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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1993-06, Collections de BAnQ.

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[" relations juin 1993 3,25$ no 591 travailler en français: les frontières à franchir \u2018ïMtikr '¦-\u2018.«àaii 977003437800006 ¦ ________-\t\"\t.confrontés tous les jusqu\u2019à quand, be 91 mette fin?\t9 pour |a com- 'encore dorer avant qu Y\tnQUS.commenty\tnos mei moTaoteMntemaS la\t£ leurs stratège-^ des casques ble ®' ce de leur presence, a pour taire morceaux, I ncaP questions sur la pertinen ^ intewention mill® ^ que cette tentes^sont'certaines?\tjeter de l'huile^sur le '^^\u201cgTadon Pourtant, ne\tque nous vou- sons-le bien, le\tndes souffrances pou généralisée et à P\tquestions si deli- SS&iSSSe&MeM- tXtanlnos'nergies?\t_ _nt de prendre au sérieux noW génocide impiwyc\u2014\t/\tnQtre .elle xani .os énergies ¦\tbesoin avant de Pren^rbeSpays industriels V-\t1»»m\u2019n a*1°\tc.»iy\" s\"» Mettre fin a ce cou relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jacques Boucher, Joseph Giguère, Julien Harvey, Guy Paiement, Pascale Quiviger, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Alain Bissonnette, René Boudreault, Marie-France Cyr, Richard Dubois, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Yves Lever, François Moris-sette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an) : 24,00$ (taxes inci.) À l\u2019étranger : 26,00$ Abonnement de soutien : 50,00$ TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s\u2019adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 130 relations juin 1993 face à \u2019actualité «NE PAS BRIMER LA LIBERTÉ D\u2019EXPRESSION» Chaque fois qu\u2019intervient la question du statut de la langue française au Québec, les forces en présence se réorganisent et, en général, chacune de ces forces s\u2019empare d\u2019un seul aspect de la question pour en faire soit un instrument de victoire totale, soit un chemin de négociation.Cela vient de nouveau de se produire, et le présent numéro de Relations, commencé dans un climat de sérénité malgré la proximité de renouvellement des clauses «nonobstant», arrive sous presse à un moment où la question est de nouveau inextricable.Nous ne pouvons ni abandonner la réflexion ni fournir de ligne d\u2019action entièrement claire.La nouvelle donnée est la parution, vers le 5 avril courant, du Rapport préliminaire du Comité des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU.En plus de provenir d\u2019un comité et d\u2019être préliminaire, le rapport est obscur sur plusieurs points: quand il parle de majorités et de minorités, veut-il régler du même coup le cas de quelque 78 pays qui ont dans leur législation des règlements ou des limitations d\u2019usages linguistiques?Quand il reconnaît que la population anglaise du Québec n\u2019est pas une minorité, se met-il déjà dans une situation qui évite de penser à l\u2019indépendance du Québec qui créerait du même coup cette minorité?Quand il reconnaît que le Québec est au contraire une minorité, veut-il ici encore prévenir la constitution de toute frontière qui ferait du Québec francophone une vraie majorité chez lui?Quand il reconnaît que de quelque façon la langue française au Québec est menacée alors que l\u2019anglaise ne l\u2019est pas, de quelle sorte de menace parle-t-il: menace démographique absolue, menace démographique relative, menace démographique provoquée par l\u2019annexion linguistique d\u2019immigrants?Tout cela fait comprendre les difficultés qu\u2019a rencontrées cette même Commission des droits de l\u2019homme lorsque, après la dernière grande guerre, les Nations unies ont tenté de rédiger un droit collectif des minorités.Un paragraphe des premières rédactions de la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme reconnaissait aux minorités «en nombre appréciable» d\u2019avoir des écoles, des tribunaux, et «d\u2019user de leur langue devant les tribunaux et autres autorités et organes de l\u2019État, dans la presse et dans les réunions publiques».On ne nomme pas explicitement l\u2019affichage, mais il fait évidemment partie de cette liste tout autant que la presse.Or, cet amendement n\u2019a pas eu de succès; il a été rejeté par l\u2019Assemblée générale, le Canada faisant partie des peuples qui l\u2019ont rejeté.Au moment de la rédaction des Pactes internationaux, la question reviendra, mais sans plus de succès.On reconnaîtra qu\u2019«il est difficile d\u2019adopter une solution uniforme de cette question complexe et délicate qui revêt des aspects particuliers dans chaque État où elle se pose».La raison fondamentale est simple: c\u2019est que nous ne sommes pas ici dans le domaine du droit, surtout pas du droit collectif, mais dans celui de la sagesse politique de la communauté tout entière.Est-ce suffisant pour interdire au Comité des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU de régler des cas particuliers, comme il nous le laisse prévoir dans son rapport d\u2019avril 1993?Reviendra-t-il en arrière lorsqu\u2019il devra considérer que le droit de parler sa langue est un droit absolu, de la «première génération», un droit individuel, mais que le soi-disant droit de voir sa langue devenir langue officielle, publique, n\u2019est pas du tout un droit, dans la tradition des Nations unies?C\u2019est un jugement de sagesse pratique, qui se négocie comme accommodement raisonnable entre sous-groupes ou régions.Donc, au moins à première vue attentive, les Lois 101 et 178 pourraient être renouvelées sans plus.Et, même dans le cas de l\u2019affichage, le Conseil de la langue française a accueilli l\u2019avis de relations juin 1993 131 Me José Woehrling, qui considérait que la clause nonobstant n\u2019était pas nécessaire dans ce cas1.Mais il reste d\u2019autres angles de la question qui méritent toute notre attention à l\u2019heure actuelle, une fois qu\u2019on a écarté les éléments de chantage, comme une soi-disant opinion universelle qui serait scandalisée par des règlements sur les signaux de circulation, ou encore les besoins futurs de l\u2019ALENA.Le principal de ces angles à considérer avec un esprit plus large que le simple code civil, c\u2019est le fait que la communauté anglaise, la vraie, est très ancienne chez-nous, deux siècles, plus exactement.Nous avons beaucoup vécu ensemble, nous nous sommes beaucoup modelés l\u2019un l\u2019autre, à tel point que malgré nos deux solitudes, nous sommes plus fraternels que ne le sont beaucoup d\u2019autres pays ou fragments de pays.Nous sommes à nous constituer une culture publique commune, où il y aura plus de contenu, plus de valeurs, plus de raisons de vivre et d\u2019ajouts à la qualité de la vie, que de simples mesures de lettrage d\u2019affiches.Madame Gretta Chambers, chancelière de l\u2019Université McGill, a raison de dire que «le Québec anglais n\u2019est pas une communauté culturelle comme les autres» (The Gazette 1er avril 1993).Surtout maintenant que le gouvernement fédéral a enfin compris, après vingt ans, que le multiculturalisme n\u2019est pas une formule viable de société.Nous allons devoir nous intégrer, en ayant le courage de cesser de vouloir nous assimiler d\u2019un côté comme de l\u2019autre.Or cela suppose beaucoup de gestes nouveaux.En particulier, cela suppose l\u2019acceptation, par tous les immigrants et réfugiés, du contrat moral qui leur fera reconnaître qu\u2019ils sont accueillis dans un pays français et que ce n\u2019est pas pour venir grossir au-delà de ses 15% environ à l\u2019heure actuelle les dimensions de la communauté anglaise.Il faut que tous acceptent de conserver l\u2019équilibre des deux cultures les plus nombreuses (je n\u2019oublie pas les Amérindiens), si on veut que la paix sociale règne et que la communauté anglaise, montréalaise surtout, vive en paix et dans la prospérité qu\u2019on lui connaît.Ceci dit, inutile de jouer sur les détails: toucher à la langue d\u2019affichage, c\u2019est inévitablement toucher à la langue de travail (plus de 40% des immigrants travaillent dans des entreprises de moins de 50 employés, où les lois linguistiques du travail ne sont pas obligatoires) et toucher à la langue du travail c\u2019est toucher à la langue de l\u2019école.J\u2019aimerais qu\u2019on me dise ce qui peut motiver un jeune immigrant ou immigrante à devenir compétitif à l\u2019école française quand on sait qu\u2019en fait on travaillera et commercera en anglais autant qu\u2019on voudra.Cela équivaut à former des jeunes français en allemand ou des jeunes italiens en portugais! En d\u2019autres termes, si on touche à la législation linguistique québécoise actuelle, ce ne peut pas être à cause du Rapport de l\u2019ONU, ce ne peut être parce que le temps a changé les choses (en fait sur ce terrain pratiquement rien n\u2019a changé, comme l\u2019ont montré, par exemple, les cinq communications fournies au Conseil de la langue française en novembre 1992 par des chercheurs indépendants: Marc Levine, Uli Locher, etc.); ce ne peut pas être non plus parce que certains tenants d\u2019un internationalisme du XXIe siècle veulent effacer l\u2019originalité des peuples; la constitution de l\u2019Europe des douze devrait leur servir d\u2019évidence.Si nous changeons, ces mois-ci, des points importants des lois linguistiques du Québec, ce ne peut être que d\u2019un commun accord, pour des raisons de nationalisme territorial, pour des raisons qui sont d\u2019un côté fraternité et de l\u2019autre côté responsabilité politique allant vers l\u2019autonomie.¦ 23 avril 1993 Julien Harvey 1.J\u2019ai déjà traité cette question dans un autre contexte avec bibliographie, dans «Jusqu\u2019où va le droit à la langue?», Relations 551 (juin 1989), p.137-138; voir aussi «Langue de travail et intégration des immigrants», L\u2019action nationale 80, 2 (février 1990), p.133-140.QUAND LE PRÉSIDENT DU CONSEIL DU TRÉSOR APPAUVRIT LA DÉMOCRATIE bien qu\u2019il n\u2019ait pas fait beaucoup de bruit, le jour du 8 avril 1993 a des chances de figurer en grosses lettres dans l\u2019histoire du syndicalisme québécois.Dans les annales syndicales, on pourra en effet lire qu\u2019à cette date les directions des grandes centrales, CSN, FTQ, CEQ et des deux syndicats de la fonction publique, le Syndicat des fonctionnaires provinciaux (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), ont émis une déclaration conjointe affirmant leur volonté de recommander à leurs membres la «formation d\u2019un front commun syndical pour la prochaine ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic».On dira sans doute aussi qu\u2019un consensus d\u2019une telle ampleur autour de la constitution formelle d\u2019un front commun ne s\u2019était pas vu depuis 1972, avant que la scission de la CSD n\u2019eût lieu et que les fonctionnaires et professionnels de l\u2019État ne quittassent la CSN.Que s\u2019est-il donc passé pour que, retrouvant une sorte d\u2019innocence originelle, toutes ces organisations acceptent de se glisser ensemble sous la grande chape de l\u2019unité?Quel que soit le groupe interrogé, de partout fuse la même réaction: «ce n\u2019est pas le temps de nous diviser sur des peccadilles alors que tout l\u2019édifice de la négociation, monté pièce par pièce depuis trente ans, risque de s\u2019écrouler sous le boulet de démolition du président du conseil du trésor, Daniel Johnson».Ce diagnostic sur la gravité de la situation et la nécessité d\u2019une réaction exemplaire est également partagé par la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) malgré les réticences de cette dernière à mêler ses couleurs particulières à la mosaïque commune.Certains commentent, non sans une pointe de cynisme, qu\u2019au train où vont les choses ils ont peur de désapprendre à négocier.La dernière vraie négociation pour la grande majorité des syndicats des secteurs public et parapublic remonte, en effet, à 1989.Cette négociation s\u2019était conclue par la signature des conventions collectives couvrant la période du 30 décembre 1988 au 30 décembre 1991.132 relations juin 1993 Au cours de 1991, alors que du côté syndical on était en activité de réchauffement pour le renouvellement des conventions qui allaient expirer, le président du conseil du trésor, alléguant l\u2019état catastrophique des finances publiques et se raidissant comme pour un ultimatum, annonça sa détermination de prolonger d\u2019un an les dites ententes collectives avec gel de salaires.Cette prolongation et ce gel s\u2019imposèrent finalement, mais après avoir été ramenés à six mois devant l\u2019ahurissement et la résistance des syndicats.Le règlement stipulait qu\u2019une fois les six mois en question écoulés, les syndiqués allaient retrouver les augmentations salariales auxquelles ils auraient normalement eu droit au début des nouvelles conventions.En février 1992, soit au presque début de la prorogation de six mois antérieurement décidée, le responsable du trésor commanda abruptement une autre levée de rideau et, reprenant ses évocations sur le désastre des finances gouvernementales, exigea cette fois un prolongement supplémentaire d\u2019une année, avec révision à la baisse des augmentations reportées par suite de la première extension.Les organisations syndicales, après avoir forcé un certain recul sur le gel, finirent néanmoins par se résigner à la prolongation, mais non sans avoir obtenu par écrit l\u2019assurance que, dès le printemps 93, la situation allait revenir à la normale, avec fixation d\u2019un calendrier de négociation et remise en place des comités prévus à cet effet dans les conventions.Le 23 mars 1993, le retour à la normale est brusquement évacué du scénario.Réitérant jusqu\u2019à l\u2019absurde la même dramatisation, Daniel Johnson communique aux représentants syndicaux sa décision de prolonger de deux ans, soit jusqu\u2019en juillet 1995, toutes les conventions collectives auxquelles le gouvernement est impliqué, avec gel des salaires et des clauses normatives.Du même souffle, il ajoute que ce gel est renforcé par un objectif de récupération de 1 % sur la masse salariale globale.Il déclare enfin souhaiter que la manière de concrétiser la diminution en question soit déterminée par la négociation, à quelque niveau et sous quelque forme que ce soit.Cependant, le 8 avril, il boucle le circuit en précisant que si le 15 juin les parties ne sont pas arrivées à un accord sur les modalités de récupération du 1 %, il décrétera «trois jours de congé sans solde ou l\u2019équivalent à chaque employé».Il semble difficile à ce moment-ci de faire des pronostics sur la réussite du nouveau front commun et sur le comportement des travailleurs et travailleuses face aux agissements intempestifs de monsieur Johnson.Cependant, il faut souhaiter que la réaction soit la plus forte, la plus massive et la plus intelligente possible.En plus des conditions de travail des personnes qui sont à notre service, c\u2019est de la démocratie elle-même qu\u2019il s\u2019agit.Le pouvoir démocratique ne consiste pas en une force brute.Il s\u2019inscrit et s\u2019encadre dans des principes et des normes qu\u2019il s\u2019oblige lui-même à ne pas enfreindre.Il n\u2019est pas un pouvoir personnel, mais s\u2019exprime par des institutions, des lois et des règles qui doivent se gagner l\u2019estime et le respect de tous les citoyens et citoyennes.L\u2019attitude matamore de monsieur Johnson, qui réduit la gestion de l\u2019État à un pur jeu de force, est appauvrissante et dangereuse pour la démocratie.¦ Joseph Giguère Réforme des cégeps TICKET DÉVASTATEUR Suite aux pressions, l\u2019an dernier, du Conseil du trésor du Québec, ce fut le tour de Madame Lucienne Robillard d\u2019annoncer une volonté de réforme de l\u2019enseignement collégial.Bonne joueuse, elle offrait de se prêter à un exercice démocratique.Refusant alors de révéler ses véritables couleurs, elle se disait ouverte à tous les scénarios.L\u2019enseignement collégial allait être disséqué sur la table d\u2019une commission parlementaire publique.À cette nouvelle, les étudiantes et étudiants frissonnèrent: «Ça va être à nous de passer dans le collimateur».La stratégie des libéraux fut alors de tâter le terrain.On se rendit assez vite compte qu\u2019il y avait trop d\u2019opposition à un type de réforme qui irait dans le sens de l\u2019abolitionnisme.Puis ce fut le temps des cache-cache, des ballons lancés et crevés, telle une braise que l\u2019on attise pour la raviver.Le tout pour vérifier les réactions, les forces d\u2019opposition.Les organisations étudiantes avaient vite fait de renifler les odeurs émanant du travail de «concoction» de Madame Robillard.D\u2019expérience, elles savaient que l\u2019annonce de la réforme tomberait en fin de session, à un moment inopportun pour la mobilisation.Elles appréhendaient déjà des coupures dans les cours de philosophie et d\u2019éducation physique.La bataille était lancée contre d\u2019éventuels frais de scolarité déguisés.Elles avaient vu juste là-dessus, à défaut de vraiment pouvoir faire pression.Le 6 avril dernier, donc, on ne pouvait plus croire au poisson.La saison était terminée et la prise record annoncée: tous ceux et celles qui avaient cru la ministre de bonne foi! Enfin les cartes sont sur la table et le projet un peu plus clair.La tendance des mesures proposées, et qu\u2019il serait trop long de commenter une à une, se résume bien en un titre paru dans le journal Le Devoir du 7 avril 1993: «L\u2019entreprise fait son entrée au cégep».D\u2019abord une participation active des entreprises au nouveau comité national des programmes d\u2019études techniques, avec les syndicats et le gouvernement - cela semble intéressant, bien qu\u2019on note encore l\u2019absence des étudiantes et étudiants.Ensuite deux postes au conseil d\u2019administration des institutions leur sont réservés.Là, on se pose de sérieuses questions.On voit vite les valeurs soutenues par ces nouveaux membres: rentabilité à court terme, excellence à moindre coût, assujettissement aux lois du marché.La population étudiante, quant à elle, est préoccupée avant tout par les mesures qui la touchent directement.La ministre Robillard instaure ce qu\u2019elle ose appeler un «ticket accélérateur» en marmonnant qu\u2019il est temps de faire payer les abuseurs - ça rappelle étrangement le discours sur les prestataires d\u2019aide sociale et d\u2019assurance chômage.Cette mesure, dite «accélératrice» du temps d\u2019étude, imposera 50$ par cours aux personnes ayant subit cinq échecs et plus.Une économie de 30 millions de dollars par année.Selon les chiffres avancés par la ministre elle-même, une personne sur quatre sera touchée par cette nouvelle forme de perception.L\u2019article 33, qui limitait l\u2019inscription suite à un nombre déterminé d\u2019échecs, ne put réaliser cet objectif.Comment cette mesure le fera-t-elle?Il ne s\u2019agit en fait que d\u2019une mesure d\u2019économie à long terme puisqu\u2019elle prépare l\u2019ère des frais de sco- relations juin 1993 133 larité au collégial.Les risques de décrochage s\u2019en trouveront certainement accrus.Comment concilier alors l\u2019objectif de hausser le taux d\u2019obtention d\u2019un diplôme à 70% d\u2019ici sept ans?Bien simple: en resserrant les critères d\u2019admissibilité.Les jeunes devront non seulement avoir obtenu un DÉS, mais devront obligatoirement avoir réussi leurs cours de français, mathématiques, anglais du 5e secondaire ainsi que l\u2019histoire et la physique du 4e.Applicable à tous les programmes.Selon la Fédération autonome du collégial, au moins 15% des postulants seront affectés, sans compter les hausses de décrochage au secondaire.Faisons les comptes: réduction de l\u2019accessibilité par des mesures académiques et économiques, intrusion des entreprises dans la gestion des cégeps et modelage de la formation fondamentale sur les besoins du marché; climat de compétition entre les cégeps qui pourront décerner eux-mêmes les diplômes et décider du contenu des cours.Avec l\u2019évaluation extérieure on craint encore plus l\u2019établissement de palmarès d\u2019excellence et de réussite qui créeront les classes variables de diplômes.Ne s\u2019éloigne-t-on pas dangereusement des objectifs jadis révolutionnaires du rapport Parent?La tendance de ces modifications mérite avant tout l\u2019étiquette de «contre-réforme».Les grands absents demeurent encore les étudiantes et étudiants.Rien pour l\u2019amélioration de leur milieu de vie et de leur statut dans la société.Objets plutôt que sujets de leur éducation, maintenant en voie de devenir un simple produit.Le système a encore manqué une chance d\u2019intégrer et de responsabiliser ses jeunes face au défi d\u2019améliorer le système dans lequel ils et elles vivent.Le fossé ne fera que s\u2019élargir.¦ Marc Valade Permanent au Mouvement des étudiants, étudiantes chrétiens du Québec LE CHÔMAGE GÉNÉRALISÉ: UN DÉFICIT MORAL Voilà dix ans, le Comité des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada publiait ses fameux «Jalons d\u2019éthique sur la crise économique actuelle».On se rappelle que ce document, à l\u2019époque, avait provoqué tout un débat à la grandeur du pays.Il proposait alors «de lutter contre le chômage en développant de nouvelles politiques sociales et économiques centrées sur les personnes» (par.1)1.On connaît la suite.Le gouvernement a privilégié la guerre à l\u2019inflation et n\u2019a pu empêcher la croissance du chômage.Aujourd\u2019hui, le chômage est pire qu\u2019il y a dix ans.Un million et demi de sans-emploi, selon les chiffres officiels, près de quatre millions, si l\u2019on compte les personnes qui ont cessé de chercher un emploi ou qui cherchent un emploi à temps plein.«Nous passons d\u2019une économie où la norme était l\u2019emploi à plein temps presque garanti à une autre dans laquelle l\u2019emploi précaire et à temps partiel est devenu normal» (par.11).Le document analyse ensuite très bien les diverses causes de cette situation alarmante: la restructuration des entreprises qui veulent participer à la concurrence internationale, l\u2019introduction ultra-rapide de nouvelles technologies afin d\u2019accroître la productivité, le remplacement des anciens matériaux par de nouveaux matériaux synthétiques.Somme toute, la nouvelle révolution de la technologie de l\u2019information a pris des dimensions mondiales et se moque très bien des frontières ou des politiques des gouvernements.Il en résulte une réorganisation mondiale du travail où les industries préfèrent les pays pauvres pour établir leurs usines, à cause notamment des bas salaires et de l\u2019absence d\u2019une force syndicale.Qu\u2019on soit au Nord ou au Sud, on peut ainsi constater que des milliers de personnes paient actuellement le prix de cette réorganisation internationale.L\u2019Accord de libre-échange et l\u2019ALENA vont dans ce sens et l\u2019on ne voit pas encore comment tout le monde pourra vraiment bénéficier de cette grande fuite en avant.Mais ces transformations ne sont pas mécaniques.Elles obéissent à des choix de société.Le document dénonce ici cette «idéologie du libre marché» (par.10), qui est, en fait, le marché des plus forts.Or, cette idéologie n\u2019a pas livré la marchandise.Tous les pays sont entrés dans une concurrence effrénée qui devait, disait-on, créer des emplois et de la richesse pour tout le monde.En réalité, on se retrouve avec un nombre croissant de personnes sans-emploi dans tous les pays industriels, et des travailleurs, des travailleuses exploités dans les pays du Sud.Les auteurs du document répètent alors leur enseignement de 1983: «un chômage aussi généralisé est un désordre moral, un mal social qu\u2019il faut extirper» (par.20).Il est difficile de ne pas voir ici une condamnation sévère de notre classe politique.Car c\u2019est bien elle qui laisse «aux seules forces anonymes du marché le soin de déterminer la production et les conditions de travail» (par.23) au lieu de tenir également compte des besoins et des droits fondamentaux des populations.Le document préconise alors un État plus interventionniste et plus préoccupé d\u2019encadrer cette économie de marché.Il souhaite qu\u2019il en soit également ainsi au niveau mondial, de façon à dépasser cette loi des gagnants et des perdants, qui est «moralement inacceptable pour les chrétiens parce qu\u2019elle détruit la solidarité humaine et la compassion minimale sans lesquelles on ne peut bâtir de société humaine véritable» (par 24).Mais quelles solutions peut-on avancer?C\u2019est ici que le document est un peu court.Il propose la concertation de toutes les forces sociales autour d\u2019un objectif unique: le plein emploi.Il fait appel à la créativité et à de nouvelles formes de partenariat.Soit.Mais c\u2019est oublier que les entreprises ne pourront guère entrer dans une telle perspective tant qu\u2019elles n\u2019auront pas accepté une autre norme que celle de la seule compétitivité.C\u2019est oublier aussi que le gouvernement devrait, pour sa part, mettre en oeuvre une véritable réforme de la fiscalité, de façon à rendre possible une nouvelle redistribution des richesses.C\u2019est encore oublier que nous sommes vraisemblablement entrés dans une dynamique technologique qui fait qu\u2019il n\u2019y aura pas de travail 1.Ce texte est un commentaire du message de la Commission épiscopale des affaires sociales de la CÉCC, intitulé «Le chômage généralisé: un appel à la mobilisation de toutes les forces du pays», rendu public le 14 avril dernier.Les références renvoient aux paragraphes de ce message.134 relations juin 1993 pour tout le monde.Faudra-t-il alors questionner cette évidence du travail salarié et de la consommation qu\u2019il rend possible?En plus de participer par son travail à la création de Dieu (par.21), le chrétien et la chrétienne, et même toute personne de bonne volonté, ne sont-ils pas aussi invités à entrer dans le sens du repos du septième jour?Mais un document ne peut tout dire.Il suffit déjà qu\u2019il nous incite à ne pas nous conformer à la société actuelle et qu\u2019il nous invite à chercher de nouvelles pistes avec les autres.C\u2019est particulièrement courageux par les temps qui courent.¦ Guy Paiement Centre Saint-Pierre GUICHET UNIQUE ET FORMATION PROFESSIONNELLE I Jeudi 1 er avril 1993, la Société québécoise du développement de la main-d\u2019oeuvre (SQDM) ouvrait ses portes.Créée par la Loi 408, la SQDM est le nouveau moyen que s\u2019est donné le gouvernement québécois pour mettre de l\u2019ordre dans tous les programmes de formation professionnelle1, les rendant ainsi plus accessibles aux travailleurs et aux employeurs qui en ont le plus besoin.La SQDM devrait, d\u2019après le ministre de la Main-d\u2019oeuvre, André Bourbeau, de qui relève la nouvelle société, jouer un rôle clé dans la marche vers la mondialisation de l\u2019économie québécoise.Conçue dans l\u2019esprit de compromis de l\u2019Entente de Charlottetown, la nouvelle société devait mettre sur pied le «guichet unique» où les usagers pourraient accéder à tous les programmes de main-d\u2019oeuvre, tant provinciaux que fédéraux.Cependant, après l\u2019échec constitutionnel, le fédéral a refusé de céder ses programmes (et les budgets qui les accompagnent) à la province, et la participation fédérale à la SQDM est loin d\u2019être assurée.Plus inquiétantes encore sont les rumeurs émanant du côté patronal de la nouvelle société.Malgré l\u2019unanimité des différents partenaires de la SQDM (patrons, gouvernement, syndicats) contre le dédoublement fédéral-provincial actuel des programmes de main-d\u2019oeuvre et en faveur du «guichet unique» comme moyen de rapatrier des pouvoirs sur la main-d\u2019oeuvre, M.Richard Le Hir, de l\u2019Association des manufacturiers et membre du Conseil de la SQDM, semble sur le point de briser cette solidarité.Alors que tous les partenaires avaient décidé de boycotter les initiatives fédérales tant que le gouvernement fédéral refuserait de participer au «guichet unique», M.Le Hir a indiqué, le 31 mars dernier, qu\u2019il était prêt à faire marche arrière sur la non-participation du fédéral parce qu\u2019il faut avant tout «trouver les moyens d\u2019avoir accès aux budgets.».Si le principe du «guichet unique» ne tient plus, c\u2019est la fondation même de l\u2019édifice qui est ébranlée.Amputée pour l\u2019instant de sa fonction de «guichet unique», la SQDM pourrait trouver son sens dans un autre aspect de son mandat: la promotion des débats et la formulation des politiques touchant l\u2019emploi et la formation professionnelle au Québec.À 1.NDLR: l\u2019auteur, Vincent Greason, a travaillé cinq ans au Metro Labour Education Centre (Toronto) où il s\u2019est intéressé activement et syndicalement au dossier de la formation professionnelle.Il travaille maintenant comme permanent au Mouvement d\u2019éducation populaire et d\u2019action communautaire du Québec (MÉPACQ).ce niveau, la sur-représentation patronale au Conseil d\u2019administration, ainsi que l\u2019absence totale de porte-parole des usagers sans-emploi risquent de fausser les débats.Néanmoins, grâce aux six sièges (sur les dix-huit du CA) qui sont réservés aux syndicats et, d\u2019une façon plus nébuleuse, au milieu des non-syndiqués, ceux et celles qui ont un travail pourront peut-être influencer la direction de la SQDM.Et pour que la société devienne un lieu intéressant d\u2019échanges et de convergence, il faudra faire porter le débat de fond sur trois questions, dont les implications sont évidentes pour les politiques qui en découleront.D\u2019abord, la SQDM doit se pencher sur la définition de la formation professionnelle.Celle-ci se limitera-t-elle, comme le souhaitent certains patrons, au recyclage ou à l\u2019amélioration de l\u2019employabilité des travailleurs en emploi, et à la réinsertion professionnelle des travailleurs sans emploi?Ou va-t-on reconnaître que la formation professionnelle comprend également la formation de base, l\u2019alphabétisation, et l\u2019apprentissage du français comme langue seconde, autant pour les travailleurs avec emploi que chez les sans-emplois?Voit-on la formation professionnelle comme un investissement social, visant au mieux-être de toute personne qui y participe?Ou n\u2019est-elle qu\u2019un investissement privé d\u2019un employeur visant à augmenter la productivité de son personnel?Deuxièmement, qui va payer la formation professionnelle?Le budget actuel géré par la SQDM est de 122 millions de dollars; cet argent vient directement des contribuables.Mais, si on définit la formation professionnelle de façon large, il faudra trouver de nouvelles sources de fonds.Envisagera-t-on l\u2019établissement d\u2019une caisse nationale de formation?Ou une taxe spéciale perçue auprès des employeurs?Un organisme comme la SQDM, où la partie patronale est sur-représentée, aura-t-il le courage de mettre de l\u2019avant de telles idées, déjà expérimentées avec succès en Europe et en Australie?Enfin, si on voit la formation professionnelle comme un investissement social, quels formateurs et quelles institutions formatrices va-t-on privilégier pour la réaliser?De plus en plus d\u2019institutions privées se précipitent dans ce nouveau et très payant secteur.La SQDM privilégiera-t-elle une approche de la formation professionnelle qui la mettra carrément sous la responsabilité des institutions publiques?La formation professionnelle est un dossier capital dans le monde du travail des années 90.Le gouvernement québécois a fait un pas en avant en créant la SQDM.Celle-ci sera-t-elle à la hauteur des espoirs?¦ Vincent Greason relations juin 1993 135 Le 16 mars dernier est décédée à Coubon, France, à l\u2019âge de 82 ans, Sr Jeanne d\u2019Arc, religieuse dominicaine, pionnière du renouveau biblique catholique, à qui on doit un nombre considérable d\u2019écrits sur la Bible.Dans la foulée de l\u2019encyclique Divino afflante Spiritu (Pie XII, 1943), elle contribua avec enthousiasme à l\u2019entrée des résultats de l\u2019exégèse scientifique dans la réflexion théologique, avec le souci constant de mettre les méthodes d\u2019analyse au service de la dimension spirituelle du texte.Parce qu\u2019elle a devancé les intuitions et les acquis de Vatican n, de nombreux religieux et religieuses auront bénéficié de ses courageuses interventions, écrites et orales, sur la théologie de la vie religieuse et sur les problèmes spécifiques aux congrégations féminines.On peut souhaiter qu\u2019une biographie sérieuse vienne bientôt réunir les différentes facettes d\u2019une activité si riche et mettre en lumière une des personnalités marquantes de la tradition catholique au XXe siècle.Le combat pour la démocratie en Haïti a été et demeure une priorité à Relations.Cette solidarité avec le peuple haïtien, que nous devons, entre autres, à la mémoire du jésuite haïtien Karl Lévêque, vient de coûter à la revue la perte d\u2019un précieux collaborateur.En effet, Dominique Boisvert, qui était secrétaire adjoint à la rédaction depuis deux ans, est devenu, à la mi-avril, membre de la mission de paix des Nations unies dans ce pays.Nul doute que l\u2019expertise de notre collègue juriste en matière de droits humains et de relations internationales, et sa passion pour la justice, trouveront là un terrain d\u2019exercice privilégié.Nous lui souhaitons un prompt retour! Les femmes gagnent moins et épargnent moins que les hommes.Le régime fiscal fédéral ne tient pas compte de cette réalité et s\u2019avère également discriminatoire envers les femmes.Une brochure de 29 pages, «Les taxes et les impôts.Ce que toute femme devrait savoir» explique que les femmes sont lésées par le régime fiscal et invite le gouvernement fédéral à revoir et à modifier la structure fiscale, comme la pleine indexation des crédits et avantages fiscaux.Cette publication du Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme peut être obtenue au 110, rue O\u2019Connor, 9e étage, CP 1541, Suce.«B», Ottawa KIP 5R5; tél.: (613) 992-4975.?Ceux et celles qui veulent connaître les emplois officiellement en demande au Québec, en trouveront la liste dans le document fort utile, conçu, réalisé et publié, en mars dernier, par le collectif des femmes immigrantes du Québec.«Où sont les emplois de demain?» leur indiquera les prérequis ainsi que le lieu et la manière d\u2019acquérir la formation adéquate.S\u2019adresser au siège du collectif, 7124, rue Boyer, Montréal H2S 2J8; tél.: (514) 279-4246.?La situation des travailleuses au noir immigrantes, aux prises avec des problèmes de travail, fait l\u2019objet d\u2019un dossier, élaboré par l\u2019organisme Au bas de l\u2019échelle.Au noir c\u2019est pas rose est un guide de sensibilisation destiné aux intervenants auprès de ces femmes.S\u2019adresser au bureau de Au bas de l\u2019échelle, 6839A, rue Drolet, Montréal H2S 2T1 ; tél.: 270-7878.Les nouveaux immigrants sont parfois victimes de discrimination de la part de propriétaires, concierges et voisins, et ne savent pas comment y faire face.Deux outils de sensibilisation, conçus spécialement à leur intention, viennent d\u2019être lancés par la direction de l\u2019éducation de la Commission des droits de la personne: un vidéo d\u2019une vingtaine de minutes «Un toit pour Sarah» et un guide d\u2019animation d\u2019atelier de formation, utile surtout aux intervenants des groupes communautaires concernés.La commission peut offrir aussi une session d\u2019information, à son siège.Le guide et le vidéo sont également disponibles en anglais.S\u2019adresser au 360, rue St-Jacques, Montréal H2Y 1P5; tél.: 873-5146.Bien qu\u2019enclenché sous la poussée et la volonté populaires, le processus démocratique se trouve freiné, dans plusieurs pays d\u2019Afrique, par des pouvoirs personnels jaloux de leurs privilèges.C\u2019est ce que vient de constater, au Togo, une mission de trois personnalités québécoises, mandatée par la Ligue des droits et libertés, pour une observation pré-électorale.Dans son rapport, la mission décrit la situation critique qui prévaut dans le pays et fait une série de recommandations, notamment au gouvernement fédéral, l\u2019invitant à soutenir le processus démocratique qui représenterait un exemple pour plusieurs pays d\u2019Afrique.Pour informations: Ligue des droits et libertés, 1825, rue Champlain, Montréal H2L 2S9; tél.: 527-8551. DOSSIER travailler en français les frontières à franchir L Robert Fréchette / STOCK DES FRONTIERES A FRANCHIR par Carolyn Sharp Parmi les rapports sociaux les plus centraux à une société, il y a ceux qui régissent le marché du travail.La langue qui domine ces rapports au jour le jour a un poids déterminant pour l\u2019avenir linguistique d\u2019une société.En plus, dans des sociétés modernes, c\u2019est souvent par le biais de l\u2019emploi que les adultes entrent dans la vie sociale, construisent leurs réseaux communautaires et se reconnaissent membres d\u2019une société.C\u2019est pour cela que la question du français langue du travail nous paraît primordiale à toute discussion sur l\u2019avenir linguistique du Québec.La francisation des entreprises joue un rôle capital dans la promotion du français, langue du travail.La Loi 101 prévoit un ensemble de mesures dont l\u2019objectif est de faire du français la langue première dans les échanges commerciaux, administratifs et technologiques au sein des entreprises et entre elles.Toutefois, la réalisation de cet objectif se heurte à des obstacles réels, dont la possibilité d\u2019une contestation judiciaire à l\u2019instar de celles que nous avons vues dans le domaine de l\u2019affichage, ainsi que la résistance économique de la part des entreprises elles-mêmes.De même, dans le cas des entreprises comptant moins de cinquante personnes, le rôle de l\u2019Office de langue française se limite à des mesures qui favorisent une adhésion volontaire aux objectifs de la francisation.Cela veut dire concrètement l\u2019exclusion d\u2019une partie importante de l\u2019économie québécoise de l\u2019obligation de se franciser lors même qu\u2019une partie importante des immigrants nouvellement arrivés y travaillent.Or, plusieurs estiment que ceux-ci comprendront peu la nécessité de s\u2019intégrer à une société francophone, si le français ne fait pas partie de leur vie quotidienne au travail.Malgré les efforts de francisation des entreprises, et malgré les progrès faits par les travailleurs francophones, le marché de l\u2019emploi québécois demeure fortement marqué par des zones linguistiques: anglophone, francophone, bilingue, allophone, multilingue.Les zones traditionnelles de statut social ou de sa- laires élevés (par exemple, les finances et l\u2019administration) demeurent fortement marquées par l\u2019anglais, et c\u2019est ainsi que le bilinguisme des francophones demeure rentable.De même, en dépit d\u2019une certaine croissance des zones francophones d\u2019emplois à statut social élevé (par exemple, dans le secteur public québécois), c\u2019est surtout dans les secteurs du travail manuel que le français fait ses plus grands progrès.Pour les immigrants qui ne parlent pas le français en arrivant au Québec, l\u2019organisation linguistique du marché de travail renforce leur isolement au sein de La question du français langue du travail nous paraît primordiale à toute discussion sur l\u2019avenir lin- guistique du Québec.la société québécoise.Soulignons que c\u2019est dans les secteurs d\u2019emplois où l\u2019utilisation du langage est moins importante (services et manufactures) que nous retrouvons une forte présence des travailleurs allophones.Dans ce contexte, des programmes tel celui décrit dans l\u2019article de Jacqueline Rodrigue sont d\u2019une importance de premier ordre.Pour les travailleurs immigrants, l\u2019accès à des programmes de français langue seconde veut dire un accès à de meilleurs emplois, la possibilité d\u2019une meilleure participation syndicale ainsi qu\u2019une meilleure emprise sur leur vie dans une société francophone.Mais il s\u2019agit aussi d\u2019un moyen important pour dépasser l\u2019isolement que vivent bon nombre d\u2019entre eux au sein de la société québécoise.L\u2019article de Christopher McAII met en évidence une autre frontière importante qui traverse le marché du travail québécois: celle qui divise le monde de la recherche et de la gestion du monde de l\u2019exécution et de la production.Dans le premier, c\u2019est l\u2019anglais qui domine, dans le deuxième, le français trouve sa place.De même, il suggère que les rapports entre ces mondes ne sont pas neutres, mais hiérarchisés par la subordination du français à l\u2019anglais.Une politique linguistique en matière d\u2019emploi qui veut aller au-delà de la protection des droits des francophones d\u2019accomplir leur travail en français doit s\u2019attaquer à cette frontière.Si les racines du conflit entre le français et l\u2019anglais sont profondes, plusieurs facteurs ne peuvent qu\u2019augmenter la situation précaire du français.L\u2019Accord de libre-échange nord-américain risque de consolider la position dominante de l\u2019anglais au sein du continent tout en augmentant les pressions juridiques et économiques contre les exigences linguistiques.De plus, nous le savons, langue officielle de la mondialisation de l\u2019économie, l\u2019anglais joue un rôle de plus en plus important sur le plan international, créant des tensions avec des langues nationales plus stables que la nôtre.De plus, l\u2019omniprésence de l\u2019anglais dans de nouvelles technologies, notamment dans le domaine de l\u2019informatique, renforce nécessairement l\u2019identification de cette langue avec le travail langagier.Or, tout cela ne peut que rendre plus difficile la francisation au Québec.À cet égard, la décision de la ministre Robillard de rendre les cours d\u2019anglais obligatoires au cégep questionne.D\u2019une part, apprendre une autre langue fait certainement partie de l\u2019acquisition d\u2019une culture générale.D\u2019autre part, apprendre l\u2019anglais répond à la réalité de son importance croissante sur le plan technologique et international.Dans ces sens, apprendre l\u2019anglais au cégep prépare bien les étudiants pour le marché du travail.Mais il faut poser la question, dans quelle langue travailleront-ils?La difficulté de protéger le français au travail est un défi permanent de la société québécoise.Au-delà de la législation si nécessaire, la survie du français comme langue normale dans les relations de travail exige une volonté politique de franchir les frontières linguistiques.Et ce n\u2019est que celle-ci qui nous permettra de faire des choix collectifs favorisant l\u2019épanouissement du français au travail.¦ 138 relations juin 1993 APPRENDRE AU TRAVAIL par Jacqueline Rodrigue 1 en mars 1992, le syndicat de l\u2019Hôtel Centre Sheraton de Montréal recevait de l\u2019Office de la langue française (OLF) un Mérite du français au travail pour ses cours de français organisés en milieu de travail.Si ce projet a fait son chemin à la CSN, c\u2019est que plusieurs syndicats sont de plus en plus confrontés à de nouvelles réalités.Dans la région de Montréal, vingt-cinq pour cent des membres de la CSN proviennent des communautés culturelles.On les retrouve principalement dans les secteurs du commerce, des affaires sociales, de la cons-truction et de la métallurgie.Une enquête, menée en 1989 auprès de dix syndicats de la CSN où l\u2019on retrouvait des membres allophones, révélait que neuf d\u2019entre eux connaissaient des problèmes d\u2019analphabétisme ou de méconnaissance du français ou de l\u2019anglais.Ainsi, des personnes allophones éprouvent des difficultés pour accéder à la formation et au perfectionnement, et pour comprendre les informations relatives aux politiques internes, à la convention collective et à l\u2019information syndicale en général.Si la CSN a insisté pour offrir des cours de français sur les lieux de travail, c\u2019est que ceux-ci sont les endroits privilégiés de l\u2019intégration.L\u2019apprentissage du français en milieu de travail devient donc un moyen stratégique pour favoriser l\u2019intégration linguistique en assurant le rattrapage qui s\u2019impose.Sans ces mécanismes d\u2019intégration, la diversité peut devenir source de tensions sociales.Par ailleurs, la francisation du monde du travail est la meilleure façon de soulager les pressions indues qui s\u2019exercent sur l\u2019école, qui ne peut pas porter, seule, la responsabilité d\u2019intégrer les nouveaux arrivants.Appuyés par des subventions de l\u2019OLF, tous les cours ont été donnés jusqu\u2019ici dans le secteur de l\u2019hôtellerie: de 1.L\u2019auteure est conseillère syndicale à la CSN.février à mai 1991 à l\u2019Hôtel Centre Sheraton, puis à partir de janvier et février 1993 aux hôtels Reine-Élizabeth et Radisson-Gouverneurs, tous à Montréal.On a d\u2019abord choisi ce secteur d\u2019activité parce qu\u2019on y trouve une forte concentration d\u2019immigrantes et d\u2019immigrants.«Si plusieurs de nos membres parlent français, cela ne veut pas dire qu\u2019ils savent le lire ou l\u2019écrire.Il y a un problème quand les gens comprennent seulement la moitié de ce qu\u2019ils lisent ou entendent.Apprendre à maîtriser le français, pour nous, c\u2019est aussi un aspect de la formation professionnelle.Et le matériel utilisé dans le cours est entièrement axé sur la réalité du travail», nous confie Alex Montalvo, président du syndicat au Centre Sheraton.Ces cours de français se déroulent sur les lieux de travail - et en partie durant le temps de travail - ce qui les rend plus accessibles aux membres, divisés en deux groupes: les débutants et les plus avancés.Sur les deux heures de cours (deux fois par semaine), une heure est payée par l\u2019employeur tandis que l\u2019autre est fournie par les employés sur leur temps personnel.La durée des projets varie car elle dépend d\u2019une négociation entre employeurs et syndicats.Ainsi, le projet au Reine-Élizabeth durera quinze semaines et touchera une trentaine d\u2019employés, alors que celui du Radisson-Gouverneurs durera quarante semaines et touchera une quinzaine d\u2019employés.L\u2019accès aux cours donnés en milieu de travail est facilité: moins de contraintes pour les femmes avec enfants à charge; pas besoin de quitter à nouveau son domicile pour suivre des cours le soir, parfois loin de la maison.La clientèle est aussi plus homogène et comme le soulignait Mireille Langlois-Descarries, enseignante au Centre Sheraton, «il y a une différence fondamentale entre des nouveaux immigrants, qui ne réalisent pas toujours la nécessité d\u2019apprendre le français, et ces personnes qui prennent conscience que quelque chose leur manque».Les cours visent à donner aux étudiants une connaissance du français suffisante pour pouvoir, par la suite, accéder à des emplois qui en exigent une certaine connaissance.«Pour les allophones, connaître ou non une langue est un des éléments qui modifient sensiblement les conditions de travail.Un allophone qui a une connaissance suffisante du français pour le parler, le lire et l\u2019écrire, aura, de ce fait, plus facilement accès à d\u2019autres types de formation.L\u2019impact se fera également sentir au niveau du service à la clientèle», d\u2019ajouter Alex Montalvo.En plus de permettre de mieux communiquer au travail, ces cours élargissent aussi la communication à l\u2019extérieur: chez le médecin, à l\u2019épicerie, dans des assemblées publiques, bref une plus grande intégration à l\u2019ensemble de la société québécoise.Il faut donc développer l\u2019expérience, et la CSN souhaite l\u2019étendre bientôt au secteur de la métallurgie puis, éventuellement, à ceux de la construction, de la production agroalimentaire et du textile.¦ relations juin 1993 139 COMMENT SE FAIT LA FRANCISATION par Christopher McAII1 Parler de l\u2019utilisation du français ou de l\u2019anglais «au travail» présuppose qu\u2019on sache en quoi le travail consiste et de quelle manière le langage est utilisé pour l\u2019accomplir2.Le fait qu\u2019en 1989, 66% de ceux qui effectuaient un travail manuel dans le secteur privé de la région de Montréal, travaillaient généralement en français, semble, de prime abord, témoigner d\u2019un gain important pour l\u2019utilisation du français, comparativement aux données antérieures3.Or, il faut se demander jusqu\u2019à quel point ces travailleurs utilisent le langage pour accomplir leurs tâches: usinage, montage, emballage, manutention, etc.sont autant d\u2019opérations menées quotidiennement dans les usines, souvent de manière isolée, sans qu\u2019il y ait nécessité ou même possibilité de communication orale ou écrite.Condamnés souvent à passer leurs heures de travail (et donc la plupart de leur vie active) dans un silence plus ou moins profond, que veut dire pour ces travailleurs «travailler» en français?En dehors de l\u2019usine, dans l\u2019édifice avoisinant ou aux étages supérieurs, le bruit assourdissant des machines-outils, des chaînes de montage et des ventilateurs est remplacé par le pianotage sur claviers et le bourdonnement des voix.D\u2019un univers où le langage n\u2019a qu\u2019une présence marginale par rapport au processus du travail, on passe à un autre où le langage est roi et maître: les secrétaires prennent le langage à l\u2019état brut et le transforment en textes; les clients se plaignent par écrit ou par téléphone; les chercheurs se représentent des produits éventuels en ayant recours aux différents langages alphanumériques et graphiques; les cadres s\u2019écoutent et se parlent dans un cercle éternel de réunions et de préparation de documents.Contrairement au travail d\u2019exécution dans la production industrielle, le travail qui se fait dans ces domaines de la recherche, du travail de bureau et de la gestion est ce que j\u2019appellerai le travail langagier.C\u2019est justement ici - en ce qui concerne le secteur privé montréalais - que l\u2019utilisation du français semble plafonner et même reculer par rapport à la situation qui prévalait à la fin des années 1970.En 1989, seulement 46% de ceux qui effectuaient un travail «intellectuel» et 42% de ceux qui accomplissaient un travail relationnel dans ce secteur, travaillaient généralement en français4.Si la certification des entreprises prévue par la Charte de la langue fran- En 1989, 66% de ceux qui effectuaient un travail manuel dans le secteur privé de la région de Mont- réal, travaillaient généralement en français.Mais dans le domaine du travail langagier, l\u2019utilisation du français semble plafonner ef même reculer.çaise a consolidé la présence formelle du français dans les tâches d\u2019exécution de la production industrielle, elle ne semble pas avoir eu le même effet dans les domaines du travail langagier.Pourtant, c\u2019est seulement dans ce type d\u2019emploi qu\u2019on peut réellement espérer «travailler dans sa langue» dans tous les sens du terme, le langage étant à la fois moyen de communication et matériau avec lequel on travaille.Est-il possible qu\u2019un des effets paradoxaux de la certification des entreprises prévue par la Charte ait été la consolidation de ces deux univers, le français étant dorénavant, seul maître à bord dans l\u2019univers du silence imposé et l\u2019anglais renforçant graduellement son contrôle dans l\u2019autre univers où justement tout se fait par le langage?Parmi les différents domaines langagiers qui ont été identifiés en sociologie du langage, le domaine du travail est généralement considéré comme un des plus centraux dans les rapports de force entre communautés de langue.Protéger la langue d\u2019une communauté de locuteurs donnée, tout en favorisant la mobilité sociale de cette même communauté, veut dire nécessairement assurer l\u2019utilisation de la langue en question dans tous les secteurs-clés de l\u2019activité économique.Le cantonnement de l\u2019utilisation d\u2019une langue à des secteurs à l\u2019intérieur des entreprises où l\u2019utilisation du langage est plus ou moins secondaire ou marginalisée et son absence relative des secteurs-clés en termes de conceptualisation, de planification des produits et de gestion de la production, mène inévitablement à l\u2019affaiblissement de cette langue en ce qui concerne son pouvoir d\u2019attraction.C\u2019est ainsi que le défi principal auquel est confrontée la francisation au Québec relève tout autant de la stabilité relative de la frontière linguistique qui traverse ces milieux de travail du secteur privé - et qui met l\u2019utilisation du français en situation de marginalité - que de l\u2019affichage dans le domaine public.C\u2019est cette frontière qui fait l\u2019objet d\u2019une série de recherches exploratoires que je mène depuis 1992 avec les membres de mon atelier de recherche en sociologie e langage au département de sociologie de l\u2019Université de Montréal5.Je fais ici état de résultats préliminaires d\u2019un projet de recherche en cours dans une usine de haute technologie.1.\tL\u2019auteur est professeur au département de sociologie, à l\u2019Université de Montréal.2.\tJe remercie les participants à mon séminaire Inégalités ethnolinguistiques (tenu au département de sociologie de l\u2019Université de Montréal à l\u2019hiver 1992) qui ont lu et commenté une première version de ce texte.3.\tBéland, Paul, L\u2019usage du français au travail: situation et tendances, Québec, Conseil de la langue française, 1991, p.17.4.\tLoc.cit.5.\tJe tiens à souligner la collaboration précieuse aux travaux de l\u2019atelier de Louise Tremblay, du département de linguistique et Catherine Montgomery, du département de sociologie.140 relations juin 1993 Que signifie travailler en français pour ceux qui s\u2019adonnent à un travail manuel où la communication est forcément réduite?Une étude de cas Jean-François travaille dans une usine de haute technologie dans la région montréalaise.Chacune des langues qu\u2019il utilise, dans sa journée de travail, occupe un espace bien particulier.Tout ce qui paraît, sur les gammes d\u2019opération et sur les rapports d\u2019inspection, est en anglais.La plupart des termes techniques, utilisés dans les conversations entre les travailleurs, sont également en anglais.Cependant, les conversations et contacts oraux en général se font en français, tous les travailleurs, dans la partie de l\u2019usine où Jean-François travaille, étant francophones.Ainsi, deux univers linguistiques se rencontrent dans son expérience de travail: tout ce qui provient des ingénieurs, dessinateurs et planificateurs en termes de langage qui accompagne les gammes d\u2019opération et qui sera acheminé vers la production (usinage et assemblage) est en anglais.Tout ce qui touche les échanges oraux, non reliés à la tâche et à l\u2019intérieur de son atelier, est en français.Les échanges oraux reliés à la tâche se déroulent aussi en français, mais le vocabulaire spécialisé utilisé (en termes de pièces et de procédures) est en anglais, pour la plupart.Il est à remarquer que les pièces qui font l\u2019objet des gammes d\u2019opération n\u2019existent que sous une forme symbolique -en graphiques, chiffres et écriture.C\u2019est dans cet univers symbolique que le fran- çais, en tant que système de représentation symbolique, est absent.Les termes techniques et les instructions en anglais utilisés dans l\u2019atelier sont les vestiges, en quelque sorte, de tout l\u2019univers de gestion et de recherche où l\u2019anglais est la langue principale de travail.Le produit est ainsi conceptualisé, planifié, et représenté symboliquement (sur papier ou sur écran) en anglais, et ceci, à travers toutes les étapes de la production.Le français n\u2019est utilisé que pour l\u2019aspect non technique des échanges oraux, entre ceux qui font l\u2019inspection et l\u2019usinage des pièces et l\u2019assemblage du produit final.Nous pouvons dire que les produits comme tels (ou les pièces dont ils sont composés) existent dans l\u2019usine sous deux formes, une forme symbolique et une forme matérielle.L\u2019usinage des pièces qui est fait, à partir des gammes d\u2019opération, est en grande partie un travail solitaire sur des machines-outils à commande numérique, dans une ambiance où le niveau de bruit et la distance entre travailleurs réduisent les possibilités de communication.Il s\u2019agit de la traduction, en quelque sorte, de l\u2019anglais vers les matières premières auxquelles les symboles font référence.Dans ce déplacement de la représentation symbolique en anglais vers la mise en forme matérielle du produit, le rôle joué par le français est secondaire.Même dans les échanges oraux en français, le français ne joue le rôle que d\u2019un support syntag-matique à l\u2019opérationnalisation d\u2019un lexique technique qui est en anglais.relations juin 1993 Frontière linguistique et frontière de classe Dire que tout ce qui est en amont de l\u2019usinage des pièces relève de représentations symboliques des produits et processus de travail, signifie qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un univers de travail où le langage prédomine.Dans ces domaines de la recherche et de la gestion, le processus de travail lui-même consiste dans la transformation de matières premières qui sont langagières (ou composées d\u2019autres systèmes symboliques) dans la production et la transcription de textes alphanumériques et de représentations graphiques.Chercheurs, gestionnaires, ingénieurs, secrétaires font ainsi du travail qui est principalement du travail langagier.C\u2019est à cet égard que l\u2019utilisation d\u2019une langue, autre que celle comprise par les travailleurs de production, pour tout ce qui est planification et représentation symbolique des produits et processus, renforce le contrôle exclusif des gestionnaires sur la finalité de la production.Autrement dit, la frontière linguistique correspond à une importante frontière de classe dans l\u2019entreprise.La compagnie en question a été soumise au processus de francisation imposé aux entreprises de 100 employés et plus, par la Charte de la langue française.Cette loi oblige la compagnie à communiquer avec ses employés en français.Une des conséquences de la mise en application de cette loi dans l\u2019entreprise 141 en question a été que le français est maintenant utilisé dans tous les contacts directs avec le personnel francophone, les contremaîtres non francophones, par exemple, étant tenus d\u2019être bilingues.Mis à part les termes techniques en anglais et l\u2019utilisation de l\u2019anglais sur les gammes d\u2019opération et les rapports d\u2019inspection, les travailleurs francophones travaillent ainsi maintenant dans un univers francophone.Étant à l\u2019avant-garde des grands employeurs au Québec en matière de francisation, la compagnie a aussi fait traduire les termes techniques en français.Il est maintenant théoriquement possible que tout le processus de production, de la représentation symbolique à la mise en forme matérielle, soit en français.Deux facteurs, cependant, semblent faire obstacle à l\u2019utilisation des termes en français par les travailleurs de production.D\u2019abord, ces travailleurs sont habitués aux termes en anglais.Ensuite, la terminologie technique a été traduite par un chercheur universitaire.Tandis que tous les termes originaux sont dans un anglais simple et explicite, quant à l\u2019aspect du produit ou du processus du travail en question, les termes en français sont, pour la plupart, non seulement éloignés du vocabulaire quotidien des travailleurs, mais souvent obscurs quant à la nature du processus auquel ils font référence.D\u2019un côté, les termes en anglais font partie d\u2019un vocabulaire traditionnel, construit par des générations de machinistes et d\u2019ouvriers de métier et fondé sur leur savoir accumulé dans l\u2019expérience quotidienne de travail et, de l\u2019autre, les termes en français portent en eux toutes les marques de leur provenance académique.Cette rencontre entre savoir pratico-théorique et savoir académico-théorique semble aboutir à la mise au rancart de ces termes traduits.Imaginons, pour des fins d\u2019analyse, que le traducteur soit allé chercher chez des machinistes francophones, ailleurs au Québec ou à l\u2019étranger, un vocabulaire plus enraciné dans l\u2019expérience du travail, et imaginons que cette terminologie française soit utilisée couramment par les travailleurs.Le processus de fran- cisation aurait ainsi atteint un de ses objectifs principaux, à savoir permettre aux travailleurs francophones de travailler uniquement en français.Concrètement, cependant, dans le cas de l\u2019entreprise en question, on n\u2019aurait fait que traduire, pour le bénéfice des travailleurs de production, une terminologie qui resterait en anglais en amont de ces secteurs de l\u2019usine.Tout en rendant possible, ainsi, la francisation complète du processus du travail dans les secteurs de la production, cette innovation n\u2019affecterait pas en soi l\u2019utilisation de l\u2019anglais dans la planification et la représentation symbolique du produit, avant sa mise en forme matérielle.Paradoxalement l\u2019utilisation par les travailleurs francophones des termes techniques traduits en français pourrait rendre plus étanche la frontière linguistique (et de classe) à l\u2019intérieur de l\u2019usine.Il n\u2019y aurait plus de paroles en anglais qui circuleraient - comme à l\u2019heure actuelle - en territoire francophone, rappelant quotidiennement aux travailleurs francophones leur exclusion des territoires Pour contrecarrer la discrimination linguistique La discrimination fondée sur la langue - au même titre que celles fondées sur le sexe ou sur l\u2019origine ethnique - est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés.Jusqu\u2019à quel point peut-on appliquer la logique de la discrimination à cette exclusion du français de certains secteurs-clés de l\u2019activité économique?La sous-représentation des femmes ou des membres de minorités ethniques dans une catégorie professionnelle donnée peut donner lieu soit à un programme d\u2019égalité des chances, soit à un programme d\u2019accès à l\u2019égalité en emploi.Dans le premier cas - l\u2019égalité des chances - on favorise l\u2019acquisition des compétences nécessaires pour exercer un certain type d\u2019emploi de la part de catégories de la population qui y sont sous-représentées, sans intervenir dans le processus d\u2019embauche lui-même.Dans le deuxième cas - l\u2019accès à l\u2019égalité - on met l\u2019accent sur les pratiques discriminatoires à l\u2019embauche ou au moment de la promotion.La mise sur pied de programmes d\u2019égalité des chances ou d\u2019accès à l\u2019égalité en emploi sur une base linguistique pourrait avoir cependant des effets paradoxaux par rapport aux objectifs de la Charte de la langue française.L\u2019égalité des chances pour un employé francophone ou allophone du secteur privé qui voudrait monter dans la hiérarchie d\u2019une entreprise où l\u2019utilisation de l\u2019anglais prédomine aux échelons supérieurs, voudrait dire accessibilité à des cours d\u2019anglais.L\u2019embauche non discriminatoire de ces mêmes personnes dans le cadre d\u2019un programme d\u2019accès à l\u2019égalité présumerait aussi qu\u2019elles possèdent déjà les compétences nécessaires pour occuper les fonctions rattachées au poste en question - dont la compétence en anglais.A la différence des autres critères mentionnés dans la Charte des droits, la condition d\u2019accès d\u2019un membre d\u2019un groupe linguistique A à un domaine de travail où un groupe linguistique B a réussi à imposer l\u2019utilisation de sa langue est l\u2019acquisition et l\u2019utilisation de la langue B, surtout quand il s\u2019agit de travail langagier.Paradoxalement dans ce cas, pour remédier à une discrimination fondée sur une des deux langues, il faut apprendre l\u2019autre, renforçant ainsi la discrimination dont la première fait l\u2019objet.Favoriser ainsi l\u2019accès de francophones à des catégories d\u2019emploi où le français est sous-utilisé ne veut pas dire nécessairement remédier à la sous-utilisation de la langue française.Au contraire, cela pourrait avoir comme effet de consolider l\u2019utilisation de l\u2019anglais.La francisation de ces milieux de travail exige une démarche particulière qui vise non seulement à favoriser l\u2019accès des francophones à ces milieux, mais à favoriser leur accès en tant que francophones.Il n\u2019y a qu\u2019une seule voie possible pour renforcer la position du français comme langue du travail et, par voie de conséquence, comme langue commune et langue d\u2019intégration au Québec: franciser tous les types d\u2019emploi du côté du secteur privé, y compris et surtout ceux où prédomine le travail langagier.Sans cet objectif, le processus de francisation risque de consolider la frontière entre les deux univers de travail existants, l\u2019utilisation du français étant limitée progressivement aux secteurs où il y a utilisation minimale du langage pour effectuer le travail.Christopher McAII 142 relations juin 1993 névralgiques de l\u2019entreprise, où toutes les finalités de la production sont déterminées et planifiées en anglais.On aurait réussi à renforcer ce que j\u2019ai appelé ailleurs la structural seclusion?entre les classes sociales représentées dans l\u2019entreprise, c\u2019est-à-dire la réduction au strict nécessaire des contacts entre elles -conséquence et précondition de tout rapport de classes.Langue et langage Ces constats, provenant de nos recherches en cours sur l\u2019utilisation des langues et du langage dans les milieux de travail au Québec, suggèrent la pertinence d\u2019une approche théorique, inspirée de la conceptualisation wébérienne de la communalisation.Selon ce dernier, le contrôle politique de territoires par des collectivités s\u2019effectue, entre autres, par la construction de systèmes identitaires qui permettent l\u2019exclusion systématique de ceux et de celles qui n\u2019appartiennent pas à la «communauté» en question6 7.Parmi les différentes marques qui sont utilisées pour réaliser ce jeu d\u2019exclusion et d\u2019inclusion, langue et langage ont toujours, selon lui, joué un rôle important.Ce que l\u2019on voit à l\u2019oeuvre, dans l\u2019entreprise dont il a été question ici, relève ainsi de l\u2019occupation d\u2019un territoire-clé dans le processus de production (c\u2019est-à-dire celui de la détermination et de la planification des finalités de la production) par les représentants d\u2019une classe (ou de classes) qui se constituent, à l\u2019intérieur de l\u2019entreprise, comme une communauté de langue opposée à celle des travailleurs.La différenciation linguistique est ainsi (en partie à tout le moins), générée à l\u2019intérieur de l\u2019entreprise et dans le contexte de la constitution quotidienne des rapports de classe.L\u2019individu qui traverse la frontière s\u2019ajuste aux comportements langagiers en vigueur sur le territoire où il se trouve.Cette conclusion expliquerait le paradoxe de la persistance de l\u2019anglais dans les domaines de la recherche et de la gestion du secteur manufacturier dans la région montréalaise, malgré la présence accrue de francophones de langue maternelle dans ces domaines, et malgré la diminution du poids démographique au 6.\tMcAII, Christopher, Class, Ethnicity and Social Inequality, Montréal, McGill-Queen\u2019s University Press, 1992.7.\tWeber, Max, Économie et société, Paris, Plon, 1971.C\u2019est dans les domaines de la recherche, du travail de bureau et de gestion où la communication est requise, que l\u2019utilisation du français semble plafonner, voire reculer.Québec des anglophones de langue maternelle, depuis les années 1960.Cette différenciation linguistique ne serait qu\u2019un cas particulier de celle qui se retrouve sous la forme de l\u2019opposition entre dialectes de classe dans toute entreprise capitaliste, où qu\u2019elle se trouve.La particularité de la situation au Québec est que cette différenciation est très marquée linguistiquement et rend ainsi plus facile l\u2019observation de la structuration quotidienne des rapports de classe par le biais du langage sur les lieux de travail.On m\u2019objectera que, de toute façon, l\u2019internationalisation des marchés a fait en sorte que l\u2019anglais est devenu, malgré les acteurs locaux, la langue dominante sur la scène internationale, et que ce relations juin 1993 qu\u2019on voit, dans l\u2019entreprise en question, n\u2019est que la conséquence de cette internationalisation.Il s\u2019agit de se demander, cependant, quel est le rapport entre l\u2019émergence d\u2019une langue internationale et l\u2019internationalisation des marchés?À cet égard, je répondrais que cette entreprise révèle, concrètement, comment, dans un lieu de travail donné, les nouvelles classes sociales en émergence sur la scène internationale sont en train de se constituer en tant que communautés d\u2019exclusion, à travers l\u2019opposition entre langue internationale et langue locale.Ce que l\u2019on voit dans cette entreprise n\u2019est pas la conséquence des nouvelles structurations de classe sur la scène internationale, mais cette structuration elle-même en train de se faire.¦ 143 Jean-François Leblanc / STOCK Le message d\u2019Eugen Drewermann METTEZ VOTRE CONFIANCE EN DIEU par Gregory Baum 1 Ce qu\u2019on connaît bien d\u2019Eugen Drewermann, c\u2019est son côté critique passionné de l\u2019Église.Ce théologien allemand, dont une partie seulement de l\u2019oeuvre a jusqu\u2019ici paru en français2, attribue plusieurs fautes à l\u2019Église: une incompréhension rationaliste de la vérité religieuse, une utilisation oppressive de l\u2019autorité et une attitude hostile envers les femmes Dans tous les articles qui traitent de la controverse de Drewernnann avec T Église, le message central de sa théologie est le plus souvent oublié.Ce message central, c\u2019est: placez votre confiance en Dieu.Les écrits de Drewermann annoncent et cherchent à communiquer sa foi en Dieu, cet Autre invisible, miséricordieux et tou- jours fidèle, sans qui ni lui ni aucun autre être humain ne pourra jamais être bien.et la sexualité humaine.Son livre Kleriker, qui propose une analyse psychologique des prêtres, a causé tout un émoi en Allemagne.Il vient de paraître en français, au milieu d\u2019une nouvelle controverse, sous le titre Les fonctionnaires de Dieu.Qui est donc Eugen Drewermann?C\u2019est un homme de foi, un prêtre, un penseur brillant et original, un érudit versé en théologie, en philosophie, en psychanalyse et en critique littéraire, et l\u2019auteur de très nombreux ouvrages, certains majeurs et d\u2019autres plus mineurs, qui sont largement lus, étudiés et discutés en Allemagne.Sa critique de l\u2019Eglise n\u2019est pas une simple réaction de colère contre les conditions contemporaines mais bien le résultat de son interprétation originale du message chrétien.Un conflit entre l\u2019Évangile et l\u2019Église Dans son commentaire de l\u2019Évangile de Matthieu, Drewermann affirme que déjà l\u2019auteur de cet Évangile avait peur de la liberté prêchée par Jésus et qu\u2019il a donc cherché à la contenir en attribuant des pouvoirs spéciaux à l\u2019Église (Mt 16, 18-19; 18, 17-18), pouvoirs de contrôle étrangers au message original de Jésus.Drewermann ajoute que pour accroître la discipline et l\u2019obéissance, Matthieu a même réintroduit un enseignement ancien qui avait été rejeté par Jésus, celui qui présente Dieu comme un Juge qui punit le péché dans ce monde et dans l\u2019autre.Le conflit interne entre le message chrétien et l\u2019Église chrétienne, selon Drewermann, peut être retracé jusque dans notre héritage biblique lui-même.Il y a certainement là une opinion controversée.Mais dans tous les articles qui traitent de la controverse de Drewermann avec l\u2019Église, le message central de sa théologie est le plus souvent oublié.Ce message central, c\u2019est: placez votre confiance en Dieu.Les écrits de Drewermann annoncent et cherchent à communiquer sa foi en Dieu, cet Autre invisible, miséricordieux et toujours fidèle, sans qui ni lui ni aucun autre être humain, ne pourra jamais être bien.Il s\u2019agit là d\u2019un accent différent de celui que l\u2019on trouve dans la plus grande partie de la théologie catholique moderne.Celle-ci tend à parler de Dieu en termes implicites.Dieu n\u2019y est pas tant cet Autre invisible qui nous fait face.Il s\u2019y présente plutôt comme la Lumière dans laquelle nous pouvons voir le monde, comme l\u2019Amour qui nous rend capables d\u2019aimer à notre tour, comme la Vie qui supporte notre activité en faveur des autres.Dieu y est perçu ici comme implicite à une vie humaine rachetée, même pour les gens qui ne sont pas religieux.Par comparaison, Drewermann présente Dieu comme la Réalité miséricordieuse que nous devons rencontrer si nous voulons échapper à notre penchant pour l\u2019auto-destruction et accéder à notre véritable humanité.Sans confiance en cet Autre invisible, nous ne pouvons être sauvés de notre péché, de notre peur et de notre angoisse.144 relations juin 1993 Lire Drewermann est, par conséquent, une puissante expérience spirituelle.Avec un style littéraire qui se situe à mi-chemin entre la poésie et une prose qui rappelle Thomas Mann, ce talentueux auteur communique à son lecteur un formidable sens du pouvoir rédempteur de Dieu.Peut-on faire confiance à Drewermann ?Certains lecteurs ne lui font pas confiance.Ils voient dans son pouvoir stylistique une sorte de magie trompeuse.Parce que Drewermann est un psychanalyste, qu\u2019il fait valoir l\u2019importance de l\u2019inconscient chez les humains et qu\u2019il manifeste de la sympathie pour la découverte jungienne des archétypes, plusieurs lecteurs se demandent si le Dieu de Drewermann n\u2019est pas un simple symbole dans l\u2019inconscient, une réalité du monde intérieur avec un message de transcendance.Ce doute est aussi appuyé par l\u2019approche exégétique de la Bible de Drewermann.Rejetant la méthode historico-critique utilisée par les chercheurs bibliques contemporains, Drewermann propose de lire les textes bibliques comme des rêves, des mythes et comme des contes de fées.L\u2019univers de l\u2019imagination spontanée est le lieu où Dieu nous est présent: c\u2019est là que la rencontre de salut se réalise, et là que nous sommes intérieurement transformés.Ce n\u2019est qu\u2019à travers cette transformation initiée par Dieu dans l\u2019inconscient, que nous devenons capables d\u2019agir dans le monde d\u2019une manière qui ne soit ni destructrice ni violente.Dieu n\u2019est-ll, pour Drewermann, qu\u2019un songe salvateur?La réponse est un NON sans équivoque.Pour le théologien allemand, Dieu est le Créateur qui nous a faits.Dieu nous a créés comme êtres humains, dotés d\u2019intelligence, de volonté et d\u2019inconscient, et II a placé, dans nos rêves, des symboles effectifs 1.\tMembre du comité de rédaction de Relations, l\u2019auteur enseigne la théologie et la sociologie des religions à l\u2019Université McGill.Au cours d\u2019un séjour de plusieurs mois en Allemagne, à l\u2019automne 1992, l\u2019auteur a beaucoup fréquenté l\u2019oeuvre de Drewermann, et en particulier deux de ses ouvrages majeurs: son commentaire en deux volumes de l\u2019Évangile de Matthieu et son traité en trois volumes sur la psychanalyse et la théologie morale.2.\tL\u2019oeuvre de Drewermann est considérable: une quarantaine d\u2019ouvrages en allemand, dans des domaines aussi divers que l\u2019exégèse, la philosophie, la psychanalyse, la théologie et l\u2019histoire des religions.Certains de ces ouvrages ont commencé à paraître en français, à partir de 1991, regroupant parfois divers extraits de l\u2019oeuvre, ce qui rend difficile une exacte correspondance entre les titres allemands et les publications en français.Les titres qui ont jusqu\u2019ici été publiés en français (ou qui le seront sous peu) sont: aux éditions du Cerf, La parole qui guérit (1991), L\u2019essentiel est invisible, une lecture psychanalytique du Petit Prince (1992), La Peur et la Faute, L\u2019Amour et la Réconciliation, et Le Mensonge et le Suicide, volumes I, Il et III de l\u2019ouvrage Psychanalyse et morale (1992), De l\u2019immortalité des animaux (1992), Neigebianche et Roserouge, interprétation psychanalytique d\u2019un conte de Grimm (1993), L\u2019Évangile de Marc, tome I, Introduction: Images de la rédemption (1993), Le cas Drewermann: les documents (1993); aux éditions du Seuil, De la naissance des dieux à la naissance du Christ (1992); aux éditions Albin Michel, Les fonctionnaires de Dieu (1993).3.\tStrukturen des Boesen (Structures du mal), éd.Schoningh, Pader-born, 1977-78.Eugen Drewermann: une interprétation originale du message chrétien m* I de rédemption.La révélation biblique, affirme Drewermann, éclaire d\u2019une manière spéciale les rêves contenus dans les autres religions, dans la poésie, dans les rêves nocturnes des gens et parfois même dans leurs rêves éveillés.Il n\u2019y a qu\u2019une seule religion dans l\u2019humanité, affirme Drewermann, et Dieu l\u2019a enfouie dans l\u2019inconscient des personnes et des peuples, ce qui se reflète dans leurs aspirations religieuses et trouve une expression spéciale en Jésus-Christ.Le péché originel Sur quelle base peut-on appuyer cette affirmation audacieuse selon laquelle il n\u2019y aurait qu\u2019une seule religion?Drewermann soutient que, puisque les humains de toutes les cultures sont blessés par le même péché originel, ils ont par conséquent les mêmes rêves de salut.L\u2019impressionnante thèse de doctorat de Drewermann, publiée en trois volumes, est une étude du péché, du mal et de la culpabilité1 2 3.Avec les psychanalystes des diverses écoles, il reconnaît que les humains souffrent d\u2019une forme d\u2019insécurité fondamentale, qu\u2019ils ont le sentiment d\u2019avoir perdu quelque chose de précieux, et qu\u2019ils essaient désespérément de le retrouver par des moyens qui mènent souvent à plus d\u2019aliénation.Vivant dans la peur constante de n\u2019être pas dignes d\u2019amour, nous nous gon- relations juin 1993 145 Catholic News Service fions avec frénésie, nous affirmons agressivement notre pouvoir et nous compensons pour notre manque.Pourtant, cette théorie psychanalytique n\u2019est pas, selon Drewermann, assez profonde.Car qu\u2019y a-t-il, dans la structure des humains, qui les rende universellement vulnérables à cette déformation psychique?À ce point, nous avons besoin de la théologie.La brisure humaine, ultimement, est due à une aliénation profonde du Dieu Créateur.Drewermann a recours à l\u2019enseignement chrétien sur le péché originel, qu\u2019il interprète avec l\u2019aide de Soren Kierkegaard, le grand philosophe danois du XIXe siècle.Les données humaines fondamentales sont la peur, l\u2019angoisse et le désespoir.Elles constituent la pulsion qui pousse à faire le mal.Mais il n\u2019est pas suffisant de dire que nous vivons dans la peur parce que nous avons péché; il est plus exact de dire que nous péchons parce que nous vivons dans la peur.C\u2019est en raison de la peur que nous faisons le mal ou que nous devenons malades mentalement.Cette peur universelle, affirme Drewermann, ne vient ni des menaces proférées par des ennemis, ni de l\u2019insécurité de notre condition matérielle.La cause de notre peur est enracinée dans la nature même de notre existence humaine.Nous entrons dans la peur à mesure que nous devenons conscients en tant qu\u2019êtres humains.Ce dont nous avons ultimement peur, c\u2019est de la liberté qui nous a été donnée par Dieu, cet appel infini qui doit être vécu dans des conditions de finitude.L\u2019analyse de cette peur essentielle constitue le coeur de toute l\u2019oeuvre de Drewermann.Il reprend sans cesse la même matière, de manières toujours renouvelées et créatrices.Il retrace les chemins d\u2019auto-destruction où cette peur pourchasse les gens dans les rêves, les histoires, les contes de fées.Dans une oeuvre en trois volumes sur la théologie morale et la psychanalyse, il propose une analyse systématique et détaillée de la maladie mentale en quatre catégories, qu\u2019il fait ensuite correspondre aux quatre façons que nous avons d\u2019échapper à la peur essentielle qui nous étreint.Dans ce contexte, Drewermann met de l\u2019avant une critique courageuse de la culture séculière.Il affirme que la psychanalyse, en tant que pratique séculière, reste impuissante parce qu\u2019elle s\u2019illusionne en croyant que les gens peuvent être guéris et se bien porter, sans la foi en la présence miséricordieuse de Dieu.La foi en Dieu La peur universelle dans laquelle nous sommes nés ne peut être surmontée que grâce à la foi ou à la confiance en Dieu.Jésus est le grand médiateur de cette foi en Dieu.Jésus est pour nous l\u2019exemple de ce pouvoir divin de délivrance, de guérison et de réconciliation.Quand il parle de Jésus comme médiateur, Drewermann utilise le langage traditionnel de l\u2019orthodoxie chrétienne.En même temps, cette même confiance en Dieu nous vient aussi à travers la médiation du monde des rêves que Dieu souffle dans nos imaginations et qui prennent la forme d\u2019histoires religieuses, de mythes, de contes de fées, de poésie.Ces expressions demeurent toutes ambiguës, tout comme le sont la Bible et la tradition chrétienne.Mais à l\u2019intérieur de ces sources littéraires et historiques, résonne le message qui nous rachète, la parole qui révèle la miséricorde de Dieu et qui appelle notre foi.Malgré l\u2019insistance de Drewermann sur la justification par la foi et sur la libération de la loi - aspects qui plaisent aux protestants -, il continue de se considérer comme catholique.Il appré- cie l\u2019ouverture de la tradition catholique primitive à la conscience religieuse multiforme de la civilisation païenne, et l\u2019importance que les catholiques attachent aux sacrements, aux symboles et aux histoires de saints.La théologie politique Les catholiques de gauche ont critiqué Drewermann parce qu\u2019il proposait une interprétation des Évangiles qui encourage les préoccupations bourgeoises pour la vie privée et les émotions personnelles.L\u2019accent mis sur la peur existentielle peut-il être une stratégie pour empêcher la souffrance des victimes de la société, ici comme à l\u2019étranger, d\u2019occuper le centre de l\u2019attention?Drewermann, qui est souvent prêt à apprendre de ses critiques, a cherché à rendre plus explicites les implications politiques de sa théologie.Profondément troublé par la violence destructrice engendrée par le drame d\u2019une vie humaine non sauvée, Drewermann est devenu un pacifiste religieux.Il s\u2019est engagé dans le mouvement de protestation allemand contre la guerre du Golfe et dans les campagnes allemandes d\u2019aide aux populations ravagées par la violence.Malgré cela, il demeure méfiant face aux mouvements radicaux de transformation sociale parce que, dans le passé, ceux-ci ont toujours mené à la violence et au meurtre.L\u2019action sociale ne peut demeurer non destructrice que si ses acteurs reconnaissent leur peur, leur faute et leur culpabilité et s\u2019ils ont confiance que le Dieu miséricordieux les a délivrés.Une fois que nous avons commencé à faire confiance, plaide Drewermann, nous découvrons la liberté et le pouvoir d\u2019agir dans le monde et de changer la société pour le mieux mais, ajoute-t-il, une telle action ne doit pas être guidée par une idéologie qui ne soit pas consciente de la fragilité de l\u2019existence humaine.Nous devons nous engager dans la société de façon responsable, et même passionnée, si tel est notre appel, et cela même si nous nous doutons que peu de choses changeront.Ceux qui critiquent Drewermann ne seront pas satisfaits de sa réponse, mais il les oblige, et moi avec eux, quand même à réfléchir.La réaction du Magistère La méfiance de Drewermann envers les structures de l\u2019Église sont difficiles à réconcilier avec l\u2019ecclésiologie catholique.Il a été censuré par son évêque.Mais la correspondance entre son évêque et lui4 montre, d\u2019abord, qu\u2019ou bien l\u2019évêque n\u2019a pas lu Drewermann, ou bien il ne l\u2019a pas compris; et que les affirmations doctrinales abstraites de l\u2019évêque sonnent bien creux et sont bien peu convaincantes à côté de la prose religieuse de Drewermann qui respire l\u2019esprit évangélique.Des textes aussi nourrissants que ceux de Drewermann ne pourront jamais être invalidés par des déclarations d\u2019autorité qui n\u2019offrent pas de pain.Ce qu\u2019on devrait faire, à mon avis, c\u2019est plutôt d\u2019encourager les gens à lire Drewermann si celui-ci les nourrit spirituellement, mais de le faire avec une certaine réserve et sans mettre de côté leur sens critique.¦ 4.Le cas Drewermann, les documents, éd.du Cerf, Paris, 1993, 240 p.146 relations juin 1993 MOUVEMENTS DES FEMMES ET DÉMOCRATISATION par Diane Lamoureux1 Repenser la citoyenneté démocratique à partir de l\u2019expérience des mouvements féministes.cas» \t Un peu plus de deux cents ans après la Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne d\u2019OIympe de Gouges (1791 ) et la Défense des droits de la femme de Mary Wollstonecraft (1792), il est à la fois rassurant et tragique de constater que la question des droits des femmes comme partie prenante des droits humains soit à l\u2019ordre du jour2.Rassurant, parce que cela laisse sous-entendre qu\u2019il est enfin de mise de considérer les femmes comme des êtres humains.Tragique, parce que cela nous rappelle que, malgré toutes les luttes et tous ies arguments déployés par les mouvements de femmes, l\u2019égalité entre les sexes est encore une «question» qui attend d\u2019accéder au rang de «réalité».Mon propos portera sur la contribution des mouvements de femmes, dans le monde occidental, à l\u2019avènement de sociétés qu\u2019on peut espérer démocratiques.En quoi ces mouvements ont-ils pu contribuer à un approfondissement non seulement de la réflexion, mais également des pratiques sociales concernant les droits?Un tel sujet est évidemment trop vaste pour être abordé ici de façon exhaustive: on peut également être sceptique vis-à-vis de notions aussi vagues que «le monde occidental» et «les mouvements de femmes».Je mettrai l\u2019accent sur deux éléments qui me semblent caractéristiques de l\u2019action des mouve- 1.\tL'auteure est professeure au département de science politique, à l\u2019Université Laval.2.\tCe texte est tiré d\u2019une présentation faite à la table ronde du Conseil du statut de la femme, lors du Congrès international de l\u2019UNESCO sur l\u2019éducation aux droits de l\u2019homme et à la démocratie, le 8 mars 1993.ments de femmes, l\u2019inclusion et l\u2019extension des droits, deux éléments qui correspondent, grosso modo, aux deux grandes vagues du féminisme.Je terminerai en montrant quelles pistes s\u2019ouvrent à la réflexion et à la pratique sociale, si nous voulons repenser la citoyenneté démocratique à partir de l\u2019expérience des mouvements féministes.Malgré toutes les luttes et tous les argu- ments déployés par les mouvements de femmes, l\u2019égalité entre les sexes est encore une «guestion» qui attend d\u2019ac- céder au rang de «réalité».Je pourrais commencer par une boutade provocatrice et dire qu\u2019on ne peut parler de suffrage véritablement universel qu\u2019à partir du moment où les femmes obtiennent le droit de vote.Ce serait cependant un peu trop simple et laisserait supposer que les femmes constituent le dernier bataillon des exclus de la citoyenneté.Un examen un peu plus attentif nous montre que d\u2019autres facteurs d\u2019exclusion ont été à l\u2019oeuvre et il serait tout à fait raciste de parler de suffrage universel au Québec en 1940 (moment où les femmes obtiennent le droit de vote), puisque les membres des peuples aborigènes n\u2019obtiendront ce droit qu\u2019en 1968! Cependant, il est clair que, des textes fondateurs d\u2019OIympe de Gouges ou de Mary Wollstonecraft jusqu\u2019au Deuxième sexe de Simone de Beauvoir au moins, le mouvement des femmes a été animé par une problématique de l\u2019égalité qui repo- relations juin 1993 147 sait sur l\u2019idée d\u2019une humanité commune aux deux sexes et qui préconisait, par conséquent, une intégration à ce qui était considéré comme l\u2019universel.Ce qui sous-tend l\u2019idée d\u2019égalité, c\u2019est que les différences entre les sexes sont essentiellement d\u2019ordre culturel et que, par conséquent, elles ne devraient pas exister dans la sphère publique.En insistant sur la commune humanité des hommes et des femmes, humanité qui repose sur l\u2019usage de la raison, les tenantes de l\u2019égalité soulignent essentiellement que les partisans de la liberté et de l\u2019égalité ne vont pas jusqu\u2019au bout de leur raisonnement en refusant de conférer aux femmes les mêmes droits qu\u2019aux hommes.Le texte de Mary Wollstonecraft s\u2019avère intéressant en ce qu\u2019il dresse un parallèle entre tyrannie politique et tyrannie domestique et montre l\u2019incomplétude du projet démocratique de la Révolution française.Dans sa préface, destinée à Talleyrand, Wollstonecraft souligne en effet que «à une époque où les hommes se battent pour obtenir la liberté et le droit de juger par eux-mêmes en ce qui concerne leur bonheur, il est illogique et injuste d\u2019asservir les femmes, même si vous avez la conviction que vous agissez au mieux pour promouvoir leur bonheur.Qui a décrété que l\u2019homme est l\u2019unique juge si la femme partage avec lui le don de la raison?C\u2019est là le style d\u2019argumentation des tyrans de toute espèce, qu\u2019ils soient rois ou pères de familles 3 4.» Dans ce sens, il est possible d\u2019interpréter le mouvement suf-fragiste des femmes comme un mouvement d\u2019inclusion, c\u2019est-à-dire d\u2019extension à une catégorie sociale pour laquelle ces droits n\u2019avaient pas été prévus, de droits déjà reconnus.Il s\u2019agit de prendre à la lettre les notions de base du libéralisme, à savoir l\u2019égalité et la liberté, pour montrer qu\u2019il n\u2019y a aucune raison logique d\u2019en exclure les femmes.Il faut donc analyser le mouvement suffragiste des femmes dans la même perspective que le mouvement chartiste britannique, le mouvement antiesclavagiste aux USA et tous les autres mouvements qui ont revendiqué l\u2019élargissement de l\u2019assise sociale de la représentation politique.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un hasard si les défenseurs masculins du suffrage féminin ont usuellement été associés à une défense du gouvernement représentatif, de même qu\u2019à la défense des «droits de l\u2019homme».Le suffragisme a d\u2019abord contribué à généraliser l\u2019idée que pour prétendre au titre de gouvernement représentatif, un gouvernement ne peut se permettre d\u2019exclure sciemment quelque composante que ce soit de sa population.Aussi a-t-on raison d\u2019associer le mouvement pour le suffrage féminin à la notion de démocratie et de le concevoir comme une opposition déclarée à toute conception autoritaire et traditionnaliste de l\u2019ordre politique.Cela ne veut pas nécessairement dire que l\u2019ensemble du mouvement suffragiste se soit à tout moment situé dans une logique d\u2019inclusion; il est en effet possible de déceler des tendances élitistes dans le mouvement suffragiste des femmes, comme celles qui, en Amérique du Nord, s\u2019offusquaient que des femmes de la bonne société blanche, anglo-saxonne et protestante, se voient privées du suffrage, alors que des hommes fraîchement immigrés mais n\u2019ayant pas grandi dans les valeurs de la société nord-américaine y avaient droit, ou encore celles qui, en Europe, trouvaient inadmissible qu\u2019une femme de bonne famille ne puisse voter, alors qu\u2019un ouvrier ou un paysan - par définition, selon elles, ignares - le pouvaient.Il n\u2019en reste pas moins que la logique, qui animait le mouvement, était une logique d\u2019inclusion.Un deuxième aspect, encore plus négligé, de l\u2019apport du suffragisme au renforcement de l\u2019idée démocratique, c\u2019est la conception du changement social associée à la demande du droit de vote.Dans tous les pays, il a été souligné que le changement des lois discriminatoires à l\u2019encontre des femmes dépendait de l\u2019obtention du suffrage.On peut, à cet égard, opposer le réformisme du mouvement des femmes au révolutionnarisme d\u2019autres mouvements sociaux, mais il est également possible d\u2019interpréter ce souci autrement.On peut y voir à la fois une opposition à l\u2019usage de la force dans le domaine politique et une adhésion à la notion d\u2019État de droit, opposition qui ne relève pas tant d\u2019une répugnance qui serait à rattacher à une «essence féminine» par rapport à l\u2019usage de la force, qu\u2019à une compréhension particulière du changement social.Il serait réducteur d\u2019assimiler une telle attitude à une forme plus ou moins aiguë de crétinisme parlementaire; il me semble plus prometteur de l\u2019examiner sous l\u2019angle d\u2019une éthique de la conviction, qui place la persuasion au coeur du débat politique.Les trois grandes idées qui animent, à mon avis, les mouvements pour le suffrage féminin qui se sont développés, avec plus ou moins d\u2019importance, dans la totalité des pays occidentaux, sont les suivantes: premièrement, l\u2019idée que les droits n\u2019ont de sens que s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019exclusion de la sphère du droit; il est difficile d\u2019envisager une société à deux vitesses où certaines et 3.\tMary Wollstonecraft, Défense des droits de la femme, Paris, Petite bibliothèque Payot, 1976, p.33.4.\tCatherine MacKinnon, Toward a feministtheoryofthe State, Cambridge, Harvard University Press, 1989, p.242, ma traduction.EXCURSION AU PAYS DE JÉSUS Un fascinant voyage au pays de la Bible! Ce jeu propose aux jeunes de neuf ans et plus un voyage dans l\u2019espace et dans le temps.Tout au long d\u2019un parcours aux multiples surprises, les joueurs seront amenés à visiter des lieux historiques et à répondre à des questions relatives au passage de Jésus en Palestine, il y a 2000 ans.Ce jeu contient: \u2022\tune planche de jeu toute en couleur et des pions \u2022\tune brochure de 40 pages pour les consignes et les réponses PRIX: 15,95 $ + frais d\u2019envoi + taxes.Commandez à: SeCABI Société catholique de la Bible, 7400 boul.Saint-Laurent, Montréal H2R 2Y1 tél.: (514) 274-4381 148 relations juin 1993 Les mouvements féministes ont beaucoup évolué depuis Marie Lacoste Gérin-Lajoie (1867-1945).certains pourraient être régis par la loi et d\u2019autres par la force.La deuxième idée est qu\u2019on ne peut pas tirer argument de la dépendance dans laquelle les femmes, surtout les femmes mariées, sont placées, tant sur le plan légal que matériel, pour les exclure de la sphère du droit; cette dépendance a été socialement construite et elle peut donc être socialement révisée.Enfin, les suffragistes ne revendiquent pas tant de nouveaux droits que l\u2019extension de droits déjà reconnus.L\u2019obtention du suffrage permet donc de constituer les femmes en sujets politiques et juridiques.À partir du moment où il devient admis, à tout le moins sur le plan politique, que nous sommes des sujets de droit, il devient d\u2019autant plus possible de donner un peu de substance à ce statut.C\u2019est autant sur la base du «droit à avoir des droits» que sur celle de la distance entre une égalité formelle et une discrimination réelle que prendra appui la deuxième vague féministe qui sera, elle, caractérisée par une extension des droits.Une tentative d\u2019extension des droits La deuxième vague féministe, celle qui prend naissance à la fin des années 60 dans la plupart des pays occidentaux, s\u2019appuie sur ce statut de sujet de droit pour revendiquer une extension des droits allant dans trois directions: la première a trait à l\u2019élimination du «double standard» et se situe en parfaite continuité avec le mouvement d\u2019inclusion.La deuxième direction concerne l\u2019extension du champ de préoccupation de la sphère du droit.Enfin, on voit une remise en cause partielle de l\u2019idée d\u2019universalité du droit, par le biais de la mise en place de politiques particularistes.Le premier mouvement, celui de l\u2019élimination du «double standard», peut en effet se situer dans la logique de l\u2019inclusion, dans la mesure où il se réclame d\u2019une conception universelle de l\u2019humanité et vise à étendre aux «hommes de sexe féminin», ce qui est déjà reconnu à d\u2019autres hommes.On peut classer dans cette catégorie, toutes les luttes pour l\u2019élimination de la discrimination juridique et plus particulièrement contre les restrictions légales à l\u2019autonomie des femmes dont la manifestation la plus criante est certainement l\u2019appareil législatif qui entoure le mariage et la famille.L\u2019idée dominante d\u2019un tel mouvement est que le droit doit s\u2019énoncer sans référence à la catégorie sociale de sexe (gender neutrality), de la même manière que d\u2019autres mouvements revendiquent que la loi soit la même, peu importe « l\u2019appartenance ethnique.I Mais, comme le souligne Catherine MacKinnon, ce mouve-s\tment donne des résultats mitigés.Certes, on ne peut négliger |\tl\u2019ouverture que représente l\u2019idéal d\u2019égalité entre les sexes devant |\tla loi, mais encore faudrait-il tenir compte du fait qu\u2019il ne s\u2019agit 0\tpas seulement de proclamer que la discrimination est injuste g\tpour que celle-ci cesse spontanément d\u2019exister.Aussi entre- \u2022§\tprend-elle de préciser que «si l\u2019on part du point de vue que les 9\tfemmes ne disposent pas de l\u2019égalité entre les sexes, une telle |\tloi (instaurant l\u2019égalité entre les sexes) implique que, une fois l\u2019é- f\tgalité définie de façon significative, la loi ne peut être appliquée =\tsans changer la société4».En fait, toute interprétation légale de «\tl\u2019égalité entre les sexes qui ne part pas du présupposé que nous 1\tvivons dans une société où c\u2019est l\u2019inégalité et non l\u2019égalité qui > : l\u2019Église de base, l\u2019Église de la majorité de la population haïtienne.Ce peuple avait vraiment pris au mot le pape Jean-Paul II, lorsqu\u2019il avait dit, en 1982, son fameux « Il faut que les choses changent ici».Avec Aristide tous les espoirs étaient permis.En décembre 1990, l\u2019élection qui a mené Jean-Bertrand Aristide au pouvoir a bouleversé les traditions.Pour la première fois de son histoire, le peuple haïtien était appelé à voter pour élire ses représentants politiques; les jeunes s\u2019étaient impliqués dans la politique et les femmes s\u2019étaient prononcées sur la scène publique.Tous les espoirs étaient alors permis.Le gouvernement élu démocratiquement a favorisé, au sein de la population, un questionnement des structures de la société haïtienne.Les groupes ont pu fonctionner au grand jour, la critique s\u2019est faite ouvertement et l\u2019information a pu circuler librement.Sur le plan des droits humains, le gouvernement d\u2019Aristide a posé deux gestes significatifs.Au niveau international, il a ratifié le Pacte International sur les droits civils et politiques, relations juin 1993 151 en février 1991.Ainsi, il a donné à la population un outil supplémentaire dans sa quête pour le respect des droits humains.Au niveau interne, il a démantelé le système des chefs de section rurale, qui était responsable des pires violations des droits humains.Ce système militaire, conçu au moment de l\u2019occupation américaine afin de contrôler la population, a été remplacé par une police rurale redevable de ses actes auprès du ministère de la Justice.En septembre 1991, sept mois après les élections qui ont mené le Père Aristide au pouvoir, l\u2019armée renversait, par un coup d\u2019État sanglant, ce gouvernement, démocratiquement élu par plus de 65% de la population.Il est important de comprendre que ce coup d\u2019État ne visait pas tant la personne d\u2019Aristide que l\u2019ex- Le gouvernement qu\u2019on dit «de facto».actuellement dirigé par monsieur Marc Bazin, s\u2019enlise dans un dossier alarmant de violations des droits humains qu\u2019il con- tinue de nier, et dans une campagne de désinformation qui vise à prétendre que la situation à Haïti est normale.pression de la volonté du peuple, incarnée par Aristide.Ce coup d\u2019État était dirigé premièrement contre la population, à qui on refuse le droit d\u2019être et le droit de s\u2019affirmer; c\u2019est pourquoi la répression actuelle est la plus violente de l\u2019histoire d\u2019Haïti.Le gouvernement qu\u2019on dit «de facto», actuellement dirigé par monsieur Marc Bazin, s\u2019enlise dans un dossier alarmant de violations des droits humains, qu\u2019il continue de nier, et dans une campagne de désinformation qui vise à prétendre que la situation à Haïti est normale et que toutes ces violations sont de pures inventions des communistes et des journalistes.Cependant, l\u2019ensemble de la communauté internationale - à l\u2019exception du Vatican - ne reconnaît pas ce pouvoir et tente de l\u2019isoler.C\u2019est dans ce pays qui vit une situation supposément «normale» que nous avons pu constater la peur des gens, une peur d\u2019autant plus grave que, bien souvent, il n\u2019est pas possible de cibler ou d\u2019accuser les personnes qui l\u2019engendrent (les civils à la solde de l\u2019armée et les chefs de section remis en place suite au coup d\u2019État).Une peur pourtant bien réelle et justifiée.En effet, les statistiques démontrent qu\u2019en dix-huit mois, plus de 3000 personnes ont été victimes d\u2019exécutions sommaires; on a recensé 5096 cas d\u2019arrestations illégales et arbitraires, 2171 cas de tortures auxquels il faut ajouter les trois quarts des victimes d\u2019arrestation qui sont aussi violentées et 2482 cas de perquisitions illégales, de fouilles violentes ou de destruction de biens.Ces statistiques nous permettent aussi de voir que, dans cette situation «normale», près d\u2019une victime sur deux a moins de vingt-cinq ans et que près d\u2019une victime sur trois est une femme.Pour ces raisons, de nombreux Haïtiens fuient cette «normalité».De quatre cent à six cent mille personnes, soit environ dix pour cent de la population, vivent à l\u2019extérieur de leur région, parce qu\u2019elles ont reçu des menaces graves dirigées contre elles ou contre leur famille.Certaines personnes vivent ainsi depuis plus de dix-huit mois, sans travail, sans domicile fixe.La liberté de circuler est aussi gravement entravée; le problème des déplacés le montre avec une acuité particulière.De nombreux barrages routiers (un barrage à environ tous les vingt kilomètres) sont érigés pour contrôler les déplacements de la population.Lié à ces postes routiers, il existe un fort «rançon-nage»; des personnes doivent payer leur passage sous peine de ne pas continuer le voyage et même d\u2019être battues ou emprisonnées.Le rançonnage n\u2019est malheureusement pas limité à ces postes routiers.Il en existe tout un réseau; dans certaines régions, on doit payer pour circuler dans un village, pour ne pas être battu, pour que sa maison ne soit pas incendiée, pour que sa femme ne soit pas violée, etc.Le coût du rançon-nage est tel, que des économies régionales s\u2019effondrent en entier, pour le seul profit de ces hommes armés.L\u2019impunité la plus complète qui règne en Haïti et dont sont assurés les auteurs de ces violations, peut seule expliquer un tel excès: «Le phénomène de l\u2019impunité encourage la perpétuation des violations systématiques des droits de l\u2019homme.L\u2019impunité fait perdre la confiance de l\u2019opinion publique dans la légalité.L\u2019impunité n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019institutionnalisation du crime1 2.» Si imposantes et si visibles soient-elles, ces violations des droits humains cachent une partie encore plus importante, quoique non visible à première vue: c\u2019est la souffrance et la détresse humaines qu\u2019engendrent ces violations.C\u2019est une mère ou un père de famille qui, déplacé, ne peut plus subvenir aux besoins financiers, physiques et émotifs de ses enfants; c\u2019est la personne torturée qui ne pourra se rendre à l\u2019hôpital de peur d\u2019être identifiée et reprise par les militaires; c\u2019est une personne qui devra vivre avec ses mutilations et qui deviendra un «fardeau» pour sa famille et sa communauté; ce sont des milliers de veufs, de veuves et d\u2019orphelins, de morts déclarés ou de disparus dont on ne sait s\u2019ils sont en vie ou non; c\u2019est l\u2019enfant qui naîtra d\u2019un viol; ce sont des gens qui n\u2019ont plus rien, à cause du rançonnage omniprésent; c\u2019est la famille qui craint, chaque nuit, le débarquement de «civils armés» qui volent et incendient les maisons, etc.Cette souffrance touche toute la population, de façon individuelle et collective; elle frappe les individus et toutes les structures à la base, d\u2019une société civile, en entraînant le désagrègement du tissu social déjà fragilisé par une extrême pauvreté3.Un énorme travail de reconstruction Un travail énorme reste à faire et à refaire en Haïti mais, loin d\u2019être découragée, la population haïtienne s\u2019est déjà remise à la tâche afin de passer à travers cette «crise conjoncturelle».Parfois la détermination et la colère ne sont pas toujours canalisées, parfois le travail clandestin ne peut parvenir à tous les objectifs escomptés, mais la flamme demeure, la lutte et l\u2019espoir restent présents.Les Haïtiens et les Haïtiennes ont donc un énorme travail de reconstruction à accomplir dans lequel la dignité humaine doit être prioritaire.Dans ce cadre, la démocratie est une nécessité politique, mais aussi une nécessité humaine qui permettra à la population de sentir qu\u2019en respectant ses choix, on la respecte dans son droit d\u2019exister et de le dire publiquement.¦ 1.\tL\u2019auteure est avocate.2.\tAmnesty International, Bulletin de novembre 1991.3.\tLes idées présentées dans cet article sont précisées et développées dans le rapport de la mission d\u2019observation disponible à l\u2019AQOCI.152 relations juin 1993 DE LA JUSTICE A LA RECONCILIATION par Alain Bissonnette Dessin tiré de The Wampum Records (1990) Une ceinture de Wampum comporte des symboles et un message: celle-ci par exemple, représente des peuples (wigwams, en blanc), jadis hostiles (en noir), discutant de paix (pipe, en blanc) dans un esprit de respect mutuel.avant d\u2019entrer dans le vif du sujet1 2, je tiens à préciser mon point de vue.Si, depuis quelques années, j\u2019ai eu la chance de rencontrer des personnes autochtones, de séjourner chez certaines d\u2019entre elles et de travailler avec d\u2019autres, honnêtement, je dois indiquer que mes connaissances demeurent fragmentaires.Comme l\u2019évoque si bien le titre d\u2019un ouvrage publié récemment, Little Bit Know Something?, la petite personne que je suis connaît une ou deux choses au sujet des autochtones.Aussi je ne prétends à aucun titre d\u2019expert des sociétés amérindiennes et inuit.Je revendique cependant ma volonté de rencontrer leurs membres et mon engagement d\u2019amorcer avec eux une relation fondée sur l\u2019amitié et la coopération mutuelle.Expert ou non, il reste que nous avons - chacun d\u2019entre nous - à réfléchir à la réalité sociale qui nous environne et qui est toujours plus complexe que ne le laissent croire certaines idéologies.À mon avis, il est essentiel que nous assumions notre responsabilité personnelle et collective de juger l\u2019Histoire et de choisir aujourd\u2019hui, dans les limites de notre liberté, un avenir qui soit fonction de nos rêves, de nos idéaux, de ce qu\u2019il y a de meilleur en nous.Si je me fais lyrique, ne croyez pas, cependant, que je m\u2019illusionne.Les bons sentiments n\u2019effacent pas les intérêts et je sais trop bien - comme l\u2019écrit Casamayor - qu\u2019« une négociation n\u2019est jamais qu\u2019une apparence» et que «tout dépend de ce qu\u2019il y a derrière»3.Mais qu\u2019il me soit permis de réfléchir 1.\tCe texte est l\u2019essentiel d\u2019une présentation faite devant la Commission royale sur les peuples autochtones, lors des audiences tenues à Wendake (Québec) le 18 novembre 1992.L\u2019auteur, avocat et anthropologue, était, pour 1992, titulaire de la Chaire Henderson des droits de la personne à l\u2019Université d\u2019Ottawa.2.\tRobin Ridington, Little Bit Know Something: Stories in a Language of Anthropology, Toronto, Douglas and McIntyre, 1990, 281 p.3.\tCasamayor, .Et, pour finir, le terrorisme, Paris, Gallimard, 1983, p.176 4.\tCité par Henri Madelin, «Justice et politique: la place des idéologies et des utopies», dans Collectif, Vivre selon la justice: un défi pour la foi chrétienne, Paris, Médiasèvres, 1990, p.124.5.\tVoir, entre autres: Alain Bissonnette, «La justice et les autochtones: réflexion sur la nature d\u2019une recherche appliquée», Collectif, Droit civil et droits autochtones: confrontation ou complémentarité?, Outremont, Association Henri-Capitant (section québécoise), 1992, p.115-132.avec vous à quelques-unes des conditions nécessaires à l\u2019éclosion de la justice et à l\u2019amorce d\u2019une réconciliation entre nos peuples.L\u2019écrivain français Charles Péguy a, un jour, écrit: «.l\u2019homme qui veut demeurer fidèle à la justice doit se faire incessamment infidèle aux injustices inépuisablement triomphantes»4.Cette belle formule nous rappelle combien la notion de justice est associée à l\u2019identification d\u2019une distinction ou d\u2019une frontière Afin d\u2019enraver le racisme et de favoriser une nouvelle relation fondée sur la justice et le respect mutuel, des représentants au- tochtones font référence à la ceinture de Wampum à deux rangs ou aux deux ca- nots naviguant côte à côte.entre le juste et l\u2019injuste.Or, cette distinction entre le juste et l\u2019injuste, qui peut donc la tracer?Pour combien de temps?Et selon quels critères?Ne faut-il pas reconnaître qu\u2019à chaque groupe, socialement et historiquement déterminé, correspondra une définition particulière de la justice?Cette définition est, à mon avis, fonction de ce que chaque groupe juge essentiel à son identité et à sa reproduction5.Dans le cas particulier des peuples autochtones, c\u2019est bel et bien de cette problématique dont il est constamment question, qu\u2019il s\u2019agisse du désir de disposer d\u2019un territoire ou de celui d\u2019établir de nouvelles relations avec la société non autochtone; qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019importance qu\u2019ils accordent à leurs langues et à leurs traditions ou de leur volonté d\u2019autonomie gouvernementale.Interrogés sur les mesures à prendre afin d\u2019enrayer le racisme à leur égard, et afin de favoriser la création d\u2019une nouvelle relation fondée sur la justice et le respect mutuel, bon nombre de représentants autochtones répondent en faisant référence à la ceinture de Wampum à deux rangs ou aux deux canots naviguant côte à côte.Ces images ou ces mythes fondateurs sont généralement interprétés comme étant le «symbole du développement parallèle des deux sociétés distinctes que sont la société autochtone relations juin 1993 153 et la société blanche»6.Je crois personnellement qu\u2019il est utile de pousser un peu plus loin l\u2019analyse.Première remarque: dans les deux cas, nous sommes face à deux éléments de même nature, soit deux canots, soit deux rangs de perles.Deuxième remarque: ces deux éléments demeurent à distance constante l\u2019un par rapport à l\u2019autre comme deux lignes parallèles.Troisième remarque: ces deux éléments de même nature, mais à distance constante l\u2019un par rapport à l\u2019autre, s\u2019intégrent dans un plan d\u2019ensemble qui leur est commun.Les deux canots descendent ou remontent la même rivière.Les deux rangs de perles forment, avec la trame de fond, la ceinture elle-même qui était offerte en gage de paix7.Les deux éléments de même nature - canots ou rangs de perles - évoquent aussitôt la présence de jumeaux.On ne nous dit pas ici - comme dans la plupart des mythes amérindiens -s\u2019ils sont les descendants d\u2019un père unique ou de deux pères distincts, mais on nous indique bien qu\u2019ils sont intégrés à un plan d\u2019ensemble qui leur est commun.Jusqu\u2019à présent, l\u2019unité entre La paix ne peut se construire qu\u2019en s\u2019ap- puyant sur la présence irréductible de deux parties préférant le partage à l\u2019appropria- tion exclusive, l\u2019invention à la répétition du déjà connu, l\u2019épanouissement à l\u2019anéan- tissement de l\u2019autre.les jumeaux demeure marquante.Cependant, la relation qu\u2019ils établissent l\u2019un par rapport à l\u2019autre actualise un écart et une dualité qui semblent infinis lorsqu\u2019analysés sous ce seul plan.Bref, au symbole du développement parallèle de deux sociétés distinctes, il faut ajouter, à mon avis, une probable origine commune et le partage inéluctable d\u2019un milieu de vie commun.J\u2019espère que cette brève analyse pourra nous aider à considérer le tout plutôt qu\u2019une seule de ses parties.Ceci dit, je n\u2019ai aucunement l\u2019intention de minimiser l\u2019importance du dualisme inscrit au coeur de l\u2019imaginaire amérindien.Selon Claude Lévi-Strauss, cette notion fondamentale transparaît non seulement dans leur mythologie mais également dans leur organisation sociale: «L\u2019organisation dualiste n\u2019est pas d\u2019abord une institution (.).C\u2019est, avant tout, un principe d\u2019organisation, susceptible de recevoir des applications très diverses, et, surtout, plus ou moins poussées8.» Lorsque les mythes amérindiens mettent en scène des jumeaux, «ils s\u2019empressent de les dépareiller en leur assignant des talents et des caractères opposés: l\u2019un agressif, l\u2019autre pacifique; l\u2019un fort, l\u2019autre faible; l\u2019un intelligent et habile, l\u2019autre stupide, maladroit ou étourdi.».Toujours selon l\u2019anthropologue Claude Lévi-Strauss, «ce que proclament implicitement ces mythes, c\u2019est que jamais les pôles entre lesquels s\u2019ordonnent les phénomènes naturels et la vie en société - ciel et terre, feu et eau, haut et bas, près et loin, Indiens et non-indiens, concitoyens et étrangers, etc.-, ne pourront être jumeaux.L\u2019esprit s\u2019évertue à les coupler sans réussir à établir entre eux une parité.Car ce sont ces écarts différentiels en cascade, tels que les conçoit la pensée mythique, qui mettent en branle la machine de l\u2019univers9.» Nos propres mythes fondateurs ont également abordé ce même thème.Mais, contrairement à la pensée amérindienne où le principe du déséquilibre se situe à l\u2019intérieur de la paire de jumeaux, la Grèce ancienne postulait l\u2019harmonie entre les Dioscures, cette harmonie ne pouvant être déstabilisée que par un troisième personnage extérieur aux premiers10.La différence: une menace?À la lumière de ces connaissances, on peut affirmer que la tradition occidentale semble vénérer une identité que menace constamment l\u2019extérieur; la tradition amérindienne, elle, privilégie une dualité qui assure la cohérence de l\u2019Univers.Ces deux conceptions demeurent on ne peut plus vivantes encore aujourd\u2019hui.À ceux qui revendiquent le droit à la différence dans le respect de la coexistence11, on rétorque que la notion de développement séparé ne saurait perpétuer que la plus intolérable discrimination12.Comment sortir d\u2019une pareille impasse?D\u2019abord, en reconnaissant que les conceptions fondamentales en présence diffèrent radicalement.Ensuite, en s\u2019interrogeant sur le sens des rapports pouvant être établis entre elles.Si ces traditions comportent des idéaux de justice qui leur sont propres et irréductibles, on peut également affirmer que chacune valorise, à sa façon, l\u2019autonomie des personnes et des peuples.Mais pour rendre possible pareille autonomie aujourd\u2019hui, ne faut-il pas permettre à l\u2019autre d\u2019exprimer son originalité foncière, l\u2019accueillir, le découvrir et s\u2019engager avec lui dans une aventure nous rapprochant l\u2019un de l\u2019autre tout en maintenant la distance nécessaire à l\u2019épanouissement de chacun?La guerre abolit la résistance qu\u2019est l\u2019autre.La paix ne peut se construire qu\u2019en s\u2019appuyant sur la présence irréductible de deux parties préférant le partage à l\u2019appropriation exclusive, l\u2019invention à la répétition du déjà connu, l\u2019épanouissement à l\u2019anéantissement de l\u2019autre13.On dit souvent que la frontière qui sépare la violence de la paix peut être garantie par la médiation d\u2019institutions agissant comme intermédiaires entre des groupes ou des nations qui s\u2019opposent radicalement, même si ce n\u2019est que pour maintenir leur identité propre14.L\u2019invention de ces institutions me semble la tâche qui nous attend.Celle qui nous permettra, je crois, d\u2019amorcer une véritable démarche de réconciliation.Car, occupés à cette création, nous ne serons plus victimes, ni coupables.Et, cherchant à créer un domaine favorisant l\u2019expression de chacun, nous devrons inévitablement nous laisser toucher par la 6.\tCommission royale sur les peuples autochtones, Audiences publiques.Compte rendu de la première série d\u2019audiences, Ottawa, octobre 1992, p.5.7.\tAu sujet de l\u2019utilisation de ces ceintures dans la diplomatie iro-quoise, voir, entre autres, Mary A.Druke, «Iroquois Treaties: Common Forms, Varying Interpretations», dans F.Jennings et al, The History and Culture of Iroquois Diplomacy: An Interdisciplinary Guide to the Treaties of the Six Nations and Their League, Syracuse, Syracuse University Press, 1985, p.85-98 et Michael K.Foster, «Another Look at the Function of Wampum in Iroquois-White Councils», dans Ibid., p.99-114.8.\tClaude Lévi-Strauss, Histoire de lynx, Paris, Plon, 1991, p.312.9.\tIbid., p.90.Soulignons ici que l\u2019anthropologie pratiquée par Lévi-Strauss est dite structurale, parce qu\u2019elle se donne pour tâche d\u2019identifier et d\u2019isoler des niveaux de réalité qui peuvent être représentés sous forme de modèles.Une fois appliquée à l\u2019analyse de la mythologie, cette méthode n\u2019accorde une importance ultime à aucune des variantes d\u2019un mythe, pas plus d\u2019ailleurs qu\u2019à un mythe particulier.Comme le précise Lévi-Strauss, «chaque mythe pris en particulier existe comme application restreinte d\u2019un schème que les rapports d\u2019intelligibilité réciproque, perçus entre plusieurs mythes, aident progressivement à dégager».Cf.Claude Lévi-Strauss, Le cru et le cuit, Paris, Plon, 1964, p.21.10.\tIbid., à la p.306: «Dans la Grèce ancienne, qui fait régner l\u2019har- monie entre les Dioscures, le principe de déséquilibre ne peut se 154 relations juin 1993 La Commission royale sur les peuples autochtones a écouté les représentants attentifs et intéressés de toutes les premières nations.mémoire de l\u2019autre, par ses blessures et surtout par son désir de dépassement.Face à une conception démesurée du principe unitaire caractéristique de l\u2019Occident, la pensée amérindienne fait sans nul doute preuve de sagesse en dissociant des éléments normalement liés.La conjonction peut être rétablie grâce à l\u2019introduction de termes intermédiaires.La mythologie amérindienne possède une longue tradition à cet égard.N\u2019a-t-elle pas introduit l\u2019eau entre le ciel et la terre; les parures corporelles entre la nature et la culture; les rites funéraires entre les vivants et les morts; les maladies entre la vie et la mort15?Quant à la philosophie occidentale, si elle s\u2019est souvent employée à réduire au même tout ce qui s\u2019oppose à elle, elle s\u2019est également occupée de l\u2019abso- trouver qu\u2019au dehors.Le rôle de décepteur incombe à un troisième personnage, Eurymas ou Eurymnos, qualifié par Phérécyde de diàbolos (que traduit assez bien décepteur), sur le compte duquel on ne sait malheureusement pas grand-chose, si ce n\u2019est que Pollux le tua d\u2019un coup de poing parce qu\u2019il cherchait à le brouiller avec son frère.» 11.\tComme, entre autres, M.Ovide Mercredi, chef national de l\u2019Assemblée des Premières Nations, dont les propos ont été rapportés par la Commission royale sur les peuples autochtones, op.cit., supra note 6, p.42.12.\tVoir l\u2019éditorial de Lise Bissonnette, «Le tabou de Charlottetown», Le Devoir, 13 octobre 1992, p.A-10.13.\tVoir Gérard Bailhache, «Justice et bonté dans l\u2019oeuvre d\u2019Emmanuel Lévinas», dans Collectif, op.cit., supra note 4, p.101-122.14.\tVoir François Chirpaz, «La revendication de justice», dans Ibid., p 65-77.15.\tClaude Lévi-Strauss, Le cru et le cuit, p.71.16.\tLire à cet égard: Gérard Bailhache, op.cit., supra note 13, p.110.17.\tDes expériences intéressantes à cet égard sont déjà mises en pratique au Canada.Lire, entre autres, la décision du juge Stuart de la Cour territoriale du Yukon dans l\u2019affaire Regina c.Moses, 71 C.C.C.(3d) 13 mars 1992, p.347-385.18.\tC\u2019est d\u2019ailleurs la tendance généralement suivie par les recommandations des diverses commissions d\u2019enquête qui se sont penchées sur ces questions.lument autre en le déclarant inassimilable et en le valorisant parce qu\u2019il opère une ouverture vers l\u2019idéal et la hauteur16.Aussi est-il permis de penser, en termes plus pratiques, que des solutions intermédiaires peuvent être inventées, par exemple en matière d\u2019administration de la justice.On pourrait ainsi placer des éléments permutables dans des fonctions invariantes, pour reprendre une des formules favorites de l\u2019analyse structurale.Deux grandes catégories de solutions pourraient être dégagées.La première, intégrant des membres de nos propres institutions, dont des juges, dans des processus de décision se rattachant à la logique et aux traditions amérindiennes17; la seconde, intégrant des membres des peuples autochtones dans des processus de décision se rattachant à la logique et aux traditions du droit occidental18.À mon avis, si les choix de la plupart des communautés autochtones se partagent entre ces deux grandes catégories de solutions intermédiaires, faisant en sorte qu\u2019un bilan global puisse être établi après quelques années d\u2019utilisation, il y aura tout de même quelques communautés qui refuseront systématiquement de s\u2019engager sur cette voie, maintenant ainsi un des pôles entre l\u2019identité amérindienne et l\u2019identité canadienne.Ceci étant dit, même si on la souhaite, la réconciliation ne sera jamais totale, puisqu\u2019elle suppose l\u2019élimination de toute opposition.Or, les réalités historiques nous apprennent qu\u2019il n\u2019en est jamais ainsi et la sagesse amérindienne s\u2019évertue à nous le rappeler.À vrai dire, il est beaucoup plus probable que nous n\u2019ayons pour possibilité que de choisir entre une opposition maximale et une opposition minimale.?Si ces réflexions peuvent paraître très éloignées des préoccupations d\u2019ordrepratique, elles n\u2019ont pourtant rien d\u2019une fuite vers le monde des abstractions.En fait, même si elles constituent un écart par rapport à la quotidienneté, elles visent essentiellement à nous y rendre encore plus présents.J\u2019ose espérer qu\u2019elles pourront aider dans notre démarche collective vers une justice libératrice et réconciliatrice que l\u2019on devra protéger comme un fruit mûr dans un vase d\u2019argile.¦ relations juin 1993 155 RECENSIONS DE JUIN lectures J.-D.Durand et R.Ladous: Valeurs et politique.Entretien avec René Rémond Pierre Vadeboncoeur: Le bonheur excesif Guy Larorest: Trudeau et la fin d'un rêve Entretien avec René Rémond //Ie crois de t0üt mon etre c'ue ce \\\\ I sont les hommes qui font l\u2019his-I toire.La remontée de l\u2019Europe J est la preuve qu\u2019il est possible à une collectivité qui le veut, de renverser une tendance.La politique, c\u2019est l\u2019activité suprême de l\u2019homme en société» (p.183).Cette quasi profession de foi clôt le long entretien de René Rémond avec J.-D.Durand et R.Lalous.Historien, intellectuel de carrière, administrateur chevronné ayant, entre autres, été président de l\u2019Université de Nanterre en 1968, puis membre du Conseil d\u2019administration de l\u2019ORTF et du Conseil supérieur de la Magistrature, observateur patient de l\u2019électorat français, René Rémond n\u2019a jamais personnellement fait le saut en politique active, mais il a tout de même été un acteur politique important.Les remarques qu\u2019il fait sur la politique française et sur certains thèmes fondamentaux de la vie en société sont du plus haut intérêt, malgré le caractère parfois trop étroitement français de l\u2019entrevue.Même si la collection (Politiques et chrétiens) vise une réflexion autour de l\u2019identité chrétienne, le résultat de l\u2019entrevue donne plutôt un livre de science politique extrêmement bien vulgarisé, dont l\u2019aspect chrétien apparaît davantage sous l\u2019angle historique que sous l\u2019angle du témoignage personnel, encore que l\u2019engagement personnel de Rémond soit partout perceptible.Un tel livre se résume mal, malgré l\u2019articulation en chapitres que proposent les responsables de l\u2019entrevue.Mais beaucoup de thèmes intéressants sont abordés: la nécessité et la fonction de l\u2019État, la contribution déterminante des catholiques à la politique française depuis la seconde guerre mondiale, particulièrement au sein du parti socialiste, la subsidiarité (thème esquissé par Pie XI dans Quadragesimo Anno en 1931 et qui est devenu un concept politique fondamental en Europe actuellement), etc.René Rémond pense qu\u2019un des avantages de la pensée chrétienne en politique est de fournir une vision globale, alors qu\u2019au-jourd\u2019hui les engagements surtout chez les jeunes sont plus sectoriels (p.39).Plus loin, il affirmera: «manquent dans notre société des lieux où l\u2019on apprenne la responsabilité» (p.84).J\u2019ai trouvé remarquables les réflexions sur l\u2019insertion de l\u2019Église de France dans la démocratie, sur l\u2019école catholique ainsi que sur le cadre de référence pour les problèmes soulevés par l\u2019Islam dans un État laïc (p.50-79).De même la critique que fait Rémond de la culture du 156 relations juin 1993 soupçon qui finit par rendre la vie impossible aux personnes engagées en politique.De même encore, ses observations sur le rapport entre l\u2019exécutif et le judiciaire ou sur le rôle politique des médias qui peuvent «disposer d\u2019un pouvoir croissant sans avoir toujours conscience d\u2019une responsabilité correspondante» (p.139).La dernière section aborde les rapports entre le nationalisme et les structures politiques de l\u2019État.L\u2019interrogateur pose l\u2019affirmation: «le nationalisme c\u2019est donc la nature, et la démocratie c\u2019est la culture».Rémond poursuit: «je crois le nationalisme plus proche des réalités naturelles, ce qui n\u2019exclut pas qu\u2019il devienne à son tour un fait de culture.La nation est le lieu naturel de la transmission de la culture (.).Si elle est plus près de la nature, par rapport à la démocratie, elle représente une vraie progression: se sentir Français et pas seulement Breton, c\u2019est déjà allé plus loin » (p.146-147).Et de donner l\u2019exemple du Luxembourg qui, avec 400 000 habitants, est devenu, au long de l\u2019histoire, une vraie nation et un État légitime.À la fin de l\u2019entrevue, Rémond a une envolée magnifique sur la grandeur de la France: «Je trouve inconcevable l\u2019actuelle morosité des Français.Cela montre à quel point les Français vivent repliés sur eux-mêmes.La France a réussi à se hisser au quatrième rang des puissances mondiales: petit pays, territoire exigu, population peu nombreuse (.).L\u2019une des rares puissances qui ait une politique mondiale.L\u2019Allemagne a une politique continentale, elle n\u2019a pas de politique mondiale.Le Japon n\u2019a pas de politique mondiale.Il n\u2019y a dans ce domaine que les États-Unis, l\u2019Angleterre et la France» (p.182-183).Le livre a des défauts: il faut connaître les institutions françaises pour s\u2019y retrouver.Il aurait fallu quelques notes complémentaires pour aider le lecteur à comprendre.Les interrogateurs posent des questions souvent très conservatrices ou se perdent dans le dada genre: «il y aurait en France un exécutif de trop, avec Matignon paralysé par l\u2019Élysée, et l\u2019Élysée tendant à se défausser sur Matignon», tout cela pour évoquer les tensions entre la présidence et le premier ministre.De même la réflexion proprement chrétienne eût mérité plus de soin avec pareil interlocuteur.Mais il s\u2019agit de simples ombres à un tableau plutôt lumineux et qui augure bien d\u2019une section nouvelle («Valeurs et politique») de la collection «Politiques et Chrétiens» qui nous a déjà valu de beaux titres.¦ André Beauchamp Lettre ouverte à monsieur Vadeboncoeur (Le bonheur excessif) Monsieur, Je vous aime.Je l\u2019ai déjà écrit.Le dire est ridicule, le répéter, mon «bonheur excessif» - puis ma peine.Mais voilà: vous récidivez.Alors moi itou.Votre petit livre Le bonheur excessif, dans la belle collection L\u2019Essentiel de chez Bellarmin, quelque part, vous ressemble: sage, fort, dense, secret, intelligent, sensible, intense, pudique, avec, ici et là, une image toute neuve qui fait de nous des vivants.De vous, un poète.Dès l\u2019avant-propos, vous annoncez votre couleur préférée: celle d\u2019un «matin absolu».Et l\u2019on vous croit, ébloui, quand, au chapitre un, vous déclarez: «l\u2019homme qui aime est une torche de bonheur».Et de ce qui soudain l\u2019habite: «une colonne de bien-être».Et l\u2019on aime que vous délaissiez, temporairement, les considérations théoriques, pour passer au «vous» («trop de vous dans mon âme», «vous penser avec délectation»), secouer l\u2019argumentation et instiller un peu de lymphe dans votre manie d\u2019abstraction.J\u2019aime, pour me reposer de votre intelligence, vous entendre parler de l\u2019amour comme «l\u2019oeil intérieur»: celui-là «est aveugle, en ce qu\u2019il ne voit que l\u2019invisible».Et voilà pour «l\u2019amour».Le mien.Il y a, en vous, du Roland Barthes, dans ses Fragments d\u2019un discours amoureux.Et c\u2019est bien.Que bien.Encore que je doute de votre plaisir, vous voyant soudain flotter dans le sillage d\u2019un autre.Entoucas.Mais il y a la peine.Mais vous lisez les moralistes (c\u2019est vous qui le dites, p.13), et ça paraît.On dirait que vous voulez disséquer l\u2019amour, comme l\u2019autre la grenouille; en la tournant sous tous les sens, et pratiquant tout type d\u2019incision.Et à moins que vous n\u2019entendiez rejouer le canular célèbre de la «rencontre sur une table à dissection d\u2019un parapluie et d\u2019une machine à coudre», j\u2019avoue ne rien comprendre à cette vaste entreprise intelligente qu\u2019est Le bonheur excessif.Par un étrange phénomène mimétique, je me suis mis à inciser moi aussi votre texte et à y voir, par exemple, dans le court chapitre trois: 12 «choses», 4 «volonté», 2 «existence», une «entité», 6 «liberté» (en trois paragraphes), 11 «objet», une «essence», beaucoup d\u2019«âme», et quelques horreurs notoires relations juin 1993 du type «immutabilité», «propriété», «totalité» et «réel même».Que voulez-vous.Je n\u2019aime pas, quand Vadeboncoeur s\u2019essaie à écrire comme un Saint Paul en complet-cravate, spécialiste en phrases et autres cymbales même plus retentissantes.Je n\u2019exagère, ni ne déconne: je dis que je ne puis lire la page qui fait défiler en enfilade les mots et expressions «d\u2019une manière», «plus ou moins», «émotion», «chose», «réalité», «ce qui agit», «cause», «sentiment», «sensation», «chose», «état», «objet», «âme», «quelconque», et «condition» (p.15).Je dis que je n\u2019ai pas envie d\u2019entendre: «l\u2019amour ne s\u2019adresse qu\u2019à cet objet nullement surfait par l\u2019esprit vainqueur qui l\u2019espère, par l\u2019individualité vaincue dont les armes se rendent» (p.45) - et vingt autres à l\u2019avenant.J\u2019ai malheureusement peur d\u2019avoir tout compris quand j\u2019ai lu un peu plus loin: «ne cherchez pas ici autre chose que des notations objectives.» (p.48) -oh là là.Que de mentir-vrai en une simple phrase.Pardonnez, en tous cas, que lisant cela, on se résigne à ne jamais décoller, soudain privé de ce que les beaux titres et sous-titres subséquents pourtant suggéraient, au plus loin de nous, au plus fort: «bonheur excessif.une possession étrange.petite métaphysique du temps.l\u2019étoile.».Mais je reviens à vous, à votre pente Apollinaire, ici occultée («l\u2019amour.toujours après la peine.») et tiens à me dire ce que je suis: un inconditionnel de Pierre Vadeboncoeur, puisque, par ailleurs et dans d\u2019autres genres (.), vous êtes une des plus belles plumes du Québec; un polémiste inégalé, un grand bonhomme, un penseur élevé - et un poète qu\u2019il faudrait enfin délivrer.¦ Richard Dubois Trudeau et la fin d\u2019un rêve canadien Pour le citoyen et la citoyenne, qui s\u2019intéressent au débat autour de la constitution canadienne et des rapports Québec-Canada sans toutefois en faire un métier, il n\u2019est pas facile de comprendre le sens de l\u2019évolution canadienne ni de débrouiller le jeu des acteurs.En intitulant son ouvrage Trudeau et la fin d\u2019un rêve canadien, Guy Laforest centre ses propos sur le rôle de 157 Pierre Elliott Trudeau dans la fondation d\u2019une nouvelle réalité canadienne qui marque la fin du rêve canadien.Ce rêve, c\u2019est l\u2019interprétation dualiste de l\u2019histoire canadienne: le pacte de deux nations fondatrices, la française et l\u2019anglaise.Le livre comprend dix sections: une introduction, huit chapitres et une conclusion.Chaque chapitre constitue une courte monographie sur une question particulière qui s\u2019insère - parfois d\u2019assez loin - dans l\u2019ensemble du propos.Partant d\u2019abord du référendum de 1980, l\u2019auteur y analyse le discours de Trudeau: il trouve que Trudeau y a «sciemment entretenu l\u2019ambiguïté».Le chapitre suivant analyse la pensée de John Locke, ce qui lui permet d\u2019affirmer le caractère injuste de la réforme constitutionnelle de 1982: sans adhésion du Québec ni consultation populaire.Le chapitre trois nous ramène à l\u2019échec du dialogue Laurendeau-Scott au sein de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme: Laurendeau, qui était tenant de la thèse des deux nations, et Scott, le maître à penser de Trudeau, socialiste engagé mais promoteur d\u2019un fédéralisme fort et centralisé doté d\u2019une charte des droits.Plus loin, Laforest fait un long éloge de l\u2019entente du Lac Meech qui était manifestement pour lui, l\u2019entente de la dernière chance.Le chapitre quatre décrit la figure de Léon Dion, en lien avec la pensée de Fichte.Au chapitre cinq, l\u2019auteur analyse le travail de Trudeau à l\u2019égard de l\u2019entente de Meech: la référence à Machiavel l\u2019inspire.Le chapitre suivant aborde la réforme de 1982 et soutient la mise en place de la Charte des droits; présentée comme une défense de la personne contre la tyrannie de l\u2019État, la Charte des droits est stratégiquement une mesure pour contrer le nationalisme québécois.Le chapitre sept analyse les rapports Allaire et Bélanger-Campeau sous l\u2019angle de la tradition dualiste et le chapitre huit présente, fort astucieusement, la vision canadienne anglaise du Canada comme un prolongement de la pensée de lord Durham.Quant à la conclusion, écrite en juin 1992, avant les soubresauts de Charlottetown et le référendum fédéral, elle en appelle au rejet de la réforme de 1982 et à la constitution d\u2019un État nouveau: le Canada-Québec.Voici un livre clair, fouillé, très documenté, accessible malgré sa rigueur.Le propos du livre gravite autour de la personne de Trudeau qui a littéralement refondé le Canada, propulsé le nationalisme canadien à l\u2019état de vertu.L\u2019auteur montre bien l\u2019évolution de Trudeau pour qui tout nationalisme, surtout québécois, était soupçonné de racisme et de fascisme, mais qui en est venu à légitimer le nationalisme canadien centralisateur pur et dur.Ce n\u2019est pas la générosité et la justice qui sont les moteurs de Trudeau, mais le ressentiment.Il manque au livre un portrait de René Lévesque comme démocrate, une analyse du rôle de Claude Ryan pendant le référendum de 1980, lui qui a apporté au clan du Non de 1980 la caution morale de son intégrité (l\u2019interpellation des pages 229-230 ne suffit pas), une étude des restrictions mentales voire des mensonges de Robert Bourassa qui jure par le rapport Allaire mais n\u2019en croit pas un mot.En fermant le livre, j\u2019ai, comme l\u2019auteur, le sentiment que le Canada est mort en 1982.Mais c\u2019était le Canada d\u2019un malentendu, entre des francophones qui l\u2019ont compris comme un pacte entre deux nations et des anglophones qui l\u2019ont vu comme un compromis politique et une opportunité économique en attendant probablement l\u2019assimilation.Le Québec n\u2019a pas signé l\u2019accord de 1982.Il est en marge, entre l\u2019indépendance qui ne viendra pas, le statut particulier dont le Canada ne veut pas et l\u2019assimilation qui aura peu d\u2019avenir.L\u2019avenir semble bloqué.Il reste à survivre, à occuper le pays et à attendre que la réalité canadienne continue à se désagréger sous les coups répétés de contradictions qu\u2019elle ne peut intégrer par sa pensée unitaire: les nations amérindiennes (auxquelles la thèse des deux nations fait bien peu de place), les minorités visibles, les communautés culturelles.Trudeau a mis fin à un rêve.Un jour, le rêve de Trudeau s\u2019évanouira.En politique, tout n\u2019est que rêve.¦ André Beauchamp Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants: -\tMarie Gaudreau, Les faux départs, Montréal, VLB, 1992; 225 p.-\tMarie-Claire Blais, L\u2019ange de la solitude, Montréal, l\u2019Hexagone, 1992; 166 p.-\tCardinal Godfried Danneels, Figures bibliques.Icônes de la foi, Namur, Fidé-lité, 1992; 72 p.-\tFrançoise Deroy-Pineau, Madeleine De La Peltrie.Amazone du Nouveau Monde, St-Laurent, Bellarmin, 1992; 262 P- -\tPierre Perrault, Pour la suite du monde, Montréal, l\u2019Hexagone, 1992; 294 P- -\tCollectif, Les prêtres de Saint-Sulpice au Canada.Grandes figures de leur histoire, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 1992; 430 p.-\tCollectif (sous la direction de Gérard Daigle, avec la collaboration de Guy Rocher), Le Québec en jeu.Comprendre les grands défis, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1992; 811 p.-\tCharles E.Caouette, Si on parlait d\u2019éducation.Pour un nouveau projet de société, Montréal, VLB, 1992; 267 p.-\tAlain-G.Gagnon et Mary Beth Montcalm, Québec: au-delà de la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 1992; 336 p.-\tHans Urs von Balthasar, Credo.Méditations sur le Symbole des Apôtres, Paris, Nouvelle Cité, 1992; 122 p.-Abbé Pierre (entretiens avec Hélène Amblard), Amour, toujours!, Paris, Seuil, 1992; 117 p.-\tJean-Louis Bourque, Demain, la République.Le Projet du Québec profond, Ste-Foy, La Liberté, 1992; 222 p.-\tLina Trudel, La population face aux médias, Montréal, VLB, 1992; 223 p.-\tMichel van Schendel, Rebonds critiques I.Questions de littérature, Montréal, l\u2019Hexagone, 1992; 356 p.-\tClaude Vaillancourt, La déchirure, Montréal, l\u2019Hexagone, 1992; 159 p.-\tMichèle Nevert, La langue qu\u2019on affiche.Le jeu verbal dans le slogan publicitaire au Québec, Montréal, VLB, 1992; 229 p.¦ références Jean-Dominique Durand et Régis Ladous, Valeurs et politique.Entretien avec René Rémond, Paris, Beau-chesne, 1992; 185 p.Pierre Vadeboncoeur, Le bonheur excessif, St-Laurent, Bellarmin, 1992; 148 p.Guy Laforest, Trudeau et la fin d\u2019un rêve, Québec, Septentrion, 1992; 265 p.158 relations juin 1993 Vivre ensemble BULLETIN DE LIAISON EN PASTORALE INTERCULTURELLE )ENTRE JUSTICE ET FOI\tSECTEUR DES COMMUNAUTÉS CULTURELLES Pour bâtir une Eglise et une société pluri-ethnique où chacun aurait sa place Vivre ensemble soutient l\u2019engagement pour une Église où ceux et celles qui partagent la même foi en Jésus-Christ, quelles que soient leurs origines, trouveront un accueil fraternel dans l\u2019égalité et la coresponsabilité.Ce bulletin concerne autant la population québécoise d\u2019accueil que les nouveaux arrivants.Vivre ensemble a pour objectifs de: \u2022\tpromouvoir l\u2019intégration des nouveaux arrivants au Québec; \u2022\tfournir des éléments de réflexion qui serviront de base à une action concrète; \u2022\tprésenter des expériences de rapprochement entre Québécois et néo-Québécois; \u2022\tinformer sur des projets d\u2019intégration entrepris hors du Québec; \u2022\tfaire connaître divers organismes qui peuvent aider à mieux comprendre les diversités culturelles et religieuses; \u2022\têtre un moyen de communication pour tous ceux et celles qui s\u2019intéressent à la question de l\u2019immigration.Vivre ensemble croit à l\u2019importance des paroisses, communautés et mouvements chrétiens comme lieux privilégiés d\u2019accueil et d\u2019intégration des nouveaux arrivants.C\u2019est pourquoi Vivre ensemble est particulièrement destiné aux pasteurs et agent(e)s de pastorale, mais aussi aux intervenants des divers milieux de la société québécoise.Les dossiers parus: ?L\u2019intégration des nouveaux arrivants ?Pour une convivance religieuse positive ?Premiers contacts avec l\u2019inconnu ?Sommes-nous mûrs pour ia laïcité au Québec?Être jeune au Québec et appartenir à une communauté culturelle ?L'intégration, ia foi et ia fraternité Vivre ensemble paraît quatre fois par an.Abonnement annuel: 10,00$ Adresser votre chèque à l\u2019ordre du Centre justice et foi et retourner au Centre justice et foi, Secteur des communautés culturelles 25 rue Jarry Ouest, Montréal (Québec) H2P 1S6 * toutes taxes incluses.TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 relations juin 1993 3,25$ no 591 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t131 « Ne pas brimer la liberté d\u2019expression » (J.H.) - Quand le président du conseil du trésor appauvrit la démocratie (J.G.) - Ticket dévastateur (M.V.) - Le chômage généralisé: un déficit moral (G.P.) - Guichet unique et formation professionnelle (V.G.) \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\tAffi] \t\t\t \t\tm\t \t\t\t \t\t\t \t\tsa\t \t\t\t Photographie de la page couverture: Jean-François Leblanc/STOCK LES SOIRÉES RELATIONS SUR VIDÉO \\ Location (10 jours): 7$ + frais d\u2019ex- Pour obtenir la liste des soirées pédition.Achat: 25$.Noter que TPS enregistrées qui sont disponibles, et TVQ sont inclus dans ces prix.\ts\u2019adresser à Pauline Roy-Servant.Les Soirées reprendront en septembre.Surveiller notre publicité dans LE DEVOIR.Centre Justice et foi, 25 rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 juin (mai) 1993 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25.rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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