Relations, 1 septembre 1989, Septembre
[" A propos de Jésus de Montréal x des relig>eux\u2019 s- qu\"\"nous ^feïS5B\tde l'incarnation et de $£ue de pies durable et P\tdont le sens de I tnca ^ la Arès étart d^abord un P® ^g^pr^ets 'd\u2019avenir dt'P^®£fbuv,on à féSon.Son dernierbien oe^«50n y pri»^ S^^âfSK»«.\u201c SiSëllüüèi rSeAuq-o,r,B,onardAresl julien Harvey relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Nicole Du-rand-Lutzy, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Francine Tardif.COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Renaud Bernardin, Ginette Boyer, Richard Dubois, Caroline Jarry, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau, Henri Sader.BUREAUX 8100, boui.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 16,00 $ (à l\u2019étranger: 20,00 $) abonnement de soutien : 40 $ Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.194 relations septembre 1989 face à \u2019actualité- Vingt ans de débats ?Une science ou un art ?Un « nouvel » ordre international ?L\u2019art après une révolution ?Gala de l\u2019armement AVORTEMENT, CONSCIENCE ET LOI en avril 1988, à la suite du jugement de la Cour suprême du Canada décriminalisant l\u2019avortement, Relations publiait un dossier, qui s\u2019ajoutait à une longue série d\u2019interventions.Celles-ci révèlent des phases dans l\u2019évolution de notre société et dans notre réaction à cette évolution.Je crois utile de les rappeler, espérant jeter un peu de lumière sur la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons actuellement.Il faut d\u2019abord remarquer que pendant les premières vingt-cinq années de la Revue, on ne parle tout simplement pas de l\u2019avortement (à l\u2019exception d\u2019un article en 1941, sur l\u2019avortement aux USA).Ce silence reflète sans doute la situation d\u2019alors: la société et l\u2019Église considéraient tout avortement comme un crime, ce qui ne requérait aucune explication.Le premier article sur la question s\u2019intitule de façon caractéristique « L\u2019avortement est un meurtre » (1966, p.106).Ainsi commence ce que j\u2019appellerais la phase un.Elle est centrée sur un respect de la vie, même commençante, qui est tel qu\u2019un grand spécialiste comme John T.Noonan a pu l\u2019appeler « une valeur quasi absolue à travers l\u2019histoire ».Et même la tradition pourtant plus ancienne de tolérance qui refusait de parler de meurtre avant la fin du premier trimestre de la grossesse (voir Relations, avril 1988, p.81) a été marginalisée au profit d\u2019un jugement sans aucune nuance.La Commission d\u2019enquête fédérale chargée de préparer le Bill Omnibus du gouvernement Trudeau (1968), puis la discussion en Chambre de la loi qui en découle (1969), suscitent des réflexions plus nuancées.C\u2019est ce que j\u2019appellerais la phase deux.Reflétant à la fois l\u2019évolution du pluralisme social et le progrès de la médecine, cette phase est centrée sur la recherche d\u2019adoucissements à la loi d\u2019airain de la phase un.Pendant cette époque, on réaffirme des positions non négociables : le respect de la vie est une condition essentielle de la construction d\u2019une société juste, la mère et le père sont coresponsables dans le don de la vie, le plus faible ne doit pas être sacrifié dans les luttes des plus forts, les décisions portant sur la vie et la mort ne sont pas seulement individuelles mais aussi sociales.Ceci dit, on reconnaît peu à peu des cas d\u2019exception où, ces principes étant saufs, l'avortement se présente comme un moindre mal, sous forme d\u2019avortement thérapeutique.Le Rapport Bird sur « La situation de la femme au Canada » (1971) amène la Revue à reconnaître que la prise de conscience d\u2019une forte discrimination négative à l\u2019égard des femmes change les données du problème de l\u2019avortement (Claire Campbell, Relations, 1971, p.85), même si on regrette qu\u2019il soit traité de façon trop simple dans le rapport.Trois ans plus tard, lorsqu\u2019on reparle de mise à jour de la loi fédérale sur l\u2019avortement, la réaction de la Revue se place sur un nouveau terrain : les statistiques révèlent un écart de relations septembre 1989 195 plus en plus considérable entre la sévérité de la loi et la pratique de plus en plus visible de l\u2019avortement clandestin ou en clinique américaine (Relations, 1974, p.111).L'adoucissement se situe ici dans la recherche d\u2019une solution politique, résultat d\u2019un compromis, recherche du moindre mal et de la paix sociale.Enfin, en janvier-février 1982, la Revue analyse une intervention des évêques du Québec, une lettre intitulée Un appel en faveur de la vie, et du même coup elle verse au dossier un autre facteur d\u2019adoucissement : l\u2019intervention éthique et sociale de l\u2019Église doit, comme l\u2019Évangile, se centrer sur l\u2019amour qui doit entourer la conception et la naissance de l\u2019enfant, plus que sur la lettre de la loi ; si cet amour est absent, on peut à bon droit parler de situation de détresse de la mère et de l\u2019enfant.On ajoute aussi que le caractère trop exclusivement masculin de la voix de l\u2019Église est un inconvénient majeur, qui devra un jour ou l\u2019autre être dépassé.En 1988, la société entre dans ce que j\u2019appelle la phase trois.On cesse de chercher des adoucissements à la loi, on la supprime au contraire par une décision judiciaire qui crée un tel vide que jusqu\u2019ici le gouvernement n\u2019est pas parvenu à le combler.En déclarant que la loi qui faisait de l\u2019avortement un crime allait contre des droits fondamentaux des femmes au Canada, la Cour indique au gouvernement qu\u2019il faut changer de terrain si on veut rendre service à la société en légiférant sur l\u2019avortement.La réaction de la Revue (dossier d\u2019avril 1988) indique déjà quelques points de repère : la situation de détresse de la mère, et non pas seulement sa santé physique, peut justifier, en conscience et en droit, un avortement comme moindre mal pendant le premier trimestre de la grossesse, une limite qu\u2019une longue tradition de la société et de l\u2019Église d\u2019Occident permet d\u2019envisager.La Revue aborde également la dimension sociale de la question : tout ce qui réduira au minimum les situations de détresse réduira le recours à l\u2019avortement.Nous en sommes là.Ce qu\u2019on pouvait prévoir s\u2019est réalisé, de façon bien typiquement moderne.Une femme, Chantal Daigle, et un homme, Jean-Guy Tremblay, ont vu les souffrances de leur vie privée étalées sur la place publique et, en plein été, alors que les médias manquent de matière et de personnel, ont servi de laboratoire pour faire réfléchir tout le pays sur la question de l\u2019avortement.La Cour supérieure, puis la Cour d\u2019appel du Québec ont reconnu, au moins dans le cas précis qui leur était soumis, les droits du foetus et les droits du père, en plus de ceux de la mère.Les deux Cours ont également reconnu que le droit à l\u2019avortement est un droit d\u2019exception.Il est difficile de ne pas reconnaître le bien-fondé de ces deux conclusions : un acte qui requiert de façon aussi caractéristique l\u2019intervention de deux personnes serait bien étonnant s\u2019il ne fondait des droits que d\u2019un seul partenaire, même si les conséquences de cet acte sont beaucoup plus lourdes du côté de la mère.Les manifestations publiques qui ont suivi la décision des Cours, dans les médias et dans la rue, semblent bien révéler que l\u2019avortement n\u2019est pas, en fait, le vrai enjeu : ce contre quoi on proteste est la domination des hommes sur les femmes, dans l\u2019ensemble de la vie sociale et politique, y compris dans la décision concernant l\u2019avortement.Au-delà de la polarisation pro-vie ou pro-choix, qui est déjà insoluble à moins de trouver un moyen de communiquer, l\u2019enjeu est la guerre des sexes ou au contraire la recherche d\u2019un pouvoir égal, d\u2019un partage du pouvoir, un partage où le poids des responsabilités de la mère suggère un plus fort pouvoir de décision.C\u2019est le défi de la phase trois.Reste la part des législateurs.Car même si quelques groupes ou partis politiques réclament que le vide juridique persiste, il semble bien impossible de demeurer sans quelques points de repère dans une question dont la dimension communautaire est évidente.On doit déterminer notamment le délai dans lequel l\u2019avortement est permis par la loi, les motifs qu\u2019on peut considérer comme valables, le contexte médical et social dans lequel se fera la démarche.Après le jugement de la Cour suprême sur la cause Daigle, y joindra-t-on les droits du conjoint ?Devant l\u2019échec d\u2019une prise de position gouvernementale, certains ont malheureusement recommandé qu\u2019on ne laisse pas les députés voter selon leur conscience.Si la conscience des représentants élus n\u2019est pas le dernier critère de leur décision, je me demande quel autre critère serait préférable, à moins de tomber dans le totalitarisme ! La seule solution saine, à mon avis, est que les députés sachent faire, en tout respect de leur conscience, la distinction entre ce qu\u2019ils feraient ou ne feraient pas eux-mêmes ou elles-mêmes, et ce qu\u2019ils jugent être le plus approprié à servir le bien commun et la paix sociale, y compris le moindre mal qu\u2019est un compromis qui permet un consensus suffisant.Déjà en 1968, les évêques du Canada rappelaient cette distinction essentielle (Relations, mars 1968, p.70) ; il serait heureux qu\u2019ils la réitèrent et qu\u2019ils disent clairement que dans un pays pluraliste les croyants peuvent et doivent respecter la conscience des autres et la leur.Ceci vaut également des croyants, chrétiens et autres.Dans le brouhaha qui a suivi la décision des Cours, plusieurs communicateurs ont négligé cette distinction essentielle entre conviction personnelle et tolérance politique.Soit en réclamant comme seul droit celui de la majorité, soit en rattachant de façon injuste foi chrétienne, fanatisme et mépris des femmes.D\u2019un côté comme de l\u2019autre, il faut nous convaincre qu\u2019on ne bâtit pas une société de droit sur le mépris de la foi des autres.Et que la foi, chrétienne ou autre, peut se vivre tout à fait normalement, comme on l\u2019a fait pendant trois siècles dans l\u2019empire romain, dans un compromis qui accepte l\u2019avortement au plan légal.À condition bien sûr que la loi à venir n\u2019impose à personne la pratique de l\u2019avortement.¦ le 2 août 1989 Julien Harvey L\u2019ÉDUCATION.EN PIÈCES Un bon colloque provoque ou réveille.Celui qui fut présenté à l\u2019Université de Montréal, du 23 au 25 mai dernier, sur le thème « Les Services aux étudiants vers l\u2019an 2000 » a réveillé chez bon nombre des éducateurs présents une préoccupation toujours latente : plus on parle des « sciences » de l\u2019éducation pour désigner l\u2019application de certaines données scientifiques à un aspect ou l\u2019autre de la formation, plus on a tendance à considérer l\u2019éducation comme une science.Alors qu\u2019elle est un art ! La différence entre les deux perspectives mesure l\u2019étendue des conséquences possibles - conséquences de plus en plus vécues.Comment le colloque a-t-il pu déboucher sur une réflexion 196 relations septembre 1989 qui n\u2019a pas de lien avec le thème ?L\u2019usage courant du mot éducation chez nous est ambigu : il tend à uniformiser les pratiques et la gestion de niveaux différents.C\u2019est sur ce fond d\u2019expérience que le contraste entre les conférenciers a brusquement fait resurgir la question.Le programme du colloque voulait évoquer certains aspects dignes de retenir l\u2019attention de ceux qui travaillent en fonction de l\u2019avenir.Dans cette perspective, Claude Julien du journal Le Monde décelait chez un bon nombre, avec l\u2019élévation du niveau de culture, un souci nouveau : l\u2019accès de tous et de toutes à la liberté, sans discrimination.La notion d\u2019élite est plutôt discréditée aujourd\u2019hui ; mais elle tend à devenir pratique, à se confondre avec le lieu d\u2019influence et de pouvoir que sont les médias, plus acharnés que jamais à se promouvoir eux-mêmes, par une sorte d\u2019exigence technique (le rating).Pour illustrer la force d\u2019organisation du pouvoir, la difficulté de la briser, M.Julien évoqua la tentative généreuse des étudiants de 68 et leur échec, sans ouverture sur une autre issue possible ! Réalisme, ou complaisance dans l\u2019analyse ?À son tour, Kimon Valaskakis montrait comment la recherche industrielle, préoccupée de problèmes réels, favorisait la recherche multidisciplinaire et menaçait l\u2019avenir des universités.L\u2019industrie tend en effet à attirer dans ses laboratoires les meilleurs esprits, alors que beaucoup d\u2019universitaires rempliraient encore leur obligation de recherche par des articles confinés à leur discipline - avec une probabilité statistique de six à neuf lecteurs ! Espoir de réajustement ?Quel intérêt pour l\u2019éducateur dont le quotidien porte sur le « quoi faire » et « comment le faire » ?Aussi Jacques Dufresne, toujours attentif aux questions d\u2019éducation, donnait-il l\u2019impression réconfortante de retrouver la vie, quand il dénonçait avec conviction la tendance dangereuse à prendre l\u2019éducation pour un ensemble de sciences, chacune avec ses analyses et ses conclusions partielles.Sans se rendre jusqu\u2019à l\u2019action éducative, qui est intégration de tout cela dans le concret.Il est notable en effet que si on parle beaucoup d\u2019éducation, il est plus souvent question de programmes, d\u2019équipement, de compétence professionnelle, d\u2019évaluation ; autant d\u2019éléments qui sont plus directement reliés aux budgets, à la rentabilité apparente des investissements, et peuvent être analysés plus systématiquement, presque mesurés, comme en science.Tout cela s\u2019avère aussi relié à la réussite qui obsède une société de plus en plus compétitive.Certes, les recherches des sciences dites « de l\u2019éducation » ne sont pas étrangères à la qualité de l\u2019éducation elle-même.Mais sa qualité propre relève d\u2019abord d\u2019autre chose et joue sans doute surtout au niveau pré-universitaire.Alors, plus que la qualité respective de chaque composante, c\u2019est la finesse de leur intégration qui prime.L\u2019éducation a plus d\u2019affinité avec la sagesse qu\u2019avec le savoir.Elle est fonction de l\u2019équilibre et de l\u2019harmonie dans le développement des aptitudes.D\u2019abord et au-delà de la carrière, elle prépare à la vie.Et la vie, comme l\u2019oeuvre d\u2019art, fusionne tout et souffre de toute disproportion.Un informaticien expert avec une affectivité infantile a quelque chose de monstrueux.Et certaines ambitions, férocement égoïstes, évoquent le marchand d\u2019esclaves.Globale dans ses résultats, l\u2019éducation exige aussi l\u2019attention à tout ce qui joue dans le processus.On oublie souvent l\u2019importance de l\u2019environnement : architecture, décoration, qualité de la musique (entendue à longueur de journée), lieux de silence et de recueillement.Mais, davantage encore, ce qui fait l\u2019environnement humain témoigne des valeurs dans un milieu et fait la qualité de la vie.À partir du respect des personnes jusqu\u2019à la propreté des locaux.Cette responsabilité première des Services aux étudiants risque de tomber au niveau d\u2019une opération policière et sans efficacité, à moins d\u2019être aussi le souci de tous.C\u2019est la crédibilité acquise par la compétence et le dévouement des professeurs dans leurs cours qui leur permet de confirmer qu\u2019il s\u2019agit, dans l\u2019exigence d\u2019ordre et de propreté par exemple, d\u2019autre chose que d\u2019une préoccupation étroitement disciplinaire.À ce titre, l\u2019éducation est moins la responsabilité d\u2019un ministère, que celle de chaque institution, direction et personnel.Au fond, c\u2019est la confusion des mots qui commande : on dit « éducation » quand on pense « instruction, formation intellectuelle ».Mais cette confusion trahit la tendance à mettre l'éducation en pièces.¦ Roger Marcotte L\u2019ÉTÉ DES TEMPS QUI COURENT depuis les années 60, plusieurs groupes formulent le voeu que s\u2019instaure un nouvel ordre international.Eh bien le voilà ! Sauf que ce n\u2019est peut-être pas celui qu\u2019on espérait.Le nouvel ordre qui émerge semble être marqué par un double « mouvement » contradictoire : d\u2019une part, un dégel politique et idéologique dans les pays de l\u2019Est et une nouvelle entente entre les blocs de l\u2019Est et de l\u2019Ouest ; d\u2019autre part des reculs impressionnants, notamment sur le plan économico-social, avec le retour, à l\u2019échelle internationale, du libéralisme économique.L\u2019été a été riche en événements caractéristiques de ce type de contradiction.Tout a commencé avec le sommet marquant le quarantième anniversaire de l\u2019OTAN, à la fin de mai à Bruxelles, lorsque l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest a décidé qu\u2019elle tenait à l\u2019élimination partielle, voire totale, des missiles nucléaires à courte portée (SNF) en RFA et en RDA.La question qui s\u2019est posée alors aux quinze chefs d\u2019États membres de l\u2019OTAN est celle que nous nous posons tous depuis quelques mois face aux nombreux changements qui bouleversent à la fois les sociétés de l\u2019Est et les rapports entre l\u2019Est et l\u2019Ouest: la guerre froide est-elle révolue, au point où l\u2019OTAN pourrait être amenée à renoncer à sa stratégie de dissuasion ?Pour ce qui est de la stratégie militaire, les jeux sont encore loin d\u2019être faits.Mais les questions que s\u2019est posées l\u2019OTAN à Bruxelles et le compromis issu du sommet où on a accepté le principe de négociations avec le Pacte de Varsovie sur la réduction des missiles SNF, sont des signes qui ne trompent pas : la tranche d\u2019histoire commencée depuis 1945, essentiellement caractérisée par la guerre froide entre l\u2019OTAN capitaliste et le Pacte de Varsovie communiste, est en train de basculer dans le passé.relations septembre 1989 197 Les changements signalant le passage d\u2019une époque à une autre se multiplient depuis quelques mois1, et les événements de l\u2019été n\u2019ont pas démenti cette tendance.Par exemple, les douze pays de la Communauté économique européenne ont donné le feu vert, le 12 juin dernier, à la négociation d\u2019un accord ambitieux de coopération et de commerce entre la CÉE et l\u2019URSS, accord qui doit instituer, pour la première fois avec un pays de l\u2019Est, une coopération dans la recherche nucléaire civile entre l\u2019URSS et la Communauté européenne de l\u2019Énergie atomique (Euratom).En Hongrie, où des élections pluralistes sont prévues pour l\u2019année prochaine, les autorités se sont d\u2019abord réconciliées avec un passé douloureux, en faisant le 16 juin dernier, avec 31 ans de retard, de bouleversantes obsèques à Imre Nagy, secrétaire général du PC hongrois au moment du soulèvement de 1956, exécuté en 1958 pour haute trahison.Il ne fait plus de doute que tous ces changements marquent le déclin du communisme tel que conçu historiquement par Marx et Lénine.On ignore encore par quoi il sera remplacé.Mais en sonnant le glas de la guerre froide, ils traduisent malgré tout un progrès indéniable, au moins dans le sens où l\u2019ouverture à l\u2019Est favorise l\u2019expression et la participation politiques ; la paix et la coopération économique figurent désormais à l\u2019agenda des deux grands blocs ennemis hier encore.Plusieurs conflits régionaux, emprisonnés depuis des années dans l\u2019antagonisme Est-Ouest, trouvent soudain des issues politiques : en Afghanistan, en Afrique australe et en Indochine, notamment, des négociations actives ont déjà permis de faire des progrès substantiels vers la paix.L\u2019humanité est-elle donc en train de faire un « grand bond en avant » ?On le dirait.Et pourtant, on ne peut s\u2019empêcher de noter au même moment de véritables reculs historiques.On pense à la Chine, bien sûr.Après la répression dans le sang du mouvement étudiant pour la démocratisation, dans la nuit du 3 au 4 juin, c\u2019est au nom de l\u2019idéologie maoïste, pourtant discrètement mise au rancart depuis quelques années, que les autorités ont procédé à la « normalisation » que l\u2019on sait.On pense plus encore, peut-être, aux effets dévastateurs d\u2019un libéralisme à tout crin qui, après dix ans de reaganisme et de thatcherisme, a oublié Keynes et remis le darwinisme social au goût et à l\u2019ordre du jour.On parle souvent des « deux Angleterres », l\u2019une de plus en plus riche, l\u2019autre de plus en plus pauvre, qui se sont développées sous Margaret Thatcher.On a aussi parlé récemment, dans ces pages, d\u2019un Québec « cassé en deux2 ».Et ce retour au libéralisme ne se manifeste pas qu\u2019à l\u2019échelle nationale : on le voit transformer de plus en plus les rapports économiques et commerciaux entre nations.Pensons à l\u2019argument défensif de plusieurs partisans du libre-échange canado-américain, voulant que le Canada n\u2019ait d\u2019autre choix que de se lancer dans l\u2019aventure libre-échangiste, car il ne pourrait « affronter» seul l\u2019Europe des douze et l\u2019Asie du Pacifique.Pensons au déséquilibre Nord-Sud, mis en évidence en pleine célébration du bicentenaire de la Révolution française, le 14 juillet dernier à Paris, lorsque les chefs d\u2019États de plusieurs pays du tiers monde se sont vu platement refuser, par les sept pays les plus riches, la tenue d\u2019un sommet sur les rapports Nord-Sud.Mais parmi tous les événements contradictoires survenus cet été, l\u2019un des plus graves socialement et humainement est sans doute cette décision prise par la Cour suprême des États-Unis, le 26 juin, en vertu de laquelle les criminels mentalement retardés ou âgés de moins de 18 ans sont malgré tout passibles de la peine de mort.La majorité conservatrice de la Cour a ainsi réaffirmé la portée large des lois punitives des États-Unis, en estimant que l\u2019exécution de criminels mentalement retardés ou mineurs ne violait pas l\u2019interdit de la Constitution américaine sur les punitions cruelles.Comment expliquer pareille décision, sinon par le retour de ce darwinisme que l\u2019on croyait avoir dépassé ?Si cet été 1989 est représentatif de la prochaine « tranche » d\u2019histoire que nous abordons, il y a certainement là matière à réflexion sur le cours de l\u2019histoire.¦ Caroline Jarry 1.\tVoir le dossier de Relations à ce sujet dans le numéro de juillet-août 1989.2.\tRelations, no 545, novembre 1988.Exposition L'avant-garde russe et soviétique LES VIBRATIONS DE L\u2019ÂME quand je plaçai des oeuvres de l\u2019avant-garde à côté de mes tableaux anciens, ce fut comme si les fenêtres s\u2019ouvraient toutes grandes pour laisser pénétrer le soleil.Ces compositions de formes inusitées étaient marquées par un dynamisme nouveau, elles semblaient animées d\u2019une véritable pulsation ; j\u2019étais saisi par leur variété et par leur audace.Ultérieurement, je devais prendre également conscience de leur action thérapeutique ; ces oeuvres pouvaient restaurer la force spirituelle d\u2019un individu et même être un remède à la dépression.» Ainsi s\u2019exprime George Costakis, relatant sa découverte de l\u2019art produit par l'avant-garde russe et soviétique dans les trente premières années du siècle.Cet éblouissement fut à l\u2019origine de la collection qu\u2019il commença au lendemain de la dernière guerre, alors qu\u2019il travaillait à l\u2019ambassade cana- dienne à Moscou, et qui devint l\u2019une des plus prestigieuses dans le domaine.Éblouissement qui marque encore le visiteur de l\u2019exposition présentée à Montréal, au printemps dernier, à partir de la collection Costakis, regroupant près de 250 oeuvres et une quarantaine d\u2019artistes.Pour apprécier cette richesse et l\u2019ivresse tant esthétique que spirituelle qui s\u2019en dégageaient, sans doute fallait-il se garder de deux erreurs d\u2019appréciation.La première serait d\u2019associer uniquement cette révolution esthétique à la révolution politique qui bouleversa la société russe dans les deux premières décennies du siècle.Certes, les deux mouvements participaient d\u2019un même désir de changement, d\u2019un esprit de révolte pareillement radical, mais le mouvement artistique précéda l\u2019action politique et, si les autorités bolchéviques semblèrent pour un temps encourager l\u2019avant-garde et s\u2019y associer, elles la condamnèrent bientôt 198 relations septembre 1989 pour imposer à la communauté artistique soviétique l\u2019écrasant mot d\u2019ordre de réalisme socialiste.Si écrasant qu\u2019il ne manqua pas de proprement étouffer la créativité des artistes russes au profit d'une esthétique kitsch, d\u2019un goût étroitement conservateur.Le mal, au demeurant, ne fut pas qu\u2019idéologique.Détresse et mutisme furent le lot de ces créateurs dont les oeuvres sombrèrent pour la plupart dans un oubli qui aujourd\u2019hui se dissipe peu à peu.Il fallait d\u2019autre part résister au démon catégorisateur, démon chéri des historiens d\u2019art : il classifie sous des étiquettes oeuvres et artistes et brise ainsi le souffle qui, dans une période donnée, fût-ce sur des rythmes différents, unit les créateurs dans une même entreprise de redéfinition de l\u2019expression humaine.Cubo-futurisme, suprématisme, constructivisme, et encore rayonnisme, productivisme, les mots peut-être naïfs de Costakis ont à nos yeux bien plus de véracité que ces froides appellations.Car, au vu de ces oeuvres, on comprend que le défi des artistes russes du début du siècle, toutes tendances confondues, était de dessiner de nouveaux territoires pour une conscience humaine que l\u2019histoire plaçait devant des enjeux inédits, une modernité qui modifiait jusqu\u2019aux aspects de la réalité.En ce sens, ils ne furent pas seuls et les cheminements ultérieurs de l\u2019art occidental en firent des précurseurs.L\u2019art moderne est unique en ce qu\u2019il n\u2019est plus fait à l\u2019image du monde.Il est vrai que l\u2019avant-garde n\u2019avait rien de monolithique et fourmillait de courants parallèles, divergents ou antagonistes.Il est vrai qu\u2019il est aisé d\u2019opposer Malevitch et Tatline comme deux géants de la pensée artistique et de faire jouer les contrastes entre les mouvements auxquels ils ont donné naissance : le suprématisme, s\u2019attachant au jeu des seules formes géométriques pour exprimer sentiments purs et vérités métaphysiques, et le constructivisme, qui use de ces mêmes formes mais dans une perspective tout autre, matérialiste et soucieuse de technique, afin d\u2019accorder l\u2019art aux besoins de la vie et de la société.Il est non moins vrai qu\u2019un Klioune ou une Popova ont sacrifié aux deux courants et qu\u2019un Rodt-chenko, baptisé constructiviste, a laissé des toiles annonçant l'expressionnisme abstrait d\u2019un De Kooning, voire d'un Pollock.Et les toiles de Redko et Nikritine, deux fondateurs du groupe « Électro-organisme », peuvent révéler un lyrisme, abstrait dans le premier cas, figuratif dans le second, d\u2019une sensibilité toute contemporaine.Plus tard, il y aura le Bauhaus, il y aura l\u2019École de Paris, il y aura les Américains, et Borduas aussi dont L\u2019étoile noire, séparée par quelques parois de l\u2019exposition Costakis, semblait vibrer davantage de cette proximité.Qu\u2019importe alors si l\u2019art abstrait est né à Paris ou à Moscou, si ceux-ci se sont tus et ceux-là suicidés, c\u2019est une même inquiétude qui parcourt le siècle, une inquiétude de l\u2019âme qui ne sait plus si le silence est condamnation ou délivrance.Dans le premier quart de notre siècle, les artistes de l\u2019avant-garde russe et soviétique, obsédés des formes et héritiers de la géométrisation des icônes, obsédés du mouvement et héritiers d\u2019un symbolisme tout romantique, furent parmi les premiers à tenter d'exprimer ces vibrations de l\u2019âme.¦ Alexis Nouss ARMX Une exposition militaire canadienne de calibre international se déroulait les 23, 24 et 25 mai dernier à Ottawa, malgré l\u2019opposition de la population : de nombreux gestes de désobéissance civile et une importante manifestation pacifiste ont précédé cette foire, le 22 mai, dans la capitale fédérale.Le clou de la vie sociale de cette exposition consista en une grande soirée de gala au Centre des congrès d\u2019Ottawa, en présence des hauts gradés militaires, des hauts fonctionnaires fédéraux et des présidents des principaux fournisseurs de matériel de guerre.Connu sous le nom d\u2019ARMX, ce forum de concertation entre les industries militaires, le gouvernement fédéral et les forces armées a lieu tous les deux ans depuis 1983.Ceci représente une chance exceptionnelle p ur les marchands d\u2019armes canadiens d'exposer leur quincaillerie de mort devant une foule d\u2019au moins dix mille acheteurs et utilisateurs, la majorité d\u2019entre eux étant des officiers supérieurs des armées du monde.En plus du Canada, une quinzaine d\u2019autres pays exposèrent également dans un parc de cent mille pieds carrés : appareils informatiques, systèmes de communications, équipements d\u2019entraînement et de simulation, chars d\u2019assaut, véhicules blindés de transport de troupes, fusils, revolvers et mitrailleuses de toutes espèces, ainsi qu\u2019héli-coptères et obusiers.La liste des pays en proie à la guerre, aux conflits et aux violations des droits humains, qui continuent de recevoir des marchandises militaires produites dans notre pays nous intéresse malgré son extension.Parmi nos clients latino-américains, on dénombre l\u2019Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Paraguay, le Pérou, l\u2019Uruguay et le Venezuela, sans compter Haïti, les Bahamas et la Barbade.En Afrique nos exportations vont à l\u2019Algérie, l\u2019Égypte, l\u2019Éthiopie, le Kenya, le Libéria, la Lybie, le Maroc, le Nigeria, l\u2019Ouganda, la Somalie, le Soudan, le Tchad et la Zambie.Au Moyen-Orient, notre contribution à la paix consiste à vendre des armes à l\u2019Arabie Saoudite, à l\u2019Iran, à l\u2019Irak, à Israël et à la Syrie ! Enfin dans le continent asiatique, nous aidons au développement de la guerre au Bangladesh, en Birmanie, en Corée du Sud, en Inde, en Indonésie, en Malaisie, au Pakistan, aux Philippines, au Sri Lanka, à Taïwan et en Thaïlande.C\u2019est ce qu\u2019on appelle une économie diversifiée ! Le Canada joue d'ailleurs un rôle de plus en plus important au sein de l\u2019OTAN avec ses alliés européens et américains.Notre vaste territoire du Grand-Nord sert de terrain d\u2019essai militaire : vols des missiles Cruise à Cold Lake, sous-marins à Nanoose Bay, vols à basse altitude par les chasseurs à capacité nucléaire allemands, américains, britanniques et hollandais sur des centaines de kilomètres carrés.Or le gouvernement canadien n\u2019est pas un témoin passif devant cette militarisation de notre société.Il en est le généreux bienfaiteur.Des centaines de millions de dollars sont consentis chaque année aux industries militaires : Pratt & Whitney, De Haviland Aircraft, Canadair, Bell Helicopter, General Motors, etc.(voir Relations, « L\u2019industrie militaire au Québec», octobre 1988).Voilà des «assistés sociaux» qui ne risquent pas de voir leurs prestations diminuées avec le budget Wilson.¦ Claude Lacaille Regroupement missionnaire canadien relations septembre 1989 199 'r':\\ :\tJ JU JJ*!\tJF Ult RJJL CS Un grand témoin du christianisme social nous a quitté cet été.Venant de Suisse, le pasteur Claude de Mestral était arrivé chez nous comme chocolatier en 1929.Ordonné ministre de l\u2019Église unie vers l\u2019âge de trente ans, il fait du ministère en Afrique avant d\u2019être pasteur à Verdun, puis à Noranda.En 1966, il fonde le Centre Dialogue de l\u2019Église unie qu\u2019il dirigera jusqu\u2019à sa retraite, en 1973.Infatigable, il a mené, pendant huit ans, la lutte des tickets d\u2019autobus réduits pour les aînés ; il a aussi fondé l\u2019Association québécoise pour la défense des droits des retraités et, en 1985, lorsqu\u2019on menaça de désindexer les pensions des personnes âgées, il a dirigé la marche sur Ottawa.Il y a un an, à 85 ans, il publiait ses mémoires sous le titre de Mémoires d\u2019un homme libre (Éd.du Méridien, 1988).Un homme libre, libéré par l\u2019Évangile, qui a rendu Jésus et l\u2019Église croyables en notre temps.À la suite de notre numéro Vieillir (mai 1989), nous avons reçu les réflexions d\u2019une lectrice dont voici un extrait : « Les quarantièmes rugissantes sont déjà loin et le cap Horn de la cinquantaine franchi depuis pas mal de temps également.Mais voilà qu\u2019arrive déjà la soixantaine, dépassée aussitôt.Je file, bon vent, vers le débarcadère, à une distance incertaine, par temps clair parfois, parfois plus couvert.Me voilà entrée dans mon été indien, sans trop m\u2019en apercevoir, un peu surprise d\u2019en être déjà là, à la porte de l\u2019hiver.Le « temps » que je vis en est différent ; me sachant un avenir limité, mon « temps » est ma richesse.J\u2019ai beau me dire, avec un vieux proverbe irlandais que « quand Dieu fit le temps, il en fit suffisamment », je sais bien que le temps perdu ne se rattrape plus et que j\u2019en ai déjà trop perdu ! Et puisque « la nostalgie n\u2019est plus ce qu\u2019elle était », ne reste alors qu\u2019à s\u2019appliquer à rendre heureux ceux qu\u2019on aime (ce n\u2019est pas toujours simple 1) et espérer laisser un bon souvenir.» Dans notre dossier sur l\u2019économie alternative (mars 89), nous évoquions les réalisations de la Corporation de développement communautaire des Bois-Francs inc.(CDCBF) dont le rapport annuel est maintenant disponible.Ce document renferme une foule d\u2019informations pertinentes, permettant de mieux comprendre les défis que pose le développement communautaire et les difficultés rencontrées par celles et ceux qui veulent en faire une réalité concrète.Le rapport permet aussi de chiffrer les réalisations accomplies.CDCBF, Place communautaire Rita-St-Pierre, 59, rue Monfette, local 130, Victoriaville, Québec G6P 1J8.La défense de notre environnement, thème abordé dans notre numéro de décembre dernier, s\u2019impose de plus en plus.À preuve ce premier sondage mondial sur l\u2019environnement, dont rend compte le no 142 de la revue Forum du développement.Selon le président de la firme responsable du sondage effectué dans quatorze pays, « il est remarquable que, dans ce sondage, le cri d\u2019alarme concernant la détérioration de l\u2019environnement et le soutien en faveur de programmes plus rigoureux ne se limitent pas aux pays développés, mais proviennent également de l\u2019Est, de l\u2019Ouest, du Sud et du Nord, des pays riches et pauvres du monde entier.» À noter que le Japon est le seul pays où moins de la moitié de la population se dit prête à consacrer deux heures par semaine à des projets pour l\u2019environnement ou à y contribuer financièrement.Les enseignants qui souhaitent trouver de nouvelles manières d\u2019aborder la question de la langue liront avec grand intérêt le no 191 de la revue New Internationalist.Le sexisme de certaines langues, le caractère impérialiste de certaines autres, la distance entre langues officielles et langues maternelles dans certaines ex-colonies, tout cela est évoqué avec intelligence et érudition.On y apprend, par exemple, que les marchands d\u2019esclaves sélectionnaient toujours leurs cargaisons d\u2019esclaves avec soin, évitant de mettre ensemble des gens ayant une langue commune.On diminuait ainsi les risques de révoltes.Ce dossier peut aussi servir d\u2019introduction à notre numéro de juin, En français s.v.p., centré sur la situation linguistique au Québec.Dans la foulée du dossier Le Québec cassé en deux (nov.88), on consultera avec profit le document Pour Tavenir du Canada : priorité aux enfants.Les enfants et la pauvreté (no 1), L\u2019insuffisance du revenu familial (no 2), De la santé des enfants (no 3), De la pauvreté des enfants et du régime de protection de l\u2019enfance (no 4), La famille et le régime fiscal (no 5), cinq fiches qui en une seule page résument, parfois grâce à un tableau, la question abordée.Un document simple et éloquent qui peut être obtenu de divers organismes dont le Conseil canadien de développement social (55, avenue Parkdale, Ottawa K1Y 4G1) et l\u2019Institut Vanier de la famille (120, rue Holland, Ottawa Kl Y 0X6).200 relations septembre 1989 s :'K 'Vît?DOSSIER Jésus de Montréal Max Films relations septembre 1989 CHRISTIANISME ET CINÉMA1 par Francine Tardif Nos cathédrales à nous, ce sont les salles de cinéma.Good Morning Babylone depuis quelques années, plusieurs films importants, tournés aussi bien au Québec, aux États-Unis, en Europe de l\u2019Ouest qu\u2019en Europe de l\u2019Est, sont tirés, plus ou moins librement, du patrimoine chrétien2.Plusieurs sont passés pres-qu\u2019inaperçus.Certains ont été très bien accueillis, par la critique comme par le grand public.D\u2019autres ont suscité des polémiques importantes ; l\u2019un d\u2019entre eux, des réactions d\u2019une très grande violence.Reste que leur nombre et la diversité des réactions que ces films ont entraînées intriguent.Existerait-il une nouvelle demande sociale envers le christianisme, perçue et répercutée par les créateurs et surtout par les cinéastes ?Les sociétés occidentales seraient-elles tentées par un retour aux sources, à la recherche d\u2019arrimages plus sûrs dans un monde inquiet et tourmenté ?Ou, au contraire, ces films témoignent-ils d\u2019un retour vers la pensée magique ?Contribuent-ils à faire du religieux un lieu de fuite devant les problèmes réels, « refoulés » ainsi hors du « vrai monde » ?Consacrent-ils la mort du christianisme devenu, comme le reste, objet de consommation et de mode ?Maintenant intégré au patrimoine universel, le christianisme est-il irrémédiablement « récupéré » par l\u2019individualisme libéral qui le transforme en vague morale, molle et conciliante ?Laissant dorénavant chacun libre de proposer sa propre lecture du message évangélique, avons-nous, comme chrétiens, perdu le sens du sacré en même temps que celui de l\u2019indignation et du sacrilège ?Ces films reposent également les questions nées avec le christianisme lui-même : qui était Jésus ?Et Marie ?202 Comment le passage sur terre de cet homme/fils de Dieu, a-t-il, radicalement, modifié le sens de la vie humaine ?Que nous a-t-il appris sur l\u2019amour ?L\u2019essentiel de ce message garde-t-il, à travers le temps et l\u2019espace, une même actualité ?Comment vivre en disciple de Jésus ?Derrière toutes ces interrogations, on sent la trame des liens unissant foi et culture.Jadis étroits, ces liens sont aujourd\u2019hui terriblement relâchés.C\u2019est ce qui nous a amenés à accorder une attention spéciale au film Jésus de Montréal, du réalisateur Denys Arcand.Pour nous qui cherchons à promouvoir la dimension sociale de la foi chrétienne, ce film est important : il souligne, avec justesse, le pouvoir de ce que, parfois avec une certaine hauteur, on appelle « la culture ».Il permet également de saisir à quel point le christianisme peut interpeller la culture où il s\u2019incarne.À un premier niveau, le film d\u2019Arcand constitue une critique féroce du « milieu culturel », de ses industries, de ses gourous, de ses manigances.Le caractère déshumanisant de cette culture de consommation, simple « divertissement » dans un monde désenchanté, apparaît clairement quand il se heurte aux valeurs qui animent Daniel/Jésus.Mais, et c\u2019est là, à mon avis, l\u2019originalité du film, Jésus de Montréal redonne aussi à la culture son rôle premier.Il aura fallu un créateur, cinéaste, pour nous donner l\u2019une des meilleures leçons d\u2019herméneutique que nous ayons reçue depuis longtemps, comme le soutient Gérard Rochais.Le cinéaste aura même réussi ce qui nous échappe si souvent : traduire, en langage de notre époque, les « quelques paroles prophétiques (de Jésus) dont l\u2019intérêt persiste après deux millénaires » - Yves Lever présente ici ce projet d\u2019Arcand.Plus encore, Arcand a choisi d\u2019incarner son Jésus, magnifi- relations septembre 1989 quement crédible, en comédien.Présenté dans la tradition cléricale, le mystère de la Passion apparaissait insignifiant ; il retrouve sa pertinence quand des comédiens se l\u2019approprient pour mieux le transmettre.Et ce sont encore des créateurs, comédiens et chanteuses, qui sauront devenir de véritables disciples.Un film ne peut tout dire et le Jésus de Montréal n\u2019est pas sans faiblesses : Arcand, n\u2019a pas voulu (su ?pu ?) donner de vie spirituelle ou d\u2019engagement communautaire à son Jésus, négligeant ainsi des dimensions essentielles du christianisme, comme le soulignent, chacun à leur façon, les articles de Paul Warren et de Daniel LeBlond.N\u2019empêche.Ce film, comme toute oeuvre d\u2019art, échappe maintenant à son créateur.Par-delà le projet du cinéaste et le message qu\u2019il a cherché à transmettre, par-delà sa foi ou son incroyance, le film existe, suscitant de multiples lectures, inspirées par nos propres expériences autant que par le contenu du film.C\u2019est ce qui importe.Et nous devons être reconnaisants à Denys Arcand de nous avoir fait entrevoir comment certains se laissent encore entraîner dans des projets qui les dépassent, tout comme d\u2019autres, avant eux, s\u2019étaient déjà donnés corps et âmes à la création des cathédrales.1.\tSous ce titre, et avec l\u2019aide d\u2019Y.Lever, le Centre justice et foi organisait en mai dernier une journée de réflexion dont ce dossier s\u2019inspire largement.2.\tSignalons, entre autres, Le Sacrifice, La dernière tentation du Christ, Je vous salue Marie, Agnes of God, Thérèse, Sous le soleil de Satan, Les ailes du désir, Le frère André, Tu ne tueras point, etc. DE LA RELIGION COMME ESTHÉTIQUE.par Yves Lever 'i ^ HT ffT1 Denys Arcand : le point sur l\u2019état de ses croyances Comme tout naturellement, en cette période de recrudescence des sujets religieux à l\u2019écran, beaucoup d\u2019intellectuels québécois dans la quarantaine font le point sur l\u2019« état de leurs croyances ».Avec Champlain, son tout premier film, en 1964 (il avait alors 24 ans), Denys Arcand avait questionné l\u2019implantation religieuse en Nouvelle-France.L\u2019année suivante, dans son troisième film, La Route de l\u2019Ouest, aussi un court métrage historique, il avait affirmé que « l\u2019incertitude est le lieu le plus habituel de l\u2019intelligence».Depuis lors, il avait surtout exprimé des « certitudes poli- 1.\tOn a, dans les dernières phrases, l\u2019essentiel de la thèse du Déclin de l\u2019empire américain, son film précédent.2.\tLes citations sont extraites de la transcription des dialogues et d\u2019une brève description du récit, livre publié chez Boréal et sorti en même temps que le film.C\u2019est une très bonne idée de publier ainsi ces « livres du film », mais il aurait fallu indiquer quelles scènes et quels extraits n\u2019ont pas été retenus au montage final.De plus, au moins une réplique percutante (« elle prétend que vous êtes plus équilibré que la moyenne des juges qui siègent dans cette salle »), dans la scène que le réalisateur joue lui-même en tant que juge, ne s\u2019y tiques », avait stigmatisé les années 80 du Confort et de l\u2019Indifférence.Il n\u2019avait guère inséré de références religieuses dans ses films que pour se moquer un peu d\u2019institutions ou de personnages religieux.Comme il l\u2019a répété dans des dizaines d'interviews, s\u2019il a écrit son Jésus de Montréal, c\u2019est pour voir ce qui lui reste de l\u2019éducation religieuse de son enfance, pour savoir s\u2019il n\u2019y a pas quelques idées-force à retenir de ce monde où tout était clair, bien défini, sécurisant.Avec beaucoup d\u2019honnêteté, pour éviter toute ambiguïté au spectateur, retrouve pas.Puisque Arcand y cite directement plusieurs ouvrages (à commencer par le Nouveau Testament), il aurait été bon d\u2019indiquer les références précises.Je peux comprendre que l\u2019éditeur ait le goût de profiter au maximum de la sortie du film, mais cela ressemble tout à fait à l'opportunisme des « marchands du temple », si bien fustigé dans le film.Pour que l\u2019éditeur Boréal réalise avec ce genre de livre le mandat historique dont il s\u2019enorgueillit, il aurait été bon d\u2019attendre quelques mois pour que le texte du livre corresponde au film réel, pour y inclure un minimum de références et quelques textes d\u2019analyse critique.relations septembre 1989 Arcand affiche clairement sa position dès la première séquence.On y assiste à une pièce de théâtre qui transpose Les frères Karamazov de Dostoïevski ; l\u2019extrait montre le suicide de Smerdia-kov et lui prête les paroles du double d\u2019Ivan dans le roman : « Il faut détruire l\u2019idée de Dieu dans l\u2019esprit de l\u2019homme ! Alors seulement, chacun saura qu\u2019il est mortel, sans aucun espoir de résurrection, et chacun se résignera à la mort avec une fierté tranquille.L\u2019homme s\u2019abstiendra de murmurer contre la brièveté de la vie et il aimera ses frères d\u2019une affection désintéressée.L\u2019amour ne procurera que des jouissances brèves, mais la conscience même de cette brièveté en renforcera l\u2019intensité autant que jadis elle se diluait dans les espérances d\u2019un amour éternel, au-delà de la mort1.» Comme pour s\u2019assurer d\u2019être bien compris, quelques minutes plus tard, il cite un long commentaire d\u2019un film sur l'astrophysique (je n\u2019en reproduis que la finale) : « .Le monde a commencé sans l\u2019humanité et il s\u2019achèvera sans elle.La durée de la vie telle que nous la connaissons n\u2019aura été qu\u2019un minuscule instant, pendant lequel nous aurons existé et, à la disparition du dernier esprit sur la terre, l\u2019univers n\u2019aura même pas senti sur lui le passage d\u2019une ombre fugitive2» (magnifiques images d\u2019ani- 203 JÉSUS-CHRIST AU CINÉMA On peut facilement imaginer toutes les difficultés et tous les risques qu\u2019il y a à vouloir présenter à l\u2019écran Dieu, le Christ ou les choses saintes.Les grands studios, avec leurs nombreux conseillers théologiques, ont résolu admirablement bien le problème.Jusqu\u2019aux années 60, on transpose fidèlement les représentations de l\u2019imagerie populaire, les stéréotypes déjà bien codifiés par la tradition.Dans les films bibliques, Dieu n\u2019est toujours qu\u2019une voix off (source en dehors de l\u2019image) ou un effet de lumière, le Saint-Esprit n'est que la force mystérieuse à l\u2019origine des effets spéciaux.Quant au Christ, quelques films lui donnent une figure très « saint-suaire » et sans surprise ou bien, suprême raffinement - et c\u2019est le cas pour les oeuvres les plus intéressantes - ils n\u2019en montrent jamais le visage.Il est toujours filmé de très loin, ou bien d\u2019en-haut, ou bien de dos.Des gros plans très expressifs du visage de ses interlocuteurs (en termes de cinéma, des plans de réaction) expriment les effets miraculeux de son regard.Sa voix est presque toujours off, ne proclamant que des citations précises de l\u2019Évangile.Même sur le chemin de la croix, on ne l\u2019entend manifester ni gémissements, ni émotions.Des effets de lumière, de la brume bien diffusée, des éclairs bien découpés ou des explosions incandescentes illustrent le passage à la transcendance au moment de sa « mort-résurrection ».C\u2019est Pasolini, si je ne me trompe, avec son admirable Évangile selon saint Mathieu, qui vient transgresser la règle.King of Kings de Nicholas Ray, quelques années auparavant, a donné un visage au Christ (Jeffrey Hunter en grand blond aux yeux bleus !), mais il est resté dans les normes de l\u2019imaginaire réglementaire.Non seulement Pasolini, de son côté, donne-t-il un visage à Jésus-Christ, mais il en fait un militant presque marxiste, au discours vigoureux et aux gestes d\u2019une extrême tendresse dans ses relations humaines, un personnage typique de la grande tradition néo-réaliste.L\u2019incroyant Pasolini, qui respecte infiniment le message évangélique, mais pas beaucoup la hiérarchie catholique italienne et vaticane, n\u2019a pas la prétention de révéler Jésus-Christ « en tant qu\u2019homme » mais plutôt en tant que représentation de Dieu.Les colloques théologiques ne l\u2019intéressent pas et il ne veut pas du tout s\u2019en prendre à la transcendance.Au contraire, en bon sémiologue, il veut rendre au Christ son statut de mythe fondateur, c\u2019est-à-dire de personnage premier et emblématique d\u2019une vision spirituelle de l\u2019histoire, d\u2019une quête du sacré, d\u2019une tradition de lutte sociale qui donne un sens à la souffrance des pauvres.Je crois bien que son Évangile.est tout cela, mais il est surtout, pour ce qui nous concerne aujourd\u2019hui, la première étape significative d\u2019une « humanisation » du Christ, avec un visage exprimant toute la gamme, ou presque, des grandes émotions humaines.Plus important encore, il inaugure une nouvelle manière de scénariser un film biblique sans demander leur avis aux théologiens patentés ou aux hiérarques et il leur dénie l\u2019exclusivité du pouvoir sur la représentation du spirituel.Un peu plus tard, Dalton Trumbo fait de Donald Sutherland un Christ assez bon vivant dans l\u2019admirable Johnny Got His Gun.Zeffirelli en fait, à son tour, un grand héros romantique, mais encore asexué, ce Christ que l\u2019on retrouve à la télé presque chaque année durant la semaine sainte.Et finalement, Scorcese, vous m\u2019aviez sans doute vu venir, amène le processus à son achèvement en donnant à son Christ de vrais phantasmes et une vraie tentation (celles du désert, entre nous, ne sont convaincantes et significatives que pour l\u2019habile exégète.).D\u2019où, évidemment son effet de choc et les réactions provoquées.Y.L.mation accompagnant ce texte).Voilà pour le credo essentiel : il n\u2019y a pas de Dieu, la vie et l\u2019intelligence ne représentent qu\u2019un minuscule point dans l\u2019évolution de la matière depuis le Big Bang.Jésus-Christ, quant à lui, n\u2019est qu\u2019un homme, un sage qui a su intégrer le meilleur de la religion de son temps et le traduire en quelques paroles prophétiques dont l\u2019intérêt persiste après deux millénaires.Un défi esthétique Cette position clairement établie, il peut alors affronter ce formidable défi esthétique, raison première du film : comment faire une nième transposition 204 de la vie de Jésus en évitant le cliché, mais aussi en fournissant aux spectateurs les références essentielles pour bien comprendre le discours ?Comment créer un personnage contemporain - et le rendre crédible - dont le comportement « doucement subversif » ressemblerait à celui de Jésus en son temps et qui, un peu malgré lui, se retrouverait engagé dans une « révolution tranquille » du même ordre ?Comment placer dans un récit et un contexte qui leur donnent toute leur force quelques paroles évangéliques qu\u2019il a le goût de reprendre à son compte ?Le défi est brillamment relevé dans un scénario qui ne cesse de surprendre malgré le caractère si bien connu du récit de base.Dès les débuts du cinéma, on avait reconnu la qualité de scénario des évangiles.Arcand en reprend la structure, mais dans une construction relations septembre 1989 en abîme (la représentation à l\u2019intérieur de la représentation) qui lui permet de faire éclater son récit, de rassembler tout un ensemble de personnes et de thèmes difficiles à relier naturellement.Ajoutons à cela un casting bien choisi et une interprétation toute en nuances (avec quelques beaux éclats), une mise en scène en général efficace, de bons dialogues.C\u2019est moins facile qu\u2019il ne paraît de composer, et surtout de bien placer, des répliques comme celle de Constance au sujet de son aventure sexuelle avec le curé Leclerc : « Oh, ça lui donne tellement de plaisir, et ça me fait si peu de mal » ; ou bien, comme celle de Daniel à Mireille : « Viens, on s\u2019en va, tu vaux mieux que ça.» Le point de départ est simple : un jeune comédien, de retour d\u2019un long voyage et chômeur, accepte l\u2019invitation du curé du « sanctuaire » (on ne dit pas « l\u2019oratoire », mais on montre celui du Mont-Royal) de « moderniser », de « rafraîchir » le chemin de la croix que l\u2019on joue chaque été dans les jardins.Pour lui, manifestement, ce n\u2019est pas du tout affaire de foi, mais simplement une occasion d\u2019exercer son métier de comédien, donc de communicateur.Consciencieux, il se met d\u2019abord à l\u2019étude du personnage Jésus, puis il compose son texte, recrute quatre collègues et joue la pièce.Elle a beaucoup de succès et on en parle dans les médias.Mais la « modernisation » est poussée trop loin et les autorités du sanctuaire interdisent la représentation.Voulant la jouer une dernière fois, les comédiens bravent l\u2019interdiction, mais peu avant la fin, un imposant service d\u2019ordre vient tout arrêter.Il y a bousculades avec la foule, et Daniel-Jésus tombe avec sa croix par-dessus, subissant un choc crânien qui provoque sa mort.Voilà pour le récit principal, tout simple.Le plus grand défi était ici de faire de Daniel Coulombe, non seule- 3.Le livre du film incluait aussi celui du jeune homme tenté de joindre les disciples, mais qui ne le fait pas parce qu\u2019il a trop de biens, dans la scène avec le comédien vedette Lambert.ment le porte-parole de quelques citations évangéliques percutantes, mais aussi, dans la partie de sa vie propre reliée au travail de comédien (car pour le reste, on n\u2019en sait rien, comme pour ses comparses d\u2019ailleurs) une transposition de Jésus.Et là, on peut dire qu\u2019Arcand s\u2019est intellectuellement amusé ! Correspondances D\u2019abord son personnage s\u2019appelle Daniel, du nom de ce prophète vétéro-testamentaire survivant de la fosse aux lions et spécialiste de l\u2019interprétation des rêves, un de ces prophètes qui, comme Jonas, est préfiguration de Jésus.Un théologien aux théories modernes qui « commence à comprendre qui était Jésus » et qui communique son savoir au comédien n\u2019est pas loin de Jean le Baptiste, même si, à sa différence, il veut rester anonyme de peur de perdre son poste.Le curé du sanctuaire s\u2019appelle, comme par hasard, Leclerc.Le recrutement des comédiens se fait avec la même facilité, toute naturelle, que dans l\u2019Évangile.L\u2019épisode des marchands du temple trouve sa transposition dans le saccage relations septembre 1989 d\u2019un studio où l\u2019on tourne une publicité ; celui de la tentation au désert, dans le repas au sommet d\u2019un édifice avec le brillant avocat qui organise les plans de carrière et peut mettre la ville aux pieds de Coulombe (cet avocat, le diable tentateur, s\u2019appelle Cardinal et il aime se nommer « maître ») ; celui de la dernière scène, dans le partage d\u2019une pizza ; celui du bon samaritain ou celui de Simon de Cyrène, avec les ambulanciers ; celui des « saintes femmes », avec une Pieta originale dans le métro3.Les résurrections miraculeuses se reproduisent finalement avec les transplantations d\u2019organes (ironiquement, le coeur de Coulombe fait revivre un anglophone, ses yeux redonnent la vue à une italienne ; c\u2019est la réconciliation culturelle du Québec !) qui nous donnent des scènes parmi les plus belles du film.Je laisse au lecteur le plaisir de décoder les autres, de trouver Judas, par exemple.Par ailleurs, il a évité la transposition trop facile : pour jouer Jésus, il a choisi un jeune comédien maigre, petit, frêle, imberbe, presque asexué, sans éclat, à la voix fluette (Lothaire Bluteau, qui joue avec une intensité remarquable), à côté de ses deux imposants comparses (Rémy Girard et Robert Lepage) ; les femmes ne s'appellent pas Marie ou Madeleine, mais 205 RÉFERENCES Le cinéphile averti (surtout québécois) trouve de plus le plaisir de reconnaître tout un ensemble de références à d\u2019autres films ou aux acteurs.Avec la mort dans le métro, il pense à Sonatine de Micheline Lanctôt.Le costume d\u2019un clochard évoque Paris Texas de Wim Wenders et la scène de la bibliothèque, de même que les prises de Montréal en plongée, Les Ailes du désir du même auteur.Il sourit en assistant à la récupération de Kundera par la publicité.Il saisit toute & l\u2019ironie de faire jouer la scène du doublage du film porno par Marie-Christine Barrault ou le personnage de Lambert par Marc Messier.Il sait qui est l\u2019actrice née dans l\u2019est de Montréal qui vit maintenant à Malibu Beach et celle de Shawinigan qui a un hôtel particulier à Paris.Il voit la jeune interprète de Marie s\u2019en va-t-en ville et le grand patron de la production française de l\u2019ONF qui attendent le métro, etc.Y.L.Constance (très descriptif du personnage, joué par Johanne-Marie Tremblay) et Mireille (Catherine Wilkening).Le spectacle lui-même est l\u2019occasion pour Arcand d\u2019exposer ce qu\u2019il retient de son Catéchisme et de ses recherches récentes sur Jésus.Le film en devient un véritable traité de christologie (voir article de Gérard Rochais).Cela va des dernières théories suggérées par l\u2019archéologie aux plus beaux messages d\u2019amour universel et à la vitupération des prêtres et des législateurs.Il prend comme un malin plaisir à rappeler que les prostituées entreront les premières dans le royaume des cieux.On lui reprochera sans doute de «faire dire n\u2019importe quoi aux Évangiles » ; il prend les devants et fait prononcer cette phrase exacte par Leclerc qui ajoute : « je le sais, par expérience.» Plus tôt, le théologien christologue avait dit à Coulombe, d\u2019un air énigmatique : « Vous autres, les comédiens, vous pouvez dire n\u2019importe quoi ! » Affirmait-il que le théâtre n\u2019est pas sérieux ou en enviait-il la liberté et le rôle de crieur de vérités ?On reconnaît, dans ces séquences, le goût de la provocation d\u2019Arcand.Un « mauvais prêtre » pathétique Ses personnages et son récit lui fournissent l\u2019occasion de lancer des flèches (surtout) de tous bords et de tous côtés : sur les prêtres et les églises à conseil d\u2019administration, sur le cinéma, la critique, la publicité, la langue et la mode de l\u2019improvisation, la justice, le système hospitalier, les doctrines ésotériques.' Il donne un rôle important à Leclerc, le curé du sanctuaire (joué de façon 206 très sensible par Gilles Pelletier).Il en fait un personnage complexe, l\u2019antithèse de son Jésus.Amateur de théâtre dès son enfance, homme de grande sensibilité, il est devenu prêtre parce que, fils d\u2019une famille très pauvre et très religieuse, c\u2019était « une façon de s\u2019en sortir ».Au grand séminaire, il avait essayé de monter La vie de Galilée.Il ne peut faire du théâtre que dans la liturgie ou dans des saynètes de Passion qu\u2019il sait mauvaises.Il couche actuellement avec Constance et se juge « mauvais prêtre ».Il voudrait peut-être quitter son sacerdoce, comme tous ses amis, mais n\u2019a pas le courage de laisser son confort matériel4, dit qu\u2019il ne sait pas comment vivre et aussi que « même un mauvais prêtre, c\u2019est encore un prêtre.Si je suis plus ça, je suis plus rien ».Sans grande conviction, il n\u2019en défend pas moins son Église, ce « rassemblement de la misère universelle » où « les femmes de ménage haïtiennes, les réfugiés guatémaltèques, les vieillards abandonnés.viennent se faire dire que Dieu les aime et les attend », où ceux « qui n\u2019ont pas les moyens de se payer une psychanalyse lacanienne .viennent se faire dire au confessionnal : allez en paix, vos péchés vous sont remis » ; et il n\u2019est pas sûr que l\u2019huile de saint Joseph à quinze dollars soit moins efficace que la coke à cent vingt-cinq dollars le gramme5 .De tous les rôles de prêtres problématiques au cinéma québécois, c\u2019est sûrement le plus pathétique.Il le devient encore plus quand il refuse de laisser jouer les comédiens une dernière fois, par peur d\u2019être obligé de passer ses hivers en banlieue de Winnipeg comme aumônier d\u2019une maison de retraite ! Il devient alors la parodie de la phrase évangélique : « Cù irions-nous, sinon avec toi ?» car, ironiquement, c\u2019est parce qu\u2019il décide de rester avec l\u2019Église qu'il ne peut suivre Jésus.Ce genre de relations septembre 1989 personnage mériterait bien un film à lui tout seul, un de ces jours.Coups de griffes C\u2019est ensuite la critique, plutôt la pseudo-critique, qui en prend pour son rhume.On reconnaît facilement le langage et les tics des Francine Grimaldi, René-Homier Roy et Reine Malo (le texte publié les nomme France Garibaldi, Roméo Miroir et Régine Malouin I).Non seulement ce potinage au superlatif diffuse-t-il des informations farfelues et contradictoires, il est de plus interchangeable d\u2019une personne à l\u2019autre et se répète, identique, à chaque nouveau spectacle.Quand on pense qu\u2019au nom de la rentabilité, les médias grand public ne font appel qu\u2019à ces directeurs d\u2019inconscience.4.\tIl dit que s\u2019il quittait, il n\u2019aurait droit qu'à « une paire de pantalon, une chemise, un blouson en nylon et cinquante dollars cash.C\u2019est tout.Bye, Bye ».Si ce fut le cas dans le passé, ça ne se passe plus ainsi depuis un certain temps.Je le sais par expérience et par ma connaissance de nombreux cas du genre.À l\u2019archevêché, on m\u2019a aussi assuré que ce n'est plus le cas.Arcand se trompe aussi dans son affirmation que « la faculté de théologie est financée entièrement par l\u2019archevêché ».Elle ne l\u2019est même pas en partie.Par ailleurs, anachronisme gênant, et récemment dénoncé, l\u2019archevêque de Montréal a droit de regard sur l'engagement des professeurs.5.\tPar ailleurs, l\u2019agent de sécurité forcera les spectateurs à partir lors de l\u2019annulation du spectacle, en leur disant spontanément : « vous n\u2019êtes pas chez vous ici ». Dans le même baril se retrouvent les créateurs de publicité.Arcand connaît bien le milieu (c\u2019est lui le créateur des le .de Provigo) et il illustre très bien le mépris du public entretenu dans une bonne partie de ce milieu (« le buveur de bière moyen a un quotient intellectuel à peu près égal à celui d\u2019un chien savant»).Cela nous vaut la très belle scène, transposition de celle des vendeurs du temple, quand Daniel Cou-lombe, qui « a toujours eu de la difficulté à supporter le mépris », renverse les caméras, gifle la metteure en scène, chasse les commanditaires voyeurs.De plus, aux gens de cinéma qui ont parfois tendance à se plaindre de ne pas travailler à Hollywood ou avec Ingmar Bergman, il rappelle gentiment que ça aurait pu être pire s\u2019ils étaient venus au monde au Burkina Faso.L\u2019accident de Daniel-Jésus fournit l\u2019occasion d\u2019aller faire un tour à l\u2019urgence d\u2019un grand hôpital.Quelle horreur ! Le spectateur se dit que c\u2019est sûrement exagéré, mais est-ce le cas ?Quelle surprise de voir, quelques minutes de film plus tard que dans l\u2019hôpital juif anglophone, où c\u2019est presque désert, que les meilleurs spécialistes sont immédiatement disponibles.Cela correspond-il à la réalité ?Jésus de Montréal est un film très dense, fourmillant de clés ouvrant les scènes à plusieurs degrés de signification.Son ampleur et son aspect un peu « courtepointe » ne gênent pas, car le sujet lui-même - un personnage déjà pas ordinaire jouant un autre personnage complètement démesuré (« ce n\u2019est jamais minable de jouer Jésus », dit Coulombe) - permettait de soi un tel éclatement.Il est presque complètement réussi.Les quelques maladresses, je les vois surtout dans la trop longue durée de la scène du doublage de film porno, dans le trop petit nombre de figurants lors des représentations de la Passion, dans la mise en scène pas très réussie de l\u2019accident mortel pour Coulombe, dans quelques ruptures d\u2019émotion, surtout celle causée par l\u2019irruption de la potineuse après l\u2019incinération (peut-être un Arcand un peu sadique l\u2019a-t-il voulue ; a-t-il trop peur de l\u2019émotion, craint-il de se faire accuser de sensiblerie ?), dans la moquerie des styles d\u2019interprétation où il exagère le style québécois.L\u2019idée de filmer Montréal de haut était bonne et même tout à fait biblique, mais ces images m\u2019apparaissent trop statiques, sans vie, comme si la ville était exsangue, ce que contredit l\u2019ensemble des scènes.Dès le début, le personnage de René, comparse de Coulombe, dit de façon énigmatique que c\u2019est « dangereux » de jouer Jésus.Dangereux pour qui ?Pour le réalisateur et les acteurs, il semble bien que le danger ait été surmonté puisque le film remporte un succès à la fois critique et financier.En sera-t-il de même pour le public, croyant comme incroyant ?Qu\u2019est-ce que cette nouvelle glose de l\u2019Évangile provoquera dans son esprit et qu\u2019est-ce qu\u2019il retiendra du pamphlet social ?Le nouveau Jésus de Montréal lui apparaîtra-t-il une « modernisation » acceptable de l\u2019original ou un sacrilège ?Acceptera-t-il ce « rafraîchissement » qui ne porte pas que sur l\u2019emballage ou les recettes liturgiques, mais aussi sur le contenu de la « prédication » ?La dernière séquence montre deux jeunes musiciennes du métro chantant le Stabat Mater de Pergolèse : « Quando corpus morietur, fac ut animae donetur paradisi gloria (Quand mon corps mourra, fais qu\u2019à mon âme ne soit pas refusée la gloire du paradis) ».Celui qui comprendra le sens de ces paroles pensera-t-il qu\u2019Arcand veut nuancer la position initiale et se garder un petit espoir d\u2019éternité ?Le réalisateur laisse la possibilité aux croyants de penser ainsi, mais j\u2019y vois surtout un ironique rappel de « l\u2019impossible rêve » pour lui, car ce que démontre l\u2019ensemble du film, c\u2019est que le personnage Jésus a apporté de fondamental à la culture de l\u2019humanité quelques paroles « incontournables » d\u2019une sagesse dont on se priverait à tort, rien de plus.Tout le reste de la religion n'est que littérature, réécriture de mythes fondateurs, ou cinéma, ou musique, ou cantate dans une langue que personne ne comprend ; dans les meilleurs des cas, tout est affaire d\u2019esthétique ; et « la conscience de sa brièveté en renforce l\u2019intensité ».¦ \t\t*\tci \t\t \t\t JM\t\t Max Films (Gros D'Aillon) L\u2019ÉVANGILE SELON DENYS par Paul Warren1 département des littératures, Université Laval notre réalisateur québécois le plus populaire a voulu montrer à la face du monde, dans son Jésus de Montréal, qu\u2019il faisait essentiellement du cinéma d\u2019auteur.Jamais, dans toute son oeuvre, il ne s\u2019est autant impliqué.L\u2019expression « c\u2019est impliquant», qui revient à tout propos dans la bouche d\u2019un personnage du film, n\u2019est pas qu\u2019une caricature.Pour bien prouver qu\u2019il entend faire oeuvre originale et qu\u2019il est seul maître à bord de son évangile, Arcand pousse l\u2019audace jusqu\u2019à faire réciter, en pleine Passion, au moment de la mise au tombeau, le monologue d\u2019Hamlet.Il arrange son scénario pour ça : c\u2019est la condition que pose René (Robert Lepage) pour joindre l\u2019équipe de Daniel et jouer dans la Passion sur la montagne.«J\u2019ai toujours voulu dire ça», avoue-t-il.En fait, c\u2019est Arcand qui a toujours voulu mettre du Shakespeare en scène.Et après le triomphe du Déclin, il se sent les reins assez solides pour se le permettre.Il se servira encore de René, dans le rôle de Ponce Pilate, pour que soit prononcée clairement une phrase qui n\u2019a rien à voir avec les Évangiles, mais qui a tout à voir avec Arcand, une phrase à laquelle il tient mordicus et qui était déjà en place, solidement, dès le premier scénario : « Oh, vous savez, de dire Ponce Pilate, personnellement (il faut noter le « personnellement »), j\u2019ai toujours pensé qu\u2019un prêtre était soit un idiot soit un profiteur ».Ce qui permet à Arcand, d\u2019entrée de jeu, dès la première station, de montrer ses couleurs : il ne croit pas à cette dimension qu\u2019on appelle la foi.Arcand va même jusqu\u2019à jouer un rôle dans son film.Pas n\u2019importe quel rôle, celui du juge qui disculpe le personnage principal de l\u2019accusation portée contre lui.Et quelle accusation ?Celle d\u2019avoir détruit des appareils de 208 base pour la fabrication d\u2019images, des appareils semblables à ceux avec lesquels Arcand lui-même fait son film sur Jésus.C\u2019est pousser très loin la dénonciation des fabriquants et vendeurs d\u2019images.Arcand qui est lui-même un faiseur d\u2019images fait de l\u2019angélisme et se fait iconoclaste.En fait, Arcand, comme réalisateur, cinématographiquement, s\u2019engage à fond du côté de son personnage principal, Daniel, qui joue le rôle de Jésus dans le mimodrame de la Passion.Il s\u2019en sert pour crier sa propre révolte contre la pourriture sociale, les institutions sans âme, l\u2019hypocrisie des bien nantis, l\u2019exploitation cynique à laquelle se livrent les artistes qui détiennent le pouvoir.Au moment crucial où son propos dénonciateur risque d\u2019être stoppé, au moment où la police arrête son personnage principal, il pénètre lui-même dans l\u2019histoire pour lui donner un coup de pouce et pour faire redémarrer son film.Gros plan sur des individus exceptionnels Arcand, me semble-t-il, reprend avec plus de force que jamais son rôle de cinéaste créateur engagé.Son oeuvre antérieure est marquée au coin de la lutte entre les faibles et les forts, les pauvres et les riches, entre les groupes minoritaires qui cherchent à se libérer et les nantis, les hommes de pouvoir, les institutions financières et politiques asservissantes : On est au coton, Réjeanne Padovani, Gina, Québec, Duplessis et après, Le confort et l\u2019indifférence.relations septembre 1989 Mais, depuis le crépusculaire Déclin de l\u2019empire américain, l\u2019engagement de Denys Arcand sera différent.Arcand ne croit plus aux groupes, aux regroupements d\u2019individus, que ce soit des politiciens, des professeurs ou des artistes.Il ne croit plus qu\u2019à l\u2019individu exceptionnel.Il y a peut-être, en ce bas monde, quelques individus isolés qui méritent encore quelque intérêt, semble se dire Arcand, mais ils sont de plus en plus étranges, étonnants, détonnants, et ils conservent naïvement dans leur âme d\u2019enfant des souvenirs d\u2019un passé mythique et révolu.En cela, Denis Arcand, tout subversif qu\u2019il paraît être, se range bien dans son temps, dans son temps cinématographique des Camille Claudel et des Indiana Jones, où l\u2019individu est devenu le principal sujet d\u2019interrogation, un « individu orphelin, surfiguratif », comme le dit Serge Daney.Un individu coupé du groupe, du plan d\u2019ensemble, de l\u2019environnement (lequel environnement s\u2019avère de plus en plus banal, médiocre, pourri, gangrené, pollué).Jésus de Montréal est un film « in », en plein dans la lignée de l\u2019actualité cinématographique, où c\u2019est le gros plan individuel qui brille jusqu\u2019au narcissisme et qui détonne au beau milieu d\u2019un plan d\u2019ensemble, d\u2019un projet de société qui décline.À ce propos, je voudrais risquer le rapport suivant : le cinéma, détruisant ses plans d\u2019ensemble au profit de gros plans (d'une « grosplanisation ») de plus en plus sensationnels, n\u2019exprime-t-il pas notre hyperindividualisme moderne qui détruit inexorablement l\u2019environnement écologique et l'espace vital de notre planète ?(.) ¦ 1.Ce texte est tiré d\u2019un billet diffusé à Dialogue, de Radio-Canada, le 30 mai 1989. Point de vue d'un exégète DIRE JÉSUS AU PRÉSENT par Gérard Rochais exégète mm.On peut décerner sans hésitation au film de Denys Arcand Jésus de Montréal, après le prix du jury de Cannes et le prix oecuménique, le prix d\u2019interprétation biblique ou, pour employer un mot savant, le prix d\u2019herméneutique.Faire de l\u2019herméneutique, « ce n\u2019est pas d\u2019abord interpréter, mais avant cela même : porter annonce et apporter connaissance » (Heidegger).C\u2019est précisément ce qu\u2019a fait Denys Arcand dans son film, « promenant constamment le spectateur du théâtre au réel, du jeu à la vie, du biblique au quotidien » (Richard Guay).Celui qui veut porter annonce du passé et l\u2019interpréter pour le temps présent, qu\u2019il soit artiste, exégète ou historien, risque de tomber dans trois pièges: 1) vouloir reconstituer à tout prix le passé, le mimer pour y transporter le spectateur ou le lecteur, en le dépaysant ; ce procédé peut charmer le spectateur, mais très rarement le séduire ; qu\u2019on pense au Jésus de Nazareth de Zeffirelli ; 2) le second piège, c\u2019est précisément celui que propose le religieux du sanctuaire - Raymond Leclerc - au comédien - Daniel Coulombe - : dépoussiérer seulement le texte ancien de ce qui est démodé, le moderniser, le rafraîchir, sans vouloir tout y changer ; les résultats de ces adaptations où l\u2019ancien côtoie le nouveau sont rarement satisfaisants ; 3) le troisième piège, c\u2019est de vouloir tout changer pour l\u2019adapter au goût du jour ; c\u2019est ce qu\u2019a fait, en partie, Gérald Messadié dans son roman historique L\u2019homme qui devint Dieu.Assez bien écrit, ce livre est décevant au niveau de l\u2019histoire et irrecevable aux yeux de la foi.Interprétation réussie Comment alors réussir une véritable interprétation du passé et, dans le cas présent, du mystère de Jésus ?Pour mener à bien cette transposition, il faut entrer dans ce que Heidegger a appelé « le cercle herméneutique » et y circuler.Autrement dit, « celui qui porte l'annonce doit déjà provenir de l\u2019annonce.Mais il doit aussi déjà avoir été jusqu\u2019à elle ».relations septembre 1989 Denys Arcand est manifestement allé jusqu\u2019au message évangélique.Dans une interview qu\u2019il a donnée à la revue Séquences (juin 1989, no 140), il raconte qu\u2019il a étudié pendant six mois la christologie, potassé bouquin sur bouquin, et rencontré beaucoup de théologiens.Il ne se présente pas comme un spécialiste de l\u2019exégèse ou un historien de la vie de Jésus, mais affirme en avoir assez appris pour faire une vulgarisation et savoir où en sont rendues à peu près l\u2019exégèse et la christologie (p.15).Le film, comme on le verra, montre une assez grande connaissance du sujet traité, notamment en ce qui concerne l\u2019histoire, l\u2019archéologie et la façon de rendre les paroles authentiques de Jésus.Pour Denys Arcand, les paroles de l\u2019Évangile « sont des paroles incontournables.Ce sont les plus grandes paroles jamais prononcées sur le sens de la vie » (p.17).Il affirme, plus loin, que l\u2019acteur qui joue le rôle de Jésus, Lothaire Bluteau, a lu tout ce que lui-même avait lu sur Jésus, passant de si longues heures à la bibliothèque de l'Oratoire que le bibliothécaire avait fini par lui en donner la clef.209 Le réalisateur et l\u2019acteur principal ont rempli la première règle de l\u2019interprétation : ils sont entrés, par l\u2019étude, jusqu\u2019au message même des évangiles.Mais comment entrés dans l\u2019annonce évangélique en sont-ils sortis ?Peut-on dire « qu\u2019ils proviennent de cette annonce », qu\u2019ils la rendent sans trop la trahir ?Quelle complicité ou quel rapport le réalisateur établit-il entre le personnage du Jésus de Montréal et la personne même de Jésus qui vécut en Palestine, il y a quelque deux mille ans ?Je voudrais, par deux séries d\u2019exemples, assortis de critiques lorsque c\u2019est nécessaire, faire ressortir la justesse de la transposition.Parallélismes Le scénario ne présente pas toute la vie publique de Jésus, mais seulement sa Passion, ainsi que diverses autres scènes de la vie publique de Jésus.Or le cheminement du jeune comédien qui joue le rôle de Jésus ressemble assez au destin de Jésus qu\u2019il interprète.Notons tout d\u2019abord l\u2019inclusion entre le début et la fin du film.Au début du film, une soprano et une contralto répètent au jubé du sanctuaire le Stabat Mater de Pergolèse.Dans la toute dernière scène, ces mêmes chanteuses sont assises dans un couloir de métro, chantant le dernier duo du Stabat Mater: « Quand mon corps mourra, fais qu\u2019à mon âme ne soit pas refusée la gloire du paradis ».Le clin d\u2019oeil est clair : la religion est sortie du sanctuaire pour entrer dans le « trafic » ! Les premières scènes du recrutement des comédiens, assez disparates et loufoques, ne sont pas sans rappeler l\u2019appel des disciples.Le Jésus de Montréal rencontre les comédiens sur leurs lieux de travail, tout comme Jésus dans les évangiles synoptiques.Les dialogues sont très simples : « Je suis venu te chercher.Viendrais-tu travailler avec moi » (Scénario, p.25s) ou inexistants, comme dans les évangiles.Les comédiens, sauf un, quittent immédiatement leurs emplois pour suivre Daniel (p.26 ; 32s).Parmi les disciples, il y a des hommes et des femmes, comme dans les évangiles.Si le Jésus historique a choisi des hommes pour constituer le groupe des « Douze », c\u2019était parce qu\u2019il pensait à la restauration prochaine d\u2019Israël ; il a choisi douze hommes comme représentants de l\u2019Israël idéal selon l\u2019imaginaire religieux du temps, comme 210 le montre le logion des douze trônes (Mt 19,28).Mais parmi les disciples, il y avait aussi des femmes (Le 8,1-3); elles seules le suivront jusqu\u2019à la croix.Dans l\u2019évangile apocryphe de Pierre (début du deuxième siècle), et chez certains Pères de l\u2019Église, Marie-Madeleine est expressément appelée « disciple ».L\u2019attitude de Daniel envers les femmes dans le film reflète bien l\u2019attitude de Jésus dans les évangiles : attitude de respect et de tendresse.Daniel se laisse embrasser par les femmes, minoucher dans un bain par Mireille, tout comme le Jésus historique se laissera baigner les pieds par les larmes d\u2019une pécheresse et couvrir de baisers (Le 7, 36-50).La tendresse de Daniel envers Rosalie, la fille de Constance, qui la laisse dormir dans ses bras, qui joue ensuite avec elle, n\u2019est pas non plus sans évoquer l\u2019attitude même de Jésus envers les enfants.Daniel qui respecte les femmes ne peut supporter la manière dont les producteurs de publicité traitent les actrices.Lorsque les producteurs demandent à Mireille, son amie, d\u2019enlever son sweat-shirt, il s\u2019avance et entre dans une rage folle.C\u2019est une allusion assez directe à l\u2019épisode des vendeurs chassés du temple.Jésus, choqué par le trafic qui se faisait dans l\u2019enceinte du temple, et sans doute par tout l\u2019appareil cultuel, dans un geste symbolique qui en annonçe la destruction prochaine, renverse les tables des vendeurs, jette l\u2019argent par terre et expulse vendeurs et acheteurs hors du parvis.Le geste de l\u2019un et de l\u2019autre entraînera leur perte.Daniel sera victime du pouvoir de la publicité.Il sera arrêté et, reconnu coupable, sommé de comparaître pour le prononcé de sa sentence.Il sera victime aussi de l\u2019institution religieuse qui, jugeant le spectacle donné par Daniel et les autres comédiens inconvenant dans l\u2019enceinte d\u2019un sanctuaire, décidera de le suspendre.Passant outre à cette interdiction, les comédiens décideront de donner une dernière représentation qui tournera au tragique.Au cours d\u2019une échauffourée entre les gardes de sécurité envoyés par les supérieurs du sanctuaire et les spectateurs, la croix où se trouve Daniel sera projetée au sol.Il tombera, écrasé sous la croix, blessé mortellement.Mort apparemment absurde.L\u2019esclandre de Jésus contre le temple, qui annonçait en un geste prophétique sa future destruction, ses déclarations intempestives à propos de relations septembre 1989 sa destruction prochaine ont provoqué directement sa condamnation et sa mort.Mais comme le déclare Mireille lors de la deuxième représentation du spectacle : « À la fin de sa vie, ils étaient très nombreux et très puissants, tous ceux qui avaient hâte de le voir crucifié » (Scénario, p.132).Hérode Antipas craignait sans doute que Jésus, à l\u2019instar du Baptiste, provoquât par sa prédication une sédition qui se retournerait contre son gouvernement (Mc 6,14-16) ; aussi chercha-t-il à s\u2019emparer de Jésus, comme il avait fait du Baptiste, pour le faire mourir (Mc 3,6 ; Le 13,31-33).Le comportement de Jésus, son attitude envers le sabbat et les lois de pureté devaient choquer les pharisiens.Ses paroles très dures contre le temple et son système cultuel ne pouvaient que mécontenter les sadducéens.Jésus ne fut pas livré au pouvoir romain et crucifié comme agitateur politique pour rien.Il dérangeait bien du monde par sa prédication et aussi par ses miracles qui pouvaient passer pour de la magie.Le Talmud de Babylone rapporte que Jésus fut crucifié la veille de la Pâque « parce qu\u2019il avait pratiqué la sorcellerie et entraîné Israël dans l\u2019apostasie » {b.Sanh 43a).Justin connaît la même tradition : « Ceux qui voyaient ces choses arriver disaient que c\u2019étaient des visions magiques, car ils ont osé soutenir qu\u2019il était magicien, et qu\u2019il égarait le peuple ».Au regard humain, Jésus est tombé victime des pouvoirs en place ; aux yeux de la foi, le mystère demeure.Il eût été pourtant un moyen pour Daniel comme pour Jésus d\u2019éviter la condamnation et même la mort : c\u2019était d\u2019entrer dans la logique du système en place.Dans une des meilleures scènes du film, qui se déroule dans un corridor vitré au haut d'un édifice du centre-ville, un avocat va suggérer à Daniel toutes les possibilités que lui ouvre son talent d\u2019acteur dans les milieux médiatiques, le show-business ou la littérature.Cette scène est splendide, parce qu\u2019on ne la voit pas venir ; mais quand l\u2019avocat déclare à Daniel: «J\u2019essaie juste de vous faire comprendre qu\u2019avec le talent que vous avez, cette ville-là est à vous, si vous voulez », on comprend que la scène reflète la tentation du diable, quand il emmène Jésus sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit : « Si tu te prosternes et m\u2019adores, tout cela je te le donnerai » (Mt 4,8).Mais Jésus ne cédera pas aux tentations qu\u2019il a réellement connues durant sa vie (cf.Mc 8,11-12 ; Mt 16,22-23 ; Jn 6,14-15) ; il ne cédera pas aux Daniel/Jésus, victoire du pouvoir de la publicité t'i séductions du système en place.Et parce qu\u2019il ne cède pas, il va mourir.Daniel ne cédera pas non plus aux offres alléchantes et tout à fait logiques que lui propose le système.Aussi bien sera-t-il victime du système.La comédienne que Daniel avait arrachée aux séductions du monde de la publicité, ne cédera pas non plus à la fin du film aux propositions que lui fait le même avocat : récupérer le projet de Daniel dans une oeuvre rentable qui le pervertirait.On a voulu voir, enfin, dans le don des organes de Daniel à un Anglais et une Italienne, une forme de survie ou de résurrection.J\u2019y vois beaucoup plus, exprimé de façon concrète, le sens même de la vie et de la mort de Jésus, qui est venu pour que les hommes aient la vie et l'aient en abondance (Jn 10,10).Histoire et archéologie À plusieurs reprises Denys Arcand fait appel à l\u2019archéologie pour étayer son portrait de Jésus.Toutes ses références sont exactes.Il est vrai par exemple que les plus anciennes mosaïques et les peintures des cata- combes représentent Jésus imberbe et que ce sont les artistes byzantins qui plus tard lui dessinèrent une barbe, parce qu\u2019à Byzance la barbe était un signe de puissance.Tout ce que les acteurs disent de la crucifixion et de la flagellation dans l\u2019antiquité est exact.On s\u2019aperçoit avec quel soin Arcand a étudié le livre de Martin Hengel, La crucifixion dans l\u2019antiquité et la folie du message de la croix (Paris, Cerf, 1981).Mais il a lu aussi avec beaucoup d\u2019attention des chroniques archéologiques consacrées au crucifié de Jérusalem, découvert en 1968.Ce crucifié date, à dix ans près, de l\u2019époque de la mort du Christ ; il nous révèle la façon dont les gens étaient crucifiés.Le crucifié avec les pieds percés d\u2019un seul clou qui rejoignait les deux talons.Le clou était encore là.On peut expliquer le fait de deux façons : ou bien le crucifié était debout et les talons étaient cloués de chaque côté de la croix et non en avant, ou bien le crucifié avait les genoux repliés, ses cuisses reposaient sur un support et le clou traversait les deux talons.C\u2019est la solution qu\u2019a choisie Arcand, plaçant à juste titre plusieurs pieux sur le lieu du supplice.Le recours à l\u2019histoire profane s\u2019avère généralement juste.Il est vrai relations septembre 1989 que « notre connaissance de la vie de Jésus est tellement mince que certains ont prétendu qu\u2019il n\u2019avait jamais existé » (Scénario, p.65).Il est vrai aussi que les auteurs païens ou juifs qui en parlent sont rares : Tacite, Suétone, Pline le jeune et l\u2019historien juif Flavius Josèphe, encore que le témoignage de ce dernier soit sujet de bien des débats parmi les exégètes.Jésus était juif, circoncis et observait la loi.Mais peut-on dire qu\u2019il n\u2019était pas chrétien ?C\u2019est la position de Bultmann qui affirme : « Jésus était-il - le Jésus historique ! - un chrétien ?.On ne peut pas le dire chrétien ».La langue, la conceptualité, les représentations eschatologiques, la prédication morale de Jésus sont juives.Si la foi chrétienne consiste à croire que Jésus est le Christ, il ne l\u2019a pas partagée ! Il ne s\u2019est pas considéré comme le Messie ; il n\u2019a pas demandé que l\u2019on croie en lui ; il n\u2019a pas d\u2019abord été sujet d\u2019un acte de foi dont il est devenu, par la suite, objet.Cette prise de position de Bultmann sera combattue par J.Jeremias et E.Kàsemann.Pour ce dernier, Jésus est « l\u2019initiateur et le consommateur de la foi » (Hé 12,2), le nouvel Adam.Ce qui est dit des croyances de l\u2019époque est également juste : « cette histoire se passe à une époque où les 211 Max Films (Gros D\u2019Aillon) gens croyaient que la terre était plate, et que les étoiles étaient des luminaires suspendus à la voûte du ciel.On croyait aux mauvais esprits, aux démons, aux guérisons miraculeuses, à la résurrection des morts.Tout l'Orient grouillait de prophètes, de charlatans, de magiciens » (Scénario, p.67).Arcand se montre, comme le veut l\u2019esprit de l\u2019époque, très discret sur les miracles de Jésus.Jésus accomplit plusieurs miracles, mais de façon très rapide.Il est dommage que Arcand rattache les miracles seulement à la magie et colporte la légende juive que Jésus était un magicien.En fait, comme l\u2019a bien montré G.Theissen, l\u2019activité miraculeuse se présente au premier siècle sous trois formes principales : elle apparaît d\u2019abord associée à une institution d\u2019utilité sociale : les sanctuaires, où les malades étaient accueillis et traités.Elle était aussi reliée à la magie.Enfin une troisième forme d\u2019activité miraculeuse ne relevait ni de l\u2019institution ni de la magie, et même s\u2019en distinguait très nettement : c\u2019était l\u2019activité qu\u2019exerçait l\u2019homme charismatique.C\u2019est à cette dernière forme que se rattache la pratique miraculeuse de Jésus.Il est vrai que l\u2019on ne sait rien sur la date et le lieu de naissance de Jésus.On s\u2019entend, d\u2019une façon assez générale aujourd\u2019hui, pour dire que Jésus est vraisemblablement mort le 7 avril de l\u2019an 30.Il aurait eu entre 37 et 40 ans.Je trouve dommage que Arcand ait colporté la légende selon laquelle Jésus serait né d\u2019une prostituée et d\u2019un soldat romain, nommé Pandéra, même si cette légende sert finalement à l\u2019éco- nomie de son récit : c\u2019est à cause de cette affirmation que la représentation sera interdite par les autorités religieuses.Cette légende, il est vrai, trouve encore preneurs parmi les exégètes qui la proposent à titre d\u2019hypothèse.Ils s\u2019appuient principalement sur le texte de Mc 6,3, où Jésus est appelé « fils de Marie ».Or dans la tradition juive, on dit toujours d\u2019un homme qu\u2019il est le fils de son père, à moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019un enfant illégitime.C\u2019est généralement vrai, mais cela ne s\u2019applique pas dans le contexte de Mc 6,1-6.Comme le dit très clairement R.Pesch dans son commentaire : « Que l\u2019expression fils de Marie désigne Jésus comme un enfant illégitime de Marie et que par là on doive en finir avec sa revendication d\u2019autorité, est totalement invraisemblable ; le contexte qui donne la profession de Jésus et le nom de ses frères et soeurs parle clairement contre.L\u2019argumentation des Nazaréens est la suivante : la question de la messianité de Jésus ne peut pas être prise en compte, parce qu\u2019il est connu (non pas parce qu\u2019il est un enfant illégitime) ».Jésus est appelé « fils de Marie » vraisemblablement parce que son père est mort.Sur la légende de Jésus, fils de Pan-dera, on peut dire ceci : 1) la légende est inconnue de Justin et mentionnée pour la première fois par Origène dans le Contre Celse 1,28 ; 32 ; 69.Elle est mentionnée par la suite dans le Talmud et surtout dans les Toledot Yeshou qui datent du dixième siècle.2) La légende présuppose la foi commune des chrétiens dans la conception ou naissance virginale de Jésus, et la formule partout répandue : Huios tès parthenou (fils de la Vierge).volontairement changée en Huios tou panthèrou (fils de Panthère ou de Pandera).3) La légende est née vraisemblablement en milieu juif, puisqu\u2019elle se retrouve dans le Talmud et qu\u2019elle représente pour les Juifs seuls un double avantage : elle fait de Jésus un Romain et non pas un Juif ; elle empêche que Jésus soit le fils d\u2019une vierge et Messie.Grecs et Romains n\u2019avaient aucun intérêt à colporter une telle légende.4) Ce n\u2019est pas la seule supposition outrageante à l\u2019honneur de Marie que Juifs et païens ont faite : on a fait d\u2019elle une femme adultère, une prostituée, une professionnelle de la galanterie ; un racontar d\u2019origine alexandrine fait même naître Jésus de l\u2019inceste de Marie et de son propre frère.Il y aurait encore beaucoup de bonnes choses à dire de ce film d\u2019Ar-cand ; il aurait fallu parler des citations des paroles de Jésus dans le film, de leur mise en scène, de l\u2019absence du nom de Dieu, sauf dans la première scène, des dialogues souvent brillants, de la critique sociale féroce qui se développe à travers tout le film.D\u2019autres en traiteront.Du point de vue biblique, ce film est une véritable réussite.Comme récrivaient des étudiants en théologie dans le Devoir du samedi 10 juin : « Ce qu\u2019il y a de fort, c\u2019est de se faire dire que Jésus est un des nôtres et qu\u2019on l\u2019approche comme tel, avec l\u2019espérance la plus humaine ».« Je fais des films avec mon âme », dit Denys Arcand.N\u2019est-ce pas la raison pour laquelle ce film particulièrement nous touche ?¦ COURS PAR CORRESPONDANCE Cours I : Introduction générale à l\u2019Ancien Testament Cours II : Introduction au Nouveau Testament Cours III : Un certain visage de Jésus : l\u2019Esprit Chaque cours comprend douze leçons.Les frais de participation doivent être versés au moment de l\u2019inscription ; ils couvrent les frais de correction et de poste : 40 $ chaque cours (30 $ sans correction) ; Hors Canada : 55 $ chaque cours (45 $ sans correction) S©CABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 212 relations septembre 1989 SYMBOLISME RETROUVE, MAIS.par Daniel LeBlond jésuite, étudiant en théologie Denys Arcand ne tire des Évangiles pratiquement aucun texte qui essaie de nous dire qui était Jésus.Jésus de Montréal » m\u2019a tout à la fois bouleversé et laissé un étrange sentiment d\u2019insatisfaction.Il y a longtemps que je n\u2019avais vu le message de Jésus aussi bien adapté à notre monde, grâce à un symbolisme retrouvé et percutant.Nous le savions déjà : le message de Jésus s\u2019est inscrit dans une histoire qui est bien loin de notre époque, de notre manière de vivre et de penser.Jésus a vécu dans un monde, a été confronté à des forces et des pouvoirs, a été influencé par la culture et les idéologies de son temps.C\u2019est au travers de ce vécu qu\u2019il a transmis son message.Denys Arcand a su réécrire une histoire pour aujourd\u2019hui : le message de Jésus retrouve sa force et sa pertinence, grâce à des images et à des symboles qui lui permettent de rester vivant et significatif.Ces mêmes images et ces symboles révèlent aussi une perception exceptionnelle de notre société, de ses valeurs, de ses combats, de ses rouages et une compréhension sensible du contenu des Évangiles.Le message de Jésus L\u2019auteur situe son personnage principal au coeur de la culture : c\u2019est là que se trouvent, aujourd\u2019hui, les vrais défis de notre société.Daniel est un jeune comédien au chômage, en recherche, premier prix de conservatoire, déçu.Il se heurte aux pouvoirs des médias qui dominent cette culture, notamment celui des producteurs, personnifiés ici par Monique Miller, directrice de production de films publicitaires, qui manipule le réalisateur, humilie les comédiens.Comme Hérodiade, elle est la reine d\u2019une société qu\u2019elle domine par l\u2019argent et la gloire qu\u2019elle fait miroiter aux yeux des jeunes comédiens et du consommateur.Ce personnage hautement réel, symbolise ces nouveaux pouvoirs qui dominent notre société, auxquels il est difficile de s\u2019attaquer sans se mettre en marge de celle-ci.Le film souligne également le pouvoir de l\u2019institution Eglise, personnifié par le Père Leclerc.Cet homme est l\u2019image d\u2019une Église qui se cherche, écartelée entre un message qu\u2019elle proclame et une vie privée au coeur de laquelle relations septembre 1989 213 l\u2019Évangile a du mal à s\u2019incarner ; une Église triste, encombrée, tiraillée entre des valeurs qui n\u2019ont rien à voir avec le message de Jésus.Daniel sait découvrir la situation déchirante que vit le Père Leclerc, il sait le lui dire d\u2019une manière vraie et respectueuse, tout en l\u2019appelant à plus d\u2019authenticité et de radicalité.Personnage de curé tragique et sympathique : il s\u2019est éloigné de l\u2019essentiel du message au point où il n\u2019en est plus le porteur.Ceux qui le proclament ?Une petite troupe de comédiens marginaux et rejetés de l'institution.L\u2019institution ?Elle est enlisée, bâillonnée par sa propre manière de vivre et de penser.Denys Arcand sait aussi nous dévoiler la véritable pauvreté de notre temps que Jésus dénoncerait et à laquelle, de fait, son personnage s\u2019attaque : l\u2019homme et la femme exploités, humiliés, réduits par les nouveaux pouvoirs à n\u2019être qu\u2019un « géranium » ou un « sex symbol ».La personne humaine se voit ainsi réduite à ses aspects de consommateur et de machine à inciter à la consommation.La scène où Daniel, face aux producteurs, se met en colère, symbolise bien comment, pour notre société, l\u2019être humain a fondamentalement perdu toute dignité.Daniel, et lui seul, s\u2019élève contre cet état de fait, défie ces pouvoirs et redonne à Mireille sa dignité, en reconnaissant qu\u2019elle « vaut mieux que ça ».Elle se sent aimée, capable d\u2019autres choses, d\u2019être autrement.Elle le lui dit dans la séquence qui suit : « Je t\u2019aime, espèce de fou.» Le cinéaste a encore souligné la force de ces nouveaux pouvoirs à travers les scènes évoquant les tentations de Jésus : ce sont celles de la carrière réussie, sertie de gloire et d\u2019argent, que lui propose l\u2019avocat, Richard Cardinal, au sommet d\u2019un gratte-ciel.La ville serait à lui.C\u2019est le monde qui lui est offert, et pour le conquérir il n\u2019a qu\u2019à se renier lui-même, voire à se prostituer comme l\u2019y invite complaisamment la société.Le séjour des morts dans lequel Daniel, Mireille et Constance descendent est ce métro où vont et viennent des morts-vivants, des humains que l\u2019on déplace d\u2019un endroit à un autre ; des automates à qui l\u2019on demande de se terrer dans la pénombre de l\u2019indignité et d\u2019y mouvoir leur vie.On le voit ce film, par des images, des lieux, des personnages, des sentiments, des perceptions, nous fait entrer dans l\u2019essence du message de Jésus.214 Le bon message, mais.Mais.Il y a un mais.Comme tous les créateurs, Arcand fait un choix parmi les traces de Jésus que nous conservent les Évangiles.Ce choix concerne toujours le message de Jésus, pratiquement jamais son identité, sa personne, sa compréhension de lui-même.Et pourtant les Évangiles ont conservé les deux.Denys Arcand ne tire des Évangiles pratiquement aucun texte qui essaie de nous dire qui était Jésus.Il ne retient même pas ce que les disciples ont saisi de son mystère à travers l\u2019expérience de leur rencontre avec lui.Jésus serait, nous dit-il, le fils illégitime de Marie et d\u2019un soldat romain, une théorie parmi d\u2019autres.Une seule brève allusion évoque une autorité qui serait inconnue de ses disciples ; la relation de Jésus à son père se résume à une remarque de Daniel qui, en descendant dans le métro, mentionne que son père l\u2019a abandonné.Tout ceci me laisse perplexe.Aussi beau, vrai et percutant que soit le message de Jésus, s\u2019il est coupé de sa personne, il est vide et fragile.N\u2019est-ce pas là le sens de cette magnifique séquence où, après la mort de Daniel, les disciples, avec le tentateur (l\u2019avocat), créent une compagnie théâtrale dont l\u2019un d\u2019eux sera le premier président.Les trois disciples pensent ainsi s\u2019attacher au message, mais ils sont en train de se faire récupérer magistralement.On ne peut que voir dans cette séquence le symbole de la création d\u2019une certaine Église.Une seule disciple, Mireille, refuse cette récupération.Elle a fait l\u2019expérience de la personne de Jésus (Daniel), elle a senti son regard qui lui a rendu sa dignité et elle l\u2019aime.Elle a saisi le message à travers la personne qui le portait, qui est venu la chercher et lui montrer autre chose d\u2019elle-même.Il en est de même pour les deux jeunes chanteuses du début du film.Elles ont assisté à la colère de Daniel, elles qui quelques instants auparavant avaient été humiliées par la productrice.Au début du film, elles chantaient à l\u2019église ; à la fin du film, elles ont quitté l\u2019église et chantent dans le métro, là où les morts-vivants ont besoin d\u2019être réhumanisés.Leur chant porte fruit : en effet il y a bien plus de gens qui montent vers la lumière qu\u2019il n\u2019y en a qui descendent dans l\u2019obscurité avilissante du métro.relations septembre 1989 Ces trois personnages ont vécu une expérience porteuse du message, ils ont rencontré quelqu\u2019un qui les a reconnus et, à leur tour, ils l\u2019ont reconnu : « Je t\u2019aime, espèce de fou ».C\u2019est pourquoi Mireille se retire.Elle ne sera jamais récupérée.« Jésus de Montréal » ne nous fait pas rencontrer Jésus.Il le laisse dans l\u2019ombre de son message, ûui est-il ?Ou\u2019est que cette relation de Jésus à son père, qui en fait le fils de Dieu et qui prend tant de place dans les Évangiles ?Cette relation ne peut être balayée du revers de la main à travers un choix de textes.Elle est au coeur de la personne même de Jésus, elle influence au plus haut point sa vie et son message.Jésus qui touche au coeur, comme il l\u2019a fait pour Mireille, nous est rarement accessible dans ce film, sauf dans certaines séquences : celle de la colère qui dénonce le mépris, celle qui précède le dernier spectacle où, dans l\u2019église, en présence du Père Leclerc, Daniel parle de lui, de ses rêves, de son refus de la médiocrité.Il y a aussi la séquence de la résurrection dans le spectacle de la passion où par un mariage fabuleux de la lumière, du geste et de la musique, Mireille vient annoncer aux autres disciples qu\u2019elle l\u2019a vu, qu\u2019elle l\u2019a rencontré, qu\u2019elle l\u2019a reconnu.Dans ces séquences - et à mon point de vue, ce sont les seules -, nous faisons une expérience de la personne de Jésus.Cette expérience reste partielle et ne provoque pas la rencontre qui libère, qui permet au message d\u2019être vivant.Création inachevée Comme la question de la personne de Jésus, la question de la résurrection reste ouverte.Elle est pourtant d\u2019une importance capitale, venant à son tour compléter le message.Elle est liée à la personne de Jésus.L\u2019auteur propose ici une réponse ambivalente.Dans ce film remarquable, autant le message de Jésus est clair, autant sa personne et le fait qu\u2019il soit ressuscité restent dans la pénombre de la recherche.Mon malaise vient de là, car il est essentiel d\u2019expliciter et de comprendre l\u2019un et l\u2019autre.Le message dit par un Jésus homme, mort et enterré, impossible à rencontrer aujourd\u2019hui, est une idéologie.Si belle soit cette idéologie, vaut-elle la peine de mourir pour elle comme l\u2019ont fait Daniel Coulombe et Jésus de Nazareth ?U LA PLACE TIEN AN MEN par Michel Mardi1 « Un chat qui tue ses chatons, est-ce toujours un bon chat ?» 'ïiëà ' «w* ÜÜ* toute analyse des événements qui surviennent en Chine doit tenir compte du fait que Deng Xiaoping a été le symbole autant que le moteur de la réforme chinoise pendant deux décennies.Limogé deux fois par Mao comme « bandit capitaliste », il a refait surface une troisième fois après la mort du Grand Timonier.Il a mené la lutte contre la Bande des Quatre et les excès de la Révolution culturelle.Une fois Hwa Gwofeng écarté, il a réussi à prendre finalement l\u2019ascendant sur tous les autres aspirants au pouvoir, en 1979.Hâter les réformes économiques Il a préconisé une politique de réforme économique et d\u2019ouverture.C\u2019était un programme audacieux qui avait ses adversaires.En fait, peu de dirigeants communistes ont fait preuve d\u2019autant de courage dans la recherche de solutions au double problème économique et politique : des stimulants économiques adéquats dans l\u2019économie rurale d\u2019abord, puis dans l\u2019économie industrielle ; un système légal pour assurer la légitimité du régime et de la transition des pouvoirs.1.Michel Marcil est membre de la Délégation de l\u2019apostolat chinois de la Compagnie de Jésus et directeur d\u2019Amitié Canada-Chine.Il a donc désigné Hu Yaobang comme secrétaire général du Parti et Zhao Zhiang comme Premier ministre pour accélérer la mise en oeuvre du programme de réforme.Il a abandonné progressivement ses fonctions pour ne conserver que la présidence de la Commission des affaires militaires.Les observateurs ont été témoins des débuts timides puis de plus en plus assurés de la réforme de l\u2019économie rurale.Les succès remportés permettaient aux réformateurs de garder l\u2019initiative contre leurs adversaires et de proposer, en 1984, de s\u2019attaquer au défi de la réforme de l\u2019économie industrielle et urbaine.Malgré le fait que la Chine se trouve encore dans les premières phases d\u2019une économie de consommation, le progrès de la dernière décennie a été fulgurant.Il s\u2019agit en fait du seul pays communiste affligé d\u2019une surchauffe économique.Par contre, les premières phases d\u2019un tel processus de décentralisation de l\u2019économie ont eu tendance à aggraver les difficultés politiques.Des demandes d\u2019une plus grande participation démocratique se faisaient entendre.Elles prolongeaient les propos de Wei Jingsheng, le célèbre dissident emprisonné pour avoir réclamé une « cinquième modernisation » - la démocratie - sur un « dazibao » collé au mur de la liberté à Beijing, en 1979.On se souviendra qu\u2019à la fin de 1986, en réponse à l\u2019appel de Hu Yaobang de presser les réformes politiques, les étudiants avaient manifesté dans les rues de la capitale.Et la réaction avait été stupéfiante : la chute de Hu Yaobang et la montée d\u2019éléments plus « con- relations septembre 1989 215 servateurs » au centre du pouvoir, comme l\u2019accession de Li Peng au poste de Premier ministre.En 1988, Deng Xiaoping préconisait ce que le Quotidien du Peuple a appelé « une plus grande hardiesse en matière d\u2019ouverture et de réforme ».Peu après, Zhao Zhiang lançait un programme recherchant l\u2019établissement d\u2019un rapport des prix avec les coûts réels qui n\u2019était rien de moins que radical.Cette réforme entraînait inévitablement des augmentations de prix.L\u2019inflation devenait presque inévitable.Après deux mois, le programme a dû être abandonné car il provoquait une poussée inflationniste impopulaire.Pourtant cette réforme des prix aurait pu s\u2019attirer la faveur du peuple puisqu\u2019elle s\u2019attaquait à la corruption.En effet, la réforme économique maintenait deux secteurs économiques : le secteur public, gigantesque, en voie de se rétrécir et le secteur des entreprises collectives ou familiales ou individuelles en croissance.Cette situation engendrait deux types de prix.Des bureaucrates et des entrepreneurs pouvaient ainsi profiter de leur pouvoir pour s\u2019enrichir personnellement en faisant passer les marchandises d\u2019un secteur à l\u2019autre.Ajoutez à cela le pouvoir discrétionnaire placé dans les mains des bureaucrates et vous trouvez un terrain propice au népotisme et au patronage.Adieu l\u2019espoir démocratique ! Dès la fin de 1988, le litige parmi les dirigeants reposait sur les moyens de remédier à la crise.Il y avait les tenants de l\u2019autorité, de la centralisation, du « néo-autoritarisme ».Leurs opposants quant à eux, préconisaient la cooptation des groupes dissidents, la participation démocratique.Il est pensable que les tenants de la ligne dure auraient peut-être finalement réussi non seulement à marquer des points, mais même à infléchir le processus dans leur sens, comme on pouvait déjà l\u2019observer depuis deux ans.La mort subite de Hu Yaobang, le 15 avril dernier, devait précipiter les choses.Ses funérailles nationales devenaient une occasion pour les étudiants de manifester leur réelle douleur en pleurant la mort d\u2019un homme qui représentait pour eux leurs espoirs de réformes mais qui avait été limogé comme secrétaire du Parti pour avoir voulu les mettre en vigueur.Ils ont occupé la Place Tien An Men pour exprimer leur deuil, puis ils y sont restés pour exprimer leurs revendications.Quinze jours après le décès de Hu Yaobang, le 4 mai, c\u2019était le soixante-dixième anniversaire du Mouvement du 4 mai 1919, où les étudiants de Beijing avaient manifesté contre le Traité de Versailles qui donnait au Japon les concessions allemandes en Chine.Cette date marque la rupture culturelle d\u2019avec l\u2019ancienne Chine confucéenne et le début de la Chine moderne avec ses slogans toujours actuels de « Sciences » et « Démocratie ».Les dirigeants avaient déjà prévenu les étudiants qu\u2019ils ne toléreraient pas de désordre ! Et quinze jours plus tard, c\u2019était la visite historique de Gorbatchev en Chine pour mettre fin à la rupture entre les deux voisins communistes, rupture qui datait de 1960.La presse internationale était à Beijing pour couvrir cet événement qui représentait beaucoup pour Deng Xiaoping et qui aurait peut-être été pour lui une apothéose.Mais les étudiants occupaient toujours la Place Tien An Men et les caméras n\u2019avaient qu\u2019à se tourner un peu pour que le monde entier constate que « le spectacle était dans la salle ».Pris de court par un mouvement qui était manifestement populaire à Beijing et qui allait s\u2019amplifiant, embarrassés par la présence d\u2019un visiteur connu pour cette perestroïka que les étudiants demandaient, divisés entre eux qu\u2019ils étaient devant les moyens à prendre pour remédier à l\u2019agitation, les dirigeants ont surpris tout le monde par leur silence et leur paralysie, puis par la brutalité de leur réaction.Le massacre de la nuit du 3 au 4 juin met fin à un chapitre relativement emballant de l\u2019histoire de Chine.Un nouveau chapitre commence sous la répression.Les acteurs du drame Que s\u2019est-il donc passé ?Jamais il n\u2019y avait eu de violence, de destruction de la propriété, ni de menaces directes de grèves.La seule « violence » avait été verbale.S\u2019il y avait eu des actes de violence, ce n\u2019était pas à Beijing.Alors pourquoi une loi martiale qui ne couvrait que quelques quartiers de la capitale ?Tout semble indiquer une conspiration dans les plus hauts échelons du Parti, avec Li Peng qui dès le début a adopté la ligne dure.C\u2019est sa lecture des événements qu\u2019il a réussi, le 25 avril, à faire entériner par Deng Xiaoping.Le résultat fut l\u2019éditorial du Quotidien du Peuple du 26 avril qui a mis les étudiants en colère.Le lendemain ce fut la première manifestation dans les rues.Toute rétractation devenait alors impossible sans que les dirigeants du Parti ne perdent la face.La crédibilité du leadership du Parti était en chute libre.Non seulement des journalistes, des permanents du Parti et du Gouvernement ont-ils pris la rue, mais des avocats, des juges, des soldats et des policiers, des ouvriers ont manifesté leur appui aux étudiants.Même si le 13ème congrès du Parti, en 1987, déclarait vouloir établir la supervision du Peuple sur le Parti et le Gouvernement2, il y en a encore en Chine qui considèrent tout mouvement politique autonome, toute loyale opposition comme une trahison.De là à ordonner de faire jouer du fusil contre la population et les étudiants, il n\u2019y avait qu\u2019un pas.Derrière la façade de l\u2019unité du Parti, les luttes de pouvoir ont toujours existé.Au sommet de ce guêpier, Deng Xiaoping se dresse comme arbitre suprême en vertu de son contrôle de l\u2019armée.Comme l\u2019écrit China News Analysis : « Il est possible qu\u2019on ne lui ait pas donné tous les faits le 25 avril, ni même après le 4 juin.Vraisemblablement, il a choisi de déléguer à la coterie autour de Li Peng la sale besogne de nettoyer le Parti, tout en permettant à tous de voir l\u2019ambition de celui-ci.Ainsi, non seulement brise-t-il l\u2019aile « libérale bourgeoise » dans le Parti, mais affaiblit-il les factions d\u2019une ère révolue qui s\u2019accrochent encore au pouvoir ».Comme le disait Deng Xiaoping, « peu importe que le chat soit blanc ou noir, le bon chat est celui qui attrape les souris ».Depuis le 4 juin, le leadership chinois tente désespérément de présenter un nouveau visage et de sauvegarder un semblant d\u2019ordre, mais, va-t-on lui demander, « un chat qui tue ses chatons, est-ce toujours un bon chat » ?¦ Le 1er août 1989 2.Allowing the masses to supervise the rulers « is better than not having supervision », wrote the 84-year-old Deng, who has crushed three populist democracy movements in this decade of rule (The Gazette, Montréal, 30 juillet 1989).216 relations septembre 1989 Congrès international de Rédemptoristes au Monastère d\u2019Aylmer DES MORALISTES S\u2019INTERROGENT par André Guindon faculté de théologie, Université Saint-Paul en 1987, les Rédemptoristes célébraient le deuxième centenaire de la mort de leur fondateur, Alphonse de Liguori.Lors d\u2019un mini-congrès à Sainte-Anne-de-Beaupré (Québec), il fut décidé que les fils du saint patron des moralistes catholiques se rencontreraient en 1989 pour s'interroger sur « la théologie morale au service de l\u2019évangélisation selon le charisme des Rédemptoristes aujourd\u2019hui ».Des quelque 150 moralistes rédemptoristes oeuvrant aujourd\u2019hui sur les cinq continents, 65 d\u2019entre eux, venus de 25 pays, se sont réunis au Monastère d\u2019Aylmer, Québec, du 26 au 30 juin dernier.La rencontre elle-même, la première du genre, est peut-être plus significative que rapports régionaux et ateliers, conférences et réflexions, voeux et recommandations.Elle témoigne du malaise général que ressentent les moralistes catholiques devant l\u2019énormité de la tâche de renouvellement à accomplir au sein d\u2019oppositions institutionnelles ; de leur souci de partager et de repenser leur lecture de l\u2019expérience humaine et chrétienne, leurs méthodes et leurs orientations ; de leur besoin de support mutuel et de leur désir de solidarité ecclésiale.Les congressistes ont bien voulu partager les résultats de leurs travaux avec la communauté chrétienne.Ils nous ont communiqué quelques-uns des rapports régionaux et des conférences.Le Père Gérard Therrien, membre québécois de la commission internationale préparatoire, nous a donné un aperçu des buts, du déroulement et de l\u2019atmosphère du congrès.Le Père François Noboru Yoshiyama, un moraliste de Tokyo qui connaît beaucoup de succès auprès de ses conationaux, a bien voulu m\u2019accorder une brève entrevue avant de livrer ses réflexions à l\u2019assemblée générale.De l\u2019ensemble de ces sources, je dégagerai et je commenterai certaines lignes de fond qui me semblent d'intérêt général pour la communauté catholique.À l\u2019écoute du réel Le consensus le plus clair des congressistes m\u2019apparaît porter sur la primauté qui doit être accordée, dans l\u2019élaboration de la réflexion éthique, à l\u2019expérience des femmes et des hommes confrontés aux réalités quotidiennes, historiques et contextualisées.Avant même que le congrès ne débute, la commission préparatoire avait prévu une démarche qui partait de ce présupposé méthodologique.Ayant consulté leurs confrères rédemptoristes, des représentants d\u2019Afrique, d\u2019Amérique latine, d\u2019Amérique du nord, d\u2019Asie et d\u2019Europe arrivaient donc à Aylmer avec des rapports identifiant les défis réels auxquels les théologiens moralistes font face dans leurs régions respectives.Plutôt que de commencer par des exposés théoriques sur ce que devrait être la théologie morale de l\u2019an 2000, on a consacré les deux premiers jours à écouter les questions posées par les différentes communautés.Dans les communautés nord-américaines, par exemple, on entend les gens s\u2019inquiéter de la dette nationale, de la réduction des programmes sociaux, de la diminution du nombre de logements à prix modiques et de l\u2019amenuisement de la classe moyenne ; des pluies acides, des déchets toxiques, de la détérioration de la couche d\u2019ozone ; du sort fait aux réfugiés et des droits des minorités culturelles ; de la viojence familiale et du sexisme dans une société et dans une Église dominées par les mâles.Ils s\u2019interrogent aussi sur des questions de bioéthique comme l\u2019ingénierie génétique, les technologies reproductives, les dons d\u2019organes, le statut de l'embryon, le problème croissant des patients chroniques et l\u2019allocation de ressources médicales limitées.En Amérique latine, par contre, les communautés sont préoccupées par l\u2019idéologie de la «sécurité nationale», la démagogie politique, la dépendance économique par rapport aux États-Unis, l\u2019oppression du pauvre par les classes dirigeantes ; le machisme, la prostitution, la décomposition familiale, l\u2019émigration, l\u2019exploitation de l\u2019enfant, de la femme, du paysan et de l\u2019autochtone ; l\u2019ignorance et l\u2019analphabétisme ; la violence institutionnelle et le terrorisme.Pour le Japon, le Père Noboru Yoshiyama évoquait les problèmes gigantesques soulevés par la post-modernité (société d\u2019information, de technologies de pointe, de décentralisation, d\u2019auto-service, de démocratie participatoire, etc.), le questionnement sur la possibilité et l\u2019authenticité de l\u2019amour, le cynisme vis-à-vis des valeurs traditionnelles, la recherche de transcendance, particulièrement chez des philosophes sociaux.Si les moralistes européens sont plus friands, en général, de méthodologie déductive et les sud-américains de méthodologie inductive, tous sont d\u2019accord pour reconnaître la nécessité de se mettre à l\u2019écoute du réel tel qu\u2019il est vécu et compris par du « vrai monde » dans de « vraies situations ».On s\u2019accorde également pour penser que les réponses doivent éviter les chemins de la pure émotivité et de la facilité à court terme.Dans la quête commune d\u2019humanisation, les moralistes se doivent d\u2019apporter leur contribution par une réflexion à la fois bien informée du réel et critique par rapport aux valeurs qui sont en cause.relations septembre 1989 217 L\u2019option pour les pauvres De toutes ces voix venues du peuple de Dieu, les congressistes s\u2019accordent pour n\u2019en exclure aucune.Ils reconnaissent néanmoins un statut privilégié à celles des personnes blessées dans leurs corps, dans leur dignité humaine, dans leurs biens, dans leur vie familiale, dans leurs liens communautaires, dans leur identité culturelle.L\u2019« option préférentielle pour les pauvres » est un héritage de famille légué par le fondateur, qui exerça son ministère épiscopal dans l\u2019un des diocèses les plus pauvres de l\u2019Italie méridionale du XVIIIe siècle.La devise qu\u2019il lui a donnée est d\u2019ailleurs riche d\u2019enseignement pour le moraliste alphonsien : Evangelizare pau-peribus et a pauperibus evangelizari\\ Il ne suffit pas de porter triomphalement la Bonne Nouvelle aux pauvres.Des appauvris eux-mêmes, nous devons accueillir humblement la nouvelle d\u2019un Salut qui n\u2019est accessible que dans la reconnaissance du tout autre.Si les Rédemptoristes contemporains peuvent légitimement réclamer ce trait comme authentiquement alphonsien, aucune théologie morale chrétienne ne saurait l\u2019écarter de ses préoccupations méthodologiques.Car de toutes les expressions qui cherchent à caractériser l\u2019éthique chrétienne, celle du Salut par l\u2019accueil d\u2019autrui - non l\u2019« autre soi-même », mais l\u2019autre dans sa différence - est la condition même de la reconnaissance de Dieu dans son mystère propre.Pour le révéler, Jésus évite la voie de gloire d\u2019un Salomon parce qu\u2019elle manifesterait trop un Dieu « comme on pourrait s\u2019y attendre», un «Roi des rois».La kénose de l\u2019Incarnation, chantée dans l\u2019hymne aux Philippiens 2, 6-11, est meilleure pédagogue.De riche qu\u2019il était, le Christ s\u2019est fait pauvre pour nous enseigner la voie humble de la quête de l\u2019altérité divine.C\u2019est, comme le souligne le rapport venu d\u2019Afrique du Sud et présenté par le Père Kaufmann, la route de l\u2019homme déchaussé.Cette voie pascale est beaucoup plus déroutante qu\u2019il n\u2019appert.Il nous est beaucoup plus connaturel d\u2019écarter et de marginaliser celles et ceux qui nous insécurisent et nous dérangent dans notre identité.Comme il est difficile pour les justes que nous sommes de reconnaître « je suis qui je suis » (Ex 3, 14) dans tous ces clochards, ces étrangers, ces va-nu-pieds, ces drogués, ces criminels dont on nous énumère les méfaits tous les jours au petit écran ! Ceux-ci nous paraissent tellement moins charmants que ceux de Mt 25, 31-46, qu\u2019on imagine plus semblables à nous.L\u2019attitude chrétienne qu\u2019évoque l\u2019expression post-conciliaire « option pour les pauvres » n\u2019est pas vraiment « optionnelle ».Elle conteste la tendance élitiste d\u2019une théologie morale pour les « gens biens ».comme nous.Cette tendance recèle une attitude raciste et puriste qui va à l\u2019encontre de la vision évangélique de la paternité divine et de l\u2019abondance du Salut prêchée par l\u2019apôtre des gentils.Si l\u2019agir moral se veut un lieu d\u2019alliance avec le Dieu de Jésus-Christ, l\u2019éthique chrétienne doit se laisser évangéliser par cette nuée innombrable de pauvres que Dieu prend à témoins de sa différence.L\u2019habilitation morale des personnes Trouver et suivre la voie de sa conscience dans une société pluraliste n\u2019est pas un chemin facile.Les travaux de ce congrès montrent bien une préoccupation majeure des mora- listes : investir les personnes de discernement et de créativité dans leur agir moral.Car si la notion d\u2019habilitation a une teneur juridique - « action de conférer la capacité à un incapable » -, elle représente une tâche qui, avant même d\u2019intéresser le droit, doit caractériser le propos de l\u2019éthique.Pour les spécialistes de l\u2019histoire de la théologie morale, Alphonse de Liguori fait figure de chef d\u2019école (celle de l\u2019équiprobabilisme) dans une tradition morale qui a prévalu pendant quelque trois siècles dans l\u2019Église catholique.Cette tradition se caractérisait davantage, il faut bien l\u2019admettre, par l\u2019hétéronomie morale que par l\u2019autonomie morale.On y travaillait à mettre sur pied un système éthique qui aiderait les fidèles à choisir, en toute bonne conscience, parmi les opinions recevables des autorités morales plutôt qu\u2019à former leur propre jugement éthique.Moraliste, Alphonse était aussi homme de son temps et n\u2019échappe pas à cette façon de comprendre et de pratiquer l\u2019éthique.Dans les limites qu\u2019impose ce cadre, le fondateur de la Congrégation du Saint Rédempteur a cependant eu un double mérite.Celui, déjà bien connu des historiens, d\u2019avoir sauvé la morale catholique du rigorisme (puriste et élitiste) du jansénisme.Les contributions au congrès d\u2019Aylmer ont cependant mis en relief un autre mérite connexe qui annonce déjà le thème contemporain de l\u2019habilitation morale des personnes : celui d\u2019avoir toujours pris le parti des petites gens, des « pauvres pécheurs », contre les systèmes et les idéologies officielles.Alphonse était convaincu que « le sabbat a été fait pour l\u2019homme et non l\u2019homme pour le sabbat» (Mc 2, 27).Cette inspiration majeure de son ministère de moraliste est bien mise en relief par le titre même d\u2019une des conférences du congrès, celle du moraliste espagnol de renommée internationale, Marciano Vidal : « La théologie morale comme service à la cause de l\u2019homme ».Tout système éthique qui réduit la personne à être une exécutrice des discernements d\u2019autrui, même si cet autre détenait les meilleures lettres de créance au monde, rabaisse cette personne à n\u2019être morale que par procuration.Un tel système lui refuse l\u2019exercice de la liberté fondamentale par laquelle une personne se structure comme sujet moral et peut donc se comporter en icône de Dieu.Les modèles éthiques qui minimalisent la créature afin de magnifier le créateur s\u2019inscrivent en faux contre toute la tradition catholique de l'imago Dei, cette tradition qui s\u2019est opposée aussi bien à l\u2019optimisme euphorique d\u2019un Pélage qu\u2019au pessimisme défaitiste d\u2019un Jansénius.Le fondamentalisme éthique qui guette les Églises chrétiennes en cette époque de transition représente non seulement une sottise anti-intellectuelle, mais une mesquinerie théologique.Il réduit Dieu au rang de compétiteur de sa créature : un Dieu qui, ne pouvant se faire comprendre d\u2019elle, la manipule par son divin pouvoir.Utiliser Dieu contre l\u2019humanité est une hérésie dont la théologie morale chrétienne de cette fin de millénaire doit à tout prix se dissocier.La solidarité communautaire Insister sur l\u2019habilitation morale des personnes n\u2019équivaut pas à prôner l\u2019individualisme qui, comme le congrès d\u2019Aylmer l\u2019observe, guette davantage les pays d\u2019Europe et d\u2019Amérique du Nord que ceux d\u2019Afrique, d\u2019Amérique du Sud et d\u2019Asie.Les points saillants déjà relevés n\u2019ont de sens authentique que dans un contexte de solidarité communautaire.L'écoute du réel, pour un expert de l\u2019éthique, ne saurait 218\trelations septembre 1989 Pendant qu\u2019on s'interroge sur des questions de bioéthique (technologies de reproduction humaine, statut du foetus) et sur le sort des minorités culturelles, ces victimes du SIDA attendent aussi les résultats de nos décisions politiques.n - - \u2022 .El ' ' se réduire à enregistrer des voix isolées dont on ne sait si elles sont représentatives de l\u2019expérience réelle des femmes et des hommes en devenir d\u2019eux-mêmes.Les systèmes de délation, malheureusement si répandus dans les administrations ecclésiastiques, représentent des parodies d\u2019écoute authentique.La réflexion éthique doit s\u2019assurer, par des méthodes rigoureuses d\u2019enquête, de la représentativité communautaire des voix qui se font entendre.Y entend-on des préoccupations communes légitimes ?Ou celles de personnes qui ont des problèmes auxquels il faudrait répondre individuellement ?Ou encore celles des puissants qui ne représentent que les intérêts particuliers des nantis ?Ce discernement de la représentativité des intervenants et de la légitimité communautaire de leur intervention soulève des questions méthodologiques ardues que les jeunes moralistes devront savoir mieux maîtriser que leurs aînés.L'option pour les pauvres présuppose l\u2019établissement de solidarités communautaires dont le modèle prépondérant dans l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui demeure celui des communautés de base d'Amérique latine.Les imitations valides de cette situation de nos frères et soeurs du Sud ne sont pas faciles dans les pays post-industrialisés où l\u2019individualisme impose aux modes de vivre des structures de travail, de vie familiale et de loisir fort différentes.Les grandes causes écologiques, culturelles, parfois sociales, qui mobilisent citoyennes et citoyens de chez-nous offrent peut-être des lieux nouveaux de solidarité communautaire.Mes collègues moralistes et moi-même, chacun selon sa spécialité, sommes de plus en plus insérés dans des réseaux communautaires qui nourrissent notre réflexion éthique : celui des soins de santé, celui aussi des personnes blessées dans leur corps ; celui des centres et des agences de résolution des conflits, celui aussi des personnes blessées dans leurs liens interpersonnels et sociaux ; celui de l\u2019éducation, celui aussi des personnes blessées dans leur identité en devenir.Finalement, l'habilitation des personnes est une tâche de sujets en interaction structurante avec leur culture d\u2019environnement.S\u2019il y a une donnée claire à retenir des recherches en développement moral, c\u2019est bien celle-ci : viser rétablissement progressif de liens de solidarité qualitativement meilleurs avec les communautés d\u2019appartenance.Tout discours moral, même celui qui porte sur des thèmes prétendument « personnels », qui postule un « sujet individuel », libre de toute histoire et de tout rattachement communautaire concret, est une affabulation.L\u2019éthique du troisième millénaire, si elle veut aborder avec réalisme les grandes questions qui intéressent le « village global », devra apprendre à traiter avec beaucoup d\u2019attention des réalités qui affectent concrètement les démarches morales des « villages particuliers ».Pour chaque personne, la solidarité, comme la « charité », ne se pratique pas au niveau de l\u2019humanité en général.Elle s\u2019« ordonne » à l\u2019universel à partir d\u2019une communauté locale.Cela, les contributions rédemp-toristes sud-américaines, en particulier, l\u2019ont bien mis en relief.Avant de quitter le Monastère d\u2019Aylmer, j\u2019ai eu le plaisir de revoir le Père Bernard Hâring, ce grand rénovateur du discours de la théologie morale du XXe siècle et ce témoin admirable de la bienveillance divine.Je l\u2019ai remercié pour tout ce qu\u2019il a fait et continue si courageusement de faire pour la théologie morale et pour ses confrères et consoeurs moralistes.Il m\u2019a regardé avec tendresse et m\u2019a dit, à travers l\u2019appareil qui lui sert maintenant de cordes vocales : « L\u2019Église traverse une crise de croissance.C\u2019est très difficile, mais il faut toujours garder l\u2019espoir.» Ce congrès de nos frères rédemptoristes est une oeuvre d\u2019espoir, voire d\u2019espérance.Qu\u2019ils en soient collectivement remerciés au nom de toute la communauté chrétienne.¦ relations septembre 1989 219 RECENSIONS DE SEPTEMBRE lectures M.Dumais et M.-A.Roy :\tSouffles de femmes ?L.Lemieux : Histoire du catholicisme québécois ?S.Trudel : Le souffle de l\u2019Harmattan ?J.Côté : Les montagnes russes ?C.Mistral : Papier mâché ?J.Rouillard : Histoire du syndicalisme québécois Souffles de femmes au milieu des multiples préoccupations de la rentrée, quel plaisir de se revitaliser avec « Souffles de femmes, lectures féministes de la religion ».Préparé sous la direction de Monique Dumais, théologienne, de Marie-Andrée Roy, sociologue, ainsi que de quatre autres femmes qui ont également apporté leur contribution, cet ouvrage pluridisciplinaire veut faire le point sur les pratiques chrétiennes féministes au Québec francophone.Le livre se divise en trois grandes parties: 1) situation actuelle; 2) données nouvelles ; 3) prospective.La première partie passe en revue l\u2019itinéraire des femmes dans l\u2019Église au Québec au cours des quinze dernières années.Elle nous permet de nous remémorer les différentes étapes franchies, dont je note ici les plus significatives : d\u2019abord il y eut la prise de parole des femmes, puis des actions diverses (contre le sexisme, le pouvoir patriarcal, etc.), la désexisation du langage, les premiers efforts de théologie féministe, la révision de l\u2019éthique sexuelle et, plus récemment, la révision de la conception du ministère et l\u2019apparition du langage inclusif.À la fin de cette première partie, les auteures mentionnent que les femmes québécoises en Église se retrouvent dans deux courants différents : le premier est qualifié de « réformiste » et se 220 caractérise par des objectifs d\u2019aménagement, de progrès lents.Le danger alors envisagé pourrait en être un de stagnation.Le second courant est nommé « féministe ».Il est minoritaire.Il ne laisse pas de place à une alliance avec le pouvoir en place, mais avec les autres femmes dans l\u2019Église et avec les divers mouvements de femmes.Ce courant se place en marge de l\u2019Église-institution.Il met en place des pratiques nouvelles, alternatives, contestatrices.Il propose une dynamique démocratique, égalitaire.Dans ce second modèle, les dangers envisagés sont ceux de la marginalisation complète ou de l\u2019étouffement.C\u2019est malgré tout ce modèle que privilégient les auteures.Soulignons qu\u2019elles constatent, avec combien de lucidité, la dispersion actuelle des forces vives, ce qui nuit à l\u2019évolution d\u2019un changement significatif qui ferait advenir un nouveau visage de l\u2019Église.Est-ce à dire que des rapprochements entre les deux courants devraient être tentés ?L\u2019avenir, ici, est encore à s\u2019écrire.Dans la deuxième partie, trois études présentent autant d\u2019aspects jusqu\u2019ici peu (ou pas) développés.La première par Béatrice Gothscheck passe en revue les diverses façons dont les Québécois se représentent Marie : Mère, Vierge, Reine, Sainte,.Ces références directes à Marie illustrent le désir des gens du peuple d\u2019avoir un contact avec le « sacré ».Marie devient l\u2019intermédiaire entre Dieu et les humains.Dans la seconde étude, nous relations septembre 1989 sommes invités à réfléchir sur le pas qui doit être franchi entre une morale fixée traditionnellement par le clergé et celle, beaucoup plus acceptable pour les féministes chrétiennes, qui aurait pour principales caractéristiques de permettre à l\u2019individu de s\u2019affirmer, d\u2019ouvrir la porte à une réappropriation du corps (désir de sortir de la dichotomie corps/esprit issue de la pensée grecque), de reconnaître l\u2019expérience et le vécu féminin.Pour l\u2019auteure de cette étude, Monique Dumais, cette nouvelle vision de la morale rend possible une authentique responsabilité des personnes face à leur vie, une énergie nouvelle, une renaissance.La dernière étude, également signée par Monique Dumais, nous plonge dans la tradition biblique.Nous constatons que les écrits sont truffés de passages laissant apparaître un Dieu « féminin » et/ou « maternel », fournissant ici une vigoureuse critique aux représentations traditionnellement trop masculines de Dieu.Cette dernière constatation fait réfléchir quant aux conséquences qui y sont rattachées.En effet, si l\u2019on reconnaît un Dieu « au-delà des sexes », pourquoi l\u2019autorité est-elle uniquement masculine ?Pourquoi tous - hommes et femmes - ne peuvent-ils pas participer aux ministères, selon leurs capacités et leurs aspirations ?Cela ne fait-il pas partie de la révélation messianique qui suggère que « dans le Christ, il n\u2019y a ni homme, ni femme » ?La question reste entière, et combien actuelle ! La troisième partie, appelée « PROSPECTIVE », commence avec un essai psychanalytique de Naomi Goldenberg sur l\u2019agressivité, qui tente de débloquer l\u2019imaginaire chrétien.C\u2019est d\u2019ailleurs dans la dynamique et la symbolique de cet imaginaire que nous sommes invités à entrer : tout un ensemble de célébrations spirituelles telles qu\u2019organisées et vécues par des féministes nous est présenté.On ne sera pas surpris qu\u2019il soit question de couleurs, de rites saisonniers, de pierres précieuses, de mets, et de combien d\u2019autres éléments qui permettent de réconcilier le corps et l\u2019esprit, la raison et l\u2019intuition, et d\u2019ouvrir la porte à la créativité féminine.Enfin, nous avons de multiples expressions de cette créativité dans les prières et les textes qui terminent cet ouvrage.En annexe, Marie-Andrée Roy a regroupé - de façon très heureuse -toutes les revendications faites par les femmes dans l\u2019Église du Ouébec au cours des dix-neuf dernières années.Je recommande cet ouvrage.Je l\u2019ai trouvé stimulant.Il a le mérite de faire la rétrospective du mouvement des femmes dans l\u2019Église depuis quinze ans.Il comprend des balises et des études sociales, culturelles, psychologiques et théologiques qui expliquent les difficultés qu\u2019ont les femmes à se tailler une place dans l\u2019univers religieux.Il illustre surtout le poids énorme de l\u2019interprétation masculine qui pèse sur la tradition de l\u2019Église catholique.L\u2019innovation de nouvelles pratiques, l\u2019élaboration de nouveaux modèles, montrent ici toute la détermination et le sérieux des chrétiennes féministes de notre milieu qui ont choisi une voie marginale pour attester leur adhésion au Christ.C\u2019est là un chemin difficile, ardu, mais il a sa place pour faire advenir le Royaume aujourd\u2019hui.Il faut qu\u2019elles continuent en faisant confiance à l\u2019Esprit « qui souffle où II veut ».¦ Yveline Chevillard Ghariani Histoire du catholicisme québécois depuis la parution, en 1984, des deux tomes sur le XXe siècle de V Histoire du catholicisme québécois, l'on attendait avec impatience les autres volumes de la collection.Le présent ouvrage de Lucien Lemieux vient combler large- ment nos attentes.De qualité aussi soignée que les deux précédents, il couvre la période de 1760 à 1839, période que l\u2019auteur qualifie à juste titre d\u2019« années difficiles ».L\u2019Église dut faire preuve, en effet, de beaucoup de patience et de diplomatie tout au long de cette période non seulement pour se développer mais pour survivre face à l\u2019opposition des autorités britanniques et de la nouvelle bourgeoisie canadienne, issue du régime parlementaire de 1791.L\u2019ouvrage comprend onze chapitres qui traitent des questions suivantes : les rapports des dirigeants religieux avec les autorités britanniques et les chefs politiques canadiens (chap.I et XI) ; l\u2019organisation de l\u2019Église (chap.Il et V) - l\u2019auteur est un spécialiste de la question - ; l\u2019action et les oeuvres d\u2019Église (chap.VI et VII) ; la personnalité des pasteurs (chap.Ill) ; la formation du clergé (chap.IV) ; et la vie religieuse des fidèles (chap.VIII, IX et X).Lucien Lemieux a raison d\u2019insister sur des points comme la situation précaire de l\u2019Église tout au long de ces années décisives ; la contribution indiscutable du clergé en matière sociale et éducative ; le conflit opposant les chefs religieux aux leaders de la Chambre d\u2019Assemblée, d\u2019esprit et de mentalité laïcistes.Il est heureux également que l\u2019auteur ait abordé des thèmes plus rarement étudiés et touchant à la vie intérieure de l\u2019Église comme la formation du clergé, la vie liturgique et sacra-mentaire, les exercices de dévotion et la vie morale, auxquels il consacre près de 150 pages sur les 438 que compte l\u2019ouvrage.L\u2019auteur s\u2019inscrit ainsi dans la nouvelle tendance historique qui s\u2019intéresse beaucoup plus au comportement religieux des chrétiens qu\u2019aux institutions d\u2019Église.Conformément à la politique établie par les directeurs de la collection, l\u2019auteur adopte une approche thématique qui lui permet de présenter une solide synthèse du catholicisme québécois.Certains y verront le risque d\u2019histoires juxtaposées plutôt que d\u2019une histoire continue.Il s\u2019agit là d\u2019un choix des directeurs de la collection.Dans sa forme actuelle, l\u2019ouvrage de Lemieux se présente comme un ouvrage exceptionnel qui vient combler un réel besoin dans la compréhension du catholicisme québécois aux XVIIIe et XIXe siècles.Souhaitons que les autres volumes de la collection voient le jour très bientôt.¦ Gilles Chaussé Université de Montréal relations septembre 1989 Côté, Trudel, Mistral Parfois les lectures de l\u2019été ne ressemblent pas aux projets de lecture estivale.Ainsi ces trois auteurs québécois que j\u2019ai en quelque sorte forcés à faire un détour sur mon coin de plage urbaine.Je voulais un « nouveau ».Jacques Côté vient de nous donner un premier roman, Les montagnes russes, où il est question pour un étudiant en musique dans la vingtaine de se « dégoter » une punkette alléchante.L\u2019action se passe dans la ville de Québec.Rien là de transcendant ni de révolutionnaire, et j\u2019avoue avoir craint que le récit ne s\u2019enlise dans les rots alcoolisés du copain Filou ou les descriptions de profs de cégeps réalisées par un ex-étudiant vengeur.Mais certaines descriptions de la faune québécoise des bars (comme l\u2019ancien Shoeclack) ou du milieu de travail des disquaires (comme Circus.) m\u2019ont paru bien enlevées ; la pudeur (ou la gaucherie ?) désespérante du héros m\u2019a touché, dans le monde a-moral du j\u2019te-veux-j\u2019te-prends.Et la fin nous ficelle un authentique suspense où l\u2019on se surprend à lire vite et se demander, inquiets : mais comment ça va finir ?Pour toutes ces raisons, j\u2019ai envie d\u2019oublier le reste (un extrait de pièce de théâtre beaucoup trop long, des incongruités de langue parlée, etc.) et indiquer une piste de lecture à venir.C\u2019est gai, puis grave, mais sans ostentation.Et pudique, en dépit des apparences.Puis je voulais un écrivain oublié.Bon, publié, récompensé, mais méconnu.Sylvain Trudel a remporté l\u2019an dernier le prix Molson de l\u2019Académie canadienne française pour son beau roman Le souffle de l\u2019Harmattan.Mais qui parle de Trudel ?Été 89 : le même roman vient de se mériter le prix Canada-Suisse.Et voilà pour les prix.Il faut parler de Trudel.Il faut lire cette très belle fable, où une voix narrative venue de l\u2019enfance nous parle avec émotion d\u2019une amitié amoureuse avec un jeune noir, Habéké Axoum.Au-delà des jeux, des fantaisies, des aventures souvent dangereuses au « Pôle » ou en « Chine », sur des voies ferrées ou en sous-marin de poche « home made » ; au-delà même de l\u2019enfance déchirée, bâtarde, du jeune narrateur, qui vient d\u2019apprendre qu\u2019il est fils des roseaux, du vent et de rien -bref du caprice de parents adoptifs qui taisent sa véritable origine ; au-delà du charme envoûtant du jeune noir et de 221 leurs communes escapades vers le seul pays possible, le pays des Isles et de l\u2019Exil, on peut lire ici le vibrant procès de « l\u2019adultère - l\u2019ère adulte avec un passé d\u2019enfant pris dans la roche ».On lit également le désespérant plaidoyer de l\u2019enfance pour être entendue, ou simplement laissée en paix.C\u2019est en effet à nous tous que parle cette voix quand elle déclare : « les infirmes, les obèses, les vieux et les putains sont pareils à nous et aiment se sentir voulus.C\u2019est important parce que si on ne se sent pas voulu, on est une île si petite qu\u2019on n\u2019est sur aucune carte.» Voilà pour le ton, qui est tout le livre.La technique ?Laisser parler le coeur.Des chapitres très courts.Et pas une expression toute faite qui ne débouche en poésie, « à cause de l\u2019impossible qui est français aussi » (82).Il y a là Ducharme, et puis Émile Ajar.Et au-delà : Trudel.Je voulais pour finir une «valeur sûre ».Le dernier Mistral, Papier mâché, qui me fait lâcher : étonnant ! Après la bombe un peu verte de son VAMP, qu\u2019il faut de toute façon lire absolument, on dirait que Mistral a gagné en confiance, et les bouts de texte de Papier mâché, flashes, aveux, souvenirs, poèmes, petits récits et hennissements divers raboutés avec du gros fil de fer le prouvent électriquement.Ce mec dérange(ra) - quand il gueule(ra) moins.Ce mec sera toujours tenté de cabo-tiner : c\u2019est la pente dangereuse des ultra-talentueux qui se permettent de nous refiler des brouillons retapés de livres antérieurs, mais qui - Dieu merci - se savent très cons de le faire.Mistral suinte la référence.Il a trop lu.Peut-être à cause de cela, on aime quand il parle de lui.De lui seul en son moi-même.Ouand il se traite d\u2019« artiste », ou que tout simplement il écrive : « j\u2019aime ça.Les phrases courtes.Trois mots maximum.» Et qu\u2019il enchaîne avec un paragraphe écorché de phrases saignantes.Trois caillots maximum.Il y a une « voix » Mistral, et c\u2019est celle des mutations.Des grandes migrations.Fin du misérabilisme (autochtone) et de la victimisation (indigène).Ici, même Ducharme fait ringuard.Marie-Claire Blais ?Off.Ici, tout est urbain, international, gai, désespéré, hyper-lucide et précaire.With a touch of paradis perdu.Et un morceau de néon bleu dans le chapeau.Mistral ?Résultat d\u2019un croisement entre « Lucrèce Borgia et le schtroumpf grognon », dixit le bel enténébré himself.¦ Richard Dubois Histoire du syndicalisme québécois rouillard a réussi une belle radioscopie de l\u2019action syndicale au Qué-bec dans sa dimension idéologique et politique.En retraçant l\u2019histoire mouvementée de l\u2019institution syndicale de 1818 à 1985, l\u2019auteur a pu suivre la genèse, la croissance et le déclin des principaux groupes, et dégager les grands cycles d\u2019expansion et de contraction de la surface politique occupée par l\u2019action syndicale.Une analyse minutieuse et suivie du rapport des centrales avec l\u2019État et de leurs revendications lui a permis d\u2019identifier les constantes et les variables de leur position idéologique et partisane.L\u2019influence structurante des unions internationales nord-américaines et leur rôle dans la dynamique des conflits intersyndicaux fait l\u2019objet d\u2019une recherche fouillée.Le livre foisonne d\u2019informations sur des faits historiques importants, mais oubliés ou peu connus, qui économiseront aux personnes intéressées de longues heures de recherche dans les bibliothèques.Une zone d\u2019ombre : « femmes » et « immigrants » sont des mots si furtifs qu\u2019on ne les retrouve pas dans l\u2019index.Il m\u2019a semblé aussi que, pour la période 1818-1896, les rappels du contexte économique qui permettent un meilleur éclairage de l\u2019action syndicale étaient insuffisants.Les citations de Louis Laberge reviennent plus fréquemment que celles de ses « frères-concurrents », mais on sent que l\u2019auteur a beaucoup travaillé pour partager équitablement l\u2019espace entre les différents regroupements et centrales.Cependant, l\u2019accès « mécanique » au livre n\u2019est pas facile : six chapitres seulement pour 535 pages de texte portant sur un découpage chronologique en cinq périodes.Les trois types de typographie utilisés pour définir et délimiter les sous-sections ne compensent pas le fait qu\u2019il n'y a pas de système de numérotage.Corrélativement, la table des matières n\u2019est pas présentée de manière à faciliter la recherche de l\u2019information.Comme les différents thèmes traités par chapitre couvrent souvent une même période chronologique, on est de ce fait contraint de revenir plusieurs fois sur cette même période.Même si chaque thème représente une séquence différente judicieusement choisie, la saisie de cette diachronie reste difficile pour le lecteur pressé.Fort heureusement chaque chapitre est complété par une courte synthèse qui permettra de faire le point sur l\u2019ensemble.¦ Henri Sader références Monique Dumais et Marie-Andrée Roy, Souffles de femmes.Lectures féministes de la religion, Éditions Paulines et Médiaspaul, Montréal, 1989 ; 239 pages.Lucien Lemieux, Histoire du catholicisme québécois**, les XVIIle etXIXe siècles, 1:1760-1839, les années difficiles, Boréal, Montréal, 1989 ; 438 pages.Sylvain Trudel, Le souffle de l\u2019Harmattan, Quinze (Roman 10/10), Montréal, 1988 ; 146 pages.Jacques Côté, Les montagnes russes, Quinze, Montréal, 1989 ; 225 pages.Christian Mistral, Papier mâché, Pajé Éditeur, 1989 ; 157 pages.Jacques Rouillard, Histoire du syndicalisme québécois, Boréal, Montréal, 1989 ; 535 pages.222 relations septembre 1989 MICHEL GOURGUES LE CRUCIFIÉ v__________J Du scandale à l\u2019exaltation jésus et jésus-christ Bellarmin 38\tDesclée L\u2019existence même du Jésus de Montréal illustre l\u2019actualité de Jésus de Nazareth et du salut par le don de sa vie.Dans Le crucifié.Du scandale à l\u2019exaltation, Michel Gourgues nous montre comment les chrétiens ont assumé le scandale de la croix.Ils ont eu plutôt tendance à taire la croix, sinon à la cacher, avant d\u2019en comprendre le sens profond.Un livre d\u2019exégèse.Un livre d\u2019histoire.Un livre de spiritualité.178 pages 15 $ ||| £ ditto n 5 ûell at min 8100, boul.Saint-Laurent Montréal (Québec) Canada H2P 2L9 \u2014 Tél.: (514)387-2541 relations septembre 1989\t223 relations septembre 1989 2,50$ no 553 ______SOMMAIRE____ face à l\u2019actualité 195 Avortement, conscience et loi (J.H.) - L\u2019éducation.en pièces (R.M.) - L\u2019été des temps qui courent (C.J.) -Les vibrations de l\u2019âme (A.N.) - ARMX (C.L.) \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t Dessin de la page couverture reproduit avec l'autorisation de Max Films NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS L\u2019opinion publique Pour renseignements, écrire ou téléphoner à\tSurveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le Devoir, Francine Tardif (ou Pauline Roy) : 387-2541.\tle jour même de la rencontre.Le lundi 18 septembre 1989, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.septembre 1989 Courrier de la deuxième classe; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 8100 boulevard St-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
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