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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet - Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1991-07, Collections de BAnQ.

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[" 450e anniversaire de la Compagnie de Jésus ®«fe 5WSB J aî'i&v seras SSÜSj sase agsaBgjgfeSi mMA ^mmm.$fâÊÈÈÊÊ?ÊÊkiÊ ^ A'K-: mm ïïm&Êmm a&f&ÈH 977003437800008 1§§§ de Vaccuejl, des^geova[umi ou du congr^ (SOCABl).\tRelations Colloque Bftu,T Lté catholique de\tmontréalaise re e\tdu années de la Soc,ete\tpour sa P^Æle\tdes projets du car exemple qua\u201c t radministration\t,a vil|e de Queoeu avons p0 ï\tsavoir sur notre grâce ài cei reseau ^ ^ mots clalrs tout\ttfeau, ville Se6 ou pr\"*»»\u2022\t^ cultu^-^^^*-^^ ssa»\u2018s&r*»s \"\t\u2014 Tu\"°\u2018 pour dépasser les relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras ASSISTANT À LA RÉDACTION Dominique Boisvert COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Moris- sette, Guy Paiement, Jean-Paul Rouleau, Francine Tardif.COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Ginette Boyer, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Yves Lever, Marc Maesschalck, Annine Parent-Fortin, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Nicole Riberdy, Maryse Robert, Henri Sader.BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an) : 20,35$ (tps inci.) À l\u2019étranger : 24,00$ Abonnement de soutien : 50$ Numéro d\u2019enregistrement pour fin de TPS : R119003952 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.162 relations juillet-août 1991 face à \u2019actualité- Où mènent les caisses populaires ?Les autochtones un an après Oka Nouvelles tendances syndicales LES TROIS DÉFIS DU MOUVEMENT DESJARDINS au panthéon des valeurs sûres, dans le Québec de l\u2019après-Bélanger-Campeau, un des socles les plus en vue revient de toute évidence au président de la Confédération des caisses Desjardins, Claude Béland.Avec un incroyable sourire, cet homme dirige « l\u2019incroyable force de la coopération » d\u2019une façon qui, sans nul doute, ferait plaisir à Alphonse Desjardins lui-même.Le principal génie de Claude Béland est d\u2019avoir compris que la fécondité des caisses populaires et d\u2019économie procédait de leur maillage intime avec le tissu social et national du peuple québécois et que, par conséquent, la gestion productive d\u2019un tel mouvement exigeait, au-delà des paramètres bancaires, la mise de l\u2019avant d\u2019objectifs sociaux et nationaux explicites et généreux.« Ce qui importe vraiment par-dessus tout, lançait-il en octobre 90 devant les participants aux États généraux de la coopération, c\u2019est de vérifier si la coopération constitue un véritable projet de société ou si, au contraire, elle n\u2019est qu\u2019une forme d\u2019entreprise qui se dit différente.» Le mois suivant, devant la commission Bélanger-Campeau, il jalonnait en quelque sorte la réponse à son interpellation en affirmant que pour le mouve- ment Desjardins, la configuration de ce projet de société serait résolument québécoise.Les coopérateurs accueillent avec un grand sentiment de satisfaction, pour ne pas dire d\u2019euphorie, ce qui se passe chez Desjardins.D\u2019une part, on est fasciné par la connivence entre l\u2019évolution actuelle et le rêve du fondateur, lequel, il y a près d\u2019un siècle, annonçait un projet de société québécoise originale, dont les caisses ne seraient qu\u2019un prélude.D\u2019autre part, on est impressionné, presque jusqu\u2019à l\u2019incrédulité parfois, d\u2019entendre de la bouche du patron du plus gros complexe financier québécois un discours où le caractère non capitaliste des valeurs et principes coopératifs est affirmé en toute simplicité et sérénité.Ce qui précède veut-il dire que le mouvement des caisses Desjardins est un édifice pratiquement achevé et dont il n\u2019y aurait plus désormais qu\u2019à gérer la maintenance ?Non.Même s\u2019il monte bien, l\u2019édifice est encore en chantier et ses architectes sont aujourd\u2019hui placés devant trois défis majeurs : celui de la démocratisation, celui de la lutte contre la pauvreté et celui de la contribution au développement coopératif.De quelle façon se pose le défi de la démocratisation ?La relations juillet-août 1991 163 force transformatrice de l\u2019action coopérative est liée à une tradition de démocratie directe, de participation.Mais comment conserver ce type de démocratie lorsque l\u2019organisation coopérative grandit et se complexifie ?À la tête d\u2019un réseau de 5 000 000 de sociétaires et de 1400 caisses, Claude Béland n\u2019est élu que par un conseil d\u2019administration de 32 personnes, lesquelles sont déléguées non directement par les caisses, mais par les onze fédérations qui représentent les caisses.Entre un sociétaire de caisse et un administrateur de filiale d\u2019une des sociétés de portefeuille de la confédération Desjardins, il y a près d\u2019une dizaine de paliers de délégation de pouvoir.Cela a-t-il encore une efficacité démocratique ?Pour un harnachement plus fécond de l\u2019énergie en provenance de la base, il semble que les caisses, tout en demeurant liées à leurs fédérations respectives, devraient être affiliées directement à la confédération, de façon que les congrès de cette dernière soient décisionnels, détenant entre autres le mandat particulier d\u2019élire l\u2019exécutif et le président.En quels termes se formule la question de la lutte contre la pauvreté ?Historiquement, l\u2019action coopérative est apparue comme une réponse à la misère.« Fille de la nécessité » disent les historiens.Dans le contexte d\u2019appauvrissement actuel de notre société, conséquence des politiques néo-libérales, à quelles conditions l\u2019application des principes et des règles de la coopération peut-elle représenter une formule de remplacement pour les défavorisés et les marginaux ?Et si elle s\u2019avère incapable d\u2019affronter le défi de la pauvreté, la coopération ne risque-t-elle pas de se disqualifier par rapport à sa vocation historique ?Un an après les événements qui ont fortement ébranlé la crédibilité tant des politiques gouvernementales que de la cause autochtone dans l\u2019opinion publique, ici comme à l\u2019étranger, il importe de faire le point : non pas pour évaluer les suites concrètes du fait divers vécu en 1990, mais plutôt pour mesurer l\u2019évolution de quelques problèmes fondamentaux qui sous-tendaient les événements d\u2019Oka.C\u2019est la meilleure façon d\u2019évaluer le risque de reprise des tensions que nous avons connues.Une politique québécoise.Le 19 février 1991, le ministre délégué aux Affaires autochtones du Québec, M.Christos Sirros, rendait public un processus devant aboutir, à l\u2019hiver 1992, à une politique gouvernementale globale en matière autochtone.Ce processus comprend trois étapes : document d\u2019un groupe de travail interministériel et colloques régionaux permettant aux autochtones et aux autres observateurs de formuler des pistes de solutions en vue d\u2019une politique ; puis un livre (probablement rouge) élaboré par le groupe interministériel et contenant les éléments préliminaires de la politique, suivi d\u2019une rencontre avec les interlocuteurs de la première étape ; et enfin, un projet de politique, suivi d\u2019une consultation et d\u2019une commission parlementaire.On ne peut que se réjouir, à première vue, de l\u2019effort de définition d\u2019une politique globale par le gouvernement du Québec.Car les autochtones se sont plaints très souvent, par le passé, de la sectorialisation de leurs dossiers dans chacun des ministères et chacun des programmes gouvernementaux.Le processus annoncé a tout au moins le mérite de reconnaître l\u2019absence Enfin, comment le mouvement Desjardins doit-il promouvoir le développement coopératif ?Est-ce en créant lui-même des entreprises déléguées dans différents secteurs ou en collaborant à la mise en place, dans la société québécoise, de conditions sociales, politiques et financières pour qu\u2019un peu partout, des personnes se regroupent et se donnent des entreprises coopératives autonomes, afin de répondre à leurs besoins ?En d\u2019autres mots, l\u2019idéal consiste-t-il à constituer un holding ou à favoriser l\u2019intercoopération ?Ces trois défis sont déjà inscrits au programme d\u2019action du mouvement Desjardins.La démocratisation sera l\u2019objet du prochain congrès, qui se tiendra à l\u2019automne ; la lutte contre la pauvreté est menée principalement à travers le Forum pour l\u2019emploi ; et la contribution au développement coopératif passe, de façon importante, par la collaboration au processus des États généraux de la coopération, qui culminera l\u2019an prochain et d\u2019où doit sortir un plan stratégique du développement des coopératives au Québec.Chacun de ces trois défis possède son axe bien spécifique, mais leur réussite sera commune ou ne sera pas du tout.Claude Béland, plus que tout autre, sait à quel point la lutte contre la pauvreté doit pouvoir compter sur une stratégie de développement coopératif et comment l\u2019engagement profond de son mouvement à la poursuite de tels objectifs a besoin d\u2019un processus de démocratisation permettant aux assemblées générales des caisses d\u2019avoir plus d\u2019initiative dans la conduite du mouvement.¦ Joseph Giguère APPRIS ?actuelle de politique globale et les misères d\u2019une approche au cas par cas.Déjà, le Conseil des ministres avait adopté, le 9 février 1983, une série de quinze principes et l\u2019Assemblée nationale avait par la suite adopté, le 20 mars 1985, une résolution sur les droits autochtones.Mais le vrai problème n\u2019est pas là : il réside plutôt dans l\u2019incapacité à reconnaître de façon pragmatique l\u2019urgence des problèmes, dans les limitations intrinsèques de ces principes et de leurs prémisses et dans l\u2019absence de volonté politique de les mettre en application avec ouverture d\u2019esprit et générosité1.Espérons que le projet de politique ne connaîtra pas le même sort que les principes et la résolution qui l\u2019ont précédé.Quant aux leaders autochtones, ils ont réagi à cette annonce d\u2019intention par des exigences d\u2019action immédiate.Le fédéral ne veut pas être en reste.Le 23 avril 1991, le premier ministre du Canada, M.Brian Mulroney, annonçait la création d\u2019une commission royale d\u2019enquête sur « la situation économique, sociale et culturelle des peuples autochtones au pays ».Le charisme et la crédibilité d\u2019Ed Broadbent seraient mis à contribution.Le fédéral mettra aussi sur pied une commission 1.Mentionnons, à titre d\u2019exemple, que le dernier paragraphe de la résolution du Québec convient de mettre en place un forum permanent de discussion, de communication et de recherche de solutions aux dossiers autochtones, devant leur permettre de faire reconnaître leurs droits, leurs aspirations et leurs besoins.Ce forum n\u2019a jamais été sérieusement considéré au-delà de rencontres protocolaires et d\u2019échanges de bons procédés.UN AN APRÈS, A-T-ON 164 relations juillet-août 1991 des revendications particulières, injectera des fonds supplémentaires dans le règlement des revendications, priorisera, d\u2019ici l\u2019an 2000, le dossier territorial de la Colombie-Britannique et augmentera les fonds relatifs à l\u2019éducation secondaire.On annonçait aussi l\u2019examen possible de revendications antérieures à la Confédération de 1867, ce qui devrait améliorer les chances de règlement de plusieurs contentieux importants au Canada.La réplique autochtone à cette annonce a été particulièrement cinglante, certains dénonçant le fait « que les autochtones ont déjà été étudiés jusqu\u2019à l\u2019os » depuis quelques années, d\u2019autres reprochant au processus un nouvel étalage de la misère autochtone sur la place publique.Il faut s\u2019interroger, ici aussi, sur la volonté réelle d\u2019agir d\u2019Ottawa ; car on ne fait rien pour corriger le caractère restrictif des trois grandes politiques actuelles du fédéral à l\u2019égard des autochtones : celle des revendications territoriales globales concernant les droits ancestraux, celle de l\u2019autonomie gouvernementale concernant la mise en place de gouvernements indiens et celle des revendications particulières, concernant le respect des droits issus de traités et les manquements du gouvernement fédéral dans sa responsabilité de fiduciaire.Soulignons que plusieurs leaders autochtones et allochtones sont déjà venus, devant le Comité fédéral permanent des affaires autochtones, claironner leurs récriminations et identifier des pistes de solutions.On se rappellera aussi que de nombreuses recommandations majeures et positives dorment toujours sur les tablettes du ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada à la suite du rapport Penner, du Comité spécial sur l\u2019autonomie politique des Indiens, en octobre 1983 et du rapport Coolican, du Groupe d\u2019études sur la politique des revendications globales, en décembre 1985.Ces commissions ont, à l\u2019époque, fait le tour du pays et rencontré les collectivités autochtones qui y ont dénoncé leurs conditions de vie, leur absence de pouvoir et le mépris de leurs droits ancestraux.Par-delà l\u2019apparente préoccupation du gouvernement fédéral, il est loin d\u2019être sûr que l\u2019enquête royale projetée produise d\u2019autres résultats que de nouvelles déceptions.Le mea culpa de l\u2019Assemblée des premières nations du Canada.Plusieurs nationalistes se sont étonnés, avec raison, que les revendications des nations autochtones, comme peuples distincts, ne s\u2019identifient pas davantage aux revendications du peuple québécois.Il semblait, au contraire, que la position de plusieurs leaders autochtones était radicalement antiquébécoise, certains allant même jusqu\u2019à proposer une 2.Voir Relations, mars 1991, p.35-36.partition du Québec au profit du Canada.En même temps, pourtant, certains leaders autochtones d\u2019ici exprimaient, dans le cadre de la Commission Bélanger-Campeau, des positions nettement plus sympathiques à l\u2019égard du nationalisme québécois et le Parti Québécois lui-même, lors de son congrès de janvier dernier, manifestait une ouverture d\u2019esprit (théorique) remarquable en matière de reconnaissance des droits autochtones2.Le 25 avril dernier, on assiste à une volte-face spectaculaire du chef de l\u2019Assemblée des premières nations du Canada, M.George Erasmus, devant des journalistes médusés.Il veut réparer certains dommages auxquels il a contribué, comme le manque de communication et l\u2019hostilité entre les communautés autochtones et allochtones.À la veille de quitter le poste le plus important des organisations autochtones du pays, il a le courage de prendre sa part du blâme, il demande pardon et souhaite un modus vivendi acceptable à tous.Il propose une association tactique avec un « allié naturel », le Québec, pour défendre des amendements constitutionnels qui permettraient à la communauté québécoise et aux nations autochtones d\u2019exprimer et de contrôler leurs spécificités respectives.Le Québec, par la voix de son ministre responsable des Affaires intergouvemementales, M.Gil Rémillard, devait s\u2019empresser à la fois de se réjouir de cette volte-face et d\u2019affirmer la différence des revendications des deux parties.La suite de l\u2019histoire.Pour la suite des événements, il faudra particulièrement surveiller les situations suivantes : -\tla tentative de Frank McKenna, au Nouveau-Brunswick, de donner aux 8000 autochtones de cette province une voix à l\u2019assemblée législative ; -\tl\u2019existence, le mandat et les travaux encourageants de la Commission indienne tripartite de l\u2019Ontario qui jouit, depuis 1978, d\u2019une autorité indépendante dans le processus de négociation concernant les droits autochtones dans la province ; -\tl\u2019attitude du Québec à l\u2019égard de la négociation qui doit s\u2019amorcer prochainement avec les Inuit du Nunavik pour la mise en place d\u2019un gouvernement autonome au nord du 55ième parallèle ; -\tl\u2019ouverture d\u2019esprit du Québec dans la reconnaissance d\u2019une plus ou moins grande autonomie judiciaire pour les communautés mohawks ; -\tla reprise du débat constitutionnel canadien et la place qui y sera faite aux droits et aux intérêts autochtones.¦ René Boudreault Analyste et conseiller pour les dossiers autochtones DU NEUF CHEZ LES SYNDICATS ?Participation, coopération, concessions, concertation, partenariat : autant de termes qui surgissent du paysage syndical et qui apparaissent comme des nouveautés.S\u2019agit-il de revirements de la part des syndicats face à des patrons qui semblent avoir raffiné leurs stratégies, depuis une décennie surtout, pour s\u2019assurer la plus entière collaboration des salariés ?Et voilà ! Le mot est lâché.Les organisations syndicales verseraient maintenant dans la collaboration, la collusion même, pour ne pas dire la trahison, ce dont certains les accusent.À l\u2019in- verse, d\u2019autres observateurs y voient comme un délestage bénéfique des attitudes extrémistes, de l\u2019affrontement à tout prix, pour une stratégie plus pragmatique, plus réaliste, qui tient compte de la conjoncture de crise et de la compétitivité internationale.Comment réfléchir sur ces changements d\u2019attitudes syndicales sans verser ni dans une vision fataliste de nécessité conjoncturelle, comme si le mouvement syndical ne pouvait rien y changer, ni dans l\u2019accusation de haute trahison, comme si la partie était définitivement gagnée par les maîtres dès lors que relations juillet-août 1991 165 la lutte ne prend pas l\u2019allure d\u2019une bataille rangée ?Existe-il des repères qui nous permettraient de commencer à démêler ces écheveaux et à trouver de meilleurs qualificatifs pour décrire ces changements de stratégies syndicales ?On sait que depuis la Seconde Guerre mondiale, les rapports entre patrons et salariés s\u2019étaient articulés sur la base d\u2019un compromis social : les salariés obtenaient, après une phase de dures luttes, la reconnaissance syndicale, le droit de négocier les salaires et un certain nombre de conditions afférentes.En échange de cette concession, les salariés se voyaient exclure de l\u2019organisation de leur travail, de la gestion de l\u2019entreprise ; ce genre d\u2019exclusion se reproduisait ailleurs aussi, dans les rapports entre l\u2019État (providence) et les citoyens, par exemple.Ceci illustre bien la portée sociale et politique d\u2019un tel modèle de rapports sociaux.Par contre, ce compromis comporte aussi des gains importants pour les classes ouvrière et populaire tout comme l\u2019avaient fait la semaine de 48 heures et le droit de vote, au cours du siècle précédent.On sait aussi que dès la fin des années 1960, les salariés ont commencé à faire éclater ce compromis, en refusant de plus en plus les conditions pénibles de l\u2019organisation du travail typique des chaînes de montage.En même temps que montaient les aspirations sociales à la participation, on remettait de plus en plus en cause le gaspillage, la contre-productivité du productivisme industriel.On se rappelle, à ce sujet, les grandes protestations du mouvement de mai 1968 en Europe et du mouvement contre-culturel de Californie, ainsi que les revendications autogestionnaires des années 1970.Ces protestations et ces nouvelles demandes sociales ont en bonne partie provoqué la crise qui perdure aujourd\u2019hui.Face à l\u2019effritement des gains de productivité, largement dû au refus des ouvriers de n\u2019être considérés que comme des exécutants, les entreprises se sont mises à explorer, surtout à partir de la deuxième moitié des années 1970, de nouvelles formes d\u2019organisation du travail pour retrouver l\u2019implication, forcée ou pas, des salariés dans leur travail.À travers ces expérimentations très différenciées, on peut, en simplifiant un peu, retracer trois orientations principales des stratégies patronales.Tout d\u2019abord, une réaffirmation du modèle classique, avec ses méthodes tayloristes de l\u2019organisation du travail, le renforcement des contrôles grâce au support des nouvelles technologies et la diminution du coût du travail par l\u2019utilisation de la sous-traitance et du travail précaire.Nous pourrions appeler ce modèle « néo-tayloriste ».Est également mis de l\u2019avant un modèle « individualiste », où l\u2019employeur recherche, par différentes stratégies (culture d\u2019en- treprise, enrichissement des tâches, cercles de qualité), l\u2019identification de la salariée ou du salarié aux objectifs de l\u2019entreprise, sur une base individuelle, en faisant tout pour contourner les syndicats et les conventions collectives.Enfin, on voit aussi émerger un modèle « démocratique », résultat de négociations et non de la seule initiative patronale.Un tel modèle rencontre les objectifs patronaux de productivité, certes, mais il peut aussi répondre aux demandes de reconnaissance, d\u2019exercice de l\u2019initiative, d\u2019implication, de respect du syndicat.Disons tout de suite que, dans le cas de l\u2019organisation néotayloriste, les organisations syndicales savent à quoi s\u2019en tenir.Elles connaissent les règles du jeu et y ont éprouvé depuis longtemps leurs stratégies de défense des intérêts des salariés.De même, la grande méfiance des syndicats envers les stratégies patronales du deuxième type est tout à fait justifiée, puisqu\u2019ils s\u2019en trouvent exclus.C\u2019est dans le troisième modèle d\u2019innovation que se trouve aujourd\u2019hui le véritable enjeu, tant syndical que social.S\u2019agit-il d\u2019un élargissement des droits syndicaux à des domaines dont ils étaient exclus par le droit de gérance, élargissement qui pourrait déborder dans d\u2019autres secteurs que le travail ?Certes, les jeux ne sont pas encore faits, à ce moment-ci.Il existe une grande variété de cas et une multitude de nuances entre ces expérimentations, ce qui suppose d\u2019examiner chaque situation, en se méfiant de toute généralisation.Les syndicats doivent rester constamment vigilants ; certains d\u2019entre eux cherchent d\u2019ailleurs à prendre l\u2019offensive, lorsque les circonstances se présentent, pour amener le patron, au-delà des discours, à offrir une véritable participation négociée des salariés et de leur syndicat.C\u2019est là, nous semble-t-il, la meilleure avenue pour en arriver à un nouveau compromis social, qui non seulement associerait les salariés à la gestion, mais qui pourrait aussi être le début d\u2019une véritable participation de la population, tant au plan social qu\u2019au plan politique.Une telle position suppose, certes, que les syndicats coopèrent, comme ce fut toujours le cas dans les négociations, malgré et à travers les luttes.Mais dans ce type de coopération, on se trouve bien loin de la collaboration et surtout de la collusion et de la trahison.Car il s\u2019agit bien ici d\u2019une véritable lutte sociale en vue d\u2019un peu plus d\u2019émancipation pour les classes ouvrière et populaire.¦ Jacques Boucher et Paul R.Bélanger Département de sociologie de l\u2019UQAM BIBLIQUIZ (Le jeu du Nouveau Testament) Pour apprendre à connaître les lieux, les personnages, les écrits et les coutumes à l'époque de Jésus, Préparé par des professeurs de la CÉCM, supervisés par une conseillère en éducation chrétienne.COÛT: commande postale: 25 $ + frais d\u2019envoi + TPS + TVQ = 32,06 $ acheté directement à SOCABI: 25 $ + TPS + TVQ = 28,89 $ Commandez à: SOCABI Société catholique de la Bible, 7400 bout.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1 tél.: (514) 274-4381 166 relations juillet-août 1991 A i i* i DOSSIER\t Québec _en ville !_\t Partir à la découverte d\u2019une ville, quel beau projet estival ! Surtout quand cette ville s\u2019appelle Québec et que l\u2019ambition est de la hisser à la hauteur de son histoire, audacieuse et créatrice.Ville de Québec QUE FAISONS-NOUS DE L\u2019HÉRITAGE ?par Pierre-André Fournier1 debout, sur la terrasse Dufferin, le visage tourné vers le fleuve, Michel Chartrand, dans le récent film « Un homme de parole », poétise sa passion pour l\u2019infinité du paysage de Québec.C\u2019est une belle scène.Très belle ! Ce cri du coeur, nous l\u2019entendons - vous n\u2019êtes pas étonné ?- au tournant de plusieurs pages du présent numéro de Relations sur la ville de Québec.Irrépressible, ce cri : c\u2019est aussi mon expérience.Mais en quoi Québec est-elle plus qu\u2019une ville « de toute beauté » ?Joue-t-elle un rôle vraiment capital-e ?Rayonne-t-elle autant qu\u2019elle le pourrait et devrait ?Pourquoi a-t-elle encore autant de difficultés à garder en ses murs une bonne partie de la crème de ses artistes ?Ses citoyens et citoyennes les plus fragiles ont-ils la place qui leur revient ?Y a-t-il une volonté ferme et commune de lutter contre certains fléaux comme le chômage, la pollution, un développement basé principalement sur les intérêts financiers ?Le goût que laisse cette brochette d\u2019articles, c\u2019est celui de travailler à hisser Québec à la hauteur de son histoire, audacieuse et créatrice.Paul Tremblay traduit ce sentiment par l\u2019expression pertinente « comme un effet de serre ».C\u2019est comme si Québec portait en elle tout ce qu\u2019il faut pour éclater avec encore plus de force au grand jour, mais qu\u2019il manquait des liens organiques nécessaires entre ses différents éléments : les pouvoirs politiques et économiques, les réseaux d\u2019éducation et de culture, les institutions de service, les groupes d\u2019action sociaux ou populaires.Il y a là une synergie à développer qui est tout un défi.Lors du Colloque de mai à l\u2019Université Laval, marquant le Centenaire de l\u2019encyclique Rerum Novarum, la Faculté de théologie s\u2019était faite partenaire des gens impliqués à la base dans les questions sociales en organisant trois grandes activités en milieu populaire.Le franc succès de cet événement devrait être un exemple à suivre pour les autres facultés de cette université francophone qui jouit déjà d\u2019un enviable prestige international.168 Oui, le tourisme est important à Québec, parce qu\u2019on ne peut enfouir un tel trésor, mais il faut un tourisme qui se renouvelle, se modernise.En cela, l\u2019article de Marc Pelchat, « Tourisme et pastorale », est prophétique.De nouvelles solidarités ont été établies pour que les visiteurs puissent entrer en contact plus intimement avec les racines exceptionnellement mystiques de la capitale.Le touriste inspiré devient pèlerin, fasciné par la vie aventureuse des trois bienheureux : François de Laval, Catherine de Saint-Augustin et Marie de l\u2019Incarnation.Le Vieux Québec intra-muros devenu « Terre Sainte ».Pourquoi pas ?Ville de paradoxe D\u2019autres collaborations entre différents secteurs semblent plus difficiles à réaliser.Québec aussi porte ses paradoxes.D\u2019un côté, il y a eu l\u2019étalement démographique accéléré des citadins vers les banlieues tous azimuts ; d\u2019un autre côté, on a l\u2019impression que le coeur de la cité a perdu, par ce phénomène, une partie de sa capacité respiratoire.Et c\u2019est toute la Communauté urbaine de Québec qui écope, parce qu\u2019on ne peut isoler le présent et l\u2019avenir de Québec de celui de toutes les villes de la CUQ.« Ville d\u2019eau, ville d\u2019ombre, ville d\u2019art » de Richard Dubois est un vigoureux et coloré souffle d\u2019interpellation et d\u2019espoir.L\u2019article rappelle, aux édiles municipaux entre autres, leur rêve, partagé lors de la campagne électorale, de faire en sorte que la culture soit à Québec ce que l\u2019automobile est à Détroit.Sa requête s\u2019adresse à juste titre aux divers paliers de gouvernement.On retrouve dans ce dossier des parallèles entre Québec et Montréal.Ces rapprochements ne sont pas à considérer comme de simples velléités de rivalité historique.Paradoxe également décrit dans l\u2019article de Vivian Labrie.Comment dévelop- relations juillet-août 1991 per une ville pleine de potentiel comme Québec, à partir des besoins humains des gens que plusieurs considèrent comme étant les moins rentables ?Voilà un défi énorme et lumineux que nous lance cette Québécoise qui, lors de l\u2019année de l\u2019alphabétisation (1990), a été invitée par l\u2019Unesco à donner à Paris une conférence sur ce sujet.Une cité qui écoute de plus en plus la vie réelle des gens et des quartiers, qui écoute, en particulier, les appels des sans-voix, ne pourra que grandir humainement.C\u2019est d\u2019ailleurs la voie que propose Louise Quesnel : Saint-Roch, quartier de la Basse-Ville, se prépare, non sans douleur, à faire respirer davantage le grand Québec si les décideurs trouvent les « moyens » de donner suite aux voeux exprimés par plusieurs éléments de sa population, lors des audiences de la Commission touchant l\u2019avenir du quartier (automne 90).Ce dossier très diversifié, encore que forcément incomplet, porte le message suivant : Québec, je t\u2019ai regardée.C\u2019est toi mon histoire, notre histoire.Comme une graine apportée par de forts vents de mer déposée en terre, tu as germé au bord du fleuve, grandi au pied de la falaise et étendu tes racines bien au-delà.Aujourd\u2019hui c\u2019est un autre visage qui nous apparaît.Qu\u2019en ferons-nous ?Que faisons-nous de l\u2019héritage ?Notre présent, notre passé, notre futur, tout prend un sens.L\u2019oubli devient présence et le doute fait place à la certitude : « Ici, j\u2019ai quelque chose à bâtir2 ».¦ 1.\tL'auteur est curé de la paroisse Saint-Roch et président de la région pastorale Québec-Centre.2.\tÉpilogue de la dramatique présentée sur le parvis de l\u2019église Saint-Roch, en juin 90, par le Café des arts de Québec.Cette dramatique a pour titre : « Les Mystères de la Basse-Ville ». QUÉBEC, VILLE ORPHELINE par Louise Quesnef Vî5r .T.' J», Zrt' *¦*\"- -i-'tfcwb tà|B Qi VT depuis vingt ans, la population de la grande région de Québec s\u2019est accrue de 3,3 %, tandis que celle de la ville de Québec a diminué de 0,8 %.Ces pourcentages, qui varient énormément selon que l\u2019on considère les quartiers centraux ou périphériques de la ville (Quesnel, 1991 :23), situent d\u2019emblée la question du développement socio-économique dans la région.À la faveur d\u2019une urbanisation rapide et étalée des deux rives du fleuve Saint-Laurent, le développement non coordonné des ensembles résidentiels, des équipements collectifs et privés et des centres d\u2019emploi, a modelé un tissu urbain qui montre, aujourd\u2019hui, les signes d\u2019une situation inquiétante.Il faut donc bien situer le niveau d\u2019intervention auquel on s\u2019adresse, puisqu\u2019une analyse assez précise est essentielle pour poser un diagnostic réaliste 1.L\u2019auteure enseigne au département de Science politique, à l\u2019Université Laval ; elle est présidente de la Commission consultative sur le Plan d\u2019action du quartier Saint-Roch, à Québec.sur ce milieu étendu et diversifié.De plus, une approche efficace s\u2019appuie sur le postulat de l\u2019interdépendance étroite entre ces diverses réalités régionales.Car la croissance démographique étant ce qu\u2019elle est, toute augmentation d\u2019un côté est liée à un déplacement de l\u2019autre.La question du développement de la ville centrale et de son centre est donc en même temps la question du développement de la région.Dans ce cas, les parties ne peuvent être séparées du tout et la dynamique de l\u2019ensemble est étroitement liée à celle de ses parties centrales.Tendances Un regard sur les transformations récentes de Québec montre des tendances positives et d\u2019autres qui sont plutôt négatives.Commençons par les premières.À la faveur d\u2019une politique de revitalisation urbaine, certains quartiers centraux de la ville de Québec, comme le relations juillet-août 1991 Vieux Québec et le quartier Montcalm, affichent une vitalité nouvelle.Gentrifica-tion des populations résidentes, rues commerciales actives, taux de chômage moins élevé qu\u2019ailleurs sont autant de manifestations d\u2019une amélioration des conditions dans ces quartiers.À une très faible distance de ces îlots urbains bien nantis, se trouvent par ailleurs des quartiers moins privilégiés par les politiques urbaines et la conjoncture économique.Délaissés au profit de territoires périphériques bien desservis par un réseau autoroutier surdéveloppé, les îlots centraux de la Haute-Ville (Saint-Jean-Baptiste) et de la Basse-Ville (Saint-Roch) ont été durement touchés par des interventions urbanistiques visant à stimuler la relance économique.Ainsi, des édifices ont été démolis ou sont inoccupés depuis plusieurs années, suite à des expropriations visant à offrir des espaces libres aux futurs investisseurs.Des « trous urbains » caractérisent maintenant le centre de la ville de Québec, comme on les connaissait déjà dans des villes étrangères comme Détroit ou même San Francisco.Ces « trous » rongent les villes de l'intérieur, 169 puisqu'ils dessinent un environnement peu stimulant, voire repoussant, qui laisse difficilement voir le potentiel qui s\u2019y trouve pourtant encore, malgré tout.En quoi consiste donc ce potentiel ?Au-delà du discours apologétique à saveur exagérément patrimoniale, on ne peut en ignorer la situation centrale et les avantages qui pourraient en découler pour les quartiers concernés.On ne peut, non plus, considérer comme acceptable et presque normal que les em- Quelques lueurs d\u2019espoir sont pourtant apparues au cours des dernières années, avec le Sommet économique de la région de Québec en 1983, la Commission d\u2019étude sur la Ville de Québec en 1986, peut-être même l\u2019élection du Rassemblement populaire en 1989.Mais à de grandes attentes succèdent souvent, dans l\u2019immédiat, de grandes déceptions.Les engagements qui émergent dans le feu des représentations politiques demeurent au niveau du discours et il LE GRAND QUÉBEC Créée en 1969, la Communauté urbaine de Québec (CUQ) a vu le nombre de ses villes membres passer de 27 à 13, à la suite de fusions ou d\u2019annexions.S\u2019étendant sur la rive Nord du Saint-Laurent, sur une superficie de 550 km carrés, dont les deux tiers ont une vocation agricole ou forestière, la CUQ regroupe près de 470 000 personnes réparties dans treize municipalités qui sont, par ordre d\u2019importance démographique : Québec, Sainte-Foy, Charlesbourg, Beauport, Lorette-ville, L\u2019Ancienne-Lorette, Val-Bélair, Sillery, Cap-Rouge, Vanier, Saint-Augustin-de-Desmaures, Lac-Saint-Charles et Saint-Émile.plois gouvernementaux soient déplacés vers les banlieues ou vers d\u2019autres villes métropolitaines, alors que Québec et son centre-ville ont été créés principalement pour remplir ces fonctions de gestion publique.L\u2019emploi dans le secteur administratif représente l\u2019un des piliers majeurs de l\u2019économie régionale et tout déplacement significatif en ce domaine se répercute durement sur le dynamisme de la ville et de la région.Mais, fort heureusement pourrions-nous dire en cette période de restrictions des effectifs dans la fonction publique, le dynamisme local puise aussi à d\u2019autres sources.Celles-ci se trouvent du côté des très nombreuses organisations et associations qui déploient des efforts persistants, depuis au-delà de trente ans, afin de redonner vie au centre-ville ou de préserver le peu qu\u2019il en reste.Groupes de résidants, organismes culturels, regroupements de gens d\u2019affaires, tous unissent leur voix dans la recherche de solutions aux problèmes de la ville.Mais y a-t-il quelqu\u2019un pour les entendre ?Qui prendra son avenir à coeur ?Ville orpheline, Québec n\u2019a pas de parents qui prennent à coeur son devenir.170 semble difficile, sinon impossible, de les traduire en mesures adéquates et efficaces.Voyons quelques illustrations.De la part du gouvernement provincial, on ne trouve pas d\u2019appui significatif à la ville dite « capitale », qui n\u2019est pas favorisée par les mesures récemment annoncées.La possibilité de la réduction substantielle des « en-lieux-de-taxes » la touche au contraire plus durement que d\u2019autres villes, tout comme les nouvelles charges dans le domaine du transport en commun.Par ailleurs, des investissements publics continuent d\u2019être consentis pour la construction d\u2019écoles dans les banlieues périphériques, tandis que la ville centrale et les banlieues adjacentes souffrent durement de la restructuration du tissu social.Vieillissement de la population, disparition quasi totale des enfants dans certains quartiers, concentration d\u2019itinérants dans certains îlots et visibilité accrue de la criminalité, etc.Cette situation rend inévitable l\u2019émergence d\u2019une demande accrue pour des services au niveau local, au moment même où des villes comme Québec ne trouvent pas, auprès du gouvernement provincial, l\u2019aide nécessaire pour faire face à ces besoins.Parmi les penseurs des politiques de développement au Québec, d\u2019aucuns ont appuyé une orientation centrée sur Montréal, ville métropole, et d\u2019autres se sont montrés partisans d\u2019une approche principalement axée sur les régions.Où sont donc ceux qui pourraient promouvoir une relations juillet-août 1991 politique où la ville de Québec occuperait une place privilégiée ?Le discours est abondant : ville historique, ville capitale, ville du patrimoine mondial.Mais il occulte une absence d\u2019interventions telle qu\u2019il y a même lieu de s\u2019interroger sur l\u2019existence d\u2019une volonté d\u2019agir à l\u2019intérieur de sa propre maison.Plusieurs ont accueilli avec scepticisme les consultations tenues à l\u2019automne 1990 concernant le plan d\u2019aménagement du quartier Saint-Roch.Pourtant, à cette occasion, un consensus impressionnant s\u2019est dégagé au sujet de l\u2019urgence de mesures correctrices et d\u2019interventions qui agissent comme supports au développement socioéconomique du centre-ville, et partant de l\u2019ensemble de la ville et de la région (Commission consultative sur le Plan d\u2019action, 1991).Mais, dans l\u2019immédiat, des mégaprojets tels que l\u2019agrandissement du Centre des congrès et la construction d\u2019un nouveau Colisée semblent constituer les principales préoccupations des responsables municipaux.Pour certains, il est prématuré d\u2019affirmer que les nouveaux élus maintiennent ainsi une approche qui a connu peu de succès à Québec, depuis une trentaine d\u2019années, en ce qui concerne la relance du centre-ville.Pour d\u2019autres, comme le conseiller municipal du quartier Saint-Roch, qui a rompu avec le parti de la majorité élue en 1989, la représentation des intérêts de ses commettants ne peut être conciliée avec les priorités de l\u2019administration en place.Le débat, loin d\u2019être clos, sera sans doute alimenté par la publication des données du recensement 1991.Celui-ci confirmera les tendances à l\u2019étalement urbain et la détérioration de la position concurrentielle des centres-villes.Les solutions existent, puisque d\u2019autres priorités et d\u2019autres politiques ont contribué, ailleurs, à corriger des situations semblables.Sans que cela soit facile, peut-on encore affirmer : « quand on veut, on peut » ?¦ Références : -\tCommission consultative sur le Plan d\u2019action, Le quartier Saint-Roch : une priorité aujourd\u2019hui, Ville de Québec, 1991.-\tQuesnel, Louise, « Villes centrales et centres-villes : deux mondes à part », dans C.Andrew et L.Quesnel, L'aménagement des centres-villes, Ottawa, Université d'Ottawa et M Éditeur, 1991, p.17-56. COMME UN EFFET DE SERRE par Paul Tremblay1 au lendemain de la dernière élection québécoise en septembre 1989, un journaliste écrivait au sujet des quatre députés du parti Equality : laissons agir sur eux le charme de la ville de Québec et la douceur des terrasses de la Grande Allée, ils oublieront vite leur programme électoral ! Deux ans après les élections, force est de reconnaître que Robert Libman n\u2019a pas encore succombé à la séduction québécoise.Québec a beau être une ville enjôleuse, elle n\u2019est pas encore thaumaturge, comme sa voisine Sainte-Anne-de-Beaupré.Bien sûr, Québec a du charme.Mais vivre à Québec, ce n\u2019est pas d\u2019abord vivre sous l\u2019effet d\u2019une séduction.C\u2019est d\u2019abord vivre au contact quotidien des racines et des sources françaises.C\u2019est aspirer, respirer, voir, sentir, parler, manger au rythme de la vie et de la culture françaises.Comme au printemps on sent l\u2019humus du sol et la chlorophylle des bourgeons, comme on goûte le soleil de mai et les salades de têtes de violon.Vivre à Québec Vivre à Québec, c\u2019est d\u2019abord vivre à côté du fleuve, connecté au fleuve, cette artère principale du coeur du Québec depuis l\u2019origine.À Québec, de Beauport à Cap Rouge, la présence du fleuve est partout.A Montréal, on trouve des fenêtres sur le fleuve, mais on ne le sent pas (excepté lors des embouteillages sur les ponts).À Rimouski, le fleuve est déjà devenu la mer.À Québec, il se resserre, il fait un détour pour frôler le cap Diamant, il se fend en deux pour admirer l\u2019île d\u2019Orléans.Écoutez ce fils de Québec qu\u2019est Roger Lemelin : Je ne peux pas me passer d\u2019entendre les glaces se plaindre, quand la marée monte, et se fracasser dans des gémissements incroyables.1.M.Paul TremDiay est sous-ministre au secteur catholique du ministère de l\u2019Éducation du Québec.Vivre à Québec, c\u2019est en toute saison aboutir aux plaines d\u2019Abraham : pour du ski de fond l\u2019hiver, pour la Saint-Jean en juin, pour les promenades amoureuses en été, pour le dernier soleil d\u2019automne.Un site géographique unique, lieu d\u2019une rupture historique - qu\u2019on appelle étonnamment « la conquête », traduction littérale des manuels d\u2019histoire britannique.Le jour de l\u2019indépendance du Québec, si jamais il vient, il faudra faire une gigantesque célébration sur les Plaines à la mémoire du général Wolfe.Car c\u2019est grâce à lui si les plaines d\u2019Abraham Martin sont demeurées l\u2019espace vert qu\u2019on connaît aujourd\u2019hui.Malgré tout, merci Wolfe ! Merci le fédéral ! Si vous n\u2019aviez pas été là, il y a bien des chances que les champs de monsieur Martin seraient aujourd\u2019hui des condominiums et des Con- j'Mià ¦¦ -'-M relations juillet-août 1991 171 Bibliothèque Gabrielle-Roy corde, avec aux coins des dépanneurs et des Burger King.Vivre à Québec, c\u2019est vivre au coeur de l\u2019histoire québécoise.Tout ici parle à la mémoire : l\u2019enceinte, les portes, les noms de rues, la citadelle, les remparts, le Quartier latin, la rivière Saint-Charles, la côte de Beaupré.Ailleurs au Québec, la mémoire est si courte, si fragile, si pauvre.Surtout pauvre ! Remarquez, c\u2019est plus facile de se souvenir quand deux gouvernements interviennent depuis des années pour conserver et restaurer les murs, les places, les promenades, le Vieux Port.À Québec, la mémoire est entretenue ! Ailleurs, on n\u2019a pas les moyens.et on oublie.Québec est une ville où notre devise québécoise « Je me souviens » prend enfin sens.Vivre à Québec, c\u2019est vivre à un autre rythme.La vieille capitale a les airs d\u2019une dame provinciale.Coquette, lente, feutrée.Elle est cordiale, accueillante.Elle a du caractère.Bourgeoise, elle a des manières.On la sent comme aux aguets au sujet de la langue.Elle-même parle un français soigné dans les salons.Et une langue exsangue dans les bureaux du gouvernement.Juchée au sommet de son promontoire, elle se regarde dans le fleuve.L\u2019île d\u2019Orléans est son miroir inséparable.Elle lui ressemble.Comme chante Leclerc, pour supporter le difficile et l\u2019inutile, y\u2019a le tour de l\u2019île, quarante-deux milles de choses tranquilles.Le tour de Québec rassemble aussi mille choses tranquilles, mille souvenirs qui aident tout le pays à supporter grande blessure dessous l\u2019armure.Vivre à Québec, c\u2019est un roman.Cette vilie est littéraire.On connaît ses noms célèbres : Roger Lemelin, Anne Hébert, Saint-Denys Garneau.Et ses grands romans Les Plouffe, Au pied de la pente douce.Mais qui n\u2019a pas composé ici son 172 petit bout de roman, à même une fin de semaine à Québec, le temps d\u2019un carnaval, ou d\u2019un festival d\u2019été ?J\u2019avais dix ans, premier voyage à Québec, c\u2019était l\u2019exposition provinciale et ses manèges, quelle fête ! J\u2019avais vingt ans, je circulais soir et matin rue Couillard, rue Sainte-Ursule, rue Sainte-Famille, rue Saint-Jean.Les cours se prolongeaient au Café de la paix ou à l\u2019ancienne librairie Garneau.Et la fin d\u2019année scolaire se célébrait sur les Plaines où l\u2019on s\u2019enivrait de lectures, de reconstruction du monde et.de bières.Cette ville a vu naître bien des romans.Vivre à Québec, c\u2019est vivre à proximité des sources de la foi ici en Amérique du Nord.Sur les traces de François de Laval, fondant le séminaire et de Marie Guyart, sainte Marie de l\u2019Incarnation, ouvrant la première école rue du Parloir, de Catherine de Saint-Augustin inaugurant l\u2019Hôtel-Dieu.On se rappellera que le diocèse du premier évêque de Québec s\u2019étendait du Saint-Laurent jusqu\u2019au Mis-sissipi et au golfe du Mexique.Québec est toujours l\u2019Eglise-mère, l\u2019Église primatiale de ce pays.Quand des Laurentides vous débouchez sur le boulevard Laurentien, ou lorsque de Charlevoix vous parvenez au sommet de la Côte de la Miche, Québec apparaît alors comme une ville immense, splendide.De ma fenêtre, la vue donne sur une haie de conifères et par-dessus, j\u2019aperçois le skyline de la ville haute illuminée.J\u2019aime à prier sur cette ville.Québec est ma ville sainte, descendant du ciel, illuminée.Comme autrefois, les Juifs célébraient leur ville bien provinciale de Jérusalem.Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, et il me montra la cité sainte, Jérusalem.Avec ses pierres précieuses, ses portes, ses remparts, et son fleuve d\u2019eau vive, relations juillet-août 1991 brillant comme du cristal (Ap 21-22).Exagéré ?Non.Il faut chercher à dire notre foi avec nos mots et nos paysages.Pour bien des raisons, on peut appliquer à Québec ce que le psaume dit de Jérusalem : En elle tout homme est né.En elle sont toutes nos sources (psaume 67,5).C\u2019est vrai : tous les francophones d\u2019Amérique sont nés à Québec.Nous avons tous en elle notre demeure.Il faut dire plus.Suivant le classement de l\u2019U-nesco, la ville de Québec appartient désormais au patrimoine mondial.Traditionnellement chauvine, elle s\u2019ouvre à l\u2019universel.1 Comme sous une bulle 0> \"O _Q) J\u2019aime beaucoup cette ville.Il n\u2019empêche qu\u2019à force d\u2019y vivre, je sens de plus en plus comme un effet de serre.Je ne pense pas ici à la couche d\u2019ozone et au réchauffement de la planète.Je pense à l\u2019atmosphère protégée d\u2019une serre de jardinier.C\u2019est-à-dire un endroit vitré, chauffé artificiellement, où l\u2019on met les plantes à l\u2019abri, où l\u2019on cultive les semences fragiles et les végétaux délicats.Québec donne l\u2019impression d\u2019une serre.Tout y est protégé.L\u2019histoire, la nature, les paysages, les murs, la table, la langue.Cette ville est protégée contre la récession, contre le chômage, contre la pauvreté.Certes, Québec a aussi sa ville haute et sa ville basse, avec les misères du quartier Saint-Roch, mais elle n\u2019est pas « cassée en deux » comme le reste du Québec.C\u2019est une ville qui vit comme sous une bulle.Artificiellement ?Oui, en partie.Par l\u2019effet de la présence gouvernementale.Ailleurs, à Montréal, soufflent les grands vents culturels de l\u2019immigration et du libre échange continental, avec aussi la croissance ahurissante de la pauvreté et la montée de la violence.Ailleurs en province, pour lutter contre l\u2019exode des populations et le chômage endémique, les populations réclament de plus en plus de pouvoirs pour les régions, comme on l\u2019a vu récemment lors des audiences de la Commission Bélanger-Campeau.Pendant que Montréal s\u2019internationalise, et que les autres régions se « régionalisent », Québec, elle, se « provincialise ».La distance grandit entre Québec et Montréal, entre Québec et les régions.On dirait qu\u2019elle fait bande à part.Comme à l\u2019abri, presque intouchable.Ailleurs, les racines et les sources de la vie française paraissent tellement plus exposées.À moins que sous l\u2019effet de serre elle ne soit en train de préparer les semis du printemps.¦ VILLE D\u2019EAU, VILLE D\u2019OMBRE, VILLE D\u2019ART.par Richard Dubois1 Chaque fois qu\u2019on la critique, Québec rétorque : mais regardez comme je suis charmante.Et la bourgeoise bien conservée de pavaner ses charmes désuets de coquette-sur-le-tard ou ses vertus forcées de bigote asymptomatique - et l\u2019on fond, et l\u2019on s\u2019effondre effectivement sous le charme.Qu\u2019on y « descende » en effet de Chicoutimi ou de Charlevoix, ou qu\u2019on y monte par le fleuve, Québec est chaque fois, et au premier coup d\u2019oeil, un écrin de lumières - coup de coeur et coupe-souffle des amerloques et autres interloqués d\u2019Amérique.Voilà en tout cas pour le cinéma, l\u2019illusion, l\u2019image câblée, la carte postale.Poursuivons la séance de diapositives.Michel Choquette, directeur du Bureau des arts et de la culture (BAC) : à Québec, l\u2019offre (d\u2019événements culturels) dépasse largement la demande.Je me rappelle avoir feuilleté pour confirmation le quotidien du 28 avril : cette fin de semaine-là, on pouvait voir ou entendre Beaumarchais et Mozart ; Nicolas Pey-rac ; Pauline Julien et Hélène Loiselle dans Voix parallèles, I Musici de Montréal, André-Philippe Gagnon, le Trio Ly-rika (à l\u2019Anglicane) ; le Colisée recevait le groupe rock Scorpions et Bernard Cimon chantait Gainsbourg.Jean Rouaud, prix Goncourt 1990, et les bédéistes Peeters et Schuiten étaient au nouveau Salon du Livre.Venait de se terminer au Cinéma Clap une première mondiale de films et vidéos.Toujours en avril, on jouait Ionesco et Dürrenmatt (dans des mises en scène de Jacques Lessard et Robert Lepage) ; c\u2019était aussi Les Grands Ballets canadiens, Montanaro Dance, le brésilien Nascimento, Broue, Courtemanche, Eva, France Jalbert, Margie Gillis et les Violons du Roy ; pour mai et juin, on an- 1.Chroniqueur régulier dans la section « Lectures » de Relations, l\u2019auteur est professeur au Collège de Lévis.nonçait Geneviève Paris, le Ballet de Kiev, La veuve joyeuse, le danseur albanais Preljocaj, le violoniste Itzak Perl-mann, Karen Young, Anne Sylvestre, les Contes d\u2019Hoffmann par l\u2019Opéra de Québec, et le Club musical de Québec propose pour sa prochaine saison Louis Lor-tie et The Academy of St-Martin-in-the-Fields.Que nous faut-il de plus à Québec ?Mais les listes sont déplaisantes.Mais les listes sont partout les mêmes et cachent souvent de pénibles réalités : Québec est une ville surendettée, dont le niveau de taxation bat tous les records ; la culture est chère, les artistes vivotent sous le seuil de pauvreté, les gouvernements taxent tout ce qui bouge et coupent partout dans le maigre sauf en matière de sport.Résultat net : à Québec, où les gouvernements supérieurs parlent d\u2019un nouveau Colisée pour les Nordiques, le BAC « jouit » d\u2019une enve- loppe de 800 000$ sur un budget annuel de 28 millions de dollars, et le théâtre de La Bordée vient de se voir subventionner sa fin de saison et ses clous de cercueil - exit La Bordée, exeunt dix-sept musiciens de l\u2019OSQ, le Trident doit couper dans les décors, et les troupes choisiront désormais leur répertoire en fonction du petit nombre de comédiens.Difficile d\u2019être cool dans un monde aussi bizarre.Québec change.Plus d\u2019immigrants (10 000) sont arrivés à Québec l\u2019an dernier qu\u2019au cours des dix dernières années ; 29 % des Québécois vivent sous le seuil de pau- Ville de Québec relations juillet-août 1991 173 Ville de Québec LE PROJET MÉDUSE Le projet Méduse est, parallèlement au Banff Center, un concept unique au Canada.Ce projet (septembre 1991 ?) vise un regroupement des centres d\u2019artistes de Québec qui bénéficieront de lieux et d\u2019équipements communs d\u2019exposition et de production, ainsi que d\u2019une salle multi-disciplinaire.Cinq centres sont déjà bien connus : il s\u2019agit de L\u2019ATELIER DE RÉALISATIONS GRAPHIQUES (gravure et estampe, 1976), LA CHAMBRE BLANCHE (expositions, performances, centre de documentation), Le LIEU, CENTRE EN ART ACTUEL (volet parallèle et interactif de la revue Inter, pratiques expérimentales, 1982), OBSCURE (collectif de diffusion et d\u2019expositions photographiques, animation, formation) et L\u2019OEIL DE POISSON (1985) (centre d\u2019art voué à la reconnaissance des jeunes artistes par un partage systématique avec des artistes plus connus - s\u2019entend à cultiver le rire, le désir, l\u2019irrespect.).vreté ; 40 % des habitants du Vieux Québec sont des assistés sociaux ; et les vols à main armée ont augmenté de 40 %, dans la grande région de Québec, par rapport à l\u2019an dernier à la même date.Québec change, et les définitions de la culture bougent.La culture, c\u2019est d\u2019abord les gens, leur façon de vivre, ce qu\u2019ils font, les rituels, les rêves qu\u2019on leur donne.C\u2019est aussi des gens qui s\u2019expriment ou non dans cette culture, la définissent ou pas, y reconnaissent leurs yeux, leurs désirs, parfois le monde.Difficile de par- ler de culture quand il n\u2019y a pas d\u2019argent, peu d\u2019emplois, de rares productions culturelles locales, pas de politique culturelle, un faible taux d\u2019attraction et de rétention des artistes, une absence de concertation des divers paliers de gouvernement.Autrement dit et sur cette base, nous pourrions presque affirmer : il n\u2019y a pas de vie culturelle à Québec.Or, cela est évidemment faux, surtout depuis l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019une nouvelle administration municipale, issue du Rassemblement populaire.Mais la démocratie, c\u2019est souvent le piège.Qu\u2019arrive-t-il quand la culture continue toujours d\u2019apparaître comme le complément normal des désirs et un supplément financier prohibitif ?Esquisse de tentative de projet de comité d\u2019étude sur.Nous avons depuis peu à Québec un maire de la culture.Son administration tente sérieusement de structurer, coordonner, consulter, changer les esprits, aider au regroupement des artistes2, les amener à la propriété et à l\u2019autonomie financière, leur fournir des ressources pour améliorer leur capacité de gestion, etc.; mais il est à craindre qu\u2019avec la « consultite » actuelle, le RP prépare avec beaucoup d\u2019entrain sa prochaine défaite électorale.Car les attentes sont énormes, l\u2019enveloppe budgétaire rétrécit (en dollars constants), et les interventions culturelles à Québec, ça va se faire pour un bon bout de temps au niveau 2.Voir encadré Méduse.Québec regorge de créateurs, dont plusieurs vont poursuivre leur carrière ailleurs, à l\u2019étranger ou dans les grandes capitales.À gauche, deux superbes danseurs de la compagnie DANSE PARTOUT dans Mirages, une chorégraphie de Luc Tremblay.À droite, Robert Lepage qui, après avoir fait connaître le Théâtre Repère à travers le monde, dirige maintenant le théâtre français du Centre national des arts à Ottawa.wr y mut* a 174 relations juillet-août 1991 Jacques Lessard, directeur du Théâtre Repère, le confirme: « je travaille à Québec par choix ».On reconnaît ici, dans sa production du Polygraphe : Pierre Auger, Marc Béland et Marie Brassard.structurel plus que conjoncturel3.Mais quittons le ciel des fonctionnaires, et salissons-nous un peu au contact de ces prolos de la culture que sont nos braves, nos admirables artistes.La vie d\u2019artiste, eh oui.À l\u2019Oeil de Poisson, centre d\u2019exposition et de formation en arts actuels, on veut stopper l\u2019exode des jeunes créateurs.Le créneau est explicite : les jeunes, et l\u2019art de recherche.Il y a ici une galerie d'art et un atelier de menuiserie où l\u2019on va bientôt pouvoir travailler la pierre et les métaux.Claude Bélanger, fondateur de l\u2019Oeil : On a créé des connivences là où il y avait des frictions.Il met beaucoup d\u2019espoir dans le projet Méduse.Né en 1985, l\u2019Oeil de Poisson a eu sa première subvention en 1986 - 2900$.3.Sans compter que la « voix du peuple » à Québec, c\u2019est certains jours la manif rétro-grano dénonçant les destructions de taudis et d\u2019autres jours l\u2019appel angoissé des propriétaires de grosses résidences qui, sous couvert de protection de l\u2019environnement, pensent évaluation foncière et « vue imprenable sur le fleuve ».Luc Lafontaine : on compense par le bénévolat, et le dynamisme.Ce qui frappe, c\u2019est l\u2019étrange sérénité des créateurs : Marty Laforest, de Nuit Blanche : On est bien à Québec, et on y fait nos trucs.Et le « truc » marche bien : un superbe magazine littéraire vendu à 6000 exemplaires, distribué à peu près également à Québec et à Montréal.Gilles Pellerin, écrivain-éditeur à L\u2019instant Même, seule maison d\u2019édition du Québec se consacrant exclusivement à la nouvelle : per capita, notre marché est aussi bon à Québec qu\u2019à Montréal, et il est prouvé que les produits difficiles marchent mieux à Québec que partout ailleurs ! Pour Pellerin, l\u2019imagination est toujours « payante » : le prouvent deux co-éditions avec la France et la Suisse et un nouveau marketing « individuel et épistolaire » qui a vu L\u2019instant Même propulser un de ses titres au rang de finaliste au Trillium Book Award, en plus de décrocher le prix Ottawa-Carleton.Pellerin croit à la production d\u2019art, et au principe : « produire, c\u2019est faire produire.» Il m\u2019indique en passant que l\u2019édition à Québec, c\u2019est aussi Le Beffroi (littérature générale et philosophie), le Griffon D\u2019Argile (édition scolaire), Septentrion (histoire - librairie Vaugeois) et quelques autres.Luc Tremblay, directeur artistique de Danse Partout, seule compagnie de danse professionnelle à Québec (1976) : on attire des chorégraphes de Montréal, on a des danseurs du Mexique, d\u2019Angle- relations juillet-août 1991 terre et du Canada.Et de rêver que Québec imite la métropole, quand cette dernière offre 75 000$ à la Brooklyn Academy of Music pour produire trois compagnies de Montréal.« Sérénité » est sans doute un peu fort.Luc Tremblay ajoute aussi : on est un peu masochistes de continuer.et Guylaine Tremblay affirmait en substance la même semaine : le cynisme des gouvernements est total.Sachant qu\u2019on vit une passion et qu\u2019on va la vivre coûte que coûte, ils appliquent systématiquement la politique du « je te coupe, donc j\u2019essuie (ma dette), donc tu planches (comme un cave), et je m\u2019en fous (jusqu\u2019aux prochaines élections) ».Jacques Lessard, du théâtre Repère, tout comme Marty Laforest de Nuit Blanche, est très sceptique sur la question politique : depuis des années, le premier siège à tous les comités d\u2019étude, de relance, de regroupement et de définition de la « culture » et la deuxième rêve encore d\u2019un ministre branché culture (mais la politique, c\u2019est toujours à la remorque de ce qui se passe dans la vie.).Et puis Lessard avertit : l\u2019énergie créatrice, ça se tarit.Récemment encore, outre cinq mises en scène par année (environ 400 heures de travail pour 3000 dollars), sans compter les pièces où il jouait et le temps consacré à la direction de sa troupe, il s\u2019offrait douze heures de réunion par semaine - la politique, j\u2019ai déjà donné, conclut-il dans un sourire en forme de clin d\u2019oeil.175 m n LE LIEU, centre d\u2019artistes qui publie la revue Inter, est systématiquement branché sur « ce qui bouge, partout dans le monde ».Rassemblant ici des personnalités de réputation internationale, le groupe INTER co-organisait, en juin, et pour la première fois au Canada, un festival de performances poétiques et sonores qui se tient habituellement à Paris.Montréal, grande banlieue de Québec.Par rapport à Montréal (qui a longtemps été le problème numéro un ici.), les mentalités ont beaucoup changé.Il y a une sorte de division « naturelle » des tâches, et moins de gens s\u2019en offusquent.Montréal est un grand centre qui doit développer des dynamiques de grande ville, agressives et accrocheuses.Son thème en quelque sorte obligé est l\u2019homme urbain contemporain.Québec de son côté est une grosse ville de province qui peut s\u2019offrir plusieurs créneaux : de Ginette Reno à Danse Partout (dont le répertoire peut demeurer très « dansant », comparé aux exécutions de La La La Human Steps), au Lieu, laboratoire de pratiques artistiques expérimentales, jusqu\u2019à Genesis et Su-pertramp (qui disent y avoir trouvé leur public le plus enthousiaste), Québec demeure cette belle ville où l\u2019on peut encore aborder les grands thèmes humanistes.Jacques Lessard le confirme : je travaille ici par choix.Il y a à Québec une qualité de vie exceptionnelle.Il y a du silence.Québec, ville d\u2019art.Les artistes trouvent ici un environnement, un milieu humain apte à favoriser l\u2019éclosion du talent.Mais il y a aussi tout le reste : un gouvernement ayant une vision métropolitaine des choses et qui déménage le siège de ses principaux ministères à Montréal (dans la ligne du rapport Go- 176 beil) ; une métropole qui a tout fait pour arracher à Québec son Musée de la civilisation (comme si le patrimoine n\u2019était pas LE point fort d\u2019une capitale) ; lors de l\u2019événement « Montréal en régions » (1987), un jury de sélection composé de Montréalais qui n\u2019a pas trouvé un seul artiste de Québec ; même chose lors des « Temps Chauds » (Musée d\u2019art contemporain) : pas un artiste de la vieille capitale n\u2019a été invité.Et quand on apprend que l\u2019an dernier Montréal a décroché 95 % des bourses du programme Exploration, les 5 % qui restent étant accordés aux régions, on se dit : non, il n\u2019y a pas que des paranoïaques, à Québec - ou alors : oui, la paranoïa a ici de solides fondements dans la réalité.Mais quittons le champ des guerres institutionnelles et retrouvons le sourire, la gravité sereine de nos créateurs.Luc Tremblay (Danse Partout) : nous voulons faire avancer l\u2019art en travaillant sur ses valeurs profondes.Nous avons la chance, contrairement à Montréal, de ne pas avoir à être accrocheurs.Québec capitale nationale ?Un étrange paradoxe : 99 % de nos créateurs voteraient OUI lors d\u2019un référendum sur la souveraineté politique du Québec - et 100 % d\u2019entre eux semblent sceptiques sur les effets concrets que cela aura sur leur travail d\u2019artiste - et relations juillet-août 1991 beaucoup fonctionnent comme si on l\u2019avait déjà.Jacques Gélinas, cadre-conseil au ministère des Relations internationales, et militant avoué de la cause indépendantiste : L\u2019indépendance politique, c\u2019est un esprit, et en ce sens, c\u2019est LA solution.Comme fonctionnaire, il voit Québec-Capitale se donner enfin les structures d\u2019accueil d\u2019une véritable capitale : un plan-directeur pour l\u2019hébergement d\u2019un important corps diplomatique étranger, un système de transport adéquat (dont un aéroport digne de ce nom4), etc.Comme consommateur de culture, je consulte les dates de fondation de plu-c sieurs groupes et centres d\u2019artistes de | Québec et je lis : 1975, 1976, 1979, |\t1982.Oui, l\u2019indépendance nationale « peut être un esprit, un désir, une bougie | d\u2019allumage des idées, des décisions, de T nos avenirs.Et hors de ce contexte, l\u2019ennemi en la demeure, ce qui toujours menace dans presque tous les ministères, c\u2019est une espèce de crétinisme ambiant fait de peur, de dollars coupés en quatre, d\u2019attentisme, de gestion à la petite semaine et de confusionnisme qui caractérise si bien une certaine vision des choses, au bout de quoi, bien sûr, on espère la lassitude de la population, et les revirements de sondages.Dans le journal de ce matin, je viens de lire : Monsieur Bourassa n\u2019a voulu ni confirmer ni infirmer.Voilà.Je m\u2019en voudrais de terminer sans une avant-dernière séance de dia-pos amoureuses.Québec est une planète ex-centrée, dont il nous appartient de faire un centre.Québec-ville est un esprit, une façon de prendre l\u2019air sur la pointe d\u2019un Cap dominant un fleuve qui ouvre sur l\u2019Atlantique.On a déjà dit : une des trois plus belles villes au monde.Les choses s\u2019y produisent après, lentement, ou alors pas du tout.Ville calme - d\u2019eau, d\u2019arbres, et de communautés religieuses, Québec n\u2019a réussi que des flops quand elle s\u2019est essayée à être trépidante, ou « moderne5».Québec, ville des marges, du chien et loup, des terrasses de cinq heures, des apéros prolongés, des fleurs, et parfois de la Culture - et les petites pré-pubères en jupe à carreaux de la rue des Ursulines sont éternelles.¦ 4.\tLes gens de Moncton qui veulent venir à Québec doivent toujours passer par Montréal.5.\tQu\u2019on se rappelle le chef-d\u2019oeuvre du genre que fut Québec 84, où la seule activité parfaitement réussie fut celle où un million de Québécois vinrent mordiller de l\u2019herbe sur huit kilomètres de falaises, d\u2019où l\u2019on pouvait contempler les Grands Voiliers du Monde. TOURISME ET PASTORALE par Marc Pelchat1 quartier historique renommé, le Vieux Québec possède un riche potentiel touristique, consacré d\u2019ailleurs par l\u2019Unesco lorsqu\u2019elle a reconnu la cité fortifiée comme joyau du Patrimoine mondial.Si le vieux centre-ville, sur le plan résidentiel et commercial, a périclité au profit de banlieues comme Charlesbourg et Sainte-Foy, il continue d\u2019exercer une force d\u2019attraction inégalée sur les congressistes, touristes et vacanciers, tant Québécois et Canadiens qu\u2019étrangers.À cause de cette intense activité reliée au tourisme, aux loisirs et à la culture, des intervenants en pastorale urbaine se sont interrogés sur la possibilité d\u2019une action chrétienne qui tiendrait compte de cette activité.En se regroupant, en 1986, ils se sont donné comme objectif de réaliser des interventions en contexte touristique, tout en menant une recherche sur les conditions d\u2019une telle intervention.Ainsi est née la Corporation du tourisme religieux de Québec.Un domaine nouveau Les artisans de ce projet ont posé comme préalable que le contexte touristique est un domaine pastoral « nouveau », qui peut accueillir des interventions systématiques aussi bien que d\u2019autres domaines couverts par l\u2019action ecclésiale.Pour cela, il fallait d\u2019abord bien connaître la réalité touristique de la région.Selon les études en développement touristique, peu de villes nord-américaines rivalisent avec Québec sur le plan du patrimoine et de l\u2019histoire.On estime à plus de trois millions le nombre de touristes visitant la région touristique de Québec en un an.Pour la moitié d\u2019en- 1.Professeur de théologie à l\u2019Université Laval, Marc Pelchat est président de la Corporation du tourisme religieux à Québec.tre eux (1,5 million), la ville de Québec, et le Vieux Québec en particulier, est la destination la plus fréquente, autant pour les visiteurs d\u2019été (vacanciers, touristes) que pour les visiteurs d\u2019hiver (skieurs, gens d\u2019affaires, touristes).De ce nombre, un million de visiteurs fréquentent chaque année la basilique Sainte-Anne- de-Beaupré.Attirant une clientèle qui lui est propre, ce sanctuaire est l\u2019un des trois principaux attraits de la région de Québec, avec la ville fortifiée (Vieux Québec) et le Parc du Mont Sainte-Anne.Dans l\u2019ensemble, il faut donc parler de millions de personnes qui, chaque année, séjournent, pendant un temps plus Le tourisme peut-il être autre chose que la tournée pittoresque des monuments?Oui, croit la Corporation du tourisme religieux de Québec.Il peut être la rencontre de personnes, de communautés et même, au coeur de certains moments privilégiés, celle d\u2019une Bonne Nouvelle.HirÆÿ \u2014> ' *>\"'¦ g i ! rl rnin r va *7 V-*'- i'ir ' .relations juillet-août 1991 177 François Thibodeau ou moins long, sur un territoire dont les attraits naturels et historiques s\u2019allient aux nombreux témoignages de la présence chrétienne en Amérique française.La zone du centre-ville comporte une abondance de sites et d\u2019activités à caractère religieux.Dans le Vieux Québec seulement, on retrouve la basilique Notre-Dame-de-Québec, l\u2019ensemble architectural du Séminaire de Québec, le musée du Séminaire, le monastère et le musée des Ursulines, le monastère et le musée des Augustines de l\u2019Hôtel-Dieu, l\u2019église Notre-Dame-des-Victoires, la cathédrale anglicane Holy Trinity, de nombreuses chapelles historiques et centres d\u2019interprétation (Centre Marie-de-rincarnation, Centre Catherine-de-Saint-Augustin, Centre-Dieu des arts et de la culture « Fidéart »).Plusieurs des institutions citées présentaient déjà certaines structures d\u2019accueil, bien avant la naissance de la Corporation du tourisme religieux ; mais il manquait la concertation et la stratégie d\u2019intervention qui allaient assurer une présence originale de l\u2019Église dans les réalités du tourisme.Chacune des institutions n\u2019avait que peu de contacts avec l\u2019industrie touristique et subissait parfois un afflux de visiteurs pour lesquels les infrastructures étaient déficientes.On tenait assez peu compte du fait que des dizaines de milliers de personnes de passage et de toutes provenances, en dehors de la population locale, établissaient un contact « instantané » avec l\u2019univers religieux, pendant quelques minutes ou quelques heures.Première question que se sont posée les intervenants : est-il possible de faire de ce contact plus ou moins éphémère une véritable rencontre avec une communauté de foi témoignant de la libération chrétienne ?Il fallait d\u2019abord se demander s\u2019il était possible de développer des interventions pastorales appropriées au contexte touristique et à quelles conditions.Fallait-il s\u2019en tenir à la mise en valeur des sites, à la mise en place de structures d\u2019accueil, à l\u2019interprétation thématique de l\u2019histoire ?Ou devait-on offrir aux personnes une possibilité d\u2019aller encore plus loin ?L\u2019intervention pastorale devait normalement se distinguer de l\u2019animation culturelle : quels étaient donc les paramètres d\u2019une telle intervention et comment les appliquer au contexte touristique ?Une autre série d\u2019interrogations concernait l\u2019insertion dans le réseau touristique.Il fallait rechercher comment établir un véritable partenariat avec les responsables du tourisme et des loisirs (ministère du Tourisme, offices du tourisme, associations touristiques, hôteliers et restaurateurs, grossistes et agents de 178 voyage) comme avec les travailleurs et travailleuses de cette industrie (serveurs, femmes de chambre, réceptionnistes, chauffeurs, artistes et artisans).Un tel partenariat entre l\u2019Église et le monde du tourisme devait aussi faire ap- L\u2019église historique Notre-Dame-des-Victoires, sur la Place Royale à Québec.pel à l\u2019« expertise » de la communauté chrétienne, pour rendre l\u2019activité touristique plus humaine.Comment contrer les formes aliénantes de l\u2019activité touristique que sont l\u2019exploitation commerciale à outrance, les diverses facettes de la prostitution, la dégradation du milieu, la perte du contact humain, la folklorisation de la vie et des coutumes du groupe humain livré aux visiteurs ?Un premier bilan Au cours de ses cinq années d\u2019existence, la Corporation du tourisme religieux a acquis le statut d\u2019un intervenant crédible, autant dans les milieux touristiques qu\u2019ecclésiaux.À partir de 1986-87, des réalisations à la fois nombreuses et diverses ont permis de créer et de consolider des liens avec les divers intervenants de l\u2019industrie touristique québécoise : participation, sous le thème « Québec, berceau de notre foi », au Salon Vacances-Québec de Montréal, élaboration d\u2019un circuit touristique religieux en collaboration avec les étudiants en tourisme du Collège Mérici, publication de brochures et de dossiers sur le tourisme religieux et sur la pastorale du tourisme, participation aux tables de concertation et aux diverses instances tou- relations juillet-août 1991 ristiques de la Communauté urbaine de Québec, préparation d\u2019une manifestation son et lumière à la basilique de Québec, organisation de sessions pour divers publics et d\u2019activités d\u2019apprentissage pour les jeunes, collaboration avec des chercheurs universitaires, prise en charge d\u2019une émission « Le jour du Seigneur » à l\u2019occasion du Carnaval de Québec, prises de position dans certains débats urbains et touristiques, etc.À travers ses nombreux chantiers et grâce à l\u2019acharnement d\u2019une poignée de « mordus », la Corporation du tourisme religieux de Québec a rendu possible la présence de chrétiens sur un terrain que l\u2019on pourrait qualifier de séculier.Elle a fait la preuve qu\u2019une pastorale du tourisme remplit une fonction authentiquement missionnaire et qu\u2019un diocèse comme celui dont le siège est à Québec devrait intégrer davantage cette dimension de la pastorale dans sa mission glo-§ baie.Mais une pastorale du tourisme est-! elle un luxe, alors que la tâche d\u2019annon-É cer l\u2019Évangile à l\u2019humanité du XXe siècle \u2022| se révèle à la fois urgente et ardue ?c £ Le tourisme est un fait humain et culturel hautement caractéristique des nouveaux modes de vie.Il serait tragique de le laisser se développer complètement en dehors de la vision chrétienne et de la préoccupation pastorale.On pourrait situer la pastorale du tourisme dans l\u2019ordre du témoignage qui s\u2019effectue souvent de manière discontinue, au hasard des événements et de l\u2019immédiateté des rencontres.Dans la pastorale actuelle, on accorde avec raison beaucoup d\u2019attention aux pratiquants occasionnels, qui demandent les sacrements de l\u2019initiation chrétienne ou la célébration du mariage religieux et des funérailles chrétiennes, par exemple.On saisit ces événements comme des occasions de développer l\u2019accueil pastoral et de déployer une action évangélisatrice.Le touriste, le visiteur ou le voyageur sont des personnes de passage, au même titre que l\u2019autre « voyageur » qui demande un service ponctuel à son église paroissiale et qui repartira par la suite.En quoi le touriste, quelle que soit sa provenance, se distingue-t-il du paroissien moderne ?Au coeur du tourisme commercial, qui comporte sa part d\u2019ambiguïtés, les témoins de la foi sont appelés à rendre visible le projet de communion humaine suscité par Dieu, au milieu de nous.L\u2019Église ne peut choisir d\u2019ignorer le voyageur, le vacancier, le migrant ou l\u2019itinérant, sans manquer à la mission d\u2019annoncer l\u2019Évangile à toutes les nations.Le monde du tourisme se présente comme un nouveau continent, qu\u2019il nous faut découvrir, respecter et rencontrer à l\u2019intérieur même de nos sociétés.¦ QUEBEC SANS LUNETTES par Vivian Labrie1 Comment vit-on la ville, quand on ne sait pas lire?On la parcourt et on la nomme bien différemment.Mais y trouve-t-on autant sa place?nos parcours dans la ville se superposent.Ils ne se rencontrent pas nécessairement.En fait, on peut habiter les mêmes lieux sans jamais habiter la même ville.C\u2019est la découverte ahurissante qu\u2019on fait notamment lorsqu\u2019on commence à pénétrer dans la ville qu\u2019on ne peut pas lire parce qu\u2019on ne sait pas lire.Premièrement, on réalise que celle-ci est pleine d\u2019écrits qui servent constamment au repérage de ceux et celles qui lisent couramment.Deuxièmement, on se met à penser qu\u2019un dixième de la population adulte n\u2019est pas en mesure d\u2019utiliser ces écrits pour fonctionner dans son propre milieu de vie et qu\u2019un tiers les utilise difficilement.On se dit que c\u2019est une proportion significative et qu\u2019il serait inconcevable qu\u2019un concept d\u2019urbanisme passe à côté de cette réalité.1.Psycho-sociologue et permanente au CAPMO, Vivian Labrie est formatrice en alphabétisation.Troisièmement, on dépasse le stéréotype de la personne analphabète pani-quée pour découvrir un monde d\u2019adultes, aux personnalités et aux stratégies très variées.Et si certains se meuvent dans un univers très réduit, d\u2019autres sont très à l\u2019aise dans leur cité et capables d\u2019affirmer que la ville n\u2019a pas de secret pour eux.Une ville que l\u2019on marche Entendons-nous bien.Tous les moyens de transport habituels dans la ville sont utilisés.Dans le groupe où je travaille, deux des trois personnes qui possèdent une auto ne savaient pas lire du tout l\u2019automne dernier.L\u2019un d\u2019eux a plus de soixante ans, et il est toujours en vie ! Il me convainc donc que le fait de ne pas savoir lire n\u2019est pas un empêchement à conduire, même si c\u2019est certainement embêtant, à tout le moins pour faire de nouveaux parcours et pour.stationner ! Ceci dit, la très grande majorité fonctionne à pied, pour cause de pauvreté sûrement autant que d\u2019analphabétisme.Québec prend alors le visage d\u2019une ville que l\u2019on marche, souvent sur de grandes distances.Pâquerette, dans la cinquantaine, ira à pied de Vanier jusqu\u2019au boulevard Dorchester, sans problème.Je connais tous les raccourcis, dira Georges.Une question commence alors à s\u2019imposer : la ville est-elle aménagée en tenant suffisamment compte de cette fonction piétonnière de base ?Pensée par des automobilistes, peut-elle répondre aux besoins des piétons et des usagers du transport en commun ?Ce dernier mode de transport, quoique passablement utilisé, pose lui aussi des difficultés, auxquelles on remédiera parfois en se faisant accompagner la première fois.Savoir les heures où l\u2019autobus passe, dira Georges.Savoir où débarquer, dira Linda, qui a pour sa part complètement éliminé ce moyen de transport pour cette raison, et qui se contente de se déplacer à pied ou en vélo, relations juillet-août 1991 179 ce qui limite les déplacements l\u2019hiver.Le Vieux Port, tu y vas ?Oui, en masse.Je prends la Saint-Charles, pis je vas tout droit jusque-là.Ça, tu fais ça en vélo.Et l\u2019hiver ?L\u2019hiver ! J\u2019y vas pas parce que faudrait que je prenne un autre chemin.Je me « fuckerais ».La remarque amène une autre constatation : vivre à pied soumet aux saisons.Une ville qui a sa propre toponymie Michel, un nouveau, arrive au groupe d'alpha.Je lui demande son adresse.Il dit qu\u2019il ne sait pas le nom de la rue, mais qu\u2019il peut me dire comment s\u2019y rendre.Bien qu\u2019exceptionnelle, ce n\u2019est pas une situation si rare qu\u2019elle paraît.Je demande à Linda, qui signait avec un X il y a un an, de m\u2019expliquer comment elle fait pour se rendre au Mail Saint-Roch : Je m\u2019en vais à ma banque.Après, là je file tout droit jusqu\u2019au restaurant Chez Jeannine.Je connais ça parce qu\u2019y a une de mes amies de filles qui reste au coin.Rendue chez mon amie de femme, je tourne sur Chez Jeannine, pis je file tout droit jusqu\u2019au Mail, là où y a la pharmacie, au concours d\u2019amateur.J\u2019ai chanté là hier.Son système de repérage se construit à partir de sa banque, de la maison de son amie qui est à côté d\u2019un restaurant, et d\u2019une pharmacie dont le sous-sol abrite un lieu de rendez-vous pour des concours d\u2019amateurs.Un grand trajet se compose ainsi de l\u2019addition des trajets connus.Surtout, les noms propres - enfin les noms officiels - ne constituent pas des clés d\u2019orientation convenues, comme on pourrait le croire.Dans la description qui précède aucun nom de rue n\u2019a été mentionné.Si nous demandons à Linda si elle connaît la Bibliothèque Gabrielle-Roy, elle répond : La Bibliothèque qui est à côté du Mail, tu veux dire ?De même dans la description d\u2019un trajet à faire, la rue de la Pointe-aux-Lièvres pourra constituer un piètre indice.Georges dira plutôt à un camarade : C\u2019est la rue où que le pont est fermé.Autrement dit, les lieux de la ville sont mis en relation les uns avec les autres et ils sont décrits davantage par leurs caractéristiques que par leur nom.On comprend ici qu\u2019une administration soucieuse de bien orienter les gens avec qui elle communique pourrait se montrer attentive à la toponymie populaire et 180 prendre la peine de fournir une signalisation qui a davantage de sens.On voit aussi que notre système d\u2019adresses basé sur un numéro et le nom d\u2019une rue est peu utile pour une partie de la population.On peut imaginer qu\u2019un système d\u2019adresses comme celui qui s\u2019utilise à Managua, au Nicaragua, conviendrait mieux : dans tel quartier, à partir de tel point de repère, tant de blocs par-ci et tant de blocs par-là.Enfin, toute personne pour qui l\u2019écrit est impénétrable vous le dira : à vivre sans lettres, on apprend à remarquer.Encore faut-il que l\u2019architecture présente une certaine variété.N\u2019y aurait-il pas lieu d\u2019en tenir compte, de manière à éviter au maximum le genre de situation que Georges décrit : Le pire, c\u2019est d\u2019avoir à entrer dans un édifice à logements barré, où il faut trouver le nom de la personne à l\u2019entrée pour peser sur la sonnette.Une ville centrée sur le Mail Saint-Roch Linda nous a conduit tout à l\u2019heure au Mail Saint-Roch.Ce n\u2019est pas un hasard.Les pas de Georges l\u2019y conduisent aussi et ceux de bien d\u2019autres, pour autant que j\u2019ai pu m\u2019en rendre compte.Le Mail, collé à un point de correspondance d\u2019autobus, accessible à pied, au coeur de la Basse-Ville que plusieurs habitent, avec ses magasins bon marché, est un lieu de rendez-vous et d\u2019approvisionnement, même s\u2019il est en même temps craint, à tort ou à raison, comme un lieu de délinquance.Certains regrettent son visage d\u2019antan comme rue découverte.De ce point central, on circulera dans la Basse-Ville et ses quartiers, bien connus pour y habiter ou y avoir habité.On y regrettera la rareté d\u2019activités culturelles, trop concentrées dans la Haute-Ville, qu\u2019on fréquentera plus rarement, et surtout l\u2019été, mû par l\u2019attirance du Festival d\u2019été.De même on circulera, parfois avec appréhension - surtout le soir, - le long de la rivière (Saint-Charles), appréciée pour ses espaces verts en pleine ville.Celle-ci fournira un couloir d\u2019accès au Vieux Port, devenu lieu de promenade apprécié.Ainsi la ville qu\u2019on ne lit pas est-elle organique, non éclatée, et apprivoisée par touches, de nouveaux parcours en nouveaux parcours.On la déborde peu sur sa ceinture, inaccessible et mal connue, Sainte-Foy apparaissant par exemple comme un lieu de perdition (au sens littéral ! Une personne nous a ra- relations juillet-août 1991 conté les quatre heures qu\u2019il lui a fallu un jour pour s\u2019y rendre I).Une ville de monde D\u2019après Georges, on peut décider, un jour d\u2019ennui, de faire une promenade dans le périmètre décrit plus haut et être assuré de rencontrer quelqu\u2019un.Et c\u2019est une autre finalité de la ville sans lunettes : voir du monde ! La ville, ça se vit en compagnie, c\u2019est là où on se tient.Cette compagnie-là est gratuite, parfois recherchée, parfois fortuite.Contrairement à la ville affairée, le rendez-vous n\u2019est pas toujours de mise.On sait où vivent les autres et où on peut les retrouver et un des plaisirs de la vie consiste tout simplement à flâner par beau temps dans cette ville où on revoit tout le temps du monde qu\u2019on connaît.C\u2019est aussi une compagnie solidaire, qui ne se refuse pas à l\u2019entraide.On s\u2019accompagnera donc, les uns introduisant les autres à de nouveaux lieux et de nouveaux parcours.C\u2019est pourquoi Linda ne conçoit pas qu\u2019elle puisse se perdre, même si elle peut se trouver désorientée : De toute façon, je connais du monde dans tous les coins.En ville, il y a des boîtes téléphoniques partout, et je traîne toujours des numéros de téléphone dans mes poches.Alors, si je suis mal prise, je peux toujours appeler quelqu\u2019un et dire : « Je suis à telle place, devant telle place : comment est-ce que je fais pour me rendre à telle place ?S\u2019ils avaient un souhait à formuler, lequel formuleraient Linda et Georges ?Linda n\u2019hésite pas : Qu\u2019il y ait plus de points de repères qui nous expliquent où on est.Est-ce qu\u2019un dessin du trajet qu\u2019on a à faire serait utile ?Oui, à la condition qu\u2019on soit capable de reconnaître les points de repère.Georges, avec qui nous avons enfilé une longue promenade, n\u2019hésite pas plus : Que le maire fasse une marche avec une personne qui ne sait pas lire.Qu\u2019il se promène avec différentes catégories de citoyens dans sa ville.Alors, monsieur L\u2019Allier, ferez-vous comme Harou-an-al-Rachid dans les Mille et une nuits, et irez-vous visiter la ville sans lunettes ?À l\u2019heure où les grands parleurs se disputent son sort, elle est aussi humaine et conviviale qu\u2019elle est illisible2.¦ 2.Je remercie Noé Dufour pour son aide dans l\u2019élaboration de l\u2019article. L\u2019EDUCATION DES JESUITES par Jean Éthier-Blais1 i i i I ! 4.! §s?SEr TU WlWB * w Une salle de lecture, à la bibliothèque du Collège Garnier (Québec), en 1957.Tous les anciens élèves des Jésuites s\u2019y reconnaîtraient.puisque d\u2019un continent à l\u2019autre, d\u2019un siècle à l\u2019autre, les programmes et le mode de vie de l\u2019éducation jésuite sont restés les mêmes.Saint Ignace est, par prééminence, l\u2019homme de son temps.Issu du même milieu idéologique que Cervantès (et don Quichotte), celui de l\u2019aristocratie pauvre qui se repaissait de souvenirs et de rêves, il devint d\u2019abord soldat de fortune.À sa mort, sa conception de l\u2019univers et de la gouverne des affaires des hommes représente l\u2019envers de la pensée idéaliste du Moyen Âge, dont il était issu.Le Courtisan de Baldas-sare Castiglione est passé par là, avec son sens de la mesure, son besoin de s\u2019intégrer dans la société dirigeante, d\u2019exalter les qualités proprement humaines de l\u2019homme (1528).Raphaël est l'un des personnages du Courtisan qui, pour tant d\u2019hommes de la génération de saint Ignace, représentera l\u2019idéal de l\u2019honnête homme.Mais la Renaissance charriait, dans sa recherche de l\u2019équilibre humain comme critère d\u2019harmonie cosmique, le danger de recréer un homme sur le modèle de l\u2019Antiquité, donc déchristianisé.Le rôle de saint Ignace, témoin à Paris du dévoiement de 1.Critique littéraire bien connu, M.Éthier-Blais est aussi essayiste et romancier.l\u2019enseignement scolastique, a été d\u2019empêcher cette rétraction de se faire, en suscitant un nouveau modèle humain, où se retrouvent les préceptes de la Grèce et de Rome, mais alimentés par l\u2019Évangile.Sociologiquement, il s\u2019est attaqué d\u2019abord à la tête.L\u2019Europe regorgeait de collèges célèbres, dont l\u2019enseignement reflétait, sous le vernis du grec et du latin, les valeurs superficielles du passé.Ainsi, lorsque Ronsard et ses camarades de la Pléiade font une révolution littéraire, ils axent leur lutte sur des problèmes d\u2019esthétique, sur des modes, sur une métrique, non sur une conception nouvelle à l\u2019homme.Contemporain de saint Ignace, Ronsard est en retard sur lui, d\u2019une génération.Grâce à saint Ignace, la culture de l\u2019Antiquité est assimilée, elle passe au service du présent.Il s\u2019agit, grâce à l\u2019apport des connaissances, de transformer une élite, une aristocratie, une classe dirigeante, afin qu\u2019elles puissent assumer la direction de l\u2019avenir.Montaigne reflète encore l\u2019homme de Plutarque ; les Jésuites refléteront l\u2019homme de saint Ignace.Cette vision prospective d\u2019une formation totale a assuré le succès des Jésuites.Ils surent adapter les règles du passé à leur analyse de ce que serait l\u2019avenir.Ils conservèrent du passé ce qu\u2019il avait de vivant, c\u2019est-à-dire la matière des programmes, relations juillet-août 1991 181 tout en l\u2019insérant dans une nouvelle armature.Si étrange que cela puisse nous paraître, à notre époque de laxisme intellectuel, le Ratio Studiorum2 est d\u2019abord une méthode raisonnée d\u2019insertion dans la vie de la cité.Saint Ignace et ses conseillers avaient compris que toute éducation est une réflexion mise au service de l\u2019action.L\u2019éducation de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent se trouvera donc en rapport direct avec le niveau de formation culturelle du professeur.D\u2019où l\u2019importance que saint Ignace attache à la préparation de ses cadres.L\u2019homme total sera, par volonté d\u2019exemple, le Jésuite lui-même.Il sera un savant modelé par la vie, qui, en retour, transforme les conditions d\u2019exercice de la vie.Sa pensée ne sera donc jamais immobile, figée dans ses certitudes : elle ira vers celle des autres, la circonscrira, l\u2019amènera à réfléchir sur elle-même, à se juger.Le Jésuite, dans l\u2019exercice de sa dialectique propre, fait penser au chien du berger qui guide le troupeau en épousant ses formes multiples.Du haut des airs, il donne l\u2019impression de ne savoir où il va, mais l\u2019ensemble et le mouvement de sa démarche indiquent que son instinct ne le trompe pas et qu\u2019il guide le troupeau vers la bergerie.La formation intellectuelle du Jésuite sera, à toutes les étapes, assortie de cette règle, qui est celle de l\u2019appropriation immédiate du réel.Ce n\u2019est qu\u2019ainsi qu\u2019il peut devenir « tout à tous ».Autrefois, alors qu\u2019ils exerçaient dans notre société une puissance réelle, on pouvait suivre la carrière d\u2019un Jésuite, qui faisait de lui un professeur, un prédicateur, un directeur de revue, un aumônier syndical, un éditorialiste théologique et un missionnaire en Chine.Il y avait, dans le déroulement d\u2019une pareille carrière, une force d\u2019adaptation proprement magique à l\u2019oeil nu, mais qui tenait, en réalité, au niveau et à l\u2019étendue de la formation générale.L\u2019être humain, pour saint Ignace, est une multiplicité inépuisable de possibles.Les élèves des Jésuites Par la suite, il ne s\u2019agira de rien de moins que de faire passer cette instruction dans l\u2019élève.Le processus de fabrication de celui que le Grand Siècle appellera l\u2019honnête homme consistera à reproduire à des milliers d\u2019exemplaires, on pourrait presque dire à la chaîne, le modèle imaginé par saint Ignace.L\u2019éducation des Jésuites part du principe que la nature humaine est immuable.C\u2019est pourquoi, au cours des siècles, la règle de vie dans leurs collèges changera si peu.Quiconque a fait ses études chez les Jésuites, avant que notre système d\u2019éducation ne tombe en chute libre, se souviendra de la pérennité des programmes et du mode de vie.En 1944, au Collège de Sudbury, lisant la biographie de Corneille de Robert Brasillach, je me suis rendu compte qu\u2019à peu de chose près, Corneille et moi avions reçu la même éducation, la mienne tenant compte du progrès dans l\u2019étude des sciences pures, celle de Corneille plus riche en histoire grecque et latine.L\u2019archétype restait le même et nous nous levions tous deux avant six heures afin d\u2019aller à la messe ; les heures des récréations, celles des cours, les retraites n\u2019avaient pas varié d\u2019un iota.Le dialogue pouvait aller bon train entre l\u2019adolescent de Rouen au début du XVIle siècle et celui de Sudbury au milieu du XXe.Pour arriver à ce résultat, il fallait que saint Ignace eût imprimé au mouvement formatif l\u2019assurance d\u2019être dans le vrai de la nature de l\u2019homme.Héritier des traditions scolaires du Moyen Âge (le célèbre perinde ac cadaver3 est une citation empruntée à saint François d\u2019Assise), il modifie le rapport personnel de l\u2019étudiant avec la raison d\u2019être de l\u2019enseignement.Désormais, l\u2019éducation permettra à l\u2019individu de se développer à l\u2019intérieur d\u2019une communauté politique et en fonction d\u2019elle.Saint Ignace a été le premier homme de la Renaissance à se rendre compte que le rapport des forces sociologiques, à l\u2019intérieur du monde occidental, avait changé.À une société en voie d\u2019organisation administrative, saint Ignace propose un modèle humain d\u2019efficacité.À cet égard, le cardinal Granvelle et Colbert sont des héros ignatiens, l\u2019un avant la lettre, l\u2019autre après.La césure, avant et après saint Ignace, est marquée.Villon, élevé à Paris avant que n\u2019apparaissent les Jésuites, n\u2019appartient à la communauté étudiante que dans la mesure où elle protège son statut et ses privilèges ; les élèves des Jésuites tendront, en revanche, à susciter l\u2019unité, l\u2019esprit de corps, la vision générale des choses qu\u2019on a appelée l\u2019humanisme chrétien, assez rigide pour permettre à tous d\u2019en retirer les avantages intellectuels et psychologiques, assez souple pour laisser à quiconque souhaite s\u2019épanouir en marge des règles la liberté du devenir personnel.Saint Ignace a beaucoup insisté sur la notion d\u2019autorité, qui est au coeur de la formation du Jésuite ; mais cette autorité est celle de l\u2019échiquier.Le jeu d\u2019échec est fait de mouvements dont aucun n\u2019est durable, tous, au contraire, débouchant sur une nouvelle combinaison.C\u2019est ce même jeu des combinaisons qui donne son sens à l\u2019action humaine.L\u2019humanisme jésuite est l\u2019acceptation au niveau culturel de l\u2019interaction des hommes, de leur responsabilité à l\u2019endroit les uns des autres.La société, dans ce contexte, devient un ensemble de libertés individuelles, mises au service de la liberté commune.La pensée éducative de saint Ignace s\u2019inscrit à l\u2019intérieur d\u2019une redéfinition des pouvoirs, au coeur d\u2019une humanité qui accepte d\u2019évoluer.Quelles que soient les conditions historiques de cette évolution, certains lui imprimeront leur marque, que ce soit une élite intellectuelle, une aristocratie à l\u2019anglo-saxonne ou la minorité léniniste.L\u2019image des deux étendards4 est significative.Les oriflammes se déploient, la bataille a lieu, qui met aux prises les forces du Bien et du Mal.Le combat terminé, que reste-t-il, sinon les combattants les plus forts, ceux entre les mains desquels l\u2019avenir est allé se loger ?Cette saisie spirituelle de l\u2019histoire ne peut s\u2019accomplir sans que la matière entre en jeu.Saint Ignace n\u2019a rien d\u2019un nominaliste.S\u2019il veut l\u2019homme complet, c\u2019est qu\u2019il le veut aussi avec son corps, ses rêves de puissance, l\u2019affirmation de son autorité.Nous vivons une époque d\u2019une telle hypocrisie que les hommes qui nous gouvernent affectent de mépriser le pouvoir qu\u2019ils exercent et prétendent nous faire croire qu\u2019ils ne manient le fouet que par devoir.Rien de tel chez saint Ignace, qui canalise les forces matérielles de l\u2019homme afin de rendre l\u2019exercice du pouvoir plus efficace, moins retors, plus humain.Tout repose sur l\u2019appréciation des forces en présence.L\u2019épanouissement de l\u2019homme dans l\u2019histoire est à ce prix.Plus on réfléchit à ce destin et à l\u2019évolution de la pensée ignatienne, plus on se pose la question : pourquoi une telle leçon n\u2019a-t-elle pas été suivie ?L\u2019humanité est-elle condamnée à l\u2019échec ?À cette question, saint Ignace et les Jésuites, résolument optimistes en Dieu, ne donnent pas de réponse.¦ 2.\tPublié pour la première fois en 1599, le Ratio atque Institutio Studiorum Societatis Jesu est le code pédagogique de la Compagnie de Jésus.3.\tObéissant comme un cadavre ! 4.\tDans une des méditations de ses Exercices spirituels, Ignace présente l\u2019image de deux armées, avec chacune sa bannière.182 relations juillet-août 1991 L\u2019Église en Amérique latine ENTRE LE PASSÉ ET L\u2019AVENIR par André LeBlanc1 On fêtera, l\u2019an prochain, le cinquième centenaire d\u2019un événement qu\u2019un théologien de l\u2019époque, B.de Las Casas, n\u2019avait pas hésité à considérer comme « le plus important après l\u2019Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ » : l\u2019arrivée en 1492 des premiers Européens dans un nouveau monde qu\u2019ils avaient le sentiment d\u2019avoir découvert.Pour souligner ce moment historique, l\u2019Église catholique, sensible à tant de voix discordantes pour qui 1492 ne mérite pas de fête (voir le Manifeste des peuples indiens), a opté pour une profonde réflexion théologique et pastorale sur notre monde qui apparaît, à force de mutations, comme un monde nouveau.Un des moments forts de cette réflexion sera la conférence des évêques latino-américains, qui aura lieu à Santo Domingo, Église primatiale de toute l\u2019Amérique latine, à l\u2019automne de 1992.Déjà un événement en soi, cette conférence, qui ne sera que la quatrième du genre2, a tout ce qu\u2019il faut pour retenir notre attention, puisque le thème, qui portera sur Évangile et culture, est de nature à interpeller les chrétiens et chrétiennes d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Du prophétisme à la discipline Mais commençons par regarder ce qu\u2019est devenu le Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), puisque c\u2019est lui qui pilote cette conférence.Plusieurs des grands pasteurs qui ont marqué la vie de l\u2019Église de ces contrées, dans les années 60 et 70, sont maintenant retraités ou même décédés ; et il n\u2019est pas rare qu\u2019ils aient été remplacés par des hommes aux idées tout à fait opposées, comme dans le cas de Don Sergio Mendes Arceo au Mexique, de Mgr Vallejos au Pérou.Quant à Dom Helder Camara, au Brésil, fidèle porte-parole de l\u2019Église des pauvres, celui-là même qui, dès 1955, a eu l\u2019idée d\u2019institutionnaliser le premier regroupement d\u2019évêques à échelle continentale, il faut savoir qu\u2019il a comme successeur, à Olinda Recife, un religieux 1.\tAndré LeBlanc est prêtre des Missions-Etrangères.2.\tLa première eut lieu à Rio de Janeiro (1955) ; la deuxième à Medellin, Colombie (1968), et la troisième à Puebla, Mexique (1979).3.\tL\u2019incident a alimenté les potins sur la religion de la revue Time, 31 décembre 1990.4.\tJ.Comblin ; cf.DIAL 1508 (juillet 1990), p.1 ; le souligné reprend le titre d\u2019un livre remarqué de J.B.Libanio, A volta a grande disciplina., Éd.Loyola, Sao Paulo, 1982.Rappelons aussi comment on a attaqué et démantelé le « Projet Parole et Vie » de la Confédération latino-américaine des religieux et religieuses (CLAR).Voir Claude Lacaille, « L\u2019Église en manque de démocratie », in Relations, nov.1989, p.260-261.canoniste qui a en quelque sorte liquidé son oeuvre, ne reculant même pas devant un recours à la police militaire pour mettre au pas tel curé ou telle communauté paroissiale jugée récalcitrante3.D\u2019autres grands évêques qui, eux, sont encore au poste, ont vu parfois leur influence réduite ; on les a isolés en éloignant d\u2019eux des collaborateurs dans l\u2019option pour les pauvres ou la défense des droits de la personne ou en leur imposant des auxiliaires de tendance opposée.C\u2019est le cas du cardinal Arns, de Sao Paulo, dont on peut dire que son Église a été partiellement démantelée.Une évolution semblable est vérifiable dans le CELAM lui-même, transformé en instrument de contrôle.Un théologien bien au courant de la situation n\u2019hésite pas à parler de « machine de guerre du Saint-Siège » pour « promouvoir le retour à la grande discipline1 ».Cette appréciation est peut-être sévère, mais une chose est certaine : en favorisant un certain type de nomination d\u2019évêques, le CELAM a contribué à faire basculer des confé- Dom Helder Camara, ancien évêque de Recife au Brésil, fut à l\u2019origine des rencontres du CELAM.Il demeure, dans la relative discrétion de sa retraite, l\u2019une des principales figures prophétiques tant de l\u2019Église latino-américaine que de l\u2019Église universelle.relations juillet-août 1991 183 NC Photo MANIFESTE DES PEUPLES INDIENS CONTRE LES CÉLÉBRATIONS DU 5e CENTENAIRE Nous rejetons ces festivités triomphalistes pour les raisons suivantes : 1.Il n\u2019y a pas eu de véritable découverte ni d\u2019évangélisation authentique, comme on a voulu le faire croire, mais bien une invasion.Les conséquences sont : - un génocide : la guerre d\u2019occupation, la contagion de maladies européennes, la mort par sur-exploitation et la séparation des parents et des enfants ont provoqué l\u2019extinction de plus de 75 millions de nos frères ; -\tune usurpation par violence de nos territoires ; -\tune désintégration de nos organisations socio-politiques et culturelles ; -\tune sujétion idéologique et religieuse, au détriment de la logique interne de nos croyances religieuses.2.Cette invasion, depuis le début jusqu\u2019à nos jours, a été une violation permanente de nos droits fondamentaux (.) Source : DIAL 1143 (6 novembre 1986), p.1.rences épiscopales nationales dans une majorité conservatrice, comme c\u2019est arrivé au Chili notamment.De plus, en neutralisant le sentiment d\u2019appartenance continentale de leurs pasteurs, il a amené les Églises locales à se replier dans des querelles internes, où la peur du communisme et de son infiltration dans les communautés ecclésiales de base et dans la théologie de la libération a un impact considérable.Un document bien structuré Or, c\u2019est le secrétariat permanent du CELAM qui publiait, au début de 1990, un document de consultation destiné à tous les évêques de ces pays et à leurs Églises5.Dans la présentation, on précise que le texte actuel, qui n\u2019est pas encore le document de travail proprement dit, est l\u2019aboutissement d\u2019une consultation auprès des secrétaires des conférences nationales, puis de deux rondes de quatre réunions chacune impliquant la participation d\u2019une centaine d\u2019évêques.Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019un document qu\u2019aurait élaboré une équipe d\u2019intellectuels du CELAM, coupés de la réalité, mais bien d\u2019un texte d\u2019orientation qui a reçu l\u2019assentiment d\u2019une certaine base épiscopale.Présentant le thème central de la rencontre de Santo Domingo, Une nouvelle évangélisation dans une nouvelle culture, ce texte substantiel s\u2019articule autour de quatre parties.On y présente d\u2019abord une vision historique d\u2019un demi-millénaire d\u2019évangélisation (nos 1-142).Une deuxième partie s\u2019arrête à la réalité latino-américaine (143-494), pour y parler de la crise des divers systèmes économiques, des principales tendances socio-politiques et, surtout, du problème des cultures en transformation : pluralité culturelle, culture étrangère, culture urbaine, culture sécularisée, rencontre avec la modernité, sectes et mouvements religieux.La troisième partie (495-827) se veut une vision pastorale de cette réalité : il y est question notamment des agents, des moyens, des destinataires et des contenus de l\u2019évangélisation.On complète le document par un éclairage théologique (828-974), où l\u2019on insiste sur la nécessité d\u2019une Église intégrée, qui soit porteuse d\u2019un message lui-même intégré ; on y voit une condition pour éviter que la sécularisation ne se change en sécularisme qui, lui, est une force de désintégration de la religiosité populaire et du substrat catholique qui caractérisent les masses croyantes.Comme on peut le voir, ce document de consultation ne manque pas d\u2019ampleur.Bien servi par une pensée structurée, il a le mérite d\u2019aborder des problèmes fondamentaux qu\u2019aucun projet sérieux d\u2019évangélisation ne saurait éviter, y compris le défi que pose la culture en général.Mais la question est de savoir dans quelles perspectives une telle problématique est envisagée et quelle théologie de l\u2019Église vient encadrer la réflexion et signaler les pistes d\u2019action.Des thèses qui font problème Un simple coup d\u2019oeil sur la table des matières est déjà très révélateur de certaines tendances.Ainsi, quand il y est question des agents de l\u2019évangélisation (115-120), on trouve la liste classique.Point de départ : le Saint Père, premier évangélisateur de l\u2019Amérique latine.L\u2019évangélisation passe ensuite par les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux, les instituts séculiers.Au bout de la liste, les laïques, mais sans la moindre mention des communautés ecclésiales de base dont, pourtant, le potentiel évangélisateur a été reconnu dans d\u2019autres documents officiels.La section traitant des destinataires (132-138) mentionne d\u2019abord les mouvements apostoliques, puis la pastorale des jeunes et celle des élites, pour arriver, après seulement, à la pastorale des ouvriers et des paysans, et, pas mal plus loin, à la pastorale indigène.Il est vrai que, sur ce dernier point, le département des missions du CELAM a déjà publié un document de grande qualité sur « l\u2019évangélisation des Indiens à la veille du demi-millénaire de la découverte de l\u2019Amérique » ; mais c\u2019était en 1985, et l\u2019un de ses inspirateurs, Mgr Leonidas Proano, lui-même Indien, est décédé depuis.En analysant le document de consultation à partir de la théologie de la libération, le Brésilien Clodovis Boff a critiqué ainsi les tendances ecclésiologiques qui s\u2019en dégagent6 7 : 5.\tElementos para una reflexion pastoral en preparacion de la IV con-ferencia general del episopado latinoamericano, CELAM, Bogota, 1990, 206 pages.6.\tCf.Revista Eclesiastica Brasileira 50 (juin 1990), p.275-286.7.\tVoici quelques propos du président du CELAM aux journalistes espagnols : « Nous sommes fiers de l'oeuvre d\u2019évangélisation entreprise par l\u2019Espagne en Amérique latine (.) Elle nous a transmis sa foi catholique, sa langue et sa culture.Et même son sang à travers le métissage, ce qui n\u2019a pas été le cas dans d\u2019autres colonisations.Nous, les Ibéro-Américains d\u2019aujourd\u2019hui, nous sommes heureux d\u2019affirmer qu\u2019en nous l\u2019Espagnol et l\u2019Indien coexistent en une seule personne (.) Je désire qu\u2019augmente le nombre de prêtres, de religieux et laïques espagnols en A.L.Je désire également que la culture espagnole (saint Jean de la Croix, sainte Thé- 184 relations juillet-août 1991 1.\tPuisque le grand défi pastoral réside dans la culture étrangère ou moderne, c\u2019est-à-dire technico-industrielle, l\u2019interlocuteur privilégié devient l\u2019homme moderne et sécularisé.C\u2019est dire que l\u2019axe pastoral central passe de la problématique pauvreté-libération à celle de la culture, ce qui déjà représente une rupture par rapport à Medellin et à Puebla.2.\tPuisque l\u2019évangélisation de la culture moderne est envisagée comme une conquête spirituelle, comme au début de la colonie, n\u2019est-on pas en droit de se demander si l\u2019Église servante et pauvre (Vatican II) ne devra pas céder la place à une autre, conquérante et peu portée au dialogue avec le monde ?3.\tDans cet esprit de conquête, on exige de tous obéissance et orthodoxie, en faisant corps autour de l\u2019évêque.Ne risque-t-cm pas de mettre en veilleuse la doctrine conciliaire sur l\u2019Église, vécue tout entière comme peuple de Dieu et peuple sacerdotal ?Dans le contexte actuel de centralisation et de restauration, n\u2019est-on pas en train de confondre catholicité et romanité ?4.\tPour porter efficacement l\u2019Évangile dans la culture moderne, l\u2019Église compte sur les classes moyennes urbaines, en passant par des mouvements tels que l\u2019Opus Dei, Communion et Libération, le Cursillo, le renouveau charismatique.C\u2019est là l\u2019un des virages que propose le CELAM.Dans ce document, les pauvres sont absents et l\u2019option pour les pauvres est devenue simple critère spirituel pour la vie des pasteurs et non plus principe prophétique pour l\u2019action évangélisa-trice.5.\tBoff conclut qu\u2019en évitant ainsi d\u2019affronter le défi de l\u2019injustice sociale et en se limitant à une réponse religieuse, le document de consultation montre le souci que l\u2019on a de garder la foi contre les assauts sécularistes de la culture moderne, mais pas celui de développer une foi libératrice.De plus, on semble oublier que la modernité bourgeoise n\u2019est pas seulement séculariste : elle est aussi injuste et elle tend à exclure.Tentatives et résistance Ce document apparaît donc comme une réédition des manoeuvres des textes préparatoires à la rencontre de Puebla, qui ne visaient rien de moins qu\u2019une rupture avec la tradition de Medellin.Pourtant, on le sait, leur rejet par des conférences nationales, la personnalité de celui qui présidait alors le CELAM, le cardinal A.Lorscheider, et la présence active des théologiens de la libération qui, officiellement écartés, s\u2019étaient quand même rendus à Puebla à la demande d\u2019évêques amis, avaient réussi à éviter le pire : le souffle prophétique en moins, les conclusions de cette rencontre avaient confirmé les choix que, trois ans après Vatican II, l\u2019Église latino-américaine avait rèse d\u2019Avila et tant d\u2019autres imprégnés de foi et d'Evangile) soit transmise à l\u2019A.L.comme expression de l\u2019interprétation moderne de la personne et de l\u2019histoire humaines.» (Cité par Morin, E.-R.et autres, Evangelizacion de la cultura o Inculturacion del Evange-lio ?, Atelier sur l\u2019Évangélisation, DEI, San José, 1989 (miméogra-phié), p.1.) 8.\tCf.National Catholic Reporter du 9 novembre 1990 ; aussi Amigo del Hogar (Santo Domingo), janvier 1991, p.8.9.\tPar exemple, Gutierrez, G., Dios o el oro en las Indias.Siglo XVI, CEP, Lima 1989 ; Girardi, G., La Conquista, con qué derecho ?, DEI, San José, Costa Rica, 1988.10.\tPar exemple, Boff, L., Nova Evangelizaçâo.Perspectiva dos Opri-midos, Vozes, Petropolis, 1990.faits à Medellin.Le miracle se répétera-t-il l\u2019an prochain ?On peut en douter.En effet, outre l\u2019apparition, signalée plus haut, d\u2019évêques de droite, la présence du Colombien qui préside actuellement le CELAM, Mgr Dario Castrillon Hoyos, n\u2019a rien pour calmer les inquiétudes.Sa faible identification aux souffrances et à la cause de ses compatriotes est bien connue7.De plus, selon une information largement diffusée8, une entente de haut niveau aurait mis dans les mains des autorités dominicaines une liste de théologiens (de la libération) considérés comme personae non gratae : pas de visa pour eux ! Cette exclusion bien prévisible ne condamne toutefois pas ces gens à l\u2019inaction.En effet, une abondante production aborde aussi bien l\u2019événement de 1492 et l\u2019époque coloniale9 que Santo Domingo 199210.En général, ces théologiens ne rejettent pas le thème retenu par le CELAM, même s\u2019ils y flairent une tentation, une stratégie pour ne pas regarder en face une réalité douloureuse.Ce qu\u2019ils contestent, c\u2019est la perspective dans laquelle on a lancé le débat.Pour eux, c\u2019est à partir des opprimés que doit se faire la nouvelle évangélisation qui, d\u2019ailleurs, est en marche depuis au moins les deux dernières décennies, alors que s\u2019est affirmée une Église qui a regardé avec maturité cette Amérique aux veines ouvertes.En d'autres termes, ce qu\u2019ils souhaitent, c\u2019est que le thème Évangile et culture soit abordé à partir de la tradition Medellin-Puebla, bien connue pour son option préférentielle pour les pauvres, plutôt que de chercher à diluer cette tradition dans le débat sur la culture.Comment en effet ne pas croire avec eux qu\u2019aujourd\u2019hui, comme il y a 500 ans, il y va de la crédibilité de la Bonne Nouvelle auprès des majorités qui ont faim, qui meurent avant le temps et qui n\u2019ont surtout pas le coeur à fêter ?¦ Le 28 janvier 1979, Jean-Paul II inaugure la troisième conférence des évêques latino-américains (CELAM) à Puebla, au Mexique.relations juillet-août 1991 185 wXJL UJL vJL À l\u2019heure où le financement de l\u2019éducation populaire est sérieusement menacé, le rôle des organismes communautaires de base est plus essentiel que jamais pour la construction d\u2019une véritable démocratie.Car L\u2019éducation populaire, ça change le monde !, comme l\u2019indiquent les Actes du colloque national sur l\u2019éducation populaire au Québec que l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes vient de publier.Ce document grand format de 36 pages, vivant et largement illustré, offre un portrait stimulant du vaste réseau de l\u2019éducation populaire, tout en faisant état des pratiques mises en oeuvre au fil des ans et en abordant les perspectives de développement du mouvement.Un outil important qu\u2019on peut se procurer à l\u2019ICÉA, 506, Sainte-Catherine est, bureau 800, Montréal H2L 2C7, tél.: (514) 842-2766.Les organismes québécois de coopération internationale font le point : l\u2019AQOCI, qui regroupe 48 d\u2019entre eux, vient de publier un numéro spécial de sa revue Inter-Mondes, entièrement consacré aux nouvelles perspectives et pratiques qui puisent leur espoir, paradoxalement, du côté du Sud : La coopération Nord-Sud change d\u2019ère.Signalons aussi que l\u2019AQOCI a amorcé depuis plusieurs mois, avec ses membres, une réflexion approfondie sur les liens étroits qui doivent exister entre développement et droits humains, de même qu\u2019entre développement et environnement.AQOCI, 801 Sherbrooke est, suite 400, Montréal H2L 1K7, tél.: (514) 597-2288.Le collectif « Le cinquième monde » qui regroupe, depuis 1982, des québécoises travaillant à développer la solidarité internationale des femmes, attire l\u2019attention, dans son dernier numéro d'UniversElles, sur la cinquième Rencontre des femmes latino-américaines et des Caraïbes qui a eu lieu en Argentine, en novembre dernier.Pourquoi s\u2019appeler « cinquième monde » ?Pour souligner l\u2019oppression et l\u2019exploitation spécifique des femmes partout dans le monde, avec le « tiers monde » qui désigne la majorité des peuples de la terre, dominés et exploités, et le « quart monde » qui représente les plus opprimés de nos propres sociétés.Le cinquième monde, 454 rue Caron, Québec G1K 8K8, tél.: (418) 647-5855.On ne parle guère de l\u2019Afrique, sinon à l\u2019occasion de ses famines, de ses guerres et de ses coups d\u2019état.À croire que la vie s\u2019y résume aux catastrophes.Pourtant l\u2019Afrique, c\u2019est plus de cinquante pays et plus de 500 millions d\u2019habitants ! Même ici, comme immigrants ou réfugiés (de 1980 à 1989, le Québec a admis près de 20 000 immi- grants africains), nos concitoyens africains restent trop souvent méconnus.Pour créer des ponts, le Regroupement AFRIQUÉBEC a publié au printemps un journal tabloïd tiré à 50 000 exemplaires (454, rue Caron, Québec G1K 8K8, tél.: (418) 647-5856).Et pour avoir, deux fois par mois, une bonne idée de ce qui se passe en Afrique, au niveau du continent comme dans les divers pays, on pourra consulter l\u2019excellente revue de presse bilingue (chaque article étant reproduit dans sa langue d\u2019origine), publiée à Bruxelles sous le titre Africa News BULLETIN d\u2019information africaine (192, rue de la Victoire, B.te 5, B 1060 Bruxelles, Belgique).Comme l\u2019Irak envahissait le Koweit, en août 1990, l\u2019Indonésie envahissait le Timor Oriental, il y a déjà plus de quinze ans, en 1975.Dans ce dernier cas pourtant, la communauté internationale n\u2019a répondu que par l\u2019indifférence, sinon par la tolérance, malgré la répression et les graves violations des droits humains.Pax Christi international n\u2019a cessé, depuis des années, d\u2019alerter l\u2019opinion publique pour que soit respecté le droit à l\u2019autodétermination du peuple du Timor ; elle vient de prendre une fois de plus position, à l\u2019occasion du deuxième anniversaire de l\u2019appel de Mgr Belo au Secrétaire général des Nations Unies, pour un référendum au Timor Oriental (Courrier de Pax Christi international).Les réalités familiales ont beaucoup changé au Québec depuis vingt ans : familles séparées ou divorcées, éclatées, monoparentales, reconstituées ou recomposées.Le dernier bulletin de la Fédération des associations de familles monoparentales du Québec, qui existe depuis 1973, présente justement ces familles recomposées (Familles monoparentales : 890, boul.René-Lévesque est, bureau 2320, Montréal H2L 2L4, tél.: (514) 288-5224.À signaler : -un bon dossier du Magazine de Vie ouvrière sur la réalité d\u2019une région du Québec : « La Gas-pésie dans tous ses états » (mai-juin 91) ; -deux articles émouvants et vrais sur les femmes atteintes du SIDA : « Mourir avant sa mort » (Nouvelles CSN, 10 mai 91) ; -le 100e numéro de Center Focus, le bulletin bi-mensuel publié par le Center of Concern, l\u2019homologue américain du Centre justice et foi ; -la revue de presse mensuelle Pauvreté et droits humains, publiée par l\u2019Association des amis d\u2019ATD Quart Monde et qui relève, dans les journaux d\u2019ici, de quoi nous faire voir notre société avec les yeux des plus démunis. RECENSIONS DE JUILLET lectures Jacques Dufresne : Le courage et la lucidité ?Georges Steiner : Réelles présences n Louise Guyon : Quand les femmes parlent de leur santé ?Coll.: L\u2019année politique 1989-1990 au Québec Le courage et la lucidité même si son titre est emprunté à un texte de Pierre Trudeau sur le fédéralisme, voici un livre lucide et courageux portant sur la pratique de la liberté qu\u2019est la formulation d\u2019une constitution pour le Québec souverain.Dufresne est un sage, doué d\u2019une vaste information.Elle est à son meilleur dans ce livre, où il nous résume notre histoire pour nous faire mieux réaliser que le peuple québécois « a toujours fait avorter les grands événements, faisant preuve, dans les petits, d\u2019une étonnante maîtrise de son destin ».Pour ajouter de la lucidité au courage qui trop souvent nous a manqué, il nous présente de façon remarquablement informée et claire les constitutions qui ont réussi : la grandeur de l\u2019État de droit et de la démocratie dans celle d\u2019Athènes, la fierté de la souveraineté dans le projet d\u2019Europe de 1993, la persistance du nationalisme que nous révèlent les fragments éclatés de l\u2019URSS, la révolution tranquille de la Norvège, le sens civique de la Ve République française, le souci profond de la liberté du citoyen devant l\u2019État aux États-Unis, le sens de la dimension humaine de la Suisse.En conclusion, il nous recommandera de placer un peu de chacune de ces valeurs dans notre constitution du Québec libre : le sens civique des Grecs classiques, le sens de l\u2019enracinement de l\u2019Europe, l\u2019art de la métamorphose de l\u2019URSS, la solidarité norvégienne, le souci de la démocratie directe de la Suisse, le sens de l\u2019État de la France et l\u2019art de se défendre des abus du pouvoir des Américains.Le livre de Dufresne est d\u2019abord important pour l\u2019information qu\u2019il rassemble ; peu de non-spécialistes ont lu la constitution suisse ou norvégienne.Il est aussi important pour son choix d\u2019intuitions majeures : l\u2019influencent particulièrement l\u2019entourage de de Gaulle en Angleterre à la fin de la guerre (surtout Simone Weil), Jane Jacobs et sa réflexion sur le séparatisme québécois, Alexis de Tocqueville et quelques autres.Et on remarquera avec intérêt que ce livre, qui pourrait planer très haut sur les sommets de la pensée politique, est remarquablement proche des réalités d\u2019ici : division entre l\u2019École de Québec et l\u2019École de Montréal sur l\u2019avenir du Québec relations juillet-août 1991 dans les années 50, passage progressif du Canada vers l\u2019Etat unitaire sous Pierre Trudeau, rôle du Livre beige de Claude Ryan dans l\u2019évolution vers le Québec distinct, parallèles entre le rôle du prolétariat en URSS et celui de la classe moyenne en régime Trudeau, les deux étant l\u2019ennemi du nationalisme, judiciarisation des droits individuels depuis les chartes.En somme, un livre dont la lucidité pourra aider le courage de plusieurs d\u2019entre nous d\u2019ici le référendum de 1992.¦ Julien Harvey Réelles présences ¦ Je vais transgresser un tabou absolu dans le monde de la critique : déclarer « magistral » un livre dont je n\u2019ai pas terminé la moitié.Que je crains de finir, de peur de le ranger comme n\u2019importe quel autre ouvrage dans la catégo- 187 rie des bons livres vite oubliés, alors que cette oeuvre - Réelles présences, de Georges Steiner - constitue ou devrait constituer l\u2019ancrage obligé, récurrent, rassérénant de tout être qui prétend le moindrement à la pensée en cette fin de millénaire fatiguée, logique, tonitruante (la phrase est longue et lourde, je sais : elle est à l\u2019image du sens infini, profond et complexe des choses auquel Steiner souhaite nous réintroduire).Cet homme d\u2019une prodigieuse culture nous parle à nous, sur un ton à la fois serein et incisif, de deux ou trois choses simples : l\u2019art, le sens, le mot, l\u2019esthétique, la transcendance.Cet homme qui connaît tout, de Craty-le à Heisenberg, à Malévitch et Derrida, Eschyle, Empson et John Cage - cet homme, dis-je, fait ici le procès des procureurs, comprenons du nihilisme ambiant (et l\u2019ambiance est ici un espace-temps qui remonte à la fin du XIXe siècle), dont il démontre par ailleurs l\u2019extrême rigueur argumentative.Cet homme, monstrueusement éclairé des aléas de la pensée humaine, postule ici simplement (quel mot.) le primat de la transcendance : au commencement il n\u2019y a peut-être pas le Verbe, comme le démontre tout le courant déconstructiviste et poststructuraliste qui va de Rimbaud-Mallarmé à Barthes-Derrida, mais il y a, mais il demeure le Sens, venu on ne sait d\u2019où, mais dont l\u2019exigence à la fois nous traverse, nous écrase, puis éblouit.Les signes de cet appel résident primordialement dans l\u2019art, la poésie, l\u2019esthétique, et embléma-tiquement : dans la musique.Je n\u2019ai presque pas envie d\u2019en dire plus.De toute façon, nous sommes dans l\u2019ère de « l\u2019après-mot », du degré zéro du langage, de « l\u2019abrogation du contrat entre mot et monde »\t(163), des « masques », des « mandarins médiocres et précieux », de « l\u2019asémanti-que » triomphante (159), du « bavardage de haut niveau.distingué, sur les arts et les lettres » (101).Et le total impossible (des recherches doctorales et postdoctorales) ne donne déjà « rien d\u2019autre qu\u2019un marécage grisâtre » (57).J\u2019interromps la liste de ces durs extraits.Ceux qui depuis des années ont pour fonction de lire, comprendre, admirer, critiquer ou expliquer vont ici souffrir tout leur soûl, car Steiner remet en cause tout ce qui fait sens depuis cent ans dans le monde des idées - et nous en sommes.Et je lis en grinçant des dents, car (ce serait trop facile) Steiner n\u2019est surtout pas ce vieux grano réactionnaire donnant sur le tard dans le soporifisme anti-intellectuel type des gens fatigués qui se plaisent à voir un « retour aux sources » dans leurs maux d\u2019estomac.188 Vers quelles fenêtres l\u2019auteur porte-t-il nos regards ?« Le signe est tourné vers la face de Dieu » - il n\u2019est ni arbitraire ni purement autoréférentiel.« L\u2019enjeu.est majeur.» Et de citer « les splendeurs situées derrière le tombeau » de Baudelaire.« Toute forme sérieuse d\u2019art, de musique, de littérature, est un acte critique » - et il ajoute « de premier ordre ».Quelque chose « doit demeurer informulé » : « mystère » est un terme crucial dans ma démonstration » (37).Il y a, dans l\u2019art, des « faits de nécessité et de patience ».« Le langage essentiel du poème, de la musique, du tableau.est le langage de la survie.» Nous vivons dans le bruit, qui empêche « l\u2019hospitalité toute personnelle que nous devons à notre propre mort » (74); Etrange : Jacques Lessard, du théâtre Repère, me disait ces jours-ci avoir revendiqué auprès de la ministre de la Culture le droit des artistes au silence.Le droit de tous, préciserait Steiner, dans la cohue proliférante des commentaires sur les commentaires.À ceux qui aiment les parcours historiques denses, et la géométrie intime des idées contemporaines, je recommande bien évidemment ce maître-livre.Et comme partisan fanatique de Steiner, j\u2019applique illico à la lecture même le conseil dangereux qu\u2019il nous donne : nous en remettre à la musique.Lire en compagnie de Ravel, mouvement lent du Concerto pour piano et orchestre en sol majeur, avec Martha Argerich.Voilà.Je ne lis plus depuis des heures.Et l\u2019on comprend soudain qu\u2019il est des livres in-finis.¦ Richard Dubois Quand les femmes parlent de leur santé basé sur l\u2019enquête Santé Québec de 1987 - portant sur 32 000 hommes et femmes - et étayé de nombreuses études, Quand les femmes parlent de leur santé brosse un portrait de la santé des femmes au Québec.Il s\u2019adresse d\u2019abord aux femmes, mais sera très utile à tous ceux et celles qui ont à intervenir dans le domaine psycho-social ou de la santé.Contrairement à la réforme Côté, à laquelle on a reproché de négliger les aspects so- relations juillet-août 1991 ciaux de la maladie, Louise Guyon met l\u2019accent sur l\u2019aspect social et psychologique des problèmes de santé.La première partie porte sur les Québécoises, leur santé et leurs habitudes de vie.Les thèmes qui y sont abordés sont l\u2019espérance de vie, la santé physique et mentale, certaines habitudes de vie comme le tabagisme et l\u2019alcool, la ménopause, la consommation de médicaments et de contraceptifs oraux.Dans la deuxième partie, intitulée « Y a-t-il des femmes différentes ?», l\u2019auteure se penche sur des catégories de femmes plus touchées par les problèmes de santé : les jeunes femmes, les femmes âgées, les femmes de milieux défavorisés, les femmes en situation de monoparentalité et les femmes des communautés culturelles.Les adolescentes sont habituellement en bonne santé physique, mais elles présentent plus de problèmes psychologiques.En fait, le tiers d\u2019entre elles auraient des niveaux de détresse psychologique élevés.Chez les jeunes filles provenant de milieux très pauvres, cette proportion passe à près de la moitié.Les adolescentes adoptent des habitudes de vie qui vont influer sur leur état de santé futur.L\u2019enquête révèle qu\u2019elles prennent plus d\u2019alcool et de tabac que leurs aînées.Et elles fument davantage que les garçons, en plus de faire usage d\u2019anovu-lants (deux tiers des jeunes fumeuses), ce qui constitue un risque accru de complications cardiovasculaires.En outre, elles ont une image de soi hypocalo-rique : la grande majorité des jeunes femmes désire maigrir et le quart est vulnérable à l\u2019anorexie.À égalité avec les adolescentes, le tiers des femmes âgées présente des niveaux de détresse psychologique élevés.Si les femmes vivent plus longtemps que les hommes, cette longévité accrue ne va pas de pair avec une bonne qualité de vie.La plupart des femmes âgées, en effet, se retrouvent seules, malades et pauvres.Parmi les femmes seules et âgées, plus des deux tiers sont pauvres ou très pauvres.Pour contrer ces difficultés, les femmes âgées font souvent usage des « petites pilules du bonheur ».Au moment de l\u2019enquête, près de huit femmes âgées sur dix prenaient au moins un médicament et le quart avait une prescription de tranquillisants.Les femmes âgées forment une bonne partie du contingent des milieux défavorisés.Il y a en général plus de femmes que d\u2019hommes dans la catégorie des plus défavorisés et, à chaque niveau, les femmes sont plus pauvres.Ces données sont cruciales, puisque « l\u2019appartenance à un milieu socio-économique particulier est un déterminant majeur dans le devenir des individus quant à leur santé ».L\u2019une des données les plus frappantes de l\u2019enquête Santé Québec est l\u2019association entre la pauvreté et la détérioration de la santé, conjuguée surtout au féminin.Les femmes des milieux défavorisés auraient plus de problèmes de santé physique et psychologique que les femmes des autres milieux et que les hommes de même niveau socio-économique.La pauvreté accompagne généralement le statut de famille monoparentale, puisque les deux tiers des femmes dans cette situation sont défavorisées économiquement.Elles ont plus de problèmes de santé physique et psychologique que les autres mères et ont plus souvent recours aux services sociaux.Notons qu\u2019il y a 15 % de familles monoparentales au Québec, dont 87 % sous responsabilité féminine.Enfin, les femmes des communautés culturelles sont en moyenne plus âgées que les Québécoises d\u2019origine et leur état de santé est comparable.Par contre, elles ont un taux d\u2019obésité supérieur, prennent moins d\u2019anovulants et se prévalent moins des tests de dépistage.Les communautés culturelles constitueraient 11 % de la population québécoise.En plus des nombreuses données étoffées d\u2019études qui les mettent en perspective, Quand les femmes parlent de leur santé contient de nombreux tableaux et une quantité impressionnante de références.On peut lire ce livre en entier ou le consulter par sections, au gré de ses intérêts, sans perdre le fil.Un must\\ ¦ Marie-France Cyr L\u2019année politique 1989-1990 au Québec Pour la troisième année, Denis Monière a piloté l\u2019entreprise de nous donner un survol de l\u2019année politique au Québec.Il s\u2019agit de l\u2019année 1989-1990 qui s\u2019étend, selon le liminaire, du premier juillet au 30 juin ; mais la chronologie établie par Martine Provost s\u2019étale du premier septembre au 31 août, et au moins un article, celui de Pierre Hamel, fait allusion à des dates plus tardives.Si on excepte la présentation, à quelques mots près identique à celle de l\u2019année passée, l\u2019ouvrage comprend seize articles couvrant la vie parlementaire, les politiques gouvernementales (québécoises), le budget, l\u2019administration publique, le théâtre constitutionnel, les relations internationales, la vie municipale, la vie des partis, l\u2019élection du 25 septembre 1989, le mouvement syndical, le patronat, les demandes sociales, les débats idéologiques, l\u2019opinion politique québécoise, un profil du Québec et la chronologie.Chacun y trouvera son bien selon ses intérêts.C\u2019est justement la raison d\u2019être d\u2019un bilan.Cette année, j\u2019ai particulièrement apprécié l\u2019analyse de Réjean Pelletier sur la vie parlementaire, surtout en ce qui a trait à la provenance des députés (p.11-15) ; les remarques de Bour-gault et de Dion sur ce qui advenu du Rapport Gobell et sur le vieillissement de la fonction publique (traitement annuel moyen de 64 390$ pour les cadres et de 45 100$ pour les professionnels (p.46) ; l\u2019analyse de Pierre Drouilly sur les élections de septembre 89, sur le plafonnement du Parti québécois et le renouvellement du Parti libéral (p.103-122) ; les remarques très judicieuses de Jacques Rouillard sur le mouvement syndical (p.125-134) ; les observations de Jean-H.Guay sur la montée de la classe des gens d\u2019affaires (p.137-144) ; une bonne analyse de Denis Monière sur les débats idéologiques (p.157-164) ; un survol des sondages d\u2019opinion publique de la dernière année par Édouard Cloutier (p.167-183).Au débit du volume, il faut signaler l\u2019absence presque complète de collaboratrices féminines, une notion trop étroite du politique, une politique réduite au forum québécois, un traitement superficiel du vécu social, l\u2019absence de la culture et de la société profonde, de l\u2019éthique et des débats de valeur.L\u2019article de Pierre Boily est parfois un simple décalque de sa contribution de l\u2019année dernière.Certains articles sont trop bavards et il n\u2019est pas nécessaire de nous donner le curriculum de chaque ministre (p.218-227), ce que l'Almanach du peuple nous donne depuis toujours.Bref, il faudrait abréger, resserrer, diversifier.La présentation doit être refaite, en tenant davantage compte des réactions des lecteurs.Au total, j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019un progrès sur l\u2019an passé.Progressivement, le livre va trouver sa niche.¦ André Beauchamp Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants : -\tMarguerite Yourcenar, Le tour de la prison, Paris, Gallimard, 1991 ; 187 p.-\tColl., sous la direction de Raymond Brodeur, Les catéchismes au Québec, 1702-1963, Sainte-Foy/Paris, Les Presses de l\u2019Université Laval/Éditions du CNRS, 1990 ; 255 p.-\tDanièle Vazeilles, Les chamanes maîtres de l\u2019univers.Persistance et exportations du chamanisme, 126 p.; Robert Tessier, Le sacré, 125 p.; Paris, Cerf/Fides, 1991.-\tLaurent Laplante, La police et les valeurs démocratiques, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1991 ; 124 p.-\tColl., sous la direction de Gilles Langevin et Raphaël Pirro, Le Christ et les cultures dans le monde et l\u2019histoire, Saint-Laurent, Éd.Bellarmin, 1991 ; 401 p.-\tLe Beffroi, Revue philosophique et littéraire XIV, avril-août 1991 ; 242 p.-\tGérald LeBlanc, Montréal comme je l\u2019ai vue, Montréal, Éd.du Méridien, 1991 ; 298 p.¦ références Jacques Dufresne, Le courage et la lucidité.Essai sur la constitution du Québec souverain, Sillery, Éditions du Septentrion, 1990 ; 191 pages.Georges Steiner, Réelles présences.Les arts du sens, Paris, Gallimard, 1989 ; 286 pages.Louise Guyon, Quand les femmes parlent de leur santé, Les Publications du Québec, 1990 ; 185 pages.L\u2019année politique 1989-1990 au Québec, sous la direction de Denis Monière, Montréal, Le Devoir Québec/Amérique, 1990 ; 289 pages.relations juillet-août 1991 189 environnement EN RELISANT TEILHARD Une des questions fréquemment soulevées dans le milieu écologique est celle de la place de l\u2019être humain sur la terre.On sait que la crise écologique n\u2019est pas une crise du milieu naturel comme tel.C\u2019est une crise humaine.Elle est causée par la prolifération de la race humaine (notre planète est infestée d\u2019hommes, dit Hubert Reeves) et de ses activités, surtout industrielles.D\u2019où la nécessité de retrouver les principes d\u2019une insertion au sein de la nature, de reconstruire ce que Moltmann appelle la perception de notre appartenance à la même communauté créationnelle.L\u2019animalité en nous n\u2019est pas un passé dépassé, mais une condition fondamentale de notre existence.Les artisans du Nouvel âge peuvent bien invoquer le corps astral : c\u2019est au sein de la biologie que nous vivons, mourons et faisons l\u2019expérience de la liberté et de la spiritualité.C\u2019est dans ce contexte que l\u2019on sent un peu partout un reproche plus ou moins larvé à l\u2019égard du principe anthropique, qui voit dans l\u2019être humain l\u2019achèvement du monde.On pense au texte de Genèse : Remplissez la terre et dominez-la (1,28).L\u2019auteur qui écrivait cela, au temps de l\u2019exil à Babylone, ne pensait pas à la technologie moderne, mais à la survie d\u2019un peuple écrasé et à une victoire jamais assurée contre l\u2019hostilité du monde extérieur.Le principe anthropique ne peut se comprendre que dans une perception plus large de l\u2019appartenance à la nature.Rupture ontologique, certes, entre l\u2019être humain et l\u2019animalité, mais continuité également.Comment dire cette insertion et cette rupture de l\u2019être humain à l\u2019égard du milieu ?La Déclaration de Vancouver (15 septembre 1989) rappelle avec à-propos : « Reconnaître que l\u2019être humain est un aspect du processus créateur qui donne forme à l\u2019univers élargit l\u2019image que l\u2019homme a de soi et lui permet de transcender l\u2019égoïsme qui est la cause première du manque d\u2019harmonie entre lui-même et ses semblables, comme entre l\u2019humain et la nature.» Aspect du processus créateur qui a conduit la vie depuis trois milliards et demi d\u2019années jusqu\u2019à l\u2019état actuel, l\u2019être humain est-il l\u2019aboutissement de l\u2019évolution biologique sur la terre ?Teilhard de Chardin répond : oui.Dans Le phénomène humain (Paris, Seuil, 1955), tout de même rédigé pour l\u2019essentiel entre 1938 et 1940, Teilhard est d\u2019abord soucieux d\u2019affirmer la réalité de l\u2019évolution, qui est pour lui le paradigme par excellence : « une condition générale à laquelle doivent se plier et satisfaire désormais, pour être pensables, toutes les théories, toutes les hypothèses, tous les systèmes » (p.242).Pour Teilhard, le temps n\u2019est pas réversible.La théorie du Big Bang commence à peine à émerger, mais il y a pour lui une flèche du temps.Dans une évolution cosmique dont il évolue encore mal l\u2019épaisseur (il est paléontologue et non astro-physicien), il distingue une géogénèse (naissance de la terre), une biogénèse (vie), une psychogénèse (intériorité et réflexion), une noogénèse (âge de l\u2019esprit).Teilhard est peu attentif à l\u2019équilibre total de la biosphère.Dans la ligne de Darwin, il voit davantage la compétition que les phénomènes de collaboration et les communautés biologiques.Mais il cherche un principe directeur expliquant le passé et le futur, la flèche du temps.« De quel droit, par exemple, dire que le mammifère - fût-ce l\u2019homme - est plus avancé et plus parfait que l\u2019abeille ou la rose » (p.154) ?Ce principe réside pour lui dans la complexité-conscience.Il y a en tout, depuis l\u2019origine, un dedans et un dehors.La vie cherche en toutes les directions.Mais quand elle s\u2019oriente vers plus de psychisme, plus d\u2019intériorité et de liberté, elle trouve son vrai filon.Reprenant Huxley, il s\u2019écrie : l\u2019homme « n\u2019est pas autre chose que l\u2019évolution devenue consciente d\u2019elle-même » (p.244).Ainsi s\u2019opère ce que nous désignons aujourd\u2019hui comme un passage de la biologie à la culture.La culture est le nouvel âge de la biologie : là, l\u2019évolution continue son inlassable pulsion.Dans le système teilhar-dien, « énergie matérielle et énergie spirituelle se tiennent et se prolongent » (p.60), en sorte qu\u2019il y a un avenir de l\u2019homme, une noogénèse.Cette tension vers l\u2019avenir est, pour Teilhard, en relation avec le point Oméga, Christ, qui aspire l\u2019humanité vers son destin spirituel.Le théoricien scientifique cède ici la place au croyant.Teilhard ne pouvait soupçonner la crise écologique actuelle, qui n\u2019apparaissait pas encore ; l\u2019échelle de temps qu\u2019il envisage transcende les contingences d\u2019une crise ponctuelle.Mais il a cru discerner une dynamique de l\u2019évolution, une finalité.Peut-on assumer cette perspective sans céder à un orgueil prétentieux et destructeur ?Si vous avez un peu de temps, lisez et relisez Teilhard.André Beauchamp Le Centre justice et foi présente sa session d\u2019été 1991 JUSTICE SOCIALE ET ENGAGEMENT CHRÉTIEN Cette session se veut une occasion pour permettre aux militants chrétiens, engagés pour la justice sociale, de réfléchir ensemble sur le chemin parcouru depuis le concile Vatican II.En cette époque où les luttes sociales ne sont plus guère à la mode, nous essaierons de repenser une théologie de l\u2019engagement.Animées par Guy Côté et plusieurs panelistes de renom, ces trois journées d\u2019étude se tiendront à la Maison Bellar-min, au 25 Jarry ouest, Montréal, du 19 au 21 août 1991, de 16h00 à 22h00.Coût de la session: \u2022\t10,00* $ pour l\u2019inscription et l\u2019envoi de documents \u2022\t20,00* $ par jour ou 60,00* $ pour les trois jours (les repas sont inclus dans ces prix) Pour avoir plus d\u2019information ou pour vous inscrire, veuillez vous adresser à Pauline Roy-Servant ou François Morissette, au Centre justice et foi, 25 Jarry ouest, Montréal H2P 1S6, tél.: (514) 387-2541.Notez que nos bureaux seront fermés du 22 juin au 23 juillet.* TPS incluse relations juillet-août 1991 191 relations juillet-août 1991 3,00$ no 572 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t163 Les trois défis du mouvement Desjardins (J.G.) - Un an après, a-t-on appris?(R.B.) - Du neuf chez les syndicats?- (J.B.et P.R.B.) \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t Photographie de la page couverture : Service des Communications, Ville de Québec LES SOIRÉES RELATIONS SUR VIDÉO Location (10 jours): 7,00 $\tPour obtenir la liste des soirées qui Achat: 25,00 $\tont été enregistrées, s\u2019adresser à TPS, TVQ et frais d\u2019expédition sont Pauline Roy-Servant, au Centre inclus dans ces prix.\tjustice et foi (téléphone: 387-2541).Les Soirées Relations reprendront en septembre prochain.Surveillez notre publicité dans LE DEVOIR.juillet-août (juin) 1991 Courrier de deuxième classe ; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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