Relations, 1 juin 1994, Juin
[" relations juin 1994 3,50$ no 601 le travail à la marge & 977003437800006 -\u2014\tj^^ôix^_Quêlqûss^îg'^^°^^ prochaines élec- Vivons-nous à ',heu^fid®S population québécoise attend le féministes l\u2019impatience avec TTlusîeuTpersonnes progrès® s*e ^synouve||es alliances qui tinns' la décision de plus |eurs candidatures, j mainmise neo Et pourtant, ne faut-il pas n\tLe besoin \u201c«-,ïsa\u2018=='S-sS\u201c ssssasgSeKsal»- - °-\u201c sorte\tde\tsociété\tdésirons-nous^\tC^^ona)e\tpopulaire\tco^d\t^\tsera\trabou- r^rsscs\u2014= SS \u201c%SZS'~~%s\".V£ S5S3ÏÏr®« \u2014\u2019 Plus que jamais, la\t^\u2018sentir au Québec ^ailieu^s s.aigneai projet?\tCarolyn Sharp relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsa-bilité d\u2019un groupe membre de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRETAIRE A LA REDACTION Jean Périgny ASSISTANT A LA REDACTION Fernand Jutras COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, Jean-François Bouchard, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Yves Lever, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 25,00$ (taxes incl.) Deux ans: 45,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 130 relations juin 1994 face à \u2019actualité _ Révolution ou retour en arrière?Le dernier film de Denis Arcand Jus d\u2019orange ou jus de pomme?Une ONG se lance en affaires LA RÉVOLUTION McKENNA depuis quelque temps, Frank McKenna, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, est la coqueluche de la presse nationale.La perception populaire voudrait que M.McKenna, à la tête de la province depuis 1987, ait réussi à changer profondément le Nouveau-Brunswick, surtout dans son approche de la question sociale.La «révolution» McKenna se fait sur quatre fronts: l\u2019image de la province, la croissance économique, les finances publiques et les programmes sociaux.Le front sur lequel M.McKenna a probablement connu le plus de succès est celui de l\u2019image de la province.Perçu, tant par sa propre population que par les gens de l\u2019extérieur, comme étant au bas de l\u2019échelle, le Nouveau-Brunswick est de plus en plus présenté comme avant-gardiste, pour ne pas dire révolutionnaire.Pour ce faire, le discours officiel devient très positif et la critique, par conséquent, très peu appréciée.Mais l\u2019image projetée reflète-t-elle bien la réalité?Pour répondre, penchons-nous sur les trois autres fronts.Le deuxième front est celui de la croissance économique.M.McKenna dit souvent que la création d\u2019emplois est son objectif principal, pour ne pas dire son obsession.Mais malgré ses efforts, il n\u2019y avait en février 1994, au Nouveau-Brunswick, que 286 000 emplois, soit le même nombre que pour l\u2019année 1991, 5000 de moins qu\u2019en février 1993 et 9000 de moins qu\u2019en juin 1993.Pendant la campagne électorale de 1991, le premier ministre avait pourtant promis de créer 25 000 emplois au cours de son second mandat.Le gouvernement a certainement sa part de responsabilité pour les pertes d\u2019emplois: au cours des trois dernières années: 1300 postes furent éliminés dans la fonction publique provinciale.M.McKenna n\u2019a cependant jamais dit que le gouvernement allait créer des emplois, mais plutôt qu\u2019il n\u2019allait que contribuer à la création d\u2019emplois par le secteur privé.Pour ce faire, M.McKenna n\u2019épargne aucun effort pour aller chercher des firmes à l\u2019extérieur de la province, souvent au prix de subventions et de dégrèvements fiscaux.De nombreuses personnes du monde des affaires de la province déplorent d\u2019ailleurs le fait que le gouvernement ne s\u2019intéresse guère aux entreprises locales.Qui plus est, cette stratégie favorise beaucoup plus les centres urbains, où vont s\u2019installer les nouvelles firmes, que les régions rurales, souvent victimes de difficultés économiques associées au secteur des ressources.Afin d\u2019inciter les firmes de l\u2019extérieur à venir s\u2019installer au Nouveau-Brunswick, M.McKenna vante l\u2019environnement que son gouvernement a contribué à créer et qui comprend une main-d\u2019oeuvre qualifiée et bilingue, mais à bon marché, des impôts peu élevés pour les entreprises, et un déficit «contrôlé».relations juin 1994 131 Ce qui nous amène au troisième front choisi par M.McKenna: l\u2019assainissement des finances publiques.Déjà depuis plusieurs années, le gouvernement provincial mène une politique d\u2019austérité, où tous et toutes doivent se serrer la ceinture.Parmi les mesures prises par le gouvernement, on retrouve, contrairement à l\u2019Alberta, des hausses de taxes et d\u2019impôt, bien que le dernier budget provincial ait été exempt de telles mesures.Le 1er janvier dernier cependant, l\u2019impôt provincial augmentait de deux points pour tous les contribuables.Le Nouveau-Brunswick devenait alors la seule province à augmenter les impôts des plus démunis, la plupart des autres provinces ne l\u2019ayant fait que pour les contribuables les plus riches.Pour atteindre l\u2019objectif visé, tous les moyens sont bons.On n\u2019hésite pas à déchirer des conventions collectives afin de modifier le salaire des fonctionnaires.On a connu également une foule de coupures.De plus, lorsque l\u2019on va de l\u2019avant avec de nouvelles mesures, le principe de l\u2019équité n\u2019est pas toujours présent.Par exemple, lors de l\u2019implantation du programme de maternelles publiques il y a environ trois ans, le gouvernement annonçait que les enseignantes et enseignants de ces classes ne recevraient qu\u2019une fraction du salaire de leurs consoeurs et confrères des niveaux plus élevés, - différence qui prendrait plusieurs années avant d\u2019être éliminée.Finalement, le gouvernement se retire de plus en plus de certains champs d\u2019activités, ce qui nous amène à notre prochain point.Le quatrième front pour M.McKenna est la réforme des programmes sociaux.Un principe se retrouve dans toutes les actions du gouvernement McKenna: le transfert de la responsabilité du gouvernement vers l\u2019individu.Par exemple, le régime d\u2019aide au revenu du Nouveau-Brunswick est le moins généreux au Canada.Ainsi, en 1992, une personne seule et apte à travailler ne recevait que 3400 dollars, soit 24% du revenu représentant le seuil de pauvreté.Mais telle est la philosophie globale du gouvernement du Nouveau-Brunswick.Pour le gouvernement McKenna, si une personne est apte à travailler, il n\u2019est alors pas de la responsabilité du gouvernement de s\u2019assurer qu\u2019elle puisse vivre convenablement.Cela devient la responsabilité de l\u2019individu, de sa famille, de la communauté.DE L\u2019AMOUR ET nombreux sont ceux qui, dans mon entourage immédiat ou dans les médias, furent déçus par le dernier film de Denis Arcand, De l\u2019amour et des restes humains, adapté de la pièce de Brad Fraser.Laissons de côté les accusations douteuses portées contre Arcand parce qu\u2019il a réalisé son film en anglais avec des acteurs Canadians.De même, passons outre aux critiques plus techniques (mauvaise post-synchronisation, direction d\u2019acteurs plutôt faible, etc.).Le malaise est plus profond.Annoncé comme le film-phare de la génération des 20-35 ans (la fameuse génération X), De l\u2019amour.m\u2019a déçu, comme il a déçu mes pairs, parce qu\u2019il brosse en fait le portrait des marges de la génération X.Il ne s\u2019agit pas ici de porter un jugement moral contre les marginaux et les minoritaires, qui souvent ouvrent le champ des possibles à la masse des conformistes.Toutefois, il faut bien constater que la majorité des membres de ma génération sont hétérosexuels, n\u2019habitent pas le centre-ville, ne consomment pas de cocaïne et ne fréquentent pas, à leur insu ou non, un serial killer.Autrement dit, ils sont à peu près absents du film.Je ne dis pas que le cinéma doit refléter la réalité.Plus per- Le support gouvernemental n\u2019est même pas toujours là lorsque les gens tentent d\u2019améliorer leur sort.Par exemple, le supplément pour la garde d\u2019enfants qu\u2019offrait la province aux mères célibataires allant aux études fut éliminé avant la dernière année scolaire.Le programme Nouveau-Brunswick au travail tombe également dans cette catégorie.Plusieurs des participants trouvent qu\u2019ils sont financièrement défavorisés en participant à ce programme de formation, car des coûts comme celui de la garde d\u2019enfants et du transport ne sont que partiellement compensés.Bien que plusieurs des participants semblent néanmoins satisfaits, il semblerait qu\u2019après environ deux ans près de la moitié des participants ont abandonné ce programme (qui dure trois ans).Le gouvernement vient d\u2019annoncer une nouvelle initiative.Il offrira 12 000 dollars à des individus approchant l\u2019âge de la retraite, en échange de leur participation à des travaux communautaires pendant six mois.Ceci laisse les participants libres d\u2019aller chercher un revenu supplémentaire sans pénalité pendant le reste de l\u2019année.Bien que l\u2019on puisse applaudir certains aspects de ce programme, l\u2019équité ne semble pas en être sa force.Deux individus pourraient ainsi se retrouver dans un même lieu de travail, effectuant les mêmes tâches mais avec une rémunération différente, l\u2019un étant salarié, l\u2019autre participant au programme.De plus, ne s\u2019agit-il pas d\u2019une main-d\u2019oeuvre gratuite pour le secteur privé, qui pourrait faire appel dans certains cas aux participants du programme?La révolution McKenna ne serait-elle alors que de la poudre aux yeux?En fait, M.McKenna est très constant dans son approche.Il gère au Nouveau-Brunswick un désengagement de l\u2019État où l\u2019individu est de plus en plus livré à lui-même, dans un monde où le marché capitaliste devient roi.C\u2019est pourquoi, pour plusieurs, la révolution McKenna paraît comme un retour au XIXe siècle.¦ Pierre-Marcel Desjardins Institut canadien de recherche sur le développement régional, Moncton, NB RESTES HUMAINS sonne n\u2019ose soutenir ouvertement cette thèse, quoique sur certains sujets, il y en a qui tolèrent mal de voir la fiction prendre ses aises par rapport à la vérité des faits.Cependant, De l\u2019amour.nous a été vendu sous le label «réalité sociale», et c\u2019est ça qui nous agace.Suite au visionnement du film d\u2019Arcand, Richard Martineau, rédacteur en chef de l\u2019hebdomadaire Voir, a exprimé, non sans humour, son ras-le-bol devant l\u2019identification jeunesse = marginalité1.Dans un autre contexte, on a vu un tel agacement motiver Catherine Fol à réaliser un documentaire sur les jeunes afin de combattre les préjugés qui courent sur le sujet.Misère du couple.Passant à un second niveau d\u2019analyse (passage toujours discutable en soi), on découvre des affinités entre le paysage mental des personnages de Fraser-Arcand et celui de la génération X en général.À commencer par cette sensibilité à la question de la durabilité du couple: est-il encore pos- 1.Publication du 24 au 30 mars, p.4.132 relations juin 1994 sible, dans le procès de civilisation qui est le nôtre, ou n\u2019est-il qu\u2019une forme agonisante d\u2019intersubjectivité?Et si l\u2019amitié reste un repère solide bien que trop souvent négligé - la découverte de liens d\u2019amitié entre les deux principaux protagonistes n\u2019est-elle pas le sens de la dernière séquence?- c\u2019est surtout l\u2019amour qui est malmené dans ce film.Veut-on dire autre chose de la vie de couple vécue par la génération X et filmée par Arcand, qu\u2019on mentionnera la méfiance à l\u2019égard des institutions qui traditionnellement sanctionnent l\u2019union de deux êtres (quand ce n\u2019est pas la méfiance, c\u2019est la folklorisation).J\u2019entends d\u2019ici les hurlements moraux des uns et des autres: ce refus de l\u2019engagement ouvre la porte au papillonnage, la notion de fidélité s\u2019évanouit, la famille n\u2019est plus possible, etc.Ces arguments ont leur part de vérité, mais ils tournent le dos à la caractéristique fondamentale de la culture européenne depuis la Renaissance: la rupture des attaches traditionnelles et, en contrepartie, la création de modes de vie inédits.Et c\u2019est très exactement cela qui est enfoui au coeur des personnages d\u2019Ar-cand: la liberté de se faire.Ils sont homo - ou bi-sexuels et ne sont pas plus malheureux ou débiles que les hétéros purs et durs.Leur identité sexuelle est souple, non encline à se fixer sur un modèle en particulier.Le déclin de l\u2019empire hétérosexuel.S\u2019il est une chose pour laquelle on doit louer Arcand, c\u2019est de montrer des homosexuels non caricaturaux.Ils nous apparaissent comme des explorateurs qui, prenant acte de la fatigue du schème hétérosexuel, s\u2019enfoncent dans la zone proscrite du même.Mais qu\u2019on ne se méprenne pas: ce n\u2019est pas la domination de l\u2019idéal hétérosexuel en particulier qui est contestable aux yeux des jeunes générations, c\u2019est le principe de domination en lui-même.S\u2019il est un slogan des sixties qui a survécu à cette époque, c\u2019est bien le fameux «Il est interdit d\u2019interdire».Pour être plus précis, je dirais que c\u2019est l\u2019interdiction-en-tant-qu\u2019elle-entra-ve-la-vie qui est méprisée par ma génération.L\u2019interdit du meurtre, cela va de soi! Mais l\u2019interdit d\u2019aimer des gens de son propre sexe, pas question! Le véritable slogan serait plutôt «Vivre et laisser vivre».J\u2019aime bien la séquence finale du film parce qu\u2019elle nous laisse dans l\u2019incertitude quand à l\u2019orientation sexuelle des personnages.Cette séquence laisse flotter le film.À l\u2019instar de notre société, la tendance est au respect des différences.Notion souvent éprouvante, difficile d\u2019accès, toujours à rebâtir, je vous l\u2019accorde.Et je vous concède même qu\u2019elle tend à limer la pensée critique.Dans certains milieux (éditoriaux, universitaires, financiers) il est très in de s\u2019en prendre aux défenseurs du droit à la différence.L\u2019accusation d\u2019être politically correct se veut un synonyme de manque de discernement et d\u2019aphasie intellectuelle.Or, je poserai une question: qu\u2019est-ce qui doit animer une pensée critique?Dit autrement: quel est le sens ultime d\u2019un regard non naïf sur le monde?Il serait singulièrement malhonnête de refuser d\u2019affronter cette question.Au fond, ce film agit comme révélateur, en ce qu\u2019il fait parler les gens: c\u2019est dans les commentaires personnels qu\u2019il suscite qu\u2019on en apprend sur le statut des marges et de la liberté de notre société.L\u2019effet de miroir qu\u2019il propose n\u2019est pas sur l\u2019écran, il est dans nos mots.¦ Marc Lemire 26 ans DES COMMUNAUTÉS RURALES RESPONSABLES Cest autour de ce thème que s\u2019est tenue, à Joliette, le 21 février 1994, la troisième conférence nationale de Solidarité rurale du Québec.La région Lanaudière, où quelques centaines de participantes et participants se sont retrouvés, illustre bien la pertinence du thème puisque 90% du territoire est rural et 32% de la population vit en milieu rural, soit 100 000 des 300 000 personnes.Une des grandes préoccupations, suite aux états généraux, est de faire émerger graduellement dans le monde rural un nouveau modèle de société plus respectueux des personnes et de leur environnement physique et social.Le moyen ciblé cette année était la prise en charge parles communautés rurales de leur propre vie, de leur propre avenir et de celui des territoires où elles sont implantées.Près d\u2019une dizaine de personnes-ressources ont apporté leur contribution.Issues du milieu des jeunes et des communications, du milieu syndical, ecclésial, universitaire, coopératif, et provenant de divers coins du Québec comme Rimouski, l\u2019Abitibi, le Bas St-Laurent et Coaticook, ces personnes nous ont partagé leurs expériences, leurs réflexions et questionnements.Grâce à une interaction constante avec l\u2019auditoire, les échanges sont demeurés concrets et réalistes.Le thème de la Conférence comportait deux volets.Le premier a traité des communautés rurales qui se solidarisent.Rappelons brièvement deux interventions.Adéodat St-Pierre nous a fait part d\u2019une pièce de théâtre: «Village pour demain».L\u2019objectif était de stimuler les gens des villages du Bas St-Laurent dans leur volonté de prendre en main leur avenir.C\u2019est en se reconnaissant dans des valeurs et des forces humaines qui leur sont propres et en créant des liens étroits à travers leur action, que les gens concernés pourront y parvenir.Pour sa part, Lorraine Pagé nous a partagé un intéressant point de vue: dans un «Québec cassé en deux», certaines régions se sont vues marginalisées; avec une «économie à valeur ajoutée» pour un «État à valeur ajoutée», il devient urgent de créer une «société à solidarité ajoutée».Le deuxième volet, sur les communautés rurales qui passent à l\u2019action, a permis des moments d\u2019humour et de vérité.Une pertinente intervention de la salle est venue rappeler l\u2019importance des «petits ajustements» et «petits gestes» du quotidien, en cohérence avec nos options.Lors des pauses santé de nos multiples réunions de tous genres, que faut-il offrir?Le jus de pomme des producteurs d\u2019ici, dans la ligne des produits «Qualité Québec», ou le jus des oranges produites ailleurs?Un geste simple, mais qui a des conséquences importantes! Hugues Dionne a mis en évidence le fait que le rural est un « lieu de mémoire» des valeurs humaines et aussi « une chance» pour explorer de nouvelles relations aux autres et à la terre.Puis, Claude Charron, un urbain, nous a rappelé que le peuple québécois «sent encore la terre», mais qu\u2019il a à retrouver ses racines afin de contribuer à édifier une société dont le défi consiste à répartir autrement la richesse.J\u2019aimerais, en terminant, vous faire part de quelques invita- relations juin 1994 133 tions lancées au cours de cette Conférence.Puissions-nous les considérer comme des objectifs à poursuivre, là où nous sommes! Les participantes et participants ont été invités à réfléchir sur l\u2019importance de redécouvrir le sentiment de citoyenneté, à redonner son visage d\u2019humanité à nos sociétés, à se tenir debout contre le pessimisme et le fatalisme, à décider de vivre nos valeurs et de croire au possible, à refaire le maillage de tous les individus et groupes de nos milieux, à remettre l\u2019imagination et la créativité au pouvoir et, enfin, à réapprivoiser le processus démocratique dans chacun de leurs groupes.De bien belles considérations me direz-vous! Mais rassurez-vous, car le président de Solidarité rurale du Québec, Jacques Proulx, a conclu la journée en invitant l\u2019assemblée à revenir l\u2019an prochain pour partager des expériences réalisées, des bouts de chemin parcourus, des gestes posés sous le signe de la créativité et de l\u2019imagination.Permettez-moi de souhaiter que, dans la région Lanaudière et ailleurs au Québec, les nombreuses institutions scolaires ou autres qui nous offrent habituellement des caisses d\u2019oranges et de pamplemousses (made in.) pour leur campagne de financement, nous proposeront à l\u2019avenir davantage de sacs de pommes ou de carottes! ¦ Reine Magnan Responsable des services de pastorale sociale Diocèse de Joliette ZIMBABWE: VERS UN DÉVELOPPEMENT AUTOFINANCÉ?alors que les traditionnels pays donateurs diminuent leur aide à l\u2019Afrique, à Bulawayo, au Zimbabwe, une ONG se lance en affaires pour pouvoir continuer d\u2019exister.Une première nationale sinon mondiale.Il y avait quatre ans que les négociations duraient.Lucas Batteries of Zimbabwe, filiale zim-babwéenne de l\u2019important fabricant britannique de batteries d\u2019automobiles, a finalement été achetée par des investisseurs locaux.Au nombre de ceux-ci, une ONG: ORAP, pour Organization of rural associations for progress, qui pourra désormais encaisser 10% des dividendes de la nouvelle compagnie formée par les nouveaux propriétaires.«Il n\u2019y a aucune gêne à faire ce que nous faisons, se défend la directrice d\u2019ORAP, Sithembiso Nyoni.La transaction est tout ce qu\u2019il y a de plus légal.Nous toucherons nos dividendes de la l\u2019inter action \"peuples VA LOIN Grâce à vous, Développement et Paix soutient, dans le tiers monde, l'action de partenaires courageux qui luttent pour un monde plus juste.«DÊkELOPPEAfENr Er R4IX 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N 1A3 (514) 257-8711 même façon que nous touchons les dons des organismes occidentaux.Nous demeurons une ONG.» Il y a lieu d\u2019être surpris quand on connaît le passé socialiste du Zimbabwe et la mentalité socialisante et presque anticapitaliste qui anime habituellement le monde des ONG.La surprise disparaît toutefois quand on constate qu\u2019ORAP a 102 employés à plein temps, 82 autres payés par d\u2019autres programmes, une quincaillerie, un garage, une flotte de nombreux véhicules dont plusieurs camions de livraison, des bureaux en train d\u2019être agrandis et des activités qui touchent pas moins d\u2019un million et demi de personnes dans un pays dont la population totale dépasse à peine les dix millions.Rien à voir avec les petites ONG souffreteuses qu\u2019on a l\u2019habitude de rencontrer par-ci par-là en Afrique ou ailleurs dans le monde.ORAP mène donc des projets à la hauteur de ses aspirations.Ainsi, ses dirigeants pensent créer, avec les profits provenant de la fabrication des batteries, une société par actions pour financer des projets dans les communautés rurales où le crédit est généralement difficile d\u2019accès aux petits entrepreneurs.Sur le terrain, ORAP est présente dans divers domaines: l\u2019amélioration de l\u2019habitat, la production agricole, la santé, la création d\u2019emplois, la création de centres de développement, le soutien technique aux communautés, l\u2019appui à la recherche de financement, etc.«Mais, affirme madame Nyoni, ORAP est plus un mouvement qu\u2019autre chose.Notre but est de mobiliser les gens, les impliquer dans le développement.Notre rôle est de nous assurer, avec les gens, que le développement a bel et bien lieu dans les communautés, dans les villages.» ORAP met donc l\u2019accent sur l\u2019éducation au développement et tente d\u2019inculquer à ses membres le sens de la responsabilité face au développement.«L\u2019aide occidentale à l\u2019Afrique a diminué de 58% au cours des dernières années, poursuit la directrice d\u2019ORAP.Nous, nous ne voulons pas disparaître.Alors si le développement doit continuer, il faut que les Africains y contribuent.Le développement, ce n\u2019est pas seulement de consommer l\u2019aide qui nous vient de l\u2019étranger.Il faut d\u2019abord bien la gérer, veiller à ce qu\u2019elle soit bien utilisée et cela veut dire qu\u2019il faut impliquer les gens à la base et les habituer à ne plus se contenter de recevoir.» ¦ Michel Bellemare journaliste indépendant 134 relations juin 1994 DOSSIER le travail _ à la marge < Dans deux dossiers publiés antérieurement, Relations a traité de la question du travail salarié et reconnu socialement, s\u2019exerçant dans des lieux visibles ou des établissements explicitement voués à cette fin.Or il existe quantité de travail plus ou moins reconnu économiquement, qui n\u2019est donc pas rémunéré ou pas payé dans sa totalité, qui n\u2019est pas comptabilisé dans le produit intérieur brut (PIB).Même s\u2019il n\u2019est pas clandestin ou illégal, ce travail demeure cependant peu visible, socialement marginal.Nous pouvons l\u2019appeler «travail caché» ou plus largement «travail à la marge».relations juin 1994 135 Jean F.Leblanc/STOCK LE TRAVAIL À LA MARGE par Jacques Boucher dans le travail à la marge, nous classons d\u2019abord le travail domestique traditionnellement accompli par les femmes.Mais voici qu\u2019avec le développement de l\u2019informatique et de la télématique, le travail rémunéré s\u2019introduit de plus en plus dans les appartements et les maisons privées, sous de nouvelles formes tout à fait légales, comme nous le montre la contribution de Laura C.Johnson à ce dossier.Parallèlement, il semble bien que le travail domestique, salarié, mais sous-payé et sans protection, se répande dans un nombre croissant de foyers grâce à l\u2019«importation» de main-d\u2019oeuvre féminine du tiers monde, comme nous le révèle le texte de Marie Boti et Michelle Smith.À l\u2019inverse, il existe un volume considérable d\u2019heures de travail non rémunérées, au service de ses semblables ou de la communauté.Il s\u2019agit du travail bénévole, librement consenti, dont Danièle Guigard Feredj nous dresse un rapide mais éloquent tableau.De son côté, Jacques T.Godbout fait ressortir que cette forme de solidarité prend tout son sens dans le don entre étrangers, signe de gratuité sans attente de retour, contrairement à ce qu\u2019avancent les thèses utilitaristes.Les limites d\u2019un dossier nous empêchent d\u2019explorer toutes les formes de ce travail à la marge.Certaines pratiques côtoient l\u2019illégalité, laissant miroiter la perspective d\u2019un emploi stable si l\u2019individu s\u2019y plie temporairement.C\u2019est ainsi qu\u2019au hasard des conversations, on entend des personnes admettre qu\u2019elles acceptent de donner gratuitement du temps de travail, sous prétexte d\u2019entraînement, d\u2019apprentissage ou encore de faire des heures supplémentaires non rémunérées en attendant que les «affaires» aillent mieux.Sous des apparences de travail volontaire, ces pratiques glissent dans la manipulation et la fausse représentation.D\u2019autres pratiques, exemptes de tout soupçon cette fois-ci, entraînent cependant une prestation totale d\u2019heures de travail beaucoup plus élevée que la rémunération globale qui est attribuée pour un contrat de travail.Ainsi, les contractuels comptabilisent rarement tout le temps qu\u2019ils mettent à la recherche de contrats, à l\u2019élaboration de propositions de travail, à la gestion courante nécessitée par un tel type d\u2019activité, sans compter les investissements en équipement nécessaire.Enfin, la compétition est souvent importante entre pigistes et ces derniers acceptent souvent d\u2019allonger les journées de travail sans compter, pour décrocher des contrats ou garder un client.Avec l\u2019introduction des règles du marché ou la déréglementation croissante du travail, nous sommes en droit de nous demander si nous n\u2019allons pas régresser vers le vieux système du «tâcheronat» (comme au XIXe siècle), pour une frange relativement importante du travail vouée à la précarisation ou à l\u2019incertitude.Deux types de situations Nous le voyons bien, il existe au moins deux types de situations très différenciées, opposées même, de travail à la marge.L\u2019un est choisi comme lieu de liberté, de créativité et de valorisation.L\u2019autre est plutôt subi, basé sur la concession à sens unique, dans l\u2019espoir d\u2019obtenir une rémunération nécessaire à la survie.Dans le premier cas, nous retrouvons un certain nombre de personnes qui préfèrent, pendant une période de leur vie au moins, travailler «à contrat» ou comme pigiste, afin d\u2019avoir plus d\u2019autonomie d\u2019horaire, de mouvement et dans l\u2019organisation de leur travail.Nous pouvons ajouter, sous ce type d\u2019activités, le travail bénévole sous différentes formes, exécuté tant en dehors du cadre du travail salarié qu\u2019en relation avec lui, comme par exemple le militantisme des employés de différents groupes des mouvements sociaux.C\u2019est un lieu important de solidarité sociale par la voie communautaire1, qui devrait trouver un appui économique tangible du côté de l\u2019État et participer à l\u2019orientation des services à la population plutôt que d\u2019être sollicité dans la sous-traitance.Aussi la réduction du temps du travail pour le partage de l\u2019emploi prend-elle tout son sens dans la libération du temps pour une implication dans le partage des tâches domestiques, la solidarité communautaire, la création culturelle et l\u2019engagement politique2.Mais le deuxième cas présente un portrait tout à fait différent.On y trouve les sa- lariés à statut précaire et les pigistes qui n\u2019ont pas d\u2019autres choix pour obtenir une certaine rémunération, par exemple ces femmes cantonnées au travail domestique ou ne pouvant accepter que des contrats à domicile faute d\u2019emplois à l\u2019extérieur ou de services de garderie suffisants.C\u2019est le lieu de la contrainte, de l\u2019incitation plus que de l\u2019invitation, où l\u2019on fait miroiter les vertus et les résultats de l\u2019entrepreneurship.C\u2019est aussi le lieu de l\u2019isolement, de la fragilité extrême et, trop souvent, de la manipulation.Ce versant du travail à la marge présente un défi considérable aux mouvements sociaux, particulièrement aux syndicats3, mais aussi au mouvement des femmes, au mouvement coopératif et au mouvement communautaire et populaire, afin d\u2019établir des mécanismes de protection réelle des personnes poussées dans cette marginalité, laquelle risque de devenir normative.Ce double versant de la marge dans le travail nous fait également voir que s\u2019affrontent, dans notre société, deux modèles de développement portés par des acteurs ou groupes sociaux en opposition.L\u2019un de ces modèles, le néo-libéralisme, recherche la relance économique par la baisse des coûts du travail et des services à la population, la préoccupation des coûts sociaux arrivant bien loin.L\u2019autre modèle, que portent surtout les mouvements sociaux, se construit plutôt sur la solidarité, la démocratisation du travail et de l\u2019ensemble de la société, la qualité des produits et des services, la protection de l\u2019environnement.Après plus de vingt ans de discours néo-libéral et de politiques conséquentes, nous n\u2019avons pas encore vu la moindre lueur de sortie de la crise.Nous constatons plutôt l\u2019effritement social et économique, seule une minorité déjà bien installée ayant profité de ces politiques néo-libérales.¦ 1.\tVoir Alain Lipietz, Choisir l\u2019audace, Paris, La Découverte, 1989.2.\tVoir André Gorz, Métamorphoses du travail.Quête de sens, Paris, Galilée, 1988.3.\tVoir Jacques Boucher, «Une nouvelle «gauche» syndicale?», Relations, no 594, octobre 1993, p.237 à 240.136 relations juin 1994 LE TRAVAIL À LA MAISON par Laura C.Johnson1 S»! V Avec le développement de l\u2019informatique et de la télématique, le travail rémunéré s\u2019introduit de plus en plus dans les appartements et les maisons privées, sous de nouvelles formes tout à fait légales.« Quand vous quittez le bureau le vendredi, vous avez fini.Quand je quitte le bureau le vendredi, je n\u2019ai pas quitté mon travail.La seule façon de le quitter serait de sortir de la ville, ce que je ne fais pas souvent.» (femme secrétaire à la maison, 35 ans, 10 ans d\u2019expérience de travail à domicile) On commence à ressentir les effets de la restructuration économique aussi bien sur le front domestique que dans les usines et les bureaux.En cette fin de vingtième siècle, on en revient aux pratiques du début du siècle qui localisaient bien des activités de travail à la maison.Au moment où les emplois deviennent une denrée rare au Canada, les perspectives d\u2019emploi à domicile ne cessent de croître.1.L\u2019auteure, consultante en recherches sur les politiques sociales, a travaillé récemment comme experte pour la Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement (SCHL) sur les besoins familiaux en ma- Le terme «travail à la maison» comprend bien des sortes de travail et de travailleurs.Les travailleurs à domicile peuvent être aussi bien des salariés, des travailleurs autonomes, ou même avoir un statut obscur d\u2019«entrepreneur indépendant» tout en faisant, en fait, du travail pour un employeur.Ils (il faudrait sans doute plutôt dire «elles» puisqu\u2019une majorité d\u2019entre eux sont des femmes) peuvent travailler à la maison à temps plein ou à temps partiel.Et le travail à domicile touche des secteurs aussi variés que l\u2019industrie, le secrétariat, les arts et les professions libérales.C\u2019est le travail clérical à domicile qui semble progresser le plus rapidement.Aussi bien dans les secteurs public que privé, les employeurs font présentement des expériences systématiques de travail à la maison pour des employés qui tra- tière de logement.Son rapport, Housing the New Family, sera publié sous peu par la SCHL.Sociologue, elle a aussi publié The Seam Allowance: Industrial Home Sewing in Canada (The Women\u2019s Press, Toronto, 1982).vaillent sur des ordinateurs reliés en réseau.Le bureau d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019a plus besoin d\u2019être un même espace géographique donné: il devient de plus en plus une toile dont les fils sont reliés par les réseaux de télécommunications.Le travail de l\u2019avenir?Les futurologues et les défenseurs du beau petit coin de travail à la maison soulignent ses nombreux avantages: environnementaux grâce aux déplacements automobiles réduits, sociaux et familiaux grâce à la plus grande flexibilité des horaires de travail, économiques grâce aux coûts immobiliers et aux frais généraux réduits pour les employeurs.La publicité pour le matériel de bureau destiné à la maison, que l\u2019on trouve dans les chic magazines d\u2019affaires, nous montre souvent des hommes en vêtements sport, travaillant dans des espaces attrayants, décorés de tapis orientaux et d\u2019autres symboles de luxe domestique.Certaines annonces y ajoutent un chat en arrière plan, pour tenir compagnie à ce travailleur à do- relations juin 1994 137 micile à la fine pointe de la technologie.Dans les faits pourtant, le travailleur à domicile sera bien plus souvent une femme qu\u2019un homme, et ce sera la responsabilité des enfants qui l\u2019incitera à déménager son travail à la maison, bien plus que le désir d\u2019un compagnonnage animal.Quant à son espace de travail, il risque bien plus d\u2019être un sous-sol encombré qu\u2019un chic bureau de magazine.Certains observateurs du travail à domicile, surtout tel qu\u2019il est pratiqué par les femmes, concluent qu\u2019il pourrait revitaliser les communautés locales en renforçant les interactions sociales informelles2.Plus de gens passant plus de temps dans leur milieu local, il y a donc plus de chances de contacts quotidiens entre voisins.Selon la géographe sociale canadienne Suzanne Mackenzie, «.les travailleurs à domicile reconsidèrent leur voisinage en tant que lieu de travail, évaluant leur communauté immédiate et plus large à la fois en termes de demande pour leur produit ou service et en termes de facilités pour les aider dans leur travail3.» Indépendamment de ce potentiel de construction de la communauté locale, il Cachée dans les foyers, cette forme de travail n\u2019est pas facile à quantifier d\u2019après les indicateurs sta- tistiques officiels.Pourtant, au niveau des communau- tés locales, il y a bien des signes que le travail à domi- cile augmente.y a de plus en plus de recherches qui montrent que le travail à la maison, particulièrement pour les femmes et les travailleurs non professionnels, peut être une source d\u2019isolement, d\u2019exploitation et de stress puisque les femmes cumulent très souvent le double fardeau du travail et de la famille sous le même toit4.La cohabitation du travail rémunéré et du travail domestique peut être, pour les femmes et les jeunes enfants, une grande source de stress tout en les privant des aspects sociaux du travail.La plupart des maisons n\u2019ont pas été conçues pour permettre des espaces de travail de qualité.La majorité des travailleuses à domicile n\u2019ont pas d\u2019espace de travail séparés du reste de la maison.Marjorie Bulos note d\u2019ailleurs qu\u2019il n\u2019est pas clair si cette absence de séparation 138 vient d\u2019un manque d\u2019espace adéquat ou bien d\u2019un besoin, de la part des travailleuses, d\u2019intégrer le travail domestique et le salarié5.En l\u2019absence d\u2019une telle séparation physique entre les responsabilités familiales et de travail, les recherches montrent que les femmes utilisent d\u2019autres techniques pour gérer ces responsabilités conflictuelles: comme en modifiant les horaires où les invités ou les autres membres de la famille peuvent être à la maison, ou en restreignant l\u2019accès de certaines pièces aux membres de la maisonnée6.Quelle est son importance?Cachée dans les foyers, cette forme de travail n\u2019est pas facile à quantifier d\u2019après les indicateurs statistiques officiels.Pourtant, au niveau des communautés locales, il y a bien des signes que le travail à domicile augmente.Et si une partie du travail est transmise électroniquement (grâce aux réseaux d\u2019ordinateurs), bien des services de messagerie (aussi bien à bicyclette qu\u2019en voiture ou en camionnette) livrent chaque matin le travail de la journée en emportant avec eux celui de la veille.Ce qui entraîne des problèmes de bruit et de stationnement dans les quartiers jusqu\u2019ici résidentiels.Un autre indice clair de la place croissante du travail à domicile est l\u2019abondance des initiatives prises pour lever les obstacles empêchant cette activité.Si, dans bien des localités, les règlements de zonage interdisent le travail à la maison, les pressions du travail sont telles qu\u2019elles forcent peu à peu à redéfinir la nature de l\u2019habitation.Les planificateurs ont commencé, à plusieurs endroits, à revoir la réglementation et à examiner d\u2019autres options possibles, tout comme les promoteurs immobiliers commencent à prévoir dans leurs plans aussi bien des espaces de travail et de stationnement que des 2.\tPenny Gurstein, «Emerging scenarios of \u201chome\u201d in the \u201cinformation society\u201d», conférence prononcée au Symposium international sur l\u2019habitation, Suède, 1989.3.\tSuzanne Mackenzie, «Women\u2019s responses to economic restructuring: Changing gender, changing space» in R.Hamilton and M.Barrett (Eds), The Politics of Diversity, Montreal, Book Center, 1986, p.93.4.\tSheila Allen and Carol Wolkowitz, Homeworking: Myths and Realities, London, Macmillan, 1987; and Laura C.Johnson with Robert E.Johnson, The Seam Allowance: Industrial Home Sewing in Cana- relations juin 1994 équipements de transmission (comme les câbles de fibre optique).Même les manufacturiers voient dans le mobilier de bureau un nouveau marché prometteur.Certaines municipalités ont commencé à faire face à ces questions en essayant de répondre d\u2019abord aux besoins des artistes et des artisans en trouvant des façons de légaliser ces «lofts» où ils installent souvent à la fois leur atelier de travail et leur logis: problèmes de zonage, de code du bâtiment, de taxation qui doivent trouver des solutions inédites.Il y a à Montréal un graffiti bien connu qui proclame: «les artistes sont les troupes de choc de la gentrification».Dans le cas du travail à domicile, il se pourrait bien que l\u2019avant-garde artistique annonce une profonde redéfinition du foyer, de la maison et du lieu de travail, avec des implications profondes pour l\u2019ensemble des travailleurs canadiens.Avant de modifier nos habitations et nos communautés pour s\u2019adapter aux travailleurs individuels qui peinent dans l\u2019isolement de leur domicile, il vaudrait mieux envisager d\u2019abord une approche alternative.En utilisant l\u2019exemple des lieux de travail partagés expérimentés dans les modèles «en incubateur» développés pour venir en aide aux compagnies et aux industries en difficultés, les nouveaux développements domiciliaires pourraient inclure des zones communes de travail partagées par les résidents.De telles zones pourraient offrir un éclairage, du mobilier et des salles de conférence ou de réunion adéquats, de même que la possibilité de partager certains équipements communs.On pourrait aussi y inclure d\u2019autres services nécessaires, comme des services de garde d\u2019enfants.N\u2019étant plus isolés chacun chez soi, les travailleurs à domicile auraient ainsi de meilleures chances de contrôler leurs conditions de travail et de tirer profit des avantages potentiels que comporte cette nouvelle forme de travail.¦ (Traduction: Dominique Boisvert) da, Toronto, The Women\u2019s Press, 1982.5.\tMarjorie Bulos, «The use of space and home adaptations by home based workers: A report of a survey among home owners in two London boroughs», exposé présenté au Symposium international sur l\u2019habitation, Suède, 1989, p.6.6.\tKathleen Christensen, Women and Home-Based Work: The Unspoken Contract, New York, Henry Holt and Co., 1988; Sherry Ahrentzen, «Housing design for home-based work: Historical and contemporary situations», exposé présenté au Symposium international sur l\u2019habitation, Suède, 1989. Les travailleuses migrantes: «LA DENRÉE LA PLUS RENTABLE» par Marie Boti et Michelle Smith* 1 Un grand nombre de femmes des Philippines quittent leurs propres enfants et leurs familles pour prendre soin des enfants, pour faire le ménage et pour «divertir» dans les pays plus riches de l\u2019Asie, comme Hong Kong et Singapour, dans les pays pétroliers du Moyen-Orient, en Europe et même ici, en Amérique du Nord.Elles sont devenues une «denrée rentable»; leur situation ressemble à un commerce d\u2019esclaves des temps modernes.Qu\u2019est-ce qui pousse toutes ces femmes à partir loin de chez elles pour travailler dans des conditions souvent dégradantes?Quel sort attend ces travailleuses dans les pays d\u2019accueil comme le Canada?Quels sont les enjeux pour le mouvement des femmes des Philippines et du Canada?Ce sont quelques questions que nous tenterons de toucher dans les pages qui suivent.Un exode planifié La migration des travailleurs et travailleuses des pays du Sud vers le Nord n\u2019est pas un phénomène nouveau.Il y a 70 millions de ces travailleurs migrants dans le monde aujourd\u2019hui, soit une personne sur 50, dans la population mondiale.Ce qui est nouveau, c\u2019est l\u2019exportation de la main-d\u2019oeuvre comme outil de développement économique.En effet, 2,5 millions de Philippins et de Philippines travaillent dans plus de 132 pays étrangers, sans compter les 2 millions qui ont pris la citoyenneté de leur pays d\u2019accueil.Il y a vingt ans à peine, la grande majorité de ces migrants était des hommes.Aujourd\u2019hui, le travail des femmes, comme do- 1.Ce texte reprend de larges extraits d\u2019un article paru dans UniversElles (vol.6, no 1, mars 1994, p.11 à 16), bulletin féministe de solidarité internationale publié par le Cinquième Monde, 459 rue Caron, Québec, Qc G1K 8K8.mestiques, hôtesses, prostituées, est en forte demande dans les pays plus riches.Les femmes constituent donc maintenant la moitié de tous les travailleurs migrants.Chaque jour, 1655 travailleuses quittent les Philippines pour vendre leur force de travail à l\u2019étranger.Un grand nombre de celles-ci sont diplômées, professeures, comptables ou professionnelles de la santé.Les deux-tiers aboutissent dans des emplois de domestiques.Voici comment les besoins du capital agissent sur la libération des femmes: dans le passé, les femmes émigraient pour suivre des hommes, un père, un mari.Aujourd\u2019hui, elles partent plutôt pour assumer un rôle de pourvoyeur principal de la famille, en faisant un travail traditionnel de femme à l\u2019étranger.Les gouvernements agissent eux-mêmes comme intermédiaires dans ce commerce.Le gouvernement philippin émet des permis aux travailleuses, au prix de 125$ US, et perçoit les devises étrangè- Entre 1987 et 1992, environ 10 000 travailleuses domestiques par année entraient au Canada: plus de la moitié d\u2019entre elles provenaient des Philippines.SX relations juin 1994 139 res qui parviennent aux familles par les banques philippines.En effet, les travailleurs et travailleuses migrants envoient 70% de leur salaire à leur famille: ce qui représente une somme de plus de 2 milliards de dollars US annuellement, selon les sources officielles, allant jusqu\u2019à 7 milliards selon d\u2019autres sources.Ces envois sont devenus la source principale de devises étrangères du pays, plus que la canne à sucre ou la noix de coco.C\u2019est ce qui permet au gouvernement de continuer à payer sa dette extérieure, comme l\u2019exigent les institutions internationales.Par ailleurs, plusieurs intermédiaires y trouvent leur compte: des agences de recrutement, des compagnies aériennes, des changeurs de devises et même les familles des femmes.Des réseaux de trafic de prostituées et d\u2019hôtesses se cachent derrière l\u2019écran de ce mouvement migratoire.Selon le Rapporteur de l\u2019ONU, Jean Fernant, ce commerce est devenu plus rentable que le trafic d\u2019armes ou le trafic de drogue! Les femmes sont les plus pauvres des pauvres.Dans les modèles de développement dictés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, les travailleuses dans les zones franches industrielles sont exploitées comme main-d\u2019oeuvre à bon marché.Les politiques de stabilisation récentes de la Banque mondiale ont augmenté le fardeau de la dette sur bon nombre de pays du tiers monde, les acculant au bord de la faillite.Dans ce contexte de crise économique, les femmes cherchent par tous les moyens à assurer la survie de leur famille: par la vente de bibelots ou de cigarettes à la pièce, la récupération de vidanges ou même la prostitution.Dans ce contexte, un emploi comme domestique à l\u2019étranger devient une option valable pour des milliers de femmes de l\u2019Asie.Le président Marcos avait intégré l\u2019exportation de la main-d\u2019oeuvre dans sa planification économique, garantissant les entrées de devises.Cette commercialisation de la main-d\u2019oeuvre philippine se pra- tique de façon encore plus agressive sous le régime de la présidente Corazon Aquino, qui déclara notamment que les travailleurs et travailleuses migrants «sont les véritables héros du pays».En 1991, il existe 378 agences de recrutement de ces travailleurs au pays.Aujourd\u2019hui, c\u2019est au tour du président Fidel Ramos de suivre ces traces.Le président a stipulé, dans son programme de développement à moyen terme «Philippines 2000», que l\u2019exportation de travailleurs et de travailleuses sera augmentée de 30%.Le ministre du Travail, Nieves Confesor, a déjà commencé à négocier des ententes avec des gouvernements et des entreprises à l\u2019étranger pour leur engagement.Par ailleurs, le gouvernement ne fait rien pour assurer le bien-être de toutes ces personnes expatriées.Le gouvernement philippin n\u2019a ni ratifié les conventions internationales pour la protection des travailleurs migrants, ni signé des accords bilatéraux avec les pays d\u2019accueil pour mieux protéger les conditions de vie et de travail de ses ressortissants.Les présidents Marcos, Aquino et Ramos ont tous choisi d\u2019encourager la saignée de main-d\u2019oeuvre, plutôt que de favoriser la création d\u2019emplois et l\u2019industrialisation dans le pays.Dans le contexte actuel de mondialisation de l\u2019économie, la contradiction principale de cette migration est la suivante: des Philippins et des Philippines quittent leur pays «moins développé» pour travailler dans un pays «développé».Mais ils travaillent dans des conditions «tiers-mondistes» et marginales, donc, récoltent ce qu\u2019il y a de «pire» dans les «meilleurs» pays.Parallèlement, les investisseurs étrangers ont libre accès aux richesses énormes des Philippines et les canalisent éventuellement vers le Nord.Donc, ils s\u2019emparent ainsi du «meilleur» dans les «pires» pays, c\u2019est-à-dire les ressources humaines et les richesses naturelles.Et voilà comment on creuse l\u2019écart entre les pays riches et les pays pauvres.Les conditions d\u2019accueil La discrimination dans les pays d\u2019accueil est monnaie courante.Les travailleuses philippines, comme minorité visible, sont traitées comme des personnes de deuxième classe.À Singapour, on exige que les travailleuses domestiques passent des tests de grossesse tous les six mois pour éviter qu\u2019elles ne se marient avec un Singapourois de souche.Au Japon, les hôtesses philippines sont payées un tiers du salaire des Japonaises et ne sont pas protégées par les lois du travail.En Arabie Saoudite, les domestiques sont exclues du code du travail.Les travailleuses domestiques occupent des emplois dont personne ne veut dans les pays d\u2019accueil: c\u2019est exactement ce qui se passe au Canada.Le programme fédéral spécial pour l\u2019entrée des travailleuses domestiques (Programme des employées de maison étrangères), en vigueur jusqu\u2019en 1992, stipulait, comme condition, que les travailleuses habitent chez leur employeur.Condition qu\u2019aucune Canadienne n\u2019accepterait, à cause des risques d\u2019abus que cela comporte: heures de travail interminables, aucune séparation entre le travail et les loisirs, être disponible 24 heures sur 24.Ce sont des conditions qui ne peuvent être choisies de plein gré.Entre 1987 et 1992, environ 10 000 travailleuses domestiques par année entraient au Canada: plus de la moitié d\u2019entre elles provenaient des Philippines.Contrairement à d\u2019autres classes de travailleurs en demande, les travailleuses domestiques ne sont pas admises comme résidentes et ne peuvent demander le statut d\u2019immigrante reçue qu\u2019après deux ans de travail ici.Leur présence au pays dépend des bonnes relations avec leur employeur et ce statut précaire crée un rapport de force inégal et une pression constante pour s\u2019assurer qu\u2019elles vont se plier à n\u2019importe quelle exigence de travail ou autre.BIBLIQUIZ Le jeu du Nouveau Testament Pour apprendre à connaître les lieux, les personnages, les écrits et les coutumes à l\u2019époque de Jésus.Préparé par des professeurs de la CÉCM, supervisés par une conseillère en éducation chrétienne.PRIX SPÉCIAL: 9,95$ (frais d\u2019envoi et taxes en sus) Commandez à: S©CABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381; téléc: (514) 274-5184 140 relations juin 1994 Même si les conditions salariales et autres sont décrites dans le contrat de travail, il n\u2019y a aucune surveillance pour veiller au respect de ces dispositions.Dans plusieurs provinces, les travailleuses domestiques ne sont pas couvertes par les normes minimales de travail, par la loi sur le salaire minimum ou par la loi sur les normes de santé et de sécurité du travail.Isolées dans des maisons privées, vulnérables aux abus et au harcèlement sexuel, travaillant en moyenne 70 heures par semaine, pour un salaire officiel, au Québec, d\u2019environ 155$ par semaine (après déduction de l\u2019impôt, du logement et de la nourriture): telles sont les conditions d\u2019une bonne partie de ces travailleuses au Canada.Elles s\u2019organisent Malgré les contraintes, (certains employeurs ne permettent pas à leur domestique de se mêler à d\u2019autres ou de sortir toute seule), elles trouvent le moyen de se regrouper et de s\u2019organiser.Cela commence par le bouche à oreille, lorsqu\u2019on se croise au super-marché ou au parc avec les enfants, on se reconnaît comme concitoyenne et on s\u2019échange des numéros de téléphone, etc.Il existe maintenant, dans presque toutes les grandes villes du Canada, des regroupements de travailleuses domestiques.Certains sont à caractère plutôt social, d\u2019autres sont plus militants.Plusieurs se sont imposés comme porte-parole et comme interlocuteurs auprès des gouvernements dans les dossiers les concernant.Les travailleuses domestiques prennent aussi leur place au sein du mouvement des femmes, qui appuie leurs revendications de base.Un large appui se développe dans la population parmi ceux et celles qui connaissent ces conditions.À l\u2019assemblée annuelle marquant le 20e anniversaire (en 1993) du Comité canadien d\u2019action sur le statut des femmes, la plus large coalition pan-canadienne regroupant 550 groupes de femmes, une résolution a été adoptée, voulant que les femmes de l\u2019extérieur du Canada, venues faire du travail domestique ou donnant des soins aux personnes, puissent être admises comme résidentes permanentes et aient le choix d\u2019habiter ou non chez leur employeur.Après avoir fait maintes représentations au ministère de l\u2019Immigration au cours des années, on croyait enfin que des changements seraient apportés pour améliorer la situation de ces travailleuses.Au contraire, le gouvernement adoptait, Les présidents Aquino et Ramos ont encouragé la saignée de main-d\u2019oeuvre, au lieu de favoriser la création d\u2019emplois et l\u2019industrialisation dans le pays.en janvier 1992, un nouveau Programme des aides familiales résidentes.Les nouveaux critères d\u2019admissibilité resserrent l\u2019étau davantage: on exige désormais douze ans de scolarité, une formation spécialisée d\u2019au moins six mois à temps plein (formation qui ne se donne qu\u2019en Angleterre et aux États-Unis) et une bonne connaissance de l\u2019anglais ou du français.Les femmes qu\u2019on veut exclure viennent des pays du tiers monde.Parmi celles qui répondent aux nouveaux critères, le gouvernement précise clairement que les infirmières et les éducatrices diplômées sont bienvenues.On veut donc des femmes plus qualifiées pour travailler dans les mêmes conditions déplorables et au même salaire de famine.Après tout, on sait que ce travail ne vaut pas cher, les femmes l\u2019ayant toujours fait gratuitement dans le cadre du mariage.Le nombre de travailleuses domestiques qui entrent au pays est en chute libre depuis 1992, à cause de la crise économique et des nouveaux critères d\u2019admissibilité.En effet, à peine quelques centaines sont admises et moins d\u2019un tiers d\u2019entre elles proviennent des Philippines.La chute fut si importante qu\u2019il n\u2019y a plus assez de domestiques pour répondre à la demande.Le gouvernement libéral a dû réduire les restrictions quelque peu, au début de 1993.Aussi, à partir du 16 mars 94, le critère de formation spécialisée est-il éliminé.Tous les rapports employeur/domestiques ne sont pas cauchemardesques.Au relations juin 1994 contraire, il y a bon nombre de travailleuses domestiques qui sont bien traitées et qui ont des conditions équitables.Les employeurs ne sont pas uniquement des femmes bourgeoises, insensibles à la valeur du travail domestique, s\u2019offrant une «nannie» au Canada.Il y a aussi des femmes de classe moyenne, parfois mères de famille monoparentale, qui doivent concilier travail et famille, dans l\u2019absence de réseaux d\u2019entraide et de services de garde d\u2019enfants adéquats.Dans notre société industrialisée, les ressources de garde d\u2019enfants ne suffisent pas à la demande.Ce n\u2019est donc pas surprenant que nos gouvernements considèrent la main-d\u2019oeuvre féminine en provenance des pays pauvres comme un palliatif intéressant à ce manque de ressources.Mais ce genre de politique oriente les solutions dans le domaine du privé et de l\u2019individu, en plus de diminuer les pressions sur les gouvernements pour la prise en charge collective des services de garde.Tout compte fait, est-ce aux femmes pauvres du tiers monde de faire les frais de la «libération» des femmes d\u2019ici?Les organisations de travailleuses domestiques, par leurs revendications et leurs luttes, font avancer la cause de toutes les femmes.Elles exigent qu\u2019on reconnaisse le travail traditionnel des femmes à sa juste valeur.Ces organisations exigent le respect qui est dû aux travailleuses domestiques et obligent les Canadiennes et les Canadiens à envisager d\u2019un point de vue critique les «solutions» et les politiques sociales que les gouvernements adoptent en leur nom.¦ 141 Joseph Capellan/Canapresse PLUS DE DEUX MILLIONS DE BÉNÉVOLES AU QUÉBEC par Danièle Guigard Feredj1 a a\t°i> ce que j\u2019aime», dit \\\\ III Philippe, «c\u2019est faire du I bénévolat.C\u2019est là que je me suis senti utile et reconnu à ma juste valeur.Dans mon travail, je n\u2019utilise pas le dixième de mes connaissances et l\u2019expérience que j\u2019en retire est insignifiante.Avec un salaire qui me permet tout juste de survivre, si au moins il y avait un lien avec mon domaine d\u2019étude! C\u2019est mon engagement bénévole qui m\u2019a empêché de craquer.Déjà à l\u2019université, alors que je ne savais plus très bien où je m\u2019en allais, appartenir à l\u2019Association, c\u2019était la planche de salut.Regarde un peu ce que j\u2019ai fait.une vrai \u201cjob\u201d de professionnel bénévole!» Ce témoignage reflète d\u2019innombrables expériences semblables, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019étudiants, de travailleurs, de personnes en quête d\u2019emploi, de pré-retraités, de familles, de retraités, etc.qui ont du temps et des compétences.Dans un climat d\u2019incertitude et de morosité économique et politique au Québec, en mars 1993, neuf adultes sur dix déclaraient que le bénévolat c\u2019est important2.Plus de deux millions d\u2019adultes ont dit avoir fait du bénévolat au cours de l\u2019année, plus de la moitié d\u2019entre eux dans des organisations où on tend à donner de la formation, de l\u2019encadrement et du soutien.Les causes humanitaires, la santé, les loisirs, les sports et la culture ont leur faveur.C\u2019est pour aider, se sentir utiles et s\u2019accomplir qu\u2019ils font du bénévolat à raison de sept heures en moyenne par semaine.Ils sont de plus en plus nombreux et c\u2019est toujours dans les couches modestes que se recrute le plus grand nombre de bénévoles, - toujours un peu plus de femmes que d\u2019hommes.L\u2019organisation du bénévolat passe par les centres d\u2019action bénévole, répartis à raison de 96 dans toutes les régions du Québec.C\u2019est là que les bénévoles sont accueillis, formés et dirigés vers les individus ou les organismes qui ont besoin d\u2019aide.C\u2019est en fait, au Québec, qu\u2019on retrouve l\u2019organisation la plus structurée en matière d\u2019action bénévole.De plus en plus sollicités, les centres d\u2019action bénévole sont un élément important de la réforme de la Santé et des Services sociaux.Certes, ce sont les causes humanitaires qui recueillent majoritairement les faveurs des bénévoles mais, en matière de santé par exemple, ils contribuent de plus en plus au maintien à domicile des personnes malades ou convalescentes, en leur offrant de l\u2019assistance pour les déplacements, la garde et les menus servi- Deux millions de bénévo- les adultes, c\u2019est une richesse nationale, du capital social, que l\u2019on peut mesu- rer non plus seulement selon les concepts du marché en PNB, mais plutôt en BNB (Bonheur National Brut).ces de la vie quotidienne.La lutte à la pauvreté mobilise également des milliers de bénévoles, jusque dans les entreprises qui associent cette cause à leur image corporative.Avec le retrait de l\u2019État des champs du social et de la santé, dans les sports, les loisirs et la culture, et avec la détérioration de l\u2019emploi, on assiste à un retour de l\u2019intérêt du «citoyen» pour son quartier, son village, sa région où il pense faire mieux que les «programmes gouvernementaux traditionnels».Oui, le bénévolat est populaire! Mais peut-il tout faire?Lorsque la baisse des conditions de vie sur fond de dette nationale et d\u2019appauvrissement galopant s\u2019empare d\u2019un pays, on peut s\u2019inquiéter de la récupération du bénévolat.En effet, les gouvernements municipaux et provinciaux ont tendance à voir dans le nouveau bénévolat une main-d\u2019oeuvre gratuite planifiable et gérable, pour compenser les coupures.Récemment, l\u2019Union des municipalités a proposé (puis rejeté) une résolution visant à forcer les assistés sociaux à «travailler bénévolement».Accusés de vivre aux crochets des autres travailleurs, les assistés sociaux ont été sommés de choisir entre «le bénévolat et les coupures».Ne s\u2019agissait-il pas plutôt de travaux communautaires, de stages de perfectionnement, des programmes de réinsertion en emploi?Et, dans un contexte de mutation technologique, avec baisse des besoins en main-d\u2019oeuvre, n\u2019y a-t-il pas lieu de réorganiser le travail et de le partager en diminuant la semaine de travail sur une base volontaire et de supprimer les heures supplémentaires?De marginal qu\u2019il était, le bénévolat est en train de rattraper le temps consenti au travail et touche l\u2019ensemble de la population.Implicitement, une réorganisation est en train de se faire entre tous les partenaires sur la place qu\u2019occuperont le temps travaillé et le temps libre.Deux millions de bénévoles adultes, c\u2019est une richesse nationale, du capital social, que l\u2019on peut mesurer non plus seulement selon les concepts du marché en PNB, mais plutôt en BNB (Bonheur National Brut)3.On peut entrevoir que ce n\u2019est plus majoritairement en fonction du travail rémunéré et des gains que se définira la société québécoise.Au-delà du partage d\u2019emploi, il y a le désir de recréer une société où l\u2019entraide est à la base des rapports sociaux.¦ 1.\tDirectrice générale, Fédération des centres d\u2019action bénévole du Québec.2.\tLe bénévolat au Québec, Sondage Léger et Léger, Fédération des centres d\u2019action bénévole, 1993.3.\tL\u2019esprit du Don, Jacques T.Godbout, Édition Boréal, 1992.142 relations juin 1994 LE BÉNÉVOLAT ET L\u2019ENTRAIDE par Jacques T.Godbout1 mdi '\"i Un apport essentiel du bénévolat réside chez les bénévoles eux-mêmes.Nombre d\u2019entre eux y retrouvent un sens à leur vie et une insertion dans la société: personnes à la retraite ou sans emploi, certes, mais souvent des professionnels dont le travail au sein de la bureaucratie a perdu toute signification.«Partout où il y a des sociétés, il y a de l\u2019altruisme, parce qu\u2019il y a de la solidarité.» Durkheim Souvent en collaboration ou en complémentarité avec la famille d\u2019un côté, avec l\u2019État de l\u2019autre, une proportion importante des problèmes sociaux est aujourd\u2019hui traitée et prise en charge par un ensemble d\u2019associations, de groupes, de réseaux qu\u2019il est difficile de nommer avec précision.On a souvent recours à une dénomination négative, comme s\u2019il était impossible de les identi- 1.\tNDLR: Ce texte reprend de larges extraits d\u2019un article paru dans Traité des problèmes sociaux, sous la direction de F.Dumont, S.Langlois et Y.Martin, Québec, IQRC, 1994, pages 981-994.L\u2019auteur y reprend des idées développées dans la première partie d\u2019un ouvrage en collaboration avec Alain Caillé, L\u2019esprit du don, Montréal/Paris, Boréal/La Découverte, 1992.2.\tLynette S.Unger, «Altruism as a Motivation to Volunteer», Journal of Economie Psychology, 12, 1991, p.72.fier autrement que par ce qu\u2019ils ne sont pas: organismes à but non lucratif, organisations non gouvernementales.On affirme ainsi qu\u2019ils ne relèvent pas de deux En 1987, au Canada, se- lon une enquête menée par Statistique Canada, 27% de la population (deux fois plus qu\u2019en 1980) affirment avoir fait de «l\u2019action béné- vole encadrée», c\u2019est-à-dire au sein d\u2019organismes reconnus.grandes institutions fondatrices de la modernité: le marché et l\u2019État.Plus positivement - mais pas nécessairement plus clairement -, on désigne ce secteur par des expressions comme relations juin 1994 celles de groupes communautaires, mouvement associatif, secteur bénévole et groupes d\u2019entraide.Les Anglo-Saxons parlent du secteur «indépendant» ou du civic sector, les Français, du domaine de la «vie associative».Cette sphère est bornée, d\u2019une part, par la sphère domestique (famille, voisins, amis, qui contribuent encore activement à la solution des problèmes sociaux, malgré ce qu\u2019on a pu en penser aux plus belles heures de l\u2019État-providence), par le marché et l\u2019État, de l\u2019autre.Mais ses frontières ne sont pas toujours claires, comme on aura l\u2019occasion de le constater.Ces organismes et groupes reposent tous, pour une part plus ou moins importante de leurs activités, sur le «travail» de personnes non rémunérées à cette fin, soit dans le cadre du bénévolat, soit dans celui de l\u2019entraide.Dominée par l\u2019utilitarisme, la pensée moderne arrive mal à classifier et à interpréter ces activités qui tendent à être considérées soit comme de l\u2019hypocrisie (Bourdieu), soit comme des résidus de formes sociales traditionnelles antérieures à la généralisation du rapport salarial.«L\u2019altruisme est une anomalie2.» 143 Pourtant ces activités ont vu leur popularité s\u2019accroître de façon significative ces dernières années.Elles touchent une proportion importante de la population.C\u2019est un monde coloré, en mouvement, souvent discret, même s\u2019il est de plus en plus visible depuis quelques années.C\u2019est un monde de femmes, mais on y trouve de plus en plus d\u2019hommes.Selon tous les indicateurs, son importance est croissante.Aux États-Unis, en 1988, environ 80 millions de personnes ont donné du temps à un organisme, temps évalué à l\u2019équivalent de 8,8 millions d\u2019employés à temps plein3.En 1987, au Canada, selon une enquête menée par Statistique Canada, 27% de la population (deux fois plus qu\u2019en 1980) affirment avoir fait de «l\u2019action bénévole encadrée», c\u2019est-à-dire au sein d\u2019organismes reconnus4.Ces associations assurent une partie importante des services personnels.Comment se caractérise cette activité?Dans quelle mesure et comment contribue-t-elle à la solution des problèmes sociaux actuels?Quel est son sens?Une double origine L\u2019origine historique de ce secteur est double.Tous les mouvements sociaux importants (et d\u2019abord le mouvement ouvrier) ont longtemps reposé sur le dévouement inlassable de militants bénévoles, même si l\u2019institutionnalisation de ces mouvements les conduit souvent aujourd\u2019hui à s\u2019en remettre de plus en plus à un appareil composé d\u2019employés professionnels salariés.Au départ, le mouvement ouvrier était fortement inspiré par l\u2019entraide et le mutualisme.La seconde origine est religieuse.Au Québec, pendant longtemps, ce secteur a été principalement occupé par des organismes d\u2019inspiration catholique, voire par des institutions religieuses.Faut-il rappeler que les hôpitaux, l\u2019éducation, les services sociaux, etc., étaient sous la responsabilité d\u2019une sorte de «bénévolat professionnel» que constituaient les communautés religieuses?Cette action était complétée par un bénévolat «amateur», laïc, qui jouait également un rôle très important.Certains hôpitaux, tel l\u2019Hôpital Sainte-Justine, ont été fondés et longtemps dirigés par des bénévoles, avant que ces derniers soient remplacés par les médecins et les administrateurs professionnels du secteur public5.Avant d\u2019être pris en charge par l\u2019État et les professionnels, le secteur social a aussi été assumé en partie par un important mouvement catholique laïc, fondé sur le militantisme et le bénévolat.Cette phase de l\u2019histoire du Québec tend généralement à être oubliée.Pourtant, selon Jean-Pierre Collin6, ce mouvement contenait un modèle de prise en charge des problèmes sociaux différent à la fois du modèle religieux antérieur et du modèle étatique-professionnel qui allait rapidement le remplacer.Car ce secteur, autant dans le domaine militant que dans le domaine bénévole, a eu tendance à être absorbé par l\u2019État ou par des bureaucraties fondées sur le rapport salarial et sur l\u2019idéologie professionnelle.Si bien qu\u2019on a pu croire, à l\u2019apogée de la Révolution tranquille, que l\u2019importance de l\u2019activité bénévole allait non seulement diminuer mais probablement s\u2019éteindre.Le bénévolat et l\u2019entraide ont été pendant un certain temps quasiment évacués de l\u2019imaginaire collectif.Ils poursuivaient malgré tout leurs activités.Récemment, on tend à nouveau à leur accorder une place de choix dans l\u2019idéologie, alors que dans les faits ils ont toujours joué un rôle important 3.\tJeffrey L.Brudner, Fostering Volunteer Programs in the Public Sector, San Francisco, Jossey-Bas Publishers, 1990, p.2.4.\tRapport dans: Perception, 14, 4, 1990.5.\tAline Charles, Travail d\u2019ombre et de lumière : le bénévolat féminin à l\u2019Hôpital Sainte-Justine, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1990.6.\tJean-Pierre Collin, La Ligue ouvrière catholique canadienne, 1938-1965: un mouvement social urbain, thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal, 1991.7.\tLa principale différence entre le militant et le bénévole réside souvent, dans la prati- tout en modifiant de façon significative leur façon d\u2019intervenir dans la solution des problèmes sociaux.L\u2019observation de ce milieu d\u2019intervention sur les problèmes sociaux serait donc très différente selon l\u2019époque et la société où on l\u2019analyse.Elle inclurait des organismes et des associations à une époque, alors qu\u2019elle les exclurait à une autre.Nous devons nous contenter de souligner l\u2019importance de ce biais et de dire que la présentation que nous en faisons est toute relative.Elle se concentre sur la situation actuelle de la société post-État-providence et sur la façon dont l\u2019auteur perçoit ce secteur à la suite des recherches qu\u2019il y a conduites.Cette vision ne correspond pas nécessairement à l\u2019idéologie des acteurs.Par exemple, pour plusieurs permanents de l\u2019action communautaire, le bénévolat ne fait pas partie du «mouvement communautaire».On tend à réserver l\u2019appartenance à ce dernier aux militants, qu\u2019on oppose aux bénévoles.Curieusement, ces militants sont aujourd\u2019hui très souvent des permanents d\u2019organisations financées par l\u2019État.Il est à noter que, selon l\u2019époque à laquelle nous étudions ce secteur, la plupart des institutions qui fonctionnent actuellement sur la base d\u2019employés permanents et professionnels étaient, au départ, composées de bénévoles et de militants bénévoles7.Il est donc étonnant de constater un tel rejet de la part des permanents actuels.Peut-on y voir plus clair en tentant de définir cette sphère du bénévolat et de l\u2019entraide?que, dans la priorité accordée au but poursuivi par rapport aux personnes mobilisées ou aidées: le militant se dévoue d\u2019abord à une cause, alors que le bénévole aide toujours directement des personnes.Sa cause, ce sont souvent les personnes aidées elles-mêmes, même s\u2019il existe une idéologie dans les deux cas.Bien sûr, les militants reprocheront aux bénévoles de ne pas s\u2019attaquer aux véritables causes des problèmes, tandis que les bénévoles critiqueront l\u2019abstraction de la cause militante, qui leur fait prendre les personnes pour des instruments au service de «leur» cause.Nos précédents dossiers sur la question du travail \u2022 Que devient le travail?(mars 1987) «Travail et santé: l\u2019envers du décor (mars 1991) \u2022 Repenser le travail (mai 1992) \u2022 Le travail: une institution qui s\u2019écroule (mai 1993) «Travailler en français: les frontières à franchir (juin 1993) \u2022 L\u2019urgence de la formation professionnelle (novembre 1993) 144 relations juin 1994 Ml ¦¦+ /¦** Le geste bénévole est celui du réenchantement du monde.Une chose est certaine: il est impossible d\u2019en comprendre la spécificité avec un modèle d\u2019analyse utilitariste, qu\u2019il soit d\u2019inspiration marxiste ou marchand.La sphère du don entre étrangers Comment préciser ce lieu borné par l\u2019État, le marché et la sphère domestique?Nous proposons de le définir comme la sphère du don entre étrangers.Pourquoi le don?Pourquoi entre étrangers?Dans la société moderne, les choses circulent souvent dans un cadre utilitariste, qu\u2019il soit marchand ou salarial: on offre quelque chose en échange d\u2019une chose équivalente.L\u2019argent est l\u2019unité de mesure de cette équivalence, directement lorsqu\u2019il représente le prix d\u2019un bien ou indirectement quand il est versé en salaire.C\u2019est le rapport salarial qui domine aujourd\u2019hui le mode de dispensation des services soit au sein de l\u2019État, soit dans le cadre du marché.Le rapport salarial constitue le principe qui gère la transaction entre celui qui reçoit et celui qui dispense le service ou vend le bien.Le principe de l\u2019équivalence monétaire est une sorte de contrat obligeant les deux parties.Et la relation qui s\u2019établit entre les deux partenaires est un moyen, un instrument pour obtenir quelque chose: bien ou service.Le bénévole fait aussi circuler quelque chose: bien ou service.Mais il ne reçoit pas d\u2019équivalent monétaire en échange.Il ne le fait en vertu d\u2019aucune obligation contractuelle, mais parce qu\u2019il le veut bien, et par bienveillance pour la personne, au sens où cette dernière n\u2019est pas un moyen pour obtenir un équivalent monétaire.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019origine du mot bénévole.Inversement, aucune obligation n\u2019est contractée par le receveur à l\u2019égard du bénévole.Par opposition au marché et à l\u2019État, les choses circulent dans cette sphère en dehors de l\u2019équivalence monétaire et de l\u2019obligation contractuelle.Cette relation libre qui caractérise le bénévolat repose sur le principe du don.Sa principale caractéristique est de ne pas supposer un retour équivalent.Non pas qu\u2019il n\u2019y ait pas de retour au sens où le geste posé serait un «sacrifice».Les retours sont au contraire multiples et souvent plus importants que dans le secteur monétaire.«Je reçois plus que je ne donne» est une des phrases les plus souvent entendues lorsqu\u2019on interroge des bénévoles.Mais les retours ne sont pas voulus comme tels.Ils arrivent par surcroît, et non en vertu d\u2019une obligation contractuelle.Et ils sont souvent de nature différente: reconnaissance, gratifications symboliques de toutes sortes.Si le principe du don permet de distinguer le bénévolat et les groupes d\u2019entraide de la sphère marchande et étatique, en quoi cette activité se distingue-t-elle par ailleurs de la sphère domestique?Les choses qui circulent entre les membres de la famille, entre les amis ne relèvent pas non plus de l\u2019équivalence monétaire.Elles sont régies aussi en grande partie par le principe du don.Mais il existe une différence essentielle entre le bénévolat et ce qui circule dans cette sphère domestique: le bénévolat est un don à un étranger.Lorsqu\u2019une femme aide les enfants de sa voisine dans le cadre d\u2019un rapport amical, personne ne dira qu\u2019elle fait du bénévolat; et encore moins lorsqu\u2019elle aide ses propres enfants.Le bénévolat s\u2019applique au don entre étrangers, hors de la sphère des rapports primaires de la famille et de l\u2019amitié.Le bénévolat fait circuler des choses entre inconnus, mais sans y appliquer le principe habituel qui régit la circulation des choses entre étrangers dans la société moderne: la recherche de l\u2019équivalence monétaire sous forme de prix ou de salaire.C\u2019est pourquoi nous disons que le bénévolat est un don, mais un don entre étrangers.Tout se passe comme si on y appliquait une partie des relations juin 1994 145 règles qui régissent la circulation des choses dans la sphère domestique, mais en dehors de cette sphère.Un apport spécifique S\u2019il n\u2019est pas possible de présenter une vision d\u2019ensemble des domaines d\u2019intervention du bénévolat et de l\u2019entraide, on peut à tout le moins décrire ce qui semble être leur apport spécifique par comparaison aux autres sphères identifiées dans ce texte.- Par rapport à l\u2019État.Les associations contribuent à une détection précoce des problèmes, bien avant l\u2019État.En outre, elles trouvent des solutions ad hoc, qu\u2019elles appliquent rapidement.Au contraire, l\u2019État a toujours tendance à chercher «de grandes solutions pour de petits problèmes», comme nous disait un intervenant dans ce secteur.Un exemple parmi d\u2019autres: plusieurs années avant même que les pouvoirs publics ne fassent état de l\u2019existence du problème, dans plusieurs régions, des parents avaient mis sur pied des associations pour lutter contre le suicide des jeunes, tels des systèmes d\u2019écoute téléphonique, etc.Corrélativement, le fonctionnement en réseaux de ce secteur lui donne une flexibilité, une souplesse, une capacité d\u2019adaptation et d\u2019innovation supérieures à celles de l\u2019appareil d\u2019État.«Alors que le monde des affaires, de la science et de la technologie et le gouvernement se consacrent à la création et à l\u2019évaluation d\u2019innovations technologiques, le secteur volontaire indépendant se spécialise dans l\u2019expéri- mentation pratique de nouvelles idées sociales8».Ces organismes fonctionnent à un coût inférieur pour la société.Cet avantage conduit l\u2019État, en période de crise financière à leur confier des responsabilités et des tâches qui ne relèvent pas d\u2019eux.Dans la même veine, leur grande disponibilité entraîne les professionnels du secteur public à se décharger sur eux des tâches qu\u2019ils n\u2019aiment pas accomplir, ou de problèmes qui surgissent en dehors des horaires «normaux».Comme on l\u2019a constaté avec les AA, ce réseau détient une compétence spécifique, et supérieure souvent à celle des professionnels, dans plusieurs domaines qui relèvent de la qualité du lien avec la personne aidée.Paradoxalement, cette compétence s\u2019étend aussi au fait que ces organismes vont au-delà du symptôme en modifiant les valeurs des personnes.Il s\u2019agit là d\u2019une façon originale de faire de la prévention, très différente de celle de l\u2019État et des institutions formelles, qui tendent à appliquer des programmes généraux non directement liés aux personnes, alors que le bénévolat et l\u2019entraide, en approfondissant le lien avec une personne, peuvent aller aux causes personnelles et uniques du problème et induire ainsi des changements plus globaux au-delà du problème immédiat.Enfin, mentionnons qu\u2019un apport essentiel du bénévolat réside chez les bénévoles eux-mêmes.Nombre d\u2019entre eux y retrouvent un sens à leur vie et une insertion dans la société: personnes à la retraite ou sans emploi, certes, mais souvent même des professionnels dont le travail au sein de structures bureaucratiques a perdu toute signification.Il importe cependant de souligner que cela ne constitue pas une panacée, comme on peut parfois avoir tendance à le croire dans le cadre de la crise de l\u2019État-providence.Notamment, ce type de groupe ne peut pas remplacer la fonction de l\u2019État garantissant l\u2019universalité de l\u2019accès à certains services.Il ne peut pas non plus se substituer à un ensemble de services spécialisés exigeant des ressources matérielles importantes, des instruments et des compétences techniques sophistiqués.Ces groupes l\u2019affirment d\u2019ailleurs eux-mêmes et déplorent constamment le fait que l\u2019État essaie souvent de se décharger sur eux de responsabilités qui sont les siennes, tout en tentant d\u2019accaparer des tâches qu\u2019ils remplissent mieux que l\u2019État.Enfin, un ensemble de groupes se situent dans une zone incertaine: subventionnés par l\u2019État, fonctionnant souvent plus sur la base du rapport salarial que sur la base du bénévolat ou de l\u2019entraide, ils jouent sur l\u2019ambiguïté de leur statut pçur n\u2019avoir de comptes à rendre ni à l\u2019État, ni aux personnes à qui ils dispensent des services.Aussitôt que le rapport salarial devient la base du fonctionnement d\u2019un organisme, la référence au communautaire devient facilement un prétexte pour échapper à tout contrôle démocratique et elle est, sous cet angle, équivalente à la professionnalisation.- La sphère domestique.Par comparaison avec la sphère domestique, c\u2019est la liberté qu\u2019il faut d\u2019abord souligner.Le bé- 8.Daniel Horton Smith, «The Impact of the Nonprofit Voluntary Sector on Society», dans: Tracy Daniel Connors (sous la direction de), The Nonprofit Organization Handbook, New York, McGraw-Hill, 1988.LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022 Paul Valadier: «Questions du monde moderne à l\u2019Église» (28-09-92) \u2022 Relancer Montréal, autrement (19-10-92) \u2022 Santo Domingo, nouvelle chance pour l\u2019Évangile?(23-11-92) \u2022 L\u2019ingérence, de quel droit?(18-01-93) \u2022 Quel avenir pour les 20-30 ans?(15-02-93) \u2022 Les États-Unis de Bill Clinton (15-03-93) \u2022 La religion: sa place à l\u2019école?(19-04-93) \u2022 Achiel Peelman: «Le Christ est-il amérindien?» (17-05-93) \u2022 Vers une culture publique commune au Québec (18-10-93) \u2022 Repenser le système pénal (15-11 -93) \u2022 Défis posés à l\u2019Afrique (13-12-93) \u2022 Nouvelles technologies de procréation (17-01 -94) \u2022 Régler le déficit: à quel prix?(21-02-94) \u2022 La voix des femmes autochtones (21-03-94) \u2022 Quel avenir pour l\u2019engagement social -spécial 600e numéro de Relations (18-04-94) Achat: 25,00$ par cassette.Location (10 jours) : 7,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS et TVQ.Frais d\u2019expédition en sus.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet et le format de la cassette (VHS ou Beta).S\u2019adresser à Pauline Roy-Servant.Centre justice et foi, 25 Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 146 relations juin 1994 névolat et l\u2019entraide sont des réseaux modernes fondés sur la liberté autant de celui qui donne que de celui qui reçoit.On a vu avec quelle facilité on peut devenir membre d\u2019un groupe AA et en sortir.Tous les organismes de bénévolat insistent aussi pour respecter la liberté du bénévole, qui n\u2019accepte que les obligations qu\u2019il veut bien se donner.Par rapport aux liens familiaux ou même amicaux, il est beaucoup plus facile de se retirer de ce type de relation.Par comparaison avec la sphère domestique, il faut également mentionner l\u2019avantage inhérent aux liens avec des étrangers concernant certains problèmes traités souvent avec un certain malaise dans la famille.Le sociologue allemand Simmel, au début du siècle, avait déjà remarqué que «c\u2019est seulement à (l\u2019étranger) que l\u2019on fait les révélations et les confessions les plus surprenantes, qu\u2019on livre des secrets que l\u2019on cache précieusement à ses propres intimes9».La famille accepte souvent mal certains types de problèmes ou de situations et cette sphère permet alors de se confier facilement à un étranger.Cette fonction était antérieurement remplie par les prêtres ou les médecins.Les premiers ont disparu, les seconds n\u2019ont plus le temps.On retrouve cet avantage dans des groupes oeuvrant dans le domaine du SIDA, par exemple.Enfin, il importe de mentionner une limite importante de ces groupes, liée à la liberté même qui est au centre de leur fonctionnement.Fondés sur une activité entièrement libre, dont on peut donc justement se libérer à tout moment, ils ne peuvent pas remplacer les institutions fondées sur des obligations: obligations sociales dans le cas de la famille, obligations contractuelles et salariales dans le cas de l\u2019État.Cette liberté a beaucoup d\u2019avantages, mais ses limites sont évidentes: qui doit faire, dans une société, ce que personne n\u2019a envie de faire librement?La famille et l\u2019État demeurent donc indispensables pour les raisons mêmes qui font tout l\u2019attrait de cette sphère du don aux étrangers.Dans toute évaluation 9.\tGeorg Simmel, «Digressions sur l\u2019étranger», dans: Y.Craftmeyer et J.Joseph, L\u2019École de Chicago.Naissance de la sociologie urbaine, Paris, Champ urbain, 1979, p.56.10.\tCité par Dan Ferrand-Bechmann, Le phénomène bénévole, thèse de doctorat, Institut d\u2019études politiques de Paris, 1990, p.426.11.\tRichard M.Titmuss, The Gift Relationship: From Human Blood to Social Policy, New York, Vantage Books, 1972, p.73.Les associations contribuent à une détection précoce des problèmes, bien avant l\u2019État.En outre, elles trouvent des solutions ad hoc, qu\u2019elles appliquent rapidement.Au contraire, l\u2019État tend à chercher de grandes solutions pour de petits problèmes.ipPP du bénévolat dans la société moderne, il ne doit jamais être oublié que cette forme de liberté ne peut exister que parce que par ailleurs il y a quelqu\u2019un quelque part pour prendre en charge ceux que la liberté aura laissés pour cpmpte.Dans la société actuelle, c\u2019est l\u2019État, appareil d\u2019assurance et de garantie de services aux orphelins des liens sociaux; et c\u2019est la famille, réseau d\u2019obligations beaucoup moins libres, et qui demeurent fondamentales, comme toutes les recherches récentes le démontrent.Conclusion Il importe en terminant de revenir sur une caractéristique essentielle de cette sphère: le refus du paradigme utilitariste rationnel, le refus du rapport instrumental à autrui, du désenchantement du monde, qu\u2019on peut faire remonter à Weber, Kant ou au Christ et à Bouddha! Le geste bénévole est celui du réenchantement du monde.Une chose est certaine: il est impossible d\u2019en comprendre la spécificité avec un modèle d\u2019analyse utilitariste, qu\u2019il soit d\u2019inspiration marxiste ou marchand.En d\u2019autres mots, le sens des gestes posés par ces milliers de personnes ne s\u2019épuise pas dans le rapport d\u2019utilité matérielle de ce qu\u2019ils reçoivent en retour (profit), ou au contraire de ce qu\u2019ils ne reçoivent pas (exploitation).Le sens de leur relations juin 1994 geste est à rechercher dans le geste lui-même, dans la relation voulue pour elle-même et non instrumentale.Et en ce sens le rôle du don aux étrangers s\u2019étend bien au-delà de sa contribution ponctuelle pour résoudre des problèmes sociaux précis, même si ce rôle, on l\u2019a vu, est loin d\u2019être négligeable.Oeuvrant parallèlement à toutes ces institutions qui, dans le cadre du rapport salarial ou du rapport marchand, tout en libérant les individus de leurs obligations, contribuent dans la société moderne à éloigner et à séparer les membres les uns des autres, le don aux étrangers nourrit le lien social et est à ce titre un instrument privilégié de prévention des problèmes sociaux et aussi de solidarité.À propos de cette dernière, Durkheim affirmait qu\u2019elle était la condition pour que l\u2019homme «cesse de chercher en soi-même l\u2019unique objectif de sa conduite et, comprenant qu\u2019il est l\u2019instrument d\u2019une fin qui le dépasse, il s\u2019aperçoive qu\u2019il sert à quelque chose.La vie reprend un sens à ses yeux parce qu\u2019elle retrouve son but et son orientation naturelle.Mais quels sont les groupes les plus aptes à rappeler perpétuellement à l\u2019homme ce salutaire sentiment de solidarité10?», se demande-t-il.Le bénévolat et l\u2019entraide en font sûrement partie.Le don aux étrangers irrigue le tissu social et c\u2019est pourquoi Titmuss croyait que le don du sang en était le plus beau symbole: «Les relations sociales créées par les échanges de cadeaux sont parmi les forces les plus puissantes qui gardent un groupe social uni* 11».¦ 147 Jean F.Leblanc/STOCK eabf&f Apparu dès 1960, le concept d\u2019expériences des femmes est devenu une référence importante dans le discours scientifique en sciences religieuses.Utilisé fréquemment sans une signification toujours très précise, il convenait d\u2019en étudier les divers sens.C\u2019est ce pertinent travail d\u2019analyse sur le vécu des femmes que vient de réaliser Monique Dumais, professeure de théologie et d\u2019éthique à l\u2019Université du Québec à Rimouski, dans Diversité des utilisations féministes du concept «expériences des femmes» en sciences religieuses, publié dans la série Documents de l\u2019Institut canadien de recherches sur les femmes.Ce document est disponible à: ICREF/CRIAW, 151 rue Slater, bureau 408, Ottawa Kl P 5H3.Les familles canadiennes travaillent plus et gagnent moins.C\u2019est ce qu\u2019affirme, statistiques à l\u2019appui, l\u2019Institut Vanier de la famille, dans sa publication Profil des familles canadiennes.Les revenus familiaux ont connu une hausse soudaine à la faveur de l\u2019entrée massive des femmes sur le marché du travail, dans les années 70.Le revenu familial moyen a progressé de 11 168$ entre 1971 et 1980.Cependant, il n\u2019a augmenté que de 643$ entre 1980 et 1991.L\u2019impact de la récession du début des années 80 sur le revenu familial a été énorme.Résultat: la plupart des familles estiment maintenant nécessaire que plus d\u2019un membre gagne un revenu.Par son analyse des facteurs qui influent sur les familles canadiennes et les changements qu\u2019elles subissent, cette publication est un outil précieux pour toute personne intéressée par la question (Institut Vanier de la famille, ISO Avenue Holland, suite 300, Ottawa Kl Y 0X6, tél.: (613) 7SS-4007).La défense des intérêts des travailleuses et travailleurs non syndiqués est une tâche qui demeure prioritaire, compte tenu des conditions souvent très précaires d\u2019emploi.C\u2019est à cette tâche d\u2019éducation et de défense que se consacre le groupe Au bas de l\u2019échelle qui vient de publier la septième édition de L\u2019ABC des non-syndiqué-e-s: nos droits au travail! Cet outil de vulgarisation de 90 pages a été conçu pour répondre aux principales questions qui se posent, des normes minimales de travail à la syndicalisation, en passant par la santé, la sécurité et l\u2019aide juridique (Au bas de l\u2019échelle, 6839A rue Drolet, bureau 305, Montréal H2S 2T1, tél.: 270-7878).La question des femmes traverse toutes nos réalités et toutes nos luttes.Dans le domaine de la solidarité internationale, un collectif féministe a mis sur pied Le Cinquième Monde, dans le but de sensibiliser et d\u2019informer sur la situation des femmes dans le tiers monde et de susciter un appui à leurs mouvements et à leurs luttes.Basé à Québec, le groupe publie, trois fois par année, un bulletin appelé UniversElles.Chaque numéro comporte un dossier de seize à vingt pages sur un pays ou un thème particulier, alimenté par des entrevues et des analyses exclusives obtenues à partir d\u2019activités ou de tournées organisées avec des femmes du tiers monde.On peut communiquer avec le collectif au 454 rue Caron, Québec G1K 8K8, tél.: (418) 647-5855.Il est fort difficile de comprendre les bouleversements de notre monde, que ce soit au Proche-Orient, dans les Balkans, dans la Corne de l\u2019Afrique ou plus proche de nous en Haïti.Manière de voir, sorte de cahiers thématiques publiés trois ou quatre fois par année par Le Monde diplomatique, vient de faire paraître son numéro 21 qui porte sur Le désordre des nations.En 100 pages et une trentaine de cartes et de tableaux, c\u2019est un effort pour s\u2019interroger sur les nouvelles formes d\u2019interventionnisme, y compris la tragique impuissance de l\u2019ONU, et pour analyser les conflits toujours menaçants dans les diverses régions du globe.Un outil précieux et un tour d\u2019horizon nécessaire.Dans un monde aux repères culturels profondément tranformés, bien des gens cherchent, un peu à tâtons, le chemin vers ce nouveau monde qui naît sous nos yeux.En France, une équipe transdisciplinaire regroupée autour de Jacques Robin publie Transversales Science Culture qui en est à son vingt-sixième numéro, abordant les questions de travail, de nouveaux médias, de citoyenneté participative, etc.(21, boulevard de Grenelle, 75015 Paris).Au Québec, et sans vouloir faire de rapprochement indu entre les deux publications, un groupe de personnes rassemblées dans le mouvement Refondations, publie maintenant, chaque deux mois, Virtualités, dans un effort pour favoriser la reconstruction d\u2019une gauche démocratique québécoise, crédible, efficiente et rassem-bleuse (2609 Chapleau, Montréal H2K 3H5).148 relations juin 1994 LE RWANDA: APRÈS LES MASSACRES par Jean-Pierre Charbonneau1 a a \\ ivilisation » : le Petit Robert la définit comme I l\u2019ensemble des acquisitions des sociétés humaines.C\u2019est, dit-on, l\u2019antithèse de la barbarie et de la sauvagerie.En voyant ce qui s\u2019est passé au Rwanda, le vernis de civilisation semble bien mince.Mais, diront certains, il s\u2019agit de l\u2019Afrique noire! On n\u2019a qu\u2019à penser à la Somalie, au Libéria, à l\u2019Ouganda, à l\u2019Afrique du Sud de Mandela et des Zoulous, au Mozambique, à l\u2019Angola, au Soudan, au Biafra, à l\u2019Érythrée.On ne peut nier que les guerres récentes, en Afrique noire, ont rivalisé en atrocités et en sauvagerie.On ne doit toutefois pas oublier qu\u2019ailleurs, durant la même période et avant, Jaunes, Blancs, Rouges ou Métis se sont massacrés de façon aussi barbare et abjecte: déchaînement de cruautés en ex-Yougoslavie, folie meurtrière des Khmers rouges au Cambodge, atrocités des commandos de l\u2019armée régulière du Salvador, tueries insensées du Sentier lumineux au Pérou, etc.La liste en est trop longue et pénible: elle pourrait nous mener à reculons jusque dans la nuit des temps.Les barbares, ils sont de tout temps, de toute race et peuvent être de toute nationalité.Les massacres des populations amérindiennes, par nos ancêtres venus d\u2019Europe, n\u2019ont pas été plus beaux à voir: le sang a coulé à flot au Nord, au Centre comme au Sud des Amériques, avec le glaive autant qu\u2019avec les balles.Viols et dépeçages sous l\u2019effet de la haine, de la peur et de l\u2019alcool, il y en a malheureusement toujours eu.Alors, attention au racisme dans nos réactions au drame rwandais! N\u2019empêche qu\u2019au bucolique pays des mille collines, l\u2019horreur et la bêtise humaine nous ont frappés très fort.Et les récits des nôtres, bouleversants et douloureux, nous interpellent sur plusieurs fronts.La communauté internationale Aux premières loges des massacres, il y avait des Casques bleus, dirigés même par un général québécois.Ils n\u2019ont rien fait pour s\u2019interposer et empêcher les tueries démentielles.Ils ne le pouvaient pas parce que nous, la communauté internationale, ne 1.L\u2019auteur était, jusqu\u2019à récemment, président d\u2019OXFAM-Québec.Journaliste, il a aussi été coopérant au Rwanda d\u2019où il a été évacué au début de la guerre, en octobre 1990.le voulions pas.Les autorités des Nations unies, autant que nos responsables aux Affaires étrangères, savaient pourtant depuis des mois que le climat socio-politique déjà pourri se dégradait à vue d\u2019oeil.Les haines et les antagonismes étaient ouvertement Avons-nous perdu notre temps, depuis 40 ans, en voulant aider les gens du Rwanda et du Burundi à se développer?Nous devons répondre non, malgré les constats décourageants.relations juin 1994 149 attisés et l\u2019assassinat du président burundais (un Hutu), et de plusieurs de ses ministres de même nationalité, l\u2019automne dernier, par l\u2019armée burundaise tutsie, avait ancré dans leurs positions radicales et fanatiques ceux qui, dans le pouvoir hutu rwandais, étaient les adversaires des Accords de paix d\u2019Arusha.Pourquoi alors ne pas avoir augmenté le nombre de Casques bleus et modifié leur mandat?Pourquoi, là comme ailleurs en Bosnie ou en Somalie, se contenter de faire les choses à moitié?On a beaucoup discuté, il y a un an, du droit d\u2019ingérence humanitaire et de la possible nécessité d\u2019instaurer une véritable force internationale de maintien et d\u2019imposition de l\u2019ordre, sinon de la paix.Plusieurs ont régimbé alors.Pourtant, aucune société de droit ne peut s\u2019implanter et survivre, localement ou à l\u2019échelle planétaire, sans une force quelconque capable de faire respecter le droit.Autrement, ce sera toujours, un jour ou l\u2019autre, à un endroit ou l\u2019autre, la loi du plus fort et de la vengeance qui prévaudra.Au Rwanda, comme en Palestine, au Cambodge ou au Salvador, il y avait des Accords de paix; il y avait un tout récent processus de démocratisation; il y avait des élections libres à l\u2019horizon.Mais il y avait aussi des opposants irréductibles qui, pour de bonnes et de mauvaises raisons, étaient incapables de pardonner ou de faire confiance à l\u2019autre.Il y avait des extrémistes et des saboteurs.Il y avait aussi beaucoup de pressions d\u2019un peu partout pour accélérer les choses, pour forcer la coalition politi- Qù sont pour le moment les leaders rai- sonnables qui pourront faire triompher la raison et la tolérance?que de transition, pour imposer les compromis et les consensus.La communauté internationale, à travers ses représentants, a-t-elle trop forcé la note?Est-on allé trop vite?A-t-on suffisamment tenu compte de l\u2019intensité des haines, des méfiances et des rivalités diverses, exacerbées par trois ans et demi de guerre ouverte ou larvée?En Occidentaux démocrates, nous croyons aux vertus de ia libre expression.Peut-on néanmoins laisser tout dire et entretenir ouvertement la haine sur les ondes des nouvelles radios ou dans les journaux, sous prétexte d\u2019un nouveau droit enfin instauré?Qu\u2019a fait la communauté internationale pour aider efficacement à calmer les esprits, pour apaiser les craintes, fondées ou pas?Et que fait-on des capacités réelles d\u2019absorption des changements socio-politiques?Que fait-on des nécessaires préparations aux changements majeurs?A-t-on pu croire que l\u2019invasion armée du Rwanda, en octobre 1990, par des troupes presque essentiellement tutsies, c\u2019est-à-dire l\u2019option de la violence, allait faciliter le processus souhaité de démocratisation et engager enfin le pays tout entier dans la voie de la prospérité, de l\u2019harmonie et de la solution de ses vieilles rancunes encore non réglées?Peut-on penser que le coup d\u2019État militaire de l\u2019armée tutsie au Burundi, en octobre 1993, quatre mois après que les premières élections libres dans ce pays aient élu un représentant de la majorité hutue, n\u2019a pas eu de conséquence sur le climat de suspicion déjà dramatiquement élevé au Rwanda, climat bien entretenu par les ultra-nationalistes hutus?Le multipartisme vécu dans la tolérance et le respect de l\u2019opinion des adversaires, souvent des ennemis de la veille, ne peut s\u2019enraciner rapidement dans un terroir non préparé, surtout quand il est perturbé par la guerre et tout ce qu\u2019elle charrie inévitablement comme poison social mortel.Conflit de pouvoir Les massacres au Rwanda, et ceux qui les ont précédés au Burundi, ne s\u2019expliquent pas uniquement, il est vrai, par la vieille rivalité entre deux peuples que l\u2019on s\u2019obstine à appeler des ethnies ou des tribus, comme si les nationalismes africains étaient par essence moins nobles et plus primaires que ceux des autres, y compris le nôtre.La volonté de prendre ou de garder le pouvoir, pour les cliques militaires et civiles, d\u2019une région plutôt que d\u2019une autre, est aussi au coeur du terrible cocktail qui a explosé à Kigali et sur toutes les collines du pays.Le patronage, l\u2019appât du fric et des privilèges, en somme toute l\u2019hommerie du pouvoir, est bien présente dans ce drame.Néanmoins, on ne doit pas le nier, il y a aussi la xénophobie, cette déviation perverse du nationalisme, cancer qui guette tous les peuples de la terre.Au Rwanda, après la loi séculaire de la minorité tutsie, on assiste, depuis 1959, à celle de la majorité hutue.Mais d\u2019une majorité rendue peureuse et méfiante.Au Burundi, ce fut et c\u2019est toujours la loi de la minorité tutsie, là aussi une minorité entretenue dans la peur et la suspicion.Le comportement et les excès des uns ont alimenté ceux des autres, créant une dynamique toxique qui a périodiquement dégénéré en génocides atroces d\u2019un côté et de l\u2019autre de la frontière.Peut-on penser qu\u2019un jour la majorité hutue du Rwanda et du Burundi pourra installer démocratiquement sa loi sur la minorité tutsie des deux pays et que celle-ci l\u2019acceptera de bon gré?N\u2019y aura-t-il de «paix» véritable que lorsque chacun des deux peuples sera majoritaire et dominant sur un territoire bien à lui?Peut-on encore croire que Hutus et Tutsis accepteront un jour de devenir d\u2019abord et avant tout des Burundais et des Rwandais?Voulons-nous, nous-mêmes, être d\u2019abord et avant tout des Canadiens?Chose certaine, on ne fera pas disparaître le souvenir des multiples massacres par la simple négation des identités nationales, quelle que soit l\u2019importance des métissages déjà réalisés.Bien sûr, il faudra finir par sortir ces populations et ces pays de l\u2019impasse.À terme, des solutions politiques devront être mises en place.Toutefois, on peut penser que ces solutions devront sans doute s\u2019appuyer sur une connaissance beaucoup plus grande de la psyché collective de ces populations.Les collectivités humaines traînent leur vie durant, comme les individus, les séquelles profondément enfouies de leur passé et de leurs traumatismes.Un jour ou l\u2019autre, il faudra bien que, là comme ailleurs dans le monde, on apprenne à en tenir compte pour mieux vivre le présent et bâtir l\u2019avenir.Entre temps, il faudra un formidable exercice collectif de parole pour exorciser les traces des récentes atrocités.Autrement, elles ne feront que nourrir et renforcer les vieux démons du passé.Mais qui pourra initier et mener à bien une telle tâche?Où sont pour le moment les leaders raisonnables qui pourront faire triompher la raison et la tolérance?Enfin, une question demeure pour nous: avons-nous perdu notre temps, depuis 40 ans, en voulant aider les gens du Rwanda et du Burundi à se développer et à sortir du cercle infernal de la pauvreté?Nous devons répondre NON, malgré le constat décourageant des ravages de la guerre et de la sauvagerie.La vie existe plus comme processus que comme aboutissement.Les crises et les drames font souffrir et régresser les individus autant que les collectivités.Mais la vie continue.Des épreuves douloureuses, peuvent et doivent émerger plus de maturité et de développement.Ceux et celles qui restent, et avec lesquels nous avons cheminé dans plusieurs cas, vont tôt ou tard reprendre la marche en avant de la vie.Pour reconstruire, ils auront, entre autres, ce qui leur reste de nos 40 années de coopération.Il nous faudra alors décider si nous voulons, à nouveau, les accompagner.¦ 150 relations juin 1994 LE SIDA, METAPHORE SOCIALE DE LA VIE MODERNE par Francine Saillant1 1 B J -JBLjS* » m m 111 ifju ¦¦ mi' 2E *3 trois événements majeurs sont venus, au XXe siècle, questionner en profondeur l\u2019identité humaine et bouleverser nos images du futur de civilisations qui se sont construites dans la longue durée.Je pense d\u2019abord aux événements qui ont entouré la dernière guerre mondiale.Les tentatives de compréhension de l\u2019holocauste ont interrogé les hommes et les femmes sur la nature humaine et sur ses capacités de destruction de l\u2019autre, celui que l\u2019on désigne comme étranger sous des noms divers: juif, nomade, homosexuel, malade mental.Le deuxième événement, qui s\u2019apparente au premier, est celui de la bombe.Non seulement la haine et le refus de l\u2019autre pouvaient-ils s\u2019exprimer dans un système de terreur et de paranoïa, mais l\u2019intelligence humaine devint également capable, hors de son intentionnalité, de créer son propre système d\u2019autodestruction.Hiroshima et ses survivants nous rappellent que la science - dont le but ultime devrait être de soulager la souffrance et d\u2019améliorer la condition humaine, ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la qualité de vie - peut, dans certaines conditions et circonstances, détruire l\u2019humain et l\u2019image même de l\u2019humanité.Depuis la bombe, bien des découvertes scientifiques nous interrogent dans le même sens: comme les nouvelles technologies de la reproduction et tout ce qui entoure, de façon globale, les manipulations du vivant.La crise écologique en est l\u2019aboutissement.Un troisiè- 1.Anthropologue, l\u2019auteure est professeure à l\u2019École des sciences infirmières et chercheure au Centre de recherche sur les services communautaires de l\u2019Université Laval.Ce texte est une version abrégée de la conférence d\u2019ouverture du 2e Colloque annuel de l\u2019Association canadienne des infirmières en sidologie, donnée à Toronto le 20 novembre 1993.me événement est venu bouleverser bien des certitudes dans notre société: le SIDA.Dorénavant, l\u2019amour, par la voie du sang et du sperme, peut non seulement produire la vie, mais aussi la maladie et la mort.Ces trois événements spécifiques à notre siècle, l\u2019holocauste, la bombe et le SIDA, introduisent des questions inquiétantes sur la nature de notre identité personnelle et collective.De toutes parts, pour la première fois peut-être, nous pouvons percevoir et évaluer les multiples capacités d\u2019autodestruction que nous por- Au XXe siècle, le SIDA, en tant qu\u2019ex- pression biosociale, apparaît sans doute comme un symbole-clef de l\u2019autodestruc- tion du vivant.tons.Par le coeur, en trouvant refuge dans la haine et le refus de l\u2019autre; par l\u2019esprit et l\u2019intelligence, en créant des systèmes et des savoirs techniques qui menacent la survie des peuples et l\u2019intégrité de l\u2019espèce; et enfin, hors de notre volonté, par le corps, à travers l\u2019amour et le désir; mais aussi à travers le manque d\u2019amour, dans les identités marginales extrêmes (drogue, prostitution de rue, etc.).Au XXe siècle, le SIDA, en tant qu\u2019expression biosociale, apparaît sans doute comme un symbole-clef de l\u2019autodestruction du vivant.Parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une pandémie qui menace des groupes vulnérables et, dans le cas de pays du tiers monde, des po- relations juin 1994 151 pulations entières.Mais aussi parce que, biologiquement, le SIDA représente la perte des défenses du corps face à l\u2019environnement vivant.Pour le porteur du VIH, le milieu vivant lui-même constitue, en soi, une menace d\u2019autodestruction.Le psycho-historien et psychiatre Lifton, ayant écouté et accompagné des centaines de survivants de catastrophes (Hiroshima, guerre au Vietnam, etc.), affirme que notre siècle est celui de la conscience de la menace face aux capacités d\u2019autodestruction des humains.Conscience qui s\u2019étend au-delà des individus directement touchés et qui interpelle l\u2019ensemble des populations, ayant une incidence sur la psyché individuelle et collective.Si chaque culture et chaque époque produisent leurs figures spécifiques face à l\u2019angoisse de mort, celles que nous rencontrons, au XXe siècle, apparaissent troublantes et singulières parce qu\u2019elles impliquent des données nouvelles concernant nos devoirs et nos possibilités collectives.Dans les siècles antérieurs, le mal, sous toutes ses formes, était imaginé comme venant de forces extérieures à l\u2019être humain.La peste, par exemple, fut attribuée au courroux des dieux vengeurs et aux esprits malins cachés dans la nature.Mais pour la première fois dans l\u2019histoire de l\u2019humanité, le mal - que nous devrions plutôt appeler la menace, sous les formes modernes que sont l\u2019holocauste, la bombe et le SIDA - vient de l\u2019être humain lui-même, de ses forces destructives et autodestructrices.Mais comme nous l\u2019enseignent les systèmes de pensée orientaux, toute réalité porte aussi son contraire.Si par le coeur, l\u2019esprit et le corps, l\u2019espèce humaine porte en elle-même ses capacités de destruction et d\u2019autodestruction, comme le XXe siècle nous en a fait prendre conscience de façon aiguë, c\u2019est par les mêmes voies qu\u2019elle peut aussi trouver ses capacités de réparation, de réconciliation et d\u2019espoir.Et ces capacités se construisent aussi dans le temps et dans l\u2019histoire, prenant des voies diversifiées, dont celle de la dimension soignante.La dimension soignante Le domaine des soins, par ses savoirs et ses pratiques, constitue à mon sens l\u2019un des lieux où peut s\u2019exprimer l\u2019inverse de nos capacités de destruction et d\u2019autodestruction.Des auteurs comme Leininger, Collières, Watson et Benner insistent sur ce qui constitue le domaine du nursing: science et art des soins, au sens de caring, ainsi que sur ses objectifs d\u2019action, qui sont justement l\u2019intégration et l\u2019harmonisation du coeur, de l\u2019esprit et du corps.Lorsque nous évoquons le domaine des soins, il nous faut dépasser les simples actions de soins associées aux services de santé, parce que trop vagues et impersonnelles, pour comprendre plutôt et promouvoir des actions de soins entendues au sens de caring et de dimension soignante.La dimension soignante, ou caring, représente l\u2019une des manières de recadrer, de façon différente, le paysage de la modernité dont le SIDA fait partie.Les intervenants et intervenantes qui oeuvrent chaque jour auprès de personnes porteuses du VIH et de sidéens participent à cette reconfiguration.Et cela se concrétise par l\u2019engagement moral, la présence, la continuité, la qualité du temps donné, l\u2019intensité affective, l\u2019acceptation des univers de vie intermédiaire que représentent les états de chronicité (être ni en santé ni malade), l\u2019acceptation de la dépendance et de l\u2019interdépendance.Comme on le soulignait, dans un article portant sur la culture des soins au temps du SIDA: «Le SIDA est unique, parmi les maladies des sociétés modernes, parce qu\u2019il représente simultané- ment une maladie aiguë et chronique, progressive, infectieuse et fatale, et qui affecte aussi les jeunes personnes.Au stade présent du savoir médical, il n\u2019y a pas de traitement pour ce qui représente l\u2019effondrement du système immunitaire que provoque le virus du SIDA et cela, en dépit de toutes les recherches pharmacologiques.Pour la grande majorité des symptômes qui affectent les individus porteurs, des plus bénins aux plus graves, il n\u2019y a tout simplement pas de substitut à la présence de l\u2019accompagnement, ainsi qu\u2019aux soins physiques et interpersonnels qui constituent le coeur du nursing et pour lesquels les infirmières, peut-être plus que tout autre professionnel de la santé, excellent2.» Outre le fait que le SIDA représente, comme symbole et métaphore, l\u2019autodestruction du corps humain, son effondrement, en même temps que sa capacité à transmettre la mort par la voie de liquides corporels qui véhiculent normalement des significations de vie, il nous force aussi à admettre les limites de la maîtrise de la vie que l\u2019on croyait avoir atteinte, grâce à la raison et à la technologie.On avait pensé vaincre le cancer, dans les années 70, à coups de milliers de dollars.Non seulement ne l\u2019a-t-on pas vaincu, mais on doit maintenant combattre, depuis plus de dix ans, le SIDA.Jusqu\u2019à l\u2019arrivée de ce dernier, le cancer représentait le symbole de la mort: associé à la pourriture, au non-contrôle, aux forces invisibles qui envahissent et détruisent.Certains auteurs, comme Susan Sontag et d\u2019autres, ont voulu voir dans cette maladie la métaphore du monde moderne: à la pollution, à la surproduction des produits et services, le corps répond par une surproduction de cellules, par l\u2019anarchie biologique.L\u2019arrivée du SIDA n\u2019a pas changé le portrait de la mort moderne; il lui a simplement superposé une image complémentaire, mais en même temps un prolongement: on ne parle plus de surproduction des cellules et d\u2019anarchie biologique, on parle ici d\u2019effondrement du système immunitaire et de perte de toutes les défenses.L\u2019historien Sendrail a montré que toute société produit ses symboles de mort et s\u2019imagine dans l\u2019horizon de ses limites; et elle le fait à travers des maladies dont la charge symbolique est dense.Face à l\u2019effondrement du vieux monde et de ses limites, le SIDA, de manière exceptionnelle, interroge notre peur personnelle et collective de l\u2019effondrement.Pourquoi donc une épidémie de l\u2019effondrement?Les explications rationnelles que nous connaissons, quoique valables et valides, nous satisfont-elles vraiment?Les images de la mort, en cette fin de XXe siècle, questionnent notre espoir et notre devenir.Cette mort de la fin du siècle est celle de jeunes adultes: la majorité des individus atteints, au Canada et dans les pays industrialisés, ont entre 20 et 50 ans.Elle est souvent celle de gens qui ont fait des choix de vie différents de ceux de la majorité, si l\u2019on pense à la portion atteinte de la population qui est masculine et homosexuelle.Elle est aussi celle de personnes qui ont sans doute peu choisi la dureté du monde qui les stigmatise: ceux et celles qui vivent de la prostitution et sont emprisonnés dans la drogue.De plus, le SIDA, que l\u2019on imaginait enclavé, se répand à une vitesse folle.Il gagne des continents qui ont été pendant un temps épargné, comme l\u2019Asie, mais il atteint de plus en plus d\u2019enfants et aussi de femmes hétérosexuelles mariées qui, ne se protégeant pas d\u2019un conjoint qu\u2019elles croyaient sûr, se réveillent un bon matin séropositives et désespérées.Quels que soient les modes de contamination et les groupes touchés, personne ne choisit d\u2019avoir le SIDA.Dans ce siècle où l\u2019on veut croire que tout se contrôle, à l\u2019apogée de la technoscience, les modèles de pensée que nous avons créés et auxquels nous participons ne fonctionnent guère, mais nous vivons quand même avec eux.Nous aimons croire aux prédictions de la météo pour que le temps du soleil dure, aux prédictions économiques pour imaginer une fin de siècle plus 152 relations juin 1994 Le temps et la présence sont des dimensions essentielles des soins et de l\u2019accompagnement, et du message social dont les soins sont porteurs.heureuse, et à cette société d\u2019un nouvel âge annoncé dont on cherche trop souvent en vain les manifestations.Nous attendons les médicaments qui vont enrayer tous les maux, ceux des grandes maladies du siècle, comme le cancer et le SIDA, chacune symbole de mort et des limites d\u2019une vie et d\u2019un monde que l\u2019on voudrait illimités, surtout en Occident.La société technique étend, dans des proportions jusque-là inimaginées, les capacités de perceptions humaines et les limites du corps: de toutes les manières, on prolonge les sens.Nous pouvons dorénavant voir l\u2019infiniment petit et l\u2019infiniment grand.Nous pouvons entendre la voix d\u2019un proche à des milliers de kilomètres.La mémoire humaine ne fait plus le poids face aux capacités informatiques.La société technoscientifique, qui s\u2019exprime entre autres par l\u2019institution biomédicale, donne souvent l\u2019illusion que cette extension des limites corporelles pourrait solutionner toutes les contradictions humaines et toutes les souffrances.Pourtant, si la société technoscientifique a donné une extension aux sens, elle ne privilégie pas pour autant les besoins reliés au territoire de la sensorialité: on n\u2019a pas trouvé, par exemple, de réponse technologique aux besoins d\u2019affection et de toucher.La dimension soignante ouvre des portes différentes, puisque le corps global est reconnu comme la porte d\u2019entrée de l\u2019expression des soins.La société de la technoscience n\u2019a pas apporté de réponse à l\u2019inéluctable: la vie humaine a une fin, malgré ses possibilités extraordinaires d\u2019adaptation.Dans cette société, on s\u2019imagine vivre hors de la réalité du temps et de la fini-tude, et de leur contrepartie: la présence, au sens d\u2019être ancré dans le monde et d\u2019accompagner.Or, le temps et la présence sont des dimensions essentielles des soins et de l\u2019accompagnement, et du message social dont les soins sont porteurs.2.Fox R.C., Aiken L.H., Messikomer C.M., The Culture of Caring: Aids and the Nursing Profession, The Milbank Quarterly, vol.68, Suppl.2, 1990, p.229.La réalité du SIDA est dure.L\u2019expérience et la trajectoire de cette maladie impliquent des marquages sociaux cumulés.D\u2019abord des blessures infligées à l\u2019identité qui devient un stigmate.Mais aussi une cassure dans la perception du temps: les individus atteints sont jeunes, pour la plupart, et sont amenés à reconfigurer leur vécu du temps.S\u2019ajoutent à cela la souffrance causée par l\u2019absence de solution médicale efficace permettant la guérison, les nombreuses années à vivre dans un espace de vie confiné à l\u2019idée de limites et à la certitude de la mort, et enfin l\u2019expérience vécue lorsque le corps, attaqué de toutes parts, lâche prise et se transforme lui-même en blessure.Les soins prennent ici toute leur place et tout leur sens.Ils peuvent offrir des réponses au besoin de sécurité affective et physique de personnes perdant leur frontière corporelle et leurs défenses, vivant des sentiments de perte de dignité et de confiance en soi et aux autres.Les soignants peuvent accompagner ces personnes amenées à déconstruire et à reconstruire le sens de leur propre vie, en faisant face à un futur marqué par la réalité existentielle de la finitude.La présence ouverte de l\u2019accompagnement et de l\u2019acceptation de l\u2019autre, incluant le contact physique et la tendresse, constituent, pour les individus aux prises avec la réalité du SIDA, des clefs de guérison face aux blessures de l\u2019âme et du corps qu\u2019inflige cette maladie.Et la voie de la guérison n\u2019est pas ici dans le futur d\u2019une vie assurée, mais dans une voie d\u2019accès au sentiment et au sens de la vie.Le sens et la place des soins De manière générale, les soins constituent à la fois un ensemble de moyens de protection du corps et un processus d\u2019accompagnement dont l\u2019objectif est la préservation de l\u2019intégrité de relations juin 1994 153 la personne.J\u2019ai déjà défini les soins comme «un ensemble complexe de valeurs et de symboles, de gestes et de savoirs, spécialisés ou non, susceptibles de favoriser le soutien, l\u2019aide ou l\u2019accompagnement de personnes fragilisées dans leur corps-esprit, donc limitées, temporairement ou sur une longue période de leur existence, dans leur capacité de vivre de manière indépendante».C\u2019est le cas de la personne porteuse du VIH, qui dans son parcours de vie subira des agressions biosociales atteignant ses capacités.Dans la mesure du possible, les soins sont censés favoriser le retour à l\u2019indépendance; mais il n\u2019y a pas, selon nous, d\u2019indépendance sans la reconnaissance de l\u2019interdépendance.Pour soigner véritablement les personnes porteuses du VIH ou du SIDA, les soignants doivent considérer pleinement la va- Le domaine des soins, par ses savoirs et ses pratiques, constitue à mon sens l\u2019un des lieux où peut s\u2019exprimer l\u2019inverse de nos capacités de destruction et d\u2019autodes- truction.leur sociale des personnes qu\u2019elles traitent, tout en sachant que l\u2019indépendance complète de ces personnes ne peut être considérée comme un objectif ultime.Soigner au temps du SIDA signifie que nos actions de soins ne seront pas toujours réparatrices de vie, mais qu\u2019elles seront palliatives, au sens littéral de ce mot.Cela veut dire aussi interagir avec des personnes qui peuvent heurter notre système de valeurs.Au fond de nous, jusqu\u2019où sommes-nous capables de croire que la femme qui se prostitue pour obtenir coke, crack et autres substituts de l\u2019amour mérite tendresse et compassion?Jusqu\u2019où pouvons-nous aller en sachant qu\u2019au-delà de la tendresse et de la compassion, la souffrance et la mort sont assurées?Quelle est la part de l\u2019amour inconditionnel dans les soins?Sommes-nous prêts à accepter que face au VIH et au SIDA, une personne possède la capacité de décider pour elle-même jusqu\u2019à sa mort, et que sa trajectoire de vie peut l\u2019avoir conduite à aller vers la mort?Quels moyens notre société se donne-t-elle pour soigner le SIDA?Des efforts importants ont certes été consentis à ce jour pour la recherche: recherche biomédicale d\u2019un côté, du médicament sauveur, et recherche sur les facteurs de risque et les comportements préventifs de l\u2019autre, dans un souci légitime de protection sociale.Mais allons-nous faire de même du côté des soins?Notre société est-elle prête à investir également dans la recherche et l\u2019application de programmes sur les soins de confort et d\u2019accompagnement aux personnes atteintes du VIH et aux sidéens?Jusqu\u2019ici, peu d\u2019efforts ont été déployés pour les soins et l\u2019allocation des fonds de la santé consacrés au SIDA en témoigne.À Montréal, par exemple, on sait qu\u2019une unité spéciale sera bientôt implantée à l\u2019hôpital Royal Victoria, mais à côté de cela, les conditions d\u2019hospitalisation sont souvent déplorables.Le Canada et le Québec sont bien loin derrière les États-Unis pour la recherche et l\u2019intervention concernant les soins dans le domaine du SIDA.Cela doit-il nous surprendre?Alors que l\u2019on savait pertinemment que des centaines d\u2019individus allaient être hospitalisés au cours des années 90, en tenant compte du cycle naturel de cet- te maladie, avons-nous vraiment prévu les ressources de soins nécessaires?La réalité de cette pandémie est que les gens atteints il y a dix ans sont de plus en plus malades et nécessitent de plus en plus de soins.Il y a là un choix de société: devant le SIDA, la société peut choisir de se protéger face à la population atteinte, en mettant en oeuvre des moyens de limiter la pandémie, ce qu\u2019elle fait déjà; mais elle peut également choisir de protéger non seulement la société, mais aussi les individus atteints par une politique et des interventions de soins.Celles-ci ne doivent pas être confondues avec la recherche biomédicale, axée sur la compréhension des mécanismes de la maladie ou sur la recherche pharmacologique.Cette politique et ces interventions de soins concernent plutôt l\u2019accompagnement direct des personnes aux prises avec le SIDA.Nous devons cependant éviter le piège des soins palliatifs qui consisterait à concentrer nos efforts sur ce seul type d\u2019action.Car favoriser les interventions de soins signifie toucher l\u2019ensemble des besoins de la personne.Le SIDA, comme le cancer, est une maladie du temps; c\u2019est-à-dire que pendant plusieurs années, bon nombre d\u2019individus vont vivre dans une situation limite ou intermédiaire, non malades mais stigmatisés par un diagnostic, puis malades ponctuellement au gré des infections opportunistes.La phase terminale de la maladie n\u2019est que l\u2019aboutissement, certes douloureux, d\u2019une longue trajectoire de vie tout au long de laquelle les individus ont besoin que l\u2019on reconnaisse les soins qui leur sont nécessaires3.Il faut revaloriser les soins Le psychanalyste André Ruffiot rappelle que le sidéen, privé de ses défenses immunitaires, imagine son corps comme un «corps sans défenses, sans enveloppe externe protectrice, corps mis à nu, corps violé, corps écorché de l\u2019intérieur, manquant d\u2019une peau interne, corps offert, exposé, corps malade, marqué, torturé par l\u2019AZT, corps séparé de la matrice originelle, corps séparé du psychique qui ne commande plus (.).Il devient en fait un nourrisson en solitude, en détresse, en quête d\u2019amour et de protection4.» Les soins sont essentiels dans la réalité du SIDA et cela, à toutes les étapes de la maladie.Ils se doivent d\u2019être valorisés parce qu\u2019ils constituent non seulement un ensemble de moyens essentiels pour les individus atteints, mais ils répondent aussi à des besoins auxquels la science ou les efforts préventifs déployés pour contrer la pandémie ne peuvent répondre.L\u2019individu atteint et ses proches ont des besoins variés, et ces besoins sont d\u2019autant plus cruciaux qu\u2019on ne guérit pas du SIDA.Les soins sont là pour agir dans les interactions du patient avec le système de santé; ils sont là pour aider à la création d\u2019un sens de la vie avec la maladie; ils sont là pour soulager la douleur et la souffrance; ils sont là pour permettre à l\u2019autre de se sentir accepté dans un contexte de forte stigmatisation sociale; ils sont là pour écouter avec ouverture, pour toucher sans peur, pour accompagner avec tendresse, en sachant que le seul espoir possible est celui de la vie pour elle-même et non pas de la vie comme futur possible.Mais c\u2019est là l\u2019enseignement même des soins.¦ 3.\tL\u2019auteure présentait alors l\u2019expérience réalisée par le Danver Nursing Project in Human Caring.4.\tRuffiot 1989, cité par DeMontigny J.et de Hennezel M., L\u2019amour ultime, Montréal, Stanké, 1990, p.127.154 relations juin 1994 RECENSIONS DE JUIN lectures M.L.Bouquerra: La recherche contre le tiers monde Jacques Poulin: La tournée d\u2019automne Jorge Semprun: Federico Sanchez vous salue bien Lina Trudel: La population face aux médias Collection Déclic La recherche contre le tiers monde entre l\u2019enquête et le réquisitoire, voici un livre décapant qui dénonce la cupidité du Nord et la poursuite de l\u2019exploitation effrénée du Sud, dans le domaine de la science et de la recherche, mais surtout dans le monde de la santé et de la pharmacologie.Le livre n\u2019est pas tendre, par ailleurs, pour l\u2019intégrisme surtout musulman qui enferme dans la bêtise.«Dans de nombreuses universités du tiers monde, arabes notamment, l\u2019accent est mis sur le conformisme, la mémoire et la docilité» (p.21).Le livre s\u2019ouvre sur le spectacle laser donné à Québec, le 24 juillet 1992: «Technologie avancée au service de la démocratie».Puis il évoque l\u2019inscription faite au ciel d\u2019Alger du nom d\u2019Allah: «et le FIS, hypocrite de crier au miracle et d\u2019indiquer aux Algériens la voie droite».«Ambiva- lence de la science et de la technique» (p.9).Le livre explore la situation de la recherche et les relations Nord-Sud en ce domaine, en huit chapitres: science et tiers monde: la désillusion; le pillage génétique; menaces et promesses de la biotechnologie; le Sud cobaye du Nord?; la guerre biologique et le Sud; le scandale du paludisme; un colonialisme pharmaceutique; perspectives.Dans le chapitre sur le paludisme (malaria), l\u2019auteur montre comment cette maladie intéresse peu (comparativement par exemple au SIDA), parce que c\u2019est une maladie du Sud.D\u2019une part, suite à l\u2019usage abusif des insecticides, «la forme la plus dangereuse du paludisme, celle à Plasmodium falciparum, est devenue de son côté, résistante aux médicaments antipaludéens les plus répandus» (p.164).D\u2019autre part, la seule vraie parade durable au paludisme, c\u2019est l\u2019améliora- tion des conditions de vie et de l\u2019environnement; «sans amélioration du niveau de vie et de l\u2019environnement, sans structure de santé primaire, sans éducation, l\u2019épandage des pesticides ne profitera qu\u2019au fabricant du produit» (p.162).L\u2019auteur rapporte les recherches fort prometteuses pour la mise au point d\u2019un vaccin par le Dr Patarrayo, à Bogota en Colombie.Ces recherches ne sont même pas citées dans les milieux américains! «Existe-t-il, pour ce journal (le New York Times), une recherche en dehors des États-Unis?» (p.192).Le chapitre sur le colonialisme pharmaceutique est à faire dresser les cheveux.Double standard des compagnies qui inondent le tiers monde de produits interdits aux USA ou en Europe, surmédication systématique (vendre des médicaments qui stimulent l\u2019appétit dans des régions sous-alimentées), vente libre de produits à risques dont les effets ne sont relations juin 1994 155 pas expliqués, dumping de médicaments périmés, surfacturation systématique par le jeu du marché international, démarca-ge des compagnies pharmaceutiques auprès des agents promoteurs, quand il ne s\u2019agit pas de corruption pure et simple.Professeur à la Faculté des sciences de l\u2019Université de Tunis, l\u2019auteur est un scientifique aguerri.Il a, entre autres, co-dirigé la réalisation de L\u2019état de /\u2019environnement (Paris, La Découverte, 1992).L\u2019écriture est vivante et claire, mais le niveau d\u2019information scientifique est souvent technique.Un livre qui parfois nous amène à nous interroger sur certaines pratiques au Québec, là où certains acquis sur la santé sont aisément dénoncés et semblent menacés.Un livre courageux et essentiel.¦ André Beauchamp La tournée d\u2019automne Ceux qui se jettent dans l\u2019aventure qu\u2019est l\u2019écriture assument le risque de s\u2019abîmer sur les écueils qui jalonnent cette folle équipée.Dès le début de son entreprise romanesque, Jacques Poulin a pris un risque en choisissant de bâtir son oeuvre à partir d\u2019archétypes qui restent encore aujourd\u2019hui - ou huit romans plus tard - immuables dans son oeuvre.Un écrivain fou d\u2019Hemingway et de tennis, l\u2019amour (un homme, le plus souvent l\u2019écrivain, et une femme qui cherchent à s\u2019unir sans toujours y arriver), des chats, des livres -beaucoup de chats et de livres - sont la matière première que Poulin cisèle inlassablement depuis vingt-cinq ans en histoires délicates, lentes et pourtant habitées par une angoisse presque palpable, celle qui vient avec l\u2019existence.La tournée d\u2019automne, le dernier roman de l\u2019écrivain vivant à Paris, bien qu\u2019il soit rédigé à la manière Poulin, recèle pourtant quelques «anomalies».Cette fois, par exemple, le personnage principal n\u2019est pas un écrivain.Il y en a bien un, Jack, mais il fera de sporadiques apparitions au côté du Chauffeur, l\u2019homme dans cette histoire d\u2019amour.Fonctionnaire au ministère de la Culture, il fait trois fois par année, le printemps, l\u2019été et l\u2019automne, la tournée des petits villages entre Québec et la Côte-Nord pour distribuer aux lecteurs, organisés en «réseaux», des livres qu\u2019il transporte dans un ancien camion de laitier transformé en bibliobus.Au début du roman, on tombe sur le Chauffeur au milieu d\u2019une foule aggluti- née devant le Château Frontenac qui regarde une troupe d\u2019artistes de la rue venue de France.Avec ces saltimbanques et ces musiciens voyage Marie, qui est un «peu.la mère de tout le monde».Elle et le Chauffeur - peut-être parce qu\u2019ils sont à peu près du même âge et qu\u2019ils se ressemblent physiquement («ils avaient la même taille, les mêmes cheveux gris») -vont être attirés l\u2019un par l\u2019autre.Mais l\u2019attrait, tant s\u2019en faut, ne suffit pas pour qu\u2019il y ait intimité entre les êtres réservés, presque fuyants, qui habitent l\u2019univers de Jacques Poulin.Existe-t-il cependant un meilleur prétexte que le voyage pour raffermir.ou détruire à jamais les sentiments que l\u2019on éprouve pour une personne?C\u2019est sur la route que cet homme et cette femme vont s\u2019apprivoiser, et jouir de la présence de l\u2019autre, dans une ambiance et des conditions de vie plus attrayantes aux adolescents: la camaraderie envahissante du groupe; le confort précaire du bibliobus.Ainsi, Marie et sa bande entassées dans un vieil autobus scolaire vont suivre le Chauffeur dans sa tournée d\u2019été, la dernière.Un baroud pour le bibliothécaire ambulant qui accepte mal que la vieillesse s\u2019immisce dans sa vie.« Devenir vieux, c\u2019est une chose qui ne m\u2019intéresse pas du tout.J\u2019ai décidé depuis un bon moment que la tournée d\u2019été serait ma dernière.Vous comprenez?Elle lui pressa doucement la main pour dire qu\u2019elle comprenait ou qu\u2019elle essayait de comprendre.» Des corps qui s\u2019effleurent et finissent par s\u2019enlacer tendrement, l\u2019émotion de l\u2019un devant la buée qui voile les yeux de l\u2019autre, les attentions délicates («Avez-vous froid?demanda-t-il.- Un peu, dit-elle de sa voix cassée.- Je vais vous réchauffer.»), des confidences voilées et la découverte des mêmes auteurs préférés tissent le cocon protecteur dans lequel Marie et le Chauffeur vont s\u2019épanouir en amoureux portés par une sobre passion.Mais c\u2019est aussi un fluide de jouvence pour le Chauffeur qui oublie progressivement ses sombres desseins (une distraction nous met sur la piste) pour faire à Marie une proposition imprévue.Cette histoire d\u2019amour tout en nuance, qui nous entraîne sur les routes abruptes ou sinueuses qui sillonnent les régions fluviales parsemées de paysages époustouflants, que la prose économe de Poulin oblige à imaginer en esprit plus qu\u2019à découvrir par les mots, nous fera glisser dans le monde des livres si cher à l\u2019auteur.Alors comme si de rien n\u2019était, La tournée d\u2019automne révèle la facture de l\u2019oeuvre dont l\u2019auteur a patiemment choisi les composantes en sachant doser les quantités pour chaque roman.Le bibliobus rempli de livres et de manuscrits, refusés par les éditeurs, devient le point de chute d\u2019amoureux autres que Marie et le Chauffeur.Ceux des livres.Les chefs de réseaux (celui des Escou-mins, un pilote de bateau, celui de Rivière-Pentecôte, une femme dont on ignore le nom, et ceux de bien d\u2019autres villages et villes), mais aussi des enfants, des personnes âgées ainsi qu\u2019une curieuse beauté blonde - qui cherche un livre qui répond aux questions «pourquoi on vit, pourquoi on meurt», rien de moins -, de cuir vêtue chevauchant une moto avec side-car et gros chien, tous vont s\u2019alimenter en livres de tous genres.Belle occasion pour évoquer l\u2019incontournable Hemingway, le cher Vian, Gabrielle Roy, Anne Hébert ou encore lancer les titres de dizaines de romans: L\u2019Avalée des avalés, Salut Galarneau, Sur la route, etc.L\u2019écrivain dans tout cela?Jack et le Chauffeur se croisent dans un bar de danseuses nues, à Baie-Comeau.Remis de la dépression qui le secoue après chaque parution d\u2019un nouveau titre, Jack prend des notes: «c\u2019est une petite chose de rien, quelque part dans un coin, elle va grandir doucement.Faut lui laisser le temps.» Les chats?Il faut des chats.Les minous, attirés par l\u2019odeur que traîne encore l\u2019ancien camion de laitier, vont se glisser entre les pattes de Marie et du Chauffeur.Après s\u2019être fait caresser, la panse pleine de lait, ils vont repartir sans dire merci.Grands indépendants! Jacques Poulin, avec La tournée d\u2019automne, réussit encore à séduire le lecteur.¦ Michel Quevillon Federico Sanchez vous salue bien federico Sanchez vous salue bien est un bien curieux récit, presque aussi inclassable que son auteur, Jorge Semprun.Jorge Semprun, descendant des grands d\u2019Espagne, fut, sous le pseudonyme de Federico Sanchez, un membre influent du Parti communiste espagnol, interdit tout au long du règne de Franco.Il a connu les camps d\u2019extermination, l\u2019expulsion du Parti.Et il fut aussi, de 1988 à 1991, ministre de la Culture dans le gouvernement socialiste de F.Gonzales.Parallèlement à ses engagements politiques, Semprun mena une carrière littéraire remarquée, notamment comme scénariste (Z, l\u2019Aveu, etc.).156 relations juin 1994 Son dernier ouvrage, écrit en français tout comme ses romans, se présente comme une réflexion sur son passage au gouvernement espagnol (1988-1991).Dans un registre souvent plus près de la conversation que de la chronique politique, Semprun y parle d\u2019abord du pouvoir, de cette possibilité d\u2019intervenir, «même au minimum, dans les marges - dans la réalité opaque, enchevêtrée, étouffante si souvent, du cours naturel de l\u2019histoire» (p.21).Toujours animé d\u2019une «implacable tendresse» pour les rêves de sa jeunesse, farouchement réfractaire à tout esprit d\u2019appareil, Semprun y parle également, et peut-être surtout, de démocratie et de démocratisation dans cette Espagne nou> velle où se conjuguent modernisation, monarchie et terrorisme.Dans un intelligent désordre qui confère un ton particulier à l\u2019ouvrage, Semprun revient à la fois sur son expérience politique récente et sur tout ce qui a constitué la trame profonde de ses engagements.Il évoque tour à tour les liens entre langage et pouvoir («le verbe a été au commencement et sera à la fin du politique» p.21 ), et son expérience communiste, ce «miel de l\u2019humaine fraternité enclos dans la glaciation bureaucratique» (p.35).Il médite sur la réussite du processus espagnol de démocratisation qui aurait pu être tellement plus violent si le peuple espagnol n\u2019avait pas si «massivement opté pour la réforme contre la rupture, pour la modération contre l\u2019extrémisme, pour les chances de l\u2019avenir contre les mérites du passé, même les plus héroïques» (p.116).Réservant son respect et son admiration pour le président Gonzales, le roi Carlos, certains militants et pour quelques-unes des toiles des grands maîtres espagnols, Semprun décrit aussi, avec une ironie mordante, les à-côtés de ses fonctions officielles, ses rencontres avec les grands de ce monde, les négociations, les accommodements.Celles et ceux que les dessous de la politique espagnole ne passionnent pas auront la tentation de «sauter» de nombreux passages du récit; ils risquent cependant de perdre ainsi certaines des plus belles richesses du livre.Car, au hasard des pages, Semprun livre bien plus que des anecdotes politiciennes.Mêlant ses souvenirs d\u2019enfant à ceux du militant clandestin, évoquant à mots couverts mais limpides les plus grandes douleurs et les joies les plus pures, Semprun témoigne, à chaque page ou presque, de sa condition d\u2019homme de ce siècle.Transcrite dans une très belle langue, la mémoire de Semprun nous plonge dans celle de notre monde.¦ Francine Tardif La population face aux médias dans La population face aux médias, Lina Trudel constate la passivité du public, beaucoup plus préoccupé de l\u2019environnement naturel que de l\u2019environnement culturel et intellectuel qui se reflète dans les médias.L\u2019omniprésence de ces derniers - la consommation des médias, surtout la télévision, constitue l\u2019activité numéro un après le sommeil - et leur énorme pouvoir d\u2019influence sur les opinions, les comportements et les événements, justifient que la population s\u2019y intéresse et intervienne au besoin.L\u2019auteure, qui agit à titre de responsable du dossier des communications à l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes (ICÉA), veut sensibiliser les gens à l\u2019impact des médias dans leur vie, au fonctionnement du 4e pouvoir ainsi qu\u2019aux façons d\u2019agir sur les médias.Les lecteurs peuvent d\u2019abord se familiariser avec les habitudes de consommation médiatique, le rôle des médias dans la société démocratique et les droits du public en matière d\u2019information.Parmi les problématiques abordées, notons l\u2019influence grandissante des médias concomitante à la perte d\u2019influence des institutions tels l\u2019Église, les partis politiques, les syndicats et la famille sur les cadres de référence et les valeurs des individus, la publicité influençant les contenus ainsi que les régions désappropriées de leur propre information.Le Québec cassé en deux s\u2019étend aussi aux médias.Ensuite, dans le second chapitre, judicieusement intitulé «Pour mieux connaître les médias», le fonctionnement et le contenu de la radio-diffusion ainsi que le traitement de l\u2019information dans la presse écrite et électronique sont clairement présentés.Le profane risque cependant de trouver un peu longs et rébarbatifs l\u2019historique et les explications techniques.Son intérêt sera toutefois maintenu grâce à une synthèse des thématiques actuelles (l\u2019américanisation des ondes, la polarisation information/divertissement au détriment des émissions culturelles et éducatives notamment, la déréglementation, la radiodiffusion communautaire, etc.) et une présentation des grandes tendances de l\u2019heure: l\u2019information-spectacle avec la «théâtralisation» des télé-journaux et la simulation, la dépendance des médias à l\u2019égard de la publicité et du marketing qui minent leur crédibilité, la concentration de la propriété - avec ses dangers pour la pluralité des points de vue - dans un contexte de mondialisation et d\u2019uniformisation, de même que la fragilité des codes de déontologie journalistiques.relations juin 1994 Enfin, spécialistes et profanes trouveront fort utile le troisième chapitre «Action médias: mode d\u2019emploi» qui s\u2019avère être le remède idéal à la passivité et à la démission du public à l\u2019égard des médias.Il contient une description des lois et règlements concernant les contenus des médias et les droits du public, une présentation du rôle et des fonctions des divers organismes responsables de l\u2019application des lois et codes d\u2019éthique et de la réception des plaintes du public ainsi que l\u2019exposé des principaux groupes intervenant auprès des médias.Armés de ces informations, il ne reste qu\u2019à passer à l\u2019attaque et se réapproprier un pouvoir délaissé: celui du public.¦ Marie-France Cyr Déclic trois ouvrages publiés par les Éditions Paulines et le Centre de pastorale en milieu ouvrier s\u2019ajoutent à ceux qui forment déjà la collection Déclic: Robert David, C\u2019est pas fini! La création d\u2019hier à demain, 60 p.; Guy Côté, Résister-le combat d\u2019une espérance têtue, 70 p.; André Myre, Scandale! Jésus et les pauvres, 61 p.Depuis quelques années, cette collection nous a proposé des petits livres écrits par des théologiens, des théologiennes et des biblistes connus pour leur option dans la ligne des théologies de la libération et de la résistance.Leur réflexion s\u2019enracine dans une expérience d\u2019engagement auprès des groupes populaires.Ecrits à partir de positions exégé-tiques sérieuses, ces petits ouvrages sont facilement abordables et constituent des outils très intéressants pour une éducation de la foi qui veut se situer à partir d\u2019un engagement concret.C\u2019est pas fini! La création d\u2019hier à demain de Robert David répond à certaines objections sur les contradictions apparentes entre les récits de la création et ce que nous en dit l\u2019état actuel de la science.L\u2019auteur nous fait entrer dans le questionnement d\u2019un travailleur, Fred, qui cherche à comprendre l\u2019origine du monde.Les récits bibliques de la création, lus à travers l\u2019histoire du peuple d\u2019Israël, sont riches d\u2019un enseignement très actuel.C\u2019est dans la relecture au quotidien «de ses expériences de libération, qu\u2019lsraël a découvert celui qui guidait ses pas».En transposant les grandes étapes de son histoire vers les origines de l\u2019univers, les auteurs bibliques ont voulu mettre en évidence la fidélité de Dieu pour les hommes 157 et les femmes de tous les temps.L\u2019auteur aide le lecteur à saisir que la création n\u2019est pas achevée, que Dieu ne cesse de créer, de travailler à libérer et que les humains sont eux aussi responsables de la création et de la libération de l\u2019humanité.«Toute ma réflexion sur la création, nous dit Fred, a commencé le jour où j\u2019ai vu l\u2019homme-à-la-revue-qui-an-nonçait-la-fin-du-monde.Qu\u2019il dise vrai ou non, j\u2019ai l\u2019impression que, si la fin du monde est proche, c\u2019est pas parce que Dieu le veut ainsi.Ça concerne bien plus nos choix à nous.» Par sa recherche, Fred fait aussi bouger ses concepts de Dieu et peut-être aussi les nôtres.Son expérience nous fait prendre conscience de l\u2019importance d\u2019une réflexion commune et solidaire pour cheminer vers une foi plus vivante et transformatrice.Dans Résister-le combat d\u2019une espérance têtue, Guy Côté présente le livre de Daniel en nous proposant «d\u2019y trouver des repères» pour «aider à garder espoir alors que l\u2019utopie se porte mal».Parcourant nos «belles histoires de résistance», l\u2019auteur situe ensuite le livre de Daniel dans son contexte historique, deux époques difficiles pour le peuple d\u2019Israël: l\u2019exil à Babylone et la persécution syrienne.Dans une troisième partie, il nous présente le livre de Daniel comme un message aux résistants juifs: «comment résister aux avantages de l\u2019infidélité, au coeur d\u2019un empire prestigieux et redoutable?Comment continuer d\u2019espérer en Dieu devant son silence?» Revenant à notre propre situation, cet éclairage biblique nous aide à faire l\u2019analyse de l\u2019oppression actuelle du pouvoir économique.Tel est l\u2019objet du quatrième chapitre.À quoi résistons-nous?«à la rupture de solidarité qui défigure l\u2019humain, en humiliant les uns et en avilissant les autres» (p.53).La résistance proposée dans le livre de Daniel est celle qui crie non: «contre la violence, contre l\u2019évidence, il proclame l\u2019impossibilité de l\u2019indifférence et de la mort de Dieu» (p.63.).«Résister, dans la perspective du li- vre de Daniel, c\u2019est donc un ensemble d\u2019attitudes et de comportements qui visent à transfigurer le présent en espérance têtue» (p.56).En s\u2019attaquant à un récit biblique plutôt difficile à cause de son langage apocalyptique, Guy Côté relève le défi de rendre accessible et parlant un texte dont le sens nous est d\u2019abord voilé.Son développement sur la résistance comme voie spirituelle et geste d\u2019engagement pourra soutenir nombre de chrétiennes et de chrétiens aux prises avec le scandale du silence de Dieu et l\u2019apparent échec des efforts humains pour transformer le monde.Un troisième petit livre de cette collection, écrit par André Myre, éclairera ceux et celles qui ont pris option pour les pauvres au nom de l\u2019Évangile tout en ébranlant une certaine conception spiritualisante de la foi.Scandale! Jésus et les pauvres nous propose de suivre Jésus dans son option pour les pauvres.S\u2019enracinant dans la tradition biblique où Yahvé est le «faiseur de droit pour les opprimés, le donneur de pain pour les affamés» (Ps 146), l\u2019agir de Jésus se concentre sur les pauvres.« Pourquoi vouloir faire de tout le monde les destinataires de l\u2019Évangile de Jésus, alors que ce dernier donnait la priorité aux pauvres?» nous dit l\u2019auteur.Jésus a été sensible à la misère économique des pauvres mais surtout au mépris et à l\u2019humiliation qui accable bien souvent le pauvre.Le riche peut vivre bien des revers, mais l\u2019argent rend le malheur confortable.Quand le «pauvre parle, on dit: \u201cQui est-ce?\u201d et s\u2019il trébuche, on le fait culbuter» (Sir.13, 23).Jésus fut lui-même un pauvre qui fit des petites choses, «comme le grain de sénevé planté en terre».Mais «il faut avoir les yeux de Dieu pour trouver son action importante».Voilà pourquoi les grands qui, pourtant, étaient du «bon monde» n\u2019ont pu supporter cet homme si dérangeant, car «ils ne raisonnent pas comme le Dieu dérangeant du Règne».Nous retrouvons dans les Béatitudes «les traits du visage de Jésus, l\u2019air de famille, qui vient du Père et qui montre quel gen- re d\u2019humains deviennent ceux et celles qui s\u2019alignent sur Jésus».Plutôt qu\u2019à conserver la vision de Jésus qui était un homme de son temps, l\u2019appel du Christ nous invite aujourd\u2019hui à inventer une manière propre à notre temps d\u2019être une communauté vivante où riches et pauvres partagent, luttent ensemble contre les structures oppressives qui font scandale et acceptent d\u2019être geste et parole de Dieu pour et avec les pauvres.¦ Jean-Marc Biron Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants: -\tEugen Drewermann, La Barque du soleil.La mort et la résurrection en Égypte ancienne et dans l\u2019Évangile, Paris, Seuil, 1994; 368 p.-\tGilles Routhier, Les pouvoirs dans l\u2019Église.Étude du gouvernement d\u2019une Église locale: l\u2019Église du Québec, Montréal, Paulines, 1994; 523 p.-\tPhilippe Bergeron et Céline Poulin, Le couple face à la mort.La mort du couple, Montréal/Ste-Foy, Paulines/Presses de l\u2019Université du Québec, 1994; 61 p.-\tMichael Stogre, Pensée sociale chrétienne et droits des Aborigènes, Montréal, Paulines, 1994; 325 p.-\tLionel-Henri Groulx, Le Travail Social.Analyse et évolution, débats et enjeux, Laval, Agence d\u2019ARC, 1994; 300 p.-\tChristian Bobin, L\u2019inespérée, Paris, Gallimard, 1994; 135 p.-\tGuy Aznar, Travailler moins pour travailler tous, 20 propositions, Paris, Sy-ros, 1993; 268 p.-\tM.Raboy, I.Bernier, F.Sauvageau et D.Atkinson, Développement culturel et mondialisation de l\u2019économie.Un enjeu démocratique, Québec, IQRC, 1994; 144 P- -\tDanielle Roger, Petites fins du monde et autres plaisirs de la vie, Montréal, Les Herbes rouges, 1994; 84 p.¦ références Mohamed Larbi Bou-guerra, La recherche contre le tiers monde.Multinationales et illusions du développement, Paris, Presses universitaires de France, 1993; 293 p.Jacques Poulin, La tournée d\u2019automne, Montréal, Leméac, 1993; 208 p.Jorge Semprun, Federico Sanchez vous salue bien, Paris, Grasset, 1993; 334 p.Lina Trudel, La population face aux médias, Montréal, VLB, 1992; 223 p.Collection Déclic, Montréal, Paulines/CPMO: Robert David, C\u2019est pas fini! La création d\u2019hier à demain (1992), 60 p.; Guy Côté, Résister - le combat d\u2019une espérance têtue (1993), 70 p.; André Myre, Scandale! Jésus et les pauvres (1993), 61 p.158 relations juin 1994 Vivre ensemble 3ULLETIN DE LIAISON EN PASTORALE INTERCULTURELLE ;entre justice et foi\tsecteur des communautés culturelles Pour bâtir r une Eglise et une société pluri-ethnique où chacun aurait sa place Vivre ensemble soutient l\u2019engagement pour une Église où ceux et celles qui partagent la même foi en Jésus-Christ, quelles que soient leurs origines, trouveront un accueil fraternel dans l\u2019égalité et la coresponsabilité.Ce bulletin concerne autant la population québécoise d\u2019accueil que les nouveaux arrivants.Vivre ensemble a pour objectifs de: \u2022\tpromouvoir l\u2019intégration des nouveaux arrivants au Québec; \u2022\tfournir des éléments de réflexion qui serviront de base à une action concrète; \u2022\tprésenter des expériences de rapprochement entre Québécois et néo-Québécois; \u2022\tinformer sur des projets d\u2019intégration entrepris hors du Québec; \u2022\tfaire connaître divers organismes qui peuvent aider à mieux comprendre les diversités culturelles et religieuses; \u2022\têtre un moyen de communication pour tous ceux et celles qui s\u2019intéressent à la question de l\u2019immigration.Vivre ensemble croit à l\u2019importance des paroisses, communautés et mouvements chrétiens comme lieux privilégiés d\u2019accueil et d\u2019intégration des nouveaux arrivants.C\u2019est pourquoi Vivre ensemble est particulièrement destiné aux pasteurs et agent(e)s de pastorale, mais aussi aux intervenants des divers milieux de la société québécoise.Les dossiers parus: *¦ L\u2019intégration des nouveaux arrivants * Pour une convivance religieuse positive » Premiers contacts avec l\u2019inconnu * Sommes-nous mûrs pour ia laïcité au Québec?*¦ Être jeune au Québec et appartenir à une communauté culturelle » L\u2019intégration, ia foi et ia fraternité * Les anglophones * Une culture publique commune ?La famille * Les nouvelles religions.Vivre ensemble paraît quatre fois par an.Abonnement annuel: 10,00$ Adresser votre chèque à l\u2019ordre du Centre justice et foi et retourner au Centre justice et foi, Secteur des communautés culturelles 25 rue Jarry Ouest, Montréal (Québec) H2P 1S6 * toutes taxes incluses.TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 relations juin 1994 159 relations juin 1994 3,50$ no 601 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t131 La révolution McKenna (P.-M.D.) - De l\u2019amour et des restes humains (M.L.) - Des communautés rurales responsables (R.M.) - Zimbabwe: vers un développement autofinancé?(M.B.) dossier\t135 Le travail à la marge Jacques Boucher\tLe travail à la marge\t136 Laura C.Johnson\tLe travail à la maison\t137 M.Boti et M.Smith\t«La denrée la plus rentable»\t139 D.Guigard Feredj\tPlus de deux millions de bénévoles au Québec 142 Jacques T Godbout\tLe bénévolat et l\u2019entraide\t143 en bref articles\t149 Jean-Pierre Charbonneau Le Rwanda: après les massacres\t149 Francine Saillant\tLe SIDA, métaphore sociale de la vie moderne 151 lectures\t155 Photographie de la page couverture: Robert Fréchette/STOCK LES SOIRÉES RELATIONS SUR VIDÉO Location (10 jours): 7$ + frais d\u2019ex- Pour obtenir la liste des soirées en-pédition.Achat: 25$.Noter que TPS registrées qui sont disponibles, et TVQ sont incluses dans ces prix.s\u2019adresser à Pauline Roy-Servant.Les Soirées reprendront en septembre.Surveiller notre publicité dans LE DEVOIR.Centre justice et foi, 25 rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 juin (mai) 1994 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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