Relations, 1 janvier 1988, Janvier - Février
[" relations janvier-février 1988 2,50$ no 537 KaliMÉyiB«é«iWmiÉig ma ; LA DÉNATALITÉ _________\u2014\u2014- '\t-c nue décidément, -\thnule ie me disais qu , ^'ennuie ne au bec et les nerfs ent.^ ^t'rornpez-vou QU même \\\u2019autre soir, ia P'P oeUp\\e » °wn,iotc de contession, HlfSisil ==?SîS-!SSS!iH2=î Sf\t».«« \u2022\u2022 SSSSRÔSR appliquées P®r ,g° c^est ce Pu® P\u2019°e° lucide er,g°SSdee femmes, P,e gr°g des solidarité\tte vigou^ mouvements de ^ Conterence jsr« ÆKSn«.»« «\"\u2022\u2022 - IW>\u201e, ÿgs«**fi «¦» «\tA\u201e\u201e «»« Demandez-'© * relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTEUR Albert Beaudry RÉDACTRICE EN CHEF Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, André Beauchamp, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Francine Tardif.COLLABORATEURS Michel Beaudin, Renaud Bernardin, Ginette Boyer, Richard Dubois, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 16,00 $ (à l\u2019étranger: 20,00 $) Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.relations janvier-février 1988 face à l\u2019actualité_ Terrorisme d\u2019État en Haiti ?Le Mouvement des intellectuels catholiques ?Ottawa et le multiculturalisme ?L\u2019empire de Mikhail Gorbatchev ?Paysans et réfugiés ABA LAMÉ, VIV KEP Samedi, le 28 novembre, 22 heures.Dans la petite pièce (40 mètres carrés) qui fait office de « grande salle » au Bureau électoral départemental (BED) de Cap-Haïtien, les gens continuent d'entrer en se frayant un chemin parmi la soixantaine de personnes présentes.À l\u2019extérieur, quelques dizaines de jeunes gens se sont juchés sur un muret de maçonnerie ; quand ils reconnaissent un de leurs favoris, candidat au Sénat ou à la Chambre des Députés, ils l\u2019acclament bruyamment : le personnage s\u2019attarde quelques 1.La mission d\u2019observation québécoise comptait huit représentants d\u2019organismes non gouvernementaux : Élisabeth Garant de Carrefour Tiers-monde, Pierre Goldberger de l\u2019Église unie du Canada, Gérard Gras de l\u2019Union des producteurs agricoles, Yannick Harnois de l\u2019Association québécoise des organismes de coopération internationale, Jean Lafleur de l\u2019Entraide missionnaire, Roger Valois de la Confédération des syndicats nationaux, Juanita Westmoreland-Traoré de la Ligue des droits et libertés, et le soussigné.La Fédération internationale des droits de l\u2019homme (Paris) a tenu à endosser officiellement ce groupe d\u2019observateurs, qui a également reçu l\u2019appui de la Centrale de renseignement du Québec et de la Conférence des évêques catholiques du Canada.instants, serre des mains, salue ses partisans, puis s\u2019engouffre dans la salle où il commence déjà à faire trop chaud.Je suis debout, dans un coin, adossé à une porte condamnée.À mes pieds, des boîtes de carton, pleines de bulletins de vote : on en a ouvert une et on aperçoit le portrait, le symbole et le nom du candidat communiste à la Présidence, René Théodore.Devant moi, sur une petite table, de grandes feuilles quadrillées destinées au décompte des votes.La réunion qui va commencer a été convoquée il y a une heure à peine.À neuf heures du soir, les radios de Cap-Haïtien se sont mises à diffuser un communiqué du BED : tous les candidats aux élections du lendemain, qu\u2019ils se présentent à la Présidence, au Sénat ou à la Députation, ou, en leur absence, leurs représentants doivent se retrouver, à dix heures, au local de la Place de la Cathédrale.En plus des politiciens, des journalistes de la radio et d\u2019un tout jeune militaire équipé d\u2019une mitraillette et d\u2019un gilet pare-balles, nous nous retrouvons quatre observateurs étrangers : un prêtre belge de Pax Christi International, un représentant du Conseil des droits humains de Trinidad et Tobago, le délégué de la CSN .et votre envoyé1.Un peu avant dix heures et demie, le président du BED relations janvier-février 1988 3 prend la parole.Me Rémy est un notaire âgé, digne et énergique.À soixante-dix ans passés, il aurait pu s\u2019épargner le surmenage, le stress et les risques qu\u2019impliquaient l\u2019inscription de 264 000 électeurs (80 % du bassin potentiel), la mise sur pied des 750 bureaux de vote du département du Nord, le recrutement et la formation du personnel et l\u2019application scrupuleuse de la Loi électorale.Nous l\u2019avons rencontré hier soir : fatigué mais heureux, il s\u2019était empressé de nous montrer l\u2019une de ces fameuses « urnes canadiennes » en nous assurant, non sans fierté, que tout s\u2019annonçait bien et que l\u2019échéancier avait été respecté.Mais, ce soir, tout a changé.« Nous sommes dans l\u2019impossibilité matérielle de tenir les élections sur l\u2019ensemble du territoire départemental », commence-t-il.La raison : il manque des bulletins de vote.Un adjoint énumère alors les circonscriptions et les candidats affectés2.« Toute la journée, explique le président, nous avons tenté de communiquer avec le Conseil électoral provisoire, à Port-au-Prince, puisqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019autorité suprême en ce qui concerne le processus électoral.Mais nous n\u2019avons jamais pu avoir la communication.Au lieu d\u2019imposer une décision unilatérale, nous vous avons convoqués pour que, tous ensemble, nous en arrivions à un consensus sur la conduite à suivre.» Mais comment expliquer cette pénurie de bulletins de vote ?Le matin même, dans la localité de Frésino, un camion chargé de 210 boîtes de bulletins a été intercepté par des hommes en armes.La cargaison a été incendiée et le conteneur placé en travers de la route nationale qui relie la Capitale au Cap-Haïtien.La discussion s\u2019engage.Faut-il remettre les élections d\u2019une semaine dans le seul département du Nord ?Faut-il concentrer tous les bulletins disponibles dans la ville et renoncer à faire voter les campagnes le même jour ?Faut-il se résigner à annuler l\u2019élection, et compromettre ainsi le scrutin national ?Après une heure et demie de délibérations, la décision est prise.À une heure du matin, le BED Nord émettra un communiqué spécial pour contremander les élections du 29 novembre.Au même moment, Port-au-Prince connaît une autre nuit de terreur : les résidences de plusieurs candidats et des membres du Conseil électoral provisoire sont mitraillées, l\u2019émetteur de Radio-Soleil est attaqué par un commando macoute et complètement détruit ; une autre troupe donne l\u2019assaut aux studios de Radio-Haïti Inter.Pendant ce temps, la ville de Gonaïves est pratiquement en état de siège, comme plusieurs petites localités de la région de l\u2019Artibonite.Cette escalade dans l\u2019intimidation n\u2019empêchera pourtant pas la population de la Capitale de se présenter aux bureaux de vote dès six heures du matin.Il faudra d\u2019autres assassinats, d\u2019autres massacres - comme à l\u2019École de la République argentine, le bureau de vote le plus rapproché du Centre de presse installé à l\u2019hôtel Holiday Inn, où les tueurs ont abattu dix-sept personnes - pour que le Conseil électoral provisoire 2.Pour faire voter une population à 80 % analphabète, on demandait à l\u2019électeur de placer dans une enveloppe cinq bulletins de vote : un pour le Président de la République, trois pour les trois sénateurs du Département et un autre pour le député de la annonce officiellement le report des élections, à neuf heures moins dix, le dimanche matin.À l\u2019autre bout du pays, cependant, dans le département de la Grand\u2019Anse, autour de la petite ville de Jérémie, tout s\u2019est déroulé comme prévu : avant l\u2019aube, les scrutateurs et les brigades de vigilance étaient au poste et les files d\u2019attente se formaient.À six heures, les responsables des bureaux de vote présentaient à l\u2019assistance, tel un ostensoir, l\u2019urne vide sur laquelle ils allaient placer le cadenas : il n\u2019y aurait pas de « magouille ».Dans les villages, on a continué de voter jusque vers dix heures et, à cette heure-là, on pouvait déjà constater que 40, 50 et même 60 % des inscrits s\u2019étaient prévalus de leur droit.La détermination du peuple haïtien, l\u2019espoir qu\u2019il a placé dans le processus électoral confondent l\u2019imagination.Dans quelques villages du Nord, les paysans ont veillé et chanté toute la nuit du samedi au dimanche.À Port-au-Prince, les membres de notre délégation ont vu des gens se remettre en ligne à la porte du bureau de vote après une attaque à la mitraillette.Le 2 octobre, la Conférence épiscopale d\u2019Haïti avait invité la population à participer aux élections, malgré les tensions et l\u2019insécurité, « parce que les élections ont une importance décisive pour la vie de la nation ».Les évêques précisaient les enjeux : « sauvegarder les acquis du 7 février » (1986, jour historique de la fuite du président-à-vie Jean-Claude Duvalier) et « opérer les changements qui s\u2019imposent3».Dans un Rapport de mission publié il y a deux ans, Pax Christi International écrivait : « Haïti est un pays où l\u2019oppression politique, sociale et économique est érigée en système.Depuis le règne des Duvalier, le gouvernement haïtien a systématiquement écrasé la classe paysanne et a instauré un contrôle absolu sur tout le pays.» Après le 7 février, la modération et la maturité du peuple, la formation d\u2019un large secteur démocratique, la prise de parole populaire diffusée par les radios libres4, le travail d\u2019éducation de la Mission Alpha, la probité et le courage du Conseil électoral provisoire et, surtout, la vigilance et la détermination des jeunes ont fait renaître l\u2019espoir.Le coup d\u2019État du 29 novembre5 replonge le pays dans la peur.À la télévision d\u2019État, des Duvaliéristes lancent l\u2019anathème contre le communisme, les États-Unis, les Églises et les étrangers.La collusion est évidente entre les Macoutes et des éléments importants de l\u2019Armée et du Gouvernement.Il est clair, dans ces conditions, que le Conseil national de gouvernement n\u2019a plus la confiance du peuple et ne saurait organiser une consultation électorale crédible.À la veille des élections, on pouvait lire sur les murs de Port-au-Prince : « À bas l\u2019Armée, vive le CEP (Conseil électoral provisoire) ! » La liberté ne change pas de camp.¦ Le 9 décembre 1987\tAlbert Beaudry de structures qui améliorent les conditions de vie de la masse paysanne et qui lui garantissent une protection efficace » (Deuxième message des évêques d'Ha'fti aux fidèles et aux hommes de bonne volonté à l\u2019occasion des prochaines élections).circonscription, unaque candidat est représente par un bulletin qui porte son portrait, son nom et le symbole qui aide à l'identifier.L\u2019absence de bulletin d\u2019un candidat rend l\u2019élection invalide puisque les citoyens sont dans l\u2019impossibilité de voter pour lui.3.Voici les plus urgents, correspondant aux attentes du peuple haïtien : « la réduction du chômage, l\u2019amélioration des conditions de travail, un avenir meilleur pour les jeunes, une attention particulière aux pauvres et aux défavorisés, la mise en place Radio-Haïti Inter, Radio-Soleil (catholique), Radio-Lumière (protestante).En destituant les membres du Conseil électoral provisoire et en abrogeant la Loi électorale, le Conseil national de gouvernement a enfreint les articles 191, 197 et 289 de la Constitution de la République d\u2019Haïti adoptée par l\u2019Assemblée Nationale Constituante, le 10 mars 1987.4 relations janvier-février 1988 Crise du monde moderne LES DÉFIS POSÉS AUX INTELLECTUELS On constate que « le monde moderne a amené l'humanité au bord d\u2019une menace irréversible.Trois bombes risquent d\u2019exploser : la bombe nucléaire, celle de la dette extérieure et la bombe écologique.Elles pourraient expulser le monde de la modernité dans les ténèbres.»1 Voilà ce que déclarait le Mouvement international des intellectuels catholiques (MIIC) - Pax Romana lors de sa XXVe assemblée mondiale2.Il ne tentait pas moins de « répondre aujourd\u2019hui aux défis de demain ».Crise de civilisation, crise des valeurs, des connaissances et des paradigmes d\u2019explication, crise de la modernité.Ces expressions, lancées lors des conférences et des panels, seront reprises par tous les groupes de travail et marqueront la synthèse finale.On ira jusqu\u2019à comparer la mort de ce monde basé sur le progrès, la science, la raison à la chute de l\u2019empire romain.Qui sont donc les nouveaux barbares ?La montée des mouvements de femmes et l\u2019apport des visions féministes ont assurément provoqué les bouleversements les plus marquants de cette fin de millénaire.Il faut chercher les « nouveaux acteurs », les « nouvelles cultures émergentes » du côté des mouvements populaires (paysans, raciaux, ouvriers), des nouvelles générations et des mouvements alternatifs écologistes et pacifistes.Ils sont les laboratoires sociaux où naissent, non plus des projets achevés - les modèles complets et fermés étant eux aussi en crise -mais les utopies concrètes, partielles, multiples et contextuelles.Les intellectuels ont pour tâche de découvrir ces 1.\tExtrait du texte « Réflexion finale sur les défis du monde d\u2019aujourd\u2019hui » présenté à l\u2019assemblée par le comité synthèse.Louise Bessette est journaliste-pigiste.Elle est à faire une maîtrise en relations internationales à l\u2019Université Laval.Elle était déléguée à l'assemblée mondiale par le Regroupement action milieu (RAM), un mouvement de chrétiens et de chrétiennes de milieux professionnels.2.\tCette rencontre internationale se tenait à Rome, du 20 au 28 septembre 1987.Elle réunissait 220 participants d'une soixantaine de pays.Elle avait pour thème « Répondre aujourd'hui aux défis de demain : les tâches pour les intellectuels catholiques ».LE PROJET du 11 au 14 novembre dernier, avait lieu à Edmonton le troisième congrès national du Conseil canadien pour l\u2019éducation multiculturelle et interculturelle.C\u2019est un organisme privé, fondé en 1981, mais qui déplace beaucoup de monde, en milieu anglophone surtout.Sept cent cinquante délégués.Et comme invité d\u2019honneur pour l\u2019ouverture du congrès, rien de moins que le Secrétaire d\u2019État, M.David Crombie.Le clou de son discours a été l\u2019annonce de la déposition très prochaine d\u2019un projet de loi faisant du Canada le premier expériences, de les animer, de les étudier, d\u2019articuler les pratiques et d\u2019élaborer une réflexion théorique sérieuse.À titre d\u2019experts-conférenciers, Maria de Lourdes Pinta-silgo et Gustavo Gutierrez partageaient la responsabilité de stimuler la réflexion.Ingénieure de formation, femme politique tantôt à l\u2019UNESCO, tantôt ministre et, en 79, première ministre du Portugal, auteure, conférencière, féministe et chrétienne, madame Pintasilgo indiquait aux intellectuels catholiques les tâches suivantes.Elle nous invite à travailler à désamorcer les trois bombes là où les menaces se font les plus pressantes ; à dénoncer les risques ; à réorienter les politiques d\u2019ensemble.« L\u2019époque où d\u2019un côté il y avait le travail, de l\u2019autre le temps libre pour sauver le monde est révolue, dira-t-elle.Dans chaque milieu professionnel, les questions se posent avec urgence.» Elle nous somme d\u2019être présents dans les lieux d\u2019élaboration de la science et de la technologie pour y questionner leurs finalités ; d\u2019être parmi les nouveaux acteurs sociaux ; d\u2019investir les mass media ; et de participer à la difficile responsabilité de gouverner, de prendre part aux choix politiques en fonction d\u2019objectifs sociaux et du renforcement de la démocratie et des organisations internationales.« Il n\u2019y a plus de tâches qui laissent vraiment sales ou vraiment propres », précisera-t-elle.Elle insiste sur la nécessité de revoir nos concepts de l\u2019histoire.Le concept de « linéarité de l\u2019histoire », tout comme la vision idyllique du « grand soir » ou du « royaume » ont marqué marxistes et chrétiens.L\u2019humanité ne progresse pas inévitablement vers un monde meilleur.Ces idées ne sont plus valables.« Notre époque est celle des systèmes, expliquera-t-elle.Nous découvrons aussi l\u2019ère du pluriel, nous qui venons du singulier.Nous avons le droit mais aussi le devoir de construire une pensée qui soit contextuelle.» Face à la crise du monde moderne, elle nous rappellera nos responsabilités politiques et intellectuelles et nous convie, rien de moins, à participer à la Sagesse.¦ Louise Bessette DE LOI C-93 pays officiellement multiculturel au monde.Cette annonce a été frénétiquement applaudie et a par la suite coloré tout le congrès.Mais elle a décontenancé les quelque trente participants et participantes venus du Québec, qui ont tenu avec raison à protester.C\u2019est que le multiculturalisme dont il s\u2019agit n\u2019est pas simplement la reconnaissance d\u2019un fait, mais une prise de position politique, que le Premier ministre Trudeau a fait habilement accepter, sans vote de la Chambre, en 1971.Le discours du Premier ministre, le 8 octobre 1971, en donne relations janvier-février 1988 5 une définition assez précise : « Nous croyons que le pluralisme culturel est l\u2019essence même de l\u2019identité canadienne.Chaque groupe ethnique a le droit de conserver et de faire épanouir sa propre culture et ses propres valeurs dans le contexte canadien.Dire que nous avons deux langues officielles, ce n\u2019est pas dire que nous avons deux cultures officielles, et aucune culture n\u2019est en soi plus officielle qu\u2019une autre.Une politique de multiculturalisme doit s\u2019appliquer à tous les Canadiens sans distinction»1.Comme on peut le voir, cette politique dépasse de beaucoup les droits individuels des immigrants ; elle leur reconnaît des droits culturels de groupes.Le Québec a toujours refusé cette politique, même si elle a depuis lors donné naissance à un ministère d\u2019État au multiculturalisme, avec Comité permanent et budget de 24 millions.Les raisons de ce refus sont claires.D\u2019abord, le caractère très peu démocratique du procédé.Sur le plan historique, il est facile de prouver que l\u2019enquête de la commission sur le bilinguisme et le biculturalisme, la Commission Laurendeau-Dunton (1963-1969), recommandait en fait le contraire de ce que M.Trudeau lui faisait dire : elle reconnaissait la réalité de deux cultures nationales de la majorité, elle reconnaissait également l\u2019apport des nouveaux groupes ethniques à ces deux cultures, elle refusait de séparer la langue de la culture2.La Commission avait été fidèle à son mandat et les Chambres avaient en mains une documentation solide.Mais devant l\u2019hostilité des provinces de l\u2019Ouest à propos de ces recommandations, le Premier ministre, qui se sentait élec-toralement fort dans l\u2019Est (il perdra 48 sièges dans l\u2019Ouest aux élections du 30 oct.1972), a préféré imposer à l\u2019Est, Québec et provinces de l\u2019Atlantique, une formule qui était réclamée par l\u2019Ouest.Des provinces comme le Manitoba (50 % d\u2019origine ni française ni anglaise), la Saskatchewan (52 %) ou l\u2019Alberta (53 %) peuvent bien se dire multiculturelles officiellement ; mais il est difficile de dire de même pour le Québec (79 % d\u2019origine française, 11 % d\u2019origine du Royaume-Uni, un peu moins de 10 % d\u2019origine autre).Difficile également de parler de multiculturalisme important au Nouveau-Brunswick (58 % anglais, 37 % français, 5 % autre) ou à Terre-Neuve (94 % anglais, 3 % français, 3 % autre).Une deuxième raison importante du refus du multiculturalisme fédéral au Québec, une raison clairement reconnue par la Commission Laurendeau-Dunton, est l\u2019histoire des provinces.Alors que l\u2019Ontario sera colonisée à partir surtout de 1780, que les provinces de l\u2019Ouest le seront à partir seulement de 1880, le Québec et les provinces de l\u2019Atlantique le sont dès les débuts des années 1600.Edmonton a fêté le 75e anniversaire de sa fondation il y a huit ans, alors que Montréal prépare son 350e pour 1992 ! Cela fait toute une différence dans la façon d\u2019évaluer l\u2019art de vivre, de penser et de voir le monde qu\u2019on a développé ensemble.La fameuse formule « nous sommes tous des immigrants » ne plaît guère au Québec et il est facile de le comprendre.Les Québécois de vieille souche ont bien conscience de porter le poids de l\u2019histoire différemment des immigrants d\u2019il y a dix ou vingt ans ; ils préfèrent dire que leurs ancêtres étaient des colons, que les Anglais étaient des conquérants et que, vus par les Amérindiens, nos ancêtres étaient des envahisseurs, pas des immigrants.Mais une troisième et plus importante raison explique et justifie le refus du Québec face au multiculturalisme tel que défini par Ottawa.C\u2019est que le multiculturalisme désintègre culturellement tous ceux qui ne sont pas d\u2019abord solidement enracinés dans leur culture propre, qu\u2019il ne favorise que les plus aisés économiquement et détruit l\u2019identité des moins favorisés3.C\u2019est ici que le malentendu fondamental du multiculturalisme fédéral se révèle à plein : le « non-dit », ou éventuellement l\u2019hypocrisie sous-jacente à l\u2019affirmation fédérale du multiculturalisme est que de toute façon, pour l'ensemble du Canada, ce multiculturalisme sera de langue anglaise et qu\u2019il aboutira par conséquent à une dominance de la culture anglo-saxonne nord-américaine.Ce qui n\u2019est pas du tout sûr pour le domaine francophone, les six millions qui représentent moins de 3 % de l\u2019Amérique du nord, un domaine où une partie importante des communautés culturelles refusent, et parfois méprisent, la langue et la culture française d'ici.Adossé à l\u2019immense puissance de la culture américaine, le multiculturalisme anglo-canadien est inoffensif ; appliqué au Québec et au Canada francophone, il est catastrophique.L\u2019alternative que propose le Québec depuis 1971 est, sous un nom ou l\u2019autre, la convergence culturelle.« Le Québec n\u2019est pas seulement un territoire où il arrive, presque par accident, que le français soit parlé.Il est une société dont la langue officielle exprime la culture principale.Cette affirmation n\u2019entraîne nullement que le Québec doive s\u2019engager sur la voie du monolithisme culturel, tel qu\u2019illustré par le melting pot américain.Mais, pour éviter cet écueil, la société québécoise n\u2019a pas non plus à adopter les principes du multiculturalisme, tels que voudrait les mettre en oeuvre la mosaïque canadienne.Le développement des divers groupes culturels québécois passe par la vitalité collective de la société française qu\u2019est le Québec »4.Ceci a été vécu tant bien que mal depuis la Confédération, qui était un compromis.Ceci vient d\u2019être confirmé par l\u2019accord constitutionnel de juin 1987, à la suite du Lac Meech, ce qui est aussi un compromis.C\u2019est ce qui rend si déconcertante la déposition du projet de loi C-93 par M.Crombie le 1er décembre, une déposition qui a été accompagnée de conférences de presse orchestrées à travers tout le Canada.Le texte lui-même du projet est énigmatique, au point de décevoir à la fois les adversaires et les partisans du multiculturalisme préconisé depuis 1971 par Ottawa.L\u2019objectif est clair : maintenir et valoriser le multiculturalisme, sans aucune référence à une ou deux cultures de convergence, dans tous les services de l\u2019État fédéral et assurer une publicité massive à cette doctrine.Mais les moyens sont presque inexistants : pas de ministère au sens strict, pas de commissaire pour assurer la mise en oeuvre, pas de budgets clairement définis.Toute la question est de savoir comment ce projet cheminera en Chambre : des amendements viendront-ils lui donner des dents, ou au contraire demeurera-t-il une autre loi-cadre à l\u2019usage des avocats et des juges de la Cour suprême ?De toute façon, il est étrange qu\u2019on projette de durcir en loi une politique qui nivelle les provinces au plan de la culture et qui semble difficilement compatible avec la reconnaissance 1.\tVoir Débats de la Chambre des Communes (Hansard) 20, Élisabeth II, Vol.VIII, 1971, p.8545-8547 et surtout 8580-8585.2.\tEn particulier Rapport de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Livre IV, Ottawa, oct.1969, p.13s.3.\tParticulièrement bien étoffées, les études de Giovanni Freddi, Bilinguisme et biculturalisme, Paris, Centre mondial d'information sur l'éducation bilingue, 1974 ; Chadly Fitouri, Biculturalisme, bilinguisme et éducation, Neuchâtel-Paris, Delachaux & Niestlé, 1983, surtout p.277-289.4.\tAutant de façons d'être Québécois, Plan d\u2019action du gouvernement du Québec à l\u2019intention des communautés culturelles, Québec, 1981, p.12.6 relations janvier-février 1988 d\u2019un caractère distinct de la société québécoise dans le Canada, l\u2019acquis le plus clair, malgré son imprécjsion, de l\u2019accord constitutionnel de juin 1987.Le secrétaire d\u2019État nous a parlé de « vaste consultation à travers tout le pays » qui aurait précédé le projet de loi ; étrangement, nous n\u2019avons jamais vu de Livre vert, la Commission parlementaire n\u2019a pas fait d\u2019audiences publiques au Québec et les organismes du ministère québécois des Communautés culturelles n\u2019ont pas été consultés.Reste la vigilance, pour qu\u2019au moins la clause de désistement provincial (paragr.5,2 du projet) demeure : « Le ministre peut conclure des accords ou arrangements avec toute province pour la mise en oeuvre de la politique canadienne du multiculturalisme ».Peut-être faut-il rappeler au gouvernement du Québec la déclaration faite par M.Gérard D.Lévesque, alors ministre des Affaires intergouvemementales, devant le Comité consultatif canadien du multiculturalisme en 1975 : « Il importe de rappeler qu\u2019en ces matières, la politique de notre gouvernement est claire.Pour l\u2019essentiel, elle vise à assurer, sur le territoire du Québec, la prédominance permanente de la langue et de la culture française.La conservation par les communautés ethniques de leur langue et de leur culture nous apparaît comme une contribution positive au patrimoine culturel québécois dans la mesure où ces communautés adoptent le milieu francophone pour s\u2019épanouir ».¦ Julien Harvey LA VÉRITÉ DANS LA PRAVDA ?Peut-on imaginer projet de saisie du réel plus global et plus radical que la Révolution ?Saisie objective et scientifique d\u2019un monde jugé caduc, irréversiblement marqué par la montée de la machine, d\u2019une part, et le déclin des hiérarchies liées à l\u2019univers rural avec ses masses et ses pasteurs, d\u2019autre part.Y a-t-il eu recherche plus ardente de la vérité, quête plus impatiente de la justice ?Le réel avait été cerné par Marx, les vrais mécanismes de la vie de l\u2019homme dévoilés par ses discipJes et successeurs, et le pouvoir pris par Lénine.À partir de là pouvait s\u2019édifier un monde nouveau pour un homme nouveau épris de vérité et de justice.Soixante-dix ans après la Révolution, le réel a brisé l\u2019encerclement, les mécanismes de la vie se sont avérés plus complexes qu\u2019on avait bien voulu le croire et les successeurs de Lénine se sont rendu compte que la vérité est un fluide qui a traversé tous les contenants.Le troupeau des faits, parce qu\u2019il est têtu, ne se laisse pas rassembler facilement et semble éternellement en proie à cette même soif qui avait suscité la Révolution.Le jeu de la critique et de l\u2019auto-critique s\u2019est avéré insuffisant.Aux congrès des instances suprêmes, on a eu beau donner tort à tous les dirigeants soviétiques depuis Lénine, parler d\u2019erreurs et de crimes, l\u2019abîme qui s\u2019est creusé en 70 ans entre le réel et le Parti est toujours là, béant et irréductible.Gorbatchev n\u2019a pas manqué de sacrifier à cette tradition lors des cérémonies du 70e anniversaire de la Révolution en novembre, il a parlé des « crimes impardonnables » de Staline, a dit que Khrouchtchev a eu « beaucoup de courage », etc.Il y manquait quelque chose.Mikhail Gorbatchev est un novateur, c\u2019est indéniable.Il reste à savoir quel est le nouveau rapport entre image et vérité au Kremlin.Le problème central de l\u2019Union soviétique et de ses satellites a commencé avec Lénine lui-même et tant que Lénine sera l\u2019objet d\u2019une latrie, le problème demeurera.Depuis et à cause de Lénine, le socialisme est perçu par les dirigeants soviétiques comme l\u2019infaillible mécanisme de l\u2019Histoire (prolétariat-moteur) dont ils seraient, eux et eux seuls, les ingénieurs.L\u2019avènement du socialisme était et demeure pour eux une chose inéluctable.Des notions telles que l\u2019internationalisme prolétarien ont été mises en veilleuse mais d\u2019autres, plus fondamentales, comme le principe du parti unique, demeurent sacrées.D\u2019autres encore ont été inventées, celle que l'on doit à Brejnev par exemple et qui donne le droit à l\u2019URSS de «défendre» le socialisme quand elle estime qu\u2019il est menacé, en Tchécoslovaquie par un Printemps dit de Prague et en Pologne par Solidarité.Le parti est toujours le seul acteur habilité à interpréter l\u2019Histoire après avoir écrit le scénario selon le texte original de Marx et les commentaires de Lénine.Une liste d\u2019erreurs et de dangers est toujours prête, qui permet de récuser opinions et commentaires.Les mensonges de la presse bourgeoise constituent un domaine incommensurable.Lénine employait des expressions telles que « c\u2019est une vérité absolue » et croyait fermement en une révolution mondiale socialiste, jusqu\u2019aux toutes dernières années de sa vie pour le moins.Tous les sacrifices consentis, tous les mensonges acceptés, toutes les pages de l\u2019Encyclopédie arrachées et remplacées sans mot dire, tous les révolutionnaires devenus des non-personnes, bref toutes les aberrations ont leur origine dans une vérité réputée absolue qui était la révolution mondiale socialiste inéluctable.C\u2019est en son nom que tout a été justifié.Comme le système socialiste devait inéluctablement faire la preuve de sa supériorité - dans une situation de confrontation ou de coexistence pacifique - et que cette preuve tardait à venir, un mur de rhétorique a été élevé qui a fini par couper l\u2019élite communiste soviétique du réel, du moins dans son discours officiel.La duplicité du discours ne pouvait parvenir à la foule et le Goulag fut.Le cri des dissidents soviétiques a toujours été le même : ne plus vivre dans le mensonge.C\u2019est dans ce dilemme que se débat Gorbatchev avec son programme de perestroika et de glasnost.L\u2019affaire Boris Eltsine a montré qu\u2019il se heurte à l\u2019opposition des tenants de vieilles méthodes et que ces derniers ont un leader efficace en la personne d\u2019Egor Ligatchev, Numéro Deux du Parti.Et c\u2019est dans cet état d\u2019esprit qu\u2019il est allé à Washington rencontrer Ronald Reagan, pour signer le traité sur la liquidation des missiles nucléaires de portée intermédiaire.En débarquant dans la capitale des États-Unis, Mikhail Gorbatchev abordait un empire dont le déclin est indéniable.Entre 1950 et 1980, la part des États-Unis dans le Produit mondial brut est passé de 40 % à 22 % et sa part du commerce mondial de 17 % à 11 %.Même en tenant compte du fait que le contrôle américain sur la production dans le monde est passé dans une large mesure du niveau direct au niveau indirect, il est clair que l\u2019Empire de l\u2019Oncle Sam se porte mal, aussi mal que celui des Soviets et c\u2019est une chance pour l\u2019humanité.relations janvier-février 1988 7 Les deux Super-Grands ont dû en rabattre.Leurs prétentions respectives à imposer au reste de l\u2019humanité leur conception de la vie se sont effilochées aux vents de l\u2019Histoire, dont les souffles sont difficiles à dénombrer.Le Nicaragua et l\u2019Afghanistan sont balayés par des courants qui ne figurent pas dans les manuels.Le premier élément de leur credo à avoir pris le chemin des poubelles de l\u2019Histoire est leur prétention à enterrer l\u2019autre.Chaque fois que de telles prétentions sont bafouées, c\u2019est une chance pour la paix et la majorité dans le monde.¦ Jean-Pierre Richard QUAND LES TOUT-PETITS FONT L\u2019HISTOIRE deux heures du matin, Copapayo, un mercredi 14 octobre.Un « avioneta » (petit avion à hélice) des Forces armées salvadoriennes survole pour la troisième fois la repopulation de Copapayo ; à moins d\u2019un kilomètre du site, il lance une roquette de 100 Ib.Inquiet et curieux tout à la fois, j\u2019observe mes amis ex-réfugiés salvadoriens de Mesa Grande (Honduras) de retour sur leurs terres après quatre à sept ans d\u2019exil.La peur se lit sur le visage de ces hommes et de ces femmes, mais aussi leur incroyable espérance : « bien des difficultés nous attendent, mais peu importe, on est ensemble », me disent-ils.À Copapayo même, 650 réfugiés « se » sont « rapatriés ».En tout, ils sont 4313 du camp de Mesa Grande à revenir au pays à cinq endroits différents, le plus important rapatriement volontaire dans l\u2019histoire de l\u2019Amérique latine.Et ce n\u2019est qu\u2019un début.Si tout se passe bien, on peut s\u2019attendre à une croissance progressive de ce rapatriement : 1)\telle s\u2019est faite sur leur insistance, malgré l\u2019opposition et du gouvernement salvadorien et des Nations unies ; 2)\tils ont exigé et obtenu le choix du lieu de leur réinstallation ; ils sont donc revenus à leurs lieux d\u2019origine tous situés dans des zones dites « conflictuelles » (où il y a présence de la guérilla) ; 3)\tils reviennent conscients et organisés collectivement, avec l\u2019esprit de « comunidad » (communauté).Sur le fond, leur histoire est à peu près la même : bombardements des populations civiles par les forces armées, massacres, famines, répression.Le gouvernement salvadorien, appuyé et financé par les USA, s\u2019acharne contre la guérilla, qu\u2019il identifie trop souvent à des paysans sans défense, et refuse de s\u2019attaquer aux causes de cette guerre : l\u2019injustice et la misère.Quand ils sont partis, c\u2019était la guerre.Ils reviennent et c\u2019est toujours la guerre.Et pourtant, « los humildes » (les humbles, comme les nommait Mgr Romero) ont décidé de poser un petit geste aux énormes implications internationales, mettant à l\u2019épreuve le fragile plan de paix Esquipulas II, signé le 7 août dernier.La signification profonde de ce petit geste est la reconstitution symbolique et actualisée de la « comunidad ».La « comunidad » est ce que l\u2019armée et les stratèges de ce conflit de faible intensité ne peuvent emprisonner, ne peuvent faire « disparaître », ne peuvent brûler dans les ruines d\u2019un village, ne peuvent détruire.Partout à travers le pays, dans les camps, les prisons, les « tatus » (abris anti-aériens), partout où il y a des gens, la « comunidad » réapparaît des cendres, de la souffrance et des privations.Sa force imprévisible, qui lui permet de ressusciter un peu partout, confond tous les experts de la guerre psychologique dans leurs efforts pour détruire la cohésion communautaire.À Copapayo, José Antonio Juachin Diaz, 28 ans, m\u2019expliquait bien ce sentiment vivant et puissant de la communauté : « Nous avons tellement souffert.La seule façon de surmonter la souffrance est de travailler ensemble.Nous sommes venus, quelques hommes, (environ 75 sur 650 personnes) et surtout des femmes, des vieillards et des enfants, afin de construire une communauté où accueillir toutes ces femmes seules, ces orphelins qui ont souffert, comme nous, de la guerre.» Les paysans (« campesinos ») de Mesa Grande ont quitté le camp où ils étaient enfermés depuis trop longtemps déjà.Ils ont profité des accords de paix pour faire valoir leur droit de retour au pays.Les 4313 qui sont revenus au pays ont conscience de faire partie d\u2019un processus historique, de provoquer l\u2019histoire.Ils préfèrent le retour dans un pays en guerre à l\u2019emprisonnement continuel dans des camps de réfugiés et, au rôle de victimes et de spectateurs dans les luttes populaires pour plus de justice sociale, celui d\u2019acteurs à part entière.Les ex-réfugiés de Mesa Grande reviennent pour cultiver la terre et vivre de celle-ci.Ils vont la cultiver collectivement, liés par des années de souffrance.L\u2019armée a cherché à vider les campagnes de ses habitants afin d\u2019asphyxier la guérilla : dans les deux cas, l\u2019échec est lamentable.L\u2019armée salva-dorienne est parfaitement consciente de l\u2019impact stratégique des rapatriements ; déjà, le premier septembre 1987, elle a bombardé le village de Santa Maria, Cabanas, où s\u2019étaient réinstallées une vingtaine de familles de Mesa Grande.Conséquences : un mort de 55 ans, six autres paysans blessés et deux maisons détruites.L\u2019avertissement est on ne peut plus clair à la population.La situation pour l\u2019instant est calme mais précaire.La présence d\u2019observateurs internationaux sur place est très importante, mais notre soutien moral et notre vigilance le sont tout autant.L\u2019engagement social des rapatriés à travailler communau-tairement la terre et à ne pas se taire face aux injustices et à la misère dans leur pays est profondément ancré dans leur foi chrétienne.Après de si grandes souffrances, ils ont choisi une vie communautaire avec, comme principe de vie, le partage.Restons attentifs aux leçons que ces « petits » ont à nous apprendre.C\u2019est dans cette extraordinaire soif de partage que nous pourrons le mieux comprendre le sens du processus révolutionnaire qui prend forme au Salvador.¦ André Bélanger Salut le monde ! 8 relations janvier-février 1988 DOSSIER dénatalité Paul Hamel JÊÊÈ M iMVKSR v |H9 - Isafe-: Utefls&a./>ïS*?SPfe - ¦¦¦ ANNE, même si des historiennes commencent à nous faire remarquer que la tendance aux familles moins nombreuses s\u2019affirme depuis le début du siècle, c\u2019est maintenant que se pose avec acuité la question de la dénatalité.Selon les prédictions d\u2019une entreprise de publicité réputée (B.C.P.), qui s\u2019appuie sur les projections démographiques de Jacques Henripin, la population du Québec passera d\u2019ici cinquante ans à trois millions et demi, soit une perte de presque trois millions de personnes.Ce qui faisait dire au président de cette agence, Jacques Bouchard, que « nous sommes en processus de disparition »1.Faut-il s\u2019en affoler puisque, nous le sentons bien, ce phénomène nous concerne tous et toutes ?Ou tout simplement reconnaître ce que l\u2019histoire des civilisations nous apprend : à l\u2019accroissement des richesses correspond une diminution de la population.Devant la menace d\u2019affaiblissement du pouvoir des Québécois, la question de la dénatalité fait le tour des dossiers des partis politiques et des revues scientifiques, elle est abordée par les groupes de pression autant que par les gouvernements.Au taux de 1,4 naissance par femme, le Québec n\u2019atteint pas le seuil de renouvellement de sa population, soit 2,1 naissances par femme en âge de procréer.La survivance du groupe francophone est en outre menacée par une plus forte proportion de naissances chez les immigrants d\u2019origine allophone, selon la tendance qui s\u2019affirme dans la région métropolitaine de Montréal.« Nous nous retrouvons dans une société où ni l\u2019enfant, ni le mariage n\u2019occupent plus la place incontestée qui était la leur, il n\u2019y a pas longtemps.» Le constat que formule Evelyne Lapierre-Adamcyk dans ce dossier, au terme d\u2019une analyse bien documentée, ramène à ciel ouvert les tendances que nous avions progressivement observées : augmentation de l\u2019infertilité, report des naissances et limitation de la taille des familles.Une invitation à examiner les conséquences de ces 10 MA SOEUR ANNE.par Gisèle Turcot comportements sur le bonheur des individus et en particulier celui des enfants, à la condition que ce ne soit pas sur le mode du procès.Il serait bien étrange qu\u2019une préoccupation partagée aussi bien par les militants que par les analystes, y compris sa dimension éthique, n\u2019effleure pas d\u2019abord les individus et les couples.Hier, il allait de soi de « fonder un foyer », c\u2019est-à-dire une famille.Aujourd\u2019hui, c\u2019est une option, une décision, un engagement dont on n\u2019évite pas la discussion.Ce qui faisait dire récemment au sociologue et théologien Jacques Grand\u2019Maison, à Radio-Canada : « Faire un enfant, aujourd\u2019hui, c\u2019est faire un acte de foi ».Dans ce contexte, il faut lire et sans doute relire la réflexion de notre collègue Francine Tardif et les faits colligés par Ginette Boyer.Un texte à deux voix qui témoigne de la dose de conscience qui s\u2019infiltre dans le désir, car si nous voyons naître moins d\u2019enfants, plus de femmes cependant donnent la vie.Au risque de leur appauvrissement économique, d\u2019ailleurs.Le mouvement en faveur des droits et libertés de la personne, qui s\u2019est heureusement développé au Québec au cours des années 70, a laissé dans l\u2019ombre certains aspects de la vie en collectivité.Ainsi les familles déjà constituées, aux prises avec les conséquences humaines et financières à long terme, ont du mal, tellement de mal, à faire valoir leurs revendications, que leur vie associative pivote autour de l\u2019obtention de meilleures conditions de vie pour les enfants qui sont déjà au monde.En témoignent ces débats récents à propos des allégations de la jeune Alliance pour la justice fiscale, qui prétend que les programmes d\u2019imposition du revenu favorisent davantage les célibataires que ceux et celles qui ont charge de famille.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il convient de recevoir et d\u2019examiner la proposition de politique familiale que le Gouvernement présente à la population.Quand un phénomène social surprend, on cherche le plus souvent à l\u2019expliquer par l\u2019examen des choses relations janvier-février 1988 établies, qu\u2019elles soient du ressort de la tradition ou des structures sociales.Et on fait appel à la bonne volonté de tous pour changer le cours des choses dans le sens des valeurs qui sont compromises.Au moins pour le maintien et la survie du groupe.Moins souvent se tourne-t-on résolument vers les tendances nouvelles pour tirer de leur cru les promesses du vin en voie de fermentation.Faisons le pari que les femmes ne sont pas si stupides et qu\u2019elles ne sont pas en train de travailler contre elles-mêmes, ni contre la société, comme elles savent déjà le démontrer dans le dossier des nouvelles techniques de reproduction humaine.Si les couples en âge d\u2019enfanter ont encore du chemin à faire pour absorber tous les chocs de la modernité, ils vont peut-être forcer la société entière à repenser la responsabilité des enfants : les entrepreneurs, à réviser les horaires et conditions de travail, les urbanistes et architectes, à concevoir autrement le logis et la vie de quartier de manière inclusive plutôt que sélective, et les moralistes à interpeller la cohorte des responsables sociaux plutôt que le seul comportement des couples et les règles de leur intimité.Nous avons dit « dénatalité ».Il eut été plus juste de nommer ce mini-dossier sans le dé- privatif, car sans nous cacher la réalité, toujours ambiguë, nous voulons justement percevoir, chercher à comprendre les signes annonciateurs du futur.La démarche éthique n\u2019impose-t-elle pas le silence aux préjugés, et n\u2019invite-t-elle pas à refaire ses classes à l\u2019épreuve du réel, surtout lorsqu\u2019il est en profonde mutation culturelle ?C\u2019est donc sur le mode de la question plutôt que du procès que s\u2019ouvre ce bref dossier : « Anne, notre soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?» ¦ 1.Propos cités par Richard Dupont, « Les ravages de la dénatalité », La Presse, Montréal, mardi 1er décembre 1987, D-1. Mariage et enfants VRAIMENT MIS EN QUESTION ?par Evelyne Lapierre-Adamcyk Groupe de recherche sur la démographie québécoise, Université de Montréal ?\" TT W'I * % Y':* v -sdkV au cours des vingt-cinq dernières années, on aura été témoin de transformations profondes de la famille au Québec, qui s\u2019ajustait à l\u2019évolution du monde occidental.Chronologiquement, du point de vue démographique, le changement s'est d'abord traduit par la baisse de la fécondité, suivie de la montée de l\u2019instabilité conjugale et du recul du mariage.À la fin des années 1980, le Québec se retrouve parmi les sociétés où le visage traditionnel de la famille semble avoir disparu ; les stéréotypes manifestent la perception exacerbée du phénomène : les jeunes ne se marient plus ! Les femmes ne font plus d\u2019enfant ! Mariés 1.Cette enquête a été réalisée grâce à la collaboration de E.Lapierre-Adamcyk, de l\u2019Université de Montréal, de T.R.Balakrishnan, de la University of Western Ontario et de K.J.Krotki, de la University of Alberta, et elle a été financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.Plusieurs articles ont été publiés dans des revues scientifiques ; le lecteur intéressé peut s\u2019adresser aux chercheurs pour en obtenir la liste ; entre autres consulter E.Lapierre-Adamcyk, « La cohabitation au Québec, prélude ou substitut au mariage : les attitudes des jeunes Québécoises », Questions de culture, IQRC, no 13 (à paraître).depuis 25 ans, c\u2019est un miracle ! Où en sommes-nous exactement ?Pour répondre à cette question, il est utile d\u2019examiner les faits démographiques pertinents en les dégageant des distorsions créées par le court terme et de présenter les informations que nous possédons sur les attitudes des jeunes femmes québécoises à l\u2019égard du mariage et des enfants1.Reprenons donc un à un les trois phénomènes que sont la fécondité, le divorce et la cohabitation et regardons brièvement comment diverses générations de Québécoises se sont comportées à cet égard.Les données sur lesquelles nous nous appuyons proviennent de la statistique de l\u2019état civil et du recensement du Canada ainsi que d\u2019une enquête sur la fécondité, conduite en 1984, auprès d\u2019un échantillon représentatif des femmes canadiennes âgées de 18 à 49 ans ; seules les données québécoises sont retenues dans ce texte.Fait-on encore des enfants ?Ce sujet a été si souvent abordé au cours des dernières années, qu'il relations janvier-février 1988 semble que ce que l\u2019on peut en dire aujourd\u2019hui ne sera que répétition et cliché.Il est quand même utile de mettre en lumière, à grands traits, l\u2019évolution à long terme.Le tableau I illustre de façon frappante le changement.Examinons d\u2019abord le cas des femmes pour qui la période de vie fertile est achevée, soit les générations de 1916-21 à 1946-1951.Les faits suivants attirent l\u2019attention : \u2014\tl\u2019infécondité ou le pourcentage des femmes sans enfant passe de 23 à 16 à 26 % ; après avoir considérablement diminué, l\u2019infécondité revient à des niveaux plus élevés, équivalents à ceux qui existaient au début du XXe siècle ; \u2014\tla disparition virtuelle des familles nombreuses : de 40 %, elles ne représentent plus que 5 % dans les générations nées après la guerre ; \u2014\tl\u2019attraction des petites familles : le recul de la famille nombreuse s\u2019est principalement effectué au profit de la famille de deux enfants.À ces faits on peut ajouter trois observations : en premier lieu, une analyse plus poussée du nombre d\u2019enfants démontre que la quasi-disparition des familles nombreuses s\u2019est engagée dès le début du siècle ; ce sont d\u2019abord les 11 Tableau I Répartition des femmes québécoises selon le nombre d\u2019enfants mis au monde Nombre d\u2019enfants :\t0\t1\t2\t3\t4 +\tTotal Générations :\t\t\t\t\t\t 1916-1921\t23\t9\t15\t13\t40\t100 1926-1931\t18\t9\t17\t17\t39\t100 1936-1941\t16\t9\t20\t22\t33\t100 1946-1951\t26\t19\t36\t14\t5\t100 1956-1961\t8\t10\t50\t25\t7\t100 Source : Estimations à partir du recensement du Canada 1981, sauf les données de 1956-1961, tirées de l\u2019enquête sur la fécondité de 1984.Le total inclut toutes les femmes, quel que soit l\u2019état matrimonial.familles très nombreuses qui avaient dix enfants ou plus qui ont reculé rapidement ; ensuite, progressivement, sans retour en arrière, la probabilité d\u2019avoir un enfant de plus a diminué pour tous les rangs de naissance à partir du troisième ; on peut ajouter aussi que la famille de trois enfants, longtemps considérée comme idéale, a elle-même été touchée de façon presque imperceptible chez les femmes qui ont constitué leur famille pendant la période du baby-boom ; jusqu\u2019à cette épQque, presque 80 % des couples qui avaient deux enfants en avaient un troisième ; chez ceux qui ont eu leurs enfants pendant les années 50, ce pourcentage baisse à 76 % et 73 % et chez ceux qui les auront pendant les années 60, il tombe à 62 % et à 46 % ; la chute apparemment inexorable se poursuit à travers les années 70 et cette fraction atteint à peine 30 % dans les pronostics des générations qui terminent maintenant leur vie féconde.En deuxième lieu, les prévisions faites par les femmes nées en 1956-1961 (dernière ligne du tableau I) semblent indiquer un retournement de la situation pour ce qui est de l\u2019infécondité ; l\u2019expérience montre que ces prévisions sont fort fragiles et qu\u2019elles reflètent plutôt l\u2019attachement que les jeunes ont encore à l\u2019égard de l\u2019enfant.De plus, on a observé que le premier enfant tarde à venir chez les jeunes femmes ; à tous les âges avant 30 ans, la proportion de celles qui ont déjà eu leur premier enfant est de plus en plus faible.On peut dès lors s\u2019attendre à ce que les comportements s\u2019éloignent des prévisions et s\u2019alignent sur ceux des générations qui les précèdent : l\u2019infécondité pourrait atteindre 30 % et la famille de trois enfants n\u2019aura probablement pas la popularité qu\u2019annoncent ces prévisions.Troisièmement, le recours à la contraception efficace commence très tôt dans la vie des jeunes femmes et la maîtrise de la fécondité fait maintenant partie intégrante des comportements et des valeurs des Québécois.En bref, le chemin suivi est clair : l\u2019infécondité remonte sans s\u2019être généralisée ; son importance relative n\u2019est plus dissimulée par la présence des familles nombreuses ; celles-ci sont devenues très rares et même la famille de trois enfants se marginalise.Le refus de l\u2019enfant se manifeste surtout par le refus d\u2019en avoir plus de deux.Pour compléter cette image, les attitudes à l\u2019égard de l\u2019enfant constituent une information enrichissante.Retenons celles des jeunes Québécoises âgées de 20-24 ans en 1984.Seulement 25 % de ces jeunes femmes considèrent « peu important » ou « pas important du tout» pour leur bonheur le fait d\u2019avoir un enfant.Cependant leur enthousiasme pour l\u2019enfant s\u2019exprime de façon modérée, car moins du tiers d\u2019entre elles utilisent le superlatif « très important » ; cette attitude apparemment mitigée se compare à celle qui porte sur l\u2019activité professionnelle ; on constate que cet aspect que l\u2019on croit particulièrement valorisé n\u2019emporte pas non plus une adhésion sans réticence : au total, le pourcentage des jeunes qui ne trouvent pas nécessaire à leur bonheur le travail à l\u2019extérieur du foyer est plus important que dans le cas de l\u2019enfant (33 % versus 25 %).Par ailleurs, 95 % croient que « l\u2019enfant est une source d\u2019affection irremplaçable », 80 % pensent « qu\u2019avoir un enfant, c\u2019est donner à sa vie un but que rien d\u2019autre ne peut remplacer » et 92 % ne croient pas que l\u2019enfant « éloigne les conjoints l\u2019un de l\u2019autre ».Ces perceptions très positives de l\u2019enfant sont accompagnées cependant par un réalisme certain qui nuance l\u2019image qui s\u2019en LE JÉSUS DE JEAN Pour un regard neuf sur un Évangile différent Quatre conférences sur cassettes abordant des thèmes^ majeurs du quatrième Évangile.Les conférences de Jean-Pierre Prévost, s.mm, professeur d\u2019Écriture sainte à l'Université Saint-Paul d\u2019Ottawa, ont servi d\u2019outils de base pour les Week-ends bibliques de SOCABI à Bathurst, Timmins et St-Hyacinthe.1-\tIntroduction : Pourquoi un autre Évangile?2-\tLes thèmes explosifs de saint Jean 3-\tL\u2019incarnation selon saint Jean 4-\tLa communauté chrétienne selon saint Jean Prix : 6,00 $ l'unité ou 20,00 $ la série (plus taxe et frais d\u2019envoi) S0CABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 12 relations janvier-février 1988 dégage : 82 % des jeunes croient que « devenir des parents, c\u2019est accepter des responsabilités lourdes à porter ».Les attitudes sont donc favorables, mais tempérées par une perception très vive de la longue tâche qui attend le couple qui décide d\u2019avoir un enfant.On ne peut plus s\u2019étonner de l\u2019attraction de la petite famille et on peut s\u2019attendre à ce que les prévisions quant à l\u2019infécondité soient révisées à la hausse ! Vingt-cinq ans de mariage, un miracle ! La réduction du nombre d\u2019enfants dans les familles était déjà bien enclenchée quand, suite à la loi de 1969, le divorce a pris de l\u2019ampleur dans notre milieu.Rendant officielles des ruptures d'union qui s\u2019étaient produites avant la nouvelle loi et témoignant de la fragilité grandissante des mariages des années 1960 et 1970, les divorces sont nombreux et si le rythme actuel se maintient, on peut s\u2019attendre à ce que 35 à 40 % des mariages se rompent avant le 25e anniversaire de mariage.Pour une institution à caractère irrévocable il n\u2019y a pas 20 ans, le choc est brutal.Cependant, il n\u2019est pas inutile de redire, sans nier l\u2019importance du divorce, que ces taux élevés signifient aussi que 60 à 65 % des couples vivront ensemble jusqu\u2019à ce que la mort les sépare.Ceci étant dit, la forte fréquence du divorce marque probablement un changement dans la nature de l\u2019engagement que les jeunes prennent au moment de leur mariage ; le contrat n\u2019est plus irrévocable et le maintien du mariage repose davantage sur la satisfaction que les conjoints retirent de leur vie conjugale que sur le respect de l\u2019engagement pris au départ.Il s'agit là d\u2019une base fragile qui n\u2019est plus renforcée par le caractère institutionnel du mariage.Il est d\u2019ailleurs intéressant d\u2019examiner au tableau II les conditions jugées nécessaires pour qu\u2019un homme et une femme décident de se marier.Il s\u2019agit des réponses des jeunes femmes âgées de 20-24 ans.On constate que l\u2019amour est la condition la plus importante et que l\u2019intention de rester mariés pour la vie n\u2019est reconnue comme « tout à fait nécessaire » que par la moitié des jeunes femmes.Signalons en passant que le désir d\u2019avoir des enfants ne fait plus partie des conditions essentielles au mariage.On sait par ailleurs que le divorce ne provoque plus de réprobation sociale très marquée.Les jeunes femmes croient que le divorce devrait relever de la seule volonté des couples de mettre un terme à une union malheureuse (68 %) ; la très grande majorité envisageraient de divorcer si leur conjoint les trompait (79 %) ou s\u2019il ne restait pas d\u2019intérêt commun entre elles et leur conjoint (79 %).De plus, 63 % approuvent le divorce sans réserve lorsqu'il n\u2019y a pas d\u2019enfant ; la présence des enfants réduit considérablement cette acceptation du divorce : seulement 17 % ne voient pas d\u2019objection au divorce lorsqu\u2019il y a de jeunes enfants et 34 % le désapprouvent.Au total, une conclusion s\u2019impose : le divorce fait partie des possibilités, dès le départ ; même si le mariage constitue une union que l\u2019on perçoit comme permanente (82 %), la rupture est envisagée lorsque les liens affectifs disparaissent et la présence des enfants, si elle entraîne une certaine relations janvier-février 1988 hésitation, ne constitue pas un frein puissant.Les jeunes ne se marient plus ! Les années 1970 se caractérisent par l\u2019effondrement des taux de nuptialité.Les jeunes se mettent dorénavant en ménage sans s\u2019être mariés.Mesurer la place réelle que prend la cohabitation comme mode de vie est extrêmement difficile.Le phénomène est récent et il est trop tôt pour en circonscrire toute la portée : s\u2019agit-il d\u2019une mode passagère, s\u2019agit-il d\u2019un mariage à l\u2019essai, ou est-ce un substitut au mariage ?Deux choses sont certaines : en 1984, la proportion des couples de cohabitants atteignait 40 % lorsque la femme avait 20-24 ans, se réduisaient à 20 % et 14 % lorsqu\u2019elle avait 25-29 et 30-34 ans respectivement ; ce qui montre bien que ce mode de vie est récent et que ceux qui l\u2019ont adopté à la fin des années 1960 et au début des années 1970 ont depuis légalisé leur union.D\u2019autre part, on sait qu\u2019au cours des dernières années, la majorité des premières unions ne sont plus des mariages, mais des cohabitations ; cela signifie que le mariage n\u2019est plus considéré comme nécessaire à la vie de couple.Il s\u2019agit là d\u2019un phénomène nouveau qu'il faut associer au fait qu\u2019une fraction de plus en plus forte des naissances se produisent hors mariage, sans doute dans le cadre de ces unions auxquelles les conjoints n\u2019ont pas voulu donner de caractère légal.Non seulement le mariage n\u2019est plus nécessaire 13 pour la vie du couple, mais, de plus en plus fréquemment, il n\u2019est plus jugé requis pour la venue des enfants.Les opinions à l\u2019égard de la cohabitation sont claires : on ne lui oppose pas de résistance : 89 % des jeunes femmes la considèrent acceptable lorsque le couple veut s\u2019assurer que leur futur mariage va durer et ce pourcentage est de 75 % lorsque le couple ne veut pas s\u2019engager à long terme.Cependant, les jeunes femmes continuent d\u2019intégrer le mariage dans leur propre projet : 14 % rejettent le mariage et envisagent leur vie de couple dans le seul cadre d\u2019une cohabitation ; 37 %, au contraire, se proposent de vivre en couple seulement à l\u2019intérieur du mariage et 49 % optent pour la coha- bitation suivie du mariage.Une analyse plus fine des attitudes des jeunes et de leur choix du mode d\u2019union montre que celles qui envisagent de se marier, après avoir cohabité ou non, partagent à quelques nuances près les mêmes perceptions : importance attachée à l\u2019enfant, acceptation du divorce, vie professionnelle et autres.Le groupe, encore largement minoritaire, qui a écarté le mariage de ses perspectives de vie, s\u2019éloigne des autres en ne considérant pas l\u2019enfant comme important pour le bonheur personnel, en attachant moins d\u2019importance à la stabilité du couple et à la fidélité entre conjoints.En bref, l\u2019avenir du mariage légal apparaît incertain.Il fait certes encore partie du paysage pour la majorité des jeunes femmes québécoises.Mais il est clair qu\u2019il a perdu son caractère essentiel : la vie de couple sans mariage est très généralement acceptée, et 50 % des jeunes femmes ne croient pas le mariage nécessaire pour décider d\u2019avoir un enfant.Il n\u2019est pas impossible que ce contexte entraîne la remise à jamais de la légalisation d\u2019une fraction de plus en plus grande des cohabitations.En guise de conclusion Reprise de l\u2019infécondité et refus de la famille de plus de deux enfants, acceptation généralisée de la cohabitation comme mode d\u2019union et diffusion rapide de ce comportement à tout le moins comme prélude au mariage, intégration de la possibilité du divorce dans la conception que l\u2019on se fait du mariage et instabilité relativement grande des mariages, voilà les traits qui se dégagent de révolution des faits démographiques et de l\u2019examen des attitudes des jeunes femmes québécoises, attitudes partagées par l\u2019ensemble des femmes de moins de 50 ans interrogées en 1984 et vraisemblablement par la majorité des Québécois.Il s\u2019agit de valeurs nouvelles, dont l\u2019émergence s\u2019est produite de façon précipitée ; si les germes de la faible fécondité pouvaient être entrevus depuis longtemps, on ne pouvait guère imaginer que le mariage lui-même allait être secoué.La société américaine, voisine de la nôtre, avait su intégrer des taux de divorce relativement élevés par une fréquence tout aussi forte du remariage.Ce modèle est là aussi mis en question, la cohabitation sans mariage devenant aussi populaire chez ceux qui vivent une rupture d'union que chez les jeunes qui commencent leur vie de couple.Il n\u2019est pas facile d\u2019avancer des hypothèses d\u2019explication de ces transformations qui sortent du « déjà dit ».Généralisation de l\u2019instruction, affaiblissement des valeurs religieuses, montée de l\u2019individualisme, libération de la femme, modification du rôle des hommes et des femmes, régulation de la fécondité, voilà la trame sur laquelle se joue l\u2019avenir de l\u2019enfant et du mariage, au Québec comme ailleurs en Occident.Nous nous retrouvons donc dans une société où ni l\u2019enfant, ni le mariage n\u2019occupent plus la place incontestée qui était la leur il n\u2019y a pas longtemps.Deux grandes interrogations se posent alors : la première porte sur la qualité de la vie des enfants et l\u2019épanouissement des individus.La précarité des cohabitations, l\u2019instabilité des mariages, les difficultés sociales et économiques des familles monoparentales, la nécessité de s\u2019adapter à un nouveau parent et à un frère ou une soeur d\u2019une autre famille, la difficulté d\u2019adopter l\u2019enfant de son conjoint, toutes ces situations nouvelles peuvent représenter au moins pour un temps des conditions différentes pour les adultes qui les provoquent, et surtout pour les enfants qui y sont entraînés malgré eux.Il ne faut certes pas idéaliser le passé où la stabilité de la famille créait aussi dans certaines circonstances des situations de tension fort peu épanouissantes.Il reste que l\u2019évolution récente demande qu\u2019on s\u2019interroge sur les effets des nouveaux comportements sur le bonheur des individus, des enfants en particulier.La seconde question touche aux conséquences du maintien d\u2019une faible fécondité.Sans entrer ici dans le débat sur l\u2019avenir démographique, il faut de nouveau souligner que le Québec s\u2019est engagé dans un processus de décroissance qui ne pourra être enrayé sans un redressement de la fécondité.Une prise de conscience à cet égard s\u2019avère nécessaire.Personne à ce jour ne détient le secret du mécanisme qui amènera les couples à être assez nombreux à avoir des enfants pour éviter la décroissance.Malgré l\u2019incertitude quant à l\u2019efficacité directe de mesures économiques que les pouvoirs publics pourraient prendre, on ne peut que souhaiter qu\u2019ils agissent ; d\u2019abord, dans la mesure où des contraintes existent, elles seraient levées ; ensuite, ces mesures renforceraient le mouvement naissant vers une sensibilisation de l\u2019opinion publique à cette question et soutiendraient l\u2019amorce d\u2019un changement de mentalité.¦ Tableau II Répartition des femmes québécoises âgées de 20-24 ans selon leur réponse à la question suivante : « Pour qu\u2019un homme et une femme décident de se marier, est-il nécessaire.\tTout à fait\tPlutôt\tNon\tTotal a) qu\u2019ils s\u2019aiment intensément ?\t66\t32\t2\t100 b) qu\u2019ils aient une forte attirance sexuelle ?\t36\t56\t8\t100 c) qu\u2019ils désirent avoir des enfants ?\t21\t39\t40\t100 d) qu'ils pensent la même chose quant au fait d\u2019avoir ou non des enfants ?\t50\t38\t12\t100 e) qu\u2019ils aient l\u2019intention de rester mariés pour la vie ?\t49\t35\t16\t100 Source : Donnnées inédites tirées de l\u2019enquête sur la fécondité, 1984.14 relations janvier-février 1988 POURQUOI N\u2019AVONS-NOUS PAS D\u2019ENFANTS ?par Francine Tardif ¦ i * » » * 5 5 S Pourquoi n\u2019avez-vous pas d\u2019enfants ?Pourquoi n\u2019avons-nous plus d\u2019enfants ?Pourquoi n\u2019avez-vous pas un deuxième enfant ?Questions obsédantes et désormais familières.Chaque dossier sur la dénatalité1, chaque étude démographique nous les renvoie.Avec tous leurs sous-entendus, leurs cris d\u2019alerte, leurs soupçons de décadence à l\u2019égard 1.\tLes idées proposées ici ont d\u2019ailleurs surgi des discussions autour du présent dossier.Cet essai, qui ne se prétend ni analyse ni résultat de recherche, doit beaucoup aux remarques et suggestions de plusieurs personnes, dont Ginette Boyer.2.\tLe terme de normalité est employé ici au sens où il désigne, en sociologie, une conduite reconnue et acceptée dans un contexte et un milieu social donné, qui devient une règle, un point de référence, sans y attacher toutefois de ces adultes jeunes qui ne sont pas parents.Et, à peine voilées, leurs accusations d\u2019égoïsme dirigées contre ces « féministes » qui « refusent » la maternité.Ce sont pourtant des questions profondes, presque indécentes.Elles touchent à la profondeur des choix individuels, à l\u2019intimité des couples comme aux finalités que nos sociétés une connotation morale ni un jugement de valeur.3.\tPensons au nombre important de femmes qui devenaient religieuses, « deuxièmes mères » lors du décès de la mère ou soutiens des parents.4.\tOn sait que le taux de fécondité a commencé à baisser dès le début du siècle.Pour plus de détails sur l\u2019évolution de la situation, et ses conséquences, on se référera aux travaux du démographe Georges Mathews, notamment Le choc démographique, Boréal Express, 1984.relations janvier-février 1988 se donnent.Elles nous amènent à nous interroger sur l\u2019évolution de la « normalité » de la procréation dans une société comme la nôtre2.Normal ?Autrefois, une proportion plus grande de femmes renonçaient « normalement» au mariage et à la maternité3.Par contre, récemment encore4, un couple « normal » donnait naissance à plusieurs enfants ; aujourd\u2019hui, quand couple il y a, la « normalité » est de ne pas avoir d\u2019enfant ou de n\u2019en avoir qu\u2019un.Il semble donc y avoir quelque chose de fluctuant dans la normalité de la procréation.Et bien des aspects à la normalité.Interroger les normes sociales a 15 METTRE UN ENFANT AU MONDE, C\u2019EST PRENDRE UN CERTAIN RISOUE.de 1955 à 1975, les salaires réels, une fois que l\u2019on tient compte de l\u2019inflation, ont augmenté en moyenne de 2,5 %.Si les salaires avaient continué à progresser de la même façon depuis dix ans, le salaire hebdomadaire moyen atteindrait 603,95 $ en 1987.Or on estime qu\u2019il ne sera que de 450 $.Il s\u2019agit d\u2019un écart de 35 %.1 Environ 85 % des familles monoparentales sont sous la conduite d\u2019une femme.Dans la région métropolitaine, leur nombre a augmenté de 57 % depuis 1971.En 1981, au Québec, 62,3 % de ces dernières vivaient sous les seuils de pauvreté établis par Statistique Canada, compa- 1.\tD\u2019après Alain Dubuc, « Depuis dix ans, le pouvoir d\u2019achat des salariés a baissé de 154 $ par semaine », La Presse, le 27 décembre 1986.2.\tD\u2019après Céline LeBourdais et Damaris Rose, « Les familles monoparentales et la pauvreté », Revue internationale d\u2019action communautaire, automne 1986, p.181-192.3.\tD\u2019après le Conseil national du bien-être social, Les seuils de pauvreté de 1987, mars 1987.4 D\u2019après le Conseil consultatif canadien de la situation de la femme.Brochure Les femmes et la pauvreté, 1985.rativement à 12,5 % des femmes avec enfants à charge qui habitaient avec un conjoint.Le salaire annuel moyen des femmes actives au Québec s\u2019établissait à 9915 $ pour les femmes chefs de famille monoparentale avec enfants à charge comparativement à un peu moins de 9000 $ pour les femmes avec enfants vivant en situation de couple2.Pour une famille comprenant deux, trois ou quatre personnes, les seuils de faibles revenus de 1987 sont respectivement de 14 617 $, 19 554 $ et de 22 532 $, si elles vivent dans des villes de 500 000 habitants et plus.Pour les secteurs de résidence comptant moins de 30 000 personnes, ces seuils sont respectivement de 12 010 $, 16 110 $ et 18 621 $.Environ un Canadien sur six avait de faibles revenus en 1985.Plus d\u2019un million d\u2019enfants de moins de 16 ans - ou un enfant sur cinq - vivent au sein de familles à faible revenu3.Environ une travailleuse à temps plein sur sept gagne moins de 8000$ par année ; les femmes qui travaillent à temps plein ne gagnent que 64 % de ce que gagnent les hommes4.¦ Ginette Boyer quelque chose de fascinant : on y retrouve souvent, camouflé, un noeud complexe de valeurs individuelles et sociales.Et bien des contradictions.Au fil du temps et des tendances, une norme évoluera, se transformera, tiendra compte d\u2019impératifs nouveaux.Hier encore, il était jugé normal qu\u2019une femme se soumette au devoir conjugal.Normal que des naissances soient reçues comme des « erreurs », des « malchances », des « accidents ».Normal de mettre des enfants au monde pour faire taire les voisins ou « arranger» les difficultés du couple.Normal aussi, trop souvent, que les femmes soient, socialement et juridiquement, obligées de sacrifier carrière et profession à leur mariage5.Normal enfin qu\u2019elles acceptent les maternités trop rapprochées et dangereuses sous le signe du sacrifice et de la soumission6.Il n\u2019est donc pas étonnant que les femmes, énormément de femmes, une majorité de femmes, catholiques ou non, aient voulu rejeter cette « normalité ».Surtout que de multiples autres pressions sociales allaient dans le même sens : exigences d\u2019urbanisation, attraits de la société de consommation, accent sur l\u2019épanouissement sexuel, etcv À travers cet écheveau de facteurs 16 sociologiques, psychologiques et économiques, la contraception s\u2019est répandue à une vitesse foudroyante.Très rapidement aussi, nos sociétés se sont éloignées de la planification des naissances et ont résolument opté pour leur contrôle.Pourtant, le pas à franchir était énorme.Dans le premier cas, la naissance reste l\u2019horizon de référence, il s\u2019agit simplement d\u2019espacer la venue d\u2019enfant, de la planifier.Dans le second, la situation est tout autre : on veut contrôler sa fertilité sur une base permanente - la disjonction entre sexualité et procréation est complète.En moins de deux décennies, la contraception dure s\u2019est imposée.Elle fait aujourd\u2019hui partie du processus normal de socialisation des adolescentes et des adolescents.La sexualité « normale » se construit, se pense, se vit sur le mode de la contraception.Sociologiquement, assumer ses responsabilités en matière de sexualité, c\u2019est assumer un contrôle strict de sa fertilité.Si bien que mettre des enfants au monde devient un geste quasi a-normal, une espèce de défi aux normes établies, que ce soient celles qui régissent l\u2019ensemble des relations sociales, la taille des appartements, les attitudes dans les endroits publics ou les standards de « qualité de la vie ».relations janvier-février 1988 C\u2019est ce qu\u2019ont compris, plus ou moins consciemment, ces très jeunes femmes célibataires issues des milieux les plus défavorisés qui ont le plus haut taux de fécondité7 8.Mieux que de se 5.\tPour ne citer qu\u2019un exemple : jusque dans les années 50, une Québécoise ne pouvait reprendre son poste d\u2019enseignante après son mariage.- Nouvelles CEQ, 1986, vol.7, no 32.6.\tÀ ce sujet, on peut consulter L\u2019histoire - des femmes au Québec, du collectif Clio, Éd.Quinze, 1982.L\u2019ouvrage a vieilli quelque peu et manque parfois de rigueur ; il n\u2019en offre pas moins un panorama saisissant de ce qui a constitué la normalité de la vie des femmes depuis quatre siècles.7.\tDes documents comme le Dossier socio-démographique, par programme du DSC du Centre hospitalier de Verdun mériteraient d\u2019être mieux étudiés.Comment expliquer les grandes variations de tous les indices reliés à la grossesse et aux naissances entre les différents secteurs du territoire ?Pourquoi donc les femmes de Ville Émard, secteur économiquement très défavorisé, mettent-elles, plus jeunes, davantage d\u2019enfants au monde que les femmes de l\u2019Ile-des-Soeurs, pourtant beaucoup plus riches ?8.\tCette expression de la sociologue française Geneviève de Peslouan me teindre les cheveux en vert, mettre un enfant au monde est l\u2019une des voies d\u2019expression de leur marginalité, de leur distance par rapport à la norme sociale.Dans un tel contexte, il n\u2019est pas surprenant que les associations de familles apparaissent de plus en plus comme des groupes de pression, des minorités sociales incomprises, ostracisées, dévalorisées.La présence d'enfants est tellement a-normale que même ceux qui souhaitent s'attaquer à la baisse de natalité n\u2019évoquent que très rarement les joies de la parentalité.Rarement déplorent-ils l\u2019absence des enfants dans les lieux publics, dans leurs immeubles, dans leur vie.Ce ne sont pas des enfants qui manquent, ce sont des données statistiques : pour équilibrer les pyramides d\u2019âges, pour perpétuer la race, pour combler les futurs déficits des budgets de sécurité de revenu.On en arrive au paradoxe final : certaines femmes accueillent avec un bonheur un peu honteux une grossesse non désirée ! « L\u2019accident » permet de «justifier la grossesse» devant l'ahurissement et l\u2019étonnement de l\u2019entourage.Anormal ?Se soumettre à la norme n\u2019est pas toujours facile, mais s\u2019y dérober ne l\u2019est parfois pas davantage.L\u2019a-normalité peut coûter très cher.Quand le désir d\u2019enfant surgit malgré tout, ce sont les semble préférable à l\u2019expression « famille monoparentale » qui dissimule trop facilement que ce sont très majoritairement des femmes qui assument la responsabilité de ces familles.9.\tPar rapport à la population féminine globale, une proportion de plus en plus grande de femmes met un enfant au monde.Le désir d\u2019enfant n\u2019est pas mort, il demeure, profond et puissant.Mais il se brise souvent après la première naissance, probablement parce que les barrières érigées contre lui sont trop hautes.10.\tCertains hommes refusent également de s\u2019engager dans l\u2019aventure de la paternité parce qu\u2019ils craignent de perdre leur enfant advenant une éventuelle séparation de la mère.C\u2019est cela aussi, la crise du couple.11.\tQue les sceptiques tentent d\u2019expliquer les retards dans l\u2019élaboration et l\u2019adoption de politiques claires en matière de services de garde.Ce n\u2019est qu\u2019un exemple, on en trouvera de nombreux autres à travers les documents préparés par et pour le Comité de la consultation sur la politique familiale (avril 1986).moyens qui manquent.D\u2019un strict point de vue économique, il ne fait maintenant plus de doute que mettre un enfant au monde est un facteur d\u2019appauvrissement.Un appauvrissement constant, réel et tout aussi statistiquement établi que la baisse du taux de natalité.Et un appauvrissement que les femmes doivent être prêtes à assumer seules.La tendance qui a déjà ramené la famille élargie à la taille de la famille nucléaire semble maintenant réduire la famille nucléaire à la famille matricentrée8.Non seulement les femmes doivent-elles accepter les discriminations dans l\u2019emploi qui continuent de pénaliser celles qui deviennent mères, elles doivent aussi être prêtes à assumer seules le poids de l\u2019éducation de l\u2019enfant qu\u2019elles mettent au monde.Avec ce que cela comporte, de joie sans doute mais aussi d\u2019isolement, de pauvreté, de pressions, de culpabilisation.Accepter de devenir mère devient un choix redoutable.relations janvier-février 1988 De plus en plus souvent, des femmes renoncent à la maternité, avec regret et souffrance9, faute de pouvoir croire à la stabilité des relations femmes-hommes10.Des milliers et des milliers d\u2019autres ne donnent pas naissance à un deuxième enfant.Elles se soumettent à la norme, contrôlent leurs désirs et leur corps.Elles refusent de s\u2019engager sur la pente glissante de la dépendance vis-à-vis des appareils d\u2019État de plus en plus contraignants pour les mères* 11.Elles ne veulent pas condamner leurs enfants à la pauvreté et à la misère.Décadence ?Égoïsme ?Amour ?Qui osera trancher ?Chose certaine, ce sont les femmes qui portent le poids de tout cela.Elles qu\u2019on accuse d\u2019égoïsme à tort et à travers trouvent pourtant toujours le courage de défier les normes sociales et mettent encore au monde des enfants ou plutôt UN enfant.Et compte tenu du peu de soutien dont elles disposent, on peut se demander où elles le puisent, ce courage.¦ Paul Hamel Appuyée par le vote de tous ceux et celles qu\u2019on avait délégués à son Conseil confédéral de juin 1986, puis à celui de septembre 1987, la CSN vient de se doter d\u2019une politique syndicale de l\u2019immigration.Cette politique, élaborée au plus fort du débat sur les lois C-55 et C-84 rend compte des positions de principe et des moyens d\u2019action que la CSN entend prendre pour améliorer les services aux membres de communautés culturelles et mieux défendre les droits des travailleurs immigrants.Ce document est un instrument d\u2019information pour tous les membres de la Centrale.Il se termine - ou s\u2019ouvre - par des recommandations visant l\u2019action « à l\u2019interne », comme auprès de la collectivité et des instances gouvernementales.« C\u2019est comme si l\u2019on était en train de créer les conditions propices à leur prochaine exécution«.Telle est l\u2019inquiétude manifestée par le Comité pour la défense des droits humains au Honduras (CODEH), dans un communiqué signé par son exécutif national.Cette inquiétude a surgi à la suite de la circulation, dans les villes de San Pedro Sula, Comaya-guela, et Tegucigalpa, d\u2019une affiche anonyme portant la photo de cinq défenseurs des droits humains présentés comme « fomentateurs de subversion » et « délinquants terroristes » au Honduras.Parmi ceux-ci, le docteur Ramon Custodio Lopez, président du CODEH.De passage à Montréal l\u2019automne dernier, le docteur Custodio Lopez avait mentionné au Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine les menaces dont il était déjà victime à l\u2019époque.Ce qui attire en outre l\u2019attention, c\u2019est le fait que les affiches diffamatoires aient été posées au vu et au su des forces de l\u2019ordre.Quant à lui, le quotidien « Tiempo » a révélé qu\u2019une « institution bien connue » avait payé plusieurs personnes afin qu\u2019elles insèrent ces affiches dans les exemplaires du journal comme si elles en faisaient partie officiellement.« Si ce genre d\u2019irrégularité se reproduit - poursuit Tiempo- nous ferons connaître le nom de l\u2019institution qui finance cette affiche ».L\u2019Éthiopie, encore une fois, traverse une phase de famine.Ce phénomène est tellement marquant et si régulier depuis les quinze dernières années que, loin d\u2019être l\u2019effet de causes naturelles, il semble plutôt soumis à l\u2019ordre politico-économique national et international.Le gouvernement du colonel Mengistu attribue la faim aux forces impérialistes anti-révolutionnaires qui luttent pour la désintégration du pays.Cependant, les Fronts de libération de l\u2019Érythrée ou du Tigré ainsi que les opposants de Mengistu dans les régions de Gojam, Gondar et Wollo résistent à l\u2019idéologie d\u2019Addis Abeba en ce qui concerne la réforme agraire et les déplacements des gens vers d\u2019autres parties « plus fertiles » du pays.D\u2019après eux, la faim est un moyen que prend le gouvernement pour affaiblir le peuple des régions concernées, qui réclament leurs droits (droit à l\u2019autodétermination dans le cas de l\u2019Érythrée et du Tigré).La FAO (organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture) et les différentes organisations non gouvernementales qui oeuvrent dans le pays pensent que la dramatique situation de malnutrition qui affecte la plus grande partie de l\u2019Éthiopie et la famine qui touche des régions spécifiques ne sont qu\u2019une manifestation du sous-développement économique et du paupérisme généralisé.La victoire sur la faim ne peut pas se passer des solutions politiques.L\u2019infrastructure du pays connaîtra une amélioration s\u2019il y a réduction des dépenses militaires au strict minimum et accélération d\u2019une politique du développement.On assiste actuellement au Québec à une recrudescence d\u2019intérêt pour les réalités économiques, particulièrement dans ce que l\u2019on appelle l\u2019entrepreneurship.Il n\u2019est pas aisé de saisir du premier coup toutes les composantes de ce nouvel essor ni de l\u2019interpréter.Les 3 et 4 février à l\u2019hôtel Méridien, à Montréal, aura lieu le colloque annuel organisé par la Fondation de l\u2019entrepreneurship.Feu de paille, nouvelle force sociale, virage majeur ?C\u2019est à voir.Monsieur l\u2019abbé Claude Lefebvre, prêtre-ouvrier du quartier Plateau Mont-Royal, vient de recevoir le prix Mgr Joseph-Charbonneau.Monsieur Lefebvre, de la communauté des Fils de la Charité, s\u2019est d\u2019abord fait connaître comme curé de la paroisse Ste-Cunégonde.Puis, de 1970 à 1985, il participa activement à la mise sur pied de différents comités de citoyens dans le quartier Centre-Sud ; plusieurs de ces comités existent toujours, tels le Comité social Centre-Sud, la Ferme coopérative et Inter-loge Centre-Sud.En 1985, il s\u2019établit dans l\u2019est du Plateau Mont-Royal et participe à la mise en route de La Bonne Place, un organisme communautaire, et d\u2019une coopérative d\u2019habitation.Le prix Mgr Joseph-Charbonneau, décerné annuellement par le Centre St-Pierre, veut souligner l\u2019implication de chrétiens et des chrétiennes en milieu populaire, à Montréal.Tous ceux et celles qui ont eu le plaisir de travailler avec Claude Lefebvre savent à quel point il mérite cette reconnaissance publique.D\u2019autant qu\u2019en soulignant son travail, on attire justement l\u2019attention sur toute la question du logement à Montréal, question qui demeure, après l\u2019Année des sans-abri, l\u2019un des dossiers chauds de l\u2019heure.18 relations janvier-février 1988 LA RESPONSABILITE A L\u2019EGARD DU LOGEMENT DES SANS-ABRI par John Lee Centre d\u2019accueil Préfontaine, Montréal HHBHbhévj KM* ¦ ¦ Bâ m SI * 'JmCÏk Si on observe la situation de l\u2019hébergement d\u2019urgence à Montréal aujourd\u2019hui1, on serait tenté de croire que c\u2019est uniquement le secteur bénévole qui s\u2019occupe des sans-abri.Des refuges, le plus souvent fondés par des groupements religieux de diverses confessions (par exemple la Mission Old Brewery, en 1888, et l\u2019Armée du Salut, en 1890), offrent à la population itinérante des lits d\u2019hébergement de dernier recours.Où est l\u2019État dans tout ça ?En guise de réponse, je vais tracer brièvement l\u2019historique de l\u2019implication du secteur public auprès des sans-abri à Montréal.Au tournant du siècle, même s\u2019il existait des refuges, ils ne suffisaient pas ; les personnes indigentes et sans-abri étaient logées dans les postes de police de la ville.On comptait, en 1901, 55 000 couchers offerts; en 1913, le 1.\tCette communication a été présentée à la Conférence pan-canadienne à l\u2019occasion de l\u2019Année internationale du logement des sans-abri, tenue à Ottawa, du 13 au 16 septembre 1987.2.\tBulletin de la Chambre de Commerce, 8 avril 1957.nombre avait grimpé à 90 000.En 1914, grâce en partie à l\u2019héritage de Gustave Meurling qui avait laissé tous ses biens à la Ville de Montréal, la municipalité fit construire un refuge qui portait le nom de Refuge Meurling, avec 708 lits à l\u2019intention des hommes sans-abri.Ce refuge municipal, situé sur la rue Champ-de-Mars et auquel on a ajouté un autre édifice sur la rue Vitré dans les années 30, a offert ses services jusqu\u2019en 1956.Cette même année 1956, on a déménagé le Meurling du Vieux Montréal dans l\u2019est de la ville, dans les locaux d\u2019un ancien hôpital réservé au traitement des maladies infectieuses.Ce nouveau service fut baptisé « Le Centre de réhabilitation Meurling » et reçut la mission suivante : \u2014\t« permettre aux indigents.de jouer dans notre société un rôle utile et conforme à leur dignité humaine ; \u2014\taider par tous les moyens possibles nos concitoyens démunis physiquement ou moralement à reprendre confiance et à s'aider eux-mêmes ; \u2014\tréhabiliter les alcooliques que la Cour municipale confie au Centre au lieu de les envoyer en prison2.relations janvier-février 1988 19 LA « POPULATION ITINÉRANTE » Je prends pour acquis qu\u2019en parlant des sans-abri, on fait référence à cette partie de la population qui est sans adresse fixe, ou du moins dont la résidence est très instable.En d\u2019autres mots, on parle ici de la « population itinérante », ce terme ayant été adopté à Montréal dans les dernières années pour en éviter d\u2019autres, à connotation péjorative, tels que « robineux », « clochards », etc., qui évoquent une image stéréotypée des sans-abri.La population itinérante, c\u2019est aussi ce jeune de 18 ans qui quitte la famille d\u2019accueil où il a été placé.Sans emploi, sans support familial, sans ressources, il est dans la rue.C\u2019est ce détenu qui quitte la prison à la fin de sa sentence.N\u2019ayant pas été admissible aux travaux rémunérés, il n\u2019a pas d\u2019argent.Où rester cette nuit ?Il se tourne, ou on le réfère, vers les refuges.C\u2019est ce chambreur âgé qui a toujours su subvenir à ses besoins, qui a des problèmes de santé et qui, suite à un long séjour à l\u2019hôpital, se trouve en chambre et pension.Il ne l\u2019aime pas et un jour il la quitte à la recherche de sa vie indépendante d\u2019antan.C\u2019est ce jeune homme qui est venu en ville à la recherche d\u2019un emploi.Sans compétence et sans aide, il fait une demande d\u2019aide sociale.Il se trouve des amis avec qui il boit.Tranquillement il s\u2019engage dans le circuit des maisons de chambres, la « brosse », la rue, les refuges et centres de jour.C\u2019est aussi cette dame d\u2019un certain âge mise à la porte par son conjoint, qui traîne les parcs et les rues et se désorganise de plus en plus.C\u2019est cette jeune femme prise dans l\u2019engrenage de la prostitution et dans le réseau de la drogue.Il s\u2019agit donc de personnes vivant au bas de l\u2019échelle sociale urbaine, devenues instables sur le plan résidentiel et marginalisées par rapport à la société pour une ou plusieurs des raisons suivantes : \u2022\telles n\u2019ont pas le niveau de revenus requis pour se stabiliser et pour vivre selon les valeurs de la société dite normale ; \u2022\telles sont incapables de travailler à cause d\u2019accidents de travail non-compensés, d\u2019alcoolisme ou d\u2019autres toxicomanies, de problèmes de santé physique ou mentale ; \u2022\telles ont été délaissées ou abandonnées par leur famille ou leur conjoint ; \u2022\telles sont retraitées avec un revenu trop bas pour subvenir à leurs besoins ; \u2022\telles ne peuvent s\u2019intégrer au marché du travail à cause de leur âge, de leur manque d\u2019expérience, des carences de leur formation ; \u2022\telles occupent de petits emplois très occasionnels et les plus mal rémunérés de tous ceux qu\u2019offre la société ; \u2022\telles ont une vie caractérisée par la solitude, l\u2019absence de pouvoir, la pauvreté, la dévalorisation de soi et la perte éventuelle de leur autonomie.D\u2019autres caractéristiques s\u2019ajoutent à cette liste déjà longue quand il s\u2019agit des femmes itinérantes : \u2022\telles ont été plus souvent victimes d\u2019agression physique ; \u2022\telles ont un sentiment de culpabilité face à leur rôle de femme ; \u2022\tbeaucoup font de la prostitution ; \u2022\telles souffrent de surmédicalisation et de psychiatrisation.Ces personnes, en raison de leur faibles revenus et de leurs habitudes de vie, ont été et sont toujours confinées à un choix très réduit en matière d\u2019habitation : logis insalubres, souvent délabrés et très peu sécuritaires.¦ Pourquoi ce changement d\u2019orientation ?Alors que pendant la crise des années 30, Montréal disposait d\u2019un total de 2555 lits d\u2019hébergement de dernier recours, on n\u2019avait plus besoin de grands centres de 700 lits dans les années 50.L\u2019esprit tranquille, l\u2019État pouvait laisser maintenant cette besogne aux quelques refuges privés.On ne dépenserait plus les argents publics inutilement ; on investirait plutôt dans la réhabilitation.La mentalité et la situation sociale de l\u2019époque se prêtaient à un tel changement : le nombre des sans-abri étant devenu relativement restreint, la conjoncture permettait, du moins le croyait-on, de fournir des emplois à ces mêmes personnes.Par ailleurs, au Québec, la réadaptation était à la veille de devenir un modèle d\u2019intervention de pointe : pour remédier à la délinquance juvénile, Boscoville était à ses débuts ; les premières Maisons Domrémy pour le traitement des alcooliques étaient ouvertes par les Cercles Lacordaire.C\u2019est aussi le moment où la perception de l\u2019alcoolisme en tant que maladie avait commencé à s\u2019implanter dans les milieux thérapeutiques du Québec.En somme, durant les années où la société était aux prises avec un grand nombre de sans-abri, l\u2019État offrait, tout comme les organismes bénévoles, l\u2019hébergement d\u2019urgence.Au moment où les sans-abri devenaient moins nombreux, l\u2019État a laissé cette responsabilité à un secteur bénévole non subventionné et a songé à régler le problème des sans-abri par la réadaptation.Le Centre d\u2019accueil Préfontaine Fait à remarquer, le Centre d\u2019accueil Préfontaine où je travaille, un établissement public créé en 1981 par le Gouvernement du Québec à l\u2019intention de la population itinérante et sans-abri souffrant d\u2019alcoolisme ou d\u2019autres toxicomanies, a été conçu comme ressource en réadaptation.Vingt-cinq ans après l\u2019établissement du Centre de réhabilitation Meurling, l\u2019État est intervenu une fois de plus, non pour offrir de l\u2019hébergement mais une gamme de services, allant de la désintoxication, l\u2019évaluation, l\u2019orientation jusqu\u2019à la réadaptation.Pourquoi ?Il est important de souligner que l\u2019État n\u2019a consenti à investir des argents publics dans ces services qu\u2019à la suite des revendications des organismes bénévoles qui oeuvraient auprès de cette population.À l\u2019époque, ces organismes réclamaient un accès plus facile aux services de désintoxication.Selon la réforme des services sociaux et de santé du Québec, implantée au début des années 70, le mandat de 20 relations janvier-février 1988 À Montréal, quelques dizaines de lits pour les itinérantes.'f'W-'t.VT.: \\ s\u2019occuper de désintoxication revenait aux hôpitaux généraux.C\u2019est justement à cause des difficultés d\u2019accès pour les alcooliques itinérants à ces services en milieu hospitalier que les organismes ont commencé à revendiquer des centres de désintoxication inspirés du modèle ontarien.Permettez-moi de vous raconter une anecdote remontant à 1975 et qui met en présence des représentants du secteur bénévole et deux fonctionnaires du ministère des Affaires sociales.Les intervenants montréalais demandaient que le ministère mette sur pied des centres de désintoxication réservés à la population des sans-abri.Les fonctionnaires ont répondu que le gouvernement ne consentirait jamais à mettre sur pied des services pour une clientèle spécifique.Car ce même gouvernement était en train d\u2019effectuer une « révolution à long terme » : un jour il n\u2019y aurait plus de sans-abri parce qu\u2019on ne mettrait plus en place des services spécifiques pour eux afin d\u2019éviter qu\u2019ils en deviennent dépendants.Et nos deux fonctionnaires de citer, avec beaucoup de satisfaction, le cas d\u2019un refuge, la Maison Saint-Joseph à Québec, qu\u2019on venait de fermer.Le message du gouvernement était donc très clair.Le secteur public comptait offrir ses services à la population en général, selon les mandats des établissements déjà existants.Les sous-groupes à qui ces services publics ne convenaient pas ou qui ne convenaient pas aux dits services ne devaient pas exister, tout simplement.Et si par hasard ils existaient, comme dans les cas des sans-abri, c\u2019était dans une large mesure la faute des refuges privés ! Comment alors expliquer la fondation du Centre Préfontaine, en 1981, avec le mandat d\u2019offrir ces services spécifiques aux sans-abri et aux itinérants ?Dans le contexte d\u2019un changement de gouvernement au Québec (1976), de multiples pressions avaient été faites par un regroupement d\u2019organismes bénévoles, le Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal.La Ville de Montréal s\u2019était elle aussi impliquée dans le dossier : elle voulait intégrer à son Centre de réhabilitation Meurling, rénové à cette fin en 1978, une unité de désintoxication non médicale.Ce qui ajoutait du poids sur le plan politique.Même si ces nouveaux services offraient le gîte, ils l\u2019offraient à court terme.On ne parlait pas d\u2019hébergement, ce qui était toujours vu comme du ressort d\u2019un secteur bénévole non subventionné.Quand les argents furent accordés, en 1986, pour ouvrir des services de désintoxication et de réadaptation aux femmes, les ressources privées pour itinérantes ont joué un rôle clé en exerçant des pressions sur le gouvernement.Les services à la clientèle féminine de Préfontaine faisaient partie des mesures spéciales visant au désengorgement des salles d\u2019urgence des hôpitaux.Il fallait que ces nouveaux services soient rentables sur le plan de la réadaptation et du même coup qu\u2019ils allègent le fardeau des salles d\u2019urgence.Remarquez que cette intervention de l\u2019État parle de services nécessaires, mais non d\u2019hébergement, encore moins de logement permanent.Les nouveaux sans-abri Entretemps, à la fin des années 70, on assiste à Montréal à la disparition de nombreuses maisons de chambres.C\u2019est pourtant le mode de logement qu\u2019utilise le plus la population itinérante.Environ 5000 chambres sont disparues du marché entre 1977 et 1981.Cette perte est due d\u2019abord à la démolition d\u2019immeubles pour faire place à la construction d\u2019édifices à bureaux et d\u2019autoroutes, puis au retour en masse de la classe moyenne qui revient vivre dans les quartiers proches du Centre-ville.On achète des maisons de chambres et on les rénove pour en faire des résidences familiales, des condominiums, des boutiques, des restaurants, des bureaux.Les gouvernements de l\u2019époque ont d\u2019ailleurs encouragé cette transformation par leurs programmes de rénovation, dont les maisons de chambres, considérées comme des commerces, ont été exclues.Pourtant, durant la même période, la population itinérante et sans-abri s\u2019accroît et se diversifie.Si, durant les années 60, dans la perception générale en tout cas, il s\u2019agissait d\u2019une population d\u2019hommes - pour la plupart des alcooliques, symboles de la déchéance -, voilà que depuis la fin des relations janvier-février 1988 21 années 70, cette population itinérante regroupe aussi des jeunes, des femmes, des malades mentaux, des toxicomanes.C\u2019est l\u2019époque de la guerre à l\u2019inflation, du chômage, des coupures dans les services publics, de la désinstitutionnalisation des patients psychiatriques, de la présence croissante de femmes itinérantes.Tous ces éléments se conjuguent pour attirer l\u2019attention sur la population sans domicile fixe.Du côté des intervenants sociaux, une table de concertation sur les maisons de chambres est mise sur pied.Ils se plaignent, aux autorités et dans les médias, du délabrement de ces maisons tout autant que de leur disparition.Une poignée d\u2019organismes sans but lucratif, un nouveau genre d\u2019organismes bénévoles, entreprend de rénover des maisons d\u2019habitation à l\u2019intention de cette population.Quant à l\u2019État, il réduit ses contributions à la création d\u2019unités de logements sociaux au Québec, qu\u2019il s\u2019agisse de logements publics ou de logements gérés par des coopératives ou des organismes sans but lucratif.Alors que 10 000 de ces unités ont été créées en 1979, seulement 4400 l\u2019ont été en 1986.Leçons à tirer Dans les moments de crise, quand il est impossible d\u2019ignorer les problèmes des sans-abri, comme durant les années 30, l\u2019État s\u2019implique.Mais les solutions ne sont que temporaires.On ne parle pas de logement permanent.On met sur pied des services d\u2019hébergement de dernier ressort.Encore en 1987, le pouvoir municipal s\u2019est engagé à créer de tels services : 25 lits pour les femmes et 25 lits pour les hommes.Le programme québécois de construction de logements sociaux pour les sans-abri qui va financer entre autres choses ces 50 lits, opte également pour le temporaire.Sur les quelque treize millions de dollars consacrés à ce programme au Québec, seulement 41 % seront affectés aux logements à caractère permanent, c\u2019est-à-dire un peu plus de cinq millions.Quand on sait qu\u2019un seul projet de vingt-deux studios3 peut coûter jusqu\u2019à 900 000 $ et quand on parie d\u2019une population de sans-abri (ou personnes très instables sur le plan de la résidence) estimée à 10 000 personnes, on voit à quel point le montant disponible est dérisoire.Le pouvoir politique se doit de faire des interventions qui soient rentables ou du moins qui soient perçues comme telles par les électeurs.L\u2019investissement dans la réadaptation, pour aider les gens à mener une vie utile dans la société, en est un bon exemple.Pourtant, les limites du modèle de la réadaptation sont évidentes surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une population de sans-abri.Il suffit de travailler dans des services de désintoxication offerts à cette population pour se rendre compte de l\u2019énorme handicap que constitue pour ces personnes l\u2019absence de domicile.Ces mêmes problèmes d\u2019intoxication par l\u2019alcool ou par d\u2019autres drogues ne viennent-ils pas à bout de bien des gens qui sont plus gâtés par la vie, qui possèdent un emploi, une famille ou autre type de relation stable, un statut social et qui sont de surcroît très bien logés ?Pour les sans-abri, le choix d\u2019un logement est limité aux refuges et aux maisons de chambres délabrées et insalubres, solutions plutôt ponctuelles ou temporaires.Il ne faut donc pas se surprendre qu\u2019à la fin de leur stage dans un centre de désintoxication, leurs tentatives de sobriété, s\u2019ils n\u2019ont pas accès à un logement adéquat et stable à un prix abordable, se soldent par une rechute.Suit une nouvelle arrestation par les forces policières et la réadmission au Centre de désintoxication.L\u2019affaire se complique du fait que des sans-abri ont vite appris comment utiliser les services offerts en les détournant de leurs buts premiers pour satisfaire leurs besoins de base, dont celui du logement4.Des intervenants racontent même des anecdotes de clients qui s\u2019intoxiquent expressément afin de correspondre à un des critères d\u2019admission.Finalement, le programme de réadaptation achoppe à une contradiction et à un obstacle qui compromettent gravement sa réussite, faute de logements pour sa clientèle.On demande aux bénéficiaires de se donner des objectifs, y compris celui de se trouver un logement.On les encourage à faire les démarches nécessaires, sachant très bien qu\u2019aucune instance, à part quelques organismes privés sans but lucratif, ne s\u2019attaque de façon systématique à la carence et à la disparition de logements appropriés aux besoins de la population itinérante.Le défi pour les établissements publics sera de découvrir comment faire la jonction entre leurs programmes de réadaptation des individus et les démarches collectives d\u2019autres organismes ou regroupements qui visent à l\u2019amélioration des conditions de vie des sans-abri et des populations défavorisées en général, que ce soit sur le plan du logement, du revenu ou du travail.La réadaptation qui ne se préoccupe pas d\u2019assurer à ses clients de vraies chances de vie meilleure dans leur milieu -en particulier au plan de leur habitation -, est vouée à un échec certain.Ces institutions publiques devront donc apprendre à travailler de concert et en complémentarité avec le secteur privé sans but lucratif du domaine de l'habitation : elles devront apprendre à offrir leurs services aux résidants des logements sociaux qui ont été mis sur pied par ces mêmes organismes pour les personnes âgées requérant des services de maintien à domicile ou pour les autres personnes qui ont besoin d\u2019encadrement dans le domaine de la toxicomanie, de la santé mentale, etc.Chose surprenante, si on regarde les projets retenus, pour la région de Montréal, dans le cadre du programme spécial de l\u2019Année internationale du logement des sans-abri, force est de constater que très peu impliquaient un lien ou une entente avec un établissement public (CLSC ou Centre de réadaptation) qui aurait pu assurer un suivi aux résidants.Pour ce qui est des organismes bénévoles du milieu de l\u2019itinérance, nous avons bien vu à quel point leurs revendications ont été nécessaires pour que l\u2019État s\u2019implique et qu\u2019il débloque des argents pour des services certes indispensables mais temporaires (dans le cas de l\u2019hébergement de dernier recours) ou à court terme (dans le cas des services de réadaptation).Il faudra dorénavant qu\u2019eux aussi apprennent à collaborer avec les organismes sans but lucratif d\u2019habitation, qui s\u2019occupent de rénovations et de nouvelles constructions de logements permanents.Tout le monde a intérêt à ce que ce secteur soit en santé, l\u2019État le premier.Car ces organismes sans but lucratif d\u2019habitation ont trouvé une réponse tellement simple, mais tellement vraie, au problème des itinérants : s\u2019ils sont sans abri, c\u2019est au fond parce qu\u2019ils n\u2019ont pas de chez-eux, pas de foyer, pas de logement permanent adéquat et à un prix abordable.Ce que le libre jeu du marché ne leur assure pas.¦ 3.\tUn studio comprend chambre, chambre de bain et cuisinette.4.\tWiseman, 1970.22 relations janvier-février 1988 Mexique : UN LIBRE-ÉCHANGE AVEC LES ÉTATS-UNIS ?par Maryse Robert économiste, au GERFI (ÉNAP) En 1987, une inflation de 140 % ¦ Æjm, deux événements majeurs ont bouleversé la vie des Mexicains au cours des derniers mois.D\u2019abord, l\u2019actuel président du pays, Miguel de la Madrid Hurtado, rendait public, en octobre, le nom de celui qui allait devenir son successeur.Quelques semaines plus tard, en novembre, le Mexique signait un accord commercial bilatéral avec les États-Unis manifestant ainsi son intention de négocier dès février 88 un mini libre-échange avec son voisin du nord.On rêve déjà à Washington d\u2019un vaste marché nord-américain de l\u2019Arctique au Yucatan.Économiste de 39 ans formé à Harvard, ministre du Plan et du Budget, Carlos Salinas de Gortari se verra confier la présidence du Mexique dès le 1er décembre 1988.Bien que des élections soient prévues en juillet prochain, le système politique mexicain est tel qu\u2019il favorise toujours le candidat du parti au pouvoir depuis près de 60 ans, le PRI (Partido Revolucionar Institucional).Plusieurs défis attendent le futur président durant son mandat de six ans.Il ne fait aucun doute que ce sont surtout les problèmes économiques du pays qui retiendront son attention.Les derniers mois ont été assez douloureux pour l\u2019économie mexicaine.L\u2019inflation a été évaluée à plus de 140 % en 1987.En novembre, le gouvernement a cessé de soutenir la valeur du peso sur le marché libre ; résultat, cette monnaie a perdu plus du quart de sa valeur.En laissant flotter le peso, le Mexique a voulu garder ses précieuses devises étrangères pour les utiliser à d\u2019autres fins.Dès février, le Mexique entamera des négociations commerciales avec les États-Unis en vue de libéraliser ses échanges économiques avec ce pays.Bien qu\u2019on se refuse à parler de libre-échange, il ne fait aucun doute que ces négociations vont au-delà de la simple entente commerciale.D\u2019ailleurs, les relations économiques du Mexique avec les États-Unis ont toujours occupé une place fort importante.Ainsi, le Mexique constitue le troisième partenaire commercial des Américains après le Canada et le Japon.Sa population (80 millions d\u2019habitants) est trois fois plus nombreuse que celle du Canada.Les secteurs à l\u2019étude dans le cadre de ces négociations seront ceux du textile, de l\u2019acier, de l\u2019agriculture, des investissements, du transfert de technologie, des produits électroniques, des services, des brevets et de la propriété intellectuelle.relations janvier-février 1988 23 S\u2019ajuster aux pressions internationales Aux prises avec une dette externe de 103 milliards de dollars US, le Mexique a dû se convertir, depuis plus d\u2019un an, aux vertus des réformes économiques structurelles proposées par le FMI et la Banque Mondiale afin d\u2019obtenir des crédits supplémentaires.On a ainsi sabré dans la lourde bureaucratie du pays.Le gouvernement s\u2019est aussi départi de près de la moitié de ses entreprises étatiques et finalement, le Mexique a adhéré au GATT1.En décembre dernier, les tarifs à l\u2019importation étaient évalués à 10 % soit la moitié de ce qu\u2019ils étaient il y a cinq ans.Le futur président du Mexique, Carlos Salinas de Gortari, fut d\u2019ailleurs l\u2019un des éléments clés dans cette nouvelle orientation du pays.Malgré l\u2019enthousiasme créé par la récente hausse des prix du pétrole entraînant du même coup une hausse des réserves en monnaie étrangère, l\u2019économie demeure très fragile.La Bourse de Mexico a particulièrement souffert de la crise boursière à Wall Street.Durant les neuf premiers mois de 1987, la Bourse de Mexico avait enregistré la plus haute croissance au monde, soit 330 % ; après la crise, ce fut l\u2019inverse.Les valeurs boursières ont chuté de 70 %.Par ailleurs, en septembre dernier, la Banque inter-américaine de développement soulignait que le revenu des Mexicains avait chuté de 6,4 % en 1986, la consommation de 4,6 % et l\u2019investissement de 11,7%.En fait, le salaire moyen des Mexicains était beaucoup plus élevé en 1980 (2734 dollars US) qu\u2019en 1986 (2407 dollars US).Le Mexique fait donc face à un véritable dilemme : la hausse du prix du pétrole, la plus importante industrie du pays, a provoqué l\u2019entrée de devises étrangères ; par contre, il est impossible d\u2019investir ces nouveaux fonds dans l\u2019économie sans créer une spirale inflationniste.Or, le taux d\u2019inflation s\u2019élève déjà à 140 %.Ce nouveau dilemme auquel doit faire face le Mexique démontre bien la faiblesse du tissu industriel de ce pays.Outre le pétrole, c\u2019est l\u2019industrie des « maquiladoras » qui constitue la principale source de devises étrangères.Le tourisme arrive au troisième rang.Créées en 1965, les maquiladoras sont des usines d\u2019assemblage qui importent des produits non finis des États-Unis pour ensuite les ré-exporter vers ce pays en ne payant les frais de douane que sur la valeur ajoutée.Or, cette valeur est relativement faible puisqu\u2019il s\u2019agit essentiellement du salaire des employés mexicains variant entre 50 cents US et 1,00 $ l\u2019heure.Depuis la crise économique de 1982, l\u2019industrie des maquiladoras s\u2019est rapidement développée.On compte actuellement plus de 1000 firmes installées principalement près de la frontière américaine.Ford, General Motors, RCA, Zenith, Westinghouse, et Honeywell sont parmi les multinationales opérant des maquiladoras.En décembre 1986, à Acapulco, une exposition réunissant près de 30 000 représentants du monde des affaires et du gouvernement mexicain a permis de faire le point sur les perspectives d\u2019avenir de cette industrie.Outre les Américains, les Japonais s\u2019intéressent de plus en plus au Mexique.Au printemps dernier, on comptait 15 maquiladoras japonaises (Sanyo, Sony, Hitachi, etc.).On s\u2019attend d\u2019ailleurs à ce que leur nombre ait doublé d\u2019ici quelques mois.À cause de la forte augmentation du yen par rapport au dollar américain, il est beaucoup moins rentable pour les Japonais de produire dans leur pays.La valeur du peso étant, pour sa part, très faible, la main-d\u2019oeuvre du Mexique s\u2019avère moins onéreuse que celles d\u2019autres pays asiatiques tels la Corée du sud et Taïwan.On verra donc dans les prochaines années un déplacement des usines d\u2019assemblage de l\u2019Asie vers le Mexique.Singapour, Hong Kong, Taïwan et la Corée du sud envisagent eux aussi de déplacer leurs opérations.Malgré l\u2019engouement des Américains et des Japonais, « personne ne croit que les maquiladoras vont résoudre les problèmes du Mexique.En fait, il faudrait que les Mexicains s\u2019inspirent de Taïwan qui en est venue à produire les pièces devant être assemblées chez elle », souligne Norris Clement, professeur à l\u2019Institut d\u2019Études régionales de la San Diego State University.Partisan du secteur privé, le nouveau président mexicain devra donc favoriser la création d\u2019un secteur industriel solide capable d\u2019offrir des emplois aux millions de chômeurs en attente de travail.Pour sa part, le troisième secteur d\u2019importance, le tourisme, est en plein essor.L\u2019activité touristique a augmenté de 12 % au cours des deux dernières années.Dans plusieurs cas, l\u2019investissement a été rendu possible suite au troc d\u2019une partie de la dette externe mexicaine.En fait, depuis avril 1986, un investisseur peut acheter en devises une fraction de la dette mexicaine à sa valeur sur le marché (soit 60 % de sa valeur initiale) ; ce faisant, il reçoit du gouvernement mexicain entre 85 et 92 % de l\u2019équivalent de la valeur initiale en pesos qu\u2019il devra investir au pays.Il s\u2019agit ainsi d\u2019un programme visant à favoriser la venue des nouveaux investissements.Les Américains et les Britanniques se sont montrés très intéressés à ce programme qui devrait créer 10 000 emplois dans le secteur touristique d\u2019ici 1990.En août dernier, le gouvernement mexicain adoptait une autre mesure visant à favoriser le secteur privé.40 % des nouveaux dépôts bancaires seront mis à la disposition des investisseurs.Auparavant, 94 % des dépôts bancaires étaient bloqués par le gouvernement afin d\u2019éponger le lourd déficit budgétaire du pays évalué à 17 % du produit national brut.Canada-Mexique Dans le but d\u2019augmenter les revenus de ses exportations, le Mexique veut accroître son commerce.Le Canada constitue l\u2019une des cinq cibles de ce pays.Au cours des dix dernières années, les compagnies canadiennes ont été impliquées dans plus de 30 projets au Mexique.Les secteurs d\u2019expansion seraient ceux de la pétrochimie, de la métallurgie, de l\u2019équipement pétrolier, de l\u2019infrastructure et du management.Avant la fin de son mandat, en décembre 1988, l\u2019actuel président du Mexique voudrait signer un accord de coopération industrielle avec le Canada.Les Mexicains s\u2019intéressent particulièrement aux transferts technologiques, aux échanges bilatéraux et aux « joint ventures » (les compagnies à capital mexicain et étranger).Malgré toutes les bonnes intentions dont on fait preuve dans certains milieux, l\u2019avenir s\u2019annonce très difficile pour le peuple mexicain.Alors qu\u2019il est maintenant plus hasardeux d\u2019immigrer au nord chez « les gringos », suite à la nouvelle loi sur l\u2019immigration adoptée par le Congrès américain l\u2019an dernier, peu d\u2019alternatives s\u2019offrent aux gens à court terme.La spéculation boursière n\u2019a pas créé d\u2019emplois, la fuite des capitaux enrayée début 87 reprend de plus belle et rien n\u2019indique que l\u2019inflation ne dépassera pas la barre des 140 % cette année.Ainsi, on attend avec impatience les propositions du nouveau président.¦ 1.Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce.Cet accord réglemente le commerce à l\u2019échelle internationale.24 relations janvier-février 1988 SOCIAL-DEMOCRATIE ET ENGAGEMENT ÉTHIQUE par Gregory Baum Crise des partis socialistes dans les années 80 et montée sans précédent du Nouveau parti démocratique, langue de bois néo-libérale et nouveaux mouvements sociaux, déclin économique et révolution éthique au Canada et au Québec, voilà quelques-uns des thèmes abordés au colloque sur « l\u2019avenir de la social-démocratie ».Voici un écho de ce brassage d\u2019idées .et d\u2019idéaux.quel est « l\u2019avenir de la social-démocratie » ?Pour ramasser cette vaste question, le Centre canadien de recherche en politiques de rechange et la Faculté des sciences sociales de l\u2019Université d\u2019Ottawa réunissaient à Ottawa, du 18 au 21 novembre 1987, des experts et des témoins venus du Canada et du Québec, mais aussi des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la Suède, de la Norvège, de la France et de l\u2019Espagne.Le problème soulevé est d\u2019ordre pratique : en cette époque de néo-conservatisme, y a-t-il de l\u2019espoir pour la social-démocratie ?Et, si oui, que faire ?Les conférenciers ont parlé indifféremment de social-démocratie et de socialisme démocratique pour désigner un système socio-économique axé sur l\u2019égalité et la solidarité.Trois grands principes caractérisent ce système : c\u2019est l\u2019État qui est l'agent de la redistribution économique, la solidarité doit être universelle et n\u2019exclure personne, et il s\u2019agit de développer la participation au maximum à tous les niveaux de la société.S\u2019adapter ou inventer ?Deux lignes de questionnement ont partagé les conférenciers.Les uns ont abordé les partis sociaux-démocrates existants en se demandant comment ils devraient se transformer pour faire face au défi actuel.C'est dans ce sens qu\u2019un panel de dirigeants néo-démocrates a scruté l\u2019avenir du NPD au Canada.Sur la scène européenne, cependant, c\u2019est l\u2019expérience suédoise qui continue de cautionner cette tendance : la social-démocratie y est devenue une tradition culturelle.Il est tout à fait remarquable, par exemple, que pour demeurer compétitif sur le marché mondial pendant le déclin économique actuel, le système suédois soit parvenu à faire supporter une baisse des revenus par les administrateurs et les professionnels, au lieu de diminuer le pouvoir d\u2019achat des ouvriers.D\u2019autres conférenciers, par contre, se demandent si les partis socialistes n\u2019ont pas fait leur temps : comment expliquer l\u2019échec de la gauche ?Et quelles leçons tirer du succès actuel de la droite ?À force de mettre l\u2019accent sur les facteurs économiques, les socialistes en seraient venus à négliger les rapports entre les personnes, la communauté.Or la prise de conscience ne se fait pas seulement dans le milieu de travail : les gens sont aussi influencés par la communauté plus large dont ils se sentent solidaires.C\u2019est l\u2019indifférence de la gauche aux valeurs culturelles qui a permis à la droite de mobiliser l\u2019électorat autour de la quête de la communauté.De même, la tendance centralisatrice de l\u2019État moderne, tendance qu\u2019appuie pleinement la tradition social-démocrate, a fini par aliéner les communautés locales et leurs populations.La bureaucratisation les a rendues dépendantes.Leur ressentiment à l\u2019égard de la machine gouvernementale a été récupéré par la droite pour mobiliser l\u2019opinion contre l\u2019État-Providence.Est-il pensable pour la social-démocratie de promouvoir la décentralisation et de débureaucratiser la fonction publique ?Le socialisme démocratique peut-il développer une forme de gouvernement plus participatif ?Pour avoir un avenir, la social-démocratie se doit de retrouver le sens de la solidarité et de la participation.Ceux qui veulent dépasser la social-démocratie soulignent en outre que ce ne sont plus seulement les ouvriers qui sont victimes d\u2019oppression dans la société contemporaine et qu\u2019il est absurde de continuer de parler du prolétariat comme du seul et unique moteur de changement social.À l\u2019heure actuelle, les contradictions de la société ont donné naissance à plusieurs larges mouvements de protestation : féministe, pacifiste, écologiste.Les partis sociaux-démocrates, trop souvent indifférents à l\u2019égard de ces mouvements, finissent par perdre leur appui et voir s\u2019éroder leur base.La conférence a jugé que ces deux questionnements divergents étaient au fond complémentaires.Les représentants des différents partis ont appelé à l\u2019auto-critique et prôné une nouvelle ouverture.Les partisans du renouveau et de la réorientation ont accepté de reconnaître leur lien avec la tradition socialiste et la nécessité d\u2019un parti socialiste.relations janvier-février 1988 25 « A change of mood.» (Ed Broadbent) Changement d\u2019humeur ?Par contre, on n\u2019a pas réussi à s\u2019entendre sur la question de savoir si on peut parler actuellement d\u2019une victoire de la social-démocratie.Jusqu\u2019à quel point le néo-conservatisme a-t-il pénétré la culture mondiale ?Les Scandinaves se disent confiants, capables de s\u2019accrocher à leur tradition socialiste.Mais que dire de la France ?De la Grande-Bretagne ?Le représentant de l\u2019Espagne a déploré que son parti, bien que victorieux aux élections, n\u2019ait pas su préserver les idéaux socialistes.Ed Broadbent et d\u2019autres députés NPD présents à la conférence parlent d\u2019un changement d\u2019humeur (a change of mood) au Canada.Cependant, un sociologue américain, après avoir analysé les contributions versées par la grande entreprise aux partis Démocrate et Républicain, aboutit à un pronostic négatif : trop de milieux d\u2019affaires ont abandonné Reagan pour revenir au Parti Démocrate.Renforcé mais alourdi par cet appui financier, ce dernier ne peut que rester prudemment réformiste : son aile social-démocrate n\u2019a guère de chances de s\u2019imposer.Étant donné la puissance et la taille des États-Unis, leur déclin économique actuel et l\u2019absence de la social-démocratie dans ce pays, les participants européens n\u2019ont pas pu comprendre pourquoi un gouvernement canadien chercherait à conclure un accord de libre-échange avec son voisin du Sud.Les forces sociales-démocrates gagnent peut-être du terrain, mais elles restent éparpillées.Malgré la qualité des intervenants et du débat, la conférence n\u2019a pas rassemblé plus de deux cents personnes.Symbolique de cette fragmentation, le fait qu\u2019au cours du même week-end avait lieu, dans la même ville, une conférence sur le thème voisin de la démocratie économique, organisée par le Centre canadien pour le développement économique communautaire.Dans le même édifice, juste à côté de nous, se tenait un atelier sur les relations interraciales à Ottawa.La prise de conscience des problèmes sociaux ne s'est pas encore fondue en un mouvement politique.De l\u2019avis de quelques participants, l\u2019intérêt croissant porté à la justice sociale et la débâcle de la droite aux États-Unis annoncent pourtant un changement imminent de mentalité.Selon eux, les gens seront bientôt disposés à entreprendre ou à endosser des transformations sociales audacieuses.Dans ce contexte, l\u2019orientation progressiste des Églises apparaît d\u2019une grande importance.De fait, on avait justement demandé à Mgr Rémi de Roo d\u2019être l\u2019orateur principal, lors du banquet de la conférence.L\u2019évêque de Victoria, direct et lucide, a dénoncé le glissement au Canada et dans le monde vers une forme plus oppressive de capitalisme, et ses conséquences dévastatrices pour les populations.En contrepoint, il a signalé les multiples efforts de groupes, de mouvements et d\u2019organisations diverses au Canada pour créer une vague de solidarité ; mieux coordonnés, articulés éventuellement par un mouvement populaire, par l\u2019un ou l\u2019autre parti politique, ces efforts pourraient transformer la société dans le sens d\u2019une plus grande justice.Les difficultés La conférence fut aussi l\u2019occasion d\u2019examiner les difficultés économiques inhérentes à la social-démocratie.Les gouvernements socialistes sont souvent paralysés par la crainte que le capital ne fasse ses bagages et s\u2019en aille.De même que le travail est réglementé par une loi, ne serait-il pas possible de créer un cadre juridique correspondant pour le capital ?Il faut faire preuve d\u2019imagination sur le plan juridique.Par exemple, la Loi pourrait-elle obliger les industries à réinvestir de cinquante à soixante pour cent de leurs profits dans les régions où elles sont établies ?Est-ce-qu\u2019une législation appropriée pourrait exiger que les ouvriers et la communauté soient impliqués lorsqu\u2019on envisage de fermer une entreprise industrielle ?Encore plus importante est la question de savoir si la social-démocratie est réalisable en contexte de déclin économique.Est-il possible de redistribuer la richesse et d\u2019appuyer les programmes sociaux, au moment où les gouvernements sont forcés de couper dans les dépenses publiques ?Stuart Holland, économiste et député travailliste britannique, et Samuel Bowles, économiste américain, auteur de Beyond the Wasteland, ont soutenu avec force que la social-démocratie et une coopération accrue sont la seule voie qui puisse tirer les nations de la crise actuelle.La production capitaliste est beaucoup trop marquée par le gaspillage.Nous ne pouvons plus nous payer ce gâchis.La concurrence pousse à dédoubler indéfiniment l\u2019équipement industriel et à multiplier les biens de consommation bien au delà des vrais besoins.Nous surproduisons et, pour rester compétitifs, il faut améliorer nos produits chaque année et, chaque année, nous débarrasser des vieux stocks.En cherchant à persuader les gens de continuer à acheter, l\u2019ordre économique actuel a « créé » une population qui rêve inlassablement d\u2019assouvir ses besoins matériels.Pouvons-nous encore nous permettre ce gaspillage d'efforts et de ressources ?En second lieu, la frustration croissante engendrée par l\u2019organisation du travail, au bureau et à l'usine, a fait chuter la productivité.Soumis à une compétition serrée, les ouvriers se sont mis à détester leur travail.Encore une dilapidation de ressources humaines et d\u2019énergie créatrice ! Troisièmement, tandis que l\u2019économie continue à décliner et que s\u2019accentue le sentiment d\u2019aliénation, la société se voit contrainte d\u2019employer de plus en plus de gardiens et de 26\trelations janvier-février 1988 surveillants pour faire respecter les règles du jeu : contremaîtres et surintendants, inspecteurs et « bouboumacoutes », policiers et gardes de sécurité.Il y a toujours plus à surveiller, à l\u2019usine et au bureau, sur la rue et à la maison, et il faut constamment augmenter les effectifs de police pour maintenir l\u2019ordre dans la cité.Pourrons-nous longtemps nous payer cette armée de sentinelles ?La social-démocratie entend éliminer ce gaspillage ; elle projette une société plus coopérative, une planification concertée de la production en accord avec les besoins des gens et une meilleure organisation du travail : plusieurs expériences de concertation ont fait la preuve que l\u2019humanisation des lieux de travail favorise la productivité.Le Québec Le message des conférenciers du Québec cadrait parfaitement avec la double perspective qui se dégageait de la conférence, la réforme de la social-démocratie, d\u2019une part, et le dépassement des partis existants, de l\u2019autre.Francine Lalonde a souligné qu\u2019un gouvernement social-démocrate ne peut fonctionner sans l\u2019appui d\u2019une large base sociale, recrutée en particulier dans le mouvement ouvrier et populaire et chez certains groupes d\u2019intellectuels, ne serait-ce que parce qu\u2019il se doit de promouvoir la solidarité sociale et la concertation.Elle a reconnu l\u2019effet paralysant pour la social-démocratie, au Québec, du conflit entre le gouvernement péquiste et les syndiqués du secteur public en 1982, conflit causé par des erreurs de part et d\u2019autre.Lorsqu\u2019on lui demanda si le Parti Québécois était toujours un parti social-démocrate, elle répondit par l\u2019affirmative.Quelles que soient les incertitudes présentes, le PQ a toujours un programme social-démocrate et reconnaît ne pouvoir arriver à ses fins que s\u2019il est porté par un mouvement populaire de solidarité sociale et de concertation.Marcel Pepin a brossé un tableau d\u2019ensemble des efforts visant à promouvoir la social-démocratie au Québec : le CCF-NPD, le PQ, et le Mouvement socialiste, sans oublier de noter qu\u2019actuellement tous les partis politiques au Québec, y compris le PLQ, se disent sociaux-démocrates.Il faut examiner, ajoutait-il, jusqu\u2019à quel point les programmes de ces partis sont solidaires des intérêts des moins bien nantis et favorisent la redistribution de la richesse.D\u2019accord avec les autres conférenciers, Marcel Pepin constate que la social-démocratie reste incomplète et impraticable si elle ne s\u2019appuie pas sur un mouvement social de solidarité : au Québec la social-démocratie n\u2019aura une chance que lorsque les syndicats apprendront à lutter ensemble.Jacques T.Godbout a présenté une analyse lucide des efforts entrepris par le gouvernement québécois pour créer un réseau de services sociaux susceptible de rejoindre et d\u2019impliquer l'ensemble de la population.L\u2019expérience des CLSC est, à son avis, caractéristique des difficultés qu\u2019ont rencontrées tous les gouvernements sociaux-démocrates.Au lieu de promouvoir la solidarité, la création d\u2019un secteur de services sociaux produit de nouvelles divisions dans la société.Parce que les employés du gouvernement ont développé entre eux une forte solidarité professionnelle et syndicale en même temps qu\u2019un discours autonome, ils adoptent une orientation politique bien à eux.Tiraillés entre l'appareil gouvernemental et leur solidarité de corps, les travailleurs sociaux ont du mal à être solidaires de leurs clients.Leurs services finissent par être perçus par les chômeurs et les « Vers un capitalisme plus oppressif » (Rémi De Roo) assistés sociaux comme une pression et un contrôle exercés d'en haut.Dans ces conditions, les couches défavorisées de la société ne peuvent plus reconnaître les intentions sociales-démocrates du gouvernement.À ce jour, personne n\u2019a pu trouver la formule qui permettrait de débureaucratiser les services gouvernementaux.Et pourtant nous en avons grand besoin.Le ressentiment de la droite envers l'État n\u2019est pas sans fondement.La social-démocratie pourra-t-elle créer un mouvement de solidarité sociale et une véritable concertation ?Une révolution éthique Plusieurs participants à la conférence, dont Jacques T.Godbout, ont avancé l\u2019idée que la social-démocratie pose un défi éthique.Une personne de l\u2019auditoire, l\u2019économiste Flarold Chorney de l\u2019Université Concordia, devait rappeler qu\u2019il ne suffit pas de mettre en place la bonne institution, chargée de promouvoir la concertation, pour amener les gens à coopérer tout naturellement, comme des socialistes le supposent trop facilement.De fait, continua-t-il, nous savons très bien, de par notre expérience au sein des organisations syndicales et politiques, qu\u2019il y a toujours des individus qui veulent dominer les autres.En chacun et chacune de nous, il y a une certaine résistance à la solidarité et la coopération.Ne devons-nous pas alors, demanda Chorney, prendre l\u2019éthique plus au sérieux et privilégier certaines valeurs ?Sur cette lancée, plusieurs intervenants firent l\u2019éloge des Églises qui enseignent qu\u2019il n\u2019y a pas de reconstruction sociale sans un changement du coeur.La construction de la social-démocratie est un projet éthique.Centrée sur le marché, marquée comme elle l\u2019est par l\u2019individualisme et l\u2019utilitarisme, où notre société pourra-t-elle puiser l\u2019énergie morale nécessaire pour créer une social-démocratie ?¦ relations janvier-février 1988 27 RECENSIONS DE JANVIER lectures Léon Schwartzenberg : Requiem pour la vie ?Jean- Claude Icart : Négriers d\u2019eux-mêmes.Essai sur les boat people haïtiens en Floride ?Tahar Ben Jelloun : La nuit sacrée.Requiem pour la vie Voici un petit livre fascinant.L\u2019auteur est médecin, cancérologue.Dans un ouvrage antérieur, Changer la mort, écrit avec la collaboration de Pierre Viansson-Ponté, il avait exposé ses thèses principales sur le cancer, la nécessité de lutter contre ce mal, les chances de succès, le mystère de la mort et le devoir de mourir dignement.Il reprend ici les mêmes idées en insistant beaucoup sur une pratique de l\u2019euthanasie.L\u2019ouvrage fait alterner des récits de vie, gais ou tristes mais toujours pathétiques, et des chapitres plus réflexifs.Son livre est un plaidoyer pour une euthanasie douce, quand tous les efforts médicaux ont été fournis, quand la situation a passé les limites du tolérable et que les relations avec autrui sont devenues pratiquement impossibles.L\u2019auteur s\u2019élève avec passion contre les tenants d\u2019une morale en soi qui veut maintenir la vie à tout prix.Derrière l\u2019acharnement thérapeutique, il détecte une morale figée, accrochée à des principes définis immuables, une morale qu\u2019il juge abstraite et inhumaine.L\u2019auteur reconnaît avoir lui-même souvent pratiqué l\u2019euthanasie auprès de malades consentants, en phase terminale.Par bribes, il esquisse les critères de son jugement et de sa décision.Sa 28 thèse n\u2019est pas abstraite ; elle semble nourrie de compassion et de tendresse, inquiète, torturée.En témoigne ce procès imaginaire : -\tVous l\u2019avez tué ?-\tSi vous voulez.-\tVous l\u2019admettez ?-\tOui.-\tVous rendez-vous compte que vous péchez par orgueil ?Ces actions, vous les revendiquez avec fierté.-\tNon.Ce n\u2019est pas un sentiment de fierté.Simplement, si je ne l\u2019avais pas fait, ç\u2019aurait été un sentiment de honte.(P-250) Un livre fort discutable mais, à sa manière, un livre incontournable.Un livre qui révèle la pertinence des questions éthiques de notre temps.¦ André Beauchamp Négriers d\u2019eux-mêmes en 1972, aux abords du continent nord-américain, les premiers « boat people » de l\u2019ère contemporaine risquent déjà leur vie en tentant de la sauver.Ce sont des Haïtiens qui fuient le régime Duvalier et espèrent trouver refuge sur les côtes de Floride.Ces Haïtiens, et les milliers de leurs compatriotes qui les suivront, ne savent pas encore que, pour obtenir leur statut de réfugié, ils auront à livrer, quinze ans relations janvier-février 1988 durant, l\u2019une des plus rudes batailles juridiques de l\u2019histoire des États-Unis.Ce sera une bataille féroce où le fameux INS (Immigration and Naturalization Service) ne reculera devant rien pour obtenir leur expulsion.Arrestations arbitraires, harcèlements de tout ordre, contre eux et contre leurs avocats, intimidations, emprisonnements dans des conditions extraordinairement dures, refoulements : rien ne sera épargné aux Haïtiens.L\u2019ouvrage de Jean-Claude Icart raconte toute cette bataille, mais il fait beaucoup plus.Il démontre que les autorités américaines ont perçu les demandes d\u2019asile politique présentées par les Haïtiens « comme une intrusion dans un monde privilégié, le monde des droits et des libertés individuelles d\u2019où ils auraient dû être exclus» (p.148), dans leur pays d'abord, puis aux États-Unis.Pour étayer sa démonstration, l\u2019auteur procède à une analyse serrée des causes structurelles qui, aux États-Unis comme en Haïti, sont à la source des migrations haïtiennes.Il met ainsi en lumière le continuum où se fondent les besoins de main-d\u2019oeuvre illégale des grandes exploitations agricoles américaines et les mécanismes d\u2019oppression politique du régime Duvalier.Tout se tient : la force de travail des milliers de personnes que les autorités haïtiennes poussent à l\u2019exil devient le rouage essentiel du fonctionnement de certains secteurs de l\u2019économie américaine.Avec une seule et même constante : le mépris des droits les plus élémentaires des Haïtiens.On aurait pu tolérer leur présence comme illégaux - et donc exploités dans les plantations de Floride - mais non pas comme réfugiés, c\u2019est-à-dire sujets de droits.Il faut lire cet essai qui, en 155 pages, brosse à la fois un tableau de l\u2019histoire haïtienne, une synthèse des principales théories d\u2019analyse des migrations de travail et un portrait des législations américaines en matière d'immigration et de refuge.Il faut le lire pour comprendre à quel point la dichotomie « réfugié politique »/ « réfugié économique » masque souvent la réalité.Il faut le lire pour découvrir cette réalité que nous préférerions ne pas voir.Il faut le lire aussi pour l\u2019éclairage qu\u2019il donne sur Haïti, cette première république noire du monde, cette terre de la Caraïbe encore si mal comprise et si mal acceptée dans le concert des nations.Enfin, il faut lire cet essai parce qu\u2019il se lit bien.même s\u2019il est fruit des recherches entreprises dans le cadre d\u2019études supérieures en sociologie.L\u2019auteur, à la fois sociologue, journaliste et animateur communautaire, a puisé à ces trois sources pour produire un ouvrage rigoureux et engagé, instructif et passionnant.Si les premiers chapitres peuvent sembler arides, la conclusion m\u2019apparaît particulièrement remarquable : en moins de cinq pages, l\u2019essentiel est là, clairement exposé et commenté.L\u2019exploit mérite d\u2019être souligné.« Dèyè mon, gèn lot môn », après des montagnes, on rencontre d\u2019autres montagnes, rappelle le proverbe créole cité par Jean-Claude Icart.Après la lecture de Négriers d\u2019eux-mêmes, après le visionnement du film Sucre noir, récemment diffusé à la télévision, après les rapports qui ont suivi les tentatives d'élection, on comprend mieux pourquoi tant et tant de montagnes se sont dressées devant les Haïtiens.Des montagnes créées par des mains humaines qui pourront certes ralentir la difficile marche du peuple haïtien vers un monde un peu meilleur.La ralentir, mais non pas l\u2019arrêter.¦ Francine Tardif La nuit sacrée Cest une sorte de non-livre que le Goncourt 1987.Certes, les commerçants et les mondains, parasites patentés reniflant les dollars annuels du prestigieux concours sableront le champagne.Ils croiront avoir affaire à un livre.L\u2019auteur, lui, (né à Fez, en 1944) est déjà ailleurs - dans son prochain.Il a seulement déclaré : « d\u2019autres que moi, bien avant moi - Yacine, Chraïbi.auraient dû l\u2019avoir ».Quant au lecteur, il a des chances, selon la belle expression populaire prise au pied de la lettre, de « ne pas en revenir.» de cette nouvelle Histoire sans fin ni véritable début (qui est le propre de tout chef-d\u2019oeuvre) où, par un étrange paradoxe, l\u2019homme de toutes les époques puise la force de vo.uloir, simplement vouloir renaître.Tahar Ben Jelloun est arabe - il faut insister.Probablement musulman - avec tout ce que mot charrie actuellement de mensonges, de haine, et de demi-vérités.Musulman fustigeant l\u2019hypocrisie, l\u2019intolérance et les détournements du texte sacré par ses coreligionnaires -muezzin, pratiquants fanatisés, mollahs.Condamnant l\u2019excision, l\u2019enterrement, vivants, des enfants, et autres horreurs généralement imputées à l\u2019Islam.Musulman interrogeant l\u2019Occident, son « manque immense.cette soif de posséder et de consommer » qui le constitue tout entier.Et puis rien de tout ceci n\u2019est vrai, ou essentiel : La nuit sacrée n\u2019est ni un essai, ni un pamphlet, ni un manifeste contre qui que ce soit.La nuit sacrée est une voix.Une voix de vieille femme racontant la douleur de vivre, la douceur de l\u2019oubli, les affres du mensonge - ses débuts de fille « masquée par la volonté de son père », habillée en garçon, dotée de faux papiers, puis mariée, puis libérée par la mort du père, la folie de la mère ; enfuie, violée ; emportée par un Cheikh au Jardin Parfumé, village étrange peuplé d\u2019enfants où la jeune fille se baigne dans un lac aux propriétés magiques (« là, je m\u2019assis, donnant le dos au jet puissant de l\u2019eau froide et pure.Je rêvais.J\u2019étais heureuse, folle, toute neuve, disponible, j\u2019étais la vie, le plaisir, le désir, j\u2019étais le vent dans l\u2019eau, j\u2019étais l\u2019eau dans la terre, l\u2019eau purifiée, la terre ennoblie par la source ») ; quittant le Cheikh aux sept secrets ; prise en charge par l\u2019Assise et son frère, dit Le Consul, aveugle ; tombant amoureuse, chassée par la soeur, tuant un oncle, emprisonnée, relâchée.retrouvant après des années d\u2019errance l\u2019Assise, pacifiée, et son frère, Le Saint, qui la reconnaît au toucher, vêtue d\u2019une djellabah d\u2019homme (« Enfin, vous voilà.»).C\u2019est cela, La nuit sacrée.Une histoire d\u2019amour.Une épreuve initiatique.Un long poème.Un conte allégorique.Un récit aux Sept Portes et aux Sept Secrets.Une leçon de sagesse profonde.Une écriture-limite.Déjà, à ce propos, Tahar Ben Jelloun déclarait dans La mémoire future : « exiger de la poésie un acte total où il n\u2019est pas permis de faire le silence sur l\u2019oppression et l\u2019injustice, mêlant le fantastique au quotidien » ; puis : « aller au-delà des mots, préoccupé aussi par le temps, rompre sa linéarité.dynamiter.la pensée établie.avec la violence des mots, la répétition des images et la coupure brutale dans le langage ».Mais faites-vous plaisir : lisez, à tout le moins, cet autre bijou de Tahar Ben Jelloun : Moha le Fou, Moha le Sage (Points Romans, 1980).¦ Richard Dubois ___________références Léon Schwartzen-berg, Requiem pour la vie, Paris, Le Pré aux Clercs, 1985 ; coll.« Le livre de poche » no 6277 ; 286 pages.Jean-Claude Icart, Négriers d\u2019eux mêmes, Essai sur les boat people haïtiens en Floride, les éditions du CIDIHCA, 1987 ; 155 p.Tahar Ben Jelloun, La nuit sacrée, Seuil, Paris, 1987 ; 192 pages.relations janvier-février 1988 29 Le monde des revues bouge constamment.Une nouvelle revue vient de naître, Avenir.La revue se présente comme orientée vers les ressources humaines.Son tirage de départ est de 40 000 exemplaires.Le numéro 2 est consacré aux problèmes de santé : stress, maladies mentales, alcoolismes, SIDA, détérioration de la couche d\u2019ozone.De plus, il contient les résultats d\u2019un sondage réalisé par l\u2019IQOP sur les infirmières.L\u2019éditorial de ce numéro est présenté par Matthias Rioux, qui agit également à titre de vice-président aux communications et relations publiques.À signaler : les parutions, chez Beauchesne Éditeur, de la nouvelle collection Politiques et chrétiens, dirigée par Jean-Dominique Durand et Régis Ladous.Cette collection se propose de présenter des personnalités contemporaines dont l\u2019engagement et l\u2019action politique ont été déterminés par leur foi chrétienne.Deux titres sont déjà disponibles, Edmond Michelet, par J.Charbonnel, et Konrad Adenauer, par J.Rovan.Sont à paraître, en autres, Aldo Moro, par G.Campanini, Eduardo Frei, par R Letamendia.Depuis cinq ans, les membres des Conseils généraux et provinciaux de la famille franciscaine (hommes et femmes) se réunissent annuellement pour arriver à une plus grande connaissance mutuelle et à la mise en place des moyens susceptibles de les aider à vivre leur charisme dans l\u2019Église.L\u2019an dernier, cette rencontre, à laquelle participèrent 50 personnes de quatorze groupes différents, permit d\u2019approfondir la réflexion sur le statut de minorité dans l\u2019Église et dans le monde.Puis, en manière de conclusion et à la manière de François d\u2019Assise et de Claire, une invitation a été lancée.Une invitation à ne plus seulement être avec les petits, mais à le devenir soi-même en assumant les conséquences sociales, économiques et affectives de ce choix.Il s\u2019appelait Thomas Sankara et aurait maintenant 38 ans.Il avait accédé au pouvoir en 1983, à la faveur d\u2019un putsch militaire, comme cela se fait partout dans l\u2019Afrique actuelle (et ailleurs).Avec trois autres militaires, ils formaient une équipe dans laquelle il était considéré comme premier entre égaux.Il avait baptisé l\u2019ancienne Haute-Volta d\u2019un nom-programme : Burkina Faso (Pays des hommes intègres).Le changement qu\u2019il pilotait tant bien que mal (et souvent plutôt mal que bien) il le désignait par un mot trop galvaudé : révolution.Il tentait d\u2019inventer la démocratie en donnant effectivement la parole aux « masses » ; d\u2019imposer le partage notamment en réduisant de manière drastique les salaires des fonctionnaires (le sien inclus) et de débloquer un jeu neuf en admettant sans ambages ses erreurs.Il a été assassiné en octobre 1987.Depuis, l\u2019Afrique porte son deuil, et de partout, on somme Biaise Compaoré, le nouveau Président, considéré jusque là comme le jumeau de Sankara, de justifier ce fratricide.Mais, pourquoi tant d\u2019émotion ?S\u2019il avait duré, n\u2019aurait-il pas fini par se proclamer Président à vie ?Ces questions sont de trop.Relevons simplement que, mort, le Président du Faso servira davantage.Déjà, l\u2019opinion africaine l\u2019élève au rang d\u2019ancêtre parce qu\u2019il a fait le pari peu banal de rendre viable un petit pays hanté par des fléaux d\u2019un autre âge.Peu de leaders actuels se sont identifiés comme lui aux hommes et aux femmes ordinaires d\u2019Afrique.Est-ce cela qu\u2019on appelle « révolution » ?Quelle que soit la réponse, rien n\u2019empêche les putschistes qui se disent révolutionnaires d\u2019en faire autant avant de perdre le pouvoir ou la vie.La foi ne va plus de soi.Dans notre monde, pluriel et pluraliste, elle ne peut naître et grandir qu\u2019à l\u2019intérieur de communautés chrétiennes fortes.Mais de telles communautés ne pourront exister que grâce à la participation active de chrétiens et de chrétiennes ayant une foi personnelle et réfléchie.C\u2019est à ce besoin que voudrait répondre La Qéhilla (assemblée en araméen), nouveau lieu communautaire de formation chrétienne, à Montréal.Il ne s\u2019agit pas de former des spécialistes en pastorale mais bien des chrétiens heureux de croire et capables d\u2019être évangélisateurs au sein de la communauté chrétienne et dans le monde.On vise une formation de l\u2019être chrétien, à travers l\u2019intégration des études, de la vie spirituelle et des engagements dans un contexte de vie fraternelle.Le programme offert s\u2019étend sur neuf mois et s\u2019adresse d\u2019abord à des hommes et des femmes de 18 à 30 ans.Pour plus d\u2019information : La Qéhilla, 2745, rue Charlemagne, Montréal - tél.: (514) 254-8750.Le Conseil d\u2019intervention pour l\u2019accès des femmes an travail du Québec (CIAFT) accomplit depuis cinq ans un travail trop peu reconnu.Récemment, ce groupe a tenu son congrès sous le thème « Travail en cinq temps ».malheureusement trop peu couvert par les médias I N\u2019empêche : les cinq moments du congrès - réflexion, concertation, action, ressourcement, fêtes - auront certainement des suites aussi bien au niveau de la recherche, du lobby que de l\u2019action auprès des divers intervenants sociaux.Un groupe à mieux connaître : CIAFT, 1600 rue Berri, bureau 3005, Montréal H2L 4E6 - tél.(514) 844-0760.30 relations janvier-février 1988 WMt |s de la^jlie sj^ituelle 0 r*-\t.i pcsclée IBellan TTT : ||| Edition5 ûeLLatmln 8100, boul.Saint-Laurent I ?\tMontréal (Québec) Canada H2P 2L9 \u2014 Tél.: (514) 387-2541 relations janvier-février 1988 L\u2019AILE BRISÉE par Nicole Proulx À la fin des années 40, la petite Françoise naît dans une maison close.D\u2019un foyer nourricier à l\u2019autre, elle vit son enfance sous le signe du préjugé et sous le poids d\u2019une immense solitude.À dix-huit ans, elle décide enfin de voler de ses propres ailes.Mais saura-t-elle croire en la bonté des autres, en leur fidélité ?Saura-t-elle aimer, elle qui l\u2019a si peu été ?Ce roman devient un procès : le procès de la reconnaissance du droit de vivre.Le procès des préjugés et, en même temps, un hymne à la tendresse, un grand cri de reconnaissance à tous les êtres qui savent croire en l\u2019autre.500 pages, 24 $ L\u2019ESPRIT ET L\u2019ÉGLISE Aux sources de la vie spirituelle par Jean Laplace L\u2019originalité de ce livre est le lien qu\u2019il établit entre vie spirituelle et vie sacre-mentaire.Sans la première, les sacrements demeurent des rites sans portée ; sans la seconde, la vie spirituelle ne peut atteindre la perfection où elle tend.Rarement peut-être, un livre de spiritualité n\u2019a présenté ce lien avec autant de force.Le livre de spiritualité de l\u2019année.192 pages, 23,95 $ relations janvier-février 1988 2,50$ no 537 SOMMAIRE face à l\u2019actualité Aba lame, viv Kep (A.B.) - Les défis posés aux intellectuels (L.B.) Le projet de loi C-93 (J.H.) - La vérité dans la Pravda ?(J.-RR.) Quand les tout-petits font l\u2019histoire (A.B.) dossier Gisele Turcot Evelyne Lapierre Adamcyk Francine Tardif Anne, ma soeur Anne.Vraiment mis en question ?Pourquoi n\u2019avons-nous pas d\u2019enfants ?Un certain risque.Ginette Boyer depeches articles La responsabilité a l\u2019egard du logement des sans-abri Un libre-échange avec les États-Unis Social-démocratie et John Lee Maryse Robert Gregory Baum engagement éthique Conception de la page couverture : Anik Lafreniere.Photographie : Paul Hamel NOTRE PROCHAINE SOIREE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou télepho-\tSurveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le ner à Francine Tardif (ou Pauline Roy) : 387- Devoir, le jour même de la rencontre.2541.Le lundi 15 février 1988, de 19h30 a 22h00, a la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.Courrier de la deuxieme classe; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 8100 boulevard St-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
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