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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1988-12, Collections de BAnQ.

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[" relations décembre 1988 2,50 $ no 546 L\u2019amour du prochain: charité?solidarité? -J- .\t.onc; rie la collaboration du Léquipe de ppre Julien Harvey.Be \u2019 siané bientôt 150 ar \u2019.auj a double générosité d\u2019un ^ur q^ e des préoccupations d\u201cJ0\tsociale.Bibliste sr^^sr^^«Sr2^-ï!^ ^anniversaire de naissance^e un caractère juge\t^ dernier ?\t.ar§ce d\u2019un moment.C es Nelson Mandela, I ce souvenir actualise 9 tpmos de Noël ou la Se souvenir hurnanwe- Se sourtjculièrement en ce temps b ^ s.^\tc £\téthiques danss uneStociétéVséculariséa\tlectrices qui, depuis vjngt ans,^ P^Toufavons -°-sou\" re tissi longtemps que possible.\t«teète Turcot relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, André Beauchamp, Albert Beaudry, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Francine Tardif.COLLABORATEURS Michel Beaudin, Renaud Bernardin, Ginette Boyer, Richard Dubois, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) .387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 16,00 $ (à l\u2019étranger: 20,00 $) 290 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.relations décembre 1988 face à \u2019actualité- Bibliothèque EDMOND DESROC.9 5 NOV.CENTRE JUSTICE ET FOI -cochers inoQ ISoo M CA Mystère de notre propre humanité Quarantième anniversaire de la Déclaration des droits de l\u2019homme La révolte des premières nations Où loger les marginaux?JOYEUX NOËL après une « attente joyeuse et vigilante », célébrer l\u2019Incarnation par laquelle le «Verbe s\u2019est fait chair pour que l\u2019Homme soit divinisé ».Célébrer « l\u2019alliance de la foi et de l\u2019histoire ».Célébrer la « Lumière du monde », le « Soleil de justice », la « Sagesse incarnée » qui sera « élevé dans les langes et parmi les soucis ».Célébrer « la paix et joie », d\u2019abord annoncées par des anges à d\u2019humbles bergers, puis offertes à tous les humains de « bonne volonté ».Célébrer un recommencement du monde, un renouvellement de la création, un « nouvel aujourd\u2019hui ».J\u2019ai toujours été particulièrement sensible à la dimension humaine de Noël ; à ses aspects très concrets comme la crèche, l\u2019arbre, la bûche, les chants, les cadeaux.Si elle commémore la naissance de Jésus, la crèche évoque aussi, surtout peut-être, le merveilleux de la venue au monde.Autour de la crèche, c\u2019est la vie elle-même que l\u2019on célèbre, avec ses joies et ses misères.Il y a d\u2019abord l\u2019enfant, bien sûr.Un enfant qui, comme tous les autres, renouvelle le monde.Que cet enfant soit plus qu'humain ne le dispensera ni des langes ni des soucis, il deviendra homme de chair et de sang, dépendant, comme nous tous, de l\u2019amour de sa mère et de celui des autres.Marie, cette femme qui, comme toutes les mères, donne plus que la vie à son Fils ; c'est par elle qu\u2019il deviendra non pas seulement vivant, mais humain.Joseph, cet homme simple qui, comme combien d\u2019autres humains, restera largement incompris, dépassé par l\u2019Histoire qui n\u2019en retiendra que peu de choses.Les anges, les bergers, les rois mages, sans qui il ne peut y avoir de « vraie » crèche.Grâce à eux, la naissance devient véritable venue aux monde, événement public.Elle dépasse l\u2019intimité familiale pour rejoindre l\u2019ensemble de la communauté.Le boeuf et l\u2019âne, qui nous rappellent que les humains connaissent le froid, la faim, la peur ; que l\u2019existence humaine se vit aussi dans la contrainte.La paix, la chaleur, la confiance, la justice cessent d\u2019être des mots quand leur présence, ou leur absence, devient une réalité charnelle.Comme les traditions portugaises le rappellent, c\u2019est tout notre monde que nous contemplons à travers la crèche.C\u2019est donc le monde que nous plaçons sous l\u2019arbre de Noël, cet arbre extraordinaire qui plonge ses racines jusque dans celles de l\u2019arbre du Paradis terrestre, dont « l\u2019Incarnation du Sauveur rouvre la porte».Nous sommes tous et toutes les enfants des enfants des enfants de la même Ève et du même Adam, l\u2019arbre nous le redit.Nous avons été créés à l\u2019image et à la ressemblance du Verbe.Créés pour créer, à travers les jours et les nuits.Réinventer, dans la chair et l\u2019esprit, un « nouvel aujourd\u2019hui ».En plus d\u2019illuminer les arbres pour les amener à diffuser la lumière de l\u2019intérieur de nos maisons vers l\u2019extérieur et le monde, nous en tirons aussi nos bûches de Noël.Selon l\u2019origine de la tradition, cette bûche doit être soigneusement relations décembre 1988 291 choisie afin de « brûler durant toute la durée de la fête ».On en conservera ensuite « des fragments qui serviront l\u2019année suivante à allumer la nouvelle bûche de Noël : manière symbolique de dire la continuité du temps1 ».Peu de fêtes chantent mieux que Noël cette continuité dans le temps et dans l\u2019espace.Années après années, dans des langues différentes, les mêmes chants et les mêmes cantiques permettent de raccorder les voix discordantes des familles et des communautés.Moment de grâce, de trêve.Cadeaux précieux légués par les générations passées et qui s\u2019ajoutent à ceux de l\u2019année.Plus que les autres fêtes, Noël redonne vie à la mémoire.Nous ne célébrons pas un événement passé mais redisons notre attachement à la vie, pleine et généreuse.Par delà toutes les critiques, pertinentes, soulevées contre ses débordements excessifs, la « tentation » des cadeaux mérite, me semble-t-il, qu\u2019on y succombe.Folie ?Peut-être, mais douce folie, folie du don, folie de vouloir trop bien faire.Folie qui nous prouve que nous ne sommes pas encore entièrement programmés et raisonnables.Pourquoi refuser d'ajouter les plaisirs à la joie ?Noël est l\u2019une des plus belles fêtes chrétiennes.Célébration du mystère de l\u2019Incarnation et de l\u2019humanité de Jésus, c\u2019est aussi une célébration du mystère de notre propre humanité, de notre appartenance à la grande famille humaine, par qui nous reconnaissons que chaque humain est irremplaçable.Mystère qu\u2019il nous incombe de rendre mystère joyeux pour tous les humains de bonne volonté.¦ Francine Tardif 1.Toutes les citations de ce texte, sauf celles qui viennent des textes liturgiques, sont tirées des articles « Noël », « Nativité du Christ » de Catholicisme, hier, aujourd\u2019hui, demain, Letouzey et Ané, 1982, Paris.LES INQUIÉTUDES DE JONAS quand paraîtra cet article, leur sort aura été tranché.L\u2019émotion sera retombée.Auront-elles pris le large ?Les efforts sans précédent des sauveteurs auront-ils permis aux énormes bêtes (quatorze tonnes environ) d\u2019accéder à ces milliers de litres de pur oxygène qu\u2019elles vont chercher à la surface ?Le balancement entre le fond et l\u2019azur que pratiquent ces mammifères est beau comme la vie.Comme nous, elles ne peuvent vivre sans air.Car les baleines grises de Barrow Point en Alaska qui, en ce moment (28 octobre) luttent courageusement, auront peut-être succombé entre-temps, malgré les efforts des tenants des droits des animaux et la collaboration des deux Super-Grands.Est-ce le début de la Paix froide ?Merveilleuse image que ces masses impérissables luttant pour que ne se referme pas sur elles le couvercle blanc du grand cercueil arctique.Moby Dick à l\u2019envers ! Cette planétaire histoire de baleines grises de Californie, survenant peu de temps après le colloque de Tadoussac sur les baleines bleues, nous aura permis d\u2019oublier les quelques 25 millions de Bangladeshi que les inondations ont privé de tout, en particulier du premier des droits de l\u2019homme : celui de vivre mieux que les animaux.C\u2019est l\u2019histoire qui est coupable, pas la baleine ! Et peut-être le Conteur aussi.Sur le visage de combien d\u2019enfants du Bangladesh s\u2019est refermé le couvercle de boue ?Combien de petites silhouettes graciles dorment sans un regard, au cercueil sans suaire ?Limon des multitudes et cristaux de solitudes ! Car, en effet, Jonas, dans le confort de son monde-baleine (Weltwirtschaft), va maintenant jusqu\u2019à s\u2019inquiéter du sort de sa monture.Elle donne des signes évidents d\u2019usure.Ne nous acharnons pas sur Jonas, c\u2019est le héros d\u2019une aventure admirable, celle du développement.D\u2019autant plus que Jonas c\u2019est nous.Notre sollicitude pour les animaux, qui demeurent de merveilleux médiateurs entre l\u2019univers et nous, ne doit pas nous faire oublier nos semblables, les cinq milliards de mammifères.L\u2019aventure des droits de l\u2019homme, commencée il y a deux siècles, nous met lentement sur le chemin le plus exaltant qui puisse être : celui de la conscience d\u2019espèce.Cette histoire d\u2019espèce unique et solidaire est nouvelle et troublante.Les Autres, je veux dire tous les Autres, sont-ils pleinement nos semblables à nos propres yeux, dans la réalité de nos vies quotidiennes ?C\u2019est le secret de la baleine bleue ! Ceux qui n\u2019ont pas eu accès au trésor caché dans le ventre de la Grande Baleine se comptent en milliards.La plupart d\u2019entre eux n\u2019ont jamais connu les utérins conforts des grands cétacés : lumières, école pour tous, eau de Javel à gogo, électricité, États-providence, congés annuels, cartes de crédit ! Faut-il s\u2019étonner que le livre de poche n\u2019ait pas encore rejoint ceux qui sont nus ?Même située dans sa dimension la plus relative, le courant de défense des droits de l\u2019homme est précieux et unique car, mieux que tout autre effort antérieur, il veut fonder une Humanité dont l\u2019assomption ne serait pas relative, ni fragmentaire, mais absolue et solidaire.Un large bras de mer nous en sépare encore et les banquises qui s\u2019y déplacent majestueusement nous rappellent à l\u2019ordre des choses.Rien de mieux que le spectacle de la vie quotidienne des animaux pour nous ramener à l\u2019ABC de la vie.Lorsque, le 10 décembre, la communauté internationale célébrera comme il se doit le quarantième anniversaire de la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme, les baleines auront regagné les eaux libres que le froid arctique resserre auteur d\u2019elles comme un fatal corset.Ou alors ?Alors, on se rappellera les timides remarques des Esquimaux qui, de leur voix douce et égale, avaient rappelé, dès le début, que tous les printemps leurs pères et les pères de leurs pères trouvaient depuis toujours des carcasses de baleines dans cette baie de la mer de Beaufort.Mais l\u2019Occidental, caméra au poing, s\u2019affirme « hegemon » autour du trou.Esprit hégémonique qui veut sauver les êtres de son choix, selon ses méthodes.Dans certaines civilisations, au Vietnam notamment, les os des baleines échouées font l\u2019objet d\u2019un culte, car la Baleine guide les barques et sauve les marins du naufrage.Nous avons tendance à refuser l\u2019ordre des choses, peut-être pour compenser la pénurie de grâce qui vient avec l\u2019excès de confort.Notre générosité nous apparaît peut-être enfin un tantinet théorique et un brin égotiste.Et si c\u2019était une impasse ?L\u2019Article Premier de la déclaration du 10 décembre 1948 est simple : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux 292 relations décembre 1988 en dignité et en droits.Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».La Déclaration sur le progrès et le développement dans le domaine social du 11 décembre 1969 dit au premier paragraphe de son Article sept : « L\u2019augmentation rapide du revenu national et des richesses et leur répartition équitable entre tous les membres de la société sont à la base de tout progrès social et doivent par conséquent être au premier plan des préoccupations de tous les Etats et de tous les gouvernements.» La Déclaration universelle pour l'élimination définitive de la faim et de la malnutrition, du 16 décembre 1974, reconnaît au paragraphe K que « puisque, pour diverses raisons, de nombreux pays en développement ne sont pas toujours encore en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires par leurs propres moyens, une action internationale efficace doit être entreprise d\u2019urgence pour les aider, sans aucune pression politique ».Enfin, la Déclaration des principes de la coopération culturelle internationale du 4 novembre 1966 affirme en son Article premier : « Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées ».Revenons à nos baleines grises après ce bol d\u2019air frais.Elles n'étaient que trois dans leur trou d\u2019air.Et, cependant, tous les privilégiés du monde s\u2019y trouvaient rassemblés et incarnés grâce à la présence, à Barrow, d\u2019une foule de journalistes qui rejoignaient tous ceux qui ont des télécouleurs à télé-commande, des coussins chauffants si utiles en cas de torticoli.Et tant de choses.Nous nous sommes sentis grands dans un acharnement thérapeutique nouveau genre.Pourquoi ?Pendant deux bons siècles nous avons vécu au sein de la baleine et, en dernière analyse, tous les hommes - de LE RENOUVEAU « Mais si les nations autochtones sont les victimes (de la société industrielle occidentale) elles en sont aussi, peut-être, l\u2019espoir ».« The best of Notes : Philosophy of Akwesasne Notes », Akwesasne Notes, été 1984, p.13.au Lac Lubicon, les Cris déclarent unilatéralement leur indépendance et bloquent l\u2019accès à leurs terres pour mettre fin à la destruction de celles-ci par les compagnies pétrolières et forestières ; ils forcent ainsi le gouvernement albertain à négocier avec eux.Les six nations iroquoises demandent à la population canadienne, par le biais d\u2019annonces dans les journaux1, d\u2019empêcher la GRC d\u2019envahir à nouveau le territoire de Kahnawake.Les autochtones de Bear Lake, près du Lac Temagami, dans le Nord de l\u2019Ontario, érigent deux barrages routiers afin d\u2019empêcher le gouvernement ontarien de construire 48 kilomètres de route sur leur territoire ancestral.Plus de 200 Montagnais campent au bout de la piste de décollage de la base militaire de Goose Bay, 1.Annonces parues dans l'édition du samedi 24 septembre du Devoir et du Globe and Mail.toutes les religions et de toutes les couleurs - devaient fatalement nous y rejoindre, tout près du coeur du grand mammifère, pour partager les richesses dont nous détenions les listes d\u2019inventaire.Les dents de la mer, c\u2019est fini ! Voyons, c\u2019étaient les années 70, la Nature nous faisait encore peur.Nous en sommes aux mamelles de la mer.Nous apprenons patiemment à gérer les ressources de la planète, nous répétons-nous les uns aux autres dans mille colloques, pour nous rassurer sur notre inconscience et nos déprédations passées.Gérer la planète - dernier slogan de notre furie hégémonique ! Avec notre outillage bien sûr ! Eux-mêmes, c\u2019est-à-dire tous les Autres, reconnaissent sa nette supériorité.À Barrow, nous avons généreusement vidé notre coffre d\u2019outils.Sauf que la baleine vient de nous cracher sur la rive.Cela s\u2019est passé le lendemain de Hiroshima ! Et il nous reste à nous accepter parmi les autres hommes, tous les autres hommes qui n\u2019ont pas vogué dans la baleine.et qui nous regardent de travers.qui reluquent notre équipement.Aujourd\u2019hui, ils nous posent des questions, demain ils nous demanderont des comptes.Certains vont même jusqu\u2019à amalgamer une certaine écologie et une prospérité certaine.Le bien-fondé des nobles inquiétudes de Jonas est mis en doute.Il lui reste à se rédimer sur la rive.Les hommes naissent égaux et les cultures se valent en dignité, nous disent les grands textes des Nations unies.Les Esquimaux qui élargissaient à la tronçonneuse le trou des baleines et recueillaient le frasil à la pelle d\u2019aluminium ont gardé leurs arrière-pensées.Ça tombe à pic, ce sont justement les miennes.¦ Jean-Pierre Richard AUTOCHTONE au Labrador, pour mettre fin aux vols à basse altitude effectués au-dessus de leurs terres par les armées allemande, anglaise et hollandaise.Presque chaque semaine, de nouvelles actions sont entreprises par des groupes autochtones, un peu partout au Canada, pour résister à l'oppression et à la destruction de leurs terres.Cette révolte politique se développe parallèlement à un foisonnement culturel impressionnant.À Montréal, il y a un Festival culturel autochtone annuel, de même qu\u2019un Festival de films autochtones.Un journal autochtone en langue française, le journal Sans Réserve, est publié depuis quelques mois.Le festival annuel de la chanson montagnaise (Innu nikamu) affiche une créativité artistique qui n\u2019est pas sans rappeler celle qu\u2019a connue la société québécoise, il y a quelques années.Que ce soient les chanteurs traditionnels, les chansonniers, les groupes de innu folk ou de rock, tout le monde chante en innu (langue montagnaise).Et alors que les Québécois s\u2019offusquent de voir que les anglophones connaissent si peu Félix Leclerc ou Beau Dommage, qui parmi nous connaît le chansonnier Philippe McKenzie ou le groupe Kashtin ?Le renouveau culturel autochtone passe par la langue.Là encore cela devrait rappeler quelque chose aux Québécois.Pourtant, c\u2019est peut-être la question sur laquelle nous, francophones, manquons le plus de solidarité « naturelle » envers les autochtones.Lorsqu\u2019avec la Loi 101, le Gouvernement du relations décembre 1988 293 Québec a voulu imposer le français à Kahnawake, il s\u2019est fait répondre par les Mohawks qu\u2019ils avaient assez d\u2019une langue coloniale, l\u2019anglais, et que si une autre langue était enseignée à leurs enfants, ce serait le mohawk.Ce que le renouveau culturel autochtone actuel nous met sous le nez, c\u2019est le mensonge du bilinguisme canadien ou du fait français québécois : Ici « ça se passe » en innu, en mohawk, en cri, en algonquin.depuis des milliers d\u2019années ! Richard Kistabish, de la nation algonquine, affirmait récemment : « L\u2019enseignement de la langue indienne aux Canadiens-français constituerait un début de la reconnaissance sans laquelle on ne peut envisager d\u2019entente cordiale valable2.» Une telle affirmation peut paraître irréaliste, mais nous pouvons au moins y reconnaître notre propre sentiment, face à des anglophones incapables d\u2019apprendre le français.La révolte politique des autochtones met en question notre modèle d\u2019organisation sociale, notre concept d\u2019État-nation, notre modèle de « développement », l\u2019ensemble du développement de notre société industrielle et sa destruction de l\u2019environnement, et notre mode de vie lui-même.Plusieurs autochtones ne se considèrent pas et ne se sont jamais considérés comme étant des « citoyens canadiens ».C\u2019est ce que des Mohawks nous ont rappelé, suite à l\u2019invasion de Kahnawake.En conservant certains aspects de leur mode de vie traditionnel, d\u2019autres autochtones nous disent, d\u2019une certaine manière, que notre modèle de société et notre mode de vie ne sont pas les seuls qui soient possibles ou valables, chose qu\u2019il nous est si difficile d\u2019admettre.De plus, en questionnant certains projets de « développement », tels les barrages hydro-électriques, les autochtones nous demandent, au fond, de quel droit la société industrielle qui a produit Bhopal et Tchernobyl peut se permettre de montrer aux autres comment se « développer » ?« Certains parmi les étrangers (les blancs) commencent à penser que leurs maîtres ont massacré la terre.Quand toutes nos eaux seront devenues de la soupe au mercure, nos poissons des thermomètres flottant sur le dos, nos plantes malades et nos gibiers incapables de trouver à manger, il ne nous restera alors que le papier des chèques du Bien-être à nous mettre sous la dent.Ça ne fera pas du monde bien fort3 ».Cet avertissement de Richard Kistabish à notre société industrielle suicidaire est lié à un message d\u2019espoir, celui de l\u2019alternative offerte par les nations autochtones.« La terre est malade, mais elle est encore là.Comme nous.Pour guérir, elle attend que nous fassions ce qu\u2019il faut pour que ses forêts reprennent vie, ses eaux redeviennent claires, ses animaux retrouvent la vitalité, ses plantes recommencent à porter la santé.Ce qui est bon pour la terre est toujours bon pour nous.Ce qui est bon pour nous l\u2019est toujours pour la terre ».Le renouveau culturel des nations autochtones est un signe d\u2019espoir pour les minorités culturelles menacées par la culture de masse dominante, y compris la nôtre.Leur révolte politique porte aussi l\u2019espoir d\u2019une alternative possible à une société destructrice de l\u2019environnement.¦ Jean-François Beaudet Centre de ressources sur la non-violence 2.\tPropos recueillis par Jean-Pierre Bonhomme dans La Presse (1er octobre 1988).3.\tTexte de Richard Kistabish, publié intégralement dans La Presse du dimanche 9 octobre 1988, intitulé « Pour le monde qui aime la terre ».« Il n\u2019y avait pas de place pour eux » UN MESSAGE DE TOLÉRANCE1 au cours des derniers mois, les médias d\u2019information ont attiré l\u2019attention du public (de la région de Québec) sur les difficultés suscitées par l\u2019implantation d\u2019institutions humanitaires en milieu urbain.Les médias ont entre autres parlé des cas suivants : un foyer pour jeunes à Lauzon, une maison pour enfants handicapés à Sillery, la Maison de Job dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, une maison d\u2019hébergement pour jeunes dans Sainte-Odile et une maison de transition pour sidéens dans Saint-Pie-X.Ce ne sont là que des cas mieux connus.On a pu observer que la population a manifesté peu d\u2019intérêt pour ces projets particuliers.Toutefois, comme en font état les médias, les réactions ont été plus vives dans l'environnement immédiat où les projets devaient être réalisés et ce sont surtout les voix des opposants qui se sont fait entendre.Le refus de ces personnes tient à l\u2019application des règlements municipaux de zonage ainsi qu\u2019à la crainte de voir diminuer la valeur des propriétés et la qualité de l\u2019environnement physique et social.Toutefois, ce ne sont pas les projets eux-mêmes qui semblent faire problème, mais plutôt l\u2019endroit où les promoteurs veulent les implanter.(.) À ce jour, les efforts des élus municipaux sont encore hésitants.Ils prennent, démocratie oblige, la défense des demandes du plus grand nombre.L\u2019intervention des autorités civiles s\u2019inspire moins d\u2019une vision globale et écologique du problème que d\u2019une visée électoraliste.Il est évident qu\u2019une solution durable et efficace suppose une reconnaissance de la situation et une concertation des forces vives de la collectivité.L\u2019implantation d\u2019institutions humanitaires pose une défi à nos sociétés modernes, mais ce défi est peut-être bien petit par rapport à celui qui les attend : l\u2019intégration sociale et culturelle de flots d\u2019immigrants venus des quatre coins de la planète.L\u2019implantation d\u2019institutions humanitaires est sans doute un premier test de vérité.(.) Les projets humanitaires veulent répondre à des besoins variés.(.) Il existe toutefois quelques caractéristiques qui sont généralement communes à toutes ces situations.1.Le Groupe socio-éthique, créé en octobre 1987 à l\u2019initiative de l\u2019Office de pastorale sociale du diocèse de Québec, réunit des universitaires de diverses disciplines et des personnes engagées aussi bien dans la recherche sociale que dans l\u2019administration publique.On peut obtenir le texte intégral de « Un message de tolérance - Implantation d\u2019institutions humanitaires (éléments de réflexion) », première publication du groupe, en s\u2019adressant à René Théberge, directeur de l'OPS, 1073 rue Saint-Cyrille ouest, Québec, G1S 4R5.294 relations décembre 1988 La pauvreté - Il n\u2019est pas nécessaire de mener de longues enquêtes pour s\u2019apercevoir du manque de ressources financières de ces personnes.Ces personnes handicapées, physiques et mentales, ces jeunes, ces adolescents, et le plus souvent les sidéens ne disposent pas de moyens pour subvenir à leurs besoins matériels.Ils n\u2019ont pas non plus, ou si peu, le soutien de leur famille et ils sont la plupart du temps livrés à eux-mêmes.Le premier besoin à remplir est celui d\u2019un lieu où demeurer et c\u2019est ce que veut d\u2019abord offrir une institution humanitaire.L'isolement.- Chacune à sa manière, ces personnes vivent une forme d\u2019isolement physique ou moral.Les enfants mal aimés ou abandonnés éprouvent des difficultés d\u2019adaptation sociale, à cause même de leur carence affective.Les enfants handicapés qui n\u2019ont pas un foyer d\u2019accueil pour leur donner le support nécessaire se retrouvent davantage isolés par la marginalisation occasionnée par leur propre handicap.Par la nature même de leur maladie, les personnes atteintes de maladies mentales vivent non seulement un isolement par rapport à la société, mais elles ont parfois peine à reconnaître leur propre identité.Quant aux sidéens, leur isolement est tout aussi présent.Isolement physique d'abord parce que leur maladie, par les craintes de contagion qu\u2019elle suscite, les condamne à une forme de quarantaine permanente dont la seule issue est l\u2019agonie et la mort.Isolement moral aussi parce que les sidéens doivent souvent porter le poids d\u2019un jugement social réprobateur, étant donné que le SIDA est associé à l\u2019homosexualité.La dépendance.- Un autre trait caractéristique propre à ces personnes dans le besoin est l\u2019incapacité d\u2019assumer pleinement leur autonomie.Certaines (c\u2019est le cas de personnes handicapées physiques ou handicapées mentales « légères » et de personnes ayant des difficultés de comportement) ont besoin d'un soutien temporaire pour « négocier » leur adaptation progressive à la société.Les causes de ces situations sont multiples : mauvais milieu familial, déficience physique ou psychologique, consommation de drogue et d\u2019alcool, mauvaises expériences sociales, etc.D\u2019autres personnes (c\u2019est le cas des sidéens) sont contraintes de vivre une dépendance progressive et, en bout de ligne, quasi totale.Les conditions de vie réservées à ces personnes les mettent en situation d'infériorité.Même les politiques positives du gouvernement pour l\u2019insertion, dans les milieux de travail, de groupes de personnes objets de discrimination ne donnent pas les résultats attendus.C\u2019est dire qu\u2019il y a dans la société un fond de passivité pouvant, à l\u2019occasion, se transformer en intolérance lorsque certaines réalités viennent remettre en question l\u2019ordre établi.L\u2019expérience difficile et douloureuse des personnes dans le besoin ne risque pas beaucoup d\u2019être entendue.C\u2019est comme une voix couverte par le bruit des vagues de la mer.La vision des citoyens qui s\u2019opposent à l\u2019implantation d\u2019institutions humanitaires dans leur environnement immédiat ne s\u2019enracine pas dans le même terreau.Les aspirations et les valeurs qui conditionnent les comportements réels témoignent en effet de préoccupations qui ont peu de choses en commun avec l\u2019univers intérieur des personnes dans le besoin.Lorsque les opposants aux projets d\u2019institutions humanitaires mettent de l\u2019avant des justifications comme : la chute de la valeur des propriétés, la détérioration de l\u2019environnement physique et humain, etc., ils privilégient un certain mode de vie et, en même temps, ils refusent, au nom même de la logique de leur choix, une intrusion d\u2019autrui qui remet en cause l\u2019équilibre de leur environnement social et économique immédiat.Les promoteurs des institutions humanitaires sont en quelque sorte situés au point de rencontre des deux logiques.D\u2019une part, ils sont sensibles aux besoins des personnes en situation difficile ; d\u2019autre part, ils doivent affronter les résistances inhérentes à la réalisation de tels projets.C\u2019est ainsi qu\u2019ils doivent trouver les sources de financement, faire les démarches pour l\u2019acquisition ou la location d\u2019un lieu, convaincre les divers paliers d\u2019autorité qui ont un mot à dire pour la réalisation du projet et, ce qui n\u2019est pas le moindre, vendre le projet à la population d\u2019accueil.Il y a actuellement une évolution de la solidarité humaine dans la société.Certaines autorités politiques témoignent de plus d\u2019ouverture, du moins dans leurs déclarations publiques, et des communautés religieuses apportent déjà un soutien concret aux personnes atteintes du SIDA.Mais il reste encore beaucoup à faire pour convaincre la population, et particulièrement les citoyens qui sont directement touchés par l\u2019implantation d\u2019institutions humanitaires.(.) Cette implantation peut susciter des attitudes diverses au plan moral et religieux.Il importe dès le départ d\u2019éviter une approche caractérisée par une attitude « moralisante ».Elle consiste essentiellement à identifier ou à pointer du doigt les responsables de telles situations et, c\u2019est la conséquence logique, à distribuer les verdicts de culpabilité.(.) L\u2019Évangile a déjà dénoncé des pratiques qualifiées de pharisaïques.Une autre approche est celle de l\u2019affirmation des droits.Que ce soit pour les jeunes délinquants, les personnes handicapées, les sidéens, la liste des droits individuels risque d\u2019entrer en conflit avec la liste des droits collectifs.(.) Toutefois, sans nier la pertinence et l\u2019utilité de ces approches, c\u2019est un engagement plus concret qui s\u2019impose.Il est certes entendu que les chrétiens n\u2019ont pas l\u2019apanage de l\u2019altruisme.Il suffit d\u2019observer les élans de générosité de la population à l\u2019occasion de catastrophes naturelles, les efforts de la communauté internationale et des associations humanitaires de toute nature pour venir en aide à des populations démunies de l\u2019essentiel.(.) Au-delà des croyances, l\u2019action des chrétiens va dans le même sens.Au-delà des peurs de toutes sortes, des réactions égoïstes, des mouvements d\u2019esquive face à la misère humaine, le chrétien est habité d\u2019un Amour qui le porte à se solidariser avec les plus démunis et à leur porter assistance.De même que l\u2019amour et le respect pour une personne mourante génèrent une force pour vaincre la fuite naturelle devant les manifestations de la souffrance et de l\u2019agonie, ainsi l\u2019amour pour le Christ, le seul Dieu qui a épousé la condition humaine, devient une puissante motivation pour porter secours à ceux qui en ont un pressant besoin.Le Groupe socio-éthique croit donc, sans minimiser l\u2019importance des démarches réflexives, que c\u2019est d\u2019abord l\u2019engagement à venir en aide aux personnes dans le besoin qu\u2019il faut prendre.Comme le montre l\u2019histoire de l\u2019Église depuis bientôt deux mille ans, il y une longue tradition d\u2019assistance aux pauvres, aux malades, aux orphelins, aux prisonniers, etc.C\u2019est dans cette tradition qu\u2019il faut continuer à s\u2019inscrire.Dans les sociétés dites riches, la pauvreté prend de nouveaux visages.La réponse aux besoins des personnes en difficulté ne réside pas toujours dans des projets de grande envergure.Chaque petit projet, mené dans un espace restreint, peut contribuer à soulager la souffrance humaine.Si chacun balayait le devant de sa porte, disait Goethe, le monde entier serait propre.¦ Le Groupe socio-éthique, Office de pastorale sociale, diocèse de Québec relations décembre 1988\t295 iiiifeii La huitième rencontre internationale de solidarité Oscar A.Romero aura lieu l\u2019été prochain, à Managua (Nicaragua).Autour du thème «La solidarité : exigence historique, exigence évangélique », 400 personnes y étudieront ensemble comment développer les liens de solidarité entre les pauvres d\u2019Amérique latine et comment favoriser une solidarité efficace entre les peuples du Nord et ceux du Sud.Cette rencontre sera aussi l\u2019occasion de commémorer le dixième anniversaire de la révolution sandiniste.On prévoit également amorcer la réflexion sur les actions pénitentielles à proposer en rapport avec la célébration du 500® anniversaire de « l\u2019évangélisation » de l\u2019Amérique Latine.(CCDHAL) Le Canada consacre 0,5 % de son PNB à l\u2019aide publique au développement, 2 % à la défense et 0,017 % aux autres aspects de sa politique étrangère.Même s\u2019il peut être dangereux de se fier uniquement aux données statistiques pour éclairer une situation, il n\u2019en reste pas moins que ces chiffres illustrent éloquemment l\u2019ordre de priorité des autorités canadiennes.On peut cependant se demander si cela correspond à celles de l\u2019ensemble de la population.Les personnes que les chiffres et les questions de développement international intéressent aimeront consulter le document Commerce des produits de base : les dures réalités (3 $), publié par l\u2019Institut Nord-Sud, 55, rue Murray, bureau 200, Ottawa KIN 5M3.« Pour détruire la misère, il faut la connaître », disait souvent le regretté Père Joseph, fondateur de ATD-Quart Monde.Alors, tout naturellement, ses amis en sont venus à mettre sur pieds le « Carrefour pauvreté et droits humains », grâce à l\u2019appui de personnes très pauvres, d\u2019acteurs sur le terrain et de responsables chargés de concevoir et d\u2019appliquer les politiques.Mais voilà, l\u2019organisme croule actuellement sous des documents passionnants à lire et à retransmettre.On lance donc un appel pour faire de ce Carrefour un centre vivant, où l\u2019on trouvera les souffrances et surtout les espoirs des plus pauvres, ainsi que les actions et politiques entreprises avec eux.Faut-il des compétences particulières ?Des connaissances en droit, en documentation ou en secrétariat seraient certes utiles mais non indispensables.Ce qui compte, c\u2019est la volonté que « personne ne soit à la rue, condamné à être inutile, exclu du savoir des autres, voué au silence là où tous les autres parlent ».Le reste s\u2019apprend I ATD-Quart Monde, 420, rue St-Paul est, Montréal H2Y 1H4 - 514/845-1231.Après 25 ans d\u2019activités, le Centre intercnltnrel Mon-chanin reste toujours un lieu fourmillant d\u2019activités, de rencontres, d\u2019échanges, un lieu où des visionnaires tentent d\u2019élaborer les conditions de mutation vers un monde plus tolérant et meilleur.Le Centre vient de publier, sous la direction de Robert Vachon, en collaboration avec Takamichi Tàkahatake, un ouvrage intitulé Alternatives au développement.Cet ouvrage propose des approches interculturelles du développement international et de la coopération internationale.Le Centre interculturel Monchanin, 4917 Saint-Urbain, Montréal, H2T 2W1.Pour tenter de faire oublier les massacres de l\u2019été dernier et ainsi attirer l\u2019aide internationale, le président du Burundi, Pierre Buyoya, vient de nommer un Premier ministre hutu, à la tête d\u2019un gouvernement comprenant autant de Tutsi que de Hutu.Mais, cette manoeuvre, suggérée par le président Mobutu du Zaïre, pourra-t-elle ramener la paix an Burundi ?On peut craindre que ce soit trop peu, trop tard.Il est d\u2019ailleurs significatif que les clefs du système (la présidence, la défense nationale, les relations extérieures et l\u2019enseignement primaire et secondaire - où s\u2019opère la sélection raciale en faveur des Tutsi) restent entre les mains des Tutsi.Certains considèrent même que les douze Hutu qui viennent d\u2019accéder à la dignité ministérielle ne soient, de fait, que les otages d\u2019une structure conçue pour assurer la domination du pays par la minorité tutsi.Peut-être tireront-ils des avantages personnels de leur nomination, mais on peut douter qu\u2019ils réussissent à modifier quoi que ce soit.D\u2019ailleurs, il est prévisible que, boucs émissaires tout choisis, à la moindre crise, ils soient balayés de la scène où s\u2019affrontent les détenteurs réels du pouvoir : les officiers tutsi.Au Burundi, le pouvoir restera donc illégitime, tant que le peuple n\u2019aura pu choisir librement ses dirigeants.Il est des contrées où la démarche oecuménique est encore très délicate, au Moyen-Orient par exemple.C\u2019est pourquoi il faut saluer la tenue de la première conférence des théologiens dn Moyen-Orient, qui réunit récemment environ 60 participants, venus des quatre grandes « familles » chrétiennes moyen-orientales : catholiques, protestants, orthodoxes occidentaux (Eastern Orthodox) et orthodoxes orientaux.Ce fût l\u2019occasion de redécouvrir toutes les richesses des différentes traditions, leur point de convergence, et aussi leurs divergences.Même si cette rencontre n\u2019avait aucun caractère officiel, elle reste une pierre blanche dans l\u2019édification d\u2019un meilleure compréhension et d\u2019une meilleure coopération entre Églises dans cette région du monde particulièrement troublée.(MEEC Report, vol.1/2) 296 relations décembre 1988 DOSSIER charité?___solidarité?____ Jean Vanier (Photo: La Presse) CHARITÉ ET SOLIDARITÉ ?par Francine Tardif au cours d\u2019une récente soirée Relations\\ une religieuse nous exprimait clairement ses difficultés avec la Loi de l\u2019impôt : à cause d\u2019exigences fédérales imposant aux communautés religieuses d\u2019accorder entre 80 et 90 % de leurs dons à des organisations ayant leur « numéro de charité », sa communauté ne peut respecter l\u2019esprit de ses propres constitutions et aider prioritairement « les plus pauvres parmi les plus pauvres », ceux qui n\u2019ont pas les moyens de s\u2019organiser.De son côté, un travailleur communautaire nous exprimait sa frustration devant l\u2019arbitraire gouvernemental en matière de « numéro de charité » : pourquoi donc la Fondation Alliance-Québec a-t-elle pu obtenir son numéro, et le conserver, alors qu\u2019on le refuse aux associations de locataires ?En vertu de quels critères a-t-on décidé que les activités de l\u2019une sont moins politiques que celles de l\u2019autre ?Les débats autour du fameux numéro de charité, évoqués dans ce dossier par Jacques St-Amant, illustrent bien les paradoxes de la charité contemporaine.Les groupes à vocation communautaire ou populaire, qui souvent avaient rejeté le principe même de la « charité » au nom de l\u2019entraide et de la solidarité, bataillent aujourd\u2019hui pour être reconnus comme « organisations charitables », seule étiquette leur permettant de faire appel au public et de tenter d\u2019assurer leur survie financière, en ces temps de privatisation où la tâche s\u2019accroît pendant que le financement public diminue.De leur côté, les organisations qui ont toujours voulu être reconnues comme « charitables » se transforment en véritables entreprises privées.À travers le développement des téléthons et des campagnes de promotion de toutes sortes qui s\u2019organisent chaque année, on voit apparaître des machines puissantes, moteur d\u2019un secteur caritatif qui adopte de plus en plus, sinon de mieux en mieux, les techniques modernes de marketing.C\u2019est le développement tous 298 azimuts de la fameuse Charité Business, où il s\u2019agit davantage d\u2019émouvoir le donateur que de l\u2019informer ou de le mobiliser.Paradoxe encore de lire dans La Pressé1 2 que si les appels à l\u2019aide (et les besoins) sont de plus en plus nombreux, la générosité serait par contre en déclin.Depuis vingt ans, tant les entreprises que les individus auraient, proportionnellement, réduit du tiers leurs contributions aux oeuvres.À titre d\u2019exemple, entre 1972 et maintenant, les contributions des sociétés auraient baissé de 25 %, passant de 0,66 % des profits avant impôt à moins de 0,50 %.Évidemment, les montants paraissent de plus en plus élevés mais, en proportion des revenus, la part consacrée aux dons diminuerait.Amour et justice Alors que peut encore signifier le fameux : « L\u2019amour ne passera jamais » (1 Cor 13,8) ?Entre les appels médiatiques à la générosité et les cris de détresse lancés par les groupes populaires, où reconnaître l\u2019appel à la charité ?Comment résister à la tentation de s\u2019acheter, à peu de frais, une bonne conscience tranquille pour s\u2019engager plutôt sur la voie de l\u2019intelligence du coeur qui allie amour et justice ?Plus profondément, comment dépasser la fausse alternative, charité ou solidarité, pour retrouver le sens de la charité véritable, « celle qui ne se réjouit pas de l\u2019injustice, mais met sa joie dans la vérité » ( 1 Cor 13,6) ?Charité exigeante que celle-là, l\u2019article de Gregory Baum le rappelle.Lorsque, dans une société marquée par l\u2019injustice, « l\u2019amour chrétien se transforme en une aspiration à la justice et en une incitation à agir de manière à supprimer le fardeau imposé aux vic- relations décembre 1988 times », comment le concilier avec l\u2019amour universel, cette base inestimable du christianisme ?Par ailleurs, comment croire que les aumônes, pourtant toujours essentielles, réussiront seules à soulager l\u2019opprimé ?« Aimer les plus pauvres fait de nous des contestataires du système », nous disait récemment un prêtre ouvrier.Le mouvement mystérieux qui fait trouver dans la foi le souffle en faveur de la justice peut aussi s\u2019inverser et la recherche d\u2019une plus grande justice peut ouvrir une route vers la foi.Une foi capable de soutenir « les affamés et les assoiffés de justice », une justice qui, sans elle, s\u2019épuiserait ; capable aussi d\u2019ajouter dans la balance de la justice ce rien immense qu\u2019est la compassion.Car la compassion vient compléter l\u2019engagement pour la justice.Comme le montre l\u2019analyse de Patrick de Laubier, présentée dans ce dossier, elle permet d\u2019échapper à la tentation bureaucratique qui voudrait imposer le même bien commun à tous.A travers tous les projets où s\u2019élaborent les différents types de solidarité, la compassion nous oblige à accorder à chaque personne toute l\u2019attention qu\u2019elle mérite ; elle peut ainsi nous protéger des totalitarismes.Finalement, cette union profonde entre compassion et justice est peut-être ce qui fait espérer, ce qui fait durer, ce qui éclaire les prières récitées jadis à l\u2019école : « Sainte Marie, mère de Dieu, obte-nez-moi un coeur simple qui ne savoure pas la tristesse, un coeur magnifique à se donner, tendre à la compassion, un coeur fidèle et généreux qui n\u2019oublie aucun bien et ne tienne rancune d\u2019aucun mal ».(Léonce de Grandmaison) ¦ 1.\tSoirée Relations du 17 octobre dernier.On peut louer la cassette vidéo de cette rencontre en s\u2019adressant au Centre justice et foi.2.\t« Les Canadiens boudent la charité », La Presse, 21 septembre 1988. Solidarité / charité ALTERNATIVE OU COMPLÉMENTARITÉ ?par Patrick de Laubier sociologue, professeur à l\u2019Université de Genève À travers une recherche historique sur les diverses significations prises par le terme solidarité, Patrick de Laubier démontre ici comment ce terme « qui, en français, connotait à la fin du XIXe siècle une opposition au religieux, l\u2019appelle au contraire à la fin du XXe ».Cette communication, dont nous reproduisons un extrait à titre de document, a d\u2019abord été présentée au Xllle colloque de l\u2019Association des sociologues de langue française, Genève, 1988.en 1920, Léon Bourgeois, président du premier cabinet radical français, se voit décerner le prix Nobel de la Paix.Auteur d\u2019un ouvrage qui fit beaucoup de bruit, précisément intitulé Solidarité, Léon Bourgeois est un de ceux qui ont contribué à donner une valeur politique et philosophique au mot solidarité, en l\u2019opposant vigoureusement à la charité religieuse.Un demi-siècle plus tard, Mère Teresa et Lech Walesa obtenaient le même prix Nobel pour leur action de « solidarité » envers les plus démunis de l\u2019Inde et au nom de Solidarnosc, en Pologne.Un mot-clé Le mot solidarité est progressivement entré dans le vocabulaire de l\u2019Église.Les prédécesseurs de Pie XII n\u2019utilisent pas le mot, mais dès sa première encyclique, le 20 octobre 1939, 1.\tPie XII, Encyclique Summi Pontificatus, 20 octobre 1939, in Recueil A.F.Utz et J.F.Groner «Relations humaines et société contemporaine », T.I, Éditions St-Paul, Fribourg 1956, p.16.2.\tPaul VI, Allocution à l\u2019audience générale du 6 novembre 1968, à l\u2019occasion de ce dernier dénonce « l\u2019oubli de cette loi de solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté d\u2019origine et par l\u2019égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes, à quelque peuple qu\u2019ils appartiennent, que par le sacrifice de rédemption offert par Jésus-Christ sur l\u2019autel de la Croix à son Père céleste en faveur de l\u2019humanité pécheresse»1.Solidarité et charité se trouvent réunies mais distinguées comme la loi naturelle et la loi nouvelle.Jean XXIII dans Mater et magistra (1961), la constitution Gaudium et spes (1965), Paul VI dans Populorum progressé (1967) et, en 1968, dans une mémorable allocution (6 novembre), enfin Jean-Paul II, surtout depuis l\u2019apparition de Solidarnosc en 1981, n\u2019ont cessé d\u2019insister sur la nature « typiquement chrétienne » (Paul VI) de cette notion qui est en même temps pleinement humaine.Elle relève de la loi naturelle et témoigne de l\u2019unité d\u2019origine de l\u2019Humanité créée par Dieu, elle s\u2019ouvre aussi à la charité surnaturelle qui, dans graves inondations au Piémont, in Documents Pontificaux de Paul VI, Editions Saint-Augustin, T.VII, 1968, p.706.3.\tIbidem, p.707.4.\tJean-Paul II, Le Rédempteur de l'homme, Édit.Le Centurion, Paris 1979, p.66.relations décembre 1988 la condition existentielle de la nature blessée par le péché originel, est seule capable de lui donner une force suffisante pour vaincre les mille forces qui s\u2019opposent à sa mise en oeuvre effective, comme nous le constatons chaque jour en nous et autour de nous.Écoutons Paul VI : « Les anciens l\u2019appelaient pitié, commisération, clémence (Sénèque).On l\u2019appelle plus communément compassion, commisération.Aujourd\u2019hui, on utilise souvent le mot solidarité.Mais tous ces termes convergent vers le mot charité, si chargé de sens »2.Plus loin, il fait remarquer que « le concept universel de la nature et de la destinée humaines, dont naît la notion de solidarité élargie, est un concept typiquement chrétien.Le christianisme, dans son expression première et authentique, c\u2019est-à-dire le catholicisme, le fait comprendre, l\u2019appuie sur des motifs supérieurs et incontestables, l\u2019applique avec la fécondité et l\u2019efficacité que seule la charité peut donner »3.Jean-Paul II emploie le terme de solidarité dès sa première encyclique Redemptorhominis (mai 1979) à propos de la situation sociale dans le monde : « Le principe de solidarité, au sens large, doit inspirer la recherche efficace d\u2019institutions et de mécanismes appropriés »4.En septembre 1981, dans Labo-rem exercens, avec comme fond de tableau la constitution du syndicat polo- 299 de plus en plus complètement la nature extérieure.Cet extraordinaire contraste est en train de redonner aux valeurs proprement religieuses un impact diffus, mais incontestable.Pour ne prendre qu\u2019un exemple symbolique, on imagine difficilement que le prix Nobel de la paix ait été attribué à une religieuse en 1920, année où L.Bourgeois le recevait ; aujourd\u2019hui Mère Teresa est même invitée en URSS.Le concile Vatican II nous invite à voir les signes des temps : révolution du terme solidarité, du moins dans son acception en langue française, en est un.Un remède au désenchantement Il convient de réfléchir maintenant à la manière dont cette idée force de solidarité peut se concrétiser à tous les niveaux de la vie sociale, qu\u2019il s\u2019agisse de la famille, de la profession, de la nation et des nations.Au Moyen Âge, la chrétienté sacrale d\u2019Occident, pour reprendre la terminologie de Maritain, avait tenté, avec un succès partiel, d\u2019établir à l\u2019intérieur d\u2019une vaste zone de civilisation une solidarité dont le dynamisme provenait d\u2019une foi commune et de magnifiques exemples de charité (pensons notamment à la révolution franciscaine).Mais il ne convient ni d\u2019idéaliser une période historique, souvent marquée par la violence, ni d\u2019ignorer cette grandiose tentative.La civilisation de l\u2019amour que propose l\u2019Église n\u2019est pas une utopie de style sorellien ou un « pas encore » indéfiniment repoussé à la manière de Bloch ; c\u2019est une espérance prophétique caractérisée : on annonce la réalisation possible d\u2019un monde plus humain, non pas la venue de la Jérusalem céleste, mais un plus modeste accomplissement d\u2019ordre temporel, qui passe par un renouvellement des soli- 5.\tJean-Paul II, Le travail humain, Édit.Le Centurion, Paris 1981, p.40 et 41.6.\tNous avons tenté de décrire ce phénomène de solitude de masse dans une étude intitulée « Les aspects sociaux de la solitude dans les sociétés industrielles avancées », Travail et société, janvier-mars 1984.7.\tLes Annales de la charité, revue mensuelle fondée en 1844, et « destinée à la discussion et à l\u2019examen des institutions qui intéressent les classes pauvres » avaient, avec Armand de Melun, président de la Société d\u2019éco- nais Solidarnosc (septembre 1980 -décembre 1981), Jean-Paul II évoque plus spécialement la solidarité des travailleurs : « la solidarité des travailleurs, en même temps que, chez d\u2019autres, une prise de conscience plus nette et plus engagée concernant les droits des travailleurs, ont produit en beaucoup de cas des changements profonds.(.) Il faut toujours qu\u2019il y ait de nouveaux mouvements de solidarité des travailleurs et de solidarité avec les travailleurs »5 6 7.Dans son discours à la Conférence internationale du travail (15 juin 1982), Jean-Paul II choisit le thème de la « solidarité » ; à 32 reprises, il emploie les mots « solidarité » ou « solidaire », alors que treize ans auparavant (juin 1969), Paul VI, premier pape invité par le Bureau international du travail (BIT), n\u2019avait utilisé ces expressions qu\u2019à deux reprises.Le terme solidarité est devenu maintenant un des mots clés de l\u2019enseignement social chrétien.C\u2019est ainsi qu\u2019en septembre 1987, dans une allocution prononcée devant les délégués de Pax Romana, Jean-Paul II déclarait : « Sur la base des principes de subsidiarité et de solidarité, il est nécessaire de s\u2019engager aussi dans la construction d\u2019un ensemble de réalisations sociales qui répondent aux besoins concrets des hommes et des groupements, en manifestant l\u2019efficacité de la présence chrétienne.» (Osservatore romano, éd.hebdomadaire de langue française du 29 sept.1987).À l\u2019instar des droits de l\u2019homme, le principe de solidarité traduit une aspiration universelle sans connotation agnostique comme au temps de Léon Bourgeois.De ce point de vue, on pourrait faire un parallèle entre les exigences des droits de l\u2019homme par rapport à l\u2019idéal historique chrétien d\u2019une civilisation de l\u2019amour, d\u2019une part, et le critère de solidarité par rapport à la charité surnaturelle, d\u2019autre part.Dans les deux cas nous avons la distinction de la nature et de la grâce, de la raison et de la révélation.Une distinction, non pas une séparation et encore moins une opposition.Les sociétés humaines, et aujourd\u2019hui la communauté internationale qui a pris conscience de son unité, ont une « nature » et connaissent des processus de changement étudiés par les sociologues ; mais les choix d\u2019ordre éthique exigent des énergies dont le monde est pauvre, si pauvre qu\u2019il se déshumanise tout en dominant 300 relations décembre 1988 Charité. Solidarité.an darités humaines.Les sociologues de la fin du XIXe siècle parlaient d\u2019un désenchantement du monde (Max Weber), qu\u2019ils associaient précisément à la perte des croyances traditionnelles de type religieux et à la ruine des utopies séculières nées au début du siècle dernier.Ils se sont révélés bons prophètes, si l\u2019on songe à l\u2019entre-deux guerres et à la période contemporaine.Depuis un siècle, l\u2019enseignement social des papes et le concile du Vatican Il vont pourtant dans un autre sens, celui d\u2019une espérance possible face au monde, et pas seulement dans l\u2019autre monde qui reste la Patrie, la véritable Cité de Dieu.Dès ici-bas, une certaine christianisation peut rendre humain ce qui ne l\u2019est plus.Cette perspective eschatologique incluant des étapes historiques tantôt plus chrétiennes, tantôt moins évangéliques, voire des apostasies massives avec toutes les conséquences inhumaines que l\u2019on peut attendre, est vérifiée par l\u2019histoire.Épreuves et prospérité se succèdent selon un rythme mystérieux, que des prophètes inspirés commentent à l\u2019intention de leurs contemporains.D\u2019Isaïe appelant au partage et à la solidarité, aux papes contemporains prodiguant un enseignement social de plus en plus élaboré, on observe une étonnante continuité ; mais ce qu\u2019il faut noter, c\u2019est l\u2019espèce d\u2019alternance, au long des siècles, d\u2019échecs et de semi-réussites dont le critère, tant pour le sociologue que pour le théologien, tourne autour des liens de solidarité tissés puis rompus, au rythme des libertés humaines s'ouvrant ou se fermant aux autres et à l\u2019Autre.Sous nos yeux, ce double mouvement d'ouverture et de fermeture se chevauche inextricablement.La socialisation décrite dans Mater et magistra offre une sorte d\u2019infrastructure à la solidarité dans un monde de plus en plus interdépendant, mais qui doit encore devenir solidaire par libre choix : la société post-industrielle la plus poussée peut n\u2019être qu\u2019un rassemblement de nomie charitable, un admirable inspirateur ; mais cette réduction de la charité à un complément subalterne de la justice politique laisse insatisfait, pour ne pas dire plus.On notera toutefois que, dans un projet de fondation d\u2019une association fraternelle, qui date du début de 1848, on lit ceci : « la fraternité ne s\u2019impose pas, ne se prend pas, elle se donne : c\u2019est l\u2019expression la plus complète, la plus admirable de la charité ».(Annales de la charité, 1848, p.97).Ces authentiques chrétiens ne se contentaient pas d'un paternalisme imposé.solitaires6 et une solitude de masse peut caractériser demain l\u2019État-providence le plus élaboré.D\u2019extraordinaires expériences historiques récentes, comme en Pologne, aident à concrétiser ces schémas d\u2019explication que l\u2019on pourrait qualifier de prophétiques.L\u2019espérance chrétienne n\u2019est pas désincarnée.Solidarité/charité réunies par la justice C\u2019est le moment de redire que les meilleures législations du monde ne valent que par l\u2019application effective des dispositions qu\u2019elles prévoient.La multiplication des liens extérieurs de solidarité peut engendrer mille effets pervers et finir par trahir la cause recherchée.L\u2019exemple le plus saisissant au XIXe siècle est l\u2019expérience du communisme russe.Hertzen, dans les années 40, Tchernychevsky, dans les années 60, rêvaient d'échapper à l\u2019âge individualiste bourgeois et de fonder une société communautaire, dont la réalisation communiste exigea la contrainte pour naître relations décembre 1988 et pour durer.On s\u2019aperçoit aujourd\u2019hui que, sans liberté, il n\u2019y a pas non plus de solidarité digne de ce nom.Sociologiquement, on pourrait caractériser l\u2019instauration de la société communiste comme un abandon du mode contractuel qualifié de bourgeois en faveur d\u2019un mode statutaire, de type non pas coutumier mais idéologique.Comment expliquer une pareille impasse dont les dirigeants soviétiques s\u2019efforcent, sous nos yeux, de se dégager ?La réponse est d\u2019ordre éthique et même métaphysique ; plus fondamentalement, elle est religieuse : les droits de l\u2019homme doivent s\u2019appuyer sur des exigences absolues, pour résister aux forces conjuguées des égoïsmes individuels et de la collectivité représentée par l\u2019État.Ainsi le terme «solidarité» qui, en français connotait à la fin du XIXe siècle une opposition au religieux, l\u2019appelle au contraire à la fin du XXe.La sécularisation du mot charité7, au XIXe siècle, explique, dans une certaine mesure, l\u2019apparition de l\u2019idéologie soli-dariste ; l\u2019enseignement social de l\u2019Église, depuis Léon XIII, a rétabli la hiérarchie des valeurs : la charité est le couronnement de la justice et non pas son substitut paternaliste.¦ 301 Canapress LA SOLIDARITE AVEC LES OPPRIMÉS par Gregory Baum J ai découvert, il y a un bon nombre d\u2019années, un paragraphe d\u2019un ouvrage de sociologie (Idéologie et utopie de Karl Mannheim) que je n\u2019ai jamais oublié.Le paragraphe en question traitait de l\u2019amour chrétien, ou de « l\u2019amour fraternel », comme l\u2019auteur se plaisait à le qualifier.Dans une société marquée par l\u2019inégalité comme l\u2019était le régime féodal, raisonnait l\u2019auteur, la prédication de « l\u2019amour fraternel » jouait un certain rôle idéologique, puisqu\u2019elle masquait les conditions existantes d\u2019une extrême inégalité.Malgré la bonne foi et la bonté des individus, la relation maître-serf était loin d\u2019être fraternelle.Depuis lors, je n\u2019ai jamais oublié la possibilité que les grandes affirmations de l\u2019Évangile puissent être utilisées d\u2019une manière idéologique.Un prêtre qui avait oeuvré dans une colonie d\u2019Afrique me disait que, lorsqu\u2019on prêchait « l\u2019amour du prochain » du haut de la chaire, les gens de l\u2019endroit étaient enclins à comprendre cela comme un appel à aimer les colonisateurs et, partant, à ne pas comploter contre eux.Les gens qui sont installés au sommet de l\u2019échelle sociale parlent facilement d\u2019« amour », parce que cela engendre la bonne volonté et équilibre la situation d\u2019inégalité ; les gens qui sont au bas de l\u2019échelle, par contre, aiment mieux parler de «justice», parce que cela déséquilibre les conditions existantes.Au cours des dernières^ décennies, l'enseignement officiel de l\u2019Église en est venu à reconnaître que dans une société marquée par l\u2019injustice, l\u2019amour chrétien se transforme en un désir de justice et en une incitation à agir de manière à enlever le fardeau imposé aux victimes.Il existe de fait un terme qui exprime l\u2019intégration de la charité et de la justice : c\u2019est celui de SOLIDARITÉ.Dans ce contexte, solidarité veut dire l\u2019engagement dans un projet historique visant à 302 établir les conditions de la justice.La solidarité, c\u2019est l\u2019amour du prochain, mais qui veut transformer les structures.Autrefois, on répétait que les chrétiens étaient sauvés par la tides caritate formata, la foi façonnée par la charité ; aujourd\u2019hui, on dit, avec plus d\u2019exactitude, que le salut vient de la tides soli-darietate formata, la foi façonnée par la solidarité.Quand même, comme nous le verrons, ce terme même de solidarité n\u2019est pas tout à fait exempt de toute ambiguïté.Pas de réconciliation sans justice En théologie, les termes les plus beaux ne vont pas toujours sans ambiguïté.Même la puissante expression biblique de « réconciliation » peut être utilisée d\u2019une manière idéologique.Cela arrive lorsqu\u2019on intercède en faveur d\u2019un pardon et d\u2019une réconciliation entre deux parties, sans exiger que les conditions d\u2019injustice soient supprimées.En voici un exemple, tiré de l\u2019époque qui a suivi l\u2019établissement de la paix, après la Deuxième Guerre mondiale.Sous la pression de la Russie, on poussa les frontières de la Pologne jusqu\u2019à l\u2019intérieur des régions jusque-là peuplées par des Allemands.Un bon nombre d\u2019années plus tard, les évêques allemands décidèrent de solliciter une réconciliation avec les évêques polonais.Ceux-ci refusèrent : ils auraient bien aimé, disaient-ils, se réconcilier avec les évêques allemands, mais ils seraient incapables de le faire aussi longtemps que les manuels de classe des écoles catholiques d\u2019Allemagne ne reconnaîtraient pas le caractère définitif de la nouvelle frontière polonaise.Dans les relations décembre 1988 termes utilisés autrefois au confessionnal, la réconciliation implique la « réparation ».Avec le temps, les évêques allemands ont changé leurs manuels de classe et se sont réconciliés avec leurs collègues polonais.En Amérique latine, le clergé conservateur opposé à la théologie de la libération tente de remplacer celle-ci par une théologie de la réconciliation.La théologie de la libération, soutiennent-ils, favorise les conflits, tandis que ce dont nous avons besoin actuellement, c\u2019est que les riches et les pauvres se pardonnent mutuellement et se réconcilient dans le Christ.Mais cela, c\u2019est une utilisation idéologique du concept chrétien de réconciliation.C\u2019est une réconciliation sans réparation.Cette théologie de la réconciliation tente de favoriser paix sociale et concorde en des conditions qui permettent aux riches et aux puissants de conserver leurs privilèges.Il y a, de même, en Afrique du Sud, des chrétiens qui préconisent la réconciliation.Si les gens croyaient au pouvoir de Jésus sur le coeur humain, Blancs et Noirs pourraient se réconcilier en dépit de la législation de l\u2019apartheid.Si nous étions vraiment spirituels, nous serions intérieurement indépendants des conditions matérielles dans lesquelles nous vivons et nous nous élèverions au-dessus de ces conditions.Je suppose que dans la pensée de certains Canadiens, si les autochtones étaient plus spirituels et plus enclins à pardonner, ils retireraient leurs revendications territoriales.Toute interprétation exclusivement spirituelle de l\u2019Évangile exerce toujours une fonction idéologique.Dans le concret, la théologie de la libération favorise la création d'une société véritablement réconciliée.Elle soutient le combat social contre toutes les conditions matérielles injustes - des NOUS LES I Gmfo I morales :.mxj \u2022>cmm ¦ tiï * fesëÜaÈÉÉ La solidarité préférentielle est la première démarche à entreprendre dans la création d\u2019une société plus juste.« structures de péché », comme Jean-Paul Il les appelle -, en vue d\u2019instaurer les conditions d\u2019une justice plus grande, qui seules constituent le fondement de la paix et de la concorde.Solidarité préférentielle Ces dernières années, l\u2019enseignement officiel de l\u2019Église a mis considérablement l\u2019accent sur la solidarité humaine.L\u2019amour du prochain nous presse de rejoindre les pauvres et les laissés pour compte, dans leurs luttes pour une plus grande justice.Jean-Paul Il parle de « la vertu de solidarité ».La solidarité s'étend aux groupes qui luttent pour la justice et à l\u2019ensemble de l\u2019humanité.Amour de Dieu et engagement pour la solidarité vont main dans la main.La solidarité nous fait percevoir le monde tel qu\u2019il est et agit comme un guide de nos activités.L\u2019engagement pour la solidarité est indispensable, si nous voulons comprendre la crise politique et économique de notre époque et nous engager avec autrui dans une action politique responsable, qui nous permette de venir à bout de cette crise.Néanmoins, le beau mot de « solidarité » n\u2019est pas sans ambiguïté.Au concile Vatican II, particulièrement dans Gaudium et spes, l\u2019engagement de l\u2019Église pour la solidarité universelle a représenté un progrès énorme sur la position plus centrée sur elle-même et exclusive qu\u2019elle avait adoptée au cours des siècles précédents.À Vatican II, l\u2019Église catholique a étendu sa solidarité jusqu\u2019aux autres Églises chrétiennes, jusqu\u2019aux membres des autres religions et jusqu\u2019à la famille humaine tout entière, en commençant par les plus nécessiteux.La perception de la société qui a encouragé semblable engagement était imprégnée d\u2019optimisme.Cette perception était issue partiellement de l'orientation progressiste des années 60.Le texte conciliaire reconnaissait nombre d\u2019obstacles à une distribution plus équitable du pouvoir et des ressources dans le monde, mais il exprimait la confiance que, avec l\u2019aide de Dieu, partout les relations décembre 1988 gens de bonne volonté oeuvreraient ensemble à la création d\u2019un monde plus humain.L\u2019appel à une solidarité universelle était, dans le document, porté par une confiance libérale que, moyennant bonne volonté, on pourrait résoudre les problèmes de l\u2019injustice dans le cadre de l\u2019actuel système économique global.Une analyse plus poussée de la souffrance contemporaine, effectuée par les évêques d\u2019Amérique latine à Medellin, en 1968, parvint à la conclusion que la pauvreté et la misère sur leur continent étaient au moins partiellement causées par le système économique global actuel et, par conséquent, ne pouvaient pas, même avec la meilleure volonté, être surmontées avec un tel système.Ce dont on avait besoin, disaient-ils, c\u2019était un ordre nouveau : il fallait aller au-delà du capitalisme.Mais les évêques découvrirent que des puissances efficaces, chez eux comme à l\u2019étranger, se révélaient grands défenseurs du capitalisme et critiquèrent le document de Medellin.Les évêques en vinrent à admettre que la société tout entière, y compris leur propre continent, était de fait profondément partagée entre défenseurs du 303 statu quo et masses de pauvres et d\u2019opprimés appuyés par les amants de la justice.Dans ces conditions, la solidarité chrétienne ne pouvait être universelle, ne pouvait embrasser simultanément riches et pauvres.La justice exigeait que les chrétiens prennent parti pour les pauvres, qui étaient la grande majorité.À Puebla, en 1979, les évêques préconisèrent « l\u2019option préférentielle pour les pauvres ».La solidarité se devait d\u2019être préférentielle.Elle se tourna vers les pauvres et les opprimés et les appuya dans leur combat pour la justice sociale.Dans son encyclique sur le travail, Jean-Paul II arrive à la même conclusion.Il signale que dans les sociétés capitaliste et communiste du Nord, le lourd fardeau de l\u2019injustice repose sur les travailleurs, ceux qui sont employés comme ceux qui ne le sont pas.C\u2019est pourquoi les travailleurs constituent l\u2019élément dynamique de la société.Ils ont la vocation historique de réformer les systèmes actuels et du capitalisme et du communisme.Dans ce contexte, Jean-Paul II invite à « la solidarité des travailleurs », appuyée par « la solidarité avec les travailleurs », portée par tous les citoyens épris de justice et par l\u2019Église elle-même.Ici, la solidarité est clairement préférentielle.Solidarité préférentielle, solidarité universelle C\u2019était là une conclusion saisissante.Les chrétiens se demandèrent si la soli- darité préférentielle était en harmonie avec l\u2019Évangile.L\u2019amour n'est-il pas censé être universel ?Ne faut-il pas aimer et les pauvres et les riches ?Mais alors, est-il possible d\u2019être en solidarité avec le Pharaon ?Ne doit-on pas prendre parti pour les Israélites dans l\u2019exode que leur inflige le Pharaon ?Ne faut-il pas choisir entre un Lazare affamé qui se tient à la barrière et un mauvais riche enfermé dans son palais ?Pour les chrétiens, la solidarité humaine universelle est sans aucun doute l\u2019objectif et la finalité de l\u2019activité humaine dans l\u2019univers de Dieu.L\u2019amour doit embrasser tout le monde.Pourtant, il existe des conditions matérielles, des « structures de péché », comme Jean-Paul II les appelle, qui constituent des obstacles à cette solidarité universelle.À titre d\u2019exemples, Jean-Paul II mentionne le colonialisme économique et l\u2019impérialisme politique.Partout où prévalent ces conditions, la solidarité doit être préférentielle : elle doit rejoindre tous ceux qui sont victimes d\u2019oppression et appuyer leur combat pour un changement social, de manière que, une fois installée une plus grande justice, la solidarité puisse devenir plus véritablement universelle et embrasser tout le monde.La solidarité préférentielle est la première démarche à entreprendre dans la création d\u2019une société plus juste.La solidarité préférentielle sert le bien commun.La solidarité préférentielle est le moyen ; la solidarité universelle est la fin.Ce qui découle de la brève réflexion qui précède, c\u2019est que l\u2019appel à la solidarité universelle ou préférentielle implique toujours un jugement historique.Si nous vivons dans une société qui, à notre jugement, peut devenir plus juste, pourvu que nous tirions tous dans le même sens et collaborions, alors nous appelons une solidarité qui embrasse tout le monde.Si, par contre, nous vivons dans une société qui, à notre jugement, est profondément divisée par des structures d\u2019inégalité, alors nous appelons une solidarité qui embrasse d\u2019abord les opprimés, les appuie dans leur combat et sollicite un nouvel ordre social dans lequel tous les membres peuvent être frères et soeurs.En raison du jugement politique implicite dans l\u2019appel à la solidarité, les documents ecclésiastiques ont tendance à être vagues.Les deux appels à la solidarité préférentielle mentionnés précédemment - celui du document de Puebla de 1979 et celui de l\u2019encyclique du pape sur le travail - sont exceptionnels.Ils encouragent le radicalisme.La plupart des documents ecclésiastiques évitent cela.Ils aiment mieux parler de solidarité avec des expressions qui prêtent à de multiples interprétations.Parfois, le langage de la solidarité est même utilisé à des fins idéologiques, en vue de prévenir la lutte des classes ou le combat des groupes opprimés.Ici, l\u2019appel à la solidarité universelle masque les structures d\u2019oppression et donne l\u2019impression que, moyennant bonne volonté de chaque côté, la justice peut être réalisée, même sans changer les institutions.Actuellement, une pression ecclésiastique s\u2019exerce sur les prêtres et les évêques des pays du tiers monde - en Haïti et au Brésil, par exemple -, qui, en harmonie avec l\u2019enseignement récent de l\u2019Église, appuient la lutte des masses contre un ordre répressif.Dans sa récente encyclique sur la UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL FACULTÉ DE THÉOLOGIE COURS TÉLÉVISÉS HIVER 1989 -\tBBL 2200 TV (3 crédits) : LES PROPHÈTES D\u2019ISRAËL Professeur : Guy Couturier -\tTHL 2842 TV (3 crédits) : MORALE CHRÉTIENNE ET SEXUALITÉ Professeur : Guy Durand Diffusion plusieurs fois par semaine, à des horaires différents : CFTU-TV (Mtl) ; UHF 29/cable 23, Radio-Québec (réseau), au canal de téléenseignement de votre cablo-distributeur.Pour obtenir un dépliant/formulaire d\u2019inscription : (514) 343-7080 304 relations décembre 1988 « Les mécanismes du mal et les structures de péché peuvent être vaincus moyennant la mise en oeuvre d\u2019une solidarité humaine et chrétienne » SHW*r'''F W:Vv' question sociale, Jean-Paul II réitère sa position : « La solidarité doit jouer son rôle dans la réalisation du plan divin, tant au niveau des individus qu'à celui de la société nationale et internationale.Les mécanismes du mal et les structures de péché peuvent être vaincus moyennant la mise en oeuvre d'une solidarité humaine et chrétienne.» La vertu de solidarité au Québec et au Canada Que signifie dans le Québec et au Canada « la vertu de solidarité », pour employer les mots du pape ?Les chrétiens d\u2019ici sont divisés là-dessus.Par exemple, les chrétiens devraient-ils se faire solidaires de ceux qui luttent pour un Québec souverain ou étendre leur solidarité à tous les Canadiens qui luttent pour la justice sociale ?Les chrétiennes vont-elles se solidariser avec toutes les femmes ou vont-elles d\u2019abord se montrer solidaires des femmes pauvres, opprimées d\u2019ici et du tiers monde ?Voilà des questions sur les- quelles il est important que les chrétiens continuent leur dialogue.Là-dessus, les déclarations pastorales des évêques canadiens offrent de nombreuses et utiles analyses sociales, d\u2019un point de vue progressiste.La classe sociale représente-t-elle un concept utile dans le Québec et au Canada ?Ou constituons-nous plutôt une société de classe moyenne dans laquelle on trouve quelques individus très riches et quelques-uns très pauvres ?C\u2019est un fait intéressant que le débat public sur le traité de libre-échange ait mis en lumière la division des classes dans la société canadienne.Les corporations les plus importantes, de même qu\u2019une large portion du monde des affaires, ont appuyé le traité.Jour après jour, de grandes annonces parues dans Le Devoir en faveur du libre-échange montraient des photographies de personnalités bien astiquées du monde des affaires.Par contre, s\u2019opposent au libre-échange les travailleurs organisés, les fermiers, les pêcheurs et la couche populaire - y compris les organisations féminines -, les groupes d\u2019assistés sociaux, les associations de personnes âgées et autres groupes de personnes dépendantes.Cela est vrai également pour le Québec.Toutes ces catégories de personnes redoutent qu\u2019une plus large intégration à l\u2019économie américaine, encore que probablement avantageuse pour les grandes affaires, n\u2019entraîne de dangereuses conséquences pour elles, en accentuant le chômage et en minant les programmes de bien-être social.Si les Églises ont soutenu le mouvement social d\u2019opposition au traité de libre-échange, c\u2019est parce que les besoins des pauvres, dans ce cas, entraient en conflit avec les désirs des riches ! C\u2019est seulement dans les années récentes que l\u2019Église a pris conscience de la solidarité comme expression de l\u2019amour du prochain.N\u2019allons pas croire, toutefois, que cette solidarité nous dispense de l'aumône et de la compassion.Même lorsque nous luttons pour une société plus juste, la charité continue de nous commander d\u2019aider les autres, individuellement ou en groupe, et de donner généreusement.La solidarité n\u2019épuise pas le contenu de l\u2019amour.Elle ne va pas sans la compassion.¦ relations décembre 1988 305 LE LABYRINTHE DE LA CHARITÉ ENREGISTRÉE par Bernard Vallée Institut canadien d'éducation des adultes (ICÉA) Cest un fait bien connu : les organismes communautaires tiennent beaucoup à leur autonomie, à leur liberté d\u2019action.Mais alors, qu\u2019est-ce qui les pousse à s\u2019inscrire dans un système légal, administratif et fiscal, avec les contrôles que cela suppose ?Pour le dire plus clairement, comment en viennent-ils à vouloir être reconnus comme organismes de charité, eux qui ont récusé les formes d\u2019aide traditionnelle au nom d\u2019une philosophie de la prise en charge autonome du milieu ?Pour expliquer cette tendance qui prend les allures d\u2019une nécessité, il faut au moins évoquer quelques-unes des stratégies gouvernementales face à l\u2019action volontaire : - coupures des budgets sociaux en 1981 (mesures Parizeau) ; - subventions diminuées ou stagnantes ; - moratoires sur l\u2019accès de nouveaux groupes aux programmes de subvention ; - augmentation des conditions de financement et des contrôles administratifs ; - imposition des priorités gouvernementales dans les programmes de subvention.Par ailleurs, si les gouvernements se sont engagés dans une politique de désinstitutionnalisation et de privatisation, n\u2019est-ce pas parce qu\u2019ils jettent un regard intéressé sur le secteur communautaire ?Non pas pour ce qu\u2019il offre réellement comme révélateur de nouvelles pratiques sociales, comme lieu de prise en charge et de démocratie directe ou comme chien de garde des droits sociaux, mais plutôt parce que le gouvernement le perçoit comme un appendice possible au réseau public.Plus souvent qu\u2019autrement, vis-à-vis d\u2019un secteur public québécois qui a déjà subi des coupures, le secteur communautaire apparaît comme un déversoir peu coûteux et, de surcroît, attirant pour les clientèles visées.On veut en faire un secteur de la sous-traitance, contrôlé à travers un financement conditionnel.Du côté fédéral, par programmes de « création d\u2019emplois » interposés, fluctuant au gré des taux de chômage et des échéances électorales, on fait des groupes communautaires de petites succursales des centres d\u2019emploi et des palliatifs aux ressources de formation insuffisantes.S\u2019enregistrer pour ne pas périr.Dans ce contexte, le financement devient une préoccupation de plus en plus importante des groupes.L\u2019enjeu dépasse largement la survie financière des organisations : il touche à la nature même du secteur communautaire et à sa contribution spécifique au développement social et démocratique.Il n\u2019y a pas d\u2019autre choix : les groupes populaires doivent diversifier leurs sources de financement, sous peine de devoir sacrifier leur autonomie et leur capacité de répondre aux besoins du milieu.Pour ce faire, les groupes réclament le soutien des Centraides régionaux1, des communautés religieuses et du grand public.Et c\u2019est alors qu\u2019ils découvrent la nécessité, pour toute organisation qui veut recevoir des dons, d\u2019être enregistrés comme « organismes de charité ».La Loi de l\u2019impôt requiert, en effet, de détenir ce titre pour recevoir des subventions d\u2019une fondation, d\u2019un autre organisme de charité tels que les Centraides et les communautés religieuses.De même, pour recevoir des dons corporatifs ou pour entreprendre des campagnes de financement qui ont un peu d\u2019envergure, il faut pouvoir émettre des reçus pour fins d\u2019impôts, c\u2019est-à-dire être enregistré comme organisme de charité.Il y a plus : le Gouvernement du Québec a permis aux municipalités d\u2019exempter de la taxe d\u2019affaires les organisations reconnues comme organismes de charité, un avantage non négligeable pour des groupes qui ont des budgets restreints.mais à quel prix ?Lorsqu\u2019ils découvrent les avantages de l\u2019enregistrement comme organisme de charité, les groupes découvrent en même temps l\u2019incohérence, l\u2019arbitraire et la vétusté des critères pour l\u2019obtenir.Ils se lancent parfois dans des acrobaties légales assez périlleuses : -\tfaire correspondre la réalité de l\u2019entraide et de l\u2019action collective au concept de « bienfaisance » ; -\tconsidérer comme « défavorisées » les personnes qui sont tout simplement empêchées de participer pleinement à la vie de la communauté, en raison de certains facteurs qui tiennent de la race, de la géographie ou de l\u2019environnement ; -\tranger dans des catégories inoffensives les réseaux de solidarité avec les sans-voix, et les projets qui en découlent, parce qu\u2019il faut éviter à tout prix d\u2019être assimilé à une organisation politique.Le labyrinthe de la charité enregistrée a-t-il une issue ?Les groupes voudraient bien s\u2019en tirer sans être forcés de faire entrave à la vérité.Mais si les administrations gouvernementales s\u2019obstinent à contraindre les organismes volontaires, elles contribueront à l\u2019érosion de l\u2019esprit communautaire que ces mêmes gouvernements veulent justement voir se développer.¦ 1.Voir « Les groupes populaires face à Centraide : compromission ou maturité ?», Vie ouvrière, novembre 1988.306 relations décembre 1988 L\u2019histoire compliquée d'une définition : LA CHARITÉ SELON par Jacques St-Amant juriste Pour comprendre les problèmes actuels du concept juridique de charité, il faut remonter un peu dans le temps ; en fait, jusqu\u2019au concile.du Latran (le quatrième), en 1215.On y a ratifié une décrétale d\u2019innocent III, en vertu de laquelle les fidèles devaient rechercher le salut de leur âme par le legs d\u2019une part de leurs biens à des oeuvres pieuses, c\u2019est-à-dire à des oeuvres agissant pour la plus grande gloire de Dieu et de l\u2019Église et pour le soulagement des souffrances.Le droit de la Chrétienté, en pratique le droit européen, s\u2019est vite ajusté.Le principal outil du droit anglais pour gérer des héritages, le trust, a créé des exceptions à ses règles pour faciliter les legs charitables.En même temps, la définition de ce qui était charitable au Moyen-Âge s\u2019est progressivement ajustée aux besoins sociaux comme aux contraintes légales de l\u2019époque, et entre autres à la définition du trust.Vers le fameux préambule Tout cela a assez bien fonctionné jusqu\u2019au XVIe siècle, où se sont produits deux phénomènes importants.D\u2019abord, la Réforme, le schisme de l\u2019Église d'Angleterre et l\u2019apparition de nouveaux groupes religieux qui sont légaux sous certains rois, mais persécutés sous d\u2019autres.Tout ce qui est pieux n\u2019est donc plus légal, et n\u2019est donc plus nécessairement charitable non plus : les problèmes de définition apparaissent.La fin du XVIe siècle est d'autre part marquée en Angleterre par des famines et par une grande pauvreté.Ces phénomènes ont deux conséquences : de plus en plus, le terme « charité » va évoquer l\u2019aide aux plus pauvres et non plus la charité en général ; il se produit une certaine sécularisation de l'idée de charité.Et les oeuvres charitables se multiplient.La politique anglaise de lutte contre la misère repose déjà, à la fin du XVIe, sur trois types d\u2019intervention : celle de l\u2019État, celle des municipalités et celle de la philanthropie privée.La multiplication des oeuvres charitables fait apparaître des cas de mauvaise gestion et de fraude.Pour y faire face, le Parlement anglais adopte, en 1601, une Loi qui crée un nouveau mécanisme de contrôle administratif de certains types d\u2019oeuvres.Ces types d\u2019oeuvres sont énumérés dans le Préambule de la Loi, qui est devenu fort important par la suite.Les autres types d\u2019oeuvres continuaient à être simplement contrôlés par les tribunaux, comme c\u2019était le cas depuis des siècles.Les auteurs de l\u2019époque constatent tous qu\u2019il y avait, en 1601, d\u2019autres types de fins charitables tout à fait valables et admissibles.Mais les temps changent.À compter de 1700-1720, la charité devient apparemment impopulaire en Grande-Bretagne.En tout cas, on adopte des lois qui compliquent la vie des oeuvres de charité et les tribunaux leur sont assez peu sympathiques.Il faut dire que de plus en plus d\u2019héritiers de riches familles trouvaient un peu frustrant de voir « leurs » biens leur être « volés », au moment du décès du patriarche.Les contestations de testament se multiplient devant les tribunaux ; et il va se trouver des juges pour décider que les seules fins charitables en droit anglais sont celles qui sont énumérées dans le Préambule de la Loi de 1601 et les fins qui leur sont analogues.On est en 1805, et c\u2019est là que nos problèmes à nous apparaissent.Il faut dire au passage qu\u2019aux États-Unis, à la même époque, on prend une orientation très différente et beaucoup plus libérale.De nos jours, beaucoup d\u2019oeuvres charitables américaines ne seraient pas reconnues en Grande-Bretagne ni au Canada.(C\u2019est un domaine LA LOI où le libre-échange pourrait avoir du bon.) Depuis 1805, le fond de la question n\u2019a pas beaucoup changé.D\u2019autres éléments ont été restreints : par exemple, l\u2019interdiction totale d\u2019avoir des objectifs à caractère politique ne date que de 1917 ; auparavant, et la jurisprudence anglaise le prouve, le droit était beaucoup plus souple (voir Scowcroft, 1898, 2 Ch.638 ; Russell, 1852, 68 ER 900 c.Jackson, 1852, La promotion des doctrines socialistes).Mais les tribunaux ont depuis lors tenté aussi de tempérer les choses.Par analogie avec le Préambule, on a considéré une foule de nouvelles oeuvres comme étant charitables, avec ce résultat qu\u2019on a maintenant affaire à un fouillis jurisprudentiel invraisemblable, contradictoire et tout à fait passionnant pour le chercheur qui n\u2019a rien d\u2019urgent à faire.Pourquoi tout cela nous intéresse-t-il ?Parce que le législateur fédéral canadien a eu ta bonne idée en 1930,13 ans après les États-Unis, de favoriser les dons de charité par des mesures fiscales.Notre droit fiscal étant d\u2019inspiration britannique, on pouvait importer directement les 700 ans d\u2019histoire des charities sans avoir à se payer le luxe de réfléchir ou de moderniser ; un ministère du Revenu ne peut sans doute pas résister à pareille aubaine.C\u2019est pour cela que le comité logement d\u2019un quartier, par exemple, doit composer aujour-d\u2019hui avec le Préambule d\u2019une loi anglaise de 1601 et les quelque 2000 jugements publiés depuis ! On vous a peut-être déjà dit que nul n\u2019est censé ignorer ta loi.Les problèmes Face à cette histoire et à ta situation actuelle, on peut identifier trois types de problèmes.relations décembre 1988 307 D\u2019une part, il y a cette confusion extraordinaire sur ce qui est charitable ou non, sur ce qui est ou non analogue à une partie du Préambule.Le demandeur d\u2019un enregistrement à titre d\u2019oeuvre de charité a l\u2019impression de jouer à la loterie.Les fonctionnaires fédéraux, eux, rendent des décisions parfois incohérentes entre elles et qui ne tiennent pas toujours compte de toute la jurisprudence.Les tribunaux britanniques les plus élevés soulignent d\u2019ailleurs à quel point tout cela est un fouillis complet.Il y a donc un problème sérieux de connaissance du droit.D\u2019autre part, l\u2019enregistrement comme oeuvre de charité n\u2019a rien à voir avec la qualité de l\u2019oeuvre ou du travail effectué, loin de là : il s\u2019agit seulement de convaincre le Ministère que les objectifs de l\u2019organisation entrent dans le cadre étriqué de ce qui est analogue au contenu du Préambule de la Loi de 1601.Sur le fond, et c\u2019est le deuxième problème, la définition de ce qui est charitable est si mal adaptée à la fin du XXe siècle qu\u2019elle ne veut plus dire grand-chose.La conséquence, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit parfois de réécrire un peu l\u2019un ou l\u2019autre des objectifs d\u2019un organisme pour qu\u2019il devienne soudain « charitable », sans que cela change quoi que ce soit à ses activités.Je ne suis pas sûr que cette forme de magie soit très bonne pour l\u2019image de la justice.Enfin, la définition de ce qui est charitable est aussi assez mal adaptée à une autre réalité contemporaine.L\u2019Histoire a voulu que beaucoup d\u2019oeuvres charitables soient gérées par des trusts administrant des successions ; plu- sieurs contraintes à la définition des fins charitables en découlent.Mais cela n\u2019a rien à voir avec les besoins et le fonctionnement d'un groupe de citoyens qui créent un organisme sans but lucratif pour agir dans leur milieu ; le droit leur dresse des obstacles qui n\u2019ont plus de sens dans des structures sociales et juridiques totalement différentes de ce qu\u2019elles étaient hier.Des changements ?Il ne faut quand même pas désespérer.Dans les années 60 et 70, le ministère du Revenu était quand même assez tolérant face à l\u2019enregistrement des oeuvres.Les choses ont manifestement commencé à changer vers 1978, alors que le Ministère est devenu beaucoup plus intolérant face aux activités dites « politiques ».Le Budget de 1981 créa en outre des problèmes assez sérieux aux oeuvres gérant des biens importants.L\u2019attitude du Ministère devenait distante, et pour cause si l\u2019on en croit l\u2019aveu d\u2019un avocat et ancien haut-fonctionnaire du ministère des Finances, qui s\u2019est intéressé de près aux oeuvres charitables de 1972 à 1976 pour son ministère et qui leur est favorable : .dès 1981, trois des quatre principaux spécialistes du Comité sur les oeuvres charitables avaient quitté le Gouvernement.Le quatrième était isolé de ce domaine depuis 1976.L\u2019expertise du ministère des Finances était non seulement perdue, mais on n\u2019utilisait pas ce qui restait.Pour l\u2019essentiel, les décisions sur la charité ont été confiées à des économistes, qui voient les dons comme des dépenses fiscales.(Drache, A.B.C., « Viewpoint », The Philanthropist A3, 1982, no 2.) C\u2019est assez éloquent.L\u2019auteur en rajoute d\u2019ailleurs, dans le même sens.Cela n\u2019explique-t-il pas le virage que les groupes et les praticiens ont senti depuis quelques années ?Mais il faut aussi nuancer.En 1985, le Parlement a modifié la Loi de l\u2019impôt pour permettre certaines activités à caractère politique, de sorte que le Canada est maintenant en avance sur la Grande-Bretagne dans ce domaine.Quelques décisions récentes de tribunaux anglais et canadiens vont aussi dans le sens d\u2019un élargissement de la notion de fins de charité.Mais nous sommes toujours prisonniers d\u2019un cadre hérité de plus de 300 ans, qu\u2019on essaie simplement d\u2019aménager comme on peut.La Coalition des organisations nationales volontaires a déposé, en 1981, une proposition de nouvelle définition des fins charitables, qui pourrait être intégrée à la Loi.Elle est restée sur les tablettes, malheureusement.Peu de groupes québécois semblent d\u2019ailleurs s\u2019y être intéressés.Évidemment, la question n\u2019est pas un enjeu électoral fondamental.Et les oeuvres charitables ont bien d\u2019autres chats à fouetter, à part la demande de modifications à la Loi de l\u2019impôt.On se demande alors quand et comment le droit va évoluer d\u2019une façon vraiment significative.Ce qui est sûr, c\u2019est que la situation actuelle pose des problèmes à la plupart des intéressés.¦ Vient de paraître INTRODUCTION À L\u2019ÉVANGILE DE LUC Pour bien amorcer l\u2019année liturgique consacrée à l\u2019évangile selon saint Luc, le Père Roger Poudrier, o.f.m., nous propose une introduction centrée sur le génie littéraire et théologique du troisième évangéliste.Vous pouvez vous procurer ce septième numéro de la collection « De la parole à l\u2019écriture » à SOCABI.Prix : 7,95 $ (plus 0,80 $ pour frais d\u2019expédition).S©CABl Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 308 relations décembre 1988 L\u2019EGLISE QUI EST A CUBA par John M.Kirk1 de l\u2019université Dalhousie (Halifax) « Le catholicisme et le communisme correspondent à deux visions de l\u2019homme et du monde qui sont absolument inconciliables.Les gouvernements qui ont une philosophie communiste cçmptent parmi les pires ennemis qu'aient pu connaître l\u2019Église et l\u2019humanité.» {Lettrepastorale des évêques cubains, 1960) « L'Église à Cuba a essayé de suivre un chemin qui mène au dialogue entre catholiques et marxistes.Dans cette perspective, l\u2019Église a mis l\u2019accent sur le rôle des chrétiens dans la société et encouragé les croyants à faire tout ce qu\u2019ils peuvent pour le bien commun, dans l'espoir de mieux servir la société et de contribuer à un dialogue constructif (entre l\u2019Église et l\u2019État).» (Document final, Rencontre nationale de l'Église cubaine, 1986) On n\u2019a qu\u2019à rapprocher ces extraits de deux documents officiels de l\u2019Eglise cubaine pour saisir le caractère dramatique du rapprochement qui a commencé de s\u2019opérer entre le gouvernement révolutionnaire et la hiérarchie catholique.Compte tenu de la situation qui régnait il y a un peu plus de vingt-cinq ans, on pourrait même s\u2019étonner de voir communiquer ces deux groupes.Les remarques qui suivent voudraient éclairer l\u2019évolution des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État cubains2.Le contexte historique est extrêmement important pour comprendre l\u2019ampleur du problème des relations Église-État 1.\tNDLR : cet article a d\u2019abord été publié dans sa version originale anglaise dans The Ecumenist, vol.26, no 6, septembre-octobre 1988, page 81-84.2.\tUn projet de recherche sur les relations entre l\u2019Église et l\u2019État m\u2019a permis de publier récemment Between God and the Party : Religion and Politics in Revolutionary Cuba, University Presses of Florida.3.\tLes communautés et les diocèses possédaient 24 institutions d\u2019enseignement pour les garçons (16 000 étudiants) et 88 pour les filles (65 000 étudiantes).Pour donner une idée du peu de pénétration de l\u2019Église en milieu rural, il suffit de consulter deux enquêtes menées par la Agrupacion Catolica Universitaria, en 1954 et 1957.La deuxième enquête, par exemple, montrait que seulement 0,74 % des personnes interrogées avaient assisté à la messe au moins quatre fois au cours de la dernière année (93,47 % admettaient n\u2019y être jamais allées).Quant à la figure du prêtre, si 2,38 % et 5,43 % des répondants le regardaient comme un « ami personnel » ou du moins comme un « ami », 53,51 % admettaient n\u2019en avoir jamais vu.Cf.Oscar A.Echeverria Salvat, La Agricultura Cubana, 1934-1966: Regimen Social, Productividad y Nivel de Vida del Sector Agricola, Miami, Edi-ciones Universal, 1971.au lendemain du triomphe de la révolution castriste, en 1959.Il faut surtout réaliser que la révolution a eu lieu avant les changements considérables entraînés par le concile Vatican Il (1962-1965).Par conséquent, le souffle de renouveau libéré par l\u2019initiative de Jean XXIII devait arriver plusieurs années trop tard : les leaders de la révolution et les pasteurs de l\u2019Église formaient déjà deux camps rangés en bataille.Une Église coupée du peuple La composition de l\u2019Église à Cuba (à bien distinguer de « l\u2019Église cubaine ») compliquait encore le rapport Église-État.Formée surtout de prêtres et de religieux et religieuses espagnols, établie surtout dans les centres urbains - où la grande majorité du clergé desservait de prestigieuses institutions d\u2019enseignement au service de la bourgeoisie3 -, l\u2019Église était coupée de la grande majorité de la population.Cet engagement élitiste était encore aggravé par les positions politiques adoptées par la hiérarchie catholique, demeurée largement indifférente aux abus du régime Batista.La participation de trois prêtres à la tentative d\u2019invasion de la Baie des Cochons, en 1961, devait venir confirmer les pires soupçons de nombreux partisans de la révolution.Pour beaucoup de prêtres, formés dans l\u2019Espagne franquiste (et dont quelques-uns avaient déjà été expulsés de Chine), les réformes radicales introduites par le gouvernement révolutionnaire étaient absolument inacceptables.La rupture des relations diplomatiques avec les États-Unis, puis la reconnaissance de l\u2019Union soviétique ne pouvaient qu\u2019envenimer la situation.Plusieurs d\u2019entre eux ont conseillé à leurs fidèles de fuir à Miami (10 % de la population de l\u2019île a fait ce choix) et ceux qui sont restés ont dû subir les railleries du public.En outre, le gouvernement expulsa 131 prêtres, religieux et religieuses, en septembre 1961, au lendemain d\u2019une manifestation contre-révolutionnaire organisée par l\u2019Église.À la fin de 1961, les effectifs cléricaux étaient à leur plus bas : il ne restait que 200 prêtres et autant de religieuses, sur 800 prêtres et 2000 religieuses qui travaillaient à Cuba quelques années auparavant.C\u2019est ce qui s\u2019est produit depuis lors qui est particulièrement remarquable.Après un long moment d'introspection, les pasteurs ont réalisé qu\u2019il leur fallait repenser leurs façons de faire à la lumière de l\u2019aggiornamento de Vatican II.De son côté, le gouvernement en est venu à diminuer la pression exercée sur l\u2019Église.L\u2019impact du concile (et surtout celui de la conférence des évêques d\u2019Amérique latine, à Medellin, en 1968) a permis de consolider les progrès amorcés.Les efforts relations décembre 1988 309 de normalisation des relations se sont poursuivis pendant les années 70, soutenus par le nonce, Mgr Cesare Zacchi, qui fut souvent l\u2019objet de sévères critiques de la part des milieux conservateurs de l\u2019Église.Peu à peu, cependant, la situation s\u2019améliorait : l\u2019arrivée d\u2019une nouvelle génération, plus jeune, d\u2019évêques cubains, le passage à Cuba de leaders religieux étrangers, les visites d\u2019évêques cubains en Amérique latine et au Vatican, les déclarations de Fidel Castro à Santiago du Chili (1971) et en Jamaïque (1977) et quelques concessions mineures faites par le gouvernement, tout cela favorisait un début de coopération, d\u2019ailleurs surtout symbolique.En somme, si les années 60 avaient été surtout un temps d\u2019hostilité menant à l\u2019introspection, les dix années suivantes ont permis de jeter les bases de quelque chose qui commençait de ressembler au dialogue.Quelque chose comme le dialogue Mais c\u2019est dans les années 80 qu\u2019on est vraiment passé de la cohabitation forcée au dialogue.À la vérité, les exilés qui retournent à Cuba après vingt ans d\u2019absence ont peine à croire les événements des cinq dernières années.C\u2019est ainsi que les évêques ont fait paraître des communiqués sur la bombe à neutron et sur l\u2019invasion de la Grenade, qu\u2019ils ont critiqué la politique de l\u2019administration Reagan en Amérique centrale et dénoncé l\u2019endettement du tiers monde4.Au moment de l\u2019exode de 1980, les évêques ont conseillé aux catholiques de ne pas quitter Cuba, contrairement à ce qu\u2019ils avaient fait dans les années 60.Mais l\u2019événement le plus important, dans cette perspective, aura sûrement été la Rencontre nationale de l\u2019Église, en février 1986.Le discours inaugural de Mgr Adolfo Rodriguez, président de la conférence épiscopale, donnait le ton à la rencontre en décrivant le type d\u2019Église qu\u2019il espère voir se développer à Cuba : une Eglise qui veut être un signe de communion, qui veut être du peuple, car autrement elle serait en fait «l\u2019opium des masses» et cesserait d\u2019être l\u2019Église.L\u2019Église cubaine doit être l\u2019Église de l\u2019ouverture et du dialogue, les mains tendues et les portes ouvertes5.L\u2019ensemble du document final (plus de 200 pages, format légal) reflète trois grandes tendances : 1) une autocritique de l\u2019Eglise sur son rôle historique et les limites de sa pastorale ; 2) l\u2019accueil des objectifs socialistes de la révolution et le désir de collaborer au processus révolutionnaire ; 3) une analyse critique et constructive des problèmes sociaux qui continuent d\u2019exister à Cuba.Le texte respire un esprit d\u2019équilibre et de maturité, caractéristique de la nouvelle Église cubaine.À côté d\u2019une série de prises de position officielles et de lettres pastorales, de la visite de quelques grandes personnalités (de la Mère Teresa au cardinal Pironio, en passant par l\u2019archevêque de New York et le révérend Jesse Jackson) et de quelques gestes significatifs comme la corvée annuelle des séminaristes qui donnent plusieurs semaines à la récolte de la canne à sucre, ce document constitue un développement important dans la conception que se fait l\u2019Église de son rôle dans la société cubaine.Pour sa part, le gouvernement révolutionnaire a également favorisé le dialogue avec les porte-parole de l\u2019Église.C\u2019est ainsi qu\u2019au milieu des années 80, Fidel Castro s\u2019est mis à multiplier les rencontres avec les autorités religieuses ; le gouvernement a accordé un certain nombre de concessions symboliques (telles la procession pour célébrer la consécra- tion du nouvel évêque de Pinar del Rio, en 1979, ou l\u2019institution, en 1985, du bureau des Affaires religieuses) ; les médias contrôlés par le gouvernement ont modifié radicalement l\u2019image qu'ils présentent de l\u2019Église et les documents officiels du Parti ont ajusté leur façon d\u2019aborder les questions religieuses.Pris un à un, chacun de ces changements serait déjà remarquable ; considérés dans leur ensemble, ils témoignent d\u2019un revirement dans l\u2019attitude du gouvernement face à l\u2019Église.Un exemple suffira à illustrer cette volte-face dramatique.Dans les années 60, il était rare de trouver dans la presse cubaine un article positif sur le rôle de l\u2019Église.Dans les années 80, par contre, à mesure qu'augmente l\u2019intérêt pour le dialogue Église-État, la couverture de l\u2019actualité religieuse gagne en importance et bénéficie d\u2019une large publicité.Un coup d\u2019oeil sur mes dossiers me confirme que plus de 70 articles ont été consacrés à des sujets religieux dans les grands médias cubains, au cours des six dernières années.Le fait est d\u2019autant plus frappant qu\u2019il est extrêmement difficile de trouver quelque référence que ce soit au fait religieux dans la presse des années 70.Mais surtout, aucun de ces 70 articles de journaux ou de revues ne contient de critique à l\u2019égard de l\u2019Eglise.On ne saurait sous-estimer le rôle de Fidel Castro dans cette évolution, car c\u2019est largement à son initiative que s\u2019est amorcée la reprise du dialogue.En partie sans doute du fait des bonnes relations qu\u2019il entretient avec le nonce, mais aussi à cause de son intérêt pour la théologie de la libération et peut-être de sa propre formation religieuse (il a fait son cours chez les Jésuites), le président a joué un rôle capital dans l\u2019amélioration des rapports entre l\u2019Église et l\u2019État.Si l\u2019on regarde de près la douzaine de discours, d\u2019observations et d\u2019interviews de Castro portant sur les questions religieuses, force est de constater une cohérence remarquable, sur près de trois décennies, dans son attitude face à l\u2019institution religieuse.La publication, en 1985, de Fidel y la religion, une série d\u2019entretiens avec le Dominicain brésilien Frei Betto, marque une étape décisive dans la recherche d\u2019un rapprochement6.Il n\u2019est pas indifférent qu\u2019à Cuba le livre ait été publié par le Conseil d\u2019État : on en a écoulé plus de 200 000 exemplaires en quelques jours.À l\u2019heure actuelle, les ventes atteignent le million et on estime que le quart de la population adulte de Cuba a lu l\u2019ouvrage.Castro y évoque ses expériences de jeunesse dans l\u2019Église, il étudie le rôle historique de l\u2019Église à Cuba et il développe ce qu\u2019il estime devoir être le rôle de l\u2019Église dans la société.Il condamne toute forme de discrimination religieuse, critique les erreurs du gouvernement sur la question religieuse et souhaite voir l\u2019Église collaborer au processus révolutionnaire, en soulignant ce qui rapproche le marxisme et le christianisme.Dans la bouche d\u2019un haut fonctionnaire, de tels propos seraient un événement ; cela devient de l\u2019histoire quand celui qui les tient est justement l\u2019homme que bien des exilés cubains regardent comme l\u2019Antéchrist en personne.4.\tÀ l'été 1985, une centaine de personnalités religieuses ont participé à un grand congrès international convoqué à La Havane pour étudier les retombées de la dette internationale sur les pays en développement.5.\tDocumento final.Encuentro nacional cubano, La Havane, texte miméographié, 1986 ; page 7.6.\tLe livre a été traduit en français par Charles Antoine et publié sous le titre Entretiens sur la religion avec Frei Betto, Paris/ Montréal, Cerf/Bellarmin, 1986.310 relations décembre 1988 Il n\u2019y a pas de contradiction insurmontable entre la révolution et le christianisme.Un nouvel esprit, une nouvelle place Depuis cinq ans, l\u2019Église cubaine est mon principal objet de recherche.Pendant cette période, je suis allé à Cuba au moins une fois par année, j\u2019ai interviewé plusieurs porte-parole des Églises catholique et protestantes, rencontré des évêques, des prêtres, des religieuses, des laïques.et des bureaucrates du Parti.Ce qui se passe dans l\u2019Église cubaine est extraordinaire, surtout si l\u2019on se rappelle son rôle traditionnel, et augure bien des futurs rapports entre l\u2019Église et l\u2019État.Du côté du gouvernement, j\u2019ai été surtout impressionné par la cohérence de la position de Fidel Castro, pendant une trentaine d\u2019années, sur la nécessité pratique des structures religieuses et sur la pertinence de la théologie de la libération pour tous les peuples en développement.Dans l\u2019Église, je retiens d\u2019abord le vigoureux leadership de certains évêques, tels Mgr Jaime Ortega Alamino, l\u2019archevêque de La Havane (qui a fait ses études au Séminaire des Missions étrangères de Pont-Viau, au début des années 60) et Mgr Carlos Manuel de Cespedes, le secrétaire de la conférence épiscopale.En même temps, on ne peut qu\u2019être frappé par la vigueur du sentiment religieux populaire; plus de 100 000 fidèles participent à la procession annuelle de San Lazaro, 50 % des inhumations au cimetière Colon de La Havane sont accompagnées d\u2019une cérémonie religieuse et, de 1979 à 1985, les baptêmes ont doublé.En outre, si on compte à peine plus de 200 prêtres, la qualité du clergé a beaucoup augmenté : plus de la moitié des prêtres sont Cubains, ordonnés depuis la révolution, et le taux de persévérance chez les séminaristes est de 85 %.Mais le plus important reste le nouvel esprit qui anime l\u2019Église (plus encore depuis la Rencontre de 1986) et la place qu\u2019on fait peu à peu aux chrétiens dans la société cubaine.Il est encore trop tôt pour prédire comment évoluera le rôle de l\u2019Église à Cuba.Les catholiques pratiquants représentent seulement 1 % de la population, soit environ 100 000 personnes (on compte quelque 50 000 protestants).Même si leur influence s\u2019accroît, leur situation ne devrait pas connaître de changement spectaculaire.Reste que le processus de dialogue entre l\u2019Église et l\u2019État est maintenant bien établi et on peut prévoir que les tendances actuelles seront maintenues : couverture de presse positive, visite de personnalités religieuses (peut-être même le pape), concessions accrues de la part de l\u2019État.Tout cela paraît raisonnable et profitera vraisemblablement tout autant à l\u2019Église qu\u2019au gouvernement révolutionnaire.Une question demeure, pourtant.Pourquoi le bon sens a-t-il pris tant de temps à s\u2019impqser ?On ne peut qu\u2019espérer que le long cheminement de l\u2019Église cubaine éclaire d'autres expériences.On pense, entre autres, à l\u2019épiscopat du Nicaragua qui doit encore découvrir, à partir de l\u2019exemple de Cuba, qu\u2019il n\u2019y a pas de contradiction insurmontable entre la révolution et le christianisme, et que la mission prophétique des pasteurs de l\u2019Église est d\u2019être avec le peuple dans sa lutte pour une société plus juste.¦ relations décembre 1988 311 LE SALVADOR EN TRANSITION par Caroline Jarry et Rafael Montano après plusieurs années de guerre, les projets de révolution et de contre-révolution qui s\u2019affrontent au Salvador traversent actuellement un moment de transition délicat et crucial.C\u2019est là principalement ce qui est ressorti d\u2019un séminaire international réalisé à San Salvador l\u2019été dernier et auquel ont participé, notamment, l\u2019Université Centro-américaine (UCA) du Salvador (jésuite)1, des dirigeants du Front Démocratique Révolutionnaire (FDR) et plusieurs représentants des partis socialistes et sociaux-démocrates d\u2019Europe de l\u2019Ouest.Intitulé « Coopération Europe-Amérique centrale : le cas du Salvador », le séminaire de trois jours a cependant débordé ce thème pour aborder aussi des questions comme la démocratisation et les possibilités de dialogue pour mettre fin à la guerre civile salvadorienne.La conjoncture nationale se prêtait tout particulièrement à la tenue de ce séminaire qui, selon le mot du recteur de l\u2019UCA, Ignacio Ellacuria, se voulait «académique mais avec une préoccupation politique », tout en se posant comme une contribution à la résolution du conflit au Salvador.La conjoncture nationale a en effet connu d\u2019importants changements au cours des derniers mois.Ainsi, profitant des retombées de l\u2019accord de paix centro-américain signé au Guatemala en août 1987, quelques membres du FDR sont retournés au Salvador après huit ans d\u2019exil pour fonder, avec le Parti social-démocrate (PSD), la Convergence démocratique2.Et - fait sans précédent depuis les élections frauduleuses de 1977 -la C.D., une force de « gauche », a décidé de participer aux prochaines élections présidentielles de mars prochain.Cette décision n\u2019avait pas encore été prise officiellement lorsque nous étions au Salvador l\u2019été dernier (elle a été annoncée en septembre), mais on verra dans les entrevues qui suivent qu\u2019elle était déjà, alors, prévisible.Autre changement récent d\u2019importance : la remontée du parti politique d\u2019extrême-droite ARENA, mise en évidence par sa victoire aux élections législatives et municipales du 20 mars dernier.ARENA a ainsi obtenu, après un long débat post-électoral, la majorité absolue à l\u2019Assemblée législative.Enfin, une dernière donnée significative : en 1987, bien que l\u2019aide américaine au gouvernement salvadorien (608 millions de dollars US) ait dépassé le budget annuel total de ce dernier (585 millions US), le nombre de morts et de blessés, tant dans les rangs de l\u2019armée que dans ceux de la guérilla, a augmenté ; ce qui tendrait à démontrer que l\u2019intensité de la guerre, loin de diminuer, augmente.Plusieurs questions se posent dans un tel contexte.La chute et la division en deux tendances du parti démocrate-chrétien (PDC) et l\u2019échec, par conséquent, d\u2019un certain projet contre-révolutionnaire, pourraient-ils amener les États-Unis à réviser leur politique au Salvador et à appuyer un dialogue entre les parties en conflit ?Ou les États-Unis préféreront-ils donner leur appui à ARENA ?Quelles perspectives s\u2019offrent au mouvement populaire et à la Convergence démocratique (CD), dont les activités sont permises, mais limitées par la répression et par la peur ?Dans la conjoncture actuelle, tous les acteurs politiques et sociaux au Salvador se sentent interpellés plus impérieusement que jamais par ces questions ; c\u2019était visible lors de ce séminaire international qui a su poser les vrais problèmes.En témoignent ces entrevues que nous avons réalisées lors du séminaire avec Ruben Zamora, vice-président du FDR et Survivre, en attendant la démocratie.*§3 ! : -SM =>:3~ 1.\tOutre l\u2019UCA, la Fondation ouest-allemande Friedrich Ebert et le Centre de recherche et d\u2019action sociale (CINAS), proche du FDR, ont participé à l\u2019organisation du séminaire.2.\tLe FDR, composé notamment du Mouvement national révolutionnaire (social-démocrate) et du Mouvement populaire social-chrétien, a noué en 1980 une alliance non contraignante avec le Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN), une guérilla de gauche.Le FDR et le Parti social-démocrate, un jeune parti politique, ont fondé ensemble la Convergence démocratique en novembre 1987.312 relations décembre 1988 Canapress secrétaire général du Mouvement populaire social-chrétien (MPSC) et avec le père Ignacio Martin-Baro, vice-recteur de l\u2019Université centro-américaine (UCA).Nous en reproduisons ici de brefs extraits.Ruben Zamora, vice-président du FDR Caroline Jarry : Croyez-vous que la division du PDC et sa chute comme option contre-insurrectionnelle puissent ouvrir une conjoncture favorable pour la Convergence démocratique et pour le FMLN (la guérilla) ?Ruben Zamora : Il est évident que cette crise ouvre des possibilités pour les forces populaires, mais il ne faut pas oublier qu'elle en ouvre aussi pour les forces anti-populaires.Et je tiens à souligner cela, car ce serait une erreur de croire que la crise du projet contre-insurrectionnel implique de façon automatique un bénéfice pour nous.Un nouveau jeu s\u2019ouvre dont nous pouvons tirer profit, oui ; mais il faudra aussi que nous sachions appliquer la politique correcte pour convertir les possibilités en réalités.Ce que nous voulons faire - et nous nous sommes attelés à cette tâche depuis quelques mois déjà, en fondant la Convergence démocratique (CD) - c\u2019est essayer d\u2019élargir les espaces politiques populaires au Salvador et permettre ainsi une présence populaire plus importante.En même temps, nous voulons faire avancer ce que nous appelons le « consensus national populaire », par le biais duquel passe, d\u2019après nous, la solution à la guerre.Nous ne voyons pas nécessairement la CD comme devant être le « centre » de ce consensus, mais nous voyons en elle un instrument qui permette de forger des ententes et des liens avec de nouvelles forces sociales et de progresser vers ce consensus.Le problème, c\u2019est que le temps politique qui nous est alloué pour atteindre ce but vient d\u2019être diminué dramatiquement par la crise du PDC et la montée d\u2019ARENA.Une stratégie de consensus national implique du temps, ainsi que l\u2019existence d\u2019espaces politiques, sans quoi l\u2019entreprise est irréalisable.Nous nous étions donné deux ans et demi.Mais maintenant, avec la possibilité d\u2019une victoire d\u2019ARENA aux élections présidentielles de mars 1989 et la réduction subséquente probable des espaces politiques, nous avons moins d\u2019un an pour essayer de faire avancer ce projet3.Rafael Montano : Que fera l\u2019administration américaine ?En 1981, les républicains avaient rejeté une alliance avec ARENA.Or, si une administration démocrate prenait le pouvoir en janvier 1989, une telle alliance semblerait plus improbable encore.R.Z.: Je dirais ceci.Premièrement, nous ne pouvons pas espérer un changement de politique substantiel si les démocrates accèdent à la présidence, car l\u2019essentiel de leur politique extérieure n\u2019est pas déterminé par les couleurs du parti démocrate ou républicain, mais par la nature de l\u2019État américain.Deuxièmement, que le prochain président améri- 3.Soulignons qu\u2019en annonçant sa participation aux prochaines élections, la CD a spécifié ne pas prétendre à une victoire électorale, en raison notamment de la répression toujours présente, mais aussi en raison de l'exil, de 1980 à 1987, de ses dirigeants, et de la relative absence, par conséquent, de structures partisanes solides dans le pays.La CD veut surtout, en faisant campagne, ouvrir davantage ces fameux « espaces politiques » et nouer de nouvelles alliances.Ruben Zamora.« Des possibilités.» cain soit George Bush ou Michael Dukakis, certains changements devront être introduits dans la politique américaine au Salvador, tout simplement parce qu\u2019elle ne fonctionne pas bien ! Donc, je crois que même les républicains modifieraient leur politique.Enfin, même si le parti démocrate pourrait laisser, dans une certaine mesure, une plus grande marge de manoeuvre que les républicains aux forces internes sal-vadoriennes, il n\u2019en demeure pas moins que, dans l\u2019éventualité d\u2019une crise non seulement politique, mais aussi militaire au Salvador, une administration démocrate n\u2019aurait pas d\u2019autre alternative que d\u2019intervenir militairement.Car s\u2019il y a une chose qu\u2019une administration démocrate ne peut pas se permettre, c\u2019est une victoire militaire des forces révolutionnaires au Salvador.R.M.: Les dirigeants d\u2019ARENA ont récemment laissé entendre qu\u2019un dialogue pour mettre fin à la guerre serait souhaitable.En supposant que le candidat d\u2019ARENA remporte la présidence l\u2019année prochaine, croyez-vous à l\u2019éventualité d\u2019un dialogue avec un gouvernement représentant i\u2019extrême-droite, ou bien cette apparente ouverture n\u2019a-t-elle été, d\u2019après vous, que purement rhétorique ?R.Z.: La négociation demeure une option purement rhétorique tant qu\u2019il n\u2019y a pas un rapport de force qui la rende nécessaire.Et nous n\u2019en sommes pas encore là au Salvador.Militairement et politiquement - mais surtout politiquement - il nous reste encore du chemin à parcourir.Politiquement, par exemple, obtenir le rapport de force pour une véritable négociation signifie isoler les forces en faveur de la guerre et contre le dialogue.Nous n\u2019avons pas encore réussi cela.Il faudrait aussi que le mouvement social alternatif soit plus développé qu\u2019il ne l\u2019est actuellement.Et d\u2019après nous, quand ces conditions seront réunies, même ARENA acceptera de s\u2019asseoir à la table des négociations.C.J.Quel bilan faites-vous du travail accompli par la CD jusqu\u2019à maintenant ?R.Z.: Notre tâche est difficile.Nous ne savons pas jusqu\u2019où nous pouvons aller, en raison notamment de la répression qui s\u2019est intensifiée depuis le début de l\u2019année 1988.relations décembre 1988\t313 Seule la pratique dira quel sera le degré de tolérance du gouvernement et de l'armée à notre égard.Mais il fallait le faire ; car, par rapport à son niveau de développement militaire et social, le développement politique du mouvement révolutionnaire démocratique accuse un retard.Et le mouvement populaire ne peut corriger ce retard politique.Nous ne pouvons demander aux syndicats qu\u2019ils se « sur-politisent » -mettant en danger leur propre espace de lutte - pour la seule raison qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019instance pouvant assumer le travail politique.Il faut bien savoir, cependant, quel rôle nous réserve le projet contre-insurrectionnel dans ce contexte.Ce qu\u2019on veut faire de nous, ici, c\u2019est ce que nous appelons une « gauche-bonsaï».Vous savez, ces arbres japonais miniatures qui peuvent se développer mais qui ne grandissent pas ?Une gauche-bonsaï, donc, qui aurait pour seule fonction de décorer le jardin, sans constituer un élément de pouvoir.Les Américains voudraient au Salvador un jardin dont ils pourraient dire : « vous voyez, nous avons la droite, le centre, la gauche ; que voulez-vous de plus ?» Pour nous, il s\u2019agit d\u2019une situation de quitte ou double.S\u2019ils nous répriment, ils se font du tort, ils salissent leur jardin.Si nous grandissons, là aussi ils se font du tort.Telle est la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment.Ignacio Martin-Baro, vice-recteur de l\u2019UCA C.J.: Croyez-vous que l\u2019ascension d\u2019ARENA pourrait renouer les relations autrefois très étroites entre les forces armées et l\u2019extrême-droite politique, relations que les conseillers militaires américains se sont efforcés de dénouer sous le gouvernement démocrate-chrétien ?Ignacio Martin-Baro : Absolument.Je crois qu\u2019effectivement ARENA cherche - avec de fortes chances de réussir à court terme -à réunir les pouvoirs réels, c\u2019est-à-dire les pouvoirs économique et militaire, et le pouvoir formel, c\u2019est-à-dire politique.En ce sens, les secteurs dominants représentés au sein d\u2019ARENA rassembleraient de nouveau la totalité des pouvoirs légaux du pays.R.M.: On peut donc supposer que la tolérance actuelle du gouvernement à l\u2019égard de la Convergence démocratique atteindrait rapidement ses limites si ce mouvement prenait de l\u2019ampleur.I.M.-B.: Oui et non.Je crois qu\u2019il existe actuellement un risque de polarisation et de durcissement du conflit, y compris sur le plan militaire, mais à mon avis il faut explorer toutes les possibilités historiques.En ce moment, il y a un espace à partir duquel la CD peut s\u2019organiser et avancer.Si la transformation de la CD en une force significative d\u2019ordre politique devait coïncider avec un processus de « fermeture » politique et d\u2019intensification de la répression, c\u2019est là qu\u2019une participation active de l\u2019Europe - le thème de ce séminaire - et la présence d\u2019instances internationales comme le Comité de vérification des accords de paix (assisté entre autres par le Canada et l\u2019Espagne) pourraient jouer un rôle important et gêner un virage brusque vers l\u2019intensification de la répression et la fermeture des espaces politiques ici.Dans un tel contexte, l\u2019ambassade américaine ne pourrait permettre une trop grande marge de manoeuvre à ARENA.C.J.: Diriez-vous que l\u2019administration américaine, présentement dans l\u2019expectative, appuierait ARENA si le rapport de force interne le lui permettait, mais se rangerait plutôt du côté de la Convergence démocratique si celle-ci prenait de l\u2019ampleur ?I.M.-B.: Je ne crois pas que l\u2019administration appuie jamais la CD, mais disons que certaines circonstances pourraient faire qu\u2019elle ne la bloquerait pas.Et cela pourrait constituer une étape très importante dans une démarche vers une solution politique négociée.D\u2019un autre côté, si la CD ne se transforme pas en une force significative, je crois que les États-Unis opteraient pour ARENA.L\u2019ambassadeur américain Edwin Corr l\u2019a déjà laissé entendre.ARENA s\u2019efforce actuellement de présenter une image plus modérée afin de devenir un allié acceptable pour les États-Unis.Ses liens avec les forces armées jouent en sa faveur.R.M.: Une alliance ARENA-États-Unis aurait lieu même si les démocrates accédaient au pouvoir en janvier 1989 ?I.M.-B.: Oui.Les démocrates n\u2019offrent pas d\u2019alternative.Ils font le même diagnostic que les républicains de la situation salvadorienne.Même démocrate, l\u2019administration américaine ne courrait pas le risque de se retrouver avec un deuxième Nicaragua en Amérique centrale pour la seule raison qu\u2019elle s\u2019oppose à l\u2019extrémisme d\u2019ARENA.R.M.: Êtes-vous d\u2019accord avec la thèse selon laquelle le FMLN devrait intensifier ses activités militaires pour imposer, en quelque sorte, une solution politique négociée à la guerre ?I.M.-B.: C\u2019est difficile à dire.Il me semblerait peut-être plus important de mieux capitaliser politiquement les victoires militaires du FMLN.Car à mon avis, il y a beaucoup d\u2019énergie dépensée dans les actions militaires, qui n\u2019est malheureusement pas capitalisée politiquement.Peut-être parce que la guerre n\u2019est pas assez visible dans la capitale, où l\u2019impact populaire et la force symbolique sont plus importants que n\u2019importe quelle action militaire à Morazan, Cha-latenango ou Usulutan ; ceci sans minimiser le moins du monde le poids de ces actions, qui sont à mon avis importantes et positives.Mais pour mieux les capitaliser, il faudrait davantage d\u2019instruments politiques.C.J.: Certains participants à ce séminaire auquel vous participez ont laissé entendre qu\u2019avec le temps et avec de la «patience», le Salvador s\u2019acheminerait vers la démocratie, comme si la situation pouvait s\u2019améliorer progressivement à partir des bases actuelles.Croyez-vous à cette vision quantitative du processus de démocratisation au Salvador ?I.M.-B.: Pour cela il faudrait que je croie qu\u2019il y a dans le pays un début de démocratie.Et je ne le crois pas.Je crois qu\u2019il existe certains « espaces politiques » - la réalisation de ce séminaire en témoigne - mais une démocratie, non.Il n\u2019existe pas de conditions matérielles et formelles de représentation de larges secteurs, ni de consensus social minimal.Sans compter que le programme politique d\u2019ARENA annonce un retour en arrière et garantit la continuation de la guerre civile.C.J.: L\u2019Église a tenté de favoriser un dialogue entre divers secteurs sociaux, dans le but de contribuer à une solution globale à la guerre, mais apparemment sans trop de succès.I.M.-B.: C\u2019est qu\u2019elle n\u2019a pas essayé sérieusement.L\u2019Église s\u2019est alignée totalement sur la démocratie-chrétienne, ne nous leurrons pas.¦ 314 relations décembre 1988 RECENSIONS DE DÉCEMBRE -lectures.Philippe Dijan: Échine Traces - Annuel des religions (édition 1987) Échine Ses romans sont traduits dans quinze pays.Son 37.2 le matin a inspiré le célèbre film du même nom.Et comme beaucoup de petits garçons a-sociaux, il arbore volontiers en public une gueule de tête-à-claques.Échine, son sixième roman, était en tête des bonnes lectures de l\u2019été, cette année en France.Échine : un roman sur la quarantaine, sur la liberté, le monde des écrivains, la solitude, l\u2019alcool, les difficiles relations père-fils et l\u2019amitié homme-femme.Et quoi encore ?Un bon thriller sentimental sur la passion, la jalousie, et certaine différence d\u2019âge séparant (unissant ?) certains couples.Je sais : l\u2019énumération fait un peu fourre-tout et les sujets abordés ne sont pas criants d\u2019originalité.Peut-être que dites d\u2019une autre façon, ces choses-là toucheraient davantage.Touchons donc : Djian, qui sait garder son lecteur en haleine, écrit ici à la première personne un livre vivant, très actuel, sans prétention, sur le thème éternel de l\u2019Absolu - dans une petite culotte.Céder ?Ne pas céder ?S\u2019en remettre aux agréables mais parfois désastreuses expériences antérieures ?Se retenir un peu ?Beaucoup ?Attendre que les enfants soient sortis ?Qu\u2019on soit plus vieux ?Regretter qu\u2019on ne soit plus jeune ?Déplorer que ça fasse aussi longtemps ?Aussi peu de temps ?Avec une aussi moche ?Un aussi épais ?Après autant de verres ?À cet âge-là ?Mais alors, jamais ?Et que faire de l\u2019Amitié, dans la fournaise.?Je charrie un peu mais à peine : il y a ici un Max tellement seul qu\u2019il voudrait de temps en temps se faire assommer par une femme - question d\u2019être vu par elle, une fois.Mais il en meurt.Il y a ici un adolescent prêt à tuer pour qu\u2019on ne touche pas à sa soeur.« On » : son meilleur ami.Il y a ici une femme qui se les « fait » en regardant par la fenêtre.Et elle n\u2019est pas putain.Elle est.normale (au sens des normalités sociologiques, bien sûr.).Il y a aussi le narrateur, ex-écrivain, divorcé, alco, grand cavaleur devant l\u2019Éternel.Ou Célibataire.Papa gâteau.Fragile.Rugissant.Rugissant.Fragile.Il y a le corps électrique d\u2019Elsie.Le rubicon franchi tout en douceur des adolescents Herman et Gladys.Les cris relations décembre 1988 du couple d\u2019à côté, Harold et Bernie.C'est aussi l\u2019histoire d\u2019un homme qui apprend, péniblement, la sagesse (je n\u2019ai pas dit la « Sagesse ») - la sienne : goûter le présent, la vie simple, les choses simples : boire à la maison, aimer une femme, peut-être vouloir un enfant.Et on sort du livre en se disant : Québécois, encore un effort ?La langue est souvent parlée, le ton du narrateur à la fois sans merci et ironique.Jouant de façon fort comique avec les mots et les inversions de phrase (à propos de certaines filles toujours assaillies de petits besoins déplacés, Djian écrit : « C\u2019en sont des dont les parents ont de l\u2019argent, des qui ont la vie facile et qui à se la compliquer opiniâtrement s\u2019emploient.»).Morale de cette histoire : vivre, avoir assez vécu pour se reconnaître dépassé par la vie, mais pas assez pour ne pas vouloir y mordre, encore et encore ! Et voir, grâce ultime, l\u2019excitation faire place à la dégustation, et le Nombre à l\u2019Unité.Échine : comme un Seven Up en plein soleil ! ¦ Richard Dubois 315 Traces- Annuel des religions Pierre Arnold est moine bénédictin.Journaliste, familier des bidonvilles de Lima, il a déjà fait connaître sa vision d\u2019une Église post-conciliaire dans Une Église à tous vents (Brepols, 1985).Pour le plaisir des fervents de l\u2019information religieuse, il dirige maintenant Traces, Annuel des religions.La deuxième édition couvre la période qui va de janvier 1986 à mars 1987 inclusivement.Avec France Quéré, Charles Blanchet, Pierre Gabriel, Ernest Milcent, Hubert Thomas et une trentaine de collaborateurs, il a entrepris de « décrypter événements et débats d\u2019idées » (p.9).« Le lecteur peut ainsi se faire une idée du courant intellectuel qui traverse aujourd\u2019hui le monde religieux et le monde tout court au sujet des religions » (p.8).La première partie intitulée « L\u2019aujourd\u2019hui des croyants » passe en revue les grandes religions (chrétiennes, juive et musulmane) et la situation de la foi dans^ le monde.Un chapitre consacré aux Églises du Canada les situe « parmi les ensembles religieux les plus progressistes du monde occidental » (p.75).Malgré quelques manques de précision, l\u2019analyse sonne l\u2019heure juste.La deuxième partie, « Christianisme, questions à suivre », commente quelques faits judicieusement choisis : la montée de l\u2019Opus Dei, l\u2019engouement pour les apparitions, l\u2019impasse de la JOC internationale.Sous cette même rubrique, on trouve une rétrospective et une analyse fine de certains débats sur le statut de la religion dans la modernité.L\u2019originalité est ici d\u2019avoir donné la parole à l\u2019auteur Marcel Gauchet [Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985) et au théologien américain Charles Curran, qui exposent sereinement leur point de vue au sein d\u2019une controverse inachevée.Il aurait été étonnant qu\u2019une équipe de journalistes laisse de côté les médias.Le pari est tenu avec un aperçu du visage de Dieu à l\u2019écran, dans le roman et dans la bande dessinée.Sept questions théoiogiques complètent cette revue du christianisme, en insistant à nouveau sur les défis de la nouvelle évangélisation : individualisme, athéisme, réveil des paganismes.La foi a ses témoins et ses chercheurs.Traces en a retenu trois : Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, Mircea Eliade et Georges Dumézil.On l\u2019aura deviné, chacune de ces personnalités offre une interprétation personnelle de la quête religieuse contemporaine.Enfin, un « Dossier » sur les Philippines et des recensions complètent la quatrième partie.J\u2019ai parcouru avec grand intérêt l\u2019édition 1987 de Traces.Au-delà du reportage et des statistiques, l\u2019écriture journalistique va chercher le courant qui passe, l\u2019inquiétude qui mobilise.L\u2019illus- tration ravive le souvenir de l\u2019événement ou présente le personnage choisi : à chacun de s\u2019attarder à la rencontre de prière pour la paix à Assise, à la revue des troupes de Cory Aquino ou à la figure de Mircea Eliade, écrivain décédé durant l\u2019année.Autant de morceaux de l\u2019actualité que nous avions aperçus à travers les médias, sans avoir le moyen d\u2019en saisir toute la portée.Quant au climat de l\u2019ouvrage, il respire le dialogue interculturel et oecuménique, comme le suggère cette réflexion de Hubert Thomas : « À mon sens, il y a aujourd\u2019hui un terrain où nous (chrétiens et athées) pouvons travailler ensemble, celui de la spiritualité.Les Églises elles-mêmes, délaissant trop l\u2019appel pour l\u2019autorité, n\u2019ont-elles pas été requises davantage par des préoccupations de structures et de conformité, que par la vie intérieure des croyants ?Une tâche essentielle serait peut-être de rendre aux hommes la capacité du silence, celle de la limitation des besoins, l\u2019écoute et la parole vraies, celle encore d\u2019avancer vers la mort.Un autre lieu de notre combat commun pourrait être celui de l\u2019éthique : péril à l\u2019environnement, endettement du tiers monde, mutation de la sexualité, bouleversements médicaux.» (p.157).Nous attendons avec impatience l\u2019édition 1988 de VAnnuel des religions.¦ Gisèle Turcot références Philippe Dijan, Échine, Paris, Bernard Barrault Éditeur, 1988; 408 pages.Traces - Annuel des religions, édition 1987, sous la direction de Pierre Arnold, Brepols, 254 pages.À SIGNALER : Marcel Lefebvre, La famille.De la démission à l\u2019espérance, Desclée / Novalis, série « L'horizon du croyant », 1988,160 pages.Les Éditions Novalis inaugurent, avec cet ouvrage, une série encyclopédique d\u2019information chrétienne.Prenant au sérieux l\u2019apport des sciences humaines, le théologien qu\u2019est Marcel Lefebvre fait une présentation lucide des épreuves que subit la famille contemporaine, et il propose de les considérer « avec une mentalité habitée par l\u2019espérance» (p.121).Sans complaisance pour la dénatalité, qu\u2019il relie à la société de consommation, il reconnaît chez les familles réduites le renforcement du lien affectif parents-enfants ; sous le piège idéologique de la fidélité à soi, il détecte le désir d\u2019une plus grande liberté personnelle ; et dans l\u2019affirmation de la volonté d\u2019autonomie des femmes, il découvre la condition d\u2019une relation matrimoniale égalitaire.Comme pasteur et théologien, il croit que « le mystère de Dieu » peut aussi se révéler à nous par ce « langage diffus sur Dieu » (p.150).Un livre éclairant, accessible, qui invite à bâtir des solidarités avec les familles.316 relations décembre 1988 LA FOI EN QUÊTE DE COHÉRENCE par Louis Roy BELLARMIN Dans un monde où l\u2019on se pose des questions, l\u2019intelligence de la foi est la condition de la survie de la foi.162 pages 16,00$ Édîtloni HeUatmîn 8100, boul.Saint-Laurent P Montréal (Québec) Canada H2P 2L9 \u2014 Tél.: (514) 387-2541 relations décembre 1988\t317 stables de l\u2019année 1988_ AUTEURS AUGER, A., L'environnement à la Baie James : les impacts du siècle ?: 205.BALTHAZAR, L., Les limites de ia puissance américaine.L'illusion reaganienne : 111.BARRIAULT, C., Deux exemples : le Bas Saint-Laurent/ Gaspésie et l'Outaouais.Le syndrome des collectivités en désintégration sociale : 269.BAUM, G., Social-démocratie et engagement éthique : 25.Typologie des arguments en présence.La question de l'avortement : 78.À propos d\u2019un livre de F.Dumont : De l'expérience à la théologie : 122.La solidarité avec les opprimés : 302.BEAUCHAMP, A., L\u2019été comme sa maison : 172.À propos d'un livre de Jürgen Moltmann.Le repos de Dieu : 179.Sur les projets à venir d'Hydro-Québec : quelques questions à se poser : 208.Saint-Basile : Oublier ou bien apprendre : 277.BEAUDRY, A., Métamorphose de l\u2019État-providence : 42.Une angoisse nécessaire : 73.La question du déclin : 106.Éthique et pluralisme : 138.Quand je me fais la lecture : 181.BÉLANGER, Y., La militarisation de notre industrie : 233.Le gâteau des dépenses militaires : 235.Les armes « made in Canada » : 237.L\u2019industrie militaire au Québec.Quel avenir ?: 243.BOYER, G., Mettre un enfant au monde, c'est prendre un certain risque.: 16.CÔTÉ, C., Misère à la carte : 266.DE LAUBIER, P., Solidarité / charité.Alternative ou complémentarité ?: 299.DUBOIS, R., Québec ou Montréal ?L\u2019été en ville : 176.DURAND, G., (Entrevue) Le compromis éthique : 139.FORTIN, B., Appel au Dieu de la vie : 142.GODBOUT, J.T., Une commission en otage : 149.GUÉNETTE, F., Avortement, territoire occupé : 141.GUINDON, A., La sexualité des prêtres.En parler ou pas ?: 53.HARVEY, J., L'avortement et la loi canadienne : 81.Groupes ethniques et accès à l\u2019égalité : 249.Un Québec cassé en deux : 264.HOWES, D., Le pluralisme et ses conséquences : 144.JARRY, C., Le Salvador en transition : 312.JUTRAS, F., Mon pays, c'est.: 168.KIRK, J.M., L'Église qui est à Cuba : 309.LACAILLE, C., En Amérique latine : l\u2019Église des pauvres et l\u2019offensive conservatrice : 119.LAPIERRE-ADAMCYK, E\u201e Mariage et enfants.Vraiment mis en question ?: 11.LEE, J., La responsabilité à l\u2019égard du logement des sans-abri : 19.LEVER, Y., Mystérieux chemins du cinéma.: 90.Un cinéma de solidarité : 280.MARIEN, D., La pauvreté sous Reagan : 107.MARSAN, J.-C., (Entrevue par J.H.) Montréal 1992.L'été: 169.MELMAN, S., Aux États-Unis.Économie de guerre, économie de paix : 183.MORISSETTE, F., Croire en ses chances : 175.NADEAU, J., Professeur à l\u2019Université Furen, à Taiwan.Quatre ans dans un grand couvent: 153.OCCDP, L\u2019Amérique du Nord : une forteresse ?: 215.PAQUET, G., Les cheminements d'Hydro-Québec : émergence, épopée et désenchantement : 202.PAIEMENT, G., Misère à la carte : 266.L\u2019urgence de voir autrement : 275.PARGUEZ, A., Libre-échange et plein emploi : 56.RICHARD, J.-R, 1948 : L\u2019affaire de la silicose.Le sanctuaire fracassé : 47.ROBERT, M., Mexique : un libre-échange avec les États-Unis ?: 23.Les difficultés du GATT.La montée du protectionnisme : 85.ROCHAIS, G., Medjugorje : 87.SOMERVILLE, M., (Entrevue par A.B.) Un jugement plus sévère qu'il ne paraît : 74.ST-AMANT, J., L'histoire compliquée d\u2019une définition.La charité selon la loi : 307.TARDIF, F., Pourquoi n\u2019avons-nous pas d\u2019enfants?: 15.Une affaire publique : 77.Quand les dés sont lancés : 146.Cartes postales : 173.Charité et solidarité ?: 298.TURCOT, G., Anne, ma soeur Anne.: 10.La réforme de l'aide sociale : 40.Femmes et emplois : quatre enquêtes, un constat : 116.La 12e Conférence de Lambeth.Maintenir la communion : 247.VALLÉE, B., Le labyrinthe de la charité enregistrée : 306.MATIÈRES (voir aussi FACE À L\u2019ACTUALITÉ) AVORTEMENT - Une angoisse nécessaire, A.B.: 73.Une entrevue avec Margaret Somerville.Un jugement plus sévère qu\u2019il ne paraît, A.B.: 74.Une affaire publique, F.T.: 77.Typologie des arguments en présence.La question de l\u2019avortement, G.B.: 78.L\u2019avortement et la loi canadienne, J.H.: 81.Avortement, territoire occupé, F.G.: 141.Appel au Dieu de la vie, B.F.: 142.CHARITÉ - Charité et solidarité ?, F.T.: 298.Solidarité / charité.Alternative ou complémentarité ?, P.D.: 299.La solidarité avec les opprimés, G.B.: 302.Le labyrinthe de la charité enregistrée, B.V.: 306.L\u2019histoire compliquée d'une définition.La charité selon la loi, J.S.: 307.CINÉMA - Mystérieux chemins du cinéma., Y.L.: 90.Un cinéma de solidarité, Y.L.: 280.CULTURE - Mon pays, c'est., FJ.: 168.Montréal 1992.l'été, (entrevue), J.-C.M.: 169.L'été comme sa maison, A.B.: 172.Cartes postales, F.T.: 173.Croire en ses chances, F.M.: 175.Québec ou Montréal ?L\u2019été en ville, R.D.: 176.À propos d\u2019un livre de Jürgen Moltmann.Le repos de Dieu, A.B.: 179.Quand je me fais la lecture, A.B.: 181.DÉNATALITÉ, DEMOGRAPHIE - Anne, ma soeur Anne., G.T.: 10.Mariage et enfants.Vraiment mis en question?, E.L.-A.: 11.Pourquoi n\u2019avons-nous pas d\u2019enfants ?, F.T.: 15.Mettre un enfant au monde, c\u2019est prendre un certain risque., G.B.: 16.ÉCONOMIE - Mettre un enfant au monde, c'est prendre un certain risque., G.B.: 16.Les difficultés du GATT.La montée du protectionnisme, M.R.: 85.Aux États-Unis.Économie de guerre, économie de paix, S.M.: 183.(Voir libre-échange, paix) ÉGLISE ET RELIGION - La sexualité des prêtres.En parler ou pas ?, A.G.: 53.Medjugorje, G.R.: 87.Femmes et emplois : quatre enquêtes, un constat, G.T.: 116.En Amérique latine : l\u2019Église des pauvres et l'offensive conservatrice, C.L.: 119.À propos d'un livre de F.Dumont : De l'expérience à la théologie, G.B.: 122.Appel au Dieu de la vie, B.F.: 142.A propos d\u2019un livre de Jürgen Moltmann.Le repos de Dieu, A.B.: 179.L'Amérique du Nord : une forteresse?, OCCDP : 215.La 12e Conférence de Lambeth.Maintenir la communion, G.T.: 247.Charité et solidarité ?, F.T.: 298.Solidarité / charité.Alternative ou complémentarité ?, P.D.: 299.La solidarité avec les opprimés, G.B.: 302.L\u2019Église qui est à Cuba, J.M.K.: 309.ENVIRONNEMENT - L'environnement à la Baie James : les impacts du siècle ?, A.A.: 205.Sur les projets à venir d'Hydro-Québec : quelques questions à se poser, A.B.: 208.Saint-Basile : Oublier ou bien apprendre, A.B.: 277.ÉTATS-UNIS - La question du déclin, A.B.: 106.La pauvreté sous Reagan, D.M.: 107.Les limites de la puissance américaine.^ L\u2019illusion reaganienne, L.B.: 111.Aux États-Unis.Économie de guerre, économie de paix, S.M.: 183.ÉTHIQUE - Pourquoi n\u2019avons-nous pas d'enfants ?, F.T.: 15.Social-démocratie et engagement éthique, G.B.: 25.Éthique et pluralisme, A.B.: 138.Le compromis éthique (entrevue), G.D.: 139.Avortement, territoire occupé, F.G.: 141.Appel au Dieu de la vie, B.F.: 142.Le pluralisme et ses conséquences, D.H.: 144.Quand les dés sont lancés, F.T.: 146.FEMMES - Femmes et emplois : quatre enquêtes, un constat, G.T.: 116.(Voir avortement) HYDRO-QUÉBEC - Les cheminements d'Hydro-Québec : Émergence, épopée et désenchantement, G.P.: 202.L\u2019environnement à la Baie James : les impacts du siècle ?, A.A.: 205.Sur les projets à venir d'Hydro-Québec : quelques questions à se poser, A.B.: 208.JEUNES - Croire en ses chances, F.M.: 175.LIBRE-ÉCHANGE - Libre-échange et plein emploi, A.P.: 56.L'Amérique du Nord : une forteresse ?, OCCDP : 215.PAIX, MILITARISME - Aux États-Unis.Économie de guerre, économie de paix, S.M.: 183.La militarisation de notre industrie, Y.B.: 233.Le gâteau des dépenses militaires, Y.B.: 235.Les armes « made in Canada », Y.B.: 237.Les conflits armés dans le monde 1987-88 (carte), Compass : 241.L\u2019industrie militaire au Québec.Quel avenir ?, Y.B.: 243.PAUVRETÉ - Un Québec cassé en deux, J.H.: 264.Misère à la carte, C.C.et G.P.: 266.Deux exemples : le Bas Saint-Laurent/Gaspèsie et l'Outaouais.Le syndrome des collectivités en désintégration sociale, C.B.: 269.L'urgence de voir autrement, G.P.: 275.QUESTIONS INTERCULTURELLES - Groupes ethniques et accès à l\u2019égalité, J.H.: 249.QUESTIONS INTERNATIONALES - Mexique : un libre-échange avec les États-Unis ?, M.R.: 23.En Amérique latine : l\u2019Église des pauvres et l\u2019offensive conservatrice, C.L.: 119.Professeur à l\u2019Université Furen, à Taiwan.Quatre ans dans un grand couvent, J.N.: 153.L\u2019Église qui est à Cuba, J.M.K.: 309.Le Salvador en transition, C.J.: 312.(Voir États-Unis, Haiti) QUESTIONS MUNICIPALES - Montréal 1992.l\u2019été, (entrevue), J.- C.M.: 169.QUESTIONS SOCIALES - La responsabilité à l'égard du logement des sans-abri, J.L.: 19.1948 : l'affaire de la silicose.Le sanctuaire fracassé, J.-P.R.: 47.Montréal 1992.l'été, (entrevue), J.-C.M.: 169.Croire en ses chances, F.M.: 175.Un Québec cassé en deux, J.H.: 264.Misère à la carte, C.C.et G.P.: 266.Deux exemples : le Bas Saint-Laurent/Gaspésie et l\u2019Outaouais.Le syndrome des collectivités en désintégration sociale, C.B.: 269.L\u2019urgence de voir autrement, G.P.: 275.(Voir les titres plus spécifiques) RÉFORME SOCIALE - La réforme de l'aide sociale, G.T.: 40.Métamorphose de l'État-providence, A.B.: 42.Une commission en otage, J.T.G.: 149.TRAVAIL - Femmes et emplois : quatre enquêtes, un constat, G.T.: 116.Groupes ethniques et accès à l\u2019égalité, J.H.: 249.FACE À L\u2019ACTUALITÉ AVORTEMENT - Après la Cour suprême, l'impasse de l\u2019avortement,J.H.: 196.CINÉMA ET CULTURE - Les enfants de la rue, Y.L.: 102.L'amour, à quel prix ?, G.B.: 133.Un film de Sylvie Groulx.Chronique d'un temps flou, Y.L.: 199.ÉCONOMIE - La part du lion, H.S.: 165.Zonage en sursis, A.C.: 230.(Voir libre-échange) ÉDUCATION - Mexico : l'université en crise, C.J.: 71.ÉGLISE ET RELIGION - Mauvais usage du secret pontifical, J.H.: 35.Le message social du pape Jean-Paul, J.H.: 99.Pèlerinage, (coll.) : 103.Vingt- 318 relations décembre 1988 volume 47, numéros 537 à 546 cinq ans à rapprocher des solitudes, S.V.: 132.Plaidoyer pour les petits, C.B.: 166.L'Institut catholique de Montréal, G.T.: 195.Dix ans, A.B.: 227.Joyeux Noël, F.T.: 291.ENVIRONNEMENT - Mensonge acide ?, J.H.: 163.Les inquétudes de Jonas, J.-P.R.: 292.ÉTATS-UNIS - La poudre contre les canons, J.-P.R.: 100.L\u2019envol d\u2019un pasteur noir, J.-P.R.: 228.ÉTHIQUE - Crise du monde moderne.Les défis posés aux intellectuels, L.B.: 5.Fluor et passion, F.T.: 101.Les inquétudes de Jonas, J.-P.R.: 292.FEMMES - A cappella, F.T.: 37.(Voir avortement) HAÏTI - Aba lamé, viv kep, A.B.: 3.Quel État pour les Haïtiens ?, J.-P.R.: 197.Haiti : la pression des sans-grade, J.-P.R.: 260.IMMIGRANTS ET RÉFUGIÉS - Quand les tout-petits font l\u2019histoire, A.B.: 8.Pèlerinage, (coil.) : 103.JEUNES - Malade à cause de qui ?, F.M.: 70.Les enfants de la rue, Y.L.: 102.Un film de Sylvie Groulx.Chronique d\u2019un temps flou, Y.L.: 199.QUESTIONS INTERCULTURELLES - Le projet de Loi C-93, J.H.: 5.Le renouveau autochtone, J.-F.B.: 293.QUESTIONS INTERNATIONALES - La vérité dans la Pravda ?, J.-P.R.: 7.Quand les tout-petits font l\u2019histoire, A.B.: 8.Où sont passés les disparus ?, T.B.: 37.La maison de Bachir, A.N.et J.L.: 67.Jérusalem : La ville aux mille portes, J.-P.R.: 68.Mexico : l\u2019université en crise, C.J.: 71.La poudre contre les canons, J.-P.R.: 100.Il n'y a pas d\u2019Ulster, J.-P.R.: 134.Virage à droite au Salvador, C.J.: 135.Déserter pour la paix, G.T.et F.T.: 164.Burundi : la démesure, F.T.: 261.(Voir États-Unis, Haiti) QUESTIONS NATIONALES - Le projet de Loi C-93, J.H.: 5.Renaissance du nationalisme québécois ?, A.B.: 131.Le Québec après Félix Leclerc, J.H.: 229.Québec souverain et Parti québécois, J.H.: 259.QUESTIONS SOCIALES - Le message social du pape Jean-Paul, J.H.: 99.Fluor et passion, F.T.: 101.Les enfants de la rue, Y.L.: 102.Zonage en sursis, A.C.: 230.Au grand jour : 262.« Il n\u2019y avait pas de place pour eux ».Un message de tolérance, Coll.: 294.(Voir les titres plus spécifiques) RÉFORME SOCIALE - Malade à cause de qui ?, F.M.: 70.LECTURES BIBBY, R., Fragmented Gods, (G.B.) : 284.BOHRINGER, R., C'est beau une ville la nuit, (R.D.) : 220.CHARRON, C., Probablement l'Espagne, (R.D.) : 94.CONCILIUM (no 214), « Les femmes, le travail et la pauvreté (M.-A.R.) : 219.J DIJAN, P, Échines, (R.D.) : 315.DUMONT, F, Le sort de la culture, (J.D.) : 126.FARIAS, V, Heidegger et le nazisme, (A.N.) : 188.FORTIN, A.(en collaboration), Histoires de familles et de réseaux.La sociabilité au Québec d'hier à demain, (G.B.) : 62.FRASER, M., Quebec Inc., French-Canadian Entrepreneurs and the New Business Elite, (A.B.) : 157.GOBEIL, P., Tout l'été dans une cabane à bateau, (R.D.) : 285 GODBOUT, J.T., La démocratie des usagers, (J.H.) : 125.GRANT, G., Est-ce la fin du Canada ?, (J.H.) : 283.ICART, J.-C., Négriers d'eux mêmes.Essai sur les boat people haïtiens en Floride, (F.T.) : 28.IQRC, Couples et parents des années quatre-vingt, (A.P.) : 286.KRISTOF, A\u201e Le grand Cahier et La preuve, (R.D.) : 188.LABORIT, H., Dieu ne joue pas aux dés, (R.D.) : 158.LAROSE, J., La petite noirceur, (R.D.) : 92.LAVERDIÈRE, L., L'Africain et le missionnaire.L'image du missionnaire dans la littérature africaine d'expression française, (M.M.) : 61.MATHIEU, P, Marie de Dieu, (E.R.) : 222.MIQUEL, C.et MÉNARD, G., Les ruses de la technique, (G.B.) : 252.NAUD, A., Le magistère incertain, (J.H.) : 93.NOËL, F, Myriam première, (R.D.) : 125.PRADES, J.A., Persistance et métamorphose du sacré, (G.B.): 187.REGEHR, E\u201e Arms Canada - The Deadly Business of Military Exports, (H.S.) : 253.SCHWARTZENBERG, L., Requiem pour la vie, (A.B.) : 28.SORMAN, G., La nouvelle richesse des nations, (H.S.) : 93.TAHAR, B.J., La nuit sacrée, (R.D.) : 29.TARD, L.-M., Il y aura toujours des printemps en Amérique, (M.R.) : 124.THOMAS MORE INSTITUTE, Curiosity at the Center of One\u2019s Life.Statements and Questions of R.Eric O\u2019Connor, (E.D.) : 221.VALADIER, P, L'Église en procès.Catholicisme et société moderne, (J.-P.R.) : 221.VALLIN, P., Histoire politique des Chrétiens, (A.B.) : 284.XAVIER, SAINT FRANÇOIS, Correspondance (1535-1552) (Lettres et documents présentés par Hugues Didier), (L.L.) : 156.XXX, Traces - Annuel des religions, (G.T.) : 316.ENTREVUES Somerville, M., Un jugement plus sévère qu\u2019il ne paraît (A.B.) : 75.Durand, G., Le compromis éthique : 139.Marsan, J.-C., Montréal 1992.L\u2019été (J.H.) : 169.tables de l'année 1988 volume 47, numéro 537 à 546 DOSSIERS La dénatalité - (janvier-février) L\u2019aide sociale : aptes ou inaptes ?- (mars) L\u2019avortement - (avril) Le déclin - (mai) Éthique et pluralisme - (juin) L\u2019été en ville - (juillet-août) Le compte de l'Hydro - (septembre) L\u2019industrie militaire au Québec - (octobre) Un Québec cassé en deux - (novembre) L'amour du prochain.Charité ?Solidarité ?- (décembre) * \u2018 Ou* -\tL\u2019Église de Montréal -\tL\u2019Église et les laïques -\tÉconomie et foi -\tLa Chine -\tLes sans-abri -\tRome : respect de la vie -\tSyndicats en 1987 -\tAccès à l\u2019égalité -\tLe choix des Inuit -\t1987 après J.C.-\tLa police -\tHaïti (février 88) -\tLa commission Rochon -\tLe magistère incertain -\tLes Anglicans et nous -\tLa charité en 1988 Vous pouvez emprunter ces cassettes (location: pour 1 semaine: 5$ plus les frais d\u2019envoi) ou même en commander une copie (25$ plus les frais).Veuillez préciser le format de la cassette désirée (Beta ou VHS) et le sujet.Adresser vos commandes à Pauline Roy, Centre justice et foi 25, Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 (514) 387-2541 CENTRE JUSTICE ET Fol LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉO relations décembre 1988 319 relations décembre 1988 2,50$ no 546 SOMMAIRE face à l\u2019actualité 291 Joyeux Noël (F.T.) - Les inquiétudes de Jonas (J.-RR.) - Le renouveau autochtone (J.-F.B.) - Un message de tolérance Francine Tardif Patrick de Laubier Gregory Baum Bernard Vallée Jacques St-Amant dossier 297 Charité et solidarité ?Alternative ou complémentarité ?La solidarité avec les opprimés Le labyrinthe de la charité enregistrée La charité selon la loi dépêches articles 296 309 John M.Kirk Caroline Jarry et Rafael Montano L\u2019Église qui est à Cuba Le Salvador en transition lectures Photographie de la page couverture : Paul Hamel NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Francine Tardif (ou Pauline Roy) : 387-2541.Surveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le Devoir, le jour même de la rencontre.Le lundi 12 décembre 1988, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.décembre 1988 Courrier de la deuxième classe; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 8100 boulevard St-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
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