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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1997-06, Collections de BAnQ.

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[" '770034 \"3780001 relations juin 1997\t3,75$ no 631 ' mm ¦iï'i&r \\ SaBÊ ' § - SMS À lire également dans ce numéro: une analyse de Franklin Midy sur l'expérience haïtienne une réflexion de Richard Dubois sur les intellectuel(le)s relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques Boucher, Raymonde Bourque, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, René Boudreault, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 27,00$ (taxes incl.) Deux ans: 48,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 28,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ : 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Haïti.Que de liens rapprochent le Québec de cet autre pays francophone de notre hémisphère! La présence parmi nous de tant de gens d\u2019origine haïtienne a d\u2019ailleurs renforcé ce sentiment de proximité.À travers les nombreux liens qui l\u2019unissent à l\u2019Église d\u2019Haïti, celle du Québec a compris que la mission commence par la solidarité avec les plus pauvres.Pour Relations, cette proximité a une acuité particulière.En effet, ces innombrables amitiés ont enrichi la vie de la revue, en nous sensibilisant aux luttes et souffrances du peuple haïtien, bien sûr, mais aussi en éclairant notre compréhension du Québec et de sa place dans le monde.C\u2019est donc avec plaisir que nous jetons un regard, dans ce numéro, sur l\u2019évolution actuelle de la situation haïtienne.Dans un article clairvoyant, qui sait nommer les difficultés sans renoncer à DANS CE NUMÉRO.l\u2019espoir, Franklin Midy fait le point sur le chemin tortueux de la démocratisation de ce pays, sur les pressions énormes qui pèsent sur la société civile, sur les multiples défis qui se posent à l\u2019épanouissement social et économique.Nous osons croire que la pertinence de cette analyse ne se limite pas au contexte haïtien, mais que l\u2019on y trouvera des éléments utiles à la compréhension de ce qui se passe dans plusieurs pays.Notre dossier aborde la remise en question actuelle de notre foi dans l\u2019universel.La reconnaissance de la diversité des valeurs et des traditions humaines, ainsi qu\u2019une appréciation plus grande de la richesse que représente le pluralisme culturel et religieux, sont incontestablement parmi les acquis intellectuels les plus valables de notre siècle.Derrière les prétentions universalistes de certaines théologies et philosophies, il est généralement admis que se cachent bien des sentiments de supériorité, et un exclusivisme qui n\u2019est guère plus qu\u2019un particularisme habilement déguisé.Mais faut-il pour autant sombrer dans un relativisme absolu?Quand il s\u2019agit du particulier et de l\u2019universel, parlons-nous de contraires irréconciliables?Ne serions-nous pas plutôt devant des réalités complémentaires, l\u2019enracinement dans le particulier étant la condition sine qua non pour accéder à la transcendance porteuse de ce qui ouvre le particulier à l\u2019autre, dans un esprit de reconnaissance mutuelle et de solidarité?Voilà autant de questions sur lesquelles Francine Tardif, Melchior Mbonimpa et Gregory Baum nous invitent à réfléchir.Enfin, soulignons un article, sous la plume de Richard Dubois.À l\u2019ère de la pensée unique, la présence d\u2019un(e) intellectuel(le) «dans la salle» a toute son importance.Alors que les serviteurs du néo-libéralisme voudraient réduire au silence les voix dissidentes, la vigilance de ces sentinelles qui savent allier réflexion et engagement, pensée et agir, est plus que jamais nécessaire.Carolyn Sharp 130 relations juin 1997 face à l\u2019actualité avec Michelle Décarie, Bertrand Ouellet et François Saillant DE SAINT-CASIMIR À SAN DIEGO Des tragédies qui nous montrent une fois de plus l\u2019importance d\u2019un bon discernement spirituel, à une époque de «religion à la carte».Semaine Sainte, mars 1997.Découverte au Québec des corps de cinq personnes appartenant à l\u2019Ordre du Temple solaire.Quelques jours plus tard, on trouve en Californie les trente-neuf cadavres du groupe Heaven\u2019s Gate.Les premiers espéraient un transit vers Sirius.Les autres voyaient en la comète Hale-Bopp leur guide vers un monde meilleur.Lors des tragédies de Jonestown (1978) et de Waco (1993), des circonstances troubles - situations de crise, panique, siège prolongé, fusillades, menaces policières ou politiques, dialogues de sourds.- avaient contribué à jeter le doute sur le caractère délibéré et planifié de ces morts.Cette fois, nul doute possible: ces deux groupes ont bel et bien choisi de mourir.Des suicides parmi d\u2019autres?L\u2019actualité nous a malheureusement habitués à entendre parler de suicide.Vague de suicides d\u2019adolescents dans une polyvalente.Taux effarant de suicides chez les jeunes Amérindiens.Pactes de suicide inspirés par la mort d\u2019un chanteur populaire.Meurtrier se donnant la mort sur la scène de son crime.Parents désespérés s\u2019enlevant la vie après avoir tué leurs enfants.Suicide de personnes âgées.Hausse suspecte des «accidents» de la route en certaines périodes.Par ailleurs, le débat sur le droit au suicide - et au suicide assisté - refait surface régulièrement.Il s\u2019agit toujours là, cependant, de suicides qu\u2019on veut comprendre comme les fruits de détresses profondes: inquiétudes et angoisses; mal de vivre; avenir bouché; incapacité de donner sens à la vie; isolement; souffrance, maladie et vieillesse.Et ces drames nous interpellent chaque fois: n\u2019y a-t-il plus de raisons d\u2019espérer?Sommes-nous condamnés à devenir une société «suicidogène»?Bien des personnes trouvent dans leur quête spirituelle, leur foi ou leurs pratiques religieuses une source d\u2019espérance qui leur permet de traverser épreuves et difficultés, une source de vie qui triomphe des germes de mort.Mais l\u2019horreur est totale quand c\u2019est justement au nom d\u2019une foi que quelqu\u2019un décide de mettre fin à ses jours.Des spiritualités porteuses de mort.On voudrait que de si terribles dérapages ne puissent jamais se produire, que quelqu\u2019un surgisse avec la solution miracle ou la potion magique qui nous assurerait que de tels drames pourraient toujours être évités.Sous le choc de la nouvelle, certains renvoient naïvement la balle aux autorités gouvernementales, que l\u2019on imagine capables d\u2019endiguer le mal.Comme si l\u2019Assemblée nationale pouvait par décret redonner le goût de vivre ou neutraliser toutes les idées mortifères dans une société où un seul site Web, même artisanal, peut être accessible instantanément de partout sur la planète via l\u2019internet.Quelles sont les causes profondes de ces choix de mort?Par quels tragiques détours un cheminement spirituel peut-il conduire à choisir de se donner la mort?Comment un groupe de person- relations juin 1997 131 face à l\u2019actualité nés apparemment équilibrées et en pleine possession de leurs moyens peuvent-elles, en raison des croyances qu\u2019elles partagent, s\u2019engager sur la voie d\u2019un suicide collectif, voulu, planifié et froidement - voire sereinement - exécuté?Peut-être n\u2019aurons-nous jamais toutes les informations nécessaires pour comprendre en profondeur les drames de Saint-Casimir et de San Diego: les personnes recrutées par ces groupes avaient-elles des prédispositions au suicide?des troubles psychologiques ont-ils contribué à la décision fatale?des interventions ou des événements extérieurs aux groupes ont-il contribué à leur repli sur eux-mêmes?des expériences religieuses antérieures ont-elles mal tourné, au point de pervertir leur conception de la spiritualité?Quelles que soient les réponses à ces questions, on ne peut éviter le fait que tant l\u2019Ordre du Temple solaire que Heaven\u2019s Gate vivaient de doctrines et de spiritualités porteuses de germes de mort.On se retrouve donc nécessairement devant la délicate question du discernement spirituel.À une époque de «religion à la carte» où pullulent les marchands de spiritualité, comment des personnes en quête de réponse à leur soif de sens, mais sans références ou formation adéquates, sauront-elles éviter les pièges, les culs-de-sac, les impasses et les dérapages?Comment identifier un authentique maître spirituel?À quoi se reconnaît une voie spirituelle qui ouvre sur la vie?Comment des éducateurs peuvent-ils habiliter les jeunes à un sain exercice de leur propre discernement en matière religieuse?La longue histoire des grandes traditions religieuses n\u2019est pas toujours édifiante, mais elle n\u2019en reste pas moins marquée par un imposant cortège de grandes personnalités, de toutes races et origines, qui ont balisé les voies de la quête spirituelle, identifié les impasses, mis en évidence les chemins de vie.Tourner le dos, par ignorance ou par choix, à ces siècles d\u2019expérience est tragique.Tant dans l\u2019OTS que dans Heaven\u2019s Gate, on avait affaire à des spiritualités bricolées par des maîtres autoproclamés et présentés sans possibilité de critique à des disciples coupés de leurs racines et privés de références extérieures.S\u2019il y a une première leçon à tirer de ces suicides, c\u2019est le danger des spiritualités en vase clos.Si difficile et frustrante que puisse être parfois la vie en Église, avec ses débats qui n\u2019en finissent pas, ses reculs et ses affrontements, elle n\u2019en constitue pas moins une certaine assurance contre la domination totalitaire d\u2019une seule idée.Aucune affirmation, fût-elle papale, ne pourra éviter la discussion, le débat et, souvent, la controverse.Dissidences et débats sont, de fait, des signes de santé et de bonnes écoles de cheminement spirituel.Quand l\u2019au-delà tue le présent.Les membres de l\u2019OTS et de Heaven\u2019s Gate ont choisi la mort en raison d\u2019une conception de l\u2019au-delà qui enlevait tout sens à la vie présente.C\u2019est peut-être là l\u2019aspect le plus désolant de ces drames.Car, comme plusieurs des grandes idées religieuses, la foi en l\u2019au-delà est une réalité dynamique faite d\u2019équilibre entre des pôles complémentaires.Elle trouve son complément dans l\u2019expérience concrète du présent.Elle permet d\u2019entrevoir l\u2019horizon eschatologique qui inspire le présent, même dans l\u2019épreuve.Elle est le pas-encore qui donne sens au déjà-là.Elle est l\u2019espérance qui nourrit l\u2019agapè.Elle est la foi qui permet d\u2019entrevoir la plénitude de vie qui germe déjà dans le quotidien d\u2019une humanité meurtrie, tentée par le désespoir.Pour les chrétiens, elle est la lumière pascale qui s\u2019annonce déjà dans les ténèbres du Vendredi Saint.Isoler cette foi en l\u2019au-delà de son enracinement dans l'ici-maintenant, c\u2019est rompre un équilibre essentiel et dénaturer l\u2019espérance: la source de sens devient négation, fuite, fantasme.Les suicides collectifs de membres de mouvements religieux sont, heureusement, très rares.On a assez des doigts d\u2019une seule main pour faire le compte des cas qui ont retenu l\u2019attention au cours des dernières décennies, alors qu\u2019on estime à près de vingt mille le nombre de nouveaux mouvements religieux dans le monde aujourd\u2019hui.Ils ont cependant attiré comme jamais notre attention sur les dérapages possibles dans un monde où les quêtes spirituelles s\u2019expriment de façons de plus en plus diversifiées et déroutantes.Ils soulignent aussi l\u2019urgence d\u2019une sensibilisation de tous les intervenants sociaux, notamment dans le monde de l\u2019éducation, à l\u2019importance de considérer la dimension spirituelle et religieuse comme une composante fondamentale du développement personnel et de la vie en société.¦ Bertrand Ouellet Directeur général, Centre d\u2019information sur les nouvelles religions (Montréal).ENFIN DU LOGEMENT SOCIAL.Le récent budget provincial contenait de bonnes nouvelles, mais aussi de moins bonnes.Le 28 mars, le ministre des Finances, Bernard Landry, avouait au Journal de Montréal qu\u2019il avait ressenti une «joie extraordinaire», suite à la réaction du Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain.Fait rare en effet, le FRAPRU, même s\u2019il portait un jugement très dur sur l\u2019orientation générale du budget, se réjouissait de certaines annonces dans le domaine du logement.Le gouvernement avait profité de son budget pour rendre publics ses orientations et son plan d\u2019action en matière d\u2019habitation.Ceux-ci étaient attendus avec impatience, mais aussi avec ap- préhension.surtout depuis la fuite, en septembre 1996, d\u2019un mémoire confidentiel du ministre responsable de l\u2019habitation, Rémy Trudel.Le ministre y proposait de hausser de manière importante des loyers dans les logements sociaux.Il prônait l\u2019abolition du Remboursement d\u2019impôts fonciers, faisant perdre une moyenne de 193$ par année à 700 000 ménages à faible et modeste revenu.De l\u2019argent était toujours investi dans le logement social, mais il allait en décroissant au fil des années.Une lutte intense s\u2019en est suivie, tous les intervenants com- 132 relations juin 1997 face à l\u2019actualité munautaires en habitation unissant leurs efforts pour s\u2019opposer aux orientations gouvernementales.C\u2019est donc avec un soupir de soulagement que les annonces du budget ont été accueillies.La victoire la plus importante, dans le contexte actuel d\u2019obsession du Déficit zéro d\u2019ici l\u2019an 2000, aura été de convaincre l\u2019État d\u2019investir dans l\u2019habitation 118 millions de dollars de nouveaux argents par année.plutôt que d\u2019y couper entre 65 et 84 millions de dollars, comme prévu dans le mémoire du ministre Trudel.Le gouvernement investira 43 millions de dollars annuellement dans un Fonds québécois de logement social servant à développer des logements coopératifs et sans but lucratif.Le remboursement d\u2019impôts fonciers est maintenu.Le gouvernement consacre aussi 30 millions de dollars pour fournir une aide financière au logement (allocation-logement) à 28 000 ménages de plus.Mais aussi apaisantes soient-elles, ces annonces demeurent très limitées.Elles sont loin de fournir une réponse satisfaisante à l\u2019ensemble des problèmes de logement qui obligent près de 200 000 ménages locataires à consacrer plus de la moitié de leur revenu au logement.Il est même loin d\u2019être évident que les 43 millions de dollars consacrés au logement social permettront de réaliser les 1820 logements annoncés dans le budget.Le doute est d\u2019autant plus grand que les municipalités doivent y participer financièrement, au moment même où elles viennent de se faire refiler une factu- re de 625 millions de dollars en deux ans.Les orientations annoncées le 25 mars n\u2019apaisent surtout pas toutes les inquiétudes quant à l\u2019avenir des logements sociaux existants.Même si le gouvernement a confirmé qu\u2019il n\u2019y aurait pas de hausse des loyers dans ses 85 000 logements sociaux en 1997, il propose néanmoins de «revoir, au moment opportun, les mécanismes de fixation des loyers des HLM de sorte que les ménages locataires consacrent 30% de leur revenu au loyer de base».Comme s\u2019il pouvait y avoir un moment opportun pour obliger des locataires dont les revenus annuels ne dépassent pas 10 000$ à consacrer une moyenne de 45$ de plus par mois pour se loger, d\u2019ici cinq ans.Par ailleurs, le gouvernement Bouchard se lance dans la décentralisation de l\u2019habitation sociale, sans offrir la garantie minimale aux mal-logés et aux locataires de logements sociaux qu\u2019ils pourront au moins jouir d\u2019un traitement égal, peu importe leur lieu de résidence au Québec.Un pas a donc été franchi, avec les annonces du 25 mars.Les groupes communautaires devront cependant rester mobilisés et conserver toute leur vigilance pour que les victoires obtenues ouvrent la porte à un véritable logement social.plutôt qu\u2019à un retrait en douceur du gouvernement.¦ François Saillant Coordonnateur du FRAPRU POUR PANSER UNE IMMENSE SOUFFRANCE Au Guatemala, la paix est signée.Reste à la construire, même en déterrant les morts.Exhumer les restes des cimetières clandestins pour récupérer la mémoire d\u2019un peuple qu\u2019on a tenté d\u2019ensevelir.Déterrer la vérité pour construire une paix fondée sur la justice et le respect des droits humains.C\u2019est ce qui anime des milliers de survivants à mener à terme des projets d\u2019exhumation.Voilà ce que nous raconte un excellent document produit par le Programme oecuménique sur l\u2019Amérique centrale et les Caraïbes (EPICA) et par le Centre d\u2019action légale en matière de droits humains (CALDH).Ce rapport1 de Grahame Russel nous livre l\u2019histoire récente du Guatemala que le monde entier commence à peine à découvrir.Après 36 ans de conflit armé, le Guatemala signait, le 29 décembre 1996, un accord proclamant la paix ferme et durable entre l\u2019Unité révolutionnaire guatémaltèque (URNG) et le gouvernement de Alvaro Arzü.Les pourparlers ont été longs et ardus.Entamé en 1987, le processus de négociations s\u2019est incarné en cinq principaux accords qui se veulent les jalons de la construction d\u2019une société en paix, juste et humaine.Mais voici que pour clore ces innombrables rondes de discus- 1.Déterrer la vérité.Exhumer une décennie de terreur au Guatemala, par Grahame Russell, avec la collaboration de Sarah Kee et Ann Butwell.Disponible au Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine, 25, Jarry ouest, Montréal, Québec, H2P 1S6.Téléphone: (514) 387-2541.sions, le Parlement a adopté, le 18 décembre 1996, une loi d\u2019amnistie, dans le but de fournir un mécanisme légal permettant la réinsertion des ex-combattants de l\u2019URNG à la vie sociale et politique guatémaltèque.S\u2019il est vrai que l\u2019État a la faculté de pardonner des crimes commis à son égard, a-t-il le droit de pardonner, au nom des victimes de la guerre, des crimes commis contre la population civile non combattante?Les organisations de défense et de promotion des droits humains, les groupes des victimes de la répression, les Églises, les organisations paysannes et les groupes autochtones ont protesté.Quelle justice cette loi offre-t-elle aux milliers de victimes et survivants des violations atroces et des massacres commis durant la guerre?Comment peut-on demander aux Guatémaltèques d\u2019oublier le passé, une tranche de leur histoire, sous prétexte de construire un avenir meilleur?Alors qu\u2019on semble prêt à tourner la page, les victimes de la guerre, encore horrifiées, commencent, elles, à déterrer la vérité.Après tant d\u2019années de silence forcé, elles exigent que les corps des êtres chers massacrés soient exhumés des charniers pour que justice soit rendue.Exhumer les os des fosses communes pour également pouvoir panser, si les blessures infligées sont guérissables, cette immense souffrance que la guerre contre-insurrectionnelle a semée sur son passage, laissant dans la douleur la plus profonde les survivants.¦ Michelle Décarie Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine relations juin 1997 133 ¦¦¦¦¦¦ Les personnes intéressées aux démarcnes synodales pourront consulter à profit Le Trait d\u2019union - Making Connections, bulletin du Réseau oecuménique des femmes du Québec, édition du mois de mars 1997.Plusieurs Églises vivent présentement l\u2019expérience des «synodes».Que cache ce mot mystérieux, qui évoque pour plusieurs des déclarations officielles et de chaudes discussions de coulisses?Des femmes ayant participé à des assises synodales dans leurs Églises respectives prennent la parole pour nous confier leur expérience.Elles témoignent de la complexité de l\u2019évolution vers une pleine participation des laïques, femmes et hommes.Pour informations, contacter Céline Dubé au (514) 387-2541.Dans un rapport quasi égalitaire, 1769 garçons et 1782 filles ont répondu à une enquête sur la motivation à l\u2019école, qui menait, en mai dernier, à une semaine étudiante visant à motiver les élèves de niveau secondaire.C\u2019est en pensant aux jeunes décrocheurs que la Jeunesse étudiante catholique (JÉC) a mis l\u2019accent sur la motivation scolaire pour les années 1996-97-98.Sans prétention scientifique, cette enquête se voulait plutôt exploratoire, afin de donner un droit de parole aux jeunes.On y a fait des constatations intéressantes.Par exemple: les filles attachent plus d\u2019importance à l\u2019école que les garçons; les jeunes vont à l\u2019école pour se trouver un emploi; les garçons décrochent plus et plus facilement que les filles.Finalement, le travail étudiant est peu en lien avec la démotivation et c\u2019est l\u2019école elle-même qui favorise le décrochage.Répondant: Pierre Ménard, (514) 524-3941.La forêt de l\u2019Aigle est une des plus belles réserves forestières du Québec.Pas étonnant qu\u2019elle ait été retenue par le ministère des Ressources naturelles (MRU) comme un des treize territoires où sont menés, dans différentes régions du Québec, des projets-témoins de forêt habitée.Le concept de forêt habitée vise la mise en valeur de l\u2019ensemble des ressources du milieu forestier sur un territoire donné.Il s\u2019agit d\u2019un nouveau mode de gestion, afin d\u2019accroître l\u2019activité économique en région, par les gens de la région.Une corporation, composée d\u2019autochtones et de non-autochtones, permettra à ces partenaires de participer à une gestion intégrée de ce grand potentiel de développement économique et récréo-touris-tique.Source: Revue Rencontre, février 1997, p.8.À l\u2019occasion du choix d\u2019un nouvel évêque pour le diocèse de St-Jérôme, des laïques prennent la parole en fonc- tion de l\u2019identité et de la dynamique de cette Église et en continuité avec le leadership éclairé des trois évêques précédents.Il est intéressant de noter les quatre lignes de force développées dans l\u2019Église de St-Jérôme: une Église qui a su être attentive aux signes des temps; une Église qui n\u2019a pas craint d\u2019incarner l\u2019Évangile dans des engagements sociaux et qui a respecté la liberté de pensée et d\u2019action des laïques; une Église qui n\u2019a pas craint la recherche et l\u2019expérimentation pour que des ministères diversifiés se complètent en vue de la mission; une Église qui n\u2019a pas craint de s\u2019interroger, de se convertir.Plusieurs initiatives réalisées dans cette Église viennent enrichir cette prise de parole transmise aux responsables du processus de décision.Les entreprises, les banques, la finance, les gouvernements, tout cela semble bien compliqué pour le simple citoyen.Mais il existe un centre de recherche qui analyse précisément tous ces domaines du point de vue des contribuables et qui fournit de remarquables outils de vulgarisation, en plus de proposer des solutions de rechange au néo-libéralisme actuel: le Centre canadien de politiques alternatives.C\u2019est ce groupe qui coordonne, depuis trois ans, la préparation d\u2019une alternative budgétaire au niveau fédéral.Il publie aussi, dix fois par année, un bulletin d\u2019informations précieuses auxquelles nous n\u2019avons généralement pas accès et qui permettent d\u2019outiller nos luttes, The CCPA Monitor, de même que divers dossiers thématiques plus fouillés sur des questions connexes.Pour devenir membres ou obtenir plus d\u2019informations: CCPA, 804, 251 Ave.Laurier Ouest, Ottawa, Ont.KIP 5J6.En 1995, la situation des domestiques philippines avait attiré l\u2019attention des médias partout dans le monde.Rappelons-nous le cas de Sarah Balabagan, âgée de quinze ans, condamnée à mort dans les Émirats arabes unis pour avoir poignardé à mort son employeur, dans une situation d\u2019auto-défense.Même si ce genre de cas horrible est loin de refléter la situation au Canada, les travailleuses domestiques vivent dans notre pays de sérieux problèmes: charges de travail excessives, journées longues, salaires ridicules.L\u2019Association pour la défense des droits du personnel domestique (ADDPD) travaille à rendre visible le rôle de ces femmes et à les soutenir dans leur droit d\u2019être traitées avec justice et respect.Pour informations, composer le (514) 937-6873.J 134 relations juin 1997 Aujourd'hui comme hier ENTRE LE PARTICULIER ET L\u2019UNIVERSEL par Francine Tardif La foi dans l\u2019universalité d\u2019une cause, tout comme l\u2019attachement à certains particularismes, constituent depuis longtemps de puissants moteurs de l\u2019histoire.Les luttes faites au nom de l\u2019universalité supposée de la Révélation, de la Raison ou de la Révolution ont déjà amené des millions d\u2019hommes et de femmes à donner leur vie, alors que des millions d\u2019autres humains ont quant à eux sacrifié leur existence à la défense de leurs différences, religieuses, culturelles ou politiques.Aujourd\u2019hui encore, les luttes entre prétentions universelles et aspirations par-ticularistes se perpétuent sur une grande variété de terrains.Elles s\u2019incarnent autant dans les intégrismes religieux, engagés dans des luttes à mort contre tous ceux qui apparaissent comme «infidèles», que dans les revendications de nombreuses minorités, décidées à faire reconnaître leurs spécificités.À une autre échelle, ces mêmes oppositions rejaillissent dans tous les débats autour des politiques d\u2019immigration, de la promotion d\u2019une culture publique commune ou de l\u2019élaboration de projets de société.Par-delà ces antagonismes, l\u2019histoire montre cependant qu\u2019il y a presque autant de dangers à nier toute possibilité de valeurs universelles - ce qui peut mener, et a mené, à des racismes triomphants - qu\u2019à vouloir les imposer à tout prix - ce qui peut justifier, et a déjà justifié, tant et tant d\u2019impérialismes.De même, l\u2019expérience montre que l\u2019exacerbation des différences, lorsqu\u2019elle est poussée jusqu\u2019aux limites du relativisme, rend caduque toute possibilité de vivre ensemble.Les deux articles du dossier voudraient contribuer à une meilleure compréhension, non pas de chaque situation spécifique, mais plutôt des bases conceptuelles des positions qui s\u2019affrontent.En s\u2019arrêtant aux relations juin 1997 dossier présupposés, politiques ou religieux, des positions universalisantes, Gregory Baum et Melchior Mbonimpa nous donnent des clés d\u2019analyse pour mieux comprendre certains des enjeux les plus importants de notre époque.*** Comme le rappellent les auteurs, l\u2019universalisme est profondément enraciné dans la civilisation occidentale et chrétienne.Sans y être totalement réductible, la notion de valeurs universelles est, à beaucoup d\u2019égards, une création de la pensée occidentale et, à ce titre, elle représente l\u2019une des spécificités, des particularités de notre propre culture.Notre immersion dans ce «cadre théorique» est tellement grande qu\u2019il peut parfois nous être difficile de saisir à quel point ce «espace de dialogue» nous est propre et à quel point certains peuvent trouver nos « règles du jeu » étrangères à leur vision du monde.De fait, cette aspiration à l\u2019universel constitue une dimension tellement forte de notre vision du monde qu\u2019il en vient d\u2019ailleurs à en porter les paradoxes et les contradictions.Ainsi, sur la scène contemporaine, on voit que l\u2019importance renouvelée accordée à la Charte universelle des droits de l\u2019homme s\u2019accompagne de pressions encore plus fortes en faveur d\u2019une mondialisation des règles du marché.Comme si, pour accéder au rang de sujets des droits fondamentaux, les êtres humains devaient d\u2019abord se convertir en consommateurs.Toute comparaison est évidemment boiteuse, mais les rapports complexes entre promotion des droits et mondialisation des marchés n\u2019est pas sans rappeler les relations, elles aussi fort complexes, qui, au cours des derniers siècles, ont uni évangélisation et colonialisation.L\u2019analyse de Melchior Mbonimpa est ici particulièrement éclairante.Basée sur une analyse de la tradition chrétienne, elle permet notamment de mieux comprendre la méfiance que suscite aujourd\u2019hui la promotion de valeurs universalisantes, surtout en dehors de la sphère culturelle occidentale.*** Mais si les résistances nous semblent particulièrement vigoureuses aujourd\u2019hui, l\u2019article de Gregory Baum nous rappelle pertinemment que la croyance des modernes en une Raison universelle suscita très tôt de fortes résistances.Que ce soit pour des motifs religieux, culturels ou politiques, plusieurs intellectuels et plusieurs communautés se sont spontanément insurgés contre une certaine vision de la modernité, nivelleuse des différences et des particu- larismes.Pourtant, et sans vouloir banaliser les oppositions, on peut aussi, me semble-t-il, voir dans plusieurs revendications particularistes des aspirations à portée universelle.En effet, en attirant l\u2019attention sur la force des liens communautaires, ethniques ou religieux, les revendications particularistes contribuent, ne serait-ce qu\u2019indirectement, à faire reconnaître le caractère universel du besoin de liens communautaires, d\u2019identité collective et d\u2019inscription dans l\u2019histoire.Car, contrairement à ce que prétendent les individualismes marchands, les humains sont d\u2019abord des êtres sociaux, dont l\u2019identité ne peut être réduite à ses dimensions strictement idiosyncratiques.De plus, dans plusieurs régions du monde, les mouvements perçus comme particularistes sont également les seuls qui permettent aux laissés-pour-compte de la L\u2019histoire montre qu\u2019il y a presque autant de dangers à nier toute possibilité de valeurs universelles qu\u2019à vouloir les imposer à tout prix.modernité de se faire entendre, d\u2019accéder, souvent pour la première fois, à l\u2019espace public comme acteur de leur propre histoire.Flouées par les promesses jamais tenues de la modernité occidentale, des millions de personnes «redécouvrent» leur tradition - souvent revisitée, toujours réinterprétée - pour accéder à une nouvelle dignité, une dignité qui, paradoxalement, ressemble à celle promise au sujet de droit issu de la modernité.Le «détour» par les particularismes permet, alors, non seulement d\u2019affirmer l\u2019importance de l\u2019identité collective, mais aussi d\u2019accéder à l\u2019universel, à travers la reconnaissance du statut du sujet historique.À maints égards, les luttes particularistes permettent donc l\u2019expression d\u2019un profond besoin d\u2019universel - et cela même si elles combattent une certaine vision universaliste privilégiée par la tradition occidentale.Comme on le remarquera sans doute, les deux articles que nous proposons se concentrent sur l\u2019analyse des prétentions universalistes.Adoptant respectivement une perspective politique et théologique, Gregory Baum et Melchior Mbonimpa en montrent éloquemment les pièges et les impasses, actuels ou historiques.Toutefois, après en avoir éclairé les embûches, les deux auteurs tracent, chacun à leur manière, quelques voies d\u2019accès vers une vision renouvelée et contemporaine de l\u2019universalité.Pour éviter que le relativisme n\u2019en vienne à nier toute possibilité de solidarité universelle, Gregory Baum insiste sur l\u2019exigence du respect profond de l\u2019altérité de l\u2019autre, centré vers les préoccupations communes de chacune des parties afin que «l\u2019objet du dialogue constitue le pont qui les relie»: il rappelle aussi que le véritable dialogue suppose une réelle égalité des partenaires.En ce sens, la lutte en faveur de valeurs universelles ne peut donc faire l\u2019économie d\u2019une orientation politique critique pour «démontrer les structures d\u2019inégalité et d\u2019exclusion».De son côté, Melchior Mbonimpa conclut son analyse des relations complexes entre l\u2019universalisme et l\u2019exclusivisme des religions en proposant trois avenues pouvant mener à une conception «défendable de l\u2019universalité».Se situant à l\u2019intérieur de la tradition chrétienne, il invite d\u2019abord à reconnaître, et à respecter, l\u2019auto-révélation de Dieu.Les chrétiens ne peuvent, rap-pelle-t-il, se considérer appelés à réaliser l\u2019universel en «imposant le peu qu\u2019ils ont compris de Dieu»; c\u2019est Dieu lui-même qui se révèle à tous, depuis toujours, même si la réception de cette Révélation n\u2019est jamais totale.M.Mbonimpa propose ensuite de considérer l\u2019universalité à la fois comme une tâche eschatologique: ce n\u2019est qu\u2019à la fin de l\u2019histoire que «Dieu sera tout en tous».Mais surtout, et de manière plus immédiate, il insiste sur l\u2019importance de concevoir l\u2019aspiration à l\u2019universalité comme une «tâche historique», susceptible de mobiliser les humains autour d\u2019enjeux essentiels à la survie même de toute l\u2019humanité.Ce sont ces pistes que Relations privilégie - et nous espérons maintenant que nos lecteurs et lectrices seront également nombreux à emprunter les chemins tracés ici.¦ Docteure en sociologie, l\u2019auteure est membre de notre comité de rédaction.136 relations juin 1997 L\u2019UNIVERSALITÉ ET LE RESPECT DE LA DIFFÉRENCE par Gregory Baum1 LIS idée de valeurs universelles est une dominante de la + tradition occidentale.Alors que la reconnaissance du pluralisme culturel amène plusieurs penseurs postmo-¦ dernes à se demander s\u2019il y a encore des valeurs communes à l\u2019humanité, plusieurs autres continuent de croire que la recherche de ces valeurs reste possible, dans le dialogue, la coopération et le respect de la différence.Les gens de tradition occidentale ont été convaincus qu\u2019il existe des vérités et des valeurs qui ont une validité universelle.Malgré bien des conflits et des guerres, ils ont cru qu\u2019avec de la bonne volonté, les humains appartenant à différentes cultures et nations pourraient communiquer entre eux et coopérer dans l\u2019édification d\u2019un monde de paix.Aujourd\u2019hui, ébranlés par la découverte du pluralisme, bien des penseurs ont abandonné l\u2019idée de valeurs et de vérités universelles.Même les droits humains définis par les Nations unies sont présentés, par certains, comme l\u2019expression d\u2019un point de vue occidental spécifique et ne pouvant, en conséquence, prétendre à l\u2019universalité.Un tel pluralisme radical menace l\u2019idée même d\u2019une possible solidarité planétaire.C\u2019est cette question que je voudrais étudier ici.Des valeurs universelles Reconnaissons d\u2019abord à quel point l\u2019idée de valeurs universelles est profondément enracinée dans la civilisation occidentale.Les anciens Grecs, Platon, Aristote et les stoïciens croyaient que la raison était capable de saisir l\u2019essence de ce que signi- 1.Membre de notre comité de rédaction, l\u2019auteur est professeur de théologie et d\u2019éthique sociale à l\u2019Université McGill.fie être humain, et de tirer de cette essence le concept de la bonne vie.Les Grecs croyaient que les humains étaient orientés vers le vrai, le bon et le beau.Que même si les coutumes et la culture étaient souvent source de confusion, l\u2019esprit rationnel pouvait percer la superstition et les fables et définir le vrai chemin de la vertu.La loi morale était inscrite dans la nature humaine.L\u2019Église chrétienne fut grandement marquée par la tradition grecque.Les chrétiens croyaient que la vérité et les valeurs de l\u2019Évangile n\u2019étaient accessibles qu\u2019à ceux qui avaient la foi.Dans leur dialogue avec la pensée grecque, ils en vinrent toutefois à croire qu\u2019il existait des vérités et des valeurs universelles communes, appartenant à l\u2019ordre de la nature et accessibles à toute raison humaine.C\u2019est là l\u2019origine de la tradition de la loi naturelle, qui a fait l\u2019objet d\u2019un grand respect dans l\u2019Église catholique.L\u2019âge des Lumières, dans ses diverses expressions, avait une compréhension très différente des êtres humains.À leur manière, cependant, ces penseurs modernes assumèrent eux aussi l\u2019universalité de la vérité et des valeurs.J\u2019en donnerai quatre exemples.Les libéraux économistes et les utilitaristes croyaient que les humains étaient définis par leur lutte individuelle pour leur survie et leur avancement, et que c\u2019était leur propre intérêt bien compris qui les persuadait de participer à un contrat social et de créer une société qui protégerait leur vie et leurs biens.Selon ces penseurs, les gens étaient par nature, partout dans le monde, des compétiteurs, avides de leurs seuls gains personnels.Les libéraux démocrates, eux, croyaient t yD\u2019} \" r -
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