Relations, 1 juillet 1988, Juillet - Août
[" - \u2019v wls, T*V.' HmSI ._____________________________________________i relations juillet-août 1988 2,50$ no 542 -\"\t^\t_,.ra\\\\ déclaré __ \u2014\u2014\u2014\t.révolution »> irnoérlal de TT^P'e r^Ssetfès°^r ®*''urnet^esa*^^'oeaaantdè?'re NancV Rf f;we U ^\tson a*»*» ne pen STS ss «;ï\t, «.» ss SXg» ^°^^^P°^r'r^r^'5eSt®l'r®^'^:)Se^a'^N®''t^ ^,^es'^®d^®^'^^^hanlstan.d; U aura suffLo concurrencer, les\tmondes s0 endettes, exP'\tVwralSon de mmmmm Ï3Ï&SÏW* \u2014- v\u2018 SS^'ftS»*- \"°{K\" »«\u201d\u2022* \u2022ÿssfs**\"'\t«*> Sis»\t- relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTEUR Albert Beaudry RÉDACTRICE EN CHEF Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, André Beauchamp, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Francine Tardif.COLLABORATEURS Michel Beaudin, Renaud Bernardin, Ginette Boyer, Richard Dubois, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 16,00 $ (à l\u2019étranger: 20,00 $) Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.162 relations juillet-août 1988 \t face à _ I \u2019 actualité L\u2019affaire Noranda ?Assez de guerre en Éthiopie ?Haute cuisine fiscale ?Critiquer la dévotion populaire ?MENSONGE ACIDE ?difficile dossier que celui des pluies acides.La pollution de l\u2019air en provenance du complexe industriel du Sud des États-Unis prend les grands courants aériens du continent et retombe sous forme de pluies acides.A mesure que le dossier s\u2019épaissit et que la preuve s accumule, on comprend l\u2019ampleur de la menace qui pèse sur la forêt, les lacs, les villes.Il faut donc que le Gouvernement de Washington mette au pas ses pollueurs puisque la pollution ne s\u2019arrête pas à la frontière.Une bonne entente entre voisins demande un minimum de réciprocité.Par ailleurs, la source des pluies acides au Québec ne réside pas qu\u2019aux USA.Il en vient de l\u2019Ontario.Il en vient du Québec et, vraiment beaucoup, de la Mine de Noranda.Ni Marcel Léger, ni Adrien Ouellet n\u2019ont pu mettre la compagnie à la raison, le spectre de la fermeture et de 1400 mises à pied pesant trop lourd pour le Gouvernement.Entretemps on négocie.À la veille de la rencontre Reagan-Mulroney, on a crié victoire.Le Gouvernement du Québec annonce que Noranda va installer une usine d\u2019acide sulfurique à Noranda pour récupérer une partie importante de la pollution que crachent ses cheminées.Une entente a eu lieu entre Noranda, le Québec et le Fédéral.Y a-t-il pour cela une subvention ?Autrement dit, le Québec va-t-il payer pour dépolluer Noranda ou appliquera-t-on le principe pollueur-payeur?Lindustrie veut bien se dépolluer si la collectivité paie.Mais, depuis quinze ans, la communauté internationale soutient qu\u2019en justice un pollueur doit être tenu responsable de sa pollution.Le ministre Lincoln annonce donc avec fierté qu\u2019il s\u2019agit non d\u2019une subvention, mais d\u2019un prêt dont les termes et l\u2019esprit satisfont au principe pollueur-payeur.Mais il ne dépose pas le texte de l\u2019entente parce qu\u2019elle contient des éléments confidentiels qui nuiraient à la concurrence si.S\u2019appuyant sur la Loi d\u2019accès à l\u2019information, Le Devoir demande copie de l\u2019entente et en obtient une copie épurgée.Le Devoir adresse sa requête à la Commission d\u2019accès à l\u2019information.Noranda et le Gouvernement délèguent pour les défendre un régiment d\u2019avocats.C\u2019est l\u2019impasse.Le Devoir n\u2019aura pas son document.Pourtant, malgré tout, par d\u2019autres voies, Le Devoir obtient copie intégrale de l\u2019entente.Il s\u2019agit bien d\u2019un prêt.L\u2019analyse poussée de l\u2019entente amène un expert à affirmer que ce prêt permettra à Mine Noranda de profiter d\u2019abattements fiscaux importants, ce qu\u2019elle ne pourrait faire s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une subvention.Pressé de questions, le ministre Lincoln refuse de tenir une commission parlementaire et maintient qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un prêt qui respecte le principe pollueur-payeur.Mais le lendemain on apprend que, par une autre entente signée, Mine Noranda reconnaît que ce prêt est une subvention et qu\u2019elle renonce à profiter des avantages fiscaux qu\u2019un prêt lui permettrait.Simple jeu de mots, simple cafouillage ?Hélas, c\u2019est plus complexe.Cinq points doivent être retenus : a) L\u2019entente du Québec avec Mine Noranda, entente cosignée par le Fédéral, est officiellement un prêt que Noranda relations juillet-août 1988 163 s\u2019engage à considérer comme une subvention.Il serait bien naïf de croire que Mine Noranda ne tirera pas profit du jeu de mots et que dans deux ans, trois ans, à l\u2019abri du public, elle ne profitera pas de cette ambiguïté même.Noranda demeure un énorme pollueur.Noranda s\u2019enrichit et le Québec se détériore pendant que les profiteurs se tapent les bretelles sur des ententes bidons.Quinze ans de tolérance à l\u2019égard de Noranda ont permis des profits à Noranda et des pertes au Québec.b)\tLe ministre Lincoln a-t-il délibérément induit l\u2019Assemblée nationale en erreur ?Si on peut le démontrer, l\u2019opposition ne manquera pas de parler de démission.Ce serait peut-être excessif, compte tenu de la remarquable performance du ministre dans la plupart des dossiers de son ministère.Mais il faudra au moins exiger des excuses officielles pour ce manque évident de transparence : la règle de la vérité à l\u2019Assemblée nationale et dans les commissions parlementaires doit être absolue, en régime démocratique.c)\tIl faut s\u2019inquiéter de la faiblesse de la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information.Lorsqu\u2019il y a des ententes financières entre le Gouvernement et une compagnie sur un programme d\u2019assainissement, toutes les clauses administratives de l\u2019entente doivent être accessibles au public.L\u2019article 118E de la Loi de la qualité de l\u2019environnement doit prévaloir sur les définitions de la Loi d\u2019accès à l\u2019information.La protection de l\u2019environnement passe obligatoirement par l\u2019accès du public à toute l\u2019information, alors que les intérêts communs de l\u2019industrie et du Gouvernement sont de refiler les coûts de la dépollution à la collectivité ou de remettre cela à plus tard.d)\tIl convient de signaler le courage du Devoir à scruter un dossier en apparence inoffensif.Pendant plus d\u2019une semaine, Le Devoir a tenu la nouvelle à la une, pendant que le journal La Presse n\u2019a même pas réussi à en dire un mot.Par bonheur la radio et la télévision ont été plus alertes.En environnement, nous demeurons sous-informés.e)\tEnfin, il convient de se réjouir d\u2019un sursaut de conscience chez la personne anonyme, homme ou femme, de Noranda ou du Gouvernement, qui a refilé l\u2019information au Devoir.C\u2019est un beau cas où la conscience personnelle doit enfreindre la loi pour sauvegarder la justice.Dans la circulation de l\u2019information, la règle éthique doit être étanche : il n\u2019est pas permis de transmettre une information confidentielle, personnelle ou institutionnelle.Pourtant, quand il devient évident que cette règle de l\u2019étanchéité devient le moyen de contourner la justice, il est réjouissant de voir des gens qui craquent sous la pression et qui, au risque de leur emploi ou de toutes autres tracasseries, redonnent au public son droit.¦ 16 mai 1988\tJulien Harvey DÉSERTER POUR LA PAIX est assez, c\u2019est même déjà trop ».Trop de guerre, trop de souffrance, trop de morts, trop de mutilés, trop d\u2019affamés, trop d\u2019enfants agonisants sur les écrans des télévisions occidentales.Trop de réfugiés, ballotés aux quatre coins du monde.Trop d\u2019affrontements fraticides au nom d\u2019une logique d\u2019État qui n\u2019est pas - et n\u2019a jamais été - celle de la population civile.Pour transmettre ce message à leurs dirigeants, des milliers de soldats éthiopiens, mobilisés lors de l\u2019offensive d\u2019avril du gouvernement central contre la province « rebelle » d\u2019Érythrée, ont choisi la seule voie qui leur était offerte : ils ont déserté en masse1, se constituant eux-mêmes prisonniers du Front populaire de libération érythréenne (FPLE).Même après 27 ans de guerre2, de famine, d\u2019exodes, le gouvernement de Mengistu, le DERGUE, répète inlassablement les mêmes formules vides de « défense de l\u2019intégrité territoriale » contre les « rebelles étrangers ».Années après années, il annonce « l\u2019offensive militaire finale », sans jamais parvenir à contrôler le territoire érythréen et sans que l\u2019ensemble de la population éthiopienne n\u2019ait accès à une information correcte sur la situation réelle dans les territoires concernés.La situation en Érythrée est difficile.La famine, qui a déjà sévèrement frappé en 1984, menace encore.Si le FPLE, qui contrôle quasi tout le territoire à l\u2019exception de la capitale, tente de mettre de l\u2019avant un programme ambitieux de développement, il doit aussi faire face aux offensives militaires du gouvernement éthiopien.Ne disposant que de ressources extrêmement limitées, le FPLE tire donc son pouvoir et sa légitimité du très large soutien de la population érythréenne.C\u2019est ce que constatent les jeunes soldats éthiopiens quand ils arrivent en Érythrée.Mobilisés pour défendre la « Mère Patrie », ils s\u2019aperçoivent qu\u2019on les a trompés.La génération actuelle de soldats, formés grâce à l\u2019assistance des « pays amis » du bloc soviétique, a maintenant remplacé celle qu\u2019avaient entraînée les « amis occidentaux ».Mais le mouvement de désertion, déjà amorcé par leurs prédécesseurs, s\u2019amplifie maintenant.Quand les soldats découvrent que c\u2019est à leurs frères, et non pas à des « étrangers », qu\u2019on leur ordonne de s\u2019attaquer, ils désertent.En se livrant en masse au FPLE, ces jeunes Éthiopiens se condamnent à une vie extrêmement difficile.Ils savent qu\u2019ils ne pourront retourner en Éthiopie sans risquer la peine de mort pour trahison ; ils savent aussi qu\u2019ils ne pourront trouver refuge au Soudan, qui refuse d\u2019accueillir ces anciens militaires.Leur famille n\u2019aura jamais plus de nouvelles d\u2019eux puisque le DERGUE refuse systématiquement d\u2019admettre l\u2019existence de déserteurs ou de prisonniers éthiopiens en Érythrée.Ils savent également que le FPLE, qui manque déjà de ressources pour ses propres troupes, ne peut assurer leur subsistance.Leur seul espoir, c\u2019est l\u2019aide des organisations internationales sollicitée pour eux par le FPLE.Malgré ces perspectives très sombres d\u2019avenir, ils ont choisi de déserter.Bien plus que leur gouvernement, ces soldats qui refusent la guerre sont la véritable conscience du peuple éthiopien.Ne répondant ni aux visées impérialistes d\u2019Addis Abeba ni aux appels à la confrontation lancés pour des motifs tribaux ou religieux, ces soldats éthiopiens ne font pas qu\u2019épargner aux populations érythréennes des souffrances inutiles.Ils ouvrent aussi une possibilité de changement profond dans leur propre pays et sèment les germes d\u2019un autre type de société éthiopienne.Leur présence sur le territoire érythréen et leur refus de 1.\tSelon les estimés de sources fiables, il y aurait au moins 18 000 de ces « déserteurs ».2.\tPour un aperçu historique du conflit Érythrée/Éthiopie, on peut consulter l\u2019article de K.Lévêque, Relations, janvier 1983.164 relations juillet-août 1988 participer à une guerre brutale qui s\u2019est toujours faite contre la volonté des peuples érythréen et éthiopien témoignent de la soif profonde d\u2019une paix véritable.C\u2019est là le message 3.Quelques-uns de ces représentants ont visité le Canada au printemps dernier.Ils se sont ensuite rendus aux États-Unis.LA PART enfin, un bon livre sur la haute cuisine fiscale canadienne1 *.Le grand mérite de Linda McQuaig est d\u2019avoir réussi à faire du journalisme d\u2019enquête sur un sujet compliqué et difficile d\u2019accès.Si « les questions de justice sociale sont presque forcément oubliées dans l\u2019avalanche d\u2019opinions spécialisées sur des points de détail », révéler les arcanes de l\u2019impôt n\u2019est pas à la portée du premier venu ; la tâche est encore plus ardue quand il s\u2019agira d\u2019informer le grand public, donc d\u2019intéresser et de vulgariser sans toutefois sombrer dans le simplisme.Selon les mots mêmes de l\u2019auteure, « ce livre écrit par une profane veut sortir la fiscalité du domaine technique où elle est confinée et la rendre accessible au grand public.Même si les lois fiscales sont nombreuses et complexes, les principes de base de la fiscalité ne le sont pas.Et s\u2019il faut être expert pour en maîtriser tous les détails, tout le monde peut comprendre les principes sous-jacents ».Dans son enquête, Linda McQuaig bénéficiera de la collaboration de plusieurs experts fiscalistes et économistes, qui vont l\u2019aider à débusquer le lièvre.Un lièvre de taille, puisqu\u2019il s\u2019agit du fabuleux marché de la fraude fiscale légale au Canada.Trois conditions pour avoir accès à ce marché : il faut être riche bien sûr, il faut posséder sa propre entreprise et il faut surtout avoir un bon guide.Malheur à l\u2019imprudent qui s\u2019aventurerait à chercher ce paradis fiscal caché sans le concours d\u2019au moins un de nos 10 000 avocats fiscalistes accrédités ! Cette élite passe très lucrativement son temps à rechercher les failles dans chaque réforme fiscale et à scruter les possibilités de cueillir la manne budgétaire.On aboutit à une perversion du système fiscal canadien, avec pour résultat le déplacement injuste du poids de l\u2019impôt.Ainsi, alors qu\u2019en 1954 Revenu Canada tirait à peu près la moitié de ses recettes de l\u2019impôt sur les corporations, cette part n\u2019est plus que de 20% en 1987; Ottawa est parti chercher son manque à gagner chez les particuliers ; ces derniers assument aujourd\u2019hui 80 % du poids de l\u2019impôt sur le revenu, qui a fini par se transformer en impôt sur la classe moyenne et sur les pauvres.Voilà pour les principes de justice distributive et d\u2019équité.Du fait des multiples abris fiscaux et exemptions, véritable système d\u2019assistance sociale aux riches, Ottawa permet aux nantis de réduire substantiellement les revenus taxables et les encourage à acquérir un patrimoine financier et immobilier considérable.Ce patrimoine non taxable génère un revenu qui, lui, seul sera imposé.Ainsi, un employé et un rentier qui 1.Linda McQuaig, La part du lion.Comment les riches ont réussi à prendre le contrôle du système fiscal canadien, (traduit de l'anglais), Montréal, Éd.du Roseau, 1987 ; 406 pages.essentiel des représentants des ex-soldats éthiopiens3 qui parcourent actuellement le monde pour rappeler, encore une fois, que la paix est urgente et qu\u2019elle est essentielle à la construction d\u2019un avenir meilleur, en Éthiopie comme en Érythrée.¦ Groum Tesfaye et Francine Tardif DU LION ont un revenu identique paieront le même impôt alors que leur richesse est très inégale.Résultat : les taux d\u2019imposition de la richesse réelle au Canada sont parmi les moins élevés du monde occidental et, sur les dix premières fortunes au monde, trois sont canadiennes.Les 20 % des plus haut salariés polarisent déjà 45 % du revenu national ; mais si l\u2019on se base sur le critère de la richesse, l\u2019on s\u2019aperçoit que 20 % des Canadiens accaparent 68 % de la richesse nationale et les 20 % les plus pauvres, moins de 1 %.Ce sont là les chiffres officiels de 1981.Gageons que l\u2019exemption d\u2019impôt sur les gains en capital, introduite par M.Wilson en 1985 et partiellement supprimée en 1987, n\u2019a pas amélioré les choses pour les 3 950 000 canadiens qui vivent sous le seuil de pauvreté.Le dollar qu\u2019un spéculateur reçoit d\u2019un gain en capital n\u2019est pas imposé pour encourager « l\u2019investissement et la prise de risque ».Par contre, le dollar que reçoit un mineur pour son travail est taxé, car chacun sait que son métier est de tout repos, n\u2019est-ce pas ?Une analyse intéressante des déboires de la commission Carter (1967) montre comment on avait essayé en vain de rétablir l\u2019équilibre.Pour Carter, la provenance de l\u2019argent importait peu ; ce qui comptait, c\u2019était combien on en recevait.Mais avec une telle philosophie, on ne se fait pas beaucoup d\u2019amis à Bay Street.« Maintenant il ne s\u2019agit plus que d\u2019un jeu d\u2019argent aux règles compliquées », dira calmement un comptable senior de Toronto.Malade de juridisme et de lobbying, le système fiscal canadien ne respecte plus les deux principes d\u2019équité horizontale et verticale qui doivent caractériser l\u2019impôt.Le premier principe vise à ce que des personnes ayant des situations financières semblables soient soumises à la même pression fiscale ; le second se base sur la progressivité de l\u2019impôt qui fait que, au fur et à mesure que s\u2019accroît leur pouvoir économique, les personnes recevant de gros revenus contribuent pour une plus grande part de l\u2019assiette fiscale.À cela s\u2019ajoutent les bavures d\u2019Ottawa, la défaite des bons réformateurs comme Carter et Mac Eachen, l\u2019influence machiavélique d\u2019un Mickey Cohen, « courtisan dans l\u2019univers sélect de la fiscalité », pour qui il était « psychologiquement important pour le contribuable d\u2019avoir réussi à en soustraire un peu ».Les corporations (et les individus transformés, grâce au maquillage fiscal, en corporations) ont donc réussi à faire tourner le jeu à leur avantage.Le livre dévoile quelques coups fumeux, comme celui des crédits d\u2019impôt à la recherche : on lira comment quelque 2000 courtiers en valeurs mobilières, avocats et comptables, purent toucher des honoraires de plus de 200 millions de dollars pour avoir su exploiter légalement les points faibles d\u2019un programme et causer une hémorragie de 2,8 milliards en fonds publics.On verra aussi comment, par le biais des reports d\u2019impôts, les corporations relations juillet-août 1988\t165 doivent, sans intérêts, plus de 30 milliards à Ottawa.On s\u2019étonnera à chaque fois des sommes fabuleuses que les abattements fiscaux ont permis de soutirer au fisc : des tours de prestidigitation réalisés par le biais des fondations à but non lucratifs et de leurs experts comptables qui, en quelques passes habiles, feront disparaître l\u2019impôt.À l\u2019horizon de l\u2019univers fiscal, se profile la nouvelle version du mur des lamentations : le déficit budgétaire.Linda McQuaig s\u2019insurge contre le gouvernement conservateur, accusé d\u2019avoir orchestré un véritable psychodrame visant à faire assumer aux programmes sociaux - et non aux corporations - la responsabilité de ce déficit.Prétextant le retour à la responsabilité fiscale, M.Wilson s\u2019est avéré le champion de « l\u2019extraction » déguisée.Son recours habile et systématique à la désindexation et à l\u2019impôt indirect a surtout pénalisé les pauvres, les petits contribuables et leurs familles.Linda McQuaig consacre les deux derniers chapitres de son livre à démolir la mythologie officielle du déficit et à montrer pourquoi la réforme fiscale de juin 1987 est seulement théoriquement sévère à l'égard des riches et des corporations.En maintenant au mieux le statu quo régressif qu\u2019il avait lui-même créé, M.Wilson nous réserve en plus une botte finale : la taxe multistade ou taxe de vente nationale, plus connue sous le nom aseptisé de « taxe sur la valeur ajoutée », qui pénalise surtout les consommateurs moyens et pauvres.Véritable coup de Jarnac, cet impôt est à la fois le plus régressif et, comme l\u2019on peut s\u2019en douter, le plus rentable de tous.¦ Henri Sader PLAIDOYER POUR LES PETITS qui n\u2019a jamais trempé ses doigts dans l\u2019eau bénite avec ferveur ?Qui n\u2019a jamais égrené un chapelet avec zèle ?Ou embrassé furtivement une médaille ?Ou allumé un lampion d\u2019une main tremblante d\u2019être exaucé ?.Et pourtant, combien d\u2019entre nous scrutent, le sourcil haut et le verbe guillotinant, la conscience fragile de la dévotion populaire ! Son péché est-il d\u2019être une pratique ambiguë, dont le renouveau liturgique de Vatican II a dévoilé la pauvreté lorsqu\u2019il a branché tous les pratiquants directement sur la Parole de Dieu et sa richesse ?L\u2019inconfort devant la dévotion populaire n\u2019est-il pas plutôt attribuable à l\u2019adjectif «populaire».Ce mot qui claque comme un coup de fouet dans tous les temples de la culture et de la connaissance ?En musique, le mélomane même débutant saisit immédiatement la nuance entre un quatuor de Beethoven et une toune western.La fougue passionnée du musicien allemand et la somptueuse texture de son traitement des cordes dilatent le coeur dans une mobilité d\u2019émotion extrême.Et pourtant, la foule sera bien plus tendrement émue par le drame qui se joue dans les complaintes western, où amant et maîtresse abandonnés chantent leur détresse sur une ligne mélodique pathétique, dans la pauvreté d\u2019une prose où quitter rime avec pleurer et parti-i avec fini-i.Côté gastronomie, même scénario.Les revenus du sushi et de la nouvelle cuisine, toutes papilles affolées, flirtent d\u2019une fourchette alerte dans les nouveaux restos germanophiles ou néo-papouasiens version new-yorkaise.À la même époque en banlieue, la masse découvre avec enchantement l\u2019exubérance verdoyante et simple des restaurants grecs et l\u2019ingénieuse versatilité des souvlakis.Cinéma ?Tarkovski livre son testament aux initiés sur une pellicule intense et difficile, pendant que la populace croule de rire avec Les dieux sont tombés sur la tête.Et dans le religieux, ce serait différent ?Eh non ! Quelques-uns applaudissent à chaque coup d\u2019épée de Küng, suivent la carrière de Boff avec passion et rêvent des détails de la communauté ecclésiale de l\u2019an 2000.Pendant ce temps, le peuple récite avec ferveur le chapelet à la radio, vibre au marathon de l\u2019amour et économise pour aller à Medjugorie.Le si grand péché de la dévotion populaire serait-il un problème d\u2019activité symbolique ?Il faut se lever de bonne heure, pourtant, pour attaquer le religieux sans symbolisme ! Pas besoin de relire Eliade pour savoir que dans toutes les sociétés, sa fonction d\u2019alchimiste est capitale : le symbole transforme un objet ou un acte quelconque en quelque chose d'autre.Chapelets, huile, lampions, eau bénite et médailles, gestes d\u2019orants discrets ou exaltés, en devenant symboliques, incarnent dans leurs précaires limites tout le domaine du sacré et le mettent directement à la portée du premier venu.En les utilisant, M.et Mme Tout-le-monde dépassent leurs petites vies et débarquent dans un univers fabuleux, infiniment plus vaste qu\u2019eux, aux dimensions cosmiques.Pause solitaire dans une existence fragmentée, aller simple vers Dieu.Rien de condamnable là-dedans, si ce n\u2019est, remarquent les puristes, dans la forme.Trop de merveilleux, dit-on.en oubliant que le merveilleux est aussi vivace que le pissenlit : la tondeuse théologique peut bien le couper, il repoussera toujours.Trop de sensible, grimace-t-on alors.en perdant de vue que s\u2019il est un siècle où la dictature du sensible et du visuel a gagné jusqu\u2019aux derniers retranchements de notre imaginaire, c\u2019est bien le nôtre.Bien sûr, la foi doit être dépouillée et nue, mais notre maître à tous en la matière, saint Jean de la Croix lui-même, n\u2019a jamais levé le nez sur le chapelet, les pèlerinages et autres dévotions populaires.Oui, il souligne que Dieu mène l\u2019âme de degré en degré jusqu\u2019au plus intérieur, jusqu\u2019à « la substance de l\u2019esprit qui est éloignée de tout sens ».Mais par quel chemin commence-t-il ?Le seul connu de l\u2019âme : le sens.C\u2019est sous l\u2019écorce des choses sensibles que Dieu travaille.Critiquer la dévotion populaire avant d\u2019y plonger soi-même sans serviette, c\u2019est adopter le regard olympien du cosmonaute en orbite, qui trippe sur un clair de terre bien éloigné des grenouilles, maringouins, verges d\u2019or, effluves marines et autres coquineries terrestres.Le « populaire » jaillit en droite ligne du coeur même de ce peuple, qui soupire interminablement derrière les Ave et les vieux cantiques, ce coeur qui brûle dans les milliers de petites flammes véhémentes des lampions de nos églises, ce coeur simple des petits pour lequel celui du Christ est toujours ouvert.¦ Camille Bessette 166 relations juillet-août 1988 DOSSIER l\u2019été dans la ville Paul Hamel MON PAYS, C\u2019EST.par Fernand Jutras Vous aurez facilement deviné qu\u2019à cause des délais exigés par l\u2019édition d\u2019une revue, nos articles sont écrits longtemps d\u2019avance et planifiés plus tôt encore ! Si bien que lorsque nous avons décidé de ce numéro sur l\u2019été, l\u2019hiver se traînait toujours les pieds dans le calcium et les météorologues feuilletaient fébrilement leur dictionnaire de synonymes pour dire le froid qui perdure.Comme tout le monde, mes collègues du comité de rédaction en avaient assez de la neige, des manteaux, du hockey (déjà !) et de la grisaille.L\u2019idée d\u2019un numéro sur l\u2019été dans la ville ranima nos âmes tristes et rendit tout de suite l\u2019assemblée volubile.Ah ! l\u2019été.Les vacances ! Le soleil ! La chaleur !.Ce qu\u2019on appelle VIVRE, quoi ! Ce mot (sans doute lâché inconsidérément) était de trop ! Me rappelant la pénible atmosphère de buanderie de certaines nuits de l\u2019été montréalais, je me suis permis de bouder.Mais qui diable nous a mis dans la tête qu\u2019il faille attendre l\u2019été pour vivre ?Serait-ce un effet pervers du vieillissement général de la population : « attendre à l\u2019année longue qu\u2019arrive enfin l\u2019été ».pour réchauffer nos vieux os ?Ou l\u2019insidieuse publicité des clubs Med nous aurait-elle à ce point marqués ?Nos immigrants au sang chaud auraient-ils eu raison de notre résistance de nordiques (pensée parfaitement raciste dont je rougis maintenant) ?Et puis vivre, est-ce vraiment ne rien faire, étendu sur une plage inondée de soleil, le corps bien huilé, avec sa réserve de Diet-7 Up ?Mais c\u2019est que nous avons aussi beaucoup de choses à faire, l\u2019été.Même que certains grands travaux - pas toujours les plus plaisants - s\u2019effectuent uniquement pendant la belle saison : qu\u2019on pense à la démolition méthodique de l\u2019asphalte de nos rues par nos vaillants « entrepreneurs », au gazon à tondre, au chalet de la belle-mère à repeindre.168 Oui, bien sûr, la vie est plus facile l\u2019été.Un peu de soleil et de chaleur font du bien autant à notre âme qu\u2019à notre corps.L\u2019été est à prendre comme un cadeau du ciel, tant qu\u2019il passe.Je suis même prêt à admettre qu\u2019il passe trop rapidement.Mais comme l\u2019affirmait le vieux sage - et j\u2019étire à peine un de ses mots -n\u2019y a-t-il pas une saison pour toute chose ?Est-ce qu\u2019on ne peut pas vivre chaque saison et n\u2019est-ce pas une chance d\u2019avoir à vivre différemment chacune ?Disais-je ! Vivre l\u2019été dans la ville Mes humeurs passées, et placidement écoutées par les vénérables membres de notre comité, nous nous sommes attelés à la tâche de construire le numéro, distribuant auteurs et sujets.Qu\u2019Albert Beaudry, jouisseur impénitent de la lecture solitaire, nous décrive le banquet d\u2019été qu\u2019il magasine secrètement chez les libraires d\u2019ici et de Rome.Condamnation au partage de ses trouvailles et confession du petit Bernard Pivot qui sommeille en son âme ! Francine Tardif, notre belle voyageuse d\u2019été, visite toujours plus les gens que les villes où elle passe.Qu\u2019elle nous sorte de ses boîtes à souvenirs quelques bijoux de sagesse, ramassés dans ses périples ! François Morissette, notre cadet, amateur de rock et de bicyclette, rencontre beaucoup de jeunes dans la rue.Il nous renseignera sur ces jeunes d\u2019ailleurs qui « viennent en ville » l\u2019été, pour n\u2019y trouver, souvent, que désillusion et itinérance.Mais qui nous parlera de la Ville ?Pendant qu\u2019un malin déclame : Montréal, ô ma ville, tu t\u2019es faite belle., Julien Harvey griffonne devant nous.relations juillet-août 1988 C\u2019est le plan d\u2019une interview qu\u2019il va réaliser auprès d\u2019un fin connaisseur de Montréal, l\u2019urbaniste Jean-Claude Marsan.Un architecte qui aime notre ville et qui la veut attrayante pour les gens ordinaires, de tous les quartiers.Ah ! mais gare au piège ! Si nous insistons sur Montréal, il faut aussi parler de.Qu\u2019un vrai Québécois de Québec, maître de la plume, nous écrive une sorte de nouvelle, genre : À la recherche de l\u2019été perdu.Richard Dubois aura donc comme mission (impossible ?) de relier Québec et Montréal, sans tomber dans aucun chauvinisme et sans jamais mentionner ni les Nordiques ni les Canadiens ! Poète à ses heures, André Beau-champ promet de nous tirer de ses grimoires, une page sur la belle saison, quelque chose comme une maison intérieure à visiter.Théologien et écologiste, il traîne sous le bras le docte volume de Jürgen Moltman, un «traité écologique de la création ».Si le livre est d\u2019accès difficile, il n\u2019est pas sans lien avec l\u2019été.La théologie du repos de Dieu, vous connaissez ?De quoi libérer tous ceux et celles qui pourraient ressentir quelque culpabilité à « tomber en vacances », après des mois de fébrilité (Et puis , il fallait bien mettre dans notre dossier une bouchée plus solide, histoire de sauvegarder la réputation sérieuse de Relations !).?Voici que les semaines ont passé.Les pissenlits nous ont envahis (le seul vrai péril jaune).Les auteurs ont livré leur marchandise, la revue est prête à entrer chez l\u2019imprimeur.Pour une fois, c\u2019est un numéro léger que nous vous avons concocté.Un numéro d\u2019été, à siroter doucement, avec un thé glacé.Et savez-vous ce qui me fait bien plaisir ?Plusieurs de nos auteurs avouent qu\u2019il aiment aussi l\u2019hiver.Pensée rafraîchissante pour mes nuits de fin juillet, à Montréal ! ¦ Une entrevue de Jean-Claude Marsan MONTRÉAL 1992.L\u2019ÉTÉ rue Darlington, à Outremont.L\u2019environnement est réduit à son minimum : une grande boîte à travail, pleine d\u2019étudiants, de papier et d\u2019ordinateurs.Avec une grande cordialité.R EL.Monsieur Marsan, vous avez beaucoup réfléchi et beaucoup écrit sur Montréal1.Est-ce parce que pour vous Montréal est une ville-problème, ou parce que tout simplement vous aimez Montréal ?J.-C.M.Disons que je suis de cette espèce de personnes qui évitent de voir d\u2019abord les problèmes.Voir d\u2019abord les problèmes nous empêche d\u2019avancer.Je perçois toujours le futur comme quelque chose à réaliser.D\u2019ailleurs, j\u2019ai l\u2019impression que Montréal est une ville où il y a moins de problèmes qu'ailleurs.C\u2019est une ville qui a un grand potentiel.Et ce potentiel, il faut l\u2019actualiser non pas surtout pour cette part de nos concitoyens qui se tirent toujours d\u2019affaires, mais pour les 50 % et un peu 1.\tJean-Claude Marsan, architecte bien connu, est professeur et doyen de la Faculté de l\u2019aménagement à l\u2019Université de Montréal.On verra en particulier son Montréal en évolution, Montréal, Fides, 1974.2.\tHans Blumenfeld, voir Montréal en évolution, p.307.plus qui n\u2019ont pas les mêmes possibilités.C\u2019est envers eux que la ville a un rôle essentiel à jouer.Leur développement, sur le plan collectif, dépend de la qualité de la ville.C\u2019est là que se trouve le potentiel de Montréal.Et c\u2019est là que parler de problèmes risque d\u2019être un constat d\u2019échec, les problèmes devenant un écran derrière lequel on se cache.R EL.Je vous lance tout de suite dans le thème de notre dossier.Que pensez-vous de cette habitude qu\u2019ont les Montréalais et Montréalaises, de se concentrer sur quelques questions graves comme le travail, la compétition, le logement pendant les trois saisons plus rigoureuses, et de garder l\u2019été comme temps d\u2019humanité plus profonde, de communication, et de convivialité ?J.-C.M.Je suis d\u2019accord.Surtout que nous avons un été tellement court mais tellement beau.J\u2019ai vécu en Grande-Bretagne et j\u2019ai pu réaliser à quel point nous sommes chanceux.J\u2019ai passé trois ans dans un pays sans saisons, privé au point que je rêvais de l\u2019hiver ! Si bien que nous devrions profiter au maximum de cet été beau et court comme d\u2019un ressourcement.Comme d\u2019une période de récompense.R EL.Des urbanistes ont écrit que les grandes capitales sont faites pour relations juillet-août 1988 qu\u2019on s\u2019en évade tout l\u2019été.Qu\u2019en dites-vous ?J.-C.M.C\u2019est vrai de certaines capitales, Paris, par exemple, où c\u2019est devenu une tradition.Mais Montréal n\u2019est pas une ville de ce genre.C\u2019est plutôt notre capitale culturelle, un miroir de nous-mêmes.C\u2019est une métropole de taille moyenne, et Dieu merci ! Avec les avantages d\u2019une métropole, sans les inconvénients.Par ailleurs, j\u2019admets que près de 50 % des gens trouvent bon de s\u2019évader un peu de la ville l\u2019été.Mais pour beaucoup d\u2019autres, il suffit d\u2019une évasion locale quotidienne, en ville même.R EL.Un urbaniste connu2, que vous avez déjà cité, dit que « Montréal nous offre l\u2019image du chaos ».Est-ce exact ?Et si oui, est-ce parce que nous n\u2019avons jamais eu de maîtres tout- puissants comme Napoléon III et son urbaniste Haussmann ?Ou est-ce parce que les « développeurs » et les spéculateurs ont beaucoup de pouvoir ?J.-C.M.Ce jugement a été porté dans un contexte précis : celui de la transition entre le Montréal grand village et la naissance de la métropole après 1960, avec l'Expo, le Métro, la fuite vers les banlieues, le percement de nouvelles artères.Si bien qu\u2019à ce moment la cohérence a disparu.Mais nous avons dépassé le stade de ce changement radical et nous avons réparé beaucoup 169 de blessures du tissu urbain.Nous avons aussi dépassé le mythe de la croissance indéfinie.L\u2019objectif de l\u2019an 2000 ne doit pas être sept millions, comme on l\u2019a déjà pensé3, mais bien plutôt de trois à quatre millions.Avec un meilleur souci d\u2019une cité qui demeure « manageable ».Parc-plage et lieux magiques REL.Dans votre discours d\u2019entrée à la Société Royale du Canada4, il y a quelques mois, vous avez proposé des projets pour marquer le 350ème anniversaire de la fondation de Montréal, en 1992.En particulier, deux projets : un parc-plage sur le Fleuve, des « lieux magiques » pour chaque quartier.D\u2019abord, la plage : où la placez-vous ?Et faut-il d\u2019abord dépolluer ?J.-C.M.Voyons sur la carte.Sur la rive sud du Fleuve.Lors de la construction de la voie maritime, ouverte en 1959, on a dû construire une immense digue de près de 25km de longueur, entre Kahnawaké et l\u2019île Notre-Dame.Or, les recherches sur le Projet Archipel ont fait découvrir que l\u2019eau polluée, dans cette partie large et courbée du Fleuve, suit la rive droite, en arrière de la digue, alors que les rapides de Lachine et l\u2019eau en avant de la digue sont en pratique sans pollution.Si bien que je propose là une plage de 15km de long.Accessible par Terre des Hommes en métro, avec une navette rapide comme celles qui desservent La Ronde.Et aussi par une navette circulant à partir de la station de métro Lasalle, passant sur l\u2019île des Soeurs et traversant le Fleuve sur l\u2019estacade en amont du pont Champlain.Il faut naturellement apporter du sable sur cette plage et le protéger contre le courant par des jetées appropriées.REL.Prévoyez-vous un développement analogue aux parcs culturels des villes soviétiques ?J.-C.M.Oui, mais plutôt léger, avec peu de développement des équipements d\u2019amusement.Demeurer plutôt écologique.Et installer les équipements balnéaires, cabines, etc., sur des quais, comme en Nouvelle-Angleterre.Il y aura énormément de place pour marcher.Et, comme à Stockholm, des usages divers pendant les saisons autres que l\u2019été, pistes cyclables, ou patin, comme à Ottawa.Un lieu de repos et de pique-nique, agréable et économique, pour la famille.170 REL.Et maintenant, les « lieux magiques » ?J.-C.M.Chaque quartier devrait posséder des lieux où les gens se reconnaissent.Ou\u2019on soit à N DG ou à St-Henri, ces lieux identifient le quartier.Mais dans la plupart des cas, il manque quelque chose à ces places publiques, à ces lieux magiques.Le 350ème anniversaire est une excellente occasion offerte à la ville de demander aux gens de chaque quartier : « Qu\u2019est-ce que vous souhaiteriez pour améliorer la qualité de votre lieu magique ?».On le fait actuellement en plusieurs endroits en France, pour le 200ème anniversaire de la Révolution.Et j\u2019ajoute que, dans ma pensée, l\u2019amélioration de la qualité de vie à Montréal ne passe pas d\u2019abord par la centralisation.Chaque quartier doit créer ses projets.Les planificateurs ne pensent pratiquement jamais à ces besoins, en général parce qu\u2019ils n\u2019habitent pas dans les quartiers qu\u2019ils planifient.Les gens doivent élaborer eux-mêmes les projets, les soumettre ensuite à un comité d\u2019étude de faisabilité, qui évaluera en particulier les coûts5, pour qu\u2019ensuite la ville en assume la réalisation.Avec la collaboration financière des divers niveaux de gouvernement, selon les cas.Nos budgets sont limités, au niveau municipal.Mais pour la plage, par exemple, qui sera en territoire fédéral, il est normal que le gouvernement fédéral contribue.Pour les projets de lieux magiques de quartiers, les ministères provinciaux seront normalement intéressés6.Monsieur Drapeau, par exemple, avait beaucoup de talent pour nous assurer ce genre de collaborations, sauf que ses entreprises ne profitaient pas toujours aux Montréalais.REL.Tout cela est-il compatible avec le Schéma d\u2019aménagement que la Communauté urbaine de Montréal a récemment rendu public ?7.J.-C.M.Sans doute.Un schéma de ce genre est bon.Mais ce n\u2019est pas encore un plan directeur, qui est essentiel à la réalisation des objectifs poursuivis.Les îles, la Montagne, le Vieux-Montréal REL.Revenant à l\u2019été montréalais, quel rôle attribuez-vous à ce que j\u2019appellerais les grands pôles de l\u2019espace montréalais ?Les îles de l\u2019Expo, la Mon- relations juillet-août 1988 tagne, le Vieux-Montréal ?Et d\u2019abord l\u2019Expo.J.-C.M.Je pense qu\u2019on a fait l\u2019erreur de vouloir la perpétuer.Autant c\u2019était un événement extraordinaire en 1967, autant l'intérêt est ensuite allé diminuant.Je suis d\u2019avis qu\u2019il faut refaire un parc avec les îles, tout en conservant quelques structures permanentes, qui permettraient d\u2019y placer les festivals des cultures, les concerts.Et bien sûr les piscines qui sont déjà là.Mais d\u2019abord retourner les îles à la nature.REL.Et la Montagne ?Doit-elle demeurer ce qu\u2019elle est, pure nature comme au Parc Westmount, nature adoucie par le paysagiste comme au Parc du Mont-Royal ?J.-C.M.Il faut d\u2019abord se rappeler que nous avons là un lieu historique.Le même architecte de paysage a créé Central Park à New York et le Parc du Mont-Royal : Frédéric Law Olmsted8.Sa conception du parc naturel était de haute qualité : selon lui, le contact avec la nature est essentiel au citadin, pour le régénérer.Il s\u2019opposait aux aménagements non naturels, comme les escaliers ; il s\u2019opposait aussi à ajouter là des équipements sportifs.Et je crois qu\u2019il avait raison.Montréal a par ailleurs de très bons équipements sportifs, à partir du Parc Olympique, mais ils ne doivent pas empiéter sur la nature.D\u2019autant moins que le transport urbain est bon à Montréal et rend facile l\u2019accès aux sports.REL.Montréal vivable l\u2019été suppose qu\u2019on y réalise une vraie fraternité humaine, au-delà de la simple société de consommation.Comment y arriver, sur le terrain de l\u2019urbanisme ?3.\tC\u2019est le chiffre proposé par plusieurs spécialistes montréalais au 22ème congrès international de géographie, tenu à l\u2019Université de Montréal en 1972.Voir Ludger Beauregard, Éd., Montréal, Guide d\u2019excursion, Montréal, Presses de l\u2019U.de Montréal, 1972.L\u2019éditeur propose le chiffre de 6.7 millions (p.193).4.\tLe texte est publié dans Le Devoir du 17 mars 1988, p.11.5.\tM.Marsan ajoute qu\u2019une Faculté d\u2019aménagement comme celle qu\u2019il dirige pourrait se charger de telles études de faisabilité.6.\tUn quartier qui veut se donner un kiosque à musique, par exemple, cherchera la collaboration financière du Ministère des affaires culturelles, etc.7.\tSupplément à La Presse du 9 avril 1988.8.\tVoir Montréal en évolution, p.229-301. Parc Lafontaine.Pour beaucoup de gens, il suffit d\u2019une évasion locale quotidienne, en ville même.-««îSîgjUâr.'sr1 «es; ÊV&r- r& J.-C.M.Nous vivons dans un Montréal de plus en plus multiculturel.Dans ce contexte, nous avons surtout ici deux ressources qui sont communes à tous, que tous aiment, qu\u2019on soit français, anglais ou autre : la Montagne et le Fleuve.Ce sont ces lieux qu\u2019il faut mettre en valeur le plus possible.Le Mont-Royal l\u2019est déjà, le Fleuve doit l\u2019être davantage.Toutes les villes qui ont du caractère, qui savent unir les citoyens au-delà des barrières culturelles, religieuses ou linguistiques, possèdent des richesses de ce genre, des « lieux intégrateurs ».Même sur le plan géologique, avant le plan symbolique, le premier élément qui émerge, c\u2019est la montagne.C\u2019est un lieu mythique.Déjà les Iroquois y enterraient leurs morts.Nous avons continué de le faire.Parce que la montagne est sacrée, pour tous les humains.Et à ce titre, elle est lieu de fraternité.R EL.Et le Vieux-Montréal ?Est-il le troisième pôle, avec la Montagne et le Fleuve ?Ou est-il trop identifié à l\u2019histoire de la population de vieille souche ?J.-C.M.Le Vieux-Montréal est un lieu difficile à qualifier.Il peut même jouer contre la fraternité.Parce qu\u2019il a été mal commercialisé, suscitant même du racisme.Le quartier n\u2019a pas encore trouvé sa vocation.Songez à Boston : Beacon Hill est un lieu où on se retrouve, où on vient pour être ensemble.Notre Vieux-Montréal n\u2019en est pas encore là.Une ville qui a un esprit R EL.Des sociologues et des anthropologues urbains ont décrit l\u2019humain des grandes villes comme peu social, agressif, compétitif par nature ; les Montréalais et Montréalaises sont-ils de ce genre ?Sont-ils à remplacer nos deux solitudes par des solitudes multiples ?J.-C.M.Quand on retourne à l\u2019histoire, on voit qu\u2019il est impossible de dissocier la civilisation de la ville.Dans cette perspective, même si la ville est souvent associée à la violence, elle a aussi apporté du bon.Je nous considère comme très chanceux.Nous n\u2019avons que très peu ce problème de violence urbaine que nous devons bien constater ailleurs, quartiers interdits, ghettos, sortie du soir devenue impossible, etc.Nous y échappons jusqu\u2019ici.Et je pense que c\u2019est parce que Montréal est une ville qui a un esprit.On adhère à un « esprit montréalais », qui crée une solidarité.Un peu comme dans relations juillet-août 1988 les anciennes cités qui s\u2019identifiaient à une nation.R EL.Ceci est-il vrai de tous ?Autant des femmes que des hommes, des personnes âgées et des jeunes ?Montréal est-elle une ville pour eux tous et toutes ?J.-C.M.Très difficile de répondre.Pour moi, cela est d\u2019abord le défi du foyer, de la famille.La ville est peu capable de remplacer ces valeurs.R EL.Je soupçonne que la compétition Montréal-Toronto n\u2019est pas une de vos préoccupations ?J.-C.M.Non, car c\u2019est souvent une fausse compétition.Mais il reste que la compétition saine est bonne.Toronto nous offre en particulier un défi, celui des équipements culturels de la ville, bibliothèques, musées, salles de concert, etc.Les villes riches peuvent beaucoup investir dans ces domaines.Et ici Montréal pourrait faire mieux.À ce moment, compétitionner sur la grosseur de la ville n\u2019a plus d\u2019intérêt.R EL.Puis-je risquer en terminant de vous demander si vous passez votre été à Montréal ?J.-C.M.La plus grande partie.D\u2019autant plus que mes fils ne peuvent absolument pas manquer le Festival du jazz ! ¦ (Propos recueillis par Julien Harvey) 171 Paul Hamel L\u2019ETE COMME SA MAISON par André Beauchamp ' it ai bâti ma maison pour y finir mes jours, bien loin, bien loin du monde.» La voix était chaude, chaleureuse, une belle voix du cru comme on a l\u2019impression d\u2019en trouver de moins en moins.Aujourd\u2019hui on chante en criant pour faire comme les chanteurs à la mode.Sans compter que bien peu de gens savent une chanson tout entière.« J\u2019ai bâti ma maison pour l\u2019avoir tout à moi.Pour elle, pour ma belle.» Quand il chantait sa chanson, on eût dit qu\u2019il cherchait à convaincre une femme de l\u2019assemblée à comprendre le message secret de son coeur, à entrer dans sa maison, à prendre le risque de sa maison pour fuir le monde, construire l\u2019amour, recommencer le monde.La maison est le paradigme de la vie humaine.Pour nous partager entre l\u2019environnement du dehors, pour nous prémunir du froid, du vent, de la pluie, de la chaleur, des insectes, des prédateurs, des voleurs, nous construisons une maison.Quatre murs, un toit ; en terre, en brique, en neige, en tôle, en bois.Peu importe.Voici le nouvel espace créé, décrété, voici un lieu sacré nouveau, le lieu de mon identité, de mon appartenance.C\u2019est mon ici par rapport à un ailleurs.Dresser des murs.Définir un espace, prendre racine.Et dès qu\u2019on a fait cela, percer le mur d\u2019une fenêtre.Premier paradoxe.Il faut se couper du dehors, mais un pur dedans serait morbide s\u2019il ne dressait un pont avec le dehors.Un mur, une fenêtre.Simple meurtrière dans la forteresse assiégée, large fenêtre, bay-window dans les villes, jusqu\u2019à ce que les vols trop nombreux 172 ramènent à la prudence.Mais voilà que la fenêtre qui jette le pont sur le monde du dehors expose le dedans à la menace d\u2019autrui, à son intrusion, à sa curiosité.Il faut donc mettre des rideaux à la fenêtre, défendre la brèche ouverte, la fermer à nouveau, l\u2019atténuer, la protéger : stores, rideaux, draperies.Quand ment l\u2019été.En hiver contre le froid, il faut les chassis-doubles.Alors nous fermons les fenêtres à la ronde, vivant au dedans.Quand vient l\u2019été, la double fenêtre fait place à la persienne, ou jalousie, qui laisse passer les odeurs, la musique, l\u2019air, mais non la chaude lumière de l\u2019été.Les fenêtres s\u2019ouvrent et le voisinage reprend son droit.La maison isole, crée un monde à soi, tout comme dans la maison la chambre personnelle crée un lieu sacré qu\u2019on voudrait inviolable même quand on sait que frères, soeurs, parents, ont accès à nos misérables secrets.La maison n\u2019est que la chambre du village, ou la rue la chambre du quartier et le quartier la chambre de la ville, c\u2019est-à-dire à la fois une coupure et un pont.Même loin du monde, la maison reste reliée, hier par la route, aujourd\u2019hui plus encore par tous les services de la vie urbaine.S\u2019isoler pour être soi.Se regrouper pour devenir soi.Aussitôt venu l\u2019été, le citadin ouvre encore les portes et les fenêtres de sa maison pour accueillir enfin la lumière, la chaleur, la liberté.Je relations juillet-août 1988 ne sais rien de beau comme les commérages de balcon à balcon sur la rue Foucher, la rue Darling, la 13e avenue, dans la chaleur trop lourde de l\u2019été.Mais à cause même du commérage, je ne sais de besoin plus vif que celui d\u2019enfin quitter ce monde trop exigu pour retrouver la paix.Quitter, fuir la ville.Aller à la campagne dans les bois, partir en voyage, aller ailleurs.Et se retrouver à 150 kilomètres de Montréal ou de Québec, dans un camp en bois rond, dans un confort douteux, à dresser l\u2019oreille chaque fois qu\u2019un mur craque ou qu\u2019un arbre s\u2019agite sous la force du vent.Être enfin libre, oublié, anonyme.Jusqu\u2019à ce que la parenté trouve la trace et s\u2019amène avec les nouvelles, les jeux, l\u2019ouvrage, l\u2019univers si complexe de toutes leurs relations personnelles.Fuir la ville pour retrouver la ville.La retrouver en camping, encore plus proche de soi, tapie derrière chaque toile, livrée sans cesse sur la place publique où se trouvent les lieux d\u2019aisance, les services, la plage.Entre la ville et le nomadisme, entre la brique, la tuile et la route, entre l\u2019aisance, la générosité et la liberté du soleil et de la chaleur et la nécessité d\u2019en tirer pleinement profit, l\u2019été est notre paradoxe.Être nordique c\u2019est rêver de l\u2019été, souvent à l\u2019année longue, pour rien, pour pester contre le temps.« Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil.» Habiter son été comme on habite sa maison.Y dresser les murs, y ouvrir de grandes fenêtres.De grandes fenêtres sur les autres, de grandes fenêtres sur l\u2019hiver.¦ CARTES POSTALES par Francine Tardif dans un texte extraordinaire, Poème à la durée, Peter Handke évoque ces moments particuliers qui n\u2019en finissent plus de survivre au passage du temps.Ces moments qui nous divisent entre l\u2019avant et l\u2019après, et qui nous laissent à la fois transformés et un peu plus nous-mêmes.Il y a toujours un quelque chose de magique dans ces rencontres entre soi et des lieux, des géographies, des états d\u2019âme.Quelque chose de mystérieux dans la façon qu\u2019ont certains êtres de s\u2019imposer à la mémoire et de « durer » longtemps après le départ.Au fil des étés, guidée par l\u2019amitié, le travail ou le hasard, certaines villes, certains visages, certains moments se sont ainsi gravés dans ma mémoire.Comme c'est souvent le cas, la rencontre de la différence m\u2019a entraînée dans un mouvement de retour sur moi-même, sur notre histoire, sur notre avenir.Tanzanie.Les Masais de Tanzanie savent que l\u2019on ne peut rencontrer l\u2019autre qu\u2019en restant fidèle à soi-même.Aussi, ne s\u2019adressent-ils à un étranger que si celui-ci les salue d\u2019abord dans leur langue.Après, et après seulement, acceptent-ils les services de l\u2019interprète et d\u2019éventuels échanges.Cette fière sagesse de nomades a d\u2019autant plus frappée la Québécoise que je suis qu\u2019elle contrastait avec les discours de l\u2019immense majorité des experts, africains ou étrangers, réunis à Arusha pour discuter des problèmes des réfugiés en Afrique.Tous n\u2019évoquaient que la misère, le désespoir, la dépendance des populations africaines déplacées.Les Masais, eux, poursuivaient leur route.relations juillet-août 1988 173 C.F.E. Tout comme le faisait cette Tanza-nienne rencontrée par hasard : curieuse du monde, passionnément attachée à sa communauté, consciente des problèmes énormes de l\u2019Afrique, cette femme n\u2019aurait changé de vie avec personne.L\u2019avenir pouvait paraître sombre, elle le vivrait avec les siens.Cette lucidité ouverte et ce courage tranquille m\u2019ont offert mes plus beaux souvenirs d\u2019Afrique.Une Afrique fière et belle, meurtrie certes, mais néanmoins confiante.Une Afrique trop attachée à la richesse de son passé pour le sacrifier à un avenir occidentalisé.Pologne.Même ténacité chez les femmes polonaises qui, avec un courage plus têtu que flamboyant, s\u2019évertuent à tracer d\u2019immenses croix devant les parvis de certaines églises de Varsovie, avec des fleurs coupées, des images de Jean-Paul II, de maigres cierges et quelques symboles de Solidarité.Puis, la journée durant et jusqu\u2019à tard le soir, elles montent la garde devant leur éton- nante création.La plupart de ces vieilles dames n\u2019accepteraient pas d\u2019être photographiées sur la rue ; pourtant, elles pressent les rares touristes de fixer cette image de leur résistance.Leur manière à elles de narguer les soldats omniprésents.Je ne sais rien de la résistance, sinon ce que ces Polonaises m\u2019en ont montré : on ne résiste pas parce qu\u2019on espère gagner, on résiste parce que c\u2019est la seule chose à faire, pour que la victoire « des autres » ne soit jamais complète.On résiste par fidélité.Paris.Hasard ?C\u2019est devant les oeuvres d\u2019un artiste polonais que j\u2019ai ressenti, comme jamais auparavant, tçute la force de la création artistique.À Paris, guidée par une femme qui aurait pu être ma mère et que la vie m\u2019a donnée comme amie, les sculptures de Mitoraj m\u2019ont offert des moments de communion extraordinaire.À Paris, plus qu\u2019ail-leurs peut-être, on peut palper, sentir, toucher la beauté, la bonté aussi, des oeuvres d\u2019art.L\u2019art devient une réalité tangible, une possibilité de vivre mieux et plus.À une période charnière de ma vie, marcher en silence dans une ville aussi belle m\u2019a réconciliée.Et Montréal De même, c\u2019est en découvrant Montréal avec des amis étrangers que j\u2019ai compris à quel point j\u2019aime cette ville, ma ville.À quel point je me retrouve dans ses rues, ses parcs, sa beauté inégale.Dans ses changements d\u2019humeur, de rythme et de saisons.J\u2019aime ce Montréal, emmitouflé l\u2019hiver et presque nu l\u2019été.J\u2019aime ce Montréal, encore jeune mais déjà inscrit dans une Histoire.Je l\u2019aime même davantage depuis que je l\u2019ai connu, reconnu, à travers les yeux de la différence.Probablement n\u2019est-il pas nécessaire d\u2019aller si loin pour découvrir la fierté, la beauté, la tristesse ou la fidélité.Tout cela existe ici.Mais.les voyages de l\u2019été, en plus du reste, m\u2019offrent le plaisir du retour, la joie de revenir chez moi, chez nous.C\u2019est donc à Montréal que je reviens attendre, fébrilement, la venue de l\u2019hiver.¦ BIBLIQUIZ (Le jeu du Nouveau Testament) Pour apprendre à connaître les lieux, les personnages, les écrits et les coutumes à l'époque de Jésus.Préparé par des professeures de la CECM, supervisées par une conseillère en éducation chrétienne.Coût : 25 $ + taxe et frais d\u2019expédition.Commandez à S0CABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 174 relations juillet-août 1988 CROIRE EN SES CHANCES par François Morissette .y r.\u2022\u2022 it- r .]'\\r * : -if - v *\\,T: \"â»?' * Si l\u2019été en ville est avant tout une affaire de Montréalais ou de Québécois, nombreux sont les « provinciaux » qui s\u2019exilent vers les grands centres urbains pour la période estivale.Le phénomène apparaît à la fin d\u2019avril, pour durer jusqu\u2019en octobre.Tous les faits sociaux sont accentués et rendus plus visibles lorsqu\u2019ils sont concentrés dans une grande métropole ; on ne parle plus de vingt, mais bien de plusieurs milliers d\u2019arrivants.Que viennent-ils chercher à Montréal ?Pourquoi ces gens, jeunes pour la plupart, viennent-ils à Montréal durant les mois chauds ?Autrement dit, pourquoi la grande ville séduit-elle ?Est-ce seulement un autre rêve de la jeunesse ?À mon avis, il y a plus que cela.La métropole offre à l\u2019arrivant un rythme qui le fait vivre plus intensément et engendre un nouveau dynamisme.Mais ce dynamisme urbain n\u2019est pas nécessairement synonyme de richesse ou de succès.Ce rythme fait croire qu\u2019il survient toujours quelque chose en ville.Et s\u2019il épeure souvent ceux qui vivent à l\u2019extérieur de la métropole, il essoufle également les nouveaux arrivants, avant de les charmer, encore que certaines personnes ne pourront jamais s\u2019y habituer.Le rythme de la rue, des commerces et des autres endroits publics laisse croire qu\u2019il y a de la place pour chacun et chacune dans ce monde toujours en mouvement.Mais ce n\u2019est pas parce que beaucoup de choses bougent qu\u2019il y a de la place pour tout le monde dans le partage des richesses, dont la première est le travail.Trop souvent à tort, on voit la métropole comme cette Babylone fabuleuse, ce Klondike-sur-St-Laurent, où l\u2019argent est vite gagné, où presque tout est possible.D\u2019autant plus que cette idéologie du « possible pour tous » est véhi-culée par toute une publicité commerciale et institutionnelle.Car si presque tout est possible, tout n\u2019est pas possible pour n\u2019importe qui.Ceux pour qui les possibilités économiques de la ville sont le plus facilement accessibles sont précisément ceux qui, en général, quittent Montréal l\u2019été pour aller se reposer dans les Laurentides, l\u2019Estrie ou quelque part hors du Québec.Si bien qu\u2019on parle souvent de l\u2019exode urbain estival, surtout manifesté par ces embouteillages monstres du week-end, au pont Champlain ou sur l\u2019autoroute des Laurentides.Mais on oublie le mouvement inverse, plus discret, mais perceptible pour qui s\u2019arrête à échanger avec les gens dans les endroits publics, l\u2019été.Un jeune rencontré dans un parc, sur la rue St-Denis ou dans le Vieux-Montréal vous dit qu\u2019il vient de Baie-Comeau, Rouyn ou Thet-ford Mines.relations juillet-août 1988 Mythe et réalité Que viennent-ils chercher à Montréal et qu\u2019est-ce qu\u2019ils y trouvent réellement ?Il y a le mythe et il y a la réalité.Le mythe c\u2019est que tous trouveront une place, un lieu d\u2019épanouissement dans la grande métropole.Mythe entretenu par les « oui-dire » d\u2019un copain ou d\u2019un cousin, qui a pu, il y a quelques années, faire un coup d\u2019argent, l\u2019été, à Montréal.Mais la situation a tellement changé depuis 1981-82.La réalité, c\u2019est que ce sont seulement les plus forts qui trouveront un emploi stable et adéquatement rémunéré.Pour les autres, ce seront les réseaux d\u2019aide d\u2019amis, puis l\u2019itinérance et la désillusion.L\u2019abondance visible pouvait laisser croire qu\u2019on trouverait la sécurité.Si cela est vrai pour certains, nombreux sont ceux qui réalisent bientôt que l\u2019anonymat urbain, surtout vécu temporairement, ne remplace pas les réseaux de solidarité qu\u2019ils avaient dans leur patelin.Même si Montréal n\u2019est pas finalement cette richesse au bout des doigts, son pouvoir de séduction demeure.Et il suffit à engendrer un mouvement de population vers la métropole l\u2019été.Mouvement qui n\u2019est ni nouveau ni unique, mais qui fait partie de cette vie estivale où bouillonnent tant de cultures.¦ 175 Québec ou Montréal ?Parler de l\u2019été ?Mais vous connaissez deux Québécois capables de s\u2019entendre sur la question de la température ?Pour certains, c\u2019est une question de thermomètre : dix jours de suite entre 25 et 28 degrés celsius, nuages pas nuages, c\u2019est « dix belles journées en ligne.» Increvables comme tous les optimistes, ceux-là vont parler, fin juin, d\u2019un « mauzusse de bel été ! » Pas fous, quand même, les braves, habitués qu\u2019ils sont depuis la tendre enfance à ne plus faire de différence entre les nébulosités variables et les variations nébuleuses du fumeux vocabulaire météo ! Cher Québec.Sans doute le seul coin du monde où les spécialistes-météorologues, d\u2019ensoleillements progressifs en progressions de la couche de nuages «from coast to coast», réussissent à se tromper même sur la température qu\u2019il a fait la veille ! Il faut vraiment le faire.Pour d\u2019autres - mais ça dépend.L\u2019été est toujours une question de regard, d\u2019humeurs, de temps libres, de classe sociale.Pour un comptable ou un gestionnaire néo-libéral, j\u2019imagine que l\u2019été, c\u2019est tout ce qui se passe entre le 21 juin et le 21 septembre, c\u2019est-à-dire : rien ! Les boubous-macoutes desserrent la cravate et les syndicalistes relax de la rue Prince-Arthur lèvent justement leur verre à la santé d\u2019un certain Monsieur Gobeil qu\u2019on vient de voir descendre, souriant et en manches courtes, de sa limousine ministérielle.Non, l\u2019été ne sera pas chaud.Pour le$ re$taurateur$, c\u2019est la petite serveuse aux oeufs d\u2019or : sur-numéraire, sous-payée, et couvée d\u2019un regard paterne quand elle dresse la facture de 2,75 $ pour un bon jus FBI en terrasse.La petite serveuse : a$$urance-tou-ri$$e$ ! Pour d\u2019autres, qu\u2019on appelle outrageusement « le bon peuple » (question de se faire croire qu\u2019on l\u2019aime mais seulement parce qu\u2019on n\u2019en fait pas 176 L\u2019ÉTÉ EN VILLE par Richard Dubois vraiment partie.), l\u2019été, c\u2019est des choses simples, comme partir, ou, plus fréquemment, ne pas partir ; regarder le soleil des autres à travers les fenêtres du bureau ; finir à 4h30 au lieu de cinq heures ; se prendre pour un patron, en étirant les sandwiches des Plaines Mais d\u2019abord, qu\u2019est-ce qu\u2019une ville ?Connaît-on un seul Montréalais pouvant nommer une ville en dehors de Montréal ?Réponse : non.Pardon, j\u2019exagère.Et je demande : nommez-la, cette ville ?Réponse : Laval (comme on dit Brossard, Drummondville, ou Erk.).C\u2019est bien ça, notre premier problème, quand on est Montréalais : il y a Montréal, puis le vide sidéral.d\u2019Abraham ou du Parc Lafontaine jusque vers trois heures.Ou rêver de la fin de semaine (mais le soleil est déjà parti.).Ou passer les trois semaines de repos annuel à refaire la maison, les courses, les achats de la rentrée.À repeindre.Ou peindre le nouvel appartement.Souvent, pour ceux-là, les vacances, c\u2019est « l\u2019année prochaine.» Ou ailleurs ; ailleurs-pas-loin, avec des grands bouts de balconville ; peut-être Old Orchard, peut-être la roulotte, peut-être un temps de bronzage (mais comment taire ici l\u2019horrible discrimination à l\u2019endroit des blancs ?Oui, ces pauvres blancs qui s\u2019essayent, authentiquement, de tous leurs pores, à devenir relations juillet-août 1988 noirs ?et dont les incapables en la matière vont se voir forcés de siroter une crème de menthe blanche, et à l\u2019ombre, pour s\u2019excuser de ne pas bronzer ?) Quelle vie, bon dieu.Et vous voyez mon deuxième problème : comment parler de la « ville » à des gens prêts à s\u2019entrecrucifier sur la question de l\u2019été ?Mais d\u2019abord, qu\u2019est-ce qu\u2019une ville ?Connaît-on un seul Montréalais pouvant nommer une ville en dehors de Montréal ?Réponse : non.Pardon, j\u2019exagère.Et je demande : nommez-la, cette ville ?Réponse : Laval (comme on dit Brossard, Drummondville, ou Erk.).C\u2019est bien ça, notre premier problème, quand on est Montréalais : il y a Montréal, puis le vide sidéral.Deuxième problème : y a-t-il un seul Montréalais pouvant situer correctement - et je veux dire sur la bonne rive du Fleuve - les villes de Chicoutimi et de Rivière-du-Loup ?Réponse : oui : les Chicoutimiens et les Louperivois habitant Montréal ! Morale de cette épouvantable histoire : on ne peut s\u2019en remettre aux Montréalais pour désigner ce qu\u2019est une ville.Ils sont bien capables de nommer n\u2019importe quelle ville-dortoir, et, au-delà de Drummondville, de la situer mentalement quelque part en Gaspésie.Les Banlieues ?Peuf.Des garages, des piscines, des clôtures, quelques dizaines de kilomètres saupoudrés de mignons petits centres commerciaux, des « colons », un Dunkin Donut : Peuf, et re-Peuf.Québec ?Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz (mais on y reviendra.) Heureusement, quand la réalité est insoutenable, il reste le rêve, le rêve.J\u2019ai donc rêvé ce qui suit, cauchemardé serait plus exact, mais cela est encore moins pire que les perspectives de liba-nisation du Québec, latente dans toute discussion portant sur l\u2019été, ou la ville. Impossibilité de reculer ou Problématique de Via Rail t, En panne, quelque part entre Québec et Sainte-Foy.(Mon héros est anonyme.Il va bientôt ressembler à la route 20, ou à Pierre Lalonde.Ce n\u2019est pas de sa faute.Il va connaître une journée de type Yvan Dennissovitch, espérant qu\u2019elle ne durera pas toute une saison de sa vie d\u2019Emmanuel.) 4h50 du matin.On dirait un homme saoul.Vidé.Vanné.Mais non : ce sont les traverses, inégales.L\u2019inconnu s\u2019engage sur la voie ferrée.L\u2019aube, blafarde, perce difficilement la couche toxique au-dessus de Québec, la mégalopole.L\u2019homme a ralenti, s\u2019arrête, puis regarde au loin.4h52.Son oeil, à la fois fou et décidé, est du type Paris-Texas, quand le héros aperçoit le faucon dont le champ de vision est traversé au même moment par le voyageur égaré à l\u2019oeil fou et inflexible à l\u2019heure du lunch.Un klaxon déchire l\u2019air de la grande cité endormie.L\u2019homme s\u2019est retourné, admirant un bref instant la puissante locomotive quittant Québec, sa ville, cité sulfureuse, et brûlant de s\u2019enfoncer dans la plaine infinie.Il essuie furtivement une larme en lisant L.R.C.(Lent, Rempli au quart, Confortable) et le flamboyant VIA sur le flanc argenté au bolide qui s'ébranle, et bientôt s\u2019évanouit dans le lointain.Il marchera, comme ça, une bonne heure, cueillant un brin d\u2019herbe, s\u2019arrêtant ici et là pour aspirer l'air un peu plus frais du matin, oubliant de regarder devant lui, le téméraire ! Car là-bas, au tournant, un point noir, d\u2019abord minuscule, a grossi.Grossi.L\u2019homme perdu dans ses pensées n\u2019entend rien, marche toujours, inconscient du danger qui pointe.Le point minuscule est maintenant un GROS point ! Puis, soudain, on entend Bing ! et Aouch ! : sa tête vient de heurter la passerelle du wagon de queue du L.R.C.en panne quelque part entre Québec et Sainte-Foy.Sa détresse ne l\u2019empêche pas de lancer un beau « Salut ! » aux passagers abrutis, affalés à leur fenêtre ; quant à lui, il décide de reprendre sa marche folle et périlleuse sur la voie ferrée vers la grande banlieue occidentale de Québec.6h15 du matin.L\u2019homme est assis, les jambes ballantes, sur le remblai de ciment surplombant la voie à la hauteur de la Gare de Sainte-Foy.Il pense.Soudain, un klaxon victorieux déchire l\u2019air: le brave L.R.C.à destination de Montréal entre en gare avec seulement une demi-heure de retard ! 6h35.L\u2019homme, songeur, lance un autre beau, triste, humain, et vigoureux « Salut ! » aux passagers hébétés de VIA RAIL bientôt lancés à des vitesses folles vers Montréal, l\u2019espace, la campagne.12h50.L\u2019homme a marché, marché, suivant la voie ferrée.Il est maintenant couvert de poussières.La chaleur est écrasante au-dessus de l\u2019aéroport de Québec : 12 degrés celcius ! L\u2019homme, déchiré entre l\u2019amour de Québec et la nostalgie de Montréal, rêve.Ha ! Québec.Il est malheureux, pense-t-il, que le Montréalais typique soit si historiquement injuste envers la belle ville municipale de Québec (V.M.Q.), son Château, son Beaugarte, son beau Maire, sa rue Saint-Jean, ses promoteurs, son Vieux-Port flambant neuf, ses beaux cuirs, ses concours de chandails mouillés, ses fonctionnaires, les salivantes secrétaires du « G » puis du « H », et sa vingtaine de communautés ethniques (de 3 membres chacune).Québec est une vraie ville « hot » avec des vraies nuits fraîches, et des simili-poulets toujours en alerte, rendus aux gencives tellement ils sont toujours sur les dents jusque à onze heures du soir (après, ils dorment, les braves, car on le sait, à Québec, c\u2019est dans les caves que ça se passe !).Québec n'a besoin de rien.Québec a sa Grande Allée, où des belles de nuit, entièrement nues (imaginez !) sous un cliquetis de bagues, de colliers, de bracelets et de paillettes vont, viennent, entre clients et coups de langues aguicheurs, parler du beau linge qu\u2019elles avaient hier ! Et puis tous ces beaux jeunes hommes à la voix de fausset qui nous sussurent, jolie tape à l\u2019appui, les charmes de l\u2019Orient, les beaux vêtements de là-bas, les MEXX de là-bas, les Naf Naf de là-bas, les Robichaud relations juillet-août 1988 177 Canapress bientôt de là-bas, Ah ! Gai-bec.Et puis, Québec, c\u2019est tout ! Une faune bigarrée, le « fog », les P.M.E.de la Basse Ville, la Centrale de Police de la Basse Ville, les incendies de la Basse Ville, le Mail St-Roch.Oh ! les beaux sujets de maîtrise pour la faune intellectuelle de la Haute, Haute Ville, ses beaux cuirs, ses profs, débordés par l\u2019étudiante et les travaux de vacances, les belles salariant au sein du Conseil des Statues de la Femme, leurs thèses inachevées promenées de Cafés en Cafés, pour rumeurs et séductions.Québec, son quartier Saint-Jean-Baptiste, sa réserve faunique (St-Jean, Dufferin, St-Gabriel, Claire Fontaine) dont la pratique tribale dominante consiste à transformer en coop tout ce qui bouge : bouffe, logements, chats, garderies, assurances et frais funéraires ! Ah ! Québec ! Notre héros contemple un instant le spectacle grandiose qu\u2019offre l\u2019aéroport international de Québec : ses hangars, vides, sa piste, silencieuse ; une forêt d\u2019hélices scintillant au soleil, n\u2019attendant que la magie du doigt de l\u2019Homme sur le Bouton du Progrès, Ahhh ! Déjà, en bout de piste s\u2019offre à ses regards ébahis la puissante et soufflante structure d\u2019un hyper DC-3, crachant des flammes de tous ses orifices et n\u2019attendant qu\u2019un « Roger 5 sur 5 » pour s\u2019élancer, déchirer l\u2019air et dévorer l\u2019espace ! Aaaahhh! Ha ! Montréal.Mais notre homme, divisé en lui-même, rêve toujours de Montréal.Ira ?Ira pas ?Il imagine son arrivée à Berri-de-Montigny, le choc culturel : les langues étrangères, la clameur antique des chauffeurs de taxi antillais, et la gueule, unique, des blancs préposés à l\u2019accueil de la Compagnie VOYAGEUR.MONTRÉAL ! Le joli marron de ses espaces verts ! La quiétude, on pourrait presque dire le recueillement du quartier Rosemont, à peine troublé aux heures par le discret cahotement de l'autobus numéro 27 ! Montréal ! Son Café Cher-rier, oasis obligée des affalés du Café Krieghoff, ahuris de la vie de fou, sur béton et bitume, qu\u2019ils mènent à Québec, ville dingue ! Montréal ! Le grillon des voitures ! Les écureuils de la Montagne ! Le Joseph de l\u2019Oratoire ! Les nombreux vélos, leur Drome ; la paix, l\u2019air presque pur, sauf dans un rayon d\u2019une dizaine de kilomètres des raffineries de l\u2019Est -le silence de l\u2019Est.Il faut VOIR Montréal ! Voir sous les apparences, sous l\u2019énervement apparent des rapports humains, sous la violence du jeune homme arborant un T-shirt Les demoiselles de Fer qui vient d\u2019arracher d\u2019un coup de pied le portillon de l\u2019autobus 245 ! Voir, et comprendre, partout éparse, la puissante sérénité des bovidés !.Et puis tout le reste, SAM, l\u2019Homme aux Records ; les madames pincées de la rue Laurier dénonçant vivement à la ronde et à la vache-comme-je-te-pousse l\u2019invasion des immigrants ; la « Main.» Ah ! si Baudelaire avait vu le LUX, le calme, le BUSINESS, la volupté de tout cela, partout étale, librement monnayée.La « Main ! », sa bonne odeur de bouffe, d\u2019Ozone et de muguet ! AAhhh! Demain Il est 23h50.La chaleur est étouffante, le silence mortel, dans le gigantesque blockhaus de la Gare vide et Intermodale de Québec.La mégalopole dort.Pas un chat en vue.Seulement un balayeur impatienté.Par les immenses baies vitrées de l\u2019endroit déserté, notre héros contemple l\u2019effervescence nocturne : le néon bleu de la taverne Bellay, l\u2019autre, éteint, du Mobilier International, et un troisième, celui d\u2019une Reine de la Patate qui ne désemplit pas - sauf à cette heure-ci.Le vrai, l\u2019horrible désespoir urbain, songe-t-il soudain : il vient de se prendre la tête à deux mains ; il souhaiterait à ce moment précis être situé sous l\u2019enfer d\u2019une rame de métro aérien, question de se faire penser à Marlon Brando dans le Dernier Tango à Paris, juste après le générique et un peu avant l\u2019épisode du produit laitier dans l\u2019appartement crasseux du Quinzième.Mais sa décision est prise, même sans métro ! Même si son frigo est vide ! IL PARTIRA ! Oui ! Demain sera le grand jour ! Demain, notre héros criera : À NOUS DEUX, MONTRÉAL ! Demain, notre héros (mais à quoi bon nous masquer plus longtemps la véritable identité de l\u2019inconnu sans métro ni faucon ni piscine ni balcon.) demain, dis-je, j\u2019irai à Montréal, m\u2019ennuierai de Québec, songerai à Montréal, reviendrai à Québec, irai, reviendrai, en quête d\u2019une Ville, un jour ; de l\u2019ÉTÉ, toujours ! ¦ *. A propos d\u2019un livre de Jurgen Moltmann LE REPOS DE DIEU par André Beauchamp y a-t-il un sens à la vie ?Quels rôles ou fonctions l\u2019être humain peut-il occuper dans l\u2019univers, comment pouvons-nous nous situer dans l\u2019infini de l\u2019espace et du temps ?S\u2019agit-il là de questions vaines, futiles, simples jeux d\u2019imagination, erreurs de perspective ?Ou vaut-il la peine d\u2019essayer de répondre ?Tant de réponses me semblent possibles.Les réponses simples et catégoriques de l\u2019athéisme clos : l\u2019être humain n\u2019est qu\u2019un accident absurde dans une histoire absurde.Les réponses naïves de la religion naïve : tout est providence personnelle.Entre ces deux réponses fermées il y a tout l\u2019espace des fenêtres ouvertes qui prennent acte de la complexité du monde, du tragique et du désir de l\u2019aventure humaine pour évoquer autre chose.Il est l\u2019heure de s'enivrer, reprend Hubert Reeves après Beaudelaire.« Mais de quoi ?De vin, de poésie ou de vertu : à votre guise.Mais enivrez-vous ! » Il faut rendre un très grand hommage à Jürgen Moltmann d\u2019avoir osé aborder cette question par le fond, dans un livre intitulé : Dieu dans la création.Traité écologique de la création (Paris, Cerf, 1988, colI.Cogitatio fidei 140, 419 pages).Entendons-nous : il ne s\u2019agit pas d\u2019un traité d\u2019écologie, ni d\u2019un traité théologique sur l\u2019écologie, même si manifestement la crise écologique a forcé le théologien à reprendre la question d\u2019une manière entièrement nouvelle.Il s'agit carrément d\u2019un traité de la création au sens scolastique du terme.Oeuvre austère, parfois aride, destinée principalement à des théologiens de métier.Mais la beauté et la force de l\u2019oeuvre sont d\u2019aborder les vraies questions amplement, courageusement et de s\u2019expliquer sur la représentation de Dieu qui anime le croyant quand il dit que Dieu crée le monde, sur la représentation de l\u2019être humain quand on affirme qu\u2019il est créé par Dieu à son image, et sur la représentation du monde quand on croit au salut offert par Jésus Christ.Relecture de la création Le point de départ existentiel de l\u2019ouvrage me semble venir de la constatation de l\u2019échec radical de notre société, lorsqu\u2019elle fait face à la crise écologique.On ne peut plus parler d\u2019un accident de parcours, d\u2019une mauvaise période dont quelque science ou technique pourrait nous délivrer, mais d\u2019une crise fondamentale qui met en cause la civilisation elle-même.« Le progrès n\u2019est plus une expression de l\u2019espoir comme au XIXe siècle, mais une fatalité à laquelle se sentent condamnés les hommes dans les États industrialisés.(.) Même si l\u2019on pense que l\u2019humanité découvrira de nouvelles sources d\u2019énergie et produira de nouveaux aliments grâce aux techniques génétiques, cette course conduira à la crise globale si la démesure de la demande se maintient » (p.46).« Localiser à nouveau le monde de l\u2019homme dans l\u2019histoire de la nature et redécouvrir la nature dans l\u2019existence corporelle ne sont plus des fruits romantiques hors de la responsabilité échue à l\u2019homme par la puissance qu\u2019il a acquise, mais signifie la découverte des dimensions opprimées et refoulées de la vie et le dépassement, à partir d\u2019elles, des éléments inhumains et antinaturels du monde moderne » (p.75).C\u2019est à la lumière de ce verdict que le théologien s\u2019impose une relecture de la création.La démarche n\u2019est pas d\u2019abord philosophique mais carrément théologique, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle prend d\u2019abord racine dans l\u2019expérience chrétienne et la révélation que Dieu fait de lui-même.On sait que la crise écolo-
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