Relations, 1 décembre 1991, Décembre
[" relation décembre 1991 3,00$ no 576 RUSEE ET INSOUMISE ESPÉRANCE trés&b&t n%iïÊm vmœ Z?i&jp&j t®! 9 770034 378000 i'% iry 9770034378000 Une figure de ^spo\" |®|* ®dans s^n testament spirituel qu £ ™u\u201cTmme ».rJT/es.peut-être chacun de nous.^\t^ Du Foyer de charité de ^Vf^ifSdes de mrnrnmm 'C«S.\u201411bte- ^ne toi sans l^o=^^c^^Stde ^FondlSonhJuîesnet:Pa£ÉmMe £ \u2014 , dome vie au monde, q,e,le Se de i'S^e, rusée et insoumrse.\t^ Turcot relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LTV RÉDACTION Fernand Jutras ASSISTANT À LA RÉDACTION Dominique Boisvert RESPONSABLE DE LTV PROMOTION Adèle Lauzon COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jacques Boucher, Joseph Giguère, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Jean-Paul Rouleau, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, Ginette Boyer, Jacques Chênevert, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Vivian Labrie BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an) : 20,35$ (TPSinci.) À l\u2019étranger : 24,00$ Abonnement de soutien : 50$ Numéro d\u2019enregistrement pour fin de TPS : R119003952 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.290 relations décembre 1991 face à \u2019actualité- Pour dépasser la mode écologique Ce que le Canada offre aux autochtones La Fête de Louis Laberge ENVIRONNEMENT : LE RESSAC ?Un certain nombre d\u2019indices donnent à penser que l\u2019engouement pour l\u2019environnement tire à sa fin et qu\u2019un ressac s\u2019amorce.Je pense à la réclame des gâteaux Joe-Louis contre la luzerne et la crème Budwig, attaquant de front la monotonie de l\u2019alimentation granola.Et n\u2019avez-vous pas le goût de manger du vrai beurre plutôt que de la margarine, en vous rappelant le temps où l\u2019on pouvait boire du lait chaud non écrémé dans l\u2019étable, en pensant à monsieur Longtin de Saint-Éphrem qui, à 92 ans, mange encore du petit lard au déjeuner ?Le signal est donné, en France, par la publication de La peste verte, de Gérard Bramouillé (Paris, Belles-Lettres, 1991, 208 pages), qui cherche à pourfendre le mouvement écologique.Les titres de trois chapitres sont instructifs : l\u2019imposture, l\u2019anathème, l\u2019oppression.La crise écologique y est dénoncée comme une imposture, comme l\u2019occasion d\u2019une culpabilisation et comme une stratégie pour mettre en place une nouvelle dictature de gauche, un écofascisme.Et puis, dans la population, il y aurait une sorte de lassitude d\u2019entendre encore parler de l\u2019environnement : trop de nouvelles, trop de nouvelles alarmistes qui nous annoncent toujours plus ou moins la fin du monde, trop de problèmes sans solution, trop de déclarations à l\u2019emporte-pièce.Et comme il y a crise économique et chômage, on se surprend à penser qu\u2019une bonne job polluante vaudrait mieux qu\u2019un chômage propre.Ce que madame Bacon, avec son simplisme calculé, traduit, à propos du projet Soligaz, par l\u2019alternative : les petits poissons ou les petits garçons.Alors les gens, noyés dans l\u2019information et la contre-information à propos des Cris, des Inuit, de Grande-Baleine, d\u2019Hydro-Québec, en viennent à se demander si les verts n\u2019exagèrent pas beaucoup.« Touche pas à ma planète », susurre CIEL-MF avec la Fondation québécoise en environnement (peut-on trouver slogan plus cul-cul ?), pendant que la soif de consommer semble nous dire : « touche pas à ma bagnole ».Bref, le ressac s\u2019en vient, dans la mesure justement où l\u2019on a cherché à vulgariser la crise de l\u2019environnement à coups de slogans, de mauvaises nouvelles spectaculaires et d\u2019appels pathétiques à des émotions plus ou moins mystiques.Naturellement, la réaction n\u2019est pas innocente.Derrière les gâteaux Joe-Louis, il y a une industrie de la mise en marché qui scrute méticuleusement les sondages d\u2019opinion (les sondages importants, ceux qui ne sont pas publiés), pour aller chercher au fond de nous-mêmes nos craintes, nos ambitions, nos désirs inassouvis.Derrière La peste verte, il y a Gérard Bramouillé, économiste, ardent défenseur du libéralisme économique et fortement allergique au rôle de l\u2019État dans la régulation de l\u2019économie et des partages sociaux.Derrière madame Bacon, il y a, bien sûr, monsieur Bourassa et son obsession des méga-projets, mais aussi Soligaz, le journal Les Affaires et le reste du lobby : les papetières qui veulent le relâchement des contraintes environnementales, l\u2019Association des manufacturiers canadiens, le Conseil du patronat et les autres, qui acceptent bien qu\u2019on parle de développement durable, mais à la condition de restreindre la portée des examens du BAPE et, possiblement, dans l\u2019hypothèse du libre-échange avec le Mexique, d\u2019aligner les exigences environnementales du Québec sur le modèle mexicain.relations décembre 1991 291 Comme on le voit, le ressac n\u2019est pas simplement un ras-le-bol du bon peuple, mais aussi le résultat d\u2019une stratégie plus ou moins concertée.Aucune surprise à cela : la vie sociale se déroule sur un fond de conflit.Mais le ressac peut être salutaire dans la mesure où il favorise la lucidité.Il y a dans le mouvement écologique des tendances morbides, catastrophiques, angoissées, qui ne voient que la déchéance et ne comprennent pas les capacités extraordinaires de récupération de la nature et d\u2019adaptation de l\u2019être humain.Il y a dans le mouvement écologique des tendances autoritaires d\u2019autant plus dangereuses qu\u2019elles sont inconscientes.À force de globalisme, on prétend trouver la solution universelle à tous les maux.Il n\u2019est pas sûr que certains mouvements soient transparents dans leur membership et leurs modes de financement.Il est bien possible qu\u2019il y ait souvent plus de ferveur que de compétence.Or une solution improvisée, techniquement incompétente, mène à l\u2019impasse.Faut-il rappeler le principe : penser globalement, agir localement ?La campagne des Cris et de Greenpeace sur le projet de Grande-Baleine pourrait se résumer dans le slogan contraire : penser unilatéralement, agir ail- leurs.Quant à l\u2019effet de mode provoqué par les médias, les titres accrocheurs, les images doloristes, mais sans journalisme d\u2019enquête, sans suivis systématiques sur une longue période, cela ne sert pas l\u2019environnement à long terme.Cela sert les médias, tout simplement.Sommes-nous à l\u2019heure du ressac ?Il convient en tout cas de souhaiter que nous ne soyons pas seulement dans un jeu de balancier où l\u2019effet de mode soit déterminant.Après l\u2019engouement, vienne l\u2019heure de la lucidité1.C\u2019est finalement la qualité du débat démocratique qui importe d\u2019abord et avant tout.¦ André Beauchamp 1.NDLR : Nous sommes heureux de signaler à nos lecteurs la parution chez Novalis du dernier livre d\u2019André Beauchamp : Pour une sagesse de l\u2019environnement.Essai pour une éthique et une spiritualité chrétienne de l\u2019environnement.Le lecteur y percevra mieux la portée et la signification de la crise de l\u2019environnement.DES PROPOSITIONS DÉJÀ VUES brian Mulroney a fait connaître, le 24 septembre 1991, la proposition de son gouvernement sur la révision de la Constitution.Plusieurs de ses éléments portent sur les autochtones.Cette question redevient capitale suite à l\u2019échec retentissant de la quatrième et dernière conférence constitutionnelle sur l\u2019autonomie des autochtones, tenue à Ottawa du 26 au 29 mars 1987.On se rappelle qu\u2019à cette occasion, le Groupe de travail des peuples autochtones du Québec sur la Constitution avait réclamé une véritable Charte de leurs droits spécifiques.La Constitution avait bien été rapatriée en 1982, mais on avait laissé de côté non seulement le Québec, mais aussi les autochtones ; ceux-ci avaient tout au plus réussi à y faire inscrire la reconnaissance théorique des droits existants, ancestraux ou issus de traités, et l\u2019obligation de tenir des conférences pour préciser leurs droits.On avait aussi prévu que la Charte des droits et libertés ne porterait pas atteinte à leurs droits et on avait protégé ceux qui pourraient être acquis par règlement des revendications territoriales, donc issus de traités modernes.Les associations de femmes autochtones avaient aussi gagné une clause de protection égale des deux sexes.Dans une tentative de sauver du naufrage cet exercice qui durait depuis cinq ans, le gouvernement fédéral avait déposé, le deuxième jour de la conférence de 1987, une proposition devant rallier tous les opposants.Mais quatre provinces l\u2019ont rejetée, de même que les autochtones.Le Québec s\u2019est abstenu pour protester contre sa propre situation.Il a défendu une approche basée sur la reconnaissance du principe de l\u2019autonomie gouvernementale protégée par la Constitution, mais conditionnelle à des accords négociés avec les gouvernements provinciaux et fédéral.Il s\u2019est lui-même dit prêt à négocier et à se commettre en ce sens, à condition qu\u2019il soit partie prenante à toute négociation avec des autochtones vivant sur son territoire et que ces accords soient approuvés par l\u2019Assemblée nationale.La proposition fédérale de 1987 se rapprochait sur plusieurs points de celle du 24 septembre dernier.Elle reconnaissait que les peuples autochtones ont droit à l\u2019autonomie gouvernementale au sein de la fédération canadienne et que la compétence et les droits exercés en vertu de ce principe doivent être précisés dans des accords approuvés par une loi fédérale et une loi de la province concernée.Ces accords ne devaient pas porter atteinte aux compétences et droits du parlement fédéral et des législatures provinciales, et la Charte canadienne des droits et libertés devait s\u2019appliquer.Le Premier ministre se donnait dix ans pour mettre en oeuvre cette proposition.Presque cinq ans plus tard, on est toujours au même point.La « nouvelle » proposition fédérale énonce, avec une grande sympathie, un certain nombre de voeux pieux sur le rôle proéminent des peuples autochtones dans l\u2019histoire du Canada, leur participation vitale à son identité et l\u2019importance de leurs droits collectifs et distincts.L\u2019amendement constitutionnel proposé comporte l\u2019enchâssement d\u2019un droit général à l\u2019autonomie gouvernementale (affaires particulières), invocable devant les tribunaux, la définition de la teneur de ce droit dans un processus de négociation avec les gouvernements et un calendrier des conférences à venir.Certains principes guideront cette négociation : application de la Charte canadienne des droits et libertés ; cadre des lois fédérales et provinciales d\u2019application générale ; combinaison possible de juridictions présentement exercées par le fédéral, le provincial et le municipal ; compétences possibles dans les domaines de l\u2019utilisation des terres et des ressources, de la langue et de la culture, de la police, de l\u2019administration de la justice, de la santé, du développement social, du développement économique et des infrastructures communautaires.Les gouvernements doivent s\u2019engager à négocier des accords d\u2019autonomie avec les peuples autochtones.Et ce droit recevra force de loi et protection constitutionnelle d\u2019ici dix ans, après l\u2019adoption de l\u2019amendement constitutionnel.On invitera aussi les autochtones à participer au processus constitutionnel sur les questions les concernant et qui ne seront pas abordées pendant l\u2019actuelle ronde de négociation, ainsi qu\u2019aux délibérations constitutionnelles courantes.On leur assure une représentation au Sénat et on invite le Comité mixte spécial à examiner les paramètres des juridictions qui pourraient être enchâssées dans la Constitution.Dès le lendemain de leur parution, Ovide Mercredi, le pré- 292 relations décembre 1991 sident de l\u2019Assemblée des premières nations (le plus puissant groupe autochtone du Canada), a qualifié ces offres d\u2019« extrêmement insultantes » et le geste, de « trahison ».On leur reproche d\u2019être des lieux communs et d\u2019être mal localisées dans la Constitution, ce qui empêche d\u2019en voir la portée réelle.On dénonce surtout l\u2019absence de la notion de sociétés distinctes autochtones et des droits inhérents.Le droit proposé serait inférieur aux compétences des provinces et du fédéral, en raison de la préséance des lois d\u2019application générale.Cette proposition a été carrément rejetée comme base de discussion pour construire une relation constitutionnelle valable, car elle remet à plus tard la reconnaissance pratique des droits autochtones ; on s\u2019attendait à un transfert de pouvoirs et ce n\u2019est pas le cas.Le Conseil des autochtones du Canada considère, quant à lui, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un bon point de départ, puisque la proposition ouvre la porte à un troisième palier de gouvernement.Le président Dan Smith exige cependant des garanties de protection de la langue, de la culture et des institutions autochtones.De son côté, l\u2019association Inuit Tapirisat du Canada accueille relativement bien cette proposition, en notant l\u2019importance générale accordée à la question autochtone.Après dix ans de débats, la véritable question se résume à ceci : les gouvernements du Canada et des provinces sont-ils prêts à partager, concrètement, leurs compétences légales et constitutionnelles avec les nations autochtones dans le cadre d\u2019une négociation d\u2019égal à égal ?Quand on voit le sort réservé aux revendications du Québec et quand on lit la dernière proposition sur les questions autochtones, une réponse positive semble bien peu probable.¦ 15 octobre 1991 René Boudreault LE CRI DU COEUR D\u2019UN SOIXANTE-DOUZARD Ça tombait pile ! J\u2019étais allé, la veille, au lancement du livre de Louis Fournier sur le Fonds de Solidarité de la FTQ.J\u2019y ai retrouvé avec beaucoup de joie quelques vieux militants de Sept-îles1.J\u2019ai même salué Louis Laberge.Plutôt, c\u2019est lui qui m\u2019a salué.Il ne me connaît pas, mais il est venu tout bonnement vers moi, comme s\u2019il me connaissait depuis longtemps.C\u2019était un mouvement réciproque.Nous nous reconnaissions et, personnellement, j\u2019y trouvais quelque fierté.Au fond, je crois que tout le Québec se reconnaît dans Louis Laberge et que Louis Laberge se reconnaît dans tout le Québec.Aussi bien dans ses contradictions que ses coups de gueule, ses coups de coeur et ses « petits coups ».En le critiquant, on se critique ; en lui pardonnant, on se pardonne.Au-delà des chicanes de famille, au-delà des déclarations solennelles de non-retour, on finit quelque part par faire la trêve, par se reparler, le temps de pleurer ensemble un malheur, de prendre une décision « concertée » pour le bien de tout le monde, le temps aussi de la fête.Bien sûr que je n\u2019y étais pas, à la Fête de Louis Laberge ! C\u2019est une façon de parler, parce qu\u2019en réalité, j\u2019y étais, comme tout le Québec d\u2019ailleurs.La preuve, c\u2019est que tout le monde l\u2019a regardée à la télévision (je n\u2019ai pas pu la voir, j\u2019étais pris.Mais ça ne fait rien, c\u2019est comme si j\u2019y étais quand même).Si vous voulez savoir, ça ne me gêne pas que l\u2019admission au souper ait coûté cher, qu\u2019on lui ait donné un superbe cadeau et même que les gros bonnets s\u2019y soient présentés, y compris les deux premiers ministres.Non, ça rentre dans la fête, ça fait partie de la reconnaissance mutuelle et Louis Laberge mérite bien cela.Pas tant un mérite personnel, puisque d\u2019autres ont travaillé tout autant que lui pour le mouvement syndical et le Québec, 1.\tAvec qui nous avions vécu, lors de la grève du Front Commun de 1972, une contestation sociale sans précédent.2.\tÀ la même époque, nous faisions un bilanu avec beaucoup de sérieux, des événements de mai 1972 à Sept-îles, sans doute pour les exorciser jusqu\u2019à un certain point.Voir Vie Ouvrière, no 162, juin 1982.mais tout simplement parce qu\u2019on se reconnaît en lui et que c\u2019est maintenant son tour.Le problème, c\u2019est d\u2019avoir laissé parler les premiers ministres.C\u2019était un risque et pas nécessairement un beau risque.Nous en avons eu la preuve.Brian Mulroney a trouvé le tour de compter ses bières et ses cognacs à même le nombre de clauses de conventions collectives qui allaient toucher quotidiennement des centaines d\u2019ouvriers et leurs familles.Comment ne pas se demander combien de « fine Napoléon » le négociateur Mulroney a pu accepter, en 1981-82, de la part des directions des sociétés-mères de la compagnie Iron Ore, pour fermer Shefferville et mettre à pied presque la moitié des effectifs des Métallos de la Côte-Nord ?Et cela, tout en souriant largement, en distribuant des montres en argent à des ouvriers qui avaient complété leurs 25 ans de services, mais qui allaient droit au chômage.Pendant que nous nous démenions comme des zouaves pour comprendre cette crise et trouver des pistes de solution, il se faisait du capital politique2.Décidément, il est tombé bien bas de sa chaise, ce soir-là ! À peine six mois avant le vingtième anniversaire du premier Front Commun, Robert Bourassa vient, lui aussi, lors de cette fête, faire des blagues sur l\u2019emprisonnement des présidents des centrales.Je comprends qu\u2019on puisse avoir besoin de catharsis, mais un Premier ministre devrait se laisser aller ailleurs, plus pri-vément, lui qui a pourtant l\u2019habitude des décisions en catimini.Décidément, nous ne nous reconnaissons pas dans ces deux individus.Notre espérance ne se tourne pas de ce côté-là.On a beau se tenir en famille québécoise, il y a des niveaux de décence qui ne se dépassent pas.Moi qui croyais bien avoir exorcisé depuis longtemps tout sentiment d\u2019exemplarité de 1972, tout réflexe nostalgique des années 1970.Moi qui pense avoir bien saisi la portée sociale de ce qu\u2019on appelle la « concertation conflictuelle ».Voilà qu\u2019on ravive les plaies d\u2019un vieux soixante-douzard ! Pourtant, ce n\u2019est ni nostalgie, ni acrimonie, mais tout simplement respect et reconnaissance de nos vraies solidarités.¦ Jacques Boucher relations décembre 1991 293 BI5P1 «\t¦; .\" ^ M% m en erei Les Immigrants rencontrent plus facilement d\u2019autres immigrants ou réfugiés que des « Québécois de souche » (avec toute la difficulté qu\u2019il y a à définir ce qu\u2019est un « Québécois de souche » !).Et ces derniers ont souvent bien du mal à franchir les barrières linguistiques, culturelles et autres qui les séparent des nouveaux arrivants.C\u2019est pour favoriser ces contacts mutuels, faciliter l\u2019intégration des immigrants et enrichir l\u2019expérience des « Québécois » que le programme Amitié Jumelage a été mis sur pied à l\u2019été 1987, dans le cadre du Comité d\u2019accueil interethnique L\u2019Hirondelle.Une façon simple, concrète et économique (car le jumelage exclut toute aide financière) d\u2019élargir ses horizons et de découvrir le monde ! L\u2019Hirondelle, 4652 rue Jeanne-Mance, 2e étage, Montréal H2V 4J4 ; tél.: 281-5696.La situation en Afrique du Sud ne cesse d\u2019évoluer.Et le travail d\u2019appui et de solidarité doit s\u2019adapter lui aussi à la nouvelle conjoncture.C\u2019est pourquoi le Fonds international de défense et d\u2019aide pour l\u2019Afrique australe, créé en Angleterre en 1958 et au Canada en 1980 dans le but d\u2019aider financièrement les victimes de l\u2019apartheid (défense juridique, soutien des familles de prisonniers, etc.), vient de transférer toutes ses activités en Afrique du Sud même, à trois organismes locaux qui pourront désormais poursuivre sur place le travail entrepris au niveau international.Par contre, le travail de solidarité n\u2019est pas moins nécessaire qu\u2019avant.Pour le développer ici, un nouvel organisme a pris la relève : Coopération Canada-Afrique du Sud, 200-294 Albert, Ottawa, Ont.Kl P 6E6 ; tél.: (613) 233-5939.Dans plusieurs pays, les « disparitions forcées » ont succédé aux exécutions extra-judiciaires ou aux escadrons de la mort.Mais les conséquences n\u2019en sont que plus terribles, tant pour les victimes (dont la plupart sont soumises à la torture) que pour leurs proches qui vivent pendant des années dans l\u2019angoisse, entre l\u2019espoir et l\u2019impossible deuil.C\u2019est pour lutter contre ce (relativement) nouveau fléau que des organismes humanitaires se sont mobilisés, partout dans le monde, pour que les Nations Unies adoptent une Déclaration contre les disparitions forcées, qui devrait être présentée à l\u2019Assemblée générale en 1992.Ici même, l\u2019Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture (ACAT) a recueilli plus de 10 000 signatures appuyant ce projet.Renseignements : ACAT, 336 avenue Clarke, Westmount, Qc H3Z 2E6 ; tél.: 933-2978.Pour la première fois, les Inuit auront leur propre réseau de télévision : le CRTC vient en effet d\u2019approuver la demande de Television Northern Canada Incorporated (TVNC), qui diffusera 100 heures d\u2019émissions par semaine, dans douze langues ou dialectes, auprès de 94 localités réparties sur cinq fuseaux horaires.Une autre percée importante pour les peuples autochtones du Nord.Tout au long de l\u2019automne, les regroupements d\u2019assistés sociaux ont relancé la campagne pour le retrait de la Loi 37 sur la réforme de l\u2019aide sociale.Parmi les nombreuses activités, mentionnons la signature massive de cartes postales, intitulées « On veut vivre et travailler dans la dignité ».Informations : Table nationale contre la Loi 37, 5095 9e avenue, local 205, Montréal H1Y 2J3 ; tél.: 597-1431.À signaler : - un intéressant document de seize pages (en anglais) publié par Ecumenical Coalition for Economie Justice et qui analyse à la fois l\u2019expérience actuelle de libre-échange canado-américain et les perspectives prochaines d\u2019un libre-échange continental, à la lumière des principes éthiques mis de l\u2019avant par les diverses Églises canadiennes (Economie Justice Report, octobre 91) ; - le numéro 47 du Bulletin trimestriel international Femmes et hommes en Église, numéro spécial publié à l\u2019occasion du vingtième anniversaire du mouvement et qui est comme une présentation-récapitulation de ce dernier : que veut-on changer et avec quels moyens ?On a parlé souvent de l\u2019inutilité d\u2019une indépendance qui ne serait pas au service d\u2019un projet de société.Mais qui va définir celui-ci ?Solidarité Populaire Québec invite tous les individus et les groupes à préciser « le Québec qu\u2019on veut bâtir ».Une commission itinérante va sillonner les régions, d\u2019ici février, pour recueillir opinions et propositions, afin d\u2019en dégager ensuite la Charte d\u2019un Québec populaire.Pour favoriser la préparation, un document de travail très pédagogique a été mis au point autour des principaux thèmes soumis à la réflexion : la démocratie et le rôle ae l\u2019État comme pôles majeurs, et en sous-thèmes, l\u2019environnement, l\u2019économie, la fiscalité, les femmes, les autochtones, la diversité ethnique, l\u2019information, la culture et les jeunes.On peut contacter un coordonnateur dans chaque région ou s\u2019adresser au SPQ, 1600 De Lorimier, Montréal H2K 3W5 ; tél.: 598-2000. rusée DOSSIER et insoumise espérance %» Brûlée vive au Chili, Carmen Quintana demeure le vivant symbole de l\u2019indomptable espérance. LE POUVOIR DE L\u2019ESPÉRANCE par Gregory Baum noël est un temps d\u2019espérance.Dans cette sombre nuit d\u2019hiver, naît un enfant qui va apporter la vie, la lumière et l\u2019amour à la famille humaine, inquiète.Sur le coup, la plupart des gens ne soupçonnaient pas l\u2019importance d\u2019un tel événement.Ceux qui se réjouirent de la naissance de Jésus étaient peu nombreux : ses parents, Marie et Joseph, qui vivaient comme des sans abris, dans une grotte, et des gens ordinaires comme les bergers, qui dormaient dans les champs.Quant aux anges, parce qu\u2019ils pouvaient voir l\u2019avenir, ils vinrent en grand nombre chanter leur joie : car ils se rendaient compte qu\u2019une promesse divine enveloppait désormais l\u2019humanité et qu\u2019elle allait un jour toucher tous les peuples de la terre.Les temps difficiles Ce numéro de Relations porte sur le sens de l\u2019espérance dans les temps difficiles que nous traversons.Car si, au niveau politique, il y a certains signes d\u2019espoir dans le monde, comme l\u2019adoption de régimes démocratiques dans certains pays et la réconciliation de factions jusque-là hostiles dans d\u2019autres, les nouvelles semblent au contraire être presque toutes mauvaises au plan économique.Bien des observateurs constatent que la globalisation du capitalisme compétitif force partout les gouvernements, au Sud comme au Nord, à mettre en place des politiques économiques néo-libérales, à créer des conditions favorables à l\u2019investissement des capitaux, à attirer une main-d\u2019oeuvre peu nombreuse mais hautement qualifiée et à repousser une partie croissante de la population vers la pauvreté, le chômage ou les emplois précaires et mal payés.Plusieurs documents de l\u2019Église catholique reconnaissent clairement que l\u2019orientation écono- 296 mique actuelle, partout dans le monde, élargit sans cesse le fossé entre les pays nantis et les pays pauvres, tout comme le fossé entre riches et pauvres de chacun de ces pays.Pour certains observateurs, la guerre du Golfe ne fut pas seulement un massacre humain horrible, bien que technologiquement réussi, mais aussi le symbole cruel de la force brutale que les nations riches sont prêtes à utiliser pour maintenir le nouvel ordre (économique) international.Notre dossier Que peut donc signifier l\u2019espérance quand les choses ne font qu\u2019empirer ?C\u2019est la question à laquelle veulent répondre les quatre articles du présent dossier.Dans un premier temps, je cherche une réponse théologique dans le fameux ouvrage de saint Augustin, La Cité de Dieu, écrit au début du Ve siècle alors qu\u2019il s\u2019était convaincu que l\u2019Empire romain tirait à sa fin.Puis, Guy Paiement présente un projet concret d\u2019ici, qui montre comment l\u2019espérance est bien vivante, malgré les processus grandissants d\u2019exclusion économique.Après avoir songé à présenter l\u2019expérience de Guyenne1, il a décidé de nous parler de Gaspésie, où tout un mouvement d\u2019espoir s\u2019est organisé autour, entre autres, du remarquable document de travail de Mgr Bertrand Blanchet, La Gaspésie a-t-elle un avenir ?Dans un troisième article, Consuelo Undarraga, une psychologue qui travaille en éducation populaire à Santiago, au Chili, explique le rôle de l\u2019espérance dans la lutte des gens pauvres pour surmonter la dépression, la passivité et le désespoir engendrés par le souvenir vivace de la violente répression dont ils ont été victimes dans le passé.Enfin, Lucien relations décembre 1991 Pelletier, qui enseigne à la faculté de théologie de l\u2019Université Laval, propose une présentation précise et nuancée de la célèbre philosophie de l'espérance d\u2019Ernst Bloch.Il montre comment les penseurs chrétiens ont utilisé et modifié cette philosophie séculière pour articuler plus clairement le pouvoir de l\u2019espérance chrétienne.Puisque, d\u2019après Bloch, le changement social radical prend germe dans l\u2019imagination, la résistance aux conditions présentes, que constitue l\u2019espérance, n\u2019est pas une perte de temps, mais bien le terreau propice à l\u2019action future.Un don de Dieu De même qu\u2019on demande aux chrétiens de croire et d\u2019aimer, on leur demande aussi d\u2019espérer.Et pourtant, bien que nous y soyons invités, nous devons reconnaître que nous n\u2019arrivons pas, par nous-mêmes, à surmonter les préoccupations, les craintes et les tristesses qui nous envahissent souvent.C\u2019est pourquoi nous insistons sur le fait que l\u2019espérance, tout comme la foi et la charité, est un don de Dieu, un mouvement intérieur qui nous donne de la force et qui nous comble de paix.C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles notre joie est si grande à Noël.¦ 1.Petit village de 230 habitants en Abitibi, Guyenne a failli disparaître suite à la fermeture du moulin à scie en 1972.Pourtant, grâce surtout au développement coopératif à partir de 1980, Guyenne s\u2019est revitalisé au point de devenir un modèle pour les régions éloignées et de remporter, en avril 1991, le 15e prix annuel Alphonse Desjardins (voir Ma Caisse, septembre 91, p.24-25 et Nouvelles CSN, 26 avril 91, p.18). QUE SIGNIFIE « ESPERER », PAR TEMPS DIFFICILES ?par Gregory Baum C\u2019est la question que je me suis posée, avec angoisse, quand les nations riches du monde ont déclenché la brutale guerre du Golfe en vue de stabiliser le nouvel ordre (économique) international.qu\u2019on me permette d\u2019abord de clarifier rapidement quelques notions théologiques à propos de l\u2019espérance chrétienne.La vertu d\u2019espérance est un don de Dieu qui nous rend capables de nous appuyer sur les promesses divines, d\u2019abandonner toute crainte par rapport à l\u2019avenir et de faire confiance aux choses bonnes qui nous ont été préparées.L\u2019un des aspects de l\u2019espérance renvoie à la victoire de Dieu à la fin des temps, nous introduisant ainsi dans un âge nouveau.Les théologiens appellent cela l\u2019aspect « eschato-logique ».Et pourtant, dans la tradition catholique, le sens de l\u2019espérance n\u2019a jamais été épuisé par cette seule référence eschatologique.L\u2019espérance a toujours gardé quelque chose de « terrestre ».La signification terrestre de l\u2019espérance entraîne la confiance que, quel que soit l\u2019avenir, Dieu y est présent.L\u2019espérance n\u2019assure pas aux gens que tous leurs rêves se réaliseront : bien plutôt, la dimension terrestre de l\u2019espérance leur assure que leur avenir sera béni et que, même si leurs souhaits et leurs attentes sont frustrés, Dieu leur ouvrira une porte nouvelle et leur donnera la force d\u2019avancer sur un sentier inattendu.L\u2019espérance est l\u2019antidote divin contre la désespérance.La dimension terrestre de l\u2019espérance diffère de l\u2019attitude séculière de l\u2019optimisme.L\u2019optimisme pousse les gens à fermer les yeux sur les possibilités destructrices du présent et à se forger une image riante de l\u2019avenir.L\u2019espérance chrétienne, au contraire, ose affronter la possibilité d\u2019un échec.Quand les choses vont mal.Ceci dit, quelle est la signification terrestre de l\u2019espérance dans un temps où relations décembre 1991 les choses ne font qu\u2019empirer ?À mon avis - et c\u2019est aussi celui de beaucoup d\u2019observateurs - on assiste actuellement à une détérioration massive des conditions économiques et de la qualité de vie au sein des nations pauvres du tiers monde ; le même phénomène s\u2019observe, mais à une autre échelle, au sein des riches pays du Nord.L\u2019espérance a-t-elle quelque signification terrestre en pareille situation ?Voilà la question que je me suis posée à moi-même non sans angoisse, il y a quelques mois, au moment où les nations riches du monde ont déclenché la brutale guerre du Golfe en vue de stabiliser le nouvel ordre international.Plusieurs personnes partageaient mon découragement.Dans ma tristesse, je me suis tourné vers l\u2019ouvrage de saint Augustin, La cité de Dieu.Augustin, me rappelai-je, avait vécu dans une période de l\u2019histoire où les choses ne faisaient qu\u2019empirer.Il avait prévu la chute de l\u2019Empire romain.297 Canapresse Lorsque, au IVe siècle, l\u2019Empire romain laissa tomber son hostilité à l\u2019endroit de l\u2019Église et se tourna de plus en plus vers le christianisme, les chrétiens se réjouirent.Certains théologiens allèrent même jusqu\u2019à interpréter cette évolution comme une victoire du Christ dans l\u2019histoire.La résurrection du Christ, crurent-ils, avait déployé sa puissance dans la christianisation de l\u2019Empire.Ces théologiens introduisirent ce que nous appellerions aujourd\u2019hui « une théologie du progrès ».En raison de la victoire du Christ, crurent-ils, l\u2019Empire chrétien voyait s\u2019ouvrir devant lui un magnifique avenir.À l\u2019époque où Augustin était jeune évêque, il partagea certaines de ces idées.Il crut que l\u2019Empire romain serait récompensé pour s\u2019être tourné vers le christianisme.Mais plus tard, il se produisit plusieurs événements qui amenèrent Augustin à changer d\u2019idées : en 410 après JC, la ville de Rome fut saccagée par les « barbares » Wisigoths, dirigés par leur chef Alaric ; puis une autre tribu germanique, les Vandales, envahit l\u2019Afrique du Nord et menaça de détruire la civilisation romaine de cette région.Quelque chose de profondément troublant se produisit également au sein de l\u2019Église catholique.Puisque l\u2019Empire se faisait maintenant chrétien, les masses païennes rallièrent l\u2019Église, poussées non pas tant par la foi chrétienne que par le désir d\u2019une conformité culturelle.En prêchant dans sa ville d\u2019Hippone et en d\u2019autres villes du Nord de l\u2019Afrique, Augustin se rendit compte que les gens qui étaient devant lui n\u2019étaient plus les ardents croyants qu\u2019il avait connus dans le passé : c\u2019étaient des gens bien peu intéressés à changer de vie.Dans les années où Augustin écrivit sa Cité de Dieu, de 413 à 426, il devint de plus en plus convaincu que l\u2019Empire romain, malgré son choix du christianisme, était voué à s\u2019effondrer de l\u2019intérieur, à cause de la corruption et du déclin de la vertu, et à être dévasté par les « barbares » venus du Nord.Augustin reconnut qu\u2019il vivait à une époque où les choses ne faisaient qu\u2019empirer.Les deux Cités Que signifiait l\u2019espérance chrétienne pour Augustin, dans cette situation ?C\u2019est la question que j\u2019avais en tête quand j\u2019ai relu La cité de Dieu, après le déclenchement de la guerre du Golfe.Augustin introduisit la célèbre distinction entre « la cité de l\u2019homme » et « la cité de Dieu », deux cités engendrées par deux sortes d\u2019amour : l\u2019amour de soi et l\u2019amour de Dieu.Dans la cité de l\u2019homme, « la cité de l\u2019orgueil », les gens recherchaient leur propre avantage, leurs plaisirs et leurs triomphes personnels ; tandis que dans la cité de Dieu, « la cité humble », les gens étaient amis, s\u2019aidant et se servant mutuellement, reconnaissants envers Dieu, le Donateur de toutes bonnes choses.Les lecteurs du Moyen Âge interprétaient Augustin comme si la cité de l\u2019homme signifiait la société séculière et la cité de Dieu, l\u2019Église catholique.Et ils en concluaient que l\u2019Église, en tant que cité de Dieu, exerçait un pouvoir de supervision sur la société séculière et sur ses princes.On appelle souvent cette théorie médiévale « l\u2019augustinisme politique ».Mais les interprètes médiévaux se trompaient complètement.Quand Augustin parle de la cité de Dieu, engendrée par l\u2019amour de Dieu et l\u2019amour du prochain, il fait parfois référence à l\u2019Église ; mais la plupart du temps, ce n\u2019est pas le cas.Pour Augustin, la cité de Dieu, la cité humble, surgit dans l\u2019histoire chaque fois et partout où les gens transcendent l\u2019égoïsme dont ils ont hérité à la naissance et parviennent à s\u2019aimer, à s\u2019aider et à se servir mutuellement.La grâce de Dieu vivante dans le coeur des gens les pousse à s\u2019oublier eux-mêmes, à partager avec leurs voisins et à construire une communauté fondée sur le respect mutuel et la solidarité.La cité de Dieu est bâtie au sein même de la civilisation impériale.C\u2019est l\u2019Évangile qui appelle les gens à construire la cité de Dieu.Cette cité peut tout aussi bien être une paroisse, un diocèse ou un monastère, mais cette cité ne se limite pas à l\u2019Église chrétienne.La cité humble surgit tout aussi bien ailleurs, partout où Dieu choisit d\u2019appeler des gens et de les rendre capables de s\u2019aimer et de s\u2019aider mutuellement, puis de bâtir des institutions destinées à servir le bien commun.AVIS À NOS ABONNÉS Relations n\u2019a pas augmenté ses prix depuis 1989 (l\u2019augmentation de janvier 1991 ne faisant en fait qu\u2019ajouter la TPS).Vous comprendrez que le coût de la vie nous oblige à percevoir des revenus plus élevés.C\u2019est pourquoi, à partir de janvier 1992, nous passerons aux tarifs suivants: -\tau numéro: 3,25$ (+ la TPS et la TVQ = 3,76$) -\tun an (10 numéros): 22$* (TPS incluse) -\tdeux ans: 40$* (TPS incluse) -\tabonnement à l\u2019étranger (un an): 26$ * Si le Gouvernement du Québec persiste dans son intention de taxer les livres et périodiques, il faudra malheureusement ajouter la TVQ à ces montants, à partir de juillet 1992! 298 relations décembre 1991 Bien que la cité de Dieu comprenne des institutions et des fonctions, son organisation comme telle n\u2019est jamais une garantie que la communauté demeurera fidèle à l\u2019amour de Dieu.La cité de Dieu se fait présente partout où les gens s\u2019aiment et s\u2019aident mutuellement, mais elle cède à la cité de l\u2019homme, la cité de l\u2019orgueil, dès que les gens deviennent égocentriques, poursuivent leur propre avantage, trahissent leurs amis et abandonnent la solidarité sociale.Pour Augustin, la cité de Dieu est une réalité historique vulnérable, qui doit être continuellement bâtie par de nouveaux actes d\u2019amour et de service.S\u2019appuyant sur les promesses contenues dans le Nouveau Testament, Augustin croyait que l\u2019Église, si vulnérable fût-elle, était rendue capable, par l\u2019Esprit-Saint, de demeurer un signe de l\u2019amour dans le monde.Nous engager dans la « cité humble ».Lorsque Augustin reconnut la vulnérabilité des institutions, il perdit tout intérêt pour la théologie du progrès qui l\u2019avait attiré dans son jeune âge.Il ne croyait plus que le message chrétien comprît l\u2019assurance que sa propre civilisation impériale, devenue officiellement chrétienne, se développerait et prospérerait dans les années à venir.Il en vint à penser que l\u2019Empire romain était condamné.Pourtant, l\u2019espérance continua d\u2019avoir une signification terrestre pour Augustin.Il espérait que la cité humble, c\u2019est-à-dire les communautés d\u2019amour et de service, appuyée par Dieu, se répandrait et prospérerait au sein de la cité de l\u2019orgueil, la civilisation impériale.Transposant l\u2019idée d\u2019Augustin en langage contemporain, nous pouvons dire : pendant que les conditions empirent dans la société globale, nous continuons de travailler - en y plaçant notre espérance - à des mouvements et des communautés alternatives, religieuses comme séculières, qui incarnent le respect, l\u2019amour, le service et la solidarité.L\u2019espérance, ici, veut dire que nous ne serons pas paralysés ; qu\u2019il y a place pour l\u2019action ; que nous nous opposons à l\u2019ordre économique dominant en posant des gestes d\u2019amour et de service ; que nous nous joignons à d\u2019autres pour bâtir des réseaux de justice et de solidarité.La remarquable théologie de l\u2019histoire d\u2019Augustin remplit un double but.D\u2019un côté, elle nous protège contre toute fausse notion de l\u2019évolution ou du progrès linéaire, comme si l\u2019histoire poussait l\u2019humanité vers la société parfaite.Augustin nous protège contre cette fausse vision messianique.D\u2019un autre côté, et c\u2019est plus important, la théologie de saint Augustin nous empêche de comprendre l\u2019Évangile d\u2019une manière piétiste, comme une invitation à se retirer du monde et à cultiver la vie intérieure.Pour Augustin, l\u2019Évangile nous appelle et nous rend aptes à nous engager socialement pour construire la cité de Dieu.Dans l\u2019application du message d\u2019Augustin à notre temps, nous reconnaissons qu\u2019être « socialement engagé », à son époque, était bien différent d\u2019être « socialement engagé » dans la société contemporaine.Ce que l\u2019espérance signifie maintenant, alors que les choses ne font qu\u2019empirer, c\u2019est que nous comptons sur la présence réjouissante de Dieu, au moment où nous bâtissons des réseaux de résistance et créons des communautés d\u2019amitié et de solidarité.¦ (Traduction Ernest Richer, S.J.) Espérer, aujourd\u2019hui, veut dire : continuer à travailler à des mouvements et à des communautés alternatives, religieuses comme séculières, qui incarnent le respect, l\u2019amour, le service, la solidarité.relations décembre 1991 299 L\u2019ESPÉRANCE EN GASPÉSIE par Guy Paiement1 À Chandler, le 26 mai 1991, 8000 personnes applaudissaient le Manifeste gaspésien et madelinot qui donnait forme à la résistance régionale : non au vidage de la région et à la fermeture des paroisses ; non à la pauvreté et aux miettes du bien-être social et du chômage ; non à la centralisation ; non au pillage de nos ressources naturelles ! S*i l t, - \"\t,v> \\ T fk Ê YÏÉW 1 face à la mer, les gens de la Gaspésie ont beaucoup appris d\u2019elle.Tantôt silencieux, tantôt rieurs, ils sont capables d\u2019attendre longtemps sous les vents mauvais pour, la minute d\u2019après, repartir tranquillement et affronter l\u2019inconnu.Depuis quelques temps, certains d\u2019entre eux ont le nez dehors et invitent tout le monde à sortir.Pêcheurs, forestiers, groupes de femmes, agriculteurs, maires, enseignants, artistes, agents de pastorale, ils en ont assez de la situation pénible de leur région et ils le disent.À Chandler, le 26 mai dernier, 8000 personnes applaudissaient le Manifeste gaspésien et madelinot2 qui donnait forme à cette résistance régionale : Nous en avons assez du vidage de notre région et de la fermeture tranquille de nos paroisses.Nous en avons assez de cette pauvreté dont on nous rend coupables en nous faisant l\u2019aumône des miettes du bien-être social et du chômage, comme s\u2019il s\u2019agissait de subventions honteuses.Nous refusons cette mentalité qui nous cloue à l\u2019inactivité et au silence.Nous en avons assez des politiques de centralisation où nous sommes toujours perdants parce que toujours trop loin.Nous en avons assez du pillage de nos ressources naturelles.Cette reprise de la parole avait déjà commencé dans certains milieux, depuis 300 quelques temps.À l\u2019automne 1990, l\u2019équipe des permanents diocésains avait parcouru, en véritables pèlerins, tout le long de la côte gaspésienne et poussé jusqu\u2019aux îles, s\u2019arrêtant dans plusieurs villages pour entendre la parole des gens et se mettre à l\u2019écoute du « pays intérieur, patient, mystérieux, silencieux, inconnu », comme le rappellera la fin du Manifeste.Au début de l\u2019année 1991, tous les syndicats de l\u2019UPA avaient terminé l\u2019analyse de leur coin de pays et avaient apporté leurs préoccupations aux États généraux du monde rural à Montréal.Avec tous les participants et participantes, ils avaient dit NON à la fatalité : Nous nous rangeons résolument aux côtés de ceux et de celles qui travaillent à inventer et à bâtir une nouvelle société rurale et non pas aux côtés de ceux et de celles qui considèrent la désertification de l\u2019espace rural comme une fatalité (Déclaration finale du 5-2-91).Au printemps, c\u2019était au tour de l\u2019évêque de Gaspé, Bertrand Blanchet, de proposer un document de travail en prévision du grand Ralliement du mois de mai.Le titre parle de lui-même : La Gaspésie a-t-elle un avenir ?3 C\u2019est en tenant compte de tout ce courant de résistance que je voudrais privilégier ce que l\u2019auteur lui-même présente comme un « modeste instrument » susceptible relations décembre 1991 « d\u2019aider quelque peu à entrevoir de façon positive l\u2019avenir de la Gaspésie » (Présentation du document).Un projet régional Quand le défaitisme s\u2019est installé dans toute une région, il n\u2019est pas suffisant de faire appel à des cris du coeur.Encore faut-il commencer par débloquer patiemment l\u2019imagination, montrer que la fatalité est une construction sociale des puissants et qu\u2019il est possible de penser autrement.On n\u2019est donc pas surpris de voir le document proposer un vaste projet pour l\u2019ensemble de la Gaspésie4.Ce projet suppose une autre façon d\u2019habiter et de développer le territoire.Dans le sillage du Rapport Brundtland (Notre avenir à tous), nous retrouvons le développement durable pour la Gaspésie, c\u2019est-à-dire un développement qui 1.\tGuy Paiement, Jésuite, est agent de recherche au Centre Saint-Pierre, à Montréal.2.\tLe manifeste a été publié sous forme d\u2019un cahier de 10 pages intitulé : Ralliement gaspésien et madelinot.Chandler 26 mai 1991.Centre de pastorale de Gaspé s\u2019inscrit résolument dans une durée assez longue.Il s\u2019agit, en effet, de répondre « aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » (Notre avenir à tous, p.51).Nous voici donc, d\u2019emblée, situés dans une perspective historique du long terme, très loin des réformes partisanes ou des mini-solutions individualistes.Mais un tel projet doit aussi tenir compte de l\u2019espace et, par conséquent, respecter le caractère renouvelable de ses ressources naturelles.Il exige ainsi un grand respect des lois de la nature et des rythmes de la vie.Une fois situé dans l\u2019espace et le temps, ce modèle de développement devient force critique des pratiques actuelles, et pistes pour l\u2019avenir.Les politiques gouvernementales, l\u2019exploitation productivité de la forêt et de la mer, l\u2019utilisation des engrais et des pesticides apparaissent alors rapidement comme étant irrationnelles.Elles perdent leur évidence sociale.De même, les conséquences sociales et humaines du modèle dominant sont-elles démasquées.Comment avoir un développement durable si les gens ne possèdent pas les ressources de leurs régions ?Car si les terres agricoles leur appartiennent, ce n\u2019est pas le cas pour la forêt et cela a des retombées néfastes.De plus, on aurait plus d\u2019emplois que maintenant si on transformait plus de matières premières en région.On pense à des usines de fabrication de fenêtres et de portes, ou encore à des produits de la mer de seconde et de troisième transformation.Mais pour inverser la vapeur, il faudra récupérer plus de pouvoir politique au niveau local et régional.Il faudra se concerter, mettre sur pied un fonds gaspé-sien de solidarité pour partir des entreprises ou consolider celles qui ont de l\u2019avenir ; il faudra développer des équipements culturels et une vie culturelle régionale, car on ne peut soutenir un développement économique important dans un désert culturel.Somme toute, nous voilà bien devant un projet global de société.Le document de travail ne comporte pas de stratégies d\u2019action et ce n\u2019est manifestement pas son intention.Le tout est présenté comme des pistes, les exemples proposés voulant illustrer les limites du modèle actuel et ses conséquences néfastes pour 3.\tCentre de pastorale (C.P.605, Gaspé Qc GOC 1 RO), 2 avril 1991, 20 pages.4.\tSignalons que Vie ouvrière a consacré son dossier de mai-juin 91 à « La Gaspé-sie dans tous ses états ».les gens de la région comme pour le territoire lui-même, les deux n\u2019étant jamais séparés.Les possibles réels Mais comment éviter, devant un projet d\u2019une telle envergure, d\u2019être encore une fois devant de grandes idées généreuses qui ne pousseront pas beaucoup à l\u2019action les gens de la région ?Comment faire en sorte que le déblocage de l\u2019imagination ne dérape pas dans l\u2019imaginaire et les « merveilleux nuages » ?C\u2019est ici qu\u2019une lecture attentive du document de travail permet de remarquer la présence constante de possibles.Contrairement à l\u2019idée, le possible dont il est ici question appartient au monde concret, c\u2019est-à-dire à l\u2019univers des forces et des ressources qui sont déjà là, mais que l\u2019on ne voit pas encore.Ce possible fait partie des marges de manoeuvre d\u2019une institution ou d\u2019un système qui ne sont pas encore utilisées.Il demeure la partie voilée de la réalité, la piste non tracée dans la forêt, mais que l\u2019on décide d\u2019emprunter.Le possible exige donc un effort, un investissement pour entrer dans la réalité.Il se présente comme une sorte d\u2019appel ou d\u2019interpellation pour celui ou celle qui veut donner des mains à son espérance.C\u2019est ainsi que le document de travail est truffé d\u2019observations qui montrent comment on n\u2019a pas encore épuisé toutes nos ressources : il y a encore beaucoup de place pour une deuxième et une troisième transformation des produits de la mer.A-t-on exploité toutes les possibilités de transformation du bois et de l\u2019agriculture dans la région ?Il y a de la place pour d\u2019autres productions animales ou végétales.Plusieurs niches d\u2019exploitation sont peu ou pas occupées : l\u2019exploitation d\u2019huiles essentielles, de résine, la pêche d\u2019espèces peu ou pas pêchées et qui seraient commercialisables.De même, rechercher l\u2019autosuffisance dans le plus de domaines possibles créerait des emplois dans la région.Au lieu d\u2019une région exsangue, voici que se profilent de nouvelles ressources.Au lieu de la fatalité du chômage, voici du travail à inventer ! Mais il n\u2019y a ici rien de magique.Personne ne viendra de l\u2019extérieur pour prendre la place des gens eux-mêmes.Il y a ici du pouvoir à se donner et du pouvoir à prendre.Il y a surtout du pouvoir à partager.Le défi de la solidarité Le document de travail ne se contente pas de brosser un grand et audacieux projet de société pour toute la région.Il ne se limite pas à éclairer les petites pousses qui pourraient devenir de grands arbres.Il montre aussi courageusement que des attitudes nouvelles seront indispensables.Avant tout, choisir À Gaspé comme ailleurs, la survie des régions passe par des attitudes nouvelles : choisir d\u2019y vivre et grandir, adopter un style de vie différent de la ville, refuser les dépendances, privilégier les valeurs « rurales ».tTT i fci.' v SI» kl A relations décembre 1991 301 Jacques Cyr de vivre et de grandir dans la région, c\u2019est-à-dire de se situer dans un territoire dont on se sent un peu responsable et en même temps de vivre en solidarité avec des communautés locales.Adopter un style de vie qui prend ses distances avec la société de consommation de la ville.Refuser la dépendance, sécrétée par les subventions gouvernementales.Choisir les valeurs « rurales », qui s\u2019expriment à travers un rythme de vie, le choix de certaines activités de plein air, une certaine manière de se fréquenter et d\u2019être ensemble.peut-être aussi un certain sens de la contemplation.Ce qu\u2019il convient ici de souligner, c\u2019est que cet appel est très peu moralisateur.Les attitudes à prendre sont mises en rapport avec des choix pour changer la situation actuelle.À la question : avons-nous les moyens de ce développement durable, l\u2019auteur répond en renvoyant l\u2019auditeur à des tâches concrètes : « oui, si » nous décidons de récupérer plus de pouvoirs locaux pour être en mesure d\u2019avoir une prise sur les décisions concernant le développement de la région.« Oui, si » nous incitons les jeunes diplômés à demeurer ou à revenir dans la région, en leur offrant des emplois, ou à prendre la relève dans le domaine de l\u2019agriculture.« Oui, si » nous améliorons la formation professionnelle en tenant compte des besoins nouveaux.À chaque fois, les décisions personnelles sont ainsi mises en relation avec l\u2019avenir des autres et celui du territoire.La solidarité devient le « maître-mot » de la survie de la région : Pouvons-nous compter les uns sur les autres ?Sommes-nous capables de solidarité, au-delà de toutes les formes de méfiance, de recherche de pouvoir personnel, de querelles de détail ?Voilà sans doute notre plus grand défi.Solidarité entre tous les membres de notre population, mais aussi : solidarité entre les élus (députés, maires.) et leurs commettants, solidarité entre les élus d\u2019une même MRC, solidarité entre localités mieux nanties et plus pauvres, solidarité entre les institutions financières (par exemple, les Caisses Populaires) et le monde des affaires, solidarité des organismes et clubs sociaux voués à un engagement social (Lions, Richelieu, Optimistes, Rotary, Filles d\u2019Isabelle, Chevaliers de Colomb), solidarité des CLSC avec leur milieu, solidarité des adultes avec certains jeunes désireux de réaliser des projets, solidarité des communautés chrétiennes qui n\u2019ont pas le choix de ne pas s\u2019engager socialement.Elles ne sauraient demeurer vivantes si elles étaient incapables de traduire leur foi en gestes concrets de solidarité et de charité.En marche les doux, car ils posséderont la terre ! La mention des communautés chrétiennes parmi les autres groupes sociaux du territoire n\u2019est pas neutre.Elle traduit une façon de situer l\u2019espérance chrétienne en plein coeur des préoccupations de la région.Ces communautés n\u2019ont pas à chercher longtemps ce qui doit s\u2019écrire sur leur agenda.Elles sont partie prenante de ce qui se vit dans leur région.Elles en partagent les questions et les fragilités.De plus en plus, elles auront à se prendre en charge, sans compter sur la présence d\u2019un prêtre résident et devront inventer des formes de participation à la prise en main de l\u2019économie régionale.Elles ne pourront probablement même pas se croire le levain dans la pâte, car celui-ci est partout présent et chez des personnes ou des groupes qui ne mettent pas forcément très souvent les pieds à l\u2019église.Elles sont ainsi invitées à tout partager, même ce qui leur paraissait leur bien propre.N\u2019est-ce pas, d\u2019ailleurs, dans cette veine que Mgr Blanchet proposait la seule phrase tirée de l\u2019Évangile que contienne le texte ?Une traduction biblique dit : Jamais je n\u2019oublierai ce moment où pour la première fois, j\u2019ai raconté l\u2019histoire du petit Poucet à mon fils de quatre ans.À le voir se passionner, se désespérer, puis jubiler, j\u2019ai compris quelle résonance profonde ce conte trouvait en notre âme.Mon fils m\u2019a rappelé quelle avait pu être la détresse de Poucet et de ses frères lorsque, égarés en forêt pour la deuxième fois par leurs parents, le soir se mit à tomber.J\u2019ai revécu avec lui la peur qui avait dû les étreindre, cette nuit-là, en se voyant coincés dans la demeure de l\u2019ogre.Mais je me suis souvenu aussi, le voyant contenir à grand-peine sa joie et son admiration grandissantes, de l\u2019intrépidité et de la bravoure du semeur de cailloux, le plus petit d\u2019entre ses frères et 1.Spécialiste de Ernst Bloch, Lucien Pelletier est chercheur en philosophie et en théologie, à la faculté de théologie de l\u2019Université Laval.pourtant le plus rusé, celui qui, le plus faible parmi les faibles, triompha de la force aveugle de l\u2019ogre.Lorsque Poucet vole les bottes de sept lieues et laisse l\u2019ogre désemparé, ayant tourné sa brutalité à son propre avantage, mon petit auditoire tressaillait de joie.Enfin, la famille de Poucet étant de nouveau réunie, désormais à l\u2019abri de la misère, mon fils eut cette exclamation rêveuse, la seule qu\u2019il m\u2019eût jamais dite en s\u2019éveillant d\u2019un livre d\u2019histoires : « Quel beau conte ! » Je raconte cette scène parce qu\u2019elle rappelle combien l\u2019espérance, cette vieille ennemie de toute résignation, reste importante dans nos vies.En même temps, cette scène illustre à merveille ce qu\u2019il y a de meilleur dans la pensée d\u2019Ernst Bloch, qui fut pour notre siècle le grand penseur de l\u2019espérance.Ce philosophe allemand contemporain (1885-1977) a construit une oeuvre imposante, dans laquelle il s\u2019efforce de montrer combien les espérances humaines animent l\u2019histoire, et qu\u2019elles seules en font la grandeur.Une force capable de changer le monde Dans son oeuvre, Bloch a constamment recours à des faits apparemment anodins, comme celui que j\u2019ai décrit, où il perçoit les traces d\u2019une force capable de changer le monde et de faire de l\u2019histoire, du champ de ruines qu\u2019elle est, quelque chose qui finit bien.Cette force, dit-il, est présente dans les rêves éveillés, celui de l\u2019employé qui s\u2019imagine trucidant son patron et celui de la pauvresse qui se voit enlevée par un prince.Elle se manifeste dans les pressentiments de la jeunesse, ceux des temps de création et ceux des moments historiques cruciaux.Elle se manifeste aussi dans les contes, où la ruse des faibles subvertit l\u2019ordre des puissants.Cette force intervient dans l\u2019éclat, même mensonger, de la réclame publicitaire et des slogans accrocheurs.Elle est relations décembre 1991 305 '7Pss L\u2019espérance est présente dans les promesses de bonheur que nous percevons confusément à travers les couleurs d\u2019un soleil couchant, l\u2019ornementation du gothique, un tableau, la musique, etc.présente dans les promesses de bonheur que nous percevons confusément à travers les couleurs d\u2019un soleil couchant, et dans l\u2019harmonie, revendiquée ou directement manifestée, d\u2019un tableau, d\u2019une sculpture ou d\u2019une oeuvre littéraire.Cette force éclate avec profusion dans l\u2019ornementation du gothique, dans les cantiques d\u2019Isaïe, le Sermon sur la Montagne et le Let my people go des negro-spirituals, de même que dans la mystique de Maître Eckhart.C\u2019est encore elle qui murmure son secret dans la musique des Bach, Beethoven et Mahler ; nous l\u2019y pressentons tous, mais nul n\u2019a encore pu l\u2019énoncer à voix haute.C\u2019est elle aussi qui incite certains esprits à revendiquer les droits rattachés à la dignité humaine ou à faire le projet utopique d\u2019une société juste.Enfin, c\u2019est elle que manifestent et aspirent à réaliser les percées lumineuses de l\u2019histoire, ces moments où les tyrans sont renversés et où peut s\u2019instaurer une communauté d\u2019êtres libres et fraternels.On peut croire que c\u2019est encore grâce à cette force que Bloch lui-même a pu traverser son siècle comme il l\u2019a fait, puisant en elle le courage infatigable de nouveaux commencements : ainsi lors de la Première Guerre mondiale, lorsqu\u2019il dut s\u2019exiler en Suisse et y mena une activité pacifiste ; ainsi à l\u2019arrivée des nazis au pouvoir, qui le força à un nouvel exil, à Prague d\u2019abord puis aux États-Unis où il vécut onze années, élaborant ses grands ouvrages en l\u2019absence de toute sécurité pécuniaire ; ainsi lors de son retour au pays natal en 1949, en Allemagne de l\u2019Est plus précisément, où il voulait contribuer à la réalisation de la société communiste ; ainsi, enfin, en 1961, lors 306 d\u2019un dernier exil vers l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest, provoqué par l\u2019annonce de l\u2019érection du mur de Berlin, et suite aux vexations répétées qu\u2019il dut subir de la part du pouvoir communiste parce qu\u2019il proclamait haut et fort que toute banalité est contre-révolutionnaire.Malgré toutes ces vicissitudes, Bloch n\u2019a cessé de proclamer les droits de l\u2019espérance, de défendre l\u2019esprit à l\u2019oeuvre dans toutes les utopies.C\u2019est à cette fin que, sa vie durant, il s\u2019est réclamé de Marx et du marxisme, dans lequel il voyait le levier enfin efficace des transformations du réel, à condition que jamais il ne se perde dans les froides considérations économiques, que toujours il s\u2019ouvre aussi au « courant chaud » qui le traverse, celui des espérances et du but.Même lorsque tous les espoirs qu\u2019il avait entretenus d\u2019un renouveau social eurent échoué, Bloch n\u2019a cessé de réclamer opiniâtrement des choses nouvelles ; les déceptions de parcours, disait-il, n\u2019infirment nullement l\u2019espérance, puisque celle-ci ne procure aucune assurance et qu\u2019elle peut, qu\u2019elle doit même être déçue, mais ne se laisse pas abattre.Cette attitude lui a valu l\u2019estime durable des étudiants de 68, qu\u2019il est le seul philosophe d\u2019Allemagne à avoir soutenus, même s\u2019il voyait lucidement que leur mouvement était sans lendemain.Dans ce mouvement comme dans les autres manifestations individuelles et collectives de l\u2019espérance, Bloch voyait poindre une réalité entièrement neuve, un secret encore jamais révélé mais qui couve sous toutes les nostalgies et tous les désirs, toutes les souffrances et toutes les prières.Mais cette utopie ou ce salut, disait-il, est à faire.Il faut com- relations décembre 1991 prendre que cela nous reste possible et se laisser animer par l\u2019espérance, qui ne se résigne pas à ce que le monde et la vie ne soient que ce qu\u2019ils sont.« Car ce qui est, écrit-il, ne peut pas être vrai, mais veut revenir au Foyer à l\u2019aide des hommes.» L\u2019espérance d\u2019un salut séculier Bloch s\u2019est fait le prophète d\u2019un salut séculier.Il a cru que ce que les grandes religions et en particulier le judéo-christianisme avaient annoncé depuis des millénaires, à savoir le salut de l\u2019humanité, de l\u2019histoire et du monde tout entier, restait possible même si nous ne pouvons plus croire aux garanties surnaturelles qui autrefois en rendaient plausible l\u2019affirmation.Désormais, affirme-t-il, le seul salut auquel nous puissions croire est un salut à produire.Quel salut ?Nul ne saurait le dire aujourd\u2019hui, alors que notre aliénation sociale, notre rupture avec la nature et notre finitude même sont si profondes qu\u2019elles nous empêchent d\u2019anticiper un but définitif, valable pour tous.Ce que le symbole chrétien du Royaume réclame et ce que le langage philosophique de l\u2019Un et du Tout appelle, c\u2019est une existence pleine de sens, où chacun serait en harmonie avec toutes choses, sans préjudice de sa propre liberté.On ne peut concrètement dire de cet état que ceci : ce ne serait ni l\u2019aliénation sociale, ni une situation où l\u2019histoire et la nature cherchent à se dominer l\u2019une l\u2019autre ; ce ne serait pas même notre existence finie actuelle.Le Tout espéré serait, en définitive, le moment où le mystère qu\u2019est à lui-même chaque être aurait trouvé sa solution.Chaque être singulier, en effet, est pour lui-même une énigme, du fait qu\u2019il existe sans détenir la raison de son existence, du fait qu\u2019il existe de manière contingente, non essentielle.Pourquoi suis-je quelque chose, pourquoi ne suis-je pas rien ?Chaque être est cette question sans solution, quelque chose d\u2019obscur, qui souffre de n\u2019être que ce qu\u2019il est et aspire à faire la lumière sur soi.Chez l\u2019être humain, doué de raison, cette condition finie se manifeste dans une expérience immédiate, que Bloch pose au fondement de toute sa métaphysique : l\u2019obscurité de l\u2019instant qui se vit en ce moment même.Il m\u2019est impossible de saisir réflexivement mon vécu intime, celui du moment présent : ce moment est fugitif, je ne le comprends qu\u2019une fois écoulé, passé.La raison en est que cet instant tout à fait ponctuel n\u2019existe pas encore.Au plus intime de chaque instant, il y a une simple négation, un simple refus de n\u2019être pas, une pulsion d\u2019être.C\u2019est dans cette obscurité de soi-même, dont chacun peut faire l\u2019expérience, que Bloch situe l\u2019origine de tout le devenir.En quoi ce désir consiste-t-il exactement ?Nous ne le savons pas, mais tout ce qui existe est l\u2019expression de ce vouloir-être originel et s\u2019achemine vers un terme qui n\u2019est pas encore : il sera soit l\u2019élucidation complète de l\u2019obscurité originelle de chaque instant, le Tout, soit l\u2019échec total, le Rien, l\u2019anéantissement dans l\u2019absurde et la mort qui ne cessent de menacer.Contrairement aux métaphysiques du passé, celle de Bloch ne s\u2019appuie donc pas sur un principe premier, Dieu ou Absolu, qui donnerait son sens à l\u2019être : le principe, pour Bloch, est eschatologique, il se situe à la fin et reste à faire.Si l\u2019humanité, qui est la part consciente de l\u2019univers, ne se décide pas à réaliser le salut, celui-ci n\u2019adviendra jamais et laissera plutôt place au néant.L\u2019humanité a pour tâche de mener à terme le vouloir-être qui souffre en elle-même et en toutes choses.Ce faisant, elle doit rétablir l\u2019orientation vers le Tout là où celle-ci se perd, là où les êtres en viennent à ne vouloir qu\u2019eux-mêmes, risquant d\u2019entraîner dans leur passion maladive et mortifère des pans de plus en plus larges du réel, au lieu d\u2019entretenir en eux la nostalgie de la communauté de toutes choses.Le combat de l\u2019humanité pour le salut consiste donc en un redressement des situations où s\u2019invertit l\u2019aspiration eschatologique.C\u2019est ainsi que Bloch comprend la lutte des classes telle que promue par le marxisme : elle est la revitalisation d\u2019un dynamisme historique qui, dans la soumission du travail au capital, tend à s\u2019épuiser.Mais le combat ne se limite pas au plan social : il vise à donner sens à tout être, en l\u2019insérant dans des figures qui l\u2019orientent vers la fin réussie du processus.Ces figures prennent forme par le travail de l\u2019humanité et l\u2019espérance qui s\u2019y exprime, dans les réalisations de la justice, dans la culture, dans l\u2019art, dans les religions (dont la plus parfaite est la religion eschatologique par excellence, le judéo-christianisme) et dans les tentatives pour médiatiser de façon croissante la nature et l\u2019histoire humaine.Si cette aventure aboutit un jour (mais pour en arriver là, il n\u2019y a d\u2019autre choix que de se retrousser les manches et se mettre à la tâche), ce sera le Royaume ou l\u2019Être-comme-utopie ; alors, chacun détiendra enfin sa propre raison d\u2019exister et reposera en son Foyer, lieu de l\u2019harmonie entre soi-même et toutes choses, cela même que les religions pressentent sous le nom de Dieu.Cette espérance a-t-elle encore un sens ?Mais cette métaphysique, qui a connu son heure de gloire dans les années 70, est tombée aujourd\u2019hui en désaffection, parce qu\u2019elle se présente comme une solution de rechange au salut religieux.À bien des gens, elle paraît beaucoup trop monumentale.L\u2019heure, disent-ils, n\u2019est plus aux lendemains qui chantent.Nous nous sommes bercés bien assez longtemps de ces rêves et, finalement, ils se sont transformés en cauchemars.En quoi un marxiste impénitent tel que Bloch mériterait-il encore quelque attention, lorsqu\u2019on voit tous les régimes totalitaires auxquels a abouti son utopie communiste ?Ne vaut-il pas mieux mettre de côté les projets grandioses et s\u2019en remettre aux solutions éprouvées ?Ces objections sont tout à fait justifiées, mais ne suffisent pas pour prendre k \\A CO L\u2019espérance est chose opiniâtre, qui prend sa source dans le désir de bonheur qui anime tout homme.relations décembre 1991 307 congé de Bloch.Il est vrai que l\u2019utopie de Bloch trahit certaines tendances autoritaires.Mais c\u2019est le cas de toutes les pratiques utopiques du monde moderne : mouvements révolutionnaires, féminismes, écologismes, certains nationalismes, etc.Ces pratiques ont en commun le discours suivant : « Nous vivons une situation à ce point misérable qu\u2019il faut la transformer de fond en comble.Par quoi allons-nous la remplacer ?À vrai dire, nous ne le savons pas.Mais il y a quelque chose en nous qui souffre et qui veut être manifesté.Nous n\u2019avons qu\u2019à nous mettre à l\u2019écoute de cette chose obscure.Tant qu\u2019elle gémira en nous, notre but ne sera pas atteint.Notre action doit tendre à révéler ce secret intérieur, que nous savons présent même si nous ne parvenons pas à l\u2019énoncer.Le jour où l\u2019ordre inique sera renversé, les gémissements cesseront et la lumière sera faite sur ce que nous voulons.Ce jour-là, ce sera le bonheur.» Le problème d\u2019une telle conception, c\u2019est qu\u2019elle s\u2019appuie sur une force irrationnelle pour amener des changements : par là, on perd le contact avec ce que l\u2019on veut en vérité.L\u2019action n\u2019est plus alors qu\u2019un moyen pour imposer indéfiniment sa propre force.La pensée de Bloch nous fait voir, bien malgré elle, la cause profonde de cette perversion à l\u2019oeuvre dans toutes les pratiques utopiques : il s\u2019agit de la prétention de l\u2019homme moderne à se donner par lui seul son propre salut.Bloch et les théologiens Mais l\u2019oeuvre de Bloch ne peut être réduite à ce seul aspect.Comment, sinon, comprendre l\u2019engouement dont sa pensée a fait l\u2019objet depuis trente ans ?Comment, notamment, comprendre l\u2019influence profonde qu\u2019elle a exercée sur tout un pan de la théologie chrétienne ?Rappelons que ce sont principalement les théologiens qui l\u2019ont fait connaître et diffusée en dehors des cercles philosophiques.Un tel intérêt ne peut s\u2019expliquer par sa seule métaphysique, passablement ésotérique, d\u2019un salut séculier.L\u2019indiscutable pouvoir de séduction de cette pensée doit bien avoir une autre raison que le seul désir de s\u2019illusionner.Si l\u2019oeuvre de Bloch est fascinante, elle ne tient pas cela de son apologie de l\u2019utopie comme instauration d\u2019un ordre rationnel du monde.Chez Bloch, il y a quelque chose de plus subtil, de plus conforme aussi à notre sensibilité et à 308 notre expérience historique.Ses appels répétés à l\u2019action ne visent pas à restaurer un univers de sens à l\u2019image des cohérences d\u2019autrefois - religions, systèmes de valeurs, métaphysiques.Aujourd\u2019hui, dit Bloch, ces cohérences se sont irrémédiablement effondrées et il n\u2019est pas question d'y retourner.Même si notre condition moderne est marquée d\u2019angoisse, d\u2019insécurité et d\u2019une désorientation généralisée, nous sentons que ce n\u2019est pas là un prix trop élevé pour s\u2019être libéré des idoles de naguère.Dès lors, tout ce qu\u2019il nous reste comme sens, ce sont des décombres, des ruines.Bloch s\u2019est plu à décrire ces débris, ces traces - manifestées notamment dans l\u2019art du XXe siècle - de quelque chose de neuf qui pourrait désormais surgir.Notre monde se présente comme un ensemble épars d\u2019hiéroglyphes qu\u2019il nous revient de déchiffrer.Voilà ce qui a fait l\u2019importance véritable et durable de la pensée de Bloch.Il nous a appris que, même sans sacrifier aux dieux d\u2019hier ou à quelqu\u2019autre de ces principes qui dans l\u2019histoire ont servi à justifier ce que le monde a d\u2019intolérable, même en voyant le monde sans fard, le bonheur et l\u2019espérance pouvaient continuer de réclamer leurs droits.Ce désir de bonheur et cette espérance, Bloch l\u2019a bien vu, font le dynamisme des utopies modernes, par quoi des groupes humains se croient agents d\u2019un salut séculier.Mais le désir de bonheur et l\u2019espérance ne sont pas nécessairement liés à ces utopies, quoi que Bloch en pense ; par suite, l\u2019actuelle faillite de ces utopies ne contraint nullement à la résignation et ne sonne nullement le glas de l\u2019espérance.L\u2019espérance aujourd\u2019hui L\u2019espérance est chose opiniâtre, qui échappe aux velléités de réalisation de soi.Elle prend source dans le désir de bonheur qui anime tout homme.Contrairement au désir des utopies, le désir de bonheur à l\u2019oeuvre dans l\u2019espérance se sait insatiable, donc limité.L\u2019espérance n\u2019est pas la tentative utopique de conquérir un objet qui viendrait combler notre manque, qui nous procurerait la maîtrise de notre existence, le salut ; elle est plutôt une demande : que ceux que l\u2019on aime aient la vie.Voilà ce que veut et ce que sait d\u2019elle-même l\u2019espérance.La vie demandée n\u2019est disponible aux mortels que de manière limitée, lorsque les hommes de- relations décembre 1991 viennent les uns pour les autres source de vie, amour.C\u2019est seulement dans la mise en oeuvre de cet amour que le désir de bonheur, métamorphosé en espérance active et en oeuvre de justice, peut se rendre disponible à l\u2019éventuelle plénitude de vie qu\u2019il postule et appelle de sa prière.L\u2019espérance obéit à des lois bien plus complexes que ce qu\u2019en savent les utopies : ce sont les lois du coeur humain.De cette espérance vivante, de chair et de sang, la Bible nous rapporte une histoire exemplaire.Dans son oeuvre - c\u2019est là un de ses principaux mérites - Bloch a si bien capté la voix de l\u2019espérance biblique qu\u2019après lui, il n\u2019est plus possible de l\u2019occulter : la foi d\u2019Israël et des chrétiens est à tout instant anticipation de ce qui doit venir.Il faut savoir gré à Bloch et aux utopies d\u2019avoir montré qu\u2019une telle anticipation requiert l\u2019engagement dans l\u2019histoire, notamment au plan politique.Mais ils ont conçu cet engagement comme une réalisation de soi, au lieu d\u2019y voir une exigence de l\u2019amour.Or seul l\u2019amour autorise l\u2019espérance, car l\u2019amour est ce par quoi l\u2019on veut la vie pour autrui.Dans l\u2019actuelle ambiance de morosité, une oeuvre comme celle de Bloch reste précieuse, parce qu\u2019elle empêche de se donner bonne conscience en ralliant les idéaux des vainqueurs, les idéaux libéralistes, ceux de l\u2019affirmation de soi comme force aveugle.Rusée et indocile Charles Perrault propose deux dénouements différents à l\u2019histoire du petit Poucet.Dans le premier, après avoir volé les bottes de sept lieues, Poucet retourne à la demeure de l\u2019ogre et, par subterfuge, s\u2019empare de tout son or, après quoi il met ses parents et ses frères à l\u2019abri du besoin.Dans le second, Poucet devient courrier du roi, l\u2019informe des batailles de ses armées et, par la même occasion, fait fortune en renseignant les courtisanes sur le sort de leurs amants.Dans les deux cas, Poucet se révèle non seulement rusé mais aussi polisson.Irrespectueux des bonnes manières et des puissants, il prend son bonheur et celui des siens là où il le trouve, sans s\u2019embarrasser de prestige.Ainsi en va-t-il de l\u2019espérance aujourd\u2019hui : elle se joue des alternatives dans lesquelles la folie des utopies voudrait l\u2019embrigader et, consciente de ce qu\u2019elle aime et de ce qu\u2019elle veut, elle filoute irrévérencieusement les ogres et les rois.¦ Réforme de la santé et des services sociaux LES INTOUCHABLES par Hector Ouellet1 \u2022 w -P» ~ % >3 ¦ Au terme d\u2019un long processus de consultation éminemment démocratique, le ministre Marc-Yvan Côté proposait, le 7 décembre 1990, une « réforme de la santé axée sur le citoyen ».Une part importante du calendrier politique québécois de l\u2019été dernier a été consacrée, on s\u2019en souviendra, à résoudre la crise provoquée par les « docteurs ».Ceux-ci, insatisfaits du sort et du statut que leur réservait le projet de loi 1202, décidaient de tout mettre en oeuvre, notamment 1.\tL\u2019auteur est directeur du Centre de recherche sur les services communautaires de l\u2019Université Laval et professeur à l\u2019École de service social de la même université.2.\tLoi sur les services de santé et les services sociaux et modifiant diverses dispositions législatives.3.\tJe réfère notamment à la froideur avec laquelle la ministre Lavoie-Roux et le cabinet libéral avaient reçu, dans un premier temps, le rapport de la commission Rochon.Cette froideur s\u2019explique autant par le fait que ce rapport venait d\u2019une commission d\u2019enquête créée par un autre gouvernement (celui du Parti Québécois) que par le fait qu\u2019on se serait peut-être attendu à une orientation davantage néo-libérale que celle véhiculée par le rapport Rochon.4.\tOrientations consignées dans un document au titre évocateur, préparé par le ministre M.-Y.Côté : Ministère de la Santé et des Services sociaux, Une réforme axée sur le citoyen, Gouvernement du Québec, décembre 1990.par l\u2019utilisation d\u2019une batterie de moyens relevant d\u2019une éthique pour le moins discutable, pour « casser » le ministre et bloquer le processus d\u2019adoption de cette loi.Pourtant, jusqu\u2019à ce réveil tardif des médecins, le processus de réforme de la santé et des services sociaux, enclenché par les travaux de la commission Rochon, à l\u2019été 1985, avait été et promettait de demeurer d\u2019inspiration éminemment démocratique.Au-delà de certains accrochages3, la réaction ministérielle nous semble avoir été de même nature : on ne peut qu\u2019être impressionné par l\u2019ampleur et la qualité du débat que le ministre a suscité, notamment lors de la commission parlementaire des Affaires sociales, tenue au printemps 1990 ; la formulation des orientations4 qui ont découlé de ce débat, pour encadrer le projet de loi sur la réforme, s\u2019est avérée de même inspiration.L\u2019apport de la commission Rochon En effet, la stratégie de la commission Rochon a principalement consisté à mobiliser l\u2019ensemble des acteurs du secteur de relations décembre 1991 309 Le docteur Jean Rochon a présidé la Commission d\u2019enquête sur les services de santé et les services sociaux qui a ausculté notre système de santé à partir de 1985 et posé son diagnostic en 1988.la santé et des services sociaux pour, dans un premier temps, faire le point et obtenir le plus large consensus possible sur les problèmes essentiels de ce système et, dans un deuxième temps, tenter de dégager les principales solutions à ces problèmes.C\u2019est ainsi, notamment, qu\u2019à l\u2019occasion de diverses tournées régionales, la Commission a rencontré tous les acteurs qui ont voulu se faire entendre : employés et directions des diverses organisations reliées aux services, regroupements de professionnels, organismes communautaires, représentants des corps politiques locaux, sous-régionaux et régionaux, citoyens individuels, groupements de bénéficiaires, etc.Doublé de nombreuses consultations d\u2019experts, ce processus a conduit la Commission à créer et à constater un consensus particulièrement impressionnant, autant sur l\u2019état de notre système de santé et de services sociaux que sur les redressements qui s\u2019y imposaient.Deux conclusions majeures en ont découlé : bien qu\u2019encore sous contrôle, ce système de santé et de services sociaux avait progressivement atteint un niveau de rigidité tel qu\u2019il risquait de ne plus pouvoir rencontrer les défis amenés par l\u2019évolution de la société québécoise et s\u2019adapter aux besoins des bénéficiaires.En clair, ce système est « en otage » : c\u2019est là, en résumé, un des diagnostics que pose la Commission sur notre système de santé et de services sociaux.Ce système est l\u2019otage des groupes d\u2019intérêts qui s\u2019y sont progressivement constitués : ce sont moins les préoccupations pour le bénéficiaire que les jeux de pouvoir qui s\u2019y exercent qui en déterminent l\u2019évolution ; à la limite, cette évolution du système ne constitue que le résultat des gains et pertes des acteurs organisés à l\u2019intérieur de celui-ci (établissements, regroupements d'établissements, regroupements de professionnels, etc.) et non pas le résultat d\u2019une action planifiée.Autre constat de la commission Rochon : ce système est centré sur lui-même, ses intrants, ses règles et modes de fonctionnement, plutôt que sur les résultats à atteindre, résultats qui devraient se mesurer en termes d\u2019amélioration de l\u2019état de bien-être et de santé de la population.La question posée par la Commission devenait donc la suivante : « Comment recentrer toutes les énergies des milieux de la santé et des services sociaux sur la personne, sur ses problèmes et sur ses attentes ?Comment faire en sorte que la voix des personnes et des communautés soit davantage entendue dans les débats entourant la définition des objectifs sociaux et des objectifs de santé et le partage des ressources nécessaires à leur atteinte5 ?» On peut difficilement contester la nature démocratique d\u2019un tel questionnement.La réaction du ministère et des intervenants Le ministère de la Santé et des Services sociaux, dans un premier temps, a reçu assez froidement le rapport de la commission Rochon.C\u2019est pour en vérifier la pertinence, et peut-être davantage pour vérifier le degré d\u2019adhésion des acteurs du système à ce rapport, que la ministre Lavoie-Roux, alors titulaire de ce ministère, a cru bon de procéder elle-même à une tournée des régions du Québec.C\u2019est possiblement aussi dans le même esprit que le ministre Côté a convoqué la commission parlementaire des Affaires sociales, au cours du printemps 1990.Résultat de ces opérations : le ministère de la Santé et des Services sociaux reprend à son compte les éléments essentiels de l\u2019analyse et les conclusions de la commission Rochon.Il en découle une proposition générale visant à axer dorénavant le système de santé et des services sociaux sur le citoyen, dans sa triple fonction de décideur, de consommateur des services et de payeur.À l\u2019exception des médecins, l\u2019ensemble des acteurs du réseau de la santé et des services sociaux (organisations syndicales, regroupements de professionnels, établissements individuels et regroupements d\u2019établissements, etc.) se sont prêtés avec une facilité surprenante à l\u2019exercice proposé par la commission Rochon, puis par le ministre Côté : ils ont d\u2019abord accepté le cadre de discussion qui leur était proposé et ils ont participé activement à l\u2019analyse de l\u2019état du système.Comportement particulièrement à leur honneur, ils ont aussi endossé non seulement le consensus qui s\u2019est dégagé de cette analyse {le système est en otage des groupes d\u2019intérêts qui y oeuvrent), mais tout autant les conclusions qui en ont découlé, à savoir que les intérêts des producteurs de services doivent dorénavant être subordonnés à ceux des bénéficiaires.Dieu sait pourtant à quel point la pilule a été amère pour certains6.Dieu sait aussi à quel point les regroupements d\u2019em- 5.Cf.Rochon, J.et al., Rapport de la Commission d\u2019enquête sur les services de santé et les services sociaux, Gouvernement du Qué- bec, 1988, p.473.310 relations décembre 1991 ployés et d\u2019établissements étaient conscients des risques encourus par une telle ouverture et un tel comportement de remise en question : la pratique leur avait pourtant démontré, au cours des dernières années, que la règle essentielle de fonctionnement du système de la santé et des services sociaux en était une de rapports de forces et non pas de discussions sur la base de principes, si généreux soient-ils, et que le simple fait de baisser leur garde pour discuter les rendait déjà vulnérables.Malgré cela, et probablement avec le secret espoir que tous agiraient ainsi, ils ont accepté la démarche proposée.Chacun aura eu la satisfaction de constater que tous en faisaient autant.La réaction des médecins Surprise, cependant : en fin de course et alors que tous considéraient la discussion close, les médecins qui, jusque-là, n\u2019avaient pas daigné participer à la discussion, déclaraient à tout venant que la réforme sur laquelle tous semblaient s\u2019entendre était indécente, socialiste, bureaucratique, technocratique, qu\u2019elle mettait la vie des patients en danger, que cette dernière serait dorénavant entre les mains de bureaucrates incompétents et irresponsables, que les dossiers médicaux ne seraient plus confidentiels, que cette réforme excluait les médecins, qu\u2019elle leur niait le droit fondamental à décider eux-mêmes des actes médicaux à poser et de leur lieu de pratique, qu\u2019elle les obligeait dorénavant, indécence suprême, à tenir compte des capacités de payer de l\u2019État, etc.Bref, il fallait repenser complètement cette réforme.Mais il fallait d\u2019abord la bloquer et, si nécessaire, « casser le ministre » qui avait osé s\u2019en prendre à eux.Pour ce faire, tous les moyens disponibles pouvaient être utilisés.Comme si nous en avions encore besoin, les médecins nous ont ainsi fait, au cours de l\u2019été dernier, deux démonstrations majeures.Ils nous ont d\u2019abord prouvé, de la façon la plus limpide, la justesse du diagnostic de la commission Rochon, à savoir que notre système de santé et de services sociaux était bien l\u2019otage de groupes d'intérêts.Utilisant, auprès du grand public, la technique de désinformation systématique, auprès de leurs patients, celle du chantage et auprès du ministre et du gouvernement, celle de la menace, ils auront réussi non seulement à bloquer le processus pour quelques mois, mais même, et c\u2019est le plus important, à remettre en cause certains des acquis de cette réforme, notamment ceux qui devaient permettre une meilleure distribution des effectifs médicaux à travers le Québec.Les médecins nous auront de plus démontré qu\u2019ils se considéraient eux-mêmes comme une « caste ».En acceptant de se plier à leur argumentation, le gouvernement leur en aura reconnu le droit.Selon le dictionnaire Larousse, une caste est : « une catégorie de personnes qui se distingue des autres par ses privilèges et son esprit d\u2019exclusive ».Les médecins nous ont fourni toutes les démonstrations utiles que tel était bien l\u2019image qu\u2019ils se font d'eux-mêmes.En effet, faut-il insister, c\u2019est toute l\u2019opération de la réforme qu\u2019ils ont voulu mettre en cause : alors que l\u2019ensemble des acteurs de la santé et des services sociaux se sont 6.Il faut penser, notamment, aux insécurités provoquées, chez le personnel cadre, par les perspectives de fusions et de réorganisations d\u2019établissements.prêtés de bonne grâce à tout le processus mis en place par la commission Rochon, les médecins ont refusé d\u2019y participer, ce processus ne leur convenant pas ; alors que les résultats de l\u2019analyse sur l\u2019état de notre système de santé et de services sociaux ont fait l\u2019objet d\u2019un très large consensus, les médecins nous apprennent, en fin de course, qu\u2019ils ne partagent pas cette analyse ; alors que le ministre était parvenu à faire largement partager les orientations qu\u2019il entendait instaurer et à faire endosser les modifications essentielles qu\u2019il entendait introduire dans le système, nous apprenons, en fin de course, que ces modifications sont qualifiées d\u2019« indécentes » et de « ridicules » par les médecins.Les médecins au-dessus de tout D\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas qu\u2019en rapport aux modifications proposées au système de santé et de services sociaux que les médecins se sont mobilisés.C\u2019est aussi, jusqu\u2019à un certain point, contre des règles ou modes de fonctionnement acceptés comme normaux dans l\u2019ensemble de la société québécoise.Quelques faits concrétiseront ce propos.Le président-directeur général du Collège des médecins, le docteur Augustin Roy, a cru habile d\u2019illustrer son point de vue à partir de l\u2019allégorie de « l\u2019ingénieur à la baie James ».Selon le discours de ce dernier, « lorsque Hydro-Québec a besoin d\u2019un ingénieur à la baie Le docteur Clément Richer négociait avec le gouvernement québécois au nom des divers groupes de médecins au sujet du projet de loi 120.relations décembre 1991 311 Canapresse James, elle ne commence pas par réduire les salaires des ingénieurs travaillant à Montréal : elle commence par déterminer un niveau de salaire qui sera suffisamment attrayant pour que l\u2019ingénieur concerné accepte les inconvénients d\u2019un travail à la baie James ».Cette allégorie est censée nous convaincre du fait qu\u2019il est anormal que l\u2019État pénalise les médecins qui refusent le travail en région ou qui refusent de travailler aux endroits où nous avons particulièrement besoin d\u2019eux (salles d\u2019urgence, centres d\u2019accueil, CLSC).Nous pouvons continuer à utiliser cette même allégorie pour lui faire dire tout autre chose : ce que les médecins demandent correspond au comportement de ce même ingénieur qui, Hydro-Québec lui ayant demandé d\u2019aller travailler à la baie James, répondrait : « non seulement vous ne me forcerez pas à aller à la baie James et je demeurerai à Montréal, c\u2019est mon droit strict, mais j\u2019exige même d\u2019être rémunéré au même niveau que si j\u2019avais accepté d\u2019y aller ; de plus, autonomie professionnelle oblige, c\u2019est moi seul qui déciderai du travail à accomplir ; après tout, comme technocrate, vous n\u2019avez pas l\u2019autorité pour me dicter mon travail.Finalement, ce n\u2019est pas de ma faute si la rivière La Grande coule vers le nord à partir du 52e parallèle et je n\u2019ai pas à en être pénalisé.» Fondamentalement donc, ce que les médecins contestent c\u2019est, dans leur cas à eux, le droit de l\u2019État-employeur de décider où et selon quelles modalités il affectera le personnel qu\u2019il rétribue7.Ils contestent même le droit de toute autorité, sauf la leur propre, à décider des orientations générales d\u2019affectation des ressources publiques.Là-dessus, le cas de la Cité de la santé, à Ville de Laval, est révélateur.Dans ce dossier, des médecins ont refusé de se soumettre à une directive du centre hospitalier concernant le nombre de lits réservés à chacun des médecins pour des accouchements.Ils ont tenté de faire valoir que cette directive, de la part de l\u2019administration de l\u2019hôpital, n\u2019était que le fait d\u2019une bureaucratie malveillante et « insensible aux besoins et insécurités des femmes à la veille d\u2019accoucher ».Il semble cependant que cette situation ait été tout autre : ce sont précisément les médecins concernés qui, en s\u2019appropriant, de façon planifiée depuis plusieurs mois, les lits disponibles, mettaient en cause les capacités de l\u2019hôpital à répondre adéquatement aux accidentés ou autres bénéficiaires en besoin urgent de services majeurs.Si grossières qu\u2019elles aient été, ces déformations de la réalité ont quand même servi la cause des médecins, et ce à un point tel que même le docteur Richer, coordonnateur des regroupements de médecins, a senti le besoin de minimiser les gains obtenus : c\u2019est du moins ce que nous comprenons de l\u2019intervention qu\u2019il faisait lors d\u2019une entrevue télévisée, au cours de laquelle il disait que les médecins n\u2019auront après tout que réussi à réoccuper « leur » place et celle qu\u2019ils ont déjà.Le ministre a lui-même reconnu l\u2019effet du mouvement des médecins lorsqu\u2019il décrivait la souricière dans laquelle il s\u2019est retrouvé : « le citoyen demandait au ministre de ne pas lâcher, alors que le patient lui demandait de ne pas toucher à son doc- teur ».Il aurait probablement pu ajouter : « et le Conseil des ministres exigeait de lui de ne pas créer de vagues ».Les résultats Selon le ministre M.-Y.Côté, la contestation des médecins et la réponse qui lui a été apportée auront eu comme conséquence que les médecins sont dorénavant associés à la réforme.Il s\u2019agit là, on ne peut le nier, d\u2019un résultat positif.Bien malin cependant serait celui qui, à l\u2019exception du ministre lui-même et des médecins, pourrait dire le prix de l\u2019entente signée, l\u2019essentiel des discussions pertinentes s\u2019étant déroulé dans les officines gouvernementales8.Par contre, le passif de ces événements nous apparaît particulièrement lourd.En effet, tous auront compris que ces événements de l\u2019été ont considérablement affaibli la crédibilité du ministre.On voit mal comment une telle hypothèque n\u2019affectera pas l\u2019implantation de la réforme.De leur côté, au-delà des opérations de désinformation9 qu\u2019ils ont mises en branle, les médecins auront souligné diverses questions possiblement majeures, exigeant un examen supplémentaire avant l\u2019adoption de la réforme (notamment celles relatives à la bureaucratisation du système et à la confidentialité des dossiers médicaux).Cependant, le genre d\u2019argumentation qu\u2019il ont invoqué et la stratégie utilisée nous auront empêché d\u2019en discuter véritablement : le simple fait de vouloir examiner ces questions aurait conduit à participer activement à leur coup de force10.De plus, nous aurons confirmé les médecins dans leur statut de caste, pour qui constituent des droits fondamentaux ces avantages que tout autre citoyen du Québec considère comme un privilège.On voit mal comment ce statut pourrait ne pas continuer à structurer les autres négociations à venir.La population, quant à elle, aura été confirmée dans son rôle d\u2019otage des groupes d\u2019intérêts et de pièce d\u2019un discours stratégique.Quant aux autres acteurs du système de santé et de services sociaux, il serait surprenant qu\u2019ils n\u2019aient pas reçu comme message qu\u2019ils ont commis une erreur stratégique majeure, en ayant été les premiers à baisser leur garde.Accepteront-ils, aussi facilement, dans l\u2019avenir, de refaire cette même « erreur » ?En résumé, la commission Rochon, nous l\u2019avons dit, avait décrit le système de santé et de services sociaux comme un système en otage.Le coup de force des médecins et le fait que le gouvernement ait accepté de discuter avec eux dans ce contexte, en leur permettant d\u2019en tirer profit, auront amplifié cet état de chose.Il reste à espérer qu\u2019on n\u2019aura pas ainsi fait la démonstration qu\u2019il ne peut en être autrement.¦ 7.\tImaginons simplement ce que seraient les conséquences d\u2019une telle attitude chez les travailleurs de l\u2019éducation, pour ne prendre qu\u2019un exemple.8.\tNotamment, on ne peut que rester songeur lorsque l\u2019on constate que, suite aux négociations entre les médecins et le ministre, et bien que le ministre ait pris des engagements contraires sur ce point, il ne soit plus question d\u2019exiger la signature du bénéficiaire d\u2019un service de santé ayant entraîné l\u2019utilisation de la carte d\u2019assurance-maladie.9.\tEt n\u2019en déplaise au ministre, ce n\u2019est pas d\u2019abord les agences de publicités employées par les médecins qu\u2019il faut accuser de manquement grave à l\u2019éthique et de mensonge, mais bien les médecins eux-mêmes.10.\tD\u2019autant plus qu\u2019il serait probablement normal que l\u2019État scrute attentivement certains dossiers médicaux, comme par exemple dans le cas de ce médecin de la basse Côte-Nord, qui exerce le double rôle d\u2019être le médecin qui prescrit le déplacement de patients vers Québec ou Montréal et d\u2019être aussi le propriétaire de la compagnie d\u2019aviation qui effectue ces transports.312 relations décembre 1991 ROBE NOIRE OU L\u2019IMPOSSIBLE RENCONTRE par Yves Lever X \u201cZzHï'sÇZr s%n îlBfe.n%fe ¦ :\u2022 M* La caméra de Robe noire nous fait voir, d\u2019un autre oeil, des paysages remarquables.Mais au-delà du spectacle qui devrait plaire, le film favorise-t-il une rencontre véritable des cultures ?disons tout de suite que Robe noire ne passera ni à l\u2019histoire du cinéma ni à celle de la culture.Le film n\u2019en mérite pas moins quelques regards attentifs.C\u2019est parce qu\u2019elle lui semblait un bel exemple de rencontre et de choc interculturels que le réalisateur australien Bruce Beresford avait voulu porter cette histoire à l\u2019écran, dès 1985, à la parution du roman de Brian Moore, scénariste du film.La réalisation de l\u2019oeuvre présente sans doute beaucoup de qualités, mais n\u2019a pas tellement réussi à faire décoller la réflexion culturelle.Au plan cinématographique, on assiste à un honnête travail de bon artisan.L\u2019histoire est assez simple : nous sommes en automne 1634 ; des Algonquins, partant de Québec vers leur campement d\u2019hiver, amènent avec eux le jésuite Laforgue et un jeune menuisier aventureux, Daniel, qui se rendent à Sainte-Marie-des-Hurons.En route, la « robe noire » subit nombre de relations décembre 1991 313 Proche de Robe noire (notre photo), par l\u2019époque et les personnages, Le festin des morts de Fernand Dansereau (1964) va beaucoup plus loin dans le questionnement de la rencontre culturelle.* vexations de la part de ses compagnons de voyage, est abandonné de tous, puis fait prisonnier par des Iroquois, en compagnie d\u2019une famille algonquine et de Daniel, revenus le chercher ; il réussit à s\u2019échapper avec ses amis, après avoir été un peu « caressé » (torturé) et arrive finalement chez les Hurons1.Le spectateur ne pourra qu\u2019admirer le travail de caméra, qui nous fait voir, avec des couleurs magnifiques et sous des angles inédits, des paysages qu\u2019on est allé chercher dans une toute autre région : le Saguenay et le lac Saint-Jean.Il sera intéressé par le jeu des comédiens, auquel la mise en scène donne ce qu\u2019il faut d\u2019intériorité.La reconstitution des décors, habitations (les tentes, les « maisons longues »), costumes, coiffures et masques semblent avoir été réalisée avec un grand souci de vérité historique2 ; on peut admirer surtout le savant repérage du lieu représentant Québec, qui donne vraiment l\u2019impression de se trouver sur le rivage primitif, juste en-dessous du cap Diamant.Certains anachronismes feront tiquer, comme ces canots qui semblent vraiment trop solides au milieu des glaces pour faire vrais canots d\u2019écorce, ou encore cette scène où le chapeau du missionnaire sert de frisbee à de jeunes Indiens.On est aussi un peu mal à l\u2019aise devant le fait que les trois communautés amérindiennes semblent parler la même langue et vivre de la même façon3.En réalité, si les Hurons et les Iroquois partageaient nombre de traditions et de caractéristiques sociologiques, l\u2019histoire montre que ce n\u2019était pas le cas des Algonquins.Au-delà de ces éléments, dont résulte un spectacle qui devrait plaire, il convient surtout d\u2019examiner la vision historique proposée par la composition des personnages et leurs interactions.Car un film ne fait pas que montrer, il essaie toujours de démontrer quelque chose ; au-delà des images « documentaires », il propose toujours une certaine interprétation.C\u2019est ici que Robe noire déçoit le plus, car dans son désir de plaire à tout le monde, il ne soutient pas de véritable point de vue articulé.L\u2019Amérindien Dans un premier temps, le spectateur se réjouit de ce que le scénariste n\u2019ait pas succombé à la mode manichéenne du « bon indien - mauvais blanc », qui fait des ravages dans certains milieux dits progressistes, et dont témoigne le très populaire film de Kostner : Il danse avec les loups.Dans Robe noire, le portrait de l\u2019Amérindien apparaît plus complet que ce qu\u2019on a l\u2019habitude de voir.D\u2019une part, il met en relief un grand nombre de valeurs que la tradition historique des missionnaires occultait presque toujours.Soulignons surtout le sens du partage (« Ce sont eux les vrais chrétiens », dit le jeune Daniel, compagnon du héros, « ils vivent les uns pour les autres »), la vision communautaire, une certaine forme de démocratie par consensus, le courage dans toutes les épreuves, le respect de la parole donnée au prix de mettre en danger sa propre vie et celle de sa famille (et cela contre l\u2019avis même du sorcier, le « conseiller spirituel ») ; notons aussi le sens de la dignité, l\u2019existence d\u2019une certaine tradition spirituelle alliée à un sens critique très développé envers ce que proposent les missionnaires, et une grande liberté sexuelle.Il y a là des éléments de revalorisation pour tous les Amérindiens.D\u2019autre part, le film souligne aussi - et d\u2019une façon spectaculaire - que ces valeurs cohabitaient avec une très grande EXCURSION AU PAYS DE JESUS Un fascinant voyage au pays de la Bible! Ce jeu propose aux jeunes de neuf ans et plus un voyage dans l\u2019espace et dans le temps.Tout au long d\u2019un parcours aux multiples surprises, les joueurs seront amenés à visiter des lieux historiques et à répondre à des questions relatives au passage de Jésus en Palestine, il y a 2000 ans.Ce jeu contient: \u2022\tune planche de jeu toute en couleur et des pions \u2022\tune brochure de 40 pages pour les consignes et les réponses PRIX: 15,95 $ + frais d\u2019envoi + TPS.Commandez à: SOCABI Société catholique de la Bible, 7400 boul.Saint-Laurent, Montréal H2R 2Y1 tél.: (514) 274-4381 314 relations décembre 1991 cruauté, un sentiment de supériorité absolu, basé uniquement sur la force physique, un mépris total des étrangers et des êtres plus faibles, le plaisir sadique à torturer (« caresser », disent-ils) leurs prisonniers, l\u2019animisme, la soumission aux sorciers, la croyance dans les rêves prémonitoires, l\u2019absence complète d\u2019hygiène et d\u2019intimité, la promiscuité continuelle, y compris avec les chiens, la domination sur les femmes que les hommes prennent quand ils veulent, le fait de toujours manger une nourriture infecte parce que mal préparée.Le roman va plus loin encore en rapportant leur tradition de cannibalisme (devant son père, sa soeur et les deux Blancs, les Iroquois mangent l\u2019enfant qu\u2019ils viennent de faire prisonnier) et en leur attribuant un langage continuellement ordurier et scatologique.li est à prévoir que les Amérindiens d\u2019ici n\u2019apprécieront pas beaucoup le portrait d\u2019ensemble, qui invite à nuancer le slogan actuel « Our future is in our past ».Le missionnaire De son côté, le personnage de Laforgue n\u2019a rien du blanc dominateur.Frêle, il doit continuellement se dépasser, simplement pour suivre les autres qui ne cessent de se moquer de sa robe noire, de son abstinence sexuelle, de ses manières raffinées.Il souffre de la terrible promiscuité des tentes, la nuit.Assailli de tentations sexuelles, il se flagelle pour ne pas succomber (dans le roman, il se masturbe après avoir assisté à une copulation et ne se flagelle qu\u2019après).Rien de ce qu\u2019il dit ne semble avoir de prise sur ceux qu\u2019il veut essayer de convertir.Il vit la terrible solitude du missionnaire, n\u2019ayant personne avec qui échanger autre chose que des banalités de la vie.Il reste insensible au monde qui l\u2019entoure.Jamais ne lui vient à l\u2019esprit, à cause de ses certitudes d\u2019homme blanc, d\u2019essayer de comprendre de l\u2019intérieur ce que vivent les gens qu\u2019il essaie de rencontrer.Jamais ne vit-il de doute sur sa mission et sur son engagement.Le film reste d\u2019ailleurs plutôt laconique au sujet de sa vie religieuse et de sa spiritualité.Quelques courts flashbacks ne suffisent pas à indiquer ce qui a vraiment motivé le jeune père à partir vers les missions lointaines, ni à exprimer ce 1.\tÀ quelques détails secondaires près, les lecteurs du roman retrouveront dans le film la même histoire et ne devraient pas être trop déçus, même s\u2019ils penseront, comme d'habitude, que l\u2019adaptation pour le cinéma n\u2019a pas réussi à atteindre la profondeur du livre.Personnellement, je n\u2019ai lu le roman qu\u2019après avoir vu le film et rédigé l\u2019essentiel de cet article.et c\u2019est ce que je recommande à tous.2.\tÀ ce sujet, le lecteur curieux pourra consulter La vie quotidienne des Indiens du Canada à l\u2019époque de la colonisation française de R.Douveille et J.-D.Casanova, Hachette, 1967, qui résume les principaux documents d\u2019ethnographie dont, évidemment, les Relations des Jésuites.3.\tAu fait, le dossier de presse nous apprend que, dans le film, les Iroquois parlent leur langue, mais les Algonquins et les Hurons parlent le cri.Ce qui n\u2019est pas loin d\u2019être une aberration.De toute façon, leurs paroles à tous sont traduites en sous-titres (et dans la version originale, tous les Français parlent anglais : pour ne pas s\u2019aliéner le marché américain, dit le réalisateur.).4.\tJe rappelle à ceux et celles qui voudraient voir le film de Danse-reau, que des copies sur peilicule ou en vidéo sont disponibles dans les bureaux de l\u2019Office national du film (à Montréal, au Complexe Guy-Favreau).qu\u2019il ressentait profondément.Malgré ses réticences, parce qu\u2019il sait très bien que les Flurons ne demandent le baptême que dans l\u2019espoir de voir la « magie avec l\u2019eau » les guérir des fièvres dont ils sont accablés, il accepte de se plier à une parodie de sacrement.À la fin, tout ce qu\u2019il aura appris, c\u2019est qu\u2019il était là pour aimer ces gens, sans rien espérer en retour.Il en résulte que pour le film, bien que cela ne soit pas clairement exprimé, toute cette entreprise d\u2019évangélisation n\u2019avait aucun sens.Même qu\u2019elle aurait été plutôt néfaste pour les Hurons, puisqu\u2019en les « civilisant », elle leur aurait plus ou moins enlevé leurs moyens de défense naturels (sens de la guerre, férocité envers les ennemis, pratique de la torture et du cannibalisme, etc.), ce qui a provoqué leur extermination par les Iroquois quelques années plus tard.Par là, Robe noire est un film qui renvoie tout le monde dos à dos ; il passe à côté de ce qui aurait pu provoquer une intéressante réflexion sur le choc des cultures et peut-être proposer quelques pistes inédites pour l\u2019établissement de nouvelles relations entre les communautés.Le festin des morts Terminant récemment une recherche historique sur le cinéma québécois des années 60, j\u2019ai vu ou revu plusieurs films abordant cette même période historique et les relations avec les Amérindiens.Je ne peux évidemment manquer de comparer Robe noire avec Le festin des morts, que Fernand Dansereau réalisait en 1964 sur un scénario d\u2019Alec Pelletier, et dont le sujet se rapproche, tant par la période reconstituée - en fait, son histoire commence là ou celle de l\u2019autre se termine, chez les Hurons - que par les personnages principaux.Lancé à la télévision, le film de Dansereau n\u2019a jamais subi l\u2019épreuve de la rencontre avec le public en salle.C\u2019est dommage, car ses qualités cinématographiques (photographie en noir et blanc, reconstitution, maquillage, interprétation, mise en scène), même si elles n\u2019ont pas le côté spectaculaire de Robe noire, avec ses couleurs saisissantes et son jeu hollywoodien, sont au moins aussi nombreuses.Comme son action se déroule en été, la reconstitution historique (qui se veut aussi très précise et qui est supervisée par un ethnographe) apporte des éléments complémentaires pour ce qui touche les costumes et les menus faits de la vie quotidienne.Mais surtout, ses personnages, tant les missionnaires que les Amérindiens, sont beaucoup plus étoffés, plus complexes, et vivent de façon beaucoup plus lucide la confrontation culturelle.Si on y retrouve une même mésentente entre les deux groupes pour ce qui touche la religion et les coutumes fondamentales, au moins l\u2019univers du doute s\u2019insinue chez les uns et les autres.Plus important encore, Le festin des morts reflète dans son imaginaire le drame vécu par un grand nombre d\u2019intellectuels des années 60, se retrouvant, ainsi que l\u2019exprime le titre d\u2019un autre film de la même époque, « entre la mer et l\u2019eau douce », c\u2019est-à-dire dans ce no man\u2019s land intellectuel et spirituel découlant de l\u2019abandon des anciennes certitudes, alors qu\u2019un nouvel univers symbolique n\u2019a pas encore eu le temps de bien se structurer.Il est dommage que, malgré les énormes moyens financiers (14 millions de dollars) dont a disposé l\u2019équipe de création de Robe noire, ce film reste loin de la profondeur du Festin des morts\\ ¦ relations décembre 1991 315 RECENSIONS DE DECEMBRE lectures Jean Larose : L\u2019amour du pauvre Guy-Mary Oury : Notre héritage chrétien.Histoire religieuse populaire du Canada L\u2019amour du pauvre Une Europe impossible.Une dure Amérique.La poésie, « don de métamorphose ».L\u2019intellectuel, à qui il manquera toujours un pays.L\u2019intellectuel et la langue de son peuple.La France : chiante et grandiose.Le nationalisme mesquin.L\u2019élitisme.Le droit de mépriser.Le devoir d\u2019admiration.On pourrait énumérer jusqu\u2019à demain les sujets abordés par Jean Larose dans L\u2019amour du pauvre, mais cela trahirait sans doute le propos de l\u2019auteur, à mille lieues de l\u2019épate facile ou de l\u2019étal accrocheur.Larose exige qu\u2019on pense.Qu\u2019on aille sous les mots et dans la coulisse des évidences.Qu\u2019on interroge les fausses idées généreuses (le prétendu souci du « monde ordinaire »), les postulats rapides (que l\u2019étudiant doive communiquer son « vécu »), les solidarités-slogans (« la langue québécoise »).Un vrai « tannant ».Sous ces articles et conférences circulent un petit nombre de pré-notions, ou notions à venir, bâtardes au sens noble du terme : métissées, impures, greffées sur d\u2019autres avenirs.Deux ou trois idées difficiles qui constituent le « la » de l\u2019auteur, l\u2019étroit créneau où sa voix se pose et s\u2019expose en pleine confiance et humilité.J\u2019insiste avant de passer aux exemples : Larose n\u2019est pas, contrairement à l\u2019éti- 316 quette médiatique qu\u2019on lui colle à la boutonnière, un « provocateur », mais un penseur tout en nuances.Mais je lui rends sa voix, pour mieux nuancer encore.« On a raisonné comme si c\u2019était la culture humaniste qui était inégalitaire et non le système d\u2019éducation de l\u2019époque » (pas mal pour un « réactionnaire ») ; « les débats d\u2019idées sont aujourd\u2019hui devenus impossibles en France » (intéressant, pour un « fanatique » de l\u2019Europe) ; « rompre avec le passé sans le ruiner » (qui n\u2019est donc pas un appel au « retour en arrière ») ; « créer n\u2019est pas néologiser » (comme un dernier clou sur le cercueil des « NBJIS-TES » ?) Je disais « nuance » : Larose n\u2019est pas Scully bavant sur le Québec depuis ses lofts étatsuniens.Larose est Larose : une intelligence en alerte rouge, une vaste culture, et, je le soupçonne, une capacité de s\u2019effondrer.Homme de nuances - mais bien sûr que dans un climat intellectuel qui se chauffe au papotage et à la gloussante inculture, des « nuances » puissent être jugées carrément provocatrices (Larose à la Bande des Six, c\u2019était vouloir penser dans une salle de quilles.).Quant au « pauvre » du titre, c\u2019est vous, moi, quand on s\u2019aime petit, battu, porteur d\u2019eau, sans espoir d\u2019en sortir, ou alors « en gang », en rond, en boule - et sa complémentaire : le « pauvre » se relations décembre 1991 croit grand dans sa « langue québécoise », il refuse de s\u2019ouvrir aux formes (former quelqu\u2019un c\u2019est le blesser, pas le laisser « s\u2019exprimer »), à la dissidence, comprenez à la langue française comme travail et à la littérature française comme transcendance.Larose corrige : on peut être petit, et capable d\u2019admiration.Il y a par ailleurs un « intime génie québécois de la pauvreté », dont l\u2019image emblématique est sans doute le film Pouvoir intime et qui remonte jusqu\u2019à André Laurendeau (« l\u2019intellectuel québécois par excellence »).Laurendeau est important : il fournit ici, outre le titre de l\u2019ouvrage, l\u2019exemple admirable d\u2019un amour et d\u2019une reconnaissance de la pauvreté québécoise « qui surveille en quelque sorte le rêve de grandeur » (140).De Laurendeau à Simoneau, en passant par Vadeboncoeur et Hubert Aquin (ce dernier exigeant que l\u2019on joue toutes ses cartes, et d\u2019abord les perdantes -amour bien compris du pauvre et de la « pauvreté québécoise »), il court une voix québécoise distincte, virulente, aimante, consciente de ses manques, dont elle a d\u2019ailleurs décidé de faire son créneau ; et la pauvreté du début, loin d\u2019être diminuante ou délétère, soudain se branche sur du neuf : l\u2019intime (qui n\u2019est pas le barricadé, mais, comme dans le film de Simoneau, une véritable instance de démantèlement), le sensible (une force encore inexploitée), le refus (et non la gros- sièreté, le rot, le sacre), le travail, qui donne confiance (aux antipodes de l\u2019arrogance, « une hauteur vide »).Et le Québécois, d'Amérique et de France mais de nulle part encore, se découpe alors un territoire véritablement distinct, ni étroit, ni agressif.Les Québécois sont des âmes en quête d\u2019un corps.Ils « travaillent » le continent d\u2019idées saugrenues : déjà, ils sont le choc d\u2019une Amérique dont les dominants voudraient qu\u2019elle soit unitaire ; depuis toujours, ils sont aussi la résistance toute américaine (sans doute inconsciente) à se voir rêver en éternel Disneyland par des Français fortement doués pour la bagatelle.À lire absolument, pour nos (d)ébats à venir.Pour la description poignante de nos « retours d\u2019Europe », et le portrait leste et déchirant de C.à Paris, image affolante du meilleur de nous-mêmes quand il se voue au pire.Là-bas.Chez nous.¦ Richard Dubois Notre héritage chrétien On reconnaît du premier coup l\u2019ouvrage d\u2019un historien chevronné à l\u2019ampleur du cadre de référence.Et la valeur de ces livres est, pour cette raison, d\u2019offrir des perspectives plus objectives et plus équilibrées.Ce sont ces qualités que l\u2019on retrouve dans le livre de dom Oury, déjà bien connu pour ses recherches sur les origines religieuses du Canada français.Conformément au titre, l\u2019ouvrage couvre plus de terrain qu\u2019une histoire du catholicisme au Québec, même si le Québec y occupe une place considérable.Le contact avec les Amérindiens est bien présenté, peut-être un peu adouci (p.15-22 ; 85-93).La colonisation française est décrite avec son originalité de l\u2019âge de la contre-réforme.La survie d\u2019un nationalisme dans une situation de loyalisme à l\u2019Angleterre est habilement exposée, en lisant les deux phénomènes dans leur cadre européen (p.43-51) ; de la même façon, les difficultés d\u2019insertion de l\u2019Église irlandaise catholique (p.73-83) et la période d\u2019ultramontanisme des années 1851-1878 et de croissance simultanée du cléricalisme sont décrites de façon remarquablement sereine, au point de faire oublier l\u2019émotivité dont ces questions ont été entourées (p.75-83 ; 103-112).On rencontrera des pages remarquables d\u2019équilibre sur l\u2019intervention sociale de l\u2019Église en période de grande pauvreté, sur le souci concret à l\u2019égard des émigrés aux États-Unis et des immigrés de l\u2019Ouest, sur les relations oecuméniques avec l\u2019Église anglicane puis avec les Églises des Loyalistes américains, sur la naissance du Canada missionnaire à l\u2019étranger.L\u2019ouvrage de dom Oury évoque sous nos yeux un peuple chrétien austère, sans être janséniste, un peuple joyeux et qui sait chanter, un peuple à la foi simple mais sans superstition et dont on a exagéré la peur (p.132).Ce qui permet à l\u2019auteur de décrire en pente douce l\u2019arrivée de la Révolution tranquille et d\u2019éviter le mythe de la grande noirceur d\u2019avant 1960, tout en reconnaissant la fragilité de la foi de cette époque et la difficile croissance d\u2019un catholicisme social ; on discutera sans doute certaines lectures d\u2019événements des années soixante (p.168-170).La période récente et la prospective sont optimistes : une Église en rénovation qui peut parfois ressembler à une Église en ruines.Une présentation agréable, avec beaucoup d\u2019encarts, 116 illustrations, et des orientations bibliographiques.En somme, beaucoup plus qu\u2019un manuel scolaire, auquel pensait surtout l\u2019auteur.C\u2019est la meilleure présentation populaire de notre histoire religieuse depuis la Commission Dumont et la très bonne Histoire de l\u2019Église catholique au Québec (Montréal, Fides, 1972) de Nive Voisine, que dom Oury élargit considérablement.¦ Julien Harvey Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants : -\tMichel Paillé, Les écoliers du Canada admissibles à recevoir leur instruction en français ou en anglais, Gouvernement du Québec, Conseil de la langue française, 1991 ; 114 p.-\tNicole Laurin, Danielle Juteau et Lorraine Duchesne, À la recherche d\u2019un monde oublié.Les communautés religieuses de femmes au Québec de 1900 à 1970, Montréal, Le Jour Éditeur, 1991 ; 432 p.-\tLe Beffroi.Revue philosophique et littéraire, XV, septembre-novembre 1991, Beauport, Éditions du Beffroi ; 228 p.-\tColl., L\u2019avenir d\u2019un monde fini.Jalons pour une éthique du développement durable, St-Laurent, Éditions Fides, 1991 ; 205 p.-\tRevue Sociologie Santé, juillet 1991, no 4, Un autre regard : le Québec, la recherche sociale en question, Talen-ce, Éditions de la Maison des sciences de l\u2019Homme d\u2019Aquitaine (en collaboration avec le Conseil québécois de la recherche sociale) ; 162 p.-\tRevue Service Social (sous la direction de Christian Côté), 1990, vol.39, no 3, Familles recomposées après divorce, Québec, Université Laval ; 182 p.-\tMonique A.Berry, Ivresse de Dieu.Aventures spirituelles en Égypte au IVe siècle, Montréal, Éditions Albin Michel, 1991 ; 325 p.-\tMarcella Maltais, Notes d\u2019atelier, Beauport, Éditions du Beffroi, 1991 ; 137 P- -\tMichel Cormier et Achille Michaud, Richard Hatfield.Un dernier train pour Hartland, Montréal, Éditions Libre expression, 1991 ; 315 p.-\tGérard-P.Harvey, Voix d\u2019ailes d\u2019antan.L\u2019oiseau dans la poésie grecque ancienne et moderne, édité par l\u2019auteur (7141, ave.Royale, Chateau-Richer QC G0A 1N0), 1991 ; 290p.¦ références Jean Larose, L\u2019amour du pauvre, Montréal, Boréal, 1991 ; 254 pages.Guy-Marie Oury, OSB, Notre héritage chrétien.Histoire religieuse populaire du Canada, Ottawa, Novalis, 1990 ; 194 pages.relations décembre 1991 317 tables de l\u2019année 1991 AUTEURS ANTONIUS, R., Une voix arabe.Pourquoi la guerre du Golfe ?: 111.ARTEAU, M., Vers une économie coopérative : 276.BAUM, G., Une voie originale vers la justice sociale : 80.Le pluralisme ethnique au Québec : 117.Éthique appliquée et société pluraliste : 147.Centesimus Annus, la nouvelle encyclique sociale : 249.Le pouvoir de l\u2019espérance : 296.Que signifie « espérer », par temps difficile ?: 297.BEAUCHAMP, A., Au-delà du désespoir : 30.Mgr Rembert Weakland : une flamme ardente : 55.Travail et environnement : 63.Une encyclique à venir.: 84.Développement durable pour qui ?: 126.L'éducation relative à l'environnement.Entre la peur et le savoir : 150.L\u2019entreprise à l\u2019heure de l\u2019éthique : 156.En relisant Teilhard : 190.BEAUCHAMP, M.(et B.L.), A-t-on raison de compter sur Desjardins ?: 266.BEAUDRY, R.(entrevue par G.T.), De la silicose à la CSST : 41.BENGUEREL, T, L\u2019intégration pastorale des immigrants : 245.BOISVERT, D., De guerre et de paix.Quelques lectures : 90.BOUCHARD, M.J., Le logement coopératif : 272.CHOMSKY, N., Le « processus de paix » au Moyen-Orient : 279.DEBLOCK, C.(et V.van S.), Au-delà de la question comptable.Le déficit budgétaire fédéral : 289.DE ROO, R., Proclamer et agir : 77.DOUCET, H., L\u2019éthique appliquée en direct : 145.DUBOIS, R., Ville d\u2019eau, ville d\u2019ombre, ville d\u2019art.: 173.DUQUOC, C., Libération et progressisme : 24.ÉTHIER-BLAIS, J., L\u2019éducation des Jésuites : 181.FERNANDES, W., Une voix d\u2019Asie.Rien de bon pour nous : 108.FOURNIER, P.-A., Que faisons-nous de l\u2019héritage ?: 168.GALEANO, E., Une voix d\u2019Amérique latine.Comme un enfant perdu.: 105.GARIÉPY, D., Ces déplacements qui forment la jeunesse : 75.GIGUÈRE, J., L\u2019apport syndical à la démocratie : 13.Résistance coopérative et société distincte : 264.GINGRAS, P.-É., Le cégep : d\u2019hier à demain : 203.GLÉ, J.-M., L\u2019ordre nouveau : 114.L\u2019encyclique sur la mission.Un nouveau printemps de l\u2019Église ?: 153.GRAND\u2019MAISON, J., Démocratie et catholicisme : un tabou à lever : 19.GUINDON, A., À la lumière des pratiques esclavagistes d\u2019une sainte.L\u2019« inchangeable morale » : 120.HARVEY, J., Pedro Arrupe, Jésuite : 85.Perspective internationale : 236.Culture publique, intégration et pluralisme : 239.ICART, J.-C., Le piège du racisme : 242.LABRIE, V., Québec sans lunettes : 179.LAMOTHE, A., Intégrer en français : 234.LAROSE, R., Pourquoi la philosophie ?: 208.LEBLANC, A., L\u2019Église en Amérique latine.Entre le passé et l\u2019avenir : 183.LECLERC, J.-C., Une révolution démocratique qui reste à faire : 11.Vers une justice autochtone : 216.LEVER, Y, Robe Noire ou l\u2019impossible rencontre : 313.LÉVESQUE, B.(et M.B.), A-t-on raison de compter sur Desjardins ?: 266.LOCHER, U., Perspectives d\u2019avenir des jeunes anglophones du Québec : 211.MAESSCHALCK, M., La démocratie : 10.La crise du développement : 17.Haïti, cinq ans après Duvalier : 53.Écrire l\u2019Évangile de ce temps : 74.Discours social et théologie politique : 83.La militance à l\u2019épreuve de la pensée.Karl Lévêque (1937-1986) : 87.L\u2019ordre nouveau : 114.L\u2019éthique appliquée : 138.Créer des « espaces éthiques » : 143.MAINVILLE, C.(entrevue par M.-F.C.), Édifices hermétiques : un danger ignoré : 45.MARCOTTE, R., Les cégeps rempliront-ils leurs promesses ?: 202.MERGLER, D., La misère de la révolution technologique : 49.MONTANO, R., Les enjeux d\u2019un libre-échange à trois : 51.MORISSETTE, F., Quel ordre international voulons-nous ?: 104.OUELLET, H., Réforme de la santé et des services sociaux.Les intouchables : 309.PAIEMENT, G., L\u2019espérance en Gaspésie : 300.PARIZEAU, M.-H., La situation de l\u2019éthique appliquée au Québec.Tour d\u2019horizon : 139.PELCHAT, M., Tourisme et pastorale : 177.PELLETIER, L., Du Petit Poucet à Ernst Bloch : 305.QUESNEL, L., Québec, ville orpheline : 169.QUIVIGER, P., Apprendre à apprendre : 206.RICHARD, J.-P., Essai pour un débat encore à faire.La république d\u2019Hydroïstan ?: 21.RIOUX, M., La démocratisation du travail : 16.TALBOT, G., Pour syndiqués seulement ?: 43.TREMBLAY, P., Comme un effet de serre : 171.TURCOT, G., L\u2019envers du décor : 40.L\u2019éthique appliquée : 138.UNDURRAGA, C., Éducation populaire au Chili.Chemin d\u2019espérance : 303.van SCHENDEL, V.(et C.D.), Au-delà de la question comptable.Le déficit budgétaire fédéral : 282.MATIÈRES (Voir aussi FACE À E ACTUALITÉ) AUTOCHTONES - Vers une justice autochtone, J.-C.L.: 216.CINÉMA, CULTURE - Robe Noire ou l\u2019impossible rencontre, Y.L.: 313.(voir Québec) COOPÉRATION (LE MOUVEMENT COOP.) -Résistance coopérative et société distincte, J.G.: 264.A-t-on raison de compter sur Desjardins ?, M.B.et B.L.: 266.Le logement coopératif, M.J.B.: 272.Vers une économie coopérative, M.A.: 275.DÉMOCRATIE - La démocratie, M.M.: 10.Une révolution démocratique qui reste à faire, J.-C.L.: 11.L\u2019apport syndical à la démocratie, J.G.: 13.La démocratisation du travail, M.R.: 16.La crise du développement, M.M.: 17.Démocratie et catholicisme : un tabou à lever, J.G.: 19.Réforme de la santé et des services sociaux.Les intouchables, H.O.: 309.ECONOMIE - Essai pour un débat encore à faire.La république d\u2019Hydroïstan ?, J.-P.R.: 21.Les enjeux d\u2019un libre-échange à trois, R.M.: 51.Au-delà de la question comptable.Le déficit budgétaire fédéral, V.van S.et C.D.: 282.L\u2019espérance en Gaspésie, G.P.: 300.(voir aussi Coopération) ÉDUCATION, CÉGEPS - L\u2019éducation relative à l\u2019environnement.Entre la peur et le savoir, A.B.: 150.L\u2019éducation des Jésuites, J.É.-B.: 181.Les cégeps rempliront-ils leurs promesses ?, R.M.: 202.Le cégep : d\u2019hier à demain, P.-É.G.: 203.Apprendre à apprendre, P.Q.: 206.Pourquoi la philosophie ?, R.L.: 208.ÉGLISES ET RELIGIONS - Démocratie et catholicisme : un tabou à lever, J.G.: 19.Libération et progressisme, C.D.: 24.Mgr Rembert Weakland : une flamme ardente, A.B.: 55.Pedro Arrupe, Jésuite, J.H.: 85.À la lumière des pratiques esclavagistes d\u2019une sainte.L\u2019« inchangeable morale », A.G.: 120.L\u2019encyclique sur la mission.Un nouveau printemps de l\u2019Église ?, J.-M.G.: 153.Tourisme et pastorale, M.P.: 177.L\u2019Église en Amérique latine.Entre le passé et l\u2019avenir, A.L.: 183.L\u2019intégration pastorale des immigrants, T.B.: 245.(voir aussi Enseignement social) ENSEIGNEMENT SOCIAL DE L\u2019ÉGLISE - Écrire l\u2019Évangile de ce temps, M.M.: 74.Ces déplacements qui forment la jeunesse, D.G.: 75.Proclamer et agir, R.D.R.: 77.Une voie originale vers la justice sociale, G.B.: 80.Discours social et théologie politique, M.M.: 83.Une encyclique à venir., A.B.: 84.Centesimus Annus, la nouvelle encyclique sociale, G.B.: 249.ENVIRONNEMENT - Au-delà du désespoir, A.B.: 30.Une entrevue avec Claude Mainville.Édifices hermétiques : un danger ignoré, M.-F.C.: 45.Travail et environnement, A.B.: 63.Une encyclique à venir., A.B.: 84.Développement durable pour qui ?, A.B.: 126.L\u2019éducation relative à l\u2019environnement.Entre la peur et le savoir, A.B.: 150.L\u2019entreprise à l\u2019heure de l\u2019éthique, A.B.: 156.En relisant Teilhard, A.B.: 190.ESPÉRANCE - Le pouvoir de l\u2019espérance, G.B.: 296.Que signifie « espérer », par temps difficile ?, G.B.: 297.L\u2019espérance en Gaspésie, G.P.: 300.Éducation populaire au Chili.Chemin d\u2019espérance, C.U.: 303.Du Petit Poucet à Ernst Bloch, L.P.: 305.ÉTHIQUE-À la lumière des pratiques esclavagistes d\u2019une sainte.L\u2019« inchangeable morale », A.G.: 120.L\u2019éthique appliquée, M.M.et G.T.: 138.La situation de l\u2019éthique appliquée au Québec.Tour d\u2019horizon, M.-H.P.: 139.Créer des « espaces éthiques », M.M.: 143.L\u2019éthique appliquée en direct, H.D.: 145.Éthique appliquée et société pluraliste, G.B.: 147.L\u2019entreprise à l\u2019heure de l\u2019éthique, A.B.: 156.IMMIGRATION, MULTI-CULTURALISME - Le pluralisme ethnique au Québec, G.B.: 117.Perspectives d\u2019avenir des jeunes anglophones du Québec, U.L.: 211.Intégrer en français, A.L.: 234.Perspective internationale, J.H.: 236.Culture publique, intégration et pluralisme, J.H.: 239.Le piège du racisme, J.-C.l.: 242.L\u2019intégration pastorale des immigrants, T.B.: 245.ORDRE INTERNATIONAL (LE NOUVEL -) - Quel ordre international voulons-nous ?, F.M.: 104.Une voix d\u2019Amérique latine.Comme un enfant perdu., E.G.: 105.Une voix d\u2019Asie.Rien de bon pour nous, W.F.: 108.Une voix arabe.Pourquoi la guerre du Golfe ?, R.A.: 111.L\u2019ordre nouveau, J.-M.G.et M.M.: 114.318\trelations décembre 1991 volume 51, numéros 567 à 576 PAIX, MILITARISME - De guerre et de paix.Quelques lectures, D.B.: 90.Une voix arabe.Pourquoi la guerre du Golfe ?, R.A.: 111.QUÉBEC (LA VILLE DE -) - Que faisons-nous de l\u2019héritage ?, P.-A.F.: 168.Québec, ville orpheline, L.\tQ.: 169.Comme un effet de serre, P.T.: 171.Ville d'eau, ville d\u2019ombre, ville d\u2019art., R.D.: 173.Tourisme et pastorale, M.P.: 177.Québec sans lunettes, V.L.: 179.QUESTIONS INTERNATIONALES - La crise du développement, M.M.: 17.Les enjeux d\u2019un libre-échange à trois, R.M.: 51.Haïti, cinq ans après Duvalier, M.M.: 53.Le « processus de paix » au Moyen-Orient, N.C.: 279.Éducation populaire au Chili.Chemin d'espérance, C.U.: 303.(voir aussi Ordre international) QUESTIONS NATIONALES - Essai pour un débat encore à faire.La république d\u2019Hydroïstan ?, J.-PR.: 21.QUESTIONS SOCIALES - La militance à l\u2019épreuve de la pensée.Karl Lévêque (1937-1986), M.M.: 87.Réforme de la santé et des services sociaux.Les intouchables, H.O.: 309.(voir les titres plus spécifiques) SYNDICALISME - L\u2019apport syndical à la démocratie, J.G.: 13.(voir Travail) TRAVAIL, SANTÉ - La démocratisation du travail, M.\tR.: 16.L'envers du décor, G.T.: 40.Une entrevue avec ie juge René Beaudry.De la silicose à la CSST, G.T.: 41.Pour syndiqués seulement ?, G.T.: 43.Une entrevue avec Claude Mainville.Édifices hermétiques : un danger ignoré, M.-F.C.: 45.La misère de la révolution technologique, D.M.: 49.Travail et environnement, A.B.: 63.FACE À L\u2019ACTUALITÉ AUTOCHTONES - Les droits autochtones, A.B.: 35.De Oka à Grande Baleine, PQ, D.T.: 134.Un an après, a-t-on appris ?, R.B.: 164.1492-1992 : y a-t-il de quoi fêter ?, D.B.: 259.Des propositions déjà vues, R.B.: 292.COMMUNICATIONS, MÉDIAS - Les médias et la guerre du Golfe, M.-F.C.: 101.RCI et le droit à l\u2019information ?, M B.: 132.The Economist et le Québec, J.H.: 228.COOPÉRATIF (MOUVEMENT) - Les trois défis du mouvement Desjardins, J.G.: 163.Quel beau défi pour nous, les Alphonse, M.A.: 227.CINÉMA, CULTURE - Le cinéma et la loi, Y.L.: 229.Pour écrire l\u2019histoire du monde, Y.L.: 262.DÉMOCRATIE - À l\u2019heure des choix, Rel.: 3.Redevenir partisan, F.T.: 6.Difficile démocratie, A.B.: 99.Apparence de justice, F.T.: 197.ÉCONOMIE - Deuxième révolution tranquille ?, G.P.: 68.Qui profitera du budget Wilson ?, R.B.: 102.ÉGLISES ET RELIGIONS - Les abus sexuels du clergé, F.T.: 100.Péril en la demeure, G.T.: 195.« Rerum Novarum » à Québec, J.H.: 197.ENVIRONNEMENT - Protéger l\u2019environnement : deux logiques, M.-F.C.: 38.Environnement : le ressac ?, A.B.: 291.FEMMES - La guerre au féminin, F.T.: 36.Péril en la demeure, G.T.: 195.IMMIGRATION, RÉFUGIÉS - Un important virage dans l\u2019immigration, J.H.: 5.JEUNES - Lendemain de Noël : consciences apaisées ?, L.B.: 4.PAIX, MILITARISME - La guerre au féminin, F.T.: 36.Abolir la guerre ?, G.C.: 69.Les médias et la guerre du Golfe, M.-F.C.: 101.QUESTIONS CONSTITUTIONNELLES - Que veut le Canada ?, T.C.: 67.La B.-C.ou l\u2019art de l\u2019esquive, M.R.: 131.The Economist et le Québec, J.H.: 228.QUESTIONS INTERNATIONALES - Toujours le Pérou, jusqu'à quand ?, F.F.: 7.Rwanda : le choc de deux mythes, M.M.: 8.Observations subjectives de l\u2019Allemagne nouvelle.L\u2019unification des « étrangers », P.M.: 37.Le Sud asiatique à la croisée des chemins, S.J.N.: 70.Paix et cauchemars au Salvador, L.B.: 135.Afrique du Sud : fragiles espoirs, PB.: 199.Le mouvement pacifiste israélien : échec et espoir, R.R.R.: 231.Fin d\u2019une dynastie en Inde, W.F.: 232.QUESTIONS NATIONALES - Bob Rae au pouvoir, D.C.: 5.Démagogie et démocratie, D.C.: 198.(voir aussi Questions constitutionnelles) QUESTIONS SOCIALES - Deuxième révolution tranquille ?, G.P.: 68.Lettre à ma soeur, C.J.: 133.La vedette, l\u2019argent et le sport, D.B.: 136.Le Forum de l\u2019imaginaire, G.B.: 196.« Rerum Novarum » à Québec, J.H.: 197.Apparence de justice, F.T.: 197.Le droit de survivre, J.-L.D.: 229.Les enfants de la faim, G.P.: 259.À propos de la carte soleil, G.T.: 261.(voir les titres plus spécifiques) SYNDICALISME - Du neuf chez les syndicats ?, J.B.et PR.B.: 165.Le cri du coeur d\u2019un soixante-douzard, J.B.: 293.LECTURES ABEL, M.-C.et alii, Le cinéma québécois à l\u2019heure internationale, Y.L.: 61.BEAUDET, J.-F, L\u2019autre révolution.Écologie et nonviolence sur une planète en danger, A.B.: 124.BERGERON, G., Quand Tocqueville et Siegfried nous observaient., A.B.: 91.BOUCHARD, G., Théoterre.Éléments d\u2019une théologie du terrestre, J.H.: 286.BOURGEAULT, G., L'éthique et le droit face aux nouvelles technologies biomédicales.Prolégomènes pour une bioéthique, J.-M.D.: 157.CALVINO, I., La spéculation immobilière, R.D.: 92.Conseil supérieur de l\u2019éducation, Développer une compétence éthique pour aujourd'hui : une tâche éducative essentielle, A.B.: 124.CORRIVEAU, L., Les Cégeps.Question d\u2019avenir (diagnostic), R.M.: 222.COUTURE, A., Sur la piste des dieux, A.B.: 287.DANDURAND, A., Un coeur qui craque.Journal imaginaire, R.D.: 253.DUCHARME, R., Dévadé, R.D.: 59.DUFRESNE, J., Le courage et la lucidité.Essai sur la constitution du Québec souverain, J.H.: 187.DURHAM, J.G.L., Le Rapport Durham, A.B.: 92.FAVREAU, L., Mouvement populaire et intervention communautaire de 1960 à nos jours : continuités et ruptures, A.-G.G.: 60.FINKELSTEIN, B., L\u2019écrivain juif et les Évangiles, S.V.: 254.GEORGE, S., Jusqu\u2019au cou.Enquête sur la dette du tiers monde, M.M.: 93.GUYON, L., Quand les femmes parlent de leur santé, M.-F.C.: 188.HERMET, J., À la rencontre d'Albert Camus.Le dur chemin de la liberté, D.P.: 28.HIRSCH, E., Médecine et éthique.Le devoir d\u2019humanité, J.-M.D.: 285.JAKI, S.L., Pierre Duhem, homme de science et de foi, A.B.: 252.JOUTHE, E., Catharsis et transformation sociale dans la théorie politique de Gramsci, M.M.: 221.JULLIARD, J., Le génie de la liberté, H.S.: 123.LAROSE, J., L'amour du pauvre, R.D.: 316.LAURIN, S., Histoire des Laurentides, J.H.: 93.LÉVY, B.-H., Les aventures de la liberté, R.D.: 220.MISTRAL, C., Vautour, R.D.: 125.ORENGO, N., On a volé le Saint-Esprit, R.D.: 158.OURY, G.M., Notre héritage chrétien.Histoire religieuse populaire du Canada, J.H.: 317.PAGEAU, Y, Le phénomène humain et l\u2019évolution, J.H.: 219.PAIEMENT, G., Pour faire le changement.Guide d\u2019analyse sociale, J.H.: 60.Possibles, « Vies de profs », R.M.: 61.REEVES, H., Malicorne.Réflexions d\u2019un observateur de la nature, A.B.: 220.ROUAUD, J., Les champs d\u2019honneur, R.D.: 27.SALLENAVE, D\u201e Le Don des morts, R.D.: 286.SAVIGNEAU, J., Marguerite Yourcenar, L.-B.R.: 94.Sociologie et Sociétés, vol.XXII, no 2, octobre 1990, « Catholicisme et société contemporaine », J.-M.G.: 158.STEINER, G., Réelles présences.Les arts du sens, R.D.: 187.TILLICH, P, La dimension religieuse de la culture.Écrits du premier enseignement (1919-1926), J.-M.G.: 222.VAUTHIER, J.Gildas Beauchesne, La physiologie végétale, A.B.: 252.WEINMAN, H., Cinéma de l'imaginaire québécois -De la Petite Aurore à Jésus de Montréal, Y.L.: 61.XXX, Dictionnaire biographique du Canada.Vol.XII, de 1891 à 1900, G.-E.G.: 29.XXX, L\u2019année politique 1989-1990 au Québec, A.B.: 189.XXX, L\u2019Autre Économie, Une Économie Alternative ?, H.S.: 28.DOSSIERS L\u2019enjeu de la démocratie.Être acteurs ou spectateurs ?- (janvier-février) Travail et santé : l'envers du décor - (mars) L\u2019enseignement social de l\u2019Église - (avril) Vu du Sud, le nouvel ordre international - (mai) Incontournable éthique - (juin) Québec en ville ! - (juillet-août) Les cégeps rempliront-ils leurs promesses ?-(septembre) Intégrer les immigrants - (octobre) Un élément clé de notre société distincte : le Mouvement coopératif - (novembre) Rusée et insoumise espérance - (décembre) relations décembre 1991 319 relations décembre 1991 3,00$ no 576 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t291 Environnement : le ressac ?(A.B.) - Des propositions déjà vues (R.B.) - Le cri du coeur d\u2019un soixante-douzard (J.B.) \t\t\t \t\t\t \t\t\tB \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Portrait du christianisme québécois Pour renseignements, écrire ou téléphoner à\tSurveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le De- François Morissette ou Pauline Roy: 387-2541 voir, le jour même de la rencontre.Le lundi 16 décembre 1991, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.décembre 1991 Courrier de deuxième classe ; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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