Relations, 1 novembre 1997, Novembre
[" I770034ll378000l 75$.no 635 novembre 1 .::;7./ * « \u2018.' ? relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Dominique Boisvert, Normand Breault, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Jacques L.Boucher, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 27,00$ (taxes incl.) Deux ans: 48,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 28,00$ Abonnement de soutien : 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Alors que les ravages du néo-libéralisme continuent de déformer notre société, la nécessité de penser et d\u2019expérimenter de nouvelles formes de solidarité sociale se fait sentir plus que jamais.En même temps, nous risquons de voir récupérer toute tentative d\u2019innovation au profit du démantèlement de l\u2019État-providen-ce, de la marchandisation accrue de nos relations sociales et de la marginalisation économique de pans entiers de la population.Dans ce contexte, la recherche de pistes de solution à notre situation actuelle est une entreprise fort hasardeuse.Pourtant, il QUAND LES FEMMES EN PARLENT.existe encore des femmes et des hommes à l\u2019espoir têtu.Non seulement osent-ils avancer des propositions, mais ils s\u2019efforcent aussi de négocier leur mise en oeuvre, sans pour autant oublier le regard critique qu\u2019exige une telle négociation.Dans ce numéro, nous avons le plaisir de vous présenter un dossier où vous découvrirez des auteures de cette trempe.À partir de leurs pratiques féministes, Céline Dubé, Ruth Rose, Denise Côté, Thérèse Belley et Josée Belleau abordent la question épineuse de l\u2019économie sociale.Il existe de multiples façons d\u2019aborder cette question, où doute et trépidation ont tant côtoyé espoir et rêve.Le concept lui-même est riche en histoire, ses origines remontant au mouvement coopératif du siècle dernier.L\u2019économie sociale a aussi suscité énormément d\u2019intérêt et de débats dans le milieu du développement économique local.À partir de sa très grande sensibilité aux besoins dits locaux et de sa conscience des exigences du tissu social toujours à refaire, ce milieu a développé une expertise importante.Nous aurons d\u2019ailleurs l\u2019occasion d\u2019y revenir dans Relations.Le choix de donner la parole aux femmes dans notre dossier est intentionnel.C\u2019est reconnaître la contribution de la Marche des femmes de 1995 à la visibilité renouvelée de l\u2019économie sociale comme piste de solution prometteuse.C\u2019est reconnaître aussi que le débat actuel comporte des enjeux particuliers pour les femmes, car elles sont davantage susceptibles de travailler dans ce secteur et d\u2019avoir recours aux services qui y seront offerts.Mais ce choix reflète surtout la conviction que le mouvement des femmes apporte un éclairage à la fois original et indispensable sur la rupture actuelle entre l\u2019économie et le social.Entre l\u2019espoir et le doute, nos auteures proposent un regard lucide sur le passage de la revendication des infrastructures sociales à la mise en chantier de l\u2019économie sociale.Conscientes des limites et des pièges inhérents à un tel passage, elles y discernent les routes du possible.Bonne lecture.Carolyn Sharp 258 relations novembre 1997 face à l\u2019actualité avec Raymonde Bourque, Joseph Giguère, Marie-Paule Malouin et Michel Quevillon L\u2019INHIBITION PARTITIONNISTE Un nouveau monstre dans le paysage politique qui peut être dangereux pour la démocratie.Depuis que le mot est lâché, la partition est devenue un leitmotiv lancinant, nous renvoyant en permanence à la fragilité de notre avenir politique et nous faisant passer par toutes sortes d\u2019états d\u2019âme.C\u2019est avec une certaine stupéfaction et un profond malaise que, pour ma part, j\u2019ai pris connaissance des premiers sondages sur le thème, révélant qu\u2019une majorité de Québécoises et de Québécois reconnaissait à des minorités fédéralistes du Québec le droit de rester collectivement rattachées au Canada, advenant une déclaration de souveraineté.Par la suite, heureusement, d\u2019autres sondages manifestant une opposition majoritaire à la partition ont ramené des couleurs plus rassurantes dans ce paysage absurde.Cependant, quoi qu\u2019il en soit, nous sommes désormais acculés à prendre acte de l\u2019existence politique de cette délirante option, qui continue de recueillir des taux d\u2019adhésion suffisamment élevés pour qu\u2019il soit prudent de conserver une vigilante inquiétude.Maintenant que les adversaires de la souveraineté ont pris l\u2019inqualifiable initiative d\u2019agiter un des pires cloaques historiques de discorde qui soit, en appelant au découpage des territoires et à la scission des communautés, il faut en effet considérer que le ver est dans la pomme et qu\u2019une certaine candeur politique n\u2019est plus permise.Le moment crucial du choix de la souveraineté par la population québécoise ne peut plus désormais être anticipé avec la même débonnaire certitude de la tranquillité sociale.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019avoir bouffé des hallucinogènes paranoïdes pour imaginer que ce jour-là, s\u2019il vient, on risque d\u2019entendre mugir à nos frontières un vent de chauvinisme grand-canadien, appelant à l\u2019agitation pour délivrer les congénères ethniques ou idéologiques enclavés dans le territoire du Québec souverain.Au terme d'un siècle où les conflits pour causes d\u2019ethnie, de race et de territoire ont donné lieu à tant d\u2019horreurs et d\u2019hysté- ries, après l\u2019Irlande, l\u2019Inde, la Palestine, l\u2019Afrique du Sud, le Rwanda, le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine, etc., il est d\u2019une affligeante consternation de voir des dirigeants politiques d\u2019un pays ayant la stature du Canada s\u2019activer à piler sur la queue du démon partitionniste dans le but de l\u2019exciter.Une telle irresponsabilité historique procède-t-elle de l\u2019aveuglement causé par le désespoir concernant le destin du Canada?Ou est-elle le sous-pro-duit d\u2019une machiavélique stratégie d\u2019intimidation des Québécoises et des Québécois, comme en seraient capables les disciples d\u2019un Pierre Elliott Trudeau?Quoi qu\u2019il en soit, elle révèle une anémie démocratique et une insuffisance politique dangereuses, qui semblent caractéristiques des groupes qui, par une longue habitude de la domination, sont devenus incapables de concevoir un autre type de fonctionnement en société que celui où ce sont eux qui imposent naturellement leur volonté; le jour où ça ne marche plus, ils sortent les gros bras ou échafaudent des arnaques, le tout inspiré par le seul motif de gagner à tout prix.L\u2019hydre partitionniste est aussi dangereuse pour le Canada que pour le Québec.Ceux qui donnent de la pâture à ce monstre géo-social ne peuvent être des patriotes: ni du Québec, ni du Canada, ni de la démocratie.Ils ne sont patriotes que d\u2019eux-mê-mes, se croyant nés pour dominer.En 1849, aux premières heures du gouvernement responsable, et par conséquent de la démocratie canadienne, les anglophones de Montréal, à l\u2019invitation du Montreal Gazette, ont marché sur le parlement du Canada-uni et y ont mis le feu, parce que l\u2019assemblée venait de prendre une décision qu\u2019ils n\u2019aimaient pas: celle d\u2019indemniser les habitants du Bas-Canada ayant subi des dommages causés par les représailles de l\u2019armée britannique, lors des troubles de 1837 et 1838.Ils avaient pourtant accepté en toute sérénité, quelque temps auparavant, que pareille indemnité fût votée pour les habitants, anglophones, du Haut-Canada.Aujourd\u2019hui, au moment d\u2019être éventuellement rejoints par l\u2019appel insidieux de la passion relations novembre 1997 259 face à l\u2019actualité partitionniste, nos compatriotes de «l\u2019autre nation» devraient, thérapeutiquement, réfléchir à l\u2019esprit citoyen qui les anime de façon à s\u2019assurer qu\u2019ils ont bel et bien pris une distance séculaire par rapport à certains «atavismes».Est-ce un hasard si, depuis que la partition dresse dans le décor son profil menaçant, on note progressivement, en parallèle, une fluctuante et relative baisse de l\u2019appui à la souveraineté?Dans L\u2019actualité du début d\u2019octobre, Jean Paré écrit en éditorial que le «vrai plan d\u2019Ottawa ne consiste pas à découper le Québec en tranches, mais à changer la question».Une stratégie qui cherche, en d\u2019autres mots, à faire en sorte que dans l\u2019esprit des Québécoises et des Québécois le oui à la souveraineté soit assimilé peu à peu à un oui à la partition.Que, provisoirement confondus devant pareil artifice, plusieurs souverainistes convaincus, animés d\u2019un authentique amour pour le Québec, se mettent à douter et à hésiter, par crainte d\u2019entraîner leur peuple dans des avatars douloureux aux conséquences imprévisibles et peut-être même sanglantes, cela est tout à leur honneur.Dans le célèbre jugement de Salomon, relaté dans la Bible, au Livre des Rois, la mère authentique ne préféra-t-elle pas renoncer à son enfant et le donner à la fausse mère plutôt que de le voir souffrir et mourir «partitionné»?À part les déclarations à la pièce, généralement faites en réplique immédiatiste et ponctuelle aux initiatives et provocations des opposants de tout acabit au projet de souveraineté, on ne peut pas dire que les dirigeants souverainistes ont réalisé un gros effort d\u2019éducation pour aider les Québécoises et Québécois à se libérer de l\u2019inhibition partitionniste et de toute la confusion engendrée autour de ce thème.Pourtant, notre observation à travers les sondages de la disposition d\u2019une masse de nos concitoyennes et concitoyens à reconnaître à n\u2019importe quel petit groupe le droit à un statut politique différent, tel que nous le voulons pour nous, comme si on était au chapitre des droits individuels ou d\u2019un échange diplomatique de bons procédés, devrait constituer une alerte suffisante pour que l\u2019on s\u2019arrête et que l\u2019on éduque.Ne pas le faire représenterait de la fuite en avant en se déconnectant de plus en plus de la réalité.Comment peut-on concevoir une marche victorieuse vers un troisième référendum alors que, à la base de notre société, un nombre considérable de simples citoyens et citoyennes, qui sont partie du peuple souverain, ne semblent pas avoir les éléments spontanés d\u2019analyse leur permettant de faire par eux-mêmes une différence claire entre les droits politiques du peuple québécois et ceux de n\u2019importe quelle communauté municipale?Quels outils fournira-t-on à la population québécoise pour l\u2019aider à affronter de façon vivante, lucide et pro-active le débat politique et juridique particulièrement virulent, pointu et complexe auquel, si on se fie aux indices déjà perceptibles, donnera lieu le prochain référendum?Va-t-on prendre le temps et se donner les moyens pour permettre aux gens à la base de s\u2019approprier les arguments pour comprendre, et pouvoir expliquer à leurs voisins, que le fait d\u2019assumer pour le peuple québécois sa complète souveraineté politique, sans changer les frontières historiques qui sont les siennes et de négocier le pacte qui l\u2019unit au reste du Canada, ne sont nullement des éléments d\u2019un projet partitionniste?Par-delà les considérations qui précèdent, l\u2019importance des fluctuations du oui et du non, au fil des mouvements d\u2019humeur du reste du Canada ou de la moindre brise annonciatrice d\u2019un obstacle imprévu, doit nous inciter à un approfondissement du sens même du projet de souveraineté.La force mobilisatrice qui rendra ce projet capable de s\u2019imposer, en contrant les adversités et en éteignant le souffle des vents partitionnistes, ne lui viendra pas principalement d\u2019un concours favorable d\u2019éléments conjoncturels, mais de son tonus intérieur, plus précisément, de la consistance de l\u2019identité de ce personnage moral qui s\u2019appelle le peuple québécois.Notre identité comme peuple, je me la figure parfois en évoquant une espèce de fond mélodique commun, synthétique, toujours en renouvellement, inscrit comme un murmure, une nuance, un reflet, quelque part dans notre être collectif et développé par l\u2019expérience vécue ensemble de toute une série de rapports particuliers, entre nous, à l\u2019environnement, aux choses, à l\u2019économie, à l\u2019histoire, au territoire, au langage, à la pensée, au monde, à Dieu, etc.Ce fond mélodique actualise, exprime et enrichit ses caractéristiques et sa consistance à travers tous les projets que nous faisons et par lesquels nous entrons en contact entre nous, avec les autres, le monde, etc.Le renforcement de l\u2019identité se réalise lorsque les projets sont connectés sur la mélodie, et la souveraineté devrait être la puissance qui permet d\u2019assurer cette connexion.Avant de prendre le risque de nous enligner vers la mort splendide dans l\u2019échec terminal d\u2019un troisième référendum précipité, le gouvernement actuel devrait s\u2019arrêter, s\u2019interroger en profondeur sur son projet politique, pas celui de quand nous serons souverains, mais celui de maintenant, et se demander très sérieusement s\u2019il gouverne au quotidien dans le respect et le renforcement de notre identité.Du bricolage social-démocrate sur fond de néo-libéralisme tous azimuts, pendant que perdure la pauvreté et le chômage, et que la course à la compétitivité mon- \t À la lumière du cœur.Planifiez vos dons Legs testamentaire Assurance-vie Rente viagère Pour un don ou plus d'informations, composez sans frais 1-888-234-8533 Région de Montréal 514-257-8711 Programme des dons planifiés 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N 1A3 «DËIÆLOPP&MENr ET R4IX 260 relations novembre 1997 face à l\u2019actualité diale continue d\u2019effriter les liens sociaux et nationaux, est-ce là un programme de nature à affermir notre souveraineté et notre identité comme peuple?En 1995, devant les commissions sur l\u2019avenir du Québec, qui donnaient l\u2019occasion au peuple de venir lui-même exprimer sa mélodie, les accents néo-libéraux ne dominaient pas le concert.Une des conclusions parmi les plus fortes de ce happening sans précédent d\u2019opinions citoyennes était: la souveraineté pour quoi faire?Ou, en d\u2019autres mots: la souveraineté pour quel projet de société?Cette question est toujours ouverte à l\u2019ordre du jour.Même si la perspective de parler de projet de société fait toujours un peu global et abstrait, nous ne pouvons faire l\u2019économie d\u2019un tel débat.C\u2019est en définissant et en nous appropriant ensemble la substance du projet de société pour lequel nous trouvons qu\u2019il vaut la peine de faire la souveraineté, c\u2019est en partageant les motifs intimes que nous avons respectivement les uns et les autres de poursuivre un tel objectif que nous avons le plus de chance de consolider notre marche en avant, la rendant capable de traverser les difficultés et de vaincre les tempêtes, y compris les vents délétères du partitionnisme.¦ Joseph Giguère SOUS LA LUMIÈRE DE L\u2019ÉTOILE ABSINTHE Plutôt conservateur, le Festival des films du monde a présenté quelques bons films qui ont troublé les spectateurs.L écrivain Biaise Cendrars, qui fut cinéaste, avait une conception exigeante du cinéma : « Sa seule justification est de nous arracher la peau et de nous montrer nus, écorchés, dépouillés, dans une lumière plus réfrigérante que celle qui tombe de l\u2019étoile Absinthe.C\u2019est l\u2019évidence même, toujours inavouée, qu\u2019il met en relief.L\u2019homme.Tel qu\u2019il est.La seule réalité.» Ces mots du poète évoquent la puissance d\u2019expression d\u2019un art capable de révéler l\u2019être humain à soi-même.Durant le Festival des films du monde, ce passage de Vol à voile a influencé mon choix de films.Le festivalier peut, certes, aimer le cinéma pour la beauté de la chose.Cependant, il attend de cet art qu\u2019il fasse monter des émotions autres qu\u2019esthétiques.Et, dans les salles du festival, on ne lésinait pas sur les «oh!» et les «ah!» pour marquer son dégoût devant la misère, l\u2019injustice, la cruauté, le sordide même.Seulement, il ne fallait pas que ça cogne à l\u2019estomac, que ça retourne trop les tripes.Le public veut bien explorer les marges du monde, mais à travers des filtres qui en atténuent l\u2019insoutenable vérité.Cette critique peut sembler injuste, autant envers ceux qui cherchent un cinéma sans concession qu\u2019envers la poignée d\u2019artisans du septième art qui se bat pour le leur offrir.Mais force est d\u2019admettre que le FFM proposait bien peu de productions qui posaient un regard cru sur des réalités qui nous ébranlent, parce qu\u2019elles laissent poindre les échecs de notre société.Au FFM, on favorise un cinéma certes intéressant mais conservateur.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que reflétait la compétition officielle peu relevée, malgré quelques valeurs sûres, dont nous reparlerons.Le jury, présidé par Jacqueline Bisset, en accordant le prix des Amériques aux Enfants du Ciel de l\u2019Iranien Majid Majidi, gardait l\u2019événement montréalais sous le cap du conservatisme.Si la maîtrise du cinéaste est indéniable, sa manière de traiter de l\u2019enfance défavorisée n\u2019a rien de transcendant.Elle provoque des pincements au coeur, cette histoire d\u2019un petit garçon et d\u2019une petite fille décidés à surmonter les aléas du quotidien en portant à tour de rôle les mêmes chaussures pour aller à l\u2019école.Mais ces petits héros, on pourrait les croiser dans le Bronx, à Remac en banlieue de Lima, comme dans notre faubourg à m\u2019Iasse.C\u2019est l\u2019écueil de ce sujet universel qui a échappé au cinéaste.Majidi n\u2019a pas su comment fouiller cette matière pour lui donner l\u2019éclat qui aurait élevé son film au statut des oeuvres fortes.Il s\u2019est contenté d\u2019explorer mollement un créneau fort encombré dans son pays, l\u2019enfance.La puissance créatrice et l\u2019audace ne servaient donc pas la tasse de thé du jury et des organisateurs de l\u2019événement.Pas plus, d\u2019ailleurs, que celle du public général, qui a accordé aux Enfants du Ciel le prix Air Canada, consacrant le film le plus populaire.Toutefois, en scrutant le programme du FFM, on trouvait des films qui auraient touché Cendrars et ses émules, dont je suis, parce que leur facture, leur thème nous révèlent l\u2019homme sans fioriture, dépris des conventions, écrasé par la fatalité, en plein devenir.On ne s\u2019étonnera donc pas que les «héros» des films qui m\u2019ont particulièrement ébranlé appartenaient tous à l\u2019inquiétante confrérie des marginaux.Ces effarés m\u2019ont rappelé qu\u2019il existe un monde parallèle, dont on sait bien peu de choses.Les films que j\u2019ai vus n\u2019épuisaient pas leur matière.Mais leurs réalisateurs, avec des approches artistiques et des thématiques différentes ont, à coup sûr, surpris le public.Mandragora, un film de la République tchèque, réalisé par le Polonais Wiktor Grodecki, est de cette mouture.Comme le réalisateur iranien Majidi, Gordecki s\u2019attaque à un sujet universel, mais son approche démontre le profond mépris du réalisateur pour le cinéma qui survole son sujet sans jamais y plonger.Avec Mandragora, Wiktor Grodecki nous entraîne à Prague, dans le milieu des jeunes prostitués adolescents.Grodecki et l\u2019acteur David Svec ont écrit leur scénario à partir de faits vécus.À quinze ans, Marek (David Svec) en a assez de son village et des remontrances de son père.Après avoir volé des fringues à la mode, il s\u2019enfuit vers Prague.Intimidé par le nid de parasites qu\u2019est la gare, seul avec ses rêves, il se réfugie dans un casino.Pendant qu\u2019il joue au vidéopoker, Honza, un souteneur, pose sa patte sur son épaule.Fait paradoxal au cinéma, la tournure prévisible du film captive le spectateur, qui suit Marek jusqu\u2019à sa mort, annoncée dès l\u2019instant où Honza l\u2019a pris en chasse.Mais avant de mourir, Marek subit les épreuves qui le transforment en un prostitué aguerri, désillusionné, ne cherchant qu\u2019à survivre le plus longtemps possible.Un premier client de Honza le drogue avant de le sodomiser, relations novembre 1997 261 face à l\u2019actualité d\u2019autres prostitués le volent, le trahissent, abusent de lui.Endurci, il réplique.Toujours plus seul, Marek patauge dans ce monde de sexe, de drogue, sur lequel plane le sida.C\u2019est une loque humaine de seize ans qui va mourir dans les toilettes de cette gare, où débarquait, un an plutôt, un enfant.Cette dernière scène est pathétique.En plongée, on voit le petit cabinet où Marek, sale, couvert de scrofules (le sida), s\u2019administre la dose fatale.De l\u2019autre côté de la porte, un homme, songeur, urine avant de reprendre le train.C\u2019est le père du malheureux Marek.Après avoir vainement cherché son fils, dans cette Prague intimidante aux moeurs répugnantes, il retourne à la maison aussi seul que son petit, dont il connaît maintenant la vie, mais dont il ignore le sort.C\u2019est ainsi, que par le biais de son thème, Mandragora rejoint aussi le phénomène de la désillusion qui frappe une grande partie de la population de la République tchèque.On comprend que l\u2019Occident a exporté à l\u2019Est des vices cachés, en même temps que son économie et son clinquant.Prague est comparable à Bangkok, seul le sexe de la «marchandise» change.En nous montrant le conflit des générations qui détruit la relation entre Marek et son père, Mandragora laisse voir les difficultés qui frappent différemment tous et chacun.Le rêve se transforme en cauchemar pour ceux qui n\u2019ont pas su s\u2019adapter à la nouvelle réalité sauvage venue de l\u2019Ouest.Grodecki traite cette forme de marginalité sans faire les concessions qui ménageraient le public.Son approche laisse voir l\u2019influence d\u2019un cinéma oublié, le néo-réalisme italien.Les jeunes acteurs sont tellement près de l\u2019adolescence que de les voir jouer des scènes qui frisent l\u2019abject trouble le spectateur.Ce qui nous fera réagir, c\u2019est la vérité toute nue inscrite sur les tendres peaux de ces éphèbes déshumanisés.Mandragora n\u2019arrache pas de larmes, mais fait monter une nausée bien sentie.Cette oeuvre est de celles dont on ne peut dire si on les aime ou pas, mais qui laissent des traces en nous, comme le disait, à peu près, en conférence de presse, le réalisateur italien Fabio Carpi, à propos du cinéma qu\u2019il cherche à faire et à voir.¦ Michel Quevillon LES ALLOCATIONS FAMILIALES Distribuées de façon sélective, elles deviennent un geste de charité, qui stigmatise les plus pauvres.Fondées sur une approche sélective, les diverses modifications de la loi des allocations familiales ont, depuis 1974, érodé puis sabré l\u2019universalité de ces allocations.La récente réforme québécoise va elle aussi dans ce sens.Il faut freiner cette orientation.Les allocations aux enfants devraient être distribuées à tous, quel que soit le revenu de leurs parents.Pourquoi?Parce qu\u2019elles témoignent de la responsabilité de la collectivité face à tous les jeunes.Elles sont de même nature que l\u2019école ou les services de santé.Ne pas les attribuer à un enfant sous prétexte que ses parents ont les moyens de le faire vivre, c\u2019est comme si l\u2019école demandait à des parents de payer des frais de scolarité sous prétexte qu\u2019ils en ont les moyens.C\u2019est comme si l\u2019hôpital exigeait des frais d\u2019hébergement et de soins aux malades en fonction de leurs revenus.Ces allocations ne devraient pas être imposables.Dans leur déclaration de revenus, on ne demande jamais aux individus combien ils ont consommé en soins de santé durant l\u2019année.On ne considère pas, avec raison, cette «allocation aux malades» comme un revenu.La collectivité a vu aux besoins de ses membres.Cette dépense collective n\u2019est pas considérée comme une subvention à la personne malade.Elle n\u2019est donc pas imposable.Il devrait en aller de même des allocations aux enfants.Vulnérables et dépendants, tout comme les personnes malades, les jeunes ont des besoins qu\u2019ils ne peuvent eux-mêmes combler.Les parents peuvent et doivent y pourvoir.Ils sont les premiers à porter la responsabilité des enfants qu\u2019ils ont choisi d\u2019avoir.Mais l\u2019ensemble de la collectivité a aussi sa part de responsabilité dans l\u2019entretien matériel des jeunes, de tous les jeunes.Sans doute, diront certains, les enfants de parents fortunés n\u2019ont guère besoin de l\u2019aide matérielle de la collectivité.Les malades fortunés ont-ils besoin de cette aide?On ne demande à personne pourtant, lors d\u2019une admission à l\u2019hôpital, de se présenter avec son rapport d\u2019impôts.On ne fait pas acte de justice en coupant les allocations des enfants dont les parents disposent d\u2019un revenu jugé suffisant ou en leur demandant de déclarer les allocations comme un revenu.Pourquoi?Parce qu\u2019on change alors la nature des allocations aux enfants.Il ne s\u2019agit plus d\u2019une dépense collective reconnaissant une responsabilité collective.Cela devient une subvention aux seuls enfants pauvres.Ce n\u2019est plus un acte de justice, mais un geste de charité qui stigmatise inévitablement les bénéficiaires.En outre, si une collectivité ne se reconnaît pas d\u2019obligation face à tous les enfants, riches comme pauvres, comment se re-connaîtra-t-elle d\u2019importantes obligations face aux enfants les plus démunis?En effet, en refusant d\u2019aider les enfants qui ne sont pas pauvres, elle laisse entendre que les enfants sont la responsabilité des seuls parents.Que la collectivité n\u2019a, au fond, aucune responsabilité face aux enfants.Que l\u2019aide qu\u2019elle apporte aux enfants démunis n\u2019est que charité, fondée sur la compassion, non sur la justice.Que cette aide ne peut être que variable et limitée.Il faut donc revenir à un régime universel d\u2019allocations familiales non imposables.Notre collectivité doit reconnaître ses obligations face à tous les enfants, comme elle le fait face à tous les malades, riches comme pauvres.C\u2019est l\u2019un des meilleurs moyens de fonder l\u2019aide aux enfants, et en particulier aux plus démunis, sur la notion de justice et non sur l\u2019idée toute aléatoire de la charité, voire de la compassion.¦ Marie-Paule Malouin et Raymonde Bourque 262 relations novembre 1997 dossier L\u2019économie sociale Soins et sollicitude ont longtemps caractérisé les contributions des femmes à la construction de la société.Malgré les multiples changements dans leur vie, élever les enfants, organiser le quotidien, maintenir les réseaux sociaux, prendre en charge les malades et les personnes âgées demeurent des activités typiquement féminines, dont la valeur sociale et économique reste mal connue.Faut-il alors s'étonner que le mouvement des femmes voit dans l'économie sociale une occasion pour faire enfin reconnaître le travail des femmes, pour mettre fin aux conditions de précarité et de pauvreté qui dominent la vie de tant d'entre elles, et cela malgré les doubles et triples journées qu'elles accomplissent?En réparant la brèche entre l'économie et le social, ne pourrons-nous pas aussi mieux réconcilier le privé et le public?Voilà les questions qui émergent de l'économie sociale quand les femmes en parlent.relations novembre 1997 263 Crowd # 2, de Diana Ong/photo: SUPERSTOCK dossier L\u2019ÉCONOMIE SOCIALE par Céline Dubé agit-il d\u2019un nouveau concept à la mode, d\u2019une formulation différente pour nommer des pratiques actuelles ou, au contraire, d\u2019une vision novatrice et porteuse d\u2019avenir?L\u2019expression «économie sociale» n\u2019est pas récente: elle est apparue au début du XIXe siècle pour désigner une solution de rechange globale et sociale au capitalisme et au libéralisme économique.Telle qu\u2019on la comprend aujourd\u2019hui, l\u2019économie sociale vise toujours à remédier à la séparation entre l\u2019économique et le social.Dans le contexte actuel - questionnement sur le rôle de l\u2019État, crise des finances publiques, mondialisation des marchés, exclusion d\u2019un grand nombre de personnes du marché de l\u2019emploi, etc.- l\u2019économie sociale apparaît à plusieurs comme une voie à explorer.À cause de sa double finalité de production de biens ou de services socialement utiles et de création d\u2019emplois stables, la mise en place des entreprises d\u2019économie sociale comporte des enjeux importants pour les femmes.C\u2019est pourquoi Relations choisit de donner la parole à des femmes impliquées dans ce champ de l\u2019économie sociale.L\u2019économie sociale ne concerne pas seulement les femmes, objecteront certains.Certes, mais celles-ci sont majoritaires dans le mouvement communautaire.Elles sont touchées à 75% par les coupures de postes dans les secteurs de l\u2019éducation, de la santé et des services sociaux.Et elles sont les plus nombreuses parmi les personnes assistées sociales, parce que les emplois se font de plus en plus rares et précaires.On se rappellera que c\u2019est la revendication d\u2019un programme d\u2019infrastructures sociales, lors de la Marche «Du pain et des roses», qui a servi de rampe de lancement à l\u2019économie sociale.Derrière cette revendication, se profilait la demande d\u2019une reconnaissance effective et concrète - économique - du travail des femmes, travail domestique, travail lié au maternage, à la socialisation, aux soins des malades et des personnes âgées.On voulait faire reconnaître l\u2019utilité sociale du travail bénévole des femmes.La consolidation de l\u2019économie sociale en santé et en services sociaux va-t-elle se faire maintenant sur le dos des familles et des femmes?Ou offrira-t-elle l\u2019occasion de rendre visible le travail invisible des femmes, en leur offrant des possibilités d\u2019insertion en emploi dans des fonctions qu\u2019elles occupaient déjà?Comme l\u2019idée même d\u2019économie sociale implique un concept de don de soi et de solidarité, y a-t-il un danger de transformer ce secteur en un ghetto féminin d\u2019emplois précaires et mal rémunérés?Enfin, en s\u2019engageant pleine- C\u2019est la revendication d\u2019un programme d\u2019infrastructures sociales, lors de la marche «Du pain et des roses», qui a servi de rampe de lancement à l\u2019économie sociale.ment dans ces entreprises d\u2019économie sociale, les femmes choisissent-elles une voie privilégiée pour faire surgir le potentiel révolutionnaire d\u2019un autre modèle de développement?Dans le premier article, Ruth Rose tente de répondre à la dernière question.Cette économiste voit l\u2019économie sociale comme un espace d\u2019expérimentation d\u2019un modèle économique alternatif.Terrain de lutte qui rappelle les batailles des années 1930, l\u2019économie sociale fournit des outils pour entrer dans un processus de changement.Selon elle, le succès des luttes peut amener les groupes à accepter un mode de vie différent et à bénéficier d\u2019une meilleure qualité de vie.Si les luttes ne réussissent pas, l\u2019économie sociale sera un lieu de conscientisation grandissante, une plateforme pour lancer une remise en question majeure de notre modèle de société.L\u2019article suivant, de Denyse Côté, intéresse par la mise en lumière d'un nouveau modèle néo-libéral qui affirme la suprématie du marché sur le politique.Après avoir examiné les engagements du gouvernement envers les femmes, l\u2019auteure souligne la situation paradoxale de celles-ci: reconnues comme interlocutrices dans les processus décisionnels, elles continuent de s\u2019appauvrir, incapables souvent d\u2019assurer leur survie et celle de leurs enfants, avec une surcharge de travail domestique et communautaire et avec un accès limité aux ressources économiques et sociales qu\u2019elles contribuent à créer.«Une fille de région», Thérèse Belley, partage son expérience quotidienne à l\u2019intérieur d\u2019un CRES régional, celui du Sague-nay-Lac St-Jean.Ce troisième article montre les défis importants à relever, les obstacles et les attentes déçues, parfois le scepticisme des actrices et acteurs de ces comités régionaux d\u2019économie sociale.Cette lecture nous aide à comprendre le fonctionnement et le rôle de ces comités hétérogènes, où leé membres ne partagent pas toujours les mêmes objectifs.Malgré tout, Mme Belley croit que les femmes doivent continuer à faire partie des CRES, à cause d\u2019un enjeu majeur: faire émerger leur vision du développement de l\u2019économie sociale dans le développement local.Dans un quatrième article, Josée Belleau fait un bilan politique de la réponse du gouvernement à la revendication de la Marche des femmes.Cette militante décrit leur espoir mis à rude épreuve lors des deux chantiers qui ont abouti à deux rapports publics, car les promesses gouvernementales du 4 juin 1995 se sont évanouies dans les suites du Sommet socioéconomique.Une question demeure: l\u2019économie sociale deviendra-t-elle un espace économique qui reproduira le double standard à l\u2019égard du travail et de la production majoritairement assumés par des femmes?Malgré tout, Mme Belleau reconnaît que les emplois d\u2019entreprises d\u2019économie sociale sont des avenues préférables à l\u2019isolement social.¦ 264 relations novembre 1997 PANACÉE AU CHÔMAGE OU STRATÉGIE DE LUTTE?par Ruth Rose1 /T P /! \"11 A î \u2014\t(j~
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