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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1990-06, Collections de BAnQ.

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[" relations juin 1990 3,00$ no 561 L\u2019ère du grand repli 977003437800006 -\"\t_ 7une valeur à la Avez-vous remarqué pue 'e rev^e tevuf Posses5 printemps 1990).\trfun ays àcomme uiéologien etm ,e (Actualité rej©'® rri tous les c°\"for des communautés rFalise du aaiu i>anno\\sse » Qu' A.\tiPur elan aaub «te système ne^ a^ \u201ets, «s\t,,^on de grâce bientôt du ǰft'doennees par la mémoire et\t\u201e eucharistiques |aço\tson rêve ne su^P A \u20acms=mm ,a Oi en .la\ttoutes les la\"ffi?®£a disponibilité\t_ une tsxsss^ss^i ss^ \u201e ~ï^'r rs\"S p«w» * \u201c\t41 1 IC\tE\t.J\t¦ /\t£\t\t\t\\ » Z 1 C\u2019est l\u2019archevêque de Boston, Bernard Law (au centre de la photo), qui a lancé l\u2019idée, en 1985, d\u2019un Catéchisme pour l\u2019Église universelle.Jésus a vécu sans rien écrire.Et il est mort sans demander à personne de rédiger par écrit son message.Cela était sans doute voulu de sa part.Mais cela explique aussi que depuis 2000 ans des croyants en Jésus, à partir de Paul et des Évangélistes, ont cherché à combler ce vide.Ils ont cherché à évangéliser et à catéchiser par écrit.D\u2019où une longue tradition d\u2019instruments pédagogiques de la transmission de la foi.Au IVe siècle, Grégoire de Nysse écrit un Grand catéchisme, Augustin un Enchiridion, qui est le mot grec pour « manuel ».À la Réforme, Martin Luther et Jean Calvin continuent avec succès l\u2019expérience, qui inspire sans doute le Concile de Trente à réclamer, en 1564, la rédaction d\u2019un Catéchisme romain.À Vatican II, on en reparle et on décide, dans le décret sur la charge épiscopale, de publier un Directoire catéchétique général, qui sera réalisé en 1971.Après le Concile, les catéchismes nationaux se multiplient ; signalons en particulier les très belles réalisations de l\u2019Office catéchistique provincial (devenu depuis lors l\u2019OCQ) et la controverse mondiale autour du Nouveau catéchisme hollandais (1968).Il était à peu près inévitable qu\u2019un jour ou l\u2019autre un croyant imaginatif réclame un Catéchisme pour l\u2019Église universelle ! Cela s\u2019est produit au Synode romain de 1985 et le chrétien imaginatif a été Bernard Law, archevêque de Boston.Aussitôt dit, aussitôt fait.En juillet 1986, une commission est formée, sous la direction du cardinal Ratzinger ; à son tour, elle crée un comité de rédaction de sept évêques et d\u2019un secrétaire.Ce comité rédige deux schémas, puis un avant-projet qu\u2019il soumet à 40 consulteurs internationaux.D\u2019où le « Projet révisé.Texte provisoire » de 372 pages, adressé confidentiellement à tous les évêques du monde en novembre et décembre derniers, avec une « Note explicative » et un questionnaire.L\u2019intention Comment comprendre cette entreprise ?Il faut bien voir d\u2019abord que ce « compendium de toute la doctrine catholique sur la foi et la morale » est destiné à servir « comme un point de référence pour les catéchismes qui sont composés dans divers pays » (0016).Il s\u2019adresse à ceux qui composent ou approuvent des catéchismes nationaux ou diocésains.« Il est donc destiné en premier lieu aux évêques » (0018).On ajoute qu\u2019« il n\u2019est pas de son ressort de fournir les adaptations qu\u2019exige l\u2019inculturation de la foi chrétienne.Il ne se substitue pas aux catéchismes diocésains ou nationaux » (0020).Et on insiste pour qu\u2019on le lise comme une unité (0021).Une première décision majeure des rédacteurs a été de relations juin 1990 149 chercher cette unité en adoptant le plan classique depuis la Renaissance pour les catéchismes : quatre « piliers », soit le Symbole des apôtres, le bloc liturgie-sacrements, les commandements du Décalogue, le Notre Père.C\u2019est le plan qui a inspiré les catéchismes de notre enfance, le Petit catéchisme de Québec comme le Catéchisme de Baltimore des catholiques américains.Il faut alors s\u2019engager dans la lecture des quelque 3500 paragraphes (numérotés de 0001 à 4126, mais de façon discontinue).Je relève ici, pour l\u2019intérêt de nos lecteurs, les traits qui me semblent essentiels pour comprendre ce qu\u2019on a tenté de faire.Le Credo (0101-1879) Dès l\u2019introduction à cette première partie, on adopte une approche bravement intellectuelle de la foi : l\u2019intelligence humaine peut se tourner vers Dieu, elle peut trouver des « voies », sinon des preuves, qui vont vers lui.Dieu de son côté vient vers les humains par la création et la révélation, puis par une transmission autorisée de cette révélation, incluant une croissance dans l\u2019intelligence du message.Puis on commente le Symbole des Apôtres (1001-1879).Un texte clair, bien documenté, mais un peu long sur la Trinité (1050-1083), plutôt faible sur le mal (1135-1141), timide sur le rapport science-foi dans la connaissance de la création (1167-1182), quasi silencieux sur la dimension chrétienne de l\u2019écologie (il en sera question plus tard, mais très peu, en 3718-3719).On admet de façon classique, mais simpliste pour aujourd\u2019hui, la distinction corps-âme (1188-1193), la complémentarité de la femme et de l\u2019homme (1194-1201 ), le péché des origines (1214-1246).À ce point, le lecteur est déjà assez avancé pour constater à l\u2019évidence que ce texte a la force des structures classiques, où on est pour ainsi dire gagné à l\u2019avance.Mais en même temps, des faiblesses très considérables se révèlent.D\u2019abord, la rédaction n\u2019est pas dirigée par la Bible, mais par la structure traditionnelle des catéchismes antérieurs.La Bible est abondamment citée, mais toujours par menus fragments, sans commentaire exégétique.Par ailleurs il faut signaler un très beau choix, en général, de textes peu connus des Pères de l\u2019Église, et un souci de tenir compte de la tradition de l\u2019Église d\u2019Orient.Les ajouts modernes, concrètement le contenu de Vatican II, sont presque toujours insérés comme des corrections, à l\u2019intérieur d\u2019une structure préconciliaire.Ceci se révèle bientôt être une application d\u2019une attitude beaucoup plus fondamentale dans ce texte : la dimension historique de la foi chrétienne est presque partout absente, au profit de l\u2019affirmation d\u2019une unité temporelle et spatiale sans réserve.Dans ces perspectives, la présentation catéchétique de la personne et de l\u2019action de Jésus (1254-1529) est peu historique, axée davantage sur la divinité que sur l\u2019humanité.On quitte trop souvent le Symbole très ancien des Apôtres pour se référer à une christologie plus complexe, comme celle de Nicée-Constantinople.Cette absence de sens historique affecte négativement la présentation, pourtant belle, de Marie (1320-1350), puis de la vie ouvrière de Joseph et Jésus (1375-1377).On a été généralement soucieux d\u2019oecuménisme judéo-chrétien, et c\u2019est un progrès important ; mais il aurait été heureux qu\u2019on signale, comme l\u2019avait fait le Concile de Trente, que la passion et la mort de Jésus sont le fait d\u2019un petit nombre de Juifs, à une époque donnée (Catéchisme romain 1,5,11).La section sur l\u2019Esprit saint (1551-1609) et plusieurs autres textes se méfient trop visiblement d\u2019un côté des mouvements charismatiques et de l\u2019autre de la théologie de la libération.La section sur l\u2019Église (1610-1754) se veut proche de la Constitution de Vatican II sur L\u2019Église dans le monde de ce temps.Mais on doit vite constater que la méthode des corrections ponctuelles à une structure donnée à l\u2019avance par la tradition catéchétique joue de mauvais tours aux rédacteurs : tout en se réclamant de Vatican II, on a adopté une ecclésiologie descendante, à partir de Dieu, sans la corriger par une ecclésiologie ascendante, inspirée de Dieu mais gérée par des humains à travers vingt siècles d\u2019histoire.En conséquence, l\u2019Église et le Royaume commencé par Jésus ne sont pas assez distingués l\u2019un de l\u2019autre (par ex.1632), les divisions des Églises sont présentées comme des fautes unilatérales des autres Églises chrétiennes (1692-1694), le rôle de l\u2019Église comme productrice de perfection est trop accentué par rapport à ce que dit Vatican II sur son rôle de productrice de fraternité, de justice et de bonheur (1699-1705 ; 1737-1754) ; le corps mystique est visiblement présenté comme une meilleure image de l\u2019Église que le peuple de Dieu (1638-1665 comparé à 1666-1681 ) ; et finalement la collégialité est bien réduite (1727-1729).Ici encore, on se trouve visiblement devant une option plus profonde des rédacteurs : l\u2019Église est d\u2019abord vue comme la source et le lieu des sacrements.C\u2019est finalement une Église du dimanche plus que de la semaine, une Église dont la visibilité est d\u2019abord celle de ses cadres, une Église qui ne croit pas bon, du moins au plan catéchétique, de reconnaître ses faiblesses historiques comme un élément important de son image.La liturgie et les sacrements (2001-2883) Cette section commence par une belle catéchèse sur le sens de la fête et de la célébration dans la foi chrétienne, même si on aurait apprécié un lieu de la célébration et du témoignage dans la réalité quotidienne et souvent plus difficile de la vie chrétienne d\u2019amour du prochain (2001-2059).La présentation des sacrements est plus communautaire et moins cléricale, et c\u2019est un progrès, même si la communauté chrétienne qui nous est présentée est bien abstraite, sans souci de la réalité socioéconomique et de la place prioritaire des pauvres (2123-2129).Sur l\u2019eucharistie, la présentation est classique (2401-2501) ; on rappelle, quoique plus discrètement que par le passé, le devoir de la confession des fautes sérieuses avant la communion (2492) et l\u2019obligation de la messe dominicale (cf.3428).Pour le pardon, on conserve le terme « sacrement de pénitence » (2503-2581) ; la confession, telle que prescrite, avec genres, espèces et nombres, risque malheureusement de raviver le régime de scrupule trop fréquent dans l\u2019Église latine d\u2019avant le concile (2537-2540).Et on hésite tellement, à chaque fois, sur la célébration communautaire du pardon sans confession, qu\u2019on la relègue dans un paragraphe en petit caractère (2564) ! La présentation du sacrement de l\u2019ordre est plus faible, trop juridique (2704-2777).Étrangement, on y rencontre la meilleure affirmation de la responsabilité collégiale des évêques, avec une citation de la lettre Fidei donum de Pie XII (2730).Et il est malheureux que la hiérarchie verticale de supérieurs et inférieurs soit de nouveau accentuée, au lieu de la diversité des charismes, en particulier à l\u2019égard des diacres (la citation de la 150 relations juin 1990 CATECHISME DU DIOCESE D E QU E B E C PAR MONSEIGNEUR JTIluftriflimc & Reverendjffime Jean de la Croix de faint Valicr, Evêque de Quebec.In faveur des Curez.& des fidèles d9 fon D'rnife.A PARIS.Cbci URBAIN COUSTELIER.rue faine Jacques , au Coeur bon.M.DCCII.Le premier catéchisme québécois : 1702 ! Tradition apostolique d\u2019Hippolyte, 2738).Le célibat des prêtres de l\u2019Église latine est trop manifestement présenté comme supérieur et préférable à l\u2019option libre des Églises orientales (2750).Sur le mariage, l\u2019exposé est bon (2820-2824).Malheureusement, on ne dit rien de la longue évolution qui précède l\u2019obligation pour tous les chrétiens de sacramentaliser leur union, ni de l\u2019attitude de l\u2019Église à l\u2019égard des accidentés du mariage (2867 ; voir cependant 3624-3627).La vie dans le Christ (3001-3816) Dès le départ, la morale est reliée à la marche à la suite de Jésus, ce qui est fondamental.On peut regretter cependant que l\u2019option plus volontariste, moins centrée sur la grâce, soit de nouveau très visible dès le départ ; l\u2019option augustinienne a ses droits (3001-3016) ! Une première section s\u2019appelle « la loi du Christ » (3017-3249) et elle fait un effort considérable pour justifier la morale comme loi, en distinguant entre loi extérieure et loi intérieure (3091).Comprenant la loi naturelle (3094-3103) et la loi mosaïque (3104-3115), cette loi extérieure est présentée de façon tellement simpliste, parfois naïve, qu\u2019elle est inquiétante, surtout lorsqu\u2019on rappelle que l\u2019Église est souvent l\u2019instance qui la définit.La loi nouvelle est présentée comme libération, mais exclusivement de l\u2019esclavage du péché (3110-3115), ce qui est un peu restrictif, surtout si on songe aux acquis solides de la théologie de la libération.La loi nouvelle est axée sur les Béatitudes (3116-3131) et elle est centrée sur la loi d\u2019amour (3132-3144).On parlera ensuite de la fonction prophétique de l\u2019Église, même dans la définition de la loi naturelle.On ne se prononce pas sur le fait, pourtant important, que la morale chrétienne n\u2019est rien de plus, sauf de légers ajouts surtout culturels, que la morale humaine avec une motivation supplémentaire.Et en parlant des signes des temps, on manque une belle occasion de valoriser la dimension historique essentielle de la vie chrétienne (3155-3165).On termine cette partie par une belle description de la morale ouverte de la vie nouvelle, à l\u2019image du Christ, dans l\u2019Esprit, avec la force venue de la vie et de la mort du Christ Jésus (3166-3208).Et on relie la sainteté, en bonne partie, à l\u2019action des sacrements (3209-3220).Déjà, bien des questions se posent.Après Vatican II, est-il encore possible de faire de la loi, même nouvelle, et de l\u2019obéissance, même assistée par l\u2019Esprit de Jésus, le centre ou le modèle de la vie chrétienne ?Est-il encore possible de tellement réduire la vie morale à des actes, même compte tenu des circonstances, alors que le concile a tellement mis l\u2019accent sur la personne et son option fondamentale ?Est-il encore possible de promettre de faire des Béatitudes le schéma de base pour ensuite les oublier au profit trop exclusif des dix commandements ?Est-il enfin possible de parler de perfection personnelle ou de sainteté sans que tout soit centré sur le service du prochain ?On présente ensuite les dix commandements (3240-3802).On retrouve toute la présentation classique, avec des additions ponctuelles venues surtout de Vatican II.Sans entrer dans l\u2019inculturation, on doit reconnaître que beaucoup de réalités modernes universelles, dont l\u2019importance catéchétique semble indéniable, sont passées sous silence ou traitées marginalement : ainsi, toute la question des droits de la personne est traitée en une phrase, avec celle de l\u2019environnement (3388) ; les voeux et promesses, y compris celles du mariage et de la vie religieuse, également en une phrase (3397) ; la réalité paroissiale tient en deux courts paragraphes (3426-3427).Le quatrième commandement est centré sur la famille ; une belle présentation, mais qui ne tient pas compte de la réalité accidentée de tant de familles dans le monde entier (3450-3520).Avec le cinquième commandement, la problématique moderne est davantage abordée : suicide, torture, terrorisme, stérilisation, expérimentation génétique, euthanasie, pollution.On accepte la guerre défensive et la peine de mort, tout en recommandant de ne pas l\u2019appliquer (3540-3541).Sur l\u2019avortement, on adopte la position dure, qui ne distingue pas entre vie humaine et personne humaine (3547-3548).On condamne les crimes historiques contre la vie (3555-3557), les armes nucléaires et chimiques (3558-3564), l\u2019eugénisme (3570-3571).On distingue entre une saine régulation des naissances et celle que condamne l\u2019Église (3573), et on condamne la ségrégation et le racisme (3576).Les sixième et septième commandements de Dieu présentent la sexualité comme une part de l\u2019image de Dieu, favorisent une vue complémentaire des sexes dans l\u2019égalité (3593-3600).Dans le mariage, on accentue la fidélité, la fécondité, la paternité et maternité responsables (3601-3616).Puis les offenses à la dignité du mariage sont présentées, d\u2019abord l\u2019adultère (3617-3619), puis le divorce, toujours considéré comme coupable sauf dans le cas du conjoint innocent (3620-3624), la polygamie et l\u2019union libre (3628-3630).On rap- relations juin 1990 151 pelle le devoir de compassion envers les divorcés, mais sans accès aux sacrements pour ceux qui ont contracté une nouvelle union (3624-3626).L\u2019homosexualité et la masturbation sont considérées, selon la position traditionnelle, comme moralement inacceptables, même si on rappelle que les deux doivent être objets de compréhension (3631-3638).Les septième et neuvième commandements sont centrés sur la dignité humaine (3664-3669) et on passe immédiatement aux crimes contre l\u2019humanité : exploitation individuelle et collective (3672-3677), vol (3680-3681), exploitation de la détresse des pauvres (3682-3683), crimes au nom de la raison d\u2019État (3684-3686).On résume ensuite l\u2019enseignement social de l\u2019Église depuis Rerum novarum, sur l\u2019activité économique, le travail, les systèmes économiques, la propriété privée et son « hypothèque sociale », la solidarité de l\u2019Église et des pauvres, le développement, le partage du patrimoine de la création, la paix, le service militaire et la non-violence, l\u2019exigence évangélique de pauvreté (3687-3757).Et on termine par le huitième commandement, sur le devoir de vivre dans la vérité.Après les rappels classiques, on ajoute des questions plus proprement modernes, lien entre vérité et charité dans le droit à l\u2019information, secret naturel, responsabilité des médias (3778-3784).Il faut reconnaître les options courageuses de cette section morale : l\u2019être humain est une image de Dieu, créé bon, mais devenu historiquement faible et parfois méchant, individuellement et socialement, et qui a toujours besoin de pardon et de salut dans le Christ, souvent à travers l\u2019intervention de l\u2019Église.Les hommes et les femmes de notre temps ont peine à se reconnaître dans cette image, portés qu\u2019ils sont à se pardonner eux-mêmes facilement leur violence et leur égoïsme et à ignorer leurs solidarités avec le mal engendré par leur système socioéconomique.On ne peut pas blâmer le Catéchisme ni ses auteurs pour cela.Cependant, nous retrouvons partout dans la présentation des commandements et de leurs exigences les graves défauts de perspective signalés plus haut.C\u2019est là une présentation de la morale chrétienne qui date de l\u2019avant-concile, avec des ajouts conciliaires ponctuels dans une structure inadaptée.Si la parole de l\u2019Église, surtout celle des conciles et celle du pape, doit continuer la parole du Christ et rejoindre les humains du temps où elle parle, ce retour d\u2019une morale de la loi, d\u2019un usage non critique de la loi naturelle, d\u2019une priorité masculine inconsciente, d\u2019une moralité des actes détachée de celle de la personne qui les pose, d\u2019une possibilité de sainteté sans don de soi aux autres et surtout aux pauvres, d\u2019une trop grande priorité du Décalogue sur les Béatitudes, ce retour de l\u2019avant-concile ne peut être que dommageable à la transmission de la foi, même monnayé par des catéchismes diocésains ou nationaux qui s\u2019inspireraient de ce projet.Que faire de ce « texte provisoire » ?D\u2019abord une très sérieuse difficulté.La note explicative qui accompagne l\u2019envoi aux évêques dit qu\u2019on attend des observations pour compléter, abréger et unifier style et exposé.On peut le faire de deux façons : en répondant à quatre questions, portant sur l\u2019impression d\u2019ensemble, sur la qualité de l\u2019exposé et ses éventuelles lacunes, sur le style et la présentation et enfin sur l\u2019évaluation générale de chacune des cinq parties.On peut aussi proposer des corrections de détail (appelés modi), mais à condition de fournir toujours une rédaction de remplacement.Et tout cela doit parvenir à Rome pour la fin mai 1990.Dans une telle situation, il me semble que nos évêques doivent d\u2019abord refuser ce texte.Les qualités sont indéniables et j\u2019allais oublier le beau commentaire du Notre Père qui termine le projet (4001-4126) ! Mais elles ne peuvent compenser pour les défauts structuraux qui ne peuvent être réparés par aucun effort d\u2019amendements (modi) de détail.Par ailleurs, une telle attitude ne veut en rien être négative.S\u2019il est vrai qu\u2019un catéchisme universel, dans la tradition plus que millénaire de l\u2019Église et des Églises, est encore utile dans une Église mondiale de la fin du XXe siècle, pour favoriser l\u2019unité de la foi et l\u2019unité d\u2019action dans le monde, alors pourquoi ne pas proposer d\u2019y consacrer un prochain synode, qui serait une excellente aventure d'aggiornamento de Vatican II après trente ans ?Dans cette perspective, le texte actuel pourrait être publié pour les chrétiens et chrétiennes, comme document de travail.En les invitant à le repenser en groupe, en Église, à y démêler la paille et le bon grain, à dégager ce qui est le message du Christ à notre temps, en écartant ce que Jean XXIII appelait « le bois mort ».En colligeant les résultats, on pourrait avoir ranimé la connaissance de la foi partout dans les Églises.Et on aurait magnifiquement préparé un Synode de l\u2019an 2000.¦ BIBLIQUIZ (Le jeu du Nouveau Testament) Pour apprendre à connaître les lieux, les personnages, les écrits et les coutumes à l\u2019époque de Jésus.Préparé par des professeures de la CÉCM, supervisées par une conseillère en éducation chrétienne.Coût : 25$ + taxe et frais d\u2019expédition.Commandez à SffiCABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 152 relations juin 1990 LE SIDA ET LE TIERS MONDE par Francine Tardif sociologue Vers 1980, quelques médecins découvrent les symptômes d\u2019une « nouvelle maladie » chez un petit nombre de patients isolés.Le mal mystérieux, qui sera connu sous le nom de SIDA1, échappe aux modes d\u2019investigation classiques de la médecine, tant par ses caractéristiques cliniques qu\u2019épidémiologiques.Et il tue, inexorablement.En quelques années, la maladie, d\u2019abord « confinée » à quelques groupes marginaux, se répand.Associée à la sexualité, au sang et à la drogue, elle déclenche des réactions passionnées.Faute de pouvoir expliquer la maladie, les médias, et même quelques cercles scientifiques2, se lancent dans la recherche des « responsables » de cette épidémie étrange.Or, qui dit étrange, a vite dit étranger : certains feront donc du SIDA, sans aucune preuve scientifiquement valide, la maladie venue d\u2019ailleurs, celles des « autres3 ».Il faudra laisser passer l\u2019orage avant que les pouvoirs publics commencent, timidement, à prendre les mesures qui s\u2019imposent.C\u2019est que, comme l\u2019a déjà souligné le Dr Jonathan Mann, responsable du programme global de lutte contre le SIDA de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS)4, l\u2019invasion d\u2019une collectivité par le virus du Sida entraîne trois épidémies.La première, celle de l\u2019infection par le virus VIH, passe souvent totalement inaperçue.Quelques années plus tard, l\u2019épidémie de SIDA déclaré commence ses ravages.Vient enfin la troisième épidémie, celles des réactions sociales, culturelles, économiques et politiques.Aujourd\u2019hui, dans presque toutes les régions du monde, si la première épidémie comme toujours est déjà passée, on assiste aussi à l\u2019explosion de la deuxième.Au 1er janvier 1990, l\u2019OMS rapportait 203 599 cas de SIDA déclarés, répartis dans 152 pays.De l\u2019avis général, pour comprendre l\u2019ampleur véritable de la pandémie, il faudrait multiplier ce chiffre par deux, sinon par trois, et y ajouter le nombre de personnes actuellement porteuses du VIH, qu\u2019il est impossible d\u2019évaluer avec exactitude.Certains croient qu\u2019il faudrait multiplier par 35 le nombre de cas recensés, d\u2019autres par 100.Quant à l\u2019épidémie de réactions socio-politiques, on est encore loin d\u2019en connaître toutes les conséquences.Car si dans les pays occidentaux la première période de panique est dépassée, au point que certains craignent déjà la banalisation du « phénomène SIDA », il en va tout autrement dans l\u2019ensemble complexe qui regroupe les pays du tiers monde.Le SIDA dans le tiers monde Selon les analyses de l\u2019Institut Panos, compilées à partir des données fournies par l\u2019OMS, vingt et un des vingt-deux pays les plus touchés par le SIDA sont situés en Afrique et dans les Antilles5, avec des taux allant de 1585 cas déclarés par million d\u2019habitants (Guyane française), à 235 (Haïti).Considérant l\u2019ostracisme dont sont victimes les personnes atteintes, considérant également le tort considérable causé à certains groupes nationaux par leur association à la maladie, considérant aussi les difficultés d\u2019accès aux structures sanitaires de larges secteurs de la population des pays du tiers monde, on est en droit de penser que ces données sont très conservatrices.On connaît trois modes de transmission du virus du SIDA : la transfusion sanguine (incluant le partage de produits sanguins ou de seringues infectées), la transmission mère/enfant pendant la grossesse ou l\u2019accouchement et surtout la transmission à travers les rapports sexuels.Dans les pays du tiers monde, cela signifie que la maladie se transmet surtout par voie hétérosexuelle, rejoignant d\u2019abord les adultes ayant de 20 à 40 ans.Jusqu\u2019à présent concentrée dans les zones urbaines, elle y frappe davantage la fraction de la population ayant eu accès à l\u2019éducation, dans ces pays où les taux d\u2019analphabétisme sont très élevés.C\u2019est dire l\u2019impact potentiel de la maladie : elle pourrait doubler, ou tripler, le taux de mortalité parmi les groupes d\u2019âge les plus productifs sur les plans économiques et sociaux.À titre indicatif, l\u2019une des rares études préliminaires disponibles, effectuée par l\u2019Université Harvard, porte à croire que, dans les cinq pays africains les plus touchés, les pertes 1.\tSIDA, pour syndrome d\u2019immunodéficience acquise.Le SIDA est transmis par le virus HIV, dont la traduction française usuelle est VIH.On peut être porteur du virus, pendant une période plus ou moins longue, et pouvoir le transmettre, sans présenter aucun symptôme.On parlera alors de « porteur asymptomatique » ou, à tort, de « porteur sain ».Selon le Commissariat général à la langue française, une personne développant le virus du SIDA est un sidéen.Plusieurs groupes préfèrent cependant l\u2019expression « personne atteinte » ou « personne porteuse du virus », de manière à ne pas réduire le malade à sa maladie.2.\tDont le célèbre « Center for Disease Control » des États-Unis qui, au mépris de toutes les conventions scientifiques, fera des Haïtiens un « groupe à haut risque ».Cette « erreur », qu\u2019on met- tra trois ans à corriger, a causé des torts considérables aux Haïtiens vivant aux États-Unis, en plus de contribuer à ruiner relations l\u2019industrie touristique haïtienne.3.\tDans son livre, Une épidémie raciste (L\u2019Harmattan, 1989), Renée Sabatier présente les préjugés ethniques et raciaux que cette recherche de « coupables » a mis au grand jour.4.\tÀ l\u2019échelle internationale, c\u2019est l\u2019OMS qui est chargée de la lutte multisectorielle contre le SIDA.L\u2019organisme s\u2019est doté d\u2019une stratégie mondiale ayant trois objectifs : la prévention de l\u2019infection, la réduction de son impact et l\u2019unification des efforts contre la maladie.Le Programme mondial de lutte contre le SIDA (GPA) voit à l\u2019application de cette stratégie.En 1989, son budget était de près de 95 millions de dollars US, une hausse de 56 % par rapport à 1988.Depuis janvier 1990, il comporte aussi un volet d'appui aux organisations non gouvernementales du tiers monde, doté d\u2019un budget initial de 2 millions US.5.\tSabatier, Renée, op.cit.p.19-27.juin 1990\t153 Au Zaïre, soigner adéquatement dix sidéens équivaudrait au budget global du plus grand hôpital du pays.économiques dues au SIDA dépasseront le total de l\u2019aide étrangère, dès 19916.En outre, prendre soin d\u2019une personne atteinte par le SIDA coûte cher.Par exemple, si le Zaïre voulait offrir à dix de ses citoyens touchés par la maladie les mêmes soins que ceux qui sont dispensés aux États-Unis, cela pourrait entraîner des dépenses supérieures au budget global du plus grand hôpital du pays7.Or, dans de nombreux pays du tiers monde, et particulièrement en Afrique, le produit national net, le revenu par habitant et les investissements dans les structures sanitaires ne font que diminuer depuis plusieurs années.Quant aux plans visant le développement de services de santé primaire, péniblement élaborés et mis en place, ils risquent d\u2019être compromis : le SIDA impose impitoyablement son propre ordre de priorité8 9 10.D\u2019autant plus que la communauté internationale a libéré des sommes non négligeables pour la lutte contre la maladie, subventions qui ne sont pas disponibles pour les autres secteurs de santé publique.On devine alors la frustration des responsables de la vaccination infantile ou de l\u2019approvisionnement en eau, qui voient leur collègues préposés à la lutte contre le SIDA obtenir rapidement les ressources qu\u2019on leur refuse depuis des années.Cette situation peut engendrer des oppositions féroces ou des collaborations fructueuses : de toutes façons, elle impose des « réajustements ».Quoi qu\u2019il en soit, les ressources publiques ne pourront suffire et ce sont les familles, élargies ou non, qui devront prendre soin des personnes atteintes.Souvent elles-mêmes affectées par la stigmatisation dont sont victimes les personnes atteintes et parfois mises à l\u2019écart de la communauté, les familles devront consacrer temps, énergie et ressources pour aider leurs membres atteints - au détriment d\u2019autres activités potentiellement plus productives.On verra aussi se manifester des déséquilibres aux conséquences imprévisibles : augmentation du nombre d\u2019orphelins, de familles monoparentales, de personnes à charge par pourvoyeur, de charge de travail pour les personnes âgées, etc.Traditionnellement, les tâches reliées au soin des malades sont confiées aux femmes.Déjà touchées en tant que partenaires sexuelles, les femmes subissent en outre, et subiront de plus en plus, les effets de la maladie à titre de mères et de dispensatrices principales des soins de santé de base.Souvent moins alphabétisées et moins informées que leurs compatriotes masculins, elles paieront un tribut particulièrement élevé à la maladie.Dans certains cas, leur état de dépendance économique et sociale les empêche également d\u2019avoir quelque contrôle que ce soit sur leur corps ou sur leur sexualité.Celles qui sont ainsi contraintes à la prostitution ou à des rapports sexuels non sécuritaires, sous peine de sévices physiques ou sociaux, sont particulièrement vulnérables.Les réponses du tiers monde Là où l\u2019aspirine est encore inaccessible à la majorité de la population, même la découverte éventuelle d\u2019un vaccin dans l\u2019hémisphère Nord ne pourrait constituer une arme contre la maladie : personne ne pourrait se l\u2019offrir.Dans ces conditions, il faut absolument prévenir la maladie.Concrètement, cela signifie qu\u2019il faut diminuer les comportements sexuels à risque (rapports sexuels non protégés, partenaires multiples ou instables), qui constituent la voie principale de propagation du virus.Si cette « évidence » s\u2019impose facilement, rien n\u2019est pourtant moins évident que sa mise en oeuvre.En effet, depuis toujours les rapports sexuels sont au carrefour de valeurs, de tabous et de traits culturels profondément ancrés.Depuis toujours également, les bouleversements culturels et sociaux qui secouent une société se répercutent directement sur les comportements sexuels de ses membres.Par exemple, lorsqu\u2019un paysan quitte sa terre pour chercher du travail en ville ou quand une paysanne laisse sa famille pour devenir domestique dans la métropole, cela n\u2019affecte pas seulement leur statut économique.En abandonnant leur communauté, ces personnes ont aussi perdu le support de toute une structure sociale.Or, c\u2019est à travers cette structure que pouvait s\u2019exercer le contrôle social des activités et des rapports sexuels.Aujourd\u2019hui, dans de nombreux villages et villes du tiers monde, les structures traditionnelles n\u2019ont pas résisté aux assauts de la vie moderne.Et les valeurs qu\u2019elles prônaient en matière de mariage, de rapports familiaux et de comportements sexuels n\u2019ont pas résisté non plus, laissant des millions de personnes désemparées, isolées et déracinées.Il faut déplorer ces déracinements.Par contre, rappelons aussi que si les structures traditionnelles garantissaient un certain ordre moral, elles 6.\tCité par Sabatier, Renée, op.cit., p.29.7.\tSpurgeon, David, SIDA : le défi pour le tiers monde, Document de synthèse, Institut Nord-Sud, Ottawa, mai 1989.8.\tParfois perçu comme une « maladie de Blanc » que ceux-ci n\u2019arrivent pas à traiter, le SIDA pourrait contribuer à discréditer la médecine occidentale et tous les efforts de prévention faits en son nom (vaccination, hygiène, etc.) au profit des médecines traditionnelles et des guérisseurs de toutes sortes.9.\tVoir « Aids Education : A Beginning », Population Report, Series L, no 8, septembre 1989.10.\tCela s\u2019impose partout, comme le prouve l\u2019échec relatif des campagnes de prévention organisées dans les pays occidentaux et qui 154 relations juin 1990 n\u2019en reposaient pas moins, en partie, sur l\u2019exploitation et la domination des femmes et de d\u2019autres groupes minorisés.Ici comme ailleurs, le rétablissement de l\u2019ordre ancien ne peut constituer une solution viable aux problèmes du présent.Par ailleurs, on sait aussi que, dans toute société, la conception de la maladie relève d'un équilibre complexe entre connaissances biomédicales et croyances mystiques.Il n\u2019est donc pas rare, surtout dans les cultures traditionnelles, de concevoir la maladie comme la résultante de l\u2019action de forces invisibles, mais bien réelles, et non de comportements individuels plus ou moins risqués.C\u2019est pourquoi les experts soutiennent que, pour installer de nouveaux comportements en matière de santé, cinq facteurs doivent être conjugués : une connaissance rationnelle des faits, un investissement émotionnel, des connaissances pratiques et un soutien communautaire.Dernier facteur, crucial : une structure socio-économique et socio-culturelle adéquate, garantissant un encadrement favorable, ainsi que l\u2019accès aux ressources nécessaires9.On voit donc toutes les difficultés que soulève l\u2019élaboration de campagne de prévention du SIDA, puisqu\u2019il faut modifier à la fois des comportements sexuels culturellement déterminés et des conceptions de la maladie tout aussi profondément ancrées.Pour que pareilles campagnes aient quelque chance de succès, il faudrait qu\u2019elles reposent sur une connaissance approfondie des dynamiques sociales et individuelles à l\u2019oeuvre dans les groupes visés10.Mais, comment des pays qui n\u2019ont pratiquement aucune ressource pourraient-ils y parvenir ?Et par ailleurs, comment confier à des équipes internationales, même bien intentionnées, la responsabilité de telles enquêtes ?En matière de comportements sexuels, les traits propres à une société, scrutés par des loupes étrangères, sont facilement déformés ou interprétés avec maladresse ; diffusés sans précaution, les résultats obtenus peuvent entretenir préjugés et discrimination.Et même si des campagnes culturellement adaptées pouvaient être mises sur pied, quels changements significatifs pourrait-on espérer ?Agir sur les causes Tant que la prolétarisation des campagnes amènera l\u2019exode vers les bidonvilles, tant que les maigres ressources du tiers monde serviront à rembourser les intérêts sur les dettes nationales, tant que séviront misère et oppression, la lutte contre le SIDA ne pourra s\u2019appuyer sur les structures socio-économiques absolument indispensables.On le sait maintenant : le sous-développement et le développement inégal, dans les villes ou zones rurales du tiers monde ou d\u2019ailleurs, entraînent à leur suite, quasi inévitablement, des désordres sociaux à l\u2019origine des comportements à risque : usage de drogue, mauvais usage n\u2019ont pratiquement eu aucun résultat auprès de la population ayant les comportements les plus risqués - voir Population Report, op.cit., p.12.11.\tPour comprendre à quel point le SIDA est LA maladie de notre époque, il faut absolument lire la passionnante Histoire du SIDA : début et origine de la pandémie actuelle, de M.D.Gremk, Collection Médecines et sociétés, Payot, 1989.12.\tAlix Adrien supervise, dans le cadre d'une entente entre l\u2019ACDI, l\u2019Université McGill et le ministère de la Santé et de la Population d\u2019Haïti, un programme de prévention du SIDA en Haïti.Nous le remercions de nous avoir donné accès à une partie de notre documentation.Congrès de Montréal, juin 89.La maladie ne reculera que devant des stratégies globales, des tactiques locales et une mobilisation générale.v /S'* ' ' des seringues, prostitution, promiscuité, rapports sexuels non protégés, violence sexuelle, etc.Or, ces mêmes conditions freinent considérablement tout effort de prévention.Pour briser le cercle, il faudrait agir sur les causes.Le SIDA nous montre, brutalement, l\u2019envers de bien des médailles dont nous pouvons pourtant être fiers.Selon certains, c\u2019est la médecine occidentale qui, en supprimant des maladies qui barraient la route au SIDA et en diffusant largement la transfusion sanguine et les produits sanguins, a peut-être contribué à ouvrir la porte au SIDA* 11.C\u2019est notre système politico-économique qui, étant à l\u2019origine du phénoménal brassage de population moderne et de l\u2019urbanisation accélérée des populations paysannes, a offert à la maladie des voies rapides de propagation, tout en lui offrant des moyens de communication d\u2019une efficacité jusqu\u2019ici inconnue dans l\u2019histoire.Et c\u2019est le vaste mouvement de libéralisation des moeurs et de tolérance qui, tout en contribuant à l\u2019épanouissement de la sexualité humaine, a aussi entraîné la dissémination rapide du SIDA.Tragédie individuelle aux conséquences planétaires, le SIDA est le prix à payer pour avoir perturbé aussi radicalement les équilibres traditionnels.Il est maintenant impossible, et peut-être pas même souhaitable, de revenir en arrière.Il faut affronter le présent en sachant que la maladie ne reculera que devant des stratégies globales, des tactiques locales et une mobilisation générale.Il faut agir vite, ne pas se tromper de cible en confondant l\u2019ennemi avec ses victimes.Il faut aussi, bien davantage que de promouvoir des « techniques », retrouver un sens des valeurs et des responsabilités.Et puis, comme l\u2019affirment le docteur Alix Adrien12 et combien d\u2019autres personnes engagées sur la ligne de front : « Il ne faut pas se laisser abattre, ni par l\u2019ampleur de la tâche, ni par la férocité de l\u2019ennemi.Il faut lutter contre la maladie.et pour la vie.» ¦ relations juin 1990 155 Canapresse RECENSIONS DE JUIN lectures François Leprieur : ?Quand Rome condamne [ Clément et alii, L\u2019Histoire littéraire ?Michel Clévenot : Haut-le-pied et Les hommes de la fraternité ?Philippe Warnier : La décision Quand Rome condamne Voici un monument ! Oeuvre considérable et importante à plus d\u2019un titre.Par le sujet : la suppression des prêtres-ouvriers et la condamnation des principaux théologiens dominicains en France, en 1954.Par la documentation rendue publique : une très grande partie des archives jusqu\u2019ici confidentielles de l\u2019Ordre dominicain et de nombreuses autres sources.Par l\u2019ampleur du projet : 785 pages de texte serré, dont plus de 100 pages de notes fort précieuses, six annexes, des notices biographiques sur la plupart des acteurs de ce drame, une chronologie comparée des événements, un glossaire, une bibliographie et trois index.Par son actualité aussi : les mises au pas autoritaires d\u2019expériences pastorales ou de théologiens ne sont malheureusement pas que de l\u2019histoire ancienne ! Sans prétendre être le dossier définitif de l\u2019« affaire des prêtres-ouvriers » (car il y a encore d\u2019autres archives inaccessibles, dont celles du Vatican), il est évident que cet ouvrage du Frère François Leprieur, dominicain, restera comme une étude capitale dans l\u2019histoire de l\u2019Église contemporaine.Certains ont même dit qu\u2019il s\u2019agissait de l\u2019un des ouvrages ecclésiaux les plus importants du XXe siècle.Et si c\u2019est le cas, c\u2019est bien sûr à cause de l\u2019analyse rigoureuse 156 et exhaustive qu\u2019a faite l\u2019auteur de toutes les sources disponibles.Mais c\u2019est aussi, et peut-être surtout, à cause de l\u2019importance des enjeux ici analysés.Car « l\u2019affaire des prêtres-ouvriers », bien mal connue il est vrai de nombreux chrétiens d\u2019ici, a été au coeur des débats théologiques et ecclésiaux sur les rapports entre l\u2019Église et le monde, débats qui demeurent, malgré Vatican II et en cette période de postmodernité, toujours aussi actuels.Rappelons sommairement les faits.Devant le fossé qui sépare depuis longtemps (depuis toujours ?) l\u2019Église et le monde ouvrier, et dans le contexte d\u2019une prise de conscience croissante de la déchristianisation de la France (cf.le célèbre livre France : pays de mission ?des abbés Godin et Daniel), certains prêtres obtiennent l\u2019autorisation de partager eux-mêmes la condition ouvrière.C\u2019est une démarche essentiellement missionnaire, dans le meilleur sens du terme, pour rendre la Bonne Nouvelle et l\u2019Église présentes dans un monde où elles sont complètement étrangères.Puis, graduellement, vers la fin des années 40, l\u2019expérience se structure ; d\u2019autres prêtres, religieux ou séculiers, sont envoyés en usine.Leur nombre restera toujours relativement petit : on en comptera une centaine au moment de leur interdiction.À mesure que l\u2019expérience se développe, de nouvelles questions se posent : quel mode de vie relations juin 1990 peuvent adopter ces prêtres « hors cadres », c\u2019est-à-dire « hors paroisses » ?Quelle implication sociale, et particulièrement syndicale, peuvent-ils avoir ?Quels rapports peuvent-ils garder avec le ministère traditionnel, avec la prière, avec le bréviaire ?Dans une classe ouvrière où l\u2019influence marxiste est prépondérante, quels rapports peuvent-ils entretenir avec des camarades communistes, leurs syndicats, le mouvement pour la paix où ils sont très actifs, etc.?Et, plus fondamentalement encore, peut-on être prêtre et ouvrier à part entière ?À mesure que les questions se posent, la réflexion théologique se développe.Une réflexion théologique qui part du vécu et des pratiques - une approche théologique analogue à celle prônée par les théologiens de la libération et qui, on le constatera, n\u2019était pas mieux acceptée alors qu\u2019aujourd\u2019hui - et qui sera menée, de façon importante mais non exclusive, par les principaux théologiens dominicains, en particulier Marie-Dominique Chenu, Henri-Marie Féret, Yves Congar.Malgré des erreurs de parcours inévitables, il semble que l\u2019expérience soit prometteuse.De nombreux ouvriers, comme leurs organisatiçns, commencent à découvrir une Église différente, qui peut être solidaire de leur condition et de leurs problèmes, et qui n\u2019est pas nécessairement, comme on l\u2019a toujours cru jusque-là, une alliée incondi- tionnelle du grand capital.Mais Rome s\u2019inquiète.Alerté par de nombreuses dénonciations anonymes, le Saint-Office entreprend des procès secrets.Il exerce des pressions considérables sur l\u2019Église de France et sur les autorités dominicaines pour que l\u2019expérience des prêtres-ouvriers soit « reprise en mains ».Devant les tentatives faites pour sauver l\u2019expérience et pour maintenir la réflexion théologique à son sujet, Rome impose sa volonté : au plus tard le 1er mars 1954, tous les prêtres-ouvriers devront avoir quitté leur emploi ; les supérieurs des trois provinces dominicaines françaises sont « démissionnés » et remplacés ; et les principaux théologiens dominicains impliqués sont réduits au silence et exilés hors de leur milieu de travail et.d\u2019influence.L\u2019« affaire » aura un écho considérable, en France bien sûr, mais partout en Europe.C\u2019est tout un courant catholique qui se trouve condamné sans même avoir pu vraiment se défendre.Des laïques interviennent.Les médias s\u2019en mêlent.Ce qui en restera, une fois la poussière retombée : un immense espoir déçu dans le monde ouvrier (et qui ne sera pas complètement retrouvé lorsque les prêtres au travail seront à nouveau autorisés après le Concile, en 1965), des dizaines de vies brisées, particulièrement chez ces prêtres acculés à l\u2019impossible choix entre leur solidarité avec l\u2019Église et leur solidarité avec leurs frères et soeurs du monde ouvrier, et surtout un rendez-vous manqué avec l\u2019Histoire et avec le monde.Bien sûr, Pie XII mourra peu après et Jean XXIII convoquera Vatican II.Les théologiens dominicains seront réhabilités et le Concile adoptera Gaudium et Spes sur les rapports entre l\u2019Église et le monde de ce temps.Mais à lire cet ouvrage et à regarder notre monde actuel, on a vraiment l\u2019impression que l\u2019Église a raté alors une chance unique.Et que 40 ans plus tard, l\u2019Église souffre encore de ce virage manqué.Quand Rome condamne, à travers un examen minutieux des faits et des documents, soulève une foule de questions qui sont toujours d\u2019actualité.Parmi les plus centrales, relevons la nature même du sacerdoce, les rapports entre l\u2019approche doctrinale et l\u2019approche pastorale, les conditions de la recherche théologique, les exigences intrinsèques de la mission et de l\u2019incarnation, les modes de contrôle et de gouvernement dans l\u2019Église.L\u2019auteur s\u2019en tient rigoureusement au cadre restreint de son étude : l\u2019affaire des prêtres-ouvriers et des théologiens dominicains français.Il analyse, dans les moindres détails, les divers aspects de ces questions soulevés par les nom- breux protagonistes.Il cite abondamment les documents, donne le plus possible la parole aux acteurs du drame.Il fait avant tout oeuvre d\u2019historien et nous fournit, pour la première fois avec une telle abondance et une telle précision, les matériaux de base qui permettent de revivre ce moment important de l\u2019histoire ecclésiale.Mais à travers cette histoire qui raconte le passé, le lecteur, lui, ne peut s\u2019empêcher de relire le présent.Et de constater que si bien des choses ont évolué, de nombreuses questions capitales restent toujours d\u2019une troublante actualité ! À lire Quand Rome condamne, on éprouve souvent de la tristesse devant tant de bêtise et tant « d\u2019hommeries », surtout dans une Église que l\u2019on aime et dont on se sent solidaire ; on ressent de la rage devant les procédés inacceptables, l\u2019encouragement à la délation, le système du secret, de l\u2019impuissance devant le « poids du système », pour reprendre le titre du dernier chapitre.Et pourtant on découvre des hommes attachants - quelques femmes aussi, mais forcément bien peu nombreuses chez les prêtres-ouvriers et les Dominicains, dans l\u2019épiscopat français et au Vatican ! -, des expériences d\u2019Église prometteuses, un courant spirituel dont nous sommes encore aujourd\u2019hui les héritiers.Il faut savoir gré à François Leprieur de nous avoir redonné ce morceau important de notre histoire, dans toute sa densité, avec sa charge de souffrance et d\u2019espoir.Un livre à lire pour apprendre notre histoire, mais surtout pour construire le présent.¦ Dominique Boisvert L\u2019Histoire littéraire Sous une belle et sobre jaquette, un titre assez plat - normal, dira-t-on, ce sont des universitaires qui parlent.Et on peut comprendre : le colloque international qui s\u2019est tenu à Québec en 1986 et dont cet ouvrage veut rendre compte avait précisément ce titre pour thème.Plus : la qualité et la diversité des intervenants font de ce recueil de conférences un ensemble intéressant, ni aride, ni mondain, ni polémique, bref, nous ne sommes pas à Cerisy.Le thème et même l\u2019appellation pourront faire choc : l\u2019histoire littéraire, relations juin 1990 comme tout le reste d\u2019ailleurs, a été sérieusement malmenée dans les années soixante et soixante-dix, sur la base à la fois de ses présupposés un peu simplistes (autonomie du « littéraire », théorie sous-jacente du « reflet », sélection élitiste des textes, méconnaissance des genres « inférieurs », etc.) et de l\u2019écrasante présence d\u2019un Lanson, totalement inimitable.Et puis, il faut bien le dire, l\u2019excès de science des années soixante a au moins donné à tout ce beau monde l\u2019envie d\u2019« un peu » de rigueur.Ainsi les concepts de « périodisation », de « champ » et de « polysystème ».Ainsi les concepts incontournables de « paradigme », d\u2019institution et d\u2019instance critique.Animés par les Antoine Compagnon, Marc Angenot, Roger Fayolle, Maurice Lemire, Eva Kushner, Joseph Mélançon, Alain Viala et Paul Wyczynski, qui font tous et toutes autorité en la matière (pardon pour les onze autres, tout aussi crédibles d\u2019ailleurs.), les actes de ce colloque constituent une intéressante et moderne mise à jour d\u2019une « Histoire » vieille et belle comme le monde.¦ Richard Dubois Haut-le-pied et Les hommes de la fraternité notre époque est celle des profonds bouleversements : la seconde moitié du XXe siècle a marqué la fin de bien des certitudes.Progrès scientifiques fulgurants, décolonisation et affirmation du tiers monde, sécularisation massive des ex-sociétés de chrétienté, essor planétaire des communications et brassage sans précédent des idées et des valeurs.Comment tout cela n\u2019aurait-il pas un impact considérable sur le christianisme et sur l\u2019Église ?L\u2019important courant de restauration qui souffle de Rome présentement est l\u2019une des réponses à l\u2019insécurité qu\u2019entraîne inévitablement toute période de bouleversements.Mais il est d\u2019autres réponses possibles.Et c\u2019est de cela que traite, finalement, l\u2019autobiographie de Michel Clévenot coiffée d\u2019un titre intrigant, Haut-le-pied, et d\u2019un sous-titre plus évocateur, « Itinéraire d\u2019un homme de foi ».« Haut-le-pied se dit d\u2019une locomotive qui circule sans être attelée à un train.157 Cette métaphore ferroviaire me paraît désigner assez bien ces chrétiens, dont je suis, qui s\u2019affirment croyants tout en prenant des distances avec leur Église » (p.8).Chargé de faire enquête et d\u2019écrire un livre sur certaines des forces vives du christianisme actuel en France, l\u2019auteur a finalement choisi d\u2019écrire une autobiographie subjective où, à travers son propre itinéraire, il parlerait des nombreux groupes, événements et personnes qui ont contribué à faire de lui ce qu\u2019il est devenu.Ce livre, qui peut déconcerter parfois, est intéressant à plus d\u2019un égard.Car il permet de suivre le cheminement d\u2019un jeune, issu d\u2019un milieu douillet et privilégié, brillant élève, très tôt attiré par l\u2019écriture et le sacerdoce, et que rien ne prédestinait à la trajectoire de « chrétien progressiste et haut-le-pied » qu\u2019il a peu à peu suivie.Et d\u2019être replongé ainsi dans ce que signifiait être séminariste dans les années 50, être jeune vicaire ou aumônier de lycée à l\u2019époque du Concile, être aumônier national de la JEC en mai 68, aide à faire vivre de l\u2019intérieur les prises de conscience et les questionnements qu\u2019on juge trop souvent bien sévèrement, vus de l\u2019extérieur.Bâti en deux temps, ce livre retrace d\u2019abord l\u2019itinéraire chronologique de Michel Clénevot, jusqu\u2019au « virage » qu\u2019a pris son sacerdoce en 1972, quand il a quitté l\u2019aumônerie nationale de la JEC pour passer au journalisme religieux.Virage progressif, tout en douceur, dont lui-même ne soupçonnait pas l\u2019aboutissement, mais qui l\u2019a amené, peu à peu, à prendre des distances face à l\u2019Institution dont il était jusque-là, comme prêtre, l\u2019un des représentants officiels.Virage si progressif que l\u2019auteur figure toujours comme prêtre, à sa connaissance, dans les annuaires ecclésiastiques ; qu\u2019il vit dans une maison communautaire avec une compagne et la fille de celle-ci depuis 1980 ; qu\u2019il a toujours d\u2019excellents amis parmi les « prêtres en fonction » et même les évêques ; qu\u2019il n\u2019a cessé d\u2019écrire depuis vingt ans livres et articles sur des sujets religieux ; mais surtout qu\u2019il est de plus en plus conscient de son identité : « oui je suis chrétien, j\u2019appartiens par toutes mes fibres à la famille immense et diverse des frères de Jésus-Christ » (p.25).La seconde partie du livre procède par touches, par séquences, par portraits plutôt que de manière linéaire, un procédé littéraire que l\u2019auteur affectionne particulièrement.C\u2019est ainsi qu\u2019à travers ses lectures, ses voyages, ses engagements, ses amis, ses publications, il nous présente une foule d\u2019autres chrétiens qui, en France et ailleurs, appartiennent en quelque sorte à un même courant social et spirituel, celui de 158 chrétiens parfois appelés marginaux ou distants ou progressistes, ceux qu\u2019Alain Lorraine appelait les « chrétiens militants », par opposition aux « chrétiens pratiquants », dans un intéressant petit ouvrage publié il y a dix ans (Les chrétiens du désordre, éditions Calmann-Lévy, 1979, 224 pages).Courant spirituel que Clévenot caractérise ainsi : « il n\u2019est pas pessimiste sur l\u2019homme et l\u2019univers, il parie sur la liberté de conscience, il se montre critique vis-à-vis de tous les pouvoirs » (p.220).Pourtant, malgré la « distance » de l\u2019Église que sous-entend le titre du livre, ou même la situation personnelle de l\u2019auteur, Clévenot se sent profondément d\u2019Église.Après avoir brièvement résumé son credo (un fort beau passage que j\u2019aurais aimé pouvoir citer in extenso), il conclut : « Voilà mon credo.Bien entendu, il n\u2019est pas seulement le mien.Ma foi a été éveillée, soutenue, nourrie par tous ceux et toutes celles, notamment, que j\u2019ai évoqués au cours de ces pages.Ni eux ni moi ne sommes des « héritiers sans testament ».Nous aussi nous sommes l\u2019Église.Nul n\u2019est une île.Le christianisme est une aventure communautaire » (p.221).Cette conclusion de Haut-le-pied pourrait servir, telle quelle, d\u2019introduction à la passionnante histoire du christianisme qu\u2019a entreprise Michel Clévenot depuis 1981.Publiés sous le titre général de Les hommes de la fraternité, chacun des neuf premiers volumes (sur une série prévue de douze) porte un sous-titre distinct et couvre une période variant de un à trois siècles.Chaque volume est également bâti autour d\u2019un même canevas : une trentaine de séquences brèves à la manière d\u2019un film (de cinq à dix pages) mettant en lumière un personnage ou un événement significatif dans cette grande aventure de ceux et celles qui ont tenté de suivre Jésus.Racontée au présent, dans le style alerte, incisif et non dénué d\u2019humour qui est le propre de Clévenot, cette histoire de l\u2019Église est bien davantage une histoire des chrétiens et des chrétiennes : de certains plus célèbres (pour le meilleur ou pour le pire), certes, mais tout autant d\u2019hommes ou de femmes « ordinaires » dont on a pu retrouver les traces à travers les recherches historiques ou archéologiques, et qui aident à sentir, autant qu\u2019à comprendre, comment s\u2019est vécue, à travers les diverses époques, l\u2019interpellation de l\u2019événement Jésus et la compréhension de sa Bonne Nouvelle.Ces portraits vivants d\u2019hommes et de femmes, ces tableaux jusqu\u2019ici inconnus de la vie quotidienne, ces débats surprenants et souvent d\u2019une troublante actualité à plusieurs siècles de distances (sur l\u2019autorité de l\u2019évêque de Rome, sur relations juin 1990 l\u2019attitude à adopter face à l\u2019attrait du pouvoir, de la consommation, du progrès, sur le célibat ecclésiastique, etc.), tout cela se lit comme un roman et s\u2019appuie sur un « appareil scientifique et critique » très fouillé (les notes très abondantes ont heureusement été regroupées en fin de volume, avec les index, les cartes et les généalogies qui aident à situer le tout dans son ensemble, afin de ne pas alourdir le texte lui-même).Les hommes de la fraternité présentent une version très différente de celle de la plupart des histoires de l\u2019Église, car elle n\u2019est pas centrée sur l\u2019institution, mais bien plutôt sur la « foisonnante aventure des chrétiens de base ».Et pas seulement de ceux qui nous sont sympathiques ! « Le christianisme a engendré des hommes et des femmes admirables, mais aussi des crapules.Je ne me crois pas obligé de passer ces derniers sous silence.Pour une part, ils nous ont fait ce que nous sommes.(.) En tout cas, je suis persuadé que l\u2019amnésie est une maladie grave et qu\u2019il faut travailler méthodiquement à garder mémoire des événements et des hommes dont nous sommes issus » (Haut-le-pied, (p.211).À une époque où l\u2019Eglise se cherche, tant au Québec qu\u2019au plan universel, où des tendances fort différentes, voire opposées, s\u2019affrontent quant aux orientations à prendre, où la baisse des effectifs cléricaux et religieux traditionnels impose une réorganisation en profondeur, où le « virage missionnaire » de l\u2019Église, tant ici qu\u2019à l\u2019étranger, est confronté simultanément à la sécularisation, à la montée des intégrismes et des théocraties, et au nécessaire dialogue oecuménique et interreligieux, il fait bon se replonger dans cette histoire des chrétiens et des chrétiennes des vingt derniers siècles.Car non seulement on y retrouve des frères et des soeurs qui peuvent nous redonner du souffle, mais aussi cela nous aide à remettre bien des choses en perspective.Et à découvrir que oui, il existe bien mille et une manière d\u2019être chrétiens.¦ Dominique Boisvert La décision robert vient de franchir la cinquantaine.Ses quatre enfants quittent un à un le nid.Sa vie professionnelle et sa vie de militant chrétien engagé dans de nombreux combats connaissent les aléas de la période.Or voilà qu\u2019une cure thermale dont les rituels apaisants l\u2019enveloppent d\u2019anonymat, de solitude et de silence, amène une rupture dans sa vie quotidienne.C\u2019est le moment où la profonde intériorité de Robert reprend ses droits et le conduit à réaliser enfin l\u2019oeuvre littéraire qu\u2019il n\u2019osait pas se donner le temps de produire.Ainsi s\u2019élabore peu à peu un dialogue fascinant entre Robert et son double Fabrice, qui n\u2019est autre que l\u2019enfant, l\u2019adolescent, puis le jeune adulte que Robert a été jadis.Partant du moment présent où le XXIe siècle s\u2019amorce dans des prémices fragiles, Fabrice ressurgit brusquement comme un être issu d\u2019un autre monde, essentiellement ancré dans le XIXe siècle et qui va affronter les bouleversements successifs qui l\u2019ont transformé en Robert.La question lancinante est celle de la Foi, vive et bouleversante ; née dans les institutions chrétiennes de l\u2019époque, elle grandit dans le plein vent des combats quotidiens d\u2019une période où le christianisme sociologique dominant s\u2019efface.Elle se cristallise en un être dont le charisme particulier est un sçlide leadership, qu\u2019il met au service de l\u2019Évangile sur des chemins inattendus.Ce dialogue entre Robert et Fabrice émonde les questions fondamentales de l\u2019Église et de la Foi, en les passant au crible des décisions prises.Cela les transforme peut-être ainsi en interrogations qui vaudront éventuellement la peine d\u2019être posées par ses enfants, plus tard, lorsque surgira en eux la place de leur propre intériorité et qu\u2019ils chercheront à sonder un patrimoine dilapidé.Ce nouveau livre de Philippe Warnier a la forme d\u2019un récit autobiographique au style alerte et enjoué, plein d\u2019humour et de tendresse.Dédié à sa femme, il se lit comme un roman merveilleux de sincérité, brillant de faits que l'on a connus et où l\u2019on peut facilement investir sa propre expérience.Il nous découvre aussi des profondeurs masculines insoupçonnées, que l\u2019on n\u2019a pas souvent l\u2019occasion d\u2019entrevoir.Le titre de l\u2019ouvrage est une énigme que je vous laisse découvrir.Philippe Warnier, 54 ans, militant chrétien, permanent aux Scouts de France et animateur de Vie Nouvelle, a vécu les étapes du renouveau de la gauche et de la vie de l\u2019Église avec le lancement des communautés de base et le développement du renouveau charismatique.Journaliste à La Croix, à Témoignage chrétien et dans le groupe des publications de Vie catholique, et père de quatre enfants, il a déjà publié cinq ouvrages dont La foi d\u2019un chrétien révolutionnaire, chez Fayard en 75, et Le phénomène des Communautés de base, chez Desclée de Brouwer en 74.¦ Françoise Séguret enseignante, Collège Stanislas Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants : - Maurice Arguin, Le roman québécois de 1944 à 1965.Symptômes du colonialisme et signes de libération, Montréal, L\u2019Hexagone, 1989 ; 280 pages.-\tFrançois Dumont, L\u2019éclat de l\u2019origine.La poésie de Gatien Lapointe, Montréal, L\u2019Hexagone, 1989 ; 102 pages.-\tGaëtan Baillargeon, Perspectives orthodoxes sur l\u2019Église communion.L\u2019oeuvre de Jean Zizioulas, Montréal, Éd.Paulines, 1989 ; 414 pages.-\tL.Audet, J.Bacon, M.Brisebois, G.Couturier, J.-L.D\u2019Aragon, R.David, O.Genest, P.-A.Giguère, R.Lavoie, O.Mainville, A.Myre, D.Pourchot, Je crois en Dieu.Les fondements bibliques du Credo, Montréal, Éd.Paulines, 1989 ; 223 pages.-\tMonique Caron Bouchard, Messages culturels et médias, Montréal, Éd.Paulines, 1989 ; 147 pages.-\tJean-Yves Calvez, Développement, emploi, paix.L\u2019enseignement social de l\u2019Eglise, coll.Petite encyclopédie moderne du christianisme, Paris, Desclée de Brouwer, 1989 ; 101 pages.-\tBruce Thordarson, Miser sur l\u2019action à la base.Les coopératives dans le développement mondial (version française et anglaise), L\u2019Institut Nord-Sud (55 Murray, suite 200, Ottawa K1N 5M3), 1990 ; 62 pages.-\tJean-Claude Lasry, Claude Tapia, Les Juifs du Maghreb.Diasporas contemporaines, coll.Histoire et perspectives méditerranéennes, Montréal/Paris, Les presses de l\u2019Université de Montréal/ L\u2019Harmattan, 1989 ; 477 pages.-\tAnne-Marie Delcambre, L\u2019Islam, Paris, Éditions La Découverte, 1990 ; 126 pages.-\tCollectif (sous la direction de Marie-Marthe T.Brault et de Lise Saint-Jean), Entraide et associations, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1990 ; 282 pages.-\tGeorgette Goupil, Élèves en difficulté d\u2019adaptation et d\u2019apprentissage, Boucherville, Gaëtan Morin éditeur, 1990 ; 346 pages.¦ références François Leprieur, Quand Rome condamne, Paris Éditions Plon/ Cerf, 1989 ; 785 pages.Sous la direction de Clément Moisan, L\u2019Histoire littéraire, Théories, Méthodes, Pratiques, Québec, PUL, 1989 ; 280 pages.Michel Clévenot, Haut-le-pied, Itinéraire d\u2019un homme de foi, Paris, Éditions La Découverte, 1989 ; 223 pages.Michel Clévenot, Les hommes de la fraternité, Paris, Éditions Fernand Nathan (volumes 1 à 7) ; maintenant édité et diffusé par les Éditions Retz.Philippe Warnier, La décision, Paris, Éd.Nouvelle Cité, 1990 ; 470 pages.relations juin 1990 159 relations juin 1990 3,00$ no 561 SOMMAIRE face à l\u2019actualité Le temps des aveux (G.T.) - Français en classe, anglais dans la cour (J.H.) - Le scandale du budget militaire 1990-1991 (Y.B.et P.F.) - Où ira l\u2019aide canadienne ?(P.B.) Notre Chenu à nous (M.G.) dossier L\u2019ère du grand repli Roger Marcotte\tDu social au communautaire Gregory Baum\tLes théories de la postmodernité Raymond Lemieux et E.- Martin Meunier Croyances et postmodernité Joseph Giguère\tLa militance sociale en bref articles 131 137 149 Julien Harvey Francine Tardif Le Catéchisme pour l\u2019Église universelle 149 Le SIDA et le tiers monde\t153 lectures 156 Page couverture : photo tirée du film Le Déclin de l'empire américain, de Denys Arcand LES SOIRÉES RELATIONS SUR VIDÉO Location : 5$ (une semaine) Achat : 25$ Préciser le format : Beta, VHS Frais d\u2019expédition en sus.Pour obtenir la liste des soirées qui ont été enregistrées, s\u2019adresser à Pauline Roy, au Centre justice et foi (387-2541).Les Soirées Relations reprendront en septembre prochain.Surveiller notre publicité dans Le Devoir.juin (mai) 1990 Courrier de la deuxième classe; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 8100 boulevard St-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
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