Relations, 1 décembre 1995, Décembre
[" décembre 1995 3,55 $ no 616 interrogations actuelles sur Jésus cxO A lire aussi en page 308: un texte de Pierre Dandurand sur école et solidarité 9770034378000 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marc Lemire, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement, Jean Pichette, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 26,00$ (taxes incl.) Deux ans: 47,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Paix sur la terre! À l\u2019approche de Noël, l\u2019écho de cette ancienne salutation retentit autour de nous.Simple convenance saisonnière?Pour quelques-uns peut-être.Quant à nous, nous osons y reconnaître l\u2019expression d\u2019un espoir profond de l\u2019humanité: celui de voir prendre fin les innombrables guerres et conflits qui déchirent ce monde.Nous connaissons la complexité de la tâche de ceux et celles qui se sont voués à la construction de la paix.Ils vivent bien des jours sombres.Pourtant, des lueurs d\u2019espoir pointent à l\u2019horizon.L\u2019actuelle campagne internationale contre les mines antipersonnel en est une.Parmi les armes modernes les plus néfastes et les plus sournoises, les mines antipersonnel prolongent les guerres bien au-delà des trêves et des armistices.La majorité des victimes (jusqu\u2019à 80%) sont des civils: femmes, enfants, vieillards, culti- PAIX SUR LA TERRE! vateurs, artisans.À travers le monde, les mines tuent à chaque mois 800 personnes, alors que 400 autres sont blessées, amputées d\u2019un bras ou d\u2019une jambe.Ces armes prennent en otage des populations entières.En Angola, en Afghanistan, au Cambodge, pour ne nommer que ces pays, des millions de mines dorment sous la terre, un danger permanent pour tous ceux et celles qui se hasardent à y mettre les pieds.Des plages, des forêts, des champs et des routes sont devenus des terrains hostiles.Les projets de reconstruction sont sérieusement menacés.Les coûts reliés aux soins médicaux des victimes sont astronomiques.Le travail pénible de déminage, à peine commencé, exigera des milliards de dollars.Au Canada, depuis 1992, il existe un moratoire de fait sur la production et l\u2019exportation de ces armes.Tout en déplorant le manque de volonté politique sur le plan international pour bannir les mines, le Canada hésite à suivre l\u2019exemple de la Belgique, qui a interdit unilatéralement par législation, la vente, la production ou l\u2019exportation de ces armes.Au ministère de la Défense, on continue même de justifier l\u2019importante réserve de mines que possèdent nos forces armées qui, insiste-t-on, ont besoin de ces armes.Partout sur notre planète, des milliers de voix s\u2019élèvent pour revendiquer qu\u2019on mette fin à la production et à l\u2019utilisation de ces armes, dont l\u2019immoralité n\u2019est plus à démontrer.Nous pouvons y ajouter nos voix.Envoyez une carte de Noël à votre député.Souhaitez-lui «Paix sur la terre!» Et suggérez-lui la nécessité de voter une loi interdisant la production, la vente, l\u2019entreposage et l\u2019utilisation des mines antipersonnel.Pax! Carolyn Sharp 290 relations décembre 1995 à l\u2019actualité avec Dominique Boisvert, Robert Mager et Guy Paiement POUR LA SUITE DU QUÉBEC.Paradoxalement, la défaite du camp du oui au référendum lui procure bien des raisons de se réjouir.Le 30 octobre, le peuple québécois a parlé.Et pour Relations, le résultat du référendum est essentiellement positif.Précisons d\u2019abord nos critères d\u2019évaluation.Pour nous, le critère ultime de jugement continue d\u2019être le projet de société.La souveraineté ou le pays ne sont, à notre avis, pas une fin; ce sont des moyens - que nous avons jugés nécessaires - au service de la construction d\u2019une société québécoise plus juste.Et ce projet de société, pour nous, ne se limite pas à une vision sociale progressiste; il inclut aussi, inséparablement, le maintien et le développement d\u2019une société distincte francophone au coeur du continent nord-américain.*?* Au-delà de la déception immédiate, au soir du 30 octobre, la très courte victoire du NON est pour nous l\u2019occasion de nous réjouir.Nous réjouir parce que les résultats marquent une avancée décisive pour la souveraineté.Il n\u2019y a maintenant plus d\u2019espace pour une simple progression de l\u2019option souverainiste: à partir du 49,4% de suffrages obtenu, la prochaine étape ne peut être que l\u2019accession à la souveraineté ou la renonciation au projet.Nous réjouir parce que le camp du OUI n\u2019est pas sorti du référendum «écrasé» mais plus vivant que jamais, comme un peuple debout, prêt à continuer la marche vers son destin collectif.Nous réjouir parce que le résultat du vote a réussi cet exploit de donner au Québec son rapport de force optimal à l\u2019intérieur de la structure canadienne.Le Québec ne sort aucunement affaibli par rapport à ses partenaires canadiens; il donne au con- traire «cette dernière chance» au Canada à partir de la meilleure position possible pour les intérêts québécois.Nous réjouir aussi parce que le projet d\u2019un Québec souverain est, paradoxalement, plus fort avec 49,4% qu\u2019avec 50,6% du vote.En effet, avec une aussi mince majorité, la gestion du projet souverainiste aurait été amorcée dans des conditions extrêmement difficiles; alors que selon toute vraisemblance, l\u2019accession à la souveraineté lors d\u2019une prochaine étape pourra bénéficier d\u2019un appui beaucoup moins fragile ou problématique.*?* Si le résultat du vote est dans l\u2019ensemble très positif, l\u2019expérience référendaire, en elle-même, est aussi une occasion de nous réjouir.Nous réjouir parce que le débat politique et la participation démocratique ont été d\u2019une qualité exceptionnelle.Les réflexions et les débats d\u2019idées dans les journaux, les médias électroniques et les diverses formes d\u2019«assemblées de cuisine» ont été d\u2019une très grande richesse, souvent bien meilleurs que les discours des chefs politiques, trop uniquement partisans.Et le vote d\u2019environ 94% des électeurs inscrits est signe d\u2019une vitalité démocratique inégalée en Occident.Nous réjouir parce que l\u2019exercice référendaire a favorisé, dans notre société, des progrès importants de la culture démocratique.Les millions de dollars dépensés, et les tensions et divisions temporaires inhérentes à tout processus référendaire, n\u2019ont été ni perdus ni inutiles: ils ont permis ce moment exceptionnel de ré- relations décembre 1995 291 face à l\u2019actualité flexion politique collective sur notre avenir et sur le type de société que nous voulons nous donner ensemble.Nous réjouir parce que le projet de souveraineté a clairement débordé le cadre étroitement partisan pour intéresser tous les secteurs de notre société: vaste coalition de mouvements populaires, syndicaux, religieux, culturels, nationalistes, avec quelques percées du côté des entreprises.Les Partenaires pour la souveraineté en étaient l\u2019une des expressions; les commissions régionales et nationale sur l\u2019avenir du Québec en ont été un outil privilégié.?En fait, la principale ombre au tableau n\u2019est pas venue du résultat du vote mais bien du discours de M.Parizeau, le soir du 30 octobre: en stigmatisant les «votes ethniques» comme l\u2019une des principales causes de la défaite, il a réouvert un dossier difficile que le mouvement souverainiste croyait avoir réglé, celui de la nature même du nationalisme québécois.Depuis plus de 30 ans, des milliers de souverainistes ont travaillé, de multiples façons, à transformer le nationalisme ethnique traditionnel et frileux en un nationalisme territorial moderne et ouvert.Et bien des efforts ont été faits, tant par le gouvernement du Québec que par le Parti Québécois, pour mieux accueillir, respecter et intégrer les diverses minorités ethniques, linguistiques et culturelles.En «ethnicisant» ainsi le vote référendaire, M.Parizeau a causé un tort sérieux au mouvement souverainiste.Relations s\u2019est immédiatement dissocié publiquement d\u2019une telle attitude.Et nous sommes réconfortés par la vigueur et la rapidité avec lesquelles les principales composantes du mouvement souverainiste ont fait de même.Que faire à partir de maintenant?Notre réflexion s\u2019appuie sur le respect démocratique du résultat référendaire.Une faible majorité de Québécois a fait le choix et le pari que notre développement collectif pouvait encore se réaliser à l\u2019intérieur du cadre canadien.Il faut en prendre acte.Dans nos rapports avec le Canada, cela impose que notre gouvernement québécois refuse de pratiquer la politique du pire ou de la «chaise vide».Dénigrer à l\u2019avance toute proposition canadienne comme insuffisante ou inacceptable, c\u2019est discréditer l\u2019option souverainiste aux yeux de ceux et celles qui n\u2019en sont pas encore convaincus.Et cela fait le jeu de l\u2019adversaire en démontrant la mauvaise foi des souverainistes face à toute autre solution que la leur.Cette attitude est d\u2019ailleurs inutile.Nous sommes convaincus que les possibilités du Canada d\u2019arriver, dans des délais raisonnables, à une offre satisfaisante pour le Québec sont quasi inexistantes.Et si, par miracle, le Canada offrait au Québec de le reconnaître véritablement comme peuple partenaire à l\u2019intérieur du Canada, nous aurions mauvaise grâce de refuser ce «partenariat-souveraineté» du seul fait que la proposition ne vient pas de nous! Car l\u2019heure de Meech est passée; et la «société distincte», coquille vide ou pleine, ne saurait désormais satisfaire le peuple québécois.Le Québec ne sera plus jamais une simple province parmi neuf autres.Pour être acceptables au Québec, les «offres» du Canada devront aller beaucoup plus loin, et avoir recueilli, au préalable, l\u2019assentiment nécessaire des provinces, pour éviter au Québec d\u2019être à nouveau piégé dans des délais interminables «à la Meech».?Ici même, au Québec, notre gouvernement devra maintenant gouverner.Et nous nous réjouissons du signal en ce sens donné par le remaniement ministériel annoncé par le premier ministre.Les dossiers importants ne manquent pas: États généraux de l\u2019éducation, réforme de la sécurité du revenu, réforme du secteur de la santé, assainissement des finances publiques, etc.Nous devons prendre appui sur l\u2019extraordinaire capital d\u2019énergies, de ressources, de mobilisation et de réflexion collective accumulé lors de l\u2019exercice référendaire pour relever les défis redoutables qui nous attendent.La souveraineté et son projet de société ne doivent pas être remisés «jusqu\u2019à la prochaine».Avec tous et toutes, sans exception, le Québec est à bâtir dès maintenant.¦ Dominique Boisvert le 6 novembre 1995\tavec Carolyn Sharp et Julien Harvey TROIS-RIVIERES EN ATTENTE D\u2019UN EVEQUE Une prise de parole qui aurait gagné à être davantage ecclésiale que cléricale.Un diocèse en attente»: c\u2019est sous ce titre qu\u2019est reproduite dans Le Nouvelliste du 3 octobre dernier une lettre que trente-sept prêtres et un stagiaire ont envoyée au nonce apostolique, Mgr Carlo Curis, concernant la nomination du prochain évêque de Trois-Rivières.Dans cette lettre, les signataires décrivent la situation d\u2019un «diocèse en décroissance», soulignant la nécessité de «grands changements» et tracent le portrait de l\u2019évêque souhaité: pasteur, missionnaire, leader, capable de «mettre une âme et une mouvance dans toute cette transformation».Toute prise de parole comporte sa part de silence.Il faut d\u2019abord savoir que cette lettre n\u2019est pas le fruit d\u2019un débat ni même d\u2019une consultation de tout le presbyterium.Elle est l\u2019oeuvre d\u2019auteurs qui se sont ensuite assuré l\u2019appui de plusieurs confrères, certains signant sans réaliser que la lettre serait rendue publique.Ensuite, celle-ci joint à des considérations générales certaines propositions étonnamment précises, comme celle mettant en cause «l\u2019existence actuelle du Centre diocésain de pastorale » ! Ces suggestions seraient avancées « à titre d\u2019exemples et pour discussions ultérieures»; en fait, elles rappellent des recommandations de restructuration qu\u2019un long processus de consul- 292 relations décembre 1995 face à l\u2019actualité tation mené il y a quelques années dans le diocèse avait suggérées mais qui n\u2019ont été que partiellement suivies.Au-delà de la petite histoire, l\u2019épisode suscite certaines interrogations.Que des prêtres se préoccupent publiquement du choix de celui dont ils seront pendant longtemps les premiers collaborateurs, cela se comprend aisément.Mais pourquoi ne pas avoir associé des laïcs à une prise de parole qui souligne précisément «la participation active de laïcs préparés et prêts à s\u2019engager davantage dans l\u2019Église»?Pourquoi cette prise de parole exclusivement masculine, lors même que l\u2019on perçoit l\u2019importance de «former des chefs de communautés chrétiennes paroissiales, mariés ou célibataires, hommes ou femmes»?Pourquoi ne pas avoir commencé par un débat à la base, non seulement dans les paroisses mais également dans des cercles plus distants de l\u2019institution?Les auteurs le souhaitent a posteriori: «Ce serait bien si des prêtres, des laïcs, des organismes, civils ou religieux, intervenaient et manifestaient leur point de vue».Mais la démarche choisie et la teneur de la lettre trahissent une vision de l\u2019Église axée principalement sur «les personnes engagées dans le ministère ecclésial» et portée sur la pastorale plutôt que sur l\u2019engagement dans le milieu.Un débat plus large aurait permis à d\u2019autres préoccupations de surgir, notamment celles portant sur les enjeux de la présence chrétienne dans la société mauricienne d\u2019aujourd\u2019hui.Mais cet épisode pose surtout le problème de la prise de parole elle-même dans l\u2019Église.Les instances délibératives se sont multipliées dans l\u2019Église post-conciliaire (conseils pastoraux et diocésains, synodes, etc.) mais elles restent consultatives; par principe, la prise de décision leur échappe toujours, comme en font douloureusement l\u2019expérience beaucoup de laïcs qui leur consacrent temps et énergie.Le cas de la nomination des évêques est typique de cette paralysie de la parole: la nomination est faite par Rome à la suite de consultations menées secrètement par le nonce et sur lesquelles les communautés concernées n\u2019ont aucune prise.L\u2019Église de Hull avait tenté, il y a quelques années, de mener une consultation ouverte, pour se voir vertement rabrouer par l\u2019ancien nonce.D\u2019aucuns sont tentés de voir dans ce processus secret un gage de l\u2019action divine.Le 19 octobre, une lectrice du Nouvelliste répliquait ainsi à la lettre des prêtres: «J\u2019ai foi en l\u2019Esprit Saint, le vrai, qui saura dénicher le prochain évêque.Il connaît mieux que tout autre les besoins du diocèse».En fait, à l\u2019aube du christianisme, on voyait plutôt l\u2019Esprit à l\u2019oeuvre dans la participation des communautés chrétiennes à l\u2019élection de leur évêque.On trouve dans la Tradition apostolique d\u2019Hippolyte, qui date de l\u2019an 217 environ, la description de pratiques déjà anciennes et répandues dans l\u2019Église: «Qu\u2019on ordonne comme évêque celui qui a été choisi partout le peuple».On trouve des témoignages semblables chez des papes du Ve siècle comme Célestin («Qu\u2019on n\u2019impose pas au peuple tel évêque dont il ne voudrait pas») ou Léon («Celui qui doit présider à tous doit être élu par tous»).C\u2019est à la suite d\u2019une longue et désastreuse mainmise du pouvoir civil sur la nomination des évêques que Rome en prit le contrôle, il y a de cela quelque mille ans.Mais la situation a radicalement changé dans nombre de pays.Si les risques de manipulation par des groupes d\u2019intérêt locaux ne sont pas à négliger, l\u2019élection par les communautés chrétiennes (selon une procédure qui reste à préciser) apparaît beaucoup plus cohérente avec l\u2019ecclésiologie de l\u2019Église locale que la procédure actuelle, qui nie en pratique la responsabilité chrétienne sur laquelle on discourt tant.Devant l\u2019impuissance présente à influencer le choix d\u2019un évêque, que peut faire une communauté locale sinon exprimer ses souhaits?Les signataires écrivent: «Cette nomination nous concerne tous.Nous avons le droit d\u2019exprimer nos idées, nos attentes».On ne saurait les chicaner sur ce point: il importe, au minimum, de briser la loi du silence, pour que les mentalités et les structures puissent changer.Les signataires l\u2019ont fait; quelles que soient les insuffisances de leur parole, il y a lieu de souligner leur courage.¦ Robert Mager Département de théologie, Université du Québec à Trois-Rivières UNE MISSION IMPOSSIBLE?Plus qu\u2019une simple mise à jour, la réforme de la sécurité du revenu prend les dimensions d\u2019une véritable réforme sociale d\u2019ensemble.Depuis sa formation par la ministre Jeanne L.Blackburn, le comité chargé de la réforme de la sécurité du revenu parcourt le pays, il rencontre les groupes les plus variés et manifeste une ouverture peu commune.Les diverses personnes pressenties n\u2019ont pas grande difficulté à rappeler les limites actuelles du système, en particulier sa lourdeur et son inefficacité à remettre les gens sur le marché du travail.D\u2019autres insistent sur la nécessité d\u2019arrimer toute mesure d\u2019incitation à l\u2019emploi avec une politique concertée de création d\u2019emplois; autrement, on ne fera qu\u2019accroître le découragement des personnes ou encore leur exploitation dans des emplois sous-payés qui ne permettent guère de sortir de la pauvreté.Cer- tains insistent pour intégrer davantage le monde de l\u2019éducation à la réforme en cours, de façon à faciliter le retour aux études des jeunes et des adultes.Sans parler de la formation professionnelle qui, à cause des chevauchements de juridiction, ne peut pas encore être offerte aux personnes intéressées.Enfin, je sais que certains groupes rencontrés, dont l\u2019équipe de Relations, ont insisté sur la nécessité de fonder toute la réforme à venir sur un nouveau contrat social de solidarité.C\u2019est sur la nécessité de garantir un soutien aux citoyens et aux citoyennes qui passent par une phase difficile, - ce qui peut arriver à beaucoup de monde qui travaillent actuellement, on le sait maintenant - qu\u2019il convient de fonder un tel contrat social.Inutile d\u2019ajouter que la seule mention de ces diverses atten- relations décembre 1995\t293 face à l\u2019actualité tes montre l\u2019étendue du problème et la difficulté de la tâche des experts! Ce qui, au début, pouvait apparaître comme une mise à jour de la réforme des années 80 prend de plus en plus les dimensions d\u2019une véritable réforme sociale d\u2019ensemble.Mettre ensemble les ministères de la Sécurité du revenu, de l\u2019Éducation, de l\u2019Emploi et même de la Santé n\u2019est pas une mince affaire.On connaît trop les querelles de juridictions entre les différents ministères pour penser qu\u2019une concertation nouvelle sera chose facile.Ajoutons aussi la culture propre à certaines équipes décisionnelles de la fonction publique, qui est capable de bloquer toute proposition de changement majeur que le comité pourrait proposer.Qu\u2019on se rappelle, à titre d\u2019exemple, les remarques répétées de Me Jacoby, notre Ombudsman national, qui n\u2019en finit pas de rappeler aux fonctionnaires leur rôle premier de serviteurs publics et qui, dans son dernier rapport, a proposé une véritable charte pour traduire une telle perspective.Mais la difficulté incontournable, celle dont on parle le plus et qui risque de couper les ailes à beaucoup de grands élans, demeure la crise financière du gouvernement.L\u2019aide sociale actuelle coûte cher, c\u2019est connu.Le nombre de prestataires est en augmentation et continuera de l\u2019être, avec les réformes de l\u2019assu-rance-chômage qui s\u2019en viennent.À tous les ministères déjà mentionnés, il faut donc ajouter celui du Trésor et celui des Finances.La réforme de la fiscalité, hier promise, n\u2019a pas encore vu le jour.Elle devra pourtant avoir lieu rapidement pour qu\u2019on ne réduise pas la réforme de la sécurité du revenu à une simple affaire d\u2019économies à effectuer ou qu\u2019on prenne prétexte du déficit budgétaire pour refuser des transformations jugées indispensables.La bouchée est-elle trop grosse?Les commissaires se casseront-ils les dents devant une mission impossible?Si l\u2019on avait répondu oui à une telle question, lors de la réforme jugée nécessaire de l\u2019éducation dans les années 70, nous n\u2019aurions jamais bougé.Aussi convient-il de voir, en plus de l\u2019énormité de la tâche et des embûches, les atouts qui existent en faveur d\u2019un espoir réaliste.Tout d\u2019abord, il existe une volonté politique de faire bouger des choses.Les ministres Blackburn, Harel et Marois se rencontrent régulièrement, semble-t-il, et des contacts ne peuvent que favoriser des concertations indispensables.D\u2019autre part, de nombreux fonctionnaires souffrent actuellement de la situation bloquée dans laquelle ils se trouvent et aspirent à posséder plus de marge de manoeuvre qui permettrait de tenir compte davantage des personnes rencontrées que des normes et des programmes qui se révèlent de plus en plus lourds et inefficaces.Chez les groupes communautaires, on a vu depuis longtemps que des normes «mur à mur» ne conviennent pas aux particularités des diverses régions et qu\u2019il est urgent de laisser plus de souplesse au niveau régional et local.La pratique de certains groupes, à cet égard, ouvre des perspectives innovatrices.Au lieu de partir des programmes et d\u2019y faire entrer de force les gens, on part résolument des personnes et de leurs besoins.Puis, on tente de ruser avec les divers programmes existants pour trouver les ressources utiles au développement des personnes et à leur intégration réelle dans la société et, si possible, dans le monde de l\u2019emploi satisfaisant.Il me semble y avoir là une piste à emprunter et à soutenir.On pourrait sans doute le faire en faisant des groupes communautaires de véritables partenaires et non pas de simples sous-contractants de programmes déjà décidés d\u2019en haut.On pourrait d\u2019autant plus y arriver que l\u2019on donnerait alors aux groupes communautaires un soutien économique suffisant.Comme beaucoup de groupes n\u2019ont pas pour tâche première le retour direct à l\u2019emploi et qu\u2019ils tentent plutôt de redonner un minimum de pouvoir sur leur vie à des personnes qui l\u2019ont perdu, il faudra trouver d\u2019autres soutiens économiques qui, en bout de piste, coûteraient bien moins cher que ce qui est actuellement prévu pour la subvention des prisons, des hôpitaux psychiatriques ou des résidences spécialisées.Plusieurs pensent aussi remplacer les diverses subventions personnelles par un «revenu de citoyenneté», qui aurait la caractéristique d\u2019aider les efforts des personnes plus fragiles qui tentent de trouver leur place au soleil, avec l\u2019appui des nombreux groupes communautaires que compte le Québec.Piste audacieuse, sans doute, mais qui pourrait être tentée auprès de certaines populations au départ.Somme toute, ces diverses intuitions qui circulent déjà montrent très bien la créativité qui existe à tous les échelons de notre société.Elles manifestent aussi la montée de partenaires incontournables dans la réforme en cours et la nécessité de les intégrer dans les propositions nouvelles.Inutile d\u2019ajouter que j\u2019attends le rapport du comité d\u2019experts avec gourmandise! On le promet pour la fin de février.¦ Guy Paiement Centre Saint-Pierre LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022 Francisco De Roux: «Le processus de démocratisation en Amérique latine» (09-05-94) \u2022 Jean Lojkine: «La révolution informationnelle» (19-09-94) \u2022 Les théologies féministes: un apport nécessaire (17-10-94) \u2022 Nouveau regard sur les relations Québec-Canada (21-11-94) \u2022 Que nous réserve la réforme Axworthy?(16-01-95) \u2022 Référendum: l\u2019occasion de définir une projet de société?(20-02-95) \u2022 Référendum: que nous apprennent les commissions régionales?(20-03-95) \u2022 Référendum: une culture publique commune est-elle possible (24-04-95) \u2022 Où trouver l\u2019espoir pour Haïti?(15-05-95).* G.-R.Laliberté: «Projet d\u2019éducation, projet de société» (22-09-95) \u2022 Après Beijing: quelles avenues pour les femmes?(16-10-95) \u2022 La communauté juive et la société québécoise (20-11 -95) Achat: 25,00$ par cassette.Location (10 jours) : 7,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS et TVQ.Frais d\u2019expédition en sus.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet et le format de la cassette (VHS ou Beta).S\u2019adresser à Pauline Roy.Centre justice et foi, 25 Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 294 relations décembre 1995 relations décembre 1995 interrogations actuelles sur Jésus Jean-Claude Lejeune/WCC dossier POUR QUI?POURQUOI?par Dominique Boisvert Relations n\u2019est pas un magazine religieux ni une revue théologique.C\u2019est un outil d\u2019analyse sociale, produit chaque mois par une équipe de chrétiens engagés.Pourquoi donc proposer ce dossier sur Jésus le Christ?D\u2019abord parce que Jésus, l\u2019homme de l\u2019histoire, est un sujet qui continue de susciter, jusqu\u2019à ce jour, l\u2019intérêt, la curiosité et le questionnement de nos contemporains.On pourrait presque dire que le Jésus historique est devenu «à la mode», depuis quelques années: dossiers dans plusieurs revues populaires d\u2019affaires publiques en France ou aux États-Unis, nombreux livres dont quelques-uns sont devenus des best-sellers, film de Martin Scor-cese, etc.Nous traversons une période de profonds bouleversements, où les valeurs traditionnelles ont souvent volé en éclats et où nos contemporains sont à la recherche de points de repères.La quête de sens est plus vive que jamais.À preuve, les innombrables formes qu\u2019elle prend, de l\u2019ésotérisme aux sectes, en passant par les diverses formes de retour au religieux, les fondamentalismes et le Nouvel Âge.Cette recherche spirituelle se fait aussi désormais dans un monde où les frontières sont de moins en moins étanches.Par les importants mouvements de populations, tant des voyageurs que des immigrants et des réfugiés, nos contacts avec les expériences religieuses diverses se sont multipliés.Si bien que le dialogue interreligieux est de plus en plus à l\u2019ordre du jour, et que les conceptions de la «mission» et de la «conversion des infidèles» sont en train de se modifier radicalement.Dans ce contexte nouveau, la figure de Jésus, comme celles de Mahomet ou de Bouddha pour n\u2019en nommer que quelques autres, interpelle différemment nos contemporains.Avec moins d\u2019autorité magisté-rielle ou d\u2019exclusive impérialiste, mais davantage comme un sage, un être humain exceptionnel, une inspiration qui continue de nous rejoindre aujourd\u2019hui.Même après ce qu\u2019on a appelé «la mort de Dieu», Jésus de Nazareth est toujours, au seuil de l\u2019an 2000, l\u2019une des grandes figures de l\u2019histoire humaine (ce que l\u2019on a appelé, dans notre tradition, des «prophètes») qui nous parle de Dieu, ce Tout Autre, de cet Au-delà de la réalité terrestre, du sens de la Vie et de la Mort, de soi et de l\u2019autre, etc.Mais, si le Jésus de l\u2019histoire fascine, le Christ, lui, continue de faire problème.Le Christ, c\u2019est-à-dire le Messie, le Sauveur, Que la christologie soit confrontée à l\u2019inculturation, aux autres religions ou à la réflexion féministe, elle ne peut manquer d\u2019en sortir enrichie, transformée, renouvelée.celui qui a reçu l\u2019onction de Dieu.Le Christ, c\u2019est-à-dire l\u2019homme-Dieu.On entre ici dans le domaine de la foi, c\u2019est-à-dire de l\u2019adhésion à une réalité qui nous enveloppe et nous dépasse à la fois.Ce Jésus, homme et Dieu, je l\u2019ai dit, fait problème.Parce qu\u2019il heurte la rationalité de nombreux contemporains, parce qu\u2019il continue de traîner, pour plusieurs, le visage sévère des interdits du passé, parce qu\u2019il se perd dans «le confort et l\u2019indifférence» ambiants, mais aussi parce qu\u2019il doit affronter une foule de questions nouvelles (en plus des façons nouvelles de poser les anciennes questions).La foi en Christ s\u2019enracine toujours dans l\u2019expérience vécue.Et si elle dépasse le domaine de la seule raison, elle ne dispense pas de chercher à comprendre.Déjà au Moyen Âge, saint Anselme disait que «la foi est en quête d\u2019intelligence» (tides quaerens intellectuel).Ces compréhensions sont multiples, à la fois au fil de l\u2019histoire et dans l\u2019incarnation qu\u2019elles cherchent, plus récemment, au coeur des diverses cultures.Et elles ne seront, presque par définition, jamais achevées.Par contre, la recherche théologique qui se poursuit demeure malheureusement très peu connue en dehors des milieux spécialisés.Pour la vaste majorité des chrétiens, et à plus forte raison pour le public en général, le Christ de 1995 ressemble encore à celui de 1950.Comme sa divinité, sur laquelle on a longtemps mis tout l\u2019accent, continue d\u2019occulter, pour plusieurs, son humanité.C\u2019est pour cela que nous vous proposons le présent dossier.Pour ceux de nos lecteurs qui sont croyants, il sera l\u2019occasion de renouveler et d\u2019enrichir cette foi qui nourrit leurs engagements.Et pour ceux qui ne le sont pas, ce dossier permettra de mieux comprendre ce qui motive plusieurs de leurs camarades militants.Aux uns et aux autres, il offrira la possibilité de dépasser les stéréotypes et de plonger au coeur de réalités à la fois anciennes et toujours nouvelles.André Myre nous propose d\u2019abord de redécouvrir, sous la poussière de notre histoire sainte, l\u2019homme Jésus dans son propre enracinement culturel.Puis Carolyn Sharp nous invite à explorer les images nouvelles du Christ proposées par la théologie féministe.Gregory Baum, enfin, se demande comment le Christ, qu\u2019on a longtemps présenté comme seul Sauveur de tous les humains, peut être compris à la lumière du dialogue interreligieux.Que la christologie soit confrontée à l\u2019in-culturation (Myre), aux autres religions (Baum) ou à la réflexion féministe (Sharp), elle ne peut manquer d\u2019en sortir enrichie, transformée, renouvelée.C\u2019est le défi permanent auquel est confrontée la Bonne Nouvelle de l\u2019événement Jésus.¦ 296 relations décembre 1995 JÉSUS AU PASSÉ ET AU PRÉSENT par André Myre1 law mm «tiw im -?> Quand la théologie se dépouille de ses prêts-à-penser sur l\u2019Homme-Dieu et s\u2019ouvre à la nouveauté perpétuelle du passé, elle découvre un homme bien de son temps et de sa culture, un prophète de la solidarité avec les pauvres et de la liberté, un être subversif qui dérange même les croyants.Inculturer une réalité, c\u2019est lui permettre de naître et de se dire ailleurs que dans son terreau d\u2019origine2.Il en est des incultura-tions comme des greffes; certaines prennent bien, d\u2019autres sont rejetées3.Une in-culturation ne se commande pas, ne se contrôle pas et n\u2019est surtout pas affaire au- 1.\tBibliste et jésuite, André Myre est professeur à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal.2.\tVoir sur le sujet, la thèse de Jean Bacon, L\u2019inculturation.Historique, sémantique et méthode, qui sera bientôt soutenue à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal.3.\tLe plus célèbre exemple de rejet dans le tomatique du genre traduction par ordinateur.Et les inculturations varient en nature de l\u2019une à l\u2019autre.C\u2019est une chose d\u2019incul-turer un dynamisme comme la foi, qui se traduit tout naturellement (quand on le laisse agir) en façons de faire et de penser adaptées à la société dans laquelle on vit.christianisme est celui du concept de résurrection.Né en monde sémitique, il n\u2019a jamais pris dans la mentalité grecque.Dans le cas de Jésus, celle-ci l\u2019a déplacé au profit du concept de divinité; autrement, elle l\u2019a déplacé au profit de l\u2019immortalité de l\u2019âme.L\u2019impasse anthropologique actuelle dans la théologie officielle témoigne du risque qu\u2019on court à vouloir contrôler l\u2019inculturation.C\u2019en est une autre d\u2019inculturer une réalité historique bien définie comme un personnage du passé tel que l\u2019homme de Nazareth.Dans ce cas, inculturer implique relation à l\u2019histoire et à la culture.- Relation à l\u2019histoire.Il y a bien un aspect du passé suivant lequel celui-ci est terminé, caractérisé, fini une fois pour toutes.Jésus, par exemple, a vécu à telle époque et non à une autre, a eu telle trajectoire, a fait tels choix et vécu telle mort.À première vue, voilà quelque chose de clairement défini, d\u2019inchangeable, susceptible d\u2019être dit une première fois et transmis ensuite de façon identique.S\u2019il y a du vrai là-dedans, celui-ci cache aussi beaucoup d\u2019illusions.En effet, le passé, loin d\u2019être ce qui fut jadis actif pour être ensuite à jamais figé dans son immobilité, ne cesse d\u2019agir et d\u2019influencer chaque présent humain.Rien n\u2019est jamais fini.Les choix des générations passées conditionnent l\u2019avenir.L\u2019influence qu\u2019a le passé sur ceux et celles qui le consultent transforme leur présent.Le sens d\u2019un personnage historique ne cesse de se modifier avec chaque génération humaine qui passe.Les lointains descendants de tel- relations décembre 1995 297 dossier le femme préhistorique enrichissent encore le destin de celle-ci.Le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui, ému par le Socrate de Platon, ajoute au sens du philosophe grec.Aucune évaluation complète d\u2019aucun humain ne sera possible tant que l\u2019histoire continuera à se dérouler, car les répercussions de sa vie se feront toujours sentir.C\u2019est donc dire que chaque présent humain transforme le passé, le fait bouger, lui ajoute ou retire du sens selon la compréhension qu\u2019on en a.Le futur transforme le passé comme ce dernier interpelle l\u2019avenir4.- Relation à la culture.Si le passé reçoit de nouvelles interprétations, c\u2019est que ses interrogateurs se succèdent indéfiniment les uns aux autres, dans l\u2019interminable défilé des cultures.Chacune de celles-ci le remodèle sous ses yeux, le fait renaître et, nouveau Michel-Ange, lui ordonne de parler.Or, avec le passage du temps, les points de vue changent, les questions se modifient, les mentalités se transforment, les langages pour recréer le réel se multiplient.La vieille histoire se voit donc contrainte de modifier son témoignage pour répondre à l\u2019enquête.Et les seules réponses qui sont reçues sont celles dans lesquelles la culture qui interroge se reconnaît.Incul-turer, ce n\u2019est donc pas redire la même chose en d\u2019autres mots.C\u2019est dire autrement la nouveauté perpétuelle du passé.Avec cette approche en tête, essayons donc de voir quelques caractéristiques d\u2019une vision inculturée de Jésus de Nazareth.L\u2019homme de Nazareth Les questions que l\u2019on pose, les réponses que l\u2019on cherche sont le résultat d\u2019une première inculturation, car c\u2019est sous la poussée de sa culture que l\u2019on retourne au passé, insatisfait de ce qui a déjà été dit.- L\u2019homme.Les premières manifestations d\u2019une recherche inculturée de Jésus portent sur son humanité.Ce n\u2019est pas que la réflexion traditionnelle sur le «vrai Dieu, vrai homme» ait porté sur de fausses prémisses.Mais tout langage humain n\u2019est qu\u2019approximation du réel, et toute culture, fût-ce celle de la fière Europe, n\u2019est l\u2019actualisation que d\u2019une possibilité d\u2019interpréter la réalité.Le langage d\u2019une culture est donc phénomène limité, partiel et partial, sujet à disparaître à plus ou moins brève échéance.Or, à quinze siècles de distance, une des conséquences malheureuses de la réflexion européenne sur le Nazaréen a été l\u2019éclipse presque totale de l\u2019humanité de Jésus par la divinité.Pas surprenant qu\u2019à la suite de la disparition de la philosophie gréco-latine, comme système vivant d\u2019interprétation du réel, la théologie qui en découlait ait perdu sa capacité d\u2019interpeller les nouvelles cultures.Partout où, en Amérique latine, en Amérique du Nord, en Afrique ou en Asie, la liberté de pensée existe, surgissent des recherches inculturées sur Jésus.Et leur principale caractéristique est l\u2019objectif de découvrir l\u2019homme qu\u2019il fut, avec l\u2019espoir de rencontrer ce Dieu caché qu\u2019il permettait d\u2019intuitionner.Inculturer Jésus, c\u2019est d\u2019abord se refuser à inventer une image de Dieu pour ensuite Inculturer, ce n\u2019est pas redire la même chose en d\u2019autres mots.C\u2019est dire autrement la nouveauté perpétuelle du passé.l\u2019enfouir en Jésus dans le but de l\u2019y découvrir enfin, en feignant l\u2019émerveillement.Notre culture ne peut trouver le goût de Dieu que si ce dernier révèle l\u2019humain à lui-même, et non s\u2019il l\u2019anéantit sous sa gloire et sa puissance.En retrouvant l\u2019homme Jésus, notre culture se rend possible l\u2019apprivoisement à Dieu5.Mais l\u2019entreprise ne va pas sans mal, car beaucoup s\u2019y opposent, soi-disant au nom de la foi.Convaincus de défendre Dieu et Jésus, ils n\u2019expriment au fond que leur mépris de la culture de leur temps et leur nostalgie d\u2019un univers intellectuel qui les a jadis nourris et dans lequel leurs contemporains ne se reconnaissent plus.Comme disait cependant Jésus de son Dieu: «Il n\u2019est pas un Dieu de morts, mais de vivants» (Marc 12,27).- Le juif.Plus ou moins consciemment, l\u2019antisémitisme ambiant aidant, les croyants se sont habitués, avec les siècles, à voir Jésus comme un chrétien d\u2019origine juive.Juif de naissance, chrétien par choix.Or, impossible d\u2019inculturer Jésus aujourd\u2019hui sans le replonger dans sa culture6.L\u2019appréciation moderne de la richesse des cultures humaines permet de tenter l\u2019expérience, même si notre connaissance de la culture de Jésus reste limitée.L\u2019exégèse contemporaine montre bien que la foi chrétienne est née après la mort de Jésus.La formation de l\u2019Église est un projet postpascal, qui doit beaucoup au refus majoritaire du peuple juif de se reconnaître en Jésus Christ, et au poids politique des chrétiens d\u2019origine païenne dans l\u2019Église des premières décennies du christianisme.L\u2019homme de Nazareth était un juif, vivant dans et pour son peuple, prophète de la liberté et de la solidarité avec les pauvres au sein d\u2019une petite nation méprisée et occupée par le pouvoir impérial romain.Il attendait une fin rapide des injustices de l\u2019histoire, provoquée par l\u2019établissement imminent du Règne de Dieu.Car le temps pressait, la fin allait arriver avant même que ses disciples aient terminé leur tournée des villes d\u2019Israël (Matthieu 10,23).Lui se considérait comme envoyé aux brebis perdues de la maison d\u2019Israël (Matthieu 15,24).C\u2019est auprès d\u2019elles qu\u2019il envoyait également ses disciples, en leur défendant de prendre le chemin des païens ou d\u2019entrer dans une ville samaritaine (Matthieu 10,5-6).De façon paradoxale, inculturer Jésus aujourd\u2019hui, c\u2019est d\u2019abord accepter de le comprendre dans sa propre culture.L\u2019homme de Nazareth n\u2019était pas chrétien et n\u2019avait pas l\u2019intention, comme telle, de fonder une nouvelle religion.Il exerçait ses dons de guérisseur pour les petites gens d\u2019une région reculée de son peuple.Il était un prophète juif dans la lignée des grands prophètes juifs, juif pour les juifs, en particulier les plus pauvres.Le laisser dans les limites de sa culture, toujours le paradoxe, nous permet de l\u2019inculturer dans les limites de la nôtre, sans prétendre avoir à dire tout le sens de l\u2019existence.Inculturer Jésus de la sorte permettra peut-être au peuple juif, que les chrétiens ont dépossédé d\u2019un des leurs, de le retrouver, de se l\u2019approprier, de le situer dans la lignée de leurs prophètes et de lui redonner du sens pour son propre peuple.Sens dont les chrétiens ont contribué à le priver de- 4.\tOn lira avec profit R.G.Collingwood, The Idea of History, New York, Galaxy-Oxford U.Press, 1964 (1946), surtout les pages 205-334.5.\tLe titre d\u2019une des dernières grandes oeuvres christologiques dit bien le déplacement d\u2019accent: Joseph Moingt, L\u2019homme qui venait de Dieu, (Cogitatio fidei 176), Paris, Cerf, 1993.6.\tTrès significatif est le titre de l\u2019oeuvre ma- 298 relations décembre 1995 puis près de 2000 ans, et sens qui leur échappe, qu\u2019ils n\u2019ont ni à juger ni à contrôler.Le peuple juif arrivera bien un jour à in-culturer pour lui un des siens dont les païens que nous sommes ont réussi à l\u2019aliéner.Une culture n\u2019a pas à dominer les inculturations des autres.Si le Christ de la foi est pour les juifs et les païens qui décident de croire en lui, Jésus, pour sa part, fut pour les seuls juifs.On ne peut l\u2019inculturer de façon valable si on commence par lui nier son identité.Prophète de la solidarité et de la liberté - L\u2019homme des pauvres.Le juif qu\u2019était Jésus a concentré son action sur les pauvres.Tant mieux qu\u2019il y ait des gens en santé, mais lui était préoccupé par les malades et ceux que sa société méprisait (Marc 2,17).Dans un tout petit coin de son pays, il guérit donc quelques malades, réintégra dans sa société quelques exclus, mit femmes et enfants sur un pied d\u2019égalité avec les hommes et nourrit symboliquement des pauvres.Il voulait dire que Dieu était sur le point d\u2019établir son Règne.Et dans ce Règne, les privilèges seraient inversés, alors que pauvres et exclus se trouveraient aux premières places de la société.Nous vivons à une époque où le capitalisme, pour un temps harnaché par les gouvernements, a retrouvé toute son arrogance, devenant mondialisé, globalisé, supra-territorialisé.Il terrorise les petites gens et s\u2019attaque au travail.Une toute petite minorité profite de la misère de l\u2019humanité.Incul-turer Jésus à notre époque, c\u2019est retrouver le sens du «Heureux les pauvres» et du «Malheur aux riches».C\u2019est montrer qu\u2019il s\u2019est détourné de la stratégie du Baptiste (de qui il avait tellement appris, pourtant), qui espérait la conversion des grands, pour se solidariser résolument avec les pauvres.De petits gestes.Pour de petites gens.Loin des grands.Dans l\u2019espérance tenace gistrale de John P.Meier, A Marginal Jew.Rethinking the Historical Jesus, (ABRL), Doubleday, New York, etc.; I, 1991; II, 1994.Voir aussi le livre populaire de John D.Crossan, The Historical Jesus.The Life of a Mediterranean Jewish Peasant, San Francisco, Harper, 1992.Un point de vue juif est donné par Geza Vermes, The Religion of Jesus the Jew, Minneapolis, Fortress, 1993.que tout cela débouchera sur quelque chose de grand.Inculturer un tel Jésus, pour des croyants, c\u2019est le rendre accessible à beaucoup: le peuple des pauvres et de ceux qui sont solidaires.Croyants ou pas: «Qui n\u2019est pas contre nous est pour nous» (Mc 9,40).Par ailleurs, beaucoup de ceux qui sont censés être du côté de l\u2019homme de Nazareth ne le sont pas (Matthieu 7,21 ).Inculturer Jésus contribue à démasquer de faux croyants et permet de fraterniser avec des incroyants.L\u2019éternel paradoxe de Jésus.- L\u2019homme libre.Un prophète est libre parce que l\u2019expérience de Dieu est libératrice par essence.Et le destin d\u2019un prophète est toujours souffrant parce qu\u2019il vit nécessairement à l\u2019intérieur d\u2019un système institutionnel à qui la liberté répugne.C\u2019est pourquoi, comme le répétait un de mes vieux professeurs juifs, un prophète n\u2019est aimé que de ceux qui sont éloignés de lui dans le temps ou dans l\u2019espace.Dans son peuple, Jésus était un homme libre.Conscient de l\u2019amour de Dieu pour l\u2019être humain, il mettait ce dernier au centre de ses préoccupations.Ce qui lui permettait de relativiser lois et institutions.Une bonne chose que le respect du sabbat, mais pas au point de l\u2019empêcher de travailler pour guérir des malades.Il faut des législations, mais il est dangereux de s\u2019en contenter ou de les prendre pour des absolus.Du bien bon monde, les chefs religieux, mais leur sens de la tradition les empêche souvent de décoder l\u2019expérience actuelle de Dieu.Inculturer Jésus aujourd\u2019hui, c\u2019est montrer l\u2019impact d\u2019un homme libre dans une société ou une Église.C\u2019est faire voir que toute institution a tendance à se mettre au-dessus des humains qui la composent.Qu\u2019une institution religieuse, en particulier, va nécessairement faire remonter son existence, sa structure, ses modes de fonctionnement à Dieu lui-même, pour se protéger du changement qu\u2019exige le passage du temps.Et qu\u2019elle est allergique à la liberté.Et c\u2019est l\u2019autre grand paradoxe.L\u2019institution qui se réclame de Jésus, cet homme tellement libre, va elle aussi, au cours des âges, se durcir contre la liberté pour se protéger d\u2019elle.Inculturer Jésus aujourd\u2019hui, c\u2019est se conduire, dans sa société ou son Église, comme lui l\u2019a fait dans son peuple.Sans se leurrer sur les conséquences, tout en restant sur le qui-vive, parce qu\u2019il est toujours possible de s\u2019illusionner.Toujours inquiétante, l\u2019inculturation! ¦ Jésus s\u2019est solidarisé avec les pauvres, les petites gens méprisées par la société, ceux-là mêmes qui aujourd\u2019hui sont les principales victimes du capitalisme.relations décembre 1995 299 Jean-François Leblanc/STOCK dossier LA CHRISTOLOGIE FEMINISTE par Carolyn Sharp Un sauveur mâle peut-il sauver les femmes?Si Jésus de Nazareth fut un homme (ce qui est indiscutable), est-ce que cela accorde à la masculinité une valeur christologique centrale?Des théologiennes féministes ont osé une relecture de l\u2019Évangile du point de vue des femmes et parlent du visage féminin du Christ.«Un sauveur mâle peut-il sauver les femmes1?» Cette formulation percutante de Rosemary Radford Ruether exprime bien la difficulté majeure à laquelle est confrontée la christologie féministe.Selon certaines féministes, la réponse à cette question est claire: l\u2019incarnation de Dieu dans un homme révèle le caractère profondément patriarcal du dieu-mâle des chrétiens.D\u2019autres osent une autre réponse.Les femmes, disent-elles, doivent se réapproprier le récit évangélique et les traditions chrétiennes sur Jésus Christ2 3.Avouons-le, pour celles qui choisissent cette deuxième voie, le défi est de taille.Les façons d\u2019aborder le problème sont multiples et les résultats, tant du point de vue féministe que théologique, sont de valeur inégale.Ces tâtonnements se heurtent à une pensée plus que millénaire, enchâssée dans une vision masculiniste, où il n\u2019y a guère d\u2019espace pour les femmes, pour leur expérience ou pour leur soif du spirituel.La christologie féministe représente néanmoins un effort important d\u2019inculturation de la foi chrétienne qui risque de transformer radicalement notre compréhension de Jésus Christ.Celles qui relèvent ce défi se retrouvent devant une double tâche.D\u2019une part, toute christologie féministe doit faire face au caractère profondément patriarcal de l\u2019héritage chrétien.À partir de l\u2019incontournable masculinité de l\u2019homme Jésus de Nazareth, des systèmes christologiques antipathiques aux femmes ont conclu à la masculinité de la personne divine du Christ, l\u2019érigeant en signe de la normativité masculine.La relation du Fils au Père offre une légitimation métaphorique de l\u2019ordre hiérarchique au sein des familles et des institutions.La glorification des souffrances rédemptri- ces du Christ justifie l\u2019acquiescement à l\u2019oppression et la soumission à la violence.C\u2019est cette image patriarcale de Jésus Christ que la christologie féministe veut déconstruire.Elle est aussi conviée à une tâche constructive, celle de renouveler notre compréhension de Jésus Christ.Des recherches bibliques et historiques ont démontré l\u2019existence de tendances égalitaires où la relation des femmes à Dieu en Jésus Christ n\u2019est point occultée.Comme des trésors cachés, on a découvert des images féminines de la tradition.Ainsi voit-on apparaître de nouvelles ressources pour construire une vision du Christ inclusive des femmes et de leur expérience.Une quête spirituelle Que se cache-t-il derrière tous ces efforts?Pourquoi la masculinité de Jésus nous dérange-t-elle?Pourquoi inventer de nouvelles façons de parler du Christ?L\u2019émancipation des femmes contemporaines a engendré des transformations majeures dans leur vie et leur conscience.Sur le plan spirituel, ce mouvement n\u2019est pas sans écho.Le mépris traditionnel à l\u2019égard du corps des femmes, le dénigrement de leur expérience du spirituel, le dédain qui veut qu\u2019aucune femme ne puisse représenter le divin apparaît comme une blessure qui tarit la relation des femmes au divin.L\u2019aspiration à l\u2019égalité sociale et civique s\u2019ajoute alors à l\u2019aspiration à l\u2019égalité spirituelle.La christologie féministe naît de cet- te quête spirituelle: le désir des femmes de se reconnaître en Dieu/e et de s\u2019adresser à un/e Dieu/e qui leur ressemble.Poser la question de la masculinité de Jésus, c\u2019est poser la question de sa capacité de dire Dieu/e aux femmes assoiffées d\u2019un/e Dieu/e qui correspond à leur être et bénit leur existence.La foi chrétienne se structure autour de l\u2019événement christique où Dieu se fait connaître à travers un homme, dont la vie et les actions révèlent l\u2019ouverture de l\u2019humain au divin et du divin à l\u2019humain.Crucifié, cet homme est signe de la solidarité divine avec toutes les personnes humiliées et victimisées.Ressuscité, il est signe de la victoire des forces de la vie sur les forces de la mort.Ce qui est en jeu ici, c\u2019est la capacité de Jésus Christ de révéler Dieu aux femmes et de leur permettre de se découvrir aimées de Dieu.L\u2019homme Jésus Celui que nous appelons le Christ fut un homme.Il s\u2019agit d\u2019un fait irrécusable.Une telle affirmation n\u2019accorde toutefois pas à la masculinité une valeur christologique centrale.Elle ne fait que confirmer la pleine hu- 1.\tRosemary Radford Ruether, Sexism and God-Talk, Boston, Beacon Press, 1983, p.116.Nous ne pouvons que déplorer qu\u2019aucun livre de cette théologienne importante ne soit disponible en français.2.\tPour une vue d\u2019ensemble, voir l\u2019article de la théologienne canadienne Ellen Leonard, «Women Confronting Images of Christ», in F.A.Eigo, Imaging Christ: Politics, Art, Spirituality, Villanova University, p.171-196.3.\tVoir Elisabeth Schussler Fiorenza, En mémoire d\u2019elle.Essai de reconstruction des origines chrétiennes selon la théologie féministe.Paris, Éditions du Cerf, 1986, ainsi qu\u2019OIivette Genest, Femmes du Nouveau Testament.Exégèse sémiotique, Paris, Femmes et hommes dans l\u2019Église.300 relations décembre 1995 ft .* ¦H***r manité du Christ incarné, toute personne humaine ayant forcément une identité sexuée.Dans cette perspective, l\u2019important n\u2019est pas de savoir quel était le sexe de Jésus de Nazareth, mais plutôt de saisir comment il a vécu sa relation avec les femmes et les hommes qu\u2019il côtoyait.Un sauveur mâle qui aurait méprisé des femmes, qui les aurait exclues de sa communauté de salut ou qui ne les aurait accueillies que comme des personnes de seconde zone pourrait difficilement représenter pour elles un sauveur bien intéressant.C\u2019est pourquoi les femmes (et quelques hommes) se sont lancés dans une relecture du récit évangélique du point de vue des femmes.Si ces efforts de relecture ont produit, au début, des portraits plutôt anachroniques, d\u2019une valeur scientifique discutable, la méthodologie s\u2019est par la suite raffinée3.Selon La christologie féministe représente un effort important d\u2019inculturation de la foi chrétienne qui risque de transformer radicalement notre compréhension de Jésus Christ.cette relecture, les rapports de Jésus avec les femmes sont plutôt de type égalitaire.Jésus de Nazareth fut un homme qui fréquentait les femmes et entretenait des relations avec elles.Son option pour les pauvres est aussi une option pour les femmes, exclues et marginalisées à cause de leur sexe.Le souci de Jésus pour des femmes exclues, comme par exemple la femme qui saigne (Mt 9,20ss), est porteur d\u2019un message libérateur.Dans l\u2019entourage de Jésus, on découvre des femmes disciples, associées à son ministère.La relecture féministe de l\u2019Évangile nous révèle aussi en Jésus un homme qui parle des femmes quand il parle de Dieu.Il reconnaît en effet l\u2019expérience des femmes comme un lieu à partir duquel nous pouvons saisir le divin, comme une expérience capable de porter la révélation de Dieu.Celle qui fait du pain (Matthieu 13,33), celle qui se réjouit de la pièce de monnaie perdue (Luc 15, 8ss) symbolisent le règne de Dieu annoncé par Jésus.Cette relecture permet aussi de découvrir en Jésus de Nazareth un homme qui prend conscience de sa mission au contact des femmes.Celle qui lui lave les pieds pose un geste prophétique qui préfigure celui de Jésus (Marc 14, 3ss).La persévérance de la femme syro-phénicienne devant le refus de Jésus de guérir sa fille, parce que non juive, le force à prendre conscience de la dimension universelle de sa mission (Marc 7, 24ss).De telles femmes jouent en quelque sorte le rôle de sages-femmes de la révélation.Il devient également de plus en plus difficile de saisir Jésus de Nazareth en dehors de la communauté des disciples qu\u2019il appelle, communauté qui inclut des femmes et des hommes et qui continue l\u2019oeuvre évangélique.Ce processus de redécouverte féministe de Jésus a nourri l\u2019imagination spirituelle des femmes, ouvrant pour elles des possibilités nouvelles de se projeter dans le récit évangélique.L\u2019évangile de Jésus qui fréquente, aime et appelle des femmes est une ressource importante pour l\u2019identité chrétienne.Leur réinscription dans le souvenir de Jésus ouvre des pistes aux femmes pour devenir agentes de leur propre spiritualité.Pour les femmes, en particulier, qui assument des tâches importantes en Église, la redécouverte des figures féminines les confirment dans leur ministère.Enfin, il est très important pour la christologie féministe de ramener ces parties du récit chrétien à l\u2019attention de l\u2019Église contemporaine.Il s\u2019agit en effet d\u2019un héritage oublié auquel l\u2019Église ne peut plus renoncer.Le visage féminin du Christ Si la masculinité du Jésus de l\u2019histoire ne pose pas d\u2019obstacle à une réinterprétation féministe de sa vie, la question de la masculinité symbolique du Christ présente des difficultés plus grandes.En effet, exprimer la relation du Christ au divin uniquement en termes masculins le renferme dans un discours patriarcal.Il faut donc des efforts pour sortir le Christ de cet univers masculin, pour renouer avec la radicalité d\u2019un Christ qui n\u2019est ni masculin ni féminin, pour découvrir un langage féminin capable de dire la présence divine dans le Christ.Plusieurs féministes s\u2019intéressent à l\u2019émergence d\u2019une christologie «pneumatique» (pneuma = souffle, esprit), qui insiste davantage sur la relation du Christ avec l\u2019Esprit-Saint.Une telle christologie permet relations décembre 1995 301 CANAPRESSE dossier Notre soeur la Christa Pouvons-nous voir le visage féminin du Christ jusque sur la croix?Dans la cour du Séminaire de l\u2019Église unie, à Toronto, se trouve la statue d\u2019une femme au torse nu, les bras étendus comme ceux d\u2019une crucifiée1.Pour plus d\u2019un, cette statue est déconcertante.Pour d\u2019autres, elle est carrément un sacrilège.Le 7 décembre 1989, c\u2019est là, au pied de cette statue, que plus de 500 torontoises se sont réunies.À travers leurs larmes et leurs prières, elles ont dit leur peine suite à l\u2019assassinat des quatorze jeunes filles de l\u2019École polytechnique.Devant cette statue, elles se sont réengagées à lutter pour protéger le droit des jeunes filles aux études et pour mettre fin à la violence que subissent des milliers de femmes.Dans le visage du crucifié, dit-on, nous pouvons voir les souffrances de toute l\u2019humanité bafouée.Dans ce visage, nous découvrons l\u2019amour de Dieu pour tous ceux et celles qu\u2019il a créés à son image.L\u2019image de la Christa permet aux femmes de redonner sens aux souffrances du Christ.Dès lors, pour elles, il ne s\u2019agit plus d\u2019une invitation à se soumettre aux violences et aux supplices: il s\u2019agit plutôt d\u2019une affirmation divine, par une Christa qui leur ressemble, de la valeur de leur vie et de la nécessité de la défendre.On lira avec intérêt le récit des réactions qu\u2019a suscitées cette statue dans Doris Dyke, «Crucified Woman: Art and the Experience of Faith», Toronto Journal of Theology 5,1989 p.161-169.d\u2019exprimer la relation du Christ au divin par des symboles autres que celui de la filiation masculine.Par la fluidité de ses catégories, une christologie pneumatique revivifie notre sens de l\u2019ouverture libératrice de l\u2019événement christique et permet aux femmes de se situer à l\u2019intérieur de cet événement.Dans ce contexte, des chercheuses féministes ont manifesté un intérêt renouvelé pour l\u2019utilisation du langage sapientiel dans les traditions primitives sur Jésus4.Le prologue de l\u2019Évangile de Jean est une appropriation chrétienne évidente d\u2019une hymne de louange à la Sagesse di- vine (Proverbes 8, 22ss).Mais, nous retrouvons aussi dans les Évangiles synoptiques des références à Jésus comme enfant de la Sagesse divine et comme son incarnation (voir, par exemple, Matthieu 11, 19-20 ou encore, Luc 11,49).À la redécouverte d\u2019une telle imagerie, Jésus-Sophia devient une appellation possible pour le Christ, dont le visage féminin est en train d\u2019apparaître.?** Le travail des théologiennes féministes a permis à l\u2019Église de se souvenir que notre Père est aussi notre Mère.C\u2019est avec plaisir qu\u2019elles ont vu Jean-Paul I faire sienne cette expression.Espérons que leur travail christologique permettra à l\u2019ensemble de l\u2019Église de redécouvrir que le Christ, qui est notre Frère, est aussi notre Soeur.¦ 4.Voir, par exemple, Elisabeth Johnson, «Jesus the Wisdom of God», Ephermides Theologiae Lovanienses 61, 198, p.261 -294 et Elisabeth Schussler Fiorenza, Jesus: Miriam\u2019s Child, Sophia\u2019s Prophet, New York, Continuum, 1995.En français, on consultera avec intérêt Luis Pérez Aguirre, Incroyable Église, Pauvreté, pouvoir, sexualité, féminisme, Paris, Les Éditions de l\u2019Atelier, p.155-164.¦ JsT Emmanuel College E CHRIST ET LE PLURALISME RELIGIEUX par Gregory Baum1 Le pluralisme religieux est-il une menace ou une chance pour l\u2019Église catholique?Il aura fallu le concile Vatican Il pour que l\u2019Église amorce une prise de conscience de sa façon de voir le monde et de la nécessité de passer d\u2019une attitude de supériorité à une attitude plus conforme au dessein universel de Dieu et plus respectueuse des autres traditions religieuses.Dans le missel romain d\u2019avant le concile Vatican II, la liturgie invitait à prier chaque jour pour la communauté catholique, mais 1.\tMembre du comité de rédaction, l\u2019auteur est professeur de théologie et d\u2019éthique sociale à l\u2019Université McGill.2.\tL\u2019expression «Juifs perfides» fut remplacée, à partir de 1959, par «Juifs aveuglés».Cette dernière expression est demeurée jusqu\u2019à la réforme liturgique qui a suivi le concile Vatican II.seulement une fois par année, le Vendredi Saint, pour le reste de la famille humaine.Ce jour-là, on priait pour les «schismatiques», en pensant aux chrétiens orthodoxes d\u2019Orient, pour les «hérétiques», en pensant aux protestants, pour «les Juifs perfides2» et pour «les païens», en pensant aux adeptes des autres religions du monde.Et nous demandions «que le Dieu tout-puissant enlève l\u2019iniquité de leurs coeurs et que, laissant leurs idoles, ils se tournent vers le vrai Dieu, le Dieu vivant, et vers son Fils unique, Jésus Christ,notre Dieu et Seigneur».Cette liturgie entretenait l\u2019image d\u2019une humanité divisée entre «nous» et «eux», entre les rachetés et les non-rachetés, entre les catholiques marchant dans la lumière et le reste de l\u2019humanité, assis dans les ténèbres.Cette façon de voir le monde a eu de graves conséquences historiques.Elle a créé les préjugés et la discrimination, encouragé un faux sentiment de supériorité, et nous a empêchés d\u2019être solidaires des étrangers, spécialement des étrangers non chrétiens.En regardant le monde dans cette perspective, il nous semblait juste que les grandes nations chrétiennes de l\u2019Europe aient conquis le monde et qu\u2019elles aient soumis et colonisé les autres continents.Ces conquêtes, pensions-nous, ouvraient la porte pour la mission de l\u2019Église.Nos missionnaires aimaient les peuples qu\u2019ils ont servis.Mais ils honoraient les disciples d\u2019autres religions seulement en tant que fu- relations décembre 1995 303 dossier turs convertis; ils respectaient en eux non pas ce qu\u2019ils étaient, mais ce qu\u2019ils pouvaient devenir.Deux courants dans l\u2019Écriture Une lecture traditionnelle de l\u2019Écriture Il y a deux courants dans les Écritures: un courant majoritaire qui insiste sur le choix par Dieu d\u2019un peuple élu, d\u2019abord Israël et plus tard l\u2019Église, et un courant minoritaire qui insiste sur le dessein miséricor- Nous avons développé ces attitudes avec une parfaite bonne conscience.En nous basant sur des textes importants du Nouveau Testament, nous reconnaissions Jésus comme le Sauveur du monde, le seul Médiateur entre Dieu et les hommes (1 Thimothée 2,5), le Nom hors duquel il n\u2019y a pas de salut (Actes 4,12).Nous avons mis l\u2019accent sur les textes bibliques qui opposaient l\u2019Église, les «enfants de lumière», avec le monde, les enfants des ténèbres, enfermés dans l\u2019ignorance et la malice.Jésus lui-même n\u2019a-t-il pas déclaré: «Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné» (Marc 16,16)?Les premiers chrétiens n\u2019avaient rien inventé de nouveau quand ils insistaient sur le fait qu\u2019«hors de l\u2019Église, point de salut»! Mais beaucoup de chrétiens, depuis quelques décennies, ont été profondément troublés par cette tradition doctrinale.Ils ont reconnu les conséquences historiques tragiques de tout discours rigide «nous/eux» qui divise l\u2019humanité en deux parties, l\u2019une supérieure et l\u2019autre inférieure.Un tel discours engendre des structures d\u2019inégalités qui mènent à la longue à l\u2019oppression ou à la marginalisation.Et pour dépasser les attitudes méprisantes du passé, des chrétiens se demandent comment, en fidélité avec l\u2019Évangile, ils devraient réagir face à la pluralité des religions dans le monde.Les chrétiens doivent-ils se résigner à contrecoeur au pluralisme religieux simplement parce qu\u2019ils ne peuvent rien y faire?Ou leur foi leur permet-elle d\u2019accueillir ce pluralisme religieux et même de s\u2019en réjouir?Respecter les autres dans leur différence, sans chercher à les dominer en les définissant selon nos propres catégories, est à mon avis l\u2019expression d\u2019un grand amour; en ce sens, cette nouvelle ouverture à leur égard est dans la ligne du message de Jésus.dieux de Dieu pour toute l\u2019humanité.Ce dernier courant a souvent été négligé.Pourtant, dans l\u2019Ancien Testament, nous assistons à l\u2019Alliance de Dieu avec Noé et sa descendance, où Dieu promet sa fidélité à tout le genre humain.Les Psaumes aussi rendent gloire à Dieu comme Créateur et Sauveur de tout l\u2019univers.Dans le Nouveau Testament, Jésus annonce les Béatitudes comme le chemin de sainteté offert à tout être humain, peu importe où il peut vivre (Matthieu 5).Plus tard, Saint Paul proclame que Dieu a réconcilié en Christ toute chose, et sur la terre et dans les cieux (Colossiens 1,20).En d\u2019autres mots, la grâce rédemptrice de Dieu est maintenant à l\u2019oeuvre dans tout l\u2019univers.Et l\u2019auteur du quatrième Évangile nous dit que le Verbe de Dieu, qui était avec Dieu depuis le commencement et qui est Dieu, illumine tout être humain né en ce monde (Jean 1,1 -9).Encore une fois, l\u2019offre de la grâce est universelle.Bien que la tradition ecclésiale ait mis l\u2019accent sur le courant particulariste, le courant universaliste n\u2019a pas été totalement oublié pour autant.Les anciens auteurs chrétiens de l\u2019Orient croyaient que la Parole divine, le Logos, incarnée en Jésus, est à l\u2019oeuvre partout dans le monde et s\u2019exprimait déjà dans la sagesse de Socrate et de Platon.Il y a ce qu\u2019on appelle une christo-logie-Logos: le Christ, en tant que Logos divin, règne dans les coeurs de tous les humains.Au Moyen Âge, la christologie-Logos fut bien accueillie par saint Thomas d\u2019Aquin, qui enseignait que personne sur la terre n\u2019était privé des moyens du salut.Selon lui, le Christ avait adopté l\u2019Église et, dans un sens plus vaste, l\u2019humanité entière comme son corps terrestre, y répandant sa grâce.Après la découverte européenne des Amériques, quelques théologiens généreux affirmèrent que les peuples autochtones avaient eu, dans leur propre histoire, accès au salut par la «foi implicite», c\u2019est-à-dire par leur disponibilité à recevoir l\u2019aide divine dans leurs vies.L\u2019universalité de la grâce Au XXe siècle, ce courant universaliste a suscité beaucoup d\u2019intérêt chez les théologiens catholiques.Plusieurs, dont Karl Rahner et Henri de Lubac, ont affirmé que le mystère de la Rédemption révélé en Jésus Christ était à l\u2019oeuvre non seulement dans l\u2019Église, où ce mystère est proclamé et célébré, mais aussi dans le reste de l\u2019humanité, à travers une diversité de traditions.Cette affirmation, notons-le en passant, reconnaît l\u2019identité unique de l\u2019Église chrétienne (où le mystère divin est procla- AVIS À NOS ABONNÉS Veuillez prendre note qu\u2019à partir du 1er janvier 1996, nos tarifs seront majorés comme suit: \u2022 un an (10 nos): 27$\t\u2022 deux ans: 48$\t\u2022 à l\u2019étranger: 28$ Pourquoi ne pas en profiter pour renouveler votre abonnement dès maintenant, au prix actuel?304 relations décembre 1995 f Wa ¦ ¦ : Wg A, NTRi SOCIAL is -*4 Auprès des citoyens de St-Henri comme auprès des Malgaches, avec qui il vivait depuis quinze ans, Jacques Couture, S.J., récemment décédé, définissait sa présence en termes de témoignage et de service au milieu des siens.Solidaire des plus pauvres et des plus vulnérables, son principal souci était de lutter avec eux pour leur dignité, plutôt que de les convertir tous.mé et célébré de manière sacramentelle) et la relie au dessein universel de Dieu.Selon ce dessein, les humains, partout dans le monde, sont invités à se détourner du mal, pour entrer dans une vie nouvelle de confiance, d\u2019humilité et de compassion.Ce courant théologique était si fort dans l\u2019Église qu\u2019il influença l\u2019enseignement du concile Vatican II.Sans porter un jugement définitif sur les religions du monde, le concile reconnaît que leurs livres sacrés amènent les peuples à se poser les questions essentielles et servent de médiation pour la grâce divine (voir Nostra Aetaté).À cause de la signification universelle de la mort et de la résurrection du Christ, le concile affirme que nous devons croire «que l\u2019Esprit Saint offre à tous les êtres humains, d\u2019une façon que Dieu seul connaît, la possibilité d\u2019être associés au mystère pascal» (Gau-dium et Spes, no 22).Depuis le concile Vatican II, certains théologiens demeurent insatisfaits de la théologie conciliaire à ce sujet.Pourquoi?Ils croient qu\u2019on peut interpréter celle-ci comme si nous honorions les membres d\u2019autres religions, fidèles au meilleur de leurs traditions, comme des sujets de la grâce chrétienne, c\u2019est-à-dire comme des «chrétiens qui s\u2019ignorent».Mais sommes- nous prêts à suggérer sérieusement que de bons Juifs ou de bons Musulmans sont, à leur insu, de véritables chrétiens?Ne serait-ce pas là une nouvelle forme implicite d\u2019impérialisme chrétien?L\u2019altérité des autres Ce dont nous avons besoin, disent les théologiens critiques, c\u2019est d\u2019une théologie qui nous permet d\u2019honorer les autres en tant qu\u2019autres.Respecter l\u2019altérité des autres, honorer leur différence constitue un défi moral majeur pour les chrétiens et pour les Occidentaux en général.Nous avons tendance à interpréter les autres selon nos propres catégories.Dans le passé, nous n\u2019avons pas écouté les Juifs, les Musulmans, les Hindous et les Bouddhistes pour connaître leur propre façon de se comprendre.Nous n\u2019avions pas besoin de les écouter, puisque nous les jugions selon nos propres concepts chrétiens.Sommes-nous capables d\u2019apprécier l\u2019altérité des peuples autochtones?L\u2019Église trouve difficile de respecter vraiment l\u2019altérité de l\u2019autre, même dans des contextes différents.Jusqu\u2019à ce jour, les hauts responsables de l\u2019Église n\u2019ont pas écouté les femmes pour découvrir comment elles se voyaient elles-mêmes; ces responsables ont plutôt dit aux femmes qui elles étaient et ce qu\u2019elles devaient être.Il y a quelques années, les évêques américains ont rejeté le brouillon d\u2019une lettre pastorale sur le rôle des femmes dans l\u2019Église, pour ne pas répéter la vieille habitude de dire aux femmes qui elles sont; ils ont plutôt fait confiance aux femmes dans l\u2019Église pour articuler leur propre compréhension d\u2019elles-mêmes.On pourrait ajouter ici que l\u2019Église officielle est aussi incapable de respecter l\u2019altérité des homosexuels: au lieu d\u2019apprendre de ceux-ci, et spécialement des chrétiens parmi eux, comment ils se définissent, l\u2019Église s\u2019empresse de les juger selon ses propres termes.Respecter l\u2019altérité de l\u2019autre ne veut pas dire s\u2019abandonner au relativisme ou à l\u2019idée que «tout se vaut».Pourquoi?Parce que dans chacune de ces traditions et de ces mouvements, on assiste à d\u2019importants débats sur le sens du bien et du mal, invitant les membres à appuyer les forces qui nourrissent la vie et à résister à celles qui relations décembre 1995 305 Bureau des missions jésuites lui portent atteinte.Chaque tradition religieuse poursuit sa propre quête éthique.Tout comme l\u2019Église est engagée, parfois fortement et parfois beaucoup moins, dans un processus d\u2019autocorrection et dans une lutte pour se renouveler, les autres traditions religieuses font de même.L\u2019Esprit «qui renouvelle la face de la terre» est à l\u2019oeuvre en chacune d\u2019elles.Le problème de la christologie Le respect de l\u2019altérité de l\u2019autre est-il compatible avec la doctrine chrétienne?Respecter les autres dans leur différence, sans chercher à les dominer en les définissant selon nos propres catégories, est à mon avis l\u2019expression d\u2019un grand amour; en ce sens, cette nouvelle ouverture à leur égard est dans la ligne du message de Jésus.N\u2019a-t-il pas dit que nous devons aimer notre prochain comme nous-mêmes, et que celui qui perd sa vie la sauvera?Mais en même temps, reconnaître et accueillir la pluralité des religions dans leur altérité semble remettre en question un point central de la doctrine chrétienne: la reconnaissance de Jésus comme le Fils incarné de Dieu, le seul Médiateur entre Dieu et l\u2019homme.Comment les théologiens abordent-ils cette difficulté?Des penseurs chrétiens sont si honteux du pouvoir sur les autres revendiqué par l\u2019Église dans le passé et ils croient tellement que l\u2019amour de Jésus nous pousse à accueillir le pluralisme religieux qu\u2019ils en sont venus à abandonner la doctrine traditionnelle de l\u2019Incarnation et de la Trinité.Mais très peu de théologiens catholiques ont suivi cette route.Pour la plupart des catholiques et de nombreux protestants, le dogme ancien d\u2019un seul Dieu, Père, Fils et Esprit, est un morceau central et irremplaçable de la tradition chrétienne, et cela, même quand ils cherchent à dépasser le langage patriarcal utilisé pour nommer le Dieu trine.Comment donc ces théologiens peuvent-ils justifier l\u2019ouverture de l\u2019Église à l\u2019égard du pluralisme religieux?Certains continuent de se référer à la christologie-Logos enracinée dans la tradition catholique et reconnue par Vatican II.Mais d\u2019autres s\u2019y refusent, pour les raisons exprimées plus haut: que proposent-ils donc comme solution?L\u2019une des propositions fait appel à un vieux concept théologique appelé la «kénose» ou l\u2019anéantissement du soi.Cette expression nous est connue par le fameux passage de saint Paul qui occupe une place importante dans la liturgie du Vendredi saint: «Jésus, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l\u2019égalait à Dieu.Mais il s\u2019anéantit lui-même, prenant condition d\u2019esclave, et devenant semblable aux hommes» (Philippiens 2,6-7).L\u2019anéantissement de Jésus est allé jusqu\u2019à inclure son humiliation, sa persécution et sa mort sur la croix.Certains auteurs anciens ont déjà parlé de la kénose de Dieu.Ils affirmaient qu\u2019en créant le monde, Dieu, qui est infini, avait décidé de faire place au fini en limitant ainsi sa propre présence et son pouvoir divin.Cet anéantissement divin, gratuitement et généreusement voulu par Dieu, est la matrice spirituelle de la création.La création elle-même est le travail d\u2019abaissement de l\u2019amour divin.De plus, notre propre liberté comme êtres humains est enracinée dans l\u2019autolimitation généreuse de Dieu.Si Dieu pratique la kénose, n\u2019est-il pas raisonnable de croire ou de dire que Jésus suit le même chemin, même après sa résurrection.Il refuse de monopoliser le domaine de la grâce: il laisse place à d\u2019autres médiations.Et que signifie la kénose pour l\u2019Église chrétienne?Doit-elle elle aussi s\u2019abaisser?Si l\u2019Église était «kénotique», elle ne se croirait pas destinée à embrasser toute l\u2019humanité, mais s\u2019attendrait plutôt à demeurer une communauté minoritaire dans l\u2019histoire humaine, laissant ainsi de l\u2019espace à d\u2019autres religions et d\u2019autres médiations.Une Église «kénotique» éviterait une compréhension triomphaliste de sa mission et de sa présence dans le monde.Elle se verrait au service du règne de Dieu à l\u2019oeuvre partout chez les gens, dans toutes les religions, cherchant la compassion, la justice et la paix.On reconnaît ainsi la complémentarité des voies vers Dieu, le christianisme étant une voie historique différente.Bien des missionnaires travaillant en Asie et en Afrique interprètent déjà la mission de l\u2019Église en termes «kénotiques».Ils définissent leur présence dans ces parties du monde en termes de «témoignage» et de «service»: ils témoignent de leur foi en Jésus Christ en offrant leur amour et leur service aux peuples au milieu desquels ils vivent.Ces missionnaires comprennent que Jésus les appelle à honorer l\u2019altérité des autres, à être les observateurs respectueux du drame du renouveau que vivent ces communautés et à offrir leur solidarité, spécialement à ceux qui s\u2019identifient avec les pauvres et les plus vulnérables.Ces missionnaires reconnaissent, dans leur pratique, le caractère «kénotique» de Dieu, de Jésus et de son Église.Un outil pour l\u2019étude de la Bible LA BIBLE DE JÉRUSALEM SUR CD-ROM La Bible de Jérusalem en trois langues: français, grec et hébreu Une collaboration de «Les temps qui courent» et «Les éditions du Cerf» Prix: 285,95$ (frais d\u2019expédition et taxes en sus) Configuration minimale requise: Macintosh: 68040, système 7.5, 8 Mo, écran 256 couleurs, lecteur de CD-Rom double vitesse PC: 486, Windows, 8 Mo, écran 256 couleurs, lecteur de CD-Rom Documentation disponible sur demande.Pour renseignements et commandes, s\u2019adresser à: SOCABI Sodété catholique de la Bible, 7400 boul.Saint- Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274- 4381 ; téléc.: (514) 274- 5184 306 relations décembre 1995 .\t-V.La quatrième Conférence mondiale sur les femmes, tenue à Beijing, est terminée.Le travail se continue dans chaque pays pour passer de la parole aux actes.L\u2019organisme Relais-Femmes a publié, en octobre 1995, un dossier d\u2019information sur le sujet.On peut se le procurer en composant le (514) 844-4509.Pour en savoir plus, voici quelques suggestions: le Comité coordonnateur canadien pour Beijing (CCCB) publie un bilan du travail fait à Beijing.Pour information, appeler le (613) 563-2550.La Soirée Relations «Après Beijing: quelles avenues pour les femmes?», tenue le 16 octobre 1995, est disponible sur vidéo.Pour louer ou acheter la vidéocassette, composer le (514) 387-2541.Le Centre de documentation sur l\u2019éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF) possède plusieurs documents, dossiers de presse, etc.Vous pouvez composer le (514) 844-3674.Des chiffres révélateurs sur les bienfaits de la formule coopérative.Dans son premier dossier de 1995, Réseau Coop nous apprend qu\u2019au Québec et dans les autres provinces, le mouvement coopératif francophone compte près de 50 000 agriculteurs, propriétaires de 157 coopératives, 226 entreprises coopératives de travail appartenant à 6500 travailleurs et 1472 caisses d\u2019épargne et de crédit comptant plus de 5 millions de membres, plus de 300 coopératives alimentaires, une trentaine de coopératives de services funéraires.Enfin, près de 55 000 personnes bénéficient d\u2019un logement adéquat grâce aux coopératives d\u2019habitation, lesquelles contribuent aussi à la revitalisation de nombreux quartiers.Au Québec, les petites et moyennes entreprises coopératives non financières fournissent près de 35% des emplois coopératifs.En outre, elles créent en moyenne chacune quinze emplois.Plus de 5 millions de Québécois sont collectivement propriétaires de plus de 3400 entreprises coopératives.À l\u2019échelle mondiale, plus de 700 millions de personnes sont collectivement propriétaires de 675 000 coopératives.Des chiffres qui nous montrent que coopérer, c\u2019est réussir autrement.Les problèmes de discrimination auxquels font face les personnes pauvres dans l\u2019accès au logement comportent des conséquences sociales et humaines importantes.Dans un document élaboré à la demande du Comité responsable du dossier logement de la Commission des droits de la personne du Québec, Me Hélène Tessier, conseillère juridiciaire, traite de l\u2019accès au logement sans discrimination fondée sur la condition sociale.Elle y aborde particulièrement la question de la proportion des revenus qu\u2019une personne consacre à ses dépenses de logement ainsi que le droit au logement en pleine égalité, sans distinction fondée sur la condition sociale.Dans cette recherche, la pauvreté est définie comme une situation socio-économique défavorisée qui correspond à des caractéristiques de groupe: revenus très faibles, sous-scolari-sation, absence de travail ou travail précaire, sans stabilité ni reconnaissance sociale.C\u2019est sous le thème «Élu pour planifier, décider, développer» que se tiendront, du 2 au 4 mai 1996, à Québec, les assises annuelles 1996 de l\u2019Union des municipalités du Québec.Le magazine ÏÏRBA, du mois d\u2019octobre 1995, souligne qu\u2019en adoptant ce thème, on a voulu positionner l\u2019élu comme étant un acteur au coeur du développement local.Dans un contexte de décentralisation imminente, une telle réflexion s\u2019impose.Pour une huitième année d\u2019affilée, le Salon de la municipalité se déroulera en parallèle des assises de l\u2019UMQ.Dans le cadre du débat public sur l\u2019énergie, organisé par le ministère des Ressources naturelles du Québec, l\u2019Union des producteurs agricoles (TJPA) présentait son mémoire.Parmi les orientations à privilégier pour la mise en oeuvre d\u2019une politique énergétique d\u2019avenir au Québec, nous pouvons retenir: la création d\u2019un Conseil ou Régie de l\u2019énergie; l\u2019efficacité énergétique et les économies d\u2019énergie; les décisions soumises à un rigoureux processus démocratique; le développement des énergies renouvelables; l\u2019attention aux impacts environnementaux et sociaux; des prix concurrentiels et uniformes sur l\u2019ensemble du territoire québécois; un traitement juste et équitable des différentes sources d\u2019énergie au Québec.M.Claude Béland, le président du Mouvement des Caisses Desjardins, est devenu président de l\u2019Association internationale des banques coopératives (AIBC), organisme de regroupement des institutions financières de nature coopérative dans le monde.Il est le premier nord-américain et francophone à accéder à ce poste auprès des institutions financières coopératives des Amériques.L\u2019AIBC est un forum pour les institutions financières du monde, où elles peuvent échanger sur les enjeux de l\u2019industrie.Pour plus d\u2019information, voir Réseau Coop, septembre-octobre 1995.relations décembre 1995 307 hors-dossier ECOLE ET SOLIDARITE par Pierre Dandurand1 école ne peut faire abstraction du contexte actuel de turbulence et de tensions sociales.Elle doit même contribuer à pallier les processus de précarisation des liens sociaux.Comment peut-on alors envisager son action dans la nécessaire revitalisation des solidarités sociales et dans la transmission d\u2019une culture et de pratiques démocratiques ?À la surface de nos sociétés se dessinent des aires de tensions et des fractures sociales qui prennent racine au niveau de structures sociales plus profondes.Il y a d\u2019abord la crise du travail.Très clairement, elle se manifeste par l\u2019instabilité croissante des conditions de travail et par le grand nombre de personnes aptes au travail, mais qui demeurent sur la touche, particulièrement dans le chômage de longue durée.À cela s\u2019ajoute, chez les jeunes, les difficultés d\u2019entrée sur le marché du travail et l\u2019arbitraire des rejets hors emploi chez les travailleurs plus âgés.Le travail est-il en train de perdre sa centralité comme instance d\u2019intégration sociale?Des proportions très importantes de la population ne sont-elles pas en voie de perdre la «discipline du travail», de s\u2019établir en marge?N\u2019y a-t-il pas, en somme, un affaiblissement du pouvoir d\u2019intégration sociale par le travail et la culture du travail, tout spécialement du travail salarié?Il est clair que cette crise est à mettre en rapport avec les processus d\u2019exclusion et avec la polarisation des populations aux deux pôles d\u2019un axe qui va de la richesse à la pauvreté.Surtout, elle met en état de vulnérabilité des segments fort importants des populations et risque de les faire basculer dans l\u2019exclusion.Le lien social est aussi en crise dans un autre milieu de vie: la famille.Institution qui, à travers l\u2019histoire, a varié dans ses formes et dans ses fonctions, la famille a néanmoins joué, dans la plupart des sociétés, un rôle important dans l\u2019intégration sociale des individus.Voilà donc que cette autre institution intégratrice est mise sous tension: divorce, monoparentalité, reconstitution familiale et, plus récemment, suite au désengagement de l\u2019État-providence, fardeau croissant de soutien auprès des proches qui sont malades, handicapés ou trop âgés pour subvenir à leurs besoins.Cette crise de la famille renvoie à la redéfinition des rapports hommes-femmes dans la sphère privée, mais aussi aux liens entre les générations et à la difficulté de trouver un soutien substitut dans les milieux de vie, quartiers, banlieues, paroisses, etc.À cette crise, s\u2019ajoute celle qui se développe autour de l\u2019identité nationale telle qu\u2019elle est appelée à se réaliser à l\u2019intérieur d\u2019une société donnée, dans un contexte de mondialisation des échanges économiques et symboliques, ainsi que de migration des populations du Sud vers le Nord.On peut ici rappeler la diversité culturelle qui devient de plus en plus grande et qui est vécue comme problématique par les États-nations.Même les grandes capitales culturelles comme Londres et Paris sont transformées par la présence de plus en plus forte d\u2019une multitude de groupes ethno-culturels qui revendiquent leur droit à la distinction.Il en va de même des capitales américaines, New York et Los Angeles.Les mouvements afro-américains et hispaniques sont des exemples de revendications d\u2019identité qui concurrencent l\u2019affirmation d\u2019une identité nationale spécifiquement américaine.Des espaces culturels internes des États-nations qu\u2019on aurait pu croire inébranlables sont ainsi mis sous tension.Cette dimension critique des sociétés nationales est particulièrement importante dans la perspective d\u2019une analyse qui veut mettre en son centre l\u2019école, dans la mesure même où l\u2019école a historiquement joué un rôle de premier plan dans la création et la diffusion d\u2019une identité nationale, d\u2019une solidarité autour de la La prise en compte des liens école-solidarité nous conduit à nous interroger sur ce que peut être l\u2019action possible de l\u2019école dans la nécessaire revitalisation des solidarités sociales et dans la transmission d\u2019une culture démocratique.nation.En ce sens, le projet scolaire a toujours été un projet éminemment politique.Toujours sur le pian culturel, mais en quelque sorte à son autre pôle, on peut concevoir que la montée de l\u2019individualisme, d\u2019une «culture du moi», contribue elle aussi à miner les mouvements de solidarité, à un moment où s\u2019affirment, auprès de fractions de plus en plus importantes, à l\u2019intérieur de nos sociétés, les phénomènes d\u2019exclusion et la fragilité des liens sociaux.C\u2019est dans ce contexte de turbulence et de tensions que se situe l\u2019école d\u2019aujourd\u2019hui.Il me semble que se dégage, de cette lecture de ce que nous sommes en train de vivre comme société, une interpellation essentielle et urgente faite à l\u2019école dans ses capacités de contribuer au renforcement et même au rétablissement des solidarités sociales menacées.Le couple école/solidarité ne représente-t-il pas le projet majeur qui devrait sous-tendre l\u2019orientation éthico-politique des systèmes d\u2019ensei- 308 relations décembre 1995 Par-delà les différences de générations, de sexes, de classes, d\u2019ethnies, de religions, l\u2019action socialisatrice de l\u2019école est fondamentale dans l\u2019adhésion des membres d\u2019une société à des valeurs communes, dans l\u2019affirmation d\u2019une solidarité.gnement?Chose certaine, dans la conjoncture actuelle d\u2019une précarisation croissante des cadres de vie, ce projet se retrouve au moins sur un pied d\u2019égalité avec ceux de la modernisation et de la productivité qui ont alimenté la rhétorique autour de l\u2019éducation au Québec depuis la Révolution tranquille.La prise en compte des liens école/solidarité nous conduit donc directement à nous interroger sur ce que peut être l\u2019action possible de l\u2019école dans la nécessaire revitalisation des solidarités sociales et dans la transmission d\u2019une culture démocratique.Un bref retour sur les fonctions historiques de l\u2019institution scolaire nous montre d\u2019emblée que celle-ci s\u2019est vu attribuer deux finalités qui, de manière différente, l\u2019ont amenée à rechercher le développement et le resserrement des solidarités sociales à l\u2019intérieur des espaces nationaux.Pour bien marquer ces deux fonctions différentes, je distinguerai ici l\u2019école «distributrice» et l\u2019école «socialisatrice».L\u2019école «distributrice» L\u2019école «distributrice», c\u2019est ce rôle très important que l\u2019on accorde au système scolaire dans la répartition des groupes et in- 1.Pierre Dandurand est professeur au Département de sociologie de l\u2019Université de Montréal.Ce texte reproduit une conférence prononcée dans le cadre de la session «Projet d\u2019éducation, projet de société», organisée par le Centre justice et foi, les 22 et 23 septembre 1995.dividus dans les statuts et les positions sociales propres à une société, à un moment donné de son histoire.C\u2019est cette possibilité, par le moyen de la scolarisation, d\u2019acquérir des connaissances et des habiletés qui confirment la place, plus ou moins avantageuse, que certains groupes et individus occupent dans la société.Ce potentiel distributeur de l\u2019école, on en a fait grand état pour mettre en évidence ce que le développement des systèmes scolaires, depuis le XIXe siècle, mais de façon encore plus prononcée dans l\u2019immédiat après-guerre, pouvait apporter à l\u2019humanité: diffuser plus largement les connaissances, briser à cet égard les barrières de classes, de sexes, d\u2019ethnies, briser aussi les différenciations régionales et les frontières liées à l\u2019âge.Ce grand mouvement, engagé sous l\u2019étendard de la démocratisation de l\u2019enseignement (qu\u2019on traduit aussi par égalité des chances), n\u2019est en somme pas autre chose, quand on y regarde dans la perspective qui est ici la nôtre, qu\u2019une mobilisation de l\u2019école à des fins de solidarité sociale.Dans son action, l\u2019école est essentiellement vue comme une instance, comme un moyen, qui peut permettre à tout groupe et à tout individu à l\u2019intérieur de la société de pouvoir participer aux biens symboliques et économiques dont dispose cette société.L\u2019école pose, en principe, le droit et les conditions de l\u2019inclusion.On a connu ici comme ailleurs ce grand mouvement de démocratisation de l\u2019enseignement.Il y a eu des acquis; mais il reste des écarts et des écarts importants, persistants, même grandissants dans certains cas.Le capital scolaire étant ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui, la première façon pour l\u2019école de jouer son rôle vis-à-vis les exigences de la solidarité sociale est donc de s\u2019assurer de le distribuer le plus équitablement possible.Cela doit d\u2019abord vouloir dire l\u2019assurance relations décembre 1995 309 que tous aient accès à un niveau minimal de connaissances, une sorte de «smig culturel», comme l\u2019ont proposé les sociologues français Baudelot et Establet.Cela doit aussi correspondre à une préoccupation de l\u2019école de rétablir les équilibres précaires, d\u2019éviter que les écarts aillent grandissant entre les groupes au départ plus démunis: jeunes des milieux ruraux et urbains en voie de marginalisation, jeunes immigrants adultes, analphabètes et les autres.Il me semble donc tout à fait important de réaffirmer ici que l\u2019apport de l\u2019école «distributrice» est névralgique.Et c\u2019est certainement à travers cette mission qu\u2019elle peut (et devrait) contribuer davantage à contrer les mouvements d\u2019exclusion qui ont gagné nos sociétés et les minent de l\u2019intérieur.L\u2019école «socialisatrice» Par une autre voie, l\u2019école peut contribuer de façon décisive au maintien des liens sociaux: par sa fonction «socialisatrice», qui correspond au rôle central qu\u2019elle joue dans la transmission et le partage des valeurs communes, indispensables à la cohésion sociale, essentiels à la volonté de vivre ensemble et porteurs d\u2019un projet de société.C\u2019est l\u2019école normative, l\u2019école qui cherche à nous constituer en sujets sociétaux ou en sujets nationaux, l\u2019école qui tend à nourrir une même appartenance entre les membres d\u2019une société, qui tend à permettre une reconnaissance de la dignité humaine chez tous, malgré et par-delà les différences.Dans son action socialisatrice, l\u2019école doit développer la conscience de l\u2019appartenance commune (incarnée dans la nation), qui implique l\u2019idée maîtresse d\u2019un bien collectif à partager solidairement.Cette prise de conscience de la solidarité est centrale, parce qu\u2019elle est à la base de la justification du partage, partage qui lui-même fonde le lien social.Les idéaux d\u2019égalité et de fraternité que l\u2019école moderne a affirmés n\u2019ont cependant pas toujours été limpides.Les propos des enseignants, le contenu des manuels scolaires ont souvent transmis des stéréotypes qui confortaient la supériorité des hom- mes sur les femmes, valorisaient et imposaient des manières de voir et de faire des classes moyennes, défendaient l\u2019impérialisme des pays du centre et la supériorité des blancs sur les autres races.Des enjeux analogues se manifestent actuellement, et avec force, à travers le mouvement de la «rectitude politique», sur le port du voile à l\u2019école, sur la définition du périmètre d\u2019une culture commune à transmettre.L\u2019action socialisatrice de l\u2019école est donc fondamentale dans l\u2019adhésion des membres d\u2019une société à des valeurs communes, dans l\u2019affirmation d\u2019une solidarité, par-delà les différences que constituent les appartenances de générations, de sexes, de classes, d\u2019ethnies, de religions.Que faut-il demander à l\u2019école?De tout cela on peut dégager un certain nombre de propositions sur les rapports école/solidarités sociales.Les liens et convergences entre l\u2019action pédagogique, l\u2019action scolaire et les modes de solidarité que l\u2019on veut ou souhaiterait voir à l\u2019intérieur d\u2019une société nationale, sont posés là historiquement et avec force.Le travail de l\u2019école a été particulièrement exemplaire dans le cas de la constitution de solidarités autour de la nation, des valeurs nationales; il l\u2019a été aussi dans le mouvement d\u2019égalité des chances qui a suivi la Seconde Guerre mondiale et qui a été la pièce maîtresse du développement de l\u2019État-providence.Cependant, l\u2019histoire des cent dernières années montre bien aussi que l\u2019école est loin d\u2019avoir toujours été à la hauteur des ambitions qu\u2019on lui prêtait.Tant l\u2019école «distributrice», qui n\u2019arrive pas à faire facilement la place égale aux groupes et individus les moins bien nantis; tant l\u2019école «socialisatrice» qui, par exemple, a propagé pendant des décennies des représentations stéréotypées des femmes, des autochtones, des «ethniques» ou encore qui, dans son fonctionnement même, maintenait des pratiques tout à fait élitistes, un certain racisme de classe disait Bourdieu, tout en proclamant ses idéaux démocratiques.Ceci dit, il faut aussi enregistrer le fait qu\u2019elle a su, sous la for- L\u2019action nationale fondée en 1917 Revue mensuelle, 35,00$ par an \u2022\tSociale, économique et indépendantiste \u2022\tIndépendante des partis politiques \u2022\tDes faits, des idées et des solutions \u2022\t1600 pages par année \u2022\tPlus de 200 collaborateurs 1259, rue Berri, bur.320, Montréal \u2022 H2L 4C7 1-(514) 845-8533 Télécopie (514) 923-5755 310 relations décembre 1995 a LES ÉTATS GÉNÉRAUX SUR L'EDUCATION \u202236-1996 .,^,0\t¦ Que faut-il demander à l\u2019école?Cette question importante reviendra souvent lors des États généraux sur l\u2019éducation.Il va falloir que l\u2019école accepte de s\u2019ouvrir encore plus largement sur les grands mouvements sociaux et, surtout, qu\u2019elle consente à se rapprocher des communautés locales et des familles.ce des mouvements sociaux qui traversent la société, réorienter son action, s\u2019engager dans des réformes qui n\u2019ont pas été sans apporter une contribution importante à une participation sociale de groupes sociaux moins avantagés; c\u2019est le cas des femmes et des Québécois francophones notamment.Il est bien là le potentiel de l\u2019action scolaire, en regard des liens sociaux qui nous réunissent, en regard d\u2019une nécessaire ouverture et valorisation des solidarités sociales.Le problème et l\u2019enjeu actuel, c\u2019est que la conjoncture de crise et de glissement vers l\u2019exclusion de fractions de plus en plus importantes de citoyens crée une très forte demande (que certains peuvent juger exorbitante) sur une institution comme l\u2019école.Rappelons les principales demandes qui lui sont faites: elle doit, par la formation et la qualification, remédier au chômage et à la précarité de l\u2019emploi; elle doit absorber les conséquences des tensions en milieu familial; elle doit gérer des rapports ethniques conflictuels et assurer, par-delà le pluralisme, la transmission et la pérennité d\u2019une culture civique et nationale; elle doit contrer l\u2019invasion d\u2019une culture individualiste.Il y a là une immense «commande», devant laquelle il n\u2019y a pas d\u2019autres choix que d\u2019aller vers une mobilisation des ressources pour tenter de renforcer et d\u2019améliorer les pratiques pédagogiques.Pour cela, il va falloir que l\u2019école accepte de s\u2019ouvrir encore plus largement sur les grands mouvements sociaux et, surtout, qu\u2019elle consente à se rapprocher des communautés locales et des familles.Qu\u2019elle brise le cercle bureaucratique qui l\u2019enferme en ses murs.Le moment d\u2019un tel virage est peut-être particulièrement propice puisque, sous l\u2019effet même de la crise des liens sociaux, on assiste à une recrudescence de l\u2019action de groupes d\u2019entraide et, plus largement, à une consolidation du mouvement communautaire.L\u2019efficacité de l\u2019action scolaire va aussi supposer qu\u2019on n\u2019hésite pas à changer les conditions des pratiques pédagogiques dans l\u2019enceinte des écoles et des classes, et qu\u2019au niveau des instances gouvernementales, on cesse d\u2019intervenir à la pièce par des petites mesures: un petit peu aux milieux défavorisés, un petit peu aux minorités ethniques, un petit peu à la formation des maîtres, un petit peu au secteur professionnel.Cela n\u2019est pas une tâche facile, tout particulièrement dans le contexte de restructuration des politiques sociales et de coupure dans les finances publiques.Mais ce contexte ne doit pas devenir le paramètre majeur de définition des orientations à donner au projet scolaire d\u2019aujourd\u2019hui.Ce serait une erreur politique, au sens fort du terme, de laisser s\u2019affirmer de profondes fractures dans le tissu social, de laisser les mouvements d\u2019exclusion à leur dynamique inflationniste.À la limite, ce serait laisser la société mourir à elle-même.¦ relations décembre 1995 311 Normand Blouin/STOCK lectures du mois avec André Beauchamp, Robert Beauregard, Dominique Boisvert, Audrey Côté, Jean-Marc Dufort, Marc Lemire et Francine Tardif TECHNOLOGIE: ENJEUX POLITIQUES ET SOCIAUX Ursula Franklin, Le nouvel ordre technologique, Montréal, Bellarmin/L\u2019essentiel, 1995; 176 p.Comme chacun peut le constater dans sa propre vie, la technologie et sa diffusion généralisée sont plus que des faits bruts: ils engendrent un état d\u2019esprit et structurent les rapports sociaux d\u2019une façon qui n\u2019est pas innocente.Dans Le nouvel ordre technologique, Ursula Franklin propose un parcours dense et riche qui pose bien les enjeux politiques et sociaux de la technologie et qui en appelle à la responsabilité de chacun.Le petit livre qu\u2019on nous présente est fait de six conférences, préparées par le réseau anglais de Radio-Canada.Genre littéraire qui oblige à une certaine sobriété dans le traitement, à une vulgarisation poussée, à des répétitions et à des simplifications obligatoires, ainsi qu\u2019à des envolées oratoires bien senties.Le tout m\u2019a paru un superbe survol de la question.Le premier chapitre présente la technologie comme une pratique, une façon de faire, «une pratique formalisée, car cela permet entre autres, de la relier directement à la culture» (p.14).On a plutôt tendance à définir la technologie comme un dérivé de la science.Franklin l\u2019inscrit da- vantage dans la culture.Elle distingue les technologies holistiques, plus proches de l\u2019artisanat, et les technologies prescriptives qui engendrent la division du travail.Ces technologies ne sont pas nouvelles, les Chinois en pratiquant certaines dès 1200 ans avant notre ère.Elles «nous ont procuré une abondance de produits importants qui ont élevé notre niveau de vie et accru notre bien-être.Mais, ce faisant, elles ont engendré une culture de la docilité» (p.30).Faisant référence à Malthus qui s\u2019inquiétait de la croissance des classes inférieures, l\u2019auteure renverse la question: «il est peut-être temps de réfléchir à la démographie des machines et de négocier sérieusement un contrôle des naissances des machines» (p.37).Le chapitre deux, «technologies et réalité», insiste sur la modification que la technologie apporte à notre expérience de la réalité.La technologie structure notre expérience, avec pour résultat que «les gens se fient beaucoup moins à leurs propres expériences et au témoignage de leurs sens» (p.16).L\u2019auteure insiste sur l\u2019impact de ce fait dans le phénomène de la communication: ces moyens «ont bouleversé notre conception de la réalité et continuent de le faire» (p.52).Ils ont surtout comme résultat d\u2019éliminer la réciprocité.Elle parle de technologie de non-communication.Le chapitre suivant, «contrôle et gestion», aborde la question du retentissement social des technologies.La thèse de fond est que l\u2019implantation de la technologie s\u2019est faite dans un sens favorable à des intérêts particuliers.L\u2019auteur distingue les bénéfices indivisibles (qui profitent à tous, comme l\u2019environnement) et les bénéfices divisibles, qui profitent à quelques-uns seulement.«Les infrastructures publiques, qui ont favorisé le développement et la diffusion de la technologie, apportent de plus en plus de bénéfices divisibles.Mais, alors que les deniers publics ont défrayé les structures qui permettent au secteur privé des retours de bénéfices divisibles, le domaine d\u2019où proviennent les bénéfices indivisibles s\u2019est dégradé et demeure sans protection» (p.91).Sous le thème de la participation, le chapitre quatre explore l\u2019accaparement de la société par l\u2019État, au sein d\u2019une certaine rationalité.Il insiste également sur le poids que cette logique fait sentir au milieu écologique.Le vocabulaire se fait animiste à l\u2019occasion.Le chapitre suivant (cinq) insiste sur la docilité demandée aux usagers et sur l\u2019inversion qu\u2019une technologie crée à la longue.Par exemple, l\u2019auto qu\u2019on bricolait avec plaisir, est devenue si sophistiquée que nous lui sommes soumis.De même l\u2019ordinateur, en passe de s\u2019imposer dans nos vies.Moins unifié, ce chapitre décrit bien l\u2019impact de nombreuses filières: téléphone, machine à écrire, aliments surgelés, machines à coudre et leur impact sur la vie des gens.Les concepteurs techniques attachent peu de soin au bien-être des opérateurs.Le chapitre six propose des pistes pour l\u2019action.Il résume les concepts antérieurs et affirme péremptoirement: «à mes yeux, la crise de la technologie est en fait une crise de gouvernance (.).Je maintiens que, dans les faits, nous avons perdu l\u2019institution du gouvernement responsable devant le 312 relations décembre 1995 lectures du mois peuple et tenu de lui rendre compte de ses décisions.Il ne nous reste plus qu\u2019une bande de gestionnaires qui dirigent le pays au bénéfice de la technologie» (p.159).L\u2019au-teure en appelle à l\u2019implication sociale et à la participation et insiste sur la primauté de la justice comme critère de décision.Au total donc, un très beau livre, facile d\u2019accès, compétent et donnant priorité aux questions éthiques.Un livre engagé, très critique, anti-nucléariste, féministe, écologiste, un brin iconoclaste.À donner aux experts et aux dirigeants d\u2019entreprise! ¦ André Beauchamp LE SYMBOLE D\u2019UNE GÉNÉRATION SACRIFIÉE Antoine Prévost, De Saint-Denys Garneau l\u2019enfant piégé, Montréal, Boréal, 1994; 239 p.Le récit biographique De Saint-Denys Garneau l\u2019enfant piégé s\u2019articule autour de la généalogie de l\u2019auteur, Antoine Prévost, cousin du poète.Ainsi, l\u2019auteur évoque l\u2019existence de Saint-Denys Garneau à travers le souvenir de leurs ancêtres communs.Le premier chapitre s\u2019ouvre avec la mort d\u2019Hector de Saint-Denys Garneau, survenue le 24 octobre 1943, à Sainte-Catherine de Fossambault.Né à Montréal, le 13 juin 1912, il meurt d\u2019une crise cardiaque, à peine âgé de 31 ans.La veille, alors que Madame Garneau reçoit sa famille au Manoir, on s\u2019inquiète de l\u2019absence de Saint-Denys, parti en randonnée pour échapper aux interminables mondanités familiales.Car le poète est d\u2019abord petit-fils et arrière petit-fils des écrivains Alfred et François-Xavier Garneau, comme il est également -du côté maternel - le descendant du seigneur qui fit construire le Manoir de Sainte-Catherine de Fossambault, dont a hérité sa mère.Malgré la noblesse des aïeux, l\u2019héritage se trouve épuisé et la famille Garneau étirera longtemps ses derniers privilèges ancestraux.C\u2019est dans cet univers paradoxal de la superficialité mondaine et du romantisme exacerbé de sa mère que gran- dit Saint-Denys.Ballottée par les contradictions maternelles, la sensibilité de l\u2019enfant s\u2019en trouvera gravement affectée, d\u2019autant qu\u2019il est de santé fragile.De fait, le postulat fondamental d\u2019Antoine Prévost repose sur la culpabilité de la mère en regard du destin tragique de l\u2019auteur de Regards et jeux dans l\u2019espace.Tout au long du récit, Prévost revient à la charge: surprotégé par sa mère, le fils ne parviendra pas à devenir adulte et devra constamment lutter contre cette «épuisante nécessité de donner sa voix à celui qu\u2019il est depuis l\u2019enfance et qu\u2019il ne peut quitter» (124).Ainsi, l\u2019enfant est piégé par sa mère, comme il le sera, à l\u2019adolescence, par l\u2019amour, puis, plus tard, par la poésie.Sa vie, Saint-Denys Garneau la vivra sur le mode de l\u2019alternance, entre le collège et le repos forcé, car, dès sa dix-neuvième année, les médecins diagnostiquent une lésion cardiaque.Puis, entre la maison de Westmount et le havre de paix que représente le Manoir, il oscillera entre la peinture et la poésie.À 22 ans, blessé par la défaite de l\u2019amour et l\u2019impossibilité de s\u2019affranchir du milieu familial, il décide de «se donner entièrement à Dieu par le perfectionnement de ses talents et par la recherche de la Grâce» (151).Enfin, la publication de son unique recueil de poésie, Regards et jeux dans l\u2019espace, en 1937, sera l\u2019aboutissement fatal de sa chute.Après une critique acerbe de Claude-Henri Grignon, le poète se retire définitivement du monde et se cloître au Manoir de Sainte-Catherine.Un matin froid d\u2019automne 1943, son père le retrouve inerte sur le rivage, où sa chaloupe s\u2019est échouée.Bien qu\u2019on ait invoqué la crise cardiaque pour la postérité, le mystère entourant sa mort subsiste toujours.Pour Antoine Prévost, Hector de Saint-Denys Garneau se veut en quelque sorte le symbole d\u2019une génération sacrifiée.Sa poésie, par la pudeur du langage et «l\u2019expression de la douleur réfléchie, mesurée» (204), témoigne de l\u2019obsession du péché qu\u2019entretenait le cléricalisme de l\u2019entre-deux-guerres, au Québec.Et, paradoxalement, la poésie de Saint-Denys Garneau apparaît aussi subversive car, affirme Prévost, le recueil du poète se veut «le premier refus opposé à la culture épuisée.» (237).Les chapitres de l\u2019ouvrage d\u2019Antoine Prévost suivent une dynamique adhérant davantage à la technique du récit qu\u2019à celle de la biographie, généralement plus chronologique.Constamment, le narrateur nous fait passer d\u2019une réminiscence à l\u2019autre, d\u2019une saison à une autre, procédé qui n\u2019est pas sans s\u2019accorder avec les humeurs cycliques de la brève existence du poète.Au cours de la lecture de Saint-Denys Garneau l\u2019enfant piégé, on découvre une perspective indéniablement partiale, se traduisant par une propension de l\u2019auteur aux épanchements personnels sur le sort de son cousin et de sa famille.Cela dit, cet ouvrage, consacré à un poète hermétique pour plusieurs, constitue un témoignage unique, accessible à tous les lectorats.¦ Audrey Côté LE GOÛT DE NOTRE TERRE Suleiman Cassamo, Le Retour du mort, Paris, Chandeigne/Unesco, octobre 1994.(traduit du portugais (Mozambique) par Isabel Ferriera et Annick Moreau).Que la lecture de ces contes vous laisse un léger, très léger goût de terre.Le goût de notre terre.» Ce souhait, placé en exergue résume bien toute l\u2019étrange atmosphère qui se dégage du court ouvrage du Mozam-bicain Suleiman Cassamo.Le retour du mort, présenté en édition bilingue, se compose de quelques récits très brefs, presque des poèmes.Plus longs, certains récits deviendraient peut-être insupportables.Celui où l\u2019on rencontre Ngilina, par exemple, celle qui préférera la mort à la vie qu\u2019on lui inflige, mais qui ne peut s\u2019empêcher de «parler à son coeur» et de demander si «c\u2019est ça la vie?Toujours-toujours des insultes, travailler toute la sainte journée comme un âne sous le bât, bourrée de coups en plus, comme un boeuf en tirant la charrue.Plaie à la joue, bouche enflée, nez écorché, dents d\u2019cas-sées, c\u2019est vraiment ça la vie?» Ngilina, accordée à seize ans, contre son gré, à un homme plus âgé qu\u2019elle et qui ne lui donnera ni joie, ni plaisir.Ngilina, soeur à peine plus meurtrie que cette Laurinda qu\u2019un autre récit nous présente emportée dans la vague humaine, immense et houleuse, qui se forme pour accaparer les rares pains de la boulangerie.relations décembre 1995 313 lectures du mois Laurinda, soeur aussi fière que la Nyeleti du troisième récit, promise à l\u2019homme qu\u2019elle aime, ce Foliche parti loin, à la mine, gagner costume et cravate pour son père, grand pagne pour sa mère, pot de tabac à priser pour la vieille grand-mère, et tout ce qu\u2019exige encore le cercle des vieux pour consentir au mariage.Les textes de Cassamo nous présentent un Mozambique mal connu chez nous, où s\u2019entrechoquent la terrible condition des femmes, les cruelles migrations de travail vers l\u2019Afrique du Sud, le poids de la guerre.Textes lourds et graves, dont on entend encore l\u2019écho quand le livre est refermé.¦ Francine Tardif UNE APPROCHE UNITAIRE DES BESOINS MÈRE-FOETUS Marie-Josée Bernardi, Le droit à la santé du foetus au Canada, Montréal, Thémis, 1995; 258 p.Cet essai juridique mené avec rigueur n\u2019a rien de l\u2019étroitesse de perspectives qui marque d\u2019autres ouvrages du même genre.Il se distingue, entre autres, par les valeurs personnalistes qu\u2019il met en cause, par l\u2019effort de médiation qu\u2019il déploie dans la conciliation des meilleurs intérêts des sujets en présence, - soient la mère et son foetus, - enfin par l\u2019appel adressé au législateur en faveur d\u2019une amélioration des protections offertes au foetus, ainsi qu\u2019aux droits fondamentaux de la femme au regard du droit constitutionnel et criminel canadien.L\u2019étude retrace, en préliminaire, le développement historique du droit à la santé de l\u2019enfant à naître dans le droit international, jusqu\u2019à la Convention relative aux droits de l\u2019enfant des Nations unies (20 novembre 1989), dont elle identifie les avantages et les lacunes.Après avoir passé en revue le droit canadien, elle aborde les composantes de la reconnaissance juridique du foetus au Canada: son statut juridique, les recours possibles de l\u2019enfant contre les tiers et sa mère pour des dommages préconceptionnels ou prénatals, tant en droit civil québécois qu\u2019en vertu de la Common law canadienne.L\u2019auteure s\u2019interroge ensuite sur l\u2019opportunité d\u2019imposer à la femme, comme le fait la loi américaine, un devoir légal envers l\u2019enfant à naître.Une fois prises en compte les données juridiques, politiques et éthiques de ce dernier problème, l\u2019auteure en vient à la conclusion qu\u2019une approche unitaire des besoins mère-enfant paraît préférable à la supposée résolution d\u2019un conflit entre la mère et son foetus.«De façon générale, le dommage subi par l\u2019enfant traduit un problème de santé physiologique et psychologique de sa mère, souvent lui-même le fruit de facteurs environnementaux» (222).La solution de ce problème réside non pas dans un affrontement préjudiciable aux deux parties, mais plutôt dans le respect du cadre fourni par la nature.Une donnée majeure venue au terme de cette étude en souligne la valeur anthropologique: c\u2019est la continuité «qui existe entre les besoins de santé généraux de la femme, avant comme pendant la grossesse, et les dommages pouvant être causés à la santé du foetus.On sait maintenant qu\u2019une maternité sans risque dépend de la santé de la femme avant même sa naissance et pendant toute sa vie adulte, ainsi que de nombreux facteurs sociaux, culturels et économiques liés à la condition féminine» (222).Au jugement de l\u2019auteure, malgré une controverse à la fois technique et morale quant à la protection à accorder au foetus, le stade d\u2019évolution de la société contemporaine commande une approche résoluti- ve qui soit à la fois pragmatique et acceptable du point de vue de l\u2019éthique sociale et bio-médicale: «la reconnaissance du besoin d\u2019un statut spécial pour le foetus et le respect de l\u2019autonomie de la mère», l\u2019État se manifestant principalement par des programmes de prévention et de soins de santé.La rédaction appelle un certain nombre de corrections grammaticales (nous en avons relevé une vingtaine) et logiques.Ces remarques n\u2019infirment pas, cependant, la qualité de la rédaction, qui demeure soignée.¦ Jean-Marc Dufort QUI EST CHRÉTIEN?Coll, (sous la dir.d\u2019Irénée Beaubien), L\u2019identité chrétienne en question.Faut-il resserrer les exigences de l\u2019appartenance à l\u2019Eglise ?, St-Laurent, Fides, 1994; 136 p.Faut-il resserrer les exigences de l\u2019appartenance à l\u2019Église?» Telle était la question posée par Sentiers de Foi, suite au rapport Risquer l\u2019avenir sur les communautés chrétiennes locales.Ce rapport proposait, entre autres, de restreindre l\u2019accès des services sacramentels aux baptisés qui ont donné «des signes concrets d\u2019appartenance à la communauté, au cours des mois qui ont précédé la demande, par un engagement dans un groupe rattaché à la communauté ou des présences épisodiques aux rassemblements» (p.55).Qui est chrétien?D\u2019un point de vue institutionnel ou organisationnel, la question est centrale.et difficile! Est-ce une question légale (avoir été dûment baptisé et enregistré)?Disciplinaire (adopter et défendre À LIRE DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS Haïti: dix ans après Duvalier L\u2019État-providence: le constat d\u2019une crise L\u2019ALENA et les réformes sociales Politique de santé ou politique de soins?Famille: la crise du lien social 314 relations décembre 1995 lectures du mois des positions reconnues conformes à l\u2019orthodoxie)?Spirituelle (être mû et interpellé par l\u2019événement ou la personne de Jésus)?Socio-psychologique (se reconnaître dans un héritage et une tradition religieuse, culturelle et humaine qui nous a façonnés)?Est-ce une identité fixe?Un cheminement linéaire?Une aventure humaine et complexe?Où tracer les frontières?Et d\u2019abord faut-il des frontières?Jésus a-t-il reconnu les frontières?En a-t-il lui-même proposées?Parce que nous sommes des êtres incarnés, vivant dans un temps et un espace définis, nous ne pouvons pas faire abstraction des structures et des organisations concrètes.Mais, parce que nous sommes aussi âmes et esprits, appelés à la vie et à l\u2019amour par ce Tout Autre qui dépasse notre entendement et fait éclater nos définitions, nous ne pouvons pas nous laisser enfermer dans ces mêmes structures et organisations.Mystère de l\u2019incarnation.L\u2019identité chrétienne en question, publié chez Fides, regroupe les interventions d\u2019une journée d\u2019étude organisée, en octobre 1993, par l\u2019organisme Sentiers de Foi.La plupart des textes sont brefs, et proviennent d\u2019expériences et de perspectives diverses: agents de pastorale confrontés sur le terrain aux demandes de «distants» voulant faire baptiser leur enfant ou se marier à l\u2019Église, théologiens réfléchissant sur les aspects sociologiques, psychologiques et proprement théologiques de l\u2019expérience chrétienne, observateurs analysant les défis de l\u2019héritage historique du christianisme québécois, etc.Signalons, entre autres, le long texte d\u2019André Charron (p.27-86), qui analyse les nombreuses dimensions de la question pour aboutir, lui aussi, à la conclusion quasi unanime des intervenants: il serait injustifié et néfaste de resserrer les critères d\u2019appartenance à l\u2019Église.Dans une société qui vit un pluralisme culturel et religieux grandissant, la tentation est forte de chercher la sécurité dans l\u2019affirmation d\u2019une identité pure et dure ou dans le repli sur une identité frileuse.Toutes les grandes religions y sont exposées.Mais c\u2019est faire l\u2019économie des complexités de la vie réelle, des tâtonnements dans les cheminements, de la patience et de l\u2019amour sans limite d\u2019un Dieu qui appelle.L\u2019Église de Montréal vient d\u2019entrer en Synode, après celle de Québec et celle de Sherbrooke.Les constats sur le fossé énorme qui s\u2019est creusé entre l\u2019Église et le monde contemporain sont partagés par tous.L\u2019occasion est là, au niveau local, de revivre Vatican II en ouvrant toutes grandes les fenêtres de l\u2019Église et en y laissant entrer les courants d\u2019air de l\u2019Esprit.Mais l\u2019Esprit, c\u2019est bien connu, «souffle là où il veut».Il nous «précède en Galilée», se tient avec la Samaritaine, le percepteur d\u2019impôt, le centurion romain ou les prostituées.Il nous conduit souvent «là où nous ne voudrions pas aller».Bref, l\u2019Esprit ne se soumet guère au contrôle, même bien intentionné, de nos cartes d\u2019identité.¦ Dominique Boisvert ESPACE PUBLIC DANS L\u2019ÉGLISE Robert Mager, La politique dans l\u2019Église: Essai ecclésiologique à partir de la théorie politique de Hannah Arendt, Montréal, Médiaspaul, 1994; 332 p.Ce livre est important et son auteur est un penseur original, dont les idées contribueront, espérons-le, à l\u2019avènement d\u2019une Église parlante dans le monde de ce temps.Ça n\u2019est pas lui qui le dit, son propos est dénué de tout triomphalisme.C\u2019est moi qui désespère de voir l\u2019Église catholique évoluer positivement.C\u2019est moi qui désespère souvent de voir le monde évoluer positivement, mais qui ai appris, à travers la pensée de Flannah Arendt, à espérer en un monde vivable, habitable par des humains libres, dans une société non pas d\u2019utopie mais d\u2019hommerie.Aujourd\u2019hui, je suis content de constater qu\u2019un théologien s\u2019est pleinement intéressé à la démarche de Hannah Arendt et a entrepris de s\u2019en servir pour penser l\u2019Église qui en a tant besoin.Dans la première partie, Robert Mager choisit de partir de l\u2019exhortation apostolique Christi fideles laid pour montrer la conception dominante de la nature et du rôle des laïcs par rapport au gouvernement de l\u2019Église catholique.Cette analyse herméneutique, malgré qu\u2019on pourrait lui reprocher d\u2019être peu historique, montre bien la situation peu humaine dans laquelle les laïcs se trouvent aujourd\u2019hui.relations décembre 1995 Par la suite, l\u2019auteur expose les grands traits de la méthode et de la pensée de Hannah Arendt.Les lignes de force de cette pensée se déploient autour des relations entre pouvoir et violence; de la conception de l\u2019action en tant que contenu de la liberté; de la relation entre action politique et espace politique; de la nécessité de l\u2019existence d\u2019espaces publics (mondains), d\u2019un monde partagé par tous et toutes.Il fait le tour de l\u2019entreprise de définition de Arendt, à propos du gouvernement: autorité, tradition, pouvoir, décision, religion, politique.Après avoir présenté à grands traits Hannah Arendt, Robert Mager entre de plain-pied dans ce qui est la raison d\u2019être de cet essai.Il montre en quoi l\u2019oeuvre de Hannah Arendt constitue un appel à créer, à partir de l\u2019Église, la maison des enfants de Dieu, l\u2019espace public où les humains voulus libres par le Créateur peuvent vivre une foi pleinement humaine, libre, fidèle à l\u2019exemple du Christ et signifiante pour et dans le monde.Il montre comment la domination hiérarchique pervertit le projet même et la raison d\u2019être de l\u2019Église et comment cette absence de vie publique et politique à l\u2019intérieur de l\u2019Église l\u2019empêche d\u2019être le sel de la terre, le ferment qui fait lever la pâte.Probablement la plus convaincante argumentation contre la hiérarchie depuis belle lurette.Un espoir pour l\u2019Église et un espoir pour le monde.Un livre pour qui désespère de l\u2019une et de l\u2019autre.¦ Robert Beauregard PASSION DÉVORANTE Gabriel Garcia Marquez, De l\u2019amour et autres démons, Paris, Grasset, 1995; 248 p.A la lecture du dernier roman de Gabriel Garcia Marquez, De l\u2019amour et autres démons, il nous vient à l\u2019esprit que nous sommes en terrain connu.Si certains écrivains finissent par se répéter, d\u2019autres - et c\u2019est ici le cas - approfondissent un même thème d\u2019un livre à l\u2019autre.Aussi, quiconque a quelque peu fréquenté l\u2019oeuvre de l\u2019écrivain colombien y retrouvera, redéployée, la dimension clé du corpus marquézien: la 315 lectures du mois passion.La vraie, celle qui tue, celle qui détruit une vie, celle qui pousse aux pires excès mais aussi, quelquefois, mène au génie.Elle a peu à voir, cette passion, avec la réalité quotidienne, et ce n\u2019est pas innocent.Une fois de plus, le romancier exerce son droit de distance, son droit d\u2019écart avec cette réalité, se moquant de la morale et de la décence.Se moquant même de la passion, en fin de compte.En liminaire, l\u2019auteur évoque les circonstances qui ont prévalu à la naissance de ce roman.En 1949, alors jeune journaliste, Garcia Marquez assiste à l\u2019exhumation d\u2019une crypte.Au nombre des squelettes extirpés, on retrouve celui d\u2019un enfant dont la chevelure dépasse les vingt-deux mètres, Sierva Maria de Todos los Angeles.Connaissant vaguement l\u2019ancienne légende d\u2019une petite marquise aux longs cheveux, morte de la rage après avoir été peut-être mordue par un chien, Marquez fait le pari que gît devant lui le sujet de la légende.Son imagination fera le reste, soit un roman.Dans la mesure où la petite histoire vire souvent à la légende, à la fiction créatrice de sens, mais que le contraire est fort rare, on peut dire que Garcia Marquez opère une intéressante subversion des rapports qui unissent l\u2019art et la réalité.Par là, il peut redonner à cet enfant sans visage, dont l\u2019historiographie n\u2019a retenu, somme toute, que la longue chevelure, une identité, une dignité même.Ce roman, s\u2019il n\u2019a pas la puissance de Cent ans de solitude - ultime référence de l\u2019univers très particulier de Gabriel Garcia Marquez - vaut bien qu\u2019on s\u2019y attarde, ne serait-ce que pour prendre congé, momentanément bien sûr, de la tiédeur de nos liens affectifs et se mesurer à la passion dévorante - et heureusement fictive - d\u2019un clerc, Cayetano Delaura, pour cette fillette que la bêtise d\u2019une époque enferma préventivement au couvent pour, pensait-on, la laisser mourir d\u2019une crise de rage.Passion irréelle, passion que seuls peuvent assumer des êtres plus grands que nature, ou trop grands pour la nature.Passion sur laquelle se penche Marquez pour en relever la part d\u2019ombre, ce qui en elle flirte avec la mort.Passion qui - c\u2019est désormais entendu et on n\u2019y reviendra pas - ne peut qu\u2019accoucher de la mort.Ce sont les cas exemplaires de Roméo et Juliette ou de Tristan et Iseult, dont c\u2019est le destin de mourir d\u2019aimer.Mais n\u2019est-ce pas aussi rire de l\u2019amour que de le pousser à ces extrêmes?Les grands écrivains - et Gabriel Garcia Marquez en est sûrement un - partagent cette intuition de la vacuité des choses humaines.La finesse du style - il s\u2019agit après tout d\u2019un prix Nobel (1982) -, la richesse de la faune humaine et la couleur «locale» font de De l\u2019amour et autres démons une lecture stimulante, encore que - audacieux bémol! - l\u2019ensemble soit assez anecdotique et laissera finalement peu de traces dans l\u2019histoire de la littérature.On n\u2019écrit pas tout le temps des chefs-d\u2019oeuvre.¦ Marc Lemire LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.-\tPierrette Beaudoin, Les recettes de Madame Curé.La cuisine des presbytères, Montréal, Logiques, 1995; 204 p.-\tJean-Jacques Joubert, L\u2019enjeu REÉR.en 18 trous.Ce que votre comptable vous dit sur un terrain de golf, vous le dirait-il à son bureau?, Montréal, Logiques, 1995; 289 p.-\tJustice et Paix, Au risque de l\u2019insécurité.Dépasser la tentation sécuritaire, Bruxelles, Lumen Vitae, 1995; 111p.-\tColl, (sous la dir.de Jacques Seme-lin), Quand les dictatures se fissurent.Résistances civiles à l\u2019Est et au Sud, Paris, Desclée de Brouwer, 1995; 261 p.-\tNicolas Poincaré, Gabriel Maindron, un prêtre dans la tragédie, Paris, De l\u2019Atelier, 1995; 128 p.-\tPhilip S.Land, Catholic Social Teaching.As I Have Lived, Loathed, and Loved It, Chicago, Loyola University Press, 1995; 288 p.-\tColl., Intégration à l\u2019emploi des personnes défavorisées, Québec, Les Publications du Québec, 1995; 372 p.-\tPascal, Entretien avec M.de Sacy.Original inédit présenté par Pascale Mengotti et Jean Mesnard, Paris, Desclée de Brouwer, 1994; 143 p.-\tColl, (sous la dir.de André Normandeau et Émerson Douyon), Justice et communautés culturelles?, Montréal, Du Méridien, 1995; 421 p.-\tMicheline Dumont, Les religieuses sont-elles féministes?, St-Laurent, Bellar-min, 1995; 207 p.-\tRobert Choquette, The Oblate Assault on Canada\u2019s Northwest, Ottawa, University of Ottawa Press, 1995; 258 p.-\tDostoïevski, La légende du Grand Inquisiteur, présenté par Michel del Castillo, Paris, Desclée de Brouwer, 1995; 93 p.-\tUrsula Franklin, Le nouvel ordre technologique, St-Laurent, Bellarmin, 1995; 177 p.-\tColl, (sous la dir.de Denise Veillette), Femmes et religions, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 1995; 466 p.H à signaler ?Femmes et religions, sous la direction de Denise Veillette, aux Presses de l\u2019Université Laval, Québec.La publication est un collectif multidisciplinaire, regroupant quinze auteures qui osent penser, voir, dire et croire autrement.?Drames humains et foi chrétienne, aux Éditions Fides, collection Héritage et Projet.Sous la direction de Camil Ménard et Florent Villeneuve, les contributions de ce livre ouvrent des avenues de réflexion et d\u2019action sur des questions fondamentales: la vie, la mort, la violence, la souffrance.?Alain Durand, Les pauvretés à la lumière de la Bible, les Éditions de l\u2019Atelier/Éditions Ouvrières, Paris, 1995.Dix fiches de travail destinées aux personnes qui souhaitent redécouvrir l\u2019extraordinaire pertinence de la Parole de Dieu par rapport aux pauvres et aux situations de pauvreté.316 relations décembre 1995 Le FONDS Campagne de financement au bénéfice du Centre justice et foi Objectif: 1,000,000$ «jjéAuàs uedt p&A un tâuenn,.JLe 4mmon rUv/i La mcmiacjne edt un p/mjet pjalitujfU& 4alule cfrniLvaui La p&ine, de j^cU/ie néuAAûn, cudj&u/uiUui.» Julien Harvey Le Centre justice et foi est un centre jésuite d\u2019analyse sociale.Créé en 1983, le CJF est l\u2019héritier d\u2019une longue tradition, commencée avec l\u2019École sociale populaire, en 1911, puis l\u2019Institut social populaire, en 1950.Le Centre est un lieu de rencontre, un laboratoire de recherche et un lieu de transformation de la réalité sociale.L'ÉQUIPE DU CJF Trois équipes y travaillent en étroite collaboration.\u2022\tRelations, revue mensuelle d\u2019analyse sociale, politique et religieuse, est engagée dans la promotion d\u2019un projet de société, depuis plus de 50 ans.\u2022\tLe Secteur des communautés culturelles porte son attention sur le défi de l\u2019accueil et de l\u2019intégration des réfugiés et des immigrants et sur la convi-vance entre Québécois de toutes origines.Il publie un bulletin de liaison de pastorale interculturelle, Vivre ensemble.\u2022 Le Secteur des programmes propose des activités publiques comme les Soirées Relations, des journées d\u2019étude et des sessions sur différents thèmes.LE FONDS JULIEN HARVEY Ce nouvel organisme sans but lucratif veut amasser un capital dont les intérêts serviront spécifiquement à soutenir le CJF dans la réalisation de sa mission.Supporté généreusement, depuis sa création, par la Compagnie de Jésus, le Centre éprouve le besoin de faire aujourd\u2019hui appel à d\u2019autres sources de financement.Un don au Fonds Julien Harvey exprime votre solidarité avec la mission du Centre justice et foi.Merci pour votre générosité! Formulaire d'adhésion Découper ou recopier l'essentiel de ce coupon Oui, je veux contribuer au Fonds Julien Harvey pour soutenir l'oeuvre du Centre justice et foi ?ami-e (moins de 25$); ?compagnon/compagne (25 à 500$); ?associé-e (500$ et plus) Nom: .Adresse:.Ville: .Code postal: Montant souscrit: Tél.: $ Reçu pour impôt (10$ et plus): ?oui Gnon No enreg.: 0058214-20 Veuillez libeller votre chèque à l'ordre de: Centre justice et foi, Fonds Julien Harvey 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 relations décembre 1995 317 tables de l\u2019année 1995 AUTEURS BALTHAZAR, L., Culture publique commune et histoire: 107.BAUM, G., L\u2019examen de conscience des Églises: 170.Génocide aux temps modernes: 172.Comment comprendre Dieu après l\u2019Holocauste?: 176.Le Christ et le pluralisme religieux: 303.BEAUCHAMP, A., Le référendum est-il à risque?: 84.Une spiritualité à construire: 202.Dominer la création?: 203.Le point de vue de la montagne, de la pierre et du ruisseau.: 207.Une alliance nouvelle et universelle: 209.BEAUDIN, M., Le néo-libéralisme comme «religion»: 238.L\u2019idolâtrie sacrificielle néo-libérale: 241.BIRON, J.-M., La mission de la Compagnie de Jésus à l\u2019aube de l\u2019an 2000: 214.BOISVERT, D., Pour le meilleur et pour le pire: 72.Voyage au pays de l\u2019ONU.: 74.Délivrez-nous du Mal: 168.Le Mal et nous: 169.Pour qui?Pour quoi?: 296.BOIVIN, L.et GAUTHIER, I., L\u2019Église catholique au Chiapas: 276.BOUCHER, J., Le nouveau Léviathan: 8.Un art à réinventer: 138.CAMPBELL, M.M., Les jeux ne sont jamais faits: 268.CHAMPAGNE, C.et LEBOEUF, L., Violence et pauvreté: 46.CHICHA, M.-T., L\u2019égalité au travail: nouveaux défis pour les femmes: 117.COLLOQUE DROIT DE CITÉ (déclaration issue des travaux du), Un défi démocratique et solidaire: renouveler la citoyenneté: 120.DANDURAND, P., École et solidarité: 308.DANS, G., L\u2019intégration continentale: 278.DUBÉ, C., Un héritage à refuser: 42.DUFOUR J.et VAILLANCOURT, J.-G., Réformer ou remplacer l\u2019ONU?: 80 ÉLIE, B., Le système financier international: 15.FREITAG, M., Souveraineté nationale et économisme mondialisé: 233.GAUTHIER, l\u201e (voir BOIVIN, L.).HAMEL, T., Profession: agricultrice?: 183.HARVEY, J., Entrez dans l'espérance (Jean-Paul II): 21.Une histoire publique commune au Québec?: 106.L\u2019école catholique aujourd\u2019hui: 180.LEBOEUF, L, (voir CHAMPAGNE, C.).LEDDY, M.J., Dieu et l\u2019Holocauste: 175.LÉPINE, L., L\u2019héritage religieux de la violence: 49.LÉVESQUE, B., MENDELL, M.et VAN KEMENADE, S., Les fonds de développement: esquisse d\u2019un portrait: 12.MALOUIN, M.-P., De la vocation à la désillusion: 139.MENDELL, M., (voir LÉVESQUE, B.).MEASSCHALCK, M., Haïti: qui et comment aider?: 56.Haïti: voir au-delà des élections: 211.MORIN, C., Cuba: au bord du gouffre ou à la sortie du tunnel?: 54.MURRAY, A., L\u2019insaisissable communauté internationale: 77.MYRE, A., Jésus au passé et au présent: 297.PARGUEZ, A., L\u2019esclavage pour dettes: 87.PARGUEZ, A.et SADER, H., Le «miracle» néo-zélandais: 113.PAX CHRISTI INTERNATIONAL, Développement et sécurité sont étroitement liés: 151.PAYEUR, C., Le droit d\u2019enseigner, ça existe?: 143.PICHETTE, J., Le joker dans la manche de l\u2019État: 271.PLAMONDON, M., Notre système bancaire et les consommateurs: trois failles: 9.PRUDHOMME, D., La violence conjugale: 43.RICHARD, J.-C., L\u2019enseignement de l\u2019histoire: 110.ROCHER, F., Souveraineté et nationalisme ethnocentrique: 247.SADER, H., Le dollar canadien est mal parti: 88.Une solution: 90.(Voir aussi PARGUEZ, A.et S.H.).SCHABAS, W.A., La répression des crimes contre l\u2019humanité: 217.SHARP, C., Le mensonge néo-libéral: 232.Risquer le tissu social: 264.L\u2019état des jeux: 265.Opium du peuple: 272.La christologie féministe: 300.VACHON, B., Priorité aux régions! Qu\u2019en est-il exactement?: 23.VAILLANCOURT, J.-G.(voir DUFOUR, J.) VAN KEMENADE, S., (voir LÉVESQUE, B.).VEILLETTE, D., Le malaise des professeurs des cégeps: 146.FACE À L\u2019ACTUALITÉ AGRICULTURE, MONDE RURAL - Prêt pour le pouvoir?, R.M.: 135.AUTOCHTONES - Autonomie et territoire, R.B.: 37.DÉMOCRATIE - (Voir Souveraineté) ÉCONOMIE, - ET RÉGIONS - Prêt pour le pouvoir?, R.M.: 135.ÉDUCATION - Éducation populaire autonome, G.F.: 166.ENVIRONNEMENT - Sommes-nous une société responsable?, E.L.: 70.ÉGLISES ET RELIGIONS - Pronostics sur un synode, J.P.: 5.Chrétiens de gauche?, D.B.: 6.L\u2019affaire Gaillot, A.D.: 69.Les évêques et le référendum, J.-M.B.: 132.La «révolution» de Soeur Dinarosa, F.T.: 195.La collégialité dans l\u2019Église, G.B.: 228.Un réseau Culture et foi, D.B.: 229.«Qu\u2019ils soient uns», S.V.: 261.Trois-Rivières en attente d\u2019un évêque, R.M.: 292.(Voir aussi Femmes) ÉTHIQUE - L'université à l\u2019heure du jugement, A.B.: 4.Sommes-nous une société responsable?, E.L.: 70.La santé communautaire, J.-M.D.: 164.FEMMES - Le ministère des femmes, M.-T.v.L.C.: 3.Pour une poignée de dollars, G.D.B.: 133.Carnet de route, V.L.: 197.Les femmes et la question nationale, C.D.: 198.Meena sur les traces de Hilary, G.T.: 260.JEUNES - Les enfants dans la tourmente, J.G.: 102.LIBRE MARCHÉ - La mort d\u2019un commis-voyageur, J.P.: 67.La nouvelle stratégie du Canada, G.D.: 68.(Voir aussi Réforme) PAIX - Une paix en dedans comme au dehors, D.B.: 40.(Voir aussi Questions internationales) QUESTIONS INTERNATIONALES - Le «mal zaïrois», F.T.: 103.Impunité et société: propos d\u2019un Uruguyaen «ordinaire», L.P.A.: 135.La prison pour Robert McNamara?, R.F.D.: 165.Chirac seul contre tous, G.M.: 262.QUESTIONS SOCIALES DIVERSES - John Peter Hymphrey, in memoriam, J.H.: 134.L\u2019Alternative, D.B.: 259.RAPPORTS INTERCULTURELS - Les minorités visibles, G.N.: 230.RÉFORME SOCIALE, RESTRICTIONS BUDGÉTAIRES - Pour une poignée de dollars, G.D.B.: 133.Éducation populaire autonome, G.F.: 166.L\u2019Alternative, D.B.: 259.Une mission impossible, G.P.: 293.SOUVERAINETÉ, RÉFÉRENDUM - Souverains et communautaires, J.G.: 35.Un bien-être pour tous et toutes, G.P.: 36.Retrouver l\u2019autre mémoire, M.L.: 36.Autonomie et territoire, R.B.: 37.L\u2019indispensable liberté sensée, J.H.: 38.La justice au coeur de l\u2019avenir, F.T.: 39.Une paix en dedans comme au dehors, D.B.: 40.Les commissions et l\u2019avenir de la démocratie, J.B.: 99.La souveraineté et les frontières du possible, J.G.: 100.Cette culture qu\u2019on oublie, P.Q.: 101.Une autre Révolution tranquille?, G.P.: 131.Les évêques et le référendum, J.-M.B.: 132.La question nationale, J.B.: 163.Référendum: l\u2019ultime rendez-vous, J.G.: 196.Les femmes et la question nationale, C.D.: 198.Projet de société et souveraineté, G.P.: 227.Les minorités visibles, G.N.: 230.Pour la suite du Québec., D.B.: 291.MATIÈRES (Voir aussi FACE À L\u2019ACTUALITÉ) AGRICULTURE - Profession: agricultrice?, T.H.: 183.DÉMOCRATIE, ÉTAT, CITOYENNETÉ - Un défi démocratique et solidaire: renouveler la citoyenneté, Colloque Droit de cité: 120.(Voir aussi Jeux) ÉCONOMIE, DETTE - L\u2019esclavage pour dettes, A.P.: 87.Le dollar canadien est mal parti, H.S.: 88.Une solution, H.S.: 90.Le «miracle» néo-zélandais, A.P.et H.S.: 113.L\u2019intégration continentale, G.D.: 278.(Voir aussi Finance, Néo-libéralisme) ÉDUCATION, ENSEIGNEMENT - Un art à réinventer, J.B.: 138.De la vocation à la désillusion, M.-P.M.: 139.Le droit d\u2019enseigner, ça existe?, C.P.: 143.Le malaise des professeurs des cégeps, D.V.: 146.École et solidarité: P.D.: 308.(Voir aussi Histoire, Laïcité) ÉGLISES ET RELIGIONS - Entrez dans l'espérance (Jean-Paul II), J.H.: 21.L\u2019héritage religieux de 318 relations décembre 1995 volume 55, numéros 607 à 616 la violence, L.L.: 49.La mission de la Compagnie de Jésus à l\u2019aube de l\u2019an 2000, J.-M.B.: 214.L\u2019Église catholique au Chiapas, L.B.et I.G.: 276.(Voir aussi Environnement, Jésus Christ, Mal, Néo-libéralisme) ENVIRONNEMENT, SPIRITUALITÉ DE L\u2019- Une spiritualité à construire, A.B.: 202.Dominer la création?, A.B.: 203.Le point de vue de la montagne, de la pierre et du ruisseau., A.B.: 207.Une alliance nouvelle et universelle, A.B.: 209.ETHNICITÉ, CULTURE PUBLIQUE COMMUNE -L\u2019école catholique aujourd\u2019hui, J.H.: 180.Souveraineté et nationalisme ethnocentrique, F.R.: 247.(Voir aussi Histoire) FEMMES - L\u2019égalité au travail: nouveaux défis pour les femmes, M.-T.C.: 117.De la vocation à la désillusion, M.-P.M.: 139.Profession: agricultrice?, T.H.: 183.La christologie féministe, C.S.: 300.(Voir aussi Violence) FINANCE (LE MONDE DE LA -) - Le nouveau Léviathan, J.B.: 8.Notre système bancaire et les consommateurs: trois failles, M.P.: 9.Les fonds de développement: esquisse d\u2019un portrait, B.L., M.M.et S.V.K.: 12.Le système financier international, B.É.: 15.(Voir aussi Néo-libéralisme) HISTOIRE (ENSEIGNEMENT DE L\u2019-) - Une histoire publique commune au Québec?, J.H.: 106.Culture publique commune et histoire, L.B.: 107.L\u2019enseignement de l\u2019histoire, J.-C.R.: 110.JÉSUS CHRIST - Pour qui?Pour quoi?, D.B.: 296.Jésus au passé et au présent, A.M.: 297.La christologie féministe, C.S.: 300.Le Christ et le pluralisme religieux, G.B.: 303.JEUX DE HASARD - Risquer le tissu social, C.S.: 264.L'état des jeux, C.S.: 265.Les jeux ne sont jamais faits, M.M.C.: 268.Le joker dans la manche de l'État, J.P.: 271.Opium du peuple, C.S.: 272.LAÏCITÉ SCOLAIRE - L\u2019école catholique aujourd\u2019hui, J.H.: 180.MAL (Le -), GÉNOCIDE - Délivrez-nous du Mal, D.B.: 168.Le Mal et nous, D.B.: 169.L\u2019examen de conscience des Églises, G.B.: 170.Génocide aux temps modernes, G.B.: 172.Dieu et l\u2019Holocauste, M.J.L.: 175.Comment comprendre Dieu après l\u2019Holocauste, G.B.: 176.La répression des crimes contre l\u2019humanité, W.A.S.: 217.NATIONALISME - (Voir Histoire, Souveraineté) QUESTIONS INTERNATIONALES - Cuba: au bord du gouffre ou à la sortie du tunnel?, C.M.: 54.Haïti: qui et comment aider?, M.M.: 56.Le «miracle» néo-zélandais, A.P.et H.S.: 113.Développement et sécurité sont étroitement liés, Pax Christi International: 151.Haïti: voir au-delà des élections, M.M.: 211.L\u2019Église catholique au Chiapas, L.B.et I.G.: 276.L\u2019intégration continentale, G.D.: 278 (Voir aussi ONU) QUESTIONS SOCIALES DIVERSES - La répression des crimes contre l\u2019humanité, W.A.S.: 217.NÉO-LIBÉRALISME - Le mensonge néo-libéral, C.S.: 232.Souveraineté nationale et économisme mondialisé (entrevue avec Michel Freitag), J.P.: 233.Le néo-libéralisme comme «religion», M.B.: 238.L\u2019idolâtrie sacrificielle néo-libérale, M B.: 241.(Voir aussi Finance, Jeux) ONU - Pour le meilleur et pour le pire, D.B.: 72.Voyage au pays de l\u2019ONU., D.B.: 74.L\u2019insaisissable communauté internationale, A.M.: 77.Réformer ou remplacer l\u2019ONU?, J.-G.V.et J.D.: 80.PAIX - Développement et sécurité sont étroitement liés, Pax Christi International: 151.RÉFÉRENDUM - Le référendum est-il à risque?, A.B.: 84.RÉGIONS (DÉVELOPPEMENT DES -) - Les fonds de développement: esquisse d\u2019un portrait, B.L., M.M.et S.V.K.: 12.Priorité aux régions! Qu\u2019en est-il exactement?, B.V.: 23.SOUVERAINETÉ - Souveraineté et nationalisme ethnocentrique, F.R.: 247.Souveraineté nationale et économisme mondialisé (entrevue avec Michel Freitag), J.P.: 233.TRAVAIL - L'égalité au travail: nouveaux défis pour les femmes, M.-T.C.: 117.(Voir aussi Enseignement, Agriculture) VIOLENCE FAITE AUX FEMMES - Un héritage à refuser, C.D.: 42.La violence conjugale, D.P.: 43.Violence et pauvreté, C.C.et L.L.: 46.L\u2019héritage religieux de la violence, L.L.: 49.LECTURES ACTION NATIONALE(750e numéro de L\u2019), J.H.: 62.ARISTIDE, J.-B., Dignité, D.B.: 189.BARIL, D., Les mensonges de l\u2019école catholique.Les insolences d\u2019un militant laïque, J.H.: 124.BERNARDI, M.-J., Le droit à la santé du foetus au Canada, J.-M.D.: 314.BLONDIN, D., Les deux espèces humaines.Autopsie du racisme ordinaire, M.-P.M.: 282.CAJOLET-LAGANIÈRE, H.et MARTEL, P., La qualité de la langue au Québec, Y.T.: 252.CALDWELL, G., La question du Québec anglais, J.H.: 29.DESFONDS, O., Rivales de Dieu.Les femmes de prêtre, C.S.: 188.DULAC, G., Penser le masculin.Essai sur la trajectoire des militants de la condition masculine et paternelle, F.T.: 124.FOURASTIÉ, J., Jean Fourastié entre deux mondes.Mémoire en forme de dialogues avec sa fille, A.B.: 61.FRANCESCHI, P., Quelque chose qui prend les hommes, D.B.: 30.FRANKLIN, U., Le nouvel ordre technologique, A.B.: 312.FUMOLEAU, R., Aussi longtemps que le fleuve coulera.La nation dénée et le Canada, C.L.: 93.GAGNON, A.-G., Québec: État et société, J.H.: 59.GAGNON, C., Les recompositions des territoires.Développement local viable, A.B.: 253.GAGNON, M.-J., Le syndicalisme: état des lieux et enjeux, V.G.: 284.GAILLOT, J., Les cris du choeur, D.B.: 221.GARCIA MARQUEZ, G., De l'amour et autres démons, M.L.: 315.GODBOUT, J., Le Temps des Galarneau, M.L.: 188 JONES, A.et SCHECHTER, S., Quand l\u2019amour ne va plus.Échapper à l\u2019emprise d\u2019un conjoint manipulateur, C.D.: 60.JEAN-PAUL II, Entrez dans l\u2019espérance, J.H.: 21.JUTRAS, H., Le Québec me tue, M.B.: 157.KEMPENEERS, M., Le travail au féminin, C.S.: 157.KUNDERA, M\u201e La lenteur, M.L.: 221.LACELLE, É.J., L\u2019incontournable échange.Conversations oecuméniques et pluridisciplinaires, C D.: 220.LAFERRIÈRE, D., Chronique de la dérive douce, M.L.: 60.MAGER, R., La politique dans l\u2019Église: Essai ecclésiologique à partir de la théorie politique de Hannah Arendt, R.B.: 315.MELLON, C.et SEMELIN, J., La non-violence, D.B.: 285.MINOIS, G., L\u2019Église et la science.Histoire d\u2019un malentendu.Tome 1 : De saint Augustin à Galilée.Tome 2: De Galilée à Jean-Paul II, A.B.: 123.MOORE, B., Dieu parle-t-il créole?, F.T.: 254.MORISSETTE, R., Les juges, quand éclatent les mythes.Une radiographie de la crise, A.B.: 28.MOY, J., Le Bilboquet, M.Q.: 187.NEIRYNCK, J., Le manuscrit du Saint-Sépulcre, D.B.: 156.PERRIN, R., Rome et le Canada.La bureaucratie vaticane et la question nationale 1870-1903, A.B.: 125.PRÉVOST, A., De Saint-Denys Garneau l\u2019enfant piégé, A.C.: 313.RALSTON SAUL, J., The Doubter\u2019s Companion, H.S.: 92.ROBILLARD, D., Paul-Émile Léger: évolution de sa pensée (1950-1967), G.B.: 283.RUDEL, C., Haïti, les chaînes d\u2019Aristide, D.B.: 189.SALVAIL, G., Au carrefour des écritures.Initiation à la Lectio divina, A.B.: 93.SULEIMAN, C., Le Retour du mort, F.T.: 313.VENNE, M., Vie privée & démocratie à l\u2019ère de l\u2019informatique, M.-F.C.: 285.XXX, Éduquer pour prévenir le sida, F.T.: 94.XXX, Histoire du nationalisme québécois.Entrevues avec sept spécialistes, A.B.: 29.XXX, L\u2019identité chrétienne en question.Faut-il resserrer les exigences de l'appartenance à l\u2019Église?, D.B.: 314.XXX, Voix de femmes, voies de passage.Recherche-action réalisée pour le Réseau Femmes et Ministères, A.N.: 155.DOSSIERS Le monde financier (janvier-février) La violence faite aux femmes.Un héritage à refuser (mars) À la croisée des nations.50e anniversaire de l\u2019ONU (avril) ¦\tLa classe d\u2019histoire (mai) ¦\tL\u2019enseignement: déclin d\u2019un métier (juin) Le Mal (juillet-août) ¦\tSpiritualité de l\u2019environnement: un contrat nouveau (septembre) ¦\tCette idole qui nous gouverne (octobre) L\u2019État-hasard (novembre) ¦\tInterrogations actuelles sur Jésus (décembre) relations décembre 1995 319 relations décembre 1995 3,55$ no 616 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t291 Pour la suite du Québec.(D.B.) - Trois-Rivières en attente d\u2019un évêque (R.M.) - Une mission impossible?(G.P.) \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t Conception de la page couverture: Fernand Jutras NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Le suicide assisté Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Surveiller l'annonce qui paraît dans Le Devoir, Jean-Marc Biron ou Pauline Roy: 387-2541.le jour même de la rencontre.Le lundi 22 janvier 1996, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25, rue Jarry ouest (métro Jarry).Contribution volontaire : 5,00$ décembre 1995 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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