Relations, 1 décembre 1990, Décembre
[" 450 anniversaire de la Compagnie de Jésus décembre 1990 3,00$ no 566 découvrir les autochtones H4« 9 770034 378000 -\t.\tloseph-H.Ledit et s'appelaient\tunTîeTùeJ^ ^ situe s*wSSfe®Sf»\"sr\"s-,L \u201c entre ia formu j,^ebc)omadaire m\td'une revue ^ppeTèSt Be»\t,ixé dès saa^SSSn^n|neetcdrét.enne js^&sss&ss^si SïSi^sSgS®5- »ss»ss» «» * -.-»«£ \u2018 É\u201c^e^r«8»\t=r .e s - exemplaires.En 1948,10mmes_\tp,o,eh un g ^ )e monde ont fart pies.Une equip\tass0,tfee d ou __ ^ Québec.\t,ait parfois sociale dans .|a compagnie d\tpere Richard n assl0n pour °7îK«\\ R7é*gu«My «iflneww /^\\ /Jjeltapwa /«\\* Las EsçouminsN A Atamasnt f\t\ts LES NATIONS\t \tINUIT A\tCRIS /î\\\tALGONQUINS \tATTIKAMEKW A\tMOHAWKS /tl\tABENAQUIS \tHURONS A\tMONTAGNAIS A\tMALECITES \tMICMACS Xo\\\tNASKAPIS \t Cette carte nous a été gracieusement fournie par le journal La Presse ETRE AMERINDIEN AU par Julien Harvey notre dossier est sans aucun doute suscité par la crise de l\u2019été dernier.Pas exclusivement, cependant.La question amérindienne a déjà préoccupé Relations dans le passé (par exemple, no 495, nov.1983 ; no 528, mars 1987).Car il est impossible de refléter de façon engagée la réalité du Québec pendant de nombreuses années, comme nous le faisons depuis 50 ans, sans rencontrer le défi de la justice et de la fraternité à l\u2019égard des autochtones.Mais nous devons en même temps admettre que nos rappels occasionnels sont demeurés sans écho et que, comme bien d\u2019autres sans doute, nous n\u2019avons pas assez perçu et manifesté l\u2019urgence de la question.L\u2019apaisement de la grande colère de l\u2019été 90 permet de retourner à une réalité moins émotive.Mais ce retour à la tranquillité ne doit pas nous donner l\u2019illusion de la paix.Car la paix exige plus que l\u2019épuisement de la violence, plus même qu\u2019une négociation ingénieuse : elle requiert le rétablissement de la justice.Et lorsque la justice réclame qu\u2019on corrige l\u2019histoire, elle nous place devant un effort considérable.Nous essaierons de ne pas être parcimonieux, mais en même temps de demeurer conscients de nos limites.Le président Kennedy, devant la tragédie des Noirs américains, disait : « Nous serons justes en notre temps.C\u2019est tout ce que nous pouvons faire.Nous devons être justes en notre temps ».Il y a sans doute beaucoup de sagesse dans ces paroles.Surtout lorsqu\u2019on songe au fait que, même si une situation violente a pu donner l\u2019impression d\u2019une unité panca-nadienne des autochtones, les aspirations et les défis sont très différents d\u2019un groupe à l\u2019autre.Pour discerner ce que réclame la justice aujourd\u2019hui, pour éviter de voir les 296 problèmes culturels voiler les problèmes sociaux, nous sommes bien conscients du fait qu\u2019il faut chercher ensemble, avec les Amérindiens eux-mêmes, qui sont les premiers concernés.Pour éviter tout paternalisme et mettre le plus possible en marge le rapport de force (les Amérindiens représentent 0,6 % de la population du Québec), nous faisons nôtre une réflexion d\u2019un de nos collaborateurs, le journaliste montagnais Bernard Cleary : « Si l\u2019on veut s\u2019engager dans un dialogue constructif, la meilleure façon d\u2019y arriver est sans doute de faire en sorte, par des « Nous serons justes en notre temps.C\u2019est tout ce que nous pouvons faire.Nous devons être justes en notre temps ».John Kennedy mécanismes appropriés, que les éléments les plus ouverts, du côté autochtone comme du côté allochtone, travaillent ensemble, coude-à-coude, à la préparation de ce nouveau pacte social » {La Presse, 25 oct.1990, p.B3).Cette perspective a de plus l\u2019avantage d\u2019éviter de jouer sur le sentiment de culpabilité de la majorité et sur la tentation manichéenne des minorités, qui risquent de penser en noir et blanc d\u2019un côté ou de l\u2019autre.Nous sommes également conscients, en abordant ce dossier, de son importance pour l\u2019avenir du Québec et non pas seulement pour les minorités amérindiennes et inuit.Nous nous tournons de plus en plus vers un sentiment national relations décembre 1990 QUEBEC territorial, et non pas d\u2019abord ethnique ; la conséquence immédiate est qu\u2019un tel nationalisme, sans doute essentiel à notre avenir, ne peut pas négliger les minorités vivant sur notre sol, à plus forte raison s\u2019il s\u2019agit de ceux qui l\u2019ont occupé les premiers.Dans cette perspective, nous sommes reconnaissants de l\u2019intérêt spontané que nous avons senti chez nos collaborateurs amérindiens et dans l\u2019équipe de la revue Recherches amérindiennes au Québec'.Et nous comptons sur la fidélité de ces nouvelles amitiés.Notre dossier offre sans doute plus de questions que de réponses.Il veut cerner les données fondamentales de la question amérindienne, au niveau mondial (Julien Harvey), et plus spécifiquement au Canada et au Québec.On y aborde la dimension culturelle du malaise et du défi (Louis-Edmond Hame-lin), la revendication territoriale et politique (Bernard Cleary), le poids de l\u2019histoire (Jacques Lacourcière), la motivation spirituelle de cette aventure humaine tenace (Achiel Peelman) ; Myra Créé, journaliste bien connue et Mohawk de Kanesatake, témoigne aussi de l\u2019impact de la période difficile de l\u2019été dernier.Nous ne pouvons tout dire en si peu d\u2019espace.Nous avons dû, par exemple, remettre à plus tard des aspects importants : le rôle des femmes, les attitudes des jeunes amérindiens, les différences culturelles entre les communautés autochtones, les questions scolaires, juridiques et linguistiques.Nous espérons pouvoir contribuer à répondre à ces questions dans un dossier à venir.¦ 1.Nous tenons à remercier spécialement M.Jean-René Proulx, anthropologue au Centre de recherche et d\u2019analyse en sciences humaines, et M.Alain Bisson-nette, avocat et conseiller juridique au Conseil attikamekw montagnais, pour leur aide précieuse dans la préparation de ce dossier. Au niveau culturel L\u2019INÉQUATION PERSISTANTE par Louis-Edmond Hamelin1 m* î : jjtai ; dans les rapports entre non-autochtones et autochtones, c\u2019est la méconnaissance profonde du plan mental qui est, à mon sens, la plus critique.Car, il faut bien l\u2019avouer, tout ce qui concerne l\u2019autochtone correspond à la plus grande ignorance des Canadiens et des Québécois.Si, en 1975, le Québec et le Canada ont pu signer la très importante Convention de la Baie de James sans bien connaître leurs co-signataires Cris et Inuit, depuis quinze ans, nous ne nous 1.\tCe texte est une version abrégée de la conférence prononcée à Québec et à Montréal en septembre 1990 dans le cadre de la série Aujourd\u2019hui, organisée par le Musée de la civilisation, en collaboration avec l\u2019UQAM et Le Devoir.L\u2019auteur, fondateur du Centre d\u2019études nordiques à l\u2019Université Laval et auteur de Nordicité canadienne (1975), est professeur émérite de géographie à l\u2019Université Laval.2.\tSpécialiste des questions du Nord, l\u2019auteur étend ici à l'ensemble des populations autochtones du pays plusieurs des phénomènes observés au sujet des populations nordiques.sommes pas donné la peine d\u2019en apprendre beaucoup plus.Blancs et autochtones n\u2019auraient-ils rien à se dire, sorte de vide placidement symbolisé par un célèbre face-à-face warrior-militaire dans les parages d\u2019Oka ?Comment, dans une telle indifférence, bâtir un pays ?Des attitudes fort anciennes L\u2019attitude de nos ancêtres européens face aux autochtones est importante car elle a forgé nos mentalités pour très longtemps et est encore beaucoup plus présente, de nos jours, qu\u2019on ne veut bien le reconnaître.Dans tous les pays d\u2019immigration, la littérature montre une bien faible appréciation des indigènes et des images réfractées, souvent excessives, de tout ce que représentent les Nords2.Ce sont les « terres de mangeurs de viande crue », des « zones sauvages », aux qualificatifs négatifs (congelatum, inhabitabilis), habitées par des hyperbo réens considérés comme des sous- relations décembre 1990 humains qui auront besoin d\u2019une Bulle papale, aux XVIe siècle, pour être déclarés aptes à l\u2019évangélisation.On pourrait multiplier les citations, de la « Terre que Dieu donna à Caïn » de Jacques Cartier au « Tout est sauvage en ce pays » de Marie de l\u2019Incarnation.De telles opinions persistantes ne peuvent qu\u2019avoir leur effet : une autoch-tonité négative s\u2019est installée dans les mentalités.L\u2019inattention et l\u2019indifférence à l\u2019égard des autochtones et des réalités du Nord ont ensuite caractérisé nos attitudes.Cette inattention a méconnu la diffé-rentialité ethnique.Ignorant les liens intimes que les autochtones entretiennent avec « leur mère », la Terre, cette vue intéressée a facilité la mainmise sur de vastes espaces, effrontément déclarés « sans propriété ».Ainsi, dans l\u2019histoire officielle du Canada, les habitants auxquels les Conférences constitutionnelles (1983-1987) attribuent pourtant le titre de Premières nations ne font tout simplement pas partie des peuples fondateurs ! Cette inattention se manifeste d\u2019ailleurs en bien d\u2019autres domaines, fondée sur le sentiment de tranquille supériorité 297 des sédentaires à l\u2019égard des nomades, des chrétiens face aux infidèles, des gens d\u2019écriture à l\u2019endroit des locuteurs, des hommes du pain envers ceux de la viande.C\u2019est ainsi que même nos politiques de « dévolution », qui visent une transmission de haut en bas de nos types de pouvoir, sont encore une forme d\u2019imposition de notre propre système, comme les Conseils de bandes par exemple.Mais les attitudes ont commencé à changer.Plusieurs échecs économiques, l\u2019engagement écologique, l\u2019action de missionnaires, le militantisme autochtone et le bilan général de la colonisation européenne ont contribué à secouer la foi jusqu\u2019alors peu inquiète des colonisateurs s\u2019affairant dans le monde circum-nordique.Un peu partout dans le monde, on a commencé à signer des traités, à adopter des lois, à garantir certains droits.Ici au Canada, cet ébranlement vers un mieux faire fut tardif, n\u2019apparaissant qu\u2019autour de 1970.L\u2019intervention la plus spectaculaire fut sans contredit la signature de la Convention de la Baie de James, en 1975, qui a constitué un immense pas en avant, mais dont l\u2019application est malheureusement restée bien en deçà des espérances qu\u2019elle avait suscitées.De même, l\u2019interprétation « large » retenue récemment par la Cour suprême dans les causes Sparrow et Sioui laisse présager une plus grande ouverture aux réalités autochtones.Tout comme le nor-disme rédempteur a fortement influencé le vocabulaire du développement qu\u2019on utilise maintenant : impact autochtone, atténuation des effets indésirables, consultation avec les résidents, développement durable, autant d\u2019expressions jusqu\u2019à récemment peu utilisées et qui traduisent une ouverture plus grande, au moins au niveau de l\u2019intention.Malgré tout cela, force est de reconnaître que dans la pratique d\u2019un système interculturel, notre pays apparaît pauvre.En ce qui concerne l\u2019autochtonie, le Canada et le Québec sont partis trop tard et de trop loin pour avoir, en quelques décennies seulement, découvert comment agir et comment se préparer à l\u2019évolution.Pour des attitudes égalitaires Malgré la relativité et la subjectivité de tout élément normatif, il me semble utile 298 de dégager certains critères et objectifs pour le développement de pratiques vraiment interculturelles.Certains auteurs, qu\u2019on a taxés de militants, ont proposé quatre objectifs : le respect culturel des autochtones, qui fait de ceux-ci non plus des objets culturels à assimiler mais des sujets qui sont de véritables participants au développement de leur ethnie propre et de tout le pays ; le respect des milieux culturels, qui considère les espaces nordiques, terrestre, hydrographique et aérien, dans leur spécificité et qui renonce donc à transplanter, telles quelles, des techniques appropriées à des milieux fort différents, c\u2019est-à-dire aux zones urbaines et tempérées ; le respect de la régiona-lité, qui considère dès le départ l\u2019interdépendance des principales entités géographiques et qui favorise l\u2019adoption d\u2019une loi-cadre plutôt que le règlement, comme maintenant, de chacune des revendications territoriales à la pièce ; et enfin la promotion des cultures autochtones dans la société, en acceptant vraiment de considérer celles-ci comme faisant partie, à part entière, des référents culturels de notre pays.Pour réaliser ces objectifs, des changements de perspective et d\u2019action doivent être envisagés dans tous les domaines.À la différence de la voie rédemptrice, le vrai autochtonisme ne constituerait pas une tentative de bonifier après coup des activités nées décevantes, c\u2019est-à-dire de faire du rattrapage ou du rapiéçage tardif.La différence essentielle se situerait en amont du projet, dans sa conception même ; pour cela, il faudra apprendre à innover dans les manières de développer et de gérer, surtout dans les phases initiales des projets.Pour arriver à ces nouvelles attitudes, la connaissance n\u2019étant pas un don, chacun de nous devra fournir un effort particulier.D\u2019une part, le réajustement du savoir doit venir d\u2019une intériorisation personnelle fondée sur autre chose que des préjugés héréditaires non remis en question.L\u2019ancienne bonne conscience ne suffit plus.D\u2019autre part, la nordicité mentale implique une compréhension profonde d\u2019une région autre, de cultures autres, cultures intimement associées à leur milieu propre.Cette reconnaissance conduit le citoyen alerte à identifier des compatibilités entre sa formule d\u2019être et celles de l\u2019Autre.Mais encore faut-il qu\u2019il ait d\u2019abord accepté l\u2019hypothèse d\u2019un distinc-tivisme autochtone, différentiel non méprisant opposé au sameness (uniformité) et au mainstream souhaités depuis toujours par les cultures « supérieures ».relations décembre 1990 C\u2019est alors seulement que l\u2019autochtone, jadis seulement objet, sera devenu sujet.Un geste concret Afin de favoriser un meilleur dialogue entre les deux groupes, nous avons suggéré, depuis 1967, l\u2019établissement d\u2019un mécanisme officiel, paritaire, permanent et bi-culturel, appelé tribunal, commission ou autrement, et qui aurait quatre fonctions principales : juger de la recevabilité des questions en situation médiane, faire une lecture des événements qui les touchent, évaluer les situations et faire des recommandations documentées et nuancées aux plus hautes autorités.Chacune des deux parties choisirait elle-même les membres qui la représenteraient et la considération à apporter au président du groupe serait équivalente à celle accordée à un juge de la Cour suprême.Les référents de travail du groupe ne seraient pas ceux d\u2019un seul système juridique ou coutumier.Des propositions semblables ont d\u2019ailleurs été reprises, plus récemment, par des organismes comme le Conseil attikamekw-montagnais, l\u2019Institut interculturel de Montréal, la Ligue des droits et libertés.Et à ceux qui douteraient de la possibilité d\u2019un tel mécanisme, rappelons que la Nouvelle-Zélande expérimente, depuis quinze ans, une telle procédure avec son Tribunal Waitangi ; et que l\u2019Ontario met au point un organisme semblable avec son Indian Commission.Évidemment, toute la solution ne réside pas dans ce seul complément institutionnel.Des changements doivent aussi être envisagés au plan des mentalités et des divers domaines politiques et économiques.Mais il existe, comme je me suis efforcé de le démontrer, des moyens de pratiquer un mode interculturel plus approprié.Le pays ne deviendra pas pour autant une entité politique composée de deux parties égales : d\u2019un côté la majorité, de l\u2019autre les minorités autochtones ; ce nouveau mode, original et reflétant la situation réelle, permettra cependant à la majorité des citoyens de traiter en dignité égale ses minorités amérindiennes.Ainsi, par l\u2019expérience acquise dans la question renouvelée des « droits des peuples », le Canada et le Québec pourraient à leur tour faire avancer la cause de l\u2019humanisme mondial, tout comme, par le passé, la France l\u2019a fait pour les libertés du citoyen et l\u2019Angleterre pour les droits parlementaires.¦ L\u2019URGENCE D\u2019UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL par Bernard Cleary1 « Nous sommes une société au moins aussi distincte que celle des Québécois.» On pourrait exprimer les négociations territoriales actuelles des autochtones avec les gouvernements du Canada et du Québec par le conte imaginaire de ce fier et tenace Montagnais qui a hérité de son père d\u2019un camp de bois rond construit sur le bord de la baie de Sept-lles.Aujourd\u2019hui, ce chalet défraîchi est situé sur un des plus beaux terrains, au centre de la ville minière développée rapidement, et entouré de maisons modernes.Les dirigeants de cette municipalité suggèrent avec insistance à ce Montagnais de démolir cette habitation rustique pour l'enlever complètement du décor.Elle ne cadre pas, prétendent-ils, avec les projets actuels de la municipalité.Ils lui ont proposé d\u2019exproprier son chalet à gros prix pour qu\u2019il parte simplement vivre ailleurs plus au nord et se reconstruise encore une fois.Ce qu\u2019il refuse 1.Originaire de la communauté de Mash-teuiatsh (Pointe-Bleue), négociateur autochtone et auteur d\u2019un ouvrage sur les négociations territoriales, L\u2019enfant de 7000 ans, Bernard Cleary a exercé la profession de journaliste au quotidien Le Soleil, dans la presse régionale et à la télévision, en plus d\u2019avoir enseigné le journalisme pendant plus d\u2019une douzaine d\u2019années à l\u2019université Laval de Québec.carrément depuis plusieurs années.Les autorités municipales n\u2019ont pas compris que l\u2019argent ne peut satisfaire ce Montagnais parce qu\u2019il ne remplacera jamais cette nature remplie de souvenirs où il a grandi et s\u2019est développé avec les siens.Face à ce refus catégorique, les administrateurs de cette municipalité n\u2019ont donc pas eu d\u2019autre choix que de s\u2019asseoir avec lui et de négocier pour régler cette épineuse question.Le sage Montagnais en a profité pour expliquer aux administrateurs de la municipalité sa façon de voir les choses.Il a pu, pour une fois, faire connaître ses valeurs et la forme de développement qu\u2019il souhaitait.Il les a difficilement convaincus que, même différent, son projet de société pouvait cadrer avec ce qui existe autour de lui.L\u2019architecture plus archaïque de son chalet, reconstruit avec de meilleurs moyens, pouvait même devenir un atout majeur, si on savait accepter sa spécificité et si on le regardait avec des yeux neufs.Ensemble, ils devront d\u2019abord clarifier les titres fonciers de sa propriété, sur laquelle il pourra dorénavant vivre heureux avec sa famille et se développer à son rythme et selon ses intérêts.Il sera beaucoup plus respecté par ceux qui l'entourent puisque ce voisinage reposera maintenant sur un nouveau contrat social clair qui s\u2019exprimera par l\u2019égalité.relations décembre 1990 Fierté rallumée L\u2019ex-ministre québécois délégué aux Affaires autochtones du Québec, Raymond Savoie, a souligné, au cours d\u2019une conférence de presse annonçant la signature de VEntente-cadre avec le Conseil des Atikamekw et des Montagnais, qu\u2019il fallait que « l\u2019illogisme historique actuel face aux Atikamekw et aux Montagnais soit corrigé le plus tôt possible par un traité moderne qui permettra aux populations concernées de se développer normalement ».À l\u2019instar de plusieurs leaders sociaux et politiques québécois, le ministre reconnaissait donc qu\u2019il y avait une erreur à corriger, qui pèse lourd sur la réputation internationale du Canada et du Québec.Il aurait pu ajouter que permettre aux autochtones d\u2019occuper la place qui leur revient est un gage de paix sociale, face à une jeunesse moins patiente et plus radicale qui pousse, et peut certes favoriser le renforcement du pays.Dans l\u2019évolution lente, mais constante du dossier des premières nations au cours des vingt dernières années, il faut souligner que les gouvernements ont cherché des moyens de s\u2019approcher des autochtones.De leur côté, réunis dans plusieurs groupements politiques indé- 299 pendants, les autochtones du Canada ont commencé à parler de prise en charge, d'autonomie, de coexistence, de négociations d\u2019égal à égal et de peuples souverains.À ce moment, même parmi nous, ces mots ont fait peur.Nous avions si souvent été écrasés qu\u2019il nous restait peu de confiance en nous-mêmes.Notre fierté s\u2019est rallumée petit à petit comme la braise d\u2019un feu de camp presque éteint que la brise attise.Pour leur part, des fonctionnaires des gouvernements concernés par l\u2019évolution des autochtones ont été réticents au départ face à ces marques normales d\u2019évolution d\u2019une société.Ils ont cherché des méthodes pour bloquer cette longue et lente marche vers la délivrance.Mais toutes ces résistances ont été peine perdue parce que nos peuples avaient enfin retrouvé leur fierté.Ils rêvaient de prendre les décisions qui les concernaient.Ils rêvaient de faire leurs propres choix.Ils rêvaient de reprendre en main leur culture, leur éducation et leur développement.Ils rêvaient de retrouver une partie importante de leur territoire perdu.Ils rêvaient de se gouverner.Certains leaders allochtones, plus vigilants que les autres, devraient comprendre que le mouvement est maintenant devenu irréversible.Ils devraient saisir que les autochtones, écrasés par de nombreuses années de domination, ont désormais relevé la tête, redressé le dos et bombé le torse.Dans cette évolution des mentalités chez les autochtones, il devient évident que notre discours pessimiste des années passées doit changer.Ce discours n\u2019a pas les intonations qui sauront faire vibrer les jeunes.Il doit être plus moderne et plus encourageant pour l\u2019avenir.Il doit bien démontrer que nos aspirations les plus légitimes débouchent sur des résultats concrets et non pas sur du verbiage à caractère pleurnichard.C\u2019est toute une mentalité différente que nous devons développer, avec le discours qui l\u2019accompagne.C\u2019est pourquoi les Blancs doivent comprendre que nous n\u2019avons plus à quémander, mais que nous devons prendre, exiger, si nous voulons qu\u2019on nous traite d\u2019égal à égal.Ils doivent accepter que nous parlions en propriétaires et non en locataires.Ils doivent applaudir cette fierté qui fait que maintenant nous voulons précéder, et non plus suivre comme nous l\u2019avons malheureusement fait depuis l\u2019arrivée des Blancs ; que nous ne voulons plus répondre, mais bien questionner ; que nous ne souhaitons plus apprendre, mais enseigner ; 300 que nous ne désirons plus dire qu\u2019on nous a continuellement écrasés, mais affirmer nos capacités.Comme les Québécois En un sens, ce que nous souhaitons aujourd\u2019hui par les négociations, c\u2019est exactement ce que désiraient les Québécois des années 60 et qu\u2019ils ont obtenu par la suite : plus de pouvoirs pour se développer selon leurs propres choix, le respect de leur spécificité et la reconnaissance de leurs compétences.Plus encore, en constatant avec quelle rapidité certains allochtones s\u2019enrichissent avec les ressources de nos territoires ancestraux, nous sommes persuadés qu\u2019avec quelques minimes retombées de ces ressources, nous pourrions sortir du marasme de l\u2019assistance sociale qui nous avilit pour nous développer économiquement selon nos propres intérêts et dans le respect de cette nature que nous chérissons.Nous ne sommes pas historiquement et foncièrement des peuples d\u2019assistés sociaux.Nous ne voulons pas que notre développement économique se fasse sur la base de principes importés d\u2019ailleurs qui rejetteraient automatiquement, entre autres choses, l\u2019esprit de partage et de participation active aux prises de décisions qui nous anime depuis toujours.Puisque nous sommes les premiers habitants de ce pays, avec une langue, une culture et un mode de vie différents, nous constituons donc une société tout au moins aussi distincte que celle des Québécois.C\u2019est une partie importante de cette distinction que nous souhaitons faire reconnaître dans un nouveau contrat social avec les gouvernements du Canada et du Québec, en leur demandant surtout d\u2019oublier leur désir de faire de nous des Canadiens ou des Québécois comme les autres.Avec peu de moyens, nous avons réussi, au cours des siècles derniers, à garder cette distinction presque intacte.Nous avons protégé, tant bien que mal et souvent envers et contre tous, cette spécificité que l\u2019on voulait éteindre par toutes sortes de méthodes d\u2019assimilation.Nous sommes convaincus que les gouvernements doivent aujourd\u2019hui cesser ces folies stériles et accepter que nous soyons différents.L\u2019histoire millénaire a démontré que les autochtones ont toujours été des défenseurs de l\u2019environnement ; et si cet environnement a été détruit au cours des 100 dernières années en Amérique sous relations décembre 1990 le règne incontesté des allochtones, beaucoup plus rapidement qu\u2019il ne le fut jamais sous celui des autochtones, c\u2019est sans doute à cause des gestes inconsidérés d\u2019un développement trop rapide que la nature n\u2019a pas pu supporter.Car malgré les connaissances accumulées par les biologistes, il semble que certains allochtones ne se rendent pas compte que les activités industrielles et forestières, minières et hydroélectriques, poussées à l\u2019exagération, ainsi que les loisirs pratiqués à outrance sont incompatibles avec le respect de la nature prôné par les peuples amérindiens.Ce ne serait certes pas un geste d\u2019humilité inutile des Blancs que de voir dans la sagesse de la civilisation autochtone millénaire des avantages certains pour la protection de cet environnement que nous voulons tous, car il s\u2019agit de notre survie sur cette planète.Pour nous, l\u2019environnement n\u2019est pas un thème électoral qui durera le temps que durent les roses et permettra de distribuer des millions de dollars souvent inutilement, mais un mode de vie que nous voulons conserver et dont nous voulons démontrer les bienfaits à nos voisins.Notre projet de société Quelle que soit la façon de l\u2019exprimer, un projet de société existe bel et bien dans la société autochtone et depuis d\u2019ailleurs très longtemps.Il se fonde essentiellement sur deux grandes notions : le rapport à un territoire ancestral et la persistance d\u2019une culture particulière.Le rapport à un territoire ancestral est toujours bien vivant.Il concerne autant les chasseurs de métier que les autres.Il fait partie de l\u2019histoire, des légendes et de l\u2019identité.La persistance d\u2019une culture particulière est, elle aussi, toujours vivante.Elle est liée à la langue, à la parenté et à la notion de vie communautaire.Elle se distingue par sa façon différente d\u2019envisager la vie, le temps, l\u2019école, le travail, les enfants et les personnes âgées.Elle est cependant de plus en plus menacée parce que les autochtones vivent avec une société qui leur demande continuellement de s\u2019intégrer sans qu\u2019elle ne prenne la peine de connaître cette culture propre.Ce projet de société vise des objectifs précis : assurer l\u2019existence et le maintien du rapport au territoire ancestral et de la culture autochtone et permettre aux Amérindiens de s\u2019épanouir dans un contexte contemporain. Négociations : un moment historique pour tous les peuples autochtones.Certaines nations, comme les Atika-mekw et les Montagnais, sont déjà très avancées dans la définition de leur projet de société après avoir tenu de vastes consultations sous forme d\u2019états généraux.Le portrait qui s\u2019en dégage est très proche de ce que les Québécois ont réclamé et continuent de réclamer pour eux-mêmes : les pouvoirs nécessaires pour vivre et se développer comme ils l\u2019entendent sur un territoire qui leur appartient et qu\u2019ils peuvent exploiter suivant leur dynamique propre, en harmonie avec leurs voisins et en aménageant des ponts et des circuits d\u2019échanges chaque fois qu\u2019il est souhaitable de le faire.Dans ce projet de société, les compétences législatives du gouvernement des Atikamekw et celui des Montagnais s\u2019exerceraient, entre autres, dans les matières suivantes : la constitution, la propriété, la gestion des terres et les institutions, qu\u2019elles soient politiques, économiques, sociales ou culturelles.S\u2019il n\u2019est pas possible de refaire l\u2019histoire, comme on l\u2019a si souvent répété au cours des derniers mois, peut-être est-il possible, au moins, de mettre en place un nouveau contrat social entre les autochones et les allochtones qui réaménage les pouvoirs des uns et des autres et qui précise la cohabitation possible sur le territoire ?Il ne faut surtout pas oublier que la presque totalité des nations autochtones ne réclame pas une souveraineté totale sous forme d\u2019État-nation.Le réalisme aussi bien que l'évolution des sociétés modernes les amènent plutôt à revendiquer la plus grande autonomie possible, avec des pouvoirs spécifiques reconnus dans la constitution.En même temps cependant, elles ne veulent rien savoir de petits pouvoirs locaux de type municipal ou scolaire qui ne donnent aucun droit sur les ressources naturelles.Donner un sens au mot « négociation » La négociation territoriale, moment historique pour tous les autochtones, a une signification immensurable.Car ils ont tellement rêvé de la récupération d\u2019une partie de leurs territoires ancestraux qu\u2019ils ne se contenteront jamais d\u2019un règlement dont l\u2019issue serait autre.Ils préféreraient continuer à croupir dans l\u2019abomination actuelle plutôt que d'accepter la soumission à un traité moderne qui détruirait à tout jamais ce rêve de recouvrement d\u2019une partie du territoire de leurs ancêtres.La négociation territoriale, c\u2019est aussi le moment privilégié de la correction d\u2019une erreur historique qui remonte à quelque 400 ans.Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une simple prise en charge à rabais de services, pour soulager les gouvernements de leurs problèmes administratifs ; ni de laisser aux autochtones l\u2019odieux des coupures budgétaires ou l\u2019application des politiques gouvernementales difficiles à faire avaler, comme ça s\u2019est trop souvent passé au cours des dernières années.Il s\u2019agit d\u2019une prise en main totale de notre destinée, sur une terre bien à nous.Les parties, à toute table de négociation territoriale, doivent donc s\u2019ingénier à trouver les solutions nécessaires pour ne pas faire avorter cet instant historique.Et cela ne pourra être atteint que si le travail de négociation se fait sans carcan.Il ne faut surtout pas limiter les débats à un simple carré de sable.Il faut, au contraire, laisser l\u2019imagination et le coeur travailler.Pour ce faire, il faudra tenir compte, de part et d\u2019autre, de l\u2019attitude du « trop-tôt » de certains autochtones, marquée par un manque de préparation adéquate - dû à des années d\u2019écrasement - et par l\u2019absence de confiance en soi souvent volontairement alimentée ; et de celle du « trop-tard » des gouvernements du Canada et du Québec, marquée d\u2019abord par l\u2019appropriation scandaleuse et ensuite par une exploitation outrancière des terres réservées aux autochtones par la Proclamation royale de 1763.Ce défi du « trop tôt-trop tard >> nous oblige à inventer des méthodes d\u2019éta-pisme qui permettront, aux uns comme aux autres, d\u2019éviter de digérer une trop forte infusion en même temps, ce qui pourrait risquer de faire tout rater.Ces formes d\u2019étapisme doivent permettre aux autochtones d\u2019apprendre à utiliser à bon escient des pouvoirs nouveaux.Elles doivent être l\u2019apprentissage d\u2019une démocratie renouvelée et la reprise en main d\u2019un sens des responsabilités malheureusement perdu, dans certains cas, par de nombreuses années de domination.Voilà donc maintenant que nous devons écrire les pages les plus importantes de l\u2019histoire de certaines nations autochtones.Des pages qui lieront de nouveau et beaucoup plus solidement nos destinées aux voisins blancs, mais cette fois-ci dans un véritable pacte, plus relations décembre 1990 301 Canapresse sérieux et infiniment plus respectueux, dont le cadre devra être totalement différent.Nous aurons donc inventé et donné un sens à un mot qui n\u2019existe pas dans la très grande majorité des langues autochtones : négociation.Il ne faudra jamais que les futurs dictionnaires autochtones définissent ce mot péjorativement.Il ne devra jamais être synonyme de tromperie.Il devra être un bien beau mot d\u2019espoir, le prélude malheureusement long, mais nécessaire, du matin tant attendu.Quelques remèdes au lendemain de la crise Au-delà du traumatisme affectif causé par ce qu\u2019on a appelé « l\u2019été indien », les événements auront permis de mettre en évidence la pointe d\u2019un iceberg dérivant à mi-eau dans notre système social.Il nous faut agir rapidement et avec vigueur pour catalyser positivement les agressivités et les espérances de toutes les parties impliquées.Pour cela, les gouvernements doivent renoncer clairement à éteindre nos droits fonciers ancestraux, et le gouvernement fédéral doit cesser d\u2019être juge et partie en disposant des revendications territoriales dans lesquelles il est lui-même l\u2019intimé.Au-delà de la guerre des compétences fédérales-provinciales, les mécanismes qui doivent être mis en place nécessitent, pour leur efficacité, la présence à une même table d\u2019Ottawa, comme fiduciaire de la responsabilité historique des autochtones, et des provinces, comme gardiennes du territoire et de ses ressources et responsables de la plupart des lois qui régissent la vie des citoyens qui sont les voisins réels et obligés des autochtones.Ces mécanismes nécessitent aussi la parité avec la partie autochtone, qui se retrouve souvent minoritaire dans les structures de mise en oeuvre des ententes ou carrément absente des grandes commissions traitant de l\u2019avenir de notre société.Les palabres et les discours de principes devront aussi, des deux côtés, céder le pas à des demandes précises, concertées ; et les paramètres de discussion devront se cristalliser dans des ententes-cadres négociées de bonne foi par les parties impliquées.Pour réussir, ces débats exigeront plus de transparence et les attitudes extrémistes devront s\u2019atténuer.Les organisations autochtones, qui exigeaient en 1987 la reconnaissance pure et simple du droit inhérent à l\u2019autonomie gouvernementale, devront préciser face à l\u2019opinion publique québécoise et canadienne les grands éléments de cette autonomie, faute de quoi ils s\u2019exposent à des réactions d\u2019incompréhension et de peur des citoyens.Quant aux dirigeants des provinces, qui conditionnaient l\u2019existence et la définition même de ce droit au résultat d\u2019une négociation avec chacune des provinces, ils devront cesser de compter sur la naïveté des autochtones qui accorderaient une foi béate à la magnanimité condescendante, soudaine et nouvelle des provinces.Au niveau canadien, une nouvelle instance doit être mise sur pied immédiatement et doit jouer le rôle d\u2019un tribunal moral ou d\u2019un « ombudsperson » des revendications autochtones ; elle doit être paritaire, et dotée d\u2019une expertise de l\u2019univers juridique, spirituel et culturel autochtone.Son rôle consistera à accréditer les revendications globales (territoires ancestraux) et particulières (traités, terres de réserves et administration des fonds), à définir le niveau de pouvoir possible des gouvernements indiens dans le régime juridique canadien, à établir des priorités de négociation et un calendrier d\u2019opérationnalisation des dos- siers et à surveiller l\u2019application des ententes.Cet organisme devra, comme tout « ombudsperson », préparer un rapport annuel et rendre publiques ses recommandations.Il préparera l\u2019agenda de la prochaine conférence (constitutionnelle ou interprovinciale) sur les droits autochtones et oeuvrera de près avec toutes les provinces, y compris le Québec, à définir la plate-forme des relations entre les deux sociétés.Les provinces, et en particulier le Québec, ne peuvent être mises de côté dans le processus.Une commission d\u2019enquête, indépendante et itinérante, doit être créée au Québec (et même dans les autres provinces) afin d\u2019entendre les récriminations du milieu autochtone, de percevoir l\u2019opinion réelle de l\u2019ensemble des Québécois sur la question des droits territoriaux et d\u2019en dégager les solutions préconisées par ces mêmes Québécois.Dans le contexte actuel de réflexion sur son avenir, il est évident que le Québec ne pourra pas , en toute justice, ignorer dans sa future constitution la place des autochtones vivant ici, au risque de jeter un discrédit, tant au Canada qu\u2019à l\u2019étranger, sur toute sa démarche d\u2019autonomie.Quelle que soit, dans l\u2019avenir, la teneur du lien associatif du Québec avec le reste du Canada, nous devrons coûte que coûte trouver le forum « intercanadien » garantissant aux autochtones leurs droits acquis et le respect des alliances et traités historiques signés par nos ancêtres.Le statu quo est intenable ; l\u2019action nous est commandée tant par le passé que par l\u2019avenir.S\u2019ils se refusaient à négocier, avec ouverture d\u2019esprit, la reconnaissance des droits collectifs ancestraux des autochtones, le Québec et le Canada se condamneraient inévitablement au cliquetis des armes, à l\u2019opprobre international et à la gérance de la désobéissance civile.¦ m CBAR« POUR FAIRE LE CHANGEMENT est un guide pratique d\u2019analyse sociale.Il comprend des exercices simples et facilement applicables, à la portée de tout le monde.UN GUIDE UNIQUE EN FRANÇAIS ! Guy Paiement, travaille avec des groupes d\u2019action et de conscientisation depuis plus de vingt ans.S\t196 pages 8,95$ Disponible chez votre libraire 302 relations décembre 1990 REVEIL MONDIAL DES AUTOCHTONES par Julien Harvey On comprend mieux les événements récents dans le monde autochtone d\u2019ici lorsqu\u2019on réalise qu'ils font partie d\u2019une intense activité internationale.Une activité si considérable que les nombreux groupes nationaux se sont donné un organisme mondial de contact et d\u2019action, l\u2019International Workgroup for Indigenous Affairs (IWGIA), maintenant reconnu par le Conseil économique et social (ECOSOC) des Nations Unies1.Toute communauté qui a occupé un territoire pendant une très longue durée et qui est marginalisée sur ce même territoire peut se dire indigène et se joindre au IWGIA.Sans vouloir résumer ici les principales réalisations des années récentes, on peut rappeler ce qui suit.Si on aborde le monde autochtone par l\u2019extrême Nord, on constate que la Conférence inuit circumpolaire (ICC) existe depuis 1977 et a tenu l\u2019an dernier sa cinquième rencontre.Au Canada (500 000 autochtones, dont 46 000 au Québec), l\u2019Assemblée des premières nations a attiré l\u2019an dernier l\u2019attention mondiale sur des conflits comme celui des Cris lubicons, celui des Innu du Labrador-Nitassinan au sujet de la base militaire de l\u2019OTAN à Goose Bay, celui des Mohawks de Kanesatake.Aux États-Unis (4,5 millions d\u2019autochtones), des réclamations concertées de groupes amérindiens ont obtenu une enquête fédérale sur l\u2019administration du Bureau des Affaires indiennes (BIA), ont contraint le gouvernement américain à confier aux Amérindiens les recensements des réserves, ont limité le sans-gêne des anthropologues dans leur traitement des restes amérindiens pour les musées, amenant du même coup la création d\u2019un 1.Le Secrétariat général est à Copenhague, Fiolstraede 10, DK-1171 Copenhagen K, Denmark.Il publie un Rapport annuel en anglais et en espagnol, dont j\u2019utilise ici l\u2019édition de 1989.Musée national des Amérindiens, relié à la Smithsonian Institution, qui ouvrira ses portes dans quatre ou cinq ans.En Amérique Centrale et au Mexique (13 millions d\u2019indigènes), le premier Forum international sur les droits humains des indigènes a eu lieu en septembre 1989 à Oaxaca, au Mexique ; on y a condamné le génocide au Guatemala, au El Salvador, le refus du droit de vote au Costa Rica, la déportation des indiens Miskitos au Nicaragua.En Amérique latine (20,5 millions d\u2019autochtones), les mouvements de défense et de promotion sont trop nombreux pour qu\u2019on les cite ici ; signalons cependant la lutte des Yanomami du Nord du Brésil contre les violences des chercheurs d\u2019or.Dans les îles du Pacifique, la lutte des autochtones (15 millions) se concentre sur la menace des expériences atomiques et sur la militarisation croissante.En Australie, les indigènes sont moins nombreux (600 000), mais leurs difficultés et leurs luttes ressemblent étonnamment à celles que nous connaissons chez nous.À moins d\u2019être spécialiste de la question, on est plus étonné de constater que des nombres très considérables de personnes se définissent comme autochtones au Japon et en Chine (67 millions), en Inde (51 millions), en URSS (22 millions), en Asie du Sud-Est (30 millions), en Afrique (14 millions).Les visites du dalaï lama et son prix Nobel de la paix nous ont rendu plus concret le sort des Tibétains, mais qui nous parle des Ainu du Japon, des Hmong de Thaïlande, des Khants de Russie ?Des forums internationaux Depuis deux ans, une sous-commission du Conseil économique et social relations décembre 1990 des Nations Unies travaille à la rédaction d\u2019un projet de Déclaration universelle des droits des peuples autochtones, qui sera proposé un jour à l\u2019Assemblée générale pour adoption.Dans son état actuel, le projet contient 30 paragraphes : droits fondamentaux, droits collectifs (culture, langue, éducation), droits de propriété collective et individuelle (droit au sol, compensations, participation aux décisions concernant l\u2019exploitation des ressources naturelles), droit à la nature (habitat, subsistance), droits politiques (autonomie, association à la majorité, système judiciaire).Dans ce même contexte, le Bureau international du travail de Genève (BIT) avait accepté dès 1957 un Accord concernant les peuples indigènes dans les pays indépendants (Convention no 107) ; il l\u2019a remis à jour l\u2019an dernier (Convention no 169).C\u2019est un document de grande qualité, qui touche tous les aspects importants de la vie des groupes minoritaires.Il faut cependant remarquer que le Canada, avec l\u2019Argentine, le Brésil, le Pérou, le Japon et l\u2019Inde, ont constitué le bloc le plus réticent à l\u2019égard de cette entente, alors que les gouvernements les plus positifs ont été les pays Scandinaves, l\u2019Australie, le Portugal, en plus des représentations autochtones.Les groupes autochtones féminins sont également nombreux et actifs.La première Rencontre internationale des femmes indigènes s\u2019est réunie à Adelaide, en Australie, du 7 au 12 juillet 1989.On attendait 400 participantes ; il en est venu 1500 ! La deuxième rencontre a eu lieu en août 1990, à Karasjokka en Norvège.C\u2019est une ville du pays Saami, un groupe de 40 000 autochtones qui a obtenu en 1989 son Assemblée nationale, sans que les électeurs perdent leur droit de vote pour le gouvernement norvégien.Ce parlement de 39 membres peut prendre toutes les décisions concernant le groupe Saami.Il y a là quelque chose à connaître ! ¦ 303 « MIROIR, MIROIR, DIS-MOI.» par Myra Créé1 S\u2019il fallait réécrire Shakespeare à la lumière de la
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