Relations, 1 avril 1994, Avril
[" avril 1994 3,50$ no 599 Le seul choix des Autochtones et des Québécois: vivre côte à côte so* V:*.V 977003437800004 ________\u2014-\t\u201d \"T îp actuelle?Voilà la ques dale.\tQnrtons le Québec de l\u2019âppauvnsse Le 9 mars, les ment», réunis par 1 Asse ¦ le constructive, misantsur\tconstitué de délégués &=Z^2SXSS&F~~~~ teX^meUe l\u2019exclusion économ.que\t^\tproposées, Tant dans l\u2019analyse de la situat.on ^Connaissant le s^^ere mtern^ CJ deux événements se^«flnert^ re8pon8ab.^^.9^.lté8 flgcates tional de la crise.\u2019onn'ns pStiques monétaristes msense .d\tsociales irre- quant à sa f CoCaues^ndustrielles insuffrsan es et ^cc ^ n\tcapacl- SetonSémC dua\u2014 ^ne° endure économique dfflc*, lé de nous solidariser pour affronter\tSortons ,e Québec de l\u2019ap- Les deux prises de portons diffèrent.Wore qu qu\u2019une mmo^comrnu^^ CsVpiSs qui Pivert nous attendre sur le chem,n^ ^ économie au service Mais les deux s\u2019entendent\tj?a capacité de taire g\tCarolyn Sharp relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe membre de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRETAIRE A LA REDACTION Jean Périgny ASSISTANT A LA REDACTION Fernand Jutras COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, Jean-François Bouchard, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Yves Lever, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 25,00$ (taxes incl.) Deux ans: 45,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien : 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 66 relations avril 1994 face à \u2019actualité _ Indignation et désespoir des Autochtones du Mexique L\u2019aide sociale: à quand des solutions neuves?Les prochaines élections au Québec L\u2019exorcisme de la guerre MEXIQUE: LA CRISE EST-ELLE FINIE?dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1994, des milliers d\u2019Autochtones mexicains ont pris les armes, occupé quatre villes et attaqué des garnisons militaires dans l\u2019État du Chiapas, au Sud du Mexique.Cette rébellion prenait les Mexicains et le monde par surprise: si on connaissait bien l\u2019existence de groupes armés dans quelques États du Sud, jamais personne n\u2019avait prévu un soulèvement d\u2019une telle ampleur.L\u2019Armée zapatiste de libération nationale non seulement se révélait forte de plusieurs milliers de membres (on a parlé de 10 000), mais elle montrait un haut degré de cohésion et d\u2019organisation.Elle apparaissait de plus comme un mouvement authentique, c\u2019est-à-dire comme l\u2019expression du sentiment généralisé d\u2019indignation et de désespoir de la population autochtone du Mexique, ce qui oblige rapidement le gouvernement mexicain à laisser tomber ses allégations d\u2019une rébellion «dirigée» par des Centre-Américains.Enfin, dans ses premiers communiqués, l\u2019Armée zapatiste présentait son action comme une riposte à l\u2019Ac- cord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), qui entrait en vigueur ce 1er janvier 1994, et qui, selon elle, allait donner le coup de grâce à l\u2019oppression que vivent les Autochtones depuis 500 ans.Cette rébellion cause un choc dans l\u2019opinion publique canadienne.Au-delà des images spectaculaires ou dramatiques qui nous sont retransmises, un malaise et une inquiétude surgissent: le Mexique serait-il différent de l\u2019image qu\u2019on s\u2019en fait généralement, image rassurante de pays démocratique et moderne, propagée par notre propre gouvernement au moment de négocier l\u2019ALÉNA?C\u2019est cette question implicite ou explicite qui, à n\u2019en pas douter, a forcé le président Salinas à se déclarer en faveur d\u2019une solution négociée au conflit.Mais aux dires de plusieurs citoyens mexicains, le gouvernement craint également que ce conflit ne prenne des proportions incontrôlables, étant donné l\u2019immense vague de sympathie envers les Zapatistes qui a déferlé dans tout relations avril 1994 67 le pays.De cela témoignent les communiqués de centaines d\u2019organisations sociales qui reconnaissent le bien-fondé des revendications zapatistes, bien qu\u2019elles se déclarent contre les moyens violents utilisés.De cela témoigne également la manifestation monstre de 150 000 personnes au Centre-ville de Mexico, le 14 janvier dernier, pour dénoncer les massacres de l\u2019armée dans le Chiapas.En fait, il faut chercher l\u2019origine de ce conflit dans les politiques économiques et sociales désastreuses des différents gouvernements du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), au pouvoir depuis plus de 50 ans, et dans sa dictature de fait, quoique bien camouflée par des élections truquées, et pourrie jusqu\u2019à la moelle par une corruption qui atteint toutes les institutions de l\u2019État.Aux prises avec une énorme dette extérieure, à la fin des années 70, le Mexique adopte les politiques d\u2019ajustements structurels prônées par le FMI et la Banque Mondiale.Privatisations de nombreuses entreprises de l\u2019État, gel des salaires, inflation et dévaluation de la monnaie galopantes, coupures dans les budgets sociaux, rien n\u2019est épargné pour satisfaire les exigences des institutions financières internationales.Le gouvernement priiste d\u2019alors croit ainsi pouvoir attirer les investissements qui contribueraient à redresser sa situation financière.Il ouvre même les portes aux zones franches, où s\u2019installent ces industries de sous-traitance (les maquilas), non soumises aux exigences du code du travail mexicain.Les conséquences sociales ne se font pas attendre: appauvrissement accéléré d\u2019une grande partie de la population déjà pauvre, chômage, migrations de paysans en quête d\u2019un moyen de survie, etc.Cependant, toutes ces mesures n\u2019ont pas apporté les bénéfices ni les investissements escomptés.C\u2019est pourquoi l\u2019actuel président voit finalement l\u2019ALÉNA comme la planche de salut.En vue de signer cet accord, Salinas a fait toutes les concessions qu\u2019on lui a demandées.Il a ouvert ses propres frontières, au détriment des produits mexicains: cette mesure a affecté toute l\u2019industrie nationale, incapable de compétitionner avec les États-Unis ou le Japon.Mais elle a affecté particulièrement l\u2019agriculture: le maïs et les haricots américains, la viande et les céréales entrent maintenant librement au Mexique, ce qui est en train de détruire l\u2019agriculture vivrière locale, à un moment où l\u2019agriculture d\u2019exportation est, elle aussi, en chute libre (baisse des prix du café, du coton, du sucre, etc.).En même temps, le gouvernement Salinas a coupé les subsides à la production et à la commercialisation des produits agricoles, de même que les crédits et l\u2019assistance technique dont bénéficiaient les petits producteurs.Ces différents programmes ont été remplacés par un autre programme appelé «de solidarité», qui s\u2019adresse aux consommateurs! Finalement, le gouvernement de Salinas a procédé l\u2019an dernier à l\u2019étape finale pour satisfaire les exigences requises en vue de signer l\u2019ALÉNA: il a réformé la Constitution mexicaine, héritage de la révolution de 1910 d\u2019Emiliano Zapata.Cette réforme a touché en particulier les terres communales des autochtones.Terres inaliénables dans l\u2019ancienne Constitution, elles peuvent maintenant être vendues à des particuliers ou à des corporations.Cette mesure vient jeter de l\u2019huile sur le feu, étant donné les centaines de conflits déjà présents, même sous l\u2019ancienne Constitution, autour de la propriété de la terre.Le Mexique compte une population de plusieurs dizaines de millions d\u2019autochtones, près de la moitié de ses 90 millions d\u2019habitants.De tout temps, ce fut la population la plus pauvre et la plus marginalisée.C\u2019est de loin, la population la plus touchée par l\u2019appauvrissement qu\u2019ont provoqué les politiques économiques récentes.Le salaire minimum officiel du Mexique est de 4,00$ par jour.Bien au-dessous du seuil de pauvreté, les Autochtones gagnent en moyenne quelques 2,00$ par jour.Les communau- tés autochtones manquent de tout: eau, électricité, logement décent, services de santé et d\u2019éducation, transports.Et on retrouve tous les problèmes chez eux (bien que pas uniquement chez les Autochtones): malnutrition, mortalité infantile, migrations, analphabétisme (des milliers d\u2019Autochtones ne parlent pas l\u2019espagnol).Pour la majorité d\u2019entre eux, la seule véritable richesse, c\u2019est la terre, propriété communale.Or, de tout temps, des propriétaires terriens et des compagnies ont abusé de leur pouvoir pour occuper ces terres, à l\u2019encontre de la loi, et avec la complicité des autorités, polices, juges, gouvernement.Le plus souvent, sans ressources et sans aide juridique, les Autochtones ont dû défendre leurs propriétés par la mobilisation, les manifestations, ou l\u2019occupation.Le plus souvent aussi, la seule réponse qu\u2019ils ont eue, c\u2019est la répression, les assassinats, les détentions illégales, les tortures.À Carranza par exemple, une communauté de Chiapas qui revendiquait ses terres et avait fini par occuper purement et simplement ses propres lots, 600 soldats sont arrivés la nuit, l\u2019an dernier, ont brûlé les récoltes et les maisons, et ont obligé la population à fuir.Quand ils ont protesté, on a détenu 108 personnes de la communauté; deux sont restés invalides à cause des tortures reçues.Les prisons de plusieurs États du Sud sont pleines d\u2019Autochtones qui n\u2019ont commis d\u2019autres délits que de revendiquer ce qui leur appartient.C\u2019est dans ce type de conflits que Don Samuel Ruiz, l\u2019évêque de San Cristobal de Las Casas, a tenté de prendre la défense des Autochtones, se mettant à dos les autorités locales.Pour les Autochtones, la réforme de la Constitution mexicaine signifie la perte de leur dernier espoir de voir un jour leurs droits respectés.Déjà, leur patrimoine est en train de s\u2019effriter, car les spéculateurs sont nombreux à s\u2019emparer des terres autochtones contre quelques milliers de dollars.Ce que vivent les Autochtones, des milliers d\u2019autres mexicains, paysans, travailleurs, jeunes, le vivent également à bien des égards.Mais l\u2019emprise du PRI et du gouvernement est telle que tout espoir de changement semble bloqué.La répression et la fraude ont toujours constitué la manière pour le PRI d\u2019éteindre toute opposition.La Commission mexicaine des droits humains, les organisations sociales réunies dans de vastes mouvements comme le Mouvement des citoyens pour la démocratie, dénoncent depuis longtemps les violations flagrantes des droits de la personne, l\u2019impunité des autorités policières et militaires, la non-liberté d\u2019expression (60 journalistes assassinés dans les trois dernières années), la corruption des appareils de justice, et finalement les fraudes électorales flagrantes.C\u2019est de notoriété publique au Mexique, qu\u2019aux dernières élections, Salinas avait en fait été battu par son opposant Cardenas.Comment faire maintenant confiance à ce gouvernement qui se dit prêt à négocier avec les Zapatistes, et qui affirme qu\u2019il fera toute la lumière sur les violations et les abus perpétrés par l\u2019armée contre les populations civiles au cours de cette crise?Il sera bien difficile pour Salinas de composer avec les revendications zapatistes: des élections réellement démocratiques (ce qui signifie la démission du gouvernement actuel issu d\u2019une fraude électorale), et des conditions socio-économiques justes pour les populations autochtones.En réalité, cette crise nous révèle les plaies profondes de la société mexicaine.La rébellion de janvier n\u2019en constitue que la partie la plus visible, car le couvercle de la bouilloire a sauté.Pour traiter ces problèmes, il faudra avant tout une volonté politique qui a toujours fait défaut au PRI et à Salinas.Ce qui nous fait dire que l\u2019année risque d\u2019être chaude au Mexique, car la crise est loin d\u2019être finie.¦ Marthe Lapierre Développement et Paix 68 relations avril 1994 COMMENT SORTIR DU CUL-DE-SAC?relations publiait, il y a un an, un dossier sur l\u2019aide sociale.On y rappelait les dangers de ces nouveaux règlements qui élevaient la surveillance des plus pauvres au rang de vertu civique.Depuis ce temps, la situation des personnes assistées sociales ne s\u2019est évidemment pas améliorée.Au contraire, on a pensé «couper» les personnes de plus de cinquante-cinq ans, malgré les protestations de plusieurs groupes.De leur côté, certaines municipalités ont proposé d\u2019imposer le «bénévolat» à leurs personnes assistées sociales, dans le but d\u2019alléger leur déficit d\u2019opérations.Mais les maires de cette idée géniale se sont évidemment bien gardés d\u2019imposer la même médecine à eux-mêmes ou encore à leurs conseillers.Le gouvernement fédéral n\u2019est pas en reste, qui promet une réforme des programmes sociaux et prépare l\u2019opinion à des changements qui iront vraisemblablement dans le même sens.De quelque côté qu\u2019on se tourne, on se retrouve donc devant la même situation, c\u2019est-à-dire une politique du court terme, qui subit l\u2019envoûtement des coupures et qui demeure incapable de sortir des ornières actuelles.Nous sommes bel et bien dans un cul-de-sac.Pendant ce temps, le nombre de personnes assistées sociales augmente: parmi elles se trouvent des gens qui, il n\u2019y a pas longtemps, travaillaient et payaient des taxes.Au lieu de chercher des solutions neuves qui passeraient par une véritable réforme de la fiscalité, le gouvernement préfère aller chercher quelques dollars dans les poches des plus pauvres.Au lieu de travailler à une véritable politique de l\u2019emploi par des solutions neuves, comme la réorganisation du temps de travail, le partage du travail ou encore le soutien à des activités socialement utiles, on offre une poignée d\u2019emplois au salaire minimum.Si, du moins, toutes ces visites de vérification qui se multiplient permettaient à l\u2019État d\u2019économiser de l\u2019argent.Malheureusement, une étude de l\u2019Université de Montréal1 a pu démontrer qu\u2019il n\u2019en est 1.James lain Gow, Alain Noël, Patrick Villeneuve, Choc des valeurs dans l\u2019aide sociale au Québec?Pertinence et signification des visites à domicile, in Cahiers du GRÉTSÉ (Groupe de recherche et étude sur les transformations sociales et économiques) no 13, Département des Sciences politiques, Université de Montréal, novembre 1993.rien.Non, décidément, le gouvernement est à bout de souffle et d\u2019idées.La sclérose fait ses ravages à tous les échelons et prend maintenant les apparences de la fermeté.De leur côté, les groupes qui ont le fardeau quotidien de défendre les personnes assistées sociales tirent la langue.Ils ont tout tenté pour faire changer certains points de la loi, mais le ministère est demeuré sur ses positions.Le Protecteur du citoyen lui-même n\u2019a pas eu plus de succès.De guerre lasse, les groupes réunis dans le Front commun des personnes assistées sociales ont décidé de contester la constitutionnalité de deux points de la loi actuelle: l\u2019impossibilité pour deux personnes qui acceptent de partager le même logement de ne pas être pénalisées et l\u2019impossibilité pour les personnes qui participent à des mesures prévues par la loi d\u2019être reconnues comme travailleuses, avec tous les droits inhérents à cette reconnaissance.Faut-il regarder plus loin et se demander ce que le Parti québécois peut offrir pour ce qui a trait au régime d\u2019aide sociale?Dans l\u2019hypothèse, en effet, où ce parti prendra le pouvoir, est-il réaliste de s\u2019attendre à des changements importants?Dans le Programme du Parti (édition de 1991 ), on trouve certaines améliorations qui amèneraient une plus grande souplesse au régime actuel.On veut, par exemple, transformer le système actuel en un régime de revenu minimum garanti.C\u2019est sans doute là l\u2019amorce d\u2019une autre philosophie de la sécurité du revenu.Les bénéficiaires pourront jouir d\u2019une plus grande marge de manoeuvre et choisir eux-mêmes le type de participation qu\u2019ils estimeront utile.De même, les organismes communautaires seront appelés à jouer un grand rôle auprès de ceux qui voudront participer à des mesures d\u2019encadrement.Mais quand, quelques lignes plus loin, on ajoute que les barèmes actuels seront maintenus, on se demande si la situation présente pourra vraiment être dépassée.Or, il me semble que les revendications des groupes vont beaucoup plus loin qu\u2019une plus grande souplesse accordée aux personnes et aux organismes impliqués.On veut une transformation de fond du régime actuel.Le problème, c\u2019est que le contenu concret de ces revendications se fait attendre.Il faudra bien que certains s\u2019en occupent.¦ Guy Paiement Centre Saint-Pierre, Montréal ELECTIONS ET REFERENDUM À LHORIZON depuis son assermentation comme Premier ministre, Daniel Johnson s\u2019applique résolument à relever le défi d\u2019enlever un troisième mandat consécutif pour le Parti libéral du Québec.Il serait bien étonnant qu\u2019il y réussisse.Au moment d\u2019écrire ces lignes (mi-février), tout indiquait que la population du Québec appuiera le Parti québécois aussi massivement qu\u2019elle l\u2019a fait pour le Bloc au niveau fédéral.Les électeurs québécois, par contre, ne semblent pas disposés à accorder un oui majoritaire à l\u2019option de la souveraineté.Contradiction?Pas nécessairement.Car il faut bien noter que la victoire du Bloc québécois, aussi nette et spectaculaire fût-elle, s\u2019est tout de même arrêtée au seuil du cinquante pour cent.De même, le Parti québécois pourra rafler une imposante majorité de sièges à l\u2019Assemblée nationale avec un vote demeurant en deçà de la majorité des suffrages exprimés.Il semble donc que nous sommes en voie de répéter le scénario de 1976,1980 et 1981.Nous aurons des souverainistes au gouvernement à Québec, comme dans l\u2019opposition à Ottawa.Nous parlerons beaucoup de souveraineté.Mais nous ne la réaliserons pas.Encore une fois, la majorité québécoise, profondément attachée à une identité que lui refuse le système canadien, n\u2019aura pas l\u2019occasion de s\u2019exprimer parce qu\u2019elle ne se reconnaîtra pas dans les choix limités qui lui sont offerts.Pourtant, il se trouve beaucoup de personnes, parmi celles qui relations avril 1994 69 parlent et écrivent, pour se féliciter de ce que nous soyons en présence d\u2019une alternative claire, sans ambiguïté.Pour une fois, dit-on des deux côtés de la barricade, nous choisirons entre la souveraineté et le fédéralisme centralisateur, entre la nation québécoise et la nation canadienne.Bravo! C\u2019est clair, c\u2019est satisfaisant pour l\u2019esprit.Le seul petit problème, c\u2019est qu\u2019il se trouve encore plusieurs Québécois pour refuser ce dilemme.Plusieurs se trouvent encore aussi inconfortables avec le PQ de M.Parizeau et sa souveraineté triomphaliste qu\u2019avec le fédéralisme à la sauce Chrétien-Johnson.Plusieurs se disent résolument Québécois d\u2019abord mais Canadiens ensuite, tout en demeurant disposés à concevoir la souveraineté du Québec comme un moyen qui permettrait de sauvegarder leur identité prioritaire.En d\u2019autres termes, bon nombre de Québécois marcheraient dans un référendum où la souveraineté serait présentée comme un ultime recours, sans pour cela renoncer à l\u2019idéal de l\u2019union canadienne.Pourquoi ces Québécois auraient-ils tort d\u2019affirmer leur préférence pour une double identité, à l\u2019heure où l\u2019on peut être à la fois Français et Européen, Catalan, Espagnol et Européen?Parmi ces Québécois, se trouvent quantité de personnes qui ne se sentent pas à l\u2019aise dans un Parti québécois qui se targue de n\u2019avoir pas besoin des minorités ethniques et anglophones pour faire l\u2019indépendance, qui opère encore des distinctions entre les vrais Québécois et les autres.Beaucoup de Québécois, nés ici ou ailleurs, aimeraient entendre un message qui rassemblerait au lieu de diviser, qui inclurait au lieu d\u2019exclure, qui correspondrait à cette nouvelle identité québécoise en train de se définir dans la diversité, le pluralisme et la fraternité.Qu\u2019une élection nous divise selon nos options partisanes, cela est normal.Qu\u2019un référendum sur notre avenir national nous trouve brisés, cassés en deux factions plus ou moins égales, voilà qui n\u2019est guère prometteur.Une troisième voie?Pourquoi pas?Malheureusement, celle de M.Jean Allaire est plutôt mal partie et semble demeurer bien en deçà de ce qu\u2019elle promettait.¦ Louis Balthazar Politicologue, Université Laval LE DÉSIR DE LA MORT DE L\u2019AUTRE1 Presque quotidiennement les médias attirent notre attention sur d\u2019interminables guerres à travers le monde.De nobles raisons sont invoquées pour justifier les assassinats de milliers d\u2019innocents et se donner bonne conscience.Même des chrétiens tuent au nom du Christ! Cette méditation veut démasquer le mensonge et plutôt faire voir que c\u2019est le désir de la mort de l\u2019autre qui fonde l\u2019idéologie de la guerre.dieu devient une idole si l\u2019on tue pour lui.L\u2019individu se croit lieutenant de Dieu dans l\u2019assassinat collectif.On se veut défenseur de la nation sainte appelée par les uns Oum-mah et par les autres Ecdésia.Par la violence morale ou physique, la nation sainte est transformée en groupe sociologique.Ce qui était le signe d\u2019une Présence n\u2019est plus que le lieu du pouvoir absolu.Tout autre lieu n\u2019a plus de contenu.La communauté humaine qui faisait l\u2019unité de ces groupes s\u2019anéantit du fait de la négation des uns par les autres.L\u2019unité est niée au point de départ.Tous ceux qui cherchent à la reconstituer s\u2019exposent à la mort.La mort, dans cette situation, est la seule rationalité qui nous fonde.Ceux qui entreprennent la guerre civile dans les pays où la mentalité n\u2019est pas sécularisée croient mener une lutte métaphysique.Là où le tiers monde est structuré confessionnellement comme au Liban, toute guerre, fût-elle celle des autres, est ressentie comme une guerre religieuse.Si elle est le fait d\u2019une intervention directe de l\u2019Occident, elle est appelée croisade.Le monde musulman souffre toujours du traumatisme des croisades.Même si l\u2019Islam sait intellectuellement que les États occidentaux sont loin d\u2019être mus par des considérations religieuses, il continue à confondre l\u2019Europe et son prolongement culturel qu\u2019est l\u2019Amérique comme des pays de chrétienté.Récemment, le conflit entre l\u2019Arménie et l\u2019Azerbaïdjan, tous deux pourtant républiques soviétiques, fut saisi comme un conflit à résonance religieuse.Mission civilisatrice ou campagne de pacification, quelle que soit la sévérité de ces expressions, cela profite à l\u2019occupant.Sa conscience a besoin de mots.Un mythe est toujours nécessaire pour couvrir la violence.La guerre, fût-elle moderne, est une lutte de dieux.Qu\u2019importent les noms nouveaux dont on les habille.Cela est plus visible dans la guerre intestine d\u2019un pays en voie de développement.La lecture mythologique faite par les diverses communautés de leur passé, de leur place ou de leur vocation devient la grille de la connaissance des faits et conditionne leur action.Cette lecture détermine aussi la lecture que l\u2019on fait de l\u2019autre et dont la conséquence inéluctable est son élimination physique ou morale.Sa disparition englobe celle de son histoire qui a dû être une erreur.Si les efforts actuels s\u2019avèrent insuffisants pour le supprimer de la terre des vivants, on pourrait, tout au moins, en falsifiant l\u2019histoire, le faire disparaître du séjour des morts.Il n\u2019appartiendra plus à la mémoire collective du pays.On pourrait éventuellement tolérer son existence physique.Il est surtout impératif qu\u2019il soit absent de ce déploiement des dieux véritables qu\u2019est l\u2019histoire.Dans cette situation, c\u2019est le désir de la mort de l\u2019autre qui fonde l\u2019idéologie.Entre une guerre internationale et une guerre civile, il n\u2019y a point de différence de nature.Le pays ennemi, la confession ou la race ennemies sont autant de sociétés closes, étanches, appelées à disparaître.Seul le mythe de la mort change.Mais ici et là l\u2019identité de l\u2019autre est niée.Il faut créer une nouvelle histoire à partir du désir.Suspendre l\u2019histoire est une exigence de la vérité qui, par nature, est absolue.La vérité est la spécificité d\u2019un groupe, sa durée, le salut qu\u2019il apportera à la fin des hostilités.Nous avons dans la guerre civile une violence subtile, qui corrompt profondément celui qui en use.Il devient un être travesti, installé dans le pire des mensonges, celui du coeur, car c\u2019est le coeur qui conçoit et déclare l\u2019anathème.¦ Par le métropolite Georges Khodr évêque du Mont-Liban 1.NDLR: Ce texte est tiré d\u2019un article intitulé L\u2019exorcisme de la guerre, publié dans le Courrier Oecuménique du Moyen-Orient 14-15 (II, III-1991), p.13.70\trelations avril 1994 DOSSIER vivre côte à côte le seul choix des Autochtones et des Québécois STOCK A -^lEVsî-' g:V.¦'hy&'er*.\\ ¦
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