Relations, 1 juillet 1990, Juillet - Août
[" relations juillet-août 1990 3,00$ no 562 Afrique : demain la démocratie 977003437800008 s^g ne stQfitf'e Pas partir c\u2019est mourir - P^^eu^^S\u201d'tS^S du temps à ses acwtes pr~rlee9ue ^uwa**\"* la revue.\tHarvey au Parmi les *° ®s w faut signaler la\tont largement P _ fu( d,un autre tSS&SSSS^ffSS9S^ t bilité des E.heur associe au\ttravail.\ta à la direction du àooîSueesCnon\tHarvey soudait âtre rempa J^sXpa^^^a^t^rcoeiKe^^-t îintégratlon des J^mes de P^^feurs un «^«g^uerel.Prévenir nu\u2019il^aime passionnément C\tsa collègue The\tQuis o\u2019Aragon.\u201c s:rrpii nouveltes\tque suppose tall.ano\tQisèle Turcot aux nécessaire relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Moris-sette, Guy Paiement, Jean-Paul Rouleau, Francine Tardif.\tabonnement de soutien : 40 $ Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Ginette Boyer, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Nicole Riberdy, Maryse Robert, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 19,00 $ (à l\u2019étranger: 24,00 $) 162 relations juillet - août 1990 face à \u2019actualité Pour une société véritablement distincte Les enfants d\u2019immigrés et le français Une prospective économique et écologique Qui doit conscientiser qui?L\u2019APRÈS-MEECH QUE NOUS SOMMES après Meech, les vraies questions refluent à la surface.Certes, on aura besoin de plusieurs années pour négocier les meilleures formules constitutionnelles.Mais un pays est trop important pour le laisser aux seuls politiciens.Après Meech, il nous appartient, comme peuple, de dire ce que nous voulons mettre dans la « société distincte ».Plus que jamais, nous avons l\u2019occasion de reprendre les débats sur un projet de société différente.L\u2019indépendance n\u2019a pas grand intérêt, en effet, si elle consiste à laisser les seules élites en place tirer profit de la situation.Si elle signifie continuer sur l\u2019air d\u2019aller et accentuer la cassure du Québec en deux.C\u2019est pourquoi, d\u2019entrée de jeu, il nous appartient de choisir clairement le Québec.Non pas seulement son État ou ses partis ou ses fonctionnaires ou ses gens d\u2019affaires.Mais aussi les régions, les chômeurs, les jeunes, les anglophones, les allophones, les Amérindiens et les Inuit.Choisir l\u2019ensemble du Québec.Certes, ce n\u2019est pas là une affaire simple.Déjà la CSN veut y contribuer, si l\u2019on en croit son dernier Congrès.Le Parti québécois aussi.Il nous semble que si de plus en plus de gens se mettent de la partie, nous pourrons ouvrir un véritable chantier de réflexions et d\u2019échanges collectifs.L\u2019opération serait déjà la preuve que nous voulons vivre ensemble et elle ouvrirait sans doute des portes à des pistes d\u2019action.C\u2019est dans ce contexte que nous présentons les réflexions suivantes.Elles sont moins des lignes définitives que des chemins que nous comptons emprunter dans les années qui viennent.Elles croisent aussi d\u2019autres chemins qui se tracent de par le monde et nous permettent de vérifier une fois de plus que « les humains sont de ma race » (Gilles Vigneault).Un premier chemin demeure celui de la démocratie.Il nous faut repenser notre démocratie politique et, pour le faire, imaginer une redistribution du pouvoir entre les municipalités, les régions et Québec.L\u2019État centralisé a jeté du lest, ces dernières années, mais il a conservé les pouvoirs.Il nous faut renégocier un nouveau partage des responsabilités et des moyens de les exercer.Un deuxième chemin conduit à la démocratie économique.Un Québec cassé en deux est inacceptable ! Un nouveau modèle de développement est nécessaire, où les régions soient des sujets réels d\u2019initiatives et où l\u2019État fixe les normes, soutienne les efforts et assure les péréquations nécessaires.Un relations juillet - août 1990 163 développement économique qui cherche à mettre en place une véritable politique du plein emploi, l\u2019État et les régions se stimulant mutuellement pour que le Québec devienne un immense chantier, créateur d\u2019emplois.Un développement économique qui donnera aux citoyens et aux citoyennes, aux syndicats et aux régions des pouvoirs réels, pour prendre le virage écologique et le traduire à tous les échelons de notre vie collective.Un troisième chemin conduit à la recherche d\u2019une nouvelle culture québécoise à créer ensemble.Faire appel à toutes les ressources amérindiennes, inuit, francophones, anglophones et allophones, pour nous redire, en français, notre façon de voir, de lutter, d\u2019aimer, d\u2019habiter cette terre, de créer un avenir différent et de débloquer les sources qui pourraient nous y aider.Notre absence d\u2019expérience coloniale devient ici une chance à saisir pour travailler à une telle convergence.Peut-être qu\u2019un bon test consisterait à chercher ensemble ce qu\u2019il convient d\u2019inclure dans un nouveau manuel d\u2019histoire.Un quatrième chemin concerne la dimension communautaire de notre vie sociale.Malgré notre individualisme, nous avons conservé de multiples institutions communautaires, qu\u2019il s\u2019agisse des coopératives de toutes sortes, des fonds de solidarité ou des innombrables groupes populaires.Il y a ici un tissu social qui se refait constamment et qui nous permet de travailler à réinventer différents types de familles, de nouveaux rapports hommes-femmes, de nouvelles façons de travailler, d\u2019investir, de se recréer et même de croire.Un cinquième chemin concerne nos rapports avec les pays qui nous sont proches et qui ont besoin d\u2019une solidarité réelle.Pensons à Haïti, aux pays d\u2019Amérique centrale - et aux Provinces maritimes.Un soutien à leur développement endogène devrait nous devenir prioritaire.Enfin, il nous semble que ces chemins risquent moins de devenir des pistes de course pour les seuls gagnants et donc des culs-de-sac, si nous acceptons de nous y engager en refusant de créer des perdants, en cherchant des façons de faire et de penser qui permettent à l\u2019exclu d\u2019avoir sa place.La convivialité n\u2019est pas d\u2019abord un thème pour les belles âmes.Elle désigne un mode de vie et de pensée à promouvoir, une approche collective qui nous permettra de survivre comme petit peuple, de prendre notre place dans les échanges internationaux et de créer ici une société véritablement distincte.Un pays où il fait bon vivre.Et où l\u2019étranger, en nous quittant, dirait : « le Québec, je m\u2019en souviendrai ! » ¦ 31 mai 1990 L\u2019équipe de Relations, par Guy Paiement A-T-ON BESOIN DU BUSING ET DE LA SURVEILLANCE DU FRANÇAIS ?encore une fois, peut-être en réponse à ce grand vent d\u2019intolérance qui nous est venu de l\u2019Ouest, notre grande peur a ressurgi : ces enfants d\u2019immigrés, qui sont enfin dans nos écoles françaises, apprendront-ils vraiment notre langue et qui nous sommes ?Éclairée par les prospectives démographiques, l\u2019action paraît urgente, et les solutions proposées dernièrement séduisent comme autant de solutions magiques : le busing et l\u2019obligation de parler français partout dans l\u2019école ont frappé l\u2019imagination populaire.Ces mesures apparaissent comme autant de réponses efficaces et définitives pour enrayer la séduction de l\u2019anglais, venu nous assiéger jusque dans nos propres institutions, par le biais des immigrants.Et pourtant.ces solutions ne sont pas nouvelles ! N\u2019a-t-on pas essayé d\u2019angliciser par la force les anciens Canadiens-français ?Avec quels résultats et à quel prix ?Bien sûr, la force est efficace, et l\u2019histoire du français en Ontario, dans l\u2019Est et dans l\u2019Ouest canadien, le prouve : mais voulons-nous de ce type de chauvinisme et du type de société qu\u2019il génère ?Par ailleurs, minoritaires en Amérique du Nord, avons-nous les moyens de ne recourir qu\u2019à la force ?Les mesures incitatives proposées dans le plan de la CÉCM pour faire aimer le français, mesures qui ont reçu beaucoup moins de publicité, s\u2019avéreront sans doute plus efficaces que les mesures de surveillance proposées : faire policer des milliers d\u2019étudiants par une poignée de professeurs pourrait en effet se révéler plus difficile que prévu.Et le busing ?La solution n\u2019est pas nouvelle, et nous aurions avantage à regarder ce qu\u2019elle a donné aux États-Unis et en Angleterre, par exemple.En Angleterre, elle a provoqué des conflits aigus, entre minoritaires qui sentaient qu\u2019on voulait déraciner leur culture, et majoritaires qui se sentaient dépossédés de leurs écoles : à tel point que la solution a dû être rapide- ment abandonnée.Aux États-Unis, le busing a entraîné autant de conflits.Ce ne sont que les plus volontaires des noirs comme des blancs qui ont pu tenir le coup, tant le coût affectif de ces brassages et déracinements soudains s\u2019est révélé lourd.Certes, il faut ici relativiser les choses : le fossé entre British et anciens colonisés de l\u2019Empire et entre Américains noirs et blancs est sans doute beaucoup plus profond qu\u2019entre Québécois de vieille souche et ceux de souche récente : ce qui nous sépare paraît une bagatelle, en comparaison.Par ailleurs, alors qu\u2019un certain type de busing équivaut à un déracinement (fragmenter un groupe, loin de ses quartiers d\u2019habitation), un autre type peut s\u2019approcher d\u2019une solution plus naturelle (distribuer des sous-groupes dans les écoles environnantes).Mais la question ultime reste : l\u2019obligation de parler le français et le busing régleront-ils le problème ?Deux années de recherche auprès de jeunes adolescents de deux écoles multiethniques, l\u2019une en quartier francophone et l\u2019autre en quartier multiethnique et multilingue, nous amènent à penser que non.D\u2019abord, parce que les enfants des minorités ethniques y ont appris le français à un rythme spectaculaire.Dans le Nord francophone de Montréal, par exemple, la plupart des Italiens que nous avons rencontrés le parlent tellement comme nous, que nous avons dû apprendre à les distinguer des Québécois-français par des observations subtiles - le regard, la façon de se tenir, etc.Par ailleurs, l\u2019interviewer haïtien de l\u2019équipe a dû au départ être accompagné d\u2019un Québécois francophone de souche, tant les jeunes Haïtiens ont adopté notre langue populaire.Au Centre-Ouest de Montréal, il était difficile de comprendre pourquoi certains de nos jeunes répondants disaient parler l\u2019anglais entre eux « pour la facilité », tant ils s\u2019exprimaient bien 164 relations juillet - août 1990 et sans accent en français.Ils nous ont expliqué que, certes, ils parlent bien le français, mais qu\u2019il leur faut réfléchir sans cesse en le parlant, ce qui n\u2019est pas le cas de l\u2019anglais.Lorsqu\u2019on en est rendu à un tel degré de subtilité, doit-on vraiment s\u2019inquiéter ?Le problème réel ne paraît pas tant en être un d\u2019apprentissage de la langue française, à moyen terme, qu\u2019un problème d'attachement à cette langue.Et l\u2019attachement est difficile à forcer.Un milieu français n\u2019y suffit pas : à preuve, la majorité des jeunes répondants italiens que nous avons interrogés, dans une école à forte majorité francophone, sont d\u2019abord attachés à l\u2019anglais, symbole de leur différence, voire de leur italianité dans ce quartier francophone.Pour que le français devienne la langue de leur choix, il faudra donc qu\u2019elle soit aussi, quelque part, porteuse de leur différence et de leur identité ; il faudra que, quelque part, nous fassions comprendre à ces Italiens du Québec qu\u2019ils ont leur place ici et que nous ne menaçons pas leur culture, que nous ne voulons pas la faire disparaître par le français.Les recherches sur l\u2019apprentissage d\u2019une deuxième langue le soulignent d\u2019ailleurs très bien : l\u2019attrait d\u2019une langue réside certes dans son efficacité sociale, mais aussi dans l\u2019identification affective qu\u2019elle peut susciter.C\u2019est à cela qu\u2019il apparaît important de travailler maintenant dans nos écoles.Le cas de l\u2019école multiethnique étudiée conforte cette lecture à partir d\u2019une perspective inverse.Dans cette école, les minorités ne se sentent nullement menacées : on n\u2019y retrouve pas les conflits et les accusations de « racisme » qui sont si courantes dans des écoles plus « équilibrées » ethniquement, celles que l\u2019on voudrait créer par le busing.C\u2019est plutôt la majorité qui se sent ici menacée, tout en étant séduite, par ailleurs, par tant de diversité.Ce qui est nouveau et caractéristique de cette école multiethnique, c\u2019est qu\u2019une majorité des quelque 120 jeunes rencontrés savent se mettre spontanément dans la peau de l\u2019autre : les jeunes Québécois-français de souche comprennent l\u2019attachement des nouveaux venus à leur langue maternelle ou même, parfois, leur utilisation spontanée de l\u2019anglais lorsqu\u2019il est mieux maîtrisé que le français.De même, bon nombre de jeunes des minorités ethniques comprennent les exigences des francophones de souche, soulignant que dans leur pays d\u2019origine, ils ne toléreraient pas que l\u2019on rejette leur langue.Ils sont loin d\u2019être allergiques au français, mais celui-ci sollicite de leur part des efforts constants.Doit-on récompenser ces efforts par la répression ?Certes, on retrouve aussi chez les jeunes des positions extrémistes, pro- ou anti-français, et un certain journalisme a beau jeu de les mettre en relief - elles font bien la nouvelle.Mais ces positions sont loin d\u2019être majoritaires et ce n'est certes pas sur elles qu\u2019il faut miser pour se bâtir un avenir commun.Nous ne pourrons bâtir cet avenir que sur une culture commune, française et ouverte, qu\u2019il nous reste à créer.¦ Anne Laperrière Université du Québec à Montréal COMPLÉMENT AU RAPPORT BRUNDTLAND depuis deux ans, le rapport de la Commission mondiale des Nations unies sur l\u2019environnement et le développement (Rapport Brundtland), Notre avenir à tous, est devenu la Bible des écologistes.Et avec beaucoup de raisons.En particulier, parce qu\u2019il fait un effort considérable pour rendre possible le respect simultané des deux termes : environnement et développement.Mais il serait dommage d\u2019oublier que d\u2019autres courants existent et continuent d\u2019avancer.Relations a eu récemment l\u2019occasion d\u2019accueillir une personne qui a collaboré à une des plus grandes équipes au monde sur cette question vitale pour notre avenir à tous.Gilberto Gallopin, écologiste spécialisé en alimentation, a fait partie, depuis ses débuts en 1970, du projet de la Fondation Bariloche.Répondant à une sorte de défi du Club de Rome, cette équipe latino-américaine d\u2019une vingtaine d\u2019experts, sous la direction de Amilcar Herrera, a produit l\u2019ouvrage intitulé Un monde pour tous', le modèle mondial latino-américain.L\u2019équipe ne s\u2019est pas dissoute après la publication ; elle continue son travail, en particulier sur une prospective économique et écologique pour l\u2019Amérique latine.On verra bientôt paraître un ouvrage considérable, qui s\u2019appellera L\u2019avenir écologique d\u2019un continent.Les options de base seront les mêmes que dans le modèle mondial Un monde pour tous.Il vaut la peine de s\u2019arrêter un moment à ce modèle mondial.Pour l'équipe de Bariloche, la source de la crise écologique moderne n\u2019est pas à chercher dans les limites imposées par le milieu ou par la croissance démographique.Cette source est socio-politique.Pour comprendre cette crise et pour la maîtriser, 1.Edition française à Paris, PUF, 1977.il faut partir des besoins humains fondamentaux : alimentation, logement, éducation, santé.Sans une satisfaction suffisante de ces besoins, les autres aspirations humaines ne seront jamais atteintes : responsabilité, justice, liberté, paix.Et selon Bariloche il est possible de satisfaire les besoins fondamentaux de tous avec les ressources actuelles.Une révision soignée des causes de toutes les pénuries annoncées amène un autre diagnostic : c\u2019est la notion occidentale moderne de progrès qui est en cause.Tant qu\u2019on identifiera progrès et croissance économique et que la croissance économique sera dirigée par le profit, la croissance technologique demeurera violente.Elle continuera de détériorer l\u2019environnement et de créer le sous-développement d\u2019une moitié de l\u2019humanité.Le sous-développement, selon cette équipe, n\u2019est donc pas l\u2019absence de développement ni le retard par rapport aux pays riches ; c\u2019est plutôt une situation violente, causée et entretenue par le capitalisme moderne.On ne voit pas de solution pour l\u2019avenir de la planète si nous n\u2019arrivons pas à une solidarité active de tous les humains.Dans les pays pauvres, la société qui surmontera la crise écologique refusera d\u2019abord de copier ce qui se fait actuellement dans les pays riches.L\u2019exploitation des ressources naturelles s\u2019y fera non pas selon l\u2019intérêt et le profit des producteurs, mais selon les besoins des utilisateurs.Le modèle consumériste doit peu à peu disparaître.Pour ce faire, tous et toutes doivent participer aux décisions sociales, de façon à ce qu\u2019une véritable démocratie sociale et économique se réalise.Comme on le voit, la difficulté majeure du modèle de Bariloche est que ce modèle, proposé déjà depuis vingt ans comme le seul efficace à long terme pour l\u2019avenir de l\u2019humanité, est en fait un modèle socialiste ! Un modèle qui est presque par- relations juillet - août 1990 165 tout en ruines actuellement.Parler de solidarité active actuellement, à l\u2019apogée d\u2019un renouveau du libéralisme, est une gageure.Et la rencontre avec M.Gallopin montre qu\u2019on la maintient bravement dans les milieux où son équipe travaille.On peut sérieusement se demander si la mise en place d\u2019un socialisme, forcément autoritaire, est une solution plausible.Il est plus probable que le dépassement de la crise écologique passe par une démocratie de participation plus responsable, qui sache vaincre le consumérisme.Même si nous ne savons vraiment pas comment dépasser la société de consommation.Reste que ce rapport est une réalisation impressionnante de prospective mondiale.Un atout considérable est que le modèle est entièrement mathématisé et que, par conséquent, il est difficile d\u2019échapper à sa rigueur.Tous les calculs ont été faits pour Six personnes, il y a un an exactement, ont représenté le Québec et le Canada lors d\u2019une audience à Rome avec le Pape Jean-Paul II.Ces délégués se sont joints à 350 autres qui représentaient vingt-quatre pays.Mais qui étaient-ils ?Ils étaient les plus pauvres des pauvres de chacun des pays.Par exemple, les délégués d\u2019un pays d\u2019Amérique centrale venaient d\u2019un bidonville qui avait été « vidé » lors d\u2019une précédente visite du Pape, afin de lui cacher la gravité de la misère.Cette rencontre des plus pauvres avec le Pape, comme avec les responsables de diverses institutions nationales ou internationales, a été voulue voici 33 ans par le Père Joseph Wresinski, au moment où il fondait, dans un bidonville de la région parisienne, le mouvement ATD Quart-Monde1.Aux 252 familles qui vivaient dans la boue du bidonville, le Père Joseph a fait cette promesse : « Ensemble nous monterons les marches de l\u2019ONU, de l\u2019UNESCO, du Vatican.».Il leur disait ainsi : le monde a besoin de savoir ce que vous vivez ; les grandes questions concernant l\u2019égalité, la paix, l\u2019amour ne peuvent se réfléchir sans vous.Vous avez une pensée dont la société a besoin, car cette pensée prend sa source dans votre vie, dans vos souffrances et vos espoirs d\u2019enfants, de jeunes, de parents.Durant un an, une trentaine de personnes démunies d\u2019Abitibi-Témiscamingue ont préparé cette rencontre à Rome, ont cherché et trouvé le financement requis.Des personnes et des organismes de la région de Montréal et de Lanaudière les ont soutenues.Mais qui a su qu\u2019un tel projet se préparait ?Qui en a parlé dans les médias ou ailleurs ?Ce n\u2019était pas, paraît-il, un événement.Est-ce vraiment l\u2019explication ?À notre avis les raisons sont ailleurs.Les réactions de certains sont instructives.Plusieurs personnes étaient prêtes, sans même s\u2019en rendre compte, à imposer aux plus pauvres leur opinion sur le Pape : oui, c\u2019est un bon projet, parce que « je » suis d\u2019accord avec le Pape ; non, ce n\u2019est pas un bon projet, parce que « je » ne suis pas d\u2019accord avec le Pape.Très peu de ceux et celles qui faisaient des objections se sont inquiétés de savoir ce qu\u2019en pensaient les intéressés eux-mêmes.Pourtant aucune équipe de volontaires-permanents du mouvement ATD Quart-Monde, dans aucun pays, n\u2019a eu à défendre le bien-fondé d\u2019une telle rencontre.Les plus pauvres se sont emparés du projet, non pas pour faire un beau voyage, car dès le départ tous savaient que très peu pourraient y aller, mais parce que cette rencontre, comme d\u2019autres beaucoup plus modestes, étaient pour eux la reconnaissance fondamentale de leur dignité sans cesse bafouée.« Il nous a écoutés, il nous a réaliser le modèle en un peu plus qu\u2019une génération.Depuis vingt ans, relativement peu a été fait, quelques points importants ont été sérieusement remis en question, comme l\u2019utilisation massive de l\u2019énergie atomique.Entre-temps, le rapport Brundtland a été publié, un effort majeur dont l\u2019équipe de Bariloche reconnaît la valeur.On serait porté à penser qu\u2019il faut attendre la suite.si le projet de Un monde pour tous ne nous disait pas aussi de façon pressante l\u2019urgence d\u2019arrêter des dommages irréversibles.Une sérieuse petite phrase de Stuart Mill sert de conclusion au livre : « Contre un grand mal, un petit remède ne produit pas un petit résultat : il se contente de produire un résultat nul ».¦ Julien Harvey PART ENTIÈRE parlé ».Comment ne pas être touché par la grandeur de cette femme qui a dit, en sortant de la rencontre : « Nous, nous sommes maintenant allégés et heureux de cet événement ; mais lui, le Pape, nous l\u2019avons laissé seul avec toute notre misère ».Mais alors, jusqu\u2019à quand allons-nous traiter les plus pauvres comme des partenaires au rabais ?Jusqu\u2019à quand allons-nous décider à leur place de ce que nous croyons bon ou mauvais pour eux, sous couvert d\u2019une conscientisation qui souvent n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019imposition de nos propres idées, rarement vérifiées avec les plus pauvres eux-mêmes ?Certaines conscientisations ne s\u2019arrêtent-elles pas en chemin ?Attaquons-nous les racines de la grande pauvreté lorsque nous indiquons aux plus pauvres les combats à mener, voire les effigies à brûler ?En pensant à l\u2019avenir, notre souci est d\u2019inviter ceux et celles qui le veulent à réfléchir à la question du partenariat avec les plus pauvres.Quelle politique globale d\u2019accès aux droits fondamentaux leur permettrait de devenir des interlocuteurs respectés et consultés ?À ce titre, l\u2019écoute patiente des plus pauvres que beaucoup de personnes pratiquent au Québec et ailleurs est déjà riche d\u2019enseignements.Elle révèle que les personnes et familles les plus démunies vont au-delà de la recherche de responsables de leur situation de misère.Ces êtres humains interpellent notre démocratie et nous disent : inutile d\u2019aller chercher des violations des droits humains à l\u2019autre bout du monde, elles existent à notre porte.L\u2019enfermement dans la misère est tellement insupportable que les plus pauvres sont prêts à interpeller tout le monde sans exception.Ces pauvres, à la place de qui nous étions portés à penser et à décider, nous devancent déjà.Ils nous proposent un projet de société d\u2019une exigence extrême : le projet de vouloir redonner sans cesse, en toute chose, la priorité aux plus défavorisés.Qui doit conscientiser qui ?¦ Didier Robert volontaire-permanent ATD Quart-Monde 1.Depuis 1982, le mouvement a un secrétariat national à Montréal, au 420 est, rue Saint-Paul, Montréal H2Y 1H4 Tél.: (514) 845-1231.PARTENAIRES À relations juillet - août 1990 166 DOSSIER demain la démocratie L\u2019ACCOUCHEMENT DE LA DÉMOCRATIE par Francine Tardif « Nous tenons pour des vérités s\u2019imposant d\u2019elles-mêmes que les hommes sont créés égaux, qu\u2019ils reçoivent de leur Créateur certains droits inaliénables et que parmi ceux-ci figurent la vie, la liberté et la poursuite du bonheur ».T.Jefferson quand donc ces « vérités » réussiront-elles à s\u2019imposer « d\u2019elles-mêmes » en Afrique ?Quand donc les Africaines et les Africains pourront-ils vivre librement ?Quand donc pourront-ils profiter des richesses immenses de leur continent et se lancer enfin à la poursuite du bonheur ?Questions lancinantes, devant ce continent dont les populations souffrent autant de malnutrition que de l\u2019arbitraire étatique, des catastrophes naturelles que du poids de la dette, de l\u2019héritage colonial que des rivalités ethniques traditionnelles, des dictatures dites socialistes que de celles du libre marché, des ravages de la corruption que de ceux du SIDA.La litanie des « malheurs » africains semble sans fin.Devant une conjoncture aussi sombre, plusieurs préfèrent tourner leur regard vers l\u2019Est, réorienter leur « aide » et laisser l\u2019indifférence générale accompagner le naufrage de l\u2019Afrique.L\u2019ère des grands projets de développement socio-économique, comme celle des espoirs du village global, est maintenant révolue : le pragmatisme ambiant a rendu désuet le « tiers-mondisme ».Après 30 ans de projets de « coopération internationale », rythmés par quasi autant de coups d\u2019État, nouveaux philosophes et nouveaux économistes s\u2019entendent : il faut en finir avec les sentiments de culpabilité occidentale et exiger la rentabilité rapide des nouveaux investissements.Terminés également les rêves de nouvelles convivialités à l\u2019échelle de la planète.Si l\u2019Afrique reste aussi « africaine », si elle refuse d\u2019obéir aux lois universelles (et occidentales I) du développement culturel et 168 économique : tant pis pour elle, l\u2019Europe de l\u2019Est est maintenant grande ouverte ! Mais, en Afrique même, des hommes et des femmes continuent de croire dans la puissance potentielle de leur continent.Ils croient en son avenir, en rêvent et y travaillent.Nous avons voulu leur laisser la parole, l\u2019espace d\u2019un dossier Relations.Paroles critiques, comme celle de Mazinde Ndiaye, qui rappelle que le « redressement économique et le développement ne sont pas des concepts technocratiques », mais bien des « concepts politiques ».Et puisque développement et démocratie sont les deux faces d\u2019une même médaille, il ne saurait y avoir de développement tant que, même après 30 ans d\u2019indépendance, de 70 à 80 % des populations africaines « vivent en dehors du droit moderne ».Cette exclusion n\u2019est pas fortuite, précise bien l\u2019auteur : elle est plutôt le signe tangible que le droit en vigueur n\u2019a été fait ni pour, ni par les populations concernées.Les Etats en place, leur bureaucratie, leur armée, leur police, leurs systèmes arbitraires ont étouffé toute créativité populaire et brisé toute initiative.On en voit aujourd\u2019hui le résultat : même la simple survie doit être gagnée de haute lutte.La seule voie encore ouverte passe par de plus grands pouvoirs de négociation et de décision pour l\u2019ensemble de la population, et tout particulièrement pour les femmes et les jeunes.Actuellement, ces deux groupes, les plus productifs de tous, sont aussi les plus éloignés du pouvoir politique.Paroles lucides, comme celle de Melchior Mbonimpa.Depuis peu, écrit-il, les « piliers des dictatures » vacillent.Le doute s\u2019infiltre dans les médias, le capital international hésite, les partis uniques sont contestés, les armées également.Le rapprochement Est/Ouest permet d\u2019espérer que s\u2019éteignent enfin les affrontements sanglants entretenus par la guerre froide.Si les dictatures paraissent menacées, l\u2019auteur rappelle néanmoins que l\u2019accouchement de la démocratie ne pourra s\u2019effectuer sans douleur.Mais les efforts encore à faire ne relations juillet - août 1990 pourront être plus difficiles que ceux déjà consentis.Paroles populaires, comme celles rapportées par Pierre Brien.Au ras du sol, à la hauteur de la vie quotidienne, les collectivités africaines s\u2019organisent, se dotent de structures populaires.Elles réclament avec vigueur leur nécessaire espace de manoeuvre, aussi bien vis-à-vis de leurs propres gouvernements qu\u2019en face de leurs « partenaires du Nord » souvent trop envahissants et trop sûrs d\u2019eux.Depuis quelques décennies, nous, du Nord, avons beaucoup parlé au Sud.Nous avons fait des plans, préparé des projets, discouru sur les avantages de notre technologie, exporté nos modes de production et tenté d\u2019imposer de nouvelles logiques dans les rapports sociaux.Mais les fruits attendus n\u2019ont jamais mûri et ceux qui ont été récoltés se sont révélés bien amers.Pour les populations visées, qui ont vu se creuser les inégalités, à l\u2019intérieur des pays du Sud comme entre le Sud et le Nord.Pour nous aussi, qui sommes maintenant guettés par la tentation du repli et du désenchantement.Pourtant, si les « vieilles idées » d\u2019interdépendance et de solidarité humaine ont perdu de leur actualité, elles n\u2019en ont pas moins conservé toute leur pertinence.Nous ne partageons pas seulement la même atmosphère et la même biosphère avec les populations africaines : nous sommes également partie d\u2019une même humanité.Et, que nous l\u2019acceptions ou non, notre avenir est lié à celui des populations africaines.Autant sinon plus qu\u2019ailleurs, c\u2019est en Afrique que se dessinent les avancées réelles de la démocratie.C\u2019est là que s\u2019y mesure le mieux le prix de la dignité des personnes, de la liberté, des droits humains.Faute d\u2019entendre enfin ces paroles qui nous viennent d\u2019Afrique, faute d\u2019y répondre de manière responsable, il est à craindre que nous subissions tous les conséquences d\u2019une baisse générale de la valeur de la vie humaine.¦ LES DICTATURES ASSIEGEES par Melchior Mbonimpa étudiant en théologie, Université de Montréal Nelson Mandela, après 27 ans d\u2019emprisonnement.La démocratie devra être durement conquise.Mais on peut affirmer que pour les oligarchies actuellement régnantes en Afrique rien ne sera plus comme avant.1' Cest une question qui est déjà posée.Le vent de l\u2019Est et l\u2019érosion de l\u2019apartheid en Afrique du Sud travaillent la vie des peuples et les rapports mondiaux.Mais peut-on annoncer pour bientôt le crépuscule des dictatures dans toute l\u2019Afrique ?La première réaction sensée est d\u2019exclure un accouchement sans douleur de la démocratie en Afrique : il n\u2019y aura pas de miracles.La démocratie devra être durement conquise, comme partout, comme toujours.On ne peut, sans prétention, prédire exactement quand et comment les dicta- tures tomberont.Par contre, on peut déjà affirmer, sans craindre de se tromper, que pour les oligarchies actuellement régnantes sur le continent rien ne sera plus comme avant.Tous les piliers de la dictature se sont transformés en béquilles, qu\u2019il s\u2019agisse du parti unique, de l\u2019armée, du capital international, de la guerre froide ou du silence des médias.Chacun de ces facteurs du statu quo tend maintenant à se retourner contre la dictature et les moyens de la puissance sont en train de glisser vers les forces du changement.Les dictatures se trouvent brusquement en lutte pour leur survie.Sur les fronts intérieur et extérieur, l\u2019initiative ou l\u2019offensive ne leur appartient pas : elles sont assiégées et sur la défensive.Le front intérieur La formule du parti unique est l\u2019une des armes de la dictature sur le front intérieur.Le parti unique n\u2019est pas l\u2019instrument de je ne sais quelle origina- relations juillet - août 1990 169 lité de la démocratie africaine ; il est .\td\u2019abord et avant tout un redoutable ¦\tinstrument de la répression qui sert à contrôler, à mater, à intimider, à infantiliser le peuple.De fait, dans un système de parti unique, le pays est géré comme un vaste pensionnat d\u2019adolescents, avec ses règlements intangibles, ses surveillants, ses permissions et ses punitions.Parfois, la meilleure analogie avec le système du parti unique est à chercher dans le système carcéral.L\u2019Afrique n\u2019a pas inventé cette formule de gouvernement : elle l\u2019a empruntée au stalinisme1.Le lien entre le stalinisme et le parti unique en Afrique n\u2019est pas hypothétique ou indirect : la plupart des dictatures africaines sont allées à l\u2019école de Moscou ou des républiques de l\u2019Est pour apprendre à quadriller la population dans les structures du parti unique.Cependant, dans les pays naguère communistes, le stalinisme a vécu.Il est permis d\u2019en conclure que là où le parti unique résistera au changement, il deviendra un phénomène honteux.On ne pourra plus le considérer comme une source de légitimité.Ainsi le Zimbabwé, qui est tenté de passer du multipartisme au parti unique, risque de se laisser dépasser par l\u2019histoire.Ses voisins (la Namibie et l\u2019Afrique du Sud) s\u2019inspireront certainement de sa réussite sur le plan de la cohabitation pacifique des Noirs et des Blancs.Le recul que constituerait la suppression de la pluralité des partis serait un mauvais précédent dans toute la région : dans les pays de l\u2019Afrique australe, la souffrance accumulée exige sans délai l\u2019avènement de la liberté.Sur ce terrain, le Zimbabwé, la Namibie et la future Azanie (Afrique du Sud) sont condamnés à devenir des territoires-guides.La seconde béquille des régimes totalitaires, sur le front intérieur, est l\u2019armée.Mais, en Afrique, l\u2019armée n\u2019a jamais été une force unie.Partout, elle est divisée entre les officiers, qui font partie des oligarchies dominantes, et les simples soldats qui répondent à l\u2019antique définition : des esclaves armés pour surveiller des esclaves désarmés.Dans le schéma de la domination-soumission, les simples soldats sont du côté de la soumission.Hormis de rares cas où l\u2019armée est soudée par une solidarité ethnique sans faille (comme au Burundi), partout les simples soldats sont de ceux qui n\u2019ont rien à perdre, sauf leurs chaînes.Et, même là où le pouvoir en place n\u2019a pas à craindre d\u2019être lâché par ses troupes, il peut craindre de provoquer une opposition armée.Dans tous les cas, les oligarchies régnantes ne seront pas nécessairement 170 balayées par la victoire des « opprimés ».Il est plus probable que la tension montera jusqu\u2019à ce que les camps antagonistes réunissent les conditions de la destruction mutuelle assurée.C\u2019est exactement ce qui est en train de se passer en Afrique du Sud : on cherche les compromis ou la paix des braves, quand la victoire est impossible.Le front extérieur Les dictatures africaines se maintiennent aussi grâce à l\u2019alliance avec le capitalisme mondial, qu\u2019il soit de l\u2019Est ou de l\u2019Ouest.Pour le Sud, il y a peu de différence entre les armes ou les céréales russes ou américaines : les règles du commerce mondial sont les mêmes.Les détenteurs du capital ne sont pas des alliés sans arrière-pensées.Ils sont sous l\u2019aiguillon de l\u2019instinct de profit.Il n\u2019y a pas de mariage indissoluble entre nos dictatures et le capital.Si l\u2019ouragan de l\u2019histoire s\u2019oriente vers l\u2019Afrique, le capital rompra l\u2019alliance avec les perdants, soutiendra les forces du changement ou s\u2019abstiendra en attendant le retour de la stabilité.Malgré la rhétorique anti-impérialiste des régimes africains, il est évident que l\u2019un de leurs meilleurs atouts est la non-ingérence des grandes puissances dans les affaires africaines.Pendant longtemps, la guerre froide a permis aux pouvoirs africains de jouer habilement l\u2019Est contre l\u2019Ouest, jusqu\u2019à l\u2019absurde, jusqu\u2019au chantage.Aujourd\u2019hui, le dégel entre les deux « blocs » change les règles de ce jeu.La concertation réelle entre les « super-grands » à propos de l\u2019Afrique produit déjà un consensus moral bien plus efficace que le langage des armes par alliés interposés.Ainsi la guerre d\u2019Angola s\u2019achève sans vainqueur ni vaincu, et ce dénouement provoque des bouleversements dans toute la région de l\u2019Afrique australe : l\u2019indépendance de la Namibie et la libération de Mandela étaient impensables tant que les États-Unis et l\u2019URSS s\u2019affrontaient en Angola.L\u2019intervention des puissances extérieures ne sera plus réductible à un match nul qui laisse aux pouvoirs locaux le loisir de maintenir le désordre établi.L\u2019ère de l\u2019ingérence positive a commencé, ainsi que l\u2019unanimité (planétaire) contre la dictature.Le silence des médias est le dernier facteur qui pourrait permettre aux relations juillet - août 1990 régimes totalitaires africains de se maintenir.Mais ce silence est déjà rompu.La censure ne réussira plus qu\u2019à pousser à l\u2019invention des moyens de la contourner ou d'enfoncer la porte.La presse internationale est en train de s'attaquer à l\u2019Afrique2.Pour le moment, il est vrai que « l\u2019afropessimisme » est encore dominant : on tente de prouver que l\u2019Afrique ne s\u2019en sortira pas.Mais le seul fait que la presse dirige avec insistance ses projecteurs vers l\u2019Afrique est une menace capitale pour les dictatures.Rien n\u2019empêche que les journalistes étrangers, en quête de sensations, trouvent par hasard ce qu\u2019ils ne cherchent pas encore : à savoir que la misère africaine a des causes essentiellement politiques et que la résistance populaire existe vis-à-vis à peu près tous les régimes africains.Rien n\u2019empêche que cette résistance interne trouve, dans la presse étrangère, le moyen de faire appel à l\u2019humanité.Désormais, il sera difficile aux dictateurs de maintenir le silence qui leur assure un sommeil sans cauchemars.La démocratie est possible ! Il faut déclarer hors jeu la position condescendante de ceux qui croient encore que la démocratie serait un luxe ou un rêve impossible pour l\u2019Afrique.Non seulement la démocratie est possible, mais encore son instauration est un impératif.Une nouvelle irruption des masses dans l\u2019histoire, semblable à celle qui mit un terme à la colonisation, n\u2019est pas improbable : elle est à l\u2019oeuvre en Afrique du Sud, et tous les Africains le savent.Les tyrannies actuelles ne sont pas invincibles.Mais une sévère lucidité commande de ne pas sous-estimer les obstacles à franchir.Il n\u2019y a pas longtemps, les vendeurs d\u2019illusions nous ont fait croire qu\u2019en Chine une poignée d\u2019étudiants renverseraient le régime en place.On connaît la suite.En Afrique, le changement aura lieu, mais les Africains devront en payer le prix.¦ 1.\tNotons au passage que ce n\u2019est pas Lénine qui a instauré le parti unique à l\u2019Est, mais Staline.2.\tVoir Jeune Afrique, no 1525, du 26 mars 1990. LA PARTICIPATION POPULAIRE AU DÉVELOPPEMENT AFRICAIN par Mazinde Ndiaye1 Forum des organisations volontaires africaines pour le développement économique (FOVAD) I, W Au centre, M.Mazinde Ndiaye.Lorsque les populations auront la conviction qu\u2019en se mobilisant elles résoudront leurs propres problèmes, lorsqu\u2019elles seront sûres que le fruit de leur effort ne sera pas confisqué, elles prendront leurs responsabilités.actuellement, l\u2019élément essentiel du panorama ou du cadre dans lequel les peuples africains doivent évoluer est l\u2019arbitraire.Généralement, le chef de l\u2019État dispose d\u2019une armée destinée à mater sa propre population en cas d\u2019émeute et souvent l\u2019armée et la police se confondent dans leurs fonctions.Cette armée-police n\u2019est pas toujours éduquée pour comprendre son rôle en tant qu\u2019institution.Elle n\u2019est pas préparée à mener une guerre contre l\u2019extérieur puisque la menace externe est 1.Extraits de la communication de Mazinde Ndiaye à la Conférence de la Commission économique des Nations unies pour l\u2019Afrique, tenue à Arusha (Tanzanie) du 12 au 16 février 1990.Le thème de la conférence était : « Participation populaire dans le processus de redressement et de développement en Afrique.» généralement nulle pour la majorité des pays africains.L\u2019autre instrument qui écrase les populations, qui pèse très lourd non seulement par la fiscalité qu\u2019elle engendre, mais aussi par son mépris du peuple qu\u2019elle est sensée servir, c\u2019est la pléthore des fonctionnaires.L\u2019administration publique se considère en effet, avec la police et l\u2019armée, comme un instrument du pouvoir en place.À ce titre, elle détient par son influence auprès des autorités un pouvoir dont elle se sert pour dominer les populations.Les populations africaines subissent donc la loi des fonctionnaires disposant de moyens de contrôle et d\u2019intimidation, moyens qui leur permettent aussi d\u2019imposer le paiement de pots-de-vin et autres avantages.Les États africains, dont les charges dépassent en général les ressources fiscales, acceptent la corruption parce qu\u2019elle leur permet de transférer sur les populations les compensations salariales qu\u2019ils sont incapables d\u2019assurer aux fonctionnaires.Même s\u2019il ne l\u2019avoue relations juillet - août 1990 jamais, l\u2019État permet donc la corruption.Chaque fonctionnaire s\u2019arrange, dans le cadre de ses fonctions, ou parallèlement à ses fonctions, pour trouver les revenus permettant de survivre avec un faible salaire, souvent payé en retard.Tout cela fait qu\u2019on peut compter sur les doigts de la main les généraux et les commissaires de police qui peuvent faire clairement la différence entre le maintien de l\u2019ordre, la pacification, la défense des institutions et la défense du pouvoir personnel, et qui sont prêts à prendre le risque de refuser la dernière fonction.On peut également les compter sur les doigts de la main, les fonctionnaires prêts à démissionner lorsque des instructions contraires à l\u2019esprit de leurs fonctions leur sont données.Dans ce contexte où les personnes les plus influentes et les mieux informées refusent presque systématiquement d\u2019assumer leurs responsabilités, est-il possible aux populations de prendre des initiatives pour participer au développement ?171 t La participation est la mise en oeuvre par les populations de leurs ressources humaines, matérielles et naturelles en vue de régler des problèmes identifiés par elles, par des solutions décidées par elles-mêmes.Le carcan législatif En Afrique, le cadre juridique qui définit les droits et les devoirs de chacun est généralement élaboré en des langues étrangères, avec une terminologie et une sémantique destinées aux professionnels.Les lois sont imposées à des populations illettrées, sans que personne ne se donne la peine de les leur traduire.Les procédures et les méthodes de jugement copient les façons coloniales, jusqu\u2019aux perruques et tuniques d\u2019avocats.Une population qui ne comprend ni le sens, ni l\u2019esthétique, ni l\u2019éthique de la culture qui les a fait naître ne peut qu\u2019être distraite et effrayée par les tribunaux.La législation est faite par une minorité d\u2019intellectuels, passée par le moule de la civilisation colonisatrice dont elle a hérité les pouvoirs politiques et qu\u2019elle copie paresseusement.Il est aujourd\u2019hui évident qu\u2019un travail essentiel n\u2019a toujours pas commencé : celui d\u2019adapter la législation aux populations, pour les tirer de l\u2019isolement.En effet, si après trente ans d\u2019indépendance, de 70 à 80 % des Africains et des Africaines vivent en dehors du droit moderne, c\u2019est parce que ce droit n\u2019a été fait ni pour eux ni par eux.Les populations sont donc souvent punies pour des actes parfaitement légitimes dans les normes et la grille des valeurs de leur civilisation.Par contre, les lois en vigueur sont illégitimes (et même immorales) parce qu\u2019aucun consensus ne les fonde et surtout parce qu\u2019elles perturbent profondément les populations en les obligeant à participer à des actions ou des réalisations dont elles ne connaissent pas ou ne partagent pas l\u2019intérêt.Ainsi, des populations qui pendant des milliers d\u2019années ont entretenu dans leur terroir un équilibre entre elles et l\u2019environnement se sont vues obligées de déménager parce que ce terroir était décrété parc national ! Problèmes des femmes et des jeunes Le statut de la femme africaine limite la participation populaire au développement en Afrique.En effet, si la tradition donne des responsabilités et des devoirs à la femme africaine, elle ne lui accorde aucun pouvoir sinon un pouvoir très limité.Dans certains pays, la législation moderne lui accorde effectivement des droits, mais ce sont justement des droits inadaptés au contexte et, fatalement, non respectés.La volonté politique et une bonne pédagogie sont nécessaires pour assurer une évolution progressive vers un meilleur partage du pouvoir avec les femmes qui, dans beaucoup de pays, assurent la survie de la presque totalité des familles.Actuellement, les hommes accaparent tout le pouvoir politique, mais ce sont les femmes qui sont chargées de l\u2019exécution des orientations politiques au niveau productif et au niveau social.La production alimentaire aussi bien que la protection infantile et maternelle sont presque entièrement laissées à leur responsabilité.La participation populaire au développement devrait donc passer par la participation de la femme au pouvoir dans la famille et dans la société.Dans la société traditionnelle, la jeunesse était la locomotive du développement.Par le biais des associations d\u2019âge, elle était chargée d\u2019assurer des travaux d\u2019infrastructure quand elle n\u2019était pas occupée par des activités de défense du territoire.Aujourd\u2019hui, la jeunesse perd de plus en plus ses racines culturelles, notamment parce qu\u2019elle est soumise aux feux permanents des médias internationaux imposant des modèles étrangers.Elle a l\u2019impression que le paradis, la liberté et le bien-être se trouvent ailleurs.Pour les jeunes, surtout en milieu rural, la vie chez-nous est synonyme de misère, d\u2019insécurité et d\u2019abus de pouvoir (notamment par l\u2019autorité paternelle).Cela explique l\u2019exode massif des jeunes vers les villes.Mais l\u2019urbanisation accélérée et mal maîtrisée sape les fondements moraux des civilisations africaines et entraîne chez les jeunes le chômage, la prostitution, la toxicomanie et le banditisme.Décoloniser les esprits La participation populaire est la mise en oeuvre par les populations de leurs ressources humaines, matérielles et naturelles en vue de régler des problèmes identifiés par elles, par des solutions décidées par elles-mêmes.Elle n\u2019est possible que lorsque les populations ont le droit de décider, de se concerter et de s\u2019entendre sur les actions à entreprendre.Elle va nécessairement de pair avec le droit de choisir et le droit de refuser ; elle ne se décrète pas, et ne peut s\u2019imposer par la propagande et la menace.Actuellement on peut considé- 172 relations juillet - août 1990 rer qu\u2019à des degrés divers, les populations sont soumises aux travaux forcés, mais il est inadmissible d\u2019appeler cela participation.Ceux qui croient à la nécessité de la participation populaire se doivent de la promouvoir et de la susciter par la décolonisation des esprits.Il s\u2019agit de redonner confiance aux populations qui se sont vu interdire d\u2019agir, de prendre des initiatives, de penser à haute voix.Ce changement est aujourd\u2019hui vital pour l\u2019Afrique.Dans beaucoup de cas, le temps presse et on ne peut plus attendre qu\u2019il soit autorisé par les régimes en place.Il ne s\u2019agit pas de proposer des partis politiques de substitution aux pouvoirs en place.Il faut exiger que tous les régimes arbitraires, qui bloquent le développement de nos pays en inhibant la créativité, la mobilisation et le génie de nos populations, changent ou disparaissent.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une question théorique, mais d\u2019une question pratique : défendre et augmenter les pouvoirs de négociation et de décision des populations.Un déplacement de pouvoir L\u2019humanité n\u2019a pas trouvé de meilleure forme de gouvernement que la délégation des pouvoirs politiques à un groupe choisi en son sein et par elle.Lorsque les leaders s\u2019organisent pour accaparer tout le pouvoir et empêcher que la population participe aux prises de décisions, la population doit s\u2019organiser pour leur retirer le pouvoir.Un État trop frileux qui refuse aux populations l\u2019initiative, par peur d\u2019un débordement, est de toute façon condamné.Qu\u2019on cesse de nous maîtriser, de nous contrôler, de nous orienter, de nous canaliser, de nous endiguer : l\u2019histoire récente des « démocraties populaires » devrait ouvrir les yeux aux plus aveugles.Il s\u2019agit de créer avec les populations ou d\u2019aider les populations à créer elles-mêmes les instruments de leur autosuffisance et de leur libération.Cette libération se fera nécessairement contre les personnes ou les groupes qui ont jusqu\u2019ici monopolisé les moyens de cette libération et n\u2019acceptent pas de s\u2019en départir.L\u2019État doit accepter l\u2019éventualité d\u2019une perte du pouvoir, si tel est le jugement porté sur sa politique par les populations gouvernées.Cela est d\u2019autant plus inévitable que pour promouvoir la participation populaire, il faudra éliminer « l\u2019esprit d\u2019assisté », corollaire de « l\u2019État-providence » qui a trop longtemps habitué les populations à dépendre de lui.Les États africains n\u2019ont pas les moyens de tout faire à la place de tout le monde.Et, par le biais de l\u2019ajustement structurel, les institutions financières internationales limitent de plus en plus la liberté de manoeuvre de nos États.Récupérer l\u2019initiative L\u2019État devra aussi rééduquer son personnel pour qu\u2019il cesse d\u2019étouffer les populations.Les contrôles interminables, les tampons et les autorisations inhibent l\u2019effort des gens, bloquent l\u2019initiative et, finalement, découragent les populations.Là où l\u2019État ne veut pas promouvoir la participation populaire, pour quelque raison que ce soit, il importe que les associations de base qui sont nées un peu partout en Afrique, commencent progressivement à assumer cette initiative.La création d\u2019une chaîne de solidarité nationale d\u2019abord, puis internationale, limitera les libertés de manoeuvre des pouvoirs publics face aux populations.Le redressement économique et le développement ne sont pas des concepts technocratiques : ce sont des concepts politiques.Ils appellent des décisions collectives et une organisation de la société en vue d\u2019atteindre ses propres objectifs.Le développement ou le redressement économique doivent donc découler d\u2019un débat impliquant tous les intéressés.Les programmes parachutés ont très peu de chance de mobiliser les énergies et les ressources des populations.Cependant, lorsque les populations auront la conviction qu\u2019en se mobilisant elles résoudront leurs propres problèmes, lorsqu\u2019elles seront sûres que le fruit de leur effort ne sera pas confisqué, elles prendront leurs responsabilités.Les populations connaissent leurs problèmes.Elles les connaissent mieux que tout le monde parce qu\u2019elles les vivent.Et en général, elles connaissent aussi au moins une partie de la solution.Il importe donc que les obstacles qui les empêchent de s\u2019organiser pour s\u2019attaquer à ces problèmes soient levés.L\u2019un de ces obstacles, et peut-être le plus important, est la bureaucratie gouvernementale.¦ Il s\u2019agit de créer avec les populations ou d\u2019aider les populations à créer elles-mêmes les instruments de leur autosuffisance et de leur libération.vV; ' i relations juillet - août 1990 173 Bruce Paton/CIDMAA Sous le signe de la participation populaire LES ONG AFRICAINES par Pierre Brien Chargé de programmes, Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) X a Arusha, les ONG africaines ont volé la vedette à leurs gouvernements ! Cette importante conférence internationale, organisée sous l\u2019égide des Nations unies1, regroupait plus de 400 participants et participantes représentant quelque trente-huit pays africains.Outre les délégations gouvernementales, on y retrouvait des ONG africaines, de même que des organisations de la base regroupant des femmes, des organisations de paysans, de jeunes et des syndicats.Critique des gouvernements Participation populaire dans le processus de redressement économique et de développement de l\u2019Afrique ! Un thème lourd de conséquences.qui offrait un espace politique privilégié aux ONG et aux organisations de la base.Elles ont tôt fait de s\u2019en saisir pour faire valoir et exprimer vigoureusement leur message central.Si, disaient-elles, la clé du développement en Afrique, comme tout le monde semble le reconnaître, passe par la participation du peuple, celle-ci ne va pas sans une démocratisation et une libéralisation des régimes autoritaires africains eux-mêmes ! Ces régimes ont, le plus souvent, étouffé les initiatives de la population, les jugeant subversives ou menaçantes pour leur propres privilèges.Or, après 30 ans d\u2019indépendance africaine et de régimes à parti unique, on ne peut que constater l\u2019échec lamentable de ces gouvernements.Parfois d\u2019ailleurs, ils camouflaient leurs pratiques répressives justement derrière une rhétorique de la participa- tion destinée à mieux berner le peuple.Un vent de liberté soufflait sur Arusha, alimenté par la libération de Nelson Mandela annoncée au moment même où se tenait la conférence ! Plusieurs y ont vu un signe, le symbole de la lutte et de la détermination farouche des peuples africains à se libérer de leurs chaînes et 1.Les personnes suivantes, outre Pierre Brien de l\u2019AQOCI, représentaient le Québec dans la délégation canadienne à Arusha : Jean-Pierre Charbonneau, ex-député du PQ à l\u2019Assemblée nationale, depuis directeur régional au Rwanda pour l\u2019Organisation canadienne de solidarité et de développement (OCSD) ; Francine Cloutier, chargée de projets à Développement et Paix et Marc Laporte, directeur général du Partenariat Afrique Canada (PAC).IA PARTICIPATION POPULAIRE\t Ce qu\u2019elle n\u2019est pas :\tCe qu\u2019elle est : \u2022\ttransfert de fonctions à la population comme moyen de réduire les coûts ; \u2022\trecherche d\u2019un appui après coup à des programmes définis de façon unilatérale par des intervenants extérieurs ; \u2022\taction limitée aux zones et aux couches sociales les plus démunies et dépourvues d\u2019enjeux économiques importants.\t\u2022\trestitution à la population d\u2019un pouvoir d\u2019initiative et de décision dans la définition et la mise en oeuvre des programmes qui concernent son propre avenir ; \u2022\treconnaissance de cette population comme acteur de changement ; \u2022\treconnaissance progressive du rôle possible de la population dans la définition de politiques de développement pour les espaces plus vastes.Etc.\tGuy Lafleur Inter-Mondes, volume 5, numéro 5, mars 1990, page 32 174 relations juillet - août 1990 Organisée sous l\u2019égide des Nations unies, la conférence d\u2019Arusha regroupait plus de 400 participants, de 38 pays africains.ce, en dépit de tous les obstacles, en dépit du pessimisme qui s\u2019empare d\u2019une certaine presse européenne à propos de l\u2019Afrique2.Examen de conscience pour le Nord Est-ce à dire qu\u2019il faut tout arrêter ?Non, mais.ces points de vue nous invitent à un sérieux examen de conscience ! Nous invitent à inventorier les avenues d\u2019un partenariat renouvelé entre les ONG du Nord et celles du Sud, un partenariat basé sur la reconnaissance des capacités des gens du Sud à gérer leur propres affaires.Un partenariat où les décisions ne se prennent pas unilatéralement par le Nord, mais qui préfigure déjà le type de société que nous voulons construire.En ce sens, ce que nos partenaires du Sud attendent de nous, au Nord, c\u2019est la volonté et la capacité de nous organiser nous-mêmes pour exercer une influence sur les politiques et les rapports commerciaux injustes qui marquent encore nos relations de pays riches avec le Sud.Ils interpellent notre propre capacité à exercer la démocratie dont beaucoup se réclament, presque triomphalement, par les temps qui courent.C\u2019est-à-dire, notre capacité à sensibiliser nos propres populations aux drames qui se vivent au Sud.Curieusement, les enjeux de fond se rejoignent.au Nord comme au Sud ! Il s\u2019agit finalement d\u2019une question de démocratie véritable, d\u2019une démocratie où le peuple a véritablement les moyens de participer à façonner son propre avenir, en harmonie avec ses frères et soeurs des autres peuples de la planète, en harmonie aussi et de plus en plus avec la nature.! Finalement, c\u2019est le modèle de développement de société qui est en question.Si le modèle des pays de l\u2019Est a fait la démonstration de sa faillite, il n\u2019est pas dit que celui qui domine le reste du monde, celui qui marginalise de plus en plus des continents entiers, comme l\u2019Afrique, celui qui pollue la planète, soit celui dont rêvent les peuples.¦ En plus de cette critique virulente et courageuse de leurs propres gouvernements, les ONG africaines n\u2019ont pas manqué de critiquer l\u2019aide, « en peau de banane », venue du Nord.À savoir, l\u2019aide qui se limite trop souvent à la transmission d\u2019argent ou de surplus alimentaire du Nord ; l\u2019aide qui vient concurrencer et détruire les productions locales ; l\u2019aide qui perpétue les rapports de domination du Nord sur le Sud ; l\u2019aide qui, en raison du fardeau de la dette extérieure, camoufle le fait que c\u2019est le tiers monde qui nourrit, et grassement, le Nord ; l\u2019aide qui projette l\u2019image d\u2019un tiers monde incapable et sans ressources ; bref, l\u2019aide qui ne serait que « charity business » ! 2.Voir le numéro 1525, du 26 mars 1990, de la revue Jeune Afrique relevant cette sorte de frénésie pessimiste avec laquelle la presse française, notamment, parle de l\u2019Afrique.XL* v YiV relations juillet - août 1990 175 CIDMAA ijm en Drei En Angleterre, trop de personnes souffrent de négligence communautaire plutôt que de soins communautaires.C\u2019est la conclusion d\u2019un document publié par le Britain\u2019s Family Policy Study Centre.Le centre préconise une approche moins simpliste dans l\u2019élaboration d\u2019une politique de soins communautaires.Les soins finissent par être dispensés par la famille, et plus particulièrement par les femmes, déjà surchargées de travail : « en réalité, les prestateurs et les prestatrices de soins bénéficient de très peu de soutien, subissent beaucoup de pression et sont surmenés.Ces personnes font partie des laissées pour compte de l\u2019État-providence ».(Transition, vol.20 no 1) La Commission des droits humains d\u2019Amérique centrale (CODEHUCA) a fait enquête sur les agissements de l\u2019armée américaine au moment de l\u2019invasion panaméenne et dans les jours qui ont suivi.Selon les données contenues dans son rapport préliminaire, il y aurait eu environ 3000 morts chez les civils et non 200 comme l\u2019ont rapporté le gouvernement américain et la presse panaméenne.Des quartiers résidentiels entiers ont été bombardés et des centaines de corps ont été enfouis dans des fosses communes, sans que l\u2019on ne prenne la peine d\u2019avertir les familles.De quoi nous faire douter de la fiabilité des renseignements fournis par certains médias ! Les barèmes de l\u2019admissibilité à l\u2019aide juridique ont peu augmenté depuis 1981.En conséquence, les travailleurs rémunérés au salaire minimum ne sont plus admissibles et l\u2019accès à l\u2019aide juridique est maintenant restreint aux assistés sociaux seulement.Pour sa part, l\u2019Association coopérative d\u2019économie familiale demande que ces barèmes se rapprochent le plus possible du seuil de la pauvreté.Elle rappelle que le service d\u2019aide juridique avait précisément été créé pour venir en aide aux personnes à faible revenu.Celles-ci sont plus que jamais incapables de défrayer les coûts exorbitants des services juridiques privés.(ATD Quart-Monde, revue de presse) L\u2019Institut de théologie contextuelle dénonce le mauvais usage de la religion par certains groupes religieux de droite en Afrique du Sud.En revendiquant l\u2019apolitisme, ceux-ci finissent par soutenir l\u2019État et empêchent les Églises de s\u2019impliquer politiquement.En effet, ces groupes religieux de droite soutiennent que la création serait corrompue et maudite ; que le péché et le salut seraient des affaires individuelles et n\u2019auraient rien à voir avec la libération ; que l\u2019incarnation de Jésus- Christ n\u2019aurait pas de signification maintenant pour notre monde réel.On y pense l\u2019Église en termes dualistes : l\u2019Église et le monde.Cette philosophie conduit au retrait du monde, à une interprétation étroite et légaliste de la religion, et à une option préférentielle contre les pauvres.(Liaisons Internationales, COLLI, no 61) L\u2019institut canadien d\u2019éducation des adultes (ICÉA) s\u2019inquiète de la diminution constante de la présence de Radio-Québec dans les régions.À la suite des récentes compressions budgétaires, la société Radio-Québec vient de fermer son bureau régional de St-Omer, dans la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie.Depuis 1986, c\u2019est le cinquième bureau régional qui ferme ses portes.L\u2019ICÉA déplore le sous-financement de Radio-Québec, qui condamne à la marginalisation un des principaux véhicules de la culture québécoise.Le journal des 14 000 employés de Montréal, Montréalités (vol.9, no 2, mars 1990), témoigne des efforts de la Ville de Montréal pour passer « de la ville viable à la ville vivable » : « aux objectifs de qualité de la vie, il faut maintenant ajouter les impératifs de survie.Plusieurs scientifiques accordent à l\u2019humanité une dizaine d\u2019années tout au plus pour amorcer un changement radical dans son attitude à l\u2019égard de l\u2019environnement.La course contre la montre est donc déjà commencée ».Après cette introduction au ton dramatique, on reste surpris devant la timidité des expériences en cours.Elles sont résumées sous le slogan « 4RV » : réduction du gaspillage, réemploi, récupération, recyclage et mise en valeur.À suivre ! En 1989, la journée mondiale SIDA a été consacrée aux jeunes, qui l\u2019avaient rebaptisée « Nos vies, notre monde - prenons soin les uns des autres ».Son objectif était de faire participer les jeunes de tous les pays à la prévention du SIDA et de susciter compassion, sensibilisation et solidarité vis-à-vis ses victimes.En 1990, la journée mondiale aura pour thème « Le SIDA et la femme », reflétant l\u2019impact croissant du fléau sur la population féminine.Deux millions de femmes sont actuellement atteintes par le virus, soit le tiers des personnes infectées.L\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que la femme joue un rôle capital dans la prévention de la propagation du virus et le traitement des sujets atteints.(Journée mondiale SIDA - Information) 176 relations juillet - août 1990 ¦mhh Un «catéchisme» pour aujourd'hui Une collection sous la direction de Marc Pelchat et Marcel Viau La Foi Collection Un événement sans précédent dans l'édition religieuse canadienne! Une collaboration regroupant les meilleurs spécialistes (25) des diverses Facultés de théologie du Canada francophone! La collection «La Foi» consiste en une série de six courts ouvrages.Elle présente les éléments de base de la théologie contemporaine dans un style simple et accessible.Cette collection s'adresse aux croyants intéressés à une mise à jour des connaissances religieuses autant qu'à ceux et celles qui sont impliqués de près ou de loin dans une responsabilité pastorale.Elle s'adresse également à ceux et celles qu'intéresse une recherche personnelle jusqu'au seuil de la foi chrétienne.En ce sens, elle propose un itinéraire cohérent aux hommes et aux femmes qui cherchent à éprouver la validité de la foi religieuse face aux défis et à la complexité de la vie contemporaine.Chaque livre est structuré autour des interrogations les plus actuelles adressées au christianisme; elles ont servi de panneaux de signalisation pour cet itinéraire dans la foi.Au terme, il restera encore des questions car la foi n'est jamais possession tranquille de la vérité.Elle s'inscrit plutôt dans la dimension essentielle de ce que nous sommes: une humanité en quête de sens. ?Collection La Foi L'HISTOIRE D'UNE ALLIANCE En collaboration 168 pages * 13,95$ L'histoire d'une alliance s'attarde aux questions relatives à l'histoire du salut: Quel sens ont pour nous les images bibliques d'Abraham, de la sortie d'Égypte, de l'Exil?Comment Jésus Christ est-il venu compléter l'histoire de l'Ancien Testament?L'événement pascal a-t-il réconcilié l'ancienne et la nouvelle alliance?Vers où nous mène l'histoire du salut?Soils la direction de MARC l\u2019fil.CIIATci MAHCIÜ, VIAU L\u2019histoire d\u2019une Alliance |E DOSONS Ensemble UN PiUPLi ENSEMBLE En collaboration 136 pages * 13,95$ Un peuple ensemble cherche à démontrer que la foi ne se vit pleinement qu'en lien avec les autres: Quel type de communauté le Seigneur a-t-il inauguré?Quel est l'origine de l'Église?Quel sens a-t-elle pour nous aujourd'hui?Quel visage concret cette Église prend-elle?DES GESTES D'AMOUR En collaboration 144 pages * 13,95$ Des gestes d'amour tente de décrire le coeur même du message évangélique, c'est-à-dire l'amour que Dieu a pour nous: Les sept sacrements sont-ils vraiment des signes sensibles de cet amour?Peut-on parler à Dieu.l'écouter?Quel est le lien mystérieux qui nous unit à Lui? UN BONNE NOUVELLE EN ACTE En collaboration Disponible à l'automne 1990 Une bonne nouvelle en acte porte sur la responsabilité dont chaque croyant est investi, c'est-à-dire celle d'annoncer l'Évangile: Comment témoigner de notre foi et qui fait ce témoignage?Y a-t-il des normes qui nous permettent de mieux agir?Notre action est-elle orientée par des valeurs spécifiques?Sous la diiccliou do MARC PELCHAT ci- MARCEL VIAU Une BonneNouvell en acte\te wmm È9Hp!\ti O^PAuV.Nci\t Sais la direction (le MARC PECCIIAT et MARCEL Vf.AÜ promesse % \"1.Z WM UUUk r- ^ UNE PROMESSE D'AVENIR En collaboration Disponible à l'automne 1990 Une promesse d'avenir parle de l'avenir du peuple de Dieu et de l'humanité entière: Où va notre monde?Peut-on avoir une influence sur son développement?Notre histoire a-t-elle une fin?La mort est-elle le terme de la vie?UN SENS A LA VIE En collaboration Disponible à l'automne 1990 siaksuiiiiiunwiaHiK '«iCIIIMPlWnl' WWINl WW Un sens à la vie traite des grandes questions religieuses de l'humanité: Dieu, qui est-il?Dieu est-il à l'origine de l'univers?Pourquoi le mal et le péché?Le monde avait-il réellement besoin d'être sauvé par le Fils de Dieu?Les autres religions ont-elles un rôle à jouer dans le plan de Dieu?mm Collection La Foi 4 # LISTE DES COLLABORATEURS: Baillargeon, Gaëtan, Centre de formation dioc., Sherbrooke; Béland, Jean-Pierre, Un.Chicoutimi; Bouchard, Alain, Un.Laval, Québec; Couture, André, Un.Laval, Québec; David, Robert, Un.Montréal; Dufour, Simon, Un.Chicoutimi; Dumais, Marcel, Un.St-Paul, Ottawa; Dumais, Monique, Un.Rimouski; Fillion, Jacques, Un.Sherbrooke; Garneau, Jean-Yves, Pastorale liturgique, Montréal; Girard, Yves, cistercien, Oka; Grondin, Christian, Villa Manrèse, Québec; Melançon, Louise, Un.Sherbrooke; Ménard, Camille, Un.Chicoutimi; Myre, André, Un.Montréal; Nadeau, Jean-Guy, Un.Montréal; Pelchat, Marc, Un.Laval, Québec; Poirier, Paul-Hubert, Un.Laval, Québec; Prévost, Jean-Pierre, Un.St-Paul, Ottawa; Richard, Jean, Un.Laval, Québec; Rivard, Richard, Un.Trois-Rivières; Robitaille, Lucien, Un.Laval, Québec; Thériault, Jean-Yves, Un.Rimouski; Viau, Marcel, Un.Laval, Québec.BON DE _____ L'histoire d'une alliance \u2014 13,95$\t $ _____ Un peuple ensemble \u2014 13,95$\t $ _____ Des gestes d'amour \u2014 13,95$\t $ _____ Une bonne nouvelle en acte* \u2014 13,95$ _______$ _____ Une promesse d'avenir* \u2014 13,95$\t $ _____ Un sens à la vie* \u2014 13,95$\t $ TOTAL _______$ * Disponible à l'automne 1990.Ci-inclus______________$\t?chèque ?mandat-poste Frais d'envoi et de manutention : 10% du montant global.Nom _______________________________________________ Adresse ___________________________________________ Ville _________________________________Code postal Tel__________________________ Librairie ÉDITIONS PAULINES 3965, boul.Henri-Bourassa Est Montréal, QC, H1H 1L1 TéL: (514) 322-7341 Télécopieur: (514) 322-4281 250, boul.Saint-François Nord Sherbrooke, QC, J1E 2B9 TéL: (819) 569-5535 Télécopieur: (819) 565-5474 Dépliant réalisé avec le concours du ministère des Affaires culturelles. La santé au Québec GÉRER AUTREMENT Une entrevue avec M.Claude Castonguay Il faut en arriver à ce que les hôpitaux aient intérêt à devenir plus efficaces; et il faut qu\u2019ils soient récompensés, même sur le plan financier, s\u2019ils ont réussi à mieux se conformer à leur mission.I ; a \u2022' t \u2022 On se rappelle que, le 23 janvier 1990, la Commission des Affaires sociales a commencé l\u2019étude de l\u2019avant-projet de Loi sur les services de santé et les services sociaux en accueillant nul autre que le parrain du régime public qui a été créé au début des années 70, Claude Castonguay, alors ministre des Affaires sociales.Apprenant par la voix des quotidiens qu\u2019il proposait d\u2019ouvrir le système à la concurrence « sans remettre en cause les objectifs fondamentaux du système », Relations lui a manifesté son étonnement : de tels propos ne sont-ils pas contradictoires ?Le débat peut-il porter seulement sur les moyens, sans ébranler les piliers de la réforme qu\u2019il a lui-même si courageusement instaurée ?Répondant au billet éditorial de la direction (mars 1990, p.34), M.Castonguay a volontiers accordé une entrevue dont nous reproduisons ici l\u2019essentiel.Il a limité ses propos au système de santé.RELATIONS : Certaines de vos paroles, devant la Commission, nous ont semblé énigmatiques.Comment percevez-vous les problèmes actuels du réseau de la santé ?Claude Castonguay : Lorsque nous abordons les questions liées aux services de santé, il n\u2019est pas inutile de rappeler qu\u2019il y a une responsabilité personnelle de chaque individu envers son état de santé et que nous n\u2019avons pas voulu la remplacer par une législation.L\u2019action préventive, y compris celle qui est accomplie par les organismes et les groupes professionnels, reste la voie privilégiée.Ceci pour éviter de limiter la réflexion au domaine curatif, même si c\u2019est là que les difficultés surviennent.Jadis, en milieu francophone, notre système de santé se résumait à des « unités sanitaires » et à des hôpitaux dirigés par des communautés religieuses et des médecins en cabinets privés.Nous avons compris que ce système ne pouvait pas continuer à assurer des services universels et accessibles à tous et à toutes, partout dans la province.La Loi sur l\u2019assurance-hospitalisation, adoptée en 1960, a apporté une surprise ; notre connaissance de la situation était peu avancée, si bien que les prévisions budgétaires ont été doublées ! Et l\u2019expérience alors en cours dans le domaine de l\u2019éducation nous a également instruits.Lorsque nous avons abordé l\u2019assurance-maladie, en 1970, nous avons tenté de bâtir sur ce qui existait déjà.À la lumière de l\u2019expérience gouvernementale en éducation (on y était allé un peu raide I), nous nous sommes engagés dans une voie très différente en conservant tout ce qui paraissait valable.Nous avons conservé les corporations existantes là où c\u2019était possible ; les conseils d\u2019administration ont été modifiés pour y assurer plus de représentativité et même la participation des usagers.Des mesures ont été prises afin de ne pas laisser dominer les hôpitaux par les médecins.relations juillet - août 1990 177 Canapresse D\u2019où un effort législatif et de réglementation élaborée.J\u2019admets que nous n\u2019avions pas d\u2019expérience.Mais nous avons fait de notre mieux.Nous avons voulu remplacer les unités sanitaires par les CLSC et les départements de santé communautaires.Dans une époque de contestation comme celle d\u2019alors, les CLSC ont été d\u2019abord discrédités, mais un équilibre s\u2019est ensuite établi.Nous avons favorisé la formation d\u2019équipes, pour corriger les limites de la pratique professionnelle privée.Et bon nombre de médecins ont réagi en créant des regroupements de services, des polycliniques.On a même commencé à développer des perspectives multidisciplinaires.À mon avis, ce qui est le plus difficile à l\u2019heure actuelle, c\u2019est que le nécessaire souci de réglementation que nous avions au départ a été trop imité.Ce qui a conduit à une réglementation excessive, qui rend le système extrêmement centralisé et rigide, peu adaptable.REL.:\tLors de votre intervention à la Commission parlemen- taire, votre successeur, le ministre Côté, à la suite du rapport Rochon, a vu plus que de la rigidité dans le système tel qu\u2019il a évolué.Il a parlé de
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