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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet - Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1992-07, Collections de BAnQ.

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[" .- ' J ¦¦¦¦¦¦I relations juillet-août 1992 3,25$ 977003437800008 I\t_________\u2014\u2014-\t~~\tctrnna n\u2019a pas encore ou- K@MS techniques et P M s.interroge sur le demanqé.Un surplus à coup une Gisèle Turcot relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras ASSISTANT À LA RÉDACTION Dominique Boisvert COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jacques Boucher, Joseph Giguère, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Jean-Paul Rouleau, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Jacques Chênevert, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Vivian Labrie BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an) : 22,00$ (TPSinci.) À l\u2019étranger : 26,00$ Abonnement de soutien : 50,00$ Numéro d\u2019enregistrement pour fin de TPS : R119003952 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s'adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 162 relations juillet-août 1992 \u2014 fclCG à \u2019actualité Les États généraux de la coopération ?L\u2019Église et l\u2019Europe de l\u2019Est ?Ces migrations qui bouleversent le monde [I S\u2019entendre avec les Anglicans ?Où trouver l\u2019espoir au Pérou?Les nouvelles questions posées par la mort LE MEILLEUR EST À VENIR réaffirmation des principes coopératifs historiques par la proclamation du manifeste du Conseil de la coopération du Québec, approbation d\u2019un sommet sur l\u2019éducation coopérative, accord sur la création d\u2019un centre de maillage destiné à offrir des opportunités d\u2019affaires aux coopératives, oui à la création de fonds régionaux de développement coopératif, consensus sur l\u2019établissement de structures de concertation coopérative dans les régions, prise de position pour un type de développement générant des emplois durables et intégrant la récupération et le recyclage, etc., voilà en substance les principales conclusions auxquelles sont parvenus les États généraux de la coopération, tenus à St-Hyacinthe au cours de la première fin de semaine de mai, avec la participation de 1200 personnes venant de toutes les branches de la coopération.Pour l\u2019ensemble des participants, ces conclusions n\u2019avaient apparemment rien d\u2019estomaquant.Le rendez-vous de St-Hyacinthe bouclait la boucle d\u2019un vaste processus de débat dans tout le mouvement coopératif québécois, qui avait démarré en 1990 et culminé dans une série de rencontres régionales.Il s\u2019agissait, dans beaucoup de cas, de centraliser et de formaliser des consensus précédemment établis.Dans la conjoncture actuelle du Québec, ces assises exhalaient toutefois un certain parfum de veillée d\u2019armes, avec les nuances confondues d\u2019espoir et d\u2019inquiétude que suggère une telle évocation.Il y avait là, professant sa foi coopérative, un impressionnant échantillon du Québec « tricoté serré ».Et du beau monde.Des cultivateurs à la peau rude et au verbe astucieux, des administrateurs de caisses populaires à la fierté tranquille des élites locales, des jeunes femmes aux allures cégé-piennes et à la parole organisée comme on en trouve encore dans les organes de direction des coops d\u2019habitation, de vrais étudiants aussi, gérants de magasins coopératifs d\u2019articles scolaires comme on pense que ça n\u2019existe plus, quelques représentants des coopératives de travailleurs, gonflés d\u2019adrénaline par le défi de faire valoir leur secteur malgré sa faiblesse numérique, et enfin tout un tissu conjonctif de fonctionnaires des différents appareils coopératifs, gestionnaires d\u2019entreprises, professionnels et conseillers de toutes sortes et de tous genres, depuis le style analyste - financier - imperturbable jusqu\u2019au style organisateur - communautaire - débonnaire, etc.Quelques syndicalistes, universitaires et fonctionnaires évoluaient aussi parmi cette assistance, l\u2019air parfaitement en harmonie avec leur désignation officielle de partenaires.Ghyslain Dufour était là également, presque attendrissant sous son pelage de coopérateur d\u2019un jour.Enfin l\u2019apôtre libéral du développement québécois, Gérald Tremblay, est venu lui-même signifier que le relations juillet-août 1992 163 temps pressait, avec un sermon enflammé sur les vertus de la concertation et de l\u2019action.Ce gros happening de ferveur coopérative n\u2019était cependant pas exempt d\u2019un certain volontarisme.Une espèce de conspiration de gentillesse flottait dans l\u2019atmosphère.Pas d\u2019opposition systématique, pas de remise en question bouleversante.Comme si tous avaient senti qu\u2019il ne fallait pas ternir la lumière de cette affirmation de foi collective.Ceux et celles qui avaient des doutes existentiels un peu complexes sont probablement demeurés avec leur inquiétude.Même le refus véhément du syndicaliste coopérateur Jacques Proulx de signer le manifeste du CCQ, en pointant la contradiction idéologique représentée par les holdings coopératifs, est tombé comme un caillou dans un environnement sans écho.La question fondamentale au coeur de cette historique démarche était la suivante : la formule et les valeurs coopératives représentent-elles encore une solution adéquate, progressiste et applicable aux besoins économiques et sociaux des gens de cette fin de XXe siècle ?Les États généraux, par le manifeste du CCQ, ont répondu d\u2019emblée « oui » à cette interrogation.Cependant, on ne peut pas dire que le débat sur les valeurs et principes coopératifs a vraiment eu lieu.Par exemple, au-delà des problèmes techniques de participation dans les assemblées générales, un thème coopératif majeur et englobant comme celui de la démocratie n\u2019a pas été abordé ; à la suite de la dénonciation de Jacques Proulx, on devine un peu pourquoi on n\u2019a pas voulu soulever ce couvercle.Il faut déplorer du même souffle que d\u2019autres questions, de nature stratégique et par conséquent déterminantes pour le développement coopératif, comme celle des secteurs à privilégier, de l\u2019organisation des coopératives de travailleurs dans les quartiers pauvres des grandes villes, de la diffusion de la formule coopérative parmi les minorités ethniques, etc., aient été également absentes de l\u2019agenda des discussions.Malgré les quelques réticences qui précèdent, le Conseil de la coopération n\u2019en mérite pas moins d\u2019être chaudement félicité pour avoir pris l\u2019initiative d\u2019organiser les États généraux, jetant ainsi démocratiquement les premiers éléments d\u2019une dynamique dont le plus riche est probablement à venir.Le sommet sur l\u2019éducation coopérative, entre autres, de par sa nature même, deviendra sans doute le lieu du débat attendu sur les valeurs et les principes coopératifs.¦ Joseph Giguère L\u2019ENSEIGNEMENT SOCIAL DE L\u2019ÉGLISE Personne ne doute plus que l\u2019Église ait joué un rôle dans la chute du communisme en Europe centrale, rôle qui a varié d\u2019un pays à l\u2019autre.Offrir « un espace de non-conformité », intimement lié aux valeurs et au droit à la liberté religieuse, c\u2019est sans doute la meilleure façon de décrire ce qu\u2019a été ce rôle.Un rôle bien réel certes, mais qui ne doit pas être exagéré, ni réduit à une alliance entre un pape polonais et le chef de la Maison blanche.Car si cette « non-conformité » a connu des sommets, avec le rassemblement de milliers de personnes, elle se limitait le plus souvent à quelques responsables et à une minorité de croyants plus convaincus.Dans le cadre d\u2019une tournée d\u2019étude en Europe de l\u2019Est1, j\u2019ai identifié six facteurs principaux qui, à mon avis, ont influencé le renversement du communisme en Europe centrale : 1) l\u2019échec de l\u2019économie planifiée communiste, avec comme conséquence, 2) l\u2019érosion et la division des partis communistes qui perdaient peu à peu la volonté de continuer à gouverner des peuples perpétuellement insatisfaits ; 3) l\u2019arrivée de M.Gorbatchev, avec son programme de glastnosteX de perestroika ; 4) le processus d\u2019Helsinki sur les droits humains ; 5) l\u2019élection du pape Jean-Paul II et 6) l\u2019influence de la « non-conformité » dans les Églises locales.Ce rôle de « non-conformité» des Églises locales repose lui-même sur au moins cinq facteurs : l\u2019évolution des droits humains ; une approche non violente ; la persévérance malgré la répression ; des modèles de leadership ecclésiaux particuliers ; et les influences nationales et ethniques2.Je ne prétends pas ici mesurer l\u2019importance respective de chacun de ces facteurs, mais je suis convaincu que la « révolution » qui s\u2019est produite aurait été subtantiellement différente sans l\u2019influence parallèle et complémentaire du processus d\u2019Helsinki sur les droits humains et du rôle non violent des Églises offrant cet « espace de non-conformité ».Au-delà de cette influence réelle de « l\u2019enseignement social » des Églises sur l\u2019évolution récente en Europe de l\u2019Est, il est plus utile de noter la leçon que Jean-Paul II en tire pour le reste de la planète : pour lui, la chute du communisme constitue la preuve que la lutte des classes n\u2019est pas un moyen valide, ni efficace ni nécessaire, pour atteindre la justice sociale ; et que depuis cent ans, c\u2019est l\u2019enseignement social catholique qui a indiqué la bonne direction.Dans son esprit, les événements à l\u2019Est sont pour le monde la preuve que « les problèmes complexes des peuples peuvent être résolus par le dialogue et la solidarité plutôt que par la lutte pour détruire l\u2019adversaire ou par la guerre » (Centesimus Annus, n.22), et ce, même en vue d\u2019opérer des transformations structurelles ou systémiques.Dans l\u2019enseignement social catholique, il y a place pour les protestations, les confrontations et les conflits, mais ni pour la haine, ni la violence.Jean-Paul II voit maintenant comment un mouvement solidaire et pluraliste, avec une large base d\u2019appui - parmi les groupes ou les nations, les travailleurs ou les pauvres - peut devenir l\u2019agent principal d\u2019un changement structurel.La transformation non violente à partir de la base - une possibilité longtemps mise en doute par les responsables d\u2019Égli-ses, et plus récemment par les experts et les politiciens occidentaux au sujet de l\u2019Europe centrale - est maintenant devenue la solution préférée de Jean-Paul II.Et il reproche aux Nations unies de ne pas se donner les structures nécessaires pour favoriser cette forme de changement et devenir ainsi un instrument 1.\tLe présent texte est une version abrégée et traduite par Relations de la conclusion d\u2019une conférence intitulée « Has Catholic Social Teaching had Significant Influence ?Reflections on a Century-Old Tradition », donnée à l\u2019Université Saint-Paul d\u2019Ottawa, le 12 novembre 1991 et publiée dans Église et théologie, vol.23, no 1, 1992, p.13-30.2.\tNDLR : Dans son texte original, l\u2019auteur examinait ensuite chacun de ces facteurs.164 relations juillet-août 1992 plus efficace de justice sociale et de paix dans le monde.Les plus récentes formulations de l\u2019enseignement social de l'Église fournissent, non pas une solution particulière ou une sorte de « troisième voie » entre le capitalisme et le communisme, mais bien une « série de principes pour la réflexion, de critères pour le jugement et d\u2019orientations pour l\u2019action », grâce auxquels les chrétiens cherchent à révéler « le sens spirituel de l\u2019histoire » (Sollicitudo Rei Socialis, nos 41-42).C\u2019est vraiment là une expérience de « lecture des signes des temps », où les chrétiens peuvent s\u2019appuyer sur les valeurs durables de l\u2019Écriture et de la tradition, mais qui comporte aussi une part importante d\u2019analyse historique contingente et de jugements prudentiels pour lesquels l\u2019Église ne prétend à aucune certitude.Pour moi, cet enseignement social fait maintenant face à deux défis majeurs : d\u2019abord quitter encore bien davantage sa mentalité européenne, se mettre à l\u2019écoute des Églises locales et spécialement du laïcat, et surtout être plus conséquent avec son option préférentielle pour les pauvres, en permettant à ceux-ci de participer pleinement à l\u2019évolution de cet enseignement.Les pauvres ne sont-ils pas les premiers agents des changements à faire dans les situations d\u2019injustice qu\u2019ils subissent ?Mais plus important encore, il faut trouver comment convaincre l\u2019Église tout entière que cet enseignement social est une dimension essentielle de la foi chrétienne.Car, quand la majorité des catholiques le mettront vraiment en pratique dans leur vie quotidienne, non seulement personne ne s\u2019interrogera-t-il plus sur l\u2019influence de cet enseignement social tant dans la vie de l\u2019Église que de la Cité, mais l\u2019Église, comme signe, sera devenue transparente en pratiquant enfin ce qu\u2019elle prêche en matière d\u2019option pour les pauvres.¦ William F.Ryan Centre d\u2019éthique et politique, Ottawa LES FRONTIÈRES Plus de 5,4 milliards de personnes sur notre planète Terre en 1992.L\u2019inégalité entre riches et pauvres s\u2019accroît sans cesse : le revenu moyen des habitants des cinq pays les plus riches était, en 1980, 113 fois plus élevé que celui des cinq pays les plus pauvres ; en 1987, cet écart de revenu était passé à 122 ! Plus que jamais, l\u2019information est planétaire : la guerre du Golfe s\u2019est vécue, partout, à l\u2019heure de CNN.Les distances sont abolies : on voyage, facilement, dans tous les coins du globe.À l\u2019heure du libre-échange, tout circule de plus en plus librement : capitaux, produits, entreprises elles-mêmes, mais aussi idées, modes et donc désirs ; sur tous les continents, on mange des Big Mac et on regarde Dallas ou Dynastie.Qu\u2019ont en commun tous ces faits ?Que les humains 1.\tLa revue américaine The Atlantic, dans ses numéros de mai et juin 1992, publie un long dossier sur ce sérieux problème à la fois politique, social et économique que constitue la frontière américano-mexicaine.2.\tLe resserrement de la loi canadienne de l\u2019immigration à l\u2019égard des revendicateurs du statut de réfugiés, par exemple, en 1988, n\u2019a pas donné les résultats escomptés : après une baisse temporaire des arrivées, leur nombre est redevenu sensiblement le même qu\u2019au-paravant.La même chose s\u2019est produite aux États-Unis, après l\u2019adoption du Immigration Reform and Control Act, en 1986, de même que dans la plupart des pays occidentaux.3.\tLe terme ne se réfère qu\u2019au phénomène historique ainsi nommé : il n\u2019a pour moi aucune connotation péjorative.Une partie importante de ce qui est aujourd\u2019hui notre héritage nous vient de ces migrations désordonnées de peuples qu'on appelait « barbares ».Il est fort probable que les « invasions » aujourd\u2019hui redoutées, en provenance d\u2019Asie surtout, mais aussi d\u2019Afrique et d\u2019Amérique latine, auront contribué pour beaucoup, dans quelques siècles, à ce que l\u2019Occident sera devenu.4.\tLe Courrier de l\u2019UNESCO a consacré, en janvier 1992, son dossier à « l\u2019enjeu démographique ».n\u2019échappent pas à la règle et qu\u2019ils circulent, eux aussi, de plus en plus.Que cela fasse notre affaire ou non ! Leur nombre est considérable : quinze, trente, soixante millions de personnes sont actuellement « en transit », déplacées par la persécution, les catastrophes naturelles, la guerre, la famine, mais aussi, parfois, par la seule ambition d\u2019améliorer leur sort.On appelle certains, réfugiés - politiques ou économiques, la distinction devient de plus en plus ténue - d\u2019autres, travailleurs étrangers ou immigrants illégaux.Mais peu importe la catégorie, ils sont de plus en plus nombreux à quitter leur « chez-soi » : exode rural vers les centres urbains, et toutes les formes de migrations, interprovinciales comme internationales.Les pays plus prospères, ceux du Nord, comme nous, pensent avoir trouvé une solution : LES FRONTIÈRES1.On change les lois de l\u2019immigration, on impose des visas, on resserre les contrôles.Aux Etats-Unis, à la frontière avec le Mexique, on va jusqu\u2019à installer d\u2019interminables clôtures barbelées qu\u2019on patrouille, la nuit, en hélicoptères, aux rayons infrarouges ! Rien n\u2019y fait : partout, c\u2019est par milliers, par dizaines de milliers qu\u2019on passe les frontières, chaque jour, chaque semaine ; les personnes arrêtées et refoulées revenant sans cesse, plus nombreuses.Les frontières ne sont donc pas la solution.De moins en moins d\u2019ailleurs.Au plan politique, les récents événements en Europe de l\u2019Est, mais aussi ailleurs, montrent à quel point il s\u2019agit d\u2019une division artificielle et potentiellement explosive.Au plan économique, les nouvelles règles du jeu rendent les frontières de plus en plus poreuses.Et au plan légal, aucune loi, aussi restrictive soit-elle, ne parvient efficacement à endiguer le flot de nouveaux arrivants indésirés2.Alors que faire ?À mon avis, nous préparer à de « nouvelles invasions barbares3 », comme au tournant du Moyen-Âge.Nous aurons six milliards d\u2019habitants en l\u2019an 2000 (une augmentation, en huit ans, de presque toute la population actuelle du continent africain !), dont 60 % vivront en Asie et près de 40 %, seulement en Chine et en Inde ; pendant ce temps, la misère matérielle reste encore le lot quotidien d\u2019une grande partie de ce tiers monde surpeuplé4 ; mais presque partout sur le globe, on sait relations juillet-août 1992 165 désormais que cette situation n\u2019est ni une fatalité, ni le lot de tous les humains.Les mal nantis peuvent désormais rêver, désirer.et agir pour que leur futur soit meilleur, ou au moins celui de leurs enfants ! Tant que la disparité démographique et économique sera telle entre le Nord et le Sud, aucune frontière ne réussira à tenir le coup.Les questions nationales demeurent, plus que jamais, à l\u2019ordre du jour, tout comme les problèmes d\u2019identité culturelle, religieuse et linguistique.Dans ce monde qui se refait, les grands brassages de populations qui s\u2019annoncent, et qui sont déjà commencés5, vont nous obliger à revoir, de fond en comble, le sens que pourront encore avoir les frontières.¦ Dominique Boisvert 5.Le 18 décembre 1990, l\u2019ONU adoptait une Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille.Dans le but de hâter la ratification de cette Convention par un nombre suffisant de pays pour qu\u2019elle puisse entrer en vigueur, le Conseil oecuménique des Églises a publié un numéro spécial du bulletin Migrations.LA DIFFICILE UNITÉ Cest en décembre 1991 que le Vatican a répondu officiellement au Rapport final de la première Commission internationale anglicano-catholique romaine (mieux connue par son sigle ARCIC), rapport publié, après douze années de travail, en mars 1982 ! Ce rapport, qui portait sur trois thèmes centraux pour les Églises (l\u2019Eucharistie, les ministères et l\u2019autorité), avait manifesté, malgré des désaccords sur l\u2019autorité, une vision commune étonnante entre Catholiques et Anglicans.Les accords sur la dimension sacrificielle de l\u2019Eucharistie étaient remarquables, tout comme ceux sur la présence réelle du Christ dans l\u2019Eucharistie, sur la nature du ministère ordonné ou du sacerdoce et sur la nécessité d\u2019un service papal de l\u2019unité dans l\u2019Église chrétienne.La réponse du Vatican, neuf ans après la publication du rapport, a été reçue avec déception par la Commission.Bien que le Vatican exprime un grand respect pour les membres de la Commission et salue le résultat de leur travail comme un pas de plus vers l\u2019unité des chrétiens, il se montre toutefois très critique en affirmant que certains des accords en restent aux mots.Selon Rome, certains consensus pourraient être interprétés de manières qui diffèrent de la doctrine catholique.Comment les membres catholiques d\u2019ARCIC, qui sont tous des théologiens, ont-ils pu se satisfaire de formulations que le Vatican trouve maintenant inacceptables ?D\u2019où vient cette différence de compréhension ?C\u2019est que le texte d\u2019ARCIC a été écrit pour être lu dans une sorte de famille spirituelle, une com- munauté d\u2019amour.On a pris les mots dans le langage de notre tradition commune, des mots dont la richesse et la multiplicité de sens l\u2019emportent sur la précision.C\u2019est d\u2019ailleurs ainsi que fut écrit le Credo apostolique.Puisque dans une communauté d\u2019amour, qui rassemble des gens de différentes cultures, on doit respecter la diversité des traditions linguistiques, les mots utilisés dans les déclarations communes doivent nécessairement avoir une certaine ampleur.Au contraire, le Vatican écrit ses textes pour une communauté définie par la loi.On y préfère un langage professionnel et spécialisé.Les mots doivent être aussi clairs et précis que l\u2019est la loi, distinguant ce qui est permis de ce qui ne l\u2019est pas.Le Vatican voudrait qu\u2019on utilise le langage scolastique du Concile de Trente pour formuler les accords sur le sens de l\u2019Évangile.Les membres catholiques d\u2019ARCIC, eux, ont cherché à formuler leur foi dans des termes qui transcendent la scolastique.Ils s\u2019appuyaient sur le Concile Vatican II (Gaudium et Spes, no 44) pour qui « la loi de toute évangélisation » est la tâche permanente de faire connaître la foi chrétienne aux divers peuples en utilisant des concepts et un vocabulaire qui proviennent de leur propre culture.L\u2019avenir du dialogue inter-Églises dépendra, pour une bonne part, de la fidélité que l\u2019Église catholique choisira d\u2019avoir à l\u2019égard des intuitions de Vatican II.¦ Gregory Baum LE PÉROU : DU DEVOIR D\u2019INGÉRENCE HUMANITAIRE au Pérou, la suspension de la Constitution et la dissolution des Chambres décrétées le 5 avril dernier par le président Fujimori s\u2019inscrivent dans une détérioration grave de la situation.Quelques mois avant ce coup d\u2019État, les groupes de base qui maintiennent l\u2019organisation populaire au milieu de la crise étaient devenus la cible stratégique du Sentier Lumineux (SL) ; d\u2019où les attentats de plus en plus fréquents contre les dirigeants, les cuisines collectives, les associations, les coopérants étrangers et les milieux chrétiens progressistes.L\u2019assassinat, en février, de Maria Elena Moyano, mairesse adjointe de Villa El Salvador, a alors déclenché un tollé international qui remettait en cause certaines perceptions superficielles des faits.Dans une note présentée à la Commission des droits humains de l\u2019ONU, le 20 février, la Communauté européenne condamnait énergiquement les atrocités commises par les organisations terroristes comme SL et exigeait du gouvernement 166 relations juillet-août 1992 une protection plus efficace des droits humains à travers le pays.Ici, à Montréal, une coalition d\u2019une soixantaine de groupes publiait un communiqué de solidarité avec les organisations populaires péruviennes et faisait circuler une pétition dans le même sens.Les signataires y dénonçaient le terrorisme de SL, demandaient au gouvernement Fujimori un plan intégral de pacification et réclamaient du Canada une position ferme auprès des instances internationales afin de rappeler au Pérou ses responsabilités en matière de droits humains.D\u2019ailleurs, le rapport 1991 du Comité Inter-Églises sur les droits humains au Pérou, avait recommandé « un accroissement de la solidarité internationale avec le peuple péruvien, afin que la situation péruvienne soit débattue dans les rencontres internationales ».Cette ingérence morale en faveur des droits humains doit vraiment être entendue comme une forme de solidarité et non comme un opportunisme néo-colonial et encore moins comme un chantage militaire.L\u2019an dernier, le gouvernement Fujimori est devenu inquiet quand sont apparus une série de rapports, tous très négatifs, de la Commission interaméricaine des droits humains de l\u2019OEA, du Conseil mondial des Églises, d\u2019Amnistie internationale, de Americas Watch, du Ministère de la coopération allemande et du Département d\u2019État américain lui-même.Le fait qu\u2019une « pratique persistante de violations des droits » LA MORT « au Cégep Maisonneuve, le 2 mai, se tenait un symposium intitulé : « Euthanasie, aide au suicide et interruption de traitement ; quand la loi s\u2019emmêle ».Titre un peu trompeur, car si la loi paraissait quelque peu « emmêlée », les juristes appelés à intervenir ont peut-être mieux démêlé l\u2019écheveau que certains autres intervenants.Ils ont avant tout fait valoir l\u2019effort de clarification que constitue le Rapport de la Commission de réforme du droit en ces matières1.En particulier, ils ont souligné le fait que le consensus recherché par la majorité exige un débat public sur les vraies conséquences de l\u2019euthanasie active.Sommes-nous prêts à assumer cela ?En outre, la modification d\u2019une loi criminelle est un acte complexe et important : autre raison pour rechercher le débat et pousser plus loin la réflexion.C\u2019est là que réside, selon David Roy qui a conclu ainsi la journée, le véritable profit de ces rencontres.Deux panels se sont également partagé les demi-journées.Le premier, souvent dominé par des questions juridiques, était axé sur la volonté du patient dont l\u2019importance ne cesse de croître, tant dans le droit et la jurisprudence que dans la pratique médicale.Le nouveau Code civil apporte ici une précision notable : la personne doit consentir à tout acte médical.Ceci ne crée pas de droit nouveau mais prévient une interprétation non conforme à la volonté du législateur.Une autre amélioration à notre droit consiste dans le mandat en cas d\u2019incapacité : la majorité croit désormais que toute décision médicale, dans ce 1.On y a d'ailleurs déploré, à bon droit, l\u2019abolition récente de cet organisme, victime des coupures budgétaires du gouvernement fédéral.pouvait entraîner des sanctions sur le plan de la coopération internationale, a amené le gouvernement à prendre quelques engagements, du moins en parole.C\u2019est dire que l\u2019opinion publique internationale peut encore avoir un poids décisif pour dénoncer le terrorisme, autant comme pratique soi-disant révolutionnaire que comme forme de répression.La suspension des droits politiques par le coup d\u2019État et la restriction des droits économiques par des ajustements extrêmes dus à la dette, nous interpellent de la même façon.Plus près de nous, tout le monde n\u2019est sans doute pas d\u2019accord avec le fait que le Sentier Lumineux opère à Montréal - où il vient de prédire « le nombre des victimes pour cette étape actuelle de la guerre à un million de personnes » (sic).Nous devons certes rester une terre d\u2019accueil libre et tolérante, mais la solidarité exige parfois plus qu\u2019une neutralité commode ou une option simpliste en faveur des bons contre les méchants.Dans une telle conjoncture, il faut parler d\u2019ingérence humanitaire, autant quand il s\u2019agit de dette externe injuste que de droits humains bafoués.¦ François Faucher pour Urgence-Pérou, en appui au mouvement populaire REVISITÉE » cas, doit faire l\u2019objet d\u2019un consensus avec les proches du patient, les politiques de l\u2019hôpital, etc.Il reste cependant qu\u2019une réflexion s\u2019impose sur la notion même d\u2019incapacité.Ici, la volonté de refuser certains soins donnés par le médecin doit tenir compte, par exemple, du testament biologique.On a également émis d\u2019excellentes remarques concernant le traitement inutile.Ce n\u2019est pas le seul aspect légal qui doit prévaloir en cette matière ; il convient plutôt de considérer cet aspect dans son contexte moral et psycho-social.Les coûts très élevés et l\u2019effet de la maladie sur la famille du patient devront également être pris en compte.En somme, l\u2019utilité ou l\u2019inutilité d\u2019un traitement relèvent d\u2019une finalité plus haute que la science ou l\u2019intérêt immédiat des individus.Le panel de l\u2019après-midi abordait les questions de l\u2019aide au suicide et de l\u2019euthanasie.On a fait valoir à cet égard le modèle hollandais, très permissif.Les questions légales, qui avaient dominé l\u2019avant-midi, ont reparu dans les discussions avec la salle.Il faut noter que même si le suicide lui-même est décriminalisé, l\u2019aide au suicide ne l\u2019est pas et, selon la juriste intervenant dans le débat, elle doit le rester, car la loi parle en général.Sur ce terrain, un glissement éthique est facile et toujours à redouter.Quant à l\u2019euthanasie passive ou active, la Commission de réforme du droit a recommandé de conserver la loi actuelle dans sa substance en en corrigeant seulement les ambiguïtés, les cas spéciaux demeurant à la discrétion du juge.De toute manière, a-t-on fait remarquer, l\u2019euthanasie active n\u2019est pas la vraie réponse au problème de la souffrance ; les soins palliatifs et la pharmacopée y contribuent déjà efficacement.¦ Jean-Marc Dufort relations juillet-août 1992 167 &irtt gL.j» am wXX MX MX Les rencontres internationales valent souvent plus pour le travail et la mobilisation préparatoires que pour les résultats de la conférence elle-même.Ainsi en est-il du Sommet de la Terre, tenu à Rio de Janeiro du 1 au 12 juin dernier.Dans tous les milieux (par exemple, chez les ONG québécoises de coopération internationale, regroupées dans l\u2019AQOCI) comme dans tous les pays (par exemple, le Congrès mondial des femmes pour une planète en santé, à Miami, en novembre 91), on a discuté des objectifs et des priorités à se donner à l\u2019aube du XXIe siècle.Mais au coeur de ces débats sur l\u2019environnement, on retrouve inévitablement le terrible clivage entre le Nord et le Sud.Et le magazine The New Internationalist d\u2019avril 92 a justement voulu donner la parole, sur cette question, aux gens du Sud : « Green Justice, the South Speaks Out » ; un dossier à lire.Malgré l\u2019adoption d\u2019une Convention internationale sur les droits de l\u2019enfant, ceux-ci demeurent bafoués à une grande échelle.Mais peut-être à cause de cette Convention, ces abus passent de moins en moins inaperçus.Au Brésil, ils sont 45 millions (presque deux fois le Canada !) d\u2019enfants à la rue et les assassinats d\u2019enfants ont augmenté de 75 % de 1988 à 1991 (4611 enfants tués dans les seules villes de Sao Paulo, Rio et Recife), selon les rapports mêmes de la police fédérale.Mais la situation des enfants en Amérique latine est partout très difficile.De nombreux efforts sont faits pour changer cela, dont la création récente du Mouvement contre la violence aux enfants d\u2019Amérique latine, 3143 av.Appleton, Montréal H3S 1L6 ; tél.: 344-4616.Quel que soit l\u2019avenir du Québec, sa politique des communications sera capitale.Car pour l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes (ICÉA), les médias sont au coeur d\u2019un projet culturel et démocratique.Avec l\u2019appui de 22 organismes du milieu, l\u2019ICÉA vient de publier Éléments d\u2019une politique québécoise des communications, un dossier de 75 pages qui est le fruit d\u2019un an de consultations et de réflexion.Insistant sur la notion de « service public », tant pour la presse écrite que pour les médias électroniques, l\u2019ICÉA demande la création d\u2019un organisme autonome du CRTC, le financement adéquat d\u2019une radiotélévision publique québécoise et des mécanismes pour une participation plus grande du public à l\u2019élaboration et à l\u2019application de cette politique des communications.(ICÉA, 5225 Berri, bureau 300, Montréal H2J 2S4 ; tél.: 948-2044) C\u2019est sous le thème « Mais qu\u2019est-ce qui nous fait courir.aussi loin.aussi longtemps ?» que se tenait, le 6 juin, le sixième Symposium des laïques en mission.Eh oui ! Il y a encore, en 1992, des dizaines d\u2019hommes et de femmes qui ont le désir d\u2019aller, aux quatre coins de la planète, se faire proches de leurs frères et de leurs soeurs au nom de Jésus-Christ.Mais que veut dire la « mission » en cette fin de millénaire ?C\u2019est entre autres ce à quoi s\u2019intéresse le Programme de formation missionnaire, organisé par l\u2019Entraide missionnaire, et qui fêtait, en mars dernier, avec ses 407 participants dont 125 sont encore à l\u2019étranger, son dixième anniversaire.Dans ces interminables débats constitutionnels, le Conseil canadien de développement social (CCDS) insiste pour que les droits économiques et sociaux soient enchâssés dans la Constitution.Pour le CCDS, cette garantie permettrait aux Canadiens de confirmer, de façon durable, certaines valeurs fondamentales qui distinguent la société canadienne.Le mémoire du CCDS est présenté dans le numéro automne-hiver 1992 de son magazine Perception, dont le dossier est consacré à un « Regard sur les peuples autochtones » (CCDS, 1074 Berri, Montréal H2L 4X2 ; tél.: 288-1687.À signaler : ?la nouvelle publication de Internet (le Réseau international de documentation sur les droits humains), Tribune des droits humains, publiée quatre fois par année, destinée aux militants pour les droits humains ici et à l\u2019étranger, et qui vise à informer, mais aussi à susciter des débats sur les divers aspects de la pratique des droits humains.?Le défi du développement démocratique, comment entretenir la démocratisation dans les sociétés en développement, de Gerald Schmitz et David Gillies, publié par l\u2019Institut Nord-Sud et qui étudie les conditions pour que la démocratie réelle s\u2019approfondisse, une fois passée l\u2019étape de la démocratie formelle électorale.?La série de 10 Rapports annuels sur l\u2019état des droits humains pour 1991 dans l\u2019ensemble de l\u2019Amérique latine et dans huit pays en particulier (Chili, Colombie, Salvador, Guatémala, Honduras, Mexique, Nicaragua et Pérou), préparé avec beaucoup de soin par le Comité inter-Églises des droits humains en Amérique latine qui, depuis peu, se donne la peine de rendre ses rapports accessibles en français.?La nouvelle section canadienne de Pax Christi a maintenant son conseil d\u2019administration, son Bulletin et une nouvelle adresse : 49, Wellington St.East, 4th floor, Toronto M5E 1C9. DOSSIER dans un monde .qui se refait.- Au coeur d\u2019une société en profonde transformation, l\u2019écrivain-président de Tchécoslovaquie, Vaclav Havel, affirme qu\u2019il faut réconcilier la politique et la morale: « Nous ne pourrons construire un État de droit et un État démocratique si nous ne construisons pas simultanément un État humain, moral, spirituel et culturel.» Canapresse HUMANISER LE MONDE par Francine Tardif1 des interrogations.Des idées.Des lectures.Voilà ce que Relations voudrait offrir à ses lectrices et à ses lecteurs à l\u2019occasion des vacances d\u2019été.En effet, c\u2019est en été que le temps semble le mieux s\u2019étirer, se faisant peut-être même plus favorable à la réflexion qu\u2019à l\u2019action.Ce moment annuel de pause est le bienvenu, car la réflexion demeure ce luxe essentiel qui nourrit les engagements, les oriente et les inspire.Pour analyser et comprendre le monde, on ne peut négliger que « les faits restent dépendants d\u2019un ensemble de catégories, de représentations qui en permettent l\u2019intelligibilité »2.On ne peut oublier non plus que certaines idées, certaines théories, certains concepts, aussi abstraits soient-ils, en viennent à exister de manière autonome et à se transformer en actions, elles-mêmes reproductrices ou transformatrices du social.Mobilisés par les urgences concrètes, sollicités par les tourbillons quotidiens, étourdis par l\u2019ampleur et la rapidité des changements, désorientés par les apparences d\u2019éclatement, nous négligeons parfois la force, réelle et concrète, des idées.Modestement, ce dossier voudrait contribuer à la rappeler.Les articles qui suivent portent à la fois sur des thèmes différents et des préoccupations semblables.De factures et d\u2019horizons divers, ils éclairent quelques-unes des idées qui dominent actuellement notre monde.Attentifs surtout aux menaces portées par les idées dominantes, ils sont tous les trois animés d\u2019un même souci de protéger, et de poursuivre, l\u2019humanisation du monde.Répondant à la consigne donnée, les auteurs proposent également de nombreuses références qui constituent autant d\u2019invitations à s\u2019aventurer plus avant dans les champs explorés ici (et trop souvent inexplorés par ailleurs).La réflexion de Marc Maesschalck, qui méritera peut-être une seconde lec- 170 ture, embrasse le champ très vaste où se déploie actuellement la pensée néolibérale.En insistant sur la valeur intrinsèque du travail, en s\u2019opposant à la séparation entre l\u2019individu-citoyen et l\u2019acteur social, en dénonçant le rêve éveillé technoscientifique, Maesschalck invite bien à réhumaniser le monde.Réhumaniser le monde, c\u2019est-à-dire retrouver le « monde vécu », avec ses ambiguïtés, ses contradictions et ses conflits certes, Mobilisés par les urgen- ces concrètes, sollicités par les tourbillons quoti- diens., nous négligeons parfois la force, réelle et concrète, des idées.mais avec aussi ses solidarités et ses « convictions simples » partagées.Par-delà la logique communicationnelle, les faux consensus qu\u2019elle suppose et la fausse mondialisation qu\u2019elle promeut, Maesschalck en appelle au témoignage vrai, devant un « autre » réel et vivant, qu\u2019il ne s\u2019agit plus de fabriquer mais de reconnaître.De manière un peu parallèle, Jean-Claude Ravet s\u2019oppose aussi à « l\u2019instrumentalisation » de l\u2019humain.Ramenant à la mémoire (qui ne demande qu\u2019à l\u2019oublier.) la terrible leçon des camps de concentration nazis, il en montre la brûlante actualité, il redit l\u2019absolue nécessité d\u2019assumer la responsabilité de nos actes, mêmes ceux qui semblent les plus quotidiens et les plus banals.Quand, à la suite de Todorov, il nous rappelle combien la « banalité du mal » peut côtoyer celle, tout aussi réelle, du bien, quand, à relations juillet-août 1992 partir de Milgram, il critique l\u2019obéissance inconditionnelle à l\u2019autorité, Ravet nous incite, de fait, à contrer le règne actuel des technocraties gestionnaires à partir de l\u2019affirmation d\u2019une conscience responsable.Il nous mène ainsi jusqu\u2019à une éthique de la non-violence, un « mode d\u2019être au monde et à soi-même qui rende compte en toute transparence de la modalité spécifiquement humaine d\u2019existence ».Francine Tardif appelle également à la vigilance.S\u2019arrêtant à certains discours environnementalistes, elle s\u2019efforce de dégager la logique de déshumanisation qui les sous-tend.Dénonçant la logique de système qui transforme les personnes humaines en « ressources humaines » à gérer, à contrôler, à discipliner, elle illustre, de manière indirecte, l\u2019importance d\u2019une participation éclairée aux essentiels débats autour des enjeux environnementaux enfin démythifiés.La série de questions qui conclut son texte illustre à la fois la complexité et la nécessité des débats.Les trois textes restent ouverts.Orientés par un même souci de la personne et des collectivités humaines, ils sont également traversés d\u2019interrogations.Même si ces termes paraissent galvaudés par les temps qui courent, nous aimons à penser qu\u2019ils laissent transparaître un même désir d\u2019une éthique pour notre époque et qu\u2019on peut y discerner aussi, au détour d\u2019une phrase ou l\u2019autre, quelques traits de cette nouvelle utopie dont nous aurions aussi grand besoin.¦ 1.\tMembre du comité de rédaction de Relations, Francine Tardif poursuit des études au doctorat en sociologie, à l'UQAM.2.\tHavelange, Véronique, « Introduction » à la section « Complexité, psyché, société » in Soulié Fogelman, Françoise (dir.), Les théories de la complexité - autour de l\u2019oeuvre d\u2019Henri Atlan (Colloque de Céri-sy), Paris, Seuil, 1991, p.260. LE RÊVE ÉVEILLÉ par Marc Maesschalck1 2 rsriBSAgj l \\ ' Avec une certaine ironie, Marc Maesschalck dénonce ici les accointances de plus en plus fréquentes entre éthique et néo-libéralisme.Refusant, quant à lui, les rêves éveillés technoscientifiques, il invite à retrouver le sens véritable du travail et du politique, des enracinements et des engagements communautaires et à développer ainsi une spiritualité nouvelle et une créativité éthique polyphonique.avec sa verve coutumière, G.Lipo-vetsky vient de nous livrer ses réflexions sur Les noces de l\u2019éthique et du business.La mode est à l\u2019éthique dans le monde des affaires et les valeurs sont devenues, dans les entreprises, des produits de première nécessité.Pour comprendre cette fièvre éthique, il faut sans doute se risquer, comme A.Etchégoyen3, à une distinction entre 1.\tMarc Maesschalck est professeur de philosophie à l\u2019Université de Liège, en Belgique.2.\tCf.G.Lipovetsky, « Les noces de l\u2019éthique et du business », in Le Débat, 67 (1991), p.145 à 166.3.\tCf.A.Etchégoyen, La valse des éthiques, François Bourin, Paris, 1991.4.\tCf.Ph.van Parijs, « Quel destin pour l\u2019al- location universelle ?», in Futuribles, janvier 1987, p.17 à 31 et du même, l\u2019éthique et la morale.Désormais, l\u2019éthique fournirait des valeurs opérationnelles, des guides de comportement dans le milieu de travail et dans les relations commerciales, tandis que la morale resterait attachée à la vie privée et nourrirait les convictions profondes des personnes, leurs critères ultimes, ceux qui, au moment opportun, déterminent leurs choix de vie.Mais au quotidien, c\u2019est l\u2019éthique qui règne en maître, avec ses préceptes pour l\u2019action, ses mots d\u2019ordre provisoires et révocables, capables de former la cohésion d\u2019un groupe et de stimuler la productivité.Serait-on devant une nouvelle séparation entre la responsabilité et la conviction, séparation telle qu\u2019elle diviserait la vie en des espaces quasi indépendants, celui des activités sociales et celui de la vie privée ?D\u2019un côté se trouveraient les impératifs de la vie collective avec ses normes et ses procédures de régulation ; « Peut-on justifier une allocation universelle ?», in ibid., juin 1990, p.29 à 42.5.\tCf.J.Rawls, Théorie de la justice, Seuil, Paris, 1987 ; voir à ce propos, Ph.van Parijs, Qu\u2019est-ce qu\u2019une société juste ?, Seuil, Paris, 1991, p.69 à 94 et 190 à 219.6.\tCf.P.Rosanvallon, La crise de l\u2019État-providence, Seuil, Paris, 1981, p.62, note 3.relations juillet-août 1992 de l\u2019autre, le quant-à-soi des acteurs, leur pouvoir de retrait, de distanciation, pour évaluer leurs itinéraires et peut-être corriger leurs trajectoires.Une société sans peine La vision néo-libérale de la justice sociale pourrait appuyer une telle division dans les sociétés occidentales.Par exemple, l\u2019idée formulée notamment par Ph.van Parijs d\u2019une allocation universelle4, qui assurerait chacun d\u2019un revenu forfaitaire pour vivre, indépendamment de ses activités professionnelles, de son âge et de son sexe, tend à entériner la séparation entre l\u2019individu-citoyen et l\u2019acteur social, tout en satisfaisant les critères de justice élaborés par J.Rawls5.Selon cette utopie contemporaine, travaillerait qui veut, tandis que la vie serait par principe prise en charge grâce à une redistribution gérée par l\u2019État.Le travail pourrait dès lors être l\u2019objet d\u2019un choix de vie.Cette utopie pousse à bout l\u2019idée de l\u2019aide forfaitaire directe aux personnes, en lieu et place des investissements publics en matière sociale6.À l\u2019inverse des économies dirigées où le travail était la seule valeur, cette nouvelle formule libé- 171 rale ferait du libre-choix du travail un principe absolu en supprimant l\u2019obligation archaïque de « travailler pour gagner son pain ».Ce nouveau Léviathan compterait sur le calcul et la mécanique administrative pour assurer le libre-choix à l\u2019égard du travail.Un tel divorce entre la consommation et le travail pourrait même en appeler au rêve marxien d\u2019une société absolument réglée par la technique7.Le temps humain parviendrait dès lors à se libérer du temps mécanique rythmant la production.Après avoir vaincu les cycles biologiques de l'animal laborans (se sustenter au jour le jour), selon les catégories de Hannah Arendt8, l\u2019être humain en arriverait à sortir des cycles de I \u2019homo fa-ber.En déléguant aux machines son pouvoir de maîtrise, il obtiendrait enfin la possibilité de s\u2019ériger en « être convivial », en être politique.La qualité de la vie deviendrait le souci principal de ses débats.Au rêve d\u2019une société sans classes se substitue donc actuellement le rêve d\u2019une société sans peine, libérée des exigences de dégradation de soi dans le travail, du sacrifice permanent pour la survie de l\u2019espèce.On donnerait enfin priorité à une qualité réelle de vie pour chacun comme individu, indépendamment de sa fonction sociale.À l\u2019envers de cette société se trouverait le travail comme une activité secondaire et libre, développée sur le modèle actuel du loisir ou du hobby.Limites du rêve éveillé On s\u2019est ainsi avancé jusqu\u2019aux limites du rêve éveillé des sociétés technoscientifiques occidentales.En libérant le travail de la pression sociale, on pourrait aussi le rendre plus autonome dans ses modes d\u2019organisation.Le travail serait plus rationalisable et plus gérable, parce que libéré des conflits et des passions liés au besoin et à la survie.Mais on découvre aussi le signe du refoulé dans ce que le rêve tend à éliminer pour établir l\u2019éthique de la production, tout en libérant la morale individuelle de la valeur-travail.Le refoulé, c\u2019est le monde du besoin et de la survie qui effraie et paralyse la bonne conscience occidentale.Son rêve de solidarité et d\u2019intégration sociales est à cent lieues des tendances réelles de son univers quotidien.À l\u2019encontre d\u2019une éthique planétaire, le monde d\u2019aujourd\u2019hui révèle des dynamiques toujours plus concentrationnaires.Son 172 souci de l\u2019autre se limite à la preoccupation de soi.Pour préserver le patrimoine naturel, tant énergétique qu\u2019écologique, on est prêt à sacrifier beaucoup d\u2019autres principes.Les questions politiques semblent toujours inopportunes et intempestives devant les urgences révélées par la technique en termes de développement et de préservation.La science jauge le salut ; elle ouvre des comptes à rebours.À quoi bon chercher la liberté, si c\u2019est pour vivre sur une terre désolée ?On doit d\u2019abord assurer la vie dans son écosystème.Alors même qu\u2019elle rêve de Qu\u2019on puisse voir le monde, notre planète, depuis ailleurs et autre- ment, avec ses enracinements et son milieu parti-culier, cette évidence devrait être le seul point de départ d\u2019une « éthique pla- nétaire », celle qui serait capable d\u2019admettre que les priorités des uns ne sont pas nécessairement les priorités des autres, même si les uns en ques- tion ont toutes les bonnes raisons de croire qu\u2019ils détiennent la vérité.communauté et de mondialité, d\u2019altérité et de communication, notre époque est aussi saisie d\u2019un profond défaitisme politique.Déçus du Sud, les pays riches aimeraient le « provincialiser » pour suspendre les dérives politiques et exporter leurs formules démocratiques dans toutes les directions.Le rêve occidental cache ainsi une attitude à l\u2019égard du monde du besoin et de la survie, le refoulé.Dans cette attitude, c\u2019est une autre éthique qui apparaît : autoritaire et répressive, interventionniste et paternaliste.Quand on parle d\u2019éthique aujourd\u2019hui, il me semble urgent de dénoncer ce rêve éveillé qui voile la sédition du monde économique dans les sociétés riches et le mépris des peuples en lutte pour leur survie.relations juillet-août 1992 Une éthique du « monde vécu » Si une éthique devait s\u2019éveiller dans cette situation, elle aurait d\u2019abord à retrouver la mesure de l\u2019existence humaine, à détruire le mirage d\u2019une « maîtrise de la maîtrise », à vaincre l\u2019utopie d\u2019un monde intégré par l\u2019information et la communication, pour réapprendre le monde de la vie, dans son intégration propre et originaire, véritable mesure de i\u2019être humain.Dans ce monde, l\u2019autre pourrait se rencontrer à nouveau, non comme celui qu\u2019on se suscite ou se fabrique, mais comme un être différent avec ses propres enracinements, un être qu\u2019il faut entendre avant de comprendre et accepter avant d\u2019assister.Qu\u2019on puisse voir le monde, notre planète, depuis ailleurs et autrement, avec ses enracinements et son milieu particulier, cette évidence devrait être le seul point de départ d\u2019une « éthique planétaire », celle qui serait capable d\u2019admettre que les priorités des uns ne sont pas nécessairement les priorités des autres9, même si les uns en question ont toutes les bonnes raisons de croire qu\u2019ils détiennent la vérité.Cette éthique aurait à repartir du « monde vécu », qui contient, nous dit Habermas, « non seulement les revendications classiques visant à une plus grande justice distributive, mais encore la gamme très large des valeurs dites post-matérielles10 ».Mais pour énoncer les exigences du quotidien et domestiquer la force d\u2019intégration systémique déployée par les démocraties modernes11, l\u2019éthique devrait s\u2019articuler à des pratiques politiques nouvelles, liées à des mouvements indépendants des grandes spères de légitimation qui dominent la société communicationnelle, le pouvoir et l\u2019argent12.Cependant, les chantres de la communication ont peu de choses à dire sur le comment d\u2019une telle émergence de 7.\tCf.M.Henry, Marx, t.Il, Une philosophie de l\u2019économie, Gallimard, Paris, 1976, p.466.8.\tCf.H.Arendt, Condition de l\u2019homme moderne, Calmann-Lévy, 1983, p.59.9.\tSongeons par exemple aux questions posées par Axelle Kabou, Et si l\u2019Afrique refusait le développement ?, L\u2019Harmattan, Paris, 1991.10.\tJ.Habermas, Le discours philosophique de la modernité, Gallimard, Paris, 1988, p.422.11.\tIbid.p.427-428.12.\tIbid., p.430.13.\tJ.-M.Ferry, Les puissances de l\u2019expé- C\u2019est au niveau du quotidien, dans la pratique communautaire et le respect de l\u2019autre comme différent que l\u2019on peut développer une éthique qui fasse le contrepoids au « rêve éveillé ».i' / #r l\u2019éthique du monde vécu dans l\u2019espace de la communication déjà bien occupé.On nous fait l\u2019éloge d\u2019une « pragmatique universelle » qui « partant des acquis de la culture politique occidentale, met l\u2019accent sur une méthode pratique pour l\u2019élaboration des normes sociales et la formation de la volonté politique.(.) il s\u2019agit d\u2019une méthode fondamentalement discursive et purement procédurale pour fonder les choix politiques13 ».Mais pour modifier des normes générales de comportement, on ne peut en rester au seul niveau des logiques sociales de comportement et compter sur « la réactivation d\u2019un espace public de discussion au sein du monde social14 ».Le mouvement social ne se commande pas.Sartre en savait quelque chose quand il sondait le pratico-inerte qui sous-tend les mouvements sociaux.Il faut s\u2019interroger sur les conditions d\u2019une participation à la décision politique, sur les ressources effectives des acteurs, sur leurs convictions et se demander comment celles-ci pourraient interagir avec l\u2019ordre social de manière à atteindre les comportements.On reprendrait alors le chemin de l\u2019action politique dont la trace s\u2019était perdue avec la crise des militantismes.Renouveau politique, renouveau spirituel Il se pourrait d\u2019ailleurs que les chemins d\u2019un renouveau politique aujourd\u2019hui croisent ceux de la « spiritualité », au sens moral des motivations premières et des principes de vie.L\u2019action a besoin d\u2019évidence ; elle se nourrit d\u2019espérance.Le rationalisme de la communication évacue les ambiguïtés des idéologies.Mais l\u2019engagement pour cause de solidarité peut-il se vivre autrement qu\u2019à travers des ambiguïtés ?Dans son Plai- rience.Essai sur l'identité contemporaine, Cerf, Paris, 1991, t.2, p.170.14.\tIbid.p.430.15.\tDans un discours du 27 février 1986 aux membres de la Commission pontificale pour les moyens de communication sociale ; cité par G.Thils, Le statut de l'Église dans la future Europe politique, Pee-ters, Louvain-la-Neuve, 1991, p.85.16.\tCf.M.Luyckx, Les religions face à la science et la technologie.Églises et éthiques après Prométhée, Rapport exploratoire, Bruxelles, nov.1991, p.97.17.\tCf.Et.Balibar, Les frontières de la démocratie, La Découverte, Paris, 1992.doyer pour les intellectuels, Sartre considérait les déchirures de l\u2019intellectuel militant mis en porte-à-faux avec le monde qui l\u2019avait conçu et qui avait défini sa fonction comme « technicien du savoir pratique ».L\u2019engagement naît du malaise social, et la volonté de supprimer un certain « impressionnisme » de la conscience, comme dit K.R.Popper, révèle, dans les pensées analytiques de l\u2019action, le désir honteux d\u2019en finir avec l\u2019instabilité des destinées humaines, pour privilégier les modes d\u2019autorégulation sociale rendus possibles par l\u2019uniformisation de l\u2019espace communicationnel.On pourrait s\u2019inquiéter quand on parle de naissance d\u2019une conscience planétaire, alors que se déploie le diktat des agences d\u2019information.Le système de l\u2019opinion publique produit aujourd\u2019hui ce que même Jean-Paul Il a dénommé un « consensus moral public15 ».Mais qui est concerné par cette éthique télévisuelle ?Sommes-nous devenus les acteurs inconscients d\u2019un spectacle qui impose ses normes esthétiques à tous les humains ?Si l\u2019on éprouve un malaise devant la fausse mondialité qui se profile à l\u2019horizon des stratégies capitalistes, on pourra chercher d\u2019autres voies, celles d\u2019une autre éthique du temps et de l\u2019histoire, celles qui s\u2019écrivent en dehors des écrans et de la conscience planétaire qu\u2019ils anesthésient.La base d\u2019une éthique nouvelle est plutôt dans une spiritualité de l\u2019absence et de la présence, une spiritualité qui fixe les points de fuite de la communication, son impuissance à surmonter ses asymétries et à guérir ses déchirures : une spiritualité qui retrouve le « chant » de l\u2019existence et réintègre notre vie dans des rythmes cosmiques et relations juillet-août 1992 une perception intégrée du monde comme totalité d\u2019interdépendance.Dans son rapport adressé à la Commission des Communautés européennes pour la science, la recherche et le développement, Marc Luyckx insiste beaucoup sur cette dimension de renouveau éthique porté en particulier par la théologie protestante contemporaine, telle qu\u2019elle s\u2019est exprimée par la voix du Conseil oecuménique lors de l\u2019assemblée de Canberra en 199116.Il me semble aussi qu\u2019une telle spiritualité est déjà en chantier chez des auteurs catholiques aussi différents que M.de Certeau et G.Gutierrez.Elle invite à résister dans l\u2019absence de reconnaissance et dans la violence de la communication, grâce à la confiance donnée par la vie qui continue de s\u2019offrir.Dans l\u2019errance des luttes encore dispersées, il faut oser partager les convictions toutes simples qui arpentent les premiers chemins de renaissance.C\u2019est à ce travail que s\u2019est astreint récemment Et.Balibar en rappelant son itinéraire de lutte contre le racisme17.Pour réveiller une créativité éthique, articulée à un engagement politique, ces témoignages de lutte au jour le jour sont plus importants que les grands récits de fondation de la mondialité.Penser une « planétarisation » de l\u2019éthique de nos jours est encore prématuré, si l\u2019on veut que celle-ci parte réellement de multiples lieux de la planète.Il est temps toutefois de chercher les moyens de résister positivement à une fausse mondialité, en cherchant déjà le chaînon manquant d\u2019une authentique mondialité, celle qui donnerait sa chance à une polyphonie, sans crainte des dissonances.¦ 173 VERS UNE ETHIQUE DE LA NON-VIOLENCE par Jean-Claude Ravet1 « Il nous faut en finir avec la guerre et les idéologies qui méprisent ce qu\u2019il y a de divin en tout homme ; avec la déification des structures concrètes de la violence et du militarisme.» Hans Küng Cette proposition de Hans Küng en vue d\u2019un nouvel « ordre du monde oeuvrant pour la paix » nous amène à réfléchir sur les racines possibles de ce mépris que nous aimerions tant extirper de nous-mêmes et de la société, afin de fonder une éthique, une manière d\u2019être au monde, plus humaine.Ce mépris du divin en l\u2019humain et la déification concomitante de structures inhumaines, qui configurent l\u2019ethos de la société moderne, n\u2019ont-ils pas trouvé historiquement leur paroxysme dans les camps de concentration nazis et, dans une moindre mesure, dans les goulags soviétiques ?Et si nous avions oublié, déjà, cette ère du mépris, la guerre du Golfe aurait tôt fait de nous rappeler que l\u2019ère du mensonge n\u2019est pas révolue.La grâce d\u2019un cauchemar Ce qui effraie au premier abord, puis nous blesse et nous offusque, et nous pousse enfin à remiser ces événements bouleversants aux confins de la mémoire, comme des rebuts encombrants, c\u2019est que cette inhumanité organisée en système n\u2019en demeure pas moins humaine ! Nous avons affaire à un mode d\u2019existence humaine inédit dans lequel l\u2019humain participe à sa propre négation.Nous ne parlons pas de monstruosité caractérielle, maladive, mais bien de « normalité », de modalité d\u2019existence socialement acquiescée sinon admise, niant radicalement la dignité de l\u2019existence humaine.174 En qualifiant de « banalité du mal » cette expérience extrême que fut l\u2019Holocauste, Hannah Arendt reçut une avalanche de critiques.Cette expression faisait mal parce qu\u2019elle refusait de faire des souteneurs du système concentrationnaire précisément des monstres.En fait ils l\u2019étaient, non en tant qu\u2019individus, mais en tant que rouages d\u2019une machine, elle, monstrueuse.Ils n\u2019étaient que de banals fonctionnaires affairés à remplir La guerre du Golfe a offert un exemple inquié- tant de dépersonnalisation de l\u2019ennemi et montré la possibilité de faire partici- per un peuple à une hécatombe tout en croyant agir au nom de la paix et de la liberté.leur devoir d\u2019État, obéissant méticuleusement aux ordres hiérarchiques, en faisant même un point d\u2019honneur.Ils s\u2019abstenaient bien entendu de pensées critiques, leur tâche n\u2019étant pas de penser mais d\u2019exécuter.S\u2019étant en quelque sorte vidés d\u2019eux-mêmes, ils n\u2019éprouvaient plus le monde.La possibilité du mal radical était ainsi dévoilée : la démission de sa responsabilité devant ses actes.Rien de plus.Mais ils nous ressemblaient trop, et c\u2019est cette ressemblance, menaçant profondément notre manière de nous percevoir et d\u2019être au monde, qui nous poussait à les défigurer pour leur prêter une monstruosité pathologique.En projetant ces monstres hors de notre monde, nous empêchions tout lien de parenté existentielle avec eux.Le retour lucide sur ces expériences qui, pour être extrêmes, nous permettent relations juillet-août 1992 de mettre le doigt sur les comportements névralgiques de notre existence qui sous-tendent l\u2019abjection, la servitude volontaire, la participation à une machine monstrueuse (s\u2019accommodant très bien d\u2019individus vertueux), est le garant, nous semble-t-il, de la fondation d\u2019une éthique authentique et responsable.L\u2019espérance d\u2019un devenir plus humain, d\u2019une libération de l\u2019inexorable déshumanisation qui nous guette à chaque détour historique, ne pourra survenir qu\u2019à la condition d\u2019affronter l\u2019« impensable » et sa vérité sur nous.La grâce de ce cauchemar, s\u2019il y en a une, aura été de faire apparaître, comme le ferait un microscope, les germes, les mécanismes dans la vie quotidienne qui rendent possible le fait de vivre humainement de manière inhumaine.L\u2019antidote du mal au quotidien La lecture du livre de Tzvetan Todo-rov, au titre très suggestif Face à l\u2019extrême (Seuil, 1991), nous convie à cette rencontre avec notre double, victime et bourreau dans l\u2019espace totalitaire, qui peut s\u2019avérer pour nous la clef pour un agir éthique renouvelé, libérateur et profondément humain.Rencontre douloureuse, certes, car elle nous conduit dans les bas-fonds de la haine, de l\u2019horreur et de l\u2019humiliation.Le fil d\u2019Ariane qui nous rattache à l\u2019air libre, c\u2019est le fil ténu de nos propres vertus quotidiennes que nous y découvrons.1.Jean-Claude Ravet a vécu quatre ans au Chili, 1985-89, travaillant avec le SER-PAJ, des comités de droits humains, des CEB.Membre du Centre de ressources sur la non-violence à Montréal, il est père d\u2019un petit garçon de six mois.Il fait actuellement une maîtrise en sociologie à l\u2019UQAM. La violence, comme le mépris, font trop souvent partie de notre vie quotidienne, comme en témoigne la célèbre bastonnade de Rodney King par des policiers de Los Angeles c\u2019est « le fascisme ordinaire », selon le beau titre du film de Mikhaïl Romm.La banalité du mal côtoie la banalité du bien.Et c\u2019est là sans doute l\u2019originalité de Todorov.Déjà Arendt (dans Eichmann à Jérusalem, Gallimard, 1966) et Bettel-heim (dans Survivre, Robert Laffont, 1979) avaient ôté le voile sur la participation nécessaire des gens « ordinaires » aux massacres et aux tortures les plus ignobles.Sur cet aspect, Todorov n\u2019ajoute rien d\u2019original, sinon qu\u2019il y greffe d\u2019innombrables témoignages poignants de victimes et de bourreaux.Cette compilation émouvante aurait suffi, à elle seule, à justifier cette oeuvre ; or à cette banalité du mal, qui nous crève les entrailles, il ajoute la brise légère et vivifiante de la banalité du bien.Celle-ci vient des multiples vertus quotidiennes rédemptrices de la condition humaine, à l\u2019intérieur du milieu concentrationnaire où semblait bannie toute trace de dignité et d\u2019espérance.Ces fleurs sur les charniers sont comme autant de signes que l\u2019humain peut survivre à sa propre mort.Si les vices quotidiens sont à la base de l\u2019horreur, ces vertus quotidiennes s\u2019offrent à nous comme le fondement d\u2019une éthique à la mesure de notre temps.Ces vertus (souci, dignité, activité de l\u2019esprit) sont autant d\u2019antidotes aux vices auxquelles elles correspondent.Si nous examinons les vices quotidiens qui sont à la racine du mal radical et lui permettent de se concrétiser, nous constatons que la soumission à l\u2019autorité vient au premier rang.Or nous savons, depuis les expériences du psycho-sociologue Stanley Milgram (La soumission à l\u2019autorité, Calmann-Lévy, 1974), que cette attitude de passivité extrême devant l\u2019autorité est le lot de la grande majorité des citoyens des sociétés modernes.Dans ces expériences, les gens les plus ordinaires étaient capables de torturer des camarades parce que les ordres émanaient d\u2019une autorité morale et scientifique.À cette dépersonnalisation s\u2019ajoute aussi l\u2019indifférence, comme meilleure complice du mal : ne pas voir, ne pas écouter, ne pas faire.De cela aussi nous sommes tous capables.Ces mécanismes qui rendirent possible l\u2019Holocauste ou le Goulag sont encore en germe parmi nous.L\u2019irresponsabilité est vue comme vertu civique, laissant le soin de la « gestion » politique, trop compliquée pour le commun des mortels, à des experts responsables.Le technocratisme qui règne dans la société moderne rejette dans l\u2019ombre tout discours critique sur les fins, seuls les moyens comptant.Ce qui est possible doit être réalisé : c\u2019est le règne de la technique.Le domaine des relations humaines est envahi par la pensée instrumentale, compartimentée, spécialisée.La guerre du Golfe a offert un exemple inquiétant de déper- sonnalisation de l\u2019ennemi et montré la possibilité de faire participer un peuple à une hécatombe tout en croyant agir au nom de la paix et de la liberté.Une éthique de l\u2019humanisation Fonder une éthique à la mesure de l\u2019humanisation du monde, c\u2019est poser comme essentielle la responsabilité humaine vis-à-vis de l\u2019espace et du domaine publics, refuser toute instrumentalisation de l\u2019humain.C\u2019est dans ce sens d\u2019ailleurs que vont les vertus quotidiennes décrites par Todorov, qui deviennent des conditions de l\u2019espérance en désamorçant les mécanismes de soumission et de dépersonnalisation.La vertu exemplaire, qui leur fait contrepoids, est sans conteste pour l\u2019auteur, le souci (« l\u2019attitude maternelle par excellence », dira-t-il) caractérisé par l\u2019investissement affectif et la personnalisation de son objet.L\u2019oeuvre de Todorov nous rappelle que la paix ne viendra pas du ciel mais de notre prise en main, de notre volonté de nous humaniser, de devenir ce à quoi nous sommes promis en tant qu\u2019humains.N\u2019est-ce pas là la foi abrahamique poussant à la marche vers la terre promise ?Pour mettre de la chair sur les « vertus en acte » décrites par Todorov, on peut lire Sans armes face à Hitler, de relations juillet-août 1992 Jacques Semelin (Payot, 1989), qui porte sur la résistance civile non armée contre le régime nazi, et sur les capacités de peuples et d\u2019individus à résister efficacement sans armes à une agression, même la plus extrême.Cette recension des formes principales de résistance civile (non violente) ne relate pas seulement des faits, mais cherche à comprendre les motivations et les valeurs profondes qui habitaient la résistance (grèves, manifestations, protestations religieuses, désobéissance civile, non coopération, sauvetage de Juifs.).Ces retours critiques sur le passé nous paraissent incontournables pour démystifier les faux-fuyants de l\u2019histoire officielle et pour envisager l\u2019avenir de manière sereine et lucide ; pour comprendre aussi les fondements d\u2019une éthique à la fois de conviction et de responsabilité.Nous y découvrons une éthique de la non-violence, que H.Küng espère voir poindre un jour à l\u2019horizon de l\u2019agir humain, de telle sorte qu\u2019elle assure à l\u2019humanité un à-venir véritablement « humain ».L\u2019éthique de la non-violence apparaît à la fois comme un moyen approprié pour transformer le monde où règne encore la violence, une stratégie de lutte contre ce qui défigure l\u2019humanité, et comme un mode d\u2019être au monde et à soi-même qui rende compte, en toute transparence, de la modalité spécifiquement humaine de l\u2019existence (politique-esthé-tique-éthique), en cessant simultanément d\u2019engendrer par mimétisme ce qui la contrecarre.¦ 175 Canapresse (à partir d'une bande vidéo) ENVIRONNEMENT : LES PIÈGES DU DISCOURS par Francine Tardif respect et protection de la nature ne sont pas un souci nouveau : celui-ci traverse toute l\u2019histoire humaine, notamment à travers les pensées religieuses et mystiques.Mais il prend aujourd\u2019hui une signification nouvelle.En effet, même s\u2019ils sont encore relativement circonscrits, les effets pervers de deux siècles de transformation de la nature au nom du progrès représentent maintenant un risque réel pour la survie de la biosphère et, conséquemment, de l\u2019humanité.Le risque est énorme et il n\u2019est pas étonnant que les préoccupations environnementales mobilisent aujourd\u2019hui les instances scientifiques et politiques tout autant que les médias et l\u2019opinion publique.Si une telle mobilisation est essentielle, elle ne dispense cependant pas d\u2019une certaine réflexion critique sur les postulats des discours qui la soutiennent.Ce court article voudrait attirer l\u2019attention sur certains dangers qui se dissimulent parfois sous ces discours.Après avoir rappelé la définition généralement acceptée du concept de « développement durable » et les tensions qui le traversent, on illustrera donc ces dangers à partir de la vision de société implicite dans plusieurs des discours environne-mentalistes actuels.À leur manière, les dérives possibles de pareils discours rendent encore plus urgente une participation éclairée au processus de prise de décision en matière d\u2019environnement.Aussi, les questions offertes en guise de conclusion visent-elles à ouvrir autant de pistes de réflexion qui peuvent et doivent guider l\u2019action.Le développement durable Publié en 1987, le rapport Notre avenir à tous de la Commission mondiale sur l\u2019environnement et le développement (CMED) a été le catalyseur des efforts en faveur du développement durable et de 176 la reconnaissance de ses quatre grands principes : a) la satisfaction des besoins des générations actuelles sans compromettre celle des générations futures ; b) l\u2019équité et la justice sociales ; c) le maintien de la diversité et de l\u2019intégrité culturelles ; d) le maintien de l\u2019intégrité écologique.Dans la foulée de la CMED et d\u2019autres événements d\u2019envergure, gouvernements, entreprises, institutions diverses Les préoccupations en- vironnementales mobilisent aujourd\u2019hui les instances scientifiques et politiques tout autant que les médias et l\u2019opinion publique.Si une telle mobilisation est essentielle, elle ne dis- pense cependant pas d\u2019une certaine réflexion cri- tique sur les postulats des discours qui la soutien- nent.cherchent maintenant à traduire ces principes dans un ensemble de politiques dont l\u2019influence sur la vie quotidienne et collective pourrait se révéler décisive.C\u2019est là une opération essentielle, mais c\u2019est aussi une opération délicate.En effet, le développement durable propose des objectifs contradictoires ou, à tout le moins, peu compatibles : développement économique et protection de l\u2019environnement, plus grande équité sociale et arrêt de la « croissance », satisfaction des besoins individuels et recherche du bien commun, respect des différences locales et approche intégrée, participation publique et décisions politiques « radicales », mise au point de solutions tech- relations juillet-août 1992 niques et « révolution culturelle » en faveur de convivialités nouvelles, interventions rapides face aux problèmes actuels et souci du long terme, changements structuraux et construction de consensus, etc.Mettre en contexte chacune de ces tensions dépasse de loin le cadre de cet article.Pour simplement illustrer la complexité des enjeux, on se contentera ici de dégager, d\u2019une manière schématique rendant mal compte de la variété des approches en présence, la vision de société qui sert de postulat à certains des discours environnementaux qui tentent de les résoudre.De la société comme système vivant.Même si les avancées des sciences humaines pouvaient laisser espérer le contraire, la tentation de biologiser le social demeure très forte.Et si on pouvait croire que « l\u2019application aux sociétés humaines de concepts appartenant en propre à la biologie relève aujourd\u2019hui d\u2019un passé épistémologique depuis longtemps révolu » (Acot, p.231), plusieurs des courants environnementalistes montrent qu\u2019il n\u2019en est rien.En effet, pour certains d\u2019entre eux, écologie, économie et société relèvent d\u2019une seule et même logique : celle du vivant.Joël de Rosnay, biologiste reconnu, dira par exemple, que « les notions de base qui reviennent le plus souvent dans les modèles biologiques, écologiques et économiques (.) s\u2019appliquent toutes (.) à la celluie comme à l\u2019économie, à l\u2019entreprise comme à l\u2019écologie » (cité par Acot, p.232).De là découle une vision systémiste du monde.Vision systémiste dont les postulats stipulent qu\u2019un système repose sur l\u2019intégration et l\u2019organisation de ses différents éléments, qu\u2019il est orienté vers une seule finalité (sa conservation) et qu\u2019il tend à se maintenir en équilibre constant.Par ailleurs, l\u2019évolution d\u2019un système est réputée prévisible à travers la projection des tendances passées, en autant que la compilation et l\u2019analyse de toute l\u2019information pertinente aient été prises en compte (Gaudreau et Hamel, p.89).Pour que l\u2019équilibre soit maintenu, il importe évidemment que les lois du système soient scrupuleusement respectées ; de même on ne saurait remettre en question ses principes organisateurs.D\u2019où l\u2019importance de notions comme la résilience (la capacité d\u2019un organisme d\u2019absorber des chocs et de continuer de fonctionner), puisqu\u2019au-delà de certains seuils, les systèmes naturels s\u2019effondrent à un rythme accéléré, entraînant des changements irréversibles et parfois mortels.D\u2019où aussi l\u2019importance des notions d\u2019intégrité et de diversité, l\u2019une et l\u2019autre susceptibles d\u2019assurer le fonctionnement harmonieux de toutes les parties du système1.Même si cela peut surprendre de prime abord, c\u2019est de cette première image que découle directement la seconde : celle de l\u2019entreprise.à l\u2019environnement comme entreprise On a déjà vigoureusement souligné que le modèle de la société de consommation et sa généralisation à l\u2019échelle de la planète est incompatible avec le respect de l\u2019environnement.Néanmoins, compte tenu de la situation mondiale actuelle, la logique systémiste conduit assez directement d\u2019une part à considérer l\u2019environnement comme une « entreprise » qu\u2019il faut mieux gérer et, d\u2019autre part, à percevoir l\u2019entreprise capitaliste comme une « organisation naturelle ».En effet, qui s\u2019étonne d\u2019entendre Maurice Strong, secrétaire général de la Conférence des Nations unies sur l\u2019environnement et le développement (CNUED) déclarer : « Depuis longtemps, nous vivons littéralement à même le capital de la planète et ce capital est en train de 1.Traduites socialement, ces notions deviendront, par exemple, les « seuils de tolérance » d\u2019une société face à l\u2019immigration ; elles soutiendront aussi une partie du discours conservateur sur la « différence », perçue comme intrinsèque sinon biologique, entre les humains et les sociétés.Depuis la Conférence de Stockholm, en 1972, puis le rapport Notre avenir à tous, en 1987, Maurice Strong (à droite) et Gro Harlem Brundtland (au centre) ont été à l'avant-scène des débats internationaux sur l\u2019environnement.Le Sommet de Rio tiendra-t-il ses promesses ?s\u2019épuiser.Nous ne pouvons plus continuer à gérer notre planète de cette façon, pas plus que nous ne pourrions gérer une entreprise en diminuant et en vivant chaque jour à même son capital.» (Maurice Strong, in ACDI, p.12) A partir d\u2019une pareille imagerie, on glisse facilement du respect des « lois » de la nature à la promotion de celles du marché.On dira ainsi, sans sourciller, que quand des ressources environnementales échappent aux lois du marché, cela « conduit habituellement à la surconsommation et au gaspillage » (ACDI, p.28).La notion d\u2019équilibre déjà évoquée pour le système vivant trouve son homologue dans la rencontre de l\u2019offre et de la demande, point optimal de l\u2019économie libérale, tout comme la notion de diversité se mire dans celle de la concurrence.Conséquemment, on en vient à accorder beaucoup d\u2019importance à « l\u2019internalisation des externalités », c\u2019est-à-dire la prise en compte dans les calculs du coût de revient de tous les éléments reliés à la production, depuis la pollution de l\u2019air de l\u2019usine jusqu\u2019au coût d\u2019élimination des déchets après consommation.Exercice qui suppose possible de recueillir, comptabiliser et comparer toutes les informations nécessaires à de tels calculs (c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble du réel.).De même, la notion de ressources naturelles se transpose aisément en « ressources humaines » à gérer de manière relations juillet-août 1992 optimale.Les sociétés se dissolvent au profit d\u2019un système complexe où les humains ne représentent que l\u2019un des facteurs d\u2019éventuels déséquilibres, à moins qu\u2019ils n\u2019apparaissent comme des « ressources » dont il faut maximiser le potentiel économique en les « gérant » de manière efficace.Les représentations générales charriées par les discours sur le développement durable restent mal analysées.Que penser, par exemple, de la portée d\u2019expressions comme « l\u2019Amazonie est le poumon de la planète », « notre planète à tous », « notre avenir commun », etc.qui ont pour effet indirect de nier les clivages Nord/Sud, les rapports de classes ou les luttes politiques et sociales au profit d\u2019un faux consensus ?Des questions en guise de conclusion On ne peut conclure cette brève réflexion sur le discours environnementa-liste autrement que par une série de questions : \u2022 Quelle est la place des êtres humains dans promotion de l\u2019environnement l\u2019émer-« gence de nouvelles formes de solidari-\u2022ë tés, planétaires et intergénérationnelles | (voir Prades, Vaillancourt, Tessier et al.).Mais elles méritent d\u2019être posées.¦ Bibliographie : -\tAcot, Pascal, Histoire de l\u2019écologie, Presses Universitaires de France, Paris, 1988.-\tAgence canadienne de développement international, Le développement durable -Document d\u2019orientation, Direction générale des politiques, 3 juin 1991.-\tAtlan, Henri, À tort et à raison - Intercritique de la science et du mythe, Éditions du Seuil, Paris, 1986.-\tCondamines, Charles, L\u2019environnement et le développement, Série Conférence, no 24, Centre Sahel, Université Laval, mai 1990.-\tCommission mondiale sur l\u2019environnement et le développement (CMED), Notre avenir à tous, Éd.du Fleuve, Montréal, 1988.Elmandjra, Mahdi, « Fusion de la science et de la culture : la clé du XXIe siècle » in Commission canadienne pour l\u2019UNESCO, Colloque sur la science et la culture pour le XXIe siècle : un programme de survie, Vancouver, 1989.-\tFaucheux, Sylvie et Jean-François Noël, Les menaces globales sur l\u2019environnement, Éditions La Découverte, Paris, 1990.-\tGaudreau, Michel et Pierre J.Hamel, Le développement urbain viable à Montréal : quelques avenues de réflexion et d\u2019action, INRS-Urbanisation, mars 1990.-\tJonas, Hans, « Entretien avec Hans Jonas », Esprit, mai 1991.-\tPoursin, Jean-Marie, « Explosion démographique et désastre écologique », Esprit, mai 1991.-\tPrades, J.A., Vaillancourt, J.G., Tessier, R.(dir.), Environnement et développement, Fi-des, Montréal, 1991.-\tSachs, Ignacy, « Comment concilier écologie et prospérité ?», Le Monde diplomatique, décembre 1991. PETIT PEUPLE ET PETIT VIGILE, UNE FABLE.par Richard Dubois1 Vfv, JL.u mm yfÆmmm rnLm \\KS3S3& 'mmsm * m de drôles de vapeurs sillonnant le ciel de Québec.Mais y a-t-il encore un ciel au-dessus de nous, se demande le Petit Peuple ?L\u2019air est moite La jungle écoute et se tient coite comme avant la mort infligée et comme pour confirmer la crainte du Petit Peuple : une machine à tuer s\u2019élance, féline ; une dent sectionne la jugulaire ; un buisson se débat, puis meurt - silence.1.Chroniqueur régulier dans la section « Lectures» de Relations, l\u2019auteur est professeur au Collège de Lévis.Sous le ciel de Québec, il y a le moite, l\u2019ennemi et l\u2019ennui, le muscle prédateur, la vie, la mort, la télé, et le pâle aujourd\u2019hui.et un Petit Peuple qui pense à son Chef, le Petit Vigile.il se dit : si nous avions un Chef - et il rêve.Mais devant l\u2019absence le silence les phrases vides devant cela, qui émet des sons à l\u2019Assemblée dite Populaire, qui rit, puis se terre mais devant cela qui dure et perdure en contour, ce hâle cette forme qui nage et dont le petit peuple sait qu\u2019elle est chair et poisson, miroir et alouette, vessie et lanterne relations juillet-août 1992 179 devant cela qui dure, mollement, n\u2019y croit plus, mais aime bien les limousines devant le vide, est-il tenté de dire (car la nature, elle, a horreur du vide, et si au moins il y avait une chaise vraiment vide à l\u2019endroit où s\u2019assoit le Petit Vigile, peut-être nous arriverait-il enfin quelque chose, rêve le Petit Peuple !) Petit Peuple se prend à rêver, bis un Premier ministre, comme ailleurs ou un président.comme une grandiose aventure un regard une lueur une volonté un fort sentiment d\u2019exister d\u2019avoir droit ! droit et devoir d\u2019être là, à la face des autres nations, sous un vrai ciel ! Rêver ! mais sous le rêve et le ciel de Québec de drôles de moiteurs tissent des lianes qui sont des boas, qui sont des panthères et chaque pas, l\u2019instant d\u2019avant le bo(o)by trap.et l\u2019avenir en forme de trou noir, mauve orbite, vide létal qui aspire, magma centripète où le ciel même se soumet ! Petit Peuple voudrait ne plus penser à son Petit Vigile à cet homme placé aux plus hautes fonctions et qui amollit, réduit, diminue, ternit, rend moite tout ce qu\u2019il touche il voudrait penser à autre chose car enfin.comment dire les choses méprisables sans aller plus bas encore sans descendre soi-même au fond des choses viles - rancoeur amertume, bientôt la Haine cloaque, jungle moite et terne aujourd\u2019hui : Un ennemi un véritable ennemi serait une grande chose, pense le Petit Peuple un ennemi fait mourir à hauteur d\u2019homme ou alors, si le combat est bien mené, fait grandir, écarter les lianes, aplanir la jungle et s\u2019ouvrir à l\u2019air salin, baigner ses rêves à l\u2019eau de mer, et dessiner une orbe à l\u2019infini du ciel ! Mais cela, là-haut, ce Petit Vigile qui tricote et traficote la soumission, la dépendance, la liane liée de tout un peuple.Fin de la fable ?Non : détour, avant la plongée urbaine, dans le lagon (autrefois) bleu des grands mythes littéraires.Petit Peuple était certain d\u2019y trouver son air(e), une joie pleine, quelque chose comme une paix méritée, une aire pure, dense, étale, sans faille.Mais il vit alors l\u2019Horreur : sous le ciel de Québec, tout entier marqué de l\u2019haleine du Petit Vigile, les grands héros, les personnages les plus fabuleux des grands livres de l\u2019Humanité, ces absolus qui sont notre respiration sporadique, qui nous rachètent du devoir-mourir, ces êtres de fiction devenus plus réels que réels et qui accompagnent nos secrets soupirs, nos secrètes souvenances, nos reprises collectives, ils étaient, tous, ces héros, atteints par l\u2019air du temps ce ciel de Québec cette moiteur, cette jungle fade qui tue à l\u2019odeur - ils étaient devenus laids défigurés vulgaires affalés finis rigolards.Meursault, l\u2019athée de L\u2019Étranger, se préparait à entrer dans les Ordres.Don Quichotte se faisait la fête : il était enfin devenu moulin à vents.Sisyphe, entre deux descentes, suivait des cours de préparation à la retraite.l\u2019Autodidacte de La nausée, doucement, mielleusement, optait, clérical, pour l\u2019humanisme.et Hemingway avait définitivement choisi : il serait l\u2019homme qui n\u2019en a pas.Sous le ciel de Québec, Vamp s\u2019inscrivait en administration, Vautour en andragogie, et le Survenant vendait des appareils-télé au Magasin Général, tout heureux de travailler pour une multinationale américaine Tout le ciel de Québec devenu jungle, et jungle une, cathodique, et universelle Bouvard Président?!?!?! Et dans les vitrines des librairies, Petit Peuple, affolé, ne voyait plus que des images de lui-même et du Petit Vigile : L\u2019homme pétrifié (Eudora Welty), Un homme qui dort (Georges Peret), Un homme en suspens (Saul Bellow), L\u2019Homme précaire (André Malraux), L\u2019Homme foudroyé (Biaise Cendrars).Petit Peuple se sentit trompé.Ce n\u2019est pas à cela qu\u2019il pensait quand il disait son horreur des Petits Vigiles Non.Petit Peuple n\u2019a pas beaucoup lu Petit Peuple ne connaît ni Cioran ni Schopenhauer, mais il sait les choses vraies mais il sent les choses pures le monde comme volonté, c\u2019est fini, sous le Petit Vigile il ne reste que la représentation, le show le spectacle indigent de l\u2019indigène repu qui va se voir lui-même à la Foire Coloniale.Petit Peuple va souvent à la Foire Petit Peuple voit Mister B., au guichet, tout fier ; il est le « native » promu vigile d\u2019un jour Il voit que l\u2019autre a l\u2019air heureux Il se croit le Chef, il surveille la caisse du « Bwana» ! Et Petit Peuple s\u2019en retourne, choqué : il n\u2019a pas de Chef, il y a un concierge, et il n\u2019y a plus de beaux livres.Il va zapper.Pas fou, Petit Peuple Il va faire comme s\u2019il était petit.Il va mimer la soumission, pour faire plaisir au petit Vigile Il va faire semblant, pour qu\u2019on lui fiche la paix, pendant qu\u2019il veille, la nuit.Comme dans le grand livre 1984, il va faire semblant d\u2019être lessivé, content, repu.Il va dire : deux et deux font cinq.J\u2019aime l\u2019oppression.J\u2019aime la dépendance.Jeopardy est une bonne émission.Michel Louvain chante juste.Et nous avons un Premier ministre.Et petit Vigile va se rendormir Et Petit Peuple ne jamais dormir Pas avant l\u2019Heure.Pas avant que la jungle n\u2019ouvre sur la mer.¦ 180 relations juillet-août 1992 UN NOUVEL AGENDA POUR LA GAUCHE par Philip Resnick1 au cours des années 80, ce qu\u2019on a appelé « la nouvelle droite2 » a monopolisé l\u2019agenda, tant politique qu\u2019économique, dans la plupart des pays occidentaux.L\u2019arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan en a été le symbole manifeste ; mais ce courant s\u2019est aussi manifesté ici, d\u2019une manière plus feutrée, avec la victoire de Brian Mulroney et d\u2019autres projets néo-conservateurs dans plusieurs provinces du Canada.Cette avancée conservatrice s\u2019est aussi manifestée, de manière non moins importante, par le succès nouveau des intellectuels de centre-droite et de leurs idées, après des décennies dominées plutôt par des penseurs d\u2019orientation plus libérale ou socialiste ; la droite semble avoir appris de Gramsci l\u2019importance des intellectuels organiques, et avoir décidé de combattre désormais ses adversaires sur leur propre terrain.des employés du secteur public qui en était venue, selon eux, à exercer le pouvoir dans les économies politiques occidentales d\u2019État, et ce au détriment du secteur privé qui est pourtant celui qui produit la richesse3.Le secteur public n\u2019était pas seul en cause : des groupes sociaux de plus en plus nombreux en étaient venus à prendre pour acquis leurs « droits » à des avantages sociaux toujours plus grands, quel qu\u2019en soit le coût social.Ainsi, les gouvernements n\u2019étaient pas seulement aux prises avec une crise financière, mais aussi avec des attentes sans cesse plus grandes qui, si elles n\u2019étaient pas freinées, pourraient conduire à la destruction pure et simple de la légitimité politique.Déjà, en 1975, les auteurs de la Commission Trilatérale avaient signalé les dangers de ces « gouvernements surchargés4 ».Et pour parer ce qu\u2019ils considéraient comme une menace naissante contre les Le défi néo-conservateur Le néo-conservatisme a remis en question l\u2019État-providence keynésien aux trois niveaux économique, politique et moral.On connaît mieux le défi économique.Après trente ans d\u2019expansion d\u2019après-guerre, les néo-conservateurs blâmaient la gauche libérale pour tous les maux dont ils avaient hérité : taux de croissance à la baisse, énormes déficits budgétaires, inflation dans les deux chiffres, etc.Pour eux, une seule solution : le retour aux principes néo-classiques, au secteur privé et à l\u2019esprit d\u2019entreprise.Le défi politique en était une conséquence directe.Les néoconservateurs se mirent à discréditer ce qu'ils considéraient comme un secteur public démesuré et tous ceux qui en profitaient.Renversant le traditionnel argument de « classe » utilisé par la gauche, la droite se mit à parler de la « nouvelle classe » 1.\tProfesseur au Département de science politique de l\u2019Université de la Colombie Britannique, l\u2019auteur a présenté une communication intitulée « Le néo-conservatisme et son dépassement » lors de la 5e Conférence sur les politiques sociales tenue à l\u2019Université Bishop, du 25 au 27 août 1991.Le présent texte est une version traduite et abrégée, par Relations, de cette communication.2.\tNDLR : Les notions de « droite » et de « gauche » font ici références aux courants de fond qui traversent nos sociétés et ne visent bien sûr nullement à une simplification outrancière ou machinienne des réalités sociales complexes.3.\tVoir certains textes de Irving Kristol, Nathan Glazer ou Daniel Bell dans les années 70.Voir aussi G.Tullock, The Vote Motive, Hobart Paperback 9, Londres, Institute of Economie Affairs, 1976.4.\tMichel Crozier, Samuel P.Huntington et J.Watanuki, The Crisis of Democracy, New York, New York University Press, 1975.Peu de leaders ont mieux symbolisé le retour du néo-conservatisme que Margaret Thatcher, Ronald Reagan et, à une moindre échelle, notre Premier ministre Brian Mulroney.relations juillet-août 1992 181 Fred Chartrand/Canapresse institutions démocratiques libérales et ultimement contre le système capitaliste lui-même, il faudrait limiter les demandes excessives de participation.Les gouvernements devraient aussi reprendre le contrôle de leur politique étrangère (après les ravages causés par l\u2019opposition à la guerre du Vietnam) et se débarrasser de certaines de leurs responsabilités distributives pour retourner plutôt à leur rôle traditionnel d\u2019arbitre des règles et des contrats d\u2019une société de libre marché.Mais le défi le plus significatif de la « nouvelle droite » faisait appel aux principes moraux transcendantaux.Et cela prenait deux formes très distinctes, parfois même contradictoires, mais qui se rejoignaient en une force de frappe redoutable.La gauche doit maintenant entreprendre la même remise en question de soi et le même effort de reformulation que ceux que les intellectuels de droite ont dû faire, durant les longues décennies keyné- siennes qui ont précédé la montée politique du néo-conservatisme dans les années 70.-\tLe premier courant critiquait la gauche libérale en termes de liberté et de droits individuels.L\u2019obsession de la gauche pour l\u2019égalité des chances et pour les droits collectifs avait mené, comme l\u2019intuitionnait déjà Hayek dès 1940, sur la voie du servage où l\u2019État substituait sa propre volonté à celle de ses citoyens.Loin de traiter les membres de la société comme des agents moraux indépendants, les gouvernements les avaient rendus passifs et dépendants.La notion même de liberté avait été hypothéquée au profit des intérêts égoïstes et croissants des bureaucrates gouvernementaux, syndicaux et autres.Ainsi, la gauche libérale et ses porte-parole professionnels étaient beaucoup moins respectueux de la démocratie qu\u2019ils ne le proclamaient.Ils se rendaient coupables, pour reprendre l\u2019expression de Giovanni Sartori, de « démophilie », remplaçant par un soi-disant amour du peuple la possibilité pour celui-ci de choisir lui-même de vivre comme il l\u2019entend5.La pire version de cette approche était bien sûr le marxisme-léninisme.Mais la social-démocratie n\u2019était guère meilleure, avec son État-providence du berceau jusqu\u2019à la tombe et sa doctrine d\u2019intervention maximale de l\u2019État.Une version minimale de l\u2019État, qui rendrait les membres de la société et les acteurs du marché libres d\u2019agir, améliorerait grandement la pratique de la liberté.Des philosophes et des écrivains comme Robert Nozick, Anthony Flew, Keith Joseph ou Michael Novak défendirent de tels arguments.-\tL\u2019autre courant de la « nouvelle droite », particulièrement mis de l\u2019avant par la « majorité morale », faisait appel aux valeurs religieuses et morales traditionnelles contre la licence et l\u2019immoralité de la gauche libérale.Cela était spécialement frappant dans la défense de la famille contre toutes les forces qui la menaçaient : féminisme radical, droits des homosexuels, avortement sur demande, etc.On défendait aussi la religion, comme fondement moral de la société, et on rejetait l\u2019impiété et le sécu-larisme implicites de la gauche.De plus, la droite s\u2019enveloppait dans le drapeau du patriotisme, comme l\u2019ont démontré l\u2019aventure de Mme Thatcher aux Falklands, la croissance militaire démesurée des années Reagan et la guerre du Golfe du président Bush.Bien sûr, l\u2019accent mis sur la liberté sans contrainte d\u2019un côté, et celui mis sur l\u2019autorité et l\u2019ordre de l\u2019autre, n\u2019étaient pas tout à fait compatibles ! Mais, comme l\u2019a montré Roger Eatwell, la droite semble avoir toujours eu beaucoup plus de facilité à concilier différents « styles de pensée » que la gauche, avec sa notion d\u2019idéologie rationnelle, issue des Lumières5 6.Et la droite a certainement réussi, tout au long des années 80, à garder sa conception de la liberté et de la moralité/autorité au centre de la scène politique.Avec quels résultats ?Où en est-on, après environ une décennie de néo-conservatisme ?Sur le plan économique, une grande partie du programme a été réalisée : recul des dépenses sociales, particulièrement celles en faveur des plus pauvres ; privatisation à grande échelle des sociétés d\u2019État ; nouvel accent sur la compétitivité et la productivité ; réduction considérable du pouvoir des syndicats7.Pourtant, au plan macro-économique, la « nouvelle droite » a eu beaucoup moins de succès : États-Unis, Grande-Bretagne et Canada sont en pleine récession, croulent sous les déficits8, connaissent de hauts taux de chômage et une croissance presque nulle, tandis que leur balance commerciale est largement déficitaire, comparée à celles de l\u2019Allemagne, du Japon et des « quatre tigres » du Sud-Est asiatique (Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong et Singapour).Quand à l\u2019Etat-provi-dence, si la « nouvelle droite » a réussi à affaiblir quelque peu la notion de solidarité sociale développée depuis la Dépression et la guerre, elle s\u2019est cependant heurtée à beaucoup plus de résistance que prévu9.Sur le plan politique, les succès de la « nouvelle droite » sont plus évidents.La propriété publique des entreprises a reculé partout, non seulement dans les économies de marché, mais aussi dans ce qui était, jusqu\u2019à tout récemment, le monde communiste et dans le tiers monde.L\u2019écroulement du modèle marxiste-léniniste a donné un nouvel éclat aux partis de la droite, comme les vrais défenseurs à la fois du capitalisme de marché et du pluralisme politique qui l\u2019accompagne.Par opposition, les partis sociaux-démocrates ont dû se déplacer vers la droite, insistant sur leur engagement envers une économie mixte, abandonnant ce qui leur restait de volonté de planification économique ou d\u2019accroissement du secteur public et, là où 5.\tGiovanni Sartori, The Theory of Democracy Revisited, New Jersey, Chatham House Publishers, 1987, p.474-479.6.\tRoger Eatwell, « Is There an \u201cEssentialist\u201d Philosophical Core?» et «The Right as a Variety of \u201cStyles of Thought\u201d», chap.4 et 5 dans Roger Eatwell et Noel O\u2019Sullivan, eds., The Nature of the Right, Londres, Pinter Publishers, 1989.7.\tParticulièrement vraies aux États-Unies et en Grande-Bretagne, ces tendances valent aussi pour la Canada.8.\tD\u2019ailleurs, ces déficits ne sont pas que l\u2019héritage des régimes socio-démocrates ou keynésiens précédents : nulle administration américaine n\u2019a alourdi davantage le déficit fédéral que celle de Reagan ; et la performance fiscale des gouvernements Thatcher ou Mulroney n'est guère plus brillante.9.\tRamesh Mishra, dans The Welfare State in Capitalist Society, Hertfordshire, Harvester Wheatsheaf, 1990, chapitres 2 et 5, a montré comment les programmes sociaux à caractère universel, 182 relations juillet-août 1992 ils étaient au pouvoir, comme en France, en Nouvelle-Zélande et en Australie, en suivant des politiques économiques bien peu différentes de celles des gouvernements de droite.Les partis de gauche ont dû s\u2019ajuster à la logique de compétition globale et d\u2019efficacité des coûts et à un climat hostile à toute intervention accrue de l\u2019État10.De façon générale, le balancier est passé, au cours de la dernière décennie, du public au privé.Quant au plan de la morale, la droite a assez bien réussi à se draper dans le manteau de la démocratie - ce qui constitue un renversement de perspective remarquable quand on se rappelle le caractère historiquement anti-démocratique de la pensée conservatrice, spécialement en Europe - et à placer sur la défensive une gauche identifiée avec le socialisme bureaucratique d\u2019État.Il est certes injuste d\u2019identifier les sociaux-démocrates aux marxistes-léninistes, tout comme d\u2019accuser tous les marxistes occidentaux, dont plusieurs furent des critiques sévères de l\u2019absence de démocratie à l\u2019Est, des péchés du stalinisme.Mais il faut reconnaître que la droite a mieux réussi à s\u2019approprier l\u2019héritage démocratique libéral, en particulier le système multi-partiste, la séparation des pouvoirs et les droits individuels, laissant aux défenseurs de la gauche le rôle de figurants dépassés.De plus, la montée du fondamentalisme religieux et la réapparition des valeurs religieuses traditionnelles, dans nombre de sociétés occidentales où le sécularisme avait longtemps dominé le discours politique, ont aussi contribué à une remontée de la droite* 11.Les défis actuels de la gauche Je voudrais maintenant proposer quelques perspectives pour la gauche modérée : celle qui est engagée en faveur d\u2019une certaine égalité, de politiques de redistribution sociale et d\u2019un internationalisme différent de celui qui est pratiqué par les corporations transnationales.Je n\u2019ai pas l\u2019illusion de croire qu\u2019il y aura un revirement spectaculaire dans les priorités économiques ou politiques des principaux pays capitalistes.Mais je crois cependant qu\u2019on ne pourra guère aller beaucoup plus loin vers la droite et qu\u2019il y a présentement un modeste début de questionnement du néo-conservatisme en Grande-Bretagne et au Canada.La gauche, au Canada et ailleurs dans les pays de l\u2019Ouest, doit maintenant entreprendre la même remise en question de soi et le même effort de reformulation que ceux que les intellectuels de droite ont dû faire, durant les longues décennies keynésiennes qui ont précédé la montée politique du néo-conservatisme dans les années 70.comme les pensions de vieillesse, l\u2019assurance chômage et l\u2019assurance maladie, avaient résisté beaucoup mieux aux assauts de la droite que les simples programmes d\u2019assistance sociale.10.\tIl faudrait cependant nuancer et constater que dans certains domaines, et particulièrement l\u2019environnement, l\u2019opinion publique occidentale est encore prête à donner à l\u2019État un rôle de réglementation considérablement accru.11.\tLà encore, il faudrait nuancer: les grandes Églises, y compris l\u2019Église catholique, ont souvent pris, sur les questions sociales comme les dépenses d\u2019aide sociale, la fiscalité et le déficit et les relations Nord-Sud, des positions beaucoup plus progressistes que celles des défenseurs d\u2019un modèle de société réglé par les seules forces du marché.12.\tPutting People First: Towards a Fair, Environmentally Sustainable and Democratic Economy, rapport adopté par le Congrès fédéral du NPD, juin 1991.De plus en plus, les centrales syndicales s\u2019intéressent à développer l\u2019emploi, tout autant qu\u2019à protéger ceux qui existent déjà.La gauche doit créer la richesse avant de la distribuer.POUR Prmfe«T*p> 19 9?Prendre le marché plus au sérieux Sur le plan économique d\u2019abord, la gauche n\u2019a d\u2019autre choix que de prendre le marché beaucoup plus au sérieux que par le passé.La faillite économique des économies dirigées a mis fin à la croyance en une alternative qui ne soit pas basée sur le marché pour assurer la prospérité et la croissance économiques des sociétés modernes à grande échelle.Cela ne veut pas dire pour autant qu\u2019il faille se prosterner pour adorer le veau d\u2019or du capital.L\u2019histoire du capitalisme montre non seulement une tendance aux crises économiques périodiques, mais aussi à des formes persistantes d\u2019inégalités et d\u2019injustices qui crient vengeance, aussi bien celles des romans de Dickens que celles des documentaires sur les favellas du tiers monde d\u2019aujourd\u2019hui.Sans l\u2019intervention de l\u2019État pour imposer des lois de protection pour les enfants, des règles de sécurité en milieu de travail, un salaire minimum et les autres mesures diverses qui forment le « filet de sécurité sociale », les journaliers, les salariés, les petits fermiers et tant d\u2019autres seront toujours fortement désavantagés dans leurs rapports avec les propriétaires et les gérants du capital.De plus, certaines des plus grandes réussites du capitalisme de la fin du XXe siècle sont des pays, comme le Japon, la Corée du Sud, Taiwan, l\u2019Allemagne ou la France, où l\u2019on trouve justement des éléments de planification étatique, de propriété publique, et même de participation ouvrière à la gestion industrielle.Il existe plus de formes de capitalisme comportant des entorses aux règles du marché que n\u2019en prévoit la philosophie de Milton Friedman ! Ceci étant dit, nous devons encourager un débat beaucoup plus réaliste, dans les partis comme dans les mouvements de la gauche.Le récent document économique du NPD, Putting People First, en est un bon exemple, avec son acceptation franche de l\u2019importance du marché, mais avec un fort accent sur les priorités environnementales et sur le rôle de réglementation compensatoire de l\u2019État12.Je crois aussi qu\u2019on peut tirer un bien meilleur profit des analyses de type socialiste du marché qu\u2019ont 183 relations juillet-août 1992 faites des auteurs comme Robert Dahl et Saul Estrin13.La démocratie économique est un concept redoutable à invoquer contre le rôle du grand capital dans les mécanismes du marché, un concept qui suscite plus d\u2019adhésion normative que la notion vieillotte de propriété d\u2019État.La gauche doit développer bien plus ses idées dans ce domaine, non seulement au niveau national, mais aussi au plan des opérations mondiales des transnationales.Il y a aussi l\u2019environnement, qui, en cette fin du XXe siècle, pose un défi plus considérable au pouvoir sans restriction du capital que ne l\u2019a fait le prolétariat industriel d\u2019antan.Comment intégrer une perspective environnementale à notre stratégie économique de gauche, de manière à réconcilier les besoins La gauche doit être aussi compétente que la droite, et même davantage, pour forger une vision morale qui considère les êtres humains comme la fin, et non pas comme de simples moyens, avec une vision normative irrésistible de la démo- cratie et une vision économique qui tienne à la fois compte du marché et d\u2019un rôle défendable et efficace du secteur public.légitimes des futures générations avec nos propres besoins ?Comment réconcilier les besoins de développement du tiers monde avec les priorités plutôt différentes que nous devrons sans doute fixer pour nos pays du centre ?Cela soulève le problème de la taxation et des transferts entre sociétés au niveau planétaire.Comme toujours, la gauche et la droite sont ici aux antipodes.La gauche doit défendre le besoin d\u2019un certain filet de sécurité minimal, au niveau global, financé en partie par des transferts du Nord vers le Sud.Nous devons aussi relancer toute la question de l\u2019imposition de la richesse et du capital, en y incorporant des incitatifs environnementaux.Les préoccupations économiques et morales se rejoignent ici et la gauche doit faire valoir ses arguments avec autant de précision que possible.Mais elle ne doit pas perdre de vue que l\u2019économie doit être suffisamment productive pour pouvoir alimenter les politiques environnementales et distributives qui seront nécessaires.C\u2019est là la corde raide intellectuelle sur laquelle nous devons apprendre à marcher.Renouveler la démocratie Au niveau politique, il y a des lacunes importantes dans le fonctionnement de la démocratie que nous connaissons dans les pays occidentaux.Il y a d\u2019abord le problème constant du pouvoir du capital et du contrôle que celui-ci exerce sur les médias et les partis politiques.Sans retourner à la langue de bois marxiste-léniniste qui rejetait la démocratie « bourgeoise » comme une imposture, il serait tout aussi naïf d\u2019ignorer la totale disproportion du pouvoir qu'ont les grandes corporations, leurs médias et les divers groupes de pression, non seulement en période électorale mais en tout temps.Peut-il y avoir une réelle égalité des droits des citoyens (ce que les Grecs appelaient iso-nomià) et un véritable pluralisme, quand le jeu commence sur un terrain aussi inégal ?Il y a aussi le sérieux problème de la voix, de la participation du citoyen au-delà de son bulletin de vote, lors des élections.Il ne s\u2019agit pas de discréditer ici les institutions représentatives, qui sont la forme privilégiée dont la démocratie a besoin dans les vastes sociétés organisées en États-nations.Mais il est tout de même bon de se rappeler qu\u2019il y a, même de nos jours, des régimes politiques qui pratiquent des formes de démocratie directe, à côté des formes indirectes que nous connaissons.Je pense à la Suisse, avec ses fréquents référendums et ses initiatives de citoyens, de même qu\u2019à divers États américains, etc.Sur les questions fondamentales de souveraineté ou de changements constitutionnels, il me semble particulièrement nécessaire de laisser le dernier mot au peuple souverain'4.La question de la voix (isegoria, pour les Grecs) ou le droit à la participation égale aux délibérations de l\u2019assemblée, se répercute aussi dans d\u2019autres préoccupations.Elle souligne le rôle vigoureux que divers mouvements sociaux - celui des femmes, de l\u2019environnement et des autochtones, pour ne mentionner que trois des plus importants de la dernière décennie -en sont venus à jouer sur la scène politique.Cela manifeste l\u2019importance renouvelée de la société civile comme contrepoids authentique au pouvoir de l\u2019État, partout où la démocratie doit prendre racine.Et cela montre bien la nécessité, au niveau international, de permettre aux organisations non gouvernementales d\u2019inscrire à l\u2019ordre du jour leurs préoccupations pour les droits humains, pour la protection de l\u2019environnement ou pour les priorités d\u2019investissements des entreprises transnationales ou des agences économiques internationales.La démocratie, dans son sens étymologique de pouvoir du peuple, et non seulement de son gouvernement, est un sujet que la gauche doit travailler sans relâche.Non pas parce que la démocratie ne peut pas intéresser autant la droite que la gauche, mais parce que cette dernière est en position unique pour insuffler dans le débat ses préoccupations pour l\u2019égalité et la participation que la droite a tendance à négliger.Retrouver les valeurs de l\u2019égalitarisme Ce qui m\u2019amène, finalement, à la question de la vision morale.Martin Jay signale, dans Socialisme de fin de siècle, que la gauche se trouve, à la fin du XXe siècle, dans une 13.\tRobert Dahl, A Preface to Economie Democracy, Berkeley, University of California Press, 1985 ; Julian Le Grand and Saul Estrin, Market Socialism, Oxford, Clarendon, 1989.14.\tCe me semble être là une partie importante du malaise post-Meech au Canada, les sondages indiquant clairement la préférence des citoyens pour des mécanismes comme une Assemblée constituante élue ou un référendum décisionnel.Dans ce pays aux traditions élitistes de haut en bas, on a de plus en plus le sentiment que les citoyens ont été tenus à l\u2019écart du processus décisionnel depuis trop longtemps.184 relations juillet-août 1992 impasse aussi sérieuse que celle de la « bourgeoisie », à la fin du XIXe.La vision transformatrice de la gauche semble être un échec : les résultats concrets de la propriété collective des moyens de production et d\u2019une société non motivée par le profit ayant été mortellement sapé par toutes les expériences autori-taristes du communisme que notre siècle a connues.Si à la fin du XIXe siècle, l\u2019avenir semblait se dessiner à gauche, avec son sens de la vertu morale, peut-on encore en dire autant un siècle plus tard15 ?Non, en un sens, si on veut dire par là une foi quasi théologique dans les dogmes du socialisme ou du marxisme du type XIXe siècle.Mais il est beaucoup moins clair que l\u2019égalitarisme ait été rejeté comme credo, pour être remplacé par la variante « sauve qui peut » de liberté individuelle que le néo-conservatisme nous a offerte.Je me situe ici clairement avec l\u2019école communautariste, qui priorise les valeurs de la communauté sur l\u2019atomisation, qui croit en la nature éminemment sociale des êtres humains, par opposition à leur seule dimension économique16.Et je prends le parti du socialisme humaniste d\u2019écrivains comme Erich Fromm, qui cherche à développer une vision du socialisme profondément respectueuse de l\u2019autonomie éthique et morale des êtres humains17.Mais je tiens à souligner vigoureusement le besoin de renforcer la dimension internationaliste de toute vision socialiste démocratique ou communautaire.Si nous devons poser le principe d\u2019une certaine mesure d\u2019égalité de la richesse (ce que les Grecs nommaient isomoiria, partage égal de la terre) nous n\u2019avons d\u2019autre choix, à l\u2019aube du XXIe siècle, que de le faire en termes planétaires.15.\tMartin Jay, Fin-de-siècle Socialism and Other Essays, London, Rutledge, 1988.16.\tParmi les philosophes communautaristes contemporains, on peut mentionner Charles Taylor, Michael Sandel ou Michael Walzer.17.\tCf.Erich Fromm, ed., Socialist Humanism: An International Symposium, New York, Doubleday, 1965.18.\tPhilip Resnick, « Isonomia, Isegoria, Isomoiria and Democracy at the Global Level », conférence présentée au 15e Congrès mondial de l\u2019Association internationale de sciences politiques, Buenos Aires, juillet 1991.19.\tAlec Nove, The Economies of Feasible Socialism, London, George Allen and Unwin, 1983.Quelques leçons La principale leçon que la gauche doit tirer de l\u2019échec du marxisme-léninisme, c\u2019est la nécessité d\u2019une pensée équilibrée.Dans notre approche de la démocratie, par exemple, nous devons tenir compte à la fois d\u2019un engagement en faveur des droits individuels, d\u2019un engagement pour la participation politique et d\u2019un engagement supplémentaire en faveur d\u2019une égalité au sens économique et social.Nous devons, comme je l\u2019ai démontré ailleurs, réconcilier I''isonomia dont parlaient les Grecs au sujet des droits des citoyens, avec Y isegoria ou le droit à la participation, et Yisomoiria ou l\u2019égalité économique18.Aucune d\u2019entre elles ne suffira à elle seule - qu\u2019il s\u2019agisse de la frauduleuse égalité de condition du marxisme-léninisme dépourvue de toute liberté d\u2019expression ou de débat, ou des libertés individuelles des États démocratiques occidentaux, qui ne sont pas sans mérite, mais qui n\u2019assurent ni la participation suffisante ni l\u2019égalité économique qui pourraient leur donner un véritable contenu.De même, nous devrons éviter tout engouement pour une seule dimension de la condition humaine.L\u2019échec le plus retentissant du marxisme orthodoxe a été sa préoccupation excessive pour le niveau purement économique des relations humaines, la soi-disant base, aux dépens des dimensions morales et politiques.(Le jeune Marx semblait voir cela plus clairement, tout comme Gramsci d\u2019ailleurs).La gauche doit être aussi compétente que la droite, et même davantage, pour forger une vision morale qui considère les êtres humains comme la fin, et non pas comme des simples moyens, avec une vision normative irrésistible de la démocratie et une vision économique qui tienne à la fois compte du marché et d\u2019un rôle défendable et efficace du secteur public.Il y a place, dans cette vision, pour une approche religieuse - pour ceux qui s\u2019y reconnaissent - tout comme pour une approche séculière ; pour une large conception pluraliste de la gauche, qui fait la synthèse de plusieurs courants et qui rejette l\u2019insistance trop familière du passé sur l\u2019orthodoxie et la pensée monolithique ; pour une vision économique pratique, liée à ce que Nove appelait très justement le socialisme réalisable19 -plutôt que la poursuite éternelle d\u2019une sorte de Saint Graal sans classes.C\u2019est avec une telle vision que nous pourrons préparer le terrain pour un éloignement définitif du néo-conservatisme.¦ EXCURSION AU PAYS DE JÉSUS Un fascinant voyage au pays de la Bible! Ce jeu propose aux jeunes de neuf ans et plus un voyage dans l'espace et dans le temps.Tout au long d'un parcours aux multiples surprises, les joueurs seront amenés à visiter des lieux historiques et à répondre à des questions relatives au passage de Jésus en Palestine, il y a 2000 ans.Ce jeu contient: \u2022\tune planche de jeu toute en couleur et des pions \u2022\tune brochure de 40 pages pour les consignes et les réponses PRIX: 15,95 $ + frais d'envoi + TPS.Commandez à: SOCABI Société catholique de la Bible, 7400 boul.Saint-Laurent, Montréal H2R 2Y1 tél.: (514) 274-4381 relations juillet-août 1992 185 DE FEMMES ET D\u2019EGLISES Quelques lectures par Gisèle Turcot tandis que Montréalais et Montréalaises font la fête, participent aux manifestations populaires et redécouvrent les trésors de leurs musées, des grappes de Québécoises se livrent, quant à elles, à des jeux plus austères.« Let\u2019s talk », disent les unes, inquiètes des rapports que nous entretenons avec le reste du Canada.Jetons les bases d\u2019un « Québec féminin pluriel », disent les autres, inquiètes, elles aussi, de l\u2019avenir des projets égalitaires hérités des dernières décennies.Par temps d\u2019incertitude économique et politique, ajoutent les féministes chrétiennes, il faut ensemble « oser la liberté », dans un oecuménisme réel qu\u2019elles ont voulu célébrer à l\u2019occasion de la dernière Pentecôte.Être sujets dans l\u2019histoire Elles n\u2019ont pas tort, celles qui prennent la parole dans un monde qui se refait.Elles ont appris à leurs dépens qu\u2019après chaque révolution, fût-elle socialiste, les nouveaux maîtres ne retiennent pas les requêtes de celles qui ont favorisé leur accès au pouvoir.Et pourtant, écrit Monique Dumais, « la quête des droits s\u2019appuie d\u2019abord sur l\u2019urgence d\u2019être sujets dans l\u2019histoire, de participer à part entière dans une société1 ».D\u2019après cette éthicienne, le triple A de la recherche d\u2019autonomie, d\u2019accomplissement et d\u2019affirmation résume l\u2019histoire d\u2019une conquête, celle des droits des femmes, depuis Mary Wollstone-craft (1759-1797), considérée comme la première féministe britannique, en passant par Olympe de Gouges et les « Cahiers de doléances des femmes » (1792) rédigés dans une France révolutionnaire qui oubliait de les inclure, jusqu\u2019à la revendication actuelle des femmes autochtones, qui veulent conserver une protection équivalente à celle que leur garantit la Charte canadienne des droits.À certains égards, de telles revendications formulées « au nom des femmes », en temps de restriction économique et de tension politique, peuvent paraître inopportunes, voire égocentriques, étant le fait de groupes de pression.Au contraire, affirme l\u2019historien montréalais Alfred Dubuc, un projet de société doit s\u2019élaborer avec la contribution de tous les groupes, et dans un esprit de négociation.D\u2019ailleurs, qu\u2019aurions-nous à craindre des propositions du mouvement des femmes puisque, selon Monique Dumais, une triple perspective éthique de justice, dignité et responsabilité inspire les femmes qui veulent, encore aujourd\u2019hui, poursuivre les luttes sociales amorcées par leurs devancières, luttes si bien décrites dans L\u2019histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, du collectif Clio2.Toute incursion des femmes dans les territoires traditionnellement occupés par les hommes peut difficilement apparaître autre chose qu\u2019un acte subversif, car il fait appel à une « mémoire dangereuse », souvent douloureuse, pratique essentielle aux théologies de la libération.Il est d\u2019ailleurs tout à fait intéressant de constater qu\u2019un même courant de respect des droits et libertés, de courage historique et de solidarité avec les opprimés traverse en ce moment les pratiques de femmes appartenant aux diverses Églises.Par exemple, au Québec, et sans doute ailleurs en Amérique du Nord, on retrouve autant de protestantes que de catholiques engagées dans la lutte à la violence et à l\u2019appauvrissement, dans l\u2019aide à l\u2019intégration des immigrants et des réfugiés.Comme si, ayant connu une longue expérience d\u2019exclues, ces femmes se hâtaient de faire oeuvre d\u2019inclusion sociale et politique.Quand ces incursions ont lieu sur le terrain du langage, a fortiori quand c\u2019est dans l\u2019univers du langage religieux et liturgique, elles mettent en question un univers mental.En dépit de l\u2019interdit et de la tradition, des théologiennes s\u2019appliquent à faire sortir de l\u2019ombre « les figures féminines (de Dieu) tissées à même celles de la paternité3 ».Est-ce pour « remplacer l\u2019image masculine de Dieu, qui a parfois outrageusement régné, par la nouvelle image féminine de Dieu-e accordée à la montée féministe contemporaine, demande Olivette Genest ?Non, mais pour rajuster l\u2019image du Dieu biblique lui-même, si longtemps amputée de sa dimension féminine4.» Dans la sphère qui est la leur, les chrétiennes refusent justement d\u2019occuper une place spéciale ; elles demandent simplement d\u2019être Partenaires en Eglise, femmes et hommes à part égale, selon le titre suggestif de l\u2019ouvrage de la théologienne Yvonne Bergeron5.Mais cela suppose qu\u2019ensemble on relise la tradition, qu\u2019on l\u2019interprète avec un nouvel imaginaire et, surtout, qu\u2019on laisse une grande place à l\u2019Esprit, qui souffle où il veut, au-delà de toutes frontières.Jeux de mémoire, jeux interdits ?Jeux nécessaires, en tout cas, dans un monde que nous sommes appelés à édifier autrement et mieux, si possible, avec toutes les énergies disponibles.Avec les énergies spirituelles dont Vaclav Havel nous dit qu\u2019elles sont plus que jamais essentielles à la pensée et à l\u2019action politiques.¦ 1.\tMonique Dumais, Les droits des femmes, Collection Interpellation, Éd.Paulines, Montréal, 1992, 132 pages.2.\tCollectif Clio, L\u2019histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, éd.revue et corrigée, Montréal, Le jour éditeur, 646 pages.3.\tOlivette Genest, « Langage religieux chrétien et différenciation sexuelle.De quelques évidences », dans « L\u2019autre salut », Recherches féministes, 1990, vol.3 no 2, p.18.4.\tOlivette Genest, « Du Dieu des armées au Dieu en dentelles ?», en guise de préface au livre de Virginia Ramey Wollencott, Dieu au féminin.Images féminines de Dieu dans la Bible, Montréal, Éd.Paulines, 1990, 137 pages.5.\tYvonne Bergeron, Partenaires en Église.Femmes et hommes à part égale, Montréal, Éd.Paulines, 1991, 121 pages.186 relations juillet-août 1992 RECENSIONS DE JUILLET lectures Mordecai Richler : Oh Canada! Oh Quebec! ?José Saramago : L\u2019année de la mort de Ricardo Reis ?R Syl- vain et N.Voisine : Histoire du catholicisme québécois, les XVIIle et XIXe siècles ?Marc Maesschalck : Jalons pour une nouvelle éthique ?Claude Lacaille et coll.: C\u2019est pas parce qu\u2019on est petits.?Jean Desclos : Libérer la morale ?Collectif Krisis : Chemin faisant.En quête d\u2019Église Oh Canada ! Oh Quebec ! mordecai Richler a obtenu une fois de plus un succès de scandale.Beaucoup de réactions, positives et négatives, ayant été publiées, nos lecteurs et lectrices comprendront que notre recension soit brève.Richler est sans doute le plus connu, en milieu francophone, des romanciers et essayistes de langue anglaise ; à ma connaissance, huit de ses livres ont été traduits en français.C\u2019est un bon romancier et je lui dois de bonnes heures de lecture ; Montréal est une ville complexe et bien la connaître comprend la connaissance de L'apprentissage de Duddy Kra-vitz, Mon père, ce héros et Le cavalier de Saint-Urbain.Mais Richler a, comme tout le monde, de vilains défauts.En particulier celui d\u2019être un raciste anti-québécois ; ses livres montrent à l\u2019évidence que les « Pepsi » sont une tribu particulièrement indésirable.Son dernier livre est entièrement consacré à démolir cette tribu, à un moment particulièrement difficile de son histoire.Tout n\u2019est pas faux dans ces 25 chapitres (et un Postcript) et un Québécois robuste aura intérêt à traverser cette bastonnade pour mieux connaître quelques bêtises de son histoire et quelques-unes de plus.Par ailleurs, je signale à ces éventuels lecteurs et lectrices trois faiblesses majeures : 1.dans ce livre, tout le mal est d\u2019un côté, aucun de l\u2019autre ; 2.l\u2019auteur seul est subtil, honnête et informé ; personne d\u2019autre ne l\u2019est ; 3.la démolition est complète, mais rien n\u2019est suggéré pour améliorer la situation ni pour reconstruire.Quand une seule de ces trois faiblesses se retrouve dans un manuscrit soumis à Relations, nous le refusons.Nous aurions refusé le manuscrit de Richler.Ce qui est plus regrettable, à mon avis, c\u2019est que plusieurs voix autorisées relations juillet-août 1992 du monde juif aient utilisé l\u2019occasion pour accentuer une partie importante du livre de Richler : les accusations d\u2019antisémitisme contre les Québécois.Je pense en particulier à Messieurs Stephen Schein-berg et Ian J.Kagedan, de la Ligue des droits de la personne du B\u2019nai Brith du Canada {Le Devoir, 26 octobre 1991, sur l\u2019article du New Yorker, une partie du livre), à Michael Crelinsten, directeur général du Congrès juif canadien, région du Québec (Le Devoir, 25 mars 1992) et à Me Frank Schlesinger, conseiller juridique honoraire du Congrès juif (Le Devoir, 20 mars 1992).Quand on songe à certains propos de Richler, comme par exemple « I\u2019m a Canadian and a Jew, and I write about being both » {Time, 31 mai 1971, p.11 de l\u2019édition canadienne), on ne peut éviter de penser qu\u2019il s\u2019agit là de grosses gaffes.¦ Julien Harvey 187 L\u2019année de la mort de Ricardo Reis Un auteur qui est à peine européen.De Lisbonne ou d\u2019ailleurs.Sans identité fixe.Sans âme-qui-vive.Il est « poète ».Du temps que son corps hantait cette terre, il jouait à l\u2019homme fonctionnaire (et quoi de plus gris qu\u2019un petit fonctionnaire dans l\u2019aube sale d\u2019un 2 novembre.).Du temps qu\u2019il déléguait parmi nous ses apparences, on le prenait pour un rien-du-tout, un de ces non-êtres comme la planète en compte des milliards : « ces gens-là, ça ne mérite pas la lumière électrique, il leur suffit de connaître le chemin qui va de l\u2019assiette à la bouche, et ça, même dans l\u2019obscurité, ils le trouvent.» Je présente donc : Ricardo Reis, vieux monsieur doté d\u2019une profession respectable, débarquant du Brésil sans trop savoir pourquoi.Ricardo Reis, médecin esseulé, qui rentre au pays après quinze ans d\u2019absence (il dira d\u2019exil) : « spectateur du monde, sage.étranger et indifférent par éducation et par choix, qui tremble, parce qu\u2019un simple nuage est passé.» Mais vous avez la puce à l\u2019oreille : Reis, ce n\u2019est pas véritablement l\u2019auteur, c\u2019est le héros d\u2019une histoire qui a le culot de nous annoncer, dès le titre, sa propre fin : L\u2019année de la mort de Ricardo Reis.L\u2019auteur : José Saramago.Qui ne figure dans aucun dictionnaire.Mais vous avez décidément beaucoup de puces à l\u2019oreille, et comme le présent suspense commence à vous enrager, et que par ailleurs vous voulez confirmer votre flair, vous sautez rapidement deux ou trois paragraphes et vous vous apercevez que l\u2019auteur véritable est C\u2019est ça.Vous vous en doutiez.Bravo.L\u2019auteur : le grand, l\u2019unique, le grandiose petit homme : Fernando Pessoa.Ricardo Reis, c\u2019est lui.José Saramago, c\u2019est lui encore.De même qu\u2019il est aussi Bernardo Soares, Alberto Caiero et Alvaro de Campos, tous pseudonymes de Fernando Pessoa, poète, romancier, « à lui seul toute une littérature ».Et ce grand, ce beau, ce long roman dont chaque page contient une phrase bien saignante (qui est le contraire de bien pensante) raconte la longue et belle et douce éradication d\u2019un être hors de l\u2019existence.Comme un homme qui se sortirait de l\u2019eau par la chevelure - ou qui s\u2019y enfoncerait en se tirant par les pieds.N\u2019attendez pas une histoire.Il n\u2019y en a pas.188 Le vieux monsieur indigne loue une chambre d\u2019hôtel, et regarde les gens, la ville, le grand battement d\u2019ailes sauvage et vain qu\u2019on appelle la vie.Il se promène, lit les journaux, parfois dépose un regard tremblant sur l\u2019épaule d\u2019une passante, rentre, et songe.Dialogue avec soi, avec les morts.N\u2019attendez rien.Ne prévoyez que des chocs.À chaque page.Et puis pour les formalistes : un jeu de miroirs éblouissants, où le héros va voir son auteur au cimetière ; où l\u2019auteur mort vient visiter une vieille connaissance, son personnage, où l\u2019un et l\u2019autre parlent des poèmes de X, toujours le même.Pessoa : Borgès II.De ces auteurs qui à eux seuls fondent, et refondent sans cessent la modernité - non pas celle des polémistes et des théoriciens, mais celle des créateurs qui donnent au mot « toujours » le seul sens qui importe : hier, puis demain, puis aujourd\u2019hui, et à nouveau la veille, et déjà la nuit.« Enfants de brume », « strates de sens », « la mort substantive » : je nous laisse avec ces trois flashs comme autant de flèches que je souhaite vénéneuses.« La langue choisit probablement les écrivains qui lui sont nécessaires.» ¦ Richard Dubois Histoire du catholicisme québécois Cela se passait presque avant-hier.En tous cas, à portée de mémoire, pour peu qu\u2019on ait connu ses grands-parents.Voici l\u2019histoire du catholicisme québécois, entre 1840 et 1898, telle que racontée et finement analysée par Philippe Sylvain et Nive Voisine.Papineau et ses partisans, ainsi que Mgr Lartigue, premier évêque de Montréal, viennent de quitte la scène.Arrivent en force l\u2019inépuisable Mrg Bourget, champion de l\u2019ultramontanisme et évêque de Montréal pendant près de 40 ans, Mgr Charles de Forbin-Janson, dont la brève tournée de prédication est comme une comète de feu dans le ciel québécois, et une légion de communautés religieuses - soit importées de France, soit créées localement - qui, en général, abondent dans le sens de Mgr Bourget et de ses émules, tant pour imposer leur vision romaine du catholicisme, que pour pourfendre le spectre du « libéralisme » et ses « brouillards malsains » de modernisme.relations juillet-août 1992 C\u2019est la période où s\u2019instaure au Québec un véritable régime de chrétienté, avec mainmise de plus en plus solide du clergé sur la société : « Le paroissien obéit au Prêtre, le Prêtre obéit à l\u2019Évêque, et l\u2019Évêque obéit au Pape ; en suivant cet ordre on a le bonheur ici-bas et l\u2019on marche vers le bonheur éternel » (dixit Mgr Laflèche, parfois littéralement plus catholique que le pape).C'est l\u2019époque de la fondation de l\u2019Université Laval et des tentatives des ultramontains de Montréal pour ériger dans leur propre ville une université qui soit plus catholique et plus romaine.C\u2019est la bataille à finir entre l\u2019Église de Montréal et l\u2019Institut canadien.C\u2019est le début de la colonisation, pour contrer l\u2019émigration vers les États-Unis.On apprendra aussi des choses amusantes, par exemple la méprise sur le pape Pie IX, perçu un moment comme le champion de la révolution et des idées nouvelles, lui qui fut l\u2019auteur du fameux Syllabus de toutes les erreurs modernes ; l\u2019arrivée très remarquée au palmarès des saints de Philomène, dont on raya pourtant l\u2019existence un siècle plus tard ; la croisade contre l\u2019utilisation des classiques païens dans l\u2019enseignement ; les luttes parfois sournoises entre les factions ultramontaines et les catholiques modérés ; la brève épopée des zouaves, la rocambolesque affaire Gui-bord.Et on comprendra comment s\u2019est instauré et consolidé ce qui a fait pendant longtemps du Québec une société distincte : une société typiquement religieuse, dont l\u2019Église catholique avait défini entièrement l\u2019idéologie.Un livre captivant, sur une période clé de notre histoire ! ¦ Fernand Jutras Jalons pour une nouvelle éthique marc Maesschalck a été stagiaire au Centre justice et foi et membre de l\u2019équipe de rédaction de Relations.Et le point de départ de son livre est la pensée d\u2019un autre de nos collègues, Karl Lévêque, décédé en 1986.Tout ceci nous invite à présenter sa recherche, même si elle parle une langue professionnelle plutôt difficile pour ceux et celles de nos lecteurs qui ne sont pas philosophes.L\u2019ouvrage cherche à répondre aux questions difficiles que pose l\u2019action so- ciale, en contexte de libération, à l\u2019éthique sociale telle que nous la connaissons.Prolongeant la pensée de Karl Lé-vêque dans des perspectives ouvertes par plusieurs penseurs modernes (Wittgenstein, Merleau-Ponty, Heidegger, etc.), l\u2019auteur précise ce qu\u2019est la pensée accompagnant l\u2019action (la praxis), montre comment une pensée engagée peut être à la fois partisane et éthiquement droite, quel rôle joue la lutte sociale dans la créativité, comment la mémoire et la tradition peuvent guider la recherche dans l\u2019action, quelle influence a la culture sur l\u2019éthique sociale.Depuis Marx et Marcuse, plusieurs philosophes nous ont montré les forces et les limites d\u2019une pensée qui contemple le monde, et les ressources d\u2019une pensée qui s\u2019engage dans l\u2019histoire pour changer le monde, en particulier par la libération des pauvres.L\u2019ouvrage de Maesschalck s\u2019inscrit dans cette recherche par des voies neuves.En particulier, en montrant comment s\u2019acquiert une distance entre l\u2019action et des points de repère qui permettent une critique des moyens, il contribue à établir une base philosophique de la théologie de la libération.C'est une réflexion qui fait honneur à notre regretté collègue Karl Lévêque et à son engagement fondamental dans la libération d\u2019Haïti, où il se préparait à retourner au moment de sa mort.Elle rendra service à ceux et celles qui continuent son effort.¦ Julien Harvey C\u2019est pas parce qu\u2019on est petits.fruit d\u2019une expérience avec des étudiantes et des étudiants de niveau secondaire et collégial, le livre C\u2019est pas parce qu'on est petits.veut faciliter le lien entre les textes bibliques et les jeunes.Tenant compte de quatre préoccupations majeures qui touchent les jeunes et s\u2019inspirant de la démarche « voir-juger-agir », ce livre présente les réflexions des jeunes et des animateurs de groupes en dialogue avec des jeunes dont nous parle la Bible : le petit Moïse, une adolescente sacrifiée par son père Jepthé, Marie et Joseph, ce jeune couple de Nazareth et les fils et filles de Noé.Qu\u2019est-ce que ces jeunes personnages bibliques ont en commun avec les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ?Les problématiques communes : l\u2019avenir, la violence, les relations gars-filles et l\u2019environnement.La lecture, la relecture et l\u2019appropriation des récits bibliques stimulent la recherche et la prise de parole pour alimenter l\u2019engagement et la transformation des milieux.De même, le vécu des jeunes trouve un éclairage nouveau avec les récits bibliques.Ainsi les jeunes qui pourront bénéficier le plus de cette lecture de la Bible seront comme les fils et filles de Noé en train de reconstruire discrètement, par des prises de consciences et des engagements, la société nouvelle.Cela suppose que le groupe de jeunes fait déjà mémoire de ses propres questions et des événements qui les touchent de près.Condition essentielle pour un rapprochement « intelligent » avec les récits bibliques.L\u2019auteur, Claude Lacaille, n\u2019a pas la prétention d\u2019épuiser le sens des textes bibliques retenus.Il ne s\u2019agit pas de tirer de ces textes de grandes réflexions théologiques ou un bel enseignement religieux, mais de situer les jeunes, dans leur rapport avec la Bible, au niveau du sens de la vie et de leurs engagements.Dans cette présentation de méthodes d\u2019animation et de témoignages, se dégage la richesse de l\u2019approche des textes bibliques.Ceux-ci ne veulent pas élaborer une doctrine moralisante, comme si chaque ligne de la Bible fournissait des exemples à suivre ou des modèles de croyants, mais nous faire digérer d\u2019une manière intelligente quelques récits fondateurs de la tradition judéo-chrétienne, récits issus d\u2019un peuple qui cherche le visage de Dieu et des orientations profondes pour sa vie.La puissance des récits bibliques trouve un écho heureux.Rien de mieux que les récits pour faire éclater la parole dans tous les sens.et dans le sens d\u2019une parole prophétique.Ce qui laisse place à une critique saine.Ainsi, le chapitre sur la violence faite aux jeunes nous fait réaliser les préjugés dont étaient victimes les jeunes à travers l\u2019histoire du peuple d\u2019Israël et celle des nations environnantes.Nous savons que le comportement de Jésus contestait de tels préjugés.Le récit du sacrifice d\u2019Isaac dans Gn 21-22 (en fait, il n\u2019y en a jamais eu de sacrifice !) révèle le Dieu d\u2019Abra-ham comme s\u2019opposant aux sacrifices humains.Si ce livre peut donner des outils pratiques aux animateurs bibliques pour les jeunes, même pour les adultes, il donnera aussi le goût de lire d\u2019une manière renouvelée de vieux textes qui trouveront écho dans la vie quotidienne.La seule réserve, au point de vue biblique, se trouve à la page 53 du livre où Joseph, le charpentier, écrit aux jeunes d\u2019aujourd\u2019hui son expérience avec Marie et affirme que Marie a dû partir chez sa cousine Élisabeth dans le but de cacher sa grossesse mystérieuse ! Cette der- nière affirmation est étrangère à la pensée de l\u2019évangéliste Luc.Souhaitons une suite à ce livre, avec d\u2019autres jeunes personnages de la Bible : Gédéon, David, Suzanne et Daniel, Joseph, fils de Jacob.¦ Renaude Grégoire Libérer la morale.est dans le Christ que la morale prend son sens : tel est le message de Vatican II, repris par Jean Desclos, professeur d\u2019éthique.À partir de cette donnée première, la recherche de l\u2019auteur s\u2019oriente vers la dimension filiale de la morale conciliaire.Il s\u2019en dégage une thématique respectueuse à la fois du caractère doctrinal et pastoral du Concile : conception anthropocentrique du monde, grâce à l\u2019Hom-me-Dieu et à l\u2019homme fils de Dieu ; finalité et filiation données à l\u2019homme par la création et la rédemption, la tâche chrétienne consistant à ramener au Christ le Cosmos en son entier.Cette christologie conciliaire peut se réclamer du message paulinien, repris dans la Constitution Lumen Gentium : « par la révélation de la filiation, (Jésus) parvient à comprendre la profondeur divine de son être-homme » (116).Il en découle une morale dialogale et « de service », dont les objectifs rejoignent ceux du Concile ; une morale « prenant ses distances par rapport au droit canonique et une casuistique qui chercheraient.à réglementer à l\u2019avance toutes les situations possibles ».Dès lors, Vatican II a pu reconnaître davantage la dignité foncière du monde, de l\u2019homme et finalement du chrétien au moyen d\u2019une réflexion équilibrée, à la fois christocentrique et anthropocentrique « fondant une morale d\u2019imitation ou de l\u2019appel à vivre la filialité dès l\u2019origine » (131).Ainsi peut-on déjà redessiner les traits majeurs du nouveau visage de l\u2019Église : réconciliation et recentration dans le Christ.L\u2019auteur admet que cet équilibre entre les deux éléments de la réflexion ne sera pas toujours respecté par des théologiens de la morale ; certains réagiront cependant en soulignant le fait que la vie nouvelle « est essentiellement une manière.plus divinisée de vivre la vie d\u2019homme.» (J.-M.Aubert).Une difficulté permanente consistera à « mettre en lien le projet éthique de l\u2019homme et le projet de salut en Jésus-Christ » (154).Il ne suffira pas de dire avec C.A.Bernard que la vie morale con- relations juillet-août 1992 189 siste à vivre pleinement « l\u2019exigence du don de l\u2019adoption » (205), ni même qu\u2019elle est « soutenue par l\u2019Esprit du Fils qui forme une conscience filiale capable de discerner la volonté du Père » (225).Ces données, assurément primordiales, s\u2019appliquent à l\u2019ensemble de la réalité chrétienne et non pas seulement à la vie morale.« Projet de sainteté à réaliser au coeur du monde », dira finalement l\u2019auteur ; projet qui nous identifie au Fils de Dieu et nous rend solidaires du Corps du Christ et de son élan vers le Père ».À cela nul ne trouvera à redire.Morale libérée ?Soit, dans la mesure de la réception de Vatican II et de sa compréhension par le monde chrétien -ce qui ne veut pas dire retour à une « grande tradition », inexistante en fait, de théologie morale.Et s\u2019il y avait lieu de parler ici de tradition, disons au moins que le Concile a remis en honneur l\u2019un de ses éléments fondamentaux : la responsabilité des fidèles dans la construction de la science morale à élaborer en Église.¦ Jean-Marc Dufort Chemin faisant.En quête d\u2019Église Poursuivant la démarche entreprise en 1985, avec Des ministères nouveaux ?, ce collectif de théologiens et de théologiennes du Québec nous propose de regarder comment on peut passer « d\u2019un modèle d\u2019Église clérical et pyramidal à un modèle d\u2019Église plus communautaire, sacrement du salut dans le monde ».Et pour être sûrs de coller à la réalité, les auteurs (Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Thérèse Bouchard, Simon Dufour, Jean-Marc Gauthier, André Myre, Rémi Parent et Gilles Raymond) ont choisi la technique des « récits de vie », partant de leurs propres expériences pour identifier comment et pourquoi s\u2019est réalisé ce passage d\u2019une Église à l\u2019autre.Témoignages donc, au ras du vécu, mais qu\u2019une relecture cherche à rendre signifiants.Et qui annonce déjà un prochain ouvrage où l\u2019on approfondira, à partir des présents récits, le processus de transformation de l\u2019Église, condition pour qu\u2019elle devienne cette Eglise-communion annoncée comme Bonne Nouvelle par Vatican II.Un effort stimulant de théologie appliquée, non seulement pour comprendre mais surtout pour faire ensemble Église.¦ Dominique Boisvert Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants : -\tYves Navarre, La vie dans l\u2019âme.Carnets, Montréal, VLB éditeur, 1992 ; 264 p.-\tJoseph Bonenfant, Passions du poétique.Essais, Montréal, Éd.L\u2019Hexagone, 1992 ; 234 p.-\tClaude-V.Marsolais, Le référendum confisqué.Histoire du référendum québécois du 20 mai 1980, Montréal, VLB éditeur, 1992 ; 268 p.-\tJanelle Holmes et Éliane Leslau Silverman, J\u2019ai des choses à dire.Écou-tez-moi I Sondage auprès des adolescentes du Canada, Ottawa, Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme, 1992 ; 115 p.-\tJeanne Bourin, Les Compagnons d'éternité, Paris/Montréal, Éd.François Bourin/Lacombe, 1992 ; 361 p.-\tJean Comby, Deux mille ans d\u2019évangélisation.Histoire de l\u2019expansion chrétienne, Paris, Éd.Desclée, 1992 ; 327 p.-\tSerge Cantin, Le philosophe et le déni du politique.Marx, Henry, Platon, Ste-Foy, Presses de l\u2019Université Laval, 1992 ; 301 p.-\tRobert Kasparian et André Beaudoin, La population déplacée au Liban : 1975-1987, Ottawa, Centre de recherches pour le développement international, 1991 ; 121 p.-\tCollectif, Le Testament des gens d\u2019ici.L\u2019Année des choses nouvelles I, Québec, Office de pastorale sociale du diocèse de Québec et Carrefour de pastorale en monde ouvrier, 1992 ; 174 p.-\tCollectif (sous la direction de Koula Mellos), Rationalité, communication, modernité.Agir communicationnel et philosophie politique chez Habermas, Ottawa, Presses de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1991 ; 125 p.-\tSolange Chaput-Rolland et Brenda Robertson, Chère Sénateur, Montréal, Éd.Libre Expression, 1992 ; 136 p.-\tClaude Prudhomme, Histoire des chrétiens, Paris/Montréal, Éd.Centurion/ Paulines, 1992 ; 167 p.-\tRémi Parent, Prêtres et évêques.Le service de la présidence ecclésiale, Montréal/Paris, Éd.Paulines/Cerf, 1992 ; 316 p.-\tAndré Couture, La réincarnation.Théorie, science ou croyance ?, Montréal, Éd.Paulines, 1992 ; 375 p.¦ références Mordecai Richler, Oh Canada! Oh Quebec! Requiem for a Divided Country, New York, Viking (Penguin Group), 1992 ; 277 p.José Saramago, L\u2019année de la mort de Ricardo- Reis, Paris, Éd.du Seuil, 1988 ; 411 p.Philippe Sylvain et Nive Voisine, Histoire du catholicisme québécois.Les XVIIIe et XIXe siècles, volume II, tome II : Réveil et consolidation (1840-1898), Montréal, Éd.Boréal, 1991 ; 510 P- Marc Maesschalck, Jalons pour une nouvelle éthique.Philosophie de la libération et éthique sociale, Louvain-la-Neu-ve, Éd.de l\u2019Institut supérieur de philosophie, 1991 ; 339 p.Claude Lacaille et coll., C\u2019est pas parce qu\u2019on est petits.Les jeunes et la Bible, Montréal, Éd.Paulines, 1991.Jean Desclos, Libérer la morale.Christocentrisme et dynamique filiale de la morale chrétienne à l\u2019époque de Vatican II, Montréal/Paris, Éd.Pau-lines/Médiaspaul, 1991 ; 261 p.Collectif Krisis, Chemin faisant.En quête d\u2019Église, Montréal, Éd.Paulines et Médiaspaul, 1991 ; 221 p.190 relations juillet-août 1992 ¦¦¦¦ COLLECTION BREF LA PETITE ENCYCLOPÉDIE DES RELIGIONS ET DES CROYANCES De petits livres accessibles et complets sur des sujets variés: histoire religieuse, art religieux, nouvelles religions, ésotérisme, religions orientales, spiritualité .Écrits par des spécialistes, ces livres sont conçus pour répondre avec sérieux à un besoin de notre temps: découvrir rapidement un sujet en toute liberté d\u2019esprit.La collection Bref, qui compte maintenant 42 titres, est dirigée en France par François-Dominique Boespflug et au Québec par Lorraine Caza.GEORGES TAVARO L'astrologie 1.\tL'HISTOIRE DES ÉVANGILES Michel Quesnel 2.\tL'INQUISITION Jean-Pierre Dedieu 3.\tL'ICÔNE (vol.double) Michel Quenot 4.\tLES SECTES Jean-François Mayer 5.\tLE RÉVEIL DE L'ISLAM Roger Du Pasquier 6.\tLES GOUROUS Reinhart Hummel 7.\tLES EXTRATERRESTRES Jean-Bruno Renard 8.\tLA DÉCOUVERTE DE L'UNIVERS Jules Caries 9.\tLES ANGES Philippe Faure 10.\tL\u2019AFFAIRE GALILÉE Jean-Pierre Longchamp 11.\tRELIGIONS DE GUÉRISON Régis Dericquebourg 12.\tTANTRA Anand Nayak 13.\tLE SPIRITISME Régis Ladous 14.\tLA BIOÉTHIQUE Guy Durand 15.\tLA CONTRE-RÉFORME N.S.Davidson 16.\tLE DROIT CANONIQUE Jean Gaudemet 17.\tL'AFFAIRE LEFEBVRE Luc Perrin 18.\tLE VÉGÉTARISME Laurence Ossipow 19.\tLES MORMONS Davis Bitton 20.\tLEYIJING Cyrille Javary 21.\tLE CONCILE VATICAN II Joseph Thomas 22.\tLE DIEU DES PHILOSOPHES Pierre-Yves Bourdil 23.\tLE DIEU DE LA FOI CHRÉTIENNE Jean-Pierre Jossua 24.\tLE VITRAIL (vol.double) Catherine Brisac 25.\tLES TÉMOINS DE JÉHOVAH Massimo Introvigne 26.\tLA FRANC-MAÇONNERIE Luc Nefontaine 27.\tLA MYSTIQUE Joseph Beaude 28 .LA SHOAH Asher Cohen 29.\tLES QUAKERS Edouard Dommen 30.\tLA PRIÈRE DU COEUR Henri-Pierre Rinckel 31.\tL'AFFAIRE RUSHDIE Raphaël Aubert 32.\tLETAO Jean-Christophe Demariaux 33.\tLES CHAMANES Danièle Vazeilles 34.\tLE SACRÉ Robert Tessier 35.\tLES ÉGLISES PARALLÈLES Bernard Vignot 36.\tLES CHARISMATIQUES Monique Hébrard 37.\tLES GNOSTIQUES Madeleine Scopello 38.\tLA MORALE CATHOLIQUE Servais Th.Pinckaers 39.\tLE CARNAVAL Michel Feuillet 40.\tLA TRINITÉ Georges Tavard 41.\tL'ASTROLOGIE Yves Haumont 42.\tLE SYNODE DIOCÉSAIN Louis Trichet Volumes de 128 pages, 9,95$ Volumes doubles, 16,95$ En vente dans toutes les bonnes librairies UNE COÉDITION CERF/FIDES relations juillet-août 1992 191 relations juillet-août 1992 3,25$ no 582 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t163 Le meilleur est à venir (J.G.) - L\u2019enseignement social de l\u2019Église (W.F.R.) - Les frontières (D.B.) - La difficile unité (G.B.) - Le Pérou : du devoir d\u2019ingérence humanitaire (F.F.) - La mort « revisitée » (J.-M.D.) \t\t\t \t\t\tEfMt| \t\t\tERS] \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t Page couverture : Logo du Sommet Planète Terre 92 (Rio de Janeiro, Brésil, 3-14 juin) RELATIONS ET L\u2019ENVIRONNEMENT La conférence des Nations unies, à Rio de Relisez les articles publiés par Relations, Janeiro, remet au premier plan les enjeux de sur ce sujet, depuis cinq ans.Liste disponi-l\u2019environnement.\tble, gratuitement.Téléphonez ou écrivez à Mme Pauline Roy-Servant 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P 1S6.Tél.: (514) 387-2541 juillet-août (juin) 1992 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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