Relations, 1 mai 1990, Mai
[" p S»e-5?» O VI ^\tAv BS' CSrf CD *1 : .\tm o4i p-n B ® p* D ft 2 0-2 rt >i ¦ tr « \u2022 S**>£.b \u2022390 Le nouveau visage des médias ___\u2014\u2014\u2014\t\"\t\u201d\t.s (jeS provinces sSgSSlSSS volontiers a ^ qL,e durera la stra\tertre les \u201e d Lac Meecd renvoie *«£* leur a déjà ^^ution can^\" anchee.,,p u désinformation qnature de 'a une position d\tr-.s de plus beüe.darnentaux des ¦^«ssssgsg^ggSssi* qui a cours a Québec, aput trahis0n de la P \u201e\u201er-iinnhones au carient de\t., i>humour » :'^-SSS5SSsSs» qui a cours au o QuébeCi al0ute \\\tde la pan poljmTP^^3'^a^P^''^U'°^r^0l^'(e('onsesSarnt'Pa^'r^ U° aU qui^pr^®^^^ riu roi qoi surprendra\tRelations s d\tt,ons.qu' P nir de iag^P^uSe des médias.\tGisèle Turcot 10 avril 1990 relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d'un groupe de membres de la Compagnie de Jesus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Moris-sette, Guy Paiement, Jean-Paul Rouleau, Francine Tardif.COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Ginette Boyer, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Nicole Riberdy, Maryse Robert, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 19,00 $ (à l\u2019étranger: 24,00 $) abonnement de soutien : 40 $ Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Quebec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant a University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.98 relations mai 1990 l\u2019actualité Après la libération de Mandela Les subventions fédérales Préparation au rassemblement oecuménique de Séoul Les réfugiés de Colomoncagua Afrique du Sud : ENJEUX DE LA DÉMOCRATISATION dans la longue lutte contre l\u2019apartheid, la libération de Nelson Mandela, chef historique de l\u2019ANC, est une victoire.Le mouvement anti-apartheid, en Afrique du Sud et partout dans le monde, fête cet événement historique.Pour sa part, Mandela n\u2019a pas perdu de temps à imprimer sa marque sur le mouvement, en amorçant la construction d\u2019un front large de l\u2019opposition et en déclarant que des négociations sont nécessaires pour mettre fin au système de l'apartheid.Il s\u2019est aussi empressé à plusieurs reprises de rassurer la minorité blanche, en affirmant que la démocratisation de l\u2019Afrique du Sud permettra à tous de vivre en paix.Pour que de telles négociations aboutissent, il faudra cependant que le régime sud-africain accepte de modifier des aspects fondamentaux de la société sud-africaine.L\u2019apartheid, en plus d\u2019exclure la majorité noire de la vie politique, avait comme fonction de la marginaliser dans l\u2019ensemble de la société et de l\u2019économie.Dans ce contexte, les négociations devront aller au-delà de la question de la représentation politique.Bien sûr, le droit de vote et la citoyenneté sud-africaine pour tous les habitants du pays seront parmi les priorités.Mais il faudra aussi examiner ce qui est considéré comme les aspects essentiels de l\u2019apartheid.Trois des principaux piliers juridiques de l\u2019apartheid devront ainsi être examinés.Il s\u2019agit en premier lieu de la « population Registration Act ».Selon cette législation, tout habitant est classé à la naissance selon un critère racial.Ce qui détermine pour cette personne où elle peut habiter, à quelle école elle peut envoyer ses enfants, etc.Le gouvernement a déjà dit que cette législation serait révisée, mais sans plus de précision.Pour l\u2019opposition anti-apartheid, aucun compromis n\u2019est possible sur ce point.Une deuxième loi centrale est le Group Areas Act, qui régit la ségrégation résidentielle (selon la loi, les Noirs ne peuvent pas habiter dans les zones « blanches »).Dans les centre-ville de certaines grandes cités, il y a depuis quelques années le développement des zones « grises », habitées par des Noirs qui sont à toutes fins pratiques tolérés par les autorités.Mais sur l\u2019essentiel, la ségrégation demeure.Le gouvernement ne semble pas vouloir fléchir beaucoup sur ce point.Notons enfin une troisième législation, le Land Act (de 1936).C\u2019est cette loi qui réserve à la minorité blanche 87 % du territoire sud-africain et qui exclut les Noirs vers les townships et les bantoustans.Formellement, la majorité des Noirs ne sont pas citoyens sud-africains mais « citoyens » du Transkei, du Ciskei, Venda ou des huit autres bantoustans.Les effets cumulés de ces législations ont été de marginaliser la majorité noire : - Le revenu per capita : selon les statistiques de 1987, le revenu annuel moyen per capita pour les Noirs était de 1246 rands (27 % du revenu national) ; pour les Blancs, il relations mai 1990\t99 était de 14 880 rands (62 % du revenu national).-\tLa mortalité infantile : de 63 pour 1000 pour les Noirs, de 9 pour 1000 pour les Blancs.-\tLe taux d\u2019alphabétisation : 32 % de la population noire adulte, 93 % de la population blanche.-\tLes dépenses de l\u2019Etat dans le domaine de l\u2019éducation par élève : 504 rands pour un enfant noir, 2538 pour un enfant blanc.La majorité noire est encore très largement confinée aux échelons les plus bas du monde du travail et des affaires.Aucun Noir ne compte parmi les 500 plus importants hommes d\u2019affaires sud-africains.Les entrepreneurs Noirs restent confinés dans la très petite entreprise, le petit commerce.Au niveau des professionnels, la participation des Noirs reste encore infime.Par exemple, on note dix-sept comptables Noirs sur un total de 10 000.En ce qui concerne la classe ouvrière, les disparités restent massives.Ainsi, le salaire moyen dans l\u2019industrie manufacturière est de 787 rands pour les Noirs et de 2651 rands pour les Blancs.D\u2019une façon ou d\u2019une autre, ces questions devront être résolues.Bien sûr, les espoirs de la majorité noire sont immenses.Dans un sens, le message livré récemment par Mandela a entre autres pour but de lui faire comprendre que les changements ne pourront pas tout régler, ni tout de suite.Néanmoins, Mandela a été explicite sur la nécessité de transformer l\u2019économie.Dans le contexte sud-africain, une intervention majeure de l\u2019État sera nécessaire pour redresser une situation inacceptable de discrimination et d\u2019exclusion de la majorité noire.Mais les négociations aboutiront-elles à une « victoire » des forces de libération ?Celles-ci pourront-elles mettre en place les changements pour lesquels elles se battent depuis des décennies ?Malgré les concessions récentes de la part du régime, le rapport de forces n\u2019est pas unilatéralement favorable à l\u2019opposition démocratique.Au contraire, l\u2019État est fort de la crédibilité qu\u2019il acquiert avec sa nouvelle image réformiste.Cette situation crée, espère le régime, la possibilité d\u2019une régression des sanctions imposées ces dernières années par un certain nombre de pays.L\u2019opposition démocratique, pour sa part, jouit d'une grande légitimité dans la population noire.Mais ses structures organisationnelles sont affaiblies par des années de répression, surtout depuis juin 1986 (lorsque le gouvernement avait imposé l\u2019état d\u2019urgence).Les pressions sont donc fortes pour que cette opposition accepte des compromis.Pour le régime, il faut que cela aille jusqu\u2019au « partage du pouvoir » ; ce faisant, on exclut par définition le démantèlement pur et simple de l\u2019apartheid.Quel sera ce partage ?Quels compromis en termes de transformation de la société cela impliquera-t-il ?Voilà autant de questions-clés qui seront au centre des luttes des prochains mois.Dans ce contexte, les pressions externes, en particulier le maintien des sanctions économiques, continueront de jouer un grand rôle, pouvant jusqu\u2019à un certain point améliorer le rapport de forces de l\u2019opposition anti-apartheid dans la perspective de négociations prochaines.¦ 15 mars 1990 Pierre Beaudet et Nancy Thède recherchistes au CIDMAA LE POUVOIR FÉDÉRAL DE DÉPENSER au printemps dernier, lorsque le gouvernement du Québec annonçait qu\u2019il devait abandonner son projet de restructuration du programme de garderies, à la suite du retrait par le gouvernement fédéral de son projet de Loi sur les services de garde d\u2019enfants au Canada, il s\u2019en trouva plusieurs au Québec, et notamment les groupes de pression, pour questionner l\u2019influence quasi fantomatique du « pouvoir fédéral de dépenser » sur l\u2019existence même des programmes sociaux provinciaux.Au Québec, comme d\u2019ailleurs dans les autres provinces canadiennes, une part appréciable du financement du système socio-sanitaire (services de santé, services sociaux comme les garderies, aide sociale, etc.) provient du gouvernement fédéral.Lorsque des sommes d\u2019argent sont versées par le gouvernement fédéral pour défrayer une partie plus ou moins importante des coûts d\u2019un programme établi par une législature provinciale, dans l\u2019exercice d\u2019une compétence législative que lui confère la constitution canadienne, on dit que le gouvernement fédéral utilise son pouvoir de dépenser.Remarquons que l\u2019État fédéral dépense également, et même beaucoup plus, dans les domaines qui relèvent de ses juridictions constitutionnelles, ce qui est tout à fait normal.Mais étant donné que c\u2019est la dépense fédérale dans les juridictions provinciales qui crée des problèmes, l\u2019expression « pouvoir de dépenser » est généralement réservée à ce contexte.Cela dit, deux questions viennent à l'esprit.La première : pourquoi le gouvernement fédéral finance-t-il des programmes provinciaux ?Par exemple, pourquoi les politiciens fédéraux ont-ils inscrit dans leur agenda politique un projet de programme national de services de garde, tout en sachant qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une juridiction provinciale ?Il peut y avoir plusieurs raisons, assez nébuleuses, qui incitent l\u2019Etat fédéral à intervenir dans les domaines provinciaux.D\u2019abord, la pensée politique fédérale ne suit pas nécessairement la division des pouvoirs juridictionnels prévue dans la constitution et un parti politique fédéral peut très bien avoir une philosophie sociale qui dépasse le cadre des juridictions de l\u2019État central.La seule contrainte dans un tel cas est d\u2019appliquer la partie du programme social qui empiète sur les juridictions provinciales de façon indirecte, par le biais du pouvoir de dépenser.En fait, l\u2019histoire de la politique sociale fédérale démontre que bon nombre de programmes de subventions conditionnelles aux provinces, comme par exemple l\u2019assurance-hospitalisation fédérale établie en 1958, sont en quelque sorte une « fédéralisation » de la pensée politique élaborée au niveau provincial ou de programmes en vigueur dans certaines provinces.Deuxième question : pourquoi les provinces acceptent-elles les subventions fédérales ?Techniquement parlant, les provinces peuvent très bien refuser une subvention fédérale, en n\u2019implantant pas le programme qui fait l\u2019objet de la subvention ou, tout simplement, en n\u2019accomplissant pas les formalités qui donnent ouverture à la contribution du gouvernement central.Il y a pouvoir de dépenser mais non obligation d\u2019accepter.Donc, 100 relations mai 1990 la coercition est uniquement politique.Dans le cas où une province ne participe pas à un programme national, les milieux intéressés brandiront le spectre de la double imposition parce que l\u2019on considère généralement comme inadmissible que les citoyens de la province perdent leur juste part des impôts qu\u2019ils ont payés au niveau fédéral ; ainsi, en ne recevant pas la contribution fédérale, ils sont doublement taxés par rapport à une autre province qui reçoit la subvention.Mais il y a d\u2019autres raisons plus terre à terre : pour les politiciens, les subventions fédérales sont de l\u2019argent « pas cher ».Quoi de plus agréable, en effet, pour un ministre que de pouvoir annoncer la mise sur pied d\u2019un programme donné et de déposer le budget en conséquence, en sachant que le coût réel à la trésorerie provinciale sera de 40 %, 50 % ou 60 % inférieur à ce qui a été annoncé ! D\u2019ailleurs la possibilité, ou encore mieux la certitude, d\u2019obtenir une part du financement du gouvernement fédéral est un élément toujours sérieusement pris en considération lors de la décision d\u2019implanter un programme.Le dossier des garderies constitue un bel exemple de l\u2019impact des décisions fédérales sur les décisions des gouvernements provinciaux par le biais du pouvoir de dépenser.Cependant, le dossier des garderies n\u2019est pas si radicalement différent des autres programmes provinciaux qui ont été ou sont influencés dans leur existence ou leur structure par les politiques sociales d\u2019Ottawa.Mais étant donné que dans ce cas le gouvernement canadien a complètement abandonné son projet de restructuration des garderies, qui en était pratiquement à l\u2019étape d\u2019implantation dans les provinces, la décision soudaine d\u2019Ottawa a été plus difficilement reçue dans la population.Il faut remarquer cependant qu\u2019au-delà de son inélégance politique, le changement de cap du fédéral peut n\u2019avoir aucune conséquence pratique sur le programme provincial.C'est l\u2019absence de responsabilité directe sur les garderies qui permet à l\u2019État central de changer d\u2019avis sans avoir à réduire les programmes ou y mettre fin directement ; à l'inverse, le pouvoir de dépenser ne lui donne pas de juridiction et les provinces peuvent très bien repenser les paramètres d\u2019un programme en fonction d\u2019un apport financier réduit du fédéral.Dans une certaine mesure, c\u2019est ce que le Québec a fait, mais on ne saura jamais comment aurait évolué dans le temps le programme des garderies si la décision fédérale avait été différente.Il s\u2019agit peut-être de la conséquence la plus diffuse, mais la plus néfaste, du pouvoir fédéral de dépenser.Il permet aux deux ordres de gouvernement de tergiverser sur les politiques sociales ; l'un attendra que l\u2019autre s\u2019implique, les deux tenteront d\u2019excuser leur inaction par le manque d\u2019argent ou essaieront de récupérer la visibilité politique lorsqu\u2019un programme sera éventuellement mis en marche.Avec le pouvoir de dépenser, la responsabilité politique peut facilement se perdre entre les deux ordres de gouvernement, hantée en quelque sorte par un fantôme qui se cache dans les coulisses de la constitution.¦ Thomas Duperré Agent de recherche, MSSQ Avant le rassemblement oecuménique mondial : LES FEMMES ENTRE ELLES désormais, l'habitude a fait ses preuves et ses adeptes : le Conseil oecuménique des Eglises (COE) fait précéder ses grandes réunions d\u2019une « rencontre de femmes » ! À 150, venues d\u2019un peu partout, ce sont elles qui viennent donc d\u2019inaugurer, du 3 au 5 mars, le Rassemblement de Séoul qui suivra, du 5 au 12 mars.Elles sont apparues comme des témoins directs, « spécialement concernées » par le processus conciliaire d\u2019Alliance : Paix, Justice, Intégrité de la Création'.« Avant cette rencontre, dit Clara, le Document préparatoire était pour moi un texte comme tant d\u2019autres : ennuyeux, abstrait et théorique.Et là, entre femmes, il s\u2019est mis à vivre ! » Avait-elle jamais participé à ce genre de rencontre ?- « Bien sûr que si, mais jamais avec une femme des Philippines, une Hindoue, une Kanake, une Aborigène, dans mon propre petit groupe de partage ; sans compter nos diverses traditions chrétiennes, celles du passé et celles qui nous viennent des engagements actuels différents de nos Églises respectives.» Le COE s\u2019était engagé à ce que les témoins qui parleraient 1.Ce « processus conciliaire d\u2019engagement mutuel des Églises en faveur de la Justice, de la Paix et de l'Intégrité de la Création » est au programme du COE depuis son assemblée de Vancouver, en 1983.Voir aussi le reportage de madame van Lunen Chenu sur l'assemblée de Bâle, en 1989, dans Relations, no 554, oct.1989, p.245-248.à Séoul soient réellement celles et ceux qui souffrent le plus directement des différentes formes d\u2019injustice et des menaces nouvelles contre la vie.On le savait : les premières victimes en sont le plus souvent des femmes, là où, justement, les pauvres deviennent aujourd\u2019hui encore plus pauvres.Et même aussi dans le monde des nantis, quand les riches deviennent encore plus riches en exploitant cette pauvreté.Le point de vue des femmes est en tout cas sans emphase, réaliste et concrètement tragique.Elles savent par elles-mêmes ou par leur famille ce que veut dire le déni des droits et de la dignité pour tout un sexe, une classe, un peuple - et certaines affirment qu\u2019elles le savent, tout aussi spontanément, pour toute la communauté humaine ! Elles connaissent les exactions qui privent du pays, de la culture, des ancêtres, vous chassent de votre lopin de misère pour vous parquer, sans racines, dans ce qu\u2019on appelle les « regroupements obligatoires ».Au quotidien, les femmes savent jusqu\u2019où peuvent conduire la faim et le tourisme du sexe, ce qu\u2019entraînent la militarisation, le sur-armement, et le nucléaire quand les pauvres acceptent l'argent des riches pour mourir empoisonnés par leurs déchets.« Soyons conscientes, mes soeurs, fortes d\u2019être ensemble, et préparons-nous à le faire savoir.» Ainsi pourrait-on résumer le propos de cette pré-rencontre.Elles le diront : ce document préparatoire est, encore une fois, trop masculin.Des mots, toujours des mots.Elles le voudraient autre et comptent y faire ajouter des points précis : un paragraphe concernant les enfants atteints par la pauvreté croissante, la prostitution juvé- relations mai 1990 101 nile, les violences familiales.Elles veulent qu'on lutte contre la recrudescence de la violence envers les femmes, notamment dans les grandes villes.Et qu\u2019on cherche à comprendre si - et comment - cette violence est liée au réveil des fondamentalismes qui tiennent si bien à remettre les femmes « à leurs places ».On s\u2019en doute, les femmes ont regretté encore l'insistance mise sur des références bibliques qui présentent Dieu comme le patriarcal Seigneur de la création, à qui « le monde appartient ».Elles furent aidées en ces réflexions par un rapport très intéressant de Chung Hyung Kyung, professeure à l\u2019Université de théologie féministe de Séoul.Celle-ci présenta la théologie du « Minjung » (peuple des pauvres).Cette théologie de la libération, qui ne s\u2019appuie pas sur des analyses socio-économiques (sans pourtant les négliger), semble s\u2019être très bien articulée à la visée féministe d\u2019une théologie intégrale, donnant un sens tout spécial à l\u2019Alliance, dans son réseau de relations et d\u2019interdépendance entre Dieu, les personnes humaines et le monde.Il est malheureusement impossible de décrire ici les liturgies qui ont accompagné ces rencontres de femmes.On profita de la préparation qu'y avaient mise les Coréennes et les Allemandes.Ces liturgies exprimaient la souffrance, la ré-identification et l\u2019espérance des femmes, ce bien commun qui n\u2019a désormais plus de frontières.¦ Marie-Thérèse van Lunen Chenu journaliste, Séoul LE RAPATRIEMENT DES RÉFUGIÉS SALVADORIENS j a\tujourd\u2019hui, j\u2019ai vu ma soeur pour la première fois f \u201c1 depuis dix ans ! », nous dit avec joie une réfugiée ^^salvadorienne rapatriée du camp de Colomoncagua, au Honduras'.Le 28 février, les derniers 940 des 8400 réfugiés de Colomoncagua sont retournés au Salvador.Des pancartes, installées sur les camions qui les ramenaient chez eux, à Meanguera, département de Morazan, remerciaient le peuple hondurien pour le refuge qu'il leur avait accordé et parlaient des compétences que les réfugiés avaient acquises au cours des neuf années de leur exil, expérience qu\u2019ils désiraient maintenant mettre au service de la recherche de la paix dans leur patrie.Au cours de neuf années d\u2019exil au Honduras, une population à 85 % analphabète à son arrivée apprit à lire et à écrire.Les gens apprirent de nouvelles techniques agricoles, de même que d\u2019autres habiletés techniques, depuis la cordonnerie jusqu'à la mécanique.D\u2019après les réfugiés, la chose la plus importante qu\u2019ils ont apprise fut de vivre et de travailler comme communauté.Maintenant, ils désirent rapporter toutes ces expériences au Salvador.Ils sont persuadés qu\u2019ils peuvent ainsi contribuer à édifier la paix dans leur pays.Même si la guerre n\u2019est pas encore terminée et que bien des incertitudes attendent la communauté rapatriée, le retour chez soi s\u2019est révélé pour chacun et chacune une expérience remplie de joie.Soixante pour cent de la population réfugiée sont des enfants au-dessous de seize ans.Beaucoup de ces enfants étaient si petits lors de leur fuite du Salvador qu'ils ne se souviennent pas de leur pays ; d\u2019autres sont nés au Honduras et voient leur pays pour la première fois.Au Honduras, ils vivaient dans des camps entourés d\u2019une armée hostile.Ils ne pouvaient pas sortir.L\u2019espace était très restreint et austère.Maintenant, au Salvador, ils voient et expérimentent nombre de choses nouvelles - une rivière où nager pour la première fois, des oiseaux, des arbres en fleurs, des papillons, une route pavée, la possibilité de sortir de l\u2019endroit où ils vivent et d\u2019aller visiter des amis ou des parents dans une ville véritable - toutes expériences qu'ils n\u2019avaient pas connues dans le camp.Pour les plus vieux, quelle joie de retourner chez eux ! Beaucoup d\u2019entre eux craignaient de mourir en terre étrangère, de ne jamais revoir leur pays natal.La plus vieille personne à revenir au pays était une femme de 97 ans ! La reconstruction de leurs maisons, la mise sur pied d\u2019ateliers et le développement d\u2019un programme agricole qui donne l\u2019espérance de pouvoir rendre la communauté autosuffisante d\u2019ici cinq ans constituent un gros défi.Comme la majorité de la population est formée de femmes, d\u2019enfants et de personnes âgées, il n\u2019est pas possible pour la communauté de devenir autosuffisante grâce à l\u2019agriculture.Le sol sur lequel ils sont établis de nouveau avait été abandonné pendant plusieurs années.Il est complètement en friche.Rendre ce sol productif au point de vue agricole requiert une somme de travail que la communauté n\u2019est pas en mesure de fournir.On pourra bien développer une certaine forme d'agriculture et quelque élevage, mais il n\u2019est pas réaliste de penser que cela puisse devenir l\u2019assise principale de la communauté.Lorsqu\u2019ils ont, avec le gouvernement salvadorien, négocié leur retour au Salvador, les réfugiés ont sollicité le droit de développer chez eux les ateliers qu'ils exploitaient dans les camps.Ce qui voulait dire avoir le droit de se procurer la matière brute et de vendre leurs produits au marché.Pour cela, ils ont besoin de se déplacer librement dans le pays.Le gouvernement salvadorien a accepté ces choses en principe, mais sans rien de plus qu\u2019un accord verbal : aucune entente n\u2019a été signée.Les réfugiés espèrent que le gouvernement et l\u2019armée vont respecter cette entente.Il y a déjà des nuages menaçants à l\u2019horizon.En trois occasions différentes, des camions apportant du pain, des eaux gazeuses et des outils à la communauté réinstallée ont été soit retournés à leur point de départ, soit soulagés d\u2019une partie de leur contenu par l\u2019armée.L\u2019armée a également menacé d\u2019effectuer « un nettoyage » dans la population rapatriée, une fois que les représentants du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et les délégations étrangères auront quitté.En dépit des nombreux obstacles auxquels ils font face, les réfugiés expriment leur optimisme.« Nous avons surmonté de nombreux obstacles dans notre pèlerinage, depuis que nous sommes pour la première fois partis en exil, disent-ils : nous surmonterons aussi ceux-ci.» ¦ Barbara Zerter 1.Barbara Zerter arrive du Honduras où, à titre d\u2019observatrice internationale, elle a participé au rapatriement des réfugiés salvadoriens du camp Colomoncagua.102 relations mai 1990 - DOSSIER nouveau visage des médias Canapresse L\u2019INDUSTRIE DES MÉDIAS par Gregory Baum Cest une énorme influence qu\u2019ont les médias, surtout la télévision, sur la société moderne.Les gens passent de plus en plus de temps devant leurs écrans de télévision.Il n\u2019est pas exagéré de dire que les médias façonnent la conscience collective.Dans quelle direction ou quelles directions les médias orientent-ils la société québécoise ?C\u2019est la question que Relations a décidé d\u2019explorer avec l\u2019aide de quatre chercheurs.Marc Raboy, professeur au Département d\u2019information et de communication, à l\u2019Université Laval, jette un regard sur l\u2019infrastructure économique en évolution des médias québécois ; Marie-France Cyr, étudiante au doctorat en communication, rend compte de la critique des médias d\u2019après les ouvrages publiés depuis dix ans.Roger Larose, professeur de philosophie au Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu, étudie le schéma en évolution des informations télévisées ; Lina Trudel, responsable du secteur des communications à l\u2019ICÉA, analyse les changements qui se produisent dans le contenu communiqué par les médias.Un même diagnostic À notre grand étonnement, ces auteurs, écrivant indépendamment les uns des autres, en sont arrivés à la même conclusion : « C\u2019est surtout l\u2019économie qui détermine la nature des médias et qui oriente leur évolution » (Marc Raboy).« La communication mass-médiatique est maintenant conçue essentiellement comme un marché.Ce sont les stratégies de marketing et les impératifs du financement publicitaire qui déterminent les choix de programmations et les politiques d\u2019information » (Lina Trudel).« Les industries culturelles sont de plus en plus considérées dans nos sociétés comme une issue politique et économique à la crise structurelle du capitalisme » (Roger Larose).« Les radiodiffuseurs privés, bien que la loi sur la radiodiffusion de 1968 considère que les fréquences relèvent du domaine public, agissent comme s\u2019ils en étaient les propriétaires.La rentabilisation est leur principale préoccupation » (Marie-France Cyr).Semblable évaluation négative, hâtons-nous de le dire, n\u2019est pas une critique des reporters, journalistes, annonceurs, directeurs de programmes, chercheurs, ni des gens qui travaillent à rendre les médias intéressants, informateurs et pertinents.Ces hommes et ces femmes sont nos amis.Ils luttent contre les coupures dans les budgets, la commercialisation, le conformisme politique et l\u2019oubli de la dimension culturelle.Relations est solidaire de ces gens.Ce que les articles du présent dossier dénoncent, c'est la structure d'une industrie et son impact sur l\u2019ensemble de la société.Nous faisons remarquer, de plus, que la présente édition de Relations n\u2019est que le début de notre exploration des médias dans la société québécoise.Certains sujets importants ne sont pas traités dans le présent numéro.Ainsi, on ne dit rien des bonnes émissions qu\u2019on présente bel et bien à la radio et à la télévision, ni des articles d\u2019information et des reportages qu\u2019on trouve abondamment dans la presse quotidienne.Ceux-ci méritent attention, et leurs auteurs méritent des louanges.D\u2019après moi, les auditeurs, téléspectateurs et lecteurs critiques - esprits doués de leur propre sens de discernement - peuvent trouver dans les médias ample matière à la compréhension de ce qui se passe dans la société et le monde.Autre point digne de mention : des organisations de citoyens assument la tâche de contrôler les médias et de faire pression sur les agences responsables, afin d\u2019améliorer la qualité de la communication publique.On en trouvera une liste dans ce dossier.Pour une vision plus complète des entreprises de presse, il faudrait aussi examiner les médias de langue anglaise, les médias - plus spécialisés mais très importants - des communautés ethniques, les journaux de quartiers et les périodiques catholiques.Notre tâche reste donc inachevée.Médias et gouvernements Tout en regrettant la privatisation et la commercialisation des médias, soigneusement analysées dans le présent dossier, on reconnaît en même temps l\u2019impact paralysant sur la culture des systèmes de communications qui sont entièrement gérés et contrôlés par l'État.C\u2019est l\u2019expérience que trop de pays de l\u2019Europe de l\u2019Est ont connue avant la glasnost.Existe-t-il une troisième voie ?À l\u2019origine, la société Radio-Canada a été conçue comme un service public soutenu par le gouvernement, mais non contrôlé par lui.Il serait intéressant d\u2019examiner comment, dans certains pays occidentaux, l\u2019organisation de la radio et de la télévision réussit le difficile équilibre entre le financement public, l\u2019indépendance vis-à-vis de l\u2019État, et la capacité de répondre avec sympathie aux préoccupations des différents secteurs de la société.¦ 104 relations mai 1990 Les médias québécois à l\u2019heure de la marchandisation QUI CONTRÔLE QUOI ?par Marc Raboy professeur agrégé au Département d\u2019information et de communication, Université Laval Quoiqu\u2019il existe douze journaux quotidiens au Québec, la presse francophone est dominée par trois groupes: Québécor de Pierre Péladeau (photo du centre), Power Corporation de Paul Desmarais (photo de gauche), et Hollinger de Conrad Black.Canapresse Canapresse Canapresse Si les médias sont des institutions sociales et culturelles, les facteurs qui déterminent leur action sont de l\u2019ordre économique et politique.L\u2019importance relative de ces facteurs peut varier selon le contexte et la conjoncture.Ainsi, au Québec, dans les décennies 1960 et 1970, les conditions d'intervention médiatisée furent circonscrites, notamment par des considérations politiques : mandat à Radio-Canada de faire la promotion de l\u2019unité nationale ; interventions multiples des propriétaires de presse dans les contenus rédactionnels ; mise sur pied et soutien par les mouvements sociopolitiques des médias parallèles.Aujourd'hui, et cela depuis une dizaine d'années, c\u2019est surtout l\u2019économique qui détermine la nature des médias et qui oriente leur évolution.La tendance à percevoir les médias comme instruments de développement financier et industriel a pour effet de repousser les objectifs socioculturels au second plan.Ainsi, par exemple, pour la nouvelle ministre des Communications du Québec, Liza Frulla-Hébert, le « beau défi » des années 1990 pour son ministère est « la mondialisation de l\u2019économie et les nouvelles opportunités qu\u2019elle représente pour les entreprises d\u2019ici » (Info-presse, février 1990).Dans ce contexte, le rôle socioculturel des médias se trouve obscurci.Les médias furent jadis perçus comme étant des institutions de communication publique, diffusant de l\u2019information et provoquant des débats à l\u2019échelle de la société en général.Mais ce n\u2019est plus si simple.De nos jours, les médias sont aussi bien des véhicules de publicité que relations mai 1990 d\u2019information ; leur vocation peut être aussi bien le divertissement que l\u2019éducation.En réalité, les médias contemporains recoupent typiquement ces diverses fonctions.Or, malgré la multiplicité de plus en plus impressionnante d\u2019institutions et de services médiatiques, malgré la diversité apparente qui les caractérise, l\u2019on constate de plus en plus d\u2019homogénéité dans leur finalité, ainsi que dans leur façon d\u2019intervenir : le but est de rentabiliser un produit en le rendant attrayant, voire divertissant, en vue de sa consommation éventuelle par un public-cible.Bien qu\u2019un peu simpliste, cette constatation nous permet de cerner rapidement le principal enjeu qui marque l\u2019univers des médias à l'heure actuelle (non seulement au Québec, mais à l\u2019échelle globale) : la marchandisation.105 Celle-ci se manifeste d\u2019abord par le déclin de la notion selon laquelle les médias auraient avant tout une vocation de service public.Elle apparaît aussi dans certaines transformations importantes, au niveau des structures institutionnelles : retrait de la participation active de l\u2019État par le biais des sociétés publiques, tendance vers une réglementation moins rigoureuse, concentration accrue de propriété et intégration progressive des médias dans le secteur des industries culturelles de l\u2019entreprise privée.Comment cela se manifeste-t-il au Québec ?Un bref coup d'oeil sur le portrait suivant offre un aperçu à la fois révélateur et inquiétant.La presse quotidienne et hebdomadaire La presse quotidienne au Québec est entièrement de vocation commerciale et de propriété privée.Elle n\u2019est assujettie à aucune règle l\u2019obligeant à rendre service au public.La seule loi dans ce secteur est celle du marché.Quoiqu\u2019il existe douze journaux quotidiens au Québec, la presse francophone est dominée par trois groupes : Québécor de Pierre Peladeau, Power Corporation de Paul Desmarais, et Hollinger de Conrad Black.Il faut ajouter, dans le cas du principal journal anglophone The Gazette, la chaîne canadienne Southam, la plus grande entreprise canadienne de communication, quant aux revenus.Le seul journal qui échappe encore à l\u2019appartenance à un groupe est Le Devoir, dont l\u2019autonomie est de plus en plus « relative », à cause de son endettement massif envers les messageries et les imprimeries de Québécor.La presse hebdomadaire manifeste de plus en plus de tendances semblables.Suite à une vague de fusions et d\u2019acquisitions survenues à la fin des années 1980, les quelque 230 journaux régionaux hebdomadaires appartiennent majoritairement à trois groupes ayant des intérêts importants dans d'autres secteurs des médias : Québécor, Télémédia (famille de Gaspé-Beaubien) et Cogéco (famille Audet).À ceux-là s\u2019ajoutent des groupes plus restreints, dont les intérêts se limitent aux hebdos ; l\u2019on y retrouve aussi les groupes Power et Hollinger, qui se partagent une douzaine de titres.Il reste encore une cinquantaine de journaux hebdomadaires indépendants, mais la tendance est nettement vers leur absorption par les chaînes.La presse périodique et les secteurs connexes La presse périodique au Québec est dominée par le groupe canadien le plus diversifié dans le secteur des médias, Maclean-Hunter (propriétaire, entre autres, de L\u2019Actualité et de Châtelaine), ainsi que par deux groupes québécois, Télémédia et l\u2019omniprésent Québécor.À cela il faut ajouter que le magazine le mieux vendu au Québec, la Sélection du Header\u2019s Digest, relève d'une filiale de la société transnationale américaine Reader\u2019s Digest Magazine Ltd.La presse périodique spécialisée tend aussi vers le monopole : ainsi, la presse d\u2019affaires appartient presque exclusivement au Groupe Transcontinental (GTC - Rémi Marcoux).Quant à la presse publicitaire (les circulaires, etc.), on y retrouve notamment GTC et Télémédia.La situation de la presse périodique apparaît encore plus dramatique quand on considère qu\u2019il y a quelques années encore, on y trouvait des
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