Relations, 1 mai 1992, Mai
[" relations mai 1992 3,25$ no 580 repenser le travail FOR 977003437800005 \u2014-\t__\t,\t, , prernier ministre du Qué- L\u2019État-providence manque de souffle ^ ^mentaire.C\u2019est 3sorte de^désen- réviser des 'déesÆi QUj ont fait leurs preuves.\tle prjx de la abandonner les choix qu.ont\t^\tpauvres vont P^er^ Pf # y eut Il faut maintenant C0™P''\t.économies locales a s ébécojS quoique avec Pd'|xlTenTe0snr^onsUpou^q^^ S»?®Sssss»*- la richesse, ils ont nea\t, ons à un écono- simple minimum vital.\tde sécurité », nous la ^ assurances Cette idée révolutionnaire e^^ Son céièbre Rapp' r re mondiale, a fait emboîta vite le pas.9\tPien choisi son Pe^,r.nomisme, comme I a ment p'0>^0essouN^^®^S^^^eBétand,npréSent du ^mouvement ^Desi^rdin^.relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras ASSISTANT À LA RÉDACTION Dominique Boisvert COMITÉ DE REDACTION Gregory Baum, Jacques Boucher, Joseph Giguère, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Jean-Paul Rouleau, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Jacques Chênevert, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Vivian Labrie BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an) : 22,00$ (TPSinci.) À l\u2019étranger : 26,00$ Abonnement de soutien : 50,00$ Numéro d\u2019enregistrement pour fin de TPS : R119003952 98 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.relations mai 1992 face à l\u2019actualité_ La très longue marche du peuple haïtien Qu\u2019arrive-t-il de l\u2019URSS ?La discussion constitutionnelle HAÏTI des représentants du Parlement haïtien et le Président constitutionnel d\u2019Haïti, le Révérend Jean-Bertrand Aristide, signaient à Washington, le 23 février dernier, un protocole d\u2019accord « en vue de trouver une solution définitive à la crise haïtienne ».Ce protocole a été salué par l\u2019Organisation des états américains et par la plupart des grandes puissances comme un pas significatif vers le rétablissement de l\u2019ordre constitutionnel en Haïti.On peut retenir trois éléments fondamentaux dans ce protocole : 1-\tLa légitimité, la légalité et la constitutionnalité de la présidence de Jean-Bertrand Aristide sont reconnues et le principe de son retour en Haïti est acquis.Cependant, ni la date, ni la procédure de ce retour ne sont fixées.L\u2019embargo économique contre Haiti, décrété par l\u2019OÉA, sera levé non pas après ce retour, mais sitôt l\u2019accord ratifié, et le premier ministre désigné, M.René Théodore, accepté par les Chambres.2-\tUne amnistie est accordée aux auteurs du coup d\u2019État, hormis les criminels de droit commun.Les désaccords quant à l\u2019interprétation de ce point n\u2019ont pas tardé à venir.Dès le lendemain de la signature du protocole, le Président Aristide, qui avait toujours offert l'amnistie aux soldats, indiquait clairement que, pour lui, les généraux à la tête de l\u2019armée d\u2019Haïti sont des criminels de droit commun ! 3-\tLes actes posés par le Parlement haïtien depuis le coup d\u2019État demeurent valides.Qu\u2019en est-il des décisions prises alors que le Parlement se réunissait illégalement, alors qu\u2019il n\u2019y avait même pas quorum, alors que les parlementaires étaient sous la menace des armes ?N\u2019est-ce pas là ouvrir la porte à une véritable légalisation du coup d\u2019État ?Tout ceci indique que ce protocole d\u2019accord est loin de pouvoir constituer une solution définitive à la crise haïtienne.Rappelons que cette crise a déjà fait plus de 2000 morts, des dizaines de milliers de blessés.Près de 25 000 boat people ont été interceptés par les autorités américaines.L\u2019émigration, vers la République dominicaine notamment, a augmenté de façon dramatique.Environ 200 000 personnes ont fui la capitale, Port-au-Prince, pour se réfugier en province.La plupart des organisations populaires ont été durement frappées : leaders assassinés, arrêtés ou obligés de se réfugier dans la clandestinité, matériel pillé ou saccagé, etc.La presse est complètement muselée.Tous les criminels ont été libérés.Le contrôle paramilitaire sur la paysannerie a été rétabli.Tous les efforts d\u2019assainissement des finances publiques et de rationalisation de la gestion gouvernementale ont été anéantis.Les conséquences sur l\u2019économie et l\u2019environnement haïtiens sont incalculables.Les conséquences sociales sont peut-être plus importantes encore.C\u2019est une véritable catastrophe dans ce pays qui comptait déjà comme l\u2019un des plus pauvres au monde ! L\u2019ironie dans tout ceci, c\u2019est que les principales autorités du pouvoir de facto en Haïti sont le Général Raoul Cedras, qui jusque là passait pour un modéré, et le Premier ministre Jean-Jacques Honorât, qui était connu comme responsable d\u2019un organisme de défense des droits et libertés ! « Singulier petit pays » ! Certains n\u2019ont pas manqué de souligner les coïncidences relations mai 1992 99 troublantes entre ce protocole d\u2019accord et un des scénarios prévus par un document secret émanent d\u2019un consultant de l\u2019ambassade américaine à Port-au-Prince et qui avait circulé en Haïti, en octobre dernier.L\u2019ambassadeur américain en Haïti, qui s\u2019est souvent comporté durant cette crise comme un véritable proconsul, est d\u2019ailleurs retourné à Port-au-Prince peu après la signature du protocole, pour en assurer la ratification (il avait été rappelé en consultation à Washington peu avant).À court terme, il semble donc qu\u2019il n\u2019y aura pas d\u2019expérience haïtienne de développement, qu\u2019il n\u2019y aura pas de modèle original.Ainsi semble en avoir décidé le nouvel ordre mondial complètement dominé par une grande puissance militaire, assez forte aujour- d\u2019hui pour asservir à ses fins les grandes institutions internationales comme l\u2019ONU et l\u2019OÉA.Sur le terrain, il reste à mener une véritable guerre de tranchées et de tenter de reconquérir, pouce par pouce, un minimum d\u2019espace démocratique et le rétablissement des libertés fondamentales, afin de faire intervenir dans la dynamique sociale d\u2019autres forces que la seule violence des armes.La solidarité internationale demeure plus que jamais indispensable pour accompagner le peuple haïtien dans sa longue marche.¦ Jean-Claude Icart DE L\u2019URSS À L\u2019EX-URSS aujourd\u2019hui, après plusieurs décennies d\u2019autoritarisme, la Russie et toute l\u2019ex-URSS sont entrées dans une période de pluralisme.La participation des groupes sociaux à la vie politique de ce pays n\u2019est plus ce qu\u2019elle était.Les intérêts différents des gens s\u2019expriment et ils sont dorénavant pris en considération.On ne demande plus au citoyen de proclamer uniquement sa loyauté au système.Comment caractériser cette évolution ?Durant ces dernières années, l\u2019ex-URSS est passée au stade de société démocratique en un temps record.La liberté de pensée et d\u2019expression y a atteint un seuil jamais vu dans le passé.Sous Gorbatchev, le pluralisme dans ce pays a même dépassé en ampleur ce qu\u2019on connaît dans nos sociétés occidentales : le mouvement syndical n\u2019a jamais été aussi actif et combatif.Le pouvoir a été peu répressif depuis plus d\u2019un an.Aucune grève, aucune manifestation n\u2019ont été réprimées par la violence.Les Russes, suspectés d\u2019autoritarisme, dont on a tant douté des aspirations démocratiques, ont fait preuve d\u2019une grande tolérance vis-à-vis les autres nationalités.Jusqu\u2019en août 1991, une alternative au despotisme existait et prédominait, celle de la démocratisation du parti communiste.Ce dernier a fait des efforts méritoires pour se restructurer, pour se réformer.Il a lancé la perestroïka et la glasnost.Mais ces efforts n\u2019ont pas suffi.Le parti n\u2019a pas su saisir la chance historique qui s\u2019offrait à lui.C\u2019est que la majorité de ses dirigeants ne veulent pas vraiment de la démocratie, mais visent des réformes limitées.Le putsch d\u2019août 1991 a montré que les bureaucrates à la direction du parti n\u2019ont d\u2019autre ambition que de conserver leur pouvoir et leurs privilèges.Cet égoïsme leur a peut-être été fatal.Maintenant, chaque jour, les mass media révèlent de nouveaux abus de l\u2019appareil du parti, ses machinations et ses scandales.Cette organisation, aux yeux d\u2019une majorité de la population, est devenue incapable moralement et politiquement de se rénover.Mais la nomenclatura n\u2019a pas jeté la serviette.Elle dispose d\u2019une étonnante force d\u2019adaptation.La veille du 7 novembre 1991, anniversaire de la révolution soviétique, un décret de Boris Eltsine a mis hors la loi ce parti communiste.Mais ce décret ne dit pas tout.La carte dirigeante s\u2019en tire pas mal, merci.Les membres de l\u2019appareil de direction se sont recyclés dans les nouvelles structures de pouvoir.Hier, ils servaient les dirigeants communistes, aujourd\u2019hui, ils entourent Eltsine, le conseillent et appliquent ses directives.Ils apportent dans les postes clés qu\u2019ils détiennent actuellement leur moralité peu élevée, leur autoritarisme et leur biais pour la combine.Ce pluralisme renferme des aspects négatifs.Les discussions théoriques incessantes qui se déroulent à l\u2019intérieur de nombreux partis politiques nés de la glasnost intéressent peu le peuple.Certains de ces partis défendent des thèses extrémistes.Il en est qui promeuvent le racisme.Ces organisations sont souvent traversées par des divisions et ne se rejoignent pas pour un consensus.En particulier, sur la question des nationalités, le compromis est difficile à atteindre.C\u2019est ici que les affrontements ont été le plus âpres.L\u2019effondrement du totalitarisme a ouvert la voie à une flambée de violence dans certaines républiques.Cette tendance a atteint son apogée dans le Caucase : Azeris-Arméniens, Ossètes-Géorgiens.La démocratisation a parfois engendré son contraire.Deux révolutions ont été menées de front : une contre le totalitarisme, l\u2019autre contre l\u2019empire.Que cette seconde révolution conduise à des excès, faut-il s\u2019en étonner ?La culture politique de ces peuples et de ces élites est imbue de plusieurs années d\u2019exercice arbitraire du pouvoir.Ceux-ci ont été habitués et socialisés à des solutions de force, à écraser leur interlocuteur, à étouffer le pluralisme.Certaines de ces nations moins que d\u2019autres.On pense évidemment aux Baltes, entrés sur le tard dans la région soviétique et pour cela moins soviétisés.Aussi dans ces républiques, la transition vers la souveraineté s\u2019est effectuée presque sans violence et sans racisme.La marche vers la souveraineté dans l\u2019ex-URSS apparaît comme un mouvement éminemment positif.Ces peuples se sont enfin vu accorder le droit à l\u2019autodétermination.Seul le temps parviendra à apprendre à ces nations à coexister dans le respect de l\u2019autre.Mais ce ne sera pas facile.Dans la plupart des quinze républiques fédérées, existent des minorités importantes qui aspirent aussi à se séparer.Où commence et où s\u2019arrête le droit à la sécession ?Une autre caractéristique de cette évolution de l\u2019URSS est la fascination par le modèle américain.La situation politique a changé pour le mieux, malgré tout, dans l\u2019ex-URSS.Malheureusement, des progrès n'ont pas été réalisés dans le champ de l\u2019économie, bien au contraire.Un sondage réalisé récemment à Moscou montrait que l\u2019opinion publique veut emprunter la voie 100 relations mai 1992 de l\u2019Occident, c\u2019est-à-dire se doter d\u2019un système politique pluraliste et d\u2019une économie de marché et privée.Le modèle : les États-Unis.Ce dernier pays est admiré ici comme nulle part ailleurs dans le monde.On peut le comprendre : jamais les USA n\u2019ont envahi ce pays et, d\u2019autre part, il y a l\u2019attrait du fruit défendu (ce pays a été longtemps interdit pour le peuple).Cette tendance est aussi à déplorer.Elle charrie beaucoup d\u2019illusions et de naïveté.Elle est partagée par les chefs du pays, à commencer par Eltsine qui est revenu de son voyage aux États-Unis entiché du mode de vie américain.Depuis, on ne jure que par la privatisation.Les manuels de marketing et le dictionnaire russe-américain sont les plus à la mode parmi les publications, par les temps qui courent.Les vertus du marché sont censées amener la Russie sur le sentier de la prospérité.Jusqu\u2019à maintenant, les politiques du nouveau gouvernement n\u2019ont pas apporté les résultats escomptés.Depuis la « libération » des prix, les produits se vendent souvent de cinq à dix fois plus cher, alors que les salaires ont souvent atteint à peine le double.On veut quitter le socialisme, mais on hésite en même temps.Le Kremlin fait la cour aux capitaux occidentaux, mais il interdit aussi aux étrangers d\u2019acheter tout terrain ou toute propriété.On veut du marché, mais on continue de subventionner certains produits de base, comme le pain et le lait, pour les rendre accessibles aux Soviétiques de condition modeste.Les discours sont à la rentabilisation, mais on refuse de fermer des usines soi-disant improductives, à cause des millions de chômeurs que cette politique engendrerait.C\u2019est que le peuple est attaché à l\u2019État-providence, si déformé était-il sous le régime soviétique.Les Russes ne veulent plus du régime soviétique, mais ils ne sont pas prêts à effectuer le grand saut vers le capitalisme.Au cours des prochains mois, l\u2019agitation sociale sera à la hausse sans que le statut matériel des gens ne puisse s\u2019améliorer.Bush pourra-t-il venir DEUX POINTS DE deux points de vue différents, comme ceux du Québec et du reste du Canada sur le fédéralisme désirable, peuvent devenir compatibles ou radicalement incompatibles, selon qu\u2019on accepte ou non, d\u2019entrée de jeu, de renoncer à ce qui évacuerait purement le point de vue de l\u2019autre.La tendance naturelle, et stérile, est de s\u2019entêter à croire contre toute vraisemblance, que l\u2019autre finira par se ranger à son point de vue.Et le moyen le plus sûr est de se mandater pour décider à la place de l\u2019autre de ce qu\u2019il veut, de ce qu\u2019il devrait vouloir, de ce dont il a besoin pour être satisfait.Derrière les protestations, cela revient à laisser entendre : je respecte ton point de vue, à condition que tu en viennes à le considérer comme moi, je le considère.Le reste du Canada veut maintenir un gouvernement central fort, avec sensiblement les mêmes champs de juridiction qu\u2019il a maintenant.Le Québec souhaite un transfert important de juridictions fédérales, au moins à une province, tout en admettant le droit pour toutes les autres provinces d\u2019en faire autant.En d\u2019autres mots, et il le répète en clair, à la lumière de l\u2019expérience antérieure, il juge nécessaire un statut qui deviendra particulier si les autres provinces ne veulent pas user de leur droit pour avoir l\u2019équivalent.Quand les autres provinces refusent d\u2019exercer ce droit, refusent même qu\u2019on le leur concède, parce que cela va à l\u2019encontre de leur conception du fédéralisme, elles ont droit de le faire.Mais quand elles refusent tout statut particulier - suite à au secours de son grand frère ?Une aide est accordée, mais elle ne saurait suffire pour mettre fin à la pénurie alimentaire, loin de là.Nous avons affaire ici, ne l\u2019oublions pas, à une population d\u2019environ 290 millions.Tous ne sont pas d\u2019accord avec cet engouement pour la consommation.Les plus forts de ces courants d\u2019opposition se situent à droite.Ils ont la cote de popularité chez les jeunes et les intellectuels et sont appelés, en général, les sociaux-chrétiens.Leur maître à penser est Soljénitsyne ; leurs valeurs et leur éthique sont puisées dans la religion orthodoxe.Ils sont hostiles à l\u2019Occident qui s\u2019identifie pour eux au matérialisme, à la pollution (par l\u2019industrialisation), à la pornographie et à la mainmise étrangère sur les ressources de la Russie.Ils préconisent une vie frugale, de préférence dans les campagnes, et le maintien de la Russie comme grande puissance, ce qui implique l\u2019existence d\u2019une imposante armée.L\u2019alternative à la Soljénitsyne, malgré des aspects positifs, ne saurait offrir une issue viable pour la Russie.Il faudra plutôt regarder à gauche pour trouver les solutions dont le pays a besoin.Les organisations de gauche ont à coeur la défense et la bonification des droits sociaux.Cependant, elles sont déconsidérées devant l\u2019intelligentsia parce qu\u2019elles représentent une idéologie dont se réclamaient ceux qui ont usurpé le pouvoir dans ce pays pendant si longtemps.Seulement le temps, beaucoup de temps, une nouvelle génération de femmes et d\u2019hommes de gauche, et l\u2019élaboration d\u2019un socialisme à visage humain, pourront venir à bout de ce mur de méfiance.¦ Luc Duhamel et Vitali V.Lhuravlev L.D.est soviétologue, attaché à l\u2019Université de Montréal ; V.V.L.est directeur de la section de politologie, à l\u2019Institut Molodkj de Moscou.VUE, ÇA TROMPE leur propre choix - il faut reconnaître que c\u2019est vouloir évacuer l\u2019autre point de vue.Quand l\u2019un répète : il faut d\u2019abord sauver l\u2019unité du Canada et que l\u2019autre insiste : je veux d\u2019abord savoir si j\u2019ai ma place, pas celle qu\u2019on m\u2019offre, dans le Canada de demain, ce sont là deux points de vue incompatibles, et chacun doit être prêt à accepter les conséquences de sa décision.Il y a une façon de concilier les deux points de vue : réduire à une seule province le statut qu\u2019on juge néfaste s\u2019il était étendu à l\u2019ensemble du pays.On peut refuser cette solution.Mais il devient clair alors que le reste du Canada refuse le pays moins centralisé que le Québec accepterait, et veut a tout prix un pays qui ressemble beaucoup à l\u2019ancien, dont le Québec ne veut pas du tout.Il faut reconnaître alors que le reste du Canada, quoi qu\u2019il en dise, ne tient pas plus que le Québec à l\u2019unité du pays.Et cesser le chantage qui veut laisser croire que c\u2019est le Québec qui vise à faire éclater le pays.Bref, choisir ce qu\u2019on croit le meilleur, mais n\u2019en pas reporter la responsabilité sur les autres.Tout le reste, procès d\u2019intentions, accusations, reproches, injures pétaradantes comme celles de M.Mordecai Richler, n\u2019est que rêve attardé, incapacité émotive d\u2019accepter le réel, et conduit à méconnaître ou à déformer grossièrement une expérience commune qui a eu ses avantages et ses inconvénients.¦ Roger Marcotte relations mai 1992 101 C\u2019est à l\u2019île de Gorée, au Sénégal, le 22 février dernier, que Jean-Paul II a demandé pardon à toute l\u2019Afrique pour le commerce des esclaves, ce « crime énorme commis par l\u2019homme contre l\u2019homme et contre Dieu.».Gorée, au large de Dakar, c\u2019était la porte de l\u2019enfer d\u2019où partaient les esclaves vers l\u2019Amérique.Ce fléau de l\u2019esclavage a décimé l\u2019Afrique pour servir les intérêts des Amériques par Européens interposés, atteignant au moins dix millions d\u2019individus entre le XVIe et le XIXe siècle, selon des historiens occidentaux, et un nombre bien supérieur selon leurs homologues africains ou afro-américains.CJeune Afrique) L\u2019agression sexuelle est un mal qui atteint encore trop d\u2019enfants (10 % des garçons et 18 % des filles) et on est loin de la tolérance zéro.Ensemble affrontons le problème, déclare Mgr Roger Ebacher, président du comité spécial de la CÉCC qui a publié, en mars, un document d\u2019animation à l\u2019intention des groupes intitulé « Comme une brisure.Les agressions sexuelles contre les enfants dans l\u2019Église et la société ».Cette brochure attrayante de 60 pages contient les définitions utiles et de larges extraits de certaines études, comme le Rapport Winter sur les agressions sexuelles, jusqu\u2019ici difficilement accessible au public francophone.On peut en obtenir des copies au Service des éditions, CÉCC, 90 avenue Parent, Ottawa KIN 7B1.« Il n\u2019y a pas de territoire condamné, il n\u2019y a que des territoires sans projet.» Ce pourrait être la devise de « Solidarité rurale » au Québec.C\u2019est aussi l\u2019esprit qui règne au CRIDEL, le Centre de rencontres et d\u2019initiatives pour le développement local, situé au 48, rue Albert à Paris (13e), qui fut fondé en 1989 à l\u2019intention de tous les acteurs du développement local.L\u2019organisme s\u2019est donné quatre missions : la rencontre et la réflexion, l\u2019appui méthodologique, l\u2019information et la médiation, en vue d\u2019apporter un soutien concret à toutes les initiatives locales.Un service de télématique (par minitel) consolidera bientôt l\u2019action du CRIDEL.(Témoignage chrétien) Les coopérants outre-mer sont-ils des marionnettes aux mains des géopoliticiens ?Exercent-ils quelque influence positive sur les politiques et les programmes de développement ?Comment fonctionnent les campagnes de financement qui sollicitent nos dons en faveur de projets dans les pays du tiers monde ?Voilà quelques-unes des questions abordées dans le numéro spécial de février que la revue The New Internationalist, sous le titre « Changing Charity », consacre à OXFAM, un organisme international qui célèbre son cinquantième anniversaire d\u2019existence.On peut s\u2019abonner à ce magazine coopératif, qui publie analyses et reportages sur des questions de justice sociale, au coût annuel de 44,94$, au 35 Riviera Drive, Unit 17, Markham, Ont.L3R 8N4.Quel est l\u2019avenir des politiques sociales ou, plus précisément, du « Welfare State » ?Cette question était au centre d\u2019un débat organisé par « Church Action on Poverty », en février à la Chambre des Communes de Londres, pour souligner le 50e anniversaire du célèbre Rapport Beveridge sur les assurances sociales et services connexes.Au terme des échanges entre des représentants politiques appelés à exprimer l\u2019orientation de leur parti, il n\u2019est pas sûr qu\u2019au-delà des déclarations d\u2019intention, l\u2019élimination de la misère et de la pauvreté fasse encore partie des objectifs prioritaires des diverses formations politiques.Qu\u2019en serait-il si nous organisions semblable débat sur les programmes canadiens de sécurité sociale qui furent également inspirés par Lord Beveridge ?(The Tablet) Une offensive armée contre des rebelles appartenant à des minorités ethniques a obligé 8000 personnes de la Birmanie à s\u2019enfuir vers la Thaïlande, au début de 1992.Le nombre des exilés y atteint maintenant 65000, depuis que le gouvernement militaire du général Ne Win a refusé de céder le pouvoir à la Ligue nationale démocratique qui avait remporté une victoire aux élections de 1990.La violation de droits humains avait déjà provoqué l\u2019exode de 145000 Birmans vers le Bangladesh.Ce même gouvernement continue de tenir en résidence surveillée madame Aung Suu Kye, prix Nobel de la paix et leader de l\u2019opposition.(Burma Update) À l\u2019ère du pluralisme et de te concurrence, il faut savoir montrer ses couleurs.Aux États-Unis, les revues catholiques s\u2019affichent toutes ensemble, pour permettre à un large public de les connaître et de faire un choix.Elles sont 31 à participer à une publicité conjointe que diffusait l\u2019édition du 29 février de l\u2019hebdomadaire jésuite America, qui a atteint plus de 80 ans de publication (et qui a inspiré les fondateurs de Relations).On n\u2019y retrouve cependant pas le National Catholic Reporter, journal hebdomadaire (de septembre à mai), particulièrement attentif aux mouvements sociaux et ecclésiaux engagés aux États-Unis et en Amérique latine.102 relations mai 1992 DOSSIER repenser le travail\u2014 Les temps modernes, de Charlie Chaplin relations mai 1992 REPENSER LE TRAVAIL par Jacques Boucher1 Cest un fait que le travail avait perdu de l'intérêt dans les préoccupations sociales.À l\u2019exception de quelques nouvelles technologies, il semblait que tout y était figé, inchangeable.Y compris les syndicats, qui ressassaient toujours les mêmes revendications et n\u2019arrivaient pas à étendre leur protection au-delà des grandes entreprises et des services publics.D\u2019ailleurs, pourquoi prêter attention au travail, qui par nature semblait ne devoir être qu\u2019abrutissant, contraignant, aliénant, une activité qu\u2019on ne pouvait accomplir qu\u2019à la sueur de son front ?L\u2019expression, la créativité, le renouveau social ne pouvaient venir qu\u2019en dehors du travail.De toute façon, n\u2019étions-nous pas en train de passer à la société des loisirs pour les uns, postindustrielle pour les autres ?Mais le chômage et le travail précaire pour un si grand nombre ont fait cruellement ressortir que, malgré tout, le travail salarié demeure la préférence face au « temps libre », pour des gens sans ressources.De plus, nous assistons à un redéploiement industriel, avec une redistribution internationale des secteurs de production, la relocalisation au Sud d\u2019entreprises à haute densité de main-d\u2019oeu-vre, la course à des types de production à haute densité technologique pour les pays du Nord, l\u2019application des critères de production de masse aux activités du tertiaire, y compris à la culture (« industrie culturelle »), etc.Et pendant ce temps, on oubliait que les salariés eux-mêmes résistaient de plus en plus radicalement à l\u2019abrutissement du travail, au point d\u2019enrayer la belle machine productive de l\u2019après-guerre et de contribuer à l\u2019accélération de la crise que nous connaissons depuis le début des années 1970.Et si le travail pouvait changer, changer en bien, se démocratiser et entraîner un changement social ?Curieusement, ce sont les directions d\u2019entreprises et les écoles d\u2019administration (« management ») qui ont d\u2019abord exploré de nouveaux possibles dans la façon de vivre le travail et de l\u2019organiser.Dans bien des cas, pour raffermir ou raffiner les contrôles sur le travail.Dans d\u2019autres cas, cependant, avec des ouvertures pour une véritable participation des salariés à la bonne marche de leurs activités.Ensuite, on a vu les syndicats s\u2019y intéresser, avec réticence et fin de non-recevoir au point de départ, puis en distinguant les types d\u2019expériences et finalement en allant même jusqu\u2019à prendre carrément l\u2019initiative du renouvellement de l\u2019organisation du travail, dans certains cas.Notre dossier Les rapports qui se vivent sur le lieu même du travail sont trop importants et socialement lourds de conséquences pour qu\u2019on laisse cette question entre les seules mains de techniciens du management ou de l\u2019ingénierie.Non seulement les sciences sociales doivent-elles s\u2019engager dans l\u2019étude des changements dans le travail, mais aucune organisation ni aucune personne soucieuse d\u2019éthique, de justice sociale et de démocratie ne peuvent éviter les questions qui s\u2019y posent.Aussi, le présent dossier de Relations cherche-t-il à y apporter une contribution, si modeste soit-elle, en précisant certaines de ces questions à l\u2019intérieur d\u2019un chantier d\u2019investigation très vaste, où il a fallu limiter notre curiosité.Tout d\u2019abord, les deux concepts les plus sérieusement mis de l\u2019avant sur la scène de la gestion du travail, ces dernières années au Québec, soit la « culture d\u2019entreprise » et la « qualité totale », sont expliqués et brièvement situés dans les rapports entre les directions d\u2019entreprises et les salariés.Dans un dernier article, on pourra voir comment, historiquement, le travail a évolué d\u2019un modèle hiérarchique, caractérisé par l\u2019exclusion des travailleurs, vers la crise de ce modèle et l\u2019émergence d\u2019alternatives plus ou moins contradictoires, dont certaines apparaissent plus intéressantes, comme c\u2019est le cas à General Motors de Boisbriand.Ces deux contributions nous viennent de quatre chercheurs du Collectif de recherche sur les innovations sociales dans les entreprises et les syndicats (CRISES).Deux autres textes nous arrivent de l\u2019intérieur même du monde syndical, comme des témoignages de change- ment de stratégie.Dans le cas de la CSN, l\u2019implication dans des changements de l\u2019organisation du travail et l\u2019attention à certaines conditions et valeurs de justice, de respect et de démocratie, apparaissent comme une nécessité pour la poursuite de sa mission.Pour la FTQ aussi, la démocratisation des lieux du travail se situe dans la continuité de son action, et les nouvelles attitudes plus communicatives entre patrons et travailleurs y tendent, tout comme l\u2019expérience du Fonds de solidarité.Le présent dossier, dans la limite des quelques pages qui nous ont été allouées, se confine essentiellement à la démocratisation du travail, donc aux rapports sociaux qui s\u2019y vivent, et cela dans les entreprises.Ce choix est motivé par le fait que les innovations dans le travail se passent à peu près exclusivement dans ces dernières.En effet, au cours des vingt dernières années, la rationalisation des dépenses dans les services publics a plutôt provoqué l\u2019application des pratiques traditionnelles de gestion des entreprises : contrôle technocratique par les cadres sur le travail professionnel, découpage des tâches, utilisation du travail précaire, etc.Cette stratégie a entraîné une certaine « déprofessionnalisation » du travail dans le secteur public et a suscité une importante insatisfaction des employés dans les établissements.Voilà ce qui explique en bonne partie le scepticisme de la plupart des syndicats du secteur public face à des stratégies plus ouvertes à la coopération avec les directions ; car celles-ci, contrairement à ce qui se passe dans les entreprises, n\u2019ont pas encore senti, pour la plupart, la nécessité de remettre en cause leur attitude autoritaire.En plus des rapports de travail, on doit aussi tenir compte du rapport à la population qui interfère directement dans la prestation des services.Ce secteur pose donc des questions différentes, auxquelles il faudra bien s\u2019attaquer dans un dossier ultérieur.¦ 1.Membre du comité de rédaction de Relations, Jacques Boucher est étudiant au doctorat en sociologie et chargé de cours, à l\u2019UQAM.104 relations mai 1992 CULTURE D\u2019ENTREPRISE ET QUALITÉ TOTALE par Normand Pépin et Rachid Bagaoui1 ***\u2022¦.Travailleurs et patrons ont mis en cause le modèle taylorien : user ses bras à l\u2019ouvrage en laissant sa tête au vestiaire.La créativité et le savoir-faire des employés feront de l\u2019entreprise une « société distincte » Parler du monde du travail était chose relativement simple, jusqu\u2019au début des années 70.En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre, il existait un modèle dominant, presque unique, d\u2019organisation du travail, le taylorisme.On appelait également ce modèle « organisation scientifique du travail », pour désigner sa propension à tout calculer, jusqu\u2019au geste en apparence banal de prendre un outil entre ses doigts.C\u2019était le règne de la mesure des temps et mouvements, du calcul rationnel du geste le plus économe en temps 1.\tCes deux auteurs sont étudiants au doctorat en sociologie, et membres du groupe de recherche CRISES.2.\tOmar Aktouf, « le symbolisme et la culture d\u2019entreprise : des abus conceptuels aux leçons du terrain », dans Jean-François Chanlat (dir.), L'individu et l'organisation : les dimensions oubliées, Québec et Paris, PUL et ESKA, 1990.de production ; c\u2019est ce que l\u2019on a appelé, en sociologie du travail, la recherche du one best way.Loin d\u2019être purement scientifique, cette méthode (qui est loin d\u2019être morte) visait surtout à séparer la conception et l\u2019exécution du travail de la manière la plus étanche possible, en faisant de la conception la propriété exclusive des patrons et de leurs bureaux de méthode ; aux travailleurs ne devait rester, idéalement, que l\u2019exécution pure des consignes édictées par d\u2019autres.Ainsi, par une définition tatillonne des tâches, les ingénieurs de production imposaient une façon de faire aux travailleurs qui assurait une productivité en hausse quasi perpétuelle, la quantité étant ici beaucoup plus importante que la qualité puisqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un monde de production de masse, orienté vers une consommation de masse peu diversifiée.En recherchant une obéissance stricte aux consignes, on voulait clairement et consciemment exclure les savoir-faire ou- vriers des ateliers, savoir-faire faits de tours de main, de trucs du métier, d\u2019habiletés développées au fil des mois sur l\u2019établi, et de ce fait peu décomposables en gestes simples, difficiles à standardiser.On préférait donc les ignorer, les tenir pour inexistants, ou en tout cas insignifiants, dans la bonne marche des opérations.Ravalés au rôle d\u2019exécutants par l\u2019organisation scientifique du travail, mais se refusant de n\u2019être que ça, les travailleurs n\u2019avaient alors d\u2019autre lieu d\u2019expression que leur syndicat ; dans un tel modèle d\u2019organisation du travail, les deux mondes tendaient de plus en plus à s\u2019exclure mutuellement : les identités étaient clairement découpées entre « eux » et « nous », peu importe le côté de la barrière où l\u2019on se trouvait.Il existait toujours un « eux », les patrons pour les travailleurs, les travailleurs pour les patrons.Il s\u2019agissait alors d\u2019un référent presque incontournable (voir à ce sujet les travaux d\u2019Omar Aktouf2, professeur aux HEC de relations mai 1992 105 Montréal).Dans cette perspective, l\u2019acte de grève, loin de n\u2019être qu'un acte de revendication économique, était avant tout un acte identitaire pour les travailleurs, une occasion de se retrouver entre « nous ».Or, depuis le début des années 80, ce modèle taylorien est remis sérieusement en cause, tant par les travailleurs que par les patrons.Ce renversement de paradigme, de perspective sur le travail, découle principalement de deux choses : le refus de plus en plus évident des travailleurs de n'user que de leurs bras au travail, en laissant leur tête au vestiaire, et la nécessité pour les dirigeants d\u2019entreprise de s\u2019orienter vers une production dorénavant beaucoup plus personnalisée, pour répondre à une demande elle-même très diversifiée ; car les consommateurs ne se contentent plus de produits standardisés qui souvent répondent mal à leurs besoins.Comme le dit si bien Benjamin Coriat dans son dernier livre3, il faut désormais « penser à l\u2019envers » : laissons la créativité, l\u2019irrationnel, les savoir-faire des travailleurs s\u2019exprimer dans leur travail et misons davantage sur la qualité des produits, quitte à y sacrifier un peu la quantité.Il va donc sans dire que les figures les plus importantes de ce nouveau paradigme sont la culture d\u2019entreprise et la qualité totale, deux concepts qui ne pouvaient pleinement s\u2019affirmer qu\u2019après que le modèle rationnel taylorien ait clairement montré ses limites et ses effets contre-productifs.La culture d\u2019entreprise Devenue populaire comme concept au début des années 80, la culture d\u2019entreprise n\u2019en existait pas moins depuis toujours dans les ateliers et les bureaux, tout simplement parce que la culture est quelque chose d\u2019inhérent, de concomitant de tout groupe de gens travaillant ensemble.Même si le taylorisme tentait de l\u2019exclure de son mieux des milieux de travail, la culture subsistait par la voie de l\u2019implication paradoxale des ouvriers dans leur travail.Car il est faux de prétendre que les travailleurs ne s\u2019impliquaient pas dans leur travail ; en réalité, cette implication ne se faisait pas comme les patrons l\u2019auraient voulu : les travailleurs ne respectaient pas les consignes strictes, ils en faisaient toujours un peu plus que ce qui leur était demandé, ou iis faisaient les choses différemment de ce qui leur était prescrit, tout ça, comme pour démontrer l\u2019inefficacité d\u2019une orga- nisation censée tout prévoir et pour s\u2019affirmer comme être humain à part entière dans la production.On comprendra donc que la définition ici retenue de culture d\u2019entreprise ne fait pas référence à un système de valeurs, mais à un système de représentations auquel les gens adhèrent plus ou moins.C\u2019est ce système qui assure l\u2019intégration des individus à l\u2019entreprise, sans oublier bien sûr le système de rémunération.Comprise ainsi, l\u2019intégration, dans le taylorisme, se fait par les consignes, les règles, les work rules.On tente désespérément de refouler, d\u2019expulser la culture hors des ateliers et des bureaux.Il n\u2019y a pas que les ouvriers qui ne veulent plus de ce mode d\u2019intégration à l\u2019entreprise (la carotte-salaire et le bâton-mesure disciplinaire) ; les patrons aussi commencent à vouloir autre chose.Le succès du livre de Peters et Waterman, Le prix de l\u2019excellence4, qui s\u2019est vendu à plusieurs millions d\u2019exemplaires, a montré que cette nouvelle préoccupation a gagné avec force les cercles managériaux.Pour les deux consultants, l\u2019entreprise est un lieu de cohésion, d\u2019intégration, de coups fumants, de coups aventureux, tout ça dans le but de produire avec le moins d\u2019aléas possibles, pour répondre au mieux à la demande du marché.Un discours que les patrons ont accueilli à bras ouverts, fatigués qu\u2019ils étaient de ne voir leur entreprise définie que par les luttes de pouvoir, par les luttes sociales qui s\u2019y déroulent.C\u2019est donc l\u2019éden retrouvé pour les patrons.Les nouveaux conquérants Mais ne nous y trompons pas ! Le courant dominant de la culture d\u2019entreprise ne s\u2019adresse qu\u2019aux dirigeants d\u2019entreprise (patrons et hauts cadres), comme s\u2019ils pouvaient créer, de leur seule décision consciente et volontaire, les valeurs auxquelles tout le monde devra adhérer.En présentant ainsi les choses, le courant dominant instaure le dirigeant comme le véritable - voire le seul et unique - démiurge de son entreprise.Non seulement est-il apte à en contrôler la structure et la stratégie, mais il crée lui-même les valeurs culturelles auxquelles l\u2019ensemble des employés n\u2019ont qu\u2019à s\u2019identifier.Cette façon de voir la culture permet aussi que tout redevienne possible pour le dirigeant : reprendre le contrôle de son entreprise, la reconquérir, et par la suite reconquérir les marchés perdus, puisque seule la gouverne du dirigeant apporte la vision nécessaire à un tel défi.Celui-ci se doit donc de dominer tant son environnement naturel que son environnement social.Il redevient donc le cowboy partant à la conquête du Far-West pour imposer la marque de l\u2019homme - et pas n\u2019importe lequel, mais celui qui a su agir sur les valeurs partagées - sur un territoire vierge : ses employés incultes.Cette allégorie du western n\u2019est d\u2019ailleurs probablement pas étrangère au succès qu\u2019ont connu les « best-sellers » de la gestion, particulièrement aux États-Unis.La conquête des marchés à travers le courant dominant n\u2019a donc rien de sorcier et ne dépend plus d\u2019une sombre culture japonaise prônant la cohésion sociale.Elle dépend plus prosaïquement d\u2019une culture d\u2019entreprise que les managers sont à même de contrôler, ou plutôt se doivent de contrôler, pour pouvoir prétendre au statut de l\u2019excellence.Cette conception vient alimenter le désir de relever le défi de la concurrence japonaise, qui a tant mis à mal l\u2019empire américain ; surtout, elle vient dire aux dirigeants occidentaux que leur rôle est encore plus essentiel qu\u2019ils ne le croyaient à la bonne marche de leur entreprise.La vie en entreprise passe de l\u2019enfer de l\u2019exploitation capitaliste à un quasi-paradis terrestre ; l\u2019entreprise devient l\u2019acteur social primordial, remplaçant carrément la famille - en phase d\u2019effondrement -comme lieu premier de socialisation des individus.Il nous faut maintenant tenter de caractériser succinctement la nouvelle culture d\u2019entreprise telle que décrite par Le prix de l\u2019excellence.L\u2019intégration à l\u2019entreprise ne se fait plus par le respect des règles, mais par l\u2019adhésion aux objectifs, au projet d\u2019entreprise (par exemple, il peut s\u2019agir de mettre l\u2019emphase sur le service à la clientèle ou de changer totalement de ligne de production) en outrepassant les descriptions trop strictes des tâches et des postes de travail.Il s\u2019agit donc d\u2019un renversement de tendances fondamental, puisque l\u2019on reconnaît maintenant que les travailleurs doivent « désobéir », s\u2019impliquer dans leur travail avec tout leur être, rationnel comme irra- 3.\tBenjamin Coriat, Penser à l\u2019envers, Paris, Christian Bourgois, 1991.4.\tJ.Peters et R.H.Waterman, jr, Le Prix de l\u2019Excellence, Les secrets des meilleures entreprises, Paris, Inter Éditions.106 relations mai 1992 Edward Deming, conseiller boudé par les Américains, écouté des Japonais, plaçait depuis longtemps la qualité des produits au centre des rapports clients-entreprise-fournisseurs.tionnel, objectif comme subjectif, avec leur créativité, leurs savoir-faire maintenant reconnus, du moins partiellement.De plus, cette implication est jugée essentielle à l\u2019amélioration de la compétitivité de l'entreprise, alors qu\u2019avec le taylorisme, le seul apport des ouvriers était de se conformer en tout point aux directives émanant des études dites scientifiques des postes de travail.Enfin, précisons que parler de culture d\u2019entreprise n\u2019implique pas en soi la manipulation ; c\u2019est le type de définition du projet d\u2019entreprise, de même que le type d\u2019adhésion recherché à ce projet qui peuvent être manipulateurs.Les dirigeants sont-ils les seuls acteurs considérés dans cette démarche ou, au contraire, l\u2019ensemble des acteurs (les dirigeants comme les travailleurs et leur syndicat, s\u2019il y a lieu) est-il pris en considération ?Voilà qui fait la différence entre une culture téléguidée et une culture partagée, entre un gadget et un projet réussi.Voyons maintenant les rapprochements qui existent entre la culture d\u2019entreprise et la qualité totale, le second concept ayant succédé au premier dans les cercles managériaux du Québec, au début des années 90.La qualité totale Pour la petite entreprise comme pour la grande, dans le secteur privé comme dans le public, chez les patrons comme chez les syndicats, sans oublier les organismes de recherche, le message est clair : les entreprises doivent se mettre à l\u2019heure de la qualité.Et pour cause : devant l\u2019émergence des nouveaux comportements de consommateurs, marqués plus par la recherche des produits différenciés et de qualité que par le passé, de nouvelles formes de concurrence se font jour entre les entreprises.Les stratégies des entreprises axées jusque-là sur la production de masse, sans égard à la qualité des produits et sans tenir compte des exigences de leurs clients, ont peu de chances aujourd\u2019hui de faire face aux transformations du marché.Combiner moindre coût avec une politique de la qualité totale devient donc pour l\u2019entreprise la condition essentielle de sa pénétration dans le marché.Dans ce contexte, plusieurs entreprises semblent attentives au phénomène de la qualité totale.Mais en quoi consiste cette stratégie ?Comme le con- cept de culture d\u2019entreprise, le concept de qualité totale n\u2019est pas nouveau ; il date des années 50.À cette époque, Edward Deming5 mettait en garde ses compatriotes américains contre le danger de produire des biens de moindre qualité et prêchait l\u2019amélioration de la qualité des produits.Préoccupés par la production de masse, les Américains n\u2019accordaient pas beaucoup d\u2019attention à ses idées.Ils ne découvrirent leur concitoyen que dans les années 80.Dans l\u2019autre hémisphère par contre, les Japonais, réputés alors comme des champions de la mauvaise qualité, ne cessaient de s\u2019intéresser aux idées de Deming.Au fil des ans, ils sont devenus les maîtres incontestés dans le domaine.Ceci fait dire à plusieurs spécialistes que le concept de qualité totale ne représente rien de nouveau : la satisfaction du client était déjà proposée, la gestion participative est prônée depuis longtemps par les théories des organisations, les cercles de qualité sont présents dans la littérature managérielle des années 60 et le contrôle statistique a été mis de l\u2019avant dans les années 60.Mais le concept a tout de même considérablement évolué et semble maintenant intégrer toutes ces dimensions dans une vision globale de l\u2019entreprise.Ainsi, la définition retenue de la qualité fait référence à un processus en trois phases : clients-entreprise-fournisseurs.a) Définie ainsi, la qualité totale renvoie, en premier lieu, à un souci du client, voire à son implication dans le processus de production.Après l\u2019avoir exclu de leur stratégie, de nombreuses entreprises semblent aujourd\u2019hui considérer le client comme un partenaire susceptible de les aider, par ses conseils et ses remarques.La séparation entre production et consommation s\u2019en trouve remise en question.Dans leurs stratégies, des entreprises n\u2019hésitent pas à avoir recours à divers moyens, allant d\u2019un simple sourire, à l\u2019introduction d\u2019un système d\u2019évaluation de la qualité du produit et du service de l\u2019entreprise.La firme Somapro, par exemple, a introduit une postévaluation des services de l\u2019entreprise faite par le client (qualité, échéancier, compétence, etc.).Cela lui a permis de corriger des lacunes dans son système et d\u2019améliorer son image.b) La qualité totale fait aussi référence aux rapports internes de l\u2019entreprise.Ainsi, dans l\u2019entreprise, tout est mis en oeuvre pour fabriquer de bons produits et éviter les reprises de pièces, les retards et les dépenses inutiles.D\u2019un point de vue technique, le processus de la qualité totale dans l\u2019usine comprend plusieurs étapes, qui diffèrent d\u2019une entreprise à une autre et d\u2019un type d\u2019activité à un autre.Mentionnons quelques étapes courantes : 1.Le contrôle des matières premières.À la réception, les marchandises sont évaluées du point de vue de la qualité.Par la suite, le processus de production est également contrôlé par les travailleurs aux divers postes de travail, de sorte que chacun d\u2019entre eux est par rap- relations mai 1992 107 Canapresse/Richard Drew port aux autres tantôt dans la position du client, tantôt dans celle du fournisseur.2.\tLe contrôle de la documentation et des procédures écrites.Ce contrôle touche à la qualité des renseignements nécessaires pour l\u2019acheminement rapide de l\u2019information : rapport sur les non-conformités, mesures correctives envisagées, preuves de réalisation, d\u2019inspection.3.\tL\u2019utilisation d\u2019équipements capables de donner des mesures précises pour évaluer la correction des pièces jugées non conformes aux normes de la qualité.4.\tLa compilation de données statistiques, afin de maintenir un suivi du programme et de corriger les erreurs du système.c) Enfin, la qualité totale fait référence aux rapports entre entreprises.Dans cette perspective, les fournisseurs participent aussi à l\u2019amélioration de la qualité, en développant des outils efficaces qui leur permettent de répondre adéquatement aux spécificités de l\u2019entreprise.Pratt & Withney, par exemple, offre à ses fournisseurs de l\u2019aide concernant l\u2019entraînement aux nouvelles méthodes de qualité, l\u2019amélioration des procédés de travail et même l\u2019élaboration de nouvelles cultures.Et l\u2019entreprise Camco, qui fabrique des appareils ménagers, va jusqu\u2019à implanter la qualité totale en collaboration avec ses 600 fournisseurs, devenus des associés et partenaires à long terme, impliqués dès la conception d\u2019un appareil.Pour que tout cela fonctionne, le travail humain s\u2019énonce plus que jamais comme la condition essentielle à la réussite de la politique de la qualité, comme pour la culture d\u2019entreprise.En effet, les entreprises ont recours de plus en plus à la participation des travailleurs, par le biais notamment des cercles de qualité.Ces cercles se penchent sur les problèmes qui empêchent d\u2019atteindre une meilleure qualité.Dans certains cas, le syndicat est appelé à participer activement dans l\u2019implantation du « programme » de qualité.Il travaille conjointement avec la direction, pour sensibiliser les travailleurs, et veille en même temps à ce que la qualité soit bénéfique à ses membres.Dans certains cas, les entreprises investissent dans la formation sous forme de « programmes de formation », permettant à leurs employés de se perfectionner et de développer de nouvelles connaissances.Outre des dispositions concernant les requalifications des employés prônées par les entreprises, les pouvoirs publics s\u2019apprêtent également à lancer un plan d\u2019action touchant les 169 programmes de formation technique du secondaire, l\u2019élagage de tous les préa- 108 labiés non justifiés en mathématiques et en physique pour l\u2019ensemble des techniques, et un programme visant les dé-crocheurs scolaires.Si la qualité totale fascine des sympathisants de tous les milieux, elle n\u2019a pas encore trouvé son véritable rythme de croisière.Les directions des entreprises ne sont pas gagnées aux concepts de la qualité.Seulement 5 % des entreprises québécoises ont implanté des mécanismes de qualité, même si les coûts de la non-qualité dans les secteurs privé et public atteignent vingt-quatre milliards de Les centrales syndicales vont jusqu\u2019à accepter des réductions d\u2019emplois, des changements technolo- giques, des baisses de salaires.pour implanter la qualité totale.A condition que la situation soit profi- table pour les deux parties.dollars par année.Les pertes se situent entre 15 % et 25 %, en moyenne, et les entreprises québécoises sont moins concurrentielles et voient leur part du marché s\u2019envoler comme de la fumée.De plus, quoi qu\u2019on dise, les entreprises ne misent pas assez sur leur main-d\u2019oeuvre.Sur le plan de la formation, par exemple, les efforts sont encore timides, bien que l\u2019urgence d\u2019investir dans ce domaine ne fasse plus de doute.Une entreprise comme Motorola, qui a quadruplé ses profits en cinq ans (500 millions de dollars entre 1985 et 1989), n\u2019a investi que 50 millions de dollars en formation.À part quelques exceptions, les entreprises qui ont implanté la qualité totale n\u2019ont qu\u2019une idée vague de la démarche.La qualité est encore une affaire des directions ; ils craignent de déléguer des pouvoirs aux travailleurs.Comme pour la culture d\u2019entreprise, les dirigeants se départissent difficilement de leurs droits de gérance hérités du taylorisme.Même le ministre de l\u2019Industrie, du Commerce et de la Technologie, Gérald Tremblay, défenseur ardent de la démarche, ne s\u2019adresse qu\u2019aux employeurs lorsqu\u2019il s\u2019agit de les encourager à prendre le virage de la qualité.Les syndicats et les travailleurs sont ainsi tenus à l\u2019écart du processus et on ne fait appel à eux que pour relations mai 1992 faire le « fric » de l\u2019entreprise.Il n\u2019est pas étonnant d\u2019ailleurs que, lorsque le programme de la qualité totale échoue, le syndicat soit le premier mis en accusation par la direction, sous prétexte qu\u2019il n\u2019a pas voulu adhérer aux objectifs de la démarche.Or, la réalité est tout autre.Les centrales syndicales adhèrent à la démarche et vont même jusqu\u2019à accepter des réductions d\u2019emplois, des changements technologiques, des baisses de salaires et des modifications des conventions collectives pour implanter la qualité totale, à condition bien sûr que la situation soit profitable pour les deux parties.Dans certains cas, les syndicats sont même les initiateurs de l\u2019expérience.Cependant, les centrales veulent que les travailleurs et les travailleuses participent pleinement et à part égale à la démarche, au lieu d\u2019être de simples marionnettes qu\u2019on cherche à adapter au programme.Une des entreprises que nous avons étudiée, l\u2019usine de Rockville6, laisse voir comment, grâce à son acharnement, le syndicat a réussi à s\u2019impliquer dans la qualité totale dès le début du processus.Il a réussi à questionner certains droits de gérance tels que les changements technologiques ou la division du travail, en favorisant la remontée d\u2019un flux d\u2019informations vers les départements jugés compétents.De plus, le syndicat siège sur deux comités : un comité d\u2019usine et un comité usine-direction générale de l\u2019entreprise-mère, Meublex, afin de promouvoir ses projets, de rapporter les décisions des travailleurs et de s\u2019assurer d\u2019un suivi à leurs suggestions.Toute décision concernant la production n\u2019est prise qu\u2019avec le consentement du syndicat.Certes, ce n\u2019est pas là un modèle à suivre, mais il exprime tout de même qu\u2019une certaine démocratisation de l\u2019entreprise est possible.Le chemin sera long et plein d\u2019embûches, tant et aussi longtemps que la qualité totale, comme la culture d\u2019entreprise d\u2019ailleurs, restent un domaine patronal.Les organisations syndicales doivent s\u2019impliquer non pas comme de simples exécutants à qui on confie un travail, aussi valorisant soit-il, mais comme un véritable partenaire dans l\u2019élaboration et la réalisation du programme, pour bien traduire leurs préoccupations et les intérêts de leurs membres.¦ 6.Rockville et Meublex sont ici des noms fictifs, afin de protéger les informations recueillies pour une recherche. PRENDRE LES DEVANTS par Michel Doré1 Pour la CSN, notre société est en état d\u2019urgence.L\u2019action syndicale ne peut plus être simplement défensive quand la revalorisation du travail devient essentielle à la recomposition de la société.ü fit®# 'Mmu s- arrive un jour où la force du dominant devient sa faiblesse.Pendant des décennies, taylorisme et fordisme2 ont représenté le « one best way » dans la façon de produire les biens et services.Ces formes de division du travail, séparant toujours plus les tâches de conception concentrées dans les mains de la direction et les tâches d\u2019exécution reléguées aux travailleuses et travailleurs (taylorisme), allaient se généraliser dans les sociétés industrielles, y compris d\u2019ailleurs dans les pays de l\u2019Est, puisque Lénine était tayloriste.Ces for- 1.\tM.Doré est du Service de recherche de la CSN.Une bonne partie de ses travaux, depuis une quinzaine d\u2019années, porte sur l\u2019organisation du travail.2.\tLe fordisme est fondé sur un compromis social : les travailleurs et les travailleuses acceptaient les conditions de l\u2019organisation taylorienne du travail, tandis que le patronat leur concédait la reconnaissance de leurs syndicats et le droit de négocier les salaires et certaines conditions de travail, tout en les excluant de la gestion du travail.3.\tShew, Work in America, Washington, MIT, 1973.mes d\u2019organisation du travail signifiaient que les progrès de la démocratie allaient s\u2019arrêter aux portes des milieux de travail.Suite à la Seconde Guerre mondiale, le syndicalisme industriel, les lois du travail, le contenu des conventions collectives furent le produit de cette division du travail.Les droits de gérance, qui remettaient dans les mains des seuls employeurs les questions de la finalité et de l\u2019organisation du travail, délimiteront les frontières que les salariés ne pourront plus franchir (fordisme).Les négociations menées par les syndicats allaient surtout être de longues tentatives pour limiter les effets négatifs de l\u2019organisation du travail.Crise de l\u2019organisation du travail Aujourd\u2019hui, la vieille recette paraît épuisée.Il y a longtemps déjà que la psychologie industrielle avait tenté, sans trop de succès, de pallier aux carences du taylorisme.Une étude célèbre du MIT3, publiée il y a vingt ans, avait sonné l\u2019alarme sur les conséquences désastreuses de l\u2019organisation du travail sur les conditions de travail et les conditions de vie.De nouveau, en 1987, le MIT publiait une étude qui comparait 250 entreprises américaines, européennes et japonaises.On concluait que le déclin des entreprises américaines s\u2019expliquait non pas par des facteurs macro-économiques, mais par une mauvaise utilisation des ressources humaines et une mauvaise organisation du travail.Ces conclusions n\u2019étonnent pas le mouvement syndical.Au Canada et au Québec, contrairement à beaucoup de sociétés européennes, il n\u2019existe pratiquement aucune loi, réglementation ou même tradition patronale de consultation des travailleuses et travailleurs, de droit à l\u2019information et à l\u2019expression, de participation au processus d\u2019implantation de nouvelles technologies.L\u2019état de la formation professionnelle est déplorable.Les conventions collectives permettent de gérer quelques conséquences des changements après qu\u2019ils aient été imposés et non d\u2019impliquer les premiers concernés dans ces changements.On associe de plus en plus les coûts énormes des accidents de travail et de la détério- relations mai 1992 109 ration de la santé physique et mentale à une mauvaise organisation du travail.Le temps d\u2019agir Pour la CSN, notre société est en état d\u2019urgence.La dégradation de notre économie se traduit par les fermetures d\u2019entreprises, les mises à pied massives, le chômage, la précarisation des emplois, les coupures dans les budgets publics, la détérioration des services, des conditions de vie et de travail.Il s\u2019agit d\u2019une catastrophe.Cependant, cette crise doit nous pousser à réagir, elle peut permettre de nouvelles opportunités.C\u2019est en effet la vertu des périodes de grandes transformations de favoriser l\u2019invention, la créativité des personnes et des organisations.L\u2019action syndicale sur l\u2019organisation du travail est une voie indispensable et privilégiée pour, à la fois, redonner la parole au plus grand nombre dans les lieux de travail, revaloriser la qualité de vie au travail et lui redonner un sens, accroître l\u2019autonomie et la démocratie, réformer les entreprises, réduire le gaspillage des ressources matérielles et humaines, et améliorer la qualité des produits et des services.L\u2019action syndicale sur l\u2019organisation du travail ne peut plus être simplement défensive.Les syndicats doivent prendre les devants, pour mieux comprendre les enjeux et faire face aux défis autour de cette question.Ils doivent mettre de l\u2019avant de nouvelles formes d\u2019organisation du travail, qui se traduiront par de nouveaux progrès sociaux dans les entreprises et dans la société.Occuper un terrain dont s\u2019étaient emparé les employeurs, intervenir maintenant sur les objectifs de l\u2019entreprise, sur son fonctionnement, ce sont là des défis qui s\u2019inscrivent dans la continuité de la mission de la CSN.Les valeurs fondamentales dont nous sommes porteurs sont plus que jamais indispensables et doivent être rappelées avec vigueur : justice sociale, équité, démocratie, respect des personnes, etc.Ces valeurs sont la base incontournable d\u2019une véritable éthique, de nouveaux droits et de nouvelles responsabilités qui souffraient de ne plus pouvoir s\u2019exprimer et se réaliser dans le travail.Dans un monde en changement, porteur d\u2019insécurité et d\u2019incertitude, elles sont notre point d\u2019ancrage, elles sont toujours à la base de notre projet de société.Dans une situation en transformation, face à de nouveaux défis, la CSN transforme sa stratégie, pour être plus efficace dans la recherche de ses objectifs 110 fondamentaux.Il faut maintenant mieux comprendre, faire les débats démocratiques nécessaires pour mieux agir.Adapter notre stratégie, c\u2019est la renforcer pour intervenir sur des terrains d\u2019où nous avions été exclus, c\u2019est élargir le champ de notre action, de nos discussions avec les employeurs, de nos négociations, c\u2019est mieux prendre en charge les nouveaux besoins de nos membres et de la société.Le mouvement syndical ne peut plus s\u2019appuyer uniquement sur ses forces anciennes et sur ses moyens déjà éprouvés.Il doit diversifier ses forces, renouveler sa combativité, lui donner un contenu nouveau.Les syndicats de la CSN, qui sont déjà engagés ou qui s\u2019engageront dans des processus de restructuration des entreprises et de réorganisation du travail, suivent une démarche pour faire partager le plus largement et démocratiquement possible à leurs membres les objectifs et les opérations de ce changement.Ils définissent d\u2019abord leur projet sur une base autonome et le proposent ensuite aux employeurs.Les objectifs de respect des personnes et de reconnaissance des organisations représentatives des salariés doivent être reconnus.La démarche de réorganisation doit se faire dans la plus grande transparence et exige le plein accès à l\u2019information.Les mécanismes et les comités mis en place, où est représenté le syndicat, ne doivent pas se limiter à un rôle consultatif, mais inclure un véritable pouvoir de décision.Enfin, la formation doit faire partie intégrante des modifications.Les nouvelles formes d\u2019organisation du travail doivent être adaptées aux personnes, à la réalité du travail.Il n\u2019y a pas là de recettes magiques, de nouveau « one best way ».Ces nouvelles formes d\u2019organisation du travail doivent viser conjointement, d\u2019une part, plus d\u2019autonomie, de responsabilité, de créativité dans le travail, plus de collaboration entre travailleuses et travailleurs, un contenu de tâches plus diversifié, enrichi et, d\u2019autre part, une plus grande efficacité de l\u2019entreprise, une meilleure compétitivité, plus de qualité dans les produits et les services.Changer aussi les négociations Nous sommes aussi conscients que l\u2019implication syndicale dans de nouveaux champs de la vie des entreprises entraî- relations mai 1992 nera des modifications dans les contenus et processus de négociation.L\u2019économie des conventions sera transformée, les liens entre les clauses de la convention prendront un sens nouveau.Sur beaucoup d\u2019aspects de la convention, nous irons davantage vers la reconnaissance de nouveaux droits et vers des négociations continues.Déjà des changements sont en marche dans certains milieux de travail au Québec.Par-delà les modes ou les nouvelles formes de gestion mises de l\u2019avant par les théoriciens du management, certaines initiatives patronales manifestent que les choses doivent changer si nous ne voulons pas nous enfoncer dans le sous-développement et la désespérance.Certaines entreprises tentent maintenant de penser à plus long terme, de se donner une vision globale des choses, d\u2019impliquer les travailleuses, les travailleurs et leur syndicat, de revaloriser le travail et de s\u2019orienter vers un développement plus durable.Bien sûr, pour la CSN, la revalorisation du travail, un meilleur fonctionnement et une plus grande compétitivité des entreprises sont des dimensions essentielles d\u2019un projet de société, mais ils ne sont pas suffisants.La croissance de la richesse issue du travail ne constitue pas un gage de meilleur partage de celle-ci.Le projet de société d\u2019un mouvement syndical doit, sous peine de s\u2019inscrire dans la dualisation de la société, faire avancer aussi un ensemble de revendications économiques et des politiques sociales larges, qui dépassent les seules entreprises et qui nécessitent l\u2019élaboration de projets sectoriels, régionaux et nationaux.Il faut faire en sorte que les débats sur les grands enjeux, qui confrontent la société, impliquent les groupes les plus marginalisés, les couches de la population qui n\u2019ont pas accès au travail.C\u2019est pourquoi, pour la CSN, il est essentiel de renforcer nos liens avec les groupes communautaires et populaires qui interviennent dans d\u2019autres champs d\u2019activités, sur d\u2019autres enjeux sociaux.L\u2019action syndicale sur l\u2019organisation du travail redevient donc une dimension essentielle de recomposition de la solidarité sociale.La CSN s\u2019est caractérisée historiquement par sa capacité de faire les débats nécessaires.L\u2019autonomie des syndicats a été un instrument de démocratie et de créativité, dans la définition des objectifs et des moyens d\u2019action.De nouveau, il faut devenir un laboratoire d\u2019idées, de propositions et d\u2019expérimentations.De nouveau, nous pouvons nous appuyer sur notre tradition pour avancer vers de nouveaux progrès.¦ RÊVE OU RÉALITÉ ?par Michel Blondin1 À la FTQ et au Fonds de solidarité, on croit que le moment est arrivé de reconnaître aux travailleurs et aux travailleuses un rôle plus actif dans l\u2019entreprise.Surtout quand la mondialisation de l\u2019économie oblige à occuper des niches sûres.Plusieurs sont d\u2019avis que les relations de travail sont en train de changer.Bien sûr, plein de choses nouvelles se passent dans les milieux de travail et dans les relations qui s\u2019y vivent.La concertation est à la mode.On parle de contrat social, de concertation, tant au niveau de l\u2019entreprise que de l\u2019ensemble de l\u2019économie, de nouvelles approches en matière d\u2019intervention sectorielle, dont la stratégie des grappes industrielles.et, évidem- 1.L\u2019auteur a été responsable de la formation chez les Métallos (FTQ) pendant quinze ans et directeur-adjoint de cette organisation pendant deux ans.Depuis un an, il travaille à l\u2019investissement au Fonds de solidarité de la FTQ.ment, de démocratisation des lieux de travail.Mais assistons-nous vraiment à un processus de démocratisation du travail ?Comment départager ce qui appartient à la pure mode ou à la frime de ce qui s\u2019avérera une tendance à long terme, un changement profond ?Voyons d\u2019abord ce que signifient ces nouveaux courants et pourquoi on en parle tant maintenant.Examinons ensuite en quoi ils rejoignent les salariés, ainsi que les organisations syndicales, particulièrement la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) et son Fonds de solidarité, tout en essayant de percevoir la portée à plus long terme de ces changements.Pour ma part, je considère, et je le dis bien haut, que parmi ces nouvelles façons d\u2019agir, il y a des changements qui ne sont pas que des modes conjoncturelles, ni des changements de surface seulement.Ces changements, bien que conjoncturels quant à leur manifestation, pourraient être beaucoup plus profonds, structurels même, quant à leurs effets.Derrière les apparences Quatre grands facteurs peuvent expliquer ce qui se passe ces années-ci dans les milieux de travail.1- Les dirigeants d\u2019entreprise et les penseurs du monde des affaires et de l\u2019économie font le constat suivant : la façon traditionnelle de gérer les entreprises est un échec et contient plusieurs relations mai 1992 111 des germes des malheurs de notre économie.Ce mode de gestion mise sur une forte hiérarchisation du milieu de travail, sur la transmission de l\u2019information de haut en bas, sur l\u2019étanchéité entre le travail de conception et d\u2019exécution, sur une gestion autoritaire des travailleurs et des travailleuses, ce qui conduit à un cul-de-sac.2-\tDe plus, on commence à reconnaître que les travailleurs possèdent des connaissances sur l\u2019entreprise et la production, ce qu\u2019on fut mal inspiré de mettre de côté.Aussi longtemps que l\u2019entreprise était assez prospère et protégée pour se priver de cette expertise, on en faisait peu de cas et on se contentait de piètres résultats.3-\tL\u2019adversaire n\u2019est plus le petit concurrent de l\u2019autre côté de la rue, mais des entreprises de l\u2019étranger qui veulent occuper toute la place et sont prêtes à écraser tout compétiteur, quel que soit le marché qu\u2019il détient, comme nous l\u2019expérimentons avec le traité du libre-échange avec les États-Unis.La mondialisation de l\u2019économie nous fait comprendre notre fragilité devant de nouveaux compétiteurs et la nécessité de mettre à contribution toutes nos forces, dont la main-d\u2019oeuvre.4-\tEn conséquence, les forces vives du Québec cherchent à identifier quelles sont les niches que nous pouvons occuper avec succès.Il est clair pour tous les acteurs que nous n\u2019aurons du succès que si nous savons mettre à contribution toutes les forces vives, particulièrement la main-d\u2019oeuvre à la production que les dirigeants d\u2019entreprises ont si souvent méprisée dans le passé.Ces différents éléments ont conduit plusieurs entrepreneurs et gestionnaires québécois à modifier leurs rapports avec la main-d\u2019oeuvre.Ils cherchent à la fois à sortir du modèle de confrontation et à s\u2019associer les salariés au développement de l\u2019entreprise.La première étape de ce processus consiste à améliorer les communications entre la direction et les salariés, à apprendre à se parler dans un climat serein et ouvert, à résoudre, dans un climat d\u2019ouverture et de franchise, les différents problèmes qui se présentent, à s\u2019habituer à donner à tous une information complète et rigoureuse.La démocratisation de l\u2019entreprise commence par des discussions ouvertes sur les problèmes de gestion et de planification de la production, sur les méthodes de travail et l\u2019organisation de l\u2019espace physique de travail.C\u2019est ainsi que se fait l\u2019apprentissage de liens directs et positifs entre la direction de l\u2019entreprise et ses employés.La FTQ et le Fonds de Solidarité Au Fonds de Solidarité de la FTQ, nous expérimentons ces nouveaux modes de communication.Nous les favorisons par notre présence au plus haut niveau de l\u2019entreprise et par les liens que nous maintenons à la fois avec la direction et avec les salariés, de même que par la formation économique de ces derniers, à l\u2019occasion de chacun de nos investissements dans les entreprises.Nous croyons qu\u2019une entreprise ne peut progresser, se développer et affronter le marché fort compétitif que nous connaissons, sans mettre à contribution la richesse et l\u2019expertise de tous ses acteurs.Il s\u2019agit manifestement d\u2019une vision récente à l\u2019intérieur du mouvement syndical.Relié à des objectifs de plein emploi, ce changement de perspective a amené la FTQ, en 1983, à fonder le Fonds de Solidarité dans le but de maintenir et de créer des emplois.Cette initiative permettait aussi d\u2019entrer très concrètement dans la participation à la gestion de l\u2019entreprise, en exigeant les informations sur son état, le respect des salariés et en formant ces derniers à interpréter ses bilans.Par cette approche pragmatique et offensive du financement, la FTQ s\u2019est donné un moyen efficace, l\u2019arme économique, pour pénétrer le contrôle exclusivement patronal de l\u2019entreprise et se donner des possibilités d\u2019intervenir dans la démocratisation de l\u2019organisation du travail2.En même temps, la Fédération s\u2019était mise sérieusement à l\u2019étude des différents projets patronaux de modernisation des entreprises, afin de faire la part des choses dans toutes ces expérimentations, comme en fait foi le Colloque organisé sur le sujet, en 1987.Le monde syndical dans son ensemble, et cela depuis plus de dix ans à la FTQ, croit que la démocratisation des lieux de travail se situe dans la continuité profonde de l\u2019action syndicale des dernières décennies.Depuis trente ans, les syndicats se sont appliqués à défendre les droits des travailleurs face à leur employeur et à mettre en place des balises et des règles pour restreindre la prétention des dirigeants de pouvoir tout faire comme bon leur semblait.Le mouvement syndical travaille depuis toujours à défendre les travailleurs lésés dans leur droit ou leur dignité.Le mouvement syndical considère que dans la promotion de la dignité des travailleurs, le moment est arrivé de reconnaître aux travailleurs un rôle plus actif et plus créateur dans l\u2019entreprise.Les travailleurs et les travailleuses sont une force vive de l\u2019entreprise et peuvent apporter une contribution fort significative et déterminante à son avenir, si nous savons mettre à contribution leur expertise et leur cpnnaissance du milieu du travail et de la production.Des transformations profondes.Plus encore, l\u2019organisation du travail, dont nous avons hérité de Ford et de Taylor et qui s\u2019est avérée si stérile depuis quelques décennies, peut se renouveler de fond en comble si nous savons mettre à contribution l\u2019imagination et l\u2019expérience des travailleurs.Nous sommes au début d\u2019une époque charnière, où s\u2019expérimenteront de nouveaux rapports dans l\u2019entreprise et où les travailleurs sortiront enfin du rôle si restreint dans lequel ils étaient confinés, pour passer à celui d\u2019agents déterminants dans le développement et la planification de l\u2019entreprise.Les travailleurs sont appelés à y exercer collectivement un nouveau pouvoir.Voilà de nouveaux défis pour le mouvement syndical.Comment celui-ci pourra-t-il concilier la défense des travailleurs et sa participation à l\u2019orientation de l\u2019entreprise ?Comment représenter les travailleurs et les travailleuses, les rassurer sur le soutien que le mouvement syndical peut et doit leur apporter et en même temps être actif dans l\u2019organisation du travail et la planification de celui-ci ?Comment mettre ensemble des actions de développement de l\u2019emploi et la défense de chaque travailleur pris individuellement ?D\u2019une façon fort évidente, nous sommes à l\u2019orée d\u2019une nouvelle période dans le développement des milieux de travail au Québec, dans la recherche de nouveaux rapports dans l\u2019entreprise, dans l\u2019expérimentation de façons de produire différentes de celle des décennies antérieures.La démocratisation des lieux du travail se fera par un renouvellement du rôle respectif de tous les acteurs, par la transparence.Or, les conditions sont actuellement favorables pour expérimenter et développer des façons de faire radicalement différentes.¦ 2.FTQ, Nouvelles stratégies patronales, menace ou défi ?Montréal, FTQ, 1987.112 relations mai 1992 LES NOUVEAUX CONTRATS DE TRAVAIL par Pau! R.Bélanger et Mario Huard1 mm\\ MW L\u2019exemple de GM de Boisbriand illustre qu\u2019on a d\u2019autres choix que l\u2019ancien modèle d\u2019organisation du travail, avec son corrollaire, le syndicalisme d\u2019affaire, d\u2019une part, et les concessions syndicales appelées par le néolibéralisme, d\u2019autre part.On assiste depuis quelques années, au Québec, à des changements substantiels dans les relations patronales-syndicales.Au niveau national, une concertation entre les centrales syndicales et les associations patronales s\u2019est engagée à l\u2019occasion du Forum de l\u2019emploi, ou encore à l\u2019occasion de l\u2019élaboration d\u2019une politique de formation professionnelle ou du redéploiement de certains secteurs indus- 1.Paul R.Bélanger est professeur au Département de sociologie de l\u2019UQAM et Mario Huard y est étudiant au doctorat.Tous deux font partie du groupe de recherche CRISES.triels.Dans certaines entreprises ou usines, des conventions collectives incluent des ententes de coopération ouvrière à des programmes d\u2019amélioration de la qualité du produit ou d\u2019organisation du travail en équipes.Ces changements sont le plus souvent interprétés comme des « concessions » syndicales imposées par un rapport de forces devenu plus favorable au patronat.Selon cette vision, les syndicats ont subi tellement de défaites depuis une dizaine d\u2019années, qu\u2019ils sont devenus impuissants à soutenir leurs propres politiques et sont graduellement obligés de se soumettre aux conditions patronales, de « collaborer » sur la base de propositions patronales.Les menaces relations mai 1992 de fermeture d\u2019usines accentuent cette pression à l\u2019acceptation des stratégies patronales de survivance.Les syndicats seraient ainsi dans une position de faiblesse relative telle qu\u2019ils n\u2019ont plus les moyens d\u2019une politique d\u2019affrontement et se doivent d\u2019accepter les conditions de « l\u2019adversaire ».Cette interprétation des positions syndicales aurait une certaine validité à deux conditions : si la politique d\u2019affrontement pouvait à nouveau être gagnante, et si les travailleurs ne retiraient aucun avantage de certains programmes de coopération.Or notre analyse de relations de travail dans les entreprises démontre que la participation, loin d\u2019être le résultat d\u2019un échec des seuls syndicats, 113 indique l\u2019épuisement d\u2019un modèle de relations de travail, y compris des politiques patronales ; elle indique aussi l\u2019émergence d\u2019un nouveau compromis, qui certes permet à certaines entreprises de survivre et de croître dans un environnement de forte concurrence internationale, mais qui satisfait également certaines exigences des travailleurs.La coopération ne peut être interprétée comme une collaboration au sens d\u2019une soumission unilatérale des travailleurs ou d\u2019une trahison par les syndicats des véritables intérêts de leurs membres, mais plutôt comme un nouveau mode de relations plus coopératif, mais tout aussi conflictuel.L\u2019ancien modèle La caractéristique fondamentale de l\u2019ancien modèle est sans contredit la négation de toute initiative aux travailleurs.En effet dans les conventions collectives en vigueur depuis la Deuxième Guerre mondiale, ni les syndicats ni les travailleurs n\u2019ont une responsabilité quelconque dans la conduite de l\u2019entreprise ou de leur travail.Les clauses des conventions concernant les droits de gérance sont éloquentes à cet égard.Le patronat a conservé tous les droits de gestion, non seulement sur les politiques économiques, mais aussi sur l\u2019organisation du travail, les procédés de fabrication et les changements technologiques ; le syndicat n\u2019est reconnu que comme agent négociateur pour les salaires et les conditions de travail.Ce contrat reproduit un modèle d\u2019entreprise où toutes les responsabilités concernant la productivité sont aux mains des patrons et de leurs ingénieurs et techniciens.Les travailleurs sont exclus de toute décision, et sont réduits au rôle d\u2019exécutants de normes opératoires détaillées.Avec une telle division du travail entre conception et exécution, les gains de productivité sont obtenus par la parcellisation des tâches et la mécanisation, qui réduisent les compétences et accélèrent la production.Ce modèle d\u2019entreprise favorise l\u2019affrontement permanent : sur les lieux de travail, les travailleurs résistent à toute pression pour l\u2019accélération des cadences et l\u2019augmentation de l\u2019effort ; lors des négociations, ponctuées de grèves souvent dures et longues, ils revendiquent des augmentations salariales et des rè- 114 gles de plus en plus rigides de protection de l\u2019emploi.Néanmoins, grâce aux gains de productivité élevés, ce modèle assura une croissance économique soutenue et une progression constante du revenu réel.Échec de l\u2019ancien modèle et alternatives Il a cependant atteint ses limites d\u2019efficacité vers le début des années 70.Limites techniques d\u2019abord, car les coûts de plus en plus élevés de la mécanisation ne peuvent plus être compensés par des gains proportionnels de productivité, ni par l\u2019intensification des cadences.Limites sociales surtout, car la résistance ouvrière au travail parcellisé, déqualifié et répétitif freine la productivité par des manifestations diverses, comme l\u2019absentéisme, le roulement de personnel ou les malfaçons ; de plus, la rigidité de l\u2019organisation du travail rend l\u2019entreprise incapable de s\u2019adapter à la fluctuation de la demande ; enfin, la négation des savoir-faire et de la responsabilité des travailleurs rend impossible une production de qualité, de plus en plus recherchée par des consommateurs avertis.L\u2019impasse s\u2019est approfondie lors de la récession de 81-82, de sorte que plusieurs usines sont menacées de fermeture.Les politiques patronales d\u2019exclusion des salariés, efficaces un certain temps, se retournent contre elles-mêmes et deviennent contre-productives.En conséquence, une stratégie syndicale d\u2019affrontement sur les salaires et les conditions de travail n\u2019est plus rentable, le modèle de croissance étant épuisé.Plusieurs stratégies sont mises de l\u2019avant pour maintenir la concurrence et l\u2019emploi.Une première recherche des concessions gouvernementales, afin d\u2019obtenir une diminution des coûts comparatifs de production : baisse de la valeur relative du dollar, des taux d\u2019intérêt, des tarifs d\u2019électricité, des impôts aux entreprises, afin d\u2019améliorer la position concurrentielle des entreprises sur le marché international.Cette stratégie implique que la crise est temporaire et conjoncturelle.Une seconde suggère la relance de l\u2019économie en stimulant la demande, entre autres par une réduction temporaire du taux de la TPS ; mais si les entreprises d\u2019ici ne sont pas concurrentielles, cette relance risque de stimuler la production japonaise ou allemande.Ces deux stratégies s\u2019appuient sur les politiques économiques traditionnelles, relations mai 1992 sans remettre en question le modèle d\u2019entreprise et de production qui est à la source même de la faible productivité ; elles sont souvent soutenues autant par les syndicats que par le patronat.Une stratégie néolibérale relève évidemment de l\u2019initiative patronale et recherche, sinon la disparition pure et simple des syndicats par l\u2019affrontement, tout au moins des concessions syndicales, en affaiblissant la portée des conventions collectives.Cette stratégie s\u2019appuie sur l\u2019idée que les conventions collectives sont devenues trop rigides (contrats de longue durée, sécurité d\u2019emploi, définitions étroites des postes de travail, mobilité par affichage et ancienneté.) de sorte que les ajustements nécessaires aux diverses fluctuations du marché sont longs et coûteux.Le mot-clé du néolibéralisme est donc la flexibilité, qui se présente sous deux variantes principales, l\u2019une dure et l\u2019autre plutôt douce.La variante dure consiste à imposer des concessions salariales, soit à tous les salariés, soit au moins aux nouveaux, par l\u2019introduction d\u2019échelles de salaires à deux paliers (clauses dites grand\u2019père), et à introduire la flexibilité de l\u2019emploi par la sous-traitance, le travail à temps partiel et les contrats à durée limitée.Cette variante s\u2019accompagne souvent de l\u2019implantation de nouvelles technologies, dans une perspective de déqualification et d\u2019intensification du travail.En somme, cette variante du néolibéralisme approfondit les principales caractéristiques de l\u2019ancien modèle.La variante douce du néolibéralisme se libère aussi des règles rigides des conventions collectives, mais la flexibilité recherchée est celle des travailleurs, par la polyvalence et une capacité d\u2019autonomie et d\u2019initiative.Cette flexibilité requiert une formation et une qualification accrues et implique une reconnaissance et un respect des compétences.Sur le plan de l\u2019organisation du travail, les travailleurs sont incités à participer à l\u2019amélioration des procédés de fabrication, à s\u2019impliquer dans une production de qualité, souvent à s\u2019engager dans le travail en équipes.Cette variante opère un virage significatif, en ce qu\u2019elle considère les travailleurs non comme un coût à réduire le plus possible, mais comme une ressource responsable qu\u2019il faut entraîner, stimuler, respecter.En levant ainsi l\u2019obstacle de la résistance ouvrière et de ses effets contre-productifs, en misant sur une combinaison plus équilibrée entre moyens techniques et ressources humaines, cette variante accroît la productivité et la qualité des produits, et se met en bonne position de viabilité. Les travailleurs de GM voulaient transformer la « honte du travail accompli en fierté de bâtir un produit de qualité ».En 1986, GM et ses ouvriers signaient une convention locale, introduisant les principes de confiance et de respect réciproques, et de collaboration mutuelle.âSsjc ' % Cependant, ce néolibéralisme doux se retrouve le plus souvent dans les situations où le syndicat est ou bien faible ou bien absent.L\u2019implication est alors moins négociée que suscitée par une direction capable de développer une culture d\u2019entreprise où la participation a comme contre-partie non seulement le respect et l\u2019autonomie, mais aussi le succès de l\u2019entreprise et une sécurité implicite d\u2019emploi.Vers un modèle plus démocratique ?Enfin, une seule alternative à l\u2019ancien modèle s\u2019attaque à la fois à la réorganisation du travail et à la transformation des relations de travail.La réorganisation du travail se réalise selon les grands principes esquissés ci-haut à propos de la variante douce du néolibéralisme : les travailleurs sont investis de responsabilité et de créativité, tant dans l\u2019amélioration des procédés de production que dans la fabrication d\u2019un produit de qualité.Mais l\u2019initiative ici n\u2019est pas que patronale, si le syndicat a graduellement assumé les frustrations de plus en plus expli- cites des travailleurs, générées par l\u2019ancien modèle : monotonie, négation des capacités intellectuelles, soumission obligée à des ordres conduisant à des pertes de temps, des bris de machines, des défauts de fabrication.S\u2019appuyant sur les demandes des travailleurs pour un changement de leur statut et du style de gestion, le syndicat peut alors être actif dans le processus de renouvellement de l\u2019entreprise et faire lui-même des propositions.En d\u2019autres termes, il est en position de négocier l\u2019implication des travailleurs et d\u2019obtenir des contre-parties.Quelles contreparties ?Le syndicat peut exiger d\u2019étendre sa participation à la gestion de l\u2019entreprise, de se faire reconnaître de nouveaux droits dans les prises de décision et ainsi contribuer au renouvellement du modèle d\u2019entreprise.Un exemple permettra d\u2019illustrer la forme que peut revêtir un tel modèle.GM-Boisbriand : - émergence d\u2019un nouveau modèle Les transformations de l\u2019organisation du travail et de la convention collective à GM-Boisbriand se sont opérées en pleine période de crise de l\u2019usine et se sont déroulées pendant plus de deux ans.Après les négociations nationales (canadiennes) de 1984, les menaces de fermeture planaient à nouveau sur GM-Boisbriand.Cette usine québécoise avait en effet les pires résultats de production de toutes les usines de General Motors en Amérique du Nord ; les « audits » de qualité étaient aussi les plus bas ; l\u2019usine avait perdu les contrats d\u2019assemblage de deux nouveaux modèles ; le climat de travail étaient très tendu, car la section locale avait adopté une position d\u2019intransigeance lors des dernières négociations ; plus de 6000 griefs déposés par les travailleurs n\u2019avaient toujours pas trouvé de solution ; les commandes de production n\u2019étaient assurées que pour une période d\u2019environ dix-huit mois.Cette usine était bien typique de l\u2019ancien modèle évoqué plus haut et n\u2019était plus concurrentielle.Son mode d\u2019organisation du travail et ses relations de travail bloquaient ses capacités de fabriquer un produit de qualité.Mais voici qu\u2019une conjoncture favorable au renouvellement du modèle se présente après la négociation de 1984.D\u2019un côté, un nouveau directeur d\u2019usine est nommé par Détroit, avec le mandat d\u2019essayer de sauver l\u2019usine, sinon de la relations mai 1992 115 fermer.La convention nationale ayant réglé les questions de salaires et d'avantages sociaux, il demande la réouverture de la convention locale, avec l\u2019objectif de faire accepter un type d\u2019organisation du travail déjà en vigueur dans une usine américaine (NUMMI)2.C\u2019était sans compter avec une nouvelle direction du comité syndical d\u2019usine, qui canalisait les insatisfactions au travail et se préparait à proposer des changements pour transformer la « honte du travail accompli en fierté de bâtir un produit de qualité ».Le comité syndical refuse une entente de type NUMMI, mais se dit prêt à travailler sur un nouveau compromis.Une équipe patronale-syndicale est formée, avec le mandat d\u2019élaborer une convention collective locale modèle.Un long processus de négociation s\u2019enclenche qui, avant d\u2019en arriver à une proposition, produit déjà des effets stimulants pour les deux parties : un très grand nombre de cadres attachés à l\u2019ancien style de gestion sont remerciés ; les griefs en attente sont réglés ; des comités conjoints sont mis sur pied ; l\u2019usine se hisse au premier rang, selon les critères de productivité et de qualité.Une convention locale, qui contredit à plusieurs égards la convention nationale, est enfin signée en 1986, dont l\u2019originalité tient principalement aux trois éléments suivants : une déclaration de principes, des comités conjoints responsables de plusieurs champs d\u2019activité, et la mise sur pied du travail en équipes.- objectifs communs et comités conjoints En place et lieu de la traditionnelle clause des droits de gérance, les parties s\u2019entendent sur une déclaration de principes, où elles reconnaissent leurs objectifs respectifs.La compagnie GM reconnaît que le syndicat recherche pour ses membres une meilleure qualité de vie, une sécurité d\u2019emploi à long terme, un environnement de travail, où ils seront traités avec dignité et respect et qui offre une opportunité de se réaliser en tant que personne.Et le syndicat reconnaît que l\u2019objectif fondamental de la compagnie est de prospérer et de construire un véhicule de la plus haute qualité, au coût le plus bas possible pour le consommateur.Pour leur permettre d\u2019atteindre leurs objectifs, les parties déclarent avoir développé une nouvelle relation et s\u2019en- 116 gagent à : - impliquer tous les employés au processus de montage d\u2019un véhicule de qualité ; - encourager tous les employés à exprimer leurs préoccupations et idées sur les sujets affectant le produit et leur environnement de travail ; - travailler ensemble ; - rechercher continuellement de nouvelles façons d\u2019améliorer notre position concurrentielle, la qualité de notre produit et la qualité de vie de nos employés3.Cette déclaration, brièvement résumée ici, introduit les principes de confiance et de respect réciproques, et de collaboration mutuelle.L\u2019implication dans la qualité du produit va de pair avec une reconnaissance de la qualité des personnes.La compagnie reconnaît qu\u2019elle ne peut améliorer sa position concurrentielle sans compter sur les initiatives et la créativité des travailleurs.La recherche continue et conjointe pour améliorer la qualité du produit et la qualité de vie des travailleurs n\u2019est pas compatible avec un contrat de longue durée ni avec des droits de gérance exclusifs.Aussi les parties à GM-Bois-briand ont-elles convenu d\u2019adopter le concept de convention dynamique, qui permet en tout temps des modifications à l\u2019entente locale et de confier à des comités conjoints la gestion et la résolution des problèmes de l\u2019usine.Parmi ceux-ci, figurent le « Comité conjoint pour évaluer et améliorer de façon constante l\u2019efficacité de l\u2019usine », le « Comité conjoint pour les mutations du personnel », le « Comité conjoint sur la formation », le « Comité conjoint sur le nouvel atelier de peinture et des conditions de travail connexes » et le « Comité conjoint de santé et sécurité - usine Ste-Thérèse ».Ces comités conjoints assurent une consultation permanente et, bien que non décisionnels, ne peuvent être ignorés, car ils font partie du compromis d\u2019ensemble ; à ce titre, ils ouvrent une brèche dans les prérogatives patronales.- le travail en équipes La pierre angulaire du nouveau compromis, à l\u2019usine de General Motors de Boisbriand, est la réorganisation du travail en unités.Ce concept d\u2019unités de travail institue un principe nouveau, le collectif de travail, un tout non divisible, avec une responsabilité collective de l\u2019ensemble des tâches de travail effectuées par les membres de l\u2019unité.Ce principe demande aux travailleurs une plus grande flexibilité, une mobilité à l\u2019in- relations mai 1992 térieur de l\u2019unité, qui permet la rotation des tâches et le repli de la monotonie.Il requiert aussi une requalification des travailleurs, car chacun doit s\u2019impliquer dans la recherche de l\u2019amélioration des procédés de fabrication, de la qualité du produit et de l\u2019environnement de travail.Chaque unité de travail est composée d\u2019environ sept à huit travailleurs et d\u2019un chef d\u2019équipe.Afin de concrétiser les principes de flexibilité, de responsabilisation des tâches et d\u2019interaction entre les ouvriers, le concept d\u2019unité de travail exige une redéfinition complète des anciennes structures de classifications (pour les ouvriers non qualifiés, le nombre de classifications est passé de 56 à 4) et de contrôle (le chef d\u2019équipe élimine le contremaître et assume non plus un rôle de stricte surveillance, mais de leader ou de facilitateur) ; l\u2019équipe reçoit un plan de production de la direction et, sous la supervision du TS, les travailleurs décideront de la meilleure façon d\u2019atteindre l\u2019objectif.Avec la création des unités de travail, on assiste alors à une décentralisation des sphères décisionnelles et à une circulation horizontale de l\u2019information.De nouveaux enjeux en perspective Cet exemple montre bien qu\u2019on a d\u2019autres choix que le maintien de l\u2019ancien modèle et son corollaire, le syndicalisme d\u2019affaires, d\u2019une part, et les concessions syndicales appelées par le néolibéralisme d\u2019autre part.Une troisième voie existe, d\u2019autres cas auraient pu en témoigner, à la condition que le syndicat, et non seulement le patronat, soit sensible aux exigences de participation et préparé à des contre-propositions.S\u2019ouvrent alors de nouveaux champs à la négociation et, sûrement, une nouvelle ère de conflits.Le droit à la négociation a été une conquête, aussitôt limitée par les droits de gérance et souvent encore combattue.Une avancée démocratique, dans l\u2019entreprise comme dans la société, devra s\u2019imposer comme le « moins mauvais régime de gouvernement ».¦ 2.\tNew United Motors Manufacturing Industry, une entreprise en coparticipation, de General Motors et Toyota, à Freemont, Californie.3.\tCCL Boisbriand, Doc.no 1, art.3, p.61, 1987. DEVANT LE SECOND REFERENDUM par Julien Harvey Notre sentiment national ethnique ne suffit plus, il devient même périlleux.Le projet national du Québec et le sentiment national qui l\u2019accompagne, doivent devenir territoriaux.Notre projet de société doit impliquer tous ceux et celles qui veulent vivre au Québec.\u2022 f ; * Certains disent qu\u2019il n\u2019aura pas lieu, ou qu\u2019il sera tellement détourné de l\u2019intention de la Loi 150 qu\u2019il n\u2019aura aucun effet.Politiquement, rien n\u2019est impossible.Mais, à mon avis, penser actuellement qu\u2019octobre 1992 ne sera pas un moment important de notre histoire est déjà se placer au-dessus du débat et envisager une situation d\u2019abstention.C\u2019est ce qui m\u2019amène à offrir ici une réflexion aussi sage que possible, aussi appuyée que possible sur une analyse sociale et sur un discernement.Et cela dès maintenant.La première donnée de cette analyse, c\u2019est que la volonté têtue de conserver et de développer une identité collective comme Canadiens français, puis comme Québécois et Québécoises, est aussi ancienne chez nous que l\u2019installation de nos premiers ancêtres européens.Cette fierté collective a pris la forme, pendant près de trois siècles, du patriotisme social et culturel ; peu à peu, elle s\u2019est muée en nationalisme économique et politique.Si bien que, depuis longtemps, il est devenu impossible de contester le droit du Québec à une autonomie qui assure son existence, son essor culturel, sa qualité de vie et sa prospérité économique.Et malgré les efforts de vingt ans de multiculturalisme fédéral, il est encore impossible de réduire l\u2019identité québécoise à la seule langue française, même si ce facteur est fondamental ; les traditions, le droit, l\u2019histoire, le sentiment de solidarité, le vouloir-vivre collectif sont également des réalités qui nous constituent comme peuple.C\u2019est à partir de ce point que nous nous trouvons devant trois perceptions de la conjoncture et, en conséquence, devant trois façons de l\u2019aborder : pour certains, la difficulté est transitoire, en partie illusoire, et la ténacité du statu quo canadien finira bien par reprendre le dessus, tout comme après les émeutes de 1837-38, comme après la pendaison de Louis Riel, comme après la violence militaire à la conscription de 1914 et de 1940, comme après l\u2019échec du référendum de mai 1980.Pour d\u2019autres, la conjoncture réclame une décentralisation, un nouveau partage des pouvoirs, un fédéralisme renouvelé qui amènera la tranquillité dans l\u2019ordre, faisant de chaque province une société distincte à statut spécial, avec en plus une autonomie entière, mais à l\u2019intérieur du Canada, pour les aborigènes.Enfin, pour un troisième courant, la conjoncture réclame l\u2019indépendance entière du Québec, mettant fin à une association qui a duré 125 ans, mais qui a fait son temps, qui a certainement eu ses avantages, mais qui révèle de plus en plus des inconvénients très graves.Comment choisir ?Une réalité incontournable Jusqu\u2019à tout récemment, même au début de la Révolution tranquille en 1960, cette conscience de notre identité québécoise a été pour la plupart d\u2019entre nous une conscience eth- relations mai 1992 117 nique : 82 % de la population du Québec a reconnu son origine française au recensement de 1986.Mais l\u2019évolution rapide de la situation et de la conscience collective qui accompagne cette évolution fait mieux réaliser que le Québec comprend également plusieurs groupes d\u2019origines diverses : des Amérindiens et des Inuit qui étaient chez eux au Québec avant nous (0,6 %), une population d\u2019origine britannique de tradition ancienne (11 %), et enfin un nombre de plus en plus considérable d\u2019immigrants et de réfugiés (8 %), qui forment près de 25 % du Montréal métropolitain.Jusqu\u2019ici, le régime des « solitudes » a persisté et a été pratiquement répété pour chaque nouveau groupe d\u2019arrivants, constituant une mosaïque peu rassurante pour les projets qui feront notre unité.Nous voyons mieux aujourd\u2019hui que la conscience nationale québécoise traditionnelle a fait peu de cas des autochtones et de leurs cultures ; nous sommes également plus conscients d\u2019avoir développé une attitude de méfiance séculaire à l\u2019égard des conquérants et dominateurs anglais ; nous sommes enfin conscients de n\u2019avoir de véritable solidarité qu\u2019avec une partie des immigrants qui sont venus chez nous et qui partagent désormais notre destin.La Loi 101 fait lentement mais sûrement son chemin, surtout au niveau de l\u2019école ; le monde du travail en français devra suivre.Mais il faut loyalement constater que beaucoup de réticences demeurent, de part et d\u2019autre.Si bien que la réalité incontournable, c\u2019est que notre sentiment national ethnique, qui a été jusqu\u2019ici indispensable à notre survie et à notre croissance, ne suffit plus, qu\u2019il devient même périlleux à mesure que prennent de l\u2019ampleur notre immigration et notre respect pour nos minorités.Et la conséquence est claire : le projet national du Québec et le sentiment national qui l\u2019accompagne doivent devenir territoriaux.Notre projet de société doit impliquer tous ceux et celles qui veulent vivre au Québec.Et ce n\u2019est que lorsque nous serons un pays libre que cela deviendra possible.Ce n\u2019est qu\u2019alors que nous pourrons réaliser un projet de société où nous sommes dans le même navire, où nous éliminons cette malencontreuse double citoyenneté, québécoise et canadienne, où trop d\u2019entre nous considèrent les Québécois francophones de vieille souche comme une ethnie parmi d\u2019autres, dans une mosaïque canadienne où l\u2019identité est celle de la société de marché.À mon avis, le risque du nationalisme ethnique, dans un pays qui comprend près de 20 % d\u2019« autres », est tel qu\u2019il nous place devant le choix de faire un pays avec tous ceux et celles qui vivent sur le territoire ou de renoncer à notre identité ethnique devenue discriminatoire et pratiquement invivable dans un pays comme le Québec de demain.Je crois donc que ce n\u2019est pas le simple recours à une impatience ancienne ni à une décolonisation urgente qui justifie le référendum, le deuxième en douze ans, mais le fait que nous devons décider entre trois situations : nous prendre en mains tous ensemble, ou accepter la disparition, ou aller vers une situation d\u2019apartheid.Une évolution rapide Il y a douze ans, Relations consacrait un numéro au référendum (no 459, mai 1980).L\u2019éditorial d\u2019Albert Beaudry analysait les deux programmes des partis politiques d\u2019alors, le Livre blanc du Parti québécois et le Livre beige du Parti libéral.Il concluait qu\u2019au plan des valeurs essentielles, le projet de souveraineté- association représentait un moindre risque : traitant d\u2019égal à égal avec le gouvernement fédéral, il nous expose moins à transiger sur ce qui ne saurait être objet de marchandage (p.133).La situation d\u2019alors montrait déjà à l\u2019évidence que, depuis la Confédération, on avait beaucoup marchandé au lieu de négocier : entrée du Québec dans la confédération avec une seule voix de majorité venant d\u2019un comté francophone, bilinguisme sans restriction, abandon des Amérindiens du Québec à l\u2019autorité fédérale, acceptation d\u2019un gouvernement central anglophone, d\u2019un drapeau étranger, d\u2019un hymne national également étranger, d\u2019un service diplomatique anglophone, d\u2019une sélection anglophone des immigrants, etc.Depuis lors, il me semble impossible de dire que la situation s\u2019est améliorée, même si quelques points ont été clarifiés.Au contraire, bon nombre d\u2019indices importants de détérioration se sont fait voir sur le terrain même de la constitution : échec pratique du bilinguisme national, usage juridique de la Charte des droits contre l\u2019intérêt légitime du Québec, introduction forcée d\u2019un multiculturalisme où la réalité culturelle du Québec devient folklorique, abus des interventions fédérales dans les domaines de juridiction provinciale au nom du « pouvoir de dépenser », désaccords profonds avec le Canada anglais sur le Sénat, sur la Cour suprême, sur les relations avec les Premières nations, refus enfin d\u2019une reconnaissance minimale du Québec comme société distincte lors du rapatriement de la constitution et de nouveau après l\u2019échec de l\u2019accord du Lac Meech.Il faut ajouter qu\u2019en 1980, le malaise était surtout québécois ; actuellement, il est davantage canadien, comme l\u2019ont révélé les récentes enquêtes.Au surplus, la situation n\u2019a cessé de s\u2019aggraver depuis les promesses référendaires de M.Trudeau en 1980, trahies au complet, en particulier par le rapatriement unilatéral de la constitution, par l\u2019enchâssement d\u2019une clause d\u2019interprétation en faveur du multiculturalisme dans la Charte fédérale ; il faut ajouter également la promesse de M.Mulroney d\u2019un retour du Québec dans la Confédération dans l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme, une promesse qui, elle, a entièrement échoué.Et pour finir, il faut considérer la succession de commissions, de moins en moins démocratiques et de plus en plus gérées par les médias, au cours des deux dernières années.Il me semble donc qu\u2019il faut conclure que, comme je l\u2019ai déjà dit plus haut, deux et même trois conceptions du Canada se sont développées et que cela constitue une autre donnée essentielle de notre réflexion devant le second référendum.Et j\u2019ai une trop longue expérience de la presse pour penser que ces trois conceptions ne sont portées que par des voix isolées et que la majorité silencieuse est plus bienveillante et plus conciliante : si une telle majorité silencieuse existait, les gestes de refus et même de menaces n\u2019auraient pas d\u2019écho dans les médias.Depuis longtemps déjà, nous tournons en rond.Un tel piétinement, à mon avis, recommande plutôt un changement global de la situation, changement qui ensuite rendra possible des ajustements moins fondamentaux.Un des indices les plus sûrs de la valeur de ce choix pour une question radicale (indépendance, oui ou non) est que la décision d\u2019en venir à un référendum n\u2019est pas portée par un seul parti.En démocratie, cela signifie une volonté très majoritaire d\u2019en venir à une consultation nationale, volonté d\u2019ailleurs confirmée par de nombreux sondages.C\u2019est pourquoi je souhaite que tous réagissent fermement contre toute astuce politique qui contournerait la Loi 150 ou la reporterait, et c\u2019est pourquoi je proteste dès maintenant contre toute initiative qui utilise la peur, la menace de violence ou le chantage économique ou politique, y compris celui des aborigènes de certains milieux.Je ne considère donc pas une décision en faveur du référendum lui-même comme une option partisane.D\u2019autant moins 118 relations mai 1992 que le PQ et le PLQ de 1992 ont considérablement rapproché leurs programmes.Il faut souhaiter que les deux aient la sagesse politique de ne pas faire du référendum une arme électorale.Qu\u2019ils aident plutôt les citoyens et citoyennes de toutes orientations à décider s\u2019ils veulent demeurer dans le Canada, avec ou sans changement, ou s\u2019ils veulent plutôt prendre le beau risque de constituer un pays autonome avec un projet de société valable et réalisable.Une conjoncture économique difficile Le référendum de 1980 a été fait dans un contexte de prospérité relative ; il reste que le NON n\u2019a pas empêché la récession de rejoindre le Québec aussi fortement que le Canada, deux ans plus tard, en 1982.Depuis l\u2019annonce du référendum de 1992, les études professionnelles se multiplient.Elles concluent positivement ou non, à court terme ou à long terme.Le citoyen moyen doit sans doute les considérer avec attention.Il doit constater qu\u2019un risque existe, mais qu\u2019il est jusqu\u2019ici indéfinissable ; il doit aussi constater qu\u2019aucune de ces études n\u2019inclut les conséquences d\u2019une séparation éventuelle du Québec pour le reste du Canada, en particulier pour les Provinces maritimes.Il doit enfin remarquer que les études négatives ne tiennent pas compte des nouvelles forces économiques et sociales qui se sont mises en marche ou se sont accélérées depuis 1980 : modèle québécois d\u2019économie plus axé sur la concertation et le partage de la richesse, syndicalisme plus soucieux de concertation, croissance du mouvement coopératif, développement considérable de l\u2019initiative régionale en plusieurs points du Québec, dynamisme des femmes, meilleures ressources en capital, développement du savoir-faire international, moindre besoin des partis politiques pour l\u2019innovation.Mais, l\u2019économie recevant toute l\u2019attention qu\u2019elle mérite, il reste que les motifs que je pèse lorsque j\u2019envisage l\u2019indépendance ou la permanence du Québec dans un Canada, renouvelé ou non, ne sont pas seulement d\u2019ordre économique.Ils sont aussi politiques (projet de société, fierté d\u2019une maturité nationale, souci de solidarité avec les minorités), culturelles (promotion d\u2019une façon à nous d\u2019être humains, souci de notre patrimoine et de notre langue) et sociales (motivation nouvelle au travail, à la qualité de la vie, à l\u2019éducation).Par conséquent, je ne puis aborder le référendum sous le seul angle de la prospérité qui suivra une décision ou l\u2019autre.Par ailleurs, je n\u2019ai pas le droit de me désintéresser de l\u2019angle économique.Et je sais que plusieurs de mes compatriotes, même sympathiques à l\u2019indépendance, ne considèrent en pratique que l\u2019avantage économique qu\u2019ils retireront de leur OUI ou de leur NON.En particulier, je sais par expérience, pour avoir interrogé plusieurs jeunes, que leur absence dans le débat actuel est très souvent centrée sur la seule et importante question du travail ou du chômage.Sûrement, il y a un prix à payer pour la liberté.Toute la question est de l\u2019évaluer.Nous savons que certaines séparations récentes ont été coûteuses et même violentes ; mais plusieurs autres se sont réalisées dans la paix et ont été suivies de traités qui ont amélioré la situation antérieure.Il s\u2019agit donc d\u2019évaluer sobrement les risques, comme dans toute situation où des valeurs spirituelles et des conséquences économiques sont en jeu.Mon collègue Richard Arès parlait toujours de « fibre morale » quand il arrivait à ce point ! Il faut aussi nous rappeler que le référendum n\u2019est que le premier pas dans une longue démarche.Le fait que le Canada soit dans une importante période de récession, à l\u2019intérieur d\u2019une Nous voyons mieux aujourd\u2019hui que la conscience nationale québécoise traditionnelle a fait peu de cas des autochtones et de leurs cultures.crise économique qui touche tout l\u2019Occident, ne favorise pas la liberté ; mais dans une situation où le malaise n\u2019est pas surtout économique, le cercle vicieux est évident : si elle vient.nous n\u2019aurons plus de raison de changer la situation ! Je souhaite seulement que ceux qui profitent du statu quo n\u2019abusent pas des facteurs conflictuels pour créer un climat de peur : résistance au développement hydro-électrique, difficultés du libre-échange, réclamations territoriales de certains groupes autochtones, partage de la dette fédérale.Et je souhaite aussi que ceux et celles qui sentent que la liberté est à portée de la main reconnaissent qu\u2019il y aura un prix à payer, modéré mais réel, pour cette liberté.Une liberté qui en vaut la peine Le référendum n\u2019aurait pas de sens si les choix qu\u2019il requiert de chacun et chacune d\u2019entre nous ne nous orientaient pas vers une société renouvelée, vers une vie meilleure.Le sociologue Alain Touraine a dit que la Révolution tranquille était une « révolution contre », qui n\u2019a pas réussi à se prolonger en « révolution pour ».Elle a libéré le Québec d\u2019un passé devenu trop lourd, mais elle l\u2019a laissé sans projet autre que des réformes d\u2019institutions, scolaires, sociales ou économiques.Il serait tragique que le référendum, qu\u2019il aboutisse à un Québec souverain ou à un Canada restructuré, en demeure là.Si nous remettons en question notre appartenance au Canada, ce ne peut être que pour une raison fondamentale : nous n\u2019y obtenons pas ce qui est indispensable à notre réalisation comme communauté humaine.En d\u2019autres termes, dire OUI au référendum, c\u2019est reconnaître que nous ne réaliserons notre projet de société qu\u2019en nous prenant totalement en mains.Certains diront que chacun de nous, dans une société libérale individualiste, a son projet de société ; mais personne ne dira qu\u2019on peut faire un pays, québécois ou canadien, sans un relations mai 1992 119 Alain Bissonnette consentement commun à une constellation unifiée de valeurs et d\u2019institutions qui les incarnent.Je tente maintenant de formuler ce qu\u2019est ce pacte social qui ferait du Québec de demain un pays où il fait bon vivre, en dépassant les solitudes ethniques actuelles, vers une culture publique commune, admettant et même valorisant des divergences culturelles, tout en évitant la fragmentation aggravée par le multiculturalisme supporté par le gouvernement fédéral des vingt dernières années.J\u2019ajoute que je vois de plus en plus avec peine certains groupes, parmi les Amérindiens, les Anglo-Canadiens, des groupes immigrés et même des groupes francophones éprouver presque de la terreur devant toute affirmation de l\u2019autonomie du Québec, comme si la protection de leurs droits n\u2019était possible qu\u2019en régime fédéral.Cette crainte me semble sans fondement solide : bien sûr, un peuple qui a derrière lui près de quatre siècles d\u2019histoire doit reconnaître des faiblesses, des injustices et des violences.Mais un regard informé et loyal sur cette histoire montre que la discrimination n\u2019a pas été institutionnalisée chez nous, que la responsabilité des conflits n\u2019a jamais été du seul côté de la majorité.Dans un Québec libre, la Charte des droits et libertés continuera d\u2019être la première loi, et la responsabilité de son application ne peut être qu\u2019augmentée par l\u2019autonomie.Au risque de paraître abstrait, je regroupe maintenant les traits fondamentaux de la société distincte que le Québec doit être, sous cinq sous-titres1.a)\tUn bien-être matériel suffisant pour tous et toutes.Depuis surtout la Révolution tranquille, nous avons attribué à plusieurs causes notre difficile accession au stage de pays économiquement et techniquement avancé : origines paysannes, conservatisme politique, fatalisme religieux, retard scolaire.Certains disent même que c\u2019est notre appartenance au Canada qui nous a permis d\u2019entrer dans le monde moderne.Mais il me semble plus facile de démontrer que nous avons conquis nous-mêmes notre progrès ; le Canada ne nous a rien donné que nous n\u2019ayons conquis : possibilité d\u2019accéder, à compétence égale, à des postes-clé dans les services gouvernementaux ou dans les affaires, possibilité d\u2019introduire du capital local à côté de l\u2019investissement étranger dans l\u2019industrie, possibilité de représentation dans les organismes internationaux.Nous savons maintenant que nous pouvons être créateurs de notre prospérité et que nous sommes capables d\u2019orienter notre économie, y compris nos associations internationales ; nos entrepreneurs et nos banquiers ont en mains les instruments qui permettent l\u2019initiative d\u2019une contribution originale à l\u2019économie mondiale, une initiative qui comporte des risques (certains l\u2019ont déjà appris à leurs dépens), mais qui réclame aussi plus de liberté.Mais si nous savons mieux créer la richesse, nous ne savons pas très bien la partager.Nous sommes conscients de la montée, surtout depuis 1960, de la société duale au Québec, à la fois par l\u2019écart croissant entre une minorité prospère et une majorité appauvrie, et par les inégalités régionales.L\u2019expression « Québec cassé en deux », créee par Relations (novembre 1988, avril 1990, avril 1992), a eu du succès parce qu\u2019elle correspond à la réalité.Tout projet d\u2019avenir du Québec doit se faire pour tout le pays et non pas seulement pour ses régions prospères.Également, une société responsable ne peut accepter le chômage élevé et persistant que nous connaissons trop, surtout le chômage des jeunes et des minorités visibles ; elle doit rendre concrètement possible le plein emploi, le recyclage professionnel, la scolarisation élevée.Et pour corriger les faiblesses inévitables qui demeureront ensuite, le régime d\u2019aide sociale ne doit pas être affaibli.L\u2019aide à l\u2019étranger doit se maintenir et dès que possible s\u2019accroître.Ici encore, on ne voit pas quelle difficulté proviendrait d\u2019un OUI à la souveraineté au référendum.Et il serait malheureux de voir reprendre le chantage que les partisans du fédéralisme ont utilisé en 1980, en menaçant les personnes âgées de la perte de leur pension, les immigrants de certaines subventions, les étudiants de certains octrois.Une démocratie politique autonome au Québec serait une illusion si elle n\u2019était en même temps une démocratie économique responsable, qui fonctionne pour tous et non seulement pour les plus forts.b)\tUne coresponsabilité de tous et de toutes.Je suis bien conscient, comme beaucoup de nos compatriotes, d\u2019une détérioration sérieuse du processus démocratique au Canada comme au Québec, depuis surtout quelques années, une détérioration qui est particulièrement manifestée par l\u2019absence d\u2019intérêt politique chez beaucoup de jeunes.La montée de la démo- Je crois indispensable à notre projet de société d\u2019aborder et de résoudre le plus tôt possible la réclamation amérindienne ; je crois même que nous devons arriver à une entente fondamentale avec les auto- chtones avant toute décision finale sur l\u2019indépendance.cratie libérale (au sens idéologique du terme) fait que ceux qui paient le plus de taxes occupent de plus en plus de place dans ies décisions ; qu\u2019on songe aux lenteurs inexplicables de la question amérindienne, de la question écologique, de la décentralisation vers les régions.Et la démocratie pluraliste, où agissent tous les groupes de lobby dont les intérêts ne coïncident pas avec ceux de la majorité, remplace trop souvent, surtout à travers l\u2019action des médias, le pouvoir rattaché au suffrage universel.D\u2019où un recul trop visible des pauvres, des minorités, des régions éloignées, des travailleurs et des organisations de travailleurs dans le processus décisionnel.Ajoutons que malgré de sérieux progrès, l\u2019avance des femmes vers l\u2019égalité demeure encore trop lente, un domaine de coresponsabilité qui est pourtant pré-requis à un renouveau de la famille et de la natalité chez nous.Dans ce domaine de la coresponsabilité, il est difficile de voir comment Ottawa aide le Québec.En particulier, l\u2019usage tatillon de la Charte canadienne des droits, pour réclamer et obtenir des victoires de droits individuels contre des droits collectifs valables, a souvent montré que la Cour suprême est plus influencée par la tradition légale des États-Unis que par la nôtre.Et des initiatives comme la Commission Beaudoin-Dobbie, où une commission devient un instrument de pression quotidienne d\u2019une mer à l\u2019autre, par la télévision, n\u2019ont rien de rassurant pour l\u2019avenir.Donc, ici encore, nous sommes en situation de liberté entre le OUI et le NON et même, ajoutons-le, en situation qui favorise le OUI, dans un Québec où on tient à la liberté, mais dans la solidarité.c)\tUne justice accessible à tous.Je suis bien conscient de progrès importants et de faiblesses persistantes dans ce domaine.Le Québec achève la refonte de son code civil, il a 1.Cette répartition des éléments essentiels à une société responsable a servi de cadre au Conseil mondial des Églises depuis 1948.Elle me semble à la fois exacte et utile.120 relations mai 1992 acquis une solide expérience dans la pratique de sa Charte des droits et libertés, une charte dont la qualité pédagogique est de beaucoup supérieure à celle du Canada.Des expériences pénibles mais tonifiantes l\u2019ont forcé à reconnaître des négligences et des fautes passées, en particulier à l\u2019égard des Premières nations.Dans cette perspective, je crois indispensable à notre projet de société d\u2019aborder et de résoudre le plus tôt possible la réclamation amérindienne ; je crois même que nous devons arriver à une entente fondamentale avec les autochtones avanftoute décision finale sur l\u2019indépendance.Nous devons clarifier les conflits entre droits individuels et droits collectifs (clause « nonobstant », droits linguistiques).Il faut également définir le type de laïcité des institutions qui assurera le mieux la paix sociale et la liberté religieuse, rendre plus efficaces les programmes d\u2019accès à l\u2019égalité pour les personnes défavorisées, protéger le mieux possible la nature contre les déprédations industrielles et autres.Dans beaucoup de ces domaines, nous ne ferons de progrès qu\u2019en augmentant l\u2019imputabilité des fonctionnaires et en renforçant la responsabilité locale et municipale.Au total, ici encore, aucune raison de favoriser le lien fédéral, mais beaucoup d\u2019espace pour le progrès du Québec.d) Le plus de liberté possible.La question de la liberté est centrale dans tous les débats entre fédéralisme et indépendantisme.Et en général il ne s\u2019agit pas, contrairement à ce que pensent et disent bon nombre de politiciens et de journalistes fédéraux, d\u2019états d\u2019âme ni de nostalgie : il s\u2019agit de contraintes injustifiées dans les domaines de la langue, de l\u2019initiative provinciale, de la discrimination économique, de décisions de la Cour suprême du Canada préjudiciables à l\u2019intérêt du Québec, d\u2019abus du « pouvoir de dépenser » d\u2019Ottawa.Une grande partie des exigences minimales du Québec pour pouvoir accepter la constitution canadienne rénovée (épisode du Lac Meech) portaient sur cette question fondamentale de la liberté : composition du sénat, de la Cour suprême, responsabilité de l\u2019immigration, droit de veto.C\u2019est aussi le domaine où les promesses d\u2019avant et d\u2019après-référendum de 1980 ont été entièrement trahies.Je comprends facilement que l\u2019exigence revienne sous une forme plus pressante en 1992.Et quel que soit le résultat de cette consultation d\u2019octobre, le Québec devra continuer dans la voie de la tolérance et de la liberté, en ne cédant pas à la contrainte pour accélérer le changement, en respectant la liberté de presse, la liberté de l\u2019école et la liberté du travail ; en respectant aussi la liberté des Amérindiens et des Anglo-Québécois.Et si nous optons pour la souveraineté, nous devrons abandonner les réactions venant de la crainte de disparaître, devenant davantage du même coup un État de droit.e) Une paix réelle.Je sais que l\u2019image internationale du Québec comme du Canada est celle d\u2019un pays de la sécurité et de la paix.Une image enviable dans la période de l\u2019histoire que nous vivons.Si bien que pour plusieurs, la première crainte devant le référendum et la possibilité d\u2019une indépendance du Québec est précisément celle de la perte de cette paix.Malheureusement, je dois constater que si, dans les années 1968-70, les manifestations de violence ont été séparatistes ou provoquées par la police pour discréditer le séparatisme, cette fois-ci les menaces de violence sont venues jusqu\u2019ici de partisans du fédéralisme : menaces de blocus économique, d\u2019intervention militaire, chantage de certains groupes amérindiens, pressions en vue d\u2019un refus international de reconnaître un Québec indépendant, menaces de rupture du libre-échange, invitations à exporter ses capitaux à l\u2019avance, etc.Je n\u2019ose pas prendre au sérieux ces manifestations peu civilisées, considérant les Canadiens et les partisans des deux options au Québec comme des partenaires démocratiques et respectables.Et je considère comme un élément essentiel du projet québécois de société, quelle que soit son option, une éducation plus intense aux droits et libertés, dès le début de l\u2019école.Je souhaite que l\u2019intégration (pas l\u2019assimilation) des immigrants soit une priorité importante.Je souhaite également que, comme je l\u2019ai déjà indiqué, la réconciliation dans la justice avec les autochtones soit la plus complète et la plus rapide possible.Et si un Québec indépendant devait avoir un service de l\u2019État, qu\u2019il soit conçu comme un service civil et une éducation des jeunes, non comme un service militaire.Au total, à mon avis, les chances d\u2019une paix durable sont meilleures pour un Québec libre.Mon vote au référendum Il y a douze ans (no 459, mai 1980), Relations écrivait : « nous sommes d\u2019avis.que, même si le référendum n\u2019est pas le dernier mot de la question nationale, la plupart de ceux qui travaillent à construire au Québec une nouvelle société reconnaissent dans l\u2019affirmation collective du OUI un pas dans la bonne direction : nous nous voulons solidaires de leur recherche » (p.133).Après l\u2019analyse sociale que je viens de proposer, et si la question posée porte directement sur la souveraineté du Québec, tout en reconnaissant que dans un pays démocratique d\u2019autres puissent penser le contraire, je jugerai moi aussi que voter OUI est un pas dans la bonne direction.¦ Le dernier Martucci ! TOI QUI VIENS NOUS GUÉRIR Jean Martucci nous invite à découvrir la dimension spirituelle que cachent la souffrance et la maladie.Toi qui viens nous guérir est publié par Novalis, dans le cadre du cinquantenaire de Socabi.COÛT: 14,95 $ + frais d\u2019expédition et TPS SOCABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 relations mai 1992 121 LE QUEBEC, L\u2019EMPLOI ET LES PRESSIONS DU MARCHÉ GLOBAL par Lorraine Blais-Morin1 Une des croyances les plus répandues chez les économistes est le bien-fondé du libre-échange.Elle repose sur la théorie des avantages comparés qu\u2019avait élaborée Ricardo, un économiste et financier anglais du début du XIXe siècle.Le néolibéralisme y trouve l\u2019une de ses justifications.Pour voir clair dans le débat entourant le libre-échange, il est urgent d\u2019examiner les fondements de la théorie ainsi que les conséquences d\u2019un libre-échange très étendu.Dans tous les manuels d\u2019économique, on peut retrouver cette fameuse théorie et se convaincre que les pays ont avantage à se spécialiser dans la production des biens et services pour lesquels ils sont relativement mieux dotés en facteurs de production.En conséquence, les personnes qui prennent les décisions économiques et politiques orientent la production vers des secteurs-clés.Le Québec étant doté de ressources hydroélectriques, de main-d\u2019oeuvre qualifiée en télécommunication, etc., il doit miser sur ces domaines et laisser à d\u2019autres le soin de le pourvoir en légumes tropicaux, en produits électroniques ou en véhicules automobiles.On admet que les ajustements ne se font pas sans souffrances : les travailleurs doivent se déplacer, se recycler.Mais malgré les débats au niveau environnemental et le coût des ajustements humains, on est à peu près convaincu, dans les hautes sphères politiques et corporatives, que l\u2019avenir et la prospérité se trouvent dans cette direction.Avec des ententes de libre-échange de biens et services, on est convaincu d\u2019améliorer son sort et même de contribuer à l\u2019amélioration du sort des pays avec lesquels on commerce.La théorie a-t-elle raison ?A-t-on raison de s\u2019inquiéter de la concurrence des pays où la main-d\u2019oeuvre est payée jusqu\u2019à dix et quinze fois moins que nos travailleurs ?Est-ce que les restrictions dans la main-d\u2019oeuvre, exigées pour devenir plus efficace et donc plus concurrentiel, seront compensées par une prospérité accrue ?La pensée économique orthodoxe est ferme à ce sujet : il ne faut pas s\u2019inquiéter ; en se spécialisant, tous les partenaires commerciaux vont en profiter.Mais qu\u2019en est-il vraiment ?La pauvreté s\u2019accentue, les taux de chômage à long terme sont à la hausse, les mesures de sécurité sociale sont remises en cause.Dans cette dégringolade du niveau de vie, le néolibéralisme est pointé du doigt.Est-il vraiment coupable ?Ce que les économistes ont oublié, c\u2019est que, du temps de Ricardo, le capital et le travail étaient relativement immobiles.Le capitaliste anglais du début du XIXe siècle était fortement attaché à son pays.Dans la théorie, l\u2019immobilité du capital et celle du travail sont en quelque sorte sous-entendues.Or il n\u2019en est rien aujourd\u2019hui, du moins en ce qui concerne le capital.Dans notre ère de communication informatisée, le capital traverse les frontières à la vitesse de la lumière, et pour des différences de rendement d\u2019à peine 1/10 de 1 %.L\u2019investisseur, qu\u2019il soit individu ou corporation, ne cherche pas les avantages comparatifs, mais les avantages absolus sur le plan des coûts de production et du rendement.Le commerce international n\u2019est pas le commerce entre nations, mais entre des individus vivant dans des nations différentes.Les avantages mutuels entre individus de différents pays ne garantissent pas pour autant des avantages mutuels entre ces pays.Prenons un exemple : une compagnie de pièces d\u2019auto déménage de Montréal vers le Mexique ; on met à pied des ouvriers gagnant 15$ l\u2019heure pour en engager d\u2019autres à 1$ l\u2019heure.Les propriétaires y gagnent beaucoup, les Mexicains y gagnent un peu, les contribuables canadiens y perdent un peu et les travailleurs mis à pied y perdent beaucoup.Au plan éthique, on peut se poser des questions.La compagnie cherche ses propres intérêts et non ceux des Mexicains.Elle désire produire dans le pays où les salaires sont bas et vendre dans les pays où les salaires sont élevés, sans pour autant contribuer au maintien du niveau de vie élevé du pays où elle vend.Pourtant, la philosophie qui prévaut en affaires veut encore qu\u2019en poursuivant son propre intérêt on serve celui de la collectivité.(On me répondra ici qu\u2019en agissant de la sorte les Mexicains gagneront les devises nécessaires pour acheter nos téléphones cellulaires.Mais la question centrale demeure : quels Mexicains ?Sûrement pas ceux qu\u2019on garde tout juste au salaire de subsistance.) Que va-t-il se passer ?Le capital, une de nos ressources encore relativement abondantes, va se déplacer là où les salaires sont les plus bas, là où 1.L\u2019auteure enseigne l\u2019économie au Cégep de Gaspé ; membre du Regoupement gaspésien et madelinot, elle collabore également au Comité justice sociale de la Conférence religieuse canadienne - région du Québec (CRC-Q).122 relations mai 1992 les promesses de rendement sont les plus élevées.À cause de la mobilité du capital, le monde devient un seul et unique réservoir de main-d\u2019oeuvre.Comme les pays à bas salaires sont présentement aux prises avec un problème d\u2019explosion démographique, le sort de ces travailleurs ne va pas s\u2019améliorer sensiblement, puisque ceux-ci sont en concurrence les uns avec les autres dans un réservoir inépuisable de main-d\u2019oeuvre à bon marché.Parallèlement, dans un marché global, nos travailleurs sont en compétition avec cette main-d\u2019oeuvre à bon marché.Les salaires réels devront baisser.De plus, nous perdrons lentement notre supériorité technologique ou de gestion, puisque ces attributs se déplaceront avec le capital.Le niveau de vie des travailleurs actuels (la majorité des citoyens) va être érodé.Pour préserver sa compétitivité dans un tel marché, on devra diminuer les charges sociales qui entrent dans les coûts de production.Ne voit-on pas déjà la sécurité sociale, l\u2019assurance-chômage, l\u2019assurance-maladie et les normes environnementales comme autant d\u2019obstacles dans la compétition pour notre part du marché mondial ?Il reste à se demander qui bénéficie de cette amélioration de l\u2019efficacité globale de la production.Dans la mesure où nos gouvernants continueront de souscrire aux prémisses du néolibéralisme, ils ne mettront pas de bâtons dans les roues aux détenteurs de capital.Qui plus est, le régime fiscal sera pensé à leur avantage.Ainsi, pour attirer des capitaux, on fait déjà des courbettes sous forme d\u2019abris fiscaux, de contrats secrets, etc.De la même façon, pour éviter que les capitaux les plus mobiles ne fuient et pour financer une dette publique difficile à contenir, on consent des taux d\u2019intérêt très élevés par rapport à leur rendement.Finalement, pour payer ces intérêts, on presse chaque jour un peu plus le contribuable.Ici comme ailleurs, la dérive actuelle s\u2019accentue : les riches s\u2019enrichissent et les pauvres s\u2019appauvrissent ; l\u2019emploi devient de plus en plus rare et de plus en plus précaire ; les programmes sociaux s\u2019effritent.Alors qu\u2019on prétend n\u2019avoir plus les moyens de se payer de tels services, on se permet de gaspiller une grande partie de la force productive en mettant au rancart 20 % de la main-d\u2019oeuvre potentielle et en bouchant l\u2019horizon des jeunes.Un autre avenir possible Cette situation n\u2019est cependant pas inéluctable mais, pour la voir se modifier en profondeur, il nous faudra donner un sérieux coup de barre et mettre résolument le cap sur l\u2019emploi.Le défi est de taille, car la crise de l\u2019emploi est le plus souvent vue comme un phénomène passager et les solutions proposées n\u2019attaquent pas le problème en profondeur.La première étape, et la plus cruciale, est de réaliser que le problème ne se réglera pas tout seul et qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un enjeu qui concerne toutes les composantes de la société.Il faut donc travailler à une prise de conscience collective de la nécessité d\u2019un emploi pour tous.Plus concrètement, et pour éviter les erreurs en cours dans le tiers monde, on devra repenser le problème sur le plan géographique.Car il est important de favoriser la décentralisation de la production et des décisions, si on veut permettre le développement harmonieux et soutenu des régions.Nous résignerons-nous, parce que la pression mondiale va dans ce sens, à une structure de production qui assujettit la population aux besoins d\u2019une petite minorité ?Il faudra aussi que nous révisions, dans les faits, nos options pour les projets à trop forte intensité de capital, qui ont malheureusement le défaut d\u2019employer trop peu de travailleurs.Les PME sont reconnues pour être les plus créatrices d\u2019emploi ; il faudra donc tout mettre en oeuvre pour favoriser leur mise en place.Pour ce faire, on pourra entre autres encourager davantage la transformation de nos ressources naturelles en produits finis et rendre le capital de risque plus accessible.Parallèlement, il faudra investir intensivement dans la formation et l\u2019éducation, la recherche et le développement pour renouveler continuellement la qualité de notre production.Enfin, toutes les nouvelles formes de gestion du travail méritent qu\u2019on les développe davantage : qu\u2019on pense ici au travail partagé, aux coopératives de travail, à la cogestion et à la copropriété des entreprises, qui ont déjà porté des fruits intéressants.Le monde est en pleine restructuration politique et économique.On le voit au niveau planétaire tout comme au Québec et dans ses régions, où nous sommes en recherche d\u2019un projet de société.À tous ces niveaux, les bouleversements en cours peuvent paraître réellement menaçants.Mais si, comme société, nous envisagions ces chambardements comme des défis multiples à relever, nous pourrions peut-être y trouver l\u2019occasion de nous dépasser.Forts de notre passé riche en expériences de coopération, misant d\u2019abord sur les gens plutôt que sur leur argent, ne pourrions-nous pas, en effet, nous mettre à la tâche de rebâtir une économie à la mesure de l\u2019homme ?Nous résignerons-nous, parce que la pression mondiale va dans ce sens, à une structure de production qui assujettit la population aux besoins d\u2019une petite minorité ?Ou trouverons-nous, au contraire, les forces vives nécessaires pour la transformer dans le sens d\u2019un mieux-être pour tous ?¦ relations mai 1992 123 Stock Photo/Robert Fréchette RECENSIONS DE MAI lectures Daniel Pennac : Comme un roman [~1 Georges Baquet : Louisville,\tKentuckv\tONF : Le répertoire des films de l\u2019ONF\tM.Coulombe et M.Jean : Le die-\t tionnaire du cinéma\tQuébécois\tJ.Zieqler et V.Da Costa : /À demain Karl\tPatrick de Laubier : Pour une\t\t civilisation de l\u2019amour Comme un roman Un beau livre, intense et doux, où il est question de la joie de lire, et du geste de l\u2019acte de lire.Un vibrant essai.Daniel Pennac, prof lui-même, affronte le Dragon, le Monstre, l\u2019innommable : l\u2019École dans son état actuel, où l\u2019on apprend aux jeunes à haïr la lecture (« c\u2019est le propre des êtres vivants de faire aimer la vie.mais la vitalité n\u2019a jamais été inscrite au programme des écoles »), entreprise destructrice dont les parents se font d\u2019ailleurs les fiers complices, en ravalant la lecture au rang de corvée et en élevant la télé à la dignité de récompense.Pennac s\u2019accroche : il fut un temps, dit-il, où l\u2019on voulait, que dis-je ?on mangeait des livres.On était petit, on voulait des contes, on savourait la répétition des mêmes épisodes.Mais si le plaisir s\u2019est perdu à l\u2019école, « il ne s\u2019est pas perdu bien loin.À peine égaré.Facile à retrouver », nous rassure-t-il.Et l\u2019auteur de nous convaincre avec art.La solution, dit-il, viendra des profs.124 À l\u2019école.Les pauvres profs, ces « révélateurs photographiques » - digne métier ! - condamnés à « la solitude du correcteur de fond ».« Il vidait une sacoche de livres sur la table.Et c\u2019était la vie », clame une étudiante à propos de son prof-poète Georges Perros.Elle est là, la solution de Pennac.Troublante, « simpliste », très Europe, et un tantinet provocatrice : lire à haute voix, passionnément, les livres qu\u2019on aime (« l\u2019homme qui lit à voix haute nous élève à hauteur de livre ») ! Mais allez dire ça aux fonctionnaires qui viennent de pondre l\u2019examen de français du niveau collégial.Quant à nous, lecteurs fatigués, distraits, surchargés, endettés et précaires, avant de démissionner, de laisser là les livres, de prétexter comme tout le monde qu\u2019« on n\u2019a pas le temps », qu\u2019« il y a des choses plus sérieuses à faire » ou qu\u2019on est « faible en français », il faut lire Pennac.Comme un roman est le livre à recommander particulièrement à tous ceux qui se croient bêtes.Bête moi-même, j\u2019ai été touché par l\u2019immense respect de l\u2019auteur pour l\u2019en- relations mai 1992 fant (« un mauvais élève est, plus souvent qu\u2019on ne croit, un gamin tragiquement dépourvu d\u2019aptitudes tactiques »), le prof (« très vite un professeur devient un vieux professeur »), l\u2019ado cool, vaguement décroché, mais qui embarque dans Madame Bovary - qui veut entendre la suite et court acheter le livre, surtout que le prof l\u2019a strictement interdit.Le respect de Pennac : « .si l\u2019on peut parfaitement admettre qu\u2019un particulier rejette la lecture, il est intolérable qu\u2019il soit - ou qu\u2019il se croie - rejeté par elle »).Son culte du livre - pardon : du lecteur, auquel il propose de troquer les Dix commandements contre une Charte des droits du lectorat : le droit de ne pas lire.de sauter des pages.de ne pas finir un livre.de relire.de lire n\u2019importe quoi, n\u2019importe où.de grapiller.de se taire -bref, tout ce qui est mal, à l\u2019école.J\u2019avais déjà vanté Danielle Sallenave en ces pages {Le don des morts) : le thème était le même, et la voix « très classe ».Ici, Pennac nous parle, mais du fond de nos tripes, de l\u2019enfance, du droit au rêve, à l\u2019ennui, et « au seul paradis qui vaille : l\u2019intimité ».Et « chaque lecture est un acte de résistance ».La lecture clandestine (« le temps de lire est toujours du temps volé »), volée aux parents, aux profs, aux copains, à la nuit, est aussi celle qui nous préserve du « Grand Extérieur », du bruit, du Sérieux, de la « Vie ».Comment expliquer autrement la joie du Matricule 14672/1 revenant, large sourire aux lèvres, de la quotidienne et infâmante « corvée de chiottes ».Paraphrase domestique : contre les gogues, il y a Tolstoï, ou Van Gogh.Lire pour vivre, croit-on entendre.C\u2019est beau, fort, réconfortant.Personnellement, je crois avoir lu là le dernier livre sur la question : on ne peut dire plus, ni mieux, ni plus sobrement, plus passionnément, plus finement, plus méticuleusement, ou avec plus de ferveur, notre urgent et quotidien besoin de fiction.Oui, la fiction est là, partout, qui guette.Et 80 % des scénarios de film sont adaptés de livres.Il faut « ouvrir à tous les pages de tous les livres.» ¦ Richard Dubois Louisville, Kentucky roman-récit inspiré d\u2019un fait divers survenu aux États-Unis en 1971, ce livre du journaliste français Georges Baguet est une perle: économe de mots, parlant par images et par comparaisons, rapprochant les faits et les époques comme les personnes et les paysages, il brosse une sorte de tragédie classique.Deux jeunes Noirs ont tué deux policiers blancs dans une petite ville du Sud où deux cents ans d\u2019histoire ont préparé la scène; tous les personnages ont leur rôle à jouer, presque écrit pour eux.Procès, condamnation à mort, puis prison à vie.Jusque là, rien que de presque normal, pour ce coin de pays.Mais une jeune femme blanche, six ans plus tard, est amenée par son travail à prendre contact avec l\u2019un des deux frères condamnés.Au-delà des préjugés, et contre tous les conditionnements préétablis, elle va découvrir la personne qui se cache derrière le personnage et va s\u2019attacher à lui, obstinément.Pendant plus de dix ans, elle va le visiter, lui écrire, le marier (après quatre ans), se battre pour un nouveau procès et pour sa libération et celle de son frère.Amour, fatalité, séparation, obstination, sur fond d\u2019injustices et de divisions raciales: là encore, la tragédie se poursuit.L\u2019amour patient vaincra.Pas à la manière d\u2019Hollywood.Mais à la manière feutrée et elliptique de Baguet.Pour découvrir comment chaque être est inséparablement le fruit obligé de tout ce qui le précède mais aussi le résultat unique de ses propres choix.Un beau livre, un hymne sobre à l\u2019humain et à la solidarité.De quoi nourrir l\u2019espoir de tous ceux et celles qui écrivent humblement des lettres pour Amnistie ou pour l\u2019ACAT.¦ Dominique Boisvert Pour l\u2019histoire du cinéma Jusqu\u2019ici, les chercheurs en cinéma devaient se donner beaucoup de peine pour obtenir une idée globale de la production de l\u2019Office national du film et pour reconstituer les monographies de ses cinéastes.Ce travail est maintenant chose du passé, depuis la publication du Répertoire des films de l\u2019ONF.Celui-ci, avec ses quelque 2000 grandes pages (incluant photos, index et abondante bibliographie finale de 437 titres) fournit tout ce qu\u2019il faut pour se lancer à la découverte des quelque 8000 films produits par l\u2019institution fédérale, entre 1939 et 1989.Tout cela en deux gros volumes, un pour chaque production, anglaise et française.Pour les historiens (non seulement ceux du cinéma) comme pour les journalistes, l\u2019ouvrage est déjà un « incontournable ».Une longue introduction (157 pages) présente diverses études, dont une chronologie, année après année, de la vie de l\u2019ONF mise en parallèle avec l\u2019industrie canadienne du film (établie par Gary Evans et Pierre Véronneau).Il s\u2019agit d\u2019un bon résumé, bien que n\u2019apprenant rien de neuf aux historiens du cinéma.Il faut y regretter quelques erreurs mineures, dont certaines viennent d\u2019une mauvaise traduction de l\u2019anglais au français : les 247 000 000 d\u2019entrées dans les salles de 1952 deviennent des dollars (p.xxxiv) ; Cinéplex, publicly held company, devient une « société d\u2019État », ce qui est faux (p.Ixix) ; on parle de The Dog Who Stopped the War au lieu de La guerre des tuques (p.Ixxii).Deux textes y rendent aussi compte de l\u2019évolution thématique.Je n\u2019ai pas la compétence pour bien évaluer celui de James E.Page sur la production anglai- se.Quant à celui d\u2019André Pâquet sur la production française, il fournit un assez bon survol des préoccupations des cinéastes les plus réputés.Je lui reproche toutefois de s\u2019en tenir à ce que la littérature « hagiographique » a trop souvent répété depuis vingt-cinq ans, notamment sur l\u2019évolution du cinéma documentaire et sur les thématiques générales.Il accorde beaucoup de place à certains créateurs, entre autres Gilles Groulx, Gilles Carie, Pierre Perrault ; ce sont évidemment des vedettes essentielles, mais il ne tient pas assez compte de la place qu\u2019ont occupée les Bernard Devlin, Raymond Garceau, Fernand Dansereau, Pierre Patry, Jacques Godbout et quelques autres qui ont représenté un courant plus social que politique.Presque au même moment, paraissait la seconde édition du Dictionnaire du cinéma québécois de Michel Coulombe et Marcel Jean (avec plus de 60 collaborateurs).Là aussi, il s\u2019agit d\u2019un ouvrage essentiel pour tous ceux qui veulent connaître non seulement les cinéastes du Québec, mais aussi les institutions qui en déterminent les aboutissants (les organismes gouvernementaux comme l\u2019ONF, la Régie du cinéma, la Société générale des industries culturelles, les associations professionnelles, etc.) et les grands volets thématiques comme la censure, les relations entre l\u2019Église et le cinéma, la critique.Par rapport à l\u2019édition de 1988, une vingtaine d\u2019articles sur des auteurs moins importants ont été enlevés ; une soixantaine d\u2019autres ont été ajoutés, pour marquer l\u2019arrivée ou la confirmation de noms qui comptent ou de sujets qui prennent de plus en plus d\u2019importance, par exemple, celui de la fiscalité liée au cinéma.Je salue particulièrement l\u2019inscription des pionniers artisanaux comme Joseph Damase Bégin (le célèbre Jos.D.) ou Alfida Crète à qui on doit des images remontant jusqu\u2019aux années 20.Ces choix éditoriaux n\u2019en rendent l\u2019ouvrage que plus précieux pour les historiens.Beaucoup de coquilles ou d\u2019erreurs ont été éliminées, mais il en demeure quand même quelques agaçantes (« caméraman » avec un accent, traits d\u2019union dans « île aux Coudres » ou après « assistant ») ; on attribue encore un index annuel à Séquences, ce qui serait souhaitable, mais n\u2019est pas exact.Ces petites erreurs, plus quelques autres que j\u2019ai déjà signalées aux rédacteurs, n\u2019entachent pas la valeur inestimable de l\u2019ouvrage.Mais comme un dictionnaire, par définition, doit servir de norme, il faut redoubler de vigilance.¦ Yves Lever relations mai 1992 125 À demain Karl x a demain Karl.Pour sortir de la fin des idéologies est un pamphlet décapant certes, mais extrêmement tonique ! Au moment où (presque) tout le monde enterre Marx avec le communisme, deux intellectuels européens appellent à la rigueur de la raison (« ne mélangeons pas tout ! ») et au toujours aussi nécessaire combat pour la justice (« changer le monde n\u2019est pas moins impérieux parce que moins à la mode ! »).Plaidoyer pour un « marxisme de résistance », court, polémique mais argumenté, ce livre trace d\u2019abord un « état des lieux » avant de procéder à « une défense par trois » (trois ordres de raisons pour lesquelles le marxisme est encore à l\u2019ordre du jour), puis à une « reconstruction par trois » (trois avenues par lesquelles le marxisme peut encore être fécond).« Paradoxalement, concluent les auteurs, la faillite du communisme nous rend Marx, et c\u2019est une chance pour les femmes et les hommes de progrès de pouvoir se réapproprier une tradition rationnelle et critique ainsi libérée de son carcan totalitaire.Au travail^ et à demain.» À lire pour envoyer un grand courant d\u2019air frais dans les innombrables poncifs qui circulent présentement, et pour retrouver du souffle.¦ Dominique Boisvert Pour une civilisation de l\u2019amour écrit par un professeur de sociologie de l\u2019Université de Genève, voici un intéressant outil de vulgarisation et de référence.Présentant la « doctrine sociale » de l\u2019Eglise, il a l\u2019originalité de ne pas la faire commencer avec Rereum Novarum, mais d\u2019en montrer les origines dès les Pères de l\u2019Église.Patrick de Laubier propose un regard à la fois multiple et synthétique de cet enseignement social : d\u2019abord, dans un dialogue de 60 pages avec Jean-Nicolas Moreau, il présente les caractéristiques et les finalités du message social chrétien ; puis il retrace, en une centaine de pages, le développement historique de cette pensée, à travers onze étapes caractérisées chacune, d\u2019Ambroise de Milan à Jean-Paul II, par une figure particulièrement importante de l\u2019époque concernée et qu\u2019il présente à partir de leurs propres textes.La partie centrale du volume (140 p.) est consacrée à un lexique commenté, à partir des textes, d\u2019environ 70 questions touchées par la doctrine sociale de l\u2019Église, de l\u2019argent à la violence, en passant par les idéologies, les migrations et le pluralisme ; enfin, un essai bibliographique d\u2019une trentaine de pages nous fournit des pistes d\u2019approfondissement qui vont des origines à nos jours.Facile d\u2019accès malgré la richesse remarquable des souces et des connaissances de l\u2019auteur, il permet à quiconque s\u2019intéresse à la question d\u2019aborder la doctrine sociale de l\u2019Église à petite dose, par l\u2019une ou l\u2019autre des approches que propose l\u2019auteur.Un ouvrage à connaître.¦ Dominique Boisvert Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants : - Aux Éditions Centurion/Paulines, col- lection « Parcours », Paris/Montréal, 1991 : - Dennis Gira, Les religions ; 119 p.- Antoine Sondag, La géographie des catholiques ; 115 p.- René Beaupè-re, L\u2019oecuménisme ; 125 p.-\tOCIC, Catalogue international de vidéos à thèmes religieux (documentation réunie par Jean-Paul Guillet, PMÉ), Bruxelles, Organisation catholique internationale du cinéma et de l\u2019audiovisuel, 1991 ; 235 p.-\tJacques Gaillot, Le monde crie, l\u2019Église murmure.Entretiens avec Christophe Wargny, Paris, Éd.Syros-Alter-natives, 1991 ; 200 p.-\tPhilippe Ferland, Le droit de grève dans la législation d\u2019Ottawa et de Québec, 1964-1991, Montréal, Guérin Littérature, 1991 ; 623 p.-\tBernard Kouchner, Le malheur des autres, Paris, Éd.Odile Jacob, 1991 ; 341 p.-Jean-Paul Besset, Amnesty International.La conspiration de l\u2019espoir.Trente ans au service des droits de l\u2019homme, Paris, Éd.du Félin, 1991 ; 196 p.-\tKristian Lamarre, 50 ans d\u2019avenir ! 1939-1989.L\u2019histoire du Conseil de la coopération du Québec, Lévis, Conseil de la coopération du Québec, 1991 ; 151 p.-\tJacques Hébert, La violence à l\u2019école.Guide de prévention et techniques d\u2019intervention, Montréal, Éd.Logiques, 1991 ; 136 p.-\tDidier Decoin, Élisabeth Catez ou l\u2019obsession de Dieu, Paris, Éd.Balland, 1991 ; 222 p.-\tEdmond Orban et collaborateurs, Fédéralisme et cours suprêmes, Bruxelles/Montréal, Établissements Émile Bruylant/Presses de l\u2019Université de Montréal, 1991 ; 237 p.-\tSous la direction de Jacques Grand\u2019Maison, collection « Cahiers d\u2019études pastorales no 10 », Le drame spirituel des adolescents.Profils sociaux et religieux, St-Laurent, Éd.Fides, 1991 ; 244 p.¦ références Daniel Pennac, Comme un roman, Paris, Gallimard, 1992 ; 175 p.Georges Baguet, Louis-ville, Kentucky, Paris, Éd.Pierre Belfond, 1990; 133 p.Office national du film (rédacteur en chef Donald Bidd), Le répertoire des films de l\u2019ONF (deux volumes : production en français, production en anglais), Montréal, 1991.Michel Coulombe et Marcel Jean, Le dictionnaire du cinéma québécois (nouvelle édition revue et augmentée), Montréal, Éd.Boréal, 1991 ; 603 p.Jean Ziegler et Uriel Da Costa, À demain Karl.Pour sortir de la fin des idéologies, Paris, Éd.Régine Deforges, 1991 ; 135 p.Patrick de Laubier, Pour une civilisation de l\u2019amour.Le message social chrétien, Paris, Éd.Fayard, 1990 ; 372 p.126 relations mai 1992 J Institut de PASTORALE mm2 Baccalauréat en théologie pastorale Certificat en études pastorales Certificat en pastorale liturgique Accompagnement personnalisé intégré au programme Formation et réflexion à partir de l'expérience acquise Temps plein, temps partiel, auditeur libre niusaW'®6 Sïrîff é«easet'®\u201c,S 4ive'seS ^'re4eM\"l'e'\u201eeVta'Wie l'a^Leata»0\" c0**fa^u!.e \\e^a o«w8\u201c,\\U ,,rd Oe^®\u201epeB0ÜLARD Lise ,|\\/|ance Ovi^13 \\\\s^e ,eWeU* &**%!!*** O\u201c6a .^V>90 \u201e 0^^ 1 1 cre dit/ se ssio\" AOÎ RENSEIGNEMENTS : 2715, chemin de le Côte Seinte-Cetherine Montrée! (Québec) Hïï 1B6- (514) 739-3223 Relations relations mai 1992 127 relations mai 1992 3,25$ no 580 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t99 Haïti (J.-C.l.) - Deux points de vue, ça trompe (R.M.) - De l\u2019URSS à l\u2019ex-URSS (L.D.et V.V.L.) \t\t\t \t\t\t \t\t\tHH \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Surveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le De-François Morissette ou Pauline Roy: 387-2541\tvoir, le jour même de la rencontre.Le lundi 25 mai 1992, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.mai (avril) 1992 Courrier de deuxième classe : enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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