Relations, 1 mars 1988, Mars
[" relations mars 1988 2,50$ no 538 naasRRmm Libre-échange lein emploi L\u2019anné raj » ifé des prêtres la silicose. ^ \u2014\u2014\t' à faire de bonnes ' mis à penser ^\tarrive d occuper\tn simultané^ énaire \" ,1 un collègue car >>\trecourent a la «=> Don Qu,chotte sepr » en assemblées eccles.'t l §2e un jésuite espagn ^\tité de l'Europ \u2022\tvieux 35 Têtu comme peut letre ^\tinattendu d^^\t^ p\tits ec^rsj^\tet courraient se çomp et à saint Thomas \u2022\tbilingues et de nmrmgration v,entaux Quèbec0,s a aPP\tle français *3&3gs»B^»S5Sr comme une ®sPuLr « devant le m°nd®in dy Nouveau monte.danger.C\u2019est deviendront bîenStngardiens de musee.\twbert Beaudry relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTEUR Albert Beaudry RÉDACTRICE EN CHEF Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, André Beauchamp, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Francine Tardif.COLLABORATEURS Michel Beaudin, Renaud Bernardin, Ginette Boyer, Richard Dubois, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 16,00 $ (à l\u2019étranger: 20,00 $) Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.34 relations mars 1988 face à \u2019actualité Consultation a Gatineau-Hull Le fléau des disparitions La journée MAUVAIS USAGE DU Vatican II a consacré tout un décret, appelé Christus Dominus( 1965), à l\u2019évêque et à sa tâche dans l\u2019Église.Il n\u2019a cependant rien dit sur leur nomination, sauf pour rappeler que les privilèges des princes ou des gouvernements de certains pays sont dorénavant périmés.En conséquence, un document dit Motu proprio Ecclesiae sanctae (1966) dut fournir des précisions (no 10) : « les conférences épiscopales, selon les normes qui sont ou seront établies par le Siège apostolique, doivent délibérer chaque année, avec prudence de jugement et sous le secret, des ecclésiastiques susceptibles d\u2019être appelés à la charge épiscopale dans leur propre territoire, et proposer au Siège apostolique les noms des candidats ».Et comme ceci ne reflétait que partiellement l\u2019esprit de Vatican II, dont une des inspirations principales a été le souci d\u2019écouter l\u2019Esprit de Dieu là où il parle et de favoriser la collégialité, le pape Paul VI approuva, en mars 1972, des « Normes concernant la désignation des nouveaux évêques dans l\u2019Église latine »1.Le document précise deux voies 1.On les trouvera en traduction française dans la Documentation catholique du 4 juin 1972, no 1610, p.513-515.des femmes SECRET PONTIFICAL complémentaires de recherche des candidats à l\u2019épiscopat : 1)\tpériodiquement, les conférences épiscopales, ou leurs sections, se réuniront pour suggérer des noms de candidats, pour constituer une « banque » de noms recommandés ; chaque évêque demeurera libre de suggérer des additions ; 2)\tlorsqu\u2019il faut trouver un remplaçant à un évêque décédé ou démissionnaire, le Siège apostolique fera lui-même, par son Légat apostolique, une enquête qui lui permettra d\u2019arriver à une liste de trois noms recommandés, parmi lesquels le pape sera libre de choisir, sans être cependant lié par cette courte liste.Quand il arrive à décrire cette deuxième démarche, le texte est très précis : « Lorsqu\u2019il s\u2019agit de pourvoir à un diocèse ou de nommer un coadjuteur avec droit de succession, le représentant pontifical demande au vicaire capitulaire, à l\u2019administrateur apostolique ou à l\u2019évêque diocésain lui-même, un rapport complet et détaillé sur l\u2019état du diocèse et ses besoins.On pourra aussi interroger le clergé et les laïcs, spécialement par l\u2019intermédiaire des organismes représentatifs établis selon les normes du droit, ainsi que les religieux » (art.13).Et on ajoute (art.14) : « Dans l\u2019accomplissement de toutes ces démarches, le « secret pontifical » prescrit doit être scrupuleusement observé par les évêques, par les représen- tations mars 1988 35 tants pontificaux, par les prêtres et les fidèles qui y prennent part de quelque manière, comme l'exigent la nature même de la chose et le respect dû aux personnes en cause ».Ceci sera repris par le nouveau Code de droit canonique (1983) au Canon 377, qui ajoute que la révision de la « banque » de suggestions se fera tous les trois ans, que le légat pontifical s\u2019informera auprès des autorités ecclésiastiques du pays et de la région ; « s\u2019il le juge bon, il demandera secrètement et séparément l\u2019avis de quelques membres de l\u2019un ou l\u2019autre clergé et de laïcs reconnus pour leur sagesse ».Tout cela semble bien clair.Une voie de consultation secrète pour obtenir des noms, une voie plus collective pour obtenir une image des besoins du diocèse.Pourtant, une crise vient d\u2019éclater à ce propos dans le diocèse de Hull et elle mérite notre attention.Les faits plus importants sont les suivants : après le décès de Mgr Adolphe Proulx, évêque de Gatineau-Hull, à la fin de juillet dernier, un comité de sept membres a été chargé, avec l\u2019assentiment évident de l\u2019administrateur diocésain, l\u2019abbé Michel Lacroix, de faire la consultation recommandée par les « Normes » de 1972, sur les besoins du diocèse, en vue du remplacement de l\u2019évêque décédé.18 000 questionnaires furent distribués dans 64 paroisses et 24 organismes du diocèse.Ajoutons qu\u2019un précédent important existait : à la démission du précédent évêque, Mgr Paul-Émile Charbonneau, en 1973, un comité semblable avait été créé et avait produit un rapport que le représentant papal d\u2019alors, Mgr Del Mestri, avait rendu public.La difficulté actuelle a éclaté lorsque, le 17 décembre dernier, Mgr Agelo Palmas, pro-nonce, qui avait reçu le rapport du comité, a annoncé qu\u2019il ne le rendait pas public, même pas pour la Conférence épiscopale canadienne.D\u2019où une vague de mécontentement, à la fois parmi les membres du comité de consultation populaire et parmi plusieurs personnes qui avaient témoigné devant le comité.On a remarqué tout spécialement les protestations du président de la CSN-Outaouais, M.Serge Forget, du doyen de la faculté de théologie de l\u2019Université St-Paul, le P.Achiel Peelman, de l\u2019ancien coordonnateur diocésain de la pastorale, le P.Roger Poirier.À quoi il faut ajouter l\u2019étonnement exprimé par Mgr Charbonneau, ancien évêque de Hull, et le souhait exprimé par Mgr Denis Robitaille, secrétaire général de la CECC : que le futur évêque de Hull puisse au moins connaître le portrait-robot dessiné par le comité de consultation.À première vue, on serait porté à accueillir avec compréhension le refus de Mgr Palmas : « Ce sont des choses confidentielles concernant la nomination de l\u2019évêque, sur lesquelles je ne puis rien dire »2.Réponse de personne solidaire avec ses supérieurs et avec les directives claires.Réponse de diplomate courageux, qui défend sur place les responsables lointains.Mais est-ce vraiment une réponse conforme aux directives que nous connaissons ?C\u2019est beaucoup moins sûr.D\u2019abord, le rapport tenu secret par Mgr le pro-nonce ne concerne pas les noms suggérés pour le poste d\u2019évêque de Hull ; les membres du comité l\u2019ont plusieurs fois affirmé et peuvent le prouver.Dans ce cas, il semble évident que le « secret pontifical » des Normes, à l\u2019article 14, ne s\u2019applique pas, pour deux raisons : l\u2019article 13 des mêmes Normes recommande la consultation des laïcs « spécialement par l\u2019intermédiaire des organismes représentatifs établis selon les normes du droit», ce qui ne peut se faire sans publicité, sans connaissance par plusieurs d\u2019énoncés et de contenus à communiquer ; ensuite, le simple bon sens permet de constater que le « secret pontifical » de l\u2019article 14 est justifié par « la nature de la chose et le respect dû aux personnes en cause », ce qui ne s\u2019applique qu\u2019aux suggestions de noms propres de candidats et non pas au portrait-robot ou à la description des besoins du diocèse.Reste le Canon 377 du nouveau Code : il ne s\u2019agit ici que de la deuxième démarche à faire, l\u2019enquête sur les noms propres pour former la liste de trois candidats, la « terna ».Quant au refus de communiquer à la CECC le rapport, il est plus étonnant encore, surtout lorsqu\u2019on se réfère à la règle canadienne établie à la rencontre des évêques à Ottawa (14-18 février 1969): «Un comité spécial de la Conférence des évêques du Canada, de concert avec le Délégué apostolique, conduirait les consultations, établirait la « terna », qui serait présentée au Saint-Siège, de qui relève la nomination »3.Puisque même la liste des noms doit être connue, à plus forte raison le rapport sur l\u2019état du diocèse et ses besoins.À quoi attribuer ce durcissement ?Est-ce seulement un moment d\u2019impatience de Mgr le pro-nonce : « Vous vous mettez dans des choses qui ne sont pas de votre domaine », aurait-il répondu à un journaliste4.Si c\u2019était le cas, il devrait corriger le plus vite possible sa décision.Si au contraire des directives récentes et confidentielles sont à l\u2019origine de ce retour au secret, au-delà des exigences des Normes officielles et sans référence au Droit canonique, nous sommes devant un vrai problème d\u2019Église : devant une contradiction évidente de la lettre et de l\u2019esprit de Vatican II, pour qui le secret est requis lorsque des personnes pourraient être lésées, mais ne doit jamais devenir un instrument de gouvernement.¦ 22 janvier 1988\tJulien Harvey 2.\tCité par Jacques Lefebvre, dans Le Droit du 18 déc.1987.3.\tDans L\u2019Église canadienne 2 (1969), p.183.4.\tCité dans Le Droit du 18 déc.1987.CONSERVEZ RELATIONS Protégez votre collection de 1987.-\tUn volume relié, pour le lecteur qui nous fait parvenir ses 10 numéros: 18$ (frais d\u2019envoi compris, si un chèque accompagne la commande) ; -\tUn volume relié, quand nous fournissons les numéros de la revue : 27 $ (frais d\u2019envoi compris, si un chèque accompagne la commande) ; -\tUn cartable : 10$, taxe et frais d\u2019envoi compris.RELATIONS, 8100, St-Laurent, Montréal, H2P 2L9 ; (514) 387-2541.36 relations mars 1988 OU SONT PASSES LES DISPARUS ?depuis deux décennies, s\u2019est développée à travers le monde la pratique des disparitions forcées, dernière innovation des techniques répressives appliquées dans le cadre de la Doctrine de la sécurité nationale.Depuis le coup d\u2019État survenu au Brésil en 1964, 100 000 personnes sont ainsi disparues sur le seul continent américain.Devant ce grave abus des droits humains, les Mères de la Place de Mai sont devenues le symbole de la résistance.Sans leur courage, qui aurait pu connaître les disparitions de quelques milliers d\u2019enfants argentins dont seulement 40 ont été retrouvés ?Inlassables, elles poursuivent leurs recherches.Elles sont la mémoire du pays et la volonté toujours présente que vérité et justice soient faites.A Chypre, des femmes aussi se sont levées clamant leur droit de savoir ce qu\u2019étaient devenus les 1619 manquants après l\u2019invasion turque.À Beyrouth, en 1985, des mères chrétiennes et musulmanes ignoraient la ligne Est-Ouest, pour manifester ensemble et dénoncer les milliers de disparitions et d\u2019incarcérations dans les prisons syriennes.En Afrique du Sud, le Black Sash regroupe plus de 1500 femmes blanches luttant contre l\u2019apartheid et le crime des disparitions forcées.Récemment, Madame Audrey Coleman du Comité de soutien aux parents de disparus (DPSC) informait l\u2019ONU de la situation déplorable de 4000 enfants emprisonnés sans jugement, brutalisés et torturés ; les parents les cherchent en vain puisque, sur ses listes officielles, le gouvernement ne reconnaît détenir que 1400 enfants.On sait, par ailleurs, qu\u2019Élie Wiesel, prix Nobel de la Paix, déclarait le 26 avril 1987 qu\u2019il y avait probablement 9000 enfants détenus dans les prisons d\u2019Afrique du Sud.En Amérique latine, où la majorité des pays sont touchés par cette forme de répression, des associations de familles des détenus-disparus sont actives pour contrer ces abus au plan national.Depuis 1981, ces associations sont organisées au plan international avec la création de la Fédération latino-américaine des associations de familles des détenus-disparus (FEDEFAM).Les objectifs poursuivis sont de retrouver et de libérer les disparus, d\u2019obtenir que les responsables d\u2019enlèvements, de tortures et d\u2019assassinats soient jugés et punis et que soient établies des normes légales et internationales qui mettront fin à ce crime.La Fédération est à l'origine du projet d\u2019une convention internationale sur les disparitions de personnes qui doit être présentée sous peu à l\u2019ONU.L\u2019existence d\u2019une telle convention permettrait aux gouvernements d\u2019autres États de protester contre cette pratique criminelle et, en situation de changement de régime, un nouveau gouvernement pourrait en appeler des crimes commis.Le délit est ainsi défini : « Toute action ou omission tendant à cacher le lieu de détention d\u2019un opposant ou dissident politique à sa famille, amis ou partisans, faite avec l\u2019intention de réprimer, empêcher ou nuire à l\u2019opposition ».Pour éviter l\u2019impunité, le projet de convention établit que la disparition de personnes ne constitue pas un délit politique, mais un délit de droit commun ; que les procédures judiciaires et la pénalité qui en découle ne sont pas prescriptibles ; que les mesures de grâce, telle que l\u2019amnistie, ne sont pas applicables ; que cette loi aura un effet rétroactif.De nombreuses femmes du Chili, d\u2019Amérique Centrale, du Mexique et d\u2019autres pays font connaître chez elles et à l\u2019étranger l'importance du projet, s\u2019efforçant d\u2019obtenir des appuis et de mobiliser toutes les volontés politiques possibles, pour assurer les votes nécessaires à la Commission des Droits Humains, à l\u2019ONU.Bien sûr, vu le manque de contrôle international, les conventions internationales ne garantissent pas l\u2019abolition systématique de la torture et des disparitions forcées, mais elles sont un pas dans la bonne direction et un rappel, pour tous les pays, du devoir de vigilance.À cet égard, on ne dira jamais assez l\u2019importance du rôle des associations et des ONG vouées à la défense et au respect des droits humains.À la mesure des défis qui surgissent sans cesse dans ce domaine, l\u2019action des femmes d\u2019Amérique latine et d\u2019ailleurs n\u2019a cessé de réveiller la conscience internationale.Dans la recherche des disparus, elles sont présentes.¦ Thérèse Benguerel A CAPPELLA au fil des ans, les manifestations entourant la Journée internationale de la femme, le 8 mars, se font de plus en plus discrètes.Quelques communiqués, quelques taches roses ici et là, quelques rencontres « entre filles » mais 1.\tPour survoler rapidement l\u2019évolution et les diverses tendances des mouvements féministes, voir l\u2019article de Micheline Dumont, «Les féminismes contemporains», Relations, mai 1986.2.\tSur le marché du travail, les « cols roses » aspirent maintenant non seulement aux postes des « cols blancs » mais aussi à ceux des « cols bleus » encore jalousement conservés à travers des pratiques discriminatoires et vexatoires.pas de grandes fêtes ou de grands concerts.L\u2019air du temps se module dans les demi-tons.Les cuivres retentissants qui ont déjà appelé « les » femmes, occidentales surtout, au combat du féminisme égalitaire1 vibrent un peu moins fort : les luttes sont engagées, certaines ont déjà été gagnées, d\u2019autres le seront bientôt, quelques-unes restent à faire2 : malgré les résistances, encore honteusement fortes, on sent qu'un jour, inévitablement, les discriminations dans la loi ou l\u2019emploi comme les écarts salariaux seront des échos du passé.Par ailleurs, les violons lyriques qui ont tant chanté « la » femme et la « spécificité » de « l'éternel féminin » s\u2019apaisent : relations mars 1988 37 l\u2019éloge de la différence s\u2019est avéré une tâche plus délicate qu\u2019il n\u2019y paraissait, tout particulièrement sur la scène internationale.Trop de femmes vivantes, en chair et en os, ne se reconnaissent pas (ou si peu) dans ces chants de glorification de cette féminité « différente ».Plusieurs ont aussi compris les pièges de ce jeu de comparaison où l\u2019homme3 restait toujours l\u2019UN, les confinant à l\u2019Autre, à ce deuxième sexe qui n\u2019en est pas un, pour reprendre l\u2019expression de Luce Irigaray.Cuivres et violons, sans disparaître4, jouent donc en sourdine, au bénéfice de voix nouvelles qui osent l\u2019« a cappella » et se risquent sans orchestre et parfois sans partition.Voix de femmes qui aiment les hommes autant qu\u2019elles rejettent le patriarcat ; qui portent les enfants, dans leur corps, leur imaginaire et leur vie.De femmes qui s\u2019appuient de mieux et en mieux sur la sororité tout en admettant qu\u2019elle n\u2019a rien d\u2019automatique et ne peut camoufler longtemps les différences de classe ou de race.Voix de femmes qui prient et qui philosophent, quitte à devoir inventer les mots pour le faire.De femmes qui créent et qui produisent.De femmes qui vivent le public et le privé, dans leur intimité et dans le monde.Voix de femmes qui veulent, par amour, à la fois changer d\u2019histoire et changer l\u2019Histoire, comme l\u2019a déjà magnifiquement chanté Pauline Julien.Si de plus en plus de femmes choisissent l\u2019« a cappella », ce n\u2019est pas par individualisme féroce, par refus de la discipline de l\u2019orchestre, ou par dédain des concerts à l\u2019unisson.Les voix qui s\u2019élèvent maintenant cherchent plutôt à retrouver des différences d\u2019inspiration, de souffle et de rythme que les symphonies d\u2019hier, trop parfaites peut-être, ont fait oublier.La réalité des femmes est trop complexe pour se laisser enfermer dans une seule théorie, leurs énergies trop multiples pour être canalisées dans un seul mouvement.Dorénavant, on admet mieux que tous ces « Je » qui disent le féminin, ne peuvent toujours résonner en parfaite harmonie.Comment, en effet, fondre en un concert unique les hurlements de douleur, les hymnes à l\u2019amour, les berceuses, les appels au secours, les chants de ralliement, les cris de rage ou de victoire des femmes ?Dans toutes ces variations sur les thèmes du féminin et du féministe, des désaccords, parfois profonds, se font entendre.Au point que certaines ne perçoivent plus que cacophonie dans les voix des femmes, concluant que tant de dissonances ont tué les féminismes.Plusieurs renoncent même à l\u2019écoute de ce concert à voix multiples qui rappelle trop les aventures de la musique contemporaine, classée inécoutable.Je préfère pour ma part croire que naît, autant dans la musique contemporaine que dans les « a cappella » de femmes, le véritable langage de notre époque.Un langage non encore maîtrisé, où il reste à articuler les liens et les différences entre « les » femmes », la femme, « le féminin », les «Je, femme.».Et surtout un langage encore ouvert puisqu\u2019il y manque toujours les paroles des femmes cols bleus, des femmes noires, des femmes âgées, des femmes pauvres, des femmes asiatiques, des femmes musulmanes, des femmes jeunes et nourries aussi bien par le féminisme que par sa critique.Tant et tant de femmes.¦ Francine Tardif 3.\tD\u2019autant que cet homme, de fait, restait l\u2019homme blanc, occidental.et nanti.4.\tLoin de là : il se crée encore énormément de groupes de femmes revendiquant l\u2019égalité sous toutes ses formes, plus de support pour les femmes violentées, etc.Cependant, ces groupes conservent précieusement leur autonomie et participent à des regroupements relativement souples, préservant ainsi leur autonomie et leur indépendance.Retraite biblique de SOCABI JE TE FERAI FRUCTIFIER À L\u2019EXTRÊME.» (Gn 17,6) avec Camille Bessette, Renaude Grégoire et Claude Julien, f.ch.DATE : du 26 juin au 1er juillet 1988\tHEURES : du dimanche 19h30 au vendredi 16h30 ENDROIT: Villa St-Martin, 9451 ouest, boul.Gouin, Montréal QC H3Y 1T2 Information et inscription FRAIS : inscription de 65 $ payable à l\u2019avance à SOCABI (20 $ non remboursable).Chambre et pension : 25 $/jour X 5 = 125 $, payable sur place.SOCABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 38 relations mars 1988 apte ou r rJ f, 1 A J J ministère sociaux au \t \t y\tj\tj \t \t\t\t^ I \t\t\t \t\t\tsa?i \t\t\t [>TiTr=w\t\t11 \u2022'\t ir,;\t\t\t( LA REFORME DE L\u2019AIDE par Gisèle Turcot exactement trois siècles après l\u2019arrêt de Louis XIV reconnaissant les « comités des pauvres » dans la colonie, notre gouvernement autorise le ministre de la Main-d\u2019oeuvre et de la Sécurité du revenu à proposer la transformation des bureaux de l\u2019aide sociale en centres de recyclage de la population classée inactive.Les conseillers socio-économiques prendraient le relais des bénévoles, qui jadis s\u2019affairaient aux côtés du curé et du directeur des pauvres.Mais qu\u2019importe : il n\u2019y a plus de pauvres, seulement des aptes et des inaptes.Ces conseillers auront d\u2019ailleurs un surcroît de travail.Monsieur Paradis a une immense paroisse qui compte environ 750 000 âmes.Avec le va-et-vient à l\u2019intérieur d\u2019une année, elle risque d\u2019atteindre le million non pas de ménages mais de personnes adultes et jeunes qui seront touchées par la réforme envisagée.Ça fera beaucoup de monde à passer au filtre de l\u2019employabilité, après une évaluation initiale serrée et des contrôles prévus à toutes les étapes du parcours qui conduit à la « place du marché ».Une paroisse où il y aura des confessions fréquentes et beaucoup de monde au confessionnal ! Quelle réforme ?La proposition gouvernementale intitulée Pour une politique de sécurité du revenu^, déjà partiellement mise en oeuvre, abandonne le régime établi par la Loi de l\u2019aide sociale adoptée en 1969.Elle préconise le reclassement de tous les bénéficiaires actuels et le classement des futurs requérants en deux catégories : les aptes et les inaptes.Elle instaure trois programmes distincts soit 40 le Soutien financier aux inaptes ; les Actions positives pour le travail et l\u2019emploi (APTE) destinées aux personnes employables, disponibles ou non ; enfin, elle rend accessible aux ménages à faibles revenus le programme APPORT, L\u2019aide aux parents pour leurs revenus de travail, qui inclut une compensation pour une partie des frais de garde.« En 1961, un travailleur sur onze se trouvait en chômage (.) La précarité prolongée de l\u2019emploi est ainsi une des causes les plus puissantes de l\u2019accroissement de l\u2019assistance à domicile.» (Rapport Boucher, 1963, p.57) Un double credo Jamais réforme de la sécurité sociale n\u2019a avoué aussi franchement ses préférences pour l\u2019incitation au travail.Tout individu est en effet présumé apte non pas à travailler mais à remplir un emploi salarié à moins qu\u2019il ou elle ne démontre son incapacité temporaire ou permanente.APTE et DISPONIBLE : nouvelle mention sur ma carte de citoyenneté.Il n\u2019est pas gênant, même pour des chrétiens, de penser que l\u2019activité est le chemin normal de l\u2019épanouissement humain, comme nous le rappelle la nouvelle rubrique « À deux voix » qui reprend le thème de ce dossier.Depuis longtemps Félix Leclerc l\u2019a chanté : « La meilleure façon de tuer un homme, c\u2019est de le payer à ne rien faire ».Il serait relations mars 1988 SOCIALE par contre extrêmement gênant de voir proliférer les emplois précaires et mal payés, sous prétexte de mettre tout le monde à l\u2019ouvrage, comme au temps de certains grands travaux publics des empires.Ce qui est embarrassant dans cette proposition du ministre Paradis, c\u2019est qu\u2019elle repose énormément sur l\u2019individu.Il lui faudra améliorer son employabilité, se trouver un emploi suffisamment rétribué pour garantir son autonomie financière, subvenir aux besoins de ses enfants pendant les deux premières années après leur départ du domicile familial ; il devra rester rivé à un emploi coûte que coûte pour éviter d\u2019emprunter le circuit de l\u2019aide sociale, dont les allocations se maintiendront nettement en-dessous du salaire minimum.Les concepteurs de la réforme ont tellement confiance en l\u2019individu qu\u2019ils ne lui offriront aucun secours particulier pendant les neuf premiers mois où il osera s\u2019adresser à cette solution de « dernier recours », le programme dit de « Soutien financier »1 2.Attitude d\u2019autant plus surprenante que la clientèle actuelle de l\u2019aide sociale a des caractéristiques précises qui ne facilitent pas 1.\tPour une politique de sécurité du revenu, Document d\u2019orientation, Ministère de la Main-d\u2019oeuvre et de la Sécurité du revenu, Gouvernement du Québec, décembre 1987, 43 pages.On trouvera plus loin, dans notre dossier, quelques énoncés du document ministériel sur les objectifs et les orientations d\u2019une politique de sécurité du revenu ainsi qu\u2019un tableau de révolution des clientèles de l\u2019aide sociale.2.\tPuisque l\u2019aide sociale n'est habituellement accordée qu\u2019après l\u2019épuisement des prestations d'assurance-chômage, des individus pourraient passer ainsi presque deux ans avant de recevoir son retour sur le marché de l\u2019emploi : les deux tiers n\u2019ont pas terminé leurs études secondaires, et un bénéficiaire sur deux a dû recourir à l\u2019aide sociale depuis au moins deux ans.Pourtant, nous explique le document d\u2019orientation, l\u2019augmentation du nombre des assistés de l\u2019État est attribuable à des facteurs structurels : récession de 1982, manque d\u2019emplois, retard du Québec à s'engager sur la voie du virage technologique et négligence dans le recyclage de la main-d\u2019oeuvre, auxquels s\u2019ajoute même « l\u2019assouplissement des mesures de contrôle de l\u2019aide sociale entre 1977 et 1982 et la révision du programme d\u2019assurance-chômage » (P- 11).Pour le dire autrement, la politique économique de nos gouvernements, ceux de Québec et d\u2019Ottawa, est prise en défaut, tout comme la réorganisation du travail dans les entreprises.C\u2019est à croire que bien peu de choses ont changé : en 1961, alors qu\u2019un travailleur sur onze se trouvait en chômage, le rapport Boucher concluait que « la précarité prolongée de l\u2019emploi est ainsi une des causes les plus puissantes de l\u2019accroissement de l\u2019assistance à domicile »* * 3.L\u2019abandon des seuils de pauvreté Ce projet de réforme « propose une structure de barèmes qui permettra de maintenir un écart raisonnable entre le revenu disponible des familles dont le chef travaille au salaire minimum, et celui des ménages employables qui dépendent de l\u2019aide accordée par l\u2019État» (p.25).En clair, on décide d\u2019abandonner la notion de « seuil de pauvreté », qui a servi de référence depuis les années 1940 à l\u2019établissement des prestations, au profit d\u2019une méthode basée sur « un relevé des une aide plus personnalisée.Chez cer- tains, une telle mesure pourrait avoir des effets néfastes, aggraver leurs problèmes et rendre plus périlleuse la réinsertion sur le marché de l\u2019emploi.À moins qu\u2019on ne laisse aux « réseaux naturels » et aux agences privées la tâche de prendre en charge ces problèmes individuels.3.\tRapport de la Commission d\u2019étude sur l\u2019assistance publique (présidée par M.Emile Boucher), Gouvernement du Québec, 1963.4.\tLa Société de Saint-Vincent de Paul, Conseil central de Montréal, Rapport annuel 1986-87, p.11.dépenses effectivement encourues par les ménages de travailleurs à faibles revenus»: il s\u2019agit des premiers 10% des travailleurs et travailleuses qui gagnaient moins de 13 700$ en 1982 (les montants ont été indexés).Certaines analyses prétendent qu\u2019il existe plusieurs seuils de pauvreté et qu\u2019il est impossible d\u2019en retenir un qui soit réellement satisfaisant pour établir les seuils de revenu minimum.Les faits sont pourtant assez éloquents lorsqu\u2019on fait une étude des besoins essentiels.Ainsi, à l\u2019automne 1986, une clientèle montréalaise à faibles revenus consacrait en moyenne 46,37 % de ses revenus mensuels (593,00 $) au paiement du loyer (275,00 $)4.Que reste-t-il alors pour couvrir les autres besoins essentiels ?Un tel abandon de la référence aux seuils de pauvreté est l\u2019un des points les plus fondamentaux de la réforme du point de vue de la politique sociale.Il indique qu\u2019on se préoccupe moins de la pauvreté que du chômage, et qu\u2019une approche punitive va progressivement remplacer le respect d\u2019un droit fondamental à une vie décente.Nous nous sommes faits dans ce pays une haute idée de la sécurité sociale et nous l\u2019avons associée aux programmes de maintien du revenu -on se préoccupe beaucoup de ses REÉR, de l\u2019indexation des salaires au coût de la vie, des régimes d\u2019assurance collective qui nous aident à pallier les mauvais risques et à maintenir nos standards de vie.Par contre, dès qu\u2019il s\u2019agit d\u2019assurer un revenu minimum aux familles démunies et aux citoyens les plus vulné- relations mars 1988 râbles, on évoque tout de suite les contraintes : cela dépend de la capacité de payer de l\u2019État, du maintien de l\u2019incitation au travail, de l\u2019harmonisation avec la fiscalité, du niveau optimum de répartition des revenus.À capacité égale de payer, la réflexion est fort différente selon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019indexer les salaires de nos députés, ou de soutenir la veuve et l\u2019orphelin.Une grave omission Une commission parlementaire se penchera sur les implications de ce que le ministre appelle « un changement fondamental du régime québécois de sécurité du revenu » (p.17).Une omission grave devra y être expliquée.En effet, si la réforme a prévu dans le fin détail le cheminement des bénéficiaires et leur avancement au mérite selon leur coopération au programme APTE, une grand silence règne sur le sort réservé aux entreprises et aux entrepreneurs.À quelles politiques seront-ils soumis ?Quels avantages ont-ils négocié en échange de l\u2019accueil des stagiaires en emploi ?À quelles sanctions positives et négatives s\u2019exposent-ils, selon qu\u2019ils se montreront aptes ou inaptes à contribuer à la formation d\u2019une main-d\u2019oeuvre plus qualifiée ?Puisque le gouvernement envisage de mettre en oeuvre une politique globale de sécurité du revenu, il ne convient pas de la limiter au dépôt d\u2019un document qui concerne une seule catégorie d\u2019assistés.Le public a aussi le droit d\u2019être informé sur les programmes destinés aux employeurs qui reçoivent également une assistance de l\u2019État.Et le débat devrait, sur ce point, être soumis aux mêmes règles démocratiques.¦ 41 Part du budget consacrée au logement, selon le revenu mensuel : bénéficiaires de la SSVP, Montréal 1986.\t\t Revenu mensuel\tMontant moyen consacré au logement\t% du revenu consacré au logement moins de 400$\t195$\t49 401$ - 700$\t250$\t36 à 62 701$ - 1000$\t305$\t31 à 44 1000$ et plus\t320$\t25 et moins Moyenne 593$\t275$\t46,37% Source : La société de St-Vincent de Paul, Conseil central de Montréal, Rapport\t\t annuel 1986-87.\tEtude de 790 fiches de dépannage materiel.\t METAMORPHOSE DE L\u2019ÉTAT-PROVIDENCE par Albert Beaudry en introduction au « document d\u2019orientation » intitulé Pour une politique de sécurité du revenu, le ministre québécois de la Main-d\u2019oeuvre et de la Sécurité du revenu, monsieur Pierre Paradis, tient à rassurer le public : « le gouvernement est très préoccupé par le sort de nombreux citoyens qui subissent les contrecoups des récessions économiques et de la révolution technologique et, notamment, de l\u2019avenir des jeunes qui ne peuvent se trouver d\u2019emploi et qui n\u2019ont aucune expérience de travail ».Dès la phrase suivante, cependant, on doit comprendre que la préoccupation du gouvernement ne se limite pas aux quelque 750 000 Québécoises et Québécois qui sont actuellement bénéficiaires de l\u2019aide sociale et auxquels on espère faire retrouver « espoir, dignité et autonomie ».Le ministre et ses conseillers pensent plus large encore.« Que ces personnes, continue 42 le document, se retrouvent à l\u2019aide sociale n\u2019est ni acceptable pour elles, ni^ souhaitable pour la société et pour l\u2019État.» Voilà bien en effet la grande question : comment sortir du virage technologique, virage accentué sans doute par la perspective d\u2019une libéralisation accrue des échanges avec notre voisin du Sud, sans qu\u2019il en coûte trop cher à la société et à l\u2019État ?Deux voies se présentent.La plus efficace à long terme, mais la plus difficile, suppose qu\u2019on s\u2019attaque à la racine du problème de l\u2019emploi dans une société post-industrielle.La plus facile, à court terme, transforme les pauvres en pécheurs et prêche la foi au marché.Malheureusement pour les bénéficiaires de l\u2019aide sociale, le ministre québécois de la Main-d\u2019oeuvre et de la Sécurité du revenu se dit qu\u2019il n\u2019a pas le choix : il ne lui appartient pas de bloquer le reaganisme ou de remédier relations mars 1988 aux causes profondes du sous-emploi et du chômage.Il se contentera donc de faire du « raccommodage » en freinant l\u2019augmentation des coûts des programmes sociaux.Récession et culpabilité En 1986-87, le Québec a consacré 2,2 milliards de dollars à l\u2019aide sociale ; c\u2019est au moins trois fois plus qu\u2019en 1976-77.Et ce n\u2019est pas étonnant si l\u2019on songe que, pendant cette période, parmi les prestataires de l\u2019aide sociale, le nombre des personnes seules a doublé tandis que le nombre des familles augmentait de 57 %.En somme, il y a de plus en plus de gens « sur le bien-être », et de plus en plus de jeunes aussi : l\u2019âge moyen des bénéficiaires à leur admission était de 36 ans en 1976 et il est aujourd\u2019hui de 32 ans.Il vaut la peine de jeter un coup d\u2019oeil sur le tableau I, qui permet de chiffrer la courbe ascendante des « ménages » (familles ou personnes seules) inscrits à l\u2019aide sociale.On voit tout de suite qu\u2019au cours des années 1983 et 1984 le contingent des assistés sociaux aug-mente brusquement de 100 000 ménages : ce sont les retombées de la récession de 1982, avec ses fermetures d\u2019usines et ses coupures de subventions.Une récession dont le Québec ne s'est pas encore relevé, au plan de l\u2019emploi, comme le constate le document ministériel : « Le nombre d\u2019emplois créés par la reprise économique est encore insuffisant pour satisfaire tous les besoins.D\u2019ailleurs, les qualifications des travailleurs ayant perdu leur emploi durant la récession ne correspondent plus toujours aux emplois disponibles.Qui plus est, la main-d\u2019oeuvre québécoise manque de mobilité.» (p.10) On pourrait croire qu\u2019on touche là le coeur du problème, qu\u2019il s'agit maintenant, « maintenant » que la reprise est amorcée, de mettre en oeuvre une politique de création d\u2019emplois, quitte à rassembler autour d\u2019une même table les ministres responsables, les investisseurs (le patronat), les représentants des travailleurs (les syndicats), des porte-parole des assistés sociaux et des chômeurs.Mais, pour le gouvernement actuel, ce serait là faire beau- coup trop de place à l\u2019intervention de l\u2019État ! Il est caractéristique de la philosophie qui inspire la réforme que, pour expliquer l\u2019accroissement spectaculaire du nombre des assistés sociaux, on ajoute au facteur économique massif que constitue la récession des causes d\u2019un tout autre ordre : changement de mentalité, crise de la famille, « effritement des notions traditionnelles de responsabilité familiale ou sociale ».Il faut faire attention à cette expression.Pour les auteurs du document, en effet, plus on a tendance « à faire assumer par l\u2019État la responsabilité de pourvoir aux besoins des plus démunis», plus on estime avoir droit à une aide de l\u2019État en cas de chômage prolongé, et moins on a le sens de la « responsabilité sociale ».« Le chômage est maintenant chose courante et le fait de percevoir des prestations d\u2019assurance-chômage ou toute autre forme d\u2019aide sociale n\u2019a peut-être plus la même connotation péjorative qui incitait autrefois les travailleurs à se chercher un emploi.» (p.11) De là à conclure que le bon chômeur était un chômeur honteux, que l\u2019assisté social responsable devrait se sentir coupable de sa situation, il n\u2019y a qu\u2019un pas : le pas de l\u2019« incitation ».On ne parlait pas autrement au XIXe siècle.La société est une jungle où s\u2019affrontent les individus et où dominent les plus forts.L\u2019État n\u2019a pas à s\u2019interposer : les coeurs saignants n\u2019ont pas leur place en économie politique.Et les pauvres n\u2019ont à s\u2019en prendre qu\u2019à eux-mêmes.Dans le langage plus feutré du document d\u2019orientation, cela donne : « L\u2019État ne peut se substituer à l\u2019initiative personnelle.Le bénéficiaire doit donc assumer la responsabilité de son intégration au marché du travail.Il doit entreprendre toutes les démarches nécessaires pour se trouver un emploi et recouvrer, le plus rapidement possible, son autonomie financière.L'État doit cependant aider, soutenir et favoriser les efforts des individus.» (p.26) Votre État va vous aider à prendre vos responsabilités.En d\u2019autres mots, à des problèmes d\u2019ordre structurel (le chômage entraîné par la révolution technologique et éventuellement par le libre-échange) on propose des solutions d\u2019ordre individuel avec, comme ressort psychologique, la culpabilité.Apte ou inapte ?L'essentiel du projet de réforme s\u2019articule autour d\u2019un programme d\u2019encouragement au retour au travail (APTE, Actions positives pour le travail et l\u2019emploi) et d\u2019un programme de supplément au revenu de travail (APPORT, Aide aux parents pour leurs revenus de travail).LES OBJECTIFS ET LES GRANDES ORIENTATIONS D\u2019UNE POLITIQUE DE SÉCURITÉ DU REVENU « L\u2019aide sociale1 se veut un programme de dernier recours, c\u2019est-à-dire qu\u2019un particulier ou une famille doit avoir épuisé toutes ses ressources et avoir utilisé toutes les autres formes d\u2019aide avant de faire appel à l\u2019assistance sociale.À titre d\u2019exemple, l\u2019aide sociale ne doit donc pas remplir les fonctions d\u2019autres organismes publics ou para-publics tels que la Régie des rentes du Québec, la Régie de l\u2019assurance automobile du Québec ou la Commission de la santé et de la sécurité du travail.» « De plus, l\u2019aide sociale doit tenir compte des liens de solidarité et de responsabilité qui unissent les membres 1.Extrait de Pour une politique de sécurité du revenu, Ministère de la Main-d oeuvre et de la Sécurité du revenu, Gouvernement du Québec, décembre 1987, p.17.d\u2019une famille et ne doit pas remplacer les contributions et les formes de secours déjà existantes dans la famille.L\u2019aide sociale, en effet, ne doit pas se substituer aux responsabilités parentales et aux obligations filiales.» « Enfin, les prestations et les autres formes de soutien garanties par l\u2019aide sociale ne doivent pas excéder les ressources financières dont disposent les autres personnes à faibles revenus.Il est important de réitérer que les prestations d\u2019aide sociale et l\u2019ensemble des avantages reliés au programme d\u2019aide sociale ne doivent, pour aucun motif, être supérieurs aux revenus des travailleurs au salaire minimum, et ce, de façon évidente.Le nouveau système de sécurité du revenu devra également imposer aux personnes admissibles les mêmes responsabilités que celles qui incombent habituellement aux ménages à faibles revenus.» ¦ relations mars 1988 43 Tableau I ÉVOLUTION DU NOMBRE DE MÉNAGES À L\u2019AIDE SOCIALE de 1971 à 1987 (données du mois de mars) APTES\tINAPTES\tTOTAL 19711\t76 321\t36,4%\t133 227\t63,6%\t209 548 1972\t81 211\t39,1%\t126 274\t60,9%\t207 485 1973\t69 396\t37,1%\t117 849\t62,9%\t187 245 1974\t70 679\t39,2%\t109 218\t60,8%\t179 897 1975\t80 585\t40,7%\t116 960\t59,3%\t197 545 1976\t89 504\t40,9%\t129 151\t59,1%\t218 655 1977\t105 307\t44,8%\t129 794\t55,2%\t235 101 1978\t117 987\t47,8%\t128 858\t52,2%\t246 745 1979\t131 069\t50,7%\t127 679\t49,3%\t258 748 1980\t151 974\t53,3%\t133 113\t46.7%\t285 087 1981\t164 856\t54,5%\t137 457\t45,5%\t302 313 19822\t230 898\t70,9%\t94 558\t29,1%\t325 456 1983\t291 320\t73,4%\t105 677\t26,6%\t396 997 1984\t303 951\t73,2%\t111 462\t26,8%\t415 413 1985\t309 232\t72,8%\t115 558\t27,2%\t424 790 1986\t306 568\t73,6%\t109 768\t26,4%\t416 336 1987\t286 622\t73,4%\t103 744\t26,6%\t390 366 1.\tDe 1971 à 1982, les ménages «aptes» sont ceux dont le chef est une personne employable ou en chômage.Pour être considéré comme employable ou en chômage, il faut n'avoir aucun handicap et être âgé de moins de 65 ans et 2 mois.Les ménages inaptes sont ceux dont le chef est indisponible de façon temporaire ou permanente ou âgé de plus de 65 ans et 1 mois.2.\tEn 1982, on a modifié cette définition pour spécifier que les ménages « aptes » sont ceux dont le chef n\u2019a aucun handicap ou a un handicap physique faible ou moyen, sans considération de l\u2019âge.Cette modification a eu pour effet d\u2019accroître la clientèle considérée « apte » d\u2019environ 30 000 ménages.La clientèle considérée « inapte » est constituée des ménages dont le chef a un handicap physique élevé ou un handicap psychologique, et ce, de façon permanente ou temporaire.Source : Fichier de l\u2019aide sociale (Ministère de la Main-d\u2019oeuvre et de la Sécurité du Revenu du Québec) Un troisième volet fournit un « soutien financier» aux personnes jugées non employables.L\u2019élément le plus important de ce projet est le programme APTE, qui s\u2019adresse aux personnes physiquement et psychologiquement capables de décrocher un emploi rémunéré.D\u2019abord parce qu\u2019il concerne près de 400 000 citoyens: 153 000 personnes seules, 56 800 familles monoparentales et plus de 31 000 familles biparentales.Et ensuite parce qu\u2019il traduit en règlements et en mesures administratives la nouvelle attitude de l\u2019État québécois face à la clientèle employable de l'aide sociale.Les deux tiers de ces personnes sont peu scolarisées, et deux sur cinq n\u2019ont aucune expérience de travail (pensons 44 aux moins de trente ans et aux femmes chefs de famille monoparentale) ; « 36,7 % des bénéficiaires ont huit années ou moins de scolarité, 29,6 % en ont neuf ou dix ans, alors que 33,5 % en ont onze ans et plus.» (p.26) Pour encourager, le mot de passe est plutôt « inciter », les bénéficiaires de l\u2019aide sociale à entrer sur le marché du travail, on veillera à maintenir un « écart raisonnable » entre les prestations qui leur seront versées et le revenu des chefs de famille employés au salaire minimum.Cela signifie, en pratique, qu\u2019on réduit de quelque cent dollars par mois la prestation de base versée aux personnes seules et aux familles monoparentales avec un enfant.Après les neuf premiers mois, il devient possible de recevoir plus (de 75 à 83 % du revenu relations mars 1988 d\u2019un travailleur au salaire minimum) si on accepte de participer à un « plan d'action personnalisé» de «développement de l\u2019employabilité».Ce plan d\u2019action, établi entre le bénéficiaire et un « agent d\u2019aide socio-économique » à l\u2019emploi du ministère de la Main-d\u2019oeuvre pourra prendre la forme d\u2019un retour à l\u2019école (programme de formation générale ou de formation professionnelle), d\u2019activités de services communautaires ou de « bons d\u2019emploi », c\u2019est-à-dire de subventions salariales à l'embauche versées à l\u2019employeur.L\u2019application de la réforme exercera une pression dangereuse sur les milieux de travail.Les bénéficiaires qui seront embauchés dans des projets communautaires ou qui seront appelés à faire un stage en entreprise ne sont pas couverts par la Loi des normes minimales du travail ou par le Code du travail.Quand ils vont se retrouver dans de petites entreprises non syndiquées, leur présence et leur travail vont sûrement influencer les conditions de travail et la rémunération des salariés.Dans une entreprise syndiquée, est-il impensable que l\u2019employeur tente de profiter de cette main-d\u2019oeuvre non protégée pour contrer le syndicat et remettre en question un certain nombre de droits acquis ?Nouvelle organisation du travail Nous ne sommes plus au temps de la révolution industrielle, mais nous vivons néanmoins une profonde réorganisation du travail.Notre économie est en train de se « tertiariser », c\u2019est-à-dire que le secteur des services est en expansion constante tandis que de moins en moins de gens trouvent à s\u2019employer dans l\u2019agriculture ou dans l\u2019industrie.Sous le coup de la compétition internationale et de l\u2019informatisation des machines-outils, les industries de transformation engagent quelques dizaines de travailleurs là où on en aurait employé plusieurs centaines dans les années 50.C\u2019est pourquoi on nous répète que c\u2019est la petite et la moyenne entreprise qui est la véritable créatrice d\u2019emplois.Mais, généralement, les emplois dans une petite entreprise sont loin d\u2019être aussi protégés et aussi bien rétribués que dans une grande usine syndiquée.De la même façon que certaines entreprises de confection diminuent leurs coûts de production en exploitant le travail au noir des couturières à domicile, la grande industrie se donne une flexibilité beaucoup plus grande en accordant des sous-contrats à un réseau de petites entreprises satellites.C\u2019est ce qu\u2019on appelle maintenant le modèle japonais.Ce sont évidemment les employés des petits ateliers qui font les frais de la souplesse du système.En obligeant les assistés sociaux et les assistées sociales déclarés « aptes au travail » à accepter des emplois au salaire minimum, on crée tout un bassin de main-d\u2019oeuvre bon marché pour les petites entreprises du secteur tertiaire et pour les ateliers-satellites des grandes entreprises.Formation et recyclage Il y a déjà un bon moment qu\u2019on a relié le chômage à la faible scolarité et à la déqualification professionnelle.Et, s\u2019il est indispensable d\u2019intervenir dans ce domaine, l\u2019expérience acquise ces dernières années devrait inspirer quelque prudence.Le domaine est très vaste.Quand on parle de formation générale et professionnelle, il ne s\u2019agit pas de « cours du soir » mais d\u2019un retour aux études à plein temps.La plupart des commissions scolaires où on a mis en route des programmes de ce genre affichent un taux de succès relativement faible.Probablement à cause de leur caractère improvisé.On donne aux nouveaux étudiants l\u2019impression qu\u2019ils pourront se donner rapidement une formation de niveau secondaire grâce à un apprentissage individualisé.En fait, on leur propose un programme découpé en « projets » et, faute de support pédagogique adéquat, on les laisse pratiquement à eux-mêmes.L\u2019étudiant est évalué au départ et on mesure son progrès au nombre de projets qu\u2019il arrive à réaliser.La formule est acceptable et donne souvent de bons résultats quand on a affaire à des adultes bien motivés, qui sont revenus aux études sans céder à une contrainte extérieure.Mais dans le cas des plus jeunes, on arrive à 60 et 70 % d\u2019échecs.Des échecs d\u2019autant plus cuisants qu\u2019ils sont vécus comme une défaite personnelle.Trop souvent, au lieu de redonner aux jeunes étudiants confiance en eux-mêmes, on les accule à l\u2019autoculpabilisation.Prenons ensuite le cas des femmes chefs de famille monoparentale qui ont Les nouveaux emplois : précaires et mal payés.essayé de retourner aux études.Le nombre d\u2019abandons est très élevé.Le problème du transport, la difficulté de trouver des services de garderie, le peu d\u2019espoir de décrocher un emploi au terme du cours d\u2019études minent la motivation.Sans compter que tout coûte plus cher parce qu\u2019on a moins de temps pour travailler à la maison ou pour magasiner les aubaines.On peut écraser les gens en leur imposant de se recycler dans de telles conditions.L\u2019enjeu est important, mais la clientèle visée interdit l\u2019improvisation.L\u2019État-providence La réforme proposée par le ministre de la Main-d\u2019oeuvre est une réforme « défensive », au plan économique, en ce sens qu\u2019elle réagit aux tendances du marché du travail pour les avaliser.Il s\u2019agit de se couler dans le courant.Or les tendances de la nouvelle organisation du travail sont la dualisation et la précarisation.Dualisation : tendance à la division du salariat en deux groupes, entre lesquels l\u2019écart de rémunération est considérable : et les formules prévues pour réintégrer les assistés sociaux au marché du travail vont encore ralentir la hausse du salaire minimum et augmenter la compétition entre les travailleurs les moins protégés.Précarisation : tendance au développement d\u2019emplois instables et temporaires, pour lesquels le gouvernement est disposé à subventionner la petite et la moyenne entreprise, sans poser de question, sans trop vérifier si les stages de formation donnent une formation et si les travaux communautaires ne font pas disparaître des emplois salariés.En soi, c\u2019est évidemment une bonne chose que d\u2019encourager les gens à entrer sur le marché du travail et à devenir autonomes, mais sans une véritable politique de l\u2019emploi, la réforme Paradis s\u2019attaque aux symptômes plutôt qu'aux causes réelles du chômage.Les causes réelles font corps avec une politique économique qui a traditionnellement privilégié les variables monétaires plutôt que l\u2019emploi, qui impose une austérité croissante aux salariés et qui abdique progressivement les droits du Québec et du Canada à déterminer une politique nationale d\u2019investissement.Replacée dans le contexte du rapport Macdonald, des accords de libre-échange, du rapport Forget et de la nouvelle politique fiscale du ministre Wilson, la réforme Paradis vise à décourager le recours aux services de l\u2019État-providence.Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres.En créant du jour au lendemain un vaste bassin de main-d\u2019oeuvre bon marché, en subventionnant les entreprises par un programme de subventions salariales à l\u2019embauche, le gouvernement du Québec se coule dans le système libéral nord-américain.On resserre les budgets de l\u2019aide sociale en augmentant l\u2019aide directe et indirecte aux entreprises et aux mieux nantis.L\u2019Êtat-providence n\u2019est pas mort : il a seulement changé de pupilles.relations mars 1988 45 Canapress/J.F.Leblanc à deux voix La réforme Paradis, le rapport de la commission Rochon et les nouvelles politiques fiscales du ministre Wilson relancent un débat de fond : revenu minimum garanti ou création d\u2019emploi (ce sont les euphémismes qui désignent généralement les politiques destinées à gérer le bien-être social et le chômage).Faut-il mettre l\u2019acent sur l\u2019aide à distribuer ou sur la planification économique requise pour coordonner l\u2019emploi ?État-providence ou État-gérant ?Le débat divise les économistes, mais aussi les sociologues et les éthiciens : l\u2019aide sociale accroît-elle la dépendance ?« désincite >>-t-elle les travailleurs éventuels ?Dans la tradition de l\u2019Église, le travail n\u2019a pas seulement une valeur économique, il a aussi une valeur éthique : il permet à la personne de se réaliser, de se construire.Signe d\u2019injustice, source de dépendance et occasion de désoeuvement, le chômage est « toujours un mal » et peut prendre les dimensions d\u2019une « véritable calamité sociale », surtout quand il frappe les jeunes.C\u2019est ainsi que Jean-Paul II n\u2019hésite pas à écrire que « pour faire face au danger du chômage et assurer un travail à chacun, (l\u2019État et les grands partenaires sociaux) doivent pourvoir à une planification globale » (Encyclique sur le travail, 18,2).Ce n\u2019est pas très différent de ce qu\u2019on appelle une politique de plein emploi.Peut-on entièrement créditer à l\u2019emploi toute la valeur éthique du travail ?Ce sont les manufactures qui ont imposé, à travers le salaire, la distinction tranchée entre travail et non-travail.Lentement mais sûrement, l\u2019emploi salarié est devenu synonyme de travail alors que soins aux enfants, entretien domestique, bénévolat ou activité libre et gratuite sombraient dans les limbes du non-travail.Pourtant, reconnaître que le travail est une donnée essentielle à la réalisation de la personne humaine nous oblige-t-il nécessairement à prendre tous les moyens pour lutter contre ie chômage ?Pourquoi serait-il éthiquement plus acceptable d\u2019occuper un emploi peu sûr et mal rémunéré ou de gagner, largement, sa vie dans une usine d'armes destinées à l\u2019exportation que de consacrer bénévolement son temps à la promotion de la démilitarisation ou d\u2019un meilleur développement international ?Plus que le chômage, la véritable calamité ne serait-elle pas la misère, que ce soit celle des assistés sociaux, des chômeuses ou des travailleurs condamnés au salaire minimum ?Ne serait-elle pas plutôt le mépris qui frappe ceux et celles qui ne peuvent fièrement brandir leur chèque de paie et qui ne voient jamais reconnaître leur travail, que ce soit au foyer au ailleurs ?Je ne crois pas que tout salaire entraîne l\u2019émancipation.Tomber au chômage peut signifier drames, désespoir, dévalorisation, dépendance ; être forcée de se soumettre aux lois du salariat aussi.C\u2019est vrai, l\u2019emploi n\u2019est pas tout.Dans sa lettre sur le travail, Jean-Paul II insiste sur les dommages que cause à la famille et à la société le fait que les deux parents se trouvent contraints de prendre un emploi pour assurer le bien-être et l\u2019éducation de leurs enfants.Chez nous, les politiques de plein emploi sont aussi contestées par des groupes et des penseurs qui remettent en question l\u2019idéologie productiviste qui anime notre société.Par exemple, on revendique de pouvoir vivre plus sobrement, à contre-courant de la consommation luxueuse et des loisirs dispendieux correspondant aux standards nord-américains ; on fait valoir qu\u2019une croissance économique fondée sur l\u2019industrie militaire et sur la destruction de l\u2019environnement appauvrit en réalité la génération future ; cet « anti-yup-pisme », héritier de la contreculture des années 60, défend un style de vie alternatif qui répondrait aux aspirations des « nouveaux mouvements sociaux ».On conteste donc le plein emploi pour des raisons économiques (le gaspillage) et éthiques (la qualité du travail et son sens).Toute la question est de savoir, d\u2019abord, si une économie non productiviste peut fonctionner et, ensuite, quelle est la force réelle de ces mouvements sociaux : entre les rêves d\u2019une élite et la volonté politique de la population, c\u2019est la réalité du chômage et de la misère qui s\u2019impose et qui urge.En un mot, faut-il être intellectuel pour s\u2019opposer au plein emploi ?Monsieur Paradis a déjà répondu à la question.Si tout cela n\u2019était qu\u2019élucubration d'intellectuels, il ne se serait sans doute pas senti obligé de mettre en place une politique aussi dure de retour au travail.Ce partisan du plein emploi par la seule augmentation de l\u2019offre de travail a compris que, s\u2019il n \u2019imposait pas des mesures coercitives féroces, s\u2019il ne parvenait pas à couper toute échappatoire, un nombre important de personnes «aptes au travail» refuseraient les lois de « l\u2019employabilité » et préféreraient « faire autre chose » de leur temps, de leur énergie.Au ras du sol, chez ceux et celles que l\u2019on appelle les-gens-ordinaires et dont on refuse trop souvent de reconnaître l\u2019intelligence, on a déjà compris les pièges de l\u2019emploi-à-tout-prix.On ne veut plus perdre sa vie à la gagner.On veut travailler, oui, mais pas à n\u2019importe quel prix ni à n\u2019importe quoi.Et si on ne sait pas encore « si une économie non productiviste peut fonctionner », on a durement appris qu\u2019une économie strictement productiviste mène au gaspillage, à la dualisation et à la misère.Humaniser le travail en le distinguant de l\u2019emploi peut difficilement coûter plus cher.par Albert Beaudry et Francine Tardif 46\trelations mars 1988 1948 : l\u2019affaire de la silicose LE SANCTUAIRE FRACASSÉ par Jean-Pierre Richard \u2022î!' îïï^ Il y a exactement quarante ans, la livraison de mars de Relations publiait un long reportage sur les victimes de la silicose à Saint-Rémi d\u2019Amherst : reprise par Le Devoir, l\u2019affaire de la silicose allait mobiliser le milieu des affaires, le gouvernement provincial, les autorités de l\u2019Église.Jean-Pierre Richard, journaliste au réseau TVA et notre collaborateur régulier, est né à Saint-Rémi.Sa haute taille dans la foule m\u2019avait frappé.Sans doute avais-je ajouté une ou deux coudées à sa taille parce que nous étions à Saint-Rémi, sur le modeste parvis de Téglise et que nous fêtions le centenaire de la fondation de cette paroisse des Laurentides, pour longtemps inscrite dans les Relations.Nous étions en juillet 1986.Il était en aube comme les autres officiants et, comme eux, mêlé aux gens qui pénétraient dans le petit temple, ce samedi après-midi, pour la célébration d\u2019une messe à la mémoire et pour le repos des défunts et victimes de la mine de kaolin de mon village natal.La télévision d\u2019État avait installé ses câbles partout et rapetissé l\u2019église de moitié.Elle se donnait ainsi de la perspective et réussissait parfaitement à créer les sortilèges du présent, si nécessaires pour redonner aux êtres et aux choses leur mesure exacte.Car le passé vit à Saint-Rémi et rejoint les gestes de l\u2019évêque de Reims qui, pour toujours, dans la peinture naïve qui surplombe le maître autel, baptise Clovis sous le regard de sa mère Clothilde et fonde la France chrétienne.Mais je crains l'homme d\u2019une seule peinture car il risque de perdre le sens des perspectives.J\u2019ai donc revu le père Jean-d'Auteuil Richard chez lui à Montréal, plus d\u2019un an après le centenaire, pour lui parler du numéro de mars 1948 de la revue Relations dont il a été le directeur-fondateur.Plus d'un an car c\u2019était l\u2019hiver ; quelques jours avant son anniversaire.Il est né en Saskatchewan, le 11 janvier 1906, dans un endroit qui s\u2019appelle Richard et qui avait été fondé par son père.Ce n\u2019est qu\u2019à la fin du second interview qu\u2019il a été question de son père mais, avec le recul, le paysage de la grande plaine s\u2019impose et obtient la préséance.Émile Richard était un brasseur d\u2019affaires, un bon Canadien français du Québec, qui est apparu à Winnipeg en 1879.Avant le chemin de fer, de me préciser son fils.Quand on y pense un peu, le détail a de l\u2019importance car s\u2019être établi dans les Prairies avant le chemin de fer est le signe du vrai pionnier.Il était jeune, il a connu Sitting BuN et Louis Riel.Au moment de la naissance de son fils Jean, Émile Richard exploitait un ranch de quatre à cinq mille acres, à environ 200 kilomètres de l\u2019actuelle Regina ; il vendait des bêtes à cornes et des chevaux aux milliers d\u2019immigrants qui affluaient dans les relations mars 1988 47 Le Père Jean-d\u2019Auteuil Richard, S.J grandes plaines désormais traversées par un réseau de chemin de fer dont l\u2019édification se confond avec celle de l\u2019État fédéral canadien.C\u2019est donc sur un monde en construction \u2014 un monde où il y avait de vrais cow-boys, me dit-il \u2014 que Jean Richard ouvre les yeux.C\u2019est aussi un monde où il n\u2019y a pas d\u2019école.Sa mère, Arthémise d\u2019Auteuil, enseignante née à Rivière-Ouelle, lui fait les premières classes à la maison.Il faut croire qu\u2019elle avait de la méthode et du talent car il se retrouve jeune au Collège des Jésuites d\u2019Edmonton dont il sort bachelier ès-arts (Université Laval), à dix-sept ans et demi.Il hésite entre la médecine et la Compagnie et choisit.Il part donc pour Montréal où il entre dans la communauté au noviciat du Sault-au-Récollet.La survivance Mais nous n\u2019allons pas quitter les Prairies sans jeter un rapide coup d\u2019oeil sur ce vaste territoire.Jean-d\u2019Auteuil Richard est né au Canada français.L\u2019Ouest politique s\u2019était édifié pour l\u2019Ontario et à son image, contre un Québec qu\u2019on identifiait pratiquement à l\u2019aire d\u2019influence de Mgr Ignace Bourget.C\u2019est oublier Émile Richard et son ranch.Et ses deux frères, Auguste et Eugène, qui sont revenus au Québec et y ont fait fortune dans une entreprise de confection.L\u2019initiative dans la mise en valeur nous échappait là aussi.Émile Richard s\u2019abonna au Devoir dès 1910 et participa à la survivance.L\u2019Église universelle qui parlait latin à tout le monde pouvait passer les frontières politiques établies par Ottawa et créer des réseaux pauvres mais indépendants qui étaient la nature même du Canada français.Le premier regard que jeta le jeune Richard sur le Montréal de 1923 est un indice de la carrière qui s\u2019ouvre à lui.C\u2019est une ville anglophone qu\u2019il découvre, dont la majorité est pourtant francophone.Les services publics y fonctionnent en anglais, c\u2019est la langue de leurs propriétaires.Jean-d'Auteuil Richard ne fut ni le premier ni le dernier à voir se dissiper dans l\u2019espace d\u2019un regard le sanctuaire ruraliste où notre âme collective avait trouvé refuge pendant plus d\u2019un siècle.De son arrivée à Montréal à la fondation de la revue Relations il s\u2019écoule dix-huit années au cours desquelles il fait le cours de philosophie et de théologie, est ordonné, voyage et étudie à l\u2019étranger (Paris, Rome, États-Unis), confronte ses expériences.Dans les « Nouvelles de la Province du Canada français » de décembre 1982, il a dressé le sommaire suivant de la genèse de Relations : Une idée (1930-1939) Un projet (1940) La réalisation (1941-1948) « Cette revue de grande classe comblerait ce que nous estimions une grave lacune dans l\u2019éventail des activités apostoliques de la Province du Bas-Canada1.» Voilà ce qu\u2019il écrit pour le coeur du projet.Quant au milieu où devait oeuvrer cette revue axée sur les questions sociales, il dit qu\u2019il était caractérisé par un manque de rigueur et de réflexion : « on laissait les choses aller».La crise économique avait amorti le climat social ; les gens s\u2019étaient longuement débattus et la prospérité mettait du temps à atteindre la vie quotidienne de la majorité.Une grosse pierre blanche La revue fut un franc succès et atteignit bientôt 15 000 exemplaires par mois.C\u2019était beaucoup, surtout si on replace ces chiffres dans le monde de sous-équipement et de pénurie qu\u2019était le Québec d\u2019alors.Dans sa huitième année, en mars 1948, Relations publia le grand article du Franco-américain Burton Ledoux sur la mort par silicose d\u2019une cinquantaine d\u2019hommes à Saint-Rémi d\u2019Amherst.Ce texte provoqua un scandale énorme et marqua d\u2019une grosse pierre blanche l\u2019histoire sociale du Québec.En publiant l\u2019article de Burton Ledoux (21-8-1893 \u2014 23-10-1979), la revue ne faisait qu\u2019être fidèle à la mission qu\u2019elle s\u2019était donnée.La revue avait beaucoup parlé des services publics, de l\u2019électricité notamment, dont la première nationalisation date de 1944.Dans l\u2019éditorial qui coiffe l\u2019article de Ledoux « Les victimes de Saint-Rémi sont nos frères », le père Richard dit que la revue veut « rendre témoignage à la vérité », que « l\u2019opinion publique a le droit de savoir et de se faire écouter » et que « les chrétiens, ceux en particulier qui veulent faire entrer dans les faits la doctrine de l\u2019Église, ont le devoir de prendre l\u2019initiative en dénonçant les abus.» Langage neuf même pour certains secteurs du clergé qui, au moment critique de l\u2019affaire, disaient au père Richard que l\u2019Église se devait certes aux pauvres mais qu\u2019il fallait bien reconnaître que c\u2019est souvent avec les gens qui ont du bien que l\u2019on réussit à faire le bien.Prendre l\u2019initiative.Langage neuf dans le Québec de 1948 car le père Richard réclamait d\u2019urgence une solution.Le cas de Saint-Rémi posait, selon la revue, un problème d\u2019envergure nationale.« D\u2019autant plus urgente que l\u2019exploitation intensive des vastes gisements de minerai de fer de l\u2019Ungava menace 1.Nom de la province canadienne de langue française jusqu\u2019en 1964.48\trelations mars 1988 de multiplier au delà de toute imagination les ravages de cette maladie, avec son cortège de ruines physiques, morales et sociales.Nous ne pouvons oublier que, parmi les responsables du scandale de Saint-Rémi, se trouvent des financiers qui se sont taillé dans les solitudes nord-québécoises un riche domaine où ils régneront en maîtres.» Le Québec de 1948 était en profonde mutation.Il s\u2019en allait aux urnes en juillet pour donner sa première vraie victoire à l\u2019Union nationale de Maurice Duplessis, après avoir éliminé les nationalistes radicaux du Bloc populaire.Ce pays qu\u2019on appelait toujours la Province, se dotait cette année-là d\u2019un drapeau qui alliait les lys de France à une croix blanche évoquant autant la neige que la religion.L\u2019Union Jack allait flotter encore longtemps sur le Sun Life Building à Montréal et accrocher le regard de nombreux jeunes qui débarquaient dans la Métropole en se disant qu\u2019ils étaient des immigrants dans leur propre pays.C\u2019est eux qui avaient dit non massivement à la Conscription durant la guerre et qu\u2019on avait revêtus d\u2019uniformes anglais contre leur gré.La mutation affectait l\u2019économie où la majorité des capitaux était passée des mains des Britanniques à celles des Américains, changement qui allait permettre à Duplessis de négocier, en bon chef indigène, entre la rue Saint-Jacques de Montréal, Bay Street de Toronto et Wall Street.Et d\u2019en tirer profit pour un petit peuple qu\u2019il menait à la baguette.Dans un monde qui leur fermait la porte de leur propre pays, les francophones du Québec firent l\u2019unité autour d\u2019un catholicisme conservateur qui aimait se reconnaître dans le refuge ethno-centriste que constituait l\u2019Union nationale triomphante.Dans l\u2019Église, deux tendances s'opposaient à ce courant majoritaire aux vues courtes et réalistes : les libéraux dont le leader était Mgr Joseph Charbonneau et les radicaux de la doctrine sociale de l\u2019Église (souvent frottés de corporatisme) qu\u2019on retrouvait à Relations qui, en 1948, portait encore la marque de l\u2019École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault.Ces deux tendances allaient être mises en échec durant l\u2019affaire du kaolin de Saint-Rémi et celle de l\u2019amiante qui en est une conséquence directe.En 1948, le monde occidental s\u2019installait dans la guerre froide : les Soviétiques procédaient au coup de Prague, Churchill forgeait l\u2019expression « le rideau de fer » ; Pie XII interdisait les prêtres-ouvriers en France.La grande affaire dans le monde du business était la mise en valeur de la Côte-nord et de l\u2019Ungava.Le ministre des Mines dans le gouvernement Duplessis, Jonathan Robinson, avait annoncé, dès le 2 mars 1948, à l\u2019Assemblée législative que le groupe minier Hollinger, auquel la famille Timmins était associée, se proposait de dépenser à lui seul 300 millions de dollars dans ces régions.Le ministre avait d\u2019abord précisé que, pour 1947, la production minière québécoise avait atteint le niveau record de 111 millions de dollars.Ce qui donne une idée de l\u2019importance des enjeux.Les financiers du Québec qui étaient associés à ce vaste mouvement de mise en valeur des régions vierges étaient principalement Noah Timmins et sa famille.Au moment de la parution du numéro de mars 1948 de Relations, ces braves gens étaient propriétaires de la mine de Saint-Rémi et actionnaires importants de la Noranda Mines.Déjà, le Québec manquait de capitaux et devait s\u2019adresser à Wall Street.On comprend pourquoi le numéro de la revue des Jésuites faisait vraiment problème.La revue était le moteur idéologique de l\u2019Église dans le domaine social et ses 15 000 exemplaires mensuels, dans un Québec sous-informé et sous-équipé, constituaient un réseau d\u2019une force qu\u2019il fallait tâcher de discréditer.Car les médias avaient immédiatement fait écho au long texte de Burton Ledoux et d\u2019autres jour- Monseigneur Joseph Charbonneau nalistes s\u2019étaient rendus à Saint-Rémi, notamment Gérard Pelletier du Devoir.Ce n\u2019était donc plus d\u2019un simple article de revue qu\u2019il s'agissait mais d\u2019une campagne de presse et d\u2019un mouvement d\u2019opinion auquel s\u2019étaient associés les syndicats, l\u2019Union des cultivateurs, les synodes des Églises unie et anglicane.En fait, c\u2019était de la position de l\u2019Eglise dans la «priest ridden province » qu\u2019il s\u2019agissait, de la force motrice qu\u2019elle avait acquise dans une société colonisée.Comme me le disait le père Jacques Cousineau il y a dix ans, les morts et les malades de Saint-Rémi, ces gens-là (les compagnies) s\u2019en fichaient pas mal ; ce qu\u2019ils voulaient absolument, c\u2019était d\u2019enlever à cette dénonciation le sceau de l\u2019Église dont l\u2019opposition constituait, selon eux, un obstacle infranchissable à leurs projets.J\u2019ai plié le papier En conséquence, les compagnies minières se sont fixé deux objectifs : jeter le discrédit sur l\u2019ensemble du numéro de mars de Relations en niant en bloc les faits énoncés par Burton Ledoux et surtout amener le directeur de la revue, le père Jean-d\u2019Auteuil Richard, à se dédire.Elles avaient eu partiellement satisfaction, en mai, avec la parution dans la revue d\u2019un long texte patronal où tout était nié en bloc, avec plus ou moins de subtilité.Avec 40 ans de recul, des phrases comme « En fait, durant les sept dernières années, aucun employé n\u2019a contracté la silicose » (Relations, mai 1948, p.132) enlèvent tout crédit à ce texte signé par les Timmins et Alphonse Raymond.Leur mise au point avait paru seule, c\u2019est-à-dire non accompagnée d\u2019un dédit.Ce n\u2019était pas pourtant faute d\u2019avoir essayé.Le 18 avril, le père Richard avait été convoqué à une rencontre avec les patrons de la mine à l\u2019Immaculée-Con- relations mars 1988 49 ception, la paroisse des Jésuites à Montréal.Cette rencontre a eu lieu plus précisément dans la chambre-bureau que le père Provincial, Léon Pouliot, occupait durant sa visite-séjour d\u2019un mojs aux institutions de la communauté situées rue Rachel.Étaient présents le père Richard (sans avocat) ; Noah Timmins, le fondateur du groupe, et Rudolf Timmins ; leur avocat Emery Beaulieu (bleu bon teint fort bien introduit dans les milieux du gouvernement Duplessis) ; Alphonse Raymond, administrateur de Noranda Mines ; le père Arthur Dubois, ami des Raymond et professeur de leurs enfants.Les Timmins étaient d\u2019anciens élèves de Loyola College.Le père Dubois avait participé à la rédaction du texte que les compagnies soumettaient au directeur de Relations pour signature.Était également présent le père Ivan d\u2019Orsonnens, assistant du père Provincial.Et ce dernier, évidemment ! L\u2019un des Timmins \u2014 le père Richard ne sait plus lequel \u2014 a tiré un papier de sa poche et il fut demandé au directeur de Relations de le publier après l\u2019avoir signé.« J\u2019ai plié le papier », me dit le père Richard.Mais ses interlocuteurs voulaient que la question soit réglée le jour même.Le père Richard leur répondit qu\u2019il allait examiner le document avec ses conseillers et qu\u2019ils auraient sa réponse sous peu.Il demandait à réfléchir et refusait d\u2019agir sous pression.Le papier des Timmins fut examiné avec les pères Paul Racine et Jacques Cousineau ainsi qu\u2019avec l\u2019avocat Jacques Perreault, qui ne manqua pas de consulter son père Antonio dont il était l\u2019associé à son cabinet de l\u2019Aldred Building.« Pas question » fut sa seule réponse.Réponse écrite qui fut communiquée aux compagnies le 23 avril.L\u2019ancêtre Noah Timmins se rendit lui-même dans sa voiture déposer, entre le 18 et le 23 avril, le texte des compagnies au bureau de la revue Relations.Il réclama et obtint du père Richard un récépissé.Le texte des compagnies parut dans la livraison de mai et parut seul, c\u2019est-à-dire non accompagné du texte que les compagnies avaient aimablement soumis au père Richard.Ces textes étaient d\u2019inséparables jumeaux dont l\u2019un n\u2019a pas encore vu le jour.Les compagnies, chagrinées par leur échec, aboutirent chez Mgr Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal, qui mit toute l\u2019affaire sous son autorité le 7 mai.Les Timmins s\u2019étaient adressés auparavant au Provincial, le père Léon Pouliot, qui avait écrit une lettre au père Richard l\u2019enjoignant de signer la rétractation soumise le 18 avril.Murray Ballantyne, conseiller de Mgr Charbonneau, et le père Cousineau se rendirent chez le père Pouliot pour tenter de le faire changer d\u2019avis.Mgr Charbonneau savait évidemment que cette affaire secouait l\u2019opinion publique mais il avait appris par Murray Ballantyne que certains éléments dans la Compagnie de Jésus s\u2019apprêtaient à céder aux compagnies, à tout céder.C\u2019est donc dans ces circonstances qu\u2019il prit l\u2019affaire en main.Entre-temps, les compagnies avaient changé d\u2019avocat, passant du bleu au rouge.Leur porte-parole était désormais Hugh O\u2019Donnell, gendre de Louis Saint-Laurent, éminent avocat et, ce qui n\u2019était pas sans importance, fort bien introduit chez Monseigneur.Il leur arrivait de jouer aux cartes ensemble au Palais.Mgr Charbonneau confia la responsabilité de l\u2019affaire à son vicaire général, Mgr Laurent Morin, qui fit office de secrétaire aux deux séances de travail des 15 et 17 juin, à l\u2019archevêché.Mgr Charbonneau, qui avait la réputation d'être impulsif, avait donc pris son temps mais les compagnies pressaient les uns et les autres.L\u2019évêque de Montréal, en vertu du droit canon, avait toute autorité sur les publications catholiques produites dans son diocèse.Il lui suffisait de l\u2019exercer.Lors de ces séances, étaient présents Hugh O\u2019Donnell, le père Adélard Dugré, Mgr Morin, le père Richard et Mgr Charbonneau.Le père Richard affirme, 40 ans plus tard, que ces deux séances furent un tournant capital.Il était entré au Palais avec l\u2019intention de se soumettre au tribunal du père.Le 7 mai, Mgr Charbonneau avait dit qu\u2019il mettait «toute l\u2019affaire sous son tribunal».Or Hugh O\u2019Donnell, en avocat rompu aux techniques de la plaidoirie et du réquisitoire, sut confondre l'essentiel et, pourrait-on dire, le mineur pour jeter le doute dans l\u2019esprit de Monseigneur quant à la véracité du texte de Burton Ledoux.O\u2019Donnell, document en main, attaqua sur un mot, le mot de « crevasse ».Le paragraphe incriminé était le suivant : « Depuis 1942, la majeure partie de la silice que la compagnie a mise sur le marché provient d\u2019une carrière ou mine à ciel ouvert.Cette carrière est un vaste trou de forme irrégulière dans le flanc d\u2019une colline ; on ne peut s\u2019y rendre que par une étroite ouverture semblable à une crevasse.À l\u2019intérieur, des murs de roc se dressent verticalement à quelque 150 pieds de hauteur jusqu\u2019au sommet de la colline ».Je suis allé à la carrière en 1948, j\u2019y suis retourné au cours des 40 dernières années et la description est rigoureusement exacte.Mais en bon avocat, O\u2019Donnell réussit à semer le doute.Après la négation pure et simple des faits les plus évidents dans la déclaration des compagnies, il fallait faire douter Mgr Charbonneau.Le texte de Burton Ledoux avait AUJOURD\u2019HUI\t\tCREDO \tMensuel protestant\t INFORMATIONS\tRÉFLEXIONS\tTÉMOIGNAGES \u2022 vie des communautés locales\tsur des questions d\u2019ordre\tla foi vécue \u2022 nouvelles des Églises et des\t\u2022 théologique\t\u2022 dans la famille groupes chrétiens dans le\t\u2022 pastoral\t\u2022 dans l\u2019Église monde\t\u2022 social\t\u2022 dans la société \u2022 oecuménisme\t\u2022 économique et politique\t\u2022 ici et dans le monde ABONNEMENT: \u2022 un an: 12,00 $ (10 numéros) 'étranger: 15,00$\t\t 3480, boulevard Décarie, Montréal, QC H4A 3J5\t\tTél.: (514)486-9213 \tPublié par l\u2019Église unie du Canada\t 50 relations mars 1988 été rédigé en anglais, traduit par les pères Richard et Cousineau et approuvé par Ledoux lui-même qui connaissait assez le français pour juger des nuances.Le père Richard offrit à Monseigneur de faire venir Ledoux de New York pour établir la véracité du texte.Peine perdue, l\u2019avocat des Timmins poursuivait d\u2019autres buts.Le Tribunal du Père Examinant les faits 40 ans après, le père Richard ne parvient pas à comprendre.« Je n\u2019ai pas compris que ce qui se passait était capital, que le tribunal de mon évêque, c\u2019était ce qui se déroulait devant mes yeux et rien d\u2019autre.J\u2019aurais dû taper sur la table, exiger la présence de mon avocat, établir les limites de la responsabilité d\u2019un directeur de revue, refuser de continuer et sortir.» Je lui fais remarquer qu\u2019un clerc tapant sur la table de son évêque en 1948, au Québec .il hoche la tête et acquiesce.Ce jour-là, encore une fois pour lui, le sanctuaire fut fracassé.Le grand capital introduisait non seulement ses machines meurtrières dans l\u2019espace rural mais aussi la dialectique de l\u2019efficacité dans le saint des saints.Ce n\u2019est que le 18 juin que le père Richard obtint du père Provincial d\u2019avoir droit aux services en bonnes et dues formes d\u2019un avocat.On peut croire que l\u2019affaire était presque entendue.Le père Richard reconnaît que son rôle dans l\u2019affaire de Cité-Jardin, deux ans plus tôt, pouvait avoir mal disposé Mgr Charbonneau à son égard.Cité-Jardin était une entreprise coopérative de construction d\u2019habitation à prix modérés mise sur pied pendant la guerre pour combattre la crise du logement qui accompagnait l\u2019urbanisation sauvage.« On voulait faire une grande oeuvre sociale », dit le père Richard.Encore là, il faut se replacer dans un monde \u2014 assez difficile à concevoir aujourd\u2019hui sans les lumières de l\u2019histoire \u2014 où l\u2019Église occupait presque tout le champ du social.La guerre, l\u2019évolution rapide des prix des matériaux, l\u2019inflation, toujours est-il qu\u2019il y avait eu du mécontentement, un groupe de dissidents s\u2019était formé qui s\u2019était adressé aux tribunaux.Trois dirigeants s'étaient vus accusés de malversation.Ils furent exonérés et tous les créanciers \u2014 des communautés pour la plupart \u2014 qui avaient secouru la coopérative lorsqu\u2019elle avait eu besoin d\u2019argent frais avaient été remboursés.Le père Richard me précise que les pères jésuites avaient mis deux cent mille dollars (1948) dans l\u2019affaire.L\u2019alerte avait été chaude.Dans l\u2019attitude de Mgr Charbonneau à l\u2019égard du père Richard, il y avait du « pas encore lui » et, peut-être, dans le for intérieur du prélat libéral : « est-ce que ce corporatiste va finir de me causer des ennuis ?» Jacques Perreault rédigea un avis juridique pour le directeur de Relations sur les limites des responsabilités et de la revue et de la Maison Bellarmin advenant un procès.Mais le père Pouliot craignait que la province jésuite ne soit lessivée : il y a eu des moments où le père Provincial pleurait à chaudes larmes.L\u2019art du réquisitoire avait été exercé là aussi.L\u2019avocat du père Richard participa également à des séances de travail à l\u2019archevêché, avec Hugh O\u2019Donnell notamment.Un texte fut même rédigé, qui devait paraître en juillet et qu\u2019aurait signé le père Richard.Une réunion capitale avait été convoquée par Mgr Morin, le 23 juin dans la soirée, au Palais.Jacques Perreault dut se décommander à la dernière minute.Son geste fut interprété comme un ultimatum, me dit le père Richard.Ce soir-là, Mgr Charbonneau prit le téléphone et signifia au père Provincial que Jean-d\u2019Auteuil Richard devait partir.Il fut cassé de son grade et prit le train dès le lendemain SILICOSE RECTIFICATION SILICOSE .D'AMHERST L'UNGAVA 'AMHERST BURTON ledoux K0U S0CI«\u201c POPULAIRE pour Sudbury.Ses amis le plaisantaient en lui disant que, comme Jean le Baptiste, il s\u2019était fait trancher la tête.Il passa l\u2019été à la maison de repos du Collège de Sudbury et attendit une nouvelle affectation.La livraison de juillet contenait un texte abominable, approuvé par le père Pouliot et signé par le père Adélard Dugré, supérieur de la Maison Bellarmin, éditrice de la revue Relations.Texte abominable.Il contient ceci par exemple : « En ce qui concerne la situation du point de vue silicose depuis 1941, une lettre en date du 1er juin 1948, du Dr Learn Phelps, médecin renommé et, depuis plusieurs années, directeur médical du Sanatorium de Sainte-Agathe-des-Monts, le Royal Edward Laurentian Hospital, atteste qu\u2019aucun nouveau cas de silicose ne s\u2019est développé parmi les employés ».Or, pour ne citer qu\u2019un cas, mon père, Roland Richard, avait été déclaré totalement incapable de travailler, en 1947, après avoir travaillé des années à la mine de kaolin de Saint-Rémi, village où il est né et où il est mort de silicose.Les compagnies avaient réussi partout, excepté à un endroit, la direction de Relations qui ne s\u2019est jamais dédite.Mgr Charbonneau a eu tort de casser le père Richard.Ils partageaient les mêmes idéaux tout en prenant des chemins différents pour y parvenir.Mais les forces du conservatisme avaient su introduire le coin de la méfiance et faire céder le bloc.Mgr Charbonneau dut faire face à la seconde offensive sans ses Jésuites.Il succomba dans la crise de l\u2019amiantose aux coups des mêmes forces qui avaient abattu les obstacles qui les séparaient du minerai de fer.« Les Canadiens français possèdent aujourd\u2019hui les moyens de prendre la direction de ce développement comme celui de toutes les ressources naturelles de la province.S\u2019ils faillissent aujourd\u2019hui à s\u2019en servir effectivement, ils pourraient en subir, dans leurs aspirations et leurs institutions, un contrecoup encore plus grave que celui de la Conquête.» Tel est le dernier paragraphe de l\u2019article de Ledoux.On comprend que le texte ait provoqué deux coalitions.En fait, ce texte rédigé en anglais par un Franco-Américain, traduit en français et publié par un Canadien français de Saskatchewan et désavoué par un Franco-Ontarien nommé archevêque de Montréal en pleine guerre marque la fin du Canada français.Il marque aussi le premier essai de coalition de forces progressistes qui préfigure ce qu\u2019on devait appeler la Révolution tranquille, acte de naissance du Québec moderne, urbain et laïcisé où l\u2019Église est passée du niveau de la hiérarchie contraignante à celui de l\u2019association volontaire.Mais sans le latin, le plus précieux des matériaux du sanctuaire fracassé.¦ 51 relations mars 1988 « J\u2019accepte le principe de la non-intervention dans les affaires internes des États, mais il y a une exception à ce principe : les droits humains.Dans ces cas, l\u2019ingérence devient un devoir.C\u2019est pourquoi je vous dis : Monsieur le Président, cessez de torturer ».C\u2019est en ces termes que Nolbert Bluem, ministre du Travail d\u2019Allemagne fédérale, s\u2019est adressé au général Pinochet, lors d\u2019une visite au Chili.Au général qui rétorqua en lui rappelant l\u2019Allemagne nazie, le ministre répondit : « Vous avez raison, monsieur le Président, ce sont là des faits horribles qui ne doivent jamais plus se reproduire.Cela, non seulement me donne le droit d\u2019exprimer mon opinion, mais m\u2019oblige aussi à contribuer à la défense des droits humains partout à travers le monde.Voilà une façon de réparer les torts.» (Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine) Qu\u2019attendons-nous de la police ?Les panelistes réunis pour répondre à cette question lors d\u2019une récente « Soirée Relations » ont largement souligné et déploré l\u2019ignorance générale qui entoure l\u2019activité policière.ignorance qui nous amène à mal soutenir et à mal contrôler notre police.Quelques statistiques citées par le criminologue J.-P.Brodeur : il en coûte environ 1,1 million de dollars pour produire un seul épisode de « Miami Vice » alors que le budget annuel de la véritable brigade des moeurs de Miami n\u2019est que de 843 000 \u2014 Ici, environ 15 % du temps des patrouilleurs est consacré à lutter contre la criminalité ; le reste va à la prévention, aux rapports, etc.; par ailleurs, durant un quart de travail de 7 à 9 heures, le patrouilleur ne sera en contact direct avec les citoyens que de 60 à 90 minutes.On peut louer les vidéo-cassettes des Soirées Relations en s\u2019adressant à Pauline Servant au numéro (514) 387-2541.Le Zimbabwe, l\u2019ancienne Rhodésie du Sud, vient d\u2019achever son processus de « normalisation ».En 1965, Ian Smith, grâce au soutien massif de la République Sud-Africaine, avait défié la Couronne britannique et fait de son pays une « république blanche ».Quatre ans plus tard, les Noirs prirent les armes et ce fut la guerre durant dix ans, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019aux accords de Lancaster House.Signés en 1979, sous la houlette de Margaret Thatcher, ces accords conclus entre Ian Smith et les deux leaders de « Front patriotique », Nkomo et Mugabe, firent du Zimbabwe le seul pays africain où les colonisateurs ne sont pas rentrés chez-eux.La nouvelle constitution prévoyait un régime ministériel après des élections libres ; 20 % des sièges de l\u2019assemblée étant réservé aux Blancs.Mugabe obtint une confortable majorité et, jusqu\u2019à l\u2019échéance prévue par les textes, appliqua sans ciller les accords qui lui avaient permis d\u2019accéder au pouvoir.Il entame maintenant la seconde étape de l\u2019indépendance ; guidé par sa vision du Zimbabwe moderne, il instaure un régime présidentiel à parti unique.Certains vont hurler : une autre dictature à l\u2019africaine I On peut en effet s\u2019interroger sur ce qu\u2019est une démocratie ou une dictature, mais ce qui mérite d\u2019être souligné c\u2019est l\u2019évolution zimbabwéenne qui reste une leçon irrécusable pour la patrie de l\u2019Apartheid.Le Zimbabwe a prouvé une fois pour toutes qu\u2019entre une minorité de citoyens blancs et une majorité noire, la paix peut l\u2019emporter sur la vengeance.Le rebelle Ian Smith vaque tranquillement à ses activités et les Blancs siègent toujours au parlement.après avoir cependant admis une petite mutation : la tribu blanche n\u2019est pas plus égale que les autres.(M.M.) Dans les rapports de la délégation canadienne de Développement et Paix en Éthiopie, on signale une légère note d\u2019espoir.En effet, les membres de la délégation ont pu constater qu\u2019au cours des dernières années quelques progrès avaient été réalisés sur la voie devant mener à l\u2019autosuffisance alimentaire.Des barrages ont été construits et, s\u2019il pleuvait, des centaines d\u2019hectares de terre seraient irrigués.Par contre, d\u2019ici là, il est urgent que les Éthiopiens puissent se procurer les semences permettant d\u2019assurer la prochaine récolte.Développement et Paix fait donc de nouveau appel à notre générosité.Les fonds recueillis serviront à l\u2019achat de semences et de denrées supplémentaires et au financement des projets de développement visant l\u2019autosuffisance.Pour mieux comprendre la complexité de la situation éthiopienne, où sécheresse et guerre civile se chevauchent, on peut référer à l\u2019article de B.Campbell et F.Tàrdif, « Images d\u2019Éthiopie », Relations, janvier 1985.Qui sont les laïques dans les médias ?Ce sont des « professionnels pleins de talent et de compétence qui aiment l\u2019Église, remplis de zèle pour la mission apostolique, engagés de fait à écrire une sorte de cinquième Évangile ».Cette description a été faite il y a un quart de siècle par le cardinal Cushing, de Boston, lorsqu\u2019il faisait remarquer que les journalistes de la presse écrite rédigeaient les « Actes des Apôtres » de leur époque.De nos jours, ces actes sont rapportés sur du papier, des films, des bandes et des disquettes d\u2019ordinateur, et nécessitent une vaste armée de personnes pour assembler, interpréter, diffuser et stocker une énorme masse d\u2019information.» (Intervention de madame Albina Aspell, présidente de l\u2019Association de la presse catholique pour les États-Unis et le Canada anglais, au Synode sur les laïques) 52 relations mars 1988 La sexualité des prêtres EN PARLER OU PAS ?par André Guindon théologien, Université Saint-Paul Une commission pastorale sur l\u2019éthique sexuelle du clergé, créée par l\u2019évêque de Gatineau-Hull, feu Mgr Adolphe Proulx, vient de rendre publiques ses conclusions et recommandations.Elle était présidée par le R André Guindon, Oblat, spécialiste réputé de théologie morale et professeur à l\u2019Université Saint-Paul d\u2019Ottawa.au début de l\u2019été 1986, des allégations publiques d\u2019abus sexuels de garçons mineurs ont été portées successivement contre un prêtre du diocèse de Cornwall et contre un autre prêtre du diocèse d\u2019Ottawa.Devant ces faits, le regretté Adolphe Proulx, évêque de Gatineau-Hull, a décidé d\u2019établir une Commission pastorale à laquelle il a donné le mandat d\u2019analyser « la problématique telle qu\u2019elle peut apparaître dans notre réalité pastorale » et de proposer des recommandations se rapportant à divers aspects de l\u2019éthique sexuelle du clergé.Il m\u2019en a confié l\u2019organisation et la présidence.Cinq commissaires (une femme, deux hommes laïques et deux prêtres) ont dirigé les travaux de cette Commission.Dix-neuf autres membres (douze personnes laïques et sept prêtres) ont oeuvré dans l\u2019un ou l\u2019autre de ses cinq comités.Comme Adolphe Proulx avait annoncé que les résultats seraient rendus publics, c'est dans le cadre d\u2019une conférence de presse que, le 22 octobre dernier, la Commission a remis les résultats de ses travaux à M.l\u2019abbé Michel Lacroix, administrateur diocésain (le siège épiscopal étant vacant) du diocèse de Gatineau-Hull.Si les cent pages d\u2019un rapport1, avec ses 42 recommandations, ne se résument pas aisément, il est possible d\u2019en présenter les points saillants et peut-être utile de les accompagner de quelques commentaires personnels.Abus sexuel de personnes mineures Une partie du rapport s\u2019adresse au problème de l\u2019abus de personnes mineures.Aux termes du Code criminel canadien, des allégations peuvent être portées contre un adulte qui 1.Rapport de la Commission pastorale concernant l'éthique sexuelle dans le diocèse de Gatineau-Hull.On peut se procurer une copie du Rapport (5 $ + frais d\u2019expédition) en écrivant ou en téléphonant à Suzanne Robitaille, Centre diocésain de Gatineau-Hull, 119, rue Carillon, Hull, Québec, J8X 2P8, tél.: (819) 771-8391.commet la sodomie (art.155) ou des actes de grossière indécence (art.157) avec une personne de sexe masculin de moins de 21 ans (art.158).Il semble donc plus approprié de parler d'abus à l\u2019égard de personnes mineures qu\u2019à l\u2019égard d\u2019enfants.Dans le cas du prêtre inculpé de Cornwall, par exemple, tous les jeunes hommes impliqués avaient, lors des incidents, au moins 17 ans.Un comité de juristes, présidé par Me Michel Séguin, avocat au service du contentieux du Centre des services sociaux de l\u2019Outaouais, a rédigé un protocole juridique en treize points.Ce protocole est conforme aux stipulations et du Code de droit canonique, et du Code criminel canadien, et de la Loi sur la protection de la jeunesse du Québec.Peu de modifications seraient nécessaires pour que ce protocole soit également applicable dans les autres provinces canadiennes.À notre connaissance, un tel protocole n\u2019a encore jamais été préparé au Canada.Nous avons appris récemment qu\u2019il sera d\u2019un précieux secours au comité qui examine présentement cette question pour la Conférence des évêques catholiques du Canada.À ce niveau, le rapport portera des fruits qui dépassent les intérêts immédiats du diocèse concerné.Un autre comité, présidé par Mme Lyse Caouette-Brochu, fait six recommandations quant au type d\u2019aide que le diocèse pourrait offrir aux victimes d\u2019agression sexuelle et à leurs familles.La Commission juge irréaliste la mise sur pied par le diocèse de services d\u2019aide indépendants, alors que de telles infractions de la part de prêtres sont relativement rares.Des services compétents sont déjà offerts par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et par les Centres locaux de services communautaires (CLSC).Par contre, ces services existants ont devant eux plus de dossiers qu\u2019ils n\u2019en peuvent suivre de façon efficace et ils ont besoin de support.Toutes les enquêtes manifestent que l\u2019abus sexuel de personnes mineures est un problème très généralisé au Canada et aux États-Unis, que c\u2019est un problème intra-familial avant tout, et que ce problème existe au sein de la communauté catholique autant qu\u2019ailleurs.Il ne faudrait donc pas que les quelques cas d\u2019infraction, autour desquels les médias font beaucoup de bruit à cause relations mars 1988 53 du statut social des accusés, nous empêchent d\u2019identifier la nature et l\u2019envergure du problème pastoral auquel les Églises locales sont confrontées.La Commission recommande donc que l\u2019évêque, Pasteur des enfants de son diocèse, engage celui-ci dans une action concertée de sensibilisation, de participation et de support efficace aux organismes régionaux qui viennent en aide aux mineurs dont « la sécurité et le développement (.) est considéré comme compromis » (Loi sur la protection de la jeunesse, art.38).Célibat des prêtres Deux autres chapitres du rapport examinent des questions relatives au célibat des prêtres : celle de sa structuration et de son évaluation chez les candidats à la prêtrise et celle de son « état de santé » chez ceux qui sont prêtres.Un comité, présidé par le directeur du Centre de counseling et des services pastoraux de l\u2019Université Saint-Paul, le Père Adrian Visscher, s.c.j., a examiné la question de l\u2019éducation et de la formation des prêtres en ce qui a trait à la sexualité.Ce comité a procédé par consultation de séminaristes et d\u2019autres personnes qu\u2019il a jugées compétentes dans ce domaine.Il a choisi de considérer la question dans le contexte élargi d\u2019une maturité intellectuelle, sociale, émotionnelle, morale et spirituelle de la personne humaine.La Commission a reconnu que, parmi ceux qui se préparent à la prêtrise, les deux orientations sexuelles (hétérosexuelle et homosexuelle) se retrouvent de fait.Elle a refusé de s\u2019engager dans une discussion théorique sur la valeur de base de l\u2019une ou l\u2019autre orientation.Elle a considéré que l\u2019important est de s\u2019assurer que l\u2019on éduque et que l\u2019on forme les candidats à un mode de vie où le célibat est considéré et vécu comme une valeur positive qui contribue à l\u2019intégration sexuelle.Parmi les nombreuses considérations et les huit recommandations de cette section du rapport, il faut souligner l\u2019insistance mise sur l\u2019engagement actif d\u2019équipes de femmes et d\u2019hommes, à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur du séminaire, dans la formation et l\u2019évaluation des candidats au ministère sacerdotal.La Commission estime inadéquate toute forme d\u2019évaluation de la maturité sexuelle et pastorale de candidats qui ne tiendrait pas compte de l\u2019avis de femmes et d\u2019hommes ayant accompagné le candidat durant ses années de formation à la prêtrise.Le vrai test de l\u2019équilibre d\u2019une gestuelle sexuelle ne saurait être conduit en laboratoire.La preuve s\u2019établit sur le terrain, c\u2019est-à-dire dans des relations interpersonnelles qui se vivent dans des engagements communautaires précis.Qui oserait jeter la pierre ?Un autre comité formé de six prêtres, que je présidais, a cherché, conformément à la demande de l\u2019évêque, à évaluer l\u2019état du célibat des prêtres diocésains et religieux oeuvrant dans le diocèse.Il a opté pour un sondage écrit auprès des intéressés.Celui-ci fut précédé de rencontres auxquelles ont participé environ deux tiers du clergé.Ces rencontres visaient à discuter personnellement avec les prêtres des travaux de la Commission et à mettre au jour les questions que les prêtres eux-mêmes désiraient voir poser dans l\u2019enquête.Avec le concours technique d\u2019un certain nombre de spécialistes, j\u2019ai fabriqué un questionnaire de 64 items.Ce questionnaire avait pour but de répondre à la question suivante : « Les prêtres diocésains et religieux qui exercent leur ministère dans le diocèse de Gatineau-Hull voient-ils et vivent-ils leur célibat comme problématique, à la limite comme un échec, ou comme une valeur positive qui contribue à leur épanouissement personnel ?» Pour évaluer la qualité de l\u2019expérience célibataire du clergé, je me suis servi, comme cadre théorique, des quatre critères que j\u2019ai exposés dans un livre récent intitulé : The Sexual Creators : An Ethical Proposal for Concerned Christians (Lanham, MD, University Press of America, 1986).Ces critères sont l\u2019intégration perçue, l\u2019identité sexuelle autonome, la communication intime et la responsabilité sexuelle.Cet instrument a des limites dont un certain nombre sont soulignées dans le rapport.Mais j\u2019estime, avec d\u2019autres spécialistes qui ont examiné l\u2019instrument et les données du sondage, que les résultats obtenus constituent des approximations valides et pouvaient servir correctement le but concret que se proposait la Commission.Sur les 140 prêtres du diocèse auxquels le questionnaire a été envoyé, 67,1 % ont répondu, dont 92 % des prêtres âgés de moins de 60 ans.Dans les conclusions générales de l\u2019enquête, j\u2019ai tâché de regrouper les données principales concernant les taux d\u2019insuccès et les taux de succès de l\u2019expérience célibataire de ces prêtres.Parmi ceux-là, deux proportions reviennent constamment : 20 % des prêtres font une expérience négative du célibat, la moitié d\u2019entre eux de façon insupportable, l\u2019autre moitié de façon très inconfortable.Ce groupe admet (11 % de certains et 9 % d\u2019incertains) son incapacité de vivre sa sexualité dans le cadre du célibat tel que défini par l\u2019Église.Un prêtre sur 50 estime avoir des comportements sexuels irresponsables.Les taux de succès de l\u2019expérience célibataire ne sauraient se réduire à constater que 80 % des prêtres jugent (avec, d\u2019ailleurs, des degrés divers de conviction) qu\u2019ils sont «continents ».Si le taux de succès est, de ce point de vue, assez élevé, les résultats positifs sont moins élevés en ce qui concerne leur liberté par rapport au choix célibataire (3 prêtres sur 4), leur capacité de vivre positivement la solitude propre à la condition célibataire (1 prêtre sur 2), l\u2019aise avec laquelle ils expriment leur gestuelle affective (2 prêtres sur 5) et leur capacité d\u2019entrer dans une relation intime d\u2019amitié (2 prêtres sur 5) et, pour ceux qui ont une amitié privilégiée, de la vivre avec succès (1 prêtre sur 3).Ces ordres de grandeur que nous avons dégagés servent de base à cinq recommandations concernant l\u2019amélioration des services offerts aux prêtres.D\u2019après ce que nous avons entendu dans les réunions et dans l\u2019enquête, les prêtres discutent et entendent discuter constamment de la sexualité d\u2019autrui, mais jamais de la leur.Les recommandations visent surtout à remédier à cet état de choses.Quant à savoir si les taux de succès ou d\u2019insuccès obtenus dans l\u2019enquête sont « bons » ou « mauvais », bien astucieux ceux et celles qui nous le diront.Si l\u2019on en juge d\u2019après le mythe du prêtre asexuel, on sera tenté, comme certains médias l\u2019ont fait, de jouer les scandalisés.J\u2019estime que nous avons là une belle illustration de ce qu\u2019on nommait traditionnellement « le scandale des faibles ».Des deux seules lettres de protestation que j\u2019ai reçues depuis l\u2019enquête, l\u2019une d\u2019elle, écrite par une dame âgée de la ville de Laval, m\u2019accuse du grave péché de «vouloir rendre l\u2019Église humaine».Cela en dit long sur le docétisme qu\u2019une certaine catéchèse n\u2019a cessé, depuis les premiers siècles de l\u2019Église, de perpétuer.54 relations mars 1988 Si l'on en juge, au contraire, à partir des taux connus ou présumés de divorce, de séparation, de relations pré-conjugales et extra-conjugales, de promiscuité des célibataires hétérosexuels et homosexuels, ou d\u2019inceste dans la communauté catholique elle-même, on serait assez mal venu de jeter la première pierre.Ces prêtres ne sont pas plus « mal dans leur peau » et, surtout, évitent beaucoup plus les pratiques génitales non conformes à leur engagement, que leurs concitoyens mâles.Mais faut-il juger les uns et les autres ou plutôt essayer de cerner les facteurs négatifs et tâcher d\u2019y porter remède par des actions pastorales éclairées et concertées ?Publicité des résultats Cette question m\u2019amène à présenter la dernière pièce du rapport et à répondre à une objection soulevée par certains et qui était à prévoir, notamment de la part d\u2019une faction de l\u2019institution cléricale : fallait-il rendre publics les résultats d\u2019une enquête qui portait sur l\u2019expérience sexuelle du clergé ?Au Canada, comme aux États-Unis où les premiers scandales ont éclaté publiquement vers 1984, les révélations d\u2019actes pédérastiques de la part de membres du clergé font encore les manchettes.Et, il faut bien le reconnaître, certains évêques américains et canadiens, pris au dépourvu, ont eu des réactions de défense qui, au dire de tous les experts en communications sociales, ont souvent plus desservi les accusés que leur comportement criminel lui-même.Cela, nous l\u2019avions lu dans des commentaires sur certains grands scandales chez nos voisins du Sud.Une douzaine de journalistes francophones et anglophones canadiens, interrogés par le comité présidé par M.Aurélien Bouchard, l\u2019ont encore répété dans 222 pages d\u2019interviews.À partir de ce moment, la Commission recommande donc aux évêques d\u2019adopter une attitude de transparence et de vérité dans les questions d\u2019information d\u2019intérêt public et de développer des services d\u2019information compétents.On pourra être d\u2019accord avec ces recommandations de la Commission, mais juger que l\u2019enquête que nous avons effectuée auprès des prêtres ne devait pas être considérée comme une information d\u2019intérêt public et qu\u2019elle n\u2019aurait pas dû être livrée au public.C\u2019est là une question de jugement pratique qui, en effet, est ouverte à la discussion.L\u2019évêque qui avait commandé l\u2019enquête avait annoncé publiquement que les résultats seraient publiés.Après son décès, M.Michel Lacroix, administrateur diocésain, a décidé, avec l\u2019appui des membres de la Commission, d\u2019honorer cette décision de l\u2019évêque.Cette décision ou la décision contraire ne sont pas purement arbitraires.Elles reposent, à mon avis, sur des visions bien différentes de la place qu\u2019occupe réellement le clergé dans la communauté chrétienne et des rapports qu\u2019il entretient avec elle.Si l\u2019on estime que celui-ci ne partage vraiment pas la vie de la communauté chrétienne, qu\u2019il vit en « séparé », avec mission de la diriger de l\u2019extérieur par sa parole et par l\u2019exemple surhumain d\u2019une caste préservée des faiblesses humaines (surtout, grand Dieu, des faiblesses sexuelles !), alors il fallait, évidemment, garder secrètes les failles de l\u2019expérience sexuelle du clergé.Le clergé, lui, a le droit et même le devoir de connaître les statistiques concernant tout ce qui a trait à la sexualité des fidèles.On les cite dans les rapports épiscopaux à Rome pour expliquer la situation québécoise ou canadienne ; on en tient compte pour élaborer des stratégies pastorales diocésaines auprès des populations scolaires, des couples précérémoniaux, des familles, des Mgr Adolphe Proulx : faire la vérité personnes séparées, divorcées ou veuves, des gais et des lesbiennes, ou de groupes de célibataires ; on les évoque dans les sermons, les conférences publiques et les cours d\u2019éthique sexuelle.Mais, la sexualité des prêtres-séparés-du-monde devrait demeurer secrète et ne devrait pas faire l\u2019objet de rapports à Rome, de stratégies pastorales diocésaines, de sermons, de conférences ou de cours ! Adolphe Proulx faisait trop partie du petit peuple chrétien, avait trop l\u2019expérience de sa propre fragilité humaine, était trop conscient de la nécessité du support que chaque personne a des autres si elle veut vivre une vie humanisée et humanisante, pour penser que la condition sexuelle des prêtres échappe aux lois humaines normales.Si son témoignage chrétien a été reçu par tant de personnes qui l\u2019ont connu, c\u2019est qu\u2019il se tenait en sa propre vérité devant Dieu et devant les femmes et les hommes de sa communauté chrétienne.La sexualité des prêtres n\u2019est pas plus glorieuse ni plus honteuse que n\u2019importe quel autre aspect de l\u2019humanité des prêtres.Elle fait partie intégrale de leur être et de leurs interactions quotidiennes.Les prêtres ne seront-ils pas d\u2019autant plus en mesure de s\u2019insérer authentiquement dans la communauté chrétienne que celle-ci saura accueillir généreusement leur questionnement sexuel ?Pourquoi les prêtres seraient-ils les seuls à devoir rendre à autrui ce service fraternel élémentaire ?Si ce n\u2019était que pour nous sensibiliser à ces implications d\u2019être Église-peuple-de-Dieu, l\u2019exercice à laquelle s\u2019est adonnée si honnêtement la communauté sacerdotale de Gatineau-Hull en valait la peine et mérite notre attention.¦ relations mars 1988 55 LIBRE-ECHANGE ET PLEIN EMPLOI par Alain Parguez Fin décembre, le comité de rédaction de Relations rencontrait l\u2019économiste trançais Alain Parguez, à l\u2019occasion de son huitième séjour d\u2019enseignement au Canada.Ses propos sur le libre-échange et le plein emploi, dans la conjoncture actuelle marquée par le renforcement du libéralisme, nous ont paru si éclairants que nous les publions ici à peine condensés.en réalité, l\u2019accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis vise à enraciner une politique conservatrice libérale1.S\u2019il n\u2019y avait que la suppression des droits de douane, on aurait certes des problèmes, entre autres dans les domaines agricole et industriel.L\u2019enjeu, en fait, c\u2019est moins cette suppression des droits de douane que l\u2019obligation de facto pour les deux pays d\u2019ajuster intégralement leurs politiques économique et sociale aux règles qui sont celles de la politique ultra-libérale de type américain.Ce qui veut dire que, quelle que soit l\u2019entité qui participe à cet accord (entité fédérale ou éventuellement future entité québécoise), elle se contraint à appliquer intégralement une politique de type américain.C\u2019est-à-dire à renoncer complètement à toute politique industrielle, à toute politique sociale, au plein emploi.Voilà ce qui est le plus grave.Les accords du Marché commun, eux aussi, visent de plus en plus l\u2019adaptation de l\u2019ensemble des économies au type de politique pratiqué en Allemagne.Mais au moins y a-t-il des politiques communes.Or le type d\u2019accord prévu avec les États-Unis constitutionnalise, en quelque sorte, le libéralisme économique.Ici encore, quel que soit le cadre, Canada ou Québec, on renonce à une politique de contrôle des investissements, ce qui est vraiment exceptionnel.Deuxièmement, on accepte les règles du marché dans la plupart des domaines, notamment dans celui du travail.Il est prévu que des entreprises américaines, par exemple, pourraient faire déclarer contraire à l\u2019accord toute politique canadienne qui irait contre les lois de la concurrence.On aura beau prévoir tous les systèmes juridiques possibles, on peut faire absolument n\u2019importe quoi ! Car cela revient à déclarer mauvais tout ce qui est jugé contraire aux intérêts des entreprises américaines.Cet accord, en somme, implique l\u2019intégration économique du Canada à une société qui, pour le moment, est économiquement fragile.Si à long terme on peut admettre que les perspectives économiques sont meilleures aux États-Unis qu\u2019en Europe, pour le moment et pour les années qui viennent 1.Professeur à l\u2019Université de Besançon ainsi qu\u2019à l\u2019Institut de sciences mathématiques et économiques appliquées (Paris), M.Alain Parguez est professeur invité à l\u2019Université d\u2019Ottawa.56 relations mars 1988 l\u2019économie des États-Unis est extrêmement fragile.À partir de 1979, la politique économique adoptée par Carter d\u2019abord, puis par l\u2019administration Reagan, s\u2019est avérée une véritable catastrophe économique pour les États-Unis.On n\u2019a pas cessé d\u2019avoir une redistribution à l\u2019envers : la part des rentiers détenteurs du capital financier (banques, compagnies d\u2019assurances, actionnaires) n\u2019a cessé d\u2019augmenter alors que la part du travail (et notamment des activités productives) n\u2019a cessé de baisser.On note une tendance au fléchissement du salaire réel et, si l\u2019on voit le rapport Bluestone-Harrisson, on se rend compte que la création d\u2019emplois aux États-Unis s\u2019est faite pour les deux tiers dans des activités socialement non productives et à des revenus inférieurs au revenu moyen antérieur.Ce qui veut dire qu\u2019on accepte de s\u2019intégrer à l\u2019économie d\u2019un pays fragile, avec actuellement une politique économique déstabilisante et où il n\u2019y a aucune perspective économique à long terme.L\u2019Hydro et les banques ?J\u2019ai eu récemment l\u2019occasion, lors d\u2019un séminaire à l\u2019Université de Montréal, de parler à des partisans de Bourassa, selon lesquels l\u2019accord de libre-échange permettrait au Québec de devenir une sorte de nouveau Koweit grâce à l\u2019énergie électrique.C\u2019est la thèse défendue dans les milieux d\u2019économique à l\u2019Université de Montréal ! Je n'y crois pas, pour plusieurs raisons.La première, c\u2019est qu\u2019un pays développé, comme le Québec, ne peut pas compter sur les matières premières pour assurer la survie ou la croissance de son économie.Un exemple particulièrement convaincant est celui de l\u2019Australie.À partir de 1975, à peu près, l\u2019Australie a systématiquement choisi de jouer la carte de l\u2019intégration économique à l\u2019ensemble Asie du Sud-Est avec une série de facto d\u2019accords de libre-échange avec Singapore, avec Taïwan, avec la Corée, avec les États-Unis, donnant une liberté totale d\u2019accès au capital étranger pour les investissements et renonçant à toute politique industrielle.Le résultat a été qu\u2019effectivement pendant quelques années les exportations australiennes se sont développées.Mais actuellement, les matières premières australiennes sont contrôlées pour 80 à 90 % par l\u2019étranger.L\u2019industrie du charbon, notamment, est presque totalement contrôlée par le Japon.Or on a constaté en même temps une augmentation vertigineuse du chômage, une désindustrialisation telle que le gouvernement a fini par s\u2019en émouvoir.On a atteint dans les régions industrielles de l\u2019Australie, en particulier dans celles de Sidney et de Melbourne, des taux de chômage qui, au début des années 80, dépassaient 15 %.Ceci parce qu\u2019il n\u2019y a eu rigoureusement aucun transfert de main-d\u2019oeuvre des secteurs qui disparaissaient vers l\u2019industrie des matières premières.Parce que les firmes qui possèdent les matières premières ont systématiquement développé des types d'investissement supprimant la main-d\u2019oeuvre : la plus grande mine de charbon d\u2019Australie fonctionne avec cinquante personnes.Ce sont des secteurs, en outre, où on renvoie les gens du jour au lendemain, où il n\u2019y a aucune formation professionnelle.2.L\u2019Australie se réduit aujourd\u2019hui à quelques compagnies géantes, les services bancaires sont concentrés à Sidney et Melbourne ; le pays a connu un tel déclin de son secteur agricole qu\u2019il est forcé d\u2019importer de plus en plus.Par ailleurs, on ne peut pas \u2014 sauf planification de l\u2019économie mondiale \u2014 même anticiper une croissance régulière des prix des matières premières.C\u2019est vrai pour le pétrole.C\u2019est vrai aussi, je pense, pour l\u2019énergie électrique, étant donné que la croissance des prix dépend de la demande.Or la demande est extrêmement sensible aux variations de la croissance des économies nationales.Y aura-t-il une croissance suffisante, aux États-Unis, pour assurer une croissance de la demande de l\u2019énergie électrique ?Actuellement, on n\u2019en sait absolument rien.Deuxièmement, ce sont des secteurs où les énergies de substitution peuvent se développer très vite, ce qui a été le cas de la production pétrolière.Troisièmement, ce sont des secteurs où les coûts en matière d\u2019environnement sont catastrophiques.Penser, par conséquent, que le Québec pourrait jouer à l\u2019égard des États-Unis le rôle de la Fédération des Emirats, où l\u2019énergie de la Baie James remplacerait le pétrole, me paraît extrêmement dangereux pour la société.Une société développée ne peut se résumer à quelques banques dans la métropole, à de grands bureaux d\u2019ingénieurs et des barrages dans le Grand Nord \u2014 ce qu'est devenue l\u2019Australie2.L\u2019empire.L\u2019accord de libre-échange avec les États-Unis assurera-t-il la croissance de l\u2019économie canadienne ?Je réponds : non, à moins que les Américains n\u2019élisent Jesse Jackson à la présidence.Quand on parie sur le marché américain, on parie sur le type de politique dominant aux États-Unis, ce qui actuellement n\u2019a rien de rassurant.Est-ce que le libre-échange permettra d\u2019échapper aux mesures de protection américaines ?Là encore, la réponse est clairement : non.Et dix fois non.Ceci pour deux raisons.La première, c\u2019est que si vraiment il y a un lobby important au Congrès, aucune administration ne peut s\u2019y opposer et l\u2019histoire montre que les États-Unis n\u2019ont jamais hésité à dénoncer des accords qui les gênaient.Deuxièmement, le traité est tellement lâche et la notion de dispositions entravant la concurrence est telle que \u2014 je vous l\u2019ai dit \u2014 cela permet de faire n\u2019importe quoi.Prenons un exemple.Il existe une disposition, dans le cadre du Marché commun, qui permet de faire comparaître un gouvernement devant la Cour des Communautés pour toute disposition tendant à entraver la concurrence.Les arrêts de la Cour des Communautés ont successivement stipulé que toute mesure favorisant le syndicalisme dans les entreprises est une entrave au principe de la concurrence ; toute mesure prévoyant des droits spéciaux pour une catégorie de travailleurs (les femmes, les handicapés) est une entrave au principe de la concurrence.Pratiquement, on a beau avoir des dispositifs juridiques contraignants, ils ne font que donner à des juges des pouvoirs complètement arbitraires sur la politique qui serait mise en oeuvre par le pays qui est en rapport avec les États-Unis.Mais est-ce que ce type d\u2019accord permettrait par ailleurs le développement de l\u2019autonomie du Québec ?Non ; un gouvernement québécois serait aussi esclave des dispositions de l\u2019accord que le gouvernement d\u2019Ottawa.Au mieux, on transformerait l\u2019entité québécoise en une entité complètement dépendante des États-Unis.N\u2019oublions pas les projets américains visant à faire entrer le Mexique dans l\u2019accord de libre-échange, ce qui permettrait de créer le grand ensemble nord- relations mars 1988\t57 américain.Or les États-Unis disent clairement que l\u2019intégration du Mexique suppose que ce pays renonce à une politique nationale.En d'autres mots, aucun des arguments avancés par les partisans de l\u2019accord ne porte, étant donné, je le répète, que cet accord est beaucoup plus qu\u2019un accord de libre-échange : c\u2019est un accord qui constitutionnalise la politique économique mise en oeuvre par l\u2019administration Reagan.La grosse faiblesse des adversaires du libre-échange, c\u2019est qu\u2019ils développent de mauvais arguments : on ne cesse de parler de l\u2019identité canadienne (ce qui est assez vague), en oubliant qu\u2019il y a quand même des chômeurs au Canada, et personne ne fait porter le débat sur le type de philosophie économique en jeu.Plein emploi et reaganisme Nous sommes actuellement dans un état de crise parce que, depuis le début des années 70, on a progressivement renoncé à l\u2019objectif du plein emploi : il y a eu une sorte de contre-révolution culturelle dans la doctrine économique et dans la politique économique et l\u2019on a mis en oeuvre ce que j\u2019appelle une économie de rentiers.L\u2019exemple type, c\u2019est ce qu\u2019on a fait aux États-Unis à partir de 1979.Je crois qu\u2019une des dates les plus importantes de l\u2019histoire politique contemporaine, c\u2019est le moment où l\u2019administration Carter, élue sur un programme de plein emploi, capitule et où le Président appelle Paul Volcker à la direction de la Banque centrale (la Federal Reserve), remettant ainsi la politique des États-Unis à quelqu\u2019un qui est le mandataire des banques d\u2019investissement new-yorkaises.Oui était Paul Volcker ?Ce n\u2019était pas seulement un professeur d\u2019économie politique.Paul Volcker, c\u2019est quelqu\u2019un qui arrive au pouvoir avec une mission très précise : faire prévaloir les intérêts des grandes banques d\u2019investissement.Comment en est-on arrivé là ?Comme l\u2019a très bien montré Thomas Fergusson dans Right TurnP, le Parti Démocrate est actuellement financé à 92 % par deux groupes : les banques d\u2019investissement et le secteur du Real Estate (qui investit dans la construction).Les syndicats sont pratiquement évincés du Parti Démocrate, ce qui explique son évolution à droite (c\u2019est un peu la même chose que pour le Parti socialiste français).D\u2019où une contradiction : la base du Parti Démocrate reste tout à fait favorable au plein emploi, il n\u2019y a pas d\u2019évolution à droite du public américain ; le drame, c\u2019est que les dirigeants sont, eux, de plus en plus à droite et que Carter, privé de fonds par les financiers, doit changer de cap : Volcker arrive à la Federal Reserve avec une politique dont le but précis est de maintenir et éventuellement d\u2019augmenter l\u2019évaluation financière des actifs détenus par les banques d'investissement.À partir de 1979, la politique américaine va viser à maintenir ou à accroître le capital financier, quel qu\u2019en soit le prix pour l\u2019économie réelle.Tout le monde savait qu\u2019il s\u2019ensuivrait une déflation brutale mais on voulait cette déflation pour briser les syndicats et se débarrasser des lois sociales et de la réglementation sur l\u2019environnement.C\u2019est la crise de 1982 qui a duré.Car les données récentes montrent effectivement la désyndicalisation de l\u2019économie américaine et la tendance à la baisse du revenu des ménages (qui a été partiellement compensée par la croissance du crédit à la consommation).On a pratiquement supprimé toutes les lois sur l\u2019environnement, on a suspendu l\u2019application des lois sociales.On assiste, en fait, à un retour en arrière de l\u2019économie améri- Paul Volcker : le super-banquier des USA caine, qu\u2019on soumet à « l\u2019opinion du marché », c\u2019est-à-dire à l\u2019opinion des banques d\u2019investissement, des banques commerciales et de quelques multinationales3 4.Toutes les politiques visant à faire disparaître le plein emploi, à supprimer les obstacles au marché, c\u2019est-à-dire visant au court terme, ne peuvent que prolonger la crise actuelle.Le problème majeur de l\u2019économie mondiale, depuis une vingtaine d\u2019années, c\u2019est qu\u2019au nom de la concurrence, dans tous les pays on vise à supprimer le pouvoir d\u2019achat disponible par compression des salaires et des dépenses publiques.En même temps, en prétend remplacer les ventes à l\u2019intérieur du pays par des ventes à l\u2019étranger, ce qui veut dire qu\u2019on crée les conditions d\u2019une crise mondiale, étant donné que le revenu mondial tend à diminuer et ne suffira pas à absorber la production disponible.Pour pallier cet engorgement, on a gonflé les dépenses militaires.La Direction générale de l\u2019armement spatial française a établi que l\u2019Initiative de défense stratégique (la « Guerre des étoiles ») du président Reagan est complètement irréaliste, d\u2019un point de vue militaire.Mais ce programme a été le seul type de politique industrielle acceptable par la Maison blanche et par le Congrès.En même temps, on a consenti des crédits importants au tiers monde.Ce qui veut dire que, sans l\u2019endettement du tiers monde, la crise aurait été beaucoup plus profonde qu\u2019elle ne l\u2019est actuellement.Une large partie des profits des entreprises des pays développés ont en fait été financés par les 3.\tThomas Fergusson, Right Turn, Hill & Wang.4.\tÀ une époque qui se prétend rationnelle, l\u2019économie est religieuse au mauvais sens du terme.Lorsqu'on dit « le marché veut », on fait prévaloir l\u2019opinion de certains au nom d\u2019une quelconque « raison économique ».D\u2019ailleurs, l\u2019un des fondateurs de la théorie de l\u2019économie de marché, Léon Walras, croyait que l\u2019économie pure devrait remplacer le christianisme.58 relations mars 1988 Simon Reisman : le négociateur canadien Peter Murphy : son vis-à-vis américain.crédits consentis au tiers monde.Le tiers monde s\u2019est endetté pour le compte d\u2019autrui, ce qui explique pourquoi la dette du tiers monde n\u2019est pas remboursable.Le troisième expédient qui a permis de masquer la crise, c\u2019est la spéculation financière.John Maynard Keynes disait, dans les années 1930, que l\u2019inflation financière est la pire des inflations : le fait que malgré une croissance faible la valeur du capital financier augmente rapidement.Prenons le cas de l\u2019économie française.Depuis 1980, on n\u2019y observe pratiquement pas de croissance réelle.Or la valeur du capital financier a été multipliée par six, au moins.Alors que le salaire réel a eu tendance à baisser, la richesse réelle des détenteurs du capital financier a été multipliée à peu près par quatre.Les profits des banques, de 1982 à 1986, ont été multipliés par 300 %.Toute cette politique de libéralisation financière a permis, sur six ans, de rendre la sphère financière pratiquement indépendante de la sphère réelle.Plus l\u2019économie réelle s\u2019appauvrissait, plus le secteur financier s\u2019enrichissait.Voilà qui permet de comprendre la politique de compression des coûts salariaux.On sait qu\u2019une telle politique, économiquement et socialement, est dangereuse.Mais plus les principaux investiseurs financiers constataient cette baisse du revenu réel du travail, plus ils en déduisaient que l\u2019économie fonctionnait bien, plus ils pariaient sur des plus-values financières.La politique de déflation du travail est devenue un moyen de soutenir le marché financier ; de même, les politiques d\u2019austérité budgétaire.Prenons le déficit budgétaire des États-Unis.Voici un sujet sur lequel on raconte n\u2019importe quoi ! Que les États-Unis aient mal composé leurs dépenses, c\u2019est évident.Mais, en soi, le déficit des États-Unis n\u2019est pas la cause de la crise.On peut dire que les États-Unis sont en déficit parce que l'économie mondiale est en crise.Et l\u2019on oublie qu\u2019une des raisons du déficit américain, c\u2019est l\u2019excès d\u2019accumulation financière en Allemagne et au Japon : si les États-Unis ne s\u2019endettaient pas, les Japonais et les Allemands ne pourraient pas obtenir autant de créances.Ces politiques d\u2019austérité étaient, elles aussi, voulues par les investisseurs financiers pour maintenir le cours des titres.De plus en plus, l\u2019économie mondiale a été contrôlée par les anticipations des détenteurs du capital financier.Tous les gouvernements, en même temps qu\u2019ils renonçaient à contrôler l\u2019économie et qu\u2019on rejetait les syndicats, se soumettaient intégralement aux opinions à court terme des détenteurs du capital financier.Cela ne peut durer.Cette situation malsaine ne se maintient que par l\u2019artifice.On accroissait les taux d\u2019intérêt, parce que les banques voulaient des revenus.Quand les taux d\u2019intérêt augmentent, il y a bien des gens qui gagnent : les banquiers et les principaux créanciers.On augmentait les taux d\u2019intérêt, on augmentait les revenus des actionnaires ; en même temps, on réduisait le pouvoir d\u2019achat.Le système devenait de plus en plus fragile ; vient le moment où on doit constater la dépréciation.La sortie de crise Il y a deux manières de réagir.On peut tenter de s\u2019ajuster encore plus au marché financier : on refuse de créer de la monnaie pour des dépenses productives mais on en créera pour maintenir les actions.On n\u2019a pas assez dit que le gouvernement Thatcher a décidé que la Banque d\u2019Angleterre pourrait racheter des actions pour maintenir le marché.Et ceci a paru absolument normal ! Dans la même logique, au nom de la nécessité du marché financier, on pourrait aug- relations mars 1988 59 menter encore l\u2019austérité.Avec le résultat que l\u2019économie s\u2019écroulerait complètement, car je ne crois pas du tout à la possibilité d\u2019une relance allemande et japonaise.Pourquoi ?Parce que l\u2019Allemagne et le Japon sont presque fanatiquement engagés dans des politiques d\u2019austérité ; parce que l\u2019économie japonaise est elle-même une économie extrêmement fragile5.La seule manière, à mon avis, de sortir de la situation de crise, c\u2019est de ne pas suivre les marchés.Si les marchés veulent telle ou telle politique, qu\u2019ils la pratiquent eux-mêmes.Il faut plus que jamais des politiques de plein emploi.Il faut plus que jamais des politiques industrielles, qui maintiennent un certain ordre économique.Il faut plus que jamais des politiques sociales.Schumpeter disait : le capitalisme mourra si on donne le pouvoir aux hommes d\u2019affaires ! Il les jugeait en effet incapables d\u2019avoir des vues à long terme et des vues générales.Plus nous avançons, plus s\u2019accroissent les coûts généraux de l\u2019économie, ce que François Perroux appelait « les coûts humains de l\u2019économie ».Rien que pour compenser actuellement les attaques à l\u2019environnement, il faut dépenser de plus en plus.Les coûts de santé ne cesseront d\u2019augmenter.Ce qui est frappant aujourd\u2019hui, c\u2019est moins le progrès technique que le gaspillage du progrès technique.La société actuelle est loin de savoir utiliser les techniques à sa disposition.On ne met pas en oeuvre les techniques antipollution, au nom de leur coût.Pas plus qu\u2019on ne construit d\u2019usines sur la lune, ce qui est techniquement faisable.Les recherches dans beaucoup de domaines, les recherches médicales par exemple, sont bloquées faute d\u2019argent.Il faut un événement comme le SIDA pour venir à bout de l\u2019austérité.De plus en plus, l\u2019État doit dépenser et prétendre que l\u2019on peut réduire le rôle de l\u2019État est une illusion.Et c\u2019est une illusion qu'on commence à payer très cher.Walras et le darwinisme Je reviens à Walras et aux fondateurs du libéralisme économique.Qu\u2019y a-t-il, en fait, derrière toute cette théorie du marché et de la concurrence ?Et d\u2019abord qu\u2019est-ce que c\u2019est que la concurrence ?Il faut proclamer que la théorie de la concurrence n\u2019est rien d\u2019autre que la théorie de Darwin (la survivance du plus apte).C\u2019est le darwinisme habillé de termes économiques : la concurrence, l\u2019efficacité, la suppression des canards boiteux, tout cela apparaît à la fin du XIXe siècle, quand les économistes découvrent le darwinisme.Et on va en rester là.Le marché, en soi, cela ne veut absolument rien dire.La réflexion économique en est restée très souvent au stade scolastique ; je crois que la théologie a fait plus de progrès que le raisonnement économique.L\u2019économie, dans la plupart des cas, n\u2019a pas encore eu son Descartes ou son Husserl.Les quelques économistes novateurs, comme Keynes, sont souvent rejetés par la majorité des économistes.Et à propos du libéralisme.Pour Walras, qu\u2019est-ce que c\u2019est qu\u2019être libre ?Pour Walras, être libre c\u2019est ne pas pouvoir désobéir à la loi, parce que la loi est l\u2019incarnation de la Raison : être libre, c\u2019est faire ce que l\u2019on doit.Or Walras pensait que la société est naturellement impure, anarchique ; elle serait purifiée par l\u2019économie.L\u2019économie néo-classique est un peu l\u2019héritière de la vision positiviste de Comte, dont Walras se réclame d\u2019ailleurs expressément : d\u2019où la haine qu\u2019il voue au christianisme.Dans la société rationnelle, il y a un État autoritaire et Walras dit que le rôle de l\u2019État sera de forcer la société à se soumettre aux lois du marché.Il faudra donc supprimer la démocratie, si la démocratie fait prévaloir les incompétents ; il faudra militariser les classes pauvres pour les discipliner ; il faudra ramener les femmes à ce qui est « leur rôle naturel » (Walras a quelques phobies : il n\u2019aime pas les Juifs, il n\u2019aime pas les femmes, il n\u2019aime pas les catholiques, il n\u2019aime pas les protestants, il est partisan de l\u2019Allemagne et c\u2019est un admirateur du général Boulanger.).L\u2019économie néo-classique aura toujours un certain penchant pour les régimes autoritaires, elle ne s\u2019installera qu\u2019assez tard aux États-Unis et, en France pendant l\u2019entre-deux-guerres, le courant des « ingénieurs économiques » se situera du côté de la droite ou de l\u2019extrême-droite.Il faut montrer que le discours économique dominant, à l\u2019heure actuelle, est sans fondement sérieux et qu\u2019il est possible de relier la science économique sérieuse à une action de type social ou de type moral et que c\u2019est même probablement la condition de l\u2019efficacité économique.Les politiques renonçant aux lois sociales et au plein emploi sont catastrophiques dans tous les sens du terme, économiquement et socialement.Keynes disait : on ne peut pas être économiste si on n\u2019est pas partisan du plein emploi.Une crise intellectuelle Chaque fois que je rencontre de prétendus experts économiques, ce qui me frappe, c\u2019est, d\u2019une part, leur obsession du court terme et, d\u2019autre part, cette espèce de cynisme amoral.Quand vous discutez avec des gens du Fonds monétaire international, vous leur dites : les politiques que vous imposez à l\u2019Amérique latine sont des politiques catastrophiques ; tout le monde sait que les plans d\u2019austérité imposés au tiers monde ont coûté trois ou quatre millions d\u2019emplois aux pays développés.Réponse : oui, mais peu importe ; nous raisonnons pour quelques mois, nous suivons la logique des gens qui nous contrôlent.En d\u2019autres termes : maintenons la structure financière, quel que soit le prix à payer, ça n\u2019est pas notre affaire ! Or dans les années 80, les hommes politiques ont eux aussi renoncé à toute vue à long terme ; il est stupéfiant de voir qu\u2019en France, actuellement, on admet que si on ne change rien, on aura un chômage de 19 % en 1992.et personne ne paraît s\u2019inquiéter de savoir comment une société pourra fonctionner avec 18 ou 19 % de chômeurs.Comment pourra-t-on contrôler les immigrés ?Et la natalité : d\u2019un côté, il y a des gens qui vous disent faisons des enfants, faisons des enfants ! De l\u2019autre, on vous dit que les deux tiers des jeunes ne servent à rien.Il y a donc une crise intellectuelle.La plupart des économistes refusent de se poser ces problèmes.Et pourtant, l\u2019économie est une science de la société.Et c\u2019est pourquoi je crois que c\u2019est probablement dans des organisations comme la vôtre, du côté catholique, qu\u2019on pourrait trouver quelque espoir,dans une société qui de plus en plus refuse de s\u2019interroger sur elle-même.¦ 5.Misho Morishima, dans Capitalisme et confucianisme, montre que le Japon souffre de ce qu\u2019il est une société aussi totalitaire que l\u2019Union soviétique, où le confucianisme joue le rôle du marxisme-léninisme : le confucianisme prédispose à accepter l\u2019autorité d\u2019une manière passive et la classe dirigeante est orientée vers la volonté de puissance, se souciant très peu du bien-être général.On voit mal dans ce contexte comment le Japon pourrait relancer l\u2019économie mondiale.60 relations mars 1988 RECENSIONS DE MARS lectures André Fortin et alii : Histoires de familles et de réseaux.La sociabilité au Québec d\u2019hier à demain ?Lucien Laverdière : L\u2019Africain et le missionnaire, l\u2019image du missionnaire dans la littérature africaine d\u2019expression française.L\u2019Africain et le missionnaire Si l\u2019on s\u2019intéresse à l\u2019Afrique, on ne peut pas s\u2019engager dans cet ouvrage du bout des yeux : on s\u2019y embarque sans ambages.L\u2019auteur a parfaitement enregistré le mythe que l\u2019Africain a créé à propos du missionnaire, avec la complicité manifeste de ce dernier.On ne risque pas beaucoup à dire que ce travail fortement documenté, est, à ce jour, ce qui a été écrit de meilleur sur ce sujet.L\u2019ouvrage raconte d\u2019abord l'épopée que d\u2019aucuns désignent par le raccourci « sous-mission » : l\u2019aperçu historique, manifestement engagé, relève que la colonisation et la christianisation du « continent Noir » ont procédé de la même volonté de puissance.Il y a en effet cent ans, les puissances européennes décidaient, à l\u2019issue de la « Conférence de Berlin », de se partager l\u2019Afrique.Parallèlement, le Pape confiait aux congrégations missionnaires la tâche de convertir « le coeur de l\u2019Afrique qui battait à peine ; l\u2019Afrique dont l\u2019étrangeté était intacte et sans alliage ; les terres situées au bout du monde où personne ne vit, sauf quelques tribus primitives ».L\u2019insistance sur le choc de la première rencontre permet de saisir la conscience que ces « soldats du Christ » avaient d\u2019eux-mêmes et de leur mission.Sur ce point, la recherche s\u2019est alimentée aux meilleures sources, qui sont encore inaccessibles au commun des mortels (documents de mission, correspondance, diaires.).Puis l\u2019analyse se déplace pour cerner le point de vue de l\u2019Africain.C\u2019est surtout dans la littérature que ce dernier a livré son sentiment sur l\u2019aventure ambiguë du missionnaire.La lecture révèle que l\u2019Africain voue une nette admiration au missionnaire qu\u2019il tient pour un être supérieur.Mais la littérature africaine est aussi le pire tribunal où le missionnaire comparaît : la sévérité de la condamnation est directement proportionnelle à l\u2019auréole dont le héros s\u2019est entouré.Ce qui frappe en premier lieu, dans ce livre, c\u2019est la justesse de l\u2019intuition qui a poussé à porter l\u2019enquête sur le terrain de la littérature : le côté documentaire de la littérature africaine rejette effectivement dans l\u2019ombre le rôle de l\u2019imagination, si bien que, derrière nombre de personnages de romans, le lecteur averti reconnaît sans peine telle ou telle personne bien réelle, et parfois encore vivante.On peut pourtant regretter que l\u2019enquête ne se soit pas maintenue sur ce terrain : toute la première relations mars 1988 partie est un long séjour dans les archives.Mais peut-être qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de reprocher à l\u2019auteur, lui-même missionnaire, de commencer par chanter la gloire des fondateurs.De toutes manières, il compense par l\u2019érudition ce qui se perd au niveau de la cohérence de l\u2019ensemble : on reste impressionné par la moisson des documents qu\u2019il a fallu dépouiller.Deux questions prudemment laissées en suspens, méritent d\u2019être tranchées.La première concerne la source principale elle-même : savoir si la littérature africaine existe, ou si « la vraie littérature africaine s\u2019exprimera dans les langues du pays, s\u2019adressera aux populations du pays et traitera de ses problèmes, ou alors, ne sera pas.» (p.17) Cette question stérile peut être liquidée par les constatations suivantes : \u2022\tAucune langue n\u2019empêche l\u2019Africain de s\u2019exprimer en vérité ; \u2022\tAucun pays n\u2019est actuellement capable de vivre dans l\u2019autarcie linguistique pas plus que dans l\u2019autarcie économique, et l\u2019ouverture à la mondialité est encore plus impérative pour ceux qui se suffisent le moins ; \u2022\tPersonne n\u2019empêche ceux qui le peuvent d\u2019écrire dans leurs propres langues, mais, de toute évidence, il faudrait d\u2019abord une alphabétisation 61 massive pour ne pas mettre la charrue avant les boeufs.Il faudrait ensuite se demander pourquoi l\u2019image du missionnaire reste si négative.A ce sujet, le non-dit importe peut-être davantage que ce qui est clairement exprimé, car, la plupart des images à propos du missionnaire sont fausses : ce sont des clichés qui décrivent une apparence mythique que le missionnaire lui-même n\u2019a pas dénoncée.Car, «l\u2019intrépide pionnier», bien protégé par le conquérant-colonisateur cesse d\u2019être un géant aux exploits inimitables.Par ailleurs, le «savant», le « civilisateur », le « héros », le grand « sorcier », n\u2019a manifestement pas fait des miracles : en beaucoup de domaines, le bilan reste bien maigre.Il faut y insister : la « galerie prodigieuse » des titres de noblesse fait du missionnaire un être pas très humain.Si l\u2019on faisait sauter le barrage des mythes, il apparaîtrait comme un homme tout semblable aux autres : immergé dans les événements qui l\u2019empêchent de voir une bonne part du jeu qui se trame, il tâtonne, se contredit, se fourvoie comme nous tous.Vu sous cet angle, non seulement il devient plus sympathique parce qu\u2019il nous est plus proche, mais aussi ce qu\u2019il a fait de meilleur peut être loué en toute objectivité.Déchargé à la fois des exploits qu\u2019il n\u2019a pas réalisés et des crimes dont il n\u2019est pas coupable, le missionnaire acquiert le loisir de s\u2019engager dans un jeu neuf comme « frère des hommes », « témoin de la catholicité », promoteur de la solidarité entre les peuples.Et l\u2019Africain de son côté, se rendra compte que sa tâche n\u2019est pas de tomber à genoux devant le missionnaire tout-puissant, ou, inversement, de croiser le fer avec des ennemis vaincus depuis longtemps.La critique du christianisme missionnaire est terminée : tout retour sur ce terrain de bataille ressemble à une guerre contre des moulins à vent.¦ Melchior Mbonimpa Histoires de familles et de réseaux A a qui avez-vous emprunté une tasse de sucre ou une perceuse, la dernière fois que vous étiez mal pris ?À moins que vous n\u2019ayez donné un coup de fil au dépanneur ou engagé des ouvriers pour réparer votre balcon ?Histoires de familles et de réseaux, en nous introduisant à différents modèles de sociabilité qui structurent nos rapports quotidiens avec notre famille, nos amis et nos voisins, s\u2019engage dans un champ de recherche somme toute assez peu développé.En arrière-scène, les répercussions des grands bouleversements sociaux \u2014 baisse du taux de natalité, hausse du taux de divorce et de la participation des mères de jeunes enfants au marché du travail \u2014, notamment dans le domaine des politiques sociales, ajoutent du piquant à ce livre dont l\u2019intérêt réside d\u2019abord dans les nombreux témoignages rapportés.Une revue des études de la famille rurale et de la famille urbaine d\u2019autrefois précède le déploiement et l\u2019analyse des résultats d\u2019une enquête menée en 1983-84, auprès de 370 familles avec enfants, réparties dans douze quartiers de l\u2019agglomération urbaine du Québec.Mais le manque de précision quant aux données méthodologiques de cette enquête rend parfois difficile l\u2019évaluation des conclusions présentées.À première vue, certaines généralisations appelleraient des nuances.Cependant, il ressort clairement que ______________références André Fortin, avec la collaboration de Denys Delage, Jean-Didier Dufour et Lynda Fortin.Histoires de familles et de réseaux.La socia- bilité au Québec d\u2019hier à demain, Éd.Saint-Martin, 1987 ; Montréal, 225 p.Lucien Laverdière, L'Africain et le mission- ce sont les mères, avec leur propre mère ou leur belle-mère, avec leurs soeurs et belle-soeurs, avec leurs « amies de femmes » et leurs voisines qui créent et alimentent des réseaux d\u2019entraide et de loisirs modelés par les cycles de vie (particulièrement l'âge des enfants) et les cycles saisonniers.Ce sont d\u2019ailleurs surtout des femmes (87 %) qui ont accepté de participer aux interviews.Dès qu\u2019ilscomprenaientqu'il s\u2019agissait d\u2019une enquête sur la famille, les hommes déclinaient l\u2019invitation ou la refilaient à leur femme.Comme Andrée Fortin se situe explicitement dans une perspective de complémentarité des rôles sexuels, elle tire du matériel analysé un « portrait de la ménagère heureuse » (p.207) qui, s\u2019il renvoie au choix de certaines femmes de rester à la maison plutôt que de s\u2019éreinter dans des ghettos d\u2019emplois mal payés, n\u2019en escamote pas moins toute discussion avec la sociologie féministe du travail, de la famille et de l\u2019État.Suite à un essai de systématisation des modèles et des stratégies de sociabilité, l'auteure avance également que « la sociabilité actuelle repose en grande partie sur la fécondité des grand-mères.Le modèle traditionnel perdra donc sa place prépondérante au cours des prochaines années.Mais la solution de rechange existe.On n\u2019est pas coincés entre la famille élargie et la solitude » (p.219).Que les femmes à la tête de familles monoparentales, par exemple, aient trouvé des solutions de rechange est peut-être un indice de la créativité que sauront déployer toutes les femmes qui ne peuvent plus compter sur une famille nombreuse pour les soutenir.Mais est-ce pour autant de nature à nous rassurer sur l\u2019avenir du partage des responsabilités sociales envers les enfants ?¦ Ginette Boyer naire, L\u2019image du missionnaire dans la littérature africaine d\u2019expression française, Bellarmin, Montréal, 1987 ; 608 pages.62 relations mars 1988 m » STlTal till mill llll III! HU llltl ffitnimimim ^ipniniiniim ;v .gLZr ^ \u2022r** *zstf< de nouveau disponible ! TON SILENCE M\u2019APPELLE par Jean Vanier «J\u2019avais déjà rencontré Jésus mais je ne l\u2019avais pas rencontré ainsi dans les rejetés.Depuis la création du premier foyer de l\u2019ARCHE, je me sens davantage lié aux rejetés de notre monde.» Une nouvelle vision de l\u2019amour qui vient éclairer la crise spirituelle du monde moderne.Ce livre, désormais classique, paraît aujourd\u2019hui dans la collection « Foi Vivante » en coédition avec les éditions du Cerf.126 pages , 4,95 $ UNE FEMME, MILLE ENFANTS par Madeleine des Rivières Le récit de la fondation et de la croissance de l\u2019Hôpital Sainte-Justine et l\u2019histoire de sa fondatrice, Madame Justine Lacoste Beaubien.Une grande page de l\u2019histoire sociale du Québec, évoquée autour de la figure d\u2019une femme audacieuse, féministe, tenace mais avant tout profondément chrétienne.Le soin et la guérison de l\u2019enfant malade ont été sa raison de vivre.271 pages, 22,95 $ JEAN VANIER TON SILENCE M\u2019APPELLE FOI YlVANTE III £ ditto ni ûellatmin 8100, boul.Saint-Laurent Il Montréal (Québec) Canada H2P 2L9 \u2014 Tél.: (514) 387-2541 relations mars 1988 63 relations mars 1988 2,50$ no 538 SOMMAIRE face à l\u2019actualité Mauvais usage du secret pontifical (J.H.) - Où sont passés les disparus ?(T.B.) - A cappella (F.T.) dossier Gisèle Turcot Albert Beaudry La réforme de l\u2019aide sociale Métamorphose de l\u2019État-providence à deux voix/dépêches 46/52 articles Jean-Pierre Richard André Guindon Alain Parguez Le sanctuaire fracassé En parler ou pas ?Libre-échange et plein emploi lectures Conception de la page couverture : Anik Lafrenière NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Francine Tardif (ou Pauline Roy) : 387-2541.Surveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le Devoir, le jour même de la rencontre.Le lundi 21 mars 1988, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.Mars (février) 1988 Courrier de la deuxième classe; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 8100 boulevard St-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.