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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1993-10, Collections de BAnQ.

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communisme en Europe de l\u2019Est est un événement marquant pour l\u2019histoire du monde.C\u2019est l\u2019échec du socialisme, du moins en tant que système politique abolissant la propriété privée des moyens de production pour les mettre dans les mains de l\u2019État.Une telle centralisation de pouvoir a eu des effets dévastateurs.Mais qu\u2019en est-il plus profondément de la vision socialiste qui veut triompher de l\u2019aliénation du travail et construire une société plus juste, solidaire et éqale?Cette vision s\u2019est-elle aussi écroulée?Nous avons demandé à un penseur marxiste bien connu, Jean-Marc Piotte, d\u2019analyser la chute du communisme ainsi que la conjoncture dans laquelle cet échec a laissé le monde.Son article montre que non seulement le socialisme d\u2019Europe de l\u2019Est a été «un lamentable échec» mais que les versions occidentales du socialisme et de la social-démo-cratie, directement ou indirectement responsables de la création de l\u2019État-provi-dence, n\u2019arrivent plus à protéger les acquis sociaux contre les charges actuelles du capitalisme néo-libéral.C\u2019est ce système qui est sorti victorieux mais, comme le montre M.Piotte, il est affligé de problèmes graves et nombreux pour lesquels personne encore n\u2019a trouvé de solutions.La situation actuelle donne-t-elle des signes d\u2019espoir?Certains mouvements populaires ne contestent-ils pas l\u2019hégémonie néo-libérale?Ces tendances à contre-courant ont retenu l\u2019attention de la revue Relations depuis quelques années.Existe-t-il une nouvelle gauche syndicale, se demande Jacques Boucher dans le second article?Il y examine l\u2019évolution de la théorie et de la pratique sociales dans le mouvement syndical québécois, depuis les tendances socialistes des années 60 et 70, jusqu\u2019au débat actuel sur la concertation et la participation des travailleurs à la gestion des entreprises.Dans les années 60 et 70, les syndicats comprenaient leur rôle comme étant d\u2019abord politique.Ils voulaient se battre contre l\u2019establishment capitaliste.Ils désiraient transformer la société du Québec non pas selon le modèle soviétique, mais selon un modèle démocratique combinant l\u2019étatisation de certaines industries et la propriété en coopérative de certaines autres.Jacques Boucher montre comment la crise économique des années 80 a modifié le contexte pour le mouvement ouvrier.Le contrat tacite qui existait entre le capital et le monde du travail depuis la Seconde guerre était en train de s\u2019écrouler.Dans ce contrat, le capital promettait le plein emploi et reconnaissait au monde du travail le droit de s\u2019organiser et de te- nir des négociations collectives; en contrepartie, le monde du travail reconnaissait au capital le contrôle complet de la gestion et de l\u2019organisation du travail.Mais voici que dans les années 80 le monde du travail se voit attaqué de toutes parts.La restructuration des industries engendre le chômage; pour augmenter la production, les travailleurs se font imposer des règles très dures.Lentement est surgie l\u2019idée, dans plusieurs syndicats, qu\u2019ils n\u2019avaient pas à détruire le capitalisme par des moyens politiques, mais bien à transformer et à rendre plus humaines les industries.Ils exigeaient maintenant le droit de participer aux décisions concernant le déploiement et l\u2019organisation du travail.Ils visaient à créer un système industriel qui reflète les valeurs démocratiques, qui rende possible la participation et réduise l\u2019aliénation du travail.D\u2019aucuns se demandent si ce virage vers la concertation n\u2019est pas une capitulation dans les mains du capitalisme et une trahison de la classe ouvrière.Les syndicats qui prônent la concertation sont conscients que, pour rester fidèles à leur idéal traditionnel, ils doivent étendre leur solidarité aux sans-emploi, aux travailleurs qui sont dans les emplois précaires ou aux non-syndiqués; il faut les aider à améliorer leur situation et à changer la société.Cette nouvelle forme de syndica- À LIRE DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS les défis de la formation professionnelle l\u2019avenir de l\u2019industrie forestière au Québec notre convivance avec les peuples autochtones l\u2019Asie au seuil du troisième millénaire 232 relations octobre 1993 (Tien Anmen) Qu\u2019en est-il de la vision socialiste qui veut triompher de l\u2019aliénation du travail et construire une société plus juste, solidaire et égale?- , .v\t\u2022 \"Y, V-; ¦ : lisme représente-t-elle un espoir, demande M.Boucher?Si le socialisme veut dire « le recul et la disparition de la domination dans les rapports sociaux», on peut penser, devant ces nouveaux efforts du monde du travail, qu\u2019on «serait en marche vers lui, dans toute sa dimension utopique».Mme Louise Quesnel examine un autre signe de changement à la base.Selon elle, la globalisation de l\u2019économie s\u2019accompagne, paradoxalement, d\u2019une nouvelle façon pour l\u2019économie de se rattacher à un lieu particulier, ce qu\u2019elle appelle l'ancrage.Les corporations -comme nous en avons quelques exemples - ont beau être libres de s\u2019installer où elles le veulent, parfois très loin, il reste qu\u2019elles sont reliées à un lieu par plusieurs facteurs économiques et culturels.Si elles ont transformé la structure des villes selon leurs propres besoins, les corporations ont dû aussi modifier leurs opérations pour répondre aux pressions des groupes de citoyens et aussi bénéficier d\u2019une certaine paix sociale.Voilà une nouvelle situation, nous dit Mme Quesnel, qui a fait découvrir aux villes qu\u2019elles ont un rôle à jouer dans l\u2019économie de la cité.Jadis, les gouverne- ments municipaux ne semblaient exercer qu\u2019une fonction purement administrative, laissant les débats politiques et idéologiques aux instances supérieures de gouvernement.Mais, dans ce nouveau contexte en tension entre la globalisation et l\u2019ancrage local, on peut observer l\u2019émergence de mouvements et de partis pro- Cette vision d\u2019une socié- té juste, solidaire et égale, portée par le courant socia- liste, traduit un vieux rêve de l\u2019humanité et ne peut donc jamais être démodée.gressistes municipaux qui viennent politiser les débats municipaux.Ces groupes ont convaincu les gouvernements municipaux qu\u2019ils sont économiquement responsables d\u2019aider les corporations à mieux s\u2019enraciner dans un lieu, qu\u2019ils sont relations octobre 1993 socialement responsables d\u2019être à l\u2019écoute des mouvements de citoyens et de voir au bien-être de tous, spécialement des plus vulnérables.L\u2019auteure analyse les conflits qu\u2019ont générés ces mouvements et nomme tant leurs réussites sur le plan social que les questions sans réponse qu\u2019elles posent.Cette vision d\u2019une société juste, solidaire et égale, portée par le courant socialiste, traduit un vieux rêve de l\u2019humanité et ne peut donc jamais être démodée.Elle est même profondément enracinée dans l\u2019héritage prophétique de la Bible.Mais,par les temps qui courent, depuis la faillite du socialisme, personne n\u2019arrive à formuler en termes concrets de quoi une telle société aurait l\u2019air et comment y parvenir.C\u2019est l\u2019obstacle auquel se bute la gauche.Pourtant les mouvements se poursuivent à la base.Les gens continuent d\u2019avoir besoin du marché et de l\u2019État, mais ne croient plus que cela va régler leurs problèmes.Ils apprennent à compter sur leurs propres moyens pour organiser et changer leurs conditions de vie.¦ 233 Devant la crise du socialisme: LE DÉSARROI par Jean-Marc Piotte1 nous venons d\u2019assister à l\u2019écroulement du communisme, du socialisme réel.Le processus a été initié par le secrétaire général du Parti communiste de l\u2019URSS, par le plus haut dirigeant de l\u2019État, sans qu\u2019il puisse en imaginer ni contrôler les conséquences.La tête de l\u2019empire déboussolée, les masses populaires des pays de l\u2019Est se sont mises en mouvement, ont bousculé puis annihilé les appareils d\u2019État pourtant lourdement armés.Personne n\u2019avait prévu le moment, ni la rapidité, ni les modalités de cet effondrement.Plusieurs avaient cependant identifié les défauts de ce régime: incapacité de la planification centralisée à moderniser l\u2019économie; choix du consommateur plus limité que dans les pays capitalistes; dévastations écologiques plus importantes Le socialisme constitue un lamentable échec.Que restera-t-il de son effon- drement?qu\u2019ici; bureaucratisation de la culture; négation du pluralisme social; restrictions sévères à la liberté d\u2019expression et de mouvement (voyage, travail, résidence); domination du pouvoir judiciaire par le pouvoir politique; etc.L\u2019économie des pays socialistes était de plus en plus intégrée au marché mondial, entré en crise au début des années soixante-dix.La chaîne économique mondiale s\u2019est brisée là où se trouvait son maillon le plus inflexible, le plus faible.Incapables de rendre efficace une économie défaillante et impuissants à répondre aux attentes et aspirations populaires, les communistes - même les réformistes comme ceux du parti communiste hongrois - furent impitoyablement balayés du pouvoir.Quoi qu\u2019on en dise, tout n\u2019était pas 234 mauvais dans ces régimes: le droit au travail était pratiqué; l\u2019intensité du travail était faible (mais le travail peu productif); la protection sociale était complète (quoique parfois avec de pauvres moyens).La littérature, le théâtre, la musique et le cinéma de qualité, quoique contrôlés et censurés, étaient, avec leurs créateurs, fortement appuyés par l\u2019État; l\u2019égalité et la solidarité étaient socialement reconnues comme valeurs fondamentales.Le néo-libéralisme, qui dominait la politique des pays capitalistes depuis le début des années quatre-vingts, commence à s\u2019essouffler lorsque les pays communistes s\u2019effondrent.Les néo-libé- L\u2019ensemble des pays sont affectés par la crise du socialisme.La solution à tous ces problèmes ne peut pas être qu\u2019éthique.L\u2019éthique pour être efficace, exige le concours du politique.relations octobre 1993 Tayaout-Nicolas raux avaient réussi à réduire l\u2019inflation et même, entre les crises du début et de la fin de la décennie 80, à relancer la croissance économique.Mais ils ne parvinrent pas à associer l\u2019emploi et la croissance du niveau de vie de la population à cette progression du PIB et ne purent réduire significativement le déficit budgétaire de l\u2019État.Ces intellectuels - pour qui le Marché est le Bien et l\u2019État, le Mal - retrouvent un nouveau souffle dans la défaite du socialisme, exportent là-bas une politique dont on commençait à se distancier ici et transforment la crise économique des pays soialistes en catastrophe économique et sociale.La population, n\u2019y jouissant plus des avantages de l\u2019ancien régime et sans vraiment accéder aux avantages des nôtres, est flouée.Comme beaucoup de marxistes non communistes, j\u2019ai eu un rapport ambivalent, un rapport d\u2019amour/haine avec les pays socialistes.Je n\u2019aurais jamais voulu y vivre, tenant trop à mes libertés.Toutefois, je préférais critiquer l\u2019ennemi présent à nos portes, voire déjà dans la place, l\u2019impérialisme américain, en minimisant mes oppositions à ce lointain «socialisme réel».Mais, tôt ou tard, il faut juger un arbre à ses fruits.Il faut prendre au mot Marx: «C\u2019est dans la pratique qu\u2019il faut que l\u2019homme prouve la vérité, c\u2019est-à-dire la réalité, et la puissance de la pensée, dans ce monde et pour notre temps» ( Thèses sur Feuerbach).Le socialisme constitue un lamentable échec.Que restera-t-il de son effondrement?Je n\u2019en sais rien, sauf que les expays socialistes seront redécoupés selon une carte souvent proche de celle des nationalités, avec du meilleur, je l\u2019espère, et du pire (l\u2019ex-Yougoslavie).La déroute de la social-démocratie La présence impertinente des nationalités avait déjà bousculé la tradition socialiste.En 1914-1918, durant la première Grande guerre, la quasi-totalité des partis socialistes avaient appuyé leur propre bourgeoisie, mettant ainsi fin au rêve d\u2019un universalisme prolétarien qui dépasserait les intérêts nationaux bourgeois.Lénine condamna cette «trahison» et fonda l\u2019Internationale communiste.La tendance démocratique du marxisme, celle du socialisme démocratique, survécut évidemment à cette condamnation, en substituant un réformisme édulcoré à la rup- 1.Département de sciences politiques à l'UQAM.V.-vv.C ' ÉtÊÊÈÊÊÊÈÈl^R Il n\u2019y a plus de différence entre un parti social-démocrate et un parti bourgeois.Aucun n\u2019est capable d\u2019apporter des solutions à la crise économique et sociale.Les gouvernements de messieurs Romanow, Rae et Harcourt en savent quelque chose.ture radicale avec le capitalisme.La social-démocratie a vaincu les protagonistes sectaires du libre marché en imposant, de façon plus ou moins complète, l\u2019État-providence dans l\u2019ensemble des pays capitalistes.L\u2019importance de cette victoire est évidente si on compare le XXe siècle au XIXe: conquête de la démocratie électorale pour les masses populaires, puis pour les femmes; éducation obligatoire et gratuite; soins de santé; assurance-chômage; pensions de vieillesse; sécurité sociale, etc.Le capitalisme a été transformé, l\u2019appropriation privée se combinant avec une certaine redistribution sociale, la propriété privée avec la propriété publique, le marché avec des réglementations de l\u2019État.Ces gains furent obtenus, soit directement par les partis sociaux-démocrates, soit indirectement par leur influence sur les partis traditionnels (au Canada, le Parti libéral piratait les mesures du programme du NPD ou du CCF devenues électorale-ment rentables), soit encore par les pressions exercées par les syndicats.Même ceux qui minimisaient l\u2019importance de cette social-démocratisation du capitalisme doivent aujourd\u2019hui réévaluer leur position.Les attaques contre les mesures de sécurité sociale, qui s\u2019amplifient avec l\u2019accentuation de la crise, dévoilent l\u2019attachement populaire pour ce que chacun considérait comme des acquis.La fin des trente glorieuses (1940-1970), marquées par un développement économique sans précédent, stimule la fidélité du peuple aux mesures qui lui avaient apporté une certaine sécurité et une certaine dignité.Les États-Unis, en mettant unilatéralement fin aux accords de Bretton-Woods, au début des années soixante-dix, imposent la déréglementation du système mo- nétaire, laquelle entraînera, par phases successives, des télescopages qui déstabiliseront l\u2019ensemble du système économique mondial.La mondialisation de l\u2019économie s\u2019accélère, marquée par le développement sans précédent du marché financier et par l\u2019approfondissement de la concurrence des firmes transnationales dans un système économique que n\u2019arrive pas à contrôler les trois grandes concurrentes et actuelles puissances économiques (États-Unis, Allemagne et Japon).Si on excepte les pays de l\u2019Asie du Sud-Est qui ont progressé depuis les années soixante-dix, l\u2019ensemble des autres pays ont été durement affectés par cette crise.Les pays capitalistes industrialisés voient l\u2019émergence de dysfonctions nouvelles et la croissance de maux qu\u2019on croyait avoir définitivement supprimés ou réduits: chômage massif, précarisation d\u2019une grande partie de la main-d\u2019oeuvre; croissance de la faim, des sans-abris et de la pauvreté; dépeuplement de régions entières; appauvrissement, ghettoïsation et criminalisation des grandes villes, etc.La croissance de la partie subventionnée de la population jointe à la stagnation du revenu de sa partie active entraînent plus de déboursés et moins de recettes pour l\u2019État.Celui-ci, pour diminuer l\u2019augmentation de son déficit, accroît le niveau de taxation d\u2019une population qui trouve déjà ses charges trop lourdes, s\u2019attaque aux salaires et aux avantages marginaux de ses employés, réduit la couverture de la sécurité sociale.Et là où, comme aux États-Unis, l\u2019état des services sociaux n\u2019était guère reluisant, la situation devient carrément lamentable.On coupe dans le système d\u2019éducation même si, comme au Québec, il est peu performant.On sabre dans le système de santé même si la relations octobre 1993 235 demande de soins grandit avec la croissance de la population âgée.La morosité s\u2019installe: le travailleur craint de perdre son emploi; le précaire s\u2019épuise à courir d\u2019une «jobine» à une autre; le chômeur désespère de trouver un emploi; les employés de l\u2019État se plaignent d\u2019être continuellement sacrifiés à la réduction du déficit budgétaire; la population active se rebelle contre sa strangulation par les taxes; les clients de l\u2019État se plaignent de la réduction des services, etc.Les partis sociaux-démocrates, malgré un programme électoral généreux, et en dépit de certaines mesures populaires instituées peu après leur arrivée au pouvoir, se sont tous inclinés devant les exigences des organismes financiers internationaux et ont aligné en conséquence leurs politiques.Cela est vrai en Ontario, en Espagne et ailleurs.Pire, dans certains pays, comme en France, les élus socialistes ont démontré un niveau de moralité aussi pitoyable que celui de leurs ennemis (ou leurs frères!) des autres partis.Le message est clair: dans la pratique, il n\u2019y a plus de différence significative entre un parti social-démocrate et un parti bourgeois.Aucun n\u2019est capable d\u2019apporter des solutions à la crise économique et sociale dans laquelle se débat la population.Impuissants à tenir leurs promesses, les partis, quelles que soient leurs origines ou leurs orientations, perdent leur crédibilité auprès du peuple désabusé.Comme pour les précédentes, le capitalisme sortira sans doute de cette crise, mais je ne sais quand ni comment.Il me semble toutefois que l\u2019État, comme régulateur de l\u2019économie, est une réalité maintenant dépassée.Le présent stade de la mondialisation de l\u2019économie exigera des organismes internationaux avec les pouvoirs suffisants pour orienter le développement économique.L\u2019existence de tels organismes soulèvera cependant deux types de problèmes.Les luttes pour le contrôle de l\u2019État au XXe siècle ont été marquées, pour le meilleur et pour le pire, bien plus par les luttes nationales que par les luttes de classes: que deviendra au XXIe siècle l\u2019identification à l\u2019État-nation si l\u2019État n\u2019a plus les moyens d\u2019assurer la croissance économique de la nation?En Occident, l\u2019accès à la démocratie électorale a été conquis par les travailleurs à la fin du XIXe siècle et par les femmes au XXe.Cette démocratie s\u2019est transformée en particratie qui n\u2019a plus de contrôle sur le développement économique et sur laquelle le peuple n\u2019exerce guère de contrôle, lui non plus.Qui, au XXIe siècle, contrôlera les organismes internationaux de développement économique et comment?Que deviendront les principes démocratiques alors que le contrôle de ces organismes sera plus éloigné du peuple que ne le sont actuellement les États?Un victorieux malade Les libéraux s\u2019enchantent de la victoire du capitalisme sur le socialisme.Mais le gagnant souffre non seulement de maux passagers et conjoncturels: il est perclus de maladies congénitales.J\u2019en identifierai cinq.Le libéralisme, qui est l\u2019idéologie du capitalisme, met l\u2019individu à la base de l\u2019économie, de la société, de la culture et de l\u2019État.Or l\u2019individu, de sa naissance à sa mort, est un être essentiellement social.En refoulant toute identification au tout social, en censurant cette dimension fondamentale de l\u2019individu, en développant l\u2019individualisme, en subordonnant les devoirs aux droits, le libéralisme engendre des maux incommensurables, psychiques chez l\u2019individu, culturels dans la société.Bien plus, le libéralisme tend à identifier l\u2019individu au propriétaire.Le rapport avec l\u2019autre et même avec son propre corps y est conçu sous le mode de la propriété.L\u2019individu développe ainsi avec les autres un rapport purement instrumental: l\u2019autre est un objet, susceptible ou non de satisfaire mes intérêts, de me procurer du plaisir.L\u2019individu se perd alors lui-même dans sa propriété.Il devient incapable de se penser hors des catégories de propriétaire et d\u2019instrument.Le capitalisme fonctionne à l\u2019économie.Toute information doit être traduite et transformée en langage économique.Tout objet, qu\u2019il soit naturel ou créé par l\u2019homme, toute réalité vivante, humaine ou pas, doivent être évalués sous le mode marchand, en coûts et bénéfices, en prix.La valeur comptable envahit tout, domine et écrase tout autre système de valeurs.La pollution des éléments naturels -eau, terre et air - n\u2019est qu\u2019une conséquence de cette réduction du tout polyvalent à la seule dimension économique.La pollution à l\u2019échelle internationale est aujourd\u2019hui plus visible mais non moins néfaste que la réduction, à laquelle elle est liée, de l\u2019être humain à un moi propriétaire.Les pays industrialisés n\u2019arrivent plus à se reproduire, à remplacer les générations vieillissantes.Des causes multiples mais convergentes expliquent ce phénomène.Les enfants - contrairement aux sociétés traditionnelles où ils entraient très tôt dans la production et où ils étaient appelés à prendre en charge leurs vieux parents - n\u2019y sont plus économiquement qu\u2019un fardeau financier.La famille nucléaire éclate sous la poussée individualiste des désirs des adultes.Les femmes, en lutte pour obtenir l\u2019égalité avec les hommes, se lancent sur le marché du travail.Dans la société, comme dans la pensée de la majorité des adultes, la préoccupation de la production domine celle de la reproduction.(Les libéraux, comme la majorité des socialistes d\u2019ailleurs, conçoivent l\u2019histoire essentiellement en terme de production.La reproduction, faisant partie de la nature, ne serait pas histoire.Or l\u2019histoire cesserait s\u2019il n\u2019y avait plus de reproduction.) Presque partout, les enfants sont laissés pour compte.Si les sociétés industrialisées, riches et blanches, n\u2019arrivent plus à se reproduire, la majorité des sociétés, pauvres et de couleurs variées, se reproduisent à une vitesse croissante.Comment nourrir cette population grandissante?Comment freiner l\u2019écart de richesses qui s\u2019élargit avec ce débalancement démographique?La solution à tous ces problèmes ne peut pas être qu\u2019éthique.On ne peut seulement affirmer que l\u2019individu devrait reconnaître sa socialité, se sentir responsable, respecter dans la production l\u2019écosystème, subordonner l\u2019économie aux êtres humains (enfants, femmes, hommes) et lutter pour l\u2019égalité de tous.L\u2019éthique, pour être efficace, exige le concours du politique.Le devoir, pour se transformer en être, requiert un support social, un groupe social qui a une identité, qui se reconnaît et qui peut être le porteur de ce devoir.Les socialistes ont cru que l\u2019acteur d\u2019une telle transformation serait la classe ouvrière.Or celle-ci suit la paysannerie dans son déclin démographique.Et je ne vois pas actuellement quel groupe social pourrait combiner un principe d\u2019identité aux valeurs de liberté, d\u2019égalité, de solidarité et de responsabilité.La transformation sociale ne peut être le fruit d\u2019un regroupement d\u2019individus conscients: les valeurs, seules, sont impuissantes à créer une identité sociale.Évidemment, il y aura encore et toujours des luttes sociales.Les nations pauvres, au nom de la nation, de la religion ou de la couleur, exigeront une redistribution des richesses en leur faveur.Des individus de ces nations entreront, légalement ou pas, au sein des pays riches, ce qui posera d\u2019énormes problèmes d\u2019intégration.Les femmes continueront leurs luttes pour la liberté et l\u2019égalité, sans qu\u2019on sache comment la société réussira à lier la production à la reproduction.Toutes ces luttes sont prévisibles.Mais me demeurent indiscernables le médecin et les remèdes des maladies congénitales du capitalisme et du libéralisme.¦ 236 relations octobre 1993 -.m.vjflUMl ons gen *fflifcni;.ii ' .lL-^ UNE NOUVELLE «GAUCHE» SYNDICALE?par Jacques Boucher1 X a partir du milieu des années 1960 et tout au long des années 1970, les syndicats québécois ont manifesté un radicalisme tant militant qu\u2019idéologique sans égal dans toute l\u2019Amérique du Nord.Mais voici que depuis une dizaine d\u2019années, ils semblent s\u2019accommoder plus facilement de concessions et verser dans la concertation et même dans la collaboration de classes, selon certains.Les syndicats québécois auraient-ils mis en veilleuse tout projet de changement social, toute espérance d\u2019une société où les rapports sociaux se vivraient autrement, sans domination et exploitation?Ou se cacherait-il, sous une apparente retraite syndicale, des possibilités insoupçonnées de transformation des rapports sociaux?Dans l\u2019espace relativement restreint qui suit, je tenterai une hypothèse de nouvelle définition d\u2019un projet social alternatif en émergence dans le mouvement syndical.Mais tout d\u2019abord, je rendrai compte des caractéristiques et des limites de la version précédente de ce projet.D\u2019une position anti-capitaliste Le radicalisme syndical des années 1960 et 1970 s\u2019est d\u2019abord articulé autour d\u2019une critique soutenue et parfois virulente du capitalisme.Cet anti-capitalisme visait plus directement le capital étranger, c\u2019est-à-dire américain et anglo-canadien, le capital franco-québécois étant très peu développé.Cette contestation était donc fortement anti-impérialiste, en même temps qu\u2019imprégnée de nationalisme.Ce 1.Membre du comité de rédaction de Relations, Jacques Boucher termine sa thèse de doctorat en sociologie et est chargé de cours à l\u2019UQAM.Devant un État trop souvent complice de l\u2019emprise du grand capital, les syndicats se concevaient comme l\u2019opposition apte à protéger les travailleurs.relations octobre 1993 237 nationalisme se distanciait clairement de sa version traditionnelle, basée sur la dichotomie culturelle entre les canadiens-français et les canadiens-anglais.Il s\u2019opposait plutôt à l\u2019oppression des Québécois comme classe exploitée dans le travail, en même temps que dominée culturellement, socialement et politiquement.Ce rejet du capitalisme était traversé par une vision syndicale qui considérait les rapports entre classes sociales comme fortement antagoniques.On estimait que pour se maintenir dans ce conflit, la domination capitaliste se nourrissait en quelque sorte de la dépendance des travailleurs et du «peuple» en général, ainsi que de leur exclusion du pouvoir.De plus, l\u2019État se rendait trop souvent complice de l\u2019emprise du grand capital.Aussi les syndicats se concevaient-ils eux-mêmes comme la seule opposition tangible, pour contrer cette hégémonie et protéger la classe ouvrière et les classes populaires.Pour y arriver cependant, on prônait un syndicalisme de masse plus «politisé», c\u2019est-à-dire un syndicalisme de classe ou de combat2, par opposition à un syndicalisme d\u2019affaires, plus centré sur la négociation, sur la revendication économique surtout.Ce rejet du capitalisme et cette vision antagonique de la société ressortent clairement non seulement des manifestes3 des grandes organisations syndicales parus au début des années 1970, mais aussi d\u2019une bonne partie des documents qui accompagnaient leur discours 4.L\u2019alternative au capitalisme proposée par le mouvement syndical n\u2019est cependant pas aussi clairement définie, quoiqu\u2019on s\u2019entende pour la qualifier de socialisme démocratique.Au socialisme démocratique Le projet socialiste, mis de l\u2019avant par la «gauche» syndicale au cours des années 1970, s\u2019est surtout défini par la négative.D\u2019une part, il ne s\u2019agissait pas de reproduire l\u2019expérience du socialisme réel des pays communistes et leur autoritarisme.D\u2019autre part, on n\u2019osait pas endosser le réformisme néo-démocrate du NPD pour le Québec, et cela même à la FTQ pourtant rattachée au CTC, qui, lui, était lié à ce parti.On voulait donc un véritable socialisme, on le voulait démocratique et surtout, on le voulait québécois, c\u2019est-à-dire étroitement relié à la libération nationale.Il s\u2019agissait donc d\u2019un projet à inventer et à construire.Plus positivement, les syndicats parlaient de socialisation des moyens de production, non pas dans le sens de la collectivisation soviétique, mais dans la perspective d\u2019un équilibre entre deux modes: l\u2019étatisation et l\u2019autogestion.Plus précisément, dans le premier cas, on prônait la cogestion «syndicalo-ouvrière» avec l\u2019État d\u2019institutions de financement, telles que la Caisse de dépôt et la Société générale de financement, d\u2019entreprises comme Hydro-Québec et des établissements de services.Selon le deuxième mode, on entendait développer l\u2019autogestion dans les entreprises de production, mais aussi dans le secteur de la consommation, par le biais de coopératives notamment.C\u2019est la CSN qui a poussé le plus loin l\u2019articulation de son discours autour de l\u2019idée de l\u2019autogestion et du socialisme autogestionnaire.Elle a expérimenté des projets concrets dans le secteur de la consommation d\u2019abord, avec les coops d\u2019alimentation, dans la foulée du «deuxième front5»; elle a ensuite encouragé la création de coopératives de travail au cours des années 19806.Mais ce sont 238 sans doute des syndicats de la FTQ qui ont soutenu les projets les mieux connus et les plus chargés de sens, avec l\u2019expérience de Tricofil de St-Jérôme et celle de la coopérative de Tembec au Témis-camingue.Pendant ce temps, les syndicats de la CEQ et ceux du secteur public des deux autres centrales se butaient à l\u2019intransigeance étatique dans les négociations et à sa gestion technocratique dans leur travail.La cogestion dans ce secteur se résumait à bien peu, en dépit de certaines clauses prévoyant la participation des salariés à la gestion des établissements, règles qui étaient couramment détournées par nombre de directions autoritaires.En fait, le projet syndical de socialisme démocratique était construit sur un certain nombre de paradoxes.D\u2019une part, les syndicats comptaient sur l\u2019apport de l\u2019État Se cacherait-il, sous une apparente retraite syndi- cale, des possibilités insoupçonnées de transfor-mation des rapports so- ciaux?à la démocratisation économique et sociale, sans doute en relation avec les acquis de la modernisation de la Révolution tranquille des années 1960.D'autre part, ils dénonçaient ses connivences avec le grand capital et sa soumission aux forces étrangères, tout en s\u2019opposant à lui comme employeur et appareil bureaucratique.Sur un autre plan, les syndicats pouvaient tenir un discours radical contre la propriété et la gestion capitalistes des entreprises, et en faveur de leur autogestion ouvrière.Par ailleurs, ils n\u2019avaient pas les moyens politiques de changer la structure capitaliste de l\u2019économie ou ne se les donnaient pas.En effet, ils refusaient, non sans raison, de s\u2019associer à un parti politique et n\u2019arrivaient pas à susciter la création, en dehors d\u2019eux, d\u2019un parti porteur de leur projet socialiste.De plus, les syndicats étaient tiraillés entre la priorité à accorder soit à l\u2019indépendance du Québec, soit à l\u2019avancement du socialisme.Enfin, le mouvement syndical était traversé par des visions sociales différentes relations octobre 1993 qui suscitaient de longs débats autour de ces questions et paradoxes.On peut trouver des éléments d\u2019explications à ces tiraillements dans les divergences idéologiques, mais ces tensions se comprennent encore mieux si nous les situons dans le contexte de crise des années 1970 et 1980.Dans un contexte de crise Un élément central de cette crise réside dans l\u2019éclatement du compromis social à la base du fordisme qui s\u2019était implanté dans les pays industrialisés, à partir de la Seconde Guerre mondiale.En bref, le fordisme tenait à la reconnaissance des syndicats par le patronat et à la négociation des salaires et d\u2019un certain nombre de conditions de travail.De leur côté, les syndicats concédaient au patronat l\u2019exclusivité de la gestion et de l\u2019organisation du travail.Il faut aussi noter que l\u2019État a joué un rôle important dans la mise en marche de ce compromis et dans sa reproduction, tant par sa législation du travail que par ses programmes de supplément de revenus pour soutenir l\u2019accès à la consommation.Or, en dépit des avantages de la négociation salariale régulière qui donnait aux ouvriers accès à la consommation, ces derniers se mirent, à la fin des années 1960, à boycotter de différentes façons l\u2019organisation taylo-rienne du travail qui leur était imposée et qui les limitait à un rôle d\u2019exécution dans le travail.Cette action ouvrière incontrôlée allait entraîner une chute importante du taux de productivité et, avec d\u2019autres facteurs, une crise économique durable.Le type de syndicalisme qui s\u2019est développé sous le fordisme comporte certaines caractéristiques qu\u2019il convient de souligner.Les syndicats se sont organisés dans de grands ensembles industriels, modelés par la chaîne de montage, et se sont mis à regrouper, à l\u2019intérieur 2.\tCette expression, quelque peu ambiguë, comme si le syndicalisme d\u2019affaires ne pouvait pas être combatif, s\u2019est répandue au Québec (cf.Jean-Marc Piotte, Le syndicalisme de combat, Montréal, Albert-St-Martin 1977) plutôt que celle de «syndicalisme de classe» utilisée en France.3.\tFTQ, L\u2019État, rouage de notre exploitation, Montréal, FTQ, 1971, CSN, Ne comptons que sur nos propres moyens, Montréal, CSN, 1971 et CEQ, L\u2019École au service de la classe dominante, Montréal, CEQ, 1972.4.\tIl est entendu ici que le discours ne se li- Les syndicats ont articulé leur discours autour de l\u2019idée de l\u2019autogestion et du socialisme autogestionnaire.Les projets de Tricofil et de Tembec sont des exemples chargés de sens d\u2019un même syndicat, les salariés aux tâches différenciées et aux qualifications souvent inégales.On vit ainsi se développer le syndicalisme industriel et de masse, rendant possible une pratique de syndicalisme de classe qui ne se limitait pas aux ouvriers de métier, mais incluait aussi les manoeuvres et les employés de bureau et de services.En même temps, les syndicats ont mis au point, dans le cadre du fordisme, toute une pratique de négociation, centrée sur la compensation salariale et les intérêts de leurs membres* * * * 5 6 7.Dans un cas comme dans l\u2019autre, la pratique syndicale était étroitement modelée par le fordisme.Ainsi, malgré le radicalisme déployé de part et d\u2019autre, les syndicats finissaient, tout en la dénonçant, par s\u2019accommoder de l\u2019exclusion des salariés de la gestion et de l'organisation de leur travail, telle que concédée dans le compromis de l\u2019après-guerre.En bout de ligne, ils acceptaient le cadre des négociations et, par définition même, une certaine coopération et des compromis, quelle que soit la virulence des dénonciations de l\u2019exploitation des capitalistes.Le radicalisme déployé au cours des années 1970 répondait, en partie aussi, à la stratégie patronale d\u2019abaisser les coûts du travail par la «désindexation» des salaires au coût de la vie, l\u2019utilisation du travail précaire et les demandes de gel des salaires.Dans un deuxième temps, les patrons cherchèrent à contourner la désaffection ouvrière par l\u2019utilisation des nouvelles technologies d\u2019abord.Certains d\u2019entre eux visaient aussi le «réintéressement» au travail par différentes expérimentations de participation.Ainsi, la révolte ouvrière trouvait un écho non seulement dans les dénonciations syndicales, mais aussi dans les stratégies patronales.Le fordisme, quoique sans être remplacé par un nouveau compromis social, était remis en cause de part et d\u2019autre.La contestation du fordisme ne touche pas que l\u2019organisation du travail.Elle vise aussi le type de consommation qui y est mite pas à l\u2019idéologie, mais qu\u2019il con- stitue, parmi d'autres, une pratique syn- dicale, une pratique éminemment poli- tique.5.\tLe deuxième front de lutte concerne l\u2019exploitation dans la consommation, tandis que le premier vise celle du milieu de la production ou du travail.6.\tAvec l'appui du Groupe de consultation pour le maintien et la création d\u2019emploi créé par la CSN.7.\tCe qui correspond en gros au syndicalisme d\u2019affaires qui avait déjà cours avant le fordisme.accolé, c\u2019est-à-dire la consommation de masse, indifférenciée, souvent insidieusement imposée par la publicité et la mode.La population réclame de plus en plus la qualité des produits et services et elle critique le gaspillage inhérent au modèle de développement fordiste.La sensibilité à la protection de l\u2019environnement s\u2019étend de plus en plus.Sur un autre plan, en dépit des attentes qu\u2019il a pu susciter, le fordisme n\u2019a pas enrayé toutes les inégalités et exclusions, et sa crise les a même accentuées pour certains groupes comme les femmes, les jeunes et retraités, les minorités.L\u2019État-providence, souvent accusé d\u2019avoir nourri la dépendance, est lui-même entré en crise, submergé par ses obligations face à une pauvreté grandissante.Nous avons donc affaire à de nouveaux enjeux autour desquels se développent de nouvelles solidarités et s\u2019organisent de nouveaux groupes de lutte.Ainsi, le mouvement ouvrier et son mouvement syndical ne sont plus les seuls à porter la contestation.Ils ne peuvent même guère prétendre au leadership des luttes sociales qui désormais débordent largement les lieux du travail et de la production.De nouveaux mouvements, comme le mouvement écologique, le mouvement des femmes et le mouvement populaire avec ses corporations de développement économique communautaire investissent eux aussi les lieux du travail, aux côtés du mouvement syndical.Il n\u2019y a pas de doute, les syndicats doivent s\u2019impliquer dans la recherche d\u2019une alternative au fordisme.Dans la perspective de l\u2019après-fordisme, quelle alternative progressiste pourraient-ils proposer?Vers une nouvelle «gauche» syndicale Les syndicats québécois semblent bien s\u2019être engagés dans la recherche d\u2019alternatives au fordisme.Ils ont d\u2019abord \\ fü Bfl' -aau_.Ï7.! :ir*Tr: f -V relations octobre 1993 239 Album Tricofil, les Éditions de l\u2019Ex-Pression, 1982, p.8 progressivement assume la contestation ouvrière de l\u2019organisation taylorienne du travail.La FTQ, timidement au début comme objectif adjacent8 de son Fonds de solidarité, puis très largement avec son colloque sur l\u2019organisation du travail de février dernier.La CSN en a fait en quelque sorte le centre de son programme d\u2019action, avec ses congrès de 1990 et 1992.La CEQ a placé cette question au coeur des débats de son dernier congrès, en 1992.La FlIQ s\u2019y concentre actuellement, tout comme un certain nombre de syndicats indépendants.La CSD avait elle-même opté assez tôt pour la coopération dans les rapports de travail, ce qui lui avait attiré maintes accusations de collaboration.On oublie trop facilement le potentiel de transformation sociale que comporte l\u2019implication des salariés et des syndicats dans l\u2019organisation du travail, dans la gestion des entreprises et des établissements et même dans l\u2019orientation de la production.Cette action prend comme cible le coeur même de la domination du travail telle que vécue dans le fordisme.Si l\u2019exploitation (économique) avait diminué, grâce au jeu de la négociation collective, la domination (politique) s\u2019était institutionnalisée par cette exclusion de l\u2019organisation du travail d\u2019abord, puis sur le plan de la consommation, dans le cas de l\u2019orientation des services dispensés par l\u2019État, entre autres.Vu de cet angle, le rapport de propriété perd de son impact et surtout il n\u2019est plus considéré comme le lieu de règlement de tous les autres rapports sociaux.En effet, on a vu que l\u2019abolition historique de la propriété privée des moyens de production n\u2019avait pas écarté la domination du travail et l\u2019exclusion politique, comme en font foi tant l\u2019expérience des pays de l\u2019Est9 que celle de sociétés d\u2019État dans des pays capitalistes.Dans les années 1970, les syndicats se tournaient du coté de l\u2019étatisation et d\u2019un type d\u2019autogestion qui supposait, à toutes fins utiles, la disparition de la propriété capitaliste.Depuis les années 1980, ils capitalisent eux-mêmes (Fonds de solidarité à la FTQ, Bâtirente à la CSN).Ceux-ci sont même prêts à discuter de projets de privatisation de sociétés d\u2019État (Sidbec-Dosco1)3) et à se tourner moins vers ce même État pour des solutions au chômage (Forum pour l\u2019emploi ).Ce n\u2019est donc plus le statut de la propriété juridique qui importe, mais la participation à la gestion du travail et à l\u2019orientation de la production et des services.Celle-ci semble pouvoir s\u2019exercer sous différentes formes organisationnelles: coopératives, entreprises privées ou étatiques, organisations de type communautaire, etc.Il ne peut plus y avoir de 240 modèle uniforme.La négociation centralisée et le syndicalisme de masse semblent périmés.Le projet de participation à la gestion comporte des risques, dont celui de verser dans la collaboration ou le néo-corporatisme, que certains pointent du doigt.Aussi les syndicats associent-ils leur projet actuel à la coopération ou concertation «conflictuelle», pour le distinguer de la concertation collaboratrice et du tripartisme.Mais la déviation la plus importante de cette entreprise consisterait à laisser Ce n\u2019est donc plus le statut de la propriété juridi- que qui importe, mais la participation à la gestion du travail et à l\u2019orientation de la production et des services.Celle-ci semble pouvoir s\u2019exercer sous différentes formes organisationnelles: coopératives, entreprises privées ou étatiques, orga- nisations de type communautaire, etc.une partie de la population en marge ou carrément exclue de cette participation, dans des emplois de second et même de troisième ordres ou encore dans le non-emploi.Ce processus est déjà bien enclenché.On ne peut guère imaginer d\u2019autres pistes de solutions que le partage du travail par une réduction généralisée du temps du travail11.Une telle solution dépasse la solidarité économique.Il s\u2019agit aussi de défendre l\u2019inclusion politique de toute la population, du partage de la participation.Ce défi est considérable pour les syndicats qui devront négocier non seulement avec les employeurs et l\u2019État, mais aussi à l\u2019intérieur d\u2019eux-mêmes et avec les non-syndiqués.Ce dernier défi nous indique encore plus clairement que toute alternative progressiste au fordisme ne pourra pas être portée par le mouvement syndical seul.Depuis les années 1970, les syndicats québécois se sont appliqués à intégrer progressivement dans leur pratique les revendications de certains autres mouve- relations octobre 1993 ments sociaux comme celui des femmes, le mouvement nationaliste et, jusqu\u2019à un certain point, celui des jeunes.C\u2019est sans doute avec le mouvement écologique que les ponts semblent le plus difficile à construire.Enfin, l\u2019internationalisation des marchés et les traités de libre-échange devraient amener les syndicats à consolider leurs rapports avec le mouvement syndical international et les organismes tiers-mondistes.Nos sociétés industriellement avancées n\u2019arriveront pas à de nouveaux compromis sociaux valables sans l\u2019implication de ces nouveaux mouvements avec le mouvement ouvrier et syndical.C\u2019est là que commence véritablement la «concertation».De plus, cette recherche d\u2019un nouvel arrangement dans les rapports spciaux suppose non pas la disparition de l\u2019État-providence, mais sa transformation en une version beaucoup plus communautaire12, qui inclurait la participation de la population et qui remplacerait sa tangente bureaucratique.Il va sans dire qu\u2019une telle alternative ne pourrait pas émerger sous des gouvernements à tendance néo-libérale, qui n\u2019ont aucune oreille pour la participation des salariés dans l\u2019organisation de leur travail dans les services.Cette nouvelle version de projet social en train de s\u2019articuler progressivement dans le milieu syndical et aussi dans les autres mouvements sociaux suppose tout un programme de luttes, mais aussi d\u2019alliances entre acteurs progressistes et de réflexion pour sortir des référents fordis-tes.Pouvons-nous encore parler de projet socialiste?Sans doute pas, si nous continuons de définir le socialisme comme l\u2019abolition de la propriété privée des moyens de production et leur socialisation.Mais si le socialisme devait signifier le recul et la disparition de la domination dans les rapports sociaux, alors là, nous serions en marche vers lui, dans toute sa dimension utopique.Mais le concept de socialisme a quelque chose de tabou.On n\u2019en parle guère actuellement dans les milieux syndicaux et on n\u2019a pas encore trouvé de concept de remplacement.¦ 8.\tL\u2019objectif premier du Fonds reste la protection et la création d\u2019emplois.9.\tÀ ce sujet, voir le livre de Robert Linhart, Lénine, les paysans, Taylor, Paris, Seuil, 1976.10.\tRobert Dutrisac , «Tout est prêt pour la privatisation de Sidbec», Le Devoir, 16 juillet 1993.11.\tCf.ie dossier sur le travail dans Relations, no 590, mai 1993.12.\tCf.Alain Lipietz qui parle de «communauté-providence» dans Choisir l'audace.Une alternative pour le XXIe siècle, Paris, La Découverte. Nouvelles tendances sur la scène municipale: L\u2019ANCRAGE LOCAL par Louise Quesnel1 i\u2014ra ¦' r» Les centres villes, la trame urbaine, la composition sociale et le tissu urbain n\u2019ont rien à voir avec l\u2019espace de l\u2019après-guerre.Ces nouveaux défis exigent de la part des auteurs un «ancrage local».V a l\u2019heure où presque tout est expliqué par la récession, par la restructuration économique ou par les retards de la reprise, l\u2019omniprésence de l\u2019analyse économique laisse croire qu\u2019il n\u2019y a plus de place pour une argumentation à base plus socio-politique.Il n\u2019est pas nécessaire de démontrer longuement que les conjonctures économiques font sentir leurs effets partout, y compris dans la vie privée des gens et dans la sphère publique.Notre propos est donc de rétablir la pertinence de la dynamique socio-politique pour arriver à saisir de façon plus complète la réalité locale actuelle.Le point de départ de cette analyse se trouve dans les caractéristiques mêmes du nouveau modèle économique.Des tendances surgissent de l\u2019ère postindustrielle qui ne sont pas sans affecter les villes moins centrales, de sorte que le mouvement touche l\u2019ensemble des villes de moyenne et grande échelle.La mobilité du capital, l\u2019ouverture des marchés, la transformation de la base économique des villes, le développement rapide des services, l\u2019importance accrue des institutions bancaires sont autant de manifesta- 1.Mme Louise Quesnel enseigne au dépar-tement de sciences politiques de l\u2019Université Laval.Son texte s'appuie sur une recherche portant sur les villes canadiennes, réalisée grâce à une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.tions de la restructuration économique.Parmi les différentes interprétations théoriques de ces phénomènes, nous nous arrêtons sur celle qui opte pour la considération simultanée des facteurs économiques externes et des dynamiques socio-politiques locales.Malgré la globalisation Au cours des dernières décennies, les villes ont été l\u2019objet d\u2019une restructuration spatiale draconienne.Les centres-villes, la trame urbaine elle-même, la composition sociale et le tissu urbain, tels que nous les observons maintenant, n\u2019ont rien à voir avec l\u2019espace de l\u2019après-guerre.Nous savons aussi combien ces changements ont provoqué la mobilisation sociale, ont fait émerger des mouvements de citoyens dont les expériences ont été très variées.Les investisseurs, qui ont réussi dans bien des cas à remodeler l\u2019espace urbain selon leurs besoins, doivent faire face aux conséquences de la restructuration urbaine.Quelles sont-elles?D\u2019un côté, les espaces centraux sont plus chers, notamment suite à la spéculation foncière.Les entreprises assument donc des coûts très élevés pour loger leurs bureaux et pour communiquer avec leurs parte- relations octobre 1993 naires internationaux.Le capital, très mobile pour la production, est ainsi devenu moins mobile à cause du coût des investissements immobiliers et des infrastructures de communication.Du coup, il devient vulnérable devant les revendications des citoyens, et il ressent l\u2019impact des pressions des groupes de résidents sur les dirigeants politiques locaux.Ainsi prend forme un effet de « localisation » du capital, qui ne peut ignorer les conditions de son environnement immédiat (Savitch, 1990, p.170).Autres conditions locales importantes, les impacts sur la population active: sous-emploi, chômage, instabilité sont autant de réalités qui se manifestent très durement dans les milieux urbains (Goldsmith et Blakely, 1992, p.60-69).Selon cette théorie, il n\u2019est pas possible d\u2019affirmer que les investisseurs s\u2019installent indifféremment à Tokyo ou à Montréal.Ils doivent désormais connaître la dynamique locale.Le développement propre à une ville est, par conséquent, le produit de ce paradoxe de l\u2019internationalisation qui échappe au contrôle local, et de la «localisation» dont les dirigeants politiques locaux sont les principaux artisans.Ces nouveaux défis sont loin d\u2019être faciles.Ils exigent de la part des acteurs un «ancrage local», seule garantie de la stabilité de leur légitimité comme dirigeants politiques (Joye et al., 1990).Outre la prise en compte du cadre institutionnel propre à chaque ville, l\u2019an- 241 crage local implique une connaissance de la dynamique sociale et une pénétration des différents réseaux où agissent les forces politiques.Ces dernières ont été considérées pendant longtemps comme frein au développement, puisqu\u2019une partie très active d\u2019entre elles s\u2019opposaient à la restructuration urbaine.Aujourd\u2019hui, le discours a changé, et l\u2019idéologie du partenariat propose non seulement l\u2019ancrage mais aussi la solidarité.Être ensemble pour mieux faire face à la compétition entre villes et entre régions, être ensemble pour renforcer une position locale lors des négociations avec les gouvernements supérieurs.Bref, de toutes parts les pressions à la solidarité s\u2019exercent, en même temps que les problèmes locaux appellent des solutions qui sont loin de faire l\u2019unanimité.Les forces politiques locales Dans un tel contexte, quelle est la contribution des partis politiques à ce processus d\u2019intégration sociale et de mise en place d\u2019un régime d\u2019inclusion des différents intérêts plutôt que d\u2019un régime d\u2019exclusion dont on voit bien les effets éventuels sur le climat social et sur la qualité de vie urbaine?Les grandes villes du Québec, dont Montréal et Québec, ont vu apparaître les partis-mouvements; mi-partis, mi-mouvements, ces forces politiques locales ont misé sur la mobilisation de leurs membres pour véhiculer un programme qui se voulait progressiste.Comme un mouvement, ils ont voulu être le reflet des projets communautaires, animés par des membres actifs et nombreux.En se constituant comme opposition à d\u2019autres partis plus conservateurs, le RCM et le RPQ ont montré que la présence de forces politiques locales diverses favorise une confrontation souhaitable d\u2019options qui peut être porteuse de changement dans les politiques municipales.À Québec, l\u2019abandon du méga-projet de la Grande-Place au profit d\u2019un projet plus modeste et plus approprié au centre-ville, est un exemple qui illustre bien cette possibilité.De leur côté, les Montréalais et les Montréalaises se souviennent du projet McGill-College qui aurait eu un impact dévastateur sur l\u2019un des plus beaux points de vue de la ville.Le retrait du projet a sonné le glas de l\u2019administration Drapeau et a donné raison aux nombreux groupes qui s\u2019y sont opposés.Depuis que les forces politiques loca- 242 les se sont structurées au Québec, il y a une quinzaine d\u2019années, avec la formation des partis politiques et avec la mise en place d\u2019un système qui reconnaît le bien-fondé de l\u2019opposition, une transformation radicale de la politique locale s\u2019est opérée, l\u2019éloignant du consensus traditionnel à la faveur d\u2019un débat plus ouvert et plus démocratique.Ce modèle, qui nous est maintenant familier, étonne à l\u2019extérieur du Québec.Encore aujourd\u2019hui, l\u2019idée d\u2019une opposition au sein du conseil municipal provoque la surprise dans plusieurs villes canadiennes où les élus, pourtant identifiés à des courants politiques différents, considèrent être tous partie du gouvernement local.Ce qui n\u2019empêche pas certains d\u2019entre eux de s\u2019opposer à certaines mesures soumises au Conseil municipal.Dans ces cas cependant, la composition des coalitions est variable et l\u2019opposition ne se produit qu\u2019à la suite d\u2019efforts pour en arriver à un consensus.Ceci est bien Le développement pro- pre à une ville est le produit de ce paradoxe de l\u2019inter- nationalisation qui échappe au contrôle local, et de la «localisation» dont les diri- geants politiques locaux sont les principaux artisans.différent du régime montréalais ou québécois, où l\u2019opposition - comme il se doit dans un régime parlementaire - exerce constamment son rôle de chien de garde.La présence de partis politiques formant un système partisan de type quasi parlementaire2 a favorisé la clarification des choix politiques, puisque les différents partis ont, avec le temps, façonné un programme et une plate-forme politiques qui ont pu être utilisés à l\u2019occasion pour évaluer leur efficacité à la gouverne politique et aussi leur fidélité à l\u2019égard de leurs valeurs et de leurs projets de société.Alors qu\u2019il était assez facile de s\u2019appuyer sur ces énoncés pour se définir une ligne d\u2019action comme partis d\u2019opposition, les partis-mouvements ont connu plus de difficultés à réaliser cette conciliation lorsqu\u2019ils ont pris le pouvoir et sont devenus partis de gouvernement.Cette situation peut s\u2019expliquer de deux façons.Pour obtenir une victoire électorale, relations octobre 1993 les partis-mouvements ont dû élargir leur base et réduire la distance idéologique qui les séparait du milieu des affaires.Ce faisant, ils se sont prêtés au jeu d\u2019apprivoisement réciproque que les circonstances imposaient, et ont affiché sur certaines questions, comme celle du développement économique, des positions moins radicales.Ce mouvement vers le centre droit n\u2019a évidemment pas quitté les partis, au lendemain de leur victoire électorale, de sorte que leurs positions comme partis de gouvernement ont dû refléter ce déplacement stratégique et idéologique.Ils ont dû, à certaines occasions, acquiescer aux demandes des promoteurs, se montrer moins exigeants à propos des normes environnementales, raccourcir un processus de consultation publique ou même prendre une décision qui allait contre les demandes d\u2019un comité de résidents.À chaque fois, les critiques ont été véhémentes de la part des militants et des militantes.En deuxième lieu, les représentants du parti installés au bureau du maire, aux postes du comité exécutif et occupant la majorité des sièges au conseil municipal, semblent détenir tous les moyens de se manifester comme parti de gouvernement.Pourtant, certaines de leurs décisions et de leurs politiques ne sont pas en conformité avec les engagements électoraux ou avec certains principes sur lesquels ils s\u2019appuyaient fortement lorsqu\u2019ils occupaient les banquettes de l\u2019Opposition.Tout en étant constamment actifs, ils n\u2019arrivent pas tout à fait à réaliser à la satisfaction de tous et de toutes les projets mis de l\u2019avant en période électorale ou soutenus dans leur programme.Que s\u2019est-il donc passé?Le passage au pouvoir de la majorité législative impose-t-il des contraintes telles que les objectifs et les lignes directrices du parti disparaissent?À ces questions, les dirigeants répondront que cela n\u2019est pas le cas et que le parti au gouvernement demeure fidèle à ses canons fondamentaux.D\u2019autres, même au nombre des élus des partis-mouvements, diront qu\u2019ils regrettent le temps où ils se trouvaient dans l\u2019Opposition, époque où l\u2019articulation de leurs points de vue progressistes touchait bien ia cible.D\u2019autres enfin, les plus radicaux, ont quitté le parti pour remplir leur rôle de représentants, comme élus sans affilia- 2.Il subsiste une différence importante puisque le maire est encore élu directement alors qu\u2019en régime parlementaire il devrait être élu à la fois comme chef du parti majoritaire et comme représentant d\u2019une circonscription électorale. L\u2019enracinement dans les valeurs locales et la prise en considération des points de vue communautaires demeurent très complexes.-pr-CT i ** tion partisane officielle («indépendants») ou dans une autre formation politique.Quelle que soit l\u2019alternative retenue, il est évident que la prise du pouvoir par un parti-mouvement entraîne des frustrations et des déceptions pour certains, en même temps qu\u2019elle apporte une grande satisfaction à d\u2019autres.Comment comprendre que la confrontation à la réalité quotidienne du pouvoir, dans une grande ville, génère des réactions opposées parmi les représentants d\u2019un même parti?La réponse est à la fois d'ordre institutionnel et politique.Le pouvoir exécutif est fortement appuyé sur le travail des hauts fonctionnaires et de la fonction publique municipale.Dans plusieurs cas, les individus qui forment le premier groupe ont été recrutés par les représentants du parti au pouvoir, créant ainsi des liens de confiance et de solidarité au niveau le plus élevé de l\u2019appareil gouvernemental municipal.Il se trouve aussi que le processus d\u2019élaboration des politiques prenne davantage racine dans cet appareil administratif que dans le programme ou la plate-forme du parti au pouvoir.Pour certains élus locaux, cette réalité inacceptable les pousse à rompre avec le parti dont les représentants élus soutiennent une telle pratique.D\u2019autres, le réalisme politique dictant la stratégie du possible, se montrent plus conciliants et vont même jusqu\u2019à soutenir la position administrative devant le membership local de leur parti.Des difficultés importantes Malgré la présence de partis-mouvements, créés et organisés pour favoriser l\u2019ancrage local des dirigeants politiques, l\u2019enracinement dans les valeurs locales et la prise en considération des points de vue communautaires demeurent très complexes.Les difficultés d\u2019en arriver à des consensus sont directement proportionnelles à la diversité de la composition sociale qui caractérise les grandes villes, et à la précarité des ressources dont les gouvernements municipaux disposent.Si le consensus et, partant, la solidarité autour d\u2019une stratégie locale de développement sont impossibles, d\u2019autres modèles peuvent être considérés.Parmi ceux-ci, nous retenons particulièrement celui qui accepte la pluralité et les différences d\u2019opinion, sans exclusion (Young, 1990, p.238).Il faut bien voir que ce modèle ne doit pas servir d'alibi pour tolérer les inégalités sociales, et que l\u2019équilibre à établir entre l\u2019équité et la différence n\u2019est pas facile à atteindre.Les valeurs liées à la communauté et au sentiment d\u2019appartenance à son milieu comme à son terroir ont fait long feu.Elles ont même débouché récemment sur une logique d\u2019exclusion et de protection très poussée du cadre de vie.Le communautarisme devenu réflexe du «pas dans ma cour» peut signifier aujourd\u2019hui l\u2019opposition à la construction de logements multiples, l\u2019objection à la densification du tissu urbain, le blocage de projets d\u2019ouverture de maisons d\u2019accueil, etc.(Filion, 1992, p.169-183).Le passage du communautarisme au protectionnisme communautaire pourrait détourner de ses objectifs l\u2019effort d\u2019ancrage local.Tout en favorisant les pratiques de consultation référendaire au niveau local, nous savons maintenant que ces mécanismes peuvent s\u2019avérer être des instruments de résistance au changement, résistance qui ne va pas toujours dans le sens des besoins et des intérêts des moins nantis.Les pratiques de consultation populaire (incluant les élections, les référendums et la tenue d\u2019audiences publiques), n\u2019en demeurent pas moins des instruments privilégiés de la démocratie locale.Elles exigent cependant la présence active de forces politiques locales variées et nombreuses, comités de citoyens, groupes d\u2019intérêts, partis politiques, pour supporter les débats nécessaires et assurer la pluralité des points de vue.Les partis-mouvements comme le RCM et le RPQ ont amorcé un virage important qui a été suivi par plusieurs relations octobre 1993 autres partis municipaux.Ce virage insiste sur la prise en compte du milieu local avec sa diversité et sa complexité.Les prochaines élections municipales offrent l\u2019occasion de faire le bilan des réalisations des gouvernements locaux et des partis au pouvoir.Il est alors essentiel de se rappeler les deux grands domaines d\u2019intervention, soit celui du développement économique et celui du développement social.Un débat socio-politique ouvert sera garant de la qualité de cet exercice essentiel dans une société démocratique.Pour être mené à terme, ce débat bénéficiera grandement de la contribution soutenue des groupes communautaires et du mouvement associatif.Références: -\tFilion, Pierre, «Government Levels, Neighborhood Influence and Urban Policy» dans Henri Lustiger-Thaler (Éd.) Political Arrangements, Montréal, Black Rose Books, 1992, p.169-183.-\tGoldsmith, William W.; Edward J.Blakely, Separate Societies: Poverty and Inequality in U.S.Cities, Philadelphia, Temple University Press, 1992.-\tJoye, Dominique, et al., La question locale, un éternel sujet d'avant-garde?, Lausanne, Institut de recherche sur l\u2019environnement construit, 1990.-\tSavitch, H.V., « Postindustrialism with a Difference: Global Capitalism in World-Class Cities», dans John R.Logan, Todd Swanstrom (Éd.), Beyond the City Limits, Philadelphia, Temple University Press, 1990, p.150-175.-\tYoung, Iris Marion, Justice and the Politics of Difference, Princeton, Princeton University Press, 1990, particulièrement p.226-256.243 Ville de Québec/Service des communications m eüfefë Un rapport qui avait pour objectif d\u2019examiner le phénomène de l\u2019enfance maltraitée et négligée est maintenant publié.Ce document produit par l\u2019Institut Vanier de la famille mesure l\u2019ampleur du problème et des répercussions des mauvais traitements sur les enfants.En plus de traiter de la difficulté à définir les mauvais traitements, il propose certaines décisions, analyse les causes profondes et brosse un tableau de la programmation en matière de prévention.Enfin, ce rapport fournit un sommaire de 46 programmes de prévention de l\u2019enfance maltraitée et négligée offerts actuellement au Canada.Le document «Programmes de prévention de l\u2019enfance maltraitée et négligée» (136 pages) est maintenant en vente à 12$ (tous frais compris) auprès de l\u2019Institut Vanier de la famille, 120 Holland, suite 300, Ottawa, Canada Kl Y 0X6, tél.: (613) 722-4007, fax: (613) 729-5249.Une date à retenir désormais à notre agenda: le 17 octobre.En effet, les Nations unies ont proclamé que le 17 octobre sera à l\u2019avenir journée internationale pour l\u2019élimination de la pauvreté.Un comité québécois vient de se constituer afin de promouvoir cette journée internationale.Il est formé de personnes représentant des organismes populaires, religieux, syndicaux et de défense des droits de la personne.Afin que cette journée soit vécue, avant tout, comme appartenant aux personnes vivant dans la pauvreté, mais avec le soutien de tous, le comité fait un appel aux organismes québécois pour que des actions soient entreprises dans toutes les régions du Québec.Le comité entend diffuser du matériel d\u2019information.Un événement symbolique, à portée nationale pour le Québec, sera organisé par le comité.Pour plus d\u2019informations: Comité québécois du 17 octobre, 6747 rue Drolet, Montréal H2S 2T1.Le Mouvement d\u2019éducation populaire et d\u2019action communautaire du Québec (MÉPACQ) annonce la publication de son Cadre de référence pour un projet de société.Ce document est un outil important contenant des balises d\u2019un projet de société qui reflète les valeurs et principes du mouvement d\u2019éducation populaire, ainsi que sa volonté de changement social, politique et économique.Un résumé des principes du Cadre de référence est égale- ment disponible sur l\u2019endos du calendrier annuel du MÉPACQ.Le MÉPACQ est un regroupement national de douze Tables régionales d\u2019éducation populaire autonome.Ces Tables régionales regroupent au-delà de 450 organismes populaires et communautaires ayant en commun des pratiques d\u2019éducation populaire autonome.Le document et le calendrier sont disponibles à votre Table régionale locale, ou directement au MÉPACQ, 124-3575 boul.St-Laurent, Montréal H2X 2T7.Comment orienter notre action syndicale pour atteindre un objectif de plus grande harmonie interculturelle dans nos milieux de travail et dans la société québécoise?C\u2019est à cette question que tente de répondre la brochure publiée par la PTQ et qui s\u2019intitule: Les Relations interculturelles et l\u2019action syndicale.Cette initiative confirme une fois de plus le souci de la FTQ en ce qui concerne la situation des travailleurs et travailleuses immigrés au Québec.Cet outil qui s\u2019adresse à tous les membres de la FTQ, quelle que soit leur origine ethnique ou raciale, veut susciter une réflexion collective afin de bâtir cette solidarité qui est à la base de l\u2019action syndicale et qui est aussi indispensable à l\u2019élaboration de notre projet de société québécoise.Vous pouvez vous procurer ce document à la FTQ, 545, boul.Crémazie est, 17e étage, Montréal H2M 2V1, tél.: (514) 383-8000.La décision en conscience d\u2019offrir un refuge de dernier ressort à des personnes qui risquent des dangers certains si le gouvernement canadien décide de les déporter, s\u2019inscrit dans la grande tradition biblique des sanctuaires comme une mesure de conscience face à l\u2019injustice.C\u2019est dans cet esprit que la Commission des Affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques de l\u2019Ontario a appuyé la récente décision de quelques travailleurs auprès des réfugiés, de renouer avec cette pratique séculaire pour leur assurer aide et protection.La dignité profonde et sacrée de la personne, quelle que soit son origine, exige une telle option de solidarité humaine avec ces personnes en détresse.L\u2019accueil de nos communautés pour ces réfugiés est un signe d\u2019espérance et un pas de plus dans la construction de la fraternité et de la paix. Une année internationale des autochtones SOUS LE SIGNE DE LA MOROSITÉ par René Boudreault Les intérêts à court terme des politiciens ne risquent-ils pas de ralentir le progrès de la cause autochtone?MSlIHK 'mm*?* La plus grande vertu politique est de ne pas perdre le sens des ensembles.(Emmanuel Mounier, «Suite française», Esprit, déc.1944) mounier ne pouvait pas mieux prophétiser en souhaitant qu\u2019on applique cette vertu politique aux affaires de l\u2019État.Quant à nous, il nous semble qu\u2019il faut l\u2019appliquer aux affaires politiques canadiennes actuelles.Il est connu que les politiciens ont la mémoire courte et il est bien tentant pour eux de jouer les amnésiques dans le contexte d\u2019une élection fédérale qui, à prime abord, semble peu concerner les autochtones.On peut déjà prévoir que le débat de cette élection sera plutôt axé sur la crise des finances publiques, la globalisation des marchés, la relance de l\u2019économie et la création d\u2019emploi.Qu\u2019on le veuille ou non, les intérêts à court terme des politiciens pour «rentabiliser» leur élection ont donc préséance sur la problématique d\u2019ensemble de la société canadienne et sur les enjeux qui concernent les autochtones, même si ces derniers ont occupé une place politique majeure en 1992.Seule une crise importante pourrait réveiller le loup autochtone endormi près des officines de politiciens, qui prennent soin de le contourner à pas feutrés.L\u2019analyse des programmes des partis politiques fédéraux nous permet d\u2019entrevoir peu de signes encourageants quant à la volonté réelle de donner aux autochtones accès à l\u2019espace politique, économique et culturel qui leur revient.Le «momentum» de 1992 n\u2019y est plus et les analystes les plus perspicaces de la scène politique ne voient pas poindre à l\u2019horizon les conditions qui pourraient permettre de le recréer.Conservateurs ou libéraux au pouvoir seront bonnet blanc et blanc bonnet, même comme gouvernement minoritaire.Il y a fort à parier que, pour l\u2019essentiel, les grandes politiques actuelles en matière autochtone demeureront telles quelles, du moins jusqu\u2019à la fin des travaux de la Commission royale sur les peuples autochtones qui doit faire rapport en 1994.Pour l\u2019électorat canadien et pour les politiciens, qu\u2019y aurait-il de rentable à remettre ce dossier sur la sellette?Quelques raisons d\u2019espérer.Une lueur d\u2019espoir brille plutôt du côté de la Commission royale sur les peuples autochtones.Celle-ci a effectué trois tournées d\u2019audiences publiques et tenu quelques tables rondes sur des sujets particuliers.La Commission s\u2019efforce, dans une quatrième série d\u2019audiences publiques débutant cet automne, de rencontrer plus d\u2019organisations non autochtones, afin de vérifier le réalisme de ses éventuelles recommandations.À la lecture des réflexions et des comptes rendus publiés à ce jour, on sait qu\u2019elle relations octobre 1993 245 aborde de façon globale ou «holistique» la réalité autochtone au Canada; elle proposera une restructuration majeure de la relation entre Canadiens et autochtones, autant dans les rapports entre individus que dans ceux des collectivités et des institutions.Cette réforme sera basée sur le principe de l\u2019autodétermination, de l\u2019autosuffisance et de la guérison sociale.Les espoirs suscités à Charlottetown quant au droit inhérent et à l\u2019autonomie gouvernementale des autochtones reposent maintenant presque essentiellement sur les travaux de cette commission.Malgré l\u2019échec du référendum de 1992, le besoin de L\u2019analyse des programmes des partis politiques fédéraux nous permet d\u2019entrevoir peu de signes encourageants quant à la volonté réelle de donner aux autochtones accès à l\u2019espace politique, économique et culturel qui leur revient.autochtones et ce, malgré le rejet de son livre blanc ministériel de 1969.Le Bloc Québécois cadre son programme dans une perspective radicalement différente des autres partis fédéraux, en raison de son credo souverainiste.Comme le parti québécois, ses déclarations d\u2019intention sur l\u2019avenir des peuples autochtones sont sympathiques, mais cet avenir ne lui semble pensable qu\u2019après que les intérêts québécois auront été servis.Plus intéressante encore, dans le contexte d\u2019un débat qui, jusqu\u2019à maintenant, a malheureusement été trop juridique et politique, est la démarche du Forum paritaire.Ce groupe de travail réunit depuis plus d\u2019un an, autour d\u2019une même table, des acteurs des sociétés québécoise et autochtone.Il n\u2019est pas exagéré de penser qu\u2019il permettra d\u2019identifier certains paramètres d\u2019un projet de société qui cherche à inclure et à rendre convergents les espoirs de développement des Québécois et des autochtones.Une Semaine autochtone doit avoir lieu cet automne, suivie de la publication d\u2019un manifeste.Ces initiatives sont de nature à favoriser une évolution de nos relations mutuelles.De plus, les efforts consentis afin de multiplier les lieux de communication entre autochtones et non-autochtones vivant dans un Québec souverain ou toujours rattaché à la fédération canadienne donneront certes des résultats en temps opportun.redéfinition des rapports de dominants à dominés, qui président actuellement aux relations entre les institutions publiques canadiennes et les peuples autochtones, est un acquis.Suite à une volonté politique avertie, on pourrait arriver à des accords de responsabilisation des milieux autochtones qui soient négociés de bonne foi, dans une perspective d\u2019équité; ces accords pourraient fort bien remplacer l\u2019actuel charabia constitutionnel, difficile à incarner et qui risque avant tout de servir de pitance aux parasites juridiques.Par-delà le vide des programmes politiques des partis fédéraux sur ces questions, on pourrait quand même espérer un sursaut de préoccupation d\u2019une Kim Campbell, qui a déjà occupé le poste de ministre adjointe aux Affaires indiennes, ou d\u2019un Jean Chrétien, paradoxalement toujours très populaire auprès des La Commission royale sur les peuples autochtones suscite quelques espoirs en vue d\u2019améliorer la relation entre Canadiens et autochtones.Sur la scène internationale La discussion sur la question autochtone d\u2019ici est aussi influencée par l\u2019évolution du débat plus large qui se tient sur la scène internationale, par exemple dans le Groupe de travail de l\u2019ONU sur les populations autochtones.Ont également des répercussions les travaux de la Commission de l\u2019ONU sur le développement et la culture, présidée par l\u2019ex-secrétaire général de l\u2019organisation, Xavier Perez de Cuellar; cette commission se préoccupe particulièrement de la protection et de l\u2019apport des cultures locales, dont les cultures autochtones, au développement des peuples.Le 18 décembre 1990, l\u2019Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution consacrant l\u2019année 1993 Année internationale des peuples autochtones du monde.L\u2019objectif avoué de cet événement est de renforcer la coopération internationale dans la recherche de solutions aux problèmes que rencontrent les communautés autochtones dans la sphère des droits humains, de l\u2019environnement, du développement, de l\u2019éducation et de la santé.Cette opération doit aussi prendre en compte les travaux du Groupe de travail sur les populations autochtones quant à une charte internationale sur les droits des autochtones.Peu de projets concrets ont vu le jour sous les auspices de cette année spéciale qui, de façon symptomatique, intéresse moins les États que les 500 ans de «découverte» du Nouveau-Monde par l\u2019Europe.Notre analyse nous laisse à penser que les droits généraux des peuples autochtones du Québec et du Canada pourront connaître quelques progrès, à moyen et long terme, grâce aux espoirs que suscitent les travaux de la Commission royale sur les peuples autochtones et certains groupes de travail d\u2019envergure internationale.Par contre, notre lecture du débat politique canadien actuel nous amène à conclure à une certaine morosité, voire même à un désintéressement pour cette question, à court terme, même si nous sommes en plein dans l\u2019Année internationale des peuples autochtones.Ce ne serait pas la première fois qu\u2019une année internationale n\u2019aurait servi qu\u2019à satisfaire certaines consciences, sans progrès réel de la cause.¦ 246 relations octobre 1993 Quel sort ce rapport connaîtra-t-il?RISQUER L\u2019AVENIR par Clément Farly1 Le rôle premier d\u2019une communauté ecclésiale est de favoriser la croissance spirituelle de ses membres Et de les aider à faire la rencontre de Jésus et du Dieu de Jésus.Parfois il faut attendre qu\u2019une situation se détériore gravement avant de se décider à la regarder en face et à envisager les changements nécessaires.C\u2019est le cas des paroisses.Il y a déjà plusieurs années que des chrétiens et des pasteurs constatent qu\u2019elles sont en sérieuse difficulté et disent l\u2019urgence d\u2019une révision en profondeur.L\u2019initiative prise en 1989 par l\u2019Assemblée des évêques du Québec (AÉQ) de lancer une recherche sur les communautés chrétiennes locales a donc été accueillie comme une bonne nouvelle, du moins par ceux qui pensent qu\u2019elles ont encore un rôle significatif à jouer dans notre milieu.L'originalité de cette recherche est de porter sur les «communautés chrétiennes locales», sur l\u2019unité ecclésiale de base.Il est surprenant que ce qui est, ou du moins a été, le lieu d\u2019insertion de la majorité des chrétiens et des chrétiennes n\u2019ait pas fait l\u2019objet de plus de recherches antérieurement.Vatican II accorde peu de place à la paroisse.Au Québec, la Commission Dumont y 1.\tPrêtre du diocèse de St-Jean, l\u2019auteur est responsable diocésain de la promotion des petits groupes de partage de foi et des petites communautés chrétiennes.Il travaille aussi en paroisse.2.\tL'Église du Québec: un héritage, un projet, Fides, 1971, p.260-267.3.\tNotons qu\u2019on a donné comme titre à ce projet: «recherche sur les communautés chrétiennes locales» et non «recherche sur les paroisses».C\u2019est un détail, mais qui montre qu\u2019en lançant cette réflexion, on n\u2019a voulu ni préjuger du résultat ni privilégier une structure particulière, mais laisser les avenues ouvertes.4.\tFides, 1992.consacre explicitement sept pages2.L\u2019AÉQ a donc voulu mener une vaste recherche participative et y associer l\u2019ensemble des communautés chrétiennes des diocèses du Québec3 4.Pour ce faire, on a entrepris deux démarches parallèles et complémentaires: 1) une prise de parole qui, par le biais de formules variées (audiences, sessions, interviews, bilans, etc.), voulait permettre au plus grand nombre de personnes de se faire entendre.Ce premier volet était remis à l\u2019initiative des diocèses.2) Une recherche-action qui voulait rejoindre un nombre limité de communautés.De fait, trente-six paroisses et deux communautés de quartier ont accepté de répondre au questionnaire; aucune communauté de base n\u2019a pu le faire; cette absence est regrettable.Ce sont surtout les interviews de ce deuxième volet qui ont servi de base pour rédiger Risquer l\u2019Avenir.Bilan d\u2019enquête et prospectives?.Cet ouvrage a été étudié lors du congrès provincial tenu en octobre 1992.Les six cents congressistes ont largement endossé les enjeux qui y sont présentés, mais en apportant des nuances, des corrections et des déplacements d\u2019accents: ils ont entériné la grande orientation du rapport qui accorde la priorité à l\u2019éducation de la foi centrée sur les adultes; ils ont remonté en deuxième place l\u2019engagement social, qu\u2019ils voient comme un élément constitutif de la foi; ils ont placé en troisième lieu la construction du tissu communautaire dans l\u2019Église.Risquer l\u2019avenir proposait des enjeux et des politiques en termes vigoureux et incisifs.Le congrès a plusieurs fois arrondi les angles.Ainsi, il a retraduit en termes positifs certaines propositions que le rapport exprimait par des formules négatives: par exemple, pour ce qui a trait à l\u2019ac- relations octobre 1993 247 cès aux sacrements, à la priorité à accorder aux adultes plutôt qu\u2019aux enfants ainsi qu\u2019aux petits groupes plutôt qu\u2019aux grands rassemblements.Volonté d\u2019ouverture?Désir d\u2019inclure plutôt que d\u2019exclure?Refus de trancher?Une recherche qui est loin d\u2019être achevée Quel sort ce rapport connaîtra-t-il?Sera-t-il, comme d\u2019autres études, rapidement rangé sur les tablettes?Ce serait dommage, car le travail de réflexion est loin d\u2019être terminé.Il reste bien des questions à clarifier.Il faudra aller au fond des choses en écoutant toutes les voix, y compris celles des «distants» et des «non-pratiquants», omission qu\u2019on a reprochée à Risquer l\u2019avenir.Il faudra aussi éviter de tourner la page trop tôt devant les questions difficiles ou de jeter du lest trop rapidement parce qu\u2019il y a des résistances.Le rapport propose des coups de barre vigoureux, qui dérangeront des habitudes; cela ne signifie pas qu\u2019ils ne sont pas justifiés.Prenons le temps nécessaire pour en évaluer la pertinence.Il est important aussi de traduire en pra- « Promouvoir l\u2019éducation de la foi et ren- gagement social dans les milieux de vie en privilégiant l\u2019éclosion de groupes restreints et de petites communautés, comme lieux de prise de parole, de vie communautaire et d\u2019expérience de foi en lien avec la com- munauté locale ou diocésaine».tiques concrètes les voies d\u2019avenir, qui ne sont qu\u2019esquissées dans le rapport.Il y a là un champ de travail considérable à poursuivre.Les évêques sont revenus sur le sujet lors de leur réunion de mars 1993 et ont publié un message où ils disent leur désir que ce rapport ait des suites.Ils suggèrent une orientation commune pour appuyer les initiatives locales: «Promouvoir l\u2019éducation de la foi et l\u2019engagement social dans les milieux de vie en privilégiant l\u2019éclosion de groupes restreints et de petites communautés, comme lieux de prise de parole, de vie communautaire et d\u2019expérience de foi en lien avec la communauté locale ou diocésaine».La brièveté de l\u2019orientation a pu surprendre.Elle se comprend bien si on se rappelle qu\u2019elle ramasse les enjeux retenus comme prioritaires par le congrès.Dans sa brièveté, elle a l\u2019avantage de bien fixer la cible.Il est important que les communautés chrétiennes s\u2019approprient la recherche et la continuent.C\u2019est déjà commencé dans plusieurs diocèses.À Montréal, une quarantaine de paroisses ont pris l\u2019initiative de se concerter pour étudier le rapport; l\u2019an prochain, elles tiendront un congrès interparoissial.Le diocèse de Gatineau-Hull a un projet réparti en trois étapes sur trois ans: prise de conscience et prise de parole; choix de priorités, plani- fication pastorale.La prise de conscience et de parole se fera dans des petits groupes de partage; puis des forums régionaux serviront de lieux de synthèses et de prospectives.Il y aura sûrement d\u2019autres initiatives ailleurs.Il serait intéressant qu\u2019elles soient connues et que l\u2019information circule.Des communautés de foi Risquer l\u2019avenir suggère comme premier enjeu celui de la foi: «Réussir à faire grandir, chez les baptisés pratiquants adultes, une foi personnelle, vivante et critique, qui en fasse des disciples de Jésus».Ce choix n\u2019est pas insignifiant.C\u2019est un virage important qui est proposé: dans le modèle de l\u2019Église-nation où nous avons vécu au Québec {Risquer l\u2019avenir, p.103-104), beaucoup sont devenus membres de l\u2019Église plus par tradition ou par atavisme que par choix personnel et sans vivre la conversion de foi.Le premier enjeu vise précisément à leur donner cette opportunité de vivre la conversion théologale (et pas seulement morale).C\u2019est dire que le rôle premier d\u2019une communauté ecclésiale est de favoriser la croissance spirituelle de ses membres et de les aider à faire la rencontre de Jésus et du Dieu de Jésus.Cet enjeu a été entériné par les congressistes, avec des précisions et des nuances : « L\u2019éducation de la foi des adultes doit se faire à partir du vécu des gens, dans et par la communauté et en favorisant la prise de parole de chacun5».Cet enjeu a aussi rencontré des résistances.Certains ont tiqué sur la cible visée: les baptisés pratiquants adultes; ils y voient un danger d\u2019élitisme ou d\u2019intransigeance vis-à-vis des distants.D\u2019autres sont perplexes devant la proposition d\u2019investir désormais prioritairement du côté des adultes, et non plus du côté des enfants.En particulier, des agents ou agentes qui ont investi généreusement au service des jeunes en pastorale scolaire ou en initiation chrétienne ont été heurtés par la formulation abrupte: «Abandonner la politique visant prioritairement les enfants.» En fait, ce qui est proposé, ce n\u2019est pas de négliger les enfants, mais de rééquilibrer les investissements en accordant plus d\u2019attention aux adultes.Ceux-ci ont besoin d\u2019une nourriture d\u2019adultes.Ils ont besoin d\u2019être équipés pour faire face à leurs responsabilités d\u2019adultes: vie sexuelle, vie conjugale, vie familiale; responsabilités au travail, dans la société, en politique, face à leurs jeunes; quête du sens de la vie.Ils doivent pouvoir aborder toutes les questions importantes sans qu\u2019aucune ne soit exclue à priori.Pour parvenir à «une foi personnelle, vivante et critique», un adulte a aussi besoin de faire le tri dans son héritage.C\u2019est une étape nécessaire pour arriver à la maturité; c\u2019est une tâche pour adultes qui n\u2019est pas à la portée des enfants, et pour laquelle les adultes ont le droit d\u2019être aidés par leur communauté.D\u2019ailleurs, les jeunes ne seront pas perdants avec ce rééquilibrage.Le meilleur service qu\u2019on puisse rendre aux jeunes, et aux distants, c\u2019est d\u2019établir la ligne de flottaison des communautés chrétiennes au niveau de la foi des adultes, et non de celle des enfants.Est-il utopique de penser que l\u2019initiation chrétienne des jeunes sera davantage possible dans de telles communautés de foi qu\u2019elle ne l\u2019est maintenant?La priorité donnée à l\u2019éducation de la foi des adultes croyants 5.Politique 1.2.Les politiques citées dans cet article sont tirées de L\u2019avenir des communautés chrétiennes.Rapport du congrès provincial tenu à Montréal en octobre 1992, Fides, 1993, p.55-62.248 relations octobre 1993 «pratiquants» ne signifie pas automatiquement le repliement de la communauté sur elle-même.La communauté doit aussi rester ouverte aux adultes en recherche spirituelle et trouver la façon de les aider tout en respectant la liberté de leur cheminement (enjeu no 4).Pour cela, il faut accepter la diversité des cheminements spirituels et des modalités d\u2019appartenance à l\u2019Église: il y a place pour le sympathisant, le catéchumène, le néophyte, et aussi pour le «pratiquant» qui sent le besoin de prendre de la distance par rapport à sa communauté.La façon de faire place à cette diversité reste largement à inventer.Des communautés de croyants vigoureux ont plus de chance d\u2019y parvenir que des communautés anémiques.Comme le dit Marcel Légaut, la médiocrité des communautés chrétiennes est une des causes de la désertion des plus spirituels6.Si les adultes croyants prennent leur place dans la communauté, celle-ci pourra être accueillante aux enfants et de quelque utilité aux personnes en recherche.Des communautés engagées pour la justice Les paroisses ont eu un impact considérable sur la vie du milieu : écoles, terrains de jeux, caisses populaires, coopératives, etc.De nos jours, plusieurs paroisses donnent l\u2019impression de s\u2019être repliées sur leur vie interne et d\u2019avoir renoncé à exercer un impact significatif dans leur milieu.Le congrès a voulu marquer l\u2019importance de cet enjeu en le plaçant au deuxième rang des enjeux, immédiatement après celui sur la foi et en liant les deux: l\u2019engagement social fait partie de la vie chrétienne.Le congrès a voulu aussi contrer toute volonté de repli ou d\u2019isolement en disant l\u2019importance de «faire découvrir aux communautés chrétiennes qu\u2019elles ont à établir un rapport de solidarité avec le monde.» (politique 3.4).Dans le domaine social, on constate un écart inquiétant entre les prises de position audacieuses de nos évêques et la pratique concrète des paroisses.Cet écart est significatif du travail long et tenace qui sera requis pour rencontrer cet enjeu social.Il faudra une bonne pédagogie, des outils adaptés et un soutien de la part des paroisses et des diocèses ; il faudra former les membres des communautés et leur «donner des outils pour lire la réalité sociale, pour interpréter cette réalité à la lumière de l\u2019Évangile, et pour y intervenir en conséquence» (politique 3.2).Là-dessus, on peut heureusement se référer à plusieurs expériences fructueuses.Dans les années 70, CHANTIERS a eu un impact dans l\u2019ensemble de la province.Plus récemment, plusieurs diocèses ont eu des programmes de sensibilisation : «Avec ceux qui souffrent» dans St-Hyacinthe; «Une Église en mission avec les démunis» dans Chicoutimi; «Gerbes de vie» dans Rimouski; «Prendre parti pour un monde juste», qui était le thème de la troisième étape du Renouveau dans St-Jean-Longueuil.Une caractéristique de ces opérations était de susciter la formation de nombreux petits groupes et de leur fournir de bons instruments.Ces rencontres ont parfois des résultats bien concrets.Un exemple parmi d\u2019autres: à St-Jean, un petit groupe de partage a pris conscience qu\u2019il y avait dans leur ville des gens qui ne mangeaient pas à leur faim: ils ont trouvé un local qu\u2019ils ont appelé la Maison du pain où sont servis des repas gratuits.On 6.\tCroire à l\u2019Eglise, p.17-18.7.\tL\u2019Église canadienne, 1er avril 1993, p.135-142.COMITÉ DE RECHERCHE DE L\u2019ASSEMBLÉE DES ÉVÊQUES DU QUÉBEC SUR LES COMMUNAUTÉS CHRÉTIENNES LOCALES RISQUER L\u2019AVENIR Bilan d'enquête et prospectives .Hfidës Ce rapport propose des coups de barre vigoureux, qui dérangeront des habitudes: cela ne signifie pas qu\u2019ils ne sont pas justifiés.trouve exprimé ce lien nécessaire entre la foi, l\u2019engagement social et la communauté dans le rapport qu\u2019un comité présidé par M.Jean-Guy Bissonnette a préparé pour l\u2019AÉQ.Dans ce texte intitulé La médiation communautaire dans l\u2019éducation de la foi, la communauté est présentée à la fois comme lieu de fraternité et de solidarité avec les plus pauvres, comme lieu de recherche et de l\u2019expérience de Dieu, et comme lieu d\u2019annonce de la Parole et de soutien à son intégration7.Pour des communautés vraiment «communautaires» À la question «Faut-il encore des structures?», le Rapport Dumont répondait: oui, «le peuple de Dieu a besoin d\u2019un minimum de structuration».Il concluait qu\u2019à côté d\u2019autres types de rassemblements, la paroisse gardait son actualité, mais à la condition qu'elle connaisse une double ouverture: ouverture à des structures territoriales plus vastes, et ouverture à des solidarités plus profondes.Cette deuxième ouverture, il la voyait se réaliser 249 relations octobre 1993 surtout par le pluralisme: une pluralité des communautés et de modes d\u2019appartenance (p.265-266).Risquer l\u2019avenir propose une piste pour réaliser cette ouverture à des solidarités plus profondes: « Décider, au sein des communautés locales, de s\u2019engager dans un processus de création de communautés restreintes.Accepter de voir la paroisse traditionnelle se transformer progressivement en une communion de communautés restreintes.» (p.138).Le rapport n\u2019élabore pas sur la façon concrète de réaliser cet objectif.Un travail considérable de réflexion et de mise en place sera exigé pour cette transition.Tout le monde connaît les communautés ecclésiales de base du Brésil.Moins connu est l\u2019effort semblable dans plusieurs pays d\u2019Afrique et d\u2019Asie.Quand on se réfère à ces expériences, on objecte qu\u2019il s\u2019agit de pays du tiers monde et de communautés en milieux pauvres et donc que leur situation est trop différente de la nôtre pour nous servir de référence.On trouve maintenant des réalisations plus près de nous.Le projet de renouveau de la paroisse NIP (Nouvelle Image de la Paroisse) est en cours de réalisation dans quelques paroisses du Québec.Aux États-Unis, sont apparues trois approches différentes soutenues par autant de réseaux.«National Alliance of Parishes Restructuring into Communities» regroupe les paroisses s\u2019inspirant d\u2019un livre de Arthur R.Baranowski8.«North American Forum for Small Christian Communities» regroupe une quarantaine de diocèses qui ont vécu Renew.Il y a un troisième réseau appelé « Buena Vista».Ces trois organismes ont tenu cet été une session commune à St.Paul, Minnesota, sous le titre: «Small Christian Communities.Creating a Church for the 21st Century».En somme, une cinquantaine de diocèses du Canada et des États-Unis sont engagés dans cette direction.À Montréal, des communautés ecclésiales de base sont nées dans la paroisse St-Vincent-de-Paul, en milieu populaire, à partir des rencontres de cuisine de l\u2019initiation sacramentelle; d\u2019autres paroisses de la région s\u2019inspirent de cette expérience et préparent ensemble un instrument d\u2019animation.À la suite de son synode, le diocèse de Victoria vient de s\u2019engager à développer les communautés de foi ; pour soutenir leur mise en place, il fait appel au «Jesuit Basic Church Community Project».Cet organisme publie un bulletin intitulé Basic Church Community Newsletter.Il y a donc quelque chose qui est en train de naître dans l\u2019Église, ici et ailleurs.D\u2019où l\u2019importance de raconter les tentatives et les recherches et de faire circuler l\u2019information.À côté des petites communautés, le message de l\u2019AÉQ de mars 1993 souhaite aussi l\u2019éclosion de nombreux groupes restreints qui aident la croissance dans la foi et l\u2019engagement: groupes de partage de foi, groupes bibliques, groupes de prière, communautés cursillistes, mouvements, etc.On commence aussi à avoir une certaine variété d\u2019instruments pour les petits groupes de partage: un Guide des petits groupes de partage (Fides, 1993), des démarches pour les rencontres: les feuillets Notre vie à la lumière des Évangiles du dimanche (diocèse de St-Jean-Longueuil), Assemblées de cuisine (OCQ et «Vie liturgique»), Gerbes de vie (Rimouski), Christophe (Sherbrooke), Communauté Justice Solidarité (paroisse St-Vincent-de-Paul, Montréal), etc.Mutation de l\u2019Église et conversion personnelle Mutation de l\u2019Église et conversion personnelle, est le titre d\u2019un ouvrage de Marcel Légaut, prophète courageux du XXe siècle.Il inspirera ma conclusion.Pour que les communautés soient en mesure de remplir leur mission, il faudra plus que quelques ajustements mineurs: une véritable mutation est nécessaire.Cette perspective a de quoi troubler même les plus intrépides.On ne pourra opérer la mutation sans faire de vagues, sans bousculer des habitudes, sans inquiéter les timorés.Et pour réaliser cette mutation, il ne suffira pas de quelques corrections cosmétiques.Seule la conversion personnelle des membres des communautés la rendra possible.Seuls des chrétiens à la foi très solide auront le coeur et le courage d\u2019entrer dans les mutations nécessaires pour que l\u2019Église puisse remplir son rôle dans l\u2019époque exigeante qu\u2019est la nôtre.D\u2019où la pertinence du septième enjeu signalé dans Risquer l\u2019avenir: celui de la vie spirituelle en temps de crise.¦ 8.Creating Small Faith Communities.A Pian for Restructuring the Parish and Renewing Catholic Life, St.Anthony Messenger Press, 1988.Cet ouvrage a été traduit en français pour le diocèse de St-Boniface.LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022 Femmes et pauvreté (18-11-91) \u2022 Portrait du catholicisme québécois (16-12-91) \u2022 Pour comprendre les religions autochtones (20-01 -92) \u2022 Les décrocheurs scolaires (17-02-92) \u2022 Bilan de la coopération internationale québécoise (16-03-92) \u2022 Alfred Dubuc: «L'impasse constitutionnelle sous l\u2019éclairage de l\u2019histoire» (27-04-92) \u2022 Étienne LeRoy: «Les droits humains et le développement» (14-09-92) \u2022 Paul Valadier: «Questions du monde moderne à l\u2019Église» (28-09-92) \u2022 Relancer Montréal, autrement (19-10-92) \u2022 Santo Domingo, nouvelle chance pour (\u2019Évangile?(23-11-92) \u2022 L\u2019ingérence, de quel droit?(18-01-93) \u2022 Quel avenir pour les 20-30 ans?(15-02-93) \u2022 Les États-Unis de Bill Clinton (15-03-93) \u2022 La religion: sa place à l\u2019école?(19-04-93) \u2022 Achiel Peelman: «Le Christ est-il amérindien?» (17-05-93) Achat: 25,00$ par cassette.Location (10 jours): 7,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS, la TVQ et les frais d\u2019expédition.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet et le format de la cassette (VHS ou Beta).S\u2019adresser à Pauline Roy-Servant.Centre justice et foi, 25 Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 250 relations octobre 1993 RECENSIONS D\u2019OCTOBRE lectures Louise Mélancon: L\u2019avortement dans une société pluraliste Guy Scarpetta: La suite lyrique William Shea: La révolution galiléenne François Ricard: La génération lyrique Jean Declos: Greffes d\u2019organes et solidarité L\u2019avortement dans une société pluraliste Sauf les cas où on veut simplement choisir le sexe de l\u2019enfant ou utiliser les tissus du foetus pour des raisons médicales, l\u2019avortement est toujours un geste violent, révélateur d\u2019une situation tragique.La plupart du temps, l\u2019avortement est décidé après échec de la contraception.Et ne pas oublier que les exigences du partenaire sont responsables d\u2019un bon nombre de cas.Les motifs sont nombreux; les conséquences également.Sur le plan juridique et politique, l\u2019histoire est plutôt brève: au Canada, les premiers adoucissements de la loi sont de 1969.Avec les années 70, arrivent les grands champions pro-vie (Joe Borowski) et pro-choix (Morgentaler), poussant la question jusqu\u2019en Cour suprême en 1988.Au Québec, toutes et tous se rappellent du procès Daigle-Tremblay.De cette pé- riode sortent deux camps (pro-vie, prochoix) généralement plus nuancés que ce que présentent les affiches et les médias.Louise Mélançon veut ici renouveler la question et la réponse, en partant d\u2019une éthique de la procréation.Elle définit d\u2019abord l\u2019éthique comme un concept plus vaste que celui de morale, cette dernière étant application historique de l\u2019éthique; et le droit comme imposant de l\u2019extérieur des conduites au citoyen; les chartes des droits, en particulier, rapprochent le droit de l\u2019éthique, en mettant au premier plan des valeurs.La transmission de la vie constitue depuis très longtemps une sorte de contrat moral entre l\u2019individu et l\u2019humanité.Une solidarité essentielle, mais liée à la justice et à la vérité.Et qui est maintenant modifiée par la maîtrise technologique de la fécondité et de la vie, modifiée aussi par le «mouvement des femmes», qui fait accéder celles-ci à une liberté qu\u2019elles avaient déjà dans d\u2019autres domaines et qu\u2019elles appliquent à la reproduction, à la parenta- lité masculine et féminine, à la coresponsabilité des deux.L\u2019auteure explore ensuite les théories sur la qualité humaine de l\u2019embryon, et opte pour une voie médiane (celle du conseil consultatif national de l\u2019éthique en France) où on rencontre une ontologie progressive, notion difficile à cerner rigoureusement mais qui s\u2019avère éclairante et cohérente.Tout comme les notions abordées ensuite d\u2019éthique de la responsabilité et de la sollicitude, dont on trouvera de bonnes bases chez Ricoeur et chez Hans Jonas.Un progrès philosophique remarquable, si on relit les éthiques (morales!) classiques, pré-chrétiennes et chrétiennes, souvent simplistes, rigides, et toujours masculines! L\u2019avortement est maintenant relu dans ce contexte clarifié.D\u2019abord sur le plan historique (p.89-91 est une partie plus faible).Il est regrettable qu\u2019une coquille nous présente Saint Thomas d\u2019Aquin au XVIIle siècle! Et n\u2019y a-t-il pas contradiction entre la situation privilégiée des pauvres auprès de Dieu et l\u2019élimination de très relations octobre 1993 251 pauvres par des humains, avec l\u2019approbation de Dieu (p.115).Le texte de Dolto n\u2019ajoute rien, au contraire (note 57), ni la correction pastorale en fin de recherche (p.143).L\u2019auteure cherche ensuite «une évaluation morale concrète, nuancée et ouverte», de l\u2019interruption de grossesse (p.120).Essentiellement, on revient à l\u2019ontologie progressive (p.123), vue du côté de la mère d\u2019abord, et donc à l\u2019établissement progressif possible d\u2019une relation humaine, en pratique à partir de la 8e semaine (p.127) et même probablement de la 12e semaine (p.128).Plus tard que ce premier trimestre, il y a plus forte probabilité de tuer une personne potentielle (p.125).Par ailleurs, tous les avortements du premier trimestre ne sont pas moralement neutres avant la 12e semaine: il faut ajouter d\u2019autres conditions (rupture du couple, santé de la mère, pauvreté grave, violence sociale ou personnelle, grave défectuosité physique ou psychique détectée) et des cas où même un avortement plus tardif peut être considéré.On doit reconnaître que certaines démarches sont trop sommaires, à la fin du livre: avortement comme moindre mal (p.136-137), décision morale limitée à la femme seule, sans la moindre allusion au rôle d\u2019un homme (pourtant jusqu\u2019ici indispensable) dans la grossesse (p.137-140) (l\u2019homme apparaît soudain à la p.148!).On trouvera enfin une très bonne conclusion, des statistiques éclairantes, un peu de bibliographie (où des contributions allemandes importantes manquent entièrement).Au total, un livre solide, bien fait pour l\u2019enseignement et la réflexion.¦ Julien Harvey La suite lyrique ne pas lire, de grâce, le «Prélude» de ce livre: le patron vous croira malade, et il aura un peu raison.Vous serez au lit, lisant.Tout ceci est musique: les personnages (musiciens, chanteurs, compositeurs, interprètes, chefs d\u2019orchestre, cantatrices); le décor: Vienne, Salzbourg, et puis le coeur même du livre, cette «Suite Lyrique» d\u2019Alban Berg que le protagoniste, Kurt Lewen-stein, recopie, annote, étudie, répète, comme l\u2019ultime parchemin d\u2019une époque totalement révolue («toute l\u2019histoire de la musique prend fin avec Richard Strauss», avance-t-il audacieusement un jour).Et puis l\u2019essentiel: l\u2019écriture.J\u2019ai pen- sé une horreur: du Proust que nous n\u2019aurions pas peur de lire.Sans oublier l\u2019organisation même du roman, bâti comme une oeuvre musicale, et dont les titres de chapitre reprennent l\u2019appellation des mouvements de la «Suite Lyrique» de Berg: Allegretto giovale, Andante amoroso, etc.Donc Kurt, musicien, musicologue, chef d\u2019orchestre et célibataire endurci jusqu\u2019à ce qu\u2019une artiste américaine un jour.J\u2019hésite à parler de l\u2019histoire - comme si j\u2019allais ternir le miroir d\u2019une buée inopportune.Disons que le lecteur y trouvera un mélange de réflexions fines sur nos différences continentales (Europe-Amérique), des passions dévorantes, des aller-retour narratifs quadrillant la Provence, New York et l\u2019Allemagne, de longues réflexions sur les imbrications de la musique et de nos vies privées, un véritable cours (mais fort bien vulgarisé) sur la musique moderne depuis Webern, Berg, Schôn-berg et Mahler, le début et la fin de plusieurs avant-gardes picturales aux États-Unis, un procès cinglant de l\u2019Autriche comme pays foncièrement nazi (et qui n\u2019est pas sans répercuter le texte d\u2019une violence inouïe d\u2019un Thomas Bernhard contre son Autriche natale dans Extinction), quelques scènes d\u2019un érotisme vicieux, vindicatif et autodestructeur (comme lorsque le Juif Leweinstein s\u2019offre une ex-nazie notoire, qui chantait dans les bars à pute de Hitler.) - et le dada de Scarpetta: via de nombreuses visites de chapelles, d\u2019abbayes et de cathédrales allemandes, de fréquentes envolées sur la magnifique efflorescence du Baroque, hors de quoi il ne semble pas y avoir beaucoup de sens, du XVIIIe à nos jours.Mais cela est terriblement intelligent.Et sensuel.Mais cela est écrit dans une langue superbe, peut-être un peu consciente d\u2019elle-même.Mais cela devient peut-être un tantinet lassant vers la fin, car il faut bien que les trois destins de Kurt, Barbara et Mireille se joignent un jour sous le même parallèle, restituant des événements identiques; mais le héros, juif émancipé, fatiguera sans doute à la longue - émancipé, mais hanté jusqu\u2019à la paranoïa par cette espèce de nazification de l\u2019âme et des choses, quand vous vivez en Autriche.Mais l\u2019on revient à la langue, assez belle pour s\u2019accorder le droit de se lover en elle-même.Un livre qui fait grand plaisir, et qu\u2019on a envie de prêter, ou d\u2019en répandre les rumeurs.Guy Scarpetta, non, n\u2019est pas seulement un parisianiste, ou un essayiste un peu rébarbatif qui nous a déjà laissé deux ouvrages d\u2019importance: L\u2019artifice et L'impureté.Scarpetta, brillant comme deux Philippe Sollers, évite, lui, de nous exhiber les dents pourries d\u2019un enfant gâté du système médiatique.Il y a là un fond, une voix - et quelques belles heures en perspective.¦ Richard Dubois La révolution galiléenne Ce nom de Galilée reste tristement célèbre à cause de la condamnation romaine qu\u2019il encourut, le 22 juin 1633, à l\u2019âge de soixante-dix ans, pour «avoir soutenu et cru que le Soleil est le centre de l\u2019univers et immobile, et que la Terre n\u2019est pas le centre et n\u2019est pas immobile» (p.264).L\u2019ouvrage de William Shea ne s\u2019attarde pas longuement sur cet épisode désastreux: «la science et la religion devaient toutes deux souffrir de cet affrontement, et ce qui aurait pu être un dialogue fécond se révéla une lutte cruelle» (p.266).En fait, l\u2019étude que consacre Shea à Galilée et l\u2019Église ne constitue qu\u2019une annexe de son livre et provient d\u2019un article paru en 1987 alors que le corps principal du livre a paru en anglais en 1972.L\u2019essentiel du travail de Shea vise à proposer une compréhension contextuelle des travaux et du cheminement de Galilée.Au coeur d\u2019un monde figé dans un aristotélisme d\u2019école, Galilée représente une protestation cohérente, non pas d\u2019abord pour la méthode expérimentale, mais pour la valeur rigoureuse du système mathématique et géométrique.Shea illustre minutieusement que pour Galilée le meilleur argument de la rotation de la terre est le phénomène des marées: or cet argument est faux.Galilée s\u2019est entêté à refuser d\u2019intégrer des faits contraires à sa théorie parce que sa foi à son système mathématique prévaut sur le reste.La «théorie avortée des marées est un cadavre dans le placard de la révolution scientifique.Exposée en plein jour, elle est très utile pour rappeler que la science galiléenne n\u2019est pas tant un jeu expérimental qu\u2019un défi platonicien.Én ce sens, cette théorie mérite bien d\u2019être célèbre» (p.243).Même vingt ans après sa parution en anglais, la publication en français du livre de William Shea La révélation galiléenne est un heureux événement.Sa lecture permet de comprendre, à partir d\u2019un ac- 252 relations octobre 1993 teur important, ce qui caractérise l\u2019entrée dans la modernité.William Shea est professeur à l\u2019Université McGill et co-directeur de la Chaire d\u2019éthique en environnement.¦ André Beauchamp La génération lyrique On considérait, il n\u2019y a pas si longtemps, l\u2019opposition prolétariat/ bourgeoisie comme la ligne de fracture centrale autour de laquelle se déployait la société.Le balisage des frontières de ces catégories sociales devenant toutefois de plus en plus problématique, on a vu se multiplier depuis une vingtaine d\u2019années les analyses proposant de nouveaux pôles conflictuels censés nourrir de façon centrale la dynamique sociale: mouvements sociaux les plus divers, clivages ethniques, «guerre des sexes», etc.Au Québec, plus particulièrement, les conflits de générations ont nourri les réflexions - le plus souvent sur un ton cynique - de nombreux jeunes confrontés à ceux qu\u2019on nomme maintenant les babyboomers.Mais très peu d\u2019analyses globales de la place occupée dans notre société par ces rejetons du lendemain de la seconde guerre mondiale avaient jusqu\u2019ici été proposées.Avec La génération lyrique, de François Ricard, le débat est maintenant bien lancé.Pour bien cerner l\u2019esprit de la génération issue de la toute première vague du baby-boom, correspondant à la fin de la guerre et à l\u2019immédiat après-guerre, Ricard situe son analyse dans le cadre plus large des transformations sociales marquant selon lui la victoire définitive de la modernité.S\u2019inspirant largement des réflexions de Hannah Arendt et de Milan Kundera, il montre ainsi comment cette génération accompagne parfaitement le mouvement par lequel le monde contemporain entend rompre radicalement avec son passé, afin d\u2019ériger une société totalement libérée des amarres de la tradition.Véritables «chargés de mission» du projet moderne, les premiers babyboomers entendent donc en porter à terme tous les aboutissants, par la force de leur nombre.La cassure démographique résultant de la hausse subite de natalité observée à la fin de la guerre ne constitue en effet aux yeux de Ricard que le prélude à une interminable série de ruptures caractérisant un nouveau modus vivendi.À cet égard, et l\u2019auteur y insiste, il faut prendre en compte l\u2019esprit dans lequel ont été conçus et élevés ces «enfants de la liberté» pour mesurer la radicalité des changements qu\u2019ils inaugurent.Porteuse de l\u2019espoir d\u2019un nouveau monde, après les affres de la crise et de la guerre, cette génération est la première à profiter d\u2019une nouvelle représentation de l\u2019enfance, dont l\u2019«univers», avec ses valeurs propres, inviolables, est maintenant reconnu.Cette émancipation fondatrice finira par auréoler la jeunesse d\u2019un statut jusqu\u2019alors inédit: grâce au poids du nombre, l\u2019autorité basculera du côté de la jeunesse.Moment-charnière de ce renversement, la génération lyrique pourra jouir, par absence de contrainte, d\u2019un pouvoir apparemment illimité sur le monde, érigeant du même coup un véritable mur pour les cohortes de jeunes qui la suivent.Le lyrisme de cette génération tient donc dans l\u2019ouverture radicale qu\u2019elle prête au monde, ainsi assimilé à une infinité de possibilités que rien ne saurait contraindre.La remise en cause des «maîtres» dans le mouvement étudiant des années 60 s\u2019avère à cet égard exemplaire.Et la reconnaissance, à la même époque, du monde étudiant comme «corps» spécifique de la société civile, avec ses droits et intérêts afférents, ne fait qu'illustrer le narcissime collectif de cette génération, dont le repli sur soi en tant que groupe se traduit maintenant par une transformatiçn de l\u2019idée et de la réalité de l\u2019État.À un État ayant pour rôle de tracer les contours d\u2019un «monde commun» à habiter, sur la base d\u2019une représentation abstraite, idéale du citoyen, succède en effet un État ayant pour tâche de faciliter l\u2019atteinte du bonheur auquel chacun a droit.Le citoyen disparaît alors de l\u2019espace public au profit des particuliers, avec leurs caractéristiques et intérêts propres: le maintien de l\u2019identité de la génération lyrique comme «corps» passe ainsi par l\u2019abandon de toute expression possible d\u2019une volonté générale, par la dissolution de la sphère politique dans un enchevêtrement d\u2019affaires privées.Depuis cette optique, les idéologies lyriques, qui ont culminé dans les années 70 et au début des années 80 - qu\u2019on songe aux innombrables variations sur le thème marxiste, aux discours sur le moi, inspirés par la vulgate freudienne et l\u2019attrait d\u2019un orientalisme à rabais, ou aux non moins nombreuses idéologies sur la culture et son statut -, ont simplement permis, selon Ricard, de libérer la voie pour les premiers babyboomers, qui héritaient ainsi d\u2019une terre vierge qu\u2019ils pouvaient meubler à leur guise.Dans une société cultivant le fétichisme de la jeunesse - une jeunesse à laquelle les membres de la génération lyrique refusent de renoncer -, l\u2019idée même d\u2019une certaine relations octobre 1993 permanence du monde devenait vide de sens ou, pire encore, «réactionnaire».Portée par cette vision de la «légèreté» du monde, on comprendra que la génération lyrique puisse difficilement s\u2019effacer derrière les générations qui la suivent: en abandonnant ainsi leur jeunesse, c\u2019est à tout ce qui a toujours défini leur être que ces hommes et ces femmes devraient alors renoncer.En abordant l\u2019analyse de la génération lyrique sous l\u2019angle d\u2019une transformation profonde de la dynamique sociale, Ricard réussit à peindre un portrait convaincant de la société contemporaine.Pourtant, cela même qui fait la force de l\u2019analyse n\u2019a pas manqué de susciter chez moi de nombreuses réserves.En revenant sans cesse sur l\u2019importance du poids démographique de la génération lyrique pour expliquer la rupture profonde avec le passé qu\u2019elle contribue puissamment à creuser, Ricard me paraît s\u2019appuyer sur un déterminisme d\u2019autant plus paradoxal qu\u2019il résulterait selon lui d\u2019un choix libre des adultes, à la fin de la guerre.L\u2019accent mis sur cette question me paraît d\u2019ailleurs loger sous l\u2019enseigne du «problème» plus large du statut de cette rupture.Le recours à l\u2019argument du «choc» démographique lui permet de faire un peu rapidement l\u2019économie d\u2019une réflexion plus approfondie sur le sens de la modernité et des transformations en cours.Si on accepte l\u2019idée - qui me paraît fondée - que la modernité, plus qu\u2019une simple rupture avec la tradition, est le monde «qui se sait et se veut le lieu d\u2019une telle rupture», on ne peut situer le moment de rupture entre, disons, le «monde ancien» et la «modernité achevée», à une époque aussi récente.Après tout, le moment révolutionnaire, «symbole» de la modernité, se présente comme moment de rupture - assumée réflexivement du point de vue, universaliste, de la raison - avec la tradition.Il nous paraît donc difficile de suivre Ricard quand il fait de la génération lyrique le porte-flambeau par excellence de la modernité.Cette génération illustre au contraire parfaitement l\u2019épuisement de la logique moderne: à cet égard, l\u2019enfermement narcissique des premiers babyboomers dans un corporatisme que décrit par ailleurs très bien Ricard nous semble marquer une discontinuité radicale avec la prétention universaliste ayant porté la modernité.Ce distinguo ne constitue pas un pur débat académique: ce qui est en jeu ici, c\u2019est en quelque sorte la responsabilité de cette génération dans la constitution du monde actuel.Une responsabilité que Ricard me semble exagérer.La logique actuelle de rupture avec la modernité plonge ses racines bien avant les années d\u2019après-guerre: la génération lyrique se retrouvera simplement sur la crête 253 d\u2019une vague qui la porte, comme nous tous d\u2019ailleurs.Ce qui ne justifie absolument aucune complaisance à l\u2019égard de ceux et celles - qu\u2019ils soient ou non de la génération lyrique - qui se font les hérauts d\u2019une «légèreté» du monde dont on voit tous les jours qu\u2019elle pèse bien lourd sur les épaules de plus en plus de gens.¦ Jean Pichette Greffes d\u2019organes et solidarité ¦ Jean Desclos: «les greffes d\u2019organes font partie des merveilleuses conquêtes de notre progrès techno-scientifique.» Dès la quatrième page de couverture, l\u2019auteur affirme nettement l\u2019orientation générale de son ouvrage Greffes d\u2019organes et solidarité: il ne s\u2019agit pas d\u2019un livre portant sur les enjeux éthiques (sociaux ou personnels) soulevés par les transplantations d\u2019organes, mais bien d\u2019un hommage au progrès médical et à ses artisans.La moitié de l\u2019ouvrage de 140 pages est strictement informative.Même s\u2019il reconnaît que la situation évolue de façon accélérée, l\u2019auteur décrit longuement les conditions et avantages des greffes des divers organes, passe en revue les «conquêtes, difficultés et limites» actuelles en matière de transplantations et présente l\u2019organisation de ce type d\u2019intervention au Québec.Après avoir offert quelques repères d\u2019ordre juridique, il ne consacre que les 25 dernières pages aux «interpellations éthiques».C\u2019est peu - d\u2019autant que les réflexions de l\u2019auteur veulent davantage convaincre du bien-fondé du don d\u2019organes qu\u2019elles n\u2019offrent de critères pour répondre aux questions éthiques posées par ces avancées de la médecine moderne.Certes, l\u2019auteur mentionne quelques dérives pos- sibles: discrimination dans le choix des personnes receveuses, inégalité d'accès aux traitements, mythe de l\u2019immortalité, escalade des coûts, etc.Toutefois, on peut regretter que ces dangers, réels, ne soient qu\u2019effleurés et soulignés à la hâte.Chacun d\u2019eux pose de véritables problèmes éthiques et auraient largement mérité un meilleur traitement.On aurait aussi souhaité que l\u2019auteur précise davantage sa position vis-à-vis la dimension volontaire des dons d\u2019organes.On sait en effet que, même après avoir été suffisamment informées, de nombreuses personnes, pour des raisons personnelles ou religieuses, refusent de faire un tel don: faudrait-il les y contraindre?À notre époque où l\u2019ordre (ou le lobby) médical reste puissant, la vigilance s\u2019impose.Et si l\u2019appel à la solidarité est évidemment légitime, il ne peut masquer l\u2019importance d\u2019un véritable esprit critique devant les «miracles» de la médecine moderne.¦ Francine Tardif Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants: -\tGilles Fortier, Le vocabulaire des adolescents et des adolescentes du Québec, Montréal, Logiques, 1993; 356 P- -\tGilbert Langlois, Cuisses avec dos, Montréal, VLB, 1993; 367 p.-\tSerge Rousseau, Monsieur Bob, Montréal, Quinze, 1993; 309 p.-\tPierre Gobeil, Dessins et cartes du territoire, Montréal, L\u2019Hexagone, 1993; 138 p.-Jean-Alain Tremblay, La grande chamaille, Montréal, Quinze, 1993; 345 p.-\tRichard Cyr, Ma sirène, Montréal, L\u2019Hexagone, 1993; 96 p.-\tWorld directory of academie re- search groups in science ethics (Science policy studies and documents, no 73), UNESCO, 7 place de Fontenoy, 75700 Paris, France, 1993; 168 p.-\tRémi Parent et Simon Dufour, Les ministères, Montréal, Paulines, 1993; 102 P- -\tMichel Falise et Jérôme Régnier, Économie et foi, Montréal, Paulines, 1993; 128 p.-\tNairn Kattan, La Réconciliation à la rencontre de l\u2019autre, LaSalle, Hurtubise HMH, 1993; 122 p.-\tLouise Warren, Léonise Valois, femme de lettres, Montréal, L\u2019Hexagone, 1993; 314 p.-\tJacques Desautels, Le quatrième Roi Mage.Une enquête à Venise, Montréal, Quinze, 1993; 281 p.-\tRoxanne, L\u2019inceste, un cauchemar pour qui?, Pointe-Claire, Roussan, 1993; 127 p.-\tPhilip Knee, Qui perd gagne.Essai sur Sartre, Québec, PUL, 1993; 222 p.-\tMichel Duquette et Diane Lamou-reux, Les idées politiques de Platon à Marx, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1993; 480 p.-\tColl, (sous la dir.de Ruedi Imbach et Maryse-Hélène Méléard, Philosophes médiévaux des Xllle et XIVe siècles, Paris, 10/18, 1993; 409 p.-\tAdm.Rég.Kativik (dép.de l\u2019emploi et de la formation), Scolarité, formation professionnelle et activité économique au Nunavik.Résultats d'une enquête menée au Nunavik au cours des mois de septembre et octobre 1991, Kuujjuaq, 1993; 107 p.(version anglaise en tête-bêche).-\tColl., Lettre à mon écrivain, Montréal, Lacombe, 1993; 109 p.-\tSylvain Trudel, Zara ou la mer Noire, Montréal, Quinze, 1993; 126 p.-\tLuc Asselin, Guerre.Nouvelles, Montréal, L\u2019Hexagone, 1993; 249 p.-\tNancy Guberman, Pierre Maheu et Chantal Maillé, Travail et soins aux proches dépendants, Montréal, Du remue-ménage, 1993; 195 p.-\tAlain Beaulieu et Réal Ouellet (texte établi, présenté et annonté), Champlain.Des Sauvages, Montréal, Typo, 1993; 282 p.¦ Louise Mélançon, L\u2019avortement dans une société pluraliste, Montréal/Paris, Paulines/Mé-diaspaul, 1993; 166 p.Guy Scarpetta, La suite références lyrique, Paris, Grasset, 1992; 456 p.William Shea, La révolution galiléenne.De la lunette au système du monde, Paris, Seuil/ Science ouverte, 1992; 313 p.François Ricard, La génération lyrique.Essai sur la vie et l\u2019oeuvre des premiers-nés du baby- boom, Montréal, Boréal, 1992; 285 p.Jean Desclos, Greffes d\u2019organes et solidarité, Montréal/Paris, Pau-lines/Médiaspaul, 1993; 142 p.254 relations octobre 1993 Un regard neuf, un nouveau souffle : la réflexion des femmes sur le mystère chrétien Du 26 au 29 octobre Mardi et jeudi: 9h à llh50; 13h30 à I5h20 ai Mercredi et vendredi: 9h à llh50 Marie GRATTON BOUCHER L'adolescent et la foi : une alliance impossible?Les 4 et 5 novembre 2 Le 4: 9h à llh50; 13h30 à 16h30 et £ 18h30 à 21h30 < Le 5: 9h à llh50; 13h30 à 16h30 Claude LAGARDE INSTITUT DE PASTORALE 2715 \u2022 Chemin ü la Côte Sainte-Cattierine Montréal (Québec) \u2022 H3T1B6 Entie le ghetto et l'assimilation Pour des communautés davantage «chrétiennes» 5 lundis soir : Du 8 novembre au 13 décembre (saut le 15 novembre) De 18h30 à 21h20 Mark GIBSON M d Apprendre à dire sa foi 3 lundis Le 29 novembre, les 6 et 13 décembre De 9hdllh50;13h30dl5h20 Paul-André GIGUERE Foi, bonheur et sens de la vie.Relire aujourd'hui les Béatitudes Les 3,4,10 et 11 décembre Les 3 et 10:18h30 à 20h50 Les 4 et 11: 9h à lih50; 13h30 à 15h20 Michel GOURGUES Renseignements : (514) 739-3223 relations octobre 1993 255 \t \t \t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t articles\t245 René Boudreault\tSous le signe de la morosité\t245 Clément Farly\tRisquer l\u2019avenir\t247 lectures 251 NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Vers une culture publique commune au Québec Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Surveiller l'annonce qui paraît dans Le Devoir, Jean-Marc Biron ou Pauline Roy 387-2541.le jour même de la rencontre.Le lundi 18 octobre 1993, de 19h30 à 22h00, à la maison Bellarmin 25 ouest, rue Jarry ouest (métro Jarry).Contribution volontaire : 3,00$ octobre 1993 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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