AA*^jd EGUMES* FRUITS* eaahnhkonZj* elle est Portugaise.« Je suis arrivée à Montréal à l\u2019âge de dix-sept ans, en 1959.Je venais rejoindre mon mari.C\u2019était un mariage arrangé par les parents : je ne connaissais pas mon mari, seulement ses parents et ses frères cadets, qui étaient des clients du magasin de mon père.» Une autre est d\u2019origine haïtienne.Arrivée avec un contrat de domestique, elle se tetrouve à la merci de ses employeurs: «J\u2019étais toujours cachée dans la maison, on ne me laissait pas sortir.Je ne connaissais personne ; ils ne voulaient pas que je rencontre personne.Je ne connaissais aucun magasin, je ne savais pas comment prendre l\u2019autobus.» Les travailleuses immigrées ne sont pas simplement les épouses au foyer 1.Micheline Labelle, Geneviève Turcotte, Marianne Kempeneers et Deirdre Mein-tel, Histoires d\u2019immigrées.Itinéraires d'ouvrières colombiennes, grecques, haïtiennes et portugaises de Montréal, Montréal, Les Éditions du Boréal Express, 1987 ; 275 pages.des « immigrants » : plus de la moitié des quelque 260 000 femmes immigrées au Québec (d\u2019après le recensement de 1981) sont sur le marché du travail; elles représentent 9 % des travailleuses québécoises.Dans certains cas (on donne l\u2019exemple de travailleuses colombiennes et haïtiennes), c\u2019est même elles qui prennent l\u2019initiative d\u2019émigrer.Leur donner la parole L\u2019étude que vient de leur consacrer une équipe interdisciplinaire de sociologues et d\u2019anthropologues montréalaises a l'immense mérite de leur donner la parole : on a demandé à 76 d\u2019entre elles de se raconter, dans leur langue maternelle, en expliquant d\u2019abord leur mode de vie et leur travail dans leur pays d\u2019origine, puis en décrivant leur arrivée au Québec, leur expérience de travail et ses répercussions sur leur vie familiale.relations juillet-août 1987 Ces entrevues, transcrites et traduites, représentent 15 000 pages de texte.Analysées, comparées, éclairées par la littérature scientifique récente, elles forment l\u2019essentiel d\u2019un livre passionnant et profondément humain, un modèle d\u2019analyse sociale.Histoires d'immigrées nous fait pénétrer dans un univers que la semi-clandestinité, les barrières linguistiques et les ghettos d\u2019emploi refoulent dans la marge.Que nous apprend ce livre ?D\u2019abord, l\u2019importance du rôle que jouaient ces femmes dans l\u2019économie, formelle et informelle, de leur pays d\u2019origine.Elles n\u2019ont pas commencé à travailler à Montréal.Dans leur petit village du Péloponnèse ou de l\u2019Artibonite, elles participaient à l\u2019exploitation agricole ou à la production artisanale, elles tenaient de petits commerces et géraient le budget familial.« Je peux vous dire qu\u2019en Grèce, je pouvais travailler jusqu\u2019à vingt heures par jour », dit l\u2019une.« Mon mari était cultivateur, explique une Haïtienne.Quand les produits étaient prêts, j\u2019allais les vendre au marché et puis, quand j\u2019avais des commandes, je faisais de la couture.» 171 Au bas de l\u2019échelle Cette expérience de travail ne les dispense pas cependant d\u2019une rude initiation à la société industrielle.La séparation de la famille élargie, le choc culturel, la difficulté de la langue usent la résistance nerveuse.Et le stress ne diminue pas avec l'entrée en manufacture, l\u2019apprentissage sur les machines, le travail sous pression, les heures interminables au salaire minimum (quand le salaire minimum est respecté !), les tensions interethniques (il y a le clan des Grecques, celui des Italiennes, celui des Portugaises.).Voleuses de jobs ?« Elles vont s\u2019insérer dans un marché du travail à forte segmentation sexuelle et ethnique, dans des secteurs d\u2019activité circonscrits et à des postes qui occupent le niveau hiérarchique le plus bas et qui sont extrêmement peu diversifiés » (p.245).C\u2019est-à-dire qu\u2019elles travaillent dans les secteurs mous, très souvent dans des ateliers non syndiqués, souvent pour des sous-traitants qui appartiennent à leur groupe ethnique.Parce qu\u2019elles doivent aussi s\u2019occuper des enfants, elles préfèrent souvent quitter la manufacture pour prendre des contrats de couture à la maison.« Je travaille neuf à dix heures par jour, tous les jours de la semaine.Je commence à six heures du matin, quand mon mari s\u2019en va, jusqu\u2019à sept heures du soir.À sept heures, je fais déjeuner mon fils, je prends mon café, et à sept heures vingt, je suis de nouveau sur la machine.Je continue jusqu\u2019à neuf heures ou neuf heures trente, et je m\u2019occupe alors de ma fille.Je reprends vers onze heures moins le quart, jusqu\u2019à une heure et demie environ.Je dîne, je fais dîner la petite et je la couche.Je me remets à la machine jusqu\u2019à quatre ou cinq heures.Je lui donne sa collation.Je continue ensuite jusqu\u2019à cinq heures et demie.Là, je prépare le souper.» Les statistiques indiquent, par ailleurs, que « les revenus moyens des Colombiennes, des Grecques, des Haïtiennes et des Portugaises sont inférieurs à la fois à ceux de l\u2019ensemble de la population des femmes immigrées et à ceux des femmes nées au Canada » (p.150).Un immense courage Même si plusieurs travailleuses immigrées considèrent comme une promotion d\u2019entrer à l\u2019usine et de toucher un salaire, il ne s\u2019ensuit pas automatiquement qu\u2019elles en deviennent plus autonomes au sein du couple.« Le travail salarié, au Québec, s\u2019effectue dans des conditions où les structures conjugales, les rapports de parenté et les modes de sociabilité du pays d\u2019origine ne sont plus les mêmes.Dans ce contexte, les rapports avec le conjoint demandent nécessairement à être négociés.Or cette négociation est loin d\u2019être facile.» (p.245).En pratique, les rapports d\u2019autorité ne sont pas modifiés.Quelques témoins font état d\u2019un accroissement de la violence familiale depuis leur arrivée au Québec, une détérioration qu\u2019elles attribuent à l\u2019émigration.Quant aux rapports économiques, les femmes n\u2019ont pas la possibilité de « capitaliser » : leur salaire sert généralement à couvrir les dépenses en biens périssables.S\u2019il y a des femmes qui connaissent présentement chez nous la double tâche et la double oppression, ce sont d\u2019abord les travailleuses immigrées.Et puis, il y a la famille qui est restée au pays, et qui attend une aide financière de celles qui ont la chance de faire de l\u2019argent ! «Tous les mois, j\u2019envoie entre vingt et trente dollars de ma poche à mes parents (au Portugal).Mon mari en envoie aussi à son père, qui est retraité.» Les Haïtiennes envoient « une mallette » (tissus, lingerie, appareils électriques).Cet argent si durement gagné est partagé sans hésitation.Le livre de Micheline Labelle et de ses collègues est en fait un admirable ouvrage d\u2019histoire : cette histoire qui est en train de se faire ici, tandis que nous nous laissons distraire par le grand jeu du spectacle politique.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une société où le fossé continue de se creuser entre deux marchés du travail : « un marché primaire, à salaires élevés, à sécurité d\u2019emploi et à qualification élevée.et un marché secondaire à salaire faible et à insécurité d\u2019emploi ».Mais c\u2019est aussi l\u2019histoire de l\u2019immense courage de ces femmes et, au fond, de leur amour.« Je m\u2019ennuie beaucoup de ma famille, confie une travailleuse d\u2019origine portugaise.Je n\u2019aimerais pas rester ici définitivement, mais qui a des enfants doit penser à leur avenir.» ¦ 9 ^ ü 172 relations juillet-août 1987 VOLEURS DE JOBS ?par Henri Sader économiste, Centre Justice et Foi Comme toute science humaine, l\u2019économique se prête aux simplifications abusives.À un extrême, la vision rigide et froide des maîtres du jeu macroéconomique : ils réduisent une société et son histoire à la dynamique quantitative de quelques équations et relations comptables.À l\u2019autre extrême, la perception fragmentaire de l\u2019individu assailli quotidiennement par de multiples informations qui dissimulent les faits sous les anecdotes.La grande question de l\u2019immigration et celle de son impact sur notre économie illustrent bien, par les débats et les polémiques qu\u2019elles suscitent, cette difficulté de mise en perspective objective.Mais si l\u2019analyse économique ne peut quantifier et qualifier rigoureusement les conséquences multidimensionnelles de l\u2019arrivée de nos immigrants, elle peut néanmoins contribuer à séparer les mythes des faits.Macro et micro.Les immigrants sont-ils des voleurs de jobs ?Question en apparence fort simple mais dont les ramifications sont complexes.En science économique, les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets.Dans un cadre néo-libéral, les conséquences de l\u2019injection massive d\u2019un facteur de production (le travail, la main-d\u2019oeuvre) 1.Voir dans le même sens, et pour plus de détails, l\u2019article de Jean Poulain, « Situation alarmante pour les victimes de la dernière récession » dans La Presse du 5 mai 1987, p.D-3.Les immigrants feront travailler les immigrants.varieront selon l\u2019état du cycle dans lequel se trouve alors l\u2019économie, selon sa capacité d\u2019absorption, et celle-ci variera elle-même en fonction de la période de référence (court, moyen et long termes), de la politique économique pratiquée, du nombre et de la composition professionnelle de cette nouvelle main-d\u2019oeuvre.Donc pas de réponse simple, pas de solution noir sur blanc.D\u2019ailleurs, les experts ont multiplié les études contradictoires à ce sujet.De surcroît, l\u2019analyse des variables macroéconomiques relations juillet-août 1987 ne tient pas compte des myriades de sous-systèmes microéconomiques qui vont autrement affecter l\u2019individu dans la réalité de sa vie de tous les jours.Un exemple illustrera la différence entre ces deux plans de la vie économique.De 1981 à 1984, on nous dit qu\u2019un million d\u2019emplois ont été perdus dans l\u2019ensemble de l\u2019économie canadienne et que 74 % des chômeurs ont retrouvé un travail dans un délai moyen de 6 mois et à un salaire moyen inférieur de 7 %.Ces données, qui déjà sont loin d\u2019être réjouissantes, sous-estiment ou du moins laissent dans l\u2019ombre les souffrances et l\u2019humiliation infligées à des milliers d\u2019individus et de familles1.Les grands modèles macroéconomiques ne fournissent qu\u2019une perception aseptisée et confortable de la réalité.N\u2019en déplaise aux mandarins d\u2019Ottawa, autre chose sera l\u2019histoire des Québécois et Québécoises pris dans l\u2019engrenage des ajustements d\u2019une économie de marché.Alors, ces immigrants sont-ils, oui ou non, des voleurs de jobs ?Avec quelque 1,3 million de chômeurs, en excluant ceux qui ont renoncé à chercher du travail et les bénéficiaires de l\u2019assistance sociale, il est difficile de ne pas céder à l\u2019évidence.L\u2019équation n\u2019est cependant pas aussi simple.L\u2019investissement Il convient tout d\u2019abord de distinguer entre l\u2019immigrant-investisseur/entre-preneur et l\u2019immigrant salarié pour déterminer leur apport au niveau du facteur de production capital/travail.Une telle distinction prend en effet de l\u2019importance dans la logique de l\u2019économie de marché selon le contexte dans 173 laquel elle se trouve.Lorsque le niveau d\u2019investissement est déprimé et le taux de chômage élevé, les immigrants ne fourniront un apport positif à la croissance que s\u2019ils viennent non seulement augmenter l\u2019injection initiale du travail mais aussi celle du capital d\u2019investissement.L\u2019économie canadienne se caractérise par une forte tendance à recourir aux importations pour satisfaire sa demande intérieure.Seulement voilà : ces importations, il faut les payer.D\u2019où nos besoins importants en devises étrangères.Encourager les transferts de capitaux - de préférence à des fins d\u2019investissements - est un des moyens de les obtenir.Le nouveau mariage du capital et du travail peut ainsi s\u2019accomplir par la rencontre directe ou indirecte de l\u2019immigrant pauvre (qui constitue une main d\u2019oeuvre à bon marché) et de l\u2019immigrant riche (qui assure le transfert de capital).Une belle équation, très appréciée par la bourgeoisie affluente du Sud-Est asiatique, surtout celle de Hong Kong qui voit approcher avec inquiétude la fin de son bail.Les immigrants feront travailler les immigrants et le problème de l\u2019alourdissement du marché du travail est théoriquement résolu.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1983-842, quelque 1017 immigrants investisseurs ont investi 308 millions de dollars au Québec, créé 4 730 emplois et contribué globalement au maintien de 23 390 emplois-année.Si l\u2019on s\u2019inquiète toujours de l\u2019entrée de devises étrangères, il convient cependant de relativiser l\u2019importance de ces chiffres, en se rappe- lant, par exemple, que seulement durant les trois premiers mois de 1986, les Ontariens ont dépensé 840 millions pour leurs vacances au Sud.L\u2019entrepreneur/investisseur « ethnique » peut également influencer nos exportations en servant de courtier en relations internationales, soit pour pénétrer des marchés étrangers, soit au contraire pour favoriser l\u2019entrée de nouveaux produits au Canada3.Le contexte Nous vivons une période de coupures et de déflation où, au nom de la sacro-sainte compétitivité internationale, gouvernements et patronats se relayent pour détruire les solidarités ouvrières et les acquis sociaux.Faute de pouvoir accroître la productivité, on écrase les salaires.Faute de pouvoir accroître la production, on encourage une économie d\u2019agiotage et de spéculation qui vise à rechercher la plus-value, quel que soit son support pour financer un patrimoine dont on vise à accroître plus le prix que le volume ou la valeur.Dans ce contexte, les immigrants travailleurs peuvent accentuer le déséquilibre ; du coup, ils deviennent à la fois les victimes et les acteurs d\u2019une harmonisation des salaires à la baisse.Le phénomène n\u2019a rien de nouveau.Au début du siècle, le directeur de la mine War Eagle, Edward Kirby, disait : « Il est nécessaire d\u2019avoir chez les ouvriers au bas de l\u2019échelle un mélange de races, en incluant un certain nombre d\u2019illettrés qui sont tous des travailleurs de premier ordre.Ils sont la force de l\u2019employeur et la faiblesse des syndicats.Comment faire échec à une grève pour une hausse des salaires sans l\u2019aide des ouvriers italiens ?Je ne saurais le dire4.» Après 1978, la proportion d\u2019immigrants au Québec formant une main-d\u2019oeuvre qualifiée n\u2019a cessé de décroître.La chose s\u2019explique par l\u2019accroissement du nombre d\u2019étrangers reçus pour des raisons humanitaires, qu\u2019il s\u2019agisse de réfugiés politiques, de boat-people ou de parents admis en vertu du principe de la réunification des familles5.Le risque de clivage et d\u2019accentuation de la dualisation du marché du travail est donc réel.Le paradoxe, c\u2019est que, dans ce contexte de chômage, nombre d\u2019immigrants non qualifiés, incapables de se trouver de « bons » emplois progressifs, se voient récupérés par leurs propres filières eth- 2.\tÉtude auprès des immigrants investisseurs établis au Québec entre 1983-1984, COJ PEL Ltée (les Services de consultation Jacques Pelletier), mai 1986.3.\tJean Dorion, « Les communautés culturelles » dans Études ethniques au Canada, vol.18, no 2, p.90.4.\tCf.The Law Union of Ontario, The Immigrant\u2019s Handbook.A Critical Guide, Black Rose Books, Montréal, 1981.5.\tJulien Harvey, « La nouvelle immigration », dans Relations, janvier-février 1987.TROIS WEEK-ENDS BIBLIQUES Salut le monde ! (Le Jésus de l\u2019Évangile selon saint Jean) - À Bathurst, les 26 et 27 septembre 87 : Contacter Julie d\u2019Amours ou Gemma LeBlanc, 355, rue Monroe, C.R 294, Bathurst (N.-B.) E2A 3Z2, (506) 546-3177.-À Timmins, du 23 au 25 octobre 87 : Contacter Anizette Bélanger, 65 est, rue Jubilée, Timmins (Ont.) P4N 5W4, (705) 264-0794.-À St-Hyacinthe, les 7 et 8 novembre 87 : Contacter Alain Hébert, 1900 ouest, rue Girouard, C.R 190, St-Hyacinthe (QC) J2S 7B4, (514) 773-8581 (poste 147).S0CABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 174 relations juillet-août 1987 jp Sans politique de plein emploi, il n y a pas de politique d immigration saine.niques, exploités à des salaires sordides que même des assistés sociaux seraient enclins à refuser.Autre paradoxe, l\u2019impact sur le revenu national demeure positif par le biais d\u2019un accroissement de la capacité de consommation des ménages.En effet, en combinant deux ou trois salaires médiocres ces immigrants parviennent à aller chercher un revenu familial confortable et à minimiser le prélèvement fiscal.L\u2019économie néolibérale aura ainsi réussi - à la grande joie de certains économistes - le tour de force de concilier une baisse des salaires avec un accroissement de la demande intérieure ! Méfions-nous pourtant de ce genre de bilan.Les « experts » qui s'y complaisent ont également dessiné le portrait de l\u2019immigrant idéal : il nous faudrait un entrepreneur âgé de 14 ans, à revenu indépendant et sans attaches fami- 6.\tOlivia Ward, « Immigration : Should Canada Bring in More Immigrants ?», The Toronto Star, 26 Avril 1987.7.\tMarc Termote, « L\u2019impact économique de l\u2019immigration internationale », communication présentée en février 1987.liâtes ! Le fameux mouton à cinq pattes qui, d\u2019un coup de baguette magique, résoudrait nos problèmes démographiques et économiques6.Le plein emploi Il ne fait pas de doute que, pour une économie axée sur la consommation, l\u2019importation de 100 000 consommateurs ne peut exercer que des pressions favorables sur l\u2019emploi et les ventes, et stimuler l\u2019investissement.Seulement, il faut d\u2019abord amorcer la pompe en leur affectant un revenu, donc un emploi durable.À court et peut-être à moyen termes, ce transfert risque fort de poser des problèmes d\u2019ajustement et de concurrence7, de retarder l\u2019entrée des jeunes sur le marché du travail, de raviver les antagonismes et les tensions.Mais tel est le prix qu\u2019entraîne nécessairement une politique économique qui ne fait pas du plein emploi sa priorité.relations juillet-août 1987 S\u2019il y a stagnation démographique, les dépenses gouvernementales et les innovations technologiques sont, de par les faisceaux d\u2019activités et d\u2019applications commerciales qu\u2019elles engendrent, les seuls autres grands stimulants économiques.Avec le vent d\u2019austérité thatchérien qui continue de souffler, ne parions pas trop sur le secteur public.Sans politique de plein emploi, il ne peut vraiment y avoir aucune politique d\u2019immigration saine et il nous faudra toujours attendre « quelques années encore » pour que notre marché, satisfait de son nouveau palier démographique, permette aux transnationales de bénéficier de nouvelles économies d\u2019échelles et, en relançant l\u2019investissement, de créer un peu plus d\u2019emplois.Des immigrants voleurs de jobs ?À court terme, peut-être.À long terme, rien n\u2019est moins sûr ; mais « à long terme, nous sommes tous morts », disait Keynes, et en attendant qui paie le prix des « ajustements » ?Eux et nous, jouets d\u2019une économie voleuse de jobs qui divise et oppose lorsque, pour «l\u2019assainir», la main visible d\u2019Ottawa l\u2019encourage dans sa contraction.175 École et société VERS LE RACISME OU VERS L\u2019INTÉGRATION ?par Anne Laperrière Université du Québec à Montréal Quel rôle peut jouer l\u2019école, en particulier l\u2019école multiethnique, dans la lutte contre le racisme et dans le dialogue interculturel, dans la promotion d\u2019une société ethniquement harmonieuse ?La sociologue Anne Laperrière a étudié, pour le compte du Conseil de la langue française, les nombreuses expériences menées en ce sens dans les écoles britanniques depuis une vingtaine d\u2019années.De ses observations se dégagent un projet pédagogique et, peut-être, un projet de société.quel rôle l\u2019école peut-elle jouer dans un processus de rapprochement des ethnies1 ?De façon générale, l\u2019école peut travailler à créer du matériel informatif sur les causes historiques et sociales de l\u2019immigration, les processus psychologiques et sociaux d\u2019insertion de ces hommes et de ces femmes qui immigrent, les difficultés spécifiques liées à ces processus pour la société d\u2019accueil comme pour les immigrants, les cultures d\u2019origine des nouvelles minorités, les processus interculturels.Par ailleurs, l\u2019école peut servir de plaque tournante à l\u2019introduction des immigrants à leur nouvelle société, en offrant des cours de langue, de culture et société.Cette diffusion d\u2019information peut s\u2019accompagner d\u2019un travail sur le plan des perceptions et attitudes mutuelles, de la mise sur pied d\u2019activités communes facilitant l\u2019éclosion de solidarités.Il n\u2019y a pas que l\u2019école ! Cependant, si l\u2019école peut accomplir ce travail important de diffusion de l\u2019in- 176 formation, de réflexion et d\u2019animation, elle ne peut absolument pas, à elle seule, établir les équilibres économique, politique et culturel essentiels au rapprochement des ethnies, ni infléchir les attitudes et idéologies sociales dominantes qui sont constamment nourries par les autres secteurs de la société, au moins tout aussi déterminants qu\u2019elle.L\u2019illusion alimentée dans les années soixante, à l\u2019effet que l\u2019école pourrait être le principal moteur du changement social, s\u2019est progressivement dissoute dans la décennie qui a suivi.Les résultats des réformes psychologiques et sociales, dont on avait confié à l\u2019école la plus grande part de responsabilité, se sont révélés étroitement tributaires de révolution du reste de la société, entre autres de l\u2019organisation du travail et du fonctionnement du pouvoir.Il serait donc vain de penser que l\u2019école pourra travailler au rapprochement ethnique sans investissements tout aussi importants dans les autres sphères de la société.Autrement, l\u2019école rencontrera, chez ses enseignants comme chez ses étudiants, de fortes réticences à investir cognitive-ment, émotivement et socialement dans des idéologies qui ne collent pas à la relations juillet-août 1987 réalité ou dont ils ne peuvent percevoir les chances de réussite ou les avantages pour la société dans son ensemble.L\u2019école ne peut aller à l\u2019encontre des idéologies dominantes qu\u2019à grands frais.Cependant, de plus en plus d\u2019analyses démontrent que toute la réalité sociale ne tient pas dans les idéologies politiques dominantes ou dans la peur de l\u2019étranger, que l\u2019école transporte aussi des contre-idéologies et des contre-cultures (ne serait-ce que par la valeur dominante qu\u2019elle accorde au savoir), et qu\u2019à côté de la xénophobie, existe aussi la fascination pour ce qui est autre.C\u2019est sur ces contre-cultures et sur les traits forts de la culture scolaire qui s\u2019opposent aux préjugés que s\u2019appuient les intervenants scolaires qui ont choisi de combattre la discrimination ambiante.De toute façon, ils estiment qu\u2019ils ne peuvent empirer les choses en ouvrant la discussion.1.Nous remercions le Conseil de la langue française de nous avoir autorisés à reproduire cet extrait de l'étude de Madame Laperrière.Les sous-titres sont de la rédaction de Relations. Une situation unique Par ailleurs, l\u2019école multiethnique se trouve dans une situation particulière, ce qui lui laisse une marge unique d'initiative idéologique.En effet, elle réunit en son sein et met en contact tous les enfants du quartier, indépendamment de leur race, ethnie ou classe sociale ; du coup, elle fait échec à l\u2019ignorance mutuelle que permet la création de ghettos spécifiques à l\u2019intérieur des quartiers, du marché du travail ou de la société élargie.Partant de cette situation unique, l\u2019école multiethnique peut tenter d\u2019infléchir les idéologies dominantes, en profitant de la présence d\u2019enfants de toutes origines, pour jeter des ponts entre les diverses cultures et faire comprendre les mécanismes sociaux qui peuvent les éloigner ou les rapprocher.Ou bien, l\u2019école peut laisser aller les choses, c\u2019est-à-dire laisser libre cours aux rapports de force interculturels, les enfants utilisant les idéologies couramment à leur portée pour interpréter leurs inter- 2.\tLa minorité noire nous semble moins portée que les autres minorités québécoises à clamer cette égalité historique : les réclamations quant à l\u2019égalité raciale semblent primer ici sur celles concernant son statut historique.3.\tUne des leçons de l\u2019expérience britannique est que le consentement des minorités, comme de la majorité, est toujours nécessaire à ces politiques.La différence entre le Québec et l\u2019Angleterre réside dans la plus grande difficulté, pour le Québec, d\u2019obtenir ce consentement.relations : ce qui, on le sait, n\u2019amène pas nécessairement des résultats positifs.Dans ce processus de sensibilisation mutuelle, si l\u2019école en prend l\u2019option, les analyses soulignent l\u2019importance des attitudes des enseignants, à cause de la figure clé qu\u2019ils constituent pour les enfants ; puis l\u2019importance des instruments curriculaires - non discriminatoires et prenant en compte la diversité sociale - et enfin, l\u2019importance de faire s\u2019exprimer la solidarité des élèves anti-racistes et de leurs parents.Alors que les plus pessimistes estiment qu\u2019ainsi, l\u2019école au moins n\u2019empirera pas les choses, les plus optimistes y voient une semence importante pour une société plus tolérante.L\u2019expérience britannique et le Québec L\u2019apport potentiel de la réflexion britannique à la réflexion québécoise sur les politiques d\u2019intégration des immigrants est facilement discernable : les mêmes idéologies circulent ici, à cette différence qu\u2019elles y sont discutées d\u2019une façon moins poussée (ceci est particulièrement vrai de l\u2019idéologie antiraciste).Par ailleurs, la réflexion britannique met particulièrement en valeur les fondements psychologiques, historiques, sociaux et moraux de ces idéologies ainsi que leurs utilisations paradoxales, soulignant bien par là les limites de l\u2019intervention idéologique en général.Les sociétés québécoise et britannique diffèrent cependant fondamentalement sur deux points : 1) la société québécoise est une société d\u2019immigrés, essentiellement ; 2) la société québécoise est une société de minorités.Ceci distingue radicalement les trames politiques dans lesquelles s\u2019inscrivent, dans chacun de ces pays, les interventions auprès des immigrants.Tout d\u2019abord, les minorités ethniques issues de l\u2019immigration internationale se sentent ici beaucoup moins vulnérables qu\u2019en Angleterre, se considérant d\u2019emblée comme historiquement aussi habilitées que la population d\u2019origine française ou britannique à se réclamer comme « canadiennes » ou « québécoises » : elles conçoivent le Canada et le Québec comme un pays « neuf »2 3.Par ailleurs, elle ne se sentent nullement confrontées à une majorité cohésive, comme en Angleterre, étant conscientes du statut minoritaire des Québécois d\u2019origine française au sein du Canada.Bref, elles constituent en quelque sorte la « balance du pouvoir » au Canada, et elles le savent ; tant que les francophones au Québec étaient faibles, elles pouvaient représenter également la balance du pouvoir ici.Si elles ont perdu quelque peu de ce statut depuis l\u2019accession du Parti québécois au pouvoir, il n\u2019en reste pas moins que les rapports de force politiques en font toujours des partenaires incontournables symboliquement, le gouvernement canadien, le groupe britannique et les minorités ethniques canadiennes les utilisant systématiquement comme «-¦se 177 juges de cette autre minorité, menaçante, que constituent les Québécois francophones et leur gouvernement : on laisse entendre que les impairs des Québécois francophones envers « leurs » minorités se retourneraient contre eux, au sein du Canada.Dans un tel contexte, des alliances entre la majorité française et les minorités, au Québec, s\u2019avèrent indispensables aux politiques d\u2019intégration des immigrants3, surtout là où fait défaut l\u2019alliance entre Québécois d\u2019origine britannique et française.Ainsi, les politiques d\u2019initiation ou d\u2019intégration au mode de vie canadien et québécois ou aux valeurs partagées par les deux ethnies dominantes ont pu rallier un consentement - minimal au moins (maximal parfois) - des minorités, qui pouvaient prendre ce consensus pour acquis dans la société québécoise.Au niveau de l\u2019initiation ou de l\u2019intégration linguistique, tout a été beaucoup plus lent et difficile, les Québécois francophones et anglophones devant convaincre tour à tour les minorités de la force et des intérêts sociaux réels que représentait la maîtrise de leur langue, et les minorités allant jusqu\u2019à s\u2019interroger, dans certains cas, sur l\u2019intérêt pressant d\u2019un tel apprentissage4 : dans une société divisée linguistiquement, accorder leur faveur à une troisième langue, la leur, ne leur semblait pas dysfonctionnel.Vers un Québec différent Étant donné ces caractéristiques spécifiques, vers quel type de société ethnique s\u2019en va-t-on donc au Québec ?Une chose est certaine : les politiques assimilationnistes ne semblent plus pouvoir fonctionner, avec le développement des déplacements et réseaux d\u2019échange internationaux.Une société multiculturelle semble répondre au désir de plusieurs minorités québécoises, désir alimenté par la situation politique particulière que leur procurent leurs alliances pan-canadiennes.Si le Québec ne peut ignorer la réalité canadienne, le Canada et les minorités ne peuvent cependant en retour ignorer la réalité du Québec, dont le territoire est occupé à 80 % par la minorité d\u2019origine non américaine la plus vieille au Canada, la plus cohésive sans doute, et la deuxième en importance du pays.En regard du poids démographique des Québécois francophones, une poli- 178 tique multiculturelle semble vouée à l\u2019échec, dans une perspective de participation réelle des minorités à la vie québécoise, les rapports de force étant trop inégaux.Il semble d\u2019ailleurs que les idéologies multiculturalistes aient connu leur apogée auprès de ces minorités au moment où leur identification au Canada était au plus haut et celle au Québec, extrêmement faible.Les solutions semblent donc résider dans des politiques interculturelles, antiracistes ou autres.Les difficultés et les failles de ces politiques, mentionnées dans la littérature britannique, semblent toutes aussi valables pour le Québec : danger de hiérarchisation des cultures, de cristallisation des antagonismes ou de paralysie face à l\u2019ampleur de la tâche.Mais aucune politique n\u2019est aseptique.L\u2019avantage de cette troisième voie est qu\u2019elle colle à la réalité politique québécoise : les ethnies ne peuvent y vivre en minimisant leurs échanges et en cultivant leurs frontières, sans se diriger vers une situation explosive.Si le multiculturalisme a pu être une étape nécessaire à l\u2019affirmation des ethnies minoritaires, en parallèle à l\u2019affirmation de la majorité québécoise, l\u2019enfermement dans cette étape correspondrait à une asphyxie sociale, les minorités comme la majorité francophone ayant besoin de se voir accréditées par l\u2019ensemble de la société québécoise en vue de progresser, comme individus et comme collectivités.On ne peut plus considérer les minorités comme des non-entités ou la majorité québécoise comme socialement minoritaire, sur son territoire, et négligeable.D\u2019où un plaidoyer en faveur de l\u2019interculturalisme, malgré ses risques.Le défi de l\u2019interculturel Les risques de l\u2019interculturalisme résident dans la hiérarchisation défavorable et la parcellisation potentielle des cultures minoritaires.Nous ajouterons ici une critique souvent adressée au multiculturalisme : celle de la folklorisation des cultures.S\u2019il nous semble impossible d\u2019éviter totalement ces risques, il nous paraît cependant possible de les minimiser, à la lumière des analyses existantes.Tout relations juillet-août 1987 d\u2019abord, l\u2019interculturel doit porter sur des aspects de la culture quotidienne (technique ou professionnelle, artistique, etc.) courante des diverses ethnies québécoises.C\u2019est l\u2019apport des diverses ethnies québécoises à notre éducation, à notre organisation et à nos techniques de travail, à notre vie artistique, à nos loisirs, à notre système politique, à notre administration, à notre ouverture sur le monde, à nos valeurs familiales, professionnelles, politiques, économiques, et pourquoi pas, à notre gastronomie, qu\u2019il faut mettre en valeur en vue de développer un interculturalisme enraciné et réel.Il va de soi qu\u2019aucune culture ne sortira intacte d\u2019un tel processus d\u2019échange : nous doutons que la protection de cultures « pures », donc figées, puisse jamais constituer un objectif social réaliste, capable d\u2019inspirer une société dynamique ou d\u2019assu-rer l\u2019harmonie d\u2019une société multiethnique.Les minorités que nous constituons tous au Québec doivent certes lutter pour préserver ce qui les a inspirées, collectivement et individuellement, mais elles doivent aussi considérer les transformations du présent et de l\u2019avenir, si elles veulent que leurs cultures les inspirent et y survivent.Si l\u2019interculturalisme nous semble une solution réaliste pour le Québec, sur le plan culturel, les analyses à la base des politiques anti-racistes nous semblent incontournables.La culture n\u2019est pas un élément social isolé : elle a certes ses dynamismes propres, mais les relations interculturelles sont aussi façonnées par la position économique, politique et historique relative des diverses ethnies dans une société.On ne peut travailler au rapprochement interculturel sans considérer en même temps des moyens de démanteler les enclaves économiques et politiques et les antagonismes nourris par l\u2019histoire.On le voit, l\u2019édification d\u2019une société multiethnique harmonieuse met en cause la société québécoise à tous ses niveaux : il ne peut s\u2019agir d\u2019une opération purement publicitaire ou d\u2019un objectif politique marginal.C\u2019est un projet de société.¦ 4.C\u2019est en effet au Québec que l\u2019on retrouve le plus haut taux de rétention des langues d\u2019origine chez les minorités ethniques ; par ailleurs, certains groupes ont été particulièrement lents à y apprendre l\u2019une ou l\u2019autre des langues officielles canadiennes. NOS MEDIAS SANS IMMIGRANTS par Julien Harvey Pas de culture d\u2019expression française sans solidarité québécoise ; pas de solidarité au Québec sans une présence accrue des minorités ethniques dans les grands médias.«S i on en croit l\u2019image que projettent les journaux télévisés de TVA ou de Radio-Canada, la société québécoise serait exclusivement composée de Canadiens français de vieille souche.Pour se retrouver à l'écran, l\u2019immigrant doit s\u2019informer en anglais.Du côté français, pas un seul journaliste né hors de la grande famille blanche francophone n\u2019a la parole.Or, inutile de le cacher, le visage de Montréal est plus diversifié que ne le montre le recrutement de ces professionnels de l\u2019information ».C'est de Jacques Godbout, dans L\u2019actualité de mai 1986.Et il en conclut que nous ne sommes pas racistes, en général, mais que nous savons être, dans nos pratiques politiques, ethno-nationalistes.Au moment où Godbout publiait ses réflexions, le Conseil des communautés culturelles et de l\u2019immigration commençait une enquête sur « les communautés culturelles et les communications », soit en mai-juin 1986.Le rapport a été déposé à la fin de l\u2019année dernière.Il mérite un moment d\u2019attention, spécialement de la part de ceux et celles qui 1.\tJ\u2019ai analysé ce sondage dans Le Devoir du 14 mars 1987.2.\tVoir mon article dans Relations de juin 1986, p.151-152.3.\tRaymond Breton, « Le multiculturalisme et le développement national du Canada» dans Alan Cairns et Cynthia Williams, Éd., Les dimensions politiques du sexe, de l\u2019ethnie et de la langue au Canada (Annexe 34 au Rapport de la commission Macdonald), Ottawa, Ministère des Approvisionnements, 1986, p.31-75.Dans le même recueil, on lira avec intérêt, pour la question qui nous occupe, Eric Waddell, « L\u2019État, la langue et la société : les vicissitudes du français au Québec et au Canada », Ibidem, p.77-123.dirigent l\u2019information au Québec.Car il dépasse le plan des constatations pour formuler des recommandations précises.Vue d\u2019ensemble On trouve un premier indice de la difficulté, du malaise que ressentent les uns à l\u2019égard des autres les médias québécois et les groupes ethniques d\u2019arrivée plus récente, dans le fait que presque tous les grands médias d\u2019information ont ignoré l\u2019invitation qui a préparé l\u2019enquête.Sur 30 groupes qui se sont présentés aux audiences, à Montréal ou à Québec, 18 représentaient des groupes ethniques, 10 étaient des médias ethniques et seulement deux provenaient des grands médias nationaux, Radio-Québec et le réseau anglais de Radio-Canada ! Aucun grand quotidien, aucun grand producteur de publicité.L\u2019enquête a permis d\u2019établir trois choses.1.\tIl existe un écart considérable entre la réalité multiethnique du Québec et l\u2019image qu\u2019en reflètent les médias.2.\tMontréal et le reste du Québec constituent deux mondes différents au plan des communautés ethniques.3.\tQuelques expériences positives montrent une voie de progrès possible.Des problèmes laissés de côté Rédigé presque entièrement à partir des interventions des groupes culturels relations juillet-août 1987 de l\u2019immigration, le rapport demeure unilatéral.On imagine facilement qu\u2019en ces matières les groupes d\u2019arrivée plus récente ont une sensibilité très différente de celle de la population d\u2019accueil.Qu\u2019on songe, par exemple, à l\u2019enquête Créatec Plus-Le Devoir, réalisée en mars dernier, où l\u2019écart entre les deux mentalités s\u2019exprime par des différences de près de 20 % dans les réponses au sondage1.La chose n\u2019a rien d\u2019étonnant : un groupe humain pense naturellement à assurer son autodéfense et, s\u2019il est composé en grande majorité d\u2019immigrants récemment arrivés, on comprendra que sa solidarité avec la culture d\u2019accueil reste plutôt légère.Dans le contexte actuel, cette attitude est d\u2019autant plus compréhensible que les communautés culturelles ne se retrouvent pas dans les médias nationaux.La solution à trouver à ce genre de problèmes ne pourra être que dialectique, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle devra tenir compte des intérêts des deux populations qui ont du mal à se rencontrer, l\u2019ancienne et la récente.Mais un problème plus difficile est ainsi laissé de côté.Le rapport adopte tellement la position multiculturaliste du gouvernement fédéral qu\u2019il ne comporte aucune référence au caractère français du Québec, se contentant de citer une fois la « majorité française » ! J\u2019ai déjà qualifié de « bombe à retardement » cette séparation de la langue et de la culture que la commission Lau-rendeau-Dunton, par exemple, avait si fortement refusée2.Les recherches de la commission Macdonald viennent de confirmer l\u2019importance de cette question, particulièrement pour le Québec3.Le Québec, surtout en dehors de Montréal, s\u2019est trop longtemps battu pour conserver non seulement sa langue mais aussi son art de vivre, pour pouvoir 179 accepter facilement la mosaïque canadienne que les provinces de l\u2019Ouest, avec leurs 100 ans d\u2019histoire dans bien des cas, acceptent plus facilement.Au Québec, la solution des problèmes est plus compliquée.Et tous les groupes ethniques qui ont choisi de vivre ici devraient pouvoir le comprendre.Un autre problème à peine effleuré est la trop faible et trop lente progression de l\u2019option des groupes ethniques de Montréal en faveur de la langue française.Au moins au niveau scolaire, le progrès est sensible4, mais on comprend mieux les réticences des médias nationaux francophones lorsqu\u2019on leur reproche de ne pas faire assez de place à une immigration et à des communautés ethniques .majoritairement anglophones ! Ici encore, nous trouvons le reflet d\u2019une situation générale : aussi longtemps que l\u2019État québécois, pour des raisons électorales ou pour des raisons économiques très contestables, continuera de tergiverser sur le Québec français, il sera bien difficile d\u2019accentuer la représentation ethnique dans les médias.Des voies de progrès Le support législatif à la présence des minorités ethniques dans les médias est assez bien assuré au niveau fédéral5 6.Mais relativement peu assuré au niveau du Québec.Il faudrait donc commencer par élaborer une politique d\u2019ensemble sur les communications, pour combler un vide regrettable dans l\u2019excellente prise de position qu\u2019est Autant de façons d\u2019être QuébécoisP.Une telle politique d\u2019ensemble permettrait une promotion équilibrée des cultures nouvelles et de la culture d\u2019accueil, l\u2019intégration de cette promotion dans l\u2019ensemble des réseaux de télévision et de radio, particulièrement à Radio-Québec, tout en conservant leurs budgets, au moins pour un temps, à des émissions comme « Arrimage », malencontreusement supprimée l\u2019an dernier.Dans cette politique d\u2019ensemble, on trouverait un appui concret, financier en particulier, aux programmes de discrimination positive ; si on les laisse au niveau de l\u2019encouragement, ils n\u2019ont guère de chances de réussir.En ce qui concerne les réseaux d\u2019État, on devrait inclure dans une politique nationale l'obligation contractuelle d\u2019équité 180 envers les groupes ethniques pour tous les sous-traitants dans la production et la diffusion des programmes.Sur le plan de l\u2019éducation, cette politique devrait assurer l\u2019existence de programmes de formation et de perfectionnement à l\u2019intention des membres des communautés culturelles, pour leur permettre de se tailler une place dans des domaines encombrés et compétitifs comme le journalisme, le film ou la publicité.Quant à la publicité gouvernementale, une politique nationale devrait y garantir une visibilité aux communautés ethniques et accroître la part de la publicité de l\u2019État dans leurs médias.Une deuxième voie de progrès dépend moins directement de l\u2019intervention de l\u2019État mais s\u2019avère tout aussi indispensable.La rédaction et l\u2019acceptation généralisée d\u2019un code d\u2019éthique contre la discrimination et le racisme, dans toutes les industries de la communication, seraient urgentes.Même si on ne doit pas exagérer la force et la présence du racisme au Québec, un bon journaliste de Québec, membre d\u2019une minorité visible, avait raison de déclarer lors de l\u2019enquête du Conseil : « Les communautés culturelles n\u2019existent que lorsqu\u2019il arrive des choses fâcheuses ».La Commission des droits de la personne, la Ligue des droits et libertés, ainsi que le Conseil de presse et les associations professionnelles de publicistes et de communicateurs peuvent faire beaucoup en ne tolérant aucune infraction concernant les stéréotypes négatifs ou les poussées de racisme.Une bonne façon d\u2019assurer cette vigilance consiste à intégrer des membres des communautés minoritaires dans leur personnel.Dans la même veine, les facultés de journalisme et les départements de communications des universités doivent prendre leurs responsabilités dans les programmes de formation des journalistes ; ainsi, lorsque les propriétaires de médias se décideront à investir en personnel et en budget pour promouvoir les cultures nouvelles, les professionels seront déjà là.D\u2019ailleurs, au dire de certains journalistes qui ont prêté attention au rapport, telle en serait la recommandation centrale, surtout dans un temps de recul de l\u2019intervention gouvernementale : changer la mentalité des propriétaires de médias, la changer assez profondément pour qu\u2019ils investissent dans les cultures diverses, surtout à Montréal.À Toronto, CBC a commencé à le faire ; au Québec, La Presse et Le Soleil ont des journalistes spécialisés, plusieurs médias à petit tirage dans l\u2019Église tien- relations juillet-août 1987 nent des rubriques de communication interculturelle, quelques médias électroniques communautaires, comme Radio-Centre-ville et CIBL, sont déjà un succès.Ces efforts méritent d\u2019être appuyés, comme ceux des quelques périodiques qui abordent directement ces problèmes, tels la revue Humanitas, le magazine Vice Versa ou la revue Jonathan.Un cercle à briser Comme on le voit, la question de la visibilité des groupes ethniques dans les médias québécois n\u2019est pas une question facile.Cette chaîne de problèmes pourrait nous conduire à un cercle vicieux : la culture d\u2019accueil francophone marginalise les groupes ethniques dans ses médias parce qu\u2019elle ne les sent pas assez solidaires de ses priorités, voire parce qu\u2019elle les considère trop souvent comme une menace de sa langue et de sa culture.Réciproquement, les groupes ethniques s\u2019intéressent trop souvent de façon exclusive aux médias de langue anglaise parce qu\u2019ils se sentent négligés des Québécois francophones.Dans un cas comme celui-là, le cercle doit être brisé quelque part, pour rendre possible un nouvel équilibre des forces.Et, en générai, il doit d\u2019abord être brisé par la partie la plus forte.Le défi est lancé à la population d\u2019accueil : prendre au sérieux la question de la visibilité des groupes ethniques dans les médias, c\u2019est la meilleure façon de créer une nouvelle solidarité québécoise, un cadre dans lequel la langue et le caractère français du pays pourront demeurer ouverts et se développer.¦ 4.\tVivre la diversité en français, Rapport du conseil de la langue française sur la place du français dans les écoles à clientèle pluriethnique de l\u2019île de Montréal, Montréal, Conseil de la langue française, 1987.5.\tVoir le Rapport du groupe de travail sur la politique de la radiodiffusion (Rapport Caplan-Sauvageau), Ottawa, Ministère des Communications, 1986, en particulier les chapitres 6 et 22.6.\tQuébec, Ministère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration, 1981.Le document ne contient que quelques lignes sur les médias.Le projet de politique du Parti Libéral du Québec à l\u2019égard des communautés culturelles, À part entière, rédigé par Claude Dauphin à l\u2019automne 1985, se limite à constater la difficile visibilité des communautés culturelles en présentant trois suggestions internes au gouvernement. RÉFUGIÉ : UNE VOCATION par Gregory Baum devant les mesures adoptées récemment par le gouvernement fédéral pour fermer la porte aux réfugiés, nombre de citoyens, d\u2019Églises, de synagogues, de syndicats et d'organismes de défense des droits sociaux ont tenu à manifester leur opposition.Les manifestations, les pétitions, les articles, les lettres aux députés se sont succédés.Les évêques catholiques ont appuyé ce mouvement de protestation.Un être à part Pour sensibiliser à ce problème le public québécois, Le Devoir publiait, le 2 mars, un témoignage personnel des plus émouvants.Boris Volkoff, qui occupe aujourd\u2019hui un poste de cadre à la Société Radio-Canada, est né en Europe dans une famille de réfugiés et c\u2019est comme réfugié que, jeune homme, il est entré au Canada.« Réfugié un jour, réfugié toujours », titrait le quotidien, « l\u2019assimilation, si parfaite soit-elle, ne se fera qu\u2019à la deuxième génération.Pour toi, c\u2019est foutu : tu ne seras jamais du rang.» Quant à l\u2019auteur, il accumule les données historiques et les expériences personnelles pour faire pénétrer le lecteur dans l\u2019âme du réfugié, qui reste toujours malgré tout un être à part, un étranger, quelqu\u2019un qui n\u2019est jamais tout à fait chez lui.« J\u2019ai 59 ans, écrit-il, et depuis 59 ans je traîne avec moi cette indescriptible tristesse d\u2019être de nulle part et de ne jamais pouvoir être véritablement de quelque part, même si je suis aujourd\u2019hui citoyen canadien et fier de l\u2019être.» Ce qui est dit là du réfugié vaut sans doute de bien des immigrants qui ont quitté leur pays contre leur gré, contraints par le besoin et le contexte économique : eux aussi restent des étrangers, des « outsiders » dans la société canadienne.Et parce qu\u2019ils sont coupés de leur pays d\u2019origine, ils ne participent plus à son évolution culturelle et politique si bien que, lorsqu\u2019ils y retournent, ils s\u2019y sentent là aussi étrangers.La tristesse dont parle Boris Volkoff mérite respect et sympathie.Il a eu le courage de se manifester publiquement.Mais on peut se demander si tous les réfugiés et les immigrants forcés de quitter leur patrie partagent la même expérience.relations juillet-août 1987 Faire la différence Il me semble important de faire une différence entre les réfugiés et les immigrants originaires d\u2019un pays et d\u2019un secteur de la société qui leur ont donné accès à l\u2019éducation, qui les ont dotés des moyens de se développer intellectuellement, et ceux que l\u2019oppression de classe et l\u2019injustice sociale ont privés de ces avantages.Pour ces derniers, surtout s\u2019il s\u2019agit de gens de couleur, la vie au Canada est infiniment plus dure.Il est vraisemblable qu\u2019on leur fasse payer tous les jours le fait d\u2019être étrangers.Ne perdons pas de vue la différence de ces deux situations.Si triste que puisse être le sort des réfugiés et des immigrants qui étaient intégrés dans une société industrielle ou qui jouissaient d\u2019un statut privilégié dans une société préindustrielle, leur condition sociale au Canada comporte des libertés et des possibilités qui diffèrent assez peu de celles dont jouissent les hommes et les femmes de la même classe nés au Canada.Ce qui ne veut pas dire, évidemment, qu\u2019on puisse passer outre à « l\u2019indescriptible tristesse d\u2019être de nulle part », dont parle Boris Volkoff.Les réfugiés 181 et les immigrants, même s\u2019ils ont un travail intéressant et une vie de famille gratifiante, resteront hantés par la perte de leurs racines et par le sentiment constant de n\u2019avoir pas de chez soi.Plus le réfugié ou l\u2019immigrant aime le pays où il est né, son peuple, sa culture, sa langue, plus il souffrira de la rupture, du déplacement, du « grand dérangement ».Ma propre expérience (je suis arrivé au Canada en 1940 comme réfugié et immigrant) et celle de plusieurs de mes amis m\u2019ont convaincu qu\u2019il est possible de donner un autre sens à une destinée de réfugié et d\u2019immigrant.C\u2019est là un sujet qui demande réflexion.Car nous sommes nombreux aujourd\u2019hui.Et à voir les tensions croissantes et les conflits qui se multiplient dans le monde, il est probable que de plus en plus de gens se voient déplacés de force et viennent gonfler les rangs de ces migrants inquiets en quête d\u2019une nouvelle patrie.Un défi à relever Dans ce court article, je voudrais me limiter à une seule suggestion.Est-il possible d\u2019accepter son statut de réfugié/immigrant comme un défi, comme une destinée, voire comme une vocation ?Pour les personnes qui s\u2019appuient sur la Bible comme source de la sagesse divine, il est significatif que les images d\u2019errance, de rupture et de pèlerinage y prennent autant, et même plus de relief que les images de stabilité.Jésus lui-même a été refoulé dans la marge, une marge qui était destinée à devenir le centre de l\u2019histoire.Enfant déjà, il a dû avec ses parents chercher refuge en Égypte.Plus tard, grâce à son expérience de la marginalité, il a pu s\u2019identifier à tous ceux et celles qui étaient accablés, écrasés par la peine.Pourquoi alors ne pas se demander si le fait d\u2019être réfugié/immigrant ne serait pas une vocation spéciale, un appel à donner un témoignage qui rejoigne l\u2019ensemble de la société ?Il est bien vrai que le réfugié/immigrant n\u2019est jamais complètement chez lui dans son nouveau pays.L\u2019accent du néo-Canadien suffit à le faire paraître étranger.Pourtant, il y a aussi bien des Canadiens et des Québécois de vieille souche qui se trouvent aliénés, rejetés par notre société et qui, par conséquent, n\u2019y sont pas non plus tout à fait chez eux.Parce qu\u2019ils portent dans leur coeur un germe de religion, de socialisme ou d\u2019anarchisme, ils sont incapables de s\u2019identifier à la vague culturelle qu\u2019engendrent la société de marché et ses valeurs utilitaires.Les artistes se retrouvent ainsi sur la touche, dans cette marge.Et c\u2019est là que surgissent les idées nouvelles, que naissent les mouvements sociaux.Le mythe du chez soi, l\u2019idée que tous les citoyens partagent un même sentiment d\u2019appartenance et s\u2019identifient profondément à leur société masque la gravité de l\u2019aliénation vécue par un secteur important de la population.Il suffit de lire le journal du matin pour mesurer combien nous voyons le monde différemment et combien diffèrent nos échelles de valeurs.Des agents de changement À partir du moment où ils acceptent leur situation comme une vocation, les réfugiés et les immigrants se reconnaissent entourés de beaucoup de frères et de soeurs qui se regardent eux-mêmes comme des étrangers et des pèlerins au sein de leur société.L\u2019expérience du déracinement que vivent les réfugiés, si elle est comprise comme un défi et un appel, les pousse à essayer de rejoindre tous les groupes marginalisés, pour leur offrir leur appui et leur solidarité.Ils trouveront bientôt leur place dans le secteur de la société qui résiste au courant majoritaire, là où se développent l\u2019énergie et les idées qui transforment la société.Plusieurs réfugiés/immigrants découvrent ainsi qu\u2019ils peuvent assumer leur situation historique de manière créatrice.La tristesse qui les affecte s\u2019efface à mesure qu\u2019ils se préoccupent de ces autres « étrangers » que sont les sans-pouvoir.Et plus ils s\u2019impliquent, plus ils découvrent, souvent non sans quelque étonnement, qu\u2019ils sont en fait entourés d\u2019amis.Ils peuvent même se retrouver dans une communauté, non plus une communauté fondée sur des racines communes, mais une communauté enracinée dans l\u2019engagement pour la justice et la solidarité.Que deviendrait la société sans ses contre-courants spirituels, sans ses mouvements critiques, sans ses forces d\u2019opposition ?Les gens qui savent aimer leur pays aspirent à une société juste.Le pays que nous aimons vraiment est sûrement celui qui devrait exister, qui peut exister et qui existera si, en réponse à l\u2019appel de Dieu, nous nous engageons à le transformer.Voilà une manière positive, créatrice, de donner un sens à une vie de réfugié.Il peut y en avoir beaucoup d\u2019autres.La question qui se dégage de cette courte réflexion est de savoir si l\u2019Église a un message pastoral particulier pour les réfugiés et les immigrants.Quel sens peut avoir l\u2019Évangile pour eux ?Est-ce que le message chrétien a le pouvoir de changer les coeurs ?Est-ce qu\u2019il rend capable de réinterpréter une vie et de découvrir un sens là où il n\u2019y en avait pas ?Est-ce que ces personnes n\u2019ont pas été envoyées au Canada et au Québec pour contribuer à un vaste effort collectif, pour que ce pays reflète un peu plus la justice de Dieu et sa compassion ?¦ F** ffi ï.1sm \u2022jL,, : V, v£ En dernier recours LE TERRORISME ICI par Yves Lever Pour comprendre le terrorisme, il faut qu\u2019il nous touche de près.donnez-moi un titre, et je vous ferai une oeuvre », disait Godbout il y a quelques années.Rarement telle assertion s\u2019est-elle révélée aussi juste qu\u2019avec son dernier film où le titre vient définir exactement le moment du geste terroriste et l'interprétation que ses auteurs lui confèrent, tout en situant son sujet dans un contexte qui le met en perspectives.Godbout commence d\u2019abord par établir quelques principes assez bien connus maintenant pour s\u2019établir comme évidences : les médias sont devenus les meilleurs instruments des terroristes : parler d\u2019eux, c\u2019est les aider, car le but de toute action terroriste est de publiciser une cause au moyen de gestes le plus spectaculaires possible pour obtenir un effet de terreur maximum ; d\u2019autre part, les contre-terroristes aussi appellent maintenant les médias à leur aide (dans le film, on voit l\u2019entraînement d\u2019une unité spéciale de la GRC, des policiers qui font le beau devant un journaliste) ; aussi, révéler toute l\u2019horreur du terrorisme, c\u2019est amener les gens à faire pression sur les gouvernements pour qu\u2019ils prennent les mesures nécessaires : mais les médias se contentent toujours de simplement présenter la violence sans donner les causes ni expliquer les motifs qui génèrent cette violence ; ou si on tente de le faire, c\u2019est en quelques minutes, après une émission de Dallas ou une série policière qui glorifie la violence ! Enfin, le plus important des principes : pour comprendre le terrorisme, il faut qu\u2019il nous touche de près ; autrement, il n\u2019est qu\u2019élément de spectacle exotique parmi d\u2019autres (Pierre Nadeau rappelant sa rencontre de Québécois dans un camp d\u2019entraînement de Palestiniens, des Japonais filmant la Star Academy d\u2019Halifax (école d\u2019auto-défense), le génocide arménien devenu poème véhément, etc.).relations juillet-août 1987 183 Denis Lortie L\u2019exaltante décennie 60 a fourni aux Québécois quelques bonnes occasions locales de réfléchir sur le phénomène tout en leur permettant de comprendre un peu ce qui se passait en Algérie, au Vietnam et en Amérique latine.Godbout n\u2019oublie pas ces bons exemples, mais il préfère utiliser comme principal révélateur un beau cas de chez nous, tout récent, que presque tout le monde veut reléguer à l\u2019oubli, avant même d\u2019en avoir assumé le vrai sens et tiré toutes les leçons nécessaires : l\u2019affaire Denis Lortie, qu\u2019il ramène en leitmotiv tout au long du film.Il en rappelle les principaux faits : en 1984, ce caporal de l\u2019armée canadienne décide de tuer tous les ministres et députés péquistes de l\u2019Assemblée nationale ; revêtu de son uniforme de l\u2019armée, il va d\u2019abord porter à un poste de radio de Québec une cassette magnétique dans laquelle il explique le sens de son geste, va ensuite narguer les soldats de sa propre armée à la Citadelle, se rend au parlement où il pénètre à la manière de Rambo (dont il a sûrement vu le film), en tuant trois employés secondaires et en blessant treize autres, arrive enfin dans la salle même des délibérations ; mais les parlementaires sont ce jour-là, comme très souvent d\u2019ailleurs, plusieurs minutes en retard et ses ennemis ne sont pas là ! C\u2019est finalement un fonctionnaire de service, lui-même ancien militaire, qui le raisonne et le persuade, après quelques heures, de se rendre, avec ses deux mitraillettes, grenades et autres armes, à la police.Aux parlementaires, Lortie vient de rappeler, comme l\u2019ex-ministre Bernard Landry le souligne, que leur responsabilité publique comporte ce danger de voir leur décision provoquer des réactions extrêmes de la part de certains opposants, qu\u2019aucune sécurité absolue n\u2019est possible pour les élus et que cela fait partie du métier de vivre dangereusement (aux timorés de s\u2019abstenir !).De son côté, l\u2019ex-premier ministre Lévesque souligne à ce moment que si l\u2019on doit augmenter les mesures de sécurité au parlement, ce n\u2019est pas parce que la personne des parlementaires est en cause, mais parce qu\u2019il y a des institutions à préserver.Voilà de quoi on a surtout parlé dans les médias ; mais la fameuse cassette de Lortie, on ne lui a porté que fort peu d\u2019attention.Et pourtant, il y exprimait très précisément le sens de son geste, que l\u2019audition, dans le film, rend très clairement : Lortie, en tant que soldat canadien-français dans l\u2019armée canadienne, subit jour après jour le mépris de ses supérieurs anglophones, il étouffe de l\u2019humiliation de se faire continuellement traiter de stupide, comme tous les francophones, par ses collègues et ce mépris a atteint un point intolérable.Voulant donc « sauver la langue française pour les générations à venir », ce sont ses propres paroles, Lortie veut éliminer le gouvernement québécois ! Raisonnement à première vue difficile à saisir, mais dans son milieu anglophone et francophone de l\u2019armée canadienne, il s\u2019est laissé persuader que c\u2019est à cause des revendicateurs péquistes que tous les francophones sont devenus stupides et méprisables.Godbout, qui connaît sûrement Fanon et les autres analystes du complexe du colonisé, aurait dû ici faire intervenir cette voie d\u2019interprétation qui veut que le colonisé qui a tellement assimilé sa soumission et son complexe d\u2019infériorité, tout en en souffrant profondément, se tournera toujours contre son frère qui veut l\u2019en libérer plutôt que de s\u2019en prendre au maître qui cause sa souffrance.Mais insister sur ce point serait mettre en cause bien des hommes « politiques », bien des politicailleurs, des fonctionnaires, des policiers.À l\u2019Office national du film, on sait jusqu\u2019où on peut aller trop loin ! Par la suite, on a préféré considérer Lortie comme ce que les psychologues appellent un « débile léger » et on est allé chercher des explications dans une enfance malheureuse, ce qui est la meilleure façon d\u2019occulter son geste.Finalement, au terme de deux procès, dont on vient tout juste de connaître le verdict final, la cour reconnaît sa culpabilité mais ne lui confère qu\u2019une peine relativement sévère (condamnation à vie, mais libération conditionnelle après dix ans) parce que ce matin-là, Lortie n\u2019était pas dans « son état normal ».Quel art de l\u2019euphémisme ! Et quelle belle question relancée que celle de Y état normal de l\u2019opprimé révolté ! Est-il besoin de rappeler ici que notre pays refuse de considérer la notion de crime politique ?C\u2019est sans doute ce qui permet à ce journaliste de Radio-Canada, rapportant la condamnation de Lortie le 11 mai dernier, d\u2019affirmer qu\u2019 «on ne sait toujours pas pourquoi il a agi ainsi » (il y a parfois de quoi désespérer des journalistes !).On s\u2019est aussi dépêché d\u2019oublier que près de mille personnes ont ce matin-là téléphoné aux postes de radio pour témoigner leur appui à Lortie ! Et Godbout d\u2019y aller de sa malicieuse question : et si Lortie avait très bien atteint son but d\u2019éliminer le P.Q.?Qui peut affirmer que les maladies, démissions de ministres péquistes qui ont suivi de peu, n\u2019avaient rien à voir avec le terrorisme ?Ironie du sort, au moment même où le film sort, trois grandes manchettes médiatiques révèlent l\u2019écoeurement des Canadiens français dans la Gendarmerie fédérale, dans le Service de renseignement et dans l\u2019armée ! Trois situations apparemment isolées, mais toujours la même frustration et de quoi s\u2019étonner qu\u2019il n\u2019y ait pas plus de Lortie ! Vingt ans de « Loi des langues officielles » n\u2019ont encore rien changé à ces situations qui, est-il besoin de le souligner, restent assez explosives pour provoquer d\u2019autres Lortie ou d\u2019autres FLQ.François Schirm, dont la seule présence évoque et résume les bombes des années 60, rappelle que le FLQ de son temps compta des anciens militaires en réaction contre l\u2019exploitation dont ils avaient été l\u2019objet.Il souligne avec humour que seuls les vaincus sont traités de terroristes, les vainqueurs étant des patriotes ! Faut-il en déduire que le pouvoir politique préfère quelques épisodiques explosions de violence (où il trouve d\u2019ailleurs un rôle très valorisant à jouer) à la correction des situations problématiques ?.Pierre Vallières C\u2019est toutefois le témoignage de Pierre Vallières qui apporte l\u2019essentiel du film en explicitant, mieux qu\u2019on ne l\u2019avait vu ailleurs, le sens de l\u2019action felquiste des années soixante, sens qui, grosso modo, peut s\u2019appliquer à bien des terrorismes contemporains.Pour ces jeunes Québécois qui découvraient en même temps Marx et la lutte des classes, la conscience d\u2019une exploitation économique et politique, la solidarité internationale, les exemples de Cuba et de l\u2019Algérie, le problème palestinien, les écrits de Fanon et de Che Guevara, tout en conservant fondamentalement le sens du sacrifice et la générosité hérités du christianisme (un livre de Jean-Marc Piotte vient de nous le rappeler), la lutte armée était la seule voie révolutionnaire possible.Et Vallières d\u2019ajouter : « quand 184 relations juillet-août 1987 Jacques Godbout : la caméra explose.' mËSÊmF ''wit iiBi t/fCX: \u2022____lo \t on entre dans l\u2019action révolutionnaire, on ne sait pas où ça va nous mener, mais c\u2019est la seule façon de rompre avec un comportement qui ne change rien, de faire sauter en l\u2019air nos habitudes, nos comportements conformistes ».Il ne faut pas oublier que les grandes puissances utilisent le terrorisme à l\u2019occasion, tout à fait officiellement (pensons à tous ces escadrons de la mort qui, en Amérique latine n\u2019ont pu opérer qu\u2019avec le support de la police officielle, ou bien à l\u2019avion coréen abattu par les Soviétiques).Plus près de nous, l\u2019entrée massive de l\u2019armée canadienne dans les rues et les places publiques en octobre 70, juste après l\u2019arrogant Just watch me ! de Trudeau ne fut-elle pas aussi un geste terroriste ?Voilà pour le passé, mais aujourd\u2019hui ?Aucune société ne peut tolérer longtemps un chantage quotidien à la terreur, ajoute Vallières ; or il y a une terreur quotidienne sur toute la planète avec les bombes nucléaires et il y a beaucoup de jeunes en colère.de ces jeunes qui ne savent pas toujours reconnaître les vrais responsables, mais qui sont prêts, comme les anarchistes de Vancouver il y a quelques années (bombes chez un fabricant de matériel militaire, chez des diffuseurs de pornographie), à créer du désordre, selon le mot de Simone de Beauvoir.Peut-être faudrait-il un Front de libération de la planète ?Et le film se termine sur cette phrase en suspens d'un militant de la revue Révoltes : « plus ta cause est désespérée, plus tu vas prendre des moyens.» Le terrorisme, finalement, c\u2019est le cri de défoulement de ceux que l\u2019on n\u2019écoute jamais et qui souffrent en silence, c\u2019est le dernier recours du militant pour forcer l\u2019attention sur son discours.D\u2019autres peuvent contester la justesse de sa cause, mais pour lui, elle est toujours vitale.Il y a des victimes, bien sûr, mais même pour le terroriste qui frappe à l'aveuglette, il n\u2019y a jamais de victimes innocentes, car tous sont complices du système ; il pense tout à fait comme Pierre Trudeau, qui écrivait en 1958 : « lorsqu\u2019une forme donnée d\u2019autorité brime un homme injustement, c\u2019est (sic) tous les autres hommes qui en sont coupables ; car ce sont eux qui par leur silence et consentement permettent à l\u2019autorité de commettre cet abus ».(phrase que Michel Brault mit comme premier plan de son admirable Les Ordres qui racontait justement le sort d\u2019innocentes victimes du contre-terrorisme de Trudeau, Lalonde, Bourassa et cie en octobre 70).Pour les raisons évoquées plus haut, mais aussi dans un contexte où se développent plusieurs situations génératrices de conflits (luttes constitutionnelles, intransigeances linguistiques à Montréal, absence de débouchés pour les jeunes), ce film-essai de Jacques Godbout, qui dépasse de loin tous les reportages sur le sujet, arrive au bon moment.À un autre niveau, il nous apparaît significatif d\u2019un nouvel esprit à l\u2019ONF, celui de revenir au présent et à des sujets sociaux pertinents et, pour les cinéastes, de s\u2019impliquer personnellement (Godbout récite lui-même ses commentaires off).Bien sûr, dans ce genre de film, l\u2019image n\u2019est là que pour contribuer à la clarté de la démonstration, à la bonne perception des propos des intervenants.Il ne faut pas y chercher de beaux effets-cinéma ; d\u2019ailleurs, ils n\u2019auraient eu ici que l\u2019effet de spec-taculariser davantage le sujet, ce qui aurait été contraire au sens général de l\u2019interprétation.Sauf que pour clore le film, après le générique de fin, Godbout se permet une touche d\u2019humour noir, non dépourvue de sens : il fait exploser sa caméra ! Sans doute veut-il inviter le spectateur à ne pas trop discourir sur les qualités et défauts du film et plutôt à regarder autour de lui et en lui comment relancer concrètement la question.¦ relations juillet-août 1987 185 Le 13 mai, le Centre canadien d\u2019oecuménisme organisait une fête en l\u2019honneur du P.Stéphane Valiquette, s.j., qui prend sa retraite après vingt ans de service.C\u2019est en 1967 qu\u2019il se joignait à son confrère Irénée Beaubien pour promouvoir des services d\u2019information, d\u2019éducation et d\u2019engagements oecuméniques.En plus d\u2019une collaboration persévérante et appréciée au Centre diocésain de Montréal et à l\u2019Office national d\u2019oecuménisme, le P.Valiquette n\u2019a cessé de s\u2019intéresser à la communauté juive de Montréal, du Québec et du Canada.Il a collaboré avec le Centre MI-CA-EL dirigé par les soeurs de Sion ; il a contribué à l\u2019ouverture d\u2019un bureau pour le Conseil canadien des Chrétiens et des Juifs, à la mise en marche d\u2019un dialogue judéo-chrétien, à la création d\u2019un Comité national de liaison tripartite.Il a apporté sa contribution à plusieurs rencontres interconfessionnelles aux plans local, national et international.Avant 1967, il avait mis ses talents au service de l\u2019éducation au niveau secondaire et collégial.À soixante-quinze ans, le P.Valiquette prend une retraite qu\u2019il a amplement méritée.L\u2019hiver dernier, l\u2019organisation américaine « Catholics for a Free Choice » a réuni plus de 350 personnes intéressées aux perspectives religieuses qui peuvent éclairer les problèmes éthiques reliés à la technologie de la reproduction et à l\u2019avortement.Lors de cette Conférence, Daniel McGuire, professeur de théologie à Marquette University, souligna que la véritable immoralité dans notre société n\u2019est pas l\u2019avortement mais bien les conditions qui poussent les femmes à y recourir, comme la pauvreté, l\u2019ignorance, le racisme et le sexisme.D\u2019autres conférenciers ont souligné qu\u2019avant le XIXe siècle, ni la Bible ni la tradition chrétienne n\u2019accordaient à l\u2019embryon, dans ses premiers stades, le statut de personne humaine.Ils ajoutèrent que si la vie foetale a une valeur certaine, elle n\u2019a cependant pas de valeur absolue et qu\u2019elle doit être confrontée à des valeurs telles que la vie ou la santé de la mère.Pour la plupart des personnes qui participaient, l\u2019avortement doit d\u2019abord être considéré comme une question de justice.Même en le désapprouvant, il devient alors plus important de s\u2019attaquer à ses causes qu\u2019à ses manifestations.De plus amples informations sur cette conférence peuvent être obtenues du « Catholics for a Free Choice », 2008, 17th St.N.W.Washington, D.C.20009 USA.(Synapse, mars 1987) La prison d\u2019Abou Ghraib est située à environ 10 km de la capitale de l\u2019Irak, Bagdad.Elle compte environ 17 000 détenus (dont 500 condamnés à mort) et les observateurs étrangers n\u2019y ont pratiquement pas accès.Cependant, la Fédération internationale des droits de l\u2019Homme (FIDH), à partir de renseignements obtenus par CARDRI de Londres, rendait récemment publiques quelques informations sur les conditions de détention qui régnent dans cette prison.Selon des rapports sortis en contrebande, en plus des tortures et des exécutions, les responsables de Abou Ghraib utiliseraient du poison contre les rats, à faible dose, de façon à ce que les prisonniers libérés meurent quelques jours après leur libération.On essaierait également des armes chimiques sur les détenus.Les « dons » de sang forcés, jusqu\u2019à la mort, sont largement « sollicités » - ces derniers meurtres ont déjà été confirmés par Amnistie internationale et par la British Medical Association.(Lettre de la FIDH, no 194-195) Parce que «toute aide économique qui ne vient pas renforcer le mouvement populaire impliqué dans la transformation sociale vient appuyer le statu quo », les groupes de solidarité, les syndicats et les Églises proposent que l\u2019aide canadienne destinée à l\u2019Amérique centrale soit acheminée à travers les organisations non gouvernementales locales.Et tous ces groupes entendent bien que leur proposition soit acceptée par le gouvernement fédéral.C\u2019est pourquoi le Réseau québécois des comités de solidarité avec l\u2019Amérique centrale compte intensifier ses pressions auprès des autorités compétentes : représentations auprès de députés fédéraux, campagnes de lettres, débats publics, etc.Pour en savoir davantage sur cette campagne de pression et pour mieux connaître la situation latino-américaine, rien ne vaut la lecture de Ici l'Amérique latine, ce mensuel d\u2019information publié par un regroupement d\u2019ONGs.Agréablement présenté, peu coûteux (5 $ par année), accessible, c\u2019est un instrument précieux de sensibilisation et de concertation.Informations : SQAL, 3575, Saint-Laurent, local 406, Montréal H2X 2T7 Même les statistiques prouvent que la récession n\u2019est pas terminée pour tout le monde.Ainsi, on sait que pendant la récente récession et tout de suite après (1981-84), le nombre de bénéficiaires de l\u2019aide sociale a augmenté de 40,2 % (ce qui toucha environ 300 000 personnes) tandis que le chômage s\u2019est accru de 55,8 % (affectant 500 000 personnes de plus).Ce que l\u2019on sait moins, c\u2019est qu\u2019au cours de la reprise économique actuelle (1984-86), les statistiques de l\u2019aide sociale se sont maintenues : le nombre de bénéficiaires atteint toujours le million, tandis qu\u2019on compte environ 150 000 chômeurs de moins.On peut donc en conclure que les bénéficiaires de l\u2019aide sociale n\u2019ont que très peu profité de la reprise et qu\u2019ils n\u2019ont pu avoir accès aux emplois nouvellement créés.(Santé et Bien-être Canada, Statistiques Canada) 186 relations juillet-août 1987 L\u2019Europe, les missiles et les deux grands UN ACCORD EN VUE ?par Bill Robinson recherchiste au PROJECT PLOUGHSHARES1 Reagan et Gorbatchev à Reykjavik.est-ce que les États-Unis et l\u2019Union soviétique vont vraiment en arriver à un accord et retirer leurs missiles à moyenne portée de l\u2019ensemble du territoire européen ?Depuis quelques mois renaît l\u2019espoir de les voir signer un traité de cette nature bien qu\u2019il reste encore bien des obstacles à surmonter.Sans beaucoup réduire le nombre d\u2019armes nucléaires pointées sur l\u2019Europe, une telle entente permettrait de franchir une étape importante vers la limitation des armements et contribuerait à assainir les relations entre les superpuissances.L\u2019optimisme qui prévaut actuellement prend sa source dans deux événements récents.D\u2019abord, le mini-sommet de Reykjavik, en Islande, qui réunissait le président Reagan et le Premier secrétaire Gorbatchev, en octobre 1986 ; les deux 1.Project Ploughshares est un organisme d\u2019éducation et de recherche en même temps qu\u2019un groupe de pression qui se consacre à la cause de la paix.Mandaté par le Conseil canadien des Églises, soutenu par des groupes religieux, des organismes de développement et des regroupements pour le désarmement, il reçoit l'appui de plusieurs milliers de personnes à travers le Canada.Ses bureaux sont situés au Conrad Grebel College, Waterloo, Ontario, N2L 3G6 ; tél.: (519) 888-6541.leaders ont pu s\u2019y mettre d\u2019accord sur les grandes lignes d\u2019un traité visant à libérer l\u2019Europe des missiles intermédiaires.Ensuite, la déclaration de Gorbatchev, le 28 février, annonçant qu\u2019il n\u2019entendait plus lier la conclusion d\u2019une entente sur les missiles de moyenne portée au contentieux de la « Guerre des étoiles ».Comme Washington n\u2019est pas près de renoncer au projet Star Wars, cette concession de la part des Soviétiques faisait disparaître l\u2019un des derniers obstacles majeurs à la conclusion d\u2019une entente.Ces deux événements paraissent indiquer que les deux grands ont bien l\u2019intention d\u2019en arriver à signer un traité, même si les motifs qui les poussent dans cette direction ont bien petrà voir avec la question des missiles en Europe.Le président Reagan souhaite un accord sur le contrôle des armements nucléaires au moins autant pour sa valeur symbolique que pour son contenu réel.Il cherche à faire oublier la déconvenue subie par son administration dans le scandale des ventes d\u2019armes à l\u2019Iran : un traité avec l\u2019Union soviétique lui permettrait de redorer sa gestion des rapports Est-Ouest et ferait la preuve qu\u2019il tient bien en mains le dossier de la politique étrangère.Pour sa part, le Premier secrétaire du Parti communiste soviétique a engagé son autorité et son prestige dans une politique de contrôle des armements et de rapprochement avec l\u2019Ouest, politique qui jusqu\u2019ici n\u2019a pas donné de résultats.relations juillet-août 1987 187 LES MISSILES INTERMÉDIAIRES EN EUROPE Les missiles de portée intermédiaire, tels que définis par les États-Unis et l\u2019Union soviétique, sont des missiles nucléaires dont la portée va de 1000 à 5000 kilomètres, capables d\u2019atteindre des objectifs n\u2019importe où en Europe et dans la partie européenne de l\u2019URSS, mais qui, à la différence des armes dites « stratégiques », ne peuvent couvrir la distance entre les territoires des deux superpuissances.Parce qu\u2019ils peuvent frapper en n\u2019importe quel endroit du continent européen, on les appelle parfois « eurostratégiques ».L\u2019Union soviétique possède quelque 370 missiles de portée intermédiaire ; ils sont installés sur son territoire et pointés vers l\u2019Europe occidentale.Ce nombre comprend 270 missiles SS-20, dotés chacun de trois têtes d\u2019ogive, et une centaine de vieux SS-4 qu\u2019on est en train de retirer graduellement.L\u2019OTAN évalue, d\u2019autre part, que 171 autres SS-20 sont installés dans la partie orientale de l\u2019URSS et pointés sur des objectifs en Asie.Ces missiles seraient finalement inclus dans le traité en voie de négociation.En tout, les missiles dirigés vers l\u2019Europe de l\u2019Ouest pourraient détruire quelque 900 villes, villages et bases militaires.Les États-Unis disposent de 108 missiles Pershing II, dotés chacun d\u2019une tête d\u2019ogive extrêmement précise.Installés en Allemagne fédérale, ces missiles peuvent atteindre leurs objectifs en territoire soviétique en moins de cinq minutes.En outre, on doit compter 208 missiles de croisière sol-sol, à une tête d\u2019ogive, situés en Allemagne de l\u2019Ouest, en Italie, au Royaume Uni et en Belgique.On prévoit déployer 258 autres missiles de croisière dans ces pays, et aussi aux Pays-bas, pour en arriver à un total de 574 têtes de missiles intermédiaires capables de frapper n\u2019importe où en Europe de l\u2019Est et dans la partie occidentale de l\u2019Union soviétique.Il lui faudra très bientôt faire la preuve de la validité de son plan ; autrement, l\u2019opposition à laquelle il doit toujours faire face, au sein de la bureaucratie soviétique et de l\u2019Armée, risquent de miner son pouvoir.Une entente sur les missiles de portée moyenne lui permettrait de présenter les résultats tangibles de sa politique de détente.Elle aurait aussi l\u2019avantage d\u2019amener Reagan à s\u2019engager en faveur d\u2019un processus de contrôle des armements nucléaires et de créer un précédent en vue d\u2019autres traités de même nature.L\u2019entente qui se dessine ressemble à « l\u2019Option zéro », proposée par le président Reagan en 1981.Elle limiterait Américains et Soviétiques à 100 têtes d\u2019ogives sur des missiles de portée intermédiaire situés aux États-Unis et en URSS, et elle exclurait tout missile de ce type dans un rayon d\u2019action qui comprendrait l\u2019Europe.Les réductions se réaliseraient au cours des cinq prochaines années.Pour l\u2019Union soviétique, cela voudrait dire qu\u2019elle pourrait conserver 33 missiles SS-20 (avec chacun trois têtes d\u2019ogives) dans la partie extrême-orientale de son territoire, d\u2019où ils ne seraient pas autorisés à se rapprocher des cibles européennes.Quant aux États-Unis, ils pourraient installer chez eux un total de 100 missiles Pershing II et missiles de croisière sol-sol.Tous les autres missiles de portée intermédiaire et leurs ogives seraient détruits et leur production suspendue.Les deux côtés ont accepté le principe d\u2019un contrôle strict de l\u2019application de cette entente, comprenant des visites d\u2019inspection sur les lieux, mais le détail de ces procédures de vérification reste à négocier.Comme d\u2019ailleurs beaucoup d\u2019autres questions.La paix en Europe ?Pas encore.L\u2019entente proposée ne serait pas la solution à la menace nucléaire en Europe.Elle éliminerait quelque 1400 armes nucléaires présentement pointées sur des cibles euro- péennes, mais elle laisserait en place plusieurs milliers d\u2019autres missiles « tactiques », de bombes et d\u2019obus d\u2019artillerie nucléaires.Dans certains cas, les chiffres pourraient même augmenter car les États-Unis demandent le droit d\u2019accroître leur flotte de missiles à courte portée pour équilibrer la force de frappe soviétique.Un accord sur les armes à portée moyenne retirerait 108 missiles Peershing II du territoire ouest-allemand ; ces missiles sont très menaçants pour les Soviétiques, car ils peuvent frapper très rapidement des objectifs stratégiques.Mais il n\u2019imposerait aucune limite aux arsenaux nucléaires britannique et français, qui comptent déjà plusieurs centaines de têtes nucléaires et qui sont l\u2019un et l\u2019autre en expansion.Enfin, un accord sur les missiles intermédiaires ne pourrait évidemment empêcher que des missiles soviétiques ou américains à longue portée ne soient dirigés sur des objectifs en Europe : il est presque certain qu\u2019à la suite d\u2019une entente sur les missiles à portée moyenne une partie de l\u2019arsenal stratégique des deux superpuissances serait dirigée sur les objectifs précédemment couverts par les missiles intermédiaires.En quoi un accord serait-il utile ?L\u2019importance d\u2019un accord sur les missiles intermédiaires tient surtout à ses retombées sur le contrôle des armements et sur les relations Est-Ouest.Ce serait le premier traité de limitation des armes nucléaires signé depuis l\u2019accord SALT Il en 1979 (que le Congrès américain n\u2019a d\u2019ailleurs jamais ratifié et qui a été abandonné).À ce titre, il montrerait que l\u2019administration Reagan reconnaît que le contrôle des armements nucléaires constitue un élément essentiel et constant des relations américano-soviétiques et de la poursuite de la sécurité.Il pourrait aussi redonner de l\u2019élan aux autres 188 relations juillet-août 1987 négociations en cours pour contrôler les armes nucléaires, et qui sont presque toutes en panne.En outre, ce traité serait le premier dans l\u2019histoire à entraîner une réduction (même mineure) des armes nucléaires.Ce serait un pas dans la bonne direction : d\u2019un contrôle de l\u2019escalade des armements à la négociation d\u2019un désarmement.Un traité sur les missiles intermédiaires établirait presque certainement des précédents dans les mécanismes de contrôle et de vérification, qu\u2019il s\u2019agisse de règles d\u2019inspection des sites de lancement ou de surveillance des ateliers de production.Ces précédents pourraient aider à faire disparaître certains obstacles à un traité de contrôle des armes stratégiques, en ce qui a trait par exemple à l\u2019élimination des missiles de croisière ou des missiles ballistiques mobiles.En comparaison, les inconvénients d\u2019un tel traité sont plutôt mineurs.Certains gouvernements européens et quelques analystes craignent que la disparition des missiles intermédiaires ne disjoigne l\u2019Europe des États-Unis en affaiblissant la protection nucléaire assurée par les USA.Ils pensent que les missiles devraient rester comme la preuve tangible de l\u2019engagement des États-Unis dans la défense du continent européen.Cependant, même à supposer qu\u2019il puisse être souhaitable de bourrer l\u2019Europe d\u2019armes nucléaires, la crainte d\u2019une « disjonction » reste sans fondement : après la conclusion du traité, l\u2019Europe aurait encore des milliers d\u2019armes nucléaires américaines sur son territoire.Mais voici un problème d\u2019un autre ordre : les leçons qu\u2019on pourrait tirer de ce traité en matière de stratégie de négociation.En 1979, l\u2019OTAN adoptait la stratégie dite des « deux voies », qui consistait à déployer des missiles intermédiaires américains sur le territoire européen pour obliger l\u2019Union soviétique à négocier leur retrait.Le fait de conclure un traité à ce moment-ci pourrait sembler donner raison à ceux qui ont poussé à « s\u2019armer pour se désarmer », et inciter militaires et diplomates à l\u2019appliquer de nouveau.En fait, si on arrive aujourd\u2019hui à signer un traité sur les missiles intermédiaires, c\u2019est avant tout pour des raisons qui n\u2019ont pratiquement rien à voir avec les missiles eux-mêmes.En soi, l'approche des « deux voies » risque bien plus d\u2019accentuer la course aux armements que de favoriser la conclusion de traités.Mais il reste encore plusieurs difficultés à surmonter avant d\u2019en arriver à la signature d\u2019un traité.L\u2019obstacle le plus grave concerne probablement les missiles à courte portée.Les États-Unis et plusieurs de leur alliés insistent pour que le futur traité tienne compte de l\u2019avance des Soviétiques au plan des missiles à courte portée en Europe.Les États-Unis voudraient déployer une version réduite du Pershing II, le Pershing Ib, pour faire pièce à ces armes.Les Soviétiques se disent prêts à discuter de limitation des missiles à courte portée, mais ils préféreraient aborder la question en dehors du cadre d\u2019un traité sur les missiles intermédiaires.De leur côté, les Soviétiques peuvent dénoncer l\u2019importance des forces nucléaires britanniques et françaises et la supériorité aérienne de l\u2019OTAN, qui échappent aux négociations sur les missiles intermédiaires.Faute de concession de l\u2019une ou l\u2019autre partie, les négociations pourraient achopper sur ce point.Il restera encore à clarifier la nature exacte des mécanismes de contrôle, de même que le tracé précis des frontières délimitant les territoires où pourront être déployés les missiles intermédiaires autorisés.Il n\u2019est pas impossible qu\u2019il faille plusieurs mois pour régler ces questions.Conclusion En somme, même si jamais la conclusion d\u2019un traité pour éliminer les missiles intermédiaires n\u2019a paru plus proche, les points de désaccord sont assez sérieux pour retarder de plusieurs mois l\u2019issue des négociations et même pour les faire échouer.Cependant, il est probable qu\u2019on en arrive d\u2019ici peu à une entente étant donné que le président Reagan et le Premier secrétaire Gorbatchev trouvent trop à y gagner.Ce traité, même s\u2019il serait loin d\u2019éliminer la menace nucléaire qui pèse sur l\u2019Europe, améliorerait les relations entre les deux grands et relancerait les efforts en cours pour limiter les armements nucléaires.Son importance ne tiendrait pas tant au nombre de missiles supprimés qu\u2019au changement de direction qu\u2019il indiquerait, vers la réduction des armes nucléaires et la négociation d\u2019une sécurité accrue.Une étape seulement, par conséquent, mais une étape que nous espérions depuis longtemps car, sur un chemin qui ne peut qu\u2019être très long, elle nous fait vraiment avancer.¦ À l\u2019occasion de la rentrée, pourquoi ne pas offrir à un enseignant ou à une enseignante un instrument de documentation, d\u2019information et de réflexion : un abonnement à Relations ?Dans notre livraison de septembre : -\tQui a intérêt à désinstitutionnaliser ?-\tEnseigner en milieu défavorisé -\tLes jeunes de la rue et les services sociaux -\tLa dette et le Sommet francophone relations juillet-août 1987 189 Centre des femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs est un nouveau centre, financé par Centraide, qui se propose d\u2019organiser des activités et des rencontres pour femmes immigrantes et québécoises particulièrement démunies.Des activités et des rencontres fort diverses qui vont des cours de langue française jusqu\u2019aux activités de conscientisation et de prise en charge.Pour plus d\u2019information, on peut s\u2019adresser au 5311, rue Brébeuf, Montréal - tél.: (514) 521-4124.« Kolette, avec sa personnalité simple, courageuse, affectueuse même, est rapidement devenue pour moi un ange gardien de façon à ce que je n\u2019oublie jamais que, si je siège dans notre plus grande institution nationale, je représente d\u2019abord et avant tout des hommes et des femmes que je dois défendre chaque jour.» Voilà comment André Boulerice, député de Saint-Jacques, a commenté Kolette.Ce livre, publié par ATD-Quart Monde, raconte quarante ans d\u2019histoire du Québec à travers les quarante ans de vie de Kolette et des siens, condamnés à la misère et à l\u2019exclusion.Pour commander le livre ou pour en savoir plus, on peut s\u2019adresser à ATD-Quart Monde, 420 est, rue Saint-Paul, Montréal H2Y 1H4.Le dernier bulletin de l\u2019organisation Au carrefour des cèdres nous propose un article de Grégoire Haddad intitulé 44 marches vers l\u2019enfer, longue liste des causes et motifs évoqués pour « expliquer » la tragédie libanaise.À les lire, on saisit mieux la complexité de la situation - on comprend aussi à quel point la population civile libanaise a besoin de l\u2019appui de la communauté internationale.Comme le soulignait déjà George Crom, lors de son passage à Montréal, des centaines des milliers de civils libanais résistent courageusement à la tentation du fanatisme que veulent leur imposer les différentes milices armées.Ils font ainsi preuve de leur profond attachement à leur pays et à la paix.C\u2019est eux qu\u2019il nous faut soutenir.(Au carrefour des cèdres, 2243, rue Coursol, Montréal, H3J 1C6) « A été agressée, battue et enlevée par des inconnus armés, vêtus en civil, se déplaçant dans une voiture sans plaque d\u2019immatriculation.» C\u2019est par cette phrase redoutable qu\u2019avait été annoncée au Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine l\u2019enlèvement, au Gua-témala, de Deborah Carolina Vasquez Vélasquez, étudiante en architecture.Aussitôt, le Comité a lancé un appel en sa faveur, par l\u2019entremise du Réseau d\u2019urgence.Et l\u2019annonce de sa récente libération est venue confirmer l\u2019importance de maintenir actif et même de faire grandir ce Réseau d\u2019urgence.Oui, écrire aux autorités des pays concernés pour s\u2019enquérir du sort des disparu-e-s peut faire la différence.Pour devenir membre du Comité d\u2019urgence, communiquez avec le Comité, 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P 1S6.Un message qui n\u2019a rien perdu de son actualité : « Lorsque la pratique religieuse dominicale oscille entre 15 et 30 %, lorsque des chrétiens et chrétiennes refusent de se joindre à nos luttes pour une plus grande justice sociale, toute communauté chrétienne se doit de s\u2019interroger sur la qualité de sa vie communautaire.C\u2019est pour cela qu\u2019il nous faut aller sur les places publiques, qu\u2019il nous faut avoir le courage d\u2019aller aux carrefours des chemins des gens de notre temps, pour rencontrer et accueillir nos frères et soeurs baptisés qui ne peuvent, pour de multiples raisons, se joindre actuellement à nous, parce qu\u2019ils sont aux prises avec des situations sociales et ecclésiales difficiles.Prenons le temps de rencontrer les gens de nos milieux.Écoutons tout ce qu\u2019ils ont à dire sur leur situation.Écoutons avec notre coeur ce qu\u2019ils disent sur notre société et notre Église.Et je vous en prie : regardons tous ces frères et soeurs comme Jésus lui-même aime les regarder, comme des fils et des filles de Dieu.» (Extrait de l\u2019allocution de Mgr L.A.Vachon, lors du Grand rassemblement diocésain au Colisée de Québec, premier juin 1986) Si vous voulez contribuer au développement d\u2019une politique familiale, promouvoir le mieux-être des familles, soutenir les familles dans leur quotidien, leur réflexion et leurs actions, pourquoi ne pas devenir membre de la Fédération des unions de familles ?La Fédération compte actuellement des familles et des groupes membres dans plus de cinquante localités au Québec et son rayonnement dépasse largement son membership, comme en témoigne le succès de son Prix de la famille.La Fédération publie également Le Familier, un bulletin d\u2019information qui permet de suivre l\u2019évolution de diverses dimensions de la problématique familiale : adoption, services à la petite enfance, enfance handicapée, condition féminine, paternité, etc.Pour plus d\u2019information : Fédération des unions de familles, 890 est, boul.Dorchester, bureau 2320, Montréal H2L 2L4 Le 16 août prochain, Pastorale Québec, l\u2019organe de presse de l\u2019archidiocèse de Québec, entreprendra sa centième année.Fondée par l\u2019abbé Léon Provancher, curé du Cap Rouge, premier directeur et « propriétaire-rédacteur » de La Semaine religieuse de Québec, la revue est aujourd\u2019hui un instrument d\u2019information dynamique et un outil d\u2019animation pastorale de grande qualité, où l\u2019accent est mis sur la mission des chrétiens dans le monde, la promotion de la justice et la participation des laïques.Au comité de rédaction et à ses animateurs, Mgr Pierre Morissette et le P.François Thibodeau, nous tenons à exprimer nos félicitations et nos meilleurs voeux au moment d\u2019ouvrir le volume 100.190 relations juillet-août 1987 NICOLE BONNET IMMANENCE ET TRANSCENDANCE CHEZ TEILHARD DE CHARDIN PRÉFACE DANDRÉ A.DEVAUX RECHERCHES NOUl/ELLE SÉRIE-11 ŸBELLARMIN cerf IMMANENCE ET TRANSCENDANCE CHEZ TEILHARD DE CHARDIN par Nicole Bonnet L'originalité de l\u2019ouvrage de Nicole Bonnet vient de l\u2019angle sous lequel elle considère l\u2019oeuvre de Teilhard de Chardin.Convergence et émergence ou, si l\u2019on veut, immanence et transcendance.Teilhard de Chardin s\u2019est toujours défendu d\u2019être un philosophe.Et pourtant, l\u2019analyse que fait l\u2019auteure est bien l\u2019exposé d\u2019une méthode et d'une philosophie chez un penseur scientifique.Les nombreuses citations de Teilhard témoignent d\u2019une grande connaissance de ses écrits.324 pages, 20$ LA FOI GARDIENNE DE LA LANGUE EN ONTARIO (1900-1950) par Robert Choquette Voici l\u2019histoire de la prise de conscience par les Franco-Ontariens de leurs droits collectifs dans l\u2019Église, l\u2019école et la société.Des sources jusqu\u2019ici inaccessibles aux chercheurs permettent à l\u2019auteur de relater l\u2019histoire de l'Église et de l\u2019école franco-ontariennes dans toutes les parties de la province.C\u2019est une première.À côté des figures des chefs de la francophonie ontarienne transparaît la toile bariolée, hésitante sur son orientation du leadership catholique anglophone.L\u2019Ordre de Jacques-Cartier apparaît sous son vrai visage.282 pages, 24$ \tIA FOI \tGARDIENNE DE IA LANGUE EN ONTARIO \t1900-1950 \t 'Ü'bellarmin\t lit h édition 5 ûeLLatmln 8100, bout.Saint-Laurent Montréal (Québec) Canada H2P2L9 \u2014 Tel.: (514)387-2541 relations juillet-août 1987 191 1 relations juillet-août 1987 2,50$ no 532 SOMMAIRE face à l\u2019actualité 163 dossier 69 dépêches 186/190 articles 183 Conception de la page couverture : Anik Lafrenière.Photographie : Antoine Désilets.Courrier de la deuxième classe; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 8100 boulevard St-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
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