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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1995-05, Collections de BAnQ.

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[" ISS dhistoire.À lire aussi en page 113: Nouvelle-Zélande: faut-il crier au miracle?977003437800005 srs\u2014'-«»\"*\"»\"\u2022¦ Ce même souci du\tSet! Toutde\" llfpii^- Mqufcommune au Quebec.\tla discussion actuelle sur La notion de citoyenneté\t6qui d^J si|ria5r^ss£SS l\u2019émergence d un eu\tettoutes.au plus grand bien de i\t.-onnar ÎS grand bien de tous er \u2022\tpom de notre appar- te-œS^|£SS^ÆS^0treS0' '^-!^fnnoûrTa See clété en route pour la justice.Carolyn Sharp relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRETAIRE A LA REDACTION Jean Périgny ASSISTANT A IA REDACTION Fernand Jutras COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marc Lemire, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 26,00$ (taxes incl.) Deux ans: 47,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 98 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 relations mai 1995 face à \u2019actualité _ Le véritable apport des commissions Le profil d\u2019un événement fondateur Quelle orientation culturelle pour le Québec?Cri de souffrance de la Jeunesse ouvrière chrétienne D\u2019où viendra le salut pour le Zaïre?LES COMMISSIONS ET LAVENIR DE LA DÉMOCRATIE quoi qu\u2019on en dise, elles ont «marché» les commissions itinérantes sur l\u2019avenir du Québec.Mais pas nécessairement dans le sens où s\u2019y attendaient tant les protagonistes de l\u2019indépendance que ceux du fédéralisme.En effet, en dépit des appels au boycott de différentes organisations, bien des citoyennes et des citoyens sont allés y présenter leurs points de vue fédéralistes, leurs craintes, leurs hésitations et leurs conditions d\u2019adhésion à un projet de souveraineté.Ceci légitimise sans équivoque l\u2019opération.À l\u2019inverse, pour bien des indépendantistes, la démarche n\u2019a pas levé de vague, n\u2019a pas donné l\u2019impulsion qu\u2019on désirait.Elle a produit beaucoup mieux que cela cependant.En effet, plusieurs s\u2019accordent à dire qu\u2019elles ont été un lieu d\u2019expression sans précédent pour la population.Et cela se reconnaît dans la diversité de ses visions du pays sur le plan constitutionnel, et de la société en termes de justice sociale, de sécurité des individus les plus fragiles, de rapports entre les différents groupes et composantes sociales.Si tant de personnes et de groupes ont assisté aux séances des commissions, ont écrit des mémoires et s\u2019y sont exprimés, c\u2019est que dès le départ, ils ont constaté qu\u2019ils seraient entendus et écoutés.Aussi certains parlent-ils d\u2019un début d\u2019implantation de démocratie directe et souhaitent-ils la reprise régulière d\u2019une telle activité.On ne peut pas parler encore de l\u2019émergence de la démocratie directe au Québec.Mais l\u2019exercice qui vient de se terminer et la qualité de la participation qu\u2019avait suscité la Commission Bélanger-Campeau dans les régions montrent bien que nous sommes en présence d\u2019un pays qui cherche à se bâtir.Et pourquoi ne serait-il pas en train de se construire, justement, par ce genre d\u2019activités?On a définitivement tort de sous-estimer la signification et la portée de ce travail de la société sur elle-même, tout comme on serait malvenu de l\u2019empêcher, une tentation qui doit guetter bien des pouvoirs.D\u2019abord, sur le plan constitutionnel, les commissions auront largement contribué à faire sortir le débat de son étroitesse «économiciste», ce que d\u2019aucuns qualifient de «perspective purement comptable».Plus positivement, elles auront ramené la problématique constitutionnelle dans sa véritable pers- relations mai 1995\t99 pective, c\u2019est-à-dire la recherche d\u2019institutions ou de moyens qu\u2019on se donne pour finir de construire une société déjà là, mais dont on est en train de préciser les contours dans toute sa complexité.Dans ce sens, il serait antidémocratique de lever le nez sur l\u2019apport des commissions à l\u2019élaboration d\u2019un projet de société.Autrement dit, l\u2019appropriation de ces dernières par la population a été suffisamment élevée pour que toute remise en cause de ses contributions, toute stratégie pour dissocier projet de société et projet constitutionnel apparaissent comme une dénégation de sa vision, de son projet et de sa voix.Ainsi, le traitement que les différents gouvernements et partis politiques au pouvoir donneront ou non à une telle démarche sera particulièrement indicateur de l\u2019endroit où ils tendent à faire leur lit, dans le contexte des transformations actuelles.Car, à travers et derrière cette manifestation démocratique, on ne peut s\u2019empêcher de discerner quelques enjeux clés d\u2019une formidable lutte sociale, très actuelle, entre deux modèles de développement opposés.Celui qui semble dominant, ou qui a plus de visibilité, fait appel aux comportements et aux choix rationnels des individus, au marché tant sur le plan du travail et de l\u2019emploi que de la production et de la consommation, aux droits individuels et à la liberté d\u2019entreprendre, à la réduction des interventions de l\u2019État.Ce modèle est fortement teinté de libéralisme, assez du moins pour être qualifié de «néo-libéral».On y est peu enclin à se référer à un projet de société, surtout un projet concocté publiquement et collectivement, donc à la participation populaire et à la solidarité collective.Le politique et la démocratie se résument plutôt au scrutin, à un choix individuel et privé dans le marché des partis et candidats politiques.Mais un autre modèle de développement s\u2019affirme aussi, avec une certaine vigueur, comme une véritable alternative.Il s\u2019articule autour d\u2019un certain nombre d\u2019innovations, dont on commence à accumuler les expérimentations sur le plan économique et social.Plus spécifiquement, il est basé sur une plus grande participation des salariés sur les lieux du travail, de la population dans l\u2019organisation et l\u2019orientation des services, l\u2019utilisation des ressources, la qualité des biens de consommation, la protection des individus et des groupes, de nouveaux rapports entre État et citoyens.Il s\u2019y développe une nouvelle culture de la citoyenneté, de nouvelles formes de solidarité et un redéploiement de la démocratie, une démocratie beaucoup plus directe et participative.Dans ce modèle, on ne craint ni dédaigne l\u2019expression populaire et collective, la décentralisation et la responsabilité locale.Ce modèle de développement, que l\u2019on peut appeler «démocratique», est porté particulièrement par les mouvements sociaux et il s\u2019est manifesté explicitement dans les commissions.Il constitue un formidable défi pour le gouvernement du Québec, au moment où le gouvernement fédéral semble définitivement se rapprocher de l\u2019autre voie, depuis la publication de son dernier budget.Les commissions peuvent alimenter, pour un bon bout de temps, une stratégie offensive (ou «proactive», selon l\u2019expression anglaise) autour d\u2019un projet de société où pourrait s\u2019intégrer plus adéquatement la nécessité d\u2019une réorientation constitutionnelle ou l\u2019indépendance du Québec.Ne serait-ce pas là le véritable «beau risque»?¦ Jacques Boucher LA SOUVERAINETÉ ET LES FRONTIÈRES DU POSSIBLE finalement, il n\u2019y aura que les extrémistes des deux camps et les soupirants de la morosité pour nier le succès profond des commissions sur l\u2019avenir du Québec.En effet, même si monsieur Parizeau n\u2019a pas obtenu le «momentum» particulier qu\u2019il recherchait, la société québécoise d\u2019après les commissions ne sera plus jamais comme avant.Du point de vue politique, l\u2019existence de cette vaste agora décentralisée constituera désormais un précédent démocratique, difficilement contournable chaque fois que nos gouvernements se proposeront de nous soutirer un chèque en blanc contre la promesse du paradis.Peut-on souhaiter plus belle assise pour un projet de société?Sur le plan de son mandat spécifique, qui consistait à éclairer le gouvernement sur l\u2019être et le devenir de la société québécoise, on peut affirmer sans hésitation que cette inusitée et gigantesque commission parlementaire a livré la marchandise.Et elle l\u2019a fait en conformité avec les normes de la générosité populaire, c\u2019est-à-dire en allant au-delà de la réclamation du client.Cette profusion est reflétée par la montagne de cassettes et les tonnes de mémoires dans lesquels des milliers d\u2019hommes et femmes de tous les coins et de toutes les couleurs du Québec ont exprimé directement, de façon vivante et généralement vibrante, le meilleur d\u2019eux-mêmes.On n\u2019aura jamais recueilli jusqu\u2019ici matière première plus abondante, représentative, riche et palpitante pour comprendre comment les Québécoises et les Québécois se perçoivent, l\u2019horizon qu\u2019ils se donnent et la manière dont ils envisagent se diriger vers cet horizon.Pour le temps qui vient, une bonne suggestion à monsieur Parizeau serait qu\u2019il délaisse un peu la réflexion tactique autour des scénarios de chauffage artificiel du sentiment nationaliste, destinés à faire monter l\u2019aiguille du oui au référendum, pour se consacrer à la contemplation humble, réceptive et exhaustive de ce qui a été présenté devant les commissions.Notre hypothèse est qu\u2019il trouvera là l\u2019essentiel des idéaux, points de repère et éléments de sagesse populaire pour une conduite inspirante, adaptée et efficace du Québec vers son avenir.Comme dit la chanson du groupe Harmonium, «on a mis quelqu\u2019un au monde, on devrait peut-être l\u2019écouter».En effet, par son caractère massif et la magie de la démocratie directe, le processus de consultation populaire a acquis pratiquement le profil d\u2019un événement fondateur.On doit donc assumer que la démarche prévue antérieurement surgisse transformée du creuset créateur d\u2019un tel événement.N\u2019oublions pas d\u2019observer, pour commencer, que la transformation peut-être la plus importante est survenue tout d\u2019abord au personnage central de toute cette histoire: l\u2019identité québécoise 100 relations mai 1995 elle-même.A-t-on déjà vu plus extraordinaire happening d\u2019effusion identitaire! L\u2019immense exercice de libération de la parole représenté par les travaux des commissions a en effet favorisé l\u2019émergence d\u2019une identification québécoise plus profonde, plus caractérisée et plus universelle que jamais auparavant.À de rares exceptions près, même les fédéralistes les plus métallique-ment froids prenaient bien soin, devant les commissaires, d\u2019apparaître comme des satellites clairement situés dans le cosmos québécois.Lié à celui de l\u2019identification, un autre thème, sous-jacent, récurrent, qui a représenté le leitmotiv implicite de plusieurs discours, notamment devant la commission de Montréal, est que l\u2019appartenance québécoise et la notion de peuple québécois constituent des références inachevées.Références dont la construction doit constamment être remise en chantier, dans un processus de mobilisation vivante et chaleureuse, avec le contingent permanent des nouveaux arrivants.En plus d\u2019ouvrir sur d\u2019autres modèles d\u2019identité, une telle vision établit un rapport dynamique et amical avec le temps, faisant voir d\u2019un autre oeil les gestionnaires de la souveraineté pressés de régler la question une fois pour toutes.Un événement majeur de cette grande opération, et qui constitue une sorte de révolution dans l\u2019univers nationaliste québécois, est sans aucun doute le cheminement victorieux de l\u2019idée de projet de société.Un projet de société où la notion de souveraineté est articulée avec la démocratisation de la société civile, la justice sociale, l\u2019enracinement territorial et la consolidation du caractère communautaire de la société québécoise.En plus des galons qu\u2019il permettra à la souveraineté de gagner dans les classes populaires, le projet de société a du potentiel pour se convertir, avec le temps, en un des facteurs les plus consistants et les plus cristallisants de notre identité et de notre unité nationales.Au-delà de la langue, de l\u2019histoire, des particularités juridiques et politiques, etc., il pourra devenir pour nombre de personnes et secteurs de notre société la véritable réponse à la question: pourquoi le Québec plutôt que le Canada?Appuyé sur la charte des droits, le Canada, en effet, favorise un modèle libéral de société, axé sur les droits individuels et tolérant mal les objectifs collectifs.La domination politique et la proximité de ce modèle exercent en permanence une pression délétère sur le Québec, dont la survie en tant que société distincte dépend de la vigueur de ses droits collectifs, dont principalement la langue.Se donner un projet de société original au plan social et économique constitue donc une voie féconde pour renforcer les fibres de notre société distincte et résister à l\u2019effritement.Enfin, c\u2019est de toute évidence la question référendaire elle-même qui a été la vedette des thèmes abordés devant les commissions.Des centaines d\u2019énoncés différents ont été proposés, venant majoritairement de personnes animées par la volonté de concevoir une formule qui serait gagnante.Certains commentateurs ont méprisé la fébrilité manifestée autour de la formulation de la question.Mais une telle effervescence rejoignait une conviction profonde et largement partagée, à savoir qu\u2019un nouvel échec, après celui de 1980, serait désastreux et éventuellement terminal.Une telle interprétation est bien sûr discutable.Mais ce qui l\u2019est beaucoup moins, c\u2019est que toute stratégie comportant un risque sérieux de déboucher sur une issue affaiblissant politiquement l\u2019État québécois en tant que défenseur de notre société particulière constituerait, dans le présent contexte, une absurdité et une grande irresponsabilité.Pour complexe qu\u2019elle soit, la situation actuelle est cependant stimulante, parce qu\u2019elle convie à un déploiement extraordinaire d\u2019intelligence politique.Comme la politique est l\u2019art de repérer les brèches dans le mur, elle trouve toujours quelque part des marges pour manoeuvrer, des espaces pour avancer.À la condition toutefois de voir globalement et de se détacher de toute prédétermination fataliste.Avec le Bloc à Ottawa et le parti Québécois au Québec, nous sommes bien pourvus pour occuper tous les terrains stratégiques et lutter sur toutes les frontières du possible.Il serait regrettable qu\u2019une précipitation volontariste et la concentration de tous nos oeufs dans le même panier entraînent d\u2019un seul coup la mise hors de combat de toute notre classe politique nationaliste.¦ Joseph Giguère Directeur du Centre St-Pierre CETTE CULTURE QU\u2019ON OUBLIE quand on pense «actualités», ces jours-ci, on pense inévitablement référendum.Je pense aussi à un vague malaise.À une inquiétude qu\u2019on ne s\u2019avoue plus et qui, paradoxalement, semble s\u2019alimenter aux efforts mis en oeuvre pour nous enlever la peur.Je m\u2019interroge, à cet égard, sur le rapport entre deux questions fondamentales soulevées par la démarche référendaire.L\u2019une est la question apparente: celle de l\u2019économie.L\u2019autre est la question sous-jacente, la question absente et, pourtant, la question de départ: celle de la culture.On associe généralement la première à la notion d\u2019État, la seconde à celle de nation.La première se calcule en des termes définis et mesurables.L\u2019autre participe du symbolique, de l\u2019affectif, de ce qui, dans nos vies d\u2019hommes, de femmes et de peuples, échappe au contrôle et fonde les attachements.Il est indéniable que la résistance traditionnelle du Québec francophone s\u2019est d\u2019abord ancrée dans des principes nationalistes: la langue, l\u2019ethnie, la religion.Un seul de ces paramètres demeure aujourd\u2019hui légitime: celui de la langue.Les deux autres ont depuis longtemps cédé la place à un forum pluriel, où les caractères ethniques s\u2019entremêlent et où l\u2019État prend le relais de l\u2019Église comme instrument des aspirations collectives.Mais le désir d\u2019indépendance n\u2019est pas mort pour autant.De quels principes doit-il alors se réclamer?Persister à se réclamer de principes purement nationalistes pourrait être dangereux.En effet, l\u2019essence même des débats actuels me semble constituer un aveu implicite du danger de la thématique nationaliste: l\u2019aveu se fait jour dans la nette prédominance de la question économique aux dépens de tout questionnement d\u2019ordre culturel ou identitaire.Il aura fallu les commissions régionales pour que cer- relations mai 1995 101 taines perspectives moins froidement rationnelles se manifestent, par exemple la préoccupation pour un projet de société.Mais, le plus souvent, tout se passe comme s\u2019il fallait transférer la part irrationnelle de la démarche dans un domaine rationnel, afin qu\u2019elle devienne manipulable et inoffensive.On réduit le souffle indépendantiste au rêve stérile de tenir les rênes de sa propre économie, pour éviter de donner à penser qu\u2019il porte le funeste potentiel d\u2019un totalitarisme.Le pire, c\u2019est évidemment que ce potentiel existe et que, même (et peut-être parce que) soigneusement caché, il ne manque pas une occasion de revenir à la surface.Les exemples les plus grossiers en sont bien sûr la revendication d\u2019une exclusivité du vote référendaire pour les Québécois «de souche» (bonne chance pour les identifier) et l\u2019évocation du vote «raciste» (comme si c\u2019était un mot qui s\u2019appliquait à la différence linguistique) de la population anglophone.On s\u2019est empressé de contredire ces propos, de les étouffer, d\u2019en minimiser la portée.Trop tard.Tout le monde sait désormais qu\u2019il y a encore des gens qui croient à l\u2019existence d\u2019une créature telle que le «Québécois de souche» et à la pureté suprême de son vote référendaire, par opposition à l\u2019inauthenticité du vote de tous les Autres.C\u2019est dans des cas comme ceux-là que l\u2019inquiétude se concrétise.L\u2019inquiétude: non pas celle d\u2019être exclus des traités de libre-échange ou d\u2019avoir à créer une nouvelle et fragile monnaie québécoise.Mais celle fondée sur le vieux soupçon endormi que le nationalisme québécois n\u2019ait pas changé.Qu\u2019il ne se soit pas adapté aux conditions des sociétés plurielles.Qu\u2019il ne trouve pas de stimulation suffisamment intense dans le potentiel créateur d\u2019une culture désormais hybride et riche des différences qui fraient dans son espace public commun.Qu\u2019il doive se maquiller sous la prétendue maturité de la question économique et ne se montrer au grand jour qu\u2019accidentellement, dans le discours méprisable d\u2019un traditionalisme révolu.Que nous dicte cette inquiétude?Pas nécessairement de nous tourner du côté de la « solution » fédéraliste : après tout, l\u2019affichage obsessif du drapeau canadien ne vole pas tellement plus haut en termes de symboles patriotiques inquiétants.Je crois que l\u2019inquiétude nous commande un nécessaire et difficile examen de conscience.Qu\u2019elle nous force à soulever un débat transparent, nuancé et éclairé sur l\u2019orientation culturelle que veut se donner le Québec, au lieu de n\u2019aborder cette question que par le biais de dérapages qui discréditent du coup toute cette thématique.Qu\u2019elle nous confronte à l\u2019identification de nos motivations profondes et de la nature véritable de notre attachement ou de notre détachement par rapport à l\u2019option souverainiste.Puisqu\u2019il devrait absolument s\u2019agir ici, non pas d\u2019un vote de confiance, mais d\u2019un vote de conscience.¦ Pascale Quiviger LES ENFANTS DANS LA TOURMENTE depuis le 15 avril et jusqu\u2019au 5 mai, se déroule à Montréal, plus précisément au Centre Katimavick de l\u2019île-Perrot, un événement international qui n\u2019a pas fait de grosses manchettes, car il traite de questions se trouvant du côté de la face cachée de l\u2019économie triomphante.Il s\u2019agit de la rencontre continentale de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).Cette réunion rassemble une trentaine de jeunes, délégués de plus d\u2019une quinzaine de pays de toutes les Amériques depuis le Sud du Sud jusqu\u2019au Nord, en passant, notamment, par l\u2019Équa- teur, Haïti, les États-Unis et incluant le Québec, bien entendu.Les participants procèdent tout d\u2019abord à l\u2019examen des conditions de travail et de vie des 350 millions de jeunes travailleurs et travailleuses qui forment le noyau le plus précieux du potentiel productif de notre continent.Selon la pédagogie propre à la JOC, les situations de chômage, de pauvreté, d\u2019exclusion, de précarité, de migration, de violence, de marginalisation scolaire, etc., vécues par les jeunes y sont concrètement décrites et largement documentées.LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022 Vers une culture publique commune au Québec (18-10-93) \u2022 Repenser le système pénal (15-11-93) \u2022 Défis posés à l\u2019Afrique (13-12-93) \u2022 Nouvelles technologies de procréation (17-01 -94) \u2022 Régler le déficit: à quel prix?(21-02-94) \u2022 La voix des femmes autochtones (21-03-94) \u2022 Quel avenir pour l\u2019engagement social - spécial 600e numéro de Relations (18-04-94) \u2022 Francisco De Roux: «Le processus de démocratisation en Amérique latine» (09-05-94) \u2022 Jean Lojkine: «La révolution informationnelle» (19-09-94) \u2022 Les théologies féministes: un apport nécessaire (17-10-94) \u2022 Nouveau regard sur les relations Québec-Canada (21-11-94) \u2022 Que nous réserve la réforme Axworthy?(16-01-95) \u2022 Référendum: l\u2019occasion de définir une projet de société?(20-02-95) \u2022 Référendum: que nous apprennent les commissions régionales?(20-03-95) Achat: 25,00$ par cassette.Location (10 jours): 7,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS et TVQ.Frais d\u2019expédition en sus.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet et le format de la cassette (VHS ou Beta).S\u2019adresser à Pauline Roy.Centre justice et foi, 25 Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 102 relations mai 1995 La deuxième partie de la rencontre est consacrée à la recherche de solutions.Sur la base de propositions préparées par les équipes des différents pays, on discutera des actions qui sont à la portée d\u2019un mouvement comme la JOC, pour apporter des réponses aux problèmes identifiés et contribuer à construire des Amériques qui auraient, un peu tout au moins, la forme de l\u2019espoir des jeunes.La fragilité de l\u2019espoir des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui et un grand sentiment d\u2019impuissance, sur fond d\u2019immense tristesse et de rébellion sourde, semblent les éléments qui se dégagent avec le plus de récurrence des témoignages entendus dans le cadre des préparatifs de cette intensive réunion.Le thème implicite de la rencontre est en fait celui de la résistance au néo-libéralisme.En l\u2019étirant un peu, le thème en question pourrait s\u2019appeler: les enfants dans la tourmente refusent de se lâcher la main, de se disperser et d\u2019entrer un par un, à genoux, dans le néo-libéralisme.Au-delà des graphiques statistiques et des analyses «objectives», le long et pathétique cri de souffrance de cette jeunesse est sans doute le révélateur le plus exact de la véritable nature du modèle social que les forces économiques dominantes sont en train de nous construire.Une réunion, même internationale, de trente «résistants» jo-cistes en 1995, ça n\u2019a pas de quoi perturber le sommeil des puissants de la terre.Pas plus sans doute que ne faisait trembler les empereurs, la petite poignée d\u2019esclaves chrétiens qui se réunissaient dans les maisons privées au temps de l\u2019empire Romain.Quand il s\u2019agit de ferment dans la pâte, l\u2019influence ne tient pas au nombre.Lors des funérailles récentes de Denise Gauthier, entrée à la JOC dans les années 50 pour devenir ensuite une sorte de symbole de l\u2019action catholique, on a pu constater, par la provenance de toutes les personnes venues lui rendre hommage, à quel point l\u2019âme de la JOC s\u2019était largement diffusée dans le tissu démocratique et communautaire de la société québécoise.Les promesses de la rencontre continentale, qui se déroule ces jours-ci, se situent dans la même lignée.¦ Joseph Giguère LE «MAL ZAÏROIS» j j\tarfois, sans qu\u2019on s\u2019en rende compte, l\u2019habitude v v I 1 devient une seconde nature.À force de vivre dans l\u2019arbitraire, on peut en venir à oublier que la vie peut et devrait être autre chose.Alors, on finit par trouver normal que les militaires rançonnent quotidiennement la population; normal que des particuliers disposent de leur propre prison où la torture est pratique courante; normal que les richesses du pays soient usurpées par une minorité arrogante, alors que la majorité manque de tout, même de l\u2019essentiel; normal de voir tous ceux qui disposent d\u2019un quelconque pouvoir, dans les familles comme dans les institutions publiques, l\u2019exercer d\u2019une façon violente et brutale; normal que l\u2019État se réduise à son appareil policier; normal de sentir la mort rôder partout, portée par la maladie, les pillages, les misères de toutes sortes, normal encore que la politique soit synonyme de corruption, d\u2019exactions.» Patiemment, Jean-Pierre Badidiké, un jeune prêtre Zaïrois invité à Montréal par Développement et Paix1, tente d\u2019expliquer, avec autant de calme que de passion, comment le despotisme exercé par Mobutu Sese Seko, depuis trente ans, en est venu à tout gangrener au Zaïre, depuis la structure de l\u2019État jusqu\u2019à la conscience de plusieurs de ses concitoyens.Rien, ou presque, n\u2019a été épargné.Le «mal zaïrois», qui prend origine dans le mélange explosif de libéralisme économique sauvage, de totalitarisme politique et de perversion idéologique de «l\u2019authenticité» zaïroise, concocté par Mobutu pour asseoir son pouvoir et amasser une gigantesque fortune personnelle, est maintenant tellement répandu qu\u2019il menace aujourd\u2019hui la vie même du pays.Politique, économie, culture, tout a été corrompu.Ne reste qu\u2019une population qui ne sait plus d\u2019où lui viendra le salut.1.Développement et Paix fait partie, avec 28 autres organisations canadiennes, du Groupe de travail sur le Zaïre qui se propose de renouer les liens entre les sociétés civiles canadienne et zaïroise.Le Groupe vient de publier un rapport de mission, disponible à Développement et Paix et à l\u2019Entraide missionnaire.Pourtant, le Zaïre n\u2019était pas condamné à un aussi triste sort.C\u2019est un vaste pays francophone, stratégiquement situé au coeur de l\u2019Afrique; il regorge de ressources naturelles de toutes sortes qui auraient dû permettre à ses quelque 45 millions d\u2019habitants d\u2019y vivre dans la paix et la prospérité.Mais, année après année, la population s\u2019enfonce dans la misère, matérielle et culturelle.Certains avaient cru que les réformes politiques, commencées il y a maintenant plus de cinq ans, auraient permis d\u2019amorcer les changements radicaux qui s\u2019imposent.Mais ces espoirs sont aujourd\u2019hui brisés.Si les partis politiques prolifèrent (on en compterait maintenant plus de 600), les services publics (établissements de santé, écoles, système routier, réseau de distribution d\u2019eau ou d\u2019électricité) ne fonctionnent presque plus.L\u2019inflation est telle (plus de 2000% par année) que les échanges monétaires deviennent de plus en plus rares: faute de pouvoir vendre leur récolte, les paysans ne peuvent plus se procurer ni médicaments, ni piles pour leur radio, ni bicyclettes pour leurs déplacements.Certaines régions du pays, inaccessibles par la route et hors de portée des quelques stations de radio existantes, sont coupées du reste du monde.Dans de pareilles conditions, le repli ethnique, souvent encouragé par les autorités en place, s\u2019accentue et s\u2019exacerbe.Face à cette conjoncture terrible, les efforts de quelques poignées de militants qui, tel Badidiké, cherchent, presque sans appuis, à former de petits groupes de promotion et de défense des droits fondamentaux peuvent apparaître inutiles, disproportionnés par rapport à l\u2019ampleur de la tâche.Comment, en effet, penser que le courage et la détermination de quelques-uns pourront suffire à refaire le tissu social zaïrois, à éveiller la conscience des citoyennes et des citoyens, à redonner vie au pays?Mais, par ailleurs, comment penser le changement autrement?Et puis, peut-être est-il vrai que le voyage le plus long commence par le premier pas et que, parfois, la foi réussit à déplacer les montagnes.¦ Francine Tardif relations mai 1995 103 Premier dans son genre, le document intitulé Familles et Immigration se veut un outil d\u2019information d\u2019accès facile pouvant répondre tant aux besoins des utilisateurs oeuvrant dans divers secteurs intéressés à la famille et à l\u2019immigration qu\u2019au public en général.Publié à l\u2019occasion de l\u2019année internationale de la famille, par le ministère des Affaires internationales, de l\u2019Immigration et des Communautés culturelles, ce dépliant permet de visualiser l\u2019importance et la spécificité des familles immigrées.On y dresse un tableau comparatif de la répartition territoriale et de la situation sociale des différents types de familles.La présence de plus en plus importante des familles mixtes est mise en évidence.Un document plus que jamais d\u2019actualité.Les Commissions épiscopales (secteurs français et anglais) des communications sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada présentaient, en janvier dernier, leurs réflexions sur l\u2019autoroute de l\u2019information, au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.Tout en accueillant ce progrès technique admirable, l\u2019Église invite à une réflexion sur des questions telles que le dialogue entre personnes, sociétés et nations, l\u2019importance du droit à l\u2019information et à la liberté d\u2019expression, la protection des valeurs culturelles, la sauvegarde de la vie privée, les valeurs religieuses, le rôle de la publicité et la formation des usagers.Plus que les questions relatives aux installations de l\u2019autoroute de l\u2019information, ce sont plutôt les contenus mêmes et les conditions de l\u2019accessibilité, notamment sous le rapport des valeurs humaines et chrétiennes, qui font l\u2019objet des considérations de l\u2019Église canadienne.C\u2019est une année de fierté pour des milliers de militants et militantes qui ont consacré une partie de leur vie à s\u2019engager chrétiennement pour transformer leur milieu.En effet, l\u2019année 1995 marque le 60e anniversaire delà JÉC.La JÉC a été partie prenante des transformations sociales et ecclésiales qui ont marqué le Québec depuis la deuxième guerre mondiale.Elle s\u2019est constamment transformée, adaptée; elle a osé, risqué, mais elle est toujours demeurée ce qu\u2019elle est: un mouvement de jeunes qui vise à trouver des solutions chrétiennes aux problèmes de leur milieu.Des célébrations et des retrouvailles auront lieu en août et en octobre pour souligner cet anniversaire.Pour informations: Pierre Ménard, au (514) 524-3941.Le Centre de formation populaire propose aux groupes populaires un guide d\u2019utilisation intitulé Les médias et nos organisations.Révisé et actualisé périodiquement, ce guide se veut un outil utile aux responsables à l\u2019information, aux porte-parole, aux membres des comités d\u2019information des groupes désireux d\u2019améliorer leur visibilité, ainsi qu\u2019à toute personne intéressée.On peut se le procurer au CPP, en appelant le (514) 842-2548.Un remède qui est pire que le mal! C\u2019est ce qui semble se dégager des propos de Mgr Le Bourgeois sur la destitution de Mgr Gaillot.L\u2019ancien évêque d\u2019Antun, bien connu pour ses positions sur les divorcés-remariés, regrette la mesure prise par Rome pour plusieurs raisons.D\u2019abord, pour une raison grave d\u2019ecclésiologie: on ne démissionne pas un évêque comme on renvoie un enfant de choeur qui chahute.Cette mesure ne semble pas faire référence à la réalité et à l\u2019importance du collège épiscopal.Aussi, pour une question d\u2019annonce de l\u2019Évangile: pour éviter le scandale de quelques-uns, on trouble un plus grand nombre de chrétiens qui reprochent à l\u2019Église son intransigeance et son incapacité de dialoguer avec certains milieux.Même si Mgr Gaillot a paru parfois imprudent ou trop solitaire, il faut reconnaître qu\u2019il a assuré une présence d\u2019Église dans des lieux où les paroles évangéliques ne sont pas entendues.«Ensemble briser l\u2019engrenage», tel sera le thème du colloque provincial Violence en Héritage qui se tiendra à Cap-de-la-Madeleine, les 1er, 2, 3 juin 1995.Ce colloque s\u2019inscrit dans la foulée de sessions sur la violence conjugale, réalisées depuis près de cinq ans dans les diocèses du Québec et de l\u2019Ontario francophone.Ensemble, briser l\u2019engrenage afin que, conscientisés, les gens osent risquer de rompre le silence autour de ces femmes violentées par un conjoint, une loi discriminante ou anti-sociale, une structure économique ou politique dominatrice, une bureaucratie avilissante et même une religion infantilisante.Après le colloque, les sessionnistes seront invités à se joindre, le dimanche 4 juin, à la grande marche des femmes contre la pauvreté («Du pain et des roses») devant le parlement de Québec.Pour information: Anne-Marie Larose, tél.: (418) 688-4544. DOSSIER la classe d\u2019histoire \\ 1534 Manuel utilisé pour l\u2019enseignement de l\u2019histoire en secondaire IV.t/jim J'frr.il&gg : ~\t% 4». UNE HISTOIRE PUBLIQUE COMMUNE AU QUÉBEC?par Julien Harvey Un jour viendra où nous aurons besoin de nous expliquer pourquoi un retour aussi véhément du nationalisme, après les années 60, a entraîné chez nous une relativisation de l\u2019histoire, un massacre des héros, le tout étant concrétisé par le glissement de l\u2019histoire nationale vers les matières à option de l\u2019école publique.En attendant, je crois pouvoir fournir quatre voies complémentaires d\u2019explication.D\u2019abord, la réaction spontanée de rejet du passé chez les étudiants de la génération du baby-boom, arrivée au niveau secondaire depuis 1960, réaction de recommencement à zéro et donc de refus du récit historique antérieur (Don\u2019t trust anybody over 30)] ensuite l\u2019écho, alors sérieux, de la pensée marxiste pour qui l\u2019explication du présent est économique, non historique; la constatation multiculturelle de l\u2019impossibilité d\u2019une histoire unique dans un pays divisé; et, finalement, l\u2019avance de la mentalité laïque, pour qui la dimension mystique de notre récit quasi officiel des origines devenait inacceptable.Une mentalité différente est à se faire jour.Nous sommes à nous rendre compte de l\u2019importance du néo-libéralisme postmoderne comme philosophie implicite d\u2019une époque peu philosophique, à tel point que le risque et la peur de l\u2019atomisation individualiste, sous le voile fragile des grandes fusions économiques, nous font rechercher quelque part une solidarité.Nous la cherchons surtout du côté de l\u2019histoire.Et c\u2019est ce qui rend si attrayante la possibilité d\u2019une histoire publique commune, faisant partie de la culture publique commune au Québec.C\u2019est ce que le premier article de notre dossier tente de cerner.Nous savons déjà assez bien ce que cette histoire n\u2019est pas.Elle n\u2019a rien d\u2019un «accommodement raisonnable», qui en prend et en laisse dans les grands récits incompatibles.Elle n\u2019est pas une moyenne entre les quatre histoires du Québec, celle des Premières nations, celle des Québécois français, celle des Québécois anglais et celle du multiculturalisme fédéral avec, probablement, une cinquième, qui est peut-être simplement un angle d\u2019approche, celle de l\u2019Église catholique.L\u2019histoire n\u2019est qu\u2019une partie de la culture, mais il y va de beaucoup lorsque nous l\u2019abordons.En particulier, il y va de notre indispensable évolution ethnique vers un nationalisme territorial, où tout le Québec peut se reconnaître et se savoir coresponsable.Cela s\u2019avère une condition indispensable à la continuation de notre aventure nationale.Elle n\u2019est pas non plus une histoire publique unique, imposée par l\u2019État ou par son ministère de l\u2019Éducation, qui remodèlerait notre passé en fonction de ses objectifs politiques et des perspectives d\u2019avenir qu\u2019on voudrait privilégier.Nous savons moins ce que cette histoire publique commune est et sera: un regard plus perçant sur la convivance, diffici- le mais réelle, qui nous a tous et toutes transformés, parfois depuis des siècles, sans que nous le réalisions; un dialogue constant et plus ouvert entre les quatre ou cinq courants, maintenant plus conscients d\u2019être des partenaires, dans l\u2019école et plus encore dans les médias; une reconnaissance plus franche et, disons-le, plus humble des limites et des erreurs de chaque peuple, sans toutefois tomber plus que maintenant dans l\u2019auto-flagellation; une plus sérieuse recherche des événements valorisants pour chaque groupe, en remplacement d\u2019une lecture soi-disant objective, mais qui, jusqu\u2019ici, a généralement établi une hiérarchie pyramidale, une mosaïque verticale.Car notre histoire est celle d\u2019un pays conquis, colonisateur avant la lettre, puis lui-même colonisé et, récemment, devenu accueillant à des citoyens cherchant une nouvelle patrie sans par ailleurs renoncer à leur première identité.C\u2019est ce que la deuxième partie de notre dossier veut explorer.L\u2019histoire n\u2019est qu\u2019une partie de la culture, mais il y va de beaucoup lorsque nous l\u2019abordons.En particulier, il y va de notre indispensable évolution ethnique vers un nationalisme territorial, où tout le Québec peut se reconnaître et se savoir coresponsable.Cela s\u2019avère une condition indispensable à la continuation de notre aventure nationale.Et, malgré le paradoxe de notre pluralité compartimentée, nos nombreuses solitudes, le développement chez nous d\u2019une solidarité requiert la complémentarité de nos histoires.Cette perspective d\u2019une tension dialectique permanente de notre conscience historique d\u2019Amérindiens, de Franco - et Anglo-Québécois et de Néo-Québécois intégrés et non assimilés manque sans doute un peu dans notre dossier, mais nous vous offrons celui-ci comme quelques pas en avant dans une aventure sans doute aussi durable que notre histoire elle-même.106 relations mai 1995 CULTURE PUBLIQUE COMMUNE ET HISTOIRE par Louis Balthazar1 On ne saurait construire une culture publique commune, voire une nouvelle identité collective, sans jeter un regard sur l\u2019histoire.x HOHJX WmM \t\t On a beaucoup parlé de culture publique commune au Québec, ces dernières années.L\u2019expression a été employée pour la première fois, sauf erreur, par Gary Caldwell, dans un article de L\u2019Action nationale, en 1989.C\u2019est là une notion très utile et féconde dans la mesure où elle englobe dans une identité québécoise repensée et redéfinie des groupes sociaux divers autrefois exclus de la définition de la culture canadienne-française.Il est vrai que les francophones du Québec se disent Québécois depuis trente ans.Mais ils continuaient souvent de se penser Canadiens français.Il fallait qu\u2019un anglophone Québécois rappelle aux francophones qu\u2019ils partageaient une culture publique avec d\u2019autres personnes d\u2019origines diverses.L\u2019idée a fait son chemin.Entre autres lieux de réflexion et de prises de conscien- 1.L\u2019auteur est politicologue et professeur à l\u2019Université Laval.ce, le Centre justice et foi a tenu des sessions mémorables, en août 1993, qui nous ont amenés à mieux cerner la culture publique commune entre Québécois autochtones, francophones, anglophones et allo-phones.Au cours d\u2019échanges fort animés, il est apparu assez clairement que cette culture, si identifiable soit-elle, était un phénomène dynamique, directement relié à la vie, à l\u2019évolution, à un mouvement constant.La culture québécoise d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus ce qu\u2019elle était hier et n\u2019est pas encore ce qu\u2019elle sera demain.La culture est en marche, elle nous projette vers l\u2019avenir.Une culture tributaire de son passé Ceci dit, une culture n\u2019en est pas moins tributaire de son passé, d\u2019une lente germination à travers les années.Comme tout ce qui est vivant, la culture s\u2019enracine dans une genèse, dans une histoire.J\u2019irais mê- me jusqu\u2019à dire que son évolution - ou si l\u2019on veut, sa construction - n\u2019a guère de sens si elle se poursuit sans tenir compte de son passé.D\u2019où la nécessité de connaître l\u2019histoire de son pays et de la faire connaître aux jeunes et à ceux qui viennent enrichir notre culture.On ne saurait donc construire une culture publique commune, voire une nouvelle identité collective sans jeter un regard sur l\u2019histoire.La connaissance de l\u2019histoire est essentielle, non pas au titre de l\u2019érudition encyclopédique (ce qui n\u2019en est pas moins toujours valable en soi), mais tout simplement pour saisir l\u2019évolution contemporaine dans toute sa complexité.La grande question qu\u2019on est toujours en droit de se poser pour comprendre quelque chose, c\u2019est la suivante: «Comment en est-on venu là?Qu\u2019est-ce qui nous a amenés à vivre ce que nous vivons aujourd\u2019hui?» C\u2019est l\u2019histoire qu\u2019il faut interroger pour y trouver un commencement de réponse, pour s\u2019avancer sur la voie de la compréhension, en somme, pour mieux préparer l\u2019avenir.Ce qui ne veut pas dire, il s\u2019en faut, qu\u2019il faille à tout prix maintenir une préférence pour la relations mai 1995 107 continuité.La connaissance de l\u2019histoire est souvent la mère des grandes révolutions, des grandes ruptures.Histoire et pluralisme Il faut donc enseigner l\u2019histoire à nos enfants, lui redonner une place d\u2019honneur dans les programmes de l\u2019enseignement primaire, secondaire, collégial, universitaire.Car cette culture que nous vivons, ces institutions qu\u2019elle anime ne sont pas des générations spontanées.Seule l\u2019histoire dégagera le sens des structures politiques, économiques, sociales et autres dans lesquelles nous vivons.Nos villes, nos villages, nos espaces, notre économie, nos partis politiques, ne nous révéleront leur sens et leurs secrets que par le déploiement de leur histoire.Mais comment enseigner l\u2019histoire du Québec (car c\u2019est bien par celle-là qu\u2019il faut commencer si notre culture publique commune est vraiment québécoise) à des enfants dont plusieurs ne sont pas nés ici?Quel sens peuvent bien revêtir le régime français, le Bas-Canada, les luttes d\u2019Hono-ré Mercier et l\u2019autonomie provinciale pour des jeunes arabes, indiens, haïtiens ou autres?On entend déjà ces jeunes protester contre l\u2019apprentissage d\u2019une histoire qui n\u2019est pas celle de leurs ancêtres.Ils vont parfois jusqu\u2019à réclamer qu\u2019on leur enseigne leur histoire à eux.Un tel phénomène comporte une large part d\u2019aberration, qu\u2019il faut s\u2019empresser de corriger au plus tôt.Ces jeunes enfants venus d\u2019ailleurs vivent ici parce que leurs parents ont choisi de s\u2019intégrer à la société québécoise, ou tout au moins de s\u2019y implanter durant un certain temps.Puisqu\u2019ils ont été détachés d\u2019une autre culture et entendent se joindre à la nôtre, la construire avec nous tout en jouissant des mêmes droits à l\u2019intérieur des mêmes institutions, il leur importe avant tout de bien connaître leur société d\u2019accueil et, en conséquence, d\u2019aborder son histoire.Sans doute, cela pourrait-il constituer un enrichissement pour tous que de prendre contact avec les cultures d\u2019origine de ces enfants.À cet égard, l\u2019éducation dite interculturelle a son sens.Mais la priorité devrait toujours appartenir à l\u2019histoire de cette société dans laquelle nous vivons tous.Cela n\u2019exclut pas, bien au contraire, que la compréhension de notre histoire nous amène à l\u2019étude de l\u2019his- Cette histoire a été souvent conflictuelle, mais elle comporte aussi une large part d\u2019échanges entre autochtones, Canadiens français et Britanniques, parfois aussi de projets communs.toire du grand pays, le Canada, de celle de nos voisins, les États-Unis et à l\u2019histoire universelle.Mais, dira-t-on, l\u2019histoire du Québec est celle d\u2019un peuple homogène, des Canadiens français fidèles à un héritage qui a, de beaucoup, perdu sa pertinence aujourd\u2019hui.Cela n\u2019est pas tout à fait juste.Car l\u2019histoire du Québec est d\u2019abord celle des Autochtones, établis ici depuis des millénaires, dont certaines traditions et modes de vie sont bien documentés.Elle est ensuite celle des Français qui ont établi très tôt des contacts (plus ou moins harmonieux) avec les populations amérindiennes.L\u2019histoire s\u2019est poursuivie dans le contexte de la conquête, de l\u2019occupation puis de l\u2019immigration des Britanniques.Cette histoire a été souvent conflictuelle, mais elle comporte aussi une large part d\u2019échanges entre autochtones, Canadiens français et Britanniques, parfois aussi de projets communs.Il s\u2019est même trouvé des anglophones pour participer à la rébellion des Patriotes de 1837-1838.Peu à peu, une profonde influence des institutions, des modes de vie britanniques s\u2019est exercée sur le Québec.L\u2019archi- LA CLASSE D\u2019HISTOIRE AU SECONDAIRE Au Québec, les cours d\u2019histoire proprement dits se donnent en secondaire II et IV.Voici la description qu\u2019en donne une brochure* remise aux parents par la CÉCM: \u2022\tHistoire générale 085-214 (secondaire II): Ce cours invite à un voyage dans le temps, de la période la plus lointaine de l\u2019histoire de l\u2019humanité jusqu\u2019à nos jours.Après avoir familiarisé les élèves avec la façon de travailler et les outils utilisés en histoire, il propose une étude de sociétés qui ont marqué six moments de l\u2019évolution des humains.Les élèves y découvriront la vie politique, économique, culturelle et sociale de ces sociétés, et pourront, parla suite, saisir la portée des changements et de l\u2019évolution jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Ce cours permettra de développer d\u2019importantes habiletés intellectuelles et des attitudes indispensables à la vie dans notre société.\u2022\tHistoire Québec/Canada 085-414 (secondaire IV): Ce programme invite l\u2019élève à comprendre l\u2019évolution de la société québécoise depuis l\u2019arrivée des premiers colons européens jusqu\u2019à nos jours.Il comporte sept modules où l\u2019élève devra se pencher sur les moments importants de notre passé.Le contenu du cours et la façon de travailler tout au long de l\u2019année lui permettront de comprendre comment le Québec d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019est bâti dans le contexte canadien et nord-américain; l\u2019élève pourra y développer sa capacité de réfléchir et y chercher méthodiquement des réponses à des questions posées sur sa société et son histoire; l\u2019élève pourra finalement y acquérir certaines attitudes indispensables à sa participation future comme citoyen.Existe aussi un cours optionnel d\u2019histoire internationale, en secondaire V, malheureusement peu fréquenté.* L\u2019an prochain, quoi?Les orientations scolaires et professionnelles des écoles françaises, 1995-1996, CÉCM, Service aux élèves, secteur des services complémentaires, Montréal, 1995; page 25.108 relations mai 1995 Notre histoire est celle d\u2019un pays conquis, colonisateur avant la lettre, puis colonisé, et récemment devenu accueillant à des citoyens cherchant une nouvelle patrie sans par ailleurs renoncer à leur première identité.tecture de nos villes en témoigne éloquemment, de même que notre système politique.Enfin, le Québec a toujours été, à des degrés divers, une terre d\u2019accueil.Outre les Américains, loyalistes et autres, des Irlandais sont venus en grand nombre au XIXe siècle (au moment de la famine de la pomme de terre et par la suite), ont été assez bien accueillis et se sont intégrés, souvent au point de ne laisser d\u2019autres traces de leur origine que leur nom.Des Juifs sont aussi apparus assez tôt et ont parfois fait très bon ménage avec la majorité francophone.On pense aux Hart à Trois-Rivières et aux Pollack à Québec.Sans doute, l\u2019antisémitisme (ici comme ailleurs) constitue un dossier noir de notre histoire.Mais cela aussi doit être enseigné sans pudeur, pour en tirer des leçons.Quantité d\u2019autres populations, italiennes, arabes, allemandes, ukrainiennes, grecques, et combien d\u2019autres ont peuplé le Québec, la ville de Montréal surtout, au cours du XXe siècle.Même si l\u2019intégration à la majorité francophone s\u2019est fait attendre (pour diverses raisons), l\u2019histoire de ces vagues d\u2019immigration est fort pertinente pour l\u2019intelligence de notre tissu social.L\u2019histoire, une science empirique?On pourrait encore s\u2019objecter à un tel éclairage pluraliste porté sur l\u2019histoire du Québec au nom d\u2019un certain empirisme historique.Certes les faits, les événements, les dates sont inéluctables; on ne saurait les accommoder aux goûts et aux modes de l\u2019heure.L\u2019histoire comporte une part d\u2019objectivité empirique.L\u2019historiographie n\u2019en subit pas moins de remarquables changements.Car la réalité historique se laisse percevoir sous des angles divers.Ainsi, on a insisté autrefois sur le caractère religieux des origines.Plus tard, on a mis en relief l\u2019aliénation d\u2019un peuple conquis.Ensuite, on s\u2019est attaché aux aspects économiques et sociaux de notre passé.Pourquoi les nécessités de la construction d\u2019une culture publique commune ne nous entraîneraient-elles pas vers l\u2019histoire d\u2019un pluralisme parfois timide, parfois récusé, mais qui n\u2019en a pas moins fait son chemin et constitué la trame du devenir social québécois?Étudier l\u2019histoire, n\u2019est-ce pas toujours faire des choix?Tous les événements ne peuvent être retenus.On retient habituellement ceux auxquels on veut bien donner un sens, une pertinence en fonction de nos préoccupations contemporaines.L\u2019histoire est le laboratoire de constantes redécouvertes.Ce qui apparaissait trivial hier devient tout à coup chargé de signification aujourd\u2019hui.L\u2019histoire peut encore donner lieu à des débats intenses, à diverses interprétations, diverses écoles de pensées.On dit souvent, au sujet des affrontements contemporains: seule l\u2019histoire tranchera, nous révélera qui aura eu raison.Mais il arrive souvent que rien ne soit encore certain après des siècles.Il arrive aussi que tel personnage soit considéré par certains comme un héros à telle époque, et comme un mécréant par d\u2019autres, à d\u2019autres moments.Ainsi dans notre histoire, qui dira si Papineau est plus grand que Lafontaine, si Wilfrid Laurier aura eu raison contre Henri Bourassa, si le libre-échange aurait été bienfaisant en 1911, si Lionel Groulx ou Norman Bethune ont été clairvoyants, si la Révolution tranquille ouvrait la voie vers la souveraineté?L\u2019histoire est une discipline qui, tout en comportant une part de rigueur scientifique, demeure malléable, ouverte à divers éclairages, à diverses interprétations.Il est donc permis d\u2019y chercher la genèse d\u2019une possible culture publique commune.On peut s\u2019inspirer des événements passés, voire des erreurs ou des occasions ratées, pour construire une nouvelle identité collective, pour donner un sens à l\u2019évolution de notre communauté politique, pour conforter nos appartenances.L\u2019histoire est faite de réalités incontournables et d\u2019événements en quête de sens.C\u2019est à partir des réalités que nous avons dû vivre ensemble que nous donnerons un sens à la chronologie, à la lumière de nos aspirations communautaires contemporaines.Une histoire bien enseignée et bien accordée au dynamisme de notre évolution culturelle pourra s\u2019avérer créatrice de solidarités et contribuer par là à développer le sens des responsabilités sociales et une citoyenneté plus éclairée.¦ relations mai 1995 109 Jean-François Leblanc/STOCK L\u2019ENSEIGNEMENT DE L\u2019HISTOIRE par Jean-Claude Richard1 Quel rôle peut jouer la classe d\u2019histoire dans la construction d\u2019une culture publique commune?D\u2019emblée, beaucoup diront qu\u2019il s\u2019agit de perpétuer une sorte de mémoire collective, apte à créer l\u2019identité nationale.Pourtant, le premier rôle de l\u2019enseignement de l\u2019histoire n\u2019est pas de faire connaître le passé.«L\u2019histoire n\u2019est pas d\u2019abord un savoir, elle est une discipline, une méthode d\u2019intelligence du social» (André Ségal).Si la classe d\u2019histoire peut contribuer à la culture publique commune, c\u2019est surtout en aidant à former des citoyens compétents en démocratie! dans la plupart des secteurs de la société québécoise reliés au monde de l\u2019immigration et des groupes culturels, on privilégie de plus en plus la promotion d\u2019une culture publique commune pour favoriser l\u2019intégration harmonieuse des immigrants.Ce concept s\u2019articule autour des trois pôles énumérés dans l\u2019Énoncé de politique du ministère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration, et qui sont repris, de façon parfois plus élaborée, par les principaux «spécialistes» de la question: - le Québec est une société dont le français est la langue commune de la vie publique; - le Québec est une société démocratique fondée sur la pleine participation de tous ses membres et il combat la discrimination; - le Québec est une société pluraliste et ouverte sur les apports de sources diverses.Pour que la société atteigne ces objectifs, l\u2019école doit nécessairement apporter une contribution de première importance.Son rôle est «d\u2019instruire, de socialiser et de former de futurs citoyens prêts à vivre harmonieusement ensemble, à jouir des droits et à assumer les responsabilités prévues par les lois et les traditions du pays2».Dans ce contexte, les classes de sciences humaines et, en tout premier lieu, la classe d\u2019histoire constituent des lieux particulièrement susceptibles de favoriser l\u2019acquisition et le développement d\u2019attitudes et d\u2019habi- letés spécifiques au citoyen évoluant dans une société démocratique.Robert Martineau précise à ce propos: «.notre recherche effectuée au début des années 80 auprès d\u2019étudiants de cinquième secondaire démontrait une étroite corrélation statistique entre le degré de socialisation politique des jeunes et l\u2019influence des cours d\u2019histoire suivis durant leurs études secondaires3 4 5 6 7.» Nous examinerons ci-après si l\u2019enseignement de l\u2019histoire peut vraiment s\u2019acquitter de cette mission et de quelle façon il peut le faire.Pourquoi enseigne-t-on l\u2019histoire?La plupart des peuples accordent une très grande importance à leur histoire et tiennent à ce que tous en acquièrent une connaissance minimale.Quelles sont les raisons qui sous-tendent cette volonté?Quel objectif vise-t-on?Pour le plus grand nombre, l\u2019histoire représente un savoir, une somme de connaissances constituant la «mémoire collective», qu\u2019il importe de transmettre aux générations montantes.Cette histoire prend parfois des allures d\u2019épopée.Elle chante la gloire des héros dont les gestes ont marqué le destin de leur peuple; elle souligne également les moments de grandeur, rappelle les malheurs et les désespoirs; elle cultive les rêves.C\u2019est ainsi que Vercingétorix triomphe à Gergovie, mais n\u2019est jamais aussi glorieux qu\u2019au moment où, après Alésia, il jette ses armes aux pieds de César.Bercée par cette vague épique, l\u2019impériale Angleterre victorienne s\u2019exclame «Rule, Britannia, Rule the World».Pour sa part, l\u2019hymne national canadien proclame: «Ton histoire est une épopée»; quels es- poirs les descendants des «Canadiens» de 1760 ont-ils entretenus et n\u2019entretiennent-ils pas encore dans la foulée de ce texte?Cette approche favorise chez l\u2019individu le développement d\u2019un sentiment d\u2019appartenance à la nation; c\u2019est là sa principale vertu, selon ses partisans.Elle permet également de se forger une identité, de se situer à la fois à l\u2019intérieur d\u2019un NOUS clairement défini et par rapport à un EUX fondamentalement - et, la plupart du temps, essentiellement-différent.Sylvie Loslier souligne à ce propos: «On ne peut cerner l\u2019identité d\u2019un groupe que dans ses rapports à l\u2019Autre, point de référence nécessaire à la construction de l\u2019image de soi.L\u2019Autre est notre miroir et notre ombre.C\u2019est en s\u2019opposant aux Autres qu\u2019un groupe social, cul- 1.\tDiplômé en histoire de l\u2019UQAM, Jean-Claude Richard a fait carrière à la Commission des écoles catholiques de Montréal où il a enseigné l\u2019histoire pendant vingt-cinq ans.Depuis 1986, il exerce les fonctions de conseiller pédagogique, d\u2019abord à titre de généraliste, puis en recherche et développement et, enfin, en formation professionnelle.Il porte un intérêt particulier au développement du geste pédagogique et a collaboré tout spécialement à la réflexion entourant l\u2019enseignement de l\u2019histoire en classes pluriethniques.2.\tGeorges Karam, «Pour une culture publique commune», Vivre ensemble, vol.2, no 7 (automne 1993), p.3.3.\tRobert Martineau, «Apprendre l\u2019histoire dans une société démocratique», McGill Journal of Education, vol.28, no 3 (Fall 1993), p.422.4.\tSylvie Loslier, «être ou ne pas être, telle n\u2019est pas la question!», Impressions, no 8, novembre 1990, p.8.5.\tCité par Guillaume Malaurie in «L\u2019Histoire dans le bon sens», L\u2019Express, no 1699, 3 février 1984, p.56.6.\tIbid.7.\tOp.cit., page 426.Les citations qui suivent étant toutes extraites de ce même article, nous nous contenterons d\u2019indiquer la page entre parenthèses.110 relations mai 1995 turel ou national assure son identité.L\u2019autre apparaît donc comme une menace4.» Sans nier l\u2019importance du processus identitaire dans la construction et le maintien de la cohésion sociale, on peut légitimement affirmer que, poussée à son extrême, la formation historique ainsi pratiquée peut facilement devenir un instrument de manipulation du peuple, un mécanisme capable de mobiliser le NOUS contre un quelconque EUX, présenté comme un ennemi à abattre.Selon l\u2019époque, la mode, le contexte politique ou économique, la liste des héros sera modifiée, certains événements prendront de l\u2019importance, d\u2019autres seront relégués dans l\u2019ombre.«Le premier souci des régimes totalitaires est d\u2019annexer la mémoire et aussi les cartes géographiques», rappelait, en 1984, Yves Lacoste, le directeur de la revue Hérodote?.L\u2019histoire de l\u2019Allemagne nazie constitue un exemple L\u2019école, et tout spécialement la classe d\u2019histoire, sont investies d\u2019une mission particulière: celle de préparer les citoyens compétents dont toute société démocratique ne peut se priver.bien connu de ce type de détournement de sens.Une société démocratique et ouverte doit à tout prix éliminer la menace que représente une histoire à géométrie variable.Michèle Perrot, professeur à Paris VII, propose une piste intéressante: «Un sujet sans mémoire, prévient-elle, est plus aisément manipulé par le despote.La force croissante des États suppose un contrepoids dans la société civile: des groupes, des individus qui se souviennent et soient capables d\u2019opposer leur propre mémoire à celle du pouvoir.Une grande revendication des Polonais de Solidarité a été celle de leur droit à connaître leur histoire récente6.» Pour que cette mémoire d\u2019opposition émerge et se développe, il est cependant nécessaire que le citoyen soit préparé, car, écrit Robert Martineau, «l\u2019esprit démocratique n\u2019est pas inné chez l\u2019individu; c\u2019est un trait culturel qui doit être appris quelque part, et renforcé constamment7».L\u2019enseignement de l\u2019histoire ne peut-il pas contribuer à la formation de ce citoyen compétent?Pour former un citoyen compétent Le concept de compétence, selon les dictionnaires, réfère à l\u2019aptitude que confère la parfaite connaissance d\u2019un domaine à en parler, à juger et à décider de gestes à poser.En s\u2019appuyant sur cette définition, est-il possible de déterminer ce qui fait le citoyen compétent en régime démocratique?Selon Robert Martineau (p.426-427), le citoyen est un individu qui «sait et comprend en quoi consiste la démocratie et pourquoi elle est supérieure; [qui] sait aussi ce qu\u2019elle n\u2019est pas et [qui] peut déceler une menace potentielle à son maintien».Cet individu, qui «se perçoit comme membre et coresponsable de toute la dynami- que sociale», s\u2019implique dans la vie de la société; il possède un jugement sûr et «il est capable d\u2019argumenter»; il n\u2019hésite pas à tout remettre en doute et il peut «au-delà des différences de cultures, de races, de classes, .vivre dans une société ouverte».Attentif à tout ce qui se passe autour de lui, il saura s\u2019informer adéquatement.Enfin, ce citoyen modèle «peut exercer une influence politique» et «s\u2019implique dans des organismes visant la réalisation d\u2019objectifs politiquement raisonnables».Pour jouer son rôle, il attachera une grande importance à la parole, à la langue et à la communication en général.Le citoyen manifestant un tel comportement n\u2019existe évidemment qu\u2019à l\u2019état idéal.L\u2019enseignement de l\u2019histoire peut toutefois contribuer à l\u2019émergence et au développement de ce savoir-être chez les jeunes.En premier lieu, il importe de mentionner que l\u2019enseignement de l\u2019histoire «offre aux étudiants la possibilité de considérer et d\u2019analyser des situations historiques afin d\u2019induire le développement progressif des idées démocratiques et de saisir non seulement le mérite, mais aussi les limites des institutions qui s\u2019en inspirent» (p.428).Soulignons, en second lieu, que l\u2019histoire est beaucoup plus qu\u2019une somme de La plupart des peuples accordent une très grande importance à leur histoire et tiennent à ce que tous en acquièrent une connaissance minimale.relations mai 1995 111 Jean-François Leblanc/STOCK connaissances à transmettre.L\u2019histoire constitue une méthode qui s\u2019appuie sur une démarche précise, exigeante, d\u2019où la recherche de documents, le doute, la critique, l\u2019analyse, la comparaison, la confrontation, le sens de la relativité, l\u2019objectivité - ou du moins une partialité consciente -, le jugement ne peuvent être exclus.«L\u2019histoire à l\u2019école habitue à poser des questions au passé et à n\u2019accepter que des faits avalisés par les documents» (p.431).Elle forme l\u2019élève à considérer toute réponse comme une interprétation susceptible d\u2019être modifiée à la lumière de nouvelles données documentaires et des interprétations des autres chercheurs.Elle lui apprend que les «vérités historiques» sont relatives, doivent être remises dans leur contexte et ne sont pas immuables.La fréquentation de l\u2019histoire amènera l\u2019élève «à interpréter l\u2019actualité à la lumière des faits et non des idéologies ou des préjugés, et à la replacer dans une perspective plus juste, soit celle de la durée» (p.433).L\u2019enseignement de l\u2019histoire, enfin, permettra au futur citoyen de s\u2019exercer au débat, «à confronter son point de vue à celui d\u2019historiens, de personnages d\u2019époque, d\u2019autres étudiants.(.) Ce faisant, [les étudiants] s\u2019habituent à considérer d\u2019autres points de vue que le leur, à débattre et argumenter, et dès lors se préparent à une participation sociale active» (p.437).Ils seront ainsi préparés à accueillir les différences d\u2019opinion, de couleurs, de sexes, de condition sociale, non comme des obstacles, des contraintes, mais comme des éléments d\u2019enrichissement.Pratiqué dans cet esprit, l\u2019enseignement de l\u2019histoire donnera à chaque individu les connaissances et les savoir-faire qui lui permettront d\u2019agir en citoyen compétent dans une société démocratique.En favorisant l\u2019expression des idées et la communication, le cours d\u2019histoire suscitera chez l\u2019élève le besoin et le goût de maîtriser la langue française.La pratique du débat et de la confrontation des idées préparera l\u2019élève à participer à la vie collective, à respecter les points de vue opposés et à porter des jugements plus nuancés parce que fondés sur la réflexion.Il sera ainsi plus en mesure de reconnaître, de combattre et d\u2019éviter les comportements discriminatoires L\u2019enseignement de l\u2019histoire favorisera la formation de citoyens ouverts à l\u2019innovation et à la remise en question, et contribuera ainsi au maintien des institutions démocratiques qui constituent le pilier principal d\u2019une culture publique commune.et contribuera au maintien d\u2019une société ouverte et pluraliste.La formation de l\u2019individu se fera par l\u2019action, au lieu de n\u2019être que le résultat espéré d\u2019un discours théorique et peut-être moralisateur, et la classe d\u2019histoire atteindra ainsi la mission qui lui échoit dans la construction d\u2019une culture publique commune.L\u2019usage de la langue française, la pratique de la démocratie et l\u2019acceptation du pluralisme constituent les pôles autour desquels s\u2019articule la culture publique commune dont l\u2019élaboration semble une condition nécessaire à l\u2019intégration harmonieuse des multiples groupes culturels qui se côtoient dans le Québec contemporain.L\u2019école, et tout spécialement la classe d\u2019histoire, sont à cet égard investies d\u2019une mission particulière: celle de préparer les citoyens compétents dont toute société démocratique ne peut se priver sans risquer de tomber sous la coupe de despotes.Pour atteindre cet objectif, il ne saurait être question d\u2019enseigner une interprétation historique officielle acceptable pour tous, ni une histoire expurgée de ce qui choque, ou un récit marqué d\u2019une sorte de «discrimination positive» ou d\u2019une forme d\u2019«autocensure».C\u2019est principalement en proposant sa méthode, en devenant un instrument de formation de la pensée, un outil d\u2019analyse et de réflexion que l\u2019histoire pourra remplir sa mission.L\u2019histoire ayant pour objectif premier d\u2019expliquer le présent, le questionnement qu\u2019elle exige devra nécessairement porter sur l\u2019apport des divers groupes culturels constituant la société.La réflexion historique amènera l\u2019élève à considérer le changement comme naturel; il sera mieux en mesure de faire face à la réalité sociale du Québec et à accepter les différences qui s\u2019y manifestent.L\u2019enseignement de l\u2019histoire, pratiqué selon cette approche, favorisera, croyons-nous, la formation de citoyens ouverts à l\u2019innovation et à la remise en question, et contribuera ainsi au maintien des institutions démocratiques qui constituent le pilier principal d\u2019une culture publique commune.RETRAITE BIBLIQUE DE SOCABI Héritage biblique: portrait de famille ANIMATEUR: Denis Gagnon, OP DATE: du 30 juillet au 4 août 1995 LIEU: Centre de réflexion chrétienne, Joliette Information et inscription: S0CABI Société catholique de la Bible, 7400 boul.Saint-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 ; téléc.: (514) 274-5184 112 relations mai 1995 LE «MIRACLE» NEO-ZELANDAIS par Alain Parguez et Henri Sader1 Grâce à une cure inouie de coupures dans les dépenses publiques et au démantèlement de l\u2019appareil d\u2019État, la Nouvelle-Zélande serait aujourd\u2019hui le pays du miracle économique.t\t^\t7»- t «» f* * \u2014.«w\u2014 * S®» ' ' r*.Pour faire triompher l\u2019idéologie de l\u2019austérité, des politiciens, des journalistes et des universitaires, favorables à la culture et aux intérêts du capitalisme financier, ne cessent de nous présenter, dans les médias, des expériences supposément réussies de cette doctrine économique.L\u2019opinion publique devient ainsi de plus en plus acquise à la nécessité de remettre l\u2019État et l\u2019économie aux mains de leurs détracteurs, de saigner le contribuable moyen et de faire endurer les pires mortifications à tous.sauf aux marchés financiers.Mais l\u2019énormité croissante du camouflage finit tôt ou tard - le plus souvent trop tard - par discréditer ces expériences, ce qui nécessite, pour nos ténors de l\u2019austérité, un effort constant de nouvelles références.Personne ne parle plus des grandes réussites du modèle de Margaret Thatcher, qui a légitimé à l\u2019échelle internationale les premiers assauts contre l\u2019État-providence, entraîné la privatisation et l\u2019érosion des acquis sociaux.Et on n\u2019invoque plus le modèle de Ronald Reagan, basé sur la culpabilisation des pauvres et la glorification des riches, par la théorie 1.\tLes deux auteurs sont économistes.Sur le même sujet, voir le numéro précédent, p.87.2.\tCette expression «néo-conservatrice» est utilisée chez les anglais dans le sens du «néo-libéralisme».économique du «Trickle Down» (le banquet hors taxes pour les riches, les miettes taxées pour le reste).Ces modèles ont été le fer de lance du darwinisme social international et ont fait des ravages pendant quinze ans.Au palmarès des grandes réussites de la propagande néoconservatrice2 figure, plus récemment, le modèle néo-zélandais, qui semble devenir la référence unique de la classe dirigeante canadienne.Le modèle néo-zélandais Ce modèle nous est présenté ainsi: la Nouvelle-Zélande était, au milieu des années 80, au bord de l\u2019effondrement à cause de sa dette publique; la dette était devenue explosive à cause des largesses «scandaleuses » des programmes sociaux.Mais, grâce à une cure inouïe de coupures dans les dépenses publiques et au démantèlement de l\u2019appareil d\u2019État, la Nouvelle-Zélande serait aujourd\u2019hui le pays du miracle économique.Ce miracle, bien sûr, a exigé dix ans de sacrifices, mais c\u2019est le prix à payer pour les péchés antérieurs contre les lois de la saine finance.Tel est relations mai 1995 113 le discours de nos nouveaux missionnaires de l\u2019austérité, particulièrement en Alberta.En vérité, la fameuse crise de 1984 en Nouvelle-Zélande ne résultait pas essentiellement du montant extravagant de la dette publique brute, qui restait très proche de la moyenne de l\u2019Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDÉ), mais de la conjonction explosive de deux phénomènes.Les taux d\u2019intérêts néo-zélandais étaient toujours bloqués par une législation datant des années 30, qui les maintenait au niveau moyen de 5%.Mais, sur les marchés internationaux, suite à la dérégulation des taux d\u2019intérêts américains et à la politique de hausse à outrance de ces mêmes taux, décidées par le Federal Reserve Board, les taux d\u2019intérêts à moyen terme atteignaient 15 à 16%.La tentation de profiter de l\u2019écart était trop grande pour les milieux financiers néo-zélandais et étrangers.Des fuites massives de capitaux de la Nouvelle-Zélande vers les États-Unis, l\u2019Angleterre et l\u2019Australie eurent lieu.Il en résulta une forte dépréciation du dollar néo-zélandais.Cette explication est officiellement reconnue par l\u2019OCDÉ, dans son rapport sur la Nouvelle-Zélande en 19943.D\u2019après ce même rapport, jamais la Nouvelle-Zélande n\u2019a eu à affronter une véritable grève du capital, comme dans le cas de la Suède.Il faut aussi insister sur le fait que ces fuites de capitaux ont été le fait des investisseurs néo-zélandais eux-mêmes beaucoup plus que des étrangers.Un remède de cheval Suite à cette crise des changes, les conservateurs perdent le pouvoir au profit des travaillistes, les milieux d\u2019affaires néo-zélandais leur reprochant leur politique protectionniste.Le nouveau gouvernement travailliste entreprend immédiatement la grande révolution néo-conservatrice, poursuivie par les conservateurs revenus au pouvoir, en 1990.La logique fondamentale du nouveau régime est de commencer une modernisation à long terme de la Nouvelle-Zélande, en intégrant totalement son économie au marché mondial transnational du capital4.Le gouvernement travailliste entend bien tirer la leçon de la suppression des liens privilégiés avec le Commonwealth, du fait de l\u2019adhésion de l\u2019Angleterre au marché commun: d\u2019une économie dont les surplus d\u2019exportations étaient essentiellement agricoles (ce surplus permettant de financer les programmes sociaux), le gouvernement Lange désire réaliser l\u2019économie modèle du Pacific Rirrf, et concurrencer Singapour, voire même la Suisse! Cette politique, adoptée de 1984 jusqu\u2019à nos jours, va dépasser en brutalité celle des administrations Reagan et Thatcher.Elle se développe selon quatre grands axes.1 - Dès 1984, le gouvernement adopte une politique à long terme de coupures systématiques des dépenses publiques.Cette politique vise à supprimer le déficit budgétaire et à rendre le budget totalement neutre, par rapport aux fluctuations cycliques de l\u2019économie.Les statistiques révèlent que l\u2019ampleur des coupures dans l\u2019ensemble des programmes sociaux est supérieure à ce qui a été pratiqué aux États-Unis ou par l\u2019administration de Margaret Thatcher.2- La première mesure du gouvernement travailliste est d\u2019abroger, en même temps, toute la réglementation des taux d\u2019intérêts et de réformer les statuts de la Banque centrale.Cette dernière se voit investie de la mission exclusive de réduire l\u2019inflation à zéro.Il en résulte que les taux d\u2019intérêts réels néo-zélandais dépasseront les taux nord-américains, ce qui stoppe les fuites de Le vrai miracle est qu\u2019après dix années d\u2019amputation et d\u2019appauvrissement, la population et l\u2019économie de la Nouvelle-Zélande aient survécu! capitaux, entraîne une réévaluation du dollar néo-zélandais et une augmentation spectaculaire des charges d\u2019intérêts pesant sur le budget.En l\u2019espace de trois ans, les charges d\u2019intérêts doublent et, dès 1986, deviennent supérieures à l\u2019ensemble des dépenses sociales du gouvernement.3- La troisième grande réforme consiste à mettre en marche le processus de réduction de la dette publique en proportion du PIB, afin de rassurer les détenteurs de titres néo-zélandais.L\u2019OCDE constate que, pour atteindre cet objectif, le gouvernement va essentiellement se procurer les ressources nécessaires en vendant littéralement presque tout l\u2019appareil d\u2019État.Seront vendues et privatisées: les télécommunications, dont la radio et la télévision, les parts de l\u2019État dans le secteur de l\u2019énergie, les Le gouvernement de Nouvelle-Zélande désire réaliser l\u2019économie modèle du Pacific Rim, mais cette politique va dépasser en brutalité celles de Thatcher et Reagan.114 relations mai 1995 Schwarz/CANAPRESSE transports.Les universités devront tirer leur financement des étudiants, ce qui provoquera une forte émigration intellectuelle vers l\u2019Australie, l\u2019Angleterre et les États-Unis.La santé publique elle-même sera très largement privatisée.Toutes les économies ainsi réalisées sont affectées au remboursement de la dette, ce qui rappelle tout à fait la politique de l\u2019administration Thatcher, de 1987 à 1989.Au total, l\u2019objectif a été de vendre tout ce qui était vendable parmi les activités publiques.Aucun gouvernement, même pas en Angleterre, n\u2019est allé aussi loin! 4- Enfin, couronnant le tout, la grande révolution néo-zélandaise a visé à abroger l\u2019héritage social et économique des années 30.Il s\u2019agissait avant tout de briser le syndicalisme et, sur ce point, le gouvernement travailliste a beaucoup mieux réussi que le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher.Il s\u2019agissait aussi de supprimer tout le système du Welfare State, en forçant les gens à être responsables de leur propre destin.Quel est le bilan de cette politique?Il faut d\u2019abord constater que, de 1984 à 1994, la Nouvelle-Zélande entre dans une période de déflation prolongée.Dès 1984, le taux de croissance tombe à 1 %.Les années suivantes, il se maintient au niveau de 1 %, pour devenir franchement négatif, à partir de 1989.S\u2019il est vrai qu\u2019en 1995, on annonce un taux de croissance spectaculaire de plus de 4%, cette croissance est, jusqu\u2019à preuve du contraire, incapable de compenser les dix années d\u2019appauvrissement antérieures.Elle est en outre extrêmement fragile, puisque imputable à trois facteurs plutôt conjoncturels: la croissance cyclique des exportations de matières premières vers l\u2019Asie du Sud-Est, une hausse de l\u2019investissement privé contrebalançant l\u2019énorme décapitalisation antérieure, la croissance de la consommation due à une hausse des salaires dans les secteurs travaillant pour l\u2019exportation.Le taux de chômage demeure relativement élevé et, si l\u2019on s\u2019en tient au rapport de l\u2019OCDE, en fin d\u2019année 1994, il est toujours à 9%.L\u2019OCDE elle-même constate que la reprise de la croissance paraît impuissante à réduire le chômage, même s\u2019il est possible que la reprise économique actuelle des exportations entraîne sa baisse cyclique3 4 5 6.Si l\u2019on se réfère aux ob- 3.\tOECD Economie Surveys, New Zealand, 1994, p.36 et 37.4.\tSur ce point, la stratégie des travaillistes du gouvernement Lange rappelle tout à fait les attaques lancées par l\u2019administration Mitterrand contre les gouvernements conservateurs, en France.5.\tL\u2019expression Pacific Rim désigne les pays riverains du Pacifique.6.\tDes chiffres plus récents provenant des autorités indiquent un taux de chômage de 7,8%.Ce chiffre reste non seulement provisoire, mais élevé, puisque, contrairement au Canada, la Nouvelle-Zélande n\u2019a jamais eu de chômage structurel, son taux de chômage historique se situant à 3 ou 4%.Les réformes de l\u2019assurance-chômage ont aussi eu l'effet de réduire artificiellement le taux de chômage, en réduisant le nombre de personnes éligibles à la définition de chômeur.7.\tIbid., Rapport de l\u2019OCDE, p.36.8.\tL\u2019endettement net est l\u2019évaluation des actifs moins l\u2019endettement brut.Fait inquiétant, un article du Wall Street Journal conseille au gouvernement fédéral libéral de suivre la politique de Ralph Klein.jectifs du gouvernement néo-zélandais, les résultats de la purge administrée au malade sont plutôt décourageants.En 1994, la dette publique brute demeure supérieure à son niveau moyen des années 70 et elle se situe exactement au même niveau qu\u2019en 1984, au tout début de la révolution néo-conservatrice7.Les résultats pour l\u2019endettement net8 sont encore plus catastrophiques, puisqu\u2019il n\u2019a cessé d\u2019augmenter.En 1984, il est à 30% du PIB.En 1994, il est à 50%.Cette dégradation résulte toujours, selon ce même rapport, de la vente à vil prix de tous les actifs publics par le gouvernement néo-zélandais, qui a fait s\u2019écrouler ces mêmes actifs beaucoup plus vite qu\u2019il ne pouvait rembourser la dette.En même temps, l\u2019endettement privé intérieur et extérieur de la Nouvelle-Zélande n\u2019a cessé d\u2019augmenter.Aujourd\u2019hui, la part du secteur privé dans la dette extérieure est beaucoup plus importante.La preuve en est que la balance des paiements courants demeure déficitaire, principalement à cause des paiements d\u2019intérêts.La raison est simple: on constate, en citant toujours les sources les plus officielles, que les corporations publiques privatisées ont remplacé les fonds publics par des emprunts extérieurs, et dénationalisé une part croissante de la dette.Pendant que les recettes générées par la reprise cyclique des exportations sont affectées au service de la dette, le gouvernement néo-zélandais a réussi à contenir la demande de biens importés, en appauvrissant la population.En résumé, l\u2019exemple néo-zélandais montre que l\u2019obsession des coupures a été dictée beaucoup plus par des motivations idéologiques et intéressées que par une quelconque logique économique.Plus le déficit public se réduisait du fait des coupures et de la vente des actifs, plus l\u2019endettement net du secteur public augmentait, en même temps que s\u2019accroissait l\u2019endettement extérieur du secteur privé.Au total, dix ans de coupures maintiennent un service de la dette qui est toujours le double de ce qu\u2019il était en 1984.Par contre, le contrôle de l\u2019économie néo-zélandaise a changé de mains.relations mai 1995 115 Ridewood/CANAPRESSE S\u2019il est vrai qu\u2019à partir de 1986, les dépenses sociales augmentent et plafonnent à partir de 1989, c\u2019est en raison de l\u2019explosion du chômage: le nombre de chômeurs augmente plus vite que le rythme des coupures dans l\u2019assurance-chômage9.Oui, le gouvernement néo-zélandais a réduit son déficit budgétaire annuel, mais une étude serrée des statistiques révèle que ce résultat est lié à la vente à l\u2019encan des actifs publics.Le gouvernement néo-zélandais a échappé à l\u2019effet de feed-back 6e la déflation budgétaire aussi longtemps qu\u2019il avait des actifs à vendre.Or, aujourd\u2019hui, tout a été vendu.C\u2019est une leçon à tirer pour un pays comme le Canada.Est-ce le modèle qui sauvera le Canada ?Certainement pas.Si le néo-libéralisme a fait tant de dommage en Nouvelle-Zélande, qu\u2019en sera-t-il au Canada, pays arctique, neuf fois plus peuplé et beaucoup plus contrasté?La Nouvelle-Zélande est une île à climat tempéré.Elle n\u2019a pas un climat arctique, ni l\u2019équivalent des provinces atlantiques, ni de problème d\u2019identité.De plus, on ne soulignera jamais assez l\u2019extraordinaire fragilité des avantages dont elle a pu jouir, et qui peuvent rappeler ceux de l\u2019Alberta: hausse relative des coûts des matières premières exportées, tourisme, et rôle protecteur de l\u2019Australie qui joue à l\u2019égard de la Nouvelle-Zélande un rôle très différent de celui des États-Unis au Canada.L\u2019Australie considère la Nouvelle-Zélande comme une partie de son espace économique mais, en même temps, elle s\u2019efforce d\u2019entretenir avec sa voisine des relations beaucoup plus égalitaires et complémentaires que celles des États-Unis envers le Canada.D\u2019ailleurs, notre analyse du modèle néo-zélandais nous amène à conclure qu\u2019aucun problème de fond de l\u2019économie néo-zélandaise n\u2019est vraiment résolu.Le développement d\u2019activités de service n\u2019a toujours pas doté ce pays d\u2019une base économique solide.Le niveau de la dette publique reste pratiquement le même: la dette publique a tout simplement changé de mains et de créanciers.La Nouvelle-Zélande, en fait, ne s\u2019est jamais remise de son statut de colonie de feu l\u2019Empire britannique.Elle n\u2019a jamais su dépasser son rôle traditionnel de fournisseur de produits agricoles, pour mettre en place une politique de diversification et de développement autocentré.L\u2019essor du tourisme et l\u2019exploitation plus récente du gaz naturel ne sont que des épiphénomènes.Si les problèmes de fond de la Nouvelle-Zélande ne peuvent en rien se comparer à ceux du Canada, il y a, par contre, des leçons à retenir quant à l\u2019uniformité et à la brutalité de la politique économique préconisée par les partisans du capitalisme sauvage.Leur but a toujours été d\u2019imposer le salaire de la peur, en se débarrassant des programmes sociaux.Il est frappant de voir à quel point l\u2019idéologie économique du capitalisme financier préconise le même remède à des situations et à des maux différents.Ces mêmes remèdes (coupures indis-criminées, privatisations, taux d\u2019intérêts usuraires, inéquité fiscale grâce à la facilité des échappatoires, euthanasie de la fonction publique) appliqués à des maux différents produisent toujours le même mal: déflation, dépendance et appauvrissement généralisé, pour la plus grande prospérité d\u2019une oligarchie financière aux intérêts étroits, prête à tous les sacrifices, à condition qu\u2019ils soient imposés aux autres.Le vrai miracle est qu\u2019après dix années d\u2019amputation et d\u2019appauvrissement, la population et l\u2019économie de la Nouvelle-Zélande aient survécu! Après plus de dix années de souffrances, on ne s\u2019étonnera pas de voir le gouvernement conservateur s\u2019attribuer tout le crédit d\u2019une reprise cyclique de l\u2019économie néo-zélandaise en 1994.*** Fait plus inquiétant, le prochain modèle miracle néo-conservateur risque cette fois-ci d\u2019être fait maison, puisque l\u2019on parle déjà de «kleinisme» en Alberta.Un article du Wall Street Journal, daté du 2 février 1995, conseille au gouvernement fédéral libéral de suivre la politique de Ralph Klein10.Personne ne mentionne que les véritables causes des succès «fous» enregistrés par M.Klein, dans sa guerre au déficit, sont non pas la destruction de l\u2019appareil public et des programmes sociaux - qu\u2019il attaque avec la subtilité d\u2019un neurochirurgien opérant son patient à la hache* 11, mais la solide reprise des exportations de gaz et de pétrole ainsi que l\u2019exportation des assistés sociaux de l\u2019Alberta vers la Co- Comme pour Attila, l\u2019histoire vue par les tenants de l\u2019austérité retiendra fièrement que les programmes sociaux ne repoussent plus là où les gouvernements de MM.Lange et Klein sont passés.¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦ lombie Britannique et l\u2019Ontario! Personne ne parle bien sûr des succès du gouvernement néo-démocrate de M.Romanow, en Saskatchewan, qui a obtenu de bien meilleurs résultats que ceux de M.Klein, sans faire souffrir la population et en profitant lui aussi de la reprise cyclique du secteur de l\u2019énergie12.Comme pour Attila, l\u2019histoire vue par les tenants de l\u2019austérité retiendra fièrement que les programmes sociaux ne repoussent plus là où les gouvernements de MM.Lange et Klein sont passés.Tout semble hélas indiquer que l\u2019Alberta est en passe de prendre la relève de la Nouvelle-Zélande, pour devenir le laboratoire pilote des expériences sociales destinées à être appliquées à l\u2019échelle du pays.À suivre! ¦ 9.\tIbid., p.143.10.\tClyde Graham, «Copy Klein, Wall Street Journal tells Martin», The Ottawa Citizen, 3-02-1995, section F.11.\tL\u2019actuel Premier ministre de l\u2019Alberta, M.Ralph Klein, a fait appel à des experts néo-zélandais pour l\u2019assister dans sa chirurgie.12.\tLe Saskatchewan prévoit même un excédent budgétaire pour 1995.116 relations mai 1995 L\u2019égalité au travail: NOUVEAUX DÉFIS POUR LES FEMMES par Marie-Thérèse Chicha1 Les indicateurs globaux montrent que les deux objectifs majeurs des politiques d\u2019égalité, l\u2019élimination de la ségrégation professionnelle et de l\u2019écart salarial entre hommes et femmes, sont encore loin d\u2019être atteints.K>, mi' \\ p * y.*2 Pour les femmes, l\u2019objectif d\u2019égalité au travail est loin d\u2019être atteint.Plusieurs facteurs expliquent le faible progrès dans ce domaine: manque de volonté politique tant dans les milieux publics que privés, inefficacité relative dans l\u2019application des législations, lenteur à modifier les pratiques d\u2019emploi, absence de formation en entreprise vraiment qualifiante.La situation est d\u2019autant plus inquiétante que des changements économiques majeurs s\u2019annoncent, qui risquent de réduire encore l\u2019efficacité de nos programmes d\u2019accès à l\u2019égalité et l\u2019équité salariale, qui sont les principaux outils dont nous disposons.Bref, de nouveaux défis attendent les femmes.Commençons par un bref coup d\u2019oeil sur la situation actuelle.Les indicateurs globaux montrent que les deux objectifs majeurs des politiques d\u2019égalité - l\u2019élimination de la ségrégation professionnelle et de l\u2019écart salarial entre hommes et femmes - sont encore loin d\u2019être atteints.En 1981, 71,6% des femmes sur le marché du travail se retrouvaient dans quatre professions typiquement féminines: emplois de bureau, services, ventes et soins infirmiers.En 1991, ce pourcentage était de 65%, soit une baisse de 6,6 points.Malgré une certaine amélioration, la ségrégation professionnelle demeure très élevée.De plus, là où des gains sont observés - par exemple dans les postes de gestion où le pourcentage de femmes est passé de 5,4% en 1981 à 12,0% en 1991 -, une analyse plus poussée indique que deux cinquièmes 1.\tL\u2019auteure est professeure à l\u2019École de relations industrielles de l\u2019Université de Montréal.2.\tIl semblerait que des conclusions analogues puissent être appliquées aux programmes québécois; mais la confidentialité concernant le contenu et les résultats des programmes d\u2019accès à l\u2019égalité, notamment dans le cas de l\u2019obligation contractuelle, empêche toute évaluation.de cette croissance est attribuable à un changement de définition au sein de cette catégorie d\u2019occupation.Quant à l\u2019écart salarial homme-femme, les changements n\u2019y sont pas très significatifs.En 1981, les femmes employées à plein temps gagnaient en moyenne 63,7% des gains des hommes ayant le même statut; en 1991, ce ratio était de 69,6%, soit un gain de six points.Il est intéressant de remarquer que ce rattrapage s\u2019effectue par rapport à des salaires masculins en perte de vitesse, c\u2019est-à-dire par rapport à une norme d\u2019égalité qui s\u2019est dépréciée.Entre 1976 et 1991, les gains moyens des femmes (en dollars 1991) sont passés de 24 730 à 26 842 dollars, alors que ceux des hommes sont passés de 41 818 à 38 567 dollars.Enfin, une tendance semble prendre de l\u2019ampleur et toucher en particulier les femmes: le développement des formes d\u2019emploi atypiques (travail à temps partiel, contrats à durée déterminée, travail à la pige).Les femmes représentent près de 70% des travailleurs à temps partiel ainsi que des travailleurs temporaires.Ce type d\u2019emploi aurait triplé durant les années 80.Dans cette lente progression de l\u2019égalité au travail, force est de constater la relative inefficacité des législations actuelles.Une étude évaluative portant sur le programme fédéral d\u2019équité en emploi indique que son impact a été très restreint.Un grand nombre d\u2019organisations pourtant soumises à la loi n\u2019a embauché aucun membre des quatre groupes visés (femmes, autochtones, minorités visibles, personnes handicapées)2.Comment expliquer ce faible impact?Certains mettent en cause la conception même des programmes.Le processus d\u2019élaboration d\u2019un programme d\u2019accès à l\u2019égalité s\u2019avère lourd et complexe, en raison des guides d\u2019application qui ont été édictés.La méthodologie permettant de calculer les objectifs numériques s\u2019appuie sur la situation de discrimination existante et contribue donc à la main- relations mai 1995 117 tenir.Enfin, l\u2019absence de mesures coercitives ou de pénalités et la confidentialité des données permettent aux entreprises de contourner la loi.D\u2019autres soulignent l\u2019absence ou l\u2019insuffisance des mesures prises par les entreprises pour faciliter l\u2019accès à l\u2019égalité, telles que les mesures de conciliation travail-famille.Malgré les progrès enregistrés, la majorité des entreprises de pointe fonctionne toujours sur le modèle d\u2019un marché du travail traditionnel, où les hommes constitueraient la presque totalité de la main-d\u2019oeuvre et où les tâches familiales seraient prises en charge par les femmes au foyer.L\u2019influence des préjugés des employeurs sur leurs pratiques d\u2019emploi demeure très importante et se répercute à différentes étapes de la carrière des femmes.C\u2019est ainsi que, dès le départ, lors de la sélection des candidates à un poste, la maternité est vue comme un handicap potentiel.Une étude récente fait état d\u2019une pratique courante dans certaines universités américaines: L\u2019influence des préjugés des employeurs sur leurs pratiques d\u2019emploi demeure très importante et se répercute à différentes étapes de la carrière des femmes.des conseillers en placement suggèrent aux diplômées de retirer leur anneau de mariage avant de se présenter à une entrevue de sélection, pour éviter d\u2019être victime de discrimination.Ces préjugés se poursuivent ensuite, tout au long de la carrière.Il semblerait que même si une femme prend toutes les dispositions nécessaires pour continuer à travailler au même rythme après la naissance d\u2019un enfant, elle est néanmoins considérée par ses collègues comme étant devenue moins intéressée par son travail.L\u2019ensemble de ces préjugés et de ces attitudes explique que les entreprises modifient peu leurs pratiques de leur plein gré, soit en ce qui concerne la flexibilité des modes de travail (horaires variables, travail à la maison, partage du travail), soit en ce qui touche les congés (congés de maternité, congés pour responsabilités familiales).Les programmes d\u2019équité salariale rencontrent également des blocages importants.L\u2019application de ces programmes, tant au niveau québécois que fédéral, suppose le dépôt de plaintes et l\u2019établissement d\u2019une preuve de discrimination.Ce processus est lourd, complexe et très coûteux.Pensons aux plaintes qui ont été déposées à la Commission des droits de la personne du Québec à l\u2019égard du Conseil du Trésor québécois et à celles qui sont actuellement examinées par le tribunal fédéral des droits de la personne, mettant en cause le Conseil du Trésor fédéral.Ces plaintes concernent plusieurs milliers d\u2019employées, mais n\u2019avancent que très lentement.Les discussions et les conflits portent apparemment sur des aspects techniques, mais dissimulent au fond des différences de principe importantes et surtout une absence de volonté politique de réaliser l\u2019égalité.Pour faire avancer ce dossier, il faudrait adopter une «loi proactive3», comme celle qui est appliquée en Ontario, obligeant les employeurs des secteurs public et privé à revoir leur système de rémunération, afin d\u2019y supprimer toute discrimination salariale à l\u2019égard des femmes.Une autre source d\u2019inégalité réside dans la faiblesse de la formation professionnelle en entreprise.Ce domaine, crucial pour la mobilité professionnelle des travailleurs, n\u2019a suscité que peu d\u2019intérêt jusqu\u2019ici en ce qui concerne les femmes.Cet apparent manque d\u2019intérêt pourrait s\u2019expliquer par le fait que les travailleuses ne reçoivent généralement qu\u2019une formation en entreprise informelle et peu approfondie, difficile à évaluer.Les recherches indiquent que les femmes sont les laissées-pour-compte de la formation en entreprise; de plus celle-ci semble s\u2019articuler sur la ségrégation professionnelle des milieux de travail et ainsi la renforcer.Au lieu de permettre de briser les ghettos d\u2019emploi féminins, la formation en entreprise contribuerait à les maintenir! Ce processus s\u2019expliquerait par les pratiques traditionnelles des entreprises en ce qui concerne les critères d\u2019attribution de la formation.Par exemple, on a tendance à privilégier les emplois les plus qualifiés: on va généralement entraîner les «meilleurs» employés, c\u2019est-à-dire ceux qui ont déjà un bagage important de connaissances et qui démontrent des aptitudes ou des talents supérieurs à la moyenne.Il s\u2019agit d\u2019une pratique qui peut désavantager les emplois féminins, considérés généralement comme peu qualifiés et qui ne constituent pas un bassin de recrutement pour l\u2019avancement hiérarchique.Un autre élément qui désavantagerait les femmes réside dans la relation entre formation et stabilité de l\u2019emploi.Les employeurs préfèrent dispenser la formation en entreprise aux travailleurs susceptibles de demeurer à leur emploi de façon continue.Ce qui a une double implication en ce qui concerne la place des femmes dans la formation en entreprise.D\u2019une part, les interruptions de carrière pour obligations familiales, bien que tendant à diminuer, demeurent une caractéristique de la trajectoire des femmes.Ces interruptions de carrière sont parfois suivies d\u2019une rupture du lien avec l\u2019employeur, notamment dans le cas où elles se prolongent.D\u2019autre part, comme nous l\u2019avons indiqué plus haut, les femmes sont surreprésentées parmi les travailleurs à temps partiel et les travailleurs temporaires.Or, les employeurs préfèrent ne pas attribuer la formation en entreprise aux travailleurs à temps partiel, considérés comme moins efficaces et moins motivés.Que nous réserve l\u2019avenir?À la lumière de ce constat peu encourageant, on peut se demander ce que nous réserve l\u2019avenir en matière d\u2019égalité.Cette question est d\u2019autant plus pertinente que nous traversons une période de restructuration du marché du travail qui résulte du jeu de plusieurs forces: développement continu du secteur des services, substitution du secteur privé au secteur public dans la production de services sociaux et de santé, augmentation de la pression sur le travail non rémunéré en raison du désengagement de l\u2019État (soins aux proches et travail bénévole), pression à la baisse sur les salaires et les avantages sociaux, suite à une concur- 3.«Loi proactive»: loi qui devance un état de fait.118\trelations mai 1995 rence internationale accrue.De plus, on constate que le modèle de l\u2019emploi régulier et permanent cède la place aux formes d\u2019emploi atypiques, telles que l\u2019emploi à durée déterminée, à temps partiel, à la pige ou le télétravail.La gestion des ressources humaines se transforme considérablement.Les systèmes de rémunération traditionnels sont remplacés par de nouvelles modalités, telles que le salaire basé sur les compétences, l\u2019intéressement aux bénéfices, la généralisation des primes de diverses natures.L\u2019organisation du travail est également en voie de changement, avec le développement du travail en équipe, la polyvalence des emplois, le nivellement des structures hiérarchiques.Les entreprises fonctionnent de plus en plus avec des effectifs réduits et même la reprise économique ne les amène pas à augmenter leur personnel.Ce qui explique l\u2019expression que l\u2019on entend de plus en plus couramment: la «croissance sans emploi».Ce bref tableau indique que l\u2019économie dans laquelle nous vivons diffère de plus en plus de celle qui existait, il y a dix ou quinze ans.Et il semblerait, d\u2019après plusieurs analystes, que ces Les recherches indiquent que les femmes sont les iaissées-pour-compte de la formation en entreprise.changements devraient aller en s\u2019amplifiant.À première vue, le lien entre ces changements et l\u2019égalité des femmes au travail n\u2019est pas évident.On peut être amené à penser que la prise en compte des compétences, l\u2019allégement de la hiérarchie, le travail en équipe pourraient même convenir davantage aux préférences des femmes et à leur façon de travailler.Cependant, si l\u2019on examine la question de façon plus approfondie, on réalise que ces changements peuvent être potentiellement désavantageux pour elles, car ils risquent de rendre partiellement inopérants les programmes d\u2019accès à l\u2019égalité et d\u2019équité salariale.Pourquoi un tel effet?Parce que les législations visant l\u2019égalité ont été conçues en fonction du marché du travail qui prédominait durant les années 60.Il s\u2019agissait d\u2019un marché en croissance, relativement isolé de la concurrence internationale et caractérisé par une forte majorité d\u2019emplois permanents à plein temps.Les paramètres d\u2019application des législations ont été «taillés sur mesure» pour un tel marché du travail.Par exemple, les mesures d\u2019égalité des chances comprises dans les programmes d\u2019accès à l\u2019égalité sont largement orientées sur la révision des processus de recrutement et de sélection, donc vers des entreprises qui embauchent de façon significative et régulière.De même, l\u2019atteinte d\u2019une représentation adéquate des femmes dans des entreprises où elles sont sous-représentées, par exemple certaines entreprises manufacturières ou du secteur des transports, exige absolument qu\u2019il y ait croissance de l\u2019emploi et du recrutement.Si l\u2019on se place sur le plan de l\u2019équité salariale, la méthode d\u2019application nécessite qu\u2019il y ait dans les entreprises des emplois aux tâches bien définies.Il est difficile d\u2019évaluer des emplois dont les tâches varient selon la rotation des membres dans une équipe de travail.Également, le développement de la rémunération basée sur les compétences met l\u2019accent sur les caractéristiques des individus et risque d\u2019ouvrir une nouvelle porte aux préjugés contre les femmes lors de la détermination des salaires.En fait, toute la démarche de l\u2019équité salariale repose sur le principe que ce sont les emplois que l\u2019on évalue et non les individus.La rémunération basée sur les compétences et les primes au rendement risquent d\u2019écarter ce principe essentiel pour combattre la discrimination.On constate donc qu\u2019aujourd\u2019hui la réalisation de l\u2019égalité est confrontée à de nouveaux défis.En fait, le marché du travail a évolué et exige que l\u2019on adapte les outils disponibles pour éliminer la discrimination.Non seulement il faut tenir compte des constats effectués plus haut et rendre les législations plus contraignantes, par exemple en adoptant une «loi proactive» sur l\u2019équité salariale, mais il faut aussi diversifier leurs critères d\u2019application, afin de les rendre opérationnels dans le cadre de la nouvelle économie.Ce que l\u2019on peut retenir de cette analyse, c\u2019est la confirmation que l\u2019inégalité des femmes au travail est un problème de nature systémique, c\u2019est-à-dire dynamique et résultant de l\u2019interaction d\u2019un ensemble complexe de facteurs de nature diverse.Elle évolue et prend de nouvelles formes à mesure que l\u2019environnement économique et social se modifie.Il faut, par conséquent, être constamment vigilant et ne rien prendre pour acquis en matière d\u2019égalité.L\u2019égalité des femmes sur le marché du travail reste malheureusement un objectif encore bien difficile à atteindre.¦ En 1981,71,6% des femmes sur le marché du travail se retrouvaient dans quatre professions typiquement féminines: emplois de bureau, services, ventes et soins infirmiers.relations mai 1995 119 Jean-François Leblanc/STOCK Un défi démocratique et solidaire: RENOUVELER LA CITOYENNETÉ Déclaration issue des travaux du colloque Droit de c/Yé1 Ce nous, que nous formons par notre réunion, est un Nous citoyen.C\u2019est donc dire qu\u2019il ne tire à la fois sa réalité, sa légitimité, son sens et sa portée que d\u2019inclure toujours davantage d\u2019autres, reconnus pour ce qu\u2019ils sont à tous égards, et cela pour libérer et accroître en chacun cette puissance requise à l\u2019émergence d\u2019une cité décidée par tous dans la reconnaissance de la dignité et de la responsabilité de chacun.Nous n\u2019avons pas à désespérer de ce dont nous sommes capables.Nous pouvons en être raisonnablement fiers.Paul Chamberland Déclaration liminaire présentée au colloque nous voulons redonner un sens à la citoyenneté et à la démocratie.Confrontés aux dégâts engendrés par le néo-libéralisme et à leurs conséquences, nous ne pouvons nous contenter de les déplorer: le chômage et la pauvreté certes, mais aussi le mépris, l\u2019isolement, la misère morale et la violence.Nous faisons le choix d\u2019une culture de la solidarité sociale, de l\u2019équité et de l\u2019espoir, parce que nous savons qu\u2019elle est le seul antidote connu à l\u2019exclusion, à l\u2019indifférence et au cynisme qui sont en train de nous détruire.Nous entendons investir plus que jamais le champ de la politique, mais pour le transformer dans le sens d\u2019un élargissement des droits démocratiques et d\u2019une revalorisation de la dignité des personnes et des collectivités.Témoins du détournement d\u2019institutions publiques, nous tenons à affirmer haut et fort que l\u2019heure n\u2019est pas à la remise en cause de la raison d\u2019être de l\u2019État, mais de sa façon d\u2019être.\u2022 Reprendre en main notre avenir individuel et collectif.En tant que citoyennes et citoyens, nous avons tout intérêt à concevoir et à mettre de l\u2019avant de nouvelles façons de vivre ensemble.Nous faisons le pari des partenariats à renforcer, entre les milieux populaires, le mouvement des femmes, les syndicats et les communautés ethnoculturelles, entre les milieux de l\u2019enseignement et des médias, entre les intellectuels et les praticiens.L\u2019exercice démocratique ne peut se limiter au droit de voter et au fait d\u2019être confiné au champ politique et aux seuls appareils.Il doit s\u2019exercer sur les lieux de travail, il commande aussi des concertations à la base, pour négocier le partage du travail et des ressources.Il exige, en outre, la mise en place de relais de pouvoir et des réseaux d\u2019information et de savoir.Un nouveau projet de société s\u2019impose, lequel implique non seulement des changements dans le mode de fonctionnement des institutions (partis, syndicats ou associations), mais des changements aussi des mentalités et des comportements, devenus trop individualistes.\u2022 Rétablir les liens entre les droits et les responsabilités.Nous n\u2019avons plus de temps à perdre à chercher des coupables ni à attendre de l\u2019État, tel qu\u2019il est présentement, la solution à tous nos problèmes.Nous, citoyennes et citoyens, d\u2019âges et d\u2019appartenances sociale et culturelle différents, nous voulons repenser la vie en société et recréer des rapports sociaux plus humains et égalitaires.Il nous faudra, à cet égard, rompre avec l\u2019acharnement observé à s\u2019accaparer le plus de pouvoir et de richesses pour soi-même et son groupe d\u2019appartenance.Nous devons penser et agir de manière responsable, autant localement que globalement.Il y a donc lieu d\u2019articuler la lutte pour l\u2019exercice réel des droits à celle visant la mise en place d\u2019outils permettant aux citoyennes et aux citoyens d\u2019assumer leurs responsabilités sociales.Un nouveau modèle de développement émerge.Il fait appel à une citoyenneté repensée sur de nouvelles bases.Nous voulons réhabiliter la notion de responsabilité individuelle, mais nous refusons de faire porter aux seuls individus le poids des responsabilités sociales des entreprises et de l\u2019État.Pour nous, être des citoyennes et des citoyens responsables, c\u2019est refuser que des personnes soient privées de leurs droits et exclues de la vie sociale.C\u2019est donc s\u2019engager solidairement à combattre toutes les formes d\u2019exclusion.C\u2019est aussi refuser d\u2019être désappropriés de notre identité, de nos potentialités, de nos savoirs et de nos espoirs par les experts, les technocrates et les affairistes de tous genres.Il nous faut donc reconquérir notre statut d\u2019acteurs capables de prendre en main notre propre sort et de contribuer à l\u2019amélioration de celui de nos semblables.\u2022 Combattre l\u2019exclusion.L\u2019exclusion comporte différentes facettes dont la principale est la marginalisation économique.Celle-ci conduit à l\u2019exclusion sociale, à la perte d\u2019identité, à l\u2019absence de reconnaissance sociale et à la misère morale.Atteintes 120 relations mai 1995 dans leur dignité humaine, les personnes exclues, les jeunes et les femmes tout particulièrement, sont coupées des moyens qui leur permettent de participer aux décisions qui affectent leur quartier, leur ville, leur région et leur pays.L\u2019exclusion massive des jeunes générations du marché du travail aura des conséquences désastreuses sur leur capacité de prendre leurs responsabilités de citoyens et de citoyennes et ce, malgré leur volonté de le faire.Ils demandent de façon incessante à ceux et à celles qui ont des emplois et des postes de responsabilité de leur ouvrir les portes, de partager le travail et de prendre le temps de les écouter.Quant aux femmes, elles ont subi une double exclusion: celle du marché du travail et de la vie publique.Encore aujourd\u2019hui, malgré le fait qu\u2019elles soient majoritaires dans la plupart des facultés universitaires, elles demeurent encore largement exclues de l\u2019emploi et des postes de direction.Une nouvelle culture démocratique permettant de lutter contre l\u2019exclusion doit comporter, comme l\u2019un de ses traits essentiels, la pleine et entière participation des femmes au renouvellement de la vie en société; leur vision du monde a une valeur déterminante à cet égard.Combattre l\u2019exclusion implique donc de redonner leur part de pouvoir aux citoyennes et aux citoyens, en les incitant d\u2019abord à investir les lieux de pouvoir les plus près d\u2019eux.Il ne suffit plus d\u2019obtenir de nouveaux services; il faut viser un véritable développement économique axé sur les besoins et les capacités des membres de la communauté, un développement qui réalise l\u2019intégration entre l\u2019économie et les conditions de vie sociales, culturelles et civiques du milieu.Un nouveau modèle de développement émerge.Il fait appel à une citoyenneté repensée sur de nouvelles bases.\u2022 Développer le goût de vivre ensemble.Comme c\u2019est le cas pour la plupart des sociétés contemporaines, la société québécoise est plus diversifiée que jamais.La lutte contre l\u2019intolérance, génératrice d\u2019exclusion parce qu\u2019elle condamne la différence, doit constituer un axe central de notre démarche.Nous admettons que le sentiment d\u2019appartenance, bien qu\u2019il renvoie à une réalité complexe, repose essentiellement sur l\u2019existence d\u2019institutions et sur l\u2019adhésion à des valeurs démocratiques communes.Nous pensons notamment ici au principe d\u2019égalité - garantie à la fois par les chartes et des institutions et mécanismes appropriés -, au pluralisme d\u2019expression et ce, dans le respect du français comme langue véhiculaire commune.Nous reconnaissons, du même souffle, que le refus de respecter les différences, de prendre en compte la diversité, ainsi que l\u2019insuffisance de mécanismes d\u2019intégration constituent également une menace à la cohésion sociale.Il nous faut donc rechercher les moyens d\u2019établir un meilleur équilibre et de concilier le respect des différences individuelles et communautaires avec l\u2019adhésion aux valeurs et aux institutions 1.Organisé par le Centre de formation populaire, le Centre St-Pierre, l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes et la Ligue des droits et libertés du Québec, le colloque Droit de Cité tenu à l\u2019UQAM les 25-26-27 novembre 1994, avait comme thème: Repenser la citoyenneté pour vivre la démocratie.L\u2019objectif consistait à réfléchir, en contexte d\u2019appauvrissement et d\u2019exclusion, aux fondements du citoyen et de la citoyenneté aujourd\u2019hui.La Déclaration issue des travaux du colloque a été signée pour le comité organisateur et pour le comité de synthèse par: René Doré, Joseph Giguère, André Paradis, Lina Trudel, Michel Lizée et Céline Saint-Pierre.Les 400 participants veulent s\u2019engager sur trois voies: la mobilisation contre la réforme Axworthy, la participation au débat référendaire et le processus de régionalisation.du Québec à Montréal 25-26-27 L\u2019cilofennelé pour «ivre la démocratie _____________________________________________________________________________________________________________________________________________I ÜOOUE DROIT DE CITE communes.Nous y parviendrons si nous favorisons l\u2019émergence d\u2019une culture politique aussi plurielle que partagée.Cette exigence devra nécessairement être prise en compte dans le cadre du débat référendaire sur la souveraineté du Québec.Développer les outils de la citoyenneté Dans nos sociétés bureaucratisées et centrées sur des rapports marchands, le citoyen a cédé la place au consommateur, à l\u2019électeur, au bénéficiaire, au client, à l\u2019assisté.Il est isolé et mis trop souvent en situation de dépendance ou de concurrence.Les liens sociaux ont donc tendance à s\u2019effriter et les individus se sentent en conséquence impuissants.Il devient donc nécessaire de réhabiliter la citoyenne et le citoyen et de leur offrir les outils leur permettant d\u2019avoir une prise sur la réalité et de renouer les liens avec leurs semblables.Le système éducatif et les médias constituent, à cet égard, des outils sociaux décisifs pour informer et former des individus en tant que citoyennes et citoyens libres, conscients de leurs droits et responsabilités et convaincus de l\u2019impératif de la solidarité.relations mai 1995 121 Jean-François Leblanc/STOCK \u2022\tLa mission de l\u2019école.L\u2019école doit correspondre au type de société démocratique auquel nous aspirons en favorisant l\u2019égalité des chances, une formation accomplie pour le plus grand nombre et l\u2019intégration sociale.Il lui incombe aussi de transmettre les savoirs appropriés relatifs aux exigences de la vie en société: la responsabilisation, la connaissance des institutions démocratiques, de l\u2019histoire et de la langue communes, ainsi que les conditions d\u2019une démocratie pluraliste et ouverte.Face aux nouvelles exigences démocratiques et aux nombreux défis posés par les mutations économiques, technologiques et scientifiques, le système d\u2019enseignement dans son ensemble est en quelque sorte à repenser.Les États généraux promis par le nouveau gouvernement du Québec devront permettre de tenir ce débat large sur la mission sociale du système d\u2019éducation.ils devront, en outre, accorder une place importante aux étudiantes et étudiants, jeunes et adultes.\u2022\tLe rôle des médias.L\u2019implication et la participation des citoyennes et citoyens aux débats et aux décisions publiques dépendent aussi très largement de la qualité de l\u2019information diffusée par les médias.La démocratie est actuellement passablement malmenée par les médias qui nous imposent trop souvent leur langage, leurs valeurs, leurs grilles d\u2019analyse et qui n\u2019accordent de crédibilité qu\u2019aux dirigeants et aux experts.Les médias sont devenus un pouvoir en soi et ils agissent de moins en La régionalisation annoncée représente une bonne occasion pour les organismes sociaux et les citoyens de réinvestir le champ de la politique.moins à titre d\u2019intermédiaire entre les pouvoirs et les citoyennes et citoyens.En général, ils ne sont plus de réels outils permettant l\u2019expression des divers points de vue et pouvant favoriser en conséquence la communication sociale.Cette situation contribue certainement à l\u2019effritement des liens sociaux.Les médias doivent reprendre contact avec les diverses réalités et contribuer à redonner aux citoyens le goût d\u2019agir et de s\u2019impliquer.Les organismes qui sont au coeur des enjeux sociaux souhaitent, pour leur part, établir des ponts plus étroits avec les journalistes et les médias.Pour ce faire, les médias pourraient ouvrir leurs portes à la participation des usagers en créant, notamment, des comités consultatifs sur certaines thématiques.Il y a lieu aussi de favoriser la mise sur pied et le financement de groupes d\u2019usagers et de vigilance sur les médias.\u2022 La vie associative: pour une citoyenneté incarnée.Nous entretenons un grand espoir dans l\u2019avenir démocratique de notre société quand nous prenons en compte le nombre considérable d\u2019organismes populaires et communautaires implantés dans les quartiers et les régions du Québec.On en dénombre présentement pas loin de cinq mille.Ces groupes interviennent de plus en plus dans le domaine de la création d\u2019emplois et du développement économique.La lutte contre toutes formes d\u2019exclusion y est singulièrement active, entre autres celles qui procèdent de l\u2019analphabétisme et de la situation des sans-abri ou des sans-emploi.Les citoyennes et les citoyens trouvent ainsi des moyens et des lieux pour opposer une résistance soutenue face à l\u2019indifférence.Malheureusement, l\u2019existence de très nombreux groupes est actuellement menacée de disparition, sous couvert de la lutte au déficit fédéral.Nos élites dirigeantes, qui se disent attachées aux valeurs démocratiques, devront reconnaître de façon tangible l\u2019importance politique de ces groupes et associations.La force que représente la vie associative doit être amplifiée.\u2022 Revitaliser les institutions politiques.Le désenchantement à l\u2019égard de la politique a par contre pris des dimensions alarmantes.Il se manifeste de diverses façons: par un sentiment d\u2019impuissance face à «la tyrannie des experts et des technocrates»; par une perte de crédibilité et de confiance face au manque d\u2019imputabilité des élus et au non respect de leurs engagements électoraux.La démocratie représentative tend à devenir une coquille vide, tant les politiciens s\u2019éloignent des citoyennes et des citoyens et ne savent plus traduire leurs aspirations.Les principaux centres de pouvoir se sont déplacés sur le terrain de l\u2019économie et concentrés entre les mains de grandes institutions politico-financières internationales, telle la Banque mondiale.Cette situation n\u2019est pas sans accentuer le sentiment d\u2019impuissance des citoyens.Ce processus d\u2019internationalisation et de centralisation est cependant à l\u2019origine de nombreux dérapages, car il s\u2019est avéré inefficace à relancer la croissance économique et l\u2019emploi.On assiste donc, actuellement, à des tentatives visant à transférer aux niveaux local et régional les pouvoirs qu\u2019ils sont mieux en mesure d\u2019assumer.Ce mouvement de mondialisation et cette dynamique de décentralisation constituent en quelque sorte les nouveaux espaces de participation.La régionalisation annoncée représente, en effet, une bonne occasion pour les organismes sociaux et les citoyens de réinvestir le champ de la politique.S\u2019il faut prendre appui sur les lieux de pouvoir les plus rapprochés, nous convenons aussi de la nécessité de renforcer les réseaux internationaux de solidarités, afin d\u2019être en mesure d\u2019influencer l\u2019opinion publique internationale et de pouvoir peser les conséquences sur ce pôle de décision.Cela dit, l\u2019État national demeurera un lieu important de décision.Il lui faudra toutefois reconquérir ses pouvoirs, lui permettant de jouer plus efficacement son rôle de régulateur des rapports sociaux, de réduction des inégalités ainsi que de mise en oeuvre de politiques visant à favoriser la création d\u2019emplois.Assurer le bien-être de toutes les citoyennes et citoyens, et leur garantir une possibilité réelle de participer à la vie culturelle, sociale et politique nous apparaît devoir être la mission principale de l\u2019État.La volonté exprimée par les 400 participantes et participants au colloque Droit de cité de s\u2019impliquer davantage dans les débats et d\u2019investir les divers lieux de pouvoir semble, à court terme, devoir emprunter trois voies principales: la mobilisation contre la réforme Axworthy, la participation au débat référendaire et l\u2019implication dans le processus de régionalisation.Ce colloque constitue en quelque sorte une étape importante dans le processus de recomposition des alliances et des solidarités, qui se manifeste actuellement dans les régions et les quartiers, autour de la lutte au déficit démocratique et à l\u2019exclusion.Nous croyons qu\u2019il émergera de ce mouvement une véritable alternative au néo-libéralisme.¦ 122 relations mai 1995 RECENSIONS DE MAI lectures ¦ avec André Beauchamp, Julien Harvey et Francine Tardif SURVOL DES RAPPORTS SCIENCE ET ÉGLISE Georges Minois, L\u2019Église et la science.Histoire d\u2019un malentendu.Tome 1 : De saint Augustin à Galilée, 1990, 484 p., Tome 2: De Galilée à Jean-Paul II, 1991,526 p., Paris, Fayard.recenser un ouvrage près de cinq ans après sa parution n\u2019est pas coutume.Dans l\u2019univers de marketing où nous vivons, le volume risque d\u2019être déjà victime du pilon.Mais dans le cas qui nous concerne, même avec un aussi long retard, un mot sur cet ouvrage vaut quand même la peine: c\u2019est un livre fait pour durer.Je l\u2019ai découvert au hasard de mes recherches et la découverte en vaut le prix.Georges Minois se rattache à l\u2019école française de l\u2019histoire des mentalités, où l\u2019on trouve Philippe Ariès (maintenant décédé), Jean Delumeau, Georges Vigarello et bien d\u2019autres.Georges Minois a publié, en 1987, une histoire de la vieillesse.L\u2019Église et la science se présente comme un survol des rapports entre science et Église, et donc des rapports entre les hommes et les femmes de science et les hommes (peut-on dire les femmes?) d\u2019Église.C\u2019est un travail extensif et systématique qui suit l\u2019ordre chronologique.Depuis l\u2019Ancien Testament, où la science occupe une place rudimentaire, l\u2019auteur trace un portrait de la science grecque, puis de la rencontre, ou de l\u2019absence de rencontre, entre la foi nouvelle et le savoir scientifique du temps.Les premiers efforts de dialogue commencent avec les apologètes, dont principalement Justin.L\u2019antiquité chrétienne hésite entre le refus de la science et le dialogue.Saint Augustin construit une première synthèse, moins avec la science comme telle qu\u2019avec la philosophie ancienne, celle de Platon.Patiemment, l\u2019auteur parcourt le haut Moyen Âge, signalant les auteurs et les problématiques.Une nouvelle synthèse s\u2019élabore autour d\u2019Aristote parvenu aux Européens à travers la culture arabe.Au moment où l\u2019Église adopte l\u2019aristotélisme, la base scientifique de ce système est déjà dépassée.À la Renaissance, les dissociations s\u2019accentuent entre la science et la foi.L\u2019auteur signale les figures de papes très favorables à la science pendant que, sur le terrain, l\u2019Inquisition surveille toute formule qui pourrait ébranler les certitudes acquises.Giordano Bruno (1548-1600), qui secoue la science aristotélicienne et envisage un monde infini, meurt sur le bûcher en refusant le crucifix.Avec Galilée, la rupture s\u2019instaure qui perdurera des siècles.La foi et la théologie prétendent juger de la vérité de la science.S\u2019il y a conflit, c\u2019est la science qui doit obéir.Les hommes d\u2019Église, nombreux à pratiquer et enseigner les sciences, le font toujours sous la crainte, en n\u2019osant jamais dire tout haut ce qu\u2019ils pensent, en évitant d\u2019aborder les sujets à risque.Descartes retient constamment sa pensée pour ne pas faire exploser les tensions entre philosophie et théologie.Il louvoie.Si Galilée marque une rupture en secouant la représentation de la place de la terre dans le système solaire, en faisant confiance à la raison et à la mathématique, Richard Simon (1638-1712) fait entrer le loup dans la bergerie en mettant en question l\u2019interprétation littérale de la Bible.Critique du texte et interprétation ébranlent relations mai 1995 123 l\u2019autorité de l\u2019Écriture, amenant entre autres à douter du Pentateuque et de son attribution à Moïse.Mais l\u2019adversaire de Simon est Bossuet, ce qui n\u2019augure pas pour l\u2019ouverture et la nuance.L\u2019Église rejette la critique biblique, le catholicisme se dresse contre la science, tandis que le protestantisme montre plus de souplesse.La Révolution française n\u2019aidera pas au dialogue, ni le règne de Pie IX avec le Syllabus, ni le Concile Vatican I braqué sur l\u2019infaillibilité, ni l\u2019émergence du darwinisme qui semble rabaisser l\u2019origine de l\u2019homme, ni ensuite la crise moderniste suscitée par Loisy.Il faut attendre la haute figure si suspectée de Teilhard de Chardin et les ouvertures surprenantes de Vatican Il pour entrevoir des réconciliations possibles.L\u2019auteur signale des ouvertures étonnantes chez Jean-Paul II et sa réconciliation avec Galilée.J\u2019ai pour ma part moins d\u2019enthousiasme que lui, en particulier à cause des attitudes de Jean-Paul II sur les questions d\u2019éthique et les questions féminines.Si des positions changent sur l\u2019astrophysique, l\u2019attitude de prétendre posséder toute la vérité a priori me semble la même.Toujours clair et cernant bien les problématiques, l\u2019ouvrage m\u2019a semblé surgir d\u2019un travail de longue haleine et d\u2019une énorme information.Peut-être est-ce un peu trop centré sur la France et y manque-t-il une connaissance usuelle des sources anglaises.Mais un seul auteur pouvait-il faire autrement?Voici un ouvrage majeur, une véritable somme.Le total est plutôt affligeant pour l\u2019Église.Deux questions dominent: le rapport de l\u2019Écriture à la science, notamment dans les questions de physique et d\u2019astrophysique (Galilée) et dans la compréhension du Pentateuque et de l\u2019histoire de l\u2019homme (conflits avec l\u2019archéologie et la biologie d\u2019une part, avec les sciences exégétiques d\u2019autre part), le rapport de l\u2019Église à sa propre autorité, l\u2019Église acceptant difficilement ou pas du tout que des représentations venant des sciences mettent en question ses propres représentations.L\u2019Église souffre certainement d\u2019autosuffisance dogmatique, travers qu\u2019a beaucoup pratiqué la théologie et que prolonge encore volontiers un certain appareil romain.Les rapports entre science et foi ont été assez difficiles aux XIXe et XXe siècles, ressemblant à une lutte à finir.Après une science positiviste et dure, nous voyons maintenant émerger une science moins sûre d\u2019elle-même, plus consciente de ses fragilités.Le mot humilité redevient à la mode parmi les scientifiques.Il est à souhaiter qu\u2019il redevienne aussi à la mode dans le milieu ecclésial, pour que le malentendu ancestral entre science et foi puisse devenir véritable dialogue.Le livre de Minois n\u2019y aura pas peu contribué.¦ André Beauchamp MILITANTS DE CONDITION MASCULINE Germain Dulac, Penser le masculin - essai sur la trajectoire des militants de la condition masculine et paternelle, Sillery, IQRC, 1994; 137 p.Je l\u2019avoue d\u2019emblée: avant de lire le court ouvrage de Germain Dulac, les discours autour de la condition masculine ou paternelle, au mieux, me laissaient totalement indifférente; au pire, ils m\u2019irritaient profondément.J\u2019ai donc entrepris la lecture de Penser le masculin, essai sur la trajectoire des militants de condition masculine ou paternelle avec un certain nombre de préjugés défavorables.Préjugés qui auraient résisté aux sections plus descriptives de l\u2019ouvrage, mais qui ont rapidement fondu devant la pertinence des analyses de l\u2019auteur.Réalisée partiellement dans le cadre d\u2019une thèse de doctorat en sociologie, la recherche de Dulac s\u2019est arrêtée aux discours des groupes d\u2019hommes qui prétendent chercher à «penser le masculin».Analysés, remis en contexte, perçus dans ce qu\u2019ils disent (la recherche d\u2019une nouvelle masculinité) autant que ce qu\u2019ils taisent (le pouvoir dont disposent toujours les hommes dans nos sociétés), les documents scrutés par Dulac révèlent un univers à la fois passionnant et inquiétant.Passionnant, quand Dulac met en lumière les fondements idéologiques sur lesquels s\u2019appuient les mouvements d\u2019hommes; la plongée historique, si elle peut paraître un peu aride, se révèle néanmoins fort instructive.On y apprend, par exemple, que la masculinité a déjà subi plusieurs «crises», correspondant aux grandes mutations des sociétés; on y découvre également que bien des hommes lisaient AUSSI les articles de la revue Playboy dont le fondateur, H.Hefner, fut l\u2019un des premiers à proposer une ébauche de l\u2019homme «nouveau», délesté des fonctions et représentations du père de famille, au profit d\u2019une masculinité «émancipée», caractérisée par le «célibat, la liberté, l\u2019insouciance et la consommation d\u2019une sexualité reitchéen-ne» (p.29).Les propos de Dulac sont tout aussi passionnants, mais beaucoup plus inquiétants, quand ils s\u2019attardent à montrer comment plusieurs groupes d\u2019hommes, tout en se disant solidaires du féminisme, revendiquent une forme d\u2019égalité entre hommes et femmes, qui, dans les faits, maintient des rapports sociaux ou conjugaux inégalitaires.Inquiétants aussi quand l\u2019auteur montre que si le mouvement des femmes a pu ébranler le patriarcat et provoquer une crise d\u2019hégémonie, les militants de la condition masculine participent, même involontairement, à la «revitalisation de l\u2019hégémonie en vigueur après que celle-ci a été infléchie» (cité p.26).L\u2019ouvrage de Dulac est clairement présenté et plutôt accessible, mais il manque cependant d\u2019élan ou de passion.C\u2019est un peu dommage, car le caractère explosif des thèses de l\u2019auteur se perd parfois dans des pages trop sagement écrites.¦ Francine Tardif VÉRITÉS ET MENSONGES Daniel Baril, Les mensonges de l\u2019école catholique.Les insolences d\u2019un militant laïque, Montréal, VLB, 1995; 190 p.Comment recenser l\u2019ouvrage d\u2019un pamphlétaire?Car, déjà, se présenter comme tel, c\u2019est reconnaître qu\u2019on sera partial, qu\u2019on exagérera, qu\u2019on écrira avec du vinaigre.J\u2019essaie tout de même, tout en reconnaissant que je n\u2019ai pas le talent de pamphlétaire de Daniel Baril et que j\u2019ai eu du plaisir à lire certaines de ses pages.Le livre est divisé en 31 mensonges et en 8 vérités.Et il révèle une longue familiarité avec le dossier de la confes-sionalité scolaire, surtout à Montréal, et avec le dossier juridique que les débats historiques ont accumulé.Si bien que l\u2019ouvra- 124 relations mai 1995 ge de Baril contient bon nombre d\u2019observations justes et qu\u2019il mérite d\u2019être lu.Mais, comme le disait récemment une lectrice dans une lettre aux journaux, il faut lire ce type de livre comme on mange du poisson.en faisant attention aux arêtes.Le «mensonge fondamental» (p.17-32), divisé en trois, considère comme mensongères les trois propositions suivantes: l\u2019enseignement scolaire est incomplet sans la dimension religieuse, l\u2019enseignement.religieux à l\u2019école est un droit fondamental, un projet éducatif confessionnel voté par la majorité des parents jouit d\u2019une assise démocratique.Malheureusement, l\u2019auteur confond, ici et partout ailleurs dans le livre, le droit personnel à un enseignement religieux à l\u2019école et le droit de voir l\u2019État officialiser l\u2019enseignement d\u2019une foi ou de l\u2019autre, qui n\u2019est pas un droit, mais l\u2019objet d\u2019accommodements raisonnables.Baril se révèle bon pamphlétaire en fonçant dans la ligne juridique sans la moindre concession.On en vient à se demander à quoi servent les extrémistes dans des situations aussi nuancées; à mon avis, ils ont droit de parole comme tous, mais ils nuisent au progrès des causes qu\u2019ils défendent.Je regrette de devoir le dire, d\u2019autant plus que l\u2019auteur me cite, tout comme il cite Micheline Milot ou Jean-Pierre Proulx ou Raymonde Folco, qui ont tous des positions plus nuancées que les siennes.La section des «vérités» présente une vision très insulaire, exclusivement montréalaise, de la situation scolaire du Québec.L\u2019école laïque peut contribuer beaucoup à la démocratie, je suis le premier à le reconnaître; mais il m\u2019apparaît à la fois inexact et discriminatoire d\u2019affirmer (p.158-178) que les options religieuses diminuent la qualité de l\u2019enseignement, proposent des programmes moins cohérents et consistants, utilisent plus mal l\u2019horaire, offrent de moins bons programmes de formation de la personne, gaspillent les fonds publics pour des objectifs privés et, enfin, que la laïcité scolaire est réclamée par une large part de la population du Québec.Lancé sur cette voie, le pamphlétaire doit logiquement arriver à des culs-de-sac intégristes, comme le refus total du port du hijab à l\u2019école ou du turban sikh dans la police.J\u2019ai dû constater la présence de plus de trente erreurs factuelles dans le livre; c\u2019est beaucoup pour 190 pages.Et que le pamphlétaire me permette d\u2019ajouter deux choses: d\u2019abord que la citation de Fernand Seguin me peine d\u2019autant plus que j\u2019ai connu un Seguin qui n\u2019était pas anticlérical et que j\u2019ai été un Jésuite des années 40 et qu\u2019il est difficile de me blâmer de cela, contrairement à l\u2019exergue de la page 9.Et que le choix de la caricature de Louis Montpetit pour la couverture est carrément raciste: il y a une différence essentielle, pas de degré, entre le coup de pied à la «canne de binnes» du Frère Untel et le coup de pied au cul du même.¦ Julien Harvey STRATÉGIE ET DIPLOMATIE VATICANES Roberto Perin, Rome et le Canada.La bureaucratie vaticane et la question nationale 1870-1903, Montréal, Boréal, 1993; 343 p.en général, les études historiques sur le dix-neuvième siècle canadien et sur les relations entre la religion et la politique en particulier ou, plus restrictivement, sur les conflits entre politiciens et hommes d\u2019Église ne manquent pas.Mais il m\u2019a semblé que l\u2019originalité du présent ouvrage est de montrer la stratégie de la diplomatie vaticane dans le contexte politique du Canada naissant.À cette époque, les conflits ne manquaient pas, d\u2019une part au sein de l\u2019Église québécoise, entre par exemple monseigneur Bourget (qui démissionne en 1876) et monseigneur Taschereau archevêque de Québec.Ou entre les prêtres du séminaire de Québec et les autorités ecclésiastiques.D\u2019autre part, entre les autorités ecclésiastiques et les partis politiques surtout le Parti libéral.Ce que Roberto Perin décrit, avec patience et en citant une documentation très fouillée, c\u2019est que dans ce conflit où se jouent l\u2019avenir du Canada français, l\u2019avenir de l\u2019Église catholique au Canada et, par voie de conséquence, la représentation du Canada comme réalité politique, la diplomatie vaticane a, en général, jugé de façon sévère et méprisante le clergé et l\u2019épiscopat francophones; elle a épousé la vision de l\u2019épiscopat anglophone ontarien et montré beaucoup de sympathie avec la position des libéraux et de Wilfrid Laurier en particulier, surtout sur la question des écoles catholiques au Manitoba.Notons-le d\u2019entrée: il s\u2019agit d\u2019un livre savant très documenté, tirant profit de recherches de l\u2019auteur auprès des sources vaticanes.L\u2019ouvrage se présente en sept chapitres, précédés d\u2019une introduction et suivis d\u2019une conclusion.Les chapitres sont d\u2019ordre thématique plutôt que temporel mais, à chaque fois, l\u2019essentiel de chaque chapitre est bien ressaisi dans un résumé remarquable.Le premier chapitre dresse d\u2019abord un portrait de l\u2019Église au Canada: catholicisme des Maritimes, Église irlandaise de Toronto qui croit en une forme de vocation messianique auprès du milieu anglais, Église missionnaire oblate, catholicisme québécois.Rome s\u2019inquiète des querelles et factions à l\u2019intérieur de l\u2019Église au Canada et cherche une stratégie de bonne entente avec l\u2019Angleterre et avec le gouvernement canadien: «Les politiques romaines sont déterminées non pas tant par le fait que le Canada a atteint, par la Confédération, un degré considérable d\u2019autonomie interne, mais bien parce qu\u2019il est un appendice lointain de l\u2019Empire britannique.En outre, le fait que le Canada fasse partie d\u2019un continent largement anglophone commence à influencer la perspective des bureaucrates du Vatican, surtout vers la fin du XIXe siècle, alors que l\u2019Église américaine, avec ses douze millions de fidèles, devient un élément important au sein du catholicisme» (p.54).Franchi, directeur de la Sacré congrégation de la Propagation de la foi (le texte dit Propagande), obtient d\u2019abord une opinion de Ignetio Persico, ancien évêque de Savannah en Géorgie, curé à Sillery en 1873, fréquenté par les prêtres du séminaire de Québec: «c\u2019est dans ces circonstances que naissent les idées assez négatives de Persico sur l\u2019Église québécoise, et particulièrement sur l\u2019épiscopat» (p.94).Persico estime le leadership épiscopal faible et inefficace et que «seul un délégué apostolique peut ramener l\u2019harmonie dans une Église très divisée» (p.95).La première mission est assumée par Georges Conroy, évêque irlandais, délégué au Canada en 1877-78 et qui meurt à Terre-Neuve, le 4 août 1878.Il semble que Conroy juge le clergé québécois factieux et ignorant.Perin cite le texte de Conroy: «La race dominante anglaise qui apprécie à juste titre les talents de l\u2019esprit où qu\u2019ils se trouvent s\u2019inclinera difficilement devant la médiocrité, fût-elle assise sur un trône relations mai 1995 125 épiscopal» (p.99).On croirait lire Lord Durham.Le second envoyé, Henri Smeulders, cistercien d\u2019origine belge, est commissaire apostolique en 1883-1884, mais sa mission se limite au Québec.Smeulders fait une enquête approfondie et passe même un an chez les Oblats, à Montréal.Son image de l\u2019Église du Québec est celle «d\u2019un bateau à la dérive» (p.102), attribuable surtout à la faiblesse du leadership de monseigneur Alexandre Taschereau.Son rapport, on le soupçonne, est mal accueilli par le clan Taschereau.Le troisième délégué apostolique vient au Canada treize ans plus tard, en 1897.Il s\u2019agit de Raffael Merry del Val, prélat anglophone, né à Londres, de descendance espagnole.C\u2019est un diplomate de carrière qui ne connaît toutefois pas le français.Il séjourne trois mois et demi au Canada.L\u2019opinion de Merry del Val sur le clergé québécois est catastrophique: «la crise a détruit toute discipline ecclésiastique, aliéné encore davantage les non-catholiques, ruiné l\u2019harmonie familiale et occasionné la perte de beaucoup, beaucoup d\u2019âmes» (p.108).Merry del Val reproche aux évêques du Québec leur politisation, leur résistance à l\u2019égard du Parti libéral.Perin montre qu\u2019il a des contacts fréquents avec Wilfrid Laurier, qu\u2019il accepte l\u2019Accord Laurier-Greenway sur les écoles catholiques du Manitoba que les évêques québécois dénoncent.Par ailleurs, Merry del Val dépeint avec enthousiasme l\u2019Église irlandaise de l\u2019Ontario.C\u2019est en 1899 qu\u2019arrive au Canada un délégué apostolique permanent, Diomede Falconio.Né en Italie (1842), entré chez les Franciscains, il est missionnaire aux États-Unis, curé à New-York, puis rattaché au décret de Harbor Grace, Terre-Neuve.Il retourne ensuite en Italie et est sacré évêque, en 1892.Les opinions de Falconio sont plus nuancées et sa recommandation principale porte sur la convocation d\u2019un concile plénier de l\u2019Église canadienne.Dans son analyse, Perin montre que la perception romaine de l\u2019Église canadienne est fondamentalement orientée vers la remontée du protestantisme anglais de l\u2019Amérique et qu\u2019en conséquence, la problématique francophone et québécoise n\u2019est jamais comprise ni accueillie, d\u2019autant plus que les divisions québécoises étaient nombreuses et que le lobby libéral a été extrêmement efficace.Dans ses analyses thématiques, Perin scrute quatre questions: celle des rapports entre la religion et la politique, celle des écoles catholiques du Manitoba, celle de l\u2019attitude de l\u2019Église face aux immigrants (surtout italiens et ukrainiens) et enfin le rôle d\u2019arbitre du délégué apostolique qui donne l\u2019occasion d\u2019une description savoureuse des conflits entre les prêtres et leurs évêques.Perin est sévère envers la position vaticane, à laquelle les évêques québécois se sont finalement ralliés par obéissance.Il montre bien la vision très particulière des évêques irlandais.Il mène une critique corrosive de Wilfrid Laurier et de ce qui semble être une fausse sincérité.Il montre les réticences de l\u2019Église face aux immigrants.En cours de route, il réhabilite la figure de monseigneur Adélard Langevin, évêque de Saint-Boniface et manifeste beaucoup de respect pour Ignace Bourget.Ses opinions sont nuancées, complexes et les conclusions tout au long du volume dressent des tableaux d\u2019ensemble impressionnants mais pondérés de la situation.Sa thèse prend le contre-pied de l\u2019opinion de Charles Lindsey, en 1877, dans Rome in Canada: «Contrairement à ce que redoute Lindsey, au Canada, Rome ne prend pas parti pour les porte-parole téméraires des droits des catholiques.Il serait plus juste de dire que Rome se range du côté des gros batailleurs! Cette défaite prépare celle de 1896.En conséquence, même si les catholiques constituent la confession chrétienne la plus nombreuse au Canada, ils se perçoivent comme une minorité, faible et marginale.C\u2019est la perception de la hiérarchie ontarienne qui a prévalu.Il est révélateur que cette défaite ait également signalé le déclin du pouvoir politique canadien-français et introduit les compromis qui lui ont fait suite» (p.283).¦ André Beauchamp LIVRES REÇUS Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants: -\tHélène-Andrée Bizier, Le Noir et le Rouge, Montréal, Libre Expression, 1995; 335 p.-\tFrançois Rousseau, La croix et le scalpel.Histoire des Augustines et de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec II: 1892-1989, Sillery, Septentrion, 1994; 490 p.-\tClaude Labrecque, Une religion américaine.Pistes de discernement chrétien sur les courants populaires du «Nouvel Âge», Montréal, Médiaspaul, 1994; 333 p.-\tRobert Mager, Le politique dans l\u2019Église.Essai ecclésiologique à partir de la théorie politique de Hannah Arendt, Montréal, Médiaspaul, 1994; 331 p.-\tMarlin E.Thomas, Resolving Disputes in Christian Groups, Winnipeg, Windflower Communications, 1994; 224 p.¦ à signaler \u2022 Robert Fleury, Basse-Ville, Québec, Les Éditions La Liberté, 1994, 241 p.Un cri d\u2019alarme et un cri du coeur à des autorités complaisantes, à une société occidentale qui fabrique des BS à la chaîne.\u2022 Féminismes mondiaux, une nouvelle série de publications de l\u2019ICREF sur les réalités propres aux femmes des pays à l\u2019extérieur de l\u2019Amérique du Nord et de l\u2019Europe de l\u2019Ouest (ICREF, tél.: (613) 563-0681).\u2022 André Beauchamp, Dans le miroir du monde, Montréal, Médias- paul, 1995, 216 p.À travers une observation patiente de la vie quotidienne, s\u2019inscrivent symboles et rites qui donnent à notre vie une profondeur nouvelle.\u2022 «Ahlan! - Bienvenue», un vidéo de 20 minutes produit par le CEAD, dans le cadre du programme interculturel.Plusieurs personnes témoignent de leur expérience d\u2019intégration à la société québécoise (CEAD, tél.: 982-6616).126 relations mai 1995 Nouvelles parutions LE SYNDICALISME: état des lieux et enjeux Mona-Josée Gagnon Le syndicalisme d\u2019aujourd\u2019hui est-il le successeur du syndicalisme d\u2019antan ou une créature hybride se définissant davantage par la notion de changement?Mona-Josée Gagnon propose une analyse originale ancrée dans les réalités du Québec.140 pages* 14,95$ UNE SOCIÉTÉ SANS LES JEUNES?Madeleine GAUTHIER Quelle place occupent les jeunes dans nos sociétés?L\u2019insertion professionnelle et sociale des jeunes est soumise à de nouvelles règles du jeu.Leurs réactions, souvent inattendues, dessinent les traits d\u2019une jeunesse aux multiples visages qui continue d\u2019être au coeur des transformations de la société.390 pages * 24$ LA PAUVRETÉ CHEZ LES JEUNES Précarité économique et fragilité sociale UN BILAN Madeleine Gauthier ?Lucie Mercier Qu\u2019est ce qu\u2019être pauvre aujourd\u2019hui?Sans exclure une réflexion sur des pistes d\u2019action, ce document se veut un bilan des nombreuses études au sujet de l\u2019appauvrissement d\u2019un nombre croissant de jeunes en prenant d\u2019abord la précaution de définir de quoi l\u2019on parle lorsqu\u2019il est question de pauvreté.190 pages* 18$ TRAITÉ DES PROBLÈMES SOCIAUX sous la direction de Fernand Dumont ?Simon Langlois ?> Yves Martin Réunir un état de la question et un état de la recherche sur les problèmes sociaux: telle est l\u2019intention première et inédite de cet ouvrage.En plus d\u2019analyser un large éventail de problèmes sociaux, ce traité élucide les notions, dégage des interrogations communes sur la formation des normes collectives, les aspects éthiques, les institutions qui s\u2019attachent à ces problèmes et l\u2019organisation de la recherche.Un ouvrage essentiel pour connaître le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.1264 pages * 69,95$ aussi disponible le Traité des problèmes sociaux en bref Synthèse préparée par Serge Cantin.205 pages * 18,95$ Traite DES PROBLÈMES SOCIAUX ta direct rdit ik> terruiHi Sîmiw Unÿfoîü Vu* \\Urti o ïlllfl itaiiiffâta P«ilVr6i6 ôt fragilité Mon a-Jouée Gagnon EiSK
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