Relations, 1 mars 1992, Mars
[" relations mars 1992 3,25$ no 5/8 NOTRE PUZZLE AUTOCHTONE 770034 378000 977003437800003 défi ! Cer sans lui, tout© ëHI§8i§l§ commune ?Qui so \u201dappeler un sure^d!^nnus à notre peuple ?fisamment exl9?a ant que l\u2019on a longtemps\t.er d\u2019avril prorage et cet entetement que\trégions (notre dossier ^ et pour cela, -res années.\t, tpr de donner un metteuses des d\tbourgeonnent, pour 1 ébec vaste coali- p°éter one tournée\tSvn Ofbecpopu^^prcchalns unfowmjw .eparaître acet,dé- nous servent de pays drPa.s pour demain.E^ soeurs autochtones.d\u201c®sn°etSies mêmes angoisses, que n\tDominique Boisvert relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras ASSISTANT À LA RÉDACTION Dominique Boisvert RESPONSABLE DE LA PROMOTION Adèle Lauzon COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jacques Boucher, Joseph Giguère, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Jean-Paul Rouleau, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, Ginette Boyer, Jacques Chênevert, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Vivian Labrie BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an) : 22,00$ (TPSinci.) À l\u2019étranger : 26,00$ Abonnement de soutien : 50,00$ Numéro d\u2019enregistrement pour fin de TPS : R119003952 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.34 relations mars 1992 face à \u2019actualité- Un autre regard sur la Yougoslavie Quel est l\u2019avenir des chômeurs ?Négocier la paix après onze ans de guerre CE SOCIALISME AUTOGESTIONNAIRE QUI A NOURRI NOS RÊVES.J écoute et scrute comme un voyeur correct tous les bulletins de nouvelles qui décrivent avec plus ou moins d\u2019horreurs les affres de la guerre civile qui sévit, depuis quelques mois déjà, en Yougoslavie.Je cherche désespérément les analyses qui devraient accompagner en filigrane le fait divers, aussi tragique soit-il, mais je ne trouve pas.J\u2019avais eu le même réflexe à l\u2019été 90, au coeur de la crise allochtone-autochtone ; j\u2019étais resté sur mon appétit de citoyen à la recherche normale d\u2019identification des enjeux fondamentaux de nos sociétés respectives, qui devaient bien être cachés quelque part derrière l\u2019image à sensation du bon soldat et du méchant indien.Comme beaucoup de gens, j\u2019avais suivi quelques années auparavant la crise des dictatures au Portugal, en Espagne et en Grèce ; j\u2019avais bien vu le ver de la vérité et de la transparence ronger, les uns après les autres, les partis communistes de même acabit de l'Europe de l\u2019Est, y compris celui de la puissante Union soviétique ; j\u2019avais aussi vu crouler l\u2019odieux mur de Berlin, celui-là même qui, pendant toute mon enfance, avait incarné le despotisme et la dictature des États-nations, assis sur la vérité du parti unique et sur « l\u2019éclairage » de l\u2019avant-garde de leur classe ouvrière.Comme l\u2019a si bien écrit le journaliste Gil Courtemanche, « il fallait jeter aux orties de l\u2019Histoire la planification centralisée, l\u2019idéologie communiste et les statues des héros.(aux pieds d\u2019argile), mais fallait-il pour autant en conclure que les injustices fondamentales que devait rectifier le communisme étaient disparues ?» Et cette recherche de la justice, de la liberté et de la fraternité née des révolutions française et américaine prenait-elle fin avec l\u2019effondrement de l\u2019une de ses formes, le marxisme ?Que devait-on en conclure pour le mouvement historique de solidarité qui avait pu se développer en Amérique latine grâce « à un amalgame de communistes, de socialistes, de desperados et de curés, regroupés autour de la même idée : la lutte collective contre l\u2019injustice qui prend sa source dans le capitalisme, pas seulement dans le communisme ?» Et la pauvre Yougoslavie, pays de l\u2019autogestion.J\u2019y avais bien séjourné, en 1973, avec un groupe de militants et de militantes sur la lancée du mouvement québécois des nouveaux pouvoirs, un amalgame « go-gauche » ou tout au moins socialisant de syndicalistes, de conseillers financiers des ACER de prêtres-ouvriers, de militants d\u2019action catholique, de « trip-peux » du mouvement balbutiant des coopératives de production ou d\u2019habitation et d\u2019organisateurs communautaires de comités de citoyens et de maisons des chômeurs.L\u2019autogestion et les modèles européens étaient à cette époque de grande relations mars 1992\t35 mode et la centrale ouvrière CFDT française en avait fait l\u2019abc de son petit catéchisme.Nous avions visité, scruté, étudié et questionné les travailleurs et travailleuses de multiples unités de production autogérées, dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire.Nous avions fait le tour du pays, fréquenté les grandes capitales, Belgrade l\u2019ancienne et la nouvelle, le temple mondial du fédéralisme socialiste réconcilié avec la liberté, Lubjiana, la perle des Alpes Slovènes, Zagreb et la magnificence de ses églises moyenâgeuses côtoyant des murs décorés de graffiti nationalistes, Split, la belle de ses vestiges romains et même Dubrovnik, le joyau du patrimoine mondial, en Croatie.De Serbie, de Slovénie, de Croatie et de Bosnie-Herzégovine où nous avions séjourné, on nous avait vanté ce fédéralisme de six républiques, cinq nations, quatre religions, trois langues, deux alphabets et d\u2019un seul État.L\u2019histoire récente devait nous démontrer que cette mosaïque de peuples, même s\u2019ils avaient en commun les exactions de multiples guerres, le drame des occupations étrangères et l\u2019infamie du sous-développement, même s\u2019ils avaient partagé aussi l\u2019espoir de l\u2019indépendance politique, qu\u2019ils l\u2019avaient vécu ensemble sous le leadership respecté de Tito, risquaient maintenant de crouler sous la chape des nationalismes exacerbés des républiques, dans une conjoncture de divorce des plus malsaines.En 1973, Michel Rocard avait bien répondu aux détracteurs du système autogestionnaire que la performance économique QUE DEVIENNENT quand il y a une mise à pied collective de plus de dix personnes pour une période minimale de trois mois, la loi prévoit que soit constitué un comité de reclassement de la main-d\u2019oeuvre.Le but premier est de faciliter aux ex-travailleurs ce passage de la perte d\u2019emploi au retour sur le marché du travail, en leur permettant d\u2019acquérir un certain nombre d\u2019outils (CV, information scolaire et professionnelle, méthodes dynamiques de recherche d\u2019emploi, etc.).Bravo pour les intentions ! Et c\u2019est gratuit ! Un comité, composé des représentants des deux gouvernements1, de l\u2019employeur et des employés, engage des bureaux de consultants, qui font le travail de reclassement2.Les frais (il faudrait parler d\u2019honoraires professionnels) sont partagés par l\u2019employeur (quand il le peut) et par les deux gouvernements.Bravo donc pour les consultants, qui ont du pain sur la planche par les temps qui courent ! La durée du comité ?Quelques mois.Tout juste le temps de soulever quelques espoirs, de diriger quelques personnes du côté de la formation professionnelle (très populaire ces temps-ci) et de trouver quelques emplois.La course folle quoi ! Avant que l\u2019assurance-chômage ne se termine, que le huissier ne rebondisse, que tous les problèmes liés à cet appauvrissement subit (séparation, alcoolisme, dépression et encore.) ne surgissent ou ne dégénèrent parce qu\u2019ils étaient déjà présents ! Avant d\u2019être sorti pour de bon du marché du travail.Cette entrée en matière est trop courte.Et elle accepte le préjugé très tenace accepté de tous, y compris des travailleurs eux-mêmes, qu\u2019ils ne savent rien faire d\u2019autre que ce qu\u2019ils ont fait sur leur machine : le syndrome de la femme à la maison qui dit ne pas travailler.À cela s\u2019ajoute un sentiment important de gêne, lié à un autre préjugé largement repris et véhiculé par les du régime était, au plan global, l\u2019une des plus remarquables du monde entier.Plus loin que le rendement économique, la Yougoslavie n\u2019était-elle pas, à ce moment-là, le plus développé des Etats d\u2019Europe de l\u2019Est, sous régimes communistes ?N\u2019avions-nous pas, malgré les différences évidentes avec notre richesse collective, admiré leurs services d\u2019animation des quartiers, leurs équipements d\u2019accueil à la petite enfance, leurs garderies et autres services collectifs dans chacune des entreprises visitées, l\u2019implication directe des travailleurs et travailleuses et des habitants en général dans tous les domaines de leur cadre de vie, la gestion démocratique de leurs équipements et la prise en charge collective des éléments de leur vie quotidienne ?N\u2019avions-nous pas rencontré de nombreux conseils ouvriers (travail manuel indifférencié du travail intellectuel) qui nous avaient raconté, avec grande amitié d\u2019ailleurs, leur implication déterminante dans les décisions les plus névralgiques de leurs entreprises ?Que reste-t-il de la seule expérience d\u2019un socialisme qui nous était apparu à visage humain, celui de la cohabitation du marché libre avec la planification marxiste ?Qui me dira qu\u2019au-delà de l\u2019agonie des régimes, et particulièrement de la misère à en mourir des Slaves du Sud, veille encore la flamme de la justice sociale, du goût de l\u2019idéal à atteindre et de la nécessité des utopies ?¦ René Boudreault LES MIS A PIED ?leaders d\u2019opinion radiophoniques : « les chômeurs et les personnes assistées sociales sont des paresseux, les programmes sociaux coûtent chers, et des emplois, on peut s\u2019en trouver si on veut ».En pareil contexte, à quoi penvent bien s\u2019attendre ces nouvelles et nouveaux chômeurs en recherche d\u2019emploi ?De quelle façon pouvons-nous combler leurs attentes3, calmer leurs craintes, voire l\u2019angoisse qui les tenaille à la pensée de ne pouvoir dorénavant se trouver un emploi aussi rémunéré que celui qu\u2019ils ont perdu ?Comment les préparer à se faire dire qu\u2019ils 1.\tDans la pratique, ce sont ces fonctionnaires des deux paliers de gouvernement qui ont le plus de poids dans les décisions du comité.Outre les nombreuses contraintes bureaucratiques, une récente directive gouvernementale a rendu encore plus inefficace tout le processus en divisant obligatoirement le travail de reclassement entre deux bureaux de consultants différents : l\u2019un s'occupant de présider les travaux, de faire l\u2019évaluation des besoins et la préparation des CV ; et l\u2019autre s\u2019occupant de tous les autres services (recherche d\u2019emploi, orientation scolaire et professionnelle, placement, etc.).2.\tCe sont des entreprises privées, et qui en ont souvent l\u2019approche et la mentalité ! 3.\tNDLR : L\u2019auteur et son associé, Denis Leroux, travaillent comme consultants en matière de reclassement des travailleurs.À cause de leur expérience passée en milieux ouvriers, syndical et communautaire, ils ont développé une approche qui rend l\u2019ex-travailleur collectivement responsable de sa démarche de reclassement.Jusqu'à présent, cette approche collective de prise en charge semble donner des résultats nettement plus intéressants.36 relations mars 1992 sont trop vieux, pas assez qualifiés, pas assez instruits, alors qu'ils ont 15, 20, 30 années et plus d\u2019expérience sur le marché du travail ?Il est évident que le reclassement ne sera toujours qu\u2019un moindre mal, par rapport à la stabilité de l\u2019emploi.Mais puisqu\u2019il faut en faire, nous croyons qu'il faut partir des forces et des qualités des travailleurs eux-mêmes, leur grande force étant la capacité et le désir d\u2019apprendre et de travailler collectivement.Ce sont souvent d\u2019anciens décrocheurs (la grande majorité des personnes avec lesquelles nous travaillons n\u2019ont pas complété leurs études secondaires) qui n\u2019ont jamais pu s\u2019intéresser aux études dans les cadres traditionnels de l\u2019école individualiste où l\u2019accent est toujours mis sur les meilleurs.C\u2019est collectivement qu\u2019ils ont appris à faire par eux-mêmes l\u2019apprentissage de leur travail, à se préoccuper de leurs voisins, à se défendre grâce à leur syndicat.Ils sont devenus quelqu\u2019un collectivement.Étant donné que la loi prévoit des activités de reclassement, pourquoi ne pas en profiter pour rendre la démarche intéressante, puisque l\u2019on s\u2019adresse à des gens qui se connaissent très bien ?Pourquoi ne pas encourager les travailleurs à continuer de s\u2019entraider, à s\u2019organiser et à agir collectivement dans leur effort de reclassement ?EL SALVADOR : new York, 23h45, 31 décembre 1991.Après onze ans de guerre, 75 000 hommes et femmes assassinés, 8000 disparus et un million et demi de déplacés, la guérilla et le gouvernement salvadorien signent un accord global de paix, incluant un cessez-le feu, la réintégration des membres du Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN) à la vie civile et des réformes profondes au sein des Forces armées.Quelques heures plus tard, les autos des journalistes du New York Times et de Reuters explosaient devant un grand hôtel de la capitale, San Salvador.Pour les secteurs récalcitrants du gouvernement et de l\u2019armée, l\u2019accord de New York représente un échec.Durant les vingt mois de négociations, l\u2019extrême-droite a fait parvenir des menaces de mort aux membres de la mission des Nations unies (ONUSAL) et d\u2019organisations humanitaires, à des journalistes, à des leaders du mouvement populaire et a accusé le président Cristiani d\u2019être un « traître à la patrie ».Des points cruciaux de l\u2019accord de New York risquent effectivement, s\u2019ils sont respectés, d\u2019amputer l\u2019armée au profit de la société civile : épuration et réduction de 50 % des effectifs des Forces armées (55 000), disparition des corps de sécurité et création d\u2019une police nationale civile dans laquelle seront intégrés des membres du FMLN.La mission ONUSAL, à laquelle participe le Canada, continuera de vérifier le respect des accords, parmi lesquels celui de San José sur les droits de la personne.ONUSAL a reçu de nombreuses dénonciations d\u2019exactions qui ont suivi l\u2019accord signé en juillet 90 (recrutement forcé, détentions arbitraires, torture, etc.).La « Commission de la Vérité », sous la tutelle de l\u2019ONU, enquêtera sur les cas les plus connus, parmi lesquels l\u2019assassinat des Jésuites de l\u2019Université centraméricaine.Peu après la condamnation d\u2019un colonel et d\u2019un lieutenant, le 28 septembre 91, le président de la commission nommée par le Congrès américain pour suivre l\u2019enquête, le représentant Jo Moakley, rend public un rapport controversé.Selon des sources militaires refusant de s\u2019identifier, l\u2019assassinat des Jésuites aurait Nous avons pu vérifier que, de cette façon, ils reçoivent avec beaucoup plus d\u2019attention les informations sur les ressources disponibles pour résoudre leurs problèmes liés à la baisse de revenus et à l\u2019endettement, ainsi que les références aux services communautaires de leur quartier ou de leur région.En faisant un CV en groupe au lieu de le faire individuellement, ils se valorisent les uns les autres : ils découvrent qu\u2019ils ont beaucoup plus de compétences et d\u2019habiletés qu\u2019ils ne le croyaient, acquises tant dans l\u2019apprentissage de leur métier que dans l\u2019organisation et la planification du travail fait à la maison ou dans des activités de militantisme ou de bénévolat.Les résultats parlent d\u2019eux-mêmes : par exemple, vingt-deux personnes de la compagnie Maxime Chaussures, dont plusieurs n\u2019avaient complété qu\u2019un primaire, ont suivi ensemble pendant six mois un cours de préposées aux bénéficiaires, et elles ont toutes réussi leurs examens.De la même façon, les travailleurs et travailleuses que nous rencontrons se donnent souvent un coup de main, en dehors des ateliers, pour réussir leurs examens d\u2019équivalence du secondaire V.Et nous aurions bien d\u2019autres exemples à raconter.¦ Michel Bouchard PAIX NÉGOCIÉE été approuvé par des haut-gradés des Forces armées lors d\u2019une réunion tenue à l\u2019École militaire, la veille de la tragédie.Ce massacre dénoncé internationalement a contribué à l\u2019avancement des négociations.Si l\u2019hégémonie des militaires est remise en question, l\u2019autre cause de la guerre, la distribution inégale des richesses, continuera certainement de mobiliser les Salvadoriens, alors qu\u2019un « Forum économique » regroupant tous les secteurs sera créé.Une réforme agraire est prévue et la propriété actuelle des terres, dans les zones contrôlées militairement par la guérilla (un tiers du pays) devra être respectée.Dans ces campagnes, des dizaines de communautés autogérées ont été mises sur pied par des réfugiés rapatriés et des déplacés de guerre.Ce modèle alternatif de développement se fonde sur une démocratie participative et la propriété collective des moyens de production et des services sociaux.Comment cohabitera-t-il avec les projets néo-libéraux de la droite salvado-rienne et des États-Unis pour l\u2019Amérique centrale ?La lutte du peuple salvadorien pour défendre les accords de paix et résister à la violence para-militaire sera ardue.L\u2019aide américaine, quatre milliards de dollars depuis 1980, est toujours considérée comme une panacée par l\u2019administration Bush.La communauté internationale devra exiger le respect des accords et l\u2019aide au développement devra être consacrée aux projets émanant des secteurs populaires pour faire contrepoids aux pressions insalubres que le FMI et la Banque mondiale ne manqueront pas d\u2019imposer au El Salvador.Les résultats du processus salvadorien ne seront probablement confirmés qu\u2019en 1994, lors des prochaines élections présidentielles et législatives, alors que le FMLN risque de s\u2019unir avec d\u2019autres forces progressistes pour défendre le projet de société mis de l\u2019avant dans cette « Révolution démocratique ».¦ Louise Boivin, journaliste relations mars 1992 37 lliSliKI» 4o|9E|Sg|3p wJUL MJL Ç1 8 mars : journée internationale des femmes.Belle occasion de souligner que dans la nouvelle guerre froide qui oppose les États-Unis au Japon, au plan de la rivalité économique et technologique, ce sont les femmes japonaises qui en font les frais : malgré la loi qui assure l\u2019égalité des chances adoptée en 1986, les Japonaises ne gagnent toujours que 50,3 % du salaire masculin.De plus, les travailleuses immigrées sont largement exploitées (entre autres pour le marché du sexe).Ces dessous du « miracle japonais » paraissent dans le magazine Ms de novembre-décembre 91.Signalons aussi le numéro spécial de la revue Mandate, publié en 1991 par l\u2019Église unie du Canada, sous le titre « Le visage féminin de la pauvreté », à l\u2019occasion de la Décade oecuménique des Églises en solidarité avec les femmes (1988-1998).Il y a un an, les bombardements de la guerre du Golfe prenaient fin après 42 jours.Mais loin des caméras et des bulletins spéciaux, la guerre du Golfe continue de tuer : d\u2019après deux commissions internationales d\u2019enquête, plus de cent mille enfants de moins de cinq ans sont morts en 1991 des suites de la guerre et de l\u2019embargo, faisant passer le taux de mortalité infantile de 90 à plus de 200 pour mille ! Les sanctions économiques imposées à l\u2019Irak empêchent la reconstruction de l\u2019appareil productif du pays (centrales électriques, usines d\u2019épuration des eaux, ponts, réseaux d\u2019irrigation, télécommunications, etc.) largement détruit par les bombes de la Coalition, au mépris des Conventions de Genève sur la conduite de la guerre.D\u2019ailleurs un tribunal international, organisé par l\u2019ancien procureur général des États-Unis, Ramsay Clark, s\u2019est réuni près de l\u2019ONU, le 29 février 1992, pour juger les crimes commis en vertu-du droit international par les armées victorieuses de la Coalition.Des séances de ce tribunal ont eu lieu à Montréal, en novembre, et le dossier de celles-ci est disponible en écrivant à Me John Philpot, CP 987, Place du Parc, Montréal H2W 2N1, tél.: 982-0144.La dégradation terrible des conditions de vie du peuple péruvien, tant au plan économique qu\u2019au plan des violations massives des droits humains, a forcé la Fédération internationale des droits de l\u2019homme à publier un numéro spécial entièrement consacré au Pérou (no 425, 9 janvier 92).Sans minimiser les atrocités commises par le Sentier lumineux, la FIDH considère néanmoins que le gouvernement Fujimori a une part importante de responsabilité dans la situation dramatique des droits humains dans ce pays.1992 marque chez nous, pour la solidarité avec le tiers monde, un important anniversaire : Développement et Paix fête ses « 25 ans d\u2019action pour la justice ».Plus de 9500 projets et près de 300 millions de dollars plus tard, l\u2019organisation créée par les évêques canadiens est fière d\u2019avoir consacré plus de 80 % de ces sommes directement à des projets conçus et réalisés à la base par des partenaires des pays du Sud.De plus, 34 millions (soit près de 12 %) ont été utilisés pour sensibiliser le public canadien aux réalités et aux causes des problèmes de développement, marquant clairement par là sa conviction que la justice internationale, c\u2019est ici même que ça commence.Longtemps alimentée par le « carême de partage » dans les églises du pays, la cueillette de fonds doit maintenant tenter de rejoindre aussi le grand public.À travers Développement et Paix, Relations veut féliciter tous ceux et celles qui travaillent à une plus grande justice entre les peuples.En prévision du Sommet de la Terre, organisé par les Nations unies à Rio en juin prochain, l\u2019Association québécoise des organismes de coopération internationale a mis sur pied un Groupe de travail sur l\u2019environnement et le développement.Le dernier numéro des Notes sur l\u2019éducation au développement (décembre 91) porte entièrement sur le sujet et fait le point sur la position des ONG dans le débat en cours : et en ce domaine, « nous sommes tous des pays.envoie de développement viable ».AQOCI, 801 Sherbrooke est, 4e étage, Montréal H2L 1K7, tél.: 597-2288.Pas nécessaire d\u2019être nombreux pour « changer le monde » : il suffit d\u2019être déterminés et persévérants.La vingtaine de membres du Collectif PACIJOU, qui luttent depuis cinq ans contre tous les éléments de notre culture qui font la promotion de la guerre, de la violence et du sexisme (films, dessins animés, clips, jouets, jeux vidéo, etc.) et qui proposent des modèles culturels alternatifs concrets, en sont la preuve.À l\u2019origine de deux campagnes nationales de sensibilisation, le collectif a aussi produit de nombreux outils de réflexion dont plusieurs sont destinés directement aux jeunes : fiches pédagogiques, livres de jeux, film et vidéo, etc.On peut maintenant devenir membres associés en s\u2019adressant à PACIJOU, 3584 de Chambly, Montréal H1W 3J9, tél.: 527-2611.38 relations mars 1992 DOSSIER notre puzzle \u2014autochtone\u2014 ¦v*v Canapresse/Ron Poling PIÈCES AU DOSSIER par Dominique Boisvert relations a publié, en décembre 1990, un premier dossier pour « découvrir les autochtones ».Presque chaque mois depuis, nous avons commenté l\u2019un ou l\u2019autre aspect de la question puisque, plus que jamais, l\u2019actualité a projeté les autochtones à l\u2019avant-scène : débats constitutionnels, 500e anniversaire de l\u2019arrivée de Christophe Colomb, élections de nouveaux leaders, etc.Peut-on voir plus clair dans ce dossier qu\u2019il y a quinze mois ?Oui et non.Car si les revendications autochtones ont nettement progressé en visibilité et en importance dans l\u2019ordre du jour politique canadien, on ne peut en dire autant des solutions aux nombreux problèmes que la survie et la coexistence de nos peuples posent à notre créativité.Inutile de revenir ici sur les défis considérables que pose l\u2019aménagement de nouveaux rapports entre le peuple québécois et le reste du Canada.Pourtant, tous descendent des premiers colons européens et partagent un héritage culturel commun.Combien plus difficile est-il de trouver les nouveaux chemins de la coexistence avec les Premières nations de ce continent, dont la culture nous est encore, cinq cents ans plus tard, presque totalement étrangère, et dont la survie même a été sérieusement compromise par notre arrivée parmi elles1.D\u2019autant plus que ces Premières nations sont elles-mêmes multiples et diverses, et qu\u2019elles portent en leur sein même leurs propres contradictions.Pourtant, l\u2019histoire ne nous laisse pas le choix : il faudra, très bientôt, apporter des réponses précises à ces questions depuis trop longtemps posées.Qu\u2019aurons-nous à répondre ?Que veut donc dire, pour nous Québécois d\u2019origine européenne ou d\u2019arrivée plus récente, « être justes » dans notre façon de traiter avec les autochtones ?S\u2019agit-il même « d\u2019être justes » (ce qui suppose une sorte de vérité ou de justice abstraites, qu\u2019il suffirait d\u2019appliquer), ou bien s\u2019agit-il plutôt de « négocier » (ce qui fait plutôt appel aux notions de rapports de force et de compromis) ?40 S\u2019il est clair qu\u2019on ne récrira pas l\u2019histoire, il faut éviter tout autant de tomber dans le piège inverse de la « culpabilité de l\u2019homme blanc », qui continue d\u2019entretenir une vision manichéenne du monde : le mythe du bon sauvage et du méchant cowboy ! La vie, comme l\u2019histoire, sort toujours appauvrie de pareilles simplifications.Question complexe donc, et qui ne peut se satisfaire ni de bonne volonté ni de bons sentiments.Il faut avoir le courage et la lucidité d\u2019identifier clairement quels sont les intérêts en jeu, qui sont les acteurs en présence, comment s\u2019organisent les alliances, quels sont les objectifs et les principes qui sont mis de l\u2019avant.Cela demande donc du travail, de la réflexion, de la rigueur.Une réflexion urgente Le présent dossier n\u2019est qu\u2019une étape dans cet urgent processus.Il propose un effort de compréhension des rapports entre nos peuples respectifs.Il est évident que ces prises de positions ne peuvent qu\u2019être partielles, reflétant certains des divers points de vue en présence.Nous avons tenu à la participation de collaborateurs autochtones (ici deux femmes, l\u2019une du Québec et l\u2019autre de Colombie-Britannique), car il est indispensable pour nos lecteurs d\u2019avoir accès, sans intermédiaires même sympathiques, à la parole autochtone.Il faut préciser que les auteurs de notre dossier sont des acteurs du processus et non de simples observateurs.Ainsi, par exemple, le texte de Teressa Nahanee sur les femmes autochtones s\u2019insère dans un débat difficile et capital qui se mène présentement chez les Premières nations.On peut même voir une certaine similitude entre la position des femmes autochtones à l\u2019égard des lea- relations mars 1992 ders autochtones et celle de ces derniers à l\u2019égard des chefs politiques québécois : chacun veut s\u2019assurer que les revendications constitutionnelles de l\u2019autre ne se feront pas au détriment de ses intérêts propres.Quel avenir réserve, quels que soient les arrangements politiques ou constitutionnels, la coexistence massive et agressive d\u2019une culture scientifique, médiatique, performante et de consommation avec les cultures plus traditionnelles de peuples autochtones ?Ce sont bien sûr les jeunes qui sont le plus directement confrontés avec ce « métissage culturel » forcé, à l\u2019école d\u2019abord, mais aussi à la ville, dans le travail.et même dans la maîtrise des outils qui pourront leur servir à maintenir leurs traditions.Dans un bref témoignage, Gloria Voilant nous en montre les difficultés et les espoirs.La rencontre entre nos peuples est-elle possible ?C\u2019est la question qu\u2019aborde notre collaborateur de Québec, Alain Bissonnette, sans en minimiser les obstacles, mais en insistant sur les conditions de cette possibilité.Le présent dossier n\u2019est ni optimiste, ni pessimiste.Il montre l\u2019ampleur des défis à relever, dans un certain nombre de chantiers.Mais une condition reste indispensable, si nous voulons réussir : il nous faut, de part et d\u2019autre, réaliser une espèce de « conversion », de saut éthique qualitatif, pour envisager le dialogue avec l\u2019autre dans une perspective renouvelée.Il nous faut apprendre à relire notre propre histoire autrement.Que l\u2019avenir soit au bout de la « justice » ou au terme de la « négociation », il importe avant tout de commencer à regarder l'autre comme notre égal, et donc à le traiter comme tel.Il y a déjà là tout un programme ! ¦ 1.Quelles qu\u2019aient été les « intentions », il est indiscutable que l\u2019arrivée des colons européens a été extrêmement nocive pour les populations indigènes d\u2019Amérique : guerres de conquête, décimation massive par les infections microbiennes, politiques d\u2019assimilation, etc. LES FEMMES AUTOCHTONES par Teressa Ann Nahanee1 * \u201c Un processus de révision constitutionnelle est en cours, qui va déterminer la place des peuples autochtones au Canada.Mais les femmes autochtones n\u2019ont pas une chance égale d\u2019exprimer ce qu\u2019elles attendent de la Constitution, même si elles forment 52 % de la population indigène.Pas de place pour nous à la table constitutionnelle ; nous n\u2019avons pas été invitées à discuter avec les Premiers ministres et avec nos leaders autochtones masculins.Bien sûr, il y aura là une femme autochtone : Rosemarie Kuptana, pour les Inuit.Mais nous voulons que nos organisations féminines participent à ces rencontres importantes, que les femmes soient partie prenante de ces décisions qui affecteront toutes les générations futures.1.\tMembre de la nation Squamish en Colombie-Britannique, l\u2019auteure a travaillé vingt ans pour le gouvernement fédéral et termine présentement ses études de droit à l\u2019Université d\u2019Ottawa.Elle est aussi responsable du dossier constitutionnel pour l\u2019Association des femmes autochtones du Canada.2.\tJ.L.Tobias, « Indian Reserves in Western Canada : Indian Homelands or Devices for Assimilation ?» dans Bruce Al-den Cox, Native People, Native Lands : Canadian Indians, Inuit and Metis, Ottawa, Carleton University Press, 1988, p.151.3.\tLoraine Littlefield, « Women Traders in the Maritime Fur Trade », Ibid., p.174-176.J\u2019ai choisi de parler ici de néo-colonialisme, de patriarcat, de suprématie blanche, de la violence des hommes contre les femmes autochtones et des abus sexuels contre nos enfants.Ce ne sont pas là, il est vrai, des sujets agréables.Mais j\u2019espère que la connaissance et la reconnaissance de ce que nous sommes va nous redonner force et pouvoir en tant que femmes.La colonisation blanche L\u2019oppression contre les peuples autochtones de ce pays a sa source dans la notion de supériorité blanche des colonisateurs.Celle-ci a conduit, après l\u2019arrivée des Européens, à la destruction de nos gouvernements indiens.Ils ont été remplacés par un système électif, formalisé dans la Loi sur les Indiens.Seuls les Indiens qui étaient suffisamment « civilisés » pouvaient choisir leurs propres chefs2.Nous continuons, encore aujourd\u2019hui, de vivre avec cet héritage.Les cours de justice, tout comme les politiciens, ont toujours cru que les Indiens n\u2019étaient pas assez « civilisés » pour estimer la propriété des biens.D\u2019où leur répugnance à reconnaître les titres autochtones comme des titres de propriété.Britanniques, Français, Espagnols, Hollandais, Russes, tous les Européens qui ont accidentellement débar- qué sur nos côtes ont pris pour acquis que ces terres étaient « vacantes » et qu\u2019elles appartenaient donc à ceux qui les « découvraient ».Ils ont fait des ententes entre eux, comme si nous n\u2019étions pas là.Pour assurer leur suprématie, les Britanniques établirent des « réserves de terres » pour assimiler et civiliser les Indiens.Mais on n\u2019avait jamais prévu que ces réserves deviendraient nos patries, ni qu\u2019elles existeraient encore aujourd\u2019hui.Après tout, nous n\u2019étions que des « Indiens en voie de disparition ».Les premiers colons, presque exclusivement masculins, ont raconté leurs rencontres avec nos ancêtres féminines.Ils furent surpris de trouver des femmes à la table de négociation lors des séances de commerce.Le capitaine Vancouver notait, en 1792, que « les femmes Tlingit et Tsimshian jouaient le rôle principal dans toutes les transactions commerciales concernant le saumon et les fourrures ».Les commerçants blancs se plaignaient que les femmes autochtones faisaient monter les prix ; ils préféraient commercer avec d\u2019autres hommes.Certains commerçants croyaient même que les femmes étaient le sexe supérieur sur la Côte Nord-Ouest.Car comment pouvaient-ils autrement justifier le rôle prépondérant qu\u2019elles jouaient dans les transactions commerciales3 ?Malheureusement, nos peuples ont échangé les privilèges de la peau blanche pour les privilèges mâles.Quand les colonisateurs blancs se sont retirés, ils relations mars 1992 41 Les femmes et l\u2019autonomie gouvernementale La violence déchire Réagissons ont été remplacés par des patriarches foncés qui ont aussitôt pris le pouvoir sur nos vies.N\u2019est-ce pas une nouvelle forme de colonisation quand nos hommes se servent des lois blanches pour réprimer les femmes au nom de la société blanche ?N\u2019est-ce pas une nouvelle forme d\u2019oppression ?Ne sommes-nous pas encore doublement désavantagées ?Quand nos femmes ne peuvent pas voir la différence entre un patriarche blanc et un patriarche foncé, n\u2019avons-nous pas perdu la bataille de cette liberté qui nous donnerait d\u2019être libres de toute colonisation ?La violence contre les femmes autochtones Comme femmes, nous devons considérer sérieusement l\u2019impact du colonialisme et du patriarcat sur nos vies actuelles.Le système patriarcal de gouvernement a amené avec lui la violence contre les femmes qu\u2019impliquent la pornographie, les drogues, la pauvreté, la misogynie et le manque de respect pour les femmes.Aujourd\u2019hui, dans ce pays, nos femmes comptent pour 25 % des femmes dans les prisons fédérales.Elles ont commis des crimes violents, c\u2019est-à-dire des meurtres et des assauts avec violence.Et elles nous ont dit pourquoi elles avaient commis ces crimes.Plusieurs d\u2019entre elles furent victimes d\u2019inceste, plusieurs, d\u2019assauts sexuels, plusieurs aussi, d\u2019abus physiques lorsqu\u2019elles étaient enfants.Tyrannisées, elles n\u2019avaient plus d\u2019autre choix que de répondre 42 par la violence.Pourtant, entendez-vous nos hommes parler de la violence contre nos femmes ?Les entendez-vous parler de l\u2019inceste ?Que fait-on dans nos communautés au sujet des viols de groupe ?Nous sommes là, à souffrir en silence.En tant que femmes autochtones, nous devons dire la violence de nos vies quotidiennes.Nous devons admettre la réalité et décrire la vie que nous vivons comme enfants, comme adolescentes et comme femmes dans nos maisons et nos communautés.L\u2019étude des femmes autochtones de l\u2019Ontario sur la violence conjugale montre que nous subissons un taux d\u2019abus beaucoup plus élevé que les femmes non autochtones.Pauktuutit, l\u2019Association des femmes inuit du Canada, décrit dans son étude le grand nombre d\u2019abus physiques et sexuels que subissent les femmes et les enfants dans les communautés inuit.Mais les abus sont beaucoup plus que des statistiques : chaque chiffre est un être humain et habituellement, ce chiffre est une femme.Une étude a même montré que 28 % des victimes d\u2019assauts sexuels sont des femmes de moins de sept ans, qu\u2019un autre 25 % a moins de quatorze ans, et qu\u2019un autre 25 % encore a moins de dix-huit ans ! Comme gardiennes de la culture, nous avons la responsabilité, en tant que femmes, de protéger nos enfants.Nous devons, parmi nos stratégies, mettre fin aux abus sexuels contre les femmes et les enfants par des hommes de nos communautés.Le premier de nos droits, comme femmes, est l\u2019intégrité corporelle.Nous avons le droit de dire « non ».Nous avons le droit d\u2019être respectées.Et nous devons trouver une façon de regagner notre dignité comme femmes au sein de nos communautés.relations mars 1992 Le plus grand combat, aujourd\u2019hui dans ce pays, est celui pour l\u2019autonomie gouvernementale autochtone.Il y a pourtant de nos femmes qui disent « non » à cette autonomie.Certaines d\u2019entre nous ne veulent pas voir plus de pouvoir, d\u2019argent et de contrôle entre les mains des hommes.Une partie de notre stratégie doit consister à trouver le moyen de donner plus de pouvoir à nos femmes.S\u2019il doit y avoir une autonomie gouvernementale autochtone dans ce pays, les femmes doivent prendre une part égale dans le choix de la forme, des structures et des pouvoirs de ces gouvernements autochtones.Au cours de cette période de transition, j\u2019espère que nous nous souviendrons que la culture est dynamique, vivante.C\u2019est elle qui nous permet de survivre comme peuple.Beaucoup de nos traditions, de nos valeurs et de nos croyances ont été perdues en même temps que nos langues.Mais nous allons quand même nous construire un avenir.Nous allons définir nous-mêmes nos propres gouvernements.Nous allons installer nos propres systèmes de justice pour nos communautés.En tant que femmes, nous devons participer à tout cela.Nous devons exercer un rôle de leadership aussi bien dans les questions civiles et politiques que dans les questions familiales.Cette prise de responsabilité fait partie de nos traditions.On a dit parfois qu\u2019en permettant à nos gouvernements autochtones d\u2019assumer l\u2019administration des programmes gouvernementaux, c\u2019est en fait l\u2019administration de notre pauvreté qu\u2019on nous confiait.J\u2019espère que quand nous établirons notre propre système judiciaire autochtone, ce ne sera pas seulement pour pouvoir nous envoyer nous-mêmes en prison ! Et quand nous obtiendrons enfin l\u2019autonomie gouvernementale pour laquelle nous luttons depuis si longtemps, j\u2019espère que ce ne sera pas pour échanger des maîtres blancs pour des maîtres foncés ! Nous devons faire mieux que d\u2019administrer notre propre oppression.Nous devons nous gouverner de manière à ce que les individus, au sein de nos communautés, puissent bénéficier des droits humains, tout comme des droits civils et politiques.Seule la jouissance de ces droits individuels nous permettra d\u2019être vraiment libres.libres d\u2019être nous-mêmes, libres de poursuivre notre propre destinée, et libres de profiter du respect et de la dignité propres à tout être humain.¦ ETRE JEUNE ET AUTOCHTONE par Gloria Voilant1 Chez moi, il y a trois couches bien distinctes dans la communauté.Il y a les aînés, qui parlent le vieux montagnais, qui ont vécu la vie traditionnelle et qui ont parfois la nostalgie de cette terre.Ils ont dû devenir sédentaires.La seconde est celle des gens âgés d\u2019environ 35 à 60 ans.Ces personnes ont toutes le souvenir du « pensionnat », éducation forcée à l\u2019époque de leur jeunesse.Maintenant, quelques-uns d\u2019entre eux sont sur le marché du travail, tandis que d\u2019autres ont choisi la pratique de la vie traditionnelle.Une autre couche, qui représente environ 65 % de la population, est celle des jeunes âgés entre dix-huit et vingt-cinq ans.Pour eux, la langue montagnaise est souvent remplacée par des expressions françaises.La plupart ont connu les plus âgés, devenus sédentaires, et ont été initiés par eux à la vie communautaire.Mais leurs propres parents travaillent, ou chassent et pêchent sans eux.Les jeunes ont fait un certain apprentissage et ont une certaine connaissance de la culture autochtone.Mais malheureusement, la société occidentale prend beaucoup de place et influence plusieurs d\u2019entre nous.Quand se fait « cette historique découverte du Blanc », pour la plupart d\u2019entre nous, c\u2019est un moment de frustration.Revendications territoriales, propositions constitutionnelles, indépendance du Québec : quel sera notre avenir avec des gouvernements allochtones qui ignorent la culture de ces Premières nations voulant conserver « la terre mère » ?Cette « terre mère » que la plupart des allochtones ne parviennent pas 1.Etudiante en droit à l\u2019Université Laval, Gloria Voilant, Montagnaise, est membre du Conseil permanent de la jeunesse.à comprendre.Et des gouvernements qui ne parlent que du progrès de leur société, en espérant que les nations autochtones deviennent québécoises (ou canadiennes) selon leur loi « blanche ».À quand ce temps de la conciliation entre ces deux mondes distincts, dans le respect de leur culture réciproque ?Le rôle clé de l\u2019éducation Nos aînés ont pour nous un héritage encore très marquant dans notre communauté : la sauvegarde permanente de cette terre qui nous est essentielle.Ils seront constamment présents pour nous rappeler à ce chemin traditionnel qu\u2019il faut conserver : culture, coutumes, langue, vie communautaire qu\u2019il nous faudra apprendre à concilier avec le progrès et la cohabitation avec la société allochto-ne.Il est parfois difficile, pour nous les jeunes, d\u2019accepter les critiques de nos aînés qui nous forcent pourtant à regarder la vérité en face : « Ils ne savent plus parler leur langue ; l\u2019éducation occidentale conduit nos enfants à un avenir meilleur, mais elle fait disparaître petit à petit notre culture.» Mais pour d\u2019autres aînés, « l\u2019éducation aide à conserver la culture, car elle lui permet de s\u2019écrire.» Ce à quoi certains répliquent : « Elle s\u2019écrira, mais elle ne sera plus vivante.» Il est certain que l\u2019éducation est l\u2019outil privilégié pour connaître cette société occidentale en constante évolution : mais c\u2019est probablement aussi le moyen nécessaire pour réussir à nous faire comprendre ou à nous faire connaître.À mesure que nous maîtrisons mieux les outils de la formation « blanche », il nous est plus facile de véhiculer notre mentalité autochtone.C\u2019est pourquoi nous espérons, d\u2019ici quelques années, être très nombreux à posséder ces outils qui nous permettront de revendiquer, tant pour nous que pour notre communauté, le respect de notre propre choix de vie au milieu de ce monde occidental.Nos leaders nous conseillent d\u2019ailleurs de bien connaître cette société occidentale, d\u2019y puiser ce qu\u2019elle a de meilleur, afin de l\u2019adapter à nos communautés et de l\u2019intégrer à nos cultures.Il nous faudra bien sûr une constante combativité pour sauvegarder notre culture et nos coutumes à travers l\u2019envahissement de cette société allochtone.Mais nous espérons aussi changer peu à peu la mentalité des allochtones, qui perçoivent trop souvent nos sociétés comme un problème plutôt que comme un défi ou même comme une chance pour l\u2019avenir.Aujourd\u2019hui, être jeune et autochtone, c\u2019est une réflexion et un questionnement constants face à l\u2019avenir de nos nations autochtones, mais aussi face à notre avenir conjoint dans ce pays.Car bien des questions se posent : qui définira le droit ancestral ?Obtiendra-t-on l\u2019autonomie gouvernementale ?Sommes-nous prêts à cette autonomie ?Est-ce que toutes les nations autochtones continueront à s\u2019unir pour atteindre un même objectif ?Quelles seront les prochaines propositions des gouvernements allochtones envers les Premières nations ?Quel en sera l\u2019impact sur nous ?Pour nous, la question se pose avant tout en termes de continuité.Quelles que soient les décisions que prendront les gouvernements allochtones, il est primordial que nous y soyons associés, car elles toucheront de près ou de loin l\u2019avenir de nos nations.Or la « terre mère » nous a toujours nourris et elle continue à le faire.Nos aînés ont toujours protégé nos peuples et ce sera maintenant à notre tour, à nous les jeunes, de poursuivre ce même chemin.Car nous voulons, nous aussi, pouvoir laisser cet héritage à nos enfants.¦ relations mars 1992 43 QUELLE RENCONTRE par Alain Bissonnette1 2 3 POSSIBLE ?rr* « Il n\u2019y a pas de démocratie viable si l\u2019acceptation des différences n\u2019est pas considérée positivement, si le respect de l\u2019autre, si déroutant soit-il dans ses prétentions ou dans ses croyances, n\u2019est pas promu comme valeur essentielle.» Paul Valadier Agir en politique.depuis l\u2019échec de l\u2019Accord du Lac Meech, la conjoncture politique canadienne semble devoir opposer les peuples autochtones au peuple québécois.Les justes revendications des uns et des autres semblant devoir s\u2019annihiler plutôt que de se conjuguer face au statu quo qui les dessert, eux, beaucoup plus que l\u2019ensemble de la majorité canadienne.Aux débats constitutionnels s\u2019ajoutent, bien sûr, les conflits à Oka et Kahnawake, ceux qui entourent le projet hydro-électrique de Grande-Baleine ainsi que la commémoration de la soi-disant découverte de l\u2019Amérique par Christophe Colomb.Les enjeux cor- 44 respondant à chacune de ces problématiques semblent s\u2019entremêler, ajoutant ainsi à la difficulté de dégager une attitude qui soit respectueuse des divers interlocuteurs en présence.Comment donc penser la question autochtone dans une perspective de justice, tout en demeurant profondément fidèle aux aspirations du peuple québécois ?Voilà la question à laquelle on m\u2019a invité à répondre pour les lecteurs de Relations.Pour le faire, j\u2019ai choisi d\u2019ordonner mes idées en distinguant le chemin parcouru de l\u2019avenir qu\u2019il reste encore à tracer.Des bonnes intentions aux confrontations Afin de chercher à expliquer la mésalliance apparente qui caractérise les actuels rapports entre les peuples autochtones et le peuple québécois, il faut sans relations mars 1992 doute rappeler quelques faits historiques.Pendant de nombreuses années, nos manuels scolaires nous ont habitués à diverses images des Amérindiens : tantôt aussi bons que l\u2019idéal-type conçu par Jean-Jacques Rousseau, tantôt aussi démoniaques que le pire Satan imagi- 1.\tAvocat et anthropologue, l\u2019auteur est actuellement titulaire de la Chaire des droits de la personne de l\u2019Université d\u2019Ottawa.À Montréal comme à Ottawa, il donne avec M.Rémi Savard un cours portant sur la notion de « droits ancestraux ».Depuis décembre 1990, il est également membre du Tribunal des droits de la personne du Québec.2.\tLire à ce sujet l\u2019excellent ouvrage de Sylvie Vincent et de Bernard Arcand, L\u2019image des Amérindiens dans les manuels scolaires du Québec, ou Comment les Québécois ne sont pas des sauvages, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 1979.3.\tVoir Rémi Savard et Jean-René Proulx, Canada : derrière l\u2019épopée, les autochtones, Montréal, L\u2019Hexagone, 1982, ainsi nable par un missionnaire à la veille d\u2019être torturé.Derrière ces images, évidemment construites par nos propres compatriotes, ce qui semble se dégager, en mode majeur, c\u2019est surtout la volonté de se distinguer de ceux que l\u2019on qualifiait de « sauvages* 2 ».Distincts certes, sans pour autant devenir indifférents : au contraire, selon l\u2019image qui nous a été transmise, nos ancêtres n\u2019auraient-ils pas tout fait pour favoriser la conversion de ces peuples non seulement à la religion la plus digne qui soit, mais également à un mode de vie plus civilisé ?Jusqu\u2019à fort récemment, en tout cas, les peuples autochtones n\u2019apparaissaient que dans les premiers chapitres de nos manuels d\u2019histoire.Par la suite, ils étaient oubliés, l\u2019épopée canadienne camouflant le sort peu enviable qui leur a été imposé, surtout à partir du milieu du XIXe siècle.Combien parmi nous ont conscience que la politique de spoliation de leurs terres, à l\u2019occasion violemment mise en oeuvre par les autorités politiques et militaires canadiennes, est absolument identique à celle qu\u2019ont connue, à la même époque, les Africains vivant au sud de leur propre continent3 ?Certains ont tenté de disculper le peuple québécois de la responsabilité d\u2019avoir commis de pareilles exactions en affirmant que seul le gouvernement fédéral avait alors la responsabilité des affaires indiennes.Le problème avec ce genre d\u2019arguments, c\u2019est que formellement, le peuple québécois était représenté par le gouvernement fédéral, qu\u2019un certain nombre de politiciens, de fonctionnaires et même de militaires qui ont agi à son service faisaient partie du peuple québécois et, surtout, que ce sont les provinces, y compris le Québec, qui ont tiré profit le plus directement, du moins après un certain nombre d\u2019années, de la politique d\u2019extinction des droits autochtones sur le territoire canadien.que l\u2019article des plus éclairants de R.H.Bartlett, « Parallels in aboriginal land po- licy in Canada and South Africa » (1988) 4, Canadian Native Law Reporter, p.1-35.4.Le jugement de la Cour d\u2019appel du Québec, qui annulait l\u2019injonction interlocutoire émise par le juge Malouf de la Cour supérieure, comporte plusieurs affirmations qui s\u2019appuient sur une conception évolutionniste des cultures et sur une conception des droits où toute minorité doit, en dernière analyse, s\u2019incliner devant les intérêts de la majorité.Ce jugement (Société de développement de la Baie James c.Kanatewat, (1975) C.A.p.167-185) n\u2019est certainement pas celui qui fait le plus honneur à cette Cour.Quoi qu\u2019il en soit, à partir des années 60, le gouvernement du Québec n\u2019a plus voulu laisser le gouvernement fédéral agir seul envers les populations autochtones.Peu à peu, il a manifesté sa volonté de leur offrir les services relevant de sa juridiction, et ce selon ses propres règles.Et s\u2019il a continué à considérer, comme il le faisait depuis les débuts de la Confédération, que les richesses naturelles comprises dans l\u2019ensemble du territoire québécois lui appartiennent en propre, il a en outre décidé, au début des années 70, sans consulter les peuples concernés, d\u2019entreprendre un immense projet hydro-électrique dans une région où les droits territoriaux des autochtones n\u2019avaient pourtant pas encore été clairement abrogés.À partir de cette époque, les Québécois, consciemment ou pas, ont servi aux peuples autochtones le même discours que partout ailleurs au Canada.On devrait sans doute écrire : les représentants politiques des Québécois, c\u2019est vrai.Mais fondamentalement, à quelques exceptions près, le discours sécu- laire des bonnes intentions francophones à l\u2019égard des autochtones est disparu lorsqu\u2019il s\u2019est agi de définir à qui appartient, en dernière analyse, le pouvoir de maîtriser le territoire4.Et par ses représentants politiques, le peuple québécois a utilisé les pouvoirs étatiques pour la réalisation de projets qui ne correspondaient pas à ceux des peuples autochtones concernés.Dans ce contexte, la notion d\u2019égalité entre les peuples n\u2019a clairement pas été respectée.Une mésalliance apparente Ceci étant dit, les confrontations qui ont caractérisé le projet hydro-électrique de la Baie James, la crise d\u2019Oka ou le projet Grande-Baleine ne sont pas pour autant liées au statut particulier du peuple québécois.À mon avis, le même genre de confrontations a opposé le gou- ?'FW s'v\u2018 Les conflits entre le «~ Comment concilier identité québécoise et accueil d\u2019immigrants de plus en plus nombreux ?Dans ce débat difficile, les intellectuels d\u2019ici n\u2019ont-ils pas tendance à abdiquer trop facilement au nom d\u2019un complexe qui n\u2019ose s\u2019avouer ?lement les questions confortant ledit « progressisme », la ligne, le NDD, ou la pensée PC.Pierre L\u2019Hérault aborde de son côté la dure question de l\u2019hétérogène, lentement constitué à partir de certaines « dérives identitaires des années 1980 ».Ce « concept opératoire » est né de la triple écriture immigrante, féministe, et critique (du sentiment nationaliste).À l\u2019aide de trois « repères » littéraires (Charron, Robin, Théorêt), l\u2019auteur nous introduit alors aux sept piliers de l\u2019hétérogène, conceptuels et institutionnels puisqu\u2019ils renvoient tous à des revues, livres ou colloques : Dérives, Bilico, Triangulation des cultures, Territoire imaginaire, Transculture, Parole métèque, et Amour de l\u2019autre.L\u2019étude est fouillée, nuancée, passionnante, « loin des mécanismes réducteurs » qui pourraient la biaiser.Elle aborde en particulier les grands blocs erratiques que sont devenues au Québec les questions amérindienne, acadienne, américaine.Le propos est explicite : interroger le « nous québécois si dur, si fixe », véhiculé par l\u2019homogène identitaire.Faire place à l\u2019hétérogène comme « discours culturel intériorisé ».Question : où, et qui tracera la frontière entre ouverture, accueil, libre prolifération des nouveaux intrants d\u2019une part, et, d\u2019autre part, une politique d\u2019auto-effacement ?Pourquoi, selon la suggestion d\u2019un H.Weinmann, le Québécois devrait-il passer du Refus Global à l\u2019Acceptation Globale ?Étrange alliance objective lorsque les « internationalistes » à tous crins, assimilateurs et trudeaumanes en tête, et des nouveaux arrivants s\u2019entendent comme larrons en foire pour demander à la majorité qu\u2019elle « s\u2019ouvre ».Je suis, moi aussi, membre d\u2019une société d\u2019accueil : l\u2019Autre de l\u2019autre, et je refuse globalement d\u2019être le seul de qui l\u2019on exige l\u2019acceptation globale.Quant à Robert Schwartzwald, il interroge les rapports de l\u2019identitaire et de l'homosexualité tels que problématisés dans certaines productions artistiques au Québec.Depuis Aquin et Michel Tremblay jusqu\u2019à Pouvoir intime (Simoneau) et Anne Trister (Léa Pool), on peut dire en effet que la question homo- sexuelle revient, lancinante, comme symbolisation, voulue ou non, d\u2019un rapport raté avec le Père qui expliquerait à un autre niveau (ou compliquerait, ou au contraire simplifierait à l\u2019extrême) une sorte d\u2019adhésion de type compensatoire à l\u2019identitaire national.Dit d\u2019une autre façon : il faudrait prendre garde aux « éléments homophobes du discours identitaire au Québec ».Quel que soit le constat alors posé par les intellectuels ici convoqués : « échec » chez Jacques Lavigne (L\u2019Objectivité), ersatz chez Gilles Thérien (Cinéma québécois : la difficile conquête de l\u2019altérité) ou introjection chez Jean Larose {Le mythe de Nelligan), la relation homosexuelle soulève sous un autre angle toute la problématique « nationalitaire » (le mot est ici de moi).Elle se greffe sur elle, posant la question du Moi et du Même, du Moi et de l\u2019Autre, dans un monde où « l\u2019hétérogène propose des nouvelles articulations identitaires ».Schwartzwald quadrille lui aussi un espace bien balisé : déplorant l\u2019« isomorphisme non problématisé entre sexe, identité sexuelle et sexualité » et ses avatars prévisibles : l\u2019hétérosexualité normative, ou « la naturalisation de la différence sexuelle », il identifie nettement l\u2019adversaire : l\u2019exclusivité (et j\u2019entends : l\u2019exclusivisme) du sujet-nation, la métaphore du Père et de la « vraie virilité » ainsi qu\u2019une panoplie de termes refoulés tantôt pour appartenance à la vieille « modernité », tantôt pour cause d\u2019évident simplisme : « tout ou rien », blanc/noir, « totalisation », « parenté », pensée « indigéniste », « faux-féminin », etc.L\u2019auteur désire ici le Bien : « l\u2019homosexualité comme une, ou plusieurs pratiques, aptes à protéger un identitaire national contre sa naturalisation vers le Même ».Nous aussi.Problème : cette perception de la question homosexuelle comme « dissociation du corps « national ».d\u2019avec un régime de pratiques sexuelles hiérarchisées et immuables » n\u2019existe à peu près nulle part, ni dans les créations artistiques ni dans les analyses.Par ailleurs, nous avons reconnu le fil : il faut, pour échapper aux pièges de la vieille modernité (sujet/nation/binarisme - remar- relations mars 1992 55 Paul Hamel quons la séquence.), s\u2019ouvrir.C\u2019est vrai.Question : jusqu\u2019à quand le tapis rouge pour l\u2019Autre, quand l\u2019Autre menace de me « traiter », chez moi, de « nationaliste » ou de « raciste » ?Devrai-je, par souci d\u2019ouverture à l\u2019essentielle « hétérogénéité » du monde contemporain, me faire voler mon vocabulaire même ?Pour l\u2019auteur en effet, « colonisé » et « dé-colonisé » figurent au chapitre des termes relevant des « certitudes identitaires classiques » (comprenons « vieillottes »).Il n\u2019y aurait plus de colonisés, peut-être ?Enfin, Alexis Nouss, dans un apparent mimétisme imposé par son objet, Jacques Ferron, entreprend de situer l\u2019éminent et sympathique conteur dans l\u2019aire des « littératures mineures » (telles qu\u2019introduites par Kafka, puis inscrites dans la lignée critique des Arendt, Benjamin, Deleuze et Guattari).Postulant que la « fabulation » relève de l\u2019identité et que cette dernière se déploie sous le signe de l\u2019hétérogène, il cherche à esquisser une perspective philosophique : si Ferron apparaît comme « universel », c\u2019est parce que sa « littérarité » met en cause l\u2019individu et l\u2019identité, débouchant alors sur une véritable « philosophie de l\u2019histoire ».L\u2019articulation se fait au niveau du couple récit/fiction, le premier se greffant au petit, au devenir, à la résistance, alors que le deuxième relève du « majoritaire » (couplé à « totalitaire ».), du figé, de la domination.L\u2019oeuvre de Ferron (le conte est court, le temps absent, l\u2019espace polymorphe) serait le type même d\u2019une « littérature mineure », celle qui travaille la majeure un peu sur le mode, pouvons-nous dire, du « small is beautiful - and efficient.» Un débat avec Jean Marcel vient préciser certains mécanismes de l\u2019hétérogène en littérature : répétition, citation/détournement du mythologique, fragment, temps élastique, intitulés flottants, surimpression d\u2019images, etc.L\u2019approche postmoderne de Nouss crée forcément un Ferron à l\u2019avenant, marqué au coin de l\u2019impur et du baroque, ce dernier étant défini comme « l\u2019injonction de déchirer les apparences identitaires pour toujours s\u2019ouvrir à une altérité incessamment renaissante ».Questions Les questions qui suivent viennent d\u2019un majoritaire-minorisé.Elles n\u2019ont qu\u2019un but : traquer les nouvelles facilités intellectuelles comme ce deux-poids-deux-mesures systématiquement appliqué par les « politiques » de tous bords.Schwartzwald déclare : « les préoccupations identitaires ont toujours un fond stratégique » ?J\u2019ajoute : les purement « hétérogènes » également.On demande des exemples : au nom d\u2019un certain progressisme Bonne Gauche Bon Genre, comprendre tout ce qui vient des minorités, mais suspecter de « droitisme » ou pire, de racisme, toutes les nuances ou questions que la communauté d\u2019accueil apporte à la discussion.C\u2019est à ce point de vue-là que Fictions de l\u2019identitaire au Québec peut laisser songeur.Ainsi, il est clair que ce dont on se méfie, c\u2019est d\u2019un identitaire national-nationaliste qui renouerait avec certain vieux démon bien identifié - on a raison de le rappeler.La complémentaire est prévisible : ce qu\u2019il nous faut, c\u2019est un maximum d\u2019hétérogène, ce qui semble compréhensible, et en bonne partie justifié.Une exception notoire : l\u2019article de Nouss, qui élabore un « identitaire » connotant un peu de positif.L\u2019appartenance identitaire « malaisée », déclare-t-il en effet, celle qui rapproche Kafka de la communauté québécoise, peut déboucher sur une authentique « stratégie de l\u2019identitaire », à condition qu\u2019elle se défende de l\u2019univocité et offre un minimum de prise à l\u2019idéologie.Bravo ! Remettre les choses à leur place.Rappeler d\u2019autres évidences également porteuses de sens : tout ce débat se mène au Québec, dont la majorité est une minorité actuellement mise à mal par toute une série d\u2019acteurs politiques globalement situés dans le même camp, en l\u2019occurrence dans le camp fédéral.Je rappelle pour mémoire récente que les propositions hyper-centralisatrices du gouvernement Mulroney, le CD Flowe Institute, (\u2019Equality Party, le CORE, Jean Chrétien, l\u2019APEC, le NPD, de nombreux groupes écologistes, les porte-parole les plus radicaux des groupes autochtones, les adversaires de la Loi 178, Radio-Canada, le Financial Post et le Premier ministre du Québec en tête disent ou laissent dire n\u2019importe quoi qui puisse affaiblir le mouvement souverainiste au Québec.Dans ces circonstances, il faut comprendre que nous, la nation fondatrice minorisée du Canada, nous avons notre lot d\u2019« hétérogène ».Ce qui ne veut nullement dire « stopper l\u2019immigration » ; ce qui n\u2019implique aucun retour à la vieille et dangereuse problématique du « problème immigrant », mais ce qui exige des nouveaux arrivants qu\u2019ils tentent de s\u2019allier à la société d\u2019accueil plutôt qu\u2019à ceux qui n\u2019ont qu\u2019une idée en tête : casser, ici, une fois pour toutes, l\u2019idée d\u2019indépendance du Québec.Et c\u2019est sur cela qu\u2019un Québec parfois frileux veut poser des questions.Ce qui est de plus en plus en cause - et l\u2019extrême susceptibilité de certains intervenants est là pour le prouver - c\u2019est la définition même des nouveaux intrants du système.Et personne n\u2019aime, on en convient, se voir définir par un autre.Ni les minoritaires, ni encore moins les majoritaires.L\u2019enjeu, oui, c\u2019est la « boîte noire ».Le lieu des définitions.La boîte noire : parfois un comité où ne siègent que des immigrants.En bref : Fictions de l\u2019identitaire au Québec nous rappelle que l\u2019actuelle perspective au Québec est intensément, dramatiquement politique.Son dit est net, parfois généreux ; ses non-dits inquiétants.Question bête : l\u2019essentielle générosité doit-elle jouer dans un sens seulement ?Je m\u2019inquiète si d\u2019une part des majorités ne peuvent plus se dire « nationalistes » et si d\u2019autre part les minorités immigrées ont le droit de l\u2019être sans le dire, ou plutôt : en se bardant du bouclier absolu qui est aussi l\u2019arme absolue : l\u2019hétérogène, comme droit à Soi et devoir de l\u2019Autre.Il devrait être rassurant que le Québec, qui n\u2019a même pas tous les atouts d\u2019un État moderne pose beaucoup mieux le problème que certains États-nations historiques, comme la France par exemple, où le nationalisme courtise toujours l\u2019extrême droite musclée, raciste et nazifiante.Ce qui inquiète les majoritaires d\u2019ici, c\u2019est que, mal équipés pour se défendre, et dotés en ces temps-ci d\u2019une apparence de Premier ministre flottant, objet mou mal identifiable qui joue précisément la carte des adversaires du mouvement indépendantiste, les Québécois voient précisément certaines minorités jouer la carte fédéraliste - pour ensuite se faire dire de travailler un nouvel identitaire traversé d\u2019hétérogène sans que l\u2019hétérogène n\u2019interroge le sens de ses propres alliances.Car c\u2019est d\u2019alliances que nous parlerons dans les mois à venir.Et des bonnes alliances naissent le respect, la générosité, et l\u2019envie de se comprendre.J\u2019entends les hauts cris.Ce sont les cris de ceux qui se croyaient protégés par la loi d\u2019airain du discours PC.Mettons au moins un terme au deux-poids-deux-mesures.Relisons Relations (André Lamothe, octobre 91 : « Les immigrants aussi ont leur responsabilité », et G.Karam, novembre 90 : « Une politique d\u2019intégration active ») et puissions-nous, l\u2019ensemble des minorités du Québec, la grande et les petites, oeuvrer dans le même sens - souhaitant qu\u2019il ne nous arrive pas ce que Sartre dit qu'il arrive aux « humanistes » quand on les met dans le même sac : s\u2019entre-déchirer, comme des petits chats.¦ 56 relations mars 1992 VA-T-ON VERS LA CATASTROPHE À CUBA ?par Claude Morin1 Contrairement à ce qui se dit et s\u2019écrit présentement, l\u2019expérience sociale cubaine résistera sans doute mieux qu'ailleurs à l\u2019effondrement des régimes communistes de l\u2019Est.Car Cuba est unique.> v.Pas une semaine ne s\u2019écoule sans que les médias québécois ne consacrent un article ou un reportage à Cuba.On nous dépeint un pays au bord du gouffre, confronté à des pénuries multiples et de plus en plus pénibles.Fidel Castro y fait figure de dinosaure, de dictateur en sursis.On n\u2019a retenu du IVe congrès du Parti communiste que son refus d\u2019engager la transition vers l\u2019économie de marché et vers le multipartisme.Nombre de journalistes et d\u2019analystes prédisent la désintégration prochaine du régime castriste et l\u2019effondrement du socialisme cubain, condamné à disparaître comme les socialismes d\u2019Europe de l\u2019Est auxquels il est assimilé, sans égard aux raisons distinctes de son émergence.1.Depuis 1973, l\u2019auteur est professeur d\u2019histoire de l\u2019Amérique latine à l\u2019Université de Montréal et responsable du programme d\u2019études latino-américaines.Il y a plus de vingt ans qu\u2019il observe les traits singuliers de l\u2019histoire cubaine.Durant ce temps, il a visité douze pays d\u2019Amérique latine, depuis le Mexique jusqu\u2019au Chili et le Brésil, et y a vécu.Il peut donc comparer Cuba à son environnement régional et culturel ; quelques visites aux pays de l\u2019Est lui permettent aussi d\u2019apprécier les différences entre le socialisme cubain et les « socialismes » imposés par l\u2019Armée rouge.Cette vision catastrophique me paraît découler moins d\u2019une connaissance de ce qu\u2019est réellement Cuba que d\u2019une transposition de jugements élaborés à partir d\u2019autres expériences.L\u2019analyste averti peut aussi y voir une certaine dose de désinformation visant à déstabiliser le régime cubain, à provoquer son isolement international.Les médias sont ainsi appelés à devenir, même à leur insu - comme cela s\u2019est fait dans d\u2019autres contextes (Chili, Grenade, Nicaragua, pour évoquer ceux que je connais mieux) - des acteurs mobilisés dans une opération de propagande dont l\u2019objectif est de peser sur le cours des événements à Cuba, en stimulant le développement d\u2019une opposition interne.Un double blocus Cuba traverse assurément sa pire crise depuis 1959.Déjà mauvaise en août dernier, au moment des Jeux panaméricains, la situation n\u2019a fait que s\u2019aggraver depuis, au rythme de la décomposition de l\u2019URSS et de l\u2019effondrement des exportations relations mars 1992 57 soviétiques vers Cuba.Cependant, pour grave qu\u2019elle soit, cette crise n\u2019en est pas moins surmontable.D\u2019abord, elle se limite à l\u2019économie.Elle ne remet en question ni les institutions ni la légitimité des dirigeants.La gravité de la situation économique tient au fait que les échanges avec l\u2019URSS (80 % du commerce cubain) se sont effondrés en quelques mois et qu\u2019il est difficile de remplacer à court terme un partenaire aussi important ; surtout que les États-Unis s\u2019emploient à gêner tout effort de substitution et que Cuba ne peut commercer, faute de réserves en devises, que sur la base du troc.Pourtant l\u2019économie cubaine n\u2019était pas le fiasco qu\u2019on proclame sans examen préalable, en se fondant seulement sur la prédominance du sucre dans les exportations et sur l\u2019ampleur de l\u2019assistance soviétique, grandement exagérée si l\u2019on prend en compte tous les aspects de cette relation spéciale.Il est vrai que Cuba s\u2019est doté, grâce à la coopération de l\u2019URSS et du COMECON, d\u2019une infrastructure industrielle inimaginable avant 1959.Mais celle-ci lui a avant tout permis de compenser en partie les effets du blocus commercial et financier que Washington a imposé depuis 1960 et cherché à faire partager par ses alliés.On estimait, il y a déjà dix ans, que le blocus avait coûté à Cuba plus de quinze milliards de dollars, en raison de la perte de débouchés pour ses produits, de la conversion d\u2019équipements et de frais de fret additionnels pour transiger avec des partenaires aussi éloignés.L\u2019économie cubaine demeurait, en dépit d\u2019une plus grande diversification, très vulnérable, en raison de son extrême dépendance énergétique, de l\u2019étroitesse de ses marchés, de son haut degré d\u2019interdépendance avec des partenaires dotés d\u2019industries fort déficientes, qui lui livraient d\u2019ailleurs des produits invendables sur les marchés occidentaux.C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019on découvre à quel point cette dépendance envers l\u2019URSS pouvait s\u2019avérer malsaine.Mais Cuba avait-il un autre phoix ?Le blocus U^ plaçait Cuba devant cette implacable alternative : ou bien dépendre de l\u2019URSS, superpuissance lointaine qui voulait faire de Cuba une vitrine des avantages d\u2019une collaboration avec elle, ou bien renoncer aux réformes et reprendre sa place d\u2019appendice tropical du capitalisme US.L\u2019histoire cubaine et la mobilisation populaire poussaient Castro à mener le projet de transformation des structures injustes, malgré l\u2019opposition des États-Unis.Et c\u2019est à la veille d\u2019une invasion appréhendée (le débarquement de la Baie des Cochons) que Castro qualifiera ce projet de « socialiste ».Si les anciens partenaires « socialistes » répugnent à poursuivre leurs échanges économiques avec Cuba, c\u2019est que les nouveaux dirigeants veulent liquider le passé et qu\u2019ils calculent désormais selon les nouvelles règles du « marché », en espérant aussi que les États-Unis sauront les récompenser pour leur collaboration à extirper le communisme de Cuba.L\u2019île subit donc un double blocus ! Elle vit sous une économie de guerre en temps de paix.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la « période spéciale ».Les manifestations en sont dévastatrices.Cuba recevait annuellement treize millions de tonnes de pétrole soviétique.Les livraisons pour 1991 ont été inférieures à dix millions.Elles pourraient être inférieures à cinq millions en 1992, alors que les besoins minima se chiffrent à huit millions.Faute de combustible, l\u2019appareil productif fonctionne au ralenti et les branches industrielles les plus énergivores (nickel, ciment) sont paralysées.L\u2019économie d\u2019énergie passe par des conversions dramatiques.Faudra-t-il revenir à la coupe manuelle de la canne à sucre, mécanisée à 60 % ?La réduction draconienne des livraisons de produits alimentaires (farine, graisses, lait, viande) et d\u2019articles de consommation (détergents, électroménagers) par les fournisseurs est-européens a provoqué de graves pénuries.Les Cubains sont donc très affectés dans leur quotidien (multiplication des queues, modification du régime alimentaire, réductions dans les services de transport, de loisir).Des solutions pour prévenir la crise sociale On pourrait croire qu Cuba va vers des émeutes et vers une crise sociale décisive.Ce serait ignorer certaines particularités de la réponse cubaine à la crise économique.Il y a d\u2019abord le carnet de rationnement, qui vise à assurer une distribution équitable, sans emballement des prix, de produits essentiels mais rares.Les pénuries ne doivent pas accentuer les inégalités liées au pouvoir d\u2019achat.Il y a surtout le plan alimentaire qui vise à produire l\u2019essentiel de ce que la population cubaine devrait consommer.On s\u2019emploie à revaloriser le travail des champs, peu attrayant dans ce pays chaud pour une main-d\u2019oeuvre très scolarisée.Beaucoup d\u2019ouvriers et d\u2019employés de bureau devront se redéployer par équipes, à tour de rôle, dans l\u2019agriculture.Les Cubains devront en outre modifier leur régime alimentaire, pour mieux tenir compte des ressources locales.On encourage les ménages urbains à élever des porcs et des poules, et à cultiver toutes les parcelles disponibles.On a distribué plus de 700 000 bicyclettes.Tous les plans ont été revus afin d\u2019assurer la survie, grâce à une plus grande indépendance économique.Toutes les ressources sont mobilisées prioritairement au profit de quatre secteurs : le sucre, le plan alimentaire, la biotechnologie, le tourisme.L\u2019heure est à la flexibilité.Cuba claironne sa disposition à collaborer avec le capital étranger dans tous les domaines reliés au secteur extérieur, sur la base du respect et de l\u2019avantage mutuels, et suivant des modalités d\u2019association les plus variées.On ne doit pas y voir cependant un passage au capitalisme.L\u2019État conserve l\u2019initiative.Les mécanismes de marché ne s\u2019appliquent qu\u2019au secteur externe.Plusieurs firmes européennes collaborent, dans le cadre de sociétés mixtes, ou ont conclu des contrats.Cuba leur offre une main-d\u2019oeuvre très qualifiée, une infrastructure appropriée et des conditions de rapatriement des profits.Sauver le socialisme signifie ne pas remettre en question les conquêtes de la Révolution cubaine.Tous les Cubains conserveront leur accès à l\u2019éducation et aux soins de santé gratuits.Personne ne se retrouvera dans la misère, sans un toit, sans nourriture comme ailleurs en Amérique latine.Tous auront un travail et un revenu, même s\u2019il faut changer d\u2019emploi.Il n\u2019empêche que la grogne règne, d\u2019abord parce que le quotidien est devenu un cauchemar et que les difficultés ne peuvent à court terme qu\u2019empirer, ensuite parce que les solutions à la crise supposent plus de discipline et de sacrifices.La plupart des Cubains prenaient pour acquis que le revenu fixe, la sécurité sociale, la satisfaction des besoins essentiels étaient garantis, indépendamment de l\u2019intensité qu\u2019ils mettaient à travailler.Ils étaient en outre enclins à regarder davantage vers le Nord que vers le Sud, lorsqu\u2019il s\u2019agissait de comparer leur sort.Il faudra que se forme une nouvelle culture du travail davantage attentive au rendement.Un renforcement de la participation populaire La situation serait propice pour que naisse un vaste mouvement d\u2019opposition, qui capitaliserait sur le mécontentement et la déception d\u2019un nombre croissant de Cubains qui désespèrent de voir la lumière au bout du tunnel.Les dirigeants souhaiteraient faire face à ce défi sans devoir recourir à une répression que réclament pourtant ceux - et il 58 relations mars 1992 semble qu\u2019ils soient encore majoritaires - qui croient en la capacité de la Révolution cubaine de se sortir à nouveau d\u2019embarras.Ils s\u2019emploient à perfectionner le système, en stimulant la participation populaire.Celle-ci doit être moins verticale, moins conformiste, plus exigeante face aux responsables.Les masses doivent sentir qu\u2019elles sont des protagonistes, non seulement à l\u2019échelle du quartier et sur les lieux de travail, mais à tous les échelons du pouvoir, et qu\u2019elles comptent dans la prise de décision.La consultation, en tout cas, ne fait pas défaut.La préparation du IVe congrès du Parti communiste a donné lieu à d\u2019innombrables débats à la base : les 80 000 assemblées locales ont émis un million de propositions ! Le dernier congrès du PCC, en octobre 1991, a accouché de plusieurs changements importants.Plus de 50 % des membres du Bureau politique et du Comité central sont de nouvelles figures : plusieurs jeunes cadres dynamiques ont ainsi été promus.La participation électorale sera accrue à tous les niveaux.Ainsi les citoyens éliront au suffrage direct non seulement les représentants locaux, les chefs des gouvernements provinciaux, mais aussi les députés à l\u2019Assemblée nationale, qui sera dotée d'une autonomie accrue et prendra l\u2019allure d\u2019un véritable parlement.On a aussi levé l\u2019interdiction d\u2019adhésion frappant les croyants, afin que le PCC devienne le parti de tous les Cubains qui veulent oeuvrer à la consolidation du socialisme.L\u2019interventionnisme US Je demeure convaincu que Cuba aurait la capacité de sauver son projet de société.Le socialisme n\u2019y a jamais été une greffe étrangère : il fait corps avec l\u2019histoire cubaine, qui fut un long combat pour la justice sociale et l\u2019affirmation nationale.Il lui a permis d\u2019atteindre ces deux objectifs.Il lui reste à assurer un niveau de vie dont seraient absentes les privations.Mais il affronte la détermination des États-Unis d\u2019en finir enfin avec ce que Washington a toujours considéré comme une aberration, une monstruosité.La Maison Blanche n\u2019a jamais renoncé à défaire la Révolution cubaine.Après avoir tenté en vain de la renverser militairement, elle s\u2019est employée à l\u2019isoler, à élever pour Cuba et l\u2019URSS les coûts de la survie, par l\u2019entremise du blocus commercial et financier, de manoeuvres d\u2019intimidation et de provocation, d\u2019attentats, de sabotages et de tentatives d\u2019assassinat, de campagnes de calomnies.Elle a encouragé par tous les moyens l\u2019émergence d\u2019une opposition interne, en gênant l\u2019émigration (après l\u2019avoir stimulée), en créant Radio Marti, puis TV Marti, au mépris des lois internationales en matière d\u2019utilisation des fréquences.Voilà pourquoi il me semble que le blocus n\u2019est pas près d\u2019être levé, même s\u2019il est odieux et contraire au droit international.Cuba avait inscrit cette question à l\u2019ordre du jour de l\u2019Assemblée générale des Nations unies.Il a démontré, preuves à l\u2019appui, comment les États-Unis avaient bloqué, au moyen de pressions auprès des pays fournisseurs, des livraisons d\u2019articles les plus divers, y compris du matériel médical, sous prétexte qu\u2019ils comportaient des pièces d\u2019origine US ou qu\u2019ils provenaient de filiales US.Mais Cuba a dû retirer son projet de résolution, devant la campagne d\u2019intimidation et de menaces que Washington a lancée auprès de pays amis des États-Unis et de Cuba.Nonobstant ce recul destiné à ménager ses amis, Cuba n\u2019est pas seul.Nombreux sont les signes montrant qu\u2019il peut désormais compter sur plusieurs pays d\u2019Amérique latine, dont le Mexique, la Colombie et le Venezuela.L\u2019Amérique latine voit dans sa solidarité avec Cuba une occasion de démontrer son indépendance vis-à-vis les États-Unis et de réitérer des principes de souveraineté nationale.Après tout, la guerre froide est Pourquoi un modèle de société différent ne pourrait-il pas vivre ?Les Cubains continuent d\u2019y croire, après plus de 30 ans de lutte.Y REVOLUÜÜMRIQS terminée.Cuba a offert aussi des conditions spéciales aux capitaux latino-américains, en vue de fonder une collaboration bénéfique à toutes les parties.Les bourgeoisies et les gouvernements latino-américains ne voient plus Cuba comme un épouvantail.Les hommes d\u2019affaires mexicains annonçaient récemment leur intention d\u2019y investir 300 millions de dollars.Le droit de Cuba à défendre sa voie Qu\u2019en est-il de la question des libertés et du multipartisme que brandissent les États-Unis pour isoler Cuba et justifier leur interventionnisme multiforme ?Ce dernier a eu comme principal effet d\u2019entretenir à Cuba une mentalité de citadelle assiégée et de rendre toute opposition, surtout si elle cherchait à s\u2019organiser, suspecte d\u2019être de fait la cinquième colonne au service d\u2019un ennemi implacable.Aussi longtemps que les États-Unis n\u2019auront pas renoncé à inverser le cours de l\u2019histoire à Cuba et à intervenir dans les processus électoraux à l\u2019étranger, le parti unique représentera une sauvegarde essentielle et le multipartisme, un cheval de Troie.Une nation qui est soumise à une menace aussi grande ne peut se permettre d\u2019organiser sa division.Les libertés individuelles sont respectées à Cuba, dans la mesure où elles n\u2019entrent pas en contradiction avec les objectifs de nature collective.L\u2019enrichissement inconsidéré, la consommation effrénée, l\u2019exploitation des différences sociales ne font pas partie des comportements admissibles.On compte sur la socialisation (donc l\u2019éducation, à l\u2019école, au travail, dans les médias) pour les enrayer.La société qu\u2019on s\u2019efforce de bâtir met de l\u2019avant la solidarité, l\u2019égalitarisme, l\u2019internationalisme.Cuba n\u2019est pas une société défaitiste.La Révolution cubaine demeure en effet un processus ouvert, créatif, à l\u2019opposé de l\u2019image de société bloquée que nous présentent les médias.Elle a survécu jusqu\u2019ici parce qu\u2019elle a su faire preuve de flexibilité et de pragmatisme, mais sans jamais renoncer aux principes fondamentaux.Elle conserve encore ces qualités intrinsèques qui lui qnt permis de surmonter les crises précédentes.À l\u2019heure où, de par le monde, les inégalités s\u2019accroissent entre les classes et entre les nations, il est réconfortant de voir Cuba défendre des principes qui en appellent à la fraternité humaine et lutter pour le droit de les appliquer chez lui.¦ relations mars 1992\t59 RECENSIONS DE MARS lectures D.Hubert, Y.Claudé : Les skinheads et l\u2019extrême-droite M.Pépin, M.Rioux : La CSN au coeur du Québec Jean Lacouture : Jésuites.Les conquérants Dan Franck : La séparation Yves Lever : Le cinéma de la Révolution tranquille Les skinheads et l\u2019extrême-droite Saluons cet ouvrage publié chez VLB par Daniel Hubert et Yves Claudé, de la Ligue des droits et libertés.Sans rien enlever à l\u2019étude de la Ligue antifasciste mondiale (LAM) sur les mouvements d\u2019extrême-droite au Québec, publiée antérieurement, cette dernière publication a le mérite d\u2019allier un excellent exposé des divers mouvements skinheads et d\u2019extrême-droite avec une présentation agréable.Le volume présente les origines du mouvement skinhead et permet de bien saisir le phénomène, ses causes, ses ramifications et les moyens de prévention pour éliminer le racisme.Le phénomène skinhead, nous disent les auteurs, ne peut être abordé sans le mettre en rapport avec la condition et l\u2019évolution de la jeunesse actuelle.C\u2019est du côté de l\u2019accentuation de l\u2019écart entre riches et pauvres qu\u2019il faut en chercher la cause.Le néo-libéralisme accroît les inégalités sociales et promeut l\u2019individualisme.L\u2019établissement graduel de la société duale entraîne une dislocation sociale propice à la désolidarisation des groupes sociaux et favorise l\u2019intolérance.Cette même idéologie, qui crée l\u2019exclusion des gagne-petit, provoque égale- 60 ment une marginalisation de plus en plus grande pour une partie importante des jeunes.Ce sont la marginalisation des jeunes de couches populaires et la radicalisation d\u2019éléments de la jeunesse des milieux aisés qui nourrissent le phénomène skinhead.Le plus souvent, ces jeunes souffrent de l\u2019insécurité économique et développent des comportements xénophobes.Ils vivent un grand inconfort devant les différences raciales et ont une peur profonde des transformations socioculturelles inhérentes au développement des communautés ethniques.C\u2019est cette insécurité qui est cultivée et canalisée par les organisations d\u2019extrême-droite et qui mène directement à l\u2019intolérance.Malgré le fait que la culture skinhead ne soit pas homogène et qu\u2019il existe des skinheads non racistes (les redskins), il n\u2019en demeure pas moins que le mouvement skinhead doit être vu comme un courant sociopolitique fondé sur l\u2019intolérance envers les minorités ethniques, religieuses et sexuelles.Un mouvement qui s\u2019inscrit certes dans l\u2019évolution de la contre-culture occidentale, mais qui produit un activisme dangereux, fondé sur la violence et produisant harcèlement et provocation.Le mouvement skinhead a été depuis longtemps récupéré par les mouvements d\u2019extrême-droite, qui présentent le fascisme comme un trait de la contre-culture relations mars 1992 et qui incitent à la haine et à la violence raciale.Des jeunes recrues, qui proviennent de toutes les classes de la société, sont en effet initiées au harcèlement verbal et aux agressions physiques contre les minorités visibles (ce que leur idéologie appelle « la colère juste »).La plupart des groupes skinheads ont établi des liens avec l\u2019une ou l\u2019autre des organisations fascistes, telles White Power, Aryan Nation ou le Ku Klux Klan, et promeuvent la pureté raciale et la suprématie de la race blanche.Certains groupes sont carrément néo-nazis et adoptent les symboles des croix gammées ou celtiques.Il faut aller au-delà du look fondé sur le crâne rasé, les bottes Doc Martens et les bretelles (baissées lorsqu\u2019ils cherchent à se battre) et chercher à comprendre ce que vivent ces jeunes et comment on peut les aider.Si le racisme sauvage de la plupart des skinheads reflète une déroute personnelle, une misère de vie et une haine de soi, il faut comprendre que les services sociaux sont limités dans leur capacité à rejoindre les jeunes dans les endroits où ils se rassemblent.Où sont donc les solutions ?S\u2019il faut certes favoriser l\u2019éducation interculturelle, les auteurs font aussi écho à l\u2019étude du Regroupement des organismes communautaires jeunesse du Montréal métropolitain (ROCJMM), qui souligne que la vio- lence des jeunes est une réponse à la marginalisation dont ils sont victimes.Il ne suffit pas de gérer les effets sociaux de la marginalisation, mais il faut permettre aux jeunes de récupérer un statut social réel.La meilleure action préventive est de s\u2019attaquer aux problèmes socio-économiques et culturels qui entraînent la marginalisation d\u2019une fraction importante des jeunes.Le défi est énorme pour une société où l\u2019économique conditionne le social et où la technocratie des services a pris le pas sur l\u2019entraide et la solidarité.Y parviendrons-nous ?¦ François Morissette La CSN au coeur du Québec nous avons entre les mains plusieurs ouvrages et recherches sur la CSN.Outre les publications bien connues de Jacques Rouillard sur l\u2019histoire des syndicats catholiques et de la CSN, une large part lui a été faite dans les livres d\u2019histoire du syndicalisme et dans bon nombre de thèses et de mémoires.Voici, depuis septembre dernier, un nouvel ouvrage pour nos rayons : La CSN au coeur du Québec, concocté par nul autre que Marcel Pépin, président de cette centrale, de 1965 à 1976, et Michel Rioux, conseiller au Service de l\u2019information, depuis 1970 ; M.Rioux, à maintes reprises, a été impliqué dans la rédaction des communications de M.Pépin, particulièrement les rapports au Congrès.Outre la complicité évidente des deux syndicalistes, cette publication a été motivée par le 70e anniversaire de la fondation de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCCjr ancêtre de la CSN.Document de marketing ou nouvelle histoire de la centrale syndicale ?Ni l\u2019un, ni l\u2019autre.Certes le bouquin constitue un bon outil promotionnel, d\u2019une présentation impeccable, destiné aux membres surtout, comme sans doute aussi à tous les amis de la CSN et des syndicats en général.En réalité, on est plus proche du genre historique, mais pas entendu au sens d\u2019un relevé linéaire de tous les faits et gestes ni de leurs interprétations possibles.Il s\u2019agit plutôt d'une histoire à thèse.Pour les auteurs, la CSN est un mouvement, bien plus qu\u2019une structure ou une organisation, qui s\u2019est implanté de haute lutte et qui a contribué, tout au cours de son histoire, au progrès social du Québec, plus particulièrement à la liberté et à la démocratie de la société québécoise.Un mouvement qui émergea dans un environnement syndical dominé par les syndicats internationaux de métiers, comme une alternative proprement québécoise de solidarité de l\u2019ensemble des travailleurs indépendamment de la catégorie professionnelle.Une implantation qui s\u2019imposa à force de détermination tout au long de ces 70 ans, de la résistance des allumetières de Hull, en 1924, jusqu\u2019à l\u2019épisode du Manoir Richelieu, en 1986, car ils sont nombreux les cas de luttes pour la reconnaissance syndicale, tout simplement pour « le droit d\u2019exister », de choisir librement son syndicat.Un mouvement avec ses « lignes de force », c\u2019est-à-dire son parti pris pour les plus faibles de toutes les régions, son combat pour la démocratisation du travail et son leadership dans la défense de la démocratie et de la place des femmes, dans la solidarité intersyndicale et dans l\u2019établissement des grands programmes sociaux collectifs.Bref, un mouvement « au coeur du progrès social », au coeur du « Québec comme pays », un mouvement si bien identifié à ce pays qu\u2019il en recherche tout naturellement l\u2019indépendance.On reconnaît bien ici la représentation que Marcel Pépin a toujours véhiculée de la Confédération et qu\u2019a sans doute toujours partagée Michel Rioux.Elle n\u2019est pas arbitraire ; elle est bien appuyée dans ce livre très synthétique.Pour ce faire, on ne relève pas les grandes critiques portées contre la CSN et les tiraillements internes qu\u2019elle a pu vivre.Ainsi, le corporatisme dont on l\u2019accusait était, en réalité, à ses premières années, « un idéal de bonne entente, inspiré d\u2019une certaine forme d\u2019humanisme » (p.18).Rien non plus sur la radicalisation de son discours (années 1970), ni sur les tiraillements (années 1980) dans les choix stratégiques dans le secteur public qui, pour une bonne part, ont entraîné des départs douloureux.Mais ce livre constitue en quelque sorte une réponse globale à ces questions et plus généralement à la question de la pertinence sociale du syndicalisme.Il s\u2019agit surtout d\u2019un ouvrage très didactique, tant dans sa forme que dans son contenu, et cela, sans doute parce qu\u2019il est profondément un grand mouvement du coeur pour la CSN, pour les travailleuses et les travailleurs, et pour le devenir du Québec.Un livre qui pourrait être fort utile pour faire connaître aux étudiantes et aux étudiants de cégep et du premier cycle universitaire le mouvement syndical de l\u2019intérieur.Une invitation à une lecture en profondeur : « Dès qu\u2019on écoute, dès qu\u2019on lit avec le coeur.» (p.7) ¦ Jacques Boucher relations mars 1992 Jésuites Les conquérants amis et ennemis des Jésuites et du jésuitisme liront avec intérêt cet ouvrage intelligent d\u2019un ancien élève des bons pères et grand biographe devant l\u2019éternel.Jean Lacouture n\u2019a pas besoin d\u2019être présenté à ceux qui aiment les livres.Plutôt qu\u2019historien de métier, c\u2019est un homme de vaste culture, un humaniste, un admirateur tout autre que naïf des grands hommes en qui, parfois, une société ramasse ses ombres et ses lumières.Il écrit avec verve comme quelqu\u2019un qui, venant au théâtre de la vie, ne laisse pas ses sentiments au vestiaire.Il n\u2019a rien de l\u2019apologète béat, mais tout de celui qui admire ses héros et, si nécessaire, les défend contre leurs détracteurs.Des spécialistes lui en voudront de son écriture qu\u2019on pourrait dire engagée, mais lui n\u2019a qu\u2019un seul parti pris : comprendre une suite d\u2019hommes remarquables, leur temps et, par ricochet, le nôtre.Ignace de Loyola, le Basque devenu romain, François Xavier et le Japon, Mathieu Ricci et la Chine, Alexandre de Rhodes et l\u2019Indochine, les cibles du Pascal des Provinciales, Pierre de Mendoza et les fameuses réductions du Paraguay, les confesseurs des rois, les Bourbons fossoyeurs de la Compagnie de Jésus.On le voit : la manière de Jean Lacouture n\u2019est pas celle de ceux des historiens qui prétendent embrasser l\u2019entièreté de leur sujet.Des 450 ans de la Société de Jésus (comme il aime dire), il a choisi les moments et surtout les hommes qui l\u2019ont lui-même intéressé, qu\u2019il se savait doué pour en faire revivre la signification tout autre que contingente et dont, avec un sûr instinct, il prévoyait que nos contemporains les trouveraient on ne peut plus actuels.Il faut être un peu poète et même aède pour raconter de cette façon.Un peu à la manière d\u2019Homère, Jean Lacouture raconte des conflits mortifères et des initiatives courageuses.Il contribue ainsi à propager une mentalité : celle qui incline à voir - fût-ce sur le fond de leurs défauts et de leurs échecs - les qualités et les entreprises des hommes du passé et du présent, et cela, peut-être, afin d\u2019induire les jeunes générations en tentation de réconcilier comme ici, l\u2019Europe avec son passé, et aussi bien l\u2019Est et l\u2019Ouest, le Nord et le Sud.Je ne sais si Jean Lacouture est un aède génial, mais on ne sera pas trop loin de la vérité si l\u2019on soutient qu\u2019il est un rhapsode de grand talent.¦ Raymond Bourgault 61 La Séparation (CTRL F8) Un homme, mari, ami et amant, assiste un jour, entre lui et son épouse, à la brutale « disparition des signes ».Il sait, il sent dès lors que tout est fini.Mais comme il arrive trop souvent aux enfants, « il ne s\u2019aime pas assez pour se prendre lui-même entre ses bras.» Fin de l\u2019histoire, déjà toute contenue dans ce désarroi initial, l\u2019enfance.L\u2019enfance : comment aimer Papa, Maman, tonton et tontine, les voisins et la voisine, cousins-cousines, bref tout le monde, et si jamais il reste un week-end, un tout petit peu soi-même.Mais le mauvais pli est pris : vous étant oublié(e) pendant six ou dix ans, vous découvrez en panique qu\u2019il faudrait bien quelqu\u2019un pour vous rappeler à l\u2019existence et colmater la brèche : vous, votre être, la vie.Et l\u2019amour survient - qui ne tomberait pas amoureux après dix ans d\u2019inexistence consacrée à autrui ?- qui fait croire à soi, quand il ne fait que reporter l\u2019inéluctable : toutes les séparations à venir.Non, l\u2019enfance ne pardonne pas.Le reste est banal à crier.On le taira donc.La Séparation, prix Renaudot 1991, décrit le mécanisme d\u2019une séparation.Non pas ses causes, puisqu\u2019il n\u2019est pas absolument clair que l\u2019épouse s\u2019éloigne à cause d\u2019un amant, d\u2019abord tout à fait hypothétique dans l\u2019esprit du mari, puis réel mais avec qui l\u2019épouse dit n\u2019avoir jamais fait l\u2019amour (ce qui amène le lecteur à se demander si l\u2019épouse ne fait pas le saut un jour à cause du nouveau comportement affolé du mari.).Il n\u2019y a pas là non plus le descriptif d\u2019un événement, la séparation elle-même, sinon « en creux », puis en accéléré, comme si l\u2019auteur ne voulait pas voir « ça ».En creux, c\u2019est-à-dire et dans un premier temps comme pente probable, donc à venir, quand il appert que l\u2019ami est devenu amant, puis comme « après » (Franck enchaîne son récit en comptant le nombre de jours écoulés depuis le jour noir de leur rupture - mais existe-t-il ?).Le livre ne s\u2019étend pas non plus sur les conséquences, trop connues, archi-banales (dispatching de la marmaille, frais d\u2019avocats, déménagements, etc.).Il reste le fait, tout banal, de l\u2019effritement des jours et d\u2019une relation à coups de silence, de regards déportés, de haussements d\u2019épaules, et d\u2019absences soigneusement notées : les petits gestes qui disaient l\u2019amour et se font maintenant prier.« Un jour vous ne trouvez plus sa main, ses doigts.En moto, quand vous conduisez, elle ne vous serre plus à la taille comme avant » - bref : « la disparition progressive des mots de passe ».Et ce me semble être là l\u2019habileté consommée de Dan Franck.Pour dire la douleur : la tenir à distance, montrer du banal, des objets familiers, un regard, une soirée trop arrosée, un flacon de Lexomil.Mais plus on regarde, plus on mesure l\u2019effondrement, le puits, et dans ce puits infini, la longue nuit rouge d\u2019un cri étouffé : le sien, sans espoir, sans public, sans rien.L\u2019art de Dan Franck : affronter la douleur avec un scalpel, et cartographier l\u2019innommable au laser.Écriture sobre, linéaire (au sens pictural du terme), minimale, où les éclats d\u2019un réel parfois hideux (coups ou cris) jamais ne viennent barbouiller ou ébranler le « format d\u2019impression » (CTRL F8).Franck est aussi scénariste.Ça paraît.J\u2019annonce d\u2019ailleurs aux lecteurs une très probable version filmée du roman qui s\u2019appellera « Enfances », ou « La rupture », ou à la Wim Wenders : « Signes », ou « L\u2019état des lieux », ou mieux, à la Heinrich Boll : portrait de dame avec regards à la fenêtre.¦ Richard Dubois Le cinéma de la Révolution tranquille yves Lever, chroniqueur de cinéma bien connu de nos lecteurs, vient de publier une étude sur l\u2019ensemble des films produits à l\u2019époque de la Révolution tranquille, depuis la série Panoramique (1958) jusqu\u2019au célèbre Valérie de Denis Héroux, en 1968.Dans la partie analytique de 431 pages, chaque film est dûment fiché, résumé et analysé, en rapport avec la question principale de cette recherche : le lien de ces oeuvres avec la célèbre « révolution » québécoise.Travail de bénédictin (d\u2019ailleurs disponible sur « disquette » informatique), qui rendra plus d\u2019un service à tous ceux qui étudient le cinéma d\u2019ici.Pourtant ce livre imposant de 732 pages (qui a presque le format du bot-tin téléphonique de Montréal !) est loin d\u2019être un simple volume de référence.Qui s\u2019intéresse à l\u2019évolution de la culture au Québec lira avec grand intérêt les quelque 100 pages (grand format) de réflexions qui entourent cette analyse : une magistrale synthèse des principaux éléments idéologiques de la Révolution tranquille (qui serviront de grille à la recherche), un remarquable panorama du cinéma québécois où est dévoilée et située la dynamique de nos premiers artisans cinématographiques.Les chapitres de conclusion sont un apport majeur à l\u2019histoire du cinéma et de la culture d\u2019ici : une étude sur l\u2019imaginaire du cinéma de cette époque et le rapport ambigu d\u2019une bonne partie de ces films à la dynamique de la Révolution tranquille.Publié à compte d\u2019auteur, le volume n\u2019est disponible, au prix de $35, qu\u2019en se présentant au Centre de documentation de la Cinémathèque québécoise (Montréal) ou en contactant l\u2019auteur.¦ Fernand Jutras Daniel Hubert et Yves Claudé, Les skinheads et l\u2019extrême-droite, Montréal, VLB, 1991; 135 p.Marcel Pépin et Michel Rioux, La CSN au coeur du Québec, Montréal, CSN, 1991; 87 p.références Dan Franck, La Séparation, Paris, Seuil, 1991; 212 p.Jean Lacouture, Jésuites.Une multibiographie (Tome 1.Les conquérants), Paris, Éditions du Seuil, 1991; 511 p.Yves Lever, Le cinéma de la Révolution tranquille, de Panoramique à Valérie, Montréal, Centre de documentation de la Cinémathèque québécoise, 1991 ; 732 p.62 relations mars 1992 Institut d PASTORALE mm Baccalauréat en théologie pastorale Certificat en études pastorales Certificat en pastorale liturgique Accompagnement personnalisé intégré au programme Formation et réflexion à partir de l'expérience acquise Temps plein, temps partiel, auditeur libre c°°se 2^ats w*.*?:*.&*ï ü\" ,.Mance ,a\\sce«'e\"' 10 SSSSSÏîSS! PierreBU ,etr éc\u2018^s' >\"a\" Gast«nRA ,,,s^eS xn ^afns( ¦SSSsSSl*0*\" >5>\" ;\\a\\e (O.'05' .Josée 00** # RENSEIGNEMENTS : 2715, chemin de la Côte Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3TIB6- (514) 739-3223 relations mars 1992 63 relations mars 1992 3,25$ no 578 SOMMAIRE \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\tEejF®j Pjîgl \t\t\tHy \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t NOTRE PROCHAINE SOIREE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Surveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le De-François Morissette ou Pauline Roy: 387-2541\tvoir, le jour même de la rencontre.Le lundi 16 mars 1992, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.mars (février) 1992 Courrier de deuxième classe ; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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