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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1987-12, Collections de BAnQ.

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[" décembre 1987 2,50$ no 536 SFvV, __\u2014\u2014\u2014'\t.+a \\es vitrines, - '\t.,.Hatto>Neen\tqUi devient Dès *» des Fêtes * répond bien a nos 9 sa chaleu ^\t* et 'es maladroites e'duSTle so'e\" et, en ^™près '°£s'^ons part?» a besoin 'es revienne >\treci^entie\tnue des v gg dire Q WSS^S&îsssgsSR Sssçîç^ssSrs^-sjsssî S?^i!^nîï^*.'S^rï5!^ Hfi^âsSvïïSP s^sSr?»*\u2019- -a^^-jgrss»\u2014*- Ni à 'a cr®cde lustioe, de Pan\u2018 d\u2019affection, de 1 relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTEUR Albert Beaudry RÉDACTRICE EN CHEF Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, André Beauchamp, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Francine Tardif.COLLABORATEURS Michel Beaudin, Renaud Bernardin, Ginette Boyer, Richard Dubois, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 16,00 $ (à l\u2019étranger: 20,00 $) 290 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.relations décembre 1987 face à 'actualité René Lévesque ?Le Synode et les laïques ?La maternité en laboratoire ?Ronald Reagan et le déclin ?La paix en Amérique centrale.DIFFICILE RETOUR DES HÉROS en pleine foule, le soir du 24 juin 1969, sur la rue Ste-Catherine et devant les caméras de la télévision, le char allégorique portant notre patron national saint Jean Baptiste était renversé et le choc décapitait la statue dont la tête, une fois de plus, roulait sur le sol.C\u2019était bien la fin des héros.Et pourtant, l\u2019événement ne créa pas de stupeur.Car c\u2019était là un résultat plus qu\u2019un commencement.C\u2019était une des conséquences inévitables de la Révolution tranquille, commencée en 1960 par l\u2019équipe libérale Lesage.Elle avait mis en marche un tel changement de cap dans les domaines vitaux de l\u2019éducation, de la culture, de l\u2019économie, que les anciens héros, saint Jean Baptiste compris, ne pouvaient plus tenir et devaient être déboulonnés.Les racines les plus profondes devenaient des ancrages à quitter, des amarres à larguer.Et donc plus de héros.Maurice Duplessis, mort en septembre 1959, avait eu tout de suite une statue, mais on avait dû la cacher dans un entrepôt.Lionel Groulx, mort en mai 1967, était demeuré sans célébration.Tout comme André Laurendeau, mort en 1968.Pendant cette époque, même les béatifications, cette glorification un peu spéciale des héros, cessent.Le Frère André, héros authentique des Montréalais, mort en 1937, ne sera déclaré héros par l\u2019Église qu\u2019en 1982.Les éducateurs et même des historiens descendent de leur socle des anciens héros parmi les plus solides : Dollard des Ormeaux, Madeleine de Verchères.Ce qui ne facilite pas l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale, qui vit de célébration des héros.René Lévesque était bien présent à toute cette époque, où il a été le communicateur admiré, le collègue courageux de Gérin-Lajoie dans la réforme de l\u2019éducation, et le génie de l\u2019Hydro.Mais, vivant, il n\u2019est pas devenu un héros.Pourquoi cela ?La meilleure explication me semble être que le Héros est une catégorie d\u2019humanité très rare, dans laquelle nous pouvons projeter nos rêves, trouver des modèles à qui nous identifier, pour mieux motiver notre croissance et orienter notre action.À première vue, cela peut sembler un processus assez naïf, une forme d\u2019aliénation plutôt primitive, que les médias modernes sont venus accentuer.D\u2019autant plus que leur force de persuasion collective permet de passer pour un héros alors qu\u2019on n\u2019est qu\u2019une vedette, un tyran, un casse-cou ou un matamore.Mais la société ne se passe pas de héros, sauf pendant de courtes périodes de changement profond de valeurs.Dans ces virages, la société ne tolère plus un héros dévalorisé : elle le détruit.C\u2019est qu\u2019il ne représente plus les valeurs qui la font vivre.C\u2019est qu\u2019il est passé de la situation de héros à celle d\u2019idole, pétrifiée, morte.D\u2019où l\u2019iconoclasme.Celui de l\u2019Église au Ville siècle, celui de la Révolution française au XVIIIe.Et celui de la Révolution tranquille.Cependant, la société privée de ses héros ne vit plus en paix.Elle attend.Et lorsqu\u2019elle retrouve dans un de ses membres les traits authentiques du héros, qui incarne ses relations décembre 1987 291 nouvelles valeurs, elle recommence l\u2019héroïsation avec le même enthousiasme que dans le passé.Plusieurs philosophes (Scheler, Hartmann, Bergson, Hegel) ont défini ces traits.Trois sont essentiels.La noblesse, d\u2019abord.Un héros est celui qui sait faire face, qui regarde sans peur l\u2019histoire de son temps, les défis inéluctables.En deuxième lieu, la générosité passionnée.Un héros doit l\u2019être pour les autres, et parce qu\u2019il vit de sympathie et d\u2019amour.Enfin, il doit aller du côté de la vie plus forte, plus libre.Y aller par une action créatrice spontanée.Un héros ne calcule pas, n\u2019est pas un homme de la technique ni de la répétition ; il peut vivre la souffrance, ce qui en fait un héros tragique, mais même alors il agit dans la simplicité.Lorsque ces trois traits se retrouvent dans la même personne, une société sait reconnaître de façon infaillible celui qui l\u2019inspire et la sauve.Ce que ne peut faire l\u2019idole.Et le héros devient père de la cité.C\u2019est dans cette perspective du retour de la possibilité du héros que je lis l\u2019expérience nationale de la mort de René Lévesque.Avec en plus un quatrième trait, qui me semble bien québécois.C\u2019est cette coloration de sa personne et de son action qui relève plutôt de l\u2019« anti-héros », la timidité, la petite taille, les attitudes effacées, la communication proche et facile, l\u2019éternelle cigarette.Et, il faut bien le dire, l\u2019image du perdant.Du perdant qui est en même temps un vainqueur.La mort de René Lévesque a accompli la métamorphose.De nouveau les héros sont possibles au Québec.Reste tout de même une inquiétude : est-ce la métamorphose vers le héros ou aussi vers l\u2019idole ?Est-ce le vrai René, non seulement adoré mais imitable, que les Québécois ont pleuré et chanté au début de novembre ?Si oui, il peut entrer dans notre histoire et inspirer le Québec de demain.Sinon, il deviendra bientôt une légende et dans quelques années on décapitera sa statue.Ce qui serait dommage.¦ Julien Harvey UN RENDEZ-VOUS HISTORIQUE ?au terme du récent synode, le pape Jean-Paul fit remettre à chacun et chacune des membres et des invités une belle édition de la Bible.« Oh my God », de s\u2019exclamer une auditrice africaine, une laïque probablement, « the damned thing is in Latin ! » Je propose très humblement qu\u2019on inscrive ces mots au fronton de la Salle du Synode pour que tous ceux qui, au cours des siècles à venir, seront appelés à participer à cette auguste assemblée soient avertis de sa pompeuse gravité et de son rituel compassé.Qui aurait pu inventer un geste qui symbolise mieux l\u2019infranchissable démarcation culturelle (car, théologiquement, nous sommes tous baptisés, n\u2019est-ce pas ?) entre clercs et laïques ?Mais le sens pastoral du secrétariat du synode n\u2019a d\u2019égales que son efficacité bureaucratique, son obsession pour le secret et sa vénération pour un latin décadent.Et pourtant, la septième Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques (tel est le titre officiel de l\u2019événement) était un rendez-vous historique.C\u2019était la première fois, depuis la création de cette institution par Paul VI en 1965, qu\u2019un aussi grand nombre de laïques (une soixantaine) étaient admis à l\u2019assemblée plénière et dans les cercles de discussion ; c\u2019était la première fois qu\u2019autant de non-prêtres pouvaient s\u2019adresser officiellement à cette assemblée épiscopale ; c\u2019était la première fois que la vie, les attentes et la mission du chrétien et de la chrétienne ordinaires se trouvaient au centre des délibérations du conseil du pape.Le cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, a confié à Johanne Ménard, de Radio-Canada ( «Second Regard », le 8 novembre), que la rencontre avait perdu de son intérêt à mesure que s\u2019écoulaient les jours et les étapes prévues.Le premier tour de table (dix jours) avait au moins permis une sorte de radioscopie de l\u2019Eglise universelle, de sa diversité et de sa vitalité.Mais, ajoutait-il, déjà la discussion en cercles linguistiques (sur un questionnaire que vous pourrez retrouver dans le National Catholic Reporter du 23 octobre) était moins sti- mulante.Et à propos du Message au peuple de Dieu et des cinquante-quatre propositions secrètes votées par l\u2019assemblée et remises au pape, il ne cachait pas sa déception.Or le cardinal Danneels n\u2019est pas précisément une tête chaude, un marginal : il était le secrétaire du synode de 1985 et il a été élu au conseil du secrétariat général du synode pour les trois prochaines années.Autre signal d\u2019alarme, comme en 1980, le cardinal Hume a raconté à ses pairs un rêve qu\u2019il aurait fait: «J\u2019avais quelques problèmes dans mon diocèse et j\u2019ai décidé d\u2019appeler le Nonce.C\u2019est son mari qui m\u2019a répondu : elle était allée à la paroisse suivre un cours pour faire la lecture à la messe.Mon rêve devenait un cauchemar : qu\u2019une femme ait le droit de jouer un rôle aussi important dans l\u2019Église ! En me réveillant, j\u2019ai réalisé que mon pays avait pour chef d\u2019État une femme et que notre gouvernement est dirigé depuis plusieurs années par une autre femme, très féminine et très forte, qui fait de l\u2019excellent travail.» De modestes applaudissements devaient saluer cette prophétie.Moins modestes pourtant que les quelques lignes consacrées aux femmes dans le Message : « Le peuple de Dieu est formé de baptisés qui ont une égale dignité et une mission commune quoique selon des modalités et des tâches diverses.Le péché a voilé la perfection du plan de Dieu.Nous désapprouvons les discriminations qui en découlent et qui continuent à exister sous diverses formes.Nous nous réjouissons de ce qu\u2019aient été reconnus les droits légitimes qui permettent à la femme d\u2019accomplir sa mission dans l\u2019Église et dans le monde.» On comprend que la délégation canadienne, à son retour de Rome, n\u2019ait pas hésité à manifester publiquement sa déception.Le problème avec les rendez-vous historiques, c\u2019est qu\u2019on peut aussi les manquer.¦ Albert Beaudry 292 relations décembre 1987 NAITRE D\u2019UNE FEMME naître d\u2019une femme et mourir.Jusqu\u2019à maintenant, tous les humains, à travers le temps et les civilisations, ont partagé ces deux certitudes ; seuls les dieux pouvaient échapper à ce cycle fondamental.Jusqu\u2019à maintenant.Demain, peut-être certains humains naîtront-ils de la science.Peut-être aussi connaîtront-ils une forme d\u2019éternité à travers la conservation de leur bagage génétique individuel.Scientifiquement accessible, ce bouleversement des bases de la condition humaine est-il socialement souhaitable ?Est-il, au nom de la liberté des chercheurs, inévitable ?Ces questions, des hommes et des femmes ne cessent de les poser depuis l\u2019arrivée des nouvelles techniques de reproduction humaine (NTRH) dans les hôpitaux et les centres de recherche.Cependant, si certains hommes - philosophes, théologiens, chercheurs - participent activement aux débats en cours, ce sont des femmes et des mouvements de femmes que l\u2019on retrouve à la ligne de feu de ces questionnements1.En encourageant une forte participation publique aux décisions relatives au développement des NTRH, en se posant eux-mêmes comme interlocuteurs privilégiés, les mouvements de femmes s\u2019engagent cependant sur une voie exigeante et étroite.L\u2019ampleur des différents enjeux reliés aux NTRH suffirait à elle seule à donner le vertige mais, pour les féministes, les interrogations soulevées imposent la remise en question de positions traditionnellement au coeur de leurs revendications.Sous peine de tomber dans le dogmatisme étroit et dans la tyrannie des lignes de parti, les mouvements féministes devront résoudre, ou au moins reconnaître, de profondes contradictions.Par exemple, entre les discours sur les NTRH et ceux relatifs à l\u2019avortement.Des milliers de femmes ont sans aucun doute pu échapper au cercle de la pauvreté, de l\u2019oppression, de la médecine-boucherie grâce à la légalisation et à la médicalisation de l\u2019avortement.Ceci admis, comment dénoncer toute la violence contenue dans les diverses techniques menant à l\u2019émiettement de la maternité - où ovulation, gestation, maternité sont séparées pour les besoins de la fécondation in vitro - et nier ou taire les traumatismes possibles liés à l\u2019avortement qui, lui aussi, dissocie grossesse et maternité ?Et surtout, cet embryon que les revendications féministes veulent protéger des manipulations génétiques, peut-il, du 1.\tSaluons ici le Conseil du statut de la femme du Québec pour son travail d\u2019information et de mobilisation autour des NTRH.Son forum international « La maternité en laboratoire » devrait servir d'exemple : si les personnes-ressources ont été choisies avec grand soin, la participation était cependant ouverte.Par contre, il est un peu regrettable que le Conseil ait rendu publiques ses prises de position à l\u2019ouverture du forum et donc avant que les discussions n\u2019aient pu avoir lieu.2.\tIl faudra bien un jour mieux articuler les rapports entre les femmes et la Science.Car si, d\u2019une part, des efforts sont faits pour encourager les filles à choisir des carrières scientifiques, il n\u2019en demeure pas moins que certains discours féministes ont des relents anti-science très prononcés.et un peu primaires.même souffle, être condamné sans appel au nom du droit à l\u2019avortement ?Plus profondément encore, les NTRH nous plongent au coeur des difficiles rapports entre féminité et maternité.Les femmes sont-elles « naturellement » mères - et donc condamnées à ne se réaliser pleinement qu\u2019à travers la maternité ?Ou le sont-elles « culturellement » - et devraient-elles alors accepter de donner leurs ovules ou de louer leur utérus aussi facilement qu\u2019elles donnent leur sang à la Croix-Rouge ?La maternité est-elle, comme le soutenait Simone de Beauvoir, le lieu premier de l\u2019oppression des femmes ?Ou bien celui de leur pouvoir ?Finalement, pouvons-nous revendiquer, comme femmes, le contrôle exclusif de la production et de la reproduction de la vie, niant aux hommes toute participation réelle et profonde à ce processus vital ?Pouvons-nous exiger de ne mettre au monde que les enfants que NOUS, femmes, voulons, quand nous voulons et comme nous voulons ?Que devient alors la « paternité responsable » ?Il y a maintenant près de trente ans, les femmes ont accepté les « beaux risques » de la contraception proposés par la science.Aujourd\u2019hui, elles en paient le prix à travers les multiples effets secondaires des contraceptifs durs : effets sur les corps comme sur les imaginaires et les images de soi.Amenées à s\u2019«excuser» d\u2019être fertiles et fécondes, les femmes ont accepté de sacrifier leur délicat équilibre hormonal.En voulant, avec raison, échapper aux contraintes sociales et aux discriminations liées à la grossesse et aux soins à donner aux enfants, les femmes se sont retrouvées prisonnières d\u2019un cycle vicieux d\u2019effets secondaires, dans une société où la maternité devient de plus en plus « événement » médicalisé et contrôlé.Ce sentiment plus ou moins diffus d\u2019échec et de frustration devant certains « progrès » de la médecine explique probablement, en partie, l\u2019immense résistance des mouvements de femmes à la poursuite des recherches et expérimentations reliées aux NTRH.Pour la première fois de l\u2019Histoire peut-être des femmes et leurs mouvements expriment publiquement et vigoureusement leur opposition à ce que la Science2 propose comme nouvelle avancée et que plusieurs féministes considèrent comme l\u2019étape ultime de l\u2019appropriation patriarcale du corps des femmes.Signe des temps, les femmes ne demandent plus la parole, elles la prennent.Plus que jamais auparavant, elles produisent un discours social suffisamment fort pour que l\u2019État l\u2019entende et en tienne (un peu) compte.Mais ces paroles de femmes sauront-elles, pourront-elles, trouver une cohérence qui soit la leur sans imposer de langues de bois ?Et surtout ce discours de femmes, largement construit à travers la pratique, sans le support d\u2019une théorie générale unifiée, ce discours polyforme, pluriel, polyvalent, ouvert sur le plaisir et le désir, revendiquant le droit à l\u2019émotion autant qu\u2019à la rigueur pourra-t-il imposer sa « logique » à la Science qui, elle, possède déjà la sienne, bien plus forte que la Raison d\u2019État ?En osant interroger le « Progrès » au nom de l\u2019avenir, les mouvements de femmes montrent leur véritable radicalité.Nous avons déjà une immense dette envers eux.¦ Francine Tardif relations décembre 1987 293 USA LE FEU DANS LA CLAIRIÈRE dans un an, les Américains auront élu un nouveau président.Quelques semaines plus tard, il succédera en grande pompe à Ronald Reagan.Il ne serait pas surprenant du tout que le successeur de l\u2019ancien acteur de Hollywood apparaisse comme une doublure, qu\u2019il soit terne et républicain.Qu\u2019il s\u2019appelle Robert Dole ou Georges Bush ou soit un démocrate échappé de la déprime qui frappe son parti importe bien peu et relève de la contingence.Ce qui paraît cependant ne plus relever du domaine de la contingence est le rôle de celui qui aura recueilli dans les urnes le mandat de gouverner pendant quatre ans.Comme le disait I\u2019Economist (17-10-87) : « L\u2019une des tâches principales du prochain président des États-Unis sera d\u2019aider son pays à faire face efficacement à la baisse de sa pré-éminence dans le monde, comme puissance militaire certes mais aussi et surtout comme puissance économique ».Joli euphémisme : its diminishing pre-eminence in the world ! La crise boursière qui a commencé à secouer le marché de New-York en octobre et dont les ondes de choc sont rapidement parvenues aux antipodes, n\u2019est pas une surprise : les finances d\u2019une société sont gérées comme l\u2019est l\u2019argent des ménages.Les Américains, on a tendance à l\u2019oublier, sont le peuple le plus endetté de la terre.Ils continuent calmement, un peu moins peut-être depuis octobre, à dépenser ce qu\u2019ils n\u2019ont pas encore gagné.Dès le début des années 70, on a parlé de « crise au ralenti » et on l\u2019a ensuite affublée de bien des noms.C\u2019est d\u2019abord et avant tout une crise de confiance.On bute ici sur le fin mot du reaganisme : la confiance que l\u2019Amérique devait retrouver.Un président sans un cheveu gris qui, à la télévision, parlait comme un livre et était aussi facile à comprendre qu\u2019un film de Walt Disney, se retrouve sept ans plus tard touché personnellement par la maladie, ce qui est normal à son âge, et flétri par la crise de l\u2019Irangate, ce qui l\u2019est moins.La crise boursière a montré un homme dépassé par les événements.Il est réduit à accuser les démocrates majori- taires au Congrès d\u2019être responsables du déficit budgétaire.En bon politicien, il souhaite leur faire porter l\u2019odieux d\u2019une majoration des impôts, mesure tabou pour celui qui promettait à ses adversaires - s\u2019il était élu à l\u2019automne de 80 - que tout désormais se réglerait sur la place du marché et qu\u2019il était inutile d\u2019augmenter le fardeau fiscal des Américains.Pour les Californiens du Sud qui entouraient Ronald Reagan il y a sept ans, la Place du Marché, celle de la libre entreprise, de la déréglementation et de l\u2019uppercut au syndicat des contrôleurs aériens, était une véritable clairière mystique où le Dieu vengé des télévangélistes et le bon sens remis sur le podium allaient former un tandem invincible.Le tandem qui, sous la férule du coach Ronnie, allait remettre l\u2019Amérique à sa place, c\u2019est-à-dire la première.Il y avait évidemment dans la lutte des primaires qui ont précédé l\u2019élection de Reagan en 80 un adversaire qui parlait de « voodoo economics » pour désigner les croyances de Reagan dans le domaine de l\u2019économie, de la fiscalité et des finances publiques.George Bush a vite ravalé cette expression malheureuse lorsqu\u2019on lui a offert d\u2019enfourcher le tandem infaillible avec Ronnie.Sept ans après., qui veut faire l\u2019ange fait la bête.Les télévangélistes ont sombré dans les scandales sexuels et financiers.Perte de confiance.La Maison blanche s\u2019apprête, comme tout le monde l\u2019y a invitée au cours des deux mandats de Reagan, à conclure un accord sérieux sur le désarmement avec les Soviétiques.On est loin de la trompette qui a annoncé la Guerre des étoiles.Au Proche-Orient, la frégate « Stark » est venue ajouter ses dizaines de morts aux centaines du camion piégé de Beyrouth.Perte de confiance.En Amérique centrale, l\u2019accord proposé par le président Arias du Costa Rica - vertement critiqué par Reagan comme non compatible avec les intérêts des Etats-Unis et couronné par le Nobel de la Paix - fait son chemin dans la foulée du groupe de Contadora, lui aussi honni par Ronnie.Sept ans après., la clairière est en flammes.La bourse de New-York, qui se veut la place du monde, brûle et menace Université de Montréal Faculté de théologie COURS TÉLÉVISÉ* HIVER 1988 Les prophètes d'Israël (BBL 2200 TV - 3 crédits), professeur : Guy Couturier Pour découvrir et mieux comprendre l'impact historique, politique, social et religieux de ces intervenants privilégiés du monde bibliquel * Un cours universitaire à domicile, via télévision (au canal de téléenseignement des câblodistributeurs) ou vidéocassettes, + documents d'accompagnement Pour obtenir un dépliant/formulaire d\u2019inscription : (514) 343-7740, en tout temps 294 relations décembre 1987 de s'écrouler comme un décor dans la nuit.Dans la journée du Lundi noir, les titres de General Motors à eux seuls ont subi un recul de dix milliards de dollars.Ce qui est bon pour GM est bon pour les États-Unis et ce qui est bon pour les États-Unis est bon pour le monde, disait-on sans rire naguère.Les Américains savent désormais qu'ils ne sont plus les agents exclusifs de la mondialisation de la vie économique, qu\u2019ils n\u2019en sont même plus les agents principaux.Perte de confiance.À moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019un savoir-faire que les nouveaux marchands de la planète pourraient leur communiquer, comme à cette usine de Californie où se fabrique une nouvelle voiture américano-japonaise.sous la direction des Japonais.Les Américains ont subi un grand choc dans leur histoire, celui de la guerre civile.Forcément, c\u2019était entre eux.Ils n\u2019ont jamais subi cet ébranlement qui force à accepter qu\u2019on n\u2019est pas seul au monde.Japonais et Allemands l\u2019ont connu en 45, les Anglais en Inde et les Français en Algérie.Le Vietnam, qui fut la tentative suprême de l\u2019Oncle Sam dans son rôle de gendarme du monde, n\u2019aura peut-être été qu\u2019une étape sur le chemin d\u2019une prise de conscience : qu\u2019une économie-monde ne saurait avoir un seul centre.Si l\u2019on en croit la légende, Malraux a dit que les Américains sont le seul peuple à avoir conquis le monde pour vendre des machines à coudre.Ce que le Vietnam ne leur a pas appris sur le rayonnement de la machine à coudre, la crise de la bourse new-yorkaise et du dollar ainsi que le désordre dans les finances publiques américaines finiront peut-être par le leur apprendre : les points de fabrication, de vente et d\u2019entretien des machines à coudre dans le monde ne se comptent plus.¦ Jean-Pierre Richard Amérique centrale LE POIDS DE LA GUERRE On se rend compte que l\u2019accord de paix signé par les cinq présidents centro-américains, le 7 août dernier, a marqué dans la dynamique régionale un tournant beaucoup plus significatif qu\u2019on ne le prévoyait le jour de sa signature.Ce jour-là, la plupart des observateurs se demandaient comment cet accord pourrait mettre un terme à la guerre s\u2019il demande aux gouvernements de la région de dialoguer avec l\u2019opposition non armée seulement, en ignorant les groupes armés.Personne ne croyait alors que les présidents salvadorien et guatémaltèque allaient accepter de dialoguer avec les guérillas de leur pays respectif, ni que le gouvernement nicaraguayen allait autoriser le quotidien La Prensa à rouvrir ses portes, ni que les réfugiés salvadoriens au Honduras obtiendraient le droit de retourner dans leur pays ; bref, personne n\u2019imaginait que les cinq gouvernements allaient déployer autant d\u2019efforts pour respecter leur engagement.Cue nous dit cet indéniable effort de paix ?Il révèle une première chose très importante : que la guerre dite « de faible intensité » en Amérique centrale, celle des États-Unis contre le Nicaragua, par « contras » interposés, et celle de l\u2019armée salvadorienne contre le mouvement révolutionnaire du Salvador, s\u2019est retournée contre ses concepteurs et a finalement usé plus rapidement la résistance des alliés américains que celle des forces révolutionnaires.Le cas du Costa Rica et du Honduras illustre particulièrement bien cette situation.Le président costaricien Oscar Arias, qui a succédé à Luis Alberto Monge en 1986, a fait savoir à l\u2019administration Reagan que la présence des contre-révolutionnaires nicaraguayens sur son territoire avait fait perdre au Costa Rica la neutralité qui faisait son prestige sur la scène internationale ; il ajoutait que la guerre avait appauvri toute la région et que le Costa Rica, qui n\u2019a pas d\u2019armée, voyait d'un mauvais oeil la militarisation de l\u2019Amérique centrale.Quant au Honduras, la présence massive des contras y a déjà causé plusieurs affrontements armés et conflits sociaux ; les autorités honduriennes redoutent l'impact d\u2019une éventuelle défaite de cette armée étrangère à l\u2019intérieur de leurs frontières.De façon plus générale, la guerre de « faible intensité » semble avoir lourdement pesé sur tous les acteurs directement impliqués - gouvernements, guérillas et peuples - et ces derniers paraissent plus disposés aujourd\u2019hui qu\u2019en 1981 à faire des concessions - ou, à tout le moins, à continuer la guerre sur un terrain plus politique.L\u2019accord de paix traduit cette politisation.L\u2019administration Reagan, qui finance la contre-révolution nicaraguayenne et l\u2019armée salvadorienne sans souffrir des effets directs de la guerre, demeure, quant à elle, déterminée à vaincre militairement le gouvernement sandiniste au Nicaragua et les mouvements de guérilla du Salvador et du Guatemala.Mais la dynamique actuelle montre que ses alliés ne sont plus aussi aisément maniables qu\u2019en 1981 ; même si l\u2019accord de paix échoue, celui-ci aura cependant exprimé un changement réel dans le conflit centro-américain.Évidemment, des intérêts politiques tangibles ont également motivé les cinq signataires à donner des suites concrètes à l\u2019accord.Ainsi, il est évident que le zèle dont le gouvernement sandiniste a fait preuve pour remplir les conditions de l\u2019accord (nomination de Mgr Obando y Bravo à la tête de la Commission nationale de réconciliation, réouverture de La Prensa et de la Radio Catholique et loi d\u2019amnistie générale, notamment) a pour but de laisser l\u2019administration Reagan à court d\u2019arguments pour justifier le financement des « contras » devant le Congrès américain.D\u2019autre part, en décidant de rencontrer les dirigeants de la guérilla, le président Cerezo du Guatemala a cherché à légitimer un peu plus son gouvernement et le président Duarte du Salvador a voulu donner des bons points (les seuls) à son parti démocrate-chrétien, à la veille des élections législatives de mars prochain.De plus, tous deux ont exercé du même coup de fortes pressions sur le gouvernement sandiniste pour qu\u2019il dialogue lui aussi avec les dirigeants contre-révolutionnaires.Bref, la guerre semble vouloir glisser sur un nouveau terrain.Mais ce que révèlent surtout les progrès accomplis depuis le 7 août, c\u2019est que malgré des obstacles encore très substantiels, la paix fait de plus en plus partie des intérêts de chacune des forces en présence en Amérique centrale.Elle s\u2019impose.¦ Caroline Jarry relations décembre 1987 295 DOSSIER l\u2019environnement ' V.Vi '*«?vW * jhpUJfcwT VfccÉi 296 relations décembre 1987 Canapress TERRE, NOTRE TERRE par Julien Harvey * « Le ciel, il appartient à Yahvé, mais la terre, il l'a donnée aux humains ».(Psaume 115, v.16) Certaines paroles de la Bible sont d\u2019une simplicité si désarmante qu'on met beaucoup de temps à en saisir la portée.Dans cette perspective, lorsque le maire Drapeau décida d\u2019emprunter à Saint-Exupéry le nom de « Terre des hommes » pour l\u2019Expo 67, il suscita chez certains des mécontentements : la terre ne nous appartient pas, nous y sommes des pèlerins, la terre appartient à Dieu.Pourtant, la Bible dit bien l\u2019un et l\u2019autre et, vingt ans après l\u2019Expo de Montréal, nous sommes en terrain beaucoup plus sûr lorsque nous devenons conscients d\u2019être possesseurs de la planète Terre et donc d\u2019en être responsables.Responsables au point d\u2019avoir tous et toutes des droits et des devoirs, que nous ne pouvons pas déléguer à nos savants ni à nos politiciens.Responsables également au sens juridique du terme, ayant l\u2019obligation de réparer les dommages causés, surtout lorsqu\u2019ils ont été causés délibérément, par mépris des études d\u2019impact, pour des raisons de profit.Responsables enfin devant les humains à venir, dont la qualité de vie dépend de notre conduite envers les espèces menacées, les ressources non renouvelables et la pollution de l\u2019environnement.Rien de cela ne se réalisera spontanément.Car l\u2019attaque contre la nature, elle, est organisée.La jonction de plus en plus ferme entre la science et la technique a donné un nouveau et redoutable sens à la domination de la terre dont nous parlait déjà la Genèse.Pour l\u2019industrie, souvent multinationale, qui naît de la jonction de la science et de la technique, nous ne sommes plus ces fragiles merveilles du protoplasme, qui devaient s\u2019intégrer harmonieusement au cosmos pour survivre : nous sommes devenus des maîtres, qui peuvent facilement devenir des tyrans, bouleversant la nature pour en retirer l\u2019énergie, reformulant des codes génétiques élaborés par des millénaires d\u2019évolution, lançant dans la nature des milliers de produits chimiques nouveaux chaque année.Et tout cela en contexte capitaliste, et en contexte de compétition multinationale.La réaction humaine a été saine : les conservationnistes sont apparus au Québec il y a environ 25 ans ; ils ont favorisé la naissance des environne-mentalistes ; une troisième génération a donné les écologistes ; une quatrième génération est à naître, celle qui associe relations décembre 1987 la paix mondiale à l'écologie.À travers leur réflexion engagée et nourrie par leur action, une intervention est à se structurer, à la fois en éthique écologique, en droit à l\u2019environnement, en politique ; elle dépasse l\u2019adhésion aux partis verts, pour attendre une formation solide de tous les politiciens à la dimension écologique des projets de société.C\u2019est à ce réalisme de l\u2019écologie que ce dossier s\u2019attache.« Penser globalement, agir localement » est une devise que nous souhaitons rendre sympathique à tous nos lecteurs et lectrices.Nous avons également le souci de renforcer la conscientisation à ce paradoxe de la persistance de la guerre et du sous-développement, qui sont l\u2019anti-écologie par excellence, consacrant à l\u2019armement et à la dissuasion les milliards de dollars qui pourraient assurer notre prise en charge responsable de la terre.Notre gouvernement prépare actuellement une Charte de la qualité de la vie.Est-ce le premier pas vers une affirmation du droit à la qualité de la vie ?Est-ce le premier pas vers une affirmation du droit à la qualité de l\u2019environnement, dans la Constitution ?Ce serait sans doute un lien important entre notre souci de la justice sociale et notre amour de la terre.¦ 297 Défense de l\u2019environnement : LES MOUVEMENTS QUÉBÉCOIS par Jean-Guy Vaillancourt Département de sociologie, Université de Montréal1 ,L' \"s, Vers la fin des années soixante, il y a eu une prise de conscience assez marquée, dans plusieurs pays, à l\u2019égard des problèmes considérables que la pollution, la surpopulation et la crise des ressources naturelles posaient à l\u2019environnement.De nombreux groupes environnemen-talistes ont surgi à partir de ce moment-là, au Québec comme ailleurs dans le monde.Ces groupes, par exemple, STOP et la SVP à Montréal, ont adopté en général une approche réformiste un peu plus militante que celle des grandes associations conservationnistes créées depuis le début du siècle pour assurer la défense de certaines espèces menacées et la préservation d\u2019espaces naturels limités, sous forme de parcs nationaux.Aux États-Unis, David Brower, le directeur de l\u2019un de ces groupes conservationnistes, le Sierra Club, avait quitté ce groupe qu\u2019il jugeait trop conservateur pour créer un groupe envi-ronnementaliste plus interventionniste, qu\u2019il baptisa du nom de Friends of the Earth.Vers le milieu des années 1970, une troisième tendance, encore plus radi- 298 cale que celle des environnementa-listes, voit le jour, tant aux États-Unis avec le manifeste d\u2019Ecology Action East, rédigé par l\u2019écologiste social anarchiste Murray Bookchin, qu\u2019en Europe avec les écologistes politiques tels Bryce Lalonde, qui fonde à Paris une branche française des Amis de la Terre.La lutte anti-nucléaire et des projets plutôt englobants d\u2019écosociété caractérisent ces écologistes qui se lancent dans l\u2019arène électorale, avec un certain degré de succès, dans plusieurs pays d\u2019Europe.Au début des années 1980, le mouvement vert québécois ne comprend pas uniquement ces trois tendances socio-politiques (conservationnistes, environnementalistes et écologistes) mais aussi trois tendances qui misent sur le culturel plutôt que sur le politique pour défendre l\u2019environnement.Allant encore de droite à gauche, j\u2019ai appelé ces verts les contre-culturels individualistes, les contre-culturels communautaires, et les alternatifs.Le tableau I présente de façon succincte ces six principaux types de verts québécois.relations décembre 1987 Des alliances Même si une telle typologie reste encore utile aujourd\u2019hui pour comprendre les diverses tendances et activités du mouvement vert québécois, on peut percevoir depuis quelques années que les différences s\u2019estompent un peu entre plusieurs de ces tendances.Par exemple, le groupe de verts de l\u2019UQAM s\u2019appelle « Le mouvement écologiste et alternatif de l\u2019UQAM », parce que ses membres sont en général en faveur d\u2019un type d\u2019action assez radical, tant au plan politique qu\u2019au plan culturel.Vers la fin 1.Jean-Guy Vaillancourt enseigne la sociologie de l\u2019environnement, la sociologie des organisations et la sociologie de la religion.Il est membre de divers groupes et comités environnementaux, et a publié le livre Mouvement écologiste, énergie et environnement: essais d\u2019écosociologie, Montréal, Éditions St-Martin, 1982 et, en 1981, un numéro spécial de la revue Sociologie et sociétés sur le thème «Écologie sociale et mouvements écologiques». de sa vie, même un écologiste aussi engagé que Michel Jurdant percevait l\u2019intérêt qu\u2019il y avait, pour les écologistes politiques, de faire des alliances avec les environnementalistes et les alternatifs, et même avec les conservation-nistes.Les partisans de la plupart des groupes qui constituent le mouvement vert non seulement se sont rapprochés les uns des autres au plan des idées et de l\u2019action, mais ils ont aussi eu tendance à créer des alliances avec les gens qui font partie de divers autres genres de mouvements sociaux.On peut percevoir à l\u2019heure actuelle une certaine convergence entre les verts et les militants des mouvements de paix, de la solidarité internationale, de la défense des droits humains, des femmes, des jeunes, des travailleurs.Les gens ont une perception de plus en plus globale des problèmes, qui sont vus comme étant en étroite interconnexion.Bien qu\u2019il y ait maintenant des groupes spécifiques et aussi des groupes locaux qui centrent leur attention sur des questions précises comme les pluies acides, la forêt, l\u2019uranium, le transport, la bicyclette, etc., les problèmes environnementaux sont de plus en plus perçus comme étant inter-reliés et globaux, au lieu d\u2019être abordés de façon circonscrite et unidimensionnelle.Des groupes comme Greenpeace et le Regroupement pour la surveillance du nucléaire, entre autres, font le lien entre environnement et désarmement quand ils discutent par exemple des questions du transport d\u2019uranium, de la conversion des budgets militaires, de l\u2019hiver nucléaire et du vol à basse altitude au-dessus du Nitassinan par des avions de l\u2019OTAN.Même avant les conférences et publications des Nations unies sur l\u2019environnement et le développement, sur le désarmement et le développement, les groupes québécois avaient fait des liens entre ces trois phénomènes.Le colloque annuel de 1986 de l\u2019Association d\u2019économie politique du Québec a porté précisément sur le thème : Écologie, paix et économie politique, avec des conférenciers de renom qui font eux-mêmes ces liens dans leurs recherches.Nouvelles attitudes En élargissant ses perspectives, le mouvement vert québécois s\u2019est peut-être aussi en partie déradicalisé, dans le sens qu\u2019il est sans doute un peu moins utopiste et un peu moins militant qu\u2019auparavant dans ses actions, et aussi un peu moins virulent et dénonciateur dans ses critiques.Les préoccupations pour la conservation (des espèces en voie de disparition, des sols arables, des ressources) sont devenues beaucoup plus importantes, grâce au travail de groupes scientifiques et de conservation qui s\u2019alignent sur les stratégies mondiales de conservation de l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources, et du programme des Nations unies pour l\u2019environnement.Les groupes de défense de l\u2019environnement sont aussi moins marginaux qu\u2019ils ne l\u2019étaient durant les années 70.Au lieu de parler presque uniquement Il y a aussi un intérêt croissant de la part du mouvement vert pour la question de la qualité de la vie en milieu bâti.Transport 2000, les groupes de covoiturage, les recycleurs ainsi que l\u2019engouement pour la bicyclette, l\u2019exercice physique et l\u2019alimentation naturelle sont autant de manifestations de cette nouvelle préoccupation pour le vécu urbain, par opposition à la fixation antérieure sur les problèmes en milieu naturel et rural.Les problèmes de santé et de sécurité au travail sont maintenant perçus eux aussi comme des problèmes éminemment écologiques, au même titre que le sont les questions de santé communautaire et de sécurité collective.Tableau I LE MOUVEMENT VERT QUÉBÉCOIS\t\t\t \tLes verts plus conservateurs\tLes verts plutôt réformistes\tLes verts plus radicaux Action surtout au plan socio-culturel\t1.Les contre-culturels individualistes.Ex.: Mater Materia\t2.Les contre-culturels communautaires.Ex.: Mou vement d\u2019agriculture biologique\t3.Les alternatifs.Ex.: Idées et pratiques alternatives Action surtout au plan socio-politique\t4.Les conserva-tiionnistes.Ex.: la FAPEL\t5.Les environnementalistes.Ex.: la SVP\t6.Les écologistes politiques.Ex.: Les amis de la terre de Québec d\u2019écosociété et de société alternative, ces groupes se sont spécialisés et ont commencé à faire des contributions spécifiques de qualité supérieure pour défendre et améliorer l\u2019environnement.La perspective est nettement réformiste plutôt que révolutionnaire, mais les groupes ont compensé en efficacité et en compétence ce qu\u2019ils ont perdu en militantisme et en radicalisme.En agriculture et en alimentation, par exemple, il n\u2019y a plus un petit groupe de purs et de durs qui ne veulent rien savoir des modes de production et de consommation de la société actuelle, mais une pénétration graduelle des perspectives de l\u2019agriculture biologique et de l\u2019alimentation naturelle jusque dans les institutions établies comme l\u2019UPA et les grandes chaînes d\u2019alimentation.Sur la question de la forêt, le Regroupement pour un Québec Vert, qui rassemble des conservationnistes, des environnementalistes, des écologistes et des syndicalistes, met de l\u2019avant une perspective intégrée et tente d\u2019infléchir les politiques gouvernementales et les pratiques commerciales de toute l\u2019industrie du bois.relations décembre 1987 L\u2019expression « être sains et saufs » a perdu une bonne partie de sa connotation individualiste et a acquis une dimension collective qui se rapporte à la défense de l\u2019environnement et à la lutte pour le désarmement et la paix.Plus de gens atteints Le conservationisme et l\u2019environne-mentalisme ont donc repris le dessus sur l\u2019utopisme et le prophétisme des partisans de la société contre-culturelle alternative et de l\u2019écologisme politique radical, mais le message de ces derniers a déteint sur un ensemble plus vaste de personnes engagées dans la longue marche à travers les institutions.Si l\u2019écologisme apparaît comme un peu moins virulent et « flyé », c\u2019est peut-être que nous sommes tous devenus un peu plus soucieux de l\u2019environnement.On peut dire par exemple que ce n\u2019est pas tellement Bob Bicyclette Silverman qui a changé ou qui a abandonné ses idéaux, mais c\u2019est plutôt la 299 Les sondages : UN PUBLIC DE PLUS EN PLUS SENSIBILISÉ de janvier 1981 à septembre 1984, selon CROP, le pourcentage des Québécois qui croient que « les pluies acides sont un des plus graves problèmes environnementaux que les Canadiens doivent affronter de nos jours » est passé de 69 % à 84 %.Selon le sondage fait en 1985 par la maison de sondage Nadeau, pour le compte du ministère de l\u2019Environnement, 72 % des répondants affirment que certains projets de développement ne devraient pas être autorisés s\u2019ils portent atteinte à la qualité de l\u2019environnement et 80 % croient qu\u2019il est possible d\u2019améliorer la qualité de l\u2019environnement sans pour autant ralentir le développement économique.Le sondage Sorécom d\u2019avril 1987 réalisé pour la Fondation québécoise en environnement indique que 79 % des Québécois s\u2019intéressent aux questions de pollution et d\u2019environnement, et que le pourcentage augmente avec le degré de scolarité.Les trois-quarts des gens estiment que les problèmes environnementaux ont augmenté depuis dix ans.La responsabilité en revient, pour 52 % de la population, à l\u2019industrie, et pour 24 %, à l\u2019inaction des gouvernements.D\u2019ailleurs, 77 % des gens considèrent comme criminel un chef d\u2019entreprise qui ne respecte pas les normes environnementales, et 73 % des contribuables sont favorables à l\u2019augmentation du budget anti-pollution.Les citoyens seraient même prêts à verser en moyenne 130,00 $ par année pour lutter plus efficacement contre la pollution.Enfin, en matière d\u2019environnement, les groupes de protection de l\u2019environnement jouissent de la plus haute cote d\u2019estime et de confiance, même avant les mass media.société qui s\u2019est faite un tout petit peu plus réceptive aux revendications des cyclistes.Quand une entreprise comme Hydro-Québec nomme un environne-mentaliste courageux et compétent comme le juriste Michel Yergeau, ancien vice-président du BAPE, à la présidence de son Comité consultatif en environnement, ça ne veut pas dire que nous venons d\u2019entrer finalement dans l\u2019éco-société, mais plutôt que les idées et les préoccupations concernant la défense de l\u2019environnement ont fait un bon bout de chemin et en feront certainement encore au cours des ans.L\u2019institutionnalisation croissante du mouvement pour la défense de l\u2019environnement n'a pas seulement que des bons côtés.Elle s\u2019accompagne d\u2019une bureaucratisation et d\u2019une quasi-fonctionnarisation du mouvement, et d\u2019une sur-valorisation de l\u2019expertise technique au détriment de l\u2019engagement éthique personnel.L\u2019influence dans le mouvement vert repose de plus en plus sur des connaissances solides en écologie et de moins en moins uniquement sur la bonne volonté et sur le dévouement.Le mouvement acquiert ainsi une plus grande légitimité avec un public qui est lui-même de mieux en mieux informé et sensibilisé, mais il perd une part de son dynamisme et de sa force de frappe.Les groupes verts québécois sont donc devenus plus modérés, mais ils sont aussi plus sophistiqués et mieux informés.L\u2019accent est mis beaucoup plus qu\u2019auparavant sur l\u2019éducation et sur la formation dans le domaine de l\u2019environnement, plutôt qu\u2019uniquement sur l\u2019action et sur la protection environnementales.L\u2019enracinement du mouvement vert se manifeste aussi dans une plus grande pénétration des gran- des institutions d\u2019information et de formation que sont les écoles, les mass media et même les syndicats et les Églises qui sensibilisent et éduquent la population à l\u2019environnement comme jamais auparavant.Les programmes d\u2019études dans le domaine de l\u2019écologie et de l\u2019environnement se développent à un rythme accéléré tant au gouvernement que dans les institutions d\u2019éducation, du primaire à l\u2019université.Malgré le peu d\u2019appui financier des gouvernements pour les infrastructures et les activités des groupes environnementaux, ceux-ci se multiplient et vont chercher des fonds et d'autres ressources ailleurs.À cet égard, la nouvelle Fondation québécoise en environnement est une expression parfaite des tendances actuelles dans le domaine de la défense de l\u2019environnement.Ce n\u2019est pas un Nouveau jeu biblique de Socabi LE NAZARÉEN D\u2019abord conçu pour l\u2019apprentissage scolaire, ce jeu permet aussi à plusieurs adultes de se familiariser avec le monde du Nazaréen et du Nouveau Testament.Pour apprendre à connaître les lieux, les personnages, les écrits et les coutumes à l\u2019epoque de Jésus, le nazaréen.Pour les 10 ans et plus.Prix: 25 $ (plus frais d\u2019envoi et taxe).Commandes téléphoniques acceptées.Pour informations et commandes, s\u2019adresser à: secABi Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 300 relations décembre 1987 '-Afctik groupe de pression, comme le sont la plupart des autres groupes de défense de l\u2019environnement, mais un organisme à large « membership » qui recueille des fonds pour travailler, dans une perspective globale, à préserver la qualité de l\u2019environnement, à partir de l\u2019information, l\u2019éducation et la recherche.Cette fondation se propose de venir en aide aux groupes environnementaux impliqués de façon plus concrète et plus ponctuelle dans l\u2019action, et dont les pressions ont grandement contribué à faire avancer la législation gouvernementale et la sensibilisation populaire dans le domaine de l\u2019environnement.L\u2019avenir Pour l\u2019instant, les lois et les normes gouvernementales restent encore bien timides, mais comme les problèmes s\u2019accentuent au lieu de diminuer, il y a des chances qu\u2019à l\u2019occasion d\u2019un désastre écologique dans le genre de Chernobyl ou de Bhopal, le mouvement se radicalisera de nouveau.D\u2019autant plus que des gens sont devenus sensibles aux anciens et surtout nouveaux problèmes environnementaux qui ont maintenant une dimension globale et internationale : la pollution de l\u2019air, de l\u2019eau et des sols, l\u2019énergie nucléaire, la surpopulation, la crise des ressources, mais aussi les précipitations acides, la détérioration de la couche d\u2019ozone, la prolifération des déchets toxiques, la mort des océans, le déboisement, la désertification, la surproduction de 2.C\u2019est-à-dire mille milliards ou 1012: en anglais : « one trillion ».déchets domestiques et industriels, l\u2019affaiblissement du système immunitaire, la radiation à bas niveau, l\u2019irradiation des aliments, la contamination des nappes d\u2019eau, le réchauffement de l\u2019atmosphère terrestre, etc.Actuellement, sur une population mondiale de 5 milliards, presqu\u2019un milliard d\u2019humains n\u2019ont même pas le minimum requis pour pouvoir survivre, alors que les gouvernements dépensent plus d\u2019un billion2 de dollars par an pour des armes.Les problèmes environnementaux ont des effets interactifs et cumulatifs, et il n\u2019est pas sûr que nous arriverons à stopper la crise qui s\u2019annonce de façon imminente ni encore moins à renverser la vapeur.Face à cette situation, les groupes environnementalistes et écologistes québécois, qui font partie du Réseau canadien de l\u2019environnement et du Réseau québécois des groupes écologistes, participeront au Projet de priorités électorales 88-89 avec les représentants du mouvement de paix et de désarmement, et ceux des mouvements de développement et de solidarité internationale.Le but de ce projet, qui vient de débuter, est de sensibiliser les électeurs et les candidats aux prochaines élections fédérales à l\u2019approche globale et à long terme concernant les questions d\u2019environnement, de paix et de développement.Il semble que la grande majorité des membres des groupes de défense de l\u2019environnement préfèrent essayer d\u2019influencer les politiciens, voire même d\u2019élire ceux qui, dans les partis existants et plus particulièrement au PQ et au NPD, sont plus près de leurs préoccupations, que d\u2019appuyer un parti vert qui a bien peu de chances d\u2019être élu dans notre système électoral majoritaire à un tour.Au plan municipal, par ailleurs, un certain nombre de candidats éco- logistes ont déjà été élus comme éche-vins, surtout depuis une dizaine d\u2019années.Quelques-uns ont été élus comme échevins du RCM, entre autres Scott McKay, le fondateur de la revue écologiste Contre-temps.Graduellement, les jeunes formés dans les groupes de défense de l\u2019environnement sont en train d\u2019acquérir une compétence et une influence considérables.Motifs d\u2019espérer Le mouvement vert québécois continue de se développer, de façon originale et imprévue, et, à mon avis, il continuera de croître, car les problèmes s\u2019accentuent au lieu de s\u2019atténuer.Le slogan « Penser globalement, agir localement », que certains écologistes mettaient de l\u2019avant durant les années 70, est devenu la caractéristique principale du mouvement des années 80.Les prédictions apocalyptiques que nous faisions il y a vingt ans sont en train de se réaliser sous nos yeux.Je ne crois pas qu\u2019il y ait moyen de s\u2019en sortir à moins de réorienter les sommes fabuleuses présentement englouties dans le gaspillage de la course aux armements, vers la solution des problèmes environnementaux et économiques, vers les besoins humains réels.Seule la coalition du mouvement vert avec le mouvement de paix et avec tous les autres mouvements préoccupés par la survie à long terme de l\u2019espèce humaine et des espèces animales et végétales avec lesquelles elle est en symbiose, à savoir les mouvements de jeunes, de femmes, de libération et de solidarité internationale, des libertés et droits humains, de travailleurs, peut nous donner des motifs d\u2019espérer.¦ relations décembre 1987 301 L\u2019ENVIRONNEMENT ET LA PARTICIPATION DU PUBLIC par André Beauchamp «lUIL WkVÇW VhPML P ™BRe.OV)*SNEl Gouvernement du Québec Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement A l\u2019automne 86, alors que j\u2019étais a président du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement, j\u2019avais décidé de diriger moi-même l\u2019audience relative au projet d'Hydro-Québec de construire la ligne Radisson-Nicolet-Des Cantons, dite « sixième ligne ».Le projet d\u2019Hydro-Québec prévoyait une traversée du fleuve St-Laurent à Grondines-Lotbi-nière par voie aérienne, au moyen de trois pylônes dans le fleuve.La population s\u2019opposait vivement à cette solution et exigeait un passage sous le fleuve.Au moment de l\u2019audience, le débat durait depuis deux ans, Hydro-Québec affirmant que la technologie n\u2019était pas à point.Bref, un dossier chaud, une audience difficile.Lors de la première partie de l\u2019audience, à cause du congé des Fêtes, j\u2019avais pris la décision de suspendre les travaux de la Commission le 16 décembre.À la dernière séance, Hydro-Qué-bec avait déposé, à la demande insistante de la Commission, une étude produite par la firme SNC sur la traversée du fleuve St-Laurent par mode sous-fluvial.L\u2019étude paraissait importante, sinon décisive et je m\u2019étais contenté d\u2019en faire parvenir, le 17 décembre, les principales conclusions au ministre de l\u2019Environnement.302 Le 19 décembre, un journaliste m\u2019appelle.Deux ministres venaient de faire des déclarations à l\u2019Assemblée nationale et le ministre de l\u2019Énergie et des Ressources convoquait les autorités d\u2019Hydro-Québec pour expliquer comment il se faisait que ni les ministres du présent gouvernement (libéral) ni ceux du gouvernement précédent (péquiste) n\u2019avaient été informés du désormais célèbre Rapport SNC.Ainsi les ministres avaient appris, par le biais de l\u2019audience publique, l\u2019existence d\u2019une information capitale pour eux.Cet épisode suffit à faire saisir l\u2019importance absolue de l\u2019information publique et de son corollaire obligé : la participation publique.Contrairement à ce que l\u2019on pense, les responsables politiques ne savent pas tout.J\u2019oserais dire qu\u2019ils savent souvent très peu de choses, parce que la surabondance d\u2019information crée de la confusion et surtout parce que l\u2019information leur parvient à travers le filtre des opinions politiques et technocratiques.À propos des acteurs L\u2019environnement se porte mal.De plus en plus mal.Malgré des amélio- relations décembre 1987 rations ponctuelles sur des points spécifiques qui touchent souvent à des aspects esthétiques ou à la perception sensorielle que nous avons de la pollution, les tendances lourdes actuelles jouent contre l\u2019environnement, tant au niveau de l\u2019épuisement des ressources et de la disparition des espèces, qu\u2019à celui des pollutions sournoises et des menaces pesant sur les grands écosystèmes.Hier et encore, la contamination toxique de l\u2019eau, hier et encore les pluies acides, la menace sur la couche d\u2019ozone, demain .La prise de conscience n\u2019est jamais prospective, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle est toujours en retard d\u2019une pollution, voire d\u2019une crise.Quand le problème apparaît, il est souvent très tard.« Les questions que nous avons soulevées (.) ont nécessairement une importance considérable pour la qualité de vie sur la terre, et même pour la vie elle-même.Nous avons essayé de montrer de quelle façon la survie de l\u2019humanité et son bien-être peuvent dépendre de la mesure dans laquelle on saura élever le développement durable au rang d'une éthique ».(Notre avenir à tous, Commission mondiale sur l\u2019environnement et le développement, avril 87, p.12-1) Cette référence à l\u2019éthique montre bien que ce sont les conduites humaines qui doivent changer, les conduites des producteurs et des consommateurs, en commençant par les milieux qui sont à l\u2019origine de la crise moderne de l'environnement, tant dans leur marché interne que dans leur relation au tiers monde, c\u2019est-à-dire les milieux développés.Des scientifiques rigoureux La protection et la restauration de l\u2019environnement dépendent de la conjonction de trois acteurs fondamentaux : les scientifiques, les politiques, les citoyens.La crise environnementale est d\u2019abord le résultat d\u2019une invraisemblable ignorance, reposant sur une confiance absolue dans le développement technocratique et sur l\u2019insouciance à l\u2019égard des effets à long terme de nos actions.Maintenant que la crise est là, il faut faire avancer la connaissance scientifique, rigoureuse, têtue, austère, dans tous les secteurs afin de trouver les correctifs « au plus sacrant ».Les pollutions ne peuvent pas être considérées comme de simples accidents de parcours.Elles sont les résultats structurels d\u2019une recherche trop courte, trop centrée sur les profits à court terme.A une science courte, il faut substituer une science longue.Par ailleurs, sans base scientifique, les combats pour l\u2019environnement risquent de n\u2019être que des sautes d'humeur.Le cas type est la campagne contre la chasse aux phoques.Des politiciens éclairés Le rôle des politiciens est également déterminant puisque ce sont eux - et eux seulement - qui possèdent l\u2019autorité pour fixer les normes et les objectifs, établir les programmes, imposer la loi.En environnement, il ne peut pas y avoir place, pour au moins deux générations, à une politique de laisser-faire.La principale raison me semble liée au temps : chaque personne humaine agit dans l\u2019horizon temporel de sa propre vie et la plupart du temps à très court terme.Or les grands problèmes d\u2019environnement sont à moyen ou à long terme.Certes les gouvernements démocratiques sont éphémères et ballotés par une opinion publique changeante.Mais les solutions aux problèmes de l\u2019environnement passent obligatoirement par le champ politique local, national et international.Il apparaît même de plus en plus qu\u2019une politique de l\u2019environnement n\u2019est pas seulement la tâche d\u2019un ministère sectoriel indispensable mais aussi celle de l\u2019ensemble d\u2019un gouvernement qui se doit de penser la totalité du développement dans une telle perspective.Et les citoyens ?Mais ni les scientifiques ni les politiciens ne feront rien s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019opinion publique vigilante.Et l\u2019opinion publique n\u2019est vigilante que quand la participation est possible.A priori le scientifique sait, le politique peut.Ceux qui savent et ceux qui peuvent ne suffisent-ils pas ?Mon expérience m\u2019a appris que les scientifiques ne\"trouvent que ce qu\u2019ils veulent bien trouver alors que les politiciens ne veulent que le moins de choses possible.C\u2019est la participation du public qui permet l\u2019élucidation du savoir vrai et de la volonté vraie.Qui dit vrai ?Prenons quelques exemples.Supposons que vous ayez découvert un médicament nouveau qui s\u2019avère particulièrement efficace pour aider les gens à dormir ou pour soulager les femmes enceintes de leurs nausées.Vous faites des études sur des rats en laboratoire et le médicament vous semble sans danger.Dans la situation de concurrence où nous sommes, avez-vous intérêt à retarder la mise en marché ?Et le scientifique qui travaille pour vous n\u2019a-t-il pas pour mandat de démontrer l\u2019innocuité du nouveau produit ?Si le médicament rencontre ses fins immédiates, il n\u2019est pas dans l\u2019intérêt du producteur d\u2019en scruter longuement les effets potentiellement nuisibles.Le lancement de la thalidomide a été un drame énorme.L\u2019être humain s\u2019est révélé 100 fois plus sensible que le rat aux effets nocifs du médicament.Maintenant les protocoles scientifiques sont beaucoup plus rigoureux et les processus d\u2019homologation du fédéral prévoient des expérimentations répétées et approfondies sur plusieurs espèces animales.En soi, tout va beaucoup mieux, sauf qu\u2019on s\u2019est rendu compte qu\u2019une firme engagée pour faire des tests sur certains médicaments avait faussé ses tests de labo-ratoire .probablement pour relations décembre 1987 économiser de l\u2019argent.L\u2019histoire de la MIUF est une autre belle histoire.Le produit avait fait l\u2019objet de rapports scientifiques très défavorables aux USA.Ça n\u2019a pas empêché un responsable canadien d\u2019autoriser, contre l\u2019avis de ses experts, la mise en marché de la MIUF au Canada.Les gens ont fait isoler leur maison .avec un produit cancérigène.Le public aurait bien pu ne rien savoir s\u2019il n\u2019y avait eu quelques journalistes tenaces.Lors d'une audience publique sur les arrosages de produits chimiques contre la tordeuse des bourgeons d\u2019épinette, le ministère de l\u2019Énergie et des Ressources affirmait, avec une étude considérable à l\u2019appui, que seule une politique d\u2019arrosage chimique à long terme s\u2019avérait rentable pour l\u2019économie.Le questionnement public des données de l\u2019étude a permis d\u2019en voir les failles et de corriger des erreurs involontaires insérées dans le modèle mathématique utilisé.La rentabilité d\u2019une telle opération sur un long terme est douteuse ou très faible.Jamais le gouvernement n\u2019aurait eu, dans le cadre du Conseil des ministres, le temps de faire ces vérifications.Il se serait fié aux experts et à l\u2019opinion d\u2019un de ses ministres.Je pourrais donner bien d\u2019autres exemples, sur la santé, sur la valeur scientifique des démonstrations, sur les oublis et omissions.Rien d\u2019étonnant à cela, puisque tout savoir est situé et limité, comme la décision politique est elle-même conjoncturelle.S\u2019il n\u2019est pas vigilant, le citoyen se laisse endormir et au bout du compte c\u2019est l\u2019environnement qui y perd.S'in former, s'expliquer Dans la législation du Québec, les droits du public sont heureusement bien protégés.Il y a d\u2019abord un droit général à l\u2019information sur tous les contaminants émis par une source de contamination (Lois révisées du Québec, c.Q-2., art.118.4).Tout citoyen a également accès à tous les permis et certificats d\u2019autorisation accordés ou en demande.Même si les médias d\u2019information sont très peu pourvus de ressources en environnement, le caractère juridiquement public de ces informations fait qu\u2019elles sont de nature à atteindre à un moment ou l\u2019autre un vaste public.En plus des efforts généraux faits par le ministère de l\u2019Environnement qui informe le public de la situation et de révolution de l\u2019environnement, le Qué- 303 V f V «Mfl|wSm iü '/âN» La limite de tout savoir scientifique.Le savoir scientifique est inséparable des questions auxquelles il prétend répondre.Tout déplacement de la question fait apparaître les limites du discours scientifique.Or l\u2019analyse publique amène toujours un déplacement des problématiques.Aucun savoir scientifique n\u2019est le pur reflet du réel.C\u2019est une interprétation, une reconstruction du réel.La critique publique et la contre-expertise scientifique d\u2019un projet font donc apparaître les choix occultés ou inconscients dont le poids est d\u2019autant plus grand qu\u2019ils semblent aller de soi.La décision politique n\u2019est pas une décision qui repose sur un contenu logique.Elle repose sur une autre logique qui est celle de l\u2019opportunité politique et qui dépend donc de l\u2019interaction des acteurs sociaux.En faisant intervenir le public, la structure de participation donne au décideur la marge de manoeuvre qu\u2019il lui faut pour prendre une décision plus cohérente.Le vrai risque pour un politicien n\u2019est pas d\u2019être « pris avec une patate chaude » mais d\u2019être trop lié a priori à un projet pour être capable de prendre ses distances.Au-delà des escarmouches, le public est, en environnement, un allié du politicien plus que son ennemi.Pourvu qu\u2019on lui en donne le temps et les moyens, le public est parfaitement capable de comprendre les questions d\u2019environnement même très complexes.Il a simplement besoin qu\u2019on le respecte et qu\u2019on fasse un effort de traduction.Il n\u2019y a pas plus d\u2019imbéciles ou de rêveurs chez les écologistes que dans d\u2019autres secteurs de la population.Quand on laisse aller la participation, les extrémistes s\u2019éliminent d\u2019eux-mêmes.Il ne faut pas demander l\u2019opinion des gens avant qu\u2019ils n\u2019aient reçu toute l\u2019information.C\u2019est la limite des sondages qui demandent une opinion sur bec possède deux institutions importantes : le Conseil consultatif de l\u2019environnement (CCE) et le Bureau d\u2019audiences publiques de l\u2019environnement (BAPE).Le Conseil donne des avis au ministre sur des orientations ou des politiques.En plus de répondre aux demandes du ministre, il a la possibilité de donner des avis de sa propre initiative ou à la requête de citoyens et de groupes.Il peut faire des consultations publiques.Il y a là un potentiel extraordinaire si les gens savent en user et si les membres du Conseil sont à la hauteur de leur responsabilité.Le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement, pour sa part, a pour mandat de tenir enquête et audience principalement sur les projets susceptibles de modifier l\u2019environnement et soumis, de ce fait, au règlement relatif à l\u2019évaluation et à l\u2019examen des impacts.Autrement dit, avant d\u2019être autorisés, certains projets peuvent être analysés et scrutés en public.D\u2019abord le promoteur doit définir son projet, en établir la justification, étudier différentes hypothèses, dire son choix préférentiel, prédire les impacts et identifier les mesures qu\u2019il entend prendre pour atténuer ces impacts.Son étude doit avoir un caractère scientifique.Lorsque l\u2019étude est terminée, elle est mise à la disposition du public pour information.Pendant un laps de temps déterminé, tout citoyen peut demander la tenue d\u2019une audience publique pour procéder à l\u2019examen public de ce projet.Quelques leçons.L\u2019audience sur la sixième ligne1, comme d\u2019autres audiences, a démontré que cet exercice est précieux et fécond quand il est poursuivi avec rigueur.La pratique de l\u2019audience publique m\u2019a convaincu de certaines choses.En voici quelques-unes.304 du vent, ou des consultations bidons où un vendeur étale complaisamment sa marchandise et demande le soir même l\u2019opinion-adhésion des gens.Il faut distinguer les périodes d'information et de questionnement des périodes d\u2019expression d\u2019opinions.Les gens ont trop d\u2019opinions pour les informations dont ils disposent, mais c\u2019est l\u2019information qui est la plus décapante.En général, dans le cadre d\u2019une audience chargée d\u2019analyser un projet, les gens qui sont favorables au point de départ ne paraissent pas vraiment soucieux de scruter toute l\u2019information, possiblement de peur de trouver.On pourrait dire qu\u2019ils « ne veulent rien savoir », craintifs de découvrir que « le roi est nu ».Une nouvelle éthique Au fond, la participation des citoyens en environnement n\u2019est ni un luxe, ni un accident.Elle est le contrepoids indispensable à l\u2019expert, au fonctionnaire, au politicien.Plus encore, comme l\u2019être humain fait partie lui-même de l\u2019environnement (eau, air, sol, faune, flore, être humain incluant son « être » social, culturel, économique et politique), aucune étude d\u2019impact n\u2019est complète si l\u2019occasion n'est pas donnée aux citoyens de s\u2019impliquer.Et comme il apparaît de plus en plus que la solution du problème est technique, politique et éthique, il n\u2019est pas sorcier d\u2019affirmer que si on veut une mutation éthique il est grand temps que les gens s\u2019y impliquent.Il y va de leur conscience, de leur propre vie ! ¦ 1.NDLR : Un groupe d\u2019experts internationaux ont déclaré depuis que la traversée par mode sous-fluvial est techniquement possible.Voir Le Devoir, 23 octobre 1987, article de Louis-Gilles Francoeur. Quand l\u2019ingénieur doit se faire philosophe.LA QUALITÉ DE L\u2019ENVIRONNEMENT par Guy Bourgeault A l\u2019occasion spécialement des a grandes catastrophes, la préservation de la qualité de l\u2019en-vironnement fait depuis plusieurs années déjà la manchette des journaux et parfois l\u2019objet de débats télévisés ; malgré quoi, me paraissent manquer encore des réflexions préalables sur des questions fondamentales qui permettraient de situer les enjeux dans un contexte socio-culturel plus large.De plus, la vision du monde dans laquelle se meuvent le plus souvent les discussions n\u2019est généralement pas celle qui fonde, pour leurs acteurs, la légitimité des pratiques industrielles.Tel est le double constat qui a suscité les réflexions, dont je rends sommairement compte ici, sur les implications éthiques (et juridiques) du développement des technologies, en vue d'un contrôle social de ce développement1.On ne cesse de le répéter depuis quelques décennies déjà : les repères éthiques et juridiques hérités du passé s\u2019avèrent insuffisants et inadéquats quand il s\u2019agit de faire face aux défis actuels.Les morales anciennes, ébranlées en leurs fondements, se révèlent peu utiles pour la conduite de la vie individuelle et collective dans des situations radicalement nouvelles où se posent - la problématique de l\u2019environnement le manifeste abondamment - 1.\tÉthicien, l\u2019auteur collabore, avec une équipe du Centre de recherche en droit public de l\u2019Université de Montréal, à la réalisation d\u2019un, programme de recherche sur les dimensions juridiques des changements technologiques.Trois essais, regroupés sous le titre général L\u2019Éthique et le droit face aux technologies de la vie et de la santé (Cahiers du CRDP, 1987), ont été rédigés dans ce cadre ; le présent article y puise librement.2.\tAu sujet de la dynamique interactive des rapports entre morale, éthique et droit, voir l\u2019article de Guy Durand, Du rapport entre le droit et l'éthique, dans la revue juridique Thémis 20/2 (1986), 282.des problèmes proprement inédits.Et il en va ici du droit comme de la morale ou de l\u2019éthique : on y observe, avec les mêmes retards, le même écart entre la vie et des règles qui devraient pouvoir guider son cours.Or chacun sait que les rapiéçages emportent finalement les vêtements usés.Nous sommes donc conviés à un effort collectif d\u2019invention.L\u2019éthique et la morale L\u2019avènement de la techno-science a remis en cause les repères classiques de l\u2019éthique et du droit.Mais qu\u2019entend-on par morale et éthique ?et de quel droit parle-t-on ?Sans entrer ici dans un débat qui demeure ouvert, je dirai simplement que j\u2019entends quant à moi par morale(s) ce qui est système(s) et codification(s) d\u2019exigences régissant la conduite humaine, réservant le mot éthique pour désigner ce qui, échappant aux systèmes et aux codes et les transcendant tout en y inscrivant parfois les résultats de ses démarches, oriente néanmoins, par ses questions et ses propositions plus encore que par l\u2019imposition de règles, la conduite humaine.La morale ainsi comprise, fermée (Bergson), enferme dans des comportements obligés, tandis que l\u2019éthique, ouverte, ouvre et déploie des horizons sur lesquels la liberté créatrice et responsable fera se profiler desseins, projets, luttes.relations décembre 1987 On peut dès lors considérer comme apparentés les morales et les codes de loi, d\u2019une part ; l\u2019éthique et le droit, d\u2019autre part.Il importe toutefois de bien marquer, en vue d\u2019articulations justes et utiles, les nécessaires distinctions et les complémentarités.Les codes n\u2019ont pas à imposer toujours ce que proposent les morales, le rôle des lois étant plutôt d\u2019assurer, dans l\u2019ordre social et dans la paix, l\u2019exercice effectif des libertés et des responsabilités dans le jeu complexe de leurs multiples et souvent conflictuelles interactions.Plus fondamentalement, le droit voit aux aménagements requis, dans une société donnée, pour l\u2019exercice de la capacité éthique.Fragmentaires, ces éléments de définition suffisent pour le présent propos2.L\u2019éthique et le droit sont donc tous deux du côté du questionnement et de la norme pour guider les choix individuels et collectifs et aménager les conduites et les comportements.La science, quant à elle, a été traditionnellement placée du côté de la connaissance de l\u2019être et non pas du devoir-être.Comme l\u2019affirmait le mathématicien Poincarré, on ne peut ni induire ni déduire de ce qui est ce qui doit ou devrait être.La science, qui décrit et explique, s\u2019écrit à l\u2019indicatif, tandis que la morale, comme le droit, use de l\u2019impératif.Mais est-ce vraiment si simple ?Il fut en tout cas un temps où n\u2019existait pas telle séparation entre le scientifique et le normatif.Et peut-être entrons-nous dans des temps nouveaux où telle séparation n\u2019est plus possible.305 L\u2019alliance rompue : de la loi naturelle à l\u2019éthique « de situation », de la découverte des « lois de la nature » au principe d\u2019incertitude, l\u2019univers culturel commun à la philosophie et à la science a éclaté. Une alliance brisée L\u2019éthique (et plus largement la philosophie) et le droit, d\u2019une part, et les pratiques de recherche scientifique, d\u2019autre part, se sont longtemps développées à l\u2019intérieur de ce que j\u2019appellerai une culture commune.De l\u2019une aux autres, il y avait consonance ou du moins résonance, connivence et complicité même dans une sorte d\u2019incessante interfécondation3.Aussi, par exemple, les philosophes et les juristes pouvaient-ils parler avec les théologiens de loi(s) morale(s) naturelle(s) et de droit naturel, pendant que les physiciens, puis les médecins, de leur côté, cherchaient à découvrir et à mieux connaître les lois physiques, puis physiologiques, elles aussi naturelles, les uns et les autres affirmant que ces lois n\u2019étaient rise désormais l\u2019activité scientifique : la science est aujourd\u2019hui «étroitement associée à un pouvoir sur les choses, et sur l\u2019homme lui-même, et c\u2019est pourquoi elle apparaît liée à la technologie au point d\u2019en être indiscernable »4.Utilisant des technologies toujours plus affinées et complexes, la recherche scientifique débouche sur ces technologies qu\u2019elle crée et qui, constamment multipliées, la conditionnent en retour.Nous reviendrons plus loin sur les conséquences pour l\u2019éthique de ce rapprochement et de cette étroite interaction désormais entre la science et la technologie, ou de l\u2019avènement de la techno-science.Contentons-nous pour le moment de prendre acte du fait que l\u2019alliance séculaire établie entre une philosophie orientée vers la sagesse et une science de caractère « théorique » et, fondée sur l\u2019observation, d\u2019allure L\u2019éthique sous-jacente à la techno-science déploie le pouvoir, la domination de l\u2019homme sur la nature et son exploitation.Les valeurs de la nouvelle culture tirent plutôt dans le sens de la contemplation, de la convivialité et d\u2019une solidarité planétaire.pas « construites » par eux, mais bien « données » et trouvées dans le réel (éventuellement révélées), qu\u2019elles avaient valeur ou force universelle et qu\u2019elles étaient immuables.Plus tard, d\u2019un côté comme de l\u2019autre, on a fait montre d\u2019une plus grande sensibilité aux dimensions subjectives et situationnelles (la notion de « point de vue » dans les sciences, celle de « situation » en éthique), et donc relatives et relativisantes tant des perceptions et des conceptions que des pratiques dans lesquelles elles ont leur origine et leur aboutissement - cela, tant chez les philosophes et les éthi-ciens et chez les juristes que chez les scientifiques.Cette dynamique interactive semble aujourd\u2019hui brisée à la suite de l\u2019éclatement de l\u2019univers culturel qui était commun à la philosophie et à la science.La philosophie, et avec elle l\u2019éthique, et sans doute aussi le droit appartiennent encore, à tout le moins de par la tradition dans laquelle s\u2019inscrivent leurs visions et leurs pratiques, à un univers culturel qui n\u2019est plus celui dans lequel se meuvent les pratiques scientifiques non plus que les pratiques professionnelles et industrielles qui s\u2019y rattachent.La science moderne n\u2019a plus le caractère contemplatif de la science classique.L\u2019idée d\u2019opération caracté- 306 plus contemplative est rompue ; et que se trouve en même temps brisée la connivence antérieure entre une morale de la loi naturelle, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, une démarche scientifique de recherche des lois d\u2019une nature sur laquelle elle n\u2019a guère prise ni emprise, guère de contrôle.À l\u2019extériorité des points de vue d\u2019un dieu ou du démon de Laplace permet- 3.\tVoir à ce sujet llya Prigogine et Isabelle Stengers, La Nouvelle Alliance.Métamorphose de la science, Paris, Galli-mard/NRF, 1979.4.\tJean Ladrière, Les Enjeux de la rationalité.Le défi de la science et de la technologie aux cultures, Paris, Aubier-Montaigne/UNESCO, 1977, p.28.Voir aussi : llya Prigogine et Isabelle Stengers, La Nouvelle Alliance, p.48.5.\tPourtant, on voit mal comment les pratiques scientifiques échapperaient à l'influence de ceux et celles qui s\u2019y adonnent, de leur situation et de leurs problèmes, de leurs désirs et de leurs options.De plus, les pratiques scientifiques sont des pratiques sociales ; elles sont à ce titre nécessairement marquées par les valeurs dominantes de la société dans laquelle elles s\u2019inscrivent.En retour, elles contribuent à la création de valeurs et, partant, à la configuration du champ axiologique.Roberto Migue-lez, analysant les rapports entre l\u2019ordre relations décembre 1987 tant d\u2019accéder à la connaissance contemplative d\u2019une vérité objective, a succédé la perception participative de qui, par ses expérimentations, agit de l\u2019intérieur du monde à sa transformation.Il y a plus encore.Ses praticiens ont revendiqué pour la science une neutralité axiologique et éthique généralement non critiquée et qui consomme le divorce signalé plus haut5.La philosophie, après une séculaire alliance avec une science qu\u2019elle dominait, s\u2019est développée en marge de la science, dans les « trous » laissés par elle.Dans un monde non connu et face à un avenir imprévisible, note Michel Serres, la morale prônait alors, avec l\u2019humilité et la soumission résignée, la prudente prévoyance qui venait « combler un manque à savoir ».Mais voilà que maintenant la science sait prévoir et prédire, éventuellement prévenir.Si donc la prévoyance venait autrefois « pallier un manque à savoir, elle doit désormais, pour nous, être constituée de l\u2019ensemble des prévisions et prédictions que la science met à notre disposition »6 ; l\u2019éthique et le droit doivent désormais - de nouveau ?-compter avec la science7.Techno-éthique et nouvelle culture Le défi d\u2019une articulation neuve entre éthique, droit et techno-science est majeur.Car la technologie, remettant le monde à notre responsabilité, ouvre le champ éthique et le démultiplie.scientifique et l\u2019ordre axiologique (qui intéresse l\u2019éthicien et le juriste), a bien mis en lumière comment les paradigmes scientifiques délimitent des espaces axiologiques, rendant par là possible la recherche de certaines valeurs et à tout le moins improbable sinon impossible celle d\u2019autres valeurs.Plus encore, les découvertes scientifiques s'expriment dans des énoncés axiologiques, dans des lois qui induisent des valeurs, celles auxquelles elles ouvrent en quelque sorte un horizon de possibilité désormais élargi grâce aux développements de la technologie.La rationalité scientifique et technique tout à la fois, ou la rationalité technologique, prescrit d'ailleurs au chercheur scientifique un modèle de comportement qui tend à s\u2019imposer peu à peu à tout le monde ; comme le note Roberto Miguelez, cette rationalité s\u2019inscrit comme valeur centrale dans les représentations idéologiques dominantes des sociétés On présente parfois la technologie comme éthiquement « neutre » ou comme « a-morale » ; tout dépendrait, sur le plan éthique, de l\u2019utilisation qui en est faite.Mais en est-il vraiment ainsi ?On peut aisément retracer dans les propos des ingénieurs et des technologues certaines maximes, avouées ou secrètes, que Mario Bunge a regroupées dans ce qu\u2019il appelle une technoéthique7 8 : l\u2019homme est détaché de la nature et a plus de valeur qu\u2019elle ; il a le droit et parfois le devoir de se soumettre la nature dans son intérêt propre ; il n\u2019est pas responsable de la nature ; il doit viser à l\u2019exploitation la plus poussée possible des ressources Le barrage LG 2 naturelles et humaines au moindre coût ; les préoccupations esthétiques et éthiques sont étrangères à la technoscience et relèvent de la politique.Ces maximes sont effectivement étrangères à la science et à la technologie ; elles en animent toutefois les pratiques et les orientent, et elles appellent des aménagements juridiques conséquents.Face à cette éthique le plus souvent implicite des ingénieurs et des technologues, prend forme depuis quelque temps déjà une éthique pratiquement antagoniste dans ce qui, avant d\u2019être une éthique, constitue une culture nouvelle et des pratiques socialement marginales encore9.industrielles et post-industrielles.Roberto Miguelez, Sciences, valeurs et rationalité, Ottawa, Éditions de l\u2019Université d'Ottawa, 1984.6.\tMichel Serres, dans Génétique, procréation et droit, Paris, ACTES SUD/ Hubert Nyssan, 1985, p.148 : « La morale occupait autrefois un lieu que maintenant la science et la technique comblent peu à peu.La morale, la sagesse remplaçaient la science, la prévoyance suppléait la prévision.Désormais, nous disposons de plus en plus de bonnes prévisions et de bonnes prédictions.Le manque de morale au lieu où s\u2019installe la science va-t-il remplacer le manque de science au lieu où était la morale ?» 7.\tLe droit, qu\u2019un réalisme en quelque sorte obligé éloigne de « l\u2019idéalité », par- tage toutefois avec l\u2019éthique l'embarras des remises en cause découlant de la confrontation avec une science dont la pratique a établi que l\u2019objectivité n\u2019existe pas, qu\u2019elle « n\u2019a pas d\u2019existence préalable à l\u2019effort d\u2019objectivation par lequel l\u2019ensemble de la communauté scientifique la fait être, la fabrique et la rend réelle ».Le droit, ainsi touché en ses fondements, doit lui aussi tenir compte désormais de la science.Voir là-dessus les propos de Claude Laga-dec dans un essai en préparation.8.\tMario Bunge, Épistémologie, Paris, Maloine SA, 1983, pp.236-238.9.\tJe m\u2019inspire ici d\u2019un article d\u2019André Beauchamp, Réflexions théologiques à propos d\u2019une éthique de l\u2019environnement, publié dans la revue Science et Esprit 32/2 (mai-sept.1980), 217-233, sp.222-28 ; voir aussi : Guy Bourgeault, L\u2019environnement : enjeux et questionnements éthiques dans les Cahiers de recherche éthique, no 9 : Écologie et environnement, Montréal, Fides, 1983.10.\tMario Bunge, Épistémologie, pp.215-243.relations décembre 1987 Cette éthique appelle à son tour, en vue d\u2019aménagements juridiques conséquents, un renouvellement tant de certains chapitres du droit que de ses approches.Elle ne répudie pas la possibilité et la légitimité d\u2019interventions transformantes audacieuses ; elle propose plutôt, ce qui ne va pas sans d\u2019importantes conséquences dans l\u2019ordre juridique, que semblables interventions se fassent davantage avec les personnes et les choses que contre elles ou sur elles.S\u2019agit-il d\u2019une irréductible opposition ?La technologie et la philosophie sont, pour reprendre l\u2019expression de Mario Bunge, « deux voisins qui s\u2019ignorent »10.« En quoi la philosophie peut-elle inté- 307 Il s\u2019agit à la fois d\u2019une vision du monde et de pratiques qui situent les hommes et les femmes dans une nature - et dans un cosmos - dont ils sont partie et, mieux peut-être, à laquelle ils ont part ; qui font en conséquence large place au respect contemplatif et lui donnent le pas, dans la recherche d\u2019un nouvel équilibre, sur l\u2019intervention transformante ; qui, revalorisant le quotidien, tentent de réconcilier dans la convivialité de communautés fraternelles et d\u2019har-moniser les conduites personnelles ou privées et les pratiques collectives ou proprement politiques ; qui reconnaissent et tentent en même temps de faire la solidarité humaine tant à l\u2019échelle des groupes restreints et des alliances plus immédiates qu\u2019à celle de la planète entrevue comme l\u2019habitat d\u2019une humanité nouvelle ou même du cosmos. resser les technologues ?demande-t-il.En rien, si l\u2019on en juge par le manque de culture philosophique de presque tous les technologues.Et en quoi la technologie peut-elle intéresser les philosophes ?En presque rien si l\u2019on en juge par le désintérêt, et parfois par la haine, que manifestent beaucoup de philosophes à l\u2019égard de la technologie.» Et les juristes, ici, sont généralement philosophes ! Pourtant, la technologie est au coeur de la civilisation industrielle et fait partie, y occupant une place importante, de la culture contemporaine.On voit donc mal tion plus que de la soumission ou de l\u2019adaptation, faisant constamment face à un avenir à la fois prévu et incertain, voulu, choisi, et pourtant radicalement inconnu, inédit et proprement imprévisible ! L\u2019anthropologisme instrumentaliste ne peut en conséquence plus tenir, qui faisait de l\u2019homme la mesure de la technique et de la technologie.La virulence de l\u2019entreprise de déconstruction-reconstruction par la technologie de l\u2019être humain et de son environnement vital remet radicalement en cause cette Si le savant est tourné vers l\u2019action et s\u2019il lui est possible de transformer le monde, s\u2019impose à lui la question du que faire ?Le possible, parce qu\u2019il est possible, doit-il être réalisé ?pour qui, pourquoi et comment ?Et revoilà le droit et l\u2019éthique.comment les voisins, frères ennemis, pourraient continuer de se renvoyer l\u2019un l\u2019autre dos à dos.Vers une nouvelle alliance?Il ne faut toutefois pas minimiser les difficultés de la réconciliation souhaitée.La technologie nous a fait entrer dans un univers sans commune mesure avec notre expérience antérieure du temps et de l\u2019espace, de la vie, de l\u2019existence, dont la philosophie cherchait précisément à rendre compte11.Chacun sait que le monde n\u2019a pas commencé avec l\u2019avènement de l\u2019humanité et on parle communément, depuis plusieurs décennies déjà, de pré-histoire.Voilà maintenant que les possibilités ouvertes par la technologie nous projettent, par de possibles modifications délibérément apportées non seulement à leur environnement, mais aux individus ou aux collectivités, voire à l\u2019espèce humaine, dans une éventuelle post-histoire par delà ou au delà de l\u2019humanité, instaurant à tout le moins le primat d\u2019un futur imprévisible et illimité sur le passé et même sur le présent.Le techno-cosme, de son côté, l\u2019espace de la techno-science, est sans commune mesure avec le « milieu » humain auquel nous sommes habitués.Et l\u2019existence humaine, dans cet espace-temps nouveau, est vécue tout entière sur le mode de l\u2019action plus que de la contemplation, de la transforma- 308 façon de voir.Par delà les modifications apportées à l\u2019environnement, la manipulation du cycle vital, de la naissance à la mort, la modification des voies de l\u2019apprentissage, la manipulation de l\u2019expérience externe par les prothèses, la manipulation de l\u2019expérience interne par les divers moyens de modification des comportements, la manipulation génétique qui peut devenir manipulation spécifique ou de l\u2019espèce : tout cela fait apparaître comme illusoire un évolutionnisme anthropocentré selon lequel la technique serait, dans les mains de l\u2019homme, simple instrument.Comme le note Bernard Ronze, la techno-science fait perdre à l\u2019obligation morale, avec sa référence habituelle qu\u2019était la loi naturelle, son assurance puisée dans une anthropologie fondatrice.Le réel est moins donné désormais qu\u2019à réaliser, et « l\u2019homme devient l\u2019ouvrier de sa propre transformation ».L\u2019individu et l\u2019espèce se trouvant désormais placés sous le signe de la potentialité, se trouve introduite du même coup l\u2019éthique avec ses questionnements12.La technologie, en renforçant une maîtrise humaine qui accroît l\u2019indétermination des choix effectivement possibles tout en assurant un plus grand contrôle sur les conditions d\u2019effectua-tion et d\u2019effectivité des actions, ouvre le champ de l\u2019éthique et le démultiplie13.Le mur dressé par Poincarré et « séparant le moraliste ou le juriste du savant, note Michel Serres, se fissure ce matin.»14.La maîtrise du possible (il est désormais possible de.) ouvre le champ de l\u2019éthique en réintroduisant, avec le conditionnel (il serait possible de.), l\u2019obligation de choisir et donc, relations décembre 1987 déjà, l\u2019impératif.Elle ouvre surtout et bien avant le champ de l\u2019interrogation éthique : le possible, parce qu\u2019il est possible, doit-il être réalisé ?pour qui, pourquoi et comment, le cas échéant, le sera-t-il ?Se trouvent ainsi renouvelés les rapports entre la techno-science, l\u2019éthique et le droit.Le principe de Poincarré mis en échec, savants et ingénieurs, forcés en outre de débattre publiquement des finalités et des modalités de travaux dont les répercussions rejoignent les profanes et touchent de plus en plus profondément à leurs conditions de vie, voire à leur vie elle-même, se réveillent, aux côtés des juristes, moralistes ! Pour une éthique de la responsabilité Que pouvons-nous tirer des propos qui précèdent pour l\u2019élaboration d\u2019une éthique de l\u2019environnement ?Nous sommes habitués à une réflexion éthique qui, même lorsque sa démarche paraît inductive, fait appel à une vision de la personne et des collectivités humaines dont il est ou du moins serait possible de « déduire » des règles de conduite, et qui est perçue et présentée comme un modèle ou un devoir-être en fonction duquel peuvent 11.\tVoir là-dessus le livre de Gilbert Hottois, Le Signe et la technique : la philosophie à l\u2019épreuve de la technique, Paris, Aubier, 1984.12.\tBernard Ronze : Disparition et ressur-gissement de l\u2019obligation morale dans le champ des sciences et des techniques, dans la revue Recherches de sciences religieuses 70 (1982), numéro spécial sur l\u2019Universel dans les morales, pp.59-74.13.\tJean Ladrière : Les Enjeux de la rationalité, pp.213-214.14.\tMichel Serres, dans Génétique, procréation et droit, p.29.15.\tJ\u2019ai déjà abordé cette question dans un article, Expérimentation humaine et manipulation, publié dans Relations, 34/ 396 (septembre 1974), 240-244.Rappelons, rendant à César ce qui lui revient, que Pierre Antoine avait écrit quelques années auparavant un essai intitulé précisément Une morale sans anthropologie ?16.\tVoir à ce sujet l\u2019ouvrage de Pierre Antoine, Morale sans anthropologie, Paris, Éd.de l\u2019Épi, 1970, spécialement pp.90-91, sur la responsabilité qui précède l\u2019action ; pp.92-95, sur l\u2019action communautaire et la responsabilité ; p. être jugés, par delà les intentions et les décisions, les comportements et donc les faits.Le renvoi explicite ou implicite à une anthropologie antérieure a marqué toutes les éthiques passées et tous les droits qui s\u2019en sont inspirés.Or ce renvoi n\u2019est plus possible depuis qu\u2019un processus d\u2019auto-création de l\u2019humanité projette dans le futur ce en fonction de quoi les choix actuels et les actions présentes seront jaugés et jugés15.S\u2019instaure par la technologie un type de rapport humain aux êtres et à leur environnement qui engage l\u2019avenir et éventuellement le compromet -et ce, non pas seulement pour l\u2019individu, mais bien pour les collectivités et pour l\u2019espèce.Il n\u2019est en effet pas exclu que certaines interventions sur l\u2019environnement ou sur l\u2019être humain lui-même introduisent dans le devenir de l\u2019humanité des mutations qui s\u2019avéreraient irréversibles : certains vont jusqu\u2019à parler de l\u2019avènement éventuel, avec une post-humanité, d\u2019une post-histoire.Le monde et son avenir sont désormais laissés à notre responsabilité.Si les repères d\u2019un monde ancien s\u2019avèrent ici peu utiles, l\u2019interrogation éthique, nettement contredistinguée de la morale et de ses édits, tentera d\u2019accompagner l\u2019appréhension de la situation nouvelle et de ses enjeux, afin d\u2019orienter, par delà la réflexion et la discussion, l\u2019action.Ainsi s'élaborera, ainsi s\u2019élabore déjà ce que l\u2019on peut appeler une éthique de la responsabilité.91, sur la responsabilité du destin historique de l\u2019humanité dont chacun est solidairement responsable.17.Hans Jonas.The Imperative of Responsibility.In Search of an Ethics for the Technological Age, Chicago, University of Chicago Press, 1984.Mais de quoi s\u2019agit-il au juste ?La responsabilité occupe en éthique et plus encore dans la réflexion sur le droit, ses fondements et ses pratiques, une place importante.La notion de responsabilité est en effet une notion essentielle et centrale du code napoléonien et des codes qui en sont issus, comme des traditions juridiques anglo-saxonnes.Il s\u2019agit pour l\u2019essentiel, surtout dans les codes plus anciens, d\u2019une responsabilité « objective » entraînant post factum l\u2019obligation de réparer les dommages causés pour rétablir l\u2019ordre perturbé.La dimension subjective et personnelle de la responsabilité sera plus tard mise en lumière par les moralistes ; il s\u2019agit alors d\u2019une responsabilité en quelque sorte antécédente, mais directe et comme immédiate, dont la conception marquera le droit.Depuis peu, la dimension communautaire de la responsabilité, à la fois collective et différenciée, a été (de nouveau) mise en relief, en même temps que sa prise sur le futur16.Les nouvelles dispositions juridiques en matière de santé et de sécurité au travail, de sécurité routière et d\u2019indemnisation (par la médiation des polices d'assurances ou par celle de l\u2019État) en fournissent, en droit, de bonnes illustrations, de même que celles touchant la protection de l\u2019environnement et de sa qualité.Une nouvelle éthique de la responsabilité prend donc forme, dont le droit commence de prendre acte et compte.L\u2019éthique de la responsabilité dont il est ici question trouve ses « modèles » déjà anciens dans l\u2019expérience du parent et dans celle de l\u2019homme d\u2019État.Dans l\u2019expérience de la parentalité, en effet, que Hans Jonas présente comme le prototype de l\u2019expérience de la responsabilité et de l\u2019éthique qui peut s\u2019y inscrire, la responsabilité est engagée pour le futur en dépit de son imprévisibilité : en décidant de mettre au monde un enfant, les parents s\u2019engagent à faire en sorte qu\u2019il puisse accéder à l\u2019autonomie de l\u2019adulte.De même, l\u2019expé- rience de l\u2019homme d\u2019État comprend cette responsabilité assumée dans la décision présente de ses répercussions à venir17.La technologie, en ouvrant la possibilité d\u2019interventions sans cesse plus audacieuses transformant la vie humaine et son environnement proprement vital, engage effectivement l\u2019avenir de « l\u2019homme », personne et espèce.Les repères connus d\u2019une éthique d\u2019inspiration personnaliste axée sur la seule reconnaissance des droits s\u2019avèrent en conséquence insuffisants : les personnes à venir n\u2019ont pas (encore) de droits et il importe pourtant de maintenir ouvert pour elles l\u2019avenir de l\u2019humanité.Nous sommes présentement responsables, individus et collectivités, de cet avenir.L\u2019éthique de la responsabilité dont il est ici question fait appel à l\u2019audace créatrice, d\u2019une part ; à la prudence et L\u2019éthique de la responsabilité, par delà le souvenir des codes et de la loi naturelle, est tournée vers l\u2019avenir : éthique de prévoyance, elle allie l\u2019audace à la vigilance.o** Vous pouvez emprunter ces cassettes (location: pour 1 semaine: 5$ plus les frais d\u2019envoi) ou même en commander une copie (25$ plus les frais).Veuillez préciser le format de la cassette désirée (Beta ou VHS) et le sujet.Adresser vos commandes à Pauline Roy, Centre justice et foi 25, Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 (514) 387-2541 LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉO l\u2019Afrique du Sud Spécial Haïti l'Église de Montréal l\u2019avenir de Montréal la, mode du déclin l\u2019Église et les laïques Charité business ?1986 après J.C.Économie et foi -\tQuébécois sans nostalgie -\tLa Chine -\tLes sans-abri -\tRome : respect de la vie -\tSyndicats en 1987 -\tAccès à l\u2019égalité -\tHaïti (nov.87) -\tLe choix des Inuit CENTRE jUSTÎCE ET Foi \u2014ji relations décembre 1987 309 à la vigilance, d\u2019autre part.À l\u2019audace : parce que la technologie ouvre des possibles qu\u2019il convient sans doute d\u2019explorer et d\u2019exploiter en vue de réalisations neuves au service d\u2019un mieux-être de l\u2019humanité.À la prudence et à la vigilance : à cause des risques inévitables et de l\u2019envergure des enjeux.AUDACE ET CRÉATIVITÉ - Les découvertes scientifiques ont remis en cause les visions créationnistes et finalistes du monde qui instauraient d\u2019emblée et inéluctablement une sorte d\u2019harmonie préétablie entre l\u2019humanité et son environnement déclaré « naturel ».Bien avant ces découvertes, pour-tant, éruptions volcaniques et tremblements de terre, ouragans et raz de marées, inondations et sécheresses.nous avaient appris, avec la recherche du « paradis perdu », la nécessité de parer à l\u2019hostilité souvent de l\u2019environnement.Comment ne pas se réjouir, encourageant l\u2019audace des interventions, de ce que la technoscience permet de contrer désormais certaines menaces.PRUDENCE ET VIGILANCE - Cela, comme la vie d\u2019ailleurs, ne va toutefois pas sans risques.Le manifestent à l\u2019évidence la menace d\u2019une explosion nucléaire faisant voler en éclats la planète (nous avons l\u2019arsenal nécessaire à la réalisation de ce grand feu d\u2019artifice dont nous ne pourrions cependant pas voir le spectacle !), ou celle d\u2019être grillés vifs par les rayons d\u2019un soleil dont la 310 puissance ne serait plus filtrée par l\u2019ozone, ou celle encore d\u2019une détérioration de l\u2019environnement devenue irréversible et dont les premiers dommages seulement nous seraient révélés dans le dépérissement de nos forêts et dans la pollution de lacs et de rivières dont les eaux sont déjà mortifères pour les poissons.La conscience des risques encourus n\u2019entraîne pas la condamnation de la technologie non plus que des interventions qu\u2019elle fend possibles, ni le refus d\u2019y recourir.Elle invite plutôt à la prudence (de la part de celui qui agit) et à la vigilance (de la part de la communauté).La règle de la prudence, règle éthique ancienne, fondamentale, est valable pour tous les choix et pour toutes les actions humaines ; elle s\u2019avère aujourd\u2019hui et demain d\u2019autant plus importante que la technologie, compte tenu de l\u2019extension sans cesse croissante de son champ d\u2019intervention possible et effective, et de la profondeur éventuelle ou de la radicalité de ses interventions, peut engager l\u2019avenir de la personne ou de la collectivité ou même de l\u2019espèce et éventuellement le compromettre de façon irréversible.Or, comme le fait remarquer Hans Jonas, le parieur qui mise tout, quoi qu\u2019en ait dit Pascal, n\u2019est pas prudent puisqu\u2019il risque non pas « une » perte, si grande soit-elle, mais « sa » perte, la perte de lui-même.relations décembre 1987 La règle de la vigilance s\u2019inscrit elle aussi dans une longue tradition.Il ne s\u2019agit pas d\u2019ériger ici la méfiance en système.Il s\u2019agit plutôt et plus simplement de reconnaître que l\u2019importance des enjeux - radicalement la vie des personnes et sa qualité, la vie des collectivités et sa qualité, la vie de l\u2019espèce humaine et sa qualité.par et par delà la préservation de la qualité de l\u2019environnement - fait qu\u2019on ne saurait laisser les choix et les décisions dans les matières dont il est ici question aux seules personnes qui détiennent, avec et par la maîtrise de la technologie, le pouvoir qu\u2019elle confère.Ce n\u2019est donc pas la seule mode qui a poussé à entreprendre, touchant l\u2019environnement et la protection de sa qualité, échanges et débats sur des bases inter ou transdisciplinaires et transprofessionnelles larges, et à mettre finalement ces débats sur la place publique en invitant profanes et laïcs à venir discuter avec les savants et les clercs.Qu\u2019entend-on par qualité de la vie ?par qualité humaine de la vie ?et par qualité de l\u2019environnement?Et qui surtout en décide ?Qui décidera, qui décide déjà aujourd\u2019hui quelle humanité nous serons demain ?Certes pas le philosophe ni le juriste.Mais ceux-ci ne sauraient laisser aux scientifiques et aux technologues/ingénieurs d\u2019en décider seuls.pour eux en même temps que pour tous.¦ Après la crise de l\u2019engagement LA RESPONSABILISATION SOCIALE par Céline Saint-Pierre sociologue, UQAM Si dans les années 60 et 70 l\u2019engagement semblait aller de soi, il n\u2019en va pas de même aujourd\u2019hui1.À cette époque, dans les milieux progressistes, celui ou celle qui ne militait pas suscitait l\u2019étonnement voire la désapprobation ; maintenant, on semble vivre une situation tout à fait opposée où l\u2019engagement, loin d'être un postulat, est questionné jusque dans ses fondements.La crise de l\u2019engagement me semble s\u2019éclairer, en effet, si on la replace dans le contexte d\u2019une société où les valeurs et les comportements ne sont plus évidents et où la personne individuelle, le sujet, doit se choisir et se déterminer lui-même une échelle de valeurs et un mode d\u2019insertion dans la société.C\u2019est ce profond changement du tissu social que je veux évoquer en parlant d\u2019une société de prescription évoluant rapidement vers une société fondée sur l\u2019inscription.Ce processus n\u2019est pas étranger à la crise de la société moderne capitaliste dans les formes qu'elle a prises notamment après la Deuxième Guerre mondiale.Le Québec, une société en crise On l\u2019a dit maintes fois, la société moderne craque.Le Québec n\u2019est pas à l\u2019abri d\u2019un processus de décomposition-recomposition, dont je rappelle ici brièvement certains éléments.Il faut bien remarquer, toutefois, que l\u2019alignement de ces éléments sous-entend leur articulation.1.\tCette crise de société a trouvé ses assises les plus visibles dans la crise pétrolière des années 70, puis dans la récession du début des années 80.Celles-ci venaient briser le mythe de la croissance constante et de la prospérité sans limite ; les « années glorieuses » allaient marquer la fin d\u2019une croyance dans le système capitaliste, comme mode de développement illimité des ressources, comme système en constante expansion.2.\tLes institutions centrales, piliers de l\u2019intégration sociale, ont connu des moments d\u2019ébranlement sans retour, si l\u2019on pense du moins à leurs formes initiales d\u2019organisation et de légitimation.Qu\u2019il s\u2019agisse : a)\tde la puissance cohésive de l\u2019Église catholique, puis de l\u2019abandon massif de la pratique religieuse traditionnelle dans les années 60, suivi dans les années 70 d\u2019une popularité des religions orientales et d\u2019une multiplicité de formes de pratiques à connotation religieuse : méditations, yoga, jeûne .; b)\tde la force de mobilisation massive du projet de libération 1.NDLR : Ce texte est l\u2019exposé qui a été donné lors de notre session Christianisme et modernité, sur le thème : l\u2019engagement, le social et le politique.nationale et de l\u2019ampleur qu\u2019il a prise depuis 1976 avec l\u2019élection du Parti Québécois, qui propose maintenant une mise au ban des objectifs d\u2019indépendance nationale et un maquillage de toutes les velléités d\u2019émancipation du peuple québécois ; c)\tde la force d\u2019intégration et de socialisation de la famille nucléaire québécoise puis de son éclatement en de multiples formes depuis une dizaine d\u2019années surtout ; d)\tdu marché du travail, comme lieu privilégié d\u2019insertion sociale à long terme et de son actuelle déstructuration, puis de sa réorganisation sur des bases de précarité, de court terme et de multiplication des statuts des personnes en emploi ; e)\tdu travail salarié, conçu à la fois comme moyen de valorisation de soi et comme principe d\u2019organisation du projet de vie, et de son actuelle remise en question et relativisation comme valeur centrale et principe signifiant de l\u2019existence sociale.3.\tL\u2019État qui, depuis les années 60 notamment, a connu une expansion sans précédent et multiplié ses lieux d\u2019intervention surtout dans la sphère des politiques sociales, voit maintenant son rôle modifié, ses lieux d\u2019intervention déplacés, voire réduits ; il prend de plus en plus le visage d\u2019un État néo-libéral et suit de près en cela les tendances politiques américaines.4.\tLes partis politiques dominants tels que le Parti libéral et le Parti conservateur du Canada n\u2019arrivent plus à formuler des programmes mobilisateurs.Ils vivent de prises de positions ponctuelles, mal articulées et pleines de contradictions, pratiquant la gestion des affaires publiques en cercles fermés.Qu\u2019il s\u2019agisse du libre-échange ou du Lac Meech, la démocratie n\u2019est pas à l\u2019ordre du jour et les citoyens canadiens n\u2019ont pas voix au chapitre.Par ailleurs, les grandes mobilisations des forces politiques de gauche ont connu un effritement presque total dans les années 80, et ce, tant au niveau organisationnel qu\u2019idéologique.5.\tLes années 70 ont été marquées par une prise de conscience assez massive des enjeux qui sous-tendent le développement de l\u2019environnement ; elle s\u2019est traduite dans le mouvement écologique.Dans ce contexte et à un niveau plus micro-social, le rapport au corps physique et mental est devenu une question prioritaire pour bon nombre d\u2019individus, en même temps que s\u2019est développée une critique des médecines traditionnelles et des formes de dépendance qui en découlent entre patients et experts.Ce mouvement est maintenant attaqué de front, entre autres par la développement de la procréation artificielle par lequel les femmes perdent le contrôle sur leur propre force de reproduction, la maternité devenant une affaire de laboratoire, inscrite dans le réseau des activités marchandes.relations décembre 1987 311 Ces éléments doivent être pris en compte, à mon avis, dans la réflexion sur l\u2019engagement.Moins que jamais, celui-ci n\u2019est un postulat ; s\u2019il en laisse plus d\u2019un indifférent, il fait l\u2019objet d\u2019une remise en question chez ceux et celles qui croient que quelque chose leur échappe, que tout s\u2019effondre, surtout du côté des alternatives progressistes et des changements sociaux possibles.Le socialisme réel en aura déçu plus d\u2019un et les forces sociales susceptibles de construire une société nouvelle plus démocratique et plus égalitaire dans les pays capitalistes n\u2019apparaissent plus aussi bien définies et organisées.De plus, les grilles de lecture et d\u2019analyse les plus fréquemment utilisées, dont certaines s\u2019inspirent d\u2019un marxisme orthodoxe à tendance trop sectaire, se retrouvent dans un cul-de-sac difficile à contourner.Une certaine forme de société semble se fissurer de toutes parts.De la prescription à l\u2019inscription Je fais l\u2019hypothèse qu\u2019au Québec, depuis la Seconde Guerre mondiale notamment, nous vivons le passage d\u2019une société fondée sur la prescription à une société fondée sur l\u2019inscription.Ce processus se divise en deux temps principaux.Le premier est temporellement situé dans la période communément appelée la Révolution tranquille pendant laquelle nous serions passés, selon mon hypothèse, d\u2019un type de société fondée sur des institutions de prescription à une société fondée davantage sur la conquête des droits individuels, des droits de la personne.J\u2019entends par société de prescription une société dans laquelle ce sont les institutions qui, au nom de droits qui leur sont attribués, prescrivent aux individus les devoirs qui sont les leurs.Les institutions sont des lieux de production du sens de l\u2019action humaine et des référents des pratiques des individus.Ceux-ci définiront leurs pratiques comme des devoirs prescrits par l\u2019Église, par la famille, par l\u2019entreprise, par l\u2019école, par l\u2019État.Les comportements ainsi orientés trouveront leur légitimité dans une nécessaire obéissance (non questionnée) à Dieu, à la doctrine de l\u2019Église, aux parents, aux dirigeants d\u2019entreprises, aux maîtres, aux représentants de l\u2019État, en tant qu\u2019acteurs des institutions de prescription.Ainsi les années 60 et 70 seraient caractérisées au Québec par la cohabitation d\u2019un modèle institutionnel en déclin, fondé d\u2019abord sur la prescription, et d\u2019une forme sociale en émergence, fondée sur la conquête des droits de la personne, celle-ci étant définie en fonction de son appartenance à des catégories sociales significatives : sexe, âge, région, race, éducation, nationalité.Durant cette période, la défense des droits individuels renvoie à un individu-sujet pensé d\u2019abord sur le mode du « nous », c\u2019est-à-dire en fonction de son appartenance à une collectivité.L\u2019individu trouvera donc légitimité à ses revendications (en termes de droits) à partir de son appartenance à diverses collectivités : femmes/hommes ; personnes âgées/jeunes ; autochtones, minorités ; syndicats/ patronat.Contrairement à la période précédente, les devoirs sont maintenant renvoyés aux institutions et principalement à l\u2019État, alors que les individus font valoir leurs droits à travers des organisations spécifiques qui leur servent de support.Cependant, cette période est marquée par des organisations qui, tout en proclamant l\u2019inscription nécessaire de l\u2019in-dividu-sujet collectif, ont fonctionné surtout à la prescription : que l\u2019on pense aux syndicats, aux organisations politiques de gauche, aux groupes féministes, dans les années 70.Ainsi tout en recherchant l\u2019inscription d\u2019un sujet défini sur la base de droits de la personne et en définissant l\u2019organisation collective comme moyen privilégié de conquérir de nouveaux droits, ces organisations n\u2019en ont pas moins adopté des modes de fonctionnement similaires aux institutions dites traditionnelles et définies comme oppressives.Axées principalement sur la production d\u2019idéologies nouvelles construites sur le modèle de doctrines, elles commandent un type d\u2019engagement fondé sur l\u2019obéissance et l\u2019adhésion inconditionnelle.Le « centralisme démocratique » symbolise bien, à mon avis, le contexte de cette période.Au nom du groupe, du collectif, de la masse, du peuple, l\u2019individu comme personne-sujet est nié, annihilé, non-porteur de sens dans la mise en forme de ce projet alternatif de société.Les organisations s\u2019affrontent sur le terrain de la production symbolique ; elles compétitionnent même entre elles dans la lutte pour leur reconnaissance comme force dominante de représentation du sujet opprimé en processus d\u2019inscription historique.L\u2019engagement qui formalise ce processus se vit comme pratique de conquête et de défense des droits dits individuels/collectifs, renvoyant les institutions dominantes et surtout l\u2019État à l\u2019exercice de leurs devoirs et de leurs responsabilités envers les individus et les collectivités.Bref, nous faisons l\u2019hypothèse que, contrairement à la période précédente, les droits se sont davantage définis du côté de l\u2019individu comme porteur du sujet collectif, et les devoirs, principalement du côté des institutions étatiques.L\u2019individu se fond dans le « nous » collectif, identifié principalement comme « victime d\u2019un système », comme « opprimé ».Le processus d\u2019affirmation de ses droits à travers les revendications collectives s\u2019est constitué comme moment premier de son inscription comme sujet historique.Moment nécessaire sans aucun doute, il n\u2019est cependant pas suffisant.Une dimension semble avoir été oubliée : celle des devoirs, souvent passés sous silence, soulevant des malaises, voire des fuites en avant, lorsque évoqués.La construction démocratique d\u2019une société nécessite une articulation des droits et des devoirs des citoyens.Nous sommes à un moment charnière de mise en forme de cette articulation qui nous incite à passer d\u2019une problématique de la victimisation à une problématique de la responsabilisation sociale comme forme d\u2019inscription du sujet dans la société.Pour moi, cette nécessaire responsabilisation sociale renvoie à ce que j\u2019entends par l\u2019engagement.Cette importance donnée à la responsabilisation sociale est d\u2019autant plus cruciale que nous entrons dans ce que j\u2019appelle le deuxième temps de ce processus d\u2019inscription de l\u2019individu-sujet.Je qualifierais la période actuelle de période de flottement dans ce processus d\u2019inscription de l\u2019individu-sujet.Ce flottement s\u2019exprime par une remise en question des formes collectives d\u2019expression de ce sujet et par une recherche, trop exacerbée pour certains, de reconnaissance des droits individuels au détriment des droits collectifs.Perdu dans la masse, se sentant nié par les collectivités, l\u2019individu est à la recherche de son identité et tente de s\u2019approprier des terrains de production symbolique.La question de l\u2019engagement se repose dans ce contexte et oblige à la repenser autrement.L\u2019engagement comme forme privilégiée de l\u2019action ne mobilise plus.Sa légitimation est à reconstruire.Nous sommes confrontés actuellement à un moment de réinscription nécessaire du sujet dans l\u2019histoire : l\u2019acteur collectif (mouvement ouvrier, partis politiques, groupes populaires) tout en continuant à exister au niveau institutionnel fait place à un « sujet individué » qui tente de se reconstruire à ce niveau.Trop porté par les structures et par un « nous » amalgamant, homogénéisant, l\u2019individu ne se saisit plus comme sujet et ses rapports avec la société sont à rebâtir.312 relations décembre 1987 mm -________.La reconstitution du « je » comme sujet Pour plusieurs, l'engagement passe d\u2019abord et avant tout par une recherche de reprise en mains de soi où le « moi » prime dans les priorités qu\u2019ils se donnent.Cela m\u2019apparaît comme un moment possible voire nécessaire de réinscription et de reconstitution du sujet.Cependant le risque est grand de voir cette construction du «je» en rester au «moi», au repli sur soi.C\u2019est pourquoi je vois l\u2019engagement comme un moyen de passer du « je » individué au « je » sujet et ce passage prend la forme de ce que j\u2019entends par responsabilisation sociale.Il s\u2019agit d\u2019un processus dynamique de définition, de prise en charge et de mise en pratique des droits mais aussi des devoirs de l\u2019individu-sujet en regard de lui-même, de son environnement, des collectivités auxquelles il appartient et ce, tant au niveau local, national, qu\u2019international.Engagement suppose mobilisation.Mobilisation suppose légitimation de l'action.Et c\u2019est là que l\u2019on rencontre le vide : l\u2019action tourne en rond, on ne sait plus que faire parce qu\u2019on ne sait plus pourquoi il faut agir.Cette recherche de légitimation de l\u2019action renvoie à la quête de sens et c\u2019est cela qui mobilise actuellement.Les grandes doctrines théistes reposant sur la Révélation, comme le modèle de rationalité, fondement des institutions et des organisations des sociétés occidentales modernes, tout comme les modèles alternatifs de société, sont en crise et ne créent plus cette légitimité dont l\u2019action a besoin pour se produire.La période actuelle en est donc une de flottement, de recherche de nouvelles légitimités, mais aussi d\u2019incapacité de se représenter l\u2019avenir et, conséquemment, de se voir à l\u2019oeuvre dans une action à long terme.L\u2019inscription dans le présent canalise toutes les énergies.Cette gestion du présent vise la survie quotidienne et la préservation de minces acquis.Ceci expliquerait sans doute pourquoi la forme d\u2019engagement qui semble dominante aujourd\u2019hui se vit d\u2019abord au niveau micro-social et s\u2019oriente principalement vers la reconstitution des rapports sociaux au niveau micro-sociétal : rapport à soi (vie physique, mentale et spirituelle), rapport à l\u2019environnement (écologie), organisation du projet de vie (vie amoureuse, vie familiale, études, travail-chômage.).Ce qui peut apparaître comme une forme égocentrique de vivre l\u2019histoire (l\u2019expression populaire « ego-trip » le traduit bien) peut aussi être vu comme un moment de réinscription de l\u2019individu comme sujet social dans une société en plein remue-ménage, tant au niveau économique qu\u2019idéologique.Même si persiste son adhésion aux grandes causes, adhésion qu\u2019il manifeste par des formes ponctuelles d\u2019implication, l\u2019individu comme personne-sujet cherche à ne plus être défini par procuration (via les institutions telles que l\u2019Église, l\u2019État, les partis, les divers groupes de représentation).Face à lui-même, il se saisit à vif, il vit à fleur de peau.Inquiet la plupart du temps, il trouvera réconfort dans des formes de gratification souvent fort banales.Il est à une croisée des chemins difficile où les indications pour opérer un choix se font très rares.Il devient nécessaire, dans ce contexte, de repenser les rapports entre le social et le politique.La période actuelle en serait une où le social prime sur le politique, contrairement aux années 60 et 70.La société se met en scène, les acteurs improvisent, dans une recherche d\u2019inscription.Deux scénarios retiennent mon attention ; le premier raconte la mise en forme de rapports sociaux de type nouveau : égalitaires, démocratiques, pluralistes et créatifs, ils devraient permettre de déboucher sur le politique défini autrement.Ne portant plus le masque des rapports de domination, il pourrait arborer le visage de la solidarité, de la démocratie et de l\u2019égalitarisme et garantir le respect des droits des individus tout en assurant la pratique de leurs devoirs envers les collectivités et la société.Quant au second scénario, il raconte l\u2019épuisement des individus et des collectivités dans cette quête de sens, dans cette démarche de conquête des droits et de pratique des devoirs.Le défi apparaît impossible à relever, les acteurs n\u2019arrivent pas à écrire leur texte, à camper leurs rôles.Ils sont chassés de la scène mais le rideau ne tombe pas : ce processus d\u2019inscription sociale et politique se voit bloqué, neutralisé par de nouvelles prescriptions autoritaires, voire par le totalitarisme « doux », où les rôles sont déjà écrits.Il y a de fortes chances de retrouver plusieurs de leurs acteurs parmi les nouvelles droites en politique, les prêcheurs mass-médiatiques, les évangélistes du dimanche et les vendeurs de drogues euphorisantes/soporifiques de toutes sortes, pour ne citer que quelques exemples.Le processus d\u2019inscription se joue surtout à travers ces deux scénarios actuellement.Si, pour l\u2019instant, le second paraît plus visible et plausible que le premier, cela ne veut pas dire qu\u2019il l\u2019emportera ; mais la compétition est et demeurera forte dans les années qui viennent.L'engagement social et politique repensé sur de nouvelles bases prend ici tout son sens.¦ relations décembre 1987 313 Giselle Huot ŸBellamnin Une femme au séminaire té REPÈRES POUR DEMAIN Avenir et environnement au Québec par André Beauchamp et Julien Harvey Ce livre regroupe quatre textes différents : - Pour comprendre les années qui viennent.- Les chrétiens et l\u2019environnement.- Développement insensé ou histoire responsable.- À propos des morales de l\u2019environnement.Malgré la diversité des styles et des propos, la problématique centrale est la même.Quels sont les défis posés par l\u2019environnement, quels sont nos repères pour demain ?157 pages, 11,95 $ UNE FEMME AU SÉMINAIRE par Giselle Huot Pour célébrer leur centenaire, les Dominicaines de la Trinité ont voulu se rallier toutes celles dont elles sont issues, et plus particulièrement leur Mère fondatrice (Marie de la Charité) et ses disciples.C\u2019est de ce désir qu\u2019est né l\u2019ouvrage Une femme au séminaire.Ce livre n\u2019est donc pas une réflexion mais une histoire, une belle histoire vraie enchâssée dans un contexte historique.Un beau conte d\u2019amour et de vie a l\u2019école de la joie, de la fierté, de la détermination et de la foi qui soulève les montagnes.525 pages, 30 $ L\u2019AILE BRISÉE par Nicole Proulx À la fin des années 40, la petite Françoise naît dans une maison close.D\u2019un foyer nourricier à l\u2019autre, elle vit son enfance sous le signe du préjugé et sous le poids d\u2019une immense solitude.À dix-huit ans, elle décide enfin de voler de ses propres ailes.Mais saura-t-elle croire en la bonté des autres, en leur fidélité ?Saura-t-elle aimer, elle qui l\u2019a si peu été ?Ce roman devient un procès : le procès de la reconnaissance du droit de vivre.Le procès des préjugés et, en même temps, un hymne à la tendresse, un qrand cri de reconnaissance à tous les etres qui savent croire en l\u2019autre.500 pages, 24 $ Édition5 ûe II at min 8100, bout.Saint-Laurent Montréal (Québec) Canada H2P2L9 \u2014 Tel.: (514)387-2541 314 relations décembre 1987 RECENSIONS DE DECEMBRE lectures CMED : Notre avenir à tous ?Michel Dorais : Les enfants de la prostitution ?Jean-René Huguenin : Le feu à sa vie ?Neil McKenty : In the Stillness Dancing.The Journey of John Main.Notre avenir à tous Créée à la fin de 1983 en application de la résolution 38/161, adoptée à la 38e session de l\u2019Assemblée générale des Nations Unies, la Commission mondiale sur l\u2019environnement et le développement est un organisme indépendant formé de vingt-trois membres de vingt-et-une nations différentes dont la moitié au moins devaient originer des pays en voie de développement.Les membres ont siégé à titre personnel et non en tant que représentants de leur gouvernement, même si certains occupaient ou avaient occupé, au moment de leur nomination, un poste politique important dans leur pays.La Commission a travaillé finalement près de trois ans (900 jours).Elle a décidé que ses débats seraient publics pour plus de transparence.Elle a organisé des délibérations dans toutes les parties du monde.Trois comités d\u2019experts ont produit des avis préliminaires : Energy 2000, Industry 2000, Food 2000.« La Commission ne se propose pas de poursuivre ses travaux après examen de son rapport par l\u2019Assemblée générale (de l'ONU) et elle cessera offi- ciellement ses activités le 31 décembre 1987.» Notre avenir à tous se présente comme un rapport substantiel mais moyennement volumineux.Produit en anglais en avril 1987, le texte français n\u2019a été disponible qu\u2019en août dernier.Le document comprend douze chapitres et deux annexes totalisant environ 350 pages.Le texte est jalonné d\u2019encadrés comprenant des citations des groupes et individus venus témoigner devant la Commission.Le résumé du rapport tient en 109 paragraphes.La première partie du rapport traite des préoccupations communes : un avenir compromis, vers un développement durable, le rôle de l\u2019économie mondiale.La deuxième partie traite des problèmes communs : population et ressources humaines, sécurité alimentaire, espèces et écosystèmes, énergie, économie et environnement, industrie (produire plus avec moins), le défi urbain.La troisième partie, efforts communs, aborde la question de la gestion du patrimoine commun, celle de la paix, sécurité, développement et environnement puis, enfin, offre des propositions en vue d\u2019une réforme institutionnelle et juridique.L\u2019annexe 1 contient un résumé des principes juridiques proposés pour la protection de relations décembre 1987 l\u2019environnement et un développement durable.Il est difficile de saisir un rapport de cette ampleur en quelques paragraphes.Quatre choses pourtant m\u2019ont frappé.Le rapport aborde la question de l\u2019environnement à partir d\u2019une problématique mondiale.Son origine, des Nations Unies, apparaît bien et laisse entrevoir que la situation politique internationale accuse un retard considérable sur la réalité des problèmes actuels dont certains sont devenus planétaires.Nous savons tous que les problèmes ne s\u2019arrêtent pas aux frontières.L\u2019aspect le plus audacieux du rapport vient probablement de la décision de lier environnement et justice sociale : « beaucoup des tendances du développement tel qu\u2019il est pratiqué aujourd\u2019hui appauvrissent un nombre croissant de gens et les rendent vulnérables, tout en détériorant l\u2019environnement.(.) Nous avons compris qu\u2019une nouvelle voie s\u2019imposait qui permettrait le progrès non plus dans quelques endroits privilégiés pendant quelques années, mais pour la planète entière et à longue échéance » (Résumé, paragraphe 10).Le rapport est émaillé de positions très fermes sur ce point.315 L\u2019autre concept-clé est celui de progrès durable.Au lieu d\u2019opposer protection de l\u2019environnement et développement économique, la Commission suggère le développement durable.Elle déplore à maintes reprises le caractère trop sectoriel des ministères de l\u2019environnement.Le développement durable postule la prise en compte des capacités d\u2019absorption du milieu écologique et le souci des générations futures, c\u2019est-à-dire d\u2019une durée longue.Enfin le rapport adopte un point de vue carrément politique.Ce n\u2019est pas d\u2019abord un cri d\u2019alarme ni un cri prophétique.Ce n\u2019est pas un document d\u2019experts, même si l\u2019on pressent le sérieux de certaines études.Ce n\u2019est pas non plus un rapport centré sur l\u2019éthique des conduites humaines des individus et des groupes même si les affirmations en ce sens abondent.C\u2019est d'abord un rapport politique qui rappelle que notre avenir à tous dépend de notre capacité de définir un cadre juridique et institutionnel tel que des décisions puissent être prises et tenues.Il y a parmi les membres de la Commission beaucoup de personnalités politiques.On le sent bien à la lecture de leur rapport.Dans la morosité et l\u2019angoisse qui nous viennent de la situation de l\u2019environnement, le rapport de la Commission mondiale de l\u2019environnement est un témoignage émouvant de loyauté et de courage.Un livre à lire mais surtout une voie à suivre.¦ André Beauchamp Les enfants de la prostitution omprendre la vision que chaque jeune a de sa prostitution demeure indispensable à toute velléité d\u2019aide.» Voilà la perspective que propose ce petit volume à qui ne craint pas de dépasser le prêt-à-penser pour regarder avec des yeux neufs le phénomène de la prostitution des mineurs.Cela revient, en fait à reconnaître la prostitution des jeunes comme un problème social et non plus d\u2019abord comme un problème psychologique individuel.Aller au-delà des symptômes individuels oblige à rechercher d\u2019autres solutions que la thérapie et le centre d\u2019accueil.Mais si la prostitution des jeunes n\u2019est ni une psychopathologie, ni de la délinquance, qu\u2019est-elle réellement ?Qu\u2019est-elle pour les dix mille jeunes, garçons et filles, qui se prostituent à Montréal ?316 Pour nous aider à comprendre, l\u2019auteur puise dans son expérience de travailleur social.Après nous avoir présenté deux témoignages, la description d\u2019un réseau et le tableau des conséquences de la prostitution, il résume l\u2019histoire de ce phénomène millénaire et propose quelques pistes d\u2019intervention.Mais surtout, il identifie les causes de la prostitution : augmentation de la pauvreté, éclatement de la famille, chômage chronique des jeunes.Or le fait de mettre l\u2019accent sur les conditions socio-économiques qui favorisent la prostitution des mineurs représente un discours nouveau dans les services sociaux traditionnels.De même, le fait de s\u2019interroger sur la condition masculine, ou plus exactement sur les modèles du comporte-ment mâle, comme cause de perpétuation de la prostitution des enfants et des adolescents.À force de considérer les activités sexuelles comme autant de preuves de virilité, on finit par porter atteinte à la raison d\u2019être même de la sexualité.L\u2019auteur décrit les conséquences de la prostitution pour les jeunes.Conséquences psychologiques d\u2019abord : désabusement et insensibilité affective et sexuelle, estime négative de soi, orientation sexuelle difficile (pour les garçons).Conséquences relationnelles : disparition des relations avec autrui, perte de confiance dans l\u2019adulte, habitude du marchandage et de la manipulation.Conséquences physiques : maladies transmises sexuellement, dépendance à l\u2019égard des drogues et de l\u2019alcool, vieillissement précoce et grossesses non désirées.Si le tableau est si sombre, c\u2019est que pour l\u2019auteur tout client est un abuseur sexuel et tout prostitué (garçon ou fille), une victime ; un jeune soumis à la prostitution deviendrait* dysfonctionnel » en ce qui a trait aux normes (famille, école, société).À cet égard, il importe de distinguer la prostitution des enfants de celle des adolescents.Car, sans aller jusqu\u2019à approuver la prostitution, n\u2019est-elle pas pour certains jeunes autre chose qu\u2019un « piège » ou un « milieu impitoyable » ?Comme l\u2019observe l\u2019auteur, la prostitution peut devenir un milieu de socialisation pour un adolescent ou une adolescente.Et, pour certains jeunes, la relation prostitutive peut même apparaître comme le seul lieu où ils pensent vivre un rapport de pouvoir d\u2019égal à égal avec des adultes.Il s\u2019agit donc moins de punir que de revendiquer une place pour les jeunes en dehors de la prostitution et une place pour la sexualité en dehors des modèles stéréotypés relations décembre 1987 et oppressifs.Il faut encore éviter l\u2019approche systémique qui identifie un problème pour lui donner une réponse de « spécialiste » : après tout, on parle ici de marginalité et de mode de vie alternatif.Les pistes d'interventions proposées sont centrées sur le « travail de rue ».Je suis bien d\u2019accord, si on m\u2019assure que le « travailleur de rue » travaille pour le jeune et non pour le contrôle social (perte de crédibilité dans le milieu).En fait, l\u2019auteur propose, d\u2019une part, d\u2019apprendre au jeune à développer son autonomie et son potentiel et de lui redonner un pouvoir sur sa vie en développant des stratégies de rechange à la prostitution.Et, d\u2019autre part, d\u2019agir sur les causes structurelles (économique, institutionnelle et culturelle) au-delà des symptômes individuels.C\u2019est bien la voie à suivre car, comme le souligne Michel Dorais, la prostitution n\u2019est pas d\u2019abord le problème des jeunes, mais plutôt la solution que le système leur propose.¦ François Morissette Le feu à sa vie huguenin, Jean-René.Le contraire d\u2019une star.L\u2019inverse de Philippe Sollers, docteur ès-mondanités.L\u2019antidote rêvée à Jean-Edern Hallier, le très regrettable Jean-Edern Hallier, poupée folle et vide sonore.Aussi comprenons-nous qu\u2019il rompe assez tôt avec ces deux-là, quelques mois après la fondation de la très importante revue Tel Quel, quelque part dans le tournant des années soixante.Huguenin laisse une oeuvre mince : un beau roman breton La côte sauvage, (publié en 1960 et réédité au Seuil, dans la collection « Point »), et un Journal posthume, publié en 64.Par ailleurs, le Seuil vient de lancer, sous le beau titre Le feu à sa vie, un recueil de textes inédits ainsi que sa correspondance avec des amis, pour la plupart écrivains.J\u2019oublie les textes liminaires intitulés «L\u2019enfance d\u2019un romancier», où l\u2019on sent l\u2019éditeur pressé de vider ses tiroirs sur la lancée d\u2019une oeuvre célèbre postérieure (.) ; je passe même vite sur « la jeunesse d\u2019un moraliste », recueil d\u2019articles envoyés à diverses revues comme Arts, Réalités, et Les nouvelles littéraires, mais je recommande chaudement l'essentiel du livre : la correspondance de Huguenin, finement marquée « l\u2019intimité d\u2019un créateur», où l\u2019on sent que l\u2019auteur joue son va-tout d\u2019écrivain : sa passion de l\u2019écriture, son intransigeance, sa rectitude, ses blessures, ses étonnements de grand petit-garçon face aux manigances et jeux de coulisses des Hallier et autres pétards fumigènes.Car Huguenin est d\u2019abord cela : un grand adolescent blessé qui n\u2019en revient pas du piteux état de la planète.« Ridicule, écrit-il, d\u2019enfermer un toréador avec des veaux.» Qui n\u2019y trouve pas sa place, même en se faisant minuscule - et qui disparaît bêtement, en 62, dans un stupide accident de voiture.Lire Le feu à sa vie, comme brûlante introduction à La côte sauvage, drame secret entre un frère et une soeur, « un roman, dit-il, que tous les tendres aimeront ».Écouter cette voix.« il faut tuer, briser, abandonner.Pour partir.» ; cette rage contenue : « Jean Edern ne saurait se trouver - n\u2019étant nulle part.» ; ces appels : « créer, aimer, détruire.l\u2019essentiel est d\u2019épuiser sa force, avant de mourir ».L\u2019écouter.Se rappeler : François Mauriac, sismographe, a senti là un tremblement essentiel - il préfacera le Journal en 1964.Et Aragon.Et Julien Gracq, l\u2019une des trois ou quatre grandes plumes du vingtième siècle, profondément ému par cette voix-là: «j\u2019ouvris le livre, confie-t-il, et je le lus jusqu\u2019à la dernière page, sans plus m\u2019arrêter.» Jean-René Huguenin est conservateur (on ne peut avoir toutes les qualités.) : il attaque Sartre, médit de Boulanger, méconnaît le Nouveau Roman, encense à l\u2019occasion de vieilles et confortables potiches (Beaudelaire et Anouilh), pourfend la modernité, le laxisme, l\u2019à-peu-près - mais c\u2019est ici justement qu\u2019il nous rejoint, réhabilitant du même coup et le conservatisme et l\u2019instinct perdu de la rigueur.« L\u2019essentiel est de s\u2019inventer des lois », écrit-il à un jeune bachelier.« Quand tout est permis, plus rien n\u2019est désirable.» Et l\u2019on se retrouve « cherchant la nuit, comme une rive.» Mais le monde est ailleurs, faisant ses courses.Morale provisoire de cette trop courte histoire : soyez vrais, pleins, et authentiques, et vous vous retrouvez en plein désert.Vive le désert.¦ Richard Dubois Transfiguré mais reconnaissable r écrite dans un anglais facile à lire, cette biographie de Charles Main (connu sous le nom de John Main) évite les pièges de l\u2019hagiographie auxquels elle s\u2019exposait, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019itinéraire spirituel et d\u2019un homme qui a sûrement conquis l\u2019admiration de l\u2019auteur.Loin de se laisser emporter par cette admiration, l\u2019A.s\u2019efface derrière les faits qu\u2019il rapporte, et ne propose pas d\u2019autre perception du personnage et de son évolution que les impressions de ceux qui l\u2019ont fréquenté et bien connu.Ce qui nous permet, à notre tour, d\u2019approcher du personnage progressivement, un peu comme ses contemporains : alertés, intéressés par les côtés brillants et attachants de l\u2019homme, et déconcertés aussi autant par sa réserve distante, voilée d\u2019humour, que par la ligne brisée d\u2019une carrière que les succès n\u2019arrivent pas à orienter.Par le biais de ses lettres, des confidences de ses amis, nous découvrons une vie intérieure, affective et religieuse, qui a du mal à se trouver : suite d\u2019espoirs suivis de retraits non moins inattendus.Ainsi cette amitié pour Diane Ernaelsteen, beaucoup plus jeune que lui, et qui se transforme en amour quand il la retrouve après plusieurs années d\u2019absence : au terme d\u2019une fréquentation et d\u2019une correspondance, par moments quotidienne, qui semblaient devoir les conduire au mariage, Charles déclare à Diane qu\u2019il ne saurait faire son bonheur.Mais cette passion amoureuse, muée de nouveau en amitié, demeurera présente et active tout au long de la vie de Charles, devenu bénédictin et connu sous le nom de Father John.Profondément marqué, durant un séjour en Inde, par la méthode orientale de méditation, il se trouve plus d\u2019affinité avec elle qu\u2019avec celle de saint Ignace, découverte au cours d\u2019études chez les Jésuites.Aussi gardera-t-il, dans la création et l\u2019animation de groupes de prière - son apostolat principal - le souci du silence (absence de représentations autant que de paroles) et l\u2019usage du mantra, bien sûr christianisé.Il s\u2019y révèle un maître spirituel éclairé, chaleureux et convaincant par son authenticité.Mais dans cette vie nouvelle, où la conviction colore davantage tout le comportement, ce qui surprenait auparavant deviendra source de conflits.Attentif aux besoins du monde moderne et résolument novateur, ce moine irlandais, d\u2019éducation et de formation religieuse anglaises, heurtera supérieurs et confrères.Il ira vivre un temps à Washington, puis de nouveau à Londres, et finalement à Montréal, en 1978.L\u2019écho dans cette vie d\u2019événements encore présents à notre mémoire nous le rendent plus proche.Ses difficultés, ses relations se réfèrent à des noms connus.La fondation d\u2019un centre ouvert aux laïques autant qu\u2019aux religieux s\u2019insère dans notre milieu.Et l\u2019homme qui meurt en 1985 se montre bien lui-même - après l\u2019éclair de la surprise comme autrefois l\u2019écran de son humour - quand il évoque, dans une lettre, la souffrance des séparations.¦ Roger Marcotte références Commission mondiale sur l\u2019environnement et le développement, Notre avenir à tous, Oxford, University Press, avril 1987.Neil McKenty, In the Stillness Dancing.The Journey of John Main, London, Darton, Longman and Todd, 1986 ; 205 pages.Jean-René Huguenin, Le feu à sa vie, Paris, Seuil, 1987 ; 221 pages.Michel Dorais, Les enfants de la prostitution, Montréal, VLB, 1987 ; 141 pages.relations décembre 1987 317 tables de l\u2019année 1987 AUTEURS BAUM, G., Le Saint Office et l'homosexualité : 51.Suivre Jésus aujourd'hui : 73.Liberté, égalité, fraternité ?: 122.À propos de l'ouvrage de Jacques Langlais et David Rome.Juifs et Québécois : 151.Réfugié : une vocation : 181.Marie, figure politique : 239.BEAUCAGE, R, La neutralité canadienne en Amérique centrale.Grands principes et gros sous : 15.BEAUCHAMP, A., L\u2019environnement et la participation du public : 302.BEAUDIN, M., Liberté, égalité, fraternité?: 122.BEAUDRY, A., Le nouveau nom de la paix : 8.L\u2019exigence chrétienne : 72.Les droits, les juges et les autres : 109.Histoire de militants, bilan d'un désenchantement.La communauté perdue : 148.Histoires d'immigrées.« Il faut tellement travailler» : 171.Dieu et le pluralisme : 272.BESSETTE, C., Marie de Nazareth : 237.BLONDIN, M., Les programmes de qualité de vie au travail.Une occasion à saisir ?: 47.BOUCHARD, S., Les services de garde : 203.BOURGEAULT, G., Quand l\u2019ingénieur doit se faire philosophe.La qualité de l'environnement : 305.CAMPBELL, B., La dette du tiers monde : 9.COMITÉ ORGANISATEUR (session «Christianisme et modernité »), L\u2019engagement, le social et le politique : 275.COUILLARD, R., Des droits de l'homme aux droits des individus : 112.DANIEL, C., Le mouvement populaire : un pouvoir latent :139.DESPLAND, M., Tolérance et autorité : 79.DORVIL, H., Santé mentale : une jeunesse à risque : 209.DUPUIS, M., Le mouvement populaire : un pouvoir latent : 139.DURUFLÉ, G., La dette du tiers monde : 9.GIGUÈRE, P.-A., Pluralisme et pluralité: 270.GODBOUT, J.T., L\u2019importance des structures : 274.GRANDMAISON, J., Le pouvoir religieux : 141.HAMEL, P.J., La commission d\u2019étude sur les municipalités.Services publics à la carte : 125.HARVEY, J., Un défi pour le Québec.La nouvelle immigration : 23.Les évêques américains et l'économie.Travail, condition humaine : 45.Bible et conscience : 52.Rigorisme, maladie du radicalisme : 76.Les Chartes et l\u2019éducation : 119.Un lien entre associés-rivaux : le pouvoir: 136.Nos médias sans immigrants : 179.Marie et le Québec : 234.Terre, notre terre : 297.LACROIX, B., Marie et le Québec : 234.LAFRANCE, André A., De la conjuration à la convergence médiatiques, le pouvoir des médias : 145.LAMONDE, P, Exporter de l\u2019électricité : oui.mais à quel prix?: 277.LAPERRIÈRE, A., École et société.Vers le racisme ou vers l\u2019intégration ?: 176.LEBOEUF, F., Un défi.Éduquer à la solidarité internationale: 19 LEMIEUX, V., Une nouvelle classe politique ?: 137.LESAGE, M., Une autre prière : 269.LEVER, Y., Cinéma québécois : un art retrouvé : joindre l\u2019utile à l\u2019agréable : 85.En dernier recours.Le terrorisme ici : 183.Le Frère André de Jean-Claude Labrecque : 280.PAIEMENT, G., L\u2019exigence chrétienne ou l\u2019art de renaître : 81.Lafonction critique de Marie : 241.PECTOR, J., Les jeunes.Un trou noir face à l\u2019avenir : 211.PELLETIER, M., Dans le contexte social et politique.Le maillon et la chaîne : 115.PICHER, J., Autochtones et Blancs : vers une nouvelle alliance ?: 54.POUPART, P, Pour la Charte : 107.QUESNEL, L., La commission d\u2019étude sur les municipalités.Un rapport incomplet : 58.RICHARD, J.-P, Platoon, d\u2019Oliver Stone.Corps à corps pour une âme : 87.ROBERT, M., Afrique.La famine financière : 215.ROBINSON, B., L\u2019Europe, les missiles et les deux grands.Unaccord en vue ?: 187.SADER, H., Voleurs de jobs ?: 173.Québec à vendre : 213.La réforme fiscale de Michael Wilson.Les oies du Canada : 245.SCHLEGEL, J.-L., Religion et individualisme : 265.SEGUIN, F., Les Québécois et l\u2019économie : 147.ST-JACQUES, M., L\u2019école en milieux défavorisés : 207.ST-PIERRE, C., Après la crise de l\u2019engagement.La responsabilisation sociale : 311.TARDIF, F., Les droits, les juges et les autres : 109.Majorité responsable : 170.Poursuivre la conversation : 264.TURCOT, G., Plein emploi et revenu garanti.En attendant la Suède : 42.Génération déplacée : 201.Des services sociaux sous enquête : 250.VAILLANCOURT, J.-G., Défense de l\u2019environnement : les mouvements québécois : 298.VENNAT, P, Puissants, les syndicats?: 143.MATIÈRES (Voir aussi FACE À L\u2019ACTUALITÉ) CHARTES - Les Chartes, J.L.: 106.Pour la Charte, PP.: 107.Les droits, les juges et les autres, A.B.et F.T.: 109.Des droits de l\u2019homme aux droits des individus, R.C.: 112.Dans le contexte social et politique.Le maillon et la chaîne, M.P : 115.Les Chartes et l\u2019éducation, J.H.: 119.Liberté, égalité, fraternité?, M.B.et G.B.: 122.CHRISTIANISME ET MODERNITÉ - L\u2019exigence chrétienne, A.B.: 72.Suivre Jésus aujourd'hui, G.B.: 73.Rigorisme, maladie du radicalisme, J.H.: 76.Tolérance et autorité, M.D.: 79.L\u2019exigence chrétienne ou l'art de renaître, G.P.: 81.Poursuivre la conversation, F.T.: 264.Religion et individualisme, J.-L.S.: 265.Une autre prière, M.L.: 269.Pluralisme et pluralité, P.-A.G.: 270.Dieu et le pluralisme, A.B.: 272.L'importance des structures, J.T.G.: 274.L'engagement, le social et le politique, Corn.org.: 275.Après la crise de l'engagement.La responsabilisation sociale, C.St-P : NNN.CINÉMA ET CULTURE - Cinéma québécois : un art retrouvé joindre l\u2019utile à l\u2019agréable, Y.L.: 85.Platoon, d\u2019Oliver Stone.Corps à corps pour une âme, J.-PR.: 87.De la conjuration à la convergence médiatiques.Le pouvoir des médias, A.A.L.: 145.Nos médias sans immigrants, J.H.: 179.En dernier recours.Le terrorisme ici, Y.L.: 183.Le Frère André de Jean-Claude Labrecque, Y.L.: 280.ÉDUCATION - Un défi.Éduquer à la solidarité internationale, F.L.: 19.Les Chartes et l\u2019éducation, J.H.: 119.École et société.Vers le racisme ou vers l\u2019intégration ?, A.L.: 176.L'école en milieux défavorisés, M.St-J.: 207.ÉCONOMIE - La dette du tiers monde, B.C.et G.D.: 9.Les Québécois et l'économie, F.S.: 147.Voleurs de jobs ?, H.S.: 173.Québec à vendre, H.S.: 213.Afrique.La famine financière, M.R.: 215.La réforme fiscale de Michael Wilson.Les oies du Canada, H.S.: 245.Exporter de l'électricité : oui.mais à quel prix ?, PL.: 277.(Voir libre-échange, tiers monde, travail) ÉGLISE ET RELIGION - Les évêques américains et l'économie.Travail, condition humaine, J.H.: 45.Le Saint Office et l\u2019homosexualité, G.B.: 51.Bible et conscience, J.H.: 52.Le pouvoir religieux, J.G.: 141.Histoire de militants, bilan d\u2019un désenchantement.La communauté perdue, A.B.: 148.Réfugié : une vocation, G.B.: 181.(Voir christianisme et modernité, Marie) ENVIRONNEMENT - Terre, notre terre, J.H.: 297.Défense de l\u2019environnement : les mouvements québécois, J.-G.V.: 298.L'environnement et la participation du public, A.B.: 302.Quand l'ingénieur doit se faire philosophe.La qualité de l'environnement, G.B.: 305.ÉTHIQUE - Le Saint Office et l\u2019homosexualité, G.B.: 51.Bible et conscience, J.H.: 52.Liberté, égalité, fraternité ?, M.B.et G.B.: 122.Des services sociaux sous enquête, G.T.: 250.Quand l\u2019ingénieur doit se faire philosophe.La qualité de l\u2019environnement, G.B.: 305.Après la crise de l\u2019engagement.La responsabilisation sociale, C.St-P.: 311.FEMMES - Histoires d\u2019immigrées.« Il faut tellement travailler», A.B.: 171.Marie de Nazareth, C.B.: 237.IMMIGRATION ET RÉFUGIÉS - Un défi pour le Québec.La nouvelle immigration, J.H.: 23.Majorité responsable, F.T.: 170.Histoires d\u2019immigrées.« Il faut tellement travailler», A.B.: 171.Voleurs de jobs ?, H.S.: 173.École et société.Vers le racisme ou vers l\u2019intégration ?, A.L.: 176.Nos médias sans immigrants, J.H.: 179.Réfugié : une vocation, G.B.: 181.(Voir questions interculturelles) JEUNES - Génération déplacée, G.T.: 201.Les services de garde, S.B.: 203.Santé mentale : une jeunesse à risque, H.D.: 209.Les jeunes.Un trou noir face à l\u2019avenir, J.P.: 211.MARIE - Marie et le Québec, B.L.et J.H.: 234.Marie de Nazareth, C.B.: 237.Marie, figure politique, G.B.: 239.La fonction critique de Marie, G.P.: 241.POLITIQUE INTERNATIONALE - La neutralité canadienne en Amérique centrale.Grands principes et gros sous, PB.: 15.L\u2019Europe, les missiles et les deux grands.Un accord en vue ?, B.R.: 187.POLITIQUE NATIONALE - Autochtones et Blancs : vers une nouvelle alliance ?, J.P.: 54.Les droits, les juges et les autres, A.B.et F.T.: 109.Une nouvelle classe politique ?, V.L.: 137.Les services de garde, S.B.: 203.Québec à vendre, H.S.: 213.POLITIQUE MUNICIPALE - La commission d'étude sur les municipalités.Un rapport incomplet, L.Q.: 58.La commission d'étude sur les municipalités.Services publics à la carte, P.J.H.: 125.POUVOIRS - Un lien entre associés-rivaux : le pouvoir, J.H.: 136.Une nouvelle classe politique?, V.L.: 137.Lemouvement populaire : un pouvoir latent, C.D.et M.D.: 139.Le pouvoir religieux, J.G.: 141.Puissants, les syndicats ?, P.V.: 143.De la conjuration à la convergence médiatiques.Le pouvoir des médias, A.A.L.: 145.Les Québécois et l\u2019économie, F.S.: 147.Histoire de militants, bilan d'un désenchantement.La communauté perdue, A.B.: 148.QUESTIONS INTERCULTURELLES - Autochtones et Blancs : vers une nouvelle alliance ?, J.P.: 54.À propos de l'ouvrage de Jacques Langlais et David Rome.Juifs et Québécois, G.B.: 151.QUESTIONS SOCIALES - Le mouvement populaire : un pouvoir latent, C.D.et M.D.: 139.En dernier recours.Le terrorisme ici, Y.L.: 183.Génération déplacée, G.T.: 201.Marie, figure politique, G.B.: 318 relations décembre 1987 volume 47, numéros 527 à 536 239.Des services sociaux sous enquête, G.T.: 250.Défense de l'environnement: les mouvements québécois, J.-G.V.: 298.(Voir les titres plus spécifiques) TIERS MONDE - Le nouveau nom de la paix, A.B.:8.La dette du tiers monde, B.C.et G.D.: 9.La neutralité canadienne en Amérique centrale.Grands principes et gros sous, RB.: 15.Un défi.Éduquer à la solidarité internationale, F.L.: 19.Afrique.La famine financière, M.R.: 215.TRAVAIL - Plein emploi et revenu garanti.En attendant la Suède, G.T.: 42.Les évêques américains et l'économie.Travail, condition humaine, J.H.: 45.Les programmes de qualité de vie au travail.Une occasion à saisir ?, M.B.: 47.Puissants, les syndicats ?, P.V.: 143.FACE À L\u2019ACTUALITÉ CINÉMA ET CULTURE - Beau à pleurer, F.T.: 197.Quand le stade devient cathédrale, F.M.: 260.ÉDUCATION - Prendre sa place au cegep, F.M.: 4.ÉCONOMIE - Une facture accablante, A.B.: 70.Pour un débat public sur l'énergie, H.L.: 99 (Voir libre-échange) ÉGLISE ET RELIGION - Prendre sa place au cegep, F.M.: 4.Jean-Paul II au Chili, A.L.: 38.Une Église résolument missionnaire, Collectif : 67.Une facture accablante, A.B.: 70.L'Église d'Angleterre et l'ordination des femmes, G.T.: 101.Édith Stein (1891-1942), T.R.: 103.Les patriotes de 1837-38 et l'Église, J.H.: 131.La nature et la vie, A.B.: 134.Jean Martucci, A.B.: 168 Celui qui ouvrait des chemins, G.P.: 195.L'évolution du ministère ecclésial, A.C.: 199.Avant le Synode.un pari, J.H.: 229.Un rendez-vous historique ?, A.B.: 292.ÉTHIQUE - La nature et la vie, A.B.: 134.Nous sommes tous atteints, F.T.: 230.Ingérence ou responsabilité sociale ?, G.B.et M.M.: 259.Naître d'une femme, F.T.: 293.FEMMES - L'Église d'Angleterre et l'ordination des femmes, G.T.: 101.Edith Stein (1891-1942), T.R.: 103.Celles par qui le mal arrive, F.T.: 165.Beau à pleurer, F.T.: 197.Naître d'une femme, F.T.: 293.IMMIGRATION ET RÉFUGIÉS - Une nouvelle forme de l'immigration.Les demandeurs de refuge, J.H.: 68.L'envers de la médaille Nansen, PB.: 164.JEUNES - Enfants de rêve et cauchemars d'enfants, J.-P.R.: 3.Le mouvement québécois des chantiers, F.M.: 166.Quand le stade devient cathédrale, F.M.: 260 LIBRE-ÉCHANGE - Les contraintes du libre-échange, H.S.: 100.Le prix du libre-échange, A.B.: 167.POLITIQUE INTERNATIONALE - La France entre le pain et la brioche, J.-P.R.: 36.Haïti, un an après, R.B.: 37.Le Nicaragua : une étape avant les vrais problèmes, J.-P.R.: 102.Iran : le refus des mollahs, J.-P.R.: 132.La Nouvelle Constitution haïtienne, R.B.: 133.Klaus Barbie : la capture du minotaure, J.-P.R.: 163.Tchernobyl : l'herbe noire et les dragons, J.-P.R.: 196.Nicaragua.Appel à l'Amérique latine, C.J.: 198.Les Philippines, M.S.: 228.Cinq siècles d'Amérique, J.-P.R.: 231.Une guerre oubliée et retrouvée, J.-P.R.: 261.USA.Le feu dans la clairière, J.-P.R.: 294.Amérique centrale.Le poids de la guerre, C.J.: 295.POLITIQUE NATIONALE - Pour un débat public sur l'énergie, H.L.: 99.La montée du NPD au Québec, D.B.: 227.POLITIQUE MUNICIPALE - Le suspense du moratoire, C.L.: 35.QUESTIONS SOCIALES - L'ONU et le vieillissement, A.R.: 6.St-Rémi-d'Amherst, J.-P.R.: 39.La faim et les chiffres, F.T.: 69.Québécois sans nostalgie, J.M.: 168.Ingérence ou responsabilité sociale?, G.B.et M.M.: 259.Jésus Christ et les sans-logis, J.H.: 262.Difficile retour des héros, J.H.: 291.(Voir les titres plus spécifiques) TIERS MONDE - Une facture accablante, A.B.: 70.TRAVAIL - Travail et revenu : les années 1990, G.T.: 5.Le mouvement québécois des chantiers, F.M.: 166.LECTURES BERTON, P, La terre promise, (A.N.L.) : 30.B'NAI B'RITH, Rapport sur l'antisémitisme au Canada, (T.B.) : 92.CAMPEAU, L., La mission des Jésuites chez les Hurons, 1634-1650, (R.T.) : 219.CARRIER, H., évangile et cultures de Léon XIII à Jean-Paul II, (A.B.) : 221.CHAPSAL, M., La maison de jade, (R.D.) : 91.CHAUNU, P, Au coeur religieux de l'histoire, (R.B.) : 61.CMED, Notre avenir à tous, (A.B.) : 315.COPPENS, R, Distance, (G.R.) : 92.COSTE, R., L'Église et les défis du monde.La dynamique de Vatican II, (A.B.) : 158.DAVID, H., Femmes et emploi : le défi de l'égalité, (H.S.) : 93.DESPLAND, M., Christianisme, dossier corps, (A.B.) : 254.DI SANTE, C., La prière d'Israël - Aux sources de la liturgie chrétienne, (S.V.) : 157.DORAIS, M., Les enfants de la prostitution, (F.M.) : 316.DUMONT, M.et FAHMY-EID, N., Les couventines.L'éducation des filles au Québec dans les congrégations religieuses enseignantes 1840-1960, (S.C.) : 61.FINKIELKRAUT, A., La défaite de la pensée, (R.D.) : 218.GAUTHIER, M., Éditeur, Les nouveaux visages de la pauvreté (J.H.) : 253.GODBOUT, J., Une histoire américaine, (R.D.) : 27.HUGUENIN, J.-R., Le feu à sa vie (R.D.) : 316.IQRC, Une société des jeunes ?, (F.M.) : 62.LEGRAIN, M., Les divorcés-remariés, (F.J.) : 284.LYOTARD, J.-F, Le Postmoderne expliqué aux enfants, (R.M.) : 28.McKENTY, N., In the Stillness Dancing.The Journey of John Main, (R.M.) : 317.OLLIVIER, E., La discorde aux cent voix, (R.D.) : 29.OSTER, D., Dans l'intervalle, (R.D.) : 283.PARENT, R., Une Église de baptisés.Pour surmonter l'opposition clercs-laïcs, (M.G.B.) : 220.PECCEI, A.et IKEKA, D., Cri d'alarme pour le XXIe siècle, (M.C.M.) : 27.POSSIBLES, Un emploi pour tous, (H.S.) : 155.RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES, 1986, Vol.XXVII, numéro 3, « Les cégeps vingt ans après », (J.B.) : 219 REEVES, H., L\u2019heure de s'enivrer, (A.B.) : 29.SCHOOYANS, M., Théologie et libération, (G.B.) : 285.STEINER, G., Les Antigones, (R.D.): 156.VADEBONCOEUR, P, Essais inactuels, (R.D.) : 253.WARREN, M\u201e Youth Gospel Liberation, (F.M.) : 252.XXX, La mission des laïcs, (J.H.) : 284.XXX, Le laïcat : les limites d'un système, (J.H.) : 284.XXX, L'initiation sacramentelle des enfants.Étude de la politique de l'Église du Québec, (F.J.): 156.DOSSIERS Développement, endettement, investissement - (janvier-février) Que devient le travail ?- (mars) L'exigence chrétienne - (avril) Les Chartes - (mai) Les pouvoirs au Québec - (juin) Immigrer au Québec - (juillet-août ) Génération déplacée - (septembre) Marie - (octobre) Dieu après la modernité - (novembre) L'environnement - (décembre) À lire dans notre numéro de janvier-février 1988 : -\tMieux comprendre la dénatalité -\tLa responsabilité du logement des sans-abri -\tLes téléromans de l\u2019automne 1987 : la couleur du Québec relations décembre 1987 319 Difficile retour des héros (J.H.) - Un rendez-vous historique (A.B.) Naître d\u2019une femme (F.T.) - Le feu dans la clairière (J.-RR.) poids de la guerre (C.J.) Julien Harvey Jean-Guy Vaillancourt André Beauchamp Terre, notre terre Les mouvements québécois L\u2019environnement et la participation du public La qualité de l\u2019environnement C-Z) I 298 302 305 Guy Bourgeault leciures I?lactua e a décembre 1987 2,50$ no 536 SOMMAIRE NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS 1987 après Jésus Christ (bilan) Le lundi 14 décembre 1987, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Francine Tardif (ou Pauline Roy) : 387-2541.Surveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le Devoir, le jour même de la rencontre.Céline St-Pierre La responsabilisation sociale "]
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